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5951
p. 179-187
Petit Discours sur la Comedie, accompagné du Compliment que M. de Ponteüil fit à Madame la Duchesse de Berry, le jour qu'elle fut à la Comedie pour la premiere fois, [titre d'après la table]
Début :
Le six le Marquis de Louvois alla chez Madame la Duchesse [...]
Mots clefs :
Duchesse de Berry, Représentation, Comédie, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Petit Discours sur la Comedie, accompagné du Compliment que M. de Ponteüil fit à Madame la Duchesse de Berry, le jour qu'elle fut à la Comedie pour la premiere fois, [titre d'après la table]
-;LeiLc le Marquis deLou
vois alla chez Madame la Duchesse
de Berry Il estoit accompagné
du Marquis de
Cpurtenvatipc son pere ,
du
Duc de Noailles
)
du Duc de
Guiche, du Duc de Villeroy,
de TAbbe d'Estrées Archevêquede
Cambray
,
&duMare-?
chal d'Estrées, pour luy presenter
à signer son Contrat de
Mariage aVec Mlle de Noaille's;
cette Princesse le signa, &
le même jour elle alla à l'Opel
ra, le lendemain à la Comédie
pour la premiere fois, où le
gros a.èur, qui est le fcul de r y , < qui,sije ne me trompe, il cft
avec connoissance de cause ¡
fait tnenrion honorable dans
la fameuse Histoire de Cil Blas,
fie. àMadame la Duchesse de
Berry, leComplimentfuivann
MADAME,
;
Vne ju[lecraintçde ne pa4
remplirvofireattente.,paroîtra
peut-efire d'unemaniéré tropsensible
dans la representation que
vous honore%aujourd'huy. Cet
honneurreïure diminuerA cette
crainteyune attention refpcBueufe
prendrasaplace ; & eteft, Madame,
de cette attention, plus que
denosJoiblestalens, que nous oserons
attendre le glorieux avantége
de pouvoir contribueravos
Amufimenrs. Le Tbeatre annobli
pour l'auguste prejencede Madame
,
protégé (y* Joûtenu de fin
autorité,va briller Jeunëclotanquel
ilne s'atendoitptltl; lesgénies
heuftuxqui osent entres-dans
tà cdrriere oit les Corneilles
,
Ifs
Ratifie& les Àioliere ont encore
laisséquelques lauriers acueillir,
mont trouver dans le défit de votés
IAWt desfwcestpIih nese connoijjentpas,&
témulation en*
fanteradesOuvrages dignesd'ê*
tre offerts à la premiere Princt/ft
del'iHuJire fang qui regne sur
nous. Nous partagerons ,-,M".
dame, cette émulation £r ce Jtjir
de vous plaire;cm ces deux mouvements
t
bien loin de nous divifer
s
formeront entre nous cette
union si necessaire pour remplir
nos devoirs, gr quepeut être "Ôm
intérêt commun riavoit pas
eu la force de faire naître; que
notre Zclt,Madàmr, nous tienne
heu démérite:fûtes nous arriver
aune ptrfrélion où nous ne sçaurionsatteindresans
vos bonté;
formt vous-même un fpeciacle
parfaitdont vous jouirez^ longtempsy
& dont le Public &la
pojlcritêvousferont redevables.
- Ce Compliment fut généralement
applaudi de tout le
monde.
Quelques jours après on re,.
presenta Athalie, où M. Beaubourg
joüa sonRolleduGrand
Prêtre, tres bien, &bien fort.
M. Dancourt fit Je Rolle du
Prophete Mathan. Cest un
Rolle de scelerat qu'il joua,
comme il joüe celui de D. Juan
du Festin de Pierre. MademoifelleDesmarcs
fit le Rolled'Athalie,
Mademoiselle Duclos
celuy de jozabet. La conjoncture
de cette representation setrouva
heureuse pour ces Actrices
& pour la Pièce;& quoique
le Publicsemb.arraflc aussi
peu des demêlez,que del'union
des Comediens,je n'en fuis pas
moins
moins obligé de luy apprendre
pourquoy Athalie & Jozabet
reciterent leurs Rollcs
avec tant d'art & de feu, que
leur déclamation ravit tous
leurs Spcétateurs. D'amies inseparables
qu'elles estoient
avant qu'il futquestion d'Athalie
,
elles fc font depuis
( vous n'aurez pas de peine à
deviner pourquoy )jurées une
si forte inimitié, que c'est aux
motifs de leur haine que le Pu.
blic a la principale obligation
du succés de cette Tragédie,
dont en effetles deux premières
Actrices font dans tout le
corps de la Piece deux ennemies
irreconciliablcs. Mademoiselle
Mimi Dancourci y
joüale Rolle deZacharie avec
toutc la noblesse & toute la
grâce imaginable. Pour Joas
dont le Rçlle fut represente
par le fils de Laurent, Con-_
cierge de la Comedie, il fut ad."
miré & applaudi de tout le
monde; & à proportion de
ion âge, il surpassa de beaucoup
tous les autres Acteurs
de la Tragedie. Si cet enfant
continuë dans cette carriere,
il y a lieu d'esperer qu'un jour
il effacera tous ses camarades.
L'unique chose qui manqua à
la representation de cette tra,
gedie, c'est que M. Ponteüil y
sur souhaité de tous les spectateurs.
vois alla chez Madame la Duchesse
de Berry Il estoit accompagné
du Marquis de
Cpurtenvatipc son pere ,
du
Duc de Noailles
)
du Duc de
Guiche, du Duc de Villeroy,
de TAbbe d'Estrées Archevêquede
Cambray
,
&duMare-?
chal d'Estrées, pour luy presenter
à signer son Contrat de
Mariage aVec Mlle de Noaille's;
cette Princesse le signa, &
le même jour elle alla à l'Opel
ra, le lendemain à la Comédie
pour la premiere fois, où le
gros a.èur, qui est le fcul de r y , < qui,sije ne me trompe, il cft
avec connoissance de cause ¡
fait tnenrion honorable dans
la fameuse Histoire de Cil Blas,
fie. àMadame la Duchesse de
Berry, leComplimentfuivann
MADAME,
;
Vne ju[lecraintçde ne pa4
remplirvofireattente.,paroîtra
peut-efire d'unemaniéré tropsensible
dans la representation que
vous honore%aujourd'huy. Cet
honneurreïure diminuerA cette
crainteyune attention refpcBueufe
prendrasaplace ; & eteft, Madame,
de cette attention, plus que
denosJoiblestalens, que nous oserons
attendre le glorieux avantége
de pouvoir contribueravos
Amufimenrs. Le Tbeatre annobli
pour l'auguste prejencede Madame
,
protégé (y* Joûtenu de fin
autorité,va briller Jeunëclotanquel
ilne s'atendoitptltl; lesgénies
heuftuxqui osent entres-dans
tà cdrriere oit les Corneilles
,
Ifs
Ratifie& les Àioliere ont encore
laisséquelques lauriers acueillir,
mont trouver dans le défit de votés
IAWt desfwcestpIih nese connoijjentpas,&
témulation en*
fanteradesOuvrages dignesd'ê*
tre offerts à la premiere Princt/ft
del'iHuJire fang qui regne sur
nous. Nous partagerons ,-,M".
dame, cette émulation £r ce Jtjir
de vous plaire;cm ces deux mouvements
t
bien loin de nous divifer
s
formeront entre nous cette
union si necessaire pour remplir
nos devoirs, gr quepeut être "Ôm
intérêt commun riavoit pas
eu la force de faire naître; que
notre Zclt,Madàmr, nous tienne
heu démérite:fûtes nous arriver
aune ptrfrélion où nous ne sçaurionsatteindresans
vos bonté;
formt vous-même un fpeciacle
parfaitdont vous jouirez^ longtempsy
& dont le Public &la
pojlcritêvousferont redevables.
- Ce Compliment fut généralement
applaudi de tout le
monde.
Quelques jours après on re,.
presenta Athalie, où M. Beaubourg
joüa sonRolleduGrand
Prêtre, tres bien, &bien fort.
M. Dancourt fit Je Rolle du
Prophete Mathan. Cest un
Rolle de scelerat qu'il joua,
comme il joüe celui de D. Juan
du Festin de Pierre. MademoifelleDesmarcs
fit le Rolled'Athalie,
Mademoiselle Duclos
celuy de jozabet. La conjoncture
de cette representation setrouva
heureuse pour ces Actrices
& pour la Pièce;& quoique
le Publicsemb.arraflc aussi
peu des demêlez,que del'union
des Comediens,je n'en fuis pas
moins
moins obligé de luy apprendre
pourquoy Athalie & Jozabet
reciterent leurs Rollcs
avec tant d'art & de feu, que
leur déclamation ravit tous
leurs Spcétateurs. D'amies inseparables
qu'elles estoient
avant qu'il futquestion d'Athalie
,
elles fc font depuis
( vous n'aurez pas de peine à
deviner pourquoy )jurées une
si forte inimitié, que c'est aux
motifs de leur haine que le Pu.
blic a la principale obligation
du succés de cette Tragédie,
dont en effetles deux premières
Actrices font dans tout le
corps de la Piece deux ennemies
irreconciliablcs. Mademoiselle
Mimi Dancourci y
joüale Rolle deZacharie avec
toutc la noblesse & toute la
grâce imaginable. Pour Joas
dont le Rçlle fut represente
par le fils de Laurent, Con-_
cierge de la Comedie, il fut ad."
miré & applaudi de tout le
monde; & à proportion de
ion âge, il surpassa de beaucoup
tous les autres Acteurs
de la Tragedie. Si cet enfant
continuë dans cette carriere,
il y a lieu d'esperer qu'un jour
il effacera tous ses camarades.
L'unique chose qui manqua à
la representation de cette tra,
gedie, c'est que M. Ponteüil y
sur souhaité de tous les spectateurs.
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Résumé : Petit Discours sur la Comedie, accompagné du Compliment que M. de Ponteüil fit à Madame la Duchesse de Berry, le jour qu'elle fut à la Comedie pour la premiere fois, [titre d'après la table]
Madame la Duchesse de Berry reçoit la visite du Marquis de Louvigny et de plusieurs nobles, dont le Marquis de Courtenvaux, le Duc de Noailles, le Duc de Guiche, le Duc de Villeroy, l'Abbé d'Estrées et le Maréchal d'Estrées. Ils lui présentent un contrat de mariage avec Mlle de Noailles, qu'elle signe. Par la suite, elle assiste à des représentations à l'Opéra et à la Comédie. Lors de cette dernière, un acteur lui adresse un compliment, soulignant son honneur et son dévouement. Quelques jours plus tard, la tragédie 'Athalie' est jouée. M. Beaubourg incarne le Grand Prêtre, M. Dancourt joue le Prophète Mathan, Mademoiselle Desmares interprète Athalie et Mademoiselle Duclos joue Jézabel. La rivalité entre les deux actrices principales contribue au succès de la représentation. Mademoiselle Dancourt joue Zacharie avec noblesse et grâce, tandis que le jeune fils de Laurent, concierge de la Comédie, interprète Joas avec admiration. L'absence de M. Pontueil est regrettée par tous les spectateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5952
p. 265-266
ENIGME.
Début :
Quoy qu'âgé de plus de mille ans, [...]
Mots clefs :
Carême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Quoy qu'âgé de plus de mille
ans ,
Fay tous les ans quarante enfans,
Onseprépare àleurs naiſſances
Par de grandes réjoüiſſances ;
Mais ils ne font pas pluſtoſt nez
Que les humains ſont conſternez;
Car ils font mal àtout le monde ,
Ala noire comme à la blonde :
Auſſiſont-ils fi mal reçûs ,
Qu'aufſſitost qu'ils font apperçus ,
Lepremier est réduit en cendre ,
Deuxàlafois on enpeutprendre,
Avril 1716. Z
"
266 MERCURE
Et ledernier estfi retifà manier
Que de ceux qui vont les furprendre,
Il en abbat grande quantité,
Même pour le forcer àſe rendre
Il luyfaut un reffufcité.
Cette Enigme eſt de la
compoſition de la charmante
Mademoiselle de Liſſalde de
la ruë de Harlay.
Quoy qu'âgé de plus de mille
ans ,
Fay tous les ans quarante enfans,
Onseprépare àleurs naiſſances
Par de grandes réjoüiſſances ;
Mais ils ne font pas pluſtoſt nez
Que les humains ſont conſternez;
Car ils font mal àtout le monde ,
Ala noire comme à la blonde :
Auſſiſont-ils fi mal reçûs ,
Qu'aufſſitost qu'ils font apperçus ,
Lepremier est réduit en cendre ,
Deuxàlafois on enpeutprendre,
Avril 1716. Z
"
266 MERCURE
Et ledernier estfi retifà manier
Que de ceux qui vont les furprendre,
Il en abbat grande quantité,
Même pour le forcer àſe rendre
Il luyfaut un reffufcité.
Cette Enigme eſt de la
compoſition de la charmante
Mademoiselle de Liſſalde de
la ruë de Harlay.
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5953
p. 266-268
AUTRE. / ENIGME.
Début :
De la composition du Parisien Parisien, qui n'a pas jugé / Des fruits dont la nature orne toute la Terre [...]
Mots clefs :
Enfant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. / ENIGME.
AUTRE.
De la compoſition du Parifien
Parifien , qui n'a pas jugé
à propos de m'en envoyer
GALANT 267
le mot , & que je n'ay pas jugé
à propos de deviner : celles
que je recevray doreſnavane
de cette façon , n'auront point
de place dans le Mercure.
ENIGME.
Desfruits dont la nature orne
toute la Terre
Je suis le plus commun; mais
auſſi le plus beau.
Jesuis de tous Pays,Perfe,France
,Angleterre ,
Continent , Ifle ou Roc je viens
même ſur l'eau.
Mais un prodigeſurprenant ,
Zij
268 MERCURE
2
C'est que n'étant planté de la
main d'aucun homme ,
L'on me ſeme à Paris, &l'on
me cücille à Rome.
Eft il rien de plus étonnant?
Souvent je viens tout seul,fouvent
ilfaut m'aider ;
Maisfipour m'arracherde l'arbrequi
meporte
Par unfer aßaffin tu l'ofes ha-
Zarder,
Tu ne tiens rien alors , & ma
racine est morte.
De la compoſition du Parifien
Parifien , qui n'a pas jugé
à propos de m'en envoyer
GALANT 267
le mot , & que je n'ay pas jugé
à propos de deviner : celles
que je recevray doreſnavane
de cette façon , n'auront point
de place dans le Mercure.
ENIGME.
Desfruits dont la nature orne
toute la Terre
Je suis le plus commun; mais
auſſi le plus beau.
Jesuis de tous Pays,Perfe,France
,Angleterre ,
Continent , Ifle ou Roc je viens
même ſur l'eau.
Mais un prodigeſurprenant ,
Zij
268 MERCURE
2
C'est que n'étant planté de la
main d'aucun homme ,
L'on me ſeme à Paris, &l'on
me cücille à Rome.
Eft il rien de plus étonnant?
Souvent je viens tout seul,fouvent
ilfaut m'aider ;
Maisfipour m'arracherde l'arbrequi
meporte
Par unfer aßaffin tu l'ofes ha-
Zarder,
Tu ne tiens rien alors , & ma
racine est morte.
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5954
p. 211-214
ENIGME de M. l'Abbé Tripié.
Début :
Il faut pour m'engendrer beaucoup de patience, [...]
Mots clefs :
Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME de M. l'Abbé Tripié.
ENIGME
de M. l'Abbé Tripié.
Ilfaut pour m'engendrer beaucoup
de patience ,
Etfe plaireà l'écart dans unprofondfilence.
Ilfaut certaines dents dont un art
curieux,
Belleproduction d'un homme ingenieux,
Sefert pour me former & me
mettre au grandjour.
Mon pere eft foû de moy ,
donne fon amour.
me
Sij
212 MERCURE
Que je fois beau, bienfait, bon ,
méchant , detestable ,
Qu'aux yeux de l'univers je
paroiffe execrable ;
N'importe , il est mon pere ,
chez luyma beauté
Merite quelquefoisfur tout la
primauté.
Les membres de mon corps rangez
àl'avanture
Sont d'abord deftinez pour être à
latorture.
Car quelque temps aprés mon
pere trop cruel
Semble oublier pour moy fon
amour paternel.
De mes membres épais on fait
un afſſemblage;
GALANT. 213
Parſon ordre je suis réduit en
esclavage.
Jesuisferé, lié, percé de mille
traits :
Agrands coups de marteau l'on
m'accable fans ceffe ,
Unepriſon de bois me retrecit, me
preffe.
Tout cela cependantme donnedes
attraits.
Car aufortir de la jeſuis joli,
mignon ,
L'on me donneſouventdeshabits
magnifiques ,
Tantôt bruns, tantôt noirs , tantos
couleur d'oignon ,
Et l'on me voit paffer comme
214 MERCURE
l'âne aux reliques.
Enchaîné que jefuis , je vole au
boutdu monde,
Jeſuis ſeul fans estre un , je
parcours l'Univers.
On meporte par tout, &quand
jefais ma ronde,
Je restesur la Terre &je paffe
lesMers.
Fay plusieurs ennemis dont la
forcefecrete
Vient en s'infinuant me dévorer
lefein;
Si de sçavoir mon nom vous
avez le deſſein ,
Je ne le diray pas cherchez
d'autre interprete.
de M. l'Abbé Tripié.
Ilfaut pour m'engendrer beaucoup
de patience ,
Etfe plaireà l'écart dans unprofondfilence.
Ilfaut certaines dents dont un art
curieux,
Belleproduction d'un homme ingenieux,
Sefert pour me former & me
mettre au grandjour.
Mon pere eft foû de moy ,
donne fon amour.
me
Sij
212 MERCURE
Que je fois beau, bienfait, bon ,
méchant , detestable ,
Qu'aux yeux de l'univers je
paroiffe execrable ;
N'importe , il est mon pere ,
chez luyma beauté
Merite quelquefoisfur tout la
primauté.
Les membres de mon corps rangez
àl'avanture
Sont d'abord deftinez pour être à
latorture.
Car quelque temps aprés mon
pere trop cruel
Semble oublier pour moy fon
amour paternel.
De mes membres épais on fait
un afſſemblage;
GALANT. 213
Parſon ordre je suis réduit en
esclavage.
Jesuisferé, lié, percé de mille
traits :
Agrands coups de marteau l'on
m'accable fans ceffe ,
Unepriſon de bois me retrecit, me
preffe.
Tout cela cependantme donnedes
attraits.
Car aufortir de la jeſuis joli,
mignon ,
L'on me donneſouventdeshabits
magnifiques ,
Tantôt bruns, tantôt noirs , tantos
couleur d'oignon ,
Et l'on me voit paffer comme
214 MERCURE
l'âne aux reliques.
Enchaîné que jefuis , je vole au
boutdu monde,
Jeſuis ſeul fans estre un , je
parcours l'Univers.
On meporte par tout, &quand
jefais ma ronde,
Je restesur la Terre &je paffe
lesMers.
Fay plusieurs ennemis dont la
forcefecrete
Vient en s'infinuant me dévorer
lefein;
Si de sçavoir mon nom vous
avez le deſſein ,
Je ne le diray pas cherchez
d'autre interprete.
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5955
p. 215-216
Autre du Solitaire malgré luy de l'Isle S. Loüis
Début :
Bizarrement orné de plus d'une couleur [...]
Mots clefs :
Jeu de l'oie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre du Solitaire malgré luy de l'Isle S. Loüis
Autre du Solitaire malgré luy
de l'iſle S. Loüis .
r
Bizarrement orné de plus
d'une couleur
Jeſuis remplideprécipices ,
Etfais reffentir mes caprices
Aceuxqui n'ont point de bonbeur.
Telſe croit en effet prêt d'aborder
au port ,
Aprés s'être tiré d'un fâcheux
labyrintbe ,
Qui dés lors qu'il n'a plus de
crainte
216 MERCURE
Vientfairenaufrage à la mort.
ॐ
Tel autre croit devoir perdre
toute esperance
Aprés avoir long- temps languy
dans la Prifon,
Et s'être vú tout prêt de periz
Sous lePont,
Quand un heureux retourle met
dans l'opulence.
1
Si vous voulez, Leeteur, en
Scavoirdavantage,
Je porte le nom d'un Oiseau
Qui vit presque toujours dans
l'eau ,
Quand même il ferait tout
Sauvage.
de l'iſle S. Loüis .
r
Bizarrement orné de plus
d'une couleur
Jeſuis remplideprécipices ,
Etfais reffentir mes caprices
Aceuxqui n'ont point de bonbeur.
Telſe croit en effet prêt d'aborder
au port ,
Aprés s'être tiré d'un fâcheux
labyrintbe ,
Qui dés lors qu'il n'a plus de
crainte
216 MERCURE
Vientfairenaufrage à la mort.
ॐ
Tel autre croit devoir perdre
toute esperance
Aprés avoir long- temps languy
dans la Prifon,
Et s'être vú tout prêt de periz
Sous lePont,
Quand un heureux retourle met
dans l'opulence.
1
Si vous voulez, Leeteur, en
Scavoirdavantage,
Je porte le nom d'un Oiseau
Qui vit presque toujours dans
l'eau ,
Quand même il ferait tout
Sauvage.
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5956
p. 217
Autre encore du fidele Berger de la Nymphe Insulaire
Début :
Je me derobe à la lumiere, [...]
Mots clefs :
Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre encore du fidele Berger de la Nymphe Insulaire
Autre encore du fidele Berger
de la Nymphe Inſulaire.
Je me derobe à la lumiere ,
Et n'aime que l'obscurité.
Lorsqu'on vient aisément à bout
de mon myſtere ,
On me trouve peu de beauté.
de la Nymphe Inſulaire.
Je me derobe à la lumiere ,
Et n'aime que l'obscurité.
Lorsqu'on vient aisément à bout
de mon myſtere ,
On me trouve peu de beauté.
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5957
p. 268-270
ENIGME Du Solitaire malgré lui de l'Isle Saint Loüis.
Début :
Mere des ris & des disputes, [...]
Mots clefs :
Bouteille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME Du Solitaire malgré lui de l'Isle Saint Loüis.
ENIGME
Du Solitaire malgré lui de l'Ifle
Saint Loüis .
Mere des ris & des disputes.
Rien ne peut reſiſter à mon vaste
pouapin, were
Quelquefois je fais naître aux
છ ૪
GALANT . 169
Shirt malheureux l'espoir
Deſe relever de leurs chutes.b
F'inſpire auxplus grofſfiersfonvent
de l'éloquence ,
Sans user de contrainte avec le
Duck plus difcret ,
Je lui ſçais arracher doucement
fonfecret,
Et donne au plus timide unepleine
asurance. lo247
En un mot j'ai de fi grands
charmes,
Que le petic couvre le grand
L'ignorant comme lesçavant ,
Merendent presque tous les armes.
Ziij
270 MERCURE
Mais ce n'estque dans magroffeffe
Que l'on fait de moi tant de cas ;
Cardés que monfruit estabas ,
Telqui m'avoit aimé me mépriſe
me laiße.
Du Solitaire malgré lui de l'Ifle
Saint Loüis .
Mere des ris & des disputes.
Rien ne peut reſiſter à mon vaste
pouapin, were
Quelquefois je fais naître aux
છ ૪
GALANT . 169
Shirt malheureux l'espoir
Deſe relever de leurs chutes.b
F'inſpire auxplus grofſfiersfonvent
de l'éloquence ,
Sans user de contrainte avec le
Duck plus difcret ,
Je lui ſçais arracher doucement
fonfecret,
Et donne au plus timide unepleine
asurance. lo247
En un mot j'ai de fi grands
charmes,
Que le petic couvre le grand
L'ignorant comme lesçavant ,
Merendent presque tous les armes.
Ziij
270 MERCURE
Mais ce n'estque dans magroffeffe
Que l'on fait de moi tant de cas ;
Cardés que monfruit estabas ,
Telqui m'avoit aimé me mépriſe
me laiße.
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5958
p. 270-272
AUTRE De l'Abbé Insulaire.
Début :
Je n'eus jamais besoin d'une mere pour naître, [...]
Mots clefs :
Fruit de vie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE De l'Abbé Insulaire.
AUTRE
De l'Abbé Inſulaire.
Je n'eus jamais besoin d'une
mere pournaître ,
Le pere qui m'a mis au monde eft
voire maître ;
Vous me connoißez tous ſansſoavoir
mon Séjour.
Mais développons ce mystere ,
GALANT , 2710
Iln'est point de lieuſur la terre ,
Ni mêmeſurles mersdont on n'ait
fair le tour ,
Fair le
Pour découvrir quel est mon domicile,
t Mais la recherche eſt inutile.
F'habite au milieu d'un jardin
Inacceſſibleà tout humain.
Une Dame autrefois devint fort
amoureuse
Du vif éclat dema beauté,
Quoiqu'elle eût un époux qui la
rendoit heureuse ,
Et lui la ſfoit sa liberté.
Mais lafsde fonfore,il lui prit
fantaisie
D'avoir de moiquelque faveur.
Zij
272 MERCURE
L'époux en eut le reſte , pouna
pôtre malheurbivdoor ob
Atous les deux j'en fis perdre la
ob inachalamuslob
De l'Abbé Inſulaire.
Je n'eus jamais besoin d'une
mere pournaître ,
Le pere qui m'a mis au monde eft
voire maître ;
Vous me connoißez tous ſansſoavoir
mon Séjour.
Mais développons ce mystere ,
GALANT , 2710
Iln'est point de lieuſur la terre ,
Ni mêmeſurles mersdont on n'ait
fair le tour ,
Fair le
Pour découvrir quel est mon domicile,
t Mais la recherche eſt inutile.
F'habite au milieu d'un jardin
Inacceſſibleà tout humain.
Une Dame autrefois devint fort
amoureuse
Du vif éclat dema beauté,
Quoiqu'elle eût un époux qui la
rendoit heureuse ,
Et lui la ſfoit sa liberté.
Mais lafsde fonfore,il lui prit
fantaisie
D'avoir de moiquelque faveur.
Zij
272 MERCURE
L'époux en eut le reſte , pouna
pôtre malheurbivdoor ob
Atous les deux j'en fis perdre la
ob inachalamuslob
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5960
p. 249-251
AUTRE ENIGME Du fidele Berger de la Nymphe insulaire.
Début :
A deux choses inanimées [...]
Mots clefs :
Bière
5961
p. 3-5
Prélude à l'ordinaire, [titre d'après la table]
Début :
POUR ce mois-cy, Messieurs, se falso intono, non è [...]
Mots clefs :
Mercure, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude à l'ordinaire, [titre d'après la table]
OUR ce mois-cy ,
Messieurs, sesalso in
tono, non
è colpa mia.
Si je vous chante faux, ne vous
en prenez pas à moy, ce n'en
pas ma faute. La Canicule,
& un coup de Soleil ou deux,
ont brouillé le timbre de
vostre fidèle & infortuné
Mercure. Néanmoins,malgré
tous ces degâts qui lui ravagent
le chef, rien ne peutl'arrester
quand la gloire l'appelle. L'hon
neur de vousentretenira-pour
luy des charmes qui diffipenc
xous les nuages qui l'environ.
nent. Ainsi il va selon sa loüa.
ble coutume,traverser à tou
tes jambes, les vastes Pleines
de l'air, & recueillir sur la fa
ce du monde tous les évene
mens qu'il croira dignes de
vostrecuriosité. Suivez le,s'il
vousplaist.
Messieurs, sesalso in
tono, non
è colpa mia.
Si je vous chante faux, ne vous
en prenez pas à moy, ce n'en
pas ma faute. La Canicule,
& un coup de Soleil ou deux,
ont brouillé le timbre de
vostre fidèle & infortuné
Mercure. Néanmoins,malgré
tous ces degâts qui lui ravagent
le chef, rien ne peutl'arrester
quand la gloire l'appelle. L'hon
neur de vousentretenira-pour
luy des charmes qui diffipenc
xous les nuages qui l'environ.
nent. Ainsi il va selon sa loüa.
ble coutume,traverser à tou
tes jambes, les vastes Pleines
de l'air, & recueillir sur la fa
ce du monde tous les évene
mens qu'il croira dignes de
vostrecuriosité. Suivez le,s'il
vousplaist.
Fermer
Résumé : Prélude à l'ordinaire, [titre d'après la table]
L'auteur s'excuse pour d'éventuelles erreurs dues à la canicule et aux coups de soleil affectant sa voix. Il affirme que rien ne l'empêchera de poursuivre sa mission lorsqu'il est appelé par la gloire. Il promet d'informer ses lecteurs des événements intéressants qu'il recueillera à travers le monde et les invite à le suivre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5962
p. 228-230
ENIGME Du Solitaire malgré lui de l'Isle S. Loüis.
Début :
Je suis plus ou moins gros selon mon ministere, [...]
Mots clefs :
Pinceau
5963
p. 230-231
Autre du même
Début :
Je nais dans les Jardins ainsi que dans les Champs, [...]
Mots clefs :
Pensée
5966
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
LES personnes qui souhaiteront faire insérer des Avis, ou Mémoires, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LES perfonnes qui ſouhaiterontfaire
inférer des
Avis , ou Mémoires , adref
feront leurs paquets à M.
Ribou , à la defcente du Pont-
Neuf, à l'Image S. Loüis :
elles auront foin d'en affranchir
le port , finon ils refteront
au rebut.
LES perfonnes qui ſouhaiterontfaire
inférer des
Avis , ou Mémoires , adref
feront leurs paquets à M.
Ribou , à la defcente du Pont-
Neuf, à l'Image S. Loüis :
elles auront foin d'en affranchir
le port , finon ils refteront
au rebut.
Fermer
5967
s. p.
PREFACE.
Début :
LE nouveau Mercure François, ayant été établi pour amuser le [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Correspondances, Auteur, Diversité, République des Lettres, Livre, Censure, Poésie, Nouvelles, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREFACE.
PREFAC E.
E nouveau Mercure François
, ayant été établi pour
amufer le Public du ſpéctacle
varié des révolutions politiques,
& des nouvelles , tant civiles
, que litteraires ; la principale
attention de celui qui en eft
chargé , doit être, de fe ménager
des liaifons , & des correfpondances,
par le moyen defquelles,
il foit en état de fatisfaire au devoir
qui lui eft impofé ; c'eſt à
quoi j'ai donné mes prémiers
foins ;mais il s'en faut beaucoup
que je fois tranquile fur la foy de
Fanvier 1717.
a ij
PREFACE.
ces correfpondances . Je fçai
que pour rendre ce Livre digne
de l'eftime publique , il faudroit
que l'Auteur fut foûtenu
d'une Société choisie de Gens
de Lettres , qui vouluſſent perfévéramment
orner fon Recueil
de leurs differents travaux .
Un Ouvrage ainſi diverſifié
par les morceaux qui fe fuccéderoient
les uns aux autres ,
deviendroit fans doute un mélange
très curieux , qui ne pouroit
que plaire.
J'ai fi bien reconnu la néceffitê
d'une liaiſon pareille ,
que pour un Ouvrage pério .
dique , tel que celui - ci , dont
les termes fe touchent de fi
prés ; j'ai crû devoir engager
PREFACE.
quelques amis éclairez à m'ais
der de leurs lumieres .
Mais je croirai y avoir pourvû
encore plus efficacement
fi je puis affocier le Public
dans mon entrepriſe ; fes productions
pour lors deviendroient
les miénes , & par - là
il s'y interrefferoit , non feulement
comme Lecteur , mais
comme Auteur .
En attendant que je puiffe
mettre à profit ce que chacun
aura la bonté de me communiquer
, je lui offre ce premier
effai : quelques perfonnes affés
connues dans la République
des Lettres y ont contribué
généreufement ; & fi partie des
Piéces qui y entrent , a de quoi
aiij
PREFACE.
ne pas déplaîre , j'avouë fincerement
que je le tiens d'eux .
Oferois - je me promettre
,
que leur exemple aura des Imitateurs
, le tems feul m'en inftruira
: C'eft un fond de referve
pour moi , que je n'échangerois
pas contre tous les Porte
- Feuilles des Savants .
J'envifage à préfent l'avenir ,
comme un Livre immenſe ,
dont chaque jour fera comme
une grande feüille , dans laquelle
je trouverai prefque toûjours
écrit , quelque morceau
affés curieux , pour interreffer
mon Lecteur .
J'aurai furtout une attention
particuliere , à ne choifir
que ce qui m'en parroîtra de
PREFACE.
plus raiſonnable & de plus amufant.
›
Que cependant l'on ne s'attende
point, que j'aye affés de docilité
pour fervir les paffions & les
reffentimens de qui que ce foit.
Tout Satyrique perfonel ,
Piéces licentieuſes Portraits
trop reffemblants , Ecrits injurieux
,Applications offenfantes ,
& générallement tout ce que
l'on foupçonnera de trop picquant
, feront , fans nul égard ,
rejettés de ce Livre.
On n'y inférera que ce qui
être communement lû
poura
& entendu .
Sans ces fecours malins , ne
peut - on intereffer la curiofité
par d'autres endroits .
á iiij
PREFACE.
Poëme , Critique , Differtations
, Fables , Contes & Hiftoriettes
; Extrait d'Hiftoires ,
de Romans , de Voyages ,
Aventures , Relations , Lettres
curieuſes , Découvertes nouvelles
, Expériences ; Piéces de
Théatres , Edits , Déclarations ,
Plaidoyers , Factums , Difcours
facrés & profanes , Nouvelles
publiques & particulieres , Piéces
originales , Dialogues , Généalogies
, Morts , Mariages ,
Queſtions , Problêmes jufques
à l'Enigme & la Chanfon ,
font du reffort du Mercure
& entrent naturellement & de
droit dans fon appanage
.
>
De forte que ce Livre , une
fois bien apprécié , eft comme
PREFACE.
un magafin public , où l'on
doit trouver fous la main , toutes
les nouveautez du tems .
Il faut que la vigilance de
l'Auteur à raffembler ce qui
s eft paffé de plus remarquable
pendant le mois , exempte
chaque particulier du foin qu'il
fe donnoit de recueillir les Piéces
fugitives , & qu'il s'en remette
à fa diligence.
On cite encore aujourd'huy
avec éloge l'ancien Mercure
François, compofé par J.Cayer ;
on a raiſon ; on reconnoît que
cet Ecrivain étoit exactement
informé de tous les événemens
les plus confidérables , qu'il a
prefque tous fondés fur des
Piéces originales .
PREFACE.
Je te donne , avertit - il , dans
fa Préface , toutes les chofes les
plusremarquables , avenuësdepuis
Pan 1604 , lesquelles mon Meffager
, que j'appelle Mercure François
, m'a apportees des quatres
parties du monde , en diverfes
langues , & quej'ai faites Frangoifes
à ma mode,le plus fuccinctement
que j'ai pû.
>
L'Ouvrage entier contient
25 vol . in - 8º commençant
depuis l'année 1605 , jufques à
la fin de 1644.
Ces Mémoires ainfi compilés
à la fin de chaque année
, devoient être d'autant
plus recherchés , que l'on ne
connoiffoit point alors les Gazettes
dont on doit l'infti-
>
PREFACE.
.
tution au célébre Monfieur
Renaudot.
Tel eft le Mercure de Victorio
Siri, dont les huit premiers
vol . in-4° intitulés , Memorie
reconditè , c'eft- à dire Mémoires
fécrets , reprennent les affaires
généralles depuis 1601 juſques
en 1640
Ces Mémoires furent fuivis
de quinze autres vol . in- 4® , ſous
le titre de , il Mercurio è vero
hiftoria de tempicorrenti ; c'eſt- à--
dire , l'Hiftoire de fon temps
depuis l'an 1635 , jufques en
1650 , mais ces deux Ouvrages
doivent être plûtôt confidérés ,
comme des corps d'hiftoires
univerfelles de leur fiécle ,
que comme des Journaux femPREFACE.
blables à ce nouveau Mercure
Celui- ci eft un Livre de tous
les mois , qui doit avoir pour
objet principale , d'égayer plûtôt
l'efprit par la légèreté des
matiéres , que de l'accabler
par des narrations hiftoriques
circonftanciées
.
&
trop
C'est ce qui détermina M. de
Vifé à le qualifier du nom de
Mercure Galant : comme le cours
d'une année auroit paru trop
long , pour répondre à l'impatience
de la Nation , il s'impofa
le pénible employ de le donner
au commencement de chaque
mois. Tout concouroit pour
lors à lui rendre ce projet d'une
facile execution ; les beaux efprits
de fon fiécle , tels que le
PREFACE .
*
,
Duc de S. Aignan , les Piliffens ,
Pavillons , Benferade , la Fontaine
, la Comteffe de la Sufe
M. Deshouliers & Mile
Scudery , &c . s'empreffoient
avec émulation à lui fournir
leurs Productions ; & les Armes
de la France profpérants de
toutes parts , il ne falloit pas
faire de grands efforts pour
remplir fon engagement au
terme prefcrit : auffi convienton
que les Recueils des cinq ou
fix premieres années qui ont le
moins couté à cet Auteur ,
font cependant à préfent les
plus recherchés ,
Dans la fuite , l'eftime que
l'on faifoit de ces Collections ,
ayant baiffé infenſiblement par
PREFACE.
l'alliage du mauvais avec le
bon , le bon s'en eft féparé ,
& le mauvais eft refté .
On crût pouvoir s'en paffer ,
en y fubftituant des Amplifi
cations de Gazettes , on pouffoit
les détails juſques aux minuties
; de forte que le Lecteur
inftruit par avance de ce qu'il
alloit lire , n'avoit pas fouvent
le courage d'en voir la fine
Ainfi une fine & délicate
Critique de quelque Livre
nouveau , ou de quelque Piéce
de Théatre , parroiffoit trop
fortir du ton ordinaire , pour
Y être inférée , on trouvoit qu'il
étoit plus à propos d'y placer
des louanges rebatuës & ufées ,
que de flater le goût des honPREFACE.
nêtes
gens , par des morceaux
de recherche .
Cette maniere de procéder ,
rebuta bientôt les perfonnes
à talents , d'hazarder leurs Piéces
au Tribunal du Mercure,
Il n'y eut plus que des Ecrivains
obfcurs & inconnus , qui
follicitaffent les Directeurs de
cet Ouvrage , de leur permettre
d y enregiſtrer leurs fades compofitions.
Il s'eft maintenu juſques à
ce jour dans cet état de décri ,
& je ne fçai fi je dois affez préfumer
de moi même , pour devoir
efpérer que je l'en retirerai.
Si pour le remettre en hon .
neur , il ne faut qu'entretenir
PREFACE.
des correfpondances , tant dans
les Païs Etrangers , que dans les
principalles Villes du Royaume,
inviter les gens de Lettres
à me fournir des fecours , &
furtout m'appliquer à être régulierement
informé de ce qui
fe paffe fur le grand Théatre
de Paris. Je puis prefques répondre
que j'en renderai par
la fuite un fidel compte .
Selon ce plan , à mesure que
ce nouveau Mercure ira en
avant , il doit faire de nouvelles
acquifitions au profit du
Lecteur ; ce fera ma faute , je
l'avoue , s'il décline , au lieu
d'augmenter.
E nouveau Mercure François
, ayant été établi pour
amufer le Public du ſpéctacle
varié des révolutions politiques,
& des nouvelles , tant civiles
, que litteraires ; la principale
attention de celui qui en eft
chargé , doit être, de fe ménager
des liaifons , & des correfpondances,
par le moyen defquelles,
il foit en état de fatisfaire au devoir
qui lui eft impofé ; c'eſt à
quoi j'ai donné mes prémiers
foins ;mais il s'en faut beaucoup
que je fois tranquile fur la foy de
Fanvier 1717.
a ij
PREFACE.
ces correfpondances . Je fçai
que pour rendre ce Livre digne
de l'eftime publique , il faudroit
que l'Auteur fut foûtenu
d'une Société choisie de Gens
de Lettres , qui vouluſſent perfévéramment
orner fon Recueil
de leurs differents travaux .
Un Ouvrage ainſi diverſifié
par les morceaux qui fe fuccéderoient
les uns aux autres ,
deviendroit fans doute un mélange
très curieux , qui ne pouroit
que plaire.
J'ai fi bien reconnu la néceffitê
d'une liaiſon pareille ,
que pour un Ouvrage pério .
dique , tel que celui - ci , dont
les termes fe touchent de fi
prés ; j'ai crû devoir engager
PREFACE.
quelques amis éclairez à m'ais
der de leurs lumieres .
Mais je croirai y avoir pourvû
encore plus efficacement
fi je puis affocier le Public
dans mon entrepriſe ; fes productions
pour lors deviendroient
les miénes , & par - là
il s'y interrefferoit , non feulement
comme Lecteur , mais
comme Auteur .
En attendant que je puiffe
mettre à profit ce que chacun
aura la bonté de me communiquer
, je lui offre ce premier
effai : quelques perfonnes affés
connues dans la République
des Lettres y ont contribué
généreufement ; & fi partie des
Piéces qui y entrent , a de quoi
aiij
PREFACE.
ne pas déplaîre , j'avouë fincerement
que je le tiens d'eux .
Oferois - je me promettre
,
que leur exemple aura des Imitateurs
, le tems feul m'en inftruira
: C'eft un fond de referve
pour moi , que je n'échangerois
pas contre tous les Porte
- Feuilles des Savants .
J'envifage à préfent l'avenir ,
comme un Livre immenſe ,
dont chaque jour fera comme
une grande feüille , dans laquelle
je trouverai prefque toûjours
écrit , quelque morceau
affés curieux , pour interreffer
mon Lecteur .
J'aurai furtout une attention
particuliere , à ne choifir
que ce qui m'en parroîtra de
PREFACE.
plus raiſonnable & de plus amufant.
›
Que cependant l'on ne s'attende
point, que j'aye affés de docilité
pour fervir les paffions & les
reffentimens de qui que ce foit.
Tout Satyrique perfonel ,
Piéces licentieuſes Portraits
trop reffemblants , Ecrits injurieux
,Applications offenfantes ,
& générallement tout ce que
l'on foupçonnera de trop picquant
, feront , fans nul égard ,
rejettés de ce Livre.
On n'y inférera que ce qui
être communement lû
poura
& entendu .
Sans ces fecours malins , ne
peut - on intereffer la curiofité
par d'autres endroits .
á iiij
PREFACE.
Poëme , Critique , Differtations
, Fables , Contes & Hiftoriettes
; Extrait d'Hiftoires ,
de Romans , de Voyages ,
Aventures , Relations , Lettres
curieuſes , Découvertes nouvelles
, Expériences ; Piéces de
Théatres , Edits , Déclarations ,
Plaidoyers , Factums , Difcours
facrés & profanes , Nouvelles
publiques & particulieres , Piéces
originales , Dialogues , Généalogies
, Morts , Mariages ,
Queſtions , Problêmes jufques
à l'Enigme & la Chanfon ,
font du reffort du Mercure
& entrent naturellement & de
droit dans fon appanage
.
>
De forte que ce Livre , une
fois bien apprécié , eft comme
PREFACE.
un magafin public , où l'on
doit trouver fous la main , toutes
les nouveautez du tems .
Il faut que la vigilance de
l'Auteur à raffembler ce qui
s eft paffé de plus remarquable
pendant le mois , exempte
chaque particulier du foin qu'il
fe donnoit de recueillir les Piéces
fugitives , & qu'il s'en remette
à fa diligence.
On cite encore aujourd'huy
avec éloge l'ancien Mercure
François, compofé par J.Cayer ;
on a raiſon ; on reconnoît que
cet Ecrivain étoit exactement
informé de tous les événemens
les plus confidérables , qu'il a
prefque tous fondés fur des
Piéces originales .
PREFACE.
Je te donne , avertit - il , dans
fa Préface , toutes les chofes les
plusremarquables , avenuësdepuis
Pan 1604 , lesquelles mon Meffager
, que j'appelle Mercure François
, m'a apportees des quatres
parties du monde , en diverfes
langues , & quej'ai faites Frangoifes
à ma mode,le plus fuccinctement
que j'ai pû.
>
L'Ouvrage entier contient
25 vol . in - 8º commençant
depuis l'année 1605 , jufques à
la fin de 1644.
Ces Mémoires ainfi compilés
à la fin de chaque année
, devoient être d'autant
plus recherchés , que l'on ne
connoiffoit point alors les Gazettes
dont on doit l'infti-
>
PREFACE.
.
tution au célébre Monfieur
Renaudot.
Tel eft le Mercure de Victorio
Siri, dont les huit premiers
vol . in-4° intitulés , Memorie
reconditè , c'eft- à dire Mémoires
fécrets , reprennent les affaires
généralles depuis 1601 juſques
en 1640
Ces Mémoires furent fuivis
de quinze autres vol . in- 4® , ſous
le titre de , il Mercurio è vero
hiftoria de tempicorrenti ; c'eſt- à--
dire , l'Hiftoire de fon temps
depuis l'an 1635 , jufques en
1650 , mais ces deux Ouvrages
doivent être plûtôt confidérés ,
comme des corps d'hiftoires
univerfelles de leur fiécle ,
que comme des Journaux femPREFACE.
blables à ce nouveau Mercure
Celui- ci eft un Livre de tous
les mois , qui doit avoir pour
objet principale , d'égayer plûtôt
l'efprit par la légèreté des
matiéres , que de l'accabler
par des narrations hiftoriques
circonftanciées
.
&
trop
C'est ce qui détermina M. de
Vifé à le qualifier du nom de
Mercure Galant : comme le cours
d'une année auroit paru trop
long , pour répondre à l'impatience
de la Nation , il s'impofa
le pénible employ de le donner
au commencement de chaque
mois. Tout concouroit pour
lors à lui rendre ce projet d'une
facile execution ; les beaux efprits
de fon fiécle , tels que le
PREFACE .
*
,
Duc de S. Aignan , les Piliffens ,
Pavillons , Benferade , la Fontaine
, la Comteffe de la Sufe
M. Deshouliers & Mile
Scudery , &c . s'empreffoient
avec émulation à lui fournir
leurs Productions ; & les Armes
de la France profpérants de
toutes parts , il ne falloit pas
faire de grands efforts pour
remplir fon engagement au
terme prefcrit : auffi convienton
que les Recueils des cinq ou
fix premieres années qui ont le
moins couté à cet Auteur ,
font cependant à préfent les
plus recherchés ,
Dans la fuite , l'eftime que
l'on faifoit de ces Collections ,
ayant baiffé infenſiblement par
PREFACE.
l'alliage du mauvais avec le
bon , le bon s'en eft féparé ,
& le mauvais eft refté .
On crût pouvoir s'en paffer ,
en y fubftituant des Amplifi
cations de Gazettes , on pouffoit
les détails juſques aux minuties
; de forte que le Lecteur
inftruit par avance de ce qu'il
alloit lire , n'avoit pas fouvent
le courage d'en voir la fine
Ainfi une fine & délicate
Critique de quelque Livre
nouveau , ou de quelque Piéce
de Théatre , parroiffoit trop
fortir du ton ordinaire , pour
Y être inférée , on trouvoit qu'il
étoit plus à propos d'y placer
des louanges rebatuës & ufées ,
que de flater le goût des honPREFACE.
nêtes
gens , par des morceaux
de recherche .
Cette maniere de procéder ,
rebuta bientôt les perfonnes
à talents , d'hazarder leurs Piéces
au Tribunal du Mercure,
Il n'y eut plus que des Ecrivains
obfcurs & inconnus , qui
follicitaffent les Directeurs de
cet Ouvrage , de leur permettre
d y enregiſtrer leurs fades compofitions.
Il s'eft maintenu juſques à
ce jour dans cet état de décri ,
& je ne fçai fi je dois affez préfumer
de moi même , pour devoir
efpérer que je l'en retirerai.
Si pour le remettre en hon .
neur , il ne faut qu'entretenir
PREFACE.
des correfpondances , tant dans
les Païs Etrangers , que dans les
principalles Villes du Royaume,
inviter les gens de Lettres
à me fournir des fecours , &
furtout m'appliquer à être régulierement
informé de ce qui
fe paffe fur le grand Théatre
de Paris. Je puis prefques répondre
que j'en renderai par
la fuite un fidel compte .
Selon ce plan , à mesure que
ce nouveau Mercure ira en
avant , il doit faire de nouvelles
acquifitions au profit du
Lecteur ; ce fera ma faute , je
l'avoue , s'il décline , au lieu
d'augmenter.
Fermer
Résumé : PREFACE.
Le texte est une préface pour un ouvrage intitulé 'Nouveau Mercure François', destiné à informer le public sur les révolutions politiques et les nouvelles civiles et littéraires. L'auteur met en avant l'importance des correspondances pour obtenir des informations variées et pertinentes. Il souhaite créer une société de gens de lettres afin d'enrichir le recueil avec leurs travaux diversifiés, rendant ainsi l'ouvrage plus attrayant. L'auteur a déjà sollicité quelques amis éclairés pour contribuer et espère que le public participera également en envoyant ses propres contributions. Le 'Nouveau Mercure François' inclura divers genres littéraires tels que des poèmes, critiques, fables, contes, extraits d'histoires, pièces de théâtre, édits, lettres, découvertes, expériences, et bien d'autres. L'objectif est de créer un magazine mensuel rassemblant les nouveautés du temps, en évitant les contenus satiriques, licencieux ou injurieux. L'auteur se réfère à des précédents comme le 'Mercure François' de Jean Cayet et les mémoires de Vittorio Siri, tout en soulignant que son ouvrage vise davantage à égayer l'esprit plutôt qu'à fournir des narrations historiques détaillées. Le 'Mercure Galant' de M. de Visé est mentionné comme un modèle, publié mensuellement pour satisfaire l'impatience du public. L'auteur traite de l'évolution d'un recueil périodique connu sous le nom de 'Mercure'. À ses débuts, ce recueil bénéficiait du soutien de nombreux écrivains célèbres tels que le Duc de Saint-Aignan, les Philis, Pavillons, Benferade, La Fontaine, la Comtesse de La Suze, M. Deshouliers et Mlle Scudéry. Avec le temps, la qualité des collections a décliné, conduisant à la séparation du bon et du mauvais contenu. Pour pallier cette baisse de qualité, des amplifications de gazettes et des détails minutieux ont été ajoutés, rendant la lecture moins attrayante. Cette dégradation a découragé les écrivains talentueux de soumettre leurs œuvres, laissant place à des auteurs obscurs et inconnus. L'auteur exprime son intention de restaurer la réputation du 'Mercure' en entretenant des correspondances avec des personnes influentes à l'étranger et dans les principales villes du royaume, en invitant les gens de lettres à contribuer, et en se tenant informé des événements sur la scène théâtrale parisienne. Il espère ainsi offrir un compte rendu fidèle et enrichissant pour les lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5968
p. 1-75
DISSERTATION SUR LE POEME EPIQUE. PAR MONSIEUR L'ABBE DEPONS. CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER.
Début :
Madame Dacier vient de donner au Public la traduction Françoise [...]
Mots clefs :
Poème épique, Prose, Poète, Courage, Homère, Personnages, Sentiments, Moeurs, Définitions, Aristote, Racine, Iliade, Odyssée, Morale, Doctrine, Tragédie, Vengeance, Cadavre, Allégorie, Spectacle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR LE POEME EPIQUE. PAR MONSIEUR L'ABBE DEPONS. CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER.
DISSERTATION
SUR
LE
POEME
EPIQUE
PAR - MONSIEUR L'ABBS DEPONS.
CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER
3 M
ADAME Dacier vient
de donner au Public la
traductionFrançoife de
POdiffée, foûtenue de remarques
Fanvier 1717.
B
2 LE NOUVEAU
utiles ; les unes hiftoriques , les
autres admiratives ; & le tout
du ton de fon Iliade . Je fuis
bien édifié de voir , que la révolte
des modernes conféderés
contre Homere , n'ait point
ébranle le courage de fa génereuſe
Interpréte ; elle fait tête
aux rebels dans une Préface ,
que fon parti regarde , comme
un chef- d'oeuvre dans le genre
Apologétique ; il ne faut pas s'imaginer
qu'elle fe faffe un devoir
d'y combattre aucune des
accufations , dont Mr l'Abbé
Terraffon a chargé le Chintre
d'Ilion ; ces accufations lui paroiffent
de nature à devoir tomber
d'elles - mêmes ; elle n'a
donc pas jugé à propos de les
MERCURE.
·3
relever : elle fait mieux , elle
les expie abondamment par les
loüanges les plus hautes , que
fon zele religieux prodigue à
l'offenfé dans tout le cours de
fa Préface .
Cette Préface eft diftribuée
en quatre parties . Dans la premiere
, aprés avoir tracé de fon
mieux, les régles du Poëme Epique
,
fuivant la Doctrine du
grand Ariftote , Madame Dacier
applique ces principes à nos
Romans & à nos Poëmes François
; de cette application il réfulte
, que nos Auteurs s'en font
écartez , d'où Madame Dacier
conclut , que nos Poëtes &
nos Romanciers ont méconnus
les régles du Poëme Epique
Bij
4 LE NOUVEAU
dictées par Ariftote .
Il me femble que Madame
Dacier fait ici une dépenfe affés
inutile . Elle fe fatigue à
prouver que nos Poëtes fe font
écartés de laDoctrine d'Ariftote.
Perfonne ne lui contefte ce fait ;
mais de ce fait même , elle en
conclut , un peu témérairement,
Ce me femble , que nos Poëtes
ont méconnus ces prétenduës
régles par eux violées . Madame
Dacier ne conçoit pas comment
un Poëte , qui auroit connu la
Poëtique d'Ariftote , auroit pû
ne pas fe laiffer entraîner au
charme de fes dogmes.
Mais examinons un peu ces
dogmes fi facrés pour Madame
Dacier. Comment nous défMERCURE.
ni- t'on le Poëme Epique ?
Le Poëme Epique , eſt un Difcours
entier en Vers , inventépour
former les maurs par des inftructions
déguisées fous Fallégorie
d'un action generale & des
plus grands perfonnages.
Voilà une définition appliquable
à une espéce particuliere
de Poëme Epique ; dans les vûës
de Madame Dacier , voilà l'Iliade
& l'Odiffée : mais ce n'eft
point là la définition du genre ,
enforte que tout Poëme , pour
être appellé Epique , doit avoir
la forme de' l'Iliade ou de l'Odiffée
, comme Madame Dacier
veut le penfer.
Poëme , eft un mot générique.
Il fe divife en deux eſpé6
LE NOUVEAU
ces l'une eft l'Epique , l'autre
le Dramatique .
Le Poëme Dramatique eft celui
dans lequel le Poete fait
parler les perfonnages de fon
action , fans leur prêter fon organe
comme relat ur. Telles
font les Piéces de Théatre , Comedies
, Tragédies , Eglogues
& autres Ouvrages en forme de
Dialogue.
Le Poëme Fpique , eft celui
dans lequel le Poëte eft relateur
de l'action ; tels font l'Iliade ,
la Pharfale , les Métamorphofes
, les Romans , les Eglogues &
indiftin &tement tous Ouvrages
dans lesquels le Poëte eft rela-
-teur.
Rendons cela fenfible à la faMERCURE.
7
c
veur des exemples . Les Eglogues
de Virgile font des Poëmes
, voilà le genre. Les unes
font Epiques , te les que fa
quatrième , où le Poëte eſt luimême
narrateur des merveilles
annoncées par la Sibille . Les
autres font Dramatiques , telles
que la troifiéme où des Bergers
fourniffent l'action par un dialogue
alternatif.
Cela étant bien entendu >
continuons , & difons que , de
même que le Poëme Dramatique
fe fubdivife en différentes
efpéces , qui confervent toujours
la dénomination générique
; il en eft de même du
Poëme pique.
Lorſque l'action du Poëme
8 LE NOUVE AU
Dramatique eft grande , & fe
paffe entre des hommes illuftres
, comme dans la Tragédie ;
on l'appelle Héroïque . Quand
l'action eft fimple & familiere
& fe paffe entre des Bergers
on l'apelle Paſtoral . Mais l'Eglogue
dialoguée , telle que la
troifiéme de Virgile , n'eft pas
moins un Poëme Dramatique ,
que la Tragédie d'Andromaque
.
Raifonnons de même du
Poëme Epique, & difons , que
la quatrié ne Eglogue de Virgile,
où le Poëte parle feul , n'eft
pas moins un Poëine Epique ,
que l'Iliade d'Homere , & que
ces deux Poëmes différent feu-
Tement , en ce que le dernier
cft
MERCURE.
eft dans l'efpéce Héroïque ;
l'autre dans l'efpéce Paſtorale .
Que ferons - nous à préfent
de la définition que Me Dacier
nous offre du Poëme Epique 2
Commençons par lui dire , que
cette définition n'eſt pas recevable
pour le Poëme Epique en
general ; nous verrons dans la
fuite , fi nous la devons adopter
pour l'efpéce de Poëme
Epique que nous venons d'appeller
Héroïque .
Les Erudits font comme les
Médecins , ils ont un idiome
incommunicable au vulgaire ,
ce qu'ils feroient aifément
comprendre en ufant des expreffions
reçûës , ils le rendent
in- intelligible par l'employ de
Fanvier 1717.
C
10 LE NOUVEAU
termes ignorés , qui ont euxmêmes
befoin d'être définis .
Qui ne croiroit, en entendant
la définition que Mde . Dacier
nous donne du Poëme Epique ,
qu'il y a d'importans myfteres
renfermez dans ces grands
mots , d'Inftructions déguisées
Sous l'allégorie d'une action génerale
, & desplus grands perfonnages
; furtout ce mot , d'Action
générale , èft bien embarraſſant
pour qui n'en a pas la clef;
nous allons voir à quoi tout
cela fe réduit , dépouillé de
fon fafte ténébreux
Parlons la langue que tout
le monde entend ; les matieres
que nous traitons ici , ne méritent
pas l'honneur du myftere .
MEECURE.
Il s'agit de fçavoir ce que
c'eft qu'un Poëme Epique Hé.
roïque ; un exemple va nous
en déveloper tout le Dogme :-
Feignons donc un Poëme dans
ce genre , en fuivant le procédé
de M. Racine.
Titus devenu maître d'époufer
Berenice , après la mort de
Vefpafien , fe fépare d'elle , &
facrifie le plus violent amour
à l'honneur de fon Trône , &
au refpect qu'il doit aux Romains.
Cette action de Titus me
frappe en grand ; j'en fais le
fujet de mon Poëme.
Ce fujer une fois choifi ; fi
l'on me demande dans quelle
efpéce fera mon Poëme Epi-
Cij
12 LE NOUVEAU
que ; je réponds qu'il fera dans
l'efpéce Héroïque , parce que
l'action par moi choifie , eft
grande , & qu'elle fe paffe
entre des perfonnes illuftres .
Je n'ai encore que le fujet
je veux donner à mon
Poëme une certaine étenduë .
J'imagine un tiffu ingénieux
d'événemens
, & de motifs qui
conduisent nos Amans à la féparation
douloureufe
& magnanime
, qui est mon objet : Ce
tiffu ingénieux eft appellé la
Fable du Poeme ; faifons notre
Fable : La voici .
du Dans les derniers temps
Regne de Vefpafien , Titus
fon fils devint éperdument
amoureux de Berenice Reipe
MERCURE.
