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3901
p. 233-234
LETTRE de M. Morand, à M. Fréron, sur le Reméde contre la Goutte, de M. Chavy De Mongerbet, dans l'Année Littéraire de Janvier 1760.
Début :
Je vous avoue, Monsieur, qu'en lisant le Mémoire de M. Chavy de Mongerbet, Médecin à Bourg en Bresse, [...]
Mots clefs :
Médecin, Goutte, Témoignage, Mémoire, Remèdes, Tisanes, Plantes, Guérison
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Morand, à M. Fréron, sur le Reméde contre la Goutte, de M. Chavy De Mongerbet, dans l'Année Littéraire de Janvier 1760.
LETTRE de M. MORAND , à M. FRERON ,
fur le Reméde contre la Goutte, de M. CHAVY -
DE MONGERBET , dans l'Année Littéraire de
Janvier 1760 .
JE vous avoue , Monfieur , qu'en lifant le Mémoire
de M. Chavy de Mongerbet , Médecin à
Bourg en Breffe , fur la Goutte , je nefus pas plus
perfuadé que vous : mais ce Médecin eft venu à Paris;
& plufieurs goutteux , entr'autres un très grand
Seigneur, ayant pris fes remédes ; j'ai eu des témoignages
très avantageux de leur effet , de lapart
de ces perfonnes fi intéressées à dire la vérité. Le
principal confifle en une ptifane que j'ai goûtée ,
qui n'eft point défagréable à prendre , & dont M. de
Mongerbet m'a très-honnêtement confié la compofi
tion . Je puis donc certifier, qu'il n'y a rien dans cette
ptifane qui doive en faire craindre l'ufage . Il n'y
entre aucune préparation tirée des minéraux ; elle
eft compofée dufuc de beaucoup de plantes , affezfinn
gulièrement afforties . ....
J'ai l'honneur d'être , & c . MORAnd .
Suite de la Feuille .
Après ce témoignage , il n'eft pas poffible ,
Monfieur , de douter des bons effets de la Ptifane
de M. de Mongerbet. M. Morand n'eſt pas le feul
à qui il ait donné la connoiffance de fon reméde :
ill'a auffi communiqué à M. Peſtalozzi , Médecin
de Lyon , très-célèbre & très- habile dans fon Art..
Ce procédé de M. Mongerbet , prouve qu'il agic
de bonne foi , & qu'il eft perfuadé que fa recette
procure des foulagemens réels. M. de Mongerbet
ne doit point être confondu avec les
234 MERCURE DE FRANCE.
Empyriques , qui inondent le Public de promeft
fes qui ne font éfficaces que pour eux . C'eſt un
Médecin qui a communiqué fa recette à d'habiles
perfonnes de l'Art , qui affurent qu'on peut s'en
fervir avec fruit ; ce que fes effets falutaires prouvent
encore mieux que leurs témoignages
quoiqu'ils foient d'une très-grande autorité.
fur le Reméde contre la Goutte, de M. CHAVY -
DE MONGERBET , dans l'Année Littéraire de
Janvier 1760 .
JE vous avoue , Monfieur , qu'en lifant le Mémoire
de M. Chavy de Mongerbet , Médecin à
Bourg en Breffe , fur la Goutte , je nefus pas plus
perfuadé que vous : mais ce Médecin eft venu à Paris;
& plufieurs goutteux , entr'autres un très grand
Seigneur, ayant pris fes remédes ; j'ai eu des témoignages
très avantageux de leur effet , de lapart
de ces perfonnes fi intéressées à dire la vérité. Le
principal confifle en une ptifane que j'ai goûtée ,
qui n'eft point défagréable à prendre , & dont M. de
Mongerbet m'a très-honnêtement confié la compofi
tion . Je puis donc certifier, qu'il n'y a rien dans cette
ptifane qui doive en faire craindre l'ufage . Il n'y
entre aucune préparation tirée des minéraux ; elle
eft compofée dufuc de beaucoup de plantes , affezfinn
gulièrement afforties . ....
J'ai l'honneur d'être , & c . MORAnd .
Suite de la Feuille .
Après ce témoignage , il n'eft pas poffible ,
Monfieur , de douter des bons effets de la Ptifane
de M. de Mongerbet. M. Morand n'eſt pas le feul
à qui il ait donné la connoiffance de fon reméde :
ill'a auffi communiqué à M. Peſtalozzi , Médecin
de Lyon , très-célèbre & très- habile dans fon Art..
Ce procédé de M. Mongerbet , prouve qu'il agic
de bonne foi , & qu'il eft perfuadé que fa recette
procure des foulagemens réels. M. de Mongerbet
ne doit point être confondu avec les
234 MERCURE DE FRANCE.
Empyriques , qui inondent le Public de promeft
fes qui ne font éfficaces que pour eux . C'eſt un
Médecin qui a communiqué fa recette à d'habiles
perfonnes de l'Art , qui affurent qu'on peut s'en
fervir avec fruit ; ce que fes effets falutaires prouvent
encore mieux que leurs témoignages
quoiqu'ils foient d'une très-grande autorité.
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Résumé : LETTRE de M. Morand, à M. Fréron, sur le Reméde contre la Goutte, de M. Chavy De Mongerbet, dans l'Année Littéraire de Janvier 1760.
Dans la lettre de M. Morand à M. Fréron, publiée dans l'Année Littéraire de janvier 1760, il est question du remède contre la goutte proposé par M. Chavy de Mongerbet, médecin à Bourg-en-Bresse. Initialement sceptique, M. Morand change d'avis après avoir entendu des témoignages positifs, y compris celui d'un grand seigneur. Le principal remède est une ptilane, dont la composition, partagée honnêtement par M. de Mongerbet, inclut diverses plantes et exclut toute préparation minérale, la rendant sûre à utiliser. M. Morand atteste donc de l'innocuité et de l'efficacité de ce traitement. De plus, M. de Mongerbet a partagé sa recette avec M. Pestalozzi, un médecin lyonnais renommé, démontrant ainsi sa bonne foi et sa conviction des bienfaits de son remède. Contrairement aux empiriques qui font des promesses fallacieuses, M. de Mongerbet a communiqué sa recette à des professionnels compétents, confirmant l'efficacité de son traitement.
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3902
p. 234-236
LETTRE de M. Chavy De Mongerbet, Docteur en Médecine, à présent à l'Hôtel de Châtillon, rue Tournon, à Paris, à Messieurs les Goutteux.
Début :
Messieurs, j'ai voulu dissiper vos préjugés, & vous être réellement utile, [...]
Mots clefs :
Goutte, Remède, Composition, Médecin, Guérison, Découverte, Soulagement, Goût agréable
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Chavy De Mongerbet, Docteur en Médecine, à présent à l'Hôtel de Châtillon, rue Tournon, à Paris, à Messieurs les Goutteux.
LETTRE de M. CHAVY DE MONGERBET ,
Docteur en Médecine , à préſent à l'Hôtel de
Châtillon , rue de Tournon , à Paris, à Methieurs
les Goutteux .
MESSIEU
E SIEURS , j'ai voulu diffiper vos préju
gés , & vous être réellement utile , en confiant la
compofition de mon Reméde au célèbre M. Morand,
Chirurgien du Collège de Paris , Docteur en Méde
cine , Secrétaire perpétuel de l'Académie de Chirur
gie , Membre de l'Académie des Sciences de Paris ,
& de plufieurs autres de l'Europe ; & à M. Peſtalozzi
, Médecin de Lyon , très-diftingué , & précédemment
celui de fon Eminence Mgr le Cardinal de
Tencin , Archevêque de Lyon . Jefouhaite que vous
recherchiez , dans mon travail & mes découvertes ,
les foulagemens que vous devez en attendre , & que
mes progrès far de très-grands Seigneurs , me mettent
en droit de vous annoncer. Ceffez d'être les triftes
victimes de vos préjugés , & jouiffez des fruits que
mes foibles lumières peuvent vous procurer : en attendant
un temps plus heureux , où quelque Mé
decin beaucoup plus éclairé pourra vous propofet
une cure radicale , profitez des douceurs que vous
pourrez trouver dans l'ufage de ma Ptifane , qui
n'eft formée que de Simples , que j'envoye en pou
die , & dont chaque prife forme une bouteille , con
AVRIL. 1760 .. 235
formément à mon Ordonnance imprimée . Vous trouverez
le tout chez mes Correfpondans , qui auront
foin de l'annoncer, pour la commodité des differentes
Provinces . Ce Reméde , d'un goût agréable , n'agit
que par l'infenfible tranfpiration & les urines , routes
ordinaires de la Nature , qui n'expofe jamais à
aucun danger , & qui tend à purifier le fangpeu à
peu. Meffieurs , me fera-t-il permis d'infifierfur le
régime que je prefcris dans mon Ordonnance ? il intereffe
votre fanté ; il eft de conféquence pour les
progrès de mon Reméde ; & une conduite oppofée
deviendroit funefte à une infinité de vos Confrères ,
qui , comme vous , effuyent des tourmens affreux ,
& n'attendent que les fuccès pour y avoir recours.
Meffieurs , jufqu'à ce jour, l'on a exigé de mon Reméde
des qualités prèfque miraculeufes , & l'on a
prétendu qu'il devoit agir également fur des perfonnes
dont le tempérament ufe , & les differentes complications
de maux , paroiffoient ne les plus rendre
fufceptibles d'aucun foulagement. Je vous prends
pour mes Juges, & je me flatte que la Médecine ,
dont j'ai eu l'honneur d'être un Membre , me renira
la justice qu'elle accorde à tous ceux qui ont d'oit
de l'attendre , & qui agiſſent de bonne foi & en faveur
de l'Humanité . J'ai l'honneur d'être , &c.
CHAVY DE MONGERBET , D. M.
Le prix commun pour chaque bouteille de ma
ptifane , eft de ; liv . Les Seigneurs & autres
perfonnes à qui je donnerai mes foins particu
liers pendant l'année , proportionneront mes
honoraires à mes fervices , & c . Je laiffe au rebur
les Lettres qui ne font pas affranchies ; mes correfpondans
feront de même. J'ai oublié de dire
dans mon Ordonnance , que je reçois des Lettres
de plufieurs Goutteux qui me marquent que le
lair , ou les affoiblit, ou s'aigrit , quoiqu'il ait bien
236 MERCURE DE FRANCE.
paffé pendant plufieurs mois , &c. Je ne le regarde
point avec indifférence , & je n'en confeille
l'ufage , que quand on aura fait attention à fon
tempérament , à la qualité de l'air , & au genre
de vie que l'on obferve.
Docteur en Médecine , à préſent à l'Hôtel de
Châtillon , rue de Tournon , à Paris, à Methieurs
les Goutteux .
MESSIEU
E SIEURS , j'ai voulu diffiper vos préju
gés , & vous être réellement utile , en confiant la
compofition de mon Reméde au célèbre M. Morand,
Chirurgien du Collège de Paris , Docteur en Méde
cine , Secrétaire perpétuel de l'Académie de Chirur
gie , Membre de l'Académie des Sciences de Paris ,
& de plufieurs autres de l'Europe ; & à M. Peſtalozzi
, Médecin de Lyon , très-diftingué , & précédemment
celui de fon Eminence Mgr le Cardinal de
Tencin , Archevêque de Lyon . Jefouhaite que vous
recherchiez , dans mon travail & mes découvertes ,
les foulagemens que vous devez en attendre , & que
mes progrès far de très-grands Seigneurs , me mettent
en droit de vous annoncer. Ceffez d'être les triftes
victimes de vos préjugés , & jouiffez des fruits que
mes foibles lumières peuvent vous procurer : en attendant
un temps plus heureux , où quelque Mé
decin beaucoup plus éclairé pourra vous propofet
une cure radicale , profitez des douceurs que vous
pourrez trouver dans l'ufage de ma Ptifane , qui
n'eft formée que de Simples , que j'envoye en pou
die , & dont chaque prife forme une bouteille , con
AVRIL. 1760 .. 235
formément à mon Ordonnance imprimée . Vous trouverez
le tout chez mes Correfpondans , qui auront
foin de l'annoncer, pour la commodité des differentes
Provinces . Ce Reméde , d'un goût agréable , n'agit
que par l'infenfible tranfpiration & les urines , routes
ordinaires de la Nature , qui n'expofe jamais à
aucun danger , & qui tend à purifier le fangpeu à
peu. Meffieurs , me fera-t-il permis d'infifierfur le
régime que je prefcris dans mon Ordonnance ? il intereffe
votre fanté ; il eft de conféquence pour les
progrès de mon Reméde ; & une conduite oppofée
deviendroit funefte à une infinité de vos Confrères ,
qui , comme vous , effuyent des tourmens affreux ,
& n'attendent que les fuccès pour y avoir recours.
Meffieurs , jufqu'à ce jour, l'on a exigé de mon Reméde
des qualités prèfque miraculeufes , & l'on a
prétendu qu'il devoit agir également fur des perfonnes
dont le tempérament ufe , & les differentes complications
de maux , paroiffoient ne les plus rendre
fufceptibles d'aucun foulagement. Je vous prends
pour mes Juges, & je me flatte que la Médecine ,
dont j'ai eu l'honneur d'être un Membre , me renira
la justice qu'elle accorde à tous ceux qui ont d'oit
de l'attendre , & qui agiſſent de bonne foi & en faveur
de l'Humanité . J'ai l'honneur d'être , &c.
CHAVY DE MONGERBET , D. M.
Le prix commun pour chaque bouteille de ma
ptifane , eft de ; liv . Les Seigneurs & autres
perfonnes à qui je donnerai mes foins particu
liers pendant l'année , proportionneront mes
honoraires à mes fervices , & c . Je laiffe au rebur
les Lettres qui ne font pas affranchies ; mes correfpondans
feront de même. J'ai oublié de dire
dans mon Ordonnance , que je reçois des Lettres
de plufieurs Goutteux qui me marquent que le
lair , ou les affoiblit, ou s'aigrit , quoiqu'il ait bien
236 MERCURE DE FRANCE.
paffé pendant plufieurs mois , &c. Je ne le regarde
point avec indifférence , & je n'en confeille
l'ufage , que quand on aura fait attention à fon
tempérament , à la qualité de l'air , & au genre
de vie que l'on obferve.
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Résumé : LETTRE de M. Chavy De Mongerbet, Docteur en Médecine, à présent à l'Hôtel de Châtillon, rue Tournon, à Paris, à Messieurs les Goutteux.
M. Chavy de Mongerbet, docteur en médecine, adresse une lettre aux personnes souffrant de la goutte pour dissiper leurs préjugés et offrir un remède efficace. Ce remède, nommé 'Ptifane', a été élaboré par des experts renommés tels que M. Morand, chirurgien et membre de plusieurs académies, et M. Pestalozzi, médecin de Lyon. La Ptifane, présentée en poudre, agit par transpiration et urines pour purifier le sang sans danger. M. Chavy de Mongerbet souligne l'importance de suivre le régime prescrit pour maximiser les bénéfices du remède. Il reconnaît les attentes miraculeuses placées sur son remède mais invite les goutteux à juger de son efficacité. Il mentionne également le prix de la Ptifane et propose des honoraires proportionnels à ses services pour certains patients. Il note l'impact du climat sur les symptômes de la goutte et conseille de prendre en compte le tempérament et le mode de vie des patients.
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3903
p. 209-212
LETTRE à l'Auteur anonyme d'une Lettre en date de Montauban du 12 Février 1760, insérée au Mercure d'Avril.
Début :
Monsieur, Permettez-moi de prendre la défense du Compilateurs des Piéces fugitives &c. [...]
Mots clefs :
Défense, Compilation , Pièces fugitives, Jugement, Nobles, Silence
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur anonyme d'une Lettre en date de Montauban du 12 Février 1760, insérée au Mercure d'Avril.
LETTRE à l'Auteur anonyme d'une Lettre
en date de Montauban du 12 Fevrier
1760 , inférée au Mercure d'Avril.
ONSIEUR ,
Permettez -moi de prendre la défenſe du Compilateur
des Piéces fugitives &c. Vous le blâmez
Monfieur , d'avoir inféré dans fon Recueil les jugemens
de M. de Bezons , dont il compare ,
dites-vous, ( ou lui faites-vous dire ) les opérations
à celles de M. de Caumartin .
>> On donne ici ( je copie ayant le livre fous les
> yeux ) les généalogies dreflées d'après les jugemens
rendus par M. de Bezons , Intendant de
cette Province ( le Languedoc. ) Les articles J
font faits avec le même foin que ceux du No-
>>biliaire de Champagne , & y font réduits d'après
>> leurs bornes effentieiles . Le Compilateur , ce
me femble , ne prétend pas dire que M. de Bezons
ait apporté,dans fes jugemens,le même ſoin & le
210 MERCURE DE FRANCE.
même fcrupule que l'intendant de Champagne
dans les fiens . J'entens que lui , Compilateur , a
donné aux extraits qu'il a faits des jugemens la
forme de ceux du Nobiliaire de Champagne. Je
ferois bien tro pé fi ce n'eſt là ſa penſée.
» Ces jugemens , qui font des piéces périodi-
" ques , affurent l'état de la Nobleffe de Langue-
> doc , & la font connoître d'une maniere qui
>> n'eft ni douteufe ni équivoque.
Il y a vraiment quelque chofe de trop dans
ces dernieres expreffions , furtout après le jufte
reproche de M. de Bafville , fur la facilité de fes
prédéceffeurs. Le Compilateur eft excufable de
n'avoir lu le Mémoire de ce grand Intendant,
rapporté par extrait dans l'état de la France , par
le Comte de Boulainvilliers ,ou, s'il l'a lu, le trait lui
a échappé. Il n'a pas mérité , à mon avis , le reproche
que vous lui faites d'avoir rerni une ſeconde
fois l'éclat de la vraie Nobleſſe , en faisant
revivre un ouvrage que le mépris le plus fondé
fembloit avoir anéanti . Le Public , qui n'a que
des idées confules fur les filiations & fur les allian
ces des vrais Nobles , furtout de ceux dont les
familles font tranfplantées , s'éclaircit au moyen
de ces jugemens ; & les gens verfés dans la partie
généalogique , peuvent , à l'aide des connoiffances
qu'ils ont , juger fi le relaxe eſt de grace
´ou de juſtice.
Tout le monde fait , dites- vous , Monfieur , que
la bonne Nobleffe de Languedoc ne fe fert jamais
du relaxe de M. de Bezons ; elle fait bien.
Moi-même je me cite , parce que je garderai
l'Anonyme bien décidément ) moi- même dans
l'occafion je me fuis fervi de mes titres de préférence
au jugement de M. de Bafville , lequel
rappelle une Ordonnance que j'ai auffi de MM.
les Commiffaires à la recherche des francs-fiefs,
JUILLET. 1760 .
218
Il y a des Gentilshommes , ajoutez-vous , qui
n'ayant pas été recherchés , ne font pas infcrits
fur ce prétendu Catalogue des Nobles ( le terme
deprétendu me paroît un peu hazardé ) il faudroit,
pour qu'il fût un terme propre , que les deux tiers
au moins des jugemens de M. de Befons , fuffent
de faveur , ce que vous auriez peine à prouver
Monfieur. Mais n'arrêtons pas fur un mot : permettez-
moi , Monfieur , d'obſerver que l'oubli des
traitans , à moins d'être , ou d'avoir été dans le
cas des exemptions portées par l'édit , n'eft pas
avantageux aux familles dont les titres n'ont été
ni vérifiés , ni difcutés , & qui ont quitté le berceau
de leurs peres.
Il en eft d'autres ( Gentilshommes ) qui , dites
vous Monfieur , n'ont produit que les preuves de
quatre générations & qui remontent par de bons
actes , jufqu'en 1100 .
Le filence du Compilateur eft légitime : il igno
roit ces actes , & en eût-il été inftruit , il fe feroit
bien donné de garde de les confondre dans fes
extraits . Mais pour les diftinguer , il les eût fans
doute placés dans des notes léparées du corps de
Pouvrage , ou marginales.
Tout le monde fait ( ce font vos termes ) que
la plupart des Gentilshommes fe faifoient décharger
fur le premier titre qui leur tomboit
fous la main. De là vient que des meilleures
Maiſons de la Province ne remontent qu'au pre
mier , deuxième ou troifiéme degré.
Oh pour le coup , Monfieur , vous prenez vo
tre opinion pour celle du Public. Il vous fera difficile
, peut-être même impoſſible , de le ramener
à la vôtre. Quoi la fureur des ennoblis fera -t - elle
de n'avoir jamais commencé leur nobleffe , &
d'en cacher le titre primordial jufqu'à l'extrême
néceffité ? tandis que des Gentilshommes de Race
212 MERCURE DE FRANCE.
auront négligé la production des titres qui la
leur affurent. Cela eft infoutenable , Monfieur . Je
fuis convaincu que la plûpart fe font bornés aux
termes de l'Edit . Mais je n'en connois point qui
n'y ayent pas voulu fatisfaire ; & certainement
la peine d'affembler des titres fuffifans étoit fi légère
, leur recherche fi peu difpendieufe , qu'il
n'y avoit lors de la recherche, qu'un fiécle à remplir
pour être confirmé dans la poffeffion d'une
Noblent de Race
Je me flatte , Monfieur , que l'Auteur du Mercure
aura a mon égard , la même complaifance
qu'il a eue pour vous . J'ofe croire , que vous
n'improuverez point oppofition de mes fentimens
aux vôtres , pénétré des louables motifs
(je euque ici vos expreffions & m'en honore ]
qui femblent vous nimer , je crois devoir détruire
la confiance que le Public pourroit prendre à
vos opinions. Elle m'ont féduit d'abord ; l'examen
en a enfuite éffacé l'impulfion . Vous me
par lennerez cet aveu & la liberté que je prends
de vous l'écrire. J'ai l'honneur d'être , &c .
en date de Montauban du 12 Fevrier
1760 , inférée au Mercure d'Avril.
ONSIEUR ,
Permettez -moi de prendre la défenſe du Compilateur
des Piéces fugitives &c. Vous le blâmez
Monfieur , d'avoir inféré dans fon Recueil les jugemens
de M. de Bezons , dont il compare ,
dites-vous, ( ou lui faites-vous dire ) les opérations
à celles de M. de Caumartin .
>> On donne ici ( je copie ayant le livre fous les
> yeux ) les généalogies dreflées d'après les jugemens
rendus par M. de Bezons , Intendant de
cette Province ( le Languedoc. ) Les articles J
font faits avec le même foin que ceux du No-
>>biliaire de Champagne , & y font réduits d'après
>> leurs bornes effentieiles . Le Compilateur , ce
me femble , ne prétend pas dire que M. de Bezons
ait apporté,dans fes jugemens,le même ſoin & le
210 MERCURE DE FRANCE.
même fcrupule que l'intendant de Champagne
dans les fiens . J'entens que lui , Compilateur , a
donné aux extraits qu'il a faits des jugemens la
forme de ceux du Nobiliaire de Champagne. Je
ferois bien tro pé fi ce n'eſt là ſa penſée.
» Ces jugemens , qui font des piéces périodi-
" ques , affurent l'état de la Nobleffe de Langue-
> doc , & la font connoître d'une maniere qui
>> n'eft ni douteufe ni équivoque.
Il y a vraiment quelque chofe de trop dans
ces dernieres expreffions , furtout après le jufte
reproche de M. de Bafville , fur la facilité de fes
prédéceffeurs. Le Compilateur eft excufable de
n'avoir lu le Mémoire de ce grand Intendant,
rapporté par extrait dans l'état de la France , par
le Comte de Boulainvilliers ,ou, s'il l'a lu, le trait lui
a échappé. Il n'a pas mérité , à mon avis , le reproche
que vous lui faites d'avoir rerni une ſeconde
fois l'éclat de la vraie Nobleſſe , en faisant
revivre un ouvrage que le mépris le plus fondé
fembloit avoir anéanti . Le Public , qui n'a que
des idées confules fur les filiations & fur les allian
ces des vrais Nobles , furtout de ceux dont les
familles font tranfplantées , s'éclaircit au moyen
de ces jugemens ; & les gens verfés dans la partie
généalogique , peuvent , à l'aide des connoiffances
qu'ils ont , juger fi le relaxe eſt de grace
´ou de juſtice.
Tout le monde fait , dites- vous , Monfieur , que
la bonne Nobleffe de Languedoc ne fe fert jamais
du relaxe de M. de Bezons ; elle fait bien.
Moi-même je me cite , parce que je garderai
l'Anonyme bien décidément ) moi- même dans
l'occafion je me fuis fervi de mes titres de préférence
au jugement de M. de Bafville , lequel
rappelle une Ordonnance que j'ai auffi de MM.
les Commiffaires à la recherche des francs-fiefs,
JUILLET. 1760 .
218
Il y a des Gentilshommes , ajoutez-vous , qui
n'ayant pas été recherchés , ne font pas infcrits
fur ce prétendu Catalogue des Nobles ( le terme
deprétendu me paroît un peu hazardé ) il faudroit,
pour qu'il fût un terme propre , que les deux tiers
au moins des jugemens de M. de Befons , fuffent
de faveur , ce que vous auriez peine à prouver
Monfieur. Mais n'arrêtons pas fur un mot : permettez-
moi , Monfieur , d'obſerver que l'oubli des
traitans , à moins d'être , ou d'avoir été dans le
cas des exemptions portées par l'édit , n'eft pas
avantageux aux familles dont les titres n'ont été
ni vérifiés , ni difcutés , & qui ont quitté le berceau
de leurs peres.
