Résultats : 4 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 714-727
NOUVELLE Idée Physique sur les Acides et les autres Principes chimiques. Par le P. C. J. Lettre à M. L. P. &c.
Début :
M*** Puisqu'on vous a parlé de mon idée sur les Acides et sur le [...]
Mots clefs :
Acide, Eau, Terre, Alcali, Ressort, Acides, Enveloppe, Esprit, Forme, Corps, Nitre, Souffle, Chaleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Idée Physique sur les Acides et les autres Principes chimiques. Par le P. C. J. Lettre à M. L. P. &c.
NOUVELLE Idée Physique sur les
Acides et les autres Principes chimiques.
Par le P. C. J.
M
Lettre à M. L. P. &c.
***
Puisqu'on vous a parlé de
mon idée sur les Acides et sur le
Systême physique de la Chymie , je ne
vous tiendrai pas long- temps en suspens;
et pour renfermer même plus de choses
en moins de paroles , je prendrai le stile
le plus géométrique que je pourrai . J'entre
donc en matiere.
L'Acide , selon l'idée la plus commune,
est un petit corps roide , long , aceré pat
les bouts , de la forme d'un fuseau. J'adopte
cette idée.
J'y ajoûte que cet Acide percé par un
bout , est creux en dedans et plein d'air
enveloppé d'une pellicule d'eau fortement
congélée. C'est là comme le
de la Machine.
corps
Son Méchanisme est celui d'un Souflet,
qui par un mouvement de systole et de
diastole , comme le coeur, ou par une espece
de respiration , comme le poulmon
chasse sans cesse et attiré l'air alternativement.
Je
TL. 1733. 7IS
Je parle de l'Acide primitif , de cet
Acide de l'air , que les Chimistes qualifient
d'Esprit Universel , d'Esprit Aerien ,
propre à nourrir le feu , les Plantes , les
animaux mêmes ; ou , si vous voulez ,
quelque chose de précis , de l'Esprit de
Nitre , ou de l'Acide de Salpêtre.
Tous les Acides , en effet , ne sont que
des Esprits Aeriens , un air enveloppé ,
un air condensé.
Or l'Air tout pur .n'a jamais trop paru
capable de condensation ; et il faut absolument
l'engrainer , le mêler , l'entraver
de quelque substance qui lui donne
du corps au milieu de l'air même , et
l'empêche de s'y confondre avec l'air
pur.
La Terre seroit , ce semble , assez bonne
pour le captiver. L'Alcali , qui est
une substance terreuse , captive bien l'Acide
; mais l'Acide est Acide indépendamment
de l'Alcali , puisqu'on les sépare
sans les détruire ni l'un ni l'autre.
Dailleurs la Terre et l'Air sont dans
la Nature comme deux extrêmes , entre
lesquels l'eau tient le milieu pour les
concilier.
L'Acide est de soi froid et rafraîchissant.
En approchant la main du Salpêtre
et même de la Poudre , en entrant
E dans
716 MERCURE DE FRANCE
dans les lieux où - se forme l'Acide , on
sent un air froid qui saisit. Les Philosophes
Chimistes et Physiciens veulent
qu'en hyver l'Air soit chargé d'Acides ,
et que l'eau ne se glace que par leur se-
Cours .
L'Acide , selon moi , sera froid , et par
le glaçon qui l'enveloppe , et par le soufle
subtil qu'il exhale sans cesse avec rapidité
par des ouvertures bien resserrées.
Les Acides glacent les dents et les agacent
; ils y causent une espece de Stupeur
et de Paralisie passagere .
Que sçait- on même si le goût picquant
des Acides vient plutôt de leur pointe
acerée , dont la subtilité est peut- être
trop grande pour se faire sentir , que de
ce petit soufle aigu et pénetrant qui des
seche , qui glace tout devant lui ?
Le Nitre se forme dans des lieux hu
mides et frais. Il se forme non dans l'air,
mais à l'air , à la surface des terres voisines
de l'air. L'air l'attire même sans cèsse
en dehors. On diroit que c'est un pè
tit animal vivant qui a besoin de respi
rer et qui cherche à respirer. Enfoüissezle
dans la terre , toujours vous le ver
rez remonter à la surface.
La vapeur humide chargée d'air concentré
, pénetre les murs poreux et alcalins
AVRIL: 1733. 717
calins dans un temps où les pores sont
un peu ouverts , tels que sont tous les
temps moites et humides.
Un petit froid survient , seche la surface
des murs , en resserre les pores exterieurs.
Les vapeurs s'y trouvent prises
en dedans.
L'Air dont le ressort ne souffre aucune
condensation extraordinaire , sur tout de
la part de la terre , se ramasse d'abord
tout entier au centre de la goute , y forme
une bulle , comme lorsque l'eau se
glace , et son ressort cherchant à se dilater
, l'eau environnante se condense et
par l'effet du froid et beaucoup plus par
,
celui de ce ressort interne .
L'air fait plus ; il repousse cette eau
vers l'ouverture du pore en dehors , et
la fait filer peu à peu comme par une
filiere.
Remplissez au temps de - la gelée une
olipite d'eau , à mesure que la gelée
augmentera , vous verrez sortir de l'æolipile
un fil de glace qui pourra devenir
long de cent toises sans se casser .
La moindre chaleur le fond ; que ne
fond-elle aussi nos Acides ? 1º . Ils ne'
sont ni si longs ni si gros , et ne donnent
que bren peu de prise à la chaleur
beaucoup moins à une chaleur grossiere,
un feu grossier. E ij 2º.
718 MERCURE DE FRANCE
1
2. Leur congellation est plus naturelle,
plus lente à se former. Elle vient plu
tôt d'un resserrement de parties bien engrainées
à loisir , causé par le retrécis
sement du pore par où elle file , que du
froid même. Ce que la Nature fait à
loisir sur tout en petit , est à l'épreuve
de bien des assauts que l'art grossier des
hommes peut y livrer.
3. La glace ordinaire est toute semée
de bulles d'air. La chaleur bande le ressort
de cet al. Ce ressort brise la glace
et la fond. Ici le ressort de l'air est éventé
par la petite ouverture qui lui donne une
issue libre ; et la congellation est bien au
trement forte n'étant point mêlée d'air, si
ce n'est tout au plus d'un air engrainé
et non ramassé en bulles.
Pour bien entendre cette generation
de l'Acide , remarquez que par des observations,
constantes on a découvert que
les petits grains de vapeur , de brouillard
, de rosée , sont en effet de petites
bulles déja toutes pleines d'air , comme
autant de petit balons,
Lorsque l'eau ayant été versée de bien
haut dans un verre , vient à petiller , les
petits grains qui retombent après s'être
élevez comme en jets d'eau sont de pegites
bulles qu'on reconnoît pleines d'air
avec
AVRIL. 17336 719
avec des loupes , ou à leur blancheur.
Pour le dire en passant , la nege , qui
n'est qu'une goute d'eau naturellement
ronde , mais toute comme déchirée en
filamens par sa congellation , fait bien
voir que les grains de vapeurs dont elle
est formée , étoient tous pleins de bulles
d'air.
Un floccon de nege est la réunion de
plusieurs grains de vapeurs . Chaque petit
corps d'Acide n'est qu'un grain allongé
et filé lentement par un trou régulier ,
et que le ressort même de l'air arrondit.
Pour remonter rout- à- fait à l'origine
du Nitre , tout est fort mêlé dans la
Nature. Dans la terre sur tout il y a
un grand mêlange d'eau et d'air . Mais
dans ce mêlange les loix les plus géométriques
de l'hydrostatique doivent s'observer.
L'air et la terre ne se mêlent pas volontiers
; mais on les y force. Le Labourage
sur tout souleve la terre au milieu
de l'air et le force de s'y nicher dans
une infinité de petites cellules qui s'affaissent
peu à peu , et retiennent l'air
malgré tous ses efforts pour se dégager . '
L'eau , la pluye , survient à son secours
, délaye la terre , fait couler les cellules.
L'air pouvant couler et s'étendre ,
E iij
se
720 MERCURE DE FRANCE
se dégage plus vîte de la terre pour s'en
gager à l'eau dont il s'accommode mieux.
Le Soleil , la chaleur de la terre ou du
temps , seche la terre. L'air rarefie cette
eau et tâche à rompre son enveloppe
en attendant , l'eau se trouvant plus legere
et un peu agitée , se dégage de la
terre et s'envole dans l'air avec l'air mê
me qui lui donne cette legereté.
Desormais l'air renfermé agit d'autant
moins pour se dégager , et l'eau se fortifie
pour le retenir. Pressée entre deux
airs , l'un interieur , l'autre exterieur , elle
acquiert une sorte de viscosité ; transportée
même dans une région plus froide ,
peu peu elle se condense et se dispose
à se condenser tout à fait dans quelque
de mur ou de terre , où le hazard la
fait aboutir pour achever de s'y façonner
en Acide. En voilà toute l'histoire .
pore
à
En se formant l'Acide forme l'Alcali.
