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1
p. 113-118
ORPHEE. Paraphrase d'une Rédondille Espagnole de D. Francisco de Quévédo, qui commence, Al Infierno el Tracio Orfée Su muger Baxó à Buscar &c.
Début :
La Rédondille d'Orphée est une Piéce de M. de Senecé, / Pour r'avoir sa Femme Euridice [...]
Mots clefs :
Femme, Enfers, Jugement, Diable, Coupables, Tourment, Passion, Parque, Époux, Ennui, Cruauté, Fable
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texteReconnaissance textuelle : ORPHEE. Paraphrase d'une Rédondille Espagnole de D. Francisco de Quévédo, qui commence, Al Infierno el Tracio Orfée Su muger Baxó à Buscar &c.
La Rédondille d'Orphée eft
une Piéce de M. de Senecé , Prej
mier Valer de Chambre de la feuë
Kiij
114 LE MERCURE
Reïne , dont on imprime actuellement
un Volume d'Epigrames &
d'autres Poëfies qui paroîtront
dans peu . Le Public pourra juger
de l'Ouvrage par cet Echantillon.
ORPHE' E.
Paraphrafe d'une Rédondille Ef
pagnole de D. Francifco de
Quévédo , qui commence , Al Infierno
el Tracio Orfeo Su muger
baxó à Buscar &c .
Po
Our r'avoir fa Femme Euridice
Orphée aux Enfers s'en alla :
Eft-il fibizarre caprice
Dont on s'étonne aprés cela ?.
Dans un accez de ce délire
Où fon Jugement fe perdit ,
Pouvoit- il chercher rien de pire ;
Ny dans un endroit plus maudit ?
Il chanta des airs pitoyables ,
Dont le tendre accompagnement
fufpendit la fureur des Diables ,
Et des Coupables , le tourment.
Sa voix ne touchoit point leur
Ame ,
·•
D'AVRIL 315
Mais la feule admiration
Qu'un fot , pour recouvrer la Femme,
Témoignât tant de Paffion .
Alors Pluton , hôchant la tête ,
Dit au Chanteur Alangouri :
O ! Maître fou , comme Poëte .
Et beaucoup plus comme Mari .
Proferpine eft bonne Diableffe ;
Mais je te jure fur ma Foy ,
Que les fix mois qu'elle me laiffe
Ne font pas les moins gays pour
moy.
Fût - elle aux Cieux cent ans
encore
Pour fe fouftraire à mon pouvoir ,
Je n'irois point fur la Mandore
Braire en Bémol pour la r'avoir.
Quand tu concus quelque efpérance
De nous fléchir par tes accords
Ignorois - tu que le Silence
Eft le charme unique des Morts ?
Puifqu'une impertinente flâme
Pour le troubler t'a fait venir ,
Parques , qu'on lui rende fa Fem-
K iiij me,
116 LE MERCURE
On ne fçauroit mieux le punir.
En vertu de mon indulgence
Bientôt , puifqu'il le veut ainsi ,
Il fera damné par avance ,
Et peut - être un peu plus qu'icy.
Mais pour payer de fa Mufique
Le plaifir aux Enfers fi neuf,
Ajoutons y quelque Rubrique
Qui puiffe encore le faire veuf :
A ce foin l'équité m'invite ,
Qui fouffre qu'enmême fujet
On récompenfe le mérite
Quand on a puni le forfait.
-
Rendez - lui donc fa Demoifelle
Qui le fuivra fans dire mot ;
Mais , s'il tourne les yeux fur elle ,
Qu'on me la refourre au Cachot.
Peu de coeurs , de chaîne auffi
forte ,
Avec leurs moitiés font unis :
Que j'en fçais , qui de cette forte.
Seroient charmés d'être punis !
Ah ! fi des Femmes incommodes
Des tours de tête délivroient ;-
Que de Maris , comme Pagodes
D ' AVRIL. 117
Inceffamment la tourneroient !
Ainfi fur fon Thrône de braize
Parla le Monarque enroüé :
Son fage Arrêt , dans la fournaize
Par tout fon Peuple fut loué.
L'ordre eft fuivi. Mais cette Fête
Se termine en piteux regrets :
Orphée ayant tourné la tête
Redevient veuf fur nouveaux frais.
Dans fon impatience extrême
Que fa raifon ne peut calmer ,
Le malheureux perd ce qu'il aime
Aforce de le trop aimer.