Il en eft d'autres ( Gentilshommes ) qui , dites
vous Monfieur , n'ont produit que les preuves de
quatre générations & qui remontent par de bons
actes , jufqu'en 1100 .
Le filence du Compilateur eft légitime : il igno
roit ces actes , & en eût-il été inftruit , il fe feroit
bien donné de garde de les confondre dans fes
extraits . Mais pour les diftinguer , il les eût fans
doute placés dans des notes léparées du corps de
Pouvrage , ou marginales.
Tout le monde fait ( ce font vos termes ) que
la plupart des Gentilshommes fe faifoient décharger
fur le premier titre qui leur tomboit
fous la main. De là vient que des meilleures
Maiſons de la Province ne remontent qu'au pre
mier , deuxième ou troifiéme degré.
Oh pour le coup , Monfieur , vous prenez vo
tre opinion pour celle du Public. Il vous fera difficile
, peut-être même impoſſible , de le ramener
à la vôtre. Quoi la fureur des ennoblis fera -t - elle
de n'avoir jamais commencé leur nobleffe , &
d'en cacher le titre primordial jufqu'à l'extrême
néceffité ? tandis que des Gentilshommes de Race
212 MERCURE DE FRANCE.
auront négligé la production des titres qui la
leur affurent. Cela eft infoutenable , Monfieur . Je
fuis convaincu que la plûpart fe font bornés aux
termes de l'Edit . Mais je n'en connois point qui
n'y ayent pas voulu fatisfaire ; & certainement
la peine d'affembler des titres fuffifans étoit fi légère
, leur recherche fi peu difpendieufe , qu'il
n'y avoit lors de la recherche, qu'un fiécle à remplir
pour être confirmé dans la poffeffion d'une
Noblent de Race
Je me flatte , Monfieur , que l'Auteur du Mercure
aura a mon égard , la même complaifance
qu'il a eue pour vous . J'ofe croire , que vous
n'improuverez point oppofition de mes fentimens
aux vôtres , pénétré des louables motifs
(je euque ici vos expreffions & m'en honore ]
qui femblent vous nimer , je crois devoir détruire
la confiance que le Public pourroit prendre à
vos opinions. Elle m'ont féduit d'abord ; l'examen
en a enfuite éffacé l'impulfion . Vous me
par lennerez cet aveu & la liberté que je prends
de vous l'écrire. J'ai l'honneur d'être , &c .
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Résumé : LETTRE à l'Auteur anonyme d'une Lettre en date de Montauban du 12 Février 1760, insérée au Mercure d'Avril.
La lettre, datée du 12 février 1760, répond à un auteur anonyme qui a critiqué le compilateur des 'Pièces fugitives'. L'auteur de la lettre défend ce compilateur, accusé d'avoir inclus les jugements de M. de Bezons, Intendant du Languedoc, dans son recueil. Il explique que ces jugements sont des pièces périodiques qui attestent de l'état de la noblesse du Languedoc de manière claire et non équivoque. Le compilateur n'a pas nécessairement comparé les opérations de M. de Bezons à celles de M. de Caumartin, mais a simplement donné aux extraits des jugements la forme de ceux du Nobiliaire de Champagne. L'auteur conteste également l'affirmation selon laquelle la bonne noblesse du Languedoc ne se sert jamais du relaxe de M. de Bezons. Il mentionne que certains gentilshommes n'ont pas été recherchés et ne sont donc pas inscrits dans le catalogue des nobles, mais estime que cela ne prouve pas que les jugements de M. de Bezons soient principalement de faveur. Il souligne que l'oubli des traitants peut être préjudiciable aux familles dont les titres n'ont pas été vérifiés. La lettre aborde aussi le cas des gentilshommes qui n'ont produit que les preuves de quatre générations, remontant parfois jusqu'à l'an 1100. L'auteur suggère que ces actes auraient dû être distingués dans des notes séparées ou marginales. Il critique l'opinion de l'auteur anonyme selon laquelle les gentilshommes se faisaient décharger sur le premier titre disponible, affirmant que cela est improbable et que la plupart des gentilshommes ont cherché à satisfaire les termes de l'édit. Enfin, l'auteur exprime son espoir que l'Auteur du Mercure sera complaisant à son égard et qu'il ne désapprouvera pas l'opposition de ses sentiments à ceux de l'auteur anonyme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3904
p. [5]-10
LETTRE de M. D'ARNAUD, à M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
Début :
LE MERCURE, Monsieur, étant au nombre de ces Journaux qui sont les [...]
Mots clefs :
Ode, Prince, Naissance, Lettre, Sublime, Littérature, Mythologie, Histoire, Danemark
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D'ARNAUD, à M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
LETTRE de M. D' ARNAUD ,
M. DE LA PLACE , Auteur du
LE
MERCURE.
E MERCURE , Monfieur , étant au
nombre de ces Journaux qui font les
dépôts du fentiment ainfi que de l'efprit ;
je me flatte , à ce premier titre , que vous
ne refuferez pas d'inférer dans un de vos
recueils un ouvrage auquel mon refpect
& ma reconnoiffance pour un des plus
Août, A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
auguftes Souverains de l'Europe peuvent
feuls donner quelque prix ; c'eft une Ode
adreffée à Sa Majefté le Roi de Dannemarc
, à l'occafion de la naiffance de
Son A. R. le Prince Frédéric , fon fécond
fils. Je la compofai en Allemagne ; j'étois
d'autant plus engagé à la rendre publique
, que j'ai reçu des marques diftinguées
de l'indulgence & de la bonté de
S. M. Danoife : la protection généreufe
& éclairée qu'Elle accorde à tous les talens
, lui fait répandre fes bienfaits fur
ceux qui cultivent les Arts avec le moins
de fuccès. La lettre obligeante que S. E.
M. le Baron de Bernfdorff, dont vous
connoiffez le mérite perfonnel , ajouta
aux faveurs du Roi , n'a fait que me les
rendre plus précieufes. C'étoit une invitation
des plus flatteufes pour moi , &
pour la Littérature dont je voudrois augmenter
la gloire , de venir admirer de
près un Monarque qui foutient tout l'éclat
de fa réputation ; je crois ce trait
particulier à fon éloge. Mon retour en
France un malheureux enchaînement
d'affaires domeftiques , la mort de mon
refpectable ami M. le Comte de Frife ,
perte qui me fera toujours fenfible , &
qui m'enleva à moi - même & à cet otium
litterarium fi néceffaire à quiconque veur
"
AOUST. 1760:
penfer & écrire ; toutes ces raifons , qui
ne font que trop
fuffifantes pour m'excufer
, m'ont empêché jufqu'à préfent de
m'acquitter d'un devoir , un des plus effentiels
peut- être que j'euffe à remplir. Je
ne facrifie donc point en ce moment à
ma vanité ; je connois affez mon art pour
en fentir toutes les difficultés ; & pour
favoir que des vers , françois furtout , ne
peuvent être affez corrects ; que l'élégance
la plus fcrupuleufe , en doit être le
premier mérite : mais je fuis forcé de
n'écouter que la reconnoiffance. C'eſt
elle qui m'impofe aujourd'hui la loi de
foumettre mon Ode au grand jour de
l'impreffion. J'ai cherché à la rendre intéreffante
, en y répandant des traits de
l'Hiftoire de Dannemarc revêtus du coloris
de la Mythologie propre à cette
Nation. Nous revoyons tant la vieille fable
de Jupiter , qu'Odin ne pourra manquer
d'exciter du moins le plaifir de la
curiofité il y a du mérite , quelque foible
qu'il puiffe être , à préfenter aux yeux
de nouveaux tableaux. J'ajouterai même ,
que j'avois recueilli quelques matériaux
fur l'ancienne Religion des Peuples du
Nord ; & que j'étois dans le deffein d'en
faire ufage, quand j'ai appris que M.Mallet
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
m'avoit prévenu. Ce que j'ai lû de fon
ouvrage m'a donné lieu de n'être point
fâché d'avoir abandonné ce travail. Indépendemment
de fes talens , reconnus ,
M. Mallet eft à la fource des connoiffances
néceffaires à la perfection de fon
entreprife ; je l'applaudis donc de tout
mon coeur , perfuadé que nous devons
aimer les Lettres pour leur propre gloire
, & non pour notre vanité.
Vous favez beaucoup mieux que moi ,
Monfieur , que le genre de l'Ode eft
extrêmement varić je me fuis étendu
dans celle - ci plus que dans une Ode
fondée fur le pur enthouſiaſme ; il s'agiffoit
d'attacher , pour ainfi dire , les
premiers regards d'un Prince naiffant ſur
' Hiftoire de fon Pays , & d'appuyer le
précepte de l'exemple. C'eft à vous à
juger fi j'ai eu raifon de préférer le langage
de la mâle vérité , la hardieffe de
l'inftruction à l'imitation groffière & triviale
de l'Eclogue de Virgile , Sicelides
Mufe ; ridicule où tombent nos Verfificateurs
, à chaque naiffance de Prince . C'eſt
ce qu'ils appellent beautés poëtiques , &
ce que les gens fenfés traitent de non
fenfe ,, pour rifquer une expreffion Angloife
qu'on ne peut guères rendre en
AOUST. 1960. 9
notre Langue que par le mot de galimathias
, ou de fons vuides de fens.
Pope , eft le feul Pocte que je fache ,
depuis l'Auteur Latin , qui ait tiré parti
de ces lieux communs dans fon Eclogue
intitulée le Meffie , où il a encore beaucoup
plus emprunté d'faïe , bien audeffus
de Virgile pour le fublime d'images
& l'énergie de pensées.
Je me fuis trouvé dans le cas indifpenfable
, de groffir mon Ode de notes ; la
Mythologie Danoife n'étant point affez
familiére à la plupart de nos Lecteurs
François . Ce feroit bien ici l'occafion de
vous confulter fur l'emploi du rithme
dans l'Ode ; de vous demander , fi à l'exemple
des Anglois , dont la Littérature
vous eft fi connue , nous ne pourrions
pas faire des ftrophes à mefure inégale ,
& éviter par-là ce retour fariguant &
monotone de la même mefure que ces
mêmes Anglois comparent judicieufement
à un carillon uniforme de cloches .
Je pourrois encore vous prier de faire
revenir * notre Public d'un préjugé que
* Le Publie, dont il eft ici quetion , vantera l'O
de à lafortune , qui n'eft qu'une riche amplification
d'un excellent Ecolier ; l'Ode à la Veuve ,
qui réanit, deux tons difcordants , le gracieux & le
plaifant ; celle far la Naiffance du Duc de Breta
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
je trouve répandu . On s'efforce de nous
dire que les III & IV livres des Odes du
célebre Rouffeau doivent être mis au
nombre de les mauvais ouvrages , de fes
Comédies fi médiocres . Vous devriez ,
dans l'occaſion , vous charger du foin de
faire obferver à ce même Public qu'il y a
peut - être plus de poefie , plus de fublime ,
& de ce que les Latins nommoient mens
divinior , dans ces dernieres Odes que
dans les premieres ; en convenant pourtant
qu'elles font beaucoup moins correctes
pour la Langue. C'est une onde
qui jaillit & s'élève avec force , mais
moins pure que lorfqu'elle n'étoit qu'un
fimp le ruiffeau. Mais je m'égare dans des
difc uffions trop longues pour une Lettre
où je dois me borner à vous répéter l'affu
ance de l'eftime refpectueufe avec la
uelle j'ai l'honneur d'être & c.
9
Ene , où la Poëfie eft en querelle avec la Raiſon ;
& qui , à propos d'un Prince de France , vous ex-
Po fe le Crocodile ne troublant point les eaux du
Nil , les lions bondiffant avec les agneaux: peintures
auffi abfurdes que déplacées : & perfonne
ne par le de l'Ode à M. le Comte du Luc , le chefd'envre
de la Poène Françoife ; de l'Ode aux
Princes Chrétiens , qui n'eft pas moins fublime
de celle enfin au Prince Eugène , le modéle de
énergie & de la Nobleffe ; on y pourroit ajouter
Odefur la bataille de Petervaraden.
M. DE LA PLACE , Auteur du
LE
MERCURE.
E MERCURE , Monfieur , étant au
nombre de ces Journaux qui font les
dépôts du fentiment ainfi que de l'efprit ;
je me flatte , à ce premier titre , que vous
ne refuferez pas d'inférer dans un de vos
recueils un ouvrage auquel mon refpect
& ma reconnoiffance pour un des plus
Août, A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
auguftes Souverains de l'Europe peuvent
feuls donner quelque prix ; c'eft une Ode
adreffée à Sa Majefté le Roi de Dannemarc
, à l'occafion de la naiffance de
Son A. R. le Prince Frédéric , fon fécond
fils. Je la compofai en Allemagne ; j'étois
d'autant plus engagé à la rendre publique
, que j'ai reçu des marques diftinguées
de l'indulgence & de la bonté de
S. M. Danoife : la protection généreufe
& éclairée qu'Elle accorde à tous les talens
, lui fait répandre fes bienfaits fur
ceux qui cultivent les Arts avec le moins
de fuccès. La lettre obligeante que S. E.
M. le Baron de Bernfdorff, dont vous
connoiffez le mérite perfonnel , ajouta
aux faveurs du Roi , n'a fait que me les
rendre plus précieufes. C'étoit une invitation
des plus flatteufes pour moi , &
pour la Littérature dont je voudrois augmenter
la gloire , de venir admirer de
près un Monarque qui foutient tout l'éclat
de fa réputation ; je crois ce trait
particulier à fon éloge. Mon retour en
France un malheureux enchaînement
d'affaires domeftiques , la mort de mon
refpectable ami M. le Comte de Frife ,
perte qui me fera toujours fenfible , &
qui m'enleva à moi - même & à cet otium
litterarium fi néceffaire à quiconque veur
"
AOUST. 1760:
penfer & écrire ; toutes ces raifons , qui
ne font que trop
fuffifantes pour m'excufer
, m'ont empêché jufqu'à préfent de
m'acquitter d'un devoir , un des plus effentiels
peut- être que j'euffe à remplir. Je
ne facrifie donc point en ce moment à
ma vanité ; je connois affez mon art pour
en fentir toutes les difficultés ; & pour
favoir que des vers , françois furtout , ne
peuvent être affez corrects ; que l'élégance
la plus fcrupuleufe , en doit être le
premier mérite : mais je fuis forcé de
n'écouter que la reconnoiffance. C'eſt
elle qui m'impofe aujourd'hui la loi de
foumettre mon Ode au grand jour de
l'impreffion. J'ai cherché à la rendre intéreffante
, en y répandant des traits de
l'Hiftoire de Dannemarc revêtus du coloris
de la Mythologie propre à cette
Nation. Nous revoyons tant la vieille fable
de Jupiter , qu'Odin ne pourra manquer
d'exciter du moins le plaifir de la
curiofité il y a du mérite , quelque foible
qu'il puiffe être , à préfenter aux yeux
de nouveaux tableaux. J'ajouterai même ,
que j'avois recueilli quelques matériaux
fur l'ancienne Religion des Peuples du
Nord ; & que j'étois dans le deffein d'en
faire ufage, quand j'ai appris que M.Mallet
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
m'avoit prévenu. Ce que j'ai lû de fon
ouvrage m'a donné lieu de n'être point
fâché d'avoir abandonné ce travail. Indépendemment
de fes talens , reconnus ,
M. Mallet eft à la fource des connoiffances
néceffaires à la perfection de fon
entreprife ; je l'applaudis donc de tout
mon coeur , perfuadé que nous devons
aimer les Lettres pour leur propre gloire
, & non pour notre vanité.
Vous favez beaucoup mieux que moi ,
Monfieur , que le genre de l'Ode eft
extrêmement varić je me fuis étendu
dans celle - ci plus que dans une Ode
fondée fur le pur enthouſiaſme ; il s'agiffoit
d'attacher , pour ainfi dire , les
premiers regards d'un Prince naiffant ſur
' Hiftoire de fon Pays , & d'appuyer le
précepte de l'exemple. C'eft à vous à
juger fi j'ai eu raifon de préférer le langage
de la mâle vérité , la hardieffe de
l'inftruction à l'imitation groffière & triviale
de l'Eclogue de Virgile , Sicelides
Mufe ; ridicule où tombent nos Verfificateurs
, à chaque naiffance de Prince . C'eſt
ce qu'ils appellent beautés poëtiques , &
ce que les gens fenfés traitent de non
fenfe ,, pour rifquer une expreffion Angloife
qu'on ne peut guères rendre en
AOUST. 1960. 9
notre Langue que par le mot de galimathias
, ou de fons vuides de fens.
Pope , eft le feul Pocte que je fache ,
depuis l'Auteur Latin , qui ait tiré parti
de ces lieux communs dans fon Eclogue
intitulée le Meffie , où il a encore beaucoup
plus emprunté d'faïe , bien audeffus
de Virgile pour le fublime d'images
& l'énergie de pensées.
Je me fuis trouvé dans le cas indifpenfable
, de groffir mon Ode de notes ; la
Mythologie Danoife n'étant point affez
familiére à la plupart de nos Lecteurs
François . Ce feroit bien ici l'occafion de
vous confulter fur l'emploi du rithme
dans l'Ode ; de vous demander , fi à l'exemple
des Anglois , dont la Littérature
vous eft fi connue , nous ne pourrions
pas faire des ftrophes à mefure inégale ,
& éviter par-là ce retour fariguant &
monotone de la même mefure que ces
mêmes Anglois comparent judicieufement
à un carillon uniforme de cloches .
Je pourrois encore vous prier de faire
revenir * notre Public d'un préjugé que
* Le Publie, dont il eft ici quetion , vantera l'O
de à lafortune , qui n'eft qu'une riche amplification
d'un excellent Ecolier ; l'Ode à la Veuve ,
qui réanit, deux tons difcordants , le gracieux & le
plaifant ; celle far la Naiffance du Duc de Breta
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
je trouve répandu . On s'efforce de nous
dire que les III & IV livres des Odes du
célebre Rouffeau doivent être mis au
nombre de les mauvais ouvrages , de fes
Comédies fi médiocres . Vous devriez ,
dans l'occaſion , vous charger du foin de
faire obferver à ce même Public qu'il y a
peut - être plus de poefie , plus de fublime ,
& de ce que les Latins nommoient mens
divinior , dans ces dernieres Odes que
dans les premieres ; en convenant pourtant
qu'elles font beaucoup moins correctes
pour la Langue. C'est une onde
qui jaillit & s'élève avec force , mais
moins pure que lorfqu'elle n'étoit qu'un
fimp le ruiffeau. Mais je m'égare dans des
difc uffions trop longues pour une Lettre
où je dois me borner à vous répéter l'affu
ance de l'eftime refpectueufe avec la
uelle j'ai l'honneur d'être & c.
9
Ene , où la Poëfie eft en querelle avec la Raiſon ;
& qui , à propos d'un Prince de France , vous ex-
Po fe le Crocodile ne troublant point les eaux du
Nil , les lions bondiffant avec les agneaux: peintures
auffi abfurdes que déplacées : & perfonne
ne par le de l'Ode à M. le Comte du Luc , le chefd'envre
de la Poène Françoife ; de l'Ode aux
Princes Chrétiens , qui n'eft pas moins fublime
de celle enfin au Prince Eugène , le modéle de
énergie & de la Nobleffe ; on y pourroit ajouter
Odefur la bataille de Petervaraden.
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3905
p. 204-205
HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Vingt-uniéme Traitement consécutif depuis son Etablissement.
Début :
Les nommés Compagnies. Coeur-de-roy, d'Aspremont. Augustin, de Villers. [...]
Mots clefs :
Soldats, Maladies, Guérison, Remède, M. Keyser, Succès, Londres, Compagnie des Indes, Dragées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Vingt-uniéme Traitement consécutif depuis son Etablissement.
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON..
Vingt- uniéme Traitement confécutifdepuis
Son Etabliffement.
Les nommés
COUR-DE- ROY
Auguftin ,
Divertillant ,
Moreau ,
Lafortune ,
Clermont ,
D'Avennes ,
Lafrance ,.
Ponlay ,
La Cour ,
Léchaudé ,
Lapierre ,
Compagnies.
d'Afpremont
de Villers.
de Villers.
d'Afpremont.
de Pronlerox.
de Graffe.
de la Tour
de Villers .
d'Anteroches.
de la Tour.
de Villers.
de Viennay.
Ces douze Soldats étoient attaqués des maladies
les plus graves ; la plus grande partie avoit
été inutilement traitée, plufieurs fois, par les frictions
, & ils font tous fortis parfaitement guéris ,
dans les mois de Janvier & de Février , de l'année
1760.
M. Keyfer a l'honneur d'informer le Public que
plufieurs Hôpitaux du Royaume , après des
épreuves bien conftatées , & des fuccès également
reconnus , ont adopté fon reméde & fa méthode
AQUST. 1760. 205
& qu'il s'y fait tous les jours des cures très - confidérables
, dont les détails feroient trop longs
pour les inférer ici.
Il le prévient auffi , qu'il vient de le faire à
Londres , onze épreuves publiques , dont le Docteur
Couper a annoncé les détails , dans les écrits
qu'il a publiés,& répandus dans toute l'Angleterre.
Que la Compagnie des Indes de France,fait actuellement
faire à l'Orient , de nouvelles épreuves
fur les Soldats qui font à fa folde ; & qu'il fera
rendu un compte public & exact defdites épreuves.
I ofe fe flatter enfin , qu'à force de montrer
des faits , & d'en faire voir la multiplicité ,
il parviendra à faire percer une vérité conftante ,
que fes ennemis ont cherché continuellement à
éloigner des yeux du Public .
Ill'avertit en même temps , & le fupplie d'être
bien en garde,fur divers remédes que l'on imagine
tous les jours de faire , & de propofer fous le
nom de fes dragées ; remédes contrefaits, & d'autant
plus dangereux , qu'il fçait plufieurs perfonnes
qui , fous la bonne foi de faire ufage de fes
dragées par des mains étrangères , fe font trèsmal
trouvées de certain reméde maſqué & contrefait
;, & le prie de n'accorder de confiance
qu'à celui qui fera préfenté par lui ou par MM.
Bourbelain & Dieuzayde , Maîtres en Chirurgie
de Paris , qui en font munis depuis longtemps , &
ont fait avec , des cures très - confidérables.
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON..
Vingt- uniéme Traitement confécutifdepuis
Son Etabliffement.
Les nommés
COUR-DE- ROY
Auguftin ,
Divertillant ,
Moreau ,
Lafortune ,
Clermont ,
D'Avennes ,
Lafrance ,.
Ponlay ,
La Cour ,
Léchaudé ,
Lapierre ,
Compagnies.
d'Afpremont
de Villers.
de Villers.
d'Afpremont.
de Pronlerox.
de Graffe.
de la Tour
de Villers .
d'Anteroches.
de la Tour.
de Villers.
de Viennay.
Ces douze Soldats étoient attaqués des maladies
les plus graves ; la plus grande partie avoit
été inutilement traitée, plufieurs fois, par les frictions
, & ils font tous fortis parfaitement guéris ,
dans les mois de Janvier & de Février , de l'année
1760.
M. Keyfer a l'honneur d'informer le Public que
plufieurs Hôpitaux du Royaume , après des
épreuves bien conftatées , & des fuccès également
reconnus , ont adopté fon reméde & fa méthode
AQUST. 1760. 205
& qu'il s'y fait tous les jours des cures très - confidérables
, dont les détails feroient trop longs
pour les inférer ici.
Il le prévient auffi , qu'il vient de le faire à
Londres , onze épreuves publiques , dont le Docteur
Couper a annoncé les détails , dans les écrits
qu'il a publiés,& répandus dans toute l'Angleterre.
Que la Compagnie des Indes de France,fait actuellement
faire à l'Orient , de nouvelles épreuves
fur les Soldats qui font à fa folde ; & qu'il fera
rendu un compte public & exact defdites épreuves.
I ofe fe flatter enfin , qu'à force de montrer
des faits , & d'en faire voir la multiplicité ,
il parviendra à faire percer une vérité conftante ,
que fes ennemis ont cherché continuellement à
éloigner des yeux du Public .
Ill'avertit en même temps , & le fupplie d'être
bien en garde,fur divers remédes que l'on imagine
tous les jours de faire , & de propofer fous le
nom de fes dragées ; remédes contrefaits, & d'autant
plus dangereux , qu'il fçait plufieurs perfonnes
qui , fous la bonne foi de faire ufage de fes
dragées par des mains étrangères , fe font trèsmal
trouvées de certain reméde maſqué & contrefait
;, & le prie de n'accorder de confiance
qu'à celui qui fera préfenté par lui ou par MM.
Bourbelain & Dieuzayde , Maîtres en Chirurgie
de Paris , qui en font munis depuis longtemps , &
ont fait avec , des cures très - confidérables.
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Résumé : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Vingt-uniéme Traitement consécutif depuis son Etablissement.
En janvier et février 1760, douze soldats atteints de maladies graves ont été guéris à l'hôpital du maréchal duc de Birón grâce à une nouvelle méthode, après que les frictions se soient révélées inefficaces. M. Keyfer rapporte que cette méthode a également été adoptée avec succès dans plusieurs hôpitaux en France et à Londres. La Compagnie des Indes de France teste cette méthode sur les soldats à l'Orient. Keyfer met en garde contre les remèdes contrefaits vendus sous le nom de ses dragées et recommande d'utiliser uniquement ceux fournis par lui-même ou par les maîtres en chirurgie Bourbelain et Dieuzayde.
