Résultats : 21566 texte(s)
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1651
p. 66-67
SUR LA MORT de Monsieur le Prince de Conty. SONNET.
Début :
Le genereux Conty, Prince vaillant & sage, [...]
Mots clefs :
Prince de Conty, Décès, Guerres, Lauriers, Gloire, Courage, Héros
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT de Monsieur le Prince de Conty. SONNET.
SUR LA MORT
de Monfieur le Prince de Conty.
SONNET.
LEgenereux Conty , Prince vaillant
& fage ,
Qui cherchoit en tous lieux la Guerre &
les Combats ;
Qui fit fentir fon coeur & le poids de
Son bras
Sur les bords Othomans avec tant d'a-
"
vantage.
03
Qui couvert de Lauriers à la fleur de for
âge ,
Couroit aprés la gloire épris de fes appas ;
Quand la victoire alloit par tout marquer
fes pas,
L'une & l'autre à l'envy foûtenant fon
courage.
Si-toft qu'à Luxembourg il a gravéfon
Nom,
du Mercure Galant.
1 67
Que toute l'Allemagne éleve fon renom ,
Qu'un merite éclatant remplit toute la
Terre.
La France voit à l'abry des hafards.
Ce Heros plein d'honneur , ce Foudre de
la Guerre
Que le Ciel le ravit ainfi qu'un autre
Mars.
de Monfieur le Prince de Conty.
SONNET.
LEgenereux Conty , Prince vaillant
& fage ,
Qui cherchoit en tous lieux la Guerre &
les Combats ;
Qui fit fentir fon coeur & le poids de
Son bras
Sur les bords Othomans avec tant d'a-
"
vantage.
03
Qui couvert de Lauriers à la fleur de for
âge ,
Couroit aprés la gloire épris de fes appas ;
Quand la victoire alloit par tout marquer
fes pas,
L'une & l'autre à l'envy foûtenant fon
courage.
Si-toft qu'à Luxembourg il a gravéfon
Nom,
du Mercure Galant.
1 67
Que toute l'Allemagne éleve fon renom ,
Qu'un merite éclatant remplit toute la
Terre.
La France voit à l'abry des hafards.
Ce Heros plein d'honneur , ce Foudre de
la Guerre
Que le Ciel le ravit ainfi qu'un autre
Mars.
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Résumé : SUR LA MORT de Monsieur le Prince de Conty. SONNET.
Le sonnet 'Sur la mort de Monsieur le Prince de Conty' célèbre un guerrier valeureux et sage, connu pour ses exploits militaires, notamment contre les Ottomans. Dès son jeune âge, il recherchait la gloire et la victoire. Son nom est gravé à Luxembourg et sa renommée s'étend en Allemagne et dans le monde. La France le voit comme un héros honorable. Le poème déplore sa perte soudaine, le comparant à Mars, le dieu de la guerre.
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1652
p. 67-68
AUTRE.
Début :
Cy-gist le grand Conty, l'espoir du nom François, [...]
Mots clefs :
Prince de Conty, Intrepide, Vainqueur, Laurier, Vertus, Destin
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Cr-gift le grand Conty , l'eſpoir du
nom François,
Intrepide , vaillant autant qu'on le peut
eftre ;
Ses Exploits glorieux faifoient déja connoiftre
Ce qu'il euft fait un jour ſous le plus
grand des Rois.
Sorty d'un Sang Vainqueur dont chacun
fuit les Loix,
Au milieu des Lauriers le Ciel l'a
wait fait waiftre.
Fij
68 Extraordinaire
Quelles hautes vertus n'a - t - il point
fait paroiftre
Pour se montrer à tous digne d'un ſi
beau choix !
A
Voyant de fon deftin la fortune jaloufe
Par un mal dangereux attaquer son
Epouse,
Il partage ce mal aux dépens de fes
-jours.
Il meurt , mais en Époux & fenfible
& fidelle,
Helas ! un mefme jour éclaire dans
fon cours
Sa gloire veritable , & fa mort trop
L
cruelle.
Cr-gift le grand Conty , l'eſpoir du
nom François,
Intrepide , vaillant autant qu'on le peut
eftre ;
Ses Exploits glorieux faifoient déja connoiftre
Ce qu'il euft fait un jour ſous le plus
grand des Rois.
Sorty d'un Sang Vainqueur dont chacun
fuit les Loix,
Au milieu des Lauriers le Ciel l'a
wait fait waiftre.
Fij
68 Extraordinaire
Quelles hautes vertus n'a - t - il point
fait paroiftre
Pour se montrer à tous digne d'un ſi
beau choix !
A
Voyant de fon deftin la fortune jaloufe
Par un mal dangereux attaquer son
Epouse,
Il partage ce mal aux dépens de fes
-jours.
Il meurt , mais en Époux & fenfible
& fidelle,
Helas ! un mefme jour éclaire dans
fon cours
Sa gloire veritable , & fa mort trop
L
cruelle.
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Résumé : AUTRE.
Cr-gift le Grand Conty est reconnu pour son courage et sa vaillance. Issu d'une lignée victorieuse, il a été distingué par ses exploits. Lorsqu'il voit sa femme menacée par une maladie, il partage son mal et meurt en époux dévoué. Sa véritable gloire et sa mort cruelle sont révélées le même jour.
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1653
p. 68-70
SUR LA MORT de Monsieur le Tellier. SONNET.
Début :
LE TELLIER si pieux, si prudent & si sage, [...]
Mots clefs :
Ministre, Décès, Chancelier, Vertus, Illustre, Mérite
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT de Monsieur le Tellier. SONNET.
SUR LA MORT
de Monfieur le Tellier.
SONNET.
E TELLIER fi pieux , fi prudent
& fi fage ,
Ce Miniftre fi grand ' , qui ſoms trois
de nos Rois
du Mercure Galant . 69
A ven voler fon Nom par tout où
leurs Exploits
Ont fignalé leur bras, & montré leur
courage.
Ce fçavant Chancelier, la gloire de notre
âge,
Qui fit l'heureux Hymen des Vertus
des Loix ,
Par qui toute la Terre admira tant
de fois
Les hautfaits de LOVIS avec tant
d'avantage.
>
Cet illuftre mortel , ce grand Homme
n'est plus
Toutefois nos foupirs , nos pleurs font
Superflus
Ses travaux revivront à jamais dans
Hiftoire.
**
Si le Ciel l'a ravy relevant nos Autels
,
Tout plein d'ans & d'honneur dans le
fein de la Gloire ,
7.0
Extraordinaire
Son merite l'a mis au rang des immortels.
de Monfieur le Tellier.
SONNET.
E TELLIER fi pieux , fi prudent
& fi fage ,
Ce Miniftre fi grand ' , qui ſoms trois
de nos Rois
du Mercure Galant . 69
A ven voler fon Nom par tout où
leurs Exploits
Ont fignalé leur bras, & montré leur
courage.
Ce fçavant Chancelier, la gloire de notre
âge,
Qui fit l'heureux Hymen des Vertus
des Loix ,
Par qui toute la Terre admira tant
de fois
Les hautfaits de LOVIS avec tant
d'avantage.
>
Cet illuftre mortel , ce grand Homme
n'est plus
Toutefois nos foupirs , nos pleurs font
Superflus
Ses travaux revivront à jamais dans
Hiftoire.
**
Si le Ciel l'a ravy relevant nos Autels
,
Tout plein d'ans & d'honneur dans le
fein de la Gloire ,
7.0
Extraordinaire
Son merite l'a mis au rang des immortels.
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Résumé : SUR LA MORT de Monsieur le Tellier. SONNET.
Le sonnet 'Sur la mort' célèbre Monsieur le Tellier, homme pieux, prudent et sage, ayant servi trois rois. Ses exploits et contributions juridiques sont reconnus. Ses mérites et travaux perdureront dans l'histoire, le plaçant parmi les immortels malgré sa mort honorable.
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1654
p. 70-71
Pour Monsieur le Chancelier. SONNET.
Début :
Le Regne de LOUIS, le plus grand Roy du Monde, [...]
Mots clefs :
Louis, Monarque, Cour, Perfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pour Monsieur le Chancelier. SONNET.
Pour Monfieur le Chancelier .
SONNET.
L
E Regne de LOVIS , le plus grand
Roy du Monde ,
Fait rendre au vray merite un favorable
accueil.
C'eft fur luy feulement que fa faveur
ſe fonde ,
Sa Cour eft pour la brigue un redontable
écueil.
Tes Vertus , BOUCHERAT , ta fageffe
profonde ,
Ta conduite toûjours fi noble & fans
orgueil ,
T'ayant fait Chancelier, loin que Themis
en gronde.
Ton élevation vient de calmer fon dežil.
du Mercure Galant.
ଘ୬
Elle ne fera plus deformais éplorée ,
Du Sage LE TELLIER la perte eft
reparée ,
Le plus parfait des Rois en répond
aujourd'huy.
LOVIS a difposé de ce degré fupréme,
Il en connois le poids : & le tenir
de luy
Eft un honneur plus grand que la Di
gnité mefme.
SONNET.
L
E Regne de LOVIS , le plus grand
Roy du Monde ,
Fait rendre au vray merite un favorable
accueil.
C'eft fur luy feulement que fa faveur
ſe fonde ,
Sa Cour eft pour la brigue un redontable
écueil.
Tes Vertus , BOUCHERAT , ta fageffe
profonde ,
Ta conduite toûjours fi noble & fans
orgueil ,
T'ayant fait Chancelier, loin que Themis
en gronde.
Ton élevation vient de calmer fon dežil.
du Mercure Galant.
ଘ୬
Elle ne fera plus deformais éplorée ,
Du Sage LE TELLIER la perte eft
reparée ,
Le plus parfait des Rois en répond
aujourd'huy.
LOVIS a difposé de ce degré fupréme,
Il en connois le poids : & le tenir
de luy
Eft un honneur plus grand que la Di
gnité mefme.
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Résumé : Pour Monsieur le Chancelier. SONNET.
Le sonnet célèbre l'accession de Boucherat au poste de chancelier sous Louis, présenté comme le plus grand roi. La faveur royale repose sur le mérite. La cour de Louis est un obstacle aux intrigues. Les vertus et la sagesse de Boucherat justifient sa nomination, qui compense la mort de Le Tellier. Louis, sage, honore Boucherat au-delà de la dignité du poste.
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1655
p. 71-87
DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Début :
Ce que l'on nous conte du Phenix est-ce une verité [...]
Mots clefs :
Phénix, Nature, Esprit humain, Créatures, Âme, Oiseau, Prodige, Auteurs, Plumes, Ailes, Miracles, Mystère, Espèces, Monarque, Victoire, Vertus
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texteReconnaissance textuelle : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
DU PHENIX.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
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Résumé : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Le texte aborde l'existence du Phénix, un oiseau légendaire, en discutant de sa réalité ou de sa fiction. L'auteur explore diverses hypothèses sur sa nature et sa localisation, soulignant que l'homme crée souvent des êtres imaginaires pour satisfaire sa curiosité. Il examine les arguments contre l'existence du Phénix, tels que son absence dans l'Arche de Noé et la nécessité de reproduction conventionnelle, mais suggère que l'âme humaine peut distinguer le réel de l'imaginaire. Il mentionne également des phénomènes rares en nature et la possibilité que Dieu préserve des créatures uniques. Le Phénix est décrit avec une apparence majestueuse : une tête couronnée de plumes, un collier d'or et de plumes blanches, un corps bleu comme des saphirs, et des ailes pourpres ornées de pierreries. Il meurt après mille ans, se sacrifiant sur un bûcher de bois odoriférants, et renaît de ses cendres, un processus respecté par la nature et observé en Égypte. Le texte compare ensuite le roi de France au Phénix, soulignant ses qualités exceptionnelles et ses actions modérées malgré ses victoires militaires. Les autres souverains suivent son exemple, et l'Europe se pacifie grâce à son initiative de paix. Le roi est ainsi vu comme ayant vaincu la victoire elle-même en choisissant de régner par ses vertus plutôt que par la force.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1656
p. 88-92
RONDEAU.
Début :
Si l'on peut aimer sans être estre jaloux. / SAns jalousie & sans tourment [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amour, Rival, Haine, Amant, Décès, Maîtresse, Petite vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
Si l'on peut aimer fans eftre jaloux
.
RONDE A U.
Ans jalonfie & fans tourment
L'on n'aime pas parfaitement .
Dis- moy , verrois- tu bien , Philéne ,
Tircis aux pieds de Celimene,
Sans un jaloux emportement ?
Alors qu'un rival eſt charmant ,
Nous le voyons malaiſément ,
Rendre vifite à noftre Reine,
Sans jaloufie.
Quelqu'un va dire en ce moment :
Vous ignorez apparemment
Qu'un jaloux eft digne de haine ?
Mais je luy répondray fans peine:
Il eft vray, mais eft - on Amant
Sans jaloufie?
C. F. LOURDET ,
du quartier de la Place Maubert .
du Mercure Galant. 89
Si l'on
A
peut mourir d'amour.
Imer & n'eftre pás aimé
De l'objet qui nous tient charmé,
Jadis nous mettoit à la gehenne.
L'un & l'autre Sexe aujourd'huy
Sur le moindre fujet rompt la plus belle
chaine
Sans en fentir le moindre ennuy.
Non, certes , ce n'est plus la mode
D'aller chez les defunts pour avoir trop
-
d'amour,
Et la maxime eft incommode
D'aimer à prefent plus d'un jour.
Que deux Amans , d'une pudique flame
S'aiment , fans partager leur ame ;
Cela pourra fe rencontrer ,
Mais difficilement pourroit- on le montrer.`
Que cela foit ! ils goûtent avec joye
Tous les plaifirs que l'amour peutfoufl'on
croye
frir,
Mais il nefaut pas que
Qu'ils en puiffent mourir.
Q. d'Octobre 1685.
H
90 Extraordinaire
Que l'on n'appelle point cecy Rodomentade
:
Philis , dont je fais tant de cas,
S'éloigne , & je me vois privé de fes
appas.
Je l'aime , j'en feray malade ,
Mais je n'en mouray pas.
Le mefme.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petiteverole
à fa Maiftreffe , pour luy
faire voir que la laideur feroit incapable
de le faire changer ; ou
celuy qui aime mieux qu'elle doute
de fon amour , que de luy voir
arriver une pareille difgrace..
Souhaiter
qu'un malheur accable in
Cloris ,
Qui terniffe fon teint & grave fon vifage
;
Afin de luy prouver que la Rofe & le
Lys
$
du Mercure Galant.
91*
Les amours & les ris
Oni d'ordinaire accompagnent fon âge ,
Ye tempefcheroient pas , Daphnis , d'es
ftre volage,
Et qu'une future laideur
Ne luy ravira point ton coeur ;
Le but eft affez bon , mais l'épreuve eſt
mauvaiſe ;
Cher amy , c'eft aimer ensemble & n'ai²
mer pas.
Cloris ayant perdu prefque tous fes apapas
,
Qu'encore elle te plaiſe ,
C'eft eftre amant ;
Mais voir fouffrir ce que l'on aime
Unfeul moment,
Sans en reffentir du tourment ,
4
Cela n'eft plus amour , c'eft la cruanté é
mesme.
Pour moy, fi de mes feux Phili's vou--
loit douter
Fe la laifferois dans le doute ;
Et j'aime bien mieux qu'il me coûter
Quelques Soupirs , que jamais fouhaiters
Hij
29
Extraordinaire
Que la Belle , pour me connêtre,
Ait quelque mal que ce puiffe eftre:
Le meſme .
.
RONDE A U.
Ans jalonfie & fans tourment
L'on n'aime pas parfaitement .
Dis- moy , verrois- tu bien , Philéne ,
Tircis aux pieds de Celimene,
Sans un jaloux emportement ?
Alors qu'un rival eſt charmant ,
Nous le voyons malaiſément ,
Rendre vifite à noftre Reine,
Sans jaloufie.
Quelqu'un va dire en ce moment :
Vous ignorez apparemment
Qu'un jaloux eft digne de haine ?
Mais je luy répondray fans peine:
Il eft vray, mais eft - on Amant
Sans jaloufie?
C. F. LOURDET ,
du quartier de la Place Maubert .
du Mercure Galant. 89
Si l'on
A
peut mourir d'amour.
Imer & n'eftre pás aimé
De l'objet qui nous tient charmé,
Jadis nous mettoit à la gehenne.
L'un & l'autre Sexe aujourd'huy
Sur le moindre fujet rompt la plus belle
chaine
Sans en fentir le moindre ennuy.
Non, certes , ce n'est plus la mode
D'aller chez les defunts pour avoir trop
-
d'amour,
Et la maxime eft incommode
D'aimer à prefent plus d'un jour.
Que deux Amans , d'une pudique flame
S'aiment , fans partager leur ame ;
Cela pourra fe rencontrer ,
Mais difficilement pourroit- on le montrer.`
Que cela foit ! ils goûtent avec joye
Tous les plaifirs que l'amour peutfoufl'on
croye
frir,
Mais il nefaut pas que
Qu'ils en puiffent mourir.
Q. d'Octobre 1685.
H
90 Extraordinaire
Que l'on n'appelle point cecy Rodomentade
:
Philis , dont je fais tant de cas,
S'éloigne , & je me vois privé de fes
appas.
Je l'aime , j'en feray malade ,
Mais je n'en mouray pas.
Le mefme.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la petiteverole
à fa Maiftreffe , pour luy
faire voir que la laideur feroit incapable
de le faire changer ; ou
celuy qui aime mieux qu'elle doute
de fon amour , que de luy voir
arriver une pareille difgrace..
Souhaiter
qu'un malheur accable in
Cloris ,
Qui terniffe fon teint & grave fon vifage
;
Afin de luy prouver que la Rofe & le
Lys
$
du Mercure Galant.
91*
Les amours & les ris
Oni d'ordinaire accompagnent fon âge ,
Ye tempefcheroient pas , Daphnis , d'es
ftre volage,
Et qu'une future laideur
Ne luy ravira point ton coeur ;
Le but eft affez bon , mais l'épreuve eſt
mauvaiſe ;
Cher amy , c'eft aimer ensemble & n'ai²
mer pas.
Cloris ayant perdu prefque tous fes apapas
,
Qu'encore elle te plaiſe ,
C'eft eftre amant ;
Mais voir fouffrir ce que l'on aime
Unfeul moment,
Sans en reffentir du tourment ,
4
Cela n'eft plus amour , c'eft la cruanté é
mesme.
Pour moy, fi de mes feux Phili's vou--
loit douter
Fe la laifferois dans le doute ;
Et j'aime bien mieux qu'il me coûter
Quelques Soupirs , que jamais fouhaiters
Hij
29
Extraordinaire
Que la Belle , pour me connêtre,
Ait quelque mal que ce puiffe eftre:
Le meſme .
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Résumé : RONDEAU.
Le texte explore les relations entre amour et jalousie. Il affirme que l'amour parfait inclut une certaine dose de jalousie. Philène est interrogé sur sa réaction face à Tircis visitant Célimène, soulignant la difficulté de rester indifférent devant un rival. La jalousie, bien que détestable, est considérée comme intrinsèque à l'amour. Le texte aborde aussi l'amour non partagé et la tendance actuelle aux relations éphémères, critiquant l'absence d'engagement profond entre amants. Une anecdote mentionne un amant souhaitant la petite vérole à sa maîtresse pour prouver son amour, contrastant avec celui qui préfère que sa bien-aimée doute de son amour plutôt que de lui voir subir un malheur. Le texte discute ensuite de l'amour et de la fidélité, illustrant la cruauté de souhaiter du mal à l'être aimé pour tester son amour. Il conclut en préférant les soupirs d'amour à la volonté de nuire à la personne aimée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1657
p. 92
I.
Début :
Voicy les Explications qui m'ont esté envoyées en Vers, / La Feüille de Papier, comme on voit tous les jours, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
Voicy les Explications qui m'ont
efté envoyées en Vers , fur les deux
Enigmes du mois de Septembre, dont
les mots eftoient Uue Feuille de Papier
, & une Rame de Papier.
L
"
I.
A Feüille de Papier , comme on
voit tous les jours ,
Acentfortes de gens eft d'un tres-grand
Secours ;
Pour garder un fecret elle eft meſme d'u
Sage,
La mettant fur un pied de diminution
Mais ne comptez pas trop fur fa difcretion
, .
Car elle peut trahirfi l'on ne fe ménages
L. BOUCHET,
ancien Curé de Nogent le R
efté envoyées en Vers , fur les deux
Enigmes du mois de Septembre, dont
les mots eftoient Uue Feuille de Papier
, & une Rame de Papier.
L
"
I.
A Feüille de Papier , comme on
voit tous les jours ,
Acentfortes de gens eft d'un tres-grand
Secours ;
Pour garder un fecret elle eft meſme d'u
Sage,
La mettant fur un pied de diminution
Mais ne comptez pas trop fur fa difcretion
, .
Car elle peut trahirfi l'on ne fe ménages
L. BOUCHET,
ancien Curé de Nogent le R
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1658
p. 93
II.
Début :
Quelle est donc cette Dame avec ces avantages, [...]
Mots clefs :
Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
II.
Velle eft donc cette Dame avec ces
avantages ,
Avec ce train pompeux , avecque ces.cent
Pages,
Dont l'égale beauté ne fe peut copier ,
Son merite éclatant fait parmy nous figure,
L'on entrevoit par fois fon nom dans le
Mercure ,
Cependant ce n'eft rien qu'une Main de
Papier.
Le mefme.
Velle eft donc cette Dame avec ces
avantages ,
Avec ce train pompeux , avecque ces.cent
Pages,
Dont l'égale beauté ne fe peut copier ,
Son merite éclatant fait parmy nous figure,
L'on entrevoit par fois fon nom dans le
Mercure ,
Cependant ce n'eft rien qu'une Main de
Papier.
Le mefme.
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1659
p. 93-94
III.
Début :
Les deux Enigmes du Mercure [...]
Mots clefs :
Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : III.
III.
LE
Es deux Enigmes du Mercure
Me donnent de la tablature.
On me prendroit pour un Magot ,
Je fais cent poftures de Singe ,
Je réve , je ronge mon linge,
Et je ne puis en deviner le mot.
Dans mon efprit chaque met je recueille
,
94
Extraordinaire
Fécris tout ce qui peut me le notifier ;
Etj'ay déja gaftéplus d'une Feuille ...
Bon, que dis -je, une Feüille? une Main de
Papier.
Une Main de Papier ! Ah! ah ! par aventure
,
Il le faut confeffer ,
Fay devine , fans y penfer ,
Les deux Enigmes du Mercure.
DE SOUVERAS,
LE
Es deux Enigmes du Mercure
Me donnent de la tablature.
On me prendroit pour un Magot ,
Je fais cent poftures de Singe ,
Je réve , je ronge mon linge,
Et je ne puis en deviner le mot.
Dans mon efprit chaque met je recueille
,
94
Extraordinaire
Fécris tout ce qui peut me le notifier ;
Etj'ay déja gaftéplus d'une Feuille ...
Bon, que dis -je, une Feüille? une Main de
Papier.
Une Main de Papier ! Ah! ah ! par aventure
,
Il le faut confeffer ,
Fay devine , fans y penfer ,
Les deux Enigmes du Mercure.
DE SOUVERAS,
Fermer
Résumé : III.
Le narrateur est confronté à deux énigmes du Mercure concernant une tablature. Il se compare à un magot et à un singe, incapable de deviner le mot ou le sens des énigmes. Il collecte et écrit toutes les informations possibles pour les résoudre, remplissant plusieurs feuilles de papier. Il souligne l'effort et la persévérance dans cette quête.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1660
p. 94-95
IV.
Début :
CHacun a son talent icy-bas dans le monde ; [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV.
IV .
DE SOUVERAS,
Hacun a fon talent icy - bas dans le
monde :
L'un exprime par quatre mots
Ce qu'un autre ne fait qu'avec de longs.
propos ,
Comme s'il circuloit cette machine ronde,
N'aimant que la prolixité ,
Pour parvenir au but qu'il avoit médité.