Car comme l'air qui est dans une bulle
d'eau renfermée dans un pore de terre ,
ne peut sortir sans entraîner cette eau
après lui , de -même cette eau ne peut sortir
sans traîner après soi la couche mince
de terre qui forme l'interieur du pore .
Car le ressort de l'air , en comprimant son
enveloppe d'eau contre la terre qui l'environne
, comprime aussi et arrondit cettę
AVRIL. 1733- 721
te enveloppe de terre et l'entraîne avec
Feau congelée.
Mais ce qui entraine va toujours devant
ce qui est entrainé. l'Alcali n'est
pas aussi long que l'Acide , il ne l'enve-
Toppe qu'à demi corps ; et le corps solide
de l'Acide , ou l'eau congelée qui enveloppe
l'air , ne s'étend pas aussi loin
que le filet ou le soufle d'air qui lui est
assujetti.
Une molecule de terre qui a servi de
matrice à plusieurs grains de Nitre , restę
percée de plusieurs pores assez grands ,
comme une éponge ou une pierre de ponce.
C'est ce qui forme la terre bitumineuse
qui accompagne le Salpêtre. Cette terre
imbibée d'air après que le Nitre en est
sorti , n'a besoin que d'être un peu exaltée
, un peu rarefiée , un peu assouplie ,
pour former un petit corps molasse, spongieux
, aerien , sulphureux , en un mot ,
et combustible..
Et voilà les trois Elemens chymiques
véritablement Principes. Car le Sel est un
composé d'Alcali et d'Acides , et l'esprit
est quelquefois un Acide , quelquefois
un Alcali , quelquefois un Souffre.
Desorte qu'il y a trois Elemens naturels
primitifs , la Terre , l'Eau et l'Air ;
et trois artificiels , Chimiques et secon-
E iiij daires ,
722 MERCURE DE FRANCE
daires , l'Alcali , qui répond à la Terres
l'Acide , qui répond à l'Eau , et le Soufre
à l'Air. Je ne dis rien du feu qui penetre
tout.
a un
Je reviens à l'Acide , qui est mon principal
objet. Quand je le compare
souflet , je ne dis rien que n'ayent presque
dit tous les Chimistes et les vrais
Physiciens avant moi.
Il est flatueux ou venteux , disoient les
Anciens , il exalte la flâme , il soufle le feu,
disent les Modernes . Tout le monde , en
jettant du Salpêtre sur les charbons allumez
, peut le voir se boursoufler tout luimême
et faire un bruit pareil à celui d'un
million de petits souflets de Forge qui
soufleroient un feu ardent et qu'on entendroit
de loin.
La Poudre n'est que flâme , grace au
Salpêtre qui la compose . Qu'on imagine
en effet un million de petits souflets qui
donnent tout à coup sur un charbon qui.
est en feu ; ne conçoit- on. pas que par
l'action de ces souflets , ce charbon s'en
iroit aussi- tôt tout en flâme ?
L'esprit de Nitre fume toujours . Le
feu , en le retirant de son Alcali qui con--
traignoit un peu ses flancs , l'a rarefié
et rendu son soufle plus violent et plus
étendu. Ces petits souflets s'agitent donc
sans
AVRIL. 1733 . 723
sans cesse et se chassent les uns les autres
dans l'air qui est tout autour.
Cet Esprit mêlé avec l'Esprit de vin ,
fermente et le fait bouillonner avec chaleur.
L'Esprit de vin est un demi feu , les
souflets qu'on y mêle l'augmentent en le
souflant. Cela est très - naturel .
Le Nitre est impregné , est plein des
Esprits de l'air ; qu'est- ce que les Esprits
de l'air ? Si on veut parler clair en Phisicien
qui raisonne , c'est de l'air enveloppé
de quelqu'autre, substance , c'està
- dire de particules d'eau .
Le Nitre rafraîchit , le Nitre échauffe .
Tout Systême doit démêler cette contradiction
apparente ; mais un souflet qui
soufle le froid et le chaud , n'est pas une
chose rare dans la Nature.
Le Nitre a sur tout la proprieté de
fertiliser la terre et de faire vegeter les
Plantes. L'air qui est dans le Nitre , cherche
toujours à monter , il donne donc
de la legereté à l'eau congelée qu'il traine
après soi , et la congellation de cette eau
donne à l'air la force de penetrer , de
percer , de développer les fibres dont les
entrelacemens s'opposent à son mouvement
en enhaut ; c'est la grande vertu
du Nitre de chercher toujours l'air superieur
comme pour y respirer à son aise.
E v
Le
724 MERCURE DE FRANCE
Le Nitre se redresse volontiers comme
les Plantes. Il pese plus par un bout
que par l'autre , et l'air doit surnâger
Peau.
La cristalisation du Nitre vient delà.
Les petits souflets se chassent , se repoussent
et s'agitent jusqu'à ce qu'ils soient .
paralleles un à l'autre , et dans cet état
rien n'empêche et tout favorise leur réunion.
Je crois avoir observé il y a long tems,
je n'oserois l'assurer , que les cristaux
du Salpêtre sont percez à leur pointe
, avec un canal qui regne dans l'interieur
. La Poudre n'a bien sa force que
lorsque divisée en petits grains arrondis
elle est tonte entremêlée d'air . Des sou-
Alets veulent un air libre autour d'eux
et tout ce qui respire se ménage de l'air
pour respirer.
J
L'Acide coagule ; froid par son enveloppe
, il soufle le froid par son interieur ,
il fait plus ; semé dans l'interieur d'un
il se redresse comme autant de
longs pieux roides qui contiennent le liquide
et lui ôtent son mouvement.
corps ,
Mais c'est sa fermentation avec les Alcalis
et generalement avec les matieres
terreuses , qui est le grand Phénomene
de la Chimie et de la Phisique.
J'ai
AVRIL. 1733. 725
J'ai déja dit que l'Air et la Terre sont
deux extrêmes , et tout ce qu'il y a de
plus antagoniste dans la Nature. La
terre resserre et bande trop le ressort de
l'air. Ils ne vivent pas volontiers ensemble.
Vous les mêlez voilà un combat et
une guerre déclarée.
L'Air est l'Ame de l'Acide . Il en est
le mobile et le gouvernail. en mêmetemps
que l'Acide le pousse par un bout.
il repousse l'Acide par l'autre bout ,
comme le recul du canon .
Les particules de Terre ou d'Alcali
tombant sur les Acides , viennent lourdement
les appesantir , ils se relevent ;
les culbuter , ils se redressent ; boucher
. leur soupirail , ils les repoussent ; les resserrer
, ils battent des flancs . Ils se deffendent
par tous les bouts.
Il y a pourtant une façon de les prendre
et un bout foible. Que l'Alcali qui
selon tout le monde , une guaine ,
un fourreau , présente son ouverture à
la pointe massive de derriere de l'Acide , -
par son propre mouvement , par son re-~
cul l'Acide va y entrer.
a
En l'absence de l'Acide , l'Alçali est
naturellement plein d'air . Mais cet air
n'y tient pas et n'y est que parce qu'il
n'y a autre chose. La Terre et l'Air one
E vj leurs
726 MERCURE DE FRANCE
leurs roues disproportionnées , fort inégales
, incapables de s'engrainer sans la
médiation de, l'eau.
Aussi mettez l'Alcali dans l'eau , il va
la boire avec une espece d'avidité. Mettez
le même en lieu plein de vapeurs , il s'en
imbibera de même.
L'eau entre librement dans l'Alcali ,
et en y entrant l'air trouve un passage
ou une retraite paisible entre les parties
divisées de l'eau . L'Acide entre fort juste
dans l'Alcali , et l'air ne divise pas cet
Acide si facilement en sortant de cet Alcali
pour lui ceder la place . Et de-là les
combats , les broüillemens , les frottemens
, la chaleur , quelquefois le feu et
la fâme.
Dans le Raisin verd , l'acide est comme
garotté par les fibres courtes et terreuses
qui forment le tissu interieur du grain.
Peu à peu l'Acide développe , étend ,
rend souple ces fibres ; et la liqueur qui
abonde , facilite un peu son mouvement.
Lorsqu'on écrase le Raisin et qu'on
l'exprime , on rompt le tissu , les fibres
et desormais l'Acide nâge en pleine liqueur.
L'air qui abonde dans le Raisin¸
lui aide par son ressort qui se trouve
bandé par Paffaissement de la liqueur.
Secondé
AVRIL 1733. 727
Secondé de cet air , l'Acide dont le
ressort est encore plus bandé par là ,
fait des efforts , souleve , agite , échauffe ,
jusqu'à ce qu'une portion étant absorbée
dans le Tartre qui tombe au fond , et
une autre dans le Souffre qui se développe
et s'exalte , l'équilibre et le repos
soient rétablis au moins pour un temps ,
ce qui fait le vin.
Car avec le temps , le Souffre s'exaltant
tout à fait et s'évaporant , l'Acide
se manifeste de nouveau , soit celui que
le Souffre laisse en se dissipant , soit
celui qu'un nouveau mêlange de lie et
de tartre y introduit ; d'où résulte enfin
le vinaigre.