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3906
p. 205-206
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
Monsieur, L'avertissement amphibologique du Libraire de Madame R. ... Auteur des Mémoires [...]
Mots clefs :
Mémoire, Auteur, Lettres, Ouvrage, Livre, Libraire, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
ONSIEUR ,
L'avertiffement amphibologique du Libraire de
Madame R.... Auteur des Mémoires de Milady
2C6 MERCURE
DE FRANCE
>
B.... meforce à vous prier inftamment de vou-.
loir bien inftruire le Public , que l'Auteur des
Lettres de Fanny Butler , & de celles de Milady
Juliette Catesby n'a aucune prétention fur un
Quvrage, qui fans doute feroit beaucoup d'honpas
même
neur à fa plume ; mais qui ne lui eft
connu . Un de mes amis m'apporta hier une copie
de ce fingulier avertillement , & ne put me,
rendre compte de l'hiftoire de Milady B .... Mon génie peu fertile en événemens , & l'extrême
parelle de mon efprit , ne me permettront
jamais , je crois , d'entreprendre
un Livre en
quatre parties. Le Libraire de Madame R.... par
fa mal adroite façon de s'exprimer , a riſqué de lui enlever un avantage qu'elle a fur moi.Je lui en
reconnoîtrois bien d'autres , peut- être,fi j'avois le
temps de lirefon Livre. Jele penfe , & j'ai d'autang
plus de raifon de me le perfuader , qu'il n'eft,
pas ordinaire de rappeller au Public des Ouvra
ges,qui ont eu le bonheur d'obtenir fon fuffrage,
fans être bien für de l'agrément , de celui qu'on
préfente à leur fuite. J'en juge par moi -même,
Le fuccès de Milady Catesby m'a fi fort éffrayée, que je n'ai encore olé tenter un nouvel éffai. Il
elt fi rare de plaire deux fois ! R.
ONSIEUR ,
L'avertiffement amphibologique du Libraire de
Madame R.... Auteur des Mémoires de Milady
2C6 MERCURE
DE FRANCE
>
B.... meforce à vous prier inftamment de vou-.
loir bien inftruire le Public , que l'Auteur des
Lettres de Fanny Butler , & de celles de Milady
Juliette Catesby n'a aucune prétention fur un
Quvrage, qui fans doute feroit beaucoup d'honpas
même
neur à fa plume ; mais qui ne lui eft
connu . Un de mes amis m'apporta hier une copie
de ce fingulier avertillement , & ne put me,
rendre compte de l'hiftoire de Milady B .... Mon génie peu fertile en événemens , & l'extrême
parelle de mon efprit , ne me permettront
jamais , je crois , d'entreprendre
un Livre en
quatre parties. Le Libraire de Madame R.... par
fa mal adroite façon de s'exprimer , a riſqué de lui enlever un avantage qu'elle a fur moi.Je lui en
reconnoîtrois bien d'autres , peut- être,fi j'avois le
temps de lirefon Livre. Jele penfe , & j'ai d'autang
plus de raifon de me le perfuader , qu'il n'eft,
pas ordinaire de rappeller au Public des Ouvra
ges,qui ont eu le bonheur d'obtenir fon fuffrage,
fans être bien für de l'agrément , de celui qu'on
préfente à leur fuite. J'en juge par moi -même,
Le fuccès de Milady Catesby m'a fi fort éffrayée, que je n'ai encore olé tenter un nouvel éffai. Il
elt fi rare de plaire deux fois ! R.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Cette lettre vise à clarifier l'attribution de certaines œuvres littéraires. L'auteur nie être l'auteur des 'Mémoires de Milady', des 'Lettres de Fanny Butler' et des 'Lettres de Milady Juliette Catesby'. Bien qu'elle reconnaisse la qualité potentielle de ces ouvrages, elle affirme ne pas en être l'auteure. L'auteur mentionne avoir reçu une copie d'un avertissement du libraire de Madame R., qui a suggéré qu'elle pourrait être l'auteure de ces œuvres. Elle exprime son incapacité à écrire un livre en quatre parties en raison de son manque d'imagination et de la paresse de son esprit. Le succès de 'Milady Catesby' l'a dissuadée de tenter une nouvelle œuvre, craignant de ne pas pouvoir reproduire un tel succès. Elle souligne également qu'il est rare de plaire deux fois au public avec des œuvres successives.
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3907
p. 206-208
LIVRES nouvellement arrivés chez Briasson, Libraire, rue S. Jacques, à la Science, à Paris.
Début :
Commentarii novi Academiae Petropolitanz, 4e Tome 4e. Thoinasii (J. M.) Opera [...]
Mots clefs :
Livres, Nouveautés
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texteReconnaissance textuelle : LIVRES nouvellement arrivés chez Briasson, Libraire, rue S. Jacques, à la Science, à Paris.
LIVRES nouvellement arrivés chez
Briaffon , Libraire Tue S. Jacques , à
la Science , à Paris.
Commentarii novi Academiæ Petropolitanæ , 4%
Tome 4º.
Thomafii (J. M. ) Opera omnia Theologica , 4
7 vol. Romæ 1747 à 1754-
AOUST. 1760. 207
Mifcellanea Philofophico - Mathematica Societatis
Taurinenfis , 4. Aug. Taur. 1759 .
Commercium litterarium ad rei medice & fcientiæ
naturalis incrementum , 4º. 15 vol . Norimberga
1731. ad 1745.
Gefneri ( Jo . Th . ) Ópera botanica , fol . fig. 2 vol
enluminés . Norimberga 1754. & 1759.
Cornelius Nepos cum notis variorum & Vanftaveren
, 8 ° . Lugd. Bat. 1734,
Pomponius Mela , cum notis variorum & Grono
vii , 8. Lugd. Bat. 1748.
Euleri Leon . ) Mechanica , five Scientia motus ;
4.2 vol fig. Petrop . 1736 .
Ejufd. Seientia Navalis , 4°. fig. 2 vol.
Petrop. 1749.
Théorie de la Lune , par M. Clairaut , 4° . fig.
Petersbourg 1752.
Les Epithetes Françoifes ,rangées fous leur fubftan
tif , par le Pere d'Aire , 8 °, Lyon. 1759 .
Eloges des Académiciens de Berlin , par M. Formey
, in- 12 . 2 vol. 1757 .
Mémoires Hiftoriques , Militaires & Politiques
fur l'Ile de Corfe , in- 12 . 2. vol . fig . Laufanne.
17,8 .
Mémoires Critiques fur l'Hiftoire ancienne de la
Suiffe , par Bochat , in 4 ° . 3 vol fig . Lauſanne.
1747 & 1749.
Bonamici ( Caftr. ) de rebus ad Velitras , in - 4
Lugd. Bat. 1719%
Ejufd . de Bello Italico , 4. 4 vol. Lugd.
Bat. 1750.
Vocabularium Juris , Brilonii , Heineccii & aliorum
, 8 %. 3 vol . Lauſanna. 1759 .
208 MERCURE DE FRANCE.
Traité des Combats finguliers & des Duels , par
le P. Gerdil , in - 8°.
Traité de Méchanique , de l'Equilibre , des Solides
& des Liqueurs, par le P. Lami , in- 12. Amſterd.
1735 .
Traité de Perſpective, par le même , in - 12 Amfterd.
1734.
Extrait de quelques Poefies des XII . XIII . & XIV.
Siécles , in- 8°. Lausanne. 1749.
Histoire de Bertholde , trad. de l'Italien , in-8 °.
La Haye. 1750.
Sens littéral de l'Ecriture - Sainte , trad. de l'Anglois
de Stachoufe , 80. 3 vol. La Haye . 1741 .
Obfervations Phyfiques fur le Thermométre &
le Barométre , réglé par Bianchi , in-4 ° . fig.
Manheim. 1718.
Recherches fur quelques principes de nos connoiffances
, in-12 Leyde. 1756.
Elément de Phyſique , par Jean Locke , in- 8°,
Amsterd. 1757.
Acta Eruditorum , 4° . Lipfia. Ann. 1759 .
Fabricii Jo. Alb . ) Bibliographia antiquaria , editio
tertia , cum additionibus Pauli Schaffshaufen
, in-4° . Hamburgi. 1760.
Homeri Opera omnia , Gr. & Lat. cum notis S.
Glarcke & variantibus lectionibus Joa . Aug.
Ernefti , 8 ° . 2 vol . Lipfiæ. 1759.
Commentarii de rebus in fcientiâ naturali &
medicinâ , 8 ° . tom. 8: partie premiere & feconde.
Lipfia. 1759.
Briaffon , Libraire Tue S. Jacques , à
la Science , à Paris.
Commentarii novi Academiæ Petropolitanæ , 4%
Tome 4º.
Thomafii (J. M. ) Opera omnia Theologica , 4
7 vol. Romæ 1747 à 1754-
AOUST. 1760. 207
Mifcellanea Philofophico - Mathematica Societatis
Taurinenfis , 4. Aug. Taur. 1759 .
Commercium litterarium ad rei medice & fcientiæ
naturalis incrementum , 4º. 15 vol . Norimberga
1731. ad 1745.
Gefneri ( Jo . Th . ) Ópera botanica , fol . fig. 2 vol
enluminés . Norimberga 1754. & 1759.
Cornelius Nepos cum notis variorum & Vanftaveren
, 8 ° . Lugd. Bat. 1734,
Pomponius Mela , cum notis variorum & Grono
vii , 8. Lugd. Bat. 1748.
Euleri Leon . ) Mechanica , five Scientia motus ;
4.2 vol fig. Petrop . 1736 .
Ejufd. Seientia Navalis , 4°. fig. 2 vol.
Petrop. 1749.
Théorie de la Lune , par M. Clairaut , 4° . fig.
Petersbourg 1752.
Les Epithetes Françoifes ,rangées fous leur fubftan
tif , par le Pere d'Aire , 8 °, Lyon. 1759 .
Eloges des Académiciens de Berlin , par M. Formey
, in- 12 . 2 vol. 1757 .
Mémoires Hiftoriques , Militaires & Politiques
fur l'Ile de Corfe , in- 12 . 2. vol . fig . Laufanne.
17,8 .
Mémoires Critiques fur l'Hiftoire ancienne de la
Suiffe , par Bochat , in 4 ° . 3 vol fig . Lauſanne.
1747 & 1749.
Bonamici ( Caftr. ) de rebus ad Velitras , in - 4
Lugd. Bat. 1719%
Ejufd . de Bello Italico , 4. 4 vol. Lugd.
Bat. 1750.
Vocabularium Juris , Brilonii , Heineccii & aliorum
, 8 %. 3 vol . Lauſanna. 1759 .
208 MERCURE DE FRANCE.
Traité des Combats finguliers & des Duels , par
le P. Gerdil , in - 8°.
Traité de Méchanique , de l'Equilibre , des Solides
& des Liqueurs, par le P. Lami , in- 12. Amſterd.
1735 .
Traité de Perſpective, par le même , in - 12 Amfterd.
1734.
Extrait de quelques Poefies des XII . XIII . & XIV.
Siécles , in- 8°. Lausanne. 1749.
Histoire de Bertholde , trad. de l'Italien , in-8 °.
La Haye. 1750.
Sens littéral de l'Ecriture - Sainte , trad. de l'Anglois
de Stachoufe , 80. 3 vol. La Haye . 1741 .
Obfervations Phyfiques fur le Thermométre &
le Barométre , réglé par Bianchi , in-4 ° . fig.
Manheim. 1718.
Recherches fur quelques principes de nos connoiffances
, in-12 Leyde. 1756.
Elément de Phyſique , par Jean Locke , in- 8°,
Amsterd. 1757.
Acta Eruditorum , 4° . Lipfia. Ann. 1759 .
Fabricii Jo. Alb . ) Bibliographia antiquaria , editio
tertia , cum additionibus Pauli Schaffshaufen
, in-4° . Hamburgi. 1760.
Homeri Opera omnia , Gr. & Lat. cum notis S.
Glarcke & variantibus lectionibus Joa . Aug.
Ernefti , 8 ° . 2 vol . Lipfiæ. 1759.
Commentarii de rebus in fcientiâ naturali &
medicinâ , 8 ° . tom. 8: partie premiere & feconde.
Lipfia. 1759.
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Résumé : LIVRES nouvellement arrivés chez Briasson, Libraire, rue S. Jacques, à la Science, à Paris.
Le document présente une liste de livres nouvellement arrivés chez Briaffon, Libraire rue Saint-Jacques, à Paris. Les ouvrages couvrent divers domaines tels que la théologie, la philosophie, les mathématiques, la botanique, l'histoire, la médecine et la littérature. Parmi les titres notables figurent les 'Commentarii novi Academiæ Petropolitanæ' en quatre volumes, les 'Opera omnia Theologica' de Thomasi en sept volumes, et les 'Miscellanea Philosophico-Mathematica Societatis Taurinensis'. D'autres œuvres mentionnées incluent des travaux de Gesner sur la botanique, des écrits de Cornelius Nepos et Pomponius Mela avec des notes variées, ainsi que des œuvres de Euler sur la mécanique et la navigation. Le document liste également des mémoires historiques et critiques, des traités sur divers sujets scientifiques et littéraires, et des extraits de poésie ancienne. Les lieux de publication varient, incluant Paris, Rome, Nuremberg, Lausanne et Amsterdam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3908
p. 58-106
OBSERVATIONS Sur la Langue Françoise.
Début :
L'UN des plus sages Métaphysiciens : M. l'ABBÉ DE CONDILLAC, a démontré [...]
Mots clefs :
Langue française, Langue, Mots, Idées, Oreille, Esprit, Syllabes, Caractère, Génie, Littérature, Nature, Ouvrage, Pensées, Progrès, Prononciation, Prosodie, Langage, Homme, Variété, Poésie, Racine, Boileau, Rousseau, Voltaire, Expressions, Inversion, Voyelle, Langue italienne, Corneille, Délicatesse, Justesse, Agrément, Noblesse, Langues modernes, Nations, Lettres, Vers, Grecs, Romains, Abbé Condillac
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS Sur la Langue Françoise.
OBSERVATIONS
Sur la Langue Françoife.
L'un des plus fages
Métaphyficiens ;
M. l'ABBÉ DE CONDILLAC, a démontré dans
fon Livre , de l'origine des connoiffances
humaines, que les progrès du génie étoient
en proportion avec ceux du langage. Il
a même avancé cette propofition :
39
» La Langue Françoife a été , pendant
longtemps , fi peu favorable aux progrès
de l'efprit , que fi l'on pouvoit le
» repréten er Corneille , fucceffivement ,
» dans les différens âges de la Monarchie ,
22
SEPTEMBRE. 1760. 59
on lui trouveroit moins de génie , à proportion
qu'on s'éloigneroit davantage
» de celui où il a vécu , & on arriveroit
» enfin à un Corneille , qui ne pourroit
» donner aucune preuve de talent.
Soutenu par l'autorité de ce célébre
Philofophe , j'ofe croire que la recherche
des chofes qui peuvent contribuer à la
perfection de notre Langue , n'eft pas une
puérile étude de mots ; & je trace ces
réflexions avec confiance..
Le langage fert à exprimer nos idées ,
àles fixer dans notre efprit , à les communiquer
; il eft plus parfait , à mesure qu'il
exprime un plus grand nombre d'idées ;
il faut encore qu'il les exprime d'une maniere
qui plaife à l'oreille & à l'efprit.
Clarté , jufteffe , abondance , font les
qualités éffentielles d'une Langue.
Harmonie , briéveté , force , vivacité ,
naïveté , nobleſſe , graces , délicateffe ,
font fes qualités acceſſoires.
Par les premieres , elle eft utile ; par
les fecondes , elle eft agréable. Mais cet
agrément même a fon utilité ; la vérité
toute nuë , n'auroit eu accès que dans
l'entendement , & n'eût trouvé que des
coeurs infenfibles : cette même vérité embellie
, plaît , intéreſſe , remuë , féduit ,
enchante , tranfporte. Elle doit aux or-
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE :
nemens du langage , tous fes triomphes.
Comme je ne veux rien dire d'inutile ,
fi je puis , je ne m'étendrai pas fur ce qui
conftitue la clarté & la jufteffe. Ces deux
qualités font fi
particulièrement propres
à la Langue Françoife , & fi univerfellement
avonces , que les preuves feroient
fuperfues ; la Langue Françoife a été
adoptée , par toutes les Nations , pour le
commerce politique de PEurope : c'eft le
plus beau titre qu'une Langue puiffe avoir
à cet égard.
Quant à l'abondance ; quoiqu'elle en
ait beaucoup , on ne peut nier qu'elle ne
céde aux belles Langues anciennes , &
même à certaines Langues modernes en
quelques parties.
Toutes les Langues font incomplettes :
toutes ont beaucoup à acquérir ; peut- être
ne cefferont- elles jamais de s'enrichir . Je
veux croire que les êtres font tous nommés
; mais leurs modifications , leurs acceptions
réciproques , font fi variées & G
infinies , qu'à chaque inftant , on éprouve
que l'on manque d'expreffions pour rendre
ce que l'on fent très bien. J'en dis de
même de nos fenfations , & de nos idées :
fi les expreffions que cherche un homme
qui penfe , ne font pas toujours équivoques
, elles font fouvent indécifes & foiSEPTFMBRE.
1760. 6i
bles ; des penfées ne font qu'indiquées ;
elles ne produifent pas la lumiere que
l'Auteur en attendoit ; elles font , pour
ainfi dire , perdues : un autre écrivain fuccéde
, cherche à développer ces mêmes
penfées ; fouvent il n'a pas un meilleur
fuccès ; les livres fe multiplient fans fruit,
& fatiguent les Lecteurs par leur nombre
, fans que ces mêmes penfées par
viennent jamais à fe peindre avec la clarté
& la force qu'elles devroient avoir. C'eſt
peut- être à la difette du langage , que
nous devons cette énorme multiplicité
d'écrits fur les mêmes fujets : lorfqu'une
idée et une fois rendue dans toute fon
énergie , elle eft comme gravée d'un burin
inéffaçable & inimitable tout - à - la
fois ; elle ne pourroit que perdre à être
répétée : elle ne l'est donc plus .
Le moyen de nous enrichir , feroit de
faire un Dictionnaire relatif des expreffions
que poffèdent les autres Langues , &
qui nous manquent: nous y verrions , d'un
coup d'oeil , tous les mots que nous pourrions
faire ou adopter . Lorsque l'expreffion
nous manqueroit abfolument , il me
femble qu'il n'y auroit pas à balancer à
la tranfporter dans notre Langue , en lui
donnant une terminaiſon françoiſe. Les
mots latins y feroient plus propres que
62 MERCURE DE FRANCE.
les autres , par la connoiffance habituel
le que nous avons de cette Langue ; le
fens en feroit fixé tout de fuite , & pafferoit
bien vite des Savans aux ignorans.
La Langue Italienne, par fa grande analógie
avec la nôtre , pourroit nous fournir
auffi beaucoup de richeffes.
Mais lorsque nous aurions déjà une
racine des mots que nous voudrions
adopter , la chofe feroit encore plus aifée.
Par exemple , nous difons bon : pour
quoi n'ofons- nous dire abbonnis? J'en dis
de même d'habituer , habituant , accla
mation , acclamer , tumulte , tumultuer
fombre defombrer , fange defanger , alternative
, d'alterner , fragile de fragilifer
&c.
Les diminutifs & les augmentatifs Ita
liens empruntés d'eux avec goût & fobriété
, pourroient encore nous enrichir
beaucoup. Il a été un temps qu nos Poëtes
en faifoient grand ufage ; ils en abuférent.
Ces mots furent profcrits : il fau
droit fonger à réparer cette perte. Mais
je crois qu'il conviendroit de préférer la
terminaifon des mots poverino , amorino
à celle des pargoletto qui emporte dans
notre langue une idée acceffoire de baf
feffe & de mépris ; femmelette , maigreletfont
toujours pris en mauvaiſe part,
SEPTEMBRE. 1760 by
Pauverin , amorin ne paroiffent pas de
même incompatibles avec la nobleffe &
la grace ; & fi on employe cette terminaifon
, je ne doute pas que notre oreille
ne s'accoutumât aux diminutifs nobles ,
comme aux autres.
Il conviendroit encore de chercher ,
dans nos anciens Auteurs , les mots qui
fe font infenfiblement abolis ; on en
trouveroit beaucoup d'utiles & d'expreffifs
, qui fe font perdus , fans qu'on puiffe
dire pourquoi , & fimplement par défaut
d'ufage: Marot, Amyot , & furtout Mon
tagne en fourniroient un grand nombre.
Ce feroit rendre fervice à la Langue, que
de former un Dictionnaire de ceux qui
paroîtroient propres à être remis en ufage .
Les Dictionnaires que je propofe , s'ils
étoient bien faits , fe répandroient dans
le Public ; la curiofité les parcourroit d'abord
; chacun conferveroit le fouvenir
de quelques termes qui lui auroient plû ,
ou dont il auroit été fimplement frappé ;
on le hazarderoit dans la converſation ;
l'oreille s'y habitueroit par degrés ; leur
utilité fe feroit fentir , le befoin naîtroit,
on oferoit en faire ufage dans les livres ,
on les écriroit en italique , comme tant
d'autres que nous avons vû adopter ;
enfin , après plufieurs épreuves , ils par64
MERCURE DE FRANCE.
·
viendroient à fe naturalifer entierement,
Par ce moyen , le defir & le goûr d'enrichir
notre Langue, prendroit infenfiblement
faveur. Au lieu d'être effarouchés ,
comme nous le fommes ridiculement par
toute espéce d'innovation dans le langage ,
& de chérir notre difette , au point qu'il
femble que nous ayons fait vou de pauvreté
; nous ferions une étude des mots
nouveaux ; on les effayeroit , on les examineroit
avec complaifance ; tout homme
qui penfe ambitionneroit la gloire de
créer quelques termes heureux. Enfin
nous ferions dans l'éloquence & dans la
Poefie , ce que la Métaphyfique , la Médecine
& toutes les parties de la Phyfique,
font depuis longtemps avec fuccès . Eh !
pourquoi les Auteurs n'auroient- ils pas la
même liberté , la même autorité que nous
accordons aux gens du monde , aux femmes
mêmes , par qui la langue a été enrichie
d'une foule de mots nouveaux
paffés infenfiblement de la converfation ,
dans nos Romans & nos Comédies ? C'eft
à celui qui crée des idées , qu'il appartient
de créer des mots . Pourquoi nos Orateurs
& nos Poctes , eux à qui les priviléges
de leur art devroient donner plus fpécia
lement ce droit , rampent- ils fervilement
fous la tyrannie de l'ufage , tandis que
SEPTEMBRE. 1760. 65
la Philofophie s'en eft heureufement délivrée
qu'ils ofent franchir cette foible
barriere pour peu qu'ils le faffent avec
choix & avec goût , ils doivent être affurés
du fuccès .
J'avoue que chaque Langue a fon caractére
particulier , analogue aux idées
& aux habitudes dominantes de la Nation
qui la parle il ne faut pas le bleffer
fans néceffité. Mais ne fommes - nous
pas dans le cas de cette néceffité abfo-
Il eft certain que notre Langue n'a
pas acquis , à beaucoup près , toutes les
richeffes dont elle eft fufceptible ; il eft
certain qu'elle eft inférieure à quelques
égards à plufieurs Langues connues , dont
nous ne pouvons traduire toutes les
beautés pourquoi ne ferions - nous pas
ce qu'ont fait les Grecs & les Romains ,
& plufieurs Nations modernes , pour
rendre notre Langue auffi abondante
que la leur ?
Je ne diffimulerai pas que nous avons
plus d'obftacles à craindre'; plus fages &
plus heureux que nous , ces peuples n'ont
fongé , pendant longtemps , qu'à enrichir
leur Langue : ce n'est qu'après y être parvenus
, qu'ils fe font appliqués à l'épurer ,
& à fixer fon caractére ; malheureufement
nous nous fommes hâtés de perfec66
MERCURE DE FRANCE.
tionner la pureté & l'élégance de notre
langage : Malherbe , Boileau , Racine ,
font venus trop-tôt ; il nous falloit peutêtre
dix Ronfard avant eux : nous n'en
avons eu qu'un fes hardieffes ont péri
avec lui: Il nous en coûte pour reculer ,
pour reprendre , dans fes fondemens , un
édifice orné & agréable , auquel il manque
des parties néceflaires ; ofons fortir
du cercle étroit d'un goût timide ; peutêtre
l'incompatibilité des innovations ,
avec le caractére de notre Langue , n'eftelle
qu'apparente. Propofons- nous , pour
objet capital , de fentir fortement , & de
croire que tout ce qui eft bon à penfer ,
eft bon à dire. Les Anglois ont , comme
nous , d'excellens ouvrages en tout genre;
cependant , il s'en faut bien qu'ils regardent
leur Langue comme fixée ; tout ce
qui peut contribuer à l'enrichir, eft adopté
hardiment ; ayons plus de goût , & moins
de licence qu'eux : mais ne craignons pas
d'imiter leur liberté , en ce qu'elle a d'eſtimable
& d'utile..
Je paffe aux qualités qui rendent une
Langue agréable ; & je commence par
Pharmonie.
Elle confifte dans la douceur , l'éclat
& la variété des fons.
La Langue la plus douce & la plus
SEPTEMBRE. 1760. 67
fonore , feroit celle qui auroit toutes fesfyllabes
terminées par des voyelles . Les
fyllabes , accompagnées de confonnes ,
ont quelque chofe de moins éclatant , &
de plus dur à prononcer ; la Langue Italienne
n'emploie prèfque que des voyelles
fimples ; la Langue Angloife , au contraire
, a prèfque toutes les définances de
fes mots chargées d'une ou de deux confonnes.
