Résultats : 11889 texte(s)
Détail
Liste
3451
p. 79-80
« Arrêtez vous ici, Madame, & n'allez pas chercher plus [...] »
Début :
Arrêtez vous ici, Madame, & n'allez pas chercher plus [...]
Mots clefs :
Madame, Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Arrêtez vous ici, Madame, & n'allez pas chercher plus [...] »
Arrêtez vous ici , Madame
, & n'allez pas chercher
plus loindequoy vous amuſer .
Cependant que le langage lerieux
de l'ouvrage que je vous
preſente , ne vous ôre pas l'envie
de le lire , vous trouverez
Gij
80 MERCURE
ſuffisamment dans la ſuite de
ce Volume , de quoy vous dedommager
de cet inconvenient
, & je vous prepare un
dialogue , deux hiſtorietes , des
genealogies , une chanſon &
des Enigmes , dont la lecture
vous édifiera. En attendantliſez
l'Ode qui fuit . Si j'en connoiffois
l'Auteur , je le remercierois
en bons termes duprefent
qu'il m'en a fait.
, & n'allez pas chercher
plus loindequoy vous amuſer .
Cependant que le langage lerieux
de l'ouvrage que je vous
preſente , ne vous ôre pas l'envie
de le lire , vous trouverez
Gij
80 MERCURE
ſuffisamment dans la ſuite de
ce Volume , de quoy vous dedommager
de cet inconvenient
, & je vous prepare un
dialogue , deux hiſtorietes , des
genealogies , une chanſon &
des Enigmes , dont la lecture
vous édifiera. En attendantliſez
l'Ode qui fuit . Si j'en connoiffois
l'Auteur , je le remercierois
en bons termes duprefent
qu'il m'en a fait.
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3452
p. 89-90
« Je ne m'informe pas avec trop de curiosité, Madame, [...] »
Début :
Je ne m'informe pas avec trop de curiosité, Madame, [...]
Mots clefs :
Comédie, Ode
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texteReconnaissance textuelle : « Je ne m'informe pas avec trop de curiosité, Madame, [...] »
Je ne m'informe pas avec
trop de curiofité , Madame ,
ſi l'Ode que je viens de vous
preſenter , vous a plû , ni même
ſi vous l'avez luë ; mais s'il
m'eſt permis de vous parler
avec uu peu d'autorité
trouvez pas mauvais que je
vous ordonne de lire la piece
qui la fuit , c'eſt un ouvrage
excellent , en un mot c'eſt la
Juin 1715. H
,
ne
1
१० MERCURE
copie d'uneLettre deMonfieur
l'Abbé de Pons , à Monfieur
Dufreny , fur la Comedie nouvelle
qui a pour titre , leLot
Supposé , ou la Coquette de Village.
Je ne doute pas que le
merite& la reputation de M.
l'Abbé de Pons ne vous ſoient
connus , ainſi l'idée que vous
avez de luy , comme tout le
monde , m'épargnera avec vôtre
permiffion l'éloge de ſes
ouvrages. Voici ſa Lettre.
trop de curiofité , Madame ,
ſi l'Ode que je viens de vous
preſenter , vous a plû , ni même
ſi vous l'avez luë ; mais s'il
m'eſt permis de vous parler
avec uu peu d'autorité
trouvez pas mauvais que je
vous ordonne de lire la piece
qui la fuit , c'eſt un ouvrage
excellent , en un mot c'eſt la
Juin 1715. H
,
ne
1
१० MERCURE
copie d'uneLettre deMonfieur
l'Abbé de Pons , à Monfieur
Dufreny , fur la Comedie nouvelle
qui a pour titre , leLot
Supposé , ou la Coquette de Village.
Je ne doute pas que le
merite& la reputation de M.
l'Abbé de Pons ne vous ſoient
connus , ainſi l'idée que vous
avez de luy , comme tout le
monde , m'épargnera avec vôtre
permiffion l'éloge de ſes
ouvrages. Voici ſa Lettre.
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3453
p. 90-106
Lettre critique de M. l'Abbé de Pons à M. Dufresny sur sa Comedie du Lot-supposé. [titre d'après la table]
Début :
Je vous rends grace, Monsieur, du succez de vôtre piece [...]
Mots clefs :
Baron, Pièce, Auteur, Scène, Critique, Défauts, Titre, Art, Contrat, Conduite, Coquette, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre critique de M. l'Abbé de Pons à M. Dufresny sur sa Comedie du Lot-supposé. [titre d'après la table]
Je vous rends grace , Monfieur
, du fuccez de vôtre piece
, elle a ſauvé l'honneur de
mon jugement , j'ay partagé
GALANT. 91
en quelque forte vôtre peril ,
mais fans prendre rien de vôtre
crainte. La meſute du bon
que je fentois dans cette Comedie
me la mettoit à couvert
d'inſulte , &il n'eſtoit queſtion
chez moyque d'un acceüil plus
ou moins favorable ; c'eſt ſur
le plus ou lemoins dependant
des hazards de l'action theatrale
, qu'il ne faut jamais porter
de jugements prophetiques.
On doit, ce me ſemble,
auxAuteurs l'aveu naïf des ſentiments
qu'on a éprouvez à la
lecture de leurs pieces ; il eſt
vrai que la pluſpart ne veulent
Hij
92 MERCURE
د
il
de leurs aus que des applaudiffements&
ſçavent fortmauvais
gré à qui a le courage de
leur avoüer ſes degoûts
n'importe , diſons toûjours ce
que nous ſentons , j'aime
mieux recevoir une injustice
d'un ami, que d'en commettre
unea fon égard Mais de mê .
me que jeveuxqu'on ait lecou
rage de blâmer unmauvais ouvrage
au perilde s'aliener l'Auteur
qui nous confulte
voudrois qu'on oſat loüer
hautement une piece dont on
a été bien affecté , je voudrois
qu'on n'hezitapas à ſe mettre
je
८
GALANT9
pour ainſi dire de moitié de
peril avec elle , en un mot , il
me ſemble que lors qu'un ou
vrage livré à nôtre cenſure
nousa ſemblé bon , nous devons
à l'Auteur l'hommage
publicdu jugement que nous
en avons porté. Mais peu de
gens veulent courir le peril de
voir leur propre goût dementi
par la voix publique , voilà
pourquoi vôtre piece avoit fi
peu d'Apologiſtes aprés plufieurs
lectures que vous en
aviez faites à Paris &àla Cour,
il falloit qu'elle réüſſit auTheatre
pour affranchir du miſtere
94 MERCURE
quelques amis diſcrets , qui , de
peur de ſe commettre , n'avoient
ofé ſe declarer hautement
pour elle. Je ne me ſçais
pas mauvais gré de n'eſtre pas
fi Politique , je ne ſuis point
effrayé d'un danger qui nait
du devoir , & aprés tout quel
eſt le danger ? Quand il me ſeroit
arrivé de trouver bon un
ouvrage que le public auroit
jugé mauvais , il n'y auroit pas
grand mal à cela , &j'ofe affeurer
, que je ferois en ce cas
moins mécontent de moi, que,
fi diffimulant lâchement mon
eſtime , je m'eſtois épargné
GALANT. 95
cette eſpece d'humiliation.
Iln'y a point de piece abſolument
irreprochable au
Theâtre , & je n'eſpere pas ce
miracle de la main des hommes
; la meilleure de toutes
nos pieces fera celle , dont les
bautez racheteront plus liberalement
les defauts . C'eſt l'équitable
appreciation de ces
beautez & de ces defauts , qui
eſtl'objet de la bonne critique.
La pluſpart des gens croïent
avoir donné une haute idée de
leur goût lorſqu'ils ont reproché
durement à un Auteur
quelques fautes ſenſibles de
" MERCURE
fon ouvrage , voilà les bornes
de leur examen , ils ne forti
ront point de la. Vous ne les
verrez jamais citer un endroit
heureux , ils ne releveront ja
mais une grace delicate , cela
n'eſt pas également aiſé à fen
tir. Mais le merite d'un excel
lent critique ne ſe borne pas à
fentir ſucceſſivement & les
beautez & les défauts d'un ou
vrage , il lui faut encore un
coup d'oeil qui embraſſe le
tout enſemble , & qui force
fon jugementà prononcer fur
l'air general & dominant de
l'ouvrage. Onvous reprochera
د
GALANT. 97
ra,Monfieur, quelques fautes,
&vous ſçaurez mettre tout à
profit ; mais en avoüant à vôtre
ordinaire les critiques que
vous jugerez judicieuſes , renvoyez
les cenſeurs à l'air general
de bonté devant quices
petits reproches ne peuvent
tenir.
On vous reproched'abord ,
&je ſuis icirelateur complice ,
on vous reproche , disje , de
n'avoir pas fatisfait à l'idée du
titre de la piece , dans le caractere
de vôtre Coquette. Le
titre de Coquette de Village
-ſembloit annoncer laCoquet-
Juin 1715 .
:
I
98 MERCURE
terie agillante au gré de la
fimple nature, par un manege
de pur inſtinct; mais vôtreCoquette
n'eſt rien moins que
cela , vous ſuppoſez qu'elle a
été inſtruite par la Veuve Parifienne
, de toutes les ruſes
perfides que l'art fournit aux
Coquettes conſommées. Enforte
qu'elle est moins, la Coquette
de Village , que la Coquette
au Village. Mais il n'y
a pas grand mal à cela : ſi le
titre de Coquette de Village
nous bleſſe,qualifions la
ce par, le Lotfuppofé.
pic-
Ona trouvé vôtre denoüeGALANT
.
و و
ment trop precipité , on voudroit
que vous cuffiez foûtenu
plus long temps Lucas
dans ſon infolente yvreſſe , &
que vous l'euffiez detrompé
moins bruſquement. Quand
une Scene nous a fait plaifir
à certain degré , nous avons
Souvent l'ingratitude de reprocher
à l'Auteur de ne l'avoir
pas fait affez durer , nous n'examinons
pas toûjours s'il étoit
aifé de l'étendre au delà de certaines
bornes,ſans la faire tomber
dans la langueur.
J'ay eſté mal affecté dans
lepremier Acte de la Scene en-
LIOTHEQUE
DE
=
LYON
BIB
*
1803 *
100 MERCURE
tre le Baron & Lifette , voicy
ce qui m'y a bleflé:: on aa dit
que le Baron épris de la Coquette
, avoit déja parlé de mariage
, & qu'il y avoit même
eû des articles dreſſez , il n ne les
a point encore ſignez ces articles
; mais l'on ſe propoſe d'épier
un inſtant de foibleffe ,
pour luy faire faire la fotiſe 3
tout cela ſuppoſé , lorſqu'on
fera paroiſtre le Baron avec
Liſette, il faut que je m'apperçoive
de l'extrême paffion qu'il
a pour elle , & s'il n'a parlé
d'articles & de contrat , que
pour gagner du temps , &
A
GALANT. 101
tromper Lucas & fa fille , il
doit , dans l'état de la Scene
en queſtion , redoubler d'artifices
, & perfuader plus que jamais
à Liſette , qu'il a fincerement
deſſein de l'épouſer.
Mais rien de cela. C'eſt tout
le contraire , il luy dit durement
qu'il avoit perdu l'eſprit,
le jour qu'il fit dreſſer le contrat.
) Ce jour- là ma foibleſſe
Penſa bien l'emporterfur toute
ma raiſon.
Enſuite il la rappelle à l'efperance
, en luy diſant :
Vous aurez un contrat , il
I ii
102 MERCURE
estsigné déja.
Fayfait lepremier pas ,figner eft
lefecond.
Et le ſecond pas , quand
le fora til ? lorſqu'il ſera plus
vieux .... en verité voſtre Co
quette n'a pas grand merite à
deviner que le Baron ſe mo
que d'elle , quand le piege cût
eſté un peu moins groffier , je
la connois , croyez moy , elle
n'en cût pas eſté la dupe.
Cette Scene vous doit être
plus preſente qu'à moy , fi
vous eſtes de mon avis , le remede
eſt facile , quelques Vers
adoucis retabliront tout cela .
GALANT. 103
Il ne m'eſt revenu aucune
Critique particuliere qui attaqua
la conduite & la marche
generale de la piece , mais aufli
detous ceux queje connoisqui
en ont eſté le mieux affectez ,
il y en a peu qui ayent ofé
prendre fur eux de la loüer de
ce coſté,je ne ſçais ſi , à tout
prendre , vous ne devez pas
être content .Le prejugé ne fait
pas toûjours ſi bonne compofition
; quelques gens font
prevenus que l'art deconduire
n'eſt pas voſtre fort . Le fondement
de cette prevention ,
c'eſt que vous avez fort negligé
1
I iiij
104 MERCURE
cette partie dans, les travaux
d'un autre âge. Une ſeule
piece heureuſement conduite
ne fuffitpasaux gens prévenus
pour leur faire retracter cojugement
, il leurfaut plus d'une
preuve, ils ont tropd'intereſt à
la chofel, cette retractationeſt
peut être pour eux une affaire
dihonneurum πολ
Voſtre Comedie de l'Eſprit
de contradiction eſt de l'aveu
de tout le monde irreprochablement
menée, mais c'eſt unc
pieced'un ſeul Acte , & elle ne
paffera pas pour un grand effortde
conduite; celle ci eft de
GALANTI 105
trois Actes , & prouveroit un
peu plus : C'eſt pourquoy l'on
ne doit pas eſtre fi facile à l'aadopten,
cela viendra avec le
temps ... mais tout cela ne
fuffit point encore , il vous
faut une piece de cinq Actes
dont l'intrigue foit fimple &
eingenieuſe, dont
la marchefoit
aifée & naturelle, enlun
mot, il vous faut furmonter
plus d'une fois les plusgrandos
difficultez de l'art , pour terraffer
la prevention qui vous obfede
? courage , Monfieur , le
plaiſir du public eft un objet
digne de voſtre émulation ,
106 MERCURE
puiſſiez vous faire long-temps
ſes delices. Je ſuis , avec une
finguliere eſtime , Monfieur ,
Voſtre tres -humble & tres-
• obéillant Serviteur ,
l'Abbé de Pons.
, du fuccez de vôtre piece
, elle a ſauvé l'honneur de
mon jugement , j'ay partagé
GALANT. 91
en quelque forte vôtre peril ,
mais fans prendre rien de vôtre
crainte. La meſute du bon
que je fentois dans cette Comedie
me la mettoit à couvert
d'inſulte , &il n'eſtoit queſtion
chez moyque d'un acceüil plus
ou moins favorable ; c'eſt ſur
le plus ou lemoins dependant
des hazards de l'action theatrale
, qu'il ne faut jamais porter
de jugements prophetiques.
On doit, ce me ſemble,
auxAuteurs l'aveu naïf des ſentiments
qu'on a éprouvez à la
lecture de leurs pieces ; il eſt
vrai que la pluſpart ne veulent
Hij
92 MERCURE
د
il
de leurs aus que des applaudiffements&
ſçavent fortmauvais
gré à qui a le courage de
leur avoüer ſes degoûts
n'importe , diſons toûjours ce
que nous ſentons , j'aime
mieux recevoir une injustice
d'un ami, que d'en commettre
unea fon égard Mais de mê .
me que jeveuxqu'on ait lecou
rage de blâmer unmauvais ouvrage
au perilde s'aliener l'Auteur
qui nous confulte
voudrois qu'on oſat loüer
hautement une piece dont on
a été bien affecté , je voudrois
qu'on n'hezitapas à ſe mettre
je
८
GALANT9
pour ainſi dire de moitié de
peril avec elle , en un mot , il
me ſemble que lors qu'un ou
vrage livré à nôtre cenſure
nousa ſemblé bon , nous devons
à l'Auteur l'hommage
publicdu jugement que nous
en avons porté. Mais peu de
gens veulent courir le peril de
voir leur propre goût dementi
par la voix publique , voilà
pourquoi vôtre piece avoit fi
peu d'Apologiſtes aprés plufieurs
lectures que vous en
aviez faites à Paris &àla Cour,
il falloit qu'elle réüſſit auTheatre
pour affranchir du miſtere
94 MERCURE
quelques amis diſcrets , qui , de
peur de ſe commettre , n'avoient
ofé ſe declarer hautement
pour elle. Je ne me ſçais
pas mauvais gré de n'eſtre pas
fi Politique , je ne ſuis point
effrayé d'un danger qui nait
du devoir , & aprés tout quel
eſt le danger ? Quand il me ſeroit
arrivé de trouver bon un
ouvrage que le public auroit
jugé mauvais , il n'y auroit pas
grand mal à cela , &j'ofe affeurer
, que je ferois en ce cas
moins mécontent de moi, que,
fi diffimulant lâchement mon
eſtime , je m'eſtois épargné
GALANT. 95
cette eſpece d'humiliation.
Iln'y a point de piece abſolument
irreprochable au
Theâtre , & je n'eſpere pas ce
miracle de la main des hommes
; la meilleure de toutes
nos pieces fera celle , dont les
bautez racheteront plus liberalement
les defauts . C'eſt l'équitable
appreciation de ces
beautez & de ces defauts , qui
eſtl'objet de la bonne critique.
La pluſpart des gens croïent
avoir donné une haute idée de
leur goût lorſqu'ils ont reproché
durement à un Auteur
quelques fautes ſenſibles de
" MERCURE
fon ouvrage , voilà les bornes
de leur examen , ils ne forti
ront point de la. Vous ne les
verrez jamais citer un endroit
heureux , ils ne releveront ja
mais une grace delicate , cela
n'eſt pas également aiſé à fen
tir. Mais le merite d'un excel
lent critique ne ſe borne pas à
fentir ſucceſſivement & les
beautez & les défauts d'un ou
vrage , il lui faut encore un
coup d'oeil qui embraſſe le
tout enſemble , & qui force
fon jugementà prononcer fur
l'air general & dominant de
l'ouvrage. Onvous reprochera
د
GALANT. 97
ra,Monfieur, quelques fautes,
&vous ſçaurez mettre tout à
profit ; mais en avoüant à vôtre
ordinaire les critiques que
vous jugerez judicieuſes , renvoyez
les cenſeurs à l'air general
de bonté devant quices
petits reproches ne peuvent
tenir.
On vous reproched'abord ,
&je ſuis icirelateur complice ,
on vous reproche , disje , de
n'avoir pas fatisfait à l'idée du
titre de la piece , dans le caractere
de vôtre Coquette. Le
titre de Coquette de Village
-ſembloit annoncer laCoquet-
Juin 1715 .
:
I
98 MERCURE
terie agillante au gré de la
fimple nature, par un manege
de pur inſtinct; mais vôtreCoquette
n'eſt rien moins que
cela , vous ſuppoſez qu'elle a
été inſtruite par la Veuve Parifienne
, de toutes les ruſes
perfides que l'art fournit aux
Coquettes conſommées. Enforte
qu'elle est moins, la Coquette
de Village , que la Coquette
au Village. Mais il n'y
a pas grand mal à cela : ſi le
titre de Coquette de Village
nous bleſſe,qualifions la
ce par, le Lotfuppofé.
pic-
Ona trouvé vôtre denoüeGALANT
.
و و
ment trop precipité , on voudroit
que vous cuffiez foûtenu
plus long temps Lucas
dans ſon infolente yvreſſe , &
que vous l'euffiez detrompé
moins bruſquement. Quand
une Scene nous a fait plaifir
à certain degré , nous avons
Souvent l'ingratitude de reprocher
à l'Auteur de ne l'avoir
pas fait affez durer , nous n'examinons
pas toûjours s'il étoit
aifé de l'étendre au delà de certaines
bornes,ſans la faire tomber
dans la langueur.
J'ay eſté mal affecté dans
lepremier Acte de la Scene en-
LIOTHEQUE
DE
=
LYON
BIB
*
1803 *
100 MERCURE
tre le Baron & Lifette , voicy
ce qui m'y a bleflé:: on aa dit
que le Baron épris de la Coquette
, avoit déja parlé de mariage
, & qu'il y avoit même
eû des articles dreſſez , il n ne les
a point encore ſignez ces articles
; mais l'on ſe propoſe d'épier
un inſtant de foibleffe ,
pour luy faire faire la fotiſe 3
tout cela ſuppoſé , lorſqu'on
fera paroiſtre le Baron avec
Liſette, il faut que je m'apperçoive
de l'extrême paffion qu'il
a pour elle , & s'il n'a parlé
d'articles & de contrat , que
pour gagner du temps , &
A
GALANT. 101
tromper Lucas & fa fille , il
doit , dans l'état de la Scene
en queſtion , redoubler d'artifices
, & perfuader plus que jamais
à Liſette , qu'il a fincerement
deſſein de l'épouſer.
Mais rien de cela. C'eſt tout
le contraire , il luy dit durement
qu'il avoit perdu l'eſprit,
le jour qu'il fit dreſſer le contrat.
) Ce jour- là ma foibleſſe
Penſa bien l'emporterfur toute
ma raiſon.
Enſuite il la rappelle à l'efperance
, en luy diſant :
Vous aurez un contrat , il
I ii
102 MERCURE
estsigné déja.
Fayfait lepremier pas ,figner eft
lefecond.
Et le ſecond pas , quand
le fora til ? lorſqu'il ſera plus
vieux .... en verité voſtre Co
quette n'a pas grand merite à
deviner que le Baron ſe mo
que d'elle , quand le piege cût
eſté un peu moins groffier , je
la connois , croyez moy , elle
n'en cût pas eſté la dupe.
Cette Scene vous doit être
plus preſente qu'à moy , fi
vous eſtes de mon avis , le remede
eſt facile , quelques Vers
adoucis retabliront tout cela .
GALANT. 103
Il ne m'eſt revenu aucune
Critique particuliere qui attaqua
la conduite & la marche
generale de la piece , mais aufli
detous ceux queje connoisqui
en ont eſté le mieux affectez ,
il y en a peu qui ayent ofé
prendre fur eux de la loüer de
ce coſté,je ne ſçais ſi , à tout
prendre , vous ne devez pas
être content .Le prejugé ne fait
pas toûjours ſi bonne compofition
; quelques gens font
prevenus que l'art deconduire
n'eſt pas voſtre fort . Le fondement
de cette prevention ,
c'eſt que vous avez fort negligé
1
I iiij
104 MERCURE
cette partie dans, les travaux
d'un autre âge. Une ſeule
piece heureuſement conduite
ne fuffitpasaux gens prévenus
pour leur faire retracter cojugement
, il leurfaut plus d'une
preuve, ils ont tropd'intereſt à
la chofel, cette retractationeſt
peut être pour eux une affaire
dihonneurum πολ
Voſtre Comedie de l'Eſprit
de contradiction eſt de l'aveu
de tout le monde irreprochablement
menée, mais c'eſt unc
pieced'un ſeul Acte , & elle ne
paffera pas pour un grand effortde
conduite; celle ci eft de
GALANTI 105
trois Actes , & prouveroit un
peu plus : C'eſt pourquoy l'on
ne doit pas eſtre fi facile à l'aadopten,
cela viendra avec le
temps ... mais tout cela ne
fuffit point encore , il vous
faut une piece de cinq Actes
dont l'intrigue foit fimple &
eingenieuſe, dont
la marchefoit
aifée & naturelle, enlun
mot, il vous faut furmonter
plus d'une fois les plusgrandos
difficultez de l'art , pour terraffer
la prevention qui vous obfede
? courage , Monfieur , le
plaiſir du public eft un objet
digne de voſtre émulation ,
106 MERCURE
puiſſiez vous faire long-temps
ſes delices. Je ſuis , avec une
finguliere eſtime , Monfieur ,
Voſtre tres -humble & tres-
• obéillant Serviteur ,
l'Abbé de Pons.
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3454
p. 106-141
Raisonnement merveilleux de l'Auteur, suivi d'une Histoire originale. [titre d'après la table]
Début :
Allons, Madame, encouragez moy à ne pas vous ennuyer. Jusqu'à [...]
Mots clefs :
Monde, Porte, Jour, Mari, Maison, Chambre, Confidence, Plaisirs, Hommes, Femme, Honneur, Fortune, Olympe , Temps, Heureux, Coeur, Amour, Dame, Amants, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Raisonnement merveilleux de l'Auteur, suivi d'une Histoire originale. [titre d'après la table]
Allons , Madame , encouragez
moy à ne pas vous ennuyer.
Juſqu'à preſent cela no
va pas mal , & il y a apparence
, ſi la matiere continue à
s'embellir d'elle même , que .
nous arriverons à bon port à
la fin du Livre.Jugez fi je m'y
prends comme il faut , & files
efforts que je vais faire pour
GALANT. 107
m'en tirer à mon honneur , ne
font pas fuffifants pour vous
amufer. Je vous ai promis des
hiſtoriettes. Il faut vous tenir
parole. J'ay heureuſement la
tête rempliedes circonstances
de celles que je vous deſtine.
Saufcependant à moy , à ne
pas dévisager les Maſques de
l'un&l'autre ſexe àqui mon indifcretion
pourroit porter des
atteintes affez delicates . Ainfi
pour ne pas compromettre les
gens dont ils'agit , ne trouvez
pas mauvais que je me charge
tout feul du poids de leurs
avantures . Je vous avouë , Ma108
MERCURE
dame,queje n'aurois pas la for
ce de vous refuſer toute la
confidence des affaires que
vous allez lire , ſi j'avois l'hon
neur devous connoître plus
particulierement ;mais du ſexe
charmantdont vous êtes , outre
qu'on babille volontiers ,
on ſeplaît encore ſi ſouvent à
fairedes tracaſſeries au tiers &
au quart , que je croi que le
plus fûr,eſt de ne vous dire,que
cequ'onveut bien que tout le
monde ſcache. Or eft-il que
je ne crains pas la cenſure ,
d'ailleurs je ſuis fait pour elle ,
&on ne verra jamais Mercure
GALANT 109
tant queje le ferai , s'allarmer
de tous les diſcours qu'on peut
tenir de luy: par confequent ,
lifez.
J'avois il ya quelque temps
uneMaiſon ſuperbe à la Ville,
&deux Palais au moins à la
Campagne:la magnificence de
ma table ,& l'excés de mes ri .
cheffes m'avoient acquisune fi
grande foule d'amis , & mis en
fi bonneodeur chezlesDames,
que je paflois pour un vray
modele de generoſité , dedelicateffe
& de galanteric. La
nature de ſon côté avoit été
àmon égard auſſi prodigue
110 MERCURE
les
que la fortune. Jugez ,fi avec
ces avantages,& mon inclination
qui m'a toûjours porté
aux plaiſirs , tous les coeurs ne
s'ouvroient pas àmonpaſſage.
Voilà l'état où étoient mes af
faires lorſque m'arriverent
avantures que je vais vous conter
, elles ne font pas moins
bonnes aujourd'huy , mais
mon temperament a malheureuſement
reçu de l'habitude
demes plaiſirs des leçons de
moderation dont j'enrage.
Dans cet heureux train de
viedontje viens de vous faire
une peinture affez legere , je
GALANT. I
tombaypar hazard aprés bien
des caſcades , entre les mains
d'uneDame qui entretenoit le
plus galammant , &le plus
adroitement du monde , neuf
Amants à la fois , il faut tout
vous dire , j'avois en même
temps neufMaîtreſſes ; mais il
y avoit cette difference entre
nousdeux,que leplus ſouvent,
quoi qu'elles me coutâſſent
bien cher , elles étoient fans
confequence pour moy , au
licu que les neufAmans de la
Dame dont je vous parler, tiroient
chaquejour affez regulicrement
à conſequencepour
112 MERCURE
elle. Lorſque je me mis ſur les
rangs ,j'aurois parić toute ma
fortune que cette obligeante
perſonne m'adoroit , une
delicateſſe infinie & un art ad.
mirable aſſaiſonnoient à mer
veille toutes les careſſes que je
recevois d'elle. Aufli genereuſe
que moy , mon coeur
étoitàſon compre, le ſeul bien
qui flattoit ſapaſſion. Enfin ſes
airs ſimples , tendres & ingenus
m'enyvrerent de l'eſpoir
d'un bonheur fi doux , & faifirent
à un tel point ma credulité
, que je me determinay à
lui facrifier toutes ſes rivales.
Ccs
GALANT.113
Ces ruptures auſquelles elles ne
s'attendoient ni les unes ni les
autres , furent ſuivies de tant
d'éclat & de bruſqueries reciproques
, qu'elles firent pendantun
temps affez confiderable
la raillerie de tout le monde.
Jerenvoïai àla belleAminte
toutes les Lettres qu'elle m'avoit
écrites,&je lui redemandai
les miennes , Climene me jetta
mon portrait au né , la fiere
Olympe m'arracha les cheveux
, & me donna quelques
fouflets, ainſidu reſte. Debarraflé
enfin heureuſement des
mains de toutes ſes aimables
Juin 1715 . K
114 MERCURE
perſonnes, jecourus chez mon
incomparable & nouvelle
Maîtreffe , je luy fis voir àl'inftant
fur mon viſage & dans
mes yeux , où ma paſſion étaloittous
les tranſports de l'a
mour dont je brulois pour elle,
les veſtiges fanglants de mon
triomphe. Tant de ſacrifices ,
&une victoire fi complete arracherent
de ſon coeur l'aveu
le plus tendre qu'une Amante
éperduë puiſſe jamais faire au
plus heureux Amant du monde
, & de ſes beaux yeux des
larmes , dont je penſai expiferde
joye..
GALANC. 115
Jeme trouvay fileger aprés
tous les beaux exploits que je
viens de vous dire , que je luy
jurai mille fois , & avec fincerité
de n'aimer deformais plus
qu'elle. Elle me crût , & me
proteſta avec ferment den'aimer
de ſa vie que moy. Huit
jours ſe pafferent ainſi dans la
meilleure intelligencedumonde
; mais monbonheur ne devoit
pas être éternel comme je
m'en étois flatté : en voici la
preuve.
Un jour eſtant entré dans ſa
chambre vers les dix heures du
matin , par l'entremiſe d'une
Kij
116 MERCURE
A
de ſes femmes je m'approchay
de ſon lit , je m'aſſis dans un
fauteüil à coſté d'elle , & je
repris à mon ordinaire le langage
de nos amours , qu'elle
écoutoit affectueuſement ,
comme les plus belles choſes
du monde , lorſque nous entendîmes
frapper en maiſtre , à
la porte de la chambre où nous
eſtions. Ah ! mon Dieu,Monficur
, me dit elle , c'eſt mon
mary , il ſe doute de noſtre intrigue
, ou pluſtoſt il n'en doute
plus: je ſuis perduë
cachez-vous , ſauvez-vous? où
voulez vous Madame, luydis
GALANT. 317
je auffi effrayé qu'elle , que je
me cache , & par où puis-je
me fauver. Hé ! Monfieur,fautez
par la feneftre. ( Il eſt bon
de vous dire que cette feneftre
par où elleme propoſoit de
faire le faut, eftoit à plus de
vingt pieds de hauteur fur un
Jardin où elle me prioit de me
précipiter , & que d'ailleurs je
ne ſçay point fauter. ) Cependant
le vacarme continuoit à
la porte,& le prétendu mary
que je ne connoiffois que mediocrement
, faisoit un bruit
épouventable. Enfin ma chere
Maiſtreſſe ne pouvant plus
:
118 MERCURE
deffous,
tenir contre ces brutales inftances
, me dit , cachez vous
du moins , Monfieur, fous
le lit , ou bien entre les matelats.
Eh ! Madame , luy repondis
je,il n'y a pas de fûretépour
moy àme fourrer ny
nidans le lit.Eh!du moins, mettez
vous , reprit - elle impatiemment
, dans le grand tiroir de
cette commode, où vous pourrez
entrer , quoy qu'affez mał
àvoſtre aiſe : dans un beſoin
extrême , comme celuy-cy ,
Monfieur , ne faut- il pas faire
de neceffité vertu ? je fus allez
fot pour m'emprifonner avec
GALANT. 119
า
des peines ehragées dans ce
maudit tiroir , où elle m'enfermaà
double tour ,&dont elle
tira , & cacha ſoigneuſement
la clef.
Aprés s'eſtre ainſi précautionnée
contre les recherches
jalouſes de ce curieux impitoyable,
qui de fon côtéjuroit
à la porte comme un Païen ,
elle alla enfin d'un air tout
endormi , & en ſefrottant les
yeux , la lui ouvrir. En verité ,
Monfieur , lui dit- elle , vous
venez de me reveiller en furfaut
d'une étrange façon. J'étois
aumilieu du plus agreable
120 MERCURE
rêve que j'aye fait de ma vie ,
lorſque j'ai entendu le bruit
que vous venez de faire.Vraiement
, Madame , lui dit il ,
vous êtes une fort jolie femme
, vous prétendez donc
m'en faire accroire comme
Daphnis , Oronte , Licydas
Erafte & Damon. Je ne vous
parle pas de vôtre grand Laquais
que vous leur preferez
comme à moi , c'eſt un coquin
que je ferai roüer de coups de
bâton ; mais Plutus & Mercure
que depuis quelques jours
vous honorez de vôtre tendreſſe
avec tant d'éclat , ne me
marcheront
:
GALANT. 121
marcheront pas fur le ventre
impunement. L'un d'eux eſt
ici , & malheur à qui me tom
bera ſous la main. Je vous
trouve bien hardi , lui dit elle,
de venir m'inſulter avec tant
d'audace dans ma maiſon.
Taiſez vous , perfide , repritil
,& n'eſperez pas que je vous
pardonne vos infidelitez que
vous ne m'ayez rendu au
moins les vingt mille écus que
vous m'avez couté. Je ne ſerai
pas voſtre dupe , comme
les fots que vous tenez dans
vos filets , & je vous perfecuteray
, juſqu'à ce que la reſti-
Juin 1715 . L
122 MERCURE
tution que vous me devez ,
m'ait mis à but avec vous.
Vous êtes un infolent , lui répondit-
elle , un lâche , & le
plus méchant & le plus ſcele
rat de tous les hommes ; en
même tems elle gemit , pleura
, s'évanoüit , & jen'enten.
dis plus rien , parce que je m'é
vanouis auſſi.
Environ deux heures aprés
mon évanoüiffement ma
charmante Maiſtreſſe ouvrit
le tiroir où je m'étois imprudemment
laiſſé empriſonner.
Et me trouvant preſque ſans
poux ,& fans chaleur , elle s'i-
1
GALANT. 123
magina que je n'avois rien entendu
de la converſation precedente
,& s'empreſſa à me
faire revenir. J'ouvris enfin les
yeux , & je lui dis avec une
langueur extrême , qui partoit
plûtôt de l'accident qui venoit
de m'arriver , que de l'amour
quime reſtoit pour elle , que
je me mourrois , & que je la
priois d'envoïer chercher mon
carroſſe qui m'attendoit àcent
pas de famaifon , pour me remener
chez moi , ce qu'elle
cûtde la peine à m'accorder;
cependant elle me dit en m'embraflant
tendrement , qu'il fal
Lij
124 MERCURE
loit queje me fuſſeévanoüi en
entrant dans la commode, tant
elle m'en avoit retiré froid &
ſaiſi , elle ajoûta que ſon mary
l'avoit le plus mal à propos
du monde entretenu de tout
Jedétail aſſommant d'un procés
qui estoit de grande im
portance pour eux , mais qu'-
elle ſe trouvoit encore bien
heureuſe de ce qu'il l'avoit enfin
laiſſée fitoft enrepos ,& elle
me predit que mon accident
n'auroit point de ſuites fâcheuſes.
En effet , en ſortant de ſa
maiſon,je me trouvay ſi bien
remis de lalethargic où m'avoit
GALANT. 125
jetté le tiroir ,que je me fismener
fur le champ chez le curieux
dont le vacarme venoit
dem'empriſonner. Je me fouvins
, chemin faiſant , de l'obligeante
propofition que
mon incomparable Amante
m'avoit faite de me jetter par
la feneftre , au hazard de me
briſer les os , & j'arrivai chez
lui , aprés avoir fait voeu de ne
plusretourner chez elle.cel n
Nos premieres civilitez furent
courtes ; mais la confidence
ſe mêlant de noſtre conver
fation,il ſe radoucit àmon
égard ; &je l'amenay au point
Liij
426 MERCURE
deluy faire entendre avec de
grands éclats de rise , toutcee
qui venoitdem'arriver. Ecoutez
, me dit-il à fon tour, la
fin del'entretien que je viens
d'avoir avec cette prodigicuſe
femme, maisil eſtà propos de
vous dire auparavant quel
qu'une des raiſons qui ont
donné lieu à ce quevous venez
d'entendreav Sup xu ษ หา ได้
no Il n'eſt pas neceffaire que
je vous étale icy les charmes
de ſa perſonne , ni ceux de
fon eſprit , vous en connoiffez
los graces & le pouvoir aufli
bienquemoy;mais il eſtbon A
A
GALANT 127
quevous ſçachiez qu'il y a fix
mois que je vis bien avec olles
que pondants ces fix mois ,
mon amour a tous les jours
pris de nouvelles forces , &
qu'il ya enfin fix mois que je
m'apperçois qu'elle metrom
pe tous lesjours. Pouvez-vous
aprés meetavbu renoncer à
aimer une femme fi aimable.
