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12951
p. 120
AVIS sur l'Abregé Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, qui se vend à Paris, chez Jean-Thomas Herissant, rue Saint Jacques.
Début :
Nous croyons devoir détromper plusieurs personnes, qui confondent cet ouvrage avec deux [...]
Mots clefs :
Abrégé chronologique
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texteReconnaissance textuelle : AVIS sur l'Abregé Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, qui se vend à Paris, chez Jean-Thomas Herissant, rue Saint Jacques.
AVIS sur l'Abregé Chronologique de l'Histoire
Ecclésiastique, qui se vend à Paris, chez Jean-Thomas
Herissant, rue Saint Jacques.
Nous croyons devoir détromper plusieurs personnes,
qui confondent cet ouvrage avec deux
autres Abregés de l'Histoire Eccléfiastique qui
paroissent epuis quelque tems. L'un est en dix
volumes in- 12. & a c.e imprimé à Avignon. On
sent assez qu'il n'est nullement portatis, & qu'il
s'éloigne entierement du plan & de la forme de
celui de M. le Président Hainaut: l'autre en six
vosumes, saus nom d'Auteur ni d'Imprimeur
s'en écarre également. Au contraire, celui dont
nous parlons, & que nous avons annoncé dans les
précédens Mercures est absolument fait sur le
même plan que l'Abregé. Chronologique de l'His-
toire de Frunce. Les matieres y sont distribuées de
même par années, & divisées par époques, au
commencement desquelles on trouve une Table
Chronologique partagée en quatre colonnes, &
à la fin des Remarques particulieres. Ce Recueil est
en deux volumes in 8°. portatifs, format d'Hol-
lande. L'édition est correcte & ornée de vignet-
tes & fleurons en taille douce. Nous pouvons
assurer, après avoir lû exactement cet ouvrage,
qu'il se ressent à tous égards de la perfection du
modéle que l'Auteur a eu-derant les yeux.
Ecclésiastique, qui se vend à Paris, chez Jean-Thomas
Herissant, rue Saint Jacques.
Nous croyons devoir détromper plusieurs personnes,
qui confondent cet ouvrage avec deux
autres Abregés de l'Histoire Eccléfiastique qui
paroissent epuis quelque tems. L'un est en dix
volumes in- 12. & a c.e imprimé à Avignon. On
sent assez qu'il n'est nullement portatis, & qu'il
s'éloigne entierement du plan & de la forme de
celui de M. le Président Hainaut: l'autre en six
vosumes, saus nom d'Auteur ni d'Imprimeur
s'en écarre également. Au contraire, celui dont
nous parlons, & que nous avons annoncé dans les
précédens Mercures est absolument fait sur le
même plan que l'Abregé. Chronologique de l'His-
toire de Frunce. Les matieres y sont distribuées de
même par années, & divisées par époques, au
commencement desquelles on trouve une Table
Chronologique partagée en quatre colonnes, &
à la fin des Remarques particulieres. Ce Recueil est
en deux volumes in 8°. portatifs, format d'Hol-
lande. L'édition est correcte & ornée de vignet-
tes & fleurons en taille douce. Nous pouvons
assurer, après avoir lû exactement cet ouvrage,
qu'il se ressent à tous égards de la perfection du
modéle que l'Auteur a eu-derant les yeux.
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Résumé : AVIS sur l'Abregé Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, qui se vend à Paris, chez Jean-Thomas Herissant, rue Saint Jacques.
L'Avis présente l'Abrégé Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, disponible à Paris chez Jean-Thomas Herissant. Pour éviter toute confusion, il précise que cet ouvrage diffère de deux autres Abrégés de l'Histoire Ecclésiastique récemment publiés : l'un en dix volumes in-12 à Avignon et l'autre en six volumes sans mention d'auteur ni d'imprimeur. L'Abrégé Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique adopte le même plan que l'Abrégé Chronologique de l'Histoire de France, avec des matières organisées par années et époques, une table chronologique en quatre colonnes et des remarques particulières en fin de volume. Publié en deux volumes in-8°, portatifs, au format d'Hollande, cet ouvrage bénéficie d'une édition correcte et illustrée de vignettes et fleurons en taille-douce. La lecture confirme que l'ouvrage maintient la qualité du modèle suivi par l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12952
p. 121-126
LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, quel cas l'on fait à Paris du Livre de M. de [...]
Mots clefs :
Nicolas Brussel, Terres, Fiefs, Comptes, Extraits, Seigneurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.
LETTRE de M. *** à un ami au sujet
du livre intitulé, Nouvel examen de
l'usage général des Fiefs en France, pendant
les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe.
siécles, par M Brusselles, Conseiller du
Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes.
A Paris, Grande Salle du Palais, chez
de Nully, à l'Ecu de France , 2 vol.
in-4o., 18 liv. reliés.
Vous me demandez, Monsieur, quel
cas l'on fait à Paris du Livre de M. de
Brusselles, que vous trouvez cité avec de
si grands éloges dans les observations de
M. le President Bouhier, sur la Coutu-
me de Bourgogne. Vous faut-il donc un
autre garant du mérite de ce livre, que
le suffrage de l'illustre Autheur qui vous
l'a fait connoître, & qui l'a pris pour
guide dans tout ce qu'il a écrit sur l'o-
rigine des Fiefs, & sur les principes de
cette importante matière; vous devez
aussi avoir, sans doute, apperçu en lisant
les dissertations qu'a faites M. le Président
Haynaut, dans son abrégé chronologi-
que de l'Histoire de France, que ce que
les disseriations ont de plus curieux & de
plus interessant, est apuyé sur l'autorité
du Livre de M. de Brusselles: enfin je puis
vous dire que tout ce qu'il y a de per-
sonnes à Paris qui cherchent à aprofondit
Digisines hiOO
122 MERCUREDE FRANCE.
le Droit François & l'Histoire de la Na-
tion, applaudissent à cet Ouvrage, qui
les conduit par une roure certaine & aisée
à la découverte des points les plus essen-
tiels qui font l'objet de leur étude; mais
la satisfaction que vous aurez en lisant ce
livre, vous convaincra encore mieux que
ne feroient les suffrages les plus éclatans,
vous verrez avec plaisir que M. de Brussel-
les a rempli le souhait que nous avons re-
nouvellé ensemble tant de fois, de trou-
vet des preuves lans nuages de ce que
dit Mezeray, que le Royaume de France a
été tenu pendani plus de trois dens ans durant
selon les loix des Fiefs, se gouvernant com-
me un grand Fief, plutoi que comme une
Monarchie. M. de Brusselles avoit été
frappé de cette proposition, & il s'étoit
attaché à la développer, & à l'établir.
Entraîné par un goût décidé pour l'étude
de l'Histoire, & ne se rebuttant jamais
des recherches & du travail, il avoit ac-
quis de grands éclaircissemens; mais ses
principaies preuves lui manquoient. Le
choix que firent de lui Messieurs de la
Chambre des Comptes, ses Confreres,
pour mettre en ordre le dépôt des Ter-
riers de la Couronne, & de tous les ti-
tres concernans le Domaine du Roi, de-
vint pour lui une occasion de perfection-
MARS. 1752.
123
ner ses progrès Il fit des Extraits des
Chartres & des Titres qui passoient par
ses mains, dans la vue de parvenir à far-
re un Dictionnaire des Terriers qui lui a
attiré de la part de sa Compagnie des
témoignages solides de leur satisfaction,
& ce sont ces mêmes Extraits qui l'ont
mis à portée, en nous apptenant les éve-
nemens les plus curieux & les plus inté-
ressans de notre Histoire, d'écarter toute
l'incertitude, & tous les doutes que l'é-
loignement des tems, & les contradic-
tions des Auteurs avoient jettés sur ces
matieres.
Son Ouvrage est distribué en trois li-
vres qui plaisent & qui instruisent éga-
sement.
Après avoir expliqué dans le premier
l'origine des Fiefs, leurs différentes na-
tures & qualités, & comment ils devin-
rent héreditaires, il s'attache dans le se-
cond à nous retracer le résultat bizarre &
singulier de ce partage monstrueux de
l'autorité souveraine entre le Roi & les
hauts Seigneurs du Royaume, pendant
les onze, douze & treizième siècles. Le
spectacle de cette confusion & de ce des-
ordre qui avoient fait éclipser la Monar-
chie, qui avoient rendu les peuples si
malheureux, est présenté avec tant de
Fij
124 MERCUREDE FRANCE.
methode & de netteté, que rien n'é-
chappe ni ne fatigue. Nous voyons quels
étoient les principaux Seigneurs, nous les
voyons se faire la guerre les uns aux au-
tres de leur autorite privée; nous voyons
que plusieurs d'entr'eux, & même des
Evêques jouissoient du droit de battre
monnoye, qu'ils donnoient grace aux cri-
minels, qu il y en avoit qui jugeoient
souverainement toutes les causes civiles
qu'ils recommandoient aux Evêchés de
leurs terres, qu'ils s'emparoient des meu-
bles des Evêques décédés, qu'ils avoient
des Baillifs & Senéchaux, qu'ils contes-
toient au Roi le droit d'établir des cou-
tumes & des loix dans leurs Seigneuries;
que le vassal à qui le Roi différoit trop
long tems de rendte justice en sa Cour
pouvoit lui déclarer la guerre, que le vas-
sal qui remettoit au Roi le Fier qu'il te-
noit de lui, s'estimoit quitte de tous
devoirs à son égard.
L'Auteur dans ce même livre entre dans
un grand détail des revenus du Roi & de
ceux des Seigneurs pendant ces trois sié-
eles: comme le produit des Juifs faisoit
le principal objet de ces revenus, il
prend occasion de nous dépeindre la dure
condition de ces malheureux, tour à tour
victimes de la superstition & de la cupi-
MARS.
1752.
125
dité, que l'on expulsoit fréquemment,
pour ne point leur rendre l'argent qu'ils
avoient prété, & que l'on rappelloit
après, pour se procurer de nouvelles
ressources.
Le troisiême livre offre encore plus
d'instruction pour l'Histoire & la Juris-
prudence. L'Auteur examine ce que c'é-
toient que les Vicomtés, les Chatelle-
nies, Vigueries, Voyries, Vidamies
Avoueries; il parle des terres données
aux Abbayes & aux Monasteres, des Ca-
zemens des hommes cazés, des terres tant
nobles que non nobles, possédées par les
Clercs mariés, des afsuremens tant des
Maisons fortes, que des Seigneuries &
des personnes des terres nobles, tenues en
partage, des terres tenues par Baronies,
des Bourgeoisies, des Aubains, des Bâ-
tards, de la preuve par bataille ou duel,
du parcour & entrecour. Toutes ces ma-
tieres sont épuisées & traitées à fond. Les
autres Auteurs navoient fait que les ef-
fleurer; presque toujours réduits à des
conjectures, ils confondent les tems & les
lieux, ils donnent comme un usage géné-
ral, ce qui étoit particulier à quelques
Seigneurs & à quelques lieux; & de là la
difficulté de les concilier les uns avec les
autres; mais M. de Brusselles éclaircit
F 11)
00
126 MERCURE DE FRANCE.
tout, distingue tout; il navance rien
que sur la foi des Ordonnances, des Char-
tres, des traites, des comptes qu'il rappor-
te dans toute leur étendue; il nous ouvre
le dépôt de la Chambre des Comptes; il
nous met à la main ce qu'il renferme de
plus précieux: son présent merite d'au-
tant plus notre reconnoissance, que les
piéces qu'il a transcrites, ayant pourla plu-
part été incendiées, depuis qu'il en avoit
tiré des copies & des extraits, ces coptes
& ces Extraits rapportés dans son livre,
tiennent lieu d'originaux, & rendent ce
livre un monument, qui à tous égards
est bien digne d'être transmis à la postéri-
té. Je compte vous l'adresser incessament:
la beauté & l'exactitude de l'impression
augmentent le plaisir de cette lecture.
du livre intitulé, Nouvel examen de
l'usage général des Fiefs en France, pendant
les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe.
siécles, par M Brusselles, Conseiller du
Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes.
A Paris, Grande Salle du Palais, chez
de Nully, à l'Ecu de France , 2 vol.
in-4o., 18 liv. reliés.
Vous me demandez, Monsieur, quel
cas l'on fait à Paris du Livre de M. de
Brusselles, que vous trouvez cité avec de
si grands éloges dans les observations de
M. le President Bouhier, sur la Coutu-
me de Bourgogne. Vous faut-il donc un
autre garant du mérite de ce livre, que
le suffrage de l'illustre Autheur qui vous
l'a fait connoître, & qui l'a pris pour
guide dans tout ce qu'il a écrit sur l'o-
rigine des Fiefs, & sur les principes de
cette importante matière; vous devez
aussi avoir, sans doute, apperçu en lisant
les dissertations qu'a faites M. le Président
Haynaut, dans son abrégé chronologi-
que de l'Histoire de France, que ce que
les disseriations ont de plus curieux & de
plus interessant, est apuyé sur l'autorité
du Livre de M. de Brusselles: enfin je puis
vous dire que tout ce qu'il y a de per-
sonnes à Paris qui cherchent à aprofondit
Digisines hiOO
122 MERCUREDE FRANCE.
le Droit François & l'Histoire de la Na-
tion, applaudissent à cet Ouvrage, qui
les conduit par une roure certaine & aisée
à la découverte des points les plus essen-
tiels qui font l'objet de leur étude; mais
la satisfaction que vous aurez en lisant ce
livre, vous convaincra encore mieux que
ne feroient les suffrages les plus éclatans,
vous verrez avec plaisir que M. de Brussel-
les a rempli le souhait que nous avons re-
nouvellé ensemble tant de fois, de trou-
vet des preuves lans nuages de ce que
dit Mezeray, que le Royaume de France a
été tenu pendani plus de trois dens ans durant
selon les loix des Fiefs, se gouvernant com-
me un grand Fief, plutoi que comme une
Monarchie. M. de Brusselles avoit été
frappé de cette proposition, & il s'étoit
attaché à la développer, & à l'établir.
Entraîné par un goût décidé pour l'étude
de l'Histoire, & ne se rebuttant jamais
des recherches & du travail, il avoit ac-
quis de grands éclaircissemens; mais ses
principaies preuves lui manquoient. Le
choix que firent de lui Messieurs de la
Chambre des Comptes, ses Confreres,
pour mettre en ordre le dépôt des Ter-
riers de la Couronne, & de tous les ti-
tres concernans le Domaine du Roi, de-
vint pour lui une occasion de perfection-
MARS. 1752.
123
ner ses progrès Il fit des Extraits des
Chartres & des Titres qui passoient par
ses mains, dans la vue de parvenir à far-
re un Dictionnaire des Terriers qui lui a
attiré de la part de sa Compagnie des
témoignages solides de leur satisfaction,
& ce sont ces mêmes Extraits qui l'ont
mis à portée, en nous apptenant les éve-
nemens les plus curieux & les plus inté-
ressans de notre Histoire, d'écarter toute
l'incertitude, & tous les doutes que l'é-
loignement des tems, & les contradic-
tions des Auteurs avoient jettés sur ces
matieres.
Son Ouvrage est distribué en trois li-
vres qui plaisent & qui instruisent éga-
sement.
Après avoir expliqué dans le premier
l'origine des Fiefs, leurs différentes na-
tures & qualités, & comment ils devin-
rent héreditaires, il s'attache dans le se-
cond à nous retracer le résultat bizarre &
singulier de ce partage monstrueux de
l'autorité souveraine entre le Roi & les
hauts Seigneurs du Royaume, pendant
les onze, douze & treizième siècles. Le
spectacle de cette confusion & de ce des-
ordre qui avoient fait éclipser la Monar-
chie, qui avoient rendu les peuples si
malheureux, est présenté avec tant de
Fij
124 MERCUREDE FRANCE.
methode & de netteté, que rien n'é-
chappe ni ne fatigue. Nous voyons quels
étoient les principaux Seigneurs, nous les
voyons se faire la guerre les uns aux au-
tres de leur autorite privée; nous voyons
que plusieurs d'entr'eux, & même des
Evêques jouissoient du droit de battre
monnoye, qu'ils donnoient grace aux cri-
minels, qu il y en avoit qui jugeoient
souverainement toutes les causes civiles
qu'ils recommandoient aux Evêchés de
leurs terres, qu'ils s'emparoient des meu-
bles des Evêques décédés, qu'ils avoient
des Baillifs & Senéchaux, qu'ils contes-
toient au Roi le droit d'établir des cou-
tumes & des loix dans leurs Seigneuries;
que le vassal à qui le Roi différoit trop
long tems de rendte justice en sa Cour
pouvoit lui déclarer la guerre, que le vas-
sal qui remettoit au Roi le Fier qu'il te-
noit de lui, s'estimoit quitte de tous
devoirs à son égard.
L'Auteur dans ce même livre entre dans
un grand détail des revenus du Roi & de
ceux des Seigneurs pendant ces trois sié-
eles: comme le produit des Juifs faisoit
le principal objet de ces revenus, il
prend occasion de nous dépeindre la dure
condition de ces malheureux, tour à tour
victimes de la superstition & de la cupi-
MARS.
1752.
125
dité, que l'on expulsoit fréquemment,
pour ne point leur rendre l'argent qu'ils
avoient prété, & que l'on rappelloit
après, pour se procurer de nouvelles
ressources.
Le troisiême livre offre encore plus
d'instruction pour l'Histoire & la Juris-
prudence. L'Auteur examine ce que c'é-
toient que les Vicomtés, les Chatelle-
nies, Vigueries, Voyries, Vidamies
Avoueries; il parle des terres données
aux Abbayes & aux Monasteres, des Ca-
zemens des hommes cazés, des terres tant
nobles que non nobles, possédées par les
Clercs mariés, des afsuremens tant des
Maisons fortes, que des Seigneuries &
des personnes des terres nobles, tenues en
partage, des terres tenues par Baronies,
des Bourgeoisies, des Aubains, des Bâ-
tards, de la preuve par bataille ou duel,
du parcour & entrecour. Toutes ces ma-
tieres sont épuisées & traitées à fond. Les
autres Auteurs navoient fait que les ef-
fleurer; presque toujours réduits à des
conjectures, ils confondent les tems & les
lieux, ils donnent comme un usage géné-
ral, ce qui étoit particulier à quelques
Seigneurs & à quelques lieux; & de là la
difficulté de les concilier les uns avec les
autres; mais M. de Brusselles éclaircit
F 11)
00
126 MERCURE DE FRANCE.
tout, distingue tout; il navance rien
que sur la foi des Ordonnances, des Char-
tres, des traites, des comptes qu'il rappor-
te dans toute leur étendue; il nous ouvre
le dépôt de la Chambre des Comptes; il
nous met à la main ce qu'il renferme de
plus précieux: son présent merite d'au-
tant plus notre reconnoissance, que les
piéces qu'il a transcrites, ayant pourla plu-
part été incendiées, depuis qu'il en avoit
tiré des copies & des extraits, ces coptes
& ces Extraits rapportés dans son livre,
tiennent lieu d'originaux, & rendent ce
livre un monument, qui à tous égards
est bien digne d'être transmis à la postéri-
té. Je compte vous l'adresser incessament:
la beauté & l'exactitude de l'impression
augmentent le plaisir de cette lecture.
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Résumé : LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.
La lettre traite du livre 'Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France' rédigé par M. Brusselles, conseiller du roi et auditeur des comptes. Cet ouvrage est bien accueilli par les étudiants en droit français et en histoire nationale, ainsi que par des personnalités influentes comme le président Bouhier et le président Haynaut, ce dernier l'utilisant dans ses dissertations historiques. M. Brusselles a été chargé par la Chambre des Comptes d'organiser les terriers de la couronne, ce qui lui a permis de rassembler des preuves et des extraits de chartes pour son livre. L'ouvrage est divisé en trois parties. La première partie explore l'origine des fiefs et leur caractère héréditaire. La deuxième partie décrit la répartition de l'autorité souveraine entre le roi et les grands seigneurs aux XIe, XIIe et XIIIe siècles, mettant en lumière la confusion et le désordre de cette période. La troisième partie aborde diverses questions juridiques et historiques, telles que les vicomtés, les châtellenies et les droits des juifs, offrant ainsi une instruction approfondie pour l'histoire et la jurisprudence. Le livre de M. de Brusselles se distingue par son exhaustivité et sa précision. Contrairement à d'autres auteurs qui se basaient sur des conjectures et confondaient souvent les époques et les lieux, M. de Brusselles utilise des sources fiables telles que des ordonnances, chartes, traités et comptes. Il ouvre l'accès au dépôt de la Chambre des Comptes, fournissant des documents précieux souvent détruits par la suite. Les copies et extraits qu'il a réalisés sont désormais les seuls témoignages disponibles, rendant son livre indispensable pour la postérité. La qualité de l'impression ajoute également à la valeur de l'ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12952
LETTRE de M. *** à un ami au sujet du livre intitulé, Nouvel examen de l'usage général des Fiefs en France, pendant les XIe. XIIe. XIIIe. & XIVe. siécles, par M Brusselles, Conseiller du Roi, Auditeur ordinaire de ses Comptes. A Paris, Grande Salle du Palais, chez de Nully, à l'Ecu de France, 2 vol. in-4o., 18 liv. reliés.
12953
p. 126-128
« SELECTA latini Sermonis exemplaria è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima [...] »
Début :
SELECTA latini Sermonis exemplaria è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima [...]
Mots clefs :
Louis Guérin, Louis-François Delatour, Auteurs, Poésie, Originaux, Enfants, Extraits, Traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SELECTA latini Sermonis exemplaria è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima [...] »
SELECTA latini Sermonis exemplaria
è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima
Poeticae Orationis excerptio. Editio al-
tra. Lutetiae Parisiorum, apud Hyppoli-
tum -Ludovicum Guerin, & Ludovicum-
Franciscum Delatout, viâ Jacobaeâ, sub
signo Sancti Thomae Aquinatis, 1751. C'est-
à dire, Modeles choisis de latinité tirés
des meilleurs Auteurs: second & dernier
extrait de Poësie. A Paris, chez Hypoli-
te Louis Guerin, & Louis François Dela-
127
MARS. 1752.
tour, rue Saint Jacques, à Saint Tho-
mas d'Aquin.
C'est partir d'un bon principe, que
d'employer les véritables originaux, pour
enseigner une langue, & après avoir
exercé les enfans long tems avec la plus
belle prose, de passer insensiblement à
la Poëlie dont le langage est bien diffé-
rent. Voici la seconde & derniere partie
des extraits de Poësie que nous annonçons.
L'Avertissement sur ce dernier recueil mé-
rite d'être lu. M. Chompré y rend com-
pte agréablement de ce qui l'a déterminé
à suivre l'ordre des Auteurs , dont il a
tiré des morceaux. Cette compilation ne
sçauroit manquer d'épargner bien de la
peine aux Maitres qui en feront ulage,
& de piquer la curiosité des jeunes gens
pour les originaux mêmes.
La Traduction de cette partie paroît
en même tems: ainsi ce secours & les re-
marques fur quelques endroits du texte
suppléent abondamment à ce qui peut
manquer aux jeunes Maîtres éloignés des
Bibliotheques. L'impression de cette Par-
tie latine est belle & nette, comme les
précédentes: & c'est rendre un vrai ser-
vice aux enfans que de ménager leur vue
dès le commencement des études.
Nous espérons que la fin, des Extraits,
. *.
Fiiii
128 MERCURE DE FRANCE.
ne sera pas la fin du travail de M. de
Chompré. Un homme qui a tant de goût
& tant d'expérience peut nous donner des
choses très-utiles pour perfectionner l'é-
ducation qui est encore dans son enfan-
ce. Il est fâcheux que la Philosophie, qui
a influé si heureusement sur tant d'autres
choses, n ait encore rien fait pour ce qu'il
y a de plus important parmi les hommes.
è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima
Poeticae Orationis excerptio. Editio al-
tra. Lutetiae Parisiorum, apud Hyppoli-
tum -Ludovicum Guerin, & Ludovicum-
Franciscum Delatout, viâ Jacobaeâ, sub
signo Sancti Thomae Aquinatis, 1751. C'est-
à dire, Modeles choisis de latinité tirés
des meilleurs Auteurs: second & dernier
extrait de Poësie. A Paris, chez Hypoli-
te Louis Guerin, & Louis François Dela-
127
MARS. 1752.
tour, rue Saint Jacques, à Saint Tho-
mas d'Aquin.
C'est partir d'un bon principe, que
d'employer les véritables originaux, pour
enseigner une langue, & après avoir
exercé les enfans long tems avec la plus
belle prose, de passer insensiblement à
la Poëlie dont le langage est bien diffé-
rent. Voici la seconde & derniere partie
des extraits de Poësie que nous annonçons.
L'Avertissement sur ce dernier recueil mé-
rite d'être lu. M. Chompré y rend com-
pte agréablement de ce qui l'a déterminé
à suivre l'ordre des Auteurs , dont il a
tiré des morceaux. Cette compilation ne
sçauroit manquer d'épargner bien de la
peine aux Maitres qui en feront ulage,
& de piquer la curiosité des jeunes gens
pour les originaux mêmes.
La Traduction de cette partie paroît
en même tems: ainsi ce secours & les re-
marques fur quelques endroits du texte
suppléent abondamment à ce qui peut
manquer aux jeunes Maîtres éloignés des
Bibliotheques. L'impression de cette Par-
tie latine est belle & nette, comme les
précédentes: & c'est rendre un vrai ser-
vice aux enfans que de ménager leur vue
dès le commencement des études.
Nous espérons que la fin, des Extraits,
. *.
Fiiii
128 MERCURE DE FRANCE.
ne sera pas la fin du travail de M. de
Chompré. Un homme qui a tant de goût
& tant d'expérience peut nous donner des
choses très-utiles pour perfectionner l'é-
ducation qui est encore dans son enfan-
ce. Il est fâcheux que la Philosophie, qui
a influé si heureusement sur tant d'autres
choses, n ait encore rien fait pour ce qu'il
y a de plus important parmi les hommes.
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Résumé : « SELECTA latini Sermonis exemplaria è Scriptoribus probatissimis. Secunda & ultima [...] »
Le document décrit la publication 'Selecta latini Sermonis exemplaria', éditée à Paris en 1751 par Hypolite Louis Guerin et Louis François Delatour. Cet ouvrage, rédigé par M. Chompré, est un recueil de modèles de latinité issus des meilleurs auteurs, constituant le second et dernier extrait de poésie. M. Chompré explique son choix d'utiliser des textes originaux pour l'enseignement du latin, passant progressivement de la prose à la poésie. Le but est de faciliter le travail des enseignants et d'éveiller la curiosité des jeunes élèves pour les textes authentiques. Chaque extrait est accompagné d'une traduction et de remarques pour aider les jeunes maîtres éloignés des bibliothèques. L'impression est réalisée avec soin, en tenant compte de la sensibilité visuelle des enfants dès le début de leur apprentissage. Le document espère que M. Chompré poursuivra son œuvre pour améliorer l'éducation, soulignant l'absence d'influence philosophique notable dans ce domaine.
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12954
p. 128-132
« MEMOIRES pour servir à l'Histoire de plusieurs hommes illustres de Provence. [...] »
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire de plusieurs hommes illustres de Provence. [...]
Mots clefs :
Provence, Histoire, Généraux d'armée, Parlement, Oratoire
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texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRES pour servir à l'Histoire de plusieurs hommes illustres de Provence. [...] »
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
de plusieurs hommes illustres de Provence.
A Paris, chez Claude Herissant fils
rue neuve Notre-Dame, 1752, un vo-
lume in 12.
Le Pere Bougerel, de la sçavante &
polie Congrégation de l'Oratoire, a en-
trepris, & fini l'Histoire des hommes Il-
lustres de Provence. Il a détaché de ce
grand Ouvrage quelques morceaux fi
exacts & si curieux, qu'ils font vivement
souhaiter la publication du reste.
Pierre Puget, le plus grand Sculpteur
qu'ait eu la France, est le premier dont
on voit l'Histoire., dans le volume
que nous annonçons. M. de Louvois
le pressant un jour de lui dire ce qu'il
souhaitoit qu on lui donnât pour les sta-
tues qu'il feroit pour le Roi, Puget
lui demanda une somme très-considéra-
MARS. 1752.
119
ble; le Roi nen donne pas davantage à
ses Généraux d'Armée, dit le Ministre.
J'en conviens, répliqua Puget, mais le
Roi n'ignore pas qu'il peut trouver facile-
ment des Généraux d'Armée dans ce nom-
bre prodigieux d'excellens Officiers qu'il
a dans ses troupes; mais qu'il n'est pas-
en France plusieurs Pugets.
Jean de Pontevès, Comte de Garces,
dont la vie suit celle de Puget, a été un
des plus grands hommes de guerre qu'ait
produit la Provence. A l'âge de vingt-
quatre ans, il sauva cette Province atta-
quée par Charles-Quint. Pour ôter à ce
Prince le moyen de subsister, il prit un
flambeau, mit le feu à ses bleds & à ses
fourages, fit défoncer ses tonneaux d'hui-
le & de vin, & abattre ses moulins:
exemple qui fut heureusement suivi par
toute la Province. Les soldats manquant
ainsi de tout, & mourant de faim, se jet-
terent dans les vignes, & mangerent avec
tant d'avidité des raisins qui n'étorent pas
encore mûrs, que la dissenterie fit périr la
moitié del'Armée. L'Empereur pour sauver.
le reste, fut obligé de se retirer à la hâte.
Louis Duchesne, Président à Mortier
au Parlement de Provence, fut un des
plus grands Magistrats de son tems, &
rendit des services essentiels à la Couron-
Ev
130 MERCURE DEFRANCE.
ne, du tems de la Ligue. Nous avions, dit
M. Duvair, dans le parc de notre justice
un grand chêne sacré, plein de révérence,
plein de religion, semblable à celui que
décrit le Poete:
Qialis frugifero quercus sublimis in agro,
Exuvias veteres, populi sacrataque gestans
Dona Ducum,
Simon Duperrier est le plus célebre
Avocat qu'ait eu le Parlement de Proven-
ce. L'attention de son pere pour son édu-
cation fut poussée jusques là, qu'il ne vou-
lût louer qu'à des Libraires les boutiques
qui tenoient à sa maison, dans la vue
que son fils s'y arrêtant, il prît du goût
pour les Lettres.
Le Chevalier l'aul, qui devint Vice-Ami-
ral de France, naquit singulierement. Un
bateau allant de Marseille au Château d'If,
au mois de Décembre 1597, fut battu
d'une si violente tempête, quon appré-
henda pour la vie de tous ceux qui y
étoient embarqués; mais suttout pour cel-
le d'une blanchisseusse, fort avancée dans
sa grossesse. Cette femme fut en effet si
effrayée, qu elle accoucha du Chevalier
Paul.
Baltazat de Vias fut très-bon Poëte latin,
Astronome & Antiquaire. Jean Bertet,
MARS. 1752.
131
Jésuite, fut connu par son érudition, par
sa connoissance des Langues, & par des
Poësies latines, françoises, italiennes
espagnoles & Provençales. Louis Ferrand,
réussit dans la controverse. Le Pere An-
toine Pagi devint célebre par la critique
qu'il fit des Annales de Baronius. Son Ne-
ven le Pere François Pagi, a fait une His-
toire des Papes.
Jean Gilles a beaucoup réussi dans la
musique d'Eglise. M. de Berthier, Evêque
de Rieux, témoin du succès qu'il avoit
eu à l'ouverture des Etats du Languedoc
en 1697, voulut lui procurer la Maîtrise
de Saint Etienne de Toulouse. Il en écri-
vit au Chapitre qui venoit de disposer de
cette Place, en faveur d'un autre Musi-
cien nommé Farmelli; celui-ci instruit de
toui ce qu on écrivoit en faveur de Gilles,
poussé par une générosité dont on n'a pas
d'exemples, partit sur le champ de Tou-
louse pour Montpellier, presenta à Gilles
qu'il n avoit jamais vu, la démission de sa
place, & lui fit tant d'instance qu'il le dé-
termina à l'accepter. La délicatesse, de
conscience de ce Musicien étoit si grande,
qu'il faisoit dire des Messes le lendemain
des grandes fêtes, & des processions, où
il avoit fait exécuter sa musique, pour
tâcher d'appaiser le Seigneur, a cause des
Fvj
132 MERCUREDE FRANCE.
irrévérences & des scandales ausquels il
craignoit d'avoir donné lieu en ces oc-
casions.
Claude Terrein possédoit les Belles-
Lettres & les Beaux Arts, & une grande
connoissance des monumens antiques. Jean
Pierre Gibert fut un homme très-ver-
tueux, & un des plus grands Canonistes
du Royaume.
Jean-Baptiste Massillon, le plus grand
Prédicateur du siécle, écrivoit au Pere de
Sainte Marthe, Général de l'Oratoire: je
considere que je ne suis dans la Congré-
gation que pour être utile; & comme
mon talent & mon inclination m'éloi-
gnent de la Chaire, j'ai cru qu'une Phi-
solophie ou une Théologie me convien-
droient mieux.
de plusieurs hommes illustres de Provence.
A Paris, chez Claude Herissant fils
rue neuve Notre-Dame, 1752, un vo-
lume in 12.
Le Pere Bougerel, de la sçavante &
polie Congrégation de l'Oratoire, a en-
trepris, & fini l'Histoire des hommes Il-
lustres de Provence. Il a détaché de ce
grand Ouvrage quelques morceaux fi
exacts & si curieux, qu'ils font vivement
souhaiter la publication du reste.
Pierre Puget, le plus grand Sculpteur
qu'ait eu la France, est le premier dont
on voit l'Histoire., dans le volume
que nous annonçons. M. de Louvois
le pressant un jour de lui dire ce qu'il
souhaitoit qu on lui donnât pour les sta-
tues qu'il feroit pour le Roi, Puget
lui demanda une somme très-considéra-
MARS. 1752.
119
ble; le Roi nen donne pas davantage à
ses Généraux d'Armée, dit le Ministre.
J'en conviens, répliqua Puget, mais le
Roi n'ignore pas qu'il peut trouver facile-
ment des Généraux d'Armée dans ce nom-
bre prodigieux d'excellens Officiers qu'il
a dans ses troupes; mais qu'il n'est pas-
en France plusieurs Pugets.
Jean de Pontevès, Comte de Garces,
dont la vie suit celle de Puget, a été un
des plus grands hommes de guerre qu'ait
produit la Provence. A l'âge de vingt-
quatre ans, il sauva cette Province atta-
quée par Charles-Quint. Pour ôter à ce
Prince le moyen de subsister, il prit un
flambeau, mit le feu à ses bleds & à ses
fourages, fit défoncer ses tonneaux d'hui-
le & de vin, & abattre ses moulins:
exemple qui fut heureusement suivi par
toute la Province. Les soldats manquant
ainsi de tout, & mourant de faim, se jet-
terent dans les vignes, & mangerent avec
tant d'avidité des raisins qui n'étorent pas
encore mûrs, que la dissenterie fit périr la
moitié del'Armée. L'Empereur pour sauver.
le reste, fut obligé de se retirer à la hâte.
Louis Duchesne, Président à Mortier
au Parlement de Provence, fut un des
plus grands Magistrats de son tems, &
rendit des services essentiels à la Couron-
Ev
130 MERCURE DEFRANCE.
ne, du tems de la Ligue. Nous avions, dit
M. Duvair, dans le parc de notre justice
un grand chêne sacré, plein de révérence,
plein de religion, semblable à celui que
décrit le Poete:
Qialis frugifero quercus sublimis in agro,
Exuvias veteres, populi sacrataque gestans
Dona Ducum,
Simon Duperrier est le plus célebre
Avocat qu'ait eu le Parlement de Proven-
ce. L'attention de son pere pour son édu-
cation fut poussée jusques là, qu'il ne vou-
lût louer qu'à des Libraires les boutiques
qui tenoient à sa maison, dans la vue
que son fils s'y arrêtant, il prît du goût
pour les Lettres.
Le Chevalier l'aul, qui devint Vice-Ami-
ral de France, naquit singulierement. Un
bateau allant de Marseille au Château d'If,
au mois de Décembre 1597, fut battu
d'une si violente tempête, quon appré-
henda pour la vie de tous ceux qui y
étoient embarqués; mais suttout pour cel-
le d'une blanchisseusse, fort avancée dans
sa grossesse. Cette femme fut en effet si
effrayée, qu elle accoucha du Chevalier
Paul.
Baltazat de Vias fut très-bon Poëte latin,
Astronome & Antiquaire. Jean Bertet,
MARS. 1752.
131
Jésuite, fut connu par son érudition, par
sa connoissance des Langues, & par des
Poësies latines, françoises, italiennes
espagnoles & Provençales. Louis Ferrand,
réussit dans la controverse. Le Pere An-
toine Pagi devint célebre par la critique
qu'il fit des Annales de Baronius. Son Ne-
ven le Pere François Pagi, a fait une His-
toire des Papes.
Jean Gilles a beaucoup réussi dans la
musique d'Eglise. M. de Berthier, Evêque
de Rieux, témoin du succès qu'il avoit
eu à l'ouverture des Etats du Languedoc
en 1697, voulut lui procurer la Maîtrise
de Saint Etienne de Toulouse. Il en écri-
vit au Chapitre qui venoit de disposer de
cette Place, en faveur d'un autre Musi-
cien nommé Farmelli; celui-ci instruit de
toui ce qu on écrivoit en faveur de Gilles,
poussé par une générosité dont on n'a pas
d'exemples, partit sur le champ de Tou-
louse pour Montpellier, presenta à Gilles
qu'il n avoit jamais vu, la démission de sa
place, & lui fit tant d'instance qu'il le dé-
termina à l'accepter. La délicatesse, de
conscience de ce Musicien étoit si grande,
qu'il faisoit dire des Messes le lendemain
des grandes fêtes, & des processions, où
il avoit fait exécuter sa musique, pour
tâcher d'appaiser le Seigneur, a cause des
Fvj
132 MERCUREDE FRANCE.
irrévérences & des scandales ausquels il
craignoit d'avoir donné lieu en ces oc-
casions.
Claude Terrein possédoit les Belles-
Lettres & les Beaux Arts, & une grande
connoissance des monumens antiques. Jean
Pierre Gibert fut un homme très-ver-
tueux, & un des plus grands Canonistes
du Royaume.
Jean-Baptiste Massillon, le plus grand
Prédicateur du siécle, écrivoit au Pere de
Sainte Marthe, Général de l'Oratoire: je
considere que je ne suis dans la Congré-
gation que pour être utile; & comme
mon talent & mon inclination m'éloi-
gnent de la Chaire, j'ai cru qu'une Phi-
solophie ou une Théologie me convien-
droient mieux.
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Résumé : « MEMOIRES pour servir à l'Histoire de plusieurs hommes illustres de Provence. [...] »
Le texte présente les 'Mémoires pour servir à l'Histoire de plusieurs hommes illustres de Provence', publiés à Paris en 1752 par Claude Herissant. Cet ouvrage, rédigé par le Père Bougerel de la Congrégation de l'Oratoire, met en lumière diverses personnalités marquantes de Provence. Parmi elles, Pierre Puget, sculpteur réputé, demanda une somme importante à Louvois pour ses statues royales, affirmant qu'il n'existait pas plusieurs Puget en France. Jean de Pontevès, Comte de Garces, est célèbre pour avoir sauvé la Provence en incendiant les ressources ennemies lors d'une attaque de Charles Quint. Louis Duchesne, Président au Parlement de Provence, fut un magistrat influent durant la Ligue. Simon Duperrier, avocat renommé, bénéficia d'une éducation soignée grâce à son père. Le Chevalier Paul naquit lors d'une tempête en mer en 1597. Baltazar de Vias se distingua en poésie latine, astronomie et antiquités. Jean Bertet, jésuite, était connu pour son érudition et ses poésies multilingues. Louis Ferrand se démarqua en controverse. Les Pères Antoine et François Pagi furent célèbres pour leurs critiques historiques. Jean Gilles, musicien d'église, obtint la maîtrise de Saint-Étienne de Toulouse grâce à la générosité de Farmelli. Claude Terrein maîtrisait les belles-lettres et les arts anciens, tandis que Jean-Pierre Gibert était un canoniste respecté. Enfin, Jean-Baptiste Massillon, prédicateur éminent, considérait son rôle dans la Congrégation de l'Oratoire comme une mission d'utilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12955
p. 132-133
« ELEMENS de Fortification, contenant les principes & la description raison[n]ée des [...] »
Début :
ELEMENS de Fortification, contenant les principes & la description raison[n]ée des [...]