13
de Paleſtine . Il n'oſa fe flater
que fon pere pût agréer qu'il
époufa cette Reine , tant un
pareil Hymenée étoit au- deffous
de l'héritier del'EmpireRomain;
il dulumula donc les conſeils
que lui donnoit fa paffion ; mais
Vefpafien étant mort , Titus fe
vit maître d'affocier fonAmante
à l'Empire..
Il employa les premiers jours
de fon Régne à méditer dans
la retraite , fur les devoirs attachez
au rang fupréme ; il s'en-
Alama de la paffion d'être un
jour les délices du genre humain.
Que deviendra Berenice ?
Vefpafien n'est plus , mais Titus
eft Empereur : La haine
vouée par les Romains au Sang
C iij
'4
LE NOUVEAU
des Rois , l'orgueil du Trône
des Céfars. Voilà de plus grands
obftacles.
Tandis qu'une foule idolatre
flate les voeux de Berenice ;
tandis que de lâches Courtifans
prévoyans fa grandeur
prochaine , viennent briguer fa
faveur; Titus s'arme contr'elle ,
des confeils d'un ami généreux ,
qui lui repréfente combien fon
alliance avec Berenice feroit
détestée de tout l'Empire ; il
lui met fous les yeux cette Loi .
inviolable , qui deffend aux
Romains toute alliance avec les
Rois : Il lui fait fentir enfin
ombien il lui feroit honteux
l'enfreindre la plus facrée des
oix Romaines , en montant
MERCURE.
35
au Trône d'où il doit les faire
respecter .
Titus affermi par ces Confeils
, fe détermine à voir Berenice
, pour rompre avec elle
tous engagemens & l'écarter
de la Cour.
L'Amante infortunée , qui
n'a rien foupçonné du coup
qui la menace , voyant paroître
Titus , le prévient par les empreffemens
les plus vifs ; les
larmes de joye qu'elle répand
à fa vûë, défarment fon courage.
Titus déconcerté foûpire ; il
attache fes yeux éperdus fur
la Reine , & n'a pas la force
de parler ; elle lui demande
avec les démonftrations les plus
endres , qu'elle eſt la cauſe
C iiij
16 LE NOUVEAU
de
de fon trouble ; Titus percé de
douleur , quitte Berenice & fe
retire dans fon Appartement .
L'ami généreux de Titus
lui pardonne un torrent
Jarmes , qu'il verfe fur le fort
de fa chere Berenice ; il doit
cette indulgence à l'Amant ,
mais il eft comptable à l'Empereur
d'un autre hommage ;
bientôt il allume dans l'ame
Héroïque de Titus , une paffion
plus délicieuſe encore que celle
qu'il fe propofe d'éteindre ; il
l'occupe du fpectacle raviffant
du monde entier , béniſſant le
Ciel , de lui avoir donné un
maître felon les voeux .
Titus a reprit tout fon courage
, mais il ne veut plus le
MERCURE. 17
commettre au danger où il a
fuccombé ; il charge fon Ami
d'annoncer la fatalle nouvelle
à Berenice .
Depuis que Titus l'a quittée ,
elle n'a pas ceffé de gémir ,
quoiqu'elle ne foupçonna rien
encore des deffeins de l'Empereur
; enfin l'Ami de Titus lui
révéle l'affreux myftere , & lui
dicte l'ordre funefte de quitter
la Cour.
La Reine demeure quelque
temps immobile , & comme infenfible
à ce récit . La douleur
qui la pénétre jufques au fonds
de l'ame , tarde quelque temps à
éclater au dehors : elle charge
froidement l'Ami de Titus d'affûrer
l'ingrat , qu'elle fçaura
8 LE NOUVEAU
obeïr à fes ordres .
Bien -tôt le Palais retentit
des cris funébres de la Reine
défefpérée ; on cft occupé à lui
êter les moyens de s'arracher
Titus frapé à mort, la vie • ·
& ne pouvant foûtenir le défelpoir
de fa chere Berenice
vient la trouver , & après avoir
effuyé les reproches les plus
pénétrans , il lui déclare qu'elle
ne doit plus penfer à fon Hymenée
, parce qu'il eft incompatible
avec l'Empire : Il ajoure
qu'il ne fera pas affés lâche
pour quitter le rang fupréme , &
pour la fuivre dans la Paleſtine ;
qu'elle rougiroit elle - même de
l'indignité de fon Efclave , que
tout ce qu'il peut faire pour
C
MERCURE. 19
elle , fans fe deshonnorer ,
c'eft de mourir , qu'il eft réfolu
de verfer fon fang à fes yeux ,
fi elle ne lui promet pas de
refpecter les propres jours , fi
elle ne fe fent pas le courage
de commander à ce défeſpoir
dont il nepeut foûtenir l'image.
Berenice qui croyoit Titus infidéle
, s'apperçoit qu'elle er
eft violemment aimée ; cela
fuffic pour calmer les douleurs ,
elle admire la haute vertu du
jeune Empereur. La gloite de
Céfar lui devient chere ; elle
s'arme de tout fon courage ;
fait taire fon amour , & fe retire
dans fes Etats.
Voilà la Fable de notre Poëme
:On voit donc ce que j'ai
20 LE NOUVEAU
voulu dire , lorfque je l'ai définie.
Le tiffu ingénieux des événements
, & des motifs qui conduifent
à l'action que le Poëte
s'eft proposé de célébrer . 1
Cette Fable que nous venons
de propofer pour exemple , eft
des plus fimples ; je l'ai choi
fie telle exprés , parce que la
propofant plus compofée , elle
nous auroit mené stropy loin.
Mais toute fimple qu'eft celleci
, on pourroit la rendre impléxe
, par
fodes .
le moyen des Epi-
J
Un Epiſode eft la partie d'une
Fable impléxe , qui fe lie heu.
reufement à l'action principale
du Poëme ; mais qui n'y eſt pas
abfolument néceffaire . Tel eft
MERCURE
. 21
l'Epiſode d'Antiochus
Roy de
Comagene, queM Racine introduit
dans fa Tragédie de Titus .
Nous l'avons ob nis dans notre
Fable , qui marche à fa fin ſans
fon fecours .
Les Epiſodes font d'une
grande reffource dans les Poëmes
, foit Epiques , foit Dramatiques
; mais il faut prendre
garde , qu'ils ne détournent
point trop l'attention voüée à
l'action principale ; car alors
ils opérent ce qu'on appelle duplicité
d'action & d'interêt .
Parlons à préfent des Carac
téres , des Sentiments , & des
Moeurs du Poëme . Les Docteurs
Litteraires , qui ont pris
Leut Licence chez Ariftote , y
22 LE NOUVEAU
trouvent de grands myſtéres ;
ils fe tourmentent fort , fouvent
même en vain , pour les
développer dans l'Idiome confus
de leur maître ; il n'y a pourtant
rien dans tout cela de fi
merveilleux. Continuons à parler
notre Langue.
Caractères dans le Poëme .
Les actions que l'on fait faire
à un perfonnage ; les motifs
qu'on donne à fes actions
les fentiments qu'on lui préte ,
en le faifant parler : tout cela
réüni , conftituë fon caractére
dans le Poëme. Par exemple ,
L'action de renvoyer Berenice
dans les Etats , la pouvant éle
MERCURE.
23
ver à l'Empire , n'eſt pas préci
fément ce qui caractérife Titus
dans notre Fable : il faut aller
chercher les motifs de cette
action , & les fentiments généreux
qu'il oppofe aux confeils
du plus violent Amour. Si nous
avions fuppofé la paffion de
Titus refroidie au moment
qu'il renvoye Berenice , il n'y
auroit eu rien d'extraordinaire
dans fon action , fi d'autre part ,
en lui laiffant la paffion la plus
violente , nous lui avions fait
chaffer Berenice par un motif
bas ou déraisonnable , nous refuferions
encore notre admiration
à un acte de courage
que la raifon ne pouroit adopter.
Nous avons donc donné à
24 LE NOUVEAU
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Anour
que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
: Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte
' est autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foit
moins favorable aux moeurs ,que
celui dont nous avons tracé l'e-
-xémple , il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Tadmiration & Famour , lorfque
fes perfonnages vicieux fe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717.
Ꭰ .
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
Le bon Homere que le peuple
érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
Achile après avoir tué
Hector , l'attache à fon Char .
圈
i quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eſt un Tigre barbares
MERCURE. 27
>
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds
Quidefa mainfanglanie, àſonCharfont liés .
La téte indignement trainoit dans la pouſſiere:
Sleil à tantd'horreur , prêtes - tu ta lumiere
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le comde
la vertu & du courage
pte
d'Achile le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector.
>
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
24
LE
NOUVEAU
6
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Ainour
que que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte ,
' eft autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foir
anoins favorable aux moeurs, que
celuidont nous avons tracé l'e-
-xémples il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Fadmiration
& Famour , lorf- •
que fes perfonnages
vicieux ſe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717 .
Ꭰ .
م ت
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
peu- Le bon Homere que le
ple érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
$
tué
Achile après avoir
Hector , l'attache à fon Char .
I quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eft un Tigre barbares
MERCURE. 27
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds ,
Quide fa main fanglan: e, àſonChar ſont liés .
La téte indignement trainoit dans lapoufiere:
Sleil à tant d'horreur , prétes-tu ta lumiere ;
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le compte
de la vertu & du courage
d'Achile
, le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector .
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
28 LE NOUVEAU
M. de la Motte , de vouloir réformer
la Morale des tems Héroïques
.
Ön étend communement au
delà de ces bornes , le devoir
moral des Poëtes , foit Epiques,
foit Dramatiques ; on veut
qu'ils difpofent leurs Fables ,
de maniere , que les perfonnages
vicieux de leurs Poëmes
fuccombent au gré de la haine
générale ; j'aime les Fables de
ce genre. Je me garderai pourtant
bien de foufcrire au fentiment
de ceux qui réprouvent
toute Fable , dans laquelle le
Héros vertueux feroit opprimé.
La Tragédie de Britannicus eft
de ce genre : la vertu y fuccombe
on verfe des pleurs fur
MERCURE. 29
un Prince digne d'un meilleur
fort , mais le fpectateur ne foupçonne
pas que le vice triomphe.
L'état où M. Racine repréſente
Neron après fon crime , déchiré
de remords , voulant attenter
fur fa propre vie , invefti
de la haine public , détéfté
d'Agrippine , de Burrhus même;
tout cela fatisfait l'horreur vengereffe
du fpectateur ; il ne
voudroit point à ce prix du
Thrône & de la vie que le
Poëte a la févérité de laiffer à
Neron .
Il y a donc moyen de faire
périr le Héros vertueux dans le
Poëme Epique , fans bleffer la
morale ; la Tragédie citée , en
30 LE NOUVEAU
eft la preuve. Car je ne penfe
pas qu'il y ait d'homme affés
déraisonnable , pour prétendre ,
que le Poeme Epique foit par
fa nature refferré dans des limites
plus étroites que le Dramatique
.
La conduite que Dieu tient
à l'égard des hommes , ne nous
doit affecter d'aucun fcandale ;
fa juftice étend fes droits fur
nous au delà de cette vie : n'héfitez
donc point à donner dans
un Poeme , le fpectacle attendriffant
d'un homme vertueux
fuccombant fous les traits des .
méchants ; nous verferons des
pleurs fur fa mort , ces pleurs
même vous attefteront notre
amour pour lui ; le vice triomMERCURE.
31
phant fera l'objet de notre
excécration . Les meurs de votre
Poëme font bonnes ; le devoir
moral y eft parfaitement
rempli.
des
Par le mot de Maurs , on
entend quelquefois parler des
Ufages , des Coûtumes
Préjugés , qui varient chez les
différents peuples . Ainfi l'on
appelleroit fauffes , les moeurs
d'un Poëme , dans lequel un
Auteur auroit transferé aux Romains
, les Uſages , les Coûtumes
, le Culte religieux , & tous
les préjugez des Grees .
Le mot de Meurs , appliqué
finguliérement aux perſonnages
tu Poëme , n'eft autre chofe,
que les penchants habituels ,
32 LE NOUVEAU
& les fentiments , qui conftituent
le caractére du perfonnage.
Voilà à quoi fe réduit fa
doctrine du Poëme Epique,
Que dif-je ? nous n'avons pas
fait encore ? Il nous refte une
queftion importante à traiter.
Que penferoit de nous M
Dacier ? fi nous n'avions ofés
commettre à fon exemple notre
jugement fur la fin générale
du Poëme Epique ?
Me Dacier fait honneur à
ce genre d'Ouvrage , du feul
deffein de former les moeurs :
elle s'appuie de l'exemple des
Poëmes d'Homere , où elie
trouve une inftruction continue .
J'avoue humblement que je
ne
MERCURE.
33
ne vois rien de fi édifiant dans
les Poëmes d'Homere . Je ne
erois pas , à beaucoup près ,
qu'on
'on le trouvât bien de les
ériger en Ouvrages Moraux .
Mais , quand même l'Iliade
& l'Odiffée ne
pêcheroient pas
contre le devoir inoral , comme
nous l'avons prétendu , on n'en
devroit pas conclure ? que le
Poete ne fe fut propofé , que
la fin d'inftruire.
Racine n'a point bleffé , la
morale dans fes Tragédies ; je
vois bien des gens qui les envifagent
comme des Poëmes favorables
aux inours ; mais ils
ne font
pas pour cela honneur
à Racine , de ne s'être propofé
aucune autre fin que l'inftruc-
E
Fanvier 1717.
34 LE NOUVEA
tion . La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs : il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiffent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur.
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'infint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages ; dela ' vient
que l'attention aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale .
Je crois donc que
dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propoſent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'est - àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments.
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui .
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme fe fuit ,
pour ainsi dire , lui- même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueuſement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
MERCURE .
37
courage & de vertu , dans les
Poëmes & autres Ouvrages
tranfportent mon ame , & lui.
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné. J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E lij
34 LE NOUVEAU
1
tion. La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs: il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiflent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur .
>
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'inftint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages' ; dela ' vient
que l'attention' aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale.
9
Je crois donc que dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propofent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'eſt- àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
1
F
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui.
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme ſe fuit , fe
pour ainsi dire , lui - même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueufement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
74
1
MERCURE.
37
courage & de vertu , dans les
Poemes & autres Ouvrages,
tranſportent mon ame , & lui .
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné . J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis ,
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E iij
38 LE NOUVEAU
pourquoi l'on me fait plaifir ,
en excitant en moi la terreur,
& la compaffion ; fentiments
triftes , affections douloureuſes :
Par exemple , fi le Héros vertueux
fur qui j'ai épuifé mon admiration
, fe trouve en péril , je
tremble pour fes jours ; s'il fuccombe
au péril , je pleure fa
difgrace. Pourquoi éprouvai-je
une fecréte joye en verfant ces
pleurs fignes ordinaires de la
douleur. D'où vient cette confolation
intime , qui me rend délicieux
, le trouble que j'éprouve ?
Nous avons déja vû par la
réponse à la premiere Queftion ,
d'où viennent ces liens d'Amour
& de refpe & , qui m'attachent
à mon Héros . Nous ne
MERCURE. 39
faifons plus qu'un , lui & moi ...
mon orgueil m'engage dans
tous fes perils. Je me fuis trouvé
digne de courir avec lui la mê
me fortune . Ma terreur dans
nos communs dangers , eft foûtenue
de l'efpoir du triomphe ,
& du fentiment de mon propre
courage . Mais fi mon Héros
vient à périr , là je me fépare
de lui ; je verfe quelques pleurs
fur l'Amy que la mort m'enléve,
mais je m'apperçois en même
temps qu'elle m'a épargné : je
Compare le fort du Héros avee
le mien. Cette comparaifon
m'avertit , qu'il y a des hommes
moins heureux que moi .
Voilà la fource de cette confolation
fécrette , qui accompa
Eiiij
40 LE NOUVEAU
gne mes pleurs .
J'aurois quelque penchant à
parcourir tous les différents
ébranlements que notre ame reçoit
à l'occafiondes objets étrangers
& de les rappeller tous à
mon Hypotéle Métaphifique :
je me flate que ces détails auroient
quelque agrément , & je
céde à la tentation de donner un
jour à cela tout fon dévelopement
dans une Differtation particuliere.
Revenons à M. Dacier ; vous
prétendés , Madame , que la
fin du Poëme Epique , n'eft autre
que , le deffein de former les
moeurs :: pour être en droit d'attefter
cette vérité générale
vous croyés , qu'il vous fuffit
>
MERCURE.
41
de nous prouver , qu'Homérë
ne s'eft propofé , que cette vûe
dans l'Iliade & dans l'Odiffée.
Mais comment nous prouvezvous
, qu'Homere ne s'eft рго-
pofé dans fes Poëmes , que le
deffein d'inftruire ? Ecoutons.
Du tems d'Homere , les
Grecs étoient divifez enplu
fieurs Etats, independents les
uns des autres , & ces Etats
étoient fouvent obligez de fe
réünir contre un ennemi commun
. Homere pour leur prouver
la nécessité de demeurer
imagina la Fable géunis
>
nerale que voici.
42 LE NOUVEAU.
1
Deux Chefs d'une même
Armée, fe querellent , l'ennemi
commun profite de leur diffention
, remporte fur leur
parti de grands avantages. Les
deux Chefs fe raccommodent ,
étans réunis , ils chaffent
leur ennemi commun , & remportent
enfin la victoire.
Cette Fable , continuë M.
Dacier , eft générale , c'eſtà-
dire , qu'elle convient à tour
le monde , petits & grands ;
car les petits ne font pas moins
fujers que les grands , à voir
ruiner leurs affaires , ou par
و ا
MERCURE. 43
la colere , ou par la diffention :
Ils n'ont pas moins befoin de
ces leçons d'Homere , & ils
font aussi capables d'en profiter
; utilité qu'on ne sçauroit
tirer des actions particulieres :
En effet , qu'on faffe un Poeme
fur une action de Cefar,
de Pompée , ou d'Alcibiade
quel bien celapoura-t'il faire à
particulier ... Mais quoi-.
que la Fable foit générale , il
faut la rendre particuliere par
l'impofition des noms.
un
•
;
Par exemple , voici com
ment Homere rend fa Fable
44 LE NOUVEAU
particuliere... Il auroit pû la métrefous
le nom des fept Chefs ,
qui marcherent contre Thebes ...
Il la met fous le nom des
Heros , qui allérent conqué.
rir le Royaume de Priam .
Agamemnon & Achille font
les deux Chefs, qui fe querellent,
les Troyens profitent de leur
diffention, & font vainqueurs.
Agamemnon & Achilleſe réconcilient
, étans réunis ,
les Troyens font défaits.
> Je voudrois bien fçavoir
qui a revelé à Mde, Dacier ce
procédé fi fingulier d'Homére .
Il s'eft propofé , dit - elle , de
MERCURE. 45
réunir les Princes de la Gréce
divifez entr'eux ; cela pourroit
être abfolument; je ne trouverois
pas étrange , qu'on foupçonna
Homere , d'avoir conçû tout
fon Ouvrage pour cette fin politique
, mais il me paroît que
Mde Dacier n'eft pas fondée à
nous l'affirmer avec tant de
confiance puiſque nous ne
trouvons dans l'Iliade aucune
trace diftincte de ce deffein .
Nous n'y cherchons pas tant
de fineffes , nous autres bonnes
gens nous penfons que l'Auteur
a voulu feulement amuſer
les Grecs par le récit des exploits
guérriers de leurs Ayeux.
Il recueillit dans fon Poeme
tout ce que la tradition alors
46 LE NOUVEAU
confufe , lui pûtfournir fur lafameuſe
Guerre de Troye : il af
focia les faits Hiftoriques à des
fictions variées : il fit aux Héros
, agiffant dans fon Poëme ,
l'honneur de leur donner les
Dieux pour Alliés . Alliance
impie , qui avilliffoit ces mêmes
Dieux, en les rendant baffement
complices de la fureur , de l'injuftice
, de tous les excés de
l'une & de l'autre Armée . De là,
tant de miracles abfurdes &
puerils ; delà , ce bas merveilleux
, qui tout indigne qu'il eft,
d'un âge tel que le notre , étoit
trés propre à entraîner l'admiration
, & à furprendre la crédulité
d'un fiécle auffi fuperftitieux
, auffi ignorant , que l'éMERCURE
.
47
toit le fien . Nous ne femmes
donc point étonnés , que des
fiécles groffiers , ayent adoré
les Poemes d'Homere . Mais
nous ne concevons pas bien ,
comment dans ces derniers
temps , la premiere ébauche de
l'Art naiffant , eft encore l'objet
du culte d'un fi grand peu .
ple. Je dis du culte ; car Meffieurs
les Erudits ne veulent entrer
en aucune compofition
avec leur . Siécle ; ils adorent
tout indiftinctement dans Homere
les abfurdités les plus
groffieres ; les fictions les plus
fcandaleuſes , font pour eux
des Allégories faintes . Ils érigeroient
volontiers l'Iliade en
Catechifme moral .
48 LE NOUVEAU
Revenons donc à Mde Dacier,
vous prétendés , Madame , que
l'on ne peut pas tirer des actions
particulieres , le même
fruit moral,que pourroient donner
les actions générales Si
cette propofition étoit vraye ,
deviendroit votre chere
que
Iliade ? Car envain avés vous
fait l'Apologie de la Fable generale
de ce Poëme. Vous êtes
convenue , que cette Fable generale
devenoit particuliere
dans le Poëme appliqué à des
perfonnages déterminez ? Que
devient donc la morale de cette
Fable generalement conçûë ?
S'évanouit elle dans le Poëme
par la fatale impofition des
noms aux perfonnages ? Vous
MERCURE. ' 49
n'avez pas apperçeu cette conféquence
; mais nous allons
vous relever de cette'inattention.
Nous tirerons de péril la
pauvre Iliade , en vous prouvant
, par un exemple , que les
actions particulieres ,ne font pas
moins morales & inftructives
que les actions générales .
Si je voulois donner une leçon
de clemence à un homme
vindicatif , je lui citerois le
grand exemple d'Augufte , qui
pouvant faire périr juftement
le confpirateur Cinna , lui pardonne
fon attentat , & rachette
fon amour à force de bienfaits .
L'homme à qui je citerois cette
action particuliere d'Augufte
trouveroit t- il quelque obftacle
Fanvier 1717.
F
50
LE NOUVEAU
à fe l'appliquer ? Oui , fans dou
te , me dira Madame Dacier ;
fi vous voulez que l'action
l'inftruife , propofez - là géneralement
fans l'appliquer à Augufte.
Effayons donc.
Un homme pouvant juſtement
faire périr fon ennemi , lui pardonna
& racheta fon amour à
force de bienfaits .
Je m'en rapporte ici à M.
Dacier même. Je fuis bien perfuadé
que pour peu qu'elle y
faffe attention , elle fentira qué
ma leçon particuliere vaut bien
fa leçon génerale.
Nous dirons donc des actions
particulieres,comme des actions
génerales ; qu'elles inftruifent
allegoriquement ; c'est à dire ,
MERCURE.
par l'application que chacun
peut s'en faire à lui- même. Paf
fons à autre chofe.
Nous avons
prétendu que
l'action du Poëme Epique , confideré
dans l'efpece heroïque ,
devoit être illuftre & fe paffer
entre de grands Perfonnages.
Me Dacier eft d'accord avec
nous fur la qualité des Perfonnages
, mais elle n'accorde pas ,
que l'action du Poëme doive être
grande.... Il n'eft pas necef
faire que l'action du Poeme
Epique foir illuftre & importante
par elle-même , puifqu'au
contraire elle peut être fimple
commune
mais il faut
Fij
52 LE NOUVEAU
qu'elle le foitpar la qualité des
Perfonnages. Ausfi Horace at-
il dit aprés Ariftote : Res
gefta Regumque , Ducumque.
Cela eftfi vrai, que l'aétion
la plus éclatante d'un
fimple Bourgeois , ne pourra
jamais faire le fujet d'un Poeme
Epique ; & que l'action
la plus fimple d'un Roy
d'un General d'Armée le fera
toûjours avec fuccés.
>
Je veux bien convenir avec
Me Dacier que , l'action la plus
fimple d'un Roi , ou d'un General
d'Armée , peut faire le fujet d'un
Poëme Epique , mais je prends
MERCURE.
53
la liberté de douter que ce
Poëme fit une grande fortune.
Les grands noms n'intéreffent
guéres , s'ils font mariez à des
actions communes . J'ofe affûrer
au contraire , que fi vous faifiez
agir dans un Poëme un nom
ignoré, un Perfonnage fans titre ,
d'une maniére vraiment grande ;
bien-tôt fes actions illuftres le
groffiroient à votre imagination ;
bien-tôt vous verriez en lui un
Souverain digne du plus refpectueux
hommage .
Concluons donc , que les
perfonnages du Poëme héroïque
, doivent être illuftres ; mais
que fi l'on veut que le Poëme
plaife, les perfonnages y doivent
agir héroïquement . Le trait ciLE
NOUVEAU
14
té d'Horace , ne dit rien de
contraire à cette décifion .
Voyons maintenant de combien
nous fommes diftants de
la doctrine de Me Dacier , fur
le Poëme Epique : Elle le dé
finit comme nous avons vû.
Un difcours en Vers , inventépourformer
les moeurs ,
par des inftructions déguifees
fous l'allégorie d'une action
générale , des plus grands
perfonnages.
Nous avons fait voir d'abord,
que M. Dacier applique au
genre une définition , qui n'eft
recevable que pour une efpéce
particuliere . Nous avons fixé
cette définition à l'efpéce hé.
MERCURE.
SS
•
*་
roïque . Nous avons prétendu
que le deffein des Poëtes dans
ce genre d'Ouvrage , étoit moins
l'inftruction des Lecteurs , que
leur plaifir.
Nous avons expliqué comment
la Fable Epique peut être
utile aux moeurs , fans qu'on
doive en tenir grand compte
aux Poëtes , & leur faire honneur
du feul deffein d'inftruire.
Nous avons dit en quel fens
la Fable Epique inftruit allegoriquement
; & de notre explication
, il réfulte que ces
grands mots d'Inftructions déguifés
fous l'Allegorie , ne difent
rien de fi important , puifque
tout récit eft néceffairement
allégorique dans le même fens
ማ
56 LE NOUVEAU
1
que l'Iliade & l'Odiffée.
Nous avons prouvé par les
principes mêmes de Mc Dacier,
que l'action du Poëme Epique
n'eft point générale , mais par
ticuliere : Enfin, nous avons ofés
prétendre , qu'il ne fuffifoit pas
pour faire un bon Poëme héroïque
, qu'on y introduifit des
perfonnages illuftres , qu'il falloit
encore les faire agir héroïquement.
Que nous refte-.
t'il donc de la définition donnée
par Me Dacier , dont nous
n'ayons point parlé ? Je n'y vois
plus que ces mots .... C'est
un difcours en Vers.
Me Dacier eft ici un peu embarraffée
; car Ariftote a précendu
que le Poëme Epique fe
fert
MERCURE.
ST
fert du difcours en Vers ou en
Profe . Cette autorité arrache à
Ms Dacier l'aveu , que l'Iliade
&l'Odiffée ne ceffent pas d'être
des Poëmes Epiques dans fes
Traductions en Profe.
Mais l'expérience a prouvé ,
dit-elle , que les Vers lui conviennent
davantage , parce
qu'ils donnent plus de majesté
de grandeur , & qu'ils
fourniffent plus de reffources
que la Profe.
Eft- il bien vrai que les Vers
donnent plus de grandeur & de
majesté aux Poëmes ? leurs fourniffent
- ils en effet plus de ref-
Sources que la Profe Exami
nons un peu les avantages réels
Fanvier 1717 .
G
58 LE NOUVEAU
de l'un & de l'autre langage ,
& voyons fi la Profe vaincue
doit céder aux Vers fes droits
fur quelque genre .
Les Vers font diftinguez de
la Profe , par la fingularité des
nombres auxquels l'Art arbitraire
les a affujettis , & par la terminaifon
uniforme qui conftitue
la Rime. Ces nombres &
cette Rime donnent à la diction
un air contraint & bizarre , qui
loin de plaire à qui n'y feroit
pas habitué , lui cauferoit au
contraire un fentiment defagréable
, qu'il trouveroit moyen
de juftifier. A quoi bon , s'écriroit-
il à quoi bon cet art pénible
, qui fait perdre aux penfées
leur vérité & leur grace
;
MERCURE.
59
naturelles ? Depuis quand s'efton
avifé de faire plier la raifon
fous le joug d'un langage follement
mefuré ? ce qu'on peut
me dire avec élégance dans l'idiome
ordinaire , fans fe donner
beaucoup de peine ; pourquoi
me le préfenter dans un`
langage effrayant , qui porte avee
lui l'appareil du travail & de
l'affectation ? Le retour importun
de la Rime , la répétition
des mêmes nombres dans chacune
de vos frafes , me fatiguent
& m'ennuyent ; que pourrionsnous
répondre à ces reproches ?
Vous n'êtes pas accoûtumé,
Monfieur , à ce langage que vous
nommez bizarre ; lorfque vous
vous ferez familiarifé avec lui
Gij
Go LE NOUVEAU
Un
par la lecture des bons Poëtes ,
ce qu'il a de contraint & d'affeté
, difparoîtra pour vous.
jour vous vous plairez à marquer
cette folle meſure des Vers
en les prononçant fur des tons
plus foûtenus que la Profe ; vous
tiendrez grand compre au Poëte
d'avoir furmonté les difficultez
de cet Art même , pour lequel
vous marquez tant d'averfion &
de mépris .
Les Vers ne plaifent point par
eux-mêmes , il nous a fallu un
long commerce avec eux pour
n'être guéres choqué de leur
démarche affectée , de leur air
Contraint. Quelque- variées que
foient les chofes qu'ils nous
préfentent , nous fommes touMERCURE
. GI
jours un peu bleffés de les voir
paroître fous des fignes fi uniformes
: la répétition obſtinée
des mêmes nombres & des mêmes
terminaifons , eft encore
pour nous aujourd'hui une fource
d'ennui . Pourquoi néanmoins
les aimons- nous , ces Vers , avec
tant de défauts que nous leur
reconnoiffons
? Préparons notre
réponſe par un exemple.
Un Danfeur de corde ne
danfe pas , à beaucoup prés , fur
la corde , avec des mouvemens
auffi variez qu'il pourroit le faire
fur un vafte Théatre . Il eft renfermé
dans les bornes étroites
d'une ligne qu'il parcourt en
avant & en arriere , fans pouvoir
préfenter le front à fa droite & à
Giij
62 LE NOUVEAU
fa gauche ; l'attention qu'il eft
forcé de donner au péril de fon
Art , lui dérobe les graces libres
& enjoüées des bras & du vifage
: il a l'air inquiet & fouffrant;
cependant il plaît , il amuſe le
fpectateur. Ce n'eſt pas précifément
le Danfeur qu'on admire
ici ; on n'eft occupé que de la
difficulté qu'il furmonte , du
danger qu'il brave ; enforte que
fi la corde fufpenduë , ceffoit de
paroître dangereufement diftante
du plancher , le fpectacle
ne feroit plus fi interreffant :
notre homme pourroit encore
étonner par fon adreffe , mais il
perdroit le mérite du courage .
Appliquons ceci au Poëte . Il
nous plaît , quoique fouvent il
MERCURE. 63
1
nous parle avec moins d'élégance
que le Profateur . Nous nous
plaifons à le voir luter contre
les difficultez d'un art indu- .
ſtrieux & pénible . Il n'y a point
ici de péril comme dans l'exemple
propofé . C'eſt un ſpectacle
de pure induftrie ; ce reffort
fuffit à nous émouvoir . Quand
une penſée fe trouve à quelque
chofe prés , auffi bien exprimée
en Vers , qu'elle pourroit l'être
en Profe , on applaudit au fuccés
du Poëte ; on lui voue fon
indulgence ; on lui permet de
grimacer de tems à autres ; les
expreffions impropres font chez
lui de légeres fautes ; les conftruction's
inufitées deviennent
fes priviléges ; par Exemple.
Giiij
64 LE NOUVEAU
C'eft envain qu'au Parnaffe un teméraire,
Auteur.
Penfe de l'art des Vers atteindre la hauteur
La hauteur d'un art , voilà une
expreffion impropre , que la rime
ameine ici contre le gré de
M. Defpreaux ,
Ce fils que de fa flame il me donna pour
gage,
Helas je m'en fouviens , le jour que fon
courage.
C'eft la Rime qui fait préfent
à l'élégant Racine de cette
conftruction inufitée & violente,
il auroit fallu dire ...
Ce fils qu'il me donna pour
gage defa flame.
MERCURE.
65
Il eft bon de remarquer ,
qu'une expreffion n'eft élégante
en Vers , qu'autant qu'elle pourroit
être employée avec grace
dans la Profe ; le Profateur & le
Poëte ont un Dictionaire commun
.
Il ne faut pas juger de même
des conftructions . On a accordé
aux Poëtes le droit de les
varier un peu plus que ne fait
la Profe , comme dans les Vers
fuivants.
Du fein de la terre entrouverte ,
Chers inftruments de notre pérte ,
L'argent & l'or font arrachés ,
On les tire de ces abîmes ,
Od fage & prévoyant nos crimes,
La nature les a cachez.
66 LE NOUVEAU
M. de la Motte n'a pas excédé
ici les bornes du droit accordé
aux Vers ; néanmoins la
Profe nefe permettroit pas cette
conftruction ; voici comme elic
parleróit ...
L'argent && l'or chers inftruments
de notre perte , font
arrachez du fein de la terre ,
on les tire de ces abîmes ou la
nature fage
a cachez.
prévoyante les
Que les Poëtes ne tirent point
vanité de ce droit interdit à la
Profe Ce droit - même attefte
la mifere de leur art ; mifere , au
befoin de laquelle nous avons
:
MERCURE. 67
ac
été forcés de faire plier la Régle
Françoife , qui veut qu'on
foulage l'attention , par une conbftruction
aisée , qui préſente à
quelque chofe prés , les idées
dans leur ordre naturel .
S'il étoit poffible que les Vers
n'ufaffent jamais de cette liberté
, ils nen feroient que plus
parfaits . Quand j'en trouve une
fuite nombreufe , dont les conftructions
pourroient être adoptées
par la Profe , j'applaudis
au prodige .
On croit communément que
la Profe eft fubordonnée aux
Vers ; qu'il ne lui fiéd pas de
prendre certain effor ; quelle
doit être humble & retenuë ,
en traittant le même fujet fur
68 LE NOUVEAU
lequel les Vers parleroient impérieufement.
On s'imagine
que les fictions ingénieuſes , les
Figures hardies , les Images brillantes
, font l'apanage des Vers ,
que la Profe n'a pas même droit
à ces richeffes , préjugé le plus
déraisonnable , & peut être le
plus univerfel qui ait jamais obfédé
les Gens de Lettres . Me.
Dacier eft dans cette illufion
générale , lorfqu'elle nous dit ,
que les Vers donnent plus de
grandeur , & de majefte , qu'ils
fourniroient plus de refources
au Poëme , que la Profe.
Pour moi , j'ofe penfer , que
la Profe & les Vers , n'ont pár
eux- mêmes aucun ton déterminé
, & qu'ils le reçoivent des
MERCURE. 69
fujets différents , fur lefquels
ils s'exercent . Si vous voulés
traiter un fujet galant , demandés
à votre génie les graces ba
dines propres
à ce genre , des
images fimples , des idées naïyes.
Voulés - vous chanter une
action Heroïque , montés votre
génie au ton que demande
votre fujet ; vous nous parlerés
avec majefté ; vos fictions feront
nobles & hardies ; vos images
fomptueufes , vos figures
éclatantes ; ce n'est point de
l'Art des Vers , que vous empruntés
le droit de me parler
ici avec tant de fafte ; c'eſt
de la grandeur de l'action que
vous célébrés .
Feu M. de Fenelon nous a
70 LE NOUVEAU
donné en Profe les Avantures de
Telemaque . Ce Poëme devroit
avoir fait foupçonner aux Gens
de Lettres , que les Vers n'ont
aucunes richeffes , qui n'appartiennent
à la Profe ,
dont elle ne fçache uſer avec
fuccés .
82
L'orfque j'ai cité au préjugé
l'exemple du Telemaque François
, il m'a répondu , que ce
Poëme étoit écrit en Vers , à la
mefure & à la Rime prés . Que
me veut-on dire par . là ? finon
que la Profe eft en droit de
parler du même ton que les
Vers , & qu'elle n'en eft diftinguée
que par la meſure & par
la rime.
On voit par tout ce que je
MERCURE.
71
viens de dire , combien je fuis
éloigné de penfer avec M'Dacier
, que la Profe doive faire
aux Vers les honneurs du Poëme
Epique. Je foûtiens qu'elle a
droit fur tous genres d'Ouvrages
indiftinctement ; qu'elle
a feule l'ufage libre de toutes
les richeffes de l'efprit ; que
n'étant afſervie à aucun joug ,
elle ne trouve jamais d'obftacles
à exprimer ce que le génie
lui préfente ; elle n'eft jamais
forcée de rejetter les expreffions
propres & les tours uniques
que demande nt les idées fucceffives
& les fentiments variez
que fes fujets embraffent ,
Il n'en eft pas de même des
Vers ; leur afferviffement
à la
72 LE NOUVEAU
4
mefure & à la rime les force
fouvent à fubftituer aux expreffions
& aux tours propres , de
faux équivalents : une penfée.
fine , un fentiment vif , qui n'échaperoit
pas au Profateur maître
de fa diction , échape fouvent
au Verfificateur impuffant
à les exprimer.
Je crois done que l'Art des
Vers eft un Art frivole , que fi
les hommes étoient convenus de
le profcrire , non feulement
nous ne perdrions rien , mais
que nous gagnerions beaucoup.
Forcez de parler le langage di-
λté par la nature , nous traite.
rions tous les genres en Profe
avec d'autant plus de convenan
ge & de verité , que la varieté
dc
MERCURE.
73
L
de nos fignes répondroit mieux
à la varieté de nos fentimens &
de nos penſées ; avec d'autant
plus d'élégance , que nous ne
ferions jamais impuiffans à exprimer
ce que le génie nous
offriroit d'heureux ; avec d'autant
plus de clarté , que maîtres
de nos conftructions , nous pré
fenterions toûjours les idées
dans leur ordre naturel .
On pourroit ſoupçonner en
m'entendant parler , comme je
fais que , je n'ai pas grand commerce
avec les Vers ; & que
faute de cette habitude enchantereffe
dont j'ai parlé , je ne fuis
point la duppe de leurs graces
contraintes . J'avoue fincerement
ici que je fuis depuis long-
Fanvier 17 17.
3
H
74 LE NOUVEAU
temps dans l'illufion
la plus favorable
à l'Art que je condamne
; l'habitude
a fait fur moi , ce
qu'elle
fait fur tous les autres
hommes
je me plais à voir
lutter nos excellens
Poëtes
conleur
optre
les difficultez
que
pofent
la meſure
& la rime. Je
fuis frappé d'étonnement
toutes
les fois que je vois la raifon &
Les graces
dociles
plier fous le
joug
bizarre
; je ferois dans le
raviffement
, fi dans un long
Ouvrage
, le Poëte ne me laiffoit
rien défirer
de cette jufteffe,
de cet ordre , de cette clarté ,
cette élegance
dont la Profe eft
toûjours
comptable
. Je defire
l'impoffible
, me dirá- t - on ? à la
bonne
heure. Mais files Vers
de
MERCURE. 75
ne peuvent atteindre à la perfe
ation réelle de la Profe , pourquoi
ne me parle-t- on pas en
Profesi
Je ne me fuis point propofe
de faire un extrait complet de
la Preface de M Dacier fur
l'Odiffée ; j'ai voulu feulement
combattre les principes qu'elle
nous Y donne fur le Poëme
Epique. Heft bon d'avertir que
Mc. Dacier tient fa doctrine du
tque fi elle
grand Ariftote ,
étoit convaincuë dans ma Dif
fertation de quelques erreurs , il
ne faudroit point les mettre fur
le compte de fon jugement ,
elle eft dans l'habitude de recevoir
fans aucun examen tous les
Dogines de ce Docteur.
SUR
LE
POEME
EPIQUE
PAR - MONSIEUR L'ABBS DEPONS.
CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER
3 M
ADAME Dacier vient
de donner au Public la
traductionFrançoife de
POdiffée, foûtenue de remarques
Fanvier 1717.
B
2 LE NOUVEAU
utiles ; les unes hiftoriques , les
autres admiratives ; & le tout
du ton de fon Iliade . Je fuis
bien édifié de voir , que la révolte
des modernes conféderés
contre Homere , n'ait point
ébranle le courage de fa génereuſe
Interpréte ; elle fait tête
aux rebels dans une Préface ,
que fon parti regarde , comme
un chef- d'oeuvre dans le genre
Apologétique ; il ne faut pas s'imaginer
qu'elle fe faffe un devoir
d'y combattre aucune des
accufations , dont Mr l'Abbé
Terraffon a chargé le Chintre
d'Ilion ; ces accufations lui paroiffent
de nature à devoir tomber
d'elles - mêmes ; elle n'a
donc pas jugé à propos de les
MERCURE.
·3
relever : elle fait mieux , elle
les expie abondamment par les
loüanges les plus hautes , que
fon zele religieux prodigue à
l'offenfé dans tout le cours de
fa Préface .
Cette Préface eft diftribuée
en quatre parties . Dans la premiere
, aprés avoir tracé de fon
mieux, les régles du Poëme Epique
,
fuivant la Doctrine du
grand Ariftote , Madame Dacier
applique ces principes à nos
Romans & à nos Poëmes François
; de cette application il réfulte
, que nos Auteurs s'en font
écartez , d'où Madame Dacier
conclut , que nos Poëtes &
nos Romanciers ont méconnus
les régles du Poëme Epique
Bij
4 LE NOUVEAU
dictées par Ariftote .
Il me femble que Madame
Dacier fait ici une dépenfe affés
inutile . Elle fe fatigue à
prouver que nos Poëtes fe font
écartés de laDoctrine d'Ariftote.
Perfonne ne lui contefte ce fait ;
mais de ce fait même , elle en
conclut , un peu témérairement,
Ce me femble , que nos Poëtes
ont méconnus ces prétenduës
régles par eux violées . Madame
Dacier ne conçoit pas comment
un Poëte , qui auroit connu la
Poëtique d'Ariftote , auroit pû
ne pas fe laiffer entraîner au
charme de fes dogmes.
Mais examinons un peu ces
dogmes fi facrés pour Madame
Dacier. Comment nous défMERCURE.
ni- t'on le Poëme Epique ?
Le Poëme Epique , eſt un Difcours
entier en Vers , inventépour
former les maurs par des inftructions
déguisées fous Fallégorie
d'un action generale & des
plus grands perfonnages.
Voilà une définition appliquable
à une espéce particuliere
de Poëme Epique ; dans les vûës
de Madame Dacier , voilà l'Iliade
& l'Odiffée : mais ce n'eft
point là la définition du genre ,
enforte que tout Poëme , pour
être appellé Epique , doit avoir
la forme de' l'Iliade ou de l'Odiffée
, comme Madame Dacier
veut le penfer.
Poëme , eft un mot générique.
Il fe divife en deux eſpé6
LE NOUVEAU
ces l'une eft l'Epique , l'autre
le Dramatique .
Le Poëme Dramatique eft celui
dans lequel le Poete fait
parler les perfonnages de fon
action , fans leur prêter fon organe
comme relat ur. Telles
font les Piéces de Théatre , Comedies
, Tragédies , Eglogues
& autres Ouvrages en forme de
Dialogue.
Le Poëme Fpique , eft celui
dans lequel le Poëte eft relateur
de l'action ; tels font l'Iliade ,
la Pharfale , les Métamorphofes
, les Romans , les Eglogues &
indiftin &tement tous Ouvrages
dans lesquels le Poëte eft rela-
-teur.
Rendons cela fenfible à la faMERCURE.
7
c
veur des exemples . Les Eglogues
de Virgile font des Poëmes
, voilà le genre. Les unes
font Epiques , te les que fa
quatrième , où le Poëte eſt luimême
narrateur des merveilles
annoncées par la Sibille . Les
autres font Dramatiques , telles
que la troifiéme où des Bergers
fourniffent l'action par un dialogue
alternatif.
Cela étant bien entendu >
continuons , & difons que , de
même que le Poëme Dramatique
fe fubdivife en différentes
efpéces , qui confervent toujours
la dénomination générique
; il en eft de même du
Poëme pique.
Lorſque l'action du Poëme
8 LE NOUVE AU
Dramatique eft grande , & fe
paffe entre des hommes illuftres
, comme dans la Tragédie ;
on l'appelle Héroïque . Quand
l'action eft fimple & familiere
& fe paffe entre des Bergers
on l'apelle Paſtoral . Mais l'Eglogue
dialoguée , telle que la
troifiéme de Virgile , n'eft pas
moins un Poëme Dramatique ,
que la Tragédie d'Andromaque
.
Raifonnons de même du
Poëme Epique, & difons , que
la quatrié ne Eglogue de Virgile,
où le Poëte parle feul , n'eft
pas moins un Poëine Epique ,
que l'Iliade d'Homere , & que
ces deux Poëmes différent feu-
Tement , en ce que le dernier
cft
MERCURE.
eft dans l'efpéce Héroïque ;
l'autre dans l'efpéce Paſtorale .
Que ferons - nous à préfent
de la définition que Me Dacier
nous offre du Poëme Epique 2
Commençons par lui dire , que
cette définition n'eſt pas recevable
pour le Poëme Epique en
general ; nous verrons dans la
fuite , fi nous la devons adopter
pour l'efpéce de Poëme
Epique que nous venons d'appeller
Héroïque .
Les Erudits font comme les
Médecins , ils ont un idiome
incommunicable au vulgaire ,
ce qu'ils feroient aifément
comprendre en ufant des expreffions
reçûës , ils le rendent
in- intelligible par l'employ de
Fanvier 1717.
C
10 LE NOUVEAU
termes ignorés , qui ont euxmêmes
befoin d'être définis .
Qui ne croiroit, en entendant
la définition que Mde . Dacier
nous donne du Poëme Epique ,
qu'il y a d'importans myfteres
renfermez dans ces grands
mots , d'Inftructions déguisées
Sous l'allégorie d'une action génerale
, & desplus grands perfonnages
; furtout ce mot , d'Action
générale , èft bien embarraſſant
pour qui n'en a pas la clef;
nous allons voir à quoi tout
cela fe réduit , dépouillé de
fon fafte ténébreux
Parlons la langue que tout
le monde entend ; les matieres
que nous traitons ici , ne méritent
pas l'honneur du myftere .
MEECURE.
Il s'agit de fçavoir ce que
c'eft qu'un Poëme Epique Hé.
roïque ; un exemple va nous
en déveloper tout le Dogme :-
Feignons donc un Poëme dans
ce genre , en fuivant le procédé
de M. Racine.
Titus devenu maître d'époufer
Berenice , après la mort de
Vefpafien , fe fépare d'elle , &
facrifie le plus violent amour
à l'honneur de fon Trône , &
au refpect qu'il doit aux Romains.
Cette action de Titus me
frappe en grand ; j'en fais le
fujet de mon Poëme.
Ce fujer une fois choifi ; fi
l'on me demande dans quelle
efpéce fera mon Poëme Epi-
Cij
12 LE NOUVEAU
que ; je réponds qu'il fera dans
l'efpéce Héroïque , parce que
l'action par moi choifie , eft
grande , & qu'elle fe paffe
entre des perfonnes illuftres .
Je n'ai encore que le fujet
je veux donner à mon
Poëme une certaine étenduë .
J'imagine un tiffu ingénieux
d'événemens
, & de motifs qui
conduisent nos Amans à la féparation
douloureufe
& magnanime
, qui est mon objet : Ce
tiffu ingénieux eft appellé la
Fable du Poeme ; faifons notre
Fable : La voici .
du Dans les derniers temps
Regne de Vefpafien , Titus
fon fils devint éperdument
amoureux de Berenice Reipe
MERCURE.
13
de Paleſtine . Il n'oſa fe flater
que fon pere pût agréer qu'il
époufa cette Reine , tant un
pareil Hymenée étoit au- deffous
de l'héritier del'EmpireRomain;
il dulumula donc les conſeils
que lui donnoit fa paffion ; mais
Vefpafien étant mort , Titus fe
vit maître d'affocier fonAmante
à l'Empire..
Il employa les premiers jours
de fon Régne à méditer dans
la retraite , fur les devoirs attachez
au rang fupréme ; il s'en-
Alama de la paffion d'être un
jour les délices du genre humain.
Que deviendra Berenice ?
Vefpafien n'est plus , mais Titus
eft Empereur : La haine
vouée par les Romains au Sang
C iij
'4
LE NOUVEAU
des Rois , l'orgueil du Trône
des Céfars. Voilà de plus grands
obftacles.
Tandis qu'une foule idolatre
flate les voeux de Berenice ;
tandis que de lâches Courtifans
prévoyans fa grandeur
prochaine , viennent briguer fa
faveur; Titus s'arme contr'elle ,
des confeils d'un ami généreux ,
qui lui repréfente combien fon
alliance avec Berenice feroit
détestée de tout l'Empire ; il
lui met fous les yeux cette Loi .
inviolable , qui deffend aux
Romains toute alliance avec les
Rois : Il lui fait fentir enfin
ombien il lui feroit honteux
l'enfreindre la plus facrée des
oix Romaines , en montant
MERCURE.
35
au Trône d'où il doit les faire
respecter .
Titus affermi par ces Confeils
, fe détermine à voir Berenice
, pour rompre avec elle
tous engagemens & l'écarter
de la Cour.
L'Amante infortunée , qui
n'a rien foupçonné du coup
qui la menace , voyant paroître
Titus , le prévient par les empreffemens
les plus vifs ; les
larmes de joye qu'elle répand
à fa vûë, défarment fon courage.
Titus déconcerté foûpire ; il
attache fes yeux éperdus fur
la Reine , & n'a pas la force
de parler ; elle lui demande
avec les démonftrations les plus
endres , qu'elle eſt la cauſe
C iiij
16 LE NOUVEAU
de
de fon trouble ; Titus percé de
douleur , quitte Berenice & fe
retire dans fon Appartement .
L'ami généreux de Titus
lui pardonne un torrent
Jarmes , qu'il verfe fur le fort
de fa chere Berenice ; il doit
cette indulgence à l'Amant ,
mais il eft comptable à l'Empereur
d'un autre hommage ;
bientôt il allume dans l'ame
Héroïque de Titus , une paffion
plus délicieuſe encore que celle
qu'il fe propofe d'éteindre ; il
l'occupe du fpectacle raviffant
du monde entier , béniſſant le
Ciel , de lui avoir donné un
maître felon les voeux .
Titus a reprit tout fon courage
, mais il ne veut plus le
MERCURE. 17
commettre au danger où il a
fuccombé ; il charge fon Ami
d'annoncer la fatalle nouvelle
à Berenice .
Depuis que Titus l'a quittée ,
elle n'a pas ceffé de gémir ,
quoiqu'elle ne foupçonna rien
encore des deffeins de l'Empereur
; enfin l'Ami de Titus lui
révéle l'affreux myftere , & lui
dicte l'ordre funefte de quitter
la Cour.
La Reine demeure quelque
temps immobile , & comme infenfible
à ce récit . La douleur
qui la pénétre jufques au fonds
de l'ame , tarde quelque temps à
éclater au dehors : elle charge
froidement l'Ami de Titus d'affûrer
l'ingrat , qu'elle fçaura
8 LE NOUVEAU
obeïr à fes ordres .
Bien -tôt le Palais retentit
des cris funébres de la Reine
défefpérée ; on cft occupé à lui
êter les moyens de s'arracher
Titus frapé à mort, la vie • ·
& ne pouvant foûtenir le défelpoir
de fa chere Berenice
vient la trouver , & après avoir
effuyé les reproches les plus
pénétrans , il lui déclare qu'elle
ne doit plus penfer à fon Hymenée
, parce qu'il eft incompatible
avec l'Empire : Il ajoure
qu'il ne fera pas affés lâche
pour quitter le rang fupréme , &
pour la fuivre dans la Paleſtine ;
qu'elle rougiroit elle - même de
l'indignité de fon Efclave , que
tout ce qu'il peut faire pour
C
MERCURE. 19
elle , fans fe deshonnorer ,
c'eft de mourir , qu'il eft réfolu
de verfer fon fang à fes yeux ,
fi elle ne lui promet pas de
refpecter les propres jours , fi
elle ne fe fent pas le courage
de commander à ce défeſpoir
dont il nepeut foûtenir l'image.
Berenice qui croyoit Titus infidéle
, s'apperçoit qu'elle er
eft violemment aimée ; cela
fuffic pour calmer les douleurs ,
elle admire la haute vertu du
jeune Empereur. La gloite de
Céfar lui devient chere ; elle
s'arme de tout fon courage ;
fait taire fon amour , & fe retire
dans fes Etats.
Voilà la Fable de notre Poëme
:On voit donc ce que j'ai
20 LE NOUVEAU
voulu dire , lorfque je l'ai définie.
Le tiffu ingénieux des événements
, & des motifs qui conduifent
à l'action que le Poëte
s'eft proposé de célébrer . 1
Cette Fable que nous venons
de propofer pour exemple , eft
des plus fimples ; je l'ai choi
fie telle exprés , parce que la
propofant plus compofée , elle
nous auroit mené stropy loin.
Mais toute fimple qu'eft celleci
, on pourroit la rendre impléxe
, par
fodes .
le moyen des Epi-
J
Un Epiſode eft la partie d'une
Fable impléxe , qui fe lie heu.
reufement à l'action principale
du Poëme ; mais qui n'y eſt pas
abfolument néceffaire . Tel eft
MERCURE
. 21
l'Epiſode d'Antiochus
Roy de
Comagene, queM Racine introduit
dans fa Tragédie de Titus .
Nous l'avons ob nis dans notre
Fable , qui marche à fa fin ſans
fon fecours .
Les Epiſodes font d'une
grande reffource dans les Poëmes
, foit Epiques , foit Dramatiques
; mais il faut prendre
garde , qu'ils ne détournent
point trop l'attention voüée à
l'action principale ; car alors
ils opérent ce qu'on appelle duplicité
d'action & d'interêt .
Parlons à préfent des Carac
téres , des Sentiments , & des
Moeurs du Poëme . Les Docteurs
Litteraires , qui ont pris
Leut Licence chez Ariftote , y
22 LE NOUVEAU
trouvent de grands myſtéres ;
ils fe tourmentent fort , fouvent
même en vain , pour les
développer dans l'Idiome confus
de leur maître ; il n'y a pourtant
rien dans tout cela de fi
merveilleux. Continuons à parler
notre Langue.
Caractères dans le Poëme .
Les actions que l'on fait faire
à un perfonnage ; les motifs
qu'on donne à fes actions
les fentiments qu'on lui préte ,
en le faifant parler : tout cela
réüni , conftituë fon caractére
dans le Poëme. Par exemple ,
L'action de renvoyer Berenice
dans les Etats , la pouvant éle
MERCURE.
23
ver à l'Empire , n'eſt pas préci
fément ce qui caractérife Titus
dans notre Fable : il faut aller
chercher les motifs de cette
action , & les fentiments généreux
qu'il oppofe aux confeils
du plus violent Amour. Si nous
avions fuppofé la paffion de
Titus refroidie au moment
qu'il renvoye Berenice , il n'y
auroit eu rien d'extraordinaire
dans fon action , fi d'autre part ,
en lui laiffant la paffion la plus
violente , nous lui avions fait
chaffer Berenice par un motif
bas ou déraisonnable , nous refuferions
encore notre admiration
à un acte de courage
que la raifon ne pouroit adopter.
Nous avons donc donné à
24 LE NOUVEAU
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Anour
que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
: Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte
' est autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foit
moins favorable aux moeurs ,que
celui dont nous avons tracé l'e-
-xémple , il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Tadmiration & Famour , lorfque
fes perfonnages vicieux fe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717.
Ꭰ .
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
Le bon Homere que le peuple
érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
Achile après avoir tué
Hector , l'attache à fon Char .
圈
i quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eſt un Tigre barbares
MERCURE. 27
>
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds
Quidefa mainfanglanie, àſonCharfont liés .
La téte indignement trainoit dans la pouſſiere:
Sleil à tantd'horreur , prêtes - tu ta lumiere
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le comde
la vertu & du courage
pte
d'Achile le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector.
>
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
24
LE
NOUVEAU
6
cette action de Titus , le motif
du devoir & de l'honneur ;
nous avons fuppofé à Titus les
Sentiments du plus violent Ainour
que que fon courage furmonte
; l'action de Titus eft illuftre
, Titus eft grand ; il entraîne
notre admiration .
Il ne nous refte rien à dire
fur ce qu'on appelle les Sentiments
dans le Poëme ; ils font ,
comme nous venons de voir
les expreffions du caractére
des perfonnages . Paffons aux
moeurs.
Meurs dans le Poëme.
Le devoir moral du Poëte ,
' eft autre que de peindre la
vertu
MERCURE.
25
vertu avec les couleurs propres
à la faire chérir , & de ne faire
grace au vice d'aucun des traits
qui peuvent le faire détefter ...
Qu'on faffe agir dans un même
Poëme des Heros vertueux &
vicieux concurremment ; loin
que ce genre de Poëme foir
anoins favorable aux moeurs, que
celuidont nous avons tracé l'e-
-xémples il pourra donner
une leçon morale beaucoup
plus complete. Le Poëte frapé
de l'éclat des Héros vertueux
qu'il fait agir , appelle à eux
Fadmiration
& Famour , lorf- •
que fes perfonnages
vicieux ſe
montrent , on les voit porter
les fignes de fa haine , chacun
fouferit au jugement du Poëte ,
Fanvier 1717 .
Ꭰ .
م ت
26 LE NOUVEAU
& cette horreur générale eſt un
nouveau Triomphe pour la
vertu .
peu- Le bon Homere que le
ple érudit vante fi fort , pour
avoir furtout excellé dans la
fcience morale , eft de tous les
Poetes Epiques , celui qui a porté
les plus faux jugements des
ctions particulieres de fes Héos
; M. de la Motte a cru deoir
remedier à ce fcandale
lans fon Iliade Françoiſe . Il
ft bon d'en citer un Exemple
feulement .
$
tué
Achile après avoir
Hector , l'attache à fon Char .
I quel excés alors , la vengeance l'égare ;
n'eftplus un Héros , c'eft un Tigre barbares
MERCURE. 27
Il infulte au cadavre , il lui perce les pieds ,
Quide fa main fanglan: e, àſonChar ſont liés .
La téte indignement trainoit dans lapoufiere:
Sleil à tant d'horreur , prétes-tu ta lumiere ;
Jupiter en fremit , & ne voit qu'à regret ,
S'accomplir du deftin , l'infléxible décret ;
Ainfi le Char cruel ', traverſe la Campagne ,
La vengeance leguide , & l'horreur l'accom
pagne.