Acides et les autres Principes chimiques.
Par le P. C. J.
M
Lettre à M. L. P. &c.
***
Puisqu'on vous a parlé de
mon idée sur les Acides et sur le
Systême physique de la Chymie , je ne
vous tiendrai pas long- temps en suspens;
et pour renfermer même plus de choses
en moins de paroles , je prendrai le stile
le plus géométrique que je pourrai . J'entre
donc en matiere.
L'Acide , selon l'idée la plus commune,
est un petit corps roide , long , aceré pat
les bouts , de la forme d'un fuseau. J'adopte
cette idée.
J'y ajoûte que cet Acide percé par un
bout , est creux en dedans et plein d'air
enveloppé d'une pellicule d'eau fortement
congélée. C'est là comme le
de la Machine.
corps
Son Méchanisme est celui d'un Souflet,
qui par un mouvement de systole et de
diastole , comme le coeur, ou par une espece
de respiration , comme le poulmon
chasse sans cesse et attiré l'air alternativement.
Je
TL. 1733. 7IS
Je parle de l'Acide primitif , de cet
Acide de l'air , que les Chimistes qualifient
d'Esprit Universel , d'Esprit Aerien ,
propre à nourrir le feu , les Plantes , les
animaux mêmes ; ou , si vous voulez ,
quelque chose de précis , de l'Esprit de
Nitre , ou de l'Acide de Salpêtre.
Tous les Acides , en effet , ne sont que
des Esprits Aeriens , un air enveloppé ,
un air condensé.
Or l'Air tout pur .n'a jamais trop paru
capable de condensation ; et il faut absolument
l'engrainer , le mêler , l'entraver
de quelque substance qui lui donne
du corps au milieu de l'air même , et
l'empêche de s'y confondre avec l'air
pur.
La Terre seroit , ce semble , assez bonne
pour le captiver. L'Alcali , qui est
une substance terreuse , captive bien l'Acide
; mais l'Acide est Acide indépendamment
de l'Alcali , puisqu'on les sépare
sans les détruire ni l'un ni l'autre.
Dailleurs la Terre et l'Air sont dans
la Nature comme deux extrêmes , entre
lesquels l'eau tient le milieu pour les
concilier.
L'Acide est de soi froid et rafraîchissant.
En approchant la main du Salpêtre
et même de la Poudre , en entrant
E dans
716 MERCURE DE FRANCE
dans les lieux où - se forme l'Acide , on
sent un air froid qui saisit. Les Philosophes
Chimistes et Physiciens veulent
qu'en hyver l'Air soit chargé d'Acides ,
et que l'eau ne se glace que par leur se-
Cours .
L'Acide , selon moi , sera froid , et par
le glaçon qui l'enveloppe , et par le soufle
subtil qu'il exhale sans cesse avec rapidité
par des ouvertures bien resserrées.
Les Acides glacent les dents et les agacent
; ils y causent une espece de Stupeur
et de Paralisie passagere .
Que sçait- on même si le goût picquant
des Acides vient plutôt de leur pointe
acerée , dont la subtilité est peut- être
trop grande pour se faire sentir , que de
ce petit soufle aigu et pénetrant qui des
seche , qui glace tout devant lui ?
Le Nitre se forme dans des lieux hu
mides et frais. Il se forme non dans l'air,
mais à l'air , à la surface des terres voisines
de l'air. L'air l'attire même sans cèsse
en dehors. On diroit que c'est un pè
tit animal vivant qui a besoin de respi
rer et qui cherche à respirer. Enfoüissezle
dans la terre , toujours vous le ver
rez remonter à la surface.
La vapeur humide chargée d'air concentré
, pénetre les murs poreux et alcalins
AVRIL: 1733. 717
calins dans un temps où les pores sont
un peu ouverts , tels que sont tous les
temps moites et humides.
Un petit froid survient , seche la surface
des murs , en resserre les pores exterieurs.
Les vapeurs s'y trouvent prises
en dedans.
L'Air dont le ressort ne souffre aucune
condensation extraordinaire , sur tout de
la part de la terre , se ramasse d'abord
tout entier au centre de la goute , y forme
une bulle , comme lorsque l'eau se
glace , et son ressort cherchant à se dilater
, l'eau environnante se condense et
par l'effet du froid et beaucoup plus par
,
celui de ce ressort interne .
L'air fait plus ; il repousse cette eau
vers l'ouverture du pore en dehors , et
la fait filer peu à peu comme par une
filiere.
Remplissez au temps de - la gelée une
olipite d'eau , à mesure que la gelée
augmentera , vous verrez sortir de l'æolipile
un fil de glace qui pourra devenir
long de cent toises sans se casser .
La moindre chaleur le fond ; que ne
fond-elle aussi nos Acides ? 1º . Ils ne'
sont ni si longs ni si gros , et ne donnent
que bren peu de prise à la chaleur
beaucoup moins à une chaleur grossiere,
un feu grossier. E ij 2º.
718 MERCURE DE FRANCE
1
2. Leur congellation est plus naturelle,
plus lente à se former. Elle vient plu
tôt d'un resserrement de parties bien engrainées
à loisir , causé par le retrécis
sement du pore par où elle file , que du
froid même. Ce que la Nature fait à
loisir sur tout en petit , est à l'épreuve
de bien des assauts que l'art grossier des
hommes peut y livrer.
3. La glace ordinaire est toute semée
de bulles d'air. La chaleur bande le ressort
de cet al. Ce ressort brise la glace
et la fond. Ici le ressort de l'air est éventé
par la petite ouverture qui lui donne une
issue libre ; et la congellation est bien au
trement forte n'étant point mêlée d'air, si
ce n'est tout au plus d'un air engrainé
et non ramassé en bulles.
Pour bien entendre cette generation
de l'Acide , remarquez que par des observations,
constantes on a découvert que
les petits grains de vapeur , de brouillard
, de rosée , sont en effet de petites
bulles déja toutes pleines d'air , comme
autant de petit balons,
Lorsque l'eau ayant été versée de bien
haut dans un verre , vient à petiller , les
petits grains qui retombent après s'être
élevez comme en jets d'eau sont de pegites
bulles qu'on reconnoît pleines d'air
avec
AVRIL. 17336 719
avec des loupes , ou à leur blancheur.
Pour le dire en passant , la nege , qui
n'est qu'une goute d'eau naturellement
ronde , mais toute comme déchirée en
filamens par sa congellation , fait bien
voir que les grains de vapeurs dont elle
est formée , étoient tous pleins de bulles
d'air.
Un floccon de nege est la réunion de
plusieurs grains de vapeurs . Chaque petit
corps d'Acide n'est qu'un grain allongé
et filé lentement par un trou régulier ,
et que le ressort même de l'air arrondit.
Pour remonter rout- à- fait à l'origine
du Nitre , tout est fort mêlé dans la
Nature. Dans la terre sur tout il y a
un grand mêlange d'eau et d'air . Mais
dans ce mêlange les loix les plus géométriques
de l'hydrostatique doivent s'observer.
L'air et la terre ne se mêlent pas volontiers
; mais on les y force. Le Labourage
sur tout souleve la terre au milieu
de l'air et le force de s'y nicher dans
une infinité de petites cellules qui s'affaissent
peu à peu , et retiennent l'air
malgré tous ses efforts pour se dégager . '
L'eau , la pluye , survient à son secours
, délaye la terre , fait couler les cellules.
L'air pouvant couler et s'étendre ,
E iij
se
720 MERCURE DE FRANCE
se dégage plus vîte de la terre pour s'en
gager à l'eau dont il s'accommode mieux.
Le Soleil , la chaleur de la terre ou du
temps , seche la terre. L'air rarefie cette
eau et tâche à rompre son enveloppe
en attendant , l'eau se trouvant plus legere
et un peu agitée , se dégage de la
terre et s'envole dans l'air avec l'air mê
me qui lui donne cette legereté.
Desormais l'air renfermé agit d'autant
moins pour se dégager , et l'eau se fortifie
pour le retenir. Pressée entre deux
airs , l'un interieur , l'autre exterieur , elle
acquiert une sorte de viscosité ; transportée
même dans une région plus froide ,
peu peu elle se condense et se dispose
à se condenser tout à fait dans quelque
de mur ou de terre , où le hazard la
fait aboutir pour achever de s'y façonner
en Acide. En voilà toute l'histoire .
pore
à
En se formant l'Acide forme l'Alcali.
Car comme l'air qui est dans une bulle
d'eau renfermée dans un pore de terre ,
ne peut sortir sans entraîner cette eau
après lui , de -même cette eau ne peut sortir
sans traîner après soi la couche mince
de terre qui forme l'interieur du pore .
Car le ressort de l'air , en comprimant son
enveloppe d'eau contre la terre qui l'environne
, comprime aussi et arrondit cettę
AVRIL. 1733- 721
te enveloppe de terre et l'entraîne avec
Feau congelée.