Tous ceux que vous
entendu nommer fontilen
mavez
effot , depuis & avant moy ,
fes amants commemoy. Elle
ſçait enun mot fi bien mena
ger ſes heures & fes rendezvous
,quecen'eſtprefque que
Lij
128 MERCURE
par conjecture qu'on leméfie
d'elle. Je n'aurois pas même
acquisla grande connoiffance
quej'ay de ſes allures ,fi une
femmede ſa confidence& de
ſes plaiſirs , n'avoit pas mal.
heureuſement pour elle , pris,
àcequ'elle m'a dit, de l'amour
pourmoy. Voilà,Monfieur,
comme j'ay cû ſon ſecret ,&
c'eſt par ſon canal que j'ay
fçû aujourd'huy que vous étiez
chez elle ; & qui plus eft , que
vous yétiez parfaitement biena
Jay répondu affez indifferam.
ment à cet avis ,mais un mds
ment aprés l'avoir receu , j'ay
GALANT 425
-
monté en carrofle , & je ſuis
venu troubler , je ne ſçai oncore
,fi jedois dire, à propos
ounon, les plaiſirs qu'on vous
deſtinoit. Je me dedis de
bon coeur,luy dis -je , de tout
le mal que jevous enayvoulu ;
mais degrace ,achevez laſuité
decetteconverſationquemon
évanoüſſement m'a dérobée.
Je me fuis mis , reprit il , pen
dant que la belle pleuroit à
chaudes larmes , à faire une
exacte viſite dans ſon apparte
ment ; je vous ay chorché
derriere lesrideaux, fous letie,
dans fon cabinet ,& par tous
430 MERCURE
fans rien trouver , bien affcuré
cependant que vous n'étice
pas loin , & ne comprenant
pasoùvous pouviez eftre.J'ay
paffé dansune autre Chambre
où elle m'a ſuivi ,& oùellem'a
fait les plus touchants & les
plus tendres reproches du
monde. J'allois enfin me jetter
à ſes pieds , & lay demander
mille pardons des injures que
je luy avois dites , &de l'indi
gnité de mes ſoupçons , lors
que la preſenec de ſon mary
qui nous a parfaitementdeconcerté
tous deux , a rompu
noſtre entretien ; elle avoit le
GALANT. 131
viſage baigné de pleurs,j'avois
les yeux moillez , & nous
eſtions tellement embarraſſez
de noftre contenance , dont
la vûë d'un époux importun
augmentoit infiniment le dé.
fordre , que je pris le parti de
les laiffer enſemble s'éclaircir
des cauſesde noſtre embarras.
Elle a de l'eſprit , il n'eſt pas
délicat,& c'eſt à quelques intri
gues comme les noftres , qu'ils
doivent l'éclat de leur maiſon.
Jugez ſi la paix a eſté bien- tôc
faite entr'eux , ou pour mieux
dire , foyez ſeur qu'ils n'ont
paseſtéun moment broüillez
pour fi peu de chofe.
132 MERCURE
Je vous avoue pour moy
que rien ne me tient plus au
cooeur à ſon égard, que l'hor
rible dépenſe qu'elle m'a fait
faire ; tous les hommes ont
leur foible. Je ne me repens
jamais de la perte de ce que
je n'ai pas lieu de regret
ter ; mais dans cette occa
ſion je ſuis trop la dupe de
mes ſoins & de mon argent ,
pour n'en pas regretter la perte.
Ma foy , luy dis- je , ilme
paroît que tout ce que vous
pourriez faire pour le rattra
-per, feroit affez inutile , au
reſte prenez là-deſſus le parti
qu'il vous plaira , pour moy je
GALAND. 133
1
m'entiens où j'en ſuis avec ellc
, & je vous jure que de ce
pas , je vais chercher fortune
ailleurs plongén ala
21 Nous nous quittâmes fort
contents l'un de l'autre , & je
fus fur lechamp chez tout ce
que je pus trouver de mes amis
pour leur conter mon avanture
de la Commode , ſans leur
nommercependant la perſonnequi
m'avoit ſi bien accommodé.
Je me ſouvins dans la chaleur
des mouvements que je
me donnai pour regaler le
monde de ce trait admirable ,
# 34 MERCURE
quedes neufperſonnes quej'a
vois l'honneur d'aimer , avant
lagloricuſe preference que j'avois
donnée à ma derniere
Maîtreſſe, la jeune Lifetre étoit
celle qui me feroit le meilleur
accücil. Jemerendis chez elle
en fortantde la Comedie , j'en
fus reçû avec mille marques
d'une veritable tendreſſe , elle
me jura qu'elle avoit vû ma
defertion avec une douleur
mortelle , &qu'elle avoir enfin
une joye inexprimable de me
revoir. Plus ſenſible mille fois
que jene peut vous ledire à ſes
diſcours flatteurs , je me racGALANT.
د و
commodarſi bien avec elle,que
les circonstances de nôtre
broüilleric ajoûterent un ragoût
infini à nôtre raccommo.
dement. J'y retournai le len
demain , le jour ſuivant , & le
troifiéme jour encore ; mais
par malheur elle avoit un mari
jaloux dans les formes. Il ne
ſe plût point à me voir fi fouvent
dans ſa maiſon , il pria fa
chere moitié de m'écarter ſans
bruit , & luy fit entendre que
fifa priere n'avoit pas licu , il
prendroitdesmeſures qui mettroient
à ſa mode , fon honneur
en repos. La belle comp-
:
136 MERCURE
ta ces petites menaces pour
rien , & ne m'en fir pas ſeulement
la moindre confidence.
Cette referve penſa lay couter
bien cher ; mais en verité
il n'y a rien dont une femme
d'eſprit ne vienne parfaitementàbout.
Un certain jour dont j'ai
oublié la date , il y avoit environ
une heure que nous étions
enſemble , lorſqu'une fille de
Chambre vint nous avertir
que Monfieur alloit nous furprendre.
Suivez moi un peu de
loin me dit à l'inſtant ſon
épouſe , juſqu'à la porte de
mon
GALANT. 137
mon appartement & ne vous
mettez en peine de rien. Elle
prit auffitoft deux flambeaux
qui estoient ſur la cheminée
elle courut ſur l'eſcalier où elle
rencontra fon mary , à qui
elle dit d'un air effrayé ! ah
Monfieur , montez avec moy
là haut ,je viens de voir tour à
l'heure un grand Irlandois qui
ma demandé l'aumoſne d'unc
maniere qui m'épouvante encore
, je meurs de peur que ce
ne ſoit un voleur , & qu'il ne
foit caché dans la maiſon . Son
mary la ſuivit & monta avec
ellechercher le pretenduvo-
Juin 1715. M
# 38 MERCURE
leur , pendant que fa fille de
chambre me mit à la porte de
la rue , où je fus fort aiſe de
me voir arrivé à bon port.
Je ne me plais pas dans les
allarmes , j'aime les plaifirs
tranquilles ,&le tumulte des
paffions qui fait le bonheur
des autres eſt juſtement ce qui
m'en dégoute. Ainſi j'aban..
donnay encore unefoisLifetre,
& je retournay enfin à cette
redoutable Olympe qui m'as
voit fi maltraité le jour de
noſtre rupture. Elle eſtoir ſa
maiſtreffe , celle de fon mari ,
& fut encore la mienne , con
GALANT 139
tre mon intention. Voici de
quellemaniere je rentray dans
fes fers,not ມາ ໑໗ o 1 S
Y
Luy faiſant un jour une 11
fimple viſite de civilité , elle
mit la converſation ſur le cha
pitre de nos amours ,& aprés
avoir paffé en revenue les qualitez&
les noms de ceux & cel
les que nous avions aimé de
part& d'autre , elle me dit :
Ecoutezmoy,mon cher,nous
ne ferons jamais heureux en
amour tant que nous ferons
auffi inconftans que nous l'a
vons eſté; faiſons une fin, vous
aimez dans un fens , voſtre li
Mij
140 MERCURE
berté , tous les hommes l'aiment
comme vous ; mais libertin
pour hbertin , vous
eſtes celui de tous les hommes
que j'aime le mieux. Regardez
moy , & avoücz ( tous les
traits de vos Mantreffes comparez
aux miens ) que , Co
quette pour Coquette , je ſuis
de toutes les femmes, celle que
vous devez le mieux aimer.
supJe vous jure , Madame ,
que je ne pus pas m'empêcher
d'en convenir,&que la bonne
foi d'Olympe fit un effet fi
puiffant fur moi , que je l'aime
à la rage. Voila où nous en
GALANT 041
fommes. Si de recit ne vous a
pas ennuyé , j'en fuis bienaiſe.
moy à ne pas vous ennuyer.
Juſqu'à preſent cela no
va pas mal , & il y a apparence
, ſi la matiere continue à
s'embellir d'elle même , que .
nous arriverons à bon port à
la fin du Livre.Jugez fi je m'y
prends comme il faut , & files
efforts que je vais faire pour
GALANT. 107
m'en tirer à mon honneur , ne
font pas fuffifants pour vous
amufer. Je vous ai promis des
hiſtoriettes. Il faut vous tenir
parole. J'ay heureuſement la
tête rempliedes circonstances
de celles que je vous deſtine.
Saufcependant à moy , à ne
pas dévisager les Maſques de
l'un&l'autre ſexe àqui mon indifcretion
pourroit porter des
atteintes affez delicates . Ainfi
pour ne pas compromettre les
gens dont ils'agit , ne trouvez
pas mauvais que je me charge
tout feul du poids de leurs
avantures . Je vous avouë , Ma108
MERCURE
dame,queje n'aurois pas la for
ce de vous refuſer toute la
confidence des affaires que
vous allez lire , ſi j'avois l'hon
neur devous connoître plus
particulierement ;mais du ſexe
charmantdont vous êtes , outre
qu'on babille volontiers ,
on ſeplaît encore ſi ſouvent à
fairedes tracaſſeries au tiers &
au quart , que je croi que le
plus fûr,eſt de ne vous dire,que
cequ'onveut bien que tout le
monde ſcache. Or eft-il que
je ne crains pas la cenſure ,
d'ailleurs je ſuis fait pour elle ,
&on ne verra jamais Mercure
GALANT 109
tant queje le ferai , s'allarmer
de tous les diſcours qu'on peut
tenir de luy: par confequent ,
lifez.
J'avois il ya quelque temps
uneMaiſon ſuperbe à la Ville,
&deux Palais au moins à la
Campagne:la magnificence de
ma table ,& l'excés de mes ri .
cheffes m'avoient acquisune fi
grande foule d'amis , & mis en
fi bonneodeur chezlesDames,
que je paflois pour un vray
modele de generoſité , dedelicateffe
& de galanteric. La
nature de ſon côté avoit été
àmon égard auſſi prodigue
110 MERCURE
les
que la fortune. Jugez ,fi avec
ces avantages,& mon inclination
qui m'a toûjours porté
aux plaiſirs , tous les coeurs ne
s'ouvroient pas àmonpaſſage.
Voilà l'état où étoient mes af
faires lorſque m'arriverent
avantures que je vais vous conter
, elles ne font pas moins
bonnes aujourd'huy , mais
mon temperament a malheureuſement
reçu de l'habitude
demes plaiſirs des leçons de
moderation dont j'enrage.
Dans cet heureux train de
viedontje viens de vous faire
une peinture affez legere , je
GALANT. I
tombaypar hazard aprés bien
des caſcades , entre les mains
d'uneDame qui entretenoit le
plus galammant , &le plus
adroitement du monde , neuf
Amants à la fois , il faut tout
vous dire , j'avois en même
temps neufMaîtreſſes ; mais il
y avoit cette difference entre
nousdeux,que leplus ſouvent,
quoi qu'elles me coutâſſent
bien cher , elles étoient fans
confequence pour moy , au
licu que les neufAmans de la
Dame dont je vous parler, tiroient
chaquejour affez regulicrement
à conſequencepour
112 MERCURE
elle. Lorſque je me mis ſur les
rangs ,j'aurois parić toute ma
fortune que cette obligeante
perſonne m'adoroit , une
delicateſſe infinie & un art ad.
mirable aſſaiſonnoient à mer
veille toutes les careſſes que je
recevois d'elle. Aufli genereuſe
que moy , mon coeur
étoitàſon compre, le ſeul bien
qui flattoit ſapaſſion. Enfin ſes
airs ſimples , tendres & ingenus
m'enyvrerent de l'eſpoir
d'un bonheur fi doux , & faifirent
à un tel point ma credulité
, que je me determinay à
lui facrifier toutes ſes rivales.
Ccs
GALANT.113
Ces ruptures auſquelles elles ne
s'attendoient ni les unes ni les
autres , furent ſuivies de tant
d'éclat & de bruſqueries reciproques
, qu'elles firent pendantun
temps affez confiderable
la raillerie de tout le monde.
Jerenvoïai àla belleAminte
toutes les Lettres qu'elle m'avoit
écrites,&je lui redemandai
les miennes , Climene me jetta
mon portrait au né , la fiere
Olympe m'arracha les cheveux
, & me donna quelques
fouflets, ainſidu reſte. Debarraflé
enfin heureuſement des
mains de toutes ſes aimables
Juin 1715 . K
114 MERCURE
perſonnes, jecourus chez mon
incomparable & nouvelle
Maîtreffe , je luy fis voir àl'inftant
fur mon viſage & dans
mes yeux , où ma paſſion étaloittous
les tranſports de l'a
mour dont je brulois pour elle,
les veſtiges fanglants de mon
triomphe. Tant de ſacrifices ,
&une victoire fi complete arracherent
de ſon coeur l'aveu
le plus tendre qu'une Amante
éperduë puiſſe jamais faire au
plus heureux Amant du monde
, & de ſes beaux yeux des
larmes , dont je penſai expiferde
joye..
GALANC. 115
Jeme trouvay fileger aprés
tous les beaux exploits que je
viens de vous dire , que je luy
jurai mille fois , & avec fincerité
de n'aimer deformais plus
qu'elle. Elle me crût , & me
proteſta avec ferment den'aimer
de ſa vie que moy. Huit
jours ſe pafferent ainſi dans la
meilleure intelligencedumonde
; mais monbonheur ne devoit
pas être éternel comme je
m'en étois flatté : en voici la
preuve.
Un jour eſtant entré dans ſa
chambre vers les dix heures du
matin , par l'entremiſe d'une
Kij
116 MERCURE
A
de ſes femmes je m'approchay
de ſon lit , je m'aſſis dans un
fauteüil à coſté d'elle , & je
repris à mon ordinaire le langage
de nos amours , qu'elle
écoutoit affectueuſement ,
comme les plus belles choſes
du monde , lorſque nous entendîmes
frapper en maiſtre , à
la porte de la chambre où nous
eſtions. Ah ! mon Dieu,Monficur
, me dit elle , c'eſt mon
mary , il ſe doute de noſtre intrigue
, ou pluſtoſt il n'en doute
plus: je ſuis perduë
cachez-vous , ſauvez-vous? où
voulez vous Madame, luydis
GALANT. 317
je auffi effrayé qu'elle , que je
me cache , & par où puis-je
me fauver. Hé ! Monfieur,fautez
par la feneftre. ( Il eſt bon
de vous dire que cette feneftre
par où elleme propoſoit de
faire le faut, eftoit à plus de
vingt pieds de hauteur fur un
Jardin où elle me prioit de me
précipiter , & que d'ailleurs je
ne ſçay point fauter. ) Cependant
le vacarme continuoit à
la porte,& le prétendu mary
que je ne connoiffois que mediocrement
, faisoit un bruit
épouventable. Enfin ma chere
Maiſtreſſe ne pouvant plus
:
118 MERCURE
deffous,
tenir contre ces brutales inftances
, me dit , cachez vous
du moins , Monfieur, fous
le lit , ou bien entre les matelats.
Eh ! Madame , luy repondis
je,il n'y a pas de fûretépour
moy àme fourrer ny
nidans le lit.Eh!du moins, mettez
vous , reprit - elle impatiemment
, dans le grand tiroir de
cette commode, où vous pourrez
entrer , quoy qu'affez mał
àvoſtre aiſe : dans un beſoin
extrême , comme celuy-cy ,
Monfieur , ne faut- il pas faire
de neceffité vertu ? je fus allez
fot pour m'emprifonner avec
GALANT. 119
า
des peines ehragées dans ce
maudit tiroir , où elle m'enfermaà
double tour ,&dont elle
tira , & cacha ſoigneuſement
la clef.
Aprés s'eſtre ainſi précautionnée
contre les recherches
jalouſes de ce curieux impitoyable,
qui de fon côtéjuroit
à la porte comme un Païen ,
elle alla enfin d'un air tout
endormi , & en ſefrottant les
yeux , la lui ouvrir. En verité ,
Monfieur , lui dit- elle , vous
venez de me reveiller en furfaut
d'une étrange façon. J'étois
aumilieu du plus agreable
120 MERCURE
rêve que j'aye fait de ma vie ,
lorſque j'ai entendu le bruit
que vous venez de faire.Vraiement
, Madame , lui dit il ,
vous êtes une fort jolie femme
, vous prétendez donc
m'en faire accroire comme
Daphnis , Oronte , Licydas
Erafte & Damon. Je ne vous
parle pas de vôtre grand Laquais
que vous leur preferez
comme à moi , c'eſt un coquin
que je ferai roüer de coups de
bâton ; mais Plutus & Mercure
que depuis quelques jours
vous honorez de vôtre tendreſſe
avec tant d'éclat , ne me
marcheront
:
GALANT. 121
marcheront pas fur le ventre
impunement. L'un d'eux eſt
ici , & malheur à qui me tom
bera ſous la main. Je vous
trouve bien hardi , lui dit elle,
de venir m'inſulter avec tant
d'audace dans ma maiſon.
Taiſez vous , perfide , repritil
,& n'eſperez pas que je vous
pardonne vos infidelitez que
vous ne m'ayez rendu au
moins les vingt mille écus que
vous m'avez couté. Je ne ſerai
pas voſtre dupe , comme
les fots que vous tenez dans
vos filets , & je vous perfecuteray
, juſqu'à ce que la reſti-
Juin 1715 . L
122 MERCURE
tution que vous me devez ,
m'ait mis à but avec vous.
Vous êtes un infolent , lui répondit-
elle , un lâche , & le
plus méchant & le plus ſcele
rat de tous les hommes ; en
même tems elle gemit , pleura
, s'évanoüit , & jen'enten.
dis plus rien , parce que je m'é
vanouis auſſi.
Environ deux heures aprés
mon évanoüiffement ma
charmante Maiſtreſſe ouvrit
le tiroir où je m'étois imprudemment
laiſſé empriſonner.
Et me trouvant preſque ſans
poux ,& fans chaleur , elle s'i-
1
GALANT. 123
magina que je n'avois rien entendu
de la converſation precedente
,& s'empreſſa à me
faire revenir. J'ouvris enfin les
yeux , & je lui dis avec une
langueur extrême , qui partoit
plûtôt de l'accident qui venoit
de m'arriver , que de l'amour
quime reſtoit pour elle , que
je me mourrois , & que je la
priois d'envoïer chercher mon
carroſſe qui m'attendoit àcent
pas de famaifon , pour me remener
chez moi , ce qu'elle
cûtde la peine à m'accorder;
cependant elle me dit en m'embraflant
tendrement , qu'il fal
Lij
124 MERCURE
loit queje me fuſſeévanoüi en
entrant dans la commode, tant
elle m'en avoit retiré froid &
ſaiſi , elle ajoûta que ſon mary
l'avoit le plus mal à propos
du monde entretenu de tout
Jedétail aſſommant d'un procés
qui estoit de grande im
portance pour eux , mais qu'-
elle ſe trouvoit encore bien
heureuſe de ce qu'il l'avoit enfin
laiſſée fitoft enrepos ,& elle
me predit que mon accident
n'auroit point de ſuites fâcheuſes.
En effet , en ſortant de ſa
maiſon,je me trouvay ſi bien
remis de lalethargic où m'avoit
GALANT. 125
jetté le tiroir ,que je me fismener
fur le champ chez le curieux
dont le vacarme venoit
dem'empriſonner. Je me fouvins
, chemin faiſant , de l'obligeante
propofition que
mon incomparable Amante
m'avoit faite de me jetter par
la feneftre , au hazard de me
briſer les os , & j'arrivai chez
lui , aprés avoir fait voeu de ne
plusretourner chez elle.cel n
Nos premieres civilitez furent
courtes ; mais la confidence
ſe mêlant de noſtre conver
fation,il ſe radoucit àmon
égard ; &je l'amenay au point
Liij
426 MERCURE
deluy faire entendre avec de
grands éclats de rise , toutcee
qui venoitdem'arriver. Ecoutez
, me dit-il à fon tour, la
fin del'entretien que je viens
d'avoir avec cette prodigicuſe
femme, maisil eſtà propos de
vous dire auparavant quel
qu'une des raiſons qui ont
donné lieu à ce quevous venez
d'entendreav Sup xu ษ หา ได้
no Il n'eſt pas neceffaire que
je vous étale icy les charmes
de ſa perſonne , ni ceux de
fon eſprit , vous en connoiffez
los graces & le pouvoir aufli
bienquemoy;mais il eſtbon A
A
GALANT 127
quevous ſçachiez qu'il y a fix
mois que je vis bien avec olles
que pondants ces fix mois ,
mon amour a tous les jours
pris de nouvelles forces , &
qu'il ya enfin fix mois que je
m'apperçois qu'elle metrom
pe tous lesjours. Pouvez-vous
aprés meetavbu renoncer à
aimer une femme fi aimable.
Tous ceux que vous
entendu nommer fontilen
mavez
effot , depuis & avant moy ,
fes amants commemoy. Elle
ſçait enun mot fi bien mena
ger ſes heures & fes rendezvous
,quecen'eſtprefque que
Lij
128 MERCURE
par conjecture qu'on leméfie
d'elle. Je n'aurois pas même
acquisla grande connoiffance
quej'ay de ſes allures ,fi une
femmede ſa confidence& de
ſes plaiſirs , n'avoit pas mal.
heureuſement pour elle , pris,
àcequ'elle m'a dit, de l'amour
pourmoy. Voilà,Monfieur,
comme j'ay cû ſon ſecret ,&
c'eſt par ſon canal que j'ay
fçû aujourd'huy que vous étiez
chez elle ; & qui plus eft , que
vous yétiez parfaitement biena
Jay répondu affez indifferam.
ment à cet avis ,mais un mds
ment aprés l'avoir receu , j'ay
GALANT 425
-
monté en carrofle , & je ſuis
venu troubler , je ne ſçai oncore
,fi jedois dire, à propos
ounon, les plaiſirs qu'on vous
deſtinoit. Je me dedis de
bon coeur,luy dis -je , de tout
le mal que jevous enayvoulu ;
mais degrace ,achevez laſuité
decetteconverſationquemon
évanoüſſement m'a dérobée.
Je me fuis mis , reprit il , pen
dant que la belle pleuroit à
chaudes larmes , à faire une
exacte viſite dans ſon apparte
ment ; je vous ay chorché
derriere lesrideaux, fous letie,
dans fon cabinet ,& par tous
430 MERCURE
fans rien trouver , bien affcuré
cependant que vous n'étice
pas loin , & ne comprenant
pasoùvous pouviez eftre.J'ay
paffé dansune autre Chambre
où elle m'a ſuivi ,& oùellem'a
fait les plus touchants & les
plus tendres reproches du
monde. J'allois enfin me jetter
à ſes pieds , & lay demander
mille pardons des injures que
je luy avois dites , &de l'indi
gnité de mes ſoupçons , lors
que la preſenec de ſon mary
qui nous a parfaitementdeconcerté
tous deux , a rompu
noſtre entretien ; elle avoit le
GALANT. 131
viſage baigné de pleurs,j'avois
les yeux moillez , & nous
eſtions tellement embarraſſez
de noftre contenance , dont
la vûë d'un époux importun
augmentoit infiniment le dé.
fordre , que je pris le parti de
les laiffer enſemble s'éclaircir
des cauſesde noſtre embarras.
Elle a de l'eſprit , il n'eſt pas
délicat,& c'eſt à quelques intri
gues comme les noftres , qu'ils
doivent l'éclat de leur maiſon.
Jugez ſi la paix a eſté bien- tôc
faite entr'eux , ou pour mieux
dire , foyez ſeur qu'ils n'ont
paseſtéun moment broüillez
pour fi peu de chofe.
132 MERCURE
Je vous avoue pour moy
que rien ne me tient plus au
cooeur à ſon égard, que l'hor
rible dépenſe qu'elle m'a fait
faire ; tous les hommes ont
leur foible. Je ne me repens
jamais de la perte de ce que
je n'ai pas lieu de regret
ter ; mais dans cette occa
ſion je ſuis trop la dupe de
mes ſoins & de mon argent ,
pour n'en pas regretter la perte.
Ma foy , luy dis- je , ilme
paroît que tout ce que vous
pourriez faire pour le rattra
-per, feroit affez inutile , au
reſte prenez là-deſſus le parti
qu'il vous plaira , pour moy je
GALAND. 133
1
m'entiens où j'en ſuis avec ellc
, & je vous jure que de ce
pas , je vais chercher fortune
ailleurs plongén ala
21 Nous nous quittâmes fort
contents l'un de l'autre , & je
fus fur lechamp chez tout ce
que je pus trouver de mes amis
pour leur conter mon avanture
de la Commode , ſans leur
nommercependant la perſonnequi
m'avoit ſi bien accommodé.
Je me ſouvins dans la chaleur
des mouvements que je
me donnai pour regaler le
monde de ce trait admirable ,
# 34 MERCURE
quedes neufperſonnes quej'a
vois l'honneur d'aimer , avant
lagloricuſe preference que j'avois
donnée à ma derniere
Maîtreſſe, la jeune Lifetre étoit
celle qui me feroit le meilleur
accücil. Jemerendis chez elle
en fortantde la Comedie , j'en
fus reçû avec mille marques
d'une veritable tendreſſe , elle
me jura qu'elle avoit vû ma
defertion avec une douleur
mortelle , &qu'elle avoir enfin
une joye inexprimable de me
revoir. Plus ſenſible mille fois
que jene peut vous ledire à ſes
diſcours flatteurs , je me racGALANT.
د و
commodarſi bien avec elle,que
les circonstances de nôtre
broüilleric ajoûterent un ragoût
infini à nôtre raccommo.
dement. J'y retournai le len
demain , le jour ſuivant , & le
troifiéme jour encore ; mais
par malheur elle avoit un mari
jaloux dans les formes. Il ne
ſe plût point à me voir fi fouvent
dans ſa maiſon , il pria fa
chere moitié de m'écarter ſans
bruit , & luy fit entendre que
fifa priere n'avoit pas licu , il
prendroitdesmeſures qui mettroient
à ſa mode , fon honneur
en repos. La belle comp-
:
136 MERCURE
ta ces petites menaces pour
rien , & ne m'en fir pas ſeulement
la moindre confidence.
Cette referve penſa lay couter
bien cher ; mais en verité
il n'y a rien dont une femme
d'eſprit ne vienne parfaitementàbout.
Un certain jour dont j'ai
oublié la date , il y avoit environ
une heure que nous étions
enſemble , lorſqu'une fille de
Chambre vint nous avertir
que Monfieur alloit nous furprendre.
Suivez moi un peu de
loin me dit à l'inſtant ſon
épouſe , juſqu'à la porte de
mon
GALANT. 137
mon appartement & ne vous
mettez en peine de rien. Elle
prit auffitoft deux flambeaux
qui estoient ſur la cheminée
elle courut ſur l'eſcalier où elle
rencontra fon mary , à qui
elle dit d'un air effrayé ! ah
Monfieur , montez avec moy
là haut ,je viens de voir tour à
l'heure un grand Irlandois qui
ma demandé l'aumoſne d'unc
maniere qui m'épouvante encore
, je meurs de peur que ce
ne ſoit un voleur , & qu'il ne
foit caché dans la maiſon . Son
mary la ſuivit & monta avec
ellechercher le pretenduvo-
Juin 1715. M
# 38 MERCURE
leur , pendant que fa fille de
chambre me mit à la porte de
la rue , où je fus fort aiſe de
me voir arrivé à bon port.
Je ne me plais pas dans les
allarmes , j'aime les plaifirs
tranquilles ,&le tumulte des
paffions qui fait le bonheur
des autres eſt juſtement ce qui
m'en dégoute. Ainſi j'aban..
donnay encore unefoisLifetre,
& je retournay enfin à cette
redoutable Olympe qui m'as
voit fi maltraité le jour de
noſtre rupture. Elle eſtoir ſa
maiſtreffe , celle de fon mari ,
& fut encore la mienne , con
GALANT 139
tre mon intention. Voici de
quellemaniere je rentray dans
fes fers,not ມາ ໑໗ o 1 S
Y
Luy faiſant un jour une 11
fimple viſite de civilité , elle
mit la converſation ſur le cha
pitre de nos amours ,& aprés
avoir paffé en revenue les qualitez&
les noms de ceux & cel
les que nous avions aimé de
part& d'autre , elle me dit :
Ecoutezmoy,mon cher,nous
ne ferons jamais heureux en
amour tant que nous ferons
auffi inconftans que nous l'a
vons eſté; faiſons une fin, vous
aimez dans un fens , voſtre li
Mij
140 MERCURE
berté , tous les hommes l'aiment
comme vous ; mais libertin
pour hbertin , vous
eſtes celui de tous les hommes
que j'aime le mieux. Regardez
moy , & avoücz ( tous les
traits de vos Mantreffes comparez
aux miens ) que , Co
quette pour Coquette , je ſuis
de toutes les femmes, celle que
vous devez le mieux aimer.
supJe vous jure , Madame ,
que je ne pus pas m'empêcher
d'en convenir,&que la bonne
foi d'Olympe fit un effet fi
puiffant fur moi , que je l'aime
à la rage. Voila où nous en
GALANT 041
fommes. Si de recit ne vous a
pas ennuyé , j'en fuis bienaiſe.
Fermer
3455
p. 141-189
DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Début :
Ne me perdez pas de veuë, Madame, un de mes amis / IRIS. Hola, Mercure, hola je desesperois presque de ce [...]
Mots clefs :
Mercure, Dieux, Iris, Modernes, Poète, Poème, Aristote, Iliade, Diane, Jupiter, Vérité, Anciens, Junon, Mains, Esprit, Père, Règles, Divinité, Combat, Divin, Académicien, Saturne, Oreille, Achille, Héros, Homme, Invention , Homère, Poème épique, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Ne me perdez pas deveuë ,
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
Fermer
3456
p. 193-196
Errata au milieu du Livre, ou plustost Etourderie de l'Auteur reparée si bien que mal, par un Renvoy. [titre d'après la table]
Début :
En voicy la preuve. De fort honnestes gens me reprocherent [...]
Mots clefs :
Comédie, Anciens et Modernes, Fautes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Errata au milieu du Livre, ou plustost Etourderie de l'Auteur reparée si bien que mal, par un Renvoy. [titre d'après la table]
En voicy la preuve.
De fort honneſtes gens me
reprocherent il y a quelques
jours d'avoir promis au Public
un examen , ou au moins un
diſcours leger ſur toutes les
pieces de Theâtre qu'on repre
ſente à Paris ,& den'avoir pas
dit un mot de la Comedie du
Médiſant. Je convins de cette
faute avec eux ; mais en même
tems je leur avoüai franchement
, que je n'avois negligé
d'en parler , que parce que la
querelle des Anciens & des
Modernes s'emparoit tous les
mois de mon Livre.
Juin 1715 . R
1944 MERCURE
Apropos deComedie , j'ay
fait , & je ne ſçais comment ,
une omiffion dans la Lettre
que M. l'Abbé de Pons écrit à
M. Dufresny , & je crois ne
pouvoir mieux la reparer
qu'en vous priant de retourner .
àla page 105. &de lire aprés le
mot qui vous obſede ... je
fuis fort trompé , ſi vous n'avez
ungarant de ce triomphe ,
jerappelle l'impreſſion queme
fit il y a quelques mois la lecturede
vostre Procés de Famille.
C'eſt une piece de cinq Actes
fur laquelle je fonde de grandes
esperances.prot
GALANT. 195.
t
Je ne faiscomme vous voyez,
• Madame , nulle difficulté d'avoüer
mes fautes , & je vous
afleure que je n'en remarquer
ray pas uunnee ,, qquu''aauufſſfii - tolt je
n'eſſaye de m'en corriger , de
quelque date , & de quelque
confequence qu'elle puiſſe être.
En voicy par exemple encore
une nouvelle.
L'article du mois paſſé ſur
la mort ,& prétenduë Genealogie
de feu M. le Préſident
Larcher n'eſt point juſte , & il
y a quantité de fautes qui ſe
peuvent corriger fur la connoiſſance
que l'on a de la vraye
Rij
196 MERCURE
qui a eſté affez certifiée en
plufieurs endroits .
De fort honneſtes gens me
reprocherent il y a quelques
jours d'avoir promis au Public
un examen , ou au moins un
diſcours leger ſur toutes les
pieces de Theâtre qu'on repre
ſente à Paris ,& den'avoir pas
dit un mot de la Comedie du
Médiſant. Je convins de cette
faute avec eux ; mais en même
tems je leur avoüai franchement
, que je n'avois negligé
d'en parler , que parce que la
querelle des Anciens & des
Modernes s'emparoit tous les
mois de mon Livre.
Juin 1715 . R
1944 MERCURE
Apropos deComedie , j'ay
fait , & je ne ſçais comment ,
une omiffion dans la Lettre
que M. l'Abbé de Pons écrit à
M. Dufresny , & je crois ne
pouvoir mieux la reparer
qu'en vous priant de retourner .
àla page 105. &de lire aprés le
mot qui vous obſede ... je
fuis fort trompé , ſi vous n'avez
ungarant de ce triomphe ,
jerappelle l'impreſſion queme
fit il y a quelques mois la lecturede
vostre Procés de Famille.
C'eſt une piece de cinq Actes
fur laquelle je fonde de grandes
esperances.prot
GALANT. 195.
t
Je ne faiscomme vous voyez,
• Madame , nulle difficulté d'avoüer
mes fautes , & je vous
afleure que je n'en remarquer
ray pas uunnee ,, qquu''aauufſſfii - tolt je
n'eſſaye de m'en corriger , de
quelque date , & de quelque
confequence qu'elle puiſſe être.
En voicy par exemple encore
une nouvelle.
L'article du mois paſſé ſur
la mort ,& prétenduë Genealogie
de feu M. le Préſident
Larcher n'eſt point juſte , & il
y a quantité de fautes qui ſe
peuvent corriger fur la connoiſſance
que l'on a de la vraye
Rij
196 MERCURE
qui a eſté affez certifiée en
plufieurs endroits .
Fermer
3457
p. 196
« Vous pouvez si vous le jugez à propos, Madame, faire [...] »
Début :
Vous pouvez si vous le jugez à propos, Madame, faire [...]
Mots clefs :
Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous pouvez si vous le jugez à propos, Madame, faire [...] »
Vous pouvez ſi vous le jugez
à propos ,Madame , faire
une poſe en cet endroit, je
ne vous donne pas pour l'article
le plus amuſant du livre ,
celui -ci que je vous diſpenſede
lire; mais en revanche c'en eft
un des plus neceſſaires ; & c'eſt
en verité celui qui me donne le
plus de peine. En un mot c'eſt
l'article des Morts qui m'inquietent
ſouvent , malgré le
foinque je prends de leur rendre
les derniers honneurs
à propos ,Madame , faire
une poſe en cet endroit, je
ne vous donne pas pour l'article
le plus amuſant du livre ,
celui -ci que je vous diſpenſede
lire; mais en revanche c'en eft
un des plus neceſſaires ; & c'eſt
en verité celui qui me donne le
plus de peine. En un mot c'eſt
l'article des Morts qui m'inquietent
ſouvent , malgré le
foinque je prends de leur rendre
les derniers honneurs
Fermer
3458
p. 196-215
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Jean-Baptiste Roüillé, Comte de Meslay le Vidame, ancien [...]
Mots clefs :
Fils, Paris, Dame, Armées du roi, Parlement de Paris, Marquise , Veuve, Seigneur, Femme, Marquis, Conseiller
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Meffire Jean-Baptiste Roüil
4
GALANT. 197
1
lé , Comte de Meſlay le Vidame
, ancien Conſeiller au Parlement
de Paris , où il fut receu
le 28. Juillet 1679. mourut
en ſon Chaſteau de Meflay en
Beaucele... Mai , laiſſant un
fils unique fres-riche de fon
mariage avec fenë Dame Anne
1 Catherine de la Briffe morte
11 le 22 Février 1701. filled Armand
de la Be, Marquis de
| Ferrieres , Focureur General
au Parlement de Paris , & de
Marthe-Agnés Potier de Novion
ſa premiere femme. M.
de Meſlay eſtoit frere de feuë
Dame Marie- Anne Roüillé ,
Riij
198 MERCURE
femme de Meffire Charles-
Denis de Bullion , Marquis de
Gallardon , Prevoft de Paris ,
&Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche & Comté
de Laval, mourusle 29. Sep.
tembre 1714 lamant entre
autres enfans M. le Marquis de
Fervacques , Madame la Ducheſſe
d'Uzés , & Madame la
Princefle de Tatmond, deDa
meMarguerite ThereseRoüillé
, femme de Meflire Jean-
Baptifte François ,Marquis de
Noailles , puis de feu Meffire
Jan Armand du Pleflis deWignerot,
Duc de Richelieu,Pair
CALANT. 199
1
de France , Chevalier des Ordres
du Roy ,& mere de Madame
la Ducheffe de Fronfac
d'à preſent , & de Dame Elifabeth
Roüillé , femme de Meffire
Etienne JeanBouchu,Mar--
quis de Leſſart, Conſeiller d'EdeMadame
laComi
tat , mere
teffe de Teflé , Grande d'Eſpagne
, belle fille de M. leMarêchal
de Teffé. Il eſtoit fils de
feuMeſſire JeanRoüillé,Comte
deMeſlay le Vidame , Confeiller
d'Etat ordinaire mort
en 1698. & de Dame Marie
de Comans d'Aftrie ſa veuve.