Entre ces deux extrémités font
placés le Grec , le Latin & le François.
Mais la douceur & l'éclat ne font qu'un
foible avantage , en comparaifon de la
variété des fons ; je n'en veux pour preu--
ve que l'accord unanime des Savans , qui
donnent à la Langue Grecque la fupério
rité de l'harmonie fur toutes les autres ;
quoique cette Langue ait un très - grand
nombre de fyllabes , modifiées par des
confonnes , les voyelles ne forment que
cinq fons , qui , répétés fans ceffe , fatiquent
l'oreille : la Langue devient néceffairement
Monotone. J'ajoute que la Na
ture nous ayant donné la faculté d'articuler
un plus grand nombre de fons ,
c'eft méconnoître fes dons que de n'en pas
ufer. Je dirai encore que le langage étant
destiné à exprimer des idées fortes , comme
des idées douces ; des fons toujours
également doux , ne peuvent fuffire à
68 MERCURE DE FRANC
fon énergie : l'efprit fouhaite , en quelque
forte , d'être averti par l'oreille de
la Nature de l'idée qu'on lui pré fente ; c'el.
certainement une beauté de plus dans
une Langue , d'avoir des analogues à toutes
fortes d'idées . Le défaut de la Langue
Italienne ; à cet égard , frappe vivement,
furtout lorfque l'on commence à l'étudier :
les penfées fortes font à peir apperçues ,
fous les expreffions molles efférinées
qui les déguifent ; & lorfqu'on eft parve
venu à les faifir , leur impreffion en eft
toujours néceffairement affoiblic.
Peut être même cette qualité des fons ,
rudes ou doux , influe-t elle fecrettement
fur le génie même des Ecrivains ; peutêtre
en obfervant le caractére des Langues
, trouveroit- on que felon leurs divers
degrés de douceur ou de dureté , elles
ont produit plus ou moins d'idées douces,
riantes , fublimes ou auftéres .
La Langue Françoife , moins douce &
moins fonore que quelques autres , ne
le céde à aucune pour la variété des fons ;
peut être l'emporte t elle à cet égard fur
le Latin la quantité de fes confonnes effraye
d'abord les yeux , mais l'ufage les
adoucit en bien des cas , & même les
fait difparoître entierement dans la prononciation
, ainfi que dans ces terminai
SEPTEMBRE. 1760 .
65
fons efprits , dangers , bienfaits , flots ,
flambeaux , laurier , furieux . &c. Il en
eft de même dans les infinitifs des verbes
en er , & dans la terminaiſon de la plûpart
des tems des verbes , vous aimez , il
aimoit , tu aimerois , tu aimas , &c.
Or. voit par là de quelle prodigieufe
variété de voyelles fonores notre Langue
eft enri par l'oreille , quoique l'oeil
ne les'apperçut pas , & qu'elles lui paruf
fent étouffées par les confonnes .
- On nous reproche nos E muets. Je réponds
1 °. qu'ils ont un vrai fon , peu
éclatant à la vérité , mais très - doux . 2°.
Tous les fons qu'ils forment fe trouvent
dans la Langue Latine : quelle différence
, en effet , peut trouver l'oreille ,
entre ces terminaifons des deux Langues
? fimilis milice , lux luxe , coelum
l'homme , lex circonflexe , Spes épaiffe
pax fyntaxe , domus aumuffe , conftans
conftance , illud prélude , amabas baffe ,
amaverint labyrinthe , legerunt hontes
viderat Hypocrate , fcripferit hypocrite ,
clamant mante , dixerim rime , iftic caractariftique
, hac hypotéque , hac attaque ,
hoc équivoque , huc caduque , & c. 3 °. cesi
fyllabes muettes , dans nos bons Auteurs'
en vers & en profe , difparoiffent fouvent
par l'élifion. Cette élifion eft douce & fair
50 MERCURE DE FRANCE.
harmonie. 4°. Lorsque certe fyllabe muet
te fe trouve enfermée dans un mot , la
prononciation l'anéantit ; defir , commandement
,fe prononcent abfolument comme
fi on écrivoit dfir , commandment.
5 °. Il eft pourtant vrai que dans les vers ,
quoique cette fyllabe difparoiffe par la
rapidité de la prononciation , elle ne laiffe
pas d'être comptée : mais c'est ce qui
rend notre Poëfie plus douce que la Latine.
En effet, lorfque , dans un yers Latin
, les fyllabes terminées par des confonnes
, font trop multipliées , il devient
d'une dureté infupportable , & perd toute
fon harmonie , comme celui- ci :
Rex , lex , dux , fons , lux , mõns ;
Spes , dol , pax , petra , Chriftus . 6° . La
fyllabe féminine à la fin de nos vers eft
comme anéantie & n'eft pas comptée.
7°. Il ne tiendroit qu'à nous d'en faire
autant dans le cours du vers ; mais je
crois que nous avons mieux fait de conferver
le fon de la fyllabe muette : l'harmonie
eft moins fonore , mais plus douce.
8°. Dans la profe , une prononciation
forte & foutenue , fait difparoître entierement
les fyllabes muettes ; en forte
que l'oreille ne fent aucune différence
entre la terminaiſon des mots François ,
SEPTEMBRE. 1760. 70
•
cités plus haut , & celle des mots Latins
que j'ai mis en comparaison.
Je crois pouvoir conclure de ces obfervations
, que les E muets , tant reprochés
à notre Langue , font abfolument
infenfibles dans la profe , puifqu'ils font
parfaitement confonans avec les fyllabes
Latines , terminées par des confonnes ;
& que , fi la fyllabe qu'ils forment , eft
comptée dans les vers , elle ne fert qu'à
les rendre plus doux .
Tous les reproches qu'on nous fait à
, cet égard , ne font fondés que lorsque
nous employons plufieurs fyllabes féminines
de fuite ; ainfi que dans ce vers de
Racine.
de la Patrie , il foit , s'il veut , le père;
9
Ah !
que
Défaut
qu'il
eft
facile
d'éviter
&
qu'en
effet
on
trouvera
rarement
dans
nos
bons
Auteurs
.
Les fons varient encore dans leur durée
, & cette forte de variété eft une
nouvelle fource d'harmonie ; toutes les
Langues ont des fyllabes longues , bréves
& incertaines : le Latin a fa profodie
fixée , les Langues modernes n'en ont
point de pareilles ; mais leurs fyllabes
n'en ont pas moins une meſure certaine
& décidée , finon par des régles , du
1
72 MERCURE DE FRANCE
moins par l'ufage . Ceux qui ont ofé dire
que nos vers n'étoient compofés que de
fpondées , ont avancé une propofition ridiculement
fauffe. Notre Langue a des
fyllabes longues & bréves , parfaitement
décidées telles. Il eft vrai qu'elle a des
bréves plus ou moins bréves , & des longues
plus ou moins longues ; mais bien
loin que ce foit un défaut , elles ne fervent
qu'à varier l'harmonie.
Si nous avons les mêmes voyelles ,
tantôt longues , tantôt bréves , c'eſt une
chofe qui nous eft commune avec les
Latins. Pourquoi dans tabulata , le même
A eft-il , tour-à-tour , bref& long ? Pourquoi
la valeur de l'E varie-t- elle dans
Soceros & proceres ? Celle de l'I dans limina
? Celle de l'O dans erroris focus ?
Celle de l'U enfin dans humum & lucem?
Ces queſtions ne finiroient pas. La profodie
Latine eft donc très- fouvent arbitraire
comme la nôtre ; elle n'a pas de regles
qui ne fouffrent beaucoup d'exceptions
; elle ne prend pas toujours fa fource
dans des qualités inhérentes aux voyelles
, ni même dans la place qu'elles occupent.
Qui nous empêche donc de faire des
loix pareilles à celles des Larins ? nous
ne les avons pas faites ; mais la valeur
de
SEPTEMBRE . 1760. 73
de nos fyllabes n'en eft pas moins décidée.
Si quelqu'un pouvoit en douter , qu'il
éffaye , en déclamant , d'allonger les fyllabes
que l'ufage a fait bréves , & d'accourcir
les longues ; il fera frappé luimême
de la barbarie de ce jargon . J'ai
entendu un Acteur , fujet à ce défaut , il
étoit infupportable à toute oreille . J'ai
vu une jeune perfonne , jouer la comédie
fans maîtres & fans principes que fon
oreille : elle fcandoit naturellement tous
les vers avec affez de jufteffe ; il n'y a perfonne
qui , en l'écoutant , n'eût pû marquer
les bréves & les longues ; fa maniere,
quoiqu'éloignée de notre ufage de rendre
Ja prononciation foutenue & égale, avoit
je ne fçai quoi qui plaifoit : la Profodie
devenue plus fenfible , remplaçoit , en
quelque forte , le défaut de fentiment &
de nobleffe arbitraire , que nous avons
imaginé.
Nous avons donc une profodie trèsfixe
, très- décidée , quoique fans régles
convenues.
De cette profodie, fentie ou méconnue
par une oreille délicate ou groffiere, naît
I'harmonie de nos bons vers , & la dureté
ou le défagrément de ceux qui font mal
faits : il fuffit d'ouvrir Chapelain & Ra-
D
4 MER CURE DE FRANCE
cine , pour en trouver mille exemples
elle eft de même la fource du nombre
oratoire.
Nos vers , il eft vrai , ne varient point
par le nombre des fyllabes ; ils varient
feulement en longueur , par les différens
mélanges des longues & des brèves ,
quoiqu'à la vérité moins que les Latins.
Mais fi l'oreille n'avoit pas guidé leurs Auteurs;
deux vers de fuite , l'un compofé de
fpondées , l'autre de dactiles , auroient
déplûpar leur trop grande oppofition . Qui
pourroit reconnoître la même meſure dans
ces deux vers ?
Immortali funt naturâ prædita certe.
Quadrupedante putrem fonitu quatit ungula came
pum .
Nous avons une variété , que les Latins
n'avoient pas. Quelquefois je trouve dans
nos vers jufqu'à cinq fyllabes bréves da
fuite.
Des Guifes , cependant , le rapide bonheur.
Le dactyle & le fpondée, toujours pla
cés dans le même ordre à la fin des vers
Latins , leur donne une forte de monoto
nie qui n'eft pas dans les nôtres car il
faut remarquer que l'oreille fe fixe , & fe
repofe naturellement, fur la fin de chaque
SEPTEMBRE . 1760 71
ers , outre que le fens des mots y fixe
l'attention de l'efprit.
Notrevers Alexandrin me paroît répondre
au pentamétre des Latins ; je trouve
chacun de fes hémiftiches compofé de
deux pieds , & un demi- pied long ; mais
il a plus de variété , parce que fes deux
hémiſtiches employent les longues & les
bréves indifféremment , & furtout parce.
que le dernier n'eft point affujetti au da
tyle , placé régulièrement à la fin , ca
qui rend la cadence du pentamétre trop
monotone.
Notre grand vers réunit à choix tous
les pieds des différens vers Latins ; il a
donc une très- grande variété : ce que je
dis du grand vers peut s'appliquer à tous
les autres ; du choix & du mélange de
ces pieds , réfulte un harmonie trèsréelle...
Avons- nous bien fait de ne pas rendre
la profodie auffi fenfible dans la prononciation
que nous le pouvions ? C'est une
queſtion importante. La Langue eſt dans
notre maniere moins fonore , elle perd
une partie de l'harmonie brillante qu'elle
auroit pu avoir ; elle y gagne du côté de
la douceur ; elle affecte plus la raiſon &
le fentiment : les Italiens ont une profo
die plus marquée , leur déclamatio : fait
Dij
MERCURE DE FRANCE
par conféquent plus d'effet fur l'oreille
elle en fait moins fur l'efprit & fur le
coeur ; elle agit plus fur les organes , que
fur l'âme même : auffi la déclamation eft
peu de chofe chez eux , du moins quant
aux paffions ; ils ne déclament point la
tragédie ; leurs Comédiens ne fongent
guères à toucher , ils ne veulent que faire
rire : nous avons au contraire remué tou
tes les paffions ; l'âme feule eft le vrai
guide de notre déclamation . Je crois que
nous avons choifi le genre qui convient
à des êtres penfans & fentans : j'ajoute
que fi la prononciation Florentine parle .
plus à l'oreille qu'au coeur , celle des Romains
a plus de notre maniere , & elle
eft généralement préférée .
Après avoir défendu la profodie &
l'harmonie de notre Langue , contre des
reproches injuftes ; je conviendrai pourtant
qu'il feroit utile de fixer irrévocablement
notre profodie , par des regles
écrites ; ce feroit un fûr moyen de la
garantir de l'altération & de la corruption,
qu'elle pourroit éprouver infenfiblement
de la part des gens du grand Monde
, dont les caprices inconftans devienment
des loix , & affujettiffent enfin auffi
riaeuiement que tyranniquement les Sa →
yans même & les Gens de Lettres , feule
SEPTEMBRE. 1766.
vrais Juges en cette mariere. M. l'Abbé
d'Olivet a déjà tenté, avec fuccès , un effai
de profodie ; mais pour rendre cette autorité
plus grande & plus reconnuë , il
femble que l'Académie Françoiſe devroit
fe charger de cette entrepriſe.
J'ajouterai à ce que je viens de dire
fur notre Poëfie , que nous devrions tenter
de faire ufage des vers non rimés ,
l'exemple des Anglois & des Italiens .
Pourquoi fommes -nous les feuls qui négligions
de les employer ? Ils feroient
très -bien placés dans nos Piéces de Théâtre
, où il convient que la Pocfie ne foit
prèfque pas fentie . Milton a écrit fon
Poëme en vers non rimés. La monotonie
de nos vers feroit diminuée ; notre Langue
s'enrichiroit d'excellentes Poëfies ,
de la part de beaucoup de bons efprits
rebutés de ce genre d'écrire , par la
fervitude que la rime impofe ; nous
n'aurions plus tant de vers foibles , qui
font fi fouvent à la fuite des meilleurs
vers , ni ces rimes trop prévues & trop
répétées, dans les cas où un mor a peu de
confonans. Gracès ne va jamais fans traces
; defirs , plaifirs , charmes , allarmes
fe fuivent toujours. Ces défauts contribuent
plus que toute autre chofe à dégoûter
les gens fimplement fenfés, de tra-
D iij
8 MERCURE DE FRANCE.
vailler en vers , quelquefois même de les
lire. D'ailleurs chaque genre a fon prix ,
& peut trouver fa place , & nul n'eft à
dédaigner.
L'entrelaffement des rimes mafculines
& féminines , ne me paroît pas plus néceffaire
à conferver ; il conviendroit d'éffayer
ce nouveau genre : on auroit l'avantage
d'éviter le rempliffage de quatre
vers , qui gâtent tant de Poefies , & qui
rendent les changemens & les corrections
fi difficiles .
La briéveté fert à rendre la Langue
plus préciſe , plus vive , plus énergique :
elle dépend des mots & des tours de
phraſes ; la Langue Françoiſe a en général
fes mots plus courts que la Latine &
l'Italienne ; fes fyllabes muettes n'étant
pas fenfibles
, y contribuent encore :
préfence eft plus court que prafentia ; il
en eft de même de foupire , fufpirat , legere
,
&c. On peut obferver encore
que nous avons prèfque toujours une fyllabe
de moins dans les yerbes cantare ,
chanter , adorare , adorer . Cet avantage
du François , eft encore plus fenfible à l'égard
de l'Italien : io amava ,j'aimois , io
fio amato , j'ai aimé , ioaurei amato, j'aurois
aimé.
lire ,
A l'égard des tours , nous avons prof
SEPTEMBRE . 1760.
ر و ن
trit les périodes de Balfac , nous avons
coupé nos phrafes , nous nous fommes
contenté de lier les idées , en fupprimant
les liaifons artificielles & traînantes des
expreffions ; par ce moyen , nous fommest
parvenus à nous paffer des tours rapides
des autres Langues : cependant , fi nous
pouvions en acquérir quelques - uns , ce
feroit une richelle dé plus.
се
Mais ce qui me paroît défigurer la
Langue , & furtout la Pocfie Françoife ,
c'eft la répétition inutile & vicieufe des
articles . Pourquoi n'ofons - nous dire vertu,
fcience , grandeur , France , homme , femme?
Toutes les autres Langues s'expriment
ainsi , du moins dans les vers ; on
peut hardiment fupprimer l'Article du
Nominatif , prèfque toujours celui de
P'Accufatif ; ceux du Datif & du Génitif
fubfifteroient. Mais ce feroit toujours autant
de fyllabes fuperflues , qui reviennent
fans ceffe , fans ajouter rien au fens
ni à la clarté , dont les répétitions feroient
retranchées. Il feroit utile de
pouvoir faire le même retranchement
dans les pronoms perfonnels , toutes les
fois que le temps & la perfonne peuvent
fe deviner par la prononciation du verbe
; ils fe devineroient prèfque toujours ,
fi nous prononcions notre Langue comme
Div
80 MERCURE DE FRANCE
elle eft écrite ; mais notre prononciation
actuelle eft fi affoiblie , les confonnes qui
terminent les verbes fi peu fenties , fi
peu diftinctes , que cette fuppreffion des
pronoms perfonnels peut être regardée
comme impoffible. On pourroit donc fe
borner au retranchement des Articles le ,
la, les , des . Ils rendroient notreLangue propre
au ftyle lapidaire, qualité qui fans cela
lui manquera toujours.Je fuis intimement
convaincu , que fi l'on faifoit une férieufe
attention ,fur l'inutilité abfoluë de ces fyllabes
vicieuſes , un dégoût juſte & invin
cible s'éléveroit contr'elles , & les profcriroit
fans retour . Peut- être ne fera- t-il
pas inutile , de donner ici un exemple du
changement avantageux , & du caractère
énergique, que cette fuppreffion des Arti
cles pourroit nous procurer. Le voici :
» Gloire , qui vient de conquêtes , ne
fauroit avoir approbation du Sage ; vertu
»doit être fondement de toute gloire.
»Homme fe dégrade lui-même en penfant
"autrement ; voix univerfelle doit s'élever
»contre tout ufurpateur; peut- être, à force
»decouvrir de honte ces ennemis du
genre
"humain , parviendra- t- on un jour à tour-
»ner les efprits des Rois , vers une gloire
"plus digne de ce nom : que Philofophie
»parle , que cri public fe joigne à elle
SEPTEMBRE . 1760. 81
que tous écrivains ne déshonorent plus
>>leurs talens , en célébrant exploits barbares
; tôt ou tard frénéfie d'ambition s'é-
»teindra du moins par honte , fi ce n'eft
»par remords. Rois & Princes font raffafiés
de refpects , richeffes , grandeurs ;
"Admiration eft le feul bien qui leur refte
»à défirer : qu'on ne la leur laiffe efpérer
"qu'unie avec amour : Il faudra bien qu'ils
»fe foumettent à opinion publique , feule
chofe , fur laquelle autorité fuprême ne
"peut rien.
Je fens combien ce foible morceau eft
peu propre à féduire en faveur de mon
fentiment ; il peut fervir du moins à prouver
que l'idée que je propoſe , eſt praticable
; & que cette maniere d'écrire ,
traitée plus heureufement , donneroit à
la Langue , une énergie qu'elle n'a pas .
Toutes nos idées , toutes nos paffions ,
ne font pas douces & foibles ; nous en
avons de fortes & de vives. Le langage
a donc befoin de force & de vivacité ,
pour les exprimer .Ces qualités dépendent
encore des termes & des tours : j'ai fait
voir plus haut , comment nous pourrions
nous enrichir des termes qui nous manquent.
Les tours confiftent dans l'arrangement
des mots ; nous n'avons qu'un
feul arrangement ; c'eft celui de la clarté ,
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
:
de la juſteſſe & de la raiſon ; les paffions
changent cet ordre pour fe peindre plus
vivement , elles employent les inverſions ;
la langue Latine , par fa propre nature ,
les admet & les varie à l'infini ; les langues
modernes , faute de terminaifons
différentes pour le cas des noms , & embarraffées
dans les verbes , par les auxiliaires
, font plus bornées dans leurs inverfions.
Cependant la Langue Italienne en a
infiniment plus que la Françoife , fans
qu'elle ait trouvé , dans fon caractére ,
beaucoup plus de facilité à les employer.
Il a fallu , pour cela , qu'elle altérât fouvent
la clarté du fens , mais les Lecteurs
fe font accoutumés à le deviner ; elle en
a peu dans fa profe ; elle les a multipliées
dans fes vers on ne fauroit trop marquer
de différences, entre la profe & la poëfie ;
celle- ci ne fauroit être trop figurée , trop
animée. L'inverfion eft la fource où elle
doit puifer particuliérement fon caractére
fpécifiques, les beautés éffentielles ; quelle
âme pourroit être infenfible à ces belles
inverfions ?
Illi robur , & æs triplex
Circà pectus erat , qui fragilem truci
Commifit pelago ratem
Primus.
SEPTEMBRE. 1760. 83
Nec quidquam fibi prodeft
Aerias tentaffe domos , animoque rotundum
Percurrifle polum , morituro.
Que l'on déplace les mots primus &
morituro, la penfée perd auffitôt prèfque
toute fa force. Tel eft l'empire de l'oreille
& de nos organes matériels , fur l'efprit
même.
Cependant la Poëfie Françoife n'admet
guères plus d'inverfions, que la profe élevée
, de toutes les Langues modernes , qui
n'avoient pourtant pas moins d'obftacles
à vaincre , la nôtre eft la plus pauvre à
cet égard ; nous fentons nos befoins .
mais notre timidité eft la plus forte.
N'effayerons- nous point de la vaincre ?
L'inverfion excite l'attention , & la fixe
où elle doit être fixée. Dans une phrafet
traînante où tout eft , dit- on , dans l'ordre
naturel , l'attention eft errante , incertaine,&
ne fçait où fe repofer ; il convient
qu'elle foit dirigée , fur les parties
principales du difcours : l'inverfion feule
peut produire cet effet. Les Latins en ont
fouvent abufé , furtout dans la Pocfie
quelquefois même dans la profe : fouvent
on a peine à les entendre ; nous ne craindrons
pas ce défaut la nature de notre
Langue s'oppofe à tout excès en ce genre..
Divi
84 MERCURE DE FRANCE.
Il me femble que nous devrions fon
ger à introduire dans la Langue , le plus
d'inverfions qu'il fe pourroit , lorsqu'elles
feroient placées de maniere à ne point
produire d'ambiguité : c'eft la feule régle
que l'on peut fixer à cet égard ; je me
contenterai de donner quelques exem
ples.
Toutes les fois que le régime du verbe
n'eft pas un accufatif,l'inverfion peut avoir
lieu.Nous difons très-bien :à luifeul s'adref
fent tous mes voeux ; de lui dépend ma
fortune.
Lorfque le régime du verbe eft précédé
d'une prépofition , fur , devant ,
après , fous , à côté , par , pour , &c.
l'inverfion ne peut point non plus produire
d'équivoque : fur cette vafte plaine ,
s'élève un Temple . Sous fon Empire , les
Peuplesfont heureux.
Il y a auffi bien des cas , où l'inverfion
peut avoir lieu , quoique le verbe régiffe
l'accufatif ; par exemple , toutes les fois
que le nominatif du verbe eft un pronom
perfonnel , je , tu , il , parce que ces mots
font éffentiellement nominatifs ; il en eft
de même de qui. Rien ne nous empêche
de dire , avec le Taſſe :
s ;
Je chante les combats , & ce Héros vainqueur,
SEPTEMBRE. 1760 : 851
Qui , le tombeau facré délivra du Sauveur.
Les fucs amers , il boit avidement déçù ;
la vie il a reçu.
Et de la propre erreur ,
Ainfi , on peut bien dire : mille entreprifes
heureuſes tu conçus & exécutas , il
conçur & exécuta.
Lorfque le verbe exprime un fentiment
, & que le régime eft une chofe
inanimée , il ne peut point non plus y
avoir d'équivoque ; ainfi , ces deux vers ,
malgré les inverfions qu'ils contiennent ,
font très clairs.
Plein de ces fentimens , toute gloire mortelle
Ce Héros dédaignoit en fon ardeur fidelle .
Lorfque l'accufatif & le nominatif différent
en nombre , il ne peut point reſter
d'ambiguité ; mes feux , mes fentimens a
emporté dans fa tombe mon premier époux.
Souvent la force du fens fuffit feule
pour lever toute équivoque.
Et par art , Antioche ; & par force Nicée ,
Les fuperbes Chrétiens avoient déjà domptées;
Là , tu le fais , ô Mufe , accourent les Mortels ,
Où prodigue le plus des douceurs enchantées ,
Le féduifant Parnaſſe.
Ces vers , avec bonté , daigne ici recevoir..
86 MERCURE DE FRANCE.
Lorfque le verbe eft neutre , le nominatif
peut très- bien être placé après lui :
cependant brûle & fe confume la malheu
reufe Didon.
Ne pourroit- on pas quelquefois éloigner
le verbe de fon auxiliaire ? Si féparée
je n'avois été d'un époux tendre.
L'adverbe peut auffi n'être pas toujours
uni au verbe : conftamment lafortu
ne lefeconda.
Je trouve encore des cas où le ſubſtantif
& l'adjectif pourroient être ſépa
rés. Pourquoi n'ofons- nous dire >
Quel terrible & funefte , il affronta danger ?