Vaine & légere comme un fonge
Qu'un dormeur prend pour vérité ,
L'Ombre gémit , & fe replonge
Dans l'éternelle obfcurité.
Sans murmurer de fon fupplice
La pauvre ame renonce au jour :
Pouvoit-elle en bonne juftice
Se plaindre d'un excez d'amour ?
Sa double mort la défefpére
Qui vient rompre un noeud fi parfait;
Mais quoi ? La caufe en eft fi chére .
Qu'il faut pardonner à l'effet .
L'Epoux qui la voit difparoître
Se livre à fon mortel ennuy ,
118. LE MERCURE
Incapable de reconnoître
Le bien qu'on lui fait malgré lui .
L'Enfer à fes plaintes touchantes
Ceffant de fe laiffer charmer ,
Dans laThrace , par les Bacchantes
Il s'en va fe faire affommer.
Du beau fexe double victime
Chantre affligé , confole toi ;
Force gens d'un rang plus fublime ´-
Ont bien fubi la même Loy.
C'eft vainement qu'on s'évertuë
Contre un vainqueur fi redouté :
Et qu'importe,au fond,qui nous tuë,
Ses faveurs , ou fa Cruauté ?
Femmes , fi cette Hiftoriette
Irrite vos coeurs inhumains ,
C'est un Espagnol qui l'a faite ,
Pour moi , je m'en lave les mains.
Ovide , à cette même Fable
( Direz- vous) donne untour galant}
Le Romain étoit raifonnable ,
L'Efpagnol n'eft qu'un infolent .
Et vive Hymen ! fous fon Empire
On boit , on mange , on fait dodo
Puis .. d'accord. Mais le mot pour
rire
Eft cependant pour QUE VA'DO.
une Piéce de M. de Senecé , Prej
mier Valer de Chambre de la feuë
Kiij
114 LE MERCURE
Reïne , dont on imprime actuellement
un Volume d'Epigrames &
d'autres Poëfies qui paroîtront
dans peu . Le Public pourra juger
de l'Ouvrage par cet Echantillon.
ORPHE' E.
Paraphrafe d'une Rédondille Ef
pagnole de D. Francifco de
Quévédo , qui commence , Al Infierno
el Tracio Orfeo Su muger
baxó à Buscar &c .
Po
Our r'avoir fa Femme Euridice
Orphée aux Enfers s'en alla :
Eft-il fibizarre caprice
Dont on s'étonne aprés cela ?.
Dans un accez de ce délire
Où fon Jugement fe perdit ,
Pouvoit- il chercher rien de pire ;
Ny dans un endroit plus maudit ?
Il chanta des airs pitoyables ,
Dont le tendre accompagnement
fufpendit la fureur des Diables ,
Et des Coupables , le tourment.
Sa voix ne touchoit point leur
Ame ,
·•
D'AVRIL 315
Mais la feule admiration
Qu'un fot , pour recouvrer la Femme,
Témoignât tant de Paffion .
Alors Pluton , hôchant la tête ,
Dit au Chanteur Alangouri :
O ! Maître fou , comme Poëte .
Et beaucoup plus comme Mari .
Proferpine eft bonne Diableffe ;
Mais je te jure fur ma Foy ,
Que les fix mois qu'elle me laiffe
Ne font pas les moins gays pour
moy.
Fût - elle aux Cieux cent ans
encore
Pour fe fouftraire à mon pouvoir ,
Je n'irois point fur la Mandore
Braire en Bémol pour la r'avoir.
Quand tu concus quelque efpérance
De nous fléchir par tes accords
Ignorois - tu que le Silence
Eft le charme unique des Morts ?
Puifqu'une impertinente flâme
Pour le troubler t'a fait venir ,
Parques , qu'on lui rende fa Fem-
K iiij me,
116 LE MERCURE
On ne fçauroit mieux le punir.
En vertu de mon indulgence
Bientôt , puifqu'il le veut ainsi ,
Il fera damné par avance ,
Et peut - être un peu plus qu'icy.
Mais pour payer de fa Mufique
Le plaifir aux Enfers fi neuf,
Ajoutons y quelque Rubrique
Qui puiffe encore le faire veuf :
A ce foin l'équité m'invite ,
Qui fouffre qu'enmême fujet
On récompenfe le mérite
Quand on a puni le forfait.