Il eſt peu de familles à Paris
Riny
LYON
*1893 *
E
200 MERCURE
plus étenduës & auffi bien alliées
que celle de Roüillé le
fieur Roüillé de la Grandcour
là preſent vivant ſans Charge
&fansêtremarié en eſt lechef,
&il a pour cadets M. Roüillé
de Meſlay, fils de celui qui a
donné lieu à cet article, M.
Roüillédu Coudray ,Confeiller
d'Etat ordinaire , & ci- devant
Directeur general des Finances
, & M. Roüillé de Marbeuf,
Préſident augrand.Conſeil,
fils de feu M. Roüillé de
Marbeuf , Ambaſſadeur Extraordinaire
en Portugal.
DameGabrielledeGaribal,
GALANT. 201
veuve de Meſſire Gabriël Niscolas
, Seigneur de la Reynie ,
du Trelaye&de Vicen Limoafin,
ancien Lieutenantgenetal
de Police à Paris , mort Doïen.
des Conſeillers d'Etat le 14.
Mai 17093 mourutle . Mai
&fut/enterrée auprés de fon
| -mari dans leCimetiere de ſaint
Joſeph dépendant de la Paroiffe
S. Eustache ,ſans aucune
ceremonic , comme elle l'avoit
ordonné. Elle a laiſſe entre autres
enfans Dame Gabrielle
Nicolasde la Reynic,mariée en
1700. avec Jean Loüis Habert
202 MERCURE
deMontmort, Maiſtredes Re
queſtes ordinaire de l'Hoſtel
du Roi , & Intendant des Galeres
à Marseille. Elle étoit fille
'de Jean de Garibal , Baron de
S. Sulpice, Maiſtre des Requê.
tes,& Préſident au grandConfeil
, &de Jeanne Berthier de
Montrave. La Famille de Garibal
étoit autrefois confiderable
dans Toulouſe , & elle eft
à preſent éteinte ; pour celle
deNicolas elle est originaire de
Limoges.
Meſſire Antoine de Montlezun,
Baron deBuſca, Lieute-
J
GALANT . 203
nant General des Armées du
Roy , & Gouverneur d'Aiguemortes
, mourut le 27 .
May , aprés plus de 70. années
de ſervice : il eſtoit fils de François
de Montlezun , Baron de
Busca en Condomois & de
Liances en Boulonois , & de
Marie de Tuſtal: il avoit époufé
Marie Magdelaine Hamar
femme de chambre de S. A. R.
Madame,& fille de Jean Hamar
Gentilhomme ordinaire
de Monfieur le Duc d'Orleans
& Marie Bourde premiere
Nourrice de Monfieur , &
204 MERCURE
premiereFemme deChambre
de Madame , & il en laiſſe entre
autres enfans M. l'Abbé
de Buſca Abbé de Longuilliers
: Meffieursde Bufca font
enpoſſeſſion depuis un temps
affez confiderable, deporter le
nom& les armes de laMaiſon
de Montlezun , l'une des plus
puiſſantes de la Guyenne , &
fortie ſelon le témoignage de
pluſieurs bons Auteurs, des
anciens Rois de Navarre. 10
M Jean Faure Baron de
Dampmart & de Brumieres ,
Conſeiller au Parlement de PaGALANT.
205
S
ris , où il avoit été reçû le 20.
Juin 1685. mourut le 1. Juin ; il
avoit épousé Françoiſe de la
Dehors d'une ancienne famille
de Paris, & il étoit fils de Loüis
Faure Baron de Dampmart &
de Brumieres auſſi Conſeiller
auParlement mort en 168 5.&
de Maric Heiffin,&petit fils de
Jean Faure Sicur deBrumieres,
chaufecire de laChancellerie
de France,& de Peronne Targer.
shahang
Dame Anne Voillaud ,Damede
Meaucede Barge&& des
Granges, Veuve deM. Jean206
MERCURE
Baptiste de Merigot , Cheval
lier des Ordres Royaux &Militaires
de Nôtre Dame de
Mont Carmel & de Saint Lazare
mourut le 3. Meſſicurs
de Merigot établis dans la
Marche & dans le Bourbonnois
font d'une Nobleſſe diftingués.
All this toob
DameAnne Neyret de laRavoye
, femme de Meſſire Loüis
duPleſſis - Chaſtillon Marquis,
dudit lieu & de Nonant , Colonel
auRegiment deProvence
& Brigadier des Armées du
Roi , mourut le s. agée de21 .
GALANT. 207.
ans , laiſſant un fils unique :
elle a eſté generalement regret.
tée , & fur tout de Madame la
Marquiſe de Nonant ſa belle
mere quia donné hautement
degrandes éloges aux diſpoſitions
qu'elle avoit faites par fon
- Teſtament en faveur de fes
domeſtiques ;quoiqu'il n'y cut
que trois ans qu'ils étoient à
ſon ſervice. Elle estoit ſoeur de
Madamela Marquiſe de Lanmary
, femme du Marquis de
- ce nom , Grand Echançon de
France , & de Mademoiſelle
de la Ravoye mariée depuis
peu avec M'le Coigneux de
208 MERCURE
ai-
Belarbre Colonel d'un Regiment
de fon nom . La Mai
fon du Pleſſis Chaſtillonde laquelle
fort M' le Marquis du
Pleſſis Chaſtillon eſt originairedu
Mans, oùeſt ſituée la terre
de ce nom , & elle eſt du
nombre de celles qui ſans être
decoréed'aucunegrande charge
ne laiſſent pas par leur ancienneté
& leurs alliances d'ê .
tres miſes dans un rang confiderable.
Madame la Marquiſe de
Nonant ſa Mere eſt de la famille
de Fradet une des plus riches
&d spremieres delaVil-
2
Ic
GALANT. 209
1
コ
i
1
le de Bourgesen Berry , &par
le mariage que Jean Fradet ſon
pere Seigneur de S. Aouft Lieutenant
General de l'Artilleric
de France , cut l'honneur de
contracter avec Jeanne Maric
de S. Gelais , dite de Luzignan,
de l'ancienne Maiſonde S. Ge
lais en Poitou , elle a l'honneur
de même que Monfieur
fon fils d'être alliée à tout
Ice qu'il y a de grand &de plus
bbrriillllaanntt àlaCour.
Dame Deniſe Renée de la
Croix Veuve de Meffire Arnous
Marin , Seigneur de la
Chafteigneraye premier Prefi
Juin 1715. S
210 MERCURE
dent au Parlement de Provence
mort le 20. Avril 1699 .
mourut le 15. clle étoir fille de
Pierre de la Croix , Secretaire
du Roy & Receveur General
desFinances à Paris & de Jeanne
Guyon. Feu M². Marin fon
fon mary , avoit épousé en
premieres nocesDame.
de Fourbin , fille de Meſſire
•
Henry de Maynier de Fourbin
Baron d'Oppede , Premier
PrefidentaauuPPaarrlleemmeennttde Provence
& de Dame Marie
Thereſe de Pontevez ; & il en
avoir eu entre autres enfans le
د
S'.Matinde laChafteigneraye,
•
GALANT. 211
L
à preſent ſous Brigadier de la
premiere Compagnie des
Mouſquetaires & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Loüis : il eſtoit fils de Denis
Marin St. de laChateigneraye
de Moulleron& d'Antigni , Intendant
des Finances & Confeiller
d'Etat ordinaire , mort
en 1678. il étoit natifd'Auxonne
en Bourgogne , & le
premierde ſa famille.
Meffire François de NefmondEvêque
de Bayeux, Ab
bédeS Pierre deChezy ,Prieur
rut le
de la Voute & de Rully , moude
ce mois , il avoir
Sij
212 MERCURE
eſté nommé à cet Evêché dés
l'an 1661. & eſtoit frere de
feu Guillaume de Neſmond
Seigneur de S. Dizan Preſident
àMortier au Parlementde Paris
, mort ſans enfans de Marguerite
de Beauharnois , &de
Henry de Neſmond Seigneur
de S. Dizan Maiſtre des Requeſtes
mort auſſi ſans enfans
de Catherine Boucherat ſa
femme , fille de Loüis Boucherat
mort Chancelier de
France. Ils eſtoient tous trois
fils de François Theodore de
Neſmond Seigneur de S. Di
zan Preſident à Mortier au
GALANT . 213
Parlement de Paris , & d'Anlement
d
ne de Lamoignon , petits fils
d'AndrédeNefmondSeigneur
deS. Dizan premier Preſident
au Parlement de Bordeaux ,&
arriere petit fils de François
de Neſmond pourvû d'un
Office de Prefident à Mortier
au Parlement de Bordeaux le
27. Aouſt 1572. roceolhoo
Feu M. l'Evêque de Bayeux
étoit oncle à la mode de Bre
ragne ,de Dame Marie Loüife
Catherine de Neſmond veuve
depuis peu de Meffire Louis
François d'Harcourt Comte
deSezanne, LieutenantGene**
4 MERCURE
ral des Armées du Roy &
Chevalier de la Toiſon d'or
frere puiſné de Mole Maréchal
Ducd'Harcourt, fille d'André
deNeſmond , fi connu fous
le nom du Marquis de Nefmond
Lieutenant General des
Armées Navalles , & Com.
mandeur de l'Ordre Militaire
de S. Louis.
La Famille de Neſmond
eſt originairede la Ville d'An
gouleſme , où elle ſubſiſte encore
dans les Seigneurs des
Etangs , de la Paignerie , & de
Brie-Neſmond , & outre les
alliances qu'elle a faites à Paris
1
GALANT. 215
$
S$
avec les familles de Lamoi
gnon &deBoucherat , elle en
a priſes dans l'Angoumois
avec les Maiſons de Rochechouart
de Voluire , de Lambertre
, de Chaſtaigner , &
dans celles de Montalambert,
de Caumont , Dadou , de la
Chetardie , & de Beaumont
Gibaut , &c.
4
GALANT. 197
1
lé , Comte de Meſlay le Vidame
, ancien Conſeiller au Parlement
de Paris , où il fut receu
le 28. Juillet 1679. mourut
en ſon Chaſteau de Meflay en
Beaucele... Mai , laiſſant un
fils unique fres-riche de fon
mariage avec fenë Dame Anne
1 Catherine de la Briffe morte
11 le 22 Février 1701. filled Armand
de la Be, Marquis de
| Ferrieres , Focureur General
au Parlement de Paris , & de
Marthe-Agnés Potier de Novion
ſa premiere femme. M.
de Meſlay eſtoit frere de feuë
Dame Marie- Anne Roüillé ,
Riij
198 MERCURE
femme de Meffire Charles-
Denis de Bullion , Marquis de
Gallardon , Prevoft de Paris ,
&Gouverneur des Provinces
du Maine , Perche & Comté
de Laval, mourusle 29. Sep.
tembre 1714 lamant entre
autres enfans M. le Marquis de
Fervacques , Madame la Ducheſſe
d'Uzés , & Madame la
Princefle de Tatmond, deDa
meMarguerite ThereseRoüillé
, femme de Meflire Jean-
Baptifte François ,Marquis de
Noailles , puis de feu Meffire
Jan Armand du Pleflis deWignerot,
Duc de Richelieu,Pair
CALANT. 199
1
de France , Chevalier des Ordres
du Roy ,& mere de Madame
la Ducheffe de Fronfac
d'à preſent , & de Dame Elifabeth
Roüillé , femme de Meffire
Etienne JeanBouchu,Mar--
quis de Leſſart, Conſeiller d'EdeMadame
laComi
tat , mere
teffe de Teflé , Grande d'Eſpagne
, belle fille de M. leMarêchal
de Teffé. Il eſtoit fils de
feuMeſſire JeanRoüillé,Comte
deMeſlay le Vidame , Confeiller
d'Etat ordinaire mort
en 1698. & de Dame Marie
de Comans d'Aftrie ſa veuve.
Il eſt peu de familles à Paris
Riny
LYON
*1893 *
E
200 MERCURE
plus étenduës & auffi bien alliées
que celle de Roüillé le
fieur Roüillé de la Grandcour
là preſent vivant ſans Charge
&fansêtremarié en eſt lechef,
&il a pour cadets M. Roüillé
de Meſlay, fils de celui qui a
donné lieu à cet article, M.
Roüillédu Coudray ,Confeiller
d'Etat ordinaire , & ci- devant
Directeur general des Finances
, & M. Roüillé de Marbeuf,
Préſident augrand.Conſeil,
fils de feu M. Roüillé de
Marbeuf , Ambaſſadeur Extraordinaire
en Portugal.
DameGabrielledeGaribal,
GALANT. 201
veuve de Meſſire Gabriël Niscolas
, Seigneur de la Reynie ,
du Trelaye&de Vicen Limoafin,
ancien Lieutenantgenetal
de Police à Paris , mort Doïen.
des Conſeillers d'Etat le 14.
Mai 17093 mourutle . Mai
&fut/enterrée auprés de fon
| -mari dans leCimetiere de ſaint
Joſeph dépendant de la Paroiffe
S. Eustache ,ſans aucune
ceremonic , comme elle l'avoit
ordonné. Elle a laiſſe entre autres
enfans Dame Gabrielle
Nicolasde la Reynic,mariée en
1700. avec Jean Loüis Habert
202 MERCURE
deMontmort, Maiſtredes Re
queſtes ordinaire de l'Hoſtel
du Roi , & Intendant des Galeres
à Marseille. Elle étoit fille
'de Jean de Garibal , Baron de
S. Sulpice, Maiſtre des Requê.
tes,& Préſident au grandConfeil
, &de Jeanne Berthier de
Montrave. La Famille de Garibal
étoit autrefois confiderable
dans Toulouſe , & elle eft
à preſent éteinte ; pour celle
deNicolas elle est originaire de
Limoges.
Meſſire Antoine de Montlezun,
Baron deBuſca, Lieute-
J
GALANT . 203
nant General des Armées du
Roy , & Gouverneur d'Aiguemortes
, mourut le 27 .
May , aprés plus de 70. années
de ſervice : il eſtoit fils de François
de Montlezun , Baron de
Busca en Condomois & de
Liances en Boulonois , & de
Marie de Tuſtal: il avoit époufé
Marie Magdelaine Hamar
femme de chambre de S. A. R.
Madame,& fille de Jean Hamar
Gentilhomme ordinaire
de Monfieur le Duc d'Orleans
& Marie Bourde premiere
Nourrice de Monfieur , &
204 MERCURE
premiereFemme deChambre
de Madame , & il en laiſſe entre
autres enfans M. l'Abbé
de Buſca Abbé de Longuilliers
: Meffieursde Bufca font
enpoſſeſſion depuis un temps
affez confiderable, deporter le
nom& les armes de laMaiſon
de Montlezun , l'une des plus
puiſſantes de la Guyenne , &
fortie ſelon le témoignage de
pluſieurs bons Auteurs, des
anciens Rois de Navarre. 10
M Jean Faure Baron de
Dampmart & de Brumieres ,
Conſeiller au Parlement de PaGALANT.
205
S
ris , où il avoit été reçû le 20.
Juin 1685. mourut le 1. Juin ; il
avoit épousé Françoiſe de la
Dehors d'une ancienne famille
de Paris, & il étoit fils de Loüis
Faure Baron de Dampmart &
de Brumieres auſſi Conſeiller
auParlement mort en 168 5.&
de Maric Heiffin,&petit fils de
Jean Faure Sicur deBrumieres,
chaufecire de laChancellerie
de France,& de Peronne Targer.
shahang
Dame Anne Voillaud ,Damede
Meaucede Barge&& des
Granges, Veuve deM. Jean206
MERCURE
Baptiste de Merigot , Cheval
lier des Ordres Royaux &Militaires
de Nôtre Dame de
Mont Carmel & de Saint Lazare
mourut le 3. Meſſicurs
de Merigot établis dans la
Marche & dans le Bourbonnois
font d'une Nobleſſe diftingués.
All this toob
DameAnne Neyret de laRavoye
, femme de Meſſire Loüis
duPleſſis - Chaſtillon Marquis,
dudit lieu & de Nonant , Colonel
auRegiment deProvence
& Brigadier des Armées du
Roi , mourut le s. agée de21 .
GALANT. 207.
ans , laiſſant un fils unique :
elle a eſté generalement regret.
tée , & fur tout de Madame la
Marquiſe de Nonant ſa belle
mere quia donné hautement
degrandes éloges aux diſpoſitions
qu'elle avoit faites par fon
- Teſtament en faveur de fes
domeſtiques ;quoiqu'il n'y cut
que trois ans qu'ils étoient à
ſon ſervice. Elle estoit ſoeur de
Madamela Marquiſe de Lanmary
, femme du Marquis de
- ce nom , Grand Echançon de
France , & de Mademoiſelle
de la Ravoye mariée depuis
peu avec M'le Coigneux de
208 MERCURE
ai-
Belarbre Colonel d'un Regiment
de fon nom . La Mai
fon du Pleſſis Chaſtillonde laquelle
fort M' le Marquis du
Pleſſis Chaſtillon eſt originairedu
Mans, oùeſt ſituée la terre
de ce nom , & elle eſt du
nombre de celles qui ſans être
decoréed'aucunegrande charge
ne laiſſent pas par leur ancienneté
& leurs alliances d'ê .
tres miſes dans un rang confiderable.
Madame la Marquiſe de
Nonant ſa Mere eſt de la famille
de Fradet une des plus riches
&d spremieres delaVil-
2
Ic
GALANT. 209
1
コ
i
1
le de Bourgesen Berry , &par
le mariage que Jean Fradet ſon
pere Seigneur de S. Aouft Lieutenant
General de l'Artilleric
de France , cut l'honneur de
contracter avec Jeanne Maric
de S. Gelais , dite de Luzignan,
de l'ancienne Maiſonde S. Ge
lais en Poitou , elle a l'honneur
de même que Monfieur
fon fils d'être alliée à tout
Ice qu'il y a de grand &de plus
bbrriillllaanntt àlaCour.
Dame Deniſe Renée de la
Croix Veuve de Meffire Arnous
Marin , Seigneur de la
Chafteigneraye premier Prefi
Juin 1715. S
210 MERCURE
dent au Parlement de Provence
mort le 20. Avril 1699 .
mourut le 15. clle étoir fille de
Pierre de la Croix , Secretaire
du Roy & Receveur General
desFinances à Paris & de Jeanne
Guyon. Feu M². Marin fon
fon mary , avoit épousé en
premieres nocesDame.
de Fourbin , fille de Meſſire
•
Henry de Maynier de Fourbin
Baron d'Oppede , Premier
PrefidentaauuPPaarrlleemmeennttde Provence
& de Dame Marie
Thereſe de Pontevez ; & il en
avoir eu entre autres enfans le
د
S'.Matinde laChafteigneraye,
•
GALANT. 211
L
à preſent ſous Brigadier de la
premiere Compagnie des
Mouſquetaires & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Loüis : il eſtoit fils de Denis
Marin St. de laChateigneraye
de Moulleron& d'Antigni , Intendant
des Finances & Confeiller
d'Etat ordinaire , mort
en 1678. il étoit natifd'Auxonne
en Bourgogne , & le
premierde ſa famille.
Meffire François de NefmondEvêque
de Bayeux, Ab
bédeS Pierre deChezy ,Prieur
rut le
de la Voute & de Rully , moude
ce mois , il avoir
Sij
212 MERCURE
eſté nommé à cet Evêché dés
l'an 1661. & eſtoit frere de
feu Guillaume de Neſmond
Seigneur de S. Dizan Preſident
àMortier au Parlementde Paris
, mort ſans enfans de Marguerite
de Beauharnois , &de
Henry de Neſmond Seigneur
de S. Dizan Maiſtre des Requeſtes
mort auſſi ſans enfans
de Catherine Boucherat ſa
femme , fille de Loüis Boucherat
mort Chancelier de
France. Ils eſtoient tous trois
fils de François Theodore de
Neſmond Seigneur de S. Di
zan Preſident à Mortier au
GALANT . 213
Parlement de Paris , & d'Anlement
d
ne de Lamoignon , petits fils
d'AndrédeNefmondSeigneur
deS. Dizan premier Preſident
au Parlement de Bordeaux ,&
arriere petit fils de François
de Neſmond pourvû d'un
Office de Prefident à Mortier
au Parlement de Bordeaux le
27. Aouſt 1572. roceolhoo
Feu M. l'Evêque de Bayeux
étoit oncle à la mode de Bre
ragne ,de Dame Marie Loüife
Catherine de Neſmond veuve
depuis peu de Meffire Louis
François d'Harcourt Comte
deSezanne, LieutenantGene**
4 MERCURE
ral des Armées du Roy &
Chevalier de la Toiſon d'or
frere puiſné de Mole Maréchal
Ducd'Harcourt, fille d'André
deNeſmond , fi connu fous
le nom du Marquis de Nefmond
Lieutenant General des
Armées Navalles , & Com.
mandeur de l'Ordre Militaire
de S. Louis.
La Famille de Neſmond
eſt originairede la Ville d'An
gouleſme , où elle ſubſiſte encore
dans les Seigneurs des
Etangs , de la Paignerie , & de
Brie-Neſmond , & outre les
alliances qu'elle a faites à Paris
1
GALANT. 215
$
S$
avec les familles de Lamoi
gnon &deBoucherat , elle en
a priſes dans l'Angoumois
avec les Maiſons de Rochechouart
de Voluire , de Lambertre
, de Chaſtaigner , &
dans celles de Montalambert,
de Caumont , Dadou , de la
Chetardie , & de Beaumont
Gibaut , &c.
Fermer
3459
p. 215-217
« Je vous avouë, Madame, que je regarde tous les mois [...] »
Début :
Je vous avouë, Madame, que je regarde tous les mois [...]
Mots clefs :
Articles généalogiques, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous avouë, Madame, que je regarde tous les mois [...] »
Je vous avoue , Madame ,
que je regarde tous les mois
ces articles genealogiques ,
comme une vraye corvée ,
parce que ſans vanité , je ſuis
en cegenre , comme en bien
d'autres , un parfait ignorant,
216 MERCURE
Je n'épargne pourtant rien
pour me mettre au fait de ces
matieres ; mais en bonne foi
on me déconcerte toutes les
fois qu'on me dit que trente
ans d'étude aſſiduë , ne font
ſouvent qu'un mediocre Genealogiſte.
C'eſt à la veritéune
belle ſcience, que cellede con
noître tout le monde ; mais a
ce prix j'y renonce ,& fi le fondateur
du Mercure galant n'avoit
pas fait dece chapitre , un
chapitre d'obligation , je me
fouviendrois rarement des
morts & des mariez. Neanmoins
je me sçaurois fort mauvais
GALANT. 217
1
vais gré ce mois ci, ſi j'oubliois
devous dire , que
que je regarde tous les mois
ces articles genealogiques ,
comme une vraye corvée ,
parce que ſans vanité , je ſuis
en cegenre , comme en bien
d'autres , un parfait ignorant,
216 MERCURE
Je n'épargne pourtant rien
pour me mettre au fait de ces
matieres ; mais en bonne foi
on me déconcerte toutes les
fois qu'on me dit que trente
ans d'étude aſſiduë , ne font
ſouvent qu'un mediocre Genealogiſte.
C'eſt à la veritéune
belle ſcience, que cellede con
noître tout le monde ; mais a
ce prix j'y renonce ,& fi le fondateur
du Mercure galant n'avoit
pas fait dece chapitre , un
chapitre d'obligation , je me
fouviendrois rarement des
morts & des mariez. Neanmoins
je me sçaurois fort mauvais
GALANT. 217
1
vais gré ce mois ci, ſi j'oubliois
devous dire , que
Fermer
3460
p. 217-224
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
Messire Loüis Alexandre de Crussol, Comte de Montsalez a épousé [...]
Mots clefs :
Marquis, Roi, Chevalier, Dame, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
Meffire Loüis Alexandrede
Cruflol , Comte de Montſalez
a époufé Damoiſelle N.
de Gouvernet , de la Maiſon
de la Tour de Dauphiné. L'époux
eft fils d'Emmanuel de
Cruffol , Marquis de Montſalez
& de Magdelaine de Fouquet
, fille de feu M. Fouquet ,
Sur Intendant des Finances ,&
de N..... Caſtille , petit- fils
d'Alexandre de Crufſol , & de
N.... Deſcars Merville , arriere
petit fils d'Emmanuël de
Cruſſol Duc d'Uzés , Premier
Juin 1715 . T
218 ) MERCURE
Pair de France , & de Claude
Hebrard de S. Sulpice, Jay
parlé de cette Maiſon le mois
paffé , au ſujet du mariage de
M. le Marquisde S. Sulpice. Il
y a déja cu neuf Ducs & Pairs
du nom de Cruffol . Les Ducs
d'Uzés ont l'avantage de marcher
les premiers dans toutes
les ceremonies aprés lesPrinces
du Sang. LaDemoiselle ett fille
Ide,Nubala Tour du Pin ,
Marquis deGouvernet enDauphine
, & de Senevions en
Quercy; & de N. la Roche-
Jart qui a l'honneur d'appartenit
à Madame de Maintenon .
T
GALANT. 219
(
La Maiſon de la Tour eſt une
des plus anciennes & des plus
illuftres duRoyaume. Le mariage
s'eft fait au Château de
Senevions , qui eſt un ancien
Marquiſat prés du Marquiſat
de Montſalez , Dioceſende
-Cahors gearevelano risub
M. le Marquis d'Heudicourt,
Meſtre de Camp d'un
Regiment deCavalerie ,&Bri-
⚫gadier des Armées du Roy, fils
de Michel Sublet , Marquis
d'Heudicourt,MeſtredeCamp
d'un Regiment deCavaleric ,
&grand Louvetier de France ,
&de Bonne de Pons ,de l'illuf-
Tij
220 MERCURE
le
tre Maiſon de Pons , a épousé
May ..... de Hautefort
, Damoiſelle de Surville,
fille de Meffire Loüis Charles
de Hautefort, Marquis deSurville
, Lieutenant general des
Armées du Roy , & de Dame
Anne Loüife de Crevant d'Hu.
mieres , fille puînée de Loüis de
Crevant , Duc d'Humieres ,
Marechal & grand Maître de
l'Artillerie de France , Capitaine
des CentGentilshommes
de la Maiſon du Roy , Chevalier
de ſes Ordres , Lieutenant
general pour S. M. de la Province
de Flandres ; &de Dame
d
GALANT. 221
1
Loüiſe Antoinette de la Chatre.
La Maiſon de Hautefort
dont eſt la nouvelle mariée,eft
unç des plus anciennes du
Royaume. Elle prend ſonnom
de la Terre de Hautefort en
Perigord , & elle s'eſt de tour
tems alliée aux plus grandes
Maiſons , comme Comborn ,
la Tour d'Auvergne , Chabannes,
Bonneval, Eſcars , Aubuſſon,
du Bellay, Schomberg,
Choiſeul , Pompadour , Laval,
Crevant , S. Notaire , &c.
Pour la famille de Sublet dont
A
eſt Male Marquis d'Heudicourt
, elle eſt originaire de la
Tiij
MERCURE
Ville de Blois , & elle s'eſt alliée
aux Maiſons dePons,de
Roncherolles, deLenoncourt,
de Beauverger Montgon ,&
aux familles deBochartCham
pigny , le Picart de Perigny ,
Horault de S. Dans leBret
deFlacourry& wo& sh mang
isMemné ob wirede Beryg
Chevalier Seigneur d'Effer
teaux, fils de Mare Philippes
de Bery , Chevalier Seigneur
d'Efforteaux , & Magdelaine
Ancelin, fille d'Eſtienne Anco
lin , & de Perrette da Four,
nourrice des Enfansde France,
avépousé lode abDemoiselle
GALANDO 2.2.3
1
-It froes Moret de Bournon
ville, fille de Louis Morer
Seigneur de Bournonville,cy
devant Colonel du Colonel
General des Dragrons de France,
& deCatherine Durer, petite
fille de Lotüis Moret , Seit
gneur de Bournonville , Fer
mier General , & de Magdelaine
Berbier du Metz , arriere
petite fille de Nicolas Moret
Secretaite du Roy , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire de Sa Ma
jeſté, mort le 6. Aouſt 1646.
& niece de feuë Dame Anne
Thereſe Moret ,femme deMr
le Comte de Chaſtillon , cy
Tiiij
224 MERCURE
devant premier Gentil homme
de la Chambre de S. A. R. M.
Ic.Dus d'Orleansongge,amab
Le nouveau marié eft frere
de Marie Thereſe demBery
d'Efferteaux , femme de Me
Chopin, Chevalier duGuet de
In Ville de Paris , & la famille
dont il eſt forti , eſt originai
re de Picardie , où elle est cons
nuë depuis plus de 200. ans,
qu'elle y poſſede la Terred'El
ferteaux , & elle s'eſt alliée aux
Maiſons de Saveuſe deBroülly,
&c.
Cruflol , Comte de Montſalez
a époufé Damoiſelle N.
de Gouvernet , de la Maiſon
de la Tour de Dauphiné. L'époux
eft fils d'Emmanuel de
Cruffol , Marquis de Montſalez
& de Magdelaine de Fouquet
, fille de feu M. Fouquet ,
Sur Intendant des Finances ,&
de N..... Caſtille , petit- fils
d'Alexandre de Crufſol , & de
N.... Deſcars Merville , arriere
petit fils d'Emmanuël de
Cruſſol Duc d'Uzés , Premier
Juin 1715 . T
218 ) MERCURE
Pair de France , & de Claude
Hebrard de S. Sulpice, Jay
parlé de cette Maiſon le mois
paffé , au ſujet du mariage de
M. le Marquisde S. Sulpice. Il
y a déja cu neuf Ducs & Pairs
du nom de Cruffol . Les Ducs
d'Uzés ont l'avantage de marcher
les premiers dans toutes
les ceremonies aprés lesPrinces
du Sang. LaDemoiselle ett fille
Ide,Nubala Tour du Pin ,
Marquis deGouvernet enDauphine
, & de Senevions en
Quercy; & de N. la Roche-
Jart qui a l'honneur d'appartenit
à Madame de Maintenon .
T
GALANT. 219
(
La Maiſon de la Tour eſt une
des plus anciennes & des plus
illuftres duRoyaume. Le mariage
s'eft fait au Château de
Senevions , qui eſt un ancien
Marquiſat prés du Marquiſat
de Montſalez , Dioceſende
-Cahors gearevelano risub
M. le Marquis d'Heudicourt,
Meſtre de Camp d'un
Regiment deCavalerie ,&Bri-
⚫gadier des Armées du Roy, fils
de Michel Sublet , Marquis
d'Heudicourt,MeſtredeCamp
d'un Regiment deCavaleric ,
&grand Louvetier de France ,
&de Bonne de Pons ,de l'illuf-
Tij
220 MERCURE
le
tre Maiſon de Pons , a épousé
May ..... de Hautefort
, Damoiſelle de Surville,
fille de Meffire Loüis Charles
de Hautefort, Marquis deSurville
, Lieutenant general des
Armées du Roy , & de Dame
Anne Loüife de Crevant d'Hu.
mieres , fille puînée de Loüis de
Crevant , Duc d'Humieres ,
Marechal & grand Maître de
l'Artillerie de France , Capitaine
des CentGentilshommes
de la Maiſon du Roy , Chevalier
de ſes Ordres , Lieutenant
general pour S. M. de la Province
de Flandres ; &de Dame
d
GALANT. 221
1
Loüiſe Antoinette de la Chatre.
La Maiſon de Hautefort
dont eſt la nouvelle mariée,eft
unç des plus anciennes du
Royaume. Elle prend ſonnom
de la Terre de Hautefort en
Perigord , & elle s'eſt de tour
tems alliée aux plus grandes
Maiſons , comme Comborn ,
la Tour d'Auvergne , Chabannes,
Bonneval, Eſcars , Aubuſſon,
du Bellay, Schomberg,
Choiſeul , Pompadour , Laval,
Crevant , S. Notaire , &c.
Pour la famille de Sublet dont
A
eſt Male Marquis d'Heudicourt
, elle eſt originaire de la
Tiij
MERCURE
Ville de Blois , & elle s'eſt alliée
aux Maiſons dePons,de
Roncherolles, deLenoncourt,
de Beauverger Montgon ,&
aux familles deBochartCham
pigny , le Picart de Perigny ,
Horault de S. Dans leBret
deFlacourry& wo& sh mang
isMemné ob wirede Beryg
Chevalier Seigneur d'Effer
teaux, fils de Mare Philippes
de Bery , Chevalier Seigneur
d'Efforteaux , & Magdelaine
Ancelin, fille d'Eſtienne Anco
lin , & de Perrette da Four,
nourrice des Enfansde France,
avépousé lode abDemoiselle
GALANDO 2.2.3
1
-It froes Moret de Bournon
ville, fille de Louis Morer
Seigneur de Bournonville,cy
devant Colonel du Colonel
General des Dragrons de France,
& deCatherine Durer, petite
fille de Lotüis Moret , Seit
gneur de Bournonville , Fer
mier General , & de Magdelaine
Berbier du Metz , arriere
petite fille de Nicolas Moret
Secretaite du Roy , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire de Sa Ma
jeſté, mort le 6. Aouſt 1646.
& niece de feuë Dame Anne
Thereſe Moret ,femme deMr
le Comte de Chaſtillon , cy
Tiiij
224 MERCURE
devant premier Gentil homme
de la Chambre de S. A. R. M.
Ic.Dus d'Orleansongge,amab
Le nouveau marié eft frere
de Marie Thereſe demBery
d'Efferteaux , femme de Me
Chopin, Chevalier duGuet de
In Ville de Paris , & la famille
dont il eſt forti , eſt originai
re de Picardie , où elle est cons
nuë depuis plus de 200. ans,
qu'elle y poſſede la Terred'El
ferteaux , & elle s'eſt alliée aux
Maiſons de Saveuſe deBroülly,
&c.
Fermer
3461
p. 224-225
« Cet article nous remet insensiblement sur la voye des affaires [...] »
Début :
Cet article nous remet insensiblement sur la voye des affaires [...]
Mots clefs :
Affaires du monde, Europe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cet article nous remet insensiblement sur la voye des affaires [...] »
Cet article nous remer inGALANT
is
fenſiblement fur la voye des
affaires du monde , ainfi Ma
dame , approuvez que je
dame, approuve
en entretienne encore,&que
je vous faſſe voyager , Mans
oraintede vous fatiguer , d'une
extremité del'Europe àl'autre.
Commençons s'il vous plaift
par la Suede , où le ſpectacle
d'une brillante Fête , va d'a
bord s'offrir à vos yeuxb
is
fenſiblement fur la voye des
affaires du monde , ainfi Ma
dame , approuvez que je
dame, approuve
en entretienne encore,&que
je vous faſſe voyager , Mans
oraintede vous fatiguer , d'une
extremité del'Europe àl'autre.
Commençons s'il vous plaift
par la Suede , où le ſpectacle
d'une brillante Fête , va d'a
bord s'offrir à vos yeuxb
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3462
p. 228-238
RELATION de la Ceremonie du Mariage de la Princesse hereditaire de Suede Ulrique Eleonore, avec Frederick Prince hereditaire de Hesse-Cassel.
Début :
Cette Ceremonie devoit se faire le Dimanche 31. Mars mais [...]
Mots clefs :
Cérémonie de mariage, Mariage, Princesse héréditaire de Suède, Ulrique-Éléonore, Frédéric de Hesse-Cassel, Prince héréditaire de Hesse-Cassel, Suède, Prince, Princesse
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Ceremonie du Mariage de la Princesse hereditaire de Suede Ulrique Eleonore, avec Frederick Prince hereditaire de Hesse-Cassel.
RELATED ON
de la Ceremonie du Mariage
de la Princeffe hereditaire de
SuedeUlrique Eleonore, aver
Frederick Prince hereditaire de
HafaCaffel ub page
anmensidanalisa ali
८
al Cette Ceremonic devoit
ſe faire le Dimanche 31. Mars
mais à cause d'une ancienne
remarque qui fait croire en
Suede,que les Mariages con
ſommez au déclin de la Lune
ne ſont pas heureux, l'on remit
la choſe au Jeudy 4. Avril
premier jour de la nouvelle
Lune.
