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7451
p. 2257-2261
EXTRAIT des Paranymphes faits aux Ecoles de Medecine de la Faculté de Paris, le 27. Août 1730. Par M. D. A.
Début :
MR De la Riviere, Licentié de la Faculté de Medecine de Paris, fit les Paranymphes [...]
Mots clefs :
Paranymphes, Écoles de médecine, Faculté de Paris, Médecine
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Paranymphes faits aux Ecoles de Medecine de la Faculté de Paris, le 27. Août 1730. Par M. D. A.
EXTRAIT des Paranymphes faits aux
Ecoles de Medecine de la Faculté de
Paris , le 27. Août 1730. Par M. D. A.
MMD
R De la Riviere , Licentié de la Faculté de
Medecine de Paris , fit les Paranymphes
le 27. du mois dernier avec toute la force & la
dignité que requeroient & l'excellence de la Medecine
& la matiere qu'il avoit à traiter.
Le Paranymphe ne fe propofe ordinairement
pour but qu'un fimple éloge , qui fe termine par
une Critique ingénieufe de ceux qui font en Licence.
L'Orateur s'eft attaché à la premiere partie
de cette idée ; mais encore elle n'eft pas la
fcule , ni même la principale qui ait paru l'occuper
; elle eft amenée & foutenue par deux Chefs
qui font le corps du Difcours adreffé à fes Collegues
: Les avantages de l'union , les triftes effets
de la Difcorde. Il fournit les moyens de
cultiver l'une , & combat les caufes qui donnent
naiffance à l'autre , & laiffe échaper de tems en
tems les louanges dues à la Medecine. L'Analiſe
que voici mettra l'execution dans un plus beau
jour. Il repréfente la Medecine avec fes plus
beaux attributs , & foutient que tout cela n'eft
rien , en comparaifon de l'avantage qui lui revient
de l'union des fiens. Il la fait enfuite
paroître
avec tout ce qu'il y a de plus defavantageux
pour elle , & dit que tout cela n'eft rien ,
en comparaifon du dommage que lui cauferoit
leur défunion . C'eft là le tiflu de fon Exorde . Il
entre en matiere.
Après avoir établi la Medecine auſſi ancienne
que le monde , il la propofe comme un préfent
des Cieux : Taniumque ab alto munus alnis
G `am2818
MERCURE DE FRANCE
amplector memoribus : at , proh dolor ! continue
til , hoc purum integrumque confervandi viam
ignoratis , amici Collega . Ce chemin ignoré ,
c'est l'union qui devient le plus bel attribut de la
Medecine : cette union , dit-il , regardée comme
le premier mobile de fa confervation ; ce qu'il
prouve par une comparaifon tirée de l'existence
de notre machine , laquelle ne fubfifte que par le
concours & l'union de toutes les parties , union
abfolument requife pour feconder la puiffance
qui l'anime , & voici ce qu'il en infere : La Medecine
eft - elle donc une ame ? oui , fans doute ,
( pourfuit- il ) Medicina eft fpiritus ille à Dea
infufflatus , perque totum Medicum effufus s
huic totus Medicus fubjicitur fpiritui ; vos aurem
partes eftis , vos eftis membra &c. il donne
affez d'étendue à cette penfée , & paffe delà
aux moyens. Le premier comprend l'Obfervance
des loix ; elle confifte in quodam Medicina culiu
quo quidem neglecto fibi quifque jura folers effingere
, folers harefes effingit innumeras , blandamque
procul deturbantes unionem . Le fecond
combat l'interêt , autorife le mépris qu'on
en doit faire , par la prééminence du Medecin
fur tous les autres hommes , prife de la connoiffance
qu'il a des chofes naturelles : quò verò alfior
illa cognitio , eò magis de Creatoris effentia
mens eadem participat Medicus vir est penè
divinus. L'avide intérêt paroît enfuite comme
un Monftre qui fe dévore lui -même , Vorax
infatiabilis , deficiente victimâ , fefe proprie
deglutiret ore. Le troifiéme enfin , c'eſt l'amour
de la Paix , il en fait un Oifeau qui ne fçait où
fe repofer ; cette fiction lui fait dire Incertam
fixare fi vos ardor urit , dulcis amicâ cantet
unio voce ; fileat horrendum Vultur , fuorum
mox fatiatum jecore , longa peftifero aëra inquinat
OCTOBRE. 1730. 225 9
>
quinat habitu ; fileat mendax Scorpio , hunc
irata evomiit Medicina , bella perfidus ultrò
Aggreditur , illiufque fumma voluptas divifio
fuorum eft . La Difcorde paroît ; il fait une belle
defcription de fes cruels effets. La Medecine en
butte aux traits qui lui font lancés de toutes
parts , eft obligée de chercher une folitude : hie
ergo jacet obfcura , s'écrie- t -il , hic ergo miferis
infcia vivit mortalibus &c. C'est ainsi que
la Difcorde devient ce qu'il y a de plus delavantageux
pour la Medecine. L'Orateur paffe
fa feconde reflexion en difant : Tanta Deus
avertat mala , ipfeque meam aperiat mentem
ut veras acerrima peftis hujus caufas vobis
detegere valeam ; ces cauſes fe réduisent à trois :
la premiere , l'envie que l'on porte à ceux qui
font élevés. La feconde , le mépris que l'on a de
ceux qui font dans l'obſcurité . La troifiéme , la
raillerie qu'on employe aux Paranymphes & les
injures dont elle n'eft que trop fouvent fuivie.
Nous ne fuivrons pas l'Orateur dans fes preuves
; nous nous contenterons de rapporter ce
qu'il dit à l'occafion de la raillerie ufitée dans
les Paranymphes.
Tertia tandem favas arguit objurgationes a
has unde toties pollutus ille locus ; has unde
toties impari Conventu , purpurâ hac contaminata
fanguineis flevit lacrymis ; has unde toties
imis à fedibus tota intremuêre ſchola . Mens
meminiffe hortet , obfcurafque alto libenter finerem
filentio , ni tunc meritò mali labes in
nos poffet refundi , mali , inquam , quod radicitùs
extirpandum ufque huc fortiter fumus
infecuti. Tali vulgò fe jactat illud origine ; num
extinguatur ? ferè numquam aitarum reformidate
avernum facilis quidem defcenfus : primo
leviter congrediuntar animi : Et plus bas:
Gij 味
2260 MERCURE DE FRANCE
at fortè reponet aliquis fermonis atrocitatè
relicta aftutis , levibus licèt uti verbis , fateor
equidem , & inde micat ingenii calliditas , aftuto
redit honos : quin & quâdam voluptate
velut afficitur auditor , dùm folertibus licet obdu&
um nubibus , acumen fentit , explicat . Hoc
qui contràfuis experitur damnis , hoc &planè
diffimili fentit modò : intima penetrat acies
inimica , vulnusque excavat numquam occludendum
, manat unde perpetuò exiftiofum dif
cordia virus. Il remontre à fes Collegues le tort
que cela feroit & à la Medecine & à leur réputation
, & finit en expofant le caractere de chacun
d'eux.
L'un (a) dit- il,affis déja fur une Chaire Royale
du fein des Cadavres forme des Candidats.
L'autre (6) diftingué par desAyeux refpectables
dans la Medecine , s'empreffe à joindre aux prérogatives
de fa naiffance des talens & des vertus
qui lui foient perfonnelles . Celui- ci ( c) renonce
aux fçavantes fpeculations de la Philofophie , &
cherche avec avidité les utiles fecrets de la Medecine.
Celui-la ( d ) enfin déja Medecin par la pratique
qu'il s'eft formée dans une Ville confiderable
, veut encore en obtenir le nom de la plus
celebre Faculté du Royaume,
Ces Portraits ont été fort approuvés. On y a
remarqué une fincerité qui fe trouve rarement
entre des concurrens ; & on a fçû bon gré à
l'Auteur d'avoir le premier banni des Paranymphes
les invectives & la raillerie.
a M.Hunauld.
b M. Guenauld.
CM. Le Hoc.
1 M. Malouin,
M,
OCTOBRE . 1730. 2261
M. Lockman qui a traduit en Anglois plu
fieurs Livres François , entre autres , les Refle
xions critiques fur la Poësie & la Peinture , de
M. l'Abbé du Bas , vient de traduire les voyages
de Jean Gulliver , fils du Capitaine Lemud Gulliver
, écrit en françois par M. l'Abbé̟ D. F.
Harding , Li braire de Londres , vend cette Traduction.
Ecoles de Medecine de la Faculté de
Paris , le 27. Août 1730. Par M. D. A.
MMD
R De la Riviere , Licentié de la Faculté de
Medecine de Paris , fit les Paranymphes
le 27. du mois dernier avec toute la force & la
dignité que requeroient & l'excellence de la Medecine
& la matiere qu'il avoit à traiter.
Le Paranymphe ne fe propofe ordinairement
pour but qu'un fimple éloge , qui fe termine par
une Critique ingénieufe de ceux qui font en Licence.
L'Orateur s'eft attaché à la premiere partie
de cette idée ; mais encore elle n'eft pas la
fcule , ni même la principale qui ait paru l'occuper
; elle eft amenée & foutenue par deux Chefs
qui font le corps du Difcours adreffé à fes Collegues
: Les avantages de l'union , les triftes effets
de la Difcorde. Il fournit les moyens de
cultiver l'une , & combat les caufes qui donnent
naiffance à l'autre , & laiffe échaper de tems en
tems les louanges dues à la Medecine. L'Analiſe
que voici mettra l'execution dans un plus beau
jour. Il repréfente la Medecine avec fes plus
beaux attributs , & foutient que tout cela n'eft
rien , en comparaifon de l'avantage qui lui revient
de l'union des fiens. Il la fait enfuite
paroître
avec tout ce qu'il y a de plus defavantageux
pour elle , & dit que tout cela n'eft rien ,
en comparaifon du dommage que lui cauferoit
leur défunion . C'eft là le tiflu de fon Exorde . Il
entre en matiere.
Après avoir établi la Medecine auſſi ancienne
que le monde , il la propofe comme un préfent
des Cieux : Taniumque ab alto munus alnis
G `am2818
MERCURE DE FRANCE
amplector memoribus : at , proh dolor ! continue
til , hoc purum integrumque confervandi viam
ignoratis , amici Collega . Ce chemin ignoré ,
c'est l'union qui devient le plus bel attribut de la
Medecine : cette union , dit-il , regardée comme
le premier mobile de fa confervation ; ce qu'il
prouve par une comparaifon tirée de l'existence
de notre machine , laquelle ne fubfifte que par le
concours & l'union de toutes les parties , union
abfolument requife pour feconder la puiffance
qui l'anime , & voici ce qu'il en infere : La Medecine
eft - elle donc une ame ? oui , fans doute ,
( pourfuit- il ) Medicina eft fpiritus ille à Dea
infufflatus , perque totum Medicum effufus s
huic totus Medicus fubjicitur fpiritui ; vos aurem
partes eftis , vos eftis membra &c. il donne
affez d'étendue à cette penfée , & paffe delà
aux moyens. Le premier comprend l'Obfervance
des loix ; elle confifte in quodam Medicina culiu
quo quidem neglecto fibi quifque jura folers effingere
, folers harefes effingit innumeras , blandamque
procul deturbantes unionem . Le fecond
combat l'interêt , autorife le mépris qu'on
en doit faire , par la prééminence du Medecin
fur tous les autres hommes , prife de la connoiffance
qu'il a des chofes naturelles : quò verò alfior
illa cognitio , eò magis de Creatoris effentia
mens eadem participat Medicus vir est penè
divinus. L'avide intérêt paroît enfuite comme
un Monftre qui fe dévore lui -même , Vorax
infatiabilis , deficiente victimâ , fefe proprie
deglutiret ore. Le troifiéme enfin , c'eſt l'amour
de la Paix , il en fait un Oifeau qui ne fçait où
fe repofer ; cette fiction lui fait dire Incertam
fixare fi vos ardor urit , dulcis amicâ cantet
unio voce ; fileat horrendum Vultur , fuorum
mox fatiatum jecore , longa peftifero aëra inquinat
OCTOBRE. 1730. 225 9
>
quinat habitu ; fileat mendax Scorpio , hunc
irata evomiit Medicina , bella perfidus ultrò
Aggreditur , illiufque fumma voluptas divifio
fuorum eft . La Difcorde paroît ; il fait une belle
defcription de fes cruels effets. La Medecine en
butte aux traits qui lui font lancés de toutes
parts , eft obligée de chercher une folitude : hie
ergo jacet obfcura , s'écrie- t -il , hic ergo miferis
infcia vivit mortalibus &c. C'est ainsi que
la Difcorde devient ce qu'il y a de plus delavantageux
pour la Medecine. L'Orateur paffe
fa feconde reflexion en difant : Tanta Deus
avertat mala , ipfeque meam aperiat mentem
ut veras acerrima peftis hujus caufas vobis
detegere valeam ; ces cauſes fe réduisent à trois :
la premiere , l'envie que l'on porte à ceux qui
font élevés. La feconde , le mépris que l'on a de
ceux qui font dans l'obſcurité . La troifiéme , la
raillerie qu'on employe aux Paranymphes & les
injures dont elle n'eft que trop fouvent fuivie.
Nous ne fuivrons pas l'Orateur dans fes preuves
; nous nous contenterons de rapporter ce
qu'il dit à l'occafion de la raillerie ufitée dans
les Paranymphes.
Tertia tandem favas arguit objurgationes a
has unde toties pollutus ille locus ; has unde
toties impari Conventu , purpurâ hac contaminata
fanguineis flevit lacrymis ; has unde toties
imis à fedibus tota intremuêre ſchola . Mens
meminiffe hortet , obfcurafque alto libenter finerem
filentio , ni tunc meritò mali labes in
nos poffet refundi , mali , inquam , quod radicitùs
extirpandum ufque huc fortiter fumus
infecuti. Tali vulgò fe jactat illud origine ; num
extinguatur ? ferè numquam aitarum reformidate
avernum facilis quidem defcenfus : primo
leviter congrediuntar animi : Et plus bas:
Gij 味
2260 MERCURE DE FRANCE
at fortè reponet aliquis fermonis atrocitatè
relicta aftutis , levibus licèt uti verbis , fateor
equidem , & inde micat ingenii calliditas , aftuto
redit honos : quin & quâdam voluptate
velut afficitur auditor , dùm folertibus licet obdu&
um nubibus , acumen fentit , explicat . Hoc
qui contràfuis experitur damnis , hoc &planè
diffimili fentit modò : intima penetrat acies
inimica , vulnusque excavat numquam occludendum
, manat unde perpetuò exiftiofum dif
cordia virus. Il remontre à fes Collegues le tort
que cela feroit & à la Medecine & à leur réputation
, & finit en expofant le caractere de chacun
d'eux.
L'un (a) dit- il,affis déja fur une Chaire Royale
du fein des Cadavres forme des Candidats.
L'autre (6) diftingué par desAyeux refpectables
dans la Medecine , s'empreffe à joindre aux prérogatives
de fa naiffance des talens & des vertus
qui lui foient perfonnelles . Celui- ci ( c) renonce
aux fçavantes fpeculations de la Philofophie , &
cherche avec avidité les utiles fecrets de la Medecine.
Celui-la ( d ) enfin déja Medecin par la pratique
qu'il s'eft formée dans une Ville confiderable
, veut encore en obtenir le nom de la plus
celebre Faculté du Royaume,
Ces Portraits ont été fort approuvés. On y a
remarqué une fincerité qui fe trouve rarement
entre des concurrens ; & on a fçû bon gré à
l'Auteur d'avoir le premier banni des Paranymphes
les invectives & la raillerie.
a M.Hunauld.
b M. Guenauld.
CM. Le Hoc.
1 M. Malouin,
M,
OCTOBRE . 1730. 2261
M. Lockman qui a traduit en Anglois plu
fieurs Livres François , entre autres , les Refle
xions critiques fur la Poësie & la Peinture , de
M. l'Abbé du Bas , vient de traduire les voyages
de Jean Gulliver , fils du Capitaine Lemud Gulliver
, écrit en françois par M. l'Abbé̟ D. F.
Harding , Li braire de Londres , vend cette Traduction.
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Résumé : EXTRAIT des Paranymphes faits aux Ecoles de Medecine de la Faculté de Paris, le 27. Août 1730. Par M. D. A.
Le 27 août 1730, M. De la Rivière, licencié de la Faculté de Médecine de Paris, a prononcé un discours lors des Paranymphes des Écoles de Médecine. Ce discours visait à célébrer l'excellence de la médecine et à traiter des avantages de l'union et des tristes effets de la discorde au sein de la profession médicale. L'orateur a souligné que la médecine est aussi ancienne que le monde et l'a présentée comme un don des cieux. Il a insisté sur l'importance de l'union parmi les médecins, comparant la médecine à une âme qui anime le corps médical. L'union est nécessaire pour la conservation et l'efficacité de la médecine, tout comme l'harmonie des parties du corps humain est essentielle à sa fonction. Le discours a abordé trois moyens pour cultiver l'union : l'observance des lois, le mépris de l'intérêt personnel, et l'amour de la paix. L'intérêt personnel a été décrit comme un monstre autodestructeur, tandis que la discorde a été présentée comme un fléau dévastateur pour la médecine. L'orateur a également identifié trois causes principales de la discorde : l'envie envers ceux qui sont élevés, le mépris envers ceux qui sont dans l'obscurité, et la raillerie utilisée lors des Paranymphes. Il a critiqué l'usage de la raillerie, soulignant les dommages qu'elle peut causer à la réputation des médecins. Le discours s'est conclu par des portraits des nouveaux licenciés, mettant en avant leur sincérité et leurs qualités personnelles. Ces portraits ont été bien reçus, et l'auteur a été félicité pour avoir banni les invectives et la raillerie des Paranymphes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7452
p. 2261-2262
Reception de M. Maloüin de Caën, dans la Faculté de Medecine de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Le 3. Octobre on fit dans les Ecoles de Médecine la cerémonie de donner le Bonnet de Docteur [...]
Mots clefs :
Écoles de médecine, Docteur, Jean-Baptiste Malouin, Faculté de médecine
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texteReconnaissance textuelle : Reception de M. Maloüin de Caën, dans la Faculté de Medecine de Paris, [titre d'après la table]
Le 3. Octobre on fit dans les Ecoles de Mé
decine la cerémonie de donner le Bonnet de Docteur
Régent en cette Faculté , à un Medecin de
Province, déja docte & habile dans fa Profeffion ,
(Jean- Baptifte Malouin ) Le Préfident de l'Acte
commença cette cerémonie par un Difcours , qui
congratuloit d'abord le nouveau Docteur de Paris
fur les avantages qu'il recevoit en ce jour , & fur
l'honneur que la Faculté lui faifoit ,en lui donnant
le premier lieu dans fa licence. Il le loua enfuite
fur fa fageffe, & fur fon érudition qui lui avoient
merité la confiance de M. Geoffroy , lequel étant
tombé malade dans le tems même qu'il devoit
profeffer le cours de Chimie au jardin du Roy ,
pria M. Malouin de faire pour lui cette fonction ,
de quoi il s'eft parfaitement bien acquitté , &
avec la fatisfaction du Public. On remarqua que
les Auditeurs entendirent differemment l'expreffion
natalis fapientia , par laquelle le Préfident
loua le nouveau Docteur fur fa fageffe , les uns
crurent qu'il loüoit en lui cette fapience , qu'on
attribue ordinairement aux gens de fon païs ;
car M. Malouin eft de la ville de Caën , les autres
penferent qu'il le loüoit d'être në d'une famille
féconde en gens de Lettres , & cela n'eſt
pas moins vrai,
Le Préfident ayant fini fon Difcours , l'embrafla
comme fon confrere , & lui mit le Bonnet
G iij
fur
2262 MERCURE DE FRANCE
fur la tête , après quoi M. Malouin fit à fon
tour un Difcours fort éloquent , pour remercier
la Faculté de la maniere honorable avec laquelle
elle l'avoit aggregé dans fon Corps , & il fe congratula
lui- même de recevoir le Bonnet de Docteur
, au nom de M. Helvetius , qui devoit préfider
à cet Acte , & qui ne pouvant quitter la
Reine , avoit commis un autre Docteur pour
faire en fa place cette fonction. M. Malouin
prit delà occafion de parler de la Reine & de´
ja naiflance de M. le Duc d'Anjou. Il compli
menta enfin la Faculté fur ce qu'elle avoit l'honneur
de fournir des Médecins au plus puiffant , &
au meilleur des Rois. Ce Difcours fut fort applaudi
, on en admira particulierement la belle la--
zinité on fçait affez que la Faculté de Médecine
de Paris, eft en poffeffion d'exceller en ce genre-là.
decine la cerémonie de donner le Bonnet de Docteur
Régent en cette Faculté , à un Medecin de
Province, déja docte & habile dans fa Profeffion ,
(Jean- Baptifte Malouin ) Le Préfident de l'Acte
commença cette cerémonie par un Difcours , qui
congratuloit d'abord le nouveau Docteur de Paris
fur les avantages qu'il recevoit en ce jour , & fur
l'honneur que la Faculté lui faifoit ,en lui donnant
le premier lieu dans fa licence. Il le loua enfuite
fur fa fageffe, & fur fon érudition qui lui avoient
merité la confiance de M. Geoffroy , lequel étant
tombé malade dans le tems même qu'il devoit
profeffer le cours de Chimie au jardin du Roy ,
pria M. Malouin de faire pour lui cette fonction ,
de quoi il s'eft parfaitement bien acquitté , &
avec la fatisfaction du Public. On remarqua que
les Auditeurs entendirent differemment l'expreffion
natalis fapientia , par laquelle le Préfident
loua le nouveau Docteur fur fa fageffe , les uns
crurent qu'il loüoit en lui cette fapience , qu'on
attribue ordinairement aux gens de fon païs ;
car M. Malouin eft de la ville de Caën , les autres
penferent qu'il le loüoit d'être në d'une famille
féconde en gens de Lettres , & cela n'eſt
pas moins vrai,
Le Préfident ayant fini fon Difcours , l'embrafla
comme fon confrere , & lui mit le Bonnet
G iij
fur
2262 MERCURE DE FRANCE
fur la tête , après quoi M. Malouin fit à fon
tour un Difcours fort éloquent , pour remercier
la Faculté de la maniere honorable avec laquelle
elle l'avoit aggregé dans fon Corps , & il fe congratula
lui- même de recevoir le Bonnet de Docteur
, au nom de M. Helvetius , qui devoit préfider
à cet Acte , & qui ne pouvant quitter la
Reine , avoit commis un autre Docteur pour
faire en fa place cette fonction. M. Malouin
prit delà occafion de parler de la Reine & de´
ja naiflance de M. le Duc d'Anjou. Il compli
menta enfin la Faculté fur ce qu'elle avoit l'honneur
de fournir des Médecins au plus puiffant , &
au meilleur des Rois. Ce Difcours fut fort applaudi
, on en admira particulierement la belle la--
zinité on fçait affez que la Faculté de Médecine
de Paris, eft en poffeffion d'exceller en ce genre-là.
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Résumé : Reception de M. Maloüin de Caën, dans la Faculté de Medecine de Paris, [titre d'après la table]
Le 3 octobre, une cérémonie aux Écoles de Médecine a honoré Jean-Baptiste Malouin, un médecin de province, en lui remettant le bonnet de docteur régent. Le président a loué Malouin pour sa compétence et son érudition, soulignant la confiance que lui avait accordée M. Geoffroy, qui l'avait remplacé pour un cours de chimie au Jardin du Roi. Les auditeurs ont interprété différemment l'expression 'natalis sapientia' utilisée par le président, certains la liant à Caen, la ville natale de Malouin, d'autres à sa famille lettrée. Après avoir reçu le bonnet, Malouin a prononcé un discours de remerciement, exprimant également la gratitude de M. Helvetius. Il a évoqué la Reine et la naissance du Duc d'Anjou, complimentant la Faculté pour son rôle de fournir des médecins au roi. Son discours, très applaudi pour sa clarté, a souligné l'excellence de la Faculté de Médecine de Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7453
p. 2262-2265
« M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...] »
Début :
M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...]
Mots clefs :
Académie des inscriptions et belles-lettres, Machine, Plomb
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...] »
M.Hardion, de l'Académie des Infcriptions &
Belles Lettres , fut reçu le 28. du mois dernier
dans l'Académie Françoife, à la place vacante par
la mort de l'Evêque d'Angers. Il fit un Difcours
de remerciment , auquel M. de Mirabaud , Chaneelier
, répondit au nom de l'Académie , & les
deux Difcours furent fort applaudis.
+
On apprend de Londres que le 3 de ce mois ,
le Commité du Confeil affemblé à Whitehall
accorda à M. Guillaume Wood la Charte d'incorporation
, ou le Privilege qu'il demandoit
pour faire fabriquer le fer qu'il a trouvé le
moyen de tirer de la mine du charbon de terre
dont nous avons parlé dans le dernier Mercure
avec la permiffion d'emprunter par foufcription
les fommes qui lui feront neceffaires pour l'établiffement
de fa Manufacture.
Le Docteur Green , Membre du College de
Clare
OCTOBRE. 1730. 2263
Clare à Cambridge , qui eft mort depuis peu ,
laiffé tout fon bien à ce College , à condition"
qu'on fera imprimer fes Ouvrages pofthumes &
qu'on diffequera fon corps pour en mettre le
fquelette dans la Bibliotheque du College , à
côté des Tablettes où font les Livres , dont il lus
a fait préfent de fon vivant..
M. Rifbrach , celebre Sculpteur de Londres ,"
travaille depuis un mois à un magnifique Maufolée
du feu Chevalier Ifaac Newton , Préfident
de la Societé Royale , qui fera placé dans l'E
glife de l'Abbaye de Weſtminſter.
Depuis quelques années il a été inventé en
Angleterre une Machine propre à faire des Tables
de plomb de 20 à 30. pieds de long , fur 5. de
large , aufquelles on a la liberté de donner telle
épaiffeur que l'on juge à propos , par le moyen
d'un Moulin ingénieufement conftruit , dont la
proprieté eft de réduire ces Tables à l'épaiffeur
défirée , en les rendant tout-à - fait unies & parfaitement
compactes , fans pores , pailles, vents , ni
foufflure ; enforte que les Ouvrages conftruits de
ce Plomb , font plus folides , plus beaux & neanmoins
bien moins chers que les autres faits à l'ordinaire,
parce qu'ils y employent beaucoup moins
de matiere.
L'utilité en a été fi bien connue en Angleterre,
que dans tout ce Royaume il ne s'employe plus
d'autre Plomb que celui qui eft fait & laminé au
Moulin.
Cette Machine a donné lieu à la conftruction
d'une autre plus parfaite & plus correcte , qui eſt
actuellement en France , où elle a été examinée
par l'Académie Royale des Sciences , fuivant fon
Certificat du 28. Janvier 1728. par lequel elle
rend compte des avantages confiderables que l'é-
G iiij tabliffe.
હું
2264 MERCURE DE FRANCE
1
1
tebliffe ment de cette Machine en France produ
à l'Etat & au Public.
Une Compagnie , perfuadée de tous ces avantages
, a obtenu pour Pufage de cette Machine un
Privilege exclufif du Roi , qui a été enregistré au
Parlement le 7. Septembre dernier , & en a établi
la fabrique au Fauxbourg S. Antoine , rue de Bercy
, proche le Port au Plâtre , où il y a tous les
jours un concours de Curieux & de Sçavans qui
yont en admirer la beauté.
Ce Plomb eft parfaitement égal , très - uni &
très-compacte,fans aucuns pores ni pailles ,& n'exige
que moitié d'épaiffeur pour avoir plus de
folidité que celui dont on s'eft fervi jufqu'à prefent.
Il eft beaucoup plus uni & plus poli , ainfi l'eau
n'y féjournera point , & parconfequent il fera
de p'us de durée.
Il eft beaucoup plus doux , & recevra mieux
tous les contours que l'on lui donnera , fans fe
fendre ni fe caffer , & il ne fera plus fujet à tant
de réparation.
Sa parfaite égalité fait qu'il fe peut facilement
pefer par fon toifé , ce qui leve tous les inconve
niens de fraude.
Il eft plus leger , ainfi il n'accablera pas les
Edifices fur lefquels il fera pofé, & n'obligera pas
à de fortes dépenfes de charpentes .
La grande extenfion de ces Tables exigera
très - peu de foudure dans les petits Ouvrages , on
s'en paffera entierement , & dans les grands on
n'en employera pas un cinquième.
Il eft aifé de conclure que la réduction fur la
matiere , la durée , l'épargne de foudure , celle des
réparations , feront plus des deux tiers de diminution
fur les Ouvrages de plomberies .
Il eft propre à toutes fortes d'ufages. La feule
vûë
OCTOBRE. 1730. 2265
vue de ce Plomb juftifie fenfiblement aux moins
connoiffeurs , ce qui eft ici avancé.
On en trouvera toûjours dans le Magazin de
toutes fortes de grandeurs & épaiffeurs.
Belles Lettres , fut reçu le 28. du mois dernier
dans l'Académie Françoife, à la place vacante par
la mort de l'Evêque d'Angers. Il fit un Difcours
de remerciment , auquel M. de Mirabaud , Chaneelier
, répondit au nom de l'Académie , & les
deux Difcours furent fort applaudis.
+
On apprend de Londres que le 3 de ce mois ,
le Commité du Confeil affemblé à Whitehall
accorda à M. Guillaume Wood la Charte d'incorporation
, ou le Privilege qu'il demandoit
pour faire fabriquer le fer qu'il a trouvé le
moyen de tirer de la mine du charbon de terre
dont nous avons parlé dans le dernier Mercure
avec la permiffion d'emprunter par foufcription
les fommes qui lui feront neceffaires pour l'établiffement
de fa Manufacture.
Le Docteur Green , Membre du College de
Clare
OCTOBRE. 1730. 2263
Clare à Cambridge , qui eft mort depuis peu ,
laiffé tout fon bien à ce College , à condition"
qu'on fera imprimer fes Ouvrages pofthumes &
qu'on diffequera fon corps pour en mettre le
fquelette dans la Bibliotheque du College , à
côté des Tablettes où font les Livres , dont il lus
a fait préfent de fon vivant..
M. Rifbrach , celebre Sculpteur de Londres ,"
travaille depuis un mois à un magnifique Maufolée
du feu Chevalier Ifaac Newton , Préfident
de la Societé Royale , qui fera placé dans l'E
glife de l'Abbaye de Weſtminſter.
Depuis quelques années il a été inventé en
Angleterre une Machine propre à faire des Tables
de plomb de 20 à 30. pieds de long , fur 5. de
large , aufquelles on a la liberté de donner telle
épaiffeur que l'on juge à propos , par le moyen
d'un Moulin ingénieufement conftruit , dont la
proprieté eft de réduire ces Tables à l'épaiffeur
défirée , en les rendant tout-à - fait unies & parfaitement
compactes , fans pores , pailles, vents , ni
foufflure ; enforte que les Ouvrages conftruits de
ce Plomb , font plus folides , plus beaux & neanmoins
bien moins chers que les autres faits à l'ordinaire,
parce qu'ils y employent beaucoup moins
de matiere.
L'utilité en a été fi bien connue en Angleterre,
que dans tout ce Royaume il ne s'employe plus
d'autre Plomb que celui qui eft fait & laminé au
Moulin.
Cette Machine a donné lieu à la conftruction
d'une autre plus parfaite & plus correcte , qui eſt
actuellement en France , où elle a été examinée
par l'Académie Royale des Sciences , fuivant fon
Certificat du 28. Janvier 1728. par lequel elle
rend compte des avantages confiderables que l'é-
G iiij tabliffe.
હું
2264 MERCURE DE FRANCE
1
1
tebliffe ment de cette Machine en France produ
à l'Etat & au Public.
Une Compagnie , perfuadée de tous ces avantages
, a obtenu pour Pufage de cette Machine un
Privilege exclufif du Roi , qui a été enregistré au
Parlement le 7. Septembre dernier , & en a établi
la fabrique au Fauxbourg S. Antoine , rue de Bercy
, proche le Port au Plâtre , où il y a tous les
jours un concours de Curieux & de Sçavans qui
yont en admirer la beauté.
Ce Plomb eft parfaitement égal , très - uni &
très-compacte,fans aucuns pores ni pailles ,& n'exige
que moitié d'épaiffeur pour avoir plus de
folidité que celui dont on s'eft fervi jufqu'à prefent.
Il eft beaucoup plus uni & plus poli , ainfi l'eau
n'y féjournera point , & parconfequent il fera
de p'us de durée.
Il eft beaucoup plus doux , & recevra mieux
tous les contours que l'on lui donnera , fans fe
fendre ni fe caffer , & il ne fera plus fujet à tant
de réparation.
Sa parfaite égalité fait qu'il fe peut facilement
pefer par fon toifé , ce qui leve tous les inconve
niens de fraude.
Il eft plus leger , ainfi il n'accablera pas les
Edifices fur lefquels il fera pofé, & n'obligera pas
à de fortes dépenfes de charpentes .
La grande extenfion de ces Tables exigera
très - peu de foudure dans les petits Ouvrages , on
s'en paffera entierement , & dans les grands on
n'en employera pas un cinquième.
Il eft aifé de conclure que la réduction fur la
matiere , la durée , l'épargne de foudure , celle des
réparations , feront plus des deux tiers de diminution
fur les Ouvrages de plomberies .
Il eft propre à toutes fortes d'ufages. La feule
vûë
OCTOBRE. 1730. 2265
vue de ce Plomb juftifie fenfiblement aux moins
connoiffeurs , ce qui eft ici avancé.
On en trouvera toûjours dans le Magazin de
toutes fortes de grandeurs & épaiffeurs.
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Résumé : « M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...] »
En octobre 1730, M. Hardion a été accueilli à l'Académie Française pour succéder à l'Évêque d'Angers. Il a prononcé un discours de remerciement, auquel M. de Mirabaud, chancelier, a répondu au nom de l'Académie. Les deux discours ont été acclamés. À Londres, le 3 octobre, le Comité du Conseil a octroyé à M. Guillaume Wood une charte d'incorporation pour la fabrication de fer à partir du charbon de terre. Cette charte lui permet également d'emprunter les fonds nécessaires par souscription. Le Docteur Green, membre du College de Clare à Cambridge, a légué tous ses biens à ce collège. Il a imposé deux conditions : l'impression de ses œuvres posthumes et la conservation de son squelette dans la bibliothèque du collège. M. Risbrach, sculpteur renommé de Londres, travaille à la réalisation d'un mausolée pour le Chevalier Isaac Newton, ancien président de la Société Royale. Ce mausolée sera installé dans l'église de l'Abbaye de Westminster. En Angleterre, une machine innovante a été inventée pour produire des tables de plomb de grande taille et de haute qualité. Cette machine a été introduite en France et examinée par l'Académie Royale des Sciences, qui a souligné ses nombreux avantages. Une compagnie a obtenu un privilège exclusif du Roi pour exploiter cette machine, dont la fabrique est située au Faubourg Saint-Antoine, rue de Bercy. Le plomb produit est de meilleure qualité, plus durable et moins coûteux, offrant des avantages significatifs pour les travaux de plomberie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7454
p. 2265-2269
Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Porlier, connu pour les Broderies de Constantinople, toujours animé par le desir de se [...]
Mots clefs :
Broderie, Aiguille, Ouvrages, Matières, Constantinople, Turquie, Société des arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, [titre d'après la table]
Le fieur Porlier , connu pour les Broderies de
Conftantinople , toujours animé par le defir de fe
diftinguer dans cet Art , vient de donner de nouvelles
marques de fon adreffe & de la délicateffe
du gout qu'il a toûjours eu pour ces fortes d'Ouvrages
, par une piece de Broderie , qu'il a préfentée
à la Societé des Arts , de laquelle il a
l'honneur d'être Membre. L'Approbation que
cette Compagnie lui en a donnée, fait affez connoître
le mérite de fon travail , fans qu'il foit néceffaire
de s'étendre ici là- deffus . On ſe bornera
à un précis de fon Mémoire fur la Broderie , dans
lequel il en releve l'excellence par l'origine , & il
en prouve l'utilité par l'ufage ; il donne auffi une
idée des Outils & des Matieres qui fervent à ce
Travail.
, pour
Sur l'origine de la Broderie , il s'en tient à
ce qui en eft dit dans l'Exode , au fujet de
Bezeleel & Pooliab , que Dieu avoit remplis de
fageffe & appellez par un choix particulier pour
travailler aux Ouvrages du Tabernacle lequel
ils firent les Rideaux , les Voiles & les Habits
des Grands - Prêtres , de fin lin , parſemé d'une
broderie excellente & agréablement variée
pour la diftribution des couleurs ; ce que l'Ecriture
exprime parfaitement, en difant que ces deux
hommes peignoient avec l'aiguille ; ce qui marque
que la Broderie étoit non -feulement connáé
en ce temps- là , mais auffi en ufage pour relever
la beauté des autres Ouvrages de ce faint Tabernacle,
L'Auteur infere delà que fi-tôt que la Broderiea
Gy eté
2266 MERCURE DE FRANCE
été en ufage , elle a trouvé la place dans les befoins
de ceux, qui par l'adreffe de leurs doigts, l'ont miſe
au jour, & que cette même utilité s'eft perpetuée
jufqu'à nous,puifque l'on voit encore aujourd'hui,
lorfque lesSouverains deffendent à leurs Sujets l'excés
du luxe , dont la Broderie fait partie , ils la
réfervent par leurs Edits pour décorer les Tem--
ples , pour leurs pompes particulieres , & celles
des perfonnes qui compofent leurs Cours, & pour
les Etrangers qui y réfident ; il remarque auffi ce
que les Poëtes ont dit de l'excellence & de l'utilité
de la Broderie. Il n'oublie pas dans Homere ,
la Ceinture de Venus; & dans l'Eneïde, que les Coribantes
ou Prêtreffes de Cybelle , étoient vétués
d'habits brodez à l'aiguille , & qu'Acet , Prince
fauvé des flammes de Troyes , tira de fon Tréfor
pour décorer le Maufolée de fon cher fits
Pallás , deux Voiles mêlez de pourpre & d'or ,
qui lui avoient été donnez par Didon , que cette
Reine avoit richement brodés elle- même . Il n'ou--
blie pas auffique Minerve , fous la figure de Mentor
, recommande à Idomenée de porter de la
Broderie au bas de fa robbe , pour être diftingué
d'une maniere conforme à fa Dignité . Il ajoûte
que fon Difciple Telemaque remarquoit entre les
belles qualitez qui le portoit à aimer Antiope ,
fon induſtrie pour les Ouvrages de Broderies ; &
qu'enfin , felon Ovide , la Broderie eft utile aux
Dieux mêmes , qui prenoient la peine de s'y occuper
quelquefois. Comme il le remarque au fixe
Livre de fes Métamorphofes , lorfqu'il décrit Minerve
jaloufe d'Arachné , qui ofa défier cette
Déeffe dans l'execution de cet Art , ce qui la mit
fi fort en colere , qu'elle en tira la cruelle vengeance
de la changer en Araignée ; ce Poéte pour
donner une jufte idée de l'Ouvrage de cette fille ,
dit que Venus allant en Prygie avec Junon & Mi
nery e
OCTOBRE . 1730. 2267
nérve , difputer la Pomme d'Or , elle étoit parée
d'un Chef- d'oeuvre forti des mains induftrieufes
d'Arachné , beauté que le Pirceau d'Apelles eût
été en peine de rendre plus accompli. Junon avoit
La Robbe peinte avec l'aiguille ; pour Minerve ,
comme Déeffe des Arts , ne voulant rien devoir
à une Mortelle , qui d'ailleurs étoit fa Rivale en
adreffe , elle s'étoit revétuë d'un habit tiffu de fes
propres mains;remarques qui prouvent clairement
l'antiquité & l'utilité de la Broderie que l'on devroit
cultiver avec autant de foin qu'une infinité
d'autres Arts à qui l'on donne des prérogatives
qu'elle pourroit fort bien partager avec eux. M.
Porlier auroit pû dire ici quelque chofe de la Broderie
que les Sauvages de Canada font avec les
Picqants des Porcs - Epics, teints en noir , en rouge
& en jaune , plus durable que celle de Soye ,
d'or & d'argent . Memoires de l'Académie des
Sciences.
L'Auteur paffé enfuite à la defcription des Inftrumens
& des matieres qui fervent à la Broderie,
il nomme les noms des differens points de Brodérie
, après quoi fuit un court Eloge de l'Aiguille
, premier Outil du Brodeur , par le fecours
duquel la Broderie imite la Sculpture & la Peinture
; la Sculpture , en ce qu'elle donne du relief
à l'Etoffe, & la Peinture , en ce que l'Aiguille fait
revivre les nuances de Soye , de Laine , d'Or &
d'Argent & autres matieres , avec la même har-´´
monie que le Pinceau & les couleurs . Il ajoûte
une idée de l'habileté que doit avoir le Brodeur
dans les differentes operations de fon travail , qui
font entr'autres de bien connoître les qualitez des
matieres qu'il employe , de fçavoir deffiner ,
du moins d'avoir affez de gout pour juger de la
bonté des Deffeins qui lui font prefentez , &
l'effet qu'ils doivent faire dans l'execution.
Govje, Lee.
2268 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Porlier termine fon Memoire par la
Deſcription de la Broderie qu'il pratique & qui
lui eft particuliere , laquelle il a apprife en Turquie
, & qui n'étoit connue cy - devant en France
que par les differens Morceaux qui en étoient apportez
fous les noms de Toillettes , de Mouchoirs,
de Robbes , de Ceintures , &c. toutes Pieces qui
' attiroient l'admiration de ceux qui les acheptoient
& des Ouvriers en Broderie , fans que les uns ni
les autres fe foient jamais donné la peine de découvrir
de quelle façon cet Ouvrage s'executoit.
Le fieur Porlier a par fa patience & par fon ap
plication , porté à un fi grand point de perfection
cette Broderie , qu'il doit avoir lieu d'efperer
qu'on s'adreffera à lui pour executer les plus beaux
& les plus riches Ouvrages de cette efpece . Sa
demeure eft à Paris , ruë neuve S. Etienne , près
les Peres de la Doctrine Chrétienne , chez M. le
Roux , au fecond Appartement fur le devant ,
Quartier S. Marceau.
COPIE DE L'APPROBATION
de MS de la Societé des Arts. ·
Xtrait des Regifires de la Societé des Arts.
EuDimanches
>
Du Dimanche 6 Août 1735. Ce jour le fieur
Porlier, Affocié en la Claffe des Arts de gout de
ladite Societé , a prefenté à la Compagnie un
Memoire fur la Broderie & une Mantille de
Gafe d'Italie , brodée à deux envers Or &
Soyes qu'il a executé de fes mains , le Deffein
qui eft de fa compofition , eft d'un gout étranger
& bien entendu , tous les Rinceaux font en
or & àjour , dans lesquels paffent des fleurs &
feuillages dont les nuances font très vives &
aufi - bienfondues qu'elles le pourroient être dans
la Miniature la plus parfaite ; cet Ouvrage
contient tous les differens points qui fe pratiquent
OCTOBRE . 1730 . 2269
·
quent en Turquie & dans les Indes , qu'aucun
Brodeur de l'Europe n'avoit pú imiter jusqu'à
prefent ; la Compagnie a jugé que cette maniere
de broder pratiquée par te fieur Porlier , pouvoit
être utile au Public , en foi de quoi , voulant
lui donner une preuve certaine de fon habileté
en cet Art , je lui ai délivré le prefent
Certificat pour lui fervir où befoin fera. A Paris
, ce 25. Août 1730. Signé , HYNAULT ,
Secretaire de ladite Societé.
Conftantinople , toujours animé par le defir de fe
diftinguer dans cet Art , vient de donner de nouvelles
marques de fon adreffe & de la délicateffe
du gout qu'il a toûjours eu pour ces fortes d'Ouvrages
, par une piece de Broderie , qu'il a préfentée
à la Societé des Arts , de laquelle il a
l'honneur d'être Membre. L'Approbation que
cette Compagnie lui en a donnée, fait affez connoître
le mérite de fon travail , fans qu'il foit néceffaire
de s'étendre ici là- deffus . On ſe bornera
à un précis de fon Mémoire fur la Broderie , dans
lequel il en releve l'excellence par l'origine , & il
en prouve l'utilité par l'ufage ; il donne auffi une
idée des Outils & des Matieres qui fervent à ce
Travail.
, pour
Sur l'origine de la Broderie , il s'en tient à
ce qui en eft dit dans l'Exode , au fujet de
Bezeleel & Pooliab , que Dieu avoit remplis de
fageffe & appellez par un choix particulier pour
travailler aux Ouvrages du Tabernacle lequel
ils firent les Rideaux , les Voiles & les Habits
des Grands - Prêtres , de fin lin , parſemé d'une
broderie excellente & agréablement variée
pour la diftribution des couleurs ; ce que l'Ecriture
exprime parfaitement, en difant que ces deux
hommes peignoient avec l'aiguille ; ce qui marque
que la Broderie étoit non -feulement connáé
en ce temps- là , mais auffi en ufage pour relever
la beauté des autres Ouvrages de ce faint Tabernacle,
L'Auteur infere delà que fi-tôt que la Broderiea
Gy eté
2266 MERCURE DE FRANCE
été en ufage , elle a trouvé la place dans les befoins
de ceux, qui par l'adreffe de leurs doigts, l'ont miſe
au jour, & que cette même utilité s'eft perpetuée
jufqu'à nous,puifque l'on voit encore aujourd'hui,
lorfque lesSouverains deffendent à leurs Sujets l'excés
du luxe , dont la Broderie fait partie , ils la
réfervent par leurs Edits pour décorer les Tem--
ples , pour leurs pompes particulieres , & celles
des perfonnes qui compofent leurs Cours, & pour
les Etrangers qui y réfident ; il remarque auffi ce
que les Poëtes ont dit de l'excellence & de l'utilité
de la Broderie. Il n'oublie pas dans Homere ,
la Ceinture de Venus; & dans l'Eneïde, que les Coribantes
ou Prêtreffes de Cybelle , étoient vétués
d'habits brodez à l'aiguille , & qu'Acet , Prince
fauvé des flammes de Troyes , tira de fon Tréfor
pour décorer le Maufolée de fon cher fits
Pallás , deux Voiles mêlez de pourpre & d'or ,
qui lui avoient été donnez par Didon , que cette
Reine avoit richement brodés elle- même . Il n'ou--
blie pas auffique Minerve , fous la figure de Mentor
, recommande à Idomenée de porter de la
Broderie au bas de fa robbe , pour être diftingué
d'une maniere conforme à fa Dignité . Il ajoûte
que fon Difciple Telemaque remarquoit entre les
belles qualitez qui le portoit à aimer Antiope ,
fon induſtrie pour les Ouvrages de Broderies ; &
qu'enfin , felon Ovide , la Broderie eft utile aux
Dieux mêmes , qui prenoient la peine de s'y occuper
quelquefois. Comme il le remarque au fixe
Livre de fes Métamorphofes , lorfqu'il décrit Minerve
jaloufe d'Arachné , qui ofa défier cette
Déeffe dans l'execution de cet Art , ce qui la mit
fi fort en colere , qu'elle en tira la cruelle vengeance
de la changer en Araignée ; ce Poéte pour
donner une jufte idée de l'Ouvrage de cette fille ,
dit que Venus allant en Prygie avec Junon & Mi
nery e
OCTOBRE . 1730. 2267
nérve , difputer la Pomme d'Or , elle étoit parée
d'un Chef- d'oeuvre forti des mains induftrieufes
d'Arachné , beauté que le Pirceau d'Apelles eût
été en peine de rendre plus accompli. Junon avoit
La Robbe peinte avec l'aiguille ; pour Minerve ,
comme Déeffe des Arts , ne voulant rien devoir
à une Mortelle , qui d'ailleurs étoit fa Rivale en
adreffe , elle s'étoit revétuë d'un habit tiffu de fes
propres mains;remarques qui prouvent clairement
l'antiquité & l'utilité de la Broderie que l'on devroit
cultiver avec autant de foin qu'une infinité
d'autres Arts à qui l'on donne des prérogatives
qu'elle pourroit fort bien partager avec eux. M.
Porlier auroit pû dire ici quelque chofe de la Broderie
que les Sauvages de Canada font avec les
Picqants des Porcs - Epics, teints en noir , en rouge
& en jaune , plus durable que celle de Soye ,
d'or & d'argent . Memoires de l'Académie des
Sciences.
L'Auteur paffé enfuite à la defcription des Inftrumens
& des matieres qui fervent à la Broderie,
il nomme les noms des differens points de Brodérie
, après quoi fuit un court Eloge de l'Aiguille
, premier Outil du Brodeur , par le fecours
duquel la Broderie imite la Sculpture & la Peinture
; la Sculpture , en ce qu'elle donne du relief
à l'Etoffe, & la Peinture , en ce que l'Aiguille fait
revivre les nuances de Soye , de Laine , d'Or &
d'Argent & autres matieres , avec la même har-´´
monie que le Pinceau & les couleurs . Il ajoûte
une idée de l'habileté que doit avoir le Brodeur
dans les differentes operations de fon travail , qui
font entr'autres de bien connoître les qualitez des
matieres qu'il employe , de fçavoir deffiner ,
du moins d'avoir affez de gout pour juger de la
bonté des Deffeins qui lui font prefentez , &
l'effet qu'ils doivent faire dans l'execution.
Govje, Lee.
2268 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Porlier termine fon Memoire par la
Deſcription de la Broderie qu'il pratique & qui
lui eft particuliere , laquelle il a apprife en Turquie
, & qui n'étoit connue cy - devant en France
que par les differens Morceaux qui en étoient apportez
fous les noms de Toillettes , de Mouchoirs,
de Robbes , de Ceintures , &c. toutes Pieces qui
' attiroient l'admiration de ceux qui les acheptoient
& des Ouvriers en Broderie , fans que les uns ni
les autres fe foient jamais donné la peine de découvrir
de quelle façon cet Ouvrage s'executoit.
Le fieur Porlier a par fa patience & par fon ap
plication , porté à un fi grand point de perfection
cette Broderie , qu'il doit avoir lieu d'efperer
qu'on s'adreffera à lui pour executer les plus beaux
& les plus riches Ouvrages de cette efpece . Sa
demeure eft à Paris , ruë neuve S. Etienne , près
les Peres de la Doctrine Chrétienne , chez M. le
Roux , au fecond Appartement fur le devant ,
Quartier S. Marceau.
COPIE DE L'APPROBATION
de MS de la Societé des Arts. ·
Xtrait des Regifires de la Societé des Arts.
EuDimanches
>
Du Dimanche 6 Août 1735. Ce jour le fieur
Porlier, Affocié en la Claffe des Arts de gout de
ladite Societé , a prefenté à la Compagnie un
Memoire fur la Broderie & une Mantille de
Gafe d'Italie , brodée à deux envers Or &
Soyes qu'il a executé de fes mains , le Deffein
qui eft de fa compofition , eft d'un gout étranger
& bien entendu , tous les Rinceaux font en
or & àjour , dans lesquels paffent des fleurs &
feuillages dont les nuances font très vives &
aufi - bienfondues qu'elles le pourroient être dans
la Miniature la plus parfaite ; cet Ouvrage
contient tous les differens points qui fe pratiquent
OCTOBRE . 1730 . 2269
·
quent en Turquie & dans les Indes , qu'aucun
Brodeur de l'Europe n'avoit pú imiter jusqu'à
prefent ; la Compagnie a jugé que cette maniere
de broder pratiquée par te fieur Porlier , pouvoit
être utile au Public , en foi de quoi , voulant
lui donner une preuve certaine de fon habileté
en cet Art , je lui ai délivré le prefent
Certificat pour lui fervir où befoin fera. A Paris
, ce 25. Août 1730. Signé , HYNAULT ,
Secretaire de ladite Societé.
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Résumé : Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, [titre d'après la table]
Le sieur Porlier, connu pour ses Broderies de Constantinople, a récemment présenté une œuvre de broderie à la Société des Arts, dont il est membre. Cette pièce a été approuvée par la Société, validant ainsi la qualité et la délicatesse de son travail. Dans son mémoire sur la broderie, Porlier met en avant l'excellence et l'utilité de cet art, en s'appuyant sur des références bibliques et littéraires. Il mentionne l'origine de la broderie dans le livre de l'Exode, où Bézéléel et Pooliab, inspirés par Dieu, réalisèrent des ouvrages brodés pour le Tabernacle. Il cite également des exemples tirés de l'Iliade, de l'Énéide et des Métamorphoses d'Ovide, illustrant ainsi l'antiquité et l'importance de la broderie. Porlier décrit ensuite les outils et les matières utilisés en broderie, soulignant l'habileté nécessaire pour maîtriser cet art. Il conclut son mémoire en détaillant la technique de broderie turque qu'il a perfectionnée et qui n'était pas connue en France avant lui. Cette technique, apprise en Turquie, a été admirée pour sa complexité et sa beauté. La Société des Arts a reconnu l'utilité publique de cette technique et a délivré un certificat attestant de l'habileté de Porlier. Sa demeure est située à Paris, rue neuve S. Étienne, près des Pères de la Doctrine Chrétienne, chez M. le Roux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7455
p. 2269-2270
« Le 25. & le 26. du mois dernier, on pesa à des Balances construites avec de la charpente & une [...] »
Début :
Le 25. & le 26. du mois dernier, on pesa à des Balances construites avec de la charpente & une [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Cloches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 25. & le 26. du mois dernier, on pesa à des Balances construites avec de la charpente & une [...] »
Le 25. & le 26. du mois dernier , on peſa à des
Balances conftruites avec de la charpente & une
Romaine , fur le Port S. Nicolas , les deux groffes
Cloches & les quatre petites , que le fieur Martin
a fondues ici pour le Roi de Portugal , & qu'on
doit embarquer fur la Riviere pour le Havre &
Lisbonne . L'une des groffes pefe 20990. livres ,
& l'autre 19834. Les 4. petites pefent 6000. liv.-
On prétend que toutes ces Cloches n'ont ni le
poids , ni les proportions requifes , & que le Fondeur
n'y a pas employé , à beaucoup près , tout
le Métail qui lui a été fourni .
On mande de Genes , que les huit Cloches que
Te Roi de Portugal y a fait fondre & qu'on a embarquées
pour Lisbonne,pefent près de 64milliers
On a appris de Londres , qu'on y avoit embar
qué pour Lisbonne , deux Globes de cuivre , Pun
Celeſte & l'autre Terreftre , de 42. pouces de dia--
metre , qui y ont été faits pour le Roi de Por
tugal.
Sur
2270 MERCURE DE FRANCE
DES TROPES , ou des differens Sens dans
lefquels on peut prendre un même mot dans une
même Langue. Ouvrage utile pour l'intelligence
des Auteurs , & qui peut fervir d'introduction à
la Rhétorique & à la Logique. Par M. du Marfais.
A Paris , ruë S. Jacques , Chez la Veuve
de Jean - Baptifte Brocas, au Chef S. Jean. in- 8.
Nous croyons que cet Ouvrage fera reçû fa
vorablement du Public.
Sur la Mort de la Chienne du Chevalier
de Folard.
TACALINA, FESTIVISSIMA. AC. OMNIUM. CAEST.
TELLARUM. HIC. SIT A.
MOX. HERI. DELICIA . NUNC.
MOEROR. INGEN S. AC. DESIDERIUM.
O. MALA. MORS. CUR.
IACALINAM. HUMANUM. PENE .
INTELLECTUM. SORTITAM.
GRATIS . RELUCTANTIBUS. TAM ›
DIRE. TRUCIDASTI.
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée,
donne encore avis qu'il a le fecret d'une Opiat
fans gout , qui préferve les dents de fe gâter &
de tomber. Il demeure au grand Cloître fainte
Opportune , à Paris.
Balances conftruites avec de la charpente & une
Romaine , fur le Port S. Nicolas , les deux groffes
Cloches & les quatre petites , que le fieur Martin
a fondues ici pour le Roi de Portugal , & qu'on
doit embarquer fur la Riviere pour le Havre &
Lisbonne . L'une des groffes pefe 20990. livres ,
& l'autre 19834. Les 4. petites pefent 6000. liv.-
On prétend que toutes ces Cloches n'ont ni le
poids , ni les proportions requifes , & que le Fondeur
n'y a pas employé , à beaucoup près , tout
le Métail qui lui a été fourni .
On mande de Genes , que les huit Cloches que
Te Roi de Portugal y a fait fondre & qu'on a embarquées
pour Lisbonne,pefent près de 64milliers
On a appris de Londres , qu'on y avoit embar
qué pour Lisbonne , deux Globes de cuivre , Pun
Celeſte & l'autre Terreftre , de 42. pouces de dia--
metre , qui y ont été faits pour le Roi de Por
tugal.
Sur
2270 MERCURE DE FRANCE
DES TROPES , ou des differens Sens dans
lefquels on peut prendre un même mot dans une
même Langue. Ouvrage utile pour l'intelligence
des Auteurs , & qui peut fervir d'introduction à
la Rhétorique & à la Logique. Par M. du Marfais.
A Paris , ruë S. Jacques , Chez la Veuve
de Jean - Baptifte Brocas, au Chef S. Jean. in- 8.
Nous croyons que cet Ouvrage fera reçû fa
vorablement du Public.
Sur la Mort de la Chienne du Chevalier
de Folard.
TACALINA, FESTIVISSIMA. AC. OMNIUM. CAEST.
TELLARUM. HIC. SIT A.
MOX. HERI. DELICIA . NUNC.
MOEROR. INGEN S. AC. DESIDERIUM.
O. MALA. MORS. CUR.
IACALINAM. HUMANUM. PENE .
INTELLECTUM. SORTITAM.
GRATIS . RELUCTANTIBUS. TAM ›
DIRE. TRUCIDASTI.
Le fieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée,
donne encore avis qu'il a le fecret d'une Opiat
fans gout , qui préferve les dents de fe gâter &
de tomber. Il demeure au grand Cloître fainte
Opportune , à Paris.
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Résumé : « Le 25. & le 26. du mois dernier, on pesa à des Balances construites avec de la charpente & une [...] »
Le 25 et 26 du mois précédent, des cloches fondues par le sieur Martin pour le Roi de Portugal ont été pesées sur le Port Saint-Nicolas. Les deux grandes cloches pesaient respectivement 20990 et 19834 livres, tandis que les quatre petites pesaient 6000 livres au total. Cependant, ces cloches ne répondent pas aux exigences de poids et de proportions requises, et le fondeur n'a pas utilisé tout le métal fourni. De Gênes, il est signalé que huit cloches destinées à Lisbonne pèsent environ 64000 livres. De Londres, deux globes en cuivre, l'un céleste et l'autre terrestre, de 42 pouces de diamètre, ont été embarqués pour Lisbonne à la demande du Roi de Portugal. Par ailleurs, un ouvrage intitulé 'Des Tropes, ou des différents Sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même Langue' par M. du Marsais a été publié à Paris. Cet ouvrage est jugé utile pour l'intelligence des auteurs et peut servir d'introduction à la rhétorique et à la logique. Enfin, un avis de décès pour la chienne du Chevalier de Folard a été publié, ainsi qu'une annonce du sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, proposant un opiat sans goût pour préserver les dents.
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7456
p. 2270-2271
CHANSON.
Début :
Sortez de ma triste memoire, [...]
Mots clefs :
Amour
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Sortez de ma trifte
memoire ,
Tranſports
à mes defirs fi chers jufqu'à ce jour
Tireis
OCTOBRE. 1730 2171
1730..
Tircis n'eft qu'un ingrat ; il y va de ma gloire ,
De triompher de mon amour .
Ah ! du moins , s'il fe peut , qu'à jamais il ignore,
Le pouvoir que l'Amour vainqueur ,
Avoit déja pris fur mon coeur ;
II eût été plus loin encore.
Sortez de ma trifte
memoire ,
Tranſports
à mes defirs fi chers jufqu'à ce jour
Tireis
OCTOBRE. 1730 2171
1730..
Tircis n'eft qu'un ingrat ; il y va de ma gloire ,
De triompher de mon amour .
Ah ! du moins , s'il fe peut , qu'à jamais il ignore,
Le pouvoir que l'Amour vainqueur ,
Avoit déja pris fur mon coeur ;
II eût été plus loin encore.
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7457
p. 2271-2272
VAUDEVILLE.
Début :
L'Autre jour, mon Amant Colas, [...]
Mots clefs :
Chute, Culbute
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE.
VAUDEVILLE..
L'Autre jour , mon Amant Colas ,
En voulant faire une culbute
Trop ébloui de mes appas ,
?
Se laiffa tomber dans mes bras :
La belle chute !
Un Tendron beau , jeune & fringant,”,
Attaquant Pamis à la Lutte ,
Ne combattoit qu'en reculant ,
Et gagna le prix en tombant :
La belle chute ! :
Une Agnès dont je tais le nom ,
Danfoit un foir dans ma Cahute ,
Par le contour de fon Jupon ,
Mit bas un beau petit Poupon :
La belle chute !
:
Chez
2272 MERCURE DE FRANCE
Chez Philis , un vieux Medecin ,
Dont la feule mine rebute ,
Crachant du Grec & du Latin
Tomba le nez dans un baffin :
La belle chute !
y
Un Caiffier , rogue & pétulant ,
'Aux envieux étoit en butte ;
Par un coup du fort inconftant
Il eft rentré dans le néant :
La belle chute !
諾
Quand avec un bon Compagnon ,
De ce jus d'Automne je flute
Et qu'enyvrez de Bourguignon ,
Nous renverfons table & flacon :
La belle chute !
Quel plaifir dans un beau feftin !
Tandis que Bacchus me culbute
Cupidon , ce petit mutin ,
A fon tour culbute Catin :
La belle chute !
L'Autre jour , mon Amant Colas ,
En voulant faire une culbute
Trop ébloui de mes appas ,
?
Se laiffa tomber dans mes bras :
La belle chute !
Un Tendron beau , jeune & fringant,”,
Attaquant Pamis à la Lutte ,
Ne combattoit qu'en reculant ,
Et gagna le prix en tombant :
La belle chute ! :
Une Agnès dont je tais le nom ,
Danfoit un foir dans ma Cahute ,
Par le contour de fon Jupon ,
Mit bas un beau petit Poupon :
La belle chute !