Telles font les humeurs dedeux Nymphes
galantes,
Qui nous font preſent en ce mois ,
De deux Enigmes tres- charmantes
3
du Mercure Galant. 95
Et dont le Dien galant a voulu faire
choix.
Badmirable Clione écrivant la premiere,
Elle met fon difcours entier
Sur une Feuille de Papier ,
Ge
que
n'a pas fait la derniere ,
En traitant la mefme matiere ;
Car elle en a mis une Main
Avant
que
d'achever d'écrire :
Cela fera connu de tout le genre
humain
Ou du moins de tous ceux qui fe plai
fent à lire.
SYLVIE du Havre.
DE SOUVERAS,
Hacun a fon talent icy - bas dans le
monde :
L'un exprime par quatre mots
Ce qu'un autre ne fait qu'avec de longs.
propos ,
Comme s'il circuloit cette machine ronde,
N'aimant que la prolixité ,
Pour parvenir au but qu'il avoit médité.
Telles font les humeurs dedeux Nymphes
galantes,
Qui nous font preſent en ce mois ,
De deux Enigmes tres- charmantes
3
du Mercure Galant. 95
Et dont le Dien galant a voulu faire
choix.
Badmirable Clione écrivant la premiere,
Elle met fon difcours entier
Sur une Feuille de Papier ,
Ge
que
n'a pas fait la derniere ,
En traitant la mefme matiere ;
Car elle en a mis une Main
Avant
que
d'achever d'écrire :
Cela fera connu de tout le genre
humain
Ou du moins de tous ceux qui fe plai
fent à lire.
SYLVIE du Havre.
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Résumé : IV.
Le texte compare deux nymphes, Clione et Sylvie du Havre, qui présentent des énigmes dans le Mercure Galant. Clione exprime son idée brièvement sur une feuille, tandis que Sylvie commence un discours long mais inachevé. Les énigmes sont destinées aux amateurs de lecture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1661
p. 95-96
V.
Début :
Mercure d'un air cavalier [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : V.
V.
Ercure d'un air cavalier
ME
Nous fait prefenter du Papier,
Dans la belle faifon d'Automne :
Qu'il en garde s'il veut & la Feüille),
la Main ;
Vn chacun de nous la redonne ,
Plutoft en ce jour que
demain .
Qu'il cherche fi dans fa boutique
96
Extraordinaire
Ily pourra trouver quelque friand mor
cean
Qui fe reffente unpeu de la liqueur bachis
que,
Ah ! pour lors ce preſent nouveau
Nous paroiftra plus agreable ;
Car enfin , tout ce qui n'est pas
Propre pour eftre mis fur table ,
Ne fçauroit nous caufer qu'un penible
embarras.
DE
La petite A ffemblée A.
du Havre.
Ercure d'un air cavalier
ME
Nous fait prefenter du Papier,
Dans la belle faifon d'Automne :
Qu'il en garde s'il veut & la Feüille),
la Main ;
Vn chacun de nous la redonne ,
Plutoft en ce jour que
demain .
Qu'il cherche fi dans fa boutique
96
Extraordinaire
Ily pourra trouver quelque friand mor
cean
Qui fe reffente unpeu de la liqueur bachis
que,
Ah ! pour lors ce preſent nouveau
Nous paroiftra plus agreable ;
Car enfin , tout ce qui n'est pas
Propre pour eftre mis fur table ,
Ne fçauroit nous caufer qu'un penible
embarras.
DE
La petite A ffemblée A.
du Havre.
Fermer
Résumé : V.
Le poème décrit le papier comme un cadeau distribué librement, tel des feuilles en automne. Chacun le reçoit et le redonne rapidement. Une boutique offre des friandises évoquant la liqueur bachique, rendant le présent plus agréable. Le texte souligne que ce qui n'est pas approprié pour la table cause un embarras. Il se termine par une référence à une petite assemblée au Havre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1662
p. 96
VI.
Début :
De vos Enigmes, sans effort, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
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texteReconnaissance textuelle : VI.
VI.
du Havre.
E vos Enigmes , fans effort ,
L'ay pénetré le miftere d'abord,
Et j'aurois mis en Vers le mot de la premiere
,
Sur une Feuille de Papier.
Mais , pour en pouvoirfaire autant de la
derniere ,
Il m'auroit falu , fans quartier ,
En employer du moins une Main toute
entiere.
Le petit Colin de Peshiviers.
du Havre.
E vos Enigmes , fans effort ,
L'ay pénetré le miftere d'abord,
Et j'aurois mis en Vers le mot de la premiere
,
Sur une Feuille de Papier.
Mais , pour en pouvoirfaire autant de la
derniere ,
Il m'auroit falu , fans quartier ,
En employer du moins une Main toute
entiere.
Le petit Colin de Peshiviers.
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1663
p. 97
VII.
Début :
Ovy, je le soûtiendray, ces Enigmes de chien [...]
Mots clefs :
Main de papier
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texteReconnaissance textuelle : VII.
VII.
vy, je lefoûtiendray , ces Enigmes
de chien
Ne font qu'un embarras où l'on ne comprend
rien ,
S'écria certainfat , laffè de les relire .
Lefolaftre Colin , qui les leur à fon tour,
Luy dit , en fe paſmant de rire ,
Et moy , je les foûtiens plus claires que le
jour ,
Ton foible efprit torp toft fe rebutte &
s'irrite.
L'une nous fait entendre , en termes fort
exprés,
Qu'en une Feüille tres -petite ,
Qui parloit de ton merite ,
Laifferoit du blanc de relais .
L'autre que de tes faits de fot & de beneft,
On pourroit remplir fort à l'aise ,
Vne Main de Papier à Thêfe.
Q. d'Octobre 1685.
Le mefine .
vy, je lefoûtiendray , ces Enigmes
de chien
Ne font qu'un embarras où l'on ne comprend
rien ,
S'écria certainfat , laffè de les relire .
Lefolaftre Colin , qui les leur à fon tour,
Luy dit , en fe paſmant de rire ,
Et moy , je les foûtiens plus claires que le
jour ,
Ton foible efprit torp toft fe rebutte &
s'irrite.
L'une nous fait entendre , en termes fort
exprés,
Qu'en une Feüille tres -petite ,
Qui parloit de ton merite ,
Laifferoit du blanc de relais .
L'autre que de tes faits de fot & de beneft,
On pourroit remplir fort à l'aise ,
Vne Main de Papier à Thêfe.
Q. d'Octobre 1685.
Le mefine .
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Résumé : VII.
Un dialogue oppose deux personnages sur des énigmes. L'un les trouve confuses, l'autre, Colin, les juge claires. Colin cite deux énigmes : une feuille minuscule discutant du mérite de quelqu'un et laissant du blanc pour des relais, et des actions remplissant une main de papier à thé. Le texte est daté du 16 octobre 1685 et signé 'Le mefine'.
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1664
p. 98
VIII.
Début :
MErcure prend le titre à bon droit de galant, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
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texteReconnaissance textuelle : VIII.
VIII.
Mercureprend le titre à bon droit de
galant,
Il l'eft , & mesme en fçait inſpirer le
talent ,
Les difpofitions , l'adreſſe & la maniere,
Nous le reconnoiffons furplus d'une matiere.
Mais il eft liberal ce mois ,
Car il nous fournit à la fois
La Feuille de Papier , & la Main toute
entiere.
M
La plus aimable Brunette du petit
Colin de Pithyviers .
Mercureprend le titre à bon droit de
galant,
Il l'eft , & mesme en fçait inſpirer le
talent ,
Les difpofitions , l'adreſſe & la maniere,
Nous le reconnoiffons furplus d'une matiere.
Mais il eft liberal ce mois ,
Car il nous fournit à la fois
La Feuille de Papier , & la Main toute
entiere.
M
La plus aimable Brunette du petit
Colin de Pithyviers .
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1665
p. 98-100
IX.
Début :
MErcure est fort sçavant en l'art de tromperie, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
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texteReconnaissance textuelle : IX.
IX.
Ercure eft fort fçavant en l'art de
tromperie,
Son Maistre Iupiter s'en eft fort bien
trouvé ,
Ce qu'ilfait en eft approuvé ;
S'il eft ailé par tout, c'eſt pour la volerie
DE
LA
Extraordinaire
Il s'eft rendu de tous meftiers.
THEQUE
BIBLIOTH
LI
99
1893
Eft-il lieu fi fermé que fa main ne crochette?
On voit que par tout il furete ,
Le Voleur a pris mes Papiers ,
Qui m'ont toûjours efté de grande con-
Sequence ;
Pourquoy me dira-t-on ? Est - ce pour les
changer
Comme ill'entend fort bien , ou pour les
corriger?
N'importe à quel deffein , cependant par
Sentence
le me vois condamné de les reprefenter,
Ou manque de ce faire on me va maltraiter,
Il m'avoit promis de les rendre ,
Quand indûment il les vint prendre ,
S'il ne m'euft trompé bien des fois ,
Ie les efperois dans ce mois ,
Mais il me defole & me tuë,
Quandfeulement il reftituë,
Quoy ! du Papier tout blanc, une Feuille,
une Main,
I
100 Extraordinaire
N'est-ce pas me jouer unefourbe groffiere?
De tout temps on l'a veu fuivrefon meſme
train ,
Il a beau fe couvrir , l'on sçait trop fa
maniere.
GYGES du Havre.
Ercure eft fort fçavant en l'art de
tromperie,
Son Maistre Iupiter s'en eft fort bien
trouvé ,
Ce qu'ilfait en eft approuvé ;
S'il eft ailé par tout, c'eſt pour la volerie
DE
LA
Extraordinaire
Il s'eft rendu de tous meftiers.
THEQUE
BIBLIOTH
LI
99
1893
Eft-il lieu fi fermé que fa main ne crochette?
On voit que par tout il furete ,
Le Voleur a pris mes Papiers ,
Qui m'ont toûjours efté de grande con-
Sequence ;
Pourquoy me dira-t-on ? Est - ce pour les
changer
Comme ill'entend fort bien , ou pour les
corriger?
N'importe à quel deffein , cependant par
Sentence
le me vois condamné de les reprefenter,
Ou manque de ce faire on me va maltraiter,
Il m'avoit promis de les rendre ,
Quand indûment il les vint prendre ,
S'il ne m'euft trompé bien des fois ,
Ie les efperois dans ce mois ,
Mais il me defole & me tuë,
Quandfeulement il reftituë,
Quoy ! du Papier tout blanc, une Feuille,
une Main,
I
100 Extraordinaire
N'est-ce pas me jouer unefourbe groffiere?
De tout temps on l'a veu fuivrefon meſme
train ,
Il a beau fe couvrir , l'on sçait trop fa
maniere.
GYGES du Havre.
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Résumé : IX.
Le texte présente Ercure, un maître de la tromperie approuvé par Jupiter, doté de capacités de vol et d'omniprésence. Ercure a dérobé des documents importants au narrateur, qui ignore s'ils doivent être changés ou corrigés. Obligé de les reproduire sous menace de sévices, le narrateur est désespéré car Ercure n'a pas tenu sa promesse de restitution. À la place des documents volés, Ercure a rendu des feuilles blanches, qualifiées de tromperie évidente. Le comportement d'Ercure est comparé à celui de Gygès du Havre, également connu pour ses pratiques malhonnêtes.
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1666
p. 100-101
X.
Début :
Deux Autheurs voulant à l'envy [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
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texteReconnaissance textuelle : X.
X.
Deux Autheurs voulant à l'envy
Louer du Roy le Regne & la Puiffance,
Les Actions & la Magnificence ,
Le dernier jourfe firent un deffy ;
L'un dit d'abord, ' a vifte , qu'on m'apporte
Vne Feuille de grand Papier.
L'autre à l'inftant qu'un mefme zele emporte
,
Dit, il m'enfaut un gros cabier,
Et j'ay dequoy le remplir tout entier
D'éloges de plus d'une forte. "
Farrivay pendant leurs débats ,
Et leur dis , mes amis , fi vous me voulez
croire
Vous ne vous ferez point là- deſſus d'embaras.
du Mercure Galant.
ΙΟΙ
Sila Main de Papièr mefme ne fuffit pas
Pour ébaucher du Roy le merite & la
gloire,
La Feuille & le Cahier ne fuffirent jamais
Pour contenir le moindre de fesfaits.
Le Rival du petit Colin
de Pithiviers.
Deux Autheurs voulant à l'envy
Louer du Roy le Regne & la Puiffance,
Les Actions & la Magnificence ,
Le dernier jourfe firent un deffy ;
L'un dit d'abord, ' a vifte , qu'on m'apporte
Vne Feuille de grand Papier.
L'autre à l'inftant qu'un mefme zele emporte
,
Dit, il m'enfaut un gros cabier,
Et j'ay dequoy le remplir tout entier
D'éloges de plus d'une forte. "
Farrivay pendant leurs débats ,
Et leur dis , mes amis , fi vous me voulez
croire
Vous ne vous ferez point là- deſſus d'embaras.
du Mercure Galant.
ΙΟΙ
Sila Main de Papièr mefme ne fuffit pas
Pour ébaucher du Roy le merite & la
gloire,
La Feuille & le Cahier ne fuffirent jamais
Pour contenir le moindre de fesfaits.
Le Rival du petit Colin
de Pithiviers.
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Résumé : X.
Deux auteurs rivalisent pour louer le roi, son règne et ses actions. Le premier veut une grande feuille, le second un gros cahier. Farrivay intervient, affirmant qu'aucun support ne suffirait à contenir tous les mérites et exploits royaux, soulignant ainsi leur immensité.
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1667
p. 101-102
XI.
Début :
Ces jours passez un Orateur [...]
Mots clefs :
Papier
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texteReconnaissance textuelle : XI.
XI.
CEs jours paffex un Orateur
Que l'on avoit choifi pour la plus belle
langue ,
Ne
Vonlant au Roy faire Harangue ,
put dire un feul mot , tant il avoit
de peur ;
Il demeura comme une fouche ,
A peine ilput ouvrir la bouche.
La grande Majefté du Roy
Luy pouvoit donner de l'effroy ;
Il eftoit pourtant habile homme,
On l'affeure ,fans qu'on le nomme.
Cependant des le lendemain
I iij
102
Extraordinaire
Vn Colporteur aſſez matin ,
De ces gens que l'on voit ne chercher
que l'utile,
Va criant dans toute la Ville ,
*
La Harangue d'un tel .... faite à Sa
Majefté.
Comme on la croyoit fort bienfaite
Chacun en veut avoir par curiofité ,
Tout le monde y court & l'achete ,
On croyoit que l'Autheur pour ſe fairė
eftimer,
Pour reparation l'avoitfait imprimer,
Tons difent, bienfurpris, de voir la tromperie,
Ce n'est que Papier blanc, on n'y voit rien
d'écrit ,
Auffi dit celuy qui le crie ,
Le Harangueur n'a-t- il rien dit.
Hermophile d'Antifer.
CEs jours paffex un Orateur
Que l'on avoit choifi pour la plus belle
langue ,
Ne
Vonlant au Roy faire Harangue ,
put dire un feul mot , tant il avoit
de peur ;
Il demeura comme une fouche ,
A peine ilput ouvrir la bouche.
La grande Majefté du Roy
Luy pouvoit donner de l'effroy ;
Il eftoit pourtant habile homme,
On l'affeure ,fans qu'on le nomme.
Cependant des le lendemain
I iij
102
Extraordinaire
Vn Colporteur aſſez matin ,
De ces gens que l'on voit ne chercher
que l'utile,
Va criant dans toute la Ville ,
*
La Harangue d'un tel .... faite à Sa
Majefté.
Comme on la croyoit fort bienfaite
Chacun en veut avoir par curiofité ,
Tout le monde y court & l'achete ,
On croyoit que l'Autheur pour ſe fairė
eftimer,
Pour reparation l'avoitfait imprimer,
Tons difent, bienfurpris, de voir la tromperie,
Ce n'est que Papier blanc, on n'y voit rien
d'écrit ,
Auffi dit celuy qui le crie ,
Le Harangueur n'a-t- il rien dit.
Hermophile d'Antifer.
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Résumé : XI.
Un orateur, reconnu pour son éloquence, reste muet lors d'une harangue au roi à cause de la peur. Le lendemain, un colporteur vend une prétendue harangue qui s'avère être une feuille blanche. Les acheteurs, déçus, comprennent que l'orateur n'a rien dit.
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1668
p. 102-103
XII.
Début :
Mercure avec adresse a commencé l'Automne, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XII.
XII.
Mercure
avec adreffe a commencé
l'Automne ,
La Feuille de Papier , & la Main qu'il
now donne
du Mercure Galant. 103
Nous peuvent garantir des rigueurs de
Hyver.
Perfonne ne prévoit fes manieres fubtiles;
Les Enigmes du mois eftant d'un Papier
clair,
Pourfaire des Chaſſis en tous lieux font
utiles.
Avice de Caën
Mercure
avec adreffe a commencé
l'Automne ,
La Feuille de Papier , & la Main qu'il
now donne
du Mercure Galant. 103
Nous peuvent garantir des rigueurs de
Hyver.
Perfonne ne prévoit fes manieres fubtiles;
Les Enigmes du mois eftant d'un Papier
clair,
Pourfaire des Chaſſis en tous lieux font
utiles.
Avice de Caën
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1669
p. 103-104
XIII.
Début :
Pourrions-nous dans ce mois observer le silence, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
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texteReconnaissance textuelle : XIII.
XIII.
Ourrions-nous dans ce mois obſerver
le filence , pow
Sans paffer pour des negligeans ,
Aprés tous les foins obligens
Que le divin Courier a mis en évidence?
Non , fans doute , on auroit à dos tout
l'Univers ,
Si l'on ne formoit quelques Vers,
Sur l'explication de fes belles Enigmes :
Ses plaintes feroient legitimes ,
On ne fçauroit me le nier ,
Puifque par deux Nymphes charmantes
,
I iiij
04
Extraordinaire
Spirituelles & galantes,
Il nous fait donner du Papier ,
L'une en offre une Feüille , & l'autre une
Main ample:
C'est déquoy s'exercer fur differens fujets
;
LOVIS noftre grand Roy , digne de plus
d'un Temple ,
Suffit pour nous fournir mille doctes projets
,
> Soit en faisant paflir le Croiffant de
l'Afrique :
Soit en mettant l'Hydre François
Dans les derniers abois ;
On pour avoir rendu l'Europe pacifique,
Enfin par tous les beaux endroits
De fon Ame heroïque.
Ainfi donc , que chacun plein d'une noble
ardeur
Se difpofe de bonne grace
A demander les talens du Parnaffe,
Pour louer comme il faut cet aimable
Vainqueur.
Alcidor du Havre
Ourrions-nous dans ce mois obſerver
le filence , pow
Sans paffer pour des negligeans ,
Aprés tous les foins obligens
Que le divin Courier a mis en évidence?
Non , fans doute , on auroit à dos tout
l'Univers ,
Si l'on ne formoit quelques Vers,
Sur l'explication de fes belles Enigmes :
Ses plaintes feroient legitimes ,
On ne fçauroit me le nier ,
Puifque par deux Nymphes charmantes
,
I iiij
04
Extraordinaire
Spirituelles & galantes,
Il nous fait donner du Papier ,
L'une en offre une Feüille , & l'autre une
Main ample:
C'est déquoy s'exercer fur differens fujets
;
LOVIS noftre grand Roy , digne de plus
d'un Temple ,
Suffit pour nous fournir mille doctes projets
,
> Soit en faisant paflir le Croiffant de
l'Afrique :
Soit en mettant l'Hydre François
Dans les derniers abois ;
On pour avoir rendu l'Europe pacifique,
Enfin par tous les beaux endroits
De fon Ame heroïque.
Ainfi donc , que chacun plein d'une noble
ardeur
Se difpofe de bonne grace
A demander les talens du Parnaffe,
Pour louer comme il faut cet aimable
Vainqueur.
Alcidor du Havre
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Résumé : XIII.
Le texte met en avant la nécessité de célébrer les exploits du roi Louis XIV à travers la poésie. L'auteur souligne qu'il est impensable de rester silencieux après les nombreuses obligations révélées par le 'divin Courier'. Écrire des vers pour expliquer les actions du roi est essentiel pour éviter de déplaire à l'univers entier. Le roi est décrit comme étant aidé par deux nymphes charmantes, spirituelles et galantes, qui fournissent du papier pour écrire. Les vers doivent aborder divers sujets, notamment les victoires militaires du roi, telles que la progression en Afrique et la mise en difficulté de l'hydre française. Le roi est également loué pour avoir apporté la paix en Europe grâce à ses qualités héroïques. L'auteur encourage chacun à se préparer avec ardeur à solliciter les talents poétiques nécessaires pour louer dignement ce vainqueur aimable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1670
p. 105
XIV.
Début :
L'On a toûjours dit du Mercure [...]
Mots clefs :
Feuille de papier
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texteReconnaissance textuelle : XIV.
XIV.
On a toûjours dit du Mercure
Qu'ilfçavoit galammentfaire un certain
trafic ,
En cachette , ou bien en public ,
Que c'eftoit un Expert en fraude , en im
posture ,
Mais on n'avoit point encor dit
Qu'il eftoit un Incendiaire.
le le prouve par cet écrit ,
Puis qu'ayant fait peu de lumiere
Avec fa Feuille de Papier,
Qu'en ces jours il a prefentée ,
Et qu'on a bientoft acceptée ,
Il nous échauffe tant qu'on nous entend
crier
Au feu tout eft perdu , tout est réduit en
cendre ,
Si pas un ne nous veut défendre.
La petite Affemblée G
du Havre,
On a toûjours dit du Mercure
Qu'ilfçavoit galammentfaire un certain
trafic ,
En cachette , ou bien en public ,
Que c'eftoit un Expert en fraude , en im
posture ,
Mais on n'avoit point encor dit
Qu'il eftoit un Incendiaire.
le le prouve par cet écrit ,
Puis qu'ayant fait peu de lumiere
Avec fa Feuille de Papier,
Qu'en ces jours il a prefentée ,
Et qu'on a bientoft acceptée ,
Il nous échauffe tant qu'on nous entend
crier
Au feu tout eft perdu , tout est réduit en
cendre ,
Si pas un ne nous veut défendre.
La petite Affemblée G
du Havre,
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Résumé : XIV.
Le texte présente Mercure, traditionnellement vu comme un expert en fraude, mais jamais comme un incendiaire. Un écrit récent le représente comme une feuille de papier provoquant un incendie. La situation est décrite comme alarmante, avec des appels à l'aide pour éviter la destruction. Une 'petite Affemblée' du Havre est mentionnée sans détails sur son rôle.
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1671
p. 106
XV.
Début :
Cette fourmiliere d'Autheurs, [...]
Mots clefs :
Papier
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texteReconnaissance textuelle : XV.
XV.
Ette fourmiliere d'Autheurs,
Cuefon va recherchant de Boutique
en Boutique,
Accable les efprits , nuit à la Republiques
On voit que la plus part ne font que
Voleurs .
des
Quelques fujets qu'on leur propofe,
Ils difent tous la mefme chofe :
Ce qu'on y trouve de plus beau,
Eft en effet le moins nouveau ;
Par tout dans leurs Ecrits ce n'eft que
volerie :
Si ceux qui ne font pas mefme du der
г nier rang ,
Oftoient de leurs écrits toute la pillerie
Le Papier refteroit tout blanc.
Com
XVI.
La mefme .
Ette fourmiliere d'Autheurs,
Cuefon va recherchant de Boutique
en Boutique,
Accable les efprits , nuit à la Republiques
On voit que la plus part ne font que
Voleurs .
des
Quelques fujets qu'on leur propofe,
Ils difent tous la mefme chofe :
Ce qu'on y trouve de plus beau,
Eft en effet le moins nouveau ;
Par tout dans leurs Ecrits ce n'eft que
volerie :
Si ceux qui ne font pas mefme du der
г nier rang ,
Oftoient de leurs écrits toute la pillerie
Le Papier refteroit tout blanc.
Com
XVI.
La mefme .
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Résumé : XV.