Combien de glorieux il entreprit travaux !
Le fens eft pourtant clair & fans ambi
guité. J'en dis autant de ces vers.
Aux travaux de ſon ſexe , aux fuſeaux , à l'aiguille
Abbaifler ne daigna fes généreufes mains.
Donnera l'Univers , donnera le Ciel même,
A notre fier courage un fecours tout- puiffant.
Tombeau foit cette terre à tous les ennemis.
Le meilleur moyen pour accoutumer
notre Langue aux inverſions, & pour plier
fon génie à cette efpéce de nouveauté ,
ce feroit de travailler à traduire le plus.
fidellement qu'il feroit poffible , des ou
SEPTEMBRE. 1760. 87
vrages de Poëfie Latine , Italienne , Angloife
; le Lecteur fentant le prix des inverfions
heureufes , que le Traducteur
auroit confervées , lui fçauroit gré de les
avoir fait paffer dans notre idiôme , de
jeunes Poëtes avides de fe diftinguer, pourroient
enfuite s'exercer dans ce nouveau
genre : le caractére de notre Langue cefferoit
peut- être enfin de fe renfermer dans
les limites étroites , ou il a été botné jufqu'ici.
Mais il feroit à fouhaiter que l'on
n'employât les nouvelles inverfions qu'avec
choix.Il eft certain que la Langue Latine
les a trop multipliées ; fouvent elles ne
produifent qu'une beauté matérielle ,dont
notre Langue peut très - bien ſe paſſer ;
fouvent la phrafe auroit gagné à être
coupée ; l'habitude méchanique d'arranger
des mots , a entraîné les Latins , &
leur a fait noyer un petit fens dans beaucoup
de paroles artiftement fymétrilées ;
il en peut réfulter quelque agrément pour
l'oreille , fans que l'efprit en foit plus fatisfait
quelquefois elles ne font que
l'embaraffer , & que retarder & brouiller
lęs idées ; on peut fuppléer très heureufement
un grand nombre d'inverfions de
ceite espéce , en coupant les phraſes ; la
clarté , la jufteffe , la force même y gagnent
fûrement. Cet avantage eft fans
88 MERCURE DE FRANCE:
doute préférable à celui de contraſter des
mots , d'où il ne réfulte qu'une illufion
paffagére , que la réflexion diffipe bientôt.
Occupé de la combinaifon pénible
des termes , un Auteur néglige infenfiblement
les idées & les chofes, Si tant
d'ouvrages , qui plaifent en Latin, perdent
fi fouvent leur mérite à être traduits en
François , gardons - nous d'en rejetter la
faute fur notre idiôme ; admirons bien
plutôt la noble & heureufe fimplicité, qui
forme fon caractére , & félicitons - nous
de trouver en elle un creufet affuré , pour
diftinguer l'or pur d'un alliage faux &
frivole . Dégagée du foin de rechercher
des ornemens fuperflus , & privée de
l'efpoir de faire illufion par leur fecours ,
la Langue Françoife ne s'occupe que du
fond des chofes , elle fimplifie , elle épure
, elle preffe les penfées & les fentimens
; elle a l'avantage unique de parler
à l'efprit plus directement qu'aucune
autre .
Cependant , à la fuite d'un nombre
choifi d'inverfions qu'elle pourroit acquérir
, il feroit encore à défirer , comme je
l'ai dit plus haut , qu'elle empruntât de
quelques Auteurs Latins certains tours
vifs & précis, compofés de conftructions
hardies , fouvent même, fans conftruction
SEPTEMBRE. 1760 8
apparente , dont elle tireroit des nouveaux
degrés de vivacité & d'énergie . La
Bruyere , S. Evremont , la Fontaine ,
peuvent fournir des idées de ce ftyle :
une Langue , pour atteindre à la perfection,
doit embraffer tous les genres . Combien
de nuances de ftyle depuis l'élégance
nombreuſe de Ciceron , jufqu'à la nerveuſe
concifion de Tacite & de Sallufte , depuis
Virgile jufqu'à Juvenal & Perfe !
Je fais que la maniere différente de
ees grands hommes , tenoit à leur génie
particulier ; mais ces génies doivent renaître
dans chaque Siécle & dans chaque
Nation lettrée. C'est à ceux qui ſe ſentes
portés par la Nature à quelqu'un de
ces deux genres , à choisir les modéles
qui leur font propres , & à franchir , courageufement
, le joug impofant du ton
dominant de leur fiécle : nous avons affez
de talens , qui pourroient ſe faire un caractére
original ; il ne leur manque que
d'ofer, & de brifer les entraves de l'imitation.
Par là nous verrions , peut- être , renaître
cette précieufe naïveté , cette fimplicité
finguliere de nos premiers Auteurs ;
notre Langue acquerroit une force qu'elle
a enviée inutilement jufqu'ici à la
Langue Angloife.
Malherbe, Racine , Boileau , Rouſſeau,
90 MERCURE DE FRANCE.
ont rendu de grands fervices à leur Langue
; ils ont perfectionné fon élégance ,
fon exactitude , fa pureté , fa nobleffe ,
fa délicateffe , fes graces ; en forte qu'à
tous ces égards , elle ne céde à aucune
autre Langue : peut être ont- ils nui à des
progrès plus utiles , qquu''eellllee auroit pû
faire du côté de la hardieffe , de la vivacité
, de l'énergie , de l'abondance ; je
le répéte encore , ils font venus trop tôt.
Dès Malherbe , on s'eft écrié que cet
Auteur avoit fixé le caractére de la Langue
la Nation fortoit à peine de la barbarie
; dès le premier pas , elle crut
avoir, atteint la perfection. Malherbe
avoit l'âme grande & élevée; il ne lui a
manqué qu'une Langue plus avancée ,
pour déployer fon génie..
:
Racine , admirable par l'analyfe délicate
du coeur humain , par les charmes
délicieux de fon ftyle , par la conduite.
& l'intérêt de fes Piéces , Racine a créé
un genre , dans lequel il ne fera furpaffe
par perfonne. Mais il faut avouer que
chez lui l'élégance continue , a fouvent
étouffé la force.
Boileau étoit affurément un très - bel
efprit ; il avoit éffentiellement le coeur
froid, & l'âme peu élevée ; il fent peu,
il peint agréablement ; plus Verfificateur
SEPTEMBRE . 1760. 91
il
que Poëte , fes vers font rarement produits
la chaleur du fentiment , ou
par
-par la force des idées . Ils font faits , pour
ainfi dire , au compas , on devine les
mots qu'il a trouvés , qu'il a cherchés :
leur arrangement méchanique eft fon
principal mérite . Soutenu par Horace ,
s'eft élevé au- deffus de lui - même dans
fon Art poëtique : il y a pourtant de trèsbelles
chofes dans le Lutrin ; on trouve
dans fes Satyres , beaucoup de traits d'efprit
, agréablement tournés , mais fans
chaleur & fans élévation . Un Poëte fatyrique
pour exceller doit - être doué de cettehumeur
Angloife , pour laquelle nous n'avons
pas même de terme ; & il n'y en a
point , dans Boileau. La Bruyere , fimple
Profateur , l'avoit reçu de la Nature , fon
ouvrage en eft profondément empreint,
Rouffeau , quoiqu'avec beaucoup plus.
de chaleur que Boileau , & avec un ef
prit plus nourri par la Philofophie , manque
encore de véritable énergie ; ingénieux
, pur , correct , élégant , fes penfées
font juftes , folides , grandes , liées ,
ornées agréablement mais fon efpritn'a
pas une certaine profondeur ; & c'eft
chez lui , furtout que j'obferve un grand
nombre d'idées foiblement rendues. L'ex-
´preſſign lui a manqué : j'entens cette ex92
MERCURE DE FRANCE
preffion vigoureufe , ce coup de pincea
du grand- Maître la crainte d'offenfer
l'oreille , l'a trop fouvent arrêté. H n'a
employé qu'un très- petit nombre de ter
mes , dans fes ouvrages de grande Poëfie.
Une idée neuve , exprimée avec des
mots rebattus, ne fçauroit paroître neuve:
l'efprit eft la dupe des oreilles toute
penſée hardie doit être revêtuë d'expreffions
qui le foient. Les plus zélés admirateurs
de ce Poëte , font forcés de con
venir que
fon génie n'a rien d'original.
Ce que je viens de dire de ces grands
hommes , fouffrira fans doute beaucoup
de contradictions ; on fe porte prèfque
toujours à admirer fans réferve , ce qui
eft vraiment admirable à certains égards.
Cependant , je crois n'avoir arraché , de
leurs couronnes , aucun des lauriers qui
leur font légitimement acquis. Je voudrois
feulement qu'on pût fe perfuader
que , pour avoir excellé dans quelques
parties , ils n'ont pas également excellé
dans les autres ; qu'ils n'ont pû ouvrir
toutes les routes à la fois , & qu'il faut
bien fe garder de les préfenter comme
des modéles univerfels.
Créons des termes & des tours forts &
énergiques , nos penfées le deviendront,
Nous avons affez de jolis mots , & par
SEPTEMBRE . 1760. ༡༣
conféquent de jolies idées , & de jolies
âmes. Mais eft-ce tout ? Après un fiécle de
grâces & d'élégance , travaillons à nous
former des âmes hardies & robuftes.
Corneille , Boffuet , la Bruyere , Moncefquieu
, Voltaire & j'ajoute Rouffeau de
Genève,font lesEcrivains que nous devons
choifir pour modéles en ce genre : les penfées
que ces hommes célébres ont réuffi à
bien rendre,font gravées dans tous les ef
prits.Envain des Ecrivains médiocres travaillent
alles retourner; ils nous les offrent
affoiblies ; l'efprit ne les retrouve qu'avec
dégoût. Ce qui eft dit 8 : penfé avec un
certain degré de force , néantit à jamais
toutes les copies froides & imparfaites ;
toute penfée grande & fortement exprimée,
eft immortelle ; l'efprit peut amufer
l'efprit , l'âme feule a droit d'ébranler
l'âme : j'entens par âme, ce caractére fier,
indépendant , original & fublime , cette
chaleur intime & féconde , ce feu , pour
ainfi dire , électrique , qui étincelle rapidement
, qui éclaté , pénétre & communique
de même. Le fentiment coule avec
abondance de cette fource enflammée ; il
fe répand fur les ouvrages de pur agrément
, comme fur ceux de la perfuafion
la plus profonde ; il vivifie les genres
même qui en font le moins fufceptibles .
94 MERCURE DE FRANCE:
Point de génie fans fentiment : Sapho
eft la tendre amante de Phaon ; Montef
quieu & Newton, font les amans fublimes
de l'humanité & de la vérité.
Je crois que c'est grand dommage que
Montagne n'ait pas écrit à Paris ; cette
Ville donne le ton ; elle l'eût reçu de lui
& l'eût rendu au refte de la France : mais
Montagne étoit gafcon , il écrivoit dans
fon pays , il étoit énergique & hardi ; on
admira ces qualités , & on s'en tint là.
Le bel efprit , ce fléau du génie , dominoit
dans la Capitale ; il empêcha les
progrès de ce style expreffif , qui auroit
enrichi la Langue ; cependant Montagne
plaît à tous ceux qui le lifent. On le cite
avec complaifance , & perfonne n'ofe entreprendre
de le traduire en François
pur & élégant. On refteroit au - deffous de
lui , on feroit ridicule. Pourquoi s'efton
amufé fi longtemps à contrefaire le
ftyle de Marot , qui n'avoit en partage
qu'une naïveté agréable ? Le premier modéle
étoit bien plus digne d'être fuivi.
Mais , dira t-on , Montagne faifoit des
barbarifmes . Ah ! nous n'avons que trop
d'Auteurs purs & châtiés , c'eft- à - dire ,
faibles & froids. Il nous faut peut - être
de hardis faifeurs de barbarifines , fans
quoi notre Langue eft expofée à languir ,
SEPTEMBRE . 1760. 21
Tous les fauffes graces d'une élégance pué
rile & de cette délicateffe exceffive à laquelle
on a voulu borner fon caractére :
qualité qui , renfermée dans fes bornes
eft admirable en certains genres , mais
qui devient un vice dans beaucoup d'autres.
Nous n'ofons nommer plufieurs animaux
utiles. Nous craignons de peindre
avec trop de vérité , la mort , la pefte ,
la corruption , le vice. Livrés à un art
recherché , nous dédaignons la fimple
Nature ; il faut que nos Bergers foient
couverts de fleurs ; les arts utiles font
avilis à nos yeux délicats.
Chaque mot a fa place dans un certain
ftyle , il n'en fçauroit fortir ; tout écrit
élevé eft prèfque toujours bourfouflé &
vuide de chofes ; il faut fe faire entendre ,
par des périphrafes qui affoibliffent ; on
ne peut appeller prèfque aucune chofe
par fon nom dans le ftyle noble.
Nous fommes , par cette même délicareffe
, très- bornés dans le choix des images.
Combien en eft- il que nous admirons
dans Virgile, & dans Homere, & que notre
Langue ne peut admettre ? Le fentiment ,
dans nos ouvrages , eft toujours enflé
guindé , réfroidi, par un acceffoire de nobleffe
. Le naturel , le fimple , le vrai ,
66 MERCURE DE FRANCE:
nous paroît ignoble. La plupart des beau
tés naïves des tragiques Grecs , font perdues
pour nous .
t
Je trouve les fources de cette fauffe
'délicateffe , dans les idées relatives de
grandeur & de baffeffe qu'infpire la M
narchie ; dans le luxe , l'oifiveté , la fo
ciété trop affiduë ; & furtout , dans la fo
ciété des femmes.
La diftinction des rangs , l'orgueil &
la vanité qu'ils font naître , rejettent néceffairement
un mépris injufte fur lés
états inférieurs . Le luxe amoureux de
'Arts agréables , avilit par comparaifon
les Arts néceffaires . L'Oifiveté fille de la
Richeffe dédaigne les travaux utiles. La
Société, en rapprochant ces différens états,
infpire un refpect , une dépendance , une
fauffe honte , vis- à-vis de ceux qui font
plus élevés : ainfi tout prend une tendance
générale d'admiration & d'imitation ,
vers les premiers rangs , vers leurs moeurs,
leurs ufages , leurs ridicules même & leurs
vices : tout concourt à l'aviliffement des
autres , de leur utilité même , de leurs
travaux & de leurs vertus .
Enfin , la fociété habituelle des femmes
achéve de nous féparer de la noble & fimple
nature : élevées prèfqne toutes dans la
frivolité,dans l'art unique de plaire , elles
nous
SEPTEMBRE . 1760 . 97
nous y ramenent par le foible qu'elles
nous infpirent : jufte punition de l'éducation
à laquelle nous les avons condamnées
; elles nous donnent leurs propres défauts
, qu'elles doivent à notre tyrannie ;
nous fommes forcés de nous plier à leur
goût étroit & exclufif , à leurs paffions ,
qui veulent toujours être remuées en bien
ou en mal , à leur amour- propre , qui les
dégoûte de tout ce qui ne les flatte pas ,
de tout ce qui n'eft pas dirigé à leur amufement
; elles donnent le ton ; elles jugent
; elles prononcent d'après leurs idées
petites , foibles & fans principes : la Nature
eft méconnue , le génie fe glace , fe
rétrécit , & quitte les grands objets .
Chaque génération de ces idoles de
paffage , a fon bon ton dominant ; tout
ouvrage qui n'en porte pas l'empreinte ,
n'eft ni lû , ni vendu , ni prôné : tout Auteur
veut l'être que faire donc : Suivre
le torrent , ne rien produire d'élévé ni de
fort , oublier la poftérité , & fe borner à
la gloire honteufe d'avoir perfectionné la
corruption de fon fiécle. Ainfi , l'esprit
rampe fucceffivement dans un cercle rapide
de modes inconféquentes , outrées
& méprifables.
Le tourbillon des femmes renferme
une multitade d'hommes , plus femmes
E
98 MERCURE DE FRANCE
qu'elles , avec qui elles veulent bien par
tager leurs droits . Ces efclaves brillants
deviennent , en concurrence avec elles ,
tyrams , protecteurs & corrupteurs des
talens tels font les Juges qui affignent
les rangs dans les Lettres : l'homme de
fens , l'homme folidement inftruit fe tait ,
ou ne parle qu'à l'écart ; il n'a point de
paffions , de vices , de rang ni de place ,
c'eſt un être iſolé , & qui d'ailleurs , devient
tous les jours plus rare : il n'eft
point à la mode , parce que le bon fens ,
le mérite , l'honnêteté , la vertu n'eft
point de mode ; la folie , les vices , les
ridicules, triomphent impunément & lans
obftacles.
La mode est toute- puiffante en France ,
mais toute mode finit ; & la derniere jette
, néceffairement , un ridicule fur celle
qui l'a précédée : Les Héros & les Héroïe
nes du jour , dépouillés enfin de ce qui
féduit ou qui impofe , finiffent par devenir
des Marquis de Mafcarille , & des
Fées gothiques ; les Livres de mode les
plus admirés , font relégués parmi les
vieux portraits.
Cependant , l'ambition des hommes
de Lettres eft d'être auffi les hommes
du jour. Ils y parviennent par la baffeffe
& les lâchetés ferviles , qu'ils prodiguent
SEPTEMBRE . 1780: 59
dans leurs ouvrages. Voyez dans leurs
écrits , & furtout fur la fçéne , de quelles
couleurs brillantes ils peignent l'homme
à la mode , combien l'homme vertueux
eft obfcurci , abaiffé , facrifié ; s'ils
attaquent le vice & la folie , c'eft avec
des armes fi polies , des traits fi adoucis ,
qu'ils femblent plutôt flatter que combattre
quel bien ne feroit pas au contraire
une fatyre vigoureufe ? Elle éclaire-
Toit les foibles & la multitude : mais on
craint de paffer pour dur , de n'être plus
admis dans le monde , on trahit la Nation
, la vertu , fon propre honneur .
C'eſt aux gens à talens à fentir leur
fupériorité , & la haute dignité de leur
miniftére eux feuls peuvent oppofer une
barriére folide au torrent du faux goût &
des moeurs vicieuſes ; c'eft à eux de fubftituer
aux puérilités des jargons de mode ,
l'abondance & l'énergie qui conviennent
à la Langue d'un Peuple illuftre fa
par
puiffance & par fes lumieres : qu'ils faffent
paffer dans le langage les richeffes
du génie , & les graces folides de la vertu
; ils les communiqueront
juſqu'à nos
ames , leurs écrits feront immortels , &
la Nation s'élevera.
Il me refle à réfoudre une objection
importante , qui fe préfente naturelle-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ment : & nous nous déterminions à enrichir
notre Langue d'une foule de mots
nouveaux , à multiplier les inverfions , à
retrancher les articles , les ouvrages que
nous admirons le plus deviendroient gothiques
; Racine vieilliroit , nous le regarderions
du même il dont nous voyons
aujourd'hui Rotrou en voulant acquérir
des richeffes incertaines , nous perdrions
fûrement celles que nous pollédons , tout
l'édifice de notre Littérature feroit renverfé.
Je réponds 1. Que fi par ces change
mens , il arrivoit qu'une multitude d'ou
vrages médiocres & foibles , fût plongée
dans l'oubli , cette partie ne feroit pas à
regretter.
2°. Je foutiens que les ouvrages vraiment
bons fubfifteroient toujours : nous
en avons la preuve dans l'état préfent
de notre Littérature : Corneille quoique
vieilli , refte en poffeffion de notre
Théâtre. Montagne eft toujours lû . Les
bons écrits fubfifteroient même tout feuls
au milieu du naufrage des autres , ce qui
feroit un très- grand avantage.
3. Si les perfonnes qui compofent le
cercle frivole du monde , perdoient une
partie du goût vif qu'elles ont pour ces
ouvrages , le mal ne feroit pas grand ,
SEPTEMBRE. 1760. ΙΟΥ
il n'en réfulteroit aucun inconvénient réel
pour les Lettres.
4. Les Philofophes , les vrais Littérateurs
, les bons efprits ne cefferoient jamais
de lire , de méditer ces excellens
écrits , de foutenir leur réputation & de
les choifir pour modéles ; ainfi le progrès
des Lettres n'en feroit pas moins affuré ,
ce qui eft le feul point capital.
5 °.Que le plaifir qu'on auroit à les lire,
fût plus ou moins diminué , ce ne feroit
tout au plus que la perte de quelques fen,
fations agréables , qui feroient fûrement
remplacées par d'autres ; leurs penfées ,
leurs vues , leur ordonnance ne fçauroient
périr , & c'est tout ce qu'il feroient utile
de confer er.
6°. Si des penfées que l'on croyoit for
tes , ceffoient de paroître telles , ce ne
feroit que par comparaifon avec d'autres
vraiment fortes que nous aurions acquifes ;
nous n'aurions perdu qu'une erreur , nous
aurions gagné une vérité : fi des chofes
qui nous fembloient exprimées avec grâ
ce , paroiToient perdre cet agrément ,
ce ne feroit qu'un preftige dont nous aurions
reconnu l'illufion ; ce qui paroît
beau , ne peut être éffacé que par des
beautés plus réelles .
7°. Notre bonne Littérature n'a duré
E iij
to2 MERCURE DE FRANCE
encore qu'un fiécle : nous n'avons qu'un
petit nombre d'ouvrages de génie : notre
Monarchie, & par conféquent, notre Langue
, dans la conftitution actuelle des
chofes , doivent durer vraisemblablement
un très - grand nombre de fiécles ; feroit - il
raifonnable de les facrifier tous à la confidération
d'un feul , & d'immoler d'avance
les efforts multipliés que doit faire
notre poftérité , aux petits progrès que
nous avons faits dans un fi court eſpace
de temps ? Nous fommes encore au berceau
, nous ne faifons que de naître ;
voudrions-nous borner l'âge viril , qui
doit nous fuivre , à nos foibles facultés ,
qui font à peine dévéloppées ?
Si l'on objecte encore que les Arts font
bornés ; que , dans les Nations Lettrées ,
ils n'ont eu qu'un beau fiécle ; que nous
avons eu le nôtre , & que par conféquent ,
ces progrès , dont on nous flatte , ne peuvent
avoir lieu que dans le carrière des
Sciences , & non dans celle des Arts &
des Lettres.
Je dirai , qu'il eft peut-être téméraire
de juger des progrès, dont l'efprit humain
eft fufceptible , d'après des expériences
imparfaites ; & qu'il feroit néceffaire dé
les avoir bien plus multipliées , pour por
ter un jugement certain fur un objet fi
SEPTEMBRE. 1760. 103
vafte & fi compliqué . On a cru longtemps
que les Grecs & les Latins avoient
tout perfectionné, tout épuifé ; cependant
on fe trompoit les Auteurs modernes
ont du moins ajouté des dévéloppements
fout nouveaux , aux germes précieux que
nous avoient laiffés les Anciens : les grands
Orateurs & les grands Poëtes François ,
ont dû fe faire un caractére original ,
malgré les talens & les fuccès de ceux
qui ont écrit dans les beaux jours d'Athénes
& de Rome.
Si plufieurs peuples n'ont eu qu'un
beau fiécle , ce n'eft pas qu'ils euffent atteint
les limites des Arts ; tout ce qui
s'est fait depuis eux , prouve invinciblement
la fauffeté de cette prétention ;
dira- t- on que c'est la perfection où les
Romains avoient porté les ouvrages de
théâtre , qui les a forcés à dégénérer en
cette partie Le génie des Grecs & des
Romains , a baiffé tout à la fois , & dans
les genres qu'ils avoient traités avec le
plus de fuccès , & dans ceux où ils n'en
avoient eu que de médiocres : c'est donc
à des caufes étrangères , & tout - à - fair
différentes , qu'il faut attribuer leur décadence.
Il feroit fuperflu de les recher
cher ici.
Les Anciens ont trouvé les vrais prin
E iv
104 MERCUREDE FRANCE.
cipes , ils ont créé les genres ; c'est une
gloire unique qu'on ne peut leur conteſter
; mais ils n'ont fait qu'effleurer la
connoiffance de l'homme & de la nature ;
il nous refte à l'approfondir. L'invention
de l'Imprimerie a changé la face du
monde fçavant . Toutes les nations réunies
par elle , ne forment plus qu'un feul
empire des Lettres . L'émulation n'eft plus
de citoyen à citoyen ; elle eft de peuple
à peuple les diverfités des moeurs forment
autant de manieres différentes de
voir , de penfer & de fentir , & leurs
communications préfentent encore autant
de modifications nouvelles . Telle eft
la vafte carrière qui s'offre à nous les
Anciens avoient les talens d'un homme
four modéles ; nous avons ceux du genre
humain : que ne doit - on pas attendre de
cette émanation de lumiére rapide , immenfe
, immortelle ? De cette émulation
univerfelle & active , dont les rayons infinis
fe coupent , fe croifent & s'étendent
en tout fens Les ? obfervations de la Nature
, auxquelles notre fiécle s'eft livré ,
fuffiroient feules , pour fournir un fonds
intariflable de nouvelles richeffes à l'éloquence
& à la Poëfie ; ajoutons à tous ces
avantages , que nous n'avons plus d'obftacles
étrangers , ni d'irruptions de bar
bares à redouter.
SEPTEMBRE . 1760. 105.