Mots clefs :
Fortification
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texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Fortification, contenant les principes & la description raison[n]ée des [...] »
ELEMENS de Fortification, contenant
les principes & la description raison[n]ée des
differens Ouvrages qu'on employe à la Forti-
fication des Places; les Systèmes des princi-
paux Ingénieurs, & un Trané abrège de la
Fortification irreguliere. Troisième Ed tion
augmentée de plus d'un tiers. Par M. le
Blond, Maître de Mathématique des En-
fans de France, des Pages de la grande
Ecurie du Roi, &c. A Paris, chez Char-
le Antoine Pombert, Libraire, rue Dau-
MARS.
13.3
1752.
phine, à l'image Notre-Dame, 1752.
Les augmentations que l'Auteur a ajou-
tées à cette nouvelle Edition, en font,
pour ainsi dire, un Ouvrage nouveau.
Les remarques & les différentes observa-
tions qu'il contient sur tous les ouvrages
de la Fortification, peuvent le faire regar-
der comme un corps complet de la théo-
rie de cet Art, & propre à faire acquerit
facilement les connoissances nécessaires à
tout Officier sur cette importante Partie
de la Guerre.
les principes & la description raison[n]ée des
differens Ouvrages qu'on employe à la Forti-
fication des Places; les Systèmes des princi-
paux Ingénieurs, & un Trané abrège de la
Fortification irreguliere. Troisième Ed tion
augmentée de plus d'un tiers. Par M. le
Blond, Maître de Mathématique des En-
fans de France, des Pages de la grande
Ecurie du Roi, &c. A Paris, chez Char-
le Antoine Pombert, Libraire, rue Dau-
MARS.
13.3
1752.
phine, à l'image Notre-Dame, 1752.
Les augmentations que l'Auteur a ajou-
tées à cette nouvelle Edition, en font,
pour ainsi dire, un Ouvrage nouveau.
Les remarques & les différentes observa-
tions qu'il contient sur tous les ouvrages
de la Fortification, peuvent le faire regar-
der comme un corps complet de la théo-
rie de cet Art, & propre à faire acquerit
facilement les connoissances nécessaires à
tout Officier sur cette importante Partie
de la Guerre.
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Résumé : « ELEMENS de Fortification, contenant les principes & la description raison[n]ée des [...] »
L'ouvrage 'Éléments de Fortification', publié en 1752 par M. le Blond, décrit les principes et les ouvrages de fortification. Il inclut les systèmes des principaux ingénieurs et un traité sur la fortification irrégulière. La troisième édition, enrichie de nouvelles remarques, est considérée comme un corpus complet de la théorie de la fortification, destiné aux officiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12956
p. 133-134
« NYON fils, & Guillyn, ont mis sous presse un Horace qui formera quatre petits [...] »
Début :
NYON fils, & Guillyn, ont mis sous presse un Horace qui formera quatre petits [...]
Mots clefs :
Horace, Traduction, Vers, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NYON fils, & Guillyn, ont mis sous presse un Horace qui formera quatre petits [...] »
NYON fils, & Guillyn, ont mis sous
presse un Horace qui formera quatre petits
volumes in 12. Cette Edition contiendra le
texte de ce grand Poëte, la traduction en
vers de tous ses Ouvrages, & des notes
sur les endroits difficiles. L'Edition sera
jolie, & paroîtra dans trois mois. Si quel-
ques Sçavans, disent les Libraires dans
leur, avertissement imprimé, avoient
des traductions en vers de quelque mor.
ceau d'Horace qui neussent pas été im-
primées, dont il voulût nous faire part
nous ne manquerions pas de les inférer,
si. elles venoient à tems, & de donner
aux Auteurs des marques particulieres &
publiques de notre reconnoissance.
Les mêmes Libraires donneront inces-
134 MERCURE DEFRANCE.
samment une Edition en 4 vol. in.12, de
l'excellente traduction de Quintilien, par
M. l'Abbé Gedoin.
presse un Horace qui formera quatre petits
volumes in 12. Cette Edition contiendra le
texte de ce grand Poëte, la traduction en
vers de tous ses Ouvrages, & des notes
sur les endroits difficiles. L'Edition sera
jolie, & paroîtra dans trois mois. Si quel-
ques Sçavans, disent les Libraires dans
leur, avertissement imprimé, avoient
des traductions en vers de quelque mor.
ceau d'Horace qui neussent pas été im-
primées, dont il voulût nous faire part
nous ne manquerions pas de les inférer,
si. elles venoient à tems, & de donner
aux Auteurs des marques particulieres &
publiques de notre reconnoissance.
Les mêmes Libraires donneront inces-
134 MERCURE DEFRANCE.
samment une Edition en 4 vol. in.12, de
l'excellente traduction de Quintilien, par
M. l'Abbé Gedoin.
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Résumé : « NYON fils, & Guillyn, ont mis sous presse un Horace qui formera quatre petits [...] »
Les libraires NYON fils et Guillyn annoncent une édition d'Horace en quatre volumes in-12, incluant le texte original, une traduction en vers et des notes explicatives. La publication est prévue dans trois mois. Ils sollicitent également des traductions en vers inédites de savants pour une éventuelle inclusion. Par ailleurs, ils préparent une édition de la traduction de Quintilien par l'Abbé Gedoin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12957
p. 134
« La Cuisiniere Bourgeoise suivie de l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent [...] »
Début :
La Cuisiniere Bourgeoise suivie de l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent [...]
Mots clefs :
Cuisinière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Cuisiniere Bourgeoise suivie de l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent [...] »
La Cuisiniere Bourgeoise suivie de
l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent
des dépenses de maisons, contenant
la maniere de dissequer, connoître & ser-
vir toutes sortes de viandes: Tom. 2. A
Paris, chez Guillyn, Quai des Augustins
du côté du Pont Saint Michel, au lys
d'or, 1752.
Le premier volume de cet Ouvrage a
réussi: le fecond est d'un usage encore
plus général. Je me suis attaché, dit l'au-
teur, à simplifier les methodes, & à ré-
duire en quelque sorte an niveau des cui-
sines bourgeoises, des apprêts qui ne sem-
bloient devoir être réservés qu'aux Cu-
sines opulentes. Si le coup d'oeil & le goûc
y perdent quelque chose, sa santé y ga-
gnera, & le Boutgeois aura le plaisit de
jouir de la diversité des mets a peu de
frais.
l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent
des dépenses de maisons, contenant
la maniere de dissequer, connoître & ser-
vir toutes sortes de viandes: Tom. 2. A
Paris, chez Guillyn, Quai des Augustins
du côté du Pont Saint Michel, au lys
d'or, 1752.
Le premier volume de cet Ouvrage a
réussi: le fecond est d'un usage encore
plus général. Je me suis attaché, dit l'au-
teur, à simplifier les methodes, & à ré-
duire en quelque sorte an niveau des cui-
sines bourgeoises, des apprêts qui ne sem-
bloient devoir être réservés qu'aux Cu-
sines opulentes. Si le coup d'oeil & le goûc
y perdent quelque chose, sa santé y ga-
gnera, & le Boutgeois aura le plaisit de
jouir de la diversité des mets a peu de
frais.
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Résumé : « La Cuisiniere Bourgeoise suivie de l'office, à l'usage de tous ceux qui se mêlent [...] »
L'ouvrage 'La Cuisinière Bourgeoise suivie de l'office', publié en 1752 à Paris par Guillyn, adapte des recettes luxueuses pour les cuisines bourgeoises. Il vise à simplifier les méthodes culinaires, préserver la santé et offrir une variété de plats à moindre coût, permettant aux bourgeois de diversifier leur alimentation sans dépenses excessives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12958
p. 134-136
« RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
Début :
RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Compagnie de Jésus, Avignon, Épître, Recueil, Naissance, Collège, Chansons, Intermède, Jésuites
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texteReconnaissance textuelle : « RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
RECUEIL de Poësies sur la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
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Résumé : « RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
En 1751, les Jésuites du Collège d'Avignon ont publié un recueil de poésies pour célébrer la naissance du Duc de Bourgogne. Connu pour leur zèle et leur magnificence dans la célébration des événements nationaux, les Jésuites ont organisé des fêtes touchantes, bien que plus modestes que celles de Paris et Marseille. Ce recueil, intitulé 'Poésies sur la Naissance du Duc de Bourgogne', comprend diverses œuvres poétiques. Le Père Feraud a écrit l'épître dédicatoire, 'Le Conseil des Dieux' et une élégie latine. Le Père Bernard a composé la pastorale et le compliment au Duc de Bourgogne. Le Père Borelly a créé les chansons du premier intermède de la pastorale, les stances à la Reine et un rondeau. Le Père Joubert a écrit les chansons du second intermède. Le Père Besson a composé la cantate du troisième intermède, deux odes, 'Les Triomphes de la Religion' et une épître au Dauphin. Le Père Ronbaud a rédigé l'épître au Roi, deux odes et une églogue latine. Enfin, le Père Veillet a écrit une ode et une églogue latine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12959
p. 136
« JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...] »
Début :
JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...]
Mots clefs :
Évêque de Nantes, Jubilé
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texteReconnaissance textuelle : « JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...] »
JUBILÉ Universel de l'année sainte,
avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque
de Nantes, l'ordre du Jubilé, &
ce que chacun sera obligé de faire pour
le gagner: les retraites des honimes & des
femmes pendant ledit temps, & les prieres
pour les Stations. ANantes, chez Josephl'a-
tar, Imprimeur duRoi, & de Monseigneur
l'Evêque, haute grand-rue, au coin de la
rue de Beau-Soleil, 1751.
On trouve chez le même Libruire, les
Instructions dogmatiques, historiques &
morales, sut. leAIndulgenees & sur le Ju-
bilé, imprimées par l'ordre de Monsei-
gneur l'Evêque de Nantes.
avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque
de Nantes, l'ordre du Jubilé, &
ce que chacun sera obligé de faire pour
le gagner: les retraites des honimes & des
femmes pendant ledit temps, & les prieres
pour les Stations. ANantes, chez Josephl'a-
tar, Imprimeur duRoi, & de Monseigneur
l'Evêque, haute grand-rue, au coin de la
rue de Beau-Soleil, 1751.
On trouve chez le même Libruire, les
Instructions dogmatiques, historiques &
morales, sut. leAIndulgenees & sur le Ju-
bilé, imprimées par l'ordre de Monsei-
gneur l'Evêque de Nantes.
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Résumé : « JUBILÉ Universel de l'année sainte, avec le Mandement de Monseigneur l'Evêque [...] »
Le document décrit un jubilé universel organisé par l'Évêque de Nantes en 1751. Il précise les obligations pour obtenir les bénéfices spirituels. Joseph l'Atar, imprimeur du Roi et de l'Évêque, propose des ouvrages sur les indulgences et le jubilé, disponibles rue haute grand-rue, au coin de la rue de Beau-Soleil.
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12960
p. 136-137
« ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...] »
Début :
ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...]
Mots clefs :
Musique théorique, Musique pratique
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texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...] »
ELEMENS de Musique théorique &
pratique, suivant les principes de M. Rameau.
A Paris, chez David l'aîné, le Bre-
tan & Durand.
Cet Ouvrage, dont M. d'Alembert est
l'Auteur, & que le Public attendoit,
MARS. 1752.
13.7
nous a paru très-clair, très méthodique,
& renferme dans un petit volume un as-
sez grand nombre de choses. Nous en par-
lerons plus au long, mais nous croyons
devoir nous hâter de l'annoncer; il est à
la portée de ceux-mêmes qui n'ont aucu-
ne teinture de musique. Le prix est de
3 livres.
pratique, suivant les principes de M. Rameau.
A Paris, chez David l'aîné, le Bre-
tan & Durand.
Cet Ouvrage, dont M. d'Alembert est
l'Auteur, & que le Public attendoit,
MARS. 1752.
13.7
nous a paru très-clair, très méthodique,
& renferme dans un petit volume un as-
sez grand nombre de choses. Nous en par-
lerons plus au long, mais nous croyons
devoir nous hâter de l'annoncer; il est à
la portée de ceux-mêmes qui n'ont aucu-
ne teinture de musique. Le prix est de
3 livres.
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Résumé : « ELEMENS de Musique théorique & pratique, suivant les principes de M. Rameau. [...] »
L'ouvrage 'Éléments de Musique théorique & pratique' de M. d'Alembert, basé sur les principes de M. Rameau, a été publié à Paris en mars 1752. Clair et méthodique, il est accessible aux débutants et coûte trois livres.
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12961
p. 137-138
« ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...] »
Début :
ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...]
Mots clefs :
Provinces, Almanach, Languedoc, Ressort, Commerce
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texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...] »
ALMANACH historique & Chronologique
de Languedoc, & des Provinces
du ressort du Parlement de Toulouse,
contenant tout ce qui concerne le Clergé,
l'Etat civil & littéraire, & le commerce
de ces Provinces, 1752. Se vend à Tou-
louse, chez Jean François Crozat, volu-
me in-8° de 312 pages.
L'Ouvrage que nous annonçons n'est pas
aussi frivole que son titre pourroit le fai-
re soupçonner. C'est une Histoire très sui-
vie & assez détaillée de ce qui est ar-
rivé d'important dans une des plus con-
sidétables, & la plus agréable Province
du Royaume. La Religion, le Gouver-
nement, les Sciences, le Commerce
nont point essuyé de révolutions dans
les Pays qui sont du ressort du Parle-
ment de Toulou se, dont on ne trouve l'é-
poque, quelquefois même l'origine & ses
suites dans le livre dont nous parlons. On
3oo
138 MERCUREDE FRANCE.
y. traite superficiellement les choses peu
importantes, & on appuye davantage sur
les plus considérables: on n insist e pas au-
tant sur les siécles passés que sur celui-ci,
Il n'est point d'Etranger qui, en lisant cet
Almanach, ne parvienne â connoître le
Languedoc comme s'il y étoit né, ou s'il
y avoit fait un long séjour. Nous croyons
que les autres Provinces devroient se pro-
curer, & procurer au Royaume en tier
un pareil secours. L'Auteur judicieux &
laborieux dont nous annonçons le travail
peut servir de modele.
de Languedoc, & des Provinces
du ressort du Parlement de Toulouse,
contenant tout ce qui concerne le Clergé,
l'Etat civil & littéraire, & le commerce
de ces Provinces, 1752. Se vend à Tou-
louse, chez Jean François Crozat, volu-
me in-8° de 312 pages.
L'Ouvrage que nous annonçons n'est pas
aussi frivole que son titre pourroit le fai-
re soupçonner. C'est une Histoire très sui-
vie & assez détaillée de ce qui est ar-
rivé d'important dans une des plus con-
sidétables, & la plus agréable Province
du Royaume. La Religion, le Gouver-
nement, les Sciences, le Commerce
nont point essuyé de révolutions dans
les Pays qui sont du ressort du Parle-
ment de Toulou se, dont on ne trouve l'é-
poque, quelquefois même l'origine & ses
suites dans le livre dont nous parlons. On
3oo
138 MERCUREDE FRANCE.
y. traite superficiellement les choses peu
importantes, & on appuye davantage sur
les plus considérables: on n insist e pas au-
tant sur les siécles passés que sur celui-ci,
Il n'est point d'Etranger qui, en lisant cet
Almanach, ne parvienne â connoître le
Languedoc comme s'il y étoit né, ou s'il
y avoit fait un long séjour. Nous croyons
que les autres Provinces devroient se pro-
curer, & procurer au Royaume en tier
un pareil secours. L'Auteur judicieux &
laborieux dont nous annonçons le travail
peut servir de modele.
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Résumé : « ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...] »
L'Almanach historique et chronologique de Languedoc et des provinces du ressort du Parlement de Toulouse, publié en 1752 par Jean-François Crozat, est un ouvrage de 312 pages au format in-8°. Contrairement à son titre, il ne s'agit pas d'un texte frivole mais d'une histoire détaillée des événements importants de la région. Le livre aborde divers aspects tels que la religion, le gouvernement, les sciences et le commerce. Il met en lumière les événements marquants, notamment ceux des siècles récents, tout en fournissant des détails importants. Cet ouvrage permet à un lecteur étranger de bien connaître le Languedoc comme s'il y était né ou y avait séjourné longtemps. L'auteur est félicité pour son travail minutieux et laborieux, et il est suggéré que d'autres provinces pourraient également bénéficier d'un tel ouvrage.
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12962
p. 138-139
SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux prix qui seront distribués le premier Jeudy du mois de Fevrier, 1753.
Début :
L'Académie ayant jugé à propos de réserver le prix de la Prose de 1752, en [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences et beaux-arts de Pau, Académie, Prose, Poésie, Calomnie, Éducation
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texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux prix qui seront distribués le premier Jeudy du mois de Fevrier, 1753.
SUJETS proposés par l'Académie
Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie
à Pau, pour deux prix qui seront
distribués le premier Jeudy du mois de
Fevrier, 1753.
L'Académie ayant jugé à propos de réserver
le prix de la Prose de 1752, en
donnera deux en 175.3: l'un, à un Ouvra-
ge en Prose dont le sujet sera, la calomnis
donne plus d'éclat à la vertu que la flatierie.
Et l'autre, à un Ouvrage de Poësie, qui
aura pour sujet, les avantages de l'éduca-
tion. Les Ouvrages ne pourront excéder
une demie heure de lecture, ils seront
adressés à M. l'Abbé de Sorberio, Secretai-
re de l'Académie; on n'en recevra aucun
MARS.
1752.
139
après le mois de Novembre, & s'ils ne
sont affranchis du port.
Chaque Auteur mettra à la fin de son
Onvrage, la sentence qu'il voudra. Il la
repetera au-dessus d'un billet cacheté,
dans lequel il écrira son nom. M. Mail-
hol est l'Auteur du Poëme qui a remporté
le prix de la Poësie en 1752.
Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie
à Pau, pour deux prix qui seront
distribués le premier Jeudy du mois de
Fevrier, 1753.
L'Académie ayant jugé à propos de réserver
le prix de la Prose de 1752, en
donnera deux en 175.3: l'un, à un Ouvra-
ge en Prose dont le sujet sera, la calomnis
donne plus d'éclat à la vertu que la flatierie.
Et l'autre, à un Ouvrage de Poësie, qui
aura pour sujet, les avantages de l'éduca-
tion. Les Ouvrages ne pourront excéder
une demie heure de lecture, ils seront
adressés à M. l'Abbé de Sorberio, Secretai-
re de l'Académie; on n'en recevra aucun
MARS.
1752.
139
après le mois de Novembre, & s'ils ne
sont affranchis du port.
Chaque Auteur mettra à la fin de son
Onvrage, la sentence qu'il voudra. Il la
repetera au-dessus d'un billet cacheté,
dans lequel il écrira son nom. M. Mail-
hol est l'Auteur du Poëme qui a remporté
le prix de la Poësie en 1752.
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Résumé : SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux prix qui seront distribués le premier Jeudy du mois de Fevrier, 1753.
En février 1753, l'Académie Royale des Sciences et Beaux-Arts de Pau attribuera deux prix : un pour un ouvrage en prose sur 'la calomnie donne plus d'éclat à la vertu que la flatterie' et un autre pour un poème sur 'les avantages de l'éducation'. Les œuvres doivent être envoyées avant novembre 1752 à M. l'Abbé de Sorberio. M. Mailhol a gagné le prix de poésie en 1752.
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12963
p. 139
« LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...] »
Début :
LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Lettre, Friedrich Melchior Grimm, Omphale
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...] »
LETTRE de M. Grimm sur Omphale,
Tragédie lyrique reprise pat l'Académie
Royale de Musique, le 14 Janvier 1752.
Brochure de 52 pages.
Tous ceux qui connoissoient l'Auteur de
cotte lettre, sçavoient qu'il avoit l'esprit
étendu, des connoissances fort variées,
& un goût sûr. Le Public sçait maintenant
que c'est un homme qui entend supérieu-
rement la Musique, & qu'il en parle très-
agréablement: sa brochure est pleine de
discussions fines, de réflexions neuves, de
traits forts & hardis. Quoique l'examen
du récitatif d'Omphale soit son principal
objet, ses vues s'etendent à d'autres cho-
ses, & singuliérement au génie de M.
Rameau. Tout le monde na pas adopté
les opinions de M. Grimm, mais nous ne
croyons pas que perfonne ait refuséde l'es-
time à son Ouvrage: nous invitons ceux
qui ne l'ont pas lu à le lire, & ceux qui
l'ont lu à le relire.
Tragédie lyrique reprise pat l'Académie
Royale de Musique, le 14 Janvier 1752.
Brochure de 52 pages.
Tous ceux qui connoissoient l'Auteur de
cotte lettre, sçavoient qu'il avoit l'esprit
étendu, des connoissances fort variées,
& un goût sûr. Le Public sçait maintenant
que c'est un homme qui entend supérieu-
rement la Musique, & qu'il en parle très-
agréablement: sa brochure est pleine de
discussions fines, de réflexions neuves, de
traits forts & hardis. Quoique l'examen
du récitatif d'Omphale soit son principal
objet, ses vues s'etendent à d'autres cho-
ses, & singuliérement au génie de M.
Rameau. Tout le monde na pas adopté
les opinions de M. Grimm, mais nous ne
croyons pas que perfonne ait refuséde l'es-
time à son Ouvrage: nous invitons ceux
qui ne l'ont pas lu à le lire, & ceux qui
l'ont lu à le relire.
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Résumé : « LETTRE de M. Grimm sur Omphale, Tragédie lyrique reprise pat l'Académie [...] »
La lettre de M. Grimm sur la tragédie lyrique 'Omphale', jouée le 14 janvier 1752, a été publiée en brochure de 52 pages. Grimm, connu pour son esprit et ses connaissances, démontre une compréhension supérieure de la musique. Son ouvrage analyse le récitatif d''Omphale' et le génie de Rameau. Bien que ses opinions ne soient pas universellement adoptées, sa brochure est unanimement estimée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12964
p. 140-141
« MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...] »
Début :
MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...]
Mots clefs :
Langue française, Enseigner, Orthographe, Livres, Méthode, Principes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...] »
MANIERE d'enseigner l'Ortographe
& la Langue Françoise par principes, utile
aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans, par
M. Jacquier. On la vend à Paris, chez le
Gras, grande Salle du Palais; Prault
quai de Gêvre; la veuve Pissot, à la dé-
cente du Pont-neuf, & Pissot, quai des
Augustins, au coin de la rue Git-le-
cœur.
Les Libraires de Paris, de Province &
des Pays Ettangers qui auront besoin des
Ouvrages de M. Jacquier, & qui les
voudront de la premiere main, s'adresse.
ront aux susdits Libraires: ils y trou-
veront,
1. Sa methode pour apprendre l'orto-
graphe & la langue françoise par princi-
pes. Ellè est très-utile à ceux qui ont un
Dictionnaire François, parce que l'Orto-
graphe de chaque mot y est prouvée par
regles Prix trois livres, brochée, & de
six livres, reliée, avec la maniere d'en-
seigner.
2. La maniere d'enseigner l'Ortographe
& la Langue Françoise par principes, uti-
le aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans: vo-
lume in-S°, prix 3. livres, broché, & de
6 livres relié, avec la methode.
MARS. 1752.
141
3. Le coup d'œeil de Dictionnaires Fran-
çois, où l'Ortographe de chaque mot est
prouvée par régles. On y voit aussi com-
ment toûs les mots de la Langue se for-
ment les uns des autres: prix trois li-
vres relié.
4. La table des Matieres contenues
dans la cinquième Edition de sa methode
& de la maniere d'enseigner, servant de
seconde clef pour tous ceux qui ont un
Dictionnaire François ou une Grammat-
re. Brochure in S° de trente-huit pages :
prix, six sols.
& la Langue Françoise par principes, utile
aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans, par
M. Jacquier. On la vend à Paris, chez le
Gras, grande Salle du Palais; Prault
quai de Gêvre; la veuve Pissot, à la dé-
cente du Pont-neuf, & Pissot, quai des
Augustins, au coin de la rue Git-le-
cœur.
Les Libraires de Paris, de Province &
des Pays Ettangers qui auront besoin des
Ouvrages de M. Jacquier, & qui les
voudront de la premiere main, s'adresse.
ront aux susdits Libraires: ils y trou-
veront,
1. Sa methode pour apprendre l'orto-
graphe & la langue françoise par princi-
pes. Ellè est très-utile à ceux qui ont un
Dictionnaire François, parce que l'Orto-
graphe de chaque mot y est prouvée par
regles Prix trois livres, brochée, & de
six livres, reliée, avec la maniere d'en-
seigner.
2. La maniere d'enseigner l'Ortographe
& la Langue Françoise par principes, uti-
le aux Maîtres & aux peres de Famille
qui voudront instruire leurs enfans: vo-
lume in-S°, prix 3. livres, broché, & de
6 livres relié, avec la methode.
MARS. 1752.
141
3. Le coup d'œeil de Dictionnaires Fran-
çois, où l'Ortographe de chaque mot est
prouvée par régles. On y voit aussi com-
ment toûs les mots de la Langue se for-
ment les uns des autres: prix trois li-
vres relié.
4. La table des Matieres contenues
dans la cinquième Edition de sa methode
& de la maniere d'enseigner, servant de
seconde clef pour tous ceux qui ont un
Dictionnaire François ou une Grammat-
re. Brochure in S° de trente-huit pages :
prix, six sols.
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Résumé : « MANIERE d'enseigner l'Ortographe & la Langue Françoise par principes, utile [...] »
Le document de mars 1752 présente plusieurs ouvrages de M. Jacquier consacrés à l'enseignement de l'orthographe et de la langue française. Ces ouvrages sont disponibles à Paris chez les libraires le Gras, Prault, la veuve Pissot et Pissot, ainsi que par l'intermédiaire des libraires de province et des pays étrangers. Les principales publications incluent : 1. **Méthode pour apprendre l'orthographe et la langue française par principes** : Cet ouvrage est destiné à ceux qui possèdent un dictionnaire français, car il prouve l'orthographe de chaque mot par des règles. Il est disponible en version brochée à trois livres ou reliée à six livres, et inclut la manière d'enseigner. 2. **La manière d'enseigner l'orthographe et la langue française par principes** : Ce livre est destiné aux maîtres et aux pères de famille souhaitant instruire leurs enfants. Il est disponible en volume in-8° à trois livres broché ou six livres relié, accompagné de la méthode. 3. **Le coup d'œil des dictionnaires français** : Cet ouvrage présente l'orthographe de chaque mot prouvée par des règles et montre comment les mots de la langue se forment les uns des autres. Il est disponible à trois livres relié. 4. **Table des matières** : Incluse dans la cinquième édition de la méthode et de la manière d'enseigner, cette brochure sert de seconde clé pour ceux ayant un dictionnaire français ou une grammaire. Elle est disponible en format in-8° de trente-huit pages au prix de six sols.
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12965
p. 141-142
« La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
Début :
La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...]
Mots clefs :
Preuve, Témoins, Vie civile, Règne de Louis XIV
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texteReconnaissance textuelle : « La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
La nouvelle Edition de la preuve
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
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Résumé : « La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
Le texte liste plusieurs publications disponibles à Paris et Rennes. 'La preuve par témoins' de Danty est vendu chez plusieurs libraires à Paris et Rennes. 'Les préceptes de la vie civile' traduit par l'Abbé S*** est disponible chez Nyon fils et Guillyn à Paris. 'L'Histoire littéraire du règne de Louis XIV' par l'Abbé Lambert coûte 24 livres brochée et 30 livres reliée chez Prault fils, Quillan fils et Guillyn à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12966
p. 142-144
« BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...] »
Début :
BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...]
Mots clefs :
Lorraine, Hommes, Histoire, Public, Édition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...] »
BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des
Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine,
dans les trois Evêchés, dans l'Arche-
vêché de Tréves, dans le Duché de Lu-
xembourg, & c. En un volume in folio.
Ce nouvel Ouvrage du R. P. D. Calmet,
Abbé de Senones, est attendu depuis long
tems. Il manquoit à la Littérature; à ceux
qui ont la premiere Edition de l'Histoire
de Lorraine; on le devoit aux Souscrip-
teurs de la seconde Edition. Il ne pouvoit
paroître dans des circonstances plus heu-
reuses, que celles où S. M. Polonoise, par le
magnisique établissement d'une Bibliothé-
que publique, & d'une Société Littéraire
dans la Capitale de ses Etats, y fait renaî-
tre les Lettres, excite les génies, les Sça-
vans & les Artistes de tous les ordres, à
mériter les couronnes qui leur sont prépa-
rées.
L'Ouvrage que l'on annonce au Public,
est précédé d'une sçavante préface de 28
pages. L'Auteur, dans ce Livre, ne s'est
point assujetti à l'ordre des tems, mais à
MARS. 1752.
143
telui de l'Alphabet, suivant lequel sont
rangés un grand nombre d'Hommes illus-
tres dans les Sciences, dans sesLettres & dans
les Arts, qui ont fleuri dans ces contrées.
Outre des Anecdotes intéressantes sur leur
naissance, leurs caracteres & leurs Ouvrages,
soit imprimés, soit manuscrits, on y trou-
vera quantité de points de critique discutés
& éclaircis, & beaucoup de choses jusqu a-
lors inconnuës, ou laissées dans le secret &
l'obscurité des Bibliothéques qui les rece-
loient. On y parle, non seulement, des
Scavans nés dans la Lorraine & le Barrois,
les trois Evêchés, le Trévirois & le Lu-
xembourg; mais encore des François & des
Ecrangers, qui s'y sont distingués par leurs
Ouvrages. Celui- ci est tout-à-fait propre
à justifier ce qui a été avancé depuis peu,
dans un discours public: Qu'il n est aucu-
ne science, aucun art, dont on ne trouve
des modéles dans cette Province. En effet,
près de quatre cens hommes, nés dans la
Lorraine & le Barrois, se sont illustrés
dans les Sciences & dans les Arts. La plu-
part de ces Hommes célèbres étoient déja
connus en France; mais on ignoroit beau-
coup de choses sur leurs personnes & sur
leurs Ouvrages, que le R. Pere Dom Cal-
met a insérees dans la Bibliotheque Lorrai-
no; d'autres, en assez grand nombre, &
*
144 MERCURE DEFRANCE.
sur-tout des Artistes distingués, étoient ou
trop peu connus, ou entiérement ignorés.
Comme les ans ont respecté un grand
nombre de leurs Ouvrages qui existent en-
core à Rome, en France & en Lorraine,
le Public qui en jouit, sera bien aise d'en
connoître les Auteurs. Ainsi on est persua-
dé que cet Ouvrage recevra un accuëil fa-
vorable. On le trouve à Nancy, chez A.
Leseure, Imprimeur ordinaire du Roi,
près la Paroisse S. Sébastien, & chez Ni-
colas Marchand, proche la Place, Ville-
Neuve.
Le prix, pour ceux qui n'ont pas souscrit à
la nouvelle edition de l'Histoire de Lorraine,
est de quatorze livres de France, broché.
Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine,
dans les trois Evêchés, dans l'Arche-
vêché de Tréves, dans le Duché de Lu-
xembourg, & c. En un volume in folio.
Ce nouvel Ouvrage du R. P. D. Calmet,
Abbé de Senones, est attendu depuis long
tems. Il manquoit à la Littérature; à ceux
qui ont la premiere Edition de l'Histoire
de Lorraine; on le devoit aux Souscrip-
teurs de la seconde Edition. Il ne pouvoit
paroître dans des circonstances plus heu-
reuses, que celles où S. M. Polonoise, par le
magnisique établissement d'une Bibliothé-
que publique, & d'une Société Littéraire
dans la Capitale de ses Etats, y fait renaî-
tre les Lettres, excite les génies, les Sça-
vans & les Artistes de tous les ordres, à
mériter les couronnes qui leur sont prépa-
rées.
L'Ouvrage que l'on annonce au Public,
est précédé d'une sçavante préface de 28
pages. L'Auteur, dans ce Livre, ne s'est
point assujetti à l'ordre des tems, mais à
MARS. 1752.
143
telui de l'Alphabet, suivant lequel sont
rangés un grand nombre d'Hommes illus-
tres dans les Sciences, dans sesLettres & dans
les Arts, qui ont fleuri dans ces contrées.
Outre des Anecdotes intéressantes sur leur
naissance, leurs caracteres & leurs Ouvrages,
soit imprimés, soit manuscrits, on y trou-
vera quantité de points de critique discutés
& éclaircis, & beaucoup de choses jusqu a-
lors inconnuës, ou laissées dans le secret &
l'obscurité des Bibliothéques qui les rece-
loient. On y parle, non seulement, des
Scavans nés dans la Lorraine & le Barrois,
les trois Evêchés, le Trévirois & le Lu-
xembourg; mais encore des François & des
Ecrangers, qui s'y sont distingués par leurs
Ouvrages. Celui- ci est tout-à-fait propre
à justifier ce qui a été avancé depuis peu,
dans un discours public: Qu'il n est aucu-
ne science, aucun art, dont on ne trouve
des modéles dans cette Province. En effet,
près de quatre cens hommes, nés dans la
Lorraine & le Barrois, se sont illustrés
dans les Sciences & dans les Arts. La plu-
part de ces Hommes célèbres étoient déja
connus en France; mais on ignoroit beau-
coup de choses sur leurs personnes & sur
leurs Ouvrages, que le R. Pere Dom Cal-
met a insérees dans la Bibliotheque Lorrai-
no; d'autres, en assez grand nombre, &
*
144 MERCURE DEFRANCE.
sur-tout des Artistes distingués, étoient ou
trop peu connus, ou entiérement ignorés.
Comme les ans ont respecté un grand
nombre de leurs Ouvrages qui existent en-
core à Rome, en France & en Lorraine,
le Public qui en jouit, sera bien aise d'en
connoître les Auteurs. Ainsi on est persua-
dé que cet Ouvrage recevra un accuëil fa-
vorable. On le trouve à Nancy, chez A.
Leseure, Imprimeur ordinaire du Roi,
près la Paroisse S. Sébastien, & chez Ni-
colas Marchand, proche la Place, Ville-
Neuve.
Le prix, pour ceux qui n'ont pas souscrit à
la nouvelle edition de l'Histoire de Lorraine,
est de quatorze livres de France, broché.
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Résumé : « BIBLIOTHEQUE Loraine, ou Histoire des Hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, [...] »
La 'Bibliothèque Loraine' est une œuvre du R. P. Dom Calmet, abbé de Senones, qui compile l'histoire des hommes illustres ayant marqué la Lorraine, les trois évêchés, l'archevêché de Trèves et le duché de Luxembourg. Cet ouvrage, dédié aux souscripteurs de la seconde édition de l'Histoire de Lorraine, est publié dans des circonstances favorables grâce à l'établissement d'une bibliothèque publique et d'une société littéraire par le roi de Pologne. Structuré alphabétiquement, il inclut des anecdotes sur la vie, les caractères et les œuvres des personnalités notables, tant imprimées que manuscrites, ainsi que des discussions critiques et des informations inédites. La 'Bibliothèque Loraine' couvre les savants originaires de Lorraine et du Barrois, ainsi que les Français et les étrangers ayant contribué à ces régions. Dom Calmet met en lumière près de quatre cents hommes illustres, permettant de découvrir ou redécouvrir des artistes et des savants et leurs œuvres conservées à Rome, en France et en Lorraine. Le livre est disponible à Nancy chez A. Leseure et Nicolas Marchand, au prix de quatorze livres de France pour ceux n'ayant pas souscrit à la nouvelle édition de l'Histoire de Lorraine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12967
p. 145-163
Discussion Sommaire de la construction d'une premiere partie de la Carte d'Asie, par M. D'ANVILLE.
Début :
Ayant mis au jour des Cartes très amples de l'Amérique Septentrionale, [...]
Mots clefs :
Carte, Asie, Lieu, Géographie, Détail, Cartes, Mer, Sujet, Étendue, Feuilles, Position, Distance, Projection, Constantinople, Carte d'Asie, Discussion, Espace, Anciens
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texteReconnaissance textuelle : Discussion Sommaire de la construction d'une premiere partie de la Carte d'Asie, par M. D'ANVILLE.
Discussion Sommaire de la construction d'une
premiere partie de la Carte d'Asie, par
M. D'ANVILLE.
Ayant mis au jour des Cartes très amples
de l'Amérique Septentrionale,
de la Méridionale, & de l'Afrique, qui
se sont succédées les unes aux autres, je
me suis déterminé à composer celle de l'A-
sie; nonobstant que la difficulté de traiter
convenablement ce morceau de Géogra-
phie, aussi intéressant qu'il est vaste, ine
fût connue. Il ne me convenoit pas de
macquitter de ce travail plus legérement
que des Cartes précédentes , d'autant
moins que celle de l'Asie pouvoit tirer de
beaucoup de choses nouvelles dans le dé-
tail, un avantage aussi évident que de la
disposition des parties en général. Ce sujet
ne devoit donc pas être ressérré dans des
bornes, qui ne pussent admettre ce qu'un
assemblable considérable de marériaux, &
une longue étude lui avoient acquis. En
donnant à la Carte de l'Asie, l'étendue &
la richesse qui étoient nécessaires, pour
la rendre plus utile & plus satisfaisante,
146 MERCURE DE FRANCE.
c'étoit procurer à la Géographie tout le
prosit qu'elle peut retirer des bienfaits,
par lesquels Monseigneur le Duc d'Orleans
veut bien faciliter les ouvrages, que ce
grand Prince a daigné me proposer de
faire.
Par ces considérations, en entrepre-
nant la Carte de l'Asie, il m'a paru qu'il
ne lui falloit pas moins de six feuilles;
en se tenant même un peu au-dessous de
l'étendue d'échelle, sur laquelle j'ai dressé
les Cartes de l'Amérique. J'ai commen-
cé de traiter mon sujet, comme ne de-
vant composer qu'un seul morceau, par
l'union des fix feuilles; l'assujettissant à
une projection en concave, qui par la
pression & l'enfoncement même qu'elle
fait de la surface convexe d'une partie
quelconque du Globe, en resserre le mi
lieu, & dilate les extrémités; & l'effet
doit en être fort sensible dans une Carte
de l'Asie, vû la grande étendue qu'elle
prend sur le Globe. Le mérite de cette
projection consiste, à faire que les méri-
diens coupent par tout les parallelles per-
pendiculairement, comme sut la surface
sphérique: mais elle a un inconvénient
considérable, par l'inégalité que produit
ce contraste de ressetrement & de dilata-
tion, qui est de ne point admettre une
Digisitues vo 300
MARS. 1792.
741
mesure égale pour les distances: de ma-
niere que dans le cas, où l'on veuille se
servir d'une échelle, on soit obligé de
s'en faire une particuliere en chaque en-
droit de la Carte, rélativemend à la gra-
duation qui lui est propre, ou à ce qui se
rencontre d'intervalle entre les paralleles.
Outre cet inconvénient, je n'ai pum en
dissimuler un autre, qui est l'étendue de
six feuilles, pour former une seule Car-
te, ce qui peut paroître incommode dans
l'usige. On renfermera dans le porte-
feuille, ou dans un Atlas, une Carte de
deux feuilles, mais non pas une Carte
de six feuilles assemblées.
Quoique j'eusse employé près de six
mois à travailler sur le plan que je viens
d'exposer, le désir d'en écarter les incon-
véniens que j'y fais observer, m'a déter-
miné à abandonner ce travail, pour re-
commencer sur un plan disférent, &
mieux conçu à ce qui m'a paru. J'ai re-
marqué que mon sujet se pouvoit diviser
en trois parties assez distinctes, à chacune
desquelles je trouvois convenable de don-
ner deux feuilles. Cette division, rédui-
sant à une bien moindre portion de la
surface du globe chaque partie du sujet,
qui par conséquent souffre beaucoup
moins de l'applatissement inévitable sur
G ij
148 MERCURE DEFRANCE.
le papier, j'ai été en état d'user d'une
projection qui maintient l'égalité de me-
sure dans toute l'étendue de la Carte.
Cette projection est exécutée dans l'esprit
de celui des deux modes de projection
décrits par Ptolemée dans les prélimi-
naires de sa Géographie, lequel plus dif-
ficile à pratiquer, prend avantage sur l'au-
tre, par la justesse de proportion que l'in-
tervalle des Méridiens doit avoir avec la
distance des paralleles à différentes hau-
teurs. Il est vrai que l'intersection des
Méridiens & des paralleles, ne se fait
pas par tout aussi regulierement que dans
la projection en concave. Mais ce que
produit cet inconvénient en chacune des
trois parties ausquelles j'ai divisé l'Asie,
n est pas, à mon avis, comparable à celui
d'une diversité d'échelle répandue en dif-
férens endroits d'une même Carte.
Voici maintenant quelle est la division
que j'ai faite de l'Asie en trois Cartes:
dans la premiere je me suis étendu de-
puis l'Archipel jusqu'aux bouches du Gan-
ge; & j'y renferme par conséquent la
Turquie, l'Arabie, la Perse, l'Inde en
deçà du Gange, & m'étant élevé jusques
aux Palus-Maeotis inclusivement, cette
hauteur fait entrer dans la Carte la partie
de la Tartarie qui se joint à la Perse & à
MARS. 1752.