Mais ce qui entraine va toujours devant
ce qui est entrainé. l'Alcali n'est
pas aussi long que l'Acide , il ne l'enve-
Toppe qu'à demi corps ; et le corps solide
de l'Acide , ou l'eau congelée qui enveloppe
l'air , ne s'étend pas aussi loin
que le filet ou le soufle d'air qui lui est
assujetti.
Une molecule de terre qui a servi de
matrice à plusieurs grains de Nitre , restę
percée de plusieurs pores assez grands ,
comme une éponge ou une pierre de ponce.
C'est ce qui forme la terre bitumineuse
qui accompagne le Salpêtre. Cette terre
imbibée d'air après que le Nitre en est
sorti , n'a besoin que d'être un peu exaltée
, un peu rarefiée , un peu assouplie ,
pour former un petit corps molasse, spongieux
, aerien , sulphureux , en un mot ,
et combustible..
Et voilà les trois Elemens chymiques
véritablement Principes. Car le Sel est un
composé d'Alcali et d'Acides , et l'esprit
est quelquefois un Acide , quelquefois
un Alcali , quelquefois un Souffre.
Desorte qu'il y a trois Elemens naturels
primitifs , la Terre , l'Eau et l'Air ;
et trois artificiels , Chimiques et secon-
E iiij daires ,
722 MERCURE DE FRANCE
daires , l'Alcali , qui répond à la Terres
l'Acide , qui répond à l'Eau , et le Soufre
à l'Air. Je ne dis rien du feu qui penetre
tout.
a un
Je reviens à l'Acide , qui est mon principal
objet. Quand je le compare
souflet , je ne dis rien que n'ayent presque
dit tous les Chimistes et les vrais
Physiciens avant moi.
Il est flatueux ou venteux , disoient les
Anciens , il exalte la flâme , il soufle le feu,
disent les Modernes . Tout le monde , en
jettant du Salpêtre sur les charbons allumez
, peut le voir se boursoufler tout luimême
et faire un bruit pareil à celui d'un
million de petits souflets de Forge qui
soufleroient un feu ardent et qu'on entendroit
de loin.
La Poudre n'est que flâme , grace au
Salpêtre qui la compose . Qu'on imagine
en effet un million de petits souflets qui
donnent tout à coup sur un charbon qui.
est en feu ; ne conçoit- on. pas que par
l'action de ces souflets , ce charbon s'en
iroit aussi- tôt tout en flâme ?
L'esprit de Nitre fume toujours . Le
feu , en le retirant de son Alcali qui con--
traignoit un peu ses flancs , l'a rarefié
et rendu son soufle plus violent et plus
étendu. Ces petits souflets s'agitent donc
sans
AVRIL. 1733 . 723
sans cesse et se chassent les uns les autres
dans l'air qui est tout autour.
Cet Esprit mêlé avec l'Esprit de vin ,
fermente et le fait bouillonner avec chaleur.
L'Esprit de vin est un demi feu , les
souflets qu'on y mêle l'augmentent en le
souflant. Cela est très - naturel .
Le Nitre est impregné , est plein des
Esprits de l'air ; qu'est- ce que les Esprits
de l'air ? Si on veut parler clair en Phisicien
qui raisonne , c'est de l'air enveloppé
de quelqu'autre, substance , c'està
- dire de particules d'eau .
Le Nitre rafraîchit , le Nitre échauffe .
Tout Systême doit démêler cette contradiction
apparente ; mais un souflet qui
soufle le froid et le chaud , n'est pas une
chose rare dans la Nature.
Le Nitre a sur tout la proprieté de
fertiliser la terre et de faire vegeter les
Plantes. L'air qui est dans le Nitre , cherche
toujours à monter , il donne donc
de la legereté à l'eau congelée qu'il traine
après soi , et la congellation de cette eau
donne à l'air la force de penetrer , de
percer , de développer les fibres dont les
entrelacemens s'opposent à son mouvement
en enhaut ; c'est la grande vertu
du Nitre de chercher toujours l'air superieur
comme pour y respirer à son aise.
E v
Le
724 MERCURE DE FRANCE
Le Nitre se redresse volontiers comme
les Plantes. Il pese plus par un bout
que par l'autre , et l'air doit surnâger
Peau.
La cristalisation du Nitre vient delà.
Les petits souflets se chassent , se repoussent
et s'agitent jusqu'à ce qu'ils soient .
paralleles un à l'autre , et dans cet état
rien n'empêche et tout favorise leur réunion.
Je crois avoir observé il y a long tems,
je n'oserois l'assurer , que les cristaux
du Salpêtre sont percez à leur pointe
, avec un canal qui regne dans l'interieur
. La Poudre n'a bien sa force que
lorsque divisée en petits grains arrondis
elle est tonte entremêlée d'air . Des sou-
Alets veulent un air libre autour d'eux
et tout ce qui respire se ménage de l'air
pour respirer.
J
L'Acide coagule ; froid par son enveloppe
, il soufle le froid par son interieur ,
il fait plus ; semé dans l'interieur d'un
il se redresse comme autant de
longs pieux roides qui contiennent le liquide
et lui ôtent son mouvement.
corps ,
Mais c'est sa fermentation avec les Alcalis
et generalement avec les matieres
terreuses , qui est le grand Phénomene
de la Chimie et de la Phisique.
J'ai
AVRIL. 1733. 725
J'ai déja dit que l'Air et la Terre sont
deux extrêmes , et tout ce qu'il y a de
plus antagoniste dans la Nature. La
terre resserre et bande trop le ressort de
l'air. Ils ne vivent pas volontiers ensemble.
Vous les mêlez voilà un combat et
une guerre déclarée.
L'Air est l'Ame de l'Acide . Il en est
le mobile et le gouvernail. en mêmetemps
que l'Acide le pousse par un bout.
il repousse l'Acide par l'autre bout ,
comme le recul du canon .
Les particules de Terre ou d'Alcali
tombant sur les Acides , viennent lourdement
les appesantir , ils se relevent ;
les culbuter , ils se redressent ; boucher
. leur soupirail , ils les repoussent ; les resserrer
, ils battent des flancs . Ils se deffendent
par tous les bouts.
Il y a pourtant une façon de les prendre
et un bout foible. Que l'Alcali qui
selon tout le monde , une guaine ,
un fourreau , présente son ouverture à
la pointe massive de derriere de l'Acide , -
par son propre mouvement , par son re-~
cul l'Acide va y entrer.
a
En l'absence de l'Acide , l'Alçali est
naturellement plein d'air . Mais cet air
n'y tient pas et n'y est que parce qu'il
n'y a autre chose. La Terre et l'Air one
E vj leurs
726 MERCURE DE FRANCE
leurs roues disproportionnées , fort inégales
, incapables de s'engrainer sans la
médiation de, l'eau.
Aussi mettez l'Alcali dans l'eau , il va
la boire avec une espece d'avidité. Mettez
le même en lieu plein de vapeurs , il s'en
imbibera de même.
L'eau entre librement dans l'Alcali ,
et en y entrant l'air trouve un passage
ou une retraite paisible entre les parties
divisées de l'eau . L'Acide entre fort juste
dans l'Alcali , et l'air ne divise pas cet
Acide si facilement en sortant de cet Alcali
pour lui ceder la place . Et de-là les
combats , les broüillemens , les frottemens
, la chaleur , quelquefois le feu et
la fâme.
Dans le Raisin verd , l'acide est comme
garotté par les fibres courtes et terreuses
qui forment le tissu interieur du grain.
Peu à peu l'Acide développe , étend ,
rend souple ces fibres ; et la liqueur qui
abonde , facilite un peu son mouvement.
Lorsqu'on écrase le Raisin et qu'on
l'exprime , on rompt le tissu , les fibres
et desormais l'Acide nâge en pleine liqueur.
L'air qui abonde dans le Raisin¸
lui aide par son ressort qui se trouve
bandé par Paffaissement de la liqueur.
Secondé
AVRIL 1733. 727
Secondé de cet air , l'Acide dont le
ressort est encore plus bandé par là ,
fait des efforts , souleve , agite , échauffe ,
jusqu'à ce qu'une portion étant absorbée
dans le Tartre qui tombe au fond , et
une autre dans le Souffre qui se développe
et s'exalte , l'équilibre et le repos
soient rétablis au moins pour un temps ,
ce qui fait le vin.
Car avec le temps , le Souffre s'exaltant
tout à fait et s'évaporant , l'Acide
se manifeste de nouveau , soit celui que
le Souffre laisse en se dissipant , soit
celui qu'un nouveau mêlange de lie et
de tartre y introduit ; d'où résulte enfin
le vinaigre.
Fermer
Résumé : NOUVELLE Idée Physique sur les Acides et les autres Principes chimiques. Par le P. C. J. Lettre à M. L. P. &c.