:
Chez
2272 MERCURE DE FRANCE
Chez Philis , un vieux Medecin ,
Dont la feule mine rebute ,
Crachant du Grec & du Latin
Tomba le nez dans un baffin :
La belle chute !
y
Un Caiffier , rogue & pétulant ,
'Aux envieux étoit en butte ;
Par un coup du fort inconftant
Il eft rentré dans le néant :
La belle chute !
諾
Quand avec un bon Compagnon ,
De ce jus d'Automne je flute
Et qu'enyvrez de Bourguignon ,
Nous renverfons table & flacon :
La belle chute !
Quel plaifir dans un beau feftin !
Tandis que Bacchus me culbute
Cupidon , ce petit mutin ,
A fon tour culbute Catin :
La belle chute !
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Résumé : VAUDEVILLE.
Le texte 'VAUDEVILLE' relate une série d'anecdotes humoristiques se concluant par l'expression 'La belle chute !'. Les épisodes incluent un amant nommé Colas, ébloui par la narratrice, qui tombe dans ses bras. Un jeune homme gagne un combat de lutte en reculant et en tombant. Agnès accouche d'un bébé en tombant. Un vieux médecin érudit en grec et latin chute le nez dans un ragoût. Un coiffeur meurt subitement. Lors d'un festin arrosé de vin, Bacchus et Cupidon provoquent des chutes symboliques. Le texte se termine par une scène de convivialité où l'on savoure du vin et de la bonne chère.
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7458
p. 2273-2277
Le Caprice d'Erato, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 28. Septembre, l'Académie Royale de Musique reprit l'Opera d'Alcione, [...]
Mots clefs :
Apollon, Académie royale de musique, Chants, Erato
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Caprice d'Erato, &c. [titre d'après la table]
SPECTACLES.
E 28. Septembre , l'Académie Royale
de Mufique reprit l'Opera d'Alcione
dont on a donné l'Extrait dans le premier
volume du mois de Juin dernier ,
& le 8. de ce mois on en retrancha le Prologue,
& on donna à la place, à la fin de
la Piece , un Divertiffement d'un Acte ,
intitulé , Le Caprice d'Erato , lequel avoiť
été compofé l'année paffée à l'occafion
de la Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN.
Ce Divertiffement a été exccuté
plufieurs fois avec fuccès à la Cour , en
prefence de Leurs Majeftez : Les paroles
font de la compofition de M. Fufelier ,
& la Mufique de M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Mufique du Roi ; voici en
peu de mots le Sujet :
Erato & fes Eleves font entendre leurs
Chants dans des lieux que le Heros de la
France honore fouvent de fa prefence ;
Apollon même anime leurs Concerts,
Minerve vient leur annoncer un nouveau
fujet de fête ; c'eft la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin . Elle s'exprime ainfi :
Louis, à vos Concerts offre un objet nouveau ;
Il
2274 MERCURE DE FRANCE
Il vous donne un Dauphin ; tous les Dieux-l'environnent
;
Les Vertus gardent fon Berceau ;
Les Graces le couronnent .
Apollon ranime Erato & fes Eleves par
ces deux Vers :
Chantez ; de votre fort celebrez les appas ;
Mortels , tous les plaiſirs vont voler fur vos pas.
Minerve fe joint à Apollon , & fait une
feconde Invitation ; le Choeur repete les
deux Vers qu'Apollon a chantez. Erato
commence la Fête par ces Vers , qu'elle
adreffe à fes Eleves.
+3
Par mille Chants nouveaux,fignalons notre hom
mage ;
C'eft ainfi qu'Erato peut exprimer fes voeux
Terpficore , venez , embelliffez nos jeux.
De cent objets divers traçons ici l'image ;
Exprimons nos tranſports dans un caprice heu
reux .
Ces derniers Vers font l'expofition du
Divertiffement ; Terpficore feconde les
Chants d'Erato par fes Danfes legeres.
Erato.
De la faifon nouvelle ,
Je vais vous peindre le retour;
´
De
OCTOBRE. 1730. 2275
De Bergers amoureux , qu'une Troupe fidele ,
Vienne avec moi celebrer ce beau jour.
Après quelques Chants & quelques
Danfes, une Bergere chante cet Air :
Le Printems regne enfin dans ce charmant féjour;
En faveur des plaiſirs il ranime l'ombrage ;
Et déja l'Amant ſuit l'Amour
Qui l'appelle fous le feuillage.
>
Le caprice d'Erato s'étend jufqu'aux Enfers
; mais comme cette Mufe juge bien
qu'une Fête infernale ne convient pas au
fujet qu'elle veut celebrer , elle dit :
Reftez, Monftres affreux , dans le fond des En
fers ;
Refpectez les plaisirs qui charment l'Univers.
Ce bruit infernal lui donne occafion"
de faire regner le fommeil qui doit fervir
à le calmer. Au fommeil fuccedent des
Bacchantes ; une Eleve d'Erato chante ces
quatre Vers :
Bacchus , ne tarde pas ; regne , viens nous faifir ,
De ta douce folie , heureux qui fent les charmes ,
A la trifte Raifon tu ne ravis les armes ,
Que pour les donner au Plaifir .
Erato ordonne une Symphonie qui imi-
το
2276 MERCURE DE FRANCE
te le chant des Oifeaux : elle chante ces
quatre Vers :
Oifeaux , que vos Concerts m'enchantent fur ces
bords !
Vous chantez le Dieu qui m'engage ;
Lorfqu'on a de l'Amour éprouvé les tranſports ,
On entend bien votre langage.
Diane vient le joindre à la Fête ; on entend
une Fanfare de Cors de Chaffe ; on
chante ces deux Couplets :
Diane , tes Jeux ont fçu plaire ,
Au plus charmant des Rois ;
Depuis qu'on le voit dans les Bois ,
Il a fait oublier Adonis dans Cythere.
Amour , vous volez fur les traces ,
Du plus charmant des Rois :
Depuis qu'on le voit dans les Bois ,
Venus dans fes Jardins ne trouve plus les Graces:
Apollon invite Erato & fes Eleves à
fignaler toujours leur zele pour le Roi .
La Fête finit par ces Vers que Minerve
chante :
Zéphirs , quittez la Cour de Flore ,
Pour le beau Lys qui vient d'éclores
L'éclat de ce Lys précieux ,
Dans
OCTOBRE . 1730. 2277
2.
Dans cent climats va fe répandre ;
La terre pouvoit- elle attendre ,
Un plus riche préfent des Cieux ?
Zéphirs , &c.
Auprès de cette aimable Fleur ,
Volez fur les bords de la Seine
Et que votre plus douce haleine
Conferve à jamais fa fraîcheur;
Zéphirs , &c.
Ces Couplets font fuivis d'un Choeur
dont Apollon fournit le fujet.
E 28. Septembre , l'Académie Royale
de Mufique reprit l'Opera d'Alcione
dont on a donné l'Extrait dans le premier
volume du mois de Juin dernier ,
& le 8. de ce mois on en retrancha le Prologue,
& on donna à la place, à la fin de
la Piece , un Divertiffement d'un Acte ,
intitulé , Le Caprice d'Erato , lequel avoiť
été compofé l'année paffée à l'occafion
de la Naiffance de Monfeigneur le DAUPHIN.
Ce Divertiffement a été exccuté
plufieurs fois avec fuccès à la Cour , en
prefence de Leurs Majeftez : Les paroles
font de la compofition de M. Fufelier ,
& la Mufique de M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Mufique du Roi ; voici en
peu de mots le Sujet :
Erato & fes Eleves font entendre leurs
Chants dans des lieux que le Heros de la
France honore fouvent de fa prefence ;
Apollon même anime leurs Concerts,
Minerve vient leur annoncer un nouveau
fujet de fête ; c'eft la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin . Elle s'exprime ainfi :
Louis, à vos Concerts offre un objet nouveau ;
Il
2274 MERCURE DE FRANCE
Il vous donne un Dauphin ; tous les Dieux-l'environnent
;
Les Vertus gardent fon Berceau ;
Les Graces le couronnent .
Apollon ranime Erato & fes Eleves par
ces deux Vers :
Chantez ; de votre fort celebrez les appas ;
Mortels , tous les plaiſirs vont voler fur vos pas.
Minerve fe joint à Apollon , & fait une
feconde Invitation ; le Choeur repete les
deux Vers qu'Apollon a chantez. Erato
commence la Fête par ces Vers , qu'elle
adreffe à fes Eleves.
+3
Par mille Chants nouveaux,fignalons notre hom
mage ;
C'eft ainfi qu'Erato peut exprimer fes voeux
Terpficore , venez , embelliffez nos jeux.
De cent objets divers traçons ici l'image ;
Exprimons nos tranſports dans un caprice heu
reux .
Ces derniers Vers font l'expofition du
Divertiffement ; Terpficore feconde les
Chants d'Erato par fes Danfes legeres.
Erato.
De la faifon nouvelle ,
Je vais vous peindre le retour;
´
De
OCTOBRE. 1730. 2275
De Bergers amoureux , qu'une Troupe fidele ,
Vienne avec moi celebrer ce beau jour.
Après quelques Chants & quelques
Danfes, une Bergere chante cet Air :
Le Printems regne enfin dans ce charmant féjour;
En faveur des plaiſirs il ranime l'ombrage ;
Et déja l'Amant ſuit l'Amour
Qui l'appelle fous le feuillage.
>
Le caprice d'Erato s'étend jufqu'aux Enfers
; mais comme cette Mufe juge bien
qu'une Fête infernale ne convient pas au
fujet qu'elle veut celebrer , elle dit :
Reftez, Monftres affreux , dans le fond des En
fers ;
Refpectez les plaisirs qui charment l'Univers.
Ce bruit infernal lui donne occafion"
de faire regner le fommeil qui doit fervir
à le calmer. Au fommeil fuccedent des
Bacchantes ; une Eleve d'Erato chante ces
quatre Vers :
Bacchus , ne tarde pas ; regne , viens nous faifir ,
De ta douce folie , heureux qui fent les charmes ,
A la trifte Raifon tu ne ravis les armes ,
Que pour les donner au Plaifir .
Erato ordonne une Symphonie qui imi-
το
2276 MERCURE DE FRANCE
te le chant des Oifeaux : elle chante ces
quatre Vers :
Oifeaux , que vos Concerts m'enchantent fur ces
bords !
Vous chantez le Dieu qui m'engage ;
Lorfqu'on a de l'Amour éprouvé les tranſports ,
On entend bien votre langage.
Diane vient le joindre à la Fête ; on entend
une Fanfare de Cors de Chaffe ; on
chante ces deux Couplets :
Diane , tes Jeux ont fçu plaire ,
Au plus charmant des Rois ;
Depuis qu'on le voit dans les Bois ,
Il a fait oublier Adonis dans Cythere.
Amour , vous volez fur les traces ,
Du plus charmant des Rois :
Depuis qu'on le voit dans les Bois ,
Venus dans fes Jardins ne trouve plus les Graces:
Apollon invite Erato & fes Eleves à
fignaler toujours leur zele pour le Roi .
La Fête finit par ces Vers que Minerve
chante :
Zéphirs , quittez la Cour de Flore ,
Pour le beau Lys qui vient d'éclores
L'éclat de ce Lys précieux ,
Dans
OCTOBRE . 1730. 2277
2.
Dans cent climats va fe répandre ;
La terre pouvoit- elle attendre ,
Un plus riche préfent des Cieux ?
Zéphirs , &c.
Auprès de cette aimable Fleur ,
Volez fur les bords de la Seine
Et que votre plus douce haleine
Conferve à jamais fa fraîcheur;
Zéphirs , &c.
Ces Couplets font fuivis d'un Choeur
dont Apollon fournit le fujet.
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Résumé : Le Caprice d'Erato, &c. [titre d'après la table]
Le 28 septembre, l'Académie Royale de Musique a repris l'opéra 'Alcione'. Le 8 octobre, le prologue de cet opéra a été supprimé et remplacé par un divertissement intitulé 'Le Caprice d'Erato'. Ce divertissement avait été composé l'année précédente pour célébrer la naissance du Dauphin et avait déjà été exécuté avec succès à la cour en présence du roi et de la reine. Les paroles étaient de M. Fuzelier et la musique de M. de Blamont, surintendant de la musique du roi. Le sujet du divertissement met en scène Erato et ses élèves chantant dans des lieux honorés par le héros de la France. Apollon anime leurs concerts, tandis que Minerve annonce la naissance du Dauphin. Elle déclare que Louis offre un Dauphin, entouré de tous les dieux, avec les Vertus gardant son berceau et les Grâces le couronnant. Apollon et Minerve invitent à célébrer cet événement. Erato commence la fête en exprimant ses vœux et en invitant Terpsichore à embellir leurs jeux. Le divertissement inclut des chants et des danses, une bergère chantant un air sur le printemps, et une référence aux Enfers, rapidement écartée pour revenir aux plaisirs. Des Bacchantes apparaissent, suivies d'une symphonie imitant le chant des oiseaux. Diane rejoint la fête, et Apollon invite Erato et ses élèves à continuer leur zèle pour le roi. La fête se termine par des couplets chantés par Minerve, célébrant la naissance du Dauphin et invitant les Zéphyrs à protéger cette 'aimable Fleur'.
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7459
p. 2277-2279
« Le 26. de ce mois, on donna la premiere Représentation de Pyrrhus, nouvel [...] »
Début :
Le 26. de ce mois, on donna la premiere Représentation de Pyrrhus, nouvel [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra-Comique, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 26. de ce mois, on donna la premiere Représentation de Pyrrhus, nouvel [...] »
Le 26. de ce mois , on donna la premiere
Repréſentation de Pyrrhus , nouvel
Opera , qui fut fort bien reçû du Public.
On en parlera plus au long dans le
prochain Mercure .
Le 29. Septembre , l'Opera Comique
donna la premiere Repréſentation d'une
petite Piece d'un Acte en Vaudevilles , &
un Divertiffement , ayant pour titre le
Sylphe fuppofe. Cette Piece fut continuée
les deux jours fuivans , ce qui fit la clôture
du Théatre. 3
Les Comédiens Italiens ont annoncé
unc
2278 MERCURE DE FRANCE
une Piece nouvelle , fous le titre du
Triomphe de l'Interêt.
Au commencement de ce mois , les
Comédiens François remirent au Théatre
la Tragédie de la Mort de Pompée , dans
laquelle la De Le Grand remplit le Rôle
de Cornelie , & fut encore plus applaudie
que dans celui de Roxane qu'elle avoit
joué peu de jours auparavant. C'eſt une
grande perfonne bien faite qui a de la
voix & une belle repréſentation.
Le 8. ils donnerent la Tragédie de
Phedre , dont la Dme de la Traverſe , petite
fille du feu fieur Baron , joua le
principal Rôle ; elle y fut beaucoup applaudie.
C'eft une grande & belle per-
Tonne qui pare bien le Théatre , avec l'air
noble , une grande voix & une belle prononciation.
Quelques jours après , elle
joua le Rôle de Roxane , dans la Tragédie
de Bajazet , & elle y fut encore plus
applaudie. Elle a auffi joué le Rôle d'Ariane
, avec plus de fuccès .
Le 13. on donna fur le même Théatre
le Flateur , Comédie en Profe & en cinq
Actes , de M. Rouffeau, que le Public revoit
avec beaucoup de plaifir.Elle eſt très
bien repréſentée par les fieurs Quinaut ,
Duchemin , Dubreuil , Poiffon & Armand
, & par les Diles Labat & du Bocage.
OCTOBRE. 1730. 2279
ge. Cette Piéce parut dans la nouveauté
y a près de 30. ans ; on l'avoit repriſe
en 1717 & en 1721. au mois d'Avril.
il
On repete actuellement la Comédie
nouvelle du Prince de Noifi ; & les Rôles
de la Tragédie nouvelle de Brutus , par
M. de Voltaire , font diftribués.
Repréſentation de Pyrrhus , nouvel
Opera , qui fut fort bien reçû du Public.
On en parlera plus au long dans le
prochain Mercure .
Le 29. Septembre , l'Opera Comique
donna la premiere Repréſentation d'une
petite Piece d'un Acte en Vaudevilles , &
un Divertiffement , ayant pour titre le
Sylphe fuppofe. Cette Piece fut continuée
les deux jours fuivans , ce qui fit la clôture
du Théatre. 3
Les Comédiens Italiens ont annoncé
unc
2278 MERCURE DE FRANCE
une Piece nouvelle , fous le titre du
Triomphe de l'Interêt.
Au commencement de ce mois , les
Comédiens François remirent au Théatre
la Tragédie de la Mort de Pompée , dans
laquelle la De Le Grand remplit le Rôle
de Cornelie , & fut encore plus applaudie
que dans celui de Roxane qu'elle avoit
joué peu de jours auparavant. C'eſt une
grande perfonne bien faite qui a de la
voix & une belle repréſentation.
Le 8. ils donnerent la Tragédie de
Phedre , dont la Dme de la Traverſe , petite
fille du feu fieur Baron , joua le
principal Rôle ; elle y fut beaucoup applaudie.
C'eft une grande & belle per-
Tonne qui pare bien le Théatre , avec l'air
noble , une grande voix & une belle prononciation.
Quelques jours après , elle
joua le Rôle de Roxane , dans la Tragédie
de Bajazet , & elle y fut encore plus
applaudie. Elle a auffi joué le Rôle d'Ariane
, avec plus de fuccès .
Le 13. on donna fur le même Théatre
le Flateur , Comédie en Profe & en cinq
Actes , de M. Rouffeau, que le Public revoit
avec beaucoup de plaifir.Elle eſt très
bien repréſentée par les fieurs Quinaut ,
Duchemin , Dubreuil , Poiffon & Armand
, & par les Diles Labat & du Bocage.
OCTOBRE. 1730. 2279
ge. Cette Piéce parut dans la nouveauté
y a près de 30. ans ; on l'avoit repriſe
en 1717 & en 1721. au mois d'Avril.
il
On repete actuellement la Comédie
nouvelle du Prince de Noifi ; & les Rôles
de la Tragédie nouvelle de Brutus , par
M. de Voltaire , font diftribués.
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Résumé : « Le 26. de ce mois, on donna la premiere Représentation de Pyrrhus, nouvel [...] »
En octobre 1730, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde du théâtre. Le 26 octobre, l'opéra 'Pyrrhus' a été bien accueilli par le public. Le 29 septembre, l'Opéra Comique a présenté 'Le Sylphe supposé', une pièce en vaudevilles, jouée pendant trois jours consécutifs, marquant ainsi la clôture de la saison théâtrale. Les comédiens italiens ont annoncé une nouvelle pièce intitulée 'Le Triomphe de l'Intérêt'. Au début du mois, les comédiens français ont repris la tragédie 'La Mort de Pompée', avec Madame de Le Grand dans le rôle de Cornélie, acclamée pour sa performance. Le 8 octobre, 'Phèdre' a été jouée, avec Madame de la Traverse dans le rôle principal, qui a également été très applaudie. Elle a ensuite interprété Roxane dans 'Bajazet' et Ariane avec succès. Le 13 octobre, la comédie 'Le Flateur' de M. Rouffeau a été représentée avec enthousiasme par une distribution notable. Des répétitions étaient en cours pour la comédie nouvelle 'Le Prince de Noisi' et la distribution des rôles pour la tragédie nouvelle 'Brutus' de M. de Voltaire était en cours.
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7460
p. 2279-2280
DE TURQUIE, PERSE, ET AFRIQUE.
Début :
On écrit de Constantinople, qu'il avoit été résolu de payer aux Troupes du G. S. les [...]
Mots clefs :
Troupes, Constantinople, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE TURQUIE, PERSE, ET AFRIQUE.
DE TURQUIE , PERSE ,
ET AFRIQUE.
}
>
N écrit de Conftantinople , qu'il avoit été
réfolu de payer aux Troupes du G. S. les
trois mois échus de leur folde , de leur en avancer
trois autres , & de leur donner 1500 Rifdales
de gratification par Compagnie , pour les mettre
en état d'entrer en campagne. Que le 27. de
Juillet dernier , toutes les Troupes qui étoient
à Conftantinople , avoient reçu ordre de fe rendre
au Camp, qui avoit été tracé près de la Ville'
où l'on avoit envoyé les gros Bagages . Que toutes
ces Troupes avoient défilé vers les neuf heures du
matin , ayant à leur tête un Mufti , qui portoit
રે
l'Etendart verd de Mahomet ; que ce Mufti
étoit fuivi d'un Char , tiré par fix Chevaux ,
magnifiquement harnachez,& fur lequel on avoit
mis l'Alcoran . Que le G.S. accompagné des Princes
fes Fils, armez d'Arcs & de Fléches, & efcorté
de 300 Gardes , marchoit après l'Alcoran, étant
fuivi du G. Viz. de plufieurs Pachas , & des Prin
cipaux Officiers de l'Armée , que S. H. devoit
demeurer dans ce Camp , juſqu'à ce que les autres
2280 MERCURE DE FRANCE
tres Troupes qu'on attendoit de diverfes Provinces
fuiffent arrivées , & qu'Elle reviendroit au Sérail
auffi - tôt qu'Elle auroit vû partir cette Armée,
qu'Elle envoye contre le nouveau Roy de Perſe.
Les dernieres Lettres de Conftantinople portent
que le G. S. avoit fait déclarer la Guerre au
nouveau Roy de Perfe , & que l'Armée de S. H.
qui fera de près de 200 mille hommes , devoit
être commandée par le Prince , fon Fils aîné.
du
On a appris de Ternan , que le Roy de Maroc,
Muley Abdalah , avoit fait exécuter à mort plufieurs
Pachas & autres principaux Maures ,
parti de fon frere , ce qui lui a procuré des fommes
confidérables , ayant fait confifquer tous les
effets qui appartenoient à ces coupables .
ET AFRIQUE.
}
>
N écrit de Conftantinople , qu'il avoit été
réfolu de payer aux Troupes du G. S. les
trois mois échus de leur folde , de leur en avancer
trois autres , & de leur donner 1500 Rifdales
de gratification par Compagnie , pour les mettre
en état d'entrer en campagne. Que le 27. de
Juillet dernier , toutes les Troupes qui étoient
à Conftantinople , avoient reçu ordre de fe rendre
au Camp, qui avoit été tracé près de la Ville'
où l'on avoit envoyé les gros Bagages . Que toutes
ces Troupes avoient défilé vers les neuf heures du
matin , ayant à leur tête un Mufti , qui portoit
રે
l'Etendart verd de Mahomet ; que ce Mufti
étoit fuivi d'un Char , tiré par fix Chevaux ,
magnifiquement harnachez,& fur lequel on avoit
mis l'Alcoran . Que le G.S. accompagné des Princes
fes Fils, armez d'Arcs & de Fléches, & efcorté
de 300 Gardes , marchoit après l'Alcoran, étant
fuivi du G. Viz. de plufieurs Pachas , & des Prin
cipaux Officiers de l'Armée , que S. H. devoit
demeurer dans ce Camp , juſqu'à ce que les autres
2280 MERCURE DE FRANCE
tres Troupes qu'on attendoit de diverfes Provinces
fuiffent arrivées , & qu'Elle reviendroit au Sérail
auffi - tôt qu'Elle auroit vû partir cette Armée,
qu'Elle envoye contre le nouveau Roy de Perſe.
Les dernieres Lettres de Conftantinople portent
que le G. S. avoit fait déclarer la Guerre au
nouveau Roy de Perfe , & que l'Armée de S. H.
qui fera de près de 200 mille hommes , devoit
être commandée par le Prince , fon Fils aîné.
du
On a appris de Ternan , que le Roy de Maroc,
Muley Abdalah , avoit fait exécuter à mort plufieurs
Pachas & autres principaux Maures ,
parti de fon frere , ce qui lui a procuré des fommes
confidérables , ayant fait confifquer tous les
effets qui appartenoient à ces coupables .
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Résumé : DE TURQUIE, PERSE, ET AFRIQUE.
Le texte décrit des préparatifs militaires et politiques en Turquie, en Perse et en Afrique. À Constantinople, les troupes ont reçu trois mois de solde échus, trois mois d'avance et une gratification de 1500 rixdales par compagnie. Le 27 juillet, les troupes ont défilé vers un camp près de la ville, menées par un mufti portant l'étendard vert de Mahomet et suivies d'un char transportant l'Alcoran. Le Grand Seigneur, accompagné de ses fils et de 300 gardes, a suivi l'Alcoran, accompagné du Grand Vizir et de plusieurs pachas. Il devait rester au camp jusqu'à l'arrivée des troupes des provinces avant de revenir au sérail après le départ de l'armée envoyée contre le nouveau roi de Perse. La guerre a été déclarée au roi de Perse, et l'armée, composée de près de 200 000 hommes, serait commandée par le prince, fils aîné du Grand Seigneur. Par ailleurs, à Ternan, le roi du Maroc, Muley Abdallah, a fait exécuter plusieurs pachas et partisans de son frère pour confisquer leurs biens et s'approprier des sommes considérables.
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7461
p. 2280-2282
RUSSIE.
Début :
Les Troupes que le Roy de Perse fait marcher vers Tauris, dont il veut faire le Siége, faisant [...]
Mots clefs :
Tsarine, Moscou, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE
Es . Troupes que le Roy de Perfe fait marcher
vers Tauris , dont il veut faire le Siége , faifant
craindre que s'il prend cette Place , il ne fe
détermine à venir affiéger celles que le feu Czar
Pierre I. a conquife vers la Mer Cafpienne ; la
Czarine a pris la réfolution d'augmenter tous les
Regimens d'une Compagnie , & de lever encore
un Corps de 20000 hommes de nouvelles Troupes
, pour remplacer celles qu'on envoye fur les
Frontieres de Perfe , fous le commandement du
General Wicbach , qui partira avec le Baron de
Schaffirof , cy - devant Vice - Chancelier , qu'on a
nommé pour l'accompagner , & pour l'aider de
fes confeils en cas qu'on trouve une occafion favorable
pour renouveller les anciens Traitez .
Un Officier dépêché de Derbent par M.Roman- ·
zoff, Gouverneur General des Pays conquis fur
la Perfe , a rapporté que le Roy de Perfe avoit
raflemblé toutes fes Troupes pour en compofer
OCTOBRE . 1730 . 2231
un Corps d'Armée , avec lequel il puiffe être en
état de livrer le Combat à l'Armée du G.S. ayant
réfolu de rifquer une Bataille , pour être enfuite
paifible poffeffeur du Trône de fes Ancêtres.
On attend à Mofcou un Ambaffadeur du Gr.
Mogol , audevant duquel la Czarine a envoyé
un détachement de 50 Cavaliers , pour l'eſcorter
depuis Tobolskoy jufqu'à Moscou.
On a tranfporté à Mofcou la belle Bibliothe
que du Pr. Dolhoruski ; tous les autres effets
ont été vendus à l'enchere , & les deniers de la
vente remis entre les mains de la Czarine. A l'égard
de la Princeffe Dolhoruski, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , on continué de
lui payer regulierement fa penfion annuelle de
12000 Roubles , mais elle n'a pas la liberté de fortir
du Monaftere où elle s'eft retirée.
Il eft arrivé par le Wolga , des matieres d'argent,
de cuivre & d'autres métaux , qui proviennent
des Mines découvertes en Siberie , fous lo
Regne du Czar Pierre I. dont le Gouverneur de
Tobolskoy a la direction generale. La valeur de
ce premier envoi furpaffe de cent pour cent la dépenfe
qu'on a faite depuis près de trois ans, pour
mettre ces Mines en valeur.
Le Prince de Portugal partit de Mofcou pour
retourner en Allemagne le 17 Aouft, après avoir
pris congé de la Czarine , qui lui a fait prefent
d'une Epée d'or , enrichie de diamans , & d'une
Robe à la Moscovite , doublée de Martre Zibeline.
Ce Prince a donné differens Bijoux aux
Gentilshommes de Sa Majefté Czarienne
qui l'ont accompagné pendant fon féjour en
cette Cour. M. Bahr , Chambellan de la Czarine
, & Meff. Freyden & Purchkin , Gentilhommes
de la Chambre de S.M. Czarine ont été
choifis par Elle , pour le conduire à Petersbourg
D
H &
2282 MERCURE DE FRANCE
& à Mittau , avec ordre de le deffrayer jufqu'à
cette derniere Ville , & pour lui faire rendre les
honncurs dûs à un Prince de fon rang.
Es . Troupes que le Roy de Perfe fait marcher
vers Tauris , dont il veut faire le Siége , faifant
craindre que s'il prend cette Place , il ne fe
détermine à venir affiéger celles que le feu Czar
Pierre I. a conquife vers la Mer Cafpienne ; la
Czarine a pris la réfolution d'augmenter tous les
Regimens d'une Compagnie , & de lever encore
un Corps de 20000 hommes de nouvelles Troupes
, pour remplacer celles qu'on envoye fur les
Frontieres de Perfe , fous le commandement du
General Wicbach , qui partira avec le Baron de
Schaffirof , cy - devant Vice - Chancelier , qu'on a
nommé pour l'accompagner , & pour l'aider de
fes confeils en cas qu'on trouve une occafion favorable
pour renouveller les anciens Traitez .
Un Officier dépêché de Derbent par M.Roman- ·
zoff, Gouverneur General des Pays conquis fur
la Perfe , a rapporté que le Roy de Perfe avoit
raflemblé toutes fes Troupes pour en compofer
OCTOBRE . 1730 . 2231
un Corps d'Armée , avec lequel il puiffe être en
état de livrer le Combat à l'Armée du G.S. ayant
réfolu de rifquer une Bataille , pour être enfuite
paifible poffeffeur du Trône de fes Ancêtres.
On attend à Mofcou un Ambaffadeur du Gr.
Mogol , audevant duquel la Czarine a envoyé
un détachement de 50 Cavaliers , pour l'eſcorter
depuis Tobolskoy jufqu'à Moscou.
On a tranfporté à Mofcou la belle Bibliothe
que du Pr. Dolhoruski ; tous les autres effets
ont été vendus à l'enchere , & les deniers de la
vente remis entre les mains de la Czarine. A l'égard
de la Princeffe Dolhoruski, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , on continué de
lui payer regulierement fa penfion annuelle de
12000 Roubles , mais elle n'a pas la liberté de fortir
du Monaftere où elle s'eft retirée.
Il eft arrivé par le Wolga , des matieres d'argent,
de cuivre & d'autres métaux , qui proviennent
des Mines découvertes en Siberie , fous lo
Regne du Czar Pierre I. dont le Gouverneur de
Tobolskoy a la direction generale. La valeur de
ce premier envoi furpaffe de cent pour cent la dépenfe
qu'on a faite depuis près de trois ans, pour
mettre ces Mines en valeur.
Le Prince de Portugal partit de Mofcou pour
retourner en Allemagne le 17 Aouft, après avoir
pris congé de la Czarine , qui lui a fait prefent
d'une Epée d'or , enrichie de diamans , & d'une
Robe à la Moscovite , doublée de Martre Zibeline.
Ce Prince a donné differens Bijoux aux
Gentilshommes de Sa Majefté Czarienne
qui l'ont accompagné pendant fon féjour en
cette Cour. M. Bahr , Chambellan de la Czarine
, & Meff. Freyden & Purchkin , Gentilhommes
de la Chambre de S.M. Czarine ont été
choifis par Elle , pour le conduire à Petersbourg
D
H &
2282 MERCURE DE FRANCE
& à Mittau , avec ordre de le deffrayer jufqu'à
cette derniere Ville , & pour lui faire rendre les
honncurs dûs à un Prince de fon rang.
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Résumé : RUSSIE.
En octobre 1730, la Russie se prépare à renforcer ses défenses face à une menace perse. Le roi de Perse mobilise ses troupes vers Tauris, inquiétant la Russie qui craint pour ses places sur la mer Caspienne conquises par le czar Pierre I. En réponse, la czarine augmente chaque régiment d'une compagnie et lève 20 000 nouvelles troupes sous le commandement du général Wicbach et du baron de Schaffirof, envoyées aux frontières perses. Le gouverneur général des pays conquis, M. Romanzoff, signale que le roi de Perse rassemble une armée pour affronter les Russes. À Moscou, on attend l'ambassadeur du Grand Mogol escorté par 50 cavaliers. La bibliothèque du prince Dolhoruski est transportée à Moscou, tandis que ses autres biens sont vendus. La princesse Dolhoruski, fiancée au défunt czar, reçoit une pension annuelle de 12 000 roubles mais vit recluse dans un monastère. Des matières précieuses découvertes en Sibérie sont envoyées à Moscou, leur valeur dépassant les dépenses des trois dernières années. Le prince de Portugal quitte Moscou le 17 août, escorté par M. Bahr, Freyden et Purchkin, après avoir reçu des cadeaux de la czarine.
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7462
p. 2282
DANEMARCK.
Début :
Le Roy a fait publier à Copenhague une Ordonnance, par laquelle il est enjoint à tous les [...]
Mots clefs :
Ordonnance du roi, Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANEMARCK.
DANEMARCK.
E Roy a fait publier à Copenhague une Ordonnance
, par laquelle il eft enjoint à tous les
Négocians Danois , qui font le commerce d'Efpagne
& de Portugal , de n'y point envoyer de
Vaiffeaux au deffous de 18 Canons , & montez
d'un équipage proportionné pour les deffendre
contre les Corfaires des côtes de Barbarie , qui
font venus cette année jufqu'à l'entrée de la Manche.
Le feu a pris à la Forêt de Sammalcarleby en
Finlande , fans qu'on fçache par quel accident ,
& il y a eu 18 lieues de terrain , dont les bois
ont été confumez par cet incendie. C'eſt une perte
tres-confidérable , car il y avoit dans cette Forêt
des Arbres d'une groffeur extraordinaire & propres
pour les Chantiers de la Marine.Les Villages
qui fe font trouvez dans cette étendue , ont été
entierement détruits par les flammes.
E Roy a fait publier à Copenhague une Ordonnance
, par laquelle il eft enjoint à tous les
Négocians Danois , qui font le commerce d'Efpagne
& de Portugal , de n'y point envoyer de
Vaiffeaux au deffous de 18 Canons , & montez
d'un équipage proportionné pour les deffendre
contre les Corfaires des côtes de Barbarie , qui
font venus cette année jufqu'à l'entrée de la Manche.
Le feu a pris à la Forêt de Sammalcarleby en
Finlande , fans qu'on fçache par quel accident ,
& il y a eu 18 lieues de terrain , dont les bois
ont été confumez par cet incendie. C'eſt une perte
tres-confidérable , car il y avoit dans cette Forêt
des Arbres d'une groffeur extraordinaire & propres
pour les Chantiers de la Marine.Les Villages
qui fe font trouvez dans cette étendue , ont été
entierement détruits par les flammes.
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Résumé : DANEMARCK.
Le roi du Danemark a ordonné aux négociants danois de se protéger contre les corsaires barbaresques en utilisant des vaisseaux équipés d'au moins 18 canons. En Finlande, un incendie a détruit 18 lieues de la forêt de Sammalcarleby, essentielle pour la construction navale, ainsi que des villages voisins.
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7463
p. 2282-2284
ALLEMAGNE.
Début :
La cinquiéme Colonne des Troupes Imperiales qui doit aller en Italie, & qui sera composée [...]
Mots clefs :
Belgrade, Troupes, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
A cinquiéme Colonne des Troupes Imperiales
qui doit aller en Italie , & qui fera compofée
de cinq Regimens d'Infanterie , & de quatre
de Cavalerie , a reçû ordre de fe tenir prête à
marcher. Outre ces Troupes , on doit inceffamment
faire partir des Recrues pour les Régimens
qui font déja dans la Lombardie , lefquels ont
perdu beaucoup de Soldats par maladie. On y a
envoyé auffi des ordres de mettre ces Troupes en
quartiers de rafraichiffement , & de prendre les
précau
1
OCTOBRE . 1730. 2283.
précautions néceffaires pour empêcher qu'elles
ne foient à charge aux habitans.
Les Lettres de Temefwart & de Belgrade portent
que le G. S. avoit fait tirer des Garnifons
de Widin & de Nizza plufieurs Compagnies de
Janiffaires , & qu'elles étoient allées joindre l'Arée
que S. H. avoit fait affemoler à l'entrée de
l'Afie , & qui eft partie pour la Perfe.
Comme la maladie contagieufe fait beaucoup
de ravage à Conftantinople & aux environs , on
a envoyé ordre de mettre des Gardes à tous les
paffages pour prévenir la communication.
Le 4 Septembre , les Députez des Payfans dej
Moravie furent préfentez à S. M. Imp . à laquelle
ils porterent leurs plaintes, de ce qu'étant obligez
par les ufages de la Province , de travailler trois
jours de la Semaine pour les Seigneurs Eccleſiaſtiques
, & contraints depuis quelque temps d'em
ployer les autres jours à des ouvrages pub ics, ils
étoient hors d'état de faire fubfifter leur famille.
L'Empereur les a écoutez favorablement,& leur a
accordé deux jours par femaine
pres affaires.
pour leurs
pro
On mande de Schwerin que le Duc Charles
Léopold de Meckelbourg y avoit eu des dépêches
de Petersbourg , dont ce Prince n'avoit pas paru
fatisfait , & l'on ne croit pas qu'il reçoive fi -tôt
les fecours qu'il attendoit de la part de la Czarine
fa belle-four , parce que cette Princefle lui
.confeille de fe foumettre aux Decrets Impériaux.
On a appris de Belgrade , que le 14 du mois
dernier , on y avoit pofé , avec beaucoup de fodemnité
, la premiere Pierre à l'Eglife des Capu◄ .
cins. M.de Thurn,premier Evêque de cette Ville,
en fit la cérémonie , en prefence du Pr. Alexan
dre de Wirtemberg, Gouverneur du Royaume de
Servie , de la Princeffe fon époufe , du General , de
Hij Ma2284
MERCURE DE FRANCE
Marullli , Commandant de Belgrade , du Colonel
Duxat , Ingénieur en chef , du Magiftrat de
la Ville & de plufieurs autres perfonnes de dif
tinction . L'Eglife fut dédiée à S. Eugene , dont
le Prince Eugene de Savoye , qui a fait la conquête
de cette importante Place , porte le nom ;
on y mit à cette occafion le Chronographe fuivant:
EUgen II hoC DeXtra CUftoDJat DJUJ;
trJUMphantis qUoD OCCUpa Verat ensis
EUgenJJ.
Aprés la ceremonie , le Pr. Alexandre de Wir.
temberg donna un fomptueux Repas à quantité
de perfonnes de diftinction , & régala magnifiquement
les Peres Capucins.
A cinquiéme Colonne des Troupes Imperiales
qui doit aller en Italie , & qui fera compofée
de cinq Regimens d'Infanterie , & de quatre
de Cavalerie , a reçû ordre de fe tenir prête à
marcher. Outre ces Troupes , on doit inceffamment
faire partir des Recrues pour les Régimens
qui font déja dans la Lombardie , lefquels ont
perdu beaucoup de Soldats par maladie. On y a
envoyé auffi des ordres de mettre ces Troupes en
quartiers de rafraichiffement , & de prendre les
précau
1
OCTOBRE . 1730. 2283.
précautions néceffaires pour empêcher qu'elles
ne foient à charge aux habitans.
Les Lettres de Temefwart & de Belgrade portent
que le G. S. avoit fait tirer des Garnifons
de Widin & de Nizza plufieurs Compagnies de
Janiffaires , & qu'elles étoient allées joindre l'Arée
que S. H. avoit fait affemoler à l'entrée de
l'Afie , & qui eft partie pour la Perfe.
Comme la maladie contagieufe fait beaucoup
de ravage à Conftantinople & aux environs , on
a envoyé ordre de mettre des Gardes à tous les
paffages pour prévenir la communication.
Le 4 Septembre , les Députez des Payfans dej
Moravie furent préfentez à S. M. Imp . à laquelle
ils porterent leurs plaintes, de ce qu'étant obligez
par les ufages de la Province , de travailler trois
jours de la Semaine pour les Seigneurs Eccleſiaſtiques
, & contraints depuis quelque temps d'em
ployer les autres jours à des ouvrages pub ics, ils
étoient hors d'état de faire fubfifter leur famille.
L'Empereur les a écoutez favorablement,& leur a
accordé deux jours par femaine
pres affaires.
pour leurs
pro
On mande de Schwerin que le Duc Charles
Léopold de Meckelbourg y avoit eu des dépêches
de Petersbourg , dont ce Prince n'avoit pas paru
fatisfait , & l'on ne croit pas qu'il reçoive fi -tôt
les fecours qu'il attendoit de la part de la Czarine
fa belle-four , parce que cette Princefle lui
.confeille de fe foumettre aux Decrets Impériaux.
On a appris de Belgrade , que le 14 du mois
dernier , on y avoit pofé , avec beaucoup de fodemnité
, la premiere Pierre à l'Eglife des Capu◄ .
cins. M.de Thurn,premier Evêque de cette Ville,
en fit la cérémonie , en prefence du Pr. Alexan
dre de Wirtemberg, Gouverneur du Royaume de
Servie , de la Princeffe fon époufe , du General , de
Hij Ma2284
MERCURE DE FRANCE
Marullli , Commandant de Belgrade , du Colonel
Duxat , Ingénieur en chef , du Magiftrat de
la Ville & de plufieurs autres perfonnes de dif
tinction . L'Eglife fut dédiée à S. Eugene , dont
le Prince Eugene de Savoye , qui a fait la conquête
de cette importante Place , porte le nom ;
on y mit à cette occafion le Chronographe fuivant:
EUgen II hoC DeXtra CUftoDJat DJUJ;
trJUMphantis qUoD OCCUpa Verat ensis
EUgenJJ.
Aprés la ceremonie , le Pr. Alexandre de Wir.
temberg donna un fomptueux Repas à quantité
de perfonnes de diftinction , & régala magnifiquement
les Peres Capucins.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En octobre 1730, des préparatifs militaires étaient en cours en Allemagne et dans les régions voisines. Cinq régiments d'infanterie et quatre de cavalerie des troupes impériales allemandes se préparaient à partir pour l'Italie. Des recrues étaient envoyées renforcer les régiments en Lombardie, affectés par des maladies. Des ordres étaient donnés pour installer ces troupes dans des quartiers de rafraîchissement et éviter de peser sur les habitants. À Temesvart et Belgrade, plusieurs compagnies de janissaires ont rejoint l'armée à l'entrée de l'Asie, qui est ensuite partie pour la Perse. La peste à Constantinople a conduit à la mise en place de gardes pour prévenir la propagation de la maladie. Le 4 septembre, les députés des paysans de Moravie ont présenté leurs plaintes à l'empereur, se lamentant de devoir travailler trois jours par semaine pour les seigneurs ecclésiastiques et les autres jours pour des travaux publics. L'empereur a accordé deux jours par semaine pour leurs affaires personnelles. À Schwerin, le duc Charles Léopold de Mecklembourg a reçu des dépêches de Petersbourg, mais il n'était pas satisfait et il est peu probable qu'il reçoive bientôt les secours attendus de la part de la czarine. À Belgrade, le 14 du mois précédent, la première pierre de l'église des Capucins a été posée par M. de Thurn, premier évêque de la ville, en présence de plusieurs personnalités, dont le prince Alexandre de Wurtemberg. L'église a été dédiée à saint Eugène. Après la cérémonie, le prince Alexandre a offert un somptueux repas à de nombreuses personnes de distinction et a régalé les Pères Capucins.
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7464
p. 2284-2288
ITALIE.
Début :
Les Cardinaux Petra, Lambertini; Corradini & Falconnieri, ont été nommez par le [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Hommes, Duc, Rome, Troupes impériales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Es Cardinaux Petra , Lambertini ; 'Corradini
& Falconnieri , ont été nomméz par le
Pape pour examiner en Congrégation les droits
du S. Siege & ceux du Grand Maître de Malte
fur le Patronage du Grand Prieuré de cette Ville
afin de terminer à l'amiable les differends qui
pourroient naître à cette occafion ,
Le 27 Août , le Pape fit la cérémonie de bénir
dans la Chapelle du Palais du Quirinal lesLanges
deftinez pour le Dauphin & qui doivent être
portez en France par l'Abbé Lanti , Camerier
d'honneur de Sa Sainteté , lequel partit de Rome
les Septembre pour Civita- Vechia , avec fon
neveu , le fils du Comte Soderini & plufieurs
autres Gentils-hommes Romains , pour s'embarquer
fur les Galeres du Pape, qui doivent le conduire
à Marſeille.
Le 3. Septembre au matin , le Sacriftain de
' Eglife dell'Anima de la nation Allemande ; fut
attaqué & maltraité pendant qu'il difoit la Meffe
OCTOBRE. 1730. 2285
par un Pelerin Allemand , fous prétexte qu'il
avoit fait retrancher une partie de l'aumône qu'on
lui faifoit tous les jours . Ĉe Pelerin fut arrêré &
conduit en prifon , & le 5. l'Eglife fut rebenite
par M. Baccari , Evêque de Boyano.
Le 6. le Cardinal Cibo fit préfent au Pape d'un
Calice & d'une Patene d'or enrichis de Pierreies
, qu'on eftime 13000 écus : quelques jours
après le Cardinal Cienfuegos envoya au marquis
Neri Corfini le ſervice d'or dont le comte de
Colalto lui a fait préfent , le priant de l'offrir
au Pape de la part de ce Cardinal & de l'engager
à l'accepter.
Le11. après un Confiftoire fecret , Sa Sainteté
fit publier la Bulle du Jubilé univerfel , accordé
à l'occafion de fon Elevation au Pontificat , l'ouverture
s'en fit à Rome le 17. par une Proceffion
folemnelle qui alla de l'Eglife de N. D. des Anges
, où le Pape avoit celebré la Meffe , à celle
de S. Jean de Latran . Les Cardinaux au nombre
de 32. les Archevêques , les Evêques , le Sénat
Romain , le Connêtable Colonne , l'Ambaffadeur
de la ville de Bologne , le Clergé féculier & régulier
& la principale Nobleffe, affifterent à cette
Proceffion.
Dans ce Confiftoire du 11. Septembre, le Car
dinal Otthoboni, Protecteur des affaires de France ,
Propofa l'Evêché de Digne pour le Pere Antoine-
Amable Feydeau, General de l'Ordre des Carmes
lequel fut lacré le 24. par le Cardinal de Polignac ;
affifté du Pere Fouquet,Evêque titulaire d'Eleute
ropolis , & par M. de la Baume, Evêque titulaire
d'Halicarnaffe.
On a appris en dernier lieu , que le 2 de ce mois
le Pape avoit tenu un Confiftoire , dans lequel Sa
Sainteté avoit fait Cardinaux M.GrimaldiGenois,
Archevêque d'Edeffe ; Nonce ordinaire à Vienne ,
Hij M.
2286 MERCURE DE FRANCE
M. Banther Mafcei , de Montepulciano , Arche
vêque d'Athênes , ci- devant Nonce ordinaire en
France , M. Alexandre Aldobrandini , Florentin ,
Archevêque de Rhodes ,Nonce ordinaire en Efpagne
& l'Abbé Barthelemi Rufpoli , fils du Prince
de ce nom , & Secretaire de la Congrégation
de Propaganda Fide.
On affure que le Pape a fait expedier des Lettres
circulaires à tous les Evêques qui ont été élevez
à cette Dignité par le feu Pape Benoît XIII .
avec ordre de fe rendre à Rome dans deux mois
pour rendre compte de la maniere qu'ils ont ob
genu leurs Evêchez.
Le nouveau Vicaire Apoftolique que le Pape
a nommé pour gouverner le Diocele de Benevent
eft parti pour s'y rendre avec un Receveur , auffi
nommé par Sa Sainteté pour recevoir les revenus
de cet Archevêché.
On apprend de Benevent que le 14. du mois
dernier M. Bondelmonte , Commiffaire Apoftolique
, avoit fait convoquer le Chapitre de
PEglife Metropolitaine ; qu'en vertu du Bref du
Pape dont il avoit fait la lecture , il avoit inſtalé
M. de Nicaftro , en qualité de Vicaire Apoftolique
, & que ce choix avoit été univerfellement
approuvé.
Le Pape ayant fait infinuer au Cardinal Cofcia,
qu'il devoit donner fa démiffion pure & fimple
' de fon Archevêché de Benevent , & ce Cardinal
ayant demandé confeil depuis au Cardinal Falconieri
, on croit qu'il fe déterminera à donner
cette fatisfaction à Sa Sainteté.
1 Le 15. Le Chevalier de S. George accompagné
de fes deux fils , alla au Palais du Quirinal , où
il cut une longue Audience du Pape qui fit préfent
à chacun de fes fils d'un très-beau Reliquaire
d'or , orné de diamans & de rubis.
Le
OCTOBRE. 1730. 2287
Le Pape a fait au Comte de Collato , Ambaffadeur
de L'Empereur , le préfent ordinaire d'un
Corps faint & quelques autres Reliques de dévotion
, & d'un Tableau du fameux Peintre
Penelli.
Il y a une fi grande quantité de Sauterelles
dans la campagne de Rome , que les biens de la
terre en ont fouffert confiderablement ; on a
tenu à ce fujet une Congrégation extraordinaire ,
dans laquelle il a été refolu d'ordonner des
Prieres publiques,
On a apris de Lunigiano que le 26 Aouft , la
premiere Colomne des Troupes imperiales qui
ont ordre de fe rendre en ce pays , dont une
partie eft poffedée par la République de Gênes ,
& l'autre par le Duc de Maſſa-di - Carrara, arriva
à Terra-Roffa. Elle eft compofée de 2500. hommes
d'Infanterie qui camperent dans la prairie
voifine , en préfence du General Comte de Staremberg
qui avoit fait tracer le Camp. Le 27
la feconde colonne auffi de 2500. hommes arriva
vers le foir ; mais la Prairie n'étant pas affez
grande pour contenir tant de monde" on en
détacha deux Bataillons pour les envoyer à Barbarafco
, Marquifat qui appartient au Prince
Don Barthelemi Corfini , neveu du Pape. La
troifiéme Colonne qu'on attend fera de sooo.
hommes d'Infanterie & de 1600. chevaux •
comme les Officiers Generaux qui font au Camp :
veulent être pourvus de tout ce qui leur eft neceffaire
, & que les vivres & particulierement lesfourages
ne font pas abondans , le pays eft fort
incommodé du féiour de ces Troupes
›
On prétend que le Grand Duc de Florence a
fait affurer le Miniftre de l'Empereur , qu'il ne
recevroit des Troupes Imperiales dans fes Etats ,
qu'en cas qu'il fut attaqué par les Espagnols , &
Hij que
2288 MERCURE DE FRANCE
que le Duc de Parme ayant refufé de traiter avec
le Comte Arconati , qui étoit allé le trouver de
part de S. M. I. le Gouverneur du Milanez
avoit refufé pareillement d'entrer en conference
au fujet des affaires préfentes avec le Marquis
Carali qui réfide à Milan , de la part du Duc de
la
Parme.
L
Par les Lettres d'Ajaccio dans l'Iſle de Corfe
on apprend que les rébelles avoient fait encore de
très grands dégats aux environs de cette ville ; qu'ils
en a oient arraché toutes les vignes & enlevé les
.beftiaux .
Es Cardinaux Petra , Lambertini ; 'Corradini
& Falconnieri , ont été nomméz par le
Pape pour examiner en Congrégation les droits
du S. Siege & ceux du Grand Maître de Malte
fur le Patronage du Grand Prieuré de cette Ville
afin de terminer à l'amiable les differends qui
pourroient naître à cette occafion ,
Le 27 Août , le Pape fit la cérémonie de bénir
dans la Chapelle du Palais du Quirinal lesLanges
deftinez pour le Dauphin & qui doivent être
portez en France par l'Abbé Lanti , Camerier
d'honneur de Sa Sainteté , lequel partit de Rome
les Septembre pour Civita- Vechia , avec fon
neveu , le fils du Comte Soderini & plufieurs
autres Gentils-hommes Romains , pour s'embarquer
fur les Galeres du Pape, qui doivent le conduire
à Marſeille.
Le 3. Septembre au matin , le Sacriftain de
' Eglife dell'Anima de la nation Allemande ; fut
attaqué & maltraité pendant qu'il difoit la Meffe
OCTOBRE. 1730. 2285
par un Pelerin Allemand , fous prétexte qu'il
avoit fait retrancher une partie de l'aumône qu'on
lui faifoit tous les jours . Ĉe Pelerin fut arrêré &
conduit en prifon , & le 5. l'Eglife fut rebenite
par M. Baccari , Evêque de Boyano.
Le 6. le Cardinal Cibo fit préfent au Pape d'un
Calice & d'une Patene d'or enrichis de Pierreies
, qu'on eftime 13000 écus : quelques jours
après le Cardinal Cienfuegos envoya au marquis
Neri Corfini le ſervice d'or dont le comte de
Colalto lui a fait préfent , le priant de l'offrir
au Pape de la part de ce Cardinal & de l'engager
à l'accepter.
Le11. après un Confiftoire fecret , Sa Sainteté
fit publier la Bulle du Jubilé univerfel , accordé
à l'occafion de fon Elevation au Pontificat , l'ouverture
s'en fit à Rome le 17. par une Proceffion
folemnelle qui alla de l'Eglife de N. D. des Anges
, où le Pape avoit celebré la Meffe , à celle
de S. Jean de Latran . Les Cardinaux au nombre
de 32. les Archevêques , les Evêques , le Sénat
Romain , le Connêtable Colonne , l'Ambaffadeur
de la ville de Bologne , le Clergé féculier & régulier
& la principale Nobleffe, affifterent à cette
Proceffion.
Dans ce Confiftoire du 11. Septembre, le Car
dinal Otthoboni, Protecteur des affaires de France ,
Propofa l'Evêché de Digne pour le Pere Antoine-
Amable Feydeau, General de l'Ordre des Carmes
lequel fut lacré le 24. par le Cardinal de Polignac ;
affifté du Pere Fouquet,Evêque titulaire d'Eleute
ropolis , & par M. de la Baume, Evêque titulaire
d'Halicarnaffe.
On a appris en dernier lieu , que le 2 de ce mois
le Pape avoit tenu un Confiftoire , dans lequel Sa
Sainteté avoit fait Cardinaux M.GrimaldiGenois,
Archevêque d'Edeffe ; Nonce ordinaire à Vienne ,
Hij M.
2286 MERCURE DE FRANCE
M. Banther Mafcei , de Montepulciano , Arche
vêque d'Athênes , ci- devant Nonce ordinaire en
France , M. Alexandre Aldobrandini , Florentin ,
Archevêque de Rhodes ,Nonce ordinaire en Efpagne
& l'Abbé Barthelemi Rufpoli , fils du Prince
de ce nom , & Secretaire de la Congrégation
de Propaganda Fide.
On affure que le Pape a fait expedier des Lettres
circulaires à tous les Evêques qui ont été élevez
à cette Dignité par le feu Pape Benoît XIII .
avec ordre de fe rendre à Rome dans deux mois
pour rendre compte de la maniere qu'ils ont ob
genu leurs Evêchez.
Le nouveau Vicaire Apoftolique que le Pape
a nommé pour gouverner le Diocele de Benevent
eft parti pour s'y rendre avec un Receveur , auffi
nommé par Sa Sainteté pour recevoir les revenus
de cet Archevêché.
On apprend de Benevent que le 14. du mois
dernier M. Bondelmonte , Commiffaire Apoftolique
, avoit fait convoquer le Chapitre de
PEglife Metropolitaine ; qu'en vertu du Bref du
Pape dont il avoit fait la lecture , il avoit inſtalé
M. de Nicaftro , en qualité de Vicaire Apoftolique
, & que ce choix avoit été univerfellement
approuvé.
Le Pape ayant fait infinuer au Cardinal Cofcia,
qu'il devoit donner fa démiffion pure & fimple
' de fon Archevêché de Benevent , & ce Cardinal
ayant demandé confeil depuis au Cardinal Falconieri
, on croit qu'il fe déterminera à donner
cette fatisfaction à Sa Sainteté.
1 Le 15. Le Chevalier de S. George accompagné
de fes deux fils , alla au Palais du Quirinal , où
il cut une longue Audience du Pape qui fit préfent
à chacun de fes fils d'un très-beau Reliquaire
d'or , orné de diamans & de rubis.
Le
OCTOBRE. 1730. 2287
Le Pape a fait au Comte de Collato , Ambaffadeur
de L'Empereur , le préfent ordinaire d'un
Corps faint & quelques autres Reliques de dévotion
, & d'un Tableau du fameux Peintre
Penelli.
Il y a une fi grande quantité de Sauterelles
dans la campagne de Rome , que les biens de la
terre en ont fouffert confiderablement ; on a
tenu à ce fujet une Congrégation extraordinaire ,
dans laquelle il a été refolu d'ordonner des
Prieres publiques,
On a apris de Lunigiano que le 26 Aouft , la
premiere Colomne des Troupes imperiales qui
ont ordre de fe rendre en ce pays , dont une
partie eft poffedée par la République de Gênes ,
& l'autre par le Duc de Maſſa-di - Carrara, arriva
à Terra-Roffa. Elle eft compofée de 2500. hommes
d'Infanterie qui camperent dans la prairie
voifine , en préfence du General Comte de Staremberg
qui avoit fait tracer le Camp. Le 27
la feconde colonne auffi de 2500. hommes arriva
vers le foir ; mais la Prairie n'étant pas affez
grande pour contenir tant de monde" on en
détacha deux Bataillons pour les envoyer à Barbarafco
, Marquifat qui appartient au Prince
Don Barthelemi Corfini , neveu du Pape. La
troifiéme Colonne qu'on attend fera de sooo.
hommes d'Infanterie & de 1600. chevaux •
comme les Officiers Generaux qui font au Camp :
veulent être pourvus de tout ce qui leur eft neceffaire
, & que les vivres & particulierement lesfourages
ne font pas abondans , le pays eft fort
incommodé du féiour de ces Troupes
›
On prétend que le Grand Duc de Florence a
fait affurer le Miniftre de l'Empereur , qu'il ne
recevroit des Troupes Imperiales dans fes Etats ,
qu'en cas qu'il fut attaqué par les Espagnols , &
Hij que
2288 MERCURE DE FRANCE
que le Duc de Parme ayant refufé de traiter avec
le Comte Arconati , qui étoit allé le trouver de
part de S. M. I. le Gouverneur du Milanez
avoit refufé pareillement d'entrer en conference
au fujet des affaires préfentes avec le Marquis
Carali qui réfide à Milan , de la part du Duc de
la
Parme.
L
Par les Lettres d'Ajaccio dans l'Iſle de Corfe
on apprend que les rébelles avoient fait encore de
très grands dégats aux environs de cette ville ; qu'ils
en a oient arraché toutes les vignes & enlevé les
.beftiaux .
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Résumé : ITALIE.
En août 1730, le Pape nomma les cardinaux Petra, Lambertini, Corradini et Falconieri pour examiner les droits du Saint-Siège et ceux du Grand Maître de Malte concernant le patronage du Grand Prieuré de Rome, afin de résoudre les différends de manière amiable. Le 27 août, le Pape bénit les langes destinés au Dauphin de France, qui furent transportés par l'Abbé Lanti à Marseille via Civita-Vecchia. Le 3 septembre, le sacristain de l'église dell'Anima fut attaqué par un pèlerin allemand et arrêté. L'église fut reconsacrée le 5 septembre par l'évêque de Boyano. Le 6 septembre, le cardinal Cibo offrit au Pape un calice et une patène en or, suivis par un service en or du cardinal Cienfuegos. Le 11 septembre, après un consistoire secret, le Pape publia la bulle du Jubilé universel, célébré le 17 septembre par une procession solennelle. Le cardinal Ottoboni proposa l'évêché de Digne pour le père Antoine-Amable Feydeau, qui fut sacré le 24 septembre. Le 2 octobre, le Pape nomma plusieurs nouveaux cardinaux, dont M. Grimaldi, archevêque d'Edesse, et M. Banther Mascei, archevêque d'Athènes. Il envoya également des lettres circulaires aux évêques nommés par le pape Benoît XIII, leur ordonnant de se rendre à Rome pour rendre compte de leur gestion. Le nouveau vicaire apostolique pour le diocèse de Benevento fut nommé et installé par M. Bondelmonte. Le cardinal Coscia reçut l'ordre de démissionner de son archevêché de Benevento. Le 15 octobre, le chevalier de Saint-George et ses fils furent reçus par le Pape, qui leur offrit des reliquaires en or. Le Pape fit également un présent à l'ambassadeur de l'Empereur, le comte de Collalto. Une invasion de sauterelles dans la campagne romaine causa des dommages aux cultures, conduisant à l'organisation de prières publiques. Des troupes impériales arrivèrent à Terra-Rossa, composées de 2500 hommes d'infanterie, avec d'autres colonnes attendues. Le Grand-Duc de Florence et le Duc de Parme refusèrent d'accueillir les troupes impériales dans leurs États, sauf en cas d'attaque espagnole. En Corse, des rébellions causèrent des dégâts importants aux environs d'Ajaccio.
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7465
p. 2288-2291
ORDONNANCE du Pape pour l'établissement d'une Congrégation, pour rechercher & punir tous ceux qui ont malversé dans le maniment des affaires sous le dernier Pontificat.
Début :
Comme nous avons appris par des personnes dignes de foi, & par les bruits publics, [...]
Mots clefs :
Pape, Intégrité, Justice, Pouvoir, Ordonnance, Pape Clément XII, Congrégation
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texteReconnaissance textuelle : ORDONNANCE du Pape pour l'établissement d'une Congrégation, pour rechercher & punir tous ceux qui ont malversé dans le maniment des affaires sous le dernier Pontificat.
ORDONNANCE du Pape pour l'établiffement
d'une Congrégation ,pour
rechercher & punir tous ceux qui ont
malverfé dans le maniment des affaires
fous le dernier Pontificat .