149
l'Inde: dans la seconde, en reprenant les
bouches du Gange, l'Inde au delà de ce
fleuve est jointe à la Chine, & à celle-ci
le Tibet, & la partie de la Tartarie qu'on
peut appeller Chinoise. Le Japon se ren-
contre à la hauteut du Nord de la Chi-
ne; & on juge bien que les Isses de l'Asie,
Sumatra, Java, Borneo, les Moluques,
& les Philippines, sont comprises dans le
même carré de Carte. Enfin la troisième
Carte representera tout le Nord de l'Asie,
depuis la frontiere de l'Europe, jusqu'à
la mer Orientale, entre la mer Caspienne
d'une part, & la mer Glaciale de l'autre.
A l'égard des deux premières parties, les
deux fcuilles dont chacune est composée,
sont nécessairement l'une au-dessus de
l'autre; la troisième partie ayant son éten-
due d'Occident en Orient, les feuilles s'y
rangent l'une à côté de l'autre. On doit
sentir que c'est la forme & la convenance
des Continens qui décide souverainement
de cette disposition des feuilles; & j'ose
dire, qu'on ne peut la vouloir autrement
sans absurdité.
Mais, dira-t-on peut-être, on voudroit
avoir l'Asie rassemblée en une Carte, pour
saisir aisément & d'un coup d'oil le rap-
port des différentes contrées qu'elle ren-
ferme. A cela je réponds, que me propo-
G uij
450 MERCURE DEFRANCE.
sant de dresser incessamment deux gtands
hémispheres, on y verra l'Asie aussi éten-
due que dans une feuille, ce qui tiendra
bien licu d'une Carte générale de cette
partie du Monde: & ce que je dis actuel-
sement de l'Asie, conviendra de même à
l'Amérique & à l'Afrique, vû la maniere
également ample & étendue, dont je les
ai représentées dans les Cartes qui ont
précédé celle de l'Asie. Mais au lieu de
chercher à reprendre sur la forme, que
l'on considere le grand fond de Géogra-
phie que renfermera la nouvelle Carte
d'Asie; & qui est tel, que si on excepte
quelques endroits particuliers, où en
certains cas on désireroit les Cartes les
plus circonstanciées, & même quelque
fois des plans plutôt que des Cartes, il.
fournit de quoi satisfaire amplement au
besoin, &, rend superflu un grand nom-
bre d'autres morceaux Géographiques
qui n'y suppléeroient même pas également
par tout, sans parler du plus ou moins
de justesse dans la manière de traiter les
mêmes choses.
Des trois parties de la Carte d'Asie,
la premiere est fortie des mains du Gra-
veur, & rendue publique: la seconde
s'exécute actuellement au burin, & je
suis occupé à dresser la troisième. S'il
MARS. 1752.
151
étoit question d'analyser fort en dérail
tous les moyens employés à la composi-
tion de ces divers morceaux, & sur tout
de la premiere partie, il en résulteroit un
gros volume. Ce n est donc pas mon ob-
jet actuel, quelque persuadé que je sois
de l'utilité d'une semblable discussion pour
le fond de la Géographie, & pour faire
connoître en même tems ce qu'il falloit
de recherches & d'étude pour mettre cet
Ouvrage dans l'état où on le produit.
Mais il semble que le coup d'œil de la
Carte, & quelque comparaison avec cel-
les qu'on avoit auparavant, préviendront
sur ce suiet; & je me contenterai ici d'une
exposition succinte des principales cir-
constances, & de ce qui domine plus gé-
néralement dans la Carte, & influe da-
vantage dans sa composition.
IIny a point de morceau de Géographie
que j'aye autant travaillé, & dont je sois
plus flaté, s'il m est permis de le dire, que
ce qui est compris dans la Carte d'Asie
depuis la Propontide ou Mer de Marmara
jusqu'à Ormus. Je n'exagererai point en
disant, que j ai employé plusieurs an nées
à étudier à plusieurs reprises, & à repeter
divers essais de composition sur les diffé-
rentes parties renfermées dans cet espace.
Rien en effet de plus interessant dans la
G iiij.
152 MERCURE DE FRANCE.
Géographie, par la liaison de l'ancienne
avec la moderne, par les évenemens his-
toriques qui ont rapport à ces contrées
par les routes des Voyageurs qui les ont
traversées. En m'expliquant sur ce sujet,
comme d'un Ouvrage dont je suis flaté,
ce n'est pas que je croye y avoir mis le
dégré de perfection qui seroit à désirer.
Il est bien constant que la Carte d'Euro-
pe aura plus de précision; que dans
l'Asie même, la partie de la Chine que
l'ont doit aux RR. PP. Jesuites, est plus
décidée dans les circonstances locales. Mais
il faut considérer l'état auquel j'ai trouvé
les choses, & le point duquel je suis par-
ti. Pour peu que l'on confronte à la nou-
velle Carte d'Asie, ce qui existoit an-
térieurement sur les Pays contenus dans
l'espace dont il est question, on ne dis-
conviendra pas que la Géographie de ces
Pays nait bien changé de face; ensorte
que l'expression du détail, indépendam-
ment de ce qui concerne la disposition gé-
nérale, ait tout le mérite de la nou-
veauté.
Les diverses parties qui composent ce
grand espace, ayant fait le sujet de plu-
sieurs morceaux que j'ai traités en parti-
culier, & plus en grand qu'ils ne pa-
toissent dans la Carte d'Asie; lorsqu'il
MARS. 1752. 153
a été question de les y faire entrer,
& de les réduire, j'ai voulu ne perdre
que le moins de circonstances qu'il étoit
possible, par un sentiment quin est point
à blâmer, & qui tourne au profit du Pu-
blic. De-là vient que cette partie de la
Carte est extrêmement chargée: & si on
m'en faisoit reptoche, bien loin d'en être
touché, je dirois volontiers que c'est bien
malgré moi, & par faute de connoissan-
ce, qu'en d'autres parties la Carte ne se
soutient pas sur le même ton. Il ne con-
venoit pas aussi de prendre le parti de
faire la Carte plus grande, par la consi-
dération d'un Canton en particulier,
lorsque l'étendue de cette Carto est suffi-
sante à ce qu'elle contient d'ailleurs, &
que dans la combinaison qui a servi à
déterminer la grandeur du point de la-
Carte d'Asie en sa totalité, il falloit avoir
plus d'égard à l'universalité du sujet, qu'à
quelques-unes de ses parties.
Cette richesse de détail, sur ce qu'il est
plus essentiel de connoître en Asie, est le
fruit d'une recherche qui auroit voulu tout
épuiser. Pour donner la forme & les cou-
leurs aux objets réprésentés, toute l'An-
riquité, y compris même les principaux
Auteurs Byzantins, & non-seulement ceux-
des Orientaux qui ont traité spécialement
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
de la Géographie, mars aussi plusieurs de
leurs Historiens, avec ce que les récits
plus on moins bien circonstanciés des
Voyageurs y peuvent ajoûter, ont été mis
en œeuvre. J'ai véritablement pris le plus
vif intérêt à cette partie du Continent de
l'Asie. Car dès l'an 1727 & 28, j'en avois
dressé une Carte, qui quoique avec quel-
que amélioration, me déplairoit aujour-
d'hui, si dès-lors je l'avois publiée. Entre
les Géographies Orientales, outre celles
de l'Edrisi & d'Abulfeda, une Géogra-
phie Turque, intitulée Gehan-numa, ou
le miroir du Monde, compilée par Kia-
tib-Shelebi, m'a instruit de beaucoup de
circonstances particulieres à l'égard de di-
verses contrées, mais sur tout en ce qui
regarde l'Asie-Mineure. L'Ambassadeur
Turc qui est venu en France en dernier
lieu, mavoit fait connoître cette Geo-
graphie par plusieurs morceaux, qu'il
avoit eu la complaisance de m'expliquer:
mais elle a été traduite par M. Armain,
à la sollicitation de M. Melot, Confrere
de M. l'Abbé Sallier, dans la place de
Garde de la Bibliotheque du Roi. Au res-
te, je souhaiterois que cette Géographie
fût connue; on sentiroit ce qu'il falloit
employer d'étude & de cririque, & com-
bien d'autres instructions devoient con-
MARS. 1752.
courir, pour donner un état de solidité
& de justesse à la réprésentation Géogra-
phique. Je suis obligé de m'expliquer sut
ce sujet pat rapport à ceux qui croyent
sans aucun examen, que l'espéce de cer-
tains matériaux suffit pour faire tout le
mérite d'un Ouvrage, & qui ne font au-
cune attention au sçavoir, & j'ose dire à
l'intelligence, nécessaires pour en faire
usage & s'en bien servir.
Je vais maintenant entrer dans quelque
détail de ce que contient la premiere par-
tie de la Carte d'Asie. En partant de la-
position de Constantinople, déterminée
en longitude comme en latitude, si l'on
commence par s'avancer le long des bords
de la Mer noire, on ne peut micux se
gouverner pour la distance des lieux, que
par les indications que les aneiens Périples
de cette Mer nous en donnent dans un
fort grand détail, tant en mesure de sta-
des qu'en milles; & la comparaison de
ces différentes mesures sert même à véri-
fier chaque distance particuliere. D'ail-
leurs, on ne se méprend point sur le rap-
port des noms anciens & des modernes
qui presque tous conservent entt'eux sur
le bord Méridional du Pont-Euxin une
analogie évidente. Comme je me propose
d'être fott abrégé dans cette analyse, je
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
ne ferai point d'énumération des lieux
qui se retrouvent de cette maniere. Lors-
que je publierai les Cartes du Monde Ro-
main, il sera aisé d'en faire la remarque,
en conférant la réprésentation de l'ancien-
ne Géographie avec la moderne. Ce qui
m'a soutenu en latituce dans cette course
d'Occident en Orient, le long du rivage
de la Mer Noire; c'est de sçavoir qu'à Si-
nub ou Sinope elle est à peu près la mê-
me que celle de Constantinople. Il me pa-
roît incontestable, qu'au de-là de Sino-
pe, la Mer Noire forme un Golfe pro-
fond, tanti recessus, dit Pline, que l'Asie
en devient peninsule: & ce qui me per-
suade que le fond de ce Golfe est à peu
près bien établi dans ma Carte, c'est
d'avoir recueilli des Anciens la mesure
d'espace qui convient entre ce Golphe &
le rivage de la Méditerranée aux environs.
de Tarse & d'Issus, dont la latitude ne
sçauroit être fort incertaine, vû le rap-
port immédiat de ces points & leur pro-
ximité avec celui d'Alexandrette, détermi-
né par observation. Instruits même par les
Anciens, que la longitude du Sinus Ami-
senus qui est celui dont je parle, répond
à celle du Golfe d'Issus, il est remarqua-
ble que la détermination quon a d'A-
lexandrette en longitude, soit propre à
157
MARS. 1752.
justifier celle où le Golfe en question se
range en effet dans la composition de la
Carte.
J'ai dit que les anciens Périples du
Pont-Euxin nous fixoient de lieu en lieu
par des distances le long de cette Mer: ils
en font même le circuit entier, pour ré-
pondre au titre de Périple: mais le dé-
tail qu'ils donnent se signale surtout jus-
qu'à Trébisonde, & jusqu'à l'extrémité
de la Colchide. Nous sommes fixés en la-
ticude à Trébisonde par les observations
du Pere Beze, Jésuite; & selon qu'At-
rien l'a remarqué, la côte de cette Mer
jusqu'à l'embouchure de l'Apsarus, qui
est sous le Château de Goné, court gé-
néralement parlant vers l'Est; & depuis la
bouche du Phase, elle commence à s'in-
cliner du Nord vers le Couchant, ce der-
nset point étant confirmé parl'orientement
d'une Carte particuliere de la Mingrelie,
publiée par Thevenot.
De l'extrémité de la Colchide à Dios-
curias ou Isgaur, on se replie vers le Bos-
phore Cimmérien. La position de ce Bos-
phore dépend d'ailleurs de son rapport au-
point d'Azof, en corrigeant quelques
Cartes récentes sur la longueur du Palus
Moeotis, où il est constamment trop rac-
courci, puisqu'il y a des mesures tant an-
158 MERCUREDE FRANCE.
cieunes que modernes qui le déterminent
plus allongé. La position d'Azof est con-
clue d'une correspondance établie avec
celle de Moskou, par le moyen du cours
du Don, levé dans le plus grand détail,
par le Vice-Amiral Cruys, sous le regne
de Pierre I. Car le rapport de position
entre Moskou & Woronez, où commen-
ce la grande Carte du Don, ne paroît pas
fusceptible de quelque erreur considéra-
ble, si on le tire de la Carte de l'Empire
de Russie, publiée par l'Académie de Pe-
tersbourg, dont ces positions font en
quelque manière le centre. Je ne dirai
rien ici du reste de la Mer Noire, patce
que cette partie interesse plus l'Europe que
l'Asie. Cen est pas qu'elle ne soit autant
travaillée qu'il m'a été possible, & qu'el-
le ne paroisse avec des circonstances qui
mériteroient d'être observées.
Reprenons le point de Constantinople.
La Mer de Marmara & le détroit des
Dardanelles sont l'extrait d'une grande
Carte particuliere que j'en ai dressée aveè
beaucoup d'étude, & qui est accompa-
gnée dans mes papiers d'une discussion
par écrit des positions, distances, &c.
de sorte que j'ai lieu de regarder cette
partie comme une des plus solides de la
Carte. J'en dirai presqu'autant de la côte
***
MARS. 1732.
159
qui succede sur la Mer Egée ou l'Archi-
pel, & des Isses voisines de cette côte
jusqu'à Rhodes inclusivement. On peut
s'appuyer sur une détermination de lon-
gitude à Smyrne, qui influe directement
fur la position de l'ancien Ephese, au-
jourd'hui Aio-zoluk. L'Isse de Rhodes qui
termine certe partie, est décidée dans sa
latitnde par observation.
De Rhodes, en rangeant la côte Mé-
ridionale de l'Asic-Mineure, j'ai cherche
à m'assurer de la distance & de la hauteur
du Cap Kelidom, point important. en ce
que la pointe Occidentale de Cypre s'y
lie par ia combinaison de diverses distan-
ces: & je me tiens presque assuré du jus-
te éloignement où se trouve le point
d'Antalia ou de Satalie, parce qu'indé-
pendamment de la position que donne la
fuite de la côte, j'ai eu lieu d'en vérifier
la distance par la travorse des terres, de-
puis Smyrne. L'Antiquité nous fournit
des mesures très-convenables de l'éten-
due de l'Isse de Cypre d'une pointe à
l'autre, & de l'intervale entre la poin-
re Orientale & l'embouchure du fleuve
Piramus ou Gihon, près de l'ancien Is-
sus. La latitude de certe Isse est assurée
par celle d'Arnako ou Lerneca, observée
par M. de Chazelles. Elle influe même
760 MERCURE DEFRANCE.
fur celle de la côte du Continent opposé,
parce que hous trouvons dans Strabon
une indication de la distance entre le Pro-
montoire Crommyon ou Cap Cormakiti
de Cypre, & la pointe d'Anemur. De
cette pointe située en position intermé-
diaire d'Antalia & de la bouche du Py-
rame, la côte s'élevant insensiblement
vers le Nord, forme un enfoncement de
Mer, au sommet duquel Tarse se rencon-
tre. C'est par cet enfoncement, repon-
dant à celui du Golfe d'Amisus dont j'ai
parlé, que l'Asie se trouve resserrée dans
un espace qui ne vaut sur la Carte que
trois dégrés de la graduation de latitu-
de; ce qu'il seroit aisé de justifier, en
fixant même la hauteur qui convient à
Césarée de (appadoce dans cet intervale,
si je pouvois me permettre toute cette
discussion dans un écrit aussi abregé que
celui ci: & il faut convenir que la con-
noissance de ces régions interessoit assez
les Anciens, & leur étoit assez familiere,
pour qu'ils méritent d'en être crus.
Diverses routes tirées ou des Itinérai-
res Romains, ou décrites par des voya-
geurs modernes, se sont jointes au détail
de la Géographie Turque, pour fixer un
grand nombre de points dans l'intérieur
de l'Asie mineure. Je compte que la posi-
MARS.
1752.
161
tion de Bursa, rapportée à Constantinople,
est établie avec quelque précision. J'ai ap-
porté une attention particuliere à recon-
noître celle d'Angora, celle de Konié; &
je les juge surtout convenables, par rap-
port à leur distance de divers points qui
sont en liaison immédiate avec la position
de Constantinople. Ces points d'Angora
& de Konié importent d'autant à cet égard,
que de l'un comme de l'autre, par d'autres
distances assez bien déterminées, on est
conduit jusqu'au fameux passage des Pylae
Ciliciæ, dans le voisinage de Tarse; d'où
il reste peu d'intervalle jusqu'à l'entrée de
la Syrie, & au terme que prend la Médi-
terranée près d'Alexandrette. Strabon nous
donne la traversée de l'Asie mineure en-
tiére, depuis Ephèse jusqu'à un lieu situé
sur l'Euphrate, vis à-vis de Melitene ou
Malatia. Et ce lieu qu'il nomme Tomisos,
je l'ai retrouvé subsistant encore sous le
nom actuel de Tzemish, qui ne differe de
l'ancien que par une altération du T. en
Tz. dont je pourrois apporter grand nom-
bre d'exemples.
Je passerois beaucoup trop les bornes
que je me suis prescrites ici, si je me li-
vrois à la discussion d'un plus grand détail,
où le goût & l'intérêt même de la chose
m'entraîneroient assez. Si outre les posi-
162 MERCURE DE FRANCE.
tions de lieu, on examine le cours des ri-
vieres, l'enchaînement & la disposition
des montagnes, & quelques autres cir-
constances, on ne pourra disconvenir que
cette partie de l'Asie n'ait aequis un détail
de connoissance, qu'on ignoroit, ou dont
on étoit mal instruit. La division des con-
trées qui partagent actuellement ce pays,
est dans le cas dont je viens de parler. On
lui donne communément le nom de Nato-
lie en général. Mais, on verra que le nom
d'Ana loli ne convient spécialement qu'à
une de ses parties. Karaman, ou la Cara-
manie, en fait une autre trés-distincte, &
séparée précisément par les limites que
montre la Carte. Ces deux parties ne se
confondent point avec une troisieme, qui
prend quelquefois le nom du licu domi-
nant, de Siwas; mais qui étant propre à
une ville en particulier, est moins conve-
nable pour une région que celui de Roum,
qui lui est donné. Et quand on se rappelle,
que le pays qui étoit resté aux Empereurs
Grecs de Constantinople du tems de l'Em-
pire Mahométan sous les Khalifes, étoit
appellé Roum en général, on n est point
surpris que ce qui faisoit la frontiere de
ce pays, ait conservé cette dénomination,
ce qui mérite bien qu'une carte en instrui-
se. Ces parties ont encore leur subdi vision
MARS. 1752.
163
en Jurisdictions de Sangiaks, qu'on ap-
pelle Liva. Mais, quant à ce détail, pour
lequel l'étendue de la Carte d'Añe ne suffit
pas, un point d'Echelle beaucoup plus
grand dans la Carte d'Europe, qui admet
l'Asie mineure dans son quarré, me pro-
curera la satisfaction de donner une repré-
sentation plus ample de ce même pays. Et
en général, tout ce que la Carte d'Europe
me donnera lieu de répéter de l'Asie plus
en détail, je ne le croirai pas hors de pro-
pos, ni que le Public m'en sçache mauvais
gré.
A l'Asie Mineure je fais succéder la Sy-
rie, &c.
La suite dans le Mercure prochain.
premiere partie de la Carte d'Asie, par
M. D'ANVILLE.
Ayant mis au jour des Cartes très amples
de l'Amérique Septentrionale,
de la Méridionale, & de l'Afrique, qui
se sont succédées les unes aux autres, je
me suis déterminé à composer celle de l'A-
sie; nonobstant que la difficulté de traiter
convenablement ce morceau de Géogra-
phie, aussi intéressant qu'il est vaste, ine
fût connue. Il ne me convenoit pas de
macquitter de ce travail plus legérement
que des Cartes précédentes , d'autant
moins que celle de l'Asie pouvoit tirer de
beaucoup de choses nouvelles dans le dé-
tail, un avantage aussi évident que de la
disposition des parties en général. Ce sujet
ne devoit donc pas être ressérré dans des
bornes, qui ne pussent admettre ce qu'un
assemblable considérable de marériaux, &
une longue étude lui avoient acquis. En
donnant à la Carte de l'Asie, l'étendue &
la richesse qui étoient nécessaires, pour
la rendre plus utile & plus satisfaisante,
146 MERCURE DE FRANCE.
c'étoit procurer à la Géographie tout le
prosit qu'elle peut retirer des bienfaits,
par lesquels Monseigneur le Duc d'Orleans
veut bien faciliter les ouvrages, que ce
grand Prince a daigné me proposer de
faire.
Par ces considérations, en entrepre-
nant la Carte de l'Asie, il m'a paru qu'il
ne lui falloit pas moins de six feuilles;
en se tenant même un peu au-dessous de
l'étendue d'échelle, sur laquelle j'ai dressé
les Cartes de l'Amérique. J'ai commen-
cé de traiter mon sujet, comme ne de-
vant composer qu'un seul morceau, par
l'union des fix feuilles; l'assujettissant à
une projection en concave, qui par la
pression & l'enfoncement même qu'elle
fait de la surface convexe d'une partie
quelconque du Globe, en resserre le mi
lieu, & dilate les extrémités; & l'effet
doit en être fort sensible dans une Carte
de l'Asie, vû la grande étendue qu'elle
prend sur le Globe. Le mérite de cette
projection consiste, à faire que les méri-
diens coupent par tout les parallelles per-
pendiculairement, comme sut la surface
sphérique: mais elle a un inconvénient
considérable, par l'inégalité que produit
ce contraste de ressetrement & de dilata-
tion, qui est de ne point admettre une
Digisitues vo 300
MARS. 1792.
741
mesure égale pour les distances: de ma-
niere que dans le cas, où l'on veuille se
servir d'une échelle, on soit obligé de
s'en faire une particuliere en chaque en-
droit de la Carte, rélativemend à la gra-
duation qui lui est propre, ou à ce qui se
rencontre d'intervalle entre les paralleles.
Outre cet inconvénient, je n'ai pum en
dissimuler un autre, qui est l'étendue de
six feuilles, pour former une seule Car-
te, ce qui peut paroître incommode dans
l'usige. On renfermera dans le porte-
feuille, ou dans un Atlas, une Carte de
deux feuilles, mais non pas une Carte
de six feuilles assemblées.
Quoique j'eusse employé près de six
mois à travailler sur le plan que je viens
d'exposer, le désir d'en écarter les incon-
véniens que j'y fais observer, m'a déter-
miné à abandonner ce travail, pour re-
commencer sur un plan disférent, &
mieux conçu à ce qui m'a paru. J'ai re-
marqué que mon sujet se pouvoit diviser
en trois parties assez distinctes, à chacune
desquelles je trouvois convenable de don-
ner deux feuilles. Cette division, rédui-
sant à une bien moindre portion de la
surface du globe chaque partie du sujet,
qui par conséquent souffre beaucoup
moins de l'applatissement inévitable sur
G ij
148 MERCURE DEFRANCE.
le papier, j'ai été en état d'user d'une
projection qui maintient l'égalité de me-
sure dans toute l'étendue de la Carte.
Cette projection est exécutée dans l'esprit
de celui des deux modes de projection
décrits par Ptolemée dans les prélimi-
naires de sa Géographie, lequel plus dif-
ficile à pratiquer, prend avantage sur l'au-
tre, par la justesse de proportion que l'in-
tervalle des Méridiens doit avoir avec la
distance des paralleles à différentes hau-
teurs. Il est vrai que l'intersection des
Méridiens & des paralleles, ne se fait
pas par tout aussi regulierement que dans
la projection en concave. Mais ce que
produit cet inconvénient en chacune des
trois parties ausquelles j'ai divisé l'Asie,
n est pas, à mon avis, comparable à celui
d'une diversité d'échelle répandue en dif-
férens endroits d'une même Carte.
Voici maintenant quelle est la division
que j'ai faite de l'Asie en trois Cartes:
dans la premiere je me suis étendu de-
puis l'Archipel jusqu'aux bouches du Gan-
ge; & j'y renferme par conséquent la
Turquie, l'Arabie, la Perse, l'Inde en
deçà du Gange, & m'étant élevé jusques
aux Palus-Maeotis inclusivement, cette
hauteur fait entrer dans la Carte la partie
de la Tartarie qui se joint à la Perse & à
MARS. 1752.
149
l'Inde: dans la seconde, en reprenant les
bouches du Gange, l'Inde au delà de ce
fleuve est jointe à la Chine, & à celle-ci
le Tibet, & la partie de la Tartarie qu'on
peut appeller Chinoise. Le Japon se ren-
contre à la hauteut du Nord de la Chi-
ne; & on juge bien que les Isses de l'Asie,
Sumatra, Java, Borneo, les Moluques,
& les Philippines, sont comprises dans le
même carré de Carte. Enfin la troisième
Carte representera tout le Nord de l'Asie,
depuis la frontiere de l'Europe, jusqu'à
la mer Orientale, entre la mer Caspienne
d'une part, & la mer Glaciale de l'autre.
A l'égard des deux premières parties, les
deux fcuilles dont chacune est composée,
sont nécessairement l'une au-dessus de
l'autre; la troisième partie ayant son éten-
due d'Occident en Orient, les feuilles s'y
rangent l'une à côté de l'autre. On doit
sentir que c'est la forme & la convenance
des Continens qui décide souverainement
de cette disposition des feuilles; & j'ose
dire, qu'on ne peut la vouloir autrement
sans absurdité.
Mais, dira-t-on peut-être, on voudroit
avoir l'Asie rassemblée en une Carte, pour
saisir aisément & d'un coup d'oil le rap-
port des différentes contrées qu'elle ren-
ferme. A cela je réponds, que me propo-
G uij
450 MERCURE DEFRANCE.
sant de dresser incessamment deux gtands
hémispheres, on y verra l'Asie aussi éten-
due que dans une feuille, ce qui tiendra
bien licu d'une Carte générale de cette
partie du Monde: & ce que je dis actuel-
sement de l'Asie, conviendra de même à
l'Amérique & à l'Afrique, vû la maniere
également ample & étendue, dont je les
ai représentées dans les Cartes qui ont
précédé celle de l'Asie. Mais au lieu de
chercher à reprendre sur la forme, que
l'on considere le grand fond de Géogra-
phie que renfermera la nouvelle Carte
d'Asie; & qui est tel, que si on excepte
quelques endroits particuliers, où en
certains cas on désireroit les Cartes les
plus circonstanciées, & même quelque
fois des plans plutôt que des Cartes, il.
fournit de quoi satisfaire amplement au
besoin, &, rend superflu un grand nom-
bre d'autres morceaux Géographiques
qui n'y suppléeroient même pas également
par tout, sans parler du plus ou moins
de justesse dans la manière de traiter les
mêmes choses.
Des trois parties de la Carte d'Asie,
la premiere est fortie des mains du Gra-
veur, & rendue publique: la seconde
s'exécute actuellement au burin, & je
suis occupé à dresser la troisième. S'il
MARS. 1752.
151
étoit question d'analyser fort en dérail
tous les moyens employés à la composi-
tion de ces divers morceaux, & sur tout
de la premiere partie, il en résulteroit un
gros volume. Ce n est donc pas mon ob-
jet actuel, quelque persuadé que je sois
de l'utilité d'une semblable discussion pour
le fond de la Géographie, & pour faire
connoître en même tems ce qu'il falloit
de recherches & d'étude pour mettre cet
Ouvrage dans l'état où on le produit.
Mais il semble que le coup d'œil de la
Carte, & quelque comparaison avec cel-
les qu'on avoit auparavant, préviendront
sur ce suiet; & je me contenterai ici d'une
exposition succinte des principales cir-
constances, & de ce qui domine plus gé-
néralement dans la Carte, & influe da-
vantage dans sa composition.
IIny a point de morceau de Géographie
que j'aye autant travaillé, & dont je sois
plus flaté, s'il m est permis de le dire, que
ce qui est compris dans la Carte d'Asie
depuis la Propontide ou Mer de Marmara
jusqu'à Ormus. Je n'exagererai point en
disant, que j ai employé plusieurs an nées
à étudier à plusieurs reprises, & à repeter
divers essais de composition sur les diffé-
rentes parties renfermées dans cet espace.
Rien en effet de plus interessant dans la
G iiij.
152 MERCURE DE FRANCE.
Géographie, par la liaison de l'ancienne
avec la moderne, par les évenemens his-
toriques qui ont rapport à ces contrées
par les routes des Voyageurs qui les ont
traversées. En m'expliquant sur ce sujet,
comme d'un Ouvrage dont je suis flaté,
ce n'est pas que je croye y avoir mis le
dégré de perfection qui seroit à désirer.
Il est bien constant que la Carte d'Euro-
pe aura plus de précision; que dans
l'Asie même, la partie de la Chine que
l'ont doit aux RR. PP. Jesuites, est plus
décidée dans les circonstances locales. Mais
il faut considérer l'état auquel j'ai trouvé
les choses, & le point duquel je suis par-
ti. Pour peu que l'on confronte à la nou-
velle Carte d'Asie, ce qui existoit an-
térieurement sur les Pays contenus dans
l'espace dont il est question, on ne dis-
conviendra pas que la Géographie de ces
Pays nait bien changé de face; ensorte
que l'expression du détail, indépendam-
ment de ce qui concerne la disposition gé-
nérale, ait tout le mérite de la nou-
veauté.
Les diverses parties qui composent ce
grand espace, ayant fait le sujet de plu-
sieurs morceaux que j'ai traités en parti-
culier, & plus en grand qu'ils ne pa-
toissent dans la Carte d'Asie; lorsqu'il
MARS. 1752. 153
a été question de les y faire entrer,
& de les réduire, j'ai voulu ne perdre
que le moins de circonstances qu'il étoit
possible, par un sentiment quin est point
à blâmer, & qui tourne au profit du Pu-
blic. De-là vient que cette partie de la
Carte est extrêmement chargée: & si on
m'en faisoit reptoche, bien loin d'en être
touché, je dirois volontiers que c'est bien
malgré moi, & par faute de connoissan-
ce, qu'en d'autres parties la Carte ne se
soutient pas sur le même ton. Il ne con-
venoit pas aussi de prendre le parti de
faire la Carte plus grande, par la consi-
dération d'un Canton en particulier,
lorsque l'étendue de cette Carto est suffi-
sante à ce qu'elle contient d'ailleurs, &
que dans la combinaison qui a servi à
déterminer la grandeur du point de la-
Carte d'Asie en sa totalité, il falloit avoir
plus d'égard à l'universalité du sujet, qu'à
quelques-unes de ses parties.
Cette richesse de détail, sur ce qu'il est
plus essentiel de connoître en Asie, est le
fruit d'une recherche qui auroit voulu tout
épuiser. Pour donner la forme & les cou-
leurs aux objets réprésentés, toute l'An-
riquité, y compris même les principaux
Auteurs Byzantins, & non-seulement ceux-
des Orientaux qui ont traité spécialement
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
de la Géographie, mars aussi plusieurs de
leurs Historiens, avec ce que les récits
plus on moins bien circonstanciés des
Voyageurs y peuvent ajoûter, ont été mis
en œeuvre. J'ai véritablement pris le plus
vif intérêt à cette partie du Continent de
l'Asie. Car dès l'an 1727 & 28, j'en avois
dressé une Carte, qui quoique avec quel-
que amélioration, me déplairoit aujour-
d'hui, si dès-lors je l'avois publiée. Entre
les Géographies Orientales, outre celles
de l'Edrisi & d'Abulfeda, une Géogra-
phie Turque, intitulée Gehan-numa, ou
le miroir du Monde, compilée par Kia-
tib-Shelebi, m'a instruit de beaucoup de
circonstances particulieres à l'égard de di-
verses contrées, mais sur tout en ce qui
regarde l'Asie-Mineure. L'Ambassadeur
Turc qui est venu en France en dernier
lieu, mavoit fait connoître cette Geo-
graphie par plusieurs morceaux, qu'il
avoit eu la complaisance de m'expliquer:
mais elle a été traduite par M. Armain,
à la sollicitation de M. Melot, Confrere
de M. l'Abbé Sallier, dans la place de
Garde de la Bibliotheque du Roi. Au res-
te, je souhaiterois que cette Géographie
fût connue; on sentiroit ce qu'il falloit
employer d'étude & de cririque, & com-
bien d'autres instructions devoient con-
MARS. 1752.
courir, pour donner un état de solidité
& de justesse à la réprésentation Géogra-
phique. Je suis obligé de m'expliquer sut
ce sujet pat rapport à ceux qui croyent
sans aucun examen, que l'espéce de cer-
tains matériaux suffit pour faire tout le
mérite d'un Ouvrage, & qui ne font au-
cune attention au sçavoir, & j'ose dire à
l'intelligence, nécessaires pour en faire
usage & s'en bien servir.
Je vais maintenant entrer dans quelque
détail de ce que contient la premiere par-
tie de la Carte d'Asie. En partant de la-
position de Constantinople, déterminée
en longitude comme en latitude, si l'on
commence par s'avancer le long des bords
de la Mer noire, on ne peut micux se
gouverner pour la distance des lieux, que
par les indications que les aneiens Périples
de cette Mer nous en donnent dans un
fort grand détail, tant en mesure de sta-
des qu'en milles; & la comparaison de
ces différentes mesures sert même à véri-
fier chaque distance particuliere. D'ail-
leurs, on ne se méprend point sur le rap-
port des noms anciens & des modernes
qui presque tous conservent entt'eux sur
le bord Méridional du Pont-Euxin une
analogie évidente. Comme je me propose
d'être fott abrégé dans cette analyse, je
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
ne ferai point d'énumération des lieux
qui se retrouvent de cette maniere. Lors-
que je publierai les Cartes du Monde Ro-
main, il sera aisé d'en faire la remarque,
en conférant la réprésentation de l'ancien-
ne Géographie avec la moderne. Ce qui
m'a soutenu en latituce dans cette course
d'Occident en Orient, le long du rivage
de la Mer Noire; c'est de sçavoir qu'à Si-
nub ou Sinope elle est à peu près la mê-
me que celle de Constantinople. Il me pa-
roît incontestable, qu'au de-là de Sino-
pe, la Mer Noire forme un Golfe pro-
fond, tanti recessus, dit Pline, que l'Asie
en devient peninsule: & ce qui me per-
suade que le fond de ce Golfe est à peu
près bien établi dans ma Carte, c'est
d'avoir recueilli des Anciens la mesure
d'espace qui convient entre ce Golphe &
le rivage de la Méditerranée aux environs.
de Tarse & d'Issus, dont la latitude ne
sçauroit être fort incertaine, vû le rap-
port immédiat de ces points & leur pro-
ximité avec celui d'Alexandrette, détermi-
né par observation. Instruits même par les
Anciens, que la longitude du Sinus Ami-
senus qui est celui dont je parle, répond
à celle du Golfe d'Issus, il est remarqua-
ble que la détermination quon a d'A-
lexandrette en longitude, soit propre à
157
MARS. 1752.
justifier celle où le Golfe en question se
range en effet dans la composition de la
Carte.
J'ai dit que les anciens Périples du
Pont-Euxin nous fixoient de lieu en lieu
par des distances le long de cette Mer: ils
en font même le circuit entier, pour ré-
pondre au titre de Périple: mais le dé-
tail qu'ils donnent se signale surtout jus-
qu'à Trébisonde, & jusqu'à l'extrémité
de la Colchide. Nous sommes fixés en la-
ticude à Trébisonde par les observations
du Pere Beze, Jésuite; & selon qu'At-
rien l'a remarqué, la côte de cette Mer
jusqu'à l'embouchure de l'Apsarus, qui
est sous le Château de Goné, court gé-
néralement parlant vers l'Est; & depuis la
bouche du Phase, elle commence à s'in-
cliner du Nord vers le Couchant, ce der-
nset point étant confirmé parl'orientement
d'une Carte particuliere de la Mingrelie,
publiée par Thevenot.
De l'extrémité de la Colchide à Dios-
curias ou Isgaur, on se replie vers le Bos-
phore Cimmérien. La position de ce Bos-
phore dépend d'ailleurs de son rapport au-
point d'Azof, en corrigeant quelques
Cartes récentes sur la longueur du Palus
Moeotis, où il est constamment trop rac-
courci, puisqu'il y a des mesures tant an-
158 MERCUREDE FRANCE.
cieunes que modernes qui le déterminent
plus allongé. La position d'Azof est con-
clue d'une correspondance établie avec
celle de Moskou, par le moyen du cours
du Don, levé dans le plus grand détail,
par le Vice-Amiral Cruys, sous le regne
de Pierre I. Car le rapport de position
entre Moskou & Woronez, où commen-
ce la grande Carte du Don, ne paroît pas
fusceptible de quelque erreur considéra-
ble, si on le tire de la Carte de l'Empire
de Russie, publiée par l'Académie de Pe-
tersbourg, dont ces positions font en
quelque manière le centre. Je ne dirai
rien ici du reste de la Mer Noire, patce
que cette partie interesse plus l'Europe que
l'Asie. Cen est pas qu'elle ne soit autant
travaillée qu'il m'a été possible, & qu'el-
le ne paroisse avec des circonstances qui
mériteroient d'être observées.
Reprenons le point de Constantinople.
La Mer de Marmara & le détroit des
Dardanelles sont l'extrait d'une grande
Carte particuliere que j'en ai dressée aveè
beaucoup d'étude, & qui est accompa-
gnée dans mes papiers d'une discussion
par écrit des positions, distances, &c.
de sorte que j'ai lieu de regarder cette
partie comme une des plus solides de la
Carte. J'en dirai presqu'autant de la côte
***
MARS. 1732.
159
qui succede sur la Mer Egée ou l'Archi-
pel, & des Isses voisines de cette côte
jusqu'à Rhodes inclusivement. On peut
s'appuyer sur une détermination de lon-
gitude à Smyrne, qui influe directement
fur la position de l'ancien Ephese, au-
jourd'hui Aio-zoluk. L'Isse de Rhodes qui
termine certe partie, est décidée dans sa
latitnde par observation.
De Rhodes, en rangeant la côte Mé-
ridionale de l'Asic-Mineure, j'ai cherche
à m'assurer de la distance & de la hauteur
du Cap Kelidom, point important. en ce
que la pointe Occidentale de Cypre s'y
lie par ia combinaison de diverses distan-
ces: & je me tiens presque assuré du jus-
te éloignement où se trouve le point
d'Antalia ou de Satalie, parce qu'indé-
pendamment de la position que donne la
fuite de la côte, j'ai eu lieu d'en vérifier
la distance par la travorse des terres, de-
puis Smyrne. L'Antiquité nous fournit
des mesures très-convenables de l'éten-
due de l'Isse de Cypre d'une pointe à
l'autre, & de l'intervale entre la poin-
re Orientale & l'embouchure du fleuve
Piramus ou Gihon, près de l'ancien Is-
sus. La latitude de certe Isse est assurée
par celle d'Arnako ou Lerneca, observée
par M. de Chazelles. Elle influe même
760 MERCURE DEFRANCE.
fur celle de la côte du Continent opposé,
parce que hous trouvons dans Strabon
une indication de la distance entre le Pro-
montoire Crommyon ou Cap Cormakiti
de Cypre, & la pointe d'Anemur. De
cette pointe située en position intermé-
diaire d'Antalia & de la bouche du Py-
rame, la côte s'élevant insensiblement
vers le Nord, forme un enfoncement de
Mer, au sommet duquel Tarse se rencon-
tre. C'est par cet enfoncement, repon-
dant à celui du Golfe d'Amisus dont j'ai
parlé, que l'Asie se trouve resserrée dans
un espace qui ne vaut sur la Carte que
trois dégrés de la graduation de latitu-
de; ce qu'il seroit aisé de justifier, en
fixant même la hauteur qui convient à
Césarée de (appadoce dans cet intervale,
si je pouvois me permettre toute cette
discussion dans un écrit aussi abregé que
celui ci: & il faut convenir que la con-
noissance de ces régions interessoit assez
les Anciens, & leur étoit assez familiere,
pour qu'ils méritent d'en être crus.
Diverses routes tirées ou des Itinérai-
res Romains, ou décrites par des voya-
geurs modernes, se sont jointes au détail
de la Géographie Turque, pour fixer un
grand nombre de points dans l'intérieur
de l'Asie mineure. Je compte que la posi-
MARS.
1752.