On voit iti que M. de la
Motte ne met pas fur le compte
de la vertu & du courage
d'Achile
, le traitement bar
bare que ce Héros fait au cadavre
d Hector .
C'est une action éclatante &
mémorable pour le bon Homere
; mais auffi , dira quelque
Scoliafte , de quoi s'eft avifé
Cij
28 LE NOUVEAU
M. de la Motte , de vouloir réformer
la Morale des tems Héroïques
.
Ön étend communement au
delà de ces bornes , le devoir
moral des Poëtes , foit Epiques,
foit Dramatiques ; on veut
qu'ils difpofent leurs Fables ,
de maniere , que les perfonnages
vicieux de leurs Poëmes
fuccombent au gré de la haine
générale ; j'aime les Fables de
ce genre. Je me garderai pourtant
bien de foufcrire au fentiment
de ceux qui réprouvent
toute Fable , dans laquelle le
Héros vertueux feroit opprimé.
La Tragédie de Britannicus eft
de ce genre : la vertu y fuccombe
on verfe des pleurs fur
MERCURE. 29
un Prince digne d'un meilleur
fort , mais le fpectateur ne foupçonne
pas que le vice triomphe.
L'état où M. Racine repréſente
Neron après fon crime , déchiré
de remords , voulant attenter
fur fa propre vie , invefti
de la haine public , détéfté
d'Agrippine , de Burrhus même;
tout cela fatisfait l'horreur vengereffe
du fpectateur ; il ne
voudroit point à ce prix du
Thrône & de la vie que le
Poëte a la févérité de laiffer à
Neron .
Il y a donc moyen de faire
périr le Héros vertueux dans le
Poëme Epique , fans bleffer la
morale ; la Tragédie citée , en
30 LE NOUVEAU
eft la preuve. Car je ne penfe
pas qu'il y ait d'homme affés
déraisonnable , pour prétendre ,
que le Poeme Epique foit par
fa nature refferré dans des limites
plus étroites que le Dramatique
.
La conduite que Dieu tient
à l'égard des hommes , ne nous
doit affecter d'aucun fcandale ;
fa juftice étend fes droits fur
nous au delà de cette vie : n'héfitez
donc point à donner dans
un Poeme , le fpectacle attendriffant
d'un homme vertueux
fuccombant fous les traits des .
méchants ; nous verferons des
pleurs fur fa mort , ces pleurs
même vous attefteront notre
amour pour lui ; le vice triomMERCURE.
31
phant fera l'objet de notre
excécration . Les meurs de votre
Poëme font bonnes ; le devoir
moral y eft parfaitement
rempli.
des
Par le mot de Maurs , on
entend quelquefois parler des
Ufages , des Coûtumes
Préjugés , qui varient chez les
différents peuples . Ainfi l'on
appelleroit fauffes , les moeurs
d'un Poëme , dans lequel un
Auteur auroit transferé aux Romains
, les Uſages , les Coûtumes
, le Culte religieux , & tous
les préjugez des Grees .
Le mot de Meurs , appliqué
finguliérement aux perſonnages
tu Poëme , n'eft autre chofe,
que les penchants habituels ,
32 LE NOUVEAU
& les fentiments , qui conftituent
le caractére du perfonnage.
Voilà à quoi fe réduit fa
doctrine du Poëme Epique,
Que dif-je ? nous n'avons pas
fait encore ? Il nous refte une
queftion importante à traiter.
Que penferoit de nous M
Dacier ? fi nous n'avions ofés
commettre à fon exemple notre
jugement fur la fin générale
du Poëme Epique ?
Me Dacier fait honneur à
ce genre d'Ouvrage , du feul
deffein de former les moeurs :
elle s'appuie de l'exemple des
Poëmes d'Homere , où elie
trouve une inftruction continue .
J'avoue humblement que je
ne
MERCURE.
33
ne vois rien de fi édifiant dans
les Poëmes d'Homere . Je ne
erois pas , à beaucoup près ,
qu'on
'on le trouvât bien de les
ériger en Ouvrages Moraux .
Mais , quand même l'Iliade
& l'Odiffée ne
pêcheroient pas
contre le devoir inoral , comme
nous l'avons prétendu , on n'en
devroit pas conclure ? que le
Poete ne fe fut propofé , que
la fin d'inftruire.
Racine n'a point bleffé , la
morale dans fes Tragédies ; je
vois bien des gens qui les envifagent
comme des Poëmes favorables
aux inours ; mais ils
ne font
pas pour cela honneur
à Racine , de ne s'être propofé
aucune autre fin que l'inftruc-
E
Fanvier 1717.
34 LE NOUVEA
tion . La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs : il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiffent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur.
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'infint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages ; dela ' vient
que l'attention aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale .
Je crois donc que
dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propoſent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'est - àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments.
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui .
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme fe fuit ,
pour ainsi dire , lui- même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueuſement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
MERCURE .
37
courage & de vertu , dans les
Poëmes & autres Ouvrages
tranfportent mon ame , & lui.
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné. J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E lij
34 LE NOUVEAU
1
tion. La fin generale que s'eft
propofée Racine dans fes Tragédies
, c'eft le plaifir de fes
Auditeurs: il a donc voulu plaire
, en excitant dans les ame's
ces émotions vives , qui naiflent
de l'admiration , de la compaffion
, de la terreur .
>
Mais comme le deffein de
plaire , preferit au Poëte le devoir
de refpecter l'inftint général
, de ne point s'écarter des
idées morales répandues chezles
hommes , dont il veut emporter
les fuffrages' ; dela ' vient
que l'attention' aux moeurs entre
dans l'ordre des moyens qu'il
juge propres à le conduire à
fa fin générale.
9
Je crois donc que dans tous
MERCURE.
35
Poëmes , foit Epiques , foit Dramatiques
, indiftinctement , les
Poëtes fe propofent pour fin
générale , le deffein de tirer
l'homme de l'ennui qui le confume
, lorfqu'il eft inoccupé .
L'homme inoccupé , c'eſt- àdire
, l'homme livré à la feule
confidération de fon être perfonnel
, éprouve deux fentiments
habituels , également triftes ;
l'un eft le fentiment de fon infortune
, il ale défir d'un bonheur
vague qui le fuit ; l'autre
eft le fentiment de fa baffeffe :
Il voudroit être grand & important
, il fe trouve petit &
méprifable . De ces deux fentiments
qui l'obfédent perfévéremment
naiffent la langueur
E ij
36 LE NOUVEAU
1
F
& le découragement de fon
efprit ; c'est ce que nous appellons
ennui.
C'est donc pour échaper à
cet ennui , que l'homme ſe fuit , fe
pour ainsi dire , lui - même , &
cherche à s'occuper d'objets
étrangers ; mais ces objets étrangers
ne l'occupent agréablement
, qu'autant qu'il y trouve
des rapports qui lui font illufion
fur fon malheur & fur fa
petiteffe ; que l'on me paffe
mes fuppofitions , je réponds
à toutes difficultez .
Si l'on me demande pourquoi
je fuis fi voluptueufement ému
d'une action vrayement grande ;
pourquoi les fentiments fublimes
, les expreffions hautes de
74
1
MERCURE.
37
courage & de vertu , dans les
Poemes & autres Ouvrages,
tranſportent mon ame , & lui .
caufent ces fecouffes vives qui
lui font fi cheres ?
Je réponds , que j'éprouve
alors le fentiment de ma propre
excellence . Je fens en
moi les refforts de cette vertu ,
dont l'excés m'a étonné . J'admire
le Héros que je viens de
voir agir , mais je m'applaudis ,
d'éprouver des fentiments conformes
aux fiens .
Delà vient l'interêt tendre
qui m'attache à lui . Je lui dois
la découverte de ma propre
grandeur ; je lui fuis comptable
de ma reconnoiffance.
Si l'on me demande enfuite
E iij
38 LE NOUVEAU
pourquoi l'on me fait plaifir ,
en excitant en moi la terreur,
& la compaffion ; fentiments
triftes , affections douloureuſes :
Par exemple , fi le Héros vertueux
fur qui j'ai épuifé mon admiration
, fe trouve en péril , je
tremble pour fes jours ; s'il fuccombe
au péril , je pleure fa
difgrace. Pourquoi éprouvai-je
une fecréte joye en verfant ces
pleurs fignes ordinaires de la
douleur. D'où vient cette confolation
intime , qui me rend délicieux
, le trouble que j'éprouve ?
Nous avons déja vû par la
réponse à la premiere Queftion ,
d'où viennent ces liens d'Amour
& de refpe & , qui m'attachent
à mon Héros . Nous ne
MERCURE. 39
faifons plus qu'un , lui & moi ...
mon orgueil m'engage dans
tous fes perils. Je me fuis trouvé
digne de courir avec lui la mê
me fortune . Ma terreur dans
nos communs dangers , eft foûtenue
de l'efpoir du triomphe ,
& du fentiment de mon propre
courage . Mais fi mon Héros
vient à périr , là je me fépare
de lui ; je verfe quelques pleurs
fur l'Amy que la mort m'enléve,
mais je m'apperçois en même
temps qu'elle m'a épargné : je
Compare le fort du Héros avee
le mien. Cette comparaifon
m'avertit , qu'il y a des hommes
moins heureux que moi .
Voilà la fource de cette confolation
fécrette , qui accompa
Eiiij
40 LE NOUVEAU
gne mes pleurs .
J'aurois quelque penchant à
parcourir tous les différents
ébranlements que notre ame reçoit
à l'occafiondes objets étrangers
& de les rappeller tous à
mon Hypotéle Métaphifique :
je me flate que ces détails auroient
quelque agrément , & je
céde à la tentation de donner un
jour à cela tout fon dévelopement
dans une Differtation particuliere.
Revenons à M. Dacier ; vous
prétendés , Madame , que la
fin du Poëme Epique , n'eft autre
que , le deffein de former les
moeurs :: pour être en droit d'attefter
cette vérité générale
vous croyés , qu'il vous fuffit
>
MERCURE.
41
de nous prouver , qu'Homérë
ne s'eft propofé , que cette vûe
dans l'Iliade & dans l'Odiffée.
Mais comment nous prouvezvous
, qu'Homere ne s'eft рго-
pofé dans fes Poëmes , que le
deffein d'inftruire ? Ecoutons.
Du tems d'Homere , les
Grecs étoient divifez enplu
fieurs Etats, independents les
uns des autres , & ces Etats
étoient fouvent obligez de fe
réünir contre un ennemi commun
. Homere pour leur prouver
la nécessité de demeurer
imagina la Fable géunis
>
nerale que voici.
42 LE NOUVEAU.
1
Deux Chefs d'une même
Armée, fe querellent , l'ennemi
commun profite de leur diffention
, remporte fur leur
parti de grands avantages. Les
deux Chefs fe raccommodent ,
étans réunis , ils chaffent
leur ennemi commun , & remportent
enfin la victoire.
Cette Fable , continuë M.
Dacier , eft générale , c'eſtà-
dire , qu'elle convient à tour
le monde , petits & grands ;
car les petits ne font pas moins
fujers que les grands , à voir
ruiner leurs affaires , ou par
و ا
MERCURE. 43
la colere , ou par la diffention :
Ils n'ont pas moins befoin de
ces leçons d'Homere , & ils
font aussi capables d'en profiter
; utilité qu'on ne sçauroit
tirer des actions particulieres :
En effet , qu'on faffe un Poeme
fur une action de Cefar,
de Pompée , ou d'Alcibiade
quel bien celapoura-t'il faire à
particulier ... Mais quoi-.
que la Fable foit générale , il
faut la rendre particuliere par
l'impofition des noms.
un
•
;
Par exemple , voici com
ment Homere rend fa Fable
44 LE NOUVEAU
particuliere... Il auroit pû la métrefous
le nom des fept Chefs ,
qui marcherent contre Thebes ...
Il la met fous le nom des
Heros , qui allérent conqué.
rir le Royaume de Priam .
Agamemnon & Achille font
les deux Chefs, qui fe querellent,
les Troyens profitent de leur
diffention, & font vainqueurs.
Agamemnon & Achilleſe réconcilient
, étans réunis ,
les Troyens font défaits.
> Je voudrois bien fçavoir
qui a revelé à Mde, Dacier ce
procédé fi fingulier d'Homére .
Il s'eft propofé , dit - elle , de
MERCURE. 45
réunir les Princes de la Gréce
divifez entr'eux ; cela pourroit
être abfolument; je ne trouverois
pas étrange , qu'on foupçonna
Homere , d'avoir conçû tout
fon Ouvrage pour cette fin politique
, mais il me paroît que
Mde Dacier n'eft pas fondée à
nous l'affirmer avec tant de
confiance puiſque nous ne
trouvons dans l'Iliade aucune
trace diftincte de ce deffein .
Nous n'y cherchons pas tant
de fineffes , nous autres bonnes
gens nous penfons que l'Auteur
a voulu feulement amuſer
les Grecs par le récit des exploits
guérriers de leurs Ayeux.
Il recueillit dans fon Poeme
tout ce que la tradition alors
46 LE NOUVEAU
confufe , lui pûtfournir fur lafameuſe
Guerre de Troye : il af
focia les faits Hiftoriques à des
fictions variées : il fit aux Héros
, agiffant dans fon Poëme ,
l'honneur de leur donner les
Dieux pour Alliés . Alliance
impie , qui avilliffoit ces mêmes
Dieux, en les rendant baffement
complices de la fureur , de l'injuftice
, de tous les excés de
l'une & de l'autre Armée . De là,
tant de miracles abfurdes &
puerils ; delà , ce bas merveilleux
, qui tout indigne qu'il eft,
d'un âge tel que le notre , étoit
trés propre à entraîner l'admiration
, & à furprendre la crédulité
d'un fiécle auffi fuperftitieux
, auffi ignorant , que l'éMERCURE
.
47
toit le fien . Nous ne femmes
donc point étonnés , que des
fiécles groffiers , ayent adoré
les Poemes d'Homere . Mais
nous ne concevons pas bien ,
comment dans ces derniers
temps , la premiere ébauche de
l'Art naiffant , eft encore l'objet
du culte d'un fi grand peu .
ple. Je dis du culte ; car Meffieurs
les Erudits ne veulent entrer
en aucune compofition
avec leur . Siécle ; ils adorent
tout indiftinctement dans Homere
les abfurdités les plus
groffieres ; les fictions les plus
fcandaleuſes , font pour eux
des Allégories faintes . Ils érigeroient
volontiers l'Iliade en
Catechifme moral .
48 LE NOUVEAU
Revenons donc à Mde Dacier,
vous prétendés , Madame , que
l'on ne peut pas tirer des actions
particulieres , le même
fruit moral,que pourroient donner
les actions générales Si
cette propofition étoit vraye ,
deviendroit votre chere
que
Iliade ? Car envain avés vous
fait l'Apologie de la Fable generale
de ce Poëme. Vous êtes
convenue , que cette Fable generale
devenoit particuliere
dans le Poëme appliqué à des
perfonnages déterminez ? Que
devient donc la morale de cette
Fable generalement conçûë ?
S'évanouit elle dans le Poëme
par la fatale impofition des
noms aux perfonnages ? Vous
MERCURE. ' 49
n'avez pas apperçeu cette conféquence
; mais nous allons
vous relever de cette'inattention.
Nous tirerons de péril la
pauvre Iliade , en vous prouvant
, par un exemple , que les
actions particulieres ,ne font pas
moins morales & inftructives
que les actions générales .
Si je voulois donner une leçon
de clemence à un homme
vindicatif , je lui citerois le
grand exemple d'Augufte , qui
pouvant faire périr juftement
le confpirateur Cinna , lui pardonne
fon attentat , & rachette
fon amour à force de bienfaits .
L'homme à qui je citerois cette
action particuliere d'Augufte
trouveroit t- il quelque obftacle
Fanvier 1717.
F
50
LE NOUVEAU
à fe l'appliquer ? Oui , fans dou
te , me dira Madame Dacier ;
fi vous voulez que l'action
l'inftruife , propofez - là géneralement
fans l'appliquer à Augufte.
Effayons donc.
Un homme pouvant juſtement
faire périr fon ennemi , lui pardonna
& racheta fon amour à
force de bienfaits .
Je m'en rapporte ici à M.
Dacier même. Je fuis bien perfuadé
que pour peu qu'elle y
faffe attention , elle fentira qué
ma leçon particuliere vaut bien
fa leçon génerale.
Nous dirons donc des actions
particulieres,comme des actions
génerales ; qu'elles inftruifent
allegoriquement ; c'est à dire ,
MERCURE.
par l'application que chacun
peut s'en faire à lui- même. Paf
fons à autre chofe.
Nous avons
prétendu que
l'action du Poëme Epique , confideré
dans l'efpece heroïque ,
devoit être illuftre & fe paffer
entre de grands Perfonnages.
Me Dacier eft d'accord avec
nous fur la qualité des Perfonnages
, mais elle n'accorde pas ,
que l'action du Poëme doive être
grande.... Il n'eft pas necef
faire que l'action du Poeme
Epique foir illuftre & importante
par elle-même , puifqu'au
contraire elle peut être fimple
commune
mais il faut
Fij
52 LE NOUVEAU
qu'elle le foitpar la qualité des
Perfonnages. Ausfi Horace at-
il dit aprés Ariftote : Res
gefta Regumque , Ducumque.
Cela eftfi vrai, que l'aétion
la plus éclatante d'un
fimple Bourgeois , ne pourra
jamais faire le fujet d'un Poeme
Epique ; & que l'action
la plus fimple d'un Roy
d'un General d'Armée le fera
toûjours avec fuccés.
>
Je veux bien convenir avec
Me Dacier que , l'action la plus
fimple d'un Roi , ou d'un General
d'Armée , peut faire le fujet d'un
Poëme Epique , mais je prends
MERCURE.
53
la liberté de douter que ce
Poëme fit une grande fortune.
Les grands noms n'intéreffent
guéres , s'ils font mariez à des
actions communes . J'ofe affûrer
au contraire , que fi vous faifiez
agir dans un Poëme un nom
ignoré, un Perfonnage fans titre ,
d'une maniére vraiment grande ;
bien-tôt fes actions illuftres le
groffiroient à votre imagination ;
bien-tôt vous verriez en lui un
Souverain digne du plus refpectueux
hommage .
Concluons donc , que les
perfonnages du Poëme héroïque
, doivent être illuftres ; mais
que fi l'on veut que le Poëme
plaife, les perfonnages y doivent
agir héroïquement . Le trait ciLE
NOUVEAU
14
té d'Horace , ne dit rien de
contraire à cette décifion .
Voyons maintenant de combien
nous fommes diftants de
la doctrine de Me Dacier , fur
le Poëme Epique : Elle le dé
finit comme nous avons vû.
Un difcours en Vers , inventépourformer
les moeurs ,
par des inftructions déguifees
fous l'allégorie d'une action
générale , des plus grands
perfonnages.
Nous avons fait voir d'abord,
que M. Dacier applique au
genre une définition , qui n'eft
recevable que pour une efpéce
particuliere . Nous avons fixé
cette définition à l'efpéce hé.
MERCURE.
SS
•
*་
roïque . Nous avons prétendu
que le deffein des Poëtes dans
ce genre d'Ouvrage , étoit moins
l'inftruction des Lecteurs , que
leur plaifir.
Nous avons expliqué comment
la Fable Epique peut être
utile aux moeurs , fans qu'on
doive en tenir grand compte
aux Poëtes , & leur faire honneur
du feul deffein d'inftruire.
Nous avons dit en quel fens
la Fable Epique inftruit allegoriquement
; & de notre explication
, il réfulte que ces
grands mots d'Inftructions déguifés
fous l'Allegorie , ne difent
rien de fi important , puifque
tout récit eft néceffairement
allégorique dans le même fens
ማ
56 LE NOUVEAU
1
que l'Iliade & l'Odiffée.
Nous avons prouvé par les
principes mêmes de Mc Dacier,
que l'action du Poëme Epique
n'eft point générale , mais par
ticuliere : Enfin, nous avons ofés
prétendre , qu'il ne fuffifoit pas
pour faire un bon Poëme héroïque
, qu'on y introduifit des
perfonnages illuftres , qu'il falloit
encore les faire agir héroïquement.
Que nous refte-.
t'il donc de la définition donnée
par Me Dacier , dont nous
n'ayons point parlé ? Je n'y vois
plus que ces mots .... C'est
un difcours en Vers.
Me Dacier eft ici un peu embarraffée
; car Ariftote a précendu
que le Poëme Epique fe
fert
MERCURE.
ST
fert du difcours en Vers ou en
Profe . Cette autorité arrache à
Ms Dacier l'aveu , que l'Iliade
&l'Odiffée ne ceffent pas d'être
des Poëmes Epiques dans fes
Traductions en Profe.
Mais l'expérience a prouvé ,
dit-elle , que les Vers lui conviennent
davantage , parce
qu'ils donnent plus de majesté
de grandeur , & qu'ils
fourniffent plus de reffources
que la Profe.
Eft- il bien vrai que les Vers
donnent plus de grandeur & de
majesté aux Poëmes ? leurs fourniffent
- ils en effet plus de ref-
Sources que la Profe Exami
nons un peu les avantages réels
Fanvier 1717 .
G
58 LE NOUVEAU
de l'un & de l'autre langage ,
& voyons fi la Profe vaincue
doit céder aux Vers fes droits
fur quelque genre .
Les Vers font diftinguez de
la Profe , par la fingularité des
nombres auxquels l'Art arbitraire
les a affujettis , & par la terminaifon
uniforme qui conftitue
la Rime. Ces nombres &
cette Rime donnent à la diction
un air contraint & bizarre , qui
loin de plaire à qui n'y feroit
pas habitué , lui cauferoit au
contraire un fentiment defagréable
, qu'il trouveroit moyen
de juftifier. A quoi bon , s'écriroit-
il à quoi bon cet art pénible
, qui fait perdre aux penfées
leur vérité & leur grace
;
MERCURE.
59
naturelles ? Depuis quand s'efton
avifé de faire plier la raifon
fous le joug d'un langage follement
mefuré ? ce qu'on peut
me dire avec élégance dans l'idiome
ordinaire , fans fe donner
beaucoup de peine ; pourquoi
me le préfenter dans un`
langage effrayant , qui porte avee
lui l'appareil du travail & de
l'affectation ? Le retour importun
de la Rime , la répétition
des mêmes nombres dans chacune
de vos frafes , me fatiguent
& m'ennuyent ; que pourrionsnous
répondre à ces reproches ?
Vous n'êtes pas accoûtumé,
Monfieur , à ce langage que vous
nommez bizarre ; lorfque vous
vous ferez familiarifé avec lui
Gij
Go LE NOUVEAU
Un
par la lecture des bons Poëtes ,
ce qu'il a de contraint & d'affeté
, difparoîtra pour vous.
jour vous vous plairez à marquer
cette folle meſure des Vers
en les prononçant fur des tons
plus foûtenus que la Profe ; vous
tiendrez grand compre au Poëte
d'avoir furmonté les difficultez
de cet Art même , pour lequel
vous marquez tant d'averfion &
de mépris .
Les Vers ne plaifent point par
eux-mêmes , il nous a fallu un
long commerce avec eux pour
n'être guéres choqué de leur
démarche affectée , de leur air
Contraint. Quelque- variées que
foient les chofes qu'ils nous
préfentent , nous fommes touMERCURE
. GI
jours un peu bleffés de les voir
paroître fous des fignes fi uniformes
: la répétition obſtinée
des mêmes nombres & des mêmes
terminaifons , eft encore
pour nous aujourd'hui une fource
d'ennui . Pourquoi néanmoins
les aimons- nous , ces Vers , avec
tant de défauts que nous leur
reconnoiffons
? Préparons notre
réponſe par un exemple.
Un Danfeur de corde ne
danfe pas , à beaucoup prés , fur
la corde , avec des mouvemens
auffi variez qu'il pourroit le faire
fur un vafte Théatre . Il eft renfermé
dans les bornes étroites
d'une ligne qu'il parcourt en
avant & en arriere , fans pouvoir
préfenter le front à fa droite & à
Giij
62 LE NOUVEAU
fa gauche ; l'attention qu'il eft
forcé de donner au péril de fon
Art , lui dérobe les graces libres
& enjoüées des bras & du vifage
: il a l'air inquiet & fouffrant;
cependant il plaît , il amuſe le
fpectateur. Ce n'eſt pas précifément
le Danfeur qu'on admire
ici ; on n'eft occupé que de la
difficulté qu'il furmonte , du
danger qu'il brave ; enforte que
fi la corde fufpenduë , ceffoit de
paroître dangereufement diftante
du plancher , le fpectacle
ne feroit plus fi interreffant :
notre homme pourroit encore
étonner par fon adreffe , mais il
perdroit le mérite du courage .
Appliquons ceci au Poëte . Il
nous plaît , quoique fouvent il
MERCURE. 63
1
nous parle avec moins d'élégance
que le Profateur . Nous nous
plaifons à le voir luter contre
les difficultez d'un art indu- .
ſtrieux & pénible . Il n'y a point
ici de péril comme dans l'exemple
propofé . C'eſt un ſpectacle
de pure induftrie ; ce reffort
fuffit à nous émouvoir . Quand
une penſée fe trouve à quelque
chofe prés , auffi bien exprimée
en Vers , qu'elle pourroit l'être
en Profe , on applaudit au fuccés
du Poëte ; on lui voue fon
indulgence ; on lui permet de
grimacer de tems à autres ; les
expreffions impropres font chez
lui de légeres fautes ; les conftruction's
inufitées deviennent
fes priviléges ; par Exemple.
Giiij
64 LE NOUVEAU
C'eft envain qu'au Parnaffe un teméraire,
Auteur.
Penfe de l'art des Vers atteindre la hauteur
La hauteur d'un art , voilà une
expreffion impropre , que la rime
ameine ici contre le gré de
M. Defpreaux ,
Ce fils que de fa flame il me donna pour
gage,
Helas je m'en fouviens , le jour que fon
courage.
C'eft la Rime qui fait préfent
à l'élégant Racine de cette
conftruction inufitée & violente,
il auroit fallu dire ...
Ce fils qu'il me donna pour
gage defa flame.
MERCURE.
65
Il eft bon de remarquer ,
qu'une expreffion n'eft élégante
en Vers , qu'autant qu'elle pourroit
être employée avec grace
dans la Profe ; le Profateur & le
Poëte ont un Dictionaire commun
.
Il ne faut pas juger de même
des conftructions . On a accordé
aux Poëtes le droit de les
varier un peu plus que ne fait
la Profe , comme dans les Vers
fuivants.
Du fein de la terre entrouverte ,
Chers inftruments de notre pérte ,
L'argent & l'or font arrachés ,
On les tire de ces abîmes ,
Od fage & prévoyant nos crimes,
La nature les a cachez.
66 LE NOUVEAU
M. de la Motte n'a pas excédé
ici les bornes du droit accordé
aux Vers ; néanmoins la
Profe nefe permettroit pas cette
conftruction ; voici comme elic
parleróit ...
L'argent && l'or chers inftruments
de notre perte , font
arrachez du fein de la terre ,
on les tire de ces abîmes ou la
nature fage
a cachez.
prévoyante les
Que les Poëtes ne tirent point
vanité de ce droit interdit à la
Profe Ce droit - même attefte
la mifere de leur art ; mifere , au
befoin de laquelle nous avons
:
MERCURE. 67
ac
été forcés de faire plier la Régle
Françoife , qui veut qu'on
foulage l'attention , par une conbftruction
aisée , qui préſente à
quelque chofe prés , les idées
dans leur ordre naturel .
S'il étoit poffible que les Vers
n'ufaffent jamais de cette liberté
, ils nen feroient que plus
parfaits . Quand j'en trouve une
fuite nombreufe , dont les conftructions
pourroient être adoptées
par la Profe , j'applaudis
au prodige .
On croit communément que
la Profe eft fubordonnée aux
Vers ; qu'il ne lui fiéd pas de
prendre certain effor ; quelle
doit être humble & retenuë ,
en traittant le même fujet fur
68 LE NOUVEAU
lequel les Vers parleroient impérieufement.
On s'imagine
que les fictions ingénieuſes , les
Figures hardies , les Images brillantes
, font l'apanage des Vers ,
que la Profe n'a pas même droit
à ces richeffes , préjugé le plus
déraisonnable , & peut être le
plus univerfel qui ait jamais obfédé
les Gens de Lettres . Me.
Dacier eft dans cette illufion
générale , lorfqu'elle nous dit ,
que les Vers donnent plus de
grandeur , & de majefte , qu'ils
fourniroient plus de refources
au Poëme , que la Profe.
Pour moi , j'ofe penfer , que
la Profe & les Vers , n'ont pár
eux- mêmes aucun ton déterminé
, & qu'ils le reçoivent des
MERCURE. 69
fujets différents , fur lefquels
ils s'exercent . Si vous voulés
traiter un fujet galant , demandés
à votre génie les graces ba
dines propres
à ce genre , des
images fimples , des idées naïyes.
Voulés - vous chanter une
action Heroïque , montés votre
génie au ton que demande
votre fujet ; vous nous parlerés
avec majefté ; vos fictions feront
nobles & hardies ; vos images
fomptueufes , vos figures
éclatantes ; ce n'est point de
l'Art des Vers , que vous empruntés
le droit de me parler
ici avec tant de fafte ; c'eſt
de la grandeur de l'action que
vous célébrés .
Feu M. de Fenelon nous a
70 LE NOUVEAU
donné en Profe les Avantures de
Telemaque . Ce Poëme devroit
avoir fait foupçonner aux Gens
de Lettres , que les Vers n'ont
aucunes richeffes , qui n'appartiennent
à la Profe ,
dont elle ne fçache uſer avec
fuccés .
82
L'orfque j'ai cité au préjugé
l'exemple du Telemaque François
, il m'a répondu , que ce
Poëme étoit écrit en Vers , à la
mefure & à la Rime prés . Que
me veut-on dire par . là ? finon
que la Profe eft en droit de
parler du même ton que les
Vers , & qu'elle n'en eft diftinguée
que par la meſure & par
la rime.
On voit par tout ce que je
MERCURE.
71
viens de dire , combien je fuis
éloigné de penfer avec M'Dacier
, que la Profe doive faire
aux Vers les honneurs du Poëme
Epique. Je foûtiens qu'elle a
droit fur tous genres d'Ouvrages
indiftinctement ; qu'elle
a feule l'ufage libre de toutes
les richeffes de l'efprit ; que
n'étant afſervie à aucun joug ,
elle ne trouve jamais d'obftacles
à exprimer ce que le génie
lui préfente ; elle n'eft jamais
forcée de rejetter les expreffions
propres & les tours uniques
que demande nt les idées fucceffives
& les fentiments variez
que fes fujets embraffent ,
Il n'en eft pas de même des
Vers ; leur afferviffement
à la
72 LE NOUVEAU
4
mefure & à la rime les force
fouvent à fubftituer aux expreffions
& aux tours propres , de
faux équivalents : une penfée.
fine , un fentiment vif , qui n'échaperoit
pas au Profateur maître
de fa diction , échape fouvent
au Verfificateur impuffant
à les exprimer.
Je crois done que l'Art des
Vers eft un Art frivole , que fi
les hommes étoient convenus de
le profcrire , non feulement
nous ne perdrions rien , mais
que nous gagnerions beaucoup.
Forcez de parler le langage di-
λté par la nature , nous traite.
rions tous les genres en Profe
avec d'autant plus de convenan
ge & de verité , que la varieté
dc
MERCURE.
73
L
de nos fignes répondroit mieux
à la varieté de nos fentimens &
de nos penſées ; avec d'autant
plus d'élégance , que nous ne
ferions jamais impuiffans à exprimer
ce que le génie nous
offriroit d'heureux ; avec d'autant
plus de clarté , que maîtres
de nos conftructions , nous pré
fenterions toûjours les idées
dans leur ordre naturel .
On pourroit ſoupçonner en
m'entendant parler , comme je
fais que , je n'ai pas grand commerce
avec les Vers ; & que
faute de cette habitude enchantereffe
dont j'ai parlé , je ne fuis
point la duppe de leurs graces
contraintes . J'avoue fincerement
ici que je fuis depuis long-
Fanvier 17 17.
3
H
74 LE NOUVEAU
temps dans l'illufion
la plus favorable
à l'Art que je condamne
; l'habitude
a fait fur moi , ce
qu'elle
fait fur tous les autres
hommes
je me plais à voir
lutter nos excellens
Poëtes
conleur
optre
les difficultez
que
pofent
la meſure
& la rime. Je
fuis frappé d'étonnement
toutes
les fois que je vois la raifon &
Les graces
dociles
plier fous le
joug
bizarre
; je ferois dans le
raviffement
, fi dans un long
Ouvrage
, le Poëte ne me laiffoit
rien défirer
de cette jufteffe,
de cet ordre , de cette clarté ,
cette élegance
dont la Profe eft
toûjours
comptable
. Je defire
l'impoffible
, me dirá- t - on ? à la
bonne
heure. Mais files Vers
de
MERCURE. 75
ne peuvent atteindre à la perfe
ation réelle de la Profe , pourquoi
ne me parle-t- on pas en
Profesi
Je ne me fuis point propofe
de faire un extrait complet de
la Preface de M Dacier fur
l'Odiffée ; j'ai voulu feulement
combattre les principes qu'elle
nous Y donne fur le Poëme
Epique. Heft bon d'avertir que
Mc. Dacier tient fa doctrine du
tque fi elle
grand Ariftote ,
étoit convaincuë dans ma Dif
fertation de quelques erreurs , il
ne faudroit point les mettre fur
le compte de fon jugement ,
elle eft dans l'habitude de recevoir
fans aucun examen tous les
Dogines de ce Docteur.
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Résumé : DISSERTATION SUR LE POEME EPIQUE. PAR MONSIEUR L'ABBE DEPONS. CONTRE LA DOCTRINE DE MADAME DACIER.
En janvier 1717, Madame Dacier publie une traduction française de l'Odyssée accompagnée de remarques et d'une préface défendant Homère contre les critiques modernes. Cette préface critique les poètes français pour ne pas respecter les règles du poème épique selon Aristote. Un auteur anonyme conteste cette approche en distinguant deux types de poèmes : le poème dramatique, où le poète fait parler les personnages, et le poème épique, où le poète est le narrateur. Il propose un projet de poème héroïque basé sur l'histoire de Titus et Bérénice, où Titus doit choisir entre son amour pour Bérénice et ses devoirs envers Rome. Le texte discute des épisodes dans les poèmes épiques et dramatiques, ainsi que des caractères, sentiments et mœurs des personnages. L'auteur critique Homère pour ses jugements moraux erronés et défend l'idée que les poètes doivent disposer leurs fables de manière à ce que les personnages vicieux succombent. Il souligne que la fin des poèmes est de distraire l'homme en excitant des émotions vives comme l'admiration, la compassion et la terreur. Le débat oppose Mme Dacier, qui voit dans le poème épique un moyen d'instruction morale, et l'auteur anonyme, qui insiste sur le plaisir esthétique. La forme du poème épique, en vers ou en prose, est également discutée. L'auteur préfère les vers pour leur majesté, bien qu'il reconnaisse que la prose puisse également être efficace. Il considère l'art des vers comme frivole et suggère que la prose offre plus de liberté d'expression, de justesse, d'ordre, de clarté et d'élégance. Il admire les poètes capables de surmonter les difficultés des vers mais estime que la prose est supérieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5969
p. 76-80
ECHO CANTATE. Par M. de la Motte.
Début :
M. l'Abbé de Pons ayant bien voulu s'avoüer Auteur / Envain la jeune Echo, soûpire pour Narcisse ; [...]
Mots clefs :
Narcisse, Écho, Désir, Nymphe, Amour, Charmes, Peine, Repos, Languir
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texteReconnaissance textuelle : ECHO CANTATE. Par M. de la Motte.
M. l'Abbé de Pons ayant
bien voulu s'avouer Auteur de
la Differtation précedente , je
crois que M. de la Motte ne
trouvera pas mauvais que je
révéle ici que la Cantate fuivante
eft de fa façon .
ECHO CANTATE,
Par M. de la Motte.
Nvain la jeune Echo , fodpire pour
E Narciffe ;
Invain au fonds des Bois elle court le chercher
i
L'ingrat fouffre qu'elle languiffe
Et les plus tendres foins ne fçauroient
le toucher.
MERCURE . 77
Partout une tendreffe extrême ,
Attache la Nymphe à ſes pass
Elle hait ce qu'il hait , elle aime ce qu'il
aime';
Le goût de fon Berger , préte à tout mille
appas .
S'il court dans les Forêts , où la chaffe
l'attire
Elle imite le bruit dn Cor ;
S'il touche le Hautbois , la Nymphe qui
l'admire
Sçait lui rendre acord pour acord
Quand du ſon defaflure il enchante Zephire
Alle en read tous les fons,mais plus tendre
cacor,
Bravant l'amour & fon empire
It trop charmé defon repos ,
Un jour l'indifferent s'exprimoit en ces
mots.
En vain tu fais partout triompher ta puife
fance ,
78 LE NOUVEAU
Amour tu ne peux rien fur moi ,
Aimable paix des Coeurs , tranquille indifference
,
Je jure de n'aimer que toi.
Malgré le défefpoir où ce ferment la jette ,
Echolui donne encore fa foi ;
Et de fes chants ingrats la Nymphe lui
repete.
Je jure de n'aimer que toi .
Echo devient plus tendre , & plait moins
chaque jour ,
Elle fuccombe à fon deftin funefte
Et du peu de voix qui lui refte.
Elle preffe le Ciel de vanger fon amour.
A
J'ai langui pour un infenfible ;
Ilavů mes honteux défirs
Son indifférence inflexible
Ift le feul prix de mes foupirs.
SirJe n'écoute plus que la haine
20
C
엘
Paifque mon amour ne peut rien.
1:
Dieux , juftes Dieux , vangés ,
ma peine
Par un fupplice égal au mien .
MERCURE. 79
Ses voeux font exaucez : Au bord d'une
Fontaine ,
Narciffe en ce moment , goutoit un doux
repos.
De lui-même une image vaine
Se préfente à lui fous les flots .
Cette beauté l'enchante , avec trouble il
l'adore ;
Il fent naitre en fon coeur des tranſports
inconnus
Illanguit , il brûle , il fou pire ,
Tout plein de cette image , il ne fe connoît
plus.
Veut - il embraffer ce qu'il aime ,
L'eau fe trouble , & l'image fuit ;
Quand elle reparoît , fon plaifir eft extrême
;
En s'approchant encor , fon efpoir fe détruit,
80 LE NOUVEAU
Toujours féparé de lui- même ,
Il s'échappe fans ceffe , & toujours fe
pourſuit.
De moment en moment , dans les veines
a'allume
Un feu qui lui coute le jour ,
De ſes défirs'trahis , la flammeṛle confume ;
Il meurt enfin de douleur & d'amour.
Echo méme gémit d'un ficruel martyre:
J'expire , dit Narciffe
Echo répond
j'expire.
Vole Amour , étend ta puiſſances
Mais n'éxerce point tes rigueurs ,
De cha-que trait que ta main lancel
Bleffe , & charme toujours deux cours.
Amants que l'Amour récompenfe ,
Vos défirs font des biens charmants ,
Mais les défirs fans l'efperance ,
Sont le plus affreux des tourments .
bien voulu s'avouer Auteur de
la Differtation précedente , je
crois que M. de la Motte ne
trouvera pas mauvais que je
révéle ici que la Cantate fuivante
eft de fa façon .
ECHO CANTATE,
Par M. de la Motte.
Nvain la jeune Echo , fodpire pour
E Narciffe ;
Invain au fonds des Bois elle court le chercher
i
L'ingrat fouffre qu'elle languiffe
Et les plus tendres foins ne fçauroient
le toucher.
MERCURE . 77
Partout une tendreffe extrême ,
Attache la Nymphe à ſes pass
Elle hait ce qu'il hait , elle aime ce qu'il
aime';
Le goût de fon Berger , préte à tout mille
appas .
S'il court dans les Forêts , où la chaffe
l'attire
Elle imite le bruit dn Cor ;
S'il touche le Hautbois , la Nymphe qui
l'admire
Sçait lui rendre acord pour acord
Quand du ſon defaflure il enchante Zephire
Alle en read tous les fons,mais plus tendre
cacor,
Bravant l'amour & fon empire
It trop charmé defon repos ,
Un jour l'indifferent s'exprimoit en ces
mots.
En vain tu fais partout triompher ta puife
fance ,
78 LE NOUVEAU
Amour tu ne peux rien fur moi ,
Aimable paix des Coeurs , tranquille indifference
,
Je jure de n'aimer que toi.
Malgré le défefpoir où ce ferment la jette ,
Echolui donne encore fa foi ;
Et de fes chants ingrats la Nymphe lui
repete.
Je jure de n'aimer que toi .
Echo devient plus tendre , & plait moins
chaque jour ,
Elle fuccombe à fon deftin funefte
Et du peu de voix qui lui refte.
Elle preffe le Ciel de vanger fon amour.
A
J'ai langui pour un infenfible ;
Ilavů mes honteux défirs
Son indifférence inflexible
Ift le feul prix de mes foupirs.
SirJe n'écoute plus que la haine
20
C
엘
Paifque mon amour ne peut rien.
1:
Dieux , juftes Dieux , vangés ,
ma peine
Par un fupplice égal au mien .
MERCURE. 79
Ses voeux font exaucez : Au bord d'une
Fontaine ,
Narciffe en ce moment , goutoit un doux
repos.
De lui-même une image vaine
Se préfente à lui fous les flots .
Cette beauté l'enchante , avec trouble il
l'adore ;
Il fent naitre en fon coeur des tranſports
inconnus
Illanguit , il brûle , il fou pire ,
Tout plein de cette image , il ne fe connoît
plus.
Veut - il embraffer ce qu'il aime ,
L'eau fe trouble , & l'image fuit ;
Quand elle reparoît , fon plaifir eft extrême
;
En s'approchant encor , fon efpoir fe détruit,
80 LE NOUVEAU
Toujours féparé de lui- même ,
Il s'échappe fans ceffe , & toujours fe
pourſuit.
De moment en moment , dans les veines
a'allume
Un feu qui lui coute le jour ,
De ſes défirs'trahis , la flammeṛle confume ;
Il meurt enfin de douleur & d'amour.
Echo méme gémit d'un ficruel martyre:
J'expire , dit Narciffe
Echo répond
j'expire.
Vole Amour , étend ta puiſſances
Mais n'éxerce point tes rigueurs ,
De cha-que trait que ta main lancel
Bleffe , & charme toujours deux cours.
Amants que l'Amour récompenfe ,
Vos défirs font des biens charmants ,
Mais les défirs fans l'efperance ,
Sont le plus affreux des tourments .
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Résumé : ECHO CANTATE. Par M. de la Motte.
L'Abbé de Pons reconnaît être l'auteur d'une différentiation antérieure. Il précise que la cantate suivante est de M. de la Motte. Cette cantate narre l'histoire d'Écho, une nymphe éprise de Narcisse. Écho tente sans succès de séduire Narcisse, qui reste insensible à ses avances. Narcisse exprime son souhait de rester indifférent et paisible, mais Écho persiste à lui déclarer son amour. Désespérée, Écho implore les dieux de venger son amour non partagé. Sa prière est entendue : Narcisse voit son reflet dans une fontaine et s'en éprend. Chaque tentative d'embrasser son reflet échoue, le plongeant dans une souffrance intolérable. Narcisse meurt de douleur et d'amour. Écho, partageant sa peine, expire également. La cantate se termine par une réflexion sur les tourments des désirs amoureux sans espoir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5970
p. 81-126
LES AMOURS PASTORALES de Daphnis & Chloé.
Début :
Les Amours Pastorales de Daphnis & Chloé dont on donne [...]
Mots clefs :
Daphnis, Chloé, Amour, Nymphes, Beauté, Bergère, Mariage, Coeur, Charmes, Amants, Enfants, Troupeau, Dieux, Ville, Vendanges, Caverne, Espérance, Secours, Vieillard, Argent, Pastorale, Chèvres, Curiosité, Fontaine, Merveilles, Fleurs, Confidences, Enseignes, Maison
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texteReconnaissance textuelle : LES AMOURS PASTORALES de Daphnis & Chloé.
LES AMOURS PASTORALES •
de Dephnis & Choć.
L
on
ES Amours Paftorales de
Daphnis & Chloé dont
donne icil'extrait , ſont devenuës
trop à la mode, pour ne pas fatisfaire
à la curiofité des perfonnes
qui ne les ont pas encore lûës .
On feroit même tenté par la
fuite , de préférer ces fortes
d'extraits aux Hiftorietes ordinaires
du Mercure ; à moins
qu'on ne les jugeât aflez interreffantes
par elle - mêmes . Le
goût du Public en tout genre ,
me fervira toûjours de regle fur
le choix des morceaux ; j'attends
qu'il en décide .
Je reviens à Longus , Auteur
de cette Hiftoire , il l'a écrite en
1
Fanvier 1717 .
82 LE NOUVEAU
Grec , elle a été traduite en
François par le célébre Amiot
& réimprimée nouvellement :
c'eft de cette édition que j'ai
tiré cet extrait .
On croit ce Roman pofterieur
à celui des Amours de Théagenes
& Chariclée , composé par
Heliodore ,qui vivoit fous l'Empire
de Théodofe & d'Arcadius
fur la fin du quatrième fiécle .
Le Sçavant M. Huet ancien
Evêque d'Avranche , dans fon
Traité de l'Origine des Romans ,
a jugé trés favorablement de ces
Paftorales. Le ftyle de Longus ,
felon ſon ſentiment , eft fimple,
aife , naturel & concis , fans
obfcurité ; fes expreßions font
MERCURE.
83
pleines de vivacité de feu :
ilproduit avec esprit , ilpeint
avec agrément , il difpofe fes
images avec adreffe : les caracteresfont
gardez exactement ,
les Epiſodes naiffent de l'argument
, les paßions & lesfentimensfont
traitez avec une délicareffe
affez convenable à la
fimplicité des Bergers.
Il auroit été à fouhaiter qu'il
nous en eût donné une nous
velle traduction , comme il avoit
eu deffein de le faire dans fa jeuneffe
à l'imitation de l'ancien
Evêque d'Auxerre ; il faut croire
qu'elle auroit été plus châtiée
de toutes les manieres.
I ij
84 LE NOUVEAU
La Preface eft une fiction que
l'Auteur a imaginée , pour donner
àfon Roman quelque air de
verité. Il y fuppofe , qu'étant
dans un Temple de l'Ile de
Metelin , ily remarqua un Tableau
qui lui plût extremement ;
& que n'en pouvant découvrir
le fujet , il s'en informa des gens
du Païs , qui lui racontérent
cette même Hiftoire , qu'il nous
donne fous le titre des Amours
Paftorales de Daphnis & Chloé.
LIVRE PREMIER .
N Citoyen de Mitilene ,
nommé Dionyfophanes UN
>
avoit auprés de la Ville une
Terre affez confiderable
. Lamon
MERCURE.
85
fon Fermier s'étant apperçu qu'
une de fes chevres abandonnoit
fon petit , & s'écartoit du troupeau
; la curiofité l'obligeant à la
fuivre , il la furprit donnant à
tetter à un enfant richement emmailloté
, enveloppé d'un manteau
, dont l'agraffe étoit d'or ,
ayant auprés de lui une petite
épée dorée , à manche d'yvoire .
Touché de compaffion , il le releva
& le remit à fa femme Myrtale
, qui n'ayant point d'héritiers
, l'éleva comme le fien propre
, fous le nom de Daphnis.
A deux ans de là , même
savanture arriva à Dryas , autre
Berger du même canton , qui
cherchant une Brebis égarée de
fon troupeau , la trouva allait-
I iij
86 LE NOUVEAU
tant une petite fille expofée dans
la Caverne des Nymphes , ayant
à fes côtez une coëffe tiffuë d'or ,
des patins dorez & des brodequins
brodez d'or : II la prit
entre fes bras avec ces marques
de
reconnoiffance
, & la portant
à fa femme Napé , elle la reçût
en vraie mere, & l'appella Chloé.
Ces deux enfans devinrent .
grands en peu de tems ; &montroient
bien à leur gentilleſſe &
beauté , qu'ils n'étoient point iffus
de gens de Village, nex de Payfans.
de
Daphnis ayant atteint l'âge
15 ans, & Chloé celui de 13 ,
Lamon & Dryas eurent même
MERCURE. 87
nuit , mêmefonge. Il leurfut
avis que les Nymphes dont les
ftarues étoient dans la caverne
ou' l'on avoit trouvé Chloé,
livroient Daphnis & Chloé
entre les mains d'un jeune
Garfonnet fort gentil & beau
à merveille , lequel avoit des
ailes aux e'paules , & portoit
de petites fléches avec un petit
are , que ce jeune Garfoner
les touchant tous deux d'une
même fléche , commanda à l'un
de paître delà en avant les chévres
, &à l'autre les brebis.
Les Pafteurs s'éveillerent ,
Liiij
88 LE NOUVEAU
confternés de voir leur nouri
riffons deſtinés à garder les troupeaux
; mais eftimans que le
parti le plus fage qu'ils pûſſent
prendre , étoit de le foumettre
à la volonté des Dieux . Ils les
envoyerent aux champs , aprés
avoir facrifié au jeune Garfonnet
ailé , dont ils ignoroient
le vérirable nom .
Daphnis & Chloé devenus
Bergers , prenoient tous les divertiffements
convenables à leur
âge & à leur états .
Ainfi comme ils étoient occupez
à tels jeux , Amour leur
dreffa à bon efcient une telle
embuche.
Daphnis courant rapidement
MERCURE. 89
pour
aprés une de fes chèvres , tomba
dans une foffe trés profonde ,
qu'on avoit couverte de ramées
& de mouffe fervir de
piége aux Loups . Heureuſement
Chloé n'étoit pas loin , & croyant
encore le danger plus
grand , elle y courut , & fit tant
par fes foins & par le fecours
d'un païfan du voifinage , qu'elle
retira le pauvre Berger : alors
tranſporté de reconnoiffance , il
ne pût fe refufer à fon premier
mouvement , qui le porta à l'embraffer
; mais que ce tranfport
leur couta cher à l'un & à
l'autre . Depuis ce moment , ils
ne cefférent de foûpirer , fe fentant
confumer d'une ardeur
qu'ils n'avoient point connue.
90 LE NOUVEAU
jufques aloes . Souvent Daphnis
alloit ainfi devifant &parlant
pareillement en lui-même.
Comment ? les Hirondeles
chantent , ma flute ne dit
mot. Comment ? les Chevraux
fautent je fuis asfis . Comment
toutesfleursfont en vigueur,
&je n'enfais point de
bouquets ni de chapelets ; la
violette & le muguet fleu
riffent , Daphnis fe fane ,
Dorcon à la fin deviendra plus
beau
que
moi.
Ce Dorcon étoit auffi éperdument
amoureux de Chloé ,
comme il étoit riche , il crût
MERCURE.
91
pouvoir l'obtenir deDrias,s'il la
lui demandoit en mariage ; mais
malgré fes préfens , elle lui fut refufée.
Se voyant fans efpérance
de ce côté , il eût recours à une
rufe bien digne de la groffiertédu
perfonnage : Il fe couvrir d'une
peau de loup,& alla fe tapir dans
un buiffon proche la fontaine , où
Chloé menoit boire fon troude
tems
peau . Elle y vint peu
aprés , mais les chiens ayant
éventés le miférable
Dorcon
,
fe jetterent deffus , & l'auroient
déchiré
, s'il n'avoit imploré
l'affiftance
de Daphnis
& de
Ch'oé , qui étant trop fimples,
pour pénétrer fa mauvaiſe intention
, le fecoururent
, & ne
lui fçûrent pas même, mauvais
92 LE NOUVEAU
gré de cette Avanture .
Leur paffion cependant augmentant
de jour en jour , & leur
fimplicité demeurant même ;
la folitude leur offroit mille occafions
favorables pour déveloper
leurs fentiments , fans bleffer
l'innocence de leurs moeurs.
Daphnis ayant un jour ſurpris
Chloé endormie , s'arrêta à la
confidérer , & plein d'admiration
, il fe difoit , 0 comment fes
beauxyeux dormentfoüevement?
Quefon bateine fent bon ? Les
pommiers ni les aubépines fleuries
n'ontpoint la fenteurfi douce.
Ces réflexions fûrent intérompues
par une Cygale , qui pourfuivie
d'une Hirondelle , fe refugia
dans le fein de la Bergere .
MERCURE.
93
•
Chloé s'éveillant en furfaut ,
la Cygale feprii à chanter , comme
fi avec son chant elle lui eut
voulu rendre graces de fonfalut,
à l'occafion de quoi Chloé , ne fçachant
ce que c'étoit , s'écria derechefbienfort,
& Daphnis fe prit
auffi dérechef à rire , lors àprofitant
defa peur tira la gentille
Cygale , qu'elle remit au même
endroit d'où il l'avoit tirée.
Ils vivoient ainfi heureux
lorfque des Corfaires de la Ville
de Tyr, firent une defcente dans
Alle de Metelin , pillants & enlevants
tout ce qui fe trouva
à leur paffage . Daphnis cut le
malheur de tomber entre leurs
mains , & malgré les cris , il
trouva des impitoyables , qui le ,
traînerent dans leur Vaiffeau .
94 LE NOUVEAU.
Happelloit encore ' Chloé à
fon fecours lorfqu'elle arriva ,
conduifant fes brebis , & lui apportant
une flute nouvelle. Elle
n'eut pas plûtôt vû le danger
où il étoit , qu'elle courut demander
du fecours à Dorcon ,
qui en avoit beſoin lui- même ;
car ces Bergers ayant voulu faire
réſiſtance à ces brigands , qui
emmenoient fes boeufs , ils l'a
voient bleffé dangereufement .
Tout ce qu'il pût faire dans cet
état , fut de lui remettre fa flute
avec laquelle il avoit coutume
de rappeller fon troupeau du
pâturage , lui confeillant de s'en
fervir pour le même deffein.
En effet Chloé étant retournée
promptement, il n'eut pas plûMERCURE.
95
*
tôt joué l'air ordinaire du rapel ,
que les boeufs qui étoient déja
embarquez , s'élancerent tous
en même tems de la barque , &
l'ayant renversée par leur poids ,
ils regagnerent le rivage . Il fut
facile à Daphnis habillé à la legere
, de fe fauver.
Pour les Corfaires qui étoient
armés péfament , ils furent tous
noyez. Le premier foin de ces
deux Amans après un tel bonheur
, fut de fe rendre dans la
caverne des Nymphes , pour leur
rendre graces de cette événement
, & couronner leurs ftatuës
de fleurs .
96 LE NOUVEAU
LIVRE SECOND.
,
Les Vendanges étant furvenuës
, Daphnis & Chloé ,
trop occupés pour mener paître
leurs Troupeaux n'avoient
plus la même liberté de ſe voir.
Ils étoient trop obfervés pour
s'entretenir auffi familierement,
qu'ils faifoient auparavant .
Les plus jolies Vendangeufes
jettoient toutes les yeux fur
Daphnis , & en le louant ,
difoient , qu'il étoit ausſi beau
que Bachus : Les Vendageurs
de leur côté , jettoient à Chloé
plufieurs paroles à la traverſe,
&
MERCURE. 97
& fautoient aprés elle , comme
feroient les Satyres autour de
Bachus ; difant qu'ils feroient
de devenir Moutons , contens
moyennant qu'une ausfi aimable
Bergere les menât aux
Champs.
Les Vendanges finies , il
leur fut permis de retourner à
leurs amuſemens ordinaires,
Ainfi qu'ils folatroient , comme
deux jeunes Levrons , furvint
en leurcompagnie unViellard
, vêtu d'une Peliffe de
peau de Chevre , des fabots en
fes pieds , un Biffac tout ufé
Fanvier i717.
K
98 LE NOUVEAU NOUVE
pendu à fon col ; lequel fe feant
auprés d'eux , fe prit à leur
dire : Mes enfans , je fuis le
Vieillard Philetas qui ai chantée
maintes chansons à l'honneur
de ces Nymphes, je viens
ici pour vous déclarer ce que
j'ai vú, & annoncer ce que j'ai
oui. I'ai un beau Verger , que
j'ai moi- même planté : environ
le midy , j'y ai apperçû unjeugarfonnet
deffous mes Grenadiers
, qui tenoit enfes mains
des pommes de Grenades ; il
étoit blanc comme lait , rouge
commefeu , poli & net comme
ne
MERCURE.
99
s'il ne venoit que d'être lavé :
Il étoit nud , il étoit feul , &fe
joüoit à cueillir de mes fruits ,
commefi le Verger eût étéfien.
Si m'en fuis courų vers lui ,
craignant
que ( comme il étoit
fretillant
& remuant
) il ne
rompit quelques branches de
mes Grenadiers : mais il m'eft
• échapé des mains , tantôtfe coulant
par entre les Rofiers , tantôtfe
cachant fous les Pavots ,
commeferoit un petit perdriau.
Enfin , las & recrú , en m'ap
puyant fur mon báton , &prenant
garde qu'il ne s'enfouit ,
$35006 `-
Kij
100 LE NOUVEAU
je lui ai demandé à qui il étoit
de nos voisins , & à quelle occafion
il venoit ainfi cueillir les
fruits du jardin d'autrui ? Il
ne m'a rien répondu ; mais s'approchant
de moi , s'eft pris à
rire fort délicatement , en me
jettant des grains de Grenades,
ce qui m'a je nefçai comment )
amolli attendri le coeur:
deforte queje n'ai plus fçû me
courroucer à lui, fil'ai prié de
s'en venir hardiment à moi fans
· rien craindre , jurant que je le
laifferois aller quand il voudroit
, avec des pommes & des
MERCURE. for
grenades , moyennant qu'il me
donnát un baiferfeulement. Et
adoncquesfeprenant à rire avec ·
une chere , gaye , & bonne &
gentille grace , m'a jetté une
voix fi aimable & fi douce ,
que ni l'Hirondelle, ni le Roẞignol,
ni le Cygne , fût-il außi
vieil que moi , n'en fçauroit
jetter de pareille , difant , quant
à moi , Philetas , ce ne me feroit
point de peine de te baifer;
mais garde que ce que tu me
demandes , ne foit un don mal
Seant , peu convenable à
ن و م
ton âge , pource que ta vieilleffe
Kiij
102 LE NOUVEAU
n'empêchera point que tu ne
brûles de défir de me fuivre ,
aprés que tu m'auras baife :
il n'y a Aigle ni Faucon , tant
ait-il l'aile vite légere , qui
pût me poursuivre. Ie ne fuis
point enfant , combien que j'en
aye l'apparence , ains fuis plus
le vieil Saturne , je
ancien que
te connois dés-lors qu'étant en
lafleur de ton âge , tu gardois`
ici prés un fi beau
Boeufs ,
troupeau de
étois auprés de toi,
quand tujouois deta flutefous
ces Hêtres , lorfque tu érois
amoureux dela belle Amarillis
MERCURE. 103
mais tu ne me voyois pas encore
, quoi queje fuffe continuellement
auprés de ton amie. Pour
le prefent , je gouverne außi
Daphnis & Chloé, & aprés
que je les ai mis enſemble , je
m'en viens en ton Verger , là
ou' je prens plaiſir aux arbres
& aux fleurs que tu y as plantez,
& me lave en ces fontaines,
qui eft la caufe que toutes les
plantes les fleurs de ton jardin
font fi belles à voir , pour
ce qu'elles font nourries & ar
rofées de l'eau où je mefuis lavé.