Le texte présente une théorie sur la nature des acides et des principes chimiques, proposée par un auteur anonyme. Selon cette théorie, l'acide est décrit comme un petit corps en forme de fuseau, creux et rempli d'air, enveloppé d'une pellicule d'eau fortement congelée. Ce mécanisme fonctionne comme un soufflet, alternant entre systole et diastole pour chasser et attirer l'air. L'auteur parle de l'acide primitif, ou 'Esprit Universel', présent dans l'air et capable de nourrir le feu, les plantes et les animaux. Les acides sont considérés comme des esprits aériens, un air condensé et enveloppé. Pour se condenser, l'air doit être mêlé à une substance qui lui donne du corps, comme la terre ou l'alcali. L'acide est naturellement froid et rafraîchissant, glacé par une pellicule d'eau et un souffle subtil. Il se forme dans des lieux humides et frais, attiré par l'air et remontant à la surface. La génération de l'acide est expliquée par la pénétration de vapeur humide chargée d'air dans les murs poreux et alcalins. L'air se condense en formant une bulle, repoussant l'eau vers l'extérieur et la faisant filer comme par une filière. Cette congélation est plus naturelle et résistante à la chaleur que la glace ordinaire. L'auteur décrit également la formation du nitre, un type d'acide, à partir du mélange d'eau et d'air dans la terre. Le labourage, la pluie et le soleil contribuent à ce processus, permettant à l'air de se dégager et à l'eau de se condenser en acide. L'acide forme également l'alcali, une substance terreuse qui l'accompagne. Le texte conclut en identifiant trois éléments chimiques primitifs : la terre, l'eau et l'air, ainsi que trois éléments artificiels : l'alcali, l'acide et le soufre. L'acide est comparé à un soufflet, capable de soulever le feu et de fertiliser la terre. Il coagule et se redresse, formant des cristaux percés à leur pointe. Sa fermentation avec les alcalis est un phénomène clé en chimie et en physique. Les interactions entre l'air, les acides et les alcalis sont également décrites. L'air est comparé à l'âme de l'acide, agissant comme un mobile et un gouvernail. Les acides repoussent les alcalis et vice versa, comme le recul d'un canon. Les particules de terre ou d'alcali appesantissent les acides, mais ceux-ci se défendent en se relevant ou en se redressant. Il existe une méthode pour neutraliser les acides en utilisant les alcalis, qui agissent comme une gaine ou un fourreau. En l'absence d'acide, l'alcali est naturellement plein d'air, mais cet air est instable et peut être remplacé par l'eau ou les vapeurs. Dans le raisin vert, l'acide est retenu par des fibres courtes et terreuses. Avec le temps, l'acide développe et rend ces fibres souples, facilitant son mouvement. Lorsque le raisin est écrasé et exprimé, l'acide se déplace librement dans la liqueur. L'air présent dans le raisin aide l'acide à soulever, agiter et échauffer la liqueur jusqu'à ce qu'un équilibre soit rétabli, formant ainsi le vin. Avec le temps, le soufre s'évapore, permettant à l'acide de se manifester à nouveau, résultant finalement en du vinaigre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 2668-2672
LETTRE de M. Thiout, Horloger, à M. le Chevalier de .... au sujet de la Pendule que M. Pierre le Roy annonce dans le Mercure de Septembre dernier.
Début :
MONSIEUR, Les marques d'estime dont vous m'honorez, et [...]
Mots clefs :
Pierre Le Roy, Pendule, Roue, Cercle, Quantième, Palette, Temps vrai, Ressort, Description, Cadran, Minutes, Roues, Pignon, Justesse, Échappement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Thiout, Horloger, à M. le Chevalier de .... au sujet de la Pendule que M. Pierre le Roy annonce dans le Mercure de Septembre dernier.
LETTRE de M. Thiout , Horloger
à M. le Chevalier de .... au sujet de
la Pendule que M. Pierre le Roy annonce
dans le Mercure de Sept.mbre dernier.
MONSIEUR ,
Les marques d'estime dont vous m'honorez ',
et l'envie que vous m'avez témoignée de sçavoir
par moi les proprietez de la Pendule que M.Pierre
le Roy annonce, confirment l'interêt que vous
prenez au progrès des Arts . Je vais donc Monsieur
, m'en acquitter le plus succinctement qu'il
me sera possible , selon la description que vous
en avez vûë de l'Auteur.
Cette Pendule marque le temps vrai , par le
moyen d'un cercle appliqué à la circonférence
du Cadran , où sont gravez les mois et quantiémes
inégalement , selon que l'Equation le demande
; les 60. minutes y sont aussi gravées ,
I. Kd • de
DECEMBRE. 1733. 2659
He sorte qu'en le tournant à la main jusqu'an
quantiéme marqué avec deux index , l'Aiguille
des minutes marque sur ledit Cercle le temps
vrai.
Cette méthode , quoique très - bonne , a des
difficultez qui empêchent que le Public n'en tire
Pavantage qu'il desireroit , parce qu'il est diffi
cile d'en faire prendre connoissance aux personnes
même intelligentes , et en ce qu'il faut s'ap
procher du Cadran toutes les fois que l'on veut
avoir l'heure , et avoir toujours égard aux nouvelles
positions du Cercle après l'avoir mis au
quantième , ce qui n'est guère utile pour un usage
ordinaire , mais très-bon pour un Sçavant
comme étoit l'Inventeur , feu M. de la Hire , or
comme est M.du Fay ; qui l'a si bien perfec-
*tionnée.
M. le Roy a ajoûté une détente fort ingénieuse
, après ce Cercle , pour faire sonner le temps
vrai , mais M. Enderlin en a imaginé une , où
il évite les talus qui sont à celle de M. le Roy , ce
qui la rend plus parfaite et plus facile à executer.
Cette Pendule marque le quantiéme du mois
avec une roue de plus, tandis qu'il faut trois roues
et deux pignons aux autres Pendules qui le masquent
, selon M. le Roy. Je ne crois pas que son
dessein soit d'en imposer, cependant il sçait bien
que nos quantiémes ordinaires ne sont composez
que d'un pignon de 16. posé sur la roue de Cadran.
Une roue de 32. engrainée dedans ; portant
une cheville qui passe toutes les 24. heures,prend
une dent du Cercle qui fait changer le chiffre; ainsi
cela ne fait absolument que trois roues, y com
gris le pignon ce qui estbien simple )mais il paroît
que M. le Roy encherit sur cette simplicité , ne
donnant qu'une seule roue à son quantiéme. Il a,
La Volo Fy sans
1670 MERCURE DE FRANCE
sans doute , oublié de compter les deux autres of
il se sert de differentes machines qui font plus
que l'équivalent des deux roues qu'il y a de plus
au quantiéme connû,
La justesse des Pendules ne paroissant pas assez
suffisante avec l'échappement ordinaire , M.
Roy dit avoir imaginé , pour augmenter cette
justesse, un nouvel Echappement qui consiste en
une seule Palette et deux Rochets enarbrez sur le
même Axe. L'un de ces Rochets est plus grand
que l'autre, Lorsque le petit frappe la Palette et
qu'il échappe, le grand se repose sur le Cylindre
de la Verge jusqu'à- ce que la vibration lui ameng
une entaille faite dans ledit Cylindre et en passant,
le petit Rochet frappe la Palette , et ainsi succes
.sivement.. AS 2
que
Remarquez , s'il vous plait , Monsicur ,
cet échappement perd moitié de l'avantage qu'a
celui de la roue de rencontre , n'y ayant que la
moitié des vibrations de Chassées , comme s'il Y
avoit du danger de donner trop de maintien au
Pendule , il est vrai que pour recuperer cette peste
, M. le Roi est obligé de tenir la Palete grande,
mais il n'en résulte que l'inégalité de la force
motrice et du Kouage qui influe plus abondam
›ment sur une grande Palette que sur deux petites,
ce qui est évident , on pourroit s'imaginer , n'y
ayant qu'une Palette de frappée, que la vibration
ne reçoit qu'un choc plus ou moins fort , sans
autre consequence , et que la vibration reve,
nant, elle est independante de toutes causes accip
dentelles. Il faut faire attention que le choc ing-
-gal donne de grandes et de petites vibrations
ainsi celle que l'on prétendroit naturelle ne l'est
pas , étant plus ou moins grande. Il y auroit beau
coup de choses à dire là- dessus , ce que j'ai re
I. Va connú
DECEMBRE. 1753. 2677
cennu par une petite experience que j'en ai faite
en 1725. après M. du Tertre. A l'égard de sa
plus grande durée il seroit difficile de le prouver
, étant égal en avantages.
M. le Roy auroit bien du ne pas faire plus de
mistere à donner la description de rendre égale
l'action du grand ressort des l'endules , qu'il dit
avoir imaginé , qu'à donner la description de sa
détente, le Public lui en auroit sçu bon gré; mais
avec un peu d'attention , on reconnoîtra que la
maniere dont il se sert , est la même que celle que
l'on a pratiquée aux Montres à barillet tournant,
qui est, à la verité , excellente pour une Pendule ,
puisque l'on voit des Montres à minutes sur ce
principe , aller aussi régulierement 24. heures
que celles à fusée.