161
tion de Bursa, rapportée à Constantinople,
est établie avec quelque précision. J'ai ap-
porté une attention particuliere à recon-
noître celle d'Angora, celle de Konié; &
je les juge surtout convenables, par rap-
port à leur distance de divers points qui
sont en liaison immédiate avec la position
de Constantinople. Ces points d'Angora
& de Konié importent d'autant à cet égard,
que de l'un comme de l'autre, par d'autres
distances assez bien déterminées, on est
conduit jusqu'au fameux passage des Pylae
Ciliciæ, dans le voisinage de Tarse; d'où
il reste peu d'intervalle jusqu'à l'entrée de
la Syrie, & au terme que prend la Médi-
terranée près d'Alexandrette. Strabon nous
donne la traversée de l'Asie mineure en-
tiére, depuis Ephèse jusqu'à un lieu situé
sur l'Euphrate, vis à-vis de Melitene ou
Malatia. Et ce lieu qu'il nomme Tomisos,
je l'ai retrouvé subsistant encore sous le
nom actuel de Tzemish, qui ne differe de
l'ancien que par une altération du T. en
Tz. dont je pourrois apporter grand nom-
bre d'exemples.
Je passerois beaucoup trop les bornes
que je me suis prescrites ici, si je me li-
vrois à la discussion d'un plus grand détail,
où le goût & l'intérêt même de la chose
m'entraîneroient assez. Si outre les posi-
162 MERCURE DE FRANCE.
tions de lieu, on examine le cours des ri-
vieres, l'enchaînement & la disposition
des montagnes, & quelques autres cir-
constances, on ne pourra disconvenir que
cette partie de l'Asie n'ait aequis un détail
de connoissance, qu'on ignoroit, ou dont
on étoit mal instruit. La division des con-
trées qui partagent actuellement ce pays,
est dans le cas dont je viens de parler. On
lui donne communément le nom de Nato-
lie en général. Mais, on verra que le nom
d'Ana loli ne convient spécialement qu'à
une de ses parties. Karaman, ou la Cara-
manie, en fait une autre trés-distincte, &
séparée précisément par les limites que
montre la Carte. Ces deux parties ne se
confondent point avec une troisieme, qui
prend quelquefois le nom du licu domi-
nant, de Siwas; mais qui étant propre à
une ville en particulier, est moins conve-
nable pour une région que celui de Roum,
qui lui est donné. Et quand on se rappelle,
que le pays qui étoit resté aux Empereurs
Grecs de Constantinople du tems de l'Em-
pire Mahométan sous les Khalifes, étoit
appellé Roum en général, on n est point
surpris que ce qui faisoit la frontiere de
ce pays, ait conservé cette dénomination,
ce qui mérite bien qu'une carte en instrui-
se. Ces parties ont encore leur subdi vision
MARS. 1752.
163
en Jurisdictions de Sangiaks, qu'on ap-
pelle Liva. Mais, quant à ce détail, pour
lequel l'étendue de la Carte d'Añe ne suffit
pas, un point d'Echelle beaucoup plus
grand dans la Carte d'Europe, qui admet
l'Asie mineure dans son quarré, me pro-
curera la satisfaction de donner une repré-
sentation plus ample de ce même pays. Et
en général, tout ce que la Carte d'Europe
me donnera lieu de répéter de l'Asie plus
en détail, je ne le croirai pas hors de pro-
pos, ni que le Public m'en sçache mauvais
gré.
A l'Asie Mineure je fais succéder la Sy-
rie, &c.
La suite dans le Mercure prochain.
Fermer
Résumé : Discussion Sommaire de la construction d'une premiere partie de la Carte d'Asie, par M. D'ANVILLE.
M. D'Anville, après avoir cartographié l'Amérique et l'Afrique, se lance dans la réalisation d'une carte détaillée de l'Asie. Initialement, il utilise une projection concave nécessitant six feuilles, mais opte finalement pour diviser l'Asie en trois parties, chacune couvrant deux feuilles. La première carte s'étend de l'Archipel aux bouches du Gange, incluant la Turquie, l'Arabie, la Perse, et une partie de l'Inde et de la Tartarie. La deuxième couvre l'Inde au-delà du Gange, la Chine, le Tibet, et les îles asiatiques. La troisième représente le nord de l'Asie, de l'Europe à la mer Orientale. La disposition des feuilles est déterminée par la forme des continents. La première partie de la carte est publiée, la deuxième en cours de gravure, et la troisième en préparation. Cette carte résulte de recherches approfondies, intégrant des sources anciennes et modernes ainsi que des récits de voyageurs. L'auteur reconnaît des imperfections mais affirme une amélioration significative par rapport aux versions antérieures. Le texte mentionne la 'Géhan-numa' ou 'le miroir du Monde', une géographie turque compilée par Kiatib-Shelebi et traduite par M. Armain. L'auteur critique ceux qui jugent un ouvrage uniquement sur ses matériaux sans considérer le savoir nécessaire pour l'utiliser correctement. La première partie de la carte de l'Asie commence à Constantinople et utilise les anciens Périples pour déterminer les distances le long de la Mer Noire. Des observations précises sont faites sur la longitude de Smyrne, la latitude de Rhodes, et la position de l'ancien Éphèse. La côte de l'Asie Mineure, les îles de la mer Égée et de l'Archipel, ainsi que des villes importantes comme Tarse, Césarée de Cappadoce, Bursa, Angora et Konié sont également discutées. La division administrative de l'Asie Mineure en Natolie, Karaman et Roum est évoquée, ainsi que les subdivisions en juridictions de Sangiaks ou Livas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12968
p. 164-167
RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
Début :
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a pu vous porter à faire inserer dans le premier [...]
Mots clefs :
Pendule, Lettre, Projet, Invention , Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
RÉPONSE
Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au
Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi,
fils aînè, inserée dans le premier Mercure
de Janvier. 1752.
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a
pu vous porter à faire inserer dans le premier
Mercure de Janvier, la Lettre que j'y ai lie au
sujet de notre Pendule, moins je découvre quel
est en cela votre intérêt.
Comme vous avez eu soin de la qualifier la
vôtre dans certe Lettre, vous ne de vez donc pas
trouver mauvais que je l'appelle la nôtre à l'ave-
nir, ainsi que j'ai crû avoir droit de le faire jus-
qu'ici.
Je connois à la vérité votre répugnance à ce
que le public sçache, comme vous, la part que
j'y ai; mais entre vous & moi seulement, Mon-
sieur, & sans que ce public, à qui vous paroissez,
ce me semble, résolu de déguiser le vrai, soit in-
formé de quelques aveus que je me propose de
tirer de vous; refuserez-vous de m'accorder que
vous m'ayez l'obligation de l'état actuel de cette
Pendule ? Avec une aussi bonne mémoire que
vous l'avez, vous n'aurez pû oublier, que lors-
que vous vintes m'en communiquer le projet, il
y a un an, ce ne fut point avec le secours d'au-
cune description, ni d'aucun dessein, & que ce
que vous avez fait mettre daus le Mercure, a été
copié, comme je l'ai dit ailleurs, d'après les chan-
gemens que j'avois faits, ayant passé deus
ed by
OC
MARS.
1752.
165
mois entiers à tirer vos idées du cahos, & à chan-
ger toute la disposition de votre projet, qui,
vous en conviendrez, étoit avant cela imprati-
quable.
Si vous vous en fussiez tenu à l'exposition de ce
projet originaire, vous vous seriez épargné le dé-
plaisir que, malgré moi, je vous renouvelle ici;
& certainement vous ne m'auriez point pour
rival: mais comme ce sont mes opérations, & le
fruit de mes veilles & de mes dépenses, que vous
vous appropriez avec si peu d'égards, permettez-
moi, Monsieur, de les réclamer; vous m'y for-
cez.
Je conviens, que quand j'eus poussé l'entre-
prise au point de voir, à peu près à quoi nous en
tenir, je voulus bien, par l'Acte que nous fimes,
consentir à vous laisser la gloire de l'invention.
Mais vous ne pouvez pas non plus me nier, que
la premiere ébauche qui parut nous flatter, &
qu'accompagné de vous, j'eus l'honneur de pré-
senter à Sa Majesté, à Bellevue, n'ayant pas
réussi, je fus obligé de faire, sans aucun secours
de votre part, de nouvelles épreuves qui me coû-
terent beaucoup de recherches & de frais, pour
amener les choses au point de perfection où elles
sont aujourd'hui. Ce fut alors que je commençai
à sentit quelque peine de vous abandonner toute
l'invention: car enfin, Monsieur, que restoit- il
de votre projet? très-pen de chose, vous ne l'i-
gnorez pas, l'idée générale seulement, & c'est
tout.
J'ai dit que je produisis la Pendule à Bellevde.
Qui pourra s'imaginer que ce fut moi qui pré-
sentai cette piéce à Sa Majesté, aptès ce qui se
trouve dans le Mercure, & peut-être ailleurs en-
core? Mais entre nous, Monsicur, oseriez-vous
AuaduO
166 MERCUREDEFRANCE.
soutenit ce que vous avancez en public à ce sujet
Je ne le pense pas.
Pour ce qui regarde l'invention de la Pendule,
je vous ai déja fait observer qu'il fut un tems
où je souffrois avec répugnance de vous voir vous
décorer seul d'un honneur qui nous étoit tout au
moins commun. J'ajouterai ici, à votre louan-
ge, que vous vous en apperçûtes, & que vous
tûtes assez judieux pour m'accorder un nouvel ar-
rangement.
Suivant notre Acte, il vous étoit permis de
faire graver votre nom, avec le titre d'lnventeur
en tête de la Pendule: & moi, je pouvois simple-
ment m'annoncer l'Exécuteur de vos découvertes;
mais non pas sous vos yeux, comme vous affectez
de le publier, ainsi que je l'ai déja démontré évi-
demment dans la Lettre que j'ai fait imprimer le
17 de ce mois.
Si ce premier état étoit bien flatteur pour vous
il étoit par contre-coup bien humiliant pour moi;
aussi le théatre de votre gloire s'étant malheureu-
sement écroulé, je m'empressai d'autant plus
volontiers à chercher les moyens de le rétablir
que je compris que je pouvois par-là me réhabi-
liter dans mes droits. Le succès favorisa mes tra-
vaux. Alors nos avantages devinrent égaux, &
notre condition la même: vous souscrivites à la
loi qui me plaçoit à l'avenir sur une même ligne
avec vous, sans aucune attribution à l'un ni à
l'autre de l'invention. Telle est la Pendule que
nous avons livrée pour Constantinople.
Dans la suite vous trouvâtes plus convenable
de ne faire graver aucun nom d'une maniere ap-
parente, mais seulement en abregé sur la console
& toujours dans la même ligne; j'y consentis à
mon tout. Telles sont les Pendules du Roi, de
MARS. 1752.
167
Madame la Marquise de Pompadour, celle que
vous avez envoyée à Turin, & plusieurs autres.
Voilà où nous en étions, lorsque vous avez
jugé à propos de tenter de, me chagriner, & de
me ravit même un ouvrage qui m'a couté plus de
mille écus, pour lequel vous n'avez pas déboursé
un sol, & dont au contraire vous avez tiré quel-
que fruit. Je suis, &c.
Lepaute.
Paris, 19 Janvier 1752.
Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au
Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi,
fils aînè, inserée dans le premier Mercure
de Janvier. 1752.
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a
pu vous porter à faire inserer dans le premier
Mercure de Janvier, la Lettre que j'y ai lie au
sujet de notre Pendule, moins je découvre quel
est en cela votre intérêt.
Comme vous avez eu soin de la qualifier la
vôtre dans certe Lettre, vous ne de vez donc pas
trouver mauvais que je l'appelle la nôtre à l'ave-
nir, ainsi que j'ai crû avoir droit de le faire jus-
qu'ici.
Je connois à la vérité votre répugnance à ce
que le public sçache, comme vous, la part que
j'y ai; mais entre vous & moi seulement, Mon-
sieur, & sans que ce public, à qui vous paroissez,
ce me semble, résolu de déguiser le vrai, soit in-
formé de quelques aveus que je me propose de
tirer de vous; refuserez-vous de m'accorder que
vous m'ayez l'obligation de l'état actuel de cette
Pendule ? Avec une aussi bonne mémoire que
vous l'avez, vous n'aurez pû oublier, que lors-
que vous vintes m'en communiquer le projet, il
y a un an, ce ne fut point avec le secours d'au-
cune description, ni d'aucun dessein, & que ce
que vous avez fait mettre daus le Mercure, a été
copié, comme je l'ai dit ailleurs, d'après les chan-
gemens que j'avois faits, ayant passé deus
ed by
OC
MARS.
1752.
165
mois entiers à tirer vos idées du cahos, & à chan-
ger toute la disposition de votre projet, qui,
vous en conviendrez, étoit avant cela imprati-
quable.
Si vous vous en fussiez tenu à l'exposition de ce
projet originaire, vous vous seriez épargné le dé-
plaisir que, malgré moi, je vous renouvelle ici;
& certainement vous ne m'auriez point pour
rival: mais comme ce sont mes opérations, & le
fruit de mes veilles & de mes dépenses, que vous
vous appropriez avec si peu d'égards, permettez-
moi, Monsieur, de les réclamer; vous m'y for-
cez.
Je conviens, que quand j'eus poussé l'entre-
prise au point de voir, à peu près à quoi nous en
tenir, je voulus bien, par l'Acte que nous fimes,
consentir à vous laisser la gloire de l'invention.
Mais vous ne pouvez pas non plus me nier, que
la premiere ébauche qui parut nous flatter, &
qu'accompagné de vous, j'eus l'honneur de pré-
senter à Sa Majesté, à Bellevue, n'ayant pas
réussi, je fus obligé de faire, sans aucun secours
de votre part, de nouvelles épreuves qui me coû-
terent beaucoup de recherches & de frais, pour
amener les choses au point de perfection où elles
sont aujourd'hui. Ce fut alors que je commençai
à sentit quelque peine de vous abandonner toute
l'invention: car enfin, Monsieur, que restoit- il
de votre projet? très-pen de chose, vous ne l'i-
gnorez pas, l'idée générale seulement, & c'est
tout.
J'ai dit que je produisis la Pendule à Bellevde.
Qui pourra s'imaginer que ce fut moi qui pré-
sentai cette piéce à Sa Majesté, aptès ce qui se
trouve dans le Mercure, & peut-être ailleurs en-
core? Mais entre nous, Monsicur, oseriez-vous
AuaduO
166 MERCUREDEFRANCE.
soutenit ce que vous avancez en public à ce sujet
Je ne le pense pas.
Pour ce qui regarde l'invention de la Pendule,
je vous ai déja fait observer qu'il fut un tems
où je souffrois avec répugnance de vous voir vous
décorer seul d'un honneur qui nous étoit tout au
moins commun. J'ajouterai ici, à votre louan-
ge, que vous vous en apperçûtes, & que vous
tûtes assez judieux pour m'accorder un nouvel ar-
rangement.
Suivant notre Acte, il vous étoit permis de
faire graver votre nom, avec le titre d'lnventeur
en tête de la Pendule: & moi, je pouvois simple-
ment m'annoncer l'Exécuteur de vos découvertes;
mais non pas sous vos yeux, comme vous affectez
de le publier, ainsi que je l'ai déja démontré évi-
demment dans la Lettre que j'ai fait imprimer le
17 de ce mois.
Si ce premier état étoit bien flatteur pour vous
il étoit par contre-coup bien humiliant pour moi;
aussi le théatre de votre gloire s'étant malheureu-
sement écroulé, je m'empressai d'autant plus
volontiers à chercher les moyens de le rétablir
que je compris que je pouvois par-là me réhabi-
liter dans mes droits. Le succès favorisa mes tra-
vaux. Alors nos avantages devinrent égaux, &
notre condition la même: vous souscrivites à la
loi qui me plaçoit à l'avenir sur une même ligne
avec vous, sans aucune attribution à l'un ni à
l'autre de l'invention. Telle est la Pendule que
nous avons livrée pour Constantinople.
Dans la suite vous trouvâtes plus convenable
de ne faire graver aucun nom d'une maniere ap-
parente, mais seulement en abregé sur la console
& toujours dans la même ligne; j'y consentis à
mon tout. Telles sont les Pendules du Roi, de
MARS. 1752.
167
Madame la Marquise de Pompadour, celle que
vous avez envoyée à Turin, & plusieurs autres.
Voilà où nous en étions, lorsque vous avez
jugé à propos de tenter de, me chagriner, & de
me ravit même un ouvrage qui m'a couté plus de
mille écus, pour lequel vous n'avez pas déboursé
un sol, & dont au contraire vous avez tiré quel-
que fruit. Je suis, &c.
Lepaute.
Paris, 19 Janvier 1752.
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Résumé : RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
Dans une lettre adressée au Sieur le Roi, fils aîné, le Sieur Lepaute, horloger du Roi, exprime son mécontentement suite à la publication d'une lettre dans le Mercure de Janvier 1752. Cette lettre attribue la création d'une pendule au destinataire sans mentionner la contribution de Lepaute. Lepaute rappelle que le projet initial était impraticable et qu'il a consacré plusieurs mois à le perfectionner, supportant des dépenses et des recherches importantes. Il souligne que la première version présentée à Sa Majesté à Bellevue n'a pas fonctionné et qu'il a dû effectuer de nouvelles épreuves seul. Lepaute mentionne un accord où il a consenti à laisser la gloire de l'invention au destinataire, mais insiste sur l'importance de ses propres efforts pour atteindre la perfection actuelle de la pendule. Il critique la représentation publique qui ne reconnaît pas ses contributions et demande une reconnaissance équitable de son travail. La lettre se termine par une référence à diverses pendules livrées, y compris celles du Roi et de Madame la Marquise de Pompadour, et par une plainte concernant la tentative du destinataire de s'approprier un ouvrage coûteux sans débourser de fonds.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12969
p. 168-170
LE CHOIX D'UN BERGER. CHANSON NOUVELLE.
Début :
Cessant enfin de se contraindre [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE CHOIX D'UN BERGER. CHANSON NOUVELLE.
LE CHOIX D'UN BERGER.
CHANSON NOUVELLE.
Cessant enfin de se contraindre
Delphire va dire son choix;
Dieu! que ce moment est à craindre
Pour tous ceux qui suivent ses loix !
Mais si ma Delphire préfére
Le Berger le plus amoureux,
Le plus tendre, le plus sincere,
Je serai l'Amant heureux.
Mes Rivaux célébrent des charmes.
Que dans l'Onde on aime à mirer
Que leurs chants me causent d'ailarmes
A moi qui ne sçais qu'admirer!
Mais si ma Delphite, &c.
Avec un brillant étalage
J'ai vû Silvandre de retour
La simplicité du Village
Tiendra t-elle contre la Court
Mais si ma Delphire, &c.
Lorsque
La
**..
t
1.
—
LREDE
—.—
CE.
MARS. 1752.
Lorsque Daphnis sur la fougère
De ma Bergere suit les pas,
De sa danse vive & légère
Que je redoute les appas!
Mais si ma Delphire, &c.
(..
De Tityre on vante la grace,
D'Adonis il a les attraits
Je prévois déja ma disgrace,
Tityre plaita par ses traits;
Mais si ma Delphire, &c.
Si la richesse a l'avantage,
Puis- je esperer quelque retour?
Je n'ai pour tout bien en partage
Que ma houlette & mon amour
Mais si ma Delphire, &c.
Près d'elle Hilas s'est fait entendre,
Il forme d'agréables sons
Qu'ai-je désormais à prétendre,
Si l'on écoute ses chansons:
Mais si ma Delphire, &c.
169
H
(170 MERCURE DE FRANCE.
Palés a pria dans un Parterre
Des fleurs qu'il arrange avec art;
Les miennes sont comme la terre
Les a fait éclore au hazard.,
Mais si ma Delphire, &c.
Ressentir l'Amour doit sufsire
Quand on ne sçauroit P'inspirer;
Si je ne puis plaire à Delphite
Je pourrai du moins l'adoret;
Mais si ma Delphire, &c.
Pesselier.
CHANSON NOUVELLE.
Cessant enfin de se contraindre
Delphire va dire son choix;
Dieu! que ce moment est à craindre
Pour tous ceux qui suivent ses loix !
Mais si ma Delphire préfére
Le Berger le plus amoureux,
Le plus tendre, le plus sincere,
Je serai l'Amant heureux.
Mes Rivaux célébrent des charmes.
Que dans l'Onde on aime à mirer
Que leurs chants me causent d'ailarmes
A moi qui ne sçais qu'admirer!
Mais si ma Delphite, &c.
Avec un brillant étalage
J'ai vû Silvandre de retour
La simplicité du Village
Tiendra t-elle contre la Court
Mais si ma Delphire, &c.
Lorsque
La
**..
t
1.
—
LREDE
—.—
CE.
MARS. 1752.
Lorsque Daphnis sur la fougère
De ma Bergere suit les pas,
De sa danse vive & légère
Que je redoute les appas!
Mais si ma Delphire, &c.
(..
De Tityre on vante la grace,
D'Adonis il a les attraits
Je prévois déja ma disgrace,
Tityre plaita par ses traits;
Mais si ma Delphire, &c.
Si la richesse a l'avantage,
Puis- je esperer quelque retour?
Je n'ai pour tout bien en partage
Que ma houlette & mon amour
Mais si ma Delphire, &c.
Près d'elle Hilas s'est fait entendre,
Il forme d'agréables sons
Qu'ai-je désormais à prétendre,
Si l'on écoute ses chansons:
Mais si ma Delphire, &c.
169
H
(170 MERCURE DE FRANCE.
Palés a pria dans un Parterre
Des fleurs qu'il arrange avec art;
Les miennes sont comme la terre
Les a fait éclore au hazard.,
Mais si ma Delphire, &c.
Ressentir l'Amour doit sufsire
Quand on ne sçauroit P'inspirer;
Si je ne puis plaire à Delphite
Je pourrai du moins l'adoret;
Mais si ma Delphire, &c.
Pesselier.
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Résumé : LE CHOIX D'UN BERGER. CHANSON NOUVELLE.
La chanson 'Le Choix d'un Berger' relate l'anxiété d'un berger face au choix imminent de Delphire, l'objet de son affection, parmi plusieurs prétendants. Le berger espère être préféré pour sa sincérité et son amour. Ses rivaux incluent Silvandre, connu pour son étalage brillant, Daphnis pour sa danse légère, Tityre pour sa grâce et ses attraits, Hilas pour sa musique agréable, et Palès pour son art de disposer les fleurs. Conscient de ses propres limites, le berger ne possède que sa houlette et son amour. Il exprime néanmoins sa détermination à adorer Delphire, même s'il ne peut la séduire. La répétition de la phrase 'Mais si ma Delphire' souligne l'incertitude et l'espoir du berger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12970
p. 171
« La mort de Madame Henriette a fait interrompre tous les Spectacles depuis le 10 [...] »
Début :
La mort de Madame Henriette a fait interrompre tous les Spectacles depuis le 10 [...]
Mots clefs :
Anne-Henriette de France, Madame Henriette
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texteReconnaissance textuelle : « La mort de Madame Henriette a fait interrompre tous les Spectacles depuis le 10 [...] »
La mort de Madame Henriette a fait interrompre
tous les Spectacles depuis le 10
jusqu'au 23.
tous les Spectacles depuis le 10
jusqu'au 23.
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12971
p. 171-189
EXTRAIT DE VARON.
Début :
Varon, après avoir exterminé toute la Famille Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran. [...]
Mots clefs :
Varon, Zoraïde, Père, Sostrate, Pharès, Sort, Bras, Instant, Acte, Cruel, Fureur, Prince, Amant, Dieux, Secret, Sang, Coeur, Syracuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE VARON.
EXTRAIT DE VARON.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
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Résumé : EXTRAIT DE VARON.
La tragédie se déroule à Syracuse et met en scène trois personnages principaux : Varon, Zoraïde et Sostrate. Après avoir pris le pouvoir, Varon est renversé par Sostrate, qui devient tyran. Zoraïde, fille de Varon, est amoureuse de Sostrate mais est retenue captive. Varon, déguisé en esclave, cherche à se venger. Zoraïde est déchirée entre son amour pour Sostrate et son devoir filial. Varon ordonne à Zoraïde de piéger Sostrate, mais elle tente de le dissuader. Sostrate, ignorant les plans de Varon, prépare son départ. Varon tente d'assassiner Sostrate mais est arrêté. Sostrate, révélé comme roi, ordonne l'arrestation de Varon. La situation politique à Syracuse est tendue, et le roi décide d'accélérer l'exécution de Varon. Zoraïde implore la grâce de son père, révélant qu'elle l'a sauvé par le passé. Varon, touché par les remords de Zoraïde, pardonne son crime. Pharès révèle que Cleonice, fille du dernier roi, est vivante et que Varon a fait périr Zoraïde à sa place. Consterné, Varon est exécuté après que Sostrate ait tenté en vain de lui arracher un secret. La pièce, retirée après seize représentations, est saluée pour ses situations bien menées et l'interprétation de Zoraïde par Mademoiselle Clairon.
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12972
p. 189-190
« Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Opéra-Comique, Foire Saint-Germain
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Les Comédiens François ont donné le 3 Février
la premiere représentation d'une Comédie nouvelle,
en cinq actes, & en vers, intitulée : Les ef-
fets du caractere. Le premier acte de cette pièce qui
n'a été jouée que trois fois, a été trouvé bien écrit
& rempli de détails agréables,
L'Opera Comique que nous ne comptions plus
au nombre de nos Spectacles depuis sept ou huit
ans, a reparu le 3 Fevrier à la Foire S. Germain.
Il a donné pour son ouverture, le Retour favorable,
dont les Auteurs nous sont inconnus; les Amoura
190 MERCURE DEFRANCE.
de Nanterre de MM. Autreau, Le Sage & d'Orne-
val; & la Servante justifiée de MM. Fagan & Fa-
vart. Mlle Rosaline, & MM. de Lecluse & Des-
champs, sont les Acteurs qui ont été le plus ap-
plaudis dans ces différentes piéces. M. Monnet
dont on connoît la vivacité, le zèle & l'intelli-
gence a fait, pour bien montet son Théatre, des
efforts plus heureux qu'on ne devoit naturellement
l'esperer du peu de tems qu'il a eu pour s'y prépa-
rer. Il sent mieux que personne ce qui manque à
ce Spectacle, & certe connoissance produira sure-
ment quelque chose.
la premiere représentation d'une Comédie nouvelle,
en cinq actes, & en vers, intitulée : Les ef-
fets du caractere. Le premier acte de cette pièce qui
n'a été jouée que trois fois, a été trouvé bien écrit
& rempli de détails agréables,
L'Opera Comique que nous ne comptions plus
au nombre de nos Spectacles depuis sept ou huit
ans, a reparu le 3 Fevrier à la Foire S. Germain.
Il a donné pour son ouverture, le Retour favorable,
dont les Auteurs nous sont inconnus; les Amoura
190 MERCURE DEFRANCE.
de Nanterre de MM. Autreau, Le Sage & d'Orne-
val; & la Servante justifiée de MM. Fagan & Fa-
vart. Mlle Rosaline, & MM. de Lecluse & Des-
champs, sont les Acteurs qui ont été le plus ap-
plaudis dans ces différentes piéces. M. Monnet
dont on connoît la vivacité, le zèle & l'intelli-
gence a fait, pour bien montet son Théatre, des
efforts plus heureux qu'on ne devoit naturellement
l'esperer du peu de tems qu'il a eu pour s'y prépa-
rer. Il sent mieux que personne ce qui manque à
ce Spectacle, & certe connoissance produira sure-
ment quelque chose.
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Résumé : « Les Comédiens François ont donné le 3 Février la premiere représentation d'une Comédie nouvelle, [...] »
Le 3 février, les Comédiens Français ont présenté 'Les effets du caractère', une comédie en cinq actes et en vers, qui a été jouée trois fois et appréciée pour son premier acte. Le même jour, l'Opéra Comique a repris ses représentations après une absence de sept ou huit ans lors de la Foire Saint-Germain. La réouverture a inclus trois pièces : 'Le Retour favorable' d'auteurs inconnus, 'Les Amours de Nanterre' de MM. Autreau, Le Sage et d'Orneval, et 'La Servante justifiée' de MM. Fagan et Favart. Les acteurs Mlle Rosaline, MM. De Lecluse et Deschamps ont reçu des applaudissements. M. Monnet, reconnu pour sa vivacité et son intelligence, a bien préparé la réouverture malgré le court délai, tout en étant conscient des améliorations nécessaires.
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12973
p. 190
CONCERT SPIRITUEL, Du jour de la Purification.
Début :
Après une symphonie fort agréable, on executa Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand [...]
Mots clefs :
Motet, Choeur, Dominus
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL, Du jour de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL,
Du jour de la Purification.
Après une symphonie fort agréable, on executa
Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand
choeur, de M. Giraud; le premier récit & le pre-
mier choeur furent trouvés d'une grande beauté &
d'une très-belle expression. Le reste du motet ne
fut pas jugé de la force des deux morceaux dont
nous venons de parler. Mlle Bourgeois chanta
avec un très-bel organe le Benedictus Dominus, pe-
tit Motet de M. Mouret. M. Gavinies joua seul &
très-bien. Le petit Motet de M. Mattin Latentur
coeli, si vif, si varié, si gai, si bien coupé, fut
chanté divinement par Mlle Fel. Le Concet finit
par le Nisi Dominus de M. Mondonville, qu'il est
inutile de louer.
Du jour de la Purification.
Après une symphonie fort agréable, on executa
Super flumina Babylonis, Motet nouveau à grand
choeur, de M. Giraud; le premier récit & le pre-
mier choeur furent trouvés d'une grande beauté &
d'une très-belle expression. Le reste du motet ne
fut pas jugé de la force des deux morceaux dont
nous venons de parler. Mlle Bourgeois chanta
avec un très-bel organe le Benedictus Dominus, pe-
tit Motet de M. Mouret. M. Gavinies joua seul &
très-bien. Le petit Motet de M. Mattin Latentur
coeli, si vif, si varié, si gai, si bien coupé, fut
chanté divinement par Mlle Fel. Le Concet finit
par le Nisi Dominus de M. Mondonville, qu'il est
inutile de louer.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL, Du jour de la Purification.
Le concert du jour de la Purification a commencé par une symphonie suivie du motet 'Super flumina Babylonis' de M. Giraud, dont les premiers récits et chœurs furent applaudis. Mlle Bourgeois a interprété le 'Benedictus Dominus' de M. Mouret. M. Gavinies a joué avec maîtrise. Mlle Fel a chanté le motet 'Latentur coeli' de M. Mattin. Le concert s'est terminé par le 'Nisi Dominus' de M. Mondonville.
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12974
p. *191-191
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
Début :
La charge de Président de la Chancellerie étant sur le point de vacquer par les instances [...]
Mots clefs :
Stockholm, États, Majesté
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texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
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Résumé : DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
Le 14 janvier à Stockholm, la charge de Président de la Chancellerie devient vacante après la démission du Comte de Tessin. La Diète décide de proposer un seul candidat au roi, à 406 voix contre 222. Elle accorde aussi une somme extraordinaire pour le voyage estival du roi. La Suède adoptera le calendrier grégorien cette année. Les délibérations sont suspendues.
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12975
p. 191-192
DE VIENNE, le 9 Janvier.
Début :
Il y aura cette année un camp considérable dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont [...]
Mots clefs :
Camp, Régiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 9 Janvier.
DE VIENNE, le 9 Janvier.
Il y aura cette année un camp considérable
dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont
donnés de rendre complets tous les Régimens,
692 MERCURE DE FRANCE.
qui doivent s'y assembler. L'Impératiice Reine a
resolu de former deux Compagnies de Cadets
composées chacune de quat re-vingt jeunes gens.
Pour être reçu dans la premiere, il faudra faire
preuve d'ancienne Noblesse. Pour entrer daus
la seconde, cette condition ne sera pas nécessai-
re, si l'on est fils d'un Officier qui ait vingt ans
de service.
Il y aura cette année un camp considérable
dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont
donnés de rendre complets tous les Régimens,
692 MERCURE DE FRANCE.
qui doivent s'y assembler. L'Impératiice Reine a
resolu de former deux Compagnies de Cadets
composées chacune de quat re-vingt jeunes gens.
Pour être reçu dans la premiere, il faudra faire
preuve d'ancienne Noblesse. Pour entrer daus
la seconde, cette condition ne sera pas nécessai-
re, si l'on est fils d'un Officier qui ait vingt ans
de service.
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Résumé : DE VIENNE, le 9 Janvier.
Le 9 janvier, un grand rassemblement militaire est prévu en Bohême. Tous les régiments doivent être complétés. L'Impératrice Reine crée deux compagnies de cadets de quatre-vingts jeunes chacun. La première exige une ancienne noblesse. La seconde est ouverte aux fils d'officiers avec au moins vingt ans de service.
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12976
p. 192-193
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Début :
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier & Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de [...]
Mots clefs :
Saxe-Gotha, Lettres, Vienne, Roi, Princesse, Comte, Trésorier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE BERLIN, le 18 Janvier.
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
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Résumé : DE BERLIN, le 18 Janvier.
Le 18 janvier, des informations provenant de Dresde signalent que les princes Xavier et Charles, fils du roi de Pologne et électeur de Saxe, se préparent à voyager à Vienne avant de se rendre en Italie. À Dantzig, les communautés protestantes de la Prusse polonaise et du grand-duché de Lituanie ont envoyé des députations au roi de Suède pour obtenir sa protection et son intervention afin de rétablir leurs privilèges accordés par le traité d'Oliva. De Leipzig, il est rapporté que le prince Jean-Auguste de Saxe-Gotha, chevalier de l'Ordre de l'Aigle noir, général de cavalerie au service de l'impératrice et colonel d'un régiment de dragons, a épousé à Roda la princesse veuve du duc Christian-Guillaume de Saxe-Gotha. Des lettres de Vienne indiquent que le comte Frédéric-Melchior de Schönborn-Büxeim, grand-trésorier de l'Église métropolitaine de Mayence et prévôt du chapitre de Saint-Alban, ainsi que le comte Adam-Frédéric-Joseph de Seinsheim, grand-trésorier de l'Église cathédrale de Bamberg, ont été nommés conseillers intimes de l'empereur.
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12977
p. 193-194
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Début :
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis, premier Commissaire de l'Empereur à la [...]
Mots clefs :
Empire, Corps, Empereur, États protestants, Augsbourg, Affaire, Constitutions, Résolution, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
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Résumé : DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Le 30 janvier à Ratisbonne, le Prince de la Tour Taxis, représentant l'Empereur à la Diète de l'Empire, a présenté un décret impérial condamnant une lettre des États protestants de la Confession d'Augsbourg envoyée l'année précédente. Cette lettre justifiait leurs actions lors de l'affaire de Hohenloë et proposait des mesures contraires aux Constitutions de l'Empire, à la Paix de Religion, au Traité de Westphalie et aux ordonnances pour accélérer les exécutions. Les États protestants avaient également affirmé leur droit de se faire justice eux-mêmes, ignorant les lois de l'Empire et les prérogatives impériales. L'Empereur désapprouve cette conduite, estimant qu'elle crée un corps séparé et empiète sur son autorité. Il annule la résolution prise par le Corps Évangélique le 30 octobre précédent et déclare nulles toutes les actions entreprises en conséquence. L'Empereur recommande à la Diète de prêter une grande attention à cette affaire pour éviter les inconvénients potentiels.
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12978
p. 194-195
DE MADRID, le 25 Janvier.
Début :
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois, le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire [...]
Mots clefs :
Académie littéraire de Barcelone, Roi, Médecine, Médecin
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texteReconnaissance textuelle : DE MADRID, le 25 Janvier.
DE MADRID, le 25 Janvier.
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois,
le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire
de Barcelone. L'Académie de Médecine,
établie dans cette Capitale sous la protection de
l'Infant Cardinal, a distribué les deux prix qu'el
le a coutume de donner tous les ans. Le premier
prix a été remporté par le Docteur Jean-Mathieu
Vanberxman, Médecin de Culembourg dans le
Duché de Gueldres, & le second pat Don Ray-
mond Brunet de la Selva Prêtre, exerçant la
Médecine à Saint Vincent dans l'Estremadoure.
Cette Académie avoit proposé l'année derniere
d'examiner Pourquoi les femmos enceintos prennent
souvent de Paversion pour certains olimens, qui au-
paravant leur paroissoient agréablos, & du goiet
pour quelques autres, qui jusqu a leur grossesse
leur avoient été indifferens; particuliorement d'où
peut venir lo goût quo plusiour d'entr'elles montrent
pour le platre, la chaux, le charbon, &c. elle de-
mande cette année, Qu'on explique la nature &
la vraie causa de la Paralysio, & qu'on cherchs
pour la guorison de cetto maladie, deo remedes plus
efficaces que ceux qui sont communement en usago-
Les Aspirano aux Prix sont avostis de faire re-
pitized by Goog
MARS. 1752.
195
mettre leurs Mémoires, avant le premier Octo-
bre, à Don Pedre Bedoya de Paredes, Medecin
du Roi, & Secretaire de l'Académie.
Par des Lettres Patentes du 10 de ce mois,
le Roi s'est déclaré Protecteur de l'Académie Littéraire
de Barcelone. L'Académie de Médecine,
établie dans cette Capitale sous la protection de
l'Infant Cardinal, a distribué les deux prix qu'el
le a coutume de donner tous les ans. Le premier
prix a été remporté par le Docteur Jean-Mathieu
Vanberxman, Médecin de Culembourg dans le
Duché de Gueldres, & le second pat Don Ray-
mond Brunet de la Selva Prêtre, exerçant la
Médecine à Saint Vincent dans l'Estremadoure.
Cette Académie avoit proposé l'année derniere
d'examiner Pourquoi les femmos enceintos prennent
souvent de Paversion pour certains olimens, qui au-
paravant leur paroissoient agréablos, & du goiet
pour quelques autres, qui jusqu a leur grossesse
leur avoient été indifferens; particuliorement d'où
peut venir lo goût quo plusiour d'entr'elles montrent
pour le platre, la chaux, le charbon, &c. elle de-
mande cette année, Qu'on explique la nature &
la vraie causa de la Paralysio, & qu'on cherchs
pour la guorison de cetto maladie, deo remedes plus
efficaces que ceux qui sont communement en usago-
Les Aspirano aux Prix sont avostis de faire re-
pitized by Goog
MARS. 1752.
195
mettre leurs Mémoires, avant le premier Octo-
bre, à Don Pedre Bedoya de Paredes, Medecin
du Roi, & Secretaire de l'Académie.
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Résumé : DE MADRID, le 25 Janvier.
Le 25 janvier, le roi a accordé sa protection à l'Académie Littéraire de Barcelone par des Lettres Patentes. L'Académie de Médecine de Madrid, sous la protection de l'Infant Cardinal, a décerné ses deux prix annuels. Le premier prix a été attribué au Docteur Jean-Mathieu Vanberxman, médecin à Culembourg dans le Duché de Gueldres, et le second à Don Raymond Brunet de la Selva, prêtre et médecin à Saint Vincent en Estrémadure. L'année précédente, l'Académie avait proposé d'étudier les aversions ou envies alimentaires des femmes enceintes. Cette année, elle demande des explications sur la nature et les causes de la paralysie, ainsi que des remèdes plus efficaces. Les candidats doivent soumettre leurs mémoires avant le 1er octobre à Don Pedro Bedoya de Paredes, médecin du roi et secrétaire de l'Académie.
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12979
p. 195-196
DE CADIX, le 18 Janvier.
Début :
Personne ne se souvient ici d'avoir vû un ouragan semblable à celui qu'on vient d'essuyer [...]
Mots clefs :
Ouragan, Navires, Nuit
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texteReconnaissance textuelle : DE CADIX, le 18 Janvier.
DE CADIX, le 18 Janvier.
Personne ne se souvient ici d'avoir vû un ouragan
semblable à celui qu'on vient d'essuyer
dans cette Baye. Il commença le 15. de ce mois
à neuf heures du soir par un vent d'Est-Sud-Est;
si impétueux que tous les navires chassoient sur
leurs anchros, & heurtoient les uns contre les
uutres. Tous tiroient du canon pour demander
un secours que l'obscurité ne permetioit pas de
leur fournir. Le 16, le jour ne parut que
pour éclairer les desastres arrivés pendant la nuit.
