Résultats : 11889 texte(s)
Détail
Liste
3101
p. 197-202
Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Début :
Je n'aurois pas manqué de faire ce mois-cy un détail [...]
Mots clefs :
Prince de Vaudemont, Fêtes, Journal de Verdun, Juges, Paix
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texteReconnaissance textuelle : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Je n'aurois pas manqué de
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
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Résumé : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Le texte décrit les festivités organisées par le Prince de Vaudemont à Commercy en l'honneur des Altesses Royales de Lorraine et de l'Électeur de Trèves. L'auteur du journal de Verdun loue la magnificence et les bonnes manières de ces fêtes, tout en soulignant leur caractère éphémère. Il mentionne également la mort de Madame la Princesse de Vaudemont, saluant ses vertus mais critiquant l'éloquence de l'auteur du journal. Ce dernier aborde les conséquences politiques de la guerre, prédisant que les juges de la paix se concentreront sur la restitution des villes et provinces occupées durant un conflit long et sanglant, sans motif légitime apparent. L'auteur du texte actuel conteste les raisonnements politiques de l'auteur du journal de Verdun et plaide pour une évaluation impartiale des arguments présentés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3102
p. 202-206
Relation d'une Feste galante que M. Desmolieres a donné à Chinon pour celebrer le retour de la Paix. [titre d'après la table]
Début :
Je vais en attendant battre la campagne, & promener d'abord [...]
Mots clefs :
Fête, Campagne, Fête galante, Chinon, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation d'une Feste galante que M. Desmolieres a donné à Chinon pour celebrer le retour de la Paix. [titre d'après la table]
Je vais en attendant
battre la campagne , & promener
d'abord juſqu'à Chi
GALANT 203
non; les lecteurs qui voudront
m'y accompagner , ils y apprendront
le ſuccés d'une des
plus ſplendides & des plus
galantes feſtes qu'aucun par
ticulier ait donnée en France
pour le retour de la Paix.
M. des Molieres homme
riche & de distinction dans
cette Province fit dreſſer le
douze du mois paffé tout
l'appareil d'un Feu magnifique
au milieu d'une Terraſſe
vis à vis le Convent des Capucins
de Chinon. Le Theatre
de cette réjoüiſſance ſo
trouva ainſi heureuſement
204 MERCURE
fitué ſur le haut d'une Mon
tagne qui commande à la
Ville & à la Riviere. Plus
de cinq cens chandelles enfermées
dans des Lanternes
fervirent à illuminer le Con
vent dont les murailles du
Jardin furent bordées d'un
grand nombre de pots de
fer & de terre pleins de gau
dron & d'autres feux , une
quantité prodigieuſe de fufées
& de gerbes ſe meſlerent
au bruit des Tambours ,
des Trompettes , des Haut
bois , & des Violons , dont
le defordre agréable fut in
GALANT. 205
terrompu par pluſieurs décharges
de fix pieces de canon
qu'on avoit rangées ſur la
Terraffe , & qui tirerent juf
qu'à ce que tout l'artifice du
Feu de joye fut conſommé.
Toute la Ville de Chinon
fur les Remparts , fur les
Ponts & dans la Campagne
répondit à cette feſte par mille
acclamations de vive le Roy.
Enfin les illuminations furent
fi nombreuſes & fi grandes ,
que bien des gens aſſurent
avoir leu de plus d'une demie
lieuë , à la faveur de leur lumiere
, & aprés de trois lieuës
206 MERCURE
àla ronde , toute la campagne
a eu le plaisir de voir cette
réjoüſſance , qui fut ſuivic
d'un repas dont la propreté ,
l'abondance & la delicateſſe
firent les honneurs à plus de
quatre- vingt perſonnes.
battre la campagne , & promener
d'abord juſqu'à Chi
GALANT 203
non; les lecteurs qui voudront
m'y accompagner , ils y apprendront
le ſuccés d'une des
plus ſplendides & des plus
galantes feſtes qu'aucun par
ticulier ait donnée en France
pour le retour de la Paix.
M. des Molieres homme
riche & de distinction dans
cette Province fit dreſſer le
douze du mois paffé tout
l'appareil d'un Feu magnifique
au milieu d'une Terraſſe
vis à vis le Convent des Capucins
de Chinon. Le Theatre
de cette réjoüiſſance ſo
trouva ainſi heureuſement
204 MERCURE
fitué ſur le haut d'une Mon
tagne qui commande à la
Ville & à la Riviere. Plus
de cinq cens chandelles enfermées
dans des Lanternes
fervirent à illuminer le Con
vent dont les murailles du
Jardin furent bordées d'un
grand nombre de pots de
fer & de terre pleins de gau
dron & d'autres feux , une
quantité prodigieuſe de fufées
& de gerbes ſe meſlerent
au bruit des Tambours ,
des Trompettes , des Haut
bois , & des Violons , dont
le defordre agréable fut in
GALANT. 205
terrompu par pluſieurs décharges
de fix pieces de canon
qu'on avoit rangées ſur la
Terraffe , & qui tirerent juf
qu'à ce que tout l'artifice du
Feu de joye fut conſommé.
Toute la Ville de Chinon
fur les Remparts , fur les
Ponts & dans la Campagne
répondit à cette feſte par mille
acclamations de vive le Roy.
Enfin les illuminations furent
fi nombreuſes & fi grandes ,
que bien des gens aſſurent
avoir leu de plus d'une demie
lieuë , à la faveur de leur lumiere
, & aprés de trois lieuës
206 MERCURE
àla ronde , toute la campagne
a eu le plaisir de voir cette
réjoüſſance , qui fut ſuivic
d'un repas dont la propreté ,
l'abondance & la delicateſſe
firent les honneurs à plus de
quatre- vingt perſonnes.
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Résumé : Relation d'une Feste galante que M. Desmolieres a donné à Chinon pour celebrer le retour de la Paix. [titre d'après la table]
Le texte relate une fête somptueuse organisée par M. des Molière pour célébrer le retour de la paix. Cet événement a eu lieu le 12 du mois précédent sur une terrasse dominant la ville de Chinon et la rivière, face au couvent des Capucins. La scène était illuminée par plus de cinq cents chandelles dans des lanternes, tandis que les murs du jardin étaient décorés de pots contenant des gaudrons et autres feux. Des fusées, des gerbes, et des instruments de musique tels que tambours, trompettes, hautbois et violons, accompagnés de salves de canons, ajoutaient à l'ambiance festive. Toute la ville, des remparts aux ponts et à la campagne, acclama le roi. Les illuminations étaient visibles à plus d'une demi-lieue, permettant à la région environnante de participer au spectacle. La soirée s'est conclue par un repas où la propreté, l'abondance et la délicatesse furent mises en avant pour plus de quatre-vingts personnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3103
p. 206-215
Etrange avanture arrivée à Venise au Curé de S. Mathias accusé d'entretenir des correspondances criminelles en France, & sa justification. [titre d'après la table]
Début :
Pour changer de theatre & de matiere, je prie ceux [...]
Mots clefs :
Accusateur, Avocat, Inquisiteurs, Curé, Curé de Saint Matthias, Avocat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Etrange avanture arrivée à Venise au Curé de S. Mathias accusé d'entretenir des correspondances criminelles en France, & sa justification. [titre d'après la table]
Pour changer de theatre
&de matiere , je prie ceux
qui ne s'ennuyent point de
voyager avec moy de me
tenir compagnie juſqu'à Veniſe
, où je vais en entrant
offrir à leurs yeux la fidelle
peinture d'une Hiſtoire fi
veritable,& fi fraîche , qu'elle
fait encore à preſent tout le
T GALANT. 207
bruitde cette Ville.
Le vingt trois du mois
paſſé , on mit en priſon , par
ordre des Inquifiteurs de l'Etát
, le Curé de la Paroiſſe de
S. Mathias âgé d'environ 60.
ans , accuſé d'entretenir correſpondance
en France. Son
Accuſateur avoit contrefait le
caractere de ſon écriture , &
avoit compoſé une Lettre ,
dans laquelle il diſoit que le
Senateur bien connu , n'ayant
pû aller au * Pregadi , n'avoit
pû l'informer de ce qui s'y
étoit paflé. Ce pauvre Curé a
* Conſeil des Dix.
208 MERCURE
été mis à la queſtion plufieurs
fois , & a ſouffert tous les
tourmens imaginables ; mais
loin de confeffer un crime
qu'il n'avoit point commis , il
a toûjours répondu avec fermeté
qu'il étoit innocent. Ccpendant
on fut prêt à le condamner
à la mort ; mais comme
on luy avoit donné tous
les tourmens que les Loix permettent
, ſans pouvoir arracher
de luy l'aveu du crime
dont on prétendoit qu'il fut
coupable , on le condamna à
une priſon perpetuelle , dans
l'eſpoir qu'avec le temps il denonceroit
GALANT. 209
nonceroit le Senateur.
Le même Accuſateur a tenté
de joüer un pareil tour au
Curéde Saint Jean ,& eft allé
chez luy , luy dire , qu'il luy
étoit tombé entre les mains
une de ſes Lettres pleine de
matieres d'Etat , & que s'il ne
lay donnoit cent ſequins il la
portcroit aux Inquifiteurs de
l'Etat. Le Curé ſurpris de voir
une Lettre de ſon caractere ,
quoyqu'il ſçût bien ne l'avoir
pas écrite , luy dit qu'il luy
donneroit les cent ſequins ,
mais qu'il falloit du temps.
L'Accuſateur s'en contenta ,
Septembre 1714. S
210 MERCURE
& répondit qu'il retourneroit
dans trois jours pour prendre
l'argent , & qu'il luy remettroit
alors ladite Lettre. Le
Curé fut auſſitôt trouver un
Avocat pour confulter cette
affaire. L'Avocat luy dit , Si
vous estes coupable , payez , &
tachez de r'avoir cette Lettre ,
finon allez rendre compte auxInquisiteurs
de ce qui ſe paſſe. Le
Curé prit ce dernier parti ,il
fut les trouver , & leur dit
qu'une perſonne inconnuë
étoit venuë luy faire voir une
Lettre où il y avoit des matieres
d'Etat , qu'elle paroif
GALANT. 211
foit être de ſon caractere ,
mais qu'il affeuroit ne l'avoir
pas écute; qu'il avoit promis
à ce fauſſaire de luy donner
cent ſequins , & qu'il devoit
venir les prendre un tel jour.
Les Inquifiteurs ſe ſouvenant
du Curé de S. Mathias ,&fe
figurant que ſe pouvoit être
quelque malheureux qui contrefaifoit
toutes les écritures ,
dirent au Curé de S. Jean que
le jour que devoit venir cet
Accufateur ,leCapitaine , ou
leGrand- Prevôr ſe trouveroit
dans fon Eglife avec ſes Archers
, &que pour faire con
Sij
212 MERCURE
noître ledit Accuſateur lorf
qu'il luy parleroit , il n'avoit
qu'à ſe moucher pluſieurs
fois . L'Accuſateur vint à
point nommé trouver leCuré
pour recevoir les cent ſequins,
&fut le chercher dans ſon
Eglife , où il confeſſoit. Le
Curé l'aborda , ſe moucha ,
& auffitoft les Archers du Prevôt
ſe ſaiſirent de ſa perſonne
,& le conduiſirent en prifon
, où il fut appliqué à la
queſtion , & où il confefſa
tous ſes crimes .
Le Curé de S. Mathias fut
reconnu innocent & mis en
GALANT. 2133
liberté avec une joye extraor
dinaire de tout le peuple ,&
l'Accuſateur a été étranglé,&
attaché enſuite à une porence
fur la place pendant tout un
jour. C'est la Justice ordinaire
des Inquifiteurs d'Etat , differente
du Conseil des Dix , qui
fait mouter les criminels en pu
blic.
Ce Curé a donné dans cette
horrible extrêmité une preuve
de la conſtance & de la fermetéd'un
veritable Chrétien
If a fouffert toutes les tortures
ſans jamais s'en plaindre ,
&preferé ſon devoir à ſa vic.
214 MERCURE
Peu de jours aprés fon empriſonnement
, ſon Accuſateur
fut ſe confeffer au Curé de
S. Caffan , & luy dit avoir accuſé
injuſtement le Curé de
S. Mathias & qu'il pouvoit
luy confier ſa Confeſſion , ce
qu'il fit ; mais connoiffant
parce moyenſonAccuſateur,
il crût que ſa Religion luy
deffendoit abſolument de le
déclarer. Enfin quoyqu'il foit
forti de priſon il ya huit jours,
il n'eſt retourné chez luy qu'-
hier , pour éviter la grande
quantité de peuple qui meurt
d'envie de le voir.
GALANT . 215
Cet Accuſateur étoit Ferrarois
,& avoit tiré cinquante
piſtoles en pluſieurs fois du
grand Chancelier deffunt, par
des Lettres contrefaites de fon
caractere . Il a joüé le même
tour à pluſieurs autres perfonnes.
&de matiere , je prie ceux
qui ne s'ennuyent point de
voyager avec moy de me
tenir compagnie juſqu'à Veniſe
, où je vais en entrant
offrir à leurs yeux la fidelle
peinture d'une Hiſtoire fi
veritable,& fi fraîche , qu'elle
fait encore à preſent tout le
T GALANT. 207
bruitde cette Ville.
Le vingt trois du mois
paſſé , on mit en priſon , par
ordre des Inquifiteurs de l'Etát
, le Curé de la Paroiſſe de
S. Mathias âgé d'environ 60.
ans , accuſé d'entretenir correſpondance
en France. Son
Accuſateur avoit contrefait le
caractere de ſon écriture , &
avoit compoſé une Lettre ,
dans laquelle il diſoit que le
Senateur bien connu , n'ayant
pû aller au * Pregadi , n'avoit
pû l'informer de ce qui s'y
étoit paflé. Ce pauvre Curé a
* Conſeil des Dix.
208 MERCURE
été mis à la queſtion plufieurs
fois , & a ſouffert tous les
tourmens imaginables ; mais
loin de confeffer un crime
qu'il n'avoit point commis , il
a toûjours répondu avec fermeté
qu'il étoit innocent. Ccpendant
on fut prêt à le condamner
à la mort ; mais comme
on luy avoit donné tous
les tourmens que les Loix permettent
, ſans pouvoir arracher
de luy l'aveu du crime
dont on prétendoit qu'il fut
coupable , on le condamna à
une priſon perpetuelle , dans
l'eſpoir qu'avec le temps il denonceroit
GALANT. 209
nonceroit le Senateur.
Le même Accuſateur a tenté
de joüer un pareil tour au
Curéde Saint Jean ,& eft allé
chez luy , luy dire , qu'il luy
étoit tombé entre les mains
une de ſes Lettres pleine de
matieres d'Etat , & que s'il ne
lay donnoit cent ſequins il la
portcroit aux Inquifiteurs de
l'Etat. Le Curé ſurpris de voir
une Lettre de ſon caractere ,
quoyqu'il ſçût bien ne l'avoir
pas écrite , luy dit qu'il luy
donneroit les cent ſequins ,
mais qu'il falloit du temps.
L'Accuſateur s'en contenta ,
Septembre 1714. S
210 MERCURE
& répondit qu'il retourneroit
dans trois jours pour prendre
l'argent , & qu'il luy remettroit
alors ladite Lettre. Le
Curé fut auſſitôt trouver un
Avocat pour confulter cette
affaire. L'Avocat luy dit , Si
vous estes coupable , payez , &
tachez de r'avoir cette Lettre ,
finon allez rendre compte auxInquisiteurs
de ce qui ſe paſſe. Le
Curé prit ce dernier parti ,il
fut les trouver , & leur dit
qu'une perſonne inconnuë
étoit venuë luy faire voir une
Lettre où il y avoit des matieres
d'Etat , qu'elle paroif
GALANT. 211
foit être de ſon caractere ,
mais qu'il affeuroit ne l'avoir
pas écute; qu'il avoit promis
à ce fauſſaire de luy donner
cent ſequins , & qu'il devoit
venir les prendre un tel jour.
Les Inquifiteurs ſe ſouvenant
du Curé de S. Mathias ,&fe
figurant que ſe pouvoit être
quelque malheureux qui contrefaifoit
toutes les écritures ,
dirent au Curé de S. Jean que
le jour que devoit venir cet
Accufateur ,leCapitaine , ou
leGrand- Prevôr ſe trouveroit
dans fon Eglife avec ſes Archers
, &que pour faire con
Sij
212 MERCURE
noître ledit Accuſateur lorf
qu'il luy parleroit , il n'avoit
qu'à ſe moucher pluſieurs
fois . L'Accuſateur vint à
point nommé trouver leCuré
pour recevoir les cent ſequins,
&fut le chercher dans ſon
Eglife , où il confeſſoit. Le
Curé l'aborda , ſe moucha ,
& auffitoft les Archers du Prevôt
ſe ſaiſirent de ſa perſonne
,& le conduiſirent en prifon
, où il fut appliqué à la
queſtion , & où il confefſa
tous ſes crimes .
Le Curé de S. Mathias fut
reconnu innocent & mis en
GALANT. 2133
liberté avec une joye extraor
dinaire de tout le peuple ,&
l'Accuſateur a été étranglé,&
attaché enſuite à une porence
fur la place pendant tout un
jour. C'est la Justice ordinaire
des Inquifiteurs d'Etat , differente
du Conseil des Dix , qui
fait mouter les criminels en pu
blic.
Ce Curé a donné dans cette
horrible extrêmité une preuve
de la conſtance & de la fermetéd'un
veritable Chrétien
If a fouffert toutes les tortures
ſans jamais s'en plaindre ,
&preferé ſon devoir à ſa vic.
214 MERCURE
Peu de jours aprés fon empriſonnement
, ſon Accuſateur
fut ſe confeffer au Curé de
S. Caffan , & luy dit avoir accuſé
injuſtement le Curé de
S. Mathias & qu'il pouvoit
luy confier ſa Confeſſion , ce
qu'il fit ; mais connoiffant
parce moyenſonAccuſateur,
il crût que ſa Religion luy
deffendoit abſolument de le
déclarer. Enfin quoyqu'il foit
forti de priſon il ya huit jours,
il n'eſt retourné chez luy qu'-
hier , pour éviter la grande
quantité de peuple qui meurt
d'envie de le voir.
GALANT . 215
Cet Accuſateur étoit Ferrarois
,& avoit tiré cinquante
piſtoles en pluſieurs fois du
grand Chancelier deffunt, par
des Lettres contrefaites de fon
caractere . Il a joüé le même
tour à pluſieurs autres perfonnes.
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Résumé : Etrange avanture arrivée à Venise au Curé de S. Mathias accusé d'entretenir des correspondances criminelles en France, & sa justification. [titre d'après la table]
En septembre 1714, un curé de la paroisse de Saint-Mathias, âgé d'environ 60 ans, est arrêté à Venise sur ordre des Inquisiteurs de l'État pour une accusation de correspondance en France. Cette accusation repose sur une lettre compromettante écrite par un faux accusateur ayant imité l'écriture du curé. Malgré plusieurs séances de torture, le curé affirme son innocence. Il est condamné à la prison perpétuelle. Plus tard, l'accusateur est arrêté alors qu'il tentait de faire chanter le curé de Saint-Jean en lui montrant une lettre falsifiée. Les Inquisiteurs tendent un piège à l'accusateur et le capturent. Le curé de Saint-Mathias est alors libéré, accueilli avec joie par le peuple. L'accusateur, originaire de Ferrare, est exécuté publiquement. Il avait déjà extorqué de l'argent à plusieurs personnes, y compris au grand chancelier défunt, en utilisant des lettres contrefaites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3104
p. 215-216
« Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
Début :
Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...]
Mots clefs :
Mariage, Généalogie, Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
Bien m'en prend de n'avoir
pas ce mois-cy un ſeul Maria- .
ge à annoncer au Public.Cet
Article de moins m'épargnera
la façon d'une liaiſon , & la
peine de me juſtifier fur ce
chapitre de pluſieurs fautes
que d'honneſtes gens prétendent
avoir remarquées dans
216 MERCURE
les Genealogies du mois paſſé.
Je diray cependant pour mon
excuſe , qu'elles ne m'appartiennent
pas toutes , & qu'elles
naiffent autant des noms
propres qui font defigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye , que de ma negli
gence à prier mon Genealo
gifte de les verifier ,& de coriger
mes épreuves : Maisj'auraydoreſnavantune
ſi grande
attention la deflus , que j'ef
pere qu'on ne me reprochera
plus cet inconvenient. L'Article
ſuivant va faire preuve
demon exactitude.
pas ce mois-cy un ſeul Maria- .
ge à annoncer au Public.Cet
Article de moins m'épargnera
la façon d'une liaiſon , & la
peine de me juſtifier fur ce
chapitre de pluſieurs fautes
que d'honneſtes gens prétendent
avoir remarquées dans
216 MERCURE
les Genealogies du mois paſſé.
Je diray cependant pour mon
excuſe , qu'elles ne m'appartiennent
pas toutes , & qu'elles
naiffent autant des noms
propres qui font defigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye , que de ma negli
gence à prier mon Genealo
gifte de les verifier ,& de coriger
mes épreuves : Maisj'auraydoreſnavantune
ſi grande
attention la deflus , que j'ef
pere qu'on ne me reprochera
plus cet inconvenient. L'Article
ſuivant va faire preuve
demon exactitude.
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Résumé : « Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
L'auteur explique l'absence d'un article sur les mariages dans le dernier numéro, évitant ainsi de justifier des erreurs signalées dans les généalogies précédentes. Ces erreurs proviennent de noms incorrects fournis par les contributeurs et de sa propre négligence. Il s'engage à être plus vigilant à l'avenir pour éviter ces problèmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3105
p. 217-233
Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Le P. Loüis de Sanlecque, Chanoine Regulier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Roi, Gouverneur, Femme, Fille, Parlement, Enfants, Épouse, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : Article des Morts. [titre d'après la table]
Le P. Loüis de Sanlecque,
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguſtin , Prieur de
Charnay prés Dreux , connu
par ſes Ouvrages de Poëfie ,
mourut en ſon Prieuré le 14.
Juillet 1714 .
Dom N... Pouderoux
Abbé de S. Martin de Cani.
goux , mourut le 28. Aouſt
1714.
Madame la Princeffe de
Vaudemont Anne Elifabeth
de Lorraine , mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aouſt , dans le Chaſteau de
Commercy , elle eftoit neé
Septembre 1714. T
218 MERCURE
le 6. Aoult 1649. & elle
avoit cité mariée le 27. Avril
1669 à Gharles Henry legitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemont depuis Grand
d'Elpagne de la premiere clafſe
, Chevalier de la Toiſon
d'Or & Gouverneur du Milancz
; de ce mariage eſtoit
né Charles Thomas de Lorraine
dit le Prince Thomas de
Vaudemont filsunique ,Chevalier
de la Tofon d'Or ,
Commandant en Chef l'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fiévre maligne
GALANT. 219
à Oſtiglia en Italie , le 12 .
May de la même année , ſans
alliance.
:
Madame la Princeſſe de
Vaudemont qui vient de
mourir eſtoit fille de Charles
de Lorraine troiſieme du
nom Duc d'Elbeuf , Pair de
France , Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elifabeth de Lannoy
ſa premiere femme , morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'apreſent
eſt fils du même Duc , & d'ETij
220 MERCURE
lifabeth de laTout en Auvergne
ſa ſeconde femme , feuë
Madame la Ducheſſe de Mantouë
eſtoit auſſi ſa fille ,& de
Françoiſe de Montault Navailles
ſa derniere femme.
M. le Prince de Vaude.
mont& Madame la Princeffe
de l'Iflebonne fa foeur ſont
nez de Charles Duc de Lorraine
troiſième du nom &
de Beatrix de Cuſance Princeffe
de Cantecroix
avoit épousé du vivant de
Nicole Ducheſſe de Lorraine
fa femme ; ce qui donna licu
aux Sentences données à Ro-
, qu'il
GALANT. 221
me par le Tribunal de la
Rotte les 28. Fevrier 1658 .
15. Janvier 1653. & 23 .
Mars 1654. par leſquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeurde la Maiſon
de Lorraine eſt ſi connuë
qu'il n'est pas neceſſaire icy
d'entrer dans la diſcuſſion de
fon origine ;on remarquera
ſeulement qu'elle eſt la plus
ancienne des Maiſons Ducales
Souveraines qui ſubſiſtent
àpreſent , &qu'elle a toûjours
eſté confiderée comme une
des plus illuftres entre les
Tiij
222 MERCURE
Souveraines de l'Europe depuis
GerardComte d'Alface
qui l'an 1048 fut inveſti par
l'Empereur Henry III. ſon
coufin du Duché de Mozelane
, que l'on appelloit alors
le Duché de la Haute Lorraine.
Meffire Paul Duc de Beauvillier
, Pair de France,Grand
d'Eſpagne , Chevalier des
Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de ſa Chambre
,Chef duConſeil Royal
des Finances , Miniſtre d'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la
GALANT. 223
Ville & Citadelle du Havre-
de- Grace, du Chaſteau de
Loches , & de Beaulieu
mourut le 31 Aouſt 1714.
en ſa 66. année Il eſtoit fils
deFrançois de Beauvillier Duc
de S. Aignan , Pair de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées , Conſeiller en
fes Conſeils , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre
Gouverneur de Tourraine ,
& des Villes & Chaſteaux de
Loches , de Beaulieu & du
Havre-de Grace , mort le 16.
Juin 1687. & de Dame An-
,
Tiiij
224 MERCURE
toinette Servient ſa premiere
femme ; il avoit épousé en
1671. Loüife HenrietteColbert
fille deM. Jean Baptifte
Colbert Marquisde Seignelay
Miniſtre & Secretaired'Etat ,
Commandeur &Grand Treforier
des Ordres du Roy ;
&de pluſieurs enfans nez de
ce Mariage il n'eſt reſté dans
lemondeque Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Decembre 1703. avec
Loüis de Rochechoüart Duc
de Mortemar Pair de France
ſon couſin germain , Premier
Gentilhomme de la Chambre
GALANT. 225
du Roy par la demiffion de
fon beau pere. M. le Ducde
Beauvillier fe voyant ſans
enfans mâles s'eſtoit demis
depuis quelques années de fon
Duché de S. Aignan en faveur
de Paul de Beauvillier fon frere
, dit leChevalier de S. Aignan
, né du ſecond mariage
de feu M. le Ducde S. Aignan
avec Françoife Geré de Luce.
M. le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie Anne de Montlezun ,
falle& heritiere de feu M. le
Marquis de Beſmaux , dont il
a des enfans . La Maiſon de
226 MERCURE
Beauvillier , l'une des plus an
ciennes du Royaume , a pris
fon nom du lieu de Beauvillier
en Beauffe , Bourg ſitué à
cinq lieuës de Chartres ; elle
s'eſt alliée aux Maiſons d'EΓ.
touteville , d'Illiers , d Eſtampes
, de Clermont Tonnerre ,
de Beauveau , de Rohan , du
Bec , de la Grange Montigny,
du Châtelet , &c.
Dame Marie Heron, veuve
de Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Seigneur de Corbeville
, Doyen des Confeillers
de la Cour des Aydes , mou
rut le premier Septemb. 1714.
GALANT 227
Feu M. de Sainte Marthe ſon
mary étoit neveu des celebres
Gaucher , dit Sevole de Sainte-
Marthe , & Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux , Hif
toriographes de France , Auteurs
de l'HiſtoireGenealogia
que de laMaiſon de France ,
fortis d'une famille ancienne
qui a donné de tout temps des
perſonnes recommendables
par leur eſprit & leur probité:
Meffire Germain Chriſto
phe de Thumery , Chevalier
Seigneur de Boiffife , le Vé ,
&c. Conſeiller du Roy en ſes
228 MERCURE
Conſeils , Préſident en la ſeconde
Chambre des Enqueftes
, mourut ſubitement le r.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Chriſtophe
de Thumery , Seigneur de
Boffiſe , mort en 16 17.&de
Magdelaine leCoigneux,morteen
1687. Il avoit été receu
Confeiller au Parlement en
1673. & Préfident aux Enqueſtes
en 1682. Il avoit
épousé Magdelaine le Tellier
de même famille que Meffieurs
de Courtenvaux , &de
Souvré , & fille de René le
Tellier Geur de Morſan & de
GALANT. 229
Neuvy , Conſeiller en laCour
des Aydes , & de Françoiſe
Briçonet ; il en a laiſſé René
de Thumery , Conſeiller au
Parlement de Metz , quia l'agrément
de laCharge deMonſieur
fon pere ; Adrien de
Thumery , Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariée en 1695.aJean-
Baptifte de Flexelles , Comte
de Bregy ; & Valentine de
Thumery non mariée. La famille
de Thumery eſt une des
plus anciennes familles deParis
; il y a plus de 300. ans
qu'elle eſt en poffeffion de la
230 MERCURE
1
Terrede Boflife , & elle s'eſt
alliée aux meilleurs familles de
la Robe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat , veuve de Meffire
Henry de Fourcy , Comte de
1
Cheffy , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& ancien Prevoſtdes
Marchands , mourur le trois
Septembre 1714. Elle étoit
fille de feu Meffire LoüisBoucherat
, Chevalier Comte de
Compans , mort Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoiſe Marchand
ſa premiere femme,
Feu M. de Fourcy étoitneveu
GALANT. 231
de Dame Marte de Fourcy,
femme de Meffire Antoine
Coffié , dit Ruzé , Marquis
dEffiat , Maréchal de France,
Chevalier desOrdres du Roy,
& Sur- Intendant des Finances
,& fils de Henry de Fourcy
, Seigneur de Chefly , Préfident
de la Chambre des
Comptes de Paris , Sur- Intendant
des Baſtiments , &Confeiller
d Erat , & petit fi's de
Jean de Fourcy , Seigneur de
Chefly en Brie,fucceſſivement
Secretaire du Roy , Treforier
de France à Paris , Préſident
des Comptes , Sur Intendant
232 MERCURE
des Baſtimens & Conſeiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Meſſire Henry-
Loüis de Fourcy , Maistre des
Requeſtes ; Olivier François
de Fourcy, Chanoine deParis,
AbbéCommendataire de S.
Ambroiſe de Bourges , cy-devant
Conſeiller au Parlement;
Balthazar- Henry de Fourcy ,
receu Chevalier de Malte fur
ſes preuves admiſes le 25 .
Janvier 1673. depuisChanoine
de Noſtre-Dame , Abbé
Commendataire de S. Vandrille
, Docteur de Sorbonne;
AchillesGALANT.
233
Achilles-Balthazar de Fourcy,
receuConſeiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriette
de Fourcy , mariée le 31.
Mars 1689. avec Paul deFieuber
, Seigneur de Reveillon ,
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes.
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguſtin , Prieur de
Charnay prés Dreux , connu
par ſes Ouvrages de Poëfie ,
mourut en ſon Prieuré le 14.
Juillet 1714 .
Dom N... Pouderoux
Abbé de S. Martin de Cani.
goux , mourut le 28. Aouſt
1714.
Madame la Princeffe de
Vaudemont Anne Elifabeth
de Lorraine , mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aouſt , dans le Chaſteau de
Commercy , elle eftoit neé
Septembre 1714. T
218 MERCURE
le 6. Aoult 1649. & elle
avoit cité mariée le 27. Avril
1669 à Gharles Henry legitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemont depuis Grand
d'Elpagne de la premiere clafſe
, Chevalier de la Toiſon
d'Or & Gouverneur du Milancz
; de ce mariage eſtoit
né Charles Thomas de Lorraine
dit le Prince Thomas de
Vaudemont filsunique ,Chevalier
de la Tofon d'Or ,
Commandant en Chef l'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fiévre maligne
GALANT. 219
à Oſtiglia en Italie , le 12 .
May de la même année , ſans
alliance.
:
Madame la Princeſſe de
Vaudemont qui vient de
mourir eſtoit fille de Charles
de Lorraine troiſieme du
nom Duc d'Elbeuf , Pair de
France , Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elifabeth de Lannoy
ſa premiere femme , morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'apreſent
eſt fils du même Duc , & d'ETij
220 MERCURE
lifabeth de laTout en Auvergne
ſa ſeconde femme , feuë
Madame la Ducheſſe de Mantouë
eſtoit auſſi ſa fille ,& de
Françoiſe de Montault Navailles
ſa derniere femme.
M. le Prince de Vaude.
mont& Madame la Princeffe
de l'Iflebonne fa foeur ſont
nez de Charles Duc de Lorraine
troiſième du nom &
de Beatrix de Cuſance Princeffe
de Cantecroix
avoit épousé du vivant de
Nicole Ducheſſe de Lorraine
fa femme ; ce qui donna licu
aux Sentences données à Ro-
, qu'il
GALANT. 221
me par le Tribunal de la
Rotte les 28. Fevrier 1658 .
15. Janvier 1653. & 23 .
Mars 1654. par leſquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeurde la Maiſon
de Lorraine eſt ſi connuë
qu'il n'est pas neceſſaire icy
d'entrer dans la diſcuſſion de
fon origine ;on remarquera
ſeulement qu'elle eſt la plus
ancienne des Maiſons Ducales
Souveraines qui ſubſiſtent
àpreſent , &qu'elle a toûjours
eſté confiderée comme une
des plus illuftres entre les
Tiij
222 MERCURE
Souveraines de l'Europe depuis
GerardComte d'Alface
qui l'an 1048 fut inveſti par
l'Empereur Henry III. ſon
coufin du Duché de Mozelane
, que l'on appelloit alors
le Duché de la Haute Lorraine.
Meffire Paul Duc de Beauvillier
, Pair de France,Grand
d'Eſpagne , Chevalier des
Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de ſa Chambre
,Chef duConſeil Royal
des Finances , Miniſtre d'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la
GALANT. 223
Ville & Citadelle du Havre-
de- Grace, du Chaſteau de
Loches , & de Beaulieu
mourut le 31 Aouſt 1714.
en ſa 66. année Il eſtoit fils
deFrançois de Beauvillier Duc
de S. Aignan , Pair de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées , Conſeiller en
fes Conſeils , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre
Gouverneur de Tourraine ,
& des Villes & Chaſteaux de
Loches , de Beaulieu & du
Havre-de Grace , mort le 16.
Juin 1687. & de Dame An-
,
Tiiij
224 MERCURE
toinette Servient ſa premiere
femme ; il avoit épousé en
1671. Loüife HenrietteColbert
fille deM. Jean Baptifte
Colbert Marquisde Seignelay
Miniſtre & Secretaired'Etat ,
Commandeur &Grand Treforier
des Ordres du Roy ;
&de pluſieurs enfans nez de
ce Mariage il n'eſt reſté dans
lemondeque Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Decembre 1703. avec
Loüis de Rochechoüart Duc
de Mortemar Pair de France
ſon couſin germain , Premier
Gentilhomme de la Chambre
GALANT. 225
du Roy par la demiffion de
fon beau pere. M. le Ducde
Beauvillier fe voyant ſans
enfans mâles s'eſtoit demis
depuis quelques années de fon
Duché de S. Aignan en faveur
de Paul de Beauvillier fon frere
, dit leChevalier de S. Aignan
, né du ſecond mariage
de feu M. le Ducde S. Aignan
avec Françoife Geré de Luce.
M. le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie Anne de Montlezun ,
falle& heritiere de feu M. le
Marquis de Beſmaux , dont il
a des enfans . La Maiſon de
226 MERCURE
Beauvillier , l'une des plus an
ciennes du Royaume , a pris
fon nom du lieu de Beauvillier
en Beauffe , Bourg ſitué à
cinq lieuës de Chartres ; elle
s'eſt alliée aux Maiſons d'EΓ.
touteville , d'Illiers , d Eſtampes
, de Clermont Tonnerre ,
de Beauveau , de Rohan , du
Bec , de la Grange Montigny,
du Châtelet , &c.
Dame Marie Heron, veuve
de Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Seigneur de Corbeville
, Doyen des Confeillers
de la Cour des Aydes , mou
rut le premier Septemb. 1714.
GALANT 227
Feu M. de Sainte Marthe ſon
mary étoit neveu des celebres
Gaucher , dit Sevole de Sainte-
Marthe , & Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux , Hif
toriographes de France , Auteurs
de l'HiſtoireGenealogia
que de laMaiſon de France ,
fortis d'une famille ancienne
qui a donné de tout temps des
perſonnes recommendables
par leur eſprit & leur probité:
Meffire Germain Chriſto
phe de Thumery , Chevalier
Seigneur de Boiffife , le Vé ,
&c. Conſeiller du Roy en ſes
228 MERCURE
Conſeils , Préſident en la ſeconde
Chambre des Enqueftes
, mourut ſubitement le r.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Chriſtophe
de Thumery , Seigneur de
Boffiſe , mort en 16 17.&de
Magdelaine leCoigneux,morteen
1687. Il avoit été receu
Confeiller au Parlement en
1673. & Préfident aux Enqueſtes
en 1682. Il avoit
épousé Magdelaine le Tellier
de même famille que Meffieurs
de Courtenvaux , &de
Souvré , & fille de René le
Tellier Geur de Morſan & de
GALANT. 229
Neuvy , Conſeiller en laCour
des Aydes , & de Françoiſe
Briçonet ; il en a laiſſé René
de Thumery , Conſeiller au
Parlement de Metz , quia l'agrément
de laCharge deMonſieur
fon pere ; Adrien de
Thumery , Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariée en 1695.aJean-
Baptifte de Flexelles , Comte
de Bregy ; & Valentine de
Thumery non mariée. La famille
de Thumery eſt une des
plus anciennes familles deParis
; il y a plus de 300. ans
qu'elle eſt en poffeffion de la
230 MERCURE
1
Terrede Boflife , & elle s'eſt
alliée aux meilleurs familles de
la Robe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat , veuve de Meffire
Henry de Fourcy , Comte de
1
Cheffy , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& ancien Prevoſtdes
Marchands , mourur le trois
Septembre 1714. Elle étoit
fille de feu Meffire LoüisBoucherat
, Chevalier Comte de
Compans , mort Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoiſe Marchand
ſa premiere femme,
Feu M. de Fourcy étoitneveu
GALANT. 231
de Dame Marte de Fourcy,
femme de Meffire Antoine
Coffié , dit Ruzé , Marquis
dEffiat , Maréchal de France,
Chevalier desOrdres du Roy,
& Sur- Intendant des Finances
,& fils de Henry de Fourcy
, Seigneur de Chefly , Préfident
de la Chambre des
Comptes de Paris , Sur- Intendant
des Baſtiments , &Confeiller
d Erat , & petit fi's de
Jean de Fourcy , Seigneur de
Chefly en Brie,fucceſſivement
Secretaire du Roy , Treforier
de France à Paris , Préſident
des Comptes , Sur Intendant
232 MERCURE
des Baſtimens & Conſeiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Meſſire Henry-
Loüis de Fourcy , Maistre des
Requeſtes ; Olivier François
de Fourcy, Chanoine deParis,
AbbéCommendataire de S.
Ambroiſe de Bourges , cy-devant
Conſeiller au Parlement;
Balthazar- Henry de Fourcy ,
receu Chevalier de Malte fur
ſes preuves admiſes le 25 .
Janvier 1673. depuisChanoine
de Noſtre-Dame , Abbé
Commendataire de S. Vandrille
, Docteur de Sorbonne;
AchillesGALANT.
233
Achilles-Balthazar de Fourcy,
receuConſeiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriette
de Fourcy , mariée le 31.
Mars 1689. avec Paul deFieuber
, Seigneur de Reveillon ,
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes.
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Résumé : Article des Morts. [titre d'après la table]
En 1714, plusieurs personnalités notables ont décédé. Le Père Louis de Sanlecque, chanoine régulier de l'Ordre de Saint-Augustin et prieur de Charnay près Dreux, est mort le 14 juillet. Dom N... Pouderoux, abbé de Saint-Martin de Canigou, est décédé le 28 août. Madame la Princesse de Vaudémont, Anne Élisabeth de Lorraine, est morte d'une attaque d'apoplexie le 5 août au château de Commercy. Née le 6 août 1649, elle avait épousé Charles Henry légitimé de Lorraine, prince de Vaudémont, le 27 avril 1669. Leur fils unique, Charles Thomas de Lorraine, dit le Prince Thomas de Vaudémont, est mort en 1704 en Italie. Madame la Princesse de Vaudémont était la fille de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, et d'Anne Élisabeth de Lannoy. La Maison de Lorraine est l'une des plus anciennes maisons ducales souveraines, remontant à Gérard, comte d'Alsace, investi du duché de Haute Lorraine en 1048. Paul Duc de Beauvillier, pair de France et ministre d'État, est décédé le 31 août à l'âge de 66 ans. Il était le fils de François de Beauvillier et d'Antoinette Servient. Marie Henriette de Beauvillier, sa fille, a épousé Louis de Rochechouart, duc de Mortemart. Le texte mentionne également des informations sur les familles Thumery et Fourcy. René de Thumery, Conseiller au Parlement de Metz, a eu trois enfants : Adrien, Chevalier de Malthe ; Magdelaine, mariée en 1695 à Jean-Baptiste de Flexelles, Comte de Bregy ; et Valentine, non mariée. La famille Thumery est l'une des plus anciennes de Paris, possédant la terre de Boisfle depuis plus de 300 ans. Dame Marie Magdelaine Boucherat, veuve de Henry de Fourcy, Comte de Cheffy, Conseiller d'État et ancien Prévôt des Marchands, est décédée le 3 septembre 1714. Elle était la fille de Louis Boucherat, Chevalier Comte de Compans, ancien Chancelier de France, et de Françoise Marchand. Henry de Fourcy avait pour tante Marte de Fourcy, épouse d'Antoine Coffié, Marquis d'Effiat, Maréchal de France et Surintendant des Finances. Madame de Fourcy a eu plusieurs enfants, dont Henry-Louis, Maître des Requêtes, et Olivier.
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3106
p. 233-235
Reflexions inutiles. [titre d'après la table]
Début :
Il n'est presque rien de plus seur pour soutenir le titre & [...]
Mots clefs :
Attention, Lecteurs, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexions inutiles. [titre d'après la table]
Il n'eſt preſque rien deplus
ſeur pour foutenir le titre &
le merite dece Livre , qued'avoir
beaucoup d'attention à
debiter galamment un grand
nombre de bagatelles. La
ſcience de cet ouvrage ne con-
Gite pas tant à ſçavoir paffer
delicatement d'une matiere à
Septembre 1714. V
234 MERCURE
une autre, qu'à ſçavoir le remplir
d'une infinité de choſes
qui amuſent ou qui ſurprennent
les Lecteurs. Mais pour
arriver à ce but , il faut qu'on
me les donne , que je les ramaſſe
, ou que je les invente.
Jay mauvaiſe opinion de ce
que j'invente , ce que j'ay ramaſſé
ce mois cy , où tout le
monde eſt en vendange , ne
vaut pas grande choſe , & ce
qu'on m'a donné ne reflemble
pas mal à ce que j'ay ramaffé.
Se fouleve qui voudra
contre cette plainte , je voudrois
n'avoir pas raiſon de la
GALANT. 235
faire : mais je ſuis ſeur que les
plus rebelles admireroient ma
conſtance , s'ils étoient témoins
de mon attention à lire
, à choiſir , ou à mettre au
rebut tous lesMemoires qu'on
m'envoie. J'en fuis fâché ,
Meſſieurs , c'eſt võere faute ,
& c'eſt vous même quime réduiſez
à la neceffité de ſuppléer
à ce défaut ;
ſeur pour foutenir le titre &
le merite dece Livre , qued'avoir
beaucoup d'attention à
debiter galamment un grand
nombre de bagatelles. La
ſcience de cet ouvrage ne con-
Gite pas tant à ſçavoir paffer
delicatement d'une matiere à
Septembre 1714. V
234 MERCURE
une autre, qu'à ſçavoir le remplir
d'une infinité de choſes
qui amuſent ou qui ſurprennent
les Lecteurs. Mais pour
arriver à ce but , il faut qu'on
me les donne , que je les ramaſſe
, ou que je les invente.
Jay mauvaiſe opinion de ce
que j'invente , ce que j'ay ramaſſé
ce mois cy , où tout le
monde eſt en vendange , ne
vaut pas grande choſe , & ce
qu'on m'a donné ne reflemble
pas mal à ce que j'ay ramaffé.
Se fouleve qui voudra
contre cette plainte , je voudrois
n'avoir pas raiſon de la
GALANT. 235
faire : mais je ſuis ſeur que les
plus rebelles admireroient ma
conſtance , s'ils étoient témoins
de mon attention à lire
, à choiſir , ou à mettre au
rebut tous lesMemoires qu'on
m'envoie. J'en fuis fâché ,
Meſſieurs , c'eſt võere faute ,
& c'eſt vous même quime réduiſez
à la neceffité de ſuppléer
à ce défaut ;
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Résumé : Reflexions inutiles. [titre d'après la table]
Le texte aborde les difficultés rencontrées par l'auteur lors de la rédaction d'un livre visant à divertir ou surprendre les lecteurs grâce à des détails amusants. Pour ce faire, l'auteur doit soit recueillir, soit inventer des informations. Cependant, il estime que les informations inventées sont de faible qualité. Les données collectées récemment, durant la période des vendanges, sont également jugées peu valorables. Les contributions des lecteurs ne sont pas plus satisfaisantes. L'auteur invite ceux qui contestent cette critique à reconnaître ses efforts constants pour lire et sélectionner les mémoires envoyés. Il impute la médiocrité du contenu aux lecteurs, qui le forcent à combler les lacunes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3107
p. 235-241
Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais heureusement on m'apporte une Lettre qui va peut / Voici encore des Vers, Monsieur, & des Vers de ma façon ; [...]
Mots clefs :
Honneur, Vers, Charles Dufresny, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
; mais heu-
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
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Résumé : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur exprime son manque de confiance en ses compétences poétiques, écrivant des vers uniquement pour honorer une promesse plutôt que par véritable talent. Certaines femmes de sa connaissance, impressionnées par ses précédents écrits, lui ont demandé de contribuer au Mercure, une publication littéraire. Malgré ses réticences, il a accepté pour ne pas sembler ingrat envers Monsieur du Fresny, le rédacteur en chef, qui publiait ses contributions malgré leur qualité médiocre. L'auteur prenait des précautions pour rester anonyme et déguisait son style, reconnaissant que l'indulgence de Monsieur du Fresny avait pu contribuer à la décadence du livre. Face aux insistances des dames, il a finalement cédé et envoyé une énigme pour le nouveau Mercure, profitant de l'occasion pour se venger de leurs pressions. Il conclut en affirmant son indifférence pour ces amusements littéraires, étant occupé par des tâches plus importantes, tout en exprimant son estime pour le destinataire de la lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3108
p. 243-244
« Le mot de la premiere étoït la Balle du Jeu de Paume. Les [...] »
Début :
Le mot de la premiere étoït la Balle du Jeu de Paume. Les [...]
Mots clefs :
Balle du jeu de paume
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texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere étoït la Balle du Jeu de Paume. Les [...] »
Le mot de la premiere étoit
laBalle du Jeu de Paume. Les
noms de ceux qui les ont de
viné font , Les petits yeux de
Xij
144 MERCURE
fc ,
Souris , les beaux yeux de Catin
, l'oyſeau bleu , Cabrico.
let ,la jeune veuve ,laPrécicules
deux Tourterelles , &
le veritable Amphitrion...
laBalle du Jeu de Paume. Les
noms de ceux qui les ont de
viné font , Les petits yeux de
Xij
144 MERCURE
fc ,
Souris , les beaux yeux de Catin
, l'oyſeau bleu , Cabrico.
let ,la jeune veuve ,laPrécicules
deux Tourterelles , &
le veritable Amphitrion...
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3109
p. 250-257
Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Et quoyque je ne sois nullement interessé dans leurs querelles [...]
Mots clefs :
Énigme, Nouvelles, Mercure, Livre, Public, Mercure galant, Nicolas Boileau, Jean-François Regnard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Et quoyque je ne fois nullement
intereſſé dans leurs querelles
, fi par hazard j'annonce
quelque choſe pour ou contre
les uns & les autres , on me
rend garant de ce que je ne
debite tout au plus , que.comme
de froides nouvelles. Un
GALANT. 252
2
parti ſe forme pour moy, fans
que je ſçache ſeulement ſi j'ay
des partiſans ; une autre ſçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les eſprits ,&de l'autre
je me vois expoſé au reffentiment
de pluſieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes , qu'elle les enſevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois pafle , & que j'ay mis
252 MERCURE
A
dans le dernier Mercure , m'a
attiré cette fâcheuſe affaire :
mais ſi l'on me tient parole , je
repareray ce coup autant qu'il
eſt reparable , en donnant à
fon tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vray moyende me fairedes
ennemis des deux coſtez . Mais
ce qui me conſole , c'eſt que
les gens defintereſſez conviendront
de ma bonne foy , &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde , cellede
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois , eſt juſtement
celle dont je m'embaraſſe le
GALANT . 253
moins. Je ne ſonge en unmot
qu'à divertir mes Lecteurs ſans
entrer dans le détail des reficxions
qu'on fait ſur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire , bien
de quoy ſcandalıſer des gens
éclairez qui ſçavent preſque
auſſi bien que moy ( qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre ) le cas qu'on fait
du Mercure Galant :& je ſoutiens
qu'il n'y a preſque perfonne
dans aucune Académic
du Royaume qui ne ſe crût
deshonoré , ſi on l'accuſoit de
l'avoir lû. Que cette averſion
254 MERCURE
pour mes Ancestres & pour
moy, foit bien ou mal fondéc,
c'eſt de quoy , par exemple
,je ne me foucie guereencore.