Voici , Monsieur , comme on dispose un mouvement
de Pendule , quand on veut se servir de
ce principe de justesse ; on donne les mêmes
nombres aux rouages comme pour aller 18 .
jours , où il ne faut que six tours de barillet ›
on noye une petite roue sur celle du barillet excentriquement
; on y ajuste quarément à l'arbres
une dent , et la petite roue en ayant 4. on fait
fait faire un bon ressort de neuf tours , dans les
quels on en chosit 4. des plus égaux , que l'on
fixe au moyen de cette petite roue excentrique ,
ainsi il y a environ trois tours de bande et deux
de reste , font cinq , et quatre d'employez , font
neuf , les quatre tours de réserves tirent douze
jours très- régulierement ; mais comme on remonte
la Pendule tous les huit jours , il n'y a
qu'environ trois tours des neuf qui travaillent ,
ce qui auginente encore la régularité
Ce qui confirme que c'est là la Méthode dont
M. le Roy se sert , c'est qu'après la fusée il ne
5. Ja Vol.
F vi peac
2872 MERCURE DE FRANCE
peut y en avoir d'autre avec laquelle on puisse
mieux regler l'action du grand ressort et qui garantisse
mieux les fractures qui peuvent arriver
en la remontant , comme M. le Roy le remar➡
que Il y a des Horlogers , qui observent encore
pour corriger l'action du ressort , de tenir le
premier pignon plus petit que d'ordinaire et
grossissent les autres en proportion .
A l'égard du bouton dont M. le Roy
se sert pour tourner le Cercle sans ouvrir
la boëte , il faut qu'il y ait long temps qu'il l'ait
imaginé , y ayant 6. ou 7. ans que moi et d'autres
le mettent en usage. Je suis très- respectueusement
, Monsieur , &c .
à M. le Chevalier de .... au sujet de
la Pendule que M. Pierre le Roy annonce
dans le Mercure de Sept.mbre dernier.
MONSIEUR ,
Les marques d'estime dont vous m'honorez ',
et l'envie que vous m'avez témoignée de sçavoir
par moi les proprietez de la Pendule que M.Pierre
le Roy annonce, confirment l'interêt que vous
prenez au progrès des Arts . Je vais donc Monsieur
, m'en acquitter le plus succinctement qu'il
me sera possible , selon la description que vous
en avez vûë de l'Auteur.
Cette Pendule marque le temps vrai , par le
moyen d'un cercle appliqué à la circonférence
du Cadran , où sont gravez les mois et quantiémes
inégalement , selon que l'Equation le demande
; les 60. minutes y sont aussi gravées ,
I. Kd • de
DECEMBRE. 1733. 2659
He sorte qu'en le tournant à la main jusqu'an
quantiéme marqué avec deux index , l'Aiguille
des minutes marque sur ledit Cercle le temps
vrai.
Cette méthode , quoique très - bonne , a des
difficultez qui empêchent que le Public n'en tire
Pavantage qu'il desireroit , parce qu'il est diffi
cile d'en faire prendre connoissance aux personnes
même intelligentes , et en ce qu'il faut s'ap
procher du Cadran toutes les fois que l'on veut
avoir l'heure , et avoir toujours égard aux nouvelles
positions du Cercle après l'avoir mis au
quantième , ce qui n'est guère utile pour un usage
ordinaire , mais très-bon pour un Sçavant
comme étoit l'Inventeur , feu M. de la Hire , or
comme est M.du Fay ; qui l'a si bien perfec-
*tionnée.
M. le Roy a ajoûté une détente fort ingénieuse
, après ce Cercle , pour faire sonner le temps
vrai , mais M. Enderlin en a imaginé une , où
il évite les talus qui sont à celle de M. le Roy , ce
qui la rend plus parfaite et plus facile à executer.
Cette Pendule marque le quantiéme du mois
avec une roue de plus, tandis qu'il faut trois roues
et deux pignons aux autres Pendules qui le masquent
, selon M. le Roy. Je ne crois pas que son
dessein soit d'en imposer, cependant il sçait bien
que nos quantiémes ordinaires ne sont composez
que d'un pignon de 16. posé sur la roue de Cadran.
Une roue de 32. engrainée dedans ; portant
une cheville qui passe toutes les 24. heures,prend
une dent du Cercle qui fait changer le chiffre; ainsi
cela ne fait absolument que trois roues, y com
gris le pignon ce qui estbien simple )mais il paroît
que M. le Roy encherit sur cette simplicité , ne
donnant qu'une seule roue à son quantiéme. Il a,
La Volo Fy sans
1670 MERCURE DE FRANCE
sans doute , oublié de compter les deux autres of
il se sert de differentes machines qui font plus
que l'équivalent des deux roues qu'il y a de plus
au quantiéme connû,
La justesse des Pendules ne paroissant pas assez
suffisante avec l'échappement ordinaire , M.
Roy dit avoir imaginé , pour augmenter cette
justesse, un nouvel Echappement qui consiste en
une seule Palette et deux Rochets enarbrez sur le
même Axe. L'un de ces Rochets est plus grand
que l'autre, Lorsque le petit frappe la Palette et
qu'il échappe, le grand se repose sur le Cylindre
de la Verge jusqu'à- ce que la vibration lui ameng
une entaille faite dans ledit Cylindre et en passant,
le petit Rochet frappe la Palette , et ainsi succes
.sivement.. AS 2
que
Remarquez , s'il vous plait , Monsicur ,
cet échappement perd moitié de l'avantage qu'a
celui de la roue de rencontre , n'y ayant que la
moitié des vibrations de Chassées , comme s'il Y
avoit du danger de donner trop de maintien au
Pendule , il est vrai que pour recuperer cette peste
, M. le Roi est obligé de tenir la Palete grande,
mais il n'en résulte que l'inégalité de la force
motrice et du Kouage qui influe plus abondam
›ment sur une grande Palette que sur deux petites,
ce qui est évident , on pourroit s'imaginer , n'y
ayant qu'une Palette de frappée, que la vibration
ne reçoit qu'un choc plus ou moins fort , sans
autre consequence , et que la vibration reve,
nant, elle est independante de toutes causes accip
dentelles. Il faut faire attention que le choc ing-
-gal donne de grandes et de petites vibrations
ainsi celle que l'on prétendroit naturelle ne l'est
pas , étant plus ou moins grande. Il y auroit beau
coup de choses à dire là- dessus , ce que j'ai re
I. Va connú
DECEMBRE. 1753. 2677
cennu par une petite experience que j'en ai faite
en 1725. après M. du Tertre. A l'égard de sa
plus grande durée il seroit difficile de le prouver
, étant égal en avantages.
M. le Roy auroit bien du ne pas faire plus de
mistere à donner la description de rendre égale
l'action du grand ressort des l'endules , qu'il dit
avoir imaginé , qu'à donner la description de sa
détente, le Public lui en auroit sçu bon gré; mais
avec un peu d'attention , on reconnoîtra que la
maniere dont il se sert , est la même que celle que
l'on a pratiquée aux Montres à barillet tournant,
qui est, à la verité , excellente pour une Pendule ,
puisque l'on voit des Montres à minutes sur ce
principe , aller aussi régulierement 24. heures
que celles à fusée.
Voici , Monsieur , comme on dispose un mouvement
de Pendule , quand on veut se servir de
ce principe de justesse ; on donne les mêmes
nombres aux rouages comme pour aller 18 .
jours , où il ne faut que six tours de barillet ›
on noye une petite roue sur celle du barillet excentriquement
; on y ajuste quarément à l'arbres
une dent , et la petite roue en ayant 4. on fait
fait faire un bon ressort de neuf tours , dans les
quels on en chosit 4. des plus égaux , que l'on
fixe au moyen de cette petite roue excentrique ,
ainsi il y a environ trois tours de bande et deux
de reste , font cinq , et quatre d'employez , font
neuf , les quatre tours de réserves tirent douze
jours très- régulierement ; mais comme on remonte
la Pendule tous les huit jours , il n'y a
qu'environ trois tours des neuf qui travaillent ,
ce qui auginente encore la régularité
Ce qui confirme que c'est là la Méthode dont
M. le Roy se sert , c'est qu'après la fusée il ne
5. Ja Vol.
F vi peac
2872 MERCURE DE FRANCE
peut y en avoir d'autre avec laquelle on puisse
mieux regler l'action du grand ressort et qui garantisse
mieux les fractures qui peuvent arriver
en la remontant , comme M. le Roy le remar➡
que Il y a des Horlogers , qui observent encore
pour corriger l'action du ressort , de tenir le
premier pignon plus petit que d'ordinaire et
grossissent les autres en proportion .
A l'égard du bouton dont M. le Roy
se sert pour tourner le Cercle sans ouvrir
la boëte , il faut qu'il y ait long temps qu'il l'ait
imaginé , y ayant 6. ou 7. ans que moi et d'autres
le mettent en usage. Je suis très- respectueusement
, Monsieur , &c .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Thiout, Horloger, à M. le Chevalier de .... au sujet de la Pendule que M. Pierre le Roy annonce dans le Mercure de Septembre dernier.