De toutes parts, on n'apperçut que des Na-
vires brisés sur la plage, où d'autres prêts à
erre engloutis par les flots. L'horreur de ce spec-
racle étoit augmenté par les cris d'une insinité
de malheureux, qui tâchoient de gagner à la
nage les murs de la Ville, & qui jettés avec vio-
lence par les vagues de la mer contre ces mê-
mes murs, y trouvoient la mort qu'ils vouloient
éviter. Chaque instant de cette affreuse journée
fut marque par quelque nouveau malheut. Un
Vaisseau de Marseille, richement chargé, avoit
résisté pendant 18 heures à la tempête. Le Capi-
taine Caudiere qui le commandoit; fut obligé de
l'abandonner, & de se sauver avec son équipa-
ge, dans sa chaloupe, qui ne put arriver au
Port qu'après trois heures d'un travail inexprima-
ble. La nuit de 16 au 17 ne fut pas moins terri-
ble que la précédente. Hier à la pointe du jour,
le vent se calma, & pour dernier spectacle, le
rivage n'offrit plus que des debris de Navires
Iij
196 MERCUREDE FRANCE.
& des cadavres. De tous les hommes qui étoient
restés la veille en danger, on n'en trouva au-
cun en vie. Le, vaifseau du Capitaine Caudiere
avoit coulé à fond. Cinquante Navires, tant
grands que petits, & un nombre prodigieux de
barques, de bateaux & de chaloupes, ont pé-
ri dans la Baye. Plusieurs autres bâtimens, qui
ont essayé de prendre le large, les uns sans
mats, les autres sans gouvernail, ont sans doute
eu le même sort. Il n'est point de couleurs pro-
pres à bien peindre tous les objets effrayans
qu'a présentés cette horrible tempête, & la plu-
me ne peut rendre fidelement tout ce que les yeur
ont vû.
Personne ne se souvient ici d'avoir vû un ouragan
semblable à celui qu'on vient d'essuyer
dans cette Baye. Il commença le 15. de ce mois
à neuf heures du soir par un vent d'Est-Sud-Est;
si impétueux que tous les navires chassoient sur
leurs anchros, & heurtoient les uns contre les
uutres. Tous tiroient du canon pour demander
un secours que l'obscurité ne permetioit pas de
leur fournir. Le 16, le jour ne parut que
pour éclairer les desastres arrivés pendant la nuit.
De toutes parts, on n'apperçut que des Na-
vires brisés sur la plage, où d'autres prêts à
erre engloutis par les flots. L'horreur de ce spec-
racle étoit augmenté par les cris d'une insinité
de malheureux, qui tâchoient de gagner à la
nage les murs de la Ville, & qui jettés avec vio-
lence par les vagues de la mer contre ces mê-
mes murs, y trouvoient la mort qu'ils vouloient
éviter. Chaque instant de cette affreuse journée
fut marque par quelque nouveau malheut. Un
Vaisseau de Marseille, richement chargé, avoit
résisté pendant 18 heures à la tempête. Le Capi-
taine Caudiere qui le commandoit; fut obligé de
l'abandonner, & de se sauver avec son équipa-
ge, dans sa chaloupe, qui ne put arriver au
Port qu'après trois heures d'un travail inexprima-
ble. La nuit de 16 au 17 ne fut pas moins terri-
ble que la précédente. Hier à la pointe du jour,
le vent se calma, & pour dernier spectacle, le
rivage n'offrit plus que des debris de Navires
Iij
196 MERCUREDE FRANCE.
& des cadavres. De tous les hommes qui étoient
restés la veille en danger, on n'en trouva au-
cun en vie. Le, vaifseau du Capitaine Caudiere
avoit coulé à fond. Cinquante Navires, tant
grands que petits, & un nombre prodigieux de
barques, de bateaux & de chaloupes, ont pé-
ri dans la Baye. Plusieurs autres bâtimens, qui
ont essayé de prendre le large, les uns sans
mats, les autres sans gouvernail, ont sans doute
eu le même sort. Il n'est point de couleurs pro-
pres à bien peindre tous les objets effrayans
qu'a présentés cette horrible tempête, & la plu-
me ne peut rendre fidelement tout ce que les yeur
ont vû.
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Résumé : DE CADIX, le 18 Janvier.
Le 18 janvier, un ouragan dévastateur a frappé la baie de Cadix, un événement sans précédent. L'ouragan a débuté le 15 janvier à 21 heures avec des vents violents d'Est-Sud-Est, causant des dommages aux navires. Les navires tentaient de signaler leur détresse par des coups de canon, mais l'obscurité empêchait toute aide. Le 16 janvier, les dégâts étaient visibles : navires brisés sur la plage, autres engloutis, et nombreux naufragés périrent en tentant de rejoindre la côte. Un vaisseau de Marseille, commandé par le capitaine Caudiere, a résisté 18 heures avant d'être abandonné. Le capitaine et son équipage se sont sauvés en chaloupe. La nuit suivante fut également désastreuse. Le 17 janvier, le vent s'est calmé, laissant des débris et des cadavres. Aucun des hommes en danger la veille n'a survécu. Cinquante navires et de nombreuses embarcations plus petites ont péri dans la baie. La violence de la tempête est indescriptible.
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12980
p. 196-197
DE MESSINE, le 24 Décembre.
Début :
Un monstre marin s'étoit montré plusieurs fois dans une plage voisine de Trapani, & même [...]
Mots clefs :
Monstre marin, Monstre, Messine, Trapani
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texteReconnaissance textuelle : DE MESSINE, le 24 Décembre.
DE MESSINE, le 24 Décembre.
Un monstre marin s'étoit montré plusieurs
fois dans une plage voisine de Trapani, & même
il avoit dévoré un Pêcheur, qui avoit eu le
malheur de tomber dans la mer. On avoit tenté
divers moyens de se délivrer d'un ennemi si
dangereux, mais aucun n'avoit réussi. Les Pê-
cheurs, sans se rebuter par l'inutilité de leurs pre-
miers efforts, préparerent il y aquelques jours un
noud coulant, au milieu duquel étoit un appas.
Le monstre fut pris par cette ruse. Il avoit vingt
palmes de long, & quatorze de circonférence. Sa
gueule étoit d'une largeur excessive, avec trois
rangs de dents à la mâchoire supérieure. Il pe-
soit près de quatre cens livres. En l'ouvrant on
lui a trouvé dans le corps deux jambes, une par-
tie de l'épine du dos, & le crâne d'un homme,
qu'on a jugé être les restes du malheureux Ps-
MARS. 1752.
19
cheur qui, peu de tems auparavant avoit été la
proye de cette bête carnassiere.
Un monstre marin s'étoit montré plusieurs
fois dans une plage voisine de Trapani, & même
il avoit dévoré un Pêcheur, qui avoit eu le
malheur de tomber dans la mer. On avoit tenté
divers moyens de se délivrer d'un ennemi si
dangereux, mais aucun n'avoit réussi. Les Pê-
cheurs, sans se rebuter par l'inutilité de leurs pre-
miers efforts, préparerent il y aquelques jours un
noud coulant, au milieu duquel étoit un appas.
Le monstre fut pris par cette ruse. Il avoit vingt
palmes de long, & quatorze de circonférence. Sa
gueule étoit d'une largeur excessive, avec trois
rangs de dents à la mâchoire supérieure. Il pe-
soit près de quatre cens livres. En l'ouvrant on
lui a trouvé dans le corps deux jambes, une par-
tie de l'épine du dos, & le crâne d'un homme,
qu'on a jugé être les restes du malheureux Ps-
MARS. 1752.
19
cheur qui, peu de tems auparavant avoit été la
proye de cette bête carnassiere.
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Résumé : DE MESSINE, le 24 Décembre.
Le 24 décembre à Messine, un monstre marin a attaqué et dévoré un pêcheur près de Trapani. Après plusieurs tentatives infructueuses, les pêcheurs l'ont capturé avec un nœud coulant et un appât. Le monstre mesurait vingt palmes de long, quatorze de circonférence et pesait quatre cents livres. Son corps contenait les restes du pêcheur disparu.
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12981
p. 197
DE NAPLES, le 31 Décembre.
Début :
Le Mont-Vesuve jetta le 13 & le 14 de ce mois beaucoup de cendres, qu'un vent impétueux de [...]
Mots clefs :
Vésuve, Montagne, Lave, Sommet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES, le 31 Décembre.
DE NAPLES, le 31 Décembre.
Le Mont-Vesuve jetta le 13 & le 14 de ce mois
beaucoup de cendres, qu'un vent impétueux de
Nord-Est emporta jusqu'au pied de la montagne.
Le 15, la matiere bitumineuse couloit avec le
même dégré de vîtesse que de l'eau, qui a six li-
gnes de pente dans un espace de cent toises. Une
des branches de la Lava s'arrêta le 16, & l'on
entendit des bruits souterrains. Le 17 au soir
quoiqu'il fût tombé pendant la journée une gran-
de abondance de pluie, le sommet & le flanc
Oriental de la Montagne parurent de nouveau
en feu. On vit le 18, le sommet couvert d'une
neige épaisse. Depuis il n'est arrivé rien de re-
marquable. L'éruption continue toujours, & la
Lava dirige son cours, comme auparavant,à
travers les bois d'Ottaiano.
Le Mont-Vesuve jetta le 13 & le 14 de ce mois
beaucoup de cendres, qu'un vent impétueux de
Nord-Est emporta jusqu'au pied de la montagne.
Le 15, la matiere bitumineuse couloit avec le
même dégré de vîtesse que de l'eau, qui a six li-
gnes de pente dans un espace de cent toises. Une
des branches de la Lava s'arrêta le 16, & l'on
entendit des bruits souterrains. Le 17 au soir
quoiqu'il fût tombé pendant la journée une gran-
de abondance de pluie, le sommet & le flanc
Oriental de la Montagne parurent de nouveau
en feu. On vit le 18, le sommet couvert d'une
neige épaisse. Depuis il n'est arrivé rien de re-
marquable. L'éruption continue toujours, & la
Lava dirige son cours, comme auparavant,à
travers les bois d'Ottaiano.
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Résumé : DE NAPLES, le 31 Décembre.
Du 13 au 18 décembre, le mont Vesuve a connu une éruption intense. Le 13 et 14 décembre, des cendres ont été dispersées par un vent puissant. Le 15 décembre, une matière bitumineuse a coulé rapidement. Le 16 décembre, une branche de lave s'est arrêtée et des bruits souterrains ont été entendus. Le 17 décembre, le sommet et le flanc oriental étaient en feu. Le 18 décembre, le sommet était couvert de neige. L'éruption continue, avec la lave traversant les bois d'Ottajano.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12982
p. 197
DE ROME, le 4 Janvier.
Début :
Quelques difficultés ont obligé de suspendre les travaux commencés pour le rétablissement du [...]
Mots clefs :
Anzio, Port
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 4 Janvier.
DE ROME, le 4 Janvier.
Quelques difficultés ont obligé de suspendre
les travaux commencés pour le rétablissement du
Port d'Anzio. La Ville de Ferrare ayant repré-
senté qu'on ne pouvoit, sans lui causer un pré-
judice considérable, procurer l'écoulement des
caux du Bolonois par la vallée de Comachio, le
plan proposé à ce sujet a été rejetté. Sa Sainteté
a donné ordre au Pere Boscowitz, Mathémati-
cien célebre, de continuer ses Observations pour
la mesure du Méridien.
Quelques difficultés ont obligé de suspendre
les travaux commencés pour le rétablissement du
Port d'Anzio. La Ville de Ferrare ayant repré-
senté qu'on ne pouvoit, sans lui causer un pré-
judice considérable, procurer l'écoulement des
caux du Bolonois par la vallée de Comachio, le
plan proposé à ce sujet a été rejetté. Sa Sainteté
a donné ordre au Pere Boscowitz, Mathémati-
cien célebre, de continuer ses Observations pour
la mesure du Méridien.
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12983
p. *198-198
DE LIVOURNE, le 8 Février.
Début :
Une Tartane Françoise, venue d'Afrique en quatre jours, a rencontré le jour de son départ de [...]
Mots clefs :
Tartane, Corsaire, Porto Farina, Ghar El Melh
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LIVOURNE, le 8 Février.
DE LIVOURNE, le 8 Février.
Une Tartane Françoise, venve d'Afrique en
quatre jours, a rencontré le jour de son départ de
Porto-Farina un Corsaire, qui y conduisoit 3 Na-
vires Catalans dont il s'étoit emparé. On a été ins-
ruit par la même Tartane, qu'il y avoit actuelle-
ment en deça du Détroit de Gibraltar 18 autres Vais-
seaux Africains, & qu'ils avoient formé trois Es-
cadres, afin d'être plus en état de se défendre con-
tre les Espagnols. Dans l'intervalle de huit jours,
il est arrivé ici neuf Bâtimens Anglois, deux Sué-
doig & un Danois.
Une Tartane Françoise, venve d'Afrique en
quatre jours, a rencontré le jour de son départ de
Porto-Farina un Corsaire, qui y conduisoit 3 Na-
vires Catalans dont il s'étoit emparé. On a été ins-
ruit par la même Tartane, qu'il y avoit actuelle-
ment en deça du Détroit de Gibraltar 18 autres Vais-
seaux Africains, & qu'ils avoient formé trois Es-
cadres, afin d'être plus en état de se défendre con-
tre les Espagnols. Dans l'intervalle de huit jours,
il est arrivé ici neuf Bâtimens Anglois, deux Sué-
doig & un Danois.
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Résumé : DE LIVOURNE, le 8 Février.
Le 8 février à Livourne, une tartane française a signalé un corsaire escortant trois navires catalans capturés près de Porto-Farina. Elle a aussi repéré 18 vaisseaux africains au large du détroit de Gibraltar, divisés en trois escadres. Neuf navires anglais, deux suédois et un danois sont arrivés à Livourne récemment.
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12984
p. *198-198
DE MILAN, le 5 Janvier.
Début :
Des grains, destinés pour quelques-unes des Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers [...]
Mots clefs :
Grains, Droits de péage, Convention, Impératrice Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MILAN, le 5 Janvier.
DE MILAN, le 5 Janvier.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
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Résumé : DE MILAN, le 5 Janvier.
Le 5 janvier à Milan, des grains pour les troupes de l'Impératrice Reine en Lombardie ont été retenus à Ferrare. Les conducteurs refusent de payer les droits de péage, invoquant une convention de 1736 qui accorde une navigation libre et sans droits pour les grains transportés sur le Pô, en temps de paix comme de guerre.
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12985
p. 198-199
DE LONDRES, le 20 Janvier.
Début :
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la [...]
Mots clefs :
Pêche, Capitaine, Virginie, Députés, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 20 Janvier.
DE LONDRES, le 20 Janvier.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
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Résumé : DE LONDRES, le 20 Janvier.
Le 20 janvier 1752, Londres a appris que le sieur Keppel, commandant de l'escadre royale en Méditerranée, avait signé deux traités : l'un avec la Régence de Tripoli le 30 septembre 1751 et l'autre avec la Régence de Tunis le 30 octobre 1751. Un navire espagnol s'est échoué près de la pointe de Cornouaille le 5 mars, causant la mort de tout l'équipage. Pour éviter de tels incidents, un fanal est en construction. Un capitaine de Virginie a rapporté qu'une nation voisine avait proposé une alliance commerciale avec la colonie. La colonie a offert des présents et encouragé les envoyés à éduquer leurs enfants dans un séminaire local. Plusieurs navires anglais sont préparés pour la pêche à la baleine. La Compagnie de la Pêche du Hareng prévoit employer les Enfants Trouvés pour travailler aux filets en hiver et à la pêche en été. Les ouvriers des manufactures de laine sont interdits de quitter le pays sous peine de sanctions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12986
p. 200-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12 [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Majesté, Compagnie, Dauphin, Anne-Henriette de France, Madame Henriette, Billets, Évêque, Chapelle
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Du 8 au 12 janvier, le roi séjourna au château de Choisy avec Mesdames de France. Le 11 janvier, le Dauphin dîna avec lui. Entre le 10 janvier et le 29 février, les porteurs de billets de la Compagnie des Indes purent les convertir en reconnaissance d'un nouvel emprunt ou en promesse de contrat, après quoi la Compagnie remboursa ces billets à leur échéance. Le 10 janvier, la caisse de la Compagnie des Assurances ouvrit le paiement des dividendes à cinq pour cent pour l'année précédente. Le 7 janvier, le quatrième tirage de la seconde Loterie Royale débuta, avec des lots attribués aux numéros 2416, 33176 et 27829. Le 13 janvier, les actions de la Compagnie des Indes étaient à 1830 livres, les billets de la première Loterie Royale à 720 livres et ceux de la seconde à 666 livres. Le roi se rendit à Trianon le 13 janvier et fit une promenade en traîneaux avec plusieurs membres de la famille royale. Du 15 au 19 janvier, il séjourna au château de Bellevue. Le 18 janvier, M. de Reventlau, envoyé du roi de Danemark, informa le roi de la mort de la reine de Danemark. Le roi prit le deuil pour trois semaines à cette occasion. Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Compagnie des Indes, revint à l'Orient après un retard dû au mauvais temps. Le navire le Saint-Thomas, revenant du Canada, perdit son grand mât dans un coup de vent. Le 31 janvier, l'évêque de Glandeves fut sacré par l'évêque de Beauvais. Le duc de Rohan-Rohan fut reçu au Parlement en tant que pair de France et organisa un repas somptueux. Le 1er février, le roi assista à un service pour les âmes des chevaliers décédés de l'Ordre du Saint-Esprit. Le 2 février, le roi nomma le comte de Brionne chevalier et reçut le prince de Condé dans l'Ordre du Saint-Michel. Madame Henriette, sœur du roi, tomba malade après une visite à Trianon et mourut le 10 février à l'âge de 24 ans, plongeant la cour et la ville dans une grande affliction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12987
p. 207-215
DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne ayant comblé les voeux de la France, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Versailles, Corps, Feu, Architecture, Arc, Fleurs, Colonnes, Lapis, Guirlandes, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
DESCRIPTION
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
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Résumé : DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
En décembre 1751, des festivités furent organisées à Versailles pour célébrer la naissance du Duc de Bourgogne. Sous la direction du Duc de Gesvres et de Monsieur de Curys, une grande structure fut construite en six semaines face à la grande galerie. Cette structure comprenait un plancher circulaire de 142 toises avec trois principaux éléments architecturaux. L'élément central était un Arc de Triomphe dédié à la Félicité, de style corinthien, avec une porte triomphale de 40 pieds de hauteur flanquée de colonnes de lapis et de guirlandes de roses. Des statues représentant la Justice, la Prudence, la Modération et la Magnanimité, ainsi qu'un globe des armes de France, étaient présents. Les deux autres éléments architecturaux, de style composé, formaient des arcades ornées de panneaux, de coquilles, de trophées en bronze doré et de camées en azur. Diverses statues de divinités décoraient les avant-corps. En mars 1752, des décorations somptueuses furent préparées pour deux événements royaux. Les jardins furent ornés d'un arc triomphal avec des balustrades et des girandoles. À travers cet arc, on apercevait le Temple de la Félicité, une rotonde d'ordre composite richement décorée. La galerie du château fut ornée de lustres, de girandoles, de torches d'argent, d'amours et de guirlandes de fleurs en cristaux. Le 19 mars, le roi et la cour assistèrent à l'illumination des jardins. Le 30 mars, pour le feu d'artifice, la décoration fut modifiée avec des mosaïques dorées, des colonnes cannelées et des pyramides spiralées. Des cascades d'artifice et des pièces figurées furent placées autour de la balustrade. Le spectacle pyrotechnique inclut des vases lumineux projetant des étoiles et des serpentins, divers feux d'artifice comme des bombes, des pluies d'or, des grenades à étoiles, des fusées, des pots-à-feu et des feux de caisses. Le spectacle se conclut par une guirlande de fusées et de bombes brillantes. Après le spectacle, un grand couvert fut servi jusqu'à dix heures. Les fêtes furent conçues par les Sieurs Slodtz, Dessinateur du Cabinet du Roi, Peintre et Sculpteur des menus plaisirs.
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12988
p. 215
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de France, du présent mois, [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France, du présent mois,
A Paris, le 7 Mars 1752.
LAVIROTTE.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France, du présent mois,
A Paris, le 7 Mars 1752.
LAVIROTTE.
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12989
p. 216
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose. Epître à Monsieur le Marquis de Crillon, 3 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Epître à Monsieur le Marquis de Crillon, 3
Lettre à Monsieur Pirrhon,
11
Eloge de la Poësie. Epstre à M. F***.
Lettre de M. de la Sauvagere à l'Auteur du Mer-
cure
26
Epitre de M. Desforges Maillard à sa femme
Réflexions sur l'exil écrites en François, par My-
30
lord Bolingbroxe.
La mort de Louise Reine de Dannemarcx. Ode
52
au Roi
Lettre écrite à l'Auteur du Mercure,
57
64
Imitation de l'Italien,
Lettre de M. le Chevalier de Mouhy à l'Auteur
65
du Mercurel,
Discours prononcé par M. l'Abbé de Pomponne
à la réception de M. le Prince de Condé, nommé
71
par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres,
Epitie de M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le
Colonel de Schmetow
73
84
Les Alpes
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
109
de Févtier,
110
Enigme & Logogriphes,
118
Nouvelles Littéraires
145
Beaux-Arts,
Spectacles.
190
Nouvelles Etrangeres
200
France, nouvelles de la Cour, de Paris,
Description des Fêtes de Versailles.
207
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Epître à Monsieur le Marquis de Crillon, 3
Lettre à Monsieur Pirrhon,
11
Eloge de la Poësie. Epstre à M. F***.
Lettre de M. de la Sauvagere à l'Auteur du Mer-
cure
26
Epitre de M. Desforges Maillard à sa femme
Réflexions sur l'exil écrites en François, par My-
30
lord Bolingbroxe.
La mort de Louise Reine de Dannemarcx. Ode
52
au Roi
Lettre écrite à l'Auteur du Mercure,
57
64
Imitation de l'Italien,
Lettre de M. le Chevalier de Mouhy à l'Auteur
65
du Mercurel,
Discours prononcé par M. l'Abbé de Pomponne
à la réception de M. le Prince de Condé, nommé
71
par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres,
Epitie de M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le
Colonel de Schmetow
73
84
Les Alpes
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
109
de Févtier,
110
Enigme & Logogriphes,
118
Nouvelles Littéraires
145
Beaux-Arts,
Spectacles.
190
Nouvelles Etrangeres
200
France, nouvelles de la Cour, de Paris,
Description des Fêtes de Versailles.
207
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Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'une publication regroupant divers genres littéraires et informatifs. Il inclut des poèmes, des lettres et des discours. Parmi les œuvres notables figurent une 'Épître à Monsieur le Marquis de Crillon', une 'Lettre à Monsieur Pirrhon' et un 'Éloge de la Poésie'. Le texte aborde également des réflexions sur l'exil et une ode dédiée à Louise, reine de Danemark. Plusieurs lettres adressées à l'auteur du Mercure y sont présentes, ainsi qu'un discours officiel prononcé par l'abbé de Pomponne lors de la réception du Prince de Condé. La publication contient aussi des énigmes, des logogriphes et des nouvelles littéraires. Elle traite des beaux-arts, des spectacles et des nouvelles étrangères, avec des descriptions des fêtes de Versailles et des actualités de la cour et de Paris.
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12990
p. 216
« La Chanson notée doit regarder la page 168 [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 168 [...]
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La Chanson notée doit regarder la page 168
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12991
p. 216
« De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...]
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De l'Imprimerie de J. BULLOT.
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12992
s. p.
LISTE DES LIBRAIRES qui debitent le Mercure dans les Provinces du Royaume.
Début :
A Bordeaux, chés Raimond Labottiere, & chés Chappuis l'aîné, Libraires, Place du Palais, à [...]
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texteReconnaissance textuelle : LISTE DES LIBRAIRES qui debitent le Mercure dans les Provinces du Royaume.
LISTE DES LIBRAIRES
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
A Bordeaux, chés Raimond Labottiere, & chés
Chappuis l'aîné, Libraires, Place du Palais, à
côté de la Bourse.
Nantes, chés Joseph Vatar.
Rennes, chés Vatar, pere, & Vatar le fils.
Jouanet Vatard, & Julien Vatard.
Blois, chés Masson.
Tours, chés Lambert
& Billaut.
Rouen, chés François-Eustache Herault, & chés
Cailloiié.
Châlons-sur-Marne, chés Seneuze.
Amiens, chés la veuve François, & Godart.
Arras, chés la veuve Duchamp, & Laureau,
Abbeville, chés Levoyez, Libraire.
Angers, à la Poste, & chás Jahyer.
Dijon, à la Poste, & chés Mailly.
Versailles, ches Fournier.
Besançon, chés Briffaut
Saint Germain, chés Charepeyre.
Lyon, à la Poste, & chés Plaignard.
Marseille, chés Sibié, Mosty, & Virlaud, Li-
braires.
Beauvais, chés Dessaint.
& Bouillerot, Libraires,
Troyes, chés Michelin
Charleville, chés Pierre Thesin.
Moulins, chés Eaure.
Auxerre, chés Eournier.
Nancy, chés Nicolas.
Toulouse; ches Jean-François Robert.
Aire, chés Corbeville.
Poitiers, chés Faulcon.
Caën, chés Mamoury,
PRIX XXX. SOLS.
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
A Bordeaux, chés Raimond Labottiere, & chés
Chappuis l'aîné, Libraires, Place du Palais, à
côté de la Bourse.
Nantes, chés Joseph Vatar.
Rennes, chés Vatar, pere, & Vatar le fils.
Jouanet Vatard, & Julien Vatard.
Blois, chés Masson.
Tours, chés Lambert
& Billaut.
Rouen, chés François-Eustache Herault, & chés
Cailloiié.
Châlons-sur-Marne, chés Seneuze.
Amiens, chés la veuve François, & Godart.
Arras, chés la veuve Duchamp, & Laureau,
Abbeville, chés Levoyez, Libraire.
Angers, à la Poste, & chás Jahyer.
Dijon, à la Poste, & chés Mailly.
Versailles, ches Fournier.
Besançon, chés Briffaut
Saint Germain, chés Charepeyre.
Lyon, à la Poste, & chés Plaignard.
Marseille, chés Sibié, Mosty, & Virlaud, Li-
braires.
Beauvais, chés Dessaint.
& Bouillerot, Libraires,
Troyes, chés Michelin
Charleville, chés Pierre Thesin.
Moulins, chés Eaure.
Auxerre, chés Eournier.
Nancy, chés Nicolas.
Toulouse; ches Jean-François Robert.
Aire, chés Corbeville.
Poitiers, chés Faulcon.
Caën, chés Mamoury,
PRIX XXX. SOLS.
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Résumé : LISTE DES LIBRAIRES qui debitent le Mercure dans les Provinces du Royaume.
Le document énumère les librairies dans diverses provinces du Royaume où l'on peut acheter le Mercure. Les villes et les libraires mentionnés sont les suivants : À Bordeaux, Raimond Labottiere et Chappuis l'aîné ; à Nantes, Joseph Vatar ; à Rennes, Vatar père, Vatar le fils, Jouanet Vatard et Julien Vatard ; à Blois, Masson ; à Tours, Lambert et Billaut ; à Rouen, François-Eustache Herault et Cailloué ; à Châlons-sur-Marne, Seneuze ; à Amiens, la veuve François et Godart ; à Arras, la veuve Duchamp et Laureau ; à Abbeville, Levoyez ; à Angers, à la Poste et chez Jahyer ; à Dijon, à la Poste et chez Mailly ; à Versailles, Fournier ; à Besançon, Briffaut ; à Saint-Germain, Charepeyre ; à Lyon, à la Poste et chez Plaignard ; à Marseille, Sibié, Mosty et Virlaud ; à Beauvais, Dessaint et Bouillerot ; à Troyes, Michelin ; à Charleville, Pierre Thesin ; à Moulins, Eaure ; à Auxerre, Fournier ; à Nancy, Nicolas ; à Toulouse, Jean-François Robert ; à Aire, Corbeville ; à Poitiers, Faulcon ; à Caen, Mamoury. Le prix du Mercure est fixé à trente sols.
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12993
p. 3-12
EPITRE A un Ami.
Début :
TOI, de mon coeur l'autre moitié, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A un Ami.
EPITRE
A un Ami.
TOI, de mon coeur l'autre moitié,
L****, dont l'ame sincere,
De la tendre & sainte amitiè
Semble l'auguste sanctuaire:
Daus ce profond recueillement
Dans ce doux état d'apathie
Où pour juger plus sainement
Des biens & des maux de la vie,
La solide Philosophie
A ij
4 MERCUREDE FRANCE.
De notre ame ordinairement
Entretient la mélancolie
Conçois-tu bien, par quel travers.
J'évoque tout à-coup ma Muse
Pour te tracer ici des vers,
Et, faisant trêve avec Baluze, (a)
Je chante sur des tons divers
Ce qui m'occupe, ou, qui m'amuse
Au milieu de cet Univers.
Pour toi des Saphos, des Orphées
Je vais donc revoir le séjour:
Je veis donc des sçavantes Fées
Revoir pour toi l'aimable Cour.
J'ai sçù, mon cher, selon l'usage
Me préparer, en vérité
A ce charmant pélerinage
Par une sainte oisiveté;
Et trois sois Diane & son frere
Ont brillé sur notre Hemisphére,
Et se sont chassés tour-à-tour:
Trois fois, Déesse de Cithére
Des Ombres & de la lumière
Ton Astre annonça le retour,
Depuis que sur les pas d'Horace,
De Rousseau; de Milton, du Tasse,
Et des guides les plus fameux
Du chemin qui. mêne au Parnasse,
(a) Auteur qui nous a donné une compilation des
Capiiulaires & des anciennes Ordonnances de nos Rois.
AVRIL.
1752.
Je cherche à déméler la trace,
Et les sentiers trop épineux.
Mon Pégase agite ses aîles,
Il s'essaye & s'essaye encor
Et vers le Mont des neuf Pucelles
Prend enfin son sublime effor;
Il franchit les hautes montagnes
Et, tel qu'un Aigle ambitieux
Tour-â-coup des airs spatieux
Traverse les vastes campagnes,
Et bientôt se dérobe aux yeux.
De ce fameux laboratoire
Où, sans relâche nui: & jour,
Pour le proffit & pour la gloire,
Sur le Digeste & sur l'Histoire
Je me consume tour- à-tour:
De ce réduit où je rassemble
Catulle avec Justinien,
Où je fais habiter ensemble
L'Anglois ayec l'Italien:
De ce Manoir, où je compose,
Et je fabrique incessamment
Contredits, Avertissement
Ode, Epitre, ou méchante Prose:
De ce Cabinet enchanté,
Où, loin du profane vulgaire
Et du fracas de la Cité,
Je m'entretiens avec Homère,
OO
A iij
5
6 MERCUREDEFRANCE.
Et la sçavante Antiquité
Soudain, par la vertu magique
De ma Baguette poëtique
Me voilà, mon cher, transporté
Près de toi dans ce lieu rustique,
Séjour de la simpliciu
Où ton ame philosophique
Sędt, par un privilège unique,
Fixer pour toi la volupté:
Là, couché sur un tendre herbage,
Je surprens mon fripon de Sage
Dans le plus doux ravissement;
Ses yeux sur un beau paysage
Se promenent nonchalament;
Les prés, les bois & la verdure
Tout le frappe d'étonnement;
Assis au bord d'une onde pure,
Il rend grace à la Nature
De son heureux enchantement;
»Lieux charmans, dit-il, où j'éproure
„ Les plaisirs les plus seduisans
„Où dans moi-même je retrouve
» Un cœeur tout neuf, de nouveaux sens;
„ Où la Nature sibérale,
„ Sans se permertre aucun repos,
„ En tous temps à nos yeux étale
„ Des trésors divers & nouveaux:
»Champs fortunés, ou tout engage,
AVRIL.
1752.
„Tout invite un sage à jouir
»Loin des facheux & sans partage,
„ De soi-même & de son loisir
»Que vos douceurs seroient complettes?
»Combien Hélas! de mon bonheur
„Les délices seroient parfaites,
»Si dans vos paisibles retraites
»Je voyois l'Ami de mon cout? ce
Ainsi brulant de mes flâmes,
Unis par de puissans accords,
L'amitié raproche nos ames
Quand le Ciel sépare nos corps.
Ainsi ton cour toujours le même,
Ne cesse de songer à moi;
Ainsi le mien, qui toujours t'aime,
Ne cesse de penser à toi.
Au milieu des plaisirs champêtres
Tandis que seul, au pied des hêtres,
Tu fais entendre tes regrets;
Tandis qu'aux échos de T
Tes accens demandent sans cesse,
L'unique objet de tes souhaits,
L'Ami digne de ta tendresie:
rci, dans les murs de Lutéce;
Sçais tu, mon cher, ce que je fais:
Dans ces brillantes promenades
Où sous d'antiques Maronniers,
Des Caillettes sottes, maullades,
OO
A iiij
S MERCURE DEFRANCE.
Portent leurs airs minaudiers
Leurs propos médisans & fades
Leurs Falbalas & leurs panniers;
Occupé de ma réverie,
Seul au milieu de tant de gens,
Je rappelle à ma fantaisie
Ces beaux jours, où, dignes d'envie,
Se formèrent des nœeuds charinans,
Qui font le bonheur de ma vie,
Ces heureux & divins instans,
Où par ses attraits invincibles
Subjuguant nos affections
La plus belle des passions
Fit sur nos cœurs tendres, sensibles,
Ses premieres impressions.
Tu sçais, qu'amant de la droiture,
J'ai de tout temps facrifié.
Dans mon ame innocente & pure
Sur les Autels de l'Amitié
Négligeant toute autre Science,
Sur le principe, & sur l'essence
De l'humaine félicité
A peine sorti de l'enfance,
Profondement je méditai:
Je comparai bientôt mon Etre
Avec tous ceux qui l'affectoient;
Je sondai mon cœur pour connoître
Les mouvemens qui l'agitoient.
Par mille objets à la fois muë,
AVRIL.
Quelque temps entre les plaisirs,
Qui sollicitent ses désirs;
Mon ame resta suspendue:
Tous à l'envi sembloient entr'eux
Se disputer la préférence,
Et le droit de me rendre heureux;
La fortune, avec complaisance,
Fit alors briller à mes yeux
Ses trésors, sa magnificence
Et ses dons les plus précieux:
L'Ambition toujours avide
Offrit à mon coeur neuf & vuide
Ses charmes les plus ravissans:
Là, les voluptés seduisantes,
De leurs douceurs les plus touchantes
S'empressoient de flatter mes sens.
Ici la Gloire, par son faste
Interessant mon jeune orgueil,
M'ouvroit une carriere vaste,
Et de fleurs parsemorent l'écueil.
Mais averti par la Sagesse
Du vuide de ses passions,
Dédaignant leut vaine promesse,
Je sçus préserver la jeunesse
De leurs douces illusions.
J'osai, recueilli dans moi-même,
Avec un soin toujours extrême,
M'étudiet uniquement,
1752.
AV
9
10 MERCUREDEFRANCE.
Et résolus consequemment
D'aller puiser le vrai sistême
De ma félicité suprême
Dans les sources du sentiment.
Ecourant ma reconnoissance
Beaucoup plus que ma vanité,
J'entrepris avec confiance
De rendre ma foible existance
Utile à la société:
Je respectai dans mes semblables
Les droits sacrés, inviolables
Et le sceau de l'humanité.
Je fléchis mon humeur austère
Je tâchai d'adoucir mes moeurs
Et cherchai pattout à me faire
Des ainis droits, seachant se taire,
Et laissant au simple vulgaire
Ses préjugés & ses etreurs:
Je sçus aimer, & je fçùs plaire,
Et graces à mon caractère
Franc, généreux, & sans détour,
Je jouis d'un destin prospère
En amitié comme en amour.
Je te vis, objet adorable,
Et bientôt je lus dans tes yeux
L'augure d'un bonheur durable
Né du concours délicieux
30C
AVRIL.
1752.
De la beauté la plus aimable
Du mortel le plus amoureux,
De l'ame la plus respectable,
Et du cœeur le plus vertueux.
Cher L****, tendre Silvie,
Vous mes Rois, mes Dieux, & ma vie,
Je regne sur vos sentimens:
Ainsi toujours, sans jalousie,
Partagés mon ame attendrie
Et reglés tous ses mouvemens,
Toujours attachés l'un à l'autre,
Votre bonheur sera le mien,
Qui, mon bonheur sera le vôtre,
Ainsi, pour nous, tout ira bien:
Ainsi, dans le sein des délices,
Que notre cour savourera,
*.
Sans s'émouvoit il bravera
Le vulgaire & ses injustices
La Fortune & tous ses caprices,
Les sots, l'envie, & catera.
Pardonue, Ami, si ma paresse
Néglige de limer ces vers,
Où ma tendre amitié s'empresse
De t'offiir des tableaux divers,
S'ils n'ont qu'une dose légère
De ce sel de cet agrément,
AV
11
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont ta Muse sûre de plaire,
Assaisonne le sentiment:
Daigne longer pour un moment,
Qu'à la crainte de ta colere
Sacrifiant sa vanité,
Ton ami n'a pas hésité
A rimer pour te satisfaire.
LEFEBVRE DE BEAUVRAY.
A Paris ce Novembre 1751.
A un Ami.
TOI, de mon coeur l'autre moitié,
L****, dont l'ame sincere,
De la tendre & sainte amitiè
Semble l'auguste sanctuaire:
Daus ce profond recueillement
Dans ce doux état d'apathie
Où pour juger plus sainement
Des biens & des maux de la vie,
La solide Philosophie
A ij
4 MERCUREDE FRANCE.
De notre ame ordinairement
Entretient la mélancolie
Conçois-tu bien, par quel travers.
J'évoque tout à-coup ma Muse
Pour te tracer ici des vers,
Et, faisant trêve avec Baluze, (a)
Je chante sur des tons divers
Ce qui m'occupe, ou, qui m'amuse
Au milieu de cet Univers.
Pour toi des Saphos, des Orphées
Je vais donc revoir le séjour:
Je veis donc des sçavantes Fées
Revoir pour toi l'aimable Cour.
J'ai sçù, mon cher, selon l'usage
Me préparer, en vérité
A ce charmant pélerinage
Par une sainte oisiveté;
Et trois sois Diane & son frere
Ont brillé sur notre Hemisphére,
Et se sont chassés tour-à-tour:
Trois fois, Déesse de Cithére
Des Ombres & de la lumière
Ton Astre annonça le retour,
Depuis que sur les pas d'Horace,
De Rousseau; de Milton, du Tasse,
Et des guides les plus fameux
Du chemin qui. mêne au Parnasse,
(a) Auteur qui nous a donné une compilation des
Capiiulaires & des anciennes Ordonnances de nos Rois.
AVRIL.
1752.
Je cherche à déméler la trace,
Et les sentiers trop épineux.
Mon Pégase agite ses aîles,
Il s'essaye & s'essaye encor
Et vers le Mont des neuf Pucelles
Prend enfin son sublime effor;
Il franchit les hautes montagnes
Et, tel qu'un Aigle ambitieux
Tour-â-coup des airs spatieux
Traverse les vastes campagnes,
Et bientôt se dérobe aux yeux.
De ce fameux laboratoire
Où, sans relâche nui: & jour,
Pour le proffit & pour la gloire,
Sur le Digeste & sur l'Histoire
Je me consume tour- à-tour:
De ce réduit où je rassemble
Catulle avec Justinien,
Où je fais habiter ensemble
L'Anglois ayec l'Italien:
De ce Manoir, où je compose,
Et je fabrique incessamment
Contredits, Avertissement
Ode, Epitre, ou méchante Prose:
De ce Cabinet enchanté,
Où, loin du profane vulgaire
Et du fracas de la Cité,
Je m'entretiens avec Homère,
OO
A iij
5
6 MERCUREDEFRANCE.
Et la sçavante Antiquité
Soudain, par la vertu magique
De ma Baguette poëtique
Me voilà, mon cher, transporté
Près de toi dans ce lieu rustique,
Séjour de la simpliciu
Où ton ame philosophique
Sędt, par un privilège unique,
Fixer pour toi la volupté:
Là, couché sur un tendre herbage,
Je surprens mon fripon de Sage
Dans le plus doux ravissement;
Ses yeux sur un beau paysage
Se promenent nonchalament;
Les prés, les bois & la verdure
Tout le frappe d'étonnement;
Assis au bord d'une onde pure,
Il rend grace à la Nature
De son heureux enchantement;
»Lieux charmans, dit-il, où j'éproure
„ Les plaisirs les plus seduisans
„Où dans moi-même je retrouve
» Un cœeur tout neuf, de nouveaux sens;
„ Où la Nature sibérale,
„ Sans se permertre aucun repos,
„ En tous temps à nos yeux étale
„ Des trésors divers & nouveaux:
»Champs fortunés, ou tout engage,
AVRIL.
1752.
„Tout invite un sage à jouir
»Loin des facheux & sans partage,
„ De soi-même & de son loisir
»Que vos douceurs seroient complettes?
»Combien Hélas! de mon bonheur
„Les délices seroient parfaites,
»Si dans vos paisibles retraites
»Je voyois l'Ami de mon cout? ce
Ainsi brulant de mes flâmes,
Unis par de puissans accords,
L'amitié raproche nos ames
Quand le Ciel sépare nos corps.