GALANT 227
J
: L'on avoit invité les Senateurs
& Senatrices, les Generaux
d'armée à l'exception de
deux, qui ne fervent plus ,tous
les Officiers & Chambellans
de la Cour , le Colonel &les
Capitaines du Regiment des
Gardes , ils s'affemblerent
dans les appartements de la
Reine , & aprés, le ſouper ,
c'eſt à dire ici à neufheures &
demiedu ſoir,la copulation fo
fit dans la Salle d'Audience do
de cette Princeffe , par l'Archevêque
d'Upſalle nommé
depuis quelques jours à cette
dignité la Princeſſe eſtoitvêtue
e
500-1
228
る
MERCURE
d'un habit de drap d'argent
doublé d'Hermines avec des
agraffes de diamants & autres
pierreries ; fa buſquiere en
étoit garnie depuis le haur jufques
en bas elle avoit un
collier de diamans de prix ; elle
étoit coëffee en cheveux avec
une couronne de diamans' fur
la tête , portant du coſté gauche
un bouquet des mêmes
pierreries , dont le Prince luy
avoit fait preſent. Le Prince
avoit un habit de velours cendré
brodé d'or , toutes les
filles d'honneur de la Princeſſe
eſtoient auſſi vêtuës de blanc.
30
GALANT . 229 558 2
LaCeremonic'eſtant finie à10.
heures&demie , les Senatrices
les Sennaatteeuurrss,les Generaux
leurs femmes & autres perſonanes
de la Cour
complimens aux
Mariez cha
د
firent leurs
- nouveaux
chacun felon fon
rang , aapprreéss quoi tout leemonde
fe retira. Le lendemainVendredi
il y'eût grand bal dans
la Salle du Château ,oùs'affemblent
les Etats du Royaume.
Les Reſidents de France,d'Angleterre
& de Hollande y furent
invitez par l'Introducteur .
des Ambaſſadeurs , de même
quucc toutes les perſonnes de
230 MERCURE
au
conditionde la Cour & de la
Villa.oldet nu םכב wפ ןומ
el Lagſallevéroit tendue des
plus belles tapiſſeriesde laCouronne;
ily avoit dans le fonds
un grand dais dedrapd'argent
avec les Armes de Suede
haut dans le fonds ,&celles de
toutes les Provinces autour en
broderie d'or : à chaque côté
il y avoit un buffer
garni de vaſes , plats , aiguieres
luftres d'argent garnis de
bougies blanches: fous ce dais
étoit une eſtrade élevée de 3 .
marches & couverte de tapis
de Turquie ; elle étoit en forde
cc
&
dais
GALANY. 231
1
1
me de fer à cheval , l'on avoit
mis au milieu une table ronde
avec quatre couverts pour la
Reine, la Princeſſe , le Duc de
Gottorp,&le Prince deCafſel
; auprés de la table de ces
Princes & Princeſſes on avoit
dreſſé deux tables rondes qui
fermoient le fer à cheval. Elles
étoient de vingt couverts chacune
pour les Senateurs &
natrices ; au bas de l'eſtrade
Sedans
l'étenduë de la ſalle , il y
avoit deux autres tables longues
de so. couverts chacune
pour les Dames de la Cour ,
avec deux buffets qui répon232
MERCURE
doient aux deuxautres ci defi
fus : il y avoit dans le même
endroitdeux cheoeurs de mufial
que , & au deſſus unAmphi
theatre pour placer trois cent
perfonnes
A
o
Autour de la falle l'on avoit
conſtruit des loges élovées de
quatre marches pour les per
fonnes de distinction cette
ſale étoit éclairée de 12. grands
luſtres de cryſtal , avec des
bougies jaunes & un rang des
mêmes bougies au deſſus des
loges , ce qui faifoitun tres-bel
effer . và áliobnos
Afix heures du ſoir les Re-
4 fidents
GALANT . 233
ſidents de France , d'Angleterre
& de Hollande ayant fait
leurs complimens à la Reine
à la Princeſſe & au Prince , le
fieur Cronſtroom Inſpecteur
des Ambaſſadeurs pria le premier
d'aller prendre ſa place
qui étoit dans la loge, au côté
droit de la Reine , pour éviter
la competence que le Reſident
d'Angleterre a pretenduë inutilement
en pluſieurs occafions;
le Reſident de Hollande
ſe plaça anprés de celui deFrance
,mais le ſieur Jacqueſon fut
conduit du côté gauche.
A fept heures lon com-
Juin 1715. V
234 MERCURE
mença à fervir les deux ra
bles longues, puis celle de la
Reine ,&fur les huit heures ,
la Reine entra par l'apparte
ment du Roy de Suede , con
duite par le Duc d'Holſtein ,
& la Princeffe avec le Prince
fon Epoux , pat la grande
porte ,precedéedu Maréchal
de laCour &d'un grand
cours d'Officiers & de Dames,
le Maréchal ayant fait un fignal
avec lon bâtond'argent ,
marque de ſa dignité , laMufique
fit filence , un Page fit la
priere ,& la Reine ſe mità ta
con
ble; la Princeſſe ſe plaça àla
GALANT. 23.5
des faudroite
, le Duc de Gottorp à ſa
gauche ,&le Prince de Heffe-
Caffiol prés d'elle fur dest
-teils d'argent: prés de ce dert
nier à la droite étoient les
Comteſſes Oxenstiern , Welling,
Stromberg , Cronhielm ,
- Reenſtiern & Bonde, les Comtes
Cronhielm & Teſſin ; de
l'autre côté les Comteffes Gyllenſtiern
, Lorn , Berentz, Lieneu
, Bord&Gyllenſtolp, avec
les Comtes Horn, Stromberg
&Ferfen. frost
סס סנסל
Il n'y avoit aux deux autres
tables que des Dames, de da
Cour , femmes de Generaux ,
Vij
236 MERCURE
la General Rank & quatre
autres perſonnes de la ſuite
du Prince de Caffel , iln'y cûc
qu'un ſeul ſerviceven ambigu
de tout ce qui pouvoit ſe trouver
de plus exquis cû égard à
la ſaiſon &à la conjoncture ,
tout estoit dirigé pan Malt
Comte Teffin , & fon nom
fuffit pour prouver qu'il ne
manquoit rien au bon goût
& à la belle difpofition La
Reine bût d'abord à la ſanté
des nouveaux Mariez & du
Duc d'Holſtein , puis ſe tournant
vers le Chambellan qui
la fervoir pour s'informer
CADANT. 237
de l'endroit où étoit le Refident
de France ,Elle prit un
grand verre &luy envoya dire
qu'elle buvoit à la Santé du
Roy,la Princeffe , le Duc de
Gottorp & lePrince de Helle-
Caffel firent de mêmes Ils
bûrentenfuite la Santé duRoy
d'Angleterre , puis celle des
Etats Generaux song, mul
Le ſoupé fini , toûjours au
bruit de la Muſique , la Reine
ſe retira dans lachambre voi .
fine pour donner le tems d'ôter
les tables , puis érant ren-
1 trée , le Prince de Heffe & la
Princeffe commencerent lebal
238 MERCURE
qui ne dura que juſques à minuit
, parce que la Reine , qui
ſe trouva un peu mal àcause
den la chaleurh exceffivenda
grand concoursdemonde,fut
obligée de ſe retirer , les nouveaux
mariez la ſuivirent,mais
les autres perſonnes du feftin.
danſerent juſques àdeux heu
res. Pour donner une ſuite
agréable à ces plaiſirs , le Di
manche 7. la Reine fir la noce
d'unede ſes Damesd'honneur,
fille du feu Chancelier Oxenftiern
,& le Jeudi 11 celle de
Mademoiselle Douglas,
de la Ceremonie du Mariage
de la Princeffe hereditaire de
SuedeUlrique Eleonore, aver
Frederick Prince hereditaire de
HafaCaffel ub page
anmensidanalisa ali
८
al Cette Ceremonic devoit
ſe faire le Dimanche 31. Mars
mais à cause d'une ancienne
remarque qui fait croire en
Suede,que les Mariages con
ſommez au déclin de la Lune
ne ſont pas heureux, l'on remit
la choſe au Jeudy 4. Avril
premier jour de la nouvelle
Lune.
GALANT 227
J
: L'on avoit invité les Senateurs
& Senatrices, les Generaux
d'armée à l'exception de
deux, qui ne fervent plus ,tous
les Officiers & Chambellans
de la Cour , le Colonel &les
Capitaines du Regiment des
Gardes , ils s'affemblerent
dans les appartements de la
Reine , & aprés, le ſouper ,
c'eſt à dire ici à neufheures &
demiedu ſoir,la copulation fo
fit dans la Salle d'Audience do
de cette Princeffe , par l'Archevêque
d'Upſalle nommé
depuis quelques jours à cette
dignité la Princeſſe eſtoitvêtue
e
500-1
228
る
MERCURE
d'un habit de drap d'argent
doublé d'Hermines avec des
agraffes de diamants & autres
pierreries ; fa buſquiere en
étoit garnie depuis le haur jufques
en bas elle avoit un
collier de diamans de prix ; elle
étoit coëffee en cheveux avec
une couronne de diamans' fur
la tête , portant du coſté gauche
un bouquet des mêmes
pierreries , dont le Prince luy
avoit fait preſent. Le Prince
avoit un habit de velours cendré
brodé d'or , toutes les
filles d'honneur de la Princeſſe
eſtoient auſſi vêtuës de blanc.
30
GALANT . 229 558 2
LaCeremonic'eſtant finie à10.
heures&demie , les Senatrices
les Sennaatteeuurrss,les Generaux
leurs femmes & autres perſonanes
de la Cour
complimens aux
Mariez cha
د
firent leurs
- nouveaux
chacun felon fon
rang , aapprreéss quoi tout leemonde
fe retira. Le lendemainVendredi
il y'eût grand bal dans
la Salle du Château ,oùs'affemblent
les Etats du Royaume.
Les Reſidents de France,d'Angleterre
& de Hollande y furent
invitez par l'Introducteur .
des Ambaſſadeurs , de même
quucc toutes les perſonnes de
230 MERCURE
au
conditionde la Cour & de la
Villa.oldet nu םכב wפ ןומ
el Lagſallevéroit tendue des
plus belles tapiſſeriesde laCouronne;
ily avoit dans le fonds
un grand dais dedrapd'argent
avec les Armes de Suede
haut dans le fonds ,&celles de
toutes les Provinces autour en
broderie d'or : à chaque côté
il y avoit un buffer
garni de vaſes , plats , aiguieres
luftres d'argent garnis de
bougies blanches: fous ce dais
étoit une eſtrade élevée de 3 .
marches & couverte de tapis
de Turquie ; elle étoit en forde
cc
&
dais
GALANY. 231
1
1
me de fer à cheval , l'on avoit
mis au milieu une table ronde
avec quatre couverts pour la
Reine, la Princeſſe , le Duc de
Gottorp,&le Prince deCafſel
; auprés de la table de ces
Princes & Princeſſes on avoit
dreſſé deux tables rondes qui
fermoient le fer à cheval. Elles
étoient de vingt couverts chacune
pour les Senateurs &
natrices ; au bas de l'eſtrade
Sedans
l'étenduë de la ſalle , il y
avoit deux autres tables longues
de so. couverts chacune
pour les Dames de la Cour ,
avec deux buffets qui répon232
MERCURE
doient aux deuxautres ci defi
fus : il y avoit dans le même
endroitdeux cheoeurs de mufial
que , & au deſſus unAmphi
theatre pour placer trois cent
perfonnes
A
o
Autour de la falle l'on avoit
conſtruit des loges élovées de
quatre marches pour les per
fonnes de distinction cette
ſale étoit éclairée de 12. grands
luſtres de cryſtal , avec des
bougies jaunes & un rang des
mêmes bougies au deſſus des
loges , ce qui faifoitun tres-bel
effer . và áliobnos
Afix heures du ſoir les Re-
4 fidents
GALANT . 233
ſidents de France , d'Angleterre
& de Hollande ayant fait
leurs complimens à la Reine
à la Princeſſe & au Prince , le
fieur Cronſtroom Inſpecteur
des Ambaſſadeurs pria le premier
d'aller prendre ſa place
qui étoit dans la loge, au côté
droit de la Reine , pour éviter
la competence que le Reſident
d'Angleterre a pretenduë inutilement
en pluſieurs occafions;
le Reſident de Hollande
ſe plaça anprés de celui deFrance
,mais le ſieur Jacqueſon fut
conduit du côté gauche.
A fept heures lon com-
Juin 1715. V
234 MERCURE
mença à fervir les deux ra
bles longues, puis celle de la
Reine ,&fur les huit heures ,
la Reine entra par l'apparte
ment du Roy de Suede , con
duite par le Duc d'Holſtein ,
& la Princeffe avec le Prince
fon Epoux , pat la grande
porte ,precedéedu Maréchal
de laCour &d'un grand
cours d'Officiers & de Dames,
le Maréchal ayant fait un fignal
avec lon bâtond'argent ,
marque de ſa dignité , laMufique
fit filence , un Page fit la
priere ,& la Reine ſe mità ta
con
ble; la Princeſſe ſe plaça àla
GALANT. 23.5
des faudroite
, le Duc de Gottorp à ſa
gauche ,&le Prince de Heffe-
Caffiol prés d'elle fur dest
-teils d'argent: prés de ce dert
nier à la droite étoient les
Comteſſes Oxenstiern , Welling,
Stromberg , Cronhielm ,
- Reenſtiern & Bonde, les Comtes
Cronhielm & Teſſin ; de
l'autre côté les Comteffes Gyllenſtiern
, Lorn , Berentz, Lieneu
, Bord&Gyllenſtolp, avec
les Comtes Horn, Stromberg
&Ferfen. frost
סס סנסל
Il n'y avoit aux deux autres
tables que des Dames, de da
Cour , femmes de Generaux ,
Vij
236 MERCURE
la General Rank & quatre
autres perſonnes de la ſuite
du Prince de Caffel , iln'y cûc
qu'un ſeul ſerviceven ambigu
de tout ce qui pouvoit ſe trouver
de plus exquis cû égard à
la ſaiſon &à la conjoncture ,
tout estoit dirigé pan Malt
Comte Teffin , & fon nom
fuffit pour prouver qu'il ne
manquoit rien au bon goût
& à la belle difpofition La
Reine bût d'abord à la ſanté
des nouveaux Mariez & du
Duc d'Holſtein , puis ſe tournant
vers le Chambellan qui
la fervoir pour s'informer
CADANT. 237
de l'endroit où étoit le Refident
de France ,Elle prit un
grand verre &luy envoya dire
qu'elle buvoit à la Santé du
Roy,la Princeffe , le Duc de
Gottorp & lePrince de Helle-
Caffel firent de mêmes Ils
bûrentenfuite la Santé duRoy
d'Angleterre , puis celle des
Etats Generaux song, mul
Le ſoupé fini , toûjours au
bruit de la Muſique , la Reine
ſe retira dans lachambre voi .
fine pour donner le tems d'ôter
les tables , puis érant ren-
1 trée , le Prince de Heffe & la
Princeffe commencerent lebal
238 MERCURE
qui ne dura que juſques à minuit
, parce que la Reine , qui
ſe trouva un peu mal àcause
den la chaleurh exceffivenda
grand concoursdemonde,fut
obligée de ſe retirer , les nouveaux
mariez la ſuivirent,mais
les autres perſonnes du feftin.
danſerent juſques àdeux heu
res. Pour donner une ſuite
agréable à ces plaiſirs , le Di
manche 7. la Reine fir la noce
d'unede ſes Damesd'honneur,
fille du feu Chancelier Oxenftiern
,& le Jeudi 11 celle de
Mademoiselle Douglas,
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3463
p. 239-240
« Passons vîte du Nord au Midi, Madame, peu de raisonnements, [...] »
Début :
Passons vîte du Nord au Midi, Madame, peu de raisonnements, [...]
Mots clefs :
Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Passons vîte du Nord au Midi, Madame, peu de raisonnements, [...] »
inPallons vite du Nord au
Midi ,Madame , peu de rair
fonnements ,beaucoup d'éve
nements ,& diverfifions nos
matieres ,tant que nous pourrons.
Vousvenezdelire la Ro
lation d'un illuftre mariage
liſezmaintenant des nouvelles
d'une autre eſpece. Le Turc
menace la Religion , voici les
précautions qu'on prend contre
ſes menaces. Je vous ai dit
dans mon dernier Journal ,&
au commencement de celui ci ,
que le grand Maître deMalthe
avoit nommé M. le grand
Prieur de France,Generaliſſime
240 MERCURE
desTroupes de la Religion , il
a ajoûté à cette nomination
celle qui fuit.
Midi ,Madame , peu de rair
fonnements ,beaucoup d'éve
nements ,& diverfifions nos
matieres ,tant que nous pourrons.
Vousvenezdelire la Ro
lation d'un illuftre mariage
liſezmaintenant des nouvelles
d'une autre eſpece. Le Turc
menace la Religion , voici les
précautions qu'on prend contre
ſes menaces. Je vous ai dit
dans mon dernier Journal ,&
au commencement de celui ci ,
que le grand Maître deMalthe
avoit nommé M. le grand
Prieur de France,Generaliſſime
240 MERCURE
desTroupes de la Religion , il
a ajoûté à cette nomination
celle qui fuit.
Fermer
3464
p. 240-246
LISTE DES OFFICIERS Generaux que le Grand Maître a fait à Malthe le 17. du mois passé.
Début :
Lieutenants Generaux. MESSIEURS, Le Bailly de la Pailleterie. Le Chevalier [...]
Mots clefs :
Castille, Italie, France, Auvergne, Chevalier, Lieutenants généraux, Maréchaux de camp, Brigadiers l'Auberge de Provence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LISTE DES OFFICIERS Generaux que le Grand Maître a fait à Malthe le 17. du mois passé.
LISTE DES OFFICIERS
Generaux que le GrandMaitre
afaitàMalthe le17. du
mois paßé.
Lieutenants Generaux.
MESSIEURS,
Le Bailly de la Pailleterie
Le Chevalier de Treſmane,
Le Chevalier du Palais.
Le Chevalier d'Ailly.
1
:
>
Lc
GALAN 24
Le Chevalier de Damas. T
Le Chevalier de Chasteaumo
rant. rup silse
Le Chevalier de Peſeux.
Le Chevalier de Saintiny.
Maréchaux de Camp,
Le Chevalier de Pouriere.
Le Chevalier de Velleron .
Le Chevalier de Janſon .
Le Chevalier de Mommain.
Le Chevalier de Sourches .
Le Chevalier de Livry
Juin 1715. X
242 MERCURE
Brigadiers de l'Auberge
de Provence.
Le Commandeur de la Reynarde.
Le Chevalier de Grimaldi.
Le Chevalier de Mons.
Le Chevalier de Valence.
LeChevalier de Montolicu.
Le Chevalier de Voifin .
Le Chevalier d'Ambre.
Le Chevalier de Brancas.
Le Chevalier de Rouffer .
Le Chevalier de S. André.
Le Chevalier de Trans .
GALANT. 243
Auvergne.
Le Chevalier de Colombiere.
Le Commandeur d'Arginy.
Le Chevalier de Mongon.
Le Chevalier de Marfillac.
Le Chevalier de Fontette.
Le Chevalier de Vatan.
Le Chevalier de Lagnes.
Le Chevalier de la Roche.
Le Chevalier de Langeron.
LeChevalier de Laubepin.
Le Chevalier de Laigue.
X ij
244 MERCURE
France.
LeCommandeur de Marce
Lange.
Le Chevalier Dampierre.
Le Commandeur de Courtebone.
Le Commandeur le Tellier.
LeChevalier de Broglio.
LeChevalier de Nangy.
Le Chevalier de Miromeſnil.
Le Commandeur d'Arbouville.
Le Chevalier de Montſoreau.
Le Chevalier deMailly la Tour
Landry.
7
GALANT. 245
M
Le Chevalier de la Vieuville .
Le Chevalier de Laigle.
Le Chevalier de Bonel .
Le Chevalier de la Periniere .
Le Chevalier de Teſſé.
Le Chevalier de Lanion .
Le Chevalier de Chamilly.
Le Chevalier de S. Germain .
Le Chevalier d'Antin .
Le Chevalier de Conflans .
い
Italie.
Le Chevalier de Marulli.
Le Chevalier Dandy.
4
Xiij
246 MERCURE
Caftille.
Le Chevalier de Baviere.
Major General avec les honneurs
de Brigadier.
003
LeCommandeur deMonfort.
Generaux que le GrandMaitre
afaitàMalthe le17. du
mois paßé.
Lieutenants Generaux.
MESSIEURS,
Le Bailly de la Pailleterie
Le Chevalier de Treſmane,
Le Chevalier du Palais.
Le Chevalier d'Ailly.
1
:
>
Lc
GALAN 24
Le Chevalier de Damas. T
Le Chevalier de Chasteaumo
rant. rup silse
Le Chevalier de Peſeux.
Le Chevalier de Saintiny.
Maréchaux de Camp,
Le Chevalier de Pouriere.
Le Chevalier de Velleron .
Le Chevalier de Janſon .
Le Chevalier de Mommain.
Le Chevalier de Sourches .
Le Chevalier de Livry
Juin 1715. X
242 MERCURE
Brigadiers de l'Auberge
de Provence.
Le Commandeur de la Reynarde.
Le Chevalier de Grimaldi.
Le Chevalier de Mons.
Le Chevalier de Valence.
LeChevalier de Montolicu.
Le Chevalier de Voifin .
Le Chevalier d'Ambre.
Le Chevalier de Brancas.
Le Chevalier de Rouffer .
Le Chevalier de S. André.
Le Chevalier de Trans .
GALANT. 243
Auvergne.
Le Chevalier de Colombiere.
Le Commandeur d'Arginy.
Le Chevalier de Mongon.
Le Chevalier de Marfillac.
Le Chevalier de Fontette.
Le Chevalier de Vatan.
Le Chevalier de Lagnes.
Le Chevalier de la Roche.
Le Chevalier de Langeron.
LeChevalier de Laubepin.
Le Chevalier de Laigue.
X ij
244 MERCURE
France.
LeCommandeur de Marce
Lange.
Le Chevalier Dampierre.
Le Commandeur de Courtebone.
Le Commandeur le Tellier.
LeChevalier de Broglio.
LeChevalier de Nangy.
Le Chevalier de Miromeſnil.
Le Commandeur d'Arbouville.
Le Chevalier de Montſoreau.
Le Chevalier deMailly la Tour
Landry.
7
GALANT. 245
M
Le Chevalier de la Vieuville .
Le Chevalier de Laigle.
Le Chevalier de Bonel .
Le Chevalier de la Periniere .
Le Chevalier de Teſſé.
Le Chevalier de Lanion .
Le Chevalier de Chamilly.
Le Chevalier de S. Germain .
Le Chevalier d'Antin .
Le Chevalier de Conflans .
い
Italie.
Le Chevalier de Marulli.
Le Chevalier Dandy.
4
Xiij
246 MERCURE
Caftille.
Le Chevalier de Baviere.
Major General avec les honneurs
de Brigadier.
003
LeCommandeur deMonfort.
Fermer
3465
p. 246-247
« A propos de matiere de Religion, quoyque ce que je [...] »
Début :
A propos de matiere de Religion, quoyque ce que je [...]
Mots clefs :
Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A propos de matiere de Religion, quoyque ce que je [...] »
A propos de matiere de
Religion , quoyque ce que je
vais dire , n'ait nul rapport
avec ce qui le precede ; il faut
pourtant que cet article paſſe
ici , auſſi bien que s'il m'étoit
impoſſible de le placer plus
GALANT. 247
L
avantageuſement ailleurs , &
&que je vous diſe à telle fin
que de raiſon , que
Religion , quoyque ce que je
vais dire , n'ait nul rapport
avec ce qui le precede ; il faut
pourtant que cet article paſſe
ici , auſſi bien que s'il m'étoit
impoſſible de le placer plus
GALANT. 247
L
avantageuſement ailleurs , &
&que je vous diſe à telle fin
que de raiſon , que
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3466
p. 247-248
Abjuration de la Dame Garnier fameuse Calviniste, dans l'Eglise de S. Martin de Blois. [titre d'après la table]
Début :
Le 26. du mois passé la Dame Garnier fameuse Calviniste [...]
Mots clefs :
Abjuration, Calviniste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration de la Dame Garnier fameuse Calviniste, dans l'Eglise de S. Martin de Blois. [titre d'après la table]
Le 26. du mois paſſe la
Dame Garnier fameuſe Calviniſte
, fit publiquement abjuration
dans l'Eglife de S. Martin
de Blois,entre les mains du
ficur Abbé Prieur de la même
Egliſe. Sa Majesté Polonoiſe
l'avoit fait tendre magnifiquement
. Elle conduiſit à l'Autel
la nouvelle Catholique , que
M.de Berthier premierEvêque
de Blois , avoit fait inſtruire
avec ſon zele infatigable pour
la converfion des heretiques.
X iiij
248 MERCURE
Elle aſſiſta à toute la Ceremo
nie avec la Princeſſe ſa petitefille
ſous un dais magnifique.
Le ſieur, Prieur qui avoit
harangué la Reine avec beau
coup de dignité à l'entrée de
l'Eglife , fit à l'Autel un Difcours
fort touchant à la nouvelle
Convertie ; il y cût à
cette Ceremonie un concours
de monde extraordinaire.
Dame Garnier fameuſe Calviniſte
, fit publiquement abjuration
dans l'Eglife de S. Martin
de Blois,entre les mains du
ficur Abbé Prieur de la même
Egliſe. Sa Majesté Polonoiſe
l'avoit fait tendre magnifiquement
. Elle conduiſit à l'Autel
la nouvelle Catholique , que
M.de Berthier premierEvêque
de Blois , avoit fait inſtruire
avec ſon zele infatigable pour
la converfion des heretiques.
X iiij
248 MERCURE
Elle aſſiſta à toute la Ceremo
nie avec la Princeſſe ſa petitefille
ſous un dais magnifique.
Le ſieur, Prieur qui avoit
harangué la Reine avec beau
coup de dignité à l'entrée de
l'Eglife , fit à l'Autel un Difcours
fort touchant à la nouvelle
Convertie ; il y cût à
cette Ceremonie un concours
de monde extraordinaire.
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3467
p. 248-250
Discours serieux de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais aprés tous ces Discours assez serieux, je croy que nous [...]
Mots clefs :
Journal de Verdun, Sérieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours serieux de l'Auteur. [titre d'après la table]
Maisaprés tous ces Difcours
affez ferieux , je croy que nous
n'en ferons pas plus mal de
rentrer un peu dans noſtre
vray caractere , vous aimez à
GALANT. 249
1
rire , Madame , & malgré la
jalouſie , & la mauvaile humeur
que me prefte l'Auteur
du Journal de Verdun que je
veux bien deſormais laiſſer en
paix , parce qu'il me fuffit qu'il
me craigne , je fuis , & cela
n'eſt que trop vray , le plus
badin , & peut- eſtre le plus
étourdi de tous les hommes ;
mais que ce ſoit vice ou vertu,
le temps ne détruit que trop
toſt ces bonnes ou mauvailes
qualicez :Jefuis en attendant ,
: ce que je suis & eftre autre je ne
puis. De là je conclus qu'il
faut que je vous conte des ba250
MERCURE
1
gatelles , puiſque j'en ſçais
conter.
J'aydesBouts -rimez remplis
&à remplir , des Enigmes , un
Bouquet&uneChanſon àvous
donner . Vous ferez du reſte,&
de mon avertiſſement ſur tout
que je vous recommande ,
l'uſage qu'il vous plaira.
affez ferieux , je croy que nous
n'en ferons pas plus mal de
rentrer un peu dans noſtre
vray caractere , vous aimez à
GALANT. 249
1
rire , Madame , & malgré la
jalouſie , & la mauvaile humeur
que me prefte l'Auteur
du Journal de Verdun que je
veux bien deſormais laiſſer en
paix , parce qu'il me fuffit qu'il
me craigne , je fuis , & cela
n'eſt que trop vray , le plus
badin , & peut- eſtre le plus
étourdi de tous les hommes ;
mais que ce ſoit vice ou vertu,
le temps ne détruit que trop
toſt ces bonnes ou mauvailes
qualicez :Jefuis en attendant ,
: ce que je suis & eftre autre je ne
puis. De là je conclus qu'il
faut que je vous conte des ba250
MERCURE
1
gatelles , puiſque j'en ſçais
conter.
J'aydesBouts -rimez remplis
&à remplir , des Enigmes , un
Bouquet&uneChanſon àvous
donner . Vous ferez du reſte,&
de mon avertiſſement ſur tout
que je vous recommande ,
l'uſage qu'il vous plaira.
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3468
p. 258-259
« Ayez la bonté de m'apprendre le mois prochain, Madame [...] »
Début :
Ayez la bonté de m'apprendre le mois prochain, Madame [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Sonnets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ayez la bonté de m'apprendre le mois prochain, Madame [...] »
Ayezla bonté de m'appren.
dre le mois prochain , Madame,
lequel de ces Sonnets vous
aura plû davantage ; mon jugement
peutreſſembler au vô.
tre , mais je ne prononceray ,
GALANT. 259
2
qu'aprés que vous aurez jugé.
Je vous invite en même tems
à remplir , & à faire remplir
les Bouts Rimez que je vous
envoye.
dre le mois prochain , Madame,
lequel de ces Sonnets vous
aura plû davantage ; mon jugement
peutreſſembler au vô.
tre , mais je ne prononceray ,
GALANT. 259
2
qu'aprés que vous aurez jugé.
Je vous invite en même tems
à remplir , & à faire remplir
les Bouts Rimez que je vous
envoye.
Fermer
3469
p. 260-261
« Si vous prenez, comme je l'espere, la peine de remplir [...] »
Début :
Si vous prenez, comme je l'espere, la peine de remplir [...]
Mots clefs :
Bouquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si vous prenez, comme je l'espere, la peine de remplir [...] »
Si vous prenez , comme je
l'eſpere , la peine de remplir
ces rimes ¿je vous donneray
par reconnoiffance le mois
prochain , un joly Bouquet ,
que je vous garde. En attendant
permettez - moy de faire
pafler par vos mains,&de ſoumettre
à voſtre bon goût celui
cy , que le tendre M. de la
Rochelle , Auteur du Czar
GALANT. 261
Demetrius & homme de Lertres&
d'eſprit , envoye à fon
Iris.
l'eſpere , la peine de remplir
ces rimes ¿je vous donneray
par reconnoiffance le mois
prochain , un joly Bouquet ,
que je vous garde. En attendant
permettez - moy de faire
pafler par vos mains,&de ſoumettre
à voſtre bon goût celui
cy , que le tendre M. de la
Rochelle , Auteur du Czar
GALANT. 261
Demetrius & homme de Lertres&
d'eſprit , envoye à fon
Iris.
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3470
p. 267-268
« Jusqu'ici, Madame, nous n'avons mal mêlé les cartes [...] »
Début :
Jusqu'ici, Madame, nous n'avons mal mêlé les cartes [...]
Mots clefs :
Jeu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Jusqu'ici, Madame, nous n'avons mal mêlé les cartes [...] »
Juſqu'ici , Madame , nous
n'avons pas mal mêlé les cartes
, voila déja pluſieurs parties
que nous joüons , & il me
paroît que le jeu ne vous ennuye
pas. Trouvez donc bon ,
s'il vous plaît, que je vous propoſe
encore un tout , le refte
ira comme il pourra.Voici une
heureuſe quinte qui m'arrive ,
& vous pourriez bien être ce
coup- ci , pic , repic , & capot.
Zij
263 MERCURE
Parbleu cette rentrée
OL
eltma
gnifique : comptez mon jeu
yous-même.
n'avons pas mal mêlé les cartes
, voila déja pluſieurs parties
que nous joüons , & il me
paroît que le jeu ne vous ennuye
pas. Trouvez donc bon ,
s'il vous plaît, que je vous propoſe
encore un tout , le refte
ira comme il pourra.Voici une
heureuſe quinte qui m'arrive ,
& vous pourriez bien être ce
coup- ci , pic , repic , & capot.
Zij
263 MERCURE
Parbleu cette rentrée
OL
eltma
gnifique : comptez mon jeu
yous-même.
Fermer
3471
p. 263-284
Journal historique & curieux des nouvelles de la Cour. [titre d'après la table]
Début :
Le premier de ce mois le Roy revint de Marly à Versailles, [...]
Mots clefs :
Dames, Duchesse, Abbé, Roi, Cardinal, Duchesse de Berry, Duc d'Orléans, Chapelle, Cour, Dames
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal historique & curieux des nouvelles de la Cour. [titre d'après la table]
Le premier de ce mois leRoy
revint de Marly à Verſailles ,
Madame la Ducheſſe de Berry
en revint auſſi , accompagnée
de Meſdames les Ducheſſes de
Chaulnes & de Louvigny , des
Marquiſes de Coëtenfao , de
Clermont , de Pons , de la
Vrilliere , de S. Germain , de
Tonnerre , de Montſoreau, de
la Rochepot , de Châtillon, &
de pluſieurs autres . Le ſoir au
ſoupé le nombre des Dames
fut fi grand , que lorſque le
GALANT. 269
Roy voulut entrer dans fon
Appartement il les trouva
rangées juſques dans l'antichambre
, n'ayant pû tenir
dans ſa chambre. Le 3. il y cût
pluſieursEvêques au levé, aprés
Jequel les Députez de Hambourg
eurent Audience du
Roy dans ſon cabinet , où ils
furent introduits par le fieur
Merlin. Aprés le dîné leClergé
qui étoit composé de trentedeuxArchevêques
ouEvêques,
de trente- deux Deputez du ſecond
ordre , des Agents & Sccretaires
, precedez de M. le
Marquis de Dreux, grandMai-
Zitj
270 MERCURE
tre des Ceremonies , & de M.
Delgranges, Maître desCeremonies
, fut preſenté par M.
de Pontchartrain au Roy;M.
l'Archevêque d'Alby porta la
parole , & harangua Sa Majeſté
avec beaucoup d'éloquenco;
il fit en peu de mots l'hiftoire
de ſa vie : c'eſt pour la
quatrième fois que ce Prelat
qui eſt un des 40. de l'Acadé
mie Françoiſe,harangue S. M.
à la tête du Clergé ; auſſi a-t- il
toutes les fois receu un applaudiffement
general de toute la
Cour. LeClergé alla enfuite
chez M. le Dauphin qui l'at.
GALANT. 271
tendoit dans l'Appartementde
fcuë Madame la Dauphine, où
le même Prelat harangua ce
Prince pour la premiere fois ;
jenevous rapporte pas cesHarangues
,parce que le Clergé
les a trouvé fi belles, qu'il a demandé
à M. l'Archevêque
d'Alby la permiffion de les faire
imprimer. Le même jour à
fix heures du foir , le Roy alla
ſe promener dans le parc , accompagné
deMadame la Ducheffe
de Berry , qui avoit avec
elleune vingtaine de Dames.
M. le Duc d'Orleans marchoit
auſſi à coſtédu Roy. Le 4. il y
Ziij
272 MERCURE
cût l'aprés diſnée un Confeil
extraordinaire , où le Roi &
tous les Miniftres fe trouverent
; on y appella M. l'Abbé
Bignon, Meffieurs le Pelletier,
de la Bourdonnaye , d'Argenfon,
Conſeillers d'Etat ,&un
Maistre des Requeſtes pour
faire le rapport : ce futau ſujet
d'une Requête que les Jeſuitos
avoient preſentée auRoi ,dans
laquelle ils demandoient qu'il
leur fût permis d'heriter, comme
les Peres de l'Oratoire , ou
dumoinsqu'en cas qu'ils vinf
ſent à fortir de la Societé , ils
puſſente rentrer dans leurs
GADANK . 273
biens .Ils obtintent qu'ils heristeroient
; mais à condition
qu'ils feroient leursvoeux àl'agede
33.ans , & que s'ils par
foient ce tems ſans les faire, il
ne leur feroit plus permis de
fucceder. Le foir à fixheuresle
Roi alla à la promenade , Madame
la Duchefile deBerry accompagnée
d'un grand nombre
de Dames l'alla joindre
dans le para ; les carrioles fuivirent
les Dames , afin que ,
quand elles ſeroient laffes ,elles
puffent fe faire traîner de même
que le Roi , qui eſt ſur un
fauteüil à trois rouës qu'il con.