Le texte critique la prolifération excessive des auteurs et leur manque d'originalité. La plupart plagient ou copient des œuvres existantes, traitant souvent les mêmes sujets de manière répétitive. Il dénonce le manque d'authenticité et affirme que sans pillage d'idées, les pages resteraient vides. Le marché littéraire est saturé par des œuvres dérivées.
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1672
p. 106-107
XVI.
Début :
Comment ce mois ne pas écrire, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
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texteReconnaissance textuelle : XVI.
XVI.
La mefme .
Omment ce mois ne pas écrire ,
Et recevoir tant de Papier !
Quand pendant l'Hyver tout entier
du Mercure Galant . 107
Tout le monde devroit en rire ,
Je n'attendray pas à demain ,
Car en ay la Feüille & la Main.
LA
Mademoiſelle Launay Buret
La mefme .
Omment ce mois ne pas écrire ,
Et recevoir tant de Papier !
Quand pendant l'Hyver tout entier
du Mercure Galant . 107
Tout le monde devroit en rire ,
Je n'attendray pas à demain ,
Car en ay la Feüille & la Main.
LA
Mademoiſelle Launay Buret
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1673
p. 107-108
XVII.
Début :
LA jeune Iris pour qui mon coeur est tout de flame, [...]
Mots clefs :
Feuille de papier, Main de papier
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texteReconnaissance textuelle : XVII.
XVII.
Ajeune Iris pour qui mon coeur eft
tout de flame ,
Me commanda dernierement
Abfolument
De luy faire fon Anagramme.
Feftois chez elle alors ,& je m'en défendis,
Mais en vain , car la jeuneFris
Me jurafur fon ame
Qu'elle le pretendoit. Mais , luy dis-je
Madame ,
Si j'eftois dans mon cabinet
Aprendre tont le temps que defire l'effet
De quelques Lettres affemblées,
Aprés avoir efté cinquantefois brouillées,
Remifes en eftat, & puis encor mélées ,
Je pourrois ajuster ce que vous demandez.
Mais encor un coup , je vous prie,.
108 Extraordinaire
"
Veuillez en diſpenſer mon trop foible gea
nie !
Non,je le veux. Puis que vous comandez,
Il faut vous obeir, & l'amourm'y convie
Oyant ces mots , joyeuse elle ne fait qu'un
Sant
Du bas en haut
Pourm'apporter l'Ecritoire & la Plume 5
Et puis d'un vieux Volume
Qu'elle tient dans fes mains , elle arrache
un Cabier.
Tenez , voilà , dit- elle , du papier ;
Iris, vous vous mocquez, je ne veux point
écrire
Voftre beau nom
Sur un brouillon ,
Qu'au hazard pour rien l'on déchire.
Permettez-moy. de vous dire Et
Que pour cet Ouvrage galant,
Une Feüille de Papier blanc
Ne pourroit dignement fuffire.
Au lieu d'une Feuille , foudain
Elle m'en apporte une Main.
C. F. LOURDET,
du quartier de la Place Maubert
Ajeune Iris pour qui mon coeur eft
tout de flame ,
Me commanda dernierement
Abfolument
De luy faire fon Anagramme.
Feftois chez elle alors ,& je m'en défendis,
Mais en vain , car la jeuneFris
Me jurafur fon ame
Qu'elle le pretendoit. Mais , luy dis-je
Madame ,
Si j'eftois dans mon cabinet
Aprendre tont le temps que defire l'effet
De quelques Lettres affemblées,
Aprés avoir efté cinquantefois brouillées,
Remifes en eftat, & puis encor mélées ,
Je pourrois ajuster ce que vous demandez.
Mais encor un coup , je vous prie,.
108 Extraordinaire
"
Veuillez en diſpenſer mon trop foible gea
nie !
Non,je le veux. Puis que vous comandez,
Il faut vous obeir, & l'amourm'y convie
Oyant ces mots , joyeuse elle ne fait qu'un
Sant
Du bas en haut
Pourm'apporter l'Ecritoire & la Plume 5
Et puis d'un vieux Volume
Qu'elle tient dans fes mains , elle arrache
un Cabier.
Tenez , voilà , dit- elle , du papier ;
Iris, vous vous mocquez, je ne veux point
écrire
Voftre beau nom
Sur un brouillon ,
Qu'au hazard pour rien l'on déchire.
Permettez-moy. de vous dire Et
Que pour cet Ouvrage galant,
Une Feüille de Papier blanc
Ne pourroit dignement fuffire.
Au lieu d'une Feuille , foudain
Elle m'en apporte une Main.
C. F. LOURDET,
du quartier de la Place Maubert
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Résumé : XVII.
Le texte relate une interaction entre le narrateur et une jeune femme nommée Iris. Iris demande au narrateur de créer un anagramme de son nom. Initialement hésitant, le narrateur accepte après l'insistance d'Iris. Elle lui fournit une écritoire, une plume et un cahier provenant d'un vieux volume. Le narrateur refuse d'utiliser ce support, jugeant qu'il n'est pas approprié. Iris insiste alors en apportant des feuilles de papier blanc, qu'elle considère plus adaptées pour cette tâche. Le narrateur mentionne également qu'il habite dans le quartier de la Place Maubert.
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1674
p. 109
XVIII.
Début :
MErcure, peu s'en est fallu [...]
Mots clefs :
Papier
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texteReconnaissance textuelle : XVIII.
XVIII.
Mone per expliquer voſtre EErcure
, peu s'en eft fallu
nigme
>
Dans un fens mefme legitime
De moy vous n'ayez rien receu
Que du Papier tout blanc ; c'euſt eſtéfans
merveille
Vousrendre affez-bien la pareille,
Q
La belle Nouriture du Havre .
Mone per expliquer voſtre EErcure
, peu s'en eft fallu
nigme
>
Dans un fens mefme legitime
De moy vous n'ayez rien receu
Que du Papier tout blanc ; c'euſt eſtéfans
merveille
Vousrendre affez-bien la pareille,
Q
La belle Nouriture du Havre .
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1675
p. 109-110
XIX.
Début :
QUe ne suis-je Ecrivain d'une aussi-bonne plume [...]
Mots clefs :
Papier
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texteReconnaissance textuelle : XIX.
XIX.
Ve ne fuis-je Ecrivain d'une auffibonne
plume
Que j'ay de bon Papier ! à la gloire du
Roy ,
Qui fait par tout donner la Loy,
Volontiers je ferois Volume fur Volume.
Que fi pour dignement faire un Recit
entier
De toutes fes Grandeurs ( deffein fort
témeraire )
110 Extraordinaire
Le Papier me manquoit, mafoy , je voudrois
faire
Changer tout mon linge en Papier ;
Mais des gens comme moy ne font pas
Son Hiftoire ,
Les plus capables font éblouis defa gloire.
La mefme.
Ve ne fuis-je Ecrivain d'une auffibonne
plume
Que j'ay de bon Papier ! à la gloire du
Roy ,
Qui fait par tout donner la Loy,
Volontiers je ferois Volume fur Volume.
Que fi pour dignement faire un Recit
entier
De toutes fes Grandeurs ( deffein fort
témeraire )
110 Extraordinaire
Le Papier me manquoit, mafoy , je voudrois
faire
Changer tout mon linge en Papier ;
Mais des gens comme moy ne font pas
Son Hiftoire ,
Les plus capables font éblouis defa gloire.
La mefme.
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1676
p. 110-146
ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Début :
C'Est une chose assez surprenante, Monsieur, que de tant de [...]
Mots clefs :
Langue universelle, Lettres, Chiffres, Expressions, Caractères, Auxiliaire, Accents, Verbes, Signification, Exemples, Ouvrages, Méthode, Prononciation, Écritures, Diphtongue, Terminaisons, Règles
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texteReconnaissance textuelle : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
ENTIERE EXPOSITION
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
d'une feconde Langue
Univerſelle
.
A Fau-Cleranton le 20. de Novembre 1685 .
C
Eft une choſe affez ſurprenante
Monfieur
, , que
de
tant
de perſonnes
éclairées
, ſub- tiles
& fçavantes
qui
lifent
vos
agreables
Livres
, aucune
ne
fe
du Mercure Galant. III
mit fur les rangs , pour déclarer
que les Chiffres Arabiques
ou
Indiens eftoient les vrays Caracteres
de l'Ecriture
Univerſelle
,
aprés que j'en eus propofé la demande
par forme d'Enigme
dans
voftre quatorziéme
Extraordinaires.
Mais il eſt plus étonnant
encore que tous ces habiles Curieux
, mon cher Compatriotte
& moy , ne fceuffions
pas que
divers Auteurs avoient trouvé &
publié ce grand Secret , plufieurs
années avant qu'il m'entraft dans
l'efprit. Je vous ay dit comme
j'avois efté excité à fa recherche
par la lecture de la Science univerfelle
de Sorel : & comme un
peu de reflexion m'avoit fait par
venir à fa découverte
. Sorel im.
prima en 1640. & il a peut- eftre
ΤΙΣ Extraordinaire
efté le premier qui a donné lieu
d'y penfer , aux autres auffi bien
qu'a moy ; ce qui eft d'autant
plus plaufible , que ce n'est que
depuis ce temps là qu'ils ont propofé
les moyens d'y réüffir. Quoy
qu'il en foit , voicy ce que deux
de mes bons amis Parifiens , perfonnes
de belefprit & de grande
capacité, ont pris la peine de m'écrire
depuis quelques jours ; &
j'ay trop de franchiſe pour ne
vous en point faire part , bien
que j'y trouve une grande dimi .
nution à la joye que me donnoit
la creance que j'avois d'eftre le
premier Inventeur de ce que je
me vois contraint d'attribuer à
d'autres . M' l'Abbé Br ... l'un de
ces Amis , me mande qu'on luy a
fait voir un Livre appellé , Te
du Mercure Galant. 113
thnitata curiofa , five mirabilia artis ,
imprimé en 1664. ou l'Auteur
qui eft un Jefuite nommé Schott
dit dans la partie de fon Ouvrage
intitulée Mirabilia Graphica ,
qu'il ne fçait perfonne aux fie.
cles paffez qui ait donné des me.
thodes d'Efcriture Univerſelle
mais qu'en celuy - cy quelquesuns
l'ont entrepris & y ont réüffi ,
que de ceux qui font venus à fa
connoiſſance , il y en a deux de
fon ordre , fçavoir un Eſpagnol
qu'il ne nomine point , ou qu'il
pomme Muto ou le Muet ; & un
Allemand qui eft le Pere Athana-
·fe Kircher ; & de plus un Medecin
de Spire , appellé Fean Foachin
Becher ; que l'Efpagnol étalla fa
methode à Rome en 1653. dans
ne feuille volante fous le Titre:
Q. d'Octobre 1685.
K
Extraordinaire
d'Arithmeticus nomen elator mundi
omnes nationes ad linguarum &fermonis
unitatem invitans ; que le
Medecin de Spire fit imprimer
la fienne à Francfort en 1661,
dans un Livre intitulé Clavis convenientia
linguarum , feu caracter
pro notitia linguarum Univerfali s
Et que le Pere Kircher donna ſon
Ouvrage à Rome en 1663. fous
le Titre de Poligraphia nova &
Univerfalis , ex combinatoria arte
detereta . Monfieur Br. m'apprend
enfuite que Schott rapporte dans
fon Livre , des Extraits de la premiere
& de la feconde de ces
Methodes ; & qu'il trouve avec
raifon que celle du Pere Efpagnol
eft trop difficile à pratiquer
pour avoir du cours à moins
qu'elle ne foit rectifiée , mais qu
>
du Mercure Galant.
IIS
ne fait pas le mefme jugement
de celle du Medecin de Spire ,
& avec juſtice , & qu'il ne dit
rien de celle du Pere Kircher , ne
l'ayant pas encore veuë . A quoy
Mi Br. ajoûte obligeamment
qu'il a creu me devoir avertir de
ces chofes , afin que fi j'en foûhaite
une plus grande connoiffance,
il s'en inftruife pour m'en faire
part.
L'autre de mes Amis qui m'écrit
eft Monfieur No. Il me man..
de qu'il luy est tombé entre les
mains un Livre d'une feconde
édition imprimé à Francfort en
1680. fans nom d'Auteur , inti
tulé Historia orbis terrarum Geographica
& Civilis , in qua de va
riis hujus & fuperioris feculi nego
His, dont il croit me faire plaifi
Kij
116 Extraordinaire
de s'entretenir avec moy. Il me
conte donc que cét Auteur inconnu
témoigne que les plus
curieux d'entre les Anglois ont
cherché le fecret de l'Ecriture
Univerſelle avec grand foin &
avec peu de fuccez ; qu'à Londres
en 1661. il y parut un Traité
fur ce fujet fous le titre d'Ars fignorum
, feu caracter Univerfalis ,
& lexiton Grammatico- Philofophi
cum Georgij d'Algarno ; mais que
cette methode tient trop du Pedant
, pour eftre receue dans le
monde ; qu'un nommé François
de Lodvvik de Londres produific
enfuite quelque choſe de ſemblable
; mais que fon Ouvrage a eſté
fi fort negligé , que cela montre
affez que l'Autheur n'eſt pas ar
rivé au but qu'il fe propofoit ; &
du Mercure Galant.
117
que
le Docte Jean Vvilkins a eſfayé
auffi les forces de fon admirable
efprit fur cette matiere ;
mais que fon travail n'a pas eu
l'approbation qu'il en attendoit ,
A quoy M' No. ajoûte quelques
douceurs pour moy , qu'il eft inutile
de vous raporter.
Ces deux Amis me font entendre
de la forte , fans me le dire ,
que Salomon avoit raifon d'avan
cer qu'il n'y a rien de nouveau
fous le Soleil. Je m'étonnois bien
auffi que perfonne n'euſt penſé à
donner aux chiffres un employ
qui leur fied fibien . D'autres gens
s'en font donc aviſez auffi bien
que moy ;
en voila affez de preu
ves. On ne peut pourtant nier
quoy que dife Salomon , que la
difpofition des chofes ne foit pref
118 Extraordinaire
que toûjours nouvelle , bien que
les choſes ne le foient pas, à cauſe
que cette difpofition fe peut
donner d'un nombre infiny de façons
, veu le nombre infiny de
circonftances qui la forment.
Refte donc à examiner qui de ces
Auteurs ou de moy , à fceu attri
buer aux Chiffres que nous prenons
tous pour le fondement de
PEcriture Uuiverfelle , la difpofition
la plus propre à exprimer
toutes chofes avec diftinction ,
avec clarté , avec facilité , fans
équivoque , & fans aucun autre
embarras ; & qui par confequent
a trouvé la methode la plus proà
eftre receuë dans le Monde.
J'apprends encore de Mr Br.
que le Pere Schott dit que ce
font deux avantages tout divins,
pre
du Mercure Galant. 119
de parler une Langue & d'écrire
un caractere qui puiffent
eftre entendus de toutes les Nations
, quoy que differentes en
langues & en écritures ; que le
premier talent n'a efté accordé
qu'aux Apoftres & à quelques
hommes Apoftoliques ; que perfonne
jufqu'icy n'y eft parvenu
par les feules forces de la Nature ,
& qu'on n'en fait point meſme
qui ayent entrepris d'y parvenir,
& fur le témoignage de cét Auteur
mon amy ajoûte qu'il a
bien de la joye que fi je n'ay pas
eſté le premier à fonder l'Escritu
re Univerfelle fur les Chiffres ,
comme il l'avoit crû auffi - bien
que moy , je le fois à produire
la langue , que la langue Univerfelle
eft encore plus admi-
?
£20 . Extraordinaire
que
rable que l'Ecriture , puifque l'E
criture n'eft pour ainfi dire
le truchement des muets & des
morts , au lieu que la parole eſt
l'inftrument des vivans , & celuy
dont Dieu & les Anges fe font
fervis pour s'expliquerà nos premiers
Peres & aux plus grands
des Patriarches & des Prophetes.
Mais je n'ofe plus me flater de
l'invention d'aucune chofe nouvelle.
Ce qui eftoit veritable dans
le temps que Schott écrivoit , ne
l'eft peut- eftre plus en ce tempscy
; & je pourrois me tromper
en le croyant , tant le fiecle où
nous sommes travaille & rafine
fur tout , & furpaffe en fubtilité
& en penetration , tous les fiecles
qui le precedent .
Quoy qu'il en foit , j'ay bien
voulu,
du Mercure Galant. 121
voulu , Monfieur vous avertir
de ces chofes , non feulement
pour vous marquer ma franchiſe,
mais encore pour vous rendre
juge du differend dont je viens
de parler. Il s'agit de voir Schott ,
Becher , Kircher , & les Anglois
de l'Hiftoire Geographique, vous
eftes au Pays des Biblioteques
publiques & particulieres , il vous
eft aifé de trouver ces Auteurs.
Ayez donc la bonté , s'il vous
plaift , de paffer les yeux deffus à
voftre loifir , & de prononcer enfuite
ce que vous penferez de leurs
methodes & de la mienne , puifque
la comparaifon eft le feul avantage
qui me refte. Quel que
foit voftrejugement, affurez - vous
que je m'y foumettray fans peine,
parce que je le croiray jufte.
Q.d'Octobre 1685.
L
122
Extraordinaire
•
M' No. me parle encore d'un
autre Livre imprimé à Paris en
1674. qui traite de La Réunion des
Langues , ou de l'Art de les apprendre
toutes par une feule. Il est du
Pere Befnier Jefuite ; vous faites
mention de ce Pere dans voſtre
Mercure d'Avril 1682. où vous
dites qu'il eft à Conftantinople
en Miffion , qu'il entend & parle
plufieurs Langues étrangeres , &
qu'il s'applique depuis un an , à
l'entiere connoiffance de l'Arme.
nien vulgaire . Je ne doute point
que cette derniere Langue ne
foit fort utile à fon deffein , puifque
les premiers hommes d'aprés
le Déluge habiterent en Armenie;
Et elle pourroit bien eftre celle
dont feroient dérivées toutes les
autres ; mais ce deffein n'a aucun
du Mercure Galant.
123
›
rapport avec le mien . Le Pere
Beinier cherche une Langue Univerfelle
anciennement eftablie
puis difperfée & corrompuë , &
j'en établis une toute nouvele
qui ne pourroit jamais recevoir
d'alteration , à moins qu'on ne
ruïnaft l'Escriture Numerale qui
la fixe , & l'ordre de la Nature
qui la fonde , comme il fe verifie
par les exemples que j'ay donnez
du changement de mes Caracteres
en mots , & par mon projet
du Dictionnaire Univerfel . Quoy
que je ne parle icy que d'une Lan
gue , je ne laiffe pas d'en entendre
deux , & je n'en ay ufé de la
forte que pour m'accommoder à
la comparaiſon. Vous avez veu ,
Monfieur , dans ma derniere Let.
tre la maniere aiſée dont j'ex-
Lij
124
Extraordinaire
prime la premiere de ces Langues
, il me reste à vous faire con.
noiftre celle dont j'exprime la
feconde. La voicy en peu de
mots.
Cette feconde Langue a fon
rapport à ma deuxième écriture ,
& cette écriture a , comme vous
fçavez , une methode particuliere
pour les expreffions , & differe
principalement de la premiere ,
en ce qu'elle a bien moins de
Chiffres primitifs , mais beaucoup
plus d'auxiliaires, comme il fe voit
entre autres Caracteres , dans
ceux qui expriment les parties
invariables du difcours ; ou s'il
a plus de deux Chiffres , elle
n'en employe jamais qu'un primitif
, avec le refte d'auxiliaires ;
tout au contraire de la premiere
y
du Mercure Galant.
125
>
qui n'y fait jamais entrer qu'un
auxiliaire avec le refte de primitifs
, en ce qu'elle marque les cas
de la déclinaifon par fon penultiéme
chiffre auxiliaire au lieu
que la premiere y employe fon
dernier , en ce qu'elle reduit la
conjugaifon dans des bornes fort
étroites , au lieu que la premiere
luy en donne de fort étenduës ,
& en ce qu'elle met prefque tous
fes accents d'augmentation fur
fes auxiliaires , au lieu que la pre
miere les place prefque tous fur
fes primitifs , grandes diverfitez
dans ces Efcritures , qui en font
- naiftre de femblables dans les
Langues qui en refultent .
Les Alphabets de la premiere
font neanmoins communs à cellecy,
& toutes les regles luy con-
L iij
126 Extraordinaire
viennent , excepté la quatrième ,
de mefme que tous ces avertiffemens
, excepté le fixième. La
differente expreffion de leurs ac
cens , eft la feule caufe de ces exceptions
, comme vous le connoiftrez
dans la fuite . Il feroit
inutile de rapporter icy ces AL
phabets , ny ces regles & ces avertiffemens
ou fecondes regles ,
vous les pouvez voir dans voftre
dernier Extraordinaire , & il ne
le feroit pas moins de m'étendredans
des exemples aiſez à former :
j'en vais dont choifir parmy les
endroits les plus difficiles , & parmy
ceux où il y a quelque chofe
à adjoûter , afin d'avancer l'ouvrage
avec ménagement , & ne
pas abufer de voftre pénetration
& de voftre patience ..
du Mercure Galant. 127
1 , 2 , 3 , 4 , 5, & 6 , qui figni .
fient les fix cas de l'article general,
& dont l'enfeigne fe refoult
en inferée de la forte 1'o , 20 , 3'0 ,
4'0 & c. s'xpriment au fingulier
7. par berk , ferk , derk , gerk &c . fuivant
la troifiéme regle ; & au
pluriel par bers , fers , ders , gers ,
furquoy il faut ajoûter à cette
regle en faveur de cette Langue.
cy , qu' Eeftant feul de Voyelle
devant RS , eft une nulle auffi -bien
que devant RK.
7,8 , & 9 , par oùje marque , &
par où je diftingue les parties invariables
du difcours qui fe refolvent
en 7'0 , 8'0 , & 9'0 ; Et qui fie
gnifient l'adverbe d'accord ; la
conjonction & , & la propofition
en ou dans , s'expriment de mefme
Liiij
128 Extraordinaire
par cerk,jerk, & verk , & 71 , 82, 93 ,
qui fe refolvent en 7'1, 82, & 93,
& qui fignifient ouy , ny , chez , s'ex-.
priment par ça , ji , vay. Mais fi
je veux changer en mots 711 ; 7201
&c. qui fignifient ouy , en verité , &
helas , comme ils refolvent en cet.
te feconde écriture differemment
de la premiere , fçavoir en 7-11 ,
& 7201 , ils s'expriment par caa ,
& cira ; quant aux Proverbes &
aux Lettres Alphabetiques , leurs
Caracteres eftant pareils dans
mes deux écritures , & par confequent
leurs expreffions le devant
eftre auffi , je n'en rapporteray
point d'exemples.
1'7 , 1'8 , & 1'9. qui fignifient les
trois genres du pronom adjectif
noftre au nominatiffingulier , s'expriment
non pas par be , beût, boys
du Mercure Galant. 129
1
mais par bet , beût , boyt , fuivant
la quatrtéme regle ; & au nominatif
pluriel par bes , beûs , boys.
fur quoy il faut pareillement ajoûter
à cette regle pour cette
Langue. cy , qu'e , cû , & oy , effant
feuls de voyelles ou de diphtongues
devant S , y font auxiliaires , auſſibien
que devant T. Neanmoins
comme dans ma feconde écritu
re tout ce qui fe décline , excepté
l'article general , a deux nominatifs
, le premier qui eft fimple ,
& le fecond que j'appelle auffi
vocatif , & fur qui fe forment les
autres cas ; Je ferois d'avis que
dans l'expreffion des adjectifs , &
principalement de ceux qui fe
terminent par les feules auxiliai
res7 , 8, & , on fe fervift plûtoft
du fecond nominatif que du pre
130
Extraordinaire
1
mier , parce qu'il me paroift avoir
plus de grace , j'ay marqué le
premier nominatif du pronom
noftre , voicy le fecond dans fes
trois genres encore. 1-17 , 1-18 ,
& 1-19 , ce qui s'exprime par bae ,
baeû & baoy , au fingulier ; & par
bacs , bacûs & baoys au pluriel , &
forme , ce me femble , des mots.
plus doux que les precedens , &
qui tiennent plus de la Terminaifon
adjective.