Si-tôt qu'il eut achevé ces
304 LE NOUVEAU
1
paroles , il s'en eft envolédeẞus
un arbre , ne plus ne moins que
feroit un petit Roẞignol , &
en fautelant de branche en
branche par entre les feuilles ,
eſt à la fin monté jusques à la
cime : j'ai vû fes petites ailes ,
fon petit arc & fes fléches en
echarpe fur fes épaules , aprés
quoi il a disparu . Mes enfans,
je vous affûre que vous êtes
tous deux dévouez & dédiez
à l'Amour , & qu'Amour à
Join de vous. Si lui demanderent
qu'est-ce que c'étoit que
l'Amour , fic'étoit un enfant ou
bien
MERCURE. 105
lien un oiseau , & quelle puifonce
il avoit. Adonc Philetas
Scommenca derechefà leur dire:
Amour est un Dieu , mais un
enfant jeune & beau , & qui
ades ailes , pour cette cauſe
prent-ilplaifir ahenter entre les
jeunes gens, il cherche les beautez
, & fait voler les coeurs
des hommes , ayant fi grand
pouvoir, que le grand Iupiter
n'en a point tant . Il domine
fur les élémens , fur les étoiles
fur ceux qui font Dieux
comme lui. Toutes les fleurs
font ouvrages d'Amour, tou-
Janvier 1717.
L
106 LE NOUVEAU
•
tes les plantes & tous les arbres
font de fa facture. Moimême
ai autrefois été , jeune
ai aimé Amarillide ; mais
lors , il ne me fouvenoit de
manger,ni de boire , ni ne prenois
aucun repos. Il n'y a médecine
, ni efpéce aucune de
charmes , qui puiffeguérir le
mal d'amour. ,lui feul eft capable
d'y apporter remede.
Philetas aprés leur avoir
conté ces merveilles , fe fèpara
d'eux . Alors ces deux jeunes
Amans demeurants feuls , &
n'ayans jamais auparavant
MERCURF. 107
oüiparler d'Amour ,fe trouverent
en plus grande d'étreſſe
PAque
paravant , pource que
mour commençoit à les toucher
au vif, retournés qu'ils furent
en leurs maifons,fe mirent chacun
à rapporter ce qu'ils fentoient
en leurs coeurs avec ce
qu'ils avoient oui raporter
au vieillard , fi difoient ainfi
part eux , les Amants font
douloureux , auffi le fommes
nous ils ne font compte
de boire ni de manger , ausfi
peu en faifons nous : ils ne
peuvent dormir , nous fomà
Lij
108 LE NOUVEAU
mes tous de même : il leur eft
avis qu'ils brûlent , je crois
que nous avons du feu dedans
le corps , ils défirent s'entrevoir
, & pour ce faire , nous
fouhaitons
que
la nuit ne dure
gueres, & que le jour revien
ne bien-tôt.
Doncques eft-ce laqu'on appelle
Amour , & nous nous
entr'aimons l'un & l'autre ,
fine le favions pas.
lorf-
Cette matiere faifoit fouvent
le fujet de leur entretien ,
qu'une nouvelle Avanture vint
traverfer leurs innocens plaifirs.
De jeunes gens de la Ville de
MERCURE. 109
>
Methymne étans venus fur les
côtes de l'Ile de Metelin pour
chaffer , attacherent leur bateau
au rivage avec un cordon d'ofier.
Les Chévres de Daphnis ayant
coupé cet ofier la barque
s'éloigna bien-tôt du rivage ; les
Chaffeurs s'en étant aperçû ,
s'en prirent à Daphnis , & l'auroient
tué , s'il n'avoit été fecouru
promptement par Chloé ,
qui à l'aide des voifins , le tira
des mains de ces furieux.
Ces jeunes gens retournez à
Methimne , firent affembler le
Confeil de la Ville , & fe plaignirent
du prétendu outrage
qu'ils avoient reçûs des Mithvleniens
. Sur leur rapport , on
ordonna à un Capitaine d'armer
Liij
110 LE NOUVEAU
dix Galeres
+
pour ravager laCôte
de Mithilene, ; il obéit , & le
lendemain y ayant fait une defcente,
il enleva une grande quan
tité de butins , le troupeau
de
Chloé & Chloé elle - même .
Sitôt que Daphnis fut inftruit de
cet enlèvement
, il courut fondant
en pleurs à la caverne des
Nymphes , fe profterner aux
pieds de leurs Statuës & de
celle de Pan pour leur redemander
fa chere Chloé : 11 fac
exaucé ; car dans le moment ,
la flote des Methimniens
fut af
faillie par une infinité de prodiges
; Pan apparu au Chef
nommé Briacxa ; le menaçant de
le faire périr avec tout équi
s'il ne rendoit Chloé page
>
MERCURE. TH
du
& tout ce qu'il avoit ravi aux
Mithileniens. Ce Capitaine
n'ofant résister à l'ordre
Dieu , ramena lui - même fa
proye, & dédommagea les Mithileniens
des défordres qu'il
avoit caufé fur leurs Terres .
Dans quel tranſports de joye
ne fe trouverent pas nos deux.
Amans , lorfqu'ils fe virent réünis
?
Comme ils étoient fort religieux
, ils s'emprefferent d'aller
facrifier aux Nymphes & à
Pan , pour remercier ces Divinitez
protectrices de toutes
les graces qu'ils en avoient reçues
, & fe jurerent dans leur
Temple un amour éternel .
Liiij
112 LE NOUVEAU
J
LIVRE TROISIE' ME.
Quelque tems aprés la femme
d'un Fermier nommé Licenium
, jeune & belle , voyant
paffer Daphnis tous les matins
devant fa maiſon , ne put
défendre fon coeur des charmes
de ce Berger , elle le fuivit
fans en être apperçûs , &
s'étant cachée derriere un buiffon
où Daphnis fe rencontroit
d'ordinaire avec Chloé , elle
entendit tout ce qu'ils fe dirent ;
& comme l'Amour eft ingé .
nieux , elle parut tout à coup en
prefence de ces deux Amans
contrefaifant parfaitement
bien la defolée : Helas ! mon
MERCURE 113
ami , dit - elle , je te prie, aidemoi.
Ie n'avois que vingt pauvres
oifons , & voilà un Aigle
qui vient de m'en ravir le
plus beau : Daphnis ne fe défiant
point de l'embuche ,ſe leva
incontinent ,prit fa houlètre , &
s'en alla aprés Lecenium qui
le mena fort loin de Chloé , &
fort avant dans le Bois , auprés
d'une fontaine , où elle fit affeoir
Daphnis .
Comme elle étoit auffi hardie ,
que Daphnis étoit fimple , elle
attaqua fon coeur par tout ce
qu'il y a de plus preffant : mais
elle ne put lui faire oublier
Chloé ; elle le renvoya encore
114 LE NOUVEAU
plus amoureux de fa Bergere
qu'auparavant.
Comme il n'étoit fait mention
que des charmes de Chloé
dans tout le canton , fa beauté
engagea plufieurs Bergers à la
demander en mariage à Dryas :
Ils en furent écoutés , & le bon
homme réfolut de lui en choifir
un pour Epoux aux vendanges
prochaines . Chloé allarmée.
de cette nouvelle , découvrit
à Daphnis l'intention de Dryas .
Aprés avoir pleuré l'un & l'autre ,
& s'être donné de nouvelles:
affùrances de mourir plû- ôt que
d'être infidéls . Daphnis prit
tout à coup le party de faire
confidence de fon amour à
Myrtale femme de Lamon fon
MERCURE. 115
pere nourricier ; elle approuva
ſa recherche , & en parla à fon
mari. Lamon confiderant que
Daphnis pouvoit être d'une
illuſtre naiſſance, appellaſafemme,
béte , de vouloir empêcher que
fon nouriçon fut marié avec la
fille d'un Berger , vû quepar les
enfeignes de connoiffances qu'il
avoit trouvez quant & lui, elle lui
promettoit bien plusgrand état.
Myrtale qui ne vouloit pas
defeſpérer cet amoureux Berger,
lui fit entendre que Lamon fon
pere étant fort pauvre en comparaifon
de Dryas pere de
Chloé , Elle croyoit qu'il étoit
plus fage de ne point s'expoſer.
à un refus ; mais que s'il arri-
Voit quelque événement qui lui
1 LE NOUVEAU.
fut favorable , elle lui donnoit
fon confentement. Daphnis
n'efperant rien par les voyes
ordinaires , addreffa fes voeux
aux Nymphes dans cette extrémité.
Elles lui apparurent la nuit
fuivante , & lui ordonnerent
d'aller fur le bord de la mer,
l'affûrant que l'endroit où il
verroit unDauphin mort, il trouveroit
une bourſe , qui le Met 、
troit en état d'être auffi riche
queDryas; mais ci- aprés tu leferas
bien davantage. Dahpnis s'éleva
tour réjoui , & aprés avoir rejoint
Chloé & invoqué les Nymphes
, il n'eut pas grande peine
à découvrir la bourfe : Il courut,
avec cet argent chez Dryas ,
qui lui promit Chloé .
MERCURE. 17
Mais Lamon ne fut point fi
facile ; il dit à Daphnis qu' qu'étant
efclave affibien que lui , il ne lui
étoit pas permis de difpofer de
la moindre chofe , fans en avoir
auparavant obtenu le confentement
de fon maître ; que Dionifophanes
devant fe rendre bientôt
à fa terre pour y faire vendanges
, il feroit tous les efforts
auprés de lui pour en avoir l'agrement.
Nos deux amants vivoient
dans cette douce attente , gardants
toûjours leurs troupeaux
enfemble. Un jour qu'ils s'amufoient
à chercher des fruits ,
Daphnis apperçut à la cime de la
plus haute branche d'un pommier
, une pomme pomme unique ,
118 LE NOUVEAU
qui étoit belle & groffe à merveille
, y étant monté alaigrement
malgré Chloé , il la cueillit
la lui préfentant, lui dit,
Chloé ma mie , le beau tems a
produit cette belle pomme
bel arbre la nourric , le beau
un
la bonne Soleil l'a meurie ,
fortune la contregardée pour
une belle Bergere.
Chloé la reçut avec une grace
qui paya trop le Berger
LIVRE QUATRIE' ME.
Cet Automne tant defiré par
Daphnis & Chloé , arriva enfin.
Ils attendoient avec impaMERCURE.
119
tience l'arrivée du maître de Lamon,
fe fit préceder par fon fils
Aftyle , accompagné d'un nomméGnathon
mauvais plaifanı &
grand gourmand. Celui- ci ayant
confideré Daphnis & l'ayant
trouvé à fon gré , conçût le deffein
de le demander à fon jeune
Maître dans l'efperance de le
vendre & d'en tirer une groffe
fommed'argent. Il en fit la
propotifionà
Aftylequi fatigué de les
importunités , lui promit d'employer
fon crédit auprés de fon
pere pour qu'il lui en fit prefent.
Dionifophanes fuivit de prés fon
fils à la campagne, & ayant trouvé
fes troupeaux & fes
vergers
en bon état, il loüa Lamon & fa
famille du foin qu'ils prenoient
120 LE NOUVEAU
de fa Terre , Daphnis lui ayant
été prefenté , & le bon homme
de Fermier ayant extremement
vanté les bonnes qualitez de ce
jeune Berger en prefence d'Aftyle
& de Gnathon , Aftyle en
prit occafion de le demander à
fon pere pour l'emmener à Mytilene
,fous prétexte que ce jeune
homme lui feroit encore plus utile
à la Ville qu'à la Campagne;
mais Lainon ayant découvert à
quoi on le refervoit, prit le parti
de s'aller jetter aux pieds de fon
Maiftre & de lui déclarer que ce
jeune Berger n'étoit point fon
fils comme on le croioit qu'il l'avoit
trouvé abandonné & allaité
par une de fes Chèvres avec des
joyaux qu'on lui avoit laiffez
le
MERÇURE. 12Î
pour reconnoître un jour , &
qu'il les gardoit encore. Dionifophanes
étonné de ces circonſtances
, ordonna fur le champ
qu'on lui aportât ces fignes de reconnoiffances.
Apeine eût- il jetté
les yeux fur le petit Mantelet
d'écarlate & la pet telépée à poignée
d'yvoire, qu'il s'écria , ô Jupiter
& appella avec empreſſement
fa femme qui l'accompagnoit
, & qui voyant ces marquos,
s'écria encoreplus fort, 0fa
tales Déeffes ? nefont ce pas ici les
joyaux que nous expofames avec.
notre enfant ce font eux -mêmes,
mon mary.Daphnis eit vôtre fils ,
&rgarde les Chèvres de fon pro-
11
* tatbit permis aux parents dans les anciens
temps de Gè & d. Rome , dịcxpofer
leurs enfans lorfqu'ils en avoient trop
122 LE NOUVEAU
•
pre pere. Dans le moment
ils
coururent
embraffer
ce cher en
fant , & pleurant de joie ils le
tinrent long - tems ferré, entre
leurs bras . Aftyle ayant recou
vré un frere dans un Berger , lui
donna toutes les marques
les
plus vives de tendreffe
. Ce fut
pour lors que Dionifophanes
adreffant
la parole à Aftyle , ne
foispasmari , lui dit ce bon pela
se, de ce que tu n'auras que
moitié de ma fucceffion
, il n'y a
heritage
au monde qui vaille un
bon frere , Je fouhaite donc que
Daphnis ait en fon partage cette
Terre ci & que Lamon & Myrtale
qui l'ont fi foigneufement
élévé ,foient à lui , afin qu'il puiffe
leurfaire tout le bien qu'ilmerite
.
Daphnis
cependant
avoit pei-
འ
1
MERCURE. 123
ne à revenir de fon étonnement,
& quoiqu'il fut fort agité par les
differens fentimens qui fe paffoient
au dedans de lui , fa chere
Chloé lui étoit continuellement
préfente , & ne trouvant
point de bonheur égal à celui de
la poffeder , il étoit prêt de faire
confidence à fon pere de la
paffion qu'il reffentoit pour elle,
lorfque Dryas inftruit de l'heureux
changement qui venoit
d'arriver dans la fortune de Daphnis
, fe préfenta tout à coup
avec l'aimable Chloé au milieu
de l'affemblée , dans l'efperance
qu'elle pourroit peut- être auſſi
retrouver les parents . Sa beaute
& fes graces naïves attirerent
les yeux de la compagnie . Pour
Mij
124 LE NOUVEAU
lors Dryas prenant la parole ,
Plût aux Dieux , dit - il , que cettejeune
fille fut affez favoriféedu
Deftin pour retrouver auffi fes
parents , & montrant en mêmetems
les enfeignes de reconnoiffances
, il eft aifé , ajoûta - t-il , de
voir que fes parens font des perfonnes
diftinguées & qu'elle est
fortable pour être la femme de
Daphnis.Dionifophanes prenant
garde dans le moment au vifage
de fon fils , apperçût qu'il changeoit
de couleur & le détournoit
pour pleurer ; il lui fut aifé
d'en déviner la caufe , & ce bon
pere fouhaita pour lors que les
Dieux revelaffent la naiffance de
cette Bergere , afin de pouvoir
l'unir avec Daphnis comme
MERCURE. 125
toute la maiſon ne refpiroit que
joïe , il donna le foir un grand .
repas , où il invita es meilleurs
amis & les plus apparents de la
Ville : à l'iffue du banquet , il fe
fit apporter dans un baffin d'argent
ces enfeignes ; un vieillard
nommé Megacles les ayant confiderez
, â Dieux que vois-je là !
mapauvre fille qu'eſt - tu dévenuë !
eft tu encore en vie ? · Je te prie
Dionifophanes de me dire d'où tu
les arecouvrées ; n'aye point d'enviequeje
retrouve ma fille comme
tu as recouvré ton fils. Dionifophanes
fe levant de table alla
chercher Chloé , & la remettant
entre les mains de Megacles lui
dit : Voici l'enfant que tu as fait
expoſer, prens-là avec ces enſei-
*
126 LE NOUVEAU
gnes , & la prenant , baille - la en
mariage à Daphnis .
La Cérémonie des Nôces fe
fit fur le champ au grand contentement
des parents , & encore
plus de nos deux Amans .
de Dephnis & Choć.
L
on
ES Amours Paftorales de
Daphnis & Chloé dont
donne icil'extrait , ſont devenuës
trop à la mode, pour ne pas fatisfaire
à la curiofité des perfonnes
qui ne les ont pas encore lûës .
On feroit même tenté par la
fuite , de préférer ces fortes
d'extraits aux Hiftorietes ordinaires
du Mercure ; à moins
qu'on ne les jugeât aflez interreffantes
par elle - mêmes . Le
goût du Public en tout genre ,
me fervira toûjours de regle fur
le choix des morceaux ; j'attends
qu'il en décide .
Je reviens à Longus , Auteur
de cette Hiftoire , il l'a écrite en
1
Fanvier 1717 .
82 LE NOUVEAU
Grec , elle a été traduite en
François par le célébre Amiot
& réimprimée nouvellement :
c'eft de cette édition que j'ai
tiré cet extrait .
On croit ce Roman pofterieur
à celui des Amours de Théagenes
& Chariclée , composé par
Heliodore ,qui vivoit fous l'Empire
de Théodofe & d'Arcadius
fur la fin du quatrième fiécle .
Le Sçavant M. Huet ancien
Evêque d'Avranche , dans fon
Traité de l'Origine des Romans ,
a jugé trés favorablement de ces
Paftorales. Le ftyle de Longus ,
felon ſon ſentiment , eft fimple,
aife , naturel & concis , fans
obfcurité ; fes expreßions font
MERCURE.
83
pleines de vivacité de feu :
ilproduit avec esprit , ilpeint
avec agrément , il difpofe fes
images avec adreffe : les caracteresfont
gardez exactement ,
les Epiſodes naiffent de l'argument
, les paßions & lesfentimensfont
traitez avec une délicareffe
affez convenable à la
fimplicité des Bergers.
Il auroit été à fouhaiter qu'il
nous en eût donné une nous
velle traduction , comme il avoit
eu deffein de le faire dans fa jeuneffe
à l'imitation de l'ancien
Evêque d'Auxerre ; il faut croire
qu'elle auroit été plus châtiée
de toutes les manieres.
I ij
84 LE NOUVEAU
La Preface eft une fiction que
l'Auteur a imaginée , pour donner
àfon Roman quelque air de
verité. Il y fuppofe , qu'étant
dans un Temple de l'Ile de
Metelin , ily remarqua un Tableau
qui lui plût extremement ;
& que n'en pouvant découvrir
le fujet , il s'en informa des gens
du Païs , qui lui racontérent
cette même Hiftoire , qu'il nous
donne fous le titre des Amours
Paftorales de Daphnis & Chloé.
LIVRE PREMIER .
N Citoyen de Mitilene ,
nommé Dionyfophanes UN
>
avoit auprés de la Ville une
Terre affez confiderable
. Lamon
MERCURE.
85
fon Fermier s'étant apperçu qu'
une de fes chevres abandonnoit
fon petit , & s'écartoit du troupeau
; la curiofité l'obligeant à la
fuivre , il la furprit donnant à
tetter à un enfant richement emmailloté
, enveloppé d'un manteau
, dont l'agraffe étoit d'or ,
ayant auprés de lui une petite
épée dorée , à manche d'yvoire .
Touché de compaffion , il le releva
& le remit à fa femme Myrtale
, qui n'ayant point d'héritiers
, l'éleva comme le fien propre
, fous le nom de Daphnis.
A deux ans de là , même
savanture arriva à Dryas , autre
Berger du même canton , qui
cherchant une Brebis égarée de
fon troupeau , la trouva allait-
I iij
86 LE NOUVEAU
tant une petite fille expofée dans
la Caverne des Nymphes , ayant
à fes côtez une coëffe tiffuë d'or ,
des patins dorez & des brodequins
brodez d'or : II la prit
entre fes bras avec ces marques
de
reconnoiffance
, & la portant
à fa femme Napé , elle la reçût
en vraie mere, & l'appella Chloé.
Ces deux enfans devinrent .
grands en peu de tems ; &montroient
bien à leur gentilleſſe &
beauté , qu'ils n'étoient point iffus
de gens de Village, nex de Payfans.
de
Daphnis ayant atteint l'âge
15 ans, & Chloé celui de 13 ,
Lamon & Dryas eurent même
MERCURE. 87
nuit , mêmefonge. Il leurfut
avis que les Nymphes dont les
ftarues étoient dans la caverne
ou' l'on avoit trouvé Chloé,
livroient Daphnis & Chloé
entre les mains d'un jeune
Garfonnet fort gentil & beau
à merveille , lequel avoit des
ailes aux e'paules , & portoit
de petites fléches avec un petit
are , que ce jeune Garfoner
les touchant tous deux d'une
même fléche , commanda à l'un
de paître delà en avant les chévres
, &à l'autre les brebis.
Les Pafteurs s'éveillerent ,
Liiij
88 LE NOUVEAU
confternés de voir leur nouri
riffons deſtinés à garder les troupeaux
; mais eftimans que le
parti le plus fage qu'ils pûſſent
prendre , étoit de le foumettre
à la volonté des Dieux . Ils les
envoyerent aux champs , aprés
avoir facrifié au jeune Garfonnet
ailé , dont ils ignoroient
le vérirable nom .
Daphnis & Chloé devenus
Bergers , prenoient tous les divertiffements
convenables à leur
âge & à leur états .
Ainfi comme ils étoient occupez
à tels jeux , Amour leur
dreffa à bon efcient une telle
embuche.
Daphnis courant rapidement
MERCURE. 89
pour
aprés une de fes chèvres , tomba
dans une foffe trés profonde ,
qu'on avoit couverte de ramées
& de mouffe fervir de
piége aux Loups . Heureuſement
Chloé n'étoit pas loin , & croyant
encore le danger plus
grand , elle y courut , & fit tant
par fes foins & par le fecours
d'un païfan du voifinage , qu'elle
retira le pauvre Berger : alors
tranſporté de reconnoiffance , il
ne pût fe refufer à fon premier
mouvement , qui le porta à l'embraffer
; mais que ce tranfport
leur couta cher à l'un & à
l'autre . Depuis ce moment , ils
ne cefférent de foûpirer , fe fentant
confumer d'une ardeur
qu'ils n'avoient point connue.
90 LE NOUVEAU
jufques aloes . Souvent Daphnis
alloit ainfi devifant &parlant
pareillement en lui-même.
Comment ? les Hirondeles
chantent , ma flute ne dit
mot. Comment ? les Chevraux
fautent je fuis asfis . Comment
toutesfleursfont en vigueur,
&je n'enfais point de
bouquets ni de chapelets ; la
violette & le muguet fleu
riffent , Daphnis fe fane ,
Dorcon à la fin deviendra plus
beau
que
moi.
Ce Dorcon étoit auffi éperdument
amoureux de Chloé ,
comme il étoit riche , il crût
MERCURE.
91
pouvoir l'obtenir deDrias,s'il la
lui demandoit en mariage ; mais
malgré fes préfens , elle lui fut refufée.
Se voyant fans efpérance
de ce côté , il eût recours à une
rufe bien digne de la groffiertédu
perfonnage : Il fe couvrir d'une
peau de loup,& alla fe tapir dans
un buiffon proche la fontaine , où
Chloé menoit boire fon troude
tems
peau . Elle y vint peu
aprés , mais les chiens ayant
éventés le miférable
Dorcon
,
fe jetterent deffus , & l'auroient
déchiré
, s'il n'avoit imploré
l'affiftance
de Daphnis
& de
Ch'oé , qui étant trop fimples,
pour pénétrer fa mauvaiſe intention
, le fecoururent
, & ne
lui fçûrent pas même, mauvais
92 LE NOUVEAU
gré de cette Avanture .
Leur paffion cependant augmentant
de jour en jour , & leur
fimplicité demeurant même ;
la folitude leur offroit mille occafions
favorables pour déveloper
leurs fentiments , fans bleffer
l'innocence de leurs moeurs.
Daphnis ayant un jour ſurpris
Chloé endormie , s'arrêta à la
confidérer , & plein d'admiration
, il fe difoit , 0 comment fes
beauxyeux dormentfoüevement?
Quefon bateine fent bon ? Les
pommiers ni les aubépines fleuries
n'ontpoint la fenteurfi douce.
Ces réflexions fûrent intérompues
par une Cygale , qui pourfuivie
d'une Hirondelle , fe refugia
dans le fein de la Bergere .
MERCURE.
93
•
Chloé s'éveillant en furfaut ,
la Cygale feprii à chanter , comme
fi avec son chant elle lui eut
voulu rendre graces de fonfalut,
à l'occafion de quoi Chloé , ne fçachant
ce que c'étoit , s'écria derechefbienfort,
& Daphnis fe prit
auffi dérechef à rire , lors àprofitant
defa peur tira la gentille
Cygale , qu'elle remit au même
endroit d'où il l'avoit tirée.
Ils vivoient ainfi heureux
lorfque des Corfaires de la Ville
de Tyr, firent une defcente dans
Alle de Metelin , pillants & enlevants
tout ce qui fe trouva
à leur paffage . Daphnis cut le
malheur de tomber entre leurs
mains , & malgré les cris , il
trouva des impitoyables , qui le ,
traînerent dans leur Vaiffeau .
94 LE NOUVEAU.
Happelloit encore ' Chloé à
fon fecours lorfqu'elle arriva ,
conduifant fes brebis , & lui apportant
une flute nouvelle. Elle
n'eut pas plûtôt vû le danger
où il étoit , qu'elle courut demander
du fecours à Dorcon ,
qui en avoit beſoin lui- même ;
car ces Bergers ayant voulu faire
réſiſtance à ces brigands , qui
emmenoient fes boeufs , ils l'a
voient bleffé dangereufement .
Tout ce qu'il pût faire dans cet
état , fut de lui remettre fa flute
avec laquelle il avoit coutume
de rappeller fon troupeau du
pâturage , lui confeillant de s'en
fervir pour le même deffein.
En effet Chloé étant retournée
promptement, il n'eut pas plûMERCURE.
95
*
tôt joué l'air ordinaire du rapel ,
que les boeufs qui étoient déja
embarquez , s'élancerent tous
en même tems de la barque , &
l'ayant renversée par leur poids ,
ils regagnerent le rivage . Il fut
facile à Daphnis habillé à la legere
, de fe fauver.
Pour les Corfaires qui étoient
armés péfament , ils furent tous
noyez. Le premier foin de ces
deux Amans après un tel bonheur
, fut de fe rendre dans la
caverne des Nymphes , pour leur
rendre graces de cette événement
, & couronner leurs ftatuës
de fleurs .
96 LE NOUVEAU
LIVRE SECOND.
,
Les Vendanges étant furvenuës
, Daphnis & Chloé ,
trop occupés pour mener paître
leurs Troupeaux n'avoient
plus la même liberté de ſe voir.
Ils étoient trop obfervés pour
s'entretenir auffi familierement,
qu'ils faifoient auparavant .
Les plus jolies Vendangeufes
jettoient toutes les yeux fur
Daphnis , & en le louant ,
difoient , qu'il étoit ausſi beau
que Bachus : Les Vendageurs
de leur côté , jettoient à Chloé
plufieurs paroles à la traverſe,
&
MERCURE. 97
& fautoient aprés elle , comme
feroient les Satyres autour de
Bachus ; difant qu'ils feroient
de devenir Moutons , contens
moyennant qu'une ausfi aimable
Bergere les menât aux
Champs.
Les Vendanges finies , il
leur fut permis de retourner à
leurs amuſemens ordinaires,
Ainfi qu'ils folatroient , comme
deux jeunes Levrons , furvint
en leurcompagnie unViellard
, vêtu d'une Peliffe de
peau de Chevre , des fabots en
fes pieds , un Biffac tout ufé
Fanvier i717.
K
98 LE NOUVEAU NOUVE
pendu à fon col ; lequel fe feant
auprés d'eux , fe prit à leur
dire : Mes enfans , je fuis le
Vieillard Philetas qui ai chantée
maintes chansons à l'honneur
de ces Nymphes, je viens
ici pour vous déclarer ce que
j'ai vú, & annoncer ce que j'ai
oui. I'ai un beau Verger , que
j'ai moi- même planté : environ
le midy , j'y ai apperçû unjeugarfonnet
deffous mes Grenadiers
, qui tenoit enfes mains
des pommes de Grenades ; il
étoit blanc comme lait , rouge
commefeu , poli & net comme
ne
MERCURE.
99
s'il ne venoit que d'être lavé :
Il étoit nud , il étoit feul , &fe
joüoit à cueillir de mes fruits ,
commefi le Verger eût étéfien.
Si m'en fuis courų vers lui ,
craignant
que ( comme il étoit
fretillant
& remuant
) il ne
rompit quelques branches de
mes Grenadiers : mais il m'eft
• échapé des mains , tantôtfe coulant
par entre les Rofiers , tantôtfe
cachant fous les Pavots ,
commeferoit un petit perdriau.
Enfin , las & recrú , en m'ap
puyant fur mon báton , &prenant
garde qu'il ne s'enfouit ,
$35006 `-
Kij
100 LE NOUVEAU
je lui ai demandé à qui il étoit
de nos voisins , & à quelle occafion
il venoit ainfi cueillir les
fruits du jardin d'autrui ? Il
ne m'a rien répondu ; mais s'approchant
de moi , s'eft pris à
rire fort délicatement , en me
jettant des grains de Grenades,
ce qui m'a je nefçai comment )
amolli attendri le coeur:
deforte queje n'ai plus fçû me
courroucer à lui, fil'ai prié de
s'en venir hardiment à moi fans
· rien craindre , jurant que je le
laifferois aller quand il voudroit
, avec des pommes & des
MERCURE. for
grenades , moyennant qu'il me
donnát un baiferfeulement. Et
adoncquesfeprenant à rire avec ·
une chere , gaye , & bonne &
gentille grace , m'a jetté une
voix fi aimable & fi douce ,
que ni l'Hirondelle, ni le Roẞignol,
ni le Cygne , fût-il außi
vieil que moi , n'en fçauroit
jetter de pareille , difant , quant
à moi , Philetas , ce ne me feroit
point de peine de te baifer;
mais garde que ce que tu me
demandes , ne foit un don mal
Seant , peu convenable à
ن و م
ton âge , pource que ta vieilleffe
Kiij
102 LE NOUVEAU
n'empêchera point que tu ne
brûles de défir de me fuivre ,
aprés que tu m'auras baife :
il n'y a Aigle ni Faucon , tant
ait-il l'aile vite légere , qui
pût me poursuivre. Ie ne fuis
point enfant , combien que j'en
aye l'apparence , ains fuis plus
le vieil Saturne , je
ancien que
te connois dés-lors qu'étant en
lafleur de ton âge , tu gardois`
ici prés un fi beau
Boeufs ,
troupeau de
étois auprés de toi,
quand tujouois deta flutefous
ces Hêtres , lorfque tu érois
amoureux dela belle Amarillis
MERCURE. 103
mais tu ne me voyois pas encore
, quoi queje fuffe continuellement
auprés de ton amie. Pour
le prefent , je gouverne außi
Daphnis & Chloé, & aprés
que je les ai mis enſemble , je
m'en viens en ton Verger , là
ou' je prens plaiſir aux arbres
& aux fleurs que tu y as plantez,
& me lave en ces fontaines,
qui eft la caufe que toutes les
plantes les fleurs de ton jardin
font fi belles à voir , pour
ce qu'elles font nourries & ar
rofées de l'eau où je mefuis lavé.
Si-tôt qu'il eut achevé ces
304 LE NOUVEAU
1
paroles , il s'en eft envolédeẞus
un arbre , ne plus ne moins que
feroit un petit Roẞignol , &
en fautelant de branche en
branche par entre les feuilles ,
eſt à la fin monté jusques à la
cime : j'ai vû fes petites ailes ,
fon petit arc & fes fléches en
echarpe fur fes épaules , aprés
quoi il a disparu . Mes enfans,
je vous affûre que vous êtes
tous deux dévouez & dédiez
à l'Amour , & qu'Amour à
Join de vous. Si lui demanderent
qu'est-ce que c'étoit que
l'Amour , fic'étoit un enfant ou
bien
MERCURE. 105
lien un oiseau , & quelle puifonce
il avoit. Adonc Philetas
Scommenca derechefà leur dire:
Amour est un Dieu , mais un
enfant jeune & beau , & qui
ades ailes , pour cette cauſe
prent-ilplaifir ahenter entre les
jeunes gens, il cherche les beautez
, & fait voler les coeurs
des hommes , ayant fi grand
pouvoir, que le grand Iupiter
n'en a point tant . Il domine
fur les élémens , fur les étoiles
fur ceux qui font Dieux
comme lui. Toutes les fleurs
font ouvrages d'Amour, tou-
Janvier 1717.
L
106 LE NOUVEAU
•
tes les plantes & tous les arbres
font de fa facture. Moimême
ai autrefois été , jeune
ai aimé Amarillide ; mais
lors , il ne me fouvenoit de
manger,ni de boire , ni ne prenois
aucun repos. Il n'y a médecine
, ni efpéce aucune de
charmes , qui puiffeguérir le
mal d'amour. ,lui feul eft capable
d'y apporter remede.
Philetas aprés leur avoir
conté ces merveilles , fe fèpara
d'eux . Alors ces deux jeunes
Amans demeurants feuls , &
n'ayans jamais auparavant
MERCURF. 107
oüiparler d'Amour ,fe trouverent
en plus grande d'étreſſe
PAque
paravant , pource que
mour commençoit à les toucher
au vif, retournés qu'ils furent
en leurs maifons,fe mirent chacun
à rapporter ce qu'ils fentoient
en leurs coeurs avec ce
qu'ils avoient oui raporter
au vieillard , fi difoient ainfi
part eux , les Amants font
douloureux , auffi le fommes
nous ils ne font compte
de boire ni de manger , ausfi
peu en faifons nous : ils ne
peuvent dormir , nous fomà
Lij
108 LE NOUVEAU
mes tous de même : il leur eft
avis qu'ils brûlent , je crois
que nous avons du feu dedans
le corps , ils défirent s'entrevoir
, & pour ce faire , nous
fouhaitons
que
la nuit ne dure
gueres, & que le jour revien
ne bien-tôt.
Doncques eft-ce laqu'on appelle
Amour , & nous nous
entr'aimons l'un & l'autre ,
fine le favions pas.
lorf-
Cette matiere faifoit fouvent
le fujet de leur entretien ,
qu'une nouvelle Avanture vint
traverfer leurs innocens plaifirs.
De jeunes gens de la Ville de
MERCURE. 109
>
Methymne étans venus fur les
côtes de l'Ile de Metelin pour
chaffer , attacherent leur bateau
au rivage avec un cordon d'ofier.
Les Chévres de Daphnis ayant
coupé cet ofier la barque
s'éloigna bien-tôt du rivage ; les
Chaffeurs s'en étant aperçû ,
s'en prirent à Daphnis , & l'auroient
tué , s'il n'avoit été fecouru
promptement par Chloé ,
qui à l'aide des voifins , le tira
des mains de ces furieux.
Ces jeunes gens retournez à
Methimne , firent affembler le
Confeil de la Ville , & fe plaignirent
du prétendu outrage
qu'ils avoient reçûs des Mithvleniens
. Sur leur rapport , on
ordonna à un Capitaine d'armer
Liij
110 LE NOUVEAU
dix Galeres
+
pour ravager laCôte
de Mithilene, ; il obéit , & le
lendemain y ayant fait une defcente,
il enleva une grande quan
tité de butins , le troupeau
de
Chloé & Chloé elle - même .
Sitôt que Daphnis fut inftruit de
cet enlèvement
, il courut fondant
en pleurs à la caverne des
Nymphes , fe profterner aux
pieds de leurs Statuës & de
celle de Pan pour leur redemander
fa chere Chloé : 11 fac
exaucé ; car dans le moment ,
la flote des Methimniens
fut af
faillie par une infinité de prodiges
; Pan apparu au Chef
nommé Briacxa ; le menaçant de
le faire périr avec tout équi
s'il ne rendoit Chloé page
>
MERCURE. TH
du
& tout ce qu'il avoit ravi aux
Mithileniens. Ce Capitaine
n'ofant résister à l'ordre
Dieu , ramena lui - même fa
proye, & dédommagea les Mithileniens
des défordres qu'il
avoit caufé fur leurs Terres .
Dans quel tranſports de joye
ne fe trouverent pas nos deux.
Amans , lorfqu'ils fe virent réünis
?
Comme ils étoient fort religieux
, ils s'emprefferent d'aller
facrifier aux Nymphes & à
Pan , pour remercier ces Divinitez
protectrices de toutes
les graces qu'ils en avoient reçues
, & fe jurerent dans leur
Temple un amour éternel .
Liiij
112 LE NOUVEAU
J
LIVRE TROISIE' ME.
Quelque tems aprés la femme
d'un Fermier nommé Licenium
, jeune & belle , voyant
paffer Daphnis tous les matins
devant fa maiſon , ne put
défendre fon coeur des charmes
de ce Berger , elle le fuivit
fans en être apperçûs , &
s'étant cachée derriere un buiffon
où Daphnis fe rencontroit
d'ordinaire avec Chloé , elle
entendit tout ce qu'ils fe dirent ;
& comme l'Amour eft ingé .
nieux , elle parut tout à coup en
prefence de ces deux Amans
contrefaifant parfaitement
bien la defolée : Helas ! mon
MERCURE 113
ami , dit - elle , je te prie, aidemoi.
Ie n'avois que vingt pauvres
oifons , & voilà un Aigle
qui vient de m'en ravir le
plus beau : Daphnis ne fe défiant
point de l'embuche ,ſe leva
incontinent ,prit fa houlètre , &
s'en alla aprés Lecenium qui
le mena fort loin de Chloé , &
fort avant dans le Bois , auprés
d'une fontaine , où elle fit affeoir
Daphnis .
Comme elle étoit auffi hardie ,
que Daphnis étoit fimple , elle
attaqua fon coeur par tout ce
qu'il y a de plus preffant : mais
elle ne put lui faire oublier
Chloé ; elle le renvoya encore
114 LE NOUVEAU
plus amoureux de fa Bergere
qu'auparavant.
Comme il n'étoit fait mention
que des charmes de Chloé
dans tout le canton , fa beauté
engagea plufieurs Bergers à la
demander en mariage à Dryas :
Ils en furent écoutés , & le bon
homme réfolut de lui en choifir
un pour Epoux aux vendanges
prochaines . Chloé allarmée.
de cette nouvelle , découvrit
à Daphnis l'intention de Dryas .
Aprés avoir pleuré l'un & l'autre ,
& s'être donné de nouvelles:
affùrances de mourir plû- ôt que
d'être infidéls . Daphnis prit
tout à coup le party de faire
confidence de fon amour à
Myrtale femme de Lamon fon
MERCURE. 115
pere nourricier ; elle approuva
ſa recherche , & en parla à fon
mari. Lamon confiderant que
Daphnis pouvoit être d'une
illuſtre naiſſance, appellaſafemme,
béte , de vouloir empêcher que
fon nouriçon fut marié avec la
fille d'un Berger , vû quepar les
enfeignes de connoiffances qu'il
avoit trouvez quant & lui, elle lui
promettoit bien plusgrand état.
Myrtale qui ne vouloit pas
defeſpérer cet amoureux Berger,
lui fit entendre que Lamon fon
pere étant fort pauvre en comparaifon
de Dryas pere de
Chloé , Elle croyoit qu'il étoit
plus fage de ne point s'expoſer.
à un refus ; mais que s'il arri-
Voit quelque événement qui lui
1 LE NOUVEAU.
fut favorable , elle lui donnoit
fon confentement. Daphnis
n'efperant rien par les voyes
ordinaires , addreffa fes voeux
aux Nymphes dans cette extrémité.
Elles lui apparurent la nuit
fuivante , & lui ordonnerent
d'aller fur le bord de la mer,
l'affûrant que l'endroit où il
verroit unDauphin mort, il trouveroit
une bourſe , qui le Met 、
troit en état d'être auffi riche
queDryas; mais ci- aprés tu leferas
bien davantage. Dahpnis s'éleva
tour réjoui , & aprés avoir rejoint
Chloé & invoqué les Nymphes
, il n'eut pas grande peine
à découvrir la bourfe : Il courut,
avec cet argent chez Dryas ,
qui lui promit Chloé .
MERCURE. 17
Mais Lamon ne fut point fi
facile ; il dit à Daphnis qu' qu'étant
efclave affibien que lui , il ne lui
étoit pas permis de difpofer de
la moindre chofe , fans en avoir
auparavant obtenu le confentement
de fon maître ; que Dionifophanes
devant fe rendre bientôt
à fa terre pour y faire vendanges
, il feroit tous les efforts
auprés de lui pour en avoir l'agrement.
Nos deux amants vivoient
dans cette douce attente , gardants
toûjours leurs troupeaux
enfemble. Un jour qu'ils s'amufoient
à chercher des fruits ,
Daphnis apperçut à la cime de la
plus haute branche d'un pommier
, une pomme pomme unique ,
118 LE NOUVEAU
qui étoit belle & groffe à merveille
, y étant monté alaigrement
malgré Chloé , il la cueillit
la lui préfentant, lui dit,
Chloé ma mie , le beau tems a
produit cette belle pomme
bel arbre la nourric , le beau
un
la bonne Soleil l'a meurie ,
fortune la contregardée pour
une belle Bergere.
Chloé la reçut avec une grace
qui paya trop le Berger
LIVRE QUATRIE' ME.
Cet Automne tant defiré par
Daphnis & Chloé , arriva enfin.
Ils attendoient avec impaMERCURE.
119
tience l'arrivée du maître de Lamon,
fe fit préceder par fon fils
Aftyle , accompagné d'un nomméGnathon
mauvais plaifanı &
grand gourmand. Celui- ci ayant
confideré Daphnis & l'ayant
trouvé à fon gré , conçût le deffein
de le demander à fon jeune
Maître dans l'efperance de le
vendre & d'en tirer une groffe
fommed'argent. Il en fit la
propotifionà
Aftylequi fatigué de les
importunités , lui promit d'employer
fon crédit auprés de fon
pere pour qu'il lui en fit prefent.
Dionifophanes fuivit de prés fon
fils à la campagne, & ayant trouvé
fes troupeaux & fes
vergers
en bon état, il loüa Lamon & fa
famille du foin qu'ils prenoient
120 LE NOUVEAU
de fa Terre , Daphnis lui ayant
été prefenté , & le bon homme
de Fermier ayant extremement
vanté les bonnes qualitez de ce
jeune Berger en prefence d'Aftyle
& de Gnathon , Aftyle en
prit occafion de le demander à
fon pere pour l'emmener à Mytilene
,fous prétexte que ce jeune
homme lui feroit encore plus utile
à la Ville qu'à la Campagne;
mais Lainon ayant découvert à
quoi on le refervoit, prit le parti
de s'aller jetter aux pieds de fon
Maiftre & de lui déclarer que ce
jeune Berger n'étoit point fon
fils comme on le croioit qu'il l'avoit
trouvé abandonné & allaité
par une de fes Chèvres avec des
joyaux qu'on lui avoit laiffez
le
MERÇURE. 12Î
pour reconnoître un jour , &
qu'il les gardoit encore. Dionifophanes
étonné de ces circonſtances
, ordonna fur le champ
qu'on lui aportât ces fignes de reconnoiffances.
Apeine eût- il jetté
les yeux fur le petit Mantelet
d'écarlate & la pet telépée à poignée
d'yvoire, qu'il s'écria , ô Jupiter
& appella avec empreſſement
fa femme qui l'accompagnoit
, & qui voyant ces marquos,
s'écria encoreplus fort, 0fa
tales Déeffes ? nefont ce pas ici les
joyaux que nous expofames avec.
notre enfant ce font eux -mêmes,
mon mary.Daphnis eit vôtre fils ,
&rgarde les Chèvres de fon pro-
11
* tatbit permis aux parents dans les anciens
temps de Gè & d. Rome , dịcxpofer
leurs enfans lorfqu'ils en avoient trop
122 LE NOUVEAU
•
pre pere. Dans le moment
ils
coururent
embraffer
ce cher en
fant , & pleurant de joie ils le
tinrent long - tems ferré, entre
leurs bras . Aftyle ayant recou
vré un frere dans un Berger , lui
donna toutes les marques
les
plus vives de tendreffe
. Ce fut
pour lors que Dionifophanes
adreffant
la parole à Aftyle , ne
foispasmari , lui dit ce bon pela
se, de ce que tu n'auras que
moitié de ma fucceffion
, il n'y a
heritage
au monde qui vaille un
bon frere , Je fouhaite donc que
Daphnis ait en fon partage cette
Terre ci & que Lamon & Myrtale
qui l'ont fi foigneufement
élévé ,foient à lui , afin qu'il puiffe
leurfaire tout le bien qu'ilmerite
.
Daphnis
cependant
avoit pei-
འ
1
MERCURE. 123
ne à revenir de fon étonnement,
& quoiqu'il fut fort agité par les
differens fentimens qui fe paffoient
au dedans de lui , fa chere
Chloé lui étoit continuellement
préfente , & ne trouvant
point de bonheur égal à celui de
la poffeder , il étoit prêt de faire
confidence à fon pere de la
paffion qu'il reffentoit pour elle,
lorfque Dryas inftruit de l'heureux
changement qui venoit
d'arriver dans la fortune de Daphnis
, fe préfenta tout à coup
avec l'aimable Chloé au milieu
de l'affemblée , dans l'efperance
qu'elle pourroit peut- être auſſi
retrouver les parents . Sa beaute
& fes graces naïves attirerent
les yeux de la compagnie . Pour
Mij
124 LE NOUVEAU
lors Dryas prenant la parole ,
Plût aux Dieux , dit - il , que cettejeune
fille fut affez favoriféedu
Deftin pour retrouver auffi fes
parents , & montrant en mêmetems
les enfeignes de reconnoiffances
, il eft aifé , ajoûta - t-il , de
voir que fes parens font des perfonnes
diftinguées & qu'elle est
fortable pour être la femme de
Daphnis.Dionifophanes prenant
garde dans le moment au vifage
de fon fils , apperçût qu'il changeoit
de couleur & le détournoit
pour pleurer ; il lui fut aifé
d'en déviner la caufe , & ce bon
pere fouhaita pour lors que les
Dieux revelaffent la naiffance de
cette Bergere , afin de pouvoir
l'unir avec Daphnis comme
MERCURE. 125
toute la maiſon ne refpiroit que
joïe , il donna le foir un grand .
repas , où il invita es meilleurs
amis & les plus apparents de la
Ville : à l'iffue du banquet , il fe
fit apporter dans un baffin d'argent
ces enfeignes ; un vieillard
nommé Megacles les ayant confiderez
, â Dieux que vois-je là !
mapauvre fille qu'eſt - tu dévenuë !
eft tu encore en vie ? · Je te prie
Dionifophanes de me dire d'où tu
les arecouvrées ; n'aye point d'enviequeje
retrouve ma fille comme
tu as recouvré ton fils. Dionifophanes
fe levant de table alla
chercher Chloé , & la remettant
entre les mains de Megacles lui
dit : Voici l'enfant que tu as fait
expoſer, prens-là avec ces enſei-
*
126 LE NOUVEAU
gnes , & la prenant , baille - la en
mariage à Daphnis .
La Cérémonie des Nôces fe
fit fur le champ au grand contentement
des parents , & encore
plus de nos deux Amans .
Fermer
Résumé : LES AMOURS PASTORALES de Daphnis & Chloé.
'Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé' est un roman écrit en grec par Longus et traduit en français par Amiot. Ce récit, postérieur à 'Les Amours de Théagène et Chariclée' d'Héliodore, se distingue par son style simple, naturel et concis. L'histoire commence avec la découverte de deux enfants exposés, Daphnis et Chloé, élevés par des fermiers et devenus bergers après une vision divine. Leur vie pastorale est marquée par des jeux et des divertissements. Un jour, Daphnis tombe dans un piège à loups et est sauvé par Chloé, ce qui les rapproche. Ils découvrent ensuite une ardeur amoureuse inconnue. Daphnis, amoureux de Chloé, tente de l'épouser mais sa demande est refusée. Leur amour grandissant, ils sont perturbés par des corsaires de Tyr qui enlèvent Daphnis. Chloé, aidée par Dorcon, utilise la musique pour permettre à Daphnis de s'évader. Lors des vendanges, ils sont occupés et surveillés, limitant leurs moments ensemble. Un vieillard nommé Philetas leur raconte une rencontre avec le dieu Mercure, les aidant à réaliser leur amour réciproque. Plusieurs bergers demandent la main de Chloé, mais grâce à une bourse d'argent trouvée grâce aux Nymphes, Dryas accepte de la marier à Daphnis. Lamon révèle que Daphnis est un enfant trouvé avec des joyaux, permettant à Dionysophane et sa femme de reconnaître Daphnis comme leur fils perdu. Dionysophane et sa femme accueillent Daphnis avec joie et souhaitent qu'il hérite de leurs terres. Dryas arrive avec Chloé, espérant qu'elle retrouve également ses parents. Lors d'un banquet, un vieillard nommé Mégaclès reconnaît les signes de reconnaissance comme appartenant à sa fille disparue. Dionysophane présente Chloé à Mégaclès, qui confirme qu'elle est bien sa fille. Mégaclès accepte de la marier à Daphnis. La cérémonie de mariage est célébrée immédiatement, au grand bonheur des familles et des jeunes amants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5971
p. 126-138
LES PINCETTES DEDIEES AUX TISONNEURS.
Début :
Il me semble qu'une nouvelle Piéce de Vers, de nouvelle / Heureux qui près du feu peut avoir des pincettes ! [...]
Mots clefs :
Pincettes, Honneur, Serrurier, Amis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES PINCETTES DEDIEES AUX TISONNEURS.
Il me femble qu'une nouvelle
Piéce de Vers , de nouvelle création
, mais de bonne main , ne
déplaîroit pas à mon Lecteur ;
j'ai ce qui lui convient . Le pere
du Cerceau dontle nom feul fait
l'éloge , voudra bien me permettre
que j'infere ici le joli
morceau de Poëfie qu'on lui a
dérobé , & que j'en faffe part
au public.
MERCURE. 127
LES
PINCETTES
DEDIE'ES
AUX TISONNEURS.
H
Eureux qui près dufeu peut
avoir des pincettes !
On nepeut pas toûjours difcourir
, raisonner ,
Et même en raisonnant , on aime
݈ tifonner ,
Ne fut- ce que pour faire élever
des bluettes .
On peutfe paffer de manchétes,
Mais de pincettes , non ; je prétends
m'en donner ;
Et comme dans fa poche on porte
128 LE NOUVEAU
des lunettes ,
Auffipour l'avenir je me fais une
loy
De porter partout avec moi
Des pincettes dans mes bougettes.
Va chez mon Serrurier , Picard
va promptement ,
Commander de ma part des pincettes
de poches.
Turis de ce commandement ;
Il te furprend , mais viens , pauwore
ignorant , approche
Et pefe mon raisonnement.
Jaime à tifonner ,je l'avoue ,
C'est un plaifir innocent &
permis ,
Qu'on me le paffe , ainsi qu'aux
autres , fél'alloue
Maisje ne veuxpoint être àcharge.
à mes
MERCURE. 129
à mes amis.
Fen ai grand nombre , tous gens
d'honneur , de mérite ;
Ei qui tous , comme moi, tifonnent
volontiers.
Or quand à tel d'entr'cuxje vais
rendre vifite ,
Tous deux auprés du feu les pincettes
entieres ,
Il s'en faifit d'abord , & plus il
ne les quitte.
Irai-je à ton avis fur cela le plaider
?
Le prier de me les céder ,
La Requêteferoit incivile , illicite,
Jamais il n'y confentiroit ;
C'eft fa pallion favorite ,
Etjefuis entre nous , fûr qu'il me
livreroit
Plutoft jufques à fa marmite.
Fanvier 1717.
N
130
LE NOUVEAU
Il mefaut donc, Picard , dévorer
le chagrin ,
De lui voir tout le tems les pincettes
en main.
Il s'en prévaut , il s'en efcrime
,
Et par bravade quelquefois ,
Les fait claquer entre fes doigts ,
Fene dispas que cefoit un grand
crime.
Et même il en a droit, mais j'enrage
pourtant ,
De ne pouvoir en faire autant
.
Pour fauver mon honneur du
moins avec ma canne
Fe remue un chenet , on je pouſſe
un tifon
Mais tout cela,pauvre chicane,
La pincette triomphe & toûjours
MERCURE. 13
a raison:
Une canne , en effet , même des
A plus brillantes ,
Entre- t-elle en comparaison
Avet despincettes mordantes,
Qui de tout le foyer dominent l'ho
rifon.
Reduit a me chauffer , ilfaut que
je demeure
Les bras croifez , comme un
homme perclus i
Sibien qu'aprés moins d'un
quart d'heure ,
Fe fors , n'en pouvant pref
que plus.
Dj Toi- même , rend moijufice.
N'ai-je pas doublement àſouffrir
en cepoint ,
Je le vois tifonner& ne tifonne
Nij
132 LE NOUVEAU .
point.
Ah, Picard, le cruelfupplice !
Lui , cependant pour m'amufer
,
Me tient force difcours , me
conte desfornettes ;
Mais je n'écoute point , jele laiße
jafer ,
Etje nepenfe qu'aux pincettes ;
Je ne difconviens pas que le feu
ne foit bon,
Maisjefens qu'ily manque encore
quelque façon,
Je trepigne , & fur pied je féche
de colere
De voir à mes yeux un tifon ,
Quipeut-êtrefait bien, mais qui
pourroitmieuxfaire .
Tantoft un des chenets paroift trop
écarté
MERCURE. 133
Ou la bûche n'eft pas mife du bon
Sv14 - côté;
f-
Lefeu n'est pas dreffé dans les bonnes
methodes.
Il chauffe ici la plaque & là les
Antipodes3
Unpeu trop ou trop peu de
Jour
Egalement nuit tour à tour.
Ce font là des délicateffes,
D'accord & l'on fe peut chauffer
fans tant defoins
Fai tort d'y rechercher tant d'art
& de fineßes ,
Mais tel que je fuis fait , on n'en
fouffre pas moins.
Et dequoi s'agit- il, pour m'ôter
cette épine ?
D'avoir des pincettes à moi ,
Ob,j'en aurai,je t'en donne
Ń iij
134 LE NOUVEAU
ma foi.
Mais j'ai bien autre chofe encore
que j'imagine,
Et qui de tout le mal va couper la
racine,
De pincettes , Picard , dans mon
Appartement
Fen'ai, tu le/çais bien ,jamais eu
qu'unepaire ,
Et quandon vient me voir , fans
autre compliment
Je m'enfaifis pour l'ordinaire .
C'est mon droit , je ne puis même
faire autrement ,
ཀ
tel
LesPincettes font mon aymant:
Cependant je fens bien
tout bas en gronde ,
que
Et dit entre fes dents : pefle du
tifonneur !
Je dis aufli tout bas : peſte du
MERCURE. 135
raisonneur !
Mais il faut deformais contenter
tout le monde.,
Et pour cela voici mon plan,
Je veux qu'à mes amis , & ceſoin
doit leur plaire ,
Comme on donne à chacunfonfiége
&fon écran
De pincettes auffi l'on preſente
une paire ;
Que chacun indifferemment,
Et fans que l'on s'en formalife
,
A droite, à gauche librement ,
Puiffe tifonner àfa guiſe.
Nous pouvons tenir fix autour de
mon foyer ,
Figure-toi nous voir tous avec des
pincettes,
Comme aves autant de ra-
Niiij
136 LE NOUVEAU
}
quettes
Sur les tifons nous égayer.
Souvent l'un défera tout ce qu'au
ra fait l'autre ,
Et je ne pense pas que l'on s'en
porte mieux ;
Vouspouffez mon tifon , moi je
pousse le vôtre,
Ce que vous trouvez bien me blef-
Se à moy lesyeux.
Tien , Picard , te feront des
charmes,
De nous voir efcrimer tousfix autour
du feu
Car nous ferons là tous avec égales
armes,
Les tifons danceront & tu verras
beaujeu.
Et comme ce fyflême eft excellent ,
je gage
MERCURE.: 137
Quepar tout ilfera bientôt mis
enufage ,
Maisj'en aurai l'honneur ; avant
moy nul mortel -
N'a jamais , que je fache, in
vente rien de tel.
Je veux que dans les obeminées
,
Six pincettes du moins bien conditionnées,
Trois de chaque côté figurent en
regard,
Chacune enfon croisant àpart.
L'utile fe rencontre ici joint an
commode
Mais je t'arrête trop, va vîte de
ce
pas,
Cours chez mon Serrurier , carje
ne voudrois pas
Que devant moi quelqu'autre en
138 LE NOUVEAU
amenat la mode.
Depincettes dis lui qu'ilfaut,
Qu'il ait à me livrer fix paires
au plutoft ;
Je dis fix fans compter les pincettes
de Ville ,
Vois ce que c'eft , Picard,que
d'être habile.
Piéce de Vers , de nouvelle création
, mais de bonne main , ne
déplaîroit pas à mon Lecteur ;
j'ai ce qui lui convient . Le pere
du Cerceau dontle nom feul fait
l'éloge , voudra bien me permettre
que j'infere ici le joli
morceau de Poëfie qu'on lui a
dérobé , & que j'en faffe part
au public.
MERCURE. 127
LES
PINCETTES
DEDIE'ES
AUX TISONNEURS.
H
Eureux qui près dufeu peut
avoir des pincettes !
On nepeut pas toûjours difcourir
, raisonner ,
Et même en raisonnant , on aime
݈ tifonner ,
Ne fut- ce que pour faire élever
des bluettes .
On peutfe paffer de manchétes,
Mais de pincettes , non ; je prétends
m'en donner ;
Et comme dans fa poche on porte
128 LE NOUVEAU
des lunettes ,
Auffipour l'avenir je me fais une
loy
De porter partout avec moi
Des pincettes dans mes bougettes.
Va chez mon Serrurier , Picard
va promptement ,
Commander de ma part des pincettes
de poches.
Turis de ce commandement ;
Il te furprend , mais viens , pauwore
ignorant , approche
Et pefe mon raisonnement.
Jaime à tifonner ,je l'avoue ,
C'est un plaifir innocent &
permis ,
Qu'on me le paffe , ainsi qu'aux
autres , fél'alloue
Maisje ne veuxpoint être àcharge.
à mes
MERCURE. 129
à mes amis.
Fen ai grand nombre , tous gens
d'honneur , de mérite ;
Ei qui tous , comme moi, tifonnent
volontiers.
Or quand à tel d'entr'cuxje vais
rendre vifite ,
Tous deux auprés du feu les pincettes
entieres ,
Il s'en faifit d'abord , & plus il
ne les quitte.