-
Rendez - lui donc fa Demoifelle
Qui le fuivra fans dire mot ;
Mais , s'il tourne les yeux fur elle ,
Qu'on me la refourre au Cachot.
Peu de coeurs , de chaîne auffi
forte ,
Avec leurs moitiés font unis :
Que j'en fçais , qui de cette forte.
Seroient charmés d'être punis !
Ah ! fi des Femmes incommodes
Des tours de tête délivroient ;-
Que de Maris , comme Pagodes
D ' AVRIL. 117
Inceffamment la tourneroient !
Ainfi fur fon Thrône de braize
Parla le Monarque enroüé :
Son fage Arrêt , dans la fournaize
Par tout fon Peuple fut loué.
L'ordre eft fuivi. Mais cette Fête
Se termine en piteux regrets :
Orphée ayant tourné la tête
Redevient veuf fur nouveaux frais.
Dans fon impatience extrême
Que fa raifon ne peut calmer ,
Le malheureux perd ce qu'il aime
Aforce de le trop aimer.
Vaine & légere comme un fonge
Qu'un dormeur prend pour vérité ,
L'Ombre gémit , & fe replonge
Dans l'éternelle obfcurité.
Sans murmurer de fon fupplice
La pauvre ame renonce au jour :
Pouvoit-elle en bonne juftice
Se plaindre d'un excez d'amour ?
Sa double mort la défefpére
Qui vient rompre un noeud fi parfait;
Mais quoi ? La caufe en eft fi chére .
Qu'il faut pardonner à l'effet .
L'Epoux qui la voit difparoître
Se livre à fon mortel ennuy ,
118. LE MERCURE
Incapable de reconnoître
Le bien qu'on lui fait malgré lui .
L'Enfer à fes plaintes touchantes
Ceffant de fe laiffer charmer ,
Dans laThrace , par les Bacchantes
Il s'en va fe faire affommer.
Du beau fexe double victime
Chantre affligé , confole toi ;
Force gens d'un rang plus fublime ´-
Ont bien fubi la même Loy.
C'eft vainement qu'on s'évertuë
Contre un vainqueur fi redouté :
Et qu'importe,au fond,qui nous tuë,
Ses faveurs , ou fa Cruauté ?
Femmes , fi cette Hiftoriette
Irrite vos coeurs inhumains ,
C'est un Espagnol qui l'a faite ,
Pour moi , je m'en lave les mains.
Ovide , à cette même Fable
( Direz- vous) donne untour galant}
Le Romain étoit raifonnable ,
L'Efpagnol n'eft qu'un infolent .
Et vive Hymen ! fous fon Empire
On boit , on mange , on fait dodo
Puis .. d'accord. Mais le mot pour
rire
Eft cependant pour QUE VA'DO.
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2
p. 209-210
De Madrid, le [1]0 Janvier.
Début :
La maladie du Roi fait de jour en jour les plus tristes progrès ; [...]
Mots clefs :
Roi, Maladie, Dégradation, Prières, Attentat contre le roi, Coupables, Exécutions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid, le [1]0 Janvier.
De Madrid , leo Janvier.
La maladie du Roi fait de jour en jour les plus
triftes progrès ; & les Prieres publiques continuent
dans tout le Royaume fans interruption .
Du 24.
On a appris de Lifbonne par un Extraordinaire,
que les Commillaires nommés par le Roi de Por
tugal , ayant porté leurs Sentences définitives
contre plufieurs perfonnes accufées d'être les Auteurs
où les Complices de l'attentat affreux com210
MERCURE DE FRANCE.
mis contre Sa Majefté Très - Fidéle , dit des Con
jurés avoient été exécutés le 13 de ce mois.
La maladie du Roi fait de jour en jour les plus
triftes progrès ; & les Prieres publiques continuent
dans tout le Royaume fans interruption .
Du 24.
On a appris de Lifbonne par un Extraordinaire,
que les Commillaires nommés par le Roi de Por
tugal , ayant porté leurs Sentences définitives
contre plufieurs perfonnes accufées d'être les Auteurs
où les Complices de l'attentat affreux com210
MERCURE DE FRANCE.
mis contre Sa Majefté Très - Fidéle , dit des Con
jurés avoient été exécutés le 13 de ce mois.
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Résumé : De Madrid, le [1]0 Janvier.
En janvier, à Madrid, la santé du Roi se détériore rapidement. Des prières publiques sont organisées dans tout le royaume. À Lisbonne, des commissaires portugais ont condamné et exécuté des accusés d'un attentat contre le Roi le 13 du mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 149-150
De NAPLES, le 11 Août 1764.