Il y aura toûjours parmi
les eſprits les plus fubtils &
les plus delicats , de ſages Ifraëlites
qui s'amuferont de la
lecture de mes contes & de
mes chanfons ; & je mettray ,
fi je peux , tant d'enjoüement
dans mon Livre , uniquement,
pour plaire aux Dames , que
leur fuffrage me dedommagera
de l'indifference des hommes.
Quel projet ! me dit un
Druide , au maintien veneraGALANT
255
ble ,&dont la contenance eft
figrave&fi compoſée , qu'on
diroit qu'il a toute la vie afſiſté
au banquet des ſept Sages
, quel projet ! Jeunehomme
, continue til , on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce ſera ,
luy dis je , un grand malheur
pour le Public , & beaucoup
de peine épargnée pourmoy;
mais vous verrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
commed'abus , &qu'elles
interpoferont l'autorité de
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raiſons , malgré
256 MERCURE
vous , malgré moy , & peutêtre
à la fin , malgré ellesmêmes.
Mais je ne ſonge pas que
le Mercure s'avance ,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon ! qu'-
importe , c'eſt un article que
perſonne ne lit. Outre le Journal
de Verdun , il y a tant de
Gazettes& dcManuscrits toutes
les ſemaines , dont les circonſtances
ſont ſi intereſſantes
,&dont le ſtile eſt ſibeau ,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles duMercure.
Cependant il en faut ab
folument
GALANT. 257
ſolument debiter , & ce Chapitre
eſt auſſi neceſſaire que
celuy des Enigmes. Ainſi afin
de commencer à en donner
quelques -unes par ordre , je
vais debuter par une Liſte de
tous les Deputez qui ſe ſont
aſſemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être ſignée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
, & par M. le Maréchal
de Villars pour le Roy.
intereſſé dans leurs querelles
, fi par hazard j'annonce
quelque choſe pour ou contre
les uns & les autres , on me
rend garant de ce que je ne
debite tout au plus , que.comme
de froides nouvelles. Un
GALANT. 252
2
parti ſe forme pour moy, fans
que je ſçache ſeulement ſi j'ay
des partiſans ; une autre ſçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les eſprits ,&de l'autre
je me vois expoſé au reffentiment
de pluſieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes , qu'elle les enſevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois pafle , & que j'ay mis
252 MERCURE
A
dans le dernier Mercure , m'a
attiré cette fâcheuſe affaire :
mais ſi l'on me tient parole , je
repareray ce coup autant qu'il
eſt reparable , en donnant à
fon tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vray moyende me fairedes
ennemis des deux coſtez . Mais
ce qui me conſole , c'eſt que
les gens defintereſſez conviendront
de ma bonne foy , &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde , cellede
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois , eſt juſtement
celle dont je m'embaraſſe le
GALANT . 253
moins. Je ne ſonge en unmot
qu'à divertir mes Lecteurs ſans
entrer dans le détail des reficxions
qu'on fait ſur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire , bien
de quoy ſcandalıſer des gens
éclairez qui ſçavent preſque
auſſi bien que moy ( qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre ) le cas qu'on fait
du Mercure Galant :& je ſoutiens
qu'il n'y a preſque perfonne
dans aucune Académic
du Royaume qui ne ſe crût
deshonoré , ſi on l'accuſoit de
l'avoir lû. Que cette averſion
254 MERCURE
pour mes Ancestres & pour
moy, foit bien ou mal fondéc,
c'eſt de quoy , par exemple
,je ne me foucie guereencore.
Il y aura toûjours parmi
les eſprits les plus fubtils &
les plus delicats , de ſages Ifraëlites
qui s'amuferont de la
lecture de mes contes & de
mes chanfons ; & je mettray ,
fi je peux , tant d'enjoüement
dans mon Livre , uniquement,
pour plaire aux Dames , que
leur fuffrage me dedommagera
de l'indifference des hommes.
Quel projet ! me dit un
Druide , au maintien veneraGALANT
255
ble ,&dont la contenance eft
figrave&fi compoſée , qu'on
diroit qu'il a toute la vie afſiſté
au banquet des ſept Sages
, quel projet ! Jeunehomme
, continue til , on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce ſera ,
luy dis je , un grand malheur
pour le Public , & beaucoup
de peine épargnée pourmoy;
mais vous verrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
commed'abus , &qu'elles
interpoferont l'autorité de
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raiſons , malgré
256 MERCURE
vous , malgré moy , & peutêtre
à la fin , malgré ellesmêmes.
Mais je ne ſonge pas que
le Mercure s'avance ,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon ! qu'-
importe , c'eſt un article que
perſonne ne lit. Outre le Journal
de Verdun , il y a tant de
Gazettes& dcManuscrits toutes
les ſemaines , dont les circonſtances
ſont ſi intereſſantes
,&dont le ſtile eſt ſibeau ,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles duMercure.
Cependant il en faut ab
folument
GALANT. 257
ſolument debiter , & ce Chapitre
eſt auſſi neceſſaire que
celuy des Enigmes. Ainſi afin
de commencer à en donner
quelques -unes par ordre , je
vais debuter par une Liſte de
tous les Deputez qui ſe ſont
aſſemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être ſignée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
, & par M. le Maréchal
de Villars pour le Roy.
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Résumé : Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur du Mercure Galant, une publication mensuelle, rencontre des difficultés en raison de son implication involontaire dans des querelles malgré son désir de neutralité. La publication du 'Tombeau de Boileau' a suscité des critiques de la part de certains 'fameux génies', tandis qu'une autre faction le soutient. Pour apaiser les tensions, l'auteur prévoit de publier le 'Tombeau de Renard'. Il affirme que son objectif est de divertir ses lecteurs sans commenter les pièces imprimées. Bien qu'il reconnaisse que son style puisse scandaliser certaines personnes éclairées, il reste indifférent à ces réactions. Il espère que les dames apprécieront son ouvrage pour compenser l'indifférence des hommes. Le texte mentionne également les nouvelles du mois, bien que cet article soit peu lu en raison de la multitude de gazettes et manuscrits disponibles. Cependant, l'auteur le juge nécessaire, tout comme l'article des énigmes. Il liste les députés réunis à Bade pour le Congrès de la Paix générale, signé par le Prince Eugène pour l'Empereur et le Maréchal de Villars pour le Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3110
p. 258-275
NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
Début :
M Jean Pierre de Goës, Comte du Saint Empire Romain [...]
Mots clefs :
Duc, Comte, Prince, Baron, Empereur, Roi de France, Électeur, Abbé, Princes, Évêques, Congrès de la paix à Bade, Paix, Bade, Congrès, Envoyés, Plénipotentiaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
NOMS :
de Meſſicurs les Plenipoten-
1. tiaires &Envoyez qui fe
font trouvez au Congrez de
la Paix à Bade , commencé
le cinquiémeJuin 1714 .
De la part de l'Empereur.
i
M Jean Pierre de Goës ,
Comte du Saint Empire Romain
, Baron de Carleſbergà
Monbourg , Seigneur à Razzenegg
,Ebentalbach , Porhnftein
, & Liebenfels , & c. Conſeiller
de Sa Majesté Imperiale
GALANT. 259
*
& Catholique , Gouverneur
:du Duché de Carinthie , Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade .
M Jean Friderich , Comte
de Scilern , &c. Confeiller &
Affeſſeur dela Chancellerie de
Cour , & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Imperiale
au Congrez de la Paix
àBade.
DuRoyde France.
M. François Charles deVinithamille
, des Comtes de Mar
Yij
260 MERCURE
ſeille , Comte du Luc , Marquis
de la Marthe, Lieutenant
du Roy en Provence , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Loüis , Gouverneur des Ifles
Porquerolles , Ambaſſadeur
ordinaire de Sa Majefté aux
Ligues Suiffes & Grifons , &
fon Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M. Barberie , Seigneur de
faint Contest , Conſeiller du
Roy en tous ſes Conſeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel , Intendant
de Juſtice , Police & Fi
GALANT . 161
nances des trois Evêchez de
Metz , Toul , & Verdun , au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majeſté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son Alteſſe Monfieur.
Le Prince Henry d'Auvergne,
Grand Prevoſt de Strafbourg.
B
Del'Electeur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
>
262 MERCURE
Miniftre & Conſeiller d'Etat
de ſon A. E. de Baviere.
De l'Evesque de Bafle.
M Hauſt , Eveſque deDomitiopolis
, Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Bafle.
Des Princes de Birkenfeld.
M. Simon , Confeiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargde BeGALANT.
263
benbourg , Grand Chancelier
&Premier Miniſtre de ſon A.
E. Abbé du Mont de ſaint
Michel en Normandie.
Son Alteffe .
M. l'Abbé de Gonzague ,
Prince de Caſtillon , &c,
De Madame la Princeffe , veuve
deM. le Prince de Condé.
M. l'Abbé duBos.
D
DuMarquis de Bade- Dourlach.
M. Stadelman .
264 MERCURE
E
DeMadame la Ducheffe
d'Elbeuf.
M. le Comte Cremone ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M. le Duc deMantouë.
F
De la part des Etats Generaux
des Provinces-Unies..
M. Jean- Louis Ronchel ,
leur Secretaire , Reſident en
Suiffe.
G
GALANT. 268
ر
Du Duc de Guastalla .
M. leComte Loüis Canta
ni , Chambellan & Confcillet
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guaſtalla
& Sabionnette, &c.
27 : pradDenGennes
07
2
T
4
M. de Sorba, Miniſtre d'Erat
& Reſident ordinaire à
H
DuLandgrave de Heffe-Caffel.
of germinalline morbent
M. le Baron de Mal ron de Malſbourg ,
Septembre 1714. Z
06 MERCURE
)
Miniſtre & Conſeiller Privé
deM. le Landgrave de Helle-
Caffel
M
Du Landgrave de Heffein
al 90635588 angesmoo
M.de Malcowsky, Con
ſeiller Privé& en même tems
Ple-
S. A.S. Ic
aauufſlſii Envobyyée&&MMiinniſtre
nipotentiaire de S.
Duc de Saxe Gotha , & des
Princes & Etats Proteftansda
Cercle du Haut Rhin , &c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Heffe-Rhinfels.
GALANT. 267
Des Chapitresde Hildesheim,
Spire.
M. le Baron de Twikel
d'Havixbek , Chanoine des
Cathedrales d'Hildesheim &
Spire , Archidiacre à Goflar,
Conſeillerd'Etat de l'Evêché
d'Hildesheim , Seigneur de
Meubourg.
DuPrinced'Ifenghein. 1
M. Sanfor , Conſeiller &
Intendant dudit Prince.
Zij
468 MERCURE
1
Du Duc de Lorraine .
M. le Begue , Seigneur de
Germini , & de Lhelod de
Chantreine ,&c. Conſeiller &
Secretaire d'Etat , Garde des
?.
Sceaux de S. A. R. de Lorraine.
Du Chapitre de Liege.
M. le Baron de Vanſoul,
Abbé de Damas , Chanoine
du Chapitre de Liege
GALANT. 269
DeM. le Prince de Ligne.
M. Merode.
M
DeModene.
M. le Comte Jean FrançoisBergomy
, Gentilhomme
de la Chambre , Conſeiller
d'Etat , Gouverneur de la Province
de Garffagnane.
M. l'Abbé Giardini , Conſeiller
& Miniſtre d'Etat de
fon A. S. le Duc de Modene.
Zij
270 MERCURE
• Du Duc de la Mirandole.
M. Regnault Dulioli , Noble
de Bologne ; Profeffeur
public dans les Univerſitez de
Bologne & Padouë.
Du Princede Montbeliard.
M. Charles Leopold Leſpe
rance,Baron de Sanderſleben.
M. Julien Guillaume de
Siegman, Confeiller.
M. Jacques Chriftophe
Cuvier , Confeiller,
GALANT. 277
N
M. le Prince de Naffan Sigben,
10
M. Rivage Co N
Eu-
M
Du Cardinal Ottoboni .
Dung ab pleપવા રૂચીગ
Il P. Ludovico Maria Mau
ro de Chierici Regolari minori
Cowls Mile Comte Paffionci, Reverondaire
de l'une & l'autre
fignature , Prelat domestique
Zamj
272 MERCURE
&Camerier ſecret de ſa Sainreté,
&c.
DuRoy de Pruffe. I
M. le Comte de Metternicht
,Chambellan de ſa Majeſté
Royale de Pruffe , Envoyé
à la Dicte de l'Empire à
Auſbourg.
DuDuc deParme.
bot
M. le Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon , Comte
d'O'za , Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. le Duc
de Parme.
GALANT. 273.
François Marie Spinola ,
Duc de ſaint Pierre , Prince
deMolfeta ,&c Grand d'Efpagne
, Gentilhomme de la
Chambre de S.M.C. &Grand
Maistre de la Maiſon de la
Reine Doüaitiere ,&c? g
20
:
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede , Miniſtre
d'Etat de S. M. Sicilienne ,
Premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Turin..
A
هق
274 MERGURE
८ slu 192 De Spirecto
M. Drieshe , ConſeillerAu
lique & Directeur de laCham.
bre des Finances de S. A.
Monfieur l'Evêque & Prince
de Spire
T
De l'Electeur de Treves.
M. deUmbſcheinden,Con
ſeiller Privé d'Etat de S. A. E.
de Trevesationele M
Du Grand- Maistre de l'ordre
Teutonique.
M. le Baron de Waldecker
GALANT 378
Commandeur de Virnsberg
& Willembourg
M. Veringen , Confciller
de S. A. S.
W
১৯০
Du Duc de Wirtemberg.
M. de Heſpen , Miniſtre
d'Etat intime de Son A. S.
Monſeigneur le Duc Regens
de Wirtemberg:
Des Marquis Malaspina de
Mulezo&Madrignano.
M. l'Abbé Jean -Baptiste
Cioli.
de Meſſicurs les Plenipoten-
1. tiaires &Envoyez qui fe
font trouvez au Congrez de
la Paix à Bade , commencé
le cinquiémeJuin 1714 .
De la part de l'Empereur.
i
M Jean Pierre de Goës ,
Comte du Saint Empire Romain
, Baron de Carleſbergà
Monbourg , Seigneur à Razzenegg
,Ebentalbach , Porhnftein
, & Liebenfels , & c. Conſeiller
de Sa Majesté Imperiale
GALANT. 259
*
& Catholique , Gouverneur
:du Duché de Carinthie , Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade .
M Jean Friderich , Comte
de Scilern , &c. Confeiller &
Affeſſeur dela Chancellerie de
Cour , & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Imperiale
au Congrez de la Paix
àBade.
DuRoyde France.
M. François Charles deVinithamille
, des Comtes de Mar
Yij
260 MERCURE
ſeille , Comte du Luc , Marquis
de la Marthe, Lieutenant
du Roy en Provence , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Loüis , Gouverneur des Ifles
Porquerolles , Ambaſſadeur
ordinaire de Sa Majefté aux
Ligues Suiffes & Grifons , &
fon Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M. Barberie , Seigneur de
faint Contest , Conſeiller du
Roy en tous ſes Conſeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel , Intendant
de Juſtice , Police & Fi
GALANT . 161
nances des trois Evêchez de
Metz , Toul , & Verdun , au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majeſté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son Alteſſe Monfieur.
Le Prince Henry d'Auvergne,
Grand Prevoſt de Strafbourg.
B
Del'Electeur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
>
262 MERCURE
Miniftre & Conſeiller d'Etat
de ſon A. E. de Baviere.
De l'Evesque de Bafle.
M Hauſt , Eveſque deDomitiopolis
, Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Bafle.
Des Princes de Birkenfeld.
M. Simon , Confeiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargde BeGALANT.
263
benbourg , Grand Chancelier
&Premier Miniſtre de ſon A.
E. Abbé du Mont de ſaint
Michel en Normandie.
Son Alteffe .
M. l'Abbé de Gonzague ,
Prince de Caſtillon , &c,
De Madame la Princeffe , veuve
deM. le Prince de Condé.
M. l'Abbé duBos.
D
DuMarquis de Bade- Dourlach.
M. Stadelman .
264 MERCURE
E
DeMadame la Ducheffe
d'Elbeuf.
M. le Comte Cremone ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M. le Duc deMantouë.
F
De la part des Etats Generaux
des Provinces-Unies..
M. Jean- Louis Ronchel ,
leur Secretaire , Reſident en
Suiffe.
G
GALANT. 268
ر
Du Duc de Guastalla .
M. leComte Loüis Canta
ni , Chambellan & Confcillet
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guaſtalla
& Sabionnette, &c.
27 : pradDenGennes
07
2
T
4
M. de Sorba, Miniſtre d'Erat
& Reſident ordinaire à
H
DuLandgrave de Heffe-Caffel.
of germinalline morbent
M. le Baron de Mal ron de Malſbourg ,
Septembre 1714. Z
06 MERCURE
)
Miniſtre & Conſeiller Privé
deM. le Landgrave de Helle-
Caffel
M
Du Landgrave de Heffein
al 90635588 angesmoo
M.de Malcowsky, Con
ſeiller Privé& en même tems
Ple-
S. A.S. Ic
aauufſlſii Envobyyée&&MMiinniſtre
nipotentiaire de S.
Duc de Saxe Gotha , & des
Princes & Etats Proteftansda
Cercle du Haut Rhin , &c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Heffe-Rhinfels.
GALANT. 267
Des Chapitresde Hildesheim,
Spire.
M. le Baron de Twikel
d'Havixbek , Chanoine des
Cathedrales d'Hildesheim &
Spire , Archidiacre à Goflar,
Conſeillerd'Etat de l'Evêché
d'Hildesheim , Seigneur de
Meubourg.
DuPrinced'Ifenghein. 1
M. Sanfor , Conſeiller &
Intendant dudit Prince.
Zij
468 MERCURE
1
Du Duc de Lorraine .
M. le Begue , Seigneur de
Germini , & de Lhelod de
Chantreine ,&c. Conſeiller &
Secretaire d'Etat , Garde des
?.
Sceaux de S. A. R. de Lorraine.
Du Chapitre de Liege.
M. le Baron de Vanſoul,
Abbé de Damas , Chanoine
du Chapitre de Liege
GALANT. 269
DeM. le Prince de Ligne.
M. Merode.
M
DeModene.
M. le Comte Jean FrançoisBergomy
, Gentilhomme
de la Chambre , Conſeiller
d'Etat , Gouverneur de la Province
de Garffagnane.
M. l'Abbé Giardini , Conſeiller
& Miniſtre d'Etat de
fon A. S. le Duc de Modene.
Zij
270 MERCURE
• Du Duc de la Mirandole.
M. Regnault Dulioli , Noble
de Bologne ; Profeffeur
public dans les Univerſitez de
Bologne & Padouë.
Du Princede Montbeliard.
M. Charles Leopold Leſpe
rance,Baron de Sanderſleben.
M. Julien Guillaume de
Siegman, Confeiller.
M. Jacques Chriftophe
Cuvier , Confeiller,
GALANT. 277
N
M. le Prince de Naffan Sigben,
10
M. Rivage Co N
Eu-
M
Du Cardinal Ottoboni .
Dung ab pleપવા રૂચીગ
Il P. Ludovico Maria Mau
ro de Chierici Regolari minori
Cowls Mile Comte Paffionci, Reverondaire
de l'une & l'autre
fignature , Prelat domestique
Zamj
272 MERCURE
&Camerier ſecret de ſa Sainreté,
&c.
DuRoy de Pruffe. I
M. le Comte de Metternicht
,Chambellan de ſa Majeſté
Royale de Pruffe , Envoyé
à la Dicte de l'Empire à
Auſbourg.
DuDuc deParme.
bot
M. le Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon , Comte
d'O'za , Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. le Duc
de Parme.
GALANT. 273.
François Marie Spinola ,
Duc de ſaint Pierre , Prince
deMolfeta ,&c Grand d'Efpagne
, Gentilhomme de la
Chambre de S.M.C. &Grand
Maistre de la Maiſon de la
Reine Doüaitiere ,&c? g
20
:
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede , Miniſtre
d'Etat de S. M. Sicilienne ,
Premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Turin..
A
هق
274 MERGURE
८ slu 192 De Spirecto
M. Drieshe , ConſeillerAu
lique & Directeur de laCham.
bre des Finances de S. A.
Monfieur l'Evêque & Prince
de Spire
T
De l'Electeur de Treves.
M. deUmbſcheinden,Con
ſeiller Privé d'Etat de S. A. E.
de Trevesationele M
Du Grand- Maistre de l'ordre
Teutonique.
M. le Baron de Waldecker
GALANT 378
Commandeur de Virnsberg
& Willembourg
M. Veringen , Confciller
de S. A. S.
W
১৯০
Du Duc de Wirtemberg.
M. de Heſpen , Miniſtre
d'Etat intime de Son A. S.
Monſeigneur le Duc Regens
de Wirtemberg:
Des Marquis Malaspina de
Mulezo&Madrignano.
M. l'Abbé Jean -Baptiste
Cioli.
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Résumé : NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
Le document décrit la liste des plénipotentiaires et envoyés présents au Congrès de la Paix à Bade, qui a commencé le 5 juin 1714. Les représentants incluent plusieurs dignitaires de haut rang. Pour l'Empereur, les représentants sont Jean Pierre de Goës, Comte du Saint Empire Romain, et Jean Friderich, Comte de Scilern. Pour le Roi de France, les représentants sont François Charles de Vinithamille, Comte de Marville, et Barberie, Seigneur de Saint Contest. Divers princes et États sont également représentés, notamment le Prince Henry d'Auvergne, le Baron de Malknecht pour l'Électeur de Bavière, l'Évêque de Bâle, les Princes de Birkenfeld, l'Électeur de Cologne, Madame la Princesse veuve de Monsieur le Prince de Condé, le Marquis de Bade-Dourlach, Madame la Duchesse d'Elbeuf, les États Généraux des Provinces-Unies, le Duc de Guastalla, le Landgrave de Hesse-Cassel, le Landgrave de Hesse-Hanau, le Duc de Saxe Gotha, les Princes et États protestants du Cercle du Haut Rhin, les Chapitres d'Hildesheim et de Spire, le Prince d'Isembourg, le Duc de Lorraine, le Chapitre de Liège, le Prince de Ligne, le Duc de Modène, le Duc de la Mirandole, le Prince de Montbéliard, le Cardinal Ottoboni, le Roi de Prusse, le Duc de Parme, le Roi de Sicile, l'Évêque et Prince de Spire, l'Électeur de Trèves, le Grand-Maître de l'ordre Teutonique, le Duc de Wurtemberg, et les Marquis Malaspina de Mulazzo et Madrignano. Ces individus sont identifiés par leurs titres et fonctions respectifs, avec quelques détails supplémentaires pour certains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3111
p. 276-304
NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
Début :
Du 21. Aoust. Il y a dans cette place 2000. [...]
Mots clefs :
Barcelone, Hommes, Rebelles, Mines, Troupes, Régiment, Tranchée, Armes, Bataille, Maréchal de Berwick, Détachement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
NOUVELLES
** de ce qui ſe paſſe dans Barcelone
, & la difpofition des
Troupes.
Du 21. Aouft
Il ya dans cette Place 2000.
hommes de Troupes reglées
tant Infanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villaroüel ,
le ſecond c'eſtoit Poanton
Lieutenant General , il eſt
deferté ,& fon employ eft
encore vacant..
GALANT 277
Ilya un Major General de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy qui commande la
Cavaleric est le Chevalier
Romana , le Commandant de
l'Artillerie eſt Balet qui eft
auſſi Ingenieur en chef Bru
no Torner eft Capitaine de
Bombardiers , & Pacheras eft
Capitaine des Mineurs .
Le Regiment de la Colonelle
est composé de fix Ba
taillons de soo. hommes,
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes &qui
font actuellement le Service
va à 3000. hommes qui font
178 MERCURE
parmy les Troupes reglées ;
&le Regiment de la Colo-
7 Les Places d'Armes font
au nombre de trois , la pre
miere s'étend depuis Sainte
Catherine juſqu'à la Chapelle
de Marcos , la ſeconde au
Palais ,& la troifiéme à la
Mercediosla
- Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve ,
ont actuellement unRenfort
à faint Pierre & au Jardin de
ce Convent.
Le renfort de la breſche eſt
à laplacede ſaint Pierre.Ceux
GALANT 299
qui gardent la Denni Lune de
fainte Claire ont le leur à la
Celuy de la garde du Baf
tion du Levant eft à l'Aucata.
Dans l'écurie de l'Aucata ,
il y a toûjours cent chevaux
de Piguet quo
ס נ ו כ כ
obDans le Jardin de Gury , ily
aauffi cens chevaux de Piquet
hors laVille le long de laMer.
Le fignal pour l'allarme c'eſt
le toquefin , lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes , & ceux qui refuſent
de marcher font pris &
mis en prifon.
280 MERCURE
1
La coupure qui eſt derriere
la bieſche prend depuis la
porte neuve juſqu'aux Poten
ces; l'ona abattu toutes les
Egliſes&maiſonsdepuis faint
Auguſtin juſqu'aux Bouche-
Cette coupure eſt dans ſa
perfection ; il y a une grande
place d'armes,avec un grand
foffé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille eſt de pierre & de
terre d'argile ; l'on y a mis
cinq pieces de canon ſur les
deux coſtez chargées à
touche.
a car-
1
Il
GALANT. 281
Ilyadans la PlaceunConfeil
de guerre qu'on appelle
Junta magna , où aſſiſtent le
Gouverneur de laProvince appelléTorrellas
, qui eſtant fort
âgé a pour Lieutenans Don
Francifco Sayol ,DonJoſeph
de Pinot, le Comte de Po
nonos,leComte de Plazencia,
leMarquis de Sermanat , Don
Fiancilco Sivaller , & Don
Emmanuel Ferrer, coup inq
Ceux qui ont foin de faire
payer les Troupes, font Salvador
Felice , Juan Llinas , Ci
toven , Chattople Llado , le
Docteur Monnar,Medecin
Septembre 1714. Aa
281 MERCURE
/
4
Francifco Moſcaro , Marchand
auffi bien que Joſeph
Durand , Muriano Durand,
Comallas , Juan Albaret ,&
le nommé Fer. L'argent ſe
prend par tout où l'on ſçait
qu'il yen a de gré ou de for
co , & ceux qui refuſent dele
donner font pris & mis en
prifon.
Le nombre des bleſſez depuis
qu'on bat en brefehe
pour aller à 600 hommes.
Lc 14. Août le Comte
Don Jofeph Mata,DonCar
los Ribera ,Don Magin Ninot,
Don Francifco de laVoGALANY.
ga,& le fils du Juge Salvador
furent tuez; le fils aîné de Be
rardo avec deux fils de Llinas
farent bleſſeze 2ob ediểu
Ua sûr dans l'action du
même jour soo hommes tucz
A
A Gironne le 8, Septembre
D
Par lesLettres ddou quarre,
Monfieur , que je viens de
IsEcupiti du Campideyang
Barcelone,j'apppprreenndd que les
nouvelles batteries conti
nuoient àtiter vivement pour
ouvrir les nouvelles breches
Aaij
284 MERCURE
& qu'elles eltoient prelqueen
eftat auſſi bien que les Mines.
L'on me mande que M. le
Maréchal de Berwick avoit
fait fommet le 3. les Barcelonois
pour la premiere &
derniere fois ; ils répondirent
qu'ils alloient aff mbler leurs
Confeils que cela feroit un
peu long , mais qu'ils feroient
A
leurs réponſes Le 4 au foir
tirer de
elle n'eſtoir pas encore venue.
L'on continue cependant de
part & d'autre &l'on
croit qu'ils ne ſe prefferont
pas de la faire , parce que le
defordre que les caux ont
A
GALANT. 285
1
fait à la tranchée & dans les
Mines leur a donné de nou
velles efperances &relevé leur
courages il eſt certain que la
famine eſt dans cette Places
beaucoup de gens voudroient
en fortir , mais M. le Maréchal
de Berwick veurs que
Ponles'y faffe rentrer & cela
s'execute régulierement. Le 32
plus de 200 perſonnes entre
Jefquelles ily avoir beaucoup
defemmes ,parurent hors de
la Ville pour fortirsen implo
rant lamifericorde du Roy&
crane vive Philippes Vo mais
en les obligeaàrentrer
286 MERCURE
que
Il fait un temps fi affreux
depuis 10, ou 12. jours que
toutes les tranchées ont eſté
inondées , & qu'il eſt entré
beaucoup d'eau dans les Mines
,ce qui retardera encore
le Siege quelque tempsiolo
Paredes Lettres du
je viens de recevoir de Mataro
, l'on me mande qu'un
Enſeigne ayantdeferté de la
Place avec fix foldats , avoit
dit que le Confeil eſtoit encore
affemblé ,que l'on difoit
que trois perfonnes avoient
ſté nommées pour aller par
Jet àMonfieur deMaréchal de
GALANT. 287
Berwick, alçavoir leGeneral
de Bataille Joſeper , le Marquis
de Tamarit ,& le Comte
de Placentia. Que l'on ne ſçavoit
pas quel jour ce feroit;
mais que s'il y avoit quelque
retardement ce n'estoit qu'à
cauſe du déſordre que l'on
[çavoit que les eaux avoient
fait dans la tranchée & dane
les Mines, ce qui leur avoi
selevé le courage.201
Quant à ce qui ſe paſſedans
IePaysducoſtéde la Marine,le
Village de Saint Hiſcle a eſté
pillé Sentierement brulé
par le détachement deMon
188 MERCURE
fieur de Valloute queſtoir
à Tordera ; & deux autres
des Troupes d'Eſpagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
ſe ſont appro hez ' aprés
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils fçûrent que l'on
marchoit de ce colte là , ils
fitent la même manoeuvre ,
ainſi la chofe fut faite fans
refittance
C'eſt unVillage ſitué dans
un pays tres difficile prés de
la Mer qui ſervoit de retraite
& de magaſin aux Rebelles
dont ils farfoient continuellement
porter des vivres
Saint
GALANT. 289
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monfieur de Vallouſe a
auſſi fait bruler à ſon retour
ſept Barques de Barcelone
avec leurs agrés qu'il trouva
àCanet & à Saint Paul.
Pour ce qui eſt de la Montagne,
Monfieur de Rauchop
eſt toûjours avec un détachement
du coſté de Ripoüille ,
& Meragas ,s'eſt retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui eſt à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y eſtoient
aſſemblez pour faire de nou-
Septembre 17 14 . Bb
290 MERCURE
veau ſoulever le pays ; mais
comme l'on n'a ſçû depuis
qu'ils avoient marché du côté
de Manresa , Monfieur de
Bracamonté profite de ce
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia où il y a un
autre corps de Rebelles. Monfieur
le Comte de Frenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich , pour le
favoriſer dans ſon expedition :
c'eſt un endroitdans le Mouſigny
qui eſt continuellement
ſous les armes & qui fert de
retraite & de magaſin aux
Rebelles.
GALANT. 297
Le deux de ce mois au matin
trois Officiers de Cavaleric
de la Ville vinrent au Camp
commedeferteurs. M. le Marêchal
de Berwick les interrogea
, les fit garder à veuë , &
enſuite embarquer pour Pcniſcola.
Le meſme jour deux unCapitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deferta , &
eût une longue conference
avec M. le Mareſchal qui le fit
refter chez luy; l'on croit qu'il
doit aller joindre quelqu'un
des Camps volans detachez de
l'Armée contre cesRebelles.
Bb ij
292 MERCURE
Les nouvelles breches &
les mines vont parfaitement
bien , mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie de la tranchée
,& fur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelque partie s'eſt
éboulée : on travailie à reparer
les dommages , cependant
ces orages réïterez cauſent du
retardement. Les Affiegez
pretendent avoir eventé la
mine des Eſpagnols qui eſt
ſous la courtine prés l'angle
rentrant du Baſtion de la porGALANT.
293
re neuve.. Mais on dit qu'elle
n'eſt point endommagée
d'autant plus que l'on a poufſé
un rameau d'un autre côté;
d'ailleurs on aſſeure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours , & qui
quand cette mine n'y ſeroit
pas feront encore 6. attaques,
Leront encore plus que ſuffifantes
,&tout ſe diſpoſe pour
leſdites attaques. Les Dragons
en auront une. Mole Marefchal
fait faire des échelles ,&
l'on en a déja porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux dépoſts que l'on
Bb iij
294 MERCURE
a formez prés les débouchez
marquez pour l'attaque des
breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire ſommer hier 3 à 10 .
heures du matin avant de les
expoſer à un affaut general ,
ils répondirent qu'ils affembleroient
leur conſeil : une
heure aprés ils demanderent fi
l'on ſouhaitoit pour ôrages
des hommes de guerre ou de
Magiftrature , ajoûtant qu'ils
ne pouvoient ceffer de tirer ,
de maniere que le feu a toûjours
continué de part &
d'autre;&quoyqu'il y ait prés
GALANT . 295
de 36. heures , il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponſe.
L'on aſſeure neanmoins
qu'il eſt venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres dú
ſieur Villaroël qui ont fait
éveiller Monfieur le Maref
chal ; mais comme il a dit à
tout le monde que ce n'eſtoit
que des deferteurs , on a jugé
qu'il vouloit qu'on ignoraft
le reſte.
Le pain eft tres - rare & fort
cher dans Barcelone , d'où
les femmes viennent en grand
nombre fur le bordde nos lignes
pour tâcher d'en fortir ,
B b iiij
J
296 MERCURE
A
mais M. le Maréchal a donné
ordre par toutde les faire rentrer
par forcedans la Ville.
2. M. de Sardini Montriel
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine , homme
tres eſtimé de toutes les manieres
a eu ce matin une jambe
emportée d'un coup de canon
, & l'autre tres endommagée
en deſcendant la tranchéc.
Enfin aprés trois jours entiers
pendant leſquels les Barcelonois
ont fait pluſieurs
aſſemblées generales leſquelles
auroient dû naturellement
GALANT. 297
finir pour envoyer les trois
Deputez qu'ils avoient nommez
dés le premier jour : le
réſultat du tout a eſté que le
nommé Jozepet General de
Bataille dans cette Ville ayant
demandé hier à parler àMonfieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui eſtoit de tranchée , luy
rendit pour réponſe que la
Ville ne vouloit écouter aucunes
propefkions & luy demanda
enfuite s'il vouloit
quelque choſe de plus ; cela
fini il luy conſeilla de ſe retirer
promptement , &l'on recommença
à tirer de part & d'au298
MERCURE
tres ; l'extravagance de cette
réponſe étant encore mieux
marquée en Efpagnol comme
elle a eſté faite , on en joint
une copie à la preſente.
:
La nuit du quatre au cinq
les Affiegez firent une fortic
par deux endroits du chemin
couvert qui eſt prés de la
Redoute de la Mer , ils tomberent
fur les deux Compagnies
des Grensers du Regiment
d'Auvergne qui les
chafferent & leur tuerent
treize hommes ; mais des
Officiers de ces deux Compagnies
, ily en eutdeux deblef.
GALANT. 299
ſez , deux morts & vingtun
Grenadiers tuez oubleffez.
La nuit du cinq au fix il fit
une ſi grande pluye que ces
inondations réïterées obligerent
d'abandonner la Mine
des Eſpagnols , celle du ſieur
de Lorme pouvant eſtre plus
facilement réparée,on compte
qu'elle ſera en état au plus
tard le neuf..
Il entra encore avant hier
•aprés midy dans Barcelone
deux groffes Barques chargées
de proviſions à la veuë
de toute l'Armée ; on parle
d'en armer vingt- cinq ou tren300
MERCURE
te pour s'oppoſer à tous les
petits Baſtimens qu'ils font
entrer de cette maniere dans
laPlace.
Les Rebelles de la Montagne
s'eſtant raſſemblez devant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ont attaqué &même
bleſſé à mort le Gouverneur
; mais les détachemens
qui ſont toûjours en campagne
s'eſtant réünis les en ont
chaffez.
Monfieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Marine eſt mort des
bleſſures dont on a parlé. 3
GALANT 301
Respuesta bichaporla ciudadde
Barcelona dopalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Hasfeld el dia 6. Setiembre
1714. Segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a refuelto lo figuiente.
La ciudad noquiere admittir
propofition alguna quiere V. E.
algoMas?
Le 7. de ce mois les Barcelonois
firent la réponſe ſuivante
à la ſommation qui leur
avoit été faite deux jours
avant.
Un Officier vint ſur labre302
MERCURE
che , & demanda à parler à
l'Officier General commendant
la tranchée , qui étoit M.
leChevalier d'Hasfeld , il luy
lut la réponſe , contenant que
la Députation de Barcelone
faiſoit ſçavoir à M. le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propoſitionàfaire
ni à recevoir.
Le 11. on a donné l'aſſaut
general fans avoir pu ſe
ſervir des Mines qui ſe trouvoient
toutes noyées , & on
s'eſt empaté de tous les trois
Baſtions attaquez , &des retranchemens
; les Barcelonois
GALANT. 303
eſtoient retranchez dans les
maiſons , & dans les ruës , &
avoient demandé à capituler ,
fur quoyMonfieur le Maref
chal de Berwick leur fit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre choſe que
d'eſtre pris à diſcretion.
On en étoit là lors que M.
le Ducde Mortemart eft party.
On attend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
e M. de la Villemenu , Colonel
d'Orleans a un coup de
fufil au travers du corps .
M. de Tailleran la cuiſſe
coupéc.
304 MERCURE
M. dHoudetot un coup
de fuſil dans l'aîne.
** de ce qui ſe paſſe dans Barcelone
, & la difpofition des
Troupes.
Du 21. Aouft
Il ya dans cette Place 2000.
hommes de Troupes reglées
tant Infanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villaroüel ,
le ſecond c'eſtoit Poanton
Lieutenant General , il eſt
deferté ,& fon employ eft
encore vacant..
GALANT 277
Ilya un Major General de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy qui commande la
Cavaleric est le Chevalier
Romana , le Commandant de
l'Artillerie eſt Balet qui eft
auſſi Ingenieur en chef Bru
no Torner eft Capitaine de
Bombardiers , & Pacheras eft
Capitaine des Mineurs .
Le Regiment de la Colonelle
est composé de fix Ba
taillons de soo. hommes,
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes &qui
font actuellement le Service
va à 3000. hommes qui font
178 MERCURE
parmy les Troupes reglées ;
&le Regiment de la Colo-
7 Les Places d'Armes font
au nombre de trois , la pre
miere s'étend depuis Sainte
Catherine juſqu'à la Chapelle
de Marcos , la ſeconde au
Palais ,& la troifiéme à la
Mercediosla
- Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve ,
ont actuellement unRenfort
à faint Pierre & au Jardin de
ce Convent.
Le renfort de la breſche eſt
à laplacede ſaint Pierre.Ceux
GALANT 299
qui gardent la Denni Lune de
fainte Claire ont le leur à la
Celuy de la garde du Baf
tion du Levant eft à l'Aucata.
Dans l'écurie de l'Aucata ,
il y a toûjours cent chevaux
de Piguet quo
ס נ ו כ כ
obDans le Jardin de Gury , ily
aauffi cens chevaux de Piquet
hors laVille le long de laMer.
Le fignal pour l'allarme c'eſt
le toquefin , lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes , & ceux qui refuſent
de marcher font pris &
mis en prifon.
280 MERCURE
1
La coupure qui eſt derriere
la bieſche prend depuis la
porte neuve juſqu'aux Poten
ces; l'ona abattu toutes les
Egliſes&maiſonsdepuis faint
Auguſtin juſqu'aux Bouche-
Cette coupure eſt dans ſa
perfection ; il y a une grande
place d'armes,avec un grand
foffé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille eſt de pierre & de
terre d'argile ; l'on y a mis
cinq pieces de canon ſur les
deux coſtez chargées à
touche.
a car-
1
Il
GALANT. 281
Ilyadans la PlaceunConfeil
de guerre qu'on appelle
Junta magna , où aſſiſtent le
Gouverneur de laProvince appelléTorrellas
, qui eſtant fort
âgé a pour Lieutenans Don
Francifco Sayol ,DonJoſeph
de Pinot, le Comte de Po
nonos,leComte de Plazencia,
leMarquis de Sermanat , Don
Fiancilco Sivaller , & Don
Emmanuel Ferrer, coup inq
Ceux qui ont foin de faire
payer les Troupes, font Salvador
Felice , Juan Llinas , Ci
toven , Chattople Llado , le
Docteur Monnar,Medecin
Septembre 1714. Aa
281 MERCURE
/
4
Francifco Moſcaro , Marchand
auffi bien que Joſeph
Durand , Muriano Durand,
Comallas , Juan Albaret ,&
le nommé Fer. L'argent ſe
prend par tout où l'on ſçait
qu'il yen a de gré ou de for
co , & ceux qui refuſent dele
donner font pris & mis en
prifon.
Le nombre des bleſſez depuis
qu'on bat en brefehe
pour aller à 600 hommes.
Lc 14. Août le Comte
Don Jofeph Mata,DonCar
los Ribera ,Don Magin Ninot,
Don Francifco de laVoGALANY.
ga,& le fils du Juge Salvador
furent tuez; le fils aîné de Be
rardo avec deux fils de Llinas
farent bleſſeze 2ob ediểu
Ua sûr dans l'action du
même jour soo hommes tucz
A
A Gironne le 8, Septembre
D
Par lesLettres ddou quarre,
Monfieur , que je viens de
IsEcupiti du Campideyang
Barcelone,j'apppprreenndd que les
nouvelles batteries conti
nuoient àtiter vivement pour
ouvrir les nouvelles breches
Aaij
284 MERCURE
& qu'elles eltoient prelqueen
eftat auſſi bien que les Mines.
L'on me mande que M. le
Maréchal de Berwick avoit
fait fommet le 3. les Barcelonois
pour la premiere &
derniere fois ; ils répondirent
qu'ils alloient aff mbler leurs
Confeils que cela feroit un
peu long , mais qu'ils feroient
A
leurs réponſes Le 4 au foir
tirer de
elle n'eſtoir pas encore venue.
L'on continue cependant de
part & d'autre &l'on
croit qu'ils ne ſe prefferont
pas de la faire , parce que le
defordre que les caux ont
A
GALANT. 285
1
fait à la tranchée & dans les
Mines leur a donné de nou
velles efperances &relevé leur
courages il eſt certain que la
famine eſt dans cette Places
beaucoup de gens voudroient
en fortir , mais M. le Maréchal
de Berwick veurs que
Ponles'y faffe rentrer & cela
s'execute régulierement. Le 32
plus de 200 perſonnes entre
Jefquelles ily avoir beaucoup
defemmes ,parurent hors de
la Ville pour fortirsen implo
rant lamifericorde du Roy&
crane vive Philippes Vo mais
en les obligeaàrentrer
286 MERCURE
que
Il fait un temps fi affreux
depuis 10, ou 12. jours que
toutes les tranchées ont eſté
inondées , & qu'il eſt entré
beaucoup d'eau dans les Mines
,ce qui retardera encore
le Siege quelque tempsiolo
Paredes Lettres du
je viens de recevoir de Mataro
, l'on me mande qu'un
Enſeigne ayantdeferté de la
Place avec fix foldats , avoit
dit que le Confeil eſtoit encore
affemblé ,que l'on difoit
que trois perfonnes avoient
ſté nommées pour aller par
Jet àMonfieur deMaréchal de
GALANT. 287
Berwick, alçavoir leGeneral
de Bataille Joſeper , le Marquis
de Tamarit ,& le Comte
de Placentia. Que l'on ne ſçavoit
pas quel jour ce feroit;
mais que s'il y avoit quelque
retardement ce n'estoit qu'à
cauſe du déſordre que l'on
[çavoit que les eaux avoient
fait dans la tranchée & dane
les Mines, ce qui leur avoi
selevé le courage.201
Quant à ce qui ſe paſſedans
IePaysducoſtéde la Marine,le
Village de Saint Hiſcle a eſté
pillé Sentierement brulé
par le détachement deMon
188 MERCURE
fieur de Valloute queſtoir
à Tordera ; & deux autres
des Troupes d'Eſpagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
ſe ſont appro hez ' aprés
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils fçûrent que l'on
marchoit de ce colte là , ils
fitent la même manoeuvre ,
ainſi la chofe fut faite fans
refittance
C'eſt unVillage ſitué dans
un pays tres difficile prés de
la Mer qui ſervoit de retraite
& de magaſin aux Rebelles
dont ils farfoient continuellement
porter des vivres
Saint
GALANT. 289
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monfieur de Vallouſe a
auſſi fait bruler à ſon retour
ſept Barques de Barcelone
avec leurs agrés qu'il trouva
àCanet & à Saint Paul.
Pour ce qui eſt de la Montagne,
Monfieur de Rauchop
eſt toûjours avec un détachement
du coſté de Ripoüille ,
& Meragas ,s'eſt retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui eſt à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y eſtoient
aſſemblez pour faire de nou-
Septembre 17 14 . Bb
290 MERCURE
veau ſoulever le pays ; mais
comme l'on n'a ſçû depuis
qu'ils avoient marché du côté
de Manresa , Monfieur de
Bracamonté profite de ce
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia où il y a un
autre corps de Rebelles. Monfieur
le Comte de Frenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich , pour le
favoriſer dans ſon expedition :
c'eſt un endroitdans le Mouſigny
qui eſt continuellement
ſous les armes & qui fert de
retraite & de magaſin aux
Rebelles.
GALANT. 297
Le deux de ce mois au matin
trois Officiers de Cavaleric
de la Ville vinrent au Camp
commedeferteurs. M. le Marêchal
de Berwick les interrogea
, les fit garder à veuë , &
enſuite embarquer pour Pcniſcola.
Le meſme jour deux unCapitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deferta , &
eût une longue conference
avec M. le Mareſchal qui le fit
refter chez luy; l'on croit qu'il
doit aller joindre quelqu'un
des Camps volans detachez de
l'Armée contre cesRebelles.
Bb ij
292 MERCURE
Les nouvelles breches &
les mines vont parfaitement
bien , mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie de la tranchée
,& fur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelque partie s'eſt
éboulée : on travailie à reparer
les dommages , cependant
ces orages réïterez cauſent du
retardement. Les Affiegez
pretendent avoir eventé la
mine des Eſpagnols qui eſt
ſous la courtine prés l'angle
rentrant du Baſtion de la porGALANT.
293
re neuve.. Mais on dit qu'elle
n'eſt point endommagée
d'autant plus que l'on a poufſé
un rameau d'un autre côté;
d'ailleurs on aſſeure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours , & qui
quand cette mine n'y ſeroit
pas feront encore 6. attaques,
Leront encore plus que ſuffifantes
,&tout ſe diſpoſe pour
leſdites attaques. Les Dragons
en auront une. Mole Marefchal
fait faire des échelles ,&
l'on en a déja porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux dépoſts que l'on
Bb iij
294 MERCURE
a formez prés les débouchez
marquez pour l'attaque des
breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire ſommer hier 3 à 10 .
heures du matin avant de les
expoſer à un affaut general ,
ils répondirent qu'ils affembleroient
leur conſeil : une
heure aprés ils demanderent fi
l'on ſouhaitoit pour ôrages
des hommes de guerre ou de
Magiftrature , ajoûtant qu'ils
ne pouvoient ceffer de tirer ,
de maniere que le feu a toûjours
continué de part &
d'autre;&quoyqu'il y ait prés
GALANT . 295
de 36. heures , il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponſe.
L'on aſſeure neanmoins
qu'il eſt venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres dú
ſieur Villaroël qui ont fait
éveiller Monfieur le Maref
chal ; mais comme il a dit à
tout le monde que ce n'eſtoit
que des deferteurs , on a jugé
qu'il vouloit qu'on ignoraft
le reſte.
Le pain eft tres - rare & fort
cher dans Barcelone , d'où
les femmes viennent en grand
nombre fur le bordde nos lignes
pour tâcher d'en fortir ,
B b iiij
J
296 MERCURE
A
mais M. le Maréchal a donné
ordre par toutde les faire rentrer
par forcedans la Ville.
2. M. de Sardini Montriel
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine , homme
tres eſtimé de toutes les manieres
a eu ce matin une jambe
emportée d'un coup de canon
, & l'autre tres endommagée
en deſcendant la tranchéc.
Enfin aprés trois jours entiers
pendant leſquels les Barcelonois
ont fait pluſieurs
aſſemblées generales leſquelles
auroient dû naturellement
GALANT. 297
finir pour envoyer les trois
Deputez qu'ils avoient nommez
dés le premier jour : le
réſultat du tout a eſté que le
nommé Jozepet General de
Bataille dans cette Ville ayant
demandé hier à parler àMonfieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui eſtoit de tranchée , luy
rendit pour réponſe que la
Ville ne vouloit écouter aucunes
propefkions & luy demanda
enfuite s'il vouloit
quelque choſe de plus ; cela
fini il luy conſeilla de ſe retirer
promptement , &l'on recommença
à tirer de part & d'au298
MERCURE
tres ; l'extravagance de cette
réponſe étant encore mieux
marquée en Efpagnol comme
elle a eſté faite , on en joint
une copie à la preſente.