Irai-je à ton avis fur cela le plaider
?
Le prier de me les céder ,
La Requêteferoit incivile , illicite,
Jamais il n'y confentiroit ;
C'eft fa pallion favorite ,
Etjefuis entre nous , fûr qu'il me
livreroit
Plutoft jufques à fa marmite.
Fanvier 1717.
N
130
LE NOUVEAU
Il mefaut donc, Picard , dévorer
le chagrin ,
De lui voir tout le tems les pincettes
en main.
Il s'en prévaut , il s'en efcrime
,
Et par bravade quelquefois ,
Les fait claquer entre fes doigts ,
Fene dispas que cefoit un grand
crime.
Et même il en a droit, mais j'enrage
pourtant ,
De ne pouvoir en faire autant
.
Pour fauver mon honneur du
moins avec ma canne
Fe remue un chenet , on je pouſſe
un tifon
Mais tout cela,pauvre chicane,
La pincette triomphe & toûjours
MERCURE. 13
a raison:
Une canne , en effet , même des
A plus brillantes ,
Entre- t-elle en comparaison
Avet despincettes mordantes,
Qui de tout le foyer dominent l'ho
rifon.
Reduit a me chauffer , ilfaut que
je demeure
Les bras croifez , comme un
homme perclus i
Sibien qu'aprés moins d'un
quart d'heure ,
Fe fors , n'en pouvant pref
que plus.
Dj Toi- même , rend moijufice.
N'ai-je pas doublement àſouffrir
en cepoint ,
Je le vois tifonner& ne tifonne
Nij
132 LE NOUVEAU .
point.
Ah, Picard, le cruelfupplice !
Lui , cependant pour m'amufer
,
Me tient force difcours , me
conte desfornettes ;
Mais je n'écoute point , jele laiße
jafer ,
Etje nepenfe qu'aux pincettes ;
Je ne difconviens pas que le feu
ne foit bon,
Maisjefens qu'ily manque encore
quelque façon,
Je trepigne , & fur pied je féche
de colere
De voir à mes yeux un tifon ,
Quipeut-êtrefait bien, mais qui
pourroitmieuxfaire .
Tantoft un des chenets paroift trop
écarté
MERCURE. 133
Ou la bûche n'eft pas mife du bon
Sv14 - côté;
f-
Lefeu n'est pas dreffé dans les bonnes
methodes.
Il chauffe ici la plaque & là les
Antipodes3
Unpeu trop ou trop peu de
Jour
Egalement nuit tour à tour.
Ce font là des délicateffes,
D'accord & l'on fe peut chauffer
fans tant defoins
Fai tort d'y rechercher tant d'art
& de fineßes ,
Mais tel que je fuis fait , on n'en
fouffre pas moins.
Et dequoi s'agit- il, pour m'ôter
cette épine ?
D'avoir des pincettes à moi ,
Ob,j'en aurai,je t'en donne
Ń iij
134 LE NOUVEAU
ma foi.
Mais j'ai bien autre chofe encore
que j'imagine,
Et qui de tout le mal va couper la
racine,
De pincettes , Picard , dans mon
Appartement
Fen'ai, tu le/çais bien ,jamais eu
qu'unepaire ,
Et quandon vient me voir , fans
autre compliment
Je m'enfaifis pour l'ordinaire .
C'est mon droit , je ne puis même
faire autrement ,
ཀ
tel
LesPincettes font mon aymant:
Cependant je fens bien
tout bas en gronde ,
que
Et dit entre fes dents : pefle du
tifonneur !
Je dis aufli tout bas : peſte du
MERCURE. 135
raisonneur !
Mais il faut deformais contenter
tout le monde.,
Et pour cela voici mon plan,
Je veux qu'à mes amis , & ceſoin
doit leur plaire ,
Comme on donne à chacunfonfiége
&fon écran
De pincettes auffi l'on preſente
une paire ;
Que chacun indifferemment,
Et fans que l'on s'en formalife
,
A droite, à gauche librement ,
Puiffe tifonner àfa guiſe.
Nous pouvons tenir fix autour de
mon foyer ,
Figure-toi nous voir tous avec des
pincettes,
Comme aves autant de ra-
Niiij
136 LE NOUVEAU
}
quettes
Sur les tifons nous égayer.
Souvent l'un défera tout ce qu'au
ra fait l'autre ,
Et je ne pense pas que l'on s'en
porte mieux ;
Vouspouffez mon tifon , moi je
pousse le vôtre,
Ce que vous trouvez bien me blef-
Se à moy lesyeux.
Tien , Picard , te feront des
charmes,
De nous voir efcrimer tousfix autour
du feu
Car nous ferons là tous avec égales
armes,
Les tifons danceront & tu verras
beaujeu.
Et comme ce fyflême eft excellent ,
je gage
MERCURE.: 137
Quepar tout ilfera bientôt mis
enufage ,
Maisj'en aurai l'honneur ; avant
moy nul mortel -
N'a jamais , que je fache, in
vente rien de tel.
Je veux que dans les obeminées
,
Six pincettes du moins bien conditionnées,
Trois de chaque côté figurent en
regard,
Chacune enfon croisant àpart.
L'utile fe rencontre ici joint an
commode
Mais je t'arrête trop, va vîte de
ce
pas,
Cours chez mon Serrurier , carje
ne voudrois pas
Que devant moi quelqu'autre en
138 LE NOUVEAU
amenat la mode.
Depincettes dis lui qu'ilfaut,
Qu'il ait à me livrer fix paires
au plutoft ;
Je dis fix fans compter les pincettes
de Ville ,
Vois ce que c'eft , Picard,que
d'être habile.
Fermer
Résumé : LES PINCETTES DEDIEES AUX TISONNEURS.
Le texte présente une pièce de poésie intitulée 'Les Pincettes', dédiée aux tisonneurs. L'auteur exprime son désir de posséder des pincettes pour tisonner le feu, un plaisir innocent qu'il souhaite partager avec ses amis. Il regrette de ne pas pouvoir utiliser les pincettes lorsqu'il rend visite à ses amis, car ceux-ci les utilisent constamment. Pour remédier à cette situation, il propose de fournir une paire de pincettes à chacun de ses amis afin que tous puissent tisonner librement sans gêne. Il imagine une scène où chacun, équipé de pincettes, contribue à entretenir le feu de manière désordonnée mais joyeuse. L'auteur souhaite être le pionnier de cette pratique et commande six paires de pincettes supplémentaires à son serrurier pour équiper son foyer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5972
p. 138-153
Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
Début :
J'ai crû qu'il ne seroit point hors de propos de / I. Dans la situation où se trouvoient les affaires au commencement de [...]
Mots clefs :
Paix, Désordres, Pologne, Porte ottomane, Guerre, Hongrie, Campagne militaire, Victoire, Angleterre, France, Alliance, Revenus de l'État, Prince régent, Louis XV, Tsar, Traité, Naissance, Cour impériale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
J'ai crû qu'il ne feroit point
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
Fermer
Résumé : Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
En 1716, la situation mondiale était marquée par une grande incertitude. La paix récente semblait fragile, et les conséquences d'une longue guerre étaient encore visibles. La guerre du Nord s'intensifiait avec le retour du roi de Suède. En Pologne, les troubles augmentaient malgré les efforts de pacification. La Porte Ottomane menaçait l'Italie et envisageait d'envahir la Hongrie et d'autres provinces voisines. L'Empereur, affaibli par les guerres précédentes, était incapable d'entreprendre de nouveaux conflits. Cependant, la situation s'est rapidement améliorée. En Hongrie, l'Empereur, soutenu par le prince Eugène de Savoie, a remporté une victoire décisive contre les Ottomans près de Peterwaradin. Cette victoire a permis de libérer la Hongrie, la Transylvanie et les provinces voisines, semant la terreur dans l'Empire Ottoman et poussant celui-ci à souhaiter la paix. Elle a également soulagé la Dalmatie et levé le siège de Corfou. L'Italie et la Pologne ont retrouvé la paix. En Angleterre, après des troubles politiques, un calme durable semble s'installer grâce à une nouvelle alliance avec la France. En France, malgré les dettes et les difficultés économiques, le Régent a stabilisé le royaume, soulagé les peuples, pacifié les troubles religieux et assuré la paix intérieure et extérieure. Le texte mentionne également les efforts de pacification et de consolidation de la paix intérieure et extérieure par une autorité royale. L'arrivée du tsar dans les Provinces Unies est soulignée comme bénéfique pour la paix du Nord. Le tsar a rencontré le roi de Prusse et visité la Hollande, exprimant son affection pour ce pays. Un traité d'alliance entre la France, l'Angleterre et leurs Hautes-Puissances vise à maintenir la tranquillité et l'unité entre ces nations. Enfin, le texte évoque la fragilité de la condition humaine à travers la naissance et la mort rapide de l'archiduc impérial, suivie de la grossesse de l'impératrice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5973
p. 153-167
A ARICA. Côte du Perou. Ce 5 Fevrier 1716.
Début :
L'Homme est naturellement né curieux ; il est avide de / M[onsieur], Nous sommes enfin arrivez ici depuïs deux jours ; [...]
Mots clefs :
Pérou, Navigation, Expédition, Nouveau monde, Capitaine, Sauvages, Descriptions physiques, Îles, Colonies, Tour du monde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A ARICA. Côte du Perou. Ce 5 Fevrier 1716.
L'H
'Homme
eft naturellement
né curieux , il eft avide de
connoître
ce qui fe paffe au- delà
de fa fphere ordinaire
: quand il
ne peut fe tranfporter
lui - même
dans les Régions
les plus éloignées.
Il eft charmé d'être intruit
de ce qui s'y paffe par
quelque voyageur
, ou par quel
que defcription
qui puiffe cone
tenter fon défir ; c'eft ce qui
m'engage
de lui donner la Rela,
tion fuivante
: Elle contient
des
Faits affes finguliers
, pour être
communiquée
au Public ; je la
garantis trés fidéle & tres exacte,
Fanvier 1717 .
P
i54 LE NOUVEAU
4 . A ARICA.
M
Côte du Perou .
Ges Fevrier 17 16.
Nous fommes enfin arrivez
ici depuis deux jours ; ce
n'a pas été fans avoir effuyé
bien des travaux & des périls ,
auxquels on eft expofé pendant !
une navigation de 8 mois . Je
pafferai fous filence une infinité.
de hazards , tous plus terribles
les uns que les autres ; pour ve
nir à celui- ci , dont nous n'écha
MERCURE. 155
.
pâmes que par une efpéce de
miracles ; vous en jugerez par
le récit fuivant .
Après deux mois & demi de
tempête fur le Cap Hoorn , le
4 Avril ayant fait plufieurs ma-
Onoeuvres durant une nuit des
plus facheuſes , tantôt à la Cap
fous l'artimon , & quelquefois
arrivans fous les Fanons de Mifaine
, ne pouvants plus foûtenir
à la mer nous nous trouvâmes
à la pointe du jour à
deux lieues de la Terre de Feu ,
Le jour fe faifant , nous vîmes
l'impoffibilité qu'il y avoit de
doubler aucune pointe de la
terre , par le travers de laquelle
nous étions abîmans par la mer,
& le vent qui nous chargeoint
>
Pij
6 LENOUVEAU
à la côte. Nous jettames nos
canons à la Mer , & le Confeil
affemblé , on réfolut dans cette
extrémité de faire vent en arriere
fur la terre à mats & à
cordes fans voiles : aprés avoir
entrevû une eſpèce d'enfoulement
, remettant pour lors
notre fort à la miféricorde de
Dieu . Nous ne comptions déja 4
plus fur la vie , lorfque dans
une éclaircie qui fe fit , nous
découvrîmes un endroit , où
nous pourrions être à l'abri ;
nous y courumes avec la Mifaine
, nous y trouvâmes bon !
fond , & Y moüillâmes comme
dans un Port de falut. La joye
alors parut autant fur nos vi-
Lages , que l'abatement y étoit
**
MERCURE.
157
peint , une heure auparavant.
Nous y reftâmes quinze jours
par des tems affreux , dégradant
quelquefois d'un endroits
aprés avoir perdu nos ancres
pour aller chercher quelque
autre abri par de nouveaux hazards
. L'entrée de cette Baye
n'a pas plus de deux lieües de
large ; de forte qu'aprés les routes
différentes que nous fîmes
la nuit ; fi nous avions été une
lieue plus de l'avant , où plus
de l'arriere , nous perdions cette
ouverture que nous entrevîmes ,
& nous n'en revenions jamais .
Notre Navire a été le premier
qui ait jamais moüillé ſur cette
côte.
Le Jeudy - Saint , le Capis
Piij
158 LE NOUVEAU
taine & moi defcendîmes à terre
pour la confidérer , & tacher en
même tems de tuer quelque gibier
pour nous régaler , nous
apperçûmes de la fumée dans un
bois au bord de la mer ; ce qui
nous détermina à tourner vers
cet endroit , foupçonnants que
pourrions-nous découvrir quelques
Sauvages . Nous en trouvâmes
en effet , qui nous reçûrent
comme des gens épouventez ,
avec des hurlemens & des cris
terribles . Ils difparurent dans
l'inftant par une fuite précipitée ;
mais quelques moments aprés ,
ils revinrent en plus grand nombre
, & s'approchant de nous
peu à peu , ils
nuds comme
peur. Ils étoie erent d'avoir
"
MERCURE. -
159
eux .
la main , hommes , femmes &
enfants , s'affeyans comme des
finges fur la nége ou fur la glace .
Nous fimes abatre du bois , &
aprés avoir fait grand feu &
bonne garde , nous fimes bientôt
connoiffance avec
Les fignes en cette occafion ,
nous fervirent de truchement .
Notre Capitaine avec quelques
habiles tireurs allerent chaffer ;
pour moi je reftai avec une
vingtaine de nos gens au milieu
de ces Sauvages , que je ne
pouvois trop admirer , comme
de leur côté , ils ne pouvoient
s'abstenir de manier mes habits
& ma barbe. Ils font petits ,
mal faits , fans barbe ni poil
de couleur rougeatre , avec des
>
Piij
160 LE NOUVEAU
cheveux longs & noirs.
Pour les femmes , elles font
encore plus épouventables ;
leurs pendants aux oreilles , au
né & à la lévre inférieure , des
pierres ou coquilles de différentes
couleurs . Pour paroître
plus aimables , elles ont grand
foin de fe peindre le corps d'un
rouge trés éclatant , & le vifage
d'un noir auffi luifant qu'un
Maroquin du Levant. Ces Peuples
fe logent dans des tanieres
moitié dans la terre , & moitić ,
dehors . Ils n'ont que le langage
au- deffus des bêtes , faifant tou→
tes leurs néceffitez en vous para
lant , avec moins de fcrupule
que lorfque nous nous mouchons
. Notre troupe étant reveMERCURE.
` 161
nuë chargée de toutes fortes
de gibiers ; nous nous en fé
parâmes aprés leur avoir laiffé
quelques haches & des coureaux
: Ils nous donnerent en
troc des fléches d'une ftructure
nouvelle , avec des coliers de
differents petits coquillages ,que
je vous deftine à mon retour.
Le Vendredy- Saint ; nous
partîmes de cet endroit que
nous nomâmes la Baye Saint
François du nom de notre Nayire
, aprés y avoir planté une
grande Croix , fur laquelle nous
y gravâmes le nom de notre
Vaiffeau & l'année. 19
Le lendemain nous découvrîmes
quatre ou cinq Ifles jufques
lors inconnuës , auxquelles nous
Piiij
162 LE NOUVEAU
donnâmes le nom de notre Ca
pitaine Enfin aprés avoir extrémement
fouffert , nous arrivâmes
à la Conception du Chily
avec un peu de pain & d'eau ,
étant prefque tous fcorbutiques ,
l'air de la terre & la bonne
nourriture nous eurent bientôt
rétablis . C'eſt affûrement un
des plus beaux , Païs du monde ,
tout y abonde naturellement ,
fans qu'on ait befoin de culture .
Les femmes Espagnoles y
font plus que galantes , on y
joue , on y chaffe & l'on y fait
bonne chere : Enfin aprés quelques
mois de féjour , il nous a
fallu quitter ce canton pour
nous rendre à Arica , d'où je
vous écris , c'eft fans difficulté
MERCURE. 163
f
l'endroit de la côte où il aborde
le plus d'argent , par la proximité
des mines du Potofi , qui
font dans les terres avant ,
d'environ foixante lieuës. On
ne peut s'imaginer un Paifage
plus effroyable ; il femble
que ce n'eft qu'à regret que la
terre donne ce miférable métail ,
dont les pauvres mortels font
fi fort altérez. Aprés qu'on l'a
tiré des mines avec des peines
incroyables. On le tranfporte
à travers des montagnes arides
& feiches , fans eau ni aucune
verdure.
Nous fommes moüillez entre
deux petites montagnes
toutes blanches de fiente d'oiſeaux
: Il y en a une fi grande
164 LE NOUVEAU
quantité , que fort fouvent
ils nous dérobent la clarté du
Soleil . Les Efpagnols s'en fervent
comme d'un excellent fumier
, dont ils en chargent tous
les mois quelques Vaiffeaux
pour le tranfporter à Lima.
Nous formes affiegez d'une
fi prodigieufe quantité de Baleines
,que l'air qu'elles exallent,
joint à l'odeur de cette fiente ,
caufe une infection fi dangereufe
, qu'elle eft mortelle à la
p upart des Etrangers ; nos
François y trouvent prefque
tous , leur cimetiere , & s'il en
meurt dix ailleurs , il en perit
ici deux cents. La terre y tremble
continuellement , & quelquefois
d'une maniere fi terMERCURE.
165
l'on ne fçait où fe rerible
que
fugier
.
Si nous allons à la Chine , &
delà en France par les Indes
Orientales , nous aurons faits à
peu prés le tour du monde ;
je veux dire un cercle fur fa
circonférence ; ce qu'il y a d'extraordinaire
, la route aura toujours
pris de l'Oüeft en allant
comme en revenant.
Il y auroit bien des ſujets de
méditation pour un fçavant
Aftronome . Il y obferveroit des
Etoiles , des Méteors & des Phenoménes
qui changent de climat
en climat : la Lune - même
paroît fujette à des irrégulari
tez extraordinaires .
Nous avons vu pendant fix
16GLE NOUVEAU,
mois deux petits nuages d'étoil
les blanches , qu'on appelle
Magellaniques ; à préfent ils
ont difparus : En échange nous
avons recouvré de nouveaux
aftres , qui nous étoient cachez
auparavant .
ils ne
Pour nos Marins
font pas grands fpéculateurs
ils fe mocquent de moi , quand
ils me furprennent la nuit , faifant
la revûe de mes étoiles ;
ils me difent qu'on vient ici pour
voir des piaftres , & non les
aftres.
à
Nous avons compté en arrivant
ici , prés de 40 Navires
François , il n'en refte pas 15
préfent : Les uns après avoir
vendu à tous prix , font allés à
MERCURE. 167
la Chine , & les autres s'en
font retournez en France . Je ſuis
M. & c.
'Homme
eft naturellement
né curieux , il eft avide de
connoître
ce qui fe paffe au- delà
de fa fphere ordinaire
: quand il
ne peut fe tranfporter
lui - même
dans les Régions
les plus éloignées.
Il eft charmé d'être intruit
de ce qui s'y paffe par
quelque voyageur
, ou par quel
que defcription
qui puiffe cone
tenter fon défir ; c'eft ce qui
m'engage
de lui donner la Rela,
tion fuivante
: Elle contient
des
Faits affes finguliers
, pour être
communiquée
au Public ; je la
garantis trés fidéle & tres exacte,
Fanvier 1717 .
P
i54 LE NOUVEAU
4 . A ARICA.
M
Côte du Perou .
Ges Fevrier 17 16.
Nous fommes enfin arrivez
ici depuis deux jours ; ce
n'a pas été fans avoir effuyé
bien des travaux & des périls ,
auxquels on eft expofé pendant !
une navigation de 8 mois . Je
pafferai fous filence une infinité.
de hazards , tous plus terribles
les uns que les autres ; pour ve
nir à celui- ci , dont nous n'écha
MERCURE. 155
.
pâmes que par une efpéce de
miracles ; vous en jugerez par
le récit fuivant .
Après deux mois & demi de
tempête fur le Cap Hoorn , le
4 Avril ayant fait plufieurs ma-
Onoeuvres durant une nuit des
plus facheuſes , tantôt à la Cap
fous l'artimon , & quelquefois
arrivans fous les Fanons de Mifaine
, ne pouvants plus foûtenir
à la mer nous nous trouvâmes
à la pointe du jour à
deux lieues de la Terre de Feu ,
Le jour fe faifant , nous vîmes
l'impoffibilité qu'il y avoit de
doubler aucune pointe de la
terre , par le travers de laquelle
nous étions abîmans par la mer,
& le vent qui nous chargeoint
>
Pij
6 LENOUVEAU
à la côte. Nous jettames nos
canons à la Mer , & le Confeil
affemblé , on réfolut dans cette
extrémité de faire vent en arriere
fur la terre à mats & à
cordes fans voiles : aprés avoir
entrevû une eſpèce d'enfoulement
, remettant pour lors
notre fort à la miféricorde de
Dieu . Nous ne comptions déja 4
plus fur la vie , lorfque dans
une éclaircie qui fe fit , nous
découvrîmes un endroit , où
nous pourrions être à l'abri ;
nous y courumes avec la Mifaine
, nous y trouvâmes bon !
fond , & Y moüillâmes comme
dans un Port de falut. La joye
alors parut autant fur nos vi-
Lages , que l'abatement y étoit
**
MERCURE.
157
peint , une heure auparavant.
Nous y reftâmes quinze jours
par des tems affreux , dégradant
quelquefois d'un endroits
aprés avoir perdu nos ancres
pour aller chercher quelque
autre abri par de nouveaux hazards
. L'entrée de cette Baye
n'a pas plus de deux lieües de
large ; de forte qu'aprés les routes
différentes que nous fîmes
la nuit ; fi nous avions été une
lieue plus de l'avant , où plus
de l'arriere , nous perdions cette
ouverture que nous entrevîmes ,
& nous n'en revenions jamais .
Notre Navire a été le premier
qui ait jamais moüillé ſur cette
côte.
Le Jeudy - Saint , le Capis
Piij
158 LE NOUVEAU
taine & moi defcendîmes à terre
pour la confidérer , & tacher en
même tems de tuer quelque gibier
pour nous régaler , nous
apperçûmes de la fumée dans un
bois au bord de la mer ; ce qui
nous détermina à tourner vers
cet endroit , foupçonnants que
pourrions-nous découvrir quelques
Sauvages . Nous en trouvâmes
en effet , qui nous reçûrent
comme des gens épouventez ,
avec des hurlemens & des cris
terribles . Ils difparurent dans
l'inftant par une fuite précipitée ;
mais quelques moments aprés ,
ils revinrent en plus grand nombre
, & s'approchant de nous
peu à peu , ils
nuds comme
peur. Ils étoie erent d'avoir
"
MERCURE. -
159
eux .
la main , hommes , femmes &
enfants , s'affeyans comme des
finges fur la nége ou fur la glace .
Nous fimes abatre du bois , &
aprés avoir fait grand feu &
bonne garde , nous fimes bientôt
connoiffance avec
Les fignes en cette occafion ,
nous fervirent de truchement .
Notre Capitaine avec quelques
habiles tireurs allerent chaffer ;
pour moi je reftai avec une
vingtaine de nos gens au milieu
de ces Sauvages , que je ne
pouvois trop admirer , comme
de leur côté , ils ne pouvoient
s'abstenir de manier mes habits
& ma barbe. Ils font petits ,
mal faits , fans barbe ni poil
de couleur rougeatre , avec des
>
Piij
160 LE NOUVEAU
cheveux longs & noirs.
Pour les femmes , elles font
encore plus épouventables ;
leurs pendants aux oreilles , au
né & à la lévre inférieure , des
pierres ou coquilles de différentes
couleurs . Pour paroître
plus aimables , elles ont grand
foin de fe peindre le corps d'un
rouge trés éclatant , & le vifage
d'un noir auffi luifant qu'un
Maroquin du Levant. Ces Peuples
fe logent dans des tanieres
moitié dans la terre , & moitić ,
dehors . Ils n'ont que le langage
au- deffus des bêtes , faifant tou→
tes leurs néceffitez en vous para
lant , avec moins de fcrupule
que lorfque nous nous mouchons
. Notre troupe étant reveMERCURE.
` 161
nuë chargée de toutes fortes
de gibiers ; nous nous en fé
parâmes aprés leur avoir laiffé
quelques haches & des coureaux
: Ils nous donnerent en
troc des fléches d'une ftructure
nouvelle , avec des coliers de
differents petits coquillages ,que
je vous deftine à mon retour.
Le Vendredy- Saint ; nous
partîmes de cet endroit que
nous nomâmes la Baye Saint
François du nom de notre Nayire
, aprés y avoir planté une
grande Croix , fur laquelle nous
y gravâmes le nom de notre
Vaiffeau & l'année. 19
Le lendemain nous découvrîmes
quatre ou cinq Ifles jufques
lors inconnuës , auxquelles nous
Piiij
162 LE NOUVEAU
donnâmes le nom de notre Ca
pitaine Enfin aprés avoir extrémement
fouffert , nous arrivâmes
à la Conception du Chily
avec un peu de pain & d'eau ,
étant prefque tous fcorbutiques ,
l'air de la terre & la bonne
nourriture nous eurent bientôt
rétablis . C'eſt affûrement un
des plus beaux , Païs du monde ,
tout y abonde naturellement ,
fans qu'on ait befoin de culture .
Les femmes Espagnoles y
font plus que galantes , on y
joue , on y chaffe & l'on y fait
bonne chere : Enfin aprés quelques
mois de féjour , il nous a
fallu quitter ce canton pour
nous rendre à Arica , d'où je
vous écris , c'eft fans difficulté
MERCURE. 163
f
l'endroit de la côte où il aborde
le plus d'argent , par la proximité
des mines du Potofi , qui
font dans les terres avant ,
d'environ foixante lieuës. On
ne peut s'imaginer un Paifage
plus effroyable ; il femble
que ce n'eft qu'à regret que la
terre donne ce miférable métail ,
dont les pauvres mortels font
fi fort altérez. Aprés qu'on l'a
tiré des mines avec des peines
incroyables. On le tranfporte
à travers des montagnes arides
& feiches , fans eau ni aucune
verdure.
Nous fommes moüillez entre
deux petites montagnes
toutes blanches de fiente d'oiſeaux
: Il y en a une fi grande
164 LE NOUVEAU
quantité , que fort fouvent
ils nous dérobent la clarté du
Soleil . Les Efpagnols s'en fervent
comme d'un excellent fumier
, dont ils en chargent tous
les mois quelques Vaiffeaux
pour le tranfporter à Lima.
Nous formes affiegez d'une
fi prodigieufe quantité de Baleines
,que l'air qu'elles exallent,
joint à l'odeur de cette fiente ,
caufe une infection fi dangereufe
, qu'elle eft mortelle à la
p upart des Etrangers ; nos
François y trouvent prefque
tous , leur cimetiere , & s'il en
meurt dix ailleurs , il en perit
ici deux cents. La terre y tremble
continuellement , & quelquefois
d'une maniere fi terMERCURE.
165
l'on ne fçait où fe rerible
que
fugier
.
Si nous allons à la Chine , &
delà en France par les Indes
Orientales , nous aurons faits à
peu prés le tour du monde ;
je veux dire un cercle fur fa
circonférence ; ce qu'il y a d'extraordinaire
, la route aura toujours
pris de l'Oüeft en allant
comme en revenant.
Il y auroit bien des ſujets de
méditation pour un fçavant
Aftronome . Il y obferveroit des
Etoiles , des Méteors & des Phenoménes
qui changent de climat
en climat : la Lune - même
paroît fujette à des irrégulari
tez extraordinaires .
Nous avons vu pendant fix
16GLE NOUVEAU,
mois deux petits nuages d'étoil
les blanches , qu'on appelle
Magellaniques ; à préfent ils
ont difparus : En échange nous
avons recouvré de nouveaux
aftres , qui nous étoient cachez
auparavant .
ils ne
Pour nos Marins
font pas grands fpéculateurs
ils fe mocquent de moi , quand
ils me furprennent la nuit , faifant
la revûe de mes étoiles ;
ils me difent qu'on vient ici pour
voir des piaftres , & non les
aftres.
à
Nous avons compté en arrivant
ici , prés de 40 Navires
François , il n'en refte pas 15
préfent : Les uns après avoir
vendu à tous prix , font allés à
MERCURE. 167
la Chine , & les autres s'en
font retournez en France . Je ſuis
M. & c.
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Résumé : A ARICA. Côte du Perou. Ce 5 Fevrier 1716.
En février 1716, un navire entame un voyage périlleux vers Arica, au Pérou, après huit mois de navigation. Près du cap Horn, le navire subit deux mois et demi de tempête. Le 4 avril, malgré divers efforts, l'équipage ne parvient pas à contourner une pointe terrestre et doit jeter les canons à la mer pour reculer vers la côte. Une accalmie leur permet de trouver refuge dans une baie, nommée Baye Saint-François, sauvant ainsi le navire et l'équipage. Ils y restent quinze jours, affrontant des tempêtes et perdant des ancres. Ils rencontrent des indigènes avec lesquels ils échangent des biens. Affaiblis par le scorbut, ils atteignent La Conception au Chili, où ils se rétablissent. La région est décrite comme abondante et agréable. Après quelques mois, ils reprennent leur route vers Arica. Le texte mentionne également un séjour près des mines du Potosi, célèbre pour son argent. La région est aride et riche en fiente d'oiseaux, utilisée comme fumier. Elle est marquée par des tremblements de terre fréquents. Un voyageur envisage un itinéraire vers la Chine puis la France via les Indes Orientales. Il observe des phénomènes astronomiques, tels que les nuages d'étoiles Magellaniques, mais les marins se moquent de ses observations. À son arrivée, il note la présence de près de 40 navires français, certains destinés à la Chine ou en route vers la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5974
p. 167-173
A QUEBEC. Le 18 Octobre 1716.
Début :
Aprés avoir promené le Lecteur dans l'Amérique Méridionale, Occidentale, / M[onsieur], Nous sortons d'une expédition contre les Sauvages [...]
Mots clefs :
Expédition, Sauvages, Fort, Peuple, Québec, Fleuve, Artillerie, Colonies, Gouverneur
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texteReconnaissance textuelle : A QUEBEC. Le 18 Octobre 1716.
APrés avoir promené leLecteur
dans l'Amérique Méridionale
, Occidentale ; tranfportons
le à preſent dans la Septentrionale,
En y voyant un autre
Ciel, il y verra d'autres Peu-
Ples , d'autres moeurs . Je lui
donnerai le fpectacle d'un Siége
dans les formes , & comment
il a été attaqué par les François
& défendu par les Sauvages ; II
n'a qu'à me fuivre.
168 LE NOUVEAU
M
A QUEBEC.
Le 18 Octobre 1716.
Nous fortons d'une expédi
tion contre les Sauvages denhaut
, qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez,
Ces Peuples connus fous le
nom des Outagamis ; c'eſt - à -
dire Renards , fe confiant (ur un
nouveau Fort qu'ils avoient éle
vés & qu'ils croyoient imprena
bles , faifoient des courfes continuelles
fur les autres Nations
amies
MERCURE. 169
amies desFrançois , & interrompoient
par là le cours du Commerce.
Pour reprimer ces défordres
& les mettre à la raifon , on
forma un petit corps d'Armée ,
composé de 300 François , auxquels
on joignit 600 Sauvages
de nos Aliez . Mr de Louvigny
Major de Quebec , & tres brave
Officier , fut chargé du commandement
de cette Troupe
aprés plus de 400 lieues de marche
nous arrivâmes enfin proche
les habitations des Renards ;
cette Nation eft à l'Ouest du
Lac des Illinois , proche la Baye
des Poute bu Atamis , & prés la
fource d'Ovisconfin , petite Riviere
qui fejette dans le Fleuve
Fanvier 1717. Q
170 LE NOU VE A U
du Mififfipi , nous les trouvâmes
retranches derriere trois rangs
de hautes Paliffades de gros bois
de Chêne , chacune féparée par
des foffés tres profonds . Malgré
la difficulté de l'entreprife, on fit
toutes les difpofitions neceffaires
poar les attaquer : la Tranchée
fut ouverte affez prés de la Paliffade
ils firent un feu continuel
de moufqueterie fur nous
pendant deux jours & demi :
maisfimal - à- propos ; que tous
leurs coups étoient perdus ; le
notre fut bien different ; comme
nous avions fait tranfporter
dans nos Canots deux mortiers
à grenades & quatre petites piéces
de Campagne ; cette artilieric
fit feu en même tems , une
A
ཟླ
MERCURE. 171
de nos grenades ayant crevée en
l'air , leurs femmes en furent fi
effrayées qu'elles fe mirent à
crier , voilà la mort qui vole
le maître de la vie eft irrité contre
nous. La feconde grenade
fit un effet beaucoup plus terrible
: car étant tombée fur une
de leur Cabane , elle en creva
le toit , & une vafte chaudiere
dont les éclats tuérent ou blefferent
plufieurs de ces Sauvages.
Les Outagamis confternés de
cefr acas , n'antendirent pas
qu'on les forçat : ils députérent
un de leurs principaux chefs
avec le Calumet ou la pipe de
paix , pour traiter d'accommodement
on leurs a impofé telle
Loy qu'il a plû ; on les a obligés
"
Qij
172 LE NOUVEAU
furtout , à nous dédomager de
la dépenfe que la Colonie avoit
faite pour les réduire , & à nous
remettre fix des plus confidérables
de leur Nation en otage .
Il y avoit environ trois mille
perfonnes dans ce Fort , dont
la moitié ; fçavoir, les Viellards ,
femmes & enfans s'étoit enfouie
fous terre comme des Renards
dans de profondes cavernes que
ces Peuples avoient pratiqués au
milieu de ce rempart : cette at .
taque ne nous a coûté que deux
de nos Alliez , & un François
bleffé.
Mrle Marquis de Vaudreuil
Gouverneur Général de la Conie
, arriva ici de France fur la
fin de Septembre : il y étoit pafMERCURE.
1-3
fe pour nous procurer de nouveaux
avantages. Jefuis M & c .
dans l'Amérique Méridionale
, Occidentale ; tranfportons
le à preſent dans la Septentrionale,
En y voyant un autre
Ciel, il y verra d'autres Peu-
Ples , d'autres moeurs . Je lui
donnerai le fpectacle d'un Siége
dans les formes , & comment
il a été attaqué par les François
& défendu par les Sauvages ; II
n'a qu'à me fuivre.
168 LE NOUVEAU
M
A QUEBEC.
Le 18 Octobre 1716.
Nous fortons d'une expédi
tion contre les Sauvages denhaut
, qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez,
Ces Peuples connus fous le
nom des Outagamis ; c'eſt - à -
dire Renards , fe confiant (ur un
nouveau Fort qu'ils avoient éle
vés & qu'ils croyoient imprena
bles , faifoient des courfes continuelles
fur les autres Nations
amies
MERCURE. 169
amies desFrançois , & interrompoient
par là le cours du Commerce.
Pour reprimer ces défordres
& les mettre à la raifon , on
forma un petit corps d'Armée ,
composé de 300 François , auxquels
on joignit 600 Sauvages
de nos Aliez . Mr de Louvigny
Major de Quebec , & tres brave
Officier , fut chargé du commandement
de cette Troupe
aprés plus de 400 lieues de marche
nous arrivâmes enfin proche
les habitations des Renards ;
cette Nation eft à l'Ouest du
Lac des Illinois , proche la Baye
des Poute bu Atamis , & prés la
fource d'Ovisconfin , petite Riviere
qui fejette dans le Fleuve
Fanvier 1717. Q
170 LE NOU VE A U
du Mififfipi , nous les trouvâmes
retranches derriere trois rangs
de hautes Paliffades de gros bois
de Chêne , chacune féparée par
des foffés tres profonds . Malgré
la difficulté de l'entreprife, on fit
toutes les difpofitions neceffaires
poar les attaquer : la Tranchée
fut ouverte affez prés de la Paliffade
ils firent un feu continuel
de moufqueterie fur nous
pendant deux jours & demi :
maisfimal - à- propos ; que tous
leurs coups étoient perdus ; le
notre fut bien different ; comme
nous avions fait tranfporter
dans nos Canots deux mortiers
à grenades & quatre petites piéces
de Campagne ; cette artilieric
fit feu en même tems , une
A
ཟླ
MERCURE. 171
de nos grenades ayant crevée en
l'air , leurs femmes en furent fi
effrayées qu'elles fe mirent à
crier , voilà la mort qui vole
le maître de la vie eft irrité contre
nous. La feconde grenade
fit un effet beaucoup plus terrible
: car étant tombée fur une
de leur Cabane , elle en creva
le toit , & une vafte chaudiere
dont les éclats tuérent ou blefferent
plufieurs de ces Sauvages.
Les Outagamis confternés de
cefr acas , n'antendirent pas
qu'on les forçat : ils députérent
un de leurs principaux chefs
avec le Calumet ou la pipe de
paix , pour traiter d'accommodement
on leurs a impofé telle
Loy qu'il a plû ; on les a obligés
"
Qij
172 LE NOUVEAU
furtout , à nous dédomager de
la dépenfe que la Colonie avoit
faite pour les réduire , & à nous
remettre fix des plus confidérables
de leur Nation en otage .
Il y avoit environ trois mille
perfonnes dans ce Fort , dont
la moitié ; fçavoir, les Viellards ,
femmes & enfans s'étoit enfouie
fous terre comme des Renards
dans de profondes cavernes que
ces Peuples avoient pratiqués au
milieu de ce rempart : cette at .
taque ne nous a coûté que deux
de nos Alliez , & un François
bleffé.
Mrle Marquis de Vaudreuil
Gouverneur Général de la Conie
, arriva ici de France fur la
fin de Septembre : il y étoit pafMERCURE.
1-3
fe pour nous procurer de nouveaux
avantages. Jefuis M & c .
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Résumé : A QUEBEC. Le 18 Octobre 1716.
En octobre 1716, une expédition française dirigée par Monsieur de Louvigny, composée de 300 Français et 600 alliés amérindiens, fut lancée contre les Outagamis, une tribu située à l'ouest du lac des Illinois. Cette opération visait à réprimer les attaques des Outagamis contre les nations alliées des Français. Après une longue marche, les forces françaises atteignirent le fort des Outagamis, protégé par trois rangées de palissades en chêne et des fossés profonds. Grâce à leur artillerie, incluant des mortiers et des pièces de campagne, les Français réussirent à effrayer et à blesser plusieurs défenseurs. Les Outagamis demandèrent alors un cessez-le-feu et acceptèrent des conditions de paix, incluant des réparations financières et la remise d'otages. L'attaque entraîna la mort de deux alliés et blessa un Français. En septembre, le gouverneur général de la colonie, le marquis de Vaudreuil, arriva pour renforcer les avantages français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5975
p. 173-177
Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Début :
On pouroit presque comparer un Mercure à un habit d'Arlequin ; [...]
Mots clefs :
Arlequin, Lyre, Récit, Muses, Plaisirs, Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Npouroit prefque comparer
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
un Mercure à un habit
d'Arlequin , c'eft un composé de
toutes fortes de piéces de differentes
couleurs , & cette bizarrerie
fans doute en eft un des principaux
agrémens ; il y faut coudre
tout ce qui paroît bon c'eft
la raifon pour laquelle on trouvera
ici la Lettre fuivante ; je l'ai
jugée trop bien écrite pour ne lui
pas donner place dans ce recueil.
D'ailleurs comme la perfone
qui ma fait l'honneur de me l'adreffer
, m'eft inconue , je ne
puis micux lui marquer ma re174
LE NOUVEAU
connoiffance qu'en la rendant
Publique . J'agirai toujours ainfr
toutes les fois que l'on s'offrira
à moi d'auffi bone grace.
Souvent j'ai medité d'abandonner
la Lyress
Mais tel eft le deftin des enfans
d'Apollon
Toujours vers lefacré Vallon ,
Unpenchant obſtiné, malgré nous,
nous attire.
Aprés ce début M. vous
devés pas douter , que je ne
vous faffe part de mes amufemens
je le ferai avec dautant
plus de plaifir , que fur le récit
qu'on ma fait de ... Je
me fens une forte inclination de
MERCURE. 175
fier avec vous un commerce d'amitié.
J'efpére b. aucoup d'une
union . qui fera l'ouvrage des
Mufes. Je vous ferois bien
obligé , fi vous vouliés m'apprendre
la forme que vous donnerés
à vos Recueils . Cela me
procureroit la facilité d'y conformer
ce que je pourrai produire
, il ne faut pourtant pas
que vous conceviés une trop
grande idée de moi. Voici mes
talens.
Exprimer tendrement un amonreux
miftere ,
Chanter mes plaifirs , mon
chagrin;
De depit quelque-fois abandonner
Cithere
,
176 LE NOUVEAU
Et recourir au Dieu du vin,
A Bbé. C'eſt àpeu présce queje
pourraifaire
Comme il faut cependant varier
Lesfujets
Fefçais , d'un grain defel artique
Affaifonner ane critique.
La Satyre à l'esprit fournit d'aimables
traits. RUST ( 2
Quelquefois je pourrai d'un mos
faire un myflere , auslas
Et par- làpréparer au Lecteur obfiné,
Qui de le rencontrerfaisſon unipos
que affaire
Le plaifir confolant de l'avoir deviné
Mais voici le meilleur , &le moin,
ordinaire ,
chez
MERCURE. 177
Chez ce qu'on appelle un Auteur
;
Si mes Vers n'ont le don de
plaire;
S'ils neflattent l'efprit ou ne gagnent
le coeur
Cher Abbéjefçaur ai me taire.
Je fuis M.
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Résumé : Lettre en Prose & en vers, adressée à l'Auteur, [titre d'après la table]
Le texte est une lettre intégrée dans un recueil, comparé à un costume d'Arlequin par sa diversité. L'auteur justifie l'inclusion de cette lettre par sa qualité littéraire et son anonymat, souhaitant ainsi obtenir une reconnaissance publique. Il avoue une prédilection pour la poésie et désire partager ses œuvres afin d'établir une relation amicale et collaborative avec le destinataire. L'auteur détaille ses compétences poétiques, capables d'exprimer les sentiments amoureux, de célébrer les plaisirs et les chagrins, ainsi que de produire des satires et des critiques. Il exprime aussi sa volonté de varier les sujets et de se taire si ses vers ne plaisent pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5976
p. 177-209
LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
Début :
De deux Dissertations ou Lettres sur un Livre nouveau intulé, / Jusques ici, Monsieur, on n'avoit employé d'autres [...]
Mots clefs :
Érudition, Muses, Satyre, Parnasse, Écrivains, Déesse, Poète, Style, Peintre, Voyageur, Raison, Triomphe, Ironie, Savants, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
DE
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
E deux Differtations cu
Lettres fur un Livre nouveau
intulé , Voyage du Parnaffe,
qui m'ont été envoyées ; j'ai préferé
celle qui m'a paru la moins
partiale : Dans la premiere que
j'ai rejettée & qui étoit fans nom.
l'Auteur y étoit traité fans miſericorde
: on ne faifoit graceni ,
fa Profe , ni à fes Vers : on pla-
Fanvier 1717.
R
178 LE NOUVEAU
çoit l'un & l'autre beaucoup au
deffous du modele fur lequel il
s'eft conformé , qui felon nôtre
Cenfeur , n'eft ni la Satyre de
Petrone , ni les Ragguali di Parnaſſo
è la Secretaria di Appolle
car ces deux ouvrages font excellents
) mais plûtôt une certaine
Hiftoire d'Anacreon , qui
parut il y a quatre ou cinq ans.
Notre Critique continue à
peu près fur ce ton .
moi qui ne veut point violer la
loi que je mefuis impofée , &
qui veux obferver une exacte
neutralité , je m'en fuis tenu à
la Lettre de M. Raimond
j'efpere qu'on me fçaura gré
de lui avoir donné la préference,
Pour
MERCURE. 179
********
LETTRE
A MONSIEUR
***
Sur le Voyage du Parnaffe ,
Par M. RAIMON D.
›
n'avoit employé d'autres
armes contre les modernes
que des Préfaces & des calculs
d'autorité . Ils avoient toûjours
répondu par des preuves & des
démonstrations : & la timide
Géométrie , qui n'ofe croire ,
Rij
180 LE NOUVEAU
fans être convaincuë , s'étoit affociée
à leur cauſe. Cet appui
fi confidérable leur fembloit devoir
décider la diſpute : Mais
toutes les reffources de leurs adverfaires
n'étoient pas épuifées ,
Un d'entr'eux s'élève de
nouveau contre une Secte fi
funefte à l'érudition , & dans une
fiction ingénieufe , où il décrit
avec exactitude l'ordre hyerarchique
des Favoris des Mufes.
Il dreffe une attaque d'autant
plus difficile à repouffer , qu'elle
eft foûtenue par la fatyre la
plus fine & la plus délicate.
Ce coup inopiné ne triompheroit
- il pas , M. , de votre
conftance à demeurer dans l'erreur
: & la demande que vous
MERCURE. 181
m'avez faite de l'extrait de cet
Ouvrage , ne feroit - elle pas le
commencement d'un heureux
retour ? Je vais faire enforte de
concourir à cette métamor
phɔfe , en vous donnant un fi
déle , mais vif précis de la critique
. Que pourroit contre nous
belprit adroit des novateurs , fi
nous avions de notre côté le
fubril Mercure ?
On ne s'y peut méprendre ;
le nouveau Géographe du Parnaffe
eft fort exacte fur la Chronologie
. Malheur à tout Poëte,
qui fe préfente fous fa plume,
fans être marqué au coin reſpectable
des ans . Cet intégre
perfonnage ne sçauroit pardonner
à une datte tant foit pev
R ij
182 LE NOUVEAU
moderne. Pourquoi , diront nos
Ecrivains d'ordinaire mauvais
plaifans , ne fommes- nous
pas nés du tems de Virgile ?
nous aurions un approbateur
de plus . Comme le but principal
de la relation eft de foudroyer
les Partifans de ce fiécle
, on ne perd point ici dé
vûë cet objet . Par tout l'érudite
antiquité triomphe . Par tout
l'ignorance de nos jours trouve
de quoi fe deffiller les yeux . Il
n'eft pas jufques à nos beaux
efprits , à qui on n'enlève le
mafque ; & ceux que nous
'avions crus toûjours les plus
univerfels dans l'éloquence &
dans la Poëfie ; maintenant dépouillés
de ces talents , dont
MERCURE.
183
ils ne poffedoient que le Phanôme
, rougiffent d'avoir pour
out mérite une connoiffance
affés éxacte de leur propre
langue .
la
Quelques délicats à la vérité
trouvent à redire dans la maniere
, dont les interlocuteurs
foûtiennent ici leurs diverfes
opinions . Il leur paroît que
caufe de M. de la Motte Y eft
condamnée, même avant d'être
inftruite , & qu'on ne lui donne
des Avocats , que pour prononcer
plus juridiquement fon
Arrêt : Mais cette objection eft
légére il faut avouer qu'on
infulte vivement dans cette production
aux ennemis du goût
Chronologique , & qu'on y fon-
R iiij
184 LE NOUVEAU
ge plûtôt à les opprimer , qu'à
les convaincre ; mais n'importe,
en matiere de difpute , une injure
vaut bien plufieurs arguments
.
Voilà ce me femble , M.
une efquiffe affés fidélement
tracée ; commençons à vous
donner une copie plus correcte .
L'Ouvrage divifé en deux parties
, dont chacune contient fix
Livres , s'annonce pour Poëme
au Lecteur par une courte Préface.
Plût au Ciel que nous
n'cuſſions jamais à effuyer d'avertiffements
moins utiles ?
Tout à coup le Réparateur
des Torts entre en matiere , occupé
tout entier du défir de
voir le féjour des Mufes ; il dé
MERCURE. 187
bure par une invocation , &
chaque parole qu'il prononce,
opére un prodige .
Déja fa priere eft oüye
Calliope vient , il la voit.
La Déeffe lui amene le courcier
aîlé des Poëtes. C'eftà re
gret qu'elle ne le conduit pas
elle-même au Parnaffe . Il ne
faut pas moins pour l'en empêcher
, que la multitude des ordres
exprés , dont Apollon l'a
chargée pour la République
des Lettres . La confiancequ'elle
a dans la force & l'adreffe du
Cavalier, lui fert à peine de confolation
. Cependantfon Favori
eft déja bien loin , & elle parle
186 LE NOUVEAU.
encore ; Pegafe vole, il parcourt
des efpaces immenfes il apperçoit
la double cime , il bat
des ailes , & plus léger qu'un .
trait , il porte le curieux voyageur
fur le mont facré . Que
de miracles en un inftant !
Un commencement fi extraordinaire
ne promet pas des fuites
moins étonnantes . L'étranger
rencontre deux habitants de la
Région Poëtique , qui bientôt le
devinent un de leurs confreres :
Et c'étoit-là ceux que le Dieu
des Vers lui deftinoit , pour
lui donner une parfaite connoiffance
de ce Pais fi fameux.
L'un dont les lauriers cachent
les cheveux blancs , eft introduit
fous le nom de Crantor , l'autre
A
MERCURE. 187
nommé Cliton , eft plus jeune,
& d'un exterieur moins négligé.
Tous deux , à ce qu'on nous apprend
ici , font l'honneur des
rives du Permeffe , & par conféquent
le font prefcrits pour
loi , une réligieufe admiration
des anciens . Suivez , Monfieur ,
ces illuftres guides , & vous
allés faire plus d'une décou
verte importante : Avec leurs
fecours je vais vous montrer des
enchanteurs , où la raifon pareffeufe
à inventer , n'apperçoit
que des moulins.
Les images fe préfentent en
foule ; là fur les bords rians ;
que baigne Caftalie de fon liquide
cristal , le Chantre immortel
du fougueux Achille
188 LE NOUVEAU
boit à long trait le nectar. Chaque
inftant le voit briller d'une
gloire nouvelle . Apollon fans
ceffe le pénetre des plus vivifiants
de fes rayons ; fans ceffe
il fe complaît à voir dans ce
Divin Génie, renaître fon image.
On voit aux côtés de l'augufter
Grec la fidéle Prêtreffe . Ici
Pindare rendant Orphée jaloux
de fes fons harmonieux , lui
fait brifer de dépit fa lire . Le
Poëte paroît plus grand que
les Héros- mêmes , dont il chante
les exploits . Cependant la trompette
bruyante fait retentir les
airs en voix pluſqu'humaine .
Du Deftin des Latins prononce
les Oracles.
MERCURE. 189
Peut-on méconnoître celui
qui la guide . C'est le Souverain
du Pinde ou c'eft le Paſteur
de Mantoüc.
J'allois pourfuivre fur ce ton
emphatique , fi un utile incident
ne m'eût averti , que vous at
tendiez de moi un fimple extrait,
Le plaifir dont le Voyageur fortuné
goute les charmes , eft bien
digne , que nous le partagions,
Il eſt des demi- Sçavantes au
Parnaffe , auffi bien qu'à Paris.
Ces femmes peu fenfées emploient
une partie de leurs oififs
jours , à converfer avec leurs
comtemporains , à lire leurs
meilleurs ouvrages , à oublier
même tout autre écrit, qui pourroit
faire faire diverfion à leurs
190 LE NOUVEAU
applaudiffemens . Elles feroient
en état fur la foy de leur feule
mémoire , de donner une édition
des Corneilles , des Molieres
des Defpréaux , des Racines ,
même des la Mottes . Elles ont
parcourû fur les traces du P.-
Malbranche le vafte Pais des
abſtraits. Elles ont pénétré dans
les fecrets les plus cachez de la
Philofophie Cartefiene . Aucune
production nouvelle ne leur
eft échapée ; & fouvent de tout
Homere, elles ne conoiffent que
lenom : Ainfi, paffant leur vie à
chercher le Beau , elles meurent.
fans l'avoir trouvé . C'eft,furtout
ces piétieufes , qu'en veut le
Géographe du Païs des Mufes .
Il fe fait introduire par fes GéMERCURE.
191
nereux guides dans une de ces
Compagnies , où la Dame H autaine
, & le Courtifan infipide
font en phrafes à la mode l'Apologie
de notre Siécle . Auffitôt
nos zelés Partifans des anciens ,
entrent en couroux . Leur mauvaife
humeur éclate . Ils ne peuvent
tenir contre l'énigmatique
precision , & l'affectation ridicule
de nos Auteurs . Le ftile ,
que les autres honorent du nom
de délicat, n'eft à leur gré , qu'un
amas de pointes frivoles , & de
tours vicieux . Vainement leurs
adverfaires s'écrient qu'on
n'apprécie pas affez le merite
des vivans qu'il eft du devoir
de ceux , chez qui la paffion net
s'empare jamais des droits du
192 LE NOUVEAU
goût & de la raifon ; de dire tou
jours à leurs perils, ce qu'ils penfent
à l'avantage des autres :
que fouvent la jaloufie nous fait
tenir en garde contre le plaifir
humiliant , que nous donnent
les ouvrages de ceux , par qui
nous nous fentons furpaffes .
Ces raifons ne font qu'irriter
l'ardeur des athletes . L'Auteur
s'éguaie à les voir terraffer leurs
Antagoniſtes ..
On en vient bientôt aux citations
: la châleur de la diſpute
nuit à la mémoire. Plus d'un
Ecrivain voit à regret fa penſée
mutilée , ou privée de fon jour:
mais pour être cité fidelement,
lui en feroit- t'on moins fon procés
? Rien ne peut éviter la critique
MERCURE.
193
tique judicieufe de l'atrabilaire
Cliton. Un tel Poëte , fi l'on
en confulte le Cenfeur inexorable
, n'enviſage fon art qu'au
travers des foibles lueurs de fa
Métaphifique : il eft denüé de
fentimens il ne fçait point
peindre il ne fçait point quitter
la terre; celui - cy ne cherche
qu'à énerver fes expreffions,
àéguifer des Strophesen épigrammes
, à remplir des vers durs ,
de moralités triviales , & hors
d'oeuvre. Cet autre méprifant
dans fon orgueilleufe Philofophie
ce beau défordre , qui caractériſe
le Lirique ; donne effrontement
le nom d'Odes à de
fimples Differtations , auffifroi- ,
des , qu'uniformes ; tels , ces
Janvier 1717. S
94 LE NOUVEAU
Vaiffeauxqui n'ont point encore
vû la mer , portent quelques
fois les noms de Victorieux &
de Foudroyans.
A ces portraits fi conformes
à leurs Originaux , mais , où l'on
évite avec tant de foin les termes
injurieux , dira - t'on encore
, qu'on traite fans ménagement
les Deffenfeurs
modernes ?
des
Pourra- t'on foupçonner , que
le zele de Cliton parte d'un
autre motif, que de l'interêt
de la Poëfie ? N'en doutons
point ; il fe rencontrera de ces
fcrutateurs
impertinens des
.coeurs , qui oferont deviner
que la qualité de mauvais Poë
te n'eft pas celle qui choque
MERCURE.
195
de critique dans les Ecrivians ,
dont il vent faire la peinture .
Vous vous garderez bien
Monfieur , d'être du nombre
de ces médifants . J'en répondrois
pour vous : Mais peutêtre
allez- vous former un jugement
téméraire d'une autre
ofpéce ? Peut- être croirez - vous
que le redreffeur de nos cerfeaux
fé contente de donner
un amas de corrections ftériles ?
Non , Monfieur , il ne fe borne
pas aux préceptes ; il y joint
les exemples , Madrigaux , Epigrammes
, compliments à Climene
, Adieux à Philis , Satires,
Epitres , Odes ; choififfez dans
quel gente vous voulez écrire ,
& vous trouverez dans cette
Sij
196 LE NOUVEAU
production , les modéles que
vous devez imiter. On vous en
donne pour garands les Defpreaux
, & les Crantors.
Excufez en cet endroit mon
embarras. Quoique je vous aye
promis , je fuis contraint de renoncer
à une exacte Analife.
Auffi bien fous quelles couleurs
pourrai-je vous tracer une image
agréable du nouveau Parnaffe ?
De quel oeil confidereriés vous
les Habitans de ceMont , fans y
diftinguer même parmi la foule,
vos amis les plus eftimables .
Le Peintre nous étale dans
un Tableau pompeux la nombreuſe
Cour du Prince des Poëtes
; & combien eft - il de noms
obfcurs , qui doivent le jour à
MERCURE. 197
fon Pinceau ? L'un coudoyé
par Sophocle , eft embarraffé
dee fe voir en fi bonne compa
gnie. L'autre ne va fe places ,
qu'en tremblant à côté d'Euripide.
Une terminaifon trop moderne
, fait rejetter ceux- ci . Ceuxlà
doivent à une finale latine le
rang qu'ils occupent.
1
Au pied de la Montagne Sa
crée,l'on voit proche l'Helicon ,
une Plaine entre- coupée de Marais.
C'eſt là , que fe rendent
ceuxqui font bannis de la double
Colline. Mais , qui l'eût crû t
Le célébre Houdart en ces lieux.
Tel devoit être le fort du fucceffeur
de S. Sorlin . Une méditation
profonde eft peinte før
198 LE NOUVEAU
fon vifage . Il paroît comme
étourdi d'un coup , dont il vien-;
droit d'être frappé . L'injustice
dont il accuſe ſes adverfaires ,"
eft là caufe de fa trifteffe ; tout
à coup la voix de Rouffeau fe
fait entendre : Il approche , il
apperçoit l'Auteur de la nouvelle
Iliade & fremit à fon
afpect . Envain , pour cacher
fon trouble , il emprunte le ton
de la Satires fon ennemi , mê.ne:
vaincu , lui paroît terrible .
Le Voyageur aprés s'être long
temps occupé de cette inultitu
de de fpectacles , fuit Cliton
dans une grote , où le Dieu des ,
Vers par un nouveau nectar
reprime les vapeurs de fes Fax
voris ; quoique le fage Crantor
MERCURE. 199
trouve la tranfition incivile. Il
ne peut fe réfoudre à quitter
des perfonnes qu'il aime. Il
entre , & les premiers objets
qui s'offrent à lui , font Gliceron
& Cotinet , deux des Antagoniftes
, qu'il avoit eû la veille à
combattre dans la compagnie
de nos demis - Sçavantes. Les
Atheletes bientôt fe mefurent
des yeux. Ils fe joignent. Ils
font de nouveaux efforts pour
obtenir la victoire .
N'entendre que le fubtil Cotinet,
On nefçaitpas , s'il impofe ,
Mais il parle fur la chofe
Comme s'il avoit raison .
En effet , comme dans cette
200 LE NOUVEAU
difpute on attaque moins le
Poëte , que le cenfeur d'Homere
, les Avocats de M. de
la Motte réüniffent ici toutes
leurs forces , pour juſtifier ſon
procédé.