Si de ces confidérations , je defcends à
l'examen particulier des progrès de notre
Nation , je trouve qu'elle a anályfé le
coeur humain avec une très - grande fupériorité
; mais , qu'il s'en faut bien qu'elle
ait atteint le même degré , dans les def
criptions de la Nature en général ; occiipée
des détails de nos curs paffagéres
& mobiles , cette partie eft reftée abfolument
neuve ; les idées fimples , primordiales
, & communes à tous les hommes ,
ont été négligées . C'eft pourtant dans ce
genre feul ,
feul , que l'on peut faire des oavrages
vraiment durables. Bien loin que
nous ayons tenté de peindre les effets infinis
de la Nature , avons nous feulement
une defcription du printems . faite
avec génie L'Angleterre , l'Allemagne
même , nous ouvrent la route , & nous
ne fongeons point à les fuivre ; cependant
Ce nouveau genre auroit de plus l'avantage
de développer le talent dans toutes
les Provinces de la France , & de le retifer
de l'imitation fervile de l'efprit de
mode de la Capitale , qui la rabaiffe &
lui ôte les moyens de fe diftinguer . Combien
comptons -nous de Poemes épiques ,
d'Epitres & d'Odes dignes d'être admirées
heureuse néceffité , où nous nous
trouvons ! Pour nous faire un caradire
-
Ex
JOG MERCURE DE FRANCE .
origin , il ne faut que revenir à la Na→
ture ; c'eft principalement dans cette carriére
, que nous fentirons la difette de
notre langage , & la néceffité de l'enrichir.
La Langue eft l'inftrument du génie ,
laiffons - lui la liberté de la perfectionner ;
nous en fecueillerons bientôt les fruits .
Sur la Langue Françoife.
L'un des plus fages
Métaphyficiens ;
M. l'ABBÉ DE CONDILLAC, a démontré dans
fon Livre , de l'origine des connoiffances
humaines, que les progrès du génie étoient
en proportion avec ceux du langage. Il
a même avancé cette propofition :
39
» La Langue Françoife a été , pendant
longtemps , fi peu favorable aux progrès
de l'efprit , que fi l'on pouvoit le
» repréten er Corneille , fucceffivement ,
» dans les différens âges de la Monarchie ,
22
SEPTEMBRE. 1760. 59
on lui trouveroit moins de génie , à proportion
qu'on s'éloigneroit davantage
» de celui où il a vécu , & on arriveroit
» enfin à un Corneille , qui ne pourroit
» donner aucune preuve de talent.
Soutenu par l'autorité de ce célébre
Philofophe , j'ofe croire que la recherche
des chofes qui peuvent contribuer à la
perfection de notre Langue , n'eft pas une
puérile étude de mots ; & je trace ces
réflexions avec confiance..
Le langage fert à exprimer nos idées ,
àles fixer dans notre efprit , à les communiquer
; il eft plus parfait , à mesure qu'il
exprime un plus grand nombre d'idées ;
il faut encore qu'il les exprime d'une maniere
qui plaife à l'oreille & à l'efprit.
Clarté , jufteffe , abondance , font les
qualités éffentielles d'une Langue.
Harmonie , briéveté , force , vivacité ,
naïveté , nobleſſe , graces , délicateffe ,
font fes qualités acceſſoires.
Par les premieres , elle eft utile ; par
les fecondes , elle eft agréable. Mais cet
agrément même a fon utilité ; la vérité
toute nuë , n'auroit eu accès que dans
l'entendement , & n'eût trouvé que des
coeurs infenfibles : cette même vérité embellie
, plaît , intéreſſe , remuë , féduit ,
enchante , tranfporte. Elle doit aux or-
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE :
nemens du langage , tous fes triomphes.
Comme je ne veux rien dire d'inutile ,
fi je puis , je ne m'étendrai pas fur ce qui
conftitue la clarté & la jufteffe. Ces deux
qualités font fi
particulièrement propres
à la Langue Françoife , & fi univerfellement
avonces , que les preuves feroient
fuperfues ; la Langue Françoife a été
adoptée , par toutes les Nations , pour le
commerce politique de PEurope : c'eft le
plus beau titre qu'une Langue puiffe avoir
à cet égard.
Quant à l'abondance ; quoiqu'elle en
ait beaucoup , on ne peut nier qu'elle ne
céde aux belles Langues anciennes , &
même à certaines Langues modernes en
quelques parties.
Toutes les Langues font incomplettes :
toutes ont beaucoup à acquérir ; peut- être
ne cefferont- elles jamais de s'enrichir . Je
veux croire que les êtres font tous nommés
; mais leurs modifications , leurs acceptions
réciproques , font fi variées & G
infinies , qu'à chaque inftant , on éprouve
que l'on manque d'expreffions pour rendre
ce que l'on fent très bien. J'en dis de
même de nos fenfations , & de nos idées :
fi les expreffions que cherche un homme
qui penfe , ne font pas toujours équivoques
, elles font fouvent indécifes & foiSEPTFMBRE.
1760. 6i
bles ; des penfées ne font qu'indiquées ;
elles ne produifent pas la lumiere que
l'Auteur en attendoit ; elles font , pour
ainfi dire , perdues : un autre écrivain fuccéde
, cherche à développer ces mêmes
penfées ; fouvent il n'a pas un meilleur
fuccès ; les livres fe multiplient fans fruit,
& fatiguent les Lecteurs par leur nombre
, fans que ces mêmes penfées par
viennent jamais à fe peindre avec la clarté
& la force qu'elles devroient avoir. C'eſt
peut- être à la difette du langage , que
nous devons cette énorme multiplicité
d'écrits fur les mêmes fujets : lorfqu'une
idée et une fois rendue dans toute fon
énergie , elle eft comme gravée d'un burin
inéffaçable & inimitable tout - à - la
fois ; elle ne pourroit que perdre à être
répétée : elle ne l'est donc plus .
Le moyen de nous enrichir , feroit de
faire un Dictionnaire relatif des expreffions
que poffèdent les autres Langues , &
qui nous manquent: nous y verrions , d'un
coup d'oeil , tous les mots que nous pourrions
faire ou adopter . Lorsque l'expreffion
nous manqueroit abfolument , il me
femble qu'il n'y auroit pas à balancer à
la tranfporter dans notre Langue , en lui
donnant une terminaiſon françoiſe. Les
mots latins y feroient plus propres que
62 MERCURE DE FRANCE.
les autres , par la connoiffance habituel
le que nous avons de cette Langue ; le
fens en feroit fixé tout de fuite , & pafferoit
bien vite des Savans aux ignorans.
La Langue Italienne, par fa grande analógie
avec la nôtre , pourroit nous fournir
auffi beaucoup de richeffes.
Mais lorsque nous aurions déjà une
racine des mots que nous voudrions
adopter , la chofe feroit encore plus aifée.
Par exemple , nous difons bon : pour
quoi n'ofons- nous dire abbonnis? J'en dis
de même d'habituer , habituant , accla
mation , acclamer , tumulte , tumultuer
fombre defombrer , fange defanger , alternative
, d'alterner , fragile de fragilifer
&c.
Les diminutifs & les augmentatifs Ita
liens empruntés d'eux avec goût & fobriété
, pourroient encore nous enrichir
beaucoup. Il a été un temps qu nos Poëtes
en faifoient grand ufage ; ils en abuférent.
Ces mots furent profcrits : il fau
droit fonger à réparer cette perte. Mais
je crois qu'il conviendroit de préférer la
terminaifon des mots poverino , amorino
à celle des pargoletto qui emporte dans
notre langue une idée acceffoire de baf
feffe & de mépris ; femmelette , maigreletfont
toujours pris en mauvaiſe part,
SEPTEMBRE. 1760 by
Pauverin , amorin ne paroiffent pas de
même incompatibles avec la nobleffe &
la grace ; & fi on employe cette terminaifon
, je ne doute pas que notre oreille
ne s'accoutumât aux diminutifs nobles ,
comme aux autres.
Il conviendroit encore de chercher ,
dans nos anciens Auteurs , les mots qui
fe font infenfiblement abolis ; on en
trouveroit beaucoup d'utiles & d'expreffifs
, qui fe font perdus , fans qu'on puiffe
dire pourquoi , & fimplement par défaut
d'ufage: Marot, Amyot , & furtout Mon
tagne en fourniroient un grand nombre.
Ce feroit rendre fervice à la Langue, que
de former un Dictionnaire de ceux qui
paroîtroient propres à être remis en ufage .
Les Dictionnaires que je propofe , s'ils
étoient bien faits , fe répandroient dans
le Public ; la curiofité les parcourroit d'abord
; chacun conferveroit le fouvenir
de quelques termes qui lui auroient plû ,
ou dont il auroit été fimplement frappé ;
on le hazarderoit dans la converſation ;
l'oreille s'y habitueroit par degrés ; leur
utilité fe feroit fentir , le befoin naîtroit,
on oferoit en faire ufage dans les livres ,
on les écriroit en italique , comme tant
d'autres que nous avons vû adopter ;
enfin , après plufieurs épreuves , ils par64
MERCURE DE FRANCE.
·
viendroient à fe naturalifer entierement,
Par ce moyen , le defir & le goûr d'enrichir
notre Langue, prendroit infenfiblement
faveur. Au lieu d'être effarouchés ,
comme nous le fommes ridiculement par
toute espéce d'innovation dans le langage ,
& de chérir notre difette , au point qu'il
femble que nous ayons fait vou de pauvreté
; nous ferions une étude des mots
nouveaux ; on les effayeroit , on les examineroit
avec complaifance ; tout homme
qui penfe ambitionneroit la gloire de
créer quelques termes heureux. Enfin
nous ferions dans l'éloquence & dans la
Poefie , ce que la Métaphyfique , la Médecine
& toutes les parties de la Phyfique,
font depuis longtemps avec fuccès . Eh !
pourquoi les Auteurs n'auroient- ils pas la
même liberté , la même autorité que nous
accordons aux gens du monde , aux femmes
mêmes , par qui la langue a été enrichie
d'une foule de mots nouveaux
paffés infenfiblement de la converfation ,
dans nos Romans & nos Comédies ? C'eft
à celui qui crée des idées , qu'il appartient
de créer des mots . Pourquoi nos Orateurs
& nos Poctes , eux à qui les priviléges
de leur art devroient donner plus fpécia
lement ce droit , rampent- ils fervilement
fous la tyrannie de l'ufage , tandis que
SEPTEMBRE. 1760. 65
la Philofophie s'en eft heureufement délivrée
qu'ils ofent franchir cette foible
barriere pour peu qu'ils le faffent avec
choix & avec goût , ils doivent être affurés
du fuccès .
J'avoue que chaque Langue a fon caractére
particulier , analogue aux idées
& aux habitudes dominantes de la Nation
qui la parle il ne faut pas le bleffer
fans néceffité. Mais ne fommes - nous
pas dans le cas de cette néceffité abfo-
Il eft certain que notre Langue n'a
pas acquis , à beaucoup près , toutes les
richeffes dont elle eft fufceptible ; il eft
certain qu'elle eft inférieure à quelques
égards à plufieurs Langues connues , dont
nous ne pouvons traduire toutes les
beautés pourquoi ne ferions - nous pas
ce qu'ont fait les Grecs & les Romains ,
& plufieurs Nations modernes , pour
rendre notre Langue auffi abondante
que la leur ?
Je ne diffimulerai pas que nous avons
plus d'obftacles à craindre'; plus fages &
plus heureux que nous , ces peuples n'ont
fongé , pendant longtemps , qu'à enrichir
leur Langue : ce n'est qu'après y être parvenus
, qu'ils fe font appliqués à l'épurer ,
& à fixer fon caractére ; malheureufement
nous nous fommes hâtés de perfec66
MERCURE DE FRANCE.
tionner la pureté & l'élégance de notre
langage : Malherbe , Boileau , Racine ,
font venus trop-tôt ; il nous falloit peutêtre
dix Ronfard avant eux : nous n'en
avons eu qu'un fes hardieffes ont péri
avec lui: Il nous en coûte pour reculer ,
pour reprendre , dans fes fondemens , un
édifice orné & agréable , auquel il manque
des parties néceflaires ; ofons fortir
du cercle étroit d'un goût timide ; peutêtre
l'incompatibilité des innovations ,
avec le caractére de notre Langue , n'eftelle
qu'apparente. Propofons- nous , pour
objet capital , de fentir fortement , & de
croire que tout ce qui eft bon à penfer ,
eft bon à dire. Les Anglois ont , comme
nous , d'excellens ouvrages en tout genre;
cependant , il s'en faut bien qu'ils regardent
leur Langue comme fixée ; tout ce
qui peut contribuer à l'enrichir, eft adopté
hardiment ; ayons plus de goût , & moins
de licence qu'eux : mais ne craignons pas
d'imiter leur liberté , en ce qu'elle a d'eſtimable
& d'utile..
Je paffe aux qualités qui rendent une
Langue agréable ; & je commence par
Pharmonie.
Elle confifte dans la douceur , l'éclat
& la variété des fons.
La Langue la plus douce & la plus
SEPTEMBRE. 1760. 67
fonore , feroit celle qui auroit toutes fesfyllabes
terminées par des voyelles . Les
fyllabes , accompagnées de confonnes ,
ont quelque chofe de moins éclatant , &
de plus dur à prononcer ; la Langue Italienne
n'emploie prèfque que des voyelles
fimples ; la Langue Angloife , au contraire
, a prèfque toutes les définances de
fes mots chargées d'une ou de deux confonnes.
Entre ces deux extrémités font
placés le Grec , le Latin & le François.
Mais la douceur & l'éclat ne font qu'un
foible avantage , en comparaifon de la
variété des fons ; je n'en veux pour preu--
ve que l'accord unanime des Savans , qui
donnent à la Langue Grecque la fupério
rité de l'harmonie fur toutes les autres ;
quoique cette Langue ait un très - grand
nombre de fyllabes , modifiées par des
confonnes , les voyelles ne forment que
cinq fons , qui , répétés fans ceffe , fatiquent
l'oreille : la Langue devient néceffairement
Monotone. J'ajoute que la Na
ture nous ayant donné la faculté d'articuler
un plus grand nombre de fons ,
c'eft méconnoître fes dons que de n'en pas
ufer. Je dirai encore que le langage étant
destiné à exprimer des idées fortes , comme
des idées douces ; des fons toujours
également doux , ne peuvent fuffire à
68 MERCURE DE FRANC
fon énergie : l'efprit fouhaite , en quelque
forte , d'être averti par l'oreille de
la Nature de l'idée qu'on lui pré fente ; c'el.
certainement une beauté de plus dans
une Langue , d'avoir des analogues à toutes
fortes d'idées . Le défaut de la Langue
Italienne ; à cet égard , frappe vivement,
furtout lorfque l'on commence à l'étudier :
les penfées fortes font à peir apperçues ,
fous les expreffions molles efférinées
qui les déguifent ; & lorfqu'on eft parve
venu à les faifir , leur impreffion en eft
toujours néceffairement affoiblic.
Peut être même cette qualité des fons ,
rudes ou doux , influe-t elle fecrettement
fur le génie même des Ecrivains ; peutêtre
en obfervant le caractére des Langues
, trouveroit- on que felon leurs divers
degrés de douceur ou de dureté , elles
ont produit plus ou moins d'idées douces,
riantes , fublimes ou auftéres .
La Langue Françoife , moins douce &
moins fonore que quelques autres , ne
le céde à aucune pour la variété des fons ;
peut être l'emporte t elle à cet égard fur
le Latin la quantité de fes confonnes effraye
d'abord les yeux , mais l'ufage les
adoucit en bien des cas , & même les
fait difparoître entierement dans la prononciation
, ainfi que dans ces terminai
SEPTEMBRE. 1760 .
65
fons efprits , dangers , bienfaits , flots ,
flambeaux , laurier , furieux . &c. Il en
eft de même dans les infinitifs des verbes
en er , & dans la terminaiſon de la plûpart
des tems des verbes , vous aimez , il
aimoit , tu aimerois , tu aimas , &c.
Or. voit par là de quelle prodigieufe
variété de voyelles fonores notre Langue
eft enri par l'oreille , quoique l'oeil
ne les'apperçut pas , & qu'elles lui paruf
fent étouffées par les confonnes .
- On nous reproche nos E muets. Je réponds
1 °. qu'ils ont un vrai fon , peu
éclatant à la vérité , mais très - doux . 2°.
Tous les fons qu'ils forment fe trouvent
dans la Langue Latine : quelle différence
, en effet , peut trouver l'oreille ,
entre ces terminaifons des deux Langues
? fimilis milice , lux luxe , coelum
l'homme , lex circonflexe , Spes épaiffe
pax fyntaxe , domus aumuffe , conftans
conftance , illud prélude , amabas baffe ,
amaverint labyrinthe , legerunt hontes
viderat Hypocrate , fcripferit hypocrite ,
clamant mante , dixerim rime , iftic caractariftique
, hac hypotéque , hac attaque ,
hoc équivoque , huc caduque , & c. 3 °. cesi
fyllabes muettes , dans nos bons Auteurs'
en vers & en profe , difparoiffent fouvent
par l'élifion. Cette élifion eft douce & fair
50 MERCURE DE FRANCE.
harmonie. 4°. Lorsque certe fyllabe muet
te fe trouve enfermée dans un mot , la
prononciation l'anéantit ; defir , commandement
,fe prononcent abfolument comme
fi on écrivoit dfir , commandment.
5 °. Il eft pourtant vrai que dans les vers ,
quoique cette fyllabe difparoiffe par la
rapidité de la prononciation , elle ne laiffe
pas d'être comptée : mais c'est ce qui
rend notre Poëfie plus douce que la Latine.
En effet, lorfque , dans un yers Latin
, les fyllabes terminées par des confonnes
, font trop multipliées , il devient
d'une dureté infupportable , & perd toute
fon harmonie , comme celui- ci :
Rex , lex , dux , fons , lux , mõns ;
Spes , dol , pax , petra , Chriftus . 6° . La
fyllabe féminine à la fin de nos vers eft
comme anéantie & n'eft pas comptée.
7°. Il ne tiendroit qu'à nous d'en faire
autant dans le cours du vers ; mais je
crois que nous avons mieux fait de conferver
le fon de la fyllabe muette : l'harmonie
eft moins fonore , mais plus douce.
8°. Dans la profe , une prononciation
forte & foutenue , fait difparoître entierement
les fyllabes muettes ; en forte
que l'oreille ne fent aucune différence
entre la terminaiſon des mots François ,
SEPTEMBRE. 1760. 70
•
cités plus haut , & celle des mots Latins
que j'ai mis en comparaison.
Je crois pouvoir conclure de ces obfervations
, que les E muets , tant reprochés
à notre Langue , font abfolument
infenfibles dans la profe , puifqu'ils font
parfaitement confonans avec les fyllabes
Latines , terminées par des confonnes ;
& que , fi la fyllabe qu'ils forment , eft
comptée dans les vers , elle ne fert qu'à
les rendre plus doux .
Tous les reproches qu'on nous fait à
, cet égard , ne font fondés que lorsque
nous employons plufieurs fyllabes féminines
de fuite ; ainfi que dans ce vers de
Racine.
de la Patrie , il foit , s'il veut , le père;
9
Ah !
que
Défaut
qu'il
eft
facile
d'éviter
&
qu'en
effet
on
trouvera
rarement
dans
nos
bons
Auteurs
.
Les fons varient encore dans leur durée
, & cette forte de variété eft une
nouvelle fource d'harmonie ; toutes les
Langues ont des fyllabes longues , bréves
& incertaines : le Latin a fa profodie
fixée , les Langues modernes n'en ont
point de pareilles ; mais leurs fyllabes
n'en ont pas moins une meſure certaine
& décidée , finon par des régles , du
1
72 MERCURE DE FRANCE
moins par l'ufage . Ceux qui ont ofé dire
que nos vers n'étoient compofés que de
fpondées , ont avancé une propofition ridiculement
fauffe. Notre Langue a des
fyllabes longues & bréves , parfaitement
décidées telles. Il eft vrai qu'elle a des
bréves plus ou moins bréves , & des longues
plus ou moins longues ; mais bien
loin que ce foit un défaut , elles ne fervent
qu'à varier l'harmonie.
Si nous avons les mêmes voyelles ,
tantôt longues , tantôt bréves , c'eſt une
chofe qui nous eft commune avec les
Latins. Pourquoi dans tabulata , le même
A eft-il , tour-à-tour , bref& long ? Pourquoi
la valeur de l'E varie-t- elle dans
Soceros & proceres ? Celle de l'I dans limina
? Celle de l'O dans erroris focus ?
Celle de l'U enfin dans humum & lucem?
Ces queſtions ne finiroient pas. La profodie
Latine eft donc très- fouvent arbitraire
comme la nôtre ; elle n'a pas de regles
qui ne fouffrent beaucoup d'exceptions
; elle ne prend pas toujours fa fource
dans des qualités inhérentes aux voyelles
, ni même dans la place qu'elles occupent.
Qui nous empêche donc de faire des
loix pareilles à celles des Larins ? nous
ne les avons pas faites ; mais la valeur
de
SEPTEMBRE . 1760. 73
de nos fyllabes n'en eft pas moins décidée.
Si quelqu'un pouvoit en douter , qu'il
éffaye , en déclamant , d'allonger les fyllabes
que l'ufage a fait bréves , & d'accourcir
les longues ; il fera frappé luimême
de la barbarie de ce jargon . J'ai
entendu un Acteur , fujet à ce défaut , il
étoit infupportable à toute oreille . J'ai
vu une jeune perfonne , jouer la comédie
fans maîtres & fans principes que fon
oreille : elle fcandoit naturellement tous
les vers avec affez de jufteffe ; il n'y a perfonne
qui , en l'écoutant , n'eût pû marquer
les bréves & les longues ; fa maniere,
quoiqu'éloignée de notre ufage de rendre
Ja prononciation foutenue & égale, avoit
je ne fçai quoi qui plaifoit : la Profodie
devenue plus fenfible , remplaçoit , en
quelque forte , le défaut de fentiment &
de nobleffe arbitraire , que nous avons
imaginé.
Nous avons donc une profodie trèsfixe
, très- décidée , quoique fans régles
convenues.
De cette profodie, fentie ou méconnue
par une oreille délicate ou groffiere, naît
I'harmonie de nos bons vers , & la dureté
ou le défagrément de ceux qui font mal
faits : il fuffit d'ouvrir Chapelain & Ra-
D
4 MER CURE DE FRANCE
cine , pour en trouver mille exemples
elle eft de même la fource du nombre
oratoire.
Nos vers , il eft vrai , ne varient point
par le nombre des fyllabes ; ils varient
feulement en longueur , par les différens
mélanges des longues & des brèves ,
quoiqu'à la vérité moins que les Latins.
Mais fi l'oreille n'avoit pas guidé leurs Auteurs;
deux vers de fuite , l'un compofé de
fpondées , l'autre de dactiles , auroient
déplûpar leur trop grande oppofition . Qui
pourroit reconnoître la même meſure dans
ces deux vers ?
Immortali funt naturâ prædita certe.
Quadrupedante putrem fonitu quatit ungula came
pum .
Nous avons une variété , que les Latins
n'avoient pas. Quelquefois je trouve dans
nos vers jufqu'à cinq fyllabes bréves da
fuite.
Des Guifes , cependant , le rapide bonheur.
Le dactyle & le fpondée, toujours pla
cés dans le même ordre à la fin des vers
Latins , leur donne une forte de monoto
nie qui n'eft pas dans les nôtres car il
faut remarquer que l'oreille fe fixe , & fe
repofe naturellement, fur la fin de chaque
SEPTEMBRE . 1760 71
ers , outre que le fens des mots y fixe
l'attention de l'efprit.
Notrevers Alexandrin me paroît répondre
au pentamétre des Latins ; je trouve
chacun de fes hémiftiches compofé de
deux pieds , & un demi- pied long ; mais
il a plus de variété , parce que fes deux
hémiſtiches employent les longues & les
bréves indifféremment , & furtout parce.
que le dernier n'eft point affujetti au da
tyle , placé régulièrement à la fin , ca
qui rend la cadence du pentamétre trop
monotone.
Notre grand vers réunit à choix tous
les pieds des différens vers Latins ; il a
donc une très- grande variété : ce que je
dis du grand vers peut s'appliquer à tous
les autres ; du choix & du mélange de
ces pieds , réfulte un harmonie trèsréelle...
Avons- nous bien fait de ne pas rendre
la profodie auffi fenfible dans la prononciation
que nous le pouvions ? C'est une
queſtion importante. La Langue eſt dans
notre maniere moins fonore , elle perd
une partie de l'harmonie brillante qu'elle
auroit pu avoir ; elle y gagne du côté de
la douceur ; elle affecte plus la raiſon &
le fentiment : les Italiens ont une profo
die plus marquée , leur déclamatio : fait
Dij
MERCURE DE FRANCE
par conféquent plus d'effet fur l'oreille
elle en fait moins fur l'efprit & fur le
coeur ; elle agit plus fur les organes , que
fur l'âme même : auffi la déclamation eft
peu de chofe chez eux , du moins quant
aux paffions ; ils ne déclament point la
tragédie ; leurs Comédiens ne fongent
guères à toucher , ils ne veulent que faire
rire : nous avons au contraire remué tou
tes les paffions ; l'âme feule eft le vrai
guide de notre déclamation . Je crois que
nous avons choifi le genre qui convient
à des êtres penfans & fentans : j'ajoute
que fi la prononciation Florentine parle .
plus à l'oreille qu'au coeur , celle des Romains
a plus de notre maniere , & elle
eft généralement préférée .