10'4 qui fignifie Dieu au premier
nominatif , s'exprime par
bena ; & 10 11 , qui le fign . au fecond
, s'exprime par benaa , ou
benaza , en inferant la nulle z entre
les auxiliaires pour l'agrément
de la prononciation . 10 ; 4 & 10-
11 qui fignifient l'augmentatif
grand Dieu aux deux nominatifs ,
du Mercure Galant.
131
s'expriment par benefta & beneftaa,
en inferant la fubalterne ft entre
les primitives & les auxiliaires
pour expreffion du point placé
fur l'Enfeigne , fuivant le quatriéme
avertiffement. Je ne rapporteray
point d'exemples des dégrez
de diminution & de comparaiſon
, il feroit fuperflu , puifqu'ils
fe marquent de mefme ma .
niere dans les deux Langues ; mais
fi j'ay à exprimer 10 400 qui fignifie
dans ma feconde Efcriture
Divinité , qualité . Comme benorr
qui y répond , feroit trop difficile
à prononcer , il faut abfolu
ment abandonner ce premier no.
minatif , & recourir au fecond
qui fe marque par ro ~ 410 , & qui
s'exprime par benoar au fingulier ,
& par benoars au pluriel , mots de
132
Extraordinaire
plus douce prononciation . On fe
fervira du meſme moyen d'adou
cilement à l'égard de tous les
autres noms de qualité parce
qu'ils fe terminent tous de la
mefme maniere comme auffi
pour l'expreffion de tous les autres
caracteres qui ont deux Zeros inferez
de fuite parmy leurs auxiliaires
, où qui n'en ayant qu'un ,
ne laifferoient pas d'eftre de diffi
cile accommodement avec les
fubalternes qui les precederoient,
Ce que cette feconde Langue
a de plus particulier , c'eft l'expreffion
des lignes , que fon écriture
employe à diftinguer les perfonnes
de fes verbes , fes verbes imperfonnels
, & fes participes , fes
gerondifs & fes fupins . La premiere
écriture fe paffe de ces fi-
}
du Mercure Galant.
133
gnes ; mais comme fa Langue a
de refte les fubalternes KK , LL ,
SS , TT , LK , LT, & TL , qu'elle
laiffe fans employ , ſuivant la remarque
que j'en ay faite dans la
fixiéme de fes réflexions ; Je m'en
fers icy heureuſement pour exprimer
ces fignes , fans troubler
la communauté de ces deux Langues.
LL répond au point qui fe
met fur l'enfeigne , pour donner à
connoiftre la premiere perfonne
des Verbes , SS aux deux points
de la feconde perfonne , TT, aux
trois points ou au renvoy de la
troifiéme ; KK à la double enfeigne
du verbe imperfonnel , & à
celles des participes indeclinables
, des gerondifs & des fupins ;
& Lk , LS & LT, au point qui ſe
place fous l'enfeigne pour marExtoaordinaire
134
quer les participes qu'on veut af
fujettir à toutes les variations de
la déclinaiſons . Mais voicy úne
nouvelle Regle , c'eſt qu'au lieu
d'inferer l'expreffion de ces fignes
verbaux entre leurs primitives
& leurs auxiliaires , comme
j'infere en cette Langue- cy & en
l'autre , l'expreffion des fignes
qui marquent les dégrez d'augmentation
, de diminution & de
comparaiſon , je la tranfporte aprés
leur feconde auxiliaire : &
ce qui m'oblige d'en ufer de la
forte , c'eft afin de diverfifier
davantage les mots de cette Lan.
gue , d'abreger ceux des verbes
qui font d'un ufage bien plus frequent
que ceux des dégrez dont
je viens de faire mention , & de
donner en mefme temps une noudu
Mercure Galant.
135
velle grace à leur prononciation
.
Ainfi 104-40 qui fignifie conferver,
fecond verbe qui appartient à
Dieu , crécreftant
le premier ; &
qui s'exprime
par bengor , a pour
premiere
perfonne
finguliere
du
prefent de fon indicatif104 411
qui fignifie je conferve
, & qui
s'exprime
par bengo alla ; pour fe
conde perfonne 104 411 qui fign.
Tu conferve , & qui s'exprime
par
bengoaffa
; pour troifiéme
perfon-
1 ne 104 411 ou 104 ~ 411 qui fignifie
il conferve , & qui s'exprime
par bengo atta ; pour verbe imperfonnel
104 8 411 qui fign . on con .
ferve , & qui s'exprime
par beugoakka
; pour premier
participe
104 20 431 qui s'exprime
par beugoaykka
pour premier
gerondif
104 434 qui s'exprime
par ben- 90
136
Extraordinaire
goaykkos pour premier ſupin 104 8
437 qui s'exprime par bengoaykke ,
& pour participes déclinables au
genre mafculin , & au fecond
nominatif fingulier 104 411
104
411 & 104.411 ou 104 S
411 qui s'expriment par bengoalka ,
bengoalfa , & bengoalta , furquoy il
faut obferver que fi j'employe en
cét endroit le fecond nominatif,
c'est parce que le premier 104
401 qui fe marque par bengorika ,
eft trop difficile à prononcer ;
il
en eft de mefme des deux autres.
Il y a icy une feconde obfervation
à faire , c'eft qu'on peut inferer
la nulle z entre les auxiliaires du
verbe , auffi bien qu'entre celles
des autres parties du Difcours ,
fuivant que la liaiſon & l'adou .
ciffement des voyelles le demandu
Mercure Galant.
137
dent , & dire par ex. bengozalkı ,
bengozalfa bengozalta & c . au lieu
de dire fimplement bengoalkı , bengoalfa
&c. mais qu'on n'y peut
employer la fuppléantelz . Ce qui
eft vifible , fans que j'en rappor -
te d'exemples. Il n'en eft pas de
mefme à l'égard des adjectifs verbaux
; parce que n'ayant pas ,
comme le verbe des fubalternes
inferées , mais feulement quatreauxiliaires
de fuitte , il y a place
commode pour cette fuppléante..
Ainfi 1044111 qui fign. le premier
adjectif du verbe actif conferver
au fecond nominatif,& qui
s'exprime fimplemet par bengoaaa
s'exprimera encore mieux par
bengoalza , & fe doit mefme exprimer
de cette forte.
Ce que cette feconde Langue:
Q. d'Octobre 1685.
M
138 "Extraordinaire
.
a encore de particulier , c'eſt
l'expreffion de fes accents : ma
premiere écriture n'en met fur fes
chiffres auxiliaires que pour marquer
divers futurs à la maniere
des Grecs , ou divers préterits fi
l'on veut , & place tous les autres
fur fes chiffres primitifs . Ma feconde
écriture au contraire n'en
met qu'un fur un chiffre primitif,
pour marquer quelques verbes
fubalternes , & place tous fes autres
fur fes chiffres auxiliaires.
Ainfi voulant exprimer les verbes
qui appartiennent au Palfrènier ,
comme panfer , étriller , bouchonner
, elle les marque de la forte ,
4647-10 , 4647-40 & 4647-70 ; &
j'exprime cét accent par K , &
ces caracteres par ces mots gepge
cekar , gepgecekor , & gepgeceker.
du Mercure Galant.
139
Quant aux accents qu'elle place
fur fes auxiliaires , ils ne luy fervent
pas à marquer des futurs differens
, elle n'a que les ordinaires
à la maniere Françoife ; mais
elle les y employe , pour en tirer
l'augmentation des expreffions
qui ont du rapport entre elles , &
qui peuvent monter à plus de trois,
mille d'une feule racine , dans de
certaines efpeces d'eftres , comme
je l'ay expliqué ailleurs. Ces accents
font de trois fortes , j'exprime
l'aigu parT , le grave par s , &
le circonflexe par L. Jay dit dans
ma ſeconde écriture qu'il falloit:
placer chacun de ces accents
premierement fur le dernier chif
fre auxiliaire , puis fur le penultiéme
, & 'roûjours en rétrogra
dant , mais c'eft une erreur , il eftt
Mij
140
Extraordinaire
mieux de les mettre d'abord fur
le premier auxiliaire , puis fur le
fecond , & toûjours en fuivant.
Ainfi voulant exprimer 46 4017
qui fignifie Palefrenier , au fecond
nominatif j'écris & je dis gepotrae
; & fi l'accent eftoit fur le
deuxième ainfi 46 4017 , je dirois
geportaé ; fi fur le troifiéme
ainfi 46 4017 je dirois geporaté ;
& fi fur le dernier ainfi 46 4017
je dirois geporaet ; mais je ne fuis
pas d'avis qu'on mette des accens
fur le dernier des auxiliaires, c'eſt
affez d'en placer fur les trois premiers
, pour avoir plus de deux
mille expreffions d'une mefme
racine nombre fuffifant pour
remplir les fections les plus abon.
dantes des eftres . Ainfi encore
voulant exprimer 111011 qui fidu
Mercure Galant.
141
gnifie dans ma feconde écriture
bonam dixiéme Province de la
Chine , au fecond nominatif , j'écris
bebektatraa , ou beukiatrea ou
bcûkiatraza , à l'égard de l'accent
dont je marque les feconds verbes
negatifs , & que je place fur
leur premier chiffre auxiliaire , je
me fers pour fon expreffion de la
fubalterne KS ou X ; mais comme
tout ce qui fe conjuge dans ma
feconde écriture a deux expreffions
pour le temps prefent de
l'infinitif , de mefme que tout ce
qui fe décline en a deux pour le
nominatif, l'une fimple que j'exprime
par deux chiffres auxiliai
res , & l'autre que j'exprime par
trois , & fur qui fe forment les autres
meufs .; ce n'eft qu'avec ce
dernier que j'employe cette fu
142
Extraordinaire
balterne , parce qu'elle ne com
patiroit pas aifément avec le premier.
Ainfi voulant exprimer
104 - '60 , ou 104 ' 610 qui fignifie
redelaiffer , au lieu d'écrire bengoûxr
qui répond au premier , &
qui feroit de trop difficile prononciation
, j'écris bengouxar qui répond
au dernier , & qui eft aifé à
prononcer. Ainfi encore voulant
exprimer 260 ou 26'10 verbe
numeral qui fign , rededoubler ; j'abandonne
la premiere expreffion,
& je me fers de la feconde qui eft
fetfouxar. Voila la maniere dont
cette Langue exprime fes accents .
Surquoy il faut remarquer en premier
lieu , qu'elle employe trois
expreffions diverfes pour les trois
accents aigus que j'ay rapportez ,
non feulement pour varier dadu
Mercure Galant. 143.
vantage la Langue que l'écriture
, mais encore parce que leurs
employs font bien differens les
uns des autres ; & en fecond lieu
que cette maniere d'exprimer fes
accents , ne s'accorde pas avec
celle dont la premiere Langue .
marque les fiens , comme vous
le pouvez voir dans le fixiéme de
fes avertiffemens , d'où il refulte
encore que la quatriéme regle de
cette premiere Langue ne convient
pas à celle- cy. Cette regle
porte que la voyelle é doit eftre
confiderée comme une nulle , &
les diphtongues eû & oy , comme des
fuppléantes , lors qu'eftant feules, elles
ferencontrent inférées dans un mot ,
aprés des primitives , & devant tou ...
tes fortes de fubalternes excepté devantT,
&devant LZ unis , ou fe-
D
144 Extraordinaire.
7
parez feulement par uue auxiliaire.
Au lieu que l'exception eſt bien
plus grande icy , cette voyelle &
ces diphtongues n'y devant pas
eftre confiderées de la maniere
que je viens de dire , non feule.
ment devant & devant LZ unis
ou feparez , mais encore devant
L fimple , devant S , T, X , ou KS ,
& devant KK, LL, SS ,TT, LK, LS,
& LT , parce qu'elles y font la
fonction d'auxiliaires . Je ne dis
rien de TL , d'autant que je n'ay
pas trouvé place pour luy. Le
refte des Regles & des Avertiffemens
eft égal pour les deux Langues
, comme je l'ay avancé . Je
n'ay plus qu'à vous rapporter un
petit Theme de celle.cy , comme
j'ay fait de l'autre . Je me ferviray
pour cela des mefmes paroles du
Texte
du Mercure Galant.
145*
Texte Sacré que j'y ay employées
& que voicy. Dans le commencement
Dieu créa le Ciel & la Terre.
Vous en avez les caracteres numeraux
dans voftre vingt - troifié.
me Extraordinaire page 248. tels
font les mots qui y répondent ,
verk,, guay benmua , beno bengazattu
giay fenaa , jerk gay fema .
Il me femble , Monſieur , que
je n'ay rien à ajoûter à ces expli
cations & à cét exemple pour la
parfaite intelligence de cette feconde
Langue. Elle eft fondée
fur fon Ecriture Numerale , comme
la premiere fur la fienne ; &
ces Ecritures eſtant propres à
eſtre renduës Univerfelles ; ces
Langues qui en refultent ont droit
de pretendre au mefme avantage.
Je n'ay plus qu'à verifier ce que
・d'Octobre. 1685. N
146
Extraordinaire
ز
j'ay avancé des fingularitez
ces grands fecrets dans votre
quatorziéme & voſtre dixneuvié .
me Extraordinaire mais vous
voulez bien que j'en joigne l'éclairciffement
à celuy de quelques
endroits de mes Lettres, que
les fautes d'impreffion ont rendu
peu intelligibles ; & comme ces
éclairciffemens ne pourroient
eftre ajoûtez icy , fans tirer à trop
de longueur , vous me permettrez
encore de differer au quinziéme
d'Avril à vous donner l'entier
accompliffement de mon
Ouvrage , & de me dire toûjours ,
Monfieur , Voftre tres- humble
& tres- obeïffant Serviteur
DE VIENNE PLANCY.
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Résumé : ENTIERE EXPOSITION d'une seconde Langue Universelle.
Dans une lettre datée du 20 novembre 1685, l'auteur exprime sa surprise face à l'absence de réponses à son énigme publiée dans le *Mercure Galant*, qui traitait des chiffres arabes ou indiens comme caractères universels. Cette idée avait déjà été explorée par plusieurs auteurs, notamment Sorel en 1640. Deux amis parisiens apportent des informations complémentaires : l'abbé Br... mentionne un livre de 1664 du jésuite Schott qui évoque trois auteurs ayant travaillé sur l'écriture universelle, tandis que Monsieur No. parle des travaux de George Dalgarno et John Wilkins en 1680. L'auteur reconnaît la diversité des dispositions possibles pour une écriture universelle. Il fait également référence au Père Besnier, qui étudie l'arménien vulgaire, mais avec un objectif différent. L'auteur décrit ensuite deux langues basées sur les chiffres, détaillant leurs règles grammaticales et orthographiques, ainsi que l'utilisation des accents et des chiffres auxiliaires. La première langue utilise trois expressions distinctes pour les accents aigus, tandis que la seconde traite différemment la voyelle 'é' et les diphtongues 'eû' et 'oy'. L'auteur cite une phrase biblique et fournit les caractères numéraux correspondants dans la seconde langue, soulignant ainsi son potentiel universel. Il prévoit de clarifier certains passages et de compléter son ouvrage dans un prochain numéro du *Mercure Galant*.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1677
p. 147-149
Sur la Soûmission de Tripoli. ODE.
Début :
MA Muse, qu'allez-vous faire ? [...]
Mots clefs :
Louis, Audace, Muse, Tripoli, Héros, Gloire, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la Soûmission de Tripoli. ODE.
Sur la Soûmiffion de Tripoli.
MA
ODE.
A Mufe , qu'allez- vous faire ?
Voulez- vous toujours chanter ?
Vous cftes fi téméraire
Qu'on nepeut vous arrefter.
Quoy ! d'abord que lo Parnaffe
Celebre LOVIS le Grand ,
Vous vous faites faire place ,
Cette audace me furprend.
C
En Allemagne , en Hollande ,
Par tout où vont fes Exploits ,
Qu'est- il befoin qu'on entende
Les accens de vostre voix ?
Vous savez que l'on publie,
Quand on part pour l'affieger,
Nij
148
Extraordinaire
Que Tripoli s'humilie ,
Et craint le deftin d'Alger.
Et dans l'ardeur qui vous preffe ,.
Ala gloire du Heros,
Vne nouvelle allegreffe
Fait enfler vos chalumeaux .
**
Pour ces Exploits heroïques
Il faudroit des tons plus doux :
Si les vostres font ruftiques .
Ma Mufe , qu'y feriez- vous ?
63
Sur cette grande matiere
C'eft affez que de vouloir ;
Si voftre voix eft groffiere
Voftre coeur fait fon devoir.
་
,
.
N'écoutez que vostre zele ,
C'est luy feul qui vous abfout ,
Il eft ardent & fidelle ,
Et vous répondra de tout.
ਹਰ
Que chaque jour voftre veine
-
Au Mercure Galant. 149
Faffe des efforts nouveaux ,
d'haleine Courez à perte
Sur les pas de mon Heros.
Sur la Terre ny fur l'Onde
Rien ne retarde fon cours ,
Vous irez par tout le Monde
Si vous le fuivez toujours.
MAGNIN, Confeiller du Roy au
Prefidial de Maſcon , de l'Academie
Royale d'Arles.
MA
ODE.
A Mufe , qu'allez- vous faire ?
Voulez- vous toujours chanter ?
Vous cftes fi téméraire
Qu'on nepeut vous arrefter.
Quoy ! d'abord que lo Parnaffe
Celebre LOVIS le Grand ,
Vous vous faites faire place ,
Cette audace me furprend.
C
En Allemagne , en Hollande ,
Par tout où vont fes Exploits ,
Qu'est- il befoin qu'on entende
Les accens de vostre voix ?
Vous savez que l'on publie,
Quand on part pour l'affieger,
Nij
148
Extraordinaire
Que Tripoli s'humilie ,
Et craint le deftin d'Alger.
Et dans l'ardeur qui vous preffe ,.
Ala gloire du Heros,
Vne nouvelle allegreffe
Fait enfler vos chalumeaux .
**
Pour ces Exploits heroïques
Il faudroit des tons plus doux :
Si les vostres font ruftiques .
Ma Mufe , qu'y feriez- vous ?
63
Sur cette grande matiere
C'eft affez que de vouloir ;
Si voftre voix eft groffiere
Voftre coeur fait fon devoir.
་
,
.
N'écoutez que vostre zele ,
C'est luy feul qui vous abfout ,
Il eft ardent & fidelle ,
Et vous répondra de tout.
ਹਰ
Que chaque jour voftre veine
-
Au Mercure Galant. 149
Faffe des efforts nouveaux ,
d'haleine Courez à perte
Sur les pas de mon Heros.
Sur la Terre ny fur l'Onde
Rien ne retarde fon cours ,
Vous irez par tout le Monde
Si vous le fuivez toujours.
MAGNIN, Confeiller du Roy au
Prefidial de Maſcon , de l'Academie
Royale d'Arles.
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Résumé : Sur la Soûmission de Tripoli. ODE.
L'ode célèbre les exploits militaires d'un héros anonyme, notamment la soumission de Tripoli. L'auteur s'adresse à la Muse, s'étonnant qu'elle veuille chanter malgré les périls. Il l'encourage à célébrer les victoires du héros, qui inspire une crainte comparable à celle d'Alger. Toutefois, il suggère que des accents plus doux conviendraient mieux à ces exploits, bien que la voix rustique de la Muse soit acceptable si elle accomplit son devoir. La Muse est invitée à suivre le héros dans ses actions, sur terre ou sur mer, pour diffuser ses exploits à travers le monde. L'auteur se nomme Magnin, conseiller du roi au présidial de Mâcon et membre de l'Académie Royale d'Arles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1678
p. 149-160
Sur le Psalme 136.
Début :
Comment chanterons-nous le Cantique du Seigneur dans une [...]
Mots clefs :
Seigneur, Chant, Coeur, Âme, Luth, Malheurs, Musique, Ennui, Air, Lyre, Harmonie, Pays étrangers, Mélodie
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texteReconnaissance textuelle : Sur le Psalme 136.
Sur le Pfalme 136.
Comment chanterons - nous le
Cantique du Seigneur dans une
Terre étrangere ?
Pourqu
Ourquoy donc tant de fois, mes fidelles
Amis ,
Avec empreffement me dire que je chante?
1
N iij
150
Extraordinaire
Que l'air d'un doux Luth m'eft permis
Ou d'une voix douce & charmante ?
**
Ony , jefçay que le chant veut un eſprit
reglé ,
Vne ame dégagée, un coeur qui fe déploye,
Et non pas ainfi que je l'ay ,
Car je ne goûte aucune joye .
C
Quoy! vous m'avertiffez qu'il eft bon de
chanter ,
Plus l'efprit eft chagrin , plus l'ame eft
abattuë ,
Et qu'un Luth la doit exciter ,
Pour chaffer l'ennuy qui la tuë.
De peur , me dites- vous ,
douleurs
, que l'excés
des
Ne l'accable à lafin d'une peine trop rude
:
On que penfant à fes malheurs ,
Elle n'ait trop d'inquietude.
**
Le remede certain que vous me promet
tez ,
du Mercure Galant.
ISI
rend des exemples feurs , comme on me
les expliques.
Et toutes ces autoritez
Marquent l'effet de la Mufique.
03
Vous m'alleguez fur tout , afin de l'appuyer,
Qu'un Rameurfatigué de fa trop longue
peine ,
Chante pour fe defennuyer ,
En voguant fur l'humide plaine.
Qu'un Pafteur qui s'ennuye , en menant
fon Troupeau
De Vallon en Vallon, ou parmy les Cam-.
pagnes ,
Fait retentir fon chalumeau ,
Dans les Bois , ou fur les Montagnes.
Qu'afin de foulager fa peine fes ennuis
,
Souvent le Voyageur à quelque chant.
s'adonne`;
Que le Soldat pendant les nuits ,
N iiij
152
Extraordinaire
En veillant des Chansons entonne.
Ca
Non , non , pour leurs doux chants je ne
condamne pas ,
Rameur , Soldat , Pafteur , ou celuy qui
voyage ;
Chacun d'eux y fent des appas,
Et dans fa peine fe foulage.
$3
Mais quant à mes ennuis , moy qui depuis
long-temps
Ecoute une Maiftreffe , & gemir , & se
plaindre ,
Parmy fes foupirs éclatans ,
A chanterpuis -je me contraindre ?
3
A peine avec ma voix veux je donc commencer
Quelque air melodieux , qu'en mon coeur
je rappelle ,
Que l'accent que je vay pouſſer ,
Me femble une chofe nouvelle.
S
Comme au fortir d'un lieu remply dobfcurité,
du Mercure Galant.
153
craint le vif éclat que le Soleil envoje,
De mefme en ma captivité ,
Je crains & le chant & la joye.
**
prend envie , ou que je Quand il me prend envie
fais deffein
De pincer doucement les cordes de ma
Lyre ,
Et que de ma tremblante main
-Ie fuis le doux air qui m'infpire;.
Que fur un Flageoles , ou fur un Cha-
Lumeau ,
Quelque aimable Chanson avec douceur
j'entonne ,
Que ma voix pouſſe un Air nouveau,
Pour fuivre mon Luth qui fredonne.
Helas ! autant de fois mes foupirs &
mes pleurs
Qui retiennent mês doigts , troublent
mon armonie ;
Ma voix qu'étouffent mes douleurs ,
154
Extraordinaire
Cede à ma trifteffe infinie .
l'effaye encore un coup à faire mes efforts,
Pour pouffer les accens d'une voix délicate,
Et joindre mes plus doux accords
Aux charmes du Lutb que je flatte.
Mais enfin j'apperçois , helas ! que c'eft en
vain
Quemon efprit s'efforce , & ma voix s'étudie
:
Car mon Luth , ma voix , ou ma main,
N'excite aucune melodie.
A negliger ainfi cet Art rare & char-
P
mant ;
Ma voix en perd l'uſage , & ma main
l'habitude ,
Et fi je l'aimais tendrement ,
L'en fuis & le foin & l'étude.