274 MERCURE
duit lui-même , & qui eft par
derriere pouffé pardeux Suif
fes. M. le Ducd'Orleans marchoit
toûjours à colté de Sa
Majeſté. La promenade finie
Madame la Ducheſſe deBerry
rentra dans fon appartement
, fuivie de toutes les
Dames ; les Seigneurs de la
Cour s'y rendirent , & l'on
commença le jeu qui dura jul
ques à 10. heures ; ce qui a
toûjours eſté de même pent
dant tout le ſéjour que laCout
a- fait à Verfailles. Le 6. le
Roy alla dîner à Trianon, Le
7. pendant le dînédu Roy il y
GALANT. 275
eût un tres -beau concert dans
la cour de marbre ,pour la
reception de Filidor le fils qui
fut receu Timbalier des plaifirs
du Roy , il y avoit plufieurs
trompettes , flutes douces
,haut bois , violons ,baffes
deviole ,& autres fortes d'inf-
*truments qui joüerent de fort
beaux airs . Le 8. veille de la
Pentecofte , le Roy ſe rendit
à to heures du matin à la
Chapelle, revêtu de l'habit ,
manteau,& collier de l'Ordre,
il y communia par les mains
de M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , les coins
26
276 MERCURE
6
de la nappe de communion
furent tenus du coſté de l'Autel
par M. l'Abbé de Sourches,
& par M. l'Abbé d'Argentté
ſes Aumoſniers . Du coſté de
S. M. par M. le Prince de
Dombes , &par M. le Comte
d'Eu. Le Roy aprés avoir en
tendu une ſeconde Meſſe , ſe
rendit dans la Gallerie des
Princes , où il toucha plus de
mille malades ,& l'apreſdinée
àdeux heures &demie , il ſe
rendit à la Chapelle pour y
entendre les Veſpres qui furent
chantées par la muſique :
il avoit d'un coſté , Madame la
GALANT. 277
Ducheffe de Berry, Meſdemoifelles
de Charollois , & de
Clermont &de l'autre M.
le Duc d'Orleans , M. le Prince
deConty , M. le Prince de
Dombes , & M. le Comte
d'Eu à coté du Prié Dicu
fur la droite eſtoit M. le Car
dinal de Rohan Grand Aumoſnier
, en foutanne , &
manteau long couleur de feu ,
M. l'Abbé de Sourches , &
M. l'Abbé d'Argentré Aumoſniers
en habits longs ; fur
la gauche M. le Cardinal de
Polignac auffi en foutanne ,
&manteau long couleur de
278 MERCURE
feu ; M. l'Abbé de Caftres ,&
M.l'Abbé deRougetAumofniers
de Madame la Ducheffe
deBerry , eſtoient auſſi en habits
longs entre le Prié - Dieu
duRoy& cette Princeffe.Der
riere le Roy eſtoit M. le Duc
de Charroft , Capitaine des
Gardes ; derriere Madame la
Ducheſſe de Berry , Madame
la Duchefſe de S. Simon fa
Dame d'Honneur ,&derriere
M. le Duc d'Orleans , M. le
Marquis d'Eſtampes fon Capitaine
desGardes. Le9 . jour
de la Pentecofte , Madame la
Ducheſſede Berry ſe rendit à
GALANT. 279
onzeheuresdu matin à la Chapelle
pour y faire ſes devotions,
les coins de la nappe de
communion furent tenus du
coſté droit par M. l'Abbé de
Rouget fon Aumofnier , &
par Madame la Ducheſſe de
S. Simon ſa Damed'Honneur,
du coſté gauche par M. l'Abbé
Davejan , & par Madame
la Ducheſſe de Louvigny. Le
Royſe rendit auffi à onzeheures
& demie à la Chapelle ,
revêtu de l'habit de l'Ordre ,
precedé de M. le Duc d'Orleans
, des Princes & Chevaliers
de l'Ordre tous en ha280
MERCURE
A
bits de ceremonie pour y entendre
la Meſſe qui fut chantée
en Muſique. Le Roy retourna
encore à deux heures
&demic à laChapelle , accom
pagnéde Madame la Ducheſſe
de Berry , deM. le Ducd'Or-
Icans , deMadame la Princeſſe,
des Princes ,&Princeſſes pour
y entendre le ſermon de M.
l'Abbé Hardoüin , que M. le
Dauphin entendit aufli à coſté
du Roy ; on entendit enſuite
les Vepres qui furent chantées
par la Muſique , chacun Le plaça
felon ſon rang comme le
jour precedent. Madame la
Ducheffe
GALANT. 281
Duchefle deTalard fit la queſte
ce jour-là.
On ſçut que la veille le Roy
avoit donné l'Abbaye de faint
Vaaſt d'Arras à M. le Cardinal
de Rohan , & celle d'Anchin
àM. le Cardinal de Polignac
, l'Abbaye aux Bois à
Madame deHarlay,celle deBagnols
à Madame deClefmes ,
celle des Alloys à Madame Pichon
, celle de ſaint Jeoire à
Madame du Baye,& le Prieuré
deChaſteau- Thierry à Madamede
Beaulieu.
Le dix aprés le levé S. M.
trouva à l'entrée du cabinet
Juin1715. Aa
282
1
MERCURE
M. l'Evêque de Meaux qu'il fit
entrer. Ge Prelat s'étant baillé
ôta ſa calote & le Roy lui
mitlacaloterouge ſur la teſte,
&l'embraſla ; cette Eminence
parut enſuite à la Mefle aveç
la calore rouge & fans Croix ,
ayant ofté celle d'Evêque qu'il
porroit auparavant. Lo 1.le
General des Benedictins eûraudience
du Roy dans ſon cabi,
net aprés le levé , il y cût ce
jour là quantité d'Etrangers ,
tous les Ambaſſadeurs y
étoient , de même que plur
fieurs Evêques, le nombre des
Courtulans for fi grand , qu'à
LA
1
GALANT. 285
peine pouvoient- ils tenir dans
la Tribune. Madame l'Ambaſſadriced
Hollande , &Mademoiſelle
ſa fille allerent àmi
di à la toilette de Madame la
Ducheffe de Berry poù ily cûc
grand nombre de Dames ,M.
le Maréchal de Villeroy &
pluſieurs autres Seigneurs y
étoient auffi. Le 12 il y cût
une tres belle ſymphoniepen
dant le dîné du Roy qui partic
à trois heures pour Marly.
Madame la Ducheſſe de Berry
partit à fix heures , emmena
avec elle dans ſon carroffe
Mesdames les Duchefles de
Aaij
284 MERCURE
S. Simon & de Chaulnes ,&
trois autres Dames; les autres
ſe mirent dans les carroffes de
cette Princeffe qui tiendra le
falon pendant le ſéjour deMar
ly ; on doit chaffer les Lundy,
Jeudy& Samedy ; cette Prin
cellc accompagnera le Roy
avec toutes les Dames à cheval
vetuës en Amazones comme
ellentedand
revint de Marly à Verſailles ,
Madame la Ducheſſe de Berry
en revint auſſi , accompagnée
de Meſdames les Ducheſſes de
Chaulnes & de Louvigny , des
Marquiſes de Coëtenfao , de
Clermont , de Pons , de la
Vrilliere , de S. Germain , de
Tonnerre , de Montſoreau, de
la Rochepot , de Châtillon, &
de pluſieurs autres . Le ſoir au
ſoupé le nombre des Dames
fut fi grand , que lorſque le
GALANT. 269
Roy voulut entrer dans fon
Appartement il les trouva
rangées juſques dans l'antichambre
, n'ayant pû tenir
dans ſa chambre. Le 3. il y cût
pluſieursEvêques au levé, aprés
Jequel les Députez de Hambourg
eurent Audience du
Roy dans ſon cabinet , où ils
furent introduits par le fieur
Merlin. Aprés le dîné leClergé
qui étoit composé de trentedeuxArchevêques
ouEvêques,
de trente- deux Deputez du ſecond
ordre , des Agents & Sccretaires
, precedez de M. le
Marquis de Dreux, grandMai-
Zitj
270 MERCURE
tre des Ceremonies , & de M.
Delgranges, Maître desCeremonies
, fut preſenté par M.
de Pontchartrain au Roy;M.
l'Archevêque d'Alby porta la
parole , & harangua Sa Majeſté
avec beaucoup d'éloquenco;
il fit en peu de mots l'hiftoire
de ſa vie : c'eſt pour la
quatrième fois que ce Prelat
qui eſt un des 40. de l'Acadé
mie Françoiſe,harangue S. M.
à la tête du Clergé ; auſſi a-t- il
toutes les fois receu un applaudiffement
general de toute la
Cour. LeClergé alla enfuite
chez M. le Dauphin qui l'at.
GALANT. 271
tendoit dans l'Appartementde
fcuë Madame la Dauphine, où
le même Prelat harangua ce
Prince pour la premiere fois ;
jenevous rapporte pas cesHarangues
,parce que le Clergé
les a trouvé fi belles, qu'il a demandé
à M. l'Archevêque
d'Alby la permiffion de les faire
imprimer. Le même jour à
fix heures du foir , le Roy alla
ſe promener dans le parc , accompagné
deMadame la Ducheffe
de Berry , qui avoit avec
elleune vingtaine de Dames.
M. le Duc d'Orleans marchoit
auſſi à coſtédu Roy. Le 4. il y
Ziij
272 MERCURE
cût l'aprés diſnée un Confeil
extraordinaire , où le Roi &
tous les Miniftres fe trouverent
; on y appella M. l'Abbé
Bignon, Meffieurs le Pelletier,
de la Bourdonnaye , d'Argenfon,
Conſeillers d'Etat ,&un
Maistre des Requeſtes pour
faire le rapport : ce futau ſujet
d'une Requête que les Jeſuitos
avoient preſentée auRoi ,dans
laquelle ils demandoient qu'il
leur fût permis d'heriter, comme
les Peres de l'Oratoire , ou
dumoinsqu'en cas qu'ils vinf
ſent à fortir de la Societé , ils
puſſente rentrer dans leurs
GADANK . 273
biens .Ils obtintent qu'ils heristeroient
; mais à condition
qu'ils feroient leursvoeux àl'agede
33.ans , & que s'ils par
foient ce tems ſans les faire, il
ne leur feroit plus permis de
fucceder. Le foir à fixheuresle
Roi alla à la promenade , Madame
la Duchefile deBerry accompagnée
d'un grand nombre
de Dames l'alla joindre
dans le para ; les carrioles fuivirent
les Dames , afin que ,
quand elles ſeroient laffes ,elles
puffent fe faire traîner de même
que le Roi , qui eſt ſur un
fauteüil à trois rouës qu'il con.
274 MERCURE
duit lui-même , & qui eft par
derriere pouffé pardeux Suif
fes. M. le Ducd'Orleans marchoit
toûjours à colté de Sa
Majeſté. La promenade finie
Madame la Ducheſſe deBerry
rentra dans fon appartement
, fuivie de toutes les
Dames ; les Seigneurs de la
Cour s'y rendirent , & l'on
commença le jeu qui dura jul
ques à 10. heures ; ce qui a
toûjours eſté de même pent
dant tout le ſéjour que laCout
a- fait à Verfailles. Le 6. le
Roy alla dîner à Trianon, Le
7. pendant le dînédu Roy il y
GALANT. 275
eût un tres -beau concert dans
la cour de marbre ,pour la
reception de Filidor le fils qui
fut receu Timbalier des plaifirs
du Roy , il y avoit plufieurs
trompettes , flutes douces
,haut bois , violons ,baffes
deviole ,& autres fortes d'inf-
*truments qui joüerent de fort
beaux airs . Le 8. veille de la
Pentecofte , le Roy ſe rendit
à to heures du matin à la
Chapelle, revêtu de l'habit ,
manteau,& collier de l'Ordre,
il y communia par les mains
de M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , les coins
26
276 MERCURE
6
de la nappe de communion
furent tenus du coſté de l'Autel
par M. l'Abbé de Sourches,
& par M. l'Abbé d'Argentté
ſes Aumoſniers . Du coſté de
S. M. par M. le Prince de
Dombes , &par M. le Comte
d'Eu. Le Roy aprés avoir en
tendu une ſeconde Meſſe , ſe
rendit dans la Gallerie des
Princes , où il toucha plus de
mille malades ,& l'apreſdinée
àdeux heures &demie , il ſe
rendit à la Chapelle pour y
entendre les Veſpres qui furent
chantées par la muſique :
il avoit d'un coſté , Madame la
GALANT. 277
Ducheffe de Berry, Meſdemoifelles
de Charollois , & de
Clermont &de l'autre M.
le Duc d'Orleans , M. le Prince
deConty , M. le Prince de
Dombes , & M. le Comte
d'Eu à coté du Prié Dicu
fur la droite eſtoit M. le Car
dinal de Rohan Grand Aumoſnier
, en foutanne , &
manteau long couleur de feu ,
M. l'Abbé de Sourches , &
M. l'Abbé d'Argentré Aumoſniers
en habits longs ; fur
la gauche M. le Cardinal de
Polignac auffi en foutanne ,
&manteau long couleur de
278 MERCURE
feu ; M. l'Abbé de Caftres ,&
M.l'Abbé deRougetAumofniers
de Madame la Ducheffe
deBerry , eſtoient auſſi en habits
longs entre le Prié - Dieu
duRoy& cette Princeffe.Der
riere le Roy eſtoit M. le Duc
de Charroft , Capitaine des
Gardes ; derriere Madame la
Ducheſſe de Berry , Madame
la Duchefſe de S. Simon fa
Dame d'Honneur ,&derriere
M. le Duc d'Orleans , M. le
Marquis d'Eſtampes fon Capitaine
desGardes. Le9 . jour
de la Pentecofte , Madame la
Ducheſſede Berry ſe rendit à
GALANT. 279
onzeheuresdu matin à la Chapelle
pour y faire ſes devotions,
les coins de la nappe de
communion furent tenus du
coſté droit par M. l'Abbé de
Rouget fon Aumofnier , &
par Madame la Ducheſſe de
S. Simon ſa Damed'Honneur,
du coſté gauche par M. l'Abbé
Davejan , & par Madame
la Ducheſſe de Louvigny. Le
Royſe rendit auffi à onzeheures
& demie à la Chapelle ,
revêtu de l'habit de l'Ordre ,
precedé de M. le Duc d'Orleans
, des Princes & Chevaliers
de l'Ordre tous en ha280
MERCURE
A
bits de ceremonie pour y entendre
la Meſſe qui fut chantée
en Muſique. Le Roy retourna
encore à deux heures
&demic à laChapelle , accom
pagnéde Madame la Ducheſſe
de Berry , deM. le Ducd'Or-
Icans , deMadame la Princeſſe,
des Princes ,&Princeſſes pour
y entendre le ſermon de M.
l'Abbé Hardoüin , que M. le
Dauphin entendit aufli à coſté
du Roy ; on entendit enſuite
les Vepres qui furent chantées
par la Muſique , chacun Le plaça
felon ſon rang comme le
jour precedent. Madame la
Ducheffe
GALANT. 281
Duchefle deTalard fit la queſte
ce jour-là.
On ſçut que la veille le Roy
avoit donné l'Abbaye de faint
Vaaſt d'Arras à M. le Cardinal
de Rohan , & celle d'Anchin
àM. le Cardinal de Polignac
, l'Abbaye aux Bois à
Madame deHarlay,celle deBagnols
à Madame deClefmes ,
celle des Alloys à Madame Pichon
, celle de ſaint Jeoire à
Madame du Baye,& le Prieuré
deChaſteau- Thierry à Madamede
Beaulieu.
Le dix aprés le levé S. M.
trouva à l'entrée du cabinet
Juin1715. Aa
282
1
MERCURE
M. l'Evêque de Meaux qu'il fit
entrer. Ge Prelat s'étant baillé
ôta ſa calote & le Roy lui
mitlacaloterouge ſur la teſte,
&l'embraſla ; cette Eminence
parut enſuite à la Mefle aveç
la calore rouge & fans Croix ,
ayant ofté celle d'Evêque qu'il
porroit auparavant. Lo 1.le
General des Benedictins eûraudience
du Roy dans ſon cabi,
net aprés le levé , il y cût ce
jour là quantité d'Etrangers ,
tous les Ambaſſadeurs y
étoient , de même que plur
fieurs Evêques, le nombre des
Courtulans for fi grand , qu'à
LA
1
GALANT. 285
peine pouvoient- ils tenir dans
la Tribune. Madame l'Ambaſſadriced
Hollande , &Mademoiſelle
ſa fille allerent àmi
di à la toilette de Madame la
Ducheffe de Berry poù ily cûc
grand nombre de Dames ,M.
le Maréchal de Villeroy &
pluſieurs autres Seigneurs y
étoient auffi. Le 12 il y cût
une tres belle ſymphoniepen
dant le dîné du Roy qui partic
à trois heures pour Marly.
Madame la Ducheſſe de Berry
partit à fix heures , emmena
avec elle dans ſon carroffe
Mesdames les Duchefles de
Aaij
284 MERCURE
S. Simon & de Chaulnes ,&
trois autres Dames; les autres
ſe mirent dans les carroffes de
cette Princeffe qui tiendra le
falon pendant le ſéjour deMar
ly ; on doit chaffer les Lundy,
Jeudy& Samedy ; cette Prin
cellc accompagnera le Roy
avec toutes les Dames à cheval
vetuës en Amazones comme
ellentedand
Fermer
3472
p. 284-290
De Paris.
Début :
Le Jeudy 6. de ce mois à neuf heures du matin l'Assemblée [...]
Mots clefs :
Commissaires, Assemblée, Prince, Roi, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris.
TuoqueDeParisinalak t
Le Jeudy 6. de ce mois à
neufheures du matin l'Affembléedu
Clergé qui ſe tient au
Convent des Grands Auguf
GALANT
tins , ayant eſté avertic que
Meſſieurs lesCommiflaires du
Royeſtoient arrivez , M. l'Archevêque
de Narbonne,Prefident,
a nommé M. l'Archevêqued'Aix
,Meffieurs lesEvê
ques d'Orleans,d'Avranches ,
de Sarlat ,d'Agde , d'Auxerre,
de Noyon , de Marſeille ,de
Seez , & de Lavaur ; & Mefſieurs
les Abbez de Rochebon
ne , Deſmaretz , d'Avaugour
de Roüillé , de Cathelan , de
Sommery , de S. Andiol d'Oppede
, de Maniban , &
Chavigny , pour aller les rece.d
voir ,ce qu'ils ont fait à l'en
de
286 MERCURE
trée de l'aîle du Cloiſtre qui
eſt prés de la porte de l'Eglife
qui va au Sanctuaire .
Dans la marche chaqua
Commiſſaireeſtoit entre deux
Evêques & deux Députez du
ſecond ordre. Eſtants entrez
dans la Salle de l'Aſſemblée ils
ſe ſont placez dans des fau
teils qui leur avoient eſté
preparez vis à vis des Prefi
dents de l'Aſſemblée...
Make Pelletier qui estoit le
plus ancien des Commiſſaires
a porté la parole & a fait un
diſcours tres éloquent auquel
M. l'Archevêque de Narbon
GALANT. 287
ne a répondu en des termes
tres convenables à la dignité
de l'Affemblée 43
cupEnfuite Meffieurs les
Commiſſaires du Roy , qui
eſtoientMeffieurs le Pelletier,
Dagueſſeau , de Pontchartrain,
Defmaretz ,& le Goux
de la Berchere de la Rochepot
font fortis ,& ont eſté recon
duits par les meſmes perſonnes
&avec les meſmes honneurs
qu'ils avoient receus en arrivant.
1 Le 13. Meſſieurs les mêmes
Commiffaires du Roy ont retourné
à l'Aſſemblée , où ils
288 MERCURE
-
ont eſté receus par les mefmes
perſonnes & de la mefme
maniere que lors qu'ils y
eſtoient allez la premiere fois.
Monfieur le Pelletier a fait au
nom du Roy , la demande
de douze millions de dongratuit
:Meſſieurs les Commiſſaires
du Roy s'eftant enſuite
retirez dans une des fallesde
la maiſon , l'Aſſemblée a deli
beré d'accorder au Roy ledon
gratuit de douze millions ,
&Meſſieurs les Deputez qui
avoient eſté audevant de
Meſſieurs les Commiſſaires du
Roy , ont eſté les informer
dc
GALANT. 289
de la déliberation que laCompagnie
venoit de rendre tout
d'une voix, pour donner des
marques de ſon empreſſement
& de fon zele pour le ſervice
de Sa Majeſté.
Le Prince Royal de Pologne
, partitle 15. de ce mois
pour aller viſiter les Villes les
plus confiderables du Royaume.
Ce Prince a receu de Sa
Majefté d'éclatantes marques
de ſon eſtime & de ſa tendreſſe
, & quelques jours
avant fon départ , une épée
enrichie de diamants d'un tres
grand prix . Je ne vous diray
Juin 1715 . Bb
:
290 MERCURE
:
qu'une fimple verité à la
loüange de ce Prince ; & cette
verité fera par tout fon éloge
comme icy , c'est qu'il s'eſt
fait univerfellement estimer
& aimer , & qu'il est forti de
cetteVille , reſpecté , confideré
,®retté de tout le
monde.
M.le Palatin de Livonie
GrandMaître de ſa maiſon ,
un des plus illuftres & des plus
grands Seigneurs de Pologne
partit avec luy ,après avoir
rempli la Cour & la Ville d'unetres
juſte& haute idée de
fes vertus
Le Jeudy 6. de ce mois à
neufheures du matin l'Affembléedu
Clergé qui ſe tient au
Convent des Grands Auguf
GALANT
tins , ayant eſté avertic que
Meſſieurs lesCommiflaires du
Royeſtoient arrivez , M. l'Archevêque
de Narbonne,Prefident,
a nommé M. l'Archevêqued'Aix
,Meffieurs lesEvê
ques d'Orleans,d'Avranches ,
de Sarlat ,d'Agde , d'Auxerre,
de Noyon , de Marſeille ,de
Seez , & de Lavaur ; & Mefſieurs
les Abbez de Rochebon
ne , Deſmaretz , d'Avaugour
de Roüillé , de Cathelan , de
Sommery , de S. Andiol d'Oppede
, de Maniban , &
Chavigny , pour aller les rece.d
voir ,ce qu'ils ont fait à l'en
de
286 MERCURE
trée de l'aîle du Cloiſtre qui
eſt prés de la porte de l'Eglife
qui va au Sanctuaire .
Dans la marche chaqua
Commiſſaireeſtoit entre deux
Evêques & deux Députez du
ſecond ordre. Eſtants entrez
dans la Salle de l'Aſſemblée ils
ſe ſont placez dans des fau
teils qui leur avoient eſté
preparez vis à vis des Prefi
dents de l'Aſſemblée...
Make Pelletier qui estoit le
plus ancien des Commiſſaires
a porté la parole & a fait un
diſcours tres éloquent auquel
M. l'Archevêque de Narbon
GALANT. 287
ne a répondu en des termes
tres convenables à la dignité
de l'Affemblée 43
cupEnfuite Meffieurs les
Commiſſaires du Roy , qui
eſtoientMeffieurs le Pelletier,
Dagueſſeau , de Pontchartrain,
Defmaretz ,& le Goux
de la Berchere de la Rochepot
font fortis ,& ont eſté recon
duits par les meſmes perſonnes
&avec les meſmes honneurs
qu'ils avoient receus en arrivant.
1 Le 13. Meſſieurs les mêmes
Commiffaires du Roy ont retourné
à l'Aſſemblée , où ils
288 MERCURE
-
ont eſté receus par les mefmes
perſonnes & de la mefme
maniere que lors qu'ils y
eſtoient allez la premiere fois.
Monfieur le Pelletier a fait au
nom du Roy , la demande
de douze millions de dongratuit
:Meſſieurs les Commiſſaires
du Roy s'eftant enſuite
retirez dans une des fallesde
la maiſon , l'Aſſemblée a deli
beré d'accorder au Roy ledon
gratuit de douze millions ,
&Meſſieurs les Deputez qui
avoient eſté audevant de
Meſſieurs les Commiſſaires du
Roy , ont eſté les informer
dc
GALANT. 289
de la déliberation que laCompagnie
venoit de rendre tout
d'une voix, pour donner des
marques de ſon empreſſement
& de fon zele pour le ſervice
de Sa Majeſté.
Le Prince Royal de Pologne
, partitle 15. de ce mois
pour aller viſiter les Villes les
plus confiderables du Royaume.
Ce Prince a receu de Sa
Majefté d'éclatantes marques
de ſon eſtime & de ſa tendreſſe
, & quelques jours
avant fon départ , une épée
enrichie de diamants d'un tres
grand prix . Je ne vous diray
Juin 1715 . Bb
:
290 MERCURE
:
qu'une fimple verité à la
loüange de ce Prince ; & cette
verité fera par tout fon éloge
comme icy , c'est qu'il s'eſt
fait univerfellement estimer
& aimer , & qu'il est forti de
cetteVille , reſpecté , confideré
,®retté de tout le
monde.
M.le Palatin de Livonie
GrandMaître de ſa maiſon ,
un des plus illuftres & des plus
grands Seigneurs de Pologne
partit avec luy ,après avoir
rempli la Cour & la Ville d'unetres
juſte& haute idée de
fes vertus
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3473
p. 291-292
« Je ne sçay, Madame, si je suis maintenant quitte avec [...] »
Début :
Je ne sçay, Madame, si je suis maintenant quitte avec [...]
Mots clefs :
Chanson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne sçay, Madame, si je suis maintenant quitte avec [...] »
Je ne ſçay , Madame , fi je
ſuis maintenant quitte avec
vous , de l'indulgence quevous
avez cuë pour moi ,& je vous
trouve bienheureuſe , ſi jene
vous ay pas impatienté plus
d'une fois. Mais je ſuis encore,
dites-vous , à vôtre difcretion,
&vous prétendez que je vous
paye d'une façon , ou d'une autre
, tout ce que vous m'avez
gagné. Rendez moy ſolvable,
&je vous payerai comptant.
La monnoye des Auteurs eſt à
peu prés comme celledes Singes
,les uns payent ſouvent en
fotiſes ,& les autres engamba-
Bbij
292 MERCURE
des. De quelle façon en voulez-
vous? je vous entends;vous
me demandez une Chanfon ,
deux Enigmes , & un Compliment.
Soit. Vous allez être
ſervie ſans delay.
ſuis maintenant quitte avec
vous , de l'indulgence quevous
avez cuë pour moi ,& je vous
trouve bienheureuſe , ſi jene
vous ay pas impatienté plus
d'une fois. Mais je ſuis encore,
dites-vous , à vôtre difcretion,
&vous prétendez que je vous
paye d'une façon , ou d'une autre
, tout ce que vous m'avez
gagné. Rendez moy ſolvable,
&je vous payerai comptant.
La monnoye des Auteurs eſt à
peu prés comme celledes Singes
,les uns payent ſouvent en
fotiſes ,& les autres engamba-
Bbij
292 MERCURE
des. De quelle façon en voulez-
vous? je vous entends;vous
me demandez une Chanfon ,
deux Enigmes , & un Compliment.
Soit. Vous allez être
ſervie ſans delay.
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3474
p. 294-297
« Vous ferez, Madame, de ce petit avis l'usage qu'il vous [...] »
Début :
Vous ferez, Madame, de ce petit avis l'usage qu'il vous [...]
Mots clefs :
Diamant brut, Trois dés, Huître à l'écaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous ferez, Madame, de ce petit avis l'usage qu'il vous [...] »
Vous ferez , Madame , de
ce petit avis l'uſage qu'il vous
plaira ; mais ſi vous m'en
croyez , vous ne tarderez pas à
le ſuivre , fi tant eſt que vous
ne l'ayez pas ſuivi, Vous ſericz
bien à plaindre , & je ſerois
bien fâché fi ce doute vous
offenſoit. Je me garderois
même fort de vous donner
un tel conſeil ,s'il eſtoit poffi
ble à un mortel de mon humeur
, de vous propofer autre
choſe que des plaiſirs ; mais
nous avons un certain temps
à paſſer dans la vie , où noſtre
inclination l'emporte preſque
GALANT 295
toûjours ſurnos reflexions : &
nous ne ſommes ſouvent ſages
que lorſque nousn'avons plus
que des raiſons pour l'être.
Que vous ſemble de ce petit
trait de morale , Madame , ne
le trouvez vous pas joliment
enplace? Non, dites vous , hé
bien trêve de raiſonnements
clairs & ferieux ,& paflons fi
vous voulez à une autre façon
de raiſonner plus obfcure.
Vous comprenez ſans doute
que je veux vous parler du
Chapitre des Enigmes . Cela
eft vray. Je vous diray done
queles mots de celles du mois
Bb iij
296 MERCURE
paſſe eſtoient .
Le Diamant brute .
Les troisDez.
Et l'Huitre à l'écaille..
Les noms de ceux qui les
ont deviné , font.
La Divine Aftrée , & les trois
Graces , le curieux antique ,
jadis beau tenebreux , Bazile
Contraſtin Chevalier Seigneur
de Limagnes ſoupirant
pour une groſſe dondon de
Creteil , les deux bons amis
l'Eſclache & Pélard , qui refuſent
un déjeûner de l'Auteur
Mademoiselle Bonneville &
fon petit coufin Grancour
,
:
GALANT. 29.7
de la ruë des Priſonniers ,
l'obligeant Deffaudrais , Janneton
la revêche , ſoeur de l'aimable
Treſoriere de la ruë
neuve S. Honoré , la Maîtreſſe
à Follete , la Tendre Tourterelle
, le Friand yvrogne , &
l'adroit & penetrant Zulfalis .
ce petit avis l'uſage qu'il vous
plaira ; mais ſi vous m'en
croyez , vous ne tarderez pas à
le ſuivre , fi tant eſt que vous
ne l'ayez pas ſuivi, Vous ſericz
bien à plaindre , & je ſerois
bien fâché fi ce doute vous
offenſoit. Je me garderois
même fort de vous donner
un tel conſeil ,s'il eſtoit poffi
ble à un mortel de mon humeur
, de vous propofer autre
choſe que des plaiſirs ; mais
nous avons un certain temps
à paſſer dans la vie , où noſtre
inclination l'emporte preſque
GALANT 295
toûjours ſurnos reflexions : &
nous ne ſommes ſouvent ſages
que lorſque nousn'avons plus
que des raiſons pour l'être.
Que vous ſemble de ce petit
trait de morale , Madame , ne
le trouvez vous pas joliment
enplace? Non, dites vous , hé
bien trêve de raiſonnements
clairs & ferieux ,& paflons fi
vous voulez à une autre façon
de raiſonner plus obfcure.
Vous comprenez ſans doute
que je veux vous parler du
Chapitre des Enigmes . Cela
eft vray. Je vous diray done
queles mots de celles du mois
Bb iij
296 MERCURE
paſſe eſtoient .
Le Diamant brute .
Les troisDez.
Et l'Huitre à l'écaille..
Les noms de ceux qui les
ont deviné , font.
La Divine Aftrée , & les trois
Graces , le curieux antique ,
jadis beau tenebreux , Bazile
Contraſtin Chevalier Seigneur
de Limagnes ſoupirant
pour une groſſe dondon de
Creteil , les deux bons amis
l'Eſclache & Pélard , qui refuſent
un déjeûner de l'Auteur
Mademoiselle Bonneville &
fon petit coufin Grancour
,
:
GALANT. 29.7
de la ruë des Priſonniers ,
l'obligeant Deffaudrais , Janneton
la revêche , ſoeur de l'aimable
Treſoriere de la ruë
neuve S. Honoré , la Maîtreſſe
à Follete , la Tendre Tourterelle
, le Friand yvrogne , &
l'adroit & penetrant Zulfalis .
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3475
p. 301-303
Compliment de l'Auteur à sa Dame. [titre d'après la table]
Début :
L'honneur de vous écrire m'est si cher, Madame, & le [...]
Mots clefs :
Madame, Mélancolie, Lutins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de l'Auteur à sa Dame. [titre d'après la table]
L'honneur de vous écrire
m'eſt ſicher , Madame ,& le
plaifirdevous entretenir m'occupe
ſi agréablement , que je
continuërois à le faire juſqu'à
demain , ſi je ne craignois pas
certains accés de melancolic
où je tombe au moins une fois
le mois ,&je ſens , quelque effort
que je faffe , pour diſſiper
cette humeur noire , que c'eſt
aujourd'hui mon jour. L'inutilité
de mes travaux ſe repreſente
à mon imagination ſous
une figure qui me chagrine ,
les remords capricieux de
mon eſprit viennent en foule
302 MERCURE
me reprocher l'innocence de
mon éducation. Avec vos infi
pides vers & voſtre proſe mediocre
tout au plus , me diſent
ces Lutins,que prétendez vous
faire ? au lieu de chiffres comme
les autres ! * Les chofes magnifiques
&flatenses que diſent
les Auteurs, de tous ceux qui leur
peuvent faire du bien , leur font
preſque toûjours inutiles .
Leur merite est toujours connus
Mais les grands Seigneurs font
étranges, :
Et quiſubſiſte de loüanges , ...
Vit avec peu de revenu.
*
Le Louis d'or à Mademoiselle de Soudery:
GALANT. 303
Cela eſt peut ettre vrai, mais
ce n'eſt pas ma faute.Auteſte,
Madame , fi je ne vous tiens
pas aujourd'hui entierement
parole fur tous les points de
ma dedicace , c'eſt pour ne pas
tout dire en unjour. Dans trois
mois nous reprendrons la converſation
& nous la continuërons
fur le ton qu'il vous plaira.
Je ſuis , en attendant , tresrefpectueuſements
MADAME ,
Voſtre tres - humble & tresobeïſfant
ferviteur le Chevalier
de , &c.
m'eſt ſicher , Madame ,& le
plaifirdevous entretenir m'occupe
ſi agréablement , que je
continuërois à le faire juſqu'à
demain , ſi je ne craignois pas
certains accés de melancolic
où je tombe au moins une fois
le mois ,&je ſens , quelque effort
que je faffe , pour diſſiper
cette humeur noire , que c'eſt
aujourd'hui mon jour. L'inutilité
de mes travaux ſe repreſente
à mon imagination ſous
une figure qui me chagrine ,
les remords capricieux de
mon eſprit viennent en foule
302 MERCURE
me reprocher l'innocence de
mon éducation. Avec vos infi
pides vers & voſtre proſe mediocre
tout au plus , me diſent
ces Lutins,que prétendez vous
faire ? au lieu de chiffres comme
les autres ! * Les chofes magnifiques
&flatenses que diſent
les Auteurs, de tous ceux qui leur
peuvent faire du bien , leur font
preſque toûjours inutiles .
Leur merite est toujours connus
Mais les grands Seigneurs font
étranges, :
Et quiſubſiſte de loüanges , ...
Vit avec peu de revenu.
*
Le Louis d'or à Mademoiselle de Soudery:
GALANT. 303
Cela eſt peut ettre vrai, mais
ce n'eſt pas ma faute.Auteſte,
Madame , fi je ne vous tiens
pas aujourd'hui entierement
parole fur tous les points de
ma dedicace , c'eſt pour ne pas
tout dire en unjour. Dans trois
mois nous reprendrons la converſation
& nous la continuërons
fur le ton qu'il vous plaira.
Je ſuis , en attendant , tresrefpectueuſements
MADAME ,
Voſtre tres - humble & tresobeïſfant
ferviteur le Chevalier
de , &c.
Fermer
3476
p. 304-307
AVERTISSEMENT.
Début :
Je vous serois fort obligé, Messieurs, si vous vouliez m'envoyer [...]
Mots clefs :
Mémoires, Bureaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Je vous ferois fort obligé ,
Meffieurs ,fivous vouliez m'envoyer
vos Memoires pluſtoſt que
vous nefaites. Je les reçois prefque
toûjours àla fin du mois,mais
je vais mon chemin , commeſije
ne m'y attendois pas , &cet inconvenient
qui est un effet de vôtre
lenteur &de ma diligence ,
vous êteſouventle plaifir de voir
imprimer vos Ouvrages ; mais
j'ayun expedient à vous propofer
là deſſus.J'établis trois Bureaux
dans Paris , où l'on recevrafidelement
GALANT. 305
ment &difcretement tous lesMemoires
que l'on m'enverra.
Le premier eft chez les fieurs
Follet erLameſle , mes tres chers
Imprimeurs &Libraires , au bout
du Pont S. Michel , du coſtédu
Marché Neuf. Ce Bureau eft
établi pour ceux qui ne voudront
pas eftre connus , &qui n'auront
que faire àl' Auteur du Mercure
Galant.
Le ſecond est chez moy , dans
la maison duſieur Maffet , Perruquier,
fur le quay dela Megifferie
, celui ci est pour ceux qui
voudront raiſonnerſur voudront r touteforte
de matiere , examiner leurs Ou
Juin 1715 . Cc
306 MERCURE
vrages , les corriger avec moi ,&
empêcher qu'ils ne soient quelquefois
mis au rebut.
Le troifiéme qui est à mongré
leprincipal , &le meilleurde tous
mes Bureaux , eft chez le Capi
taine Rhumbe Sofiet , fameux
gourmet,Marchand de Vin àla
petite Magdelaine, ruë de Buffy.
Je tiendrai chez lui mes grands
jours ,&j'yferai aßautde Litterature
dans tous les genres , de
relations de voyages , de recits
galants , de plaisirs honneſtes ,
avec tous ceux qui jugeront àpropos
des'y defennuïer avecmoi.Le
fuur Sofiet à qui je vous adreße ,
GALANT. 307
Meffieurs, est un galant homme ,
qui dit quand il peut , les plusjolies
chofes du monde. Au reste ne chofes du mo
vousfcandaliſez pas que je vous
envoye au cabaret. Je vousprouverois
aisément qu'ily a auffipen
de mal ày aller , qu'au Caffé
Je vous ferois fort obligé ,
Meffieurs ,fivous vouliez m'envoyer
vos Memoires pluſtoſt que
vous nefaites. Je les reçois prefque
toûjours àla fin du mois,mais
je vais mon chemin , commeſije
ne m'y attendois pas , &cet inconvenient
qui est un effet de vôtre
lenteur &de ma diligence ,
vous êteſouventle plaifir de voir
imprimer vos Ouvrages ; mais
j'ayun expedient à vous propofer
là deſſus.J'établis trois Bureaux
dans Paris , où l'on recevrafidelement
GALANT. 305
ment &difcretement tous lesMemoires
que l'on m'enverra.