Après avoir défendu la profodie &
l'harmonie de notre Langue , contre des
reproches injuftes ; je conviendrai pourtant
qu'il feroit utile de fixer irrévocablement
notre profodie , par des regles
écrites ; ce feroit un fûr moyen de la
garantir de l'altération & de la corruption,
qu'elle pourroit éprouver infenfiblement
de la part des gens du grand Monde
, dont les caprices inconftans devienment
des loix , & affujettiffent enfin auffi
riaeuiement que tyranniquement les Sa →
yans même & les Gens de Lettres , feule
SEPTEMBRE. 1766.
vrais Juges en cette mariere. M. l'Abbé
d'Olivet a déjà tenté, avec fuccès , un effai
de profodie ; mais pour rendre cette autorité
plus grande & plus reconnuë , il
femble que l'Académie Françoiſe devroit
fe charger de cette entrepriſe.
J'ajouterai à ce que je viens de dire
fur notre Poëfie , que nous devrions tenter
de faire ufage des vers non rimés ,
l'exemple des Anglois & des Italiens .
Pourquoi fommes -nous les feuls qui négligions
de les employer ? Ils feroient
très -bien placés dans nos Piéces de Théâtre
, où il convient que la Pocfie ne foit
prèfque pas fentie . Milton a écrit fon
Poëme en vers non rimés. La monotonie
de nos vers feroit diminuée ; notre Langue
s'enrichiroit d'excellentes Poëfies ,
de la part de beaucoup de bons efprits
rebutés de ce genre d'écrire , par la
fervitude que la rime impofe ; nous
n'aurions plus tant de vers foibles , qui
font fi fouvent à la fuite des meilleurs
vers , ni ces rimes trop prévues & trop
répétées, dans les cas où un mor a peu de
confonans. Gracès ne va jamais fans traces
; defirs , plaifirs , charmes , allarmes
fe fuivent toujours. Ces défauts contribuent
plus que toute autre chofe à dégoûter
les gens fimplement fenfés, de tra-
D iij
8 MERCURE DE FRANCE.
vailler en vers , quelquefois même de les
lire. D'ailleurs chaque genre a fon prix ,
& peut trouver fa place , & nul n'eft à
dédaigner.
L'entrelaffement des rimes mafculines
& féminines , ne me paroît pas plus néceffaire
à conferver ; il conviendroit d'éffayer
ce nouveau genre : on auroit l'avantage
d'éviter le rempliffage de quatre
vers , qui gâtent tant de Poefies , & qui
rendent les changemens & les corrections
fi difficiles .
La briéveté fert à rendre la Langue
plus préciſe , plus vive , plus énergique :
elle dépend des mots & des tours de
phraſes ; la Langue Françoiſe a en général
fes mots plus courts que la Latine &
l'Italienne ; fes fyllabes muettes n'étant
pas fenfibles
, y contribuent encore :
préfence eft plus court que prafentia ; il
en eft de même de foupire , fufpirat , legere
,
&c. On peut obferver encore
que nous avons prèfque toujours une fyllabe
de moins dans les yerbes cantare ,
chanter , adorare , adorer . Cet avantage
du François , eft encore plus fenfible à l'égard
de l'Italien : io amava ,j'aimois , io
fio amato , j'ai aimé , ioaurei amato, j'aurois
aimé.
lire ,
A l'égard des tours , nous avons prof
SEPTEMBRE . 1760.
ر و ن
trit les périodes de Balfac , nous avons
coupé nos phrafes , nous nous fommes
contenté de lier les idées , en fupprimant
les liaifons artificielles & traînantes des
expreffions ; par ce moyen , nous fommest
parvenus à nous paffer des tours rapides
des autres Langues : cependant , fi nous
pouvions en acquérir quelques - uns , ce
feroit une richelle dé plus.
се
Mais ce qui me paroît défigurer la
Langue , & furtout la Pocfie Françoife ,
c'eft la répétition inutile & vicieufe des
articles . Pourquoi n'ofons - nous dire vertu,
fcience , grandeur , France , homme , femme?
Toutes les autres Langues s'expriment
ainsi , du moins dans les vers ; on
peut hardiment fupprimer l'Article du
Nominatif , prèfque toujours celui de
P'Accufatif ; ceux du Datif & du Génitif
fubfifteroient. Mais ce feroit toujours autant
de fyllabes fuperflues , qui reviennent
fans ceffe , fans ajouter rien au fens
ni à la clarté , dont les répétitions feroient
retranchées. Il feroit utile de
pouvoir faire le même retranchement
dans les pronoms perfonnels , toutes les
fois que le temps & la perfonne peuvent
fe deviner par la prononciation du verbe
; ils fe devineroient prèfque toujours ,
fi nous prononcions notre Langue comme
Div
80 MERCURE DE FRANCE
elle eft écrite ; mais notre prononciation
actuelle eft fi affoiblie , les confonnes qui
terminent les verbes fi peu fenties , fi
peu diftinctes , que cette fuppreffion des
pronoms perfonnels peut être regardée
comme impoffible. On pourroit donc fe
borner au retranchement des Articles le ,
la, les , des . Ils rendroient notreLangue propre
au ftyle lapidaire, qualité qui fans cela
lui manquera toujours.Je fuis intimement
convaincu , que fi l'on faifoit une férieufe
attention ,fur l'inutilité abfoluë de ces fyllabes
vicieuſes , un dégoût juſte & invin
cible s'éléveroit contr'elles , & les profcriroit
fans retour . Peut- être ne fera- t-il
pas inutile , de donner ici un exemple du
changement avantageux , & du caractère
énergique, que cette fuppreffion des Arti
cles pourroit nous procurer. Le voici :
» Gloire , qui vient de conquêtes , ne
fauroit avoir approbation du Sage ; vertu
»doit être fondement de toute gloire.
»Homme fe dégrade lui-même en penfant
"autrement ; voix univerfelle doit s'élever
»contre tout ufurpateur; peut- être, à force
»decouvrir de honte ces ennemis du
genre
"humain , parviendra- t- on un jour à tour-
»ner les efprits des Rois , vers une gloire
"plus digne de ce nom : que Philofophie
»parle , que cri public fe joigne à elle
SEPTEMBRE . 1760. 81
que tous écrivains ne déshonorent plus
>>leurs talens , en célébrant exploits barbares
; tôt ou tard frénéfie d'ambition s'é-
»teindra du moins par honte , fi ce n'eft
»par remords. Rois & Princes font raffafiés
de refpects , richeffes , grandeurs ;
"Admiration eft le feul bien qui leur refte
»à défirer : qu'on ne la leur laiffe efpérer
"qu'unie avec amour : Il faudra bien qu'ils
»fe foumettent à opinion publique , feule
chofe , fur laquelle autorité fuprême ne
"peut rien.
Je fens combien ce foible morceau eft
peu propre à féduire en faveur de mon
fentiment ; il peut fervir du moins à prouver
que l'idée que je propoſe , eſt praticable
; & que cette maniere d'écrire ,
traitée plus heureufement , donneroit à
la Langue , une énergie qu'elle n'a pas .
Toutes nos idées , toutes nos paffions ,
ne font pas douces & foibles ; nous en
avons de fortes & de vives. Le langage
a donc befoin de force & de vivacité ,
pour les exprimer .Ces qualités dépendent
encore des termes & des tours : j'ai fait
voir plus haut , comment nous pourrions
nous enrichir des termes qui nous manquent.
Les tours confiftent dans l'arrangement
des mots ; nous n'avons qu'un
feul arrangement ; c'eft celui de la clarté ,
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
:
de la juſteſſe & de la raiſon ; les paffions
changent cet ordre pour fe peindre plus
vivement , elles employent les inverſions ;
la langue Latine , par fa propre nature ,
les admet & les varie à l'infini ; les langues
modernes , faute de terminaifons
différentes pour le cas des noms , & embarraffées
dans les verbes , par les auxiliaires
, font plus bornées dans leurs inverfions.
Cependant la Langue Italienne en a
infiniment plus que la Françoife , fans
qu'elle ait trouvé , dans fon caractére ,
beaucoup plus de facilité à les employer.
Il a fallu , pour cela , qu'elle altérât fouvent
la clarté du fens , mais les Lecteurs
fe font accoutumés à le deviner ; elle en
a peu dans fa profe ; elle les a multipliées
dans fes vers on ne fauroit trop marquer
de différences, entre la profe & la poëfie ;
celle- ci ne fauroit être trop figurée , trop
animée. L'inverfion eft la fource où elle
doit puifer particuliérement fon caractére
fpécifiques, les beautés éffentielles ; quelle
âme pourroit être infenfible à ces belles
inverfions ?
Illi robur , & æs triplex
Circà pectus erat , qui fragilem truci
Commifit pelago ratem
Primus.
SEPTEMBRE. 1760. 83
Nec quidquam fibi prodeft
Aerias tentaffe domos , animoque rotundum
Percurrifle polum , morituro.
Que l'on déplace les mots primus &
morituro, la penfée perd auffitôt prèfque
toute fa force. Tel eft l'empire de l'oreille
& de nos organes matériels , fur l'efprit
même.
Cependant la Poëfie Françoife n'admet
guères plus d'inverfions, que la profe élevée
, de toutes les Langues modernes , qui
n'avoient pourtant pas moins d'obftacles
à vaincre , la nôtre eft la plus pauvre à
cet égard ; nous fentons nos befoins .
mais notre timidité eft la plus forte.
N'effayerons- nous point de la vaincre ?
L'inverfion excite l'attention , & la fixe
où elle doit être fixée. Dans une phrafet
traînante où tout eft , dit- on , dans l'ordre
naturel , l'attention eft errante , incertaine,&
ne fçait où fe repofer ; il convient
qu'elle foit dirigée , fur les parties
principales du difcours : l'inverfion feule
peut produire cet effet. Les Latins en ont
fouvent abufé , furtout dans la Pocfie
quelquefois même dans la profe : fouvent
on a peine à les entendre ; nous ne craindrons
pas ce défaut la nature de notre
Langue s'oppofe à tout excès en ce genre..
Divi
84 MERCURE DE FRANCE.
Il me femble que nous devrions fon
ger à introduire dans la Langue , le plus
d'inverfions qu'il fe pourroit , lorsqu'elles
feroient placées de maniere à ne point
produire d'ambiguité : c'eft la feule régle
que l'on peut fixer à cet égard ; je me
contenterai de donner quelques exem
ples.
Toutes les fois que le régime du verbe
n'eft pas un accufatif,l'inverfion peut avoir
lieu.Nous difons très-bien :à luifeul s'adref
fent tous mes voeux ; de lui dépend ma
fortune.
Lorfque le régime du verbe eft précédé
d'une prépofition , fur , devant ,
après , fous , à côté , par , pour , &c.
l'inverfion ne peut point non plus produire
d'équivoque : fur cette vafte plaine ,
s'élève un Temple . Sous fon Empire , les
Peuplesfont heureux.
Il y a auffi bien des cas , où l'inverfion
peut avoir lieu , quoique le verbe régiffe
l'accufatif ; par exemple , toutes les fois
que le nominatif du verbe eft un pronom
perfonnel , je , tu , il , parce que ces mots
font éffentiellement nominatifs ; il en eft
de même de qui. Rien ne nous empêche
de dire , avec le Taſſe :
s ;
Je chante les combats , & ce Héros vainqueur,
SEPTEMBRE. 1760 : 851
Qui , le tombeau facré délivra du Sauveur.
Les fucs amers , il boit avidement déçù ;
la vie il a reçu.
Et de la propre erreur ,
Ainfi , on peut bien dire : mille entreprifes
heureuſes tu conçus & exécutas , il
conçur & exécuta.
Lorfque le verbe exprime un fentiment
, & que le régime eft une chofe
inanimée , il ne peut point non plus y
avoir d'équivoque ; ainfi , ces deux vers ,
malgré les inverfions qu'ils contiennent ,
font très clairs.
Plein de ces fentimens , toute gloire mortelle
Ce Héros dédaignoit en fon ardeur fidelle .
Lorfque l'accufatif & le nominatif différent
en nombre , il ne peut point reſter
d'ambiguité ; mes feux , mes fentimens a
emporté dans fa tombe mon premier époux.
Souvent la force du fens fuffit feule
pour lever toute équivoque.
Et par art , Antioche ; & par force Nicée ,
Les fuperbes Chrétiens avoient déjà domptées;
Là , tu le fais , ô Mufe , accourent les Mortels ,
Où prodigue le plus des douceurs enchantées ,
Le féduifant Parnaſſe.
Ces vers , avec bonté , daigne ici recevoir..
86 MERCURE DE FRANCE.
Lorfque le verbe eft neutre , le nominatif
peut très- bien être placé après lui :
cependant brûle & fe confume la malheu
reufe Didon.
Ne pourroit- on pas quelquefois éloigner
le verbe de fon auxiliaire ? Si féparée
je n'avois été d'un époux tendre.
L'adverbe peut auffi n'être pas toujours
uni au verbe : conftamment lafortu
ne lefeconda.
Je trouve encore des cas où le ſubſtantif
& l'adjectif pourroient être ſépa
rés. Pourquoi n'ofons- nous dire >
Quel terrible & funefte , il affronta danger ?
Combien de glorieux il entreprit travaux !
Le fens eft pourtant clair & fans ambi
guité. J'en dis autant de ces vers.
Aux travaux de ſon ſexe , aux fuſeaux , à l'aiguille
Abbaifler ne daigna fes généreufes mains.
Donnera l'Univers , donnera le Ciel même,
A notre fier courage un fecours tout- puiffant.
Tombeau foit cette terre à tous les ennemis.
Le meilleur moyen pour accoutumer
notre Langue aux inverſions, & pour plier
fon génie à cette efpéce de nouveauté ,
ce feroit de travailler à traduire le plus.
fidellement qu'il feroit poffible , des ou
SEPTEMBRE. 1760. 87
vrages de Poëfie Latine , Italienne , Angloife
; le Lecteur fentant le prix des inverfions
heureufes , que le Traducteur
auroit confervées , lui fçauroit gré de les
avoir fait paffer dans notre idiôme , de
jeunes Poëtes avides de fe diftinguer, pourroient
enfuite s'exercer dans ce nouveau
genre : le caractére de notre Langue cefferoit
peut- être enfin de fe renfermer dans
les limites étroites , ou il a été botné jufqu'ici.
Mais il feroit à fouhaiter que l'on
n'employât les nouvelles inverfions qu'avec
choix.Il eft certain que la Langue Latine
les a trop multipliées ; fouvent elles ne
produifent qu'une beauté matérielle ,dont
notre Langue peut très - bien ſe paſſer ;
fouvent la phrafe auroit gagné à être
coupée ; l'habitude méchanique d'arranger
des mots , a entraîné les Latins , &
leur a fait noyer un petit fens dans beaucoup
de paroles artiftement fymétrilées ;
il en peut réfulter quelque agrément pour
l'oreille , fans que l'efprit en foit plus fatisfait
quelquefois elles ne font que
l'embaraffer , & que retarder & brouiller
lęs idées ; on peut fuppléer très heureufement
un grand nombre d'inverfions de
ceite espéce , en coupant les phraſes ; la
clarté , la jufteffe , la force même y gagnent
fûrement. Cet avantage eft fans
88 MERCURE DE FRANCE:
doute préférable à celui de contraſter des
mots , d'où il ne réfulte qu'une illufion
paffagére , que la réflexion diffipe bientôt.
Occupé de la combinaifon pénible
des termes , un Auteur néglige infenfiblement
les idées & les chofes, Si tant
d'ouvrages , qui plaifent en Latin, perdent
fi fouvent leur mérite à être traduits en
François , gardons - nous d'en rejetter la
faute fur notre idiôme ; admirons bien
plutôt la noble & heureufe fimplicité, qui
forme fon caractére , & félicitons - nous
de trouver en elle un creufet affuré , pour
diftinguer l'or pur d'un alliage faux &
frivole . Dégagée du foin de rechercher
des ornemens fuperflus , & privée de
l'efpoir de faire illufion par leur fecours ,
la Langue Françoife ne s'occupe que du
fond des chofes , elle fimplifie , elle épure
, elle preffe les penfées & les fentimens
; elle a l'avantage unique de parler
à l'efprit plus directement qu'aucune
autre .
Cependant , à la fuite d'un nombre
choifi d'inverfions qu'elle pourroit acquérir
, il feroit encore à défirer , comme je
l'ai dit plus haut , qu'elle empruntât de
quelques Auteurs Latins certains tours
vifs & précis, compofés de conftructions
hardies , fouvent même, fans conftruction
SEPTEMBRE. 1760 8
apparente , dont elle tireroit des nouveaux
degrés de vivacité & d'énergie . La
Bruyere , S. Evremont , la Fontaine ,
peuvent fournir des idées de ce ftyle :
une Langue , pour atteindre à la perfection,
doit embraffer tous les genres . Combien
de nuances de ftyle depuis l'élégance
nombreuſe de Ciceron , jufqu'à la nerveuſe
concifion de Tacite & de Sallufte , depuis
Virgile jufqu'à Juvenal & Perfe !
Je fais que la maniere différente de
ees grands hommes , tenoit à leur génie
particulier ; mais ces génies doivent renaître
dans chaque Siécle & dans chaque
Nation lettrée. C'est à ceux qui ſe ſentes
portés par la Nature à quelqu'un de
ces deux genres , à choisir les modéles
qui leur font propres , & à franchir , courageufement
, le joug impofant du ton
dominant de leur fiécle : nous avons affez
de talens , qui pourroient ſe faire un caractére
original ; il ne leur manque que
d'ofer, & de brifer les entraves de l'imitation.
Par là nous verrions , peut- être , renaître
cette précieufe naïveté , cette fimplicité
finguliere de nos premiers Auteurs ;
notre Langue acquerroit une force qu'elle
a enviée inutilement jufqu'ici à la
Langue Angloife.
Malherbe, Racine , Boileau , Rouſſeau,
90 MERCURE DE FRANCE.
ont rendu de grands fervices à leur Langue
; ils ont perfectionné fon élégance ,
fon exactitude , fa pureté , fa nobleffe ,
fa délicateffe , fes graces ; en forte qu'à
tous ces égards , elle ne céde à aucune
autre Langue : peut être ont- ils nui à des
progrès plus utiles , qquu''eellllee auroit pû
faire du côté de la hardieffe , de la vivacité
, de l'énergie , de l'abondance ; je
le répéte encore , ils font venus trop tôt.
Dès Malherbe , on s'eft écrié que cet
Auteur avoit fixé le caractére de la Langue
la Nation fortoit à peine de la barbarie
; dès le premier pas , elle crut
avoir, atteint la perfection. Malherbe
avoit l'âme grande & élevée; il ne lui a
manqué qu'une Langue plus avancée ,
pour déployer fon génie..
:
Racine , admirable par l'analyfe délicate
du coeur humain , par les charmes
délicieux de fon ftyle , par la conduite.
& l'intérêt de fes Piéces , Racine a créé
un genre , dans lequel il ne fera furpaffe
par perfonne. Mais il faut avouer que
chez lui l'élégance continue , a fouvent
étouffé la force.
Boileau étoit affurément un très - bel
efprit ; il avoit éffentiellement le coeur
froid, & l'âme peu élevée ; il fent peu,
il peint agréablement ; plus Verfificateur
SEPTEMBRE . 1760. 91
il
que Poëte , fes vers font rarement produits
la chaleur du fentiment , ou
par
-par la force des idées . Ils font faits , pour
ainfi dire , au compas , on devine les
mots qu'il a trouvés , qu'il a cherchés :
leur arrangement méchanique eft fon
principal mérite . Soutenu par Horace ,
s'eft élevé au- deffus de lui - même dans
fon Art poëtique : il y a pourtant de trèsbelles
chofes dans le Lutrin ; on trouve
dans fes Satyres , beaucoup de traits d'efprit
, agréablement tournés , mais fans
chaleur & fans élévation . Un Poëte fatyrique
pour exceller doit - être doué de cettehumeur
Angloife , pour laquelle nous n'avons
pas même de terme ; & il n'y en a
point , dans Boileau. La Bruyere , fimple
Profateur , l'avoit reçu de la Nature , fon
ouvrage en eft profondément empreint,
Rouffeau , quoiqu'avec beaucoup plus.
de chaleur que Boileau , & avec un ef
prit plus nourri par la Philofophie , manque
encore de véritable énergie ; ingénieux
, pur , correct , élégant , fes penfées
font juftes , folides , grandes , liées ,
ornées agréablement mais fon efpritn'a
pas une certaine profondeur ; & c'eft
chez lui , furtout que j'obferve un grand
nombre d'idées foiblement rendues. L'ex-
´preſſign lui a manqué : j'entens cette ex92
MERCURE DE FRANCE
preffion vigoureufe , ce coup de pincea
du grand- Maître la crainte d'offenfer
l'oreille , l'a trop fouvent arrêté. H n'a
employé qu'un très- petit nombre de ter
mes , dans fes ouvrages de grande Poëfie.
Une idée neuve , exprimée avec des
mots rebattus, ne fçauroit paroître neuve:
l'efprit eft la dupe des oreilles toute
penſée hardie doit être revêtuë d'expreffions
qui le foient. Les plus zélés admirateurs
de ce Poëte , font forcés de con
venir que
fon génie n'a rien d'original.
Ce que je viens de dire de ces grands
hommes , fouffrira fans doute beaucoup
de contradictions ; on fe porte prèfque
toujours à admirer fans réferve , ce qui
eft vraiment admirable à certains égards.
Cependant , je crois n'avoir arraché , de
leurs couronnes , aucun des lauriers qui
leur font légitimement acquis. Je voudrois
feulement qu'on pût fe perfuader
que , pour avoir excellé dans quelques
parties , ils n'ont pas également excellé
dans les autres ; qu'ils n'ont pû ouvrir
toutes les routes à la fois , & qu'il faut
bien fe garder de les préfenter comme
des modéles univerfels.
Créons des termes & des tours forts &
énergiques , nos penfées le deviendront,
Nous avons affez de jolis mots , & par
SEPTEMBRE . 1760. ༡༣
conféquent de jolies idées , & de jolies
âmes. Mais eft-ce tout ? Après un fiécle de
grâces & d'élégance , travaillons à nous
former des âmes hardies & robuftes.
Corneille , Boffuet , la Bruyere , Moncefquieu
, Voltaire & j'ajoute Rouffeau de
Genève,font lesEcrivains que nous devons
choifir pour modéles en ce genre : les penfées
que ces hommes célébres ont réuffi à
bien rendre,font gravées dans tous les ef
prits.Envain des Ecrivains médiocres travaillent
alles retourner; ils nous les offrent
affoiblies ; l'efprit ne les retrouve qu'avec
dégoût. Ce qui eft dit 8 : penfé avec un
certain degré de force , néantit à jamais
toutes les copies froides & imparfaites ;
toute penfée grande & fortement exprimée,
eft immortelle ; l'efprit peut amufer
l'efprit , l'âme feule a droit d'ébranler
l'âme : j'entens par âme, ce caractére fier,
indépendant , original & fublime , cette
chaleur intime & féconde , ce feu , pour
ainfi dire , électrique , qui étincelle rapidement
, qui éclaté , pénétre & communique
de même. Le fentiment coule avec
abondance de cette fource enflammée ; il
fe répand fur les ouvrages de pur agrément
, comme fur ceux de la perfuafion
la plus profonde ; il vivifie les genres
même qui en font le moins fufceptibles .
94 MERCURE DE FRANCE:
Point de génie fans fentiment : Sapho
eft la tendre amante de Phaon ; Montef
quieu & Newton, font les amans fublimes
de l'humanité & de la vérité.
Je crois que c'est grand dommage que
Montagne n'ait pas écrit à Paris ; cette
Ville donne le ton ; elle l'eût reçu de lui
& l'eût rendu au refte de la France : mais
Montagne étoit gafcon , il écrivoit dans
fon pays , il étoit énergique & hardi ; on
admira ces qualités , & on s'en tint là.
Le bel efprit , ce fléau du génie , dominoit
dans la Capitale ; il empêcha les
progrès de ce style expreffif , qui auroit
enrichi la Langue ; cependant Montagne
plaît à tous ceux qui le lifent. On le cite
avec complaifance , & perfonne n'ofe entreprendre
de le traduire en François
pur & élégant. On refteroit au - deffous de
lui , on feroit ridicule. Pourquoi s'efton
amufé fi longtemps à contrefaire le
ftyle de Marot , qui n'avoit en partage
qu'une naïveté agréable ? Le premier modéle
étoit bien plus digne d'être fuivi.
Mais , dira t-on , Montagne faifoit des
barbarifmes . Ah ! nous n'avons que trop
d'Auteurs purs & châtiés , c'eft- à - dire ,
faibles & froids. Il nous faut peut - être
de hardis faifeurs de barbarifines , fans
quoi notre Langue eft expofée à languir ,
SEPTEMBRE . 1760. 21
Tous les fauffes graces d'une élégance pué
rile & de cette délicateffe exceffive à laquelle
on a voulu borner fon caractére :
qualité qui , renfermée dans fes bornes
eft admirable en certains genres , mais
qui devient un vice dans beaucoup d'autres.
Nous n'ofons nommer plufieurs animaux
utiles. Nous craignons de peindre
avec trop de vérité , la mort , la pefte ,
la corruption , le vice. Livrés à un art
recherché , nous dédaignons la fimple
Nature ; il faut que nos Bergers foient
couverts de fleurs ; les arts utiles font
avilis à nos yeux délicats.
Chaque mot a fa place dans un certain
ftyle , il n'en fçauroit fortir ; tout écrit
élevé eft prèfque toujours bourfouflé &
vuide de chofes ; il faut fe faire entendre ,
par des périphrafes qui affoibliffent ; on
ne peut appeller prèfque aucune chofe
par fon nom dans le ftyle noble.