C
Omme nous avons appris par des perfonnes
dignes de foi , & par les bruits publics
lors méme que nous n'étions encore que Cardinal
, que certaines gens employez dans les affaires
fous le precédent Pontificat , ont nonfeulement
malverfé impudemment & injurieu-
Sement
nt dans tout
Ggee qui a été eommis à leurs
foins , tant par rapport aux graces qu'ils ont
accordées , qu'à la justice qu'ils ont fait rendre
aux expéditions qu'ils ont ordonnées smais
auffi qu'au préjudice de l'integrité de cette
Cour , & au mépris de la droiture de Benoît
KIII. notre Predéeeffeur , ils ont tâché de fur
prendre fa Religion par de malignes & fausse
infinuations , de le détourner de l'amour qu'i
a toujours eu pour la Justice , de corrompre fe
bonnes intentions par des artifices trompeurs,>
OCTOBRE . 1730. 2289
& d'empêcher que fa probité & fa vertu ne produififfent
les fruits qu'on en devoit attendre . Et
comme nous nous ferions propofez dé venger avec
éclat l'integrité l'honneur de notre Prédeceffeur
de toutes les embuches qui lui ont été tendues,
des fautes qu'il a ,pour ainsi dire , com
mifes innocemment , Nous croyons qu'à préfent
que nous fommes élevez fur le Trône fuprême
de la Justice , fans aucnn mérite de notre part ,
Nous ne pouvons mieux faire que de mettre en
exécution le pouvoir que nous avons en main s
afin d'effacer les injures atroces qui rejailliffent
fur la droiture & l'integrité d'unfi faint Pontife
, de rendre à notre chere ville & à la
Cour de Rome les degrez d'estime qu'elles fe font
asquifes , de peur que l'Innocent ne souffre
pour le coupable.
Pour cet effet nous créons une nouvelle Con
grégation particuliere , compofée des CardinauxJean
René Imperiali , Louis Pico , Pierre
Marcellin Corradini , Léandre de Porzia
Aufone Bancheri , leur donnant pour Secretaire
Dominique Céfar Florelli , Réferendaire dans
l'une & l'autre fignature : Nous donnons aufdits
Cardinaux pouvoir & ordre de rechercher
tous ceux qui feront coupables de pareils excès ,
crimes délits , ou qui contre tout droit , &
au préjudice du bien public & particulier
auront injuftement prévariqué , tant dans le
Spirituel que dans le temporel : & nous leur ordonnons
par les préfentes , de proceder , foit
par eux- mêmes , foit pardevant tels Tribunaux
Ecclefiafiques & Laïques de cette ville , far
les accufations des Parties , dénonciations , ou
fur ce qu'ils pourront découvrir eux- mêmes , coptre
ceux qui fe trouveront dans les cas fufdits :
voulant en vertu de notre autorité Apofloliy
Hv que
2290 MERCURE DE FRANCE
que , que tous les Tribunaux & Congrégations
de Cardinaux leur tendent la main , à cette
accafion , qu'il leur foit permis d'y prendre toutes
les informations neceffaires , & d'inftruire
des Procès par eux , ou par d'autres Juges qu'ils
pourront commettre pour cet effet , afin d'agir
contre toute chaque perfonne Eccléfiaftique ,
réguliere & féculiere , de quelque qualité ;
condition , ou dignité qu'elles puiffent être ,
Sans excepter aucun Ordre ou Congrégation , pas
même la Societé de Jefus , l'Ordre militaire
de S. Jeand Jeruzalem , Miniftres , Officiers de
Pinquifition, ou autres perfonnes privilegiées ..
Nous ordonnons à nofdits Commiffaires , lorfque
les crimes ci-deſſus énoncez , ou quelque
chofe d'approchant , feront averez engenéral os
en particulier , de les faire punir , foit par euxmêmes,
fort pardes Juges deleguez , dans la perfonne
des coupables , des complices , desfauteurs
& des Confeillers Nous leur permettons pour cet
effet de faire entendré les Témoins requis ; ou en
relles perfonnes que cepuiffe être , Eccléfiaftiques,
réguliers &féculiers ; privilegiés ou non s
d'évoquer enJugement , citer ou faire citer quiconque
fe trouvera dans le cas, de recevoir leurs
difpofitions par écrit , & d'obliger tous les Tribunaux
de cette Cour & de l'Etat Eccléfiaftique
même les Officiers de notre Chambre Apoftolique ,
de leur fournir tous les Actes dont ils pourron
avoir befoin , avec pouvoir de poursuivre les défobeiffans
par amendes pécuniaires , s'il eft befoin
par corps ou par les cenfures fpirituelles , ainfi
que cette Congrégation le jugera convenable.
Et afin qu'elle puiſſe d'autant mieux exécuer
nos ordres
nous lui conferons parces Pré-
Jintes, toute l'autorité , jurifdiction & plenisude
de notre pouvoir , tant par rapport à l'or
dre
OCTOBRE. 1730. 2291
dre de proceder , à la maniere de prouver, & à
la forme dejuger de faire exécuter leurs ju
gemens ; dérogeant pour cet effet à toutes Conftitutions
apoftoliques & regles de notre Chancellerie
, aux Droits & Ordonnances des Conciles
genéraux , Provinciaux & Synodaux , & aux
autres décrets particuliers à ce contraires
quoi qu'on n'en faffe pas-ici mention de mot à
mot , ou felon leurs claufes generales , co-
Donné au Quirinal le 8. Août 1750. Ainfi Nous
plaît , ainfi nous commettons & ordonnons de
notre mouvement . Etoit figné CLEMENT
XII.
d'une Congrégation ,pour
rechercher & punir tous ceux qui ont
malverfé dans le maniment des affaires
fous le dernier Pontificat .
C
Omme nous avons appris par des perfonnes
dignes de foi , & par les bruits publics
lors méme que nous n'étions encore que Cardinal
, que certaines gens employez dans les affaires
fous le precédent Pontificat , ont nonfeulement
malverfé impudemment & injurieu-
Sement
nt dans tout
Ggee qui a été eommis à leurs
foins , tant par rapport aux graces qu'ils ont
accordées , qu'à la justice qu'ils ont fait rendre
aux expéditions qu'ils ont ordonnées smais
auffi qu'au préjudice de l'integrité de cette
Cour , & au mépris de la droiture de Benoît
KIII. notre Predéeeffeur , ils ont tâché de fur
prendre fa Religion par de malignes & fausse
infinuations , de le détourner de l'amour qu'i
a toujours eu pour la Justice , de corrompre fe
bonnes intentions par des artifices trompeurs,>
OCTOBRE . 1730. 2289
& d'empêcher que fa probité & fa vertu ne produififfent
les fruits qu'on en devoit attendre . Et
comme nous nous ferions propofez dé venger avec
éclat l'integrité l'honneur de notre Prédeceffeur
de toutes les embuches qui lui ont été tendues,
des fautes qu'il a ,pour ainsi dire , com
mifes innocemment , Nous croyons qu'à préfent
que nous fommes élevez fur le Trône fuprême
de la Justice , fans aucnn mérite de notre part ,
Nous ne pouvons mieux faire que de mettre en
exécution le pouvoir que nous avons en main s
afin d'effacer les injures atroces qui rejailliffent
fur la droiture & l'integrité d'unfi faint Pontife
, de rendre à notre chere ville & à la
Cour de Rome les degrez d'estime qu'elles fe font
asquifes , de peur que l'Innocent ne souffre
pour le coupable.
Pour cet effet nous créons une nouvelle Con
grégation particuliere , compofée des CardinauxJean
René Imperiali , Louis Pico , Pierre
Marcellin Corradini , Léandre de Porzia
Aufone Bancheri , leur donnant pour Secretaire
Dominique Céfar Florelli , Réferendaire dans
l'une & l'autre fignature : Nous donnons aufdits
Cardinaux pouvoir & ordre de rechercher
tous ceux qui feront coupables de pareils excès ,
crimes délits , ou qui contre tout droit , &
au préjudice du bien public & particulier
auront injuftement prévariqué , tant dans le
Spirituel que dans le temporel : & nous leur ordonnons
par les préfentes , de proceder , foit
par eux- mêmes , foit pardevant tels Tribunaux
Ecclefiafiques & Laïques de cette ville , far
les accufations des Parties , dénonciations , ou
fur ce qu'ils pourront découvrir eux- mêmes , coptre
ceux qui fe trouveront dans les cas fufdits :
voulant en vertu de notre autorité Apofloliy
Hv que
2290 MERCURE DE FRANCE
que , que tous les Tribunaux & Congrégations
de Cardinaux leur tendent la main , à cette
accafion , qu'il leur foit permis d'y prendre toutes
les informations neceffaires , & d'inftruire
des Procès par eux , ou par d'autres Juges qu'ils
pourront commettre pour cet effet , afin d'agir
contre toute chaque perfonne Eccléfiaftique ,
réguliere & féculiere , de quelque qualité ;
condition , ou dignité qu'elles puiffent être ,
Sans excepter aucun Ordre ou Congrégation , pas
même la Societé de Jefus , l'Ordre militaire
de S. Jeand Jeruzalem , Miniftres , Officiers de
Pinquifition, ou autres perfonnes privilegiées ..
Nous ordonnons à nofdits Commiffaires , lorfque
les crimes ci-deſſus énoncez , ou quelque
chofe d'approchant , feront averez engenéral os
en particulier , de les faire punir , foit par euxmêmes,
fort pardes Juges deleguez , dans la perfonne
des coupables , des complices , desfauteurs
& des Confeillers Nous leur permettons pour cet
effet de faire entendré les Témoins requis ; ou en
relles perfonnes que cepuiffe être , Eccléfiaftiques,
réguliers &féculiers ; privilegiés ou non s
d'évoquer enJugement , citer ou faire citer quiconque
fe trouvera dans le cas, de recevoir leurs
difpofitions par écrit , & d'obliger tous les Tribunaux
de cette Cour & de l'Etat Eccléfiaftique
même les Officiers de notre Chambre Apoftolique ,
de leur fournir tous les Actes dont ils pourron
avoir befoin , avec pouvoir de poursuivre les défobeiffans
par amendes pécuniaires , s'il eft befoin
par corps ou par les cenfures fpirituelles , ainfi
que cette Congrégation le jugera convenable.
Et afin qu'elle puiſſe d'autant mieux exécuer
nos ordres
nous lui conferons parces Pré-
Jintes, toute l'autorité , jurifdiction & plenisude
de notre pouvoir , tant par rapport à l'or
dre
OCTOBRE. 1730. 2291
dre de proceder , à la maniere de prouver, & à
la forme dejuger de faire exécuter leurs ju
gemens ; dérogeant pour cet effet à toutes Conftitutions
apoftoliques & regles de notre Chancellerie
, aux Droits & Ordonnances des Conciles
genéraux , Provinciaux & Synodaux , & aux
autres décrets particuliers à ce contraires
quoi qu'on n'en faffe pas-ici mention de mot à
mot , ou felon leurs claufes generales , co-
Donné au Quirinal le 8. Août 1750. Ainfi Nous
plaît , ainfi nous commettons & ordonnons de
notre mouvement . Etoit figné CLEMENT
XII.
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Résumé : ORDONNANCE du Pape pour l'établissement d'une Congrégation, pour rechercher & punir tous ceux qui ont malversé dans le maniment des affaires sous le dernier Pontificat.
En octobre 1730, le Pape émit une ordonnance pour créer une congrégation chargée de rechercher et punir les malversations commises durant le pontificat précédent. Informé par des sources fiables et des rumeurs publiques, le Pape accusait certains individus d'avoir malversé dans la gestion des affaires, accordé des grâces de manière injurieuse, et rendu une justice partiale. Ces individus étaient également accusés d'avoir tenté de corrompre Benoît XIII, le prédécesseur, et d'entraver ses bonnes intentions. Pour restaurer l'intégrité et l'honneur de Benoît XIII et éviter que l'innocent ne souffre pour le coupable, le Pape institua une congrégation composée des cardinaux Jean René Imperiali, Louis Pico, Pierre Marcellin Corradini, Léandre de Porzia et Ausone Bancheri, avec Dominique César Florelli comme secrétaire. Cette congrégation avait pour mission de rechercher et punir les coupables de délits, tant dans le spirituel que dans le temporel, sans exception pour aucun ordre ou congrégation, y compris la Société de Jésus et l'Ordre militaire de Saint-Jean de Jérusalem. Les cardinaux étaient autorisés à procéder par eux-mêmes ou devant des tribunaux ecclésiastiques et laïques, et à recueillir toutes les informations nécessaires. Ils pouvaient également évoquer en jugement, citer ou faire citer toute personne impliquée, et obliger les tribunaux à leur fournir les actes nécessaires. Le Pape leur conféra toute l'autorité et la juridiction nécessaires pour exécuter leurs jugements, dérogeant à toutes les constitutions et règles contraires. Cette ordonnance fut signée au Quirinal le 8 août 1750 par Clément XII.
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7466
p. 2291-2292
AU ROY.
Début :
Une grande perte, une grande acquisition, une douleur profonde, une extrême consolation [...]
Mots clefs :
Roi de Sardaigne, Souverain, Sa Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voici la Traduction des Harangues qui ont
té prononcées en Piemontois par le Premien
Préfident de Turin.
U
A U ROY.
Ne grande perte , une grande acquifition,
une douleur profonde , une extrême con--
folation font les fentimens , SIRE , qui ont
partagé nos affections fans divifer nos coeurs
Le Roi Vidor Amedée n'ayant plus rien
defirer pour ſa gloire & pour notre bonheur
met le comble à fon amour pour nous , en nous
donnant un Rot formé de fon auguste main
un Roi femblable à lui- même , moins par l'éclat
de fa Couronne que par la grandeur de fon*
ame.
Les vertus de V. M. l'ont déterminé à las
placer fur le Trône avant le tems ; il regnerois
encore fi V. M avoit donné des preuves moins
éclatantes de fes talens pour le Gouvernements
il auroit confommé en faveur de fes pew
H- vj, ples
2292 MERCURE DE FRANCE
ples le facrifice de fa propre vie , s'il n'avoir
trouvé en V. M. un fils digne d'être son fucceffeur
avant que d'être fon heritier.
Nous avons deux grands Rois , l'un vit fan's
vouloir regner plus long- tems ,
l'autre regne
fans lui avoir survêcu ; l'un moins glorieux
pour avoir porté la Couronne que pour l'avoir
quittée , l'autre auffi grand par fa fenfibilité
à la féparation de fon pere que par fon indifference
à l'acquifition d'un Royaume .
Nous respectons dans la perfonne du fils le
Jouvenir du pere , & dans le fouvenir du pere
nous retrouvons la perfonne du fils , fa vive
image. Auffi nous ftattons - nous SIRE de
retrouver dans CHARLES EMANUEL
an Souverain , un Protecteur un Pere tel
que nous l'avions dans Victor Amedée.
,
Nous fupplions V. M. de recevoir avec bonté
les témoignages de notre amour
hommages.
té prononcées en Piemontois par le Premien
Préfident de Turin.
U
A U ROY.
Ne grande perte , une grande acquifition,
une douleur profonde , une extrême con--
folation font les fentimens , SIRE , qui ont
partagé nos affections fans divifer nos coeurs
Le Roi Vidor Amedée n'ayant plus rien
defirer pour ſa gloire & pour notre bonheur
met le comble à fon amour pour nous , en nous
donnant un Rot formé de fon auguste main
un Roi femblable à lui- même , moins par l'éclat
de fa Couronne que par la grandeur de fon*
ame.
Les vertus de V. M. l'ont déterminé à las
placer fur le Trône avant le tems ; il regnerois
encore fi V. M avoit donné des preuves moins
éclatantes de fes talens pour le Gouvernements
il auroit confommé en faveur de fes pew
H- vj, ples
2292 MERCURE DE FRANCE
ples le facrifice de fa propre vie , s'il n'avoir
trouvé en V. M. un fils digne d'être son fucceffeur
avant que d'être fon heritier.
Nous avons deux grands Rois , l'un vit fan's
vouloir regner plus long- tems ,
l'autre regne
fans lui avoir survêcu ; l'un moins glorieux
pour avoir porté la Couronne que pour l'avoir
quittée , l'autre auffi grand par fa fenfibilité
à la féparation de fon pere que par fon indifference
à l'acquifition d'un Royaume .
Nous respectons dans la perfonne du fils le
Jouvenir du pere , & dans le fouvenir du pere
nous retrouvons la perfonne du fils , fa vive
image. Auffi nous ftattons - nous SIRE de
retrouver dans CHARLES EMANUEL
an Souverain , un Protecteur un Pere tel
que nous l'avions dans Victor Amedée.
,
Nous fupplions V. M. de recevoir avec bonté
les témoignages de notre amour
hommages.
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Résumé : AU ROY.
Le texte est une harangue traduite en français, exprimant les sentiments de la population de Turin face à la succession royale après la mort du roi Victor-Amédée. Cette perte est vue comme une acquisition précieuse avec l'avènement de son fils, Charles-Emmanuel. Le nouveau roi est décrit comme un digne successeur, partageant les vertus et la grandeur d'âme de son père. Victor-Amédée avait reconnu les talents de son fils pour le gouvernement et l'avait placé sur le trône avant l'heure. La population respecte le souvenir du père à travers le fils et espère retrouver en Charles-Emmanuel un souverain protecteur et paternel, à l'image de Victor-Amédée. La harangue se conclut par une supplique au nouveau roi pour qu'il accepte les témoignages d'amour et d'hommages du peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7467
p. 2292-2293
A LA REINE.
Début :
A un grand Roi succede un grand Roi à une Reine d'une auguste memoire, succede [...]
Mots clefs :
Reine de Sardaigne, Succession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LA REINE.
A LA REINE.
de nos
Un grand Roi fuccede un grand Rois
à une Reine d'une auguste memoire , fuccede
une Reine ornée des plus rares vertus. U
feul jour répare toutes nos pertes , & nous
woyons rempli avec gloire un Trône , au pied
duquel nos coeurs font toujours profternés.
Nous devons au Roi Victor Amedée la grandeur
de nos deftinées , mais nous devons à V.M.
une partie de notre felicité ; s'il nous a donné
un Roi qui eft l'objet de notre confolation , V. M.
a donné un fucceffeur à ce Royaume qui eft le
gage facré de nos esperances .
Le Ciel confervera un Prince dans les yeux
duquel
OCTOBRE. 1730 2293
duquel nous voyons déja briller une de ces
grandes ames que Dieu a destinées à remplir
Sa place fur la terre ; ce même Dieu rendra
toujours V. M. plus féconde , tandis que nos
Souverains regneront pour la gloire de cette
Royale Maifon , V. M. regnera pour rendre fon
nom immortel à fes fucceffeurs.
de nos
Un grand Roi fuccede un grand Rois
à une Reine d'une auguste memoire , fuccede
une Reine ornée des plus rares vertus. U
feul jour répare toutes nos pertes , & nous
woyons rempli avec gloire un Trône , au pied
duquel nos coeurs font toujours profternés.
Nous devons au Roi Victor Amedée la grandeur
de nos deftinées , mais nous devons à V.M.
une partie de notre felicité ; s'il nous a donné
un Roi qui eft l'objet de notre confolation , V. M.
a donné un fucceffeur à ce Royaume qui eft le
gage facré de nos esperances .
Le Ciel confervera un Prince dans les yeux
duquel
OCTOBRE. 1730 2293
duquel nous voyons déja briller une de ces
grandes ames que Dieu a destinées à remplir
Sa place fur la terre ; ce même Dieu rendra
toujours V. M. plus féconde , tandis que nos
Souverains regneront pour la gloire de cette
Royale Maifon , V. M. regnera pour rendre fon
nom immortel à fes fucceffeurs.
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Résumé : A LA REINE.
Le texte célèbre la succession dynastique d'une reine en octobre 1730, soulignant ses vertus et celles de sa prédécesseure. Il exprime gratitude envers le roi Victor Amédée et la reine pour la continuité du royaume. Il espère que la reine aura de nombreux successeurs et que les souverains régneront pour la gloire de la maison royale.
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7468
p. 2293
AU DUC DE SAVOYE.
Début :
Le Grand Ayeul de Votre Altesse Royale a agrandi ses Etats par la Guerre, il les a [...]
Mots clefs :
Duc de Savoie
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texteReconnaissance textuelle : AU DUC DE SAVOYE.
AU DUC DE SAVOYE.
E Grand Ayeul de Votre Alteffe Royale a
Lagrandifes Etats par la Guerre , illes a
affermis dans la Paix , il les quitte enfuite avec
une grandeur d'ame Jans égale ; les vertus fewles
de votre augufte Pere le placent fur le Trâne
le droit de fucceffion n'a aucune part à
cette poffeffion anticipée ; V. A R. est née d'un
Sang & dans une Maison où la vertu eft hereditaire.
Quelle heureuse esperance pour ses peuples
que ne doivent- ils pas fe promettre de cette
ame majestueuse qui brille déja ſur ſon visage
, de ce fang de tant de Heros qui coule dans
fes veines , de cette éducation qui forme à toutes
les vertus V. A. R. pour notre felicité.
Nous adreffons fans ceffe au Ciel nos voeux
les plus ardens pour la confervation de V. A. R.
vivez long tems , MONSEIGNEUR , mais
regnez tard.
On a appris en dernier lieu de Turin que le
Roi & la Reine de Sardaigne en étoient partis
pour la Foire d'Alexandrie de la Paille , & que
le Roi Victor Amedée vivoit à Chamberi dans
une grande retraite , n'ayant auprès de lui qu'un
très petit nombre d'Officiers & de Domeftiques.
E Grand Ayeul de Votre Alteffe Royale a
Lagrandifes Etats par la Guerre , illes a
affermis dans la Paix , il les quitte enfuite avec
une grandeur d'ame Jans égale ; les vertus fewles
de votre augufte Pere le placent fur le Trâne
le droit de fucceffion n'a aucune part à
cette poffeffion anticipée ; V. A R. est née d'un
Sang & dans une Maison où la vertu eft hereditaire.
Quelle heureuse esperance pour ses peuples
que ne doivent- ils pas fe promettre de cette
ame majestueuse qui brille déja ſur ſon visage
, de ce fang de tant de Heros qui coule dans
fes veines , de cette éducation qui forme à toutes
les vertus V. A. R. pour notre felicité.
Nous adreffons fans ceffe au Ciel nos voeux
les plus ardens pour la confervation de V. A. R.
vivez long tems , MONSEIGNEUR , mais
regnez tard.
On a appris en dernier lieu de Turin que le
Roi & la Reine de Sardaigne en étoient partis
pour la Foire d'Alexandrie de la Paille , & que
le Roi Victor Amedée vivoit à Chamberi dans
une grande retraite , n'ayant auprès de lui qu'un
très petit nombre d'Officiers & de Domeftiques.
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Résumé : AU DUC DE SAVOYE.
La lettre est adressée au Duc de Savoie, également connu sous le nom de Roi Victor Amédée de Sardaigne. Elle commence par louer la grandeur et les vertus des ancêtres du Duc, en particulier son grand-père, qui a acquis et consolidé les États par la guerre et la paix. La lettre souligne les qualités héréditaires de vertu et de majesté du Duc, né dans une famille où la vertu est transmise de génération en génération. Elle exprime l'espoir que les peuples du Duc peuvent nourrir grâce à ses qualités et à son éducation, qui le forment à toutes les vertus. La lettre se termine par des vœux pour la longue vie du Duc, tout en souhaitant qu'il ne règne pas trop tôt. Elle mentionne également que le Roi et la Reine de Sardaigne ont quitté Turin pour la Foire d'Alexandrie de la Paille, et que le Roi Victor Amédée vit en retraite à Chambéry, entouré d'un petit nombre d'officiers et de domestiques.
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7469
p. 2294-2295
ESPAGNE
Début :
La Flote de la Nouvelle Espagne qui entra le 18. Août dans le Port de Cadix sous l'escorte [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Cadix, Guerre, Roi
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE
ESPAGNE
A Flote de la Nouvelle Efpagne qui entra le
18. Août dans le Port de Cadix fous l'efcorte
de trois Vaiffeaux de guerre , commandés
par le Marquis de Mari , étoit chargée de
968898. pieces de huit pour le Roi , & de
10481872. pour le compte des Négocians , de
121804. Piaftres en vaiffelle d'argent , de
48671 Piaftres en lingots d'argent , de 135 574
en or monnoyé , & 29152 en lingots d'or. Elle
avoit à bord, outre les matieres d'or & d'argent,
beaucoup de Cochenille , de Vanille , de Cacao ,
de bois de Campeche , de baume , de fucre , de
drogues & racines des Indes Occidentales &
Orientales , d'yvoire, d'écailles & de porcelaines.
Toutes ces Marchandiſes ont été portées dans
lés Magazins pour être diftribuées aux Particuliers
, ainfi que les matieres d'or & d'argent ;
mais on ne fçait pas encore quel fera l'indult
que le Roi retiendra fur ces effets.
Le 10. du mois dernier , le Roi , la Reine , le
Prince & la Princeffe des Afturies , & les Infants
Don Carlos & Don Philippe partirent du Palais
de l'Alcaçar de Seville , & s'embarquerent
fur les Galeres de S.-M. pour fe rendre par le=
Guadalquivir au Port de Sainte . Marie , où l'Infant
Don Louis & les Infantes Dona Marie Therefe
& Dona Marie Antoinette Ferdinande doi
vent fe rendre par terre. On a appris depuis que
L. M. n'étoient arrivées que le 19. à Saint Lucas,
ayant été retenues fur la Riviere par les vents
contraires , & que le lendemain elles étoient allées
par terre au Port de Sainte Marie , où l'Infant
Don Louis & les Lafantes étoient arrivés
dés- le- 171-
On
OCTOBRE . 1730. 229 *
On a embarqué une grande quantité de munitions
de guerre fur les Batimens de tranfport
qui font à la rade de Barcelone. Cependant des
Lettres qu'on a reçues depuis de la même Ville,
portent que l'expedition d'Italie a été fufpendue
, & que les Vaiffeaux de Guerre du Roi qui
étoient à la rade avoient ordre de retourner
à Cadix.
A Flote de la Nouvelle Efpagne qui entra le
18. Août dans le Port de Cadix fous l'efcorte
de trois Vaiffeaux de guerre , commandés
par le Marquis de Mari , étoit chargée de
968898. pieces de huit pour le Roi , & de
10481872. pour le compte des Négocians , de
121804. Piaftres en vaiffelle d'argent , de
48671 Piaftres en lingots d'argent , de 135 574
en or monnoyé , & 29152 en lingots d'or. Elle
avoit à bord, outre les matieres d'or & d'argent,
beaucoup de Cochenille , de Vanille , de Cacao ,
de bois de Campeche , de baume , de fucre , de
drogues & racines des Indes Occidentales &
Orientales , d'yvoire, d'écailles & de porcelaines.
Toutes ces Marchandiſes ont été portées dans
lés Magazins pour être diftribuées aux Particuliers
, ainfi que les matieres d'or & d'argent ;
mais on ne fçait pas encore quel fera l'indult
que le Roi retiendra fur ces effets.
Le 10. du mois dernier , le Roi , la Reine , le
Prince & la Princeffe des Afturies , & les Infants
Don Carlos & Don Philippe partirent du Palais
de l'Alcaçar de Seville , & s'embarquerent
fur les Galeres de S.-M. pour fe rendre par le=
Guadalquivir au Port de Sainte . Marie , où l'Infant
Don Louis & les Infantes Dona Marie Therefe
& Dona Marie Antoinette Ferdinande doi
vent fe rendre par terre. On a appris depuis que
L. M. n'étoient arrivées que le 19. à Saint Lucas,
ayant été retenues fur la Riviere par les vents
contraires , & que le lendemain elles étoient allées
par terre au Port de Sainte Marie , où l'Infant
Don Louis & les Lafantes étoient arrivés
dés- le- 171-
On
OCTOBRE . 1730. 229 *
On a embarqué une grande quantité de munitions
de guerre fur les Batimens de tranfport
qui font à la rade de Barcelone. Cependant des
Lettres qu'on a reçues depuis de la même Ville,
portent que l'expedition d'Italie a été fufpendue
, & que les Vaiffeaux de Guerre du Roi qui
étoient à la rade avoient ordre de retourner
à Cadix.
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Résumé : ESPAGNE
En août 1730, une flotte de la Nouvelle-Espagne est arrivée à Cadix, escortée par trois vaisseaux de guerre commandés par le Marquis de Mari. Elle transportait des marchandises précieuses, dont 968 898 pièces de huit pour le roi, 10 481 872 pièces pour les négociants, 121 804 piastres en vaisselle d'argent, 48 671 piastres en lingots d'argent, 135 574 en or monnayé et 29 152 en lingots d'or. La flotte contenait également des produits variés comme de la cochenille, de la vanille, du cacao, du bois de Campeche, du baume, du sucre, des drogues et racines des Indes Occidentales et Orientales, de l'ivoire, des écailles et des porcelaines. Ces marchandises ont été stockées dans les magasins en attendant leur distribution. Le 10 septembre 1730, le roi, la reine, le prince et la princesse des Asturies, ainsi que les infants Don Carlos et Don Philippe, ont quitté le palais de l'Alcázar de Séville pour s'embarquer sur les galères royales. Ils ont navigué sur le Guadalquivir jusqu'au port de Sainte-Marie, où l'infant Don Louis et les infantes Dona Marie Thérèse et Dona Marie Antoinette Ferdinande les ont rejoints par terre. Leur arrivée à Saint-Lucas a été retardée par des vents contraires. En octobre 1730, une grande quantité de munitions de guerre a été embarquée à Barcelone. Cependant, des lettres ultérieures ont indiqué que l'expédition en Italie avait été suspendue et que les vaisseaux de guerre du roi à la rade avaient reçu l'ordre de retourner à Cadix.
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7470
p. 2295-2296
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On mande de Londres, que la Male de Bristol ayant été volée le 10. Septembre [...]
Mots clefs :
Compagnie de la Mer du Sud
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
ON mande de Londres , que - la Male de Brif--
tol ayant été volée le io . de Septembre au
foir , près de Muydenhein , par un homme qui
monta fur le cheval du Poftillon pour ſe fauver ,
on a publié une Proclamation , promettant la
grace à ce Voleur s'il vient avouer fon crime , &
une récompenfe de 20. livres fterling à ceux qui
le feront arrêter.
M. de Beaufort , Gentilhomme François , que¨
Te Roi d'Eſpagne a nommé fon Agent en cette
Cour , alla le 17. Septembre avec les Directeurs de
la Compagnie de la Mer du Sud , à bord du Vaiffeau
le Prince Guillaume , qui partira dans
peu pour Cartagene & Porto - Bello , pour être
prefent au Jaugeage qui en fut fait ce jour- là ; il
fut reçu par M. Cleland , Capitaine de ce Bâtiment
, au bruit de neuf Canons , des Timbales &
des Trompettes. Après quoi les mêmes Directeurs
le conduifirent à Graveſend , où ils lui donnerent
un repas magnifique. On a donné au Capitaine
de ce Vaiffeau , une Commiffion de l'Amirauté ,
pour attaquer les Forbans & les Corfaires qu'il
pourra rencontrer dans fa route. M. de Beaufort
délivra le 6.de ce mois,aux Directeurs de la Compagnie
de la Mer du Sud , le Certificat du Jau
geage de ce Nayire.……
Tous
2296 MERCURE DE FRANCE
Tous les Vaiffeaux de la Compagnie de la Mer
du Sud , qui étoient allez dans les Mers du Nord,
font rentrez dans les Ports : la Péche qu'ils ont
faite cette année . ne fera pas d'un grand produit
pour la Compagnie , parce qu'ils n'ont pris que
douze Baleines à eux tous.
Le Duc de Riperda , cy -devant Premier Minitre
du Roi d'efpagne, & qui depuis fon évafion
du Château de Ségovie , a paffé près deux ans à
Londres , incognito , fut prefenté au Roi d'Angleterre
le 14. par le Duc de Newcaſtle ,
taire d'Etat.
Secre-
On apprend de Blackftonne , dans le Comte de
Lancaftre , qu'on y a vu un Animal de la figure
d'un Serpent , lequel a fix Verges de long & près
de deux de tour. Comme les Payfans des environs
ont perdu depuis quelque temps plufieurs de leurs
Moutons , ils croyent qu'ils ont été dévorez par
cet Animal.
ON mande de Londres , que - la Male de Brif--
tol ayant été volée le io . de Septembre au
foir , près de Muydenhein , par un homme qui
monta fur le cheval du Poftillon pour ſe fauver ,
on a publié une Proclamation , promettant la
grace à ce Voleur s'il vient avouer fon crime , &
une récompenfe de 20. livres fterling à ceux qui
le feront arrêter.
M. de Beaufort , Gentilhomme François , que¨
Te Roi d'Eſpagne a nommé fon Agent en cette
Cour , alla le 17. Septembre avec les Directeurs de
la Compagnie de la Mer du Sud , à bord du Vaiffeau
le Prince Guillaume , qui partira dans
peu pour Cartagene & Porto - Bello , pour être
prefent au Jaugeage qui en fut fait ce jour- là ; il
fut reçu par M. Cleland , Capitaine de ce Bâtiment
, au bruit de neuf Canons , des Timbales &
des Trompettes. Après quoi les mêmes Directeurs
le conduifirent à Graveſend , où ils lui donnerent
un repas magnifique. On a donné au Capitaine
de ce Vaiffeau , une Commiffion de l'Amirauté ,
pour attaquer les Forbans & les Corfaires qu'il
pourra rencontrer dans fa route. M. de Beaufort
délivra le 6.de ce mois,aux Directeurs de la Compagnie
de la Mer du Sud , le Certificat du Jau
geage de ce Nayire.……
Tous
2296 MERCURE DE FRANCE
Tous les Vaiffeaux de la Compagnie de la Mer
du Sud , qui étoient allez dans les Mers du Nord,
font rentrez dans les Ports : la Péche qu'ils ont
faite cette année . ne fera pas d'un grand produit
pour la Compagnie , parce qu'ils n'ont pris que
douze Baleines à eux tous.
Le Duc de Riperda , cy -devant Premier Minitre
du Roi d'efpagne, & qui depuis fon évafion
du Château de Ségovie , a paffé près deux ans à
Londres , incognito , fut prefenté au Roi d'Angleterre
le 14. par le Duc de Newcaſtle ,
taire d'Etat.
Secre-
On apprend de Blackftonne , dans le Comte de
Lancaftre , qu'on y a vu un Animal de la figure
d'un Serpent , lequel a fix Verges de long & près
de deux de tour. Comme les Payfans des environs
ont perdu depuis quelque temps plufieurs de leurs
Moutons , ils croyent qu'ils ont été dévorez par
cet Animal.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En Grande-Bretagne, une proclamation du 10 septembre offre la grâce au voleur de la mule du poste de Muydenhein s'il avoue son crime, ou une récompense de 20 livres sterling pour son arrestation. Le 17 septembre, M. de Beaufort, agent du roi d'Espagne, a assisté au jaugeage du vaisseau le Prince Guillaume en présence des directeurs de la Compagnie de la Mer du Sud. Il a été accueilli par le capitaine Cleland avec des salves de canons et des fanfares, puis invité à un repas somptueux à Gravesend. Le capitaine a reçu une commission de l'Amirauté pour attaquer les forbans et les corsaires. M. de Beaufort a remis aux directeurs le certificat de jaugeage du navire. Les vaisseaux de la Compagnie de la Mer du Sud, ayant pêché dans les mers du Nord, sont rentrés avec seulement douze baleines, limitant ainsi les bénéfices. Le duc de Riperda, ancien Premier ministre du roi d'Espagne, a été présenté au roi d'Angleterre le 14 septembre par le duc de Newcastle. À Blackstone, dans le comté de Lancastre, un animal ressemblant à un serpent, mesurant six verges de long et deux de tour, a été aperçu, et les paysans pensent qu'il a dévoré plusieurs moutons.
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7471
p. 2296-2297
MORTS, MARIAGE des Païs Etrangers.
Début :
Innico Carraccioli, Cardinal Prêtre, du Titre de S. Thomas in Parione Evêque d'Aversa, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, MARIAGE des Païs Etrangers.
MORTS , MARIAGE
des Pais Etrangers.
Nnico Carraccioli , Cardinal Prêtre , du Titre
de S. Thomas in Parione Evêque d'Averfa ,
mourut le 3. de Septembre dans le Convent des
Benedictins du Mont Vierge , dans la 89 année
de fon age. Son corps fut expofé le foir dans l'Eglife
de fainte Agathe des Goths , où on lui fit le
fendemain des Obfeques magnifiques , aufquelles
les Cardinaux affifterent , au nombre de 31. après
la Meffe , les Abfolutions & les Encenfemens , il
fu porté dans l'Eglife de N. Dame de la Victoire,
où il restera en dépôt jufqu'à ce qu'on le tranfporte
dans l'Eglife Cathédrale d'Averfa.
Le.
OCTOBRE. 1730. 2297
Le Duc Charles Fitz - Roi , de Cleveland & de
Southampton , Chevalier de l'Ordre de la Jarre
tiere, & l'aîné des Fils naturels du Roi Charles II .
mourut le 20. Septembre , laiffant pour heritier
de fes Terres & de fes biens , fon fils unique Charles
, Comte de Chicheſter , qui a 29. ans , mais
qui n'eft pas encore marié.
Le Prince Nicolas Mauro Cordato , Hofpodar
de Valachie , eft mort en Tranfilvanie au comquencement
de ce mois.
Le Prince Jean Adolphe de Saxe-Weiffenfels ,
a époufé la Princeffe de Saxe-Weiffenfels , fa Niece
, au nom du Duc Ferdinand de Curlande , cette
Princeffe a dû partir le 20. du mois dernier pour
aller trouver le Duc fon Epoux à Mittau
des Pais Etrangers.
Nnico Carraccioli , Cardinal Prêtre , du Titre
de S. Thomas in Parione Evêque d'Averfa ,
mourut le 3. de Septembre dans le Convent des
Benedictins du Mont Vierge , dans la 89 année
de fon age. Son corps fut expofé le foir dans l'Eglife
de fainte Agathe des Goths , où on lui fit le
fendemain des Obfeques magnifiques , aufquelles
les Cardinaux affifterent , au nombre de 31. après
la Meffe , les Abfolutions & les Encenfemens , il
fu porté dans l'Eglife de N. Dame de la Victoire,
où il restera en dépôt jufqu'à ce qu'on le tranfporte
dans l'Eglife Cathédrale d'Averfa.
Le.
OCTOBRE. 1730. 2297
Le Duc Charles Fitz - Roi , de Cleveland & de
Southampton , Chevalier de l'Ordre de la Jarre
tiere, & l'aîné des Fils naturels du Roi Charles II .
mourut le 20. Septembre , laiffant pour heritier
de fes Terres & de fes biens , fon fils unique Charles
, Comte de Chicheſter , qui a 29. ans , mais
qui n'eft pas encore marié.
Le Prince Nicolas Mauro Cordato , Hofpodar
de Valachie , eft mort en Tranfilvanie au comquencement
de ce mois.
Le Prince Jean Adolphe de Saxe-Weiffenfels ,
a époufé la Princeffe de Saxe-Weiffenfels , fa Niece
, au nom du Duc Ferdinand de Curlande , cette
Princeffe a dû partir le 20. du mois dernier pour
aller trouver le Duc fon Epoux à Mittau
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Résumé : MORTS, MARIAGE des Païs Etrangers.
Le texte mentionne plusieurs décès et un mariage parmi des personnalités étrangères. Le Cardinal Niccolo Carraccioli, Prêtre du Titre de S. Thomas in Parione et Évêque d'Aversa, est décédé le 3 septembre à l'âge de 89 ans au couvent des Bénédictins du Mont Vierge. Ses obsèques, en présence de 31 cardinaux, ont eu lieu à l'église Sainte-Agathe-des-Goths avant son inhumation dans la cathédrale d'Aversa. Le Duc Charles Fitz-Roi, Chevalier de l'Ordre de la Jarretière et fils naturel aîné du Roi Charles II, est mort le 20 septembre, laissant son fils unique, Charles, Comte de Chichester, âgé de 29 ans et célibataire. Le Prince Nicolas Mauro Cordato, Hospodar de Valachie, est décédé en Transylvanie au début du mois d'octobre. Par ailleurs, le Prince Jean Adolphe de Saxe-Weissenfels a épousé sa nièce, la Princesse de Saxe-Weissenfels, au nom du Duc Ferdinand de Courlande. La Princesse avait quitté son domicile le 20 du mois précédent pour rejoindre son époux à Mittau.
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7472
p. 2297-2299
« Le Marquis de Souvré, Maître de la Garderobbe du Roi, a été nommé [...] »
Début :
Le Marquis de Souvré, Maître de la Garderobbe du Roi, a été nommé [...]
Mots clefs :
Roi, Marquis, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Marquis de Souvré, Maître de la Garderobbe du Roi, a été nommé [...] »
E Marquis de Souvré , Maître de la
Garderobbe du Roi , à été nommé
par S. M. Meftre de Camp d'un Regiment
d'Infanterie , vacant par la démiflion volontaire
du Marquis de la Chenelaye ,
Brigadier des Armées du Roi..
Le Marquis de Lanmari à obtenu la
Compagnie de Gendarmerie , vacante par
la mort de M. Trudaine. Le Marquis de
Bouville a été nommé Sous-Lieutenant
de Gendarmerie , le Marquis de Marignane
,
2298 MERCURE DE FRANCE 1
ne , Enſeigne , & le fils de M. Trudaine ,
Guidon ,
M. de Beaucaire , Meftre de Camp réformé,
a été nommé par le Roi Meftre de
Camp d'un Régiment deCavalerie, vacant
par la démiffion volontaire du Prince de
Lambefc.
Le Roi a donné l'Evêché d'Angers à
Abbé de Vaugiraud , Grand - Vicaire de
çe Diocèfe ; & S. M. a donné l'Abbaye de
Noaillé , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Poitiers , à l'Abbé Poncet de la Riviere .
Le Marquis de Creil , Brigadier des
Armées du Roi , & Meftre de Camp du
Régiment de Baffigny , a été nommé par
S. M. Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à Cheval de fa Maifon
, & le Roi a accordé au fils de M. de
Villemur, Lieutenant General des Armées
de S. M. qui commandoit cette Compa
gnie , le Regiment de Baffigny.
Le Roi a nommé le Comte de Rottembourg
, fon Ambaffadeur Extraordinaire
auprès du Roi d'Eſpagne,
Le zo. de ce mois , la Reine fe rendit
à la Chapelle du Château de Versailles ,
où S.M. aprés avoir entendu la Meffe, qui
fut dite par l'Abbé de S. Aulaire, fon Aumônier
en quartier , fut relevée de fes-
Couches , avec les ceremonies accoûtumées
OCTOBRE. 1730. 2299
, par le Cardinal de Fleury , fon
Grand- Aumônier.
mées
Le 21. l'Abbé Lanti , Nonce Extraor
dinaire du Pape , s'étant rendu à Verſailles
, eut la premiere Audience particuliere'
du Roi. Il eut enfuite Audience de la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin .
Le Roi Staniflas & la Reine fon Epoufe,
qui font venus incognito , pour paffer quelques
jours à Verfailles avec la Reine leur
Fille , font retournez à Chambord. Pendant
leur féjour à la Cour , le Roi les a
vûs plufieurs fois chez la Reine.
Garderobbe du Roi , à été nommé
par S. M. Meftre de Camp d'un Regiment
d'Infanterie , vacant par la démiflion volontaire
du Marquis de la Chenelaye ,
Brigadier des Armées du Roi..
Le Marquis de Lanmari à obtenu la
Compagnie de Gendarmerie , vacante par
la mort de M. Trudaine. Le Marquis de
Bouville a été nommé Sous-Lieutenant
de Gendarmerie , le Marquis de Marignane
,
2298 MERCURE DE FRANCE 1
ne , Enſeigne , & le fils de M. Trudaine ,
Guidon ,
M. de Beaucaire , Meftre de Camp réformé,
a été nommé par le Roi Meftre de
Camp d'un Régiment deCavalerie, vacant
par la démiffion volontaire du Prince de
Lambefc.
Le Roi a donné l'Evêché d'Angers à
Abbé de Vaugiraud , Grand - Vicaire de
çe Diocèfe ; & S. M. a donné l'Abbaye de
Noaillé , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Poitiers , à l'Abbé Poncet de la Riviere .
Le Marquis de Creil , Brigadier des
Armées du Roi , & Meftre de Camp du
Régiment de Baffigny , a été nommé par
S. M. Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à Cheval de fa Maifon
, & le Roi a accordé au fils de M. de
Villemur, Lieutenant General des Armées
de S. M. qui commandoit cette Compa
gnie , le Regiment de Baffigny.
Le Roi a nommé le Comte de Rottembourg
, fon Ambaffadeur Extraordinaire
auprès du Roi d'Eſpagne,
Le zo. de ce mois , la Reine fe rendit
à la Chapelle du Château de Versailles ,
où S.M. aprés avoir entendu la Meffe, qui
fut dite par l'Abbé de S. Aulaire, fon Aumônier
en quartier , fut relevée de fes-
Couches , avec les ceremonies accoûtumées
OCTOBRE. 1730. 2299
, par le Cardinal de Fleury , fon
Grand- Aumônier.
mées
Le 21. l'Abbé Lanti , Nonce Extraor
dinaire du Pape , s'étant rendu à Verſailles
, eut la premiere Audience particuliere'
du Roi. Il eut enfuite Audience de la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin .
Le Roi Staniflas & la Reine fon Epoufe,
qui font venus incognito , pour paffer quelques
jours à Verfailles avec la Reine leur
Fille , font retournez à Chambord. Pendant
leur féjour à la Cour , le Roi les a
vûs plufieurs fois chez la Reine.
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Résumé : « Le Marquis de Souvré, Maître de la Garderobbe du Roi, a été nommé [...] »
En octobre 1730, plusieurs nominations ont eu lieu à la cour de France. Le Marquis de Souvré a été nommé Maître de Camp d'un régiment d'infanterie, succédant au Marquis de la Chenelaye. Le Marquis de Lanmari a obtenu la Compagnie de Gendarmerie, vacante après le décès de M. Trudaine. Le Marquis de Bouville a été nommé Sous-Lieutenant de Gendarmerie, le Marquis de Marignane Enseigne, et le fils de M. Trudaine Guidon. M. de Beaucaire a été nommé Maître de Camp d'un régiment de cavalerie, poste laissé vacant par la démission du Prince de Lambesc. Le Roi a attribué l'Évêché d'Angers à l'Abbé de Vaugiraud et l'Abbaye de Noaillé à l'Abbé Poncet de la Rivière. Le Marquis de Creil a été nommé Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des Grenadiers à Cheval de la Maison du Roi, et le fils de M. de Villemur a reçu le Régiment de Baffigny. Le Comte de Rottembourg a été désigné Ambassadeur Extraordinaire auprès du Roi d'Espagne. Le 20 octobre, la Reine s'est rendue à la Chapelle du Château de Versailles pour être relevée de ses couches par le Cardinal de Fleury. Le 21 octobre, l'Abbé Lanti, Nonce Extraordinaire du Pape, a eu sa première audience privée avec le Roi, suivie d'audiences avec la Reine et le Dauphin. Le Roi Stanislas et la Reine son épouse, venus incognito à Versailles avec la Reine leur fille, sont retournés à Chambord.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7473
p. 2299-2301
Sacrifice d'Iphigenie, Tableau presenté au Roi, [titre d'après la table]
Début :
Le Tableau que M. Charles Coypel a fait pour être executé en Tapisserie pour [...]
Mots clefs :
Roi, Tableau, Tapisserie, Sacrifice, Victime
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texteReconnaissance textuelle : Sacrifice d'Iphigenie, Tableau presenté au Roi, [titre d'après la table]
Le Tableau que M. Charles Coypel
fait pour être executé en Tapifferie pour
fe Roi , aux Gobelins , fut expofé dans le
grand Appartement de S. M. à Verſailles,
fe z . de ce mois. Le Roi & la Reine
ont vû çe grand Ouvrage avec plaifir
L. M. en ont marqué leur fatisfaction à
Auteur , qui leur fut préfenté par le Duc
Dantin , toute la Cour a generalement
applaudi à cette admirable compofition .
Ce Tableau a 18. pieds de long fur 11.
de haut , & eft compofé de 30. figures .
Il repréfente le Sacrifice d'Iphigenie ;
on a choifi le moment où cette Princeffe
fe prefente à l'Autel , & dit le dernier
adieu à fon pere , en lui baifant la main .
Agamemnon , penetré de douleur , la
ferre
2300 MERCURE DE FRANCE
,
ferre dans fes bras , & l'on a tâché d'exprimer
la tendreffe d'un Pere fur le viſage
d'un Héros . Il ne paroît point murmurer
contre l'ordre des Dieux , ni vouloir s'oppofer
à leurs volontez , mais il laiffe juger
par fa douleur de la grandeur du Sacrifice
qu'il va leur faire . Neftor & Ulyffe
viennent l'arracher de l'Autel par des motifs
differens , la compaffion fait agir le
premier , la politique engage l'autre à prévenir
les obftacles que la tendreffe du fang
pourroit apporter à une action lui
qui paroît
auffi neceffaire qu'inhumaine. Calchas
& les Prêtres de fa fuite paroiffent
touchez du fort de la jeune Princeffe
ainfi que les Guerriers qui entourent l'Autel
. L'on a imaginé que rien n'étoit plus
capable de faire fentir la compaffion que
doit infpirer un Spectacle fi touchant,
que de la peindre fur le vifage de ceux
même qui font dans l'habitude de répandre
du fang. On a tâché auffi d'exprimer
les differens degrez & les differentes efpeces
de douleurs , felon la varieté d'âges
& de caracteres de ceux qui affiftent à ce
trifte Spectacle , & le plus ou moins d'interêt
qu'ils y prennent. On voit fur le
devant la Nourrice d'Iphigenic qui s'élance
avec fureur pour aller mettre obft
cle à l'accompliffement du Sacrifice . Elle
eft arrêtée par un Guerrier qui pleure luimême
OCTOBRE. 1730. 2301
même de le voir dans la neceflité de s'oppofer
à fon deffein . On y voit auffi deux
femmes de la fuite de la Princeffe , dont
la plus jeune veut fe cacher dans les bras
de l'autre , croyant déja voir le couteau
dans le fein de fa Maîtreffe , mais fa Compagne
, dans laquelle elle penfe trouver
du fecours , tombe elle- même évanoüie
fur elle.L'Autel eft environné de plufieurs
Inftrumens de Sacrifice , tels que le Couteau
facré , la Cuve dans laquelle on reçoit
le fang de la Victime , le Vafe qui
fervoit aux afperfions, la Caffette qui renfermoit
les Parfums , & autres , qui tous
expofez fans nul ménagement , fous les
yeux de la Victime , ôteroient aux Spectateurs
toute efperance , s'ils n'appercevoient
Diane qui defcend & qui donne
à penfer par un regard de compaffion
qu'elle laiffe tomber fur Iphigenie , qu'elle
ne vient que dans le deffein de la fauver,
la Déefle même commence à répandre fur
l'Armée cette vapeur , qui lui déroba la
connoiffance du fort de la Victime .
On préfenta auffi en même- temps au
Roi & à la Reine , deux Tableaux d'Architecture
de M. Meufnier , d'une beauté
finguliere , dont Leurs Majeftez parurent
trés-fatisfaites.
fait pour être executé en Tapifferie pour
fe Roi , aux Gobelins , fut expofé dans le
grand Appartement de S. M. à Verſailles,
fe z . de ce mois. Le Roi & la Reine
ont vû çe grand Ouvrage avec plaifir
L. M. en ont marqué leur fatisfaction à
Auteur , qui leur fut préfenté par le Duc
Dantin , toute la Cour a generalement
applaudi à cette admirable compofition .
Ce Tableau a 18. pieds de long fur 11.
de haut , & eft compofé de 30. figures .
Il repréfente le Sacrifice d'Iphigenie ;
on a choifi le moment où cette Princeffe
fe prefente à l'Autel , & dit le dernier
adieu à fon pere , en lui baifant la main .
Agamemnon , penetré de douleur , la
ferre
2300 MERCURE DE FRANCE
,
ferre dans fes bras , & l'on a tâché d'exprimer
la tendreffe d'un Pere fur le viſage
d'un Héros . Il ne paroît point murmurer
contre l'ordre des Dieux , ni vouloir s'oppofer
à leurs volontez , mais il laiffe juger
par fa douleur de la grandeur du Sacrifice
qu'il va leur faire . Neftor & Ulyffe
viennent l'arracher de l'Autel par des motifs
differens , la compaffion fait agir le
premier , la politique engage l'autre à prévenir
les obftacles que la tendreffe du fang
pourroit apporter à une action lui
qui paroît
auffi neceffaire qu'inhumaine. Calchas
& les Prêtres de fa fuite paroiffent
touchez du fort de la jeune Princeffe
ainfi que les Guerriers qui entourent l'Autel
. L'on a imaginé que rien n'étoit plus
capable de faire fentir la compaffion que
doit infpirer un Spectacle fi touchant,
que de la peindre fur le vifage de ceux
même qui font dans l'habitude de répandre
du fang. On a tâché auffi d'exprimer
les differens degrez & les differentes efpeces
de douleurs , felon la varieté d'âges
& de caracteres de ceux qui affiftent à ce
trifte Spectacle , & le plus ou moins d'interêt
qu'ils y prennent. On voit fur le
devant la Nourrice d'Iphigenic qui s'élance
avec fureur pour aller mettre obft
cle à l'accompliffement du Sacrifice . Elle
eft arrêtée par un Guerrier qui pleure luimême
OCTOBRE. 1730. 2301
même de le voir dans la neceflité de s'oppofer
à fon deffein . On y voit auffi deux
femmes de la fuite de la Princeffe , dont
la plus jeune veut fe cacher dans les bras
de l'autre , croyant déja voir le couteau
dans le fein de fa Maîtreffe , mais fa Compagne
, dans laquelle elle penfe trouver
du fecours , tombe elle- même évanoüie
fur elle.L'Autel eft environné de plufieurs
Inftrumens de Sacrifice , tels que le Couteau
facré , la Cuve dans laquelle on reçoit
le fang de la Victime , le Vafe qui
fervoit aux afperfions, la Caffette qui renfermoit
les Parfums , & autres , qui tous
expofez fans nul ménagement , fous les
yeux de la Victime , ôteroient aux Spectateurs
toute efperance , s'ils n'appercevoient
Diane qui defcend & qui donne
à penfer par un regard de compaffion
qu'elle laiffe tomber fur Iphigenie , qu'elle
ne vient que dans le deffein de la fauver,
la Déefle même commence à répandre fur
l'Armée cette vapeur , qui lui déroba la
connoiffance du fort de la Victime .
On préfenta auffi en même- temps au
Roi & à la Reine , deux Tableaux d'Architecture
de M. Meufnier , d'une beauté
finguliere , dont Leurs Majeftez parurent
trés-fatisfaites.
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Résumé : Sacrifice d'Iphigenie, Tableau presenté au Roi, [titre d'après la table]
Le tableau de Charles Coypel, destiné à être exécuté en tapisserie pour le roi aux Gobelins, a été exposé à Versailles le 23 octobre. Le roi et la reine ont exprimé leur satisfaction à l'auteur, présenté par le duc d'Antin, et la cour a applaudi la composition. Le tableau, mesurant 18 pieds de long sur 11 de haut, représente le sacrifice d'Iphigénie. Il montre le moment où la princesse se présente à l'autel et dit adieu à son père en lui baisant la main. Agamemnon, pénétré de douleur, la serre dans ses bras. Nestor et Ulysse tentent de l'arracher à l'autel pour des raisons différentes : la compassion pour le premier, la politique pour le second. Calchas, les prêtres, et les guerriers autour de l'autel semblent touchés par le sort de la jeune princesse. La nourrice d'Iphigénie est arrêtée par un guerrier en larmes, et deux femmes de la suite de la princesse réagissent différemment : l'une veut se cacher, l'autre est évanouie. L'autel est entouré d'instruments de sacrifice, mais Diane descend pour sauver Iphigénie, répandant une vapeur qui obscurcit la vision de l'armée. Deux tableaux d'architecture de M. Meusnier ont également été présentés au roi et à la reine, qui en ont été très satisfaits.
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7474
p. 2301-2303
Réjouissance sur la Naissance du Duc d'Anjou, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Régiment d'Anjou, Infanterie, sensible à l'honneur qu'il a d'avoir pour Colonel M. le [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Naissance du duc d'Anjou
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texteReconnaissance textuelle : Réjouissance sur la Naissance du Duc d'Anjou, &c. [titre d'après la table]
Le Régiment d'Anjou , Infanterie , fenfible à
'honneus
2302 MERCURE DE FRANCE
l'honneur qu'il a d'avoir pour Colonel M. le
Duc d'Anjou , a donné des marques éclatantes
de la joye qu'a caufé fon heureuſe Naiffance. Ce
Régiment eft campé fous Thionville ; les Dames
de la Ville & des environs ayant été invitées ,
ainfi que la plupart des Officiers Generaux & particuliers
du Camp & de la Ville de Mets , fe rendirent
le 18 Septembre au Camp, où tout étoit préparé
pour les recevoir, ce qui forma une très- brillante
Affemblée . La Fête commença par un grand
Bal , où l'on fervit toutes fortes de Rafraîchiffemens
. A l'entrée de la nuit tout le Camp fut illuminé
avec beaucoup de fimetrie ; la façade du
Camp formoit une fuite de Portiques d'un trèsbon
gout. On avoit élevé au milieu de deux Bataillons
, un Arc- de- Triomphe de 50. pieds de
haut , orné de Filaftres , de Corniches & de Confoles
; les Armes d'Anjou étoient placées en grand
dans le milieu, & celles de France dans les côtez.
Les Troupes étant en bataille , firent trois décharges
generales ; on fit dans l'intervale de chaun
feu continuel de Boetes & de Fufées . Ce
cune,
qui fut terminé par deux groffes Gerbes de Fu- fées qui partirent toutes à la fois . Enfuite on fervit
un très grand foupé , ou , pour mieux dire , plufieurs en même temps , pour toute l'Affemblée
. Après minuit le Bal recommença
jufqu'à l'ouver- ture des Portes de la Ville , que chacun fe fépara fatisfait de la Fête & du fujet qui y avoit donné
lieu. On fit auffi diftribuer beaucoup
de vin aux Soldats & aux Habitans que la curiofité y attira
La Ville de Troye , Capitale de la Province del
Champagne , s'eft toûjours diftinguée par fon
zele & fon attachement pour le Roi & pour la
Famille Royale L'année derniere tous les Ordres
de cette Ville firent éclater leur joye à l'occafion
de
OCTOBRE. 1730. 2303
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , &
P'Academie de Mufique fe fignala par une Fête
dont on a donné la defcription. Les marques de
ce même zele ont été renouvellées cette année au
fujet de la Naiffance de Monfeigneur le Duc d'An
jou. M. Morel , Chevalier de l'Ordre de S Michel
& Lieutenant General au Bailliage & Siege
Préfidial de cette Ville , qui exerce depuis environ
un an cette Charge avec diftinétion , a donné une
Fête très-galante. Lors des premieres Réjouiflances
Madame la Lieutenante Generale , chez laquelle
fe raffemble ordinairement la meilleure
Compagnie de la Ville , ayant été priée par les
Dames de leur donner un Bal , elle leur répondit
qu'elle leur offriroit volontiers ce plaifir auffi-tôt
que M. l'Intendant feroit en cette Ville , où il devoit
inceffamment faire la tournée. A fon arrivée
le jour ayant été pris au 10. d'Octobre , M. &
Mad. la Lieutenante Generale inviterent la Nobleffe
des environs & les principales perfonnes de
la Ville; la Fête commença à 5. heures par le jeu
dans differens Appartemens , on vit paroître à 7.
heures une Illumination bien entendue au dehors
& au- dedans de la Maiſon , 9. heures on fervit
deux Tables de 25. Couverts chacune , où ſe réünirent
l'abondance ,la délicateffe & le bon gout.Le
Repas fut terminé par une Symphonie qui fur
fuivie du Bal dans deux grandes Sales très éclai
rées , qui dura toute la nuit avec un grand concours
de Mafques. Pendant le Bal on diftribua
toutes fortes de Rafraîchiffemens , & la Compa
gnie fe retira fort fatisfaite. Le Jeudi fuivant l'Academie
de Mufique donna un Concert à M. l'Intendant
, où l'Affemblée fut nombreufe & brillan
ge , & le Concert fut très-bien executé.
'honneus
2302 MERCURE DE FRANCE
l'honneur qu'il a d'avoir pour Colonel M. le
Duc d'Anjou , a donné des marques éclatantes
de la joye qu'a caufé fon heureuſe Naiffance. Ce
Régiment eft campé fous Thionville ; les Dames
de la Ville & des environs ayant été invitées ,
ainfi que la plupart des Officiers Generaux & particuliers
du Camp & de la Ville de Mets , fe rendirent
le 18 Septembre au Camp, où tout étoit préparé
pour les recevoir, ce qui forma une très- brillante
Affemblée . La Fête commença par un grand
Bal , où l'on fervit toutes fortes de Rafraîchiffemens
. A l'entrée de la nuit tout le Camp fut illuminé
avec beaucoup de fimetrie ; la façade du
Camp formoit une fuite de Portiques d'un trèsbon
gout. On avoit élevé au milieu de deux Bataillons
, un Arc- de- Triomphe de 50. pieds de
haut , orné de Filaftres , de Corniches & de Confoles
; les Armes d'Anjou étoient placées en grand
dans le milieu, & celles de France dans les côtez.