Il n'a felon eux ,d'autres vûës ,
que d'entendre , & de faire entendre
la raifon . Le vrai lui eft
auffi bon de la main des autres ,
que de la fienne . Il étudie dans
ce qu'on lui oppofe , ce qu'il
peut y avoir de raifonnable ,
auffi content quelquefois , en
avoüant qu'il s'est trompé , que
le peuvent être ceux qui le réduifent
à en convenir. S'il propofe
des régles pour le Poëme
Epique , c'est toujours avec la
ufte défiance où l'on doit être
de
MERCURE. 201
de foi-même. Toutes fes veilles
ne font confacrées , qu'au foin
de fauver les jeunes gens du
préjugé dangereux où les jette
une admiration aveugle , & de
purger leur éducation de la
contradiction ordinaire qui y
régne. On leur crie d'un côté ,
cela eft divin , & de l'autre on les
reprend , quand ils viennent à
l'imiter. M. de la Motte ne
fonge donc qu'à leur donner des
idées fixes & uniformes , fu
lefquelles ils puiffent régler
également leur eftime & leur
travail. D'ailleurs de quels
égards n'ufe - t'il pas dans fa critique?
Demande- t'il autre chofe,
que de pouvoir louer Homere ?
Ceux d'entre les modernes ,
.
Fanvier 1717 .
>
T
202 LE NOUVEAU
cú
qui ont foûtenu leur parti avec
le plus de chaleur & de dignité ,
n'ont- ils pas avoués généreusement
, qu'Homere auroit peutêtre
atteint la perfection de
fon art , s'il fut né dans le fiécle
d'Augufte , ou dans le notre ;
mais que né dans le tems
l'art ne s'étoit point encore
montré , n'étant guidé par aucunes
régles , éclaire , par aucuns
exemples , on lui doit tenir
compre de fon Poëne , tout
monftrueux qu'il eft . Enfin
qui jamais , ajoute t'on , s'eft
avifé d'accufer un homme de
Géometrie , pour avoir donné
à la Poëtique fes axiomes , fes
théorèmes , fes corrollaires , fes
démonftrations.
MERCURE.
203
Je vous vois déja , Monfieur ,
partager le triomphe apparent
de votre Secte. Que peuvent
répondre , dites - vous , les deffenfeurs
de l'antiquité ? Nous
avons les lumieres de la Philofophie
, & ils n'ont que trois
mil ans d'admiration . A qui
s'en tenir au préjugé , ou à la
raifon ?
Vos argumens , il faut l'avouer
, fembleroient être autant
de coups mortels pour notre
parti , fi nous n'avions de notre
côté le genie fublime du Sçavant
Crantor. Quel charme ! de
le voir , tantôt commenter les
autorités tantôt manier la
délicate ironie , quelquefois
;
Tij
204 LE NOUVEAU
emporté par le beau feu , qui l'anime
, prendre le ton d'oracle ,
& annoncer aux Zoiles préfomptueux
, que tous les nuages
, dont ils s'efforcent
d'obfcurcir
Homere , ferviront feulement
à faire éclater davantage
les raions de ce Soleil ? Sur
tout avec quelle addreffe , avec quelle
force
fe fertil
entre
fes .
adverfaires de leur propre critique
? Ne craignés point d'entendre
ici ces juftifications tant
de fois repetées . On y allegue
plus ,pour fauver quelques paffages
obfcurs ou choquans , l'harinonie
grecque , la fçavante allegorie
, la noble fimplicité des
temps heroïques . Un feul mor
vous arrache la victoire . Vous
MERCURE. 205
avez beau vous confumer en
vains raifonnemens ; on vous
avertit , que malgré vous , Homere
fera toûjours le plus grand
des Poëtes. Le gros des hommes
ne fe trompe point & le
beau eft immuable.
La converfation alloit s'échauffer
; fi un bruit fubit ne fe
für joint au murmure des combattans
. C'étoient deux Poëtes ,
qui difputoient enſemble fur la
prééminence de leurs ouvrages.
Lesraifons bientôt furent fuivies
des injures , & les coups fuccé
derent. Nouveaux fillogifmes ,
Monfieur , qui devroient vous
engager à fuivre nos étandars .
Rarement les zelés adorateurs
des anciens ont entr'eux ces fu-
T
206 LE NOUVEAU
jets de difpute. Ils n'ont point
le deffaut de compofer.
Eft- ce enfin affez de preuves ?
Vous obftinerez- vous encore ,
à ne pas voir la verité , qui fe
dévoile à vos yeux ? Je vous
entens. Le refpect humain ope
re. Vous craignez le nom de déferteur.
Achevons de vous guerir
, en rompant cette derniere
chaîne , qui vous affervit à la
mauvaife caufe . Vous appréhendez
, dites- vous , qu'on ne vous
accufe d'avoir trahi vôtre parti?
Mais depuis long- temps il n'éxifte
plus . Vos troupes ont êté
pour jamais difperfées . Ceux
tmêmes pour qui vous con b tviez
, fe font déclarez contre
tous. Qui peut donc vous reenir
Eft ce attachement pour
MERCURE. 107
vôtre chef ? Songez plûtôt ,
Monfieur , à déplorer fon infortune
, qu'à imiter fa rebellion .
Voici le trait , dont il devoit
perir . Le voyageur affemble
chez un Mecene bourgeois plu-
' fieurs juges d'un merite diftingué
, on y lit un poëme monftrueux;
& l'on le fait pafferfous
le nom de Monfieur de la Motte .
Peut il furvivre à ce coup accablant
? Ce n'eft pas tout fon malheur
, les Dieux s'interteffent
à fa ruine. Apollon à la requê
te des Mufes nous accorde une
audiance . Une Tragicomedie ,
où nous expofons l'injuſtice des
modernes dans tout fon jour ,
nous fert de plaidoïer , & nous
achevons de vaincre .
Tiiij.
408 LE NOUVEAU.
Je ne puis plus fouffrir ce
jargon pitoyable ,
De la dotte Dacier volume redoutable
,
Change tes traits puiſſans en carreaux
dans mes mains ;
Pars , du file confus delivrons
les humains.
Ainfi parle le Dieu ; & au même
inftant , ¢
Le Livre vengeur tombe, &fcmblable
à la foudre ,
Reduit Ode , Opera , Fable , Poëte
in pouare.
Je fouhlite , Monfieur , avoir
fatisfait à ce que vous exigiez de
moi. Il me refteroit cependant
à vous faire conoître quel eft
l'Auteur du voyage du Parnaffe :
mais vous m'en difpenfer ez , s'il
MERCURE.
209
"
vous plaît. Le critique eft fi modefte
, que plus il apprend ce que
le public penfe à fon égard , plus
il a foin de cacher fon nom.
J'ai feulement découvert
qu'il avoit projetté de dédier
fon Livre à Madame Dacier ; &
on a lieu d'être furpris , comment
il n'a pas rendu cet hommage
à une Sçavante , qui fait le
principal éclat de notre caufe .
Par rapport aux divers jugemens
qu'on porte de cette production ,
les Sçavans difent , que l'invention
de la fable eft due au Boccalini
Italien ; & les modernes
croyent que c'eft un fonge trifte
dont l'Auteur nous fait le recit ,
n'étant pas encore bien éveillé.
Adicu , Monfieur , je fuis ,
V. S. RAYMOND.
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Résumé : LETTRE A MONSIEUR *** Sur le Voyage du Parnasse, Par M. RAIMOND.
La lettre de M. Raimond critique l'ouvrage satirique 'Voyage du Parnaffe', qui attaque les écrivains modernes en faveur des anciens. Le livre est divisé en deux parties de six livres chacune et commence par une invocation permettant au protagoniste de voyager au Parnaffe, guidé par Pégase. Sur place, il rencontre Crantor et Cliton, représentants de l'admiration des anciens, qui promettent des révélations sur la poésie. La critique reconnaît l'efficacité de la satire mais soulève des objections mineures sur la présentation des opinions. Le texte met en scène une discussion littéraire entre partisans des anciens et des modernes. Les premiers reprochent aux modernes leur style frivole, tandis que les seconds défendent les mérites des écrivains contemporains. Cliton, un critique sévère, accuse les poètes modernes de manquer de sentiment et de talent. Le narrateur exprime son embarras à décrire le nouveau Parnasse et ses habitants sans pouvoir distinguer ses amis. La scène se déroule sur le mont Parnasse, où les habitants débattent de la valeur des œuvres poétiques, notamment celles d'Homère. Au pied du mont, une plaine marécageuse accueille ceux rejetés par le Parnasse, comme Houdart et Rousseau. Le voyageur rencontre ensuite Glicéron et Cotinet, qui défendent M. de La Motte contre les critiques d'Homère, affirmant qu'il cherche à faire entendre la raison et à éviter les préjugés. L'auteur de la lettre tente de convaincre son interlocuteur de reconnaître la vérité et de se détacher de ses anciennes allégeances. Il mentionne une anecdote impliquant Mercure, Apollon et les Muses, illustrant la défaite des adversaires. Mercure condamne un 'jargon pitoyable' et un 'volume redoutable', probablement les écrits de Madame Dacier. L'auteur refuse de révéler l'auteur du 'Voyage du Parnasse' et rapporte divers jugements sur cette production.
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5977
p. 210-214
EPITRE DE M. MICHEL. A M ***, à qui il avoit promit le cocuage de M. ARROUET.
Début :
J'aurois bien souhaité que la Lettre précedente eut été moins / Beau Damoisel, ne dédaignez ce titre, [...]
Mots clefs :
Damoiselle, Chapitre, Cocuage, Leçon, Discours, Loyauté, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. MICHEL. A M ***, à qui il avoit promit le cocuage de M. ARROUET.
J'aurois bien fonhaité qu
la Lettre précedente eut été
moins longue ; fi elle a plu
elle aura parû courte ; en ce
cas là je fuis content mais
j'efpere qu'on ne le fera pas
moins des deux petites piéces
de Vers fuivantesMERCURE.
21 ,
EPITRE ,
DE M. MICHEL
A M ***
à qui il
avoit
promit
le cocuage
de
M. ARROUET.
B
,
Eau Damoifel , ne dédaignez
ce titre
D'autres affez je pourrois
vous donner ;
Mais par trop long en feroit
le Chapitre ,
i2 LE NOUVEAU
Sçavoirfauldroit louange affaifoner
vous , façonner Et comme
une Epitre :
Beau Damoifel adonques ,
vous diray
Qu'à la parfin demain vous
Tivreray
Demain fans plus , le gentil
Cocuage
Qu'avés promis à Dame cointe
, &fage ;
En attendant certes bien avez
pú
Trés
doulcement fur ce point
vous étendre ,
MERCURE. i
213
La mettre au fait s'entend,s´elle
a voulu ,
Pour en aprés la piece mieux,
comprendre :
Or eft ainfi,qu'en cas de telſçavoir
,
Executer convient pour bien.
apprendre.
·Leçon pratique a coûtume d'avoir
Ie ne fçais quoi , que mieuxs
fe fait entendre ;
Mais quefert-il alleguer tel
propos
A vous , Seigneur, qui fçavez
la Rubrique ,
214 LE NOUVEAU
Er qui feriez fur les Rits de
Paphos ,
Glofefubtile , autant que patétique
:
Doncques ne fault tant me
mettre en humeur ;
Ains devant vous m'affiert
humble filence
Plus que difcours , & vaine
pétulance ,
A tant me tais , & fuis vraiment
de coeur ,
Votre petit , mais loyal Serviteur.
la Lettre précedente eut été
moins longue ; fi elle a plu
elle aura parû courte ; en ce
cas là je fuis content mais
j'efpere qu'on ne le fera pas
moins des deux petites piéces
de Vers fuivantesMERCURE.
21 ,
EPITRE ,
DE M. MICHEL
A M ***
à qui il
avoit
promit
le cocuage
de
M. ARROUET.
B
,
Eau Damoifel , ne dédaignez
ce titre
D'autres affez je pourrois
vous donner ;
Mais par trop long en feroit
le Chapitre ,
i2 LE NOUVEAU
Sçavoirfauldroit louange affaifoner
vous , façonner Et comme
une Epitre :
Beau Damoifel adonques ,
vous diray
Qu'à la parfin demain vous
Tivreray
Demain fans plus , le gentil
Cocuage
Qu'avés promis à Dame cointe
, &fage ;
En attendant certes bien avez
pú
Trés
doulcement fur ce point
vous étendre ,
MERCURE. i
213
La mettre au fait s'entend,s´elle
a voulu ,
Pour en aprés la piece mieux,
comprendre :
Or eft ainfi,qu'en cas de telſçavoir
,
Executer convient pour bien.
apprendre.
·Leçon pratique a coûtume d'avoir
Ie ne fçais quoi , que mieuxs
fe fait entendre ;
Mais quefert-il alleguer tel
propos
A vous , Seigneur, qui fçavez
la Rubrique ,
214 LE NOUVEAU
Er qui feriez fur les Rits de
Paphos ,
Glofefubtile , autant que patétique
:
Doncques ne fault tant me
mettre en humeur ;
Ains devant vous m'affiert
humble filence
Plus que difcours , & vaine
pétulance ,
A tant me tais , & fuis vraiment
de coeur ,
Votre petit , mais loyal Serviteur.
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Résumé : EPITRE DE M. MICHEL. A M ***, à qui il avoit promit le cocuage de M. ARROUET.
L'auteur d'une lettre ou d'un poème s'exprime sur la réception d'une missive précédente, espérant qu'elle ait été appréciée malgré sa longueur. Il mentionne deux œuvres poétiques : 'MERCURE' et 'ÉPÎTRE'. Cette dernière est adressée à M. Michel et traite d'une promesse de 'cocuage' impliquant M. Arrouet. L'auteur s'adresse ensuite à un 'Beau Damoisel', lui promettant une révélation pour le lendemain. Il évoque également une 'leçon pratique' et se décrit comme humble et silencieux plutôt que bavard. Il conclut en se présentant comme un 'loyal serviteur'.
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5978
p. 215-218
FABLE Par M. Dufreny.
Début :
Un jeune Rossignol, & sa Rossignolette [...]
Mots clefs :
Rossignol, Amour, Plumage, Merle, Complots, Oiseaux, Chagrin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE Par M. Dufreny.
FABLE
Par M. Dufreny .
N jeune Roffignol , &fa
Roffignolette
S'entrejuroient
par mainte chan-
Sonnette ,
De s'aimer reciproquement ;
Et s'aimoient effectivement
Selon la Gauloife methode ;
Les Oiseaux , comme nous , ne
changent point de mode ,
Toûjours
même plumage , & toûjours
même amour ;
Ils chantoientjour & nuit, & les
bois d'alentour
216 LE NOUVEAU
Retentiffoient
dufon de leur vive
cadence.
Sur un buiffon voifinfaiſoitfarefidence
Un vieux Merlegrand radoteur
,
Noir & bouru , comme un
Docteur :
Le chant des Roffignols lui donnoit
la migraine ,
S'ils tiennent tant foitpeu de l'inconftance
humaine
Dit- il, car il argumentoit ,
Comme un fin Merle qu'il
étoit. )
Avec leur tendre amour finira
leur ramage ,
L'amour ne peut durer que jufqu'au
mariage:
Oh ! marions les donc , il en fit le
complet
MERCURE. 217
complot :
Pour regler& douaire& dot;
Auffi- toft furent averties
Deux Chouettes , & quatre
Pies
Quijaferent , Dieu fçait , on ne
s'entendoit plus ,
·
Qu'aura t'il ? Qu'aura - r'elle ?
articles donc conclus
Le ſouffigné Corbeau leur fervit
de Notaire ,
Graves Coucous autorifants
l'affaire s
Entre les Roffinols legrand noeud
Se noua:
Dés la troifiéme nuit le mâle s'enroua
,
Lafemelle forteen ramage
Se mainint un peu davantage
;
V
218 LENOUVEAU
Mais voyant leurs petits
1
éclos
1ls earent tous deux le bec
clos i
C'est ainsi parmi nous que le cours
d'une année
Finit la tendreffe , & les
chants
De nos plus folâtresAmants :
On voit mêmefouvent naître dans
l'Hymenée
Les chagrins avant les enfants.
Par M. Dufreny .
N jeune Roffignol , &fa
Roffignolette
S'entrejuroient
par mainte chan-
Sonnette ,
De s'aimer reciproquement ;
Et s'aimoient effectivement
Selon la Gauloife methode ;
Les Oiseaux , comme nous , ne
changent point de mode ,
Toûjours
même plumage , & toûjours
même amour ;
Ils chantoientjour & nuit, & les
bois d'alentour
216 LE NOUVEAU
Retentiffoient
dufon de leur vive
cadence.
Sur un buiffon voifinfaiſoitfarefidence
Un vieux Merlegrand radoteur
,
Noir & bouru , comme un
Docteur :
Le chant des Roffignols lui donnoit
la migraine ,
S'ils tiennent tant foitpeu de l'inconftance
humaine
Dit- il, car il argumentoit ,
Comme un fin Merle qu'il
étoit. )
Avec leur tendre amour finira
leur ramage ,
L'amour ne peut durer que jufqu'au
mariage:
Oh ! marions les donc , il en fit le
complet
MERCURE. 217
complot :
Pour regler& douaire& dot;
Auffi- toft furent averties
Deux Chouettes , & quatre
Pies
Quijaferent , Dieu fçait , on ne
s'entendoit plus ,
·
Qu'aura t'il ? Qu'aura - r'elle ?
articles donc conclus
Le ſouffigné Corbeau leur fervit
de Notaire ,
Graves Coucous autorifants
l'affaire s
Entre les Roffinols legrand noeud
Se noua:
Dés la troifiéme nuit le mâle s'enroua
,
Lafemelle forteen ramage
Se mainint un peu davantage
;
V
218 LENOUVEAU
Mais voyant leurs petits
1
éclos
1ls earent tous deux le bec
clos i
C'est ainsi parmi nous que le cours
d'une année
Finit la tendreffe , & les
chants
De nos plus folâtresAmants :
On voit mêmefouvent naître dans
l'Hymenée
Les chagrins avant les enfants.
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Résumé : FABLE Par M. Dufreny.
La fable de M. Dufreny narre l'histoire de deux oiseaux, Roffignol et Roffignolette, dont l'amour profond les poussait à chanter sans cesse. Un vieux merle, comparé à un docteur, critiquait leur comportement, affirmant que l'amour ne survit pas au mariage. Il orchestra donc leur union avec l'aide de deux chouettes et quatre pies pour organiser la cérémonie, et un corbeau comme notaire. Après le mariage, Roffignol perdit sa voix dès la troisième nuit, suivi peu après par Roffignolette. À la naissance de leurs petits, ils cessèrent tous deux de chanter. Cette fable met en lumière comment, chez les humains, la tendresse et les chants des amoureux peuvent rapidement disparaître après le mariage, souvent remplacés par des chagrins avant même la venue des enfants.
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5979
p. 218-220
« Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...] »
Début :
Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...]
Mots clefs :
Chanson, Énigme, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...] »
Si j'avois voulu croire certains
Sçavans bourus , j'aurois retranché
la Chanfon , & l'Enigme ,
comme pieces hors d'oeuvre ; je
n'ai cu garde d'écouter d'auffi
mauvais confeils . Ce feroit un
MERCURE. 219.
attentat impardonnable contre
le droit public. Eh ! de quelle
confideration feroit un Mercure
privé de ces deux lumieres
qui en font comme
les yeux . Qui ne fait , que
par la Chanfon on exerce la
voix , & par l'Enigme on accoûtume
l'efprit à penfer, reflechir ,
& juger. Souvent un petit Air
chanté de goût par une aimable
Iris , peutêtre l'occafion de la
plus belle aventure du monde ;
fouvent la voix achève , ce que
fes charmes n'avoient qu'efleurés
; fi aprés cela elle eft encore
affez heureuſe de deviner l'Enigme
, ne peut-elle pas devenir
Marquife ! A qui en auroit- elle
obligation ? fi ce n'est à ina
Vij
220 LE NOUVEAU
Chanfon ? Je conclus done de
ce fin raifonnement , qu'il eft
neceffaire pour l'établiffement
de celles qui fçavent la Mufique
, que je décore mon Livre
de ce qui peut leur tenir lieu de
dot.
Sçavans bourus , j'aurois retranché
la Chanfon , & l'Enigme ,
comme pieces hors d'oeuvre ; je
n'ai cu garde d'écouter d'auffi
mauvais confeils . Ce feroit un
MERCURE. 219.
attentat impardonnable contre
le droit public. Eh ! de quelle
confideration feroit un Mercure
privé de ces deux lumieres
qui en font comme
les yeux . Qui ne fait , que
par la Chanfon on exerce la
voix , & par l'Enigme on accoûtume
l'efprit à penfer, reflechir ,
& juger. Souvent un petit Air
chanté de goût par une aimable
Iris , peutêtre l'occafion de la
plus belle aventure du monde ;
fouvent la voix achève , ce que
fes charmes n'avoient qu'efleurés
; fi aprés cela elle eft encore
affez heureuſe de deviner l'Enigme
, ne peut-elle pas devenir
Marquife ! A qui en auroit- elle
obligation ? fi ce n'est à ina
Vij
220 LE NOUVEAU
Chanfon ? Je conclus done de
ce fin raifonnement , qu'il eft
neceffaire pour l'établiffement
de celles qui fçavent la Mufique
, que je décore mon Livre
de ce qui peut leur tenir lieu de
dot.
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Résumé : « Si j'avois voulu croire certains Sçavans bourus, j'aurois retranché [...] »
Le texte met en avant l'importance de deux éléments, la 'Chanfon' (chant) et l''Enigme', dans un contexte musical ou littéraire. L'auteur s'oppose fermement à leur suppression, qu'il qualifie d''attentat impardonnable contre le droit public'. Il considère ces éléments comme essentiels, comparables aux yeux d'un Mercure. La 'Chanfon' permet d'exercer la voix, tandis que l''Enigme' stimule l'esprit à penser, réfléchir et juger. L'auteur illustre son propos par un exemple où une belle voix et la résolution d'une énigme peuvent mener à une belle aventure ou à une promotion sociale, comme devenir marquise. Il conclut que pour les femmes connaissant la musique, il est crucial de décorer leur livre avec des éléments servant de dot, soulignant ainsi l'importance de la 'Chanfon' et de l''Enigme'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5980
p. 220-222
CHANSON.
Début :
A ce dessein je leur ai fait choix des plus jolies / Par les yeux d'Anette [...]
Mots clefs :
Amour, Musette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
A ce deffein je leur ai fait
choix des plus jolies paroles , du
plus joly Air... Il fuffit que M.
de Rochebrune foit Auteur des
Couplets , & M. de Beaupré de
la Mufique .
P
CHANSON.
Ar les yeux d'Anette
L'amour m'a bleffé ,
Elle eft trop jeunette ;
Mais je fuis forcé
D'adorer la follette ;
MERCURE, 221
Devroit- on charmer ,
Avant l'âge d'aimer.
La Rofe nouvelle
Offre moins d'appas,
Anette eft plus belle
Mais elle eft , helas !
Infenfible comme elle :
Devroit- on , & c .
Lorſqu'autour d'Anette,
Volent mille Amours
Dans fa main adroite
Son fuleau toûjours
File fa quenouillette;
Devroit-on , & c.
炭燒雞
Quand fur ma Mufette ;
Je forme des chants ,
Mon ardeur fecrette
222 LE NOUVEAU
Les rend plus touchans
Sans attendrir Annette :
Devroit-on , & c.
Il me faut attendre
Un Printems au moins
Avant de prétendre
Le prix de mes foins ;
Quel fort pour un coeur tendre !
Devroit- on , & c.
choix des plus jolies paroles , du
plus joly Air... Il fuffit que M.
de Rochebrune foit Auteur des
Couplets , & M. de Beaupré de
la Mufique .
P
CHANSON.
Ar les yeux d'Anette
L'amour m'a bleffé ,
Elle eft trop jeunette ;
Mais je fuis forcé
D'adorer la follette ;
MERCURE, 221
Devroit- on charmer ,
Avant l'âge d'aimer.
La Rofe nouvelle
Offre moins d'appas,
Anette eft plus belle
Mais elle eft , helas !
Infenfible comme elle :
Devroit- on , & c .
Lorſqu'autour d'Anette,
Volent mille Amours
Dans fa main adroite
Son fuleau toûjours
File fa quenouillette;
Devroit-on , & c.
炭燒雞
Quand fur ma Mufette ;
Je forme des chants ,
Mon ardeur fecrette
222 LE NOUVEAU
Les rend plus touchans
Sans attendrir Annette :
Devroit-on , & c.
Il me faut attendre
Un Printems au moins
Avant de prétendre
Le prix de mes foins ;
Quel fort pour un coeur tendre !
Devroit- on , & c.
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Résumé : CHANSON.
Le texte décrit une chanson dédiée à Anette, jeune fille admirée pour sa beauté et son innocence. Composée par M. de Rochebrune et mise en musique par M. de Beaupré, elle exprime l'amour du narrateur pour Anette, malgré son jeune âge et son indifférence. Il compare Anette à une rose nouvelle et observe ses gestes quotidiens. Il devra attendre au moins un printemps pour espérer son affection.
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5981
p. 222-223
ENIGME.
Début :
Figurément je parle ici. [...]
Mots clefs :
Estomac
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
1gurément je parle ici,
Du Magiftrat j'ai quelques
vices ,
en ai quelques vertus auſſi ;
Fai,comme un Magiftrat , me's humears
, mes caprices ,
Jefoiblis , quandjefuis beaucoup
follicité's
MERCURE.
223
Je fuis laborieux , j'ai de la vigilance
,
Dufeu , de la capacité ,
Maisje n'ai point d'intelligenee.
La routinefouvent fait mon habileté
,
J'ajuste à la loipofitive
La justice diftributive ,
Suivant la plus ancienne loi.
Quelquefois de monfac ,quelques
pieces forties
Me démontent, & malgré
moi ,
En rapportant fort mal , je fais
tort aux parties ,
Et j'éprouve le triftefort
Du malheureux mortél queje condamne
à mort.
1gurément je parle ici,
Du Magiftrat j'ai quelques
vices ,
en ai quelques vertus auſſi ;
Fai,comme un Magiftrat , me's humears
, mes caprices ,
Jefoiblis , quandjefuis beaucoup
follicité's
MERCURE.
223
Je fuis laborieux , j'ai de la vigilance
,
Dufeu , de la capacité ,
Maisje n'ai point d'intelligenee.
La routinefouvent fait mon habileté
,
J'ajuste à la loipofitive
La justice diftributive ,
Suivant la plus ancienne loi.
Quelquefois de monfac ,quelques
pieces forties
Me démontent, & malgré
moi ,
En rapportant fort mal , je fais
tort aux parties ,
Et j'éprouve le triftefort
Du malheureux mortél queje condamne
à mort.
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5982
p. 224
AUTRE.
Début :
J'ay deux pieds opposés, [...]
Mots clefs :
Échelle
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ay deux pieds oppofés
Et point de tête.
Les plus ofex,
Etantfur moi prés de la béte
Quiporte crête ,
Tremblent un peu .
Lejoli jeu ,
Que defairefur moy l'Anguille !
Tel quifur moifit bon butin ,
Sur moifait chanter en Latin
Garçon & Fille,
De par le Roy
Devinez moy.
Ay deux pieds oppofés
Et point de tête.
Les plus ofex,
Etantfur moi prés de la béte
Quiporte crête ,
Tremblent un peu .
Lejoli jeu ,
Que defairefur moy l'Anguille !
Tel quifur moifit bon butin ,
Sur moifait chanter en Latin
Garçon & Fille,
De par le Roy
Devinez moy.
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5983
p. 224-230
Lettre Anonime, écrite à l'Auteur, [titre d'après la table]
Début :
Dans le tems que j'étois le plus intrigué pour découvrir des nouvelles [...]
Mots clefs :
Pitié , Embarras, Pièces littéraires, Public, Gazettes, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : Lettre Anonime, écrite à l'Auteur, [titre d'après la table]
Dans le tems que j'étois le
plus intrigué pour découvrir des
nouvelles, dont les Gazettes ne
fe
MERCURE. 225
fe fuffent pas encore emparées ,
j'ai été affez heureux que de recevoir
un pacquet d'une main
étrangere, qui m'a tout- à- fait tiré
de l'inquiétude où j'étois fur
cet article. Aprés avoir parcouru
tout ce qu'il contenoit , il
m'a paru, que l'obligeant incon
nu étoit au fait de tout ce qui fe
paffoit de plus nouveau ; &
que le choix qu'il en a fait , ne
déplairoit pas. C'est ce qui m'a
fixé à rendre public ce qu'il m'à
adreffé .
Vous me faites pitié , mon
pauvre Mercure , & cette pitié
fait que quelque inconnu que je
vous fois, j'entre cependant dans
l'embarras où je foupçonne que
Fanvier 1717.
X
226 LE NOUVEAU
de
vous vous trouvez par rapport
au peu de tems qui vous refte
pour la compofition de votre
Recueil. Je fuppoſe par avance
que vous ne manquez pas
Pieces Litteraires,mais je crains
fort qu'il n'en foit pas de même
de ce que l'on appelle Nouvelles.
Il faudroit pour cela s'être
preparé de longuemain des correfpondances
& s'être deftiné
en quelque façon à un commerce
mutuel de Relations dans
toutes les Cours de l'Europe ;
ç'aura étéaparemmentvôtre premiere
attention , enattendant que
ces fources coulent jufqu'à vous ;
nevous tiendricz vous pas obligé
envers une perfonne qui vous
délivreroit en partie de cette
MERCURE . 227
rech erche . Sans doute , me direz-
vous . Eh bien , voilà votre
Nouvelifte tout trouvé ? puifque
c'eft moi- même qui veut vous
épargner ce travail & vous dégager
envers le Public de la né
ceffité où vous êtes de le fatis
faire fur ce point.
J'avois d'abord eu deffein de
rapporter les faits dans l'ordre
qu'ils fe préfenteroient à ma
memoire , mais j'ai jugé à pro
pos de féparer les évenemens étrangers
d'avec ceux de la Cour
& de la Ville . J'ai même divifé
chaque matiere par autant d'arricles
, afin que l'on pût cho fir
celle qui agréeroit davantage.
J'ai été tenté plufieurs fois d appliquerdes
Reflexions à l'Hifto-
Xij
228 LE NOUVEAU
rique ; cependant tout bien examiné
, j'ai cru qu'il valloit
mieux abandonner cette partie
à fon Lecteurs que ce feroit gêner
fes vûës fur les conféquences
qu'il pourroit tirer lui même
; contentés vous de lui préfenter
nettement , tout ce que
vous lui décrirés en détail ; il
fera bien le refte fans vous .
Il me reste préfentement une
petite difficulté fur le triage
que vous ferés des nouvelles ,
Car quelque bien informé que
vous foyés , il vous fera prefqu'
impoffible de ne point répeter
les Gazettes en bien des endroits
; les faits ne'varient point,
cela est vrai , mais par où vo- eſt
vre Livre doit primer ſur elles ;
MERCURE. 229
>
c'eft que les Gazettes ne donnans
les nouvelles que par parties
interrompuës , il vous eft
permis de lier ces parties les
unes aux autres -& d'en faire
un tout qui enchaîné par
de nouvelles circonftances , ne
fera pas indifférent; femblable à
ces Hiftoires du tems
quoique formées fur différents
Mémoires que l'on a lû , ne
laiffent pas de faire un nouveau
plaifir par le mérite de l'arangement
que l'Auteur y a
mis .
qui
Voilà Mr bien des libertés pour
un inconnu ; j'efpére que vous
me les pafferés en faveur de mes
bonnes intentions ; d'ailleurs
n'êtes- vous pas le maître d'y
Xiij
230 LE NOUVEAU
apporter telle modification que
-vous le jugerés à propos , c'eft
votre affaire , & la mienne de
tenir ma parole.
plus intrigué pour découvrir des
nouvelles, dont les Gazettes ne
fe
MERCURE. 225
fe fuffent pas encore emparées ,
j'ai été affez heureux que de recevoir
un pacquet d'une main
étrangere, qui m'a tout- à- fait tiré
de l'inquiétude où j'étois fur
cet article. Aprés avoir parcouru
tout ce qu'il contenoit , il
m'a paru, que l'obligeant incon
nu étoit au fait de tout ce qui fe
paffoit de plus nouveau ; &
que le choix qu'il en a fait , ne
déplairoit pas. C'est ce qui m'a
fixé à rendre public ce qu'il m'à
adreffé .
Vous me faites pitié , mon
pauvre Mercure , & cette pitié
fait que quelque inconnu que je
vous fois, j'entre cependant dans
l'embarras où je foupçonne que
Fanvier 1717.
X
226 LE NOUVEAU
de
vous vous trouvez par rapport
au peu de tems qui vous refte
pour la compofition de votre
Recueil. Je fuppoſe par avance
que vous ne manquez pas
Pieces Litteraires,mais je crains
fort qu'il n'en foit pas de même
de ce que l'on appelle Nouvelles.
Il faudroit pour cela s'être
preparé de longuemain des correfpondances
& s'être deftiné
en quelque façon à un commerce
mutuel de Relations dans
toutes les Cours de l'Europe ;
ç'aura étéaparemmentvôtre premiere
attention , enattendant que
ces fources coulent jufqu'à vous ;
nevous tiendricz vous pas obligé
envers une perfonne qui vous
délivreroit en partie de cette
MERCURE . 227
rech erche . Sans doute , me direz-
vous . Eh bien , voilà votre
Nouvelifte tout trouvé ? puifque
c'eft moi- même qui veut vous
épargner ce travail & vous dégager
envers le Public de la né
ceffité où vous êtes de le fatis
faire fur ce point.
J'avois d'abord eu deffein de
rapporter les faits dans l'ordre
qu'ils fe préfenteroient à ma
memoire , mais j'ai jugé à pro
pos de féparer les évenemens étrangers
d'avec ceux de la Cour
& de la Ville . J'ai même divifé
chaque matiere par autant d'arricles
, afin que l'on pût cho fir
celle qui agréeroit davantage.
J'ai été tenté plufieurs fois d appliquerdes
Reflexions à l'Hifto-
Xij
228 LE NOUVEAU
rique ; cependant tout bien examiné
, j'ai cru qu'il valloit
mieux abandonner cette partie
à fon Lecteurs que ce feroit gêner
fes vûës fur les conféquences
qu'il pourroit tirer lui même
; contentés vous de lui préfenter
nettement , tout ce que
vous lui décrirés en détail ; il
fera bien le refte fans vous .
Il me reste préfentement une
petite difficulté fur le triage
que vous ferés des nouvelles ,
Car quelque bien informé que
vous foyés , il vous fera prefqu'
impoffible de ne point répeter
les Gazettes en bien des endroits
; les faits ne'varient point,
cela est vrai , mais par où vo- eſt
vre Livre doit primer ſur elles ;
MERCURE. 229
>
c'eft que les Gazettes ne donnans
les nouvelles que par parties
interrompuës , il vous eft
permis de lier ces parties les
unes aux autres -& d'en faire
un tout qui enchaîné par
de nouvelles circonftances , ne
fera pas indifférent; femblable à
ces Hiftoires du tems
quoique formées fur différents
Mémoires que l'on a lû , ne
laiffent pas de faire un nouveau
plaifir par le mérite de l'arangement
que l'Auteur y a
mis .
qui
Voilà Mr bien des libertés pour
un inconnu ; j'efpére que vous
me les pafferés en faveur de mes
bonnes intentions ; d'ailleurs
n'êtes- vous pas le maître d'y
Xiij
230 LE NOUVEAU
apporter telle modification que
-vous le jugerés à propos , c'eft
votre affaire , & la mienne de
tenir ma parole.
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Résumé : Lettre Anonime, écrite à l'Auteur, [titre d'après la table]
Un individu reçoit un paquet contenant des nouvelles destinées à enrichir son recueil, 'Mercure'. Il exprime sa gratitude envers un inconnu pour ces informations récentes, soulageant ainsi son inquiétude face au manque de nouvelles. Bien que des œuvres littéraires soient disponibles, les nouvelles nécessitent des correspondances étendues à travers l'Europe. L'auteur propose de structurer les nouvelles en séparant les événements étrangers de ceux de la cour et de la ville, et en divisant chaque matière en articles distincts pour faciliter la lecture. Il choisit de ne pas ajouter de réflexions personnelles, laissant aux lecteurs le soin de tirer leurs propres conclusions. L'auteur mentionne la difficulté d'éviter les répétitions avec les gazettes, mais souligne que son livre peut offrir une présentation plus cohérente et complète des événements. Il espère que ses suggestions seront acceptées et modifiables selon les besoins de l'éditeur du 'Mercure'.
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5984
p. 230-233
ARTICLE DE PARIS.
Début :
Puis-je mieux commencer que par le Roy ; ses jours sont trop chers [...]
Mots clefs :
Roi, Espérance, Études, Sa Majesté, Officiers, Assemblée, Bonne année
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DE PARIS.
ARTICLES DE PARIS.
Puis- je mieux commencer que
par le Roy ; fes jours font trop
chers à fes Peuples pour avoir
manqué de faire des voeux tres-
' ardents pour fa fanté . Elle eft
dans un état qui doit raffurer
tous les Sujets , puifqu'elle nous
donne l'efperance de la plus longue
vie , les forces du corps &
de l'efprit augmentent de jour
à autre ; il femble qu'à meſure
que S. M. approche du temps
cù Elle doit paffer ſous le gouMERCURE
231
vernement des hommes , Elle fe
défaffe de l'enfance . On en juge
par fes études favorites , beaucoup
plus ferieuſes que ne le
comporte fon âge ; la Géographie
fait fes délices , le Roy la
poffede à un point qu'il eft difficile
même dans un âge plus avancé
, d'en avoir des idées plus
préfentes ; il aime paffionement
tout ce qui a raport à cette Science
; comme Spheres , Globes ,
Compas , Figures de Mathematiques
, & c. Ne croïez pas , Monfieur
, que j'exagere ; toutes les
perfonnes qui ont l'honneur
d'approcher de S. M. & de fe
trouver à fes exercices , font autant
de témoins de ce que j'avance.
232 LE NOUVEAU
Si ces circonftances ont dequoi
vous furprendre , vous ne
le ferez pas moins de la réponſe
que S. M.fit à un de fes Officiers ,
qui lui dit , SiRF , V. M. n'at'elle
pas lieu d'être contente de
la tripleAlliance qui vient d'être
fignée entre la France , l'Angleterre
& la Hollande ; le Roy
répliqua fans hésiter , oüy , Je
fuis trés-content, mais mes Alliés
ne le doivent pas
être moins que
moi ; car je les deffendrai de tout
mon pouvoir , fi on les attaque .
Aprés un trait auffi remarquable
je paffe aprefent aux Penfions
& auxCharges conferées .
Le jour de l'An il v eût un fi
grand concours de Princes &
Princeffes , de Seigneurs & de
MERCURE.
233
toutes fortes de perfonnes de
diftinction , pour fouhaitter la
bonne année au Roy , que la
Cour n'a été depuis long- temps,
ni fi nombreuſe , ni fi brillante .
Toute cette Cour au fortir de
chez le Roy , alla fouhaiter la
bonne année à Madame Ducheffe
de Berry. Les Chefs des
Compagnies Superieures , avec
tous les Officiers de la Ville ,
ainfi que les Ambaffadeurs des
Têtes couronnées furent admis
à la Toilette de cette Princeffe.
Cette magnifique Affemblée
fe tranfporta enfuite au Palais
Royal où elle rendit les mêmes
devoirs à Madame & à leurs Alteffes
Royales .
Puis- je mieux commencer que
par le Roy ; fes jours font trop
chers à fes Peuples pour avoir
manqué de faire des voeux tres-
' ardents pour fa fanté . Elle eft
dans un état qui doit raffurer
tous les Sujets , puifqu'elle nous
donne l'efperance de la plus longue
vie , les forces du corps &
de l'efprit augmentent de jour
à autre ; il femble qu'à meſure
que S. M. approche du temps
cù Elle doit paffer ſous le gouMERCURE
231
vernement des hommes , Elle fe
défaffe de l'enfance . On en juge
par fes études favorites , beaucoup
plus ferieuſes que ne le
comporte fon âge ; la Géographie
fait fes délices , le Roy la
poffede à un point qu'il eft difficile
même dans un âge plus avancé
, d'en avoir des idées plus
préfentes ; il aime paffionement
tout ce qui a raport à cette Science
; comme Spheres , Globes ,
Compas , Figures de Mathematiques
, & c. Ne croïez pas , Monfieur
, que j'exagere ; toutes les
perfonnes qui ont l'honneur
d'approcher de S. M. & de fe
trouver à fes exercices , font autant
de témoins de ce que j'avance.
232 LE NOUVEAU
Si ces circonftances ont dequoi
vous furprendre , vous ne
le ferez pas moins de la réponſe
que S. M.fit à un de fes Officiers ,
qui lui dit , SiRF , V. M. n'at'elle
pas lieu d'être contente de
la tripleAlliance qui vient d'être
fignée entre la France , l'Angleterre
& la Hollande ; le Roy
répliqua fans hésiter , oüy , Je
fuis trés-content, mais mes Alliés
ne le doivent pas
être moins que
moi ; car je les deffendrai de tout
mon pouvoir , fi on les attaque .
Aprés un trait auffi remarquable
je paffe aprefent aux Penfions
& auxCharges conferées .
Le jour de l'An il v eût un fi
grand concours de Princes &
Princeffes , de Seigneurs & de
MERCURE.
233
toutes fortes de perfonnes de
diftinction , pour fouhaitter la
bonne année au Roy , que la
Cour n'a été depuis long- temps,
ni fi nombreuſe , ni fi brillante .
Toute cette Cour au fortir de
chez le Roy , alla fouhaiter la
bonne année à Madame Ducheffe
de Berry. Les Chefs des
Compagnies Superieures , avec
tous les Officiers de la Ville ,
ainfi que les Ambaffadeurs des
Têtes couronnées furent admis
à la Toilette de cette Princeffe.
Cette magnifique Affemblée
fe tranfporta enfuite au Palais
Royal où elle rendit les mêmes
devoirs à Madame & à leurs Alteffes
Royales .
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Résumé : ARTICLE DE PARIS.
Le texte décrit la santé et les activités intellectuelles du roi, ainsi que les événements de cour. La santé du roi est excellente, avec une amélioration notable de ses forces physiques et mentales. Ses études préférées incluent la géographie, qu'il maîtrise bien pour son âge, et il montre un grand intérêt pour les instruments scientifiques tels que les sphères, globes, compas et figures mathématiques. Le roi exprime sa satisfaction concernant la triple alliance entre la France, l'Angleterre et la Hollande, et affirme qu'il défendra ses alliés en cas d'attaque. Les célébrations du Nouvel An à la cour sont marquées par une grande affluence de princes, princesses, seigneurs et autres personnalités distinguées venant souhaiter la bonne année au roi. Après cette visite, la cour se rend chez la duchesse de Berry, puis au Palais Royal pour saluer Madame et les altesses royales. Les chefs des compagnies supérieures, les officiers de la ville et les ambassadeurs des têtes couronnées participent également à ces cérémonies.
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5985
p. 234-236
Dons du Roy.
Début :
Le même jour S. M. tint Chapitre General de l'Ordre du [...]
Mots clefs :
Ordre du Saint-Esprit, Monseigneur, Duc, Dons, Roi, Argent, Valets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy.
Dons du Roy.
Le même jour S. M. tint Chapitre
General de l'Ordre du S.
Efprit , où il fut arrêté qu'on enverroit
l'ordre auRoy d'Espagne
pour le conferer au Prince des
Afturies.
› Monſeigneur le Duc Regent
regla enfuite avec Madame de
Vantadour les Penfions de ceux
& celles qui avoient fervi le
Roy.
Mefdames de Villefort & de
la LandeSous - Gouvernantes de
S. M. furent gratifiées de 6000.
livres de penfion annuelle , chacune
, & de joo . écus pour lear
logement.
MERCURE. 23
Les quatre premieres femmes
de Chambre furent reglées à
2000.livres de penfion chacune,
outre 800. livres pour loge,
ment.
Les feize femmes de Chambre
à 1280. livres & 600. livres pour
logement ..
Les trois Valets de Chambre
du Roy ont été confervez avec
leur gage & nourriture , comme
cy - devant , pour fervir toute
l'année , en qualité de furnume
raires avec les Valets de Chambre
ordinaires .
Des trois Garçons de la Chambre
, deux ont été conſervez &
feront le fervice avec les Garçons
ordinaires de la Chambre ;
le troifiéme qui étoit âgé , s'eſt
236 LE NOUVEAU
retiré a
fion .
avec 300. livres de pen
On a gardé les deux Portes
males du Roy.
Le même jour S. M. tint Chapitre
General de l'Ordre du S.
Efprit , où il fut arrêté qu'on enverroit
l'ordre auRoy d'Espagne
pour le conferer au Prince des
Afturies.
› Monſeigneur le Duc Regent
regla enfuite avec Madame de
Vantadour les Penfions de ceux
& celles qui avoient fervi le
Roy.
Mefdames de Villefort & de
la LandeSous - Gouvernantes de
S. M. furent gratifiées de 6000.
livres de penfion annuelle , chacune
, & de joo . écus pour lear
logement.
MERCURE. 23
Les quatre premieres femmes
de Chambre furent reglées à
2000.livres de penfion chacune,
outre 800. livres pour loge,
ment.
Les feize femmes de Chambre
à 1280. livres & 600. livres pour
logement ..
Les trois Valets de Chambre
du Roy ont été confervez avec
leur gage & nourriture , comme
cy - devant , pour fervir toute
l'année , en qualité de furnume
raires avec les Valets de Chambre
ordinaires .
Des trois Garçons de la Chambre
, deux ont été conſervez &
feront le fervice avec les Garçons
ordinaires de la Chambre ;
le troifiéme qui étoit âgé , s'eſt
236 LE NOUVEAU
retiré a
fion .
avec 300. livres de pen
On a gardé les deux Portes
males du Roy.
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Résumé : Dons du Roy.
Le roi a présidé un chapitre général de l'Ordre du Saint-Esprit, décidant d'informer le roi d'Espagne pour décerner cet ordre au prince des Asturies. Le duc régent, avec Madame de Vantadour, a établi les pensions des anciens serviteurs du roi. Les sous-gouvernantes, Mesdames de Villefort et de La Lande, ont reçu 6 000 livres annuelles et 300 écus pour le logement. Les quatre premières femmes de chambre ont obtenu 2 000 livres de pension et 800 livres pour le logement. Les douze autres femmes de chambre ont reçu 1 280 livres de pension et 600 livres pour le logement. Les trois valets de chambre du roi ont été confirmés avec salaire et nourriture pour servir toute l'année. Deux garçons de la chambre ont été retenus pour servir avec les garçons ordinaires, tandis qu'un troisième, plus âgé, a pris sa retraite avec une pension de 300 livres. Les deux portes-malles du roi ont conservé leurs fonctions.
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5986
p. 236-237
ARTICLE DES CHARGES conferés.
Début :
Le Roy ayant accordé la survivance de Colonel du Regiment [...]
Mots clefs :
Roi, Charges, Colonel, Fidélité, Lieutenant au régiment du roi, Capitaines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES CHARGES conferés.
ARTICLE DES CHARGES
conferés .
Le Roy ayant accordé la furvivance
de Colonel du Regiment
des Gardes Françoifes à
M. le Duc de Louvigny le 17.
ce Seigneur en prit poffeffion &
en preta ferment de fidelité entre
les mains de M. le Maréchal
d'iftrées. le Regiment défilant
en préſence de S. M.
La veille , la Lieutenance de
Roy du Château Trompette, vacante
par la mort de M. de la
MERCURE. 237
Fond , fut donnée à M. de Cadrieux
Maréchal de Camp.
La Lieuten ance de Roy de
Phalzbourg avoit été quelque
tempsauparavant conferée à M.
de Mauroy , un des plus anciens
& desplus braves Officiers de S.
M. y ayant peu d'action éclatante
fous le Regne de Louis le
XIV . où il ne fe foit ſignalé .
M. Des vieux Capitaine au Regiment
de Navarre a été gratifié
de la Lieutenance de Roy de
S. Jean Pied-de Por,
conferés .
Le Roy ayant accordé la furvivance
de Colonel du Regiment
des Gardes Françoifes à
M. le Duc de Louvigny le 17.
ce Seigneur en prit poffeffion &
en preta ferment de fidelité entre
les mains de M. le Maréchal
d'iftrées. le Regiment défilant
en préſence de S. M.
La veille , la Lieutenance de
Roy du Château Trompette, vacante
par la mort de M. de la
MERCURE. 237
Fond , fut donnée à M. de Cadrieux
Maréchal de Camp.
La Lieuten ance de Roy de
Phalzbourg avoit été quelque
tempsauparavant conferée à M.
de Mauroy , un des plus anciens
& desplus braves Officiers de S.
M. y ayant peu d'action éclatante
fous le Regne de Louis le
XIV . où il ne fe foit ſignalé .
M. Des vieux Capitaine au Regiment
de Navarre a été gratifié
de la Lieutenance de Roy de
S. Jean Pied-de Por,
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Résumé : ARTICLE DES CHARGES conferés.
Le roi a attribué la survivance du poste de colonel des Gardes Françaises à M. le Duc de Louvigny le 17. M. de Cadrieux a obtenu la lieutenance royale du Château Trompette. M. de Mauroy a reçu celle de Phalzbourg pour ses mérites sous Louis XIV. M. Desvieux a été nommé lieutenant royal de Saint-Jean-Pied-de-Port.
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5987
p. 237-242
Audience donnée aux Députez de Bretagne.
Début :
Le 18. les Députés des Etats de Bretagne eût [...]
Mots clefs :
Duchesse, Bretagne, Comte, Évêque, Cérémonie, Marquis, Gardes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée aux Députez de Bretagne.
Audience donnée aux Députez
de Bretagne.
Le 18. les Députés des Etats
de Bretagnecûrentu Adiance du
138 LE NOUVEAU
Roy à midy. Ils furent prefentez
par M. le Comte de Touloufe,
Gouverneur de la Province .
La Députation étoit compofée
de l'Evêque de S. Brieux pour le
Clergé, du Duc de la Tremoille
pour la Nobleffe , du Sieur de
la Gacherie Sénéchal de Nantes
pour le Tiers état.
Le 21 de ce mois , le Roy
alla au Palais du Luxembourg ,
rendre vifite à Madame Ducheffe
de Berry. S. M. étoit
accompagnée de Mr le Duc
du Maine , de Mr le Prince de-
Dombes de Mr le Comte
d'Eu , du Prince Charles , de
Mde la Ducheffe de Vantadour
La Gouvernante , & du refte de
MERCURE. 239
fa Maiſon. Elle avoit été précédée
d'un détachement de fes
Gardes du Corps & de les Cent-
Suiffes. A fon arrivée , S. M.
trouva Mr le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des
Gardes , qui la reçût à l'entrée
de la Salle des Gardes ; Mdẹ
la Marquise de Pons Dame
d'Atour à l'entrée de l'Anti
Chambre & M Ducheffe
de Berry à l'entrée de fa Cham,
bre. La vifite fe paſſa de bout ,
& S M. fut reconduite de
même qu'Elle avoit été reçûë.
le même jour à fix heures du
foir , les Etats de Bretagne fe
rendirent aufli au Palais du
Luxembourg , ayant à leur tête
Mr.l'Evêque de S. Brieu , qui
•
240 LE NOUVEAU
harangua cette Princeffe avec
beaucoup d'éloquence . Son difcours
fut trés applaudi : Mr le
Duc de la Tremoille étoit
auffi à la tête des Etats qui
furent préfentez par Mr le Marquis
de Dreux Grand Maître
des Cérémonies & > par Mr
Defgranges Maître des Cérémonies.
Le 27 , on fut tout à coup
furprit de voir une Belande ,
qui remontoit la riviere de Seine
à pleines voiles , ayant toutes
fes banderoles au vent. Elle jetta
l'ancre fur les onze heures
du matin , vis-à-vis le gros Pavillon
des Thuilleries . En arrivant
, elle fit trois décharges
confécutives de fon Artillerie .
C'eft
MERCURE. 241
C'est le fieur Pierre Rhofnay ,
Marchand négociant à Rouen ,
qui l'a conduite à Paris . Elle
porte deux petites piéces de canon
, & quatre pierriers , avec
cinq hommes d'Equipage . Elle
eft chargée de huit milliers de
morue & de quelques fromages.
Elle eft partie de Honfleur le
dix -fept de Janvier , a paffé à
Rouen le vingt - un , & eft
arrivée à Paris le vingt - fept .
Elle n'a qu'un mas & une vergue
, portant Pavillon de differentes
Nations , pour la décoration
feulement.
Belande ou Belandre cft un
petit Batiment de Mer , qui eſt
fort plat de varangue , qui a
fou appareil de mats & de voi-
Fanvier 1717.
Y
242 LE NOUVEAU
#
les ,femblable à celui d'un Heu-
& dont la couverte ou le Tillac
s'élève de prouë à poupe
d'un demi pied plufque le plat
bord. Les plus grandes qui
font de So tonneaux , fe peuvent
conduire par trois ou quatre
hommes. On s'en fert principalement
dans la baffe Flandre
, pour aller fur les canaux
& fur les rivieres,
de Bretagne.
Le 18. les Députés des Etats
de Bretagnecûrentu Adiance du
138 LE NOUVEAU
Roy à midy. Ils furent prefentez
par M. le Comte de Touloufe,
Gouverneur de la Province .
La Députation étoit compofée
de l'Evêque de S. Brieux pour le
Clergé, du Duc de la Tremoille
pour la Nobleffe , du Sieur de
la Gacherie Sénéchal de Nantes
pour le Tiers état.
Le 21 de ce mois , le Roy
alla au Palais du Luxembourg ,
rendre vifite à Madame Ducheffe
de Berry. S. M. étoit
accompagnée de Mr le Duc
du Maine , de Mr le Prince de-
Dombes de Mr le Comte
d'Eu , du Prince Charles , de
Mde la Ducheffe de Vantadour
La Gouvernante , & du refte de
MERCURE. 239
fa Maiſon. Elle avoit été précédée
d'un détachement de fes
Gardes du Corps & de les Cent-
Suiffes. A fon arrivée , S. M.
trouva Mr le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des
Gardes , qui la reçût à l'entrée
de la Salle des Gardes ; Mdẹ
la Marquise de Pons Dame
d'Atour à l'entrée de l'Anti
Chambre & M Ducheffe
de Berry à l'entrée de fa Cham,
bre. La vifite fe paſſa de bout ,
& S M. fut reconduite de
même qu'Elle avoit été reçûë.
le même jour à fix heures du
foir , les Etats de Bretagne fe
rendirent aufli au Palais du
Luxembourg , ayant à leur tête
Mr.l'Evêque de S. Brieu , qui
•
240 LE NOUVEAU
harangua cette Princeffe avec
beaucoup d'éloquence . Son difcours
fut trés applaudi : Mr le
Duc de la Tremoille étoit
auffi à la tête des Etats qui
furent préfentez par Mr le Marquis
de Dreux Grand Maître
des Cérémonies & > par Mr
Defgranges Maître des Cérémonies.
Le 27 , on fut tout à coup
furprit de voir une Belande ,
qui remontoit la riviere de Seine
à pleines voiles , ayant toutes
fes banderoles au vent. Elle jetta
l'ancre fur les onze heures
du matin , vis-à-vis le gros Pavillon
des Thuilleries . En arrivant
, elle fit trois décharges
confécutives de fon Artillerie .
C'eft
MERCURE. 241
C'est le fieur Pierre Rhofnay ,
Marchand négociant à Rouen ,
qui l'a conduite à Paris . Elle
porte deux petites piéces de canon
, & quatre pierriers , avec
cinq hommes d'Equipage . Elle
eft chargée de huit milliers de
morue & de quelques fromages.
Elle eft partie de Honfleur le
dix -fept de Janvier , a paffé à
Rouen le vingt - un , & eft
arrivée à Paris le vingt - fept .
Elle n'a qu'un mas & une vergue
, portant Pavillon de differentes
Nations , pour la décoration
feulement.
Belande ou Belandre cft un
petit Batiment de Mer , qui eſt
fort plat de varangue , qui a
fou appareil de mats & de voi-
Fanvier 1717.
Y
242 LE NOUVEAU
#
les ,femblable à celui d'un Heu-
& dont la couverte ou le Tillac
s'élève de prouë à poupe
d'un demi pied plufque le plat
bord. Les plus grandes qui
font de So tonneaux , fe peuvent
conduire par trois ou quatre
hommes. On s'en fert principalement
dans la baffe Flandre
, pour aller fur les canaux
& fur les rivieres,
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Résumé : Audience donnée aux Députez de Bretagne.
Le 18 janvier 1717, les députés des États de Bretagne furent reçus par le roi. La délégation comprenait l'évêque de Saint-Brieuc pour le clergé, le duc de La Trémoille pour la noblesse, et le sieur de La Gacherie pour le tiers état. Le 21 janvier, le roi visita Madame la Duchesse de Berry au Palais du Luxembourg, accompagné de membres de la famille royale et de la cour. Les États de Bretagne se rendirent également au Palais du Luxembourg ce même jour, où l'évêque de Saint-Brieuc s'adressa à la princesse avec éloquence. Le 27 janvier, une belande remonta la Seine et accosta aux Tuileries. Ce petit bateau, piloté par Pierre Rhofnay, marchand de Rouen, transportait de la morue et des fromages. Il avait quitté Honfleur le 17 janvier, passé par Rouen le 21, et atteint Paris le 27. La belande, utilisée en basse Flandre pour naviguer sur les canaux et les rivières, arborait des pavillons de diverses nations.
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5988
p. 242-243
MARIAGES.
Début :
Le 25. le Roy signa le Contrat de mariage du fils du Duc [...]
Mots clefs :
Mariage, Duc, Contrat de mariage, Procureur général, Nièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
E 23. le Roy figna le
LContrat de mariage du
As du Duc de Popoly avec Muc
MERCURE . 243
des
de Bouflers , en préſence de
l'Ambaſſadeur d'Efpagne .
Le 25 S. M. figna pareillement
celui de Mr Paviot , Procureur
General de la Chambre
Comptes & de la Cour des
Aydes deRouen , qui époufe
Mile le Pileur , Niéce de Mr
l'Evêque de Saintes , & petite
Niéce de Mr du Buiffon , cydevant
Intendant des Financés .
Le 16 le Roy fit le même
honneur à Mr le Pelletier ,
Préfident à Mortier , qui époufe
Mile d'Egvilly.
Mr le Marquis de Cormeliere
, fils du Prefident à Mortier
du Parlement de Bretagne,
a épousé Mile de la Tronchet ,
riche héritiere .
E 23. le Roy figna le
LContrat de mariage du
As du Duc de Popoly avec Muc
MERCURE . 243
des
de Bouflers , en préſence de
l'Ambaſſadeur d'Efpagne .
Le 25 S. M. figna pareillement
celui de Mr Paviot , Procureur
General de la Chambre
Comptes & de la Cour des
Aydes deRouen , qui époufe
Mile le Pileur , Niéce de Mr
l'Evêque de Saintes , & petite
Niéce de Mr du Buiffon , cydevant
Intendant des Financés .
Le 16 le Roy fit le même
honneur à Mr le Pelletier ,
Préfident à Mortier , qui époufe
Mile d'Egvilly.