Début :
Le Supérieur du Couvent de la Trinité des Espagnols a été assassiné [...]
Mots clefs :
Couvent de la Trinité, Assassinat, Religieux, Service, Coupables, Soupçons, Coups de couteau, Criminels
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De NAPLES, le 11 Août 1764.
De NAPLES , le 11 Août 17640
Le Supérieur du Convent de la Trinité des Epagnols
a été affaffiné la nuit du 8 au 9 de ce
mois par quatre Religieux qui compofcient avec
lui ce Monaftere. Le lendemain , à la pointe du
jour , ces fcélérats defcendirent le corps dans
l'Eglife , préparerent fon Catafalque & commencerent
le Service . Des Gens du voifinage qui avoient
entendu pendant la nuit dés cris venans de la
Chambre du Supérieur , ayant our dire le matin
que ce Religieux étoit mort d'un coup de fang ,
conçurent des foupçons & allerent faire leurs
dépofitions chez le Nonce . On envoya des Gardes
& un Médecin au Couvent ; le Cadavre fut découvert
, & l'on trouva qu'il avoit reçu vingtfix
coups de couteau , & que les plaies avoient
été bouchées avec de la cire . Les quatre Criminels
furent conduits dans les prifons de la Non-
Giij..
150 MERCURE DE FRANCE.
ciature , & l'on inftruit actuellement leur procès.
Le Supérieur du Convent de la Trinité des Epagnols
a été affaffiné la nuit du 8 au 9 de ce
mois par quatre Religieux qui compofcient avec
lui ce Monaftere. Le lendemain , à la pointe du
jour , ces fcélérats defcendirent le corps dans
l'Eglife , préparerent fon Catafalque & commencerent
le Service . Des Gens du voifinage qui avoient
entendu pendant la nuit dés cris venans de la
Chambre du Supérieur , ayant our dire le matin
que ce Religieux étoit mort d'un coup de fang ,
conçurent des foupçons & allerent faire leurs
dépofitions chez le Nonce . On envoya des Gardes
& un Médecin au Couvent ; le Cadavre fut découvert
, & l'on trouva qu'il avoit reçu vingtfix
coups de couteau , & que les plaies avoient
été bouchées avec de la cire . Les quatre Criminels
furent conduits dans les prifons de la Non-
Giij..
150 MERCURE DE FRANCE.
ciature , & l'on inftruit actuellement leur procès.
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Résumé : De NAPLES, le 11 Août 1764.
Le 9 août 1764, le supérieur du couvent de la Trinité des Espagnols à Naples a été assassiné par quatre religieux. La nuit précédente, ils l'ont tué avant de préparer les funérailles. Des voisins ont alerté le nonce après avoir entendu des cris. Le médecin a découvert vingt-six coups de couteau sur le cadavre. Les coupables sont incarcérés et leur procès est en cours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 126-131
Commentaire sur le code criminel d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Commentaire sur le Code criminel d'Angleterre, traduit de l'Anglois de Blackstone, [...]
Mots clefs :
Lois, Peines, Code criminel, Angleterre, Général, Gabriel-François Coyer, Jurisconsultes, Délits, Coupables, Loi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Commentaire sur le code criminel d'Angleterre, [titre d'après la table]
Commentaire fur le Code criminel d'Angleterre
, traduit de l'Anglois de Blackf
tone , Ecuyer , Solliciteur Général de
Sa Majefté Britannique , par M. l'Abbé
Coyer , des Académics de Nancy , de
Rome & de Londres ; 2 vol . in- 8 °. A
Paris , chez Knapen , Imp . Lib . Pont
Saint Michel.