Les Troupes étant en bataille , firent trois décharges
generales ; on fit dans l'intervale de chaun
feu continuel de Boetes & de Fufées . Ce
cune,
qui fut terminé par deux groffes Gerbes de Fu- fées qui partirent toutes à la fois . Enfuite on fervit
un très grand foupé , ou , pour mieux dire , plufieurs en même temps , pour toute l'Affemblée
. Après minuit le Bal recommença
jufqu'à l'ouver- ture des Portes de la Ville , que chacun fe fépara fatisfait de la Fête & du fujet qui y avoit donné
lieu. On fit auffi diftribuer beaucoup
de vin aux Soldats & aux Habitans que la curiofité y attira
La Ville de Troye , Capitale de la Province del
Champagne , s'eft toûjours diftinguée par fon
zele & fon attachement pour le Roi & pour la
Famille Royale L'année derniere tous les Ordres
de cette Ville firent éclater leur joye à l'occafion
de
OCTOBRE. 1730. 2303
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , &
P'Academie de Mufique fe fignala par une Fête
dont on a donné la defcription. Les marques de
ce même zele ont été renouvellées cette année au
fujet de la Naiffance de Monfeigneur le Duc d'An
jou. M. Morel , Chevalier de l'Ordre de S Michel
& Lieutenant General au Bailliage & Siege
Préfidial de cette Ville , qui exerce depuis environ
un an cette Charge avec diftinétion , a donné une
Fête très-galante. Lors des premieres Réjouiflances
Madame la Lieutenante Generale , chez laquelle
fe raffemble ordinairement la meilleure
Compagnie de la Ville , ayant été priée par les
Dames de leur donner un Bal , elle leur répondit
qu'elle leur offriroit volontiers ce plaifir auffi-tôt
que M. l'Intendant feroit en cette Ville , où il devoit
inceffamment faire la tournée. A fon arrivée
le jour ayant été pris au 10. d'Octobre , M. &
Mad. la Lieutenante Generale inviterent la Nobleffe
des environs & les principales perfonnes de
la Ville; la Fête commença à 5. heures par le jeu
dans differens Appartemens , on vit paroître à 7.
heures une Illumination bien entendue au dehors
& au- dedans de la Maiſon , 9. heures on fervit
deux Tables de 25. Couverts chacune , où ſe réünirent
l'abondance ,la délicateffe & le bon gout.Le
Repas fut terminé par une Symphonie qui fur
fuivie du Bal dans deux grandes Sales très éclai
rées , qui dura toute la nuit avec un grand concours
de Mafques. Pendant le Bal on diftribua
toutes fortes de Rafraîchiffemens , & la Compa
gnie fe retira fort fatisfaite. Le Jeudi fuivant l'Academie
de Mufique donna un Concert à M. l'Intendant
, où l'Affemblée fut nombreufe & brillan
ge , & le Concert fut très-bien executé.
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Résumé : Réjouissance sur la Naissance du Duc d'Anjou, &c. [titre d'après la table]
Le Régiment d'Anjou a célébré la naissance du Duc d'Anjou, son colonel, à Thionville le 18 septembre. La fête a réuni les dames de la ville et des environs, ainsi que les officiers généraux et particuliers du camp et de Metz. Les festivités ont commencé par un grand bal, suivi d'illuminations et de feux d'artifice. Un arc de triomphe orné des armes d'Anjou et de France a été érigé, et les troupes ont tiré trois salves entrecoupées de pétards et de fusées. Un grand souper a été servi, et le bal a repris après minuit jusqu'à l'ouverture des portes de la ville. Parallèlement, la ville de Troyes a manifesté son attachement à la famille royale en organisant une fête en 1730 pour la naissance du Duc d'Anjou. M. Morel, Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et Lieutenant Général au Bailliage de Troyes, a orchestré une fête galante le 10 octobre. Madame la Lieutenante Générale a offert un bal après l'arrivée de l'Intendant, accompagné de jeux, d'une illumination et d'un repas somptueux. Un concert de l'Académie de Musique a également été donné en l'honneur de l'Intendant.
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7475
p. 2303-2306
Jeu de l'Anguille sur la Seine, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 10. Septembre, les Mariniers de la Pelleterie, joints avec quelques autres pour [...]
Mots clefs :
Jeu de l'Anguille, Naissance du duc d'Anjou, Fête, Spectateurs
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texteReconnaissance textuelle : Jeu de l'Anguille sur la Seine, &c. [titre d'après la table]
Le Dimanche 10. Septembre , les Mariniers de
la
27
2304 MERCURE DE FRANCE
la Pelleterie , joints avec quelques autres pour
témoigner leur joye au fujet de la naiffance de
Monfeigneur le Duc d'Anjou , voulurent fe
ignaler par une Fête qu'ils donnerent fur la
Seine , après en avoir obtenu la permiffion de
Meffieurs les Prevôt des Marchands & Echevins.
Ils tirerent l'anguille dans l'efpace de la
riviere qui fe trouve entre le Pont au Change
& le Pont Notre-Dame , la place étant fort convenable
pour ces fortes d'exercices , parce qu'elle
forme un quarré parfait & que les Spectateurs
s'y trouvent placez de tous côtez à une diſtance
raifonnable.
En conféquence des ordres du Prevôt des Marchands
& Echevins , on fit retirer tous les Batteaux
des Teinturiers & autres, pour rendre le caaal
entierement libre , & fur la permiffion qui
leur en fut accordée , ils arrangerent de grands
Batteaux de fel remplis de chaifes qu'ils louerent
au public & dont le produit leur fut accordé
pour fournir en quelque façon aux frais qu'ils
étoient obligez de faire pour cette Fête ; ils boucherent
toutes les arches des deux Ponts, & tout ce
grand quarré fut bordé par des Batteaux remplis
de Spectateurs , qui étoient en très-grand nombre
, auffi-bien qu'aux Balcons & aux fenêtres
des deux Ponts & des deux Quais .
On avoit orné très- proprement un grand Batteau
deftiné pour Mrs les Prévôt des Marchands ,
Echevins & autres Officiers de la Ville , & dans
lequel il fe trouva auffi beaucoup de Dames : aufſitôt
qu'on le vit approcher , les Mariniers , au fon
des Timbales & des Trompettes , commencerent
vers les 3. heures après midi , le jeu de la Lance
qui devint très - divertiffant les differentes manieres
dont ils tomboient dans l'eau & les differentes
culbutes qu'ils faifoient malgré eux ,
par
Les
OCTOBRE. 1730. 2305
Les combatans de la Lutte étoient montez fur
fix petits Batteaux , à chacun defquels il y avoit
5 Rames. 3. de ces Batteaux étoient peints en
fouge , & les 3. autres en bleu , auffi bien que
les Rames & les Lances; les Rameurs, comme les
Tireurs de Lance, étoient tous habillez de blanc
& avoient des Cocardes, dont la couleur répondoit
à celle des Batteaux où ils étoient . Par les
mouvemens de leurs Rames , ils faifoient revirer
leurs Batteaux à leur gré & s'entendoient fi - bien,
que quand ils fe rencontroient , ils fe touchoient
fi vivement avec leurs Lances , qu'il étoit rare
qu'il n'en tomba quelqu'un dans l'eau , & même
affez fouvent ils étoient renverfez tous les deux .
ce qui réjouiffoit infiniment , & formoit un petit
combat tres-divertiffant.Il y en eut deux, fur tout,
plus fermes que les autres , qui ne furent renver→
fez qu'à la fin. Ce divertiffement dura plus d'une
heure ; en finiffant les Mariniers fe jetterent tous
enſemble dans l'eau , qui fe trouva dans l'inſtant
couverte de Nageurs , dont les divers mouvemens
, joints à l'agitation de l'eau , donnerent
un fpectacle des plus agréables . Ils gagnerent le
Batteau , pour tirer l'Anguille ; & enfuite y étant
arrivez , ils tirerent au fort le rang qui devoit leur
échoir , & furent attacher l'Anguille à une corde,
qui étoit placée au milieu du Quay de Gêvres , à
la hauteur au moins d'un fecond étage , & qui
répondoit à un Tourniquet , du côté de la Pelleterie.
Ordinairement on reconnoît pour Roy celui
qui fans agir des mains , peut avec fes dents arracher
les entrailles de l'Anguille ; mais afin que
le plaifir dura plus long- temps , ils étoient convenus
enſemble que ce feroit celui qui emporteroit
le dernier morceau . Le Plaiſant de ce fpec
tacle fut que dans le temps qu'ils y penfoient le
I moins
2306 MERCURE DE FRANCE
moins , on lâchoit le Tourniquet , ce qui les faifoit
tomber & enfoncer fi avant dans l'eau, qu'ils
étoient tres - long - tems fans reparoître , & fouvent
ils fe trouvoient fi éloignez de l'Anguille
qu'ils ne pouvoient point la ratraper ; ce qui
donnoit lieu à un autre de prendre la place . Il
s'en trouva quelques - uns qui marquoient tant
de courage & de force , qu'ils fe laiffoient enlever,
en tenant la corde feulement des mains , & reftoient
dans cette fituation un temps tres-confiderable
, & quelquefois avoient encore affez de
vigueur pour s'élever & s'y attacher par les pieds.
La Fête fut interrompue pour un moment ,
par la chute d'un Echafaut trop foible , qu'on
avoit élevé fur le Batteau , qui fervoit pour monter
à la corde où l'Anguille étoit attachée. Ce qui
divertit beaucoup le public, dautant qu'ils étoient
tous montez deffus.
Tout le pafla avec beaucoup d'ordre & fans accident
, malgré la grande affluence de peuples qui
y accoururent, attirés la rareté de ces fortes de
fpectacles , dont on n'avoit point vu de pareils
depuis 37 ans.
par
Cela finit fur les fix heures du foir , avec de
grands applaudiffemens de la part des Spectateurs
, pour le Vainqueur que l'on conduifit au
Batteau de Meffieurs les Prevôt des Marchands
& Echevins , où il reçût la récompenfe de fa vic-
Loire.
M. le Cocq , Commis pour le paffage des Ponts,
homme fort entendu , s'eft donné bien des foins
pour conduire cette Fête.
la
27
2304 MERCURE DE FRANCE
la Pelleterie , joints avec quelques autres pour
témoigner leur joye au fujet de la naiffance de
Monfeigneur le Duc d'Anjou , voulurent fe
ignaler par une Fête qu'ils donnerent fur la
Seine , après en avoir obtenu la permiffion de
Meffieurs les Prevôt des Marchands & Echevins.
Ils tirerent l'anguille dans l'efpace de la
riviere qui fe trouve entre le Pont au Change
& le Pont Notre-Dame , la place étant fort convenable
pour ces fortes d'exercices , parce qu'elle
forme un quarré parfait & que les Spectateurs
s'y trouvent placez de tous côtez à une diſtance
raifonnable.
En conféquence des ordres du Prevôt des Marchands
& Echevins , on fit retirer tous les Batteaux
des Teinturiers & autres, pour rendre le caaal
entierement libre , & fur la permiffion qui
leur en fut accordée , ils arrangerent de grands
Batteaux de fel remplis de chaifes qu'ils louerent
au public & dont le produit leur fut accordé
pour fournir en quelque façon aux frais qu'ils
étoient obligez de faire pour cette Fête ; ils boucherent
toutes les arches des deux Ponts, & tout ce
grand quarré fut bordé par des Batteaux remplis
de Spectateurs , qui étoient en très-grand nombre
, auffi-bien qu'aux Balcons & aux fenêtres
des deux Ponts & des deux Quais .
On avoit orné très- proprement un grand Batteau
deftiné pour Mrs les Prévôt des Marchands ,
Echevins & autres Officiers de la Ville , & dans
lequel il fe trouva auffi beaucoup de Dames : aufſitôt
qu'on le vit approcher , les Mariniers , au fon
des Timbales & des Trompettes , commencerent
vers les 3. heures après midi , le jeu de la Lance
qui devint très - divertiffant les differentes manieres
dont ils tomboient dans l'eau & les differentes
culbutes qu'ils faifoient malgré eux ,
par
Les
OCTOBRE. 1730. 2305
Les combatans de la Lutte étoient montez fur
fix petits Batteaux , à chacun defquels il y avoit
5 Rames. 3. de ces Batteaux étoient peints en
fouge , & les 3. autres en bleu , auffi bien que
les Rames & les Lances; les Rameurs, comme les
Tireurs de Lance, étoient tous habillez de blanc
& avoient des Cocardes, dont la couleur répondoit
à celle des Batteaux où ils étoient . Par les
mouvemens de leurs Rames , ils faifoient revirer
leurs Batteaux à leur gré & s'entendoient fi - bien,
que quand ils fe rencontroient , ils fe touchoient
fi vivement avec leurs Lances , qu'il étoit rare
qu'il n'en tomba quelqu'un dans l'eau , & même
affez fouvent ils étoient renverfez tous les deux .
ce qui réjouiffoit infiniment , & formoit un petit
combat tres-divertiffant.Il y en eut deux, fur tout,
plus fermes que les autres , qui ne furent renver→
fez qu'à la fin. Ce divertiffement dura plus d'une
heure ; en finiffant les Mariniers fe jetterent tous
enſemble dans l'eau , qui fe trouva dans l'inſtant
couverte de Nageurs , dont les divers mouvemens
, joints à l'agitation de l'eau , donnerent
un fpectacle des plus agréables . Ils gagnerent le
Batteau , pour tirer l'Anguille ; & enfuite y étant
arrivez , ils tirerent au fort le rang qui devoit leur
échoir , & furent attacher l'Anguille à une corde,
qui étoit placée au milieu du Quay de Gêvres , à
la hauteur au moins d'un fecond étage , & qui
répondoit à un Tourniquet , du côté de la Pelleterie.
Ordinairement on reconnoît pour Roy celui
qui fans agir des mains , peut avec fes dents arracher
les entrailles de l'Anguille ; mais afin que
le plaifir dura plus long- temps , ils étoient convenus
enſemble que ce feroit celui qui emporteroit
le dernier morceau . Le Plaiſant de ce fpec
tacle fut que dans le temps qu'ils y penfoient le
I moins
2306 MERCURE DE FRANCE
moins , on lâchoit le Tourniquet , ce qui les faifoit
tomber & enfoncer fi avant dans l'eau, qu'ils
étoient tres - long - tems fans reparoître , & fouvent
ils fe trouvoient fi éloignez de l'Anguille
qu'ils ne pouvoient point la ratraper ; ce qui
donnoit lieu à un autre de prendre la place . Il
s'en trouva quelques - uns qui marquoient tant
de courage & de force , qu'ils fe laiffoient enlever,
en tenant la corde feulement des mains , & reftoient
dans cette fituation un temps tres-confiderable
, & quelquefois avoient encore affez de
vigueur pour s'élever & s'y attacher par les pieds.
La Fête fut interrompue pour un moment ,
par la chute d'un Echafaut trop foible , qu'on
avoit élevé fur le Batteau , qui fervoit pour monter
à la corde où l'Anguille étoit attachée. Ce qui
divertit beaucoup le public, dautant qu'ils étoient
tous montez deffus.
Tout le pafla avec beaucoup d'ordre & fans accident
, malgré la grande affluence de peuples qui
y accoururent, attirés la rareté de ces fortes de
fpectacles , dont on n'avoit point vu de pareils
depuis 37 ans.
par
Cela finit fur les fix heures du foir , avec de
grands applaudiffemens de la part des Spectateurs
, pour le Vainqueur que l'on conduifit au
Batteau de Meffieurs les Prevôt des Marchands
& Echevins , où il reçût la récompenfe de fa vic-
Loire.
M. le Cocq , Commis pour le paffage des Ponts,
homme fort entendu , s'eft donné bien des foins
pour conduire cette Fête.
Fermer
Résumé : Jeu de l'Anguille sur la Seine, &c. [titre d'après la table]
Le 10 septembre, les mariniers de la Pelleterie, rejoints par d'autres, organisèrent une fête sur la Seine pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. Cette fête se déroula entre le Pont au Change et le Pont Notre-Dame, un espace approprié pour les exercices nautiques. Les autorités firent retirer les bateaux des teinturiers pour libérer le canal. Les mariniers louèrent de grands bateaux remplis de chaises pour le public, dont les recettes couvrirent une partie des frais. Les arches des deux ponts furent bouchées, formant un grand carré bordé par des bateaux de spectateurs, ainsi que par les balcons et fenêtres des ponts et quais. Un grand bateau orné accueillit les Prévôt des Marchands, Échevins et autres officiers de la ville, ainsi que de nombreuses dames. Vers 15 heures, les mariniers commencèrent le jeu de la lance, divertissant les spectateurs par leurs différentes chutes dans l'eau. Les combattants de la lutte étaient sur de petits bateaux peints en rouge et bleu, avec des rameurs et tireurs de lance habillés de blanc et portant des cocardes assorties. Ils manœuvraient habilement leurs bateaux, se touchant vivement avec leurs lances, ce qui provoquait souvent des chutes. Deux combattants se distinguèrent par leur fermeté. Après plus d'une heure de divertissement, les mariniers se jetèrent dans l'eau, couvrant la surface de nageurs. Ils tirèrent ensuite au sort pour déterminer l'ordre de l'épreuve de l'anguille, attachée à une corde sur le quai de Gêvres. Le but était de saisir les entrailles de l'anguille avec les dents, le vainqueur étant celui qui emporterait le dernier morceau. La fête fut brièvement interrompue par la chute d'un échafaud trop faible. La fête se termina vers 18 heures avec des applaudissements pour le vainqueur, qui reçut sa récompense sur le bateau des Prévôt des Marchands et Échevins. M. le Cocq, commis pour le passage des ponts, joua un rôle clé dans l'organisation de cette fête, qui n'avait pas eu de pareille depuis 37 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7476
p. 2306-2307
« Le 21. de ce mois, on solemnisa dans l'Eglise de la Maison de Sorbonne, la Fête de sainte Ursule [...] »
Début :
Le 21. de ce mois, on solemnisa dans l'Eglise de la Maison de Sorbonne, la Fête de sainte Ursule [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 21. de ce mois, on solemnisa dans l'Eglise de la Maison de Sorbonne, la Fête de sainte Ursule [...] »
Le 21. de ce mois , on folemnifa dans l'Eglife
de la Maifon de Sorbonne , la Fête de fainte Urfule
qui en eft Titulaire , M. l'Archevêque y offi
cia pontificalement, Un nombre confiderable de
perfonnes
ос
OCTOBRE
. 1730. 2307.
perfonnes de diſtinction y affifterent , & il y eut
felon la coûtume , deux Difcours , l'un en Latin
& l'autre en François , contenant principalement
le Panégyrique de la Sainte.
Le Lundi 23. M. de la Porte , fecond Avocat
du Roi au Châtelet, fit à la Rentrée de cette Jurif
diction , un Difcours fur le Gout ramené à l'Etude
des Loix & à l'Eloquence du Barreau , qui
fut prononcé avec beaucoup de graces & extrémement
applaudi. M. le Lieutenant Civil termina
la Séance par un Difcours très- folide , trèsélégant,
& qui répondoit au caractere de ce Ma
giftrat.
de la Maifon de Sorbonne , la Fête de fainte Urfule
qui en eft Titulaire , M. l'Archevêque y offi
cia pontificalement, Un nombre confiderable de
perfonnes
ос
OCTOBRE
. 1730. 2307.
perfonnes de diſtinction y affifterent , & il y eut
felon la coûtume , deux Difcours , l'un en Latin
& l'autre en François , contenant principalement
le Panégyrique de la Sainte.
Le Lundi 23. M. de la Porte , fecond Avocat
du Roi au Châtelet, fit à la Rentrée de cette Jurif
diction , un Difcours fur le Gout ramené à l'Etude
des Loix & à l'Eloquence du Barreau , qui
fut prononcé avec beaucoup de graces & extrémement
applaudi. M. le Lieutenant Civil termina
la Séance par un Difcours très- folide , trèsélégant,
& qui répondoit au caractere de ce Ma
giftrat.
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Résumé : « Le 21. de ce mois, on solemnisa dans l'Eglise de la Maison de Sorbonne, la Fête de sainte Ursule [...] »
Le 21 octobre 1730, une cérémonie à la Sorbonne célébra sainte Urfule avec des discours en latin et en français. Le 23 octobre, M. de la Porte prononça un discours acclamé lors de la rentrée du Châtelet. M. le Lieutenant Civil conclut la séance par un discours magistral.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7477
p. 2307-2310
LETTRE des Pensionnaires du College de Louis le Grand, au jeune Marquis de Crussot, à Versailles, sur la Fête qui se fit dans ce College, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou.
Début :
Crussol, notre aimable Confrere, [...]
Mots clefs :
Collège Louis le Grand, Naissance du duc d'Anjou, Prince, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE des Pensionnaires du College de Louis le Grand, au jeune Marquis de Crussot, à Versailles, sur la Fête qui se fit dans ce College, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou.
Nous avons crû que le Public verroit
avec plaifir la Piece fuivante , dont la
naïveté ingenieufe a été fort goutée à la
Cour. Elle a été faite par le Pere de la
Sante , l'un des Profeffeurs de Rhétorique,
du College de Louis le Grand , au nom
des jeunes Seigneurs Penfionnaires dans)
ce College.
LETTRE des Penfionnaires du College.
de Louis le Grand , aujeune Marquis de
Cruffol , à Versailles , fur la Fête qui ſe
fit dans ce College , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou.
CRuffol , noti notre aimable Confrere
Sois en Cour notre Député ;
Comme la Reine cinq fois mere
Te voit d'un oeil plein de bonté ,
I ij
Va
2308 MERCURE DE FRANCE
Va lui demander audiance ,
Sur cette Lettre de Créance ;
Et puis fans autre compliment ,
Racontes-lui naïvement ,
La fubite métamorphofe ,
D'Apollon en Artificier :
Car tel fut ici le Métier ,
Qu'il fit le jour de ſainte Roſe , * )
Jour qui vit un nouveau Fleuron ,
Naître à la Couronne de France.
Et paroître un beau Rejetton ,
De nos Lys feconde efperance.
Le foir de ce jour fortuné
Notre Parnaffe illuminé ,
Offrit un fi charmant ſpectacle ,
Qu'il tenoit prefque du Miracle.
Auffi ce Prince , dans fon temps ,
En doit-il faire d'éclatans ,
Dont nous trouvons l'heureux préſage ,
Dans fon Nom , dans fon Apanage.
D'abord la Fête commença ,
Par le fon guerrier des Trompettes ,
Bont mainte Fanfare annonça ,
(
Un Feu de trois heures complettes.
Pendant que cent bouches de fer ,
Vomiffoient des flammes tonnantes ,
Mille Serpens joüoient en l'air ,
Letrentiémejour d'Août 1730 ,
ATCE
OCTOBRE . 1730. 2309
Avec mille Etoiles volantes.
Enfin les feux hauts , les feux bas ,
Faifoient enſemble un tel fracas ,
Qu'on eût dit que le Mont Parnaffe ,
Du Mont Etna prenoit la place ,
Et que par un nouveau deſtin ,
Apollon devenoit Vulcain.
Pour nous qui fûmes de la Fête ;
Tant que tout ce grand feu dura
Nous difions : quand à notre tête ,
Un jour ce Bourbon marchera ,
Encouragez par fa prefence ,
Et fuivant à l'envi ſes pas ,
Oh ! quel feu ne ferons- nous pas
Sur les ennemis de la France !
Un Aftrologue , cependant ,
Mais Aftrologue veritable ,
Qui jamais ne débita Fable ,
A tout Paris ſe fait garant ,
Qu'étant né dans le mois d'Augufte ,
Prince doux , pacifique & juſte ,
Notre Duc aimera la Paix ,
Qu'aime Louis pour les Sujets.
Mais il y joint pour Horoſcope ,
Que fi quelque Prince en Europe ,
S'avife de reveiller Mars ,
I1 peut compter, fans rien furfaire ,
Que dans les Fils & dans le Pere ,
I iij I1
2310 MERCURE DE FRANCE
Il trouvera de vrais Céfars.
Pour gages fûrs, de leur victoire ,
L'Aftrologue , qu'on en peut croire ,
Sur des preuves dignes de foi ,
Donne , outre leurs vertus guerrieres ,
Les voeux ardens & les prieres ,
De l'Augufte Epouſe du Roi.
Nous en faifons auffi pour
Et comptons que Sa Majefté ,
Obtiendra par fa pieté ,
elle ,
Plus que nous par tout notre zele.
Que n'obtient pas du Roi des Rois ,
Un grand coeur foumis à fes -loix ?
Pour toi , qui de fi près contemples ,
De la Reine les grands exemples ,
Ami , tâche de profiter.
De ce qu'on en peut imiter
Et fuppléant à la diſtance ,
Qui nous dérobe fa prefence ,
'Affure- la très- humblement
De notre parfait dévoûment.
Pour cette fin , par ces Prefentes ,
Qui te ferviront de Patentes ,
Nous te nommons Ambaffadeur ,
Et nous fommes tous de grand coeur
Cher Cruffol , tes amis finceres ,
Tes Serviteurs & tes Confreres ,
Ce premier Septembre , à Paris ,
Au College du Grand Louis.
avec plaifir la Piece fuivante , dont la
naïveté ingenieufe a été fort goutée à la
Cour. Elle a été faite par le Pere de la
Sante , l'un des Profeffeurs de Rhétorique,
du College de Louis le Grand , au nom
des jeunes Seigneurs Penfionnaires dans)
ce College.
LETTRE des Penfionnaires du College.
de Louis le Grand , aujeune Marquis de
Cruffol , à Versailles , fur la Fête qui ſe
fit dans ce College , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou.
CRuffol , noti notre aimable Confrere
Sois en Cour notre Député ;
Comme la Reine cinq fois mere
Te voit d'un oeil plein de bonté ,
I ij
Va
2308 MERCURE DE FRANCE
Va lui demander audiance ,
Sur cette Lettre de Créance ;
Et puis fans autre compliment ,
Racontes-lui naïvement ,
La fubite métamorphofe ,
D'Apollon en Artificier :
Car tel fut ici le Métier ,
Qu'il fit le jour de ſainte Roſe , * )
Jour qui vit un nouveau Fleuron ,
Naître à la Couronne de France.
Et paroître un beau Rejetton ,
De nos Lys feconde efperance.
Le foir de ce jour fortuné
Notre Parnaffe illuminé ,
Offrit un fi charmant ſpectacle ,
Qu'il tenoit prefque du Miracle.
Auffi ce Prince , dans fon temps ,
En doit-il faire d'éclatans ,
Dont nous trouvons l'heureux préſage ,
Dans fon Nom , dans fon Apanage.
D'abord la Fête commença ,
Par le fon guerrier des Trompettes ,
Bont mainte Fanfare annonça ,
(
Un Feu de trois heures complettes.
Pendant que cent bouches de fer ,
Vomiffoient des flammes tonnantes ,
Mille Serpens joüoient en l'air ,
Letrentiémejour d'Août 1730 ,
ATCE
OCTOBRE . 1730. 2309
Avec mille Etoiles volantes.
Enfin les feux hauts , les feux bas ,
Faifoient enſemble un tel fracas ,
Qu'on eût dit que le Mont Parnaffe ,
Du Mont Etna prenoit la place ,
Et que par un nouveau deſtin ,
Apollon devenoit Vulcain.
Pour nous qui fûmes de la Fête ;
Tant que tout ce grand feu dura
Nous difions : quand à notre tête ,
Un jour ce Bourbon marchera ,
Encouragez par fa prefence ,
Et fuivant à l'envi ſes pas ,
Oh ! quel feu ne ferons- nous pas
Sur les ennemis de la France !
Un Aftrologue , cependant ,
Mais Aftrologue veritable ,
Qui jamais ne débita Fable ,
A tout Paris ſe fait garant ,
Qu'étant né dans le mois d'Augufte ,
Prince doux , pacifique & juſte ,
Notre Duc aimera la Paix ,
Qu'aime Louis pour les Sujets.
Mais il y joint pour Horoſcope ,
Que fi quelque Prince en Europe ,
S'avife de reveiller Mars ,
I1 peut compter, fans rien furfaire ,
Que dans les Fils & dans le Pere ,
I iij I1
2310 MERCURE DE FRANCE
Il trouvera de vrais Céfars.
Pour gages fûrs, de leur victoire ,
L'Aftrologue , qu'on en peut croire ,
Sur des preuves dignes de foi ,
Donne , outre leurs vertus guerrieres ,
Les voeux ardens & les prieres ,
De l'Augufte Epouſe du Roi.
Nous en faifons auffi pour
Et comptons que Sa Majefté ,
Obtiendra par fa pieté ,
elle ,
Plus que nous par tout notre zele.
Que n'obtient pas du Roi des Rois ,
Un grand coeur foumis à fes -loix ?
Pour toi , qui de fi près contemples ,
De la Reine les grands exemples ,
Ami , tâche de profiter.
De ce qu'on en peut imiter
Et fuppléant à la diſtance ,
Qui nous dérobe fa prefence ,
'Affure- la très- humblement
De notre parfait dévoûment.
Pour cette fin , par ces Prefentes ,
Qui te ferviront de Patentes ,
Nous te nommons Ambaffadeur ,
Et nous fommes tous de grand coeur
Cher Cruffol , tes amis finceres ,
Tes Serviteurs & tes Confreres ,
Ce premier Septembre , à Paris ,
Au College du Grand Louis.
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Résumé : LETTRE des Pensionnaires du College de Louis le Grand, au jeune Marquis de Crussot, à Versailles, sur la Fête qui se fit dans ce College, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou.
Le texte est une lettre des pensionnaires du Collège de Louis le Grand adressée au jeune Marquis de Cruffol. Elle est écrite à l'occasion de la fête célébrant la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, le 23 août 1730. Les pensionnaires demandent à Cruffol de représenter leurs intérêts à la cour et de raconter à la Reine la métamorphose d'Apollon en artificier, symbolisant les feux d'artifice tirés lors de la fête. La célébration a inclus des fanfares de trompettes et des feux d'artifice spectaculaires. Un astrologue prédit que le Duc d'Anjou aimera la paix mais sera prêt à défendre la France si nécessaire. Les pensionnaires expriment leurs vœux pour la victoire et la paix, et nomment Cruffol ambassadeur auprès de la Reine. La lettre se termine par des marques de dévouement et d'amitié.
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7478
p. 2311-2321
MODES.
Début :
Ce qui frappe le plus la vûë & ce qui marque davantage le pouvoir [...]
Mots clefs :
Modes, Mode, Dames, Couleurs, Argent, Perruque, Ruban, Cheveux, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MODES.
MODE S.
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
Fermer
7479
p. 2321-2324
MODES ANCIENNES, &c.
Début :
Il ne sera peut-être pas hors de propos, après avoir parlé des nouvelles Modes, de dire quelque [...]
Mots clefs :
Modes, Perruque, Dame, Argent, Couleurs, Robes, Femmes, Cheveux, Ruban, Étoffes
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texteReconnaissance textuelle : MODES ANCIENNES, &c.
MODE S.
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
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Résumé : MODES ANCIENNES, &c.
Dans les années 1730, la mode féminine est marquée par l'usage des paniers, des structures portées sous les jupons pour élargir la silhouette. Ces paniers, d'une ampleur inédite, sont adoptés depuis près de 20 ans par les femmes de tous milieux sociaux. Fabriqués avec des cercles de baleine, plus flexibles et légers que les matériaux précédents, les paniers à coudes, plus larges par le haut, sont particulièrement en vogue. Avant l'usage des paniers, les femmes de théâtre utilisaient des jupons appelés 'criardes' pour maintenir leurs jupons en place. Les paniers actuels sont faits de toile ou de taffetas et ornés de rubans et de cercles de baleine. Les prix varient selon les matériaux et les ornements. Les taffetas d'été sont de couleurs variées et baroques, souvent glacés. Les robes de coton brodées et doublées de rose sont à la mode, ainsi que les mantilles, accessoires modestes mais pratiques. Les coiffures restent simples, avec des garnitures de blonde et des fleurs imitant le naturel. Les éventails sont très grands, et les bas sont souvent brodés. Les souliers sont blancs, demi-arondis à l'anglaise, avec un talon épais. Pour les hommes, les chapeaux sont petits et retroussés, souvent bordés de galon ou de point d'Espagne. Les perruques imitant les cheveux naturels sont en vogue, notamment les perruques en bourse ou en queue. Les perruques à l'espagnole sont moins populaires, et les perruques bichons sont portées pour se protéger du froid. Les boursettes sont larges et hautes, attachées près des cheveux. Les cols de mouffeline remplacent les cravates, et les jabots de chemise servent de cravate.
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7480
p. 2325-2326
BOUQUET présenté à M. le Marquis de CHAMBONAS, le jour de S. Loüis.
Début :
Pour celebrer le jour de votre Fête, [...]
Mots clefs :
Esprit, Souhaits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET présenté à M. le Marquis de CHAMBONAS, le jour de S. Loüis.
BOUQUET préfenté à M.le Marquis
de CHAMBONAS , lejour de S. Louis.
Pour celebrer le jour de votre Fête ,
En vain je cherche , je m'aprête ,
A vous fervir de quelque plat nouveau ,
Ma Mufe eft une franche bête ,
Qui ne peut rien tirer de fon cerveau.
De vous offrir des fleurs , la chofe eft trop commune
,
Peut-être auffi pour vous n'ont- elles point d'ap
pas.
yous faire des préfens ; trop mince eft ma for
tune ;
Et de moi sûrement vous n'en voudriez pas.
Publier vos vertus ; ce feroit vous déplaire.
Et puis je ne fuis pas d'humeur
A m'engager dans une affaire ,
Dont je ne pourrois pas fortir à mon honneur
Recourir aux fouhaits ; ce n'eſt pas mieux l'entendre
;
Vous avez de tout à revendre.
Beau , bienfait , de l'efprit , du bien , des dígnitez
,
Une Epoufe charmante , & dont les qualitez
Sont autant au deffus de celles du vulgaire ,
Que l'eft le fang dont tous deux vous
fortez ;
Après
24
2326 MERCURE DE FRANCE
Après cela pour vous quels fouhaits peut - on
faire ?
A parler franchement je ſuis embaraffé.
Mais , n'en déplaiſe à la fatyre ,
Duffay-je à mes dépens donner matiere à rire ,
Il faut finir , puifque j'ai commencé.
Ce fera par l'aveu fincere
D'un coeur pour vous plein de refpect.
Je vous le garantis droit , & d'un caractere
A ne jamais vous devenir fufpect;
Daignez en agréer l'hommage.
Au défaut de l'efprit , fon zéle fupléra.
En difant ce qu'on fçait , & donnant ce qu'on
On n'eft pas obligé de faire davantage.
Genreau de Grouchy,
de CHAMBONAS , lejour de S. Louis.
Pour celebrer le jour de votre Fête ,
En vain je cherche , je m'aprête ,
A vous fervir de quelque plat nouveau ,
Ma Mufe eft une franche bête ,
Qui ne peut rien tirer de fon cerveau.
De vous offrir des fleurs , la chofe eft trop commune
,
Peut-être auffi pour vous n'ont- elles point d'ap
pas.
yous faire des préfens ; trop mince eft ma for
tune ;
Et de moi sûrement vous n'en voudriez pas.
Publier vos vertus ; ce feroit vous déplaire.
Et puis je ne fuis pas d'humeur
A m'engager dans une affaire ,
Dont je ne pourrois pas fortir à mon honneur
Recourir aux fouhaits ; ce n'eſt pas mieux l'entendre
;
Vous avez de tout à revendre.
Beau , bienfait , de l'efprit , du bien , des dígnitez
,
Une Epoufe charmante , & dont les qualitez
Sont autant au deffus de celles du vulgaire ,
Que l'eft le fang dont tous deux vous
fortez ;
Après
24
2326 MERCURE DE FRANCE
Après cela pour vous quels fouhaits peut - on
faire ?
A parler franchement je ſuis embaraffé.
Mais , n'en déplaiſe à la fatyre ,
Duffay-je à mes dépens donner matiere à rire ,
Il faut finir , puifque j'ai commencé.
Ce fera par l'aveu fincere
D'un coeur pour vous plein de refpect.
Je vous le garantis droit , & d'un caractere
A ne jamais vous devenir fufpect;
Daignez en agréer l'hommage.
Au défaut de l'efprit , fon zéle fupléra.
En difant ce qu'on fçait , & donnant ce qu'on
On n'eft pas obligé de faire davantage.
Genreau de Grouchy,
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Résumé : BOUQUET présenté à M. le Marquis de CHAMBONAS, le jour de S. Loüis.
Le poème est adressé au Marquis de Chambonas pour la fête de Saint Louis. L'auteur exprime ses difficultés à trouver un cadeau approprié, estimant que les fleurs sont trop communes et ses moyens limités pour offrir des présents plus significatifs. Il ne souhaite pas publier les vertus du Marquis ni s'engager dans une affaire qu'il ne pourrait pas honorer. L'auteur reconnaît les nombreuses qualités du Marquis, incluant sa beauté, ses bienfaits, son esprit, sa richesse, ses dignités et son épouse charmante. L'abondance de ces qualités le met dans l'embarras, rendant difficile la formulation de vœux supplémentaires. Malgré tout, il conclut en exprimant son respect sincère et son zèle, affirmant que son cœur est droit et ne peut jamais devenir suspect. Il offre cet hommage en l'absence d'esprit, mais avec un zèle sincère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7481
p. 2326
« Le 25. la Lotterie de la Compagnie des Indes pour le remboursement des Actions, fut tirée en [...] »
Début :
Le 25. la Lotterie de la Compagnie des Indes pour le remboursement des Actions, fut tirée en [...]
Mots clefs :
Loterie de la Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 25. la Lotterie de la Compagnie des Indes pour le remboursement des Actions, fut tirée en [...] »
Le 25. la Lotterie de la Compagnie des Indes.
pour le rembourſement des Actions, fut tírée en
la maniere accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
On a publié la Lifte des numeros des Actions
qui feront remboursés au nombre de 300,
Actions.
pour le rembourſement des Actions, fut tírée en
la maniere accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
On a publié la Lifte des numeros des Actions
qui feront remboursés au nombre de 300,
Actions.
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7482
p. 2326-2329
MORTS, NAISSANCES & Mariages.
Début :
M. Pierre Christophle Cadeau, Maître des Comptes, mourut à Paris, le 18. du [...]
Mots clefs :
Armée, Roi, Épouse, Lieutenant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
M.
Pierre Chriftophle Cadeau , Maître des
Comptes , mourut à Paris le r8 . dụ
mois dernier , âgé d'environ 70. ans,
>
Le
OCTOBRE . 1730.
2327
Le P. Jean Valbrune de Belair , Abbé de
Chancellade, & Superieur General des Chanoines
Reguliers de cette Congrégation , mourut dans
fon Abbaye le 27 du mois dernier, âgé de 78 ans,
en 1722. le Roi avoit nommé Coadjuteur de cette
Abbaye , le P. Ant. Gros de Belair.
M. Charles- Emanuel de la Vieuville , l'un des
Aumôniers du Roi & Abbé de l'Abbaye d'Abfie
Ordre de S. Benoît, Diocèſe de la Rochelle, mou
rut le 8 âgé de 51. ans .
M. Louis Tiberge , Abbé de S. Sauveur Dandre
, Diocèſe de Boulogne , Directeur du Seminaire
des Miffions Etrangeres , mourut le 9. Octobre
, âgé d'environ 80. ans. On peut dire que
c'étoit un des plus grands & des meilleurs fujets
qui ait été dans l'Etat Ecclefiaftique.
D. Julie Victoire de Rohan Chabot , Prieure
perpetuelle du Monaftere de Notre- Dame de
Lieffe , mourut le 10. agée de 42. ans .
Angelique Fabert , Veuve de François de Harcourt
, Marquis de Beuvron , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant General de fes Armées ,
& au Gouvernement de Normandie , & Gouverneur
du vieux Palais de Roiien , mourut le 12 .
de ce mois , âgée d'environ 82. ans . Elle étoit
yeuve en premieres noces du Marquis de Genlis.
Frere Alexandre Antoine de Foudras de Chateauthierri
, Bailli , Grand-Croix & Grand - Maréchal
de l'Ordre de , S. Jean de Jerufalem
Commandeur de la Commanderie de Levreuil
Abbé de Ham & Prieur de S. Marcel- lès - Chalons
, mourut le 13. dans la 67. année de fon
âge.
M. Charles Frederic Kadot , Comte de Seppeville
, Enfeigne de la feconde Compagnie des
Moufquetaires de la Garde du Roi , mourut
Paris le 14. âgé de 27. ans,
M
2328 MERCURE DE FRANCE
M. Jofeph Trudaine , Brigadier des Armées
du Roi , Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de Bretagne , Infpecteur de la
Gendarmerie , & Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , eft mort depuis peu à
Oify , près d'Amiens , ágé de 58. ans.
Jacques de Metz , Brigadier des Armées du
Roi , ci-devant Meftre de Camp du Régiment de
Vexin , mourut à Paris le 19. de ce mois , âgé
de 47. ans.
Louis Armand du Pleffis , Marquis de Richelieu
, mourut à Paris le 22. dans la 77. année de
fon âge.
D. Henriette Bibienne de Franquetot de Coigny
, Epoufe de Jean Baptifte -Joachim Colbert ,
Marquis de Croiffy , &c. Confeiller d'Etat , Capitaine
des Gardes de la Porte , Meftre de Camp
du Regiment Royal Infanterie , accoucha le 25
Septembre, d'un fils , qui fut tenu fur les Fonts
& nommé Paul - Amaulry , par René-Amaulry de
Montboucher , Marquis de Bordage , &c. & par
D. Catherine-Pauline Colbert de Torfi , Epoufe
de Louis , Marquis du Pleffis - Chatillon & de
Nonant, Maréchal des Camps & Armées du Roy.
D. Marie Voifin , Epoufe de Louis - Thomas du
Bois de Fiennes , Marquis de Leuville, Maréchal
des Camps & Armées , Grand- Bailly du Païs &
Duché de Touraine , Chevalier de S. Louis , accoucha
le 2 Octobre , d'une fille , qui fut tenue
fur les Fonts , & nommé Antoinette - Magdelene
par Antoine-Pierre Comte de Beüil , Lieutenant
General des Armées du Roy , Chevalier de faint
Louis ; & par D. Renée - Magdelene de Rambouillet,
veuve de N.Trudaine , Conſeiller d'Etat
cy devant Prevôt des Marchands .
D. Anne de Caftevas de la Riviere , Epoufe de
Jean-
*
OCTOBRE. 1730. 2329
Jean- Baptifte Charon , Marquis de Menars, Bri
gadier des Armées du Roy,accoucha le 13. d'une
fille, qui fut nommée Charlotte- Loüife,par Louis
Augufte d'Albert Dailly , Duc de Chaulnes
Pair de France,Vidame d'Amiens , Commandant,
& cy- devant Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux - Legers de la Garde du Roy,
Lieutenant General de fes Armées , & Chevalier
de fes Ordres , & par D. Diane - Charlotte de
Chaumont Guitri , Epoufe de Pierre de Cafteras,
Comte de la Riviere, Brigadier des Armées du Roi.
›
"
Le Roy a donné fon agrément au Mariage du
Comte de Taillebourg , fils unique du Prince de
Talmont , de la Maifon de la Trémoüille , avec
Mademoiselle Jablonouski , Palatine de Ruffie
coufine germaine du Roy Stanislas . Le Contrat en
fut figné le 12 de са mois par L.M.ainfi 'que part
le Roy Staniflas, & la Reine fon Epoufe. La célébratiou
a dûë s'en faire à Chambord le 29. Le Roi
a nommé le Comte de Taillebourg, Duc à Brevet.
Il porte à prefent le nom de Duc de Chatellereau.
On fera bien- aife d'apprendre que Charles
Houillie, Chercutier à la Porte de Paris, vis -à -vis
la Boucherie , à la Renommée , vend de tres-bon
Boudin , noir & blanc , des Andouilles fines , de
veritables Pieds à la fainte- Ménéhoud , & de pe
tites Langues de Moutons fourrées , fix fols piéce
, d'un gout exquis.
& Mariages.
M.
Pierre Chriftophle Cadeau , Maître des
Comptes , mourut à Paris le r8 . dụ
mois dernier , âgé d'environ 70. ans,
>
Le
OCTOBRE . 1730.
2327
Le P. Jean Valbrune de Belair , Abbé de
Chancellade, & Superieur General des Chanoines
Reguliers de cette Congrégation , mourut dans
fon Abbaye le 27 du mois dernier, âgé de 78 ans,
en 1722. le Roi avoit nommé Coadjuteur de cette
Abbaye , le P. Ant. Gros de Belair.
M. Charles- Emanuel de la Vieuville , l'un des
Aumôniers du Roi & Abbé de l'Abbaye d'Abfie
Ordre de S. Benoît, Diocèſe de la Rochelle, mou
rut le 8 âgé de 51. ans .
M. Louis Tiberge , Abbé de S. Sauveur Dandre
, Diocèſe de Boulogne , Directeur du Seminaire
des Miffions Etrangeres , mourut le 9. Octobre
, âgé d'environ 80. ans. On peut dire que
c'étoit un des plus grands & des meilleurs fujets
qui ait été dans l'Etat Ecclefiaftique.
D. Julie Victoire de Rohan Chabot , Prieure
perpetuelle du Monaftere de Notre- Dame de
Lieffe , mourut le 10. agée de 42. ans .
Angelique Fabert , Veuve de François de Harcourt
, Marquis de Beuvron , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant General de fes Armées ,
& au Gouvernement de Normandie , & Gouverneur
du vieux Palais de Roiien , mourut le 12 .
de ce mois , âgée d'environ 82. ans . Elle étoit
yeuve en premieres noces du Marquis de Genlis.
Frere Alexandre Antoine de Foudras de Chateauthierri
, Bailli , Grand-Croix & Grand - Maréchal
de l'Ordre de , S. Jean de Jerufalem
Commandeur de la Commanderie de Levreuil
Abbé de Ham & Prieur de S. Marcel- lès - Chalons
, mourut le 13. dans la 67. année de fon
âge.
M. Charles Frederic Kadot , Comte de Seppeville
, Enfeigne de la feconde Compagnie des
Moufquetaires de la Garde du Roi , mourut
Paris le 14. âgé de 27. ans,
M
2328 MERCURE DE FRANCE
M. Jofeph Trudaine , Brigadier des Armées
du Roi , Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de Bretagne , Infpecteur de la
Gendarmerie , & Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , eft mort depuis peu à
Oify , près d'Amiens , ágé de 58. ans.
Jacques de Metz , Brigadier des Armées du
Roi , ci-devant Meftre de Camp du Régiment de
Vexin , mourut à Paris le 19. de ce mois , âgé
de 47. ans.
Louis Armand du Pleffis , Marquis de Richelieu
, mourut à Paris le 22. dans la 77. année de
fon âge.
D. Henriette Bibienne de Franquetot de Coigny
, Epoufe de Jean Baptifte -Joachim Colbert ,
Marquis de Croiffy , &c. Confeiller d'Etat , Capitaine
des Gardes de la Porte , Meftre de Camp
du Regiment Royal Infanterie , accoucha le 25
Septembre, d'un fils , qui fut tenu fur les Fonts
& nommé Paul - Amaulry , par René-Amaulry de
Montboucher , Marquis de Bordage , &c. & par
D. Catherine-Pauline Colbert de Torfi , Epoufe
de Louis , Marquis du Pleffis - Chatillon & de
Nonant, Maréchal des Camps & Armées du Roy.
D. Marie Voifin , Epoufe de Louis - Thomas du
Bois de Fiennes , Marquis de Leuville, Maréchal
des Camps & Armées , Grand- Bailly du Païs &
Duché de Touraine , Chevalier de S. Louis , accoucha
le 2 Octobre , d'une fille , qui fut tenue
fur les Fonts , & nommé Antoinette - Magdelene
par Antoine-Pierre Comte de Beüil , Lieutenant
General des Armées du Roy , Chevalier de faint
Louis ; & par D. Renée - Magdelene de Rambouillet,
veuve de N.Trudaine , Conſeiller d'Etat
cy devant Prevôt des Marchands .
D. Anne de Caftevas de la Riviere , Epoufe de
Jean-
*
OCTOBRE. 1730. 2329
Jean- Baptifte Charon , Marquis de Menars, Bri
gadier des Armées du Roy,accoucha le 13. d'une
fille, qui fut nommée Charlotte- Loüife,par Louis
Augufte d'Albert Dailly , Duc de Chaulnes
Pair de France,Vidame d'Amiens , Commandant,
& cy- devant Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux - Legers de la Garde du Roy,
Lieutenant General de fes Armées , & Chevalier
de fes Ordres , & par D. Diane - Charlotte de
Chaumont Guitri , Epoufe de Pierre de Cafteras,
Comte de la Riviere, Brigadier des Armées du Roi.
›
"
Le Roy a donné fon agrément au Mariage du
Comte de Taillebourg , fils unique du Prince de
Talmont , de la Maifon de la Trémoüille , avec
Mademoiselle Jablonouski , Palatine de Ruffie
coufine germaine du Roy Stanislas . Le Contrat en
fut figné le 12 de са mois par L.M.ainfi 'que part
le Roy Staniflas, & la Reine fon Epoufe. La célébratiou
a dûë s'en faire à Chambord le 29. Le Roi
a nommé le Comte de Taillebourg, Duc à Brevet.
Il porte à prefent le nom de Duc de Chatellereau.
On fera bien- aife d'apprendre que Charles
Houillie, Chercutier à la Porte de Paris, vis -à -vis
la Boucherie , à la Renommée , vend de tres-bon
Boudin , noir & blanc , des Andouilles fines , de
veritables Pieds à la fainte- Ménéhoud , & de pe
tites Langues de Moutons fourrées , fix fols piéce
, d'un gout exquis.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
En octobre 1730, plusieurs personnalités notables sont décédées. Parmi elles, Pierre Christophe Cadeau, Maître des Comptes, est mort à Paris à l'âge d'environ 70 ans. Le Père Jean Valbrune de Belair, Abbé de Chancellade et Supérieur Général des Chanoines Réguliers, est décédé à 78 ans. Charles-Emanuel de la Vieuville, Aumônier du Roi et Abbé de l'Abbaye d'Absie, est mort à 51 ans. Louis Tiberge, Abbé de Saint-Sauveur d'Andre et Directeur du Séminaire des Missions Étrangères, est décédé à environ 80 ans. Julie Victoire de Rohan Chabot, Prieure perpétuelle du Monastère de Notre-Dame de Lieffe, est morte à 42 ans. Angelique Fabert, veuve de François de Harcourt, Marquis de Beuvron, est décédée à environ 82 ans. Frère Alexandre Antoine de Foudras de Chateauthierri, Bailli et Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est mort à 67 ans. Charles Frédéric Kadot, Comte de Seppeville et Enseigne des Mousquetaires de la Garde du Roi, est décédé à 27 ans. Joseph Trudaine et Jacques de Metz, tous deux Brigadiers des Armées du Roi, sont morts respectivement à 58 et 47 ans. Louis Armand du Plessis, Marquis de Richelieu, est mort à 77 ans. Plusieurs naissances ont également été enregistrées. Henriette Bibienne de Franquetot de Coigny a accouché d'un fils nommé Paul-Amaulry. Marie Voisin, épouse de Louis-Thomas du Bois de Fiennes, Marquis de Leuville, a donné naissance à une fille nommée Antoinette-Magdelene. Anne de Castevas de la Riviere, épouse de Jean-Baptiste Charon, Marquis de Menars, a accouché d'une fille nommée Charlotte-Louise. Le Roi a approuvé le mariage entre le Comte de Taillebourg et Mademoiselle Jablonouski, Palatine de Ruffiec, cousine germaine du Roi Stanislas. Le contrat a été signé le 12 octobre et la cérémonie a eu lieu à Chambord le 29 octobre. À cette occasion, le Comte de Taillebourg a été nommé Duc à Brevet et porte désormais le titre de Duc de Châtellereau.
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7483
p. 2329-2330
ARRESTS,
Début :
EDIT du Roy, portant rétablissement des Charges & Offices sur les Ports, Quays, [...]
Mots clefs :
Arrêts, Édits, Ordonnances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS,
ARRESTS ,
DIT du Roy , portant rétabliffement des
Echarges & Offices fur les Ports ,Quays,
Chantiers , Halles 2, Foires , Places & Marchez de
K La
9
2330 MERCURE DE FRANCE
Ville & Fauxbourgs de Paris , avec le Tarif des
droits attribuez aufdites Charges & Offices , arrêtez
au Confeil le 13. Juin 1730. Donné à
Verfailles au mois de Juin 1730. Regiſtré en
Parlement le 31. Aouſt ſuivant.
ORDONNANCE du Roy du 29. Juillet,
portant que les Chanceliers des Confulats de la
Nation Françoife dans les Pays étrangers , feront
choifis & nommez à l'avenir par Sa Majefté.
ARREST du 29. Août, qui permet aux Etats
'de Languedoc l'établiffement d'une Loterie pour
le Remboursement des dettes de ladite Province ,
laquelle a été ouverte du jour de la publication
de l'Arrêt , aux claufes & conditions qui y font
plus au long expliquées . Les Receveurs de cette
Loterie font , fçavoir :
A Paris, M. l'Amoureux , Caiffier des Etats de
Jadite Province , rue S. Honoré , attenant les
Jacobins.
A Toulouse , M. Marguerit. Caiffiers defdits
A Montpellier M. Vaquier. S Etats .
DIT du Roy , portant rétabliffement des
Echarges & Offices fur les Ports ,Quays,
Chantiers , Halles 2, Foires , Places & Marchez de
K La
9
2330 MERCURE DE FRANCE
Ville & Fauxbourgs de Paris , avec le Tarif des
droits attribuez aufdites Charges & Offices , arrêtez
au Confeil le 13. Juin 1730. Donné à
Verfailles au mois de Juin 1730. Regiſtré en
Parlement le 31. Aouſt ſuivant.
ORDONNANCE du Roy du 29. Juillet,
portant que les Chanceliers des Confulats de la
Nation Françoife dans les Pays étrangers , feront
choifis & nommez à l'avenir par Sa Majefté.
ARREST du 29. Août, qui permet aux Etats
'de Languedoc l'établiffement d'une Loterie pour
le Remboursement des dettes de ladite Province ,
laquelle a été ouverte du jour de la publication
de l'Arrêt , aux claufes & conditions qui y font
plus au long expliquées . Les Receveurs de cette
Loterie font , fçavoir :
A Paris, M. l'Amoureux , Caiffier des Etats de
Jadite Province , rue S. Honoré , attenant les
Jacobins.
A Toulouse , M. Marguerit. Caiffiers defdits
A Montpellier M. Vaquier. S Etats .
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Résumé : ARRESTS,
En 1730, plusieurs arrêtés et ordonnances royaux ont été publiés. Le 13 juin, un arrêté rétablit les charges et offices liés aux ports, quais, chantiers, halles, foires, places et marchés de Paris et ses faubourgs, et fixe le tarif des droits associés. Cet arrêté a été enregistré au Parlement le 31 août. Le 29 juillet, un autre arrêté stipule que les chanceliers des consulats de la nation française à l'étranger seront désormais choisis et nommés par le roi. Le 29 août, un arrêté autorise les États de Languedoc à organiser une loterie pour rembourser les dettes de la province. Cette loterie a été ouverte le jour de la publication de l'arrêt. Les receveurs de la loterie sont situés à Paris, Toulouse et Montpellier.
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7484
p. 2330
TABLE.
Début :
Pieces Fugitives. Sonnet & Ode Anacréontique, 2115 Cinquiéme Lettre sur l'usage des Cartes pour [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
leces Fugitives. Sonnet & Ode Anacreon
Plectique,
2115
Cinquiéme Lettre fur l'ufage des Cartes pour
P'Effai du Rudiment-pratique de la Langue Latine
, & c.
Epitre à l'Evêque de Grenoble ,
2117
2142
Réponſe du P. Texte à la Lettre du P. Sollier , fur
la Vie de S. Barthelemi de Bragance , &c. 2147
Ode fur la Naiffance du Duc d'Anjou , 2163
Lettre en Profe & en Vers fur un Songe, & c. 2168
Les Jardins de S. Martin , Ode ,
2181
Lettre fur quelques reftes de la Fête de Bacchus 3
2185
Le veritable Amour perdu &facile à retrouver 2192
La veritable cauſe de la perte du parfait Amour ,
2193
Réponse à la Lettre de M. G. Barrez , au fujet de
l'uſage interieur de l'Eau de vie ,
L'Ombre de Petrarque , ou la Sorgue, Cantate ,
Refléxions ,
Enigme , Logogryphe ,
2195
2202
2205
2211
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts , Panegyrique
de S. Auguftin ,
? Memoires pour
Illuftres , & c.
2215
fervir à l'Hiftoire des Hommes
2225
Réponse du Soufleur de la Comedie de Rouen , a
la Lettre , & c . 2232
Principes generaux & raiſonnez de la Grammaire
Françoife , &c.
Rituel du Diocèfe de Blois , & c.
2237
2242
Recueil des Reglemens concernant les Manufactures
, & c. 2245
Theſe dédiée à la Reine à Arles , &c. 2248
Ecole de Cavalerie , & c.
2250
Salufte avec des Notes , &c. 2255
Paranymphes aux Ecoles de Medecine , &c . 2257
Reception de M. Malouin de Caën , dans la Faculté
de Medecine de Paris , 2261
Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, 2265
Chanfon notée & Vaudeville , 2270
Spectacles. Le Caprice d'Erato , & c. 2273
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , &c.
2279
De Ruffie , 2280
Dannemarc , Allemagne & Italie , 2282
Ordonnance du Pape , &c . 2288
Harangues au Roi , à la Reine de Sardaigne & au
Duc de Savoye , 2295
D'Espagne & Grande Bretagne , 2294
Morts , Mariages des Pais Etrangers , 2226
Sacrifice d'Iphigenie , Tableau prefenté au Roi ,
2299
Réjouiffance fur la Naiffance du Duc d'Anjou ,
&c. 2301
2303
Jeu de l'Anguille fur la Seine , & c.
Lettre des Penfionnaires des Jefuites au fujer de
la Naiffance du Duc d'Anjou , 2307
Modes nouvel. & anciennes,Eftampe gravée, 2 3 1 r
Bouquet ,
Morts , Naiffances ,
Arrêts ,
2325
2326
2329
leces Fugitives. Sonnet & Ode Anacreon
Plectique,
2115
Cinquiéme Lettre fur l'ufage des Cartes pour
P'Effai du Rudiment-pratique de la Langue Latine
, & c.
Epitre à l'Evêque de Grenoble ,
2117
2142
Réponſe du P. Texte à la Lettre du P. Sollier , fur
la Vie de S. Barthelemi de Bragance , &c. 2147
Ode fur la Naiffance du Duc d'Anjou , 2163
Lettre en Profe & en Vers fur un Songe, & c. 2168
Les Jardins de S. Martin , Ode ,
2181
Lettre fur quelques reftes de la Fête de Bacchus 3
2185
Le veritable Amour perdu &facile à retrouver 2192
La veritable cauſe de la perte du parfait Amour ,
2193
Réponse à la Lettre de M. G. Barrez , au fujet de
l'uſage interieur de l'Eau de vie ,
L'Ombre de Petrarque , ou la Sorgue, Cantate ,
Refléxions ,
Enigme , Logogryphe ,
2195
2202
2205
2211
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts , Panegyrique
de S. Auguftin ,
? Memoires pour
Illuftres , & c.
2215
fervir à l'Hiftoire des Hommes
2225
Réponse du Soufleur de la Comedie de Rouen , a
la Lettre , & c . 2232
Principes generaux & raiſonnez de la Grammaire
Françoife , &c.
Rituel du Diocèfe de Blois , & c.
2237
2242
Recueil des Reglemens concernant les Manufactures
, & c. 2245
Theſe dédiée à la Reine à Arles , &c. 2248
Ecole de Cavalerie , & c.
2250
Salufte avec des Notes , &c. 2255
Paranymphes aux Ecoles de Medecine , &c . 2257
Reception de M. Malouin de Caën , dans la Faculté
de Medecine de Paris , 2261
Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, 2265
Chanfon notée & Vaudeville , 2270
Spectacles. Le Caprice d'Erato , & c. 2273
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , &c.
2279
De Ruffie , 2280
Dannemarc , Allemagne & Italie , 2282
Ordonnance du Pape , &c . 2288
Harangues au Roi , à la Reine de Sardaigne & au
Duc de Savoye , 2295
D'Espagne & Grande Bretagne , 2294
Morts , Mariages des Pais Etrangers , 2226
Sacrifice d'Iphigenie , Tableau prefenté au Roi ,
2299
Réjouiffance fur la Naiffance du Duc d'Anjou ,
&c. 2301
2303
Jeu de l'Anguille fur la Seine , & c.
Lettre des Penfionnaires des Jefuites au fujer de
la Naiffance du Duc d'Anjou , 2307
Modes nouvel. & anciennes,Eftampe gravée, 2 3 1 r
Bouquet ,
Morts , Naiffances ,
Arrêts ,
2325
2326
2329
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Résumé : TABLE.
Le document recense diverses œuvres littéraires et événements historiques. Parmi les œuvres littéraires figurent des poèmes comme 'Les Fugitives' et 'Les Jardins de S. Martin', ainsi que des lettres, des odes, des épîtres et des réponses à des correspondances. Notamment, 'Réponse du P. Texte à la Lettre du P. Sollier' et 'Lettre en Prose & en Vers sur un Songe' sont mentionnées. Le document inclut aussi des écrits sur des sujets variés, tels que l'usage des cartes pour l'apprentissage du latin et des réflexions sur l'amour. Des œuvres musicales et théâtrales comme 'L'Ombre de Petrarque' et 'Le Caprice d'Erato' sont également listées. Le document mentionne des événements historiques et des nouvelles littéraires, tels que des panégyriques, des mémoires et des nouvelles des beaux-arts. Des informations sur des événements politiques et sociaux sont présentes, comme des harangues au roi, des ordonnances du pape et des nouvelles étrangères concernant la Turquie, le Danemark, l'Allemagne et l'Italie. Enfin, des événements marquants tels que des naissances, des mariages et des décès sont notés, ainsi que des spectacles et des jeux populaires.
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7485
s. p.
Errata de Septembre.
Début :
Page 1953. ligne 4. dit-on effacez ce mot. P. 1957. l. 20. qui, effacez ce mot. Ibid. l. 25 [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata de Septembre.
Errata de Septembre.
Age 1953. ligne 4. dit- on , effacez ce mot .