Quand mefme j'en aurois confervé dans le
coeur,
du Mercure Galant.
155
tendre paffion que j'en avois con- ·
ceue ;
Je ne vaincrois pas la rigueur
Du malheureux fort qui me tuë.
Mais encor que je fçache avec facilité,
Accorder doucement & ma voix & ma
Lyre :
Et que dans un air concerté
Ma languefaffe qu'on l'admire ;
**3
Soit qu'aux doux tremblemens qui pari
tent de mes doigs,
`Les neuf Soeurs d'Apollon cedent enfin
la gloire ;
Que mon Flageolet , ou ma voix,
Sur Marfias ait la victoire :
យ
Soit que dans l'Arcadie, autrefois Pan
vanté
Me quitte à la difpute & l'honneur &
la place ;
Que mon Luth foit plus écouté
Que celuy du Chantre de Thrace.
156
Extraordinaire
Dois-je dans cet eftat me plaindre & joupirer
?
Dois-je appliquer aux Chants mon ame
toute entiere ?
Quand je ne puis affez pleurer ,
Pour en avoir trop de matiere.
Helas ! dans mesfoupirs, & mes maux fi
divers ,
Mon coeur inceffamment goufte tant d'a
mertume ,
Que pour m'ofter l'amour des airs,
Mes douleurs paffent en coutume.
Mais quoy ! ne voit- on pas que les lieux,
les faifons ,
Ne peuvent convenir aux airs que je neglige?
Et que tout s'oppofe aux Chansons,
Dans la trifteffe qui m'afflige ?
Voulez- vous qu'en ces lieux, malgré mef
me monfort's
du Mercure Galant. }
157
T
dans l'éloignement de ma terre fi
chere ,
Sur moy je faffe quelque effort ,
Pour chanter à mon ordinaire ?
Ca
Helas ! comment chanter dans ce banniffement
,
Qui redouble en mon coeur une peine
infinie ?
Vni fâcheux éloignement
Ne convient pas à l'harmonie.
**
Quoy done! dans les horreurs de cet exil
fatal,
En ce trifte fejour où toujours je foupire,
Si loin de mon Pays natal ,
Ie ferois retentir ma Lyre ?
S
Pardonnez ; car le fort qui me vient
affliger
و ا ت
En me perçant le coeur d'une atteinte
imprévenë ,
M'ofte en ce Pays étranger ,
L'amour que j'en avois conceuë.
158 Extraordinaire
Tout banky que je fuis , & loin de
mon climat ,
Le defir de chanter nullement ne me
touche ,
Et l'horreur de mon trifte eftat
Me ferre le coeur & la bouche.
Non ne m'en parlez plus lorsque
mes triftes yeux
Se fondent tout en eau , ne verfent
que des larmes ;
Pourrois-ie en ce fort ennnyeux
Sur ma Lyre trouver des charmes ?
Avoir toujours l'objet d'on nailent mes
travaux
A fentir les ennuis dont mon ame eft
preßée ;
Par mon Luth d'adoucir mes maux,
Je ne puis avoir la pensée.
CA
Helas! le fouvenir de mes jours plus
heureux ,
du Mercure Galant. 159
Ne rappeller en l'esprit ma premiere
fortune ,
Et mon exil trop rigoureux
A chaque moment m'importune.
**
"S'il falloit qu ' Amphionfuft comme moy
contraint
1 De vivre dans ces lieux , il n'auroit
plus de gloire ,
Et de mefme douleur atteint,
Il briferoit fon Luth d'yvoire.
Par un regard Orphée , au retour des
Enfers ,
En perdant fa Moitié, perdit fa melodie,
Et fa main oubliant fes airs ,
Tout à coup devint engourdie.
Sa Harpe luy tomba fi promptement des
doigts ,
Qu'au vif reffentiment de fes douleurs
aiguës,
Les airs manquerent à fa voix,
Et fes cordes furent rompues .
160 Extraordinaire
Pourquoy donc aujourd'huy tant de fois
m'avertir,
Que je pouffe ma voix , & je pince ma
Lyre?
Monfort qui n'y peut confentir,
Veut feulement que je foûpire.
03
Helas ! quand je me vois dans l'exil où
je fuis ,
Et que mon cher climat ſe preſente à ma
venë ,
Je tombe en de fi grands ennuis,
Que mon ame en eftabattuë.
Aprés un long espoir , me voyant de retour
Dans un pays heureux , dont le defir me
preffe,
Mon coeur & ma voix tour à tour,
Chanteront avec allegreffe.
RAULT , de Rouen .
Comment chanterons - nous le
Cantique du Seigneur dans une
Terre étrangere ?
Pourqu
Ourquoy donc tant de fois, mes fidelles
Amis ,
Avec empreffement me dire que je chante?
1
N iij
150
Extraordinaire
Que l'air d'un doux Luth m'eft permis
Ou d'une voix douce & charmante ?
**
Ony , jefçay que le chant veut un eſprit
reglé ,
Vne ame dégagée, un coeur qui fe déploye,
Et non pas ainfi que je l'ay ,
Car je ne goûte aucune joye .
C
Quoy! vous m'avertiffez qu'il eft bon de
chanter ,
Plus l'efprit eft chagrin , plus l'ame eft
abattuë ,
Et qu'un Luth la doit exciter ,
Pour chaffer l'ennuy qui la tuë.
De peur , me dites- vous ,
douleurs
, que l'excés
des
Ne l'accable à lafin d'une peine trop rude
:
On que penfant à fes malheurs ,
Elle n'ait trop d'inquietude.
**
Le remede certain que vous me promet
tez ,
du Mercure Galant.
ISI
rend des exemples feurs , comme on me
les expliques.
Et toutes ces autoritez
Marquent l'effet de la Mufique.
03
Vous m'alleguez fur tout , afin de l'appuyer,
Qu'un Rameurfatigué de fa trop longue
peine ,
Chante pour fe defennuyer ,
En voguant fur l'humide plaine.
Qu'un Pafteur qui s'ennuye , en menant
fon Troupeau
De Vallon en Vallon, ou parmy les Cam-.
pagnes ,
Fait retentir fon chalumeau ,
Dans les Bois , ou fur les Montagnes.
Qu'afin de foulager fa peine fes ennuis
,
Souvent le Voyageur à quelque chant.
s'adonne`;
Que le Soldat pendant les nuits ,
N iiij
152
Extraordinaire
En veillant des Chansons entonne.
Ca
Non , non , pour leurs doux chants je ne
condamne pas ,
Rameur , Soldat , Pafteur , ou celuy qui
voyage ;
Chacun d'eux y fent des appas,
Et dans fa peine fe foulage.
$3
Mais quant à mes ennuis , moy qui depuis
long-temps
Ecoute une Maiftreffe , & gemir , & se
plaindre ,
Parmy fes foupirs éclatans ,
A chanterpuis -je me contraindre ?
3
A peine avec ma voix veux je donc commencer
Quelque air melodieux , qu'en mon coeur
je rappelle ,
Que l'accent que je vay pouſſer ,
Me femble une chofe nouvelle.
S
Comme au fortir d'un lieu remply dobfcurité,
du Mercure Galant.
153
craint le vif éclat que le Soleil envoje,
De mefme en ma captivité ,
Je crains & le chant & la joye.
**
prend envie , ou que je Quand il me prend envie
fais deffein
De pincer doucement les cordes de ma
Lyre ,
Et que de ma tremblante main
-Ie fuis le doux air qui m'infpire;.
Que fur un Flageoles , ou fur un Cha-
Lumeau ,
Quelque aimable Chanson avec douceur
j'entonne ,
Que ma voix pouſſe un Air nouveau,
Pour fuivre mon Luth qui fredonne.
Helas ! autant de fois mes foupirs &
mes pleurs
Qui retiennent mês doigts , troublent
mon armonie ;
Ma voix qu'étouffent mes douleurs ,
154
Extraordinaire
Cede à ma trifteffe infinie .
l'effaye encore un coup à faire mes efforts,
Pour pouffer les accens d'une voix délicate,
Et joindre mes plus doux accords
Aux charmes du Lutb que je flatte.
Mais enfin j'apperçois , helas ! que c'eft en
vain
Quemon efprit s'efforce , & ma voix s'étudie
:
Car mon Luth , ma voix , ou ma main,
N'excite aucune melodie.
A negliger ainfi cet Art rare & char-
P
mant ;
Ma voix en perd l'uſage , & ma main
l'habitude ,
Et fi je l'aimais tendrement ,
L'en fuis & le foin & l'étude.
Quand mefme j'en aurois confervé dans le
coeur,
du Mercure Galant.
155
tendre paffion que j'en avois con- ·
ceue ;
Je ne vaincrois pas la rigueur
Du malheureux fort qui me tuë.
Mais encor que je fçache avec facilité,
Accorder doucement & ma voix & ma
Lyre :
Et que dans un air concerté
Ma languefaffe qu'on l'admire ;
**3
Soit qu'aux doux tremblemens qui pari
tent de mes doigs,
`Les neuf Soeurs d'Apollon cedent enfin
la gloire ;
Que mon Flageolet , ou ma voix,
Sur Marfias ait la victoire :
យ
Soit que dans l'Arcadie, autrefois Pan
vanté
Me quitte à la difpute & l'honneur &
la place ;
Que mon Luth foit plus écouté
Que celuy du Chantre de Thrace.
156
Extraordinaire
Dois-je dans cet eftat me plaindre & joupirer
?
Dois-je appliquer aux Chants mon ame
toute entiere ?
Quand je ne puis affez pleurer ,
Pour en avoir trop de matiere.
Helas ! dans mesfoupirs, & mes maux fi
divers ,
Mon coeur inceffamment goufte tant d'a
mertume ,
Que pour m'ofter l'amour des airs,
Mes douleurs paffent en coutume.
Mais quoy ! ne voit- on pas que les lieux,
les faifons ,
Ne peuvent convenir aux airs que je neglige?
Et que tout s'oppofe aux Chansons,
Dans la trifteffe qui m'afflige ?
Voulez- vous qu'en ces lieux, malgré mef
me monfort's
du Mercure Galant. }
157
T
dans l'éloignement de ma terre fi
chere ,
Sur moy je faffe quelque effort ,
Pour chanter à mon ordinaire ?
Ca
Helas ! comment chanter dans ce banniffement
,
Qui redouble en mon coeur une peine
infinie ?
Vni fâcheux éloignement
Ne convient pas à l'harmonie.
**
Quoy done! dans les horreurs de cet exil
fatal,
En ce trifte fejour où toujours je foupire,
Si loin de mon Pays natal ,
Ie ferois retentir ma Lyre ?
S
Pardonnez ; car le fort qui me vient
affliger
و ا ت
En me perçant le coeur d'une atteinte
imprévenë ,
M'ofte en ce Pays étranger ,
L'amour que j'en avois conceuë.
158 Extraordinaire
Tout banky que je fuis , & loin de
mon climat ,
Le defir de chanter nullement ne me
touche ,
Et l'horreur de mon trifte eftat
Me ferre le coeur & la bouche.
Non ne m'en parlez plus lorsque
mes triftes yeux
Se fondent tout en eau , ne verfent
que des larmes ;
Pourrois-ie en ce fort ennnyeux
Sur ma Lyre trouver des charmes ?
Avoir toujours l'objet d'on nailent mes
travaux
A fentir les ennuis dont mon ame eft
preßée ;
Par mon Luth d'adoucir mes maux,
Je ne puis avoir la pensée.
CA
Helas! le fouvenir de mes jours plus
heureux ,
du Mercure Galant. 159
Ne rappeller en l'esprit ma premiere
fortune ,
Et mon exil trop rigoureux
A chaque moment m'importune.
**
"S'il falloit qu ' Amphionfuft comme moy
contraint
1 De vivre dans ces lieux , il n'auroit
plus de gloire ,
Et de mefme douleur atteint,
Il briferoit fon Luth d'yvoire.
Par un regard Orphée , au retour des
Enfers ,
En perdant fa Moitié, perdit fa melodie,
Et fa main oubliant fes airs ,
Tout à coup devint engourdie.
Sa Harpe luy tomba fi promptement des
doigts ,
Qu'au vif reffentiment de fes douleurs
aiguës,
Les airs manquerent à fa voix,
Et fes cordes furent rompues .
160 Extraordinaire
Pourquoy donc aujourd'huy tant de fois
m'avertir,
Que je pouffe ma voix , & je pince ma
Lyre?
Monfort qui n'y peut confentir,
Veut feulement que je foûpire.
03
Helas ! quand je me vois dans l'exil où
je fuis ,
Et que mon cher climat ſe preſente à ma
venë ,
Je tombe en de fi grands ennuis,
Que mon ame en eftabattuë.
Aprés un long espoir , me voyant de retour
Dans un pays heureux , dont le defir me
preffe,
Mon coeur & ma voix tour à tour,
Chanteront avec allegreffe.
RAULT , de Rouen .
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Résumé : Sur le Psalme 136.
Le poème 'Sur le Psalm 136' traite de la difficulté de chanter en terre étrangère. Le narrateur exprime son désarroi face à l'idée de chanter malgré sa tristesse et sa douleur. En exil, il se sent incapable de trouver du réconfort dans la musique, contrairement à d'autres comme les rameurs, les bergers, les voyageurs et les soldats. Ses soupirs et ses pleurs l'empêchent de jouer de la lyre ou de chanter, bien qu'il reconnaisse ses compétences musicales. La mémoire des jours heureux et l'amertume de son exil rendent toute joie ou mélodie impossible. Il se compare à Orphée, qui perdit sa mélodie après la perte d'Eurydice. Le narrateur se demande pourquoi on lui demande de chanter alors qu'il est incapable de le faire, préférant soupirer. L'exil loin de son climat natal le plonge dans un grand ennui et abat son âme. Cependant, il espère qu'après un long exil, en revenant dans un pays heureux, son cœur et sa voix pourront chanter avec allégresse.
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1679
p. 163-170
NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Début :
De tout temps les Physiciens ont cherché la Pierre Philosophale ; [...]
Mots clefs :
Centre de gravité, Demi-cercle, Polygones, Triangle, Cercle inscrit, Cercle circonscrit, Géométrie, Rectangle, Isocèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
NOUVELLE
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
Découverte du Centre de Gravite
du Demy- Cercle , pour
la Quadrature du Cercle
propofé
aux Geometres par M.
Tarragon Profeffeurdes Ma
thematiques à Paris.
D
a
E tout temps les Phyficiens
ont cherché la Pierre Philofophale
; Les Méchaniciens le
Mouvement perpetuel Artificiel ,
& les Géometres la
Quadrature
du Cercle.
Tant d'Illuftres Sçavans Geometres
ont travaillé pour la ré.
O ij
154
Extraordinaire
folution de ce dernier Problême
qu'on m'accufera fans doute de temerité
d'avoir ofé l'entreprendre ;
mais comme la recherche de ce
qui eft fublime & tres - difficile ,
eft du moins quelque chofe , j'ofe
me prometre que les Sçavans auront
la bonté d'agréer la part que
je leur fais icy de ma penſée , &
qu'en échange ils me feront fçavoir
leurs fentimens fur ce que
j'avance , & qui eft contenu dans
la figure .
DEFINITION.
1. Le Centre de Gravité du
Demy. Cercle eſt un point par
lequel eftant fufpendu il demeure
en repos
& en équilibre dans
quelque fituation qu'on le met
te .
2. La fomme des deux Bras de
du Mercure Galant. 165
1
la Balance , qui divife le Demy-
Cercle en deux parties égales , fe
nomme Ligne de Direction ; lorf
que le Demy - Cercle eft élevé
verticalement , & que fon Dia
metre A E eſt de Niveau.
3. J'entens par Poligones reguliers
Infcrits & Circonfcrits au
Demy- Cercle , la moitié de tous
les Poligones reguliers , Infcrits
& Circonfcrits au Cercle entier.
AXIOMES.
1. Le centre de Gravité du
Demy- cercle , eft entre tous les
Poligones infinis , tant infcrits que
circonfcrits au Demy- cercle .
2, Si deux Barres de Gravité
infinis de tous les Poligones reguliers
infinis , tant infcrits que cir
conſcrits au Demy.cercle fe cou
le centre de Gravité du
pent ;
166 Extraordinaire
Demy.cercle eft dans leurs com.
mune Section , à plus forte raiſon
fi trois Barres de Gravité infinis
fe coupent , leur commune Se
ction fera auffi le centre de Gravité
du Demy- cercle .
3. Les pefanteurs tant Mathematiques
que Phyfiques qui demeurent
par tout en équilibre ,
font en raifon reciproques des
Bras de la Balance .
PROBLEME.
Le Demy - cercle ASE eftant donné
trouver Géometriquement fon centre
de Gravité.
CONSTRUCTION.
Divisez le Demy- cercle en deux
également au points , par le rayon
PS,qui fera la Ligne de Direction ;
tirez les lignes AS , SE , le triangle
AS E, fera la moitié du Quadu
Mercure Galant . 167
ré infcrits au Cercle . Divifez
chaque quart de Cercle en deux
parties égales par les lignes ponctuées
: Circonfcrivez , le triangle
rectangle Ifofcelle TBD au
demy.cercle ASE il fera la moitié
du quarré Circonfcrit à tout le
Cercle. Trouvez le centre de
Gravité L , du triangle SEP , par
la 24. p. des Equiponderants d'Archimede.
Faites PM égale à PL ,
tirez la Barre de Gravité ML, qui
coupentla ligne de Dirrection SP
au point R , ce point R fera le centre
de Gravité du triangle ASE
infcrit au demy.cercle . Trouvez
le centre de Gravité o du triangle
rectangle Ifofcelle PBD. Faites
PI égalle à PO , tirez la Barre
de Gravité of qui coupent la li
gne de direction BP au point G
168 Extraordinaire.
ce point G fera le centre de Gra
vité du Triangle Rectangle Ifofcelle
Circonfcrit au Demy- cercle
, tirez les Barres de Gravité
ΜΟMO , IL leur commune Section
4 des Barres de Gravité , eft le centre
de Gravité du Demy.cercle
ce qu'il faifoit faire .
DEMONSTRATION.
Comme tous les Poligones in
fcrits au quart & au Demy- cer.
cle au deffus du Quarré , excédent
la fuperficie du quarré inf
crit au Demy- cercle ; Ainfi tous
les centres de Gravité de tous
les Poligones infinis infcrits aut
quart de Cercle , feront tous audeffus
des centres de Gravité L
& M dans les lignes ponctuées
PL , PM. Donc tous les centres
de Gravité de tous les Poligones
infinis
du Mercure Galant. 169
au
infinis infcrits au Demy- cercle ,
fe trouveront audeffus du centre
de Gravité R du triangle ASE.
De mefme que tous les Poligones
infinis audeffus du Quarré
Circonfcrit au quart & au Demycercle
, défaillant de la fuperficie
du Quarré Circonfcrit au quart
& au Demy cercle ; tous les centres
de Gravité infinis de tous les
Poligones reguliers infinis
quart de Cercle fe trouveront
audeffous des centres de Gravité
o & I: Donc tous les centres de
Gravité infinis de tous les Poligones
reguliers infinis Circonfcrits
au Demy- cercle fe trouve
ront audeffous du centre de Gravité
G ; Donc GR , ON , & LI
font les Barres de Gravité infinis
de tous les Poligones reguliers in-
Q. d'Octobre 1685.
P
"
170
Extraordinaire
+22407
finis tant infcrits que circonfcrits
au Demy- cercle . Mais par le premier
Axiome , le centre de Gravité
, fe trouve dans l'infinité de
tous les Poligones reguliers , tant
infcrits que circonfcrits ; & par le
deuxième il fe trouve dans la
commune Section des Barres infinis
GR , OM , IL ; mais leur
commune Section eft au pointa ,
donc le point a eft le centre de
Gravité du Demy- cercle, ce qu'il
falloit démonftrer . Donc les Bras
de la Balance Pa , as , font entre
eux comme les pefanteurs Mathematiques
, qui conftituent l'équi
libre par le troifiéme Axiome.
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Résumé : NOUVELLE Découverte du Centre de Garvité du Demy-Cercle, pour la Quadrature du Cercle proposé aux Geometres par M. Tarragon Professeur des Mathematiques à Paris.
Le texte expose une découverte mathématique relative à la quadrature du cercle, un problème anciennement exploré par les géomètres. M. Tarragon, professeur de mathématiques à Paris, propose une solution innovante fondée sur le centre de gravité du demi-cercle. Il introduit plusieurs concepts essentiels : le centre de gravité du demi-cercle, la ligne de direction, ainsi que les polygones réguliers inscrits et circonscrits au demi-cercle. Le problème central est de déterminer géométriquement le centre de gravité d'un demi-cercle donné. La méthode de construction implique la division du demi-cercle et le tracé de lignes spécifiques pour identifier les centres de gravité de triangles particuliers. La démonstration prouve que les centres de gravité de tous les polygones infinis inscrits et circonscrits au demi-cercle se situent respectivement au-dessus et en dessous de certains points précis. Cette observation confirme que le point commun des barres de gravité est effectivement le centre de gravité du demi-cercle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1680
p. 171-172
Traduction de Catulle. EPIGRAMME. Lugete ô Veneres, Cupidinesque.
Début :
PLeurez, Graces, pleurez Amour ! [...]
Mots clefs :
Amour, Disgrâce, Clymène, Cour, Tombeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de Catulle. EPIGRAMME. Lugete ô Veneres, Cupidinesque.
Traduction de Catulle,
EPIGRAMME.
Lugere ô Veneres , Cupidinefque.
Perez, vous qui affezpour Galans
Leurez, Graces, pleure Amour!
dans le mande !
Le Moineau de Clymene a terminé fes
jours ,
Il est mort . O difgrace ! ô pertefans feconde
!
Luy que ma Belle aimoit plus que fes
propres yeux ;
Tant il eftoit aimable & gracieux.
Luy qui ne bougeoir d'auprés d'elle ,
Mais quifautelant à l'entour
Par de frequens pi-pis luy témoignoit fon
zele ,
Sçavant à luy faire fa cour,
Il n'eſt plus ; & la mort a ferméla paupiere.
Pij
Extraordinaire
172
Il erre maintenant dans ces lieux tenebreux
,
Où tout eft trifte & tout affreux ,
Et d'où nul ne revient jamais à la lumiere.
O Mort , qui pouffez au Tombeau
Tout ce que la terre a de beau ,
Qu'avec raifon je te detefte!
C'eft toy qui m'as ravy cet Oifeau fi
charmant ;
O coup facheux ! ô coup funefte !
Ofujet d'un cruel tourment !
Pauvre Oifeau , tu n'es plus , & tufais
que Clymene
Dans fon affliction ne fe peut moderer ;
Et que fes yeux changez à force de plenrer
,
Marquent par leur rougeur la grandeur
de fa peine.
EPIGRAMME.
Lugere ô Veneres , Cupidinefque.
Perez, vous qui affezpour Galans
Leurez, Graces, pleure Amour!
dans le mande !
Le Moineau de Clymene a terminé fes
jours ,
Il est mort . O difgrace ! ô pertefans feconde
!
Luy que ma Belle aimoit plus que fes
propres yeux ;
Tant il eftoit aimable & gracieux.
Luy qui ne bougeoir d'auprés d'elle ,
Mais quifautelant à l'entour
Par de frequens pi-pis luy témoignoit fon
zele ,
Sçavant à luy faire fa cour,
Il n'eſt plus ; & la mort a ferméla paupiere.
Pij
Extraordinaire
172
Il erre maintenant dans ces lieux tenebreux
,
Où tout eft trifte & tout affreux ,
Et d'où nul ne revient jamais à la lumiere.
O Mort , qui pouffez au Tombeau
Tout ce que la terre a de beau ,
Qu'avec raifon je te detefte!
C'eft toy qui m'as ravy cet Oifeau fi
charmant ;
O coup facheux ! ô coup funefte !
Ofujet d'un cruel tourment !
Pauvre Oifeau , tu n'es plus , & tufais
que Clymene
Dans fon affliction ne fe peut moderer ;
Et que fes yeux changez à force de plenrer
,
Marquent par leur rougeur la grandeur
de fa peine.