Mr le Marquis de Cormeliere
, fils du Prefident à Mortier
du Parlement de Bretagne,
a épousé Mile de la Tronchet ,
riche héritiere .
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Résumé : MARIAGES.
Le 23, le roi a signé le contrat de mariage entre le duc de Polignac et Mlle de Boufflers, en présence de l'ambassadeur d'Espagne. Le 25, il a signé celui de M. Paviot et Mlle Le Pileur. Le 16, il a honoré M. Le Pelletier, marié à Mlle d'Égville. De plus, le marquis de Cornulière a épousé Mlle de La Tronchet.
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5989
p. 244-251
ARTICLE DES SPECTACLES
Début :
Il y a déja du tems que Semramnis, Tragédie de Monsieur [...]
Mots clefs :
Spectacles, Tragédie, Représentation, Public, Louanges, Défauts, Corneille, Opéra, Musique, Comédie, Comédiens italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES
ARTICLE DES SPECTACLES
I
L y a déja du tems que
Semramnis Tragédie de
Monfieur Crebillon a été annoncée
comme il eft Auteur
de réputation , & qu'on parle
avantageufement de fa Piéce ,
on fouhaite avec impatience
que les obftacles qui en ont
juſques à préfent retardé la repréſentation
, ceffent bientôt.
Il faut croire qu'elle aura un
fuccés plu heureux que la Sophoniſbe
de Monfieur de la
Grange , pour laquelle le Public
témoigna fi peu de curio
将
MERCURE. 245
fité , qu'elle ne paſſa pas la troifiéme
répréſentation . Je dois
dire cependant à la loüange de
l'Auteur , que la Piéce étoit
trés bien conduite que
les
Vers
en étoienr
beaux
, les
caractéres
bien
foûtenus
, & les
fentiments
nobles
.
Le feul défaut confidérable
qu'on pouvoit reprocher à cette
Piéce , f eft d'avoir été traitée
d'aprés le grand Corneille
perfonne ne pouvant s'imaginer
qu'on pût aller plus loin
que lui. D'ailleurs , les difcours
peu avantageux , que l'Autheur
prétend que quelques C.
avoient répandus de cette Tragédie
, joint à quelques changements
qu'ils exigèrent de lui ,
246 LE NOUVEAU
ำ
ne contribuerent pas peu à la
faire tomber. Il ne tint pas
Mademoifelle Defmars qu'elle
ne la foûtint , puifqu'elle n'y
joua pas moins bien que dans
Ino , Piéce du même Auteur ,
où elle fe fit reconnoître pour .
une des premieres Actrices dumonde
.
Il fembleroit que la raifon
principale , qui a fait difparoître
fi promptement Sophonisbe de
notre Théatre , devroit fervir
d'avertiffement à tout Auteur ,
qui veut remanier les fujets
employez par P. Corneille.
Cependant Monfieur Aroüet
affez connu par quantité de
petits morceaux de Poëfies enjouées
, ne defefpére pas de
2
MERCURE 247
nous amufer plusferieufement ,
en donnant de nouvelles couleurs
à Oedipe. Il a orné ce fujet
de maniere , que dans les
Affembléesoù il en a fait lecture ,
les Partifans des anciens difent
qu'elle ne le céde pasàl'originalmême
deSophocles & quelques
modernes , qu'elle est beaucoup
au deflus de celle de Corneille .
Mr de la Fond Auteur
des Vers de l'Opera d'Hypermeneftre
, a fufpendu fa Piéce ,
aprés un certain nombre de
repréſentations , pour nous la
redonner toute nouvelle : En
attendant , tout Paris court à
l'ancien Opera de Roland.ra
Mr Thevenard & Mademoiſelle
Journet s'y attirent
>
248 LE NOUVEAU
des applaudiffements qui ne
finiffent pas . 11 feroit néceffaire
qu'ils fe ménageaffent un peu
davantage , pour être plus en
état de foûtenir les grands rôles
qu'on leur prepare dans
Ariane & dans Camille . Les
paroles du premier Poëme font
de deux mains .
Les premires actes ont été
compofés par M.Roy , & les derniers
par M. de la Grange .
Comme ces deux Poëtes fe font
prétez mutuellement leurs lumieres
jointes à celles du confeil
de l'Opera , on efpere
qu'elles feront excellentes . On
apperçoit de moins les foinsque
l'on prend pour tacher de plaîre
au public.
La
MERCURE. 249
La mufique eft de la compo.
fition de M. Mouret , qui a
charmé fi long tems Paris par
les Fêtes de Thalie .
Pour Camille , les paroles appartiennent
à M. Danchet feul ,
& la Mufique à M. Campra ; ces
grands noms nous promettent
par avance un grand fuccès .
Je voudrois bien vous entretenir
des avantures des bals de l'O.
pera & de la Commedie , mais
excepté quelques mouchoirs ,
tabatieres , ou montres perdues
dans la foule , il ne s'y eft paffé
aucun incident affez réjouiffant
pour avoir place dans ceReceüil,
Ce feroit ici le lieu de parler
du Bourgeois - Gentil - homme
repréſenté avec tous fes agré-
Fanvier 1717 .
Z
250 LE NOUVEAU
mens fur le Théatre du Palais
Roïal, par les Acteurs & les A &trices
de l'Opera & de la Comedie .
Je m'abſtiendrai cependant
d'entrer dans aucun détail, il me
fuffira de vous dire
que jamais
fpectacle n'a été plus brillant ,
mieux executé & plus fuivi ; 1l
eft certain que les fecours que
lui a fourni l'Opera , ont ornés
infiniment cette piece ; c'eft un
effai,felon toutes lesaparences de
quelqu'autre divertiffement où
les Théatres fourniront leurs
agrémens .
Pour les Comediens Italiens ,
ils continuent de jouer tous les
Samedis fur le Théatre de l'Operafi
leur langue étoit un plus
communement entendue , ils ne
MERCURE.
251
manqueroient pas d'auditeurs ;
car pour leur rendre juftice , on
ne peut rien defirer en eux du
côté de l'action , du naturel
de la préſence d'efprit ; ils font
au qui va là toûjours à propos ;
il ont l'art d'animer de paffioner
tellement cequ'ils joüent;
qu'ils fe rendent maîtres des
fentimens , & faififfent l'attention
malgré le voile des paroles
& renvoyent les auditeurs prefque
auffi contens que s'ils fortoient
d'une Comedie Françoife
où l'on a tout compris.
I
L y a déja du tems que
Semramnis Tragédie de
Monfieur Crebillon a été annoncée
comme il eft Auteur
de réputation , & qu'on parle
avantageufement de fa Piéce ,
on fouhaite avec impatience
que les obftacles qui en ont
juſques à préfent retardé la repréſentation
, ceffent bientôt.
Il faut croire qu'elle aura un
fuccés plu heureux que la Sophoniſbe
de Monfieur de la
Grange , pour laquelle le Public
témoigna fi peu de curio
将
MERCURE. 245
fité , qu'elle ne paſſa pas la troifiéme
répréſentation . Je dois
dire cependant à la loüange de
l'Auteur , que la Piéce étoit
trés bien conduite que
les
Vers
en étoienr
beaux
, les
caractéres
bien
foûtenus
, & les
fentiments
nobles
.
Le feul défaut confidérable
qu'on pouvoit reprocher à cette
Piéce , f eft d'avoir été traitée
d'aprés le grand Corneille
perfonne ne pouvant s'imaginer
qu'on pût aller plus loin
que lui. D'ailleurs , les difcours
peu avantageux , que l'Autheur
prétend que quelques C.
avoient répandus de cette Tragédie
, joint à quelques changements
qu'ils exigèrent de lui ,
246 LE NOUVEAU
ำ
ne contribuerent pas peu à la
faire tomber. Il ne tint pas
Mademoifelle Defmars qu'elle
ne la foûtint , puifqu'elle n'y
joua pas moins bien que dans
Ino , Piéce du même Auteur ,
où elle fe fit reconnoître pour .
une des premieres Actrices dumonde
.
Il fembleroit que la raifon
principale , qui a fait difparoître
fi promptement Sophonisbe de
notre Théatre , devroit fervir
d'avertiffement à tout Auteur ,
qui veut remanier les fujets
employez par P. Corneille.
Cependant Monfieur Aroüet
affez connu par quantité de
petits morceaux de Poëfies enjouées
, ne defefpére pas de
2
MERCURE 247
nous amufer plusferieufement ,
en donnant de nouvelles couleurs
à Oedipe. Il a orné ce fujet
de maniere , que dans les
Affembléesoù il en a fait lecture ,
les Partifans des anciens difent
qu'elle ne le céde pasàl'originalmême
deSophocles & quelques
modernes , qu'elle est beaucoup
au deflus de celle de Corneille .
Mr de la Fond Auteur
des Vers de l'Opera d'Hypermeneftre
, a fufpendu fa Piéce ,
aprés un certain nombre de
repréſentations , pour nous la
redonner toute nouvelle : En
attendant , tout Paris court à
l'ancien Opera de Roland.ra
Mr Thevenard & Mademoiſelle
Journet s'y attirent
>
248 LE NOUVEAU
des applaudiffements qui ne
finiffent pas . 11 feroit néceffaire
qu'ils fe ménageaffent un peu
davantage , pour être plus en
état de foûtenir les grands rôles
qu'on leur prepare dans
Ariane & dans Camille . Les
paroles du premier Poëme font
de deux mains .
Les premires actes ont été
compofés par M.Roy , & les derniers
par M. de la Grange .
Comme ces deux Poëtes fe font
prétez mutuellement leurs lumieres
jointes à celles du confeil
de l'Opera , on efpere
qu'elles feront excellentes . On
apperçoit de moins les foinsque
l'on prend pour tacher de plaîre
au public.
La
MERCURE. 249
La mufique eft de la compo.
fition de M. Mouret , qui a
charmé fi long tems Paris par
les Fêtes de Thalie .
Pour Camille , les paroles appartiennent
à M. Danchet feul ,
& la Mufique à M. Campra ; ces
grands noms nous promettent
par avance un grand fuccès .
Je voudrois bien vous entretenir
des avantures des bals de l'O.
pera & de la Commedie , mais
excepté quelques mouchoirs ,
tabatieres , ou montres perdues
dans la foule , il ne s'y eft paffé
aucun incident affez réjouiffant
pour avoir place dans ceReceüil,
Ce feroit ici le lieu de parler
du Bourgeois - Gentil - homme
repréſenté avec tous fes agré-
Fanvier 1717 .
Z
250 LE NOUVEAU
mens fur le Théatre du Palais
Roïal, par les Acteurs & les A &trices
de l'Opera & de la Comedie .
Je m'abſtiendrai cependant
d'entrer dans aucun détail, il me
fuffira de vous dire
que jamais
fpectacle n'a été plus brillant ,
mieux executé & plus fuivi ; 1l
eft certain que les fecours que
lui a fourni l'Opera , ont ornés
infiniment cette piece ; c'eft un
effai,felon toutes lesaparences de
quelqu'autre divertiffement où
les Théatres fourniront leurs
agrémens .
Pour les Comediens Italiens ,
ils continuent de jouer tous les
Samedis fur le Théatre de l'Operafi
leur langue étoit un plus
communement entendue , ils ne
MERCURE.
251
manqueroient pas d'auditeurs ;
car pour leur rendre juftice , on
ne peut rien defirer en eux du
côté de l'action , du naturel
de la préſence d'efprit ; ils font
au qui va là toûjours à propos ;
il ont l'art d'animer de paffioner
tellement cequ'ils joüent;
qu'ils fe rendent maîtres des
fentimens , & faififfent l'attention
malgré le voile des paroles
& renvoyent les auditeurs prefque
auffi contens que s'ils fortoient
d'une Comedie Françoife
où l'on a tout compris.
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Résumé : ARTICLE DES SPECTACLES
Le texte traite de divers spectacles et pièces de théâtre. La tragédie 'Sémiramis' de Crébillon est très attendue après des retards, tandis que 'Sophonisbe' de La Grange, malgré ses qualités littéraires, n'a pas réussi à dépasser la troisième représentation en raison de discours défavorables et de modifications imposées par des critiques. Mademoiselle Desmares a brillamment interprété son rôle dans 'Ino', une autre œuvre de Crébillon. Voltaire travaille sur une nouvelle version de 'Œdipe', qui a été bien accueillie lors de lectures privées. De La Fond, auteur des vers de l'opéra 'Hypermnestre', a suspendu la représentation de sa pièce pour la retravailler. À l'Opéra, 'Roland' attire un large public grâce aux performances de Thévenard et Mademoiselle Journet, qui se préparent également pour les rôles dans 'Ariane' et 'Camille'. Les paroles de 'Roland' sont signées Roy et La Grange, avec la musique composée par Mouret. 'Camille', avec des paroles de Danchet et la musique de Campra, est également attendu avec impatience. Un spectacle remarquable a été présenté au Théâtre du Palais Royal, impliquant des acteurs de l'Opéra et de la Comédie. Les comédiens italiens continuent de se produire chaque samedi à l'Opéra, captivant le public malgré la barrière linguistique grâce à leur talent et leur expressivité.
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5990
p. 251-255
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre Paul-Alexandre Petau, Conseiller au Parlement, & Doyen des [...]
Mots clefs :
Décès, Doyen, Conseiller au Parlement, Dame, Chevalier, Chancelier, Comte, Veuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
> Mre Paul - Alexandre Petau Confeiller
au Parlement , & Doyen des Rcquêtes
du Palais , mourut le 4 Novembre
1716,
LE NOUVEAU
252
Dame Anne-Catherine de Noailles
Ipoufe de Me Louis - François Armand
Dupleffis , Duc de Richelieu & de Fron
Jacq , Pair de France > mourut fans pofterité
le 7 du même mois , âgée de 20
ans.
A
Dame Madelaine Bernard , époufe de
Me Jacques Hardouin Manfard , Chevalier
, Comte de Sagone , mourut le s
du même mois.
>
Me Claude - Alexis de Héere , Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy Commandant pour SA
MAJESTE' au Gouvernement de Phalfbourg
& Saltzbourg , mourut le 7 du
même mois.
Dle Voifin , fille de M. le Chancelier ,
mourut fans alliance le 12 de ce mois .
Me François - Louis de Rouffelet , Marquis
de Chateaureynaud , Comte de Crofon
, Vicomte d'Artois , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Capitaine général
des Armées navales de S. M˚C .
dans les mers Occidentales , Commandant
en chef
pour le Roy dans les Pays &
Duché de Bretagne , Vice- Amiral , &
Maréchal de France , mourut le du
même mois , âgé de 80 ans .
Jean-Louis de Rabutin , Comte de Bufi
153
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
de Camp , General & Colonel d'un
Régiment de Dragons , mourut à Vienne
le 16 de ce mois , âgé de 74 ans ,
Me Henri Dagueffau , Confeiller d'Etat
or linaire , & au Confeil de Régence
, mourur le 17 du même mois ,
âgé de 80 ans .
Daine Anne de Harvil , veuve de Me
François de Bethune, Due d'Orval , Chevalier
des Ordres du Rey , mourut le 18 .
Anne - Marie Gitar !, fille de M, Girard
Proc. General en la Chambre des Comptes
Paris , Seigneur de Villetancux , & de
Marie Royer eft morte le 20 Décembre
1716. Elle avoit épousé Jean- Baptifte
Briconnet , Seigneur de Magnanville ,
Confeiller au Parlement , mort le 15
Décembre 1698 , fans enfans . Il étoit fils
de Guillaume Briconnet , Seigneur de Le
veville , Aureuil , Quinquempois , recû
Confeiller au Parlement le 19 May 1635
Maiftre des Requeftes en Decembre 1641
& Préfilent au Grand Conſeil , mor
le trois Fevrier 1674 , & de Margue-t
rite Amelot , morte le 23 Février 1683 ,
Elle étoit fille de Jacques Amelot , Préfident
aux Requêtes du Palais & de
Catherine de Creil.
>
154 LE NOUVEAU
Me Charles Marquis d'Eftampes , Maua
ny , & c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine des Gardes du Corps de S.
A. R. Mr le Duc d'Orleans , mourut le
31 Décembre 1716.
·
De Catherine Françoife d'Arpajon ;
Epouse de M. François de Roye de
la Rochefoucault , Comte de Roucy ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
mourut le 8 .
Se Marie Magdelaine de Caftil , veuve
de Me Nicolas Fouquet Vicomte de
Vacx , Sur- Intendant des Finances , mourut
le 12
,
De Magdelaine Gaudon , Veuve de
Me Georges de Clermont d'Amboiſe ,
Marquis de S. Aignan , mourut le premier
Janvier 1717
De Diane de Monthault Navailles feur
du feu Maréchal de ce nom › veuve de
Me René de Corrdoüan Marquis de
Langey , mourut auffi le premier de ce
mois .
,
De Marie- Louife Melanie Lefevre de
Caumartin , Epoufe de Me Jerofme-
Jofeph Goujon , Marquis de Thuiſi , Maître
des Requêtes , eft morte le premier
De Anne Cherré , Epoufe de Maiſtre
MERCURE.
255
Michel dé Sabin's , Chevalier , Seigneur
de la Qeze, Confeiller au Grand Coifeiller
, mourut le 4
Me Charles - Alexaudre d'Eftein de
Saillan , Abbé de S. Vincent de Senlis ,
mourut le 14 .
Dame Jeanne Gargam , veuve de Me
Charks Bret , Chevalier , Seigneur de
Clermont , Chef du Confeil d'Artois ,
dont elle étoit demeurée veuve à l'âge
de 21 ans , mourut le 14 , âgée de 88 ans .
Me Claude Romanet , Prefilent au Grand
Confeil , mourut fans alliance le 16 , âgée
de 33 ansr
-
Dame Michelle Lucrece Chappel ,
veuve de Meffire Jean- Jacques de Renouard
, Chevalier , Seigneur de Villeyer
& autres lieux , Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement de Bretagne , décéde
rue S. André des Arts , le 24 Janvier 1717 :
Mr Marconnet Gouverneur de la Rochelle
mourut il a quelques jours
dans un âge fort avancé.
·
,
y
0 Mr le Maréchal de Gacé Gouver
neur du Païs d'Aunis , vient d'être gratifié
du Gouvernement de Monfieur Marconnet,
Ces deux Gouvernemens fe trouvent
par - là réunis en une même perfonne,
> Mre Paul - Alexandre Petau Confeiller
au Parlement , & Doyen des Rcquêtes
du Palais , mourut le 4 Novembre
1716,
LE NOUVEAU
252
Dame Anne-Catherine de Noailles
Ipoufe de Me Louis - François Armand
Dupleffis , Duc de Richelieu & de Fron
Jacq , Pair de France > mourut fans pofterité
le 7 du même mois , âgée de 20
ans.
A
Dame Madelaine Bernard , époufe de
Me Jacques Hardouin Manfard , Chevalier
, Comte de Sagone , mourut le s
du même mois.
>
Me Claude - Alexis de Héere , Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy Commandant pour SA
MAJESTE' au Gouvernement de Phalfbourg
& Saltzbourg , mourut le 7 du
même mois.
Dle Voifin , fille de M. le Chancelier ,
mourut fans alliance le 12 de ce mois .
Me François - Louis de Rouffelet , Marquis
de Chateaureynaud , Comte de Crofon
, Vicomte d'Artois , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Capitaine général
des Armées navales de S. M˚C .
dans les mers Occidentales , Commandant
en chef
pour le Roy dans les Pays &
Duché de Bretagne , Vice- Amiral , &
Maréchal de France , mourut le du
même mois , âgé de 80 ans .
Jean-Louis de Rabutin , Comte de Bufi
153
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
de Camp , General & Colonel d'un
Régiment de Dragons , mourut à Vienne
le 16 de ce mois , âgé de 74 ans ,
Me Henri Dagueffau , Confeiller d'Etat
or linaire , & au Confeil de Régence
, mourur le 17 du même mois ,
âgé de 80 ans .
Daine Anne de Harvil , veuve de Me
François de Bethune, Due d'Orval , Chevalier
des Ordres du Rey , mourut le 18 .
Anne - Marie Gitar !, fille de M, Girard
Proc. General en la Chambre des Comptes
Paris , Seigneur de Villetancux , & de
Marie Royer eft morte le 20 Décembre
1716. Elle avoit épousé Jean- Baptifte
Briconnet , Seigneur de Magnanville ,
Confeiller au Parlement , mort le 15
Décembre 1698 , fans enfans . Il étoit fils
de Guillaume Briconnet , Seigneur de Le
veville , Aureuil , Quinquempois , recû
Confeiller au Parlement le 19 May 1635
Maiftre des Requeftes en Decembre 1641
& Préfilent au Grand Conſeil , mor
le trois Fevrier 1674 , & de Margue-t
rite Amelot , morte le 23 Février 1683 ,
Elle étoit fille de Jacques Amelot , Préfident
aux Requêtes du Palais & de
Catherine de Creil.
>
154 LE NOUVEAU
Me Charles Marquis d'Eftampes , Maua
ny , & c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine des Gardes du Corps de S.
A. R. Mr le Duc d'Orleans , mourut le
31 Décembre 1716.
·
De Catherine Françoife d'Arpajon ;
Epouse de M. François de Roye de
la Rochefoucault , Comte de Roucy ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
mourut le 8 .
Se Marie Magdelaine de Caftil , veuve
de Me Nicolas Fouquet Vicomte de
Vacx , Sur- Intendant des Finances , mourut
le 12
,
De Magdelaine Gaudon , Veuve de
Me Georges de Clermont d'Amboiſe ,
Marquis de S. Aignan , mourut le premier
Janvier 1717
De Diane de Monthault Navailles feur
du feu Maréchal de ce nom › veuve de
Me René de Corrdoüan Marquis de
Langey , mourut auffi le premier de ce
mois .
,
De Marie- Louife Melanie Lefevre de
Caumartin , Epoufe de Me Jerofme-
Jofeph Goujon , Marquis de Thuiſi , Maître
des Requêtes , eft morte le premier
De Anne Cherré , Epoufe de Maiſtre
MERCURE.
255
Michel dé Sabin's , Chevalier , Seigneur
de la Qeze, Confeiller au Grand Coifeiller
, mourut le 4
Me Charles - Alexaudre d'Eftein de
Saillan , Abbé de S. Vincent de Senlis ,
mourut le 14 .
Dame Jeanne Gargam , veuve de Me
Charks Bret , Chevalier , Seigneur de
Clermont , Chef du Confeil d'Artois ,
dont elle étoit demeurée veuve à l'âge
de 21 ans , mourut le 14 , âgée de 88 ans .
Me Claude Romanet , Prefilent au Grand
Confeil , mourut fans alliance le 16 , âgée
de 33 ansr
-
Dame Michelle Lucrece Chappel ,
veuve de Meffire Jean- Jacques de Renouard
, Chevalier , Seigneur de Villeyer
& autres lieux , Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement de Bretagne , décéde
rue S. André des Arts , le 24 Janvier 1717 :
Mr Marconnet Gouverneur de la Rochelle
mourut il a quelques jours
dans un âge fort avancé.
·
,
y
0 Mr le Maréchal de Gacé Gouver
neur du Païs d'Aunis , vient d'être gratifié
du Gouvernement de Monfieur Marconnet,
Ces deux Gouvernemens fe trouvent
par - là réunis en une même perfonne,
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Résumé : ARTICLE DES MORTS.
En novembre et décembre 1716, ainsi qu'en janvier 1717, plusieurs personnalités notables ont péri. Le 4 novembre 1716, Mre Paul-Alexandre Petau, conseiller au Parlement et doyen des Requêtes au Palais, est décédé. Le 7 novembre 1716, trois décès sont à noter : Dame Anne-Catherine de Noailles, épouse du Duc de Richelieu et de Fronsac, est morte à l'âge de 20 ans sans postérité ; Dame Madeleine Bernard, épouse de Jacques Hardouin Mansard, Chevalier et Comte de Sagone ; et Claude-Alexis de Héère, Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis et Brigadier des Armées du Roi. La fille du Chancelier est décédée célibataire le 12 novembre 1716. Le même jour, François-Louis de Rousselet, Marquis de Châteaureynaud, Comte de Crozon, Vicomte d'Artois, Chevalier des Ordres du Roi, Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, Capitaine général des Armées navales, Commandant en chef en Bretagne, Vice-Amiral et Maréchal de France, est mort à l'âge de 80 ans. Jean-Louis de Rabutin, Comte de Bussy, Conseiller d'État de l'Empereur, Maréchal de camp, Général et Colonel d'un Régiment de Dragons, est décédé à Vienne le 16 novembre 1716 à l'âge de 74 ans. Henri Daguesseau, Conseiller d'État ordinaire et au Conseil de Régence, est mort le 17 novembre 1716.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5991
p. 256-264
LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
Début :
Monsieur, Nous sommes partis de Rome en même tems ; vous êtes à [...]
Mots clefs :
Maladies, Chirurgie, Découvertes, Nouvelles méthodes, Guérison, Maladies des yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
LETTRE
Qui renferme plufieurs faits finguliers de M.
Anel Docteu en Chirurgie , Chirurgien de
Madame Roya e de Saye , & Occulifte de
France par Brevet du Roy.
A fon ancien Ami M. George Policola Docteur
en Medecine de l'Univerfité de Rome ,
Comte Palatin Chevalier de l'Epron d or,
premier Medecin du Sultan Achmet V.
Empereur des Tures.
M
Nous fommes partis de Rome en même
tems ; vous êtes à Conftantinople , & je
fuis à Paris Il vous fuffit de plaire à un
feul homme & arx Dames du Sérail , pour
être au gré de tous les autres ; mon diftric
n'eft pas fi borné. J'ai affaire avec la Cour,
jaVille, les Provinces & les Païs Etrangers,
avec des perfonnes de toute forte d'état
de condition. Quelques nouvelles découverMERCURE.
257
tes queje me fuis avifé de mettre au jour ,
m'ont mis dans cet engagement Vous fçavés
qu'àRome de votre tems , je me donnois
bien de l'occupation fans y penfer , pour
avoir fait avec fuccès l'Operation de la
Neuriſme à un Ecclefiaftique de l'Ordre de
S. François. Je m'en fuis donné bien plus
encore , pour avoir inventé du tems que
j'habitois encore à Gennes , une nouvelle
Méthode de guerir les Fiftules Lacrimales
fans le fer , le feu , lecauftique , ni aucune
operation violente Dés que Mde , Royale
de Savoye en fut informée , Elle me fit appeller
pour lui en guerir une ; ce qui me
réüffit le mieux du monde , & i'ea füs genereufement
recompenfé ; cet heureux fuc.
cès accompagné de plufieurs autres m'engagea
à donner differents Ouvrages au Public
touchant ma nouvelle découverte
laquelle fit bien: ôt du bruit à Paris aufli
bien qu'ailleurs ; ce qui détermina une
grande Dame qui creyeit en être attaquée
à me faire appeller en cette Ville , où il a
fallu rendre bon compte à chacun du fuccès
de mes novelles découvertes ; le Pu
blic en a été bientôt convaincu par expérience
; ce qui a déterminé le Roy , &
Monſeigneur le Duc d'Orleans , Régent du
258 LE NOUVEAU
Royaume à m'accorder un Privilége pourla
guerilon des maladies des Yeux dans toute
la France. J'ai fait il y a une année la nouvelle
découverte d'une maladie que je nom
me Hydropifie du conduit lacrimale , avec
la maniere de donner à boite par l'Oel. Je
vient depuis peu de trouver une Méthode ,
pour découvrir ce qui fe paffe de plus caché
dans dans le fonds du globe de 1 Ocil , au
moyen de plufieurs Veres ; ce qui me procure
une connoiffance très étendue des maladies
de cet organne : J'ai auffi inventé à
même tems une autre nouvelle Méthode ,
pour introduire différens Remedes dans les
Yeux , directement fur l'endroit ma'ade ,
fans irriter les parties faines au moyen
des petits poinçeaux dont la matiere , n'eft
ni plume , ni poil , ni foye , ni fi'aſſe , ni
lain , ni coton. Ces pinceaux font pourtaut
plus dorx que le velours , plu blancs
& plus luftrés que le fatin blanc. L'idée de
ces pinceaux m'eft venuë en voyant faire
le portrait d'une perfonne que j'eftime ,
& que j'aime beaucoup ; délicateffe avec
laquelle le Peintre manioit le painçeau
pour imiter la vivacité de fes yeux , me
donna l'envie de manier auffi le pinceau
à mon tour pour en faire un ufage bien
MERCURE. 259
different du fien ; mais dautant plus utile ;
queles avantages queje tirede ces Pinçcaux,
font des plus confiderables par leur moyen
j'épargne des grandes douleurs aux malades
, plufieurs Operations violentes , & tous
les fâchenx accidents qui pourroit les accompagner.
Je fuis le plus fouvent environné
des gens qui ne parviennent à me
voir que par les miracles de l'Art , toujours
occupé du foin de travailler à faire
des bons & beaux yeux de ceux là qui font
les plus mauvais & les plus contrefaits .
Ne vous imaginez pas pour cela, Monfieur,
que je fois encore arrivé au point de rendre
défert l'Hôpital des Quinze- Vingts ; j'en
ai propolé un projet imprimé , je ne (çai
fas fi Pon y fera attention ; mais il me
paroît que l'Art de guerir les maladies
des Yeux , eft encore fort éloigné de ſa
derniere perfection . Vous n'avés pas tant
affaire dans votre Cour les malades du
grand Serail vous occupent fans doute beaucoup
moins dans cette infirmerie il n'y a
que de beaux Yeux ; vous n'avés à craindre
que le mal qu'ils pourroient vous faire ;
mais vous êtes trop bon chrêtiea , & trop
bon Philofophe pour ne pas vous en garentir
; vous étiés le bon exemple de Rome ,
260
LENOUVEAU
vous en avés évité tous les écueils ; per
fonne ne s'y eft mieux diftingué que vous ,
& vous y avez fait un très bon employ
de votre tems . Voici la diftribution du
mien. Je me couche à minuit , je me léve
à cinq heures du matin pour travailler
dans mon Cabinet jufqu'à fepts depuis
huit jufqu'à une heure Je vifite mes malades
de la Ville , & j'employe l'aprés midy
jufqu'à cinq heures à donner audience
à ceux qui viennent chez moi Les pauvres
& les riches y font égallement bien reçus
. Je refors enfuite pour recormencer
ina tournée du foir , & je rentre a logis
, quand il plaît à Dieu. Les heures de
mes repas font toujours incertaines . Voilà
la vie qu'il faut mener à Paris dans notre
profeffion , lorfque l'on fe livre une fois au
Public. La reputation & le peu de bien
que nous gagnons , nous coutent bien cher,
puifqu'il faut l'acheter à un fi haut prix .
Tous ceux qui font employés à Paris,
n'en ont pas meilleur marché ; au refte
la Medecine & la Chirurgie devenant
ici tous les jours les plus célébres ; nos
Ecoles & nos Académies , triomphent de
plus en plus ily meurt pourtant bien du
monde ; mais certainement ce n'eft pas
MERCURE. 261
la faute des Medecins ni des Chirurgiens ;
ee font les maladies qui deviennent tous
les jours plus opinîatres & plus rebelles ,
leur malignité faiſant d'aulfi grands progrès
de fon côté , que la Medecine en peut
faire du fen ; fi cela n'eftoit pas ainfi ,
aprés les nouvelles connoiffances que l'on
a acquifes , & que l'on acquiert
les jours il ne mourroit plus per-
Ionnes
tous
que de vieilleffe ; cette penfée
n'ft point de moi , je la tiens de мr
Marquety de Padouë , Docteur de Medecine
& de Chirurgie dans cette célébre Univerfité
, il eft dans ce fiftême à l'égard
des maladies Venericanes ; & je crois qu'il
faut penfer de méme à l'égard de toutes les
autres
Il s'eft fait ici une opération qui a fait
grand bruit ; l'on a amputé un bras
dans l'articulation de l'épaule fuivant la
Methole que Mr de Remonjeau a inventée
il y a long tems ,
le malade en eft parfaitement
gueri Quelques mois aprés il
a été attaqué d'une autre maladie ,
il eft mott en Province .
dont
L'oa illuftre tous les jours la Médecine
& la Chirurgie ; les modes fe multiplient
à notre ordinaire , & les Arts s'enrichif
262 LE NOUVEAU
fent bien plus , que les artifans . Te ne
crois pas que je lois le feul qui faffe de
nouvelles découvertes en ce Pays . L'on
en a fait dans l'artillerie ; l'on en 2
fait encore pour la commodité de ceux
qui écrivent , même pour les preneurs de
tabac. Il a été prefenté au Roy ure coupe
plume , ou canif d'une nouvelle invention.
L'on a auffi trouvé une machine , pour
faire rouller les voitures tant de la ville
que de la campagne fervant à foulager
les Chevaux : L'on a inventé de plus , la
maniere de faire aller les chariots à la
voile. Un autre a imaginé le fecret de
faire venir les enfans au monde dans les
accouchemens laborieux , fans couteaux
fans crochets & fans tire tefte , par le
moyen d'une fronde. Cette derniete découverte
appartient à un maiftre Chirurgien
accoucheur. Toutes ces nouveautez
ne font pas les plus fingulieres que j'ay
à vous mander. La nature le dispute avec
l'art , elle entreprend de faire des enfans
fans femelie ; & l'ea pretend qu'elle y
réuffit à merveille . Un Boucher de la
rue des Boucheries , Fauxbourg S. Germain
, a trouvé dans un mouton qu'il avoit
egorgé en le vuidant , un fetus conteau
MERCURE. 263
dans une poche membraneufe , reffemblante
à la vellie Monfieur Tartanfon , celebre
maiftre Chirurgien de Paris , y fat
appellé , & s'empara d'abord de cette furprenante
production . Il confervc avec
grand foin ce fetus monstrueux dans un
vaifeau de verre plein d'eau - de vie . Les
cu ricux de Paris le vont voir tous les jours
ce fatus n'a que fix pouces de hauteur ,
fa groffeur eft proportionnée à la grandeur
; les quatre extremitez refemblent å
celles d'un finge, excepté que fes pattes font
affez femblables à celles d'un animal vorace
, étant armé de grifes : fes yeux font
bien formés fa langue reffemble à celle d'un
enfant humain . & toute fa figure du premier
coup d'oeil en a l'air. Il a deplus
une petite queue approchante de celle d'un
lapin .
Ce fait demande un examen rigoureux &
uneconfirmation très bien circonftantiée, en
attendant que je fois mieux isformé , jc
fufpends mon jugement & mon taifonnemert
, me bornant à rapporter ce que je
fçais de certain , aprés avoir vû & examiać
par deux divers fois cet enfant chez M.
Tartanfon où on le peut voir tel que je le
dépeins . Ce cas eft auffi fingulier que celui
264 LE NOUVEAU
de cet enfant , que l'on dit avoir été trouvé
ily a déja long temps dans la cuiffe d'un
Ecclefiaftique en lui ouvrant un abcés.
S'il s'eft jamais paffé quelque chofe
d'auffi fingulierdans l'Empire Otoman ; je
vons prie de me le co nmuniquer avec vos
nouvelles découvertes , quoique le plus
fouvent celles que l'on fait dans ce pays- là
ne roulent que far la vertu des remedes , je
ne les en eftimerai pas moins utilles , ni
moins importantes . Je fuis avec une trésparfaite
confideration .
MONSIEUR ,
Vêtre , &c, Anel.
A Paris ce 1. Janvier 1717 .
on adreffe rue du Four S. Euftache vis àvis
l'Hôtel de So fons,
Qui renferme plufieurs faits finguliers de M.
Anel Docteu en Chirurgie , Chirurgien de
Madame Roya e de Saye , & Occulifte de
France par Brevet du Roy.
A fon ancien Ami M. George Policola Docteur
en Medecine de l'Univerfité de Rome ,
Comte Palatin Chevalier de l'Epron d or,
premier Medecin du Sultan Achmet V.
Empereur des Tures.
M
Nous fommes partis de Rome en même
tems ; vous êtes à Conftantinople , & je
fuis à Paris Il vous fuffit de plaire à un
feul homme & arx Dames du Sérail , pour
être au gré de tous les autres ; mon diftric
n'eft pas fi borné. J'ai affaire avec la Cour,
jaVille, les Provinces & les Païs Etrangers,
avec des perfonnes de toute forte d'état
de condition. Quelques nouvelles découverMERCURE.
257
tes queje me fuis avifé de mettre au jour ,
m'ont mis dans cet engagement Vous fçavés
qu'àRome de votre tems , je me donnois
bien de l'occupation fans y penfer , pour
avoir fait avec fuccès l'Operation de la
Neuriſme à un Ecclefiaftique de l'Ordre de
S. François. Je m'en fuis donné bien plus
encore , pour avoir inventé du tems que
j'habitois encore à Gennes , une nouvelle
Méthode de guerir les Fiftules Lacrimales
fans le fer , le feu , lecauftique , ni aucune
operation violente Dés que Mde , Royale
de Savoye en fut informée , Elle me fit appeller
pour lui en guerir une ; ce qui me
réüffit le mieux du monde , & i'ea füs genereufement
recompenfé ; cet heureux fuc.
cès accompagné de plufieurs autres m'engagea
à donner differents Ouvrages au Public
touchant ma nouvelle découverte
laquelle fit bien: ôt du bruit à Paris aufli
bien qu'ailleurs ; ce qui détermina une
grande Dame qui creyeit en être attaquée
à me faire appeller en cette Ville , où il a
fallu rendre bon compte à chacun du fuccès
de mes novelles découvertes ; le Pu
blic en a été bientôt convaincu par expérience
; ce qui a déterminé le Roy , &
Monſeigneur le Duc d'Orleans , Régent du
258 LE NOUVEAU
Royaume à m'accorder un Privilége pourla
guerilon des maladies des Yeux dans toute
la France. J'ai fait il y a une année la nouvelle
découverte d'une maladie que je nom
me Hydropifie du conduit lacrimale , avec
la maniere de donner à boite par l'Oel. Je
vient depuis peu de trouver une Méthode ,
pour découvrir ce qui fe paffe de plus caché
dans dans le fonds du globe de 1 Ocil , au
moyen de plufieurs Veres ; ce qui me procure
une connoiffance très étendue des maladies
de cet organne : J'ai auffi inventé à
même tems une autre nouvelle Méthode ,
pour introduire différens Remedes dans les
Yeux , directement fur l'endroit ma'ade ,
fans irriter les parties faines au moyen
des petits poinçeaux dont la matiere , n'eft
ni plume , ni poil , ni foye , ni fi'aſſe , ni
lain , ni coton. Ces pinceaux font pourtaut
plus dorx que le velours , plu blancs
& plus luftrés que le fatin blanc. L'idée de
ces pinceaux m'eft venuë en voyant faire
le portrait d'une perfonne que j'eftime ,
& que j'aime beaucoup ; délicateffe avec
laquelle le Peintre manioit le painçeau
pour imiter la vivacité de fes yeux , me
donna l'envie de manier auffi le pinceau
à mon tour pour en faire un ufage bien
MERCURE. 259
different du fien ; mais dautant plus utile ;
queles avantages queje tirede ces Pinçcaux,
font des plus confiderables par leur moyen
j'épargne des grandes douleurs aux malades
, plufieurs Operations violentes , & tous
les fâchenx accidents qui pourroit les accompagner.
Je fuis le plus fouvent environné
des gens qui ne parviennent à me
voir que par les miracles de l'Art , toujours
occupé du foin de travailler à faire
des bons & beaux yeux de ceux là qui font
les plus mauvais & les plus contrefaits .
Ne vous imaginez pas pour cela, Monfieur,
que je fois encore arrivé au point de rendre
défert l'Hôpital des Quinze- Vingts ; j'en
ai propolé un projet imprimé , je ne (çai
fas fi Pon y fera attention ; mais il me
paroît que l'Art de guerir les maladies
des Yeux , eft encore fort éloigné de ſa
derniere perfection . Vous n'avés pas tant
affaire dans votre Cour les malades du
grand Serail vous occupent fans doute beaucoup
moins dans cette infirmerie il n'y a
que de beaux Yeux ; vous n'avés à craindre
que le mal qu'ils pourroient vous faire ;
mais vous êtes trop bon chrêtiea , & trop
bon Philofophe pour ne pas vous en garentir
; vous étiés le bon exemple de Rome ,
260
LENOUVEAU
vous en avés évité tous les écueils ; per
fonne ne s'y eft mieux diftingué que vous ,
& vous y avez fait un très bon employ
de votre tems . Voici la diftribution du
mien. Je me couche à minuit , je me léve
à cinq heures du matin pour travailler
dans mon Cabinet jufqu'à fepts depuis
huit jufqu'à une heure Je vifite mes malades
de la Ville , & j'employe l'aprés midy
jufqu'à cinq heures à donner audience
à ceux qui viennent chez moi Les pauvres
& les riches y font égallement bien reçus
. Je refors enfuite pour recormencer
ina tournée du foir , & je rentre a logis
, quand il plaît à Dieu. Les heures de
mes repas font toujours incertaines . Voilà
la vie qu'il faut mener à Paris dans notre
profeffion , lorfque l'on fe livre une fois au
Public. La reputation & le peu de bien
que nous gagnons , nous coutent bien cher,
puifqu'il faut l'acheter à un fi haut prix .
Tous ceux qui font employés à Paris,
n'en ont pas meilleur marché ; au refte
la Medecine & la Chirurgie devenant
ici tous les jours les plus célébres ; nos
Ecoles & nos Académies , triomphent de
plus en plus ily meurt pourtant bien du
monde ; mais certainement ce n'eft pas
MERCURE. 261
la faute des Medecins ni des Chirurgiens ;
ee font les maladies qui deviennent tous
les jours plus opinîatres & plus rebelles ,
leur malignité faiſant d'aulfi grands progrès
de fon côté , que la Medecine en peut
faire du fen ; fi cela n'eftoit pas ainfi ,
aprés les nouvelles connoiffances que l'on
a acquifes , & que l'on acquiert
les jours il ne mourroit plus per-
Ionnes
tous
que de vieilleffe ; cette penfée
n'ft point de moi , je la tiens de мr
Marquety de Padouë , Docteur de Medecine
& de Chirurgie dans cette célébre Univerfité
, il eft dans ce fiftême à l'égard
des maladies Venericanes ; & je crois qu'il
faut penfer de méme à l'égard de toutes les
autres
Il s'eft fait ici une opération qui a fait
grand bruit ; l'on a amputé un bras
dans l'articulation de l'épaule fuivant la
Methole que Mr de Remonjeau a inventée
il y a long tems ,
le malade en eft parfaitement
gueri Quelques mois aprés il
a été attaqué d'une autre maladie ,
il eft mott en Province .
dont
L'oa illuftre tous les jours la Médecine
& la Chirurgie ; les modes fe multiplient
à notre ordinaire , & les Arts s'enrichif
262 LE NOUVEAU
fent bien plus , que les artifans . Te ne
crois pas que je lois le feul qui faffe de
nouvelles découvertes en ce Pays . L'on
en a fait dans l'artillerie ; l'on en 2
fait encore pour la commodité de ceux
qui écrivent , même pour les preneurs de
tabac. Il a été prefenté au Roy ure coupe
plume , ou canif d'une nouvelle invention.
L'on a auffi trouvé une machine , pour
faire rouller les voitures tant de la ville
que de la campagne fervant à foulager
les Chevaux : L'on a inventé de plus , la
maniere de faire aller les chariots à la
voile. Un autre a imaginé le fecret de
faire venir les enfans au monde dans les
accouchemens laborieux , fans couteaux
fans crochets & fans tire tefte , par le
moyen d'une fronde. Cette derniete découverte
appartient à un maiftre Chirurgien
accoucheur. Toutes ces nouveautez
ne font pas les plus fingulieres que j'ay
à vous mander. La nature le dispute avec
l'art , elle entreprend de faire des enfans
fans femelie ; & l'ea pretend qu'elle y
réuffit à merveille . Un Boucher de la
rue des Boucheries , Fauxbourg S. Germain
, a trouvé dans un mouton qu'il avoit
egorgé en le vuidant , un fetus conteau
MERCURE. 263
dans une poche membraneufe , reffemblante
à la vellie Monfieur Tartanfon , celebre
maiftre Chirurgien de Paris , y fat
appellé , & s'empara d'abord de cette furprenante
production . Il confervc avec
grand foin ce fetus monstrueux dans un
vaifeau de verre plein d'eau - de vie . Les
cu ricux de Paris le vont voir tous les jours
ce fatus n'a que fix pouces de hauteur ,
fa groffeur eft proportionnée à la grandeur
; les quatre extremitez refemblent å
celles d'un finge, excepté que fes pattes font
affez femblables à celles d'un animal vorace
, étant armé de grifes : fes yeux font
bien formés fa langue reffemble à celle d'un
enfant humain . & toute fa figure du premier
coup d'oeil en a l'air. Il a deplus
une petite queue approchante de celle d'un
lapin .
Ce fait demande un examen rigoureux &
uneconfirmation très bien circonftantiée, en
attendant que je fois mieux isformé , jc
fufpends mon jugement & mon taifonnemert
, me bornant à rapporter ce que je
fçais de certain , aprés avoir vû & examiać
par deux divers fois cet enfant chez M.
Tartanfon où on le peut voir tel que je le
dépeins . Ce cas eft auffi fingulier que celui
264 LE NOUVEAU
de cet enfant , que l'on dit avoir été trouvé
ily a déja long temps dans la cuiffe d'un
Ecclefiaftique en lui ouvrant un abcés.
S'il s'eft jamais paffé quelque chofe
d'auffi fingulierdans l'Empire Otoman ; je
vons prie de me le co nmuniquer avec vos
nouvelles découvertes , quoique le plus
fouvent celles que l'on fait dans ce pays- là
ne roulent que far la vertu des remedes , je
ne les en eftimerai pas moins utilles , ni
moins importantes . Je fuis avec une trésparfaite
confideration .
MONSIEUR ,
Vêtre , &c, Anel.
A Paris ce 1. Janvier 1717 .
on adreffe rue du Four S. Euftache vis àvis
l'Hôtel de So fons,
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Résumé : LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
Dans une lettre datée du 1er janvier 1717, M. Anel, chirurgien à Paris, adresse un courrier à son ami M. George Policola, médecin à Constantinople. M. Anel y décrit ses succès professionnels et ses découvertes médicales. Il a mis au point une méthode pour traiter les fistules lacrymales sans recourir à une intervention chirurgicale violente, ce qui lui a valu des récompenses et un privilège royal pour traiter les maladies des yeux en France. Il a également identifié une maladie nommée 'hydropisie du conduit lacrymal' et développé des techniques pour explorer le fond de l'œil et administrer des remèdes sans provoquer d'irritation, réduisant ainsi les douleurs et les complications pour les patients. M. Anel mentionne une réflexion du Dr. Marquety de Padoue sur la mortalité due aux maladies vénériennes. Il relate également une opération réussie d'amputation d'un bras à l'épaule selon la méthode de Mr. de Remonjeau, bien que le patient soit décédé ultérieurement d'une autre maladie. La lettre évoque diverses innovations technologiques, telles qu'une nouvelle plume, une machine pour soulager les chevaux, des chariots à voile, et une méthode d'accouchement sans instruments tranchants. De plus, M. Anel rapporte la découverte d'un fœtus monstrueux dans un mouton, présentant des caractéristiques humaines et animales, conservé par le chirurgien Monsieur Tartanfon. Il mentionne aussi un cas similaire d'un enfant trouvé dans un abcès d'un ecclésiastique et invite son correspondant à partager des découvertes similaires provenant de l'Empire Ottoman.
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5991
LETTRE Qui renferme plusieurs faits singuliers de M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Saye, & Occuliste de France par Brevet du Roy. A son ancien Ami M George Policola Docteur en Medecine de l'Université de Rome, Comte Palatin, Chevalier de l'Epron d'or, & premier Medecin du Sultan Achmet V. Empereur des Trucs.
5992
p. 264-265
« Je fermerai ce Mercure par un Avis important, qui est que [...] »
Début :
Je fermerai ce Mercure par un Avis important, qui est que [...]
Mots clefs :
Altesse royale, Pompes, Incendie, Accidents
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texteReconnaissance textuelle : « Je fermerai ce Mercure par un Avis important, qui est que [...] »
Je fermerai ce Mercure par
un Avis important , qui eft que
Son Alteffe Royale , qui veille
contiMERCURE.
265
un
continuellement au bien Public
a fait placer depuis
an des Pompes dans
les principaux quartiers de cette
Ville , & lever une Compagnie
d'ouvriers gagez en ha--
bits uniformes : ils font inftruits
au maniment defdites Pompes
contre les accidents du feu
par le fieur du Perrier
qui les
commande
.
un Avis important , qui eft que
Son Alteffe Royale , qui veille
contiMERCURE.
265
un
continuellement au bien Public
a fait placer depuis
an des Pompes dans
les principaux quartiers de cette
Ville , & lever une Compagnie
d'ouvriers gagez en ha--
bits uniformes : ils font inftruits
au maniment defdites Pompes
contre les accidents du feu
par le fieur du Perrier
qui les
commande
.
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5994
p. 265
« De l'Imprimerie de J. François Grou, rue de la Huchette, [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J. François Grou, rue de la Huchette, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de J. François Grou, rue de la Huchette, [...] »
De l'Imprimerie de J. FRANÇOIS GROU,
rue de la Huchette , au Soleil d'er
rue de la Huchette , au Soleil d'er
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5995
s. p.
TABLE Des Matiéres contenues dans ce volume.
Début :
Preface de l'Auteur. Dissertation sur le Poëme Epique, par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE Des Matiéres contenues dans ce volume.
TABLE
Des Matiéres contenues dans
ce volume.
P
Reface de l'Auteur.
Differtation fur le Poëme
Epique , par M.
د
› par M. l'Abbé
de Pons
contre la Doctrine
de
Madame
Dacier
> page I
Echo Cantate
, par Mr de la
Motte ,
,
76
81
Les Amours Paftorales de Daphnis
& Cloé
Les Pincettes dédiées aux Tifoneurs
, par le P. du Cerceau
117
Recapitulation générale des
événemens les plus remarquables
de l'année 1716. 139
Relation auffi curieufe que fidéle,
d'un voyage fait à Arica , côte
du Peron , en 1716.
Expeditions
contre les Outagamis
, ou Renards , par la Colonie
de Quebec ,
i54
170
176
Lettre en Profe & en Vers, adreffée
à l'Auteur ,
Autre à M ... fur le voyage du
Parnaße , par M ...
Raimond
9
179
Epitre de M. Michel à M ... à
qui il avoit promis le cocüage de
M. Arrouet ,
Fable par M. Dufreny ,
Chanfon ,
Chapitre des Enigmes
215
2.0
222
Lettre Anonime , écrite à l'Auteur
,
225
Articles de Paris , 230
Dons du Roy , 235
Art. desCharges conferées , 236
Audiance donnée aux députez
de
Bretagne 238
Mariages 243
Article des fpectacles , 245
Article des Morts . 221
Lettre , 256
Des Matiéres contenues dans
ce volume.
P
Reface de l'Auteur.
Differtation fur le Poëme
Epique , par M.
د
› par M. l'Abbé
de Pons
contre la Doctrine
de
Madame
Dacier
> page I
Echo Cantate
, par Mr de la
Motte ,
,
76
81
Les Amours Paftorales de Daphnis
& Cloé
Les Pincettes dédiées aux Tifoneurs
, par le P. du Cerceau
117
Recapitulation générale des
événemens les plus remarquables
de l'année 1716. 139
Relation auffi curieufe que fidéle,
d'un voyage fait à Arica , côte
du Peron , en 1716.
Expeditions
contre les Outagamis
, ou Renards , par la Colonie
de Quebec ,
i54
170
176
Lettre en Profe & en Vers, adreffée
à l'Auteur ,
Autre à M ... fur le voyage du
Parnaße , par M ...
Raimond
9
179
Epitre de M. Michel à M ... à
qui il avoit promis le cocüage de
M. Arrouet ,
Fable par M. Dufreny ,
Chanfon ,
Chapitre des Enigmes
215
2.0
222
Lettre Anonime , écrite à l'Auteur
,
225
Articles de Paris , 230
Dons du Roy , 235
Art. desCharges conferées , 236
Audiance donnée aux députez
de
Bretagne 238
Mariages 243
Article des fpectacles , 245
Article des Morts . 221
Lettre , 256
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Résumé : TABLE Des Matiéres contenues dans ce volume.
Le document est un volume contenant divers écrits et rapports. Il s'ouvre par une préface de l'auteur, suivie d'une dissertation de l'abbé de Pons qui contredit la doctrine de Madame Dacier. Le volume inclut plusieurs œuvres littéraires, parmi lesquelles 'Écho Cantate' de Monsieur de la Motte, 'Les Amours Pastorales de Daphnis et Cloé', et 'Les Pincettes dédiées aux Tisonneurs' du Père du Cerceau. Il contient également des rapports et lettres, tels qu'une recapitulation des événements marquants de l'année 1716, une relation d'un voyage à Arica sur la côte du Pérou en 1716, et des expéditions contre les Outagamis par la colonie de Québec. Diverses lettres et épîtres sont présentes, incluant une lettre anonyme adressée à l'auteur. Le volume aborde aussi des sujets variés comme les spectacles, les décès, les dons du roi, les charges conférées et les mariages.
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5996
s. p.
ERRATA.
Début :
Transportés le mot, que, qui commence la 17 ligne de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : ERRATA.
ERRAT A.
Ranfportés le mot , que , qui commence la i7 ligne
J'ai cru.
Page 20 , l. d'elles
Les Piliffens , l. les Peliffons.
Pag. 5. feulement , difcours en Vers. Pag. 36.1.
cu fur fa , &c. Pag. 1. fur l'amy fictif que. Page
48. 4. appliquée. Pag. 66. 4. prévoyant , &c. Pag . 36.
1. né. Pag. 91. 1. groffiereté. Pag. 91. l. la même.
Pag. 93. 7. alors . Pag. ce Berger. Pag. 115. étés
empêcher. Pag. 116. M. à l'endroit . Pag. 119. apr.és
Lamon , mettés qui. Pag. 121. 7. pour le reconnoître
Pag. 125. l. que la joye. 146. l. à l'envie . Pag. 148.
qu'on n'en peut. Pag, 155. L. chargeoit . Pag. 177. l.
n'y à fa Profe. Pag. 181. . exact. Pag. 188. l. d'une
voix. Pag. 190. Là ces précieuſes. Pag. 202 l. éclairé.
Pag. 204. , on n'y allégue, Pag. 106. l, vous,
Ranfportés le mot , que , qui commence la i7 ligne
J'ai cru.
Page 20 , l. d'elles
Les Piliffens , l. les Peliffons.
Pag. 5. feulement , difcours en Vers. Pag. 36.1.
cu fur fa , &c. Pag. 1. fur l'amy fictif que. Page
48. 4. appliquée. Pag. 66. 4. prévoyant , &c. Pag . 36.
1. né. Pag. 91. 1. groffiereté. Pag. 91. l. la même.
Pag. 93. 7. alors . Pag. ce Berger. Pag. 115. étés
empêcher. Pag. 116. M. à l'endroit . Pag. 119. apr.és
Lamon , mettés qui. Pag. 121. 7. pour le reconnoître
Pag. 125. l. que la joye. 146. l. à l'envie . Pag. 148.
qu'on n'en peut. Pag, 155. L. chargeoit . Pag. 177. l.
n'y à fa Profe. Pag. 181. . exact. Pag. 188. l. d'une
voix. Pag. 190. Là ces précieuſes. Pag. 202 l. éclairé.
Pag. 204. , on n'y allégue, Pag. 106. l, vous,
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Résumé : ERRATA.
Le document liste des corrections orthographiques et typographiques pour un texte, telles que 'Ranfportés' en 'Rapportés' et 'Peliffens' en 'Piliffens'. Il indique aussi des ajustements de phrases et de ponctuation entre les pages 5 et 204. Des termes spécifiques doivent être modifiés ou ajoutés, comme 'feulement' en 'discours en vers' à la page 5 et 'appliquée' à la page 48. Ces corrections visent à améliorer la précision et la clarté du texte.
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5997
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier le Nouveau Mercure [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J
'Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chan.
celier le Nouveau Mercure de Janvier
1717. Le Public y verra fans doute avec
plaifir le premier effet que l'Auteur le propofe
de prendre pour remettre cette eſpece
d'Ouvrage dans fon ancienne reputation.
A Paris ce 28. Janvier 1717.
TERRASSON.
J
'Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chan.
celier le Nouveau Mercure de Janvier
1717. Le Public y verra fans doute avec
plaifir le premier effet que l'Auteur le propofe
de prendre pour remettre cette eſpece
d'Ouvrage dans fon ancienne reputation.
A Paris ce 28. Janvier 1717.
TERRASSON.
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5998
s. p.
PRIVILEGE DU ROY.
Début :
LOUIS par la grace de Dieu, Roy de France & de Navarre : [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIVILEGE DU ROY.
PRIVILEGE DU ROT.
OUIS par la grace de Dieu , Roy de
France & de Navarre : A nos amez
& feaux Confeillers , les Gens tenans nos
Cours de Parlement , Maîtres des Requétes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Confeil
, Prevôt de Paris , Baillifs , Senechaux ,
lents Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers
qu'il appartiendra , Salut . Notre
bien Amé le Sr FRANCOIS BUCHET ,
Nous ayant fait remontrer qu'il fouhaite
roit faire imprimer , & donner au Public
un Ouvrege qui a pour titre Mercure Fran**
çois & Galant , s'il nous plaifoit lui accorder
nos Lettres de Privileges fur ce neceffaires
. A ces caufes , voulant favorablement
traiter ledit Sieur Expofant , nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes
, de faire imprimer ledit Livre .
en tels volumes , forine , marge , carac
tere , conjointement ou feparément , & autant
de fois que boa lui femblera , & dé le
faire vendte & debiter par tout nôtre Royaumé
pendant le temps de fix années confecutives
, à compter de la datte desdites
Prefentes ; à condition neanmoins que chaque
Volume porteta fon Approbation expreffe
de l'Examinateur qui aura été commis
à cet effet . Faifons deffenſes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité , &
condition qu'elles foient d'en introduire
d'impreffion étrangere dans aucun lieu de
nêtre obéiffance ; comme auffi à tous Lia
braires , Imprimeurs , & au res , d'imprimer,
faire imprimer, vendre ,fairevendre, debiter,
ni contrefaireledit Mercure François &
Galant, en tout, ni en partie , ni d'en faire
aucuns Extraits fous quelque pretexte que
ce foit d'augmentation , correction , changement
de titre ou autrement . fans la pers
miffion expreffe , & par écrit dudit Sieu
Expofant ou de ceux qui auroient droit de
lui , à peine de confifcation des Exemplaires
contraifaits , de trois mille livres d'amende
contre chacun des Contrevenans
dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris, l'aurretiers audit fieur Expofant
, & de tous dépens , dommages & interefts,
à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiſtre de
la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris , & ce dans trois mois de la
datte d'icelles ; que l'impreffion dudit Livre
fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en bon papier , & en braux caracteres
, conformement aux Reglemens de la
Librairie ; & qu'avant que de l'expofer en
vente , il en fera mis deux Exemplaires
dans notre Bibliotheque publique , un dans
celle de notre Château du Louvre , & un
dans celle de Notre tres cher , & feal
Chevalier Chancelier de France le fieur
Voifin Commandeur de nos Ordtes ; le tout
à peine de nullité des prefentes . du contenu
de quels vous mandons & enjoignons
de faire jouir led . fieur Expofant ou fes
ayants caufes , pleinement & paifiblement
fans fouffrir qu'il lui foit fait aucuns troubles
ou empêchemens . Voulons que la co
pie defdites Préfentes , qui fera imprimée
au commencement ou à la fin dudit Livre,
foit tenue pout dûëment fignifiée , & qu'-
aux capies collationnées par l'un de nos
Amés & feaux Corfeilliers & Secretaires,
foi foit ajoûtée comme à l'original Commandons
au premier notre Huiffier ou Sergent
, de faire pour l'execution d'icelles
rous actes requis & neceffaires , fans demander
autre permiffion , nonobftant clameur
de Haro Chartre Normande & Lettres
à ce contraires. Car tel eft notre plai .
fir. Donné à Paris , le dix - neuvième jour
de Janvier , l'an de grace mil fept cent dix-
Lept & de notre Régne , le deuxième.