P. 1957. 1. 20. qui , effacez ce mot. Ibid. 1. 2 §
& 26. à celle qui environne ce même Tombeau
effacez tout cela. P. 1958. 1. 3. double , effacer
encore ce mot. P. 1959.1 . 6. Lamelot, l. Lancelot
P. 1969. au 4 Vers , incroyables , incurables.
P. 1981. de féjour , l. le féjour . P. 1991. l . 22 .
parues , 1. paru. Ibid. 1. antipenultiéme , ayant
paffé , 1. étant paffé. P. 2098. au 14.Vers , Pirhon,
1. Pithon. Ibid. au 18. Semélé, l.Sémele . P. 2 101
1. 23. Banniere , 1. barriere. P. 2102. l . 27. le
Rampant , l, la rampe. P. 2106. 1. 19. defquels ,
étez ce mot . P. 2112. l . 14. le Préfident , l. le
Premier Préfident. P.2 1 13. 1. 18. époufa , l. époufe.
Age 1953. ligne 4. dit- on , effacez ce mot .
P. 1957. 1. 20. qui , effacez ce mot. Ibid. 1. 2 §
& 26. à celle qui environne ce même Tombeau
effacez tout cela. P. 1958. 1. 3. double , effacer
encore ce mot. P. 1959.1 . 6. Lamelot, l. Lancelot
P. 1969. au 4 Vers , incroyables , incurables.
P. 1981. de féjour , l. le féjour . P. 1991. l . 22 .
parues , 1. paru. Ibid. 1. antipenultiéme , ayant
paffé , 1. étant paffé. P. 2098. au 14.Vers , Pirhon,
1. Pithon. Ibid. au 18. Semélé, l.Sémele . P. 2 101
1. 23. Banniere , 1. barriere. P. 2102. l . 27. le
Rampant , l, la rampe. P. 2106. 1. 19. defquels ,
étez ce mot . P. 2112. l . 14. le Préfident , l. le
Premier Préfident. P.2 1 13. 1. 18. époufa , l. époufe.
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Résumé : Errata de Septembre.
Le document 'Errata de Septembre' corrige un texte de 1953. Les modifications incluent des suppressions de mots comme 'dit-on' sur la page 1953 et 'qui' sur la page 1957. Des changements de mots sont également effectués, comme 'Lamelot' en 'Lancelot' sur la page 1959. Des ajustements orthographiques et grammaticaux sont mentionnés, ainsi que des corrections de titres et de fonctions.
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7486
s. p.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
Page 2188. ligne 17. le bras, lisez le bas. P. 2208. l. 9. entendre, l. étendre. P. 2219. l. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page
Age 2188. ligne 17. le bras , life le bas.
P. 2208. 1. 9. entendre , l. étendre. P. 2219. 1.
27. épuifée , 1. épousée. l. P. 2234. 1. 24. de Heros,
1. du Heros . P.2235 . 1. 25. livré , l . livrée.P.2250
1. 14. Remieu , l. Romieu. P. 2254. 1. 8. eaues ,
1. eaux. P. 2261. I. 4. du Bas, l . du Bos. P. 2280
1. 10. Ternau , l . Tetuan.
Page
Age 2188. ligne 17. le bras , life le bas.
P. 2208. 1. 9. entendre , l. étendre. P. 2219. 1.
27. épuifée , 1. épousée. l. P. 2234. 1. 24. de Heros,
1. du Heros . P.2235 . 1. 25. livré , l . livrée.P.2250
1. 14. Remieu , l. Romieu. P. 2254. 1. 8. eaues ,
1. eaux. P. 2261. I. 4. du Bas, l . du Bos. P. 2280
1. 10. Ternau , l . Tetuan.
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7487
s. p.
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L'Air note doit regarder la page 2270 [...]
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L'Air note doit regarder la page 2270
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7488
s. p.
« La Planche des Modes, la page 2311 [...] »
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La Planche des Modes, la page 2311 [...]
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La Planche des Modes, la page 2311
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7489
p. [2331]-2335
L'ENFER, ODE.
Début :
Ou suis-je ? Quel abîme s'ouvre ! [...]
Mots clefs :
Enfer, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : L'ENFER, ODE.
L'ENFER ,
O D E.
U fuis-je ? Quel abîme s'ouvre !
Tout m'aveugle , tout m'éblouit ,
Le Soleil fuit , le Ciel fe couvre ,
Et l'Univers s'évanouit !
Quelle lumiere tenebreufe ,
Répand dans une nuit affreufe,
Des feux incertains & tremblans ?
A ij Ah !
2332 MERCURE DE FRANCE
Ah ! je fuis dans le précipice ;
Quelle Puiffance affez propice ,
Conduira mes pas chancelans ?
Je vois le centre de la Terre ,
Mais tout redouble mon effroy :
J'entends l'impatient Tonnerre ,
:
Qui gronde horriblement fous moi :
Quel bruit ! quelle ardeur dans ce Goufre!
Un feu de bitume & de fouffre ,
Seconde les efforts du fer :
Les cris , les grincemens , la rage ,
Jufqu'à moi fe font un paffage ;
Ah , Crel ! que vois-je ? c'eſt l'Enfer.
*
C'eft dans ces Cavernes brulantes ,
Grand Dieu , que ton bras tout-puiflant,
Par des chaînes toujours ardentes ,
Retient le Pécheur frémiſſant.
•
C'est là qu'une Ame criminelle ,
Brule d'une flamme éternelle
Et qui ne la confume pas :
Là , l'Adultere & le Parjure ;
Contre la gêne & la torture,
Appellent en vain le Trépas.
Quelle main invifible arrête ›
NOVEMBRE. 1730. 2333
Ces Monts & ces Rocs fufpendus ?
Ah Lque n'écrafent-ils la tête ,
De ces coupables confondus ?
Hélas ! les foupirs & les larmes ,
N'ont plus ces invincibles charmes ,
Qui defarmoient un Dieu vengeur :
Pour punir une race ingrate ,
Son pouvoir en ces lieux n'éclate ,
Que par fon extrême rigueur.
Objets de courroux & de haîne
Pour vous , il n'eft plus de pardon :
De vos crimes portez lá peine ,
Dans un éternel abandon .
Loin des bons que vous pouviez fuivre ;
Eprouvez , indignes de vivre ,
Mille morts fans pouvoir mourir.
Votre malheur eft votre ouvrage ,
Vous recevez votre partage ,
Jamais vivre & toûjours fouffrir.
*
Qu'entends-je ? Quelle voix horrible ,
Dans l'amertume de ces pleurs ,
Vient m'apprendre un mal plus terrible ;
Que les plus cuifantes douleurs ?
Quoy donc ! la flamme petillante,
Le fer ardent , l'huille bouillante ,
A iij
Ne
2334 MERCURE DE FRANCE
Ne font ici qu'un vain effort ,
Eh! quel fupplice les furmonte
Seroit - ce la fatale honte ,
Ou l'impitoyable remord
Ovous , qui vivant de chimeres
Doutez de ce qu'on ne peut voir :
Ecoutez les plaintès ameres ,
Qu'éxale un affreux deſeſpoir :
Ah , Juftice ! Ah , Loi fouveraine ,
Redouble en augmentant la peine
De nos maux l'active lenteur ;
Mais que le fort qui nous accable ,
Nous laiffe l'espoir fecourable ,
De voir un jour le Créateur.
Non , traîtres , votre ame égarée ,
Dans un Dédale de projets ,
Pour jamais fera féparée ,
Du Dieu , qu'ont armé vos forfaits,
Trop indignes de voir fa face ,
Oppofez votre vaine audace ,
Au plus terrible des malheurs ,
Mais cet invincible courage ,
N'eft plus qu'une impuiſſante rage ;
Et je n'apperçois que des pleurs.
Ainfi
NOVEMBRE. 1730. 233 5
'Ainfi gémiffent fans refſource ,
Dans les abîmes foûterrains ,
Ces hommes vains , qui dans leur courſe ,
Par le crime ont fouillé leurs mains :
Ainfi l'Avare au coeur perfide ,
Le Sacrilege parricide ,
Trouvent le prix de leur noirceur ;
Pendant qu'à leurs maux infenfible ,
Le Jufte , d'un féjour paiſible ,
Goute l'éternelle douceur.
Grand Dieu , dont la fage indulgence ,
Souffre encor mon iniquité :
J'adore & je crains ta vengeance ,
Mais j'efpere dans ta bonté.
Souvent prêt à nous mettre en poudre ;
Ton bras qui va lancer la foudre ,
Releve un coeur triſte , abbatu ;
Et toûjours ta fainte Juſtice ,
Qui dans l'Enfer punit le vice ,
Dans le Ciel place la vertu.
In malitia eorum diſperdet eos . Pl. 933
O D E.
U fuis-je ? Quel abîme s'ouvre !
Tout m'aveugle , tout m'éblouit ,
Le Soleil fuit , le Ciel fe couvre ,
Et l'Univers s'évanouit !
Quelle lumiere tenebreufe ,
Répand dans une nuit affreufe,
Des feux incertains & tremblans ?
A ij Ah !
2332 MERCURE DE FRANCE
Ah ! je fuis dans le précipice ;
Quelle Puiffance affez propice ,
Conduira mes pas chancelans ?
Je vois le centre de la Terre ,
Mais tout redouble mon effroy :
J'entends l'impatient Tonnerre ,
:
Qui gronde horriblement fous moi :
Quel bruit ! quelle ardeur dans ce Goufre!
Un feu de bitume & de fouffre ,
Seconde les efforts du fer :
Les cris , les grincemens , la rage ,
Jufqu'à moi fe font un paffage ;
Ah , Crel ! que vois-je ? c'eſt l'Enfer.
*
C'eft dans ces Cavernes brulantes ,
Grand Dieu , que ton bras tout-puiflant,
Par des chaînes toujours ardentes ,
Retient le Pécheur frémiſſant.
•
C'est là qu'une Ame criminelle ,
Brule d'une flamme éternelle
Et qui ne la confume pas :
Là , l'Adultere & le Parjure ;
Contre la gêne & la torture,
Appellent en vain le Trépas.
Quelle main invifible arrête ›
NOVEMBRE. 1730. 2333
Ces Monts & ces Rocs fufpendus ?
Ah Lque n'écrafent-ils la tête ,
De ces coupables confondus ?
Hélas ! les foupirs & les larmes ,
N'ont plus ces invincibles charmes ,
Qui defarmoient un Dieu vengeur :
Pour punir une race ingrate ,
Son pouvoir en ces lieux n'éclate ,
Que par fon extrême rigueur.
Objets de courroux & de haîne
Pour vous , il n'eft plus de pardon :
De vos crimes portez lá peine ,
Dans un éternel abandon .
Loin des bons que vous pouviez fuivre ;
Eprouvez , indignes de vivre ,
Mille morts fans pouvoir mourir.
Votre malheur eft votre ouvrage ,
Vous recevez votre partage ,
Jamais vivre & toûjours fouffrir.
*
Qu'entends-je ? Quelle voix horrible ,
Dans l'amertume de ces pleurs ,
Vient m'apprendre un mal plus terrible ;
Que les plus cuifantes douleurs ?
Quoy donc ! la flamme petillante,
Le fer ardent , l'huille bouillante ,
A iij
Ne
2334 MERCURE DE FRANCE
Ne font ici qu'un vain effort ,
Eh! quel fupplice les furmonte
Seroit - ce la fatale honte ,
Ou l'impitoyable remord
Ovous , qui vivant de chimeres
Doutez de ce qu'on ne peut voir :
Ecoutez les plaintès ameres ,
Qu'éxale un affreux deſeſpoir :
Ah , Juftice ! Ah , Loi fouveraine ,
Redouble en augmentant la peine
De nos maux l'active lenteur ;
Mais que le fort qui nous accable ,
Nous laiffe l'espoir fecourable ,
De voir un jour le Créateur.
Non , traîtres , votre ame égarée ,
Dans un Dédale de projets ,
Pour jamais fera féparée ,
Du Dieu , qu'ont armé vos forfaits,
Trop indignes de voir fa face ,
Oppofez votre vaine audace ,
Au plus terrible des malheurs ,
Mais cet invincible courage ,
N'eft plus qu'une impuiſſante rage ;
Et je n'apperçois que des pleurs.
Ainfi
NOVEMBRE. 1730. 233 5
'Ainfi gémiffent fans refſource ,
Dans les abîmes foûterrains ,
Ces hommes vains , qui dans leur courſe ,
Par le crime ont fouillé leurs mains :
Ainfi l'Avare au coeur perfide ,
Le Sacrilege parricide ,
Trouvent le prix de leur noirceur ;
Pendant qu'à leurs maux infenfible ,
Le Jufte , d'un féjour paiſible ,
Goute l'éternelle douceur.
Grand Dieu , dont la fage indulgence ,
Souffre encor mon iniquité :
J'adore & je crains ta vengeance ,
Mais j'efpere dans ta bonté.
Souvent prêt à nous mettre en poudre ;
Ton bras qui va lancer la foudre ,
Releve un coeur triſte , abbatu ;
Et toûjours ta fainte Juſtice ,
Qui dans l'Enfer punit le vice ,
Dans le Ciel place la vertu.
In malitia eorum diſperdet eos . Pl. 933
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Résumé : L'ENFER, ODE.
Le texte décrit une vision de l'Enfer, marquée par la terreur et le désespoir. Le narrateur découvre un abîme effrayant où tout semble s'évanouir, illuminé par une lumière ténébreuse et des feux incertains. Il entend des cris et des grincements de rage. L'Enfer est un lieu de souffrances éternelles, où les pécheurs sont retenus par des chaînes ardentes et brûlent d'une flamme éternelle sans jamais être consumés. Les criminels, tels que les adultères et les parjures, appellent en vain la mort pour échapper à leurs tourments. Les supplices y sont intenses et variés, mais la pire souffrance est la honte et le remord. Les âmes damnées sont privées de tout espoir de voir le Créateur. Le texte oppose les pécheurs, qui souffrent éternellement, aux justes, qui goûtent une éternelle douceur dans un séjour paisible. Le narrateur, conscient de ses propres fautes, implore la miséricorde divine, craignant la vengeance tout en espérant la bonté de Dieu. Il reconnaît que la justice divine punit le vice en Enfer et récompense la vertu au Ciel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7490
p. 2336-2363
SISIEME LETRE sur la bibliotèque des enfans et sur l'essaì du rudiment pratique de la langue latine.
Début :
MONSIEUR, Je done ici l'essaì du rudiement pratique de la langue latine pour abreger le [...]
Mots clefs :
Enfant, Verbes, Pratique, Latin, Méthode, Substantif, Écoles, Syntaxe, Dictionnaire, Conjugaison
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texteReconnaissance textuelle : SISIEME LETRE sur la bibliotèque des enfans et sur l'essaì du rudiment pratique de la langue latine.
SISIE ME LETRE surla bibliotèque
des enfans et sur l'essai du rudiment
pratique de la langue latine .
MONSIE ONSIEUR ,
Je done ici l'essai du rudiment pratique
de la langue latine pour abreger le
tems que les enfans emploient , et épargner
celui que la plupart perdent à aprendre
par coeur bien des paradigmes , des
exemples , et des règles inutiles quand ils
comencent leurs études . J'ai cru que dans
la grammaire , come dans la géometrie ,
en devoit chercher une liaison pour pas
ser du simple au composé ; et c'est ce qui
m'a déterminé à comencer par les parties
d'oraison ou du discours , adverbiales et
indéclinables, soit qu'elles éxigent des cas
come les prépositions , soit qu'elles n'en
demandent point come les adverbes , etc.
On ne sauroit donc mieus faire que de
doner abécédiquement ou d'une autre
manière en latin et en françois, en françois
eten latin , les principales particules indéclinables
par ordre de qualité. On pouroit,
par exemple , doner les interjections de
joie , d'afliction , etc. les conjonctions copulatives,
NOVEMBRE. 1730. 2337
pulatives , disjonctives , etc. les adverbes
d'afirmation , de négation , etc. les prépositions
et les particules sans cas et avec.
leurs cas ; metant à part celes qui régissent
ou demandent le nominatif , le genitif,
le datif, l'acusatif , le vocatif, ou l'ablatif.
On comprend dans les lectures ou dans
les leçons des indéclinables , les petites
frases adverbiales , proverbiales , modifiées
par des particules, mais dont la construction
est toujours la même. Enfin on
peut doner dans la leçon des indeclina
bles tous les modificatifs transitifs , et toutes
les transitions déclinables ou indéclinables
, lorsqu'elles sont employées come
de simples adverbes, ou come des mots
adverbialement composés de plusieurs autres
mots .
Après que l'enfant auralu,relu, et composé
sur son bureau ce qui regarde les
parties du discours indéclinables, il faudra
ensuite le faire passer aus parties déclinables,
et doner peu àpeu à chaque déclina
son la liste des principaus noms substantifs
et adjectifs, de mème que les pronoms
et les noms de nombre à mesure qu'ils passeront
dans les tèmes de l'enfant , et dans
son dictionaire pratique . On poura essayer
de mètre quelquefois dans ces listes la terminaison
du genitif, et le genre du nom
par exemple , luna , a , f. ( la lune ) ca
Av
2
dame
2338 MERCURE DE FRANCE
dans une autre liste , la lune ( luna , æ, f. }
afin d'avoir une liste pour la version et
une autre pour la composition : ce sera un
peu plus de peine pour le maître en atendant
qu'on ait de bons rudimens pratiques
; mais il en sera bientot dédomagé
par la rapidité des progrès qu'il vêra faire
à son petit éleve .
Je ne sais s'il seroit mieus de doner une
liste des mots déclinables par ordre abécédique
, ou par ordre des matières , et
de qualité , etc. peut- ètre ne doit-on suivre
au comencement que l'ordre et la
suite des lectures , et joindre chaque jour
aus listes comencées les mots qu'on rencontrera
pour la première fois dans les
lectures ordinaires. quand les listes seront
longues , on sera forcé de suivre l'ordre
abécédique , pour ne pas recopier souvent
les mèmes mots ; desorte qu'il sera mieus
pourlors d'avoir la liste générale et suivie
des mots que fourniront les diverses
lectures , pour en former après cela avec
plus d'exactitude et fans répétition , les
diverses listes des mots par ordre abécédique.
On ne doit copier les listes des
mots par ordre abécédique , que lorsque
l'enfant en sait par coeur plusieurs cenraines.
On le pratica ainsi pour le petit
Candiac , agé de cinq ans : il avoit pour
la version d'un texte , une facilité qu'on
auroit
NOVEMBRE . 1730. 2339
auroit peine à croire , à moins que de
l'avoir vu , ce qu'ont fait bien des savans
et des curieus que je pourois citer en faveur
de la métode pratique du bureau :
ils l'ont admirée, aprouvée, et en rendent
par tout le mème témoignage. Pour métre
facilement les mots des tèmes , des versions
, et des lectures dans l'ordre abécédique
du dictionaire du bureau , il faut
prendre une feuille pour chaque lètre de
l'a b c, diviser la page en quatre colones ,
savoir , la première pour les verbes , la
segonde pour les noms adjectifs , la troisieme
pour les noms apellatifs , et la
quatrieme pour les particules indéclinables
, qu'on écrit à mesure qu'on en augmente
le dictionaire. On suivra enfin l'ordre
qu'on voudra , à l'égard des noms
propres on poura les copier separément
sur dautres feuilles , historiques et non
grammaticales. En atendant cète liste , il
sufit que les noms propres soient à leur
rang de logètes dans le dictionaire pratique.
Pour faire décliner les noms d'une manière
pratique et sensible , il faut joindre
chaque cas avec un mot indéclinable , ou
déclinable , qui exige ou régisse le cas ,
par exemple , en luna ( voilà la lune ) figura
luna ( la figure de la lune , etc. ) métode
qu'il faudra suivre dans chaque dé
A vj cli
2340 MERCURE DE FRANCE
clinaison des noms et des pronoms , err
combinant et variant les termes , autant
que l'exercice des déclinaisons poura le
permetre ; c'est pourquoi il faudra changer
de nom , de préposition , d'adverbe ,
ou enfin de mot regissant , pour varier
ce jeu et le rendre plus instructif et
moins ennuyant ; car il ne faut pas quiter
les déclinaisons que l'enfant ne conoisse
et ne sente bien l'usage et la distinction
des cas , des nombres , de Particle , des
terminaisons , et la diference des genres.
›
On suivra le meme ordre en passant
du jeu des mots déclinables au jeu ou à
Pexercice des mots conjugables , en començant
par le verbe substantif sum ( je
suis) et continuant par les conjugaisons active
et passive, avant que de passer à cèle
des verbes déponens , neutres , irreguliers
etc. observant de joindre à chaque persone
du verbe , une petite frase contenant
quelque indéclinable et quelque déclinable
, pour entretenir et augmenter
la conoissance aquise des adverbes , des
prépositions , des noms , des pronoms ,
et généralement de tout ce qui regarde
l'indéclinable et le déclinable , c'est- àdire
, qu'il faut faire entrer dans la frase
courante et du jour , les dificultés des petites
frases qui ont déja passé , avec les
nouvèles dificultés que le maitre souhaite
doner
NOVEMBRE . 1730. 234T
doner à l'enfant, et j'apèle cela imiter dans
un sens la métode des géometres.Par exem.
je suis toujours devant le seigneur, etc.
ego sum femper coram domino , etc.
L'enfant qui saura lire le latin et le
françois poura composer ensuite au bureau
tipografique, les petites frases sur les
sis cas des noms déclinés avec les combinaisons
des parties du discours : par exemple
, ecce authorÆsopus auctor ; ego auctor,
doctus auctors sum auctor ; amor auctor, etc.
L'enfant passera peu- à-peu des petites frases
aus plus longues de cèles que l'on peut
doner en glose mot- à-mot en latin er en
françois après quoi viendra le recueil des
petites frases choisies d'usage courant et
journalier purement latines , qu'on ne
peur traduire mot- à- mot sans latînismes ,
et de celles qu'on ne peut composer en
latin mot-à-mot sans gallicismes. Le rudiment
pratique doit comprendre tous les
mots qui sont employés dans ces frases ;
et outre ce recueil pratique, il ne sera peutêtre
pas mal d'avoir encore une nomenclature
ou un vocabulaire par ordre des
matieres , afin que l'enfant de trois ans
lisant et relisant les mots de ce livre jusqu'à
sis ans , et les composant sur son bureau
tipografique , soit plu- tot en état de
passer à la lecture des bons originaus
avec le secours du maître , qui doit lut
tenir
*
2342 MERCURE DE FRANCE
tenir lieu de téorie , de grammaire , de
dictionaìre , etc. et qui doit lui expliquer
à propos les principes nécessaires pour
l'intelligence et le génie des langues .
Quoique le rudiment pratique contiè
ne des exemples sur toutes les concordances
et sur la sintaxe , le maitre fera
bien de doner de petites frases sur les dificultés
des genres , des déclinaisons , des
conjugaisons, et de la sintaxe ; en comançant
par les frases du nominatif , et continuant
à son chois , ou au chois de l'enfant,
par celle de tous les cas et des nombres
des mots déclinables , soit noms ou
pronoms , avec la pratique des mots indéclinables
ou déclinables , qui exigent
ou régissent quelque cas. il ne sera point
mal de doner des frases proportionées à
l'age et à la capacité de l'enfant, de mème
qu'à l'état auquel les parens le destinent.
Ôn fera la mème chose à l'égard des verbes
pour les tems , les modes , les participes
, etc. employant les pronoms personels
, réciproques , rélatifs , absolus , démonstratifs
, interogatifs , responsifs ,
possessifs , etc. avec la pratique continuèle
des mots indéclinables ou déclinables , et
quelquefois avec cèle des questions de
lieu , de tems , de mesure , etc. Tout ce
qui s'apèle particule , doit se trouver dans
les frases sur les verbes , tems pour tems ,
mode
NOVEMBRE . 1730. 23 43
mode pour mode , observant quelque ordre
, quoique libre , dans toute cete métode
pratique . Au comencement chaque
mot latin doit ètre sous le mot françois ,
selon la méthode de M. du Marsais , en
atendant que l'enfant soit en état de
рон-
voir se contenter d'une ligne de françois
sous une ligne de latin , mais non mot à
mot ; ou qu'il puisse se servir d'un pur
texte , dont la construction soit chifrée
et numerotée come le texte des fables de
Phèdre , que l'enfant peut mètre sur son
bureau , en suivant l'ordre des chifres qui
I 2 3.
leg uident , par exemple : Lupus et agnus
4 5 7 8
compulsi siti venerant ad eundem rivum , etc.
Les maltres qui ne sont pas en état de
bien montrer par eus-mèmes , auront recours
à la méthode de P. R. et encore
mieus à celle de M. du Marsais ; sans acabler
de regles , ni embarasser les enfans
qui ont plu - tot besoin de pratique que
de réorie , ainsi qu'ils le démontrent eus
mèmes par la facilité avec laquelle ils aprè
nent la langue maternèle : cète facilité que
la pratique done , permetra aussi d'accentuer
le latin du rudiment et des tèmes
, come on le fait ordinairement dans
les livres d'église ; c'est le moyen de former
de bone heure l'oreille de l'enfant ,
au moins à la quantité des pénultièmes
silabes
2344 MERCURE DE FRANCE
silabes , en atendant qu'il puisse apren
dre cèle des autres silabes , par la pratique
des compositions au bureau tipografique
, et par la lecture ou par l'étude
des poëtes.
Quand l'enfant saura écrire on ne
sauroit mieus faire que de lui montrer à
copier les listes des noms et des verbes
dans l'ordre abécédique initial ou final ,
come celui du dictionaire des rimes >
pour faire observer les terminaisons , les
genres , les prétérits et les supins , en donant
peu à peu , et toujours à propos , la
doctrine des règles et des exceptions , bien
loin d'en acabler d'abord l'enfant , selon
la métode vulgaire des écoles et de la
plupart des maitres .
:) On
Il faudra copier les listes des verbes ,
et en avoir une particulière pour chaque
conjugaison , et ensuite la liste gé-,
nerale de tous les verbes ; par exemple :
amare , amo , amavi , amatum.
aimer, j'aime, j'ai aimé, aler aimer. On
poura doubler les listes des verbes come
on a fait cèle des noms, c'est - à- dire qu'on
poura les faire en latin et en françois , ec
ensuite en françois et en latin , le tout
sans oublier les verbes déponens , les verbes
neutres , les défectifs , les irreguliers ,
les impersonels , etc.
S
NOVEMBRE. 1730. 234.5
§ . 1. Déclinaison des noms.
On peut suivre sur les déclinaisons des
noms la métode proposée pour montrer
à lire à un enfant de deus à trois ans . il
faut au comencement avoir des cartes
pour les nombres , les cas , les mots à décliners
pour les terminaisons , l'article et
le mot françois , come pour le mot latin ,
et enfin pour chaque espece diferente de
nom , afin que l'enfant puisse sans embaras
et d'un coup d'euil , voir le jeu des déclinaisons.
cet exercice sera plus amusant
et plus instructif , si l'on observe avec
soin d'écrire en rouge ou d'un caractere
diferent les colones principales et alternatives
des déclinaisons , que l'on metra
sur des cartes exemple : N. lun a , la
lune , etc. il sufit de faire lire à l'enfant
un nom décliné pour chaque déclinaison :
par exemple,Musa ( la Muse ) pour la 1º,
dominus , (le seigneur ) pour la 2 : pater
( le pere ) pour la 3.fructus ( le fruit ) pour
la 4. dies ( le jour ) pour la 5. Les grammairiens
apèlent les mots ainsi déclinés
paradigmes , prototipes , c'est-à dire modè
les ou exemples , parce que ces mots servent
de règle pour décliner tous les noms
de la mème déclinaison , à quelque dife
rence près dont l'usage et la suite des lectures
, des versions , et des compositions
ins
2346 MERCURE DE FRANCE
instruiront mieus que les plus lons rudimens
des écoles. S'il arive que l'enfant
s'embrouille par les diferentes déclinaisons
, il faut le tenir plus lon -tems sur la
mème ; avant que de le faire passer à une
autre, et lui faire reciter ou lire plusieurs
noms à l'inspection du paradigme de l'exemplequ'il
sait , ou des simples terminaìsons,
ensorte qu'il lise ou qu'il récite rosa
( la rose) porta la porte , figura ( la figure)
fenestra ( la fenètre , corona ( la courone )
etc. à l'inspection de la carte de Mușa ,
ou de ses seules terminaisons ; ce que l'on
pratiquera dans chaque déclinaison , aïant
l'atention de choisir des mots faciles , et
dont le latin et le françois , soient presque
les mèmes , à la terminaison près.
Cependant si cette trop grande ressemblance
embrouilloit l'enfant , il faudroit
prendre d'autres mots , come menfa ( la
table ) ara ( l'autel ) etc. ne suivant aucune
métode qu'on ne soit prèt d'abandoner
pour une meilleure.
Lorsqu'on trouvera l'enfant trop jeune
et trop vif pour ètre mis sur des livres
ou sur des cartes de rudiment , on poura
essayer de lui faire aprendre en Eco et par
l'oreille seule le jeu des terminalsons; mais
il sera toujours beaucoup mieus que les
feus soient de la partie . Il semble au reste
le mot Musa ( la мuse ) n'ait que pas
été
trop
NOVEMBRE 1730. 2347
-
pre- bien choisi pour le paradigme de la
miere déclinaison ; car le mot Muse ou
Bliari , est à peu près la mème chose
pour un petit enfant : il est donc mieus
de ne doner aus enfans que des mots
conus et sensibles , afin de les lier plus
facilement avec l'idée des terminaisons :
c'est pourquoi rosa ( la rose ) luna ( la
lune ) etc. étant des mots , sensibles et
familiers à un enfant , doivent ètre préferés
dans le rudiment pratique au mot
Musa ; quelque petites et méprisables:
que ces remarques puissent paroitre ; le
lecteur non prévenu , fesant un mellleur
usage de son jugement , sera moins
esclave des défauts des anciènes métodes.
Quand l'enfant saura une déclinaison ,
on poura donc lui doner de petits tèmes
sur chaque cas , avec un adverbe , une
préposition , ou quelque mot déclinable
qui le régisse. On sera souvent obligé
d'employer des noms substantifs ou adjectifs
, faute de trouver assés d'indéclina
bles régissant les diferens cas , et l'on
observera d'écrire en noir le mot françois
et en rouge ou d'un caractere diferent
le mot latin , l'un sous l'autre et sur
des cartes à jouer , pour continuer d'entretenir
le badinage literaire , et éloigner
tout ce qui a l'air d'une étude en forme.
On
2348 MERCURE DE FRANCE
On ne doit point embarasser les enfans
de la déclinaison des mots Æneas ( Enée )
Penelope ( Penelope , la femme d'Ulisse )
ni d'Anchises ( Anchise , le pere d'Enée)
il faut renvoyer l'usage de cete doctrine
à un tems plus convenable et où l'on pou
ra parler des règles et des exceptions de
chaque déclinaison , à mesure que l'enfant
en aura besoin , et non pas plu -tot ,
malgré l'usage et la pratique contraire des
écoles. Le mot dominus ( le seigneur ) pour
le paradigme de la segonde déclinaison, est
peut- être moins propre que celui de lupus
(le loup : ) on doit soulager et menager
autant qu'on le peut , la memoire de l'enfant
et n'exiger d'abord de lui que le jeu
des terminaisons. C'est mal fait encore
de tenir lon- tems et inutilement les enfans
sur les déclinaisons des mots Virgi
lius ( Virgile ) magister ( le maitre ) vir
( l'home ) Orpheus ( Orphée ) templum ( lẹ
temple ) et mème sur les adjectifs , bonus ,
bona , bonum , ( le bon , la bone , le bon )
pulcher, pulchra, pulchrum ( le beau , la bèle,
le beau ) etc. On doit diferer l'usage de
cète doctrine pour le tems auquel
tems auquel on aura
lieu de parler des déclinaisons des noms
neutres et des noms adjectifs. il faut suivre
tant que la métode pratique
des langues vivantes , et ne faire
aprendre les choses qu'à proportion de
l'on
poura
Page
NOVEMBRE. 1730. 2349
de l'age , des idées aquises , et du besoin
courant de ces mèmes choses.
Il semble que les grammairiens n'ont
guère aporté de soin dans le chois qu'ils
ont fait des paradigmes des premieres déclinaisons
; car le mot pater ( le pere ) fe
sant au genitif patris , au lieu de pateris ,
il y a une espece de contraction qui paroit
une irregularité pour le paradigme,
ou l'exemple de cète déclinaison ; c'est
pourquoi j'ai préferé le mot soror ( la soeur)
qui restant entier dans tous les cas , done
des idées plus justes des terminaisons ajoutées
au nominatif ; il n'est pas non plus
necessaire de faire aprendre par coeur onze
paradigmes pour les onze terminaisons
nominatives des noms de cète déclinaison
, ni les noms neutres encore moins
les noms adjectifs : tout cela veut ètre réservé
pour le cours de doctrine que l'on
doit ensuite expliquer à l'enfant , selon
l'ocasion et selon le tems sans le surcharger
au comencement. On observera
la mème chose dans la quatrième et dans
la cinquième déclinaison , où il semble
que le motfacies ( la face ) conviene micus
que celui de dies ( le jour ) dont le latin
et le françois ont moins de raport ensemble.
Lorsque l'enfant saura décliner
les cinq noms ou paradigmes des cinq
déclinaisons, on poura essayer de lui faire
déclner
,
2350 MERCURE DE FRANCE
>
décliner le nom substantif avec l'adjectif,
selon la rime des terminaisons de la première
et de la segonde déclinaison ; et
ensuite peu à peu le faire passer aus autres
déclinaisons : par exemplesmusa bona,
dominus bonus , pater bonus , soror bona
fructus bonus , dies bona , etc. on pouroit
faire décliner les cinq paradigmes ensemble
pour en doner une idée plus précise
ou plus raprochée , suposé que cela n'embrouillât
pas l'enfant après quoi viendroit
le tour des noms neutres et des noms
adjectifs avec la doctrine qui les concerne
, en passant peu à peu du simple au
composé , et des règles les plus générales
aus moins générales , et aus exceptions
sur lesquelles on doit ètre fort sobre
, bien loin de jeter l'enfant dans le
caos par l'entassement de règle sur règle
avant le tems , selon l'usage abusif du
préjugé vulgaire et de prèsque toutes les
écoles.
En recomençant les déclinaisons , on
poura aussi essayer de faire décliner des
noms positifs , des comparatifs , et des superlatifs
, plu-tot pour fortifier l'enfant
sur les déclinaisons , que pour l'instruire
des degrés de comparaison : cète doctrine
ne doit ètre débitée qu'à mesure que l'enfant
en aura besoin , soit en lisant , en
explicant , ou en composant. On doit obexpli
NOVEMBRE. 1730. 235I
à
server la mème chose à l'égard des mots
Athena , Athenarum ( la vile d'Athenes )
Parisii , Parisiorum , ( la vile de Paris )
etc. chaque semaine on augmentera peu
peu l'étendue periodique du jeu ou de
l'exercice pratique des déclinaisons , en
fesant remarquer et sentir à l'enfant la
diference des nombres , des genres , et des.
cas ; la diference des terminaisons et des
déclinaisons , sur lesqueles il faut laisser
lon- tems un enfant avant que de le faire
passer aus verbes ; et cela d'autant mieus ,
qu'avec les seules déclinaisons pratiques
on peut doner des tèmes à l'enfant , et
l'exercer sur la composition et sur la version
des deus langues , ce qui ne paroitra
ridicule et absurde qu'à des esprits
prévenus et esclaves des métodes vulgaires.
On doit bien plus conter sur la prati
que que sur la téorie. A peine l'étude des
regles aprises par coeur done telle à l'enfant
quelque avantage sur celui qui ne les
aprend point, par coeur , mais qui les entend
seulement expliquer quand il lit.
qu'il traduit , ou qu'il compose. Un colège
où l'on ne parleroit jamais que bon
latin , feroit en peu de tems de bons écoliers
; il ne s'agit que de faire revivre l'usage
d'une langue morte , pourquoi ne le
fait on pas c'est parce qu'on suit celui
dos
2352 MERCURE DE FRANCE
des vieilles métodes et qu'on se prévient
contre les projets de toutes les nouvèles.
Un enfant vêra donc encore superficielement
les déclinaisons des nombres et des
degrés de comparaison; on lui fera remarquer
avec soin que toutes les déclinaisons
se raportent aus cinq paradigmes qu'on
lui aura fait voir ; les exceptions s'aprendront
ensuite par l'usage et cela est si vrai,
que sans l'usage on oublîroit mème les paradigmes.
Cependant je ne blâme point
l'ordre des nouveaus rudimens de la langue
latine : bien loin de là , je l'aprouve
fort, pourvu que l'enfant ne soit pas obligé
d'aprendre d'abord tout par coeur , et
qu'il ne se serve de ces rudimens que
pour la lecture , pour la version , et pour
la composition. On doit doner ce livre
come le repertoire des tables , des declinaisons
, et des conjugaisons , etc, dont
l'enfant peut avoir besoin , et dont il
aprendra à se servir jusqu'à ce qu'il soit
en état de s'en passer , et de se contenter
de l'usage d'un dictionaìre.
§. 2. Declinaison des Pronoms.
La metode que l'enfant a suivie en déclinant
les noms , indique cèle qu'il doit
suivre pour aprendre la pratique des pronoms.
il faut d'abord se contenter de la
declinaison des pronoms ego ( moi , on je )
174
NOVEMBRE . 1730. 2 3 5 3
tu ( toi on tu ) ille , illa , illud ( il , elle , )
etc. qui servent à conjuguer les verbes .
Ensuite à loisir viendra le tour du pronom
ou de l'article hic , hac , hoc ( ce ,
cet, cette) et lorsque l'enfant le saura passablement
, il poura essayer quelquefois
de joindre le genre aus noms qu'il déclinera
; suposé néanmoins que cela ne
l'embrouille pas , car cète pratique n'est
point absolument necessaire , malgré le
vieus préjugé de plusieurs écoles . Quand
l'enfant saura ces quatre pronoms , on lui
fera aprendre à loisir le pronom relatif ,
qui , que , quod ( qui , lequel , laquelle )
etc. mais il faut s'en tenir là , et laisser
l'étude des autres pronoms pour le tems
des lectures des versions , et des compositions
proportionées aus idées aquises dans
la langue latine; car je supose qu'on done
toujours à l'enfant des exemples en latin
et en françois, à mesure qu'il avance dans
les simples déclinaisons : on trouvera
quantité de ces exemples dans le rudiment
pratique , mais il est toujours mieus
d'en doner sur des choses relatives à l'enfant
, familieres , sensibles , que le hazard
fournit souvent bien plus à propos que
les livres.
5. 3. Conjugaison des verbes.
Aïant remarqué que les enfans oublient
B ordi2354
MERCURE DE FRANCE
ordinairement une leçon en passant à une
autre , j'ai cru que pour remedier à cet
inconvenient , il faloit tâcher de réduire
les déclinaisons et les conjugaisons à toute
la simplicité possible , afin de n'en faire
dans la suite qu'une leçon abregée ou un
brevia`re grammatical que l'enfantpourolt
réciter tous les jours jusqu'à ce qu'il ût
aquis l'habitude" que les seuls actes réiterés
peuvent lui donér. rour aprendre la
conjugaison des verbes , il faut comancer
par la table des terminaisons actives , et
doner , par le moyen des indéclinables ,
une idée sensible des trois tems qu'on
apèle passé , present, et à venir , ou futur ;
exemple, fe lus hier ce que je lis aujourdui ,
etje le relirai demain : ensuite bien loin de
s'amuser à faire aprendre par coeur les rè
gles en vers françois de la métode P. R.
encore moins les règles latines du Despautere,
il faut faire lire le verbe sum ( je
suis ) et faire remarquer à l'enfant le jeu
des figuratives ou des terminalsons actives
dont le verbe substantif sum fournit des
exemples pour les trois persones du singulier
et du plurier . L'essentiel est que
les terminaisons semblables des tems diferens
se raportent les unes aus autres
come par exemple : am , as , at ; amus , atis
ant,se raportent aus tems d'eram, de fueram,
etc, et cela servira pour les conjugaisons
›
actives
NOVEMBRE. 1730. 2355
actives , come pour cèle du verbe substantif.
Il sera bon aussi , pour rendre sensible
àun enfant ce qu'on apèle mode indica if,
mode fubjonctif, etc. de lui faire conjuguer
l'un après l'autre chaque tems de l'indicatif,
avec le même tems du subjonctif,
et de lui faire sentir également la diference
du mode et cèle de la terminaison ;
c'est au maitre ingenieus à chercher et à
varier les tours d'expression qui peuvent
produire l'efet qu'il en atend : je crois
cependant qu'on doit faire aprendre les
tems de l'indicatif avant ceus d'un fubjonctif,
la simplicité semble l'exiger de
la sorte ; mais quand l'enfant aura apris
l'indicatif et le subjonctif , il ne sera pas
mal de diversifier le jeu ou la manerede
conjug les tems de chaque mode , selon
l'age, le progrès , et le gout de l'enfant.
On poura donc pour lors faire conjuguer
alternativement chaque tems de l'indicatif
avec celui du subjonctif , ou bien le
maitre et l'enfant réciteront chacun leur
tems , et changeront de mode tour à tour.
A mesure que l'enfant avance dans la
conoissance sensible des parties du discours
, le maître doit lui doner à lire des
frases qui aient toujours raport à la doctrine
de chaque jour,en passant de l'indéclinable
au déclinable , et du déclinable
Bij au
2356 MERCURE DE FRANCE
:
au conjugable ; et pour cet efet il faut
lui doner des exemples qui contienent la
doctrine courante du jour pour l'ajouter
à cèle qui a déja été donée le jour précédent
le seul verbe substantif sum ( je
suis ) avec les indéclinables et les déclinables
, fournit peut- être des exemples
sur plus de la moitié de la sintaxe: pratique
préferable à cèle qui acable les enfans
condanés à aprendre par coeur toutes les
déclinaisons et toutes les conjugaisons
avant que d'en pratiquer la premiere .
L'école croit ce tems bien employé ,
quand l'enfant ne sait pas écrire , parce
qu'elle supose la nécessité d'aprendre par
coeur des principes avant que de les mettre
en pratique ; mais selon la métode du
bureau l'enfant sans savoir écrire ne laisse
pas de pratiquer l'exercice des tèmes , des
versions , et des compositions qu'on lui
done sur des cartes ; et c'est- là peut ètre
la meilleure manière d'ense`gner un enfant
, puisque dès le premier jour la téorie
et la pratique peuvent aler ensemble :
Fourlors un enfant est bientot mis en état
de s'amuser utilement , et agréablement ;
c'est là un avantage inconu aus auteurs
des métodes vulga res , qui dégoutent les
enfans dans la premiere étude des langues.
Je supose donc qu'on a déja un peu
parlé à l'enfant de la nature de l'adverbe,
de
NOVEMBRE . 1730. 2357
de la préposition , de la conjonction , et de
l'interjection: on doit peu à peu en alonger
et en varier les petites frases composées
d'une seule proposition , par exemple : la
viole angloise et harmonieuse de mon chér
frère Louis Jean Batiste , sera toujours , sans
contredit, l'instrument favori des amateurs de
La bone musique, etc. En suivant cète route,
on fait pratiquer les règles avant que de les
faire étudier , ou pour mieus dire , on
les pratique et on les étudie dans le mème
tems ; les progrès en seront beaucoup
plus grans , sur tout si au comancement
on fait lire et traduire des textes interlineaìres
, selon la métode de M. du Marsais
, et si l'on a soin , come l'enseigne
cet ingénieus Grammairien , d'expliquer
et de faire remarquer à l'enfant le sujet
et l'atribut , l'afirmation ou la négation
de chaque proposition .
Quoique le verbe substantif Sum ( je
suis ) soit le premier par où l'enfant doit
comancer les conjugaisons , il y a bien
des rudimens qui ne le metent qu'apr's
les verbes actifs , les verbes passifs , les
verbes déponens , et mème qu'après les
verbes neutres , à cause de son irrégularité
; cependant quand le verbe passif
n'auroit pas besoin de ce verbe auxiliaire
dans sa conjugaison , il seroit toujours
plus simple et plus régulier de co-
Biij man2358
MERCURE DE FRANCE
rancer les conjugaisons par cèle du verbe
Sum , que par cèles des verbes actifs ;
on est avant que d'agir : d'ailleurs le
verbe substantif representant tous les
verbes, permet une infinité de frases avec
le seul nominatif , ou avec d'autres cas ,
ce qui sufit pour l'usage de diverses concordances
aisées à concevoir et à retenir.
Les rudimens les plus sensés et les plus
métodiques qui ont comancé par la conjugaison
du verbe sum ( je suis ) , n'ont
pas immédiatement après doné cèles de
ses composés possum , prosum , adsum
desum , absum , intersum , obsum , &c.
Ces rudimens ont passé d'abord du verbe
substantif au verbe actif , et il semble
que par la mème raison ces grammairiens
auroient pu et du se contenter d'un seul
paradigme dans chaque declinaison , renvoyant
plus loin les irregularités des
noms , come on a coutume de le faire à
l'égard de cèles des verbes.
e
Si les rudimens ne sont donés aus enfans
que come un repertoire , contenant
la suite des conjugaisons du verbe actif ,
du verbe passif , et du verbe deponent
des 1ere , 2º , 3º , et 4° conjugaison , on
ne peut qu'aprouver cet ordre de livre et
de téorie ; mais si on oblige les enfans à
les aprendre d'abord tout de suite par
coeur , je doute qu'ils en soient plus
avancés
NOVEMBRE. 1730. 23 59
avancés que s'ils n'aprenoient qu'une
seule conjugaison active , sur laquelle on
epuiseroit toutes les frases de la sintaxe
dont le verbe amo ( j'aime ) . Par exemple
est susceptible , et cèles qu'on doneroit
avec tous les principaus verbes de la premiere
conjugaison qui se conjuguent come
le verbe amo , et qui regissent le
mème cas.
Je ne crois pas que l'enfant doive passer
à la conjugaison des verbes passifs ,
qu'il ne sache parfaitement cèle des verbes
actifs , où il est bon de le tenir lontems
et sans impatience ; car s'il paroit
que l'enfant en soit retardé , on vèra dans
la suite avec étonement qu'il en est au
contraire alé plus vite ; la raison seule
pouroit le démontrer à des esprits atentifs
et non prevenus , mais on veut bien
s'en raporter à la seule experience; le maitre
tâchera de varier et d'alonger toujours
le jeu des petites frases dans lesquelles il
fera entrer les parties du discours indeclinables
, les declinables , et les conjugables
du verbe substantif sum ( je suis )
et des verbes actifs conjugués come amo
( j'aime ). Exemple. Etant aujourd'hui un
·écolier diligent et laborieus , je lis avec bien
du plaisir dans les bèles éditions corectes de
l'imprimerie royale du Louvre.
Quand l'enfant saura bien décliner et
Bij con
2360 MERCURE DE FRANCE
conjuguer , il faudra l'instruire un peu
plus et de vive vois sur les parties du discours
qui composent les frases qu'on lui
done.On peut essayer de lui expliquer les
concordances et les règles de la sintaxe
si on s'aperçoit qu'il entende et qu'il sente
ce qu'on lui dit. Il faut, premierement lui
expliquer toutes les parties du discours
dans sa propre langue , avant que de passer
à cèlès des langues mortes : à force de
varier les exemples sur les noms , sur les
pronoms, et sur les verbes , l'enfant aquèra
en françois une espèce de routine et
de pratique qui le disposera à mieus comprendre
dans la suite toute la doctrine
des rudimens latins. On aura soin
de changer les parties du discours et
d'une frase , lorsque l'enfant saura les
mots de cèles qu'on lui aura donées auparavant
; c'est là le vrai et le seul moyen
d'avoir bientot present et d'entretenir le
cours des declinaisons et des conjugaisons
; et c'est peut ètre aussi l'unique ressource
avec les enfans des princes et des
grands seigneurs ; la pratique leur fera
tolerer la téorie , si le maitre a le talent
de se fire gouter lui même.
Lorsque l'enfant sera férme sur la première
conjugaison active , il sera aisé de
lui faire aprendre les autres conjugaisons ,
en fesant remarquer le jeu des terminalsons
NOVEMBRE . 1730. 2361
sons , et la diference d'une conjugaison à
une autre.Quoique l'enfant paroisse savoir
les quatre conjugaisons actives , il ne faut
pas pour cela le mètre encore aus conjugaisons
passives , parce qu'elles sont
trop dificiles , et que la plupart de leurs
tems n'ont aucun raport avec ceus des
verbes de la langue françoise ; cète langue
n'aïant point de verbe passif simple,
se sert du verbe substantif et du participe
passif, de mème que la langue latine
le pratique pour les tems du prétérit
parfait , du plusque parfait de l'indicatif
et du subjonctif , et pour le futur du
mème subjonctif ; de sorte que le verbe
passif n'a proprement de tems simples
que ceus present , de l'imparfait, et du
futur de l'indicatif , et ceus du present ,
et de l'imparfait du subjonctif ; c'est aus
savans latinistes à nous dire pourquoi de
amo, amabam , amavi, amaveram , amabo ,
etc..on n'a pas également formé amor ,
amabar, amavir , amaverar , amabor , etc.
du
Pour faire voir à l'enfant la conjugaison
passive , il faut d'abord comancer par
le jeu des simples terminaisons or , aris
´ou are , atur ; amur , amini , antur , etc. et
suivre la métode qu'on a pratiquée pour
la conjugaison du verbe substantif sum
je suis ) et cèle du verbe actif amo
( j'aime ) ; c'est pourquoi jutra tenir
B lon2362
MERCURE DE FRANCE
Ion-tems un enfant sur la premiere conjugaison
passive , avant que de le faire
passer aus autres , et à cèles des verbes
déponens , des verbes neutres , des verbes
irréguliers , etc. l'usage , la pratique ,
et les lectures continuèles fournissent assés
d'ocasions pour instruire un enfant et
pour le mètre en état de se servir du livre
des rudimens come d'un repertoire qu'on
aprend par coeur à force de le lire ou de
le feuilleter.
Nota. Fe me flate , Monfieur , qu'après
avoir û la patience de me lirejusqu'ici, malgré
l'essai d'une ortografe passagere , v015
voudrés bien me parloner encore l'exemple
de cèle qui suit , j'en rendrai conte dans quel
qu'autre lètre.
En treuue entre aultres choufes des Caietz ou
Les Feuilles adjouxtées ensemble , lefquelles
par leur haulteur forment des Libures ou des
Tables Analytiques à Columpnes & a Crochetz
grauces fur Cuybure pour lufaige de chaifquune-
Declinaifon & de chaifque ConjuGuaifon felon la
purité de la Langue Latyne. Jl fauldra faire
congnoiftre fongneufement a ung Enfant les.
Leczons de ces neuueaulx ieux qui feruiront
de nourreture a fon Efperit . Ie vouldroye que
les Parentz pour le perfect Exercice des Lettres
uoulfiffent auoir foing dVfer des Tiltres faicts
par des Maiftres Efcripuaintz ou encore myeulx
par des Paynctres ces Efcripteaulx porroient
aorner
NOVEMBRE. 1730. 2363
aorner les Couftez du CaBinet dung ieune Enfant
affin quayant a fa PhanTalie & fouant
foubz les deux oueilz le toutal de ces Obie&z
inftructifs & gratieulx jl iouaffe auecques ces
mefmes Obiectz qujl les apprenfist par cuer &
quil en fift fon prouffit car fijl les fcayet bien lire
de fon Chyef naiez pas paour quil commecte des
faultes fur les DeClinaifons & fur les ConiuGuaifons
pource quil ne porra plus eftre embarraſſe
ladeffus & ie doubte mefme quil aduiengne iamais
quil aye befoin quung aultre præpofe pour cela ou
le Varlet fyen luy chifflent la premiere Perfonne
des differentz temps quif doibt cheoifir pour
ConiuGuer. Le ieu des TerMinaifons donnant
les aultres. La-difficulte feuanoyt Ceulx des Pre-
Cepteurs auyfez qui uouldroyent foubftenir que
cela ne peult eftre ainfyn ie porroye le leur faire
ueoir euidentement en leur donnant de beaulx
argumentz & des faicts preuuez qui deburoyent
faire congnoyftre a tous les Perfo nnaiges du
Royaulme la uerite du fubiect que ie metoy e
faultre iour fur le Papier J uauldroit mieul, x
que les Criticqs foufpeconneulx vienfiffent aue c
doulceur ueoir de leurs yeulx lvfaige du Burea
TyPoGraphyque pour garir fehurement leu
Efperit pluftoft que de calumpnier ou de con
dampner trop legierement des TesMoings fa n
reprouche. le fuis , &c.
des enfans et sur l'essai du rudiment
pratique de la langue latine .
MONSIE ONSIEUR ,
Je done ici l'essai du rudiment pratique
de la langue latine pour abreger le
tems que les enfans emploient , et épargner
celui que la plupart perdent à aprendre
par coeur bien des paradigmes , des
exemples , et des règles inutiles quand ils
comencent leurs études . J'ai cru que dans
la grammaire , come dans la géometrie ,
en devoit chercher une liaison pour pas
ser du simple au composé ; et c'est ce qui
m'a déterminé à comencer par les parties
d'oraison ou du discours , adverbiales et
indéclinables, soit qu'elles éxigent des cas
come les prépositions , soit qu'elles n'en
demandent point come les adverbes , etc.
On ne sauroit donc mieus faire que de
doner abécédiquement ou d'une autre
manière en latin et en françois, en françois
eten latin , les principales particules indéclinables
par ordre de qualité. On pouroit,
par exemple , doner les interjections de
joie , d'afliction , etc. les conjonctions copulatives,
NOVEMBRE. 1730. 2337
pulatives , disjonctives , etc. les adverbes
d'afirmation , de négation , etc. les prépositions
et les particules sans cas et avec.
leurs cas ; metant à part celes qui régissent
ou demandent le nominatif , le genitif,
le datif, l'acusatif , le vocatif, ou l'ablatif.
On comprend dans les lectures ou dans
les leçons des indéclinables , les petites
frases adverbiales , proverbiales , modifiées
par des particules, mais dont la construction
est toujours la même. Enfin on
peut doner dans la leçon des indeclina
bles tous les modificatifs transitifs , et toutes
les transitions déclinables ou indéclinables
, lorsqu'elles sont employées come
de simples adverbes, ou come des mots
adverbialement composés de plusieurs autres
mots .
Après que l'enfant auralu,relu, et composé
sur son bureau ce qui regarde les
parties du discours indéclinables, il faudra
ensuite le faire passer aus parties déclinables,
et doner peu àpeu à chaque déclina
son la liste des principaus noms substantifs
et adjectifs, de mème que les pronoms
et les noms de nombre à mesure qu'ils passeront
dans les tèmes de l'enfant , et dans
son dictionaire pratique . On poura essayer
de mètre quelquefois dans ces listes la terminaison
du genitif, et le genre du nom
par exemple , luna , a , f. ( la lune ) ca
Av
2
dame
2338 MERCURE DE FRANCE
dans une autre liste , la lune ( luna , æ, f. }
afin d'avoir une liste pour la version et
une autre pour la composition : ce sera un
peu plus de peine pour le maître en atendant
qu'on ait de bons rudimens pratiques
; mais il en sera bientot dédomagé
par la rapidité des progrès qu'il vêra faire
à son petit éleve .
Je ne sais s'il seroit mieus de doner une
liste des mots déclinables par ordre abécédique
, ou par ordre des matières , et
de qualité , etc. peut- ètre ne doit-on suivre
au comencement que l'ordre et la
suite des lectures , et joindre chaque jour
aus listes comencées les mots qu'on rencontrera
pour la première fois dans les
lectures ordinaires. quand les listes seront
longues , on sera forcé de suivre l'ordre
abécédique , pour ne pas recopier souvent
les mèmes mots ; desorte qu'il sera mieus
pourlors d'avoir la liste générale et suivie
des mots que fourniront les diverses
lectures , pour en former après cela avec
plus d'exactitude et fans répétition , les
diverses listes des mots par ordre abécédique.
On ne doit copier les listes des
mots par ordre abécédique , que lorsque
l'enfant en sait par coeur plusieurs cenraines.
On le pratica ainsi pour le petit
Candiac , agé de cinq ans : il avoit pour
la version d'un texte , une facilité qu'on
auroit
NOVEMBRE . 1730. 2339
auroit peine à croire , à moins que de
l'avoir vu , ce qu'ont fait bien des savans
et des curieus que je pourois citer en faveur
de la métode pratique du bureau :
ils l'ont admirée, aprouvée, et en rendent
par tout le mème témoignage. Pour métre
facilement les mots des tèmes , des versions
, et des lectures dans l'ordre abécédique
du dictionaire du bureau , il faut
prendre une feuille pour chaque lètre de
l'a b c, diviser la page en quatre colones ,
savoir , la première pour les verbes , la
segonde pour les noms adjectifs , la troisieme
pour les noms apellatifs , et la
quatrieme pour les particules indéclinables
, qu'on écrit à mesure qu'on en augmente
le dictionaire. On suivra enfin l'ordre
qu'on voudra , à l'égard des noms
propres on poura les copier separément
sur dautres feuilles , historiques et non
grammaticales. En atendant cète liste , il
sufit que les noms propres soient à leur
rang de logètes dans le dictionaire pratique.
Pour faire décliner les noms d'une manière
pratique et sensible , il faut joindre
chaque cas avec un mot indéclinable , ou
déclinable , qui exige ou régisse le cas ,
par exemple , en luna ( voilà la lune ) figura
luna ( la figure de la lune , etc. ) métode
qu'il faudra suivre dans chaque dé
A vj cli
2340 MERCURE DE FRANCE
clinaison des noms et des pronoms , err
combinant et variant les termes , autant
que l'exercice des déclinaisons poura le
permetre ; c'est pourquoi il faudra changer
de nom , de préposition , d'adverbe ,
ou enfin de mot regissant , pour varier
ce jeu et le rendre plus instructif et
moins ennuyant ; car il ne faut pas quiter
les déclinaisons que l'enfant ne conoisse
et ne sente bien l'usage et la distinction
des cas , des nombres , de Particle , des
terminaisons , et la diference des genres.
›
On suivra le meme ordre en passant
du jeu des mots déclinables au jeu ou à
Pexercice des mots conjugables , en començant
par le verbe substantif sum ( je
suis) et continuant par les conjugaisons active
et passive, avant que de passer à cèle
des verbes déponens , neutres , irreguliers
etc. observant de joindre à chaque persone
du verbe , une petite frase contenant
quelque indéclinable et quelque déclinable
, pour entretenir et augmenter
la conoissance aquise des adverbes , des
prépositions , des noms , des pronoms ,
et généralement de tout ce qui regarde
l'indéclinable et le déclinable , c'est- àdire
, qu'il faut faire entrer dans la frase
courante et du jour , les dificultés des petites
frases qui ont déja passé , avec les
nouvèles dificultés que le maitre souhaite
doner
NOVEMBRE . 1730. 234T
doner à l'enfant, et j'apèle cela imiter dans
un sens la métode des géometres.Par exem.
je suis toujours devant le seigneur, etc.
ego sum femper coram domino , etc.
L'enfant qui saura lire le latin et le
françois poura composer ensuite au bureau
tipografique, les petites frases sur les
sis cas des noms déclinés avec les combinaisons
des parties du discours : par exemple
, ecce authorÆsopus auctor ; ego auctor,
doctus auctors sum auctor ; amor auctor, etc.
L'enfant passera peu- à-peu des petites frases
aus plus longues de cèles que l'on peut
doner en glose mot- à-mot en latin er en
françois après quoi viendra le recueil des
petites frases choisies d'usage courant et
journalier purement latines , qu'on ne
peur traduire mot- à- mot sans latînismes ,
et de celles qu'on ne peut composer en
latin mot-à-mot sans gallicismes. Le rudiment
pratique doit comprendre tous les
mots qui sont employés dans ces frases ;
et outre ce recueil pratique, il ne sera peutêtre
pas mal d'avoir encore une nomenclature
ou un vocabulaire par ordre des
matieres , afin que l'enfant de trois ans
lisant et relisant les mots de ce livre jusqu'à
sis ans , et les composant sur son bureau
tipografique , soit plu- tot en état de
passer à la lecture des bons originaus
avec le secours du maître , qui doit lut
tenir
*
2342 MERCURE DE FRANCE
tenir lieu de téorie , de grammaire , de
dictionaìre , etc. et qui doit lui expliquer
à propos les principes nécessaires pour
l'intelligence et le génie des langues .
Quoique le rudiment pratique contiè
ne des exemples sur toutes les concordances
et sur la sintaxe , le maitre fera
bien de doner de petites frases sur les dificultés
des genres , des déclinaisons , des
conjugaisons, et de la sintaxe ; en comançant
par les frases du nominatif , et continuant
à son chois , ou au chois de l'enfant,
par celle de tous les cas et des nombres
des mots déclinables , soit noms ou
pronoms , avec la pratique des mots indéclinables
ou déclinables , qui exigent
ou régissent quelque cas. il ne sera point
mal de doner des frases proportionées à
l'age et à la capacité de l'enfant, de mème
qu'à l'état auquel les parens le destinent.
Ôn fera la mème chose à l'égard des verbes
pour les tems , les modes , les participes
, etc. employant les pronoms personels
, réciproques , rélatifs , absolus , démonstratifs
, interogatifs , responsifs ,
possessifs , etc. avec la pratique continuèle
des mots indéclinables ou déclinables , et
quelquefois avec cèle des questions de
lieu , de tems , de mesure , etc. Tout ce
qui s'apèle particule , doit se trouver dans
les frases sur les verbes , tems pour tems ,
mode
NOVEMBRE . 1730. 23 43
mode pour mode , observant quelque ordre
, quoique libre , dans toute cete métode
pratique . Au comencement chaque
mot latin doit ètre sous le mot françois ,
selon la méthode de M. du Marsais , en
atendant que l'enfant soit en état de
рон-
voir se contenter d'une ligne de françois
sous une ligne de latin , mais non mot à
mot ; ou qu'il puisse se servir d'un pur
texte , dont la construction soit chifrée
et numerotée come le texte des fables de
Phèdre , que l'enfant peut mètre sur son
bureau , en suivant l'ordre des chifres qui
I 2 3.
leg uident , par exemple : Lupus et agnus
4 5 7 8
compulsi siti venerant ad eundem rivum , etc.