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Résumé : Traduction de Catulle. EPIGRAMME. Lugete ô Veneres, Cupidinesque.
Le poème de Catulle relate la douleur de la perte d'un moineau, animal de compagnie adoré par une femme nommée Clymène. Cet oiseau, décrit comme aimable et gracieux, était très cher à Clymène, qui le préférait même à ses propres yeux. Il ne la quittait jamais et lui manifestait constamment son affection. La mort du moineau est perçue comme une grande tragédie. Le poète accuse la mort de lui avoir ravi cet oiseau charmant. Clymène est plongée dans une profonde affliction, ses yeux rougis par les larmes témoignent de sa peine immense. Le moineau, désormais errant dans des lieux ténébreux et tristes, ne reviendra jamais à la lumière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1681
p. 173-175
TRADUCTION DE L'ODE XIII. du Livre IV. d'Horace, qui commence par Audivera, Lyce.
Début :
ENfin, Lyce, les Dieux ont exaucé mes voeux, [...]
Mots clefs :
Lyce, Dieux, Gloire, Coeurs, Amour, Fille, Charmes, Parque, Idolâtrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION DE L'ODE XIII. du Livre IV. d'Horace, qui commence par Audivera, Lyce.
TRADVCTION DE L'ODE
XI . du Livre iv . d'Horace, qui
commence par Audivera, Lyce. :
Enfin , Lyce , les Dieux ont exaucé
mes voeux ,
Ils les ont exaucez , ces Dieux ,
Quijouiffent là-haut d'une gloire immortelle.
Vous eftes vieille , & toutefois
Vous pretendez encor paroiftre belle !
Et ranger nos coeurs fous vos loix .
33
Vous badinez , vous beuvez effrontée,
Vous appellez d'une tremblante voix ,
Quand des fureurs du vin vous eftes agitée
,
L'Amour qui prés de vous paroift estre
aux abois.
63
Remarquez un peu comme il brille
Sur les joués de cette Fille,
Pij
Extraordinaire
174
Qui fçait fi bien chanter , & dont l'air
eft fi doux,
Tandis qu'il vous évite , & qu'il fuit
loin de vous.
Ces rides qui vous font paffer pour décrepite
,
Ces dents jaunes , ces cheveux blancs
Sont la caufe , felon mon fens ,
De fon mépris & de fa fuite.
CA
Ny la propreté des habits ,
Ny la pourpre de Cos , ny l'éclat des rubis
,
Dont comme vous les vieilles font ornées
,
Ne leur rendront jamais leurs premieres
années.
Dites-moy, quefont devenus.
Ces airs que vous aviez empruntez de
Venus ?
Où font-ils à prefent ces charmes ,
Ce vifage fleury , tous ces rares talens
du Mercure Galant. 175
Qui forçoient les plus indolens
A vous rendre autrefois les armes ?
RA
Que reste-t-il en ce jour
De cette adorable Lyce
Qui ne refpiroit qu'amour ,
Et dont mon cxur aimoit jufqu'au caprice
?
Que reste-t-il de ce teint plein d'attraits
,
Qui ne cedoit qu'à celuy de Cynare,
Cynare qu'un deftin barbare
Nous afait perdre pour jamais ?
Q
Oйy , la Parque ne rend vos années pa
reilles
A celles des vieilles Corneilles ,
Qu'afin que les jeunes gens
Qui dans la fleur de vos ans
Vous regardoient avec idolatrie,
Puiffent rire à vos dépens
En voyant aujourd'huy voftre beauté
flétrie.
XI . du Livre iv . d'Horace, qui
commence par Audivera, Lyce. :
Enfin , Lyce , les Dieux ont exaucé
mes voeux ,
Ils les ont exaucez , ces Dieux ,
Quijouiffent là-haut d'une gloire immortelle.
Vous eftes vieille , & toutefois
Vous pretendez encor paroiftre belle !
Et ranger nos coeurs fous vos loix .
33
Vous badinez , vous beuvez effrontée,
Vous appellez d'une tremblante voix ,
Quand des fureurs du vin vous eftes agitée
,
L'Amour qui prés de vous paroift estre
aux abois.
63
Remarquez un peu comme il brille
Sur les joués de cette Fille,
Pij
Extraordinaire
174
Qui fçait fi bien chanter , & dont l'air
eft fi doux,
Tandis qu'il vous évite , & qu'il fuit
loin de vous.
Ces rides qui vous font paffer pour décrepite
,
Ces dents jaunes , ces cheveux blancs
Sont la caufe , felon mon fens ,
De fon mépris & de fa fuite.
CA
Ny la propreté des habits ,
Ny la pourpre de Cos , ny l'éclat des rubis
,
Dont comme vous les vieilles font ornées
,
Ne leur rendront jamais leurs premieres
années.
Dites-moy, quefont devenus.
Ces airs que vous aviez empruntez de
Venus ?
Où font-ils à prefent ces charmes ,
Ce vifage fleury , tous ces rares talens
du Mercure Galant. 175
Qui forçoient les plus indolens
A vous rendre autrefois les armes ?
RA
Que reste-t-il en ce jour
De cette adorable Lyce
Qui ne refpiroit qu'amour ,
Et dont mon cxur aimoit jufqu'au caprice
?
Que reste-t-il de ce teint plein d'attraits
,
Qui ne cedoit qu'à celuy de Cynare,
Cynare qu'un deftin barbare
Nous afait perdre pour jamais ?
Q
Oйy , la Parque ne rend vos années pa
reilles
A celles des vieilles Corneilles ,
Qu'afin que les jeunes gens
Qui dans la fleur de vos ans
Vous regardoient avec idolatrie,
Puiffent rire à vos dépens
En voyant aujourd'huy voftre beauté
flétrie.
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Résumé : TRADUCTION DE L'ODE XIII. du Livre IV. d'Horace, qui commence par Audivera, Lyce.
L'Ode XI du Livre IV d'Horace, adressée à Lyce, exprime le soulagement du poète après que ses vœux ont été exaucés par les dieux. Il critique Lyce, une femme âgée, pour ses tentatives vaines de paraître belle et séduisante. Elle utilise des vêtements propres, de la pourpre de Cos et des rubis, mais ces artifices ne peuvent lui rendre sa jeunesse. Le poète se souvient des charmes et des talents de Lyce, qui autrefois attiraient même les plus indifférents. Il compare sa beauté passée à celle de Cynare, désormais perdue. Il souligne l'ironie de la Parque, qui prolonge la vie des femmes âgées afin que les jeunes puissent se moquer de leur beauté flétrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1682
p. 176-194
LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
Début :
VOicy donc, Monsieur, l'Historiete que vous voulez sçavoir. Si elle [...]
Mots clefs :
Marquise , Dames, Comtesse, Ridicule, Patriarche, Beauté, Décès, Étrangers, Angleterre, Grizolin
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texteReconnaissance textuelle : LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
LE DEUIL RIDICULE.
A MONSIEVR LE COMTE DE C.
V
Oicy donc, Monfieur , l'Hiftoriete
que vous voulez
fçavoir. Si elle vous a diverty
lorfqu'on ne vous la racontée
qu'imparfaitement ,j'efpere qu'el
le vous donnera le plaifir tout
entier , quand je vous en auray
fait le recit , moy qui en ay eſté
le témoin occulaire , & qui vais
en eftre le fidelle Hiftorien . Mais
pour vous la faire mieux entendre
, il faut que je vous faffe auparavant
le Portrait des deux
Dames qui y ont intereft. Vous
du Mercure Galant. 177
2
a vez entendu parler d'elles plufieurs
fois , mais vous ne les avez
pas connues , & vous ne ferez pas
faché que je vous apprenne comment
elles eftoient faites.
Madame la Comteffe de M...
eftoit laide , mais elle avoit l'efprit
vafte & élevé , & joignoit
un grand fçavoir à une grande
naiffance . Comme elle avoit le
coeur noble & genereux , fa vertu
, ſa ſcience & fa qualité faifoient
toute fon occupation , & la deffus
elle dormoit la graffe matinée
fans fe mettre en peine de la fortune
, & de tous les biens de ce
monde . Mais auffi comme elle
eftoit fort liberale , & d'une
grande dépenſe , elle auroit eu
peine à fubfifter dans fa vieilleffe ,
fans le fecours d'une perfonne
י כ
178 Extraordinaire
tres.confiderable , qui l'honora
toûjours & l'affifta jufqu'à fa
mort. Voilà quelle eftoit Madame
la Comteffe de M... Voicy
à peu près ce qu'eftoit Madame
la Marquife P .... Elle avoit cfté
belle , & d'une beauté , qui luy
dura jufqu'à la fin de ſes jours ,
malgré l'accident qui luy arriva.
Une Dame fa Parente qui eftoit
jaloufe d'elle & de fon Mary , &
qui ne pouvoit luy pardonner fa
beauté , parce qu'elle eftoit laide,
luy donna de l'eau de chaux fei.
gnant que c'eftoit une eau admirable
pour le teint . La Marquife
s'en fervit fur fa bonne foy , & il
luy en demeura de facheufes marques
, nonobftant tous les Remedes
que les
Medecins luy pûrent
faire. Elle avoit l'efprit noble ,
du Mercure Galant. 179
ނ
vif
remuant l'ame grande ,
hardie , courageufe , & de com .
mandement ; auffi vivoit elle
comme une petite Souveraine ;
& dans un Chafteau de Carte ,
elle eftoit devenue la terreur de
fes Voifins & des Etrangers qui
abordoient cette cofte de la Mer
où elle demeuroit ; & d'où en un
befoin , elle auroit donné des loix
à toute la Terre . Nous voyons encore
icy une vieille Demoiſelle
qui executoit les ordres , & qu'elle
nommoit fi plaifamment fon
Eminence , faifant allufion aux
Miniftres qui gouvernoient l'Etat
de fon temps. Enfin on peut
dire qu'avec toute la beauté de
fon Sexe , elle avoit tout l'efprit
& le courage du noſtre ainfi
qu'elle le fit voir pendant le regne
180 Extraordinaire
de Cromvel , & de la Republique
d'Angleterre.
Vous me demanderez fans dou.
te , ce qu'elle avoit à démefler
avec ces gens là ? Je m'en vais vous
le dire , mais ne m'accufez pas
de faire icy un trop long Avant
propos , & vous fouvenez que
nos Entretiens ne doivent pas.
eftre fi reguliers. Pour moy , je
croy qu'il fuffit qu'on dife bien les
chofes , qu'on ne perde rien au
change , & que ce qu'on dit vaille
mieux que ce qu'on publie à
dire. Cela eftant , Monfieur , voicy
quel fut le démeflé de la Marquife
avec Cromvel & le Parlement
d'Angleterre . Son Gendre
qui eftoit un grand Seigneur du
Maine , & qui avoit beaucoup
d'argent , s'avifa d'envoyer des
du Mercure Galant. 181
Toiles de Laval , aux Ifles de
Gerley qui tenoient encore en
ce temps - là pour le feu Roy de
la Grand' Bretagne. Il fit donc
charger un Vaiffeau de ces Toiles
, croyant y faire un profit confiderable
; mais par malheur pour
luy , un Armateur Anglois qui
couroit la Cofte , fe faifit du Bâ.
timent pour la Republique , & le
mena à Londres . Ce pauvre Seigneurfe
trouva fort trompé dans
fon pretendu Negoce ; mais la
Marquife habile & pleine d'invention
fit arrefter auffi - toft
tous les Baftimens Anglois qui
trafiquoient fur fon gravage , &
fe faifit des hommes & des effets ;
aprés qnoy elle écrivit à Cromvel
& au Parlement
, pour
faire rendre les Toiles de fon
"
fe
182 Extraordinaire
Beau- Fils qu'elle reclamoit à elle,
& c'eft dans cette Lettre qu'elle
mit donné en noftre Principauté de
Pyrou le trentiéme de .... Ce trait
hardy reüffit , & à la priere des
Marchands Anglois , le Vaiffeau
& les Toiles furent reftituez , accompagnez
d'une Lettre pleine
de reſpect & de civilité , dans laquelle
Cromvel & le Parlement
la qualifierent de Princeffe & de
Souveraine , mais revenons à nô.
tre Sujet.
Ces deux Dames dont je viens
de vous faire la peinture , eftoient
parentes & voiſines ; mais l'incli .
nation qu'elles avoient toutes
deux pour les Chiens , avoit fait
leur plus grande union . La Comteffe
avoit un Chien favory qu'elle
nommoit Grizolir . La Mar.
du Mercure Galant. 183
quife à fon imitation , avoit nommé
Bichete une Chienne dont
elle eftoit folle , car la lecture des
Livres fabuleux , luy avoit tellement
gafté l'efprit là- deffus
qu'elle crut long - temps la Metempficofe
, & qu'aprés fa mort
fon Ame pafferoit dans le corps
de quelque belle Chienne. Vous
eftes malicieux , me direz vous ,
d'accufer cette Dame de l'erreur
des
Pytagoriciens , elle eftoit trop
bonne
Chreftienne pour cela , &
je penfe que la
Metamphicoſe
n'eftoit pas ce qu'elle entendoit
le mieux. J'en demeure d'accord
avec vous , Monfieur , mais
elle fçavoit tout , & je n'avance
rien dont tout le monde n'ait là
connoiffance auffi - bien que moy.
Mais vous me troublez , ou plû184
Extraordinaire
toft je me trouble moy.mefme,
Je ne fçay plus où j'en eftois ; à
Bichete ce me femble.
j
Ces Dames refolurent un jour,
qu'il ne falloit pas que deux
Chiens de cette qualité laiffaf
fent une pofterité baftarde &
roturiere , & s'abandonnaflent
à d'indignes amours. Pour cér
effet , elles firent le Mariage
de Grizolin & de Bichere , d'où
fortit une nombreufe Famille
Mais enfin Grizolin chargé
d'honneurs & d'années fubit la
rigueur des Parques , & defcendit
dans le Tombeau. La Marquife
qui eftoit à la Campagne ,
ayant appris cette trifte nouvelle,
m'écrivit pour aller voir la Com.
teffe, & luy marquer la part qu'elle
prenoit à fa douleur fur la mort
du Mercure Galant. 185
du
pauvre
Grizolin. Pour moy,
qui n'ay jamais pû me vaincre
fur la foibleffe des autres , & qui
abhorre le ferieux ridicule , je me
deffendis de ce Compliment
, mais
je fus bien trompé , lorfque le
mefme jour à onze heures du foir ,
la Marquife
arriva chez moy
feule dans fa Littiere avec cinq
Chiens. Je ne fus point furpris
de la voir en cét équipage , parce
que fa Meute la fuivoit toû
jours ; & je crûs que quelque
grande affaire l'avoit obligée de
fe mettre en chemin à l'heure qu'il
eftoit , mais le lendemain
matin
fitoft qu'elle fut habillée
, elle
me dit que je luy donnaffe
la
main pour aller chez la Comtef
fe , quelle eftoit venue exprés
pour la confoler , puifque je n'en
2. d'Octobre
, 1685. &
186 Extraordinaire
avois voulu rien faire , & comme
il n'y avoit que la rue à traverſer,
nous y allâmes à pied , mais elle
fit fuivre des Porteurs fans que je
n'en apperceuffe , & ces Porteurs
qui avoient mis tous fes Chiens
dans une Chaife , avoient ordre
de les faire entrer dans la Chambre
de la Comteffe en mefme
temps que nous .
Nous trouvâmes cette Com
teffe au lit , & alors la Marquife
fondant en larmes. Je viens, ma
chere Coufine , luy dit- elle , en
l'embraffant , pleurer avec vous
le pauvre Grizolin . Mais je viens
encore vous preſenter fa Veuve
& fes petits Orphelins qui vous
demandent voftre protection , &
la continuation des mefmes bontez
que vous aviez pour eux du
du Mercure Galant.
187
'
vivant de leur Pere. Dans le mef
me moment , on vit courir cinq
Chiens par la Chambre tous
couverts & caparaçonnez de drap
noir , dont les queues trainoient
d'une demy- aulne de long. Ces
pauvres Animaux embarraffez de
ces ornemens lugubres , hurloient
pitoyablement , ce qui faifoit avec
les fanglots de ces Dames
la plus plaifante Comedie du
monde. Pour moy , je vous avoue
que je ne pus jamais m'empefcher
de rire , & la Comteffe s'en eftant
apperceuë.Voyez- vous , ma Coufine
, dit- elle à la Marquife , en
me regardant tout en colere , ce
méchant homme qui fe mocque
de nous , bien loin de me confo
ler dans la perte que j'ay faite
Pardonnez-moy , ma Coufine ,
Q ij
188 Extraordinaire
Monfieur ne ſe mocque pas de
nous , repartit la Marquiſe , c'eſt
le meilleur homme du monde ,
mais vous ſçavez qu'il n'a point
Le coeur chien. A ce mot je pouffay
un fi grand éclat de rire , que
la Marquife craignant que fon
Amie ne s'en fachaft tout de bon ,
elle prit congé d'elle , & nous fortifies
auffi- toft avec tout noftre
funebre équipage . Mais au reſte ,
l'affliction de cette Dame eftoit
fi grande , que fuft vieilleffe , ou
que la mort de Grizolin euft mis
le comble à tous fes autres déplaifirs
, elle mourut peu de jours a
prés .
Je ne doute point qu'une fi
plaifante avanture ne vous euft
fait perdre toute voſtre gravité ;
mais je m'imagine que réprenane
du Mercure Galant. 189
,
voſtre ſerieux & un certain ton
de Predicateur vous me direz.
que cette paffion pour les Chiens
eft non feulement ridicule , mais
contraire à la Religion & aux
bonnes moeurs. Il eft vray , Monfieur
, & dans le Paganiſme , il
eftoit honteux d'aimer trop ces
Animaux. Cezar haïffoit ces fortes
d'Idolaftres , & les railloit
fouvent , en forte que voyant un
jour des Etrangers qui portoient
des Chiens & des Guenons dans
leur fein & fous leurs bras , il leur
demanda fi les Femmes de leur
Pays enfantoient des Hommes .
Raillerie un peu forte, mais qu'on
ne devroit pas craindre de dire
tous les jours à ces Femmes de
qualité qu'on ne fçauroit def- entefter
de ce ridicule amour de
190
Extraordinaire
Chien . Mais au refte , Monfieur,
pourquoy voulons nous que ces
Dames foient plus fages que les
Egyptiens & les Grecs ; que Cymon
& Xantipe , qui ont élevé
des Monumens à leurs Chevaux
& à leurs Chiens Alexandre bâtit
un Ville à l'honneur de fon
Cheval , & Caligula fit le fien
Conful . Vous attribuez cela au
déreglement de leurs paffions , à
leur jeuneffe , & à leur vanité.
Mais il ne faudroit pas eftre grand
Orateur , pour juftifier Alexandre
; & fi Caligula n'eftoit pas
perdu de débauches , il auroit
part en cette deffence. Vous fçavez
qu'un Patriarche de Conftantinople
avoit une fi forte inclination
pour les Chevaux , qu'il
quita l'Autel pour aller à fon Ef-
C
du Mercure Galant. 191
curie , voir un Poulain qu'une de
fes Cavales venoit de produire.
Ce Patriarche s'appelloit Theophilacte
, & eftoit Fils de l'Empereur
Romain , un de ces Empereurs
Grecs qui mirent l'Empire
d'Orient dans la décadence.
Sa Cavale fe nommoit Phorbas ,
& c'eftoit le Jeudy - Saint que ce
Patriarche officioit , lors qu'on
luy vint dire qu'elle avoit poulené.
Il interrompit l'Office , &
courut auffi toft à fon Eſcurie
tout tranſporté de joye , où il
confidera long-temps le Poulain,
& puis revint à l'Eglife achever
l'Office fans autre façon .
Ne croyez - pas qu'il nourrit
ces Chevaux , quoy qu'il en euft
jufques à deux mille , d'excellent
foin & d'avoine choifie ; mais
192
Extraordinaire
d'amandes , de pistaches , de pi
gnons, & d'autres fruits delicieux,
qu'on mefloit de Safran , de Canelle
, & de drogues aromatiques
dans les Vins les plus délicats
de la Grece & de l'Afie. Vous
pouvez croire qu'une pareille
nourriture rendoit ces Chevaux
extremément fiers , & fougueux.
Auffi un jour que ce Patriarche
prenoit plaifir d'en monter un
& de luy faire faire mille caracoles
, cét Animal prit tout a coup
le frein au dents , & courant de
toute fa force , fans qu'on pût
jamais l'arrefter , il jetta fi rude
ment fon Maistre contre une muraille
, qu'on le remporta à demymort
de fa chûte , de laquelle il
mourut aprés avoir languy encore
quelque temps .
Je
du Mercure Galant. 193
le condamne comme vous cette
attache , mais enfin les Chiens
& les Chevaux font fi amis de
'Homme , & ces animaux ont un
fi grand commerce avec nous ,
qu'il ne faut pas trouver étrange ,
i nous les traitons d'une maniere
humaine ; & s'ils participent en
quelque façon à nos honneurs &
à nos ceremonies. Il eft encore
jufte que l'Homme ait naturelle.
ment quelque reffentiment de la
mort de ces pauvres beſtes , puis
qu'elles font fenfibles à la noſtre ,
- comme on en voit tous les jours
des exemples. Les Turcs font tant
de cas de leurs regrets en cette
rencontre , qu'ils fe contentent
mefme de leurs fauffes plaintes ;
& on a gagé des Animaux pleureurs
, auffi bien que des Femmes
Q. d'Octobre 1685. R
194
Extraordinaire
pleureufes. Pour cet effet , ils atta.
chent de certaines drogues aux
narines de leurs Chevaux , qui les
font éternuer fans ceffe , pour
marquer le regret & la douleur
qu'ils ont de la mort de leur Maître.
Mais , Monfieur , finiffons
cette Morale , le fommeil m'ac-
, cable , & la Plume me tombe
des mains . Je fuis , Monfieur ,
Voftre , & c .
DE LA FEVRERIE .
A MONSIEVR LE COMTE DE C.
V
Oicy donc, Monfieur , l'Hiftoriete
que vous voulez
fçavoir. Si elle vous a diverty
lorfqu'on ne vous la racontée
qu'imparfaitement ,j'efpere qu'el
le vous donnera le plaifir tout
entier , quand je vous en auray
fait le recit , moy qui en ay eſté
le témoin occulaire , & qui vais
en eftre le fidelle Hiftorien . Mais
pour vous la faire mieux entendre
, il faut que je vous faffe auparavant
le Portrait des deux
Dames qui y ont intereft. Vous
du Mercure Galant. 177
2
a vez entendu parler d'elles plufieurs
fois , mais vous ne les avez
pas connues , & vous ne ferez pas
faché que je vous apprenne comment
elles eftoient faites.
Madame la Comteffe de M...
eftoit laide , mais elle avoit l'efprit
vafte & élevé , & joignoit
un grand fçavoir à une grande
naiffance . Comme elle avoit le
coeur noble & genereux , fa vertu
, ſa ſcience & fa qualité faifoient
toute fon occupation , & la deffus
elle dormoit la graffe matinée
fans fe mettre en peine de la fortune
, & de tous les biens de ce
monde . Mais auffi comme elle
eftoit fort liberale , & d'une
grande dépenſe , elle auroit eu
peine à fubfifter dans fa vieilleffe ,
fans le fecours d'une perfonne
י כ
178 Extraordinaire
tres.confiderable , qui l'honora
toûjours & l'affifta jufqu'à fa
mort. Voilà quelle eftoit Madame
la Comteffe de M... Voicy
à peu près ce qu'eftoit Madame
la Marquife P .... Elle avoit cfté
belle , & d'une beauté , qui luy
dura jufqu'à la fin de ſes jours ,
malgré l'accident qui luy arriva.