Le premier eft chez les fieurs
Follet erLameſle , mes tres chers
Imprimeurs &Libraires , au bout
du Pont S. Michel , du coſtédu
Marché Neuf. Ce Bureau eft
établi pour ceux qui ne voudront
pas eftre connus , &qui n'auront
que faire àl' Auteur du Mercure
Galant.
Le ſecond est chez moy , dans
la maison duſieur Maffet , Perruquier,
fur le quay dela Megifferie
, celui ci est pour ceux qui
voudront raiſonnerſur voudront r touteforte
de matiere , examiner leurs Ou
Juin 1715 . Cc
306 MERCURE
vrages , les corriger avec moi ,&
empêcher qu'ils ne soient quelquefois
mis au rebut.
Le troifiéme qui est à mongré
leprincipal , &le meilleurde tous
mes Bureaux , eft chez le Capi
taine Rhumbe Sofiet , fameux
gourmet,Marchand de Vin àla
petite Magdelaine, ruë de Buffy.
Je tiendrai chez lui mes grands
jours ,&j'yferai aßautde Litterature
dans tous les genres , de
relations de voyages , de recits
galants , de plaisirs honneſtes ,
avec tous ceux qui jugeront àpropos
des'y defennuïer avecmoi.Le
fuur Sofiet à qui je vous adreße ,
GALANT. 307
Meffieurs, est un galant homme ,
qui dit quand il peut , les plusjolies
chofes du monde. Au reste ne chofes du mo
vousfcandaliſez pas que je vous
envoye au cabaret. Je vousprouverois
aisément qu'ily a auffipen
de mal ày aller , qu'au Caffé
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3477
s. p.
TABLE.
Début :
Dedicace où l'Auteur s'épanoüit. 3 Imprudence de Britannicus [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Dedicace où l'Auteur s'épa
noüit. 3
Imprudence de Britannicus reparéepar
l'EmpereurGeta. 9.
Matricule des Arrhes de Legitimation
établi par un decret de
l'EmpereuràVienne. 17
Copie d'une Lettre écritedeMalthe.
37
Nouvelles de Londres... 62
De Varsovie. 64
DeHambourg. 66
i
TABLE.
•DeVienne. 68
DeVenise. 69
De Madrid. 74
DeRome. 79
Odefur la Nobleffe. 81
Lettre critique de M. l'Abbé de
Pons àM. Dufresny furfa
Comedie du Lotsupposé. 89
Raisonnement merveilleux de
V'Auteur ,ſuivi d'uneHistoire
originale. 106
Autre raisonnement de l'Auteur
fuivi d'un Dialogue magnifique
entre Iris , Mercure &
un Moderne. 141
Modeste repartie de l'Auteur à
l'Epigramme quel Auteurdu
TABLE.
gala
Vert galant a eu la bonté de .
Lui adreßer le mois paffé. 189
Errata au milieu du Livre ou
•pluſtoft Etourderie de l' Auteur
reparéefi bien que mal , par
unRenvoy. 194
Morts. 196
Mariages. 215
Relationde la Ceremonie du Mariage
de laPrinceffe bereditaire
de Suede Ulrique-Eleonore ,
avec Frederik Prince heredi...
taire de Heffe Caßel. 226
Lifte des Officiers Generaux que
leGrandMaistre afait àMalthe
le 17. du mois paffé. 240
Abjuration de la Dame Garnier
TABLE .
1
fameuſe Calviniſte, dans l'Eglife
de S. Martin de Blois.
247
Discours ferieux de l'Auteur.
248
CinqSonnets furles Bouts-rimez
du mois passé. 250
Bouts- rimez à remplir. 259
Bouquet du tendre er fideleM.
de la Rochelle àfon Iris. 261
Journal historique &curieux des
nouvelles de la Cour. 267
Nouvellesde Paris. 284
Chanson. 292
Chapitre des Enigmes. 297
Complimen ompliment de l'Auteur à fa
Dame.
Avertiſſement.
301
304
Dedicace où l'Auteur s'épa
noüit. 3
Imprudence de Britannicus reparéepar
l'EmpereurGeta. 9.
Matricule des Arrhes de Legitimation
établi par un decret de
l'EmpereuràVienne. 17
Copie d'une Lettre écritedeMalthe.
37
Nouvelles de Londres... 62
De Varsovie. 64
DeHambourg. 66
i
TABLE.
•DeVienne. 68
DeVenise. 69
De Madrid. 74
DeRome. 79
Odefur la Nobleffe. 81
Lettre critique de M. l'Abbé de
Pons àM. Dufresny furfa
Comedie du Lotsupposé. 89
Raisonnement merveilleux de
V'Auteur ,ſuivi d'uneHistoire
originale. 106
Autre raisonnement de l'Auteur
fuivi d'un Dialogue magnifique
entre Iris , Mercure &
un Moderne. 141
Modeste repartie de l'Auteur à
l'Epigramme quel Auteurdu
TABLE.
gala
Vert galant a eu la bonté de .
Lui adreßer le mois paffé. 189
Errata au milieu du Livre ou
•pluſtoft Etourderie de l' Auteur
reparéefi bien que mal , par
unRenvoy. 194
Morts. 196
Mariages. 215
Relationde la Ceremonie du Mariage
de laPrinceffe bereditaire
de Suede Ulrique-Eleonore ,
avec Frederik Prince heredi...
taire de Heffe Caßel. 226
Lifte des Officiers Generaux que
leGrandMaistre afait àMalthe
le 17. du mois paffé. 240
Abjuration de la Dame Garnier
TABLE .
1
fameuſe Calviniſte, dans l'Eglife
de S. Martin de Blois.
247
Discours ferieux de l'Auteur.
248
CinqSonnets furles Bouts-rimez
du mois passé. 250
Bouts- rimez à remplir. 259
Bouquet du tendre er fideleM.
de la Rochelle àfon Iris. 261
Journal historique &curieux des
nouvelles de la Cour. 267
Nouvellesde Paris. 284
Chanson. 292
Chapitre des Enigmes. 297
Complimen ompliment de l'Auteur à fa
Dame.
Avertiſſement.
301
304
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Début :
L'air doit regarder la page 292 [...]
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THEQUR DEL
YON
292
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THEQUR DEL
YON
292
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3479
p. 3-8
Prelude nouveau. [titre d'après la table]
Début :
MADEMOISELLE, Vous êtes curieuse, c'est vrayement fort bien fait [...]
Mots clefs :
Lettre, Mademoiselle
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texteReconnaissance textuelle : Prelude nouveau. [titre d'après la table]
ADEMOISELLE,
Vous cccs curieuse
,
c'est
vrayement fort bien fait, & il
sied toujours bien aux jeunes
personnes de comme vous, vouloir s'instruirede bonneheure,
des affaires dumon,
deVous vous adressàmoy
pourcela, & vous avez raifipn,
puisque je suis, en dépit
des uns,& fous le bon plaisir
des autres ,
le porte fciiillc dix
Public. Il y ades tems 'où le
hazard me remplie d'assez
bonnes choses,& d'autres, ou
les Nouvelles serieuses & galantes
sont plus steriles& plus
froides; mais vous [avcz qu'il
faut
, comme l'on dit, prendre
letemscommeil vient:
J'avois refolud'abord devous
té.rirc une Lettre rendre, parcequej'ay
connu du premier
coup d'oeil les heureuses dispositions
que vous avez à la rendresse.
je le ferois encore ,
si
tout le monde avoit ce doux
penchant comme vous; mais
ce monde dont je dois vous entretenir
,
Mademoiselle
,
est
plein de Censeursqui ne font
le plus souvent guere amoureux
,
& les beaux discours
que je vous tiendrois sur ce
Chapitre, ne manqueroient
pas d'êtreépluchez
,
épiloguez,
& dénigrez d'un bout à
l'autre, par l'insatiable critique;
ainsi croyezmoy , en attendant
que je vous écrive une
Lettre que je feray sur que
vous ne montrerez pas à tous
les Curieux, comme celle ci,
lisez sans consequencetoutce
que je vais vous presenter. Ily
aura cependant (& je vous le
dis entre nous deux) de l'amour
par-cy ,
par-là, si vous
m'entendez comme je le fouhatte,
vous en ferez l'application
qui nous conviendra Ne
rougissez pas de cette proposition
,
j'cn ay dit autant à bien
d'autres, sans qu'il en ait été
ni plus ni moins: & vous sereztoûjours
la Maîtressede me
faire rentrer dans mon devoir.
sivousvousappercevez que je
m'écartequelquefois des bornes
de la discretion que me
prescrivent les égards que je
vous dois. Votia ma dedaraoori
qui ne une paroît pas mal
troussee
,
je vous donne trois
mois pour étudier la réponle
quevousiugerez à propos de
me faire.Si je n'avois pas l'honneur
de vous connoître plus
particulièrement que la Dame
du mois passé
,
je vous la demanderois
tout à l'heure pour
faire connoissance ; mais cela
lûtt pas necessaire, & nous
avons, tous deux le tems d'aclehdres
je vous invite ccpcndaot-
à- lire autre:chose, nous
reprendronsnôtretextequand ilnous plaira.
Vous cccs curieuse
,
c'est
vrayement fort bien fait, & il
sied toujours bien aux jeunes
personnes de comme vous, vouloir s'instruirede bonneheure,
des affaires dumon,
deVous vous adressàmoy
pourcela, & vous avez raifipn,
puisque je suis, en dépit
des uns,& fous le bon plaisir
des autres ,
le porte fciiillc dix
Public. Il y ades tems 'où le
hazard me remplie d'assez
bonnes choses,& d'autres, ou
les Nouvelles serieuses & galantes
sont plus steriles& plus
froides; mais vous [avcz qu'il
faut
, comme l'on dit, prendre
letemscommeil vient:
J'avois refolud'abord devous
té.rirc une Lettre rendre, parcequej'ay
connu du premier
coup d'oeil les heureuses dispositions
que vous avez à la rendresse.
je le ferois encore ,
si
tout le monde avoit ce doux
penchant comme vous; mais
ce monde dont je dois vous entretenir
,
Mademoiselle
,
est
plein de Censeursqui ne font
le plus souvent guere amoureux
,
& les beaux discours
que je vous tiendrois sur ce
Chapitre, ne manqueroient
pas d'êtreépluchez
,
épiloguez,
& dénigrez d'un bout à
l'autre, par l'insatiable critique;
ainsi croyezmoy , en attendant
que je vous écrive une
Lettre que je feray sur que
vous ne montrerez pas à tous
les Curieux, comme celle ci,
lisez sans consequencetoutce
que je vais vous presenter. Ily
aura cependant (& je vous le
dis entre nous deux) de l'amour
par-cy ,
par-là, si vous
m'entendez comme je le fouhatte,
vous en ferez l'application
qui nous conviendra Ne
rougissez pas de cette proposition
,
j'cn ay dit autant à bien
d'autres, sans qu'il en ait été
ni plus ni moins: & vous sereztoûjours
la Maîtressede me
faire rentrer dans mon devoir.
sivousvousappercevez que je
m'écartequelquefois des bornes
de la discretion que me
prescrivent les égards que je
vous dois. Votia ma dedaraoori
qui ne une paroît pas mal
troussee
,
je vous donne trois
mois pour étudier la réponle
quevousiugerez à propos de
me faire.Si je n'avois pas l'honneur
de vous connoître plus
particulièrement que la Dame
du mois passé
,
je vous la demanderois
tout à l'heure pour
faire connoissance ; mais cela
lûtt pas necessaire, & nous
avons, tous deux le tems d'aclehdres
je vous invite ccpcndaot-
à- lire autre:chose, nous
reprendronsnôtretextequand ilnous plaira.
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3480
p. 8-49
Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Début :
Trouvez bon, Monsieur, qu'en retour de ces nouvelles écrites [...]
Mots clefs :
Prince, Ambassadeur, Roi, Marquis, Gentilshommes, Ministre, Carosse, Princes, Prince du Piémont, Honneur, Audience, Palais, Armes, Dame, Comte, Maître des cérémonies, Chevaux, Turin, Gouverneur, Sang, Ambassadrice, Ministre, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Lettre d'unGentilhomme
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
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3481
p. 49-52
« M le Marquis de Prie dont il est parlé dans cette Relation [...] »
Début :
M le Marquis de Prie dont il est parlé dans cette Relation [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Chevaliers
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texteReconnaissance textuelle : « M le Marquis de Prie dont il est parlé dans cette Relation [...] »
M le Marquis de Priedont ilcft parlé dans cette Relation
et le chef du nom & des ar-
-idUde sa maison) originaire
de Berry;mais établie depuis
quelques siecles en Normandie,
& sans entrer dans le détail
de sa genealogie qui me
mencroit trop loin
,
je me
contenteray de vous dire qu'il
y a peu de Maisons dans ces
deux Provinces, plus anciennes
,mieux alliées, & plus
illustrées. Ce que la Maison de
Prie a de singulier, c'est qu'elle
trouve sa filiation & ses preuves
dans les sourcespubliques,
& dans les Historiens, ou dan$
le Tresor des Chartres, & la
Chambredes Comptes. Tous
ses Ancêtres ont servi &tous
ont fcrvi avec distinction,&
des Commandemens honorables.
Ils portoient le titre de
Chevaliers dés le commencement
du 13. siecle, levoient
Banniere,& avoient dans leurs
Compagnies d'hommes d'Armes
,
nombre de Chevaliers
& d'Ecuyers,comme on le
peutvoir dans l'Histoiredes
Grands Officiers de la Couronne
,
& comme j'cfperc vous le
faire voir dans la premiere occasson
que j'aurai de vous parler
de cet Ambassadeur ,qui
s'est rendu aussi agréable au
Prince auprèsduquel il reside,
qu'au Royqui la honoré de la
qualité de son Ambassadeur.
et le chef du nom & des ar-
-idUde sa maison) originaire
de Berry;mais établie depuis
quelques siecles en Normandie,
& sans entrer dans le détail
de sa genealogie qui me
mencroit trop loin
,
je me
contenteray de vous dire qu'il
y a peu de Maisons dans ces
deux Provinces, plus anciennes
,mieux alliées, & plus
illustrées. Ce que la Maison de
Prie a de singulier, c'est qu'elle
trouve sa filiation & ses preuves
dans les sourcespubliques,
& dans les Historiens, ou dan$
le Tresor des Chartres, & la
Chambredes Comptes. Tous
ses Ancêtres ont servi &tous
ont fcrvi avec distinction,&
des Commandemens honorables.
Ils portoient le titre de
Chevaliers dés le commencement
du 13. siecle, levoient
Banniere,& avoient dans leurs
Compagnies d'hommes d'Armes
,
nombre de Chevaliers
& d'Ecuyers,comme on le
peutvoir dans l'Histoiredes
Grands Officiers de la Couronne
,
& comme j'cfperc vous le
faire voir dans la premiere occasson
que j'aurai de vous parler
de cet Ambassadeur ,qui
s'est rendu aussi agréable au
Prince auprèsduquel il reside,
qu'au Royqui la honoré de la
qualité de son Ambassadeur.
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3482
p. 52-53
« Vous me remerciez, Mademoiselle, de la lecture que vous venez [...] »
Début :
Vous me remerciez, Mademoiselle, de la lecture que vous venez [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Vous me remerciez, Mademoiselle, de la lecture que vous venez [...] »
Vous me remerciez, Mademoiselle
,
de la lecture que
vous venezde faire 1jevousen
sçais bon gré. Tant que je
vous donneray
,
dites-vous,
des morceaux comme celui là
vous les lirez tous, vrayement
cela ca fort obligeant;maisil
n'est pas encore temps de me
remercier, & j'ay tant d'autres
jolies choses à vous conter
,que je pa evois, si vous ne
m'interrompez pas d'avantage,
que je ne pourray mettre
vos remerciements que par
Apoftillc à la fin de ma Lettre,
ainsi foit.
,
de la lecture que
vous venezde faire 1jevousen
sçais bon gré. Tant que je
vous donneray
,
dites-vous,
des morceaux comme celui là
vous les lirez tous, vrayement
cela ca fort obligeant;maisil
n'est pas encore temps de me
remercier, & j'ay tant d'autres
jolies choses à vous conter
,que je pa evois, si vous ne
m'interrompez pas d'avantage,
que je ne pourray mettre
vos remerciements que par
Apoftillc à la fin de ma Lettre,
ainsi foit.
Fermer
3483
p. 53-61
Le Secret du rajeunissement, Livre nouveau, annoncé d'une façon nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Je ne sçaurois rentrer plus agreablement en matiere, qu'en [...]
Mots clefs :
Livre, Vie, Secret, Rajeunissement
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texteReconnaissance textuelle : Le Secret du rajeunissement, Livre nouveau, annoncé d'une façon nouvelle. [titre d'après la table]
Je ne fçaurois rentrer plus
agréablement en matiere
, qu'en vous annonçant les
moyens d'arriver à laplus heureuse&
à laplus longue vie;
vous en trouverez le favorable
secret dans un Livre qui se
vend au Palais chez la veuve
Charpentier à la Couronne
d'or, au milieu qe la grande
Salle; & sur le Quay des AuguHJn
chez le ficur le Comte,
à la Ville de Montpellier.
Ce Livie est affiché depuis
peu fousle titre d'Hilloire des-
Personnes qui ont vécu plusieurssiecles
,& qui ontrajeuni
,
Avec lesecret du Rajeunissement,
tiré du célébréArnauld de
Villeneuve, Medecin du treiiéme
Siecle.
Cet Ouvrage cil: de Monsieur
de LongeilleHarcouet:
il l'a écrit avec une précision si
claire,& remplie dune si valtc
érudition iur 1 Antiquité ,la
Phiîofo|:hie,laTheologie,1a
M ~dvCine
,
l' A gronomie ,&
sur l'Histoire Sacrée & Prophane
, que quand r. L cture
nnneulferoit pas, pat la richelTe
du sujet, elle ferait plaiifr.,
par les faits curieux& instructifs,
danslesquelselle oblige
d'entrer.
Le Livre dont je parle, vous
paroîtra varié de mille choses
brillantes. L'immortalité du
premier homme y en traitée
avec des découvertes jusqu'ici
inconnues :la durée des premières
années du monde est
absolument éclaircie: on y
rapporte un nombre de Rois,
de Suivants , & d'autres personnes
recompensées de treslongs
jours :lesVertusa&entre
autres, la Temperance,s'y
trouvent l'appui de la longue
vie: on y montre les lien* qui
la peuvent procurer
a
&l'on
marque lessenrimens des plus
fameux Theologiens sur son
étendue :la Médaille sur la
naissance de Loiiis le Grand n'y
cil pas oubliée
1
& à son fujec
onciteun nombred'autoritez
sur les causes de la longue
vie: le rajeunissementyestabsolument
discuté d'une manière
assez insinuante pour le
faire esperer: on n'y obmet pas
ceux qu'on croit avoir er-e rajeunis;
& l'on finie par le fecret
admirable qui poudroie
operer ce grand oeuvre. On
donne enfin des regles pour
prolonger la vie, par les recherches
de ce que la Médecine
univerlellea de plus specifique;
en forte que ces matieres
également bienapprofondies,
font voir que Monsieur de
Longeville Harcoü et n'a pas
perdu son huile à manier une
quantité de Volumes dont il
nomme les Auteurs,aprésune
Prefacequesacunosité faitaccuser
de trop de brevcté.
L'Auteur nous y diten passant
,
qu'il est redevable de la
certitude de quelques évencments
, au Roy d'Angleterre
Jacques second
, qui luy fit
l'honneur de l'en éclaircir. Ce
fut à la priere de Monsieur
frece deLoüs le Grande , pour
lequel il avoir l'honneur de
travailler dés1698. à la description
de la belle Maison de
S Cloud,& à l'échange de la
Duché,donc les Ouvrages lui
font restez inutils.
Onn.i la perte de Monsieur
eûtmoins affligé ce qui étoit
en relation avec la Cour, le
Public en éprouveroit le malheur
,puisque privé d'un Ouvrage
qui par le stile de Monsieurde
Longeville Harcoüet
cât fait sentir (jusques dans
l'eloignement) ces vifs agréments
du plus beau lieu du
monde: leur description luy
eût sans doute produit autres
choses
-
que des loüanges steriles
, qui deviennent fumée,
quand on a l'infortune ( obeiC.
fant aux plus grands Princes)
de n'avoir bien travaillé qu'à
ses propres dépens.
Lavie del'homme
,
& les
desirsde le rétablir prefquc
dans son ancienne immortalité,
font le principal objet du
Livre de Monsieur de Longeville
Harcoü : a cc compte il
n'y a pet sonne qui ne luy soit
redevable de ses veilles; aussi
a t on vû sonOuvrageavec le
plaisir qui asseure une pleine
réüssite;témoin l'exrrait tresétendu
qu'en a fait aussitostle
Journal des Sçavants: ne restantàMonsieurdeLongeville
(comme luy disoit un grand
Archevêque
,
qui preside aujourd'huy
au plus illustre & au
plus ravanr Corps du Royaume
) qu'à composer un autre
Livre qui enseigne à bien mourir
; afin de merirer tout ce
qu'on peut attendre de la decouverte
des seu les sciences
veritablement utiles à la creature
raisonnable; elles consistent
à vivre heureusement ÔC
longuement,&de mourir ensuite
de la mort des Justes , c'est tout dite.
agréablement en matiere
, qu'en vous annonçant les
moyens d'arriver à laplus heureuse&
à laplus longue vie;
vous en trouverez le favorable
secret dans un Livre qui se
vend au Palais chez la veuve
Charpentier à la Couronne
d'or, au milieu qe la grande
Salle; & sur le Quay des AuguHJn
chez le ficur le Comte,
à la Ville de Montpellier.
Ce Livie est affiché depuis
peu fousle titre d'Hilloire des-
Personnes qui ont vécu plusieurssiecles
,& qui ontrajeuni
,
Avec lesecret du Rajeunissement,
tiré du célébréArnauld de
Villeneuve, Medecin du treiiéme
Siecle.
Cet Ouvrage cil: de Monsieur
de LongeilleHarcouet:
il l'a écrit avec une précision si
claire,& remplie dune si valtc
érudition iur 1 Antiquité ,la
Phiîofo|:hie,laTheologie,1a
M ~dvCine
,
l' A gronomie ,&
sur l'Histoire Sacrée & Prophane
, que quand r. L cture
nnneulferoit pas, pat la richelTe
du sujet, elle ferait plaiifr.,
par les faits curieux& instructifs,
danslesquelselle oblige
d'entrer.
Le Livre dont je parle, vous
paroîtra varié de mille choses
brillantes. L'immortalité du
premier homme y en traitée
avec des découvertes jusqu'ici
inconnues :la durée des premières
années du monde est
absolument éclaircie: on y
rapporte un nombre de Rois,
de Suivants , & d'autres personnes
recompensées de treslongs
jours :lesVertusa&entre
autres, la Temperance,s'y
trouvent l'appui de la longue
vie: on y montre les lien* qui
la peuvent procurer
a
&l'on
marque lessenrimens des plus
fameux Theologiens sur son
étendue :la Médaille sur la
naissance de Loiiis le Grand n'y
cil pas oubliée
1
& à son fujec
onciteun nombred'autoritez
sur les causes de la longue
vie: le rajeunissementyestabsolument
discuté d'une manière
assez insinuante pour le
faire esperer: on n'y obmet pas
ceux qu'on croit avoir er-e rajeunis;
& l'on finie par le fecret
admirable qui poudroie
operer ce grand oeuvre. On
donne enfin des regles pour
prolonger la vie, par les recherches
de ce que la Médecine
univerlellea de plus specifique;
en forte que ces matieres
également bienapprofondies,
font voir que Monsieur de
Longeville Harcoü et n'a pas
perdu son huile à manier une
quantité de Volumes dont il
nomme les Auteurs,aprésune
Prefacequesacunosité faitaccuser
de trop de brevcté.
L'Auteur nous y diten passant
,
qu'il est redevable de la
certitude de quelques évencments
, au Roy d'Angleterre
Jacques second
, qui luy fit
l'honneur de l'en éclaircir. Ce
fut à la priere de Monsieur
frece deLoüs le Grande , pour
lequel il avoir l'honneur de
travailler dés1698. à la description
de la belle Maison de
S Cloud,& à l'échange de la
Duché,donc les Ouvrages lui
font restez inutils.
Onn.i la perte de Monsieur
eûtmoins affligé ce qui étoit
en relation avec la Cour, le
Public en éprouveroit le malheur
,puisque privé d'un Ouvrage
qui par le stile de Monsieurde
Longeville Harcoüet
cât fait sentir (jusques dans
l'eloignement) ces vifs agréments
du plus beau lieu du
monde: leur description luy
eût sans doute produit autres
choses
-
que des loüanges steriles
, qui deviennent fumée,
quand on a l'infortune ( obeiC.
fant aux plus grands Princes)
de n'avoir bien travaillé qu'à
ses propres dépens.
Lavie del'homme
,
& les
desirsde le rétablir prefquc
dans son ancienne immortalité,
font le principal objet du
Livre de Monsieur de Longeville
Harcoü : a cc compte il
n'y a pet sonne qui ne luy soit
redevable de ses veilles; aussi
a t on vû sonOuvrageavec le
plaisir qui asseure une pleine
réüssite;témoin l'exrrait tresétendu
qu'en a fait aussitostle
Journal des Sçavants: ne restantàMonsieurdeLongeville
(comme luy disoit un grand
Archevêque
,
qui preside aujourd'huy
au plus illustre & au
plus ravanr Corps du Royaume
) qu'à composer un autre
Livre qui enseigne à bien mourir
; afin de merirer tout ce
qu'on peut attendre de la decouverte
des seu les sciences
veritablement utiles à la creature
raisonnable; elles consistent
à vivre heureusement ÔC
longuement,&de mourir ensuite
de la mort des Justes , c'est tout dite.
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3484
p. 61-62
« Que j'ay d esprit, Mademoiselle, n'en admirez-vous [...] »
Début :
Que j'ay d esprit, Mademoiselle, n'en admirez-vous [...]
Mots clefs :
Esprit
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texteReconnaissance textuelle : « Que j'ay d esprit, Mademoiselle, n'en admirez-vous [...] »
Que j'ay d'esptit, Madetnoifelle
,
n'en admirezvous
pas la gentillesse
,
& n'êtesvous
pas charmée de la magnisicence
de cette dissertation.
Avoiiez que j'ay tourné avec
tout l'artimaginable cette façon
de vous annoncer un Liyfle
nouveau. Voyezsi je m'y
prendray aussi bien à vous en
annoncer encore un autre.
,
n'en admirezvous
pas la gentillesse
,
& n'êtesvous
pas charmée de la magnisicence
de cette dissertation.
Avoiiez que j'ay tourné avec
tout l'artimaginable cette façon
de vous annoncer un Liyfle
nouveau. Voyezsi je m'y
prendray aussi bien à vous en
annoncer encore un autre.
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3485
p. 62-67
Explication historique des Fables, seconde Edition, augmentée d'un Volume ; autre Livre nouveau. [titre d'après la table]
Début :
Explication historique des Fables, 2e. édition, augmentée d'un Volume [...]
Mots clefs :
Fables, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : Explication historique des Fables, seconde Edition, augmentée d'un Volume ; autre Livre nouveau. [titre d'après la table]
Explicationhistorique des
Fables, 2e. édition,augmentée
d'un Volume,chez le Breton
, Quay Malaquais,à rAigle
d'or.
L'accuëil favorable que le
publicsit à la premiereédition
decet Ouvrage
,
dont l'utilité
est si universelle, a porté M.
l'Abbé Banier de l'Academie
Royale des Inscriptions, qui
en est l'Auteur
,
à joindre de
nouvelles découvertes à celles
qui avoient déjà paru; il a
éclairci -& a
<
approfondi plusieurs
sujets qu'il n'avoir, pour
ainsi dire
,
fait qu'ébaucher,
il a traité de nouvelles matieres
qu'il avoirnégligées, & a outre
cela ajoûté cinq nouveaux
entretiens;les augmentations
repanduës dans presque toutes
les pages du Livre
,
l'ont fait
augmenter du prix de moitié,
& il croit lavoir nilsen état
de mériter l'estime que le Public
lui avoit déja accordée.
Il n'etf pas possible d'entrer
ici dans le détail d'un Ouvrage
si rempli, il suffit de remarquer
que la methode de lAuteur
cft de ramener àIhiHoirc
&àla chronologie, les Fables
de l'AntiquitéPayenne, & d'en
éloigner lesinsipidesallegories
qui sont plÛfÔC le fruit de l'imagination
des Aureurs de la
Mitologie, que le fondement
du Systême PoSËtique;& il faut
avoüer que l'esprit est saisi d'un
étonnement agréable
, en
voyant que le systêmeoù l'on
arépandu tant de merveilleux,
n'est que l'abregé de l histoire
de cet ancien tems ,
qu'on a
nomméFabuleux
,
& qu'on
auroit mieux fait d'appeller
Heroïque
,
suivant la remarque
du sçayant Scahger , puifquc
ccft
c'est à luy que se rapportent
toutes les actions de ces premiers
Heros qui ont fondédes
Colonies dans differens Pays,
& appris aux hommes alors
fort grossiers,les Arts les plus
necessaires à la vie.
Tout le monde convient
que la connoissance de la Fable
est necessaire à tous ceux qui
veulent s'appliquer aux Belles
Lettres, puisque sans elle on
auroit dela peine à faireaucun
progrés dans la lecture des
Poëtes, qui y font desallusions
à tout moment. Les sujets de
nosPoëmes dramatiques en
fonr aussi presque tous tirez
ainsique nos plus belles peinturcs,
& on n'aura pas de peine
a convenir que la curiosité
la plus vive, quand on sçait la
Fable,est celle quinousporte
à vouloir en penetrer lemystere.
C'estce qu'apprend avec
beaucoup de méthodele Livre
dont je vous par le ici; l'Auteury
a rassemblé au sujet de
chaque Fable ce que les meilleure
Auteursanciens & modernes
en ont dit; il y a joint
sesconjecteures, & a répandu
par tout aflfcz d'agrément pour
réparée la secheresse des étymologies
& des autres traits
d'érudition qu'on est obligé
d'employer dans une matière
comme celle dont il s'agir dans
cet Ouvrage également necessaire
& curieux.
Fables, 2e. édition,augmentée
d'un Volume,chez le Breton
, Quay Malaquais,à rAigle
d'or.
L'accuëil favorable que le
publicsit à la premiereédition
decet Ouvrage
,
dont l'utilité
est si universelle, a porté M.
l'Abbé Banier de l'Academie
Royale des Inscriptions, qui
en est l'Auteur
,
à joindre de
nouvelles découvertes à celles
qui avoient déjà paru; il a
éclairci -& a
<
approfondi plusieurs
sujets qu'il n'avoir, pour
ainsi dire
,
fait qu'ébaucher,
il a traité de nouvelles matieres
qu'il avoirnégligées, & a outre
cela ajoûté cinq nouveaux
entretiens;les augmentations
repanduës dans presque toutes
les pages du Livre
,
l'ont fait
augmenter du prix de moitié,
& il croit lavoir nilsen état
de mériter l'estime que le Public
lui avoit déja accordée.
Il n'etf pas possible d'entrer
ici dans le détail d'un Ouvrage
si rempli, il suffit de remarquer
que la methode de lAuteur
cft de ramener àIhiHoirc
&àla chronologie, les Fables
de l'AntiquitéPayenne, & d'en
éloigner lesinsipidesallegories
qui sont plÛfÔC le fruit de l'imagination
des Aureurs de la
Mitologie, que le fondement
du Systême PoSËtique;& il faut
avoüer que l'esprit est saisi d'un
étonnement agréable
, en
voyant que le systêmeoù l'on
arépandu tant de merveilleux,
n'est que l'abregé de l histoire
de cet ancien tems ,
qu'on a
nomméFabuleux
,
& qu'on
auroit mieux fait d'appeller
Heroïque
,
suivant la remarque
du sçayant Scahger , puifquc
ccft
c'est à luy que se rapportent
toutes les actions de ces premiers
Heros qui ont fondédes
Colonies dans differens Pays,
& appris aux hommes alors
fort grossiers,les Arts les plus
necessaires à la vie.
Tout le monde convient
que la connoissance de la Fable
est necessaire à tous ceux qui
veulent s'appliquer aux Belles
Lettres, puisque sans elle on
auroit dela peine à faireaucun
progrés dans la lecture des
Poëtes, qui y font desallusions
à tout moment. Les sujets de
nosPoëmes dramatiques en
fonr aussi presque tous tirez
ainsique nos plus belles peinturcs,
& on n'aura pas de peine
a convenir que la curiosité
la plus vive, quand on sçait la
Fable,est celle quinousporte
à vouloir en penetrer lemystere.
C'estce qu'apprend avec
beaucoup de méthodele Livre
dont je vous par le ici; l'Auteury
a rassemblé au sujet de
chaque Fable ce que les meilleure
Auteursanciens & modernes
en ont dit; il y a joint
sesconjecteures, & a répandu
par tout aflfcz d'agrément pour
réparée la secheresse des étymologies
& des autres traits
d'érudition qu'on est obligé
d'employer dans une matière
comme celle dont il s'agir dans
cet Ouvrage également necessaire
& curieux.
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3486
p. 67-82
Trente Loüis d'or à gagner. [titre d'après la table]
Début :
L'art d'un faiseur d'Histoire ne consiste pas à inventer des [...]
Mots clefs :
Montre, Louis, Compliment, Dame, Louis d'or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trente Loüis d'or à gagner. [titre d'après la table]
L'art d'un faiseur d'Histoire
ne consiste pas à inventer des
chosessi merveilleuses
,
qu'ifa^
sortent de lavray semblance,
mais à conter legerement &
d'une manière nouvelle des
choses communes. Le monde
est plein de ces avantures dont
tout le merite ne roule fouvent
que sur unseul trait,ou
sur un bon mot. Il ne faut pas
plus de rems pour les reciter
que pour lire une Epigramme.
Ce ne sont pas les plus mauvasses
: mais lorsqu'on a une
vaste carriere à remplir,&qu'-
on est obligé dette prolixe,
pour ne pas tomber dans le
deffaut de n'avoir rien à dire,
la libertédel'Episode devient
alors un droit de l'Auteur. A
la bonne heure s'il vient à bout
de la coudre heureusement à
son sujet ; tant pis pour ses
Lecteurs& pour luy quandil
y manque. C'est ce qui n'arrive
pourtant que trop souvent,
& c'est cc que j'appréhende
tous les jours Tâchons cependant
d'éviter cet écuëil
, &
contons le plus sagement que
nous pourrons, un petit évenement
assez délicat.
Voicy,Mademoiselle
,
de
quoi il s'agit.
Deux Dames se promenant
un jour dans les Tuilleries,
resolurent entre elles, d'attendre
quela nuit fut venuë, pour
se donner dans la grande allée
de ce jardin un air d'Avantulieres
qui les divertit à bon
escient, aux dépens des premiers
galans que le hazard letts
presenteroit. Eiles n'étoient
pas encore bien faites à ce manege,
& leur apprentissage devoir
naturellement leur couter
quelque chose.
Elles avoient entendu dire
que rien n'est plus agréable
que les petites façons de ces
godelureaux esfrontez qui
vont à la petite guerrre à la
faveur du silence & des ombres
de la nuit; & le recit qu'-
on leur avoit fait de l'accueil
& des compliments de cesMesficurs)
les rendit si curieuses,
que rien ne pûr mieux les satisfaire,
que ce qui leur arriva.
Dés que la nuit cût à plomb
répandusessombres voilessur l'étenduedecejardin,
elles s'enfoncerent
d'un pas leger dans le
milieu de la grande allée, elles
cûrent d abord le chagrin
,
de voir plusieurs poltrons paffer
& repasser inutilement fous
leur vent. En vérité
,
dit la
charmante Climene, à la belle
Cloris,quecesallées & venuës
desesperoient comme elle
,
je croy qu'il nous reste, ma
chere
, un air de noblesse & un
fond de timidité, qui nous dérobent
toutes nos conquêtes.
Défaisonsnous de cette bizarre
façon de nous promener , commes'il faisoitjour encore,
separons nous, & allons reconnoistre
& braver même,
s'il le faut
,
les lâches qui
n'osent nous attaquer. Vrayement,
dit Cloris, vous avez
raison,j'avois le même dessein
que vous,& j'allois vous
le proposer,si vous ne m'aviez
prévenu. Aussi tostellessedétachèrent
l'une d'un costé
l'autre d'un , autre,aprèss'être
promis de se rejoindre, si la
bonne foy des gens qu'elles
cherchoienc
,
alloit jusqu'à
l'insulte. Elles eurent à peine
fait
fait dix pas ,
qu'elles furent
rencontrées chacune par un
Cavalier,qui leur direntavec
beaucoup de politesse ( comme
s'ils s'étoient donnez le
mot d'employer tous deux les
mêmes termes) bon soir ma
bonne:quoyque la nuit soit
fort obscure, je ne laisse pas
d'entrevoir que vous n'êres pas
tant déchirée.Oh Monsieur,
( c'est la faute de celui qui m'a
conté cette Histoire, si je ne
leur fait pas faire à chacune
un compliment à part) oh
Monsieur dis-je, répondirentelles,
vous estes bien honnête.