Les maltres qui ne sont pas en état de
bien montrer par eus-mèmes , auront recours
à la méthode de P. R. et encore
mieus à celle de M. du Marsais ; sans acabler
de regles , ni embarasser les enfans
qui ont plu - tot besoin de pratique que
de réorie , ainsi qu'ils le démontrent eus
mèmes par la facilité avec laquelle ils aprè
nent la langue maternèle : cète facilité que
la pratique done , permetra aussi d'accentuer
le latin du rudiment et des tèmes
, come on le fait ordinairement dans
les livres d'église ; c'est le moyen de former
de bone heure l'oreille de l'enfant ,
au moins à la quantité des pénultièmes
silabes
2344 MERCURE DE FRANCE
silabes , en atendant qu'il puisse apren
dre cèle des autres silabes , par la pratique
des compositions au bureau tipografique
, et par la lecture ou par l'étude
des poëtes.
Quand l'enfant saura écrire on ne
sauroit mieus faire que de lui montrer à
copier les listes des noms et des verbes
dans l'ordre abécédique initial ou final ,
come celui du dictionaire des rimes >
pour faire observer les terminaisons , les
genres , les prétérits et les supins , en donant
peu à peu , et toujours à propos , la
doctrine des règles et des exceptions , bien
loin d'en acabler d'abord l'enfant , selon
la métode vulgaire des écoles et de la
plupart des maitres .
:) On
Il faudra copier les listes des verbes ,
et en avoir une particulière pour chaque
conjugaison , et ensuite la liste gé-,
nerale de tous les verbes ; par exemple :
amare , amo , amavi , amatum.
aimer, j'aime, j'ai aimé, aler aimer. On
poura doubler les listes des verbes come
on a fait cèle des noms, c'est - à- dire qu'on
poura les faire en latin et en françois , ec
ensuite en françois et en latin , le tout
sans oublier les verbes déponens , les verbes
neutres , les défectifs , les irreguliers ,
les impersonels , etc.
S
NOVEMBRE. 1730. 234.5
§ . 1. Déclinaison des noms.
On peut suivre sur les déclinaisons des
noms la métode proposée pour montrer
à lire à un enfant de deus à trois ans . il
faut au comencement avoir des cartes
pour les nombres , les cas , les mots à décliners
pour les terminaisons , l'article et
le mot françois , come pour le mot latin ,
et enfin pour chaque espece diferente de
nom , afin que l'enfant puisse sans embaras
et d'un coup d'euil , voir le jeu des déclinaisons.
cet exercice sera plus amusant
et plus instructif , si l'on observe avec
soin d'écrire en rouge ou d'un caractere
diferent les colones principales et alternatives
des déclinaisons , que l'on metra
sur des cartes exemple : N. lun a , la
lune , etc. il sufit de faire lire à l'enfant
un nom décliné pour chaque déclinaison :
par exemple,Musa ( la Muse ) pour la 1º,
dominus , (le seigneur ) pour la 2 : pater
( le pere ) pour la 3.fructus ( le fruit ) pour
la 4. dies ( le jour ) pour la 5. Les grammairiens
apèlent les mots ainsi déclinés
paradigmes , prototipes , c'est-à dire modè
les ou exemples , parce que ces mots servent
de règle pour décliner tous les noms
de la mème déclinaison , à quelque dife
rence près dont l'usage et la suite des lectures
, des versions , et des compositions
ins
2346 MERCURE DE FRANCE
instruiront mieus que les plus lons rudimens
des écoles. S'il arive que l'enfant
s'embrouille par les diferentes déclinaisons
, il faut le tenir plus lon -tems sur la
mème ; avant que de le faire passer à une
autre, et lui faire reciter ou lire plusieurs
noms à l'inspection du paradigme de l'exemplequ'il
sait , ou des simples terminaìsons,
ensorte qu'il lise ou qu'il récite rosa
( la rose) porta la porte , figura ( la figure)
fenestra ( la fenètre , corona ( la courone )
etc. à l'inspection de la carte de Mușa ,
ou de ses seules terminaisons ; ce que l'on
pratiquera dans chaque déclinaison , aïant
l'atention de choisir des mots faciles , et
dont le latin et le françois , soient presque
les mèmes , à la terminaison près.
Cependant si cette trop grande ressemblance
embrouilloit l'enfant , il faudroit
prendre d'autres mots , come menfa ( la
table ) ara ( l'autel ) etc. ne suivant aucune
métode qu'on ne soit prèt d'abandoner
pour une meilleure.
Lorsqu'on trouvera l'enfant trop jeune
et trop vif pour ètre mis sur des livres
ou sur des cartes de rudiment , on poura
essayer de lui faire aprendre en Eco et par
l'oreille seule le jeu des terminalsons; mais
il sera toujours beaucoup mieus que les
feus soient de la partie . Il semble au reste
le mot Musa ( la мuse ) n'ait que pas
été
trop
NOVEMBRE 1730. 2347
-
pre- bien choisi pour le paradigme de la
miere déclinaison ; car le mot Muse ou
Bliari , est à peu près la mème chose
pour un petit enfant : il est donc mieus
de ne doner aus enfans que des mots
conus et sensibles , afin de les lier plus
facilement avec l'idée des terminaisons :
c'est pourquoi rosa ( la rose ) luna ( la
lune ) etc. étant des mots , sensibles et
familiers à un enfant , doivent ètre préferés
dans le rudiment pratique au mot
Musa ; quelque petites et méprisables:
que ces remarques puissent paroitre ; le
lecteur non prévenu , fesant un mellleur
usage de son jugement , sera moins
esclave des défauts des anciènes métodes.
Quand l'enfant saura une déclinaison ,
on poura donc lui doner de petits tèmes
sur chaque cas , avec un adverbe , une
préposition , ou quelque mot déclinable
qui le régisse. On sera souvent obligé
d'employer des noms substantifs ou adjectifs
, faute de trouver assés d'indéclina
bles régissant les diferens cas , et l'on
observera d'écrire en noir le mot françois
et en rouge ou d'un caractere diferent
le mot latin , l'un sous l'autre et sur
des cartes à jouer , pour continuer d'entretenir
le badinage literaire , et éloigner
tout ce qui a l'air d'une étude en forme.
On
2348 MERCURE DE FRANCE
On ne doit point embarasser les enfans
de la déclinaison des mots Æneas ( Enée )
Penelope ( Penelope , la femme d'Ulisse )
ni d'Anchises ( Anchise , le pere d'Enée)
il faut renvoyer l'usage de cete doctrine
à un tems plus convenable et où l'on pou
ra parler des règles et des exceptions de
chaque déclinaison , à mesure que l'enfant
en aura besoin , et non pas plu -tot ,
malgré l'usage et la pratique contraire des
écoles. Le mot dominus ( le seigneur ) pour
le paradigme de la segonde déclinaison, est
peut- être moins propre que celui de lupus
(le loup : ) on doit soulager et menager
autant qu'on le peut , la memoire de l'enfant
et n'exiger d'abord de lui que le jeu
des terminaisons. C'est mal fait encore
de tenir lon- tems et inutilement les enfans
sur les déclinaisons des mots Virgi
lius ( Virgile ) magister ( le maitre ) vir
( l'home ) Orpheus ( Orphée ) templum ( lẹ
temple ) et mème sur les adjectifs , bonus ,
bona , bonum , ( le bon , la bone , le bon )
pulcher, pulchra, pulchrum ( le beau , la bèle,
le beau ) etc. On doit diferer l'usage de
cète doctrine pour le tems auquel
tems auquel on aura
lieu de parler des déclinaisons des noms
neutres et des noms adjectifs. il faut suivre
tant que la métode pratique
des langues vivantes , et ne faire
aprendre les choses qu'à proportion de
l'on
poura
Page
NOVEMBRE. 1730. 2349
de l'age , des idées aquises , et du besoin
courant de ces mèmes choses.
Il semble que les grammairiens n'ont
guère aporté de soin dans le chois qu'ils
ont fait des paradigmes des premieres déclinaisons
; car le mot pater ( le pere ) fe
sant au genitif patris , au lieu de pateris ,
il y a une espece de contraction qui paroit
une irregularité pour le paradigme,
ou l'exemple de cète déclinaison ; c'est
pourquoi j'ai préferé le mot soror ( la soeur)
qui restant entier dans tous les cas , done
des idées plus justes des terminaisons ajoutées
au nominatif ; il n'est pas non plus
necessaire de faire aprendre par coeur onze
paradigmes pour les onze terminaisons
nominatives des noms de cète déclinaison
, ni les noms neutres encore moins
les noms adjectifs : tout cela veut ètre réservé
pour le cours de doctrine que l'on
doit ensuite expliquer à l'enfant , selon
l'ocasion et selon le tems sans le surcharger
au comencement. On observera
la mème chose dans la quatrième et dans
la cinquième déclinaison , où il semble
que le motfacies ( la face ) conviene micus
que celui de dies ( le jour ) dont le latin
et le françois ont moins de raport ensemble.
Lorsque l'enfant saura décliner
les cinq noms ou paradigmes des cinq
déclinaisons, on poura essayer de lui faire
déclner
,
2350 MERCURE DE FRANCE
>
décliner le nom substantif avec l'adjectif,
selon la rime des terminaisons de la première
et de la segonde déclinaison ; et
ensuite peu à peu le faire passer aus autres
déclinaisons : par exemplesmusa bona,
dominus bonus , pater bonus , soror bona
fructus bonus , dies bona , etc. on pouroit
faire décliner les cinq paradigmes ensemble
pour en doner une idée plus précise
ou plus raprochée , suposé que cela n'embrouillât
pas l'enfant après quoi viendroit
le tour des noms neutres et des noms
adjectifs avec la doctrine qui les concerne
, en passant peu à peu du simple au
composé , et des règles les plus générales
aus moins générales , et aus exceptions
sur lesquelles on doit ètre fort sobre
, bien loin de jeter l'enfant dans le
caos par l'entassement de règle sur règle
avant le tems , selon l'usage abusif du
préjugé vulgaire et de prèsque toutes les
écoles.
En recomençant les déclinaisons , on
poura aussi essayer de faire décliner des
noms positifs , des comparatifs , et des superlatifs
, plu-tot pour fortifier l'enfant
sur les déclinaisons , que pour l'instruire
des degrés de comparaison : cète doctrine
ne doit ètre débitée qu'à mesure que l'enfant
en aura besoin , soit en lisant , en
explicant , ou en composant. On doit obexpli
NOVEMBRE. 1730. 235I
à
server la mème chose à l'égard des mots
Athena , Athenarum ( la vile d'Athenes )
Parisii , Parisiorum , ( la vile de Paris )
etc. chaque semaine on augmentera peu
peu l'étendue periodique du jeu ou de
l'exercice pratique des déclinaisons , en
fesant remarquer et sentir à l'enfant la
diference des nombres , des genres , et des.
cas ; la diference des terminaisons et des
déclinaisons , sur lesqueles il faut laisser
lon- tems un enfant avant que de le faire
passer aus verbes ; et cela d'autant mieus ,
qu'avec les seules déclinaisons pratiques
on peut doner des tèmes à l'enfant , et
l'exercer sur la composition et sur la version
des deus langues , ce qui ne paroitra
ridicule et absurde qu'à des esprits
prévenus et esclaves des métodes vulgaires.
On doit bien plus conter sur la prati
que que sur la téorie. A peine l'étude des
regles aprises par coeur done telle à l'enfant
quelque avantage sur celui qui ne les
aprend point, par coeur , mais qui les entend
seulement expliquer quand il lit.
qu'il traduit , ou qu'il compose. Un colège
où l'on ne parleroit jamais que bon
latin , feroit en peu de tems de bons écoliers
; il ne s'agit que de faire revivre l'usage
d'une langue morte , pourquoi ne le
fait on pas c'est parce qu'on suit celui
dos
2352 MERCURE DE FRANCE
des vieilles métodes et qu'on se prévient
contre les projets de toutes les nouvèles.
Un enfant vêra donc encore superficielement
les déclinaisons des nombres et des
degrés de comparaison; on lui fera remarquer
avec soin que toutes les déclinaisons
se raportent aus cinq paradigmes qu'on
lui aura fait voir ; les exceptions s'aprendront
ensuite par l'usage et cela est si vrai,
que sans l'usage on oublîroit mème les paradigmes.
Cependant je ne blâme point
l'ordre des nouveaus rudimens de la langue
latine : bien loin de là , je l'aprouve
fort, pourvu que l'enfant ne soit pas obligé
d'aprendre d'abord tout par coeur , et
qu'il ne se serve de ces rudimens que
pour la lecture , pour la version , et pour
la composition. On doit doner ce livre
come le repertoire des tables , des declinaisons
, et des conjugaisons , etc, dont
l'enfant peut avoir besoin , et dont il
aprendra à se servir jusqu'à ce qu'il soit
en état de s'en passer , et de se contenter
de l'usage d'un dictionaìre.
§. 2. Declinaison des Pronoms.
La metode que l'enfant a suivie en déclinant
les noms , indique cèle qu'il doit
suivre pour aprendre la pratique des pronoms.
il faut d'abord se contenter de la
declinaison des pronoms ego ( moi , on je )
174
NOVEMBRE . 1730. 2 3 5 3
tu ( toi on tu ) ille , illa , illud ( il , elle , )
etc. qui servent à conjuguer les verbes .
Ensuite à loisir viendra le tour du pronom
ou de l'article hic , hac , hoc ( ce ,
cet, cette) et lorsque l'enfant le saura passablement
, il poura essayer quelquefois
de joindre le genre aus noms qu'il déclinera
; suposé néanmoins que cela ne
l'embrouille pas , car cète pratique n'est
point absolument necessaire , malgré le
vieus préjugé de plusieurs écoles . Quand
l'enfant saura ces quatre pronoms , on lui
fera aprendre à loisir le pronom relatif ,
qui , que , quod ( qui , lequel , laquelle )
etc. mais il faut s'en tenir là , et laisser
l'étude des autres pronoms pour le tems
des lectures des versions , et des compositions
proportionées aus idées aquises dans
la langue latine; car je supose qu'on done
toujours à l'enfant des exemples en latin
et en françois, à mesure qu'il avance dans
les simples déclinaisons : on trouvera
quantité de ces exemples dans le rudiment
pratique , mais il est toujours mieus
d'en doner sur des choses relatives à l'enfant
, familieres , sensibles , que le hazard
fournit souvent bien plus à propos que
les livres.
5. 3. Conjugaison des verbes.
Aïant remarqué que les enfans oublient
B ordi2354
MERCURE DE FRANCE
ordinairement une leçon en passant à une
autre , j'ai cru que pour remedier à cet
inconvenient , il faloit tâcher de réduire
les déclinaisons et les conjugaisons à toute
la simplicité possible , afin de n'en faire
dans la suite qu'une leçon abregée ou un
brevia`re grammatical que l'enfantpourolt
réciter tous les jours jusqu'à ce qu'il ût
aquis l'habitude" que les seuls actes réiterés
peuvent lui donér. rour aprendre la
conjugaison des verbes , il faut comancer
par la table des terminaisons actives , et
doner , par le moyen des indéclinables ,
une idée sensible des trois tems qu'on
apèle passé , present, et à venir , ou futur ;
exemple, fe lus hier ce que je lis aujourdui ,
etje le relirai demain : ensuite bien loin de
s'amuser à faire aprendre par coeur les rè
gles en vers françois de la métode P. R.
encore moins les règles latines du Despautere,
il faut faire lire le verbe sum ( je
suis ) et faire remarquer à l'enfant le jeu
des figuratives ou des terminalsons actives
dont le verbe substantif sum fournit des
exemples pour les trois persones du singulier
et du plurier . L'essentiel est que
les terminaisons semblables des tems diferens
se raportent les unes aus autres
come par exemple : am , as , at ; amus , atis
ant,se raportent aus tems d'eram, de fueram,
etc, et cela servira pour les conjugaisons
›
actives
NOVEMBRE. 1730. 2355
actives , come pour cèle du verbe substantif.
Il sera bon aussi , pour rendre sensible
àun enfant ce qu'on apèle mode indica if,
mode fubjonctif, etc. de lui faire conjuguer
l'un après l'autre chaque tems de l'indicatif,
avec le même tems du subjonctif,
et de lui faire sentir également la diference
du mode et cèle de la terminaison ;
c'est au maitre ingenieus à chercher et à
varier les tours d'expression qui peuvent
produire l'efet qu'il en atend : je crois
cependant qu'on doit faire aprendre les
tems de l'indicatif avant ceus d'un fubjonctif,
la simplicité semble l'exiger de
la sorte ; mais quand l'enfant aura apris
l'indicatif et le subjonctif , il ne sera pas
mal de diversifier le jeu ou la manerede
conjug les tems de chaque mode , selon
l'age, le progrès , et le gout de l'enfant.
On poura donc pour lors faire conjuguer
alternativement chaque tems de l'indicatif
avec celui du subjonctif , ou bien le
maitre et l'enfant réciteront chacun leur
tems , et changeront de mode tour à tour.
A mesure que l'enfant avance dans la
conoissance sensible des parties du discours
, le maître doit lui doner à lire des
frases qui aient toujours raport à la doctrine
de chaque jour,en passant de l'indéclinable
au déclinable , et du déclinable
Bij au
2356 MERCURE DE FRANCE
:
au conjugable ; et pour cet efet il faut
lui doner des exemples qui contienent la
doctrine courante du jour pour l'ajouter
à cèle qui a déja été donée le jour précédent
le seul verbe substantif sum ( je
suis ) avec les indéclinables et les déclinables
, fournit peut- être des exemples
sur plus de la moitié de la sintaxe: pratique
préferable à cèle qui acable les enfans
condanés à aprendre par coeur toutes les
déclinaisons et toutes les conjugaisons
avant que d'en pratiquer la premiere .
L'école croit ce tems bien employé ,
quand l'enfant ne sait pas écrire , parce
qu'elle supose la nécessité d'aprendre par
coeur des principes avant que de les mettre
en pratique ; mais selon la métode du
bureau l'enfant sans savoir écrire ne laisse
pas de pratiquer l'exercice des tèmes , des
versions , et des compositions qu'on lui
done sur des cartes ; et c'est- là peut ètre
la meilleure manière d'ense`gner un enfant
, puisque dès le premier jour la téorie
et la pratique peuvent aler ensemble :
Fourlors un enfant est bientot mis en état
de s'amuser utilement , et agréablement ;
c'est là un avantage inconu aus auteurs
des métodes vulga res , qui dégoutent les
enfans dans la premiere étude des langues.
Je supose donc qu'on a déja un peu
parlé à l'enfant de la nature de l'adverbe,
de
NOVEMBRE . 1730. 2357
de la préposition , de la conjonction , et de
l'interjection: on doit peu à peu en alonger
et en varier les petites frases composées
d'une seule proposition , par exemple : la
viole angloise et harmonieuse de mon chér
frère Louis Jean Batiste , sera toujours , sans
contredit, l'instrument favori des amateurs de
La bone musique, etc. En suivant cète route,
on fait pratiquer les règles avant que de les
faire étudier , ou pour mieus dire , on
les pratique et on les étudie dans le mème
tems ; les progrès en seront beaucoup
plus grans , sur tout si au comancement
on fait lire et traduire des textes interlineaìres
, selon la métode de M. du Marsais
, et si l'on a soin , come l'enseigne
cet ingénieus Grammairien , d'expliquer
et de faire remarquer à l'enfant le sujet
et l'atribut , l'afirmation ou la négation
de chaque proposition .
Quoique le verbe substantif Sum ( je
suis ) soit le premier par où l'enfant doit
comancer les conjugaisons , il y a bien
des rudimens qui ne le metent qu'apr's
les verbes actifs , les verbes passifs , les
verbes déponens , et mème qu'après les
verbes neutres , à cause de son irrégularité
; cependant quand le verbe passif
n'auroit pas besoin de ce verbe auxiliaire
dans sa conjugaison , il seroit toujours
plus simple et plus régulier de co-
Biij man2358
MERCURE DE FRANCE
rancer les conjugaisons par cèle du verbe
Sum , que par cèles des verbes actifs ;
on est avant que d'agir : d'ailleurs le
verbe substantif representant tous les
verbes, permet une infinité de frases avec
le seul nominatif , ou avec d'autres cas ,
ce qui sufit pour l'usage de diverses concordances
aisées à concevoir et à retenir.
Les rudimens les plus sensés et les plus
métodiques qui ont comancé par la conjugaison
du verbe sum ( je suis ) , n'ont
pas immédiatement après doné cèles de
ses composés possum , prosum , adsum
desum , absum , intersum , obsum , &c.
Ces rudimens ont passé d'abord du verbe
substantif au verbe actif , et il semble
que par la mème raison ces grammairiens
auroient pu et du se contenter d'un seul
paradigme dans chaque declinaison , renvoyant
plus loin les irregularités des
noms , come on a coutume de le faire à
l'égard de cèles des verbes.
e
Si les rudimens ne sont donés aus enfans
que come un repertoire , contenant
la suite des conjugaisons du verbe actif ,
du verbe passif , et du verbe deponent
des 1ere , 2º , 3º , et 4° conjugaison , on
ne peut qu'aprouver cet ordre de livre et
de téorie ; mais si on oblige les enfans à
les aprendre d'abord tout de suite par
coeur , je doute qu'ils en soient plus
avancés
NOVEMBRE. 1730. 23 59
avancés que s'ils n'aprenoient qu'une
seule conjugaison active , sur laquelle on
epuiseroit toutes les frases de la sintaxe
dont le verbe amo ( j'aime ) . Par exemple
est susceptible , et cèles qu'on doneroit
avec tous les principaus verbes de la premiere
conjugaison qui se conjuguent come
le verbe amo , et qui regissent le
mème cas.
Je ne crois pas que l'enfant doive passer
à la conjugaison des verbes passifs ,
qu'il ne sache parfaitement cèle des verbes
actifs , où il est bon de le tenir lontems
et sans impatience ; car s'il paroit
que l'enfant en soit retardé , on vèra dans
la suite avec étonement qu'il en est au
contraire alé plus vite ; la raison seule
pouroit le démontrer à des esprits atentifs
et non prevenus , mais on veut bien
s'en raporter à la seule experience; le maitre
tâchera de varier et d'alonger toujours
le jeu des petites frases dans lesquelles il
fera entrer les parties du discours indeclinables
, les declinables , et les conjugables
du verbe substantif sum ( je suis )
et des verbes actifs conjugués come amo
( j'aime ). Exemple. Etant aujourd'hui un
·écolier diligent et laborieus , je lis avec bien
du plaisir dans les bèles éditions corectes de
l'imprimerie royale du Louvre.
Quand l'enfant saura bien décliner et
Bij con
2360 MERCURE DE FRANCE
conjuguer , il faudra l'instruire un peu
plus et de vive vois sur les parties du discours
qui composent les frases qu'on lui
done.On peut essayer de lui expliquer les
concordances et les règles de la sintaxe
si on s'aperçoit qu'il entende et qu'il sente
ce qu'on lui dit. Il faut, premierement lui
expliquer toutes les parties du discours
dans sa propre langue , avant que de passer
à cèlès des langues mortes : à force de
varier les exemples sur les noms , sur les
pronoms, et sur les verbes , l'enfant aquèra
en françois une espèce de routine et
de pratique qui le disposera à mieus comprendre
dans la suite toute la doctrine
des rudimens latins. On aura soin
de changer les parties du discours et
d'une frase , lorsque l'enfant saura les
mots de cèles qu'on lui aura donées auparavant
; c'est là le vrai et le seul moyen
d'avoir bientot present et d'entretenir le
cours des declinaisons et des conjugaisons
; et c'est peut ètre aussi l'unique ressource
avec les enfans des princes et des
grands seigneurs ; la pratique leur fera
tolerer la téorie , si le maitre a le talent
de se fire gouter lui même.
Lorsque l'enfant sera férme sur la première
conjugaison active , il sera aisé de
lui faire aprendre les autres conjugaisons ,
en fesant remarquer le jeu des terminalsons
NOVEMBRE . 1730. 2361
sons , et la diference d'une conjugaison à
une autre.Quoique l'enfant paroisse savoir
les quatre conjugaisons actives , il ne faut
pas pour cela le mètre encore aus conjugaisons
passives , parce qu'elles sont
trop dificiles , et que la plupart de leurs
tems n'ont aucun raport avec ceus des
verbes de la langue françoise ; cète langue
n'aïant point de verbe passif simple,
se sert du verbe substantif et du participe
passif, de mème que la langue latine
le pratique pour les tems du prétérit
parfait , du plusque parfait de l'indicatif
et du subjonctif , et pour le futur du
mème subjonctif ; de sorte que le verbe
passif n'a proprement de tems simples
que ceus present , de l'imparfait, et du
futur de l'indicatif , et ceus du present ,
et de l'imparfait du subjonctif ; c'est aus
savans latinistes à nous dire pourquoi de
amo, amabam , amavi, amaveram , amabo ,
etc..on n'a pas également formé amor ,
amabar, amavir , amaverar , amabor , etc.
du
Pour faire voir à l'enfant la conjugaison
passive , il faut d'abord comancer par
le jeu des simples terminaisons or , aris
´ou are , atur ; amur , amini , antur , etc. et
suivre la métode qu'on a pratiquée pour
la conjugaison du verbe substantif sum
je suis ) et cèle du verbe actif amo
( j'aime ) ; c'est pourquoi jutra tenir
B lon2362
MERCURE DE FRANCE
Ion-tems un enfant sur la premiere conjugaison
passive , avant que de le faire
passer aus autres , et à cèles des verbes
déponens , des verbes neutres , des verbes
irréguliers , etc. l'usage , la pratique ,
et les lectures continuèles fournissent assés
d'ocasions pour instruire un enfant et
pour le mètre en état de se servir du livre
des rudimens come d'un repertoire qu'on
aprend par coeur à force de le lire ou de
le feuilleter.
Nota. Fe me flate , Monfieur , qu'après
avoir û la patience de me lirejusqu'ici, malgré
l'essai d'une ortografe passagere , v015
voudrés bien me parloner encore l'exemple
de cèle qui suit , j'en rendrai conte dans quel
qu'autre lètre.
En treuue entre aultres choufes des Caietz ou
Les Feuilles adjouxtées ensemble , lefquelles
par leur haulteur forment des Libures ou des
Tables Analytiques à Columpnes & a Crochetz
grauces fur Cuybure pour lufaige de chaifquune-
Declinaifon & de chaifque ConjuGuaifon felon la
purité de la Langue Latyne. Jl fauldra faire
congnoiftre fongneufement a ung Enfant les.
Leczons de ces neuueaulx ieux qui feruiront
de nourreture a fon Efperit . Ie vouldroye que
les Parentz pour le perfect Exercice des Lettres
uoulfiffent auoir foing dVfer des Tiltres faicts
par des Maiftres Efcripuaintz ou encore myeulx
par des Paynctres ces Efcripteaulx porroient
aorner
NOVEMBRE. 1730. 2363
aorner les Couftez du CaBinet dung ieune Enfant
affin quayant a fa PhanTalie & fouant
foubz les deux oueilz le toutal de ces Obie&z
inftructifs & gratieulx jl iouaffe auecques ces
mefmes Obiectz qujl les apprenfist par cuer &
quil en fift fon prouffit car fijl les fcayet bien lire
de fon Chyef naiez pas paour quil commecte des
faultes fur les DeClinaifons & fur les ConiuGuaifons
pource quil ne porra plus eftre embarraſſe
ladeffus & ie doubte mefme quil aduiengne iamais
quil aye befoin quung aultre præpofe pour cela ou
le Varlet fyen luy chifflent la premiere Perfonne
des differentz temps quif doibt cheoifir pour
ConiuGuer. Le ieu des TerMinaifons donnant
les aultres. La-difficulte feuanoyt Ceulx des Pre-
Cepteurs auyfez qui uouldroyent foubftenir que
cela ne peult eftre ainfyn ie porroye le leur faire
ueoir euidentement en leur donnant de beaulx
argumentz & des faicts preuuez qui deburoyent
faire congnoyftre a tous les Perfo nnaiges du
Royaulme la uerite du fubiect que ie metoy e
faultre iour fur le Papier J uauldroit mieul, x
que les Criticqs foufpeconneulx vienfiffent aue c
doulceur ueoir de leurs yeulx lvfaige du Burea
TyPoGraphyque pour garir fehurement leu
Efperit pluftoft que de calumpnier ou de con
dampner trop legierement des TesMoings fa n
reprouche. le fuis , &c.
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Résumé : SISIEME LETRE sur la bibliotèque des enfans et sur l'essaì du rudiment pratique de la langue latine.
En novembre 1730, un auteur présente un essai sur un rudiment pratique de la langue latine visant à accélérer l'apprentissage des enfants. Il critique la méthode traditionnelle qui consiste à apprendre par cœur de nombreux paradigmes, exemples et règles inutiles. L'auteur propose une approche structurée commençant par les parties du discours indéclinables (prépositions, adverbes, etc.) et les classant par ordre de qualité. Ensuite, l'enfant doit passer aux parties déclinables, en apprenant les noms, adjectifs, pronoms et nombres par listes. L'auteur suggère de créer des listes de mots déclinables soit par ordre alphabétique, soit par ordre des matières, et de les enrichir au fur et à mesure des lectures. Les noms propres peuvent être copiés séparément. Pour rendre l'apprentissage des déclinaisons plus pratique, chaque cas doit être associé à un mot indéclinable ou déclinable qui le régit. L'enfant doit également pratiquer la conjugaison des verbes, en commençant par le verbe 'sum' et en progressant vers les verbes déponens et irréguliers. Le rudiment pratique doit inclure des exemples sur les concordances et la syntaxe, et le maître doit expliquer les principes nécessaires à l'intelligence des langues. L'enfant doit également apprendre à écrire en copiant les listes de noms et de verbes dans l'ordre alphabétique, en observant les terminaisons, les genres et les préterits. Les déclinaisons des noms peuvent être enseignées à l'aide de cartes pour les nombres, les cas et les terminaisons, rendant l'exercice plus amusant et instructif. L'auteur recommande d'utiliser des mots latins et français similaires pour faciliter l'apprentissage des déclinaisons, comme 'rosa' (la rose) ou 'luna' (la lune), plutôt que des mots abstraits comme 'Musa' (la muse). Pour les jeunes enfants, il est suggéré d'apprendre les terminaisons par l'oreille et de rendre l'apprentissage ludique. Le texte critique l'usage de mots complexes comme 'Æneas' ou 'Penelope' et préconise de différer l'enseignement des règles et des exceptions jusqu'à ce que l'enfant en ait besoin. Il propose d'utiliser des cartes à jouer pour rendre l'étude plus amusante et d'éviter de surcharger l'enfant avec trop de règles dès le début. L'apprentissage des verbes doit commencer par la table des terminaisons actives et utiliser le verbe 'sum' (être) pour illustrer les différents temps. L'apprentissage des modes indicatif et subjonctif doit être progressif et adapté à l'âge et aux capacités de l'enfant. Le maître doit varier les méthodes d'enseignement pour maintenir l'intérêt de l'enfant et progresser de manière logique et sensible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7491
p. 2364-2368
BOUQUET, à Mr de Pibrac. Comte de Marigny.
Début :
Les Bootes déja sous sa main dans les Cieux, [...]
Mots clefs :
Esprit, Coeur, Dialogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET, à Mr de Pibrac. Comte de Marigny.
BOUQUET , à M' de Pibrac,
Comte de Marigny.
LEE Bootes déja fous fa main dans les Cieux ,
Avoit vû tourner la grande Ourſe, ( 1 )
; Où pour me faire entendre mieux
La nuit avoit fourni la moité de fa courſe ?
Quand j'ai fongé [ je vous arrête icy ,
Pour vous avertir que les fonges ( 2 )
Vers ce temps ne font point menſonges
;
Horace au moins le dit ainfi. ]
J'ai fongé qu'on alloit célébrer votre Fête.
Je m'éveille en furſaut ; ſoudain fans autre enquête
;
Pour vous prouver mon parfait dévoûment ,
Mon Coeur à mon Eſprit demande un compli
ment.
f1) Ces deux Vers font une imitation de ceux
par où Anacréon a commencé fa troifiéme Odes
fur laquelle il eft bon de voir les Remarques de
Madame Dacier.
( 2) Poft mediam noctem, quum fomnia
vera. Horace , Sat. 10. liv. 1. v. 33 furquoi
Monfieur Dacier rapporte pluſieurs paſſages ,
conformes à celui là.
Mais
NOVEMBRE. 1730. 2365
Mais , qui l'ût crû ? Mon Efprit un moment
A douté s'il devoit accorder ſa requête ,
Vous verrez fur quel fondement ,
Si vous daignez lire le Dialogue
Qu'à la fuite de ce Prologue
Je place naturellement.
DIALOGUE.
Entre mon Caur & mon Efprit.
Le Coeur à l'Esprit.
Non , je ne puis fouffrir votre indolence extrême.
Quoi ! tandis que de Morelet ( a )
Déja l'Efprit s'anime à produire un Sonnet ,
Pour offrir fon tribut à Pibrac qui vous aime ,
Vous ne tenterez pas de lui faire un Bouquet ?
L'Efprit.
Non ; car je fuis à fec , à vous le trancher net.
Pourquoi vous obftiner , depuis près de deux
Luftres ,
A m'exercer toûjours fur le même ſujet ?
Ah ! fi de fes Ayeux illuftres
J'ofois chanter du moins tous les Exploits divers
( a ) Auditeur en la Chambre des Comptes de
Dijon , fameux par fes Sonnets, & ami de Monfieur
de Pibrac,
Que
2366 MERCURE DE FRANCE
Que je fçaurois , fans peine , enfanter de bons.
Vers !
Où fi , laiffant à part fon ancienne nobleffe
J'ofois célébrer fa fagefle ,
Sa prudence , fon équité ,
Sa candeur , fon honnêteté
11
Son efprit , fa délicateffe ,
Et mille autres vertus encor ;
Vous me verriez bien- tôt . , comme un autre
Pindare ,
Sans craindre le deftin d'Icare ;
Jufqu'aux Cieux prendre mon effor.
Mais fi-tôt que je vante un mérite , fi rare ›
Une jeune Divinité ,
Que l'on voit de fes pas compagne inféparable ›
Et qui fe fait connoítre à fa pudeur aimable ,
Les
yeux
nable
baffez s'avance , & d'un ton conve-
A fa noble fimplicité ,
Me tient ce difceurs refpectable.
Au modefte Pibrac , quoique tout dévoué ,
Sçais - tu que par son coeur de foibleſſe incapable
,
Ton hommage est défavoué ?
Parmille qualitex fans doute il eft louable ,
Mais il n'en fuit pas moins l'honneur d'être
lové.
Croi moi, fi tu veux être à fes yeux agréables
Se
NOVEMBRE. 1730. 2367
·Sur toutes les vertus dont le Ciel l'a doüé,
Garde unfilence inviolable.
A ces mots , quelque ardeur qui me vienne
infpirer
Je n'ofe de Pibrac bleffer la modeftie ,
Et contraint , malgré moi , de vaincre mon envie
,
Je le vois , je me tais , & ne puis qu'admirer.
Le Coeur.
d'une frivole excufe
Non , non , vous me payez
Ce n'eft pas ainfi qu'on m'abuſe ,
Quoi que vous me difiez , il attend un Bouquet ,
Je le veux , il le faut , fecondez mon projet.
Car enfin , pouvez - vous vous flater qu'on préfume
,
Qu'un Bouquet , pour Pibrac , foit un ingrat
fujer ?
Si vous vouliez lui faire un fidele portrait
Du zéle qui pour lui fans ceffe me confume ,
De mes tranſports reconnoiflans ,
De mon profond refpect , du plaifir que je fens
Quand je vais par devoir , plutôt que par cou
tume ,
Près de lui brûler mon encens ;
Vous rempliriez plus d'un volume..
L'Efprit.
Eh bien ! je cede enfin à vos difcours preffans.
Ma
2368 MERCURE DE FRANCE
Ma verve ſe réchauffe au beau feu qui vous
guide :
L'Eſprit raiſonne en vain lorfque le coeur décide-
Mais pour calmer votre couroux ,
Parlez , que faut-il que je faffe ?
Le Coeur.
Allez vîte fur le Parnaſſe
Mettre en vers le débat qui vient d'être entre
nous.
Pibrac avec plaifir ....
L'Esprit.
Quoi ! vous figurez - vous
Qu'un tel Bouquet le fatisfaffe ?
Hé !
que
Le Coeur.
rien ne vous embaraffe !
Confiez à mes foins ce que vous aurez fait.
Pibrac , dont l'ame eft complaifante ,
De vos moindres Ecrits eft toujours fatisfait ,
Quand c'est moi qui les lui préfente.
Par M. CoCQUARD , Avocas
au Parlement de Dijon.
Comte de Marigny.
LEE Bootes déja fous fa main dans les Cieux ,
Avoit vû tourner la grande Ourſe, ( 1 )
; Où pour me faire entendre mieux
La nuit avoit fourni la moité de fa courſe ?
Quand j'ai fongé [ je vous arrête icy ,
Pour vous avertir que les fonges ( 2 )
Vers ce temps ne font point menſonges
;
Horace au moins le dit ainfi. ]
J'ai fongé qu'on alloit célébrer votre Fête.
Je m'éveille en furſaut ; ſoudain fans autre enquête
;
Pour vous prouver mon parfait dévoûment ,
Mon Coeur à mon Eſprit demande un compli
ment.
f1) Ces deux Vers font une imitation de ceux
par où Anacréon a commencé fa troifiéme Odes
fur laquelle il eft bon de voir les Remarques de
Madame Dacier.
( 2) Poft mediam noctem, quum fomnia
vera. Horace , Sat. 10. liv. 1. v. 33 furquoi
Monfieur Dacier rapporte pluſieurs paſſages ,
conformes à celui là.
Mais
NOVEMBRE. 1730. 2365
Mais , qui l'ût crû ? Mon Efprit un moment
A douté s'il devoit accorder ſa requête ,
Vous verrez fur quel fondement ,
Si vous daignez lire le Dialogue
Qu'à la fuite de ce Prologue
Je place naturellement.
DIALOGUE.
Entre mon Caur & mon Efprit.
Le Coeur à l'Esprit.
Non , je ne puis fouffrir votre indolence extrême.
Quoi ! tandis que de Morelet ( a )
Déja l'Efprit s'anime à produire un Sonnet ,
Pour offrir fon tribut à Pibrac qui vous aime ,
Vous ne tenterez pas de lui faire un Bouquet ?
L'Efprit.
Non ; car je fuis à fec , à vous le trancher net.
Pourquoi vous obftiner , depuis près de deux
Luftres ,
A m'exercer toûjours fur le même ſujet ?
Ah ! fi de fes Ayeux illuftres
J'ofois chanter du moins tous les Exploits divers
( a ) Auditeur en la Chambre des Comptes de
Dijon , fameux par fes Sonnets, & ami de Monfieur
de Pibrac,
Que
2366 MERCURE DE FRANCE
Que je fçaurois , fans peine , enfanter de bons.
Vers !
Où fi , laiffant à part fon ancienne nobleffe
J'ofois célébrer fa fagefle ,
Sa prudence , fon équité ,
Sa candeur , fon honnêteté
11
Son efprit , fa délicateffe ,
Et mille autres vertus encor ;
Vous me verriez bien- tôt . , comme un autre
Pindare ,
Sans craindre le deftin d'Icare ;
Jufqu'aux Cieux prendre mon effor.
Mais fi-tôt que je vante un mérite , fi rare ›
Une jeune Divinité ,
Que l'on voit de fes pas compagne inféparable ›
Et qui fe fait connoítre à fa pudeur aimable ,
Les
yeux
nable
baffez s'avance , & d'un ton conve-
A fa noble fimplicité ,
Me tient ce difceurs refpectable.
Au modefte Pibrac , quoique tout dévoué ,
Sçais - tu que par son coeur de foibleſſe incapable
,
Ton hommage est défavoué ?
Parmille qualitex fans doute il eft louable ,
Mais il n'en fuit pas moins l'honneur d'être
lové.
Croi moi, fi tu veux être à fes yeux agréables
Se
NOVEMBRE. 1730. 2367
·Sur toutes les vertus dont le Ciel l'a doüé,
Garde unfilence inviolable.
A ces mots , quelque ardeur qui me vienne
infpirer
Je n'ofe de Pibrac bleffer la modeftie ,
Et contraint , malgré moi , de vaincre mon envie
,
Je le vois , je me tais , & ne puis qu'admirer.
Le Coeur.
d'une frivole excufe
Non , non , vous me payez
Ce n'eft pas ainfi qu'on m'abuſe ,
Quoi que vous me difiez , il attend un Bouquet ,
Je le veux , il le faut , fecondez mon projet.
Car enfin , pouvez - vous vous flater qu'on préfume
,
Qu'un Bouquet , pour Pibrac , foit un ingrat
fujer ?
Si vous vouliez lui faire un fidele portrait
Du zéle qui pour lui fans ceffe me confume ,
De mes tranſports reconnoiflans ,
De mon profond refpect , du plaifir que je fens
Quand je vais par devoir , plutôt que par cou
tume ,
Près de lui brûler mon encens ;
Vous rempliriez plus d'un volume..
L'Efprit.
Eh bien ! je cede enfin à vos difcours preffans.
Ma
2368 MERCURE DE FRANCE
Ma verve ſe réchauffe au beau feu qui vous
guide :
L'Eſprit raiſonne en vain lorfque le coeur décide-
Mais pour calmer votre couroux ,
Parlez , que faut-il que je faffe ?
Le Coeur.
Allez vîte fur le Parnaſſe
Mettre en vers le débat qui vient d'être entre
nous.
Pibrac avec plaifir ....
L'Esprit.
Quoi ! vous figurez - vous
Qu'un tel Bouquet le fatisfaffe ?
Hé !
que
Le Coeur.
rien ne vous embaraffe !
Confiez à mes foins ce que vous aurez fait.
Pibrac , dont l'ame eft complaifante ,
De vos moindres Ecrits eft toujours fatisfait ,
Quand c'est moi qui les lui préfente.
Par M. CoCQUARD , Avocas
au Parlement de Dijon.
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Résumé : BOUQUET, à Mr de Pibrac. Comte de Marigny.
Dans une lettre adressée au Comte de Marigny, également connu sous le nom de Pibrac, Bouquet relate un rêve où il voyait célébrer la fête de Pibrac et exprime son dévouement envers lui. La lettre prend ensuite la forme d'un dialogue intérieur entre le cœur et l'esprit de Bouquet. Le cœur reproche à l'esprit son indolence, soulignant que l'esprit de Morelet, un ami de Pibrac, a déjà composé un sonnet en son honneur. L'esprit, en revanche, refuse de se concentrer uniquement sur les exploits de Pibrac, préférant célébrer ses diverses vertus. Il mentionne également une jeune divinité, la pudeur, qui l'empêche de vanter les mérites de Pibrac de manière excessive. Le cœur insiste néanmoins pour que l'esprit compose un bouquet de vers en l'honneur de Pibrac, arguant que ce dernier appréciera ce geste. Finalement, l'esprit cède et accepte de mettre en vers le débat qui les a opposés, confiant au cœur la tâche de présenter ce bouquet à Pibrac.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7492
p. 2369-2379
RÉPONSE de M. Barrés, Docteur en Médecine de Montpellier, aux Réfléxions de M. Bruhiers d'Ablaincourt, sur l'Eau-de-Vie, inserées dans le Mercure d'Aoust 1730.
Début :
Je conviens, Monsieur, que je serois surpris comme vous, de voir un Médecin [...]
Mots clefs :
Eau de vie, Liqueur, Médecin, Corps, Effets, Maladie, Thèse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. Barrés, Docteur en Médecine de Montpellier, aux Réfléxions de M. Bruhiers d'Ablaincourt, sur l'Eau-de-Vie, inserées dans le Mercure d'Aoust 1730.
REPONSE de M. Barrés , Docteur en
Médecine de Montpellier , aux Refle- Réfléxions
de M. Brahiers d'Ablaincourt
fur l'Eau- de -Vie , inferées dans le Mercure
d'Aouft 1730.
J
E conviens , Monfieur , que je ferois
furpris comme vous , de voir un Médecin
fe déclarer contre M. le Hoc , en
faveur de l'Eau-de-Vie , s'il en pouffoit
l'ufage jufqu'à l'abus , mais ma furpriſe
cefferoit avec d'autant plus de plaifir , que
je fentirois en moi-même , que je ne puis
lui donner une opinion fi dangereufe à la
faine pratique fans injuftice;je vous crois,
M. trop équitable pour le juger coupable
d'un crime fi énorme dans la Medecine
puifqu'il fçait tres-bien , avec tout le
monde , que l'abus de cette liqueur & de
tout ce qu'il y a de meilleur dans la vie ,
eft pernicieux : Vulgatiffimum eft nullum
effe bonum quod præpoftero ufu malum non
fiat.
que
Il ne s'agit donc de faire voir par
l'autorité ( vous nous avez mis dans ce
gout ) par la raiſon & l'experience , que
l'Eau- de- Vie s'étant introduite dans l'art
de guérir , ne fçauroit paffer fcrupuleufement
2370 MERCURE DE FRANCE
fement pour une Eau de mort. Je vous
entends , ce n'eft point dont il eft queftion
, & vous avoüez ( dites vous ) que
( a ) l'ufage moderé de cette liqueur eft
loüable dans la fanté & dans la maladie.
Quoique maintenant la conformité de
nos fentimens paroiffe dans tout fon jour,
qu'il me foit permis de paffer en revue
toutes les raifons que vous alleguez cantre
notre critique , que M. le Hoc auroit
pû éviter , s'il eut ainfi rangé la conclufion
de fa Théfe , donc l'abus de l'Eau- de- ›
Vie eft pernicieux à l'homme , car je le prie
de me dire , fi cette conclufion énoncée
en ces termes , donc l'Eau-de-Vie eſt une
Eau de morts ne donne point à entendre
que quelqu'ufage qu'on faffe de cette liqueur
, foit en fanté ou en maladie , elle
eft toujours une Eau de mort ? Quoiqu'il
en foit, nous l'avons conçue & nous l'avons
priſe en ce fens , il fuffit qu'on nous
en ait donné lieu pour nous rendre excufables
, dans le temps que tout le tort fe
tourne du côté de l'Auteur de la Théfe .
L'Eau-de-Vie eft un extrait des parties
fpiritueufes du vin , donc ( dites vous ).
elle en renferme les qualitez , avec d'autant
plus d'énergie que fes principes font
(a) Confultez Hip . Gal . Fern ,Egin . Heurm
& Comm. Varanda . Senn. &c.
réünis
NOVE MBRE. 1730. 2371
réunis fous un moindre volume , ce qui
n'eft pas bien feur ; car de même que
nous voiyons tous les jours des mixtes de
compofez où les fubftances qu'ils ont fournies
par la violence du feu , privées de la
vertu du mixte dans fon entier , foit
qu'on les examine féparément ou bien
toutes enfemble ; de même le vin dans
fon état naturel avec tout ce qui le compoſe
, ne pourroit- il pas produire un effet
different de celui des principes qu'on en
a tirés ? ( Cela foit dit en paffant ) ce qui
vous donne occafion de fubftituer les
effets du Vin à ceux de l'Eau -de-Vie.
Le Vin , dit Fernel ( prenez garde que,
cet Auteur parle icy de fon ufage moderé
) rend le poulx grand , fort , vite &
frequent , ajoutés comme lui & d'affez
courte durée , par confequent peu dangereux
à la vie , & peu contraire à notrecritique.
Vous expliquez enfuite ingénieufement
toutes ces differences de poulx par
l'expenfion tres-confidérable du fang que
le fouffre volatil du Vin occafionne , &
le changement des fouffres du Vin en
efprits animaux. On pourroit bien icy
donner d'autres raifons plus fimples &
plus naturelles de cette expenfion , mais
cela nous écarteroit trop de notre fujet ;
d'ailleurs croiyez - vous de bonne foy ce
changement des fouffres du Vin en efprits.
par
ani
2372 MERCURE DE FRANCE
animaux ; pour moi j'aimerois mieux , fi
j'étois à votre place , n'en point admettre
du tout , que de les réparer par la
quinteffence de cette liqueur que vous
voulez faire paffer pour une Eau de mort.
C'eft icy où nous avons fujet d'appeller
de l'injuftice , fur l'opinion que vous
avez de nous , en difant , avec Fernel ,
qu'à force de s'en fervir fans ménagement
, elle rend le poulx inégal , déréglé ;
vous pouviez dire bien davantage en un
feul mot , qu'elle tuë , & nous vous aurions
crû fur votre parole , fans avoir
recours à l'autorité de Fernel : Abufus
enim omnium rerum eft peffimus.
Votre réponſe en cet endroit , me fournit
l'occafion de vous dire une feconde
fois , qu'il ne s'agit point icy des effets
que l'abus de cette liqueur, produit ,
mais de ceux que l'ufage moderé laiffe
appercevoir avec plaifir aux perfonnes
qui en ufent , foit en fanté ou en maladie
; & que Sydenham même que vous
avez porté contre nous , ne défaprouve
pas dans le même paffage , puifqu'après
avoir dit : Plut à Dieu que l'on s'abſtint
totalement de l'Eau- de-Vie ; il s'eft comme
repris lui - même en continuant : Où
qu'on ne s'en fervit que pour réparer fes
forces dans la fanté altérée pour la rendre
vigoureufe dans la maladie , les affections
NOVEMBRE . 1730. 2373
tions loporeules , & c . pour réparer les
forces, Sydenham en permet l'ufage moderé
dans la fanté & la maladie , où il s'agit
de réparer les forces . Vous concluez
vous-même touchant les bons effets de
l'Eau- de-Vie dans les maladies , qu'on
peut s'en fervir comme remede , Phar
maca funt venena ; eft- ce donc une Eau de
mort , comme vous prétendez ?
Il feroit honteux à des gens qui font
profeffion de la faine Médecine , de ne
pas fçavoir que l'abus que le commun des
hommes fait de cette liqueur , donne origine
à mille maux , à la mort même qu'el
le anticipe ; & n'eft - ce pas fans fondement
que vous nous accuſez ( fans doute
fans y avoir pris garde ) de favorifer
cibus ,en difant toujours contre nous
cobien de maladies ne produira pas la
compilation de ces deux caufes dans le
dérangement & l'inégalité du poulx qu'on
remarque , à force d'en ufer fans menagement.
,
Suivant toujours de près votre réponſe,
n'a -t- on pas lieu de dire maintenant que
quand même on feroit affuré que le foufre
volatil de l'Eau - de- Vie , n'eft autre
chofe qu'un acide embarraffé fortement,
concentré avec un peu de terre & de
phlégme , la circulation & la chaleur de
tout le corps ne fuffiroit pas pour déveloper
2374 MERCURE DE FRANCE
:
loper une feule molecule ou partie intégrante
de cette liqueur , pour mettre
en liberté cet acide ,& par là en état d'agir
fur le fang ?
La foif, à la vérité , la bouche pateuſe ,
le gout défagréable , que l'on a le lende
main d'une débauche , prouvent pour vous
le féjour de ce poifon , igné de ce foufre
du vin qui fe change en clprits animaux ;
vous avez raifon , les effets de l'yvreffe
font paffez le lendemain , à l'abattement
près , & la cauſe refte conftamment malgré
fa volatilité dans le corps oifeufe ;
pour moi j'aurois crû que la foif , la bouche
pateufe , prouveroit plutôt la diffipation
, parce que le fang , felon vousmême
, étant dépouillé de fa partie ſéreufe
, échapée fous la forme d'infenfible
tranfpiration augmentée , pour lors les
glandes falivales font fruftrées de la juſte
quantité de liquide , pour délayer la falive
, qui a pris d'autres routes ; c'eſt ce
que nous obfervons dans les hydropiques,
ou dans ceux qui fouffrent des évacuations
féreufes immodérées.
Voyons préfentement fi nous feront
affez heureux pour fatisfaire à ces deux
points que vous nous propofez ; puifque
fuivant votre fentiment , le volatile du
vin , dites - vous , ne féjourne que peu de
temps dans les vaiffeaux , il ne peut produire
NOVEMM BRE. 1730. 2375
duire qu'un effet peu fenfible ; donc les
vieillards , & les gens de travail ne peuvent
en tirer d'utilité que dans l'ufage
réïteré. C'eft précilément ce qui leur arrive
en s'accoutumant peu à peu à l'ufage
de cette liqueur ; loin de l'abus , ce qui
ne leur eft point un grand mal ; mais il
n'en feroit pas de même ( a ) fi on les
en privoit. On demande enfuite fi nous
voudrions nous mettre dans le rifque
d'ufer d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux , fous prétexte qu'il n'agit
que peu fur le Corps ; on reconnoît
d'abord une méprife de la part de l'Apologifte
, dans le mot de mauvais , qu'ilau
roit mieux fait de retrancher. Nous répondons
à cela en diftinguant , fous un
prétexre comme le nôtre , fondé fur l'authorité
, la raifon & l'experience , quel
danger y auroit- il ? Je foutiens la gagueure
, fous un prétexte extravagant ,
comme feroit tout autre ; je la renvoye
avec le remede , à celui qui voudroit favorifer
l'extravagance de ce prétexte.
N'a-t- on pas donné fujet à la conclufion
de la coagulation des liqueurs hors
du corps , à la coagulation des liqueurs
au dedans ? Pourquoi fe plaindre donc du
droit que l'on s'en eft fait.
(a ) Hipp. Aph. 49. & 50, Sect. 11.
Pour
2376 MERCURE DE FRANCE
Pour prouver l'épaiffiffement des liqueurs,
vous avez recours tantôt au mouvement
augmenté du fang à fa divifion ,
en faifant raprocher les Globules par la
tranfpiration , augmentée de la partie féreufe
qui entretient la fluidité de la maffe;
tantôt cette explication ne vous plaît
plus , & vous appellez votre acide concentré
, que la circulation , dites vous , ne
peut manquer de developer, & qui ne peut
que coaguler le fang. Enfin vous croyez
que ce foufre volatil ou acide concentré ,
n'épaiffit point les liqueurs , mais que ces
liqueurs font fuivies de l'épaiffiffement ,
vous auriez pû aifément mieux expliquer
votre penſée , qui peut être fort bonne ,
toute obfcure qu'elle eft.
L'objection du critique, tirée de l'avantage
qui revient de l'ufage de l'Eau- de- Vie
aux viellards , & à ceux qui font un violent
exercice du corps , prouve fortement
contre l'auteur de la théfe . Je demande làdeflus
à mon tour. 1º . Si ceux de fes ouvriers
qui travaillent aux champs , & c.
qui boivent du vin bien trempé ,ont moins
de force que ceux qui ne boivent que de
l'eau ? Qu'en penfe-t- on ?
2. S'il oferoit affurer que l'ufage moderé
du Vin ou de l'Eau- de- Vie leur nuit
à la longue, fon Apologiſte du moins n'en
feroit rien ; En effet , M. vous approuvez
l'ufage
NOVEMBRE. 1730. 2377
-
l'uſage moderé duVin & de l'Eau- de Vic.
Vous croyez même qu'on ne fçauroit s'en
paffer dans la Flandre & dans tous les Païs
où on fe fert de la Bierre pour boiffon ordinaire
, que les conftitutions humides
s'en accommodent très- bien dans l'ufage
un peu réïteré qu'on en fait toujours ,
loin de l'abus blamable ; que dans certaines
maladies & dans l'état de convar
leſcence les malades s'en trouvent bien
& le remettent plutôt en fanté ; ce qui
arrive infailliblement en fortifiant le
Ton des fibres de l'Eftomac , rétabliſſant
ainfi les digeſtions , ouvrant , débouchant
les conduits embourbez , faiſant tranſ
pirer ou prendre d'autres routes aux matieres
impures , qui furchargent le fang ;
vous prétendez que les Vieillards reffentent
auffi fes bons effets. Comment après
cela accorderez - vous le paffage de Sydenham
que vous n'avez cité contre nous
que pour perfuader que cette liqueur eft
une Eau de mort ?
Enfin feroit-il furprenant que le vin
changé en efprit de vin par le plus violent,
agent qu'on puiffe trouver , eut perdu
dans les altérations qu'il a fouffertes par le
feu , quelque fubftance eſſentielle à la nature
, enforte que produifant un tel effet
étant vin , il en produifit un autre étant
devenu Efprit de vin? Ce qu'on peut dire
C auffi
2378 MERCURE DE FRANCE
auffi de l'Eau- de- Vie , dont on fait l'Efprit
de Vin ; d'ailleurs une fcrupuleufe
exactitude dans les expériences doit-elle
paffer pour une chicane ou une querelle
des l'Illipuciens ? Nous ne fçaurions trop
nous tenir en garde contre les deffauts de
nos fens & contre l'erreur qu'ils nous of
frent fouvent fous l'apparence de la vérité
, & que la précipitation ou l'inadvertance
fait toujours adopter.
·
Je finirai par ces paroles de Varandeus :
Vinum igitur naturâfuâ & viribus calidum
ficcumque , calefacit , concoctionem juvat ,
facilimè mutatur , fubftantia humoralis &
fpirituofa damna citò reparat , & naturam
fanguinis fubit , ut pote fimilarium partium
& benè concoctarum , fuarum etiam tenuitate
partium avador & alimenti diftributionem
adjuvat , fi mediocritas accefferit
tam in qualitate , quantitate , quàm utendi
tempore , qualitate quidem fi temperatum
Lymphifque refractum fumatur , quod violen
tius & generofius eft , unde Hipp. Aphor.
quinquagefimo fexto , fectionis feptime , &
alibi οἶνος ἴσος ἴσῳ πινόμενος , aqualiter
aqua permixtum , & juvat fanos , & agros.
multos curat , quantitate , &c.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai crû mériter
les nouvelles attentions de M. Bruhier
d'Ablancourt , Medecin , que j'eftime.
infiniment , par l'honneur qu'il a bien
youlu
NOVEMBRE. 1770. 2379
voulu nous faire , de répondre à nos Réfléxions
contre la Théfe de M. Hoc. Je
fuis , &c.
Médecine de Montpellier , aux Refle- Réfléxions
de M. Brahiers d'Ablaincourt
fur l'Eau- de -Vie , inferées dans le Mercure
d'Aouft 1730.
J
E conviens , Monfieur , que je ferois
furpris comme vous , de voir un Médecin
fe déclarer contre M. le Hoc , en
faveur de l'Eau-de-Vie , s'il en pouffoit
l'ufage jufqu'à l'abus , mais ma furpriſe
cefferoit avec d'autant plus de plaifir , que
je fentirois en moi-même , que je ne puis
lui donner une opinion fi dangereufe à la
faine pratique fans injuftice;je vous crois,
M. trop équitable pour le juger coupable
d'un crime fi énorme dans la Medecine
puifqu'il fçait tres-bien , avec tout le
monde , que l'abus de cette liqueur & de
tout ce qu'il y a de meilleur dans la vie ,
eft pernicieux : Vulgatiffimum eft nullum
effe bonum quod præpoftero ufu malum non
fiat.
que
Il ne s'agit donc de faire voir par
l'autorité ( vous nous avez mis dans ce
gout ) par la raiſon & l'experience , que
l'Eau- de- Vie s'étant introduite dans l'art
de guérir , ne fçauroit paffer fcrupuleufement
2370 MERCURE DE FRANCE
fement pour une Eau de mort. Je vous
entends , ce n'eft point dont il eft queftion
, & vous avoüez ( dites vous ) que
( a ) l'ufage moderé de cette liqueur eft
loüable dans la fanté & dans la maladie.
Quoique maintenant la conformité de
nos fentimens paroiffe dans tout fon jour,
qu'il me foit permis de paffer en revue
toutes les raifons que vous alleguez cantre
notre critique , que M. le Hoc auroit
pû éviter , s'il eut ainfi rangé la conclufion
de fa Théfe , donc l'abus de l'Eau- de- ›
Vie eft pernicieux à l'homme , car je le prie
de me dire , fi cette conclufion énoncée
en ces termes , donc l'Eau-de-Vie eſt une
Eau de morts ne donne point à entendre
que quelqu'ufage qu'on faffe de cette liqueur
, foit en fanté ou en maladie , elle
eft toujours une Eau de mort ? Quoiqu'il
en foit, nous l'avons conçue & nous l'avons
priſe en ce fens , il fuffit qu'on nous
en ait donné lieu pour nous rendre excufables
, dans le temps que tout le tort fe
tourne du côté de l'Auteur de la Théfe .
L'Eau-de-Vie eft un extrait des parties
fpiritueufes du vin , donc ( dites vous ).
elle en renferme les qualitez , avec d'autant
plus d'énergie que fes principes font
(a) Confultez Hip . Gal . Fern ,Egin . Heurm
& Comm. Varanda . Senn. &c.
réünis
NOVE MBRE. 1730. 2371
réunis fous un moindre volume , ce qui
n'eft pas bien feur ; car de même que
nous voiyons tous les jours des mixtes de
compofez où les fubftances qu'ils ont fournies
par la violence du feu , privées de la
vertu du mixte dans fon entier , foit
qu'on les examine féparément ou bien
toutes enfemble ; de même le vin dans
fon état naturel avec tout ce qui le compoſe
, ne pourroit- il pas produire un effet
different de celui des principes qu'on en
a tirés ? ( Cela foit dit en paffant ) ce qui
vous donne occafion de fubftituer les
effets du Vin à ceux de l'Eau -de-Vie.
Le Vin , dit Fernel ( prenez garde que,
cet Auteur parle icy de fon ufage moderé
) rend le poulx grand , fort , vite &
frequent , ajoutés comme lui & d'affez
courte durée , par confequent peu dangereux
à la vie , & peu contraire à notrecritique.