L'Auteur de cet Ouvrage eſt tout au
tant eſtimé en Anglererre , que M. de
Monteſquieu l'a été en France. Les leçons
publiques qu'il a données des loix de fon
paysdansla célèbre Univerſité d'Oxford ,
lui concilièrent tous les fuffrages de ſes
Concitoyens. LeGouvernement Anglois
perfuadé que celui qui poſſédoit ſi bien
la théorie & les principes des loix , ne
pouvoit être qu'un grand Magiſtrat , l'éleva
à la place de Solliciteur Général , la
ſeconde dans toutes les Cours de Juſtice
d'Angleterre. Les fonctions de cette place
reſſemblent à celles quel'Avocat-Général
exerce dans nos Tribunaux . L'Ouvrage
que cet Auteur profond a donné ſur les
loix civiles d'Angleterre a été bien accueilli
, même par les autres Nations. Il
n'y a certainement aucune étude qui
exige plus d'ordre & plus de précaution
que l'étude de la Jurisprudence , à cauſe
de l'étendue & de la variété des matières
qu'elle embraſſe plus ou moins dans tous
les pays. C'eſt rendre un grand ſervice
aux Jurifconfultes que de réduire les
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
ſciences étendues à des principes clairs
& certains qui ont leurs bornes, ou de
diffiper l'obfcurité qu'on y a mêlée . Les
Ouvrages clairs & profonds que M.
Blackſtone a donnés ſur les loix civiles
&criminelles , réuniſſent ce double avantage.
Quant au Code criminel dont nous
annonçons le commentaire , M. l'Abbé
Coyer , en patriote éclairé , fait l'éloge
de celui où les délits ſeroient exactement
définis ; où l'accufation & la défenſe ſer
roient publiques ; où l'accuſé auroit tous
les moyens raisonnables de ſe juſtifier ;
où il feroit jugé par ſes Pairs à la face
du Peuple ; où les peines feroient graduées
ſur les délits , ſans rien laiffer à
l'arbitraire ; où l'on appercevroit clairement
que l'objet des peines n'eſt pas tant
de faire expier que de prévenir le crime ;
où l'on ne traiteroit pas légèrement la
fortune , l'honneur & la vie du Citoyen ;
où l'on auroit pour principe qu'il vaut
mieux laiſſer échapper dix coupables que
de condamner un innocent ; où les peines
légères ſeroient préférées aux peines rigoureuſes
, comme plus propres à corriger
; où l'on établiroit que les loix mo
dérées font ordinaitement mieux obſervées
que les loix du ſang ; où l'on éloi
gneroit l'appareil révoltant de tortures ,
de tourmens atroces , de morts cruelles
& recherchées , dont eſt conſtruit le code
criminel de tantde Nations qu'on appelle
civiliſées ; où enfin la pitié , ce premier
ſentiment de l'homme , tempéreroit la
rigueur néceſſaire de la loi , par des remèdes
que la loi même autoriſeroit .
D'après cette idée de la légiflation criminelle
, le Traducteur defire que chaque
Nation ſe l'approprie , bien entendu
que l'on conſulte toujours ce que le génie
des Peuples , la nature du Gouverne
ment , la diverſité des moeurs , de la
Religion & des climats peuvent exiger .
Nous n'entreprendrons pas de faire ici
l'énumération des avantages&des inconvéniens
de différens codes criminels qui
exiftent en Europe. C'eſt aux ſavans Jurifconfultes
à faire ces fortes de difcuffions
, & aux Magiſtrats éclairés à les
apprécier & à ſe livrer à des travaux
utiles qui puiffent ſeconder le zèle & les
vues bienfaiſantes des Légiſlateurs. Nos
loix pénales ne font-elles pas trop ſévères
? La ſociété ne gagneroit elle pas à
voir commuer dans pluſieurs circonftances
, la peine de mort en travaux forcés ,
utiles au Public , & qui laifferoient aux
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
coupables l'eſpérance d'expier leurs cri
mes & de rentrer enfin dans l'ordre com
mun des Citoyens ? Ne doit - on pas
craindre que des Juges doux & clémens
n'éludent , autant qu'ils le peuvent , les
recherches & les pourſuites des délits ordinaires
, parce qu'ils craindront d'être
forcés par la loi à prononcer des jugemens
qui leur paroîtront trop ſévères ?
Et ne reſultera-t-il pas de cette négligence
que les coupables s'habitueront à
des tranfgreffions plus ou moins graves ,
&, de délit en délit , paſſeront juſqu'aux
crimes les plus énormes ? La crainte de
la mort eſt- elle toujours un objet fuffifant
de terreur pour des hommes dépravés
, qui redoutent encore plus les travaux
rudes & une longue captivité ?
Queſtions importantes & épineuſes , qui
exigent une profonde connoiſſance du
coeur humain , une expérience confommée
, un ardent amour pour la justice ,
&une forte de reſpect pour tous les
hommes , de quelque condition qu'ils
foient. Les Jurifconfultes & les Magif
trats qui réunillent ces heureuſes qualités
, ne peuvent que bien accueillir les
Ouvrages qui , comme celui de M...
l'Abbé Coyer , ſont propres à éclairs
a
OCTOBRE. 1776. 131
1
rer ſur des matières auſſi importantes.