La lettre de M. Thiout, horloger, adressée à M. le Chevalier de..., traite des caractéristiques et des améliorations apportées à une pendule annoncée par M. Pierre le Roy dans le Mercure de septembre précédent. Cette pendule marque le temps vrai grâce à un cercle appliqué à la circonférence du cadran, où sont gravés les mois, les quantièmes inégalement, ainsi que les minutes. Cependant, cette méthode, bien que bonne, présente des difficultés pour le public en raison de sa complexité et de la nécessité de s'approcher fréquemment du cadran. M. le Roy a ajouté une détente ingénieuse pour faire sonner le temps vrai, mais M. Enderlin a proposé une solution plus parfaite et facile à exécuter. La pendule marque également le quantième du mois avec une seule roue, contrairement aux autres pendules qui en utilisent trois roues et deux pignons. M. Thiout remet en question cette simplification, estimant que le design de M. le Roy est plus complexe qu'il ne le prétend. Pour augmenter la justesse des pendules, M. le Roy a imaginé un nouvel échappement avec une seule palette et deux rochets sur le même axe. Cependant, cet échappement perd la moitié de l'avantage de celui de la roue de rencontre, ce qui entraîne des inégalités dans la force motrice et le couple. M. Thiout critique également le mystère entourant la description de la méthode de M. le Roy pour rendre égale l'action du grand ressort des pendules, notant que cette méthode est similaire à celle utilisée dans les montres à barillet tournant. Il décrit en détail la disposition du mouvement de la pendule pour garantir une régularité maximale. Enfin, M. Thiout mentionne que le bouton utilisé par M. le Roy pour tourner le cercle sans ouvrir la boîte est une innovation déjà en usage depuis plusieurs années par lui-même et d'autres horlogers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 471-475
LETTRE de M. Regnauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 26 Janvier 1735 [sic]. sur l'Horlogerie.
Début :
Il me paroît, Monsieur, que quelques personnes croyent qu'il arrive [...]
Mots clefs :
Horlogerie, Ressorts, Ressort, Force, Acier, Épaisseur, Poids, Élasticité, Fer, Liqueur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Regnauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 26 Janvier 1735 [sic]. sur l'Horlogerie.
LETTRE de M. Regnauld , Horloger ,
écrite de Châlons en Champagne , le 26
Janvier 1735. sur l'Horlogerie .
L me paroît , Monsieur , que quel
ques personnes croyent qu'il arrive
dans les Ressorts , principes de l'action
des Montres , des inégalitez de force , qui
tantôt diminuent , et tantôt augmentent
; et que ces inégalitez , sans autre
cause , les font tarder ou avancer.
Comme l'on trouve le vrai par l'expérience
, j'ai eu recours à celle qui suit
qui suffira peut-être pour vous faire changer
de sentiment.
J'ai fait faire un ressort de Montre
une fois plus long , que ne sont ordinairement
les autres , afin de rendre ses
mouvemens plus sensibles ; je l'ai suspendu
par un de ses bouts ; j'ai attaché à l'autre
un poids d'environ trois onces , lequel
tenoit par sa pesanteur mon ressort
développé environ un tiers de toute sa
longueur , ce qui suffisoit pour l'observation.
Un fil de fer traversoit horisontalement
ce poids et passoit du côté du
mur, le long duquel étoit suspendu mon
ressort. J'ai enfoncé dans ce mur un autre
472 MERCURE DE FRANCE
tre morceau de fil de fer dont la pointe
répondoit parfaitement à celle qui sortoits
du poids; et quoique ce ressort ait
été suspendu ainsi pendant plus de six
mois , je n'ai jamais remarqué quele poids
ait remonté ; au contraire,je me suis toujours
apperçu qu'il descendoit ; ce qui
prouve que le ressort a toujours perdu de
sa force et n'en a jamais regagné.
Pour tirer avantage de cette expérience
, il est necessaire de sçavoir de quelle
façon on agit pour donner l'élasticité à
un ressort ; cela se fait ainsi : Lorsque
P'Ouvrier lui a donné la forme , il le fait
rougir dans le feu , et le trempe ensuite
dans quelque liqueur pour le refroidir
précipitamment. On doit conclure de- là
que l'air qui s'est trouvé dans cette liqueur
, étant plus aisé à être mis en
mouvement , que les parties qui la composent
, sera celui qui aura suivi de près
le feu , qui en abandonnant l'acier , lui
aura laissé des cellules ouvertes que cet
air aura occupé et qui auront été exactement
refermées par la liqueur.
Examinons maintenant comment l'air
peut produire l'élasticité.
Après être convenu , suivant l'opinion
generale , qu'il est composé de différentes
substances , dont la plus grossiere se pent
CI
MARS. 1734. 473
enfermer, et la plus déliée où la matiere
subtile passe tres- librement à travers
toute sorte de corps ; on peut vrai semblablement
croire que lorsque l'on bande
un ressort , ses parties intérieures se
resserrént , et que se resserrant , il s'exprime
proportionnellement de l'air grossier,
enfermé dans les cellules de l'Acier,
autant de cette matiere subtile , qui rentre
pour reprendre la place qu'elle avoit
quittée, lorsque l'on cesse de contraindre
le ressort et qui lui fait reprendre sa premiere
forme ainsi qu'une Eponge remplie
d'eau , que l'on mettroit dans un
Vaisseau et qu'on presseroit , dont l'eau
sortiroit par la pression , laquelle cessée ,
l'eau rentreroit dans l'Eponge et lui redonneroit
sa même forme.
S'il est vrai que les effets élastiques
soient tels , comme on le croit , quelle
vrai -semblance y a - t-il qu'ils puissent
augmenter, lorsqu'il ne peut dans la suite
se loger plus d'air dans l'Acier qu'il y en
est entré lors de la trempe ? car l'on conçoit
aisément que si la seule pression de
l'air y en pouvoit insinuer du nouveau ;
celui non- seulement qui y seroit entré ,
mais encore l'autre qui y auroit été placé
en premier lieu , en sortiroient lorsque
l'on banderoit le ressort , qui n'auroit
alors
474 MERCURE DE FRANCE
alors aucune cause pour reprendre sa situation.
Ona de plus des preuves que l'air grossier
ne peut pénétrer ni le Fer ni l'Acier,
puisqu'on en tient enfermé dans des Atquebuses
à vent , qui ne perdent point de
leurs forces pour être long- temps chargées
.
Il n'y a pas lieu non plus de croire que
le subtil scul puisse produire l'élasticité ,
puisqu'il pénétre facilement , tous les
corps , et qu'ainsi il peut se replacer
dans les Pores extérieurs de la Lame ,
lorsque les intérieurs sont resérrez , sans
Causer aucune contrainte.
Or puisque la quantité d'air enfermé
dans l'Acier ne peut augmenter , il ne se
peut pas faire que le ressort acquiere de
la force; au contraire quelqu'une des prisons
de l'air venant à se rompre , par la
roüille , ou les tentions réitérées , la force
élastique doit diminuer à proportion .
Ceux qui imagineroient des causes de
variations dans ces ressorts , par les diffé
rens dégrez de chaleur , ne rencontreroient
gueres mieux , puisque l'on a reconnu
que la plus grande chaleur de l'Eté
ne cause de dilatation à un morceau de
fer , à l'égard du plus grand froid d'Hyver
, que de la 1152 partie de sa grosseur.
MARS. 1734. 475
seur. Comme la violence du ressort ne
git que dans son épaisseur , qui n'est
pas dans plusieurs ressorts de de ligne ;
jugé de quel effet peut être l'augmentation
de la 1152e partie de de ligne .
De plus , comme ce ressort croîr en lorgueur
, ainsi qu'en épaisseur , il restitue
par son allongement la lenteur que l'épaisseur
auroit ôtée au mouvement de la
Montres et quand même ces différences
ne seroient pas proportionnées entre la
longueur et l'épaisseur , ces excès de force
seroient réduits à rien sur le dernier
mobile où git le principe de régularité.
J'atents avec impatience vos réfléxions :
Je suis avec un profond respect , & c.
écrite de Châlons en Champagne , le 26
Janvier 1735. sur l'Horlogerie .
L me paroît , Monsieur , que quel
ques personnes croyent qu'il arrive
dans les Ressorts , principes de l'action
des Montres , des inégalitez de force , qui
tantôt diminuent , et tantôt augmentent
; et que ces inégalitez , sans autre
cause , les font tarder ou avancer.
Comme l'on trouve le vrai par l'expérience
, j'ai eu recours à celle qui suit
qui suffira peut-être pour vous faire changer
de sentiment.
J'ai fait faire un ressort de Montre
une fois plus long , que ne sont ordinairement
les autres , afin de rendre ses
mouvemens plus sensibles ; je l'ai suspendu
par un de ses bouts ; j'ai attaché à l'autre
un poids d'environ trois onces , lequel
tenoit par sa pesanteur mon ressort
développé environ un tiers de toute sa
longueur , ce qui suffisoit pour l'observation.