Vous expliquez enfuite ingénieufement
toutes ces differences de poulx par
l'expenfion tres-confidérable du fang que
le fouffre volatil du Vin occafionne , &
le changement des fouffres du Vin en
efprits animaux. On pourroit bien icy
donner d'autres raifons plus fimples &
plus naturelles de cette expenfion , mais
cela nous écarteroit trop de notre fujet ;
d'ailleurs croiyez - vous de bonne foy ce
changement des fouffres du Vin en efprits.
par
ani
2372 MERCURE DE FRANCE
animaux ; pour moi j'aimerois mieux , fi
j'étois à votre place , n'en point admettre
du tout , que de les réparer par la
quinteffence de cette liqueur que vous
voulez faire paffer pour une Eau de mort.
C'eft icy où nous avons fujet d'appeller
de l'injuftice , fur l'opinion que vous
avez de nous , en difant , avec Fernel ,
qu'à force de s'en fervir fans ménagement
, elle rend le poulx inégal , déréglé ;
vous pouviez dire bien davantage en un
feul mot , qu'elle tuë , & nous vous aurions
crû fur votre parole , fans avoir
recours à l'autorité de Fernel : Abufus
enim omnium rerum eft peffimus.
Votre réponſe en cet endroit , me fournit
l'occafion de vous dire une feconde
fois , qu'il ne s'agit point icy des effets
que l'abus de cette liqueur, produit ,
mais de ceux que l'ufage moderé laiffe
appercevoir avec plaifir aux perfonnes
qui en ufent , foit en fanté ou en maladie
; & que Sydenham même que vous
avez porté contre nous , ne défaprouve
pas dans le même paffage , puifqu'après
avoir dit : Plut à Dieu que l'on s'abſtint
totalement de l'Eau- de-Vie ; il s'eft comme
repris lui - même en continuant : Où
qu'on ne s'en fervit que pour réparer fes
forces dans la fanté altérée pour la rendre
vigoureufe dans la maladie , les affections
NOVEMBRE . 1730. 2373
tions loporeules , & c . pour réparer les
forces, Sydenham en permet l'ufage moderé
dans la fanté & la maladie , où il s'agit
de réparer les forces . Vous concluez
vous-même touchant les bons effets de
l'Eau- de-Vie dans les maladies , qu'on
peut s'en fervir comme remede , Phar
maca funt venena ; eft- ce donc une Eau de
mort , comme vous prétendez ?
Il feroit honteux à des gens qui font
profeffion de la faine Médecine , de ne
pas fçavoir que l'abus que le commun des
hommes fait de cette liqueur , donne origine
à mille maux , à la mort même qu'el
le anticipe ; & n'eft - ce pas fans fondement
que vous nous accuſez ( fans doute
fans y avoir pris garde ) de favorifer
cibus ,en difant toujours contre nous
cobien de maladies ne produira pas la
compilation de ces deux caufes dans le
dérangement & l'inégalité du poulx qu'on
remarque , à force d'en ufer fans menagement.
,
Suivant toujours de près votre réponſe,
n'a -t- on pas lieu de dire maintenant que
quand même on feroit affuré que le foufre
volatil de l'Eau - de- Vie , n'eft autre
chofe qu'un acide embarraffé fortement,
concentré avec un peu de terre & de
phlégme , la circulation & la chaleur de
tout le corps ne fuffiroit pas pour déveloper
2374 MERCURE DE FRANCE
:
loper une feule molecule ou partie intégrante
de cette liqueur , pour mettre
en liberté cet acide ,& par là en état d'agir
fur le fang ?
La foif, à la vérité , la bouche pateuſe ,
le gout défagréable , que l'on a le lende
main d'une débauche , prouvent pour vous
le féjour de ce poifon , igné de ce foufre
du vin qui fe change en clprits animaux ;
vous avez raifon , les effets de l'yvreffe
font paffez le lendemain , à l'abattement
près , & la cauſe refte conftamment malgré
fa volatilité dans le corps oifeufe ;
pour moi j'aurois crû que la foif , la bouche
pateufe , prouveroit plutôt la diffipation
, parce que le fang , felon vousmême
, étant dépouillé de fa partie ſéreufe
, échapée fous la forme d'infenfible
tranfpiration augmentée , pour lors les
glandes falivales font fruftrées de la juſte
quantité de liquide , pour délayer la falive
, qui a pris d'autres routes ; c'eſt ce
que nous obfervons dans les hydropiques,
ou dans ceux qui fouffrent des évacuations
féreufes immodérées.
Voyons préfentement fi nous feront
affez heureux pour fatisfaire à ces deux
points que vous nous propofez ; puifque
fuivant votre fentiment , le volatile du
vin , dites - vous , ne féjourne que peu de
temps dans les vaiffeaux , il ne peut produire
NOVEMM BRE. 1730. 2375
duire qu'un effet peu fenfible ; donc les
vieillards , & les gens de travail ne peuvent
en tirer d'utilité que dans l'ufage
réïteré. C'eft précilément ce qui leur arrive
en s'accoutumant peu à peu à l'ufage
de cette liqueur ; loin de l'abus , ce qui
ne leur eft point un grand mal ; mais il
n'en feroit pas de même ( a ) fi on les
en privoit. On demande enfuite fi nous
voudrions nous mettre dans le rifque
d'ufer d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux , fous prétexte qu'il n'agit
que peu fur le Corps ; on reconnoît
d'abord une méprife de la part de l'Apologifte
, dans le mot de mauvais , qu'ilau
roit mieux fait de retrancher. Nous répondons
à cela en diftinguant , fous un
prétexre comme le nôtre , fondé fur l'authorité
, la raifon & l'experience , quel
danger y auroit- il ? Je foutiens la gagueure
, fous un prétexte extravagant ,
comme feroit tout autre ; je la renvoye
avec le remede , à celui qui voudroit favorifer
l'extravagance de ce prétexte.
N'a-t- on pas donné fujet à la conclufion
de la coagulation des liqueurs hors
du corps , à la coagulation des liqueurs
au dedans ? Pourquoi fe plaindre donc du
droit que l'on s'en eft fait.
(a ) Hipp. Aph. 49. & 50, Sect. 11.
Pour
2376 MERCURE DE FRANCE
Pour prouver l'épaiffiffement des liqueurs,
vous avez recours tantôt au mouvement
augmenté du fang à fa divifion ,
en faifant raprocher les Globules par la
tranfpiration , augmentée de la partie féreufe
qui entretient la fluidité de la maffe;
tantôt cette explication ne vous plaît
plus , & vous appellez votre acide concentré
, que la circulation , dites vous , ne
peut manquer de developer, & qui ne peut
que coaguler le fang. Enfin vous croyez
que ce foufre volatil ou acide concentré ,
n'épaiffit point les liqueurs , mais que ces
liqueurs font fuivies de l'épaiffiffement ,
vous auriez pû aifément mieux expliquer
votre penſée , qui peut être fort bonne ,
toute obfcure qu'elle eft.
L'objection du critique, tirée de l'avantage
qui revient de l'ufage de l'Eau- de- Vie
aux viellards , & à ceux qui font un violent
exercice du corps , prouve fortement
contre l'auteur de la théfe . Je demande làdeflus
à mon tour. 1º . Si ceux de fes ouvriers
qui travaillent aux champs , & c.
qui boivent du vin bien trempé ,ont moins
de force que ceux qui ne boivent que de
l'eau ? Qu'en penfe-t- on ?
2. S'il oferoit affurer que l'ufage moderé
du Vin ou de l'Eau- de- Vie leur nuit
à la longue, fon Apologiſte du moins n'en
feroit rien ; En effet , M. vous approuvez
l'ufage
NOVEMBRE. 1730. 2377
-
l'uſage moderé duVin & de l'Eau- de Vic.
Vous croyez même qu'on ne fçauroit s'en
paffer dans la Flandre & dans tous les Païs
où on fe fert de la Bierre pour boiffon ordinaire
, que les conftitutions humides
s'en accommodent très- bien dans l'ufage
un peu réïteré qu'on en fait toujours ,
loin de l'abus blamable ; que dans certaines
maladies & dans l'état de convar
leſcence les malades s'en trouvent bien
& le remettent plutôt en fanté ; ce qui
arrive infailliblement en fortifiant le
Ton des fibres de l'Eftomac , rétabliſſant
ainfi les digeſtions , ouvrant , débouchant
les conduits embourbez , faiſant tranſ
pirer ou prendre d'autres routes aux matieres
impures , qui furchargent le fang ;
vous prétendez que les Vieillards reffentent
auffi fes bons effets. Comment après
cela accorderez - vous le paffage de Sydenham
que vous n'avez cité contre nous
que pour perfuader que cette liqueur eft
une Eau de mort ?
Enfin feroit-il furprenant que le vin
changé en efprit de vin par le plus violent,
agent qu'on puiffe trouver , eut perdu
dans les altérations qu'il a fouffertes par le
feu , quelque fubftance eſſentielle à la nature
, enforte que produifant un tel effet
étant vin , il en produifit un autre étant
devenu Efprit de vin? Ce qu'on peut dire
C auffi
2378 MERCURE DE FRANCE
auffi de l'Eau- de- Vie , dont on fait l'Efprit
de Vin ; d'ailleurs une fcrupuleufe
exactitude dans les expériences doit-elle
paffer pour une chicane ou une querelle
des l'Illipuciens ? Nous ne fçaurions trop
nous tenir en garde contre les deffauts de
nos fens & contre l'erreur qu'ils nous of
frent fouvent fous l'apparence de la vérité
, & que la précipitation ou l'inadvertance
fait toujours adopter.
·
Je finirai par ces paroles de Varandeus :
Vinum igitur naturâfuâ & viribus calidum
ficcumque , calefacit , concoctionem juvat ,
facilimè mutatur , fubftantia humoralis &
fpirituofa damna citò reparat , & naturam
fanguinis fubit , ut pote fimilarium partium
& benè concoctarum , fuarum etiam tenuitate
partium avador & alimenti diftributionem
adjuvat , fi mediocritas accefferit
tam in qualitate , quantitate , quàm utendi
tempore , qualitate quidem fi temperatum
Lymphifque refractum fumatur , quod violen
tius & generofius eft , unde Hipp. Aphor.
quinquagefimo fexto , fectionis feptime , &
alibi οἶνος ἴσος ἴσῳ πινόμενος , aqualiter
aqua permixtum , & juvat fanos , & agros.
multos curat , quantitate , &c.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai crû mériter
les nouvelles attentions de M. Bruhier
d'Ablancourt , Medecin , que j'eftime.
infiniment , par l'honneur qu'il a bien
youlu
NOVEMBRE. 1770. 2379
voulu nous faire , de répondre à nos Réfléxions
contre la Théfe de M. Hoc. Je
fuis , &c.
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Résumé : RÉPONSE de M. Barrés, Docteur en Médecine de Montpellier, aux Réfléxions de M. Bruhiers d'Ablaincourt, sur l'Eau-de-Vie, inserées dans le Mercure d'Aoust 1730.
M. Barrès, docteur en médecine de Montpellier, répond aux réflexions de M. Brahiers d'Ablaincourt sur l'eau-de-vie, publiées dans le Mercure d'août 1730. Il reconnaît les dangers de l'abus d'eau-de-vie mais affirme que son usage modéré peut être bénéfique pour la santé et dans le traitement des maladies. M. Barrès critique l'affirmation de M. Brahiers selon laquelle l'eau-de-vie serait une 'eau de mort', jugeant cette conclusion exagérée et injuste. Il examine les arguments de M. Brahiers, notamment ceux tirés des écrits de Fernel et Sydenham, et montre que ces auteurs permettent également l'usage modéré de l'eau-de-vie. M. Barrès souligne que l'eau-de-vie, en tant qu'extrait spirituel du vin, peut avoir des effets différents de ceux du vin en raison de sa concentration. Il conclut en affirmant que l'eau-de-vie, utilisée avec modération, peut renforcer les forces et aider à la récupération dans certaines maladies. Pour appuyer son point de vue, il cite Varandeus, qui souligne les bienfaits du vin et de l'eau-de-vie lorsqu'ils sont consommés avec mesure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7493
p. 2379
A MADAME DE B...
Début :
Madame, vous voyez qu'à vos ordres fidele [...]
Mots clefs :
Maîtresse, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE B...
A MADAME DE B ...
Madame , vous voyez qu'à vos ordres fidele
J'ai fait de ma Maitreffe un aimable tableau :
Celui de votre Amant eſt mille fois plus beau ;
Mais vous peignez un Dieu , je peins une mor
telle
Dont en vous counoiffant on connoît le modele.
Madame , vous voyez qu'à vos ordres fidele
J'ai fait de ma Maitreffe un aimable tableau :
Celui de votre Amant eſt mille fois plus beau ;
Mais vous peignez un Dieu , je peins une mor
telle
Dont en vous counoiffant on connoît le modele.
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7494
p. 2379-2380
PORTRAIT DE L'AMANT. Fait par Madame de B...
Début :
Des yeux noirs & de blonds cheveux, [...]
Mots clefs :
Amant, Portrait, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE L'AMANT. Fait par Madame de B...
PORTRAIT DE L'AMANT.
Fait
par
Madame de B ...
DEs yeux noirs & de blonds cheveur ,
Des dents blanches comme l'yvoire ,
Un fouris doux & gracieux ,
De l'efprit & de la mémoire ,
Se préfenter très- noblement ;
C'est le portrait de mon Amant
Une élégante propreté
Fait tout le foin de ſa parure ;
• Il n'eft rien en lui d'affecté ,
On y voit la fimple nature
Cij
Sans
2380 MERCURE DE FRANCE
Sans détour , fans déguiſement ;
C'eft le portrait de mon Amant.
Sçavoir tout & parler fort bien
Exceller dans l'art de fe taire ,
Ne décider jamais fur rien ,
Se prêter au difcours vulgaire ,
N'avoir jamais d'entêtement ;
C'eſt le portrait de mon Amant.
'Amant conftant , fidele ami
Genereux , difcret & fincere
Ne fervir jamais à demi ,
Délicat dans le doux miſtere ,
Des feftins faire l'ornement ;"
C'eft le portrait de mon Amant.
4
L'on doit aimer jufqu'au tombeau
Ce Chef-d'oeuvre de la nature ;
Vit- on jamais rien de fi beau ?
D'un Dieu même c'eft la peinture,
Ne choififfez point autrement ,
Belles , qui voulez un Amant.
Fait
par
Madame de B ...
DEs yeux noirs & de blonds cheveur ,
Des dents blanches comme l'yvoire ,
Un fouris doux & gracieux ,
De l'efprit & de la mémoire ,
Se préfenter très- noblement ;
C'est le portrait de mon Amant
Une élégante propreté
Fait tout le foin de ſa parure ;
• Il n'eft rien en lui d'affecté ,
On y voit la fimple nature
Cij
Sans
2380 MERCURE DE FRANCE
Sans détour , fans déguiſement ;
C'eft le portrait de mon Amant.
Sçavoir tout & parler fort bien
Exceller dans l'art de fe taire ,
Ne décider jamais fur rien ,
Se prêter au difcours vulgaire ,
N'avoir jamais d'entêtement ;
C'eſt le portrait de mon Amant.
'Amant conftant , fidele ami
Genereux , difcret & fincere
Ne fervir jamais à demi ,
Délicat dans le doux miſtere ,
Des feftins faire l'ornement ;"
C'eft le portrait de mon Amant.
4
L'on doit aimer jufqu'au tombeau
Ce Chef-d'oeuvre de la nature ;
Vit- on jamais rien de fi beau ?
D'un Dieu même c'eft la peinture,
Ne choififfez point autrement ,
Belles , qui voulez un Amant.
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Résumé : PORTRAIT DE L'AMANT. Fait par Madame de B...
Madame de B... décrit un amant idéalisé doté de traits physiques distinctifs : yeux noirs, cheveux blonds, dents blanches et un front gracieux. Il se distingue par une élégante propreté et une absence d'affectation, incarnant simplicité et authenticité. Son esprit et sa mémoire sont remarquables, et il excelle dans l'art du silence, évitant les décisions hâtives. Fidèle, constant, généreux, discret et sincère, il ne sert jamais à moitié et se montre délicat dans les moments intimes, ajoutant de l'éclat aux festins. Le texte le qualifie de chef-d'œuvre de la nature, digne d'amour jusqu'au tombeau, et le compare à la perfection d'un dieu. Les femmes sont encouragées à ne pas chercher autre chose si elles souhaitent un amant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7495
p. 2381-2382
PORTRAIT DE LA MAITRESSE. Fait par M. d'Hautefeuille.
Début :
Deux rangs de perles dans la bouche, [...]
Mots clefs :
Portrait, Maîtresse, Plaire
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE LA MAITRESSE. Fait par M. d'Hautefeuille.
PORTRAIT DE LA MAITRESSE
Y
Fait
par M. d'Hautefeuilles
D
>
Eux rangs de perles dans la bouche,
Des cheveux noirs , de beaux yeux bleus
Un teint où la rofe fe couche
Un fourire miſterieux ,
L'air plein d'une fage nobleffe ;
C'eſt le portrait de ma Maîtreffe.
Toujours parée & fans parure ,
"Au -deffus des fecrets de l'art ,
-Des feules mains de la nature'
Elle fçait compofer fon fard
L'efprit ſouple & de la juſteſſe ;
Geft le portrait de ma Maitreffe.
Sans bruit , fans humeur , fans caprice }
Śçachant le monde fans l'aimer ;
Et n'ayant pour moi d'autre vice
Que de plaire & de tout charmer;
Un coeur neuf, & que feul je bleſſe
C'eſt le portrait de ma Maitreffe.
Douce , difcrete , genéreufe ,
Contente d'un engagement ,
Dans fa tendreffe ingénieufe
Cij
Elle
2382 MERCURE DE FRANCE
&
Elle fixeroit un Amant
Par fa feule délicateffe ;
C'eft le portrait de ma Maîtreffe.
La Mere du Dieu de Cythere
Fut moins aimée , eut moins d'attraits
Que la Beauté qui m'a fçû plaire ,
Et dont j'ébauche quelques traits :
Ne faites choix , tendre Jeuneffe ,
Que d'une pareille Maîtreffe.
Y
Fait
par M. d'Hautefeuilles
D
>
Eux rangs de perles dans la bouche,
Des cheveux noirs , de beaux yeux bleus
Un teint où la rofe fe couche
Un fourire miſterieux ,
L'air plein d'une fage nobleffe ;
C'eſt le portrait de ma Maîtreffe.
Toujours parée & fans parure ,
"Au -deffus des fecrets de l'art ,
-Des feules mains de la nature'
Elle fçait compofer fon fard
L'efprit ſouple & de la juſteſſe ;
Geft le portrait de ma Maitreffe.
Sans bruit , fans humeur , fans caprice }
Śçachant le monde fans l'aimer ;
Et n'ayant pour moi d'autre vice
Que de plaire & de tout charmer;
Un coeur neuf, & que feul je bleſſe
C'eſt le portrait de ma Maitreffe.
Douce , difcrete , genéreufe ,
Contente d'un engagement ,
Dans fa tendreffe ingénieufe
Cij
Elle
2382 MERCURE DE FRANCE
&
Elle fixeroit un Amant
Par fa feule délicateffe ;
C'eft le portrait de ma Maîtreffe.
La Mere du Dieu de Cythere
Fut moins aimée , eut moins d'attraits
Que la Beauté qui m'a fçû plaire ,
Et dont j'ébauche quelques traits :
Ne faites choix , tendre Jeuneffe ,
Que d'une pareille Maîtreffe.
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Résumé : PORTRAIT DE LA MAITRESSE. Fait par M. d'Hautefeuille.
Le texte décrit une maîtresse, telle que la perçoit M. d'Hautefeuilles. Elle se distingue par des traits physiques marquants : des perles dans la bouche, des cheveux noirs, des yeux bleus, un teint rosé et un sourire énigmatique. Son élégance est naturelle et sans ostentation. Son esprit est flexible et équitable. Elle navigue dans la société sans l'apprécier vraiment, son seul défaut étant de vouloir plaire et charmer. Elle réserve son cœur au narrateur, se montrant douce, discrète et généreuse. Sa beauté et ses qualités surpassent celles de la mère du dieu de Cythère. Le narrateur recommande aux jeunes femmes de choisir une maîtresse de cette trempe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7496
p. 2382-2398
LETTRE sur la gloire des Orateurs & des Poëtes.
Début :
Lorsque vous m'avez fait l'honneur, Monsieur, de me proposer la question [...]
Mots clefs :
Poètes, Poésie, Orateur, Éloquence, Discours, Homère, Expression, Force, Vérité, Racine, Homme, Esprit, Âme, Discours
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la gloire des Orateurs & des Poëtes.
LETTRE fur la gloire des Orateurs
& des Poëtes.
Lorfque vous m'avez fait l'honneur
Monfieur , de me propofer la queftion
, fçavoir : Si la gloire des Orateurs eft
preferable à celle des Poëtes , je l'avois déja
lue dans le Mercure du mois du Juin
premier Volume. Il eft certain que ceux
qui excellent dans des fujets difficiles , &
en même-tems très utiles , & très agréa
bles , acquierent plus de gloire & d'honneur
que ceux qui excellent dans des fujets
qui le font beaucoup moins. Pour ju
ger plus fainement de la queſtion dont il
s'agit , il fuffit d'examiner deux chofes ;
la
NOVEMBRE . 1730. 2383
la premiere
quel eft celui de ces deux
genres du Difcours ou de la Poëfie qui
demande plus de talens
pour y exceller
& la feconde : quel eft le plus utile & le
plus agréable.
*
a Les Poëtes comme les Orateurs fe
propofent
d'inftruire
& de plaire , tous leurs efforts tendent à cette même fin
mais ils y arrivent les uns & les autres
par des voyes bien differentes . b L'inven
tion , la difpofition
, l'élocution
, la mémoire
& la prononciation
font tout le mérite des Orateurs. La Poëfie eft affujetie
à un bien plus grand nombre de regles.
Le Poëte Epique doit d'abord former
un plan ingénieux
de toute la fuite
de fon action , en tranfportant
dès l'entrée
fon Lecteur au milieu , ou prefque à la fin
du fujet , en lui laiffant croire qu'il n'a
plus qu'un pas à faire pour voir la conclufion
de l'action , en faifant naître enfuite
mille obftacles qui la reculent , &
qui irritent les defirs du Lecteur , en lui
rappellant
les évenemens
qui ont précedé
,
, par des récits placés avec bienfeance,
en les amenant enfin avec des liaiſons &
à Cic. de Oratore.
b Quintil.
* Arift. Poët.
Horat. Art. Poët.
-
Defpr. Art. Poës.
Cüiti des
2384 MERCURE DE FRANCE
des préparations qui reveillent fa curiofité
, qui l'intereffent de plus en plus ,
qui l'entretiennent dans une douce inquiétude
, & le menent de ſurpriſe en
furprife jufqu'au dénouement ; récits cu
rieux , expreffions vives & furprenantes ,
defcriptions riches & agréables , compa
raifons nobles , difcours touchans , incidens
nouveaux , rencontres inopinées ,
paffions bien peintes ; joignez à cela une
ingénieufe diftribution de toutes ces parties
, avec une verfification harmonieuſe ,
pure & variée ; voilà des beautés prefque
toutes inconnuës à l'Orateur . * Ciceron
lui - même , d'ailleurs fi rempli d'eſtime
pour l'Eloquence , ne peut pas s'empêcher
de mettre la Poëfie beaucoup au- deffus
de la Profe : elle eft , dit- il , un enthoufiafme
un tranfport divin qui éleve
P'homme au- deffus de lui-même ; les vers
que nous avons de lui , quoique mauvais
, nous font bien voir le cas qu'il
faifoit de la Poëfie , il fit auffi tout ce qu'il
pût pour y réuffir ; mais tout grand Órateur
qu'il étoit, il n'avoit pas affez d'imagination
, & il manquoit des autres talens
neceffaires pour devenir un bon
Poëte.
,
Il faut affurément de grands talens
* De Orati
pour
NOVEMBRE . 1730. •
238 5
pour faire un bon Orateur , de la fécondité
dans l'invention , de la nobleffe dans
les idées & dans les fentimens , de l'ima
gination , de la magnificence & de la hardieffe
dans les expreffions . Les mêmes talens
font neceffaires à la Poëfie ; mais il
faut les poffeder dans un degré bien plus.
parfait pour y réuffir ; elle cherche les
penfées & les expreffions les plus nobles,
elle accumule les figures les plus hardies,
elle multiplie les comparaifons & les
images les plus vives , elle parcourt la
nature , & en épuife les richeffes pour
peindre ce qu'elle fent , elle ſe plaît à im→
primer à fes paroles le nombre , la mefu
re & la cadence ; la Poëfie doit être élevée
& foutenue par tout ce qu'on peut imaginer
de plus vif & de plus ingenieux ; en
un mot , elle change tout , mais elle le
change en beau:
* Là pour nous enchanter tout eft mis en
usage ;
Tout prend un corps , une ame , un eſprit , un
viſage ;
·Chaque vertu devient une Divinité ;
Minerve eft la prudence , & Venus la beauté,
Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerres
C'eft Jupiter armé pour effrayer la terre .
Un orage terrible aux yeux des Matelois
* Defer. Art. Poët. Chant 111.
(
C v C'efe
2386 MERCURE DE FRANCE
Ceft Neptune en couroux qui gourmande les
flots.
Echo n'eft plus un fon qui dans l'air retentiffe,
C'est une Nymphe en pleurs qui fe plaint de
Narciffe.
'Ainfi dans cet amas de nobles fictions
Le Poëte s'égaye en mille inventions ,
Orne , éleve , embellit , agrandit toutes chofes,
Et trouve fous fa main des fleurs toujours éclo
Jes
La Profe n'oblige pas à tant de frais ,
& ne prépare pas à tant de chofes ; au
contraire il faut que l'imagination regne
dans les Vers , & s'ils ne font rehauffés
par quelque penfées fublimes , ou fines &
délicates , ils font froids & languiffans ; la
Poëfie ne fouffre rien de médiocre : ainfi
ce n'eſt pas fans raison que l'on a comparé
les Poëtes aux Cavaliers à caufe du feu &
de la rapidité qui animent la Poëſie , &
les Orateurs aux Fantaffins qui marchent
plus tranquilement & avec moins de bruit.
D'ailleurs la Poëfie s'exerce fur toutes
fortes de genres , le badin , le férieux , le
comique le tragique , l'héroïque. Le
foin des troupeaux , les beautés de la nature
& les plaifirs ruftiques en font fouvent
les plus nobles fujets. Enfin Moïſe
Ifaïe , David ne trouverent que la Poëfie
digne de chanter les louanges du Créa-
,
teur
NOVEMBRE . 1730. 2387
teur , de relever fes divins attributs & de
celebrer fes bienfaits ; les Dieux de la Fa
ble , les Héros , les fondateurs des Villes
& les liberateurs de la Patrie auroient
dédaigné tout autre langage ; la Poëfic
feule étoit capable de celebrer leur gloire
& leurs exploits. * Auffi ne fe fervoit- on
anciennement que de la Poëfie : tout jufqu'à
l'hipire même étoit écrit en Vers ,
& l'on ne commença que fort tard à employer
la Profe . La Nature comme épuifée
ne pouvant plus foutenir le langage
fublime de la Poëfie , fut obligée d'avoir
recours à un Difcours moins cadencé &
moins difficile.
Tous les bons connoiffeurs , entr'autres
le P. Bouhours , le P. Rapin , le P. Le
Boffu & M. Daubignac conviennent que
le Poëme Epique eft le chef- d'oeuvre de
l'efprit humain. Avons - nous quelque
harrangue où il y ait tant de fublime ,
d'élevation & de jugement que dans
P'Iliade ou l'Eneide. L'Eloquence ellemême
n'est jamais employée avec plus
d'éclat & plus de fuccès que lors qu'elle
eft foutenue par la Poëffe. Y a - t'il en
effet quelque genre d'Eloquence dont les
Poëmes d'Homere ne fourniffent des mo
deles parfaits ? c'eft chez lui que les Ora-
* Plutarq
C vj teurs
2388 MERCURE DE FRANCE
teurs ont puifé les regles & les beautés
de leur art , ce n'eft qu'en l'imitant qu'ils
ont acquis de la gloire . Pour fe convaincre
de cette verité il fuffit de jetter les
yeux fur quelques unes de fes Harangues
, & l'on conviendra fans peine qu'elles
font au- deffus des plus belles de Ciceron
& de Demofthenes auffi bien que des Modernes.
Les Harangues d'Uliffe de Phenix
& d'Ajax qui furent députés par
l'Armée des Grecs vers Achile pour l'engager
à reprendre les armes , font de ce
genre. Il faut voir a l'art admirable avec
lequel Homere fait parler le Prince d'Ithaque
: il paroît d'abord embaraffé & timide
, les yeux fixes & baiffés , fans geſte
& fans mouvement , ayant affaire à un
homme difficile & intraitable , il employe
des manieres infinuantes , douces & touchantes
; mais quand il s'eft animé ce n'eſt
plus le même homme , & femblable à un
torrent qui tombe avec impétuofité du
haut d'un rocher , il entraîne tous les efprits
par la force de fon éloquence. Les
deux autres ne parlent pas avec moins
d'art moins de force & d'adreffe , & il
eft remarquable que chaque perfonage
parle toujours felon fon caractere , ce qui¹
fait une des principales beautés du Poëa
Il. III. 2. 16. 224
me
NOVEMBRE . 1730 : 238 g*
me Epique. Rien n'eft plus éloquent que
le petit Difcours d'Antiloque à Achile ,
par lequel il lui apprend la mort de Pa
trocle . L'endroit a où Hector prêt d'aller
au combat, fait ſes adieux à Andromaque
& embraffe Aftianax , eft un des plus
beaux & des plus touchans. M. Racine
en a imité une partie dans l'endroit où
Andromaque parle ainfi à ſa confidente :
bab ! de quel fouvenir viens- tu frapper mon
ame !
Quoi ! Cephife , j'irai voir expirer encor
Ce fils , ma feule joye , & l'image d'Hector ?
Ce fils que de fa flamme il me laiſſa pourgage?
Helas je m'en fonviens , le jour que son courage
Lui fit chercher Achille , ou plutôt le trépas ,
Il demanda fon fils , & le prit dans fes bras :
Chere Epouse ( dit- il , en effuyant mes larmes )
J'ignore quelfuccès lè fort garde à mes armes ,
Je te laiffe mon fils , pour gage de ma fòi ;
S'il me perdje prétends qu'il me retrouve en
toi;
Si d'un heureux hymen la mémoire t'eſt chere
Montre au fils à quel point tu chériffois le
pere.
Le Difcours de Priam à Achille
a Il VI. 390. 494 •
b Androm . Act. 117. Scen. VIII.
, par
lequel
2390 MERCURE DE FRANCE
lequel il lui demande le corps de fon fils
Hector , renferme encore des beautés admirables.
Pour les bien fentir il faut fe
rappeller le caractere d'Achille , brufque,
violent & intraitable ; mais il étoit fils
& avoit un pere , & c'eft par où Priam
commence & finit fon difcours . Etant entré
dans la tente d'Achille , il ſe jette à
fes genoux , lui baife la main ; Achille
eft fort furpris d'un fpectacle fi imprévu ,
tous ceux qui l'environnent font dans le
même étonnement & gardent un profond
filence . Alors Priam prenant la parole :
Divin Achille , dit-il , fouvenez - vous
que vous avez un pere avancé en âge comme
moi , & peut- être de même accablé de
maux , fans fecours & fans appui ; mais il
fait que vous vivez , & la douce efperance
de revoir bientôt un fils tendrement aimé le
foutient & le confole : & moi le plus infortuné
des peres de cette troupe nombreufe d'enfans
dont j'étois environné , je n'en ai confervé
aucun : j'en avois cinquante quand les
Grecs aborderent fur ce rivage , le cruel Mars
me les aprefque tous ravis : l'unique qui me
reftoit , feule reffource de ma famille & de
Troye , mon cher Hector , vient d'expirer
fous votre bras vainqueur en deffendant genereuſementfa
Patrie. Je viens ici chargé de
* II. XXIV. 48ĥ
préfens
4
NOVEMBRE. 1730. 239T
prefens pour racheter fon corps : Achille
Taiffez- vous fléchir par le fouvenir de votre
pere , par le refpect que vous devez aux
Dieux , par la vie de mes cruels malheurs
Fut-il jamais un pere plus à plaindre que
moi qui fuis obligé de baifer une main bomicide
, encore fumante du fang de mes enfans.
par
C'eſt la nature même qui s'exprime
la bouche de ce venerable Vieillard
& quelque impitoyable que fut Achille ,
Il ne pût refifter à un Difcours fi touchant,
le doux nom de pere lui arracha des lar
mes. Il eft aifé de comprendre que la Profe
fait perdre à ce Difcours une partie de fa
beauté , il a bien plus de grace & de force
revêtu de tout l'éclat des expreffions
Poëtiques. Il y a dans Homere une infinité
d'autres endroits , peut- être encore
plus beaux ; mais il faut fe borner.
L'éloquence de la Chaire & du Barreau
font affurément d'une grande utilité,
& il faut convenir qu'on a bien de l'obligation
à ceux qui veulent bien y em-
.ployer leurs talens. Mais après tout tous
nos Orateurs enfemble ne fourniroient
pas un endroit qui exprimât avec tant,
d'éclat , de nobleffe & d'élevation la gran
deur & la puiffance du fouverain Maître
de l'Univers que ces Vers de Racine.
Que
2392 MERCURE DE FRANCE
a Que peuvent contre lui tous les Rois de la
terre i
En vain ils s'uniroient pour lui faire la guerre,
Pour diffiper leur ligue il n'a qu'à ſe montrer ;
Il parle , dans la poudre il les fait tous renfrer.
Au feul fon de fa voix la mer fuit , le Ciel
tremble ;
Il voit comme un néant tout l'Univers enfemble
,
Et les foibles Mortels , vains jouets du trépas ,
Sont tous devant fes yeux comme s'ils n'étoienz
pas.
Que de grandeur ! que de nobleffe !
qui ne fent que les mêmes penfées tournées
en Profe par une habile main perdroient
toute leur grace & toute leur force.
Voici un endroit dans le même goût,
tiré d'un de nos plus celebres Orateurs.
O Dieu terrible , mais jufte dans vos confeils
fur les enfans des hommes , vous difpofez
& des Vainqueurs & des Victoires pour
accomplir vos volontés & faire craindre vos
jugemens votre puiſſance renverse ceux que
votre puissance avoit élevés : vous immolez
à votre fouveraine grandeur de grandes victimes
, & vous frappez quand il vous plaît
ces têtes illuftres que vous avez tant de fois
couronnées..
a Efther Att. II. Scen. K
Cee
NOVEMBRE. 1730. 2393
Cet endroit , quoique grand , eft bien
au-deffous des Vers de Racine , c'eſt cependant
un des plus grands efforts de
l'éloquence de M. Flechier, a Cet autre
trait du même Poëte , quoiqu'en un feul
Vers , n'eſt pas moins inimitable à l'Orateur.
b Je crains Dieu , cher Abner , & n'ai point
d'autre crainte.
Pour prouver fans réplique combien
la Poëfie prête à PEloquence , que l'on
mette en Profe les morceaux les plus éloquens
des Poëtes , qu'on les revête de
toutes les expreffions les plus brillantes ;
& l'on jugera aifément combien ils per
dent dans ce changement. Je pourrois
en donner des exemples d'Homere , de
Sophocle & des autres Poëtes , & citer
tous nos Traducteurs ; mais je renvoye
au feul récit de Theramene dans la Tragédie
de Phedre de Racine , & je prie les
partifans de l'éloquence de la Profe de le
rendre fans l'harmonie des Vers auffi touchant
, auffi vif , j'ajoûte même auffi effrayant
qu'il l'eft dans ce Poëte. Qu'un
habile Poëte, au contraire , prenne les endroits
les plus éloquens & les plus pathe
a Oraif. Funebre de M. de Turr.
b Athalie , A &t . 1. Scen. X.
tiques
2394 MERCURE DE FRANCE
tiques de Demofthenes & de Ciceron
qu'il les pare de tous les ornemens de ce
même recit de Theramene , & l'on juge
ra alors combien ils y auront gagné.
Y a t'il quelque chofe qui foit fi propre
à infpirer des fentimens nobles & genereux
fur la Religion que ce que Cor
neille fait dire à Polieucte ; les mêmes Y
chofes en Profe feroient belles, fans doute,
mais bien plus froides & plus languiffantes.
Quelle eft la Harangue qui renferme
une plus belle morale que celle que
Rouffeau a inferée dans fon Ode fur la
Fortune ? trouve- t'on quelque part la ve
tité accompagnée de tant d'agrémens &
de tant de force.
Fortune dont la main couronné
Les forfaits les plus inoùis ,
Du faux éclat qui t'environne
Serons-nous toujours éblouis ;
Jufques à quand , trompeuſe Idole
D'un culte honteux & frivole
Honorerons- nous tes Autels ?
Verra t'on toujours tes caprices
Confacrés par les facrifices ,
Et par l'hommage des mortels . &c.
Toute la fuite de cette Ode renfermé
une infinité de traits admirables ; je pourois
NOVEMBRE. 1730. 2395
rois ajoûter encore les Odes facrées du
même Auteur qui font bien au - deffus de
celle ci , les Pleaumes de Madame Des
Houllieres , ceux de Malherbe &c . où l'on
trouve des traits que l'éloquence la plus
vive ne sçauroit imiter. Mais fi on vouloit
rapporter tout ce qu'il y a de plus
beau tant en Vers qu'en Proſe , on ne finiroit
point.
On s'ennuye du moins en beaucoup
d'endroits d'un beau Sermon qui contient
les mêmes penſées fur les mêmes fujets
, qui annonce les mêmes verités
qu'une Piece de Poëfie , les vers nous y
rendent beaucoup plus fenfibles , on eſt
plus
plus touché , on entre plus dans toutes
les paffions du Poëte , on s'efforce de la
fuivre , on ſe plaît à fes expreffions , on
aime fes penfées qu'on tâche de retenir ,
on fe fait même un plaifir & un honneur
de les reciter. L'éloquence férieuſe de
F'Orateur fait bien moins d'impreffion
que ces peintures vives & naturelles
du vice que
le Poëte fçait rendre fi méprifable
, & ce n'eft
fans raifon que
Rouffeau a dit que
pas
Des fictions la vive liberté
Peint fouvent mieux l'austere verité
Que neferoit la froideur Monacale
D'une lugubre & pefante morale.
En
2396 MERCURE DE FRANCË
cette
En effet , rien ne touche le coeur de
l'homme , rien n'eft capable de lui faire
impreffion que ce qui lui plaît ; la Poëfie
nous montre la verité avec un viſage
doux & riant , par là elle l'infinue adroitement
entraînés par le plaifir , nous
entrons infenfiblement dans les fentimens
du Poëte , dans fes maximes ; nous prenons
de lui cette nobleffe , cette grandeur
d'ame , ce défintereffement
haine de l'injuftice & cet amour de la
vertu qui éclatent de toutes parts dans
fes Vers. La verité , au contraire , dite
par un Orateur , nous paroît bien plus
fevere , elle n'eft pas accompagnée de ces
graces , de ces ornemens , enfin de toutes
čes beautés qui la rendent aimable , l'efprit
fe ferme à fa voix , & fi quelquefois
on l'écoute , ce n'eft que par un grand
effort de la raifon. Quelqu'un dira peutêtre
que l'éloquence oratoire eft plus utile
à l'Orateur pour fa fortune , & on aura
raifon de dire comme Bachaumont :
a Non non , les doctes damoiselles
N'eurent jamais un bon morceau
Et ces vieilles fempiternelles
Ne burent jamais que de l'eau.
Les Poëtes ont toujours été bien éloia
Voyage de Bach. & de la Chapelle.
gnés
NOVEMBRE. 1730. 2397
grés de cette avidité qui fait dire à tant
de
gens
•
Quærenda pecunia primùm eft
Virtus poft nummos.
Je ne doute point que les gens d'efprit
& de bon goût , les Heros & fur tout le
beau fexe, à qui la Poëfie a fait tant d'honneur
, & dont elle a fi fouvent relevé la
beauté & le mérite , ne préferent la gloire
des Poëtes à celle des Orateurs , &
quand je n'aurois que leur fuffrage j'aurois
toujours celui de la plus brillante
partie du monde . Au refte , on peut encore
juger de la gloire des Poëtes par l'eftime
& la veneration qu'ont eûs pour eux
de tout tems les hommes les plus illuftres
& les plus grands Princes. b Ptolomée
Philopator fit élever un Temple à Homere
; il l'y plaça fur un Trône , & fit repréfenter
autour de lui les fept Villes qui
Te difputoient l'honneur de fa naiffance.
c. Alexandre avoit toujours l'Iliade fous
le chevet de fon lit , enfermé dans la caffete
de Cyrus. d Hyparque , Prince des
Athéniens , envoya une Galere exprès
chercher Anacréon pour faire honneur à
b Elien.
Plutarq. in Vita Alexand.
Elien,
yous
2398 MERCURE DE FRANCE
fa Patrie. Hyeron de Syracufe voulut
avoir Pindare & Simonide à fa Cour .
& perfonne n'ignore que dans le fac
de Thebes Alexandre ordonna qu'on
épargnat la maiſon & la famille du pre
mier des deux Poëtes que je viens de nommer.
On fçait le crédit qu'eurent Virgile
& Horace à la Cour d'Augufte , & enfin
l'eftime particuliere dont Louis XIV. a
toujours honoré nos Poëtes François , Mais
pourquoi chercher de nouvelles preuves?
Le langage des hommes égalera- t'il jamais
le langage des Dieux ? Je fens bien
que je dois me borner à ce petit nombre
de réfléxions , quoiqu'il foit difficile d'être
court en parlant des beautés de la
Poëfie , où l'on trouve tant de choſes qui
enchantent que l'on en pourroit dire ce
que difoit Tibulle de toutes les actions
de fa Maîtreffe
Componit furtim , fubfequiturque decor.
J'ai l'honneur d'être & c .
& des Poëtes.
Lorfque vous m'avez fait l'honneur
Monfieur , de me propofer la queftion
, fçavoir : Si la gloire des Orateurs eft
preferable à celle des Poëtes , je l'avois déja
lue dans le Mercure du mois du Juin
premier Volume. Il eft certain que ceux
qui excellent dans des fujets difficiles , &
en même-tems très utiles , & très agréa
bles , acquierent plus de gloire & d'honneur
que ceux qui excellent dans des fujets
qui le font beaucoup moins. Pour ju
ger plus fainement de la queſtion dont il
s'agit , il fuffit d'examiner deux chofes ;
la
NOVEMBRE . 1730. 2383
la premiere
quel eft celui de ces deux
genres du Difcours ou de la Poëfie qui
demande plus de talens
pour y exceller
& la feconde : quel eft le plus utile & le
plus agréable.
*
a Les Poëtes comme les Orateurs fe
propofent
d'inftruire
& de plaire , tous leurs efforts tendent à cette même fin
mais ils y arrivent les uns & les autres
par des voyes bien differentes . b L'inven
tion , la difpofition
, l'élocution
, la mémoire
& la prononciation
font tout le mérite des Orateurs. La Poëfie eft affujetie
à un bien plus grand nombre de regles.
Le Poëte Epique doit d'abord former
un plan ingénieux
de toute la fuite
de fon action , en tranfportant
dès l'entrée
fon Lecteur au milieu , ou prefque à la fin
du fujet , en lui laiffant croire qu'il n'a
plus qu'un pas à faire pour voir la conclufion
de l'action , en faifant naître enfuite
mille obftacles qui la reculent , &
qui irritent les defirs du Lecteur , en lui
rappellant
les évenemens
qui ont précedé
,
, par des récits placés avec bienfeance,
en les amenant enfin avec des liaiſons &
à Cic. de Oratore.
b Quintil.
* Arift. Poët.
Horat. Art. Poët.
-
Defpr. Art. Poës.
Cüiti des
2384 MERCURE DE FRANCE
des préparations qui reveillent fa curiofité
, qui l'intereffent de plus en plus ,
qui l'entretiennent dans une douce inquiétude
, & le menent de ſurpriſe en
furprife jufqu'au dénouement ; récits cu
rieux , expreffions vives & furprenantes ,
defcriptions riches & agréables , compa
raifons nobles , difcours touchans , incidens
nouveaux , rencontres inopinées ,
paffions bien peintes ; joignez à cela une
ingénieufe diftribution de toutes ces parties
, avec une verfification harmonieuſe ,
pure & variée ; voilà des beautés prefque
toutes inconnuës à l'Orateur . * Ciceron
lui - même , d'ailleurs fi rempli d'eſtime
pour l'Eloquence , ne peut pas s'empêcher
de mettre la Poëfie beaucoup au- deffus
de la Profe : elle eft , dit- il , un enthoufiafme
un tranfport divin qui éleve
P'homme au- deffus de lui-même ; les vers
que nous avons de lui , quoique mauvais
, nous font bien voir le cas qu'il
faifoit de la Poëfie , il fit auffi tout ce qu'il
pût pour y réuffir ; mais tout grand Órateur
qu'il étoit, il n'avoit pas affez d'imagination
, & il manquoit des autres talens
neceffaires pour devenir un bon
Poëte.
,
Il faut affurément de grands talens
* De Orati
pour
NOVEMBRE . 1730. •
238 5
pour faire un bon Orateur , de la fécondité
dans l'invention , de la nobleffe dans
les idées & dans les fentimens , de l'ima
gination , de la magnificence & de la hardieffe
dans les expreffions . Les mêmes talens
font neceffaires à la Poëfie ; mais il
faut les poffeder dans un degré bien plus.
parfait pour y réuffir ; elle cherche les
penfées & les expreffions les plus nobles,
elle accumule les figures les plus hardies,
elle multiplie les comparaifons & les
images les plus vives , elle parcourt la
nature , & en épuife les richeffes pour
peindre ce qu'elle fent , elle ſe plaît à im→
primer à fes paroles le nombre , la mefu
re & la cadence ; la Poëfie doit être élevée
& foutenue par tout ce qu'on peut imaginer
de plus vif & de plus ingenieux ; en
un mot , elle change tout , mais elle le
change en beau:
* Là pour nous enchanter tout eft mis en
usage ;
Tout prend un corps , une ame , un eſprit , un
viſage ;
·Chaque vertu devient une Divinité ;
Minerve eft la prudence , & Venus la beauté,
Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerres
C'eft Jupiter armé pour effrayer la terre .
Un orage terrible aux yeux des Matelois
* Defer. Art. Poët. Chant 111.
(
C v C'efe
2386 MERCURE DE FRANCE
Ceft Neptune en couroux qui gourmande les
flots.
Echo n'eft plus un fon qui dans l'air retentiffe,
C'est une Nymphe en pleurs qui fe plaint de
Narciffe.
'Ainfi dans cet amas de nobles fictions
Le Poëte s'égaye en mille inventions ,
Orne , éleve , embellit , agrandit toutes chofes,
Et trouve fous fa main des fleurs toujours éclo
Jes
La Profe n'oblige pas à tant de frais ,
& ne prépare pas à tant de chofes ; au
contraire il faut que l'imagination regne
dans les Vers , & s'ils ne font rehauffés
par quelque penfées fublimes , ou fines &
délicates , ils font froids & languiffans ; la
Poëfie ne fouffre rien de médiocre : ainfi
ce n'eſt pas fans raison que l'on a comparé
les Poëtes aux Cavaliers à caufe du feu &
de la rapidité qui animent la Poëſie , &
les Orateurs aux Fantaffins qui marchent
plus tranquilement & avec moins de bruit.
D'ailleurs la Poëfie s'exerce fur toutes
fortes de genres , le badin , le férieux , le
comique le tragique , l'héroïque. Le
foin des troupeaux , les beautés de la nature
& les plaifirs ruftiques en font fouvent
les plus nobles fujets. Enfin Moïſe
Ifaïe , David ne trouverent que la Poëfie
digne de chanter les louanges du Créa-
,
teur
NOVEMBRE . 1730. 2387
teur , de relever fes divins attributs & de
celebrer fes bienfaits ; les Dieux de la Fa
ble , les Héros , les fondateurs des Villes
& les liberateurs de la Patrie auroient
dédaigné tout autre langage ; la Poëfic
feule étoit capable de celebrer leur gloire
& leurs exploits. * Auffi ne fe fervoit- on
anciennement que de la Poëfie : tout jufqu'à
l'hipire même étoit écrit en Vers ,
& l'on ne commença que fort tard à employer
la Profe . La Nature comme épuifée
ne pouvant plus foutenir le langage
fublime de la Poëfie , fut obligée d'avoir
recours à un Difcours moins cadencé &
moins difficile.
Tous les bons connoiffeurs , entr'autres
le P. Bouhours , le P. Rapin , le P. Le
Boffu & M. Daubignac conviennent que
le Poëme Epique eft le chef- d'oeuvre de
l'efprit humain. Avons - nous quelque
harrangue où il y ait tant de fublime ,
d'élevation & de jugement que dans
P'Iliade ou l'Eneide. L'Eloquence ellemême
n'est jamais employée avec plus
d'éclat & plus de fuccès que lors qu'elle
eft foutenue par la Poëffe. Y a - t'il en
effet quelque genre d'Eloquence dont les
Poëmes d'Homere ne fourniffent des mo
deles parfaits ? c'eft chez lui que les Ora-
* Plutarq
C vj teurs
2388 MERCURE DE FRANCE
teurs ont puifé les regles & les beautés
de leur art , ce n'eft qu'en l'imitant qu'ils
ont acquis de la gloire . Pour fe convaincre
de cette verité il fuffit de jetter les
yeux fur quelques unes de fes Harangues
, & l'on conviendra fans peine qu'elles
font au- deffus des plus belles de Ciceron
& de Demofthenes auffi bien que des Modernes.
Les Harangues d'Uliffe de Phenix
& d'Ajax qui furent députés par
l'Armée des Grecs vers Achile pour l'engager
à reprendre les armes , font de ce
genre. Il faut voir a l'art admirable avec
lequel Homere fait parler le Prince d'Ithaque
: il paroît d'abord embaraffé & timide
, les yeux fixes & baiffés , fans geſte
& fans mouvement , ayant affaire à un
homme difficile & intraitable , il employe
des manieres infinuantes , douces & touchantes
; mais quand il s'eft animé ce n'eſt
plus le même homme , & femblable à un
torrent qui tombe avec impétuofité du
haut d'un rocher , il entraîne tous les efprits
par la force de fon éloquence. Les
deux autres ne parlent pas avec moins
d'art moins de force & d'adreffe , & il
eft remarquable que chaque perfonage
parle toujours felon fon caractere , ce qui¹
fait une des principales beautés du Poëa
Il. III. 2. 16. 224
me
NOVEMBRE . 1730 : 238 g*
me Epique. Rien n'eft plus éloquent que
le petit Difcours d'Antiloque à Achile ,
par lequel il lui apprend la mort de Pa
trocle . L'endroit a où Hector prêt d'aller
au combat, fait ſes adieux à Andromaque
& embraffe Aftianax , eft un des plus
beaux & des plus touchans. M. Racine
en a imité une partie dans l'endroit où
Andromaque parle ainfi à ſa confidente :
bab ! de quel fouvenir viens- tu frapper mon
ame !
Quoi ! Cephife , j'irai voir expirer encor
Ce fils , ma feule joye , & l'image d'Hector ?
Ce fils que de fa flamme il me laiſſa pourgage?
Helas je m'en fonviens , le jour que son courage
Lui fit chercher Achille , ou plutôt le trépas ,
Il demanda fon fils , & le prit dans fes bras :
Chere Epouse ( dit- il , en effuyant mes larmes )
J'ignore quelfuccès lè fort garde à mes armes ,
Je te laiffe mon fils , pour gage de ma fòi ;
S'il me perdje prétends qu'il me retrouve en
toi;
Si d'un heureux hymen la mémoire t'eſt chere
Montre au fils à quel point tu chériffois le
pere.
Le Difcours de Priam à Achille
a Il VI. 390. 494 •
b Androm . Act. 117. Scen. VIII.
, par
lequel
2390 MERCURE DE FRANCE
lequel il lui demande le corps de fon fils
Hector , renferme encore des beautés admirables.
Pour les bien fentir il faut fe
rappeller le caractere d'Achille , brufque,
violent & intraitable ; mais il étoit fils
& avoit un pere , & c'eft par où Priam
commence & finit fon difcours . Etant entré
dans la tente d'Achille , il ſe jette à
fes genoux , lui baife la main ; Achille
eft fort furpris d'un fpectacle fi imprévu ,
tous ceux qui l'environnent font dans le
même étonnement & gardent un profond
filence . Alors Priam prenant la parole :
Divin Achille , dit-il , fouvenez - vous
que vous avez un pere avancé en âge comme
moi , & peut- être de même accablé de
maux , fans fecours & fans appui ; mais il
fait que vous vivez , & la douce efperance
de revoir bientôt un fils tendrement aimé le
foutient & le confole : & moi le plus infortuné
des peres de cette troupe nombreufe d'enfans
dont j'étois environné , je n'en ai confervé
aucun : j'en avois cinquante quand les
Grecs aborderent fur ce rivage , le cruel Mars
me les aprefque tous ravis : l'unique qui me
reftoit , feule reffource de ma famille & de
Troye , mon cher Hector , vient d'expirer
fous votre bras vainqueur en deffendant genereuſementfa
Patrie. Je viens ici chargé de
* II. XXIV. 48ĥ
préfens
4
NOVEMBRE. 1730. 239T
prefens pour racheter fon corps : Achille
Taiffez- vous fléchir par le fouvenir de votre
pere , par le refpect que vous devez aux
Dieux , par la vie de mes cruels malheurs
Fut-il jamais un pere plus à plaindre que
moi qui fuis obligé de baifer une main bomicide
, encore fumante du fang de mes enfans.
par
C'eſt la nature même qui s'exprime
la bouche de ce venerable Vieillard
& quelque impitoyable que fut Achille ,
Il ne pût refifter à un Difcours fi touchant,
le doux nom de pere lui arracha des lar
mes. Il eft aifé de comprendre que la Profe
fait perdre à ce Difcours une partie de fa
beauté , il a bien plus de grace & de force
revêtu de tout l'éclat des expreffions
Poëtiques. Il y a dans Homere une infinité
d'autres endroits , peut- être encore
plus beaux ; mais il faut fe borner.
L'éloquence de la Chaire & du Barreau
font affurément d'une grande utilité,
& il faut convenir qu'on a bien de l'obligation
à ceux qui veulent bien y em-
.ployer leurs talens. Mais après tout tous
nos Orateurs enfemble ne fourniroient
pas un endroit qui exprimât avec tant,
d'éclat , de nobleffe & d'élevation la gran
deur & la puiffance du fouverain Maître
de l'Univers que ces Vers de Racine.
Que
2392 MERCURE DE FRANCE
a Que peuvent contre lui tous les Rois de la
terre i
En vain ils s'uniroient pour lui faire la guerre,
Pour diffiper leur ligue il n'a qu'à ſe montrer ;
Il parle , dans la poudre il les fait tous renfrer.
Au feul fon de fa voix la mer fuit , le Ciel
tremble ;
Il voit comme un néant tout l'Univers enfemble
,
Et les foibles Mortels , vains jouets du trépas ,
Sont tous devant fes yeux comme s'ils n'étoienz
pas.
Que de grandeur ! que de nobleffe !
qui ne fent que les mêmes penfées tournées
en Profe par une habile main perdroient
toute leur grace & toute leur force.
Voici un endroit dans le même goût,
tiré d'un de nos plus celebres Orateurs.
O Dieu terrible , mais jufte dans vos confeils
fur les enfans des hommes , vous difpofez
& des Vainqueurs & des Victoires pour
accomplir vos volontés & faire craindre vos
jugemens votre puiſſance renverse ceux que
votre puissance avoit élevés : vous immolez
à votre fouveraine grandeur de grandes victimes
, & vous frappez quand il vous plaît
ces têtes illuftres que vous avez tant de fois
couronnées..
a Efther Att. II. Scen. K
Cee
NOVEMBRE. 1730. 2393
Cet endroit , quoique grand , eft bien
au-deffous des Vers de Racine , c'eſt cependant
un des plus grands efforts de
l'éloquence de M. Flechier, a Cet autre
trait du même Poëte , quoiqu'en un feul
Vers , n'eſt pas moins inimitable à l'Orateur.
b Je crains Dieu , cher Abner , & n'ai point
d'autre crainte.
Pour prouver fans réplique combien
la Poëfie prête à PEloquence , que l'on
mette en Profe les morceaux les plus éloquens
des Poëtes , qu'on les revête de
toutes les expreffions les plus brillantes ;
& l'on jugera aifément combien ils per
dent dans ce changement. Je pourrois
en donner des exemples d'Homere , de
Sophocle & des autres Poëtes , & citer
tous nos Traducteurs ; mais je renvoye
au feul récit de Theramene dans la Tragédie
de Phedre de Racine , & je prie les
partifans de l'éloquence de la Profe de le
rendre fans l'harmonie des Vers auffi touchant
, auffi vif , j'ajoûte même auffi effrayant
qu'il l'eft dans ce Poëte. Qu'un
habile Poëte, au contraire , prenne les endroits
les plus éloquens & les plus pathe
a Oraif. Funebre de M. de Turr.
b Athalie , A &t . 1. Scen. X.
tiques
2394 MERCURE DE FRANCE
tiques de Demofthenes & de Ciceron
qu'il les pare de tous les ornemens de ce
même recit de Theramene , & l'on juge
ra alors combien ils y auront gagné.
Y a t'il quelque chofe qui foit fi propre
à infpirer des fentimens nobles & genereux
fur la Religion que ce que Cor
neille fait dire à Polieucte ; les mêmes Y
chofes en Profe feroient belles, fans doute,
mais bien plus froides & plus languiffantes.
Quelle eft la Harangue qui renferme
une plus belle morale que celle que
Rouffeau a inferée dans fon Ode fur la
Fortune ? trouve- t'on quelque part la ve
tité accompagnée de tant d'agrémens &
de tant de force.
Fortune dont la main couronné
Les forfaits les plus inoùis ,
Du faux éclat qui t'environne
Serons-nous toujours éblouis ;
Jufques à quand , trompeuſe Idole
D'un culte honteux & frivole
Honorerons- nous tes Autels ?
Verra t'on toujours tes caprices
Confacrés par les facrifices ,
Et par l'hommage des mortels . &c.
Toute la fuite de cette Ode renfermé
une infinité de traits admirables ; je pourois
NOVEMBRE. 1730. 2395
rois ajoûter encore les Odes facrées du
même Auteur qui font bien au - deffus de
celle ci , les Pleaumes de Madame Des
Houllieres , ceux de Malherbe &c . où l'on
trouve des traits que l'éloquence la plus
vive ne sçauroit imiter. Mais fi on vouloit
rapporter tout ce qu'il y a de plus
beau tant en Vers qu'en Proſe , on ne finiroit
point.
On s'ennuye du moins en beaucoup
d'endroits d'un beau Sermon qui contient
les mêmes penſées fur les mêmes fujets
, qui annonce les mêmes verités
qu'une Piece de Poëfie , les vers nous y
rendent beaucoup plus fenfibles , on eſt
plus
plus touché , on entre plus dans toutes
les paffions du Poëte , on s'efforce de la
fuivre , on ſe plaît à fes expreffions , on
aime fes penfées qu'on tâche de retenir ,
on fe fait même un plaifir & un honneur
de les reciter. L'éloquence férieuſe de
F'Orateur fait bien moins d'impreffion
que ces peintures vives & naturelles
du vice que
le Poëte fçait rendre fi méprifable
, & ce n'eft
fans raifon que
Rouffeau a dit que
pas
Des fictions la vive liberté
Peint fouvent mieux l'austere verité
Que neferoit la froideur Monacale
D'une lugubre & pefante morale.
En
2396 MERCURE DE FRANCË
cette
En effet , rien ne touche le coeur de
l'homme , rien n'eft capable de lui faire
impreffion que ce qui lui plaît ; la Poëfie
nous montre la verité avec un viſage
doux & riant , par là elle l'infinue adroitement
entraînés par le plaifir , nous
entrons infenfiblement dans les fentimens
du Poëte , dans fes maximes ; nous prenons
de lui cette nobleffe , cette grandeur
d'ame , ce défintereffement
haine de l'injuftice & cet amour de la
vertu qui éclatent de toutes parts dans
fes Vers. La verité , au contraire , dite
par un Orateur , nous paroît bien plus
fevere , elle n'eft pas accompagnée de ces
graces , de ces ornemens , enfin de toutes
čes beautés qui la rendent aimable , l'efprit
fe ferme à fa voix , & fi quelquefois
on l'écoute , ce n'eft que par un grand
effort de la raifon. Quelqu'un dira peutêtre
que l'éloquence oratoire eft plus utile
à l'Orateur pour fa fortune , & on aura
raifon de dire comme Bachaumont :
a Non non , les doctes damoiselles
N'eurent jamais un bon morceau
Et ces vieilles fempiternelles
Ne burent jamais que de l'eau.
Les Poëtes ont toujours été bien éloia
Voyage de Bach. & de la Chapelle.
gnés
NOVEMBRE. 1730. 2397
grés de cette avidité qui fait dire à tant
de
gens
•
Quærenda pecunia primùm eft
Virtus poft nummos.
Je ne doute point que les gens d'efprit
& de bon goût , les Heros & fur tout le
beau fexe, à qui la Poëfie a fait tant d'honneur
, & dont elle a fi fouvent relevé la
beauté & le mérite , ne préferent la gloire
des Poëtes à celle des Orateurs , &
quand je n'aurois que leur fuffrage j'aurois
toujours celui de la plus brillante
partie du monde . Au refte , on peut encore
juger de la gloire des Poëtes par l'eftime
& la veneration qu'ont eûs pour eux
de tout tems les hommes les plus illuftres
& les plus grands Princes. b Ptolomée
Philopator fit élever un Temple à Homere
; il l'y plaça fur un Trône , & fit repréfenter
autour de lui les fept Villes qui
Te difputoient l'honneur de fa naiffance.
c. Alexandre avoit toujours l'Iliade fous
le chevet de fon lit , enfermé dans la caffete
de Cyrus. d Hyparque , Prince des
Athéniens , envoya une Galere exprès
chercher Anacréon pour faire honneur à
b Elien.