Asseurement
, ma belle, reprirent
ces Messieurs
, en leur
mettant au moinslamain fous
le menton, & accompagnant
leurs discours de quelques
petiteslibertez,dont je suis
obligé de sevrer mon recit,
il ne tient qu'à vous que nous
fassions toutà l'heure une partie
de souper;Bon, dirent ces
Dames, qui venoient de se rejoindre,
& qui regardoient la
proposition d'un souper donc
elles n'avoient que faire, comme
la plus impertinente proposition
du monde.Vous vous
mocquez de nous, & vous
ressemblez à ce fade amoureux
qui loin de profiter de la liberté
d'untête àtêtequ'il avoit
un jour avec sa Maîtresse ,luy
dit fortement qu'il se trouveroit
fort heureux,s'il pouvoit
la tenir au milieu d'un bois:
gardez vostresouper pour
d'autres,Messieurs
, & nous
laissezen paix. Ah ! vous le
prenez surce ton là,reprirent
les Cavaliers ( àquices paroles
servirent de leçon ) parbleu
mesDames,vous , ne souperez
pas, puis qu'eneffet il n'est
pas icy question de fou per.
Cependant, la conversation
changea d'objet les deux
couples se séparerent encore,
&s'enentretinrent prés d'une
demie heure, avec promesse
avant de se quitter,
de le revoir le lendemain au
même endroit, & a la même
heure. Aussiroit: compliment
bref, coute reverence,
& le bon foir des deux costez.
Un de ces Cavaliers dans la
chaleur de la déclaration ,
avoit en gesticulant senti sous
sa main, la montre de sa Dame
,
tenté par je ne sçay quel
esprit, ill'avoit détachée sans
peine , & mis adroitement
dans sa poche. De retour en
samaison, il visite son bijou,
& voit à l'instant une ticsbelle
montre d'or d'un travail
admirable
,
& enrichie de plusieurs
petirs ornements qu'on
attache aux montres Angloises.
Ventrebleu, dit-il, si toutes
les nippes de mon avanturiere
ressemblent à celle cy ,t!
faut qu'elle soit entretenue par
un grand Seigneur, ou plutôc
par un riche Partisan. De pareilles
aubaines ne se trouvent
pas tous les jours, tenonsnous
en à celle-cy
,
& ne retournons
pas au rendez vous.
Le lendemain avant midy fr,
trouvant dans les ruës de Paris,
il voit partout affiché trente
Loüis d'or à gagner pour celui
ou celle qui rendra une montre
Angloise perduëlaveille
dans les Tulleries. M. L. C.
D. S. S. les payera comptant
au porteur de ladite montre.
Quand ce Monsieur auroit
trouvé un des sacs de Loüis
d'or échappez le premier de ce
mois, de la valize de M. de
Montargis, quand il lesauroit
même trouvez tous quatre,il
les auroir prudemment ramassé
& emporté sans s'en vanter,
parce qu'il n'est pas glorieux.
Aussi ses démarches pour la
restitution de la montre,firent
bien voir à quel point il étoit
discret. Illaissa pendant quelques
jours afficher tant qu'on
voulut, & garda à boncompte
lebijou tant qu'illuy plût.
Cependantlas à la fin de voir
affichessur affiches, &: de regarder
son larcin comme une
faveur extrême de la Fortune
il , semit en tête de connoistre
au moins la Dame à qui il l'avoir
fait. Autre petite friponerie
qui valoit bien la premiere.
Pour cette effet il se rendit
chez M. L C. D S. S. àqui il
dit qu'il voyoit depuisquelquetemps
dans Paris desaffiches
pour une montre,qu'on
reclamoit
,
& qu'il en sçavoit
des nouvelles; mais que celui
qui l'avoir trouvéesefaisoit un
scrupule de la rendre à d'autres
qu'à la personne qui l'avoic
perduë,&que ce n'étoit qu'à ce
prix, qu'on pourroit la ravoir.
M L.CD.S.S.sutaussitôtchez
laDame à qui elle appartenoir,
illuy dit qu'un G.milhomme
de bonnemine étoit venu luy
asseurer qu'on estoit prest de
luy rendre sa montre , pourveu
qu'elle consentit à la recevoir
elle-mêmedela main de
celuy quil'avoir trouvée. Cette
Dame qui étoitassurement
moins timide qu'une Bourgeos
se ne l'eûtété en pareille
occasion, dit qu'elle approuvoit
fort la prudence de ce
Monsieur
,
& qu'elle luy sçavoir
gré de ce qu'il exigeoit
d'elle. Le lendemain le Gentilhomme
averti par M. L C.
D. S. S. alla chez la Dîme
luy , sie une profonde reverence
,
& un compliment fort
gracieux, luv demanda les
trente Loüis stipulez dans les
affiches,& l'interest dutemps
qui couroit depuis le jour
qu'elle avoir perdu samontre.
La Dame le receut à merveille,
luy donna sidelement les trente
Louis en question,reprit sa
montre ,& luy dit de bonne
foy,& d'un air accompagné
de toutes les graces imaginables,
qu'elle le laissoit le M'JÎtre
des interests courrans. Le
Cavalier compta de son mieux
àquoy cela pouvoir se monter,
& la Dame consentit à faire
encore les frais du compte.
ne consiste pas à inventer des
chosessi merveilleuses
,
qu'ifa^
sortent de lavray semblance,
mais à conter legerement &
d'une manière nouvelle des
choses communes. Le monde
est plein de ces avantures dont
tout le merite ne roule fouvent
que sur unseul trait,ou
sur un bon mot. Il ne faut pas
plus de rems pour les reciter
que pour lire une Epigramme.
Ce ne sont pas les plus mauvasses
: mais lorsqu'on a une
vaste carriere à remplir,&qu'-
on est obligé dette prolixe,
pour ne pas tomber dans le
deffaut de n'avoir rien à dire,
la libertédel'Episode devient
alors un droit de l'Auteur. A
la bonne heure s'il vient à bout
de la coudre heureusement à
son sujet ; tant pis pour ses
Lecteurs& pour luy quandil
y manque. C'est ce qui n'arrive
pourtant que trop souvent,
& c'est cc que j'appréhende
tous les jours Tâchons cependant
d'éviter cet écuëil
, &
contons le plus sagement que
nous pourrons, un petit évenement
assez délicat.
Voicy,Mademoiselle
,
de
quoi il s'agit.
Deux Dames se promenant
un jour dans les Tuilleries,
resolurent entre elles, d'attendre
quela nuit fut venuë, pour
se donner dans la grande allée
de ce jardin un air d'Avantulieres
qui les divertit à bon
escient, aux dépens des premiers
galans que le hazard letts
presenteroit. Eiles n'étoient
pas encore bien faites à ce manege,
& leur apprentissage devoir
naturellement leur couter
quelque chose.
Elles avoient entendu dire
que rien n'est plus agréable
que les petites façons de ces
godelureaux esfrontez qui
vont à la petite guerrre à la
faveur du silence & des ombres
de la nuit; & le recit qu'-
on leur avoit fait de l'accueil
& des compliments de cesMesficurs)
les rendit si curieuses,
que rien ne pûr mieux les satisfaire,
que ce qui leur arriva.
Dés que la nuit cût à plomb
répandusessombres voilessur l'étenduedecejardin,
elles s'enfoncerent
d'un pas leger dans le
milieu de la grande allée, elles
cûrent d abord le chagrin
,
de voir plusieurs poltrons paffer
& repasser inutilement fous
leur vent. En vérité
,
dit la
charmante Climene, à la belle
Cloris,quecesallées & venuës
desesperoient comme elle
,
je croy qu'il nous reste, ma
chere
, un air de noblesse & un
fond de timidité, qui nous dérobent
toutes nos conquêtes.
Défaisonsnous de cette bizarre
façon de nous promener , commes'il faisoitjour encore,
separons nous, & allons reconnoistre
& braver même,
s'il le faut
,
les lâches qui
n'osent nous attaquer. Vrayement,
dit Cloris, vous avez
raison,j'avois le même dessein
que vous,& j'allois vous
le proposer,si vous ne m'aviez
prévenu. Aussi tostellessedétachèrent
l'une d'un costé
l'autre d'un , autre,aprèss'être
promis de se rejoindre, si la
bonne foy des gens qu'elles
cherchoienc
,
alloit jusqu'à
l'insulte. Elles eurent à peine
fait
fait dix pas ,
qu'elles furent
rencontrées chacune par un
Cavalier,qui leur direntavec
beaucoup de politesse ( comme
s'ils s'étoient donnez le
mot d'employer tous deux les
mêmes termes) bon soir ma
bonne:quoyque la nuit soit
fort obscure, je ne laisse pas
d'entrevoir que vous n'êres pas
tant déchirée.Oh Monsieur,
( c'est la faute de celui qui m'a
conté cette Histoire, si je ne
leur fait pas faire à chacune
un compliment à part) oh
Monsieur dis-je, répondirentelles,
vous estes bien honnête.
Asseurement
, ma belle, reprirent
ces Messieurs
, en leur
mettant au moinslamain fous
le menton, & accompagnant
leurs discours de quelques
petiteslibertez,dont je suis
obligé de sevrer mon recit,
il ne tient qu'à vous que nous
fassions toutà l'heure une partie
de souper;Bon, dirent ces
Dames, qui venoient de se rejoindre,
& qui regardoient la
proposition d'un souper donc
elles n'avoient que faire, comme
la plus impertinente proposition
du monde.Vous vous
mocquez de nous, & vous
ressemblez à ce fade amoureux
qui loin de profiter de la liberté
d'untête àtêtequ'il avoit
un jour avec sa Maîtresse ,luy
dit fortement qu'il se trouveroit
fort heureux,s'il pouvoit
la tenir au milieu d'un bois:
gardez vostresouper pour
d'autres,Messieurs
, & nous
laissezen paix. Ah ! vous le
prenez surce ton là,reprirent
les Cavaliers ( àquices paroles
servirent de leçon ) parbleu
mesDames,vous , ne souperez
pas, puis qu'eneffet il n'est
pas icy question de fou per.
Cependant, la conversation
changea d'objet les deux
couples se séparerent encore,
&s'enentretinrent prés d'une
demie heure, avec promesse
avant de se quitter,
de le revoir le lendemain au
même endroit, & a la même
heure. Aussiroit: compliment
bref, coute reverence,
& le bon foir des deux costez.
Un de ces Cavaliers dans la
chaleur de la déclaration ,
avoit en gesticulant senti sous
sa main, la montre de sa Dame
,
tenté par je ne sçay quel
esprit, ill'avoit détachée sans
peine , & mis adroitement
dans sa poche. De retour en
samaison, il visite son bijou,
& voit à l'instant une ticsbelle
montre d'or d'un travail
admirable
,
& enrichie de plusieurs
petirs ornements qu'on
attache aux montres Angloises.
Ventrebleu, dit-il, si toutes
les nippes de mon avanturiere
ressemblent à celle cy ,t!
faut qu'elle soit entretenue par
un grand Seigneur, ou plutôc
par un riche Partisan. De pareilles
aubaines ne se trouvent
pas tous les jours, tenonsnous
en à celle-cy
,
& ne retournons
pas au rendez vous.
Le lendemain avant midy fr,
trouvant dans les ruës de Paris,
il voit partout affiché trente
Loüis d'or à gagner pour celui
ou celle qui rendra une montre
Angloise perduëlaveille
dans les Tulleries. M. L. C.
D. S. S. les payera comptant
au porteur de ladite montre.
Quand ce Monsieur auroit
trouvé un des sacs de Loüis
d'or échappez le premier de ce
mois, de la valize de M. de
Montargis, quand il lesauroit
même trouvez tous quatre,il
les auroir prudemment ramassé
& emporté sans s'en vanter,
parce qu'il n'est pas glorieux.
Aussi ses démarches pour la
restitution de la montre,firent
bien voir à quel point il étoit
discret. Illaissa pendant quelques
jours afficher tant qu'on
voulut, & garda à boncompte
lebijou tant qu'illuy plût.
Cependantlas à la fin de voir
affichessur affiches, &: de regarder
son larcin comme une
faveur extrême de la Fortune
il , semit en tête de connoistre
au moins la Dame à qui il l'avoir
fait. Autre petite friponerie
qui valoit bien la premiere.
Pour cette effet il se rendit
chez M. L C. D S. S. àqui il
dit qu'il voyoit depuisquelquetemps
dans Paris desaffiches
pour une montre,qu'on
reclamoit
,
& qu'il en sçavoit
des nouvelles; mais que celui
qui l'avoir trouvéesefaisoit un
scrupule de la rendre à d'autres
qu'à la personne qui l'avoic
perduë,&que ce n'étoit qu'à ce
prix, qu'on pourroit la ravoir.
M L.CD.S.S.sutaussitôtchez
laDame à qui elle appartenoir,
illuy dit qu'un G.milhomme
de bonnemine étoit venu luy
asseurer qu'on estoit prest de
luy rendre sa montre , pourveu
qu'elle consentit à la recevoir
elle-mêmedela main de
celuy quil'avoir trouvée. Cette
Dame qui étoitassurement
moins timide qu'une Bourgeos
se ne l'eûtété en pareille
occasion, dit qu'elle approuvoit
fort la prudence de ce
Monsieur
,
& qu'elle luy sçavoir
gré de ce qu'il exigeoit
d'elle. Le lendemain le Gentilhomme
averti par M. L C.
D. S. S. alla chez la Dîme
luy , sie une profonde reverence
,
& un compliment fort
gracieux, luv demanda les
trente Loüis stipulez dans les
affiches,& l'interest dutemps
qui couroit depuis le jour
qu'elle avoir perdu samontre.
La Dame le receut à merveille,
luy donna sidelement les trente
Louis en question,reprit sa
montre ,& luy dit de bonne
foy,& d'un air accompagné
de toutes les graces imaginables,
qu'elle le laissoit le M'JÎtre
des interests courrans. Le
Cavalier compta de son mieux
àquoy cela pouvoir se monter,
& la Dame consentit à faire
encore les frais du compte.
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3487
p. 82-85
« Je ne vous dis rien, Mademoiselle, de la Dame qui ne [...] »
Début :
Je ne vous dis rien, Mademoiselle, de la Dame qui ne [...]
Mots clefs :
Sonnets, Pétrarque, Proverbe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous dis rien, Mademoiselle, de la Dame qui ne [...] »
Je ne vous dis rien
,
Mademoiselle,
de la Dame qui ne
perdit pas sa montre ; parce
que mon Nouvelliste ne m'en
a rien dit, ce que je pourrois
seulement ajoûteràcette Histoire
assez galante
, ce seroit
qudques traits de morale qui
nous ennuyeroient tous deux.
Je fçny par coeur toutes les
réflexionsqu'on peut faire làdessus
; mais j'aime mieux que
d'autre les fassent que moy,
quin'ay pas encore la réputation
, ny l'honneur d'estre
homme à reflexionsaltri tempi,
altre cure, d'autres terrps d'autres soirs. , Ce Prover be
Italien me fait souvenir que
vous entendez parfaitement
cette langue,& me détermine
prcfque à vous presenter
deux Sonnets galants quej'ay
receus la semaine passée de
Florence, ils font si beaux que
Petrarque ne les desavouëroit
pas, mais je songe que je feray
mieux de vous les envoyer
dans une Lettre que dans un
Livre, uniquement pour m'épargner
la peine de les traduire
, dont je ne pourrois me
dispenser
,
si je les rendois
publics. Je vous laissece soin
,
& quand vous l'aurez rempli,
j'en seray part à tout le monde.
Lisez en attendant quelques
Sonnets sur les Boutsrimez
proposez les deux mois
derniers.
,
Mademoiselle,
de la Dame qui ne
perdit pas sa montre ; parce
que mon Nouvelliste ne m'en
a rien dit, ce que je pourrois
seulement ajoûteràcette Histoire
assez galante
, ce seroit
qudques traits de morale qui
nous ennuyeroient tous deux.
Je fçny par coeur toutes les
réflexionsqu'on peut faire làdessus
; mais j'aime mieux que
d'autre les fassent que moy,
quin'ay pas encore la réputation
, ny l'honneur d'estre
homme à reflexionsaltri tempi,
altre cure, d'autres terrps d'autres soirs. , Ce Prover be
Italien me fait souvenir que
vous entendez parfaitement
cette langue,& me détermine
prcfque à vous presenter
deux Sonnets galants quej'ay
receus la semaine passée de
Florence, ils font si beaux que
Petrarque ne les desavouëroit
pas, mais je songe que je feray
mieux de vous les envoyer
dans une Lettre que dans un
Livre, uniquement pour m'épargner
la peine de les traduire
, dont je ne pourrois me
dispenser
,
si je les rendois
publics. Je vous laissece soin
,
& quand vous l'aurez rempli,
j'en seray part à tout le monde.
Lisez en attendant quelques
Sonnets sur les Boutsrimez
proposez les deux mois
derniers.
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3488
p. 93-94
« Vous venez de lire, Mademoiselle, le reste des Sonnets qui [...] »
Début :
Vous venez de lire, Mademoiselle, le reste des Sonnets qui [...]
Mots clefs :
Bureaux, Lettre, Sonnets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous venez de lire, Mademoiselle, le reste des Sonnets qui [...] »
Vous venez de lire, Made-
,moIfdle
,
le relle des Sonnets
qui pnt été fdics sur les Boutsrimez
du mois de May. En
voici sur les rimes du mois
dernier qui valent au moins les
autres. Mais avant d'en commencer
l'article,souffrez que
je vous fasse parr de quelques
fragments d'une Lettre d'un
de mes bons amis que je ne
connois encore que par ses
Ouvrages.Voicy ses propres
termes.
Des trois Bureaux que vota
av z marquez, Monsieur, pour
envoyer les Ouvragespropres a
'f)oft,e R cuëil
,
je n'en ay point
trouvé un plus à mon gré que 14
MagdtUined: la rue de Bujji.#
,moIfdle
,
le relle des Sonnets
qui pnt été fdics sur les Boutsrimez
du mois de May. En
voici sur les rimes du mois
dernier qui valent au moins les
autres. Mais avant d'en commencer
l'article,souffrez que
je vous fasse parr de quelques
fragments d'une Lettre d'un
de mes bons amis que je ne
connois encore que par ses
Ouvrages.Voicy ses propres
termes.
Des trois Bureaux que vota
av z marquez, Monsieur, pour
envoyer les Ouvragespropres a
'f)oft,e R cuëil
,
je n'en ay point
trouvé un plus à mon gré que 14
MagdtUined: la rue de Bujji.#
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3489
p. 104-106
Discours de l'Auteur sur les Bouts rimez. [titre d'après la table]
Début :
Le dessein que j'ay eu en proposant des Bouts-rimez, a [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Mademoiselle , Esprit, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours de l'Auteur sur les Bouts rimez. [titre d'après la table]
Le dessein quej'ayeuen
propofanc des Bouts-rimez,a
été fondé sur l'envie que j'ay
de connoître autant que je le
pourray , toutes les différentes
maniérés de penser du monde.
Chacun marque son goût dans
sa façon d'écrire,&c'estpour
amuser les gens qui écrivent,
que je leuray en partieoffert
ce moyen de m'envoyer leurs
Ouvrages. Quoiqu'onmedise
que la mode des Bouts-rimez
est usée depuis longtems en
France, je sens pourtant qu'tf
n'y a que Jel'agrement & de
l'utilité à la rétablir. Mais je
prie ceux qui veulent s'y mettre,
de s'y exercer assez ferieusement
en s'amusant, pour ne
pas me rebuter de leur exercice.
On fera bien receu à me
proposer des Emblèmes, des
questions jolies, & tout ce qui
peut donner de l'occupation
& du plaisir à l'esprit. En un
mot, Mademoiselle, pour la
satisfaction de mes Lecteurs&
pour la vôtre, je rendrai public
tout ce qui me paroîtra
digne de l'être.
Maisrevenons à nos moutons,
vous avez, Mademoiselle
( & je vous l'ay dit cent
fois) de l'esprit comme un
Ange; mais l'obligeance &
charmante personnequivienr
de m'envoyer le Memoire que
vous allez lire, en a au moins
autant que vous;quelque soin
qu'elle prenne de se cacher, sa
façon d'écrirem'asuffisamment
découvert son nom
je ne balancerois pas à la nom..
mer si mon indiscretion pouvoie
donner plus d'éclat à son
merite.
propofanc des Bouts-rimez,a
été fondé sur l'envie que j'ay
de connoître autant que je le
pourray , toutes les différentes
maniérés de penser du monde.
Chacun marque son goût dans
sa façon d'écrire,&c'estpour
amuser les gens qui écrivent,
que je leuray en partieoffert
ce moyen de m'envoyer leurs
Ouvrages. Quoiqu'onmedise
que la mode des Bouts-rimez
est usée depuis longtems en
France, je sens pourtant qu'tf
n'y a que Jel'agrement & de
l'utilité à la rétablir. Mais je
prie ceux qui veulent s'y mettre,
de s'y exercer assez ferieusement
en s'amusant, pour ne
pas me rebuter de leur exercice.
On fera bien receu à me
proposer des Emblèmes, des
questions jolies, & tout ce qui
peut donner de l'occupation
& du plaisir à l'esprit. En un
mot, Mademoiselle, pour la
satisfaction de mes Lecteurs&
pour la vôtre, je rendrai public
tout ce qui me paroîtra
digne de l'être.
Maisrevenons à nos moutons,
vous avez, Mademoiselle
( & je vous l'ay dit cent
fois) de l'esprit comme un
Ange; mais l'obligeance &
charmante personnequivienr
de m'envoyer le Memoire que
vous allez lire, en a au moins
autant que vous;quelque soin
qu'elle prenne de se cacher, sa
façon d'écrirem'asuffisamment
découvert son nom
je ne balancerois pas à la nom..
mer si mon indiscretion pouvoie
donner plus d'éclat à son
merite.
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3490
p. 127-129
Belle reflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Ne vous semble-t-il pas, Mademoiselle, que l'Auteur de [...]
Mots clefs :
Vers, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Belle reflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Ne vous semblet-il pas,
Mademoiselle,quel'Auteur de
fçtçe Lettre me prendpour
quelque Horace,ou qu'il nous
aoit au tempsd'Auguste.
Iivec son Mecenas,en verné
il se mocque du monde On
voit aujourd'huy fort peu de
ces gens -
làJ & quand il y en
auroit encore quelques uns,
pourroient-ils estre faits pour
le Mercure. Il ya néanmoins
déjà long temps que j'en ay
choisiun ; mais je meurs de
peur de l'avoir choisitout seul.
Il a outre l'éclat de son sang
& de son rang qui font des
meilleurs
,
mille fois plus de
science, d'esprit&de goûc que
je ne peux vous ledire;voila
presque justement ce qui rçtà
prouve, qu'il n'est pas pour
moy;maisil sereconnoist déja,
parce qu'il ne peut pas se méprendre
àce que je viens de
<dirç,Sc je crains que sa bonté
ne s'offense de mon reproche;
reprenons donc s'il vous plaît
nôtre route ,
& allons nôtre
chemin;maisquevois je ?CC
sont des Vers encore;qu'importe
tlsme:pta"(lntJ& vous
plairont peut cftrcaulfi.
Mademoiselle,quel'Auteur de
fçtçe Lettre me prendpour
quelque Horace,ou qu'il nous
aoit au tempsd'Auguste.
Iivec son Mecenas,en verné
il se mocque du monde On
voit aujourd'huy fort peu de
ces gens -
làJ & quand il y en
auroit encore quelques uns,
pourroient-ils estre faits pour
le Mercure. Il ya néanmoins
déjà long temps que j'en ay
choisiun ; mais je meurs de
peur de l'avoir choisitout seul.
Il a outre l'éclat de son sang
& de son rang qui font des
meilleurs
,
mille fois plus de
science, d'esprit&de goûc que
je ne peux vous ledire;voila
presque justement ce qui rçtà
prouve, qu'il n'est pas pour
moy;maisil sereconnoist déja,
parce qu'il ne peut pas se méprendre
àce que je viens de
<dirç,Sc je crains que sa bonté
ne s'offense de mon reproche;
reprenons donc s'il vous plaît
nôtre route ,
& allons nôtre
chemin;maisquevois je ?CC
sont des Vers encore;qu'importe
tlsme:pta"(lntJ& vous
plairont peut cftrcaulfi.
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3491
p. 133-134
« Il est maintenant question, Mademoiselle, de vous presenter indispensablement un Article [...] »
Début :
Il est maintenant question, Mademoiselle, de vous presenter indispensablement un Article [...]
Mots clefs :
Article
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il est maintenant question, Mademoiselle, de vous presenter indispensablement un Article [...] »
Il est maintenant question,
Mademoiselle, de vous presenter
indispensablement un
Articledontvousferezl'usage
qu'il vous plaira ; c'est celuy,
des nouvelles du monde,&
c'est
,
à mon avis, justement
celuy donc ne s'embarrassent
guere de jeunes personnes
comme vous, qui ont bien
làutrc chose à faire. Je vous invire
néanmoins malgré cette
consideration, à le hrc:
Mademoiselle, de vous presenter
indispensablement un
Articledontvousferezl'usage
qu'il vous plaira ; c'est celuy,
des nouvelles du monde,&
c'est
,
à mon avis, justement
celuy donc ne s'embarrassent
guere de jeunes personnes
comme vous, qui ont bien
làutrc chose à faire. Je vous invire
néanmoins malgré cette
consideration, à le hrc:
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3492
p. 134-156
Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Début :
Le matin dudit jour 11. Juin on tira le coup de partance [...]
Mots clefs :
Majorque, Barcelone, Armée, Troupes, Chevalier, Guerre, Galères, Hommes, Marquis, Matin, Vaisseaux, Officiers, Débarquement, Transport, Grenadiers, Régiments, Cavalerie, Munitions, Empereur, Expédition, Roi d'Espagne, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Route de la Navigation faite
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
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3493
p. 156-161
Suite des Nouvelles de Mayorque.
Début :
Un Courrier extraordinaire arrivé d'Espagne en six jours, six [...]
Mots clefs :
Chevalier, Roi, Empereur, Majorque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Mayorque.
Suite des Nouvelles
de Mayorque.
• Un Courrier extraordinaire
arrivé d'Espagne en six jours,
flX heures
, vient d'apporter
le détail de l'expédition de
Mayorque ,tel que levoicy.
Le Chevalier d'Asfeld a été
toujours devant Palma
,
le
Marquis de Ruby Commandant
les Troup s de 1 Empereur,&
les Anglois dans la
Place luy a aussitost envoyé
unTrompette pour luy témoigner
l'étonnement où il étoit
de se voir faire la Guerre, veu
qu'on étoit en négociation de
Paix. Le Chevalierd'Asfeld
luy envoya dire, qu'ilvenoit
luyen apprendre la rupture
& qu'il falloit. se soumettre
dans vingt- quatre heures Le
Marquis de Ruby luy fit répondre
sur le champ qu'il ne
demandoit qu'une Suspension
d'Armes defix semaines, pour
avoir réponse des deux Courriers
qu'il alloit dépêcher, l'un
à Vienneàl'Empereur,&l'autre
au Roy Georges en Angleterre
, pour en recevoir les
ordres. Le Chevalier d'Asfeld
luy répondit qu'il feroitce
qu'il voudroit ;mais qu'il falloit
absolument qu'il se rendit
dans vingt quatre heures.
Surces pressantes réponses
le Clergé, la Noblesse
, & les
Magistrats obligèrent le Marquis
de Ruby à prendre son
parti & luy dirent qu'il pouvoir
se retirer où bon luy sembleroit
; maisque poureux ils
étoient résolus de se soumettre
au Roy leur Maître; en
forte que la chose fut réglée
ainsi. Dans l'instant les Députez
l'étant venu témoignée*
au Chevalier d'Asfeld ,il confcntit
que le Marquis de Ruby
se retira en Sardaigne,& luy
fit donner des Bâtiments pour
embarquer ses troupes qui
avoient des Patentes de 1 Empereur
, & quelques Officiers,
Anglois qu'on eût retenu
Prisonniers de guerre sans
leurs Patentes. Le Chevalier
d'Asfeld entra ensuite dans la
Place aux acclamations du
peuple qui crioit, Vive Philippescinq,
& vive la Reine.
Les IfLs d'Yvica& deFormantiere
se sont soumises en
même tems.
Leurs Majestez font toûjours
à Aranjutz , où le Pere
Djubenton
,
Confesseur du
Roy, arriva le 14. Il baisa la
main à leurs Majestez
,
& aux
Princes, dont il fut receu tres
favorablement.
M.
M. de Monteil
,
Maréchal
des Logis de laCavalerie,aapporté
au Roy la nouvelle de la
descente faite en l'H] de
Mayorque,& M. le Marquis
de Cany celle de la réduction
de cette Isle,surquoyS.M.l'a
fort gratieusé.
de Mayorque.
• Un Courrier extraordinaire
arrivé d'Espagne en six jours,
flX heures
, vient d'apporter
le détail de l'expédition de
Mayorque ,tel que levoicy.
Le Chevalier d'Asfeld a été
toujours devant Palma
,
le
Marquis de Ruby Commandant
les Troup s de 1 Empereur,&
les Anglois dans la
Place luy a aussitost envoyé
unTrompette pour luy témoigner
l'étonnement où il étoit
de se voir faire la Guerre, veu
qu'on étoit en négociation de
Paix. Le Chevalierd'Asfeld
luy envoya dire, qu'ilvenoit
luyen apprendre la rupture
& qu'il falloit. se soumettre
dans vingt- quatre heures Le
Marquis de Ruby luy fit répondre
sur le champ qu'il ne
demandoit qu'une Suspension
d'Armes defix semaines, pour
avoir réponse des deux Courriers
qu'il alloit dépêcher, l'un
à Vienneàl'Empereur,&l'autre
au Roy Georges en Angleterre
, pour en recevoir les
ordres. Le Chevalier d'Asfeld
luy répondit qu'il feroitce
qu'il voudroit ;mais qu'il falloit
absolument qu'il se rendit
dans vingt quatre heures.
Surces pressantes réponses
le Clergé, la Noblesse
, & les
Magistrats obligèrent le Marquis
de Ruby à prendre son
parti & luy dirent qu'il pouvoir
se retirer où bon luy sembleroit
; maisque poureux ils
étoient résolus de se soumettre
au Roy leur Maître; en
forte que la chose fut réglée
ainsi. Dans l'instant les Députez
l'étant venu témoignée*
au Chevalier d'Asfeld ,il confcntit
que le Marquis de Ruby
se retira en Sardaigne,& luy
fit donner des Bâtiments pour
embarquer ses troupes qui
avoient des Patentes de 1 Empereur
, & quelques Officiers,
Anglois qu'on eût retenu
Prisonniers de guerre sans
leurs Patentes. Le Chevalier
d'Asfeld entra ensuite dans la
Place aux acclamations du
peuple qui crioit, Vive Philippescinq,
& vive la Reine.
Les IfLs d'Yvica& deFormantiere
se sont soumises en
même tems.
Leurs Majestez font toûjours
à Aranjutz , où le Pere
Djubenton
,
Confesseur du
Roy, arriva le 14. Il baisa la
main à leurs Majestez
,
& aux
Princes, dont il fut receu tres
favorablement.
M.
M. de Monteil
,
Maréchal
des Logis de laCavalerie,aapporté
au Roy la nouvelle de la
descente faite en l'H] de
Mayorque,& M. le Marquis
de Cany celle de la réduction
de cette Isle,surquoyS.M.l'a
fort gratieusé.
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3494
p. 161
Nouvelles de Pologne. [titre d'après la table]
Début :
Par des nouvelles de Pologne on apprend que la Noblesse [...]
Mots clefs :
Roi Stanislas, Roi de Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Pologne. [titre d'après la table]
gne
on apprend que la Noblesse
est montée à cheval,
étant comme revol tée contre
le Roy Augufie en faveur du
Roy Stanislas
,
& du Roy de
Suede, ce qui met tout le
Royaume en allarme.
on apprend que la Noblesse
est montée à cheval,
étant comme revol tée contre
le Roy Augufie en faveur du
Roy Stanislas
,
& du Roy de
Suede, ce qui met tout le
Royaume en allarme.
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3495
p. 162-167
De Londres, le 8. Juillet.
Début :
L'on accusa Jacques d'Ormont à la Chambre Basse, les [...]
Mots clefs :
Trahison, Duc d'Ormond, Chambre basse, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, le 8. Juillet.
De Londres,le 8. Juillet.
L'on accusa Jacques d'Or.
mont à la Chambre Basse, les
débats des Partis furent vifs,
pendant onze heures, & durerent
depuis midy jusqu'à dix
heuresdu soir.PlusieursWighs
se déclarerent pour luy. Le General
Homlay en fit de grands
éloges, son discours roula sur
la valeur & les occasions où il
aétéblesse, & sur ses grandes
& magnifiques dépenses
,
&
bien d'autres firent son Panegytique,
sur tout le Chevalier
Portrait.
Le Chevalier Mer tourna
à l'avis contraire, le jugeant
criminel de haute trahison,
grandes altercations pour le
rabattre à haute malversation
ou non,la negative l'emporta
de 234. voix contre 187. &
l'on dressa les articles d'accusation
de haute trahison contre
Jacques d'Ormont.
Les Laquais burent hautement
pendant la séance à la
fanté du Ducd'Ormont & de
Georges, & non pas du Roy
Georges. On en prit quelquesuns.
Dans leComté de Lancastre
l'on y ruine routes les Eglises,
:& le peuple fait contribuer
par tout,& sur tout les Wighs
-que l'on saccage dés qu'ils ne
payent pas la contribution,
malgré quatre Regimens qu'-
on y a envoyez, sur tout à
Manchester. Qautre ou cinq
des Membres de la Chambre
allerent à Richemont donner
avis au Duc d'Ormont de ce
qui s'étoit passé dans la Chambre
Basse ,y étant un peu incommodé.
Konisec arriva peu de jours
a près Cadogan, pour ce qui
regarde laBarriere.
L'on opina le 3. sur l'accusarion
du Comte de Strafort,
accusé de haute trahison ou
de haute malver sation, la délibération
tournaen sa faveur, ileût268. voix pour luy contre
100. La ChambreBassea
remis les autres accusations à
huitaine, prétendantporter
celles de ces quatre , environ
ce tems là
,
à la Chambre des
Seigneurs.
La populace n'étoit point
assemblée pendant les séances
dernieres par le bon ordre
qu'on y avoit donné.
L'on a remis l'accusation du
Comte d'Oxford
, & du Vicomte
de BullinbrocK au 19.
Le parry de la Cour est fort
embarrassé sur les malheurs
qu'une telle poursuite peut
entraîner, n'ayant pas les pieces
originales pour pouvoir
faire le procès à ces Seigneurs
avec quelqu'apparence de justice,
de maniere qu'on seflatte
que le Roy Georges cherchera
à suspendre la fureur des
Wighs pour sa seuretéparticuliere
, & pour prévenir les
revolutions funestes qui tourneroient
contre luy si l'onvenoit
à couper des têtes si cbcà
res à tout le Royaume.
Le Duc d'Ormont est allé
dans un Château d'un de ses
parens prés de Wintford
,
il
tient toujours ferme malgré le
conseil de quelqu'uns de ses
amis qui le pressent des'absenter,
ce qu'il refuse de faire, disant
qu'il se declareroit coupable
par là, & fc sentant d'ailleurs
asseuré d'un grand parti
& de son innocence.
L'on accusa Jacques d'Or.
mont à la Chambre Basse, les
débats des Partis furent vifs,
pendant onze heures, & durerent
depuis midy jusqu'à dix
heuresdu soir.PlusieursWighs
se déclarerent pour luy. Le General
Homlay en fit de grands
éloges, son discours roula sur
la valeur & les occasions où il
aétéblesse, & sur ses grandes
& magnifiques dépenses
,
&
bien d'autres firent son Panegytique,
sur tout le Chevalier
Portrait.
Le Chevalier Mer tourna
à l'avis contraire, le jugeant
criminel de haute trahison,
grandes altercations pour le
rabattre à haute malversation
ou non,la negative l'emporta
de 234. voix contre 187. &
l'on dressa les articles d'accusation
de haute trahison contre
Jacques d'Ormont.
Les Laquais burent hautement
pendant la séance à la
fanté du Ducd'Ormont & de
Georges, & non pas du Roy
Georges. On en prit quelquesuns.
Dans leComté de Lancastre
l'on y ruine routes les Eglises,
:& le peuple fait contribuer
par tout,& sur tout les Wighs
-que l'on saccage dés qu'ils ne
payent pas la contribution,
malgré quatre Regimens qu'-
on y a envoyez, sur tout à
Manchester. Qautre ou cinq
des Membres de la Chambre
allerent à Richemont donner
avis au Duc d'Ormont de ce
qui s'étoit passé dans la Chambre
Basse ,y étant un peu incommodé.
Konisec arriva peu de jours
a près Cadogan, pour ce qui
regarde laBarriere.