, traduit de l'Anglois de Blackf
tone , Ecuyer , Solliciteur Général de
Sa Majefté Britannique , par M. l'Abbé
Coyer , des Académics de Nancy , de
Rome & de Londres ; 2 vol . in- 8 °. A
Paris , chez Knapen , Imp . Lib . Pont
Saint Michel.
L'Auteur de cet Ouvrage eſt tout au
tant eſtimé en Anglererre , que M. de
Monteſquieu l'a été en France. Les leçons
publiques qu'il a données des loix de fon
paysdansla célèbre Univerſité d'Oxford ,
lui concilièrent tous les fuffrages de ſes
Concitoyens. LeGouvernement Anglois
perfuadé que celui qui poſſédoit ſi bien
la théorie & les principes des loix , ne
pouvoit être qu'un grand Magiſtrat , l'éleva
à la place de Solliciteur Général , la
ſeconde dans toutes les Cours de Juſtice
d'Angleterre. Les fonctions de cette place
reſſemblent à celles quel'Avocat-Général
exerce dans nos Tribunaux . L'Ouvrage
que cet Auteur profond a donné ſur les
loix civiles d'Angleterre a été bien accueilli
, même par les autres Nations. Il
n'y a certainement aucune étude qui
exige plus d'ordre & plus de précaution
que l'étude de la Jurisprudence , à cauſe
de l'étendue & de la variété des matières
qu'elle embraſſe plus ou moins dans tous
les pays. C'eſt rendre un grand ſervice
aux Jurifconfultes que de réduire les
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
ſciences étendues à des principes clairs
& certains qui ont leurs bornes, ou de
diffiper l'obfcurité qu'on y a mêlée . Les
Ouvrages clairs & profonds que M.
Blackſtone a donnés ſur les loix civiles
&criminelles , réuniſſent ce double avantage.
Quant au Code criminel dont nous
annonçons le commentaire , M. l'Abbé
Coyer , en patriote éclairé , fait l'éloge
de celui où les délits ſeroient exactement
définis ; où l'accufation & la défenſe ſer
roient publiques ; où l'accuſé auroit tous
les moyens raisonnables de ſe juſtifier ;
où il feroit jugé par ſes Pairs à la face
du Peuple ; où les peines feroient graduées
ſur les délits , ſans rien laiffer à
l'arbitraire ; où l'on appercevroit clairement
que l'objet des peines n'eſt pas tant
de faire expier que de prévenir le crime ;
où l'on ne traiteroit pas légèrement la
fortune , l'honneur & la vie du Citoyen ;
où l'on auroit pour principe qu'il vaut
mieux laiſſer échapper dix coupables que
de condamner un innocent ; où les peines
légères ſeroient préférées aux peines rigoureuſes
, comme plus propres à corriger
; où l'on établiroit que les loix mo
dérées font ordinaitement mieux obſervées
que les loix du ſang ; où l'on éloi
gneroit l'appareil révoltant de tortures ,
de tourmens atroces , de morts cruelles
& recherchées , dont eſt conſtruit le code
criminel de tantde Nations qu'on appelle
civiliſées ; où enfin la pitié , ce premier
ſentiment de l'homme , tempéreroit la
rigueur néceſſaire de la loi , par des remèdes
que la loi même autoriſeroit .
D'après cette idée de la légiflation criminelle
, le Traducteur defire que chaque
Nation ſe l'approprie , bien entendu
que l'on conſulte toujours ce que le génie
des Peuples , la nature du Gouverne
ment , la diverſité des moeurs , de la
Religion & des climats peuvent exiger .
Nous n'entreprendrons pas de faire ici
l'énumération des avantages&des inconvéniens
de différens codes criminels qui
exiftent en Europe. C'eſt aux ſavans Jurifconfultes
à faire ces fortes de difcuffions
, & aux Magiſtrats éclairés à les
apprécier & à ſe livrer à des travaux
utiles qui puiffent ſeconder le zèle & les
vues bienfaiſantes des Légiſlateurs. Nos
loix pénales ne font-elles pas trop ſévères
? La ſociété ne gagneroit elle pas à
voir commuer dans pluſieurs circonftances
, la peine de mort en travaux forcés ,
utiles au Public , & qui laifferoient aux
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
coupables l'eſpérance d'expier leurs cri
mes & de rentrer enfin dans l'ordre com
mun des Citoyens ? Ne doit - on pas
craindre que des Juges doux & clémens
n'éludent , autant qu'ils le peuvent , les
recherches & les pourſuites des délits ordinaires
, parce qu'ils craindront d'être
forcés par la loi à prononcer des jugemens
qui leur paroîtront trop ſévères ?