:
La nuit du quatre au cinq
les Affiegez firent une fortic
par deux endroits du chemin
couvert qui eſt prés de la
Redoute de la Mer , ils tomberent
fur les deux Compagnies
des Grensers du Regiment
d'Auvergne qui les
chafferent & leur tuerent
treize hommes ; mais des
Officiers de ces deux Compagnies
, ily en eutdeux deblef.
GALANT. 299
ſez , deux morts & vingtun
Grenadiers tuez oubleffez.
La nuit du cinq au fix il fit
une ſi grande pluye que ces
inondations réïterées obligerent
d'abandonner la Mine
des Eſpagnols , celle du ſieur
de Lorme pouvant eſtre plus
facilement réparée,on compte
qu'elle ſera en état au plus
tard le neuf..
Il entra encore avant hier
•aprés midy dans Barcelone
deux groffes Barques chargées
de proviſions à la veuë
de toute l'Armée ; on parle
d'en armer vingt- cinq ou tren300
MERCURE
te pour s'oppoſer à tous les
petits Baſtimens qu'ils font
entrer de cette maniere dans
laPlace.
Les Rebelles de la Montagne
s'eſtant raſſemblez devant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ont attaqué &même
bleſſé à mort le Gouverneur
; mais les détachemens
qui ſont toûjours en campagne
s'eſtant réünis les en ont
chaffez.
Monfieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Marine eſt mort des
bleſſures dont on a parlé. 3
GALANT 301
Respuesta bichaporla ciudadde
Barcelona dopalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Hasfeld el dia 6. Setiembre
1714. Segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a refuelto lo figuiente.
La ciudad noquiere admittir
propofition alguna quiere V. E.
algoMas?
Le 7. de ce mois les Barcelonois
firent la réponſe ſuivante
à la ſommation qui leur
avoit été faite deux jours
avant.
Un Officier vint ſur labre302
MERCURE
che , & demanda à parler à
l'Officier General commendant
la tranchée , qui étoit M.
leChevalier d'Hasfeld , il luy
lut la réponſe , contenant que
la Députation de Barcelone
faiſoit ſçavoir à M. le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propoſitionàfaire
ni à recevoir.
Le 11. on a donné l'aſſaut
general fans avoir pu ſe
ſervir des Mines qui ſe trouvoient
toutes noyées , & on
s'eſt empaté de tous les trois
Baſtions attaquez , &des retranchemens
; les Barcelonois
GALANT. 303
eſtoient retranchez dans les
maiſons , & dans les ruës , &
avoient demandé à capituler ,
fur quoyMonfieur le Maref
chal de Berwick leur fit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre choſe que
d'eſtre pris à diſcretion.
On en étoit là lors que M.
le Ducde Mortemart eft party.
On attend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
e M. de la Villemenu , Colonel
d'Orleans a un coup de
fufil au travers du corps .
M. de Tailleran la cuiſſe
coupéc.
304 MERCURE
M. dHoudetot un coup
de fuſil dans l'aîne.
Fermer
Résumé : NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
En août 1714, Barcelone est sous contrôle rebelle avec environ 2 000 hommes de troupes régulières, incluant l'infanterie et la cavalerie. Les chefs rebelles principaux sont Villarroël et Poanton, ce dernier ayant été destitué. Les officiers clés comprennent Jozepet, major général de bataille, le Chevalier Romana, commandant de la cavalerie, Balet, directeur de l'artillerie et de l'ingénierie, Bruno Torner, capitaine des bombardiers, et Pacheras, capitaine des mineurs. Le régiment de la colonelle compte six bataillons de 500 hommes chacun, et environ 3 000 habitants prennent les armes, portant le total des forces à 5 000 hommes. Les positions défensives sont établies près de Sainte Catherine, du Palais, et de la Merced, avec des renforts à la Demi-Lune de la porte neuve et à la brèche de saint Pierre. La Junta magna, dirigée par le gouverneur Torrellas et ses lieutenants, dont le Comte de Pononos et le Marquis de Sermanat, gère les opérations. Les finances sont collectées par la force si nécessaire. Depuis le début des combats, environ 600 hommes ont été blessés et plusieurs tués, dont le Comte Don José Mata et Don Carlos Ribera. Les batteries continuent de tirer pour ouvrir de nouvelles brèches, et les mines sont presque prêtes. Le maréchal de Berwick a sommé les Barcelonais de se rendre, mais ceux-ci demandent du temps pour consulter leurs conseils. Les rebelles utilisent un village près de la mer comme retraite et magasin de vivres. Plusieurs actions militaires sont menées par les forces françaises et espagnoles, incluant des attaques et des destructions de bastions rebelles. À Barcelone, des désertions vers les forces françaises sont signalées. Les travaux de siège avancent malgré des intempéries. Les assiégés prétendent avoir détecté une mine espagnole, mais les brèches créées par les bombardements sont suffisantes pour lancer des attaques. Le pain est rare et cher à Barcelone. Le 6 septembre 1714, Barcelone refuse toute proposition de négociation. Le 7 septembre, la réponse de la députation de Barcelone au maréchal de Berwick indique qu'elle n'a aucune proposition à faire ni à recevoir. Le 11 septembre, un assaut général permet la prise de trois bastions et des retranchements. Les Barcelonais demandent à capituler, mais le maréchal de Berwick exige une reddition sans condition. Parmi les blessés figurent M. de la Villemenu, M. de Tailleran et M. d'Houdetot. La fin des hostilités est attendue avec l'arrivée du marquis de Broglio.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3112
p. 304-331
JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Début :
Le Roy partit le 29. Aoust de Versailles pour aller coucher [...]
Mots clefs :
Roi, Fontainebleau, Cour, Seigneurs, Cardinal, Duchesse, Dames, Abbé, Électeurs, Chevaux, Duc d'Orléans, Conseil d'État, Cheval, Duchesse de Berry, Cardinal de Rohan, Seigneurs de la Cour, Chasse du cerf, Chasse, Cerf
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
JOURNAL
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
2
7
GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
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GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
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Résumé : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Du 29 août au 21 septembre 1714, plusieurs événements significatifs eurent lieu à Fontainebleau. Le roi quitta Versailles le 29 août, accompagné de la Duchesse de Berry, de la Duchesse de Conti et de la Princesse de Conti. À Fontainebleau, le roi s'adonna à diverses activités, notamment des chasses au cerf et des promenades royales le long du canal. Le 1er septembre, le duc de Beauvillier décéda. Le lendemain, le roi nomma le maréchal de Villeroy président du Conseil des Finances. Le 3 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de l'ambassadeur de Sicile, du nonce et du cardinal de Rohan. Le 4 septembre, le roi augmenta les Gardes du Corps de la Duchesse de Berry et reçut les neveux du duc d'Hamilton. Une autre promenade royale eut lieu le 5 septembre. Le 6 septembre, une nouvelle chasse au cerf se tint avec plusieurs membres de la cour. Le 16 septembre, le Duc d'Enguien chassa le sanglier et captura deux bêtes. Le 17 septembre, un conseil des finances se tint, et le Duc d'Enguien ainsi que le Comte de Toulouse allèrent chasser le cerf. Le 18 septembre, plusieurs personnalités assistèrent à la toilette de Madame la Duchesse de Berry. Le 19 septembre, le Duc d'Enguien chassa à nouveau le sanglier. Le 20 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de nombreux princes, princesses, l'Électeur et les ambassadeurs. Le 21 septembre, un motet fut chanté lors de la messe du roi, et le Maréchal de Villeroy fit sa première entrée en tant que ministre. Le Maréchal de Villars arriva de Bade, annonçant la signature de la paix générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3113
p. 331-332
AVIS.
Début :
On a fait courir le bruit à Paris que M. de Woolhouse Gentilhomme [...]
Mots clefs :
Maladies, Professeur de médecine
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
1
On a faitcourir le bruit àParis
que M. deWoolhouseGentilhomme
& Oculiste Anglois ,
eftoit mort depuis deux mois ,
tant à cauſe qu'il a changé de
quartierqu'àcause d'une maladie
dangereuse , dont M. Geoffroy
Professeur en Medecine,la entierement
queri ; mais ce bruit
mal est fondé,&il avertit le
Ecij
332 MERCURE
Public qu'il a demeuré cy devant
pendant biendes années au Fauxbourg
Saint Germain ; &qu'il
demeure preſentement au College
de l'Ave- Maria vis à-vis le
petit Portail de Saint Estienne
du Mont ; prés Sainte Geneviéve.
Ilpratique trente trois differentes
operations manuelles fur
les yeux : il remedie par des
medicamens , doux ,prompis
furs,àtouslesautres mauxqueriffables
de la veuë , entre les cens
foixante &treize maladies diffe.
rentes , qui peuvent attaquer ,
l'oeil. Ildonnera une liste des perſonnes
qu'il agueri à Paris
tous ceux qui laſouhaiteront.
1
On a faitcourir le bruit àParis
que M. deWoolhouseGentilhomme
& Oculiste Anglois ,
eftoit mort depuis deux mois ,
tant à cauſe qu'il a changé de
quartierqu'àcause d'une maladie
dangereuse , dont M. Geoffroy
Professeur en Medecine,la entierement
queri ; mais ce bruit
mal est fondé,&il avertit le
Ecij
332 MERCURE
Public qu'il a demeuré cy devant
pendant biendes années au Fauxbourg
Saint Germain ; &qu'il
demeure preſentement au College
de l'Ave- Maria vis à-vis le
petit Portail de Saint Estienne
du Mont ; prés Sainte Geneviéve.
Ilpratique trente trois differentes
operations manuelles fur
les yeux : il remedie par des
medicamens , doux ,prompis
furs,àtouslesautres mauxqueriffables
de la veuë , entre les cens
foixante &treize maladies diffe.
rentes , qui peuvent attaquer ,
l'oeil. Ildonnera une liste des perſonnes
qu'il agueri à Paris
tous ceux qui laſouhaiteront.
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Résumé : AVIS.
Une rumeur à Paris annonce la mort de M. de Woolhouse, oculiste anglais. M. Geoffroy dément cette information. M. de Woolhouse a déménagé au Collège de l'Ave-Maria. Il pratique diverses opérations oculaires et traite plus de cent soixante-treize maladies de la vue avec des médicaments efficaces. Il fournit une liste de ses patients guéris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3114
p. 333
AUTRE AVIS de grande consequence.
Début :
Le sieur Godeheult le fils, Marchand Tailleur, demeurant [...]
Mots clefs :
Habits, Marchand tailleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE AVIS de grande consequence.
AUTRE AVIS
de grande conſequence.
د
د Le ſieur Godeheult le fils
Marchand Tailleur , demeurant
ruë Tirechappe, du côté de la ruë
Betizi , àl'Enseigne du Point du
jour , quartier de la ruë de la
Monnoye avertie le Public
qu'il fait&fournit toutes fortes
d'habits &ſurtouts tant brodez
que gallonez& unis : il habille
Regimens&Livrées ,il troque
toute forte de Garderobe , &enfin
il habille àl'année de toutes
façons, proprement,magnifiquement
& à juste prix.
de grande conſequence.
د
د Le ſieur Godeheult le fils
Marchand Tailleur , demeurant
ruë Tirechappe, du côté de la ruë
Betizi , àl'Enseigne du Point du
jour , quartier de la ruë de la
Monnoye avertie le Public
qu'il fait&fournit toutes fortes
d'habits &ſurtouts tant brodez
que gallonez& unis : il habille
Regimens&Livrées ,il troque
toute forte de Garderobe , &enfin
il habille àl'année de toutes
façons, proprement,magnifiquement
& à juste prix.
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3115
p. 334
« On a imprimé depuis peu à Paris deux Livres Nouveaux, [...] »
Début :
On a imprimé depuis peu à Paris deux Livres Nouveaux, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a imprimé depuis peu à Paris deux Livres Nouveaux, [...] »
On a imprimé depuis peu
à Paris deux LivresNouveaux ,
dont l'un a pour titre l'Hif
toire des quatre Cicerons , &
l'autre l'Hiſtoire des Campagnes
de S. A. S. Monſeigneur
le Duc de Vendofme. Je
donneray le mois prochain
un extrait de ces deux Livres .
Ils ſe vendent au Palais chez
Pierre Huet , ſur le ſecond
Perron de la Sainte Chapelle
au Soleil levant
à Paris deux LivresNouveaux ,
dont l'un a pour titre l'Hif
toire des quatre Cicerons , &
l'autre l'Hiſtoire des Campagnes
de S. A. S. Monſeigneur
le Duc de Vendofme. Je
donneray le mois prochain
un extrait de ces deux Livres .
Ils ſe vendent au Palais chez
Pierre Huet , ſur le ſecond
Perron de la Sainte Chapelle
au Soleil levant
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3116
p. 337-351
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
J'ai vû l'heure que j'allois estre obligé de donner ce [...]
Mots clefs :
Mariage, Seigneur, Dame, Conseiller, Parlement, Comte, Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
J'ay vû l'heure que j'allois
eſtre obligé de donner ce
mois- cy un Mercure defiguré.
L'article des Mariages qui
eſt le plus beau & le meilleur
du Livre a penſé n'y pas eſtre ,
par la negligence de monGenealogiſte.
Je ſuis fi piqué
contre luy , que je ne peux
m'empeſcher de vous l'annoncer
, Meſſieurs, comme un des
plus extraordinaires mortels
qu'il y ait au monde : c'eſt en
un mot un vray Democrite
qui ſe moque de tout , de ſes
Genealogies ,de ſa propre perſonne
, de mon Mercure &
Septembre 1714 . F
338 MERCURE
de moy. Jugez s'il a tort , &
lifez àbon compte l'hiſtoire
des Mariages qu'il vient de
m'envoyer.
Jacques Papillon , Secretaire
du Roy , fils de M. Papillon
, époufa le 30. Aouſt
Damoifelle Renée- Françoiſe
Feydeau , fille de feu Meffire
Charles Feydeau , Capitaine
au Regiment deChampagne ,
& de Dame Marie Anne du
Pleſſis , petite fille de Pierre
Feydeau , Seigneur de Vaugien,
Secretaire du Roy , Receveur
general des Gabelles à
Paris , & de Catherine Vi
GALANT. 339
vien , & arriere petite fille
d'Antoine Feydeau reçû Conſeiller
au Parlement de Paris
en 1573. & d'Efter Baillif.
Ledit Antoine Feydeau , fils
de Guillaume Feydeau mort
le 15. Avril 1577. & enterré
à faint Medericoù ſe voitſon
Epitaphe. Feu M. Feydeau pere
de Mademoiselle Feydeau
qui vient de ſe marier , avoit
fait ſes preuves pour l'Ordre
de Malthe , & elles avoient
eſté admiſes .Cette famille s'eft
alliée à celles de Meſmes ,
d'Hennequin, le Camus,Maupeou
, Montholon , le Febvre
Ffij
340 MERCURE
d'Eaubonne , Voiſin , Roüillé
de Meſlay , de Machault , & à
laMaiſon de Daillon du Lude.
Meffire Jean - Auguſte le
Rebours , Conſeiller au Parlement
, fils de Meſſire Claude
le Rebours , Seigneur de ſaint
Mars , Conſeiller d'honneur
au Parlement , & de Dame
Jeanne Pantin de la Guerre ,
époufa le trois Septembre Marie-
Loüife Chuberé , fille de
Pierre Chuberé , Avocat au
Parlement ,Banquier Expedi
tionnaire enCour deRome,&
Secretaire du Roy , & de Marie
Regnault ſa ſeconde femGALANT.
341
me. M. le Rebours eft couſin
germain de M. Alexandre le
Rebours Intendant des Finances
, & de Dame Elizabeth-
Thereſe le Rebours , femme
de Meſſire MichelChamillart,
cy devant Miniſtre & Secretaire
d'Etat , Controlleur General
des Finances , Commandeur
& Grand- Treforier des
Ordres du Roy , & ils font
tous trois petits enfans d'Alexandre
le Rebours, Seigneur
de Bertherandfoſſe , Préſident
de la Cour des Aides , fils de
Guillaume le Rebours , Seigneur
de Bertherandfoſſe , Pré-
Ffiij
342 MERCURE
fident de la Cour des Aides,&
Conſeiller d'Etat , lequel étoir
fils de Germain le Rebours ,
Seigneur de Bertherandfoſſe ,
l'un des plus celebres Avocats
du Parlement de Paris , & le
plus employé de ſon temps.
M. le Comte de Roucy ,
Mestre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie , épouſa le
4. Septembre Damoiſelle .....
Huguet, fille d'Alphonſe Denis
Huguet, Conſeiller auParlement
, & de Marguerite de
Turmenyes , & petite fillede
/ Simon Huguet mortSecretairedu
Roy en 1691. forty d'uGALANT.
343
ne famille de la Ville d'Orleans
, où elle ſubſiſte encore
-à preſent. M. le Comte de
Roucy eft fils de Moffire François
de la Rochefoucaud de
Roye,Comte de Roucy,Lieutenant
General des Armées du
Roy , cy devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , & de Dame Catherine
Françoiſe d'Arpajon,fille
de feu M. le Duc d' Arpajon ,
petit fils de Frederic- Charles
de la Rochefoucaud de Roye ,
Comte de Roye & de Roucy ,
Lieutenant General des Armées
duRoy de France ,Ma-
Ffiij
344 MERCURE
réchal de Camp General des
Troupes du Roy de Dannemarck
, & Chevalier de ſon
Ordre de l'Elephant ; & de
Dame Iſabelle de Durfort-
Duras , arriere petit fils de
François de la Rochefoucaud
de Roye Comte de Roucy ;
&de Dame Julienne Catherine
de la Tour en Auvergne.
Ledit François de la Rochefoucaud
fils de Charles de la
Rochefoucaud de Roye
Comte de Roucy ; & de Claude
de Gontheau de Biron , &
,
د
petit fils de François de la Rochefoucaud
troiſiémedu nom
GALANT. 343
Comte de la Rochefoucaud
Prince de Marfillac,Chevalier
de l'Ordre du Roy , Capitaine
de so. Hommes d'Armes de
ſes Ordonnances ; & de Char
lotte de Roye ſa ſeconde femme
Comteffe de Roucy , foeur
puiſnée d'Eleonore de Roye,
femme de Louis de Bourbon
Prince de Condé. La Maiſon
de la Rochefoucaud , l'une
des plus illuftres du Royaume
, deſcend de Foucaud Seigneur
du Chateau de la Roche
en Angoumois , dit depuis,
de la Rochefoucaud, vivant
vers l'an 1000. & elle
346 MERCURE
s'eſt toûjours alliée aux plus
grandes Maiſons. Voyez la
Genealogie de cette Maiſon
dans l'Histoire des GrandsOf
ficiers de la Couronne.
M. le Prince de Soubize fils
de M. le Prince de Rohan
Lieutenant General des Armées
du Roy , Capitaine Lieurenant
des Gendarmes de
ſa Garde , Gouverneur de
Champagne , & de Brie ; &
de Dame Marie-Anne-Geneviéve
de Levis de Vantadour ,
a épousé Mademoiselle de
l'Eſpinoy , fille de feu Meſſire
Loüis de Melun , Prince de
GALANT. 347
l'Eſpinoy , & de Dame Eliſabeth
de Lorraine Liflebonne.
La Maiſon de Rohan eſtune
des plus illuſtres de laProvince
deBretagne ; & elleest connuë
depuis l'an 1100. que vivoir
Alinpremier du nom,Vicomte
de Rohan. M. le Princede
Guimené en eſt l'aîné ,& il a
pour cadets Meſſieurs les
Princes de Soubize : les Seigneurs
du Poulduc dans l'Evêché
de Vannes , fubfiftant
encoreà preſent en Bretagne
font auffi de cette Maiſon ,
comme on lepeut voir à la fin
de l'Hiſtoire du Maréchal de
ةيس
348 MERCURE
Guebrian par le ſieur le La
boureur ; voyez auffi pour
cette genealogie , la nouvelle
édition de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne
au Chapitre des Maréchaux
de France ; de même
que pour la genealogie de la
Maiſon de Melun qui eſt aufſiunedes
plus illuftres &des
plus anciennes du Royaume.
Meffire Mathieu de Montholon
Confeiller au Grand
Confeil , fils de Meffire Mathieu
de Montholon Conſeiller
au Chaſtelet ; & de Marie
Ravier , a épouféle Sep
GALANT. 349
tembre Damoiſelle Clotilde
le Doux de Melleville , fille
de feu Claude le Doux , Seigneur
deMelleville,Conſeiller
au Parlement ; & de Françoiſe
Nau ,petite fille de Claude
le Doux Seigneur deMelleville
, mort Conſeiller au
Parlement en 1652.& arriere
petite fille de Claude le Doux
Seigneur de Melleville Maiſtre
des Requeſtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy en 1617. lequel
eſtoit fils de Jean le Doux
Seigneur de Melleville , Prefident
, Lieutenant General
Civil & Criminel de la Ville
350 MERCURE
d'Evreux,d'où cette famille eft
originaire. M. de Montholon
eſt frere puiſné de Meffire
François de Montholon Infpecteur
General de la Marine
& des Galeres , marié depuis
peu à Mademoiselle de Novion
, fille de M. le Preſident
de Novion ; & il a pour trifayeul
Meffire François de
Montholon Seigneur du Vivier&
d'Aubervilliers faitGardedes
Sceaux de France l'an
1542. & qui eut entre autres
fils François de Montholon
Seigneur d'Aubervilliers,aufli
Garde des Sceaux de France
1
GALANT. 351
1
en 1588. Voyez pour la genealogie
de cette famille qui
eſt originaire de la Villed'Autun
, l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre des Chanceliers &
Gardes des Sceaux de France.
Meffire ... de Lataignant ,
Conſeiller au Parlement , fils
& petit fils de Meſſieurs de
Lataignant Conſeiller auParlement
, a épousé Mademoifelle
Miotte,fille de M. Miotte
Greffier du Confeil.
eſtre obligé de donner ce
mois- cy un Mercure defiguré.
L'article des Mariages qui
eſt le plus beau & le meilleur
du Livre a penſé n'y pas eſtre ,
par la negligence de monGenealogiſte.
Je ſuis fi piqué
contre luy , que je ne peux
m'empeſcher de vous l'annoncer
, Meſſieurs, comme un des
plus extraordinaires mortels
qu'il y ait au monde : c'eſt en
un mot un vray Democrite
qui ſe moque de tout , de ſes
Genealogies ,de ſa propre perſonne
, de mon Mercure &
Septembre 1714 . F
338 MERCURE
de moy. Jugez s'il a tort , &
lifez àbon compte l'hiſtoire
des Mariages qu'il vient de
m'envoyer.
Jacques Papillon , Secretaire
du Roy , fils de M. Papillon
, époufa le 30. Aouſt
Damoifelle Renée- Françoiſe
Feydeau , fille de feu Meffire
Charles Feydeau , Capitaine
au Regiment deChampagne ,
& de Dame Marie Anne du
Pleſſis , petite fille de Pierre
Feydeau , Seigneur de Vaugien,
Secretaire du Roy , Receveur
general des Gabelles à
Paris , & de Catherine Vi
GALANT. 339
vien , & arriere petite fille
d'Antoine Feydeau reçû Conſeiller
au Parlement de Paris
en 1573. & d'Efter Baillif.
Ledit Antoine Feydeau , fils
de Guillaume Feydeau mort
le 15. Avril 1577. & enterré
à faint Medericoù ſe voitſon
Epitaphe. Feu M. Feydeau pere
de Mademoiselle Feydeau
qui vient de ſe marier , avoit
fait ſes preuves pour l'Ordre
de Malthe , & elles avoient
eſté admiſes .Cette famille s'eft
alliée à celles de Meſmes ,
d'Hennequin, le Camus,Maupeou
, Montholon , le Febvre
Ffij
340 MERCURE
d'Eaubonne , Voiſin , Roüillé
de Meſlay , de Machault , & à
laMaiſon de Daillon du Lude.
Meffire Jean - Auguſte le
Rebours , Conſeiller au Parlement
, fils de Meſſire Claude
le Rebours , Seigneur de ſaint
Mars , Conſeiller d'honneur
au Parlement , & de Dame
Jeanne Pantin de la Guerre ,
époufa le trois Septembre Marie-
Loüife Chuberé , fille de
Pierre Chuberé , Avocat au
Parlement ,Banquier Expedi
tionnaire enCour deRome,&
Secretaire du Roy , & de Marie
Regnault ſa ſeconde femGALANT.
341
me. M. le Rebours eft couſin
germain de M. Alexandre le
Rebours Intendant des Finances
, & de Dame Elizabeth-
Thereſe le Rebours , femme
de Meſſire MichelChamillart,
cy devant Miniſtre & Secretaire
d'Etat , Controlleur General
des Finances , Commandeur
& Grand- Treforier des
Ordres du Roy , & ils font
tous trois petits enfans d'Alexandre
le Rebours, Seigneur
de Bertherandfoſſe , Préſident
de la Cour des Aides , fils de
Guillaume le Rebours , Seigneur
de Bertherandfoſſe , Pré-
Ffiij
342 MERCURE
fident de la Cour des Aides,&
Conſeiller d'Etat , lequel étoir
fils de Germain le Rebours ,
Seigneur de Bertherandfoſſe ,
l'un des plus celebres Avocats
du Parlement de Paris , & le
plus employé de ſon temps.
M. le Comte de Roucy ,
Mestre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie , épouſa le
4. Septembre Damoiſelle .....
Huguet, fille d'Alphonſe Denis
Huguet, Conſeiller auParlement
, & de Marguerite de
Turmenyes , & petite fillede
/ Simon Huguet mortSecretairedu
Roy en 1691. forty d'uGALANT.
343
ne famille de la Ville d'Orleans
, où elle ſubſiſte encore
-à preſent. M. le Comte de
Roucy eft fils de Moffire François
de la Rochefoucaud de
Roye,Comte de Roucy,Lieutenant
General des Armées du
Roy , cy devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , & de Dame Catherine
Françoiſe d'Arpajon,fille
de feu M. le Duc d' Arpajon ,
petit fils de Frederic- Charles
de la Rochefoucaud de Roye ,
Comte de Roye & de Roucy ,
Lieutenant General des Armées
duRoy de France ,Ma-
Ffiij
344 MERCURE
réchal de Camp General des
Troupes du Roy de Dannemarck
, & Chevalier de ſon
Ordre de l'Elephant ; & de
Dame Iſabelle de Durfort-
Duras , arriere petit fils de
François de la Rochefoucaud
de Roye Comte de Roucy ;
&de Dame Julienne Catherine
de la Tour en Auvergne.
Ledit François de la Rochefoucaud
fils de Charles de la
Rochefoucaud de Roye
Comte de Roucy ; & de Claude
de Gontheau de Biron , &
,
د
petit fils de François de la Rochefoucaud
troiſiémedu nom
GALANT. 343
Comte de la Rochefoucaud
Prince de Marfillac,Chevalier
de l'Ordre du Roy , Capitaine
de so. Hommes d'Armes de
ſes Ordonnances ; & de Char
lotte de Roye ſa ſeconde femme
Comteffe de Roucy , foeur
puiſnée d'Eleonore de Roye,
femme de Louis de Bourbon
Prince de Condé. La Maiſon
de la Rochefoucaud , l'une
des plus illuftres du Royaume
, deſcend de Foucaud Seigneur
du Chateau de la Roche
en Angoumois , dit depuis,
de la Rochefoucaud, vivant
vers l'an 1000. & elle
346 MERCURE
s'eſt toûjours alliée aux plus
grandes Maiſons. Voyez la
Genealogie de cette Maiſon
dans l'Histoire des GrandsOf
ficiers de la Couronne.
M. le Prince de Soubize fils
de M. le Prince de Rohan
Lieutenant General des Armées
du Roy , Capitaine Lieurenant
des Gendarmes de
ſa Garde , Gouverneur de
Champagne , & de Brie ; &
de Dame Marie-Anne-Geneviéve
de Levis de Vantadour ,
a épousé Mademoiselle de
l'Eſpinoy , fille de feu Meſſire
Loüis de Melun , Prince de
GALANT. 347
l'Eſpinoy , & de Dame Eliſabeth
de Lorraine Liflebonne.
La Maiſon de Rohan eſtune
des plus illuſtres de laProvince
deBretagne ; & elleest connuë
depuis l'an 1100. que vivoir
Alinpremier du nom,Vicomte
de Rohan. M. le Princede
Guimené en eſt l'aîné ,& il a
pour cadets Meſſieurs les
Princes de Soubize : les Seigneurs
du Poulduc dans l'Evêché
de Vannes , fubfiftant
encoreà preſent en Bretagne
font auffi de cette Maiſon ,
comme on lepeut voir à la fin
de l'Hiſtoire du Maréchal de
ةيس
348 MERCURE
Guebrian par le ſieur le La
boureur ; voyez auffi pour
cette genealogie , la nouvelle
édition de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne
au Chapitre des Maréchaux
de France ; de même
que pour la genealogie de la
Maiſon de Melun qui eſt aufſiunedes
plus illuftres &des
plus anciennes du Royaume.
Meffire Mathieu de Montholon
Confeiller au Grand
Confeil , fils de Meffire Mathieu
de Montholon Conſeiller
au Chaſtelet ; & de Marie
Ravier , a épouféle Sep
GALANT. 349
tembre Damoiſelle Clotilde
le Doux de Melleville , fille
de feu Claude le Doux , Seigneur
deMelleville,Conſeiller
au Parlement ; & de Françoiſe
Nau ,petite fille de Claude
le Doux Seigneur deMelleville
, mort Conſeiller au
Parlement en 1652.& arriere
petite fille de Claude le Doux
Seigneur de Melleville Maiſtre
des Requeſtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy en 1617. lequel
eſtoit fils de Jean le Doux
Seigneur de Melleville , Prefident
, Lieutenant General
Civil & Criminel de la Ville
350 MERCURE
d'Evreux,d'où cette famille eft
originaire. M. de Montholon
eſt frere puiſné de Meffire
François de Montholon Infpecteur
General de la Marine
& des Galeres , marié depuis
peu à Mademoiselle de Novion
, fille de M. le Preſident
de Novion ; & il a pour trifayeul
Meffire François de
Montholon Seigneur du Vivier&
d'Aubervilliers faitGardedes
Sceaux de France l'an
1542. & qui eut entre autres
fils François de Montholon
Seigneur d'Aubervilliers,aufli
Garde des Sceaux de France
1
GALANT. 351
1
en 1588. Voyez pour la genealogie
de cette famille qui
eſt originaire de la Villed'Autun
, l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre des Chanceliers &
Gardes des Sceaux de France.
Meffire ... de Lataignant ,
Conſeiller au Parlement , fils
& petit fils de Meſſieurs de
Lataignant Conſeiller auParlement
, a épousé Mademoifelle
Miotte,fille de M. Miotte
Greffier du Confeil.
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Résumé : Mariages. [titre d'après la table]
En septembre 1714, Jacques Papillon, secrétaire du roi, manifeste son insatisfaction envers son généalogiste pour avoir omis les articles sur les mariages dans le Mercure. Il reproche au généalogiste sa négligence et son attitude moqueuse. Plusieurs unions notables sont rapportées : Jacques Papillon a épousé Renée-Françoise Feydeau le 30 août. La famille Feydeau est liée à des maisons prestigieuses telles que Mesmes, Hennequin, Maupeou et Montholon. Jean-Auguste le Rebours, conseiller au Parlement, a uni sa vie à celle de Marie-Louise Chuberé le 3 septembre. Les deux familles sont distinguées, avec des ancêtres ayant occupé des postes importants au Parlement et à la Cour. Le Comte de Roucy, mestre de camp d'un régiment de cavalerie, a épousé une demoiselle Huguet, originaire d'Orléans. La famille de Roucy descend de François de la Rochefoucauld. Le Prince de Soubize, fils du Prince de Rohan, a épousé Mademoiselle de l'Espinoy. La maison de Rohan est illustre en Bretagne depuis l'an 1100. Mathieu de Montholon, conseiller au Grand Conseil, a épousé Clotilde le Doux de Melleville en septembre. Clotilde provient d'une famille de conseillers au Parlement et de magistrats. Mathieu de Montholon est le frère cadet de François de Montholon, inspecteur général de la Marine, récemment marié à Mademoiselle de Novion. Leur ancêtre, François de Montholon, fut Garde des Sceaux de France en 1542. Enfin, Meffire de Lataignant, conseiller au Parlement, a épousé Mademoiselle Miotte, fille de M. Miotte, greffier du Conseil.
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3117
p. 352-353
MORT.
Début :
François Bernard, Seigneur d'Aigresain, mourut le 13. [...]
Mots clefs :
Seigneur, Secrétaire
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texteReconnaissance textuelle : MORT.
MORT.
د
François Bernard , Seigneur
d'Aigrefain mourut le 13 .
• Septembre , laiſſant des enfans
de Dame ... Pujol ſa femme
qu'il avoit épousé depuis peu
d'années , fille de Jacques Pujol
Avocat au Conſeil , &
d'Elifabeth Charon de Monceaux.
Il eſtoit fils de Charles
Bernard,Seigneur d'Aigrefain
&duChemin enBrie,Secretaire
duRoyen 1659. & favory
deM. Fouquet Sur Intendant
des Finances ,& petit fils de
Loüis
GALANT. 353
Louis Bernard fieur Duche.
min Secretaire de la Chambre
du Roy & du Maréchal
du Boisdauphin mort en
1623. & enterré dans l'Egliſe
de Neumouſtier en Brie .
د
François Bernard , Seigneur
d'Aigrefain mourut le 13 .
• Septembre , laiſſant des enfans
de Dame ... Pujol ſa femme
qu'il avoit épousé depuis peu
d'années , fille de Jacques Pujol
Avocat au Conſeil , &
d'Elifabeth Charon de Monceaux.
Il eſtoit fils de Charles
Bernard,Seigneur d'Aigrefain
&duChemin enBrie,Secretaire
duRoyen 1659. & favory
deM. Fouquet Sur Intendant
des Finances ,& petit fils de
Loüis
GALANT. 353
Louis Bernard fieur Duche.
min Secretaire de la Chambre
du Roy & du Maréchal
du Boisdauphin mort en
1623. & enterré dans l'Egliſe
de Neumouſtier en Brie .
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Résumé : MORT.
François Bernard, Seigneur d'Aigrefain, est décédé le 13 septembre. Il a laissé des enfants avec Dame Pujol, sa femme, fille de Jacques Pujol et Élisabeth Charon de Monceaux. François Bernard était le fils de Charles Bernard, secrétaire du Roi en 1659 et favori de M. Fouquet. Il était aussi le petit-fils de Louis Bernard, secrétaire de la Chambre du Roi, décédé en 1623.
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3118
p. 353
APOSTILLE.
Début :
La Ville de Barcelone est enfin prise, & renduë à discretion [...]
Mots clefs :
Barcelone, Siège
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texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE.
La Ville de Barcelone eſt
enfin priſe , & renduë à difcretion.
Je donneray le mois
prochain un Journal hiſtorique
de tous les grands évenemens
de ce Siege .
La Ville de Barcelone eſt
enfin priſe , & renduë à difcretion.
Je donneray le mois
prochain un Journal hiſtorique
de tous les grands évenemens
de ce Siege .
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3119
s. p.
TABLE.
Début :
Avant-Propos. 3 Histoire. 9 Feste que les Espagnols ont [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Avant-Propos.
Hiftoire.
5
2
Feſte que les Espagnols ont retenu
des Grecs desRomainspour
celebrer la naiſſance de leurs
Rois. 83
Discours fur l'origine du mois.
: 87
Acrostiche de Loüis le Grand ,
c. 95
Traité des Acephales , ou des
hommesfans tête.
Si S. Augustin en a vi.
98
103
TABLE.
Enfants nés fans tête. 109
Par où l'enfantſe
que d'être né. 115
• Article que Perſonne ne lira. 117
Copie d'une Lettre finguliere
écrite du Pardo le 15. Aouft.
122
Nouvelles.
125
Discours des Deputez de la Province
de Languedoc au Roy.
133
AMonseigneur leDauphin. 141
C
Verſion paraphrafée de la 29 .
Ode du 3. Livre d'Horace
adreffée à Mecenas , qui commence
par TyrrhenaRegum
progenies. 147
Ggij
TABLE.
Avis utile aux Mathematiciens.
169
173
Paralelle de M. Devizé & de
M. de la Bruyere.
Critique d'un diſtique de Centeüil
à l'accaſion du Portrait
du Roy gravé par de Lincks
d'aprés le fieur de la Haye.
175
Remarque d'hazardſur la petite
Comedie des Festes du Cours
que M. Dancourt vient de
mettre au Theatre . 177
Article pour la Province qui
contient lePrologue er les Divertiſſements
des Festes du
:
Cours.
:
182
TABLE.
Chapitre où en attendant les con
clufions de la Paix generale ,
l'Auteur du Mercure declare
la guerre à l'Auteur dufournal
de Verdun. 197
Relation d'une Feste galante que
M. Desmolieres a donné à
Chinon pourcelebrer le retour
de la Paix. 203
Etrange avanture arrivée àVenise
au Curé de S. Mathias
accusé d'entretenir des corref
pondances criminelles en France
,&ſa justification. 207
Article des Morts. 217
Reflexions inutiles. 233
Leure de M. P. à l'Auveur.
236
TABLE.
Enigme du moispassé. 241
Envoyfur le mot de la derniere
Enigmes.
Chanfon.
244
249
Trés -beau raisonnement de l'Auteur.
250
Liste des noms de Meſſieurs les
Plenipotentiaires aßemblez à
Bade pour le Congrezde la
Paix generale.
Nouvelles de ce quiſe paſſe dans
258
Barcelone , & de la difpofition
des Troupes depuis le 21 .
Aoust jusqu'à present. 276
Fournal de ce qui s'est passé a
Fontainebleau jusqu'au 20.
Septembre. 304
1
TABLE.
Avis. 33
Poësie Galante de N *. 335
Mariages. 338
Mort. 352
Apostille. 353
Avant-Propos.
Hiftoire.
5
2
Feſte que les Espagnols ont retenu
des Grecs desRomainspour
celebrer la naiſſance de leurs
Rois. 83
Discours fur l'origine du mois.
: 87
Acrostiche de Loüis le Grand ,
c. 95
Traité des Acephales , ou des
hommesfans tête.
Si S. Augustin en a vi.
98
103
TABLE.
Enfants nés fans tête. 109
Par où l'enfantſe
que d'être né. 115
• Article que Perſonne ne lira. 117
Copie d'une Lettre finguliere
écrite du Pardo le 15. Aouft.
122
Nouvelles.
125
Discours des Deputez de la Province
de Languedoc au Roy.
133
AMonseigneur leDauphin. 141
C
Verſion paraphrafée de la 29 .
Ode du 3. Livre d'Horace
adreffée à Mecenas , qui commence
par TyrrhenaRegum
progenies. 147
Ggij
TABLE.
Avis utile aux Mathematiciens.
169
173
Paralelle de M. Devizé & de
M. de la Bruyere.
Critique d'un diſtique de Centeüil
à l'accaſion du Portrait
du Roy gravé par de Lincks
d'aprés le fieur de la Haye.
175
Remarque d'hazardſur la petite
Comedie des Festes du Cours
que M. Dancourt vient de
mettre au Theatre . 177
Article pour la Province qui
contient lePrologue er les Divertiſſements
des Festes du
:
Cours.
:
182
TABLE.
Chapitre où en attendant les con
clufions de la Paix generale ,
l'Auteur du Mercure declare
la guerre à l'Auteur dufournal
de Verdun. 197
Relation d'une Feste galante que
M. Desmolieres a donné à
Chinon pourcelebrer le retour
de la Paix. 203
Etrange avanture arrivée àVenise
au Curé de S. Mathias
accusé d'entretenir des corref
pondances criminelles en France
,&ſa justification. 207
Article des Morts. 217
Reflexions inutiles. 233
Leure de M. P. à l'Auveur.
236
TABLE.
Enigme du moispassé. 241
Envoyfur le mot de la derniere
Enigmes.
Chanfon.
244
249
Trés -beau raisonnement de l'Auteur.
250
Liste des noms de Meſſieurs les
Plenipotentiaires aßemblez à
Bade pour le Congrezde la
Paix generale.
Nouvelles de ce quiſe paſſe dans
258
Barcelone , & de la difpofition
des Troupes depuis le 21 .
Aoust jusqu'à present. 276
Fournal de ce qui s'est passé a
Fontainebleau jusqu'au 20.
Septembre. 304
1
TABLE.
Avis. 33
Poësie Galante de N *. 335
Mariages. 338
Mort. 352
Apostille. 353
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Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'un ouvrage historique ou littéraire, débutant par un 'Avant-Propos'. Il comprend plusieurs sections telles que 'Histoire' et 'Nouvelles'. Les sujets traités incluent des fêtes célébrant la naissance des rois, des discussions sur l'origine du mois, un acrostiche dédié à Louis le Grand, et un traité sur les acephales ou hommes sans tête. Le texte mentionne également des articles sur des enfants nés sans tête, des lettres singulières, et des discours des députés de la province de Languedoc au roi. Il contient aussi des critiques littéraires, des remarques sur des pièces de théâtre, et des articles relatifs à des événements politiques et sociaux, comme la déclaration de guerre à l'auteur du journal de Verdun et la relation d'une fête donnée par M. Desmolieres à Chinon. Le document se conclut par des sections sur les mariages, les morts, des énigmes, ainsi que des nouvelles de Barcelone et Fontainebleau.
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3120
s. p.
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Début :
L'air doit regarder la page 248. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer la Figure.
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3121
p. 5-12
Description de la Ceremonie du Baptême de l'Infant de Portugal Joseph. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous mene point au Japon, mais en Portugal [...]
Mots clefs :
Portugal, Lisbonne, Baptême, Seigneurs, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Ceremonie du Baptême de l'Infant de Portugal Joseph. [titre d'après la table]
Je ne vous mene
* Plaideurs A iij
6 MERCURE
point au Japon , mais en
Portugal , à Lisbonne , où
je vous ai retenu des places,
pour vous faire voir à vôtre
aiſe la ceremonie du Baptême
de l'Infant de Portugal
Joſeph. Ceux qui n'auront
pas la commodité d'aller
juſques là, en pourront,
fi bon leur ſemble , lire la
relation que je leur donne.
Le 27, du mois d'Août
dernier M. l'Abbé de Mornay,
Ambaſſadeur de Fran .
ce , ſe rendit au Palais à
onze heures aprés midi , où
tous les Seigneurs de la
GALANT. 37
Cour étoient déja. Tout
étant prêt , le Duc de Cadaval
fortit de l'appartement
de l'Infant , le tenant
dans ſes bras , & marchant
fous un dais porté par trois
Marquis & trois Comtes ,
ſçavoir les Marquis d'Alegrete
, de Nice, & de Cafcaes
le fils , & les Comtes
d'Arcos , de Ribeira , & de
Santiago. Devant le dais
l'Ambaſſadeur prit ſaplace,
&marcha. Immediatement
aprés le dais ſuivoit laMarquiſe
de fainte Croix, comime
Gouvernante , & qua .
A iiij
8 MERCURE
tre autres Seigneurs portant
dans de grands baffins
dorez les chofes neceſſaires
pour le Baptême , comme
le cierge , le fel, &c.
Ces Seigneurs étoient le
Duc fils , les Marquis de
Fronteira , & les deux Marquis
de las Minas, leſquels
étoient fuivis de toute la
Nobleſſe titrée & autre , &
de tous les Officiers de la
Maiſon du Roy de Portugal.
Ce cortege étoit precedé
des Herauts d'armes ,
Maſſiers , & d'un nombre
d'Officiers de Juſtice , qui
GALANT.
1
la
ſe mirent en marche de
vant l'Ambaſſadeur , lorf
que le Duc tenant l'Infant
fortit de l'appartement , &
ainſi marcha juſques à la
Chapelle , au milieu de
quelle étoit élevée une ef
trade , où l'on montoit par
trois marches. Sur cette
eſtrade s'élevoient quatre
colomnes , qui portoient
un dais magnifique fait en
forme du Baldachin de S.
Pierre de Rome , d'une
étoffe toute d'or , & brodé
avec des franges fort hautes
& fort épaiſſes. Les co
10 MERCURE
lonnes étoient garnies de
la même étoffe . Deſſous ce
dais étoient les fonts baptiſmaux
: à l'un des côtez il
y avoit un lit pratiqué dans
l'épaiffeur d'une arcade de
I'Eglife , & à l'oppofite un
*buffet garni de quantité de
vales de vermeil doré. Il
ne monta fur cette eſtrade
que l'Ambaſſadeur, le Duc,
# & les quatre Seigneurs qui
portoient les chofes neceffaires
au Baptême. Le Cardinal
, aſſiſté de fix Evêques
, en fit la fonction. Le
Roy , la Reine , l'Infante ,
GALANT. IT
1
:
& ſes deux freres , Don Antonio
& Don Manuel , étoient
à la tribune , d'où ils
voyoient facilement la ceremonie
, les fonts baptifmaux
en étant proche. La
Reine avoit devant elle ſes
deux enfans. La petite Infante
, qui eſt la plus âgée ,
paroît déja grandelette &
fort jolie. La ceremonie finie
, on chanta le Te Deum ,
aprés quoy tout le cortege
reprit la marche en même
ordre juſqu'à l'appartement
de l'Infant.
Le ſoir il y eut des illu
12 MERCURE
minations , & les tours &
les vaiſſeaux firent trois décharges
d'artillerie. Il y
avoit dans la place du Palais
de la cavalerie & de
l'infanterie ſous les armes ,
mais en petit nombre , par
rapportàla ta la ppeettiitteelſlſedu lieu,
qui eſt occupé par les échafauts
pour la fête des taureaux
, qui commencera
demain.
* Plaideurs A iij
6 MERCURE
point au Japon , mais en
Portugal , à Lisbonne , où
je vous ai retenu des places,
pour vous faire voir à vôtre
aiſe la ceremonie du Baptême
de l'Infant de Portugal
Joſeph. Ceux qui n'auront
pas la commodité d'aller
juſques là, en pourront,
fi bon leur ſemble , lire la
relation que je leur donne.
Le 27, du mois d'Août
dernier M. l'Abbé de Mornay,
Ambaſſadeur de Fran .
ce , ſe rendit au Palais à
onze heures aprés midi , où
tous les Seigneurs de la
GALANT. 37
Cour étoient déja. Tout
étant prêt , le Duc de Cadaval
fortit de l'appartement
de l'Infant , le tenant
dans ſes bras , & marchant
fous un dais porté par trois
Marquis & trois Comtes ,
ſçavoir les Marquis d'Alegrete
, de Nice, & de Cafcaes
le fils , & les Comtes
d'Arcos , de Ribeira , & de
Santiago. Devant le dais
l'Ambaſſadeur prit ſaplace,
&marcha. Immediatement
aprés le dais ſuivoit laMarquiſe
de fainte Croix, comime
Gouvernante , & qua .
A iiij
8 MERCURE
tre autres Seigneurs portant
dans de grands baffins
dorez les chofes neceſſaires
pour le Baptême , comme
le cierge , le fel, &c.
Ces Seigneurs étoient le
Duc fils , les Marquis de
Fronteira , & les deux Marquis
de las Minas, leſquels
étoient fuivis de toute la
Nobleſſe titrée & autre , &
de tous les Officiers de la
Maiſon du Roy de Portugal.
Ce cortege étoit precedé
des Herauts d'armes ,
Maſſiers , & d'un nombre
d'Officiers de Juſtice , qui
GALANT.
1
la
ſe mirent en marche de
vant l'Ambaſſadeur , lorf
que le Duc tenant l'Infant
fortit de l'appartement , &
ainſi marcha juſques à la
Chapelle , au milieu de
quelle étoit élevée une ef
trade , où l'on montoit par
trois marches. Sur cette
eſtrade s'élevoient quatre
colomnes , qui portoient
un dais magnifique fait en
forme du Baldachin de S.
Pierre de Rome , d'une
étoffe toute d'or , & brodé
avec des franges fort hautes
& fort épaiſſes. Les co
10 MERCURE
lonnes étoient garnies de
la même étoffe . Deſſous ce
dais étoient les fonts baptiſmaux
: à l'un des côtez il
y avoit un lit pratiqué dans
l'épaiffeur d'une arcade de
I'Eglife , & à l'oppofite un
*buffet garni de quantité de
vales de vermeil doré. Il
ne monta fur cette eſtrade
que l'Ambaſſadeur, le Duc,
# & les quatre Seigneurs qui
portoient les chofes neceffaires
au Baptême. Le Cardinal
, aſſiſté de fix Evêques
, en fit la fonction. Le
Roy , la Reine , l'Infante ,
GALANT. IT
1
:
& ſes deux freres , Don Antonio
& Don Manuel , étoient
à la tribune , d'où ils
voyoient facilement la ceremonie
, les fonts baptifmaux
en étant proche. La
Reine avoit devant elle ſes
deux enfans. La petite Infante
, qui eſt la plus âgée ,
paroît déja grandelette &
fort jolie. La ceremonie finie
, on chanta le Te Deum ,
aprés quoy tout le cortege
reprit la marche en même
ordre juſqu'à l'appartement
de l'Infant.