L'on opina le 3. sur l'accusarion
du Comte de Strafort,
accusé de haute trahison ou
de haute malver sation, la délibération
tournaen sa faveur, ileût268. voix pour luy contre
100. La ChambreBassea
remis les autres accusations à
huitaine, prétendantporter
celles de ces quatre , environ
ce tems là
,
à la Chambre des
Seigneurs.
La populace n'étoit point
assemblée pendant les séances
dernieres par le bon ordre
qu'on y avoit donné.
L'on a remis l'accusation du
Comte d'Oxford
, & du Vicomte
de BullinbrocK au 19.
Le parry de la Cour est fort
embarrassé sur les malheurs
qu'une telle poursuite peut
entraîner, n'ayant pas les pieces
originales pour pouvoir
faire le procès à ces Seigneurs
avec quelqu'apparence de justice,
de maniere qu'on seflatte
que le Roy Georges cherchera
à suspendre la fureur des
Wighs pour sa seuretéparticuliere
, & pour prévenir les
revolutions funestes qui tourneroient
contre luy si l'onvenoit
à couper des têtes si cbcà
res à tout le Royaume.
Le Duc d'Ormont est allé
dans un Château d'un de ses
parens prés de Wintford
,
il
tient toujours ferme malgré le
conseil de quelqu'uns de ses
amis qui le pressent des'absenter,
ce qu'il refuse de faire, disant
qu'il se declareroit coupable
par là, & fc sentant d'ailleurs
asseuré d'un grand parti
& de son innocence.
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3496
p. 167-176
A Malthe, ce 10. Juin.
Début :
Je vous dois compte, mon cher Monsieur, de tout ce qui [...]
Mots clefs :
Malte, Fortifications, Congrégation, Grand prieur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Malthe, ce 10. Juin.
A Maltb
, ce io. Juin.
Je vous dois compte, mon
cher Monsieur, de tout ce qui
se passe en ce païs cy. S. A. S.
Monseigneur le grand Prieur,
toujours attentif au bien de
l'Ordre de M-ilibeà la seureté
de l Isle,avoit envoyé des
Ingénieurs pour lever un plan
des Marines; cc Prince fut ensuite
visiter tous les endroits
qu'il falloit fortifierpourempêc
her qu'on ne fit des descentes
, & il drcflj un projet des
fortifications qu'il falloir faire,
& il communiqua le tout à la
Congrégation de guerre composéede
quatre Commissaires
quifont grands Croix, donc
deux furent d'un sentiment
conforme
conforme aux intentions de
S. A. qui étoit de faire travailler
incessamment aux fortifications
des Mannes, les deux
autres,quoiqu ils les jugeaffent
fort necessaires,renvoyerent
ce travail à l'année prochaine,
& insistoient à continuer
detravaillerauFortSainte
Marguerite.
Cette affaire fut portée le
lendemain au ConterdEfac
à la teste duquel se trouve le
le Grand Maître. Il est composé
, comme vous sçavez
de Monseigneur leGrand,
-
Prieur qui a la fécondé place,
comme Lieutenant de son
Eminence, de l'Evêque &
du Prieur de l'Egise ; & de
tous les grands Croix qui sont
assis par rang d'ancienneté ;
M Dalmeyda un des Commissaires
de la Congrégation
de guerre fit un rapport de ce
qui s'étoit passé le jour
auparavant à ladite Congregation
,
& il appuya fort son
sentiment qui étoit de continuer
àtravailleraufort Sainte
Marguerite. Le grand Maître
prit la parole avec beaucoup
de force& de dignité, il opina
en faveur des fortifications
de la Marine, il reprocha finement
à ces Meilleurs de la
Congregation que suivant l'esprit
de leur cabale
,
fait ils avoienc
dépenser bien de l'argent
mal-a-proposàl'Ordre,qu'ils
avoient suivi le projet d'un
Ingenieur ignorant, & qu'ils
s'opposoient toujours à ce qui
pouvoit estre avantageux au
public. Son Altesse parla enfuite
& entra dans des plus
grands détails. Ce Prince fit
,
voir que le fort Sainte Margueriteétoit
tres-inutile puisqu'il
ne couvroit pas entierementleBourg&
l'Isle ,&qu'il
étoit dominé par les haureurs
duCoradin & de~Bgny
,
qu'il
en coûteroit encore plus de
deux cens mille écus pour le
perfectionner
, au lieu que
pour quarante milleécus on
feroit fortifier toutes les Marines
; & que si le tresor n'avoit
pasdefonds,ils-obligeoit
d'en faire faire les avances ,
par des personnes qui ne demanderaient
le payement
qu'en trois années,faufintetêt.
Cette opinion fut applaudie
par tout le monde; & excira
le zele & la bonne volonté
de plusieurs
,
qui offrirent
genereusement de contribuée
aux frais qu'il falloit faire. Les
uns donnèrent mille écus>
les autres deux mille
,
son
Altesse quatre mille , si bien
que dans un moment de
tempsoneût des obligations
pour prés de la moitié de la
somme necessaire ,on a nommé
quatreCommissaires autres
que ceux de la Congrégation
,
pour recevoir les fonds, & faire
les payements ; ces Commissaires
rendront compte
en droiture à Son Altesse, &
&ce Prince à Son Eminence
3 onmettrala main à l'oeuvre,
pour le plus tard après la FeUc.
Dieu, de manière qu'on ne
craindra plus rien pour les
-
descentes; avec cette precautiononnefera
plus obligé,
à l'avenir,de faire des citations
générales
,
& les milices du
pays suffiront pour deffendre
tous les poRes) joint à cela
que le Roy de Sicile pour son
propre incerect, est toujours
disposé à leur donner du
secours.Quatreou cinq batail-
Ions suffiront avec les Milices,
pour mettre toute Tlfle en
seureté. Un Vaisseauarrivé
de Constantinople dans ce
Port depuis deux jours,arapporté
que l'Armée Navale
du Grand Seigneur, qui est de
30. Vaisseaux mal équipez &
mal armez,étoit à la Rade
devant cette grande Ville pr ête
à faire voile en Morée
que l'on a fait defiler les troupes
pour les transporter en ce
pays là. Les Galeres duPapc au
nombre de quatre arrivèrent
icy Vendredy dernier pour
prendre celles de la Religion,
& aller joindre l'Armée Navale
des Vénitiens. Voilà toutes
les nouve lles de Malthe les
plus essentielles; tous les Chevaliers
s'en retournent & ce
paysvaêtreunvraydefert.
, ce io. Juin.
Je vous dois compte, mon
cher Monsieur, de tout ce qui
se passe en ce païs cy. S. A. S.
Monseigneur le grand Prieur,
toujours attentif au bien de
l'Ordre de M-ilibeà la seureté
de l Isle,avoit envoyé des
Ingénieurs pour lever un plan
des Marines; cc Prince fut ensuite
visiter tous les endroits
qu'il falloit fortifierpourempêc
her qu'on ne fit des descentes
, & il drcflj un projet des
fortifications qu'il falloir faire,
& il communiqua le tout à la
Congrégation de guerre composéede
quatre Commissaires
quifont grands Croix, donc
deux furent d'un sentiment
conforme
conforme aux intentions de
S. A. qui étoit de faire travailler
incessamment aux fortifications
des Mannes, les deux
autres,quoiqu ils les jugeaffent
fort necessaires,renvoyerent
ce travail à l'année prochaine,
& insistoient à continuer
detravaillerauFortSainte
Marguerite.
Cette affaire fut portée le
lendemain au ConterdEfac
à la teste duquel se trouve le
le Grand Maître. Il est composé
, comme vous sçavez
de Monseigneur leGrand,
-
Prieur qui a la fécondé place,
comme Lieutenant de son
Eminence, de l'Evêque &
du Prieur de l'Egise ; & de
tous les grands Croix qui sont
assis par rang d'ancienneté ;
M Dalmeyda un des Commissaires
de la Congrégation
de guerre fit un rapport de ce
qui s'étoit passé le jour
auparavant à ladite Congregation
,
& il appuya fort son
sentiment qui étoit de continuer
àtravailleraufort Sainte
Marguerite. Le grand Maître
prit la parole avec beaucoup
de force& de dignité, il opina
en faveur des fortifications
de la Marine, il reprocha finement
à ces Meilleurs de la
Congregation que suivant l'esprit
de leur cabale
,
fait ils avoienc
dépenser bien de l'argent
mal-a-proposàl'Ordre,qu'ils
avoient suivi le projet d'un
Ingenieur ignorant, & qu'ils
s'opposoient toujours à ce qui
pouvoit estre avantageux au
public. Son Altesse parla enfuite
& entra dans des plus
grands détails. Ce Prince fit
,
voir que le fort Sainte Margueriteétoit
tres-inutile puisqu'il
ne couvroit pas entierementleBourg&
l'Isle ,&qu'il
étoit dominé par les haureurs
duCoradin & de~Bgny
,
qu'il
en coûteroit encore plus de
deux cens mille écus pour le
perfectionner
, au lieu que
pour quarante milleécus on
feroit fortifier toutes les Marines
; & que si le tresor n'avoit
pasdefonds,ils-obligeoit
d'en faire faire les avances ,
par des personnes qui ne demanderaient
le payement
qu'en trois années,faufintetêt.
Cette opinion fut applaudie
par tout le monde; & excira
le zele & la bonne volonté
de plusieurs
,
qui offrirent
genereusement de contribuée
aux frais qu'il falloit faire. Les
uns donnèrent mille écus>
les autres deux mille
,
son
Altesse quatre mille , si bien
que dans un moment de
tempsoneût des obligations
pour prés de la moitié de la
somme necessaire ,on a nommé
quatreCommissaires autres
que ceux de la Congrégation
,
pour recevoir les fonds, & faire
les payements ; ces Commissaires
rendront compte
en droiture à Son Altesse, &
&ce Prince à Son Eminence
3 onmettrala main à l'oeuvre,
pour le plus tard après la FeUc.
Dieu, de manière qu'on ne
craindra plus rien pour les
-
descentes; avec cette precautiononnefera
plus obligé,
à l'avenir,de faire des citations
générales
,
& les milices du
pays suffiront pour deffendre
tous les poRes) joint à cela
que le Roy de Sicile pour son
propre incerect, est toujours
disposé à leur donner du
secours.Quatreou cinq batail-
Ions suffiront avec les Milices,
pour mettre toute Tlfle en
seureté. Un Vaisseauarrivé
de Constantinople dans ce
Port depuis deux jours,arapporté
que l'Armée Navale
du Grand Seigneur, qui est de
30. Vaisseaux mal équipez &
mal armez,étoit à la Rade
devant cette grande Ville pr ête
à faire voile en Morée
que l'on a fait defiler les troupes
pour les transporter en ce
pays là. Les Galeres duPapc au
nombre de quatre arrivèrent
icy Vendredy dernier pour
prendre celles de la Religion,
& aller joindre l'Armée Navale
des Vénitiens. Voilà toutes
les nouve lles de Malthe les
plus essentielles; tous les Chevaliers
s'en retournent & ce
paysvaêtreunvraydefert.
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3497
p. 176-181
De Blois. [titre d'après la table]
Début :
Le 26. du mois de Juin la Reine Doüairiere de Pologne [...]
Mots clefs :
Dame, Sa Majesté, Reine de Pologne, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Blois. [titre d'après la table]
Le 26. du mois de Juin la
Reine Doüairiere de Pologne
residenteau Château deBlois,
déclara sa première Dame
d'Honneur Madame laComtesse
d'Arquian
,
femme de
Messire Paul
-
François de la
Grange, Comte d'Arquian,
Capitaine des Vasseaux du
Roy
,
Gouverneur de l'ïsle de
Sainte Croix & Commandant
au Cap François
,
côte de S.
Domingueenl'Amerique, petit
neveu de la Reine,&le seul
qui reste aujourd'huy de son
nom.
Le 7. de ce mois quatrième
Dimanche d'aprés la Pentecôte
,
la Dame Garnier fameuse
Calviniste,dont on arapporté
l'abjuration publique au 26.
de May
,
dans le Mercure de
Juin dernier, fit sa première
Communion dans 1tEgi1Ce de
S. Martin de Blois avec l'' edl6-
cation de tous les assistans.
Ellel'avoit differée à ce jour,
pour s'y mieux préparer par
de nouvelles instructions &
par la visite des per sonnes
pour qui elle avoit temoigne
plus d'opposition, lor(qu'elle
éroit dans l'heresie.
Sa Majesté Polonoife
,
dont
la pieté s'étend à toutes les
bonnes oeuvres, eût part à cetle
ci
, comme à l'abjuration.
Aussile sieurLabbé Prieur
de faine Mjrtin de Blois, qui a
souvent l'honneur dans son
Eglise de donner à cette Princelle
la Benediction du Très-
Saint Sacrement, crût ne la
pouvoir mieux haranguer,
lor fqu'elle yentrala première
fois, au sujet de la Dame Garnier
,
qu'en loüant sa pieté
Royale,en cestermes: ,;ti-.
MADAME,
LaParoisse de saint Martin
estsensibleà, l'honneurqu'elle
refoit en ce jour. Vôtre Majesté
entrant dans nôtre Eglise
, nous
rappellons avec plaisir ces tems
heureux, où nos Rois & les
Princes de leurSangRoyalyvenoient
rendre à Dieu leurs hommages
, offrirleursprieres au
grand Saint
, que nous avons,
pour Patron, que ce Pays reméré
comme un desesApôtres,
Vostre pieté,Madame, encore
plus éclatantequevostre Difldé.
me ,nous charme
, nous édifie ;
mais je l'ose dire
,
elle ne nous
surprendpoint. Connuëadmirée
par tout le monde Chrétien,
la réputation en étoit venuejusqu'à
nous, longtems avant que
nous eussions le bonheurde vous
pojpdcr dans cette Ville, Nous
sçavions déja ce que la renommée
a publié tant defois,que les victoires
&les conquêtes de l'invincible
Monarque Sobieski n'ont
pas été moins les excellens fruits
de vos prieres & de vos aumofnes,
que les effets merveilleux de
sasagesse c- de savaleur.
Aujourd'huy
,
Madame,que
nous voyons Vostre Majesté imiter
le bon Pasteur, enramenant au
bercailla Brebis égarée, nousfin..
tons croître en nous les justes sentimens
de nostre reconnoissance cde
nostre admiration. Heureux!
si nous pouvions aJf reconnoître
ce que nous ne fautions trop admirer.
Cette Harangue fut prononcée
avec beaucoup de dignité
& d'onction. Elle a reçû
de grands applaudissemens de
plusieurs personnes de bon
goût & d'esprit dans cette
Ville.
Reine Doüairiere de Pologne
residenteau Château deBlois,
déclara sa première Dame
d'Honneur Madame laComtesse
d'Arquian
,
femme de
Messire Paul
-
François de la
Grange, Comte d'Arquian,
Capitaine des Vasseaux du
Roy
,
Gouverneur de l'ïsle de
Sainte Croix & Commandant
au Cap François
,
côte de S.
Domingueenl'Amerique, petit
neveu de la Reine,&le seul
qui reste aujourd'huy de son
nom.
Le 7. de ce mois quatrième
Dimanche d'aprés la Pentecôte
,
la Dame Garnier fameuse
Calviniste,dont on arapporté
l'abjuration publique au 26.
de May
,
dans le Mercure de
Juin dernier, fit sa première
Communion dans 1tEgi1Ce de
S. Martin de Blois avec l'' edl6-
cation de tous les assistans.
Ellel'avoit differée à ce jour,
pour s'y mieux préparer par
de nouvelles instructions &
par la visite des per sonnes
pour qui elle avoit temoigne
plus d'opposition, lor(qu'elle
éroit dans l'heresie.
Sa Majesté Polonoife
,
dont
la pieté s'étend à toutes les
bonnes oeuvres, eût part à cetle
ci
, comme à l'abjuration.
Aussile sieurLabbé Prieur
de faine Mjrtin de Blois, qui a
souvent l'honneur dans son
Eglise de donner à cette Princelle
la Benediction du Très-
Saint Sacrement, crût ne la
pouvoir mieux haranguer,
lor fqu'elle yentrala première
fois, au sujet de la Dame Garnier
,
qu'en loüant sa pieté
Royale,en cestermes: ,;ti-.
MADAME,
LaParoisse de saint Martin
estsensibleà, l'honneurqu'elle
refoit en ce jour. Vôtre Majesté
entrant dans nôtre Eglise
, nous
rappellons avec plaisir ces tems
heureux, où nos Rois & les
Princes de leurSangRoyalyvenoient
rendre à Dieu leurs hommages
, offrirleursprieres au
grand Saint
, que nous avons,
pour Patron, que ce Pays reméré
comme un desesApôtres,
Vostre pieté,Madame, encore
plus éclatantequevostre Difldé.
me ,nous charme
, nous édifie ;
mais je l'ose dire
,
elle ne nous
surprendpoint. Connuëadmirée
par tout le monde Chrétien,
la réputation en étoit venuejusqu'à
nous, longtems avant que
nous eussions le bonheurde vous
pojpdcr dans cette Ville, Nous
sçavions déja ce que la renommée
a publié tant defois,que les victoires
&les conquêtes de l'invincible
Monarque Sobieski n'ont
pas été moins les excellens fruits
de vos prieres & de vos aumofnes,
que les effets merveilleux de
sasagesse c- de savaleur.
Aujourd'huy
,
Madame,que
nous voyons Vostre Majesté imiter
le bon Pasteur, enramenant au
bercailla Brebis égarée, nousfin..
tons croître en nous les justes sentimens
de nostre reconnoissance cde
nostre admiration. Heureux!
si nous pouvions aJf reconnoître
ce que nous ne fautions trop admirer.
Cette Harangue fut prononcée
avec beaucoup de dignité
& d'onction. Elle a reçû
de grands applaudissemens de
plusieurs personnes de bon
goût & d'esprit dans cette
Ville.
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3498
p. 182-184
Tous les Mercures Galants depuis 1677. jusqu'à 1710. où ils se vendent. [titre d'après la table]
Début :
On trouvera chez le sieur Saugrain, Libraire à Paris, Quay [...]
Mots clefs :
Libraire, Mercures, Campagnes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tous les Mercures Galants depuis 1677. jusqu'à 1710. où ils se vendent. [titre d'après la table]
On trouvera chez le sieur
Saugrain
,
Libraire à Paris,
Quay des Augustins à la Fleur
de Lis, tous les Mercures Galants
depuis 1677. qu'ils ont
commencez d'estre imprimez,
ju fques &compris le mois de
May 1710. soit de fuite, soit
par années, ou parmoisséparez.
Il vendra ceux reliez en
veau dix fois,ceux en parchemin
huit sois, & en feüilles
,
six fois. Il a aussi toutes les
Campagnes, Sieges, Journaux
extraordinaires &autres pieces
imprimés pendantles dernieres
guerres. Ceux quienontdéjà
trouveront parcetteoccasion,
le moyen de par faire cc qu'ils
ont, d'autres ne seront pas fâchez
de se faireà bon marché
Acs cabinets de Livres aussicurieux,
interessans & remplis de
bonnes pieces que le font les
Mercures. Le même Libraire
vend trois Livres nouveaux
jntirule';( Les Campagnes de
M le Duc de Vendosme, in
douze, cinquante fois; La Vie
de Dom Pierre leNain, ancien
Sous Prieur del'Abbaye dela
Trappe, où il est mort en
odeur de sainteté
,
aprés45.
années de la plus austere pcni
tence, in douze, quarantecinq
fois; & un nouveau Traité du
Commerce,très utileauxMarchands,
Banquiers, Agens d
Change, & Gens d\jffdires|
in douze, deux Volumes, quatre
livres dix fois.
Saugrain
,
Libraire à Paris,
Quay des Augustins à la Fleur
de Lis, tous les Mercures Galants
depuis 1677. qu'ils ont
commencez d'estre imprimez,
ju fques &compris le mois de
May 1710. soit de fuite, soit
par années, ou parmoisséparez.
Il vendra ceux reliez en
veau dix fois,ceux en parchemin
huit sois, & en feüilles
,
six fois. Il a aussi toutes les
Campagnes, Sieges, Journaux
extraordinaires &autres pieces
imprimés pendantles dernieres
guerres. Ceux quienontdéjà
trouveront parcetteoccasion,
le moyen de par faire cc qu'ils
ont, d'autres ne seront pas fâchez
de se faireà bon marché
Acs cabinets de Livres aussicurieux,
interessans & remplis de
bonnes pieces que le font les
Mercures. Le même Libraire
vend trois Livres nouveaux
jntirule';( Les Campagnes de
M le Duc de Vendosme, in
douze, cinquante fois; La Vie
de Dom Pierre leNain, ancien
Sous Prieur del'Abbaye dela
Trappe, où il est mort en
odeur de sainteté
,
aprés45.
années de la plus austere pcni
tence, in douze, quarantecinq
fois; & un nouveau Traité du
Commerce,très utileauxMarchands,
Banquiers, Agens d
Change, & Gens d\jffdires|
in douze, deux Volumes, quatre
livres dix fois.
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3499
p. 184-188
L'Apologie de l'ignorance, Livre nouveau. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu un Livre fort singulier, intitulé : [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Livre, Public, Ignorance, Rhétorique, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Apologie de l'ignorance, Livre nouveau. [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu un Livre
fortsingulier
,
intitulé:
jignoU amplissimoe magnificenttfjimacjue
oligomathum
, seu
Ignorantiæ illiteratorum Reginoe
Panegiricus
, avec la Traduction
en François qui ne cede
en rien à la beauté deson original.
Ilcontientdeux parties;
dans
dans la première l'Auteur fait
voir d'une maniereagreable
que l'ignorance n'est ni honteuse
,
ni préjudiciableà personne;
dans la séconde il montre
qu'elle est tres-avantageuse
& même tres-glorieuse à
ceux qui vivent fous ion empire.
Quoique cet Ouvrage
soit un vray paradoxe, néanmoins
il ca soûtenu de raisonnements
physiques & moraux,
d'autoritez & d'exemples tirez
de l'antiquité, qui lui donnent
une espece de probabilité
qu'on n'auroit pas attenduë.
Ce Livre est dans legoût
du fameux Panegytique de la
Folie composé par le sçavant
Erasme,&de plusieurs autres,
sur des sujets aussi extraordinaires.
OnattribuëcePanegyrique
de l'ignorance àun Professeur
de Rhétorique de l'Université
de Paris
,
qui ayant
quitté la Philosophie qu'il
avoit professé pendant plusieurs
années pour prendre la
Rhetorique,justifiason choix
par un beau discours qu'il fit
en public, où il prouva la
préeminence de l'éloquence
sur toutes lesautres disciplines.
Il paroist par son Epître
Dedicatoire qu'il auroit encore
prononcé ce discours si des
envieux ne l'en avoient empêché
; en quoyl'on peut dire
qu'ils ont eû grand tort,puisqu'outre
l'approbation d'un
des plus illustres Censeurs
nommé par Monseigneur le
Chancelier, il a encore celle
de tous ceux qui l'ont lû. En
effet cet Ouvrage est très- beau,
soit pour la pureté du stile#
foir pour la délicatesse des pensées,
ou enfin pour la rareté
de l'invention. Il se vend à
Paris, ruë S. Jacques,au Chef
S. Jean, chez Jean-Baptiste
Brocas Libraire proche S.
Benoist. Le bruit court que
l'Auteur va donner au public
de nouvelles Notes sur les
Odes d'Horace, avec une
interprétationLitterale : &on
espere que cet Ouvrage ne
sera pasmoins bien receu que
que celuy dont nous venons,
de parler.
fortsingulier
,
intitulé:
jignoU amplissimoe magnificenttfjimacjue
oligomathum
, seu
Ignorantiæ illiteratorum Reginoe
Panegiricus
, avec la Traduction
en François qui ne cede
en rien à la beauté deson original.
Ilcontientdeux parties;
dans
dans la première l'Auteur fait
voir d'une maniereagreable
que l'ignorance n'est ni honteuse
,
ni préjudiciableà personne;
dans la séconde il montre
qu'elle est tres-avantageuse
& même tres-glorieuse à
ceux qui vivent fous ion empire.
Quoique cet Ouvrage
soit un vray paradoxe, néanmoins
il ca soûtenu de raisonnements
physiques & moraux,
d'autoritez & d'exemples tirez
de l'antiquité, qui lui donnent
une espece de probabilité
qu'on n'auroit pas attenduë.
Ce Livre est dans legoût
du fameux Panegytique de la
Folie composé par le sçavant
Erasme,&de plusieurs autres,
sur des sujets aussi extraordinaires.
OnattribuëcePanegyrique
de l'ignorance àun Professeur
de Rhétorique de l'Université
de Paris
,
qui ayant
quitté la Philosophie qu'il
avoit professé pendant plusieurs
années pour prendre la
Rhetorique,justifiason choix
par un beau discours qu'il fit
en public, où il prouva la
préeminence de l'éloquence
sur toutes lesautres disciplines.
Il paroist par son Epître
Dedicatoire qu'il auroit encore
prononcé ce discours si des
envieux ne l'en avoient empêché
; en quoyl'on peut dire
qu'ils ont eû grand tort,puisqu'outre
l'approbation d'un
des plus illustres Censeurs
nommé par Monseigneur le
Chancelier, il a encore celle
de tous ceux qui l'ont lû. En
effet cet Ouvrage est très- beau,
soit pour la pureté du stile#
foir pour la délicatesse des pensées,
ou enfin pour la rareté
de l'invention. Il se vend à
Paris, ruë S. Jacques,au Chef
S. Jean, chez Jean-Baptiste
Brocas Libraire proche S.
Benoist. Le bruit court que
l'Auteur va donner au public
de nouvelles Notes sur les
Odes d'Horace, avec une
interprétationLitterale : &on
espere que cet Ouvrage ne
sera pasmoins bien receu que
que celuy dont nous venons,
de parler.
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3500
p. 188-198
Discours curieux sur le grand ouvrage de M. l'Abbé Terrasson contre Homere. [titre d'après la table]
Début :
Le grand Ouvrage de Monsieur l'Abbé Terrasson contre Homere [...]
Mots clefs :
Homère, Abbé Terrasson, Homère, Iliade, Critique, Ouvrages, M. de la Motte
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texteReconnaissance textuelle : Discours curieux sur le grand ouvrage de M. l'Abbé Terrasson contre Homere. [titre d'après la table]
Le grand Ouvrage de
Meneur l'Abbé Terrasson
contre Homere
,
annoncé par
Madame Dacier si inofficleusement
dans son Livre, de la
Corruption du Goust
, parut le
13. de cc mois, il a pour titre
Dissertation Critiquesurl'Iliade
d'Homere. le pere des Poëtes
y fubitun dur examen, Madame
Dacier & quelques autres
disciples zelezde l'accusé
font citez en jugement;&: je
vois sur leur compte bien des
choses dont le public aura
peine à les absoudre.
On trouvera peu de nouveaux
chefs d'accusation qui
soient échappez à M. de la
Motte, premier dénonciateur,
mais ils ont icy uneforme
systematique
,
chaque chef
est détaillé, circonstancié,
prouvé; & le tout avec un serieux
digne d'une matiere aussi
grave. Il ne s'agit pas moins
icy que de briser 1 Idole du
préjugé
,
il y va du bien des
Lettres de fixer le vray merite
d'Homere& de decelcr la
stupidité du peuple scoliaste
qui l'adore; c'est ce que M.
l'Abbé Terrasson se propose
dans la partie critique de son
Livre; & je luy fuis garand
d'un grand succés à cet
égard. M l'Abbé Terrasson
ne s'en tient pas-là. aprés
avoir decredité les Docteurs
du préjugé
,
il se croit comptable
à la jeunesse
,
d'une
poëtique dictée par la droite
raiton,il promeneson esprit
vrayement Philosophique sur
tous les genres de Pocfies successivement
,
& donne sur
chacun de ces genres des preceptes
excellens que nous discuterons
le mois prochain
dans un extraie étendu de son
Livre.
Quelques gens ont cité en
reproche contre M. l'Abbé
Terrasson la Preface de M. de
la Motte sur l'Itiade,où l'on
trouve le germe , pour ainsi
dire, de la nouvelle critique;
je suis caution à ces Messieurs,
que le dernier Censeur n'a
rien pris au premier, la ressemblance
qui se trouve entr'eux,
vient dece que les fautes d'Homere
sont si énormes qu'elles
ne peuvent échapper à personne
; livrez l'Iliade à vingt
critiques dévoüez,non au prejugé,
mais à la droite raison,
ils s'accorderont tous à condamner
lesmêmes fautes,&
ne differeront que par l'art de
les caracteriser en indiquant
les principes fixes
,
les regles
immuables contre lesquelles
l'Auteur a failli.
Je
Je ne crois donc pas qu'il y
ait moins d'injustice à accuser
M. l'AbbéTerrasson,d'avoir
copié M. de la Moue, qu'il
n'yen auroit d'accuser M.de
la Motte d'avoir copié Desmarest,
je crois la choseparfaitement
égale, M. de la Motte
asseure qu'il n'a jamais lû la
critique de Desmarest, on n'a
aucune peine à le croire, sans
doute que M.l'Abbé Terrasson
n'a point lû ce que M. de
laMotte a écrit sur Homere
il aura voulu prevenir le reproche
de larcin, il aura craint
mêmeces presents que lamemoire
fait souvent aux Auteurs
;&- dont ces mêmesAutcurs
ne manquent jamais de
rendre graces à leur propre genie. mais à quoy bon ,
me direz vous, faire cette bizarre
supposition,M. l'Abbé
Terrasson pourroit avoir lû
M de la Motte ; & n'être pas
équitablement soupçonné
d'en avoir rien emprunté?
cela est vray; & j'ay remarque
quela forme de son Livre
est si differente de celle que
M. dela Motte a donnée au
sien
,
qu'on peut dire que l'un
& l'autrequoyqu'un peu
ressemblans pour le fonds l
fontajucerequitablcment
a même point originaux. -
Ce n'est donc point pour
justifier M. l'Abbé Terrafloa
de larcin
, que je suppose
qu'il n'a point lû les ouvrages
de M. de la Motte sur Homere,
je previens un autre reproche,
dont il ne peut éethiper
qu'à la faveur de ma fuppefition.
M. l'AbbéTerrassonne
dit pas un mot dans tout fonLivre
decesouvragesquifontsi
fort dans sa matiere,luy qui ne
| manque aucune occasion de
loüer son Collegue sur des
ouvrages d'un autre genre ; si
M. l'Abbé Terrasson avoitlû
l'Iliade Françoise
,
il se seroit
applaudi& le seroit fait galamment
honneur d'un goust conforme
à celui de M. de laMotte,
qui dans son imitation hardie
supprime, corrige,adoucit
tout au gré de ses censures,
Je ne veux donc point croire
que M. l'Abbé Terrassor
ayant appliqué à l'examen du
Poëme François cetesprit Philosophique
qui l'a si bien servi
conrre Homere, il ait juge
que la feule maniere de bien
traiter le Poëme de M. de la
Motte ,fut de n'en point
parler, je croiray moins volontiers
encore qu'aprés avoir
senti le merite de cet ouvrage,
il ait eu assez peu de courage
-
pour n'oser le deffendre de
frontcontrel'aveugle prévention
de nos Scoliastes & la basse
jalousie de nos verfificateurs.
Quel moyrn donc de
(ouïr M. l'Abbé Terrasson
d'embarras ? quel moyen? il
n'avoit point lû, je vous jure,
les Ouvrages deM delaMotte
sur Homere pour les raisons
delicates que j'ay indiquées.
auparavant de travailler à l'extrait
du Livre, il estoit bon
d'éclaircirles questions étrangeres
au Livre même.L'Autcur
m'est encore plus cher
que son Ouvrage, tour excellent
qu'il est ,aussi cette discu
ssion preliminaire n'a-t- elle
queliy pour objet.
Meneur l'Abbé Terrasson
contre Homere
,
annoncé par
Madame Dacier si inofficleusement
dans son Livre, de la
Corruption du Goust
, parut le
13. de cc mois, il a pour titre
Dissertation Critiquesurl'Iliade
d'Homere. le pere des Poëtes
y fubitun dur examen, Madame
Dacier & quelques autres
disciples zelezde l'accusé
font citez en jugement;&: je
vois sur leur compte bien des
choses dont le public aura
peine à les absoudre.
On trouvera peu de nouveaux
chefs d'accusation qui
soient échappez à M. de la
Motte, premier dénonciateur,
mais ils ont icy uneforme
systematique
,
chaque chef
est détaillé, circonstancié,
prouvé; & le tout avec un serieux
digne d'une matiere aussi
grave. Il ne s'agit pas moins
icy que de briser 1 Idole du
préjugé
,
il y va du bien des
Lettres de fixer le vray merite
d'Homere& de decelcr la
stupidité du peuple scoliaste
qui l'adore; c'est ce que M.
l'Abbé Terrasson se propose
dans la partie critique de son
Livre; & je luy fuis garand
d'un grand succés à cet
égard. M l'Abbé Terrasson
ne s'en tient pas-là. aprés
avoir decredité les Docteurs
du préjugé
,
il se croit comptable
à la jeunesse
,
d'une
poëtique dictée par la droite
raiton,il promeneson esprit
vrayement Philosophique sur
tous les genres de Pocfies successivement
,
& donne sur
chacun de ces genres des preceptes
excellens que nous discuterons
le mois prochain
dans un extraie étendu de son
Livre.
Quelques gens ont cité en
reproche contre M. l'Abbé
Terrasson la Preface de M. de
la Motte sur l'Itiade,où l'on
trouve le germe , pour ainsi
dire, de la nouvelle critique;
je suis caution à ces Messieurs,
que le dernier Censeur n'a
rien pris au premier, la ressemblance
qui se trouve entr'eux,
vient dece que les fautes d'Homere
sont si énormes qu'elles
ne peuvent échapper à personne
; livrez l'Iliade à vingt
critiques dévoüez,non au prejugé,
mais à la droite raison,
ils s'accorderont tous à condamner
lesmêmes fautes,&
ne differeront que par l'art de
les caracteriser en indiquant
les principes fixes
,
les regles
immuables contre lesquelles
l'Auteur a failli.
Je
Je ne crois donc pas qu'il y
ait moins d'injustice à accuser
M. l'AbbéTerrasson,d'avoir
copié M. de la Moue, qu'il
n'yen auroit d'accuser M.de
la Motte d'avoir copié Desmarest,
je crois la choseparfaitement
égale, M. de la Motte
asseure qu'il n'a jamais lû la
critique de Desmarest, on n'a
aucune peine à le croire, sans
doute que M.l'Abbé Terrasson
n'a point lû ce que M. de
laMotte a écrit sur Homere
il aura voulu prevenir le reproche
de larcin, il aura craint
mêmeces presents que lamemoire
fait souvent aux Auteurs
;&- dont ces mêmesAutcurs
ne manquent jamais de
rendre graces à leur propre genie. mais à quoy bon ,
me direz vous, faire cette bizarre
supposition,M. l'Abbé
Terrasson pourroit avoir lû
M de la Motte ; & n'être pas
équitablement soupçonné
d'en avoir rien emprunté?
cela est vray; & j'ay remarque
quela forme de son Livre
est si differente de celle que
M. dela Motte a donnée au
sien
,
qu'on peut dire que l'un
& l'autrequoyqu'un peu
ressemblans pour le fonds l
fontajucerequitablcment
a même point originaux. -
Ce n'est donc point pour
justifier M. l'Abbé Terrafloa
de larcin
, que je suppose
qu'il n'a point lû les ouvrages
de M. de la Motte sur Homere,
je previens un autre reproche,
dont il ne peut éethiper
qu'à la faveur de ma fuppefition.
M. l'AbbéTerrassonne
dit pas un mot dans tout fonLivre
decesouvragesquifontsi
fort dans sa matiere,luy qui ne
| manque aucune occasion de
loüer son Collegue sur des
ouvrages d'un autre genre ; si
M. l'Abbé Terrasson avoitlû
l'Iliade Françoise
,
il se seroit
applaudi& le seroit fait galamment
honneur d'un goust conforme
à celui de M. de laMotte,
qui dans son imitation hardie
supprime, corrige,adoucit
tout au gré de ses censures,
Je ne veux donc point croire
que M. l'Abbé Terrassor
ayant appliqué à l'examen du
Poëme François cetesprit Philosophique
qui l'a si bien servi
conrre Homere, il ait juge
que la feule maniere de bien
traiter le Poëme de M. de la
Motte ,fut de n'en point
parler, je croiray moins volontiers
encore qu'aprés avoir
senti le merite de cet ouvrage,
il ait eu assez peu de courage
-
pour n'oser le deffendre de
frontcontrel'aveugle prévention
de nos Scoliastes & la basse
jalousie de nos verfificateurs.
Quel moyrn donc de
(ouïr M. l'Abbé Terrasson
d'embarras ? quel moyen? il
n'avoit point lû, je vous jure,
les Ouvrages deM delaMotte
sur Homere pour les raisons
delicates que j'ay indiquées.
auparavant de travailler à l'extrait
du Livre, il estoit bon
d'éclaircirles questions étrangeres
au Livre même.L'Autcur
m'est encore plus cher
que son Ouvrage, tour excellent
qu'il est ,aussi cette discu
ssion preliminaire n'a-t- elle
queliy pour objet.
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