Ainsi ton cour toujours le même,
Ne cesse de songer à moi;
Ainsi le mien, qui toujours t'aime,
Ne cesse de penser à toi.
Au milieu des plaisirs champêtres
Tandis que seul, au pied des hêtres,
Tu fais entendre tes regrets;
Tandis qu'aux échos de T
Tes accens demandent sans cesse,
L'unique objet de tes souhaits,
L'Ami digne de ta tendresie:
rci, dans les murs de Lutéce;
Sçais tu, mon cher, ce que je fais:
Dans ces brillantes promenades
Où sous d'antiques Maronniers,
Des Caillettes sottes, maullades,
OO
A iiij
S MERCURE DEFRANCE.
Portent leurs airs minaudiers
Leurs propos médisans & fades
Leurs Falbalas & leurs panniers;
Occupé de ma réverie,
Seul au milieu de tant de gens,
Je rappelle à ma fantaisie
Ces beaux jours, où, dignes d'envie,
Se formèrent des nœeuds charinans,
Qui font le bonheur de ma vie,
Ces heureux & divins instans,
Où par ses attraits invincibles
Subjuguant nos affections
La plus belle des passions
Fit sur nos cœurs tendres, sensibles,
Ses premieres impressions.
Tu sçais, qu'amant de la droiture,
J'ai de tout temps facrifié.
Dans mon ame innocente & pure
Sur les Autels de l'Amitié
Négligeant toute autre Science,
Sur le principe, & sur l'essence
De l'humaine félicité
A peine sorti de l'enfance,
Profondement je méditai:
Je comparai bientôt mon Etre
Avec tous ceux qui l'affectoient;
Je sondai mon cœur pour connoître
Les mouvemens qui l'agitoient.
Par mille objets à la fois muë,
AVRIL.
Quelque temps entre les plaisirs,
Qui sollicitent ses désirs;
Mon ame resta suspendue:
Tous à l'envi sembloient entr'eux
Se disputer la préférence,
Et le droit de me rendre heureux;
La fortune, avec complaisance,
Fit alors briller à mes yeux
Ses trésors, sa magnificence
Et ses dons les plus précieux:
L'Ambition toujours avide
Offrit à mon coeur neuf & vuide
Ses charmes les plus ravissans:
Là, les voluptés seduisantes,
De leurs douceurs les plus touchantes
S'empressoient de flatter mes sens.
Ici la Gloire, par son faste
Interessant mon jeune orgueil,
M'ouvroit une carriere vaste,
Et de fleurs parsemorent l'écueil.
Mais averti par la Sagesse
Du vuide de ses passions,
Dédaignant leut vaine promesse,
Je sçus préserver la jeunesse
De leurs douces illusions.
J'osai, recueilli dans moi-même,
Avec un soin toujours extrême,
M'étudiet uniquement,
1752.
AV
9
10 MERCUREDEFRANCE.
Et résolus consequemment
D'aller puiser le vrai sistême
De ma félicité suprême
Dans les sources du sentiment.
Ecourant ma reconnoissance
Beaucoup plus que ma vanité,
J'entrepris avec confiance
De rendre ma foible existance
Utile à la société:
Je respectai dans mes semblables
Les droits sacrés, inviolables
Et le sceau de l'humanité.
Je fléchis mon humeur austère
Je tâchai d'adoucir mes moeurs
Et cherchai pattout à me faire
Des ainis droits, seachant se taire,
Et laissant au simple vulgaire
Ses préjugés & ses etreurs:
Je sçus aimer, & je fçùs plaire,
Et graces à mon caractère
Franc, généreux, & sans détour,
Je jouis d'un destin prospère
En amitié comme en amour.
Je te vis, objet adorable,
Et bientôt je lus dans tes yeux
L'augure d'un bonheur durable
Né du concours délicieux
30C
AVRIL.
1752.
De la beauté la plus aimable
Du mortel le plus amoureux,
De l'ame la plus respectable,
Et du cœeur le plus vertueux.
Cher L****, tendre Silvie,
Vous mes Rois, mes Dieux, & ma vie,
Je regne sur vos sentimens:
Ainsi toujours, sans jalousie,
Partagés mon ame attendrie
Et reglés tous ses mouvemens,
Toujours attachés l'un à l'autre,
Votre bonheur sera le mien,
Qui, mon bonheur sera le vôtre,
Ainsi, pour nous, tout ira bien:
Ainsi, dans le sein des délices,
Que notre cour savourera,
*.
Sans s'émouvoit il bravera
Le vulgaire & ses injustices
La Fortune & tous ses caprices,
Les sots, l'envie, & catera.
Pardonue, Ami, si ma paresse
Néglige de limer ces vers,
Où ma tendre amitié s'empresse
De t'offiir des tableaux divers,
S'ils n'ont qu'une dose légère
De ce sel de cet agrément,
AV
11
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont ta Muse sûre de plaire,
Assaisonne le sentiment:
Daigne longer pour un moment,
Qu'à la crainte de ta colere
Sacrifiant sa vanité,
Ton ami n'a pas hésité
A rimer pour te satisfaire.
LEFEBVRE DE BEAUVRAY.
A Paris ce Novembre 1751.
Fermer
Résumé : EPITRE A un Ami.
L'épître est adressée à deux personnes distinctes : un ami nommé L**** et une femme nommée Silvie. Dans la première partie, l'auteur exprime sa réflexion philosophique et sa décision d'évoquer sa muse pour écrire des vers dédiés à son ami L***. Inspiré par des figures littéraires telles qu'Horace, Rousseau, Milton et le Tasse, il imagine un voyage poétique vers le Parnasse. Il décrit son ami savourant la nature dans un cadre rustique et simple, exprimant sa gratitude envers elle. L'auteur regrette de ne pas pouvoir partager ce moment avec lui et souligne la force de leur amitié, qui unit leurs âmes malgré la distance. Il contraste les plaisirs champêtres de son ami avec les distractions mondaines observées à Paris, se remémorant les moments heureux passés ensemble. L'auteur révèle sa quête de la véritable félicité, rejetant les tentations de la fortune, de l'ambition et des voluptés au profit de l'amitié et des sentiments authentiques. Il choisit de baser son bonheur sur les sentiments plutôt que sur la vanité. Dans la seconde partie, l'auteur adresse une lettre poétique à Silvie, exprimant ses résolutions et ses sentiments. Il décide de trouver son bonheur dans les sentiments et de rendre son existence utile à la société en respectant les droits des autres et en adoucissant ses mœurs. Il cherche à se faire des amis sincères et à éviter les préjugés. Grâce à son caractère franc et généreux, il connaît un destin prospère en amitié et en amour. Il rencontre Silvie, qu'il décrit comme belle, aimante, respectable et vertueuse. Il exprime son désir de partager un bonheur durable avec elle, bravant ensemble les injustices et les caprices de la fortune. La lettre est signée Lefebvre de Beauvray et datée de novembre 1751 à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12994
p. 13-33
Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord Bolinbroke.
Début :
Un changement de place peut donc être supporté par tout homme ; il [...]
Mots clefs :
Homme, Esprit, Exil, Nature, Maux, Hommes, Rang, Pauvreté, Pays, Vie, Fortune, Perte, Pouvoir, Mérite, Vérité, Avantages, Monde, Grands, Zénon, Malheurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord Bolinbroke.
Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord
Bolinbroke.
UN changement de place peut donc
être supporté par tout homme ; il
fait même le plaisir de plufieurs; mais qui
peut soutenir les maux qui accompagnent
l'exil? Vous-mêmes qui en faites la ques-
tion, pouvez les soutenir. Tous ceux qui
les considerent tels qu'ils sont en eux mê-
mes; au lieu de les regarder au travers du
voise que le prejugé met devant nos yeux.
Car quoi. Vous avez perdu votre bien
réduisez vos désirs, & vous vous trouverez
aussi riche que jamais, avec cet avantage
que vos soins seront diminués. Les besoins
réels de la Nature sont renfermés en d'étroi-
res bornes, mais ceuxque l'éducation & l'ha-
bitude ont créés, n en ontaucunes. La vérité
a un circuit fixé & petit; mais l'erreur n'en
a point. C'est pourquoi si vous laissez écha-
per vos désirs au-delà de ce circuit, ils er-
reront éternellement. Nous devenons né-
cessiteux au milieu de l'abondance, &
notre pauvreté augmente avec nos riches-
fes. Réduisez vos défirs, pout être capable
de dire avec l'Oracle de la grace auquel
Erasme étoit prêt d'adresser ses prieres:
14 MERCURE DE FRANCE.
quàm mul is ipse non egeo? Banissez de vo-
tre exil tous les besoins imaginaires, &
vous n'en souffrirez aucuns réels, le pe-
rit filet d'eau qui vous est laissé, suffira
pour étancher la soif de la Nature, & si
elle ne peut être étanchée, ce n'est pas
une soif, mais une maladie formée par les
habitudes vicieuses de votre esprit & non-
la suite de l'exil. Combien de gens sou-
tiennent la même pauvreté gayment, par-
ce qu'ils y ont été élevés, & y sont ac-
coutumés: ne ferons-nous pas capables
d'acquerir par la raison & par la réflexion
ce que le moindre artisan possede par ha-
bitude; ceux qui ont tant d'avantages au-
dessus de lui, seront-ils les esclaves des
besoins & des nécessités qu'il ignore. Les
riches dont les apetits délicats ne peuvent
être satisfaits, ni par les productions de
tout un pays, ni même par celles d'une
partie du Monde, pour lesquels le Globe
entier est pillé, pour lesquels les Carava-
nes du Levant sont continuellement en
marche, & les Mers les plus reculés cou-
vertes de vaisseaux: ces hommes volup-
tueux rassasiés par la superfluité, sont
fouvent bien aise d'habiter dans une hum-
ble demeure, & de faire un repas simple.
Insensés qu'ils sont, ils vivent toujours
dans la crainte de de qu'ils souhaitent
AVRIL.
1752.
1§.
quesquefois, & fuyent une vie qu'ils imi-
tent par luxe.
Jettons nos yeux en arriere sur ces
grands hommes qui vivorent dans les sié-
cles de vertu, de simplicité & de frugali-
té, & rougissons de penser que nous jouis-
sons dans le banissement de plus de biens
qu'ils n'en avoient au milieu de leur gloi-
re & dans l'éclat de leur fortune. Imagi-
nons-nous que nous voyons un grand Dic-
tateur donnant audience aux Ambassadeurs
Samnites, & préparant sur le foyer son-
médiocre repas de la même main de la-
quelle il avoit si souvent subjugué les en-
nemis de la République, & porté le lau-
rier triomphal au Capitole. Souvenons-
nous que Platon n avoit que trois valets,
& que Zenon n'en avoit point: Socrate,
le Réformateur de son pays, fut nourri,
& Menenius Agripa, l'arbitre du sien, fut,
enseveli aux dépens de la République.
Pendant qu Attilius Regulus battoit les
Carthaginois en Afrique, la fuire de fon
valet de charue réduisit chez lui sa famil-
le à la mendicité, & le labourage de sa
petite ferme, devint l'objet des soins pu-
blics. Scipion mourut sans laisser de
quor marier ses filles, & leur dot fut
payée du trésor de l'Etat. Car il étoit
bien juste que le Peuple de Rome, payât
16 MERCURE DEFRANCE.
une fois tribut à celui qui avoit établi un
tribut perpétuel sur Carthage. Après de
rels exemples, pourrons-nous être effrayés
de la pauvreté, & dédaignerons nous d'ê-
tre adoptés dans une famille qui a tant
d'illustres Ancêtres: nous plaindrons-nous
du banissement, parce qu'il nous ôte ce
dont les plus grands Philosophes, & les
plus grands Héros de l'Antiquité n'ont
jamais joui.
Vous trouverez peut-être mauvais, &
regarderez comme un artifice que je consi-
dere séparément des malheurs qui tom-
bent tous ensemble sur un homme exilé,
& l'accablent sous leurs poids réuni. Vous
supporteriez, direz- vous, le change-
ment de place, s'il n'étoit pas accompa-
gné de la pauvreté, ou la pauvreté si elle
n'étoit pas accompagnée de la séparation
de votre famille & de vos amis, de la
perte de votre rang, de votre considé-
ration & de votre pouvoir, du mépris &
de l'ignominie.
Quiconque raisonne de cette maniere,
qu'il se fasse la reponse suivante. La plus
petite de ces circonstances en particulier
est suffisante pour rendre misérable l'hom-
me qui ny est pas préparé, qui ne s'est
pas dépouillé de cette passion, sur laquel-
ie elle est propre à agir, mais celui qui
AVRIL. 1752.
17
est venu à bont de maîtriser toutes ses
passions; celui qui a prévu tous ces ac-
cidens, & qui a préparé son esprit à les
endurer, nous sera supérieur à tous, & à
tous à la fois, aussi-bien qu'à chacun en
particulier. Il ne supportera pas la perte
de son rang, parce qu'il pourra sup-
porter la perte de son bien, mais il sup-
portera l'un & l'autre, parce qu'il est pré-
paré à l'un & à l'autre, & parce qu'il est
libre d'ambition, aussi-bien que d'avarice.
Vous êtes séparé de votre famille & de
vos amis, faites-en la liste, considérez-la:
combien peu en trouverez-vous dans vo-
tre famille qui méritent le nom d'amis, &
combien peu parmi ceux-ci qui soient réel-
lement tels. Effacez le nom de ceux qui ne
doivent pas rester dans ce rôle, & le gros
catalogue sera bientôt réduit à un bien pe-
tit volume. Regrettez, si vous voulez,
votre séparation de ce petit reste: car,
Dieu ne plaise, que je veuille bannir le
sentiment d'une amitié vertueufe, quand
je déclame contre une honteuse & vicieu-
se foiblesse de l'esprit. Regrettez votre
féparation de vos amis, regrettez-la com-
me un homme qui mérite d'être le leur:
ceci est force & non foiblesse d'esprit:
c est vertu & non vice; mais la moindre
inquiétude pour la perte du rang que
18 MERCURE DE FRANCE.
nous tenions est ignominieuse. Il nya
point de rang estimable parmi les hom-
mes que celui que donne le mérite réel.
Les Princes peuvent donner des noms, &
instituer des cérémonies & en exiger l'ob-
servation. Ils peuvent revêtir des fous &
des fripons avec des robes d'honneur, &
avec des emblêmes de sagesse & de vertu.
Mais nul homme ne peut être véritable-
ment supérieur à un autre sans un mérite
supérieur, & ce rang ne sçauroit non
plus nous être ôté, que le mérite qui l'é-
rablit.
L'autorité suprême donne une valeur
imaginaire & arbitraire aux espéces d'or
& d'argent: c'est pourquoi elles nont
pas le même cours en tout tems & en tous
lieux; mais la valeur réelle reste invaria-
ble, & l'homme prévoyant se défait aus-
si-tôt qu'il peut de ses pieces légeres, &
amasse le bon argent. Ainsi le mérite ne
peut procurer la même considération uni-
versellement, mais le titre à cette consi-
dération est le même, & sera reconnu le
même en chaque circonstance par ceux
qui sont sages & vertueux; s'il n'est pas
reconnu par ceux qui ne sont ni sages ni
vertueux, rien cependant ne nous est ôté.
Nous navons pas raison de nous plain-
dre: ces derniers nous considéroient pour
AVRIL. 1752.
19.
un ratig que nous avions pour notre ti-
tre, non pour notre valeur intrinseque.
Nous n'avons plus ce rang, ce titre; ils
ne nous considerent plus: ils admiroient
en nous ce que nous nadmirions pas
nous mêmes: s'ils apprennent à nous né-
gliger, apprenons à avoir pitié d'eux;
ieur assiduité étoit importune: ne nous-
plaignons pas du repos que leur change-
ment nous procure; appréhendons plutôt
le retour de ce rang & de ce pouvoir, le-
quel semblable à un jour de Soleil, pour-
roit ramener ces insectes, & les faire four-
miller autout de nous. L'inclination à
faire autant de bien qu'il est possible est
inséparable d'une ame vertueuse; mais
l'homme sage se contente lui-même,
quand il en fait autant que sa situation lui
permet d'en faire, & il n'y a point de si-
tuation dans laquelle nous n'en puissions
faire beaucoup; il se console d'être privé.
d'un plus grand pouvoir, de faire le
bien, parce qu'il évite les tentations de
faire le mal.
Les inconvéniens dont nous avons par-
lé, n'entraînent donc avec eux rien de
difficile à soutenir par un homme sage &
vertueux, & ceux dont il nous reste à
parler. Le mépris & l'ignominie ne peu-
vent jamais tomber dans son lot. Il est im-
10. MERCUREDE FRANCE.
possible que celui qui se respecte lui-men-
me, puisse être méprisé par les autres, &
comment l'ignominie peut elle intéresser
un homme qui rassemble toutes ses forces
en lui-même, qui appelle du jugement de
la multitude à un autre tribunal, & vit
indépendant du genre humain & des ac-
cidens de la vie.
Caton manqua d'être élu Préteur &
Consul. Y a-t-il personne assez aveugle
pour imaginer que ces refus ayent desho-
noré un si grand homme. La dignité de
ces deux Magistratures auroit été augmen-
tée, s'il en eut été révêtu: elles en souf
frirent, non Caton.
Vous avez remplis les devoirs d'un bon
citoyen; vous vous êtes fidelement acqui-
tez de ce qui vous avoit été confié; vous
avez suivi les intérets de votre pays, sans
regarder aux ennemis que vous vous fai-
fiez, & aux dangers qui vous entour-
roient: votre pays recueille le bénéfice
de ces services, & vous souffrez pout les
avoir rendus: les personnes malgrez les-
quelles vous serviez ou même sauviez le
Public, conspirent & achevent votre rui-
ne particuliere; ils sont vos accusateurs,
& la foule inconstante & ingrate est vo-
tre juge, votre nom est suspendu dans les
tables de proscription, & l'artifice joint
AVRIL.
1752.
21
à la malice entreptend de faire passer vos
meilleurs actions pour des crimes & de
ternir votre réputation: pour cet effet,
la sacrée voix du Sénat est obligée de pro-
noncer un mensonge, & ces Registres
qui doivent être l'éternel monument de
la vérité, deviennent les témoins de l'im-
posture & de la calomnie.
Vous croyez que de telles circonstances
sont intollérables, & vous préféreriez la
mort à un exil si ignominieux: ne vous y
trompez pas, l'ignominie reste sur ceux qui
persécutent injustement, & non sur celui
qui souffre une injuste persécution.
Supposé que dans l'acte qui vous ban-
nit, il fut déclaré que vous avez quelque
maladie contagieuse, ou que vous êtes
bossu ou défiguré; ceci rendroit les Légis-
lateurs ridicules, l'autre les rend infâmes.
Mais nul des deux ne peut intéresser un
homme, qui dans un corps sain & bien
proportionné, jouit d'une conscience net-
te de toutes les fautes qu'on lui attribue.
Mettons ceci dans un plus grand jour,
en supposant quelques cas encore plus
particuliers. Vous êtes banni & poursuivi
avec acharnement, parce que vous sépa-
riez les intérêts de votre pays de l'intérêt
des Factieux qui le troublent, & de ses
voisins: ceux que vous empêchi:z de
itredy0O
22 MERCURE DEFRANCE.
triompher plus long tems à ses dépens, se
rangent aux vôtres. Voudriez-vous re-
tourner chez vous, à condition de ne
donner que la troisième place aux intérêts
de votre Patrie, de prostituer son pouvoir
à l'ambition des autres Puissances, sous
prétexte de la sauver des dangers imaginai-
res, & à condition de faire passer les ri-
chesses entre les mains des plus vils & des
plus méprisables de ses concitoyens, sous
l'apparence de payer les dettes réelles. Si
vous pouvez vous soumettre à une aussi
infâme composition, vousn'êtes pas l'hom-
me auquel j adresse mon discours, mais si
vous avez assez de vertu pour la mépriser
pourquoi vous repentiriez-vous de l'autre
alternative; être banni d'un tel pays &
avec de tels circonstances, c'est être dé-
livré de prison. Diogene fut chassé de
Royaume du Pont pour avoit contrefait
la monoye du Prince; Stratonicus crut
qu'il lui étoit permis d'être faussaire, pour
pouvoir obtenir d'être banni de Seriphos.
Mais vous, vous avez obtenu votre li-
berté pour faire votre devoir. De toutes
les ignominies, une mort ignominieuse
est censée la plus grande; & néanmoins
quel est le blasphémateur qui osera diffa-
mer la mort de Socrate. Ce grand homme
entra dans la prison avec la même ferme-
AVRIL. 1752.
23
té avec laquelle il réduisit les trente Ty-
rans, & il rendit ce lieu respectable: car
comment eût-il été une infâme prison,
quand Socrate y étoit.
Le banissement avec toute la suite de
meaux qui l'accompagnent, loin d'être la
cause du mépris rend respectable celui
qui le supporte avec un esprit ferme. Pen-
dant que tant d'autres en sont abattus
celui- ci érige sur ces mêmes malheurs un
trophée à la réputation; car tel est la dis-
position de notre esprit que rien ne le frap-
pe avec plus d'admiration qu'un homme
intrepi de au milieu de l'infortune. Lors-
qu'Aristide fut mené au supplice tous ceux
qui rencontroient cette triste marche bais-
soient les yeux, & le cœeur serré pleuroient,
non l'homme innocent, mais la Justice
elle-même qui étoit condamnée en lui:
néanmoins il se trouva là un misérable,
car les monstres sont quelquefois produits
contre les regles de la nature, qui lui
cracha au visage, Aristide essuya sa joue,
sourit & se tournant vers le Magistrat:
admonestés, lui dit-il, cet homme pour
qu'il ne soit pas si sale à l'avenir.
L'ignominie ne peut donc prendre
sur la vertu; car la vertu est en chaque
condition la même, & exige le même res-
pect; nous applaudissons le monde quand
24 MERCUREDE FRANCE.
elle prospere, & quand elle tomnbe dans
l'adversité nous l'applaudissons elle- même:
semblable aux temples des Dieux elle est
vénérable même dans ses ruines.
Ceci posé, n'est-ce pas un dégré de folie
de différer un moment à acquerir les seu-
les armes capables de nous défendre con-
tre les attaques ausquelles nous sommes à
chaque moment exposés. Lebonheur de no-
tre vieillessedépend de la manieredont nous
avons passé notre jeunesse, & nous som-
mes heureux ou malheureux quand nous
tombons dans l'infortune, selon que nous
avons joui de notre prospérité. Si nous
nous sommes appliqués de bonne heure
à l'étude de la sagesse & à la pratique de
la vertu, ces maux deviendront indiffé-
rens: si nous avons négligé de le faire ils
deviendront pesans: dans ce premier cas
ils ne sont pas des maux, & dans le se-
cond, ils sont des remedes à de plus
grands maux.
Zénon se rejouissoit de ce qu'un naufrage
l'avoit jetté sur les côtes d'Athenes: il
dut à la perte de sa fortune l'acquisition de
la vertu de la sagesse & de l'immortalité. Il
y a de bons & de mauvais airs pour l'esprit
aussi-bien que pour le corps: souvent la
prospérité irrite nos maladies habituelles,
& nous laisse sans esperance de trouver de
spécifique
AVRIL.
1752.
25
spécisique que dans l'adversité: dans ce
cas le bannissement est semblable à un
changement d'air, & les maux que nous
y souffrons, semb ables à autant de médeci-
nes appliquées à des maladies invétérées.
Ce qu'Anacharsis disoit de la vigne,
peut être dit de la prospérité: elle porte
les trois grapes, de plaisir, d'yvresse & de
chagrin. Heureux est celui que la derniere
peut guérir du mas qu'ont opéré les deux
autres; mais si l'affliction manque d'avoir
ce salutaire effet, le cas est desespêré: cat
le dernier remede dont l'indulgente Pro-
vidence use envers nous, s'il manque,
nous languirons & mourrons dans la mi-
sere & dans le mépris.
Hommes vains que nous sommes! Com-
bien rarement Içavons-nous que souhai-
ter ou que demander: quand nous prions
pour éloigner de nous ces malheurs, &
quand nous les craignons le plus, nous en
avons le plus de besoin. C'étoit par cette
raison que Pythagore défendit à ses Dis-
ciples de demander à Dieu aucune chose
en particulier, la meilleure & la plus cour-
te priere que nous puissions adresser a ce-
Jui qui connoît nos besoins & notre igno-
rance dans nos demandes est celle- ci: ta
volonté soit faite.
Ciceron dit en quelque endroit de ses
26 MERCURE DEFRANCE.
Ouvrages que, comme le bonheur est l'ob-
jet de toute Philosophie, les disputes par-
mi les Philosophes proviennent de leurs
différentes idées du souverain bien. Ré-
conciliez-les en ce point, vous les récon-
cilirez dans le reste. L'Ecole de Zénon
plaçoit le souverain bien dans la vertu
nue. Il poussa ce principe au-delà du plus
haut point de la Nature & de la vérité.
Un esprit d'opposition à une autre doc-
trine qui devint en grande vogue, pen-
dant que Zénon étoit à la mode, pou-
voit être l'ocasion de cet excès.
Epicure plaçoit le souverain bien daus
la volupté; ces termes volontairement, ou
par hazard mal entendus par ses Secta-
teurs pouvoient aider à pervertir sa Doc-
trine; mais ce fut la rivalité qui aigrit la
dispute; car en vérité il n'y a pas si grande
différence qu'on se l'imagine entre le
Sroicisme réduit à des termes raisonnables
& intelligibles, & le vrai & ortodoxe
Epicurisme. Le felicis animi immota tran-
quillitas du premier; & le voluptas de
l'autre sont proches alliés, & je doute si
le plus ferme Héros du Portique auroit
supporté un accès de pierre sur les princi-
pes de Zénon, avec plus de magnanimité
& de patience que fit Epicure sur ceux de
sa propre Philosophie. Cependant Aristo-
AVRIL.
1752.
27
te prit un milieu, on s'expliqua mieux, il
plaça le bonheur dans ces avantages joints
ensemble, ceux de l'esprit ceux du corps
& ceux de la fortune, ils sont raisonna-
blement joints; mais il est certain qu'ils
ne doivent pas être placés sur un pied
égal. Nous pouvons beaucoup mieux sup-
porter la privation des dernieres que celle
des autres, & la pauvreté même de laquel-
le le genre humain est si effrayé, est sute-
ment moins fâcheuse que la folie ou la
pierre, quoiqu en pensât Chrisipe, qui di-
soit quil étoit meilleur de vivre fou que
de ne pas vivre.
Si le bannissement donc, en nous ôtant
les avantages de la fortune, ne peut nous
oter des avantages plus précieux, qui sont
ceux de l'esprit & du corps, & si cet
accident est capable quand nous les possé-
dons, de nous les rendre quand nous les
avons perdus: le bannissement est un
léger malheur pour ceux qui sont déja
sous la domination de la raison, & un
très-grand bien pour ceux qui sont encore
plongés dans des vices capables de ruiner
la santé du corps & de l'esprit. L'exil doit
être souhaité comme une faveur par ceux-
ci, & ne doit être craint par personne, si
nous sommes dans ce cas, secondons les
desleins de la Providence en notre fa-
B ij
28 MERCUREDE FRANCE.
veur: réparons la perte despremieres occa-
sions, en ne laissant pas échapper la der-
niere.
Nous pouvons racourcir la durée des
maux que nous aurions pu prevenir, & à
mesure que nous prendrons le dessus sur
nos passions desordonnées, & sur nos vi-
cieuses habitudes, nous sentirons nos pei-
nes diminuer à proportion. Chaque pas
qu'on fait dans le chemin de la vertu est
consolant. Avec combien de joie l'hom-
me qui prosite de ses malheurs en cette
maniere découvrira-t. il que ces maux qu'il
attribue à son exil, n'avoient leur source
que dans la vanité & la folie, & disparois-
sent avec elles.
Il verra que dans sa premiere disposi-
tion d'esprit, il ressembloit à ce Prince ef-
féminé qui ne vouloit nulle autrę eau que
celle de la riviere de Choaspes, ou à cette
sotte Reine, qui dans une des Tragédies
d'Euripide, se plaint amérement qu'elle
n'avoit pas allumé la torche nuptiale, &
que la riviere Ismeus n'avoit pas fourni
de l'eau aux nôces de son fils.
La vûe d'un état si humiliant lui en fera
souhaiter un autre; lorsqu'il y sera atrivé,
il sera convaincu par sa propre expérien-
ce, la plus forte de toutes les preuves,
qu il étoit malheureux, parce qu'il étoit vi-
AVRIL. 1752.
29
cieux & non parcequ'il étoit banni. Si je ne
traignois qu on ne dit que c'est trop rafi-
ner, je me garderois de parler ici de quel-
ques avantages de la fortune, qui nous
sont donnés pour balancer ceux que l'exil
nous ôte. Ily en a un qui a été négligé par
de grands hommes, & même par des Sages.
Démetrius Phalérius banni d'Athenes,
devint premier Ministre du Roi d'Agyp-
te, & Thémistoeles fut si bien reçu a la
Cour de Perse, qu'il disoit que sa fortu-
ne auroit été perdue, s'il n'avoit pas été
ruiné, mais Démétrius s'exposa par sa fa-
veur, sous le premier Ptolomée, à une
nouvelle disgrace; & sous le second
Thémistocles qui avoit été le Capitaine
d'un Peuple libre, devint le vassal du
Prince qu'il avoit lui-même batu. Ne vaut-
il' pas mieux jouir de l'avantage qui est
propre à l'exil, & vivre pour nous-mê-
mes, quand nous ne sommes plus obliges
de vivre pour autrui,
Si vous êtes sage, votre loisir sera uti-
lement employé, & votre retraite ajou-
tera un nouveau lustre à votre caractere.
Imitez Thucidide en Thrace, ou Xé-
nophon dans fa petite ferme à Sillus; dans
une telle retraite, vous pourrez vous éta-
blit comme un habitant d'Elis qui voyoit
les jeux Olympiques, sans y prendre aucune
Biij
30 MERCURE DEFRANCE.
part: loin de l'embaras du monde & pres-
qu'indifférent Spectateur, ayant payé dans
une viè publique, ce que vous deviez au
fiécle présent payes dans une vie privée
te que vous deviez à la postérité.
Eorivez comme vous vivez, sans pas-
tion, & établisses votte réputation, com-
me vous établissen cotre bonheur sur les
fondemens de la vérité: s'il vous manque
les talens, l'inclination ou les matériaun
nécessaires pour de tels Ouvrages; ne
tombez pas pourtant dans l'oisiveté, tâ-
chea de eopier l'exemple de Scipion à l'In-
ternum, & d'être capable de vous dire à
vous-même innocuus amo delicias, doctam-
que quietem 3 j'aime les plaisirs innocens;
& le sçavant repos.
Les amusemens rustiques & les médita-
tions Philosophiques feront couler douce-
ment vos heures; & si la bonté du Ciel
vous à donné un ami semblable à Lelius,
rien ne manquera à votre parfait bonheur.
Ce sont. là quelques unes des réflexions
qui peuvent servir à fortifier l'esprit con-
tre l'exil & contre les autres malheurs de la
vie ausquels chaque homme a intérêt de se
préparer, parce qu'ils sont communs à tous
les hommes: je dis qu'ils sont communs
à tous les hommes, car ceux qui les évitent
y sont également exposés. Les dards de la
AVRIL. 1732.
3
mauvaise fortune sont toujourspointés con-
tre nos tentes: quesques uns nous attrapent:
quelques autres glissent sur nous, & s'en-
volent pour blesser nos voisins; c'est pour-
quoi tenons notre esprit dans une égale
disposition, & payons sans murmurer le
tribut que nous devons à l'humanité: l'hy-
ver apporte le froid, & nous sommes
glacés: l'Eté ramene la chaleur, & nous
brulons: l'intempérance de l'air dérange
notre santé: ici nous sommes exposés aux
bêtes sauvages, & là à des hommes plus
sauvages que les bêtes, & si nous écha-
pons aux dangers de l'air & de la terre,
il y a des dangers d'eau & de feu: il
n est pas en notre pouvoit de changer cet
ordre des choses qui est établi; mais il est
en notre pouvoir de nous approprier une
élévation dans l'ame convenable à des
liommes sages & vertueux qui nous rende
capable de combattre avec fermeté les ac-
cidens de la vie, & de nous conformer
aux ordres de la Nature: or la Nature
gouverne son grand Royaume, le monde
par de continuelles mutations, les nuées
se dispersent, & le firmament devient clair.
Le calme succede à l'orage, & l'orage au
calme: les vents soufflent à leur tour de
chaque côté: les jours suivent les nuits,
& les nuits suivent les jours: les planet-
B iiij
32 MERCUREDE FRANCE.
tes se levent & se couchent selon leurs
différens cours; & ainsi l'éternité est con-
nue par une perpétuelle révolution de
contraires. Ceci est l'ordre auquel nous
de vons conformer nos esprits; suivons-
le, soumettons-nous y, pensons que tout
ce qui arrive doit arriver, & ne soyons
jamais assez fous pour nous plaindre de la
Nature: la meilleure résolution que nous
puissions pendre, est de fouffrir ce que
nous ne pouvons changer, & de suivre
fans murmurer la route que la Providence
qui dirige chaque chose, nous a marquée;
car ce n'est pas assez de la suivre, & ce-
lui-là, est un mauvais soldat qui soupire
& marche avec répugnance: nous devons
recevoir nos ordres avec courage & gaye-
té, & ne pas chercher à échaper du poste
qui nous est assigné dans ce bel ordre, &
cette belle disposition des choses dont nos
fouffrances mêmes font une partie néces-
saire: adressons-nous à Dieu qui gouver-
ne tout, comme Cléante fit dans ces ad-
mirables vers, qui vont perdre une partie
de leur grace & de leur énergie dans ma
Traduction.
Pere de la Nature, maître du monde,
tu vois mes pas se tourner avec une joyeu-
se résignation par tout où ta providence
les conduit.
AVRIL. 1752.
33
La Destinée mêne ceux qui marchent
volontairement, & entraîne ceux qui ré-
sistent.
Pourquoi pleurerois je quand malgré
mes pleurs il faut souffrir.
Ou pourquoi recevrai-je sans mérite co
qu'il ne dépend que de moi de recevoir
en méritant.
Parlons & agissons ainsi, la résignation
à la Providence est la véritable magnani-
mité, mais la marque d'un esprit bas &
pusillanisme est de cenfurer les ordres de
Dieu, & au lieu de rectifier notre propre
conduite, de nous élever contre celle de
notre Créateur.
Bolinbroke.
UN changement de place peut donc
être supporté par tout homme ; il
fait même le plaisir de plufieurs; mais qui
peut soutenir les maux qui accompagnent
l'exil? Vous-mêmes qui en faites la ques-
tion, pouvez les soutenir. Tous ceux qui
les considerent tels qu'ils sont en eux mê-
mes; au lieu de les regarder au travers du
voise que le prejugé met devant nos yeux.
Car quoi. Vous avez perdu votre bien
réduisez vos désirs, & vous vous trouverez
aussi riche que jamais, avec cet avantage
que vos soins seront diminués. Les besoins
réels de la Nature sont renfermés en d'étroi-
res bornes, mais ceuxque l'éducation & l'ha-
bitude ont créés, n en ontaucunes. La vérité
a un circuit fixé & petit; mais l'erreur n'en
a point. C'est pourquoi si vous laissez écha-
per vos désirs au-delà de ce circuit, ils er-
reront éternellement. Nous devenons né-
cessiteux au milieu de l'abondance, &
notre pauvreté augmente avec nos riches-
fes. Réduisez vos défirs, pout être capable
de dire avec l'Oracle de la grace auquel
Erasme étoit prêt d'adresser ses prieres:
14 MERCURE DE FRANCE.
quàm mul is ipse non egeo? Banissez de vo-
tre exil tous les besoins imaginaires, &
vous n'en souffrirez aucuns réels, le pe-
rit filet d'eau qui vous est laissé, suffira
pour étancher la soif de la Nature, & si
elle ne peut être étanchée, ce n'est pas
une soif, mais une maladie formée par les
habitudes vicieuses de votre esprit & non-
la suite de l'exil. Combien de gens sou-
tiennent la même pauvreté gayment, par-
ce qu'ils y ont été élevés, & y sont ac-
coutumés: ne ferons-nous pas capables
d'acquerir par la raison & par la réflexion
ce que le moindre artisan possede par ha-
bitude; ceux qui ont tant d'avantages au-
dessus de lui, seront-ils les esclaves des
besoins & des nécessités qu'il ignore. Les
riches dont les apetits délicats ne peuvent
être satisfaits, ni par les productions de
tout un pays, ni même par celles d'une
partie du Monde, pour lesquels le Globe
entier est pillé, pour lesquels les Carava-
nes du Levant sont continuellement en
marche, & les Mers les plus reculés cou-
vertes de vaisseaux: ces hommes volup-
tueux rassasiés par la superfluité, sont
fouvent bien aise d'habiter dans une hum-
ble demeure, & de faire un repas simple.
Insensés qu'ils sont, ils vivent toujours
dans la crainte de de qu'ils souhaitent
AVRIL.
1752.
1§.
quesquefois, & fuyent une vie qu'ils imi-
tent par luxe.
Jettons nos yeux en arriere sur ces
grands hommes qui vivorent dans les sié-
cles de vertu, de simplicité & de frugali-
té, & rougissons de penser que nous jouis-
sons dans le banissement de plus de biens
qu'ils n'en avoient au milieu de leur gloi-
re & dans l'éclat de leur fortune. Imagi-
nons-nous que nous voyons un grand Dic-
tateur donnant audience aux Ambassadeurs
Samnites, & préparant sur le foyer son-
médiocre repas de la même main de la-
quelle il avoit si souvent subjugué les en-
nemis de la République, & porté le lau-
rier triomphal au Capitole. Souvenons-
nous que Platon n avoit que trois valets,
& que Zenon n'en avoit point: Socrate,
le Réformateur de son pays, fut nourri,
& Menenius Agripa, l'arbitre du sien, fut,
enseveli aux dépens de la République.
Pendant qu Attilius Regulus battoit les
Carthaginois en Afrique, la fuire de fon
valet de charue réduisit chez lui sa famil-
le à la mendicité, & le labourage de sa
petite ferme, devint l'objet des soins pu-
blics. Scipion mourut sans laisser de
quor marier ses filles, & leur dot fut
payée du trésor de l'Etat. Car il étoit
bien juste que le Peuple de Rome, payât
16 MERCURE DEFRANCE.
une fois tribut à celui qui avoit établi un
tribut perpétuel sur Carthage. Après de
rels exemples, pourrons-nous être effrayés
de la pauvreté, & dédaignerons nous d'ê-
tre adoptés dans une famille qui a tant
d'illustres Ancêtres: nous plaindrons-nous
du banissement, parce qu'il nous ôte ce
dont les plus grands Philosophes, & les
plus grands Héros de l'Antiquité n'ont
jamais joui.
Vous trouverez peut-être mauvais, &
regarderez comme un artifice que je consi-
dere séparément des malheurs qui tom-
bent tous ensemble sur un homme exilé,
& l'accablent sous leurs poids réuni. Vous
supporteriez, direz- vous, le change-
ment de place, s'il n'étoit pas accompa-
gné de la pauvreté, ou la pauvreté si elle
n'étoit pas accompagnée de la séparation
de votre famille & de vos amis, de la
perte de votre rang, de votre considé-
ration & de votre pouvoir, du mépris &
de l'ignominie.
Quiconque raisonne de cette maniere,
qu'il se fasse la reponse suivante. La plus
petite de ces circonstances en particulier
est suffisante pour rendre misérable l'hom-
me qui ny est pas préparé, qui ne s'est
pas dépouillé de cette passion, sur laquel-
ie elle est propre à agir, mais celui qui
AVRIL. 1752.
17
est venu à bont de maîtriser toutes ses
passions; celui qui a prévu tous ces ac-
cidens, & qui a préparé son esprit à les
endurer, nous sera supérieur à tous, & à
tous à la fois, aussi-bien qu'à chacun en
particulier. Il ne supportera pas la perte
de son rang, parce qu'il pourra sup-
porter la perte de son bien, mais il sup-
portera l'un & l'autre, parce qu'il est pré-
paré à l'un & à l'autre, & parce qu'il est
libre d'ambition, aussi-bien que d'avarice.