Le ſoir il y eut des illu
12 MERCURE
minations , & les tours &
les vaiſſeaux firent trois décharges
d'artillerie. Il y
avoit dans la place du Palais
de la cavalerie & de
l'infanterie ſous les armes ,
mais en petit nombre , par
rapportàla ta la ppeettiitteelſlſedu lieu,
qui eſt occupé par les échafauts
pour la fête des taureaux
, qui commencera
demain.
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Résumé : Description de la Ceremonie du Baptême de l'Infant de Portugal Joseph. [titre d'après la table]
Le texte relate le baptême de l'Infant Joseph de Portugal à Lisbonne. L'auteur avait réservé des places pour l'événement et offrait une description écrite pour ceux absents. Le 27 août, l'Abbé de Mornay, ambassadeur de France, se rendit au palais royal à onze heures. Le Duc de Cadaval porta l'Infant sous un dais soutenu par trois marquis et trois comtes, suivi par l'ambassadeur et la Marquise de Sainte-Croix avec les objets nécessaires. Le cortège, précédé par des hérauts d'armes et des officiers de justice, se dirigea vers la chapelle où se trouvaient les fonts baptismaux ornés. La cérémonie fut dirigée par le Cardinal, assisté de six évêques. Le Roi, la Reine, l'Infante et ses frères assistèrent depuis une tribune. Après le baptême, le Te Deum fut chanté et le cortège retourna à l'appartement de l'Infant. En soirée, des illuminations et des salves d'artillerie marquèrent la célébration.
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3122
p. 12-21
Reflexions, plaintes & verbiage de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Si j'en reçois, comme je l'espere, une relation, je ne [...]
Mots clefs :
Relation, Parallèle, Fête de Taureaux, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexions, plaintes & verbiage de l'Auteur. [titre d'après la table]
Si j'en reçois , comme je
l'eſpere , une relation , je ne
manquerai pas d'en faire
part au public : mais en attendant
qu'on me l'envoye,
GALANT.. 13
je croy que je ne ferai pas
mal de placer ici la deſcription
d'une de ces fêtes que
je vis il y
a deux ans en Efa
,
pagne. On pourrect fi on
le juge à propos , faire un
parallele du tableau que je
donne ce mois- ci ,&de celui
que je promets de donner
lorſque je l'aurai reçû.
Cette lecture divertira au
moins mille honnêtes gens
qui ont la bonté de courir
ſur le boulevart de la porte
ſaint Martin, pour s'y amuſer
à grands frais de la vûë
d'un lion éreinté , & d'un
14 MERCURE
taureau à demi mangé des
chiens , ou d'un miferable
baccanal d'une vingtaine
d'animaux , dont l'horrible
aſpect & l'effrayant voifinage
infectent ceux qui
leur font l'honneur de les
aller voir .
Madame Daunoy a fait
dans ſon voyage d'Eipagne
une relation magnifique
d'une fête de taureaux:mais
elle avoit naturellement le
genie ſi élevé, &tant d'inclination
pour les grandes
choſes , qu'elle faifoit religieuſement
des deſcriptions
GALANT.
brillantes , des plus medio
cres. Il s'enfuit de là qu'elle
dit autant de mentonges
dans chaque article de les
deux volumes , que moy
dans tous les miens. Mais
il n'est pas abfolument
queſtion de decider ici lequet
de nous deux eſt le
plus fincere ; il ſuffit de dire
pour notre ſatisfaction
( quoique cela ne foit gueres
ànotre loüange )qu'elle
a écrit comme il lui a plû ,
& que j'écris , à fon exem
ple , affez volontiers com
me il me plaît. D'ailleurs il
16 MERCURE
arrive ſouvent de ſi grands
changemens dans lesEtats,
queje croy que la poſterité
ne ſe met gueres en peine
d'examiner à la rigueur fi
nous avons eu tort ou raiſon
de vouloir en impoſer
à nos contemporains. En
un mot nous ne raiſonnons
pas comme nous raiſonnions
il y a cent ans. Les
fêres, les coûtumes , les habillemens
, & les ceremonies
de ce temps-là ne font
plus à la mode à preſent ;
toutes les hiſtoires anciennes
ſont ſuſpectes , & ce
n'eſt
GALANT. 17
n'eſt preſque que par conjecture
qu'on ſçait à l'honneur
de qui furent dreſſez
jadis tant de fuperbes mo
numensdont les voyageurs
trouvent encore des reſtes
dans les quatre parties du
monde. Pour moy , malgré
le reſpect quemille ſçavans
par entêrement , ont pour
les antiquailles , je me foucie
autant des Colonnes
d'Hercule , du Temple de
Jupiter Ammon , & de la
& Diane d'Epheſe , que de la
plus belle Medaille d'Othon
, dont je ne donne-
Octob. 1714. B
18 MERCURE
rois pas un petit fefterce , à
moins qu'elle ne fût d'or
ou d'argent. En un mot je
debite de bonne foy , comme
cela ſe rencontre , tout
ce qui s'offre à mon imagi.
nation,& je ſuis en même
temps ſi remplide la choſe
preſente , qu'à l'exception
du principal , delà , ni deçà,
rien ne m'occupe que la
crainte d'arriver trop tôt
au bout du mois. Enfin fi
jeparlequelquefois desRomains
, des Grecs , des Perſes
, ou des Egyptiens , j'avoue
que c'eſt une ſotte ro
GALANT.
19
domontade de ma memoire.
Le monde eſt ſi plein
debelles&bonnes nations,
qui n'ont rien à démêler
avec les anciens , que je
croy que la meilleure methode
que je puiſſe ſuivre à
preſent, eſt celle de ne pas
abandonner pour un fouvenir
chimerique l'hiſtoire
du temps. Je n'ai fait tout
ce verbiage que pour remontrer
trés-humblement
à ceux qui m'envoyent de
belles & longues avantures
Greques , Affyriennes ou
Latines , du temps de Cy
こ
Bij
20 MERCURE
rus , d'Alexandre , ou de
Numa Pompilius , que je
mettrai indifferemment au
rebut tous les vieux memoires
qu'on m'enverra , à
moins qu'ils ne contiennent
des choſes ſi éclatantes
, fi vraiſemblables & fi
bien écrites , qu'elles puiffent
paffer pour des morceaux
perdus des plus refpectables
auteurs de l'antiquité.
Les jours n'ontque
douze heures , & il eſt injuſte
de s'imaginer qu'à
mon égard ils en ayent
trente fix.
GALANT. 21
J'allois commencer le recit
de la féte des taurcaux
dont je viens de parler ,
lorſquela mauvaiſehumeur
m'a pris à la vûë d'un paquet
fi gros , que je croy
que les dix plus inutiles
hommes du Royaume ont
travaillé pendant dix ans à
le remplir des plus inutiles
remarques qu'on puiffe faire
ſur les anciens. Mais c'eſt
affez gronder ; revenons
maintenant à la fête dont
il eſt queſtion.
l'eſpere , une relation , je ne
manquerai pas d'en faire
part au public : mais en attendant
qu'on me l'envoye,
GALANT.. 13
je croy que je ne ferai pas
mal de placer ici la deſcription
d'une de ces fêtes que
je vis il y
a deux ans en Efa
,
pagne. On pourrect fi on
le juge à propos , faire un
parallele du tableau que je
donne ce mois- ci ,&de celui
que je promets de donner
lorſque je l'aurai reçû.
Cette lecture divertira au
moins mille honnêtes gens
qui ont la bonté de courir
ſur le boulevart de la porte
ſaint Martin, pour s'y amuſer
à grands frais de la vûë
d'un lion éreinté , & d'un
14 MERCURE
taureau à demi mangé des
chiens , ou d'un miferable
baccanal d'une vingtaine
d'animaux , dont l'horrible
aſpect & l'effrayant voifinage
infectent ceux qui
leur font l'honneur de les
aller voir .
Madame Daunoy a fait
dans ſon voyage d'Eipagne
une relation magnifique
d'une fête de taureaux:mais
elle avoit naturellement le
genie ſi élevé, &tant d'inclination
pour les grandes
choſes , qu'elle faifoit religieuſement
des deſcriptions
GALANT.
brillantes , des plus medio
cres. Il s'enfuit de là qu'elle
dit autant de mentonges
dans chaque article de les
deux volumes , que moy
dans tous les miens. Mais
il n'est pas abfolument
queſtion de decider ici lequet
de nous deux eſt le
plus fincere ; il ſuffit de dire
pour notre ſatisfaction
( quoique cela ne foit gueres
ànotre loüange )qu'elle
a écrit comme il lui a plû ,
& que j'écris , à fon exem
ple , affez volontiers com
me il me plaît. D'ailleurs il
16 MERCURE
arrive ſouvent de ſi grands
changemens dans lesEtats,
queje croy que la poſterité
ne ſe met gueres en peine
d'examiner à la rigueur fi
nous avons eu tort ou raiſon
de vouloir en impoſer
à nos contemporains. En
un mot nous ne raiſonnons
pas comme nous raiſonnions
il y a cent ans. Les
fêres, les coûtumes , les habillemens
, & les ceremonies
de ce temps-là ne font
plus à la mode à preſent ;
toutes les hiſtoires anciennes
ſont ſuſpectes , & ce
n'eſt
GALANT. 17
n'eſt preſque que par conjecture
qu'on ſçait à l'honneur
de qui furent dreſſez
jadis tant de fuperbes mo
numensdont les voyageurs
trouvent encore des reſtes
dans les quatre parties du
monde. Pour moy , malgré
le reſpect quemille ſçavans
par entêrement , ont pour
les antiquailles , je me foucie
autant des Colonnes
d'Hercule , du Temple de
Jupiter Ammon , & de la
& Diane d'Epheſe , que de la
plus belle Medaille d'Othon
, dont je ne donne-
Octob. 1714. B
18 MERCURE
rois pas un petit fefterce , à
moins qu'elle ne fût d'or
ou d'argent. En un mot je
debite de bonne foy , comme
cela ſe rencontre , tout
ce qui s'offre à mon imagi.
nation,& je ſuis en même
temps ſi remplide la choſe
preſente , qu'à l'exception
du principal , delà , ni deçà,
rien ne m'occupe que la
crainte d'arriver trop tôt
au bout du mois. Enfin fi
jeparlequelquefois desRomains
, des Grecs , des Perſes
, ou des Egyptiens , j'avoue
que c'eſt une ſotte ro
GALANT.
19
domontade de ma memoire.
Le monde eſt ſi plein
debelles&bonnes nations,
qui n'ont rien à démêler
avec les anciens , que je
croy que la meilleure methode
que je puiſſe ſuivre à
preſent, eſt celle de ne pas
abandonner pour un fouvenir
chimerique l'hiſtoire
du temps. Je n'ai fait tout
ce verbiage que pour remontrer
trés-humblement
à ceux qui m'envoyent de
belles & longues avantures
Greques , Affyriennes ou
Latines , du temps de Cy
こ
Bij
20 MERCURE
rus , d'Alexandre , ou de
Numa Pompilius , que je
mettrai indifferemment au
rebut tous les vieux memoires
qu'on m'enverra , à
moins qu'ils ne contiennent
des choſes ſi éclatantes
, fi vraiſemblables & fi
bien écrites , qu'elles puiffent
paffer pour des morceaux
perdus des plus refpectables
auteurs de l'antiquité.
Les jours n'ontque
douze heures , & il eſt injuſte
de s'imaginer qu'à
mon égard ils en ayent
trente fix.
GALANT. 21
J'allois commencer le recit
de la féte des taurcaux
dont je viens de parler ,
lorſquela mauvaiſehumeur
m'a pris à la vûë d'un paquet
fi gros , que je croy
que les dix plus inutiles
hommes du Royaume ont
travaillé pendant dix ans à
le remplir des plus inutiles
remarques qu'on puiffe faire
ſur les anciens. Mais c'eſt
affez gronder ; revenons
maintenant à la fête dont
il eſt queſtion.
Fermer
Résumé : Reflexions, plaintes & verbiage de l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur souhaite décrire une fête de taureaux en Espagne à laquelle il a assisté deux ans plus tôt. Il fait référence à une relation écrite par Madame Daunoy sur une fête similaire, tout en reconnaissant que cette dernière a tendance à embellir ses descriptions. L'auteur ne cherche pas à comparer la sincérité de leurs récits respectifs. Il observe que les goûts et les modes évoluent avec le temps, ce qui rend les histoires anciennes suspectes. Il préfère donc se concentrer sur les événements contemporains plutôt que sur les récits anciens. L'auteur précise qu'il rejettera les récits historiques anciens sauf s'ils sont exceptionnellement bien écrits et véridiques. Pendant qu'il rédige, il reçoit un paquet contenant des remarques inutiles sur les anciens, mais il décide de revenir à la description de la fête des taureaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3123
p. 21-68
Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Début :
Lugete, ô venires cupidinesque, [...]
Mots clefs :
Fête de Taureaux, Taureau, Fête, Yeux, Reine, Coeur, Mort, Héros, Spectateur, Fureur, Animal, Toréador, Homme, Épée, Peuple, Courage, Argent, Pointe, Cérémonie, Combat, Chute, Cornes
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texteReconnaissance textuelle : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Lugete , ô venires cupidinef
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
Fermer
Résumé : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Le 1er septembre 1712, une fête de taureaux se tint à Chamartin, près de Madrid, malgré une interdiction royale. Le Duc de Pastrano obtint l'autorisation après des interventions influentes, à condition de couvrir les frais des éventuels accidents. La fête débuta par la mise à mort de plusieurs taureaux, mais un incident grave survint lorsqu'une maison s'effondra, blessant ou tuant des spectateurs. Malgré cet accident, les spectateurs restèrent pour continuer à assister au spectacle pendant que les organisateurs réparaient les dégâts. À Madrid, une autre fête de taureaux débuta après une annonce initiale indiquant qu'il n'y aurait pas de combats. La tension monta avec l'arrivée de nobles tels que la Duchesse de Frias et le Connétable de Castille. Les toréadors, vêtus simplement et armés de diverses manières, affrontèrent les taureaux. Chaque taureau, après avoir été blessé par des dards, était tué et traîné hors de l'arène par des mules. Les toréadors utilisaient différentes techniques et objets pour provoquer et tuer les taureaux. Après chaque victoire, un torero recevait des bénédictions et des récompenses financières. Un chien montra un courage exceptionnel en attaquant un taureau jusqu'à sa mort. Lors du douzième combat, un torero fut gravement blessé. Le narrateur exprima son regret concernant l'absence de combats à cheval et l'impact économique négatif de la disparition de ces fêtes en Espagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3124
p. 68-76
Discours de M. de Réal fit à l'Assemblée du Clergé, de la Noblesse, & de la Justice, le jour qu'il fut installé dans sa Charge de Sénéchal de Forcalquier. [titre d'après la table]
Début :
Passons maintenant, s'il vous plaît, à d'autres articles [...]
Mots clefs :
Forcalquier, Sénéchal, Gaspard de Réal de Curban, Roi, Sénéchaux
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texteReconnaissance textuelle : Discours de M. de Réal fit à l'Assemblée du Clergé, de la Noblesse, & de la Justice, le jour qu'il fut installé dans sa Charge de Sénéchal de Forcalquier. [titre d'après la table]
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
vous plaît , à d'autres articles;
fur tout.choiſiſſons les
meilleurs . Voici heureuſementuneHarangue
courte
&d'un ſtile net & concis.
Elle m'a paru bonne , &je
la donne pour telle.
GALANT . 69
(
M. de Real étant arrivé à
Forcalquier le 19. Août 1714.
pouryprendrepoffeffion de
laChargede Senechal , fut
reçû par les habitans ſous les
armes,viſitépar MsduClergé
, de la Nobleffe & du
Siege en Corps , & harangué
par les Confuls en cha.
peron. Il fit preſenter ſes
lettres de proviſions par ſon
Avocat le vingt à l'audience
publique. Il y fut complimenté
par l'Avocat du
Roy,& enſuite par le Lieutenant
General. Il prefida
à l'audience , & prenant
70 MERCURE
ſa place , il parla en ces
termes.
MESSIEURS,
LaJustice prononceroit en
vain des jugemens , fi l'Epée
n'en afſfuroit l'execution ;
l'Epée pourroit ſe porter à des
entrepriſes dangereuses , fi la
Justice ne la conduiſoit.
Les loix les armes , dont
les emploisfontſi differens, se
doivent donc un mutuel ſecours
; elles ont concouruà
mer les grands Empires , elles
concourent à lesfoûtenir ,
àfor
GALANT. 71
cet heureux concert affure la
fortune des particuliers au dedans
, &rend l'Etat puiſſant
redoutable au dehors.
Nous le voyons ce concert
fous un Roy , qui aprés avoir
portéau plus haut point l'art
de regner,femble en avoirfixé
les regles par lafuperioritéde
fon genie. Elles font invariables
dans ce Monarque , &les
Princes les plus habiles dans la
Sciencede gouverner les hommes
,fontceuxdont la conduite
eft moins éloignée de laſienne.
Le nom de Senechal n'eft
guere moins ancien que laMo
72 MERCURE
narchie . Ilfaudroit , pour trouver
fon origine , remonter, ou
peu s'en faut , juſques à celle
du Trône. La France a eu des
Senechaux preſqu'auſſitôt que
des Rois. Ils étoient alors les
premiers Officiers de la Maifon
du Prince ; ilsfont aujourd'hui
dans leurs Senechauffées
d'un côtéles chefs de laJustice ,
de l'autre , ceux de laNobleſſe,
qu'ils conduisent dans
les armées. Et pour dire quelque
choſe qui nous foit plus
particulier, cette Provincefous
Jes Comtes , avant qu'elle eût
paſſeſous la domination de nos
Rois,
GALANT.
73
Rois , recevoit des loix dia
main des Senechaux. Leurs
fonctionsy font preſentement
les mêmes que celles des Senechaux
des autres Provinces du
Royaume. Jele remarque, pour
rappeller par la dignité de ces
fonctions l'idée des devoirs
auſquels elles engagent,&pour
m'exciter par de fi grands objets
àles remplir.
Je m'étois proposé , Meffieurs
, de vous marquer toute
la joye que j'ai de me voir affis
parmi defi dignes Magistratsi
je me flatois de le pouvoir
faire, parce qu'on croit être
Octob.17:4 G
74
MERCURE
súr des expreſſions quand on ne
confulte que ſes ſentimens.
Quels peuvent être les miens ,
instruit de vôtre habileté à
connoître la justice , &de vôtre
integrité à la rendre !
Mais j'ignorois une partie
des engagemens où je me trouve.
Je ne m'y attendois ni à
une installation si glorieuse ,
ni à des demonstrations d'une
bienveillance fi marquée , qui
augmentantmaſenſibilité, rendent
impoffibles les témoignages
d'une reconnoiſſance trop vive
pourpouvoir être exprimée.
Ce n'estpas que je me livre
GALANT. 75
aux charmes flateurs des difcours
que j'ai entendus. En
vain la bouche même qui prononce
les jugemens a parlé; en
vain elle a applaudi à la voix
non ſeulement du peuple , mais
du Parquet : mon coeurſe refuſeàdes
éloges qu'ilſouhaite
de meriter : mais il ne peutfe
refufer à un accüeil qui le prévient
,& qui en m'inſtruiſant
m'encourage d'une maniere fi
obligeante.
Que ne puis - je exprimer
tout ce que je fens ! Il ne manqueroit
rien à mafatisfaction ,
Meſſfieurs, fi je pouvois vous
1
Gij
76 MERCURE
faire connoître toute l'étenduë
de mon zele pour cette Compagnie
, & de mon attachement
pour chacun des Magiftrats
qui la compoſent : mais
c'est le fort de tous les mouvemens
extraordinaires de l'ame,
qu'ils manquent de termes pour
Se produire , & ne paroiffent
tels qu'ils font que par le filence.
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
vous plaît , à d'autres articles;
fur tout.choiſiſſons les
meilleurs . Voici heureuſementuneHarangue
courte
&d'un ſtile net & concis.
Elle m'a paru bonne , &je
la donne pour telle.
GALANT . 69
(
M. de Real étant arrivé à
Forcalquier le 19. Août 1714.
pouryprendrepoffeffion de
laChargede Senechal , fut
reçû par les habitans ſous les
armes,viſitépar MsduClergé
, de la Nobleffe & du
Siege en Corps , & harangué
par les Confuls en cha.
peron. Il fit preſenter ſes
lettres de proviſions par ſon
Avocat le vingt à l'audience
publique. Il y fut complimenté
par l'Avocat du
Roy,& enſuite par le Lieutenant
General. Il prefida
à l'audience , & prenant
70 MERCURE
ſa place , il parla en ces
termes.
MESSIEURS,
LaJustice prononceroit en
vain des jugemens , fi l'Epée
n'en afſfuroit l'execution ;
l'Epée pourroit ſe porter à des
entrepriſes dangereuses , fi la
Justice ne la conduiſoit.
Les loix les armes , dont
les emploisfontſi differens, se
doivent donc un mutuel ſecours
; elles ont concouruà
mer les grands Empires , elles
concourent à lesfoûtenir ,
àfor
GALANT. 71
cet heureux concert affure la
fortune des particuliers au dedans
, &rend l'Etat puiſſant
redoutable au dehors.
Nous le voyons ce concert
fous un Roy , qui aprés avoir
portéau plus haut point l'art
de regner,femble en avoirfixé
les regles par lafuperioritéde
fon genie. Elles font invariables
dans ce Monarque , &les
Princes les plus habiles dans la
Sciencede gouverner les hommes
,fontceuxdont la conduite
eft moins éloignée de laſienne.
Le nom de Senechal n'eft
guere moins ancien que laMo
72 MERCURE
narchie . Ilfaudroit , pour trouver
fon origine , remonter, ou
peu s'en faut , juſques à celle
du Trône. La France a eu des
Senechaux preſqu'auſſitôt que
des Rois. Ils étoient alors les
premiers Officiers de la Maifon
du Prince ; ilsfont aujourd'hui
dans leurs Senechauffées
d'un côtéles chefs de laJustice ,
de l'autre , ceux de laNobleſſe,
qu'ils conduisent dans
les armées. Et pour dire quelque
choſe qui nous foit plus
particulier, cette Provincefous
Jes Comtes , avant qu'elle eût
paſſeſous la domination de nos
Rois,
GALANT.
73
Rois , recevoit des loix dia
main des Senechaux. Leurs
fonctionsy font preſentement
les mêmes que celles des Senechaux
des autres Provinces du
Royaume. Jele remarque, pour
rappeller par la dignité de ces
fonctions l'idée des devoirs
auſquels elles engagent,&pour
m'exciter par de fi grands objets
àles remplir.
Je m'étois proposé , Meffieurs
, de vous marquer toute
la joye que j'ai de me voir affis
parmi defi dignes Magistratsi
je me flatois de le pouvoir
faire, parce qu'on croit être
Octob.17:4 G
74
MERCURE
súr des expreſſions quand on ne
confulte que ſes ſentimens.
Quels peuvent être les miens ,
instruit de vôtre habileté à
connoître la justice , &de vôtre
integrité à la rendre !
Mais j'ignorois une partie
des engagemens où je me trouve.
Je ne m'y attendois ni à
une installation si glorieuse ,
ni à des demonstrations d'une
bienveillance fi marquée , qui
augmentantmaſenſibilité, rendent
impoffibles les témoignages
d'une reconnoiſſance trop vive
pourpouvoir être exprimée.
Ce n'estpas que je me livre
GALANT. 75
aux charmes flateurs des difcours
que j'ai entendus. En
vain la bouche même qui prononce
les jugemens a parlé; en
vain elle a applaudi à la voix
non ſeulement du peuple , mais
du Parquet : mon coeurſe refuſeàdes
éloges qu'ilſouhaite
de meriter : mais il ne peutfe
refufer à un accüeil qui le prévient
,& qui en m'inſtruiſant
m'encourage d'une maniere fi
obligeante.
Que ne puis - je exprimer
tout ce que je fens ! Il ne manqueroit
rien à mafatisfaction ,
Meſſfieurs, fi je pouvois vous
1
Gij
76 MERCURE
faire connoître toute l'étenduë
de mon zele pour cette Compagnie
, & de mon attachement
pour chacun des Magiftrats
qui la compoſent : mais
c'est le fort de tous les mouvemens
extraordinaires de l'ame,
qu'ils manquent de termes pour
Se produire , & ne paroiffent
tels qu'ils font que par le filence.
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Résumé : Discours de M. de Réal fit à l'Assemblée du Clergé, de la Noblesse, & de la Justice, le jour qu'il fut installé dans sa Charge de Sénéchal de Forcalquier. [titre d'après la table]
Le 19 août 1714, M. de Réal arriva à Forcalquier pour prendre possession de la charge de Sénéchal. Il fut accueilli par les habitants armés et reçu par les représentants du clergé, de la noblesse et du siège en corps. Le lendemain, lors d'une audience publique, M. de Réal présenta ses lettres de provision. L'avocat du roi et le lieutenant général lui adressèrent des compliments. Dans son discours, M. de Réal insista sur la nécessité de la collaboration entre la justice et l'épée pour assurer l'ordre et la puissance de l'État. Il rappela l'antiquité et la dignité de la fonction de Sénéchal, soulignant que ces derniers étaient autrefois les premiers officiers du prince et jouaient un rôle clé dans l'administration de la justice et la conduite de la noblesse. M. de Réal exprima sa joie et sa gratitude pour l'accueil chaleureux et les marques de bienveillance qu'il reçut, tout en reconnaissant l'habileté et l'intégrité des magistrats présents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3125
p. 76-97
Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Début :
Je ne sçai à quel Sçavant je suis redevable du [...]
Mots clefs :
Épicure, Morale, Philosophe, Maximes, Sage, Homme, Auteur, Vie, Génie, Douleur, Esprit, Idées, Morale d'Épicure, Mal
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texteReconnaissance textuelle : Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Je ne ſçai à quel Sçavant
je ſuis redevable du
memoire qu'il vient de
m'envoyer:mais je ſçai bien
que cette piece eſt un excellent
extrait de la Mo
GALANT. 77
rale d'Epicure , avec des relexions
. Nous avons enfin
reçû , dit- il , le livre queM.
Des C ** a compolé pour
justifier une Morale injuftement
décriée , & nous
l'avons lû avec beaucoup
de plaiſir. C'eſt une lecture
fort propre à montrer le
peu d'équité de l'homme ;
& en general on peut dire
qu'il n'y a guere de ſujets
fur qui la bizarrerie de l'efprit
humain ſe ſoit plus
joüće, que ſur le Philoſophe
dont on voit ici la Morale.
Il diſoit que la felicité de
Giij
78 MERCURE
l'homme confiſte dans le
plaifir , il ne croyoit point
d'autre vie que celle-ci ;&
quoy qu'il fit profeffion
d'admettre des Dieux , il ne
leur donnoit pas le ſoin de
punir , ou de recompenfer
T'homme. Il n'en a point
falu davantage à un trésgrand
nombre de gens ,
pour affurer que c'étoit un
débauchéqui ne conſervoit
aucune idée d'honneur , &
qui ne recommandoit à ſes
diſciples que de ſe plonger
dans les voluptez les plus
infâmes. Sa vie & ſes écrits
GALANT. 79
prêchoient pourtant le contraire
, & c'étoit de là qu'il
faloit prendre le jugement
qu'on portoit de lui : mais
au lieu de s'éclaircir par
cette voye directe & legitime
fur cette queſtion de
fait , on s'eſt jetté ſur la
voye du raiſonnement , &
on a dit : Ilfaut que cet homme-
là ait vécu &ait instruit
fes écoliers en Sardanapale ,
puiſqueſes principes generaux
étoient impies. A quoy bon
ces raiſonnemens dans une
queſtion de fait ? Ne valoitil
pas mieux conſulter exa
Giiij
80 MERCURE.
ctement ce qui nous reſte
d'Epicure , & les témoi
gnages que les Auteurs defintereſſez
ont rendus à ſa
probité ? Si on avoit ſuivi
ce chemin, on fût forti bien
plûtôt de l'ignorance ; car
depuis l'Apologie publiée
par M. Gaffendi pour les
moeurs & pour la morale
ce Philoſophe , on eſt ſi
bien revenu de la vieille
preoccupation , que c'eſt à
preſentunechoſetrop commune
que d'être Gaffendiſte
à cet égard. De forte
que ceux qui aiment à ne
de
GALANT. 8
ſuivre pas le torrent , commencent
à retourner aux
vieux préjugez. Tel eſt le
genie de l'homme ; ceux
qui aiment davantage les
choſesnouvelles, ne laiſſent
pas de prendre parti pour
les anciens,lorſqu'ils remarquent
que trop de gens critiquent
l'antiquité. Quand
je dis que le nombre des
eſprits defabuſez ſur le ſujet
d'Epicure fait le torrent , je
ne laiſſe pas de croire que
la cabale des ſuperſtitieux ,
troupe de tout temps nombreufe
& incorrigible , eſt
i
32 MERCURE
encore ſur l'ancien pied.
Auſſi dit-on qu'elle n'eut
pas plûtôt oui dire qu'on
vouloit faire imprimer la
Morale d'Epicure , qu'elle
enfremit ,& qu'elle reſolut
de s'oppoſer au Privilege:
mais heureuſement l'affaire
paſſa par les mains d'un
cenfeur de livresqui écoute
raiſon , & qui n'a pas un
Chriftianiſme miſantrope.
C'eſt de M. C... qué je parle
, Docteur de Sorbonne ,
& Chancelier de l'Univer.
fité de Paris. Il a lû ce livre,
&lui ayant donné ſon Ap
GALANT. 83
probation , il a été caufe
qu'il a été mis ſous la preſſe.
Cette approbation eſt bien
tournée , & ne donnera
point apparemment aucune
priſe aux inquifiteurs de
la foy.
Il nous donne ici , 1º la
morale d'Epicure en 41. maximes.
2. La lettre qu'il écrivit
à Menecée. 3 Vingthuitmaximesdu
mêmeEpi
cure. Et enfin la traduction
de ce que Diogene Laërce
nous a laiſſé de la vie de ce
Philoſophe. Toutes ces maximes
, & la lettre à Mene-
1
84 MERCURE
cée ſont éclaircies par de
judicieuſes reflexions de
l'auteur , & dans lesquelles
on trouvera non ſeulement
des exemples , mais auſſi de
belles moralitez , &le ſupplément
de la morale chrétienne
par tout où l'autre
eſt defectueuſe. Or comme
ces maximes étoient deſtinées
à former un ſage, l'auteur
nous explique dés l'entrée
ce que les Philoſophes
ont entendu par ce nom là.
Perſonne n'a tant fait va
loir ce nom que les Stoïciens
: mais àforce d'outrer
GALANT .
85
leurs idées , ils les ont renduës
ridicules . Elles au
roient été admirables ; &
peut - être même dans la
derniere juſteſſe , pour un
homme qui ne ſe ſeroit fervi
de fon corps que comme
nousnous fervons d'un cheval:
mais elles ne ſçauroient
convenir àun eſprit qui dépend
du corps , comme
nous faiſons par des loix
qu'une forcemajeure à établies.
Les idées d'Epicure
font beaucoup plus proportionnées
à notre état ; & de
là vient qu'on juge qu'il
2
1
86 .
MERCURE
agiſſoit de bonne foy , &
que les autres n'étoient que
francs comediens. On leur
a fait tort en bien des chofes.
On a imputé à Epicure
de s'être vanté que dans le
Taureau de Phalaris il s'écrieroit
parmi l'apreté du feu :
• Cela ne me regarde point , je
ne sens que du plaisir. Mais
l'auteur montre qu'il n'y a
nulle apparence qu'un Philoſophe
, qui avançoit que les
ſens nese pouvoient tromper,
pût infinuer qu'un des fiens lui
representat aver plaisir une
GALANT
87
chose qui en effet étoit pleine
de douleur. Si Epicure avoit
parlé de la forte , il feroit
tombé dans l'inconvenient
des Stoïques , que l'on ne
ſçauroit excuſer d'un renverſement
manifeſte du
langage. Car pour parler
naturellement & de bonne
foy , ils devoient dire que
la brûlure eſt une vive douleur
, &par conſequent un
mal : mais que le ſage le
ſupporte avec une telle conſtance
, qu'il en tire ſa plus
grande gloire. Voila letour
que les Chrétiens mêmes
1
88 MERCURE
doivent donner au ſupplice
d'un Martyr , s'ils veulent
parler ſans figure de Rhetorique.
Une autre choſe
en quoy Epicure s'eſt ſervi
d'une expreſſion droite &
fincere , c'eſt quand il a dit
que le plaifir eſt un bien
mais un bien de telle nature
, qu'il faut le fuir , lors
qu'il eſt capable de nous
attirer un plus grand mal.
Sur le même principe il dit
auſſi , qu'encore que la douleur
foit un mal , il faut la
preferer au plaiſir , lorsqu'-
,
elle peut être cauſe d'un
plus
GALANT. 89
plus grand bien. Ces maximes
ne font nullement
contraires à la veritable Religion.
Ce qu'il dit en un autre
endroit,que lavertu n'eſt
point aimable par elle-même
, mais à cauſe duplaifir
qui l'accompagne , ſemble
moins orthodoxe. Cependant
ſi on l'examine bien ,
on le trouvera fort folide ;
car il paroît impoffible qu'-
un eſprit puiſſe aimer la
ſainteté, ſans avoir en vûë
la ſatisfaction qui en eſt inſeparable
tôt ou tard ; &
ainſi on n'aime point la
Octob. 1714. H
go MERCURE
vertu à cauſe d'elle-même ,
mais à cauſe de ſes effets.
Voici une autre maxime
de ce Philoſophe , qui va
dans le ſens des Caſuiſtes
les plus rigides. Il veut que
fon Sage n'ait point de commerce
particulier avec unefemme
dont le commerce lui est défendu
par les loix ; qu'il ne fe
laiſſe point furprendre aux
charmes de l'amour ; qu'il ne
Se marie jamais ; &que l'a
mour deſe voir renaître dans
ſa posterité ne l'occupe point.
Il arrive pourtant , ajoûte-til
,de certaines chofes dans la
GALANT. 91
vie qui peuvent obliger le
Sage à cet engagement , & lui
faire souhaiter des enfans. La
maniere claire & diftincte
dont il éclaircit ailleurs fon
ſentiment ſur la volupté &
fur les devoirs de l'homme,
faitqu'on nepeutbien comprendre
qu'il y ait eu des
gens affez hardis pour appuyer
les calomnics qui ont
tant couru contre lui. Le
fameux Gerſon étoit ſi perſuadé
de la justice de ces
bruits injurieux , qu'ayant
ſçû le veritable caractere
d'Epicure , il ſe perfuada
Hij
92
MERCURE
qu'il y avoit eu deux Philoſophes
de cenom- là , l'un
fort ſage , & l'autre fort débauché.
On ne peut difconvenir
qu'Epicure n'ait un peu trop
confondu l'utilité avec la
juſtice : mais cela même
peut recevoir une interpretation
favorable , comme
le montre l'auteur dans ſes
éclairciſſemens . Il eft cer
tain qu'il eſt plus aifé de
faire l'apologie de ce Philoſophe
du côté du coeur ,
que du côté de l'eſprit ; car
quand on confidere d'une
GALANT.
93
part qu'il avoit beaucoup
de genie , & que l'on ſe fouvient
de l'autre qu'il a pû
croire que le monde s'étoit
produit par un concours
hazardeux d'atomes ; que
nos raiſonnemens & nos
idées ne ſont que l'agitation
de quelques petits corpufcules
; que par exemple , le
mouvement en rond d'un
atome peut être l'idée vaſte
& immenſe de l'infini ; &
que la matiere ſe mouvant
par ſa nature & de toute
éternité , nous étions neanmoins
parfaitement libres :
94
MERCURE
on ne ſçauroit rien comprendre
dans un tour d'efprit
comme celui- là. Nous
ne donnerons pas pour une
preuve de fon grand genie
la défenſe qu'il fait à fon
ſage de compoſer des panegyriques
, quoy qu'il lui
permette d'être auteur afin
de revivre aprés ſa mort. Il
ne faloit qu'un jugement
mediocre pour preſcrire
celle - là àun homme que
l'on dirigeoit à la ſageſſe ,
à la verité , à la frugalité,
& au dégagement de l'entretien
d'une famille. Au
GALANT.
95
trement la condition eût pû
devenir dure & préjudicia
ble ; car un auteur chargé
d'enfans & de dettes feroit
en quelque façon traité tyranniquement
, & pour fa
perſonne , & pour ceux qui
lui appartiennent , ſi on lui
interdiſoit l'uſage du panegyrique
, d'où il lui revient
quelquefois de beaux loüis
d'or. Il y a des gens qui ſe
moquent de ceux qui pafſent
toute leur vie à tenir
un Sonnet ou un Madrigal
tout prêt pour les mariages,
les morts , les baptêmes ,
96 MERCURE
& autres évenemens qui
concernent les familles favorites
& opulentes. Mais
M. Peliſſon a remarque depuis
longtemps dans ſa
Preface ſur les Oeuvres de
Sarrazin , que ces Poëtes
ont leurs raiſons. Cet homme,
dit- il , que vous blâmez a
trouvé peut-être que pour rétablir
ſa ſanté qui est ruinée ,
pour se défendre de la mauvaiſe
fortune , pour le bien de
la famille dont il est l'appui ,
il lui eft plus utile de travaillerà
deschansons qu'à des traitez
de Morale
r
de Politique.
GALANT.
97
que. Si cela est , je le dirai
hardiment , la Morale la
Politique lui ordonnent ellesmêmes
defaire des chansons.
je ſuis redevable du
memoire qu'il vient de
m'envoyer:mais je ſçai bien
que cette piece eſt un excellent
extrait de la Mo
GALANT. 77
rale d'Epicure , avec des relexions
. Nous avons enfin
reçû , dit- il , le livre queM.
Des C ** a compolé pour
justifier une Morale injuftement
décriée , & nous
l'avons lû avec beaucoup
de plaiſir. C'eſt une lecture
fort propre à montrer le
peu d'équité de l'homme ;
& en general on peut dire
qu'il n'y a guere de ſujets
fur qui la bizarrerie de l'efprit
humain ſe ſoit plus
joüće, que ſur le Philoſophe
dont on voit ici la Morale.
Il diſoit que la felicité de
Giij
78 MERCURE
l'homme confiſte dans le
plaifir , il ne croyoit point
d'autre vie que celle-ci ;&
quoy qu'il fit profeffion
d'admettre des Dieux , il ne
leur donnoit pas le ſoin de
punir , ou de recompenfer
T'homme. Il n'en a point
falu davantage à un trésgrand
nombre de gens ,
pour affurer que c'étoit un
débauchéqui ne conſervoit
aucune idée d'honneur , &
qui ne recommandoit à ſes
diſciples que de ſe plonger
dans les voluptez les plus
infâmes. Sa vie & ſes écrits
GALANT. 79
prêchoient pourtant le contraire
, & c'étoit de là qu'il
faloit prendre le jugement
qu'on portoit de lui : mais
au lieu de s'éclaircir par
cette voye directe & legitime
fur cette queſtion de
fait , on s'eſt jetté ſur la
voye du raiſonnement , &
on a dit : Ilfaut que cet homme-
là ait vécu &ait instruit
fes écoliers en Sardanapale ,
puiſqueſes principes generaux
étoient impies. A quoy bon
ces raiſonnemens dans une
queſtion de fait ? Ne valoitil
pas mieux conſulter exa
Giiij
80 MERCURE.
ctement ce qui nous reſte
d'Epicure , & les témoi
gnages que les Auteurs defintereſſez
ont rendus à ſa
probité ? Si on avoit ſuivi
ce chemin, on fût forti bien
plûtôt de l'ignorance ; car
depuis l'Apologie publiée
par M. Gaffendi pour les
moeurs & pour la morale
ce Philoſophe , on eſt ſi
bien revenu de la vieille
preoccupation , que c'eſt à
preſentunechoſetrop commune
que d'être Gaffendiſte
à cet égard. De forte
que ceux qui aiment à ne
de
GALANT. 8
ſuivre pas le torrent , commencent
à retourner aux
vieux préjugez. Tel eſt le
genie de l'homme ; ceux
qui aiment davantage les
choſesnouvelles, ne laiſſent
pas de prendre parti pour
les anciens,lorſqu'ils remarquent
que trop de gens critiquent
l'antiquité. Quand
je dis que le nombre des
eſprits defabuſez ſur le ſujet
d'Epicure fait le torrent , je
ne laiſſe pas de croire que
la cabale des ſuperſtitieux ,
troupe de tout temps nombreufe
& incorrigible , eſt
i
32 MERCURE
encore ſur l'ancien pied.
Auſſi dit-on qu'elle n'eut
pas plûtôt oui dire qu'on
vouloit faire imprimer la
Morale d'Epicure , qu'elle
enfremit ,& qu'elle reſolut
de s'oppoſer au Privilege:
mais heureuſement l'affaire
paſſa par les mains d'un
cenfeur de livresqui écoute
raiſon , & qui n'a pas un
Chriftianiſme miſantrope.
C'eſt de M. C... qué je parle
, Docteur de Sorbonne ,
& Chancelier de l'Univer.
fité de Paris. Il a lû ce livre,
&lui ayant donné ſon Ap
GALANT. 83
probation , il a été caufe
qu'il a été mis ſous la preſſe.
Cette approbation eſt bien
tournée , & ne donnera
point apparemment aucune
priſe aux inquifiteurs de
la foy.
Il nous donne ici , 1º la
morale d'Epicure en 41. maximes.
2. La lettre qu'il écrivit
à Menecée. 3 Vingthuitmaximesdu
mêmeEpi
cure. Et enfin la traduction
de ce que Diogene Laërce
nous a laiſſé de la vie de ce
Philoſophe. Toutes ces maximes
, & la lettre à Mene-
1
84 MERCURE
cée ſont éclaircies par de
judicieuſes reflexions de
l'auteur , & dans lesquelles
on trouvera non ſeulement
des exemples , mais auſſi de
belles moralitez , &le ſupplément
de la morale chrétienne
par tout où l'autre
eſt defectueuſe. Or comme
ces maximes étoient deſtinées
à former un ſage, l'auteur
nous explique dés l'entrée
ce que les Philoſophes
ont entendu par ce nom là.
Perſonne n'a tant fait va
loir ce nom que les Stoïciens
: mais àforce d'outrer
GALANT .
85
leurs idées , ils les ont renduës
ridicules . Elles au
roient été admirables ; &
peut - être même dans la
derniere juſteſſe , pour un
homme qui ne ſe ſeroit fervi
de fon corps que comme
nousnous fervons d'un cheval:
mais elles ne ſçauroient
convenir àun eſprit qui dépend
du corps , comme
nous faiſons par des loix
qu'une forcemajeure à établies.
Les idées d'Epicure
font beaucoup plus proportionnées
à notre état ; & de
là vient qu'on juge qu'il
2
1
86 .
MERCURE
agiſſoit de bonne foy , &
que les autres n'étoient que
francs comediens. On leur
a fait tort en bien des chofes.
On a imputé à Epicure
de s'être vanté que dans le
Taureau de Phalaris il s'écrieroit
parmi l'apreté du feu :
• Cela ne me regarde point , je
ne sens que du plaisir. Mais
l'auteur montre qu'il n'y a
nulle apparence qu'un Philoſophe
, qui avançoit que les
ſens nese pouvoient tromper,
pût infinuer qu'un des fiens lui
representat aver plaisir une
GALANT
87
chose qui en effet étoit pleine
de douleur. Si Epicure avoit
parlé de la forte , il feroit
tombé dans l'inconvenient
des Stoïques , que l'on ne
ſçauroit excuſer d'un renverſement
manifeſte du
langage. Car pour parler
naturellement & de bonne
foy , ils devoient dire que
la brûlure eſt une vive douleur
, &par conſequent un
mal : mais que le ſage le
ſupporte avec une telle conſtance
, qu'il en tire ſa plus
grande gloire. Voila letour
que les Chrétiens mêmes
1
88 MERCURE
doivent donner au ſupplice
d'un Martyr , s'ils veulent
parler ſans figure de Rhetorique.
Une autre choſe
en quoy Epicure s'eſt ſervi
d'une expreſſion droite &
fincere , c'eſt quand il a dit
que le plaifir eſt un bien
mais un bien de telle nature
, qu'il faut le fuir , lors
qu'il eſt capable de nous
attirer un plus grand mal.
Sur le même principe il dit
auſſi , qu'encore que la douleur
foit un mal , il faut la
preferer au plaiſir , lorsqu'-
,
elle peut être cauſe d'un
plus
GALANT. 89
plus grand bien. Ces maximes
ne font nullement
contraires à la veritable Religion.
Ce qu'il dit en un autre
endroit,que lavertu n'eſt
point aimable par elle-même
, mais à cauſe duplaifir
qui l'accompagne , ſemble
moins orthodoxe. Cependant
ſi on l'examine bien ,
on le trouvera fort folide ;
car il paroît impoffible qu'-
un eſprit puiſſe aimer la
ſainteté, ſans avoir en vûë
la ſatisfaction qui en eſt inſeparable
tôt ou tard ; &
ainſi on n'aime point la
Octob. 1714. H
go MERCURE
vertu à cauſe d'elle-même ,
mais à cauſe de ſes effets.
Voici une autre maxime
de ce Philoſophe , qui va
dans le ſens des Caſuiſtes
les plus rigides. Il veut que
fon Sage n'ait point de commerce
particulier avec unefemme
dont le commerce lui est défendu
par les loix ; qu'il ne fe
laiſſe point furprendre aux
charmes de l'amour ; qu'il ne
Se marie jamais ; &que l'a
mour deſe voir renaître dans
ſa posterité ne l'occupe point.
Il arrive pourtant , ajoûte-til
,de certaines chofes dans la
GALANT. 91
vie qui peuvent obliger le
Sage à cet engagement , & lui
faire souhaiter des enfans. La
maniere claire & diftincte
dont il éclaircit ailleurs fon
ſentiment ſur la volupté &
fur les devoirs de l'homme,
faitqu'on nepeutbien comprendre
qu'il y ait eu des
gens affez hardis pour appuyer
les calomnics qui ont
tant couru contre lui. Le
fameux Gerſon étoit ſi perſuadé
de la justice de ces
bruits injurieux , qu'ayant
ſçû le veritable caractere
d'Epicure , il ſe perfuada
Hij
92
MERCURE
qu'il y avoit eu deux Philoſophes
de cenom- là , l'un
fort ſage , & l'autre fort débauché.
On ne peut difconvenir
qu'Epicure n'ait un peu trop
confondu l'utilité avec la
juſtice : mais cela même
peut recevoir une interpretation
favorable , comme
le montre l'auteur dans ſes
éclairciſſemens . Il eft cer
tain qu'il eſt plus aifé de
faire l'apologie de ce Philoſophe
du côté du coeur ,
que du côté de l'eſprit ; car
quand on confidere d'une
GALANT.
93
part qu'il avoit beaucoup
de genie , & que l'on ſe fouvient
de l'autre qu'il a pû
croire que le monde s'étoit
produit par un concours
hazardeux d'atomes ; que
nos raiſonnemens & nos
idées ne ſont que l'agitation
de quelques petits corpufcules
; que par exemple , le
mouvement en rond d'un
atome peut être l'idée vaſte
& immenſe de l'infini ; &
que la matiere ſe mouvant
par ſa nature & de toute
éternité , nous étions neanmoins
parfaitement libres :
94
MERCURE
on ne ſçauroit rien comprendre
dans un tour d'efprit
comme celui- là. Nous
ne donnerons pas pour une
preuve de fon grand genie
la défenſe qu'il fait à fon
ſage de compoſer des panegyriques
, quoy qu'il lui
permette d'être auteur afin
de revivre aprés ſa mort. Il
ne faloit qu'un jugement
mediocre pour preſcrire
celle - là àun homme que
l'on dirigeoit à la ſageſſe ,
à la verité , à la frugalité,
& au dégagement de l'entretien
d'une famille. Au
GALANT.
95
trement la condition eût pû
devenir dure & préjudicia
ble ; car un auteur chargé
d'enfans & de dettes feroit
en quelque façon traité tyranniquement
, & pour fa
perſonne , & pour ceux qui
lui appartiennent , ſi on lui
interdiſoit l'uſage du panegyrique
, d'où il lui revient
quelquefois de beaux loüis
d'or. Il y a des gens qui ſe
moquent de ceux qui pafſent
toute leur vie à tenir
un Sonnet ou un Madrigal
tout prêt pour les mariages,
les morts , les baptêmes ,
96 MERCURE
& autres évenemens qui
concernent les familles favorites
& opulentes. Mais
M. Peliſſon a remarque depuis
longtemps dans ſa
Preface ſur les Oeuvres de
Sarrazin , que ces Poëtes
ont leurs raiſons. Cet homme,
dit- il , que vous blâmez a
trouvé peut-être que pour rétablir
ſa ſanté qui est ruinée ,
pour se défendre de la mauvaiſe
fortune , pour le bien de
la famille dont il est l'appui ,
il lui eft plus utile de travaillerà
deschansons qu'à des traitez
de Morale
r
de Politique.