Une Dame fa Parente qui eftoit
jaloufe d'elle & de fon Mary , &
qui ne pouvoit luy pardonner fa
beauté , parce qu'elle eftoit laide,
luy donna de l'eau de chaux fei.
gnant que c'eftoit une eau admirable
pour le teint . La Marquife
s'en fervit fur fa bonne foy , & il
luy en demeura de facheufes marques
, nonobftant tous les Remedes
que les
Medecins luy pûrent
faire. Elle avoit l'efprit noble ,
du Mercure Galant. 179
ނ
vif
remuant l'ame grande ,
hardie , courageufe , & de com .
mandement ; auffi vivoit elle
comme une petite Souveraine ;
& dans un Chafteau de Carte ,
elle eftoit devenue la terreur de
fes Voifins & des Etrangers qui
abordoient cette cofte de la Mer
où elle demeuroit ; & d'où en un
befoin , elle auroit donné des loix
à toute la Terre . Nous voyons encore
icy une vieille Demoiſelle
qui executoit les ordres , & qu'elle
nommoit fi plaifamment fon
Eminence , faifant allufion aux
Miniftres qui gouvernoient l'Etat
de fon temps. Enfin on peut
dire qu'avec toute la beauté de
fon Sexe , elle avoit tout l'efprit
& le courage du noſtre ainfi
qu'elle le fit voir pendant le regne
180 Extraordinaire
de Cromvel , & de la Republique
d'Angleterre.
Vous me demanderez fans dou.
te , ce qu'elle avoit à démefler
avec ces gens là ? Je m'en vais vous
le dire , mais ne m'accufez pas
de faire icy un trop long Avant
propos , & vous fouvenez que
nos Entretiens ne doivent pas.
eftre fi reguliers. Pour moy , je
croy qu'il fuffit qu'on dife bien les
chofes , qu'on ne perde rien au
change , & que ce qu'on dit vaille
mieux que ce qu'on publie à
dire. Cela eftant , Monfieur , voicy
quel fut le démeflé de la Marquife
avec Cromvel & le Parlement
d'Angleterre . Son Gendre
qui eftoit un grand Seigneur du
Maine , & qui avoit beaucoup
d'argent , s'avifa d'envoyer des
du Mercure Galant. 181
Toiles de Laval , aux Ifles de
Gerley qui tenoient encore en
ce temps - là pour le feu Roy de
la Grand' Bretagne. Il fit donc
charger un Vaiffeau de ces Toiles
, croyant y faire un profit confiderable
; mais par malheur pour
luy , un Armateur Anglois qui
couroit la Cofte , fe faifit du Bâ.
timent pour la Republique , & le
mena à Londres . Ce pauvre Seigneurfe
trouva fort trompé dans
fon pretendu Negoce ; mais la
Marquife habile & pleine d'invention
fit arrefter auffi - toft
tous les Baftimens Anglois qui
trafiquoient fur fon gravage , &
fe faifit des hommes & des effets ;
aprés qnoy elle écrivit à Cromvel
& au Parlement
, pour
faire rendre les Toiles de fon
"
fe
182 Extraordinaire
Beau- Fils qu'elle reclamoit à elle,
& c'eft dans cette Lettre qu'elle
mit donné en noftre Principauté de
Pyrou le trentiéme de .... Ce trait
hardy reüffit , & à la priere des
Marchands Anglois , le Vaiffeau
& les Toiles furent reftituez , accompagnez
d'une Lettre pleine
de reſpect & de civilité , dans laquelle
Cromvel & le Parlement
la qualifierent de Princeffe & de
Souveraine , mais revenons à nô.
tre Sujet.
Ces deux Dames dont je viens
de vous faire la peinture , eftoient
parentes & voiſines ; mais l'incli .
nation qu'elles avoient toutes
deux pour les Chiens , avoit fait
leur plus grande union . La Comteffe
avoit un Chien favory qu'elle
nommoit Grizolir . La Mar.
du Mercure Galant. 183
quife à fon imitation , avoit nommé
Bichete une Chienne dont
elle eftoit folle , car la lecture des
Livres fabuleux , luy avoit tellement
gafté l'efprit là- deffus
qu'elle crut long - temps la Metempficofe
, & qu'aprés fa mort
fon Ame pafferoit dans le corps
de quelque belle Chienne. Vous
eftes malicieux , me direz vous ,
d'accufer cette Dame de l'erreur
des
Pytagoriciens , elle eftoit trop
bonne
Chreftienne pour cela , &
je penfe que la
Metamphicoſe
n'eftoit pas ce qu'elle entendoit
le mieux. J'en demeure d'accord
avec vous , Monfieur , mais
elle fçavoit tout , & je n'avance
rien dont tout le monde n'ait là
connoiffance auffi - bien que moy.
Mais vous me troublez , ou plû184
Extraordinaire
toft je me trouble moy.mefme,
Je ne fçay plus où j'en eftois ; à
Bichete ce me femble.
j
Ces Dames refolurent un jour,
qu'il ne falloit pas que deux
Chiens de cette qualité laiffaf
fent une pofterité baftarde &
roturiere , & s'abandonnaflent
à d'indignes amours. Pour cér
effet , elles firent le Mariage
de Grizolin & de Bichere , d'où
fortit une nombreufe Famille
Mais enfin Grizolin chargé
d'honneurs & d'années fubit la
rigueur des Parques , & defcendit
dans le Tombeau. La Marquife
qui eftoit à la Campagne ,
ayant appris cette trifte nouvelle,
m'écrivit pour aller voir la Com.
teffe, & luy marquer la part qu'elle
prenoit à fa douleur fur la mort
du Mercure Galant. 185
du
pauvre
Grizolin. Pour moy,
qui n'ay jamais pû me vaincre
fur la foibleffe des autres , & qui
abhorre le ferieux ridicule , je me
deffendis de ce Compliment
, mais
je fus bien trompé , lorfque le
mefme jour à onze heures du foir ,
la Marquife
arriva chez moy
feule dans fa Littiere avec cinq
Chiens. Je ne fus point furpris
de la voir en cét équipage , parce
que fa Meute la fuivoit toû
jours ; & je crûs que quelque
grande affaire l'avoit obligée de
fe mettre en chemin à l'heure qu'il
eftoit , mais le lendemain
matin
fitoft qu'elle fut habillée
, elle
me dit que je luy donnaffe
la
main pour aller chez la Comtef
fe , quelle eftoit venue exprés
pour la confoler , puifque je n'en
2. d'Octobre
, 1685. &
186 Extraordinaire
avois voulu rien faire , & comme
il n'y avoit que la rue à traverſer,
nous y allâmes à pied , mais elle
fit fuivre des Porteurs fans que je
n'en apperceuffe , & ces Porteurs
qui avoient mis tous fes Chiens
dans une Chaife , avoient ordre
de les faire entrer dans la Chambre
de la Comteffe en mefme
temps que nous .
Nous trouvâmes cette Com
teffe au lit , & alors la Marquife
fondant en larmes. Je viens, ma
chere Coufine , luy dit- elle , en
l'embraffant , pleurer avec vous
le pauvre Grizolin . Mais je viens
encore vous preſenter fa Veuve
& fes petits Orphelins qui vous
demandent voftre protection , &
la continuation des mefmes bontez
que vous aviez pour eux du
du Mercure Galant.
187
'
vivant de leur Pere. Dans le mef
me moment , on vit courir cinq
Chiens par la Chambre tous
couverts & caparaçonnez de drap
noir , dont les queues trainoient
d'une demy- aulne de long. Ces
pauvres Animaux embarraffez de
ces ornemens lugubres , hurloient
pitoyablement , ce qui faifoit avec
les fanglots de ces Dames
la plus plaifante Comedie du
monde. Pour moy , je vous avoue
que je ne pus jamais m'empefcher
de rire , & la Comteffe s'en eftant
apperceuë.Voyez- vous , ma Coufine
, dit- elle à la Marquife , en
me regardant tout en colere , ce
méchant homme qui fe mocque
de nous , bien loin de me confo
ler dans la perte que j'ay faite
Pardonnez-moy , ma Coufine ,
Q ij
188 Extraordinaire
Monfieur ne ſe mocque pas de
nous , repartit la Marquiſe , c'eſt
le meilleur homme du monde ,
mais vous ſçavez qu'il n'a point
Le coeur chien. A ce mot je pouffay
un fi grand éclat de rire , que
la Marquife craignant que fon
Amie ne s'en fachaft tout de bon ,
elle prit congé d'elle , & nous fortifies
auffi- toft avec tout noftre
funebre équipage . Mais au reſte ,
l'affliction de cette Dame eftoit
fi grande , que fuft vieilleffe , ou
que la mort de Grizolin euft mis
le comble à tous fes autres déplaifirs
, elle mourut peu de jours a
prés .
Je ne doute point qu'une fi
plaifante avanture ne vous euft
fait perdre toute voſtre gravité ;
mais je m'imagine que réprenane
du Mercure Galant. 189
,
voſtre ſerieux & un certain ton
de Predicateur vous me direz.
que cette paffion pour les Chiens
eft non feulement ridicule , mais
contraire à la Religion & aux
bonnes moeurs. Il eft vray , Monfieur
, & dans le Paganiſme , il
eftoit honteux d'aimer trop ces
Animaux. Cezar haïffoit ces fortes
d'Idolaftres , & les railloit
fouvent , en forte que voyant un
jour des Etrangers qui portoient
des Chiens & des Guenons dans
leur fein & fous leurs bras , il leur
demanda fi les Femmes de leur
Pays enfantoient des Hommes .
Raillerie un peu forte, mais qu'on
ne devroit pas craindre de dire
tous les jours à ces Femmes de
qualité qu'on ne fçauroit def- entefter
de ce ridicule amour de
190
Extraordinaire
Chien . Mais au refte , Monfieur,
pourquoy voulons nous que ces
Dames foient plus fages que les
Egyptiens & les Grecs ; que Cymon
& Xantipe , qui ont élevé
des Monumens à leurs Chevaux
& à leurs Chiens Alexandre bâtit
un Ville à l'honneur de fon
Cheval , & Caligula fit le fien
Conful . Vous attribuez cela au
déreglement de leurs paffions , à
leur jeuneffe , & à leur vanité.
Mais il ne faudroit pas eftre grand
Orateur , pour juftifier Alexandre
; & fi Caligula n'eftoit pas
perdu de débauches , il auroit
part en cette deffence. Vous fçavez
qu'un Patriarche de Conftantinople
avoit une fi forte inclination
pour les Chevaux , qu'il
quita l'Autel pour aller à fon Ef-
C
du Mercure Galant. 191
curie , voir un Poulain qu'une de
fes Cavales venoit de produire.
Ce Patriarche s'appelloit Theophilacte
, & eftoit Fils de l'Empereur
Romain , un de ces Empereurs
Grecs qui mirent l'Empire
d'Orient dans la décadence.
Sa Cavale fe nommoit Phorbas ,
& c'eftoit le Jeudy - Saint que ce
Patriarche officioit , lors qu'on
luy vint dire qu'elle avoit poulené.
Il interrompit l'Office , &
courut auffi toft à fon Eſcurie
tout tranſporté de joye , où il
confidera long-temps le Poulain,
& puis revint à l'Eglife achever
l'Office fans autre façon .
Ne croyez - pas qu'il nourrit
ces Chevaux , quoy qu'il en euft
jufques à deux mille , d'excellent
foin & d'avoine choifie ; mais
192
Extraordinaire
d'amandes , de pistaches , de pi
gnons, & d'autres fruits delicieux,
qu'on mefloit de Safran , de Canelle
, & de drogues aromatiques
dans les Vins les plus délicats
de la Grece & de l'Afie. Vous
pouvez croire qu'une pareille
nourriture rendoit ces Chevaux
extremément fiers , & fougueux.
Auffi un jour que ce Patriarche
prenoit plaifir d'en monter un
& de luy faire faire mille caracoles
, cét Animal prit tout a coup
le frein au dents , & courant de
toute fa force , fans qu'on pût
jamais l'arrefter , il jetta fi rude
ment fon Maistre contre une muraille
, qu'on le remporta à demymort
de fa chûte , de laquelle il
mourut aprés avoir languy encore
quelque temps .
Je
du Mercure Galant. 193
le condamne comme vous cette
attache , mais enfin les Chiens
& les Chevaux font fi amis de
'Homme , & ces animaux ont un
fi grand commerce avec nous ,
qu'il ne faut pas trouver étrange ,
i nous les traitons d'une maniere
humaine ; & s'ils participent en
quelque façon à nos honneurs &
à nos ceremonies. Il eft encore
jufte que l'Homme ait naturelle.
ment quelque reffentiment de la
mort de ces pauvres beſtes , puis
qu'elles font fenfibles à la noſtre ,
- comme on en voit tous les jours
des exemples. Les Turcs font tant
de cas de leurs regrets en cette
rencontre , qu'ils fe contentent
mefme de leurs fauffes plaintes ;
& on a gagé des Animaux pleureurs
, auffi bien que des Femmes
Q. d'Octobre 1685. R
194
Extraordinaire
pleureufes. Pour cet effet , ils atta.
chent de certaines drogues aux
narines de leurs Chevaux , qui les
font éternuer fans ceffe , pour
marquer le regret & la douleur
qu'ils ont de la mort de leur Maître.
Mais , Monfieur , finiffons
cette Morale , le fommeil m'ac-
, cable , & la Plume me tombe
des mains . Je fuis , Monfieur ,
Voftre , & c .
DE LA FEVRERIE .
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Résumé : LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
Le texte 'Le Deuil ridicule' est une lettre adressée à Monsieur le Comte de C., décrivant divers événements impliquant deux dames : Madame la Comtesse de M... et Madame la Marquise P.... La Comtesse est décrite comme laide mais vertueuse, tandis que la Marquise est belle et autoritaire. Cette dernière subit des dommages au visage infligés par une parente jalouse. Un autre incident concerne la Marquise et Cromwell, impliquant la confiscation de toiles par un armateur anglais, finalement restituées par Cromwell. Les deux dames partagent une passion pour les chiens. La Comtesse possède un chien nommé Grizolin, et la Marquise une chienne nommée Bichete. Après la mort de Grizolin, la Marquise rend visite à la Comtesse, accompagnée de ses chiens vêtus de noir pour la consoler. Cette scène amuse l'auteur mais irrite la Comtesse, qui meurt peu après, soit de vieillesse, soit de chagrin. Le texte critique la passion excessive des dames pour les chiens, comparant cette pratique à des exemples historiques et religieux. Il mentionne également un incident violent où une personne, Maistre, est blessée mortellement. Le narrateur discute des liens entre les hommes et les animaux, notant que les chiens et les chevaux partagent des relations étroites avec les humains. Par exemple, les Turcs expriment leur chagrin pour leurs animaux décédés en provoquant des éternuements chez leurs chevaux. Le narrateur conclut en exprimant sa fatigue et met fin à sa réflexion morale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1683
p. 194-201
« Je croy ne pouvoir mieux commencer à vous satisfaire / VOus avez accordé, Monsieur, une place dans vos Lettres [...] »
Début :
Je croy ne pouvoir mieux commencer à vous satisfaire / VOus avez accordé, Monsieur, une place dans vos Lettres [...]
Mots clefs :
Explications, Énigmes, Ombre, Blé, Madrigal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy ne pouvoir mieux commencer à vous satisfaire / VOus avez accordé, Monsieur, une place dans vos Lettres [...] »
Je croy ne pouvoir mieux commencer
à vous fatisfaire touchant les Explications
en Vers que vous attendez
fur les deux Enigmes propofées dans
ma Lettre d'Octobre , qu'en vous envoyant
la Lettre quifuit. Les vrais
mots de ces Enigmes, estoient l'Ombre
& l'Epy de Bled.
du´Mercure Galant. 195
V
APethiviers le 12 , Nov. 1685.
>
Ous avez accordé , Monfieur
une place dans vos
Lettres precedentes à mes petites
Explications. L'on en á pris occafion
de m'impofer pour loy indif
penſable , de vous envoyer dorefnavant
tous les mois ces mefmes
Explications en Vers. Voicy donc
celles du dernier mois.
La feconde eft affeurément le
Bled. Pour la premiere, je vous avouë
qu'elle m'a un peu embaraffé
; je crûs d'abord que c'eftoit la
Glace , je trouvay un moment aprés,
que l'ombre y convenoit en
core mieux ; mais l'un & l'autre
me faifoient du fcrupule , parce
que l'Auteur ayant commencé de
parler au feminin, change de gen.
Rij
196
Extraordinaire
re fur la fin , & met l'un au lieu
de l'une. Ce doute , qui fufpendit
quelque temps ma decifion , me
fut bien cher vendu ; vous allez
voir comment la choſe ſe paſſa ,
& à quelles gens j'ay affaire.
Un Petulant Eain de naiſſantes Brunettes
,
Fraifches comme des fleurs , comme des
Anges faites ,
Mais paffant en malignité ,
La plus maligne des Planetes.
Ces dangereux Afpics, fans comtract ny
traité,
M'ont engagé de leur autorité ,
A leur faire un tribut de contes , de
fornettes ,
D'avantures , de jeux, de vers , de chan-
Sonnettes.
Il leur en faut foir & matin.
Ces gourmandes de bagatelles
En ont à tous momens une fi grandefaim,
Qu'on n'a jamais fait avec elles. -
du Mercure Galant. 197
C'a, m'ont- elles dit aujourd' buy,
Petit Avorton de la Rime,
Qu'on nous dife le mot de la premiere
Enigme!
N'obeir pas d'abord , chez elles c'est un
crime ,
Qu'à coups de pieds , de poing, do Cifeaux
ou d'Etuy ,
D'ongles , de bufcs , de gands , d'épin
gles , ou d'éguilles ,
Ces Eutins incarnez , ces bruyantes che
nilles
Mefont expier à l'inftant .
Fe la lis donc , mais rien , trois fois je
recommence ,
Trois fois il m'en arrive autant ,
Bref plus je lis , & moins j'avance.
Defefperé , je bats la chamade à genoux;
Quartier! Comment quartier , m'ont dit
mes obftinées ,
En doit-on attendre de nous ?
A ces mots, contre moy les voilà déchai
nées ,
Je me fens accabler d'une grefle de coups.
R. iij
198 Extraordinaire
Eh bien , nous l'expliquerez- vous ?
Oùfaudra -t-il encor, fur nouveaux frais,
vous battre,
M'ont-elles repeté ? Parlez vifte . Ah!
tout doux ,
Fiffiez-vous plus encor les diableſſes à
quatre ,
Leur ay-je répondu d'un ton de fuppliant,
Cette Enigme, ma foy, me rebutte & me
paffe .
Son mot eft feminin dans le commencement
,
Et fur ce pied , j'y trouve également
Celuy de l'Ombre
Glace :
> & celuy de la
Mais le genre changé fur la fin , m'embaraffe
,
Et deflors je n'en fuis affeuré ny content:
Ainfi pour cette fois , mes belles Enfans,
grace.
Sur mon humble difcours , leur confeil
affemblé ,
M'impofe pour rançon ' d'expliquer la
dernieré.
du Mercure Galant . 199 .
Je la prends , je la lis , inquiet & troublé,
Par un tres-grand bonheur , j'en perce lemiftere.
Helas ! pour peu qu'elle enft tenu de la
premiere ,
Feftois pris comme dans un Blé.
Je fuis , Monfieur , voftre , &c.
Le petit Colin .
Depuis ma Lettre écrite , j'ay
efté bourré, par le Madrigal dont
je vous envoye la Copie. C'eſt au
fujet du double mot fur la premiere
Enigme.
'Ombre eft le vray mot, il me plaift.
Mais pour la Glace , on nesçait so
que c'eft.
On s'en raille , Colin , & j'en suis defolée.
De bonne foy , quand tu l'as mis ainfi,
Ilfalloit que pour toy Pegafe fuft tranfi,
Et l'eau d'Hypocrenne gelée.
Adieu, ta feptiéme Brunette N. S.
RiiTHE
LYON
1893
200 Extraordinaire
Vous voyez bien , Monfieur ,
que j'ay prefqu'autant de Brunettes
qu'Apollon á de Mufes. La
difference , c'eft que celles- cy
rendent quelquesfois d'affez bons
offices , & que les autres ne mé
font que du mal , & ne fe plaifent
qu'à me perfecuter . J'ay tâche
de juftifier à cette belle Criti .
que , le mot de Glace , dont elle eft
choquée , par la réponſe Luivante
à fon Madrigal.
L'
'Ombre plaift en Efté , la Glace
plaift de mefme,
Dans l'Hyver on lafuit avec un foin extrême
,
Elle naift dans la Ville , ainsi que dans
les Bois,
De l'humide & du froid elle tire fon
estre,
du Mercure Galant. 201
Et ces deux qualitez , vous le fçavez
peut- eftre ,
Dans tous les corps fe trouvent à la
fois.
Si le jeu divertit des Femmes un grand
nombre ,
Un plus grand nombre encor prend plaifir
àfe voir
Dans une Glace de miroir ,
Bref l'on mange , l'on boit le matin & le
Soir,
A la Glace auffi-bien qu'à l'Ombre :
Ainfi je nefçay point , Belle & Criti
que Iris
Auquel de ces deux mots donner la preference
Voftre gout feul chez moy fait pancher,
La balance ,
Et je cede à l'Ombre le prix..
à vous fatisfaire touchant les Explications
en Vers que vous attendez
fur les deux Enigmes propofées dans
ma Lettre d'Octobre , qu'en vous envoyant
la Lettre quifuit. Les vrais
mots de ces Enigmes, estoient l'Ombre
& l'Epy de Bled.
du´Mercure Galant. 195
V
APethiviers le 12 , Nov. 1685.
>
Ous avez accordé , Monfieur
une place dans vos
Lettres precedentes à mes petites
Explications. L'on en á pris occafion
de m'impofer pour loy indif
penſable , de vous envoyer dorefnavant
tous les mois ces mefmes
Explications en Vers. Voicy donc
celles du dernier mois.
La feconde eft affeurément le
Bled. Pour la premiere, je vous avouë
qu'elle m'a un peu embaraffé
; je crûs d'abord que c'eftoit la
Glace , je trouvay un moment aprés,
que l'ombre y convenoit en
core mieux ; mais l'un & l'autre
me faifoient du fcrupule , parce
que l'Auteur ayant commencé de
parler au feminin, change de gen.
Rij
196
Extraordinaire
re fur la fin , & met l'un au lieu
de l'une. Ce doute , qui fufpendit
quelque temps ma decifion , me
fut bien cher vendu ; vous allez
voir comment la choſe ſe paſſa ,
& à quelles gens j'ay affaire.
Un Petulant Eain de naiſſantes Brunettes
,
Fraifches comme des fleurs , comme des
Anges faites ,
Mais paffant en malignité ,
La plus maligne des Planetes.
Ces dangereux Afpics, fans comtract ny
traité,
M'ont engagé de leur autorité ,
A leur faire un tribut de contes , de
fornettes ,
D'avantures , de jeux, de vers , de chan-
Sonnettes.
Il leur en faut foir & matin.
Ces gourmandes de bagatelles
En ont à tous momens une fi grandefaim,
Qu'on n'a jamais fait avec elles. -
du Mercure Galant. 197
C'a, m'ont- elles dit aujourd' buy,
Petit Avorton de la Rime,
Qu'on nous dife le mot de la premiere
Enigme!
N'obeir pas d'abord , chez elles c'est un
crime ,
Qu'à coups de pieds , de poing, do Cifeaux
ou d'Etuy ,
D'ongles , de bufcs , de gands , d'épin
gles , ou d'éguilles ,
Ces Eutins incarnez , ces bruyantes che
nilles
Mefont expier à l'inftant .
Fe la lis donc , mais rien , trois fois je
recommence ,
Trois fois il m'en arrive autant ,
Bref plus je lis , & moins j'avance.
Defefperé , je bats la chamade à genoux;
Quartier! Comment quartier , m'ont dit
mes obftinées ,
En doit-on attendre de nous ?
A ces mots, contre moy les voilà déchai
nées ,
Je me fens accabler d'une grefle de coups.
R. iij
198 Extraordinaire
Eh bien , nous l'expliquerez- vous ?