Un fil de fer traversoit horisontalement
ce poids et passoit du côté du
mur, le long duquel étoit suspendu mon
ressort. J'ai enfoncé dans ce mur un autre
472 MERCURE DE FRANCE
tre morceau de fil de fer dont la pointe
répondoit parfaitement à celle qui sortoits
du poids; et quoique ce ressort ait
été suspendu ainsi pendant plus de six
mois , je n'ai jamais remarqué quele poids
ait remonté ; au contraire,je me suis toujours
apperçu qu'il descendoit ; ce qui
prouve que le ressort a toujours perdu de
sa force et n'en a jamais regagné.
Pour tirer avantage de cette expérience
, il est necessaire de sçavoir de quelle
façon on agit pour donner l'élasticité à
un ressort ; cela se fait ainsi : Lorsque
P'Ouvrier lui a donné la forme , il le fait
rougir dans le feu , et le trempe ensuite
dans quelque liqueur pour le refroidir
précipitamment. On doit conclure de- là
que l'air qui s'est trouvé dans cette liqueur
, étant plus aisé à être mis en
mouvement , que les parties qui la composent
, sera celui qui aura suivi de près
le feu , qui en abandonnant l'acier , lui
aura laissé des cellules ouvertes que cet
air aura occupé et qui auront été exactement
refermées par la liqueur.
Examinons maintenant comment l'air
peut produire l'élasticité.
Après être convenu , suivant l'opinion
generale , qu'il est composé de différentes
substances , dont la plus grossiere se pent
CI
MARS. 1734. 473
enfermer, et la plus déliée où la matiere
subtile passe tres- librement à travers
toute sorte de corps ; on peut vrai semblablement
croire que lorsque l'on bande
un ressort , ses parties intérieures se
resserrént , et que se resserrant , il s'exprime
proportionnellement de l'air grossier,
enfermé dans les cellules de l'Acier,
autant de cette matiere subtile , qui rentre
pour reprendre la place qu'elle avoit
quittée, lorsque l'on cesse de contraindre
le ressort et qui lui fait reprendre sa premiere
forme ainsi qu'une Eponge remplie
d'eau , que l'on mettroit dans un
Vaisseau et qu'on presseroit , dont l'eau
sortiroit par la pression , laquelle cessée ,
l'eau rentreroit dans l'Eponge et lui redonneroit
sa même forme.
S'il est vrai que les effets élastiques
soient tels , comme on le croit , quelle
vrai -semblance y a - t-il qu'ils puissent
augmenter, lorsqu'il ne peut dans la suite
se loger plus d'air dans l'Acier qu'il y en
est entré lors de la trempe ? car l'on conçoit
aisément que si la seule pression de
l'air y en pouvoit insinuer du nouveau ;
celui non- seulement qui y seroit entré ,
mais encore l'autre qui y auroit été placé
en premier lieu , en sortiroient lorsque
l'on banderoit le ressort , qui n'auroit
alors
474 MERCURE DE FRANCE
alors aucune cause pour reprendre sa situation.
Ona de plus des preuves que l'air grossier
ne peut pénétrer ni le Fer ni l'Acier,
puisqu'on en tient enfermé dans des Atquebuses
à vent , qui ne perdent point de
leurs forces pour être long- temps chargées
.
Il n'y a pas lieu non plus de croire que
le subtil scul puisse produire l'élasticité ,
puisqu'il pénétre facilement , tous les
corps , et qu'ainsi il peut se replacer
dans les Pores extérieurs de la Lame ,
lorsque les intérieurs sont resérrez , sans
Causer aucune contrainte.
Or puisque la quantité d'air enfermé
dans l'Acier ne peut augmenter , il ne se
peut pas faire que le ressort acquiere de
la force; au contraire quelqu'une des prisons
de l'air venant à se rompre , par la
roüille , ou les tentions réitérées , la force
élastique doit diminuer à proportion .
Ceux qui imagineroient des causes de
variations dans ces ressorts , par les diffé
rens dégrez de chaleur , ne rencontreroient
gueres mieux , puisque l'on a reconnu
que la plus grande chaleur de l'Eté
ne cause de dilatation à un morceau de
fer , à l'égard du plus grand froid d'Hyver
, que de la 1152 partie de sa grosseur.
MARS. 1734. 475
seur. Comme la violence du ressort ne
git que dans son épaisseur , qui n'est
pas dans plusieurs ressorts de de ligne ;
jugé de quel effet peut être l'augmentation
de la 1152e partie de de ligne .
De plus , comme ce ressort croîr en lorgueur
, ainsi qu'en épaisseur , il restitue
par son allongement la lenteur que l'épaisseur
auroit ôtée au mouvement de la
Montres et quand même ces différences
ne seroient pas proportionnées entre la
longueur et l'épaisseur , ces excès de force
seroient réduits à rien sur le dernier
mobile où git le principe de régularité.
J'atents avec impatience vos réfléxions :
Je suis avec un profond respect , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Regnauld, Horloger, écrite de Châlons en Champagne, le 26 Janvier 1735 [sic]. sur l'Horlogerie.
Dans une lettre datée du 26 janvier 1735, M. Regnauld, horloger, aborde les inégalités de force observées dans les ressorts des montres. Pour démontrer que ces inégalités ne proviennent pas de variations internes, il décrit une expérience où un ressort est suspendu avec un poids pendant six mois. Au cours de cette période, le poids descend constamment, prouvant que le ressort perd de sa force sans jamais la récupérer. Regnauld explique que l'élasticité d'un ressort est due à l'air emprisonné dans ses cellules lors de la trempe. Lorsqu'on bande le ressort, l'air grossier est expulsé, permettant à une matière subtile de pénétrer et de redonner sa forme au ressort. Cependant, cette quantité d'air ne peut augmenter, ce qui signifie que la force élastique ne peut que diminuer avec le temps. Cette diminution peut être causée par la rouille ou par des tensions répétées. L'horloger rejette également l'hypothèse selon laquelle les variations de température pourraient affecter significativement les ressorts. Il argue que la dilatation due à la chaleur est minime et que les différences de force dans les ressorts sont compensées par leur allongement, assurant ainsi une régularité dans le mouvement des montres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 137-138
« ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...] »
Début :
ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...]
Mots clefs :
Provinces, Almanach, Languedoc, Ressort, Commerce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH historique & Chronologique de Languedoc, & des Provinces [...] »
ALMANACH historique & Chronologique
de Languedoc, & des Provinces
du ressort du Parlement de Toulouse,
contenant tout ce qui concerne le Clergé,
l'Etat civil & littéraire, & le commerce
de ces Provinces, 1752. Se vend à Tou-
louse, chez Jean François Crozat, volu-
me in-8° de 312 pages.
L'Ouvrage que nous annonçons n'est pas
aussi frivole que son titre pourroit le fai-
re soupçonner. C'est une Histoire très sui-
vie & assez détaillée de ce qui est ar-
rivé d'important dans une des plus con-
sidétables, & la plus agréable Province
du Royaume. La Religion, le Gouver-
nement, les Sciences, le Commerce
nont point essuyé de révolutions dans
les Pays qui sont du ressort du Parle-
ment de Toulou se, dont on ne trouve l'é-
poque, quelquefois même l'origine & ses
suites dans le livre dont nous parlons. On
3oo
138 MERCUREDE FRANCE.
y. traite superficiellement les choses peu
importantes, & on appuye davantage sur
les plus considérables: on n insist e pas au-
tant sur les siécles passés que sur celui-ci,
Il n'est point d'Etranger qui, en lisant cet
Almanach, ne parvienne â connoître le
Languedoc comme s'il y étoit né, ou s'il
y avoit fait un long séjour. Nous croyons
que les autres Provinces devroient se pro-
curer, & procurer au Royaume en tier
un pareil secours. L'Auteur judicieux &
laborieux dont nous annonçons le travail
peut servir de modele.
de Languedoc, & des Provinces
du ressort du Parlement de Toulouse,
contenant tout ce qui concerne le Clergé,
l'Etat civil & littéraire, & le commerce
de ces Provinces, 1752. Se vend à Tou-
louse, chez Jean François Crozat, volu-
me in-8° de 312 pages.
L'Ouvrage que nous annonçons n'est pas
aussi frivole que son titre pourroit le fai-
re soupçonner. C'est une Histoire très sui-
vie & assez détaillée de ce qui est ar-
rivé d'important dans une des plus con-
sidétables, & la plus agréable Province
du Royaume. La Religion, le Gouver-
nement, les Sciences, le Commerce
nont point essuyé de révolutions dans
les Pays qui sont du ressort du Parle-
ment de Toulou se, dont on ne trouve l'é-
poque, quelquefois même l'origine & ses
suites dans le livre dont nous parlons. On
3oo
138 MERCUREDE FRANCE.
y. traite superficiellement les choses peu
importantes, & on appuye davantage sur
les plus considérables: on n insist e pas au-
tant sur les siécles passés que sur celui-ci,
Il n'est point d'Etranger qui, en lisant cet
Almanach, ne parvienne â connoître le
Languedoc comme s'il y étoit né, ou s'il
y avoit fait un long séjour. Nous croyons
que les autres Provinces devroient se pro-
curer, & procurer au Royaume en tier
un pareil secours. L'Auteur judicieux &
laborieux dont nous annonçons le travail
peut servir de modele.
Fermer