Vous êtes séparé de votre famille & de
vos amis, faites-en la liste, considérez-la:
combien peu en trouverez-vous dans vo-
tre famille qui méritent le nom d'amis, &
combien peu parmi ceux-ci qui soient réel-
lement tels. Effacez le nom de ceux qui ne
doivent pas rester dans ce rôle, & le gros
catalogue sera bientôt réduit à un bien pe-
tit volume. Regrettez, si vous voulez,
votre séparation de ce petit reste: car,
Dieu ne plaise, que je veuille bannir le
sentiment d'une amitié vertueufe, quand
je déclame contre une honteuse & vicieu-
se foiblesse de l'esprit. Regrettez votre
féparation de vos amis, regrettez-la com-
me un homme qui mérite d'être le leur:
ceci est force & non foiblesse d'esprit:
c est vertu & non vice; mais la moindre
inquiétude pour la perte du rang que
18 MERCURE DE FRANCE.
nous tenions est ignominieuse. Il nya
point de rang estimable parmi les hom-
mes que celui que donne le mérite réel.
Les Princes peuvent donner des noms, &
instituer des cérémonies & en exiger l'ob-
servation. Ils peuvent revêtir des fous &
des fripons avec des robes d'honneur, &
avec des emblêmes de sagesse & de vertu.
Mais nul homme ne peut être véritable-
ment supérieur à un autre sans un mérite
supérieur, & ce rang ne sçauroit non
plus nous être ôté, que le mérite qui l'é-
rablit.
L'autorité suprême donne une valeur
imaginaire & arbitraire aux espéces d'or
& d'argent: c'est pourquoi elles nont
pas le même cours en tout tems & en tous
lieux; mais la valeur réelle reste invaria-
ble, & l'homme prévoyant se défait aus-
si-tôt qu'il peut de ses pieces légeres, &
amasse le bon argent. Ainsi le mérite ne
peut procurer la même considération uni-
versellement, mais le titre à cette consi-
dération est le même, & sera reconnu le
même en chaque circonstance par ceux
qui sont sages & vertueux; s'il n'est pas
reconnu par ceux qui ne sont ni sages ni
vertueux, rien cependant ne nous est ôté.
Nous navons pas raison de nous plain-
dre: ces derniers nous considéroient pour
AVRIL. 1752.
19.
un ratig que nous avions pour notre ti-
tre, non pour notre valeur intrinseque.
Nous n'avons plus ce rang, ce titre; ils
ne nous considerent plus: ils admiroient
en nous ce que nous nadmirions pas
nous mêmes: s'ils apprennent à nous né-
gliger, apprenons à avoir pitié d'eux;
ieur assiduité étoit importune: ne nous-
plaignons pas du repos que leur change-
ment nous procure; appréhendons plutôt
le retour de ce rang & de ce pouvoir, le-
quel semblable à un jour de Soleil, pour-
roit ramener ces insectes, & les faire four-
miller autout de nous. L'inclination à
faire autant de bien qu'il est possible est
inséparable d'une ame vertueuse; mais
l'homme sage se contente lui-même,
quand il en fait autant que sa situation lui
permet d'en faire, & il n'y a point de si-
tuation dans laquelle nous n'en puissions
faire beaucoup; il se console d'être privé.
d'un plus grand pouvoir, de faire le
bien, parce qu'il évite les tentations de
faire le mal.
Les inconvéniens dont nous avons par-
lé, n'entraînent donc avec eux rien de
difficile à soutenir par un homme sage &
vertueux, & ceux dont il nous reste à
parler. Le mépris & l'ignominie ne peu-
vent jamais tomber dans son lot. Il est im-
10. MERCUREDE FRANCE.
possible que celui qui se respecte lui-men-
me, puisse être méprisé par les autres, &
comment l'ignominie peut elle intéresser
un homme qui rassemble toutes ses forces
en lui-même, qui appelle du jugement de
la multitude à un autre tribunal, & vit
indépendant du genre humain & des ac-
cidens de la vie.
Caton manqua d'être élu Préteur &
Consul. Y a-t-il personne assez aveugle
pour imaginer que ces refus ayent desho-
noré un si grand homme. La dignité de
ces deux Magistratures auroit été augmen-
tée, s'il en eut été révêtu: elles en souf
frirent, non Caton.
Vous avez remplis les devoirs d'un bon
citoyen; vous vous êtes fidelement acqui-
tez de ce qui vous avoit été confié; vous
avez suivi les intérets de votre pays, sans
regarder aux ennemis que vous vous fai-
fiez, & aux dangers qui vous entour-
roient: votre pays recueille le bénéfice
de ces services, & vous souffrez pout les
avoir rendus: les personnes malgrez les-
quelles vous serviez ou même sauviez le
Public, conspirent & achevent votre rui-
ne particuliere; ils sont vos accusateurs,
& la foule inconstante & ingrate est vo-
tre juge, votre nom est suspendu dans les
tables de proscription, & l'artifice joint
AVRIL.
1752.
21
à la malice entreptend de faire passer vos
meilleurs actions pour des crimes & de
ternir votre réputation: pour cet effet,
la sacrée voix du Sénat est obligée de pro-
noncer un mensonge, & ces Registres
qui doivent être l'éternel monument de
la vérité, deviennent les témoins de l'im-
posture & de la calomnie.
Vous croyez que de telles circonstances
sont intollérables, & vous préféreriez la
mort à un exil si ignominieux: ne vous y
trompez pas, l'ignominie reste sur ceux qui
persécutent injustement, & non sur celui
qui souffre une injuste persécution.
Supposé que dans l'acte qui vous ban-
nit, il fut déclaré que vous avez quelque
maladie contagieuse, ou que vous êtes
bossu ou défiguré; ceci rendroit les Légis-
lateurs ridicules, l'autre les rend infâmes.
Mais nul des deux ne peut intéresser un
homme, qui dans un corps sain & bien
proportionné, jouit d'une conscience net-
te de toutes les fautes qu'on lui attribue.
Mettons ceci dans un plus grand jour,
en supposant quelques cas encore plus
particuliers. Vous êtes banni & poursuivi
avec acharnement, parce que vous sépa-
riez les intérêts de votre pays de l'intérêt
des Factieux qui le troublent, & de ses
voisins: ceux que vous empêchi:z de
itredy0O
22 MERCURE DEFRANCE.
triompher plus long tems à ses dépens, se
rangent aux vôtres. Voudriez-vous re-
tourner chez vous, à condition de ne
donner que la troisième place aux intérêts
de votre Patrie, de prostituer son pouvoir
à l'ambition des autres Puissances, sous
prétexte de la sauver des dangers imaginai-
res, & à condition de faire passer les ri-
chesses entre les mains des plus vils & des
plus méprisables de ses concitoyens, sous
l'apparence de payer les dettes réelles. Si
vous pouvez vous soumettre à une aussi
infâme composition, vousn'êtes pas l'hom-
me auquel j adresse mon discours, mais si
vous avez assez de vertu pour la mépriser
pourquoi vous repentiriez-vous de l'autre
alternative; être banni d'un tel pays &
avec de tels circonstances, c'est être dé-
livré de prison. Diogene fut chassé de
Royaume du Pont pour avoit contrefait
la monoye du Prince; Stratonicus crut
qu'il lui étoit permis d'être faussaire, pour
pouvoir obtenir d'être banni de Seriphos.
Mais vous, vous avez obtenu votre li-
berté pour faire votre devoir. De toutes
les ignominies, une mort ignominieuse
est censée la plus grande; & néanmoins
quel est le blasphémateur qui osera diffa-
mer la mort de Socrate. Ce grand homme
entra dans la prison avec la même ferme-
AVRIL. 1752.
23
té avec laquelle il réduisit les trente Ty-
rans, & il rendit ce lieu respectable: car
comment eût-il été une infâme prison,
quand Socrate y étoit.
Le banissement avec toute la suite de
meaux qui l'accompagnent, loin d'être la
cause du mépris rend respectable celui
qui le supporte avec un esprit ferme. Pen-
dant que tant d'autres en sont abattus
celui- ci érige sur ces mêmes malheurs un
trophée à la réputation; car tel est la dis-
position de notre esprit que rien ne le frap-
pe avec plus d'admiration qu'un homme
intrepi de au milieu de l'infortune. Lors-
qu'Aristide fut mené au supplice tous ceux
qui rencontroient cette triste marche bais-
soient les yeux, & le cœeur serré pleuroient,
non l'homme innocent, mais la Justice
elle-même qui étoit condamnée en lui:
néanmoins il se trouva là un misérable,
car les monstres sont quelquefois produits
contre les regles de la nature, qui lui
cracha au visage, Aristide essuya sa joue,
sourit & se tournant vers le Magistrat:
admonestés, lui dit-il, cet homme pour
qu'il ne soit pas si sale à l'avenir.
L'ignominie ne peut donc prendre
sur la vertu; car la vertu est en chaque
condition la même, & exige le même res-
pect; nous applaudissons le monde quand
24 MERCUREDE FRANCE.
elle prospere, & quand elle tomnbe dans
l'adversité nous l'applaudissons elle- même:
semblable aux temples des Dieux elle est
vénérable même dans ses ruines.
Ceci posé, n'est-ce pas un dégré de folie
de différer un moment à acquerir les seu-
les armes capables de nous défendre con-
tre les attaques ausquelles nous sommes à
chaque moment exposés. Lebonheur de no-
tre vieillessedépend de la manieredont nous
avons passé notre jeunesse, & nous som-
mes heureux ou malheureux quand nous
tombons dans l'infortune, selon que nous
avons joui de notre prospérité. Si nous
nous sommes appliqués de bonne heure
à l'étude de la sagesse & à la pratique de
la vertu, ces maux deviendront indiffé-
rens: si nous avons négligé de le faire ils
deviendront pesans: dans ce premier cas
ils ne sont pas des maux, & dans le se-
cond, ils sont des remedes à de plus
grands maux.
Zénon se rejouissoit de ce qu'un naufrage
l'avoit jetté sur les côtes d'Athenes: il
dut à la perte de sa fortune l'acquisition de
la vertu de la sagesse & de l'immortalité. Il
y a de bons & de mauvais airs pour l'esprit
aussi-bien que pour le corps: souvent la
prospérité irrite nos maladies habituelles,
& nous laisse sans esperance de trouver de
spécifique
AVRIL.
1752.
25
spécisique que dans l'adversité: dans ce
cas le bannissement est semblable à un
changement d'air, & les maux que nous
y souffrons, semb ables à autant de médeci-
nes appliquées à des maladies invétérées.
Ce qu'Anacharsis disoit de la vigne,
peut être dit de la prospérité: elle porte
les trois grapes, de plaisir, d'yvresse & de
chagrin. Heureux est celui que la derniere
peut guérir du mas qu'ont opéré les deux
autres; mais si l'affliction manque d'avoir
ce salutaire effet, le cas est desespêré: cat
le dernier remede dont l'indulgente Pro-
vidence use envers nous, s'il manque,
nous languirons & mourrons dans la mi-
sere & dans le mépris.
Hommes vains que nous sommes! Com-
bien rarement Içavons-nous que souhai-
ter ou que demander: quand nous prions
pour éloigner de nous ces malheurs, &
quand nous les craignons le plus, nous en
avons le plus de besoin. C'étoit par cette
raison que Pythagore défendit à ses Dis-
ciples de demander à Dieu aucune chose
en particulier, la meilleure & la plus cour-
te priere que nous puissions adresser a ce-
Jui qui connoît nos besoins & notre igno-
rance dans nos demandes est celle- ci: ta
volonté soit faite.
Ciceron dit en quelque endroit de ses
26 MERCURE DEFRANCE.
Ouvrages que, comme le bonheur est l'ob-
jet de toute Philosophie, les disputes par-
mi les Philosophes proviennent de leurs
différentes idées du souverain bien. Ré-
conciliez-les en ce point, vous les récon-
cilirez dans le reste. L'Ecole de Zénon
plaçoit le souverain bien dans la vertu
nue. Il poussa ce principe au-delà du plus
haut point de la Nature & de la vérité.
Un esprit d'opposition à une autre doc-
trine qui devint en grande vogue, pen-
dant que Zénon étoit à la mode, pou-
voit être l'ocasion de cet excès.
Epicure plaçoit le souverain bien daus
la volupté; ces termes volontairement, ou
par hazard mal entendus par ses Secta-
teurs pouvoient aider à pervertir sa Doc-
trine; mais ce fut la rivalité qui aigrit la
dispute; car en vérité il n'y a pas si grande
différence qu'on se l'imagine entre le
Sroicisme réduit à des termes raisonnables
& intelligibles, & le vrai & ortodoxe
Epicurisme. Le felicis animi immota tran-
quillitas du premier; & le voluptas de
l'autre sont proches alliés, & je doute si
le plus ferme Héros du Portique auroit
supporté un accès de pierre sur les princi-
pes de Zénon, avec plus de magnanimité
& de patience que fit Epicure sur ceux de
sa propre Philosophie. Cependant Aristo-
AVRIL.
1752.
27
te prit un milieu, on s'expliqua mieux, il
plaça le bonheur dans ces avantages joints
ensemble, ceux de l'esprit ceux du corps
& ceux de la fortune, ils sont raisonna-
blement joints; mais il est certain qu'ils
ne doivent pas être placés sur un pied
égal. Nous pouvons beaucoup mieux sup-
porter la privation des dernieres que celle
des autres, & la pauvreté même de laquel-
le le genre humain est si effrayé, est sute-
ment moins fâcheuse que la folie ou la
pierre, quoiqu en pensât Chrisipe, qui di-
soit quil étoit meilleur de vivre fou que
de ne pas vivre.
Si le bannissement donc, en nous ôtant
les avantages de la fortune, ne peut nous
oter des avantages plus précieux, qui sont
ceux de l'esprit & du corps, & si cet
accident est capable quand nous les possé-
dons, de nous les rendre quand nous les
avons perdus: le bannissement est un
léger malheur pour ceux qui sont déja
sous la domination de la raison, & un
très-grand bien pour ceux qui sont encore
plongés dans des vices capables de ruiner
la santé du corps & de l'esprit. L'exil doit
être souhaité comme une faveur par ceux-
ci, & ne doit être craint par personne, si
nous sommes dans ce cas, secondons les
desleins de la Providence en notre fa-
B ij
28 MERCUREDE FRANCE.
veur: réparons la perte despremieres occa-
sions, en ne laissant pas échapper la der-
niere.
Nous pouvons racourcir la durée des
maux que nous aurions pu prevenir, & à
mesure que nous prendrons le dessus sur
nos passions desordonnées, & sur nos vi-
cieuses habitudes, nous sentirons nos pei-
nes diminuer à proportion. Chaque pas
qu'on fait dans le chemin de la vertu est
consolant. Avec combien de joie l'hom-
me qui prosite de ses malheurs en cette
maniere découvrira-t. il que ces maux qu'il
attribue à son exil, n'avoient leur source
que dans la vanité & la folie, & disparois-
sent avec elles.
Il verra que dans sa premiere disposi-
tion d'esprit, il ressembloit à ce Prince ef-
féminé qui ne vouloit nulle autrę eau que
celle de la riviere de Choaspes, ou à cette
sotte Reine, qui dans une des Tragédies
d'Euripide, se plaint amérement qu'elle
n'avoit pas allumé la torche nuptiale, &
que la riviere Ismeus n'avoit pas fourni
de l'eau aux nôces de son fils.
La vûe d'un état si humiliant lui en fera
souhaiter un autre; lorsqu'il y sera atrivé,
il sera convaincu par sa propre expérien-
ce, la plus forte de toutes les preuves,
qu il étoit malheureux, parce qu'il étoit vi-
AVRIL. 1752.
29
cieux & non parcequ'il étoit banni. Si je ne
traignois qu on ne dit que c'est trop rafi-
ner, je me garderois de parler ici de quel-
ques avantages de la fortune, qui nous
sont donnés pour balancer ceux que l'exil
nous ôte. Ily en a un qui a été négligé par
de grands hommes, & même par des Sages.
Démetrius Phalérius banni d'Athenes,
devint premier Ministre du Roi d'Agyp-
te, & Thémistoeles fut si bien reçu a la
Cour de Perse, qu'il disoit que sa fortu-
ne auroit été perdue, s'il n'avoit pas été
ruiné, mais Démétrius s'exposa par sa fa-
veur, sous le premier Ptolomée, à une
nouvelle disgrace; & sous le second
Thémistocles qui avoit été le Capitaine
d'un Peuple libre, devint le vassal du
Prince qu'il avoit lui-même batu. Ne vaut-
il' pas mieux jouir de l'avantage qui est
propre à l'exil, & vivre pour nous-mê-
mes, quand nous ne sommes plus obliges
de vivre pour autrui,
Si vous êtes sage, votre loisir sera uti-
lement employé, & votre retraite ajou-
tera un nouveau lustre à votre caractere.
Imitez Thucidide en Thrace, ou Xé-
nophon dans fa petite ferme à Sillus; dans
une telle retraite, vous pourrez vous éta-
blit comme un habitant d'Elis qui voyoit
les jeux Olympiques, sans y prendre aucune
Biij
30 MERCURE DEFRANCE.
part: loin de l'embaras du monde & pres-
qu'indifférent Spectateur, ayant payé dans
une viè publique, ce que vous deviez au
fiécle présent payes dans une vie privée
te que vous deviez à la postérité.
Eorivez comme vous vivez, sans pas-
tion, & établisses votte réputation, com-
me vous établissen cotre bonheur sur les
fondemens de la vérité: s'il vous manque
les talens, l'inclination ou les matériaun
nécessaires pour de tels Ouvrages; ne
tombez pas pourtant dans l'oisiveté, tâ-
chea de eopier l'exemple de Scipion à l'In-
ternum, & d'être capable de vous dire à
vous-même innocuus amo delicias, doctam-
que quietem 3 j'aime les plaisirs innocens;
& le sçavant repos.
Les amusemens rustiques & les médita-
tions Philosophiques feront couler douce-
ment vos heures; & si la bonté du Ciel
vous à donné un ami semblable à Lelius,
rien ne manquera à votre parfait bonheur.
Ce sont. là quelques unes des réflexions
qui peuvent servir à fortifier l'esprit con-
tre l'exil & contre les autres malheurs de la
vie ausquels chaque homme a intérêt de se
préparer, parce qu'ils sont communs à tous
les hommes: je dis qu'ils sont communs
à tous les hommes, car ceux qui les évitent
y sont également exposés. Les dards de la
AVRIL. 1732.
3
mauvaise fortune sont toujourspointés con-
tre nos tentes: quesques uns nous attrapent:
quelques autres glissent sur nous, & s'en-
volent pour blesser nos voisins; c'est pour-
quoi tenons notre esprit dans une égale
disposition, & payons sans murmurer le
tribut que nous devons à l'humanité: l'hy-
ver apporte le froid, & nous sommes
glacés: l'Eté ramene la chaleur, & nous
brulons: l'intempérance de l'air dérange
notre santé: ici nous sommes exposés aux
bêtes sauvages, & là à des hommes plus
sauvages que les bêtes, & si nous écha-
pons aux dangers de l'air & de la terre,
il y a des dangers d'eau & de feu: il
n est pas en notre pouvoit de changer cet
ordre des choses qui est établi; mais il est
en notre pouvoir de nous approprier une
élévation dans l'ame convenable à des
liommes sages & vertueux qui nous rende
capable de combattre avec fermeté les ac-
cidens de la vie, & de nous conformer
aux ordres de la Nature: or la Nature
gouverne son grand Royaume, le monde
par de continuelles mutations, les nuées
se dispersent, & le firmament devient clair.
Le calme succede à l'orage, & l'orage au
calme: les vents soufflent à leur tour de
chaque côté: les jours suivent les nuits,
& les nuits suivent les jours: les planet-
B iiij
32 MERCUREDE FRANCE.
tes se levent & se couchent selon leurs
différens cours; & ainsi l'éternité est con-
nue par une perpétuelle révolution de
contraires. Ceci est l'ordre auquel nous
de vons conformer nos esprits; suivons-
le, soumettons-nous y, pensons que tout
ce qui arrive doit arriver, & ne soyons
jamais assez fous pour nous plaindre de la
Nature: la meilleure résolution que nous
puissions pendre, est de fouffrir ce que
nous ne pouvons changer, & de suivre
fans murmurer la route que la Providence
qui dirige chaque chose, nous a marquée;
car ce n'est pas assez de la suivre, & ce-
lui-là, est un mauvais soldat qui soupire
& marche avec répugnance: nous devons
recevoir nos ordres avec courage & gaye-
té, & ne pas chercher à échaper du poste
qui nous est assigné dans ce bel ordre, &
cette belle disposition des choses dont nos
fouffrances mêmes font une partie néces-
saire: adressons-nous à Dieu qui gouver-
ne tout, comme Cléante fit dans ces ad-
mirables vers, qui vont perdre une partie
de leur grace & de leur énergie dans ma
Traduction.
Pere de la Nature, maître du monde,
tu vois mes pas se tourner avec une joyeu-
se résignation par tout où ta providence
les conduit.
AVRIL. 1752.
33
La Destinée mêne ceux qui marchent
volontairement, & entraîne ceux qui ré-
sistent.
Pourquoi pleurerois je quand malgré
mes pleurs il faut souffrir.
Ou pourquoi recevrai-je sans mérite co
qu'il ne dépend que de moi de recevoir
en méritant.
Parlons & agissons ainsi, la résignation
à la Providence est la véritable magnani-
mité, mais la marque d'un esprit bas &
pusillanisme est de cenfurer les ordres de
Dieu, & au lieu de rectifier notre propre
conduite, de nous élever contre celle de
notre Créateur.
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Résumé : Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord Bolinbroke.
Dans 'Suite des Réflexions sur l'exil', Bolingbroke examine la capacité humaine à endurer l'exil et ses souffrances. Il différencie les besoins naturels des désirs induits par l'éducation et l'habitude, affirmant que réduire ces désirs peut augmenter la richesse intérieure et diminuer les soucis. Il illustre cette idée en comparant la simplicité de grands hommes historiques à la vie luxueuse des riches modernes. Pour mieux supporter l'exil, Bolingbroke préconise la préparation mentale et la maîtrise des passions. Il discute de la véritable valeur personnelle par rapport aux honneurs extérieurs, soulignant que le mérite réel est la seule base valable pour évaluer un individu. L'exemple de Caton, dont la dignité est restée intacte malgré les échecs politiques, est cité pour appuyer cette idée. Bolingbroke note également que les persécutions injustes retombent sur les persécuteurs plutôt que sur la victime. Le texte explore la vertu et la manière de la maintenir face à l'adversité, en utilisant des exemples comme Socrate et Aristide. Bolingbroke critique les prières spécifiques, préférant une acceptation de la volonté divine. Il compare les philosophies stoïcienne et épicurienne, toutes deux visant à atteindre une tranquillité d'esprit. Bolingbroke discute des approches des philosophes anciens face au bonheur et à la résilience, suggérant que l'exil peut être une opportunité de progrès personnel et moral. Il encourage à utiliser le temps libre pour des activités constructives et à cultiver des amitiés sincères. Le texte met en avant l'acceptation des aléas de la vie et la nécessité de s'y conformer, recommandant la résignation et la soumission aux desseins divins. Bolingbroke compare ceux qui acceptent leur sort à de bons soldats et conclut par une réflexion sur la véritable magnanimité, qui réside dans l'acceptation des ordres divins.
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12995
p. 34-37
EPITRE A MONSIEUR B. A N.
Début :
AINSI par un tendre esclavage. [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A MONSIEUR B. A N.
EPITRE
A MONSIEUR B. A N.
AINSI par un tendre esclavage.
L'Hymen captive votre coeur:
Themire à la fleur de son âge
Va donc faire votre bonheur :
Damon, sans doute la sagesse
Enchaînant l'Amour sous ses loix
De concert avec la tendresse
Inspire & sixe votre choix.
Le Dieu séduisaut de Cythere
Au milieu des Ris & des Jeux,
Des Mortels attire les voeux
Par le charme du doux mystére;,
A peine a-t. il lancé ses traits
Qu'on fent les plus vives allarmes:
On se plaint, on verse des larmes,
Bientôt l'amour perd ses attraits.
Celui que la raison asfure
Contre la fougue des désits,
Sent naître de nouveaux plaisirs,
Dans une félicité pure.
De son épouse encore amant,
Et chaque jour plus complaisant,
AVRIL.
Satisfait, il vit auprès d'elle,
Comptant sur sa vertu fidelle.
Il sçait que la captivité
la gêne, & la févérité.
Eteignent la vive étincelle
Et l'ame de la volupté;
Et que la flamme la plus belle
Expire sans la liberté.
Dans les liens du mariage,
S'il éprouve quelques dégodis,
Il sçait bientôt en faire usage :
Pour rendre ses plaisirs plus doux-
Ainsi d'une chaîne légère
Il chérit les tendres auraits;
Son ardeur n'est point passagere,
Et dans l'objet qui veut lui plaire-
Il trouve tous les biens parfaits.
Chez le beau monde ridicule
On connoît peu le sentiment;
L'intérêt dicte la formule
D'un mutuel engagement.
Le goût préside rarement,
Et l'Hymen se fait un scrupule:
D'aimer avec attachement.
Parjure, infidele, volage,
Malgré la foi de son serment,
Ilibrave l'Amout, il l'outrage,
Pour la gloire d'Atte inconstant,
1752.
3
B.V
36 MERCUREDE FRANCE.
Simplicité du premier âge,
Où régnoit l'amour ingenu,
Heureux tems qu'es- tu devenu?
Hymen, jadis constant & sage,
Des Mortels de notre rivage
Seras tu toujours méconnu:
Vis tu dans les Foyers ant iques
De nos Ancêtres vertueux,
Les dissensions domestiques
Troubler leur sort délicieux:
Vis tu dans sa fureur jalouse
Un Epoux aveugle, emporté
Publiquement de son Epouse
Poursuivre l'infidélité?
Deux coeurs unis sous tes auspices
Vivoient heureux par tes bienfaits
Loin du dégoût, loin des caprices,
Ils goûtoient les tendres délices
Des plaisirs filés par la Paix.
Jamais la trist esse & les larmes
Ne venoient altérer leurs jours,
Ils s'aimoient pour s'aimer toujouis,
Et trouvoient encore des charmes,
Dans la viellesse des amours.
Vous, que l'Hymen à son empire-
A soumis par un trait vainqueur
Cher Damon, vengez son honaeur,
AVRIL.
1752. 37
Eui-mème à vos vœeux il conspire.
Gputez le tranquille bonheur
Au sein des plaisirs qu'il inspire;
Et que de plus en plus Themire
Devienne chere à votre cœeur.
RAOULT.
A MONSIEUR B. A N.
AINSI par un tendre esclavage.
L'Hymen captive votre coeur:
Themire à la fleur de son âge
Va donc faire votre bonheur :
Damon, sans doute la sagesse
Enchaînant l'Amour sous ses loix
De concert avec la tendresse
Inspire & sixe votre choix.
Le Dieu séduisaut de Cythere
Au milieu des Ris & des Jeux,
Des Mortels attire les voeux
Par le charme du doux mystére;,
A peine a-t. il lancé ses traits
Qu'on fent les plus vives allarmes:
On se plaint, on verse des larmes,
Bientôt l'amour perd ses attraits.
Celui que la raison asfure
Contre la fougue des désits,
Sent naître de nouveaux plaisirs,
Dans une félicité pure.
De son épouse encore amant,
Et chaque jour plus complaisant,
AVRIL.
Satisfait, il vit auprès d'elle,
Comptant sur sa vertu fidelle.
Il sçait que la captivité
la gêne, & la févérité.
Eteignent la vive étincelle
Et l'ame de la volupté;
Et que la flamme la plus belle
Expire sans la liberté.
Dans les liens du mariage,
S'il éprouve quelques dégodis,
Il sçait bientôt en faire usage :
Pour rendre ses plaisirs plus doux-
Ainsi d'une chaîne légère
Il chérit les tendres auraits;
Son ardeur n'est point passagere,
Et dans l'objet qui veut lui plaire-
Il trouve tous les biens parfaits.
Chez le beau monde ridicule
On connoît peu le sentiment;
L'intérêt dicte la formule
D'un mutuel engagement.
Le goût préside rarement,
Et l'Hymen se fait un scrupule:
D'aimer avec attachement.
Parjure, infidele, volage,
Malgré la foi de son serment,
Ilibrave l'Amout, il l'outrage,
Pour la gloire d'Atte inconstant,
1752.
3
B.V
36 MERCUREDE FRANCE.
Simplicité du premier âge,
Où régnoit l'amour ingenu,
Heureux tems qu'es- tu devenu?
Hymen, jadis constant & sage,
Des Mortels de notre rivage
Seras tu toujours méconnu:
Vis tu dans les Foyers ant iques
De nos Ancêtres vertueux,
Les dissensions domestiques
Troubler leur sort délicieux:
Vis tu dans sa fureur jalouse
Un Epoux aveugle, emporté
Publiquement de son Epouse
Poursuivre l'infidélité?
Deux coeurs unis sous tes auspices
Vivoient heureux par tes bienfaits
Loin du dégoût, loin des caprices,
Ils goûtoient les tendres délices
Des plaisirs filés par la Paix.
Jamais la trist esse & les larmes
Ne venoient altérer leurs jours,
Ils s'aimoient pour s'aimer toujouis,
Et trouvoient encore des charmes,
Dans la viellesse des amours.
Vous, que l'Hymen à son empire-
A soumis par un trait vainqueur
Cher Damon, vengez son honaeur,
AVRIL.
1752. 37
Eui-mème à vos vœeux il conspire.
Gputez le tranquille bonheur
Au sein des plaisirs qu'il inspire;
Et que de plus en plus Themire
Devienne chere à votre cœeur.
RAOULT.
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Résumé : EPITRE A MONSIEUR B. A N.
L'épître célèbre l'union prochaine de Damon et Themire. L'auteur souligne que l'amour, lorsqu'il est dirigé par la sagesse et la tendresse, conduit à un bonheur durable. Il explique que l'amour initial, souvent tumultueux, peut se transformer en une félicité stable grâce à la raison. Le mariage est vu comme un lien contraignant mais permettant de jouir de plaisirs authentiques et durables. L'auteur critique le 'beau monde' où les unions sont dictées par l'intérêt plutôt que par le sentiment, entraînant infidélité et inconstance. Il déplore la perte de la simplicité et de l'amour véritable des temps anciens, où les couples vivaient heureux et unis jusqu'à la vieillesse. Damon est encouragé à chérir Themire et à préserver l'honneur du mariage en cultivant un amour sincère et constant.
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12996
p. 37-58
LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
Début :
LA Guerre a ses conquérans, comme la Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
LA GLOIRE DU ROI
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
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Résumé : LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
Dans 'La Gloire du Roi', A. M. Lot examine les vertus royales en temps de guerre et de paix, soulignant la bravoure nécessaire pendant les conflits et la sagesse requise en période de tranquillité. Louis XIV est présenté comme un souverain exemplaire, combinant courage militaire et sagesse politique. Ses campagnes en Flandre et en Alsace, notamment la prise de Menin et de Fribourg, visent à repousser les menaces extérieures et à protéger ses sujets et alliés. Louis XIV démontre du courage et de la détermination face à des ennemis nombreux et bien armés. Après ses victoires, Louis XIV aspire à la paix, traitant ses adversaires vaincus avec humanité et générosité, et évitant de verser inutilement du sang. Il préfère la modération et la réconciliation à la gloire militaire, rendant les territoires conquis pour montrer sa clémence et son désir de paix. Cette paix est perçue comme un acte de générosité envers les ennemis, de fidélité envers les alliés, et d'amour envers les sujets. En quatre campagnes, les soldats français ont pris quarante places et remporté quatre batailles, mais ont rendu les territoires conquis par générosité. La paix retrouvée après des années de guerre est célébrée pour ses nombreux avantages. Louis XIV, libéré des combats, peut se consacrer à sa famille et à ses sujets. Les soldats peuvent narrer leurs exploits et savourer leur repos. Les familles sont réunies, les provinces protégées, et le commerce renaît, stimulant l'économie. Louis XIV est acclamé pour sa gloire, sa justice et sa modestie, ayant mené une guerre victorieuse et conclu une paix admirée. Le texte exprime l'espoir d'un règne marqué par une paix perpétuelle et le bonheur des sujets.
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12997
p. 58-59
FABLE NOUVELLE De M. Pesselier. TIMARETTE, HILAS.
Début :
HILAS. TU dédaignes l'Amour ? ... [...]
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texteReconnaissance textuelle : FABLE NOUVELLE De M. Pesselier. TIMARETTE, HILAS.
FABLE NOUVELLE
De M. Pesselier.
TIMARETTE, HILAS.
HILAS.
TU dédaignes l'Amour ? ...
THIMARETTE.
Non, mais je le redoute;
HII4S.
C'est que tu méconnois sans doute,
Les charmantes douceurs de l'Empire amoure ua
TIMARETYE.
Ab! Je ne cherche point, Berger à les connostre;
AVRIL. 1752. 39
HILAS.
Pourquoi cet Arrêt rigoureux:
TTMARITTE.
Si je les connoissois, je m'y plairois peut-être;
Les penchans les plus doux sont les plus dange-
reux.
HILaS.
Reçois du moins la Tourterelle
Qu'en chassant l'autre jour j'ai prise dans nos Boi
Tu pourras apprendre par elle
Ce que l'on souffre sous tes loix.
TIMARETTE.
Non Hilas, je ne veux ni la vois ni l'entendee,
Et tu peux la garder pour toi,
Quand on craint de devenir tendre.
Il ne faut point avoir de tels oiseaux chez soi.
De M. Pesselier.
TIMARETTE, HILAS.
HILAS.
TU dédaignes l'Amour ? ...
THIMARETTE.
Non, mais je le redoute;
HII4S.
C'est que tu méconnois sans doute,
Les charmantes douceurs de l'Empire amoure ua
TIMARETYE.
Ab! Je ne cherche point, Berger à les connostre;
AVRIL. 1752. 39
HILAS.
Pourquoi cet Arrêt rigoureux:
TTMARITTE.
Si je les connoissois, je m'y plairois peut-être;
Les penchans les plus doux sont les plus dange-
reux.
HILaS.
Reçois du moins la Tourterelle
Qu'en chassant l'autre jour j'ai prise dans nos Boi
Tu pourras apprendre par elle
Ce que l'on souffre sous tes loix.
TIMARETTE.
Non Hilas, je ne veux ni la vois ni l'entendee,
Et tu peux la garder pour toi,
Quand on craint de devenir tendre.
Il ne faut point avoir de tels oiseaux chez soi.
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Résumé : FABLE NOUVELLE De M. Pesselier. TIMARETTE, HILAS.
En avril 1752, la fable 'Timarette et Hilas' de M. Pesselier montre Timarette, méfiante envers l'amour malgré ses attraits. Hilas lui offre une tourterelle pour symboliser les souffrances amoureuses. Timarette refuse, craignant de devenir sensible. Elle préfère éviter les signes d'amour pour ne pas tomber amoureuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12998
p. 60-62
VERS A MLLE ***. Dont M. M. ***. Pere & Fils sont amoureux.
Début :
Philis mes beaux jours sont passez, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS A MLLE ***. Dont M. M. ***. Pere & Fils sont amoureux.
VERS A MLLE ***.
Dont M. M. ***. Pere & Fils sont
amoureux.
Philis mes beaux jours sont passez,
Et mon fils n'est qu'à son autore.
Pour vous, il est trop jeune encore,
Et je ne le suis pas assez.
UUne maligne destinée
Sauve nos coeurs de votre loi,
Vous naquîtes trop tard pour moi,
Pour lui vous êtes trop tôt née.
Ni moi ni ce jeune Ecolier
A votre cœeur n'osons prétendre;
A peine il commence d'apprendre
Et je commence d'oublier.
Que votre destin & le nôtre
Seroit charmant, seroit heureux
Si ce qui manque à l'un des deux
Pouvoit se reprendre sur l'autre.
OO
AVRIL.
1752.
Si de mon âge joint au sien
On faisoit un égal partage,
Et qu'on ajoutât a son âge
Ce que l'on ôteroit du mien !
Pesden.
reto
Par- la vous pourriez voir éclore
Pour vous deux Serviteurs parfaits,
Je deviendrois ce que j'étois
Et lui ce qu'il n'est pas encore.
Mais pourquoi former ce désit?
Si notre âge approchoit du vôtre
Nous serions rivaux l'un de l'autre,
Et vous auriez peine à choisir.
e
Qie mon fils, done, seul y prétende:
Que pour atteindre vos appas
L'amour en lui double le pas,
Ou que votre beauté l'attende.
Que fera-t-elle en l'attendant?
Votre coeur avant qu'il s'engage
Voudroit- il se mettre en ôtage
Entre les mains d'un consident?
61
61 MERCUREDEFRANCE.
Mais, Dieux! Quelle assurance prendre
Sur un jeun: cœur en dépôt !
Tel qui l'auroit mourroit plutôt
Que de se résoudre à le rendre.
Ce cour, s'il vouloit prendre avis
Sur un si délicat mistere
Pourroit essayet sur le pere
Comment il aimera le fils.
Par M. MAUDET de S. Mathurin.
Dont M. M. ***. Pere & Fils sont
amoureux.
Philis mes beaux jours sont passez,
Et mon fils n'est qu'à son autore.
Pour vous, il est trop jeune encore,
Et je ne le suis pas assez.
UUne maligne destinée
Sauve nos coeurs de votre loi,
Vous naquîtes trop tard pour moi,
Pour lui vous êtes trop tôt née.
Ni moi ni ce jeune Ecolier
A votre cœeur n'osons prétendre;
A peine il commence d'apprendre
Et je commence d'oublier.
Que votre destin & le nôtre
Seroit charmant, seroit heureux
Si ce qui manque à l'un des deux
Pouvoit se reprendre sur l'autre.
OO
AVRIL.
1752.
Si de mon âge joint au sien
On faisoit un égal partage,
Et qu'on ajoutât a son âge
Ce que l'on ôteroit du mien !
Pesden.
reto
Par- la vous pourriez voir éclore
Pour vous deux Serviteurs parfaits,
Je deviendrois ce que j'étois
Et lui ce qu'il n'est pas encore.
Mais pourquoi former ce désit?
Si notre âge approchoit du vôtre
Nous serions rivaux l'un de l'autre,
Et vous auriez peine à choisir.
e
Qie mon fils, done, seul y prétende:
Que pour atteindre vos appas
L'amour en lui double le pas,
Ou que votre beauté l'attende.
Que fera-t-elle en l'attendant?
Votre coeur avant qu'il s'engage
Voudroit- il se mettre en ôtage
Entre les mains d'un consident?
61
61 MERCUREDEFRANCE.
Mais, Dieux! Quelle assurance prendre
Sur un jeun: cœur en dépôt !
Tel qui l'auroit mourroit plutôt
Que de se résoudre à le rendre.
Ce cour, s'il vouloit prendre avis
Sur un si délicat mistere
Pourroit essayet sur le pere
Comment il aimera le fils.
Par M. MAUDET de S. Mathurin.
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Résumé : VERS A MLLE ***. Dont M. M. ***. Pere & Fils sont amoureux.
Dans une lettre poétique datée d'avril 1752, M. Maudet de Saint-Mathurin exprime les sentiments amoureux qu'il éprouve, ainsi que ceux de son fils, envers une demoiselle anonyme. Il souligne que son fils est trop jeune et qu'il est, lui-même, trop âgé pour elle. Une 'maligne destinée' les empêche de déclarer leur amour. Il imagine un scénario idéal où leurs âges seraient équilibrés, mais reconnaît que cela créerait une rivalité entre lui et son fils. Il suggère que son fils devrait attendre que la demoiselle soit prête, tout en exprimant des doutes sur la fidélité d'un jeune cœur. Cette lettre a été publiée dans le Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12999
p. 63-70
LETTRE A M. de Vaucanson sur son nouveau tour à filer la soie.
Début :
JE ne suis pas le premier, & je ne serai pas le dernier, Monsieur, de qui vous [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. de Vaucanson sur son nouveau tour à filer la soie.
LETTRE
A M. de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie.
JE ne suis pas le premier, & je ne serai
pas le dernier, Monsieur, de qui vous
rece vrez des éloges au sujet de votre nou-
veau moulin à organciner les soyes. Je crois
cependant que vous devea être plus sensi-
ble à ceux qui vous vienneut de la part
des gens du métier. Nous avions senti
bien souvent, mes Confreres & moi, une
partie des inconvéniens que vous relevez
dans nos moulins actuels. Réflexions inu-
tiles, qui fante d'être femées sur un bon
fond, ne pouvorent porter aucun fruit. Il
vous étoit réservé, Monsieur, d'en apro-
fondir la totalité, & d'y appliquer un re-
mede aussi utile que bren entendu. Il est à
présumer qu'il ne s'en construira plus sur
s'ancienne methode: mais j'ai de la peine
à croire qu'on détruise aujourd'hui ceux
qui subsistent en bon état. La dépense se-
roit trop forte pour certaines fabriques.