GALANT.
97
que. Si cela est , je le dirai
hardiment , la Morale la
Politique lui ordonnent ellesmêmes
defaire des chansons.
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Résumé : Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Le texte aborde la réception et la compréhension erronée de la morale d'Épicure, souvent perçue négativement. Épicure enseignait que la félicité humaine repose sur le plaisir et rejetait l'idée d'une vie après la mort ainsi que l'intervention divine. Contrairement aux accusations de débauche, ses écrits et son mode de vie montrent une autre réalité. L'auteur déplore que beaucoup jugent Épicure sans avoir étudié ses œuvres, préférant des jugements hâtifs et biaisés. L'Apologie de Gassendi a contribué à réhabiliter Épicure, mais certains persistent dans leurs préjugés. Le livre inclut des maximes d'Épicure, une lettre à Ménécée, et des réflexions complémentaires à la morale chrétienne. Les idées épicuriennes sont présentées comme plus conformes à la nature humaine que celles des Stoïciens, jugées excessives et ridicules. Le texte réfute plusieurs accusations contre Épicure, notamment celle de se vanter de ne ressentir que du plaisir dans le taureau de Phalaris, et souligne la sincérité de ses propos sur le plaisir et la douleur. Pour Épicure, la vertu est aimée pour les plaisirs qu'elle procure. Ses vues sur la volupté et les devoirs humains sont souvent mal comprises. Le texte mentionne également la confusion entre utilité et justice chez Épicure, ainsi que ses théories matérialistes sur l'origine du monde et la liberté humaine. Certaines restrictions imposées par Épicure, comme l'interdiction de composer des panégyriques, sont critiquées, et l'importance économique de la poésie est soulignée.
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3126
p. 97-102
Fantaisie. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est plus facile que de me surprendre. Quand [...]
Mots clefs :
Muses, Donneau de Visé, Poésie, Pièces, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fantaisie. [titre d'après la table]
Rien n'eſt plus facile que
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
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Résumé : Fantaisie. [titre d'après la table]
Le texte aborde les difficultés rencontrées lors de la sélection de pièces poétiques et la méfiance entre savants. Malgré les précautions prises, l'auteur se trouve souvent trompé par ses choix. Il note que les savants manquent de bonne foi, étant prompts à critiquer les œuvres qu'ils n'ont pas créées eux-mêmes. À Paris, les intellectuels sont divisés en factions rivales, comparables aux Guelphes et aux Gibelins italiens. Ces divisions, bien que parfois bénéfiques ou agréables, permettent une large circulation des œuvres d'éloquence et de poésie, offrant ainsi des divertissements au public. Cependant, actuellement, chacun préfère publier séparément, limitant ainsi la diffusion des œuvres. L'auteur observe toutefois une tendance encourageante avec l'émergence de nouveaux talents prometteurs, capables de rivaliser avec les muses célèbres.
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3127
p. 115-118
Répresailles. [titre d'après la table]
Début :
Pourquoy me cherchez-vous querelle, Monsieur ** ? [...]
Mots clefs :
Nicolas Boileau, Transitions, Style, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Répresailles. [titre d'après la table]
Pourquoy me cherchezvous
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
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Résumé : Répresailles. [titre d'après la table]
Dans un dialogue, Galant accuse Mercure de lui chercher querelle sans motif. Mercure révèle que cette dispute découle de la publication d'un tombeau de Boileau dans le journal de Galant, qui a qualifié le Mercure de détestable et dénué de bon goût. Galant anticipe les critiques de Mercure sur son style et son contenu, affirmant ne pas avoir cherché à le satisfaire. Mercure, quant à lui, doit répondre aux attentes du public et n'a pas le temps de s'attarder sur les plaintes de Galant.
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3128
p. 118-123
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
On appelloit autrefois le mois d'Octobre Equus, qui [...]
Mots clefs :
Mois d'octobre, Octobre, Noms, Auguste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
On appelloit autrefois le
mois d'Octobre Equus , qui
veut dire cheval, parce que
ce mois étoit conſacré au
Dieu Mars , & que chaque
année , les premiers jours
de ce mois , on lui immoloit
un cheval. Il fut enſuite
nommé Octobre par Romulus
, ou Numa Pompilius
: maisTibere,à l'exemple
de Celar & d'Auguſte ,
voulut changer les noms
1
GALANT.
119
,
des mois qui ſuivoient ceux
qu'on avoit conſacrez à la
memoire delces Empereurs.
Tibere fit appeller Septembre
de fon nom , Tiberius ,
& Octobre Livius. De même
Domitien voulant s'enrôler
dans le Calendrier
fit appeller Septembre
Germanicus , & Octobre
Domitianus. Mais on l'eut à
peine affaffiné , que le Senat
fit cafler non ſeulement
tous les Edits qu'on avoit
publiez fous ſon Empire ,
mais que fon nom fut arraché
de tous les monu120
MERCURE
mens où on l'avoit gravé ,
&que pour éteindre la memoire
d'un fi méchant
homme on rendit à ces
mois les noms de Septem .
bre &d'Octobre, qu'ils portoient
avant queTibere les
changeât. Cependantquelque
temps aprés , le Senat
ordonna que ces mêmes
mois portaſſent les noms ,
l'un d'Antonin, & l'autre de
Faustine , qu'ils ont porté ,
juſqu'à ce que les flateurs
qui environnoient l'Empereur
Commode , lui curent
conſeillé de changer le ſixićme
GALANT. 121
۲
xiéme mois , qu'on appelloit
Augustus , d'Auguſte ,
de lui donner le ſien de
Commode ; à Septembre celui
d'Hercule , & à Octobre
celui d'Invincible, qu'ilnomma
enfuite Ælius. Mais tous
ces mois qui avoient été
tant de fois changez , n'ont
conſervé aucun des noms
qu'on leur a donnez ; &
malgré les Empereurs &
les temps , ils ont toûjours ,
depuis Commode , porté
les noms qu'ils avoient ſous
le regne d'Auguſte. Octobreeftdoncledixiéme
mois
Octob. 1714. L
122 MERCURE
de l'année , dans lequel on
fait la vendange . C'eſt de
ce mois que Maynard a dit
dans ſes Epigrammes:: 10
Ci gîtJean , qui baiffoit les
yeux
Ala rencontre des gensfobres,
Etquiprioitſouvent desDieux
Que l'année eût plufieurs Oc-3
: tobres.
fin,
On dit proverbialement ,
quand Octobre prend fin
la Touſſaint eſt le matin.
On l'appelle Octobre , parce
que c'étoit le huitieme
mois du Celendrier Ro-
L
GALANT.
123
main.,
mois d'Octobre Equus , qui
veut dire cheval, parce que
ce mois étoit conſacré au
Dieu Mars , & que chaque
année , les premiers jours
de ce mois , on lui immoloit
un cheval. Il fut enſuite
nommé Octobre par Romulus
, ou Numa Pompilius
: maisTibere,à l'exemple
de Celar & d'Auguſte ,
voulut changer les noms
1
GALANT.
119
,
des mois qui ſuivoient ceux
qu'on avoit conſacrez à la
memoire delces Empereurs.
Tibere fit appeller Septembre
de fon nom , Tiberius ,
& Octobre Livius. De même
Domitien voulant s'enrôler
dans le Calendrier
fit appeller Septembre
Germanicus , & Octobre
Domitianus. Mais on l'eut à
peine affaffiné , que le Senat
fit cafler non ſeulement
tous les Edits qu'on avoit
publiez fous ſon Empire ,
mais que fon nom fut arraché
de tous les monu120
MERCURE
mens où on l'avoit gravé ,
&que pour éteindre la memoire
d'un fi méchant
homme on rendit à ces
mois les noms de Septem .
bre &d'Octobre, qu'ils portoient
avant queTibere les
changeât. Cependantquelque
temps aprés , le Senat
ordonna que ces mêmes
mois portaſſent les noms ,
l'un d'Antonin, & l'autre de
Faustine , qu'ils ont porté ,
juſqu'à ce que les flateurs
qui environnoient l'Empereur
Commode , lui curent
conſeillé de changer le ſixićme
GALANT. 121
۲
xiéme mois , qu'on appelloit
Augustus , d'Auguſte ,
de lui donner le ſien de
Commode ; à Septembre celui
d'Hercule , & à Octobre
celui d'Invincible, qu'ilnomma
enfuite Ælius. Mais tous
ces mois qui avoient été
tant de fois changez , n'ont
conſervé aucun des noms
qu'on leur a donnez ; &
malgré les Empereurs &
les temps , ils ont toûjours ,
depuis Commode , porté
les noms qu'ils avoient ſous
le regne d'Auguſte. Octobreeftdoncledixiéme
mois
Octob. 1714. L
122 MERCURE
de l'année , dans lequel on
fait la vendange . C'eſt de
ce mois que Maynard a dit
dans ſes Epigrammes:: 10
Ci gîtJean , qui baiffoit les
yeux
Ala rencontre des gensfobres,
Etquiprioitſouvent desDieux
Que l'année eût plufieurs Oc-3
: tobres.
fin,
On dit proverbialement ,
quand Octobre prend fin
la Touſſaint eſt le matin.
On l'appelle Octobre , parce
que c'étoit le huitieme
mois du Celendrier Ro-
L
GALANT.
123
main.,
Fermer
Résumé : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Le mois d'octobre, initialement nommé 'Equus' en référence au dieu Mars, fut renommé 'Octobre' par Romulus ou Numa Pompilius. Tibère, César et Auguste changèrent les noms des mois en l'honneur des empereurs, Tibère appelant octobre 'Livius' et Domitien le renommant 'Domitianus'. Après la mort de Domitien, le Sénat rétablit les noms originaux. Par la suite, le Sénat décida que septembre et octobre porteraient les noms d'Antonin et de Faustine, puis sous Commode, les mois furent à nouveau renommés avant de reprendre leurs noms augustéens. Octobre est le dixième mois de l'année, marqué par la vendange. Une épigramme de Maynard évoque plusieurs 'octobres' dans une année, et un proverbe indique que la fin d'octobre annonce la Toussaint. Le nom 'Octobre' dérive de sa position comme huitième mois dans le calendrier romain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3129
p. 123-138
Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Passons maintenant aux nouvelles. Le Prince Royal Electoral de Saxe [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Sa Majesté, Duc, Lettres, Hongrie, Pologne, Troupes, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le Prince Royal Electoral
de Saxe , fils unique du
Roy Auguſte , arriva au
commencement du mois
dernier à Paris , aprés avoir
voyagé en Italie & en Allemagne.
Vers la fin du même
mois ce Prince fut à
Fontainebleau , où il fut
2
preſenté au Roy par Madame
, accompagné du Palatin
de Livonie &de pluſieurs
autres Seigneurs. Ce
Prince fut charmé de l'accüeil
qu'il reçut du Roy ,
Lij
124 MERCURE
auſſi bien que tous les Seigneurs
qui l'accompa
gnoient.
La Reine Doüairiere de
Pologne arriva à Lyon le
18. du mois d'Août , aprés
avoir traverſé une partie de
la Provence & tout le Dauphiné
dans un coche d'eau ,
qu'on lui avoit preparé
pour lui épargner les fatigues
du voyage par terre.
Elle deſcendit à l'Archevêché.
A fon débarquement
M. le Maréchal de Villeroy
fut la complimenter. Il lui
donna la main juſqu'à fa
1
GALANT.
125
chaiſe à porteurs. Il fut accompagné
de M. l'Intendant
, & de M. le Prevôt
des Marchands , ſuivi de
tout le Corps des Echevins
de Lyon , qui harangua
auſſi Sa Majesté Polonoiſe
avant qu'elle débarquât.
Elle avoit avec elle la jeune
Princeſſe de Sobieski ſa petite-
fille.Elle partit de Lyon
en litiere le 29. & la Princeffe
Sobieski dans une autre
avec ſa Gouvernante. Sa
Majefté Polonoiſe s'embarqua
à Roüanne ſur la Loire
, & fut accompagnée de
Liij
126 MERCURE
M. leMaréchal de Villeroy,
& de plus de trente carofſes
, qui la ſuivirent plus
d'une lieuë hors des portes
de la ville. Le 11. Septembre
elle arriva à Nevers ,
où elle fut reçûë au bruit
du canon par le Corps de
Ville en robe rouge , les habitans
étant ſous les armes,
&elle en partit le 12. pour
aller à Blois .
Il y a certains articles de
nouvelles où le precieux
langage du Journal de Verdun
ſe preſente malgrémoy
à mon imagination. En-
1
1
1
GALANT. 127
tr'autres fur celles qu'il debite
de Vienne : * On ajoute
, dit - il , qu'ily étoit arrivé
des Commiſſaires pour y recevoir
des remiſes que les Banquiers
de Hambourg & de
Hollande y ont faitfaire pour
le fervice du Roy de Suede.
M. Hyſteen , qui refide depuis
quelque temps à Petri-Vvaradin
par ordre de Sa Majesté
Suedoiſe , doit faire la deftination
2 de cet argent : mais jufqu'à
ce qu'on ait avis de l'arrivée
de ce Prince fur les Etats
des Princes Chrétiens , on ap-
*Page 278.
L'iiij
128 MERCURE
prehendera toûjours que que
nouvel acroc de l'inconstante 3
varieté dts Infideles.
Que veut- il dire par ces
mots de ſervices, de faire
la deſtination 2 , & d'acroc
de l'inconftante 3 varieté,
&c. Parle-t- il François ou
Allobroge ? & pourquoy
tient - il le même langage
par tout ?
Il eſt neanmoins conſtant
que le départ du Roy de
Suede de Demir-Tcoa eft
mandé de tant d'endroits
differens , qu'on n'oſe prefqueplus
en douter. Les der-
:
GALANT.
129
nieres lettres de Vienne le
confirment, & ajoûtent que
ce Prince traverſera inco
gnitò les Pays Hereditaires
de l'Empereur , qui a donné
ordre qu'on regalât par
tout Sa Majesté Suedoile ,
& qu'on lui donnât dans
tous les lieux de ſon paffage
des marques réelles d'une
amitié & d'une intelligence
parfaite. Le Comte de Villlek
étoit à la veille de partir
pour la Hongrie , afin d'y
recevoir ce Monarque de
la part de l'Empereur, dont
une partie des équipages a
130 MERCURE
pris depuis quelques jours
la route de Presbourg. Le
départ de Sa Majesté Imperiale
pour Presbourg eft
fixé au 10. cependant elle
aordonnéà la Chancellerie
de la Cour de Hongrie de
difpofer toute choſe pour la
conclufion de la Diere , &
d'affifter au couronnement
de l'Imperatrice en qualité
de Reine de Hongrie.
On écrit de Varſovie ,
que le z. de ce mois le Roy
de Pologne fit la revûë de
ſes Gardes à pied , que le
General Cyan marchera
GALANT. 131
vers le Palatinat de Sandomir
avec les Gardes à cheval
, & qu'il ſe joindra aux
troupes Saxonnes qui y
font,plus de huit mille hommes
de la Nobleſſe de Pologne
étant déja montez à
cheval. Le Roy fait affembler
toutes ſes troupes &
fon artillerie; & nonobſtant
la diſette, qui eft grande en
ce pays , & dans les Provinces
les plus fertiles du
Royaume , il fait faire de
grands amas de fourrages ,
d'avoines , de blez , pour la
ſubſiſtance de fon armée.
132 MERCURE
On dit qu'il a deffein des'avancer
à Coſmice , au deçà
de Steczica , afin d'y être à
portée d'obſerver les defſeins
de la Nobleſſe. Les
Dietes des Palatinats de
Maſovie & de Kaliſch ſe
ſont ſeparées fans avoir pris
aucunes refolutions. Ainfi
on voit encore peu de difpoſition
au rétabliſſement
d'une pafaite tranquilité
dans ce Royaume.
On mande de Madrid ,
que le 27. du mois dernier
le Roy alla du Pardo à l'Egliſe
de Notre-Dame d'A
GALANT.
133
tocha , où le Te Deum fur:
chanté en preſence des
Grands, qui s'y étoient rendus
pour rendre graces à
Dieu de la priſe de Barce
lone ,& des heureux ſuccés
de la guerre de Catalogne,
dont on trouvera le détail
dans la ſuite de ce Journal.
Les dernieres lettres de
Rome portent qu'entr'au.
tres audiences confidera
bles que le Pape avoit données
, malgré ſes infirmitez
qui continuent toûjours ,
l'Ambaſſadeur de Malthe
en avoit cu une de Sa Sain-
:
134 MERCURE
:
teté , dans laquelle il lui
avoit donné à connoître
que les Chevaliers de cet
Ordre prenoient ombrage
de l'armement naval des
Turcs , qui intrigue aufli
beaucoup les Venitiens. On
écrit de Veniſe , que l'équipage
du vaiſſeau l'Union ,
arrivé de Smirne , a rapporté
que trois Bachas de
la petite Aſie s'étant revól
tez , avoient mis so. ou 60.
mille hommes en campagne,
& qu'ils demandoient
la tête du Grand Vifir. Si
cette revolte ſe confirme,
GALANT.
135
elle donnera de l'occupation
au Divan , qui paroif->
foit diſpoſé à rompre avec
quelque puiſſance voiſine ;
joint à cela qu'elle empêchera
l'arrivée des cara.
vanes de Perſe à Smirne.
On écrit de Londres , que
le Roy continue à faire de
grands changemens dans
lesCharges. Celle de Capitaine
general des troupes
d'Ecoſſe a été donnée aus
Duc d'Argyle, avec leGouvernement
du château d'E
dimbourg , & celui de Port
Mahon. Le Duc de Mont136
MERCURE
roſſe a été fait Secretaire
d'Etat pour l'Ecoſſe , à la
place du Comte de Maar.
Le Duc de Roxborough a
été fair Garde du Sceau Privé
du même pays, à la place
du Duc d'Athol. Le Marquis
d'Annandale a eu la
Charge de Chancelier que
poſſedoit le Comtede Finlater
& de Seafiel. Le Duc
Schrevvsbury a deman
à ſe demettre de la Charge
de Grand Treſorier , & on
croit que la Treſorerie ſera
adminiſtrée par cinq Commiſſaires
. Le Duc de Som
de
merſet
:
GALANT.
137
merſetpretendoità laCharge
de premier Gentilhomme
de la Chambre : mais il
a accepté la Charge de
grand Ecuyer qu'on lui offroit.
Milord Marlboroug ,
outre la Charge de Capi
taine general des forces
d'Angleterre , a encore obtenu
celle de Colonel du
premier regiment des Gardes
, & celle de grand Maî
tre de l'artillerie. Le Comte
de Sunderland ſon gendre,
qui a été fait Viceroy d'Irlande
, a ordre de partir au
plûtôt , pour aller prendre
Octob. 1714. M
138 MERCURE
poſſeſſion de fon Gouvernement.
Les lettres de Lisbonne
du 14. du mois dernier portent
qu'on y attendoit avec
impatience la flote du Brefil
, au devant de laquelle
on avoit envoyé quatre
vaiſſeaux de guerre , pour
lamettreà couvert des Corfaires
d'Alger & de Salé qui
font en mer.
de Saxe , fils unique du
Roy Auguſte , arriva au
commencement du mois
dernier à Paris , aprés avoir
voyagé en Italie & en Allemagne.
Vers la fin du même
mois ce Prince fut à
Fontainebleau , où il fut
2
preſenté au Roy par Madame
, accompagné du Palatin
de Livonie &de pluſieurs
autres Seigneurs. Ce
Prince fut charmé de l'accüeil
qu'il reçut du Roy ,
Lij
124 MERCURE
auſſi bien que tous les Seigneurs
qui l'accompa
gnoient.
La Reine Doüairiere de
Pologne arriva à Lyon le
18. du mois d'Août , aprés
avoir traverſé une partie de
la Provence & tout le Dauphiné
dans un coche d'eau ,
qu'on lui avoit preparé
pour lui épargner les fatigues
du voyage par terre.
Elle deſcendit à l'Archevêché.
A fon débarquement
M. le Maréchal de Villeroy
fut la complimenter. Il lui
donna la main juſqu'à fa
1
GALANT.
125
chaiſe à porteurs. Il fut accompagné
de M. l'Intendant
, & de M. le Prevôt
des Marchands , ſuivi de
tout le Corps des Echevins
de Lyon , qui harangua
auſſi Sa Majesté Polonoiſe
avant qu'elle débarquât.
Elle avoit avec elle la jeune
Princeſſe de Sobieski ſa petite-
fille.Elle partit de Lyon
en litiere le 29. & la Princeffe
Sobieski dans une autre
avec ſa Gouvernante. Sa
Majefté Polonoiſe s'embarqua
à Roüanne ſur la Loire
, & fut accompagnée de
Liij
126 MERCURE
M. leMaréchal de Villeroy,
& de plus de trente carofſes
, qui la ſuivirent plus
d'une lieuë hors des portes
de la ville. Le 11. Septembre
elle arriva à Nevers ,
où elle fut reçûë au bruit
du canon par le Corps de
Ville en robe rouge , les habitans
étant ſous les armes,
&elle en partit le 12. pour
aller à Blois .
Il y a certains articles de
nouvelles où le precieux
langage du Journal de Verdun
ſe preſente malgrémoy
à mon imagination. En-
1
1
1
GALANT. 127
tr'autres fur celles qu'il debite
de Vienne : * On ajoute
, dit - il , qu'ily étoit arrivé
des Commiſſaires pour y recevoir
des remiſes que les Banquiers
de Hambourg & de
Hollande y ont faitfaire pour
le fervice du Roy de Suede.
M. Hyſteen , qui refide depuis
quelque temps à Petri-Vvaradin
par ordre de Sa Majesté
Suedoiſe , doit faire la deftination
2 de cet argent : mais jufqu'à
ce qu'on ait avis de l'arrivée
de ce Prince fur les Etats
des Princes Chrétiens , on ap-
*Page 278.
L'iiij
128 MERCURE
prehendera toûjours que que
nouvel acroc de l'inconstante 3
varieté dts Infideles.
Que veut- il dire par ces
mots de ſervices, de faire
la deſtination 2 , & d'acroc
de l'inconftante 3 varieté,
&c. Parle-t- il François ou
Allobroge ? & pourquoy
tient - il le même langage
par tout ?
Il eſt neanmoins conſtant
que le départ du Roy de
Suede de Demir-Tcoa eft
mandé de tant d'endroits
differens , qu'on n'oſe prefqueplus
en douter. Les der-
:
GALANT.
129
nieres lettres de Vienne le
confirment, & ajoûtent que
ce Prince traverſera inco
gnitò les Pays Hereditaires
de l'Empereur , qui a donné
ordre qu'on regalât par
tout Sa Majesté Suedoile ,
& qu'on lui donnât dans
tous les lieux de ſon paffage
des marques réelles d'une
amitié & d'une intelligence
parfaite. Le Comte de Villlek
étoit à la veille de partir
pour la Hongrie , afin d'y
recevoir ce Monarque de
la part de l'Empereur, dont
une partie des équipages a
130 MERCURE
pris depuis quelques jours
la route de Presbourg. Le
départ de Sa Majesté Imperiale
pour Presbourg eft
fixé au 10. cependant elle
aordonnéà la Chancellerie
de la Cour de Hongrie de
difpofer toute choſe pour la
conclufion de la Diere , &
d'affifter au couronnement
de l'Imperatrice en qualité
de Reine de Hongrie.
On écrit de Varſovie ,
que le z. de ce mois le Roy
de Pologne fit la revûë de
ſes Gardes à pied , que le
General Cyan marchera
GALANT. 131
vers le Palatinat de Sandomir
avec les Gardes à cheval
, & qu'il ſe joindra aux
troupes Saxonnes qui y
font,plus de huit mille hommes
de la Nobleſſe de Pologne
étant déja montez à
cheval. Le Roy fait affembler
toutes ſes troupes &
fon artillerie; & nonobſtant
la diſette, qui eft grande en
ce pays , & dans les Provinces
les plus fertiles du
Royaume , il fait faire de
grands amas de fourrages ,
d'avoines , de blez , pour la
ſubſiſtance de fon armée.
132 MERCURE
On dit qu'il a deffein des'avancer
à Coſmice , au deçà
de Steczica , afin d'y être à
portée d'obſerver les defſeins
de la Nobleſſe. Les
Dietes des Palatinats de
Maſovie & de Kaliſch ſe
ſont ſeparées fans avoir pris
aucunes refolutions. Ainfi
on voit encore peu de difpoſition
au rétabliſſement
d'une pafaite tranquilité
dans ce Royaume.
On mande de Madrid ,
que le 27. du mois dernier
le Roy alla du Pardo à l'Egliſe
de Notre-Dame d'A
GALANT.
133
tocha , où le Te Deum fur:
chanté en preſence des
Grands, qui s'y étoient rendus
pour rendre graces à
Dieu de la priſe de Barce
lone ,& des heureux ſuccés
de la guerre de Catalogne,
dont on trouvera le détail
dans la ſuite de ce Journal.
Les dernieres lettres de
Rome portent qu'entr'au.
tres audiences confidera
bles que le Pape avoit données
, malgré ſes infirmitez
qui continuent toûjours ,
l'Ambaſſadeur de Malthe
en avoit cu une de Sa Sain-
:
134 MERCURE
:
teté , dans laquelle il lui
avoit donné à connoître
que les Chevaliers de cet
Ordre prenoient ombrage
de l'armement naval des
Turcs , qui intrigue aufli
beaucoup les Venitiens. On
écrit de Veniſe , que l'équipage
du vaiſſeau l'Union ,
arrivé de Smirne , a rapporté
que trois Bachas de
la petite Aſie s'étant revól
tez , avoient mis so. ou 60.
mille hommes en campagne,
& qu'ils demandoient
la tête du Grand Vifir. Si
cette revolte ſe confirme,
GALANT.
135
elle donnera de l'occupation
au Divan , qui paroif->
foit diſpoſé à rompre avec
quelque puiſſance voiſine ;
joint à cela qu'elle empêchera
l'arrivée des cara.
vanes de Perſe à Smirne.
On écrit de Londres , que
le Roy continue à faire de
grands changemens dans
lesCharges. Celle de Capitaine
general des troupes
d'Ecoſſe a été donnée aus
Duc d'Argyle, avec leGouvernement
du château d'E
dimbourg , & celui de Port
Mahon. Le Duc de Mont136
MERCURE
roſſe a été fait Secretaire
d'Etat pour l'Ecoſſe , à la
place du Comte de Maar.
Le Duc de Roxborough a
été fair Garde du Sceau Privé
du même pays, à la place
du Duc d'Athol. Le Marquis
d'Annandale a eu la
Charge de Chancelier que
poſſedoit le Comtede Finlater
& de Seafiel. Le Duc
Schrevvsbury a deman
à ſe demettre de la Charge
de Grand Treſorier , & on
croit que la Treſorerie ſera
adminiſtrée par cinq Commiſſaires
. Le Duc de Som
de
merſet
:
GALANT.
137
merſetpretendoità laCharge
de premier Gentilhomme
de la Chambre : mais il
a accepté la Charge de
grand Ecuyer qu'on lui offroit.
Milord Marlboroug ,
outre la Charge de Capi
taine general des forces
d'Angleterre , a encore obtenu
celle de Colonel du
premier regiment des Gardes
, & celle de grand Maî
tre de l'artillerie. Le Comte
de Sunderland ſon gendre,
qui a été fait Viceroy d'Irlande
, a ordre de partir au
plûtôt , pour aller prendre
Octob. 1714. M
138 MERCURE
poſſeſſion de fon Gouvernement.
Les lettres de Lisbonne
du 14. du mois dernier portent
qu'on y attendoit avec
impatience la flote du Brefil
, au devant de laquelle
on avoit envoyé quatre
vaiſſeaux de guerre , pour
lamettreà couvert des Corfaires
d'Alger & de Salé qui
font en mer.
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Résumé : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le Prince Électeur de Saxe, fils du roi Auguste, est arrivé à Paris au début du mois précédent après un voyage en Italie et en Allemagne. Il a été présenté au roi à Fontainebleau par Madame, en compagnie du Palatin de Livonie et d'autres seigneurs. La reine douairière de Pologne et la princesse de Sobieski, sa petite-fille, sont arrivées à Lyon le 18 août et ont quitté la ville le 29 août. La reine s'est embarquée à Roanne sur la Loire, escortée par le maréchal de Villeroy. Des nouvelles de Vienne rapportent l'arrivée de commissaires pour recevoir des fonds des banquiers de Hambourg et de Hollande destinés au roi de Suède. Le départ du roi de Suède de Demir-Tcoa est confirmé, et il traversera incognito les Pays Héréditaires de l'Empereur, qui a ordonné un accueil amical. À Varsovie, le roi de Pologne a passé en revue ses gardes à pied. Le général Cyan se dirige vers le Palatinat de Sandomir avec les gardes à cheval pour rejoindre les troupes saxonnes. Malgré une disette, le roi rassemble des troupes et des provisions pour surveiller les intentions de la noblesse. En Grande-Bretagne et en Écosse, plusieurs changements politiques et militaires ont eu lieu en octobre 1714. Le Duc d'Argyle a été nommé Capitaine général des troupes d'Écosse et gouverneur du château d'Édimbourg ainsi que de Port Mahon. Le Duc de Montrose est devenu Secrétaire d'État pour l'Écosse, remplaçant le Comte de Mar. Le Duc de Roxborough a succédé au Duc d'Atholl comme Garde du Sceau Privé d'Écosse. Le Marquis d'Annandale a obtenu la charge de Chancelier. Le Duc de Shrewsbury a démissionné de sa charge de Grand Trésorier, et la trésorerie sera probablement administrée par cinq commissaires. Le Duc de Somerset a refusé la charge de premier Gentilhomme de la Chambre mais a accepté celle de grand Écuyer. Milord Marlborough a obtenu les charges de Colonel du premier régiment des Gardes et de grand Maître de l'artillerie. Le Comte de Sunderland, gendre de Marlborough, a été nommé Vice-roi d'Irlande et doit partir rapidement pour prendre possession de son gouvernement. À Lisbonne, on attendait la flotte du Brésil, escortée par quatre vaisseaux de guerre pour la protéger des corsaires d'Alger et de Salé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3130
p. 138-140
« Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...] »
Début :
Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...]
Mots clefs :
Historiette, Nouvelles générales, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...] »
Aprés tant de nouvelles
generales , dont je croy
( qu'à l'exception d'un petit
nombre de zelez parti-!
ſans qu'elles ont ) le public
>
GALANT.
139
fait auſſi peu de cas que des
vers du Poëte ſans fard ,
n'eſt ce pas dommage de
n'avoir pas au moins une
hiſtoriette à raconter? Oui :
mais ce n'eſt pas ma faute ,
&j'ai tant d'autres chofes à
mettre dans le Journal de
ce mois , que je n'ai ni le
temps d'en faire une , ni de
place pour la mettre. Voila
deux affez mauvaiſes raifons
pour ſe diſpenſer d'amuſer
le lecteur. Vaillent
que vaillent , il faut pourtant
qu'elles paſſent. Cependant
j'apperçoy fur ma
Mij
140
MERCURE
table un paquet fermé
qu'on vient de m'apporter.
Voyons ce qu'il contient.
Fort bien. Liſons toûjours.
generales , dont je croy
( qu'à l'exception d'un petit
nombre de zelez parti-!
ſans qu'elles ont ) le public
>
GALANT.
139
fait auſſi peu de cas que des
vers du Poëte ſans fard ,
n'eſt ce pas dommage de
n'avoir pas au moins une
hiſtoriette à raconter? Oui :
mais ce n'eſt pas ma faute ,
&j'ai tant d'autres chofes à
mettre dans le Journal de
ce mois , que je n'ai ni le
temps d'en faire une , ni de
place pour la mettre. Voila
deux affez mauvaiſes raifons
pour ſe diſpenſer d'amuſer
le lecteur. Vaillent
que vaillent , il faut pourtant
qu'elles paſſent. Cependant
j'apperçoy fur ma
Mij
140
MERCURE
table un paquet fermé
qu'on vient de m'apporter.
Voyons ce qu'il contient.
Fort bien. Liſons toûjours.
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Résumé : « Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...] »
L'auteur regrette de ne pas pouvoir publier d'historiette ce mois-ci en raison du manque de temps et d'espace. Il a reçu un paquet fermé qu'il s'apprête à ouvrir. Il reste déterminé à divertir ses lecteurs malgré les contraintes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3131
p. 140-159
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Je suis, Monsieur, un vrai Diego Lucifuge. Consolez-vous [...]
Mots clefs :
Dame, Carosse, Aventures, Inconnus, Nuit, Journal, Mercure, Manuscrit, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Jesuis, Monfieur, un vrai
Diego Lucifuge. Conſolezvous
, Meſdames , voila à
peu prés vôtre affaire. Continuons.
Far naturellement un penchant
extraordinaire pour les
avantures nocturnes. Juſqu'ici
cethomme- là ne reſſemble
pas malàunvoleur de nuit.
Mon nom &mafamille n'ont
rien à démêler avec le recit que
je vais vous faire. Et que
GALANT.
141
m'importe ? De grace,Monſieur
Lucifuge , laiſſez là
vos digreſſions , & achevez
vôtre hiſtoire.
Rien n'eſt plus extraordinaire
que la varieté pref.
que infinie d'évenemens ,
que le forta , pour ainſi
dire , fait naître ſous mes
pas. Je vous en donnerai le
détail quand il vous plaira.
Contentez - vous en attendant,
pour aujourd'hui , de
la derniere de mes avantures.
Il y a environ fix mois
que retournant par le ba142
MERCURE
teau de Melun à Paris , je
me trouvai par hazard auprésdedeux
hommes, dont
l'un dit à l'autre : Toute la
proviſion que nous avions
faite eft , grace à Dieu ,
consommée. Nous voila
bien guedez ; dormons ,
mon ami , auſſi bien je croy
que cette nuit nous nefongerons
guere à nous repofer
. En effet ils s'endormirent
de leur côté , & moy
du mien. Vers les ſept heures
du ſoir ils ſe reparlerent,
&j'entendis enfin qu'-
ils fe diſoient tout bas :Mais
GALANT. 143
ſi le Portier de l'Hôtel de*...
s'eſt enyvré aujourd'hui
comme à ſon ordinaire ,
nous ne tenons rien. A te
dire vrai , reprit l'un d'eux,
je n'en ſerois pas faché , &
il faut que tu fois bien fou
pour expoſer une fi belle
femme à de ſi grands rifques.
Je ſuis inconftant &
fidele felon l'occaſion :mais
amoureux à la rage , quand
je memêle d'aimer. J'aime ,
&malgré les excés dont je
ſuis capable, je ne voudrois
pas , comme toy , mettre
l'objet qui me feroit le plus
144 MERCURE
cher à une ſi terrible épreu
ve. Bon , répondit l'autre ,
tu te moques , ton imagination
timide s'effraye d'une
bagatelle ; & de deux
choſes l'une , ou tu comprends
mal la facilité que
je trouve à executer ce que
j'entreprends , ou tu veux
retirer la parole que tu m'as
donnée de me ſervir de ſecond
juſqu'à la fin de cette
avanture. Mais écoute. A
minuit juſte elle ſortira de
fa chambre fans faire de
bruit ; elle montera au gre
nier ,
GALANT. 145
nier , elle ſe fera une ceinture
de la corde qui ſert à
monter le foin. Le portier ,
qui enrage de ne pas avoir
la clefde ſa maiſon la nuit,
& qui m'a promis de me
rendretous les ſervices imaginables,
ladeſcendra doucement
, avec l'aide de la
poulie qui eſt au deſſus de
la fenêtre du grenier ; je la
recevrai dans mes bras , &
je la mettrai dans un lieu ſi
fecret , & fi propre à ſa ſu
reté , que tout m'y répondra
d'elle. Mais ſonges tu ,
reprit l'ami ſage , aux ſuites
Octob. 1714. N
146 MERCURE
d'une affaire fi dangereuſe
Quels diſcours ne va-t-on
pas tenir ? Quels bruits ne
va-t- on pas répandre contre
cette malheureuſe femme?
N'at- elle pas un mari ,
des parens àredouter?Voila
juſtement , dit l'autre en
colere , les bourreaux des
mains de qui je veux l'arracher.
Enun mot veux tu
me ſeconder , ou non ? Je
veux tout ce que tu voudras
, reprit le donneur d'a .
vis : mais j'ai mauvaile opinion
de tout ceci , & je lerai
bien furpris ſi le ſuccés
*
GALANT. 147
répond à mon attente.
Je connoiſſois indifferemment&
la maiſon & la Dame
dont ces Meſſieurs venoient
de parler ; j'étois
pourtant alors mediocrement
touché de ſa beauté:
mais au diſcours de ces
:
1
inconnus , la bonne grace
avec laquelle il me parut
qu'elledonnoitdans l'avanture
, m'en rendit ſur le
champ éperdûment amoureux.
Je conçus enfin le
deſſeinde leur enlever leur
proye , & toutes mes reflexions
faites , voici com
Nij
148 MERCURE
me je m'y pris.
Je devois en arrivant à
Paris ſouper avec deux Piemontois
, qui le lendemain
matin étoient obligez de
s'embarquer dans la diligence
de Lyon pour retourner
dans leur pays. Dés
que je fus prés des Jeſuites
de la rue ſaint Antoine, j'entrai
chez un loüeur de caroffes
de remiſe , oùj'en pris
un , qui me mena chez un
Traiteur qui demeure au
prés de l'Abbaye ſaint Germain.
C'étoit là où mes
deux étrangers m'avoient
GALANT. 149
donné rendez - vous. Les
affaires qu'ils avoient à me
communiquer les avoient
diſpenſez d'inviter d'autre
tiers , ni de quarts à fouper
avec eux Je leur abandonnai
plufieurs articles confiderables
des choſes dont il
étoit queſtion entre nous ,
en faveur de la partie que
jemeditois , &dont je voulois
qu'ils fuſſent avecmoy.
D'ailleurs j'étois für d'eux ,
& quoique je ne fois point
timide , je doutois moins
de leur courage que de
ma refolution. Cepen
Niij
150 MERCURE
je
dant , ſans leur faire part
du deſſein que j'avois fur la
Dame dont il s'agiffoit ,
-1-leur dis que je comprois
qu'ils m'alloient rendre
dans une heure un ſervice
d'où dépendoit tout le repos
de ma vie ; qu'il y avoit
à deux cens pas de la mai
fon où nous foupions une
ruë que je leur nommai , &
qu'au coin de cette ruë
deux hommesdevoient defcendre
de caroffe pour ſe
mettre en embuſcade dans
le voiſinage ; qu'il n'étoit
en un mot queſtion que
1 .
GALANT. 151
d'arriver dans ce quartierlà
avant eux , de les enveloper
, & de les ſaifir commedes
malfaicteurs au nom
de la justice & du Roy,dans
le moment qu'ils deſcendroient
de caroffe ; que
rien enfin n'étoit plus facile
que cette propoſition,pourveu
qu'elle fût executée
1 avec toute la diligence poffible;
qu'il faloit ſeulement
faire provifion de cordes
pour les lier aprés les avoir
defarmez , les promener ,
& les laiſſer dans un quartier
perdu; que pendant le
Nilij
152 MERCURE
temps qu'ils les retiendroient
, juſqu'à ce qu'ils
les miſſent en liberté ,j'aurois
le loiſir de faire à mon
aiſe une autre affaire , dont
le ſecret étoit pour moy
d'une conſequence infinie.
Nous ſcavons trop , me
dirent - ils tous deux , juf
qu'où s'étendent les droits
de l'amitié , pour vouloir
vous l'arracher , & nous
ſommes prêts à faire aveu
glément tout ce qu'il vous
plaira exiger de nous. Partons
, leur dis-je, mes amis ,
nous n'avons pas de temps
GALANT. 153
àperdre,& contentez-vous
ſeulement d'apprendre que
lesamans ne ſont point chiches
des momens qu'ils
conſacrent à l'amour.
Il étoit environ onze
heures & demie lorſque
nous arrivâmes au gîte. Un
inſtant aprés nous enten.
dîmes un caroſſe qui venoit
au pas des chevaux ; c'étoit
juſtement celui que nous
attendions. Dés qu'il fut
arrêté , & que les deux inconnus
en furent defcendus
, nous nous jettâmes fur
eux à la faveur de la nuit,
154 MERCURE
nous les deſarmâmes ſans
bruit , nous les fimes remonter
dans le même caroffe
; & un coquin de laquais
de l'un de mes Piemontois
, qui avoit une
grande épée , ſe plaçaà côté
du cocher , à qui il dit de
foüetter droit à la Baſtille .
Cependant j'attendis tranquilement
qu'on fit joüer
la poulie , qui joüa enfin à
minuit ſonné. Je reçus la
Dame dans mes bras , je la
partai dans mon caroſſe , où
mon valet m'attendoit , &
je me fis mener auprés de
GALANT . 155
la Place des Victoires , où
je demeure , aprés avoir eu
neanmoins la précaution de
faire arrêter mon cocher à
quelques pas de ma maifon.
Un inſtant aprés que la
Dame fut entrée dans le
caroffe, elle reconnut bien
que je n'étois point l'homme
à qui elle avoit donné
le rendez- vous : mais commeil
ne lui importoit guere
entre les mains de qui elle
combat , & qu'elle auroit
mieux aimé aller en enfer
que retourner avec ſon ma-
:
156 MERCURE
ri , elle ne me parut que
mediocrement alarmée de
la mépriſe.
Cependant dés que nous
fûnies chez moy , & qu'elle
y eut un peu repris ſes efprits
, je lui contai tout ce
qui m'étoit arrivé avec mes
avanturiers du bateau.Mon
recit la fit rire , & elle m'avoüa
un moment aprés ,
qu'elle n'étoit point fachée
du ſuccés qu'avoit cu leur
indifcretion ; qu'au con
traire elle s'imaginoit être
beaucoup plus en fûreté
chez moy , de qui perſonne
GALANT. 157
一
de fa famille n'avoit lieu de
ſe méfier ; au lieu que les
premiers foupçons de ceux
qui s'intereſſoient en elle
ne manqueroient pas de
tomber ſur l'un de ces deux
inconnus,que mes Piemontoisvenoientde
laiſſer àdemi
morts & à pied entre la
Place Royale & la Baſtille.
Elle me conta enſuite l'hiſ
toire de ſa deſunion avec
ſon mari, ſes emportemens,
ſes brutalitez , ſes jaloufies ;
elle ſoûpira , pleura , gemit,
& m'attendrit tout mon
faoul. Je lui fis à mon tour
158 MERCURE
les plus belles proteſtations
dumonde , je lui promis de
la ſervir , & de l'aimer juſqu'au
tombeau. Enfin elle
ſe deshabilla , ſe coucha &
dormit. J'eus l'honneur de
la délaſſer. Elle reſta huit
jours chez moy , au bout
deſquels elle commença à
s'ennuyer : elle me dit qu'-
elle étoit rebutée de la vie
qu'elle menoit , & qu'elle
vouloit ſe retirer dans une
Communauté à quelques
lieuës d'ici , où elle eſt
maintenant en paix , en
lieſſe & en ſanté , que je
GALANT. 159
prie Dieu de lui conſerver
long-temps.
Si quelques douzaines
d'avantures , àpeuprés auſſi
originales que celle ci,font
de vôtre goût, aſſurez m'en
dans votre premier Journal
, & vous verrez dans la
ſuite comme vous ferez
fervi.
Oui , Monfieur Diego Lucifuge
, j'ai lu avec plaifir vôtre
manuscrit , &je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion.
MERCURE.
Diego Lucifuge. Conſolezvous
, Meſdames , voila à
peu prés vôtre affaire. Continuons.
Far naturellement un penchant
extraordinaire pour les
avantures nocturnes. Juſqu'ici
cethomme- là ne reſſemble
pas malàunvoleur de nuit.
Mon nom &mafamille n'ont
rien à démêler avec le recit que
je vais vous faire. Et que
GALANT.
141
m'importe ? De grace,Monſieur
Lucifuge , laiſſez là
vos digreſſions , & achevez
vôtre hiſtoire.
Rien n'eſt plus extraordinaire
que la varieté pref.
que infinie d'évenemens ,
que le forta , pour ainſi
dire , fait naître ſous mes
pas. Je vous en donnerai le
détail quand il vous plaira.
Contentez - vous en attendant,
pour aujourd'hui , de
la derniere de mes avantures.
Il y a environ fix mois
que retournant par le ba142
MERCURE
teau de Melun à Paris , je
me trouvai par hazard auprésdedeux
hommes, dont
l'un dit à l'autre : Toute la
proviſion que nous avions
faite eft , grace à Dieu ,
consommée. Nous voila
bien guedez ; dormons ,
mon ami , auſſi bien je croy
que cette nuit nous nefongerons
guere à nous repofer
. En effet ils s'endormirent
de leur côté , & moy
du mien. Vers les ſept heures
du ſoir ils ſe reparlerent,
&j'entendis enfin qu'-
ils fe diſoient tout bas :Mais
GALANT. 143
ſi le Portier de l'Hôtel de*...
s'eſt enyvré aujourd'hui
comme à ſon ordinaire ,
nous ne tenons rien. A te
dire vrai , reprit l'un d'eux,
je n'en ſerois pas faché , &
il faut que tu fois bien fou
pour expoſer une fi belle
femme à de ſi grands rifques.
Je ſuis inconftant &
fidele felon l'occaſion :mais
amoureux à la rage , quand
je memêle d'aimer. J'aime ,
&malgré les excés dont je
ſuis capable, je ne voudrois
pas , comme toy , mettre
l'objet qui me feroit le plus
144 MERCURE
cher à une ſi terrible épreu
ve. Bon , répondit l'autre ,
tu te moques , ton imagination
timide s'effraye d'une
bagatelle ; & de deux
choſes l'une , ou tu comprends
mal la facilité que
je trouve à executer ce que
j'entreprends , ou tu veux
retirer la parole que tu m'as
donnée de me ſervir de ſecond
juſqu'à la fin de cette
avanture. Mais écoute. A
minuit juſte elle ſortira de
fa chambre fans faire de
bruit ; elle montera au gre
nier ,
GALANT. 145
nier , elle ſe fera une ceinture
de la corde qui ſert à
monter le foin. Le portier ,
qui enrage de ne pas avoir
la clefde ſa maiſon la nuit,
& qui m'a promis de me
rendretous les ſervices imaginables,
ladeſcendra doucement
, avec l'aide de la
poulie qui eſt au deſſus de
la fenêtre du grenier ; je la
recevrai dans mes bras , &
je la mettrai dans un lieu ſi
fecret , & fi propre à ſa ſu
reté , que tout m'y répondra
d'elle. Mais ſonges tu ,
reprit l'ami ſage , aux ſuites
Octob. 1714. N
146 MERCURE
d'une affaire fi dangereuſe
Quels diſcours ne va-t-on
pas tenir ? Quels bruits ne
va-t- on pas répandre contre
cette malheureuſe femme?
N'at- elle pas un mari ,
des parens àredouter?Voila
juſtement , dit l'autre en
colere , les bourreaux des
mains de qui je veux l'arracher.
Enun mot veux tu
me ſeconder , ou non ? Je
veux tout ce que tu voudras
, reprit le donneur d'a .
vis : mais j'ai mauvaile opinion
de tout ceci , & je lerai
bien furpris ſi le ſuccés
*
GALANT. 147
répond à mon attente.
Je connoiſſois indifferemment&
la maiſon & la Dame
dont ces Meſſieurs venoient
de parler ; j'étois
pourtant alors mediocrement
touché de ſa beauté:
mais au diſcours de ces
:
1
inconnus , la bonne grace
avec laquelle il me parut
qu'elledonnoitdans l'avanture
, m'en rendit ſur le
champ éperdûment amoureux.
Je conçus enfin le
deſſeinde leur enlever leur
proye , & toutes mes reflexions
faites , voici com
Nij
148 MERCURE
me je m'y pris.
Je devois en arrivant à
Paris ſouper avec deux Piemontois
, qui le lendemain
matin étoient obligez de
s'embarquer dans la diligence
de Lyon pour retourner
dans leur pays. Dés
que je fus prés des Jeſuites
de la rue ſaint Antoine, j'entrai
chez un loüeur de caroffes
de remiſe , oùj'en pris
un , qui me mena chez un
Traiteur qui demeure au
prés de l'Abbaye ſaint Germain.
C'étoit là où mes
deux étrangers m'avoient
GALANT. 149
donné rendez - vous. Les
affaires qu'ils avoient à me
communiquer les avoient
diſpenſez d'inviter d'autre
tiers , ni de quarts à fouper
avec eux Je leur abandonnai
plufieurs articles confiderables
des choſes dont il
étoit queſtion entre nous ,
en faveur de la partie que
jemeditois , &dont je voulois
qu'ils fuſſent avecmoy.