Par le Roy en fon Confeil .
›
FOUQUET.
Il eft ordonné par Edit de Sa Majesté ,
de 1686 , & Arrefts de fon Confeil , que les
Livres dont l'impreffion fe permet par chacun
des Privileges > ne feront vendus
par un Libraire eu Imprimeur.
que
Regiftréfur le Regiftre 4.de la Communauté,
des Libraires Imprimeurs de Paris pag
3. n 134.conformément aux Reglemens &
notamment à l'Arreft du Confeil du 13
Aout 1703. Paris ce 1 Février 1717 .
Signé DELAULNE , Syndic
OUIS par la grace de Dieu , Roy de
France & de Navarre : A nos amez
& feaux Confeillers , les Gens tenans nos
Cours de Parlement , Maîtres des Requétes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand Confeil
, Prevôt de Paris , Baillifs , Senechaux ,
lents Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers
qu'il appartiendra , Salut . Notre
bien Amé le Sr FRANCOIS BUCHET ,
Nous ayant fait remontrer qu'il fouhaite
roit faire imprimer , & donner au Public
un Ouvrege qui a pour titre Mercure Fran**
çois & Galant , s'il nous plaifoit lui accorder
nos Lettres de Privileges fur ce neceffaires
. A ces caufes , voulant favorablement
traiter ledit Sieur Expofant , nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes
, de faire imprimer ledit Livre .
en tels volumes , forine , marge , carac
tere , conjointement ou feparément , & autant
de fois que boa lui femblera , & dé le
faire vendte & debiter par tout nôtre Royaumé
pendant le temps de fix années confecutives
, à compter de la datte desdites
Prefentes ; à condition neanmoins que chaque
Volume porteta fon Approbation expreffe
de l'Examinateur qui aura été commis
à cet effet . Faifons deffenſes à toutes
fortes de perfonnes de quelque qualité , &
condition qu'elles foient d'en introduire
d'impreffion étrangere dans aucun lieu de
nêtre obéiffance ; comme auffi à tous Lia
braires , Imprimeurs , & au res , d'imprimer,
faire imprimer, vendre ,fairevendre, debiter,
ni contrefaireledit Mercure François &
Galant, en tout, ni en partie , ni d'en faire
aucuns Extraits fous quelque pretexte que
ce foit d'augmentation , correction , changement
de titre ou autrement . fans la pers
miffion expreffe , & par écrit dudit Sieu
Expofant ou de ceux qui auroient droit de
lui , à peine de confifcation des Exemplaires
contraifaits , de trois mille livres d'amende
contre chacun des Contrevenans
dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris, l'aurretiers audit fieur Expofant
, & de tous dépens , dommages & interefts,
à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiſtre de
la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris , & ce dans trois mois de la
datte d'icelles ; que l'impreffion dudit Livre
fera faite dans nôtre Royaume , & non
ailleurs , en bon papier , & en braux caracteres
, conformement aux Reglemens de la
Librairie ; & qu'avant que de l'expofer en
vente , il en fera mis deux Exemplaires
dans notre Bibliotheque publique , un dans
celle de notre Château du Louvre , & un
dans celle de Notre tres cher , & feal
Chevalier Chancelier de France le fieur
Voifin Commandeur de nos Ordtes ; le tout
à peine de nullité des prefentes . du contenu
de quels vous mandons & enjoignons
de faire jouir led . fieur Expofant ou fes
ayants caufes , pleinement & paifiblement
fans fouffrir qu'il lui foit fait aucuns troubles
ou empêchemens . Voulons que la co
pie defdites Préfentes , qui fera imprimée
au commencement ou à la fin dudit Livre,
foit tenue pout dûëment fignifiée , & qu'-
aux capies collationnées par l'un de nos
Amés & feaux Corfeilliers & Secretaires,
foi foit ajoûtée comme à l'original Commandons
au premier notre Huiffier ou Sergent
, de faire pour l'execution d'icelles
rous actes requis & neceffaires , fans demander
autre permiffion , nonobftant clameur
de Haro Chartre Normande & Lettres
à ce contraires. Car tel eft notre plai .
fir. Donné à Paris , le dix - neuvième jour
de Janvier , l'an de grace mil fept cent dix-
Lept & de notre Régne , le deuxième.
Par le Roy en fon Confeil .
›
FOUQUET.
Il eft ordonné par Edit de Sa Majesté ,
de 1686 , & Arrefts de fon Confeil , que les
Livres dont l'impreffion fe permet par chacun
des Privileges > ne feront vendus
par un Libraire eu Imprimeur.
que
Regiftréfur le Regiftre 4.de la Communauté,
des Libraires Imprimeurs de Paris pag
3. n 134.conformément aux Reglemens &
notamment à l'Arreft du Confeil du 13
Aout 1703. Paris ce 1 Février 1717 .
Signé DELAULNE , Syndic
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Résumé : PRIVILEGE DU ROY.
Le document est un privilège royal délivré par Louis, roi de France et de Navarre, à François Buchet. Ce privilège permet à Buchet d'imprimer et de distribuer son ouvrage 'Mercure Français & Galant' en France pour une durée de six ans à compter de la date du document. L'impression doit utiliser du bon papier et des caractères conformes aux règlements de la librairie. Chaque volume doit recevoir l'approbation d'un examinateur désigné. Le roi interdit l'importation de copies étrangères et la contrefaçon, sous peine de confiscation et d'amendes. Deux exemplaires doivent être déposés dans la bibliothèque publique, un au Louvre et un chez le chancelier de France. Le document doit être enregistré auprès de la communauté des libraires et imprimeurs de Paris dans les trois mois. Les autorités doivent veiller au respect de ce privilège. Daté du 19 janvier 1710, il est signé par Fouquet. Un édit de 1686 et des arrêts du conseil précisent que seuls les libraires et imprimeurs enregistrés peuvent vendre les livres autorisés par privilège. Le document est enregistré le 1er février 1717 et signé par Delaune, syndic.
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5999
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Le Lecteur doit être un peu surpris de trouver des [...]
Mots clefs :
Caractères, Impression, Lecteurs, Journaux, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS .
E Lecteur doit être un peufur
pris de trouver des caractères fi
differents de ceux , dont on s'étoit
fervi jufqu'à préfent , pour imprimer
le Mercure. J'espere cependant de
fon indulgence , qu'il entrera aves
bonté , dans les raisons qui m'ont
déterminé à ce changement . Je dois
donc dire pour ma juſtification envers
le Public , que c'est le cri public même
qui m'y a engagé. Auffitôt que mon
premier Recueil parut , je reçû des
Avis de toutes parts , tant de Paris,
que des Provinces ; que l'on s'étoit
attendu que je diminuerois le prix
de ce Livre , en le réduisant à la
moitié que pour cela , je ne devois
pas être plus délicat que les Auteurs
des Journaux de Trevoux , de Hollande
, &c. qui , pour donner un cours
plus aife à leur Ouvrage , avoient
choifis la forme des caracteres , dont
A ij
AVANT- PROPOS.
jufe aujourd' buy. Que perfonne ne
s'en plaignoit ; Que d'ailleurs d'étoit
trop préfumer du mérite de mon
travail , que d'exiger le double du
prix d'un Livre qui ne contenoit pas
plus de matieres que ces fortes d'Ouvrages.
Favoue que ces raisons
m'ont parû fi fenfées , qu'elles m'ont
abfolument emporté ; puifque necesfairement
il doit en résulter plufieurs
avantages. Le premier , la médiocrité
du prix , qui eftant à quinzefols , fera
un puiffant attrait pour l'acheter.
Le fecond eft , que les débitant brochés
, on pourra à la fin de chaque
année , les faire relier en quatre volumes
, qui feront très portatifs. Le
troisième , qu'il paſſera plus aisément
dans les Provinces , & dans les Païs
Etrangers , à cause que le port enfera
moins confiderable , & c. Que l'on ne
croye pas cependant , qu'ils contiendront
moins de matieres que les
precedens au contraire , ils feront
beaucoup plus remplis , & par là , il
ichapera fort peu de Pièces volantes
qui n'y trouvent leur place. Enfin ,
je tacherai de former un Recueil qui
AVANT-PROPOS.
puiffe tenir lieu de quantité d'autres
Ouvrages périodiques , dont le Public
eft furchargé depuis quelque temps ;
eeft là l'inftitution du Mercure ;
les autres ouvrages de cette espéce
n'ayant pas le droit d'embraßer la
varieté des matieres qui fingularifeno
celui- ci. Je declare néantmoins que je
m'abstiendrai d'entrer dans le Secret
du Cabinet des Princes.
Je renvois les eurieux de Reflexions
Politiques au Journal Historique de
Verdun ; il en a trouvé la clef, ainfi
cette partie lui eft reſervée , je la lui
abandonne fans rancune .
E Lecteur doit être un peufur
pris de trouver des caractères fi
differents de ceux , dont on s'étoit
fervi jufqu'à préfent , pour imprimer
le Mercure. J'espere cependant de
fon indulgence , qu'il entrera aves
bonté , dans les raisons qui m'ont
déterminé à ce changement . Je dois
donc dire pour ma juſtification envers
le Public , que c'est le cri public même
qui m'y a engagé. Auffitôt que mon
premier Recueil parut , je reçû des
Avis de toutes parts , tant de Paris,
que des Provinces ; que l'on s'étoit
attendu que je diminuerois le prix
de ce Livre , en le réduisant à la
moitié que pour cela , je ne devois
pas être plus délicat que les Auteurs
des Journaux de Trevoux , de Hollande
, &c. qui , pour donner un cours
plus aife à leur Ouvrage , avoient
choifis la forme des caracteres , dont
A ij
AVANT- PROPOS.
jufe aujourd' buy. Que perfonne ne
s'en plaignoit ; Que d'ailleurs d'étoit
trop préfumer du mérite de mon
travail , que d'exiger le double du
prix d'un Livre qui ne contenoit pas
plus de matieres que ces fortes d'Ouvrages.
Favoue que ces raisons
m'ont parû fi fenfées , qu'elles m'ont
abfolument emporté ; puifque necesfairement
il doit en résulter plufieurs
avantages. Le premier , la médiocrité
du prix , qui eftant à quinzefols , fera
un puiffant attrait pour l'acheter.
Le fecond eft , que les débitant brochés
, on pourra à la fin de chaque
année , les faire relier en quatre volumes
, qui feront très portatifs. Le
troisième , qu'il paſſera plus aisément
dans les Provinces , & dans les Païs
Etrangers , à cause que le port enfera
moins confiderable , & c. Que l'on ne
croye pas cependant , qu'ils contiendront
moins de matieres que les
precedens au contraire , ils feront
beaucoup plus remplis , & par là , il
ichapera fort peu de Pièces volantes
qui n'y trouvent leur place. Enfin ,
je tacherai de former un Recueil qui
AVANT-PROPOS.
puiffe tenir lieu de quantité d'autres
Ouvrages périodiques , dont le Public
eft furchargé depuis quelque temps ;
eeft là l'inftitution du Mercure ;
les autres ouvrages de cette espéce
n'ayant pas le droit d'embraßer la
varieté des matieres qui fingularifeno
celui- ci. Je declare néantmoins que je
m'abstiendrai d'entrer dans le Secret
du Cabinet des Princes.
Je renvois les eurieux de Reflexions
Politiques au Journal Historique de
Verdun ; il en a trouvé la clef, ainfi
cette partie lui eft reſervée , je la lui
abandonne fans rancune .
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Résumé : AVANT-PROPOS.
L'avant-propos annonce un changement dans la présentation du 'Mercure' suite à des critiques après la publication du premier recueil. Les lecteurs espéraient un prix réduit. Des journaux comme ceux de Trévoux et de Hollande ont modifié leurs caractères pour améliorer l'accessibilité. Les principales raisons du changement sont : réduire le prix à quinze sols pour attirer plus d'acheteurs, permettre aux débiteurs de relier les volumes annuellement, faciliter la distribution dans les provinces et à l'étranger, et augmenter la quantité de contenu sans ajouter de pièces volantes. L'objectif est de créer un recueil complet remplaçant plusieurs ouvrages périodiques. L'auteur évitera les secrets des cabinets des princes et renverra les amateurs de réflexions politiques au Journal Historique de Verdun.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6000
s. p.
DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Début :
Aprés un Avant-propos jugé aussi necessaire, j'ose me / Je laisse à Madame Dacier le soin de soûtenir, comme [...]
Mots clefs :
Poète, Pièces en vers et en prose, Apollon, Muses, Parnasse, Illusion, Abbé de Pons, Variété, Danse, Orateur, Rime, Cadence, Versification, Auteurs, Arrangement, Sensible, Imagination, Théorie, Racine, Ronsard, Despréaux, Didactique, Bizarrerie, Langue
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texteReconnaissance textuelle : DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
Aprés un Avant-propos jugé auffi
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
necellaire , j'ofe me promettre que
l'on me fçaura gré d'entrer en matiere
par la Piéce fuivante : elle eft
d'un Auteur trop connu parmi les
favoris d'Apollon , pour ne pas faire
un des principaux ornements de
mon Recueil. De plus elle fervira
à me juftifier dans l'efprit des perfonnes
neutres , qui auroient pû me
foupçonner de partialité , fi je n'avois
point opposé un morceau à la
Diflertation de M. l'Abbé de Pons
A iij
AVANT - PROPOS.
qui eft à la tête du Mercure deJanvier
, dont elle attaque une partie
incidentelle ; fçavoir , fi la Profe
doit le ceder aux Vers.
7
LE
NOUVEAU
MERCURE
DEFFENSE
DE LA
POESIE FRANCOISE.
E laiffe à Madame Dacier
le foin de foûtenir , comme
elle ne manquera pas
fans doute de le faire trés
fçavamment , les principes qu'elle
a avancés fur le Poëme Epique
& que M. l'Abbé de Pons a combattus
dans le Mercure de Janvier
Aiiij
8 LE NOUVEAU
de cette année ; mais en qualité
de Citoyen du Parnafle & de Rimeur
, quoyqu'indigne ; je ne puis
me difpenfer d'entrer en caufe fur
ce qui regarde les interefts & la
gloire d'un Art que je cultive depuis
longtemps .
Tout homme doit être Soldat ,
quand il s'agit de défendre fa patrie.
Notre Patrie à nous autres Poëtes ,
s'il m'eft permis de me mettre du
nombre , c'eſt le Parnaffe . On ne
peut fupprimer les Vers , qu'il ne
foit ruiné de fond en comble ; car
pour Meffieurs les Profateurs , comme
il leur plaît de fe nommer ; ils
y tiennent un fi petit rang , fi même
ils y en tiennent aucun , qu'à peine
les y compte-t- on pour quelque
chofe. Les Poëtes au contraire
font les Seigneurs dominants ; Apollon
ne s'y communique qu'a eux ;
les Mufes ne favorifent qu'eux feuls
de leurs infpirations , & même pour
le faire avec plus de régularité &
moins de confufion ; elles ont par
tagé entre elles les differentes
fortes de Poëfies auxquelles les
MERCURE.
Poëtes fe confacrent ; & Pegaſe enfin
, tout cheval qu'il eft , ne s'y
laifle monter que par les Poëtes.
Le Parnafie nous appartient donc
en propre ; c'est notre patrimoine ,
& à titre d'autant plus légitime ,
qu'il y en a plufieurs parmi nous ,
qui n'en ont jamais eu d'autre. En
faut-il davantage pour allumer mon
zele , & exciter dans moi cette vive
ardeur avec laquelle on combattoit
autrefois , pour fes foyers &
pour les Autels ?
Je fens bien que pour faire les
chofes dans les formes , ce feroit
en Vers que je devrois défendre la
caufe des Vers. Mais dans la jufte
défiance que m'infpire la médiocrité
de mon talent en ce genre , je ne
veux pas donner lieu à mon adverfaire
de s'en prévaloir , & d'attribuer
à l'imperfection de l'Art , ce
qui ne devroit tomber que fur l'incapacité
du Poëte . Peut - être trahîrois
- je moi - même ma caufe , en
voulant la défendre , & je me ferois
dire perfonnellement , ce que
M. l'Abbé de Pons ne dit qu'en
10 LE NOUVEAU
general , à tous mes confreres :
Pourquoi ne me parle - t - on pas en
Profe ? *
C'est donc en ce langage que je
vais m'expliquer , & fi dans une
défenſe auffi légitime que celle- ci ,
il m'échape quelques termes qui
ne foient pas affez inefurez , je prie
notre adverfaire de fe fouvenir que
c'eſt le Parnafle , notre domicile ,
que j'ai à défendre , & que je fuis
en droit de faire autant de bruit
pour la défenfe de notre maifon ,
que Ciceron en fit autrefois pour
le retabliffement de la fienne . *
* Si c'eft une illufion dans Madame
Dacier de croire , que les Vers
font plus fufceptibles de grandeur &
de Majefté que la Profe , & que
le
Poëme y trouve plus de reffource ,
j'avoue que je fuis de moitié avec
elle fur cette illufion , & je m'es
* Page 75 .
*. Oratio
pro
*. Page 68 .
domo fuâ.
MERCURE. If
fais honneur . Il ne feroit même pas
impoffible que l'illufion ne fût moins
de notre côté , que du côté de ceux
qui nous l'imputent. Nous avons
déja pour nous , de l'aveu de notre
adverfaire , le préjugé public. * Tour
déraisonnable qu'on dépeint ce préjugé
, on convient qu'il eft univerfel
; & fi nous nous trompons , dumoins
avons - nous la confolation
de voir , que grand nombre d'honnêtes
gens fe trompent avec nous.
Il ne s'agit plus que de fçavoir de
quel côté eft l'illuſion .
Je ne prétends point icy fuivre nôtre
adverfaire pied à pied , ni faire
une differtation dans les formes ;
mais fans m'affervir à cette methode
gefnante , en répondant à un Auteur
qui ne blâme rien tant dans nôtre
art , que la gêne , j'efpere fatisfaire
pleinement à toutes fes difficultez .
Je conviens d'abord de bonne foy
de cette efpece de gêne & de con-
* Page 68.
Ibid.
12 LE NOUVEAU
trainte qui fe trouve dans les vers
& qui leur eft fi eflentielle , que c'eft
principalement ce qui les diftingue
de la profe. J'avoue en ſecond lieu
qu'il eft beaucoup plus aifé de parler
& d'écrire en profe , que de parler &
d'écrire en vers , tout comme il eſt
beaucoup plus aifé de marcher que
de danfer. Il y avoit plus de quarante
ans que M. Jourdain difoit de la
profe , non feulement fans avoir ap.
pris à en dire , mais même fans fçavoir
qu'il en difoit . Il eût beſoin de
fçavoir faire une reverence pour faluer
une Marquife , & pour cette
fimple reverence , il luy fallut un
Maiftre. Que conclure de tout cela ?
le voicy : c'eft que fi on veut le borner
à ce qui eft de plus facile & de
plus comode , il faut s'en tenir à la
profe , & fupprimer les vers ,fe contenter
de marcher & bannir la danſe .
Le parallele que je fais icy des
vers avec la dance, eft bien plus jufte
à ce qu'il me femble , que celuy que
fait M. l'Abbé de Pons,du Poëte avec
un danfeur de corde. Qu'est- ce que
la dance ce font des
pas mefurez .
Qu'est- ce
MERCURE. 13
>
Qu'est- ce que les vers ? ce font des
mots cadencez & difpofés en certain
ordre. C'eft la varieté de cette
mefure qui conftitue les différentes
fortes de vers ; comme les pas
différents ou différemment liés
conftituent les différentes fortes de
dances. Le Poëte , ni le Danfeur
ne courent point rifque de fe caf
fer le cou dans l'exercice de leur
Art. Tout est affés égal de part &
d'autre ; & fi les vers font plus de
plaifir que la fimple Profe c'eft
par là même raifon , que la danſe a
quelque chofe de plus piquant &
de plus interrellant , que la démarche
fimple & ordinaire d'un homme
qui , va naturellement fon pas.
,
Il est vrai qu'Horace dans fa belle
Epître, addreflée à Augufte , femble
faire une espéce de parallele entre
les Poëtes & les Danfeurs de corde ;
mais le parallele ne tombe que fur
une chofe qui regarde plus le génie
du Poëte que la verfification * . Car
que veut- il faire entendre , quand
*. Hor. Art Poet.
Février 1717. B
14 LE NOUVEAU
il dit qu'il n'eft pas moins frapé de
l'adrefle & de l'habileté d'un Poe
le qui , à la faveur d'un fujet fabureux
& d'un peril imaginaire , fait
jouer tous les refforts des paffions
dans un coeur , l'attendrit , le tranſporte
, le calme fucceffivement , l'effraye
& l'épouvante même par le
prestige & l'enchantement de fon
art , que s'il le voyoit danfer fur la
corde Il ne veut dire par là rien
autre chofe , finon , que pour produire
des effets fi merveilleux dans
les coeurs , il faut autant de fouplefle
& d'agilité , fi j'ofe m'exprimer ainfi ,
dans l'efprit du Pocte , qu'il en faut
dans le corps du danfeur pour voltiger
fur une corde tendue en l'air. Or
fila profe , comme le foûtient M.
l'Abbé de Pons , * peut faire tout ce
que font les vers ; fi , comme il le dit ,
les fictions ingenieufe , les figures hardies
, les images brillantes ne font pas
plus l'appanage des vers que de la
* Page 69 .
* Page 68 .
MERCURE.
is
Profe ; voilà Meffieurs les Profateurs
devenus danfeurs de corde, auffi- bien
que nous. Ils croyent eftre en effet
auffi grands maiſtres dans l'art d'exciter
les paffions , que le peuvent être
les Poetes , & par confequent on ne
peut nous mettre au niveau des danfeurs
de corde , qu'on ne falle entrer
dans le même branle tous les Orateurs
, Harangueurs , Avocats , &
les Prédicateurs même.
Mais fi l'on veut s'en tenir au plus
commode , & fe borner à ce qui eft de
plus naturel & de moins gefnant ,
pourquoy fe jetter à plaifir dans la
recherche fatiguante de ces fictions ingenienfes
& de ces figures hardies ,
propres à émouvoir les paffions ?
Pourquoy fe tourmenter l'imagination
à inventer des tours qui frapent,
qui étonnent ? Pourquoy faire illufion
à l'efprit par des enchantemens
de figures maniées avec art , & par
tous ces autres artifices de l'eloquence
, que l'Arcopage avoit bannis des
caufes qui fe plaidoient à fon Tribunal
? N'en coûte- t-il rien pour tout
cela à l'Orateur ; & ne feroit- il pas
Bij
16- LE NOUVEAU
moins gênant , moins fatiguant pour
lui , de fe contenter d'expofer fimple .
ment fes raifons l'une après l'autre
dans l'ordre le plus naturel ? I eft
vrai , & rien même ne feroit plus raifonnable
, fi l'efprit de l'homme étoit
d'une autre trempe qu'il n'eft ; c'eſt- àdire
, s'il étoit affez Philofophe pour
fe contenter du vrai tout pur : mais il
a fes caprices & fes foibleffes,qui demandent
des ménagemens & des égards.
Il y a des veritez qui ne font
impreffion fur lui , qu'autant qu'on a
le talent de les lui faire goûter , & il
fautfouvent lui arracher par furpriſe;
& comme à force de preftige , ce que
la raifon nuë & dégagée de ces efpéces
de fantômes ou féduifans , ou
effrayans , dont l'art l'environne
n'en obtiendront jamais ,
De la maniere que l'efprit de l'homme
eft fait , on ne peut parvenir à lui
plaire, que par des endroits qui le flatent
; il faut quelque chofe qui le réveille
, qui le pique , & qui excite
dans lui de la furprife ; & il n'eft jamais
touché plus agréablement , que
quand cette furpriſe va jufqu'à l'adMERCURE
17
miration. Ce fera un foible , fi l'on
veut , dans luy , que de ne fe pas contenter
de la verité pure & denuée d'agrémens
; mais c'eft à ce foible que
nous devons l'invention des Arts &
des Sciences , & le foin qu'on a pris
dans tous les temps de les perfectionner.
Or tout cela s'eft -il fait , ou fe
fait-il encore fans gêne & fans contrainte
; on la pafle à tous les autres
arts , cette contrainte & cette gêne
pourquoi l'art des vers eft-il feul à
qui on la reproche ?
On me répond à cela , que ce qu'on
blâme dans les vers , ce n'eſt pas précifément
la gêne & la contrainte ,
mais une gêne , & une contrainte qui
va à la ruine des penſées , qui leur fait
perdre leur verité & leur grace naturelle
quifait plier la raifonfous le joug
d'un langagefollement mefuré , bifarre,
effrayant , quiporte avec luy l'appareil
du travail & de l'affectation . A ces incommoditez
qu'on prétend qu'apporte
avec elle l'uniformité de la rime
& de la cadence ; on ajoute de plus ,
Page 58 & 59. & ¢.
Biis
18 LE NOUVEAU
quelle fatigue , qu'elle ennuye ; de forte
qu'il n'y a eû qu'un long commerce
qui ait pu nous accoûtumer à la démarche
affectée des vers , & à leur
air contraint , & qu'on ne les fouffre
que par habitude * Enfin , comme
l'a dit feu M. l'Archevêque de Cambray
* C'est une torture d'efprit en pure
perte ; car je ne diffimaleray point que
ce grand homme a efté fur le fujer
des vers,dans la même prévention que
M. l'Abbé de Pons . Je fais bien fâché
de trouver en mon chemin un nouvel
adverfaire , de cette réputation
& de ce poids ; mais dans la noble
confiance que m'infpire, & la bonté
de ma caufe,& le caractere du Poëte,
qui tient un peu du Gaſcon , je ne
crois pas que je recule pour un ennemi
de plus , quelque formidable qu'il
puiffe être.
Cependant comme c'eft l'art que
j'entreprends de défendre , & non , le
mauvais ufage qu'on en peut faire ,
* Page 58
* Reflexionsfur la Rhetor.
5
19 MERCURRE
je demande, avant toute chofe , qu'on
ne mette point fur le compte de la
Poëfie , les imperfections & les défauts
qui ne viennent que de l'ignorance,
de l'incapacité ou de la negligence
du Poëte. Je palle fans peine
condamnation fur les mauvaisPoëtes,
& même fur ce que les bons ont de
defectueux . On nous cite deux vers de
Racine , & deux autres de Defpreaux ,
où l'on trouve quelque chofe à reprendre.
Ce font l'un & l'autre, deux
de nos plus grands Maiftres ; je conviens
cependant qu'au lieu de deux
vers de chacun , on en pourroit citer
bien d'autres du fecond , & un plus
grand nombre encore du premier
Poëte;plus aifé queDefpreaux dans fa
verfification ; mais bien moins châtić
& bien moins correct. De-là on va
conclure avec M. de Cambray que
la perfection de la verfification Fran
goife eft prefque impoſſible , puiſque
ceux même qui s'y font le plus diftinguez
, & qui ont été le plus loin dans
cet art , ne font pas exempts de dé
fauts.
Je ne puis mieux faire fentir l'illu-
D iiij
20 LE NOUVEAU
fion de cette confequence que par une
fuppofition que je fuis en droit de
faire. Ronfard jouïfloit en fon temps
d'une reputation encore plus éclatante
& plus univerfelle , que ne l'a été
celle de Racine & de Defpreaux dans
le nôtre. Si fur quelques -uns de fes
vers reconnus pour foibles & pour
mauvais , dans le temps même de fa
plus grande vogue , quelqu'un avoit
conclu, qu'il étoit comme impoffible
d'atteindre à la perfection de la Poë .
fie , puifque Ronfard même n'étoit
pas exempt de défaut , ce raifonnement
nous paroiftroit- il aujourd'huy
bien convainquant ? & qui nous a dit
qu'il ne viendra pas aprés nous des
genies heureux , qui aidez des lumieres
, des leçons & des exemples que
leur ont laiffé nos meilleurs Poëtes ,
porteront l'art de la verfification encore
plus haut , que ceux -ci ne l'ont
porté , & toucheront de plus prés à
ce point de perfection où tend l'art
Si des fautes où font tombez les
plus habiles & les plus diftingués
dans chaque art ; on doit conclure
au préjudice de l'art même , il n'y
MERCURE. 21
en a point de la perfection duquel
il ne faille défelperer. Les plus
grands Poetes font fujets à des né.
gligences , & leurs plus beaux Ou.
vrages ont des taches. J'en conviens
; mais qu'on me montre un
Orateur fans défaut. On voudroit
que dans un long Ouvrage , le Poëte
ne laiẞât rien à defirer pour la jufteße
, la clarté & l'élegance. Ie le
voudrois bien auffi ; mais qu'on me
montre un long ouvrage de Profe
en notre langue , où il n'y ait rien
à redire fur l'élegance , la clarté ,
ou la jufteffe , & qui foit exempt
des moindres négligences.
›
Je ne fçais pas comment en jugent
les autres ; mais je ne ferois point
de difficulté de dire que je trouve
à proportion beaucoup plus de chofes
à reprendre dans les ouvra .
ges de Profe que dans ceux de
Vers , & je fuis perfuadé que quiconque
voudra examiner de prés
ce que nous avons de meilleur dans
ces deux genres d'écrire , en fera le
même jugement. Je dirai bien plus ,
c'eft qu'il n'eft gueres poffible que.
22 LE NOUVEAU
les Ouvrages de Vers ne foient plus
achevez que ceux de Profe . Pourquoy
cela ? C'est que les bons Vers
font toujours travaillez avec plus
de foin que la bonne Profe , & que
cependant la bonne Profe ne demande
gueres moins de travail &
de méditation que les bons Vers.
Il y a une forte d'harmonie dans
la Profe plus difficile à attraper que
celle de la Poefie ; celle - ci à fon
chemin tout tracé ; chaque pied ,
chaque fyllable a fon arrangement
fixe & reglé ; au lieu que l'autre
qui n'a point de regle palpable &
déterminée , dépend prefque toute
du goût & de l'oreille.
Je ne puis diffimuler que je trouve
une injuſtice criante dans la maniere
dont on juge des Poetes. On
convient qu'ils font plus gênés que
ceux qui écrivent en Profe ; & au
lieu de leur paffer quelque chofe
en faveur de cette gêne , on éxige
dans eux plus de regularité , plus
de jufteffe & plus de perfection que
dans les autres Ecrivains. Quand
un profateur a exprimé rondement
MERCURE. 23
fa penfêe en termes intelligibles &
recûs , on n'en demande pas davantage
, & l'on ne va pas rechercher
, s'il n'y avoit point de termes
plus propres , plus énergiques ,
des tours plus vifs & plus heureux
qu'il pût employer . On entend ce
qu'on a lû ; on a hâte d'aller à ce
qui fuit , & par là on eſt diſpoſé
à fe contenter aisément de ce que
l'on trouve . Il s'en faut bien qu'on
ait la même indulgence pour le
Poëte. Ce n'est pas allés qu'on entende
ce qu'il dit ; on lui fait encore
un procés fur ce qu'il ne dit
pas & qu'il n'a ni , dû , ni voulu
dire , mais qu'on devine , que la
gêné du vers lui a fait fupprimer
malgré lui . On pefe jufqu'aux moindres
fyllabes de fes vers ; on ne veut
point que rien Y foit forcé ou déplacé
, que rien y grimace ; & tout
prévenu qu'on ett fur la fervitude
perpetuelle de la rime , on ne lui
en veut pas paffer une de foible .
On tépond à cela ; Ce font des loix
qu'il s'eft faites ; on eft en droit d'éxiger
qu'il les obferve. Pourquoi
24
LE NOUVEAU
de
›
s'eft il affujetti a cette folle meſure,
feuvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le ja ng
ce langage bifarre, quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eſt une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE
.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premier's
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envifagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur, des tours , qui puiffent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers. Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever ,
à le perfectionner , a enrichir l'i.
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée
par les differents regards !) Oui !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
de toutes ces toutes ces images ,
expreffions, on choifira , non la meilleure
& la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voila le Poëte gouverné par
la rime ; elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
24 LE NOUVEAU
de
s'eft il affujecti à cette folle mefure ,
fouvent aux dépens de la raifon qu'il
eft obligé de faire plier fous le jong
ce langage bifarre , quifait perdre aux
penfées leur verité & leur grace natu
relle. C'est un joug , il eft vrai
c'eft une gêne & une contrainte ;
mais une contrainte , où les Poëtes
trouvent de la douceur , & de trés
grands avantages , & qui fans les
jetter dans tous ces inconvénients
qu'on impute à leur art , leur procure
des fecours auffi grands qu'ils
font réels.
Pour rendre ceci fenfible , & faire
toucher au doigt les avantages confiderables
que retirent les Poëtes de
cette contrainte à laquelle la meſure
du vers les affujettit , je fuppofe
qu'on donne à deux perfonnes d'un
efprit à peu prés égal , la même penfée
à exprimer , à l'un en profe ,
& à l'autre en vers . Le premier , s'en
tiendra , comme il arrive d'ordinaire
à la premiere expreffion jufte &
claire qui fe prefentera d'abord à
fon efprit . Le fecond au contraire ,
gêné , par la cadance , & par la rime
qu'il
MERCURE.
25
qu'il ne rencontre pas dans les premiers
termes que fon efprit lui fournit
, tournera fa penſée en cent façons
, l'envisagera dans tous les
fens dont elle paroîtra fufceptible ,
s'échauffera l'imagination pour en
tirer des termes , & pour créer ,
s'il le faur , des tours , qui puiflent
faire quadrer fa penſée, à la meſure
de fon vers , Or quoy de plus propre
à cultiver l'efprit , à l'élever
à le perfectionner a enrichir l'i
magination , & à lui donner cette
fécondité qui multiplie en quelque
forte , le même objet dans fon idée ,
par les differents regards ¦ Oüi !
mais , dit - on , voici l'inconvénient
& l'écueil : De tous ces tours , de
toutes ces images , de toutes ces
expreffions,on choifira , non la meil
leure & la plus convenable , mais
celle qui renferme la rime dont on
a befoin & aprés laquelle on court.
Ainfi voilà le Poëte gouverné par
la rime elle féduit ; elle le gourmande
, elle fait plier la raison fous
Le joug du vers, & par là , elle fait
perdre aux pensées leur verité & lew
grace naturelle, C
;
26
LE
NOUVEAU
Tout cela eft vrai dans la pratique
des mauvais Poëtes , & dans
l'idée de ceux qui , faute d'être dans
l'exercice de la verfification , ne feavent
pas , comment les bons Poetës
fe gouvernent à cet égard . Il y a
dans tous les arts , certains myftéres
où la Théorie ne pénétre point ,
& qui ne fe révélent qu'à la pratique
& à l'ufage . Les bons Poëtes ,
comme les mauvais , font obligez de
faire pafler une même penfée par
vingt expreffions differentes , & de
fe la reprefenter fous vingt differents
jours ; jufques là tout eft égal entreeux.
Voici le point où ils fe feparent,
& ce qui les diftingue des uns des
autres. De tous ces tours & de toutes
ces expreffions differentes qu'ils ont
imaginées ; le mauvais Poete s'en
tient à celle qui lui livre ſa rime , &
c'eft en cela qu'il eft mauvais Poete.
Le bon Poete au contraire , choiſit
avant toute choſe, l'expreffion la plus
noble & la plus énergique ; le tour le
plus vif, le plus brillant, & qui donne
le plus de force & le plus de grace
à fa penfée , & cela fans égard pour
MERCURE, 17
la rime à laquelle il ne donne que fa
feconde réflexion . Quelque que foit
cette rime , il y affujettit tout le refte
; c'est ainsi qu'il fait plier la rime
fous le joug de la raifon , tandis que
le mauvais Poete fait plier la raifon
fous le joug de la time, La gêne de
la rime fait fouvent dire au mauvais
Poëte , ou plus , ou moins , ou toute
autre chofe qu'il ne voudroit dire ;
au lieu qu'elle fait fouvent trouver
au bon,des idées naives & des faillies
heureuſes , qu'il n'auroit jamais imaginées
fans cet aiguillon . Il y a tou.
jours dans chaque periode , dans chaque
penfée un peu étendue,quelque
endroit qui domine , à peu prés ,
comme dans un tableau , il y a tou
jours un objet principal auquel on
rapporte & on unit tous les autres.
Chez les Auteurs qui ont du goût ,
c'eft cet endroit qui gouverne le refte
qu'on tafche d'y lier , d'y aflortir &
d'y unir le plus naturellement qu'on
peut. Or c'est là , dit -on , la difficulté
que cette union ! il faut trouver une
terminaifon qui rime à cette expreffion
dominante,que vous aurez choi
*
Cij
.8 LE NOUVEAU
fie par préference , il faudra forcer
tout le refte pour l'amour d'elle . Et
qu'importe de quel côté foir la gêne
& la tyrannie , & laquelle des
deux rimes qui fe répondent , fouffre
& grimace ? Le Lecteur n'en fera
pas moins frapé du désagrément qui
refulte de cette gêne .
Faulle idée de ceux qui ne font -
point dans l'habitude de la verfification
, & qui fe font un monftre de
la rime , mais idée en même temps .
dont il eft dautant plus difficile de
les faire revenir , qu'il n'y a , que l'éxercice
& l'habitude de la verfification
, qui pût les défabufer. Je les
prieray feulement de faire une remarque
qu'ils n'ont peut- être jamais
faite , & dont il n'y a perfonne qui
ne foit capable . C'eft que dans le difcours
ordinaire, on ne dit gueres une
douzaine de mots de fuite, qu'on n'en
trouve au moins deux qui riment enfemble
; de forte que tout le travail
fe reduit à tourner ſa phraſe de maniere,
que ces deux terminaifons qui
riment , tombent naturellement au
bout des deux vers . Ce qui eft plus
MERCURE. 29
facile que je ne le puis dire ; & fion
cenfulte ceux qui font dans l'ufage de
faire des vers françois , ils conviendront
fans peine que la rime pour
l'ordinaire , eft ce qui les gêne & les
embaraffe le moins ; de forte que
M. Defpreaux a eu grande raifon de
dire dans fon art Poetique au fujet
de la rime .
Lorfqu'à la bien chercher d'abord on
s'évertuë ,
L'esprit à la trouver aifèment s'habituë;
Au joug de la raison fans peine elle
flechit ,
Et loin de la gêne„ la fert & l'enrichit.
S'il me falloit verifier , papiers fur
table , ce que j'ay dit du peu de préjudice
que la contrainte de la cadence
& de la rime, apporte à la verité, à la
beauté & à la grace des pensées ; je
n'en irois point chercher d'autre preuve,
que cet ouvrage même de M. Defpreaux
que je viens de citer , & que
je regarde comme le Poëme le plus
achevé que nous avons en noftre lan-
Cij
30 LE NOUVEAU
gue . Je trouve dans ce feul Poëme de
quoi prouver qu'il n'y a peut -être rien
qu'on ne puifle exprimer auffi heureufement
en vers qu'en profe. C'eſt
un ouvrage didactique , & par là même
, d'un caractere froid , & moins
fufceptible des agréments de la
Poefie,que toute autre efpece de Poëme.
C'est peu de dire qu'il n'y a pref
que rien de forcé , ni de foible dans
cet ouvrage , tout m'y paroift failė,
fi naturel , que je ne fçay pas comment
le Poëte auroit pu s'y prendre,
pour trouver des termes plus propres
& plus nobles que ceux qu'il a mis
en oeuvre. Je fais plus : Je Propole au
plus habile Profateur de prendre le
fonds de cet ouvrage & d'en mettre
les préceptes & les inftructions en
pure profe , & je le défie de le faire
plus intelligiblement , plus nettement
& plus naturellement que
Defpreaux ne l'a fait en vers .
S'apperçoit- on dans cet ouvrage
& dans la plupart de ceux du même
Auteur & de nos antres bons Poëtes ,
de cet air contraint & de cet appareil
de travail d'affectation , qu'on
MERCURE.
31
reproche tant ? Pour moy , fi j'ofe
dire ce queje penfe , je m'en apperçois
bien davantage dans des ouvrages
de profe , pleins d'efprit d'ailleurs
, mais dont le ftile me paroift
bien plus gené & plus affecté que celuy
de la Poëfie. Tel eft celuy de S.
Evremond en plufieurs de fes ouvrages
. Les mots y font prefque toujours
dans une attitude contrainte & forcée
; il faut fouvent aider à la lettre
pour les entendre , & je fuis perfuadé
que s'ils avoient la liberté de fe plaindre
, ils avouëroient qu'ils fe trouvent
bien plus en preffe & plus mal à
leur aife dans fa profe & dans d'autres
ouvrages pareils , qu'ils ne le
font dans les bons vers.
Heft für que la cadence & lagime
affujettit à une certaine meſure reglée
, qu'on appellera contrainte , fi
l'on veut , en ce que toute regle emporte
avec foy une forte de contrainte
; mais c'eft en quoi paroift la fuperiorité
du bon Poëte , de fçavoir
manier fi dextrement fon art ; qu'il
en fafle oublier la contrainte à fon
Le&eur ; qu'il obſerve la regle , fans
32 LE NOUVEAU
918
paroiftre s'eftre fait une affaire de
T'obferver ; que les termes fe trouvent
fi bien liez & fi naturellement
affortis enfemble , que cette union
femble plûtoft l'effet d'une rencontre
heureule , que le fruit d'une recherche
étudiée , & qu'enfin la rime
tombe fi jufte & fi à propos , qu'on
foit tenté de croire qu'elle ne s'y
trouve que par hafard , & parcequ'on
n'a pû l'éviter .
C'eft ce qui fait une forte d'illufion
qu'on peut regarder comme la fource
de cette multitude de mauvais Poctes
dont lePublic eft obfedé . Cet air d'aifance
que les bons Poëtes fçavent répandre
dans leursvers , a quelque cho⚫
fe de feduifant.Tout yparoît fi naturel
que le Lecteur , s'il n'eft fur fes gardes
, eft porté à prefumer qu'il ne
tiendroit qu'à luy ; d'en faire autant.
Ut fibi quivis fperet idem flaté de
cette agréable idée , il prend la plume
en main , & croit que les vers
vont couler comme la profe ; il n'y
a que l'experience qu'il fait du con-
* Horat. Art. Poet,
MERCURE.
traire, qui puiffe le détromper : fudet
multum , fruftraque laboret Aufus idem.
Le malheur eft que la plû--
part ne veulent pas eftre defabulez .
Toûjours leurrez par le charme fateur
des vers qu'ils admirent , ils en
trouvent toutes les beautez fi fort à
leur portée , qu'ils croyent y toûcher
déja , & qu'il leur en coûtera peu
d'efforts pour y atteindre .
Or ce charme & cet enchantement
dont la multitude des mauvais
Poetes nous fait trop voir, combien il
eft difficile de fe defendre , peut -il
être l'effet d'un langage bizarre & ef='
frayant , comme on veut bien l'appeller?
La bizarrerie a t'elle quelque
chofe de fi attrayant ? ce qui effraye,
eft-il propre à féduire , & à infpirer
tine envie fecrete de l'imiter ?
M. de Cambray apporte pour preuve
de cette bizarrerie prétendue , le
foin qu'on a d'éviter dans la Profe,la
cadence des vers , tant elle est peu propre
, dit-il , à flater l'oreille.
C'est à peu prés comme G pour
* Ibid.
34 LE NOUVEAU
Prouver, que la danfe eft bizarre , on
alleguoit le foin qu'on prend d'en
éviter les mouvemens & les attitudes
en marchant. Le meilleur danfeur du
monde paroiftroit ridicule , s'il obfervoit
dans fa démarche ordinaire,la
mefure & les inflexions qu'on auroit
admirées dans fa danfe . La profe &
les vers ont chacun une forte d'harmonie
qui leur eft propre. Si l'on évite
dans la profe celle qui convient aux
vers , ce n'eft pas qu'elle ne flatte l'oreille,
mais c'eft qu'elle ne la flate pas,
de la maniere qu'elle la doit fla er ;
& qu'il eft auffi mal de parler vers en
profe , que de parler profe en vers.
La cadence du vers loin d'avoir rien
de bizarre ou de choquant , a aucontraire
quelque chofe de finarurel , que
quand on compofe dans un ftile un
peu élevé, c'eft la premiere qui fe pré-
Tente d'abord à l'efprit ; & que de trés
habiles gens , faute d'être dans le
train de la Poefie , en ont efté la dupe ,
& ont laiffés échapper bien des hemiftiches
, & fouvent des vers entiers
dans leur profe; C'eft là ce qu'on peut
dire , qu'elle laffe , qu'elle fatigue ,
MERCURE. 35
qu'elle ennuye , parce qu'elle eft hors
de fa place , & non pas dans les vers
où elle doit fe trouver.
J'ai dans la cauſe que je défens ,
un avantage qui en juſtifie la bonté ;
c'est que nos adverfaires en font
réduits à fe contredire dans les reproches
qu'ils nous font . M. l'Abbé
de Pons , par exemple , nous déclare
qu'il y a quelque chofe dans les vers
qui le fatigue & qui l'ennuye. Mais
trois ou quatre pages aprés , il convient
que le poète nous plait , quoique
fouvent il nous parle avec moins
d'élegance que le profateur. Comment
ennuye.t - il, s'il plaiſt & comment
plaift-il , s'il ennuye ? Voilà un en.
nuy bien amufant & bien agréable !
Mais enfin à quoy impute-t- on cet
ennuy ? au retour importun de la rime,
à la repetition des mêmes nombres dans
chaque phrafe . Enfin à l'uniformité
perpetuelle qui régne dans les vers.
J'aurois peut- être eſté embarraſlé
à répondre à cette difficulté , & à
juſtifier la verſification d'un ennuy
qu'on prétend qu'elle devroit caufer
, quoyqu'on convienne qu'elle
36 LE NOUVEAU
ne le caule pas ; fi M. de Cambray
ne m'avoit fait appercevoir dans
- l'Analife qu'il fait de la conftru &tion
de la Phrafe Françoife , que la Profe
en nôtre langue pêche encore plus
du côté de cette uniformité , que les
vers , En effet que peut-on imaginer
de plus fimple & de plus uniforme
que cette conftruction ? * On veit tomjours
, dit- il , venir d'abord un nominatiffubftaniif
qui mine ſon adje &tif
comme par la main. Son verbe ne
manque pas de marcher derriere , fuivi
d'un adverbe qui ne souffre rien
entre deux , & le Regime appelle
auffitoft un accufatif qu'on ne peut déplacer
; c'est ce qui exclut toutefufpenfion
d'efprit , toute attente, toute
furprife , toute varieté , & fouvens
toute magnifique cadence. Voilà la
preuve que me fournit l'un de nos
adverfaires , fur l'uniformité conftante
& invariable de la construction
Françoile en Profe. Mais ne fe trouve-
t.elle pas la même dans les vers?
Non , & c'eft furquoi j'ai pour garant
notre autre adverfaire M. l'Abbé
* Reflex. fur la Rhet.
de
MERCURE.
37
de Pons . A l'égard des conftructions ;
dit- il , on accorde aux Poëtes le droit
de les varier un peu plus , que nefait la
Profe.
Nous voilà donc , de fon aveu même
, un peu plus au large de ce cofté
là , que les Profateurs, Nous, qu'on dépeint
comme des gens fi contraints & -
fi gênez dans leur marche. On s'eſt
bien douté que les Poetes ne manque.
roient pas de s'en prévaloir , comme
de raifon ; & c'eft pour cela qu'on
prend la précaution de les avertir
charitablement,de n'en point tirer de
vanité car , ajoûte M. l'Abbé de
Pons ce droit même attefte la mifere
de leur art ; Et nous , nous foûtenons
qu'il en montre la richefle & la beauté.
En quoy fait- on confifter cette mifere
prétendue de nôtre art . ? En ce que
pour fubvenir à fon beſoin, on a estéforcé
de faire plier laregie françoise qui
veut, qu'onfoulage l'attention par une
conftruction aisée, qui présente à quelque
›
*
Page 66.
Page 67.
D
38
LE
NOUVEAU
hofe près,lesidées dans leur ordre naturel.
Et nous , nous prétendons , non
pas qu'on a accordé aux Poëtes , car
nous fommes glorieux , & nous ne
voulons avoir obligation à perfonne ;
mais qu'ils fe font mis eux- mêmes &
de leur propre autorité, en poffeffion
d'un droit qui les fauvoit de cette
uniformité languiflante, qui eft excufable
dans la Profe , mais qui nous
a paru incompatible avec la grandeur
& la majefté des vers ; & c'est
par cette heureuſe hardieffe , digne
de l'élevation de leur génie , qu'ils
fe font mis en état de produire cette
fufpenfion d'efprit , cette attente , cette
Surprise , cette varieté & ces magnifiques
cadences , où felon M. de Cambray,
la Profe ne peut atteindre .
S'it eftoit vray que ce droit ne fût
accordé qu'à la mifere de notre art,
à titre de befoin , & fous le nom de
licence , nous éviterions autant qu'il
nous feroit poffible , de nous en fervir
, & foigneux de cacher noftre
mifere ; nous ne nous en fervirions
jamais qu'à la derniere extremité,
Loin de cela , nous évitons au conMERCURRE.
39
traire la conftruction naturelle de la.
Profe , comme un écueil , & nous regardons
toute Poëfie où cette conftruction
eft regulierement obfervée ,
plûtôt , comme la profe rimée , que
comme des vers .
Et pour ne point fortir de l'exemple
des vers de M. de la Motte , citez
par M. l'Abbé de Pons , où parlant
des trefors , il dit :
Du fein de la Terre entrouverte
Chers inftruments de notreperte ,
L'argent & tor font arrachez ;
On les tire de ces abifmes ,
Oùfage & prévoyant nos crimes
La nature les a cachez.
Il ne faut pas croire que ce foit la
neceffité de la mefure qui ait forcé M.
de la Motte , à renvoyer ces mots :
L'argent & l'or , au troifiéme vers,
& celui-ci , la nature au dernier , c'eſt
à dire , tous deux à la fin de la phrafe,
où ils fe trouvent. Il luy eftoit aifé , s'il
l'euft voulu , de les arranger , comme
ils le font dans la verfion qu'en a faite
en profe , M. l'Abbé de Pons ; mais
Dij
40 LE NOUVEA Ú
alors ce n'euft efté que de la profe rimée
; au lieu qu'ici ce font des vers.
Ces deux nominatifs qui font les objets
dominants des deux phraſes , &
comme les principaux perfonnages
du tableau , eftant renvoyez vers la
fin,produisent cette fufpenfion qui foutient
avec agrément l'attention de l'ef
prit , & qui par là le preferve de cer
ennuy qu'on nous reproche à tort , &
dont nos vers ne ſe défendent qu'en
évitant avec ſoin l'allure de la profe.
Nous fommes donc bien éloignez
de croire, comme M. l'Abbé de Pons,
que fi nous fuivions cette allure
* Nos vers n'en feroient que plus parfaits
; nousfommes perfuadez au contraire,
qu'ils en feroient moins vers ,
c'est à dire , moins ce qu'ils doivent
eftre , il ajoute que quand il en * tron_
ve une fuite nombreuse , dont les conftructions
pourroient eftre adoptéespar la
profe , il applaudit aupredige. Je luy
crie mercy fur cela , & je luy declare
Pag. 67.
Ibid,
MERCURE
41
qu'en mon particulier, l'ay toujours
tâché de faire des vers qui fuffent na.
turels ; inais que quelqu'estime que
je falle d'ailleurs de fon jugement , &
quelque paffion que j'eufle de meriter
en toute autre chofe fes applau
diffemens , je ferois tres fâché de les
meriter fur cet article de verfification , -
adoptable par la profe.
Quelque agrément que la rime
donne aux vers , nous ne nous tiendrions
pas aflez diftinguez des Profateurs
, fi nous n'en differions que par
cet endroit , qu'on nous reproche en--
core comme une fource d'ennui,par
l'uniformité de fa terminaiſon. S'il.
n'y avoit qu'une rime au monde , ou
que le nombre en fut fort borné , le
reproche feroit bien fonde ; mais il y
en a des milliers dans notre langue ,
& quand on fçait les varier , comme
le font les bons Poëtes , en les choififfant
de fons differents , loin que
ces terminaifons mifes comme en regard
, fatiguent & ennuyent , elles.
foulagent au contraire & délaffent
agréablement le Lecteur . M. de
Cambray eftoit d'avis qu'on nous
Diij.
42 LE NOUVEAU
mit un peu plus au large fur cet ar
ticle , mais à Dieu ne plaife , le parnaffe
a plus befoin d'eftre reformé en
cela ,, que d'eftre mitigé ; le Public y
perdroit auffi bien que nous , & une
pareille indulgence ne ferviroit qu'à
multiplier les mauvais Poëtes , & à
faire degenerer les bons.
De tout ce que j'ai dit ; il s'enfuit ,
que de quelque côté qu'on envifage
la conftruction des vers , il ne
s'y trouve rien qui ne doive plaire ,
& qui ne plaife en effet. Auffi nos Adverfaires
en conviennent- ils debonne
foy, & M. l'Abbé de Pons avouë luimême
qu'il eft dansl'illuſion la plus favorable
à l'art qu'il condamne & qu'il
eft fenfible aux graces des vers . Mais
ildéclare en même temps , que c'eft .
une illufion , qu'en cela même il eft
dupe , & qu'il a tort de s'y plaire.
Quel triomphe pour la Poëfie qu'un
pareil aveu quelle arrache de la plume
de fon ennemi , à qui elle plaift
même malgré lui ! Il appelle toute
fa raifon au fecours, pour fe deffendre
de ce charme qu'il nomme illufion
, il en recherche la fource , & au
MERCURE.
48
lieu de l'attribuer à l'élevation, à la
magnificence , à la varieté , à la hardielle
, au brillant , au merveilleux
des tours , des figures , des expreffions
; il aime mieux imaginer que
ce charme ne vient que de l'habitude .
Ce que je vois de conftant dans tout
ceci, c'eft que les vers plaifent. Pourquoi
plaifent- ils ? c'eft furquoi on devine
plûtôt qu'on ne raifonne . Tenons-
nous en donc à ce qui eft de
certain , & recevons la fatisfaction
que nous donnent les vers , fans les
aller chicaner mal- à - propos , fur le
plus ou le moins de droit qu'ils ont
de nous en donner. Les gens d'efprit
font toûjours ingenieux à fe tourmen.
ter eux-mêmes. Ce n'eft pas aflez
pour eux d'avoir du plaifir , ils veulent
encore en avoir fcientifique--
ment & dans les regles ; il faut qu'ils
creufent jufqu'à ce qu'ils ayent pû‹.
démêler , pourquoi ils en ont . He ,
Meffieurs , vous qui êtes fi ennemis
de la gêne & de la fervitude des vers,
pourquoi vous en procurez - vousune
inutile , même dans ce qui vous
plaift . Joüiflez , fans tant fubtilifer
"
44.
LE NOUVEAU
d'un plaifir auffi innocent , que celui
que vous offre l'harmonie des vers ;
& fongez , que les plaifirs de cette
trempe font fi rares & fi précieux ,
que loin de chercher à en diminuer
le nombre & à les effaroucher par
des réflexions importunes , on doit.
encore travailler à les multiplier .
E nouveau fiftême propofé par
M. l'Abbé de Pons fur le Poëme
Epique, n'excitera - t'il pas le zele &
l'émulation des difciples d'Ariftote ?
Il y va de leur honneur de ne pas
laiffer le temps à une fi dangereufe
nouveauté , de s'établir . Le morceau
que l'on vient de lire , ne traite
qu'une queftion incidente de la nouvelle
diflertation ; un ami des Mu--
;
fes juftement allarmé , vient de parler
pour la deffenfe de fes foyers..
Mais il ne doit pas encore demeurer
tranquile fur la foy de fon manifefte
; l'Adverfaire reviendra le mois
prochain à la charge , & fe promet
de mettre la queftion controverfée .
dans un jour fi évident , que perfonne
ne fera plus tenté de l'inerroger
fur cela à l'avenir.
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Résumé : DEFFENSE DE LA POESIE FRANCOISE.
L'auteur défend la poésie française contre les critiques de l'abbé de Pons, en comparant la défense de la poésie à celle de sa patrie. Il affirme que les poètes dominent le Parnasse, contrairement aux prosateurs, et reconnaît la facilité apparente de la prose, mais défend les vers comme une forme artistique essentielle. Les vers sont comparés à la danse, ajoutant une dimension esthétique et structurée à la communication. L'auteur accepte la contrainte des vers mais souligne leur valeur artistique unique. Le texte explore les similitudes entre poésie et danse, notant que ni les poètes ni les danseurs ne courent de risques physiques. Les vers apportent plus de plaisir que la prose simple, tout comme la danse est plus captivante que la marche ordinaire. Horace est cité pour illustrer l'agilité nécessaire en poésie et en danse. L'auteur critique ceux qui pensent que la prose peut tout faire comme les vers, affirmant que les orateurs, avocats et prédicateurs peuvent également exciter les passions. Il argue que l'esprit humain a besoin de stimulations et de surprises, justifiant ainsi l'existence des arts et des sciences. La contrainte imposée par la poésie, notamment par la rime et la cadence, peut altérer la vérité et la grâce naturelle des pensées, mais cette contrainte est souvent perçue comme une torture de l'esprit. Le texte discute des imperfections dans la poésie et la prose, soulignant que même les grands poètes comme Racine et Despréaux ne sont pas exempts de défauts. Critiquer ces défauts pour conclure à l'impossibilité de la perfection poétique est fallacieux. Les arts, y compris la poésie et la prose, sont sujets à des erreurs, mais cela ne remet pas en cause leur potentiel de perfection. Les œuvres en vers sont souvent plus soignées que celles en prose, bien que les deux nécessitent un travail considérable. L'auteur critique l'injustice dans l'évaluation des poètes, tenus à une régularité et une perfection plus strictes que les prosateurs. Il défend la contrainte de la versification, affirmant qu'elle offre des avantages significatifs aux poètes, malgré les difficultés qu'elle impose.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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