Plutarq. in Vita Alexand.
Elien,
yous
2398 MERCURE DE FRANCE
fa Patrie. Hyeron de Syracufe voulut
avoir Pindare & Simonide à fa Cour .
& perfonne n'ignore que dans le fac
de Thebes Alexandre ordonna qu'on
épargnat la maiſon & la famille du pre
mier des deux Poëtes que je viens de nommer.
On fçait le crédit qu'eurent Virgile
& Horace à la Cour d'Augufte , & enfin
l'eftime particuliere dont Louis XIV. a
toujours honoré nos Poëtes François , Mais
pourquoi chercher de nouvelles preuves?
Le langage des hommes égalera- t'il jamais
le langage des Dieux ? Je fens bien
que je dois me borner à ce petit nombre
de réfléxions , quoiqu'il foit difficile d'être
court en parlant des beautés de la
Poëfie , où l'on trouve tant de choſes qui
enchantent que l'on en pourroit dire ce
que difoit Tibulle de toutes les actions
de fa Maîtreffe
Componit furtim , fubfequiturque decor.
J'ai l'honneur d'être & c .
Fermer
Résumé : LETTRE sur la gloire des Orateurs & des Poëtes.
La lettre compare la gloire des orateurs à celle des poètes, en soulignant que ceux qui excellent dans des sujets difficiles, utiles et agréables acquièrent plus de renommée. Pour évaluer cette question, l'auteur propose d'examiner le talent requis et l'utilité de chaque domaine. Les poètes et les orateurs visent à instruire et à plaire, mais par des moyens différents. Les orateurs se distinguent par l'invention, la disposition, l'élocution, la mémoire et la prononciation. La poésie, quant à elle, est soumise à plus de règles et nécessite un plan ingénieux, des descriptions riches et des expressions vives. Cicéron, bien qu'il admire l'éloquence, reconnaît la supériorité de la poésie, qu'il décrit comme un enthousiasme divin. La poésie demande des talents plus élevés, tels que la fécondité dans l'invention, la noblesse des idées et une imagination riche. Elle transforme tout en beauté et utilise des fictions nobles pour enchanter le lecteur. La poésie s'exerce dans divers genres, du badin au sérieux, et a été utilisée par des figures bibliques comme Moïse et David pour chanter les louanges du Créateur. Les anciens utilisaient la poésie pour tous les écrits, y compris l'histoire, et n'ont commencé à utiliser la prose que plus tard. Des experts comme le Père Bouhours et le Père Rapin conviennent que le poème épique est le chef-d'œuvre de l'esprit humain. Les harangues d'Homère sont citées comme des modèles parfaits d'éloquence, surpassant même celles de Cicéron et Démosthène. Par exemple, la harangue d'Ulysse à Achille est louée pour son art et sa force. Enfin, la lettre compare des extraits de la poésie de Racine et de l'éloquence de Flechier, concluant que les pensées poétiques, même traduites en prose, perdent de leur grâce et de leur force. La poésie est ainsi présentée comme supérieure en termes de sublimité, d'élévation et de jugement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7497
p. 2399
SUR LE VOYAGE AUX EAUX De Me la Comtesse de Chateautiery. MADRIGAL.
Début :
Vous qui cherchez aux Eaux du rafraîchissement, [...]
Mots clefs :
Eaux , Buveurs, Comtesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE VOYAGE AUX EAUX De Me la Comtesse de Chateautiery. MADRIGAL.
SUR LE VOYAGE AUX EAUX
V
De Me la
Comteffe de
Chateautiery.
MADRIGAL.
Ous qui cherchez aux Eaux du rafraîchiffe
ment ,
Soit par breuvage ou par leffive ,
Hâtez-vous , buvez promtement
Avant que la Comteffe arrive :
Cette Beauté chez vous va jouer fi beau jeu
Qu'en prétextant fievre ou migraine
Elle va d'abord mettre en feu
Buveurs , Medecins & Fontaine.
M. de Senecé.
V
De Me la
Comteffe de
Chateautiery.
MADRIGAL.
Ous qui cherchez aux Eaux du rafraîchiffe
ment ,
Soit par breuvage ou par leffive ,
Hâtez-vous , buvez promtement
Avant que la Comteffe arrive :
Cette Beauté chez vous va jouer fi beau jeu
Qu'en prétextant fievre ou migraine
Elle va d'abord mettre en feu
Buveurs , Medecins & Fontaine.
M. de Senecé.
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7498
p. 2399-2417
DÉFENSE des Remarques de M. Dauvergne sur un Livre de M. Billecocq, intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs.
Début :
J'ai attendu jusqu'à présent que le corespondant ou l'ami à qui M. Billecocq [...]
Mots clefs :
Coutume, Seigneur, Fiefs, Droit, Usage, Observations, Seigneuries, Hommage, Maximes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉFENSE des Remarques de M. Dauvergne sur un Livre de M. Billecocq, intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs.
DEFENSE des Remarques de M.
Dauvergne fur un Livre de M. Billecocq
, intitulé : Les Principes du Droit
François fur les Fiefs .
'Ai attendu jufqu'à préfent que le corefpondant
ou l'ami à qui M. Billecocq
a adreffe fa Réponse à mes Remarques
530104
2400 MERCURE DE FRANCI
ques a publiât fon ſentiment en faveur
de l'Ouvrage , & contre ma Critique ,
ainfi que l'Auteur fembloit le lui demander
; mais puifque ni l'approbation ni la
cenfure ne paroiffent pas , & que le perfonnage
de qui je croyois qu'elles pourroient
venir , n'existe peut- être pas plus
réellement que les Climenes & les Philis
pour qui les Poëtes feignent de foupirer ,
je ne difererai plus à montrer que mes
Obfervations font juftes. M. Billecocq
trouvera bon que je borne la durée du
plaifir qu'il goûte apparemment de penfer
que je les abandonne ; je crois de l'en
avoir laiffé jouir affez long- tems , pour
demeurer quitte envers lui des complimens
dont il m'a gratifié dans fa Réponſe.
Deux points font principalement en
conteftation entre lui & moi . Le premier,
fi ceux qui acheteroient fon Livre y
trouveroient autant qu'il promet par le
Titre & dans la Préface. Le fecond , s'il
ne vaut pas mieux , ne plus rien écrire fur
la Jurifprudence, que de ne compofer que
des Ouvrages dans le goût de l'Ecrit de
cet Auteur.
Le titre de Principes du Droit François
fur les Fiefs n'annonce pas fimplement
a Les Remarques font dans le Mercure de
France de Janvier 1730. & la Réponse dans
celui du mois de Mai de la méme année .
des
NOVEMBRE. 1730. 2401
des définitions & des divifions fuivies de
quelques maximes également en ufage
dans toutes les Provinces. Ce font là ,
la verité , des principes , mais des principes
genéraux qui fe trouvent par tout,
& pour le petit nombre defquels il n'eft
pas à croire pour cette raiſon que l'on
veuille faire de nouveaux Livres. La
promeffe tombe donc fur les principes
particuliers qui font infinis , qui varient
fuivant la diverfité des ftatuts de chaque
Contrée , & dont le détail eft d'autant
plus neceffaire, que la multitude embaraffe
davantage. Il confifte principalement ce
détail à ranger toutes les Coûtumes du
Royaume fous certaines Claffes , à indiquer
la difference des unes aux autres , à
expliquer de quelles façons oppofées les
principales queftions fe décident le plus
communément fous chaque efpece de
Coûtumes , & à donner des notions fuffifantes
pour conduire à faire les diftinctions
convenables entre toutes ces diverfes
Coûtumes fur les autres difficultés.
Voilà à peu près la maniere dont Coquille
a procedé , & qui a été fuivie par ceux
qui , après lui , nous ont donné des Inftitutions
au Droit François , & ce qu'on a
lieu d'attendre avec plus de perfection
encore de ceux qui , annonçant de nou.
veaux principes , font entendre qu'ils
D donnent
2402 MERCURE DE FRANCE
donnent quelque chofe de meilleur que
e que l'on a déja en ce genre.
Or il ne le trouve rien de femblable
dans le Livre de M. Billecocq , qui , quelque
chofe qu'il lui plaife d'en dire dans
fa Réponſe à mes Remarques , s'eft démenti
lui-même fur cela dans fon Epitre
Dédicatoire & dans fa Préface , où il avoue
qu'il a réduit fes principes à la feule Coûtume
de Peronne. Ainfi de fon propre
aveu le titre qu'il a choifi fait illufion au
Public. En Poitou & en Bretagne on achetera
le Livre de M. Billecocq fur la foi
du Titre , & dans Fefperance que l'on en
concevra d'avoir des principes qui conviennent
à ces Provinces comme à toutes
les autres ; mais on ne l'aura pas plutôr
qu'on y verra que l'Auteur dit lui-même
qu'il n'y donne rien que pour la Coûttume
particuliere de fon Pays. L'abus fi
fréquent de ces titres trop genéraux ne
ceffera- t'il donc jamais & laiffera- t'on
toujours le Public en bute à ces fortes de
fupercheries ?
Le Livre dont je parle eft- il du moins
un Commentaire fur la Coûtume de Peronne
Mondidier & Roye , comme
l'annoncent l'Epitre Dédicatoire & l'Avis
au Lecteur ? je ne veux encore pour preu
ve de la négative que l'aveu de notre Magiftrat
; il demeure d'accord que la def
cription
NOVEMBRE. 1730. 2495
cription que j'ai faite de la maniere de
faire un Commentaire de Coûtume , c
conforme aux idées que l'on doit s'en for
mer. D'un autre côté , il déclare qu'il n'a
point prétendu écrire fur un plan fi grand ,
& dans lequel les difcuffions font fineceffaires
; donc fon Livre n'eft point un
Commentaire ; donc il en a voulu donner
une idée trop avantageuſe , lorſqu'il a die
L'Ouvrage que j'ai fait fur les Fiefs ... eft
un Commentaire fur la Coûtume de Peronne
& c.
En remarquant l'inutilité d'un Com
mentaire qui contient tout auffi peu , &
quelquefois moins que l'article contefté
j'ai ajoûté que c'étoit le défaut dominant
du Commentaire prétendu de M. Billacocq.
Ce reproche eft trop vague , répond
l'Auteur , pour que je fois en état
de m'en juftifier. C'eſt ſe tirer en habile
homme d'un mauvais pas ; on a bien plutôt
fait , & il est bien plus commode &
bien plus avantageux d'imputer ainfi à la
Critique un défaut de jufteffe & de précifion
trop grand pour qu'elle foit fufceptible
d'une Réponſe , que d'en tenter
la réfutation. Il faudroit parmi les articles
que l'on prétend avoir commentés ,
en tirer un certain nombre au hazard . &
faire voir que l'on a donné la décifion de
toutes les difficultés qui naiffent du texte
Dij он
3404 MERCURE DE FRANCE
ou du moins de la plus grande partie ;
& peut- être le hazard n'offriroit- il rien :
de favorable ? La peine que l'on prendroit.
de feiiilleter l'Ouvrage d'un bout à l'au
tre pourroit même ne produire rien de
mieux , & ne préfenter par tout que,
l'occafion ou de fe fouvenir de ce que
dit M. de Saint Evremont , a que les Li
vres font dans la Bibliotheque d'un fameux
Avocat , comme on voit dans la Mer les
Poiffons , dont une partie mange l'autre ,
ou d'appliquer ce qu'on lit dans M. le
Clerc , b qu'il y a une Nation , d'ailleurs
Sçavante & féconde en habiles gens , qui n'eſt
que trop accoutumée à copier , & qui ne
fait que peu d'ufage de fan efprit dans la plupart
des Livres que l'on en voit. Que l'on
connoît que bien des gens lifent en
ce Pays là non pour s'inftruire , pour fe
former l'efprit & le ftile , pour je mettre
en état de juger par eux-mêmes de ce qu'ils
lifent , ou de découvrir quelque chofe de nouveau,
mais pour faire de gros Recueils , &
tirer de tems en tems de ce cabos des Volnmes
indigeftes , & remplis de citations intiles.
par
›
là
Le fingulier eft que l'application fe
trouve faite par M. Billecocq lui-même.
a S. Evremoniana pag. 357.
b Eiblioth. Univ, T. 16. pag. 197.
Je
NOVEMBRE. 1730. 2405
Je n'avois travaillé à ce Recueil , dit- il a
que pour mon inftruction particuliere …..
& en le faifant imprimer par le confeil
de perfonnes judicieuſes qui ont eſtimé
felon la Coûtume ) qu'il pourroit être
utile au Public , je l'ai préſenté tel qu'il
-étoit.
Cela eft excellent dans le Commerce
-ordinaire. On y regarde communément
comme le meilleur ce que chacun a fait
pour fon propre ufage. Mais il en eſt autrement
dans la République des Lettres ;
ce qu'un Auteur a compofé pour lui eft
juftement ce qui y paffe pour valoir le
moins , & pour être le moins eftimable.
Le Public n'y trouve digne de lui que
ce qui a été fait pour lui , convaincu qu'il´
el
eft que qui ne l'a pas en vûë , n'eft pas
fuffilamment excité à fe donner tous les
foins & toutes les peines qui font néceffaires
pour approcher de la perfection :
fur cela le goût eft genéral , & il ſe trouve
ici juftifié par l'inéxactitude , dont j'ai
cité quelques exemples dans mes Obfervations.
M. Billecocq veut , à la verité , que je
mefois trompé , & il n'a rien oublié pour
l'infinuer ; mais je doute qu'il ait réuffi
auprès de ceux qui fe trouvant à portée
a Mercure de Mai , pag: 851,
Diij
de
2406 MERCURE DE FRANCE
de verifier , s'en feront donné la peine.
Sur le premier article , fur tout , il ne
Faut qu'un Du Pleffis & des yeux. M.
Billecocq ayant dit a qu'en l'absence du
mari , ou à fon refus , la femme qui eft en
communauté avec lui peut fe faire autorifer
par Juftice , pour faire la foi & hom
mage des Fiefs à elle échûs pendant le
mariage ; jai remarqué qu'il avoit d'au-
Tant moins de raifon de nous donner cette
maxime comme indubitable , fur la foi
du feul de Heu , que la regle étoit fauffe,
& que Du Pleffis l'avoit fuffifamment fait
entendre de la forte dans le Chapitre même
, dont l'Auteur s'étoit là approprié
Ja meilleure partie. Sur cela il fait le furpris,
parce , dit- il , que les termes dont
Il a fait ufage fe trouvent à peu de chofe
près dans Du Pleffis ; mais il ne dit pas
que Du Pleffis a ajoûté , du moins felon
les Editions de 1702 , de 1709 & de 1728.
car je n'ai pas fous la main la premiere de
16.98. qu'il y a pourtant difficulté à la regle
qu'il venoit de pofer.
La réticence eft fine en mettant fousles
yeux du Public ces dernieres expreffions
, il n'y auroit pas eu moyen de demander
comment je pouvois dire que Da
Pleffis penfoit autrement que de Hen , au
a Liv. 2, Ch. 4 BEEF. 66
lieu
NOVEMBRE. 1930. 1407
Heu qu'en les taifant , & en ne rappor
tant prudemment que ce qui précede y
on s'eft acquis le droit d'avancer hautement
que ma premiere Remarqueute
mak
imaginée , & de la donner pour un début
qui fait porter de la fuite un jugement
défavantageux.
Mais n'imitons pas ces Scholaftiques
qui recherchoient uniquement ce qu'Afiftote
avoit dit fans fe mettre en peine
de ce qu'il auroit du dire , & voyons qui
il faut croire , ou de M. Billecocq qut
continue d'affuter que fon principe eft
inconteftable , ou de Du Pleffis qui a écrit
qu'il étoit très fujet à conteſtation .
La premiere idée qui fe préfente fur
éela eft celle de la diftinction , fi natu
relle entre l'abſence du mari , & ſon refus
de faire la foi & hommage , entre l'abfence
légitime & neceffaire & celle qui
ne feroit affectée que pour éluder de remi
plir ce devoir du vaffelage.
Lorfque l'abfence eft neceffaire , &
qu'elle a pour motif le fervice de l'Etat,
Fattachement à un emploi dont les fonc
tions ne peuvent pas être abandonnées ,
avantl'expiration du tems fixé pour porter
la foi , la difficulté n'eft pas grande. L'E
poufe , de l'hommage de laquelle ce Seigneur
ne veut pas ſe contenter , a la voye
de lui demander fouffrance , c'est- à- dire,
D iiij de
2408 MERCURE DE FRANCE
de requerir qu'il attende que l'empêchement
foit ceffe , & que le mari puiſſe venir
en perfonne s'acquiter de la premiere
obligation que les Loix Féodales
lui impofent. C'eft en ce cas ce que le
Suzerain ne fçauroit refufer , on l'obtiendroit
des Juges malgré lui ; auffi tôt le
droit de faifir eft arrêté pour tout le tems
que doit durer la caufe de l'abfence , &
fila faifie avoit précedé , la main levée
en feroit acquife. Voilà la reffource que
M. Billecocq croit fi impoffible, d'imagi
ner , celle cependant qu'il a dû voir dans
la note fur l'endroit en queftion que MM .
Delauriere & Berroyer ont crû la plus
réguliere , celle enfin pour laquelle Du
Pleffis lui- même a fait affez fentir qu'il
panchoit , lorfqu'il a avoué qu'il trouvoit
de la difficulté à décider qu'en l'abſence
du mari & le délai fatal preffant , la femme
pût fe faire autorifer par juftice pour
porter la foi , fans faire prononcer au
cune féparation.
L'Epoufe peut , & elle doit même faire
la foi & hommage pour les Fiefs qui
lui appartienent , lorfque le Seigneur veut
qu'elle y fatisfaffe pour le mari abfent :
ce n'eft pasfur quoi tombe le doute ; mais
lui donner le droit de mettre à profit
l'éloignement de fon mari pour l'exemter
de la foi , & pour en prendre malgré
le
NOVEMBRE. 1730. 2409
fe
le Seigneur toute la charge fur elle , nonobftant
que ce dernier veuille bien attendre
que l'excufe du mari ceffe , ce leroit
troubler tout l'ordre féodal..
: Car fi l'ufage qui a ſubſiſté aſſez longtems
a d'obliger , autant qu'on le pouvoit
, les filles qui avoient des Fiefs à ne
fe marier que de l'agrément du Seigneur
dans la mouvance de qui ces Fiefs fe
trouvoient , eft abrogé , fi les Suzerains
ont perdu cette prérogative , dont le mo
tif étoit de les préferver de l'inconvenient
d'avoir des vaffaux qui ne leur fuffent
point agréables , ou qui euffent des interêts
oppofés aux leurs , ils fe font du
moins confervé le droit de s'affurer par
un acte de foi & hommage de la fidelité
des nouveaux Feudataires que leur donnent
leurs Vaffales. La décifion s'en trouve
en leur faveur dans toutes les Coûtumes
, dans les unes a , en termes exprès,
& dans les autres , par la conféquence
qui réfulte du principe , que tout nouveau
vaffal , comme le devient le mari qui
a Voyez la Charte de S. Louis du mois de Mai
1246. à la fin du nouvel Examen de l'uſage genéral
des Fiefs. Par M. Druffel , page 35 .
b Eftempes art. 6. Clermont 87. Laon 168 .
Châlons 178. S. Pol 11. Normandie 99. Bretagne
351. Anjou 96. &c . Quelques uns mettent
auffi celle de Paris dans la même Claffe.
Dv exerce
2410 MERCURE DE FRANCE
exerce tous les droits de Seigneurie des
Fiefs de fa femme , doit la foi & hommage
au Seigneur Suzerain , & la doit en per
Sonne.
Delà vient que fi l'abfence n'a point de
cauſe indiſpenſable , & telle qu'il faut
qu'elle foit pour donner lieu à la fouffrance
, la femme ne peut pas non plus
obliger de la recevoir,à porter la foi pour
fon mari , parce qu'elle ne pourroit y
être admife que comme fondée de la pro
turation du mari , puiſque c'est lui qui
eft perſonellement tenu de ce devoir , &
qu'il n'y a qu'une caufe légitime qui puiſfe
donner le privilege de s'en acquiter par
Procureur , fi ce n'eſt dans quelques Coû
tumes particulieres a dont je ne parle
point ici. Vigier 6 rapporte un Arrêt qui
Pa jugé de la forte contre une femme
dont les offres de faire la foi & hommage
y ont été rejettées , quoique ce fut
pour un Fief qui lui appartenoit , &
qu'elle eut une procuration de fon mariy
qui demeuroit dans une autre Province
que
celle du Fief dominant ; & c'eſt auffi
fe fentiment de M. Boucheul . c
b
L'Epoufe fera-t'elle donc fans reffource
Contre la négligence ou le caprice d'un
a Chauny, art. 104.
bsur l'Art 23. de la Coûtume d'Angonmoiss
€ Sur l'art. 144, de la Cratume du Poirou.
mari
NOVEMBRE. 1730. 241T
mhari qui s'obſtinera à ne pas vouloir re-
Venir porter la foi & hommage , ou qui ,
quoique fur les lieux , refufeta fans taifon
d'en faire la démarche ? Et faudra- t'il
qu'en voyant enlever par la faifie qu'un
femblable procede autorife , des revenus
deftinés à un tout autre uſage , dans l'indigence
& la défolation où cette perte la
jette , elle s'en tienne à des plaintes fte
Files & infructueuſes ?
Non : fi la perte des fruits eft un objet
affez confiderable pour mettre du défordre
dans les affaires des deux Epoux ,
pour en caufer le dérangement , la femme
a alors la liberté d'agir contre fon mari
en feparation ; elle recouvre par là l'ad
miniftration de fon bien , elle retire du
mari la Seigneurie des Fiefs qu'elle lui
avoit apporté , & rentre dans le droit
d'en faire feule l'hommage. Mais tant
qu'elle refte en communauté , qu'elle
trouve fon compte à n'en pas pourfuivre
la diffolution , tant que la joüiffance de
fes Fiefs & des droits de Seigneurie qui y
font attachés demeure à fon mari , la Loi
veut que ce foit lui qui faffe l'hommage
fous peine de la perte des fruits. a
Il y a quelques Coûtumes où le refus du
mari de faire la foi & hommage pourles Fiefs
de fa femme, ne produit que le droit de faifir s
le Seigneur ne gagne pas les fruits , il ne pears
D vj
A
2412 MERCURE DE FRANCE
A la verité , cette perte , lorfqu'il y
donne lieu , eft une diffipation , mais qui
fe réduit à ce qui tombe dans la commu
nauté , & qui eft en fon pouvoir , tant
qu'elle ne va point à un affez grand excès
pour donner matiere à la féparation. II
peut difpofer abſolument des effets com
muns , s'en jouer , les perdre & les diffiper
. La femme n'a que la voye de le fou
frir ou de fe féparer.
Voilà les différentes efpeces qui ont été
confondues par les Auteurs , dont M.
Billecocq réclame le fuffrage , & aufquels
il en auroit pû joindre plufieurs autres
qui fe font tous auffi fucceffivement copiés
, fans prendre garde qu'on ne fçauroit
admettre ainfi indiſtinctement la
femme à la foi & hommage pour l'abfence
ou le refus de fon mari , fans donner
atteinte aux Conftitutions féodales .
L'étendue que j'ai été obligé de donner
à ce premier point me fera paffer plus
legerement fur les autres. Heureuſement
il n'y eft pas befoin de tant de difcuffion .
Quiconque ouvrira le Commentaire de
la Villete fur l'article 173. de la Coûtume
de Peronne , y en trouvera affez pour
juger que M. Billecocq a fait une bevûë
que les féqueftrer jufqu'à la prestation de
P'hommage qui lui eft dû. Amiens , art. 9. Bou
enois 47. Chauny.
en
NOVEMBRE. 1730. 2413
en préferant à l'opinion qu'a tenue M.
d'Argentré , que les cadets ne doivent
pas de chambellage à leur frere aîné , là
décifion contraire de la Coûtume de Laon
dont les maximes , qui doivent conduire
à prononcer fur cela , font toutes differentes
de celles de la Coûtume de Peronne
, & qu'il n'a ainfi donné dans l'erreur
que pour avoir négligé de confulter
les Commentateurs de la Coûtume mê
me qu'il vouloit expliquer.
Il fuffit auffi de lire ce qui a été écrit
par Du Moulin , a pour s'appercevoir
qu'une partie des maximes que M. Billecocq
a pofées comme genérales fur la foi
& hommage du Fief contefté entre plufieurs
perfonnes , font fufceptibles de
diverfes exceptions , qu'il ne peut laiffer
ignorer aux vaffaux & aux Seigneurs de
Fief dont il a principalement l'inftruction
en vûë , fans expofer les uns à s'entêter
de prétentions déraifonables , & fans engager
les autres à abandonner les droits
les plus légitimes. C'eft là l'effet de la
préference qu'il a donnée aux compilateurs
modernes fur les Auteurs originaux,
& de fon goût particulier pour le texte
des Coûtumes voifines de la frenne .
Je n'examine point le plus ou le moins
a In Confuetud. Parif. §. 33 , quest , 27.
de
414 MERCURE DE FRANCE
de jufteffe des préjugés fur lefquels ce
goût eft fondé , ni fi la façon dont on
fçait que la redaction des Coûtumes s'eft:
faite , laiffe lieu aux éloges que notre Auteur
leur diftribue. J'aurai occafion d'en
parler dans un Ouvrage plus étendu . If
n'eft queſtion ici que des fuites ou des
effets du plan que M. Billecocq s'eft for
mé.
Son attachement fcrupuleux aux ex-"
preffions des Coûtumes de Champagne ,
qui y font fes favorites , le fait tomber
d'une faute dans une autre. J'ai remarqué
dans mes Obfervations , que pour nous
apprendre fi le Seigneur qui veut retenir
un Fief de fa mouvance , dont le nouvel
acheteur vient lui demander l'inveftiture,
peut déduire , fur le prix de la vente qu'il
eft obligé de rembourfer , le montant des
Droits Féodaux , il apporte pour toute
décifion un texte de la Coûtume de Vermandois
qui ne parle proprement que du
cas , qui ne fait pas de difficulté , auquel
Pacheteur étoit chargé du payement de
ces droits , & qu'ainfi il nous laiffoit
dans l'incertitude fur ce qui doit s'obſerver
lors , ce qui eft le.cas le plus épineux,
que le vendeur eft engagé à l'acquit de
ces droits. Et la remarque eft jufte , parce
que , quoiqu'en dife M. Billecocq , le
texte cité ne préſente rien qui donne lieu
d'ap
NOVEMBRE. 1730. 2415
d'appliquer à d'autre efpece qu'à la pre
miere dont j'ai parlé , la maxime que le
Retrait Seigneurial & lesDroitsFéodauxfont
incompatibles , & ne peuvent pas être pris:
enfemble fur un même Fief.
Dans fa défenſe , déterminé enfin à
nous inftruire plus clairement fi cette Loi
doit auffi être fuivie , lorfque par le contract
de vente le vendeur eft refté chargé
du payement des Droits Féodaux , il
nous dit qu'oül , que cela ne peut pas
former le moindre doute , & il en appor
te en preuve la Coûtume de Rheims
avec le fentiment de quelques Auteurs
qui ont crû, dit- il , que les Coûtumes a ,
qui contiennent des difpofitions contraires
font injuftes , & doivent être reffer
rées dans les bornes de leurs territoires.
Mais c'eft une feconde faute , d'autant
plus inexcufable que la premiere, que l'on
eft exposé à de plus grands maux , par
la prévention pour de fauffes maximes
que par la fimple ignorance des verita-
Bles. Il n'eft rien moins qu'incontefta-
Ble que le vendeur qui eft obligé au
payement des Droits Seigneuriaux pour
la vente qu'il a faite , en devienne déchargé
, & que fa condition change fi le
Seigneur retire des mains de l'acheteur
a Chaumont,art 17 -Amiens,38, Ponthieu ,69%
Ce
2416 MERCURE DE FRANCE
ce qui a été vendu ; de frivoles railonnemens
font le fondement unique d'un privilege
qui feroit fi extraordinaire. Je ne
ferai point de differtation pour le prouver
; la démonftration fe trouve toute
faite dans le Chapitre 3. des Obfervations
Notables fur le Droit Coûtumier , que M.
Bruffel qui n'y laiffe rien à defirer fur
cela , a fait imprimer à S. Omer en 1724.
& dont le fentiment peut être d'ailleurs
appuyé de celui de Pillecart a de Ricard b,
. & de M. De Laitre c
On voit affez que fi je trouve à redire
aux déciſions & aux principes de M. Bil
lecocq , ce n'eft point , comme il l'écrit
à fon ami , parce qu'ils ne font pas affez.
démontrés, mais parce qu'ils ne font point
affez vrais. C'eſt parcequ'il donne continuellement
pour certain ce qui eft au moins
très douteux , pour univerfellement reconnu
ce qui eft le plus contefté , & pour
genéral ce qui eft fufceptible de plufieurs
exceptions .
Une infinité de gens , nous dit l'Auteur
, feront bien contens de trouver d'un
coup d'oeil dans ce Livre la décifion des
difficultés qui fe préfentent ; mais fatif
faction de bien peu de durée pour le
a Sur l'art 216. de la Coût . de Châlons
b Sur l'art 235. de Senlis .
• Sur l'art. 17. de Chaumont,
LecNOVEMBRE
. 1730. 2417 .
Lecteur qui fe donnera la peine d'aller
aux fources , & bien funefte par l'évenement
pour ceux qui , par pareffe de remonter
à ces premieres fources , ou par
ignorance qu'il y en ait de plus pures , fe
feront prévenus & entêtés des idées qu'ils
auront prifes dans une collection fiimparfaite.
Il vaudroit autant pour les premiers
que la compilation fut encore dans
l'obfcurité , & qu'elle n'eut pas été miſe
au jour : Et cela feroit plus avantageux
pour les derniers. C'eſt ce que j'avois à
démontrer.
Dauvergne fur un Livre de M. Billecocq
, intitulé : Les Principes du Droit
François fur les Fiefs .
'Ai attendu jufqu'à préfent que le corefpondant
ou l'ami à qui M. Billecocq
a adreffe fa Réponse à mes Remarques
530104
2400 MERCURE DE FRANCI
ques a publiât fon ſentiment en faveur
de l'Ouvrage , & contre ma Critique ,
ainfi que l'Auteur fembloit le lui demander
; mais puifque ni l'approbation ni la
cenfure ne paroiffent pas , & que le perfonnage
de qui je croyois qu'elles pourroient
venir , n'existe peut- être pas plus
réellement que les Climenes & les Philis
pour qui les Poëtes feignent de foupirer ,
je ne difererai plus à montrer que mes
Obfervations font juftes. M. Billecocq
trouvera bon que je borne la durée du
plaifir qu'il goûte apparemment de penfer
que je les abandonne ; je crois de l'en
avoir laiffé jouir affez long- tems , pour
demeurer quitte envers lui des complimens
dont il m'a gratifié dans fa Réponſe.
Deux points font principalement en
conteftation entre lui & moi . Le premier,
fi ceux qui acheteroient fon Livre y
trouveroient autant qu'il promet par le
Titre & dans la Préface. Le fecond , s'il
ne vaut pas mieux , ne plus rien écrire fur
la Jurifprudence, que de ne compofer que
des Ouvrages dans le goût de l'Ecrit de
cet Auteur.
Le titre de Principes du Droit François
fur les Fiefs n'annonce pas fimplement
a Les Remarques font dans le Mercure de
France de Janvier 1730. & la Réponse dans
celui du mois de Mai de la méme année .
des
NOVEMBRE. 1730. 2401
des définitions & des divifions fuivies de
quelques maximes également en ufage
dans toutes les Provinces. Ce font là ,
la verité , des principes , mais des principes
genéraux qui fe trouvent par tout,
& pour le petit nombre defquels il n'eft
pas à croire pour cette raiſon que l'on
veuille faire de nouveaux Livres. La
promeffe tombe donc fur les principes
particuliers qui font infinis , qui varient
fuivant la diverfité des ftatuts de chaque
Contrée , & dont le détail eft d'autant
plus neceffaire, que la multitude embaraffe
davantage. Il confifte principalement ce
détail à ranger toutes les Coûtumes du
Royaume fous certaines Claffes , à indiquer
la difference des unes aux autres , à
expliquer de quelles façons oppofées les
principales queftions fe décident le plus
communément fous chaque efpece de
Coûtumes , & à donner des notions fuffifantes
pour conduire à faire les diftinctions
convenables entre toutes ces diverfes
Coûtumes fur les autres difficultés.
Voilà à peu près la maniere dont Coquille
a procedé , & qui a été fuivie par ceux
qui , après lui , nous ont donné des Inftitutions
au Droit François , & ce qu'on a
lieu d'attendre avec plus de perfection
encore de ceux qui , annonçant de nou.
veaux principes , font entendre qu'ils
D donnent
2402 MERCURE DE FRANCE
donnent quelque chofe de meilleur que
e que l'on a déja en ce genre.
Or il ne le trouve rien de femblable
dans le Livre de M. Billecocq , qui , quelque
chofe qu'il lui plaife d'en dire dans
fa Réponſe à mes Remarques , s'eft démenti
lui-même fur cela dans fon Epitre
Dédicatoire & dans fa Préface , où il avoue
qu'il a réduit fes principes à la feule Coûtume
de Peronne. Ainfi de fon propre
aveu le titre qu'il a choifi fait illufion au
Public. En Poitou & en Bretagne on achetera
le Livre de M. Billecocq fur la foi
du Titre , & dans Fefperance que l'on en
concevra d'avoir des principes qui conviennent
à ces Provinces comme à toutes
les autres ; mais on ne l'aura pas plutôr
qu'on y verra que l'Auteur dit lui-même
qu'il n'y donne rien que pour la Coûttume
particuliere de fon Pays. L'abus fi
fréquent de ces titres trop genéraux ne
ceffera- t'il donc jamais & laiffera- t'on
toujours le Public en bute à ces fortes de
fupercheries ?
Le Livre dont je parle eft- il du moins
un Commentaire fur la Coûtume de Peronne
Mondidier & Roye , comme
l'annoncent l'Epitre Dédicatoire & l'Avis
au Lecteur ? je ne veux encore pour preu
ve de la négative que l'aveu de notre Magiftrat
; il demeure d'accord que la def
cription
NOVEMBRE. 1730. 2495
cription que j'ai faite de la maniere de
faire un Commentaire de Coûtume , c
conforme aux idées que l'on doit s'en for
mer. D'un autre côté , il déclare qu'il n'a
point prétendu écrire fur un plan fi grand ,
& dans lequel les difcuffions font fineceffaires
; donc fon Livre n'eft point un
Commentaire ; donc il en a voulu donner
une idée trop avantageuſe , lorſqu'il a die
L'Ouvrage que j'ai fait fur les Fiefs ... eft
un Commentaire fur la Coûtume de Peronne
& c.
En remarquant l'inutilité d'un Com
mentaire qui contient tout auffi peu , &
quelquefois moins que l'article contefté
j'ai ajoûté que c'étoit le défaut dominant
du Commentaire prétendu de M. Billacocq.
Ce reproche eft trop vague , répond
l'Auteur , pour que je fois en état
de m'en juftifier. C'eſt ſe tirer en habile
homme d'un mauvais pas ; on a bien plutôt
fait , & il est bien plus commode &
bien plus avantageux d'imputer ainfi à la
Critique un défaut de jufteffe & de précifion
trop grand pour qu'elle foit fufceptible
d'une Réponſe , que d'en tenter
la réfutation. Il faudroit parmi les articles
que l'on prétend avoir commentés ,
en tirer un certain nombre au hazard . &
faire voir que l'on a donné la décifion de
toutes les difficultés qui naiffent du texte
Dij он
3404 MERCURE DE FRANCE
ou du moins de la plus grande partie ;
& peut- être le hazard n'offriroit- il rien :
de favorable ? La peine que l'on prendroit.
de feiiilleter l'Ouvrage d'un bout à l'au
tre pourroit même ne produire rien de
mieux , & ne préfenter par tout que,
l'occafion ou de fe fouvenir de ce que
dit M. de Saint Evremont , a que les Li
vres font dans la Bibliotheque d'un fameux
Avocat , comme on voit dans la Mer les
Poiffons , dont une partie mange l'autre ,
ou d'appliquer ce qu'on lit dans M. le
Clerc , b qu'il y a une Nation , d'ailleurs
Sçavante & féconde en habiles gens , qui n'eſt
que trop accoutumée à copier , & qui ne
fait que peu d'ufage de fan efprit dans la plupart
des Livres que l'on en voit. Que l'on
connoît que bien des gens lifent en
ce Pays là non pour s'inftruire , pour fe
former l'efprit & le ftile , pour je mettre
en état de juger par eux-mêmes de ce qu'ils
lifent , ou de découvrir quelque chofe de nouveau,
mais pour faire de gros Recueils , &
tirer de tems en tems de ce cabos des Volnmes
indigeftes , & remplis de citations intiles.
par
›
là
Le fingulier eft que l'application fe
trouve faite par M. Billecocq lui-même.
a S. Evremoniana pag. 357.
b Eiblioth. Univ, T. 16. pag. 197.
Je
NOVEMBRE. 1730. 2405
Je n'avois travaillé à ce Recueil , dit- il a
que pour mon inftruction particuliere …..
& en le faifant imprimer par le confeil
de perfonnes judicieuſes qui ont eſtimé
felon la Coûtume ) qu'il pourroit être
utile au Public , je l'ai préſenté tel qu'il
-étoit.
Cela eft excellent dans le Commerce
-ordinaire. On y regarde communément
comme le meilleur ce que chacun a fait
pour fon propre ufage. Mais il en eſt autrement
dans la République des Lettres ;
ce qu'un Auteur a compofé pour lui eft
juftement ce qui y paffe pour valoir le
moins , & pour être le moins eftimable.
Le Public n'y trouve digne de lui que
ce qui a été fait pour lui , convaincu qu'il´
el
eft que qui ne l'a pas en vûë , n'eft pas
fuffilamment excité à fe donner tous les
foins & toutes les peines qui font néceffaires
pour approcher de la perfection :
fur cela le goût eft genéral , & il ſe trouve
ici juftifié par l'inéxactitude , dont j'ai
cité quelques exemples dans mes Obfervations.
M. Billecocq veut , à la verité , que je
mefois trompé , & il n'a rien oublié pour
l'infinuer ; mais je doute qu'il ait réuffi
auprès de ceux qui fe trouvant à portée
a Mercure de Mai , pag: 851,
Diij
de
2406 MERCURE DE FRANCE
de verifier , s'en feront donné la peine.
Sur le premier article , fur tout , il ne
Faut qu'un Du Pleffis & des yeux. M.
Billecocq ayant dit a qu'en l'absence du
mari , ou à fon refus , la femme qui eft en
communauté avec lui peut fe faire autorifer
par Juftice , pour faire la foi & hom
mage des Fiefs à elle échûs pendant le
mariage ; jai remarqué qu'il avoit d'au-
Tant moins de raifon de nous donner cette
maxime comme indubitable , fur la foi
du feul de Heu , que la regle étoit fauffe,
& que Du Pleffis l'avoit fuffifamment fait
entendre de la forte dans le Chapitre même
, dont l'Auteur s'étoit là approprié
Ja meilleure partie. Sur cela il fait le furpris,
parce , dit- il , que les termes dont
Il a fait ufage fe trouvent à peu de chofe
près dans Du Pleffis ; mais il ne dit pas
que Du Pleffis a ajoûté , du moins felon
les Editions de 1702 , de 1709 & de 1728.
car je n'ai pas fous la main la premiere de
16.98. qu'il y a pourtant difficulté à la regle
qu'il venoit de pofer.
La réticence eft fine en mettant fousles
yeux du Public ces dernieres expreffions
, il n'y auroit pas eu moyen de demander
comment je pouvois dire que Da
Pleffis penfoit autrement que de Hen , au
a Liv. 2, Ch. 4 BEEF. 66
lieu
NOVEMBRE. 1930. 1407
Heu qu'en les taifant , & en ne rappor
tant prudemment que ce qui précede y
on s'eft acquis le droit d'avancer hautement
que ma premiere Remarqueute
mak
imaginée , & de la donner pour un début
qui fait porter de la fuite un jugement
défavantageux.
Mais n'imitons pas ces Scholaftiques
qui recherchoient uniquement ce qu'Afiftote
avoit dit fans fe mettre en peine
de ce qu'il auroit du dire , & voyons qui
il faut croire , ou de M. Billecocq qut
continue d'affuter que fon principe eft
inconteftable , ou de Du Pleffis qui a écrit
qu'il étoit très fujet à conteſtation .
La premiere idée qui fe préfente fur
éela eft celle de la diftinction , fi natu
relle entre l'abſence du mari , & ſon refus
de faire la foi & hommage , entre l'abfence
légitime & neceffaire & celle qui
ne feroit affectée que pour éluder de remi
plir ce devoir du vaffelage.
Lorfque l'abfence eft neceffaire , &
qu'elle a pour motif le fervice de l'Etat,
Fattachement à un emploi dont les fonc
tions ne peuvent pas être abandonnées ,
avantl'expiration du tems fixé pour porter
la foi , la difficulté n'eft pas grande. L'E
poufe , de l'hommage de laquelle ce Seigneur
ne veut pas ſe contenter , a la voye
de lui demander fouffrance , c'est- à- dire,
D iiij de
2408 MERCURE DE FRANCE
de requerir qu'il attende que l'empêchement
foit ceffe , & que le mari puiſſe venir
en perfonne s'acquiter de la premiere
obligation que les Loix Féodales
lui impofent. C'eft en ce cas ce que le
Suzerain ne fçauroit refufer , on l'obtiendroit
des Juges malgré lui ; auffi tôt le
droit de faifir eft arrêté pour tout le tems
que doit durer la caufe de l'abfence , &
fila faifie avoit précedé , la main levée
en feroit acquife. Voilà la reffource que
M. Billecocq croit fi impoffible, d'imagi
ner , celle cependant qu'il a dû voir dans
la note fur l'endroit en queftion que MM .
Delauriere & Berroyer ont crû la plus
réguliere , celle enfin pour laquelle Du
Pleffis lui- même a fait affez fentir qu'il
panchoit , lorfqu'il a avoué qu'il trouvoit
de la difficulté à décider qu'en l'abſence
du mari & le délai fatal preffant , la femme
pût fe faire autorifer par juftice pour
porter la foi , fans faire prononcer au
cune féparation.
L'Epoufe peut , & elle doit même faire
la foi & hommage pour les Fiefs qui
lui appartienent , lorfque le Seigneur veut
qu'elle y fatisfaffe pour le mari abfent :
ce n'eft pasfur quoi tombe le doute ; mais
lui donner le droit de mettre à profit
l'éloignement de fon mari pour l'exemter
de la foi , & pour en prendre malgré
le
NOVEMBRE. 1730. 2409
fe
le Seigneur toute la charge fur elle , nonobftant
que ce dernier veuille bien attendre
que l'excufe du mari ceffe , ce leroit
troubler tout l'ordre féodal..
: Car fi l'ufage qui a ſubſiſté aſſez longtems
a d'obliger , autant qu'on le pouvoit
, les filles qui avoient des Fiefs à ne
fe marier que de l'agrément du Seigneur
dans la mouvance de qui ces Fiefs fe
trouvoient , eft abrogé , fi les Suzerains
ont perdu cette prérogative , dont le mo
tif étoit de les préferver de l'inconvenient
d'avoir des vaffaux qui ne leur fuffent
point agréables , ou qui euffent des interêts
oppofés aux leurs , ils fe font du
moins confervé le droit de s'affurer par
un acte de foi & hommage de la fidelité
des nouveaux Feudataires que leur donnent
leurs Vaffales. La décifion s'en trouve
en leur faveur dans toutes les Coûtumes
, dans les unes a , en termes exprès,
& dans les autres , par la conféquence
qui réfulte du principe , que tout nouveau
vaffal , comme le devient le mari qui
a Voyez la Charte de S. Louis du mois de Mai
1246. à la fin du nouvel Examen de l'uſage genéral
des Fiefs. Par M. Druffel , page 35 .
b Eftempes art. 6. Clermont 87. Laon 168 .
Châlons 178. S. Pol 11. Normandie 99. Bretagne
351. Anjou 96. &c . Quelques uns mettent
auffi celle de Paris dans la même Claffe.
Dv exerce
2410 MERCURE DE FRANCE
exerce tous les droits de Seigneurie des
Fiefs de fa femme , doit la foi & hommage
au Seigneur Suzerain , & la doit en per
Sonne.
Delà vient que fi l'abfence n'a point de
cauſe indiſpenſable , & telle qu'il faut
qu'elle foit pour donner lieu à la fouffrance
, la femme ne peut pas non plus
obliger de la recevoir,à porter la foi pour
fon mari , parce qu'elle ne pourroit y
être admife que comme fondée de la pro
turation du mari , puiſque c'est lui qui
eft perſonellement tenu de ce devoir , &
qu'il n'y a qu'une caufe légitime qui puiſfe
donner le privilege de s'en acquiter par
Procureur , fi ce n'eſt dans quelques Coû
tumes particulieres a dont je ne parle
point ici. Vigier 6 rapporte un Arrêt qui
Pa jugé de la forte contre une femme
dont les offres de faire la foi & hommage
y ont été rejettées , quoique ce fut
pour un Fief qui lui appartenoit , &
qu'elle eut une procuration de fon mariy
qui demeuroit dans une autre Province
que
celle du Fief dominant ; & c'eſt auffi
fe fentiment de M. Boucheul . c
b
L'Epoufe fera-t'elle donc fans reffource
Contre la négligence ou le caprice d'un
a Chauny, art. 104.
bsur l'Art 23. de la Coûtume d'Angonmoiss
€ Sur l'art. 144, de la Cratume du Poirou.
mari
NOVEMBRE. 1730. 241T
mhari qui s'obſtinera à ne pas vouloir re-
Venir porter la foi & hommage , ou qui ,
quoique fur les lieux , refufeta fans taifon
d'en faire la démarche ? Et faudra- t'il
qu'en voyant enlever par la faifie qu'un
femblable procede autorife , des revenus
deftinés à un tout autre uſage , dans l'indigence
& la défolation où cette perte la
jette , elle s'en tienne à des plaintes fte
Files & infructueuſes ?
Non : fi la perte des fruits eft un objet
affez confiderable pour mettre du défordre
dans les affaires des deux Epoux ,
pour en caufer le dérangement , la femme
a alors la liberté d'agir contre fon mari
en feparation ; elle recouvre par là l'ad
miniftration de fon bien , elle retire du
mari la Seigneurie des Fiefs qu'elle lui
avoit apporté , & rentre dans le droit
d'en faire feule l'hommage. Mais tant
qu'elle refte en communauté , qu'elle
trouve fon compte à n'en pas pourfuivre
la diffolution , tant que la joüiffance de
fes Fiefs & des droits de Seigneurie qui y
font attachés demeure à fon mari , la Loi
veut que ce foit lui qui faffe l'hommage
fous peine de la perte des fruits. a
Il y a quelques Coûtumes où le refus du
mari de faire la foi & hommage pourles Fiefs
de fa femme, ne produit que le droit de faifir s
le Seigneur ne gagne pas les fruits , il ne pears
D vj
A
2412 MERCURE DE FRANCE
A la verité , cette perte , lorfqu'il y
donne lieu , eft une diffipation , mais qui
fe réduit à ce qui tombe dans la commu
nauté , & qui eft en fon pouvoir , tant
qu'elle ne va point à un affez grand excès
pour donner matiere à la féparation. II
peut difpofer abſolument des effets com
muns , s'en jouer , les perdre & les diffiper
. La femme n'a que la voye de le fou
frir ou de fe féparer.
Voilà les différentes efpeces qui ont été
confondues par les Auteurs , dont M.
Billecocq réclame le fuffrage , & aufquels
il en auroit pû joindre plufieurs autres
qui fe font tous auffi fucceffivement copiés
, fans prendre garde qu'on ne fçauroit
admettre ainfi indiſtinctement la
femme à la foi & hommage pour l'abfence
ou le refus de fon mari , fans donner
atteinte aux Conftitutions féodales .
L'étendue que j'ai été obligé de donner
à ce premier point me fera paffer plus
legerement fur les autres. Heureuſement
il n'y eft pas befoin de tant de difcuffion .
Quiconque ouvrira le Commentaire de
la Villete fur l'article 173. de la Coûtume
de Peronne , y en trouvera affez pour
juger que M. Billecocq a fait une bevûë
que les féqueftrer jufqu'à la prestation de
P'hommage qui lui eft dû. Amiens , art. 9. Bou
enois 47. Chauny.
en
NOVEMBRE. 1730. 2413
en préferant à l'opinion qu'a tenue M.
d'Argentré , que les cadets ne doivent
pas de chambellage à leur frere aîné , là
décifion contraire de la Coûtume de Laon
dont les maximes , qui doivent conduire
à prononcer fur cela , font toutes differentes
de celles de la Coûtume de Peronne
, & qu'il n'a ainfi donné dans l'erreur
que pour avoir négligé de confulter
les Commentateurs de la Coûtume mê
me qu'il vouloit expliquer.
Il fuffit auffi de lire ce qui a été écrit
par Du Moulin , a pour s'appercevoir
qu'une partie des maximes que M. Billecocq
a pofées comme genérales fur la foi
& hommage du Fief contefté entre plufieurs
perfonnes , font fufceptibles de
diverfes exceptions , qu'il ne peut laiffer
ignorer aux vaffaux & aux Seigneurs de
Fief dont il a principalement l'inftruction
en vûë , fans expofer les uns à s'entêter
de prétentions déraifonables , & fans engager
les autres à abandonner les droits
les plus légitimes. C'eft là l'effet de la
préference qu'il a donnée aux compilateurs
modernes fur les Auteurs originaux,
& de fon goût particulier pour le texte
des Coûtumes voifines de la frenne .
Je n'examine point le plus ou le moins
a In Confuetud. Parif. §. 33 , quest , 27.
de
414 MERCURE DE FRANCE
de jufteffe des préjugés fur lefquels ce
goût eft fondé , ni fi la façon dont on
fçait que la redaction des Coûtumes s'eft:
faite , laiffe lieu aux éloges que notre Auteur
leur diftribue. J'aurai occafion d'en
parler dans un Ouvrage plus étendu . If
n'eft queſtion ici que des fuites ou des
effets du plan que M. Billecocq s'eft for
mé.
Son attachement fcrupuleux aux ex-"
preffions des Coûtumes de Champagne ,
qui y font fes favorites , le fait tomber
d'une faute dans une autre. J'ai remarqué
dans mes Obfervations , que pour nous
apprendre fi le Seigneur qui veut retenir
un Fief de fa mouvance , dont le nouvel
acheteur vient lui demander l'inveftiture,
peut déduire , fur le prix de la vente qu'il
eft obligé de rembourfer , le montant des
Droits Féodaux , il apporte pour toute
décifion un texte de la Coûtume de Vermandois
qui ne parle proprement que du
cas , qui ne fait pas de difficulté , auquel
Pacheteur étoit chargé du payement de
ces droits , & qu'ainfi il nous laiffoit
dans l'incertitude fur ce qui doit s'obſerver
lors , ce qui eft le.cas le plus épineux,
que le vendeur eft engagé à l'acquit de
ces droits. Et la remarque eft jufte , parce
que , quoiqu'en dife M. Billecocq , le
texte cité ne préſente rien qui donne lieu
d'ap
NOVEMBRE. 1730. 2415
d'appliquer à d'autre efpece qu'à la pre
miere dont j'ai parlé , la maxime que le
Retrait Seigneurial & lesDroitsFéodauxfont
incompatibles , & ne peuvent pas être pris:
enfemble fur un même Fief.
Dans fa défenſe , déterminé enfin à
nous inftruire plus clairement fi cette Loi
doit auffi être fuivie , lorfque par le contract
de vente le vendeur eft refté chargé
du payement des Droits Féodaux , il
nous dit qu'oül , que cela ne peut pas
former le moindre doute , & il en appor
te en preuve la Coûtume de Rheims
avec le fentiment de quelques Auteurs
qui ont crû, dit- il , que les Coûtumes a ,
qui contiennent des difpofitions contraires
font injuftes , & doivent être reffer
rées dans les bornes de leurs territoires.
Mais c'eft une feconde faute , d'autant
plus inexcufable que la premiere, que l'on
eft exposé à de plus grands maux , par
la prévention pour de fauffes maximes
que par la fimple ignorance des verita-
Bles. Il n'eft rien moins qu'incontefta-
Ble que le vendeur qui eft obligé au
payement des Droits Seigneuriaux pour
la vente qu'il a faite , en devienne déchargé
, & que fa condition change fi le
Seigneur retire des mains de l'acheteur
a Chaumont,art 17 -Amiens,38, Ponthieu ,69%
Ce
2416 MERCURE DE FRANCE
ce qui a été vendu ; de frivoles railonnemens
font le fondement unique d'un privilege
qui feroit fi extraordinaire. Je ne
ferai point de differtation pour le prouver
; la démonftration fe trouve toute
faite dans le Chapitre 3. des Obfervations
Notables fur le Droit Coûtumier , que M.
Bruffel qui n'y laiffe rien à defirer fur
cela , a fait imprimer à S. Omer en 1724.
& dont le fentiment peut être d'ailleurs
appuyé de celui de Pillecart a de Ricard b,
. & de M. De Laitre c
On voit affez que fi je trouve à redire
aux déciſions & aux principes de M. Bil
lecocq , ce n'eft point , comme il l'écrit
à fon ami , parce qu'ils ne font pas affez.
démontrés, mais parce qu'ils ne font point
affez vrais. C'eſt parcequ'il donne continuellement
pour certain ce qui eft au moins
très douteux , pour univerfellement reconnu
ce qui eft le plus contefté , & pour
genéral ce qui eft fufceptible de plufieurs
exceptions .
Une infinité de gens , nous dit l'Auteur
, feront bien contens de trouver d'un
coup d'oeil dans ce Livre la décifion des
difficultés qui fe préfentent ; mais fatif
faction de bien peu de durée pour le
a Sur l'art 216. de la Coût . de Châlons
b Sur l'art 235. de Senlis .
• Sur l'art. 17. de Chaumont,
LecNOVEMBRE
. 1730. 2417 .
Lecteur qui fe donnera la peine d'aller
aux fources , & bien funefte par l'évenement
pour ceux qui , par pareffe de remonter
à ces premieres fources , ou par
ignorance qu'il y en ait de plus pures , fe
feront prévenus & entêtés des idées qu'ils
auront prifes dans une collection fiimparfaite.
Il vaudroit autant pour les premiers
que la compilation fut encore dans
l'obfcurité , & qu'elle n'eut pas été miſe
au jour : Et cela feroit plus avantageux
pour les derniers. C'eſt ce que j'avois à
démontrer.
Fermer
Résumé : DÉFENSE des Remarques de M. Dauvergne sur un Livre de M. Billecocq, intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs.
Le texte est une défense des remarques de M. Dauvergne concernant le livre de M. Billecocq intitulé 'Les Principes du Droit François fur les Fiefs'. M. Dauvergne a attendu une réponse de M. Billecocq ou de son correspondant avant de réagir, mais n'ayant rien reçu, il décide de justifier ses observations. Deux points principaux sont en contention : la pertinence du contenu du livre par rapport à son titre et la valeur de l'ouvrage pour la jurisprudence. M. Dauvergne critique le titre du livre, qui promet des principes généraux mais ne les fournit pas. Il souligne que les principes particuliers varient selon les coutumes locales et que le livre de M. Billecocq se limite à la coutume de Peronne, contrairement à ce que le titre laisse entendre. Il accuse également M. Billecocq de ne pas fournir un commentaire complet et utile sur la coutume de Peronne, comme annoncé. M. Dauvergne reproche à M. Billecocq de ne pas avoir commenté suffisamment les articles de la coutume, se contentant souvent de répéter le texte sans ajouter de valeur. Il cite des exemples d'inexactitudes et de manque de précision dans le livre. M. Billecocq, en réponse, affirme que les remarques de M. Dauvergne sont trop vagues pour être réfutées. Le texte aborde également des questions spécifiques de droit féodal, comme le droit de la femme de faire la foi et hommage en l'absence de son mari. M. Dauvergne critique la position de M. Billecocq sur ce point, en se référant à des auteurs comme Du Pleffis et en soulignant les distinctions entre l'absence légitime et l'absence affectée. Il conclut que la position de M. Billecocq trouble l'ordre féodal et ne respecte pas les droits des seigneurs. En outre, le texte traite des obligations féodales, notamment la foi et hommage, et des droits des femmes dans ce contexte. En l'absence de cause indispensable, une femme ne peut pas être obligée de recevoir la foi et hommage à la place de son mari, car ce devoir incombe personnellement à ce dernier. Cependant, si la négligence ou le caprice du mari cause un préjudice financier significatif, la femme peut demander une séparation et récupérer l'administration de ses biens, y compris les fiefs, et effectuer seule l'hommage. Certaines coutumes permettent au seigneur de ne pas perdre les fruits en cas de refus du mari, mais cette perte reste une dissipation des biens communs. Le texte critique également les erreurs de M. Billecocq, qui a mal interprété certaines coutumes et maximes féodales, en se basant sur des compilations modernes plutôt que sur les auteurs originaux. Il souligne l'importance de consulter les sources primaires pour éviter les erreurs et les préjugés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7499
p. 2417-2419
ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU.
Début :
Approchez, Enfans de la Lyre ; [...]
Mots clefs :
Naissance, Duc d'Anjou, Roi, Monarque, France, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU.
ODE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU
APprochez , Enfans de la Lyre ;
Uniffez vos fons à mon chant :
Un Dieu redoutable m'infpire
D'annoncer un Héros naiffant.
Lucine à qui la France eſt chere ,
Au préfent qu'elle vient de faire
Ajoute de nouveaux bienfaits.
Оные
2418 MERCURE DE FRANCE
Que l'Anjou treffaille de joye ;
Un Prince que le Ciel envoye
Comble en ce jour tous les fouhairs
Agde qu'on vit fi plein de zele
Pour le premier né de LOUIS ,
Que ton ardeur ſe renouvelle
A l'afpect de fon fecond fils.
L'un précieux fruit de nos larmes
Vint au plus fort de nos allarmes
Calmer notre jufte frayeur.
Digne objet de notre tendreffe ,
Celui- ci naît dans l'allegreffe
Pour confirmer notre bonheur.
Pour le Monarque , pour le Trône ,
Qu'avons-nous à craindre aujourd'hui a
De fon Sceptre , de ſa Couronne
Les Dieux font eux - mêmes l'appui.
C'est par leur faveur falutaire
Que LOUIS eft devenu pere
Du Dauphin , l'objet de nos voeux
Si fon augufte Race augmente ,
Peuple , c'eft à leur main paillante
Que tu dois ce fæccès heureur.
Grand Dieu , ce que ta main commence ;
Elle feule peut l'achever ;
Tu
NOVEMBRE. 1730. 2419
Tu donnes des Rois à la France ;
C'eft à toi de les conferver.
Fais croître ces Enfans aimables
Qui fur des Peuples redoutables
Feront un jour regner tes Loix :
Et dès leur plus tendre jeuneffe
Infpire -leur cette fageffe
Qui feule forme les grands Rois.
L'Abbé L.. d'Agde:
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU
APprochez , Enfans de la Lyre ;
Uniffez vos fons à mon chant :
Un Dieu redoutable m'infpire
D'annoncer un Héros naiffant.
Lucine à qui la France eſt chere ,
Au préfent qu'elle vient de faire
Ajoute de nouveaux bienfaits.
Оные
2418 MERCURE DE FRANCE
Que l'Anjou treffaille de joye ;
Un Prince que le Ciel envoye
Comble en ce jour tous les fouhairs
Agde qu'on vit fi plein de zele
Pour le premier né de LOUIS ,
Que ton ardeur ſe renouvelle
A l'afpect de fon fecond fils.
L'un précieux fruit de nos larmes
Vint au plus fort de nos allarmes
Calmer notre jufte frayeur.
Digne objet de notre tendreffe ,
Celui- ci naît dans l'allegreffe
Pour confirmer notre bonheur.
Pour le Monarque , pour le Trône ,
Qu'avons-nous à craindre aujourd'hui a
De fon Sceptre , de ſa Couronne
Les Dieux font eux - mêmes l'appui.
C'est par leur faveur falutaire
Que LOUIS eft devenu pere
Du Dauphin , l'objet de nos voeux
Si fon augufte Race augmente ,
Peuple , c'eft à leur main paillante
Que tu dois ce fæccès heureur.
Grand Dieu , ce que ta main commence ;
Elle feule peut l'achever ;
Tu
NOVEMBRE. 1730. 2419
Tu donnes des Rois à la France ;
C'eft à toi de les conferver.
Fais croître ces Enfans aimables
Qui fur des Peuples redoutables
Feront un jour regner tes Loix :
Et dès leur plus tendre jeuneffe
Infpire -leur cette fageffe
Qui feule forme les grands Rois.
L'Abbé L.. d'Agde:
Fermer
Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU.
L'ode célèbre la naissance du Duc d'Anjou, fils du roi Louis, en novembre 1730. L'auteur, l'abbé d'Agde, invite les poètes à proclamer cet événement joyeux. La France est bénie par cette naissance, qui apporte joie et sécurité. Le Duc d'Anjou est décrit comme un prince céleste destiné à combler les désirs et apaiser les craintes. Sa venue est perçue comme un signe de bonheur et de continuité pour le trône. Les dieux sont appelés à protéger et guider le jeune prince, afin qu'il devienne un roi sage et redoutable, capable de régner sur la France et de faire respecter les lois divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7500
p. 2419
« L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par l'Enigme même, le premier [...] »
Début :
L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par l'Enigme même, le premier [...]
Mots clefs :
Énigme, Dauphin, Ambroise
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texteReconnaissance textuelle : « L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par l'Enigme même, le premier [...] »
L'Enigme du mois dernier a dû être
expliquée par l'Enigme même , le premier
Logogryphe par Dauphin , & le
focond par Ambroise.
expliquée par l'Enigme même , le premier
Logogryphe par Dauphin , & le
focond par Ambroise.
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