D'ailleurs j'étois für d'eux ,
& quoique je ne fois point
timide , je doutois moins
de leur courage que de
ma refolution. Cepen
Niij
150 MERCURE
je
dant , ſans leur faire part
du deſſein que j'avois fur la
Dame dont il s'agiffoit ,
-1-leur dis que je comprois
qu'ils m'alloient rendre
dans une heure un ſervice
d'où dépendoit tout le repos
de ma vie ; qu'il y avoit
à deux cens pas de la mai
fon où nous foupions une
ruë que je leur nommai , &
qu'au coin de cette ruë
deux hommesdevoient defcendre
de caroffe pour ſe
mettre en embuſcade dans
le voiſinage ; qu'il n'étoit
en un mot queſtion que
1 .
GALANT. 151
d'arriver dans ce quartierlà
avant eux , de les enveloper
, & de les ſaifir commedes
malfaicteurs au nom
de la justice & du Roy,dans
le moment qu'ils deſcendroient
de caroffe ; que
rien enfin n'étoit plus facile
que cette propoſition,pourveu
qu'elle fût executée
1 avec toute la diligence poffible;
qu'il faloit ſeulement
faire provifion de cordes
pour les lier aprés les avoir
defarmez , les promener ,
& les laiſſer dans un quartier
perdu; que pendant le
Nilij
152 MERCURE
temps qu'ils les retiendroient
, juſqu'à ce qu'ils
les miſſent en liberté ,j'aurois
le loiſir de faire à mon
aiſe une autre affaire , dont
le ſecret étoit pour moy
d'une conſequence infinie.
Nous ſcavons trop , me
dirent - ils tous deux , juf
qu'où s'étendent les droits
de l'amitié , pour vouloir
vous l'arracher , & nous
ſommes prêts à faire aveu
glément tout ce qu'il vous
plaira exiger de nous. Partons
, leur dis-je, mes amis ,
nous n'avons pas de temps
GALANT. 153
àperdre,& contentez-vous
ſeulement d'apprendre que
lesamans ne ſont point chiches
des momens qu'ils
conſacrent à l'amour.
Il étoit environ onze
heures & demie lorſque
nous arrivâmes au gîte. Un
inſtant aprés nous enten.
dîmes un caroſſe qui venoit
au pas des chevaux ; c'étoit
juſtement celui que nous
attendions. Dés qu'il fut
arrêté , & que les deux inconnus
en furent defcendus
, nous nous jettâmes fur
eux à la faveur de la nuit,
154 MERCURE
nous les deſarmâmes ſans
bruit , nous les fimes remonter
dans le même caroffe
; & un coquin de laquais
de l'un de mes Piemontois
, qui avoit une
grande épée , ſe plaçaà côté
du cocher , à qui il dit de
foüetter droit à la Baſtille .
Cependant j'attendis tranquilement
qu'on fit joüer
la poulie , qui joüa enfin à
minuit ſonné. Je reçus la
Dame dans mes bras , je la
partai dans mon caroſſe , où
mon valet m'attendoit , &
je me fis mener auprés de
GALANT . 155
la Place des Victoires , où
je demeure , aprés avoir eu
neanmoins la précaution de
faire arrêter mon cocher à
quelques pas de ma maifon.
Un inſtant aprés que la
Dame fut entrée dans le
caroffe, elle reconnut bien
que je n'étois point l'homme
à qui elle avoit donné
le rendez- vous : mais commeil
ne lui importoit guere
entre les mains de qui elle
combat , & qu'elle auroit
mieux aimé aller en enfer
que retourner avec ſon ma-
:
156 MERCURE
ri , elle ne me parut que
mediocrement alarmée de
la mépriſe.
Cependant dés que nous
fûnies chez moy , & qu'elle
y eut un peu repris ſes efprits
, je lui contai tout ce
qui m'étoit arrivé avec mes
avanturiers du bateau.Mon
recit la fit rire , & elle m'avoüa
un moment aprés ,
qu'elle n'étoit point fachée
du ſuccés qu'avoit cu leur
indifcretion ; qu'au con
traire elle s'imaginoit être
beaucoup plus en fûreté
chez moy , de qui perſonne
GALANT. 157
一
de fa famille n'avoit lieu de
ſe méfier ; au lieu que les
premiers foupçons de ceux
qui s'intereſſoient en elle
ne manqueroient pas de
tomber ſur l'un de ces deux
inconnus,que mes Piemontoisvenoientde
laiſſer àdemi
morts & à pied entre la
Place Royale & la Baſtille.
Elle me conta enſuite l'hiſ
toire de ſa deſunion avec
ſon mari, ſes emportemens,
ſes brutalitez , ſes jaloufies ;
elle ſoûpira , pleura , gemit,
& m'attendrit tout mon
faoul. Je lui fis à mon tour
158 MERCURE
les plus belles proteſtations
dumonde , je lui promis de
la ſervir , & de l'aimer juſqu'au
tombeau. Enfin elle
ſe deshabilla , ſe coucha &
dormit. J'eus l'honneur de
la délaſſer. Elle reſta huit
jours chez moy , au bout
deſquels elle commença à
s'ennuyer : elle me dit qu'-
elle étoit rebutée de la vie
qu'elle menoit , & qu'elle
vouloit ſe retirer dans une
Communauté à quelques
lieuës d'ici , où elle eſt
maintenant en paix , en
lieſſe & en ſanté , que je
GALANT. 159
prie Dieu de lui conſerver
long-temps.
Si quelques douzaines
d'avantures , àpeuprés auſſi
originales que celle ci,font
de vôtre goût, aſſurez m'en
dans votre premier Journal
, & vous verrez dans la
ſuite comme vous ferez
fervi.
Oui , Monfieur Diego Lucifuge
, j'ai lu avec plaifir vôtre
manuscrit , &je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion.
MERCURE.
Fermer
Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Diego Lucifuge relate une aventure nocturne survenue lors d'un trajet en bateau de Melun à Paris. Il surprend deux hommes discutant d'un enlèvement. Intrigué, Lucifuge décide d'agir et organise une embuscade à Paris avec deux Piemontois pour capturer les ravisseurs. À Paris, ils interceptent une dame en attente d'un rendez-vous nocturne et neutralisent deux inconnus, qu'ils livrent à la Bastille. Lucifuge ramène ensuite la dame chez lui. Bien que surprise, elle choisit de rester avec lui plutôt que de retourner auprès de son mari violent et jaloux. Elle révèle alors son histoire de désunion conjugale marquée par des brutalités et des soupçons incessants. Lucifuge la réconforte et lui propose son aide. La dame séjourne huit jours chez lui avant de se retirer dans une communauté religieuse pour y trouver la paix. Lucifuge exprime son désir de voir cette communauté prospérer. Le récit se termine par la mention de la lecture et de l'approbation d'un manuscrit par Diego Lucifuge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3132
p. 159-164
Lettre Galante. [titre d'après la table]
Début :
Quelle raison avez-vous, Mademoiselle, pour vouloir me mettre ainsi [...]
Mots clefs :
Coeur, Lettres galantes, Imprimeur, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Galante. [titre d'après la table]
Quelle raiſon avez- vous ,
1
160 MERCURE
Mademoiselle , pour vou
loir me mettre ainſi à la
plus grande épreuve du
monde ? Vous exigez de
moy une lettre tendre &
ſçavante ;je ſuis prêt à vous
en envoyer un cent ſur tous
les ſujets qui ſe preſenteront
à vôtre idée: mais vous ne
vous contentez pas de cette
offre, vous vous obſtinez à
me forcer de vous en écri
re une dans mon Journal.
Il faut que vous ſoyez dé.
goûtée de mes manufcrits ,
puiſque vous me condamnez
à faire imprimer vôtre
capri
GALANT. SI
caprice , & que vous m'alfurez
que cette complai..
ſance feraplus d'impreſſion
ſur vôtre coeur , que tout ce
que je vous ai écrit. Eft- il
poſſible que je n'aye jamais
pû vous faire comprendre
àquoy vous m'expoſez , &
qu'il faille , pour ma justifi .
cation , que j'entre avec
vous , en preſence de tout
le monde , dans le détail
du ridicule de la plupart
des lettres galantes ? Elles
font ordinairement remplies
d'un galimatias perpetuel
, de coeur, d'eſprit , de
Octob. 1714.
162 MERCURE
beauté , de delicateffe , de
tranſports , de charmes , de
foûpirs & de larmes , dont
le public n'a que faire.
Demandez , Mademoifelle
, à M. & à Madame
de... s'ils ne voudroient pas
pour quelque choſe debon
ne s'être jamais aviſez de
faire imprimer de pareilles
lettres. Je me ſerois bien
gardé moy- même de les
imiter , pour m'en repentir,
ſi , ostre les avantages que
vous avez fur toutes les belles
, dont ils ont écrit galamment
les demandes &
les réponſes ,
GALANT. 16
*Et si malgré le feu dontmon
coeur est épris ,
un de mes Imprimeurs ne
m'avoit pas envoyé dire ce
matin qu'il lui reftoit , au
milieu du Journal de ce
mois,huitpages à remplir.
Cet aveu, qui n'eſt guere
honnête , vous empêchera
du moinsde vous vanterdu
ſacrifice que je vous fais. Je
nevousdéroberois pas ainſi
la moitié du plaifir dont
vous vous êtes flatée, en anrachant
de moy une promeſſe
imprudente, ſi je n'é-
* Alcibiades , Tragedie. Capistron.
}
O ij
164 MERCURE
tois perfuadé , quoique je
vous aime autant que vous
voulez être aimée, que vô
tre conquête ne fait pas af
ſez d'honneur àvôtre eſprit.
1
160 MERCURE
Mademoiselle , pour vou
loir me mettre ainſi à la
plus grande épreuve du
monde ? Vous exigez de
moy une lettre tendre &
ſçavante ;je ſuis prêt à vous
en envoyer un cent ſur tous
les ſujets qui ſe preſenteront
à vôtre idée: mais vous ne
vous contentez pas de cette
offre, vous vous obſtinez à
me forcer de vous en écri
re une dans mon Journal.
Il faut que vous ſoyez dé.
goûtée de mes manufcrits ,
puiſque vous me condamnez
à faire imprimer vôtre
capri
GALANT. SI
caprice , & que vous m'alfurez
que cette complai..
ſance feraplus d'impreſſion
ſur vôtre coeur , que tout ce
que je vous ai écrit. Eft- il
poſſible que je n'aye jamais
pû vous faire comprendre
àquoy vous m'expoſez , &
qu'il faille , pour ma justifi .
cation , que j'entre avec
vous , en preſence de tout
le monde , dans le détail
du ridicule de la plupart
des lettres galantes ? Elles
font ordinairement remplies
d'un galimatias perpetuel
, de coeur, d'eſprit , de
Octob. 1714.
162 MERCURE
beauté , de delicateffe , de
tranſports , de charmes , de
foûpirs & de larmes , dont
le public n'a que faire.
Demandez , Mademoifelle
, à M. & à Madame
de... s'ils ne voudroient pas
pour quelque choſe debon
ne s'être jamais aviſez de
faire imprimer de pareilles
lettres. Je me ſerois bien
gardé moy- même de les
imiter , pour m'en repentir,
ſi , ostre les avantages que
vous avez fur toutes les belles
, dont ils ont écrit galamment
les demandes &
les réponſes ,
GALANT. 16
*Et si malgré le feu dontmon
coeur est épris ,
un de mes Imprimeurs ne
m'avoit pas envoyé dire ce
matin qu'il lui reftoit , au
milieu du Journal de ce
mois,huitpages à remplir.
Cet aveu, qui n'eſt guere
honnête , vous empêchera
du moinsde vous vanterdu
ſacrifice que je vous fais. Je
nevousdéroberois pas ainſi
la moitié du plaifir dont
vous vous êtes flatée, en anrachant
de moy une promeſſe
imprudente, ſi je n'é-
* Alcibiades , Tragedie. Capistron.
}
O ij
164 MERCURE
tois perfuadé , quoique je
vous aime autant que vous
voulez être aimée, que vô
tre conquête ne fait pas af
ſez d'honneur àvôtre eſprit.
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Résumé : Lettre Galante. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre répond à une demoiselle qui lui a demandé d'écrire une lettre tendre et savante pour son journal. Il refuse de rédiger des lettres galantes, qu'il considère ridicules et vides de sens, remplies de termes comme 'cœur', 'esprit', 'beauté' et 'transports'. Selon lui, ces lettres sont inutiles pour le public et même des personnes respectées comme Monsieur et Madame de... les évitent. L'auteur doit remplir huit pages pour le journal du mois, mais il ne souhaite pas se compromettre en publiant une lettre galante, malgré son affection pour la demoiselle. Il conclut que la publication d'une telle lettre ne rendrait pas justice à l'esprit de la demoiselle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3133
p. 164-165
« Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...] »
Début :
Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...]
Mots clefs :
Vers, Roi
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texteReconnaissance textuelle : « Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...] »
Vous me demandez en
core des vers ; je n'en ai
point de tendres à vous envoyer:
mais j'en découvre
heureuſement ſur ma table
une piece qui ira à merveille
dans une lettre galante.
Vous aimez les con
certs , contentez-vous,vous
en allez voir unflotant au gré
de l'eau. Ces vers ont été
preſentez au Roy par le
GALANT. 165
Sieur du Perrier le 7. de ce
mois , au ſujet de la muſique
que Sa Majeſté donna
ce même jour ſur le Canal
de Fontainebleau.
core des vers ; je n'en ai
point de tendres à vous envoyer:
mais j'en découvre
heureuſement ſur ma table
une piece qui ira à merveille
dans une lettre galante.
Vous aimez les con
certs , contentez-vous,vous
en allez voir unflotant au gré
de l'eau. Ces vers ont été
preſentez au Roy par le
GALANT. 165
Sieur du Perrier le 7. de ce
mois , au ſujet de la muſique
que Sa Majeſté donna
ce même jour ſur le Canal
de Fontainebleau.
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3134
p. 167-168
Extrait d'un Discours prononcé par le R. P. Feüilletau, Superieur des Barnabites, à la Profession de Dom Marc-René Dubuisson de la Bruneliere, parent de M. d'Argenson.
Début :
Imitez dans l'état saint que vous allez embrasser le [...]
Mots clefs :
Discours, Église
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Discours prononcé par le R. P. Feüilletau, Superieur des Barnabites, à la Profession de Dom Marc-René Dubuisson de la Bruneliere, parent de M. d'Argenson.
Extrait d'un Discours prononcé
par le R. P. Feüilletau ,
Superieur des Barnabites ,
à la Profeffion de Dom
Marc-René Dubuiſſon de
la Bruneliere , parent de
M. d'Argenson.
Imitez dans l'état faint
que vous allez embraſſer le
grand Magiſtrat à qui vous
avez l'honneur d'apparte
nir, & qui vous tient icilieu
pere ; ſi zelé pour le fervicedu
Roydans la Police ,
fi reſpecté dans le monde
de
1
168 MERCURE
par ſon autorité ,ſa fermeté
& ſon zele ; temperé par ſa
ſageſſe , & fon attention
pour lebienpublic,&lebon
ordre qu'il fait regner par
tout; fi fidele à Dieupar une
pieté ſage& éclairée , par
des ſoins infatigables pour
les pauvres, qu'ilfoulage en
rantdemanieres;par tantde
vertus qui édifient l'Eglife ,
pour l'avantage des Egliſes
même , qu'il reparepar tout
dés qu'il en connoît les befoins
& qui s'étendront
peut- être juſques ſur la nô
tre par ſa charité.
par le R. P. Feüilletau ,
Superieur des Barnabites ,
à la Profeffion de Dom
Marc-René Dubuiſſon de
la Bruneliere , parent de
M. d'Argenson.
Imitez dans l'état faint
que vous allez embraſſer le
grand Magiſtrat à qui vous
avez l'honneur d'apparte
nir, & qui vous tient icilieu
pere ; ſi zelé pour le fervicedu
Roydans la Police ,
fi reſpecté dans le monde
de
1
168 MERCURE
par ſon autorité ,ſa fermeté
& ſon zele ; temperé par ſa
ſageſſe , & fon attention
pour lebienpublic,&lebon
ordre qu'il fait regner par
tout; fi fidele à Dieupar une
pieté ſage& éclairée , par
des ſoins infatigables pour
les pauvres, qu'ilfoulage en
rantdemanieres;par tantde
vertus qui édifient l'Eglife ,
pour l'avantage des Egliſes
même , qu'il reparepar tout
dés qu'il en connoît les befoins
& qui s'étendront
peut- être juſques ſur la nô
tre par ſa charité.
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Résumé : Extrait d'un Discours prononcé par le R. P. Feüilletau, Superieur des Barnabites, à la Profession de Dom Marc-René Dubuisson de la Bruneliere, parent de M. d'Argenson.
Le Père Feüilletau, supérieur des Barnabites, encourage Dom Dubuisson à suivre l'exemple de Monsieur d'Argenson, connu pour son dévouement au roi et son autorité dans la police. D'Argenson est admiré pour sa fermeté, sa sagesse et sa charité envers les pauvres. Sa piété et ses réparations d'églises édifient l'Église. Sa charité pourrait aussi bénéficier à leur communauté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3135
p. 169-176
Copie d'une Lettre de M. le Procureur General du Parlement de Paris à l'occasion du Testament du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Je crains point qu'on me sçache mauvais gré d'avoir / Nous vous apportons, Messieurs, un Edit du Roy, un [...]
Mots clefs :
Testament, Testament du roi, Procureur général, Procureur général du Parlement de Paris, Parlement de Paris, Couronne, Édit du roi
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texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre de M. le Procureur General du Parlement de Paris à l'occasion du Testament du Roy. [titre d'après la table]
Je ne crains point qu'on
me ſcache mauvais gré d'avoir
differé juſqu'à preſent à parler
du Teſtament du Roy , que
Sa Majeſté envoya il y a deux
mois à fon Parlement. C'eſt
un dépoſt ſacré auquel j'ay
crû nedevoir point toucher ;
&dont je me garderois bien
encore d'approcher une main
profane , ſi je n'avoispas reçû
depuis peu la copie d'une
Lettre que Monfieur le Procureur
General du Parlement
de Paris a écrit fur ce ſujet.
Je n'apprehende point d'en
parleri aprés luy. En voicy .
Octobre 1714. P
170 MERCURE
la ſubitance,
,
Nous vous apportons , Mel
fleurs , un Edit du Roy un
paquet cacheté ,&une Lettre
de cachet ; le Roy par fon
Edit ordonne le dépôt ſeur ,
& ſecret dudit paquet ,
quel eſt écrit de ſa propre
main : Cecy est nostre Testament.
Signé , LOUIS.
fur le-
Dans lon Testament le
Roy nomme un Conſeil de
Rgence , & diſpoſe de toutes
les volontez à cet égard.
Nous ne pouvons allez admirer
le courage & la bonté
du Roy , qui , dans un âge
1
t
GALANT. 171
avancé , & par une ſuite naturelle
de la fermeté qu'il
marque dans toutes les actions
de ſa vie , enviſage fans fraieur
le moment fatal de la mort ,
& ſain de fon eſprit , vient de
confummer un ouvrage qui
inſpire de la crainte à tous les
hommes, pour affurer la Couronne
à fon arriere petit fils ,
le repos & la tranquillité de
fon Etat , & le bonheur de
ſes fideles Sujets ; il veut bien
nous en rendre depofitaires,en
nous honorant toûjours de la
même confiance qu'il nous a
marqué dans tous les temps ,
1
Pij
172 MERCURE
heureux , fi le Ciel par une
grace particuliere daigne rendre
toutes les ſages précautions
du Roy inutiles en luy
conſervant ſes jours,du moins
juſqu'au temps de la majorité
de ſon arriere petit fils ,& les
étendant même au delà des
bornes ordinaires. Nous ne
doutons pas qu'aprés l'enregiſtrement
dudit Edir , & le
dépôt dudit Testament , la
Cour ne rende au Roy de
tres humbles actions de graces
de fa bonté & de ſa con
fiance particuliere pour fon
Parlement.
GALANT . 173
Les conclufions de Monfieur
le Procureur General
tendent à ce qu'il y ait un lieu
particulier auGreffe de laCour
pour le dépôt dudit Teſtament
, lequel ſera fermé de
trois clefs , dont l'une ſera
miſe entre les mains deMeſfire
Jean - Antoine de Meſmes ,
Premier Préſident ; la feconde
entre les mains de luy Procureur
General du Roy ; & la
troifiéme entre les mains de
Nicolas Dongois , Greffier en
chef de la Cour ; procés- verbal
préalablement dreffé de
l'état dudit lieu , & de tout ce
Piij
174 MERCURE
qui ſe paſſera lors dudit dépôt
pardevant le Premier Préfident
& moy Procureur General
du Roy.
L'Edit porte en ſubſtance
que le Roy ayant eu la douleur
de perdre preſque dans
le même temps ſes fits & pctits
fils qui étoient ſon efperance
& celle de ſon peuple ,
il voit ſa Couronne devoluë
de plein droit à M. le Dauphin
ſon arriere petit fils qui
eſt encore dans un âge trestendre
; & comme il craint
d'eſtre prevenu par ce moment
fatal , il ſouhaite par
GALANT. 179
une ſage prévoyance prefcrire
toutes les meſures qu'il
conviendra alors prendre
pour affermir la Couronne à
fon arriere petit fils & maintenir
en même temps latranquillité
de fon Royaume , il a
fait ſon Teftament ſuſcrit de
ſa main , dans lequel il declare
ſa volonté pour la Regence
& fon Conſeil ; il défend de
l'ouvrir pour quelques cauſes
&prétexte que ce foit , avant
fon decés , & veut aprés iceluyque
les Princes de ſonSang
& les Pairs du Royaume ſe
rendent à fon Parlement ,&
Pilij
176 MERCURE
que toutes les Chambres afſemblées
il foit fait ouverture
de ſon Testament , pour eſtre
enſuite par la Regence envoyé
des Duplicata dudit Teſtament
aux autres Parlements
du Royaume.
me ſcache mauvais gré d'avoir
differé juſqu'à preſent à parler
du Teſtament du Roy , que
Sa Majeſté envoya il y a deux
mois à fon Parlement. C'eſt
un dépoſt ſacré auquel j'ay
crû nedevoir point toucher ;
&dont je me garderois bien
encore d'approcher une main
profane , ſi je n'avoispas reçû
depuis peu la copie d'une
Lettre que Monfieur le Procureur
General du Parlement
de Paris a écrit fur ce ſujet.
Je n'apprehende point d'en
parleri aprés luy. En voicy .
Octobre 1714. P
170 MERCURE
la ſubitance,
,
Nous vous apportons , Mel
fleurs , un Edit du Roy un
paquet cacheté ,&une Lettre
de cachet ; le Roy par fon
Edit ordonne le dépôt ſeur ,
& ſecret dudit paquet ,
quel eſt écrit de ſa propre
main : Cecy est nostre Testament.
Signé , LOUIS.
fur le-
Dans lon Testament le
Roy nomme un Conſeil de
Rgence , & diſpoſe de toutes
les volontez à cet égard.
Nous ne pouvons allez admirer
le courage & la bonté
du Roy , qui , dans un âge
1
t
GALANT. 171
avancé , & par une ſuite naturelle
de la fermeté qu'il
marque dans toutes les actions
de ſa vie , enviſage fans fraieur
le moment fatal de la mort ,
& ſain de fon eſprit , vient de
confummer un ouvrage qui
inſpire de la crainte à tous les
hommes, pour affurer la Couronne
à fon arriere petit fils ,
le repos & la tranquillité de
fon Etat , & le bonheur de
ſes fideles Sujets ; il veut bien
nous en rendre depofitaires,en
nous honorant toûjours de la
même confiance qu'il nous a
marqué dans tous les temps ,
1
Pij
172 MERCURE
heureux , fi le Ciel par une
grace particuliere daigne rendre
toutes les ſages précautions
du Roy inutiles en luy
conſervant ſes jours,du moins
juſqu'au temps de la majorité
de ſon arriere petit fils ,& les
étendant même au delà des
bornes ordinaires. Nous ne
doutons pas qu'aprés l'enregiſtrement
dudit Edir , & le
dépôt dudit Testament , la
Cour ne rende au Roy de
tres humbles actions de graces
de fa bonté & de ſa con
fiance particuliere pour fon
Parlement.
GALANT . 173
Les conclufions de Monfieur
le Procureur General
tendent à ce qu'il y ait un lieu
particulier auGreffe de laCour
pour le dépôt dudit Teſtament
, lequel ſera fermé de
trois clefs , dont l'une ſera
miſe entre les mains deMeſfire
Jean - Antoine de Meſmes ,
Premier Préſident ; la feconde
entre les mains de luy Procureur
General du Roy ; & la
troifiéme entre les mains de
Nicolas Dongois , Greffier en
chef de la Cour ; procés- verbal
préalablement dreffé de
l'état dudit lieu , & de tout ce
Piij
174 MERCURE
qui ſe paſſera lors dudit dépôt
pardevant le Premier Préfident
& moy Procureur General
du Roy.
L'Edit porte en ſubſtance
que le Roy ayant eu la douleur
de perdre preſque dans
le même temps ſes fits & pctits
fils qui étoient ſon efperance
& celle de ſon peuple ,
il voit ſa Couronne devoluë
de plein droit à M. le Dauphin
ſon arriere petit fils qui
eſt encore dans un âge trestendre
; & comme il craint
d'eſtre prevenu par ce moment
fatal , il ſouhaite par
GALANT. 179
une ſage prévoyance prefcrire
toutes les meſures qu'il
conviendra alors prendre
pour affermir la Couronne à
fon arriere petit fils & maintenir
en même temps latranquillité
de fon Royaume , il a
fait ſon Teftament ſuſcrit de
ſa main , dans lequel il declare
ſa volonté pour la Regence
& fon Conſeil ; il défend de
l'ouvrir pour quelques cauſes
&prétexte que ce foit , avant
fon decés , & veut aprés iceluyque
les Princes de ſonSang
& les Pairs du Royaume ſe
rendent à fon Parlement ,&
Pilij
176 MERCURE
que toutes les Chambres afſemblées
il foit fait ouverture
de ſon Testament , pour eſtre
enſuite par la Regence envoyé
des Duplicata dudit Teſtament
aux autres Parlements
du Royaume.
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Résumé : Copie d'une Lettre de M. le Procureur General du Parlement de Paris à l'occasion du Testament du Roy. [titre d'après la table]
Le texte aborde la réception et la gestion du testament du roi Louis XIV, envoyé au Parlement deux mois plus tôt. L'auteur manifeste son respect pour ce document et mentionne avoir reçu une copie d'une lettre du Procureur Général du Parlement de Paris. Le roi a ordonné le dépôt sécurisé et secret d'un paquet cacheté contenant son testament, rédigé de sa propre main. Ce testament désigne un conseil de régence et expose les volontés royales concernant la succession. Malgré son âge avancé, le roi démontre courage et détermination en préparant ce document pour assurer la couronne à son arrière-petit-fils et le bien-être de ses sujets. Le Parlement doit enregistrer l'édit et déposer le testament dans un lieu spécifique au greffe de la cour, fermé par trois clefs détenues par des personnalités clés du Parlement. Le testament ne doit être ouvert qu'après le décès du roi, en présence des princes du sang et des pairs du royaume, pour ensuite être exécuté par la régence.
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3136
p. 176-177
« Je croy qu'à la suite de cette Lettre de Monsieur le [...] »
Début :
Je croy qu'à la suite de cette Lettre de Monsieur le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy qu'à la suite de cette Lettre de Monsieur le [...] »
Je croy qu'à la ſuite de
cette Lettre de Monfieur le
Procureur General , rien ne
convient mieux qu'une Ode
Anacreontique que M. de la
Monnoye de l'AcadémieFrançoiſe
a faite pour Madame la
Procureuſe Generale qui venoit
d'accoucher d'un fils , &
qui avoit cſté un peu aupara
GALANT . 177
vant maltraitée de la petite
verole.
cette Lettre de Monfieur le
Procureur General , rien ne
convient mieux qu'une Ode
Anacreontique que M. de la
Monnoye de l'AcadémieFrançoiſe
a faite pour Madame la
Procureuſe Generale qui venoit
d'accoucher d'un fils , &
qui avoit cſté un peu aupara
GALANT . 177
vant maltraitée de la petite
verole.
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3137
p. 182-185
Extrait d'une Lettre de Bayonne du 19. Septembre.
Début :
Dona Maria Angela âgée de 99. ans est morte ces jours [...]
Mots clefs :
Bayonne, Reine d'Espagne, Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Bayonne du 19. Septembre.
Extrait d'une Lettrede Bayonne
du 19. Septembre.
Dona Maria Angela âgée
de99. ans eſt morte ces joursGALANT.
183
cy au ſervice de la Reine
Doüiriere d'Eſpagne, auCaftel
de Lozaque , proche de
Bayonne : c'eſt une maiſon
qui appartient au ſicur Lopés
des Heureaux , LieutenantGeneral
, Civil & Criminel de
Bayonne , où la ReineDoüiriere
d'Eſpagne va paffer tous
les Eſté. Cette Dona Maria
Angela a eſté auſſi au fervice
de l'Infante Marie - Therefe
dEſpagne , & de Madame
Loüfe Reine d'Eſpagne au ffi,
La Reine Doüaniere d'Elpagne
a donné une magnifique
fuſte à Bayonne à l'arti
184 MERCURE
vée de M. le Marquis de Villa
Garcia ,Envoyé du Roy d Efpagne
, pour luy faire partde
fon mariage. Il y acu pendant
huit jours des bals , table ouverte&
fuperbe , chaſſes , jeu,
&toutes lortes de plaiſirs ; le
Palais étoit éclairé dedans &
dehors de bougies & de flambeaux
durant ledit temps ,
avec des ſalves de boites& de
toute l'artillerie. La Muſique
n'y a pas été épargnée. M. le
Cardinal del Judicé venantde
Paris y aſſiſta , auſſi bien que
de Prince Pio venant de Madrid,&
l'Ambaſſadeur&Ambafladrice
>
GALANT 185
baffadrice de Portugal , M. le
Comte de Liveria , à tous lefquels
Sa Majesté Doüniriere
a fait des preſens magnifiques
en pierreries , & tabatieres
d'or enrichies de diamans .
du 19. Septembre.
Dona Maria Angela âgée
de99. ans eſt morte ces joursGALANT.
183
cy au ſervice de la Reine
Doüiriere d'Eſpagne, auCaftel
de Lozaque , proche de
Bayonne : c'eſt une maiſon
qui appartient au ſicur Lopés
des Heureaux , LieutenantGeneral
, Civil & Criminel de
Bayonne , où la ReineDoüiriere
d'Eſpagne va paffer tous
les Eſté. Cette Dona Maria
Angela a eſté auſſi au fervice
de l'Infante Marie - Therefe
dEſpagne , & de Madame
Loüfe Reine d'Eſpagne au ffi,
La Reine Doüaniere d'Elpagne
a donné une magnifique
fuſte à Bayonne à l'arti
184 MERCURE
vée de M. le Marquis de Villa
Garcia ,Envoyé du Roy d Efpagne
, pour luy faire partde
fon mariage. Il y acu pendant
huit jours des bals , table ouverte&
fuperbe , chaſſes , jeu,
&toutes lortes de plaiſirs ; le
Palais étoit éclairé dedans &
dehors de bougies & de flambeaux
durant ledit temps ,
avec des ſalves de boites& de
toute l'artillerie. La Muſique
n'y a pas été épargnée. M. le
Cardinal del Judicé venantde
Paris y aſſiſta , auſſi bien que
de Prince Pio venant de Madrid,&
l'Ambaſſadeur&Ambafladrice
>
GALANT 185
baffadrice de Portugal , M. le
Comte de Liveria , à tous lefquels
Sa Majesté Doüniriere
a fait des preſens magnifiques
en pierreries , & tabatieres
d'or enrichies de diamans .
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Bayonne du 19. Septembre.
Le 19 septembre, une lettre annonce le décès de Dona Maria Angela, âgée de 99 ans, qui servait la Reine Douairière d'Espagne au château de Lozaque près de Bayonne. Ce château appartient au sieur López des Heureaux, Lieutenant Général civil et criminel de Bayonne. Dona Maria Angela avait également été au service de l'Infante Marie-Thérèse d'Espagne et de Madame Louise, Reine d'Espagne. La Reine Douairière a organisé une fête somptueuse à Bayonne pour célébrer le mariage de M. le Marquis de Villa Garcia, Envoyé du Roi d'Espagne. Cet événement de huit jours a inclus des bals, des tables ouvertes, des chasses, des jeux et divers divertissements. Le palais était illuminé par des bougies et des flambeaux, accompagnés de salves d'artillerie et de musique. Parmi les invités figuraient le Cardinal del Judicé de Paris, le Prince Pio de Madrid, ainsi que l'Ambassadeur et l'Ambastrice de Portugal, M. le Comte de Liveria. La Reine Douairière leur a offert des présents magnifiques, notamment des pierreries et des tabatières en or enrichies de diamants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3138
p. 185-186
« Le fonds de cette nouvelle a tant de rapport avec celle [...] »
Début :
Le fonds de cette nouvelle a tant de rapport avec celle [...]
Mots clefs :
Mariage, Reine d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le fonds de cette nouvelle a tant de rapport avec celle [...] »
Le fonds de cette nouvelle
a tant de rapport avec celle
quila precede,que la date ſeule
des lieux en peut faire la difference.
L'une traite de la reception
diſtinguée que la Reine
Doüairiere d'Eſpagne a faite
au Marquis de Villa Garcia
Envoyé du Roy , pour luy
faire part de fon Mariage avec
la Princeffe de Parme, & celle-
Octobre 1714.
186 MERCURE
cy des magnifiques Ceremo
nies de ce Mariage.
a tant de rapport avec celle
quila precede,que la date ſeule
des lieux en peut faire la difference.
L'une traite de la reception
diſtinguée que la Reine
Doüairiere d'Eſpagne a faite
au Marquis de Villa Garcia
Envoyé du Roy , pour luy
faire part de fon Mariage avec
la Princeffe de Parme, & celle-
Octobre 1714.
186 MERCURE
cy des magnifiques Ceremo
nies de ce Mariage.
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3139
p. 186-199
A Parme.
Début :
Le 7. de ce mois aprés l'arrivée d'un Courrier d'Espagne [...]
Mots clefs :
Princesse de Parme, Parme, Duc de Parme, Cardinal, Roi d'Espagne, Reine d'Espagne, Gentilhommes, Prince, Princesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Parme.
AParme.
Le 7. de ce mois aprés l'arrivée
d'un Courrier d'Eſpagne
qui apporta à la Princeſſe le
Portrait du Roy d'Eſpagne ,
avec un nouveau preſent de
fix mille piſtoles pour les épingles
,& la nouvelle de l'ordre
envoyé à la Flote pour ſe rendre
à Seſtri , on prit le jour
du 15 pour l'entrée ſolemnel.
le du Cardinal Gozzadıni, Legat;
celuy du 16. pour la fonc-
1
GALANT. 187
1
tion du Mariage ; le 17. pour
les viſites de congé du Cardinal
; le 18. pour ſon départ ,
&le 19 pour celuyde la Reine.
Le Cardinal Legat partit
le 1 4. des confins du Bolonois,
& ſe rendit le ſoir dans ceux
de l'Etat de Parme , fans s'arreſter
à celuy de Modene. Il
logea dans deux maiſons de
campagne , qu'on luy avoit
magnifiquement preparées. Le
lendemain 15. il continua fon
voyage , & fut receu par le
Duc de Parme à trois mille
de la Ville ,& laiflé à dîner
dans la Chartreuſe , où tout
Qij
188 MERCURE
pas
eſtoit auſſi preparé par ordre
du Prince. L'apreſdinée il ſe
rendit ,& s'arreſta àcent pas
des portes de la Ville , où il
trouva une Chapelle , & un
appartement dreſſez , afin de
ſemettre dans ſes grands habits
de Ceremonie , qu'on
appelle , Cappa magna , &
donner lieu à fon Equipage ,
& à ſa ſuite qui eſt de cinq
cent perſonnes , de ſe mettre
en état pour la Cavalcade ,.
laquelle ſe fit dans cet ordre .
Quatre Courriers du Duc
de Parme , fes Trompettes ,
un Officier de ſes Gardes du
GALANT. 189
Corps à la teſte d'un détachement
desGardes ; le Maréchal
de Logis du Cardinal Legat ;
ſes Trompettes;vingt- quatre
Mulets chargez de ſon bagage
; ſa Litiere ; fon Maiſtre
d'écurie; ſa Chaiſe à Porteurs;
le Maiftre de ſa Garderobe
avec un Valet de chambre
& fa valiſe ;les Domestiques
des Evêques ,& des Prelats
qui accompagnoient le Cardinal
; ſes Aumôniers , ſes
Gentilhommes ;& ſes Domeftiques
deux à deux ; ſoixante
Gentilhommes , ou perfonnes
de qualité , qui accompa
190 MERCURE
gnoient le Cardinal ,un àun ;
mais chacun entre deux Gentilhommes
de la Chambre du
Ducde Parme , tous enhabits
de manteau de tres riches
étoffes ,&garnis de dentelles
d'or , d argent , ou de foye
noire ; le Clergé & le Chapitre;
les Hoffiers portant leurs
Maffes , le Muttre des Geremontes
du Pape. La Croix de
la Legation , douze Pages du
Cardinal ; feize Eltafiers , &
Palefieniers à pied , & ceux
des Gentilhommes de ſa fuite,
& de fon accompagnement
aunombre de trois cent. Au
GALANT. 191
}
,
Pont- Levisde la Ville ,le Dais
de brocard d'argent , porté
par huit Gentilhommes
qu'on appelle les anciens de la
Ville , tous lequel il fut receu
&entra dans la Ville en compagnie
du Cardinal Acquavi.
va ,&du Duc de Parme , tres
fuperbement vêtu &monté ;
enfuite du Dais trente- fix Pages
du Duc de Parme ; fixvingt
de fes Gens de livrée ;
les Maiſtres de Chambre ; le
Grand Ecuyer du Duc de
Parme ; ſes Ecuyers ; ceux
des Cardinaux ; des Evêques ;
des Prelats ; & les Magiftrats
r
192 MERCURE
dela Ville. Le reſtedes Gardes
ferma la Cavalcade , aprés
laquelle venoient le Caroſſe
du Corps de la Princeſſe ,
appellé déja celuy de la Reine,
celuy du Corps du Cardinal
Legat ; celuy du Cardinal
Acquaviva , celuydu Duc de
Parme ,& celuy du Prince de
Parme. Vingt cinq Caroffes -
du Cortege noble du Cardi .
nal Legat , compoſé de Gentilhommes
de Bologne , & de
l'Etat de 1EEgglliiffee,,qquuaatriieeCaroffes
du Cortege noble du
Cardinal Acquaviva , quaran.
te-huit carofles de celuy du
Duc
GALANT. 193
Duc de Parme , quatre de
celuy du Prince de Parme ,
fix caroffes du Cardinal Legat
pour ſes Domeſtiques , deux
pour ceux du Cardinal Acquaviva
, dix huit du Duc de Parme
pour ſes Officiers ,& trois
duPrince pour les fiens.
De la Porte par où on entra
dans la Ville , la Cavalcade
ſe fit par la grande &
magnifique ruë , appellée de
Saint Michel , toute bordéc
àpluſieurs rangs de Troupes ,
autant de la Garniſon , que
des Milices , tous en habit
uniforme , outre la Cavalerie
Octobre 1714. R
1
194 MERCURE
du Duc de Parme , & de l'Etat
compoſée de Gentilhommes,
& autres perſonnes vivans
noblement & obligez de ,
monter à Cheval aux ordres
du Prince.
On defcendit à la Cathedrale
, & delà le Cardinal Legat
fut mené , & logé en
Cour. Ceux de ſa ſuite , qui
n'y purent loger , furent diſtribuez
dans le magnifique &
vatte College des nobles ,&
dans dix Palais du voisinage.
Outre les tables de la Cour ,
on en a fait ſervir cinq dans
le College , pour differentes
GALANT. 195
1
conditions de perſonnes ,
dont celle des Eſtafiers étoit
de trois cent trente couverts .
Le lendemain 16. on fe
rendit à la Cathedrale , qui
étoit toute tenduë au dehors
des plus riches , & plus précicules
tapiſſeries de la Maifon
de Parme , & par le dedans
de damas , & de velours
galonnez d'or , avec une
infinité d'autres damas &
d'autres étoffes figurées en
fleurs , en feüillages , & en
d'autres formes tres induſ
trieuſes ,& qui formoient un
*des plus agréables parterres
Rij
196 MERCURE
qu'on ait encore veuen cou
vrant de cette maniere tout le
ciel ou le plafond de l'Eglife.
On avoit ôté du Choeur tous
les ſieges des Chanoines, dref
ſé un Autel par le dedans derriere
le grand Autel , & un
Thrône Royal au milieu du
Choeur , du coté duquel la
Princeffe s'approcha de l'Hôtel
à l'heure de la Ceremonie
du mariage , laquelle fut faire
par le Cardinal Gozzadini à
l'Offertoire de la Meſſe , qu'il
chanta luy même , & le Duc
de Parme l'ayant épousée
comme Procureur du Roy
GALANT. 197
}
d'Eſpagne , la mena ſur le
Thrône , & s'y plaça auſſi
comme ayant l'honneur de repreſenter
Sa Majefté Catholique.
Cette grande & auguſte
fonction fur annoncée à toute
la Ville par la décharge des
Troupes , des Milices , de la
Cavalerie , & de l'artillerie de
la Ville , &de la Fortereffe ; &
ce jour - là , & les deux fuivants
ont eſté celebrez avec
tout ce que la joye & la magnificence
peuvent inventer ,
& former de plus nouveau &
de plus éclatant , dans un
Riij
1,8 MERCURE
)
tems incomparablement plus
long , que celuy qu'on a cu
pour une folemnité de cette
nature& de cette confequence
, la Nobleffe & le Peuple
s'eſtant ſurpaſſez à l'imitation
de leur Prince , pour luy marquer
leur zele , faire leur cour
à la Reine d'Eſpagne , & témoigner
au Roy Catholique
une reconnoiſſance infinie de
l'honneur qu'il a fait à la Maifon
Farnefe.
Outreles compliments faits
à la Reine par la Ville de Parme
, celle de Plaiſance luy a
envoyé une Ambaſſade de
GALANT
NEQUE DE
douze des principau *1S8e93i*
gneurs .
Le 7. de ce mois aprés l'arrivée
d'un Courrier d'Eſpagne
qui apporta à la Princeſſe le
Portrait du Roy d'Eſpagne ,
avec un nouveau preſent de
fix mille piſtoles pour les épingles
,& la nouvelle de l'ordre
envoyé à la Flote pour ſe rendre
à Seſtri , on prit le jour
du 15 pour l'entrée ſolemnel.
le du Cardinal Gozzadıni, Legat;
celuy du 16. pour la fonc-
1
GALANT. 187
1
tion du Mariage ; le 17. pour
les viſites de congé du Cardinal
; le 18. pour ſon départ ,
&le 19 pour celuyde la Reine.
Le Cardinal Legat partit
le 1 4. des confins du Bolonois,
& ſe rendit le ſoir dans ceux
de l'Etat de Parme , fans s'arreſter
à celuy de Modene. Il
logea dans deux maiſons de
campagne , qu'on luy avoit
magnifiquement preparées. Le
lendemain 15. il continua fon
voyage , & fut receu par le
Duc de Parme à trois mille
de la Ville ,& laiflé à dîner
dans la Chartreuſe , où tout
Qij
188 MERCURE
pas
eſtoit auſſi preparé par ordre
du Prince. L'apreſdinée il ſe
rendit ,& s'arreſta àcent pas
des portes de la Ville , où il
trouva une Chapelle , & un
appartement dreſſez , afin de
ſemettre dans ſes grands habits
de Ceremonie , qu'on
appelle , Cappa magna , &
donner lieu à fon Equipage ,
& à ſa ſuite qui eſt de cinq
cent perſonnes , de ſe mettre
en état pour la Cavalcade ,.
laquelle ſe fit dans cet ordre .
Quatre Courriers du Duc
de Parme , fes Trompettes ,
un Officier de ſes Gardes du
GALANT. 189
Corps à la teſte d'un détachement
desGardes ; le Maréchal
de Logis du Cardinal Legat ;
ſes Trompettes;vingt- quatre
Mulets chargez de ſon bagage
; ſa Litiere ; fon Maiſtre
d'écurie; ſa Chaiſe à Porteurs;
le Maiftre de ſa Garderobe
avec un Valet de chambre
& fa valiſe ;les Domestiques
des Evêques ,& des Prelats
qui accompagnoient le Cardinal
; ſes Aumôniers , ſes
Gentilhommes ;& ſes Domeftiques
deux à deux ; ſoixante
Gentilhommes , ou perfonnes
de qualité , qui accompa
190 MERCURE
gnoient le Cardinal ,un àun ;
mais chacun entre deux Gentilhommes
de la Chambre du
Ducde Parme , tous enhabits
de manteau de tres riches
étoffes ,&garnis de dentelles
d'or , d argent , ou de foye
noire ; le Clergé & le Chapitre;
les Hoffiers portant leurs
Maffes , le Muttre des Geremontes
du Pape. La Croix de
la Legation , douze Pages du
Cardinal ; feize Eltafiers , &
Palefieniers à pied , & ceux
des Gentilhommes de ſa fuite,
& de fon accompagnement
aunombre de trois cent. Au
GALANT. 191
}
,
Pont- Levisde la Ville ,le Dais
de brocard d'argent , porté
par huit Gentilhommes
qu'on appelle les anciens de la
Ville , tous lequel il fut receu
&entra dans la Ville en compagnie
du Cardinal Acquavi.
va ,&du Duc de Parme , tres
fuperbement vêtu &monté ;
enfuite du Dais trente- fix Pages
du Duc de Parme ; fixvingt
de fes Gens de livrée ;
les Maiſtres de Chambre ; le
Grand Ecuyer du Duc de
Parme ; ſes Ecuyers ; ceux
des Cardinaux ; des Evêques ;
des Prelats ; & les Magiftrats
r
192 MERCURE
dela Ville. Le reſtedes Gardes
ferma la Cavalcade , aprés
laquelle venoient le Caroſſe
du Corps de la Princeſſe ,
appellé déja celuy de la Reine,
celuy du Corps du Cardinal
Legat ; celuy du Cardinal
Acquaviva , celuydu Duc de
Parme ,& celuy du Prince de
Parme. Vingt cinq Caroffes -
du Cortege noble du Cardi .
nal Legat , compoſé de Gentilhommes
de Bologne , & de
l'Etat de 1EEgglliiffee,,qquuaatriieeCaroffes
du Cortege noble du
Cardinal Acquaviva , quaran.
te-huit carofles de celuy du
Duc
GALANT. 193
Duc de Parme , quatre de
celuy du Prince de Parme ,
fix caroffes du Cardinal Legat
pour ſes Domeſtiques , deux
pour ceux du Cardinal Acquaviva
, dix huit du Duc de Parme
pour ſes Officiers ,& trois
duPrince pour les fiens.
De la Porte par où on entra
dans la Ville , la Cavalcade
ſe fit par la grande &
magnifique ruë , appellée de
Saint Michel , toute bordéc
àpluſieurs rangs de Troupes ,
autant de la Garniſon , que
des Milices , tous en habit
uniforme , outre la Cavalerie
Octobre 1714. R
1
194 MERCURE
du Duc de Parme , & de l'Etat
compoſée de Gentilhommes,
& autres perſonnes vivans
noblement & obligez de ,
monter à Cheval aux ordres
du Prince.
On defcendit à la Cathedrale
, & delà le Cardinal Legat
fut mené , & logé en
Cour. Ceux de ſa ſuite , qui
n'y purent loger , furent diſtribuez
dans le magnifique &
vatte College des nobles ,&
dans dix Palais du voisinage.
Outre les tables de la Cour ,
on en a fait ſervir cinq dans
le College , pour differentes
GALANT. 195
1
conditions de perſonnes ,
dont celle des Eſtafiers étoit
de trois cent trente couverts .
Le lendemain 16. on fe
rendit à la Cathedrale , qui
étoit toute tenduë au dehors
des plus riches , & plus précicules
tapiſſeries de la Maifon
de Parme , & par le dedans
de damas , & de velours
galonnez d'or , avec une
infinité d'autres damas &
d'autres étoffes figurées en
fleurs , en feüillages , & en
d'autres formes tres induſ
trieuſes ,& qui formoient un
*des plus agréables parterres
Rij
196 MERCURE
qu'on ait encore veuen cou
vrant de cette maniere tout le
ciel ou le plafond de l'Eglife.
On avoit ôté du Choeur tous
les ſieges des Chanoines, dref
ſé un Autel par le dedans derriere
le grand Autel , & un
Thrône Royal au milieu du
Choeur , du coté duquel la
Princeffe s'approcha de l'Hôtel
à l'heure de la Ceremonie
du mariage , laquelle fut faire
par le Cardinal Gozzadini à
l'Offertoire de la Meſſe , qu'il
chanta luy même , & le Duc
de Parme l'ayant épousée
comme Procureur du Roy
GALANT. 197
}
d'Eſpagne , la mena ſur le
Thrône , & s'y plaça auſſi
comme ayant l'honneur de repreſenter
Sa Majefté Catholique.