Et ne reſultera-t-il pas de cette négligence
que les coupables s'habitueront à
des tranfgreffions plus ou moins graves ,
&, de délit en délit , paſſeront juſqu'aux
crimes les plus énormes ? La crainte de
la mort eſt- elle toujours un objet fuffifant
de terreur pour des hommes dépravés
, qui redoutent encore plus les travaux
rudes & une longue captivité ?
Queſtions importantes & épineuſes , qui
exigent une profonde connoiſſance du
coeur humain , une expérience confommée
, un ardent amour pour la justice ,
&une forte de reſpect pour tous les
hommes , de quelque condition qu'ils
foient. Les Jurifconfultes & les Magif
trats qui réunillent ces heureuſes qualités
, ne peuvent que bien accueillir les
Ouvrages qui , comme celui de M...
l'Abbé Coyer , ſont propres à éclairs
a
OCTOBRE. 1776. 131
1
rer ſur des matières auſſi importantes.
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Résumé : Commentaire sur le code criminel d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte traite du commentaire du Code criminel d'Angleterre, traduit par l'abbé Coyer, membre de plusieurs académies prestigieuses. L'auteur original, Sir William Blackstone, est un expert en droit et occupe le poste de Solliciteur Général en Angleterre, équivalent à celui d'Avocat-Général en France. Son ouvrage sur les lois civiles anglaises a été bien accueilli à l'international. L'étude de la jurisprudence nécessite ordre et précision en raison de la diversité des matières qu'elle englobe. L'abbé Coyer propose un idéal de législation criminelle où les délits sont clairement définis, les accusations et défenses sont publiques, et les accusés sont jugés par leurs pairs. Il préconise des peines proportionnées aux délits, visant à prévenir plutôt qu'à punir les crimes, et favorise des peines légères pour encourager la réhabilitation. L'abbé Coyer recommande à chaque nation d'adapter ces principes selon son contexte culturel et politique. Le texte aborde également la question de la sévérité des lois pénales, suggérant que des peines alternatives comme les travaux forcés pourraient être plus bénéfiques. Il discute des risques de laxisme judiciaire et des défis posés par la peur de la mort comme dissuasion. Enfin, il souligne l'importance des juristes et magistrats compétents pour traiter ces questions complexes et accueille favorablement des ouvrages éclairants comme celui de l'abbé Coyer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 35-40
Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Début :
Traité de l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire, par M. Fournel, Avocat. A [...]
Mots clefs :
Adultère, Femme, Mari, Peines, Traité, Coupables, Jean-François Fournel, Crime, Complice
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texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Traité de l'Adultère confidéré dans l'ordre
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
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Résumé : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Le traité 'De l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire' de M. Fournel analyse le crime d'adultère et ses implications juridiques. Malgré les propositions de réforme de philosophes tels que le Marquis de Beccaria, les abus liés à ce crime persistent souvent par habitude. L'adultère est un délit complexe à prouver et est fréquemment puni de manière disproportionnée. Historiquement, les lois concernant l'adultère ont varié. Chez les Juifs, les femmes suspectées d'adultère devaient boire un breuvage amer sous imprécations. Chez les Romains, le père avait le droit de tuer sa fille adultère, mais cette prérogative n'était pas accordée au mari. Les peines pour adultère incluaient la lapidation, la brûlure, ou la prostitution forcée. En France, les Francs imposaient des amendes, tandis que sous le droit romain, l'adultère était puni de mort. À l'époque du traité, la femme adultère était reléguée dans un monastère et condamnée à une captivité perpétuelle en cas de récidive. Le complice de l'adultère encourrait une amende pécuniaire, une amende honorable, parfois le bannissement, voire les galères, selon la gravité des circonstances. L'auteur espère que son traité éclairera les juges pour qu'ils agissent avec connaissance et défendent mieux l'innocence. Le texte est signé par M. de L*, avocat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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