Oùfaudra -t-il encor, fur nouveaux frais,
vous battre,
M'ont-elles repeté ? Parlez vifte . Ah!
tout doux ,
Fiffiez-vous plus encor les diableſſes à
quatre ,
Leur ay-je répondu d'un ton de fuppliant,
Cette Enigme, ma foy, me rebutte & me
paffe .
Son mot eft feminin dans le commencement
,
Et fur ce pied , j'y trouve également
Celuy de l'Ombre
Glace :
> & celuy de la
Mais le genre changé fur la fin , m'embaraffe
,
Et deflors je n'en fuis affeuré ny content:
Ainfi pour cette fois , mes belles Enfans,
grace.
Sur mon humble difcours , leur confeil
affemblé ,
M'impofe pour rançon ' d'expliquer la
dernieré.
du Mercure Galant . 199 .
Je la prends , je la lis , inquiet & troublé,
Par un tres-grand bonheur , j'en perce lemiftere.
Helas ! pour peu qu'elle enft tenu de la
premiere ,
Feftois pris comme dans un Blé.
Je fuis , Monfieur , voftre , &c.
Le petit Colin .
Depuis ma Lettre écrite , j'ay
efté bourré, par le Madrigal dont
je vous envoye la Copie. C'eſt au
fujet du double mot fur la premiere
Enigme.
'Ombre eft le vray mot, il me plaift.
Mais pour la Glace , on nesçait so
que c'eft.
On s'en raille , Colin , & j'en suis defolée.
De bonne foy , quand tu l'as mis ainfi,
Ilfalloit que pour toy Pegafe fuft tranfi,
Et l'eau d'Hypocrenne gelée.
Adieu, ta feptiéme Brunette N. S.
RiiTHE
LYON
1893
200 Extraordinaire
Vous voyez bien , Monfieur ,
que j'ay prefqu'autant de Brunettes
qu'Apollon á de Mufes. La
difference , c'eft que celles- cy
rendent quelquesfois d'affez bons
offices , & que les autres ne mé
font que du mal , & ne fe plaifent
qu'à me perfecuter . J'ay tâche
de juftifier à cette belle Criti .
que , le mot de Glace , dont elle eft
choquée , par la réponſe Luivante
à fon Madrigal.
L'
'Ombre plaift en Efté , la Glace
plaift de mefme,
Dans l'Hyver on lafuit avec un foin extrême
,
Elle naift dans la Ville , ainsi que dans
les Bois,
De l'humide & du froid elle tire fon
estre,
du Mercure Galant. 201
Et ces deux qualitez , vous le fçavez
peut- eftre ,
Dans tous les corps fe trouvent à la
fois.
Si le jeu divertit des Femmes un grand
nombre ,
Un plus grand nombre encor prend plaifir
àfe voir
Dans une Glace de miroir ,
Bref l'on mange , l'on boit le matin & le
Soir,
A la Glace auffi-bien qu'à l'Ombre :
Ainfi je nefçay point , Belle & Criti
que Iris
Auquel de ces deux mots donner la preference
Voftre gout feul chez moy fait pancher,
La balance ,
Et je cede à l'Ombre le prix..
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Résumé : « Je croy ne pouvoir mieux commencer à vous satisfaire / VOus avez accordé, Monsieur, une place dans vos Lettres [...] »
Dans une correspondance, Colin discute des solutions à deux énigmes posées dans une lettre précédente. Il mentionne avoir été harcelé par des jeunes femmes, surnommées 'Brunettes', pour résoudre ces énigmes. La première énigme l'a particulièrement embarrassé, car il hésitait entre 'Glace' et 'Ombre'. Les Brunettes ont exercé une pression sur lui pour obtenir la solution. Après réflexion, Colin choisit 'Ombre' comme réponse, bien que la question du genre grammatical ait compliqué sa décision. Une des Brunettes, identifiée par les initiales N.S., lui envoie un madrigal confirmant que 'Ombre' est le bon mot, tout en se moquant de l'hypothèse 'Glace'. Colin justifie ensuite le choix de 'Glace' en expliquant ses propriétés et son utilité. Il mentionne que la glace est utile pour rafraîchir les boissons et conserve les aliments. Cependant, il conclut en donnant la préférence à 'Ombre' selon son goût personnel. La discussion autour de cette énigme montre les différentes perspectives et arguments des interlocuteurs, chacun défendant son point de vue avec des raisons spécifiques.
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1684
p. 201-202
I.
Début :
Voicy les differentes Explications que j'ay receuës sur / Si Gerion avoit trois testes [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
Voicy les differentes Explications:
que j'ay receues fur l'Ombre & l'EPy
de Bled.
202 Extraordinaire
I.
1*Gerion avoit trois teftes
Dépendantes d'un meſme corps ,
Et qui par de communs accords
A toutes chofes eftoient preftes ,
Ne peut- on pas fçavoir pourquoy
A l'exemple de ce grand Roy,
Le Mercure Galant n'en a pas pareil
nombre?
Je me trompe: grand Dieu qui fers
En mefme temps au Ciel , en la Terre,
aux Enfers ,
Si tu n'es trois en corps , c'est tout du
moins en Ombre.
RAULT , de Rouen.
que j'ay receues fur l'Ombre & l'EPy
de Bled.
202 Extraordinaire
I.
1*Gerion avoit trois teftes
Dépendantes d'un meſme corps ,
Et qui par de communs accords
A toutes chofes eftoient preftes ,
Ne peut- on pas fçavoir pourquoy
A l'exemple de ce grand Roy,
Le Mercure Galant n'en a pas pareil
nombre?
Je me trompe: grand Dieu qui fers
En mefme temps au Ciel , en la Terre,
aux Enfers ,
Si tu n'es trois en corps , c'est tout du
moins en Ombre.
RAULT , de Rouen.
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Résumé : I.
Le texte compare Mercure, dieu romain, à Gerion, roi à trois têtes. Bien que Mercure n'ait pas trois têtes physiques, il est symboliquement tripartite, présent au Ciel, sur Terre et aux Enfers. Cette analyse souligne la nature polyvalente et omniprésente de Mercure.
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1685
p. 202-203
II.
Début :
VOstre seconde Enigme, agreable Mercure, [...]
Mots clefs :
Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
II.
Oftre feconde Enigme, agreable Mer-
V° cure,
Ne m'a pas femblé fort obfcure,
Et malgré les maux que je fens,
du Mercure Galant. 203
I'en ay , je croy , trouvé le veritable
Sens :
Le mot qu'elle renferme , entretient notre
vie ,
Ce mot excite mon envie ;
Accablé , pénetré d'ennuis ,
I'en voudrois bien avoir quelques greniers
remplis ,
Fuft - ce de celuy de Turquie ,
Pour me pouvoir tirer de l'état où je
Suis.
DE BOIS FEY.
F. S. L. G. D. F.
Oftre feconde Enigme, agreable Mer-
V° cure,
Ne m'a pas femblé fort obfcure,
Et malgré les maux que je fens,
du Mercure Galant. 203
I'en ay , je croy , trouvé le veritable
Sens :
Le mot qu'elle renferme , entretient notre
vie ,
Ce mot excite mon envie ;
Accablé , pénetré d'ennuis ,
I'en voudrois bien avoir quelques greniers
remplis ,
Fuft - ce de celuy de Turquie ,
Pour me pouvoir tirer de l'état où je
Suis.
DE BOIS FEY.
F. S. L. G. D. F.
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1686
p. 203-204
III.
Début :
DEpuis que l'on s'est avisé [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : III.
III.
l'on s'eft avisé
De cacher fi bien sa pensée,
Ой ,
Qu'encor qu'elle foit proposée
De la developer il ne foit pas aisés .
Où, pour m'expliquer en deux rimes,
·Depuis que l'on fait des Enigmes
Soit en peinture ou par écrit ,
Iamais on n'occupa l'esprit
204
Extoaordinaire
Sur un moindre ſujet que celuy dont
Mercure
En ce mois nous fait la peinture.
C'est un pur eftre privatif ,
Il n'a rien qni foit pofitif,
Il tient d'autruy jusqu'à son existence,
On a peine à l'appercevoir ,
Parce qu'il fuit fans ceffe la prefence
De l'Aftre qui nous fait tout voir ;
Auffi dans l'Univers il n'est rien de
plus fombre,
Puifque ce n'eft qu'une Ombre.
RousTAN , de Toulon .
l'on s'eft avisé
De cacher fi bien sa pensée,
Ой ,
Qu'encor qu'elle foit proposée
De la developer il ne foit pas aisés .
Où, pour m'expliquer en deux rimes,
·Depuis que l'on fait des Enigmes
Soit en peinture ou par écrit ,
Iamais on n'occupa l'esprit
204
Extoaordinaire
Sur un moindre ſujet que celuy dont
Mercure
En ce mois nous fait la peinture.
C'est un pur eftre privatif ,
Il n'a rien qni foit pofitif,
Il tient d'autruy jusqu'à son existence,
On a peine à l'appercevoir ,
Parce qu'il fuit fans ceffe la prefence
De l'Aftre qui nous fait tout voir ;
Auffi dans l'Univers il n'est rien de
plus fombre,
Puifque ce n'eft qu'une Ombre.
RousTAN , de Toulon .
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Résumé : III.
Le texte explore la difficulté de dissimuler ses pensées et la complexité de leur développement. Les énigmes, qu'elles soient visuelles ou écrites, demandent une grande attention. Le poème traite du concept de 'rien', un être privatif sans aspect positif, dépendant des autres pour exister. Il est décrit comme la chose la plus sombre de l'univers, comparable à une ombre. L'auteur est ROUSTAN, de Toulon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1687
p. 204
IV.
Début :
JE desesperois de trouver [...]
Mots clefs :
Épi de blé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV.
IV.
E defefperois de trouver
Le fens que l'autre Enigme enferme,
Et j'allois ceffer d'y refuer,
Quand mon efprit confus de ne pas
tenir ferme,
Ayant fes efforts redoublé ,
A veu que le vray mor eftoit l'Epy de-
Blé.. Le mefme.
E defefperois de trouver
Le fens que l'autre Enigme enferme,
Et j'allois ceffer d'y refuer,
Quand mon efprit confus de ne pas
tenir ferme,
Ayant fes efforts redoublé ,
A veu que le vray mor eftoit l'Epy de-
Blé.. Le mefme.
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1688
p. 205-206
V.
Début :
Est-ce l'effet d'un esprit sombre ? [...]
Mots clefs :
Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : V.
V.
Est-ce l'effet d'un esprit fombre ?
Eft-ce que l'inconftance en nous veut fe
trouver ?
En temps d'Efté nous cherchons l'Ombre.
Nous la fuyons en temps d'Hyver.
Par tout nous rencontrons l'Ombre comme
une choſe
Qui fe voit fans obftacle en Ville &
dans les Bois ,
Chez nous , nous en portons la cauſe
D'ailleurs l'Ombre eft un jeu qui nous
charme par fois.
De plus, fi quelque amy tout remply
de bonté,
A quelque grand Repas nous appelle
convie ,
Et qu'un autre avec nous karliment
Saffocie,
Pour partager le fruit de cette bonnefteté
206 Extraordinaire
1
En beuvant & mangeant ne fervant
que de nombre,
L'ufage à qui tout rit luy donne le nom
d'Ombre.
L. BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
Est-ce l'effet d'un esprit fombre ?
Eft-ce que l'inconftance en nous veut fe
trouver ?
En temps d'Efté nous cherchons l'Ombre.
Nous la fuyons en temps d'Hyver.
Par tout nous rencontrons l'Ombre comme
une choſe
Qui fe voit fans obftacle en Ville &
dans les Bois ,
Chez nous , nous en portons la cauſe
D'ailleurs l'Ombre eft un jeu qui nous
charme par fois.
De plus, fi quelque amy tout remply
de bonté,
A quelque grand Repas nous appelle
convie ,
Et qu'un autre avec nous karliment
Saffocie,
Pour partager le fruit de cette bonnefteté
206 Extraordinaire
1
En beuvant & mangeant ne fervant
que de nombre,
L'ufage à qui tout rit luy donne le nom
d'Ombre.
L. BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
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Résumé : V.
L'ombre est présente dans la vie quotidienne, recherchée en été pour échapper à la chaleur et évitée en hiver pour fuir le froid. Elle est omniprésente en ville et dans les bois. L'ombre peut être perçue comme un jeu charmant. Dans une situation sociale, un comportement égoïste lors d'un repas est qualifié d'« ombre ». L'auteur est L. Bouchet, ancien curé de Nogent-le-Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1689
p. 206
VI.
Début :
EN vain vous étalez, Monarque de Lydie, [...]
Mots clefs :
Épi de blé
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texteReconnaissance textuelle : VI.
VI.
E
de
Lydie ;
N vain vous étalez , Monarque
3
Les metaux qui du Tage enrichiffent
les bords ;
Quoy que la Fable en parle , ou que
l'Hiftoire en die ,
Unfeul Epy de Blé ceüilly dans noftre
Brie ,
L'emporte fur tous vos trefors.
VII.
Le mefme,
E
de
Lydie ;
N vain vous étalez , Monarque
3
Les metaux qui du Tage enrichiffent
les bords ;
Quoy que la Fable en parle , ou que
l'Hiftoire en die ,
Unfeul Epy de Blé ceüilly dans noftre
Brie ,
L'emporte fur tous vos trefors.
VII.
Le mefme,
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1690
p. 206-207
VII.
Début :
JE vous aime plus que ma vie, [...]
Mots clefs :
Ombre
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texteReconnaissance textuelle : VII.
VII.
Le mefme,
J
E vous aime plus que ma vie
Quand je vous vois , belle Sylvie ,
Paroistre fenfible à mesfeux ;
du Mercure Galant. 207
Mais quand avec indifference
Vous venez recevoir mes voeux,
Ah pour lors quelle eft ma fouffrance !
Mon coeur eft accablé des plus facheux
ennuis
-le n'ay point de repos ny les jours ny les
nuits ,
On le connoift tres-bien voyant mon humeurfombre,
Ie recherche à vous voir , & crains jufqu'à
voftre Ombre ,
Tant je fuis agité de divers mouvemens
;
Afin de me tirer de ce facheux dédale ,
Et mettre fin à mes tourmens ,
Soyez toûjours d'une humeur fort égales
Oufi
vous changez quelque jour,
Que ce ne foit qu'afin d'augmenter vôtre
amour,
Pour en eftre à mes foins un peu plus liberale.
Alcidor.
Le mefme,
J
E vous aime plus que ma vie
Quand je vous vois , belle Sylvie ,
Paroistre fenfible à mesfeux ;
du Mercure Galant. 207
Mais quand avec indifference
Vous venez recevoir mes voeux,
Ah pour lors quelle eft ma fouffrance !
Mon coeur eft accablé des plus facheux
ennuis
-le n'ay point de repos ny les jours ny les
nuits ,
On le connoift tres-bien voyant mon humeurfombre,
Ie recherche à vous voir , & crains jufqu'à
voftre Ombre ,
Tant je fuis agité de divers mouvemens
;
Afin de me tirer de ce facheux dédale ,
Et mettre fin à mes tourmens ,
Soyez toûjours d'une humeur fort égales
Oufi
vous changez quelque jour,
Que ce ne foit qu'afin d'augmenter vôtre
amour,
Pour en eftre à mes foins un peu plus liberale.
Alcidor.
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Résumé : VII.
Dans cette lettre, Alcidor exprime à Sylvie son amour profond et sa souffrance due à son indifférence. Tourmenté jour et nuit, il oscille entre le désir de la voir et la peur de la croiser. Il supplie Sylvie de rester constante ou d'accroître son amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1691
p. 208
VIII.
Début :
POurquoy venir ainsi sous l'habit de Cerés ? [...]
Mots clefs :
Épi de blé
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texteReconnaissance textuelle : VIII.
VIII.
Qurquoy venir ainſi ſous l'habit de
Cerés? po
Mercure, voulez- vous faire quelquepregrés,
Saus une telle reffemblance ?
En vain vous découvrez vos beaux Ef
pics de Bled
Pour nous en donner affurance ,
Noftre cerveau n'eft pas trouble.
Non , vous n'avez point l'air d'une telle
Deeffe
,
Vos aifles à la tefte ainſi qu'à vos talons,
Frais Symboles de la viteffe,
Vous font plutoft paffer pour le Dieu des
Larrons.
IX.
Le mefme.
Qurquoy venir ainſi ſous l'habit de
Cerés? po
Mercure, voulez- vous faire quelquepregrés,
Saus une telle reffemblance ?
En vain vous découvrez vos beaux Ef
pics de Bled
Pour nous en donner affurance ,
Noftre cerveau n'eft pas trouble.
Non , vous n'avez point l'air d'une telle
Deeffe
,
Vos aifles à la tefte ainſi qu'à vos talons,
Frais Symboles de la viteffe,
Vous font plutoft paffer pour le Dieu des
Larrons.
IX.
Le mefme.
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1692
p. 208-209
IX.
Début :
CE n'est rien de réel que la premiere Enigme, [...]
Mots clefs :
Ombre
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texteReconnaissance textuelle : IX.
IX.
Le mefme.
CE n'eft rien de réel que la premiere
Enigme ,
Tout ce qu'on y décrit par un Diſcours
fublime,
dis Mercure alant. 209
peur avoir nulle folidité ,
Duoy que tout y foit admirable ,
On n'y pourra trouver qu'une Ombre
• veritable,
Que l'on yfait paroiftre avec fubtilité.
X.
Sylvie
Le mefme.
CE n'eft rien de réel que la premiere
Enigme ,
Tout ce qu'on y décrit par un Diſcours
fublime,
dis Mercure alant. 209
peur avoir nulle folidité ,
Duoy que tout y foit admirable ,
On n'y pourra trouver qu'une Ombre
• veritable,
Que l'on yfait paroiftre avec fubtilité.
X.
Sylvie
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1693
p. 209
X.
Début :
Est-ce icy la saison, Mercure, [...]
Mots clefs :
Épi de blé
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texteReconnaissance textuelle : X.
X.
Sylvie
St-ce icy la faifon , Mercure
De donner un Efpy de Bled a
Il eft vray , ce n'eft qu'en figure:
Mais noftre pauvre efprit n'en eft pas:
moins troublé
Aforce de chercher dans vostre Enigme
obfcure.
Paſſe encor pour le grain , il est propee a
manger ,
Mais de paille & d'efpics , qui ſe von--
dra charger?
La mefme..
Sylvie
St-ce icy la faifon , Mercure
De donner un Efpy de Bled a
Il eft vray , ce n'eft qu'en figure:
Mais noftre pauvre efprit n'en eft pas:
moins troublé
Aforce de chercher dans vostre Enigme
obfcure.
Paſſe encor pour le grain , il est propee a
manger ,
Mais de paille & d'efpics , qui ſe von--
dra charger?
La mefme..
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1694
p. 209-210
XI.
Début :
AH ! qu'il est dangereux de paroistre au grand jour, [...]
Mots clefs :
Ombre
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texteReconnaissance textuelle : XI.
XI.
La mefme..
H! qu'il eft dangereux de paroif
tre au grand jour ,
Car de tous coftez on fait Ombre
Q. d'Octobre 1685.
Ꮪ
210 Extraordinaire
La fituation d'un lieu couvert & Som
bre ,
Doit plutoft avoir noftre amour,
Lors qu'on cherche à paffer la vie
Hors des atteintes de l'envie.
La petite Affemblée A.
XII.
du Havre .
La mefme..
H! qu'il eft dangereux de paroif
tre au grand jour ,
Car de tous coftez on fait Ombre
Q. d'Octobre 1685.
Ꮪ
210 Extraordinaire
La fituation d'un lieu couvert & Som
bre ,
Doit plutoft avoir noftre amour,
Lors qu'on cherche à paffer la vie
Hors des atteintes de l'envie.
La petite Affemblée A.
XII.
du Havre .
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1695
p. 210
XII.
Début :
Quoy donc ! se peut-il qu'au Parnasse [...]
Mots clefs :
Épi de blé
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texteReconnaissance textuelle : XII.
XII.
Qoy done ! Se peut-il qu'au Parnaffe
Il fe rencontre quelque place
Qui produit des Efpics de Bled ?
Ouy ,fans doute , puifque Mercare
En porte dans fes mains comme il nous
a femblé ,
Mais des plus beaux de la Nature.
La meſme.
Qoy done ! Se peut-il qu'au Parnaffe
Il fe rencontre quelque place
Qui produit des Efpics de Bled ?
Ouy ,fans doute , puifque Mercare
En porte dans fes mains comme il nous
a femblé ,
Mais des plus beaux de la Nature.
La meſme.
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1696
p. 210-211
XIII.
Début :
APrés mille Combats qui vous comblent de gloire, [...]
Mots clefs :
Ombre
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texteReconnaissance textuelle : XIII.
XIII.
APrés mille Combats qui vous comblent
de gloire ,
Et qui feront briller voftre Nom dans
l'Hiftoire ,
du Mercure Galant. 211
Il est temps , GRAND Loüis , de prendre
du repos ;
Sous d'immortels lâuriers venez coucher
à l'Ombre ,
Puifque du temps paffé les plus fameux
Heros
Auprés de vous ne fervent que de
nombre,
Ainfi que des zeros.
De la Tronche, de Roüen.
APrés mille Combats qui vous comblent
de gloire ,
Et qui feront briller voftre Nom dans
l'Hiftoire ,
du Mercure Galant. 211
Il est temps , GRAND Loüis , de prendre
du repos ;
Sous d'immortels lâuriers venez coucher
à l'Ombre ,
Puifque du temps paffé les plus fameux
Heros
Auprés de vous ne fervent que de
nombre,
Ainfi que des zeros.
De la Tronche, de Roüen.
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1698
p. 211-212
XV.
Début :
A l'Ombre couché sur l'herbette, [...]
Mots clefs :
Ombre
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texteReconnaissance textuelle : XV.
XV .
A
L'Ombre couché fur l'herbette,
Tircis jouoit de fa mufette
Pour chaffer l'amoureux tourment ,
Larfque Lifette luy vint dire ,
Si tu fongeois à mon martire,
Sij
212
Extraordinaire
Berger, tu ferois autrement.
Le mefme
A
L'Ombre couché fur l'herbette,
Tircis jouoit de fa mufette
Pour chaffer l'amoureux tourment ,
Larfque Lifette luy vint dire ,
Si tu fongeois à mon martire,
Sij
212
Extraordinaire
Berger, tu ferois autrement.
Le mefme
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1699
p. 212
XVI.
Début :
Pourquoy nous envoyer à l'Ombre ? [...]
Mots clefs :
Ombre
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texteReconnaissance textuelle : XVI.
XVI.
Pourquey
nous envoyer à l'Ombre ?
Eft-il trop de Soleil en ce temps
pluvieux ?
Helas ! il nefait que trop fombre ,
Si Filis ne revient pour éclairer ces
lieux
le perdray l'usage des yeux.
Le mefme.
Pourquey
nous envoyer à l'Ombre ?
Eft-il trop de Soleil en ce temps
pluvieux ?
Helas ! il nefait que trop fombre ,
Si Filis ne revient pour éclairer ces
lieux
le perdray l'usage des yeux.
Le mefme.
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1700
p. 212-213
XVII.
Début :
EN France l'an passé, Ceros trop peu feconde [...]
Mots clefs :
Épi de blé
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texteReconnaissance textuelle : XVII.
XV M.
N France lan paffe , Ceros trop
peu feconde
nous mit
EN
Nous referrà fon sein ,
aux abois,
Lorfque le Grand LOVIS , le Iofeph
des François ,
Nous fit venir du Blé des quatre coins
du monde ,
Pour joindre à fon grand coeur un as
mour paternel ,
du Mercure alant.
213
Et pour rendre en tout temps fon grand
Nom immortel.
Le mefme..
N France lan paffe , Ceros trop
peu feconde
nous mit
EN
Nous referrà fon sein ,
aux abois,
Lorfque le Grand LOVIS , le Iofeph
des François ,
Nous fit venir du Blé des quatre coins
du monde ,
Pour joindre à fon grand coeur un as
mour paternel ,
du Mercure alant.
213
Et pour rendre en tout temps fon grand
Nom immortel.
Le mefme..
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