Cette grande & auguſte
fonction fur annoncée à toute
la Ville par la décharge des
Troupes , des Milices , de la
Cavalerie , & de l'artillerie de
la Ville , &de la Fortereffe ; &
ce jour - là , & les deux fuivants
ont eſté celebrez avec
tout ce que la joye & la magnificence
peuvent inventer ,
& former de plus nouveau &
de plus éclatant , dans un
Riij
1,8 MERCURE
)
tems incomparablement plus
long , que celuy qu'on a cu
pour une folemnité de cette
nature& de cette confequence
, la Nobleffe & le Peuple
s'eſtant ſurpaſſez à l'imitation
de leur Prince , pour luy marquer
leur zele , faire leur cour
à la Reine d'Eſpagne , & témoigner
au Roy Catholique
une reconnoiſſance infinie de
l'honneur qu'il a fait à la Maifon
Farnefe.
Outreles compliments faits
à la Reine par la Ville de Parme
, celle de Plaiſance luy a
envoyé une Ambaſſade de
GALANT
NEQUE DE
douze des principau *1S8e93i*
gneurs .
Fermer
Résumé : A Parme.
En octobre 1714, Parme a été le cadre de plusieurs événements significatifs. Le 7 octobre, la princesse a reçu le portrait du roi d'Espagne ainsi qu'un présent de six mille pistoles. Le 15 octobre, le cardinal Gozzadini, légat, a effectué une entrée solennelle à Parme après avoir été accueilli par le duc à trois milles de la ville. Le 16 octobre, le mariage de la princesse avec le duc de Parme a été célébré, avec le cardinal agissant comme procureur du roi d'Espagne. Les visites de congé du cardinal ont eu lieu le 17 octobre, et il a quitté Parme le 18 octobre, suivi par la reine le 19 octobre. L'entrée du cardinal à Parme a été marquée par une cavalcade ordonnée, incluant des courriers, des trompettes, des gardes et divers dignitaires. La procession a traversé la rue Saint-Michel, bordée de troupes en uniforme, jusqu'à la cathédrale où la cérémonie de mariage a été célébrée avec grande solennité. Des tirs d'artillerie et des célébrations ont duré trois jours. Ces festivités ont honoré la Maison Farnèse, mettant en avant la joie et la magnificence de l'événement. La noblesse et le peuple ont manifesté leur zèle et leur loyauté envers leur prince. La ville de Parme a rendu hommage à la Reine d'Espagne, et Plaisance a envoyé une ambassade de douze seigneurs pour témoigner sa reconnaissance au Roi Catholique pour l'honneur accordé à la Maison Farnèse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3140
p. 199-211
A Parme le 17. Septembre.
Début :
Samedy aprés midy 15. de ce mois le Cardinal Gozzadini [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Mariage, Princesse, Cardinaux, Dames, Cardinal, Duc de Parme, Princes, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Parme le 17. Septembre.
AParme le 17. Septembre.
Samedy aprés midy 15. de
ce mois le Cardinal Gozzadini
Legat de Sa Sainteté fit
ſon entrée publique en cette
Ville , les Princes & le Cardinal
Acquaviva furent à ſa
rencontre , ily avoit avec luy
beaucoup de Nobleſſe & un
grand nombre de Domeſtiques
tous veſtus de riches &
magnifiques livrées , il eſtoſt
accompagné des Gardes du
-R iiij
200 MERCURE
Corps , les Grenadiers eſtoient
diſpoſez dans les places & l'Infanterie
dans les avenuës du
Cours pour empêcher le defordre
: il eſtoit precedé du
Clergé , cette Ceremonie
commença & finit ſans le
moindre defordre & aux applaudiffements
de tout le
monde.
La Reine voulut la voir &
pour cet effet Elle ſe rendit
avec la Princeſſe ſa mere & la
Princeſſe Iſabelle au Palais
,
du Prince Antoine qui eſt dans
le Cours. A peine le Legat
eſtoit- il paſſfé ſous le Dais avec
GALANT. 201
5
leCardinal Acquaviva , eſtant
tousdeux entre le Duc de Parme,&
le Prince Antoine vêtus
d'un brocard d'or des plus
beaux & des plus riches
qu'Elle defcendit avec les Princeffes
par une porte fecrete
pour ſe trouver au Palais à l'arrivée
du Legat , là , voulant
prendre la derniere place ainſi
qu'Elle avoit accoutumée de
faire , la Princeſſe ſa mere la
luy ceda , & ſe mit dans la
ſeconde , & la Princeſſe Iſabelle
dans la derniere : cette
nuit mêmeElle receut le Legat
ſous le Throne&paſſa enfuite
202 MERCURE
dans un appartement Royal :
on fit les viſites qui durerent
juſqu'à quatre heures pour
donner lieu à l'une & à l'autre
Nobleſſe auſſi-bien qu'aux
Etrangers d'aller aux Opera.
Dimanche matin 16. du
courant , les Grenadiers , l'Infanterie,
les Compagnies des
Gardes du Corps à cheval ,
les Archers , & la Garde Suiffe
furentdans lemême ordreque
le jour precedent &pofé dans
les mêmes endroits. On alla
entendre la Meſſe au Dôme
qui paroiſſoit un Ciel par ſa
grandeur , par les belles pein
GALANT. 203
tures du Corregge & par les
emblêmes qu'on y avoit mis.
La Reine étoit ſous un Thiône
, ayant à ſa main droite le
Duc de Parme qui reprefentoit
le Roy d'Eſpagne. La
Princefle mere de la Reine &
leCardinalAcquaviva étoient
dans des fauteüils hors du
Thrône : dans deux autres
plus bas eſtoient la Princeſſe
Iſabelle & le Prince Antoine.
Le Legat celebra la Meſſe ,&
le Credo fini , il ſe mit ſous un
Dais qu'on luy avoit preparé ,
oùun Prelat lut la procuration
pour le mariage du Roy d'Ef.
204 MERCURE
pagne avee la Reine , & ur
autre la diſpenſe du Pape. Le
Duc de Parme mit enſuite au
doigt de la Reine un anneau
d'un riche diamant ; le Legat
preſenta la rofe , & la Ceremonie
finit avec un applaudiſſement
univerſel. Pendant
qu'elle dura, la Princeſſe mere
de la Reine ne leva jamais les
yeux de deſſus la Reine ſa fille
qui fut complimentée , & elle
enfuite par les Princes & les
deuxCardinaux. Dans le moment
que la Reine defcendit
du Throſne pour ſe retirer
la Princeſſe ſa mere avant de
د
GALANT. 205
luy donner le bras voulut luy
baiſer la main , mais la Reine
employa toute ſa force pour
la retirer avec beaucoup de
vivacité d'eſprit & un grand
reſpect ; là tous ceux qui y prirent
garde ne purent s'empêcher
de pleurer de tendreffe ;
la foule fut grande , & il y
eût un nombre infini de Dames
& de Gentilhommes , celles
cy habillées magnifiquement
& parées de diamants &
de toutes fortes de pierres précieuſes
, & ceux cy avec des
habits à la Romaine galonnez
d'or ,& leurs manteaux dou
206 MERCURE
blez de brocard , excepté les
gens du Legat dont les habits
n'étoient point galonnez d'or,
tous les autres étoient vêtus à
la Françoiſe auſſi magnifiquement
& auffi richement que
les premiers. La Reine mangea
en particulier avec laPrinceffe
la mere , les Princes mangerent
en publicavec les deux
Cardinaux. Le ſoir on repreſenta
une Paftorale dans le
grand Theâtre , cù il y cût
plus de 1 5000. perſonnes. La
Reine y fut avec les Princes &
les Cardinaux qui fortirent au
commencement de la piece
GALANT. 207
pour garder le decorum. Il y
avoit plus de 700. Dames , &
dans la Place du milieu entre
les deux angles on fit un bal
où danſerent douze jeunes
Demoiselles avec autant de
jeunes Seigneurs : de temps à
autre on portoit des rafraî
chiſſements de forbet , &c . on
preſenta à toutes les Dames
quiy étoient des petits paniers
verds attachez à des rubans
remplis de confitures ſeches ,
& on porta des eaux glacées
aux gens de diſtinction Tour
ſe paſſa ſans aucun bruit ny
confufion : à ſept heures ces
208 MERCURE
1
champseliſées diſparurent ,&
chacun ſe retira ſurpris d'une
fi grande magnificence. Le
Legat devoit aujourd'huy
partir , mais les Princes ont
fait tout leur poſſible pour
l'obliger à differer ſon départ
juſqu'à demain. On ne ſçast fi
la Reine qui devoit partir demain
apreſdinée pourra le faire
Samedy pour donner tems
à l'Armée de venir. Le Cardinal
Acquaviva diſpoſe de
tout , & il ne ſe fait rien que
les Princes ne prennent auparavant
ſon avis& fon conſeil :
hier au foir le Duc de Parme
luy
GALANT. 209
:
luy fit preſent d'une Croix
garnie de gros diamants qui
renferme dans le milieu un
morceau de la vraye Croix ,
au haut il y a une pierre d'une
groffeur extraordinaire ; on
dit que cette Croix vaut douze
mille écus , quelques uns
même diſent encore beaucoup
plus . Ces jours paffez les
Cardinaux ont toûjours mangé
avec les Princes , & il y a
apparence que cela continuëra
juſqu'au départ du Legat , qui
probablement fera demain au
foir. La Reine quoyque déja
revêtuë de cette qualité , &
Octobre 1714. S
210 MERCURE
1
quoyqu'elle ait infiniment
d'eſprit , ne fait neanmoins
pas un pas fans en conſulter
auparavant ſon Eminence,qui
paſſe preſque les jours entiers
à luy donner les inftructions
neceffaires. La Princeſſe mere
en uſe déja avec ſa fille comme
elle feroit avec une grande
Reine étrangere. Quand
nous ſommes preſents à leurs
entreveues & aux converfations
qu'elles ont enſemble ,
les larmes nous viennent aux
yeux. On traite d'Excellence
le Comte del Verme ſon Majordome
, & la Comteſſe de
GALANT. 211-
Saint Vital ſa premiere Dame
d'Honneur qui doivent l'accompagner
juſqu'à Seſtri. Il
eſt certain que lorſque le Roy
d'Eſpagne & ſon Confeil
ſçauront toutes ces particularitez
, cela leurs donnera beaucoupde
plaifir.
Samedy aprés midy 15. de
ce mois le Cardinal Gozzadini
Legat de Sa Sainteté fit
ſon entrée publique en cette
Ville , les Princes & le Cardinal
Acquaviva furent à ſa
rencontre , ily avoit avec luy
beaucoup de Nobleſſe & un
grand nombre de Domeſtiques
tous veſtus de riches &
magnifiques livrées , il eſtoſt
accompagné des Gardes du
-R iiij
200 MERCURE
Corps , les Grenadiers eſtoient
diſpoſez dans les places & l'Infanterie
dans les avenuës du
Cours pour empêcher le defordre
: il eſtoit precedé du
Clergé , cette Ceremonie
commença & finit ſans le
moindre defordre & aux applaudiffements
de tout le
monde.
La Reine voulut la voir &
pour cet effet Elle ſe rendit
avec la Princeſſe ſa mere & la
Princeſſe Iſabelle au Palais
,
du Prince Antoine qui eſt dans
le Cours. A peine le Legat
eſtoit- il paſſfé ſous le Dais avec
GALANT. 201
5
leCardinal Acquaviva , eſtant
tousdeux entre le Duc de Parme,&
le Prince Antoine vêtus
d'un brocard d'or des plus
beaux & des plus riches
qu'Elle defcendit avec les Princeffes
par une porte fecrete
pour ſe trouver au Palais à l'arrivée
du Legat , là , voulant
prendre la derniere place ainſi
qu'Elle avoit accoutumée de
faire , la Princeſſe ſa mere la
luy ceda , & ſe mit dans la
ſeconde , & la Princeſſe Iſabelle
dans la derniere : cette
nuit mêmeElle receut le Legat
ſous le Throne&paſſa enfuite
202 MERCURE
dans un appartement Royal :
on fit les viſites qui durerent
juſqu'à quatre heures pour
donner lieu à l'une & à l'autre
Nobleſſe auſſi-bien qu'aux
Etrangers d'aller aux Opera.
Dimanche matin 16. du
courant , les Grenadiers , l'Infanterie,
les Compagnies des
Gardes du Corps à cheval ,
les Archers , & la Garde Suiffe
furentdans lemême ordreque
le jour precedent &pofé dans
les mêmes endroits. On alla
entendre la Meſſe au Dôme
qui paroiſſoit un Ciel par ſa
grandeur , par les belles pein
GALANT. 203
tures du Corregge & par les
emblêmes qu'on y avoit mis.
La Reine étoit ſous un Thiône
, ayant à ſa main droite le
Duc de Parme qui reprefentoit
le Roy d'Eſpagne. La
Princefle mere de la Reine &
leCardinalAcquaviva étoient
dans des fauteüils hors du
Thrône : dans deux autres
plus bas eſtoient la Princeſſe
Iſabelle & le Prince Antoine.
Le Legat celebra la Meſſe ,&
le Credo fini , il ſe mit ſous un
Dais qu'on luy avoit preparé ,
oùun Prelat lut la procuration
pour le mariage du Roy d'Ef.
204 MERCURE
pagne avee la Reine , & ur
autre la diſpenſe du Pape. Le
Duc de Parme mit enſuite au
doigt de la Reine un anneau
d'un riche diamant ; le Legat
preſenta la rofe , & la Ceremonie
finit avec un applaudiſſement
univerſel. Pendant
qu'elle dura, la Princeſſe mere
de la Reine ne leva jamais les
yeux de deſſus la Reine ſa fille
qui fut complimentée , & elle
enfuite par les Princes & les
deuxCardinaux. Dans le moment
que la Reine defcendit
du Throſne pour ſe retirer
la Princeſſe ſa mere avant de
د
GALANT. 205
luy donner le bras voulut luy
baiſer la main , mais la Reine
employa toute ſa force pour
la retirer avec beaucoup de
vivacité d'eſprit & un grand
reſpect ; là tous ceux qui y prirent
garde ne purent s'empêcher
de pleurer de tendreffe ;
la foule fut grande , & il y
eût un nombre infini de Dames
& de Gentilhommes , celles
cy habillées magnifiquement
& parées de diamants &
de toutes fortes de pierres précieuſes
, & ceux cy avec des
habits à la Romaine galonnez
d'or ,& leurs manteaux dou
206 MERCURE
blez de brocard , excepté les
gens du Legat dont les habits
n'étoient point galonnez d'or,
tous les autres étoient vêtus à
la Françoiſe auſſi magnifiquement
& auffi richement que
les premiers. La Reine mangea
en particulier avec laPrinceffe
la mere , les Princes mangerent
en publicavec les deux
Cardinaux. Le ſoir on repreſenta
une Paftorale dans le
grand Theâtre , cù il y cût
plus de 1 5000. perſonnes. La
Reine y fut avec les Princes &
les Cardinaux qui fortirent au
commencement de la piece
GALANT. 207
pour garder le decorum. Il y
avoit plus de 700. Dames , &
dans la Place du milieu entre
les deux angles on fit un bal
où danſerent douze jeunes
Demoiselles avec autant de
jeunes Seigneurs : de temps à
autre on portoit des rafraî
chiſſements de forbet , &c . on
preſenta à toutes les Dames
quiy étoient des petits paniers
verds attachez à des rubans
remplis de confitures ſeches ,
& on porta des eaux glacées
aux gens de diſtinction Tour
ſe paſſa ſans aucun bruit ny
confufion : à ſept heures ces
208 MERCURE
1
champseliſées diſparurent ,&
chacun ſe retira ſurpris d'une
fi grande magnificence. Le
Legat devoit aujourd'huy
partir , mais les Princes ont
fait tout leur poſſible pour
l'obliger à differer ſon départ
juſqu'à demain. On ne ſçast fi
la Reine qui devoit partir demain
apreſdinée pourra le faire
Samedy pour donner tems
à l'Armée de venir. Le Cardinal
Acquaviva diſpoſe de
tout , & il ne ſe fait rien que
les Princes ne prennent auparavant
ſon avis& fon conſeil :
hier au foir le Duc de Parme
luy
GALANT. 209
:
luy fit preſent d'une Croix
garnie de gros diamants qui
renferme dans le milieu un
morceau de la vraye Croix ,
au haut il y a une pierre d'une
groffeur extraordinaire ; on
dit que cette Croix vaut douze
mille écus , quelques uns
même diſent encore beaucoup
plus . Ces jours paffez les
Cardinaux ont toûjours mangé
avec les Princes , & il y a
apparence que cela continuëra
juſqu'au départ du Legat , qui
probablement fera demain au
foir. La Reine quoyque déja
revêtuë de cette qualité , &
Octobre 1714. S
210 MERCURE
1
quoyqu'elle ait infiniment
d'eſprit , ne fait neanmoins
pas un pas fans en conſulter
auparavant ſon Eminence,qui
paſſe preſque les jours entiers
à luy donner les inftructions
neceffaires. La Princeſſe mere
en uſe déja avec ſa fille comme
elle feroit avec une grande
Reine étrangere. Quand
nous ſommes preſents à leurs
entreveues & aux converfations
qu'elles ont enſemble ,
les larmes nous viennent aux
yeux. On traite d'Excellence
le Comte del Verme ſon Majordome
, & la Comteſſe de
GALANT. 211-
Saint Vital ſa premiere Dame
d'Honneur qui doivent l'accompagner
juſqu'à Seſtri. Il
eſt certain que lorſque le Roy
d'Eſpagne & ſon Confeil
ſçauront toutes ces particularitez
, cela leurs donnera beaucoupde
plaifir.
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Résumé : A Parme le 17. Septembre.
Le 17 septembre, le cardinal Gozzadini, légat du pape, arriva publiquement à Parme, escorté par des nobles et des gardes du corps. Il fut accueilli par les princes et le cardinal Acquaviva. La reine, accompagnée de la princesse sa mère et de la princesse Isabelle, rencontra le légat au palais du prince Antoine. Des visites se poursuivirent tard dans la nuit, permettant à la noblesse et aux étrangers d'assister aux opéras. Le 16 septembre, les forces militaires furent déployées de manière ordonnée pour la messe au Dôme, décoré de peintures et d'emblèmes. La reine, accompagnée du duc de Parme, assista à la cérémonie où le duc lui remit une bague et le légat lui offrit une rose. La cérémonie se conclut sous les applaudissements universels. La princesse mère observa attentivement sa fille durant toute la messe. Après la cérémonie, la reine reçut des félicitations des princes et des cardinaux. Lors de son retrait, la princesse mère tenta de baiser la main de la reine, mais celle-ci refusa avec respect. Le soir, une pastorale fut représentée au grand théâtre devant plus de 15 000 personnes, suivie d'un bal. Le texte met en lumière la relation affectueuse entre la reine et sa mère, comparée au respect dû à une reine étrangère. Le Comte del Verme et la Comtesse de Galant accompagnèrent la reine jusqu'à Sestri. Ces événements devaient ravir le roi d'Espagne et son conseil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3141
p. 211-224
A Genes le 2. Octobre.
Début :
Le 25. du mois dernier la nouvelle Reine d'Espagne arriva [...]
Mots clefs :
Reine, Princesse, Duc, Gênes, Cardinal, Vaisseaux, Duc de Parme, République
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Genes le 2. Octobre.
AGenes le 2. Octobre.
Le 25. du mois dernier la
nouvelle Reine d'Eſpagne arriva
à Seſtri lieu de cette Republique
à trente mille au
Levant de Genes. M. le Duc
de Parme l'accompagna juf-
Sij
212 MERCURE
qu'au fommet du Mont Sains
te Croix , qui ſépare ſes Etats
de ceux de la Republique , &
où il avoit fait conſtruire avec
des planches une baraque tapiflée&
meublée affez proprement
, où ils ſe repoſerent environ
une demie heure , aprés
quoyce Duc prit congé de la
Princeſſe ,& les dernieres paroles
qu'il luy dit , furent de
luy ſouhaiter un heureux
voyage , & de luy recommander
la protection de ſa
Maifon . Cette Princeſſe fut
rencontrée à ces mêmes confins
par Madame la Princeſſe
GALANT. 213
Piombino ſuivie de la Marquife
Silica femme du Conful
d'Eſpagne à Livourne. Les
Ambaſſadeurs de cette Repu
blique l'y furent recevoir ,&
l'accompagnerent juſqu'à Seftri.
Elle avoit à ſa ſuite M. le
Cardinal Acquaviva
Dame d'Honneur
>
,
une
quatre
Femmes de Chambre , & trois
Aydes. Son Confeffeur qui
eſt un Jeſuite de Ferrare appellé
Pere Belate avec fon
Compagnon , ſon Medecin
Parmefan un Aumônier
د
د
Preſtre , deux Pages d'Honneur
, le Marquis Annibal
214 MERCURE
Scotty de Plaiſance qui l'accompagne
en qualité de Majordome
, foixante Mulets
chargez de ſes équipages &
quarante Cuiraffiers du Duc
de Parme qui l'ont accompagnée
juſqu'à Settry . Elle fut
conduite eny arrivant au Palais
Brignolé qu'on luy avoit
magnifiquement preparé &
onluydonna une Garde Suiffe
de la Republique , avec 400.
autres Soldats devant fon
Palais. Le lendemain de ſon
arrivée les Deputez de la Republique
firent leur entrée , accompagnez
de prés de 200.
GALANT. 215
autres Cavaliers Genois tous
magnifiquement habillez &
24. livrées uniformes & tresfuperbes
: aprés que ces Ambaſſadeurs
eurent fait leur
premier compliment , il luy
preſenterent le régal que la
Republique luy faifoit de 24.
caiſſes remplies de chocolat
• confitures , & eaux d'odeur
toutes couvertes de brocard
d'or&d'argent que cette Princeffe
a accepté de fort bonne
grace. L'apreſdinée du même
jour , M. le Duc Salviaty Ambaſſadeurde
M. le Grand Duc
fit fon entrée ayant trente
,
,
216 MERCURE
hommes de livrée fort magnifique
, deux Trompettes , &
deux Pages , & quatre Cavaliers
pour fon cortege qui fut
augmenté par tous les Officiers
des deux Galeres de Tofcane
, cette nouvelle Reine a
reſté trois jours à Seſtry , pendant
leſquels Elle n'eſt ſortie
qu'une ſeule fois pour aller à
l'Eglife. Cependant dans tout
ce temps-là les Dames de Genes
qui y estoient en grand
nombre & parées avec beaucoup
de faſte ſe ſont données
des feſtes , des bals tres magnifiques
à l'honneur de la
,
Reine
GALANT. 217
Reine . Elle s'embarqua le 30.
fur la Capitane de M. le Duc
de Turcis , & arriva icy te
même jour fur les 22. heures
d'Italie au bruit d'une triple
décharge de toute l'artillerie
de la Ville & des fix Vaiſſeaux
d'Eſpagne qui l'ont attenduë
dans ce Port , Elle fit rendre le
falut à la Ville par trois coups
deCanon de la Galere qui la
portoit , & lors qu'Elle ſe
débarqua toutes les Galeres
tant celles de M. le Duc de
Turcis , que celles de la Republique
, la faluërent aufli par
une triple décharge. Elle fe
Octobre 1714 . T
(
218 MERCURE
débarqua au pas du Fanal parce
que la Mer ſe trouva mauvaiſe
pour defcendre à Saint
Pierre d'Arenne , où on luy
avoit preparé le logement , &
on l'y conduifit enſuite par
terre dans ſa chaiſe à Porteur.
Son débarquement fut d'abord
troublé par une bourafque
qui ſurvint dans un moment,&
qui ne dura heureuſement
qu'un quart d'heure
mais ce fut une ſi forte pluye
&greſſe que plus de fix mille
perſonnes de l'un &de l'autre
ſexe qui estoient venuës pour
la voir en furent moüilleés juf
GALAN . 219
qu'à la chemiſe. Cette Princeſſe
a eſté ſi incommodée
dela Mer dans le petit trajet
de Seſtry icy qui n'eſt que de
dix lieuës , qu'Elle en garde
actuellement le lit , & eſt abſolument
réſoluë de ne plus
s'embarquer. A cet effet Elle
expedie aujourd'huy au Roy
fon Epoux pour luy reprefenter
que ne pouvant ſouffrir le
voyage par Mer , Elle estoit
refoluë d'aller par terre,& Elle
partira au premier beau temps
ayant toujours plû depuis
qu'elle eft icy ; & comme les
chemins ſont extraordinaire-
Tij
220 MERCURE
ment mauvais d'icy à Nice &
qu'Elle ne peut naturellement
les faire qu'en chaiſe àPorteur,
on va diſpoſer les relais pour
dix chaiſes , ſçavoir celle de
la Reine , une pour la Princeſſe
Piombino , une pour M.
le Cardinal Acquaviva , une
pour M. le Marquis de Los
Balbazés, une pour le Marquis
Scotty , une pour Don Carlo
Grillo , qui a ordre de la Reine
de ſe débarquer des Vaif
ſeaux où il eſt un des Lieutenant
Generaux , une pour le
Marquis Maldachini Romain
qui fuit d'ordre du Roy d'EfGALANT.
221
pagne en qualité de Majordome
, une pour les deux Femmes
de Chambre de la Reine ,
& une pour la Princeſſe de
Piombino. Les équipages
s'embarqueront ſur les Vaifſeaux
, à la referve de ce qui
doit ſuivre neceſſairement la
Reine, qu'on fera marcher à
cheval ,& pour les hardes on
acompté qu'il faur 36.Mulets.
Les Vaiſſeaux iront droit à
Micant & les Galeres ſuivront
lacoſte de Ville- franche , ou
Antibes , pour eſtre à portéc
de recevoir les ordres de la
Reine , qui ſuivra la même
T iij
222 MERCURE
coſte par terre. M. le Ducde
Turcis qui avoit receu le premier
ordre du Roy d'Eſpagne
d'embarquer la Princeſſe , a
eſté fort mortifié d'en voir
un autre au General Pez , par
lequel S. M. C. luy mande
qu'Elle defireroit que la Reine
s'embarqua ſur ſes Vaifſeaux.
Surquoy M. le Duc de
Turcis pour montrer quelque
empreſſement, avoit reprefenté
que la commodité des Galeres
eſtoit plus propre pour la
Reine que celle des Vaiſſeaux
& eſtant ſurvenu quelque
petit different fur cela entre 1
GALANT. 223
ce Duc & leGeneral Pez , M.
le Cardinal Acquaviva les
avoit mis d'accord eſtant encore
à Seſtry, en faiſant refoudre
la Reine de venir ſur les
Galeres juſqu'à Genes pour
s'y embarquer enſuite fur les
Vaiſſeaux. Mais il ne s'agit
plus preſentement d'aller par
Mer , puiſque cette Princeffe
a pris la reſolution de ſuivre
ſon voyage par Terre
compte de trouver ou d'attendre
à Toulouze les ordres
&
du Roy ſon Epoux pour la
continuation de ſon voyage
delà en Eſpagne. Elle a expe-
T iiij
224 MERCURE
,
dié à Monaco & à Nice pour
donner part de ſon paſſage.
Cette Princeſſe eſt âgéede 22.
ans, d'une taille moïenne,bien
faite , une belle gorge fort
blanche , des yeux petits
mais fort brillants , Elle eſt
piquée dela petite verole , ſa
vivacité eſt extraordinaire
Elle a beaucoup d'eſprit , elle
brode & peint en mignature
parfaitement bien , elle parle
diverſes Langues, & s'attache
actuellement à l'Eſpagnole.
Le 25. du mois dernier la
nouvelle Reine d'Eſpagne arriva
à Seſtri lieu de cette Republique
à trente mille au
Levant de Genes. M. le Duc
de Parme l'accompagna juf-
Sij
212 MERCURE
qu'au fommet du Mont Sains
te Croix , qui ſépare ſes Etats
de ceux de la Republique , &
où il avoit fait conſtruire avec
des planches une baraque tapiflée&
meublée affez proprement
, où ils ſe repoſerent environ
une demie heure , aprés
quoyce Duc prit congé de la
Princeſſe ,& les dernieres paroles
qu'il luy dit , furent de
luy ſouhaiter un heureux
voyage , & de luy recommander
la protection de ſa
Maifon . Cette Princeſſe fut
rencontrée à ces mêmes confins
par Madame la Princeſſe
GALANT. 213
Piombino ſuivie de la Marquife
Silica femme du Conful
d'Eſpagne à Livourne. Les
Ambaſſadeurs de cette Repu
blique l'y furent recevoir ,&
l'accompagnerent juſqu'à Seftri.
Elle avoit à ſa ſuite M. le
Cardinal Acquaviva
Dame d'Honneur
>
,
une
quatre
Femmes de Chambre , & trois
Aydes. Son Confeffeur qui
eſt un Jeſuite de Ferrare appellé
Pere Belate avec fon
Compagnon , ſon Medecin
Parmefan un Aumônier
د
د
Preſtre , deux Pages d'Honneur
, le Marquis Annibal
214 MERCURE
Scotty de Plaiſance qui l'accompagne
en qualité de Majordome
, foixante Mulets
chargez de ſes équipages &
quarante Cuiraffiers du Duc
de Parme qui l'ont accompagnée
juſqu'à Settry . Elle fut
conduite eny arrivant au Palais
Brignolé qu'on luy avoit
magnifiquement preparé &
onluydonna une Garde Suiffe
de la Republique , avec 400.
autres Soldats devant fon
Palais. Le lendemain de ſon
arrivée les Deputez de la Republique
firent leur entrée , accompagnez
de prés de 200.
GALANT. 215
autres Cavaliers Genois tous
magnifiquement habillez &
24. livrées uniformes & tresfuperbes
: aprés que ces Ambaſſadeurs
eurent fait leur
premier compliment , il luy
preſenterent le régal que la
Republique luy faifoit de 24.
caiſſes remplies de chocolat
• confitures , & eaux d'odeur
toutes couvertes de brocard
d'or&d'argent que cette Princeffe
a accepté de fort bonne
grace. L'apreſdinée du même
jour , M. le Duc Salviaty Ambaſſadeurde
M. le Grand Duc
fit fon entrée ayant trente
,
,
216 MERCURE
hommes de livrée fort magnifique
, deux Trompettes , &
deux Pages , & quatre Cavaliers
pour fon cortege qui fut
augmenté par tous les Officiers
des deux Galeres de Tofcane
, cette nouvelle Reine a
reſté trois jours à Seſtry , pendant
leſquels Elle n'eſt ſortie
qu'une ſeule fois pour aller à
l'Eglife. Cependant dans tout
ce temps-là les Dames de Genes
qui y estoient en grand
nombre & parées avec beaucoup
de faſte ſe ſont données
des feſtes , des bals tres magnifiques
à l'honneur de la
,
Reine
GALANT. 217
Reine . Elle s'embarqua le 30.
fur la Capitane de M. le Duc
de Turcis , & arriva icy te
même jour fur les 22. heures
d'Italie au bruit d'une triple
décharge de toute l'artillerie
de la Ville & des fix Vaiſſeaux
d'Eſpagne qui l'ont attenduë
dans ce Port , Elle fit rendre le
falut à la Ville par trois coups
deCanon de la Galere qui la
portoit , & lors qu'Elle ſe
débarqua toutes les Galeres
tant celles de M. le Duc de
Turcis , que celles de la Republique
, la faluërent aufli par
une triple décharge. Elle fe
Octobre 1714 . T
(
218 MERCURE
débarqua au pas du Fanal parce
que la Mer ſe trouva mauvaiſe
pour defcendre à Saint
Pierre d'Arenne , où on luy
avoit preparé le logement , &
on l'y conduifit enſuite par
terre dans ſa chaiſe à Porteur.
Son débarquement fut d'abord
troublé par une bourafque
qui ſurvint dans un moment,&
qui ne dura heureuſement
qu'un quart d'heure
mais ce fut une ſi forte pluye
&greſſe que plus de fix mille
perſonnes de l'un &de l'autre
ſexe qui estoient venuës pour
la voir en furent moüilleés juf
GALAN . 219
qu'à la chemiſe. Cette Princeſſe
a eſté ſi incommodée
dela Mer dans le petit trajet
de Seſtry icy qui n'eſt que de
dix lieuës , qu'Elle en garde
actuellement le lit , & eſt abſolument
réſoluë de ne plus
s'embarquer. A cet effet Elle
expedie aujourd'huy au Roy
fon Epoux pour luy reprefenter
que ne pouvant ſouffrir le
voyage par Mer , Elle estoit
refoluë d'aller par terre,& Elle
partira au premier beau temps
ayant toujours plû depuis
qu'elle eft icy ; & comme les
chemins ſont extraordinaire-
Tij
220 MERCURE
ment mauvais d'icy à Nice &
qu'Elle ne peut naturellement
les faire qu'en chaiſe àPorteur,
on va diſpoſer les relais pour
dix chaiſes , ſçavoir celle de
la Reine , une pour la Princeſſe
Piombino , une pour M.
le Cardinal Acquaviva , une
pour M. le Marquis de Los
Balbazés, une pour le Marquis
Scotty , une pour Don Carlo
Grillo , qui a ordre de la Reine
de ſe débarquer des Vaif
ſeaux où il eſt un des Lieutenant
Generaux , une pour le
Marquis Maldachini Romain
qui fuit d'ordre du Roy d'EfGALANT.
221
pagne en qualité de Majordome
, une pour les deux Femmes
de Chambre de la Reine ,
& une pour la Princeſſe de
Piombino. Les équipages
s'embarqueront ſur les Vaifſeaux
, à la referve de ce qui
doit ſuivre neceſſairement la
Reine, qu'on fera marcher à
cheval ,& pour les hardes on
acompté qu'il faur 36.Mulets.
Les Vaiſſeaux iront droit à
Micant & les Galeres ſuivront
lacoſte de Ville- franche , ou
Antibes , pour eſtre à portéc
de recevoir les ordres de la
Reine , qui ſuivra la même
T iij
222 MERCURE
coſte par terre. M. le Ducde
Turcis qui avoit receu le premier
ordre du Roy d'Eſpagne
d'embarquer la Princeſſe , a
eſté fort mortifié d'en voir
un autre au General Pez , par
lequel S. M. C. luy mande
qu'Elle defireroit que la Reine
s'embarqua ſur ſes Vaifſeaux.
Surquoy M. le Duc de
Turcis pour montrer quelque
empreſſement, avoit reprefenté
que la commodité des Galeres
eſtoit plus propre pour la
Reine que celle des Vaiſſeaux
& eſtant ſurvenu quelque
petit different fur cela entre 1
GALANT. 223
ce Duc & leGeneral Pez , M.
le Cardinal Acquaviva les
avoit mis d'accord eſtant encore
à Seſtry, en faiſant refoudre
la Reine de venir ſur les
Galeres juſqu'à Genes pour
s'y embarquer enſuite fur les
Vaiſſeaux. Mais il ne s'agit
plus preſentement d'aller par
Mer , puiſque cette Princeffe
a pris la reſolution de ſuivre
ſon voyage par Terre
compte de trouver ou d'attendre
à Toulouze les ordres
&
du Roy ſon Epoux pour la
continuation de ſon voyage
delà en Eſpagne. Elle a expe-
T iiij
224 MERCURE
,
dié à Monaco & à Nice pour
donner part de ſon paſſage.
Cette Princeſſe eſt âgéede 22.
ans, d'une taille moïenne,bien
faite , une belle gorge fort
blanche , des yeux petits
mais fort brillants , Elle eſt
piquée dela petite verole , ſa
vivacité eſt extraordinaire
Elle a beaucoup d'eſprit , elle
brode & peint en mignature
parfaitement bien , elle parle
diverſes Langues, & s'attache
actuellement à l'Eſpagnole.
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Résumé : A Genes le 2. Octobre.
Le 2 octobre, la nouvelle reine d'Espagne arriva à Sestri, dans la République de Gênes, escortée par le duc de Parme jusqu'au Mont Sainte-Croix. Elle fut accueillie par la princesse Piombino, la marquise Silica et les ambassadeurs de la République. La reine était accompagnée de divers dignitaires, dont le cardinal Acquaviva, des dames d'honneur, des femmes de chambre, un confesseur jésuite, un médecin, un aumônier, des pages et le marquis Annibal Scotty en tant que majordome. Elle séjourna trois jours à Sestri, recevant des visites officielles et des présents, notamment 24 caisses de chocolats, confitures et eaux de senteur. Le 30 octobre, elle embarqua sur la galère du duc de Tursis pour Gênes, mais en raison d'un malaise en mer, elle décida de poursuivre son voyage par terre. Des préparatifs furent faits pour organiser des relais pour dix chaises à porteurs destinées à la reine et à son entourage. La princesse, âgée de 22 ans, est décrite comme ayant une taille moyenne, une belle gorge blanche, des yeux petits mais brillants, et des traces de petite vérole. Elle est connue pour sa vivacité, son esprit, ses talents en broderie et en peinture miniature, ainsi que sa maîtrise de plusieurs langues, notamment l'espagnol. Initialement prévue pour se rendre en Espagne par mer, elle choisit de se rendre à Toulouse pour y attendre les ordres du roi, son époux. Elle informa Monaco et Nice de son passage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3142
p. 224-226
« J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...] »
Début :
J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...]
Mots clefs :
Journal historique, Horace, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...] »
J'avois le mois dernier formé
le projet de donner une
Relation entiere de tout cc
GALANT. 225
qui s'eſt paſſé à Barcelone depuis
que M. de Staremberg
eſt ſorti de cette Place , jufqu'à
preſent. J'avois même
ramaſſe un grand nombre de
Memoires que je deſtinois à
l'execution de ce deffein , &
je n'aurois pas manqué d'en
faire une ſuite exacte , ſi je
n'avois pas trouvé dans mes
manufcrits tant de vuides
qu'il m'a eſté abſolument impoſſible
de les remplir en un
mois . J'auray plus de loiſir
&je feray peut- eſtre plus heureux
le mois prochain. Si je
réüflis enfin dans mes recher226
MERCURE
1
ches , on n'attendra pas longtemps
le Journal hiſtorique de
tous les évenemens de ce fameux
Siege , finon je m'en
tiendray au precepte d'Horace
,&malgré toutes les peines
que j'auray priſes, j'abandonneray
un ouvrage dont la façon
ne me flatteroit pas d'un
heureux fuccés... Et qua *
Defperattractata nitefcere poffe
relinquit.
le projet de donner une
Relation entiere de tout cc
GALANT. 225
qui s'eſt paſſé à Barcelone depuis
que M. de Staremberg
eſt ſorti de cette Place , jufqu'à
preſent. J'avois même
ramaſſe un grand nombre de
Memoires que je deſtinois à
l'execution de ce deffein , &
je n'aurois pas manqué d'en
faire une ſuite exacte , ſi je
n'avois pas trouvé dans mes
manufcrits tant de vuides
qu'il m'a eſté abſolument impoſſible
de les remplir en un
mois . J'auray plus de loiſir
&je feray peut- eſtre plus heureux
le mois prochain. Si je
réüflis enfin dans mes recher226
MERCURE
1
ches , on n'attendra pas longtemps
le Journal hiſtorique de
tous les évenemens de ce fameux
Siege , finon je m'en
tiendray au precepte d'Horace
,&malgré toutes les peines
que j'auray priſes, j'abandonneray
un ouvrage dont la façon
ne me flatteroit pas d'un
heureux fuccés... Et qua *
Defperattractata nitefcere poffe
relinquit.
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Résumé : « J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...] »
L'auteur souhaite écrire une relation complète des événements à Barcelone depuis le départ de M. de Staremberg. Il a rassemblé des mémoires mais constate des lacunes dans ses manuscrits, rendant impossible leur complétion rapide. Il espère achever son ouvrage le mois suivant ou l'abandonner si les résultats ne le satisfont pas, suivant le précepte d'Horace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3143
p. 226-241
DROITE AUX ORDRES de Messieurs Dhilon, Lieutenant General ; Castille, Maréchal de Camp ; Revez, Brigadier.
Début :
En attendant je vais suivre l'histoire de ce Siege & en / Courten. Balincour. Bataillons. Grenadiers. Vieille Tranchée. Castille I I Murcia. [...]
Mots clefs :
Ordres, Bataillons, Troupes, Attaque, Grenadiers, Siège, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DROITE AUX ORDRES de Messieurs Dhilon, Lieutenant General ; Castille, Maréchal de Camp ; Revez, Brigadier.
En attendant je vais ſuivre
P'hiſtoire de ce Siege & en
reprendre le détail depuis le
onze de Septembre , qui eſt le
*Art. Poëtique,
1
GALANT . 227
jour que l'affaut general fut
donné. Voicy un ordre exact
de l'attaque generale.
***********************
DROITE AUX ORDRES
de Meffieurs Dhilon , LieutenantGeneral;
Caftille, Maréchal
de Camp ; Revez ,
✓ Brigadier.
Courten.
Balincour.
Bataillons. Grenadiers.
VieilleTranchée.
Caſtille. I I
Murcia. I. I
228 MERCURE
Nouvelle Tranchée.
Savoye.
Aftourias. I
I I
I
Extraordinaire.
Gardes Eſpagnoles .
Gardes Valones .
2 2
I I
B. 7. G. 7.
200. Travailleurs.
Sçavoir ,
Mineurs.
Canoniers .
IS
10
25
GALANT . 229
Depost destinépour cette attaque.
Celuy desGardes Eſpagnoles.
Celuy des Gardes Valones.
CENTRE AUX ORDRES
deM. le Marquis de Laverre.
Bataillons. Grenadiers.
Provence. 2 2
Auvergne. 2 2
Artois . 2 2
Normandie. I I
Anjou. 2 2
La Reine . I
F
1
230 MERCURE
.
La Couronne . 2
Baffigny.
2
I
13. 13 .
5. Compagnies extraordinaires.
Sçavoir ,
Beauvoiſi.
Sanfay.
Guerchy.
Blaifois.
2
[
I
I
G.18.
300. Travailleurs François ,
un Capitaine par so.
Sçavoir ,
Beauvoiſi.
Guerchy.
125
so
GALANT. 231
}
Sanſay.
Mineurs.
Canoniers.
125
300.
Depost destiné pour cette
attaque.
Celuyd'Auvergne.
Caſtelar.
La Marine.
12
10
22
232 MERCURE
GAUCHEAUXORDRES
de Meſſieurs de Silly , Lieutenant
General ; Rivadeo ,
Maréchal de Camp;delPouerto
, Brigadier.
Nonant.
Curcy.
Bataillons. Grenadiers.
La Marine. 3 3
Caſtelas. 3 3
Medoc. 2
2
Ponticu. 2
2
10. 10.
2.
GALANT . 233
2. Compagnies extraordinaires .
Talleran .
Houdetor.
I
I
Τ. 12 .
300. Travailleurs François.
Sçavoir ,.
La Marche.
Blaifois.
*
100
100
*
Talleran .
so
Houdetor. so
D
Τ. 300 .
Mineurs. 12
Canoniers. 10
Octobre 1714 . V
T. 22.
234 MERCURE
Depoft destiné pour cette attaque.
Normandic.
La Couronne .
RESERVE AUX
ordres de M. le Maréchal
deBerwick.
Brigadiers .
Ordoigno.
Valieco.
Bataillons.
Gardes Eſpagnoles.
Cordoüa.
Grenadiers.
+
I I
I
GALANT. 235
Orleans. 2 2
Guerchy. I 1
L'Ile de France. 2 2
Royal Artillerie. I
Bombardiers. I
Courten. 2 2
La Noüa. I I
B. 12. G. 9 .
J
1
Travailleurs.
I
)
2
I
2
So
01002503535
so
t
25
Vij
236 MERCURE
2
I
G. 9 .
100
75 7
Τ. 350 .
500. Travailleurs .
Sçavoir ,
Un Lieutenant, un Sergent
&vingt cinq hommes parBataillons
, comme il eſt detaillé
cy-deflus.
DETAIL.
Sçavoir ,
Eſpagnols. Ijo
François. 350
T. 5oo.
600. Dragons commandez
par M. de Chateaufort .
)
1
GALANT. 237
L'affaut commença vers les
quatre heures du matin , & en
peu de temps les breches & les
Baſtions de la Porte neuve de
Sainte Claire & du Levant ,
& la grande coupure furent
emportez avec peu de perte ;
mais les Troupes animées par
ce ſuccés s'avancerent vers les
entrées des ruës qui estoient
toutes retranchées , &les maifons
percées , d'où les Ennemis
faifoient grand feu de
Mousqueterie & de Canons
chargez à cartouches ; elles
voulurent auffi s'emparer fans
neceffité du Baſtion de Saint
*
238 MERCURE
:
Pierre qui estoit commandé
de tous coſtez par les maiſons
voiſines , ce qui caufa une
perte qu'on n'auroit pas faite ,
fi les ordres avoient eſté ſuivis.
Enfin les Troupes voyant
la réſiſtance des Afliegez , ſe
coulerent à droit& à gauche ,
le long des remparts ; pour les
envelopper de tous coſtez.
Ces mouvemens furieux les
déconcerterent,&vers les cinq
heures du foir , ils battirent la
chamade en trois endroits dif.
ferents ,& ils envoyerent des
Deputez qui demanderent /
une fufpenfion d'armes pour
1
GALANT. 239
}
traiter. M. le Maréchal de
Berwick l'accorda , à condition
qu'ils ſe rendroient le
lendemain au matin .
Le 12 à midy ils confentirent
de ſe rendre àdiſcretion ,
fur lapromeſſe que leur fit M.
le Maréchal de leur fauver la
vie& les biens , ſuivant les or.
dres qu'il avoit receus du Roy
d'Eſpagne , d'épargner les
Habitans , autant qu'il pourroit
,&de conſerver les Egliſes.
LeChaſteau de Montjoüy
& les autres poftes furent livrez
le même jour ,& le lendemain
le Comte de Monte.
240 MERCURE
mar partit avec des Troupes
pour aller prendre poffeffion
du Chaſteau de Cardonne qui
eſtoit la ſeule Fortereffe qui
reſtoit aux Rebelles . Des
Troupes Eſpagnoles il ya eu
24. Officiers tuez , parmi leſquels
il n'y a aucun Officier
General , ny Colonel , & 86 .
bleffez , 336. Soldats tuez , &
760. bleſſez. La perte des
Alfiegez a eſté beaucoup plus
grande , quatre de leurs principaux
Chefs ont eſté tuez , &
le Marquis de Villaroel , d'Almau
, & Romana bleffez . On
a trouvé dans la Place 18.3 .
pieces
4
GALANT. 241
pieces deCanons, & 3 2. Mortiers.
Voicy une Relation de
l'entrée de M. le Maréchal
dans cette Ville.
P'hiſtoire de ce Siege & en
reprendre le détail depuis le
onze de Septembre , qui eſt le
*Art. Poëtique,
1
GALANT . 227
jour que l'affaut general fut
donné. Voicy un ordre exact
de l'attaque generale.
***********************
DROITE AUX ORDRES
de Meffieurs Dhilon , LieutenantGeneral;
Caftille, Maréchal
de Camp ; Revez ,
✓ Brigadier.
Courten.
Balincour.
Bataillons. Grenadiers.
VieilleTranchée.
Caſtille. I I
Murcia. I. I
228 MERCURE
Nouvelle Tranchée.
Savoye.
Aftourias. I
I I
I
Extraordinaire.
Gardes Eſpagnoles .
Gardes Valones .
2 2
I I
B. 7. G. 7.
200. Travailleurs.
Sçavoir ,
Mineurs.
Canoniers .
IS
10
25
GALANT . 229
Depost destinépour cette attaque.
Celuy desGardes Eſpagnoles.
Celuy des Gardes Valones.
CENTRE AUX ORDRES
deM. le Marquis de Laverre.
Bataillons. Grenadiers.
Provence. 2 2
Auvergne. 2 2
Artois . 2 2
Normandie. I I
Anjou. 2 2
La Reine . I
F
1
230 MERCURE
.
La Couronne . 2
Baffigny.
2
I
13. 13 .
5. Compagnies extraordinaires.
Sçavoir ,
Beauvoiſi.
Sanfay.
Guerchy.
Blaifois.
2
[
I
I
G.18.
300. Travailleurs François ,
un Capitaine par so.
Sçavoir ,
Beauvoiſi.
Guerchy.
125
so
GALANT. 231
}
Sanſay.
Mineurs.
Canoniers.
125
300.
Depost destiné pour cette
attaque.
Celuyd'Auvergne.
Caſtelar.
La Marine.
12
10
22
232 MERCURE
GAUCHEAUXORDRES
de Meſſieurs de Silly , Lieutenant
General ; Rivadeo ,
Maréchal de Camp;delPouerto
, Brigadier.
Nonant.
Curcy.
Bataillons. Grenadiers.
La Marine. 3 3
Caſtelas. 3 3
Medoc. 2
2
Ponticu. 2
2
10. 10.
2.
GALANT . 233
2. Compagnies extraordinaires .
Talleran .