On les usera, & pendant cet intervale, le
vôtre aura le tems de s'établir en plusieurs
64 MERCUREDEFRANCE.
endroits, & de devenit plus facile à cons-
truire par les modeles quon en aura sous
les yeux. C'est un Ouvrage parfait, dont
le Public doit vous conserver une éter-
nelle réconnoissance.
A cette obligation de votre part, Mon-
sieur, votre zéle vient d'en ajoûter une
seconde, par la description détaillée de
votre nouveau tout a filer la soye. Rien
de plus judicieux, de plus vrai & de plus
pratique que tout ce que vous dites sur
les différentes qualités de soye, sur la
triaille des cocons, les négligences des ti-
reuses, & sur le profit immense que lae
France pourroit faire au sujet des Organ-
cins, si ammés par vos exhortations &
par notre propre intérêt, nous parvenions
enfin à filer avec le même succès que les
Piémontois nos voisins. Je trefaillissois de
joye à la lecture de tant de bons avis que
nous fuivons si peu, & qu'il seroit plus fa-
cile de suivre qu'on ne pense. J'espere
que vous donnerez le ton, & que les cho-
ses prendront une autre face.
Après cet aveu aussi sincere que recon-
noissant, me permettrez vous, Monsieur,
de vous demander quelques éclaircifse-
mens, au fujet du nouveau tour à filer.
J'at vieilli dans la pratique, & cetre cir-
constance pourroit rendre excusable la li-
berté que je prends aujourd'hui.
AVRIL. 1752. 65
Je vous sçais bon gré, Mosieur, de
travailler plutôt à corriger le tour à-corde
sans fin, que d'infister sur l'usage de celui
du Piémont, dont la composition s'écarte
trop de la belle simplicité. Toute la Pro-
vence, le Languedoc & le Dauphiné ne
font usage que du premier, & l'on par-
viendra plus aisément à corriger ces mê-
mes tours, qu'à les remplacer par d'autres.
On a déja commencé d'en corriger plu-
sieurs sur une methode qui a bien du rap-
port à la vôtre, & nous sommes dans
le cas depuis trois ans. Mais comme les
choses ne se perfectionnent que par dé-
gré, je ne doute point qu'il n'y ait à pro-
fiter dans le vôtre, même pour ceux qui
ont subi la correction dont j'ai l'honneur
de vous parler.
Votre invention pour constater & régler
le nombre de la croifure, est marquée au
vrai coin de vos productions ordinaires.
Je la conçois aussi distinctement que si je la
voyois: mais j'ai de la peine à croire que
cette torsion à sens & contre sens ne soit
nuisible pour les parties internes de la
soye, qui pourroient être énervées par
cette double froissure. L'écart surnumérai-
re que les deux fils subissent dans votre
cercle, contribue encore à ce froissement,
la résistance ne peut qu'être plus forte,
66 MERCUREDEFRANCE.
& je ne sçais pas si une croisure du même
fens, & en même nombre que la 7otre,
ne seroit pas préférable. L'expérience, &
plus encore vos lumieres, serviront à
éclaircit ce point.
L'invention de rendre mobile la traver-
se qui porte la poulie des guides, est d'un
usage admirable pour la commodité &
l'exactitude du travail. Je puis en parlet
avec connoissance de cause, puisque nos
tours corrigés sont dans le même goût.
L'Auteur doit être bien flaté de cette con-
venance d'idées avec un Artiste aussi dis-
tingué que vous. Son poids est plus fort
que le vôtre. Nous le mettons à sept li-
vres, poids de marc, & l'effet en est
bon.
A l'égard de la proportion que vous éta-
blissez, Monsieur, entre la poulie de l'ar-
bre & la poulie du guide, elle me paroît
trop bornée, & je soupçonne fort qu'il
ny ait quelque faute d'impression. J'ai
d'autant plus raison de le penset ainsi,
que vous expliquez à merveille la néces-
sité qu'il y a de faire changer le fil conti-
nuellement de place afin que la soye puisse
secher plus facilement sur le devidoir. Or
sa proportion de 22- à 35, qui se trouve
dans votre description, ne répond pas as-
AVRIL. 1752.
67
sez à l'idée que vous donnez de la belle
distribution du fil dans la formation de
l'écheveau. J'ai calculé cette proportion
sur les principes que je trouve dans une
feuille publiée en 1749 parl'Auteur de cet-
te correction & je trouve que le fil ne pose
qu'en quatorze endroits différens pour re-
commencer à poser sur les mêmes. La Pro-
portion qui regne dans nos tours corrigés,
est de 23 à 37, & suivant le calcul &
l'expérience, le fil pose trente-sept fois
avant que de revenir sut le premier posé.
La différence de 14 à 37 paroît considé-
rable, & puisque vous aviez à choisir, je
me persuade que vous aurez porté vos
vues encore plus loin, & que celle de
22 à 35 aura été altérée sous la presse.
Il me paroîr aussi, Monsieur, que dans
votre nouveau tour, vous n'annnoncez
aucune précaution contre le défaut qu'on
appelle vitrage, défaut qui est le fleau de
toutes les filatures à corde sans fin, &
qui a seul déterminé les Piémontois à
mettre en place quatre pièces d'engréna-
ge. Aparemment que vous y faites usage de
quelque moyen dont vous avez oublié
de parler dans votre Description.
Je trouve dans la même feuille dont
j'ai parlé plus haut, que le vitrage se par-
tage en douze branches différentes, de-
68 MERCUREDEFRANCE.
puis deux jusqu'à treize positions du fil;
qu'elles ne proviennent les unes & les au-
tres que d'un tapport vicieux entre l'arbre
& la roulette, comme s'exprime l'Auteur.
Il y est encore dit que ces mêmes vitrages
sont très-voisins les uns des autres, &
qu'on a bien de la peine à se délivrer d'une
espéce, sans tomber dans une autre. Avant
que nos tours fussent corrigés, il y en
avoit plufieurs chaque jour qui vitroient
dans notre filature, les uns d'une façon,
& les autres d'une autte: quelques uns
changeoient plufieurs fois dans le même
jour de bien en mal & de mal en bien.
Nos soyes nous faisoient alors un déchec
considérable au dévidage, qui ne subsiste
plus depuis que nos tours sont corrigés.
Vous ne serez peut-être pas fâché,
Monsieur, que je place ici quelques mots
de cette correction pour pouvoit la com-
parer avec celle qui se trouve sans doute
dans votre nouveau tour. La roulette &
l'arbre, sont comme j'ai eu l'honneur de
vous le dire, dans la proportion de 37 à
23. L'un & l'autre sont ferrés, afin que
la corde ne s'enfonce pas dans le bois, ce
qui changeroit le calibre, & feroit dispa-
roître le bon effet de la correction. Par le
moyen de cette Proportion, l'Auteur dé-
montre dans son Imprimé, que de douze
AVRIL. 1752.
69
branches du vitrage, dix sont écartées ra-
dicalement & pour toujours, y compris
les plus nuisibles, comme 2, 3, 4, 5, 6,
7, & à l'égard du 8 & du 13 qui sont
extrêmement voisines de la susdite pro-
portion, & qu'il n est pas possible de dé-
truire radicalement, à cause que le tems
humide & le tems sec produisent de le-
gers changemens sur le bois : à l'égard,
dis-je, de ces deux espéces, l'Auteur se
sert de deux petites chevilles de fer,
qu'on place (une ou deux suivant le be-
soin) dans deux trous destinés pour cet
usage, & dont l'effet est surprenant. On
ne touche jamais à l'une ou l'autre de ces
deux chevilles, sans faire changer totale-
ment de face à l'échevau. Cela vient de
ce que cette cheville augmente ou dimi-
nue le calibre de la roulette d'environ un
cent cinquantième de partie, & rompt
par-là la proportion vicieuse du vitrage
qui disparoît dans l'instant, pour revenir
peut-être dans une autre occasion, & où
le même remede opérera le même effet.
Je suis également persuadé, Monsieur,
que vos deux poulies doivent être ferrées,
quoique vous nen disiez rien dans votre
description, sans quoi il seroit à craindre
que le calibre de ces deux piéces étant
OO
70 MERCUREDEFRANCE.
attiré par la pression continuelle de la cor-
de, votre tour ne tombât dans quelque es-
péce de vitrage. Car en supposant, par
exemple, que la proportion de 22 - à 35
fut véritablement celle que vous trouvez
la meilleure, vous auriez à craindre le vi-
trage du 3, qui ne differe de cette propor-
tion que de , de partie, & celui du 11,
qui en est encore plus voisin, n'y ayant
que — de difference; ainsi 23 - vitre-
roient à 3, & 22 7 vitreroient à 11 &c.
Vous vous êtes acquis le droit à juste
titre, Monsieur, de fixer les regards de
tout le Royaume sur vos productions en
fait de méchanique. Je ne crois pas vous
déplaire par la demande de ces petits éclair-
cissemens qui donneront à votre tour un
nouveau dégré de confiance. J'ose me fla-
ter que vous ne me refuserez pas une gra-
ce qui sera également profitable pout tou-
tes les personnes de ma profession.
J'ai l'honneur d'être,
N. C. O.
A Pertuis en Provence.
A M. de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie.
JE ne suis pas le premier, & je ne serai
pas le dernier, Monsieur, de qui vous
rece vrez des éloges au sujet de votre nou-
veau moulin à organciner les soyes. Je crois
cependant que vous devea être plus sensi-
ble à ceux qui vous vienneut de la part
des gens du métier. Nous avions senti
bien souvent, mes Confreres & moi, une
partie des inconvéniens que vous relevez
dans nos moulins actuels. Réflexions inu-
tiles, qui fante d'être femées sur un bon
fond, ne pouvorent porter aucun fruit. Il
vous étoit réservé, Monsieur, d'en apro-
fondir la totalité, & d'y appliquer un re-
mede aussi utile que bren entendu. Il est à
présumer qu'il ne s'en construira plus sur
s'ancienne methode: mais j'ai de la peine
à croire qu'on détruise aujourd'hui ceux
qui subsistent en bon état. La dépense se-
roit trop forte pour certaines fabriques.
On les usera, & pendant cet intervale, le
vôtre aura le tems de s'établir en plusieurs
64 MERCUREDEFRANCE.
endroits, & de devenit plus facile à cons-
truire par les modeles quon en aura sous
les yeux. C'est un Ouvrage parfait, dont
le Public doit vous conserver une éter-
nelle réconnoissance.
A cette obligation de votre part, Mon-
sieur, votre zéle vient d'en ajoûter une
seconde, par la description détaillée de
votre nouveau tout a filer la soye. Rien
de plus judicieux, de plus vrai & de plus
pratique que tout ce que vous dites sur
les différentes qualités de soye, sur la
triaille des cocons, les négligences des ti-
reuses, & sur le profit immense que lae
France pourroit faire au sujet des Organ-
cins, si ammés par vos exhortations &
par notre propre intérêt, nous parvenions
enfin à filer avec le même succès que les
Piémontois nos voisins. Je trefaillissois de
joye à la lecture de tant de bons avis que
nous fuivons si peu, & qu'il seroit plus fa-
cile de suivre qu'on ne pense. J'espere
que vous donnerez le ton, & que les cho-
ses prendront une autre face.
Après cet aveu aussi sincere que recon-
noissant, me permettrez vous, Monsieur,
de vous demander quelques éclaircifse-
mens, au fujet du nouveau tour à filer.
J'at vieilli dans la pratique, & cetre cir-
constance pourroit rendre excusable la li-
berté que je prends aujourd'hui.
AVRIL. 1752. 65
Je vous sçais bon gré, Mosieur, de
travailler plutôt à corriger le tour à-corde
sans fin, que d'infister sur l'usage de celui
du Piémont, dont la composition s'écarte
trop de la belle simplicité. Toute la Pro-
vence, le Languedoc & le Dauphiné ne
font usage que du premier, & l'on par-
viendra plus aisément à corriger ces mê-
mes tours, qu'à les remplacer par d'autres.
On a déja commencé d'en corriger plu-
sieurs sur une methode qui a bien du rap-
port à la vôtre, & nous sommes dans
le cas depuis trois ans. Mais comme les
choses ne se perfectionnent que par dé-
gré, je ne doute point qu'il n'y ait à pro-
fiter dans le vôtre, même pour ceux qui
ont subi la correction dont j'ai l'honneur
de vous parler.
Votre invention pour constater & régler
le nombre de la croifure, est marquée au
vrai coin de vos productions ordinaires.
Je la conçois aussi distinctement que si je la
voyois: mais j'ai de la peine à croire que
cette torsion à sens & contre sens ne soit
nuisible pour les parties internes de la
soye, qui pourroient être énervées par
cette double froissure. L'écart surnumérai-
re que les deux fils subissent dans votre
cercle, contribue encore à ce froissement,
la résistance ne peut qu'être plus forte,
66 MERCUREDEFRANCE.
& je ne sçais pas si une croisure du même
fens, & en même nombre que la 7otre,
ne seroit pas préférable. L'expérience, &
plus encore vos lumieres, serviront à
éclaircit ce point.
L'invention de rendre mobile la traver-
se qui porte la poulie des guides, est d'un
usage admirable pour la commodité &
l'exactitude du travail. Je puis en parlet
avec connoissance de cause, puisque nos
tours corrigés sont dans le même goût.
L'Auteur doit être bien flaté de cette con-
venance d'idées avec un Artiste aussi dis-
tingué que vous. Son poids est plus fort
que le vôtre. Nous le mettons à sept li-
vres, poids de marc, & l'effet en est
bon.
A l'égard de la proportion que vous éta-
blissez, Monsieur, entre la poulie de l'ar-
bre & la poulie du guide, elle me paroît
trop bornée, & je soupçonne fort qu'il
ny ait quelque faute d'impression. J'ai
d'autant plus raison de le penset ainsi,
que vous expliquez à merveille la néces-
sité qu'il y a de faire changer le fil conti-
nuellement de place afin que la soye puisse
secher plus facilement sur le devidoir. Or
sa proportion de 22- à 35, qui se trouve
dans votre description, ne répond pas as-
AVRIL. 1752.
67
sez à l'idée que vous donnez de la belle
distribution du fil dans la formation de
l'écheveau. J'ai calculé cette proportion
sur les principes que je trouve dans une
feuille publiée en 1749 parl'Auteur de cet-
te correction & je trouve que le fil ne pose
qu'en quatorze endroits différens pour re-
commencer à poser sur les mêmes. La Pro-
portion qui regne dans nos tours corrigés,
est de 23 à 37, & suivant le calcul &
l'expérience, le fil pose trente-sept fois
avant que de revenir sut le premier posé.
La différence de 14 à 37 paroît considé-
rable, & puisque vous aviez à choisir, je
me persuade que vous aurez porté vos
vues encore plus loin, & que celle de
22 à 35 aura été altérée sous la presse.
Il me paroîr aussi, Monsieur, que dans
votre nouveau tour, vous n'annnoncez
aucune précaution contre le défaut qu'on
appelle vitrage, défaut qui est le fleau de
toutes les filatures à corde sans fin, &
qui a seul déterminé les Piémontois à
mettre en place quatre pièces d'engréna-
ge. Aparemment que vous y faites usage de
quelque moyen dont vous avez oublié
de parler dans votre Description.
Je trouve dans la même feuille dont
j'ai parlé plus haut, que le vitrage se par-
tage en douze branches différentes, de-
68 MERCUREDEFRANCE.
puis deux jusqu'à treize positions du fil;
qu'elles ne proviennent les unes & les au-
tres que d'un tapport vicieux entre l'arbre
& la roulette, comme s'exprime l'Auteur.
Il y est encore dit que ces mêmes vitrages
sont très-voisins les uns des autres, &
qu'on a bien de la peine à se délivrer d'une
espéce, sans tomber dans une autre. Avant
que nos tours fussent corrigés, il y en
avoit plufieurs chaque jour qui vitroient
dans notre filature, les uns d'une façon,
& les autres d'une autte: quelques uns
changeoient plufieurs fois dans le même
jour de bien en mal & de mal en bien.
Nos soyes nous faisoient alors un déchec
considérable au dévidage, qui ne subsiste
plus depuis que nos tours sont corrigés.
Vous ne serez peut-être pas fâché,
Monsieur, que je place ici quelques mots
de cette correction pour pouvoit la com-
parer avec celle qui se trouve sans doute
dans votre nouveau tour. La roulette &
l'arbre, sont comme j'ai eu l'honneur de
vous le dire, dans la proportion de 37 à
23. L'un & l'autre sont ferrés, afin que
la corde ne s'enfonce pas dans le bois, ce
qui changeroit le calibre, & feroit dispa-
roître le bon effet de la correction. Par le
moyen de cette Proportion, l'Auteur dé-
montre dans son Imprimé, que de douze
AVRIL. 1752.
69
branches du vitrage, dix sont écartées ra-
dicalement & pour toujours, y compris
les plus nuisibles, comme 2, 3, 4, 5, 6,
7, & à l'égard du 8 & du 13 qui sont
extrêmement voisines de la susdite pro-
portion, & qu'il n est pas possible de dé-
truire radicalement, à cause que le tems
humide & le tems sec produisent de le-
gers changemens sur le bois : à l'égard,
dis-je, de ces deux espéces, l'Auteur se
sert de deux petites chevilles de fer,
qu'on place (une ou deux suivant le be-
soin) dans deux trous destinés pour cet
usage, & dont l'effet est surprenant. On
ne touche jamais à l'une ou l'autre de ces
deux chevilles, sans faire changer totale-
ment de face à l'échevau. Cela vient de
ce que cette cheville augmente ou dimi-
nue le calibre de la roulette d'environ un
cent cinquantième de partie, & rompt
par-là la proportion vicieuse du vitrage
qui disparoît dans l'instant, pour revenir
peut-être dans une autre occasion, & où
le même remede opérera le même effet.
Je suis également persuadé, Monsieur,
que vos deux poulies doivent être ferrées,
quoique vous nen disiez rien dans votre
description, sans quoi il seroit à craindre
que le calibre de ces deux piéces étant
OO
70 MERCUREDEFRANCE.
attiré par la pression continuelle de la cor-
de, votre tour ne tombât dans quelque es-
péce de vitrage. Car en supposant, par
exemple, que la proportion de 22 - à 35
fut véritablement celle que vous trouvez
la meilleure, vous auriez à craindre le vi-
trage du 3, qui ne differe de cette propor-
tion que de , de partie, & celui du 11,
qui en est encore plus voisin, n'y ayant
que — de difference; ainsi 23 - vitre-
roient à 3, & 22 7 vitreroient à 11 &c.
Vous vous êtes acquis le droit à juste
titre, Monsieur, de fixer les regards de
tout le Royaume sur vos productions en
fait de méchanique. Je ne crois pas vous
déplaire par la demande de ces petits éclair-
cissemens qui donneront à votre tour un
nouveau dégré de confiance. J'ose me fla-
ter que vous ne me refuserez pas une gra-
ce qui sera également profitable pout tou-
tes les personnes de ma profession.
J'ai l'honneur d'être,
N. C. O.
A Pertuis en Provence.
Fermer
Résumé : LETTRE A M. de Vaucanson sur son nouveau tour à filer la soie.
La lettre félicite M. de Vaucanson pour son nouveau tour à filer la soie, soulignant les améliorations apportées aux moulins existants. L'expéditeur prévoit une adoption progressive de cette invention et exprime sa gratitude pour la description détaillée de la machine, utile pour améliorer la production de soie en France. La lettre aborde divers aspects techniques, tels que la torsion des fils, la mobilité de la traverse portant la poulie des guides, et la proportion entre la poulie de l'arbre et celle du guide. L'expéditeur propose des ajustements basés sur son expérience et des corrections déjà effectuées sur d'autres tours. L'auteur mentionne l'absence de précautions contre le 'vitrage', un défaut courant dans les filatures, suggérant que Vaucanson pourrait l'avoir omis dans sa description. Le texte traite ensuite des problèmes de vitrage, causés par un mauvais ajustement entre l'arbre et la roulette, entraînant des défauts dans les soies et des pertes lors du dévidage. Une correction a été apportée en ajustant la proportion entre la roulette et l'arbre à 37 pour 23 et en ferrant ces éléments pour éviter que la corde ne modifie le calibre. Cette correction élimine dix des douze branches de vitrage, y compris les plus nuisibles. Pour les branches restantes, des chevilles de fer ajustables permettent de modifier légèrement le calibre de la roulette, supprimant ainsi les vitrages indésirables. L'auteur suggère également de ferrer les poulies pour éviter tout risque de vitrage dû à la pression continue de la corde. Enfin, l'auteur félicite Vaucanson pour ses contributions en mécanique et demande des éclaircissements supplémentaires pour améliorer la fiabilité du tour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13000
p. 71-78
Réponse de Monsieur de Vaucanson.
Début :
Après l'utilité publique, je ne connois point, Monsieur, de prix plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse de Monsieur de Vaucanson.
Réponse de Monsieur de Vaucanson.
Après l'utilité publique, je ne connois
point, Monsieur, de prix plus
flateur pour mes Découvertes que le suf-
frage des Connoisseurs: ce dernierm inté-
resse d'autant plus qu'il mest garant du
premier. Vos profondes réflexions me
prouvent que vous êtes un de ces juges,
dont j'ambitionne l'approbation, & le ton
obligeant de votre Lettre, fait voir que
vous ne vous connoissez pas moins en pro-
cédés qu'en machines. Je vous répondrai
donc, Monsieur, avec l'estime & la sin-
cérité qui vous sont dues.
Vous craignez que la double croisure,
que vous regardez , dans mon nouveau
tour comme une torsion à sens & contre sens
n'enerve les parties internes de la soye.
La croisure ou double ou simple ne don-
ne aucun tord à la soye, il nen résulte
qu'un frottement plus ou moins considé-
rable, suivant que les deux fils de soye
sont croisés un plus grand ou un plus pe-
tit nombre de fois, & surtout suivant la
Digsines v. 200
72 MERCUREDEFRANCE.
grandeur des angles qu'ils forment en se
croisant, mais ce frotement ne se fait ja-
mais a sens & contresens. Il faudroit pour
cela que la direction des fils fut opposée
dans les deux croisures: or les fils ayant
toujours la même direction, puisqu'ils
vont toujours de la bassine sur le dévi-
doir, les parties externes de la soye sont
toujours couchées dans le même sens :
comment les parties internes seroient- elles
énervées par cette double froissure?
Après avoir fait l'éloge de la traverse
mobile qui porte la poulie des guides,
vous semblez, Monsieur, me reprocher
de m'être trop bien rencontré avec un-
Auteur qui publia la même idée en 1749.
quel que soit cet Auteur, je ne dispute à
personne ses découvertes, mais je ne puis
dissimuler qu'en 1746, j'envoyai à M. le
Nain, Intendant du Languedoc, un tour
qui n'avoit encore pour toute correction,
que.cette traverse, rendue mobile pour
tenir toujours la corde sans fin dans la mê-
me tension à la faveur d'un poids. Je trou-
vai ceite même traverse exactement gra-
vée dans un Imprimé qui ne parut qu'en
1749, & que je crois être celui que vous
me citez. Ce qui m'étonna le plus, ce fut
la haute réputation que cette Invention
avoit
AVRIL. 1752.
73
nvoit acquise sous le nom de son nouvel
Auteur, après avoir été desaprouvée, dans
l'essai qu'en avoit fait faire M. le Nain
trois années auparavant, comme il paroît
par le Procès verbal de l'inspecteur des
Manufactures, qui me fut remis dans le
tems, & que je puis produire encore.
Au reste, ni cet essai qui fut vraisem-
blablement mal fait, ni une infinité d'au-
tres qui ont réussi sous mes yeux, n'ont
été un mystere pour les Connoisseurs, ni
pour le Public. Je ne mettois pas assez
d'importance à cette Découverte, quel-
qu'utile qu'elle fût, pour vouloir la tenir
cachée, & comme en pareil cas, c'est plu-
tôt le bien général que je cherche, que
ma gloire particuliere, je négligeai de la
révendiquer, lorsqu'un autre s'en decla-
roit l'Auteur. Je ne le ferois pas même
encore, si vous nen présentiez l'occasion
à la sincérité que je vous ai promise. Je
ne prétends point cependant accuser d'u-
surpation, celui qui se l'est attribué, j'ai
trouvé tant de mérite dans ses autres re-
cherches, que je suis bien éloigné de re-
garder celle-ci comme au dessus de sa ca-
pacité.
Revenons à vous, Monsieur: il fal-
loit quelqu'un aussi instruit dans cette ma-
tiere, & qui en connût la Théorie aussi
HuesOO
74 MERCUREDEFRANCE.
parfaitement, pour relever la faute d'im-
pression qui se trouve dans mon Mémoire
inséré dans le Mercure d'Août, 1751. On
y lit que la proportion entre la poulie de
l'arbre du dévidoir, & la poulie des gui-
des doit être de vingt-deux & demie à
trente-cinque, au lieu de vingt-deux & de-
mi à trente-sept. L'Imprimeur ou le Co-
piste s'est trompé à la ressemblance du chi-
fre manuscrit 5, avec le chifre 7, que
plusieurs personnes figurent à peu près de
la même maniere. J'avois préféré dans
mon calcul la proportion de vingt-deux &
demi trente-sept, à celle de vingt-trois
à trente-sept que vous avez choisie, parce
que ces deux premiers nombres sont plus
tardifs à rentrer; les nombres 23 & 37
rentrent à la trente-septième révolution,
& les nombres vingt-deux & demi tren-
te-sept ne rentrent qu'à la soixante-
quatorzième; il est vrai que les approxi-
mations se trouvent néceslairement plus
grandes dans ma proportion que dans la
votre, & que cette compensation entre
ces deux rapports, pourroit bien en ba-
lancer les avantages. Je rends donc justi-
ce, Monsieur, & de tout mon cœeur à la
justesse de vos réflexions, & à la sagacité
de celui dont vous suivez les principes.
La faute que vous m'avez fait apperce-
VRIL. 1752.
75
voir dans l'impression de ce Mémoire,
m'a rendu suspecte l'impression de mon
ptemier Mémoire, sur les moulins à or-
ganciner les soyes, inséré dans le Mercu-
re de Juin de la même année, je l'ai relu
avec plus d'attention, & j'y ai trouvé
une faute de même espéce, dont je suis
bien aise de vous prévenit, ainsi que le
Public. Il y est dit que les guindes du mou-
lin de second appret, donnent aux éche-
vaux une circonférence de vingt-six pou-
ces, au lieu qu'elle est de quarante pou-
ces environ, ce que je n'ai pu concevoir
autrement, puisque la diagonale du quat-
ré que forment les lames du guindre, a
quatorze pouces justes de longueur.
Quant à nos proportions, nous ne de-
vons pas nous flater, Monsieur, que les
Quvriers qui font les poulies des tours à
soye, travaillent avec assez de précision,
pour les y observer exactement; pour ob-
vier à ce défaut d'exactitude, & aux va-
riations quelconques, l'Auteur que vous
citez a imaginé des chevilles de fer qui
augmentent ou diminuent, dites-vous, le
calibre de la rouletie ou poulie des guides.
& rompent par-là la proportion vicieuse du
vitrage.
Ces chevilles, Monsieur, ne sont
qu'un palliatif au lieu d'un remede. Ayez
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
la bonté d'observer qu'elles ne changent,
point le diamétre de sa roulette ou pou-
lie, ni par conséquent le rapport de ses
révolutions: elles n ont d'autre effet que
de donner plus ou moins d'espace à par-
courir aux guides, & par là plus ou moins
de largeur à l'échevau, suivant que la che-
ville est plus ou moins éloignée du centre
de la poulie. A la vérité, ce changement
de cheville fait disparoître le vitrage ac-
tuel; mais il en succede bien vîte un nou-
veau, qui ne differe du premier que par
se plus ou le moins de grandeur des lozan-
ges, le vice de proportion demeurant tou-
jours le mê:e.
Pour détruire radicalement ce vice, je
suis surpris que vous ne fassiez pas usage
des trois cannelures que l'Auteur dont
vous me parlez, place sur la poulie des
guides, & que j'ai mieux aimé placet sur
l'arbre du dévidoir, afin qu on put remet-
tre la corde dans une autre cannelure,
sans interrompre le travail du tour, &
pour ne pas apesantir par trop d'épaisseur
la poulie des guides qui ne sçauroit être
trop légere.
Au lieu des chevilles, je me sers d'une
petite piéce de bois, dont une extrémité
est attachée sur la poulie des guides par
ne vis en bois, de maniere que l'autre
77
AVRIL.
1752.
extrémité qui tient à la tringle des gui-
des, puisse se raprocher ou s'éloigner à
volonté, du centre de la poulie, mais je
n'y touche que pour déterminer une pre-
miere fois la largeur de l'échevau que je
ne crois pas devoir varier depuis le com-
mencement de sa formation jusqu'à la fin.
Les canelures de mes poulies ne sont
point ferrées, je trouve que la corde en
est plutôt usée, je me contente de leur
donner la forme d'un angle aigu parfaite-
ment égal dans ses deux poulies, afin que
sa corde s'y enfonce également, & qu'el-
le ne puisse pas glisser, quoique médio-
crement tendue, & je ne crains point que
le frottement de la corde, dérange assez iné-
galement le calibre des deux poulies, pour
qu'il en puisse résulter une variation sen-
sible dans leur proportion.
Je ne suis point entré dans le détail de
plusieurs autres petites corrections que j'ai-
faites à ce tour; il y en a même d'essen-
tielles que je ne donnerai au Public, qu'a-
près m'être assuré de leur solidité, par
Pexpérience de quelques années, sur un
tirage un peu considérable.
Je me flatte cependant, Monsieur, que
les éclaircissemens que je viens de vous
donnet, suffiront pour lever vos difficul-
tés, & pour vous prouver tout le cas que
Diij
78 MERCUREDEFRANCE.
je fais de vos remarques. Le progrès des
Arts seroit bien rapide, si l'on trouvoit
toujours dans les Praticiens autant de jus-
resse & de pénétration que vous en faites
voit, & si les Inventeurs étoient tous aus-
si disposés que je le, suis, à se détacher de
leurs propres idées, pour adopter le mieux
& le plus utile.
J'ai l'honneur d'être, &c.
Après l'utilité publique, je ne connois
point, Monsieur, de prix plus
flateur pour mes Découvertes que le suf-
frage des Connoisseurs: ce dernierm inté-
resse d'autant plus qu'il mest garant du
premier. Vos profondes réflexions me
prouvent que vous êtes un de ces juges,
dont j'ambitionne l'approbation, & le ton
obligeant de votre Lettre, fait voir que
vous ne vous connoissez pas moins en pro-
cédés qu'en machines. Je vous répondrai
donc, Monsieur, avec l'estime & la sin-
cérité qui vous sont dues.
Vous craignez que la double croisure,
que vous regardez , dans mon nouveau
tour comme une torsion à sens & contre sens
n'enerve les parties internes de la soye.
La croisure ou double ou simple ne don-
ne aucun tord à la soye, il nen résulte
qu'un frottement plus ou moins considé-
rable, suivant que les deux fils de soye
sont croisés un plus grand ou un plus pe-
tit nombre de fois, & surtout suivant la
Digsines v. 200
72 MERCUREDEFRANCE.
grandeur des angles qu'ils forment en se
croisant, mais ce frotement ne se fait ja-
mais a sens & contresens. Il faudroit pour
cela que la direction des fils fut opposée
dans les deux croisures: or les fils ayant
toujours la même direction, puisqu'ils
vont toujours de la bassine sur le dévi-
doir, les parties externes de la soye sont
toujours couchées dans le même sens :
comment les parties internes seroient- elles
énervées par cette double froissure?
Après avoir fait l'éloge de la traverse
mobile qui porte la poulie des guides,
vous semblez, Monsieur, me reprocher
de m'être trop bien rencontré avec un-
Auteur qui publia la même idée en 1749.
quel que soit cet Auteur, je ne dispute à
personne ses découvertes, mais je ne puis
dissimuler qu'en 1746, j'envoyai à M. le
Nain, Intendant du Languedoc, un tour
qui n'avoit encore pour toute correction,
que.cette traverse, rendue mobile pour
tenir toujours la corde sans fin dans la mê-
me tension à la faveur d'un poids. Je trou-
vai ceite même traverse exactement gra-
vée dans un Imprimé qui ne parut qu'en
1749, & que je crois être celui que vous
me citez. Ce qui m'étonna le plus, ce fut
la haute réputation que cette Invention
avoit
AVRIL. 1752.
73
nvoit acquise sous le nom de son nouvel
Auteur, après avoir été desaprouvée, dans
l'essai qu'en avoit fait faire M. le Nain
trois années auparavant, comme il paroît
par le Procès verbal de l'inspecteur des
Manufactures, qui me fut remis dans le
tems, & que je puis produire encore.
Au reste, ni cet essai qui fut vraisem-
blablement mal fait, ni une infinité d'au-
tres qui ont réussi sous mes yeux, n'ont
été un mystere pour les Connoisseurs, ni
pour le Public. Je ne mettois pas assez
d'importance à cette Découverte, quel-
qu'utile qu'elle fût, pour vouloir la tenir
cachée, & comme en pareil cas, c'est plu-
tôt le bien général que je cherche, que
ma gloire particuliere, je négligeai de la
révendiquer, lorsqu'un autre s'en decla-
roit l'Auteur. Je ne le ferois pas même
encore, si vous nen présentiez l'occasion
à la sincérité que je vous ai promise. Je
ne prétends point cependant accuser d'u-
surpation, celui qui se l'est attribué, j'ai
trouvé tant de mérite dans ses autres re-
cherches, que je suis bien éloigné de re-
garder celle-ci comme au dessus de sa ca-
pacité.
Revenons à vous, Monsieur: il fal-
loit quelqu'un aussi instruit dans cette ma-
tiere, & qui en connût la Théorie aussi
HuesOO
74 MERCUREDEFRANCE.
parfaitement, pour relever la faute d'im-
pression qui se trouve dans mon Mémoire
inséré dans le Mercure d'Août, 1751. On
y lit que la proportion entre la poulie de
l'arbre du dévidoir, & la poulie des gui-
des doit être de vingt-deux & demie à
trente-cinque, au lieu de vingt-deux & de-
mi à trente-sept. L'Imprimeur ou le Co-
piste s'est trompé à la ressemblance du chi-
fre manuscrit 5, avec le chifre 7, que
plusieurs personnes figurent à peu près de
la même maniere. J'avois préféré dans
mon calcul la proportion de vingt-deux &
demi trente-sept, à celle de vingt-trois
à trente-sept que vous avez choisie, parce
que ces deux premiers nombres sont plus
tardifs à rentrer; les nombres 23 & 37
rentrent à la trente-septième révolution,
& les nombres vingt-deux & demi tren-
te-sept ne rentrent qu'à la soixante-
quatorzième; il est vrai que les approxi-
mations se trouvent néceslairement plus
grandes dans ma proportion que dans la
votre, & que cette compensation entre
ces deux rapports, pourroit bien en ba-
lancer les avantages. Je rends donc justi-
ce, Monsieur, & de tout mon cœeur à la
justesse de vos réflexions, & à la sagacité
de celui dont vous suivez les principes.
La faute que vous m'avez fait apperce-
VRIL. 1752.
75
voir dans l'impression de ce Mémoire,
m'a rendu suspecte l'impression de mon
ptemier Mémoire, sur les moulins à or-
ganciner les soyes, inséré dans le Mercu-
re de Juin de la même année, je l'ai relu
avec plus d'attention, & j'y ai trouvé
une faute de même espéce, dont je suis
bien aise de vous prévenit, ainsi que le
Public. Il y est dit que les guindes du mou-
lin de second appret, donnent aux éche-
vaux une circonférence de vingt-six pou-
ces, au lieu qu'elle est de quarante pou-
ces environ, ce que je n'ai pu concevoir
autrement, puisque la diagonale du quat-
ré que forment les lames du guindre, a
quatorze pouces justes de longueur.
Quant à nos proportions, nous ne de-
vons pas nous flater, Monsieur, que les
Quvriers qui font les poulies des tours à
soye, travaillent avec assez de précision,
pour les y observer exactement; pour ob-
vier à ce défaut d'exactitude, & aux va-
riations quelconques, l'Auteur que vous
citez a imaginé des chevilles de fer qui
augmentent ou diminuent, dites-vous, le
calibre de la rouletie ou poulie des guides.
& rompent par-là la proportion vicieuse du
vitrage.
Ces chevilles, Monsieur, ne sont
qu'un palliatif au lieu d'un remede. Ayez
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
la bonté d'observer qu'elles ne changent,
point le diamétre de sa roulette ou pou-
lie, ni par conséquent le rapport de ses
révolutions: elles n ont d'autre effet que
de donner plus ou moins d'espace à par-
courir aux guides, & par là plus ou moins
de largeur à l'échevau, suivant que la che-
ville est plus ou moins éloignée du centre
de la poulie. A la vérité, ce changement
de cheville fait disparoître le vitrage ac-
tuel; mais il en succede bien vîte un nou-
veau, qui ne differe du premier que par
se plus ou le moins de grandeur des lozan-
ges, le vice de proportion demeurant tou-
jours le mê:e.
Pour détruire radicalement ce vice, je
suis surpris que vous ne fassiez pas usage
des trois cannelures que l'Auteur dont
vous me parlez, place sur la poulie des
guides, & que j'ai mieux aimé placet sur
l'arbre du dévidoir, afin qu on put remet-
tre la corde dans une autre cannelure,
sans interrompre le travail du tour, &
pour ne pas apesantir par trop d'épaisseur
la poulie des guides qui ne sçauroit être
trop légere.
Au lieu des chevilles, je me sers d'une
petite piéce de bois, dont une extrémité
est attachée sur la poulie des guides par
ne vis en bois, de maniere que l'autre
77
AVRIL.
1752.
extrémité qui tient à la tringle des gui-
des, puisse se raprocher ou s'éloigner à
volonté, du centre de la poulie, mais je
n'y touche que pour déterminer une pre-
miere fois la largeur de l'échevau que je
ne crois pas devoir varier depuis le com-
mencement de sa formation jusqu'à la fin.
Les canelures de mes poulies ne sont
point ferrées, je trouve que la corde en
est plutôt usée, je me contente de leur
donner la forme d'un angle aigu parfaite-
ment égal dans ses deux poulies, afin que
sa corde s'y enfonce également, & qu'el-
le ne puisse pas glisser, quoique médio-
crement tendue, & je ne crains point que
le frottement de la corde, dérange assez iné-
galement le calibre des deux poulies, pour
qu'il en puisse résulter une variation sen-
sible dans leur proportion.
Je ne suis point entré dans le détail de
plusieurs autres petites corrections que j'ai-
faites à ce tour; il y en a même d'essen-
tielles que je ne donnerai au Public, qu'a-
près m'être assuré de leur solidité, par
Pexpérience de quelques années, sur un
tirage un peu considérable.
Je me flatte cependant, Monsieur, que
les éclaircissemens que je viens de vous
donnet, suffiront pour lever vos difficul-
tés, & pour vous prouver tout le cas que
Diij
78 MERCUREDEFRANCE.
je fais de vos remarques. Le progrès des
Arts seroit bien rapide, si l'on trouvoit
toujours dans les Praticiens autant de jus-
resse & de pénétration que vous en faites
voit, & si les Inventeurs étoient tous aus-
si disposés que je le, suis, à se détacher de
leurs propres idées, pour adopter le mieux
& le plus utile.
J'ai l'honneur d'être, &c.
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Résumé : Réponse de Monsieur de Vaucanson.
Monsieur de Vaucanson répond à une critique de ses inventions en exprimant sa gratitude pour les réflexions techniques de son interlocuteur. Il défend la double croisure de son nouveau tour à soie, affirmant qu'elle évite toute torsion inverse et donc ne détériore pas la soie. Vaucanson mentionne une traverse mobile, conçue en 1746 et envoyée à M. le Nain, Intendant du Languedoc, qui avait été initialement désapprouvée mais reconnue plus tard. Il précise qu'il n'a pas cherché à revendiquer cette découverte, privilégiant le bien général à sa gloire personnelle. Vaucanson corrige une erreur d'impression dans son mémoire publié en août 1751 concernant les proportions des poulies. Il reconnaît la justesse des observations de son interlocuteur et mentionne une autre erreur similaire dans un précédent mémoire sur les moulins à organiser les soies. Il critique les chevilles de fer proposées par un autre auteur comme une solution temporaire inefficace. Le texte aborde également les proportions utilisées par les ouvriers pour les poulies des tours à soie, soulignant leur imprécision. Vaucanson propose des améliorations, telles que l'utilisation de cannelures sur l'arbre du dévidoir pour ajuster la position de la corde sans interrompre le travail. Il utilise une pièce de bois ajustable pour déterminer la largeur initiale de l'échevau et mentionne d'autres améliorations à tester. Il insiste sur l'importance de la collaboration entre praticiens et inventeurs pour le progrès des arts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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