Houdetor.
I
I
Τ. 12 .
300. Travailleurs François.
Sçavoir ,.
La Marche.
Blaifois.
*
100
100
*
Talleran .
so
Houdetor. so
D
Τ. 300 .
Mineurs. 12
Canoniers. 10
Octobre 1714 . V
T. 22.
234 MERCURE
Depoft destiné pour cette attaque.
Normandic.
La Couronne .
RESERVE AUX
ordres de M. le Maréchal
deBerwick.
Brigadiers .
Ordoigno.
Valieco.
Bataillons.
Gardes Eſpagnoles.
Cordoüa.
Grenadiers.
+
I I
I
GALANT. 235
Orleans. 2 2
Guerchy. I 1
L'Ile de France. 2 2
Royal Artillerie. I
Bombardiers. I
Courten. 2 2
La Noüa. I I
B. 12. G. 9 .
J
1
Travailleurs.
I
)
2
I
2
So
01002503535
so
t
25
Vij
236 MERCURE
2
I
G. 9 .
100
75 7
Τ. 350 .
500. Travailleurs .
Sçavoir ,
Un Lieutenant, un Sergent
&vingt cinq hommes parBataillons
, comme il eſt detaillé
cy-deflus.
DETAIL.
Sçavoir ,
Eſpagnols. Ijo
François. 350
T. 5oo.
600. Dragons commandez
par M. de Chateaufort .
)
1
GALANT. 237
L'affaut commença vers les
quatre heures du matin , & en
peu de temps les breches & les
Baſtions de la Porte neuve de
Sainte Claire & du Levant ,
& la grande coupure furent
emportez avec peu de perte ;
mais les Troupes animées par
ce ſuccés s'avancerent vers les
entrées des ruës qui estoient
toutes retranchées , &les maifons
percées , d'où les Ennemis
faifoient grand feu de
Mousqueterie & de Canons
chargez à cartouches ; elles
voulurent auffi s'emparer fans
neceffité du Baſtion de Saint
*
238 MERCURE
:
Pierre qui estoit commandé
de tous coſtez par les maiſons
voiſines , ce qui caufa une
perte qu'on n'auroit pas faite ,
fi les ordres avoient eſté ſuivis.
Enfin les Troupes voyant
la réſiſtance des Afliegez , ſe
coulerent à droit& à gauche ,
le long des remparts ; pour les
envelopper de tous coſtez.
Ces mouvemens furieux les
déconcerterent,&vers les cinq
heures du foir , ils battirent la
chamade en trois endroits dif.
ferents ,& ils envoyerent des
Deputez qui demanderent /
une fufpenfion d'armes pour
1
GALANT. 239
}
traiter. M. le Maréchal de
Berwick l'accorda , à condition
qu'ils ſe rendroient le
lendemain au matin .
Le 12 à midy ils confentirent
de ſe rendre àdiſcretion ,
fur lapromeſſe que leur fit M.
le Maréchal de leur fauver la
vie& les biens , ſuivant les or.
dres qu'il avoit receus du Roy
d'Eſpagne , d'épargner les
Habitans , autant qu'il pourroit
,&de conſerver les Egliſes.
LeChaſteau de Montjoüy
& les autres poftes furent livrez
le même jour ,& le lendemain
le Comte de Monte.
240 MERCURE
mar partit avec des Troupes
pour aller prendre poffeffion
du Chaſteau de Cardonne qui
eſtoit la ſeule Fortereffe qui
reſtoit aux Rebelles . Des
Troupes Eſpagnoles il ya eu
24. Officiers tuez , parmi leſquels
il n'y a aucun Officier
General , ny Colonel , & 86 .
bleffez , 336. Soldats tuez , &
760. bleſſez. La perte des
Alfiegez a eſté beaucoup plus
grande , quatre de leurs principaux
Chefs ont eſté tuez , &
le Marquis de Villaroel , d'Almau
, & Romana bleffez . On
a trouvé dans la Place 18.3 .
pieces
4
GALANT. 241
pieces deCanons, & 3 2. Mortiers.
Voicy une Relation de
l'entrée de M. le Maréchal
dans cette Ville.
Fermer
Résumé : DROITE AUX ORDRES de Messieurs Dhilon, Lieutenant General ; Castille, Maréchal de Camp ; Revez, Brigadier.
Le 11 septembre 1714, l'assaut final d'un siège commence à quatre heures du matin. L'attaque est structurée en trois sections : droite, centre et gauche, chacune dirigée par différents officiers. Les forces engagées comprennent des bataillons de grenadiers, des compagnies extraordinaires, des travailleurs, des mineurs et des canonniers. Rapidement, les brèches et bastions stratégiques sont conquis avec peu de pertes. Cependant, des pertes inutiles surviennent lors de la tentative de prise d'un bastion sans respecter les ordres. À cinq heures, les assiégés demandent une suspension des hostilités et se rendent le lendemain, le 12 octobre, après avoir reçu la garantie de la sauvegarde de leur vie et de leurs biens. Le château de Montjuïc et d'autres postes sont remis le même jour. Les pertes espagnoles s'élèvent à 24 officiers tués, 86 blessés, 336 soldats tués et 760 blessés. Parmi les assiégés, quatre chefs principaux sont tués et plusieurs autres sont blessés. La ville contient 183 pièces d'artillerie et 32 mortiers. Le maréchal de Berwick prend possession de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3144
p. 241-250
A Barcelone le 21. Septembre.
Début :
M. le Maréchal de Berwick a fait le 18. de ce mois son [...]
Mots clefs :
Barcelone, Maréchal de Berwick, Entrée, Maréchal, Porte, Roi, Chevaux, Premier consul, Rebelles, Gardes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Barcelone le 21. Septembre.
A Barcelone le 21. Septembre.
M. le Maréchal de Berwick
a fait le 18. de ce mois ſon
entrée en cette Ville pour aller
à la Cathedrale faire chanter
le Te Deum . Il partit du Camp
ſuivi de plus de 100. Officiers
du premier ordre , tous bien
montez , & les Chevaux couverts
de houfles tres propres.
J'avoishonneur d'eſtre dece
Octobre 1714. X
242 MERCURE
nombre. Lorſque nous fumes
au tiersdu chemin , il s'arrêta
un quart d'heure , aprés il s'avança
à une demie portée de
Canon de la Ville , où il attendit
encore un quart d'heure.
Le Corps de Ville vint audevant
de luy. Il y avoit dix
hommes àpied vêtus de Robes
rouges & un galon deſſus.
Ils eſtoient ſuivis d'un pareil
nombre veſtus de même qui
eſtoient à cheval. Il y en avoit
demontez ſur des mules avec
des Timbales ; aprés quoy
marchoient à cheval fix hommes
avec des Robes bleuës &
GALANT . 243
violettes , tenant des manieres
de maſſes à la main, & ils
étoient ſuivis de cinq Confuls
bienmontez , dont les chevaux
eſtoient magnifiquement
harnachez , avec beaucoupde
rubans à leur teſte. Ils
avoient une maniere d'écharpe
de ſatin rouge à fleurs d'or
large de neuf à dix pouces
qui leur prenoit ſur l'épaule
&defcendoit iufqu'à leur épée
M. le Maréchal s'arreſta ; le
premier Conful luy fit une
petite Harangue en Eſpagnol.
Je ne pus pas bien l'entendre.
M. le Maréchal luy répondit
Xij
244 MERCURE
fort honneſtement , & leur
dit en general qu'il falloit oule
paffé, qu'ils n'avoient
qu'à donner au Roy des marques
de leur fidelité , & qu'il
feroit tout ce qu'il pourroit
auprés de S. M. C. pour l'engager
à les traiter favorablement.
Aprés quoy les Gardes
de M. le Maréchal mirent l'épée
à la main , & pafferent les
premiers.Tout le cortege fit
demy tour à droite , & mar./
cha du coſté de la Ville dans
le même ordre qu'il eſtoir
Le premier Conful
marcha à lagauche duMilord.
venu.
ン
GALANT. 245
En approchant , le Montjoüy
falua de tout fon Canon ,&
en entrant dans la Ville toute
l'artillerie de la Place tira. Ily
avoit ſur la porte trois tapis
avec le Portrait du Roy'd'Efpagne.
Nous marchâmes dans
cet ordre juſqu'à la Citadelle..
Les ruës eſtoient bordées de
Soldats qui preſentoient les
armes ,& avoient leurs bayon.
nettes au bout du fufil , il n'y
avoit que les Gardes Valones:
qui euffent le fufil ſur l'épaule.
Il y avoit dans les ruës qui
traverſoient celles par leſquelles
nous paffions ,des Cavaliers
X iij
246 MERCURE
qui avoient le ſabre haut. Le
Portrait du Roy eſtoit auſſi
au deſſus de la grande porte
del'Eglife. LeChefdu Clergé
ſuivi de ſes Chanoines ſe trouva
ſur la porte& fit ſon compliment
à M. le Maréchal &
l'accompagna dans le Choeur
où on luy avoit preparé un
Prié-Dieu. L'Egliſe eſtoit fort
illuminée. On chanta le Te
Deum en Muſique,pendant lequel
tems la Place fit3. décharges
deCanon. Les enfans &
le petit peuple crioient Viva
&jettoient leurs chapeaux en
l'air. Le Te Deum fini on
GALANT. 247
repaſſa par lesmêmes ruës &
avec le même ordre juſqu'à
la porte.En fortant, laPlace&
leMontjoüy faluërent encore
de toute leur artillerie. Voilà
toute la Ceremonie.
Je remarquay qu'il y avoit
neuf Bombes qui estoient
tombées dans cette Eglife. Il
y ades ruës où l'on ne peut
paſſerà cauſe des débris des
maiſons. Il y en a peu qui ne
foient endommagées ou des
Bombes oudes Boulets à rico .
chet que nous avons tirez.
LorſqueM. de Broglio eft
parti il y avoit auprés de M.
X iiij
248 MERCURE
le Maréchal des Deputez de
l'Ifle de Maillorque pour traiter
avec luy .
On parle diverſement du
Marquis de Villaroel qui
commandoit dans Barcelone ,
& qui a eu le genoüil caffé au
dernier afſaut ; les uns diſent
qu'ils'eſt ſauvé à Maillorque,
& les autres qu'il s'eſt remis
àla clemence du Roy , alleguant
qu'il n'a pas tenu à ſes
répreſentations que les Rebelles
ne ſe ſoient plutoſt ſoumis.
Ce dernier ſentiment paroiſt
le plus vray.
J'ay vû d'ailleurs des LerGALANT.
249
1
tres qui mandent qu'il ne
faut pas croire un mot du
grand nombre de gens que
nous avons perdu. Il y en a
fix fois moins.
On ajoûte qu'on va faire
le procés aux plus coupables
des Rebelles , que les Miquelets
prendront parti dans les
Troupes d'Eſpagne , & qu'on
oblige la Ville de baltir une
Citadelle à ſes dépens .
On dit que M. le Maréchal
de Berwick avoit envoyé
les Drapeaux de Barce
lone à Madrid , & quele Roy
d'Eſpagne les luy a renvoyé
1
250 MERCURE
par le même Courrier avec
ordre de les faire bruler au
milieu de la Ville par la main
du Bourreau.
Une Lettre du trois de ce
mois porte que M. le Maréchal
a fait embarquer le même
jour vingt deux des principaux
Chefs des Rebelles ,
pour les faire paſſer au Château
d'Alicant , où ils ſeront
biengardez Ondit que Villaroel
,Pinos , & Baſſet ſont du
nombre des prifonniers. Il y
en a un grand nombre d'autres
qu'on envoye à Peniſcola.
M. le Maréchal de Berwick
a fait le 18. de ce mois ſon
entrée en cette Ville pour aller
à la Cathedrale faire chanter
le Te Deum . Il partit du Camp
ſuivi de plus de 100. Officiers
du premier ordre , tous bien
montez , & les Chevaux couverts
de houfles tres propres.
J'avoishonneur d'eſtre dece
Octobre 1714. X
242 MERCURE
nombre. Lorſque nous fumes
au tiersdu chemin , il s'arrêta
un quart d'heure , aprés il s'avança
à une demie portée de
Canon de la Ville , où il attendit
encore un quart d'heure.
Le Corps de Ville vint audevant
de luy. Il y avoit dix
hommes àpied vêtus de Robes
rouges & un galon deſſus.
Ils eſtoient ſuivis d'un pareil
nombre veſtus de même qui
eſtoient à cheval. Il y en avoit
demontez ſur des mules avec
des Timbales ; aprés quoy
marchoient à cheval fix hommes
avec des Robes bleuës &
GALANT . 243
violettes , tenant des manieres
de maſſes à la main, & ils
étoient ſuivis de cinq Confuls
bienmontez , dont les chevaux
eſtoient magnifiquement
harnachez , avec beaucoupde
rubans à leur teſte. Ils
avoient une maniere d'écharpe
de ſatin rouge à fleurs d'or
large de neuf à dix pouces
qui leur prenoit ſur l'épaule
&defcendoit iufqu'à leur épée
M. le Maréchal s'arreſta ; le
premier Conful luy fit une
petite Harangue en Eſpagnol.
Je ne pus pas bien l'entendre.
M. le Maréchal luy répondit
Xij
244 MERCURE
fort honneſtement , & leur
dit en general qu'il falloit oule
paffé, qu'ils n'avoient
qu'à donner au Roy des marques
de leur fidelité , & qu'il
feroit tout ce qu'il pourroit
auprés de S. M. C. pour l'engager
à les traiter favorablement.
Aprés quoy les Gardes
de M. le Maréchal mirent l'épée
à la main , & pafferent les
premiers.Tout le cortege fit
demy tour à droite , & mar./
cha du coſté de la Ville dans
le même ordre qu'il eſtoir
Le premier Conful
marcha à lagauche duMilord.
venu.
ン
GALANT. 245
En approchant , le Montjoüy
falua de tout fon Canon ,&
en entrant dans la Ville toute
l'artillerie de la Place tira. Ily
avoit ſur la porte trois tapis
avec le Portrait du Roy'd'Efpagne.
Nous marchâmes dans
cet ordre juſqu'à la Citadelle..
Les ruës eſtoient bordées de
Soldats qui preſentoient les
armes ,& avoient leurs bayon.
nettes au bout du fufil , il n'y
avoit que les Gardes Valones:
qui euffent le fufil ſur l'épaule.
Il y avoit dans les ruës qui
traverſoient celles par leſquelles
nous paffions ,des Cavaliers
X iij
246 MERCURE
qui avoient le ſabre haut. Le
Portrait du Roy eſtoit auſſi
au deſſus de la grande porte
del'Eglife. LeChefdu Clergé
ſuivi de ſes Chanoines ſe trouva
ſur la porte& fit ſon compliment
à M. le Maréchal &
l'accompagna dans le Choeur
où on luy avoit preparé un
Prié-Dieu. L'Egliſe eſtoit fort
illuminée. On chanta le Te
Deum en Muſique,pendant lequel
tems la Place fit3. décharges
deCanon. Les enfans &
le petit peuple crioient Viva
&jettoient leurs chapeaux en
l'air. Le Te Deum fini on
GALANT. 247
repaſſa par lesmêmes ruës &
avec le même ordre juſqu'à
la porte.En fortant, laPlace&
leMontjoüy faluërent encore
de toute leur artillerie. Voilà
toute la Ceremonie.
Je remarquay qu'il y avoit
neuf Bombes qui estoient
tombées dans cette Eglife. Il
y ades ruës où l'on ne peut
paſſerà cauſe des débris des
maiſons. Il y en a peu qui ne
foient endommagées ou des
Bombes oudes Boulets à rico .
chet que nous avons tirez.
LorſqueM. de Broglio eft
parti il y avoit auprés de M.
X iiij
248 MERCURE
le Maréchal des Deputez de
l'Ifle de Maillorque pour traiter
avec luy .
On parle diverſement du
Marquis de Villaroel qui
commandoit dans Barcelone ,
& qui a eu le genoüil caffé au
dernier afſaut ; les uns diſent
qu'ils'eſt ſauvé à Maillorque,
& les autres qu'il s'eſt remis
àla clemence du Roy , alleguant
qu'il n'a pas tenu à ſes
répreſentations que les Rebelles
ne ſe ſoient plutoſt ſoumis.
Ce dernier ſentiment paroiſt
le plus vray.
J'ay vû d'ailleurs des LerGALANT.
249
1
tres qui mandent qu'il ne
faut pas croire un mot du
grand nombre de gens que
nous avons perdu. Il y en a
fix fois moins.
On ajoûte qu'on va faire
le procés aux plus coupables
des Rebelles , que les Miquelets
prendront parti dans les
Troupes d'Eſpagne , & qu'on
oblige la Ville de baltir une
Citadelle à ſes dépens .
On dit que M. le Maréchal
de Berwick avoit envoyé
les Drapeaux de Barce
lone à Madrid , & quele Roy
d'Eſpagne les luy a renvoyé
1
250 MERCURE
par le même Courrier avec
ordre de les faire bruler au
milieu de la Ville par la main
du Bourreau.
Une Lettre du trois de ce
mois porte que M. le Maréchal
a fait embarquer le même
jour vingt deux des principaux
Chefs des Rebelles ,
pour les faire paſſer au Château
d'Alicant , où ils ſeront
biengardez Ondit que Villaroel
,Pinos , & Baſſet ſont du
nombre des prifonniers. Il y
en a un grand nombre d'autres
qu'on envoye à Peniſcola.
Fermer
Résumé : A Barcelone le 21. Septembre.
Le 18 septembre 1714, le maréchal de Berwick entra à Barcelone accompagné de plus de cent officiers de haut rang pour assister à un Te Deum à la cathédrale. Le cortège, incluant des dignitaires et des soldats, fut accueilli par le corps municipal de la ville, vêtu de robes rouges et violettes. Le maréchal adressa un discours aux habitants, les incitant à démontrer leur loyauté envers le roi d'Espagne. La procession traversa les rues de la ville, bordées de soldats et de cavaliers, sous les salves de canons et les acclamations de la population. Après le Te Deum, le cortège repartit dans le même ordre. La ville portait des traces de destruction dues aux bombardements récents. Le marquis de Villaroel, commandant rebelle, avait capitulé et attendait la clémence royale. Des rumeurs indiquaient que certains rebelles étaient emprisonnés ou envoyés à Alicante et Peniscola. Le maréchal de Berwick avait également ordonné la destruction des drapeaux de Barcelone au centre de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3145
p. 250-258
Quart de critique. [titre d'après la table]
Début :
Tous les évenemens dont le Journal de ce mois est rempli [...]
Mots clefs :
Comédie, Historien, Poète, Critique, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Quart de critique. [titre d'après la table]
Tous les évenemens dont
GALANT. 251
De Journal de ce mois eſt remli
, ne preſentent heureuſement
aux Lecteurs que des
Tableaux agreables , & j'eſpee
les mener juſqu'à la fin du
Mercure de ſpectacles en ſpectacles
: celuy dont je vais parder
maintenant , eftd'un genre
fortdifferent des autres .
Je me garderay bien d'entreprendre
icy une Critique
que tout lemonde a negligée.
Je parleray ſeulement en Hiftorien
, du fort de la Comedie
des Captifs que M. R.
vient de donner au Theatre.
Cette Piece fut repreſentée
252 MERCURE
1
pour lapremiere fois un Vendredy
, vingt - huitiéme du
mois paffé , la Salle de la Comedie
auffi pleine de ſpectateurs
qu'elle pouvoit l'eſtre;
les luftres furent enfin levez ,
& le Prologue commença.
M. de la Thorilliere , qui
ale talent d'embellir tous les
rôles qu'il jouë , de tout ce
qu'un bon Acteur peut leur
donner de grace & d'ornement
, parut d'abord ſous le
nom de Mercure dans les
Champs Elifées , & ayant à fa
ceinture une douzaine de Placets
, que quelques ombres
GALANT. 253
plaintives luy avoient preſentez
. Celuy de Promethée ,
entre autres donne occafion à
une ſaillie du Poëte; il ſe plaint
que Pluton ait changé ſon
fupplice ,& qu'il ait ſubſtitué
un jeune Procureur , pour luy
ronger le coeur , à la place du
Vautour qui eſtoit deſtiné à
cecruel employ.
Pendant que Mercure fait
la reveuë des ces placets ,Plaute
arrive , la converſation de
ce Poëte avec Mercure eſt fort
animée , & plaiſt beaucoup.
Plaute ſe plaint de la licence
avec laquelle les Modernes
254 MERCURE
pillent dans les ouvrages des
Anciens ; Mercure luy repro
che les larcins qu'il a faits luy
même , & luy demande s'il
deſapprouve que Moliere ait
tiré de luy le ſujet de ſonAm
phitrion. Le Poëte répond à
ces objections des choſes fort
ſenſées. Mercure luy apprend
enfin que ſa Comedie des Ca.
ptifs qui fit autrefois tant de
bruit à Rome , a fourni à un
Poëte moderne , l'idée de la
Piece qu'on va joüer. Les exclamations
de Plaute ſont icy
comiques & pleines d'eſprit.
Il dit qu'il a ſeul enfanté ce ſu
GALANT. 255
jet ; qu'il en eſt le premier
pere , & qu'il eſt en un mot
fort inquiet du fort de ſesCaptifs.
Mercure luy répond à
cela , ce Vers qui finit le
Prologue.
Lesecond est encor plus inquiet
quevous.
J'avois formé le deſſein de
ſuivre l'Hiſtoire de cette Comedie
; mais j'en confidere
trop l'Auteur , pour ne pas
croire de bonne foy que j'ay
pû me tromper dans l'idée
que j'en ay conceuë . J'en diray
ſeulement en paffant ce
que j'en ay entendu dire.
2
256 MERCURE
On prétend que M. R. a
eu le malheur de ne pas pren
dre , comme il le pouvoit ; ce
qu'il y a de meilleur dans les
Captifs de Plaute ,& on foutient
que fon Ariftophon eft
un Auteur qui tombe des
nuës , & qu'il n'a aucun rapport
avec le Clitophon de
Plaute qui eſt un des plus intereffants
perſonnages de ſa
Comedie. Pour l'intrigue, on
ajoûte qu'elle eſt tirée de
'Heureux Esclave, ou duPrince
Esclave , & qu'elle en eft
mal tirée. Ce qu'il y a de vrai,
c'eſt que ſes Chanfons , dont
la
GALANT 257
1
la Muſique eſt de M. Quinaut
, font fort goutées , &
que les divertiſſements de cette
Comedie ſont extraordinaires
, beaux , & bien caracteriſez
.
: On a beaucoup crié contre
les Feſtes de Thalie , il y a cependant
plus de deux mois
qu'on jouë ce Ballet ſur le
Theâtre de l'Opera. Je m'étendrois
davantage ſur les Pieces
nouvelles , fi je ne craignois
pas de ſoulever contre
moy le Public & les Auteurs.
Il faut pourtant que j'en parle
, puiſque c'eſt un des Arti-
Octobre 1714 . Y
1
258 MERCURE
د
cles qui font le plus de bruit
dans le monde. Mais files Au.
teurs veulent m'en croire
qu'il me donnent , par écrit ,
ce qu'il leur plaira que je diſe
de leurs Ouvrages. S'ils font
équitables , ils confulteront
les fuffrages du Public , pour
ſe rendre juſtice ; s'ils ne le
ſont pas , je ne feray pas un
ridicule uſage des Memoires
qu'ils m'enverront.
GALANT. 251
De Journal de ce mois eſt remli
, ne preſentent heureuſement
aux Lecteurs que des
Tableaux agreables , & j'eſpee
les mener juſqu'à la fin du
Mercure de ſpectacles en ſpectacles
: celuy dont je vais parder
maintenant , eftd'un genre
fortdifferent des autres .
Je me garderay bien d'entreprendre
icy une Critique
que tout lemonde a negligée.
Je parleray ſeulement en Hiftorien
, du fort de la Comedie
des Captifs que M. R.
vient de donner au Theatre.
Cette Piece fut repreſentée
252 MERCURE
1
pour lapremiere fois un Vendredy
, vingt - huitiéme du
mois paffé , la Salle de la Comedie
auffi pleine de ſpectateurs
qu'elle pouvoit l'eſtre;
les luftres furent enfin levez ,
& le Prologue commença.
M. de la Thorilliere , qui
ale talent d'embellir tous les
rôles qu'il jouë , de tout ce
qu'un bon Acteur peut leur
donner de grace & d'ornement
, parut d'abord ſous le
nom de Mercure dans les
Champs Elifées , & ayant à fa
ceinture une douzaine de Placets
, que quelques ombres
GALANT. 253
plaintives luy avoient preſentez
. Celuy de Promethée ,
entre autres donne occafion à
une ſaillie du Poëte; il ſe plaint
que Pluton ait changé ſon
fupplice ,& qu'il ait ſubſtitué
un jeune Procureur , pour luy
ronger le coeur , à la place du
Vautour qui eſtoit deſtiné à
cecruel employ.
Pendant que Mercure fait
la reveuë des ces placets ,Plaute
arrive , la converſation de
ce Poëte avec Mercure eſt fort
animée , & plaiſt beaucoup.
Plaute ſe plaint de la licence
avec laquelle les Modernes
254 MERCURE
pillent dans les ouvrages des
Anciens ; Mercure luy repro
che les larcins qu'il a faits luy
même , & luy demande s'il
deſapprouve que Moliere ait
tiré de luy le ſujet de ſonAm
phitrion. Le Poëte répond à
ces objections des choſes fort
ſenſées. Mercure luy apprend
enfin que ſa Comedie des Ca.
ptifs qui fit autrefois tant de
bruit à Rome , a fourni à un
Poëte moderne , l'idée de la
Piece qu'on va joüer. Les exclamations
de Plaute ſont icy
comiques & pleines d'eſprit.
Il dit qu'il a ſeul enfanté ce ſu
GALANT. 255
jet ; qu'il en eſt le premier
pere , & qu'il eſt en un mot
fort inquiet du fort de ſesCaptifs.
Mercure luy répond à
cela , ce Vers qui finit le
Prologue.
Lesecond est encor plus inquiet
quevous.
J'avois formé le deſſein de
ſuivre l'Hiſtoire de cette Comedie
; mais j'en confidere
trop l'Auteur , pour ne pas
croire de bonne foy que j'ay
pû me tromper dans l'idée
que j'en ay conceuë . J'en diray
ſeulement en paffant ce
que j'en ay entendu dire.
2
256 MERCURE
On prétend que M. R. a
eu le malheur de ne pas pren
dre , comme il le pouvoit ; ce
qu'il y a de meilleur dans les
Captifs de Plaute ,& on foutient
que fon Ariftophon eft
un Auteur qui tombe des
nuës , & qu'il n'a aucun rapport
avec le Clitophon de
Plaute qui eſt un des plus intereffants
perſonnages de ſa
Comedie. Pour l'intrigue, on
ajoûte qu'elle eſt tirée de
'Heureux Esclave, ou duPrince
Esclave , & qu'elle en eft
mal tirée. Ce qu'il y a de vrai,
c'eſt que ſes Chanfons , dont
la
GALANT 257
1
la Muſique eſt de M. Quinaut
, font fort goutées , &
que les divertiſſements de cette
Comedie ſont extraordinaires
, beaux , & bien caracteriſez
.
: On a beaucoup crié contre
les Feſtes de Thalie , il y a cependant
plus de deux mois
qu'on jouë ce Ballet ſur le
Theâtre de l'Opera. Je m'étendrois
davantage ſur les Pieces
nouvelles , fi je ne craignois
pas de ſoulever contre
moy le Public & les Auteurs.
Il faut pourtant que j'en parle
, puiſque c'eſt un des Arti-
Octobre 1714 . Y
1
258 MERCURE
د
cles qui font le plus de bruit
dans le monde. Mais files Au.
teurs veulent m'en croire
qu'il me donnent , par écrit ,
ce qu'il leur plaira que je diſe
de leurs Ouvrages. S'ils font
équitables , ils confulteront
les fuffrages du Public , pour
ſe rendre juſtice ; s'ils ne le
ſont pas , je ne feray pas un
ridicule uſage des Memoires
qu'ils m'enverront.
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Résumé : Quart de critique. [titre d'après la table]
Le texte relate la première représentation de la comédie 'Les Captifs' de M. R., qui a eu lieu le vendredi 28 du mois précédent dans une salle comble. Le prologue, joué par M. de la Thorilliere dans le rôle de Mercure, montre Mercure recevant des suppliques d'âmes en peine, dont celle de Prométhée. Plaute apparaît ensuite et discute avec Mercure, critiquant la manière dont les modernes s'inspirent des œuvres anciennes. Mercure révèle que 'Les Captifs' de Plaute a servi d'inspiration à la pièce moderne. Le critique apprécie les chants et les divertissements, composés par M. Quinaut, mais émet des réserves sur l'adaptation de l'intrigue et des personnages. Pour éviter de froisser le public et les auteurs, il préfère laisser le jugement final aux spectateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3146
p. 258-259
« Laissons ces demi Critiques, qui ennuyent quelquefois [...] »
Début :
Laissons ces demi Critiques, qui ennuyent quelquefois [...]
Mots clefs :
Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Laissons ces demi Critiques, qui ennuyent quelquefois [...] »
Laiſſons ces demi Critiques
, qui ennuyent quelquefois
ceux qui les liſent , qui
déplaiſent à ceux fur qui elles
font faites , & qui embarraf
GALANT. 259
ſentſouvent ceux qui les font;
laiſſons les , dis-je , & ſauvons
nous à la faveur d'un mariage
, des inconvenients où elles
pourroient nous jetter , ſi
elles eſtoient plus longues, par
le deffaut de quelques matieres
plus intereſſantes.
, qui ennuyent quelquefois
ceux qui les liſent , qui
déplaiſent à ceux fur qui elles
font faites , & qui embarraf
GALANT. 259
ſentſouvent ceux qui les font;
laiſſons les , dis-je , & ſauvons
nous à la faveur d'un mariage
, des inconvenients où elles
pourroient nous jetter , ſi
elles eſtoient plus longues, par
le deffaut de quelques matieres
plus intereſſantes.
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3147
p. 259-263
Mariage. [titre d'après la table]
Début :
M Jean Baptiste de Montullé, Conseiller au Parlement, [...]
Mots clefs :
Conseiller au Parlement, Seigneur, Mariage, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage. [titre d'après la table]
M. Jean Baptifte de Montullé,
Conſeiller au Parlement,
a épousé Demoiselle Françoiſe
Glucq. Il eſt fils de M Jean-
Joſeph de Montullé , Conſeiller
du Roy en ſa Cour de
Parlement & Grande Chambre
d'icelle , Doyen de la premiere
des Requeſtes du Pa-
Yaj
260 MERCURE
lais , & de Dame Agnes Bouvard
de Fourqueux. Jean-Joſeph
de Montullé , originaire
de Bretagne , étoit fils de M.
de Montullé , Chevalier Seigneur
de Honglé , des Salles ,
& autres lieux , & de Dame
Renier , duquel mariage ſont
fortis Jean de Montullé , Religieux
Benedictin ; Jean Jofeph.;
Anne de Montullé, mariée
à M. de Boufbaudry , Seigneur
de Langan , Avocat General
au Parlement de Bretagne
; & Françoiſe , mariée à
M. de Montebert , Premier
Préſident de la Chambre des
GALANT. 261
Comptes de Nantes , qui ont
toutes deux laiſſez des enfans
actuellement en place dans
ledit Parlement. Dame Agnés
Bouvard de Fourqueux eſt
fille de M. Michel Bouvard
Chevalier Seigneur de Fourqueux
, Conſeiller au Parlement
, & de Dame Catherine
Laîné dont le nom eſt éteint
dans ladite perſonne & celle
de Dame Agnés Laîné ſa ſoeur
veuve de Robert de Pomereu
Conſeiller d'Etat & ancien
Prevoſt des Marchands. Elle
eſt foeur de Michel Bouvard
Chevalier Seigneur de Four262
MERCURE
queux , Procureur General en
la Chambre des Comptes. De
fon mariage avec Jean Joſeph
de Montullé ſont iſſus Auguſte-
Joſeph de Montullé ,
Docteur de Sorbonne,Doyen
de l'Egliſe de Beauvais & Vicaire
General du Dioceſe ;
Jean Baptifte dontjevous apprend
le Mariage , qui par ſa
mere ſe trouve allié aux Pomereu
, le Fevre d'Eaubonne ,
à M. le Chancelier , Meffieurs
Trudaine , Meſſieurs de
la Berchere , de Broglio , de
Châtillon , aux Pelletiers,àM.
le Duc de Noailles , à MefGALANT
. 263
ſieurs le Camus , Nicolaï ,
Pontcarré , Briffac , Dorſay ,
à Meffieurs de Mornay , & à
toutes les meilleurs familles
de la Robe.
Demoiſelle Françoiſe Glucq
a deux freres , l'un Conſeiller
au Parlement , & l'autre Conſeiller
au Grand Confeil , &
uneſoeur mariée à M. le Comte
de Curton Chabanes Brigadier
& Colonel du Regiment
Royal des Cravates .
Conſeiller au Parlement,
a épousé Demoiselle Françoiſe
Glucq. Il eſt fils de M Jean-
Joſeph de Montullé , Conſeiller
du Roy en ſa Cour de
Parlement & Grande Chambre
d'icelle , Doyen de la premiere
des Requeſtes du Pa-
Yaj
260 MERCURE
lais , & de Dame Agnes Bouvard
de Fourqueux. Jean-Joſeph
de Montullé , originaire
de Bretagne , étoit fils de M.
de Montullé , Chevalier Seigneur
de Honglé , des Salles ,
& autres lieux , & de Dame
Renier , duquel mariage ſont
fortis Jean de Montullé , Religieux
Benedictin ; Jean Jofeph.;
Anne de Montullé, mariée
à M. de Boufbaudry , Seigneur
de Langan , Avocat General
au Parlement de Bretagne
; & Françoiſe , mariée à
M. de Montebert , Premier
Préſident de la Chambre des
GALANT. 261
Comptes de Nantes , qui ont
toutes deux laiſſez des enfans
actuellement en place dans
ledit Parlement. Dame Agnés
Bouvard de Fourqueux eſt
fille de M. Michel Bouvard
Chevalier Seigneur de Fourqueux
, Conſeiller au Parlement
, & de Dame Catherine
Laîné dont le nom eſt éteint
dans ladite perſonne & celle
de Dame Agnés Laîné ſa ſoeur
veuve de Robert de Pomereu
Conſeiller d'Etat & ancien
Prevoſt des Marchands. Elle
eſt foeur de Michel Bouvard
Chevalier Seigneur de Four262
MERCURE
queux , Procureur General en
la Chambre des Comptes. De
fon mariage avec Jean Joſeph
de Montullé ſont iſſus Auguſte-
Joſeph de Montullé ,
Docteur de Sorbonne,Doyen
de l'Egliſe de Beauvais & Vicaire
General du Dioceſe ;
Jean Baptifte dontjevous apprend
le Mariage , qui par ſa
mere ſe trouve allié aux Pomereu
, le Fevre d'Eaubonne ,
à M. le Chancelier , Meffieurs
Trudaine , Meſſieurs de
la Berchere , de Broglio , de
Châtillon , aux Pelletiers,àM.
le Duc de Noailles , à MefGALANT
. 263
ſieurs le Camus , Nicolaï ,
Pontcarré , Briffac , Dorſay ,
à Meffieurs de Mornay , & à
toutes les meilleurs familles
de la Robe.
Demoiſelle Françoiſe Glucq
a deux freres , l'un Conſeiller
au Parlement , & l'autre Conſeiller
au Grand Confeil , &
uneſoeur mariée à M. le Comte
de Curton Chabanes Brigadier
& Colonel du Regiment
Royal des Cravates .
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Résumé : Mariage. [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage entre M. Jean-Baptiste de Montullé, conseiller au Parlement, et Demoiselle Françoise Glucq. Jean-Baptiste est le fils de M. Jean-Joseph de Montullé, conseiller du roi au Parlement et doyen des premières requêtes du Palais, et de Dame Agnès Bouvard de Fourqueux. Jean-Joseph de Montullé, originaire de Bretagne, est le fils de M. de Montullé, chevalier seigneur de Honglé, et de Dame Renier. De ce mariage sont nés Jean de Montullé, religieux bénédictin, Jean-Joseph, Anne de Montullé, mariée à M. de Bouffaudry, et Françoise, mariée à M. de Montebert, premier président de la Chambre des Comptes de Nantes. Dame Agnès Bouvard de Fourqueux est la fille de M. Michel Bouvard, chevalier seigneur de Fourqueux et conseiller au Parlement, et de Dame Catherine Laîné. Elle a eu avec Jean-Joseph de Montullé deux fils : Auguste-Joseph de Montullé, docteur de Sorbonne et vicaire général du diocèse de Beauvais, et Jean-Baptiste de Montullé. Par sa mère, Jean-Baptiste est lié à plusieurs familles illustres, dont les Pomereu, le Fevre d'Eaubonne, le chancelier, et les Trudaine. Demoiselle Françoise Glucq a deux frères, conseillers au Parlement et au Grand Conseil, et une sœur mariée à M. le comte de Curton Chabanes, brigadier et colonel du régiment Royal des Cravates.
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3148
p. 263-267
A bon entendeur demi mot. [titre d'après la table]
Début :
A buen entendor, pocas palabras. A bon entendeur, demi mot. [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Mercure, Sifflet, Auteurs, Modernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A bon entendeur demi mot. [titre d'après la table]
A buen entendor, pocas palabras.
Abon entendeur , demi mot.
Que diroit- on d'un hom264
MERCURE
1
!
me qui riſqueroit quelque
choſe avec reflexion , au hazard
de ſe faire fifler : on
diroit de luy , qu'il ne craint
pas les fiflets ; il y a fi longtemps
que le Mercure Galant
eſt en poffeffion de les meriter,
&de les entendre , qu'on auroit
aujourd'huy pitié de ſa
honte & de fa foibleſſe , ſi on
le voyoit s'étourdır de leur
bruit. Il luy eſt donc permis
de raiſonner ſur tout , à tort
& à travers. Pourquoy non ?
il y a tant d'autres Auteurs
plus graves qui ont la même
licence : D'ailleurs il n'y a rien
d'extraordinaire
GALANT. 265
d'extraordinaire parmi nous ,
& les propoſitions même les
plus ridicules trouvent des
hommes qui s'entêtent de
leurs extravagances. Si je voulois
faire là deſſus l'étalage de
ma memoire , ſans parler des
herefies , ny des ſchiſmesgroffiers
qui ont ſeduit la moitié
du monde , j'en citerois tant
d'exemples , tirez même des
ouvrages de nos plus illuſtres
Modernes , qu'il n'y a que
l'autorité que leur nom , ou
leur merite leur donne qui foit
capable de nous faire avoüer
que ce que , du premier coup
Octobre 1714 . Z
266 MERCURE
d'oeil,nous trouvons de deffectueux
en eux (& qui l'eſt en effet)
n'eſt ſouvent qu'undeffaut
de noſtre propre imagination ;
cela revient toûjours au même
& noſtre eſprit ne ſe dédic
en leur faveur qu'aprés que
les préjugez ont arraché de
luy des fuffrages que la verité
n'oſoit accorder. Je meurs
d'envie de m'expliquer plus
cairement mais on ne m'entend
peut eftre déja que trop ,
& je m'imagine voir ceux de
qui je parle , monter ſur les
bancs , pour me dire dune
voix menaçante, que ces raffiGALANT
. 267
د
nemens politiques en matiere
de ſcience, ne ſont point de
l'appanage du Mercure. Je
prie ceuxqui ne m'ont pas entendu
de me pardonner cette
digreffion ; mais c'eſt une choſe
cruelle que la façon dont on
me lieles mains
jene veuxpas
eftre lié ; & quandje devrois en
un mot paffer pour le plus ridicule
cauſeur du monde , il
m'eſt impoffible de voir les
Feſtes de Thalie , les Feſtes du
Cours , les Captifs , & les remarques
ſur le chef d'oeuvre
d'un inconnu , fans en parler.
Abon entendeur , demi mot.
Que diroit- on d'un hom264
MERCURE
1
!
me qui riſqueroit quelque
choſe avec reflexion , au hazard
de ſe faire fifler : on
diroit de luy , qu'il ne craint
pas les fiflets ; il y a fi longtemps
que le Mercure Galant
eſt en poffeffion de les meriter,
&de les entendre , qu'on auroit
aujourd'huy pitié de ſa
honte & de fa foibleſſe , ſi on
le voyoit s'étourdır de leur
bruit. Il luy eſt donc permis
de raiſonner ſur tout , à tort
& à travers. Pourquoy non ?
il y a tant d'autres Auteurs
plus graves qui ont la même
licence : D'ailleurs il n'y a rien
d'extraordinaire
GALANT. 265
d'extraordinaire parmi nous ,
& les propoſitions même les
plus ridicules trouvent des
hommes qui s'entêtent de
leurs extravagances. Si je voulois
faire là deſſus l'étalage de
ma memoire , ſans parler des
herefies , ny des ſchiſmesgroffiers
qui ont ſeduit la moitié
du monde , j'en citerois tant
d'exemples , tirez même des
ouvrages de nos plus illuſtres
Modernes , qu'il n'y a que
l'autorité que leur nom , ou
leur merite leur donne qui foit
capable de nous faire avoüer
que ce que , du premier coup
Octobre 1714 . Z
266 MERCURE
d'oeil,nous trouvons de deffectueux
en eux (& qui l'eſt en effet)
n'eſt ſouvent qu'undeffaut
de noſtre propre imagination ;
cela revient toûjours au même
& noſtre eſprit ne ſe dédic
en leur faveur qu'aprés que
les préjugez ont arraché de
luy des fuffrages que la verité
n'oſoit accorder. Je meurs
d'envie de m'expliquer plus
cairement mais on ne m'entend
peut eftre déja que trop ,
& je m'imagine voir ceux de
qui je parle , monter ſur les
bancs , pour me dire dune
voix menaçante, que ces raffiGALANT
. 267
د
nemens politiques en matiere
de ſcience, ne ſont point de
l'appanage du Mercure. Je
prie ceuxqui ne m'ont pas entendu
de me pardonner cette
digreffion ; mais c'eſt une choſe
cruelle que la façon dont on
me lieles mains
jene veuxpas
eftre lié ; & quandje devrois en
un mot paffer pour le plus ridicule
cauſeur du monde , il
m'eſt impoffible de voir les
Feſtes de Thalie , les Feſtes du
Cours , les Captifs , & les remarques
ſur le chef d'oeuvre
d'un inconnu , fans en parler.
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Résumé : A bon entendeur demi mot. [titre d'après la table]
Le texte traite de la liberté d'expression et de la critique à travers l'exemple du 'Mercure Galant'. Cette publication est reconnue pour accepter et comprendre les critiques, permettant ainsi des discussions libres sur divers sujets, comme le font d'autres auteurs respectés. Le texte note que même des idées absurdes peuvent trouver des défenseurs, y compris dans les œuvres des écrivains modernes. L'auteur admet que certaines critiques peuvent être influencées par des préjugés personnels. Il exprime le souhait de clarifier ses propos mais craint d'être déjà bien compris. Il aborde également les difficultés de parler librement sans risque de censure, notamment sur des thèmes tels que les fêtes, les captifs et les commentaires littéraires.
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3149
p. 267-270
Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Début :
J'ay dit à peu prés le quart de ce que j'ai osé sur ces trois [...]
Mots clefs :
Honneur, Livre, Vertu, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Jay dità peu prés le quart de
,
A
Zij
268 MERCURE
ce quej'ay ofé dire ſur ces trois
premieres Pieces ; mais le
grand Chrifoftome Mathanafius
, meritera-t- il tout l'accuëil
qu'on luy fait , ſans qu'on
ſçache en vertu de quoy on le
traite fi bien . Tout Paris retentit
du bruit de ſon nom ,
& bien des gens qui n'entendent
ny leGrec ny le Latin
& qui par confequent ne liſent
guere plus dela moitié de
ſon livre , s'imaginent que les
éloges qu'ils luy donnent
leur étab iffentune réputation
de ſçavants . Cen'eſt pas à force
de le loüer , Meſſicurs , que
,
>
GALANT. 269
,
Vous meriterez ce titre ; mais
à force de le critiquer. Trouvez
le diffus,Prolixe, embarafſé,
tel en un mot, que bien des
gens que je ne n'ay pas jugé à
propos de croire , m'ont fait
l'honneur de me le dire , écri
vez enfin , au moins comme
luy,pourdéſabuſer le public ,
alors on ne vous refuſera pas
ces noms faſtueux que voſtre
foumiſſion mandie. Je ne
ſuis point vindicatif; & quand
je le ſerois , contre quel écuëil
irois -je me brifer ? cependant
je ne peux pas m'imaginer en
vertu de quoy , Mathanafius
Z iij
270 MERCURE
traite le Mercure Galant
comme il fait. Il luy donne
une qualité qu'à trente ans ,
on ne merite pas encore ; &
enapoſtrophant le Mercure ,
dans le ſens le plus obcène que
ce nom puiſſe preſenter à
l'idée , il le definit d'une maniere
qui ne laiſſe rien à devi.
ner aux Lecteurs. Sçait il que
je ſuis l'Auteur de ce Livre-là ?
s'il le ſçait , il me fait cent fois
plus d'honneur que je n'en
merite.
,
A
Zij
268 MERCURE
ce quej'ay ofé dire ſur ces trois
premieres Pieces ; mais le
grand Chrifoftome Mathanafius
, meritera-t- il tout l'accuëil
qu'on luy fait , ſans qu'on
ſçache en vertu de quoy on le
traite fi bien . Tout Paris retentit
du bruit de ſon nom ,
& bien des gens qui n'entendent
ny leGrec ny le Latin
& qui par confequent ne liſent
guere plus dela moitié de
ſon livre , s'imaginent que les
éloges qu'ils luy donnent
leur étab iffentune réputation
de ſçavants . Cen'eſt pas à force
de le loüer , Meſſicurs , que
,
>
GALANT. 269
,
Vous meriterez ce titre ; mais
à force de le critiquer. Trouvez
le diffus,Prolixe, embarafſé,
tel en un mot, que bien des
gens que je ne n'ay pas jugé à
propos de croire , m'ont fait
l'honneur de me le dire , écri
vez enfin , au moins comme
luy,pourdéſabuſer le public ,
alors on ne vous refuſera pas
ces noms faſtueux que voſtre
foumiſſion mandie. Je ne
ſuis point vindicatif; & quand
je le ſerois , contre quel écuëil
irois -je me brifer ? cependant
je ne peux pas m'imaginer en
vertu de quoy , Mathanafius
Z iij
270 MERCURE
traite le Mercure Galant
comme il fait. Il luy donne
une qualité qu'à trente ans ,
on ne merite pas encore ; &
enapoſtrophant le Mercure ,
dans le ſens le plus obcène que
ce nom puiſſe preſenter à
l'idée , il le definit d'une maniere
qui ne laiſſe rien à devi.
ner aux Lecteurs. Sçait il que
je ſuis l'Auteur de ce Livre-là ?
s'il le ſçait , il me fait cent fois
plus d'honneur que je n'en
merite.
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Résumé : Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Le texte aborde la réception critique de l'ouvrage 'Mathanafius'. L'auteur s'étonne de l'enthousiasme suscité par ce livre à Paris, même parmi ceux qui ne maîtrisent pas le grec ou le latin, langues dans lesquelles il est probablement écrit. Il critique les éloges superficiels, estimant que la véritable reconnaissance doit provenir de critiques constructives. L'auteur déplore également la manière dont 'Mathanafius' traite le 'Mercure Galant', lui attribuant des qualités prématurées et utilisant un langage offensant. Il se questionne sur la connaissance que l'auteur de 'Mathanafius' a de son identité, concluant que cette connaissance lui ferait grand honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3150
p. 270-271
« Je n'ay plus qu'un mot à dire de luy. Je luy suis [...] »
Début :
Je n'ay plus qu'un mot à dire de luy. Je luy suis [...]
Mots clefs :
Chanson, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'ay plus qu'un mot à dire de luy. Je luy suis [...] »
Je n'ay plus qu'un
mot à dire de luy. Je luy ſuis
redevable du plaiſir que m'a
fait , & me fera long temps
1
GALANT. 271
la lecture de ſon Livre , &
c'eſt au chef- d'oeuvre de ſon
inconnu qu'eſt deuë l'idée de
laChanſonque je vais donner.
J'ay vû de ſi belles bouches
chanter les Chanfons que
j'ay miſes dans mes precedents
Mercures , que j'apporteray
doreſnavant tous mes ſoins à
chercher les plus jolis vers
qu'on puiſſe chanter.
mot à dire de luy. Je luy ſuis
redevable du plaiſir que m'a
fait , & me fera long temps
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GALANT. 271
la lecture de ſon Livre , &
c'eſt au chef- d'oeuvre de ſon
inconnu qu'eſt deuë l'idée de
laChanſonque je vais donner.
J'ay vû de ſi belles bouches
chanter les Chanfons que
j'ay miſes dans mes precedents
Mercures , que j'apporteray
doreſnavant tous mes ſoins à
chercher les plus jolis vers
qu'on puiſſe chanter.
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