Nous fommes , par cette même délicareffe
, très- bornés dans le choix des images.
Combien en eft- il que nous admirons
dans Virgile, & dans Homere, & que notre
Langue ne peut admettre ? Le fentiment ,
dans nos ouvrages , eft toujours enflé
guindé , réfroidi, par un acceffoire de nobleffe
. Le naturel , le fimple , le vrai ,
66 MERCURE DE FRANCE:
nous paroît ignoble. La plupart des beau
tés naïves des tragiques Grecs , font perdues
pour nous .
t
Je trouve les fources de cette fauffe
'délicateffe , dans les idées relatives de
grandeur & de baffeffe qu'infpire la M
narchie ; dans le luxe , l'oifiveté , la fo
ciété trop affiduë ; & furtout , dans la fo
ciété des femmes.
La diftinction des rangs , l'orgueil &
la vanité qu'ils font naître , rejettent néceffairement
un mépris injufte fur lés
états inférieurs . Le luxe amoureux de
'Arts agréables , avilit par comparaifon
les Arts néceffaires . L'Oifiveté fille de la
Richeffe dédaigne les travaux utiles. La
Société, en rapprochant ces différens états,
infpire un refpect , une dépendance , une
fauffe honte , vis- à-vis de ceux qui font
plus élevés : ainfi tout prend une tendance
générale d'admiration & d'imitation ,
vers les premiers rangs , vers leurs moeurs,
leurs ufages , leurs ridicules même & leurs
vices : tout concourt à l'aviliffement des
autres , de leur utilité même , de leurs
travaux & de leurs vertus .
Enfin , la fociété habituelle des femmes
achéve de nous féparer de la noble & fimple
nature : élevées prèfqne toutes dans la
frivolité,dans l'art unique de plaire , elles
nous
SEPTEMBRE . 1760 . 97
nous y ramenent par le foible qu'elles
nous infpirent : jufte punition de l'éducation
à laquelle nous les avons condamnées
; elles nous donnent leurs propres défauts
, qu'elles doivent à notre tyrannie ;
nous fommes forcés de nous plier à leur
goût étroit & exclufif , à leurs paffions ,
qui veulent toujours être remuées en bien
ou en mal , à leur amour- propre , qui les
dégoûte de tout ce qui ne les flatte pas ,
de tout ce qui n'eft pas dirigé à leur amufement
; elles donnent le ton ; elles jugent
; elles prononcent d'après leurs idées
petites , foibles & fans principes : la Nature
eft méconnue , le génie fe glace , fe
rétrécit , & quitte les grands objets .
Chaque génération de ces idoles de
paffage , a fon bon ton dominant ; tout
ouvrage qui n'en porte pas l'empreinte ,
n'eft ni lû , ni vendu , ni prôné : tout Auteur
veut l'être que faire donc : Suivre
le torrent , ne rien produire d'élévé ni de
fort , oublier la poftérité , & fe borner à
la gloire honteufe d'avoir perfectionné la
corruption de fon fiécle. Ainfi , l'esprit
rampe fucceffivement dans un cercle rapide
de modes inconféquentes , outrées
& méprifables.
Le tourbillon des femmes renferme
une multitade d'hommes , plus femmes
E
98 MERCURE DE FRANCE
qu'elles , avec qui elles veulent bien par
tager leurs droits . Ces efclaves brillants
deviennent , en concurrence avec elles ,
tyrams , protecteurs & corrupteurs des
talens tels font les Juges qui affignent
les rangs dans les Lettres : l'homme de
fens , l'homme folidement inftruit fe tait ,
ou ne parle qu'à l'écart ; il n'a point de
paffions , de vices , de rang ni de place ,
c'eſt un être iſolé , & qui d'ailleurs , devient
tous les jours plus rare : il n'eft
point à la mode , parce que le bon fens ,
le mérite , l'honnêteté , la vertu n'eft
point de mode ; la folie , les vices , les
ridicules, triomphent impunément & lans
obftacles.
La mode est toute- puiffante en France ,
mais toute mode finit ; & la derniere jette
, néceffairement , un ridicule fur celle
qui l'a précédée : Les Héros & les Héroïe
nes du jour , dépouillés enfin de ce qui
féduit ou qui impofe , finiffent par devenir
des Marquis de Mafcarille , & des
Fées gothiques ; les Livres de mode les
plus admirés , font relégués parmi les
vieux portraits.
Cependant , l'ambition des hommes
de Lettres eft d'être auffi les hommes
du jour. Ils y parviennent par la baffeffe
& les lâchetés ferviles , qu'ils prodiguent
SEPTEMBRE . 1780: 59
dans leurs ouvrages. Voyez dans leurs
écrits , & furtout fur la fçéne , de quelles
couleurs brillantes ils peignent l'homme
à la mode , combien l'homme vertueux
eft obfcurci , abaiffé , facrifié ; s'ils
attaquent le vice & la folie , c'eft avec
des armes fi polies , des traits fi adoucis ,
qu'ils femblent plutôt flatter que combattre
quel bien ne feroit pas au contraire
une fatyre vigoureufe ? Elle éclaire-
Toit les foibles & la multitude : mais on
craint de paffer pour dur , de n'être plus
admis dans le monde , on trahit la Nation
, la vertu , fon propre honneur .
C'eſt aux gens à talens à fentir leur
fupériorité , & la haute dignité de leur
miniftére eux feuls peuvent oppofer une
barriére folide au torrent du faux goût &
des moeurs vicieuſes ; c'eft à eux de fubftituer
aux puérilités des jargons de mode ,
l'abondance & l'énergie qui conviennent
à la Langue d'un Peuple illuftre fa
par
puiffance & par fes lumieres : qu'ils faffent
paffer dans le langage les richeffes
du génie , & les graces folides de la vertu
; ils les communiqueront
juſqu'à nos
ames , leurs écrits feront immortels , &
la Nation s'élevera.
Il me refle à réfoudre une objection
importante , qui fe préfente naturelle-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ment : & nous nous déterminions à enrichir
notre Langue d'une foule de mots
nouveaux , à multiplier les inverfions , à
retrancher les articles , les ouvrages que
nous admirons le plus deviendroient gothiques
; Racine vieilliroit , nous le regarderions
du même il dont nous voyons
aujourd'hui Rotrou en voulant acquérir
des richeffes incertaines , nous perdrions
fûrement celles que nous pollédons , tout
l'édifice de notre Littérature feroit renverfé.
Je réponds 1. Que fi par ces change
mens , il arrivoit qu'une multitude d'ou
vrages médiocres & foibles , fût plongée
dans l'oubli , cette partie ne feroit pas à
regretter.
2°. Je foutiens que les ouvrages vraiment
bons fubfifteroient toujours : nous
en avons la preuve dans l'état préfent
de notre Littérature : Corneille quoique
vieilli , refte en poffeffion de notre
Théâtre. Montagne eft toujours lû . Les
bons écrits fubfifteroient même tout feuls
au milieu du naufrage des autres , ce qui
feroit un très- grand avantage.
3. Si les perfonnes qui compofent le
cercle frivole du monde , perdoient une
partie du goût vif qu'elles ont pour ces
ouvrages , le mal ne feroit pas grand ,
SEPTEMBRE. 1760. ΙΟΥ
il n'en réfulteroit aucun inconvénient réel
pour les Lettres.
4. Les Philofophes , les vrais Littérateurs
, les bons efprits ne cefferoient jamais
de lire , de méditer ces excellens
écrits , de foutenir leur réputation & de
les choifir pour modéles ; ainfi le progrès
des Lettres n'en feroit pas moins affuré ,
ce qui eft le feul point capital.
5 °.Que le plaifir qu'on auroit à les lire,
fût plus ou moins diminué , ce ne feroit
tout au plus que la perte de quelques fen,
fations agréables , qui feroient fûrement
remplacées par d'autres ; leurs penfées ,
leurs vues , leur ordonnance ne fçauroient
périr , & c'est tout ce qu'il feroient utile
de confer er.
6°. Si des penfées que l'on croyoit for
tes , ceffoient de paroître telles , ce ne
feroit que par comparaifon avec d'autres
vraiment fortes que nous aurions acquifes ;
nous n'aurions perdu qu'une erreur , nous
aurions gagné une vérité : fi des chofes
qui nous fembloient exprimées avec grâ
ce , paroiToient perdre cet agrément ,
ce ne feroit qu'un preftige dont nous aurions
reconnu l'illufion ; ce qui paroît
beau , ne peut être éffacé que par des
beautés plus réelles .
7°. Notre bonne Littérature n'a duré
E iij
to2 MERCURE DE FRANCE
encore qu'un fiécle : nous n'avons qu'un
petit nombre d'ouvrages de génie : notre
Monarchie, & par conféquent, notre Langue
, dans la conftitution actuelle des
chofes , doivent durer vraisemblablement
un très - grand nombre de fiécles ; feroit - il
raifonnable de les facrifier tous à la confidération
d'un feul , & d'immoler d'avance
les efforts multipliés que doit faire
notre poftérité , aux petits progrès que
nous avons faits dans un fi court eſpace
de temps ? Nous fommes encore au berceau
, nous ne faifons que de naître ;
voudrions-nous borner l'âge viril , qui
doit nous fuivre , à nos foibles facultés ,
qui font à peine dévéloppées ?
Si l'on objecte encore que les Arts font
bornés ; que , dans les Nations Lettrées ,
ils n'ont eu qu'un beau fiécle ; que nous
avons eu le nôtre , & que par conféquent ,
ces progrès , dont on nous flatte , ne peuvent
avoir lieu que dans le carrière des
Sciences , & non dans celle des Arts &
des Lettres.
Je dirai , qu'il eft peut-être téméraire
de juger des progrès, dont l'efprit humain
eft fufceptible , d'après des expériences
imparfaites ; & qu'il feroit néceffaire dé
les avoir bien plus multipliées , pour por
ter un jugement certain fur un objet fi
SEPTEMBRE. 1760. 103
vafte & fi compliqué . On a cru longtemps
que les Grecs & les Latins avoient
tout perfectionné, tout épuifé ; cependant
on fe trompoit les Auteurs modernes
ont du moins ajouté des dévéloppements
fout nouveaux , aux germes précieux que
nous avoient laiffés les Anciens : les grands
Orateurs & les grands Poëtes François ,
ont dû fe faire un caractére original ,
malgré les talens & les fuccès de ceux
qui ont écrit dans les beaux jours d'Athénes
& de Rome.
Si plufieurs peuples n'ont eu qu'un
beau fiécle , ce n'eft pas qu'ils euffent atteint
les limites des Arts ; tout ce qui
s'est fait depuis eux , prouve invinciblement
la fauffeté de cette prétention ;
dira- t- on que c'est la perfection où les
Romains avoient porté les ouvrages de
théâtre , qui les a forcés à dégénérer en
cette partie Le génie des Grecs & des
Romains , a baiffé tout à la fois , & dans
les genres qu'ils avoient traités avec le
plus de fuccès , & dans ceux où ils n'en
avoient eu que de médiocres : c'est donc
à des caufes étrangères , & tout - à - fair
différentes , qu'il faut attribuer leur décadence.
Il feroit fuperflu de les recher
cher ici.
Les Anciens ont trouvé les vrais prin
E iv
104 MERCUREDE FRANCE.
cipes , ils ont créé les genres ; c'est une
gloire unique qu'on ne peut leur conteſter
; mais ils n'ont fait qu'effleurer la
connoiffance de l'homme & de la nature ;
il nous refte à l'approfondir. L'invention
de l'Imprimerie a changé la face du
monde fçavant . Toutes les nations réunies
par elle , ne forment plus qu'un feul
empire des Lettres . L'émulation n'eft plus
de citoyen à citoyen ; elle eft de peuple
à peuple les diverfités des moeurs forment
autant de manieres différentes de
voir , de penfer & de fentir , & leurs
communications préfentent encore autant
de modifications nouvelles . Telle eft
la vafte carrière qui s'offre à nous les
Anciens avoient les talens d'un homme
four modéles ; nous avons ceux du genre
humain : que ne doit - on pas attendre de
cette émanation de lumiére rapide , immenfe
, immortelle ? De cette émulation
univerfelle & active , dont les rayons infinis
fe coupent , fe croifent & s'étendent
en tout fens Les ? obfervations de la Nature
, auxquelles notre fiécle s'eft livré ,
fuffiroient feules , pour fournir un fonds
intariflable de nouvelles richeffes à l'éloquence
& à la Poëfie ; ajoutons à tous ces
avantages , que nous n'avons plus d'obftacles
étrangers , ni d'irruptions de bar
bares à redouter.
SEPTEMBRE . 1760. 105.
Si de ces confidérations , je defcends à
l'examen particulier des progrès de notre
Nation , je trouve qu'elle a anályfé le
coeur humain avec une très - grande fupériorité
; mais , qu'il s'en faut bien qu'elle
ait atteint le même degré , dans les def
criptions de la Nature en général ; occiipée
des détails de nos curs paffagéres
& mobiles , cette partie eft reftée abfolument
neuve ; les idées fimples , primordiales
, & communes à tous les hommes ,
ont été négligées . C'eft pourtant dans ce
genre feul ,
feul , que l'on peut faire des oavrages
vraiment durables. Bien loin que
nous ayons tenté de peindre les effets infinis
de la Nature , avons nous feulement
une defcription du printems . faite
avec génie L'Angleterre , l'Allemagne
même , nous ouvrent la route , & nous
ne fongeons point à les fuivre ; cependant
Ce nouveau genre auroit de plus l'avantage
de développer le talent dans toutes
les Provinces de la France , & de le retifer
de l'imitation fervile de l'efprit de
mode de la Capitale , qui la rabaiffe &
lui ôte les moyens de fe diftinguer . Combien
comptons -nous de Poemes épiques ,
d'Epitres & d'Odes dignes d'être admirées
heureuse néceffité , où nous nous
trouvons ! Pour nous faire un caradire
-
Ex
JOG MERCURE DE FRANCE .
origin , il ne faut que revenir à la Na→
ture ; c'eft principalement dans cette carriére
, que nous fentirons la difette de
notre langage , & la néceffité de l'enrichir.
La Langue eft l'inftrument du génie ,
laiffons - lui la liberté de la perfectionner ;
nous en fecueillerons bientôt les fruits .
Fermer
Résumé : OBSERVATIONS Sur la Langue Françoise.
Le texte traite de l'importance et de l'évolution de la langue française, mettant en avant ses qualités telles que la clarté, la justesse et l'abondance. Cependant, il reconnaît que le français est moins riche en vocabulaire comparé à certaines langues anciennes et modernes. Pour pallier cette lacune, l'auteur propose de créer un dictionnaire des expressions manquantes en empruntant des mots au latin, à l'italien, et en réintroduisant des termes anciens et des diminutifs italiens. Il critique l'attitude conservatrice envers les innovations linguistiques et prône une plus grande liberté dans la création de nouveaux mots. Le texte aborde également les caractéristiques phonétiques et prosodiques du français, défendant les 'E' muets pour leur rôle dans l'harmonie des vers. Il compare les vers français aux vers latins, soulignant une plus grande variété et douceur dans les premiers. Pour améliorer la poésie française, l'auteur suggère de fixer la prosodie par des règles écrites et d'explorer l'usage des vers non rimés. En matière de prose, le texte recommande l'utilisation de phrases courtes pour améliorer la clarté et suggère d'emprunter des tours vifs et précis à des auteurs latins. Il critique la langue contemporaine pour son raffinement excessif et son éloignement de la simplicité, influencés par la monarchie et le luxe. La tyrannie des modes littéraires et sociales en France est également dénoncée, car elle impose un goût étroit et favorise les œuvres flatteuses plutôt que celles de véritable qualité. L'auteur met en garde contre l'admiration excessive des grands écrivains et souligne que les talents supérieurs doivent résister au mauvais goût pour enrichir la langue. Il affirme que les œuvres médiocres seront oubliées, tandis que les grandes œuvres subsisteront. Le texte appelle à un retour à la nature pour enrichir la langue et le génie français, notant que la France a négligé la description de la nature, un domaine où l'Angleterre et l'Allemagne excellent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3909
p. 74-80
EFFETS de l'air sur le corps humain, considérés dans le son, ou Discours sur la nature du Chant. EXTRAIT.
Début :
Cet Ouvrage paroît être de la même main qui nous a donné le recueil de Lettres [...]
Mots clefs :
Air, Corps humain, Chant, Son, Musique, Italiens, Sons, Âme, Langue, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EFFETS de l'air sur le corps humain, considérés dans le son, ou Discours sur la nature du Chant. EXTRAIT.
EFFETS de l'air fur le corps humain ;
confidérés dans le fon , ou Difcours
fur la nature du Chant.
СЕТ
EXTRA I T.
ET Ouvrage paroît être de la même
main qui nous a donné le recueil de Lettres
que je viens d'annoncer. Au Frontifpice,
eft une Eftampe agréable , qui repréfente
Orphée fur le mont Hoémus. L'explication
eft une Traduction de la deuxiéme
Ode d'Horace par le P. Sanadon
fuivie d'un Envoi à Julie , auffi digne
peut- être de la célébrité que la fameufe
Julie Dangennes , la Muſe de l'Hôtel de
Rambouillet . Cet envoi mérite d'être
rapporté , le voici.
ود
» Vous qui difpofez du bonheur de
» mes jours , vous qui embelliffez la Na-
» ture , combien de fois ne m'avez- vous
point fait éprouver le charme que je
» célébre ! Tantôt par la gaîté & la légé-
» reté de votre chant , vous faifiez difparoître
les fombres foucis ; & tantôt
» par une douce & tendre mélodie , je me
» trouvois tranfporté dans un état divin .
» Yous me prépariez infenfiblement au
و د
NOVEMBRE. 1760. 75
»
fentiment que vous m'alliez donner.
» L'air que vous animiez des accens de
» votre voix , paroiffoit être agité par les
aîles de l'amour ; & quand impercep-
» tiblement vous aviez éteint un fon , je
» ne fçai quelle harmonie duroit encore,
& fembloit donner naiffance à celui
qui lui fuccédoit. Quelle vérité dans le
goût ! Quelle variété dans le go fier ! Quels
» fons filés & onctueux ! Etoient - ils
» éclatans , étoient - ils adoucis , c'étoit
» toujours les échos de votre âme qui
» venoient modifier la mienne , déter-
» miner fa puiffance , & fe repofer dans
»
رد
» mon coeur & c.
C'eft en peu de mots donner toutes
les modifications du chant , & pour ainfi
dire nous en repréfenter l'image.
Un avertiffement nous inftruit que cet
effai ne contient que le méchaniſme de
l'air fur le corps humain . C'eſt le feul
but de l'Auteur ; il nous dit auffi que fon
intention n'a pas été de répondre à la
lettre de M. Rouffeau fur notre Mufique .
Il nous rappelle avec goût le fentiment
de M. de Voltaire , fur les langues , qui
entr'autres obfervations penfe que le
plus beau de tous les langages doit être
» celui qui eft à la fois le plus complet ,
» le plus fonore , le plus varié dans fes
رد
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
tons , & le plus régulier dans fa marche
; celui qui a le plus de mots com-
• pofés ; celui qui par fa profodié expri-
» me le mieux les mouvemens de l'âme ;
» celui qui reffemble le plus à la Mufique.
Il ajoute » La plus belle Langue
qu'ayent jamais parlé les hommes ,
c'eft la Langue Grecque, parée de l'har-
» monie naturelle.
و د
83
:
J'oferois dire après M. de Voltaire
que parmi les Langues vivantes le Perfan
eft le langage qui réunit le plus ces qualités
éffentielles à la Langue Grecque : il
a furtout une variété d'infléxions à l'infini ,
ce qui doit être très - propre au chant.
Cette efpéce de differtation fur la Muque
eft pleine de goût , de vérité & de
lumiére , on n'en peut donner ici qu'une
légére idée.
L'Auteur nous dit , que la plupart des
plus beaux récitatifs Italiens ont toujours
le même mouvement , & que ce mouvement
eft d'une peſanteur immenſe , ( ce
font fes expreffions. ) Il ne peut ignorer
que ces mêmes Italiens ont auffi le Récitatifobligé
; qu'ils ont des Récitatifs qui
font admirables , & qui font couler des
larmes ; il faut , pourfuit- il , une longue
و ر
habitude , & toute l'autorité du préju-
» gé , pour applaudir à leurs Eunuques .
NOVEMBRE. 1760 . 77
On répondra , que lorfque ces Chanteurs
ont reçu de laNature d'heureux organes, ils
ont la voix extrêmement mélodieufe . Salinbeni,
à Berlin & à Drefde , excitoit , fi .
l'on peut parler ainfi , le raviffement ;
l'âme fembloit être fufpendue avec for
chant. La critique fur nos Chours François
eft auffi jufte qu'ingénieufe. Je ne
fçais pourquoi l'Auteur veut profcrire les
machines de notre Théâtre Lyrique ; il
les appelle un Phénomène des fiécles barbares
, que nous aurións dû abandonner
avec la Comédie de la Paffion . Qu'il ait la
bonté de confidérer que les Opéra François
font d'un autre genre que les Opéra
Italiens ; ces derniers font des Tragédies
chantantes , qui dans leur récitatif nous
donnent quelque foible idée de la mélopée
des Anciens , au lieu que nos Opéra
femblent être confacrés aux prodiges ,
aux féeries : c'eft un plaifir de plus que
nous avons ; & l'Auteur de la Differtation
n'eft pas d'affez mauvaiſe humeur
pour décrier les plaifirs. M. de Fontenelle
n'a-t- il pas dit , que chaque âge avoit fon
hochet ? Il falloit plutôt fe plaindre de la
maladreffe & de l'informe qui régnent
encore dans nos machines : nous fommes
bien peu avancés dans cet amuſement
des yeux. On a obfervé, avec beau
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
coup de goût dans cette Differtation, que
les Bouffons étoient peut- être parmi les
Italiens les Chanteurs qui font le mieux
fentir ce qu'ils chantent. En effet ils ont
des fons particuliers & analogues aux
divers mouvemens de l'âme qu'ils expriment.
Autre obfervation auffi judicieuſe :
nous allons la citer.
»
» Les Anglois ayant trouvé que les
" Italiens chantoient plus légérement
qu'eux , ont crû qu'ils n'avoient pour
les égaler qu'à abandonner leur Mufi-
» que nationale , & prendre celle d'Italie.
Cette judicieufe réfolution fut d'a-
» bord exécutée ; & on voit aujourd'hui ,
» non fans étonnement , le mode Italien
» avec le jargon Anglois. Quel monf-
» trueux affemblage ! Ces doux fons def-
» tinés à exprimer les tendres voyelles
» Italiennes , font forcés de rendre les
» confonnes Angloifes.
Rien de plus vrai ; ne pourrions- nous
pas nous appliquer cette critique fi fenfée
? Les Italiens doivent trouver que notre
langue avec toutes fes infléxions
muettes , eft difcordante avec leur Mufique.
Quelle différence pour des notes
muficales , entre les paroles chantées de
la Serva Padrona & de la Servante Maitreffe
!
NOVEMBRE. 1760. 79
'Anecdote affez finguliére : » Hendel ,
» ce fameux Compofiteur Allemand , dont
» le talent faifoit la plaifante vanité des
Anglois , a été chercher fa belle mufette
» dans les montagnes d'Ecoffe , comme
» pour lear dire qu'il ne falloit jamais défefpérer
de la Patrie.
ود
L'Auteur traite Lully de monotone
on oferoit demander fi la langue du ſentiment
peut avoir beaucoup de variation ?
Lully eft le Racine de notre Mufique .
On fe plaint avec raiſon , dans cet éffai, que
plus de huit cens Auteurs ont écrit fur la
Mufique , & à force de calculs en ont fait
une fcience abftraite . On répond avec folidité
aux perfonnes qui répétent , qu'il eft
ridicule de mourir en chantant . On finit par
cette obſervation lumineuſe : » La colere,
» ce mouvement violent , cette exploſion
fubite & momentanée du fang , eft ren-
» due à notre imagination par le fon lent
» & traînant de deux fyllabes longues ,
» tandis qu'on n'en employe qu'une pour
»
» nous donner l'idée du charme.
La même faute exifte néceffairement
dans notre Poëfie. Si les premiers hommes
qui ont formé des fons euffent été
un peuple de Philofophes , nous aurions
des expreffions , fideles organes des mouvemens
de l'âme ; & tous les jours il nous
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
échappe des mots , qui ne font
faux fignes de la penſée.
que
de
Cette
differtation
mérite
d'être
lue toute
entiere
. Il eft fâcheux
que
l'Auteur
ne ſe
foit
pas
étendu
davantage
: il fait
toujours
marcher
la Phyſique
à côté
du raifonnement
. Cet
ouvrage
eft enrichi
de Notes
excellentes
; entr'autres
il invite
les Compofiteurs
à retrancher
l'e muet
. Je crois
que
les Poëtes
lyriques
, indépendamment
de la variété
plus
marquée
qu'ils
devroient
employer
dans
le rithme
de la verfification
, pourroient
auffi
fe défendre
les vers
féminins
, & ne
fe fervir
que
des
maſculins
cette
attention
épargneroit
aux
oreilles
délicates
le dégoût
infupportable
que
lui
caufent
ces
fons
muets
&
mores
, la partie
honteufe
de notre
Mufique
vocale
. Cet
éffai
, un
des
meilleurs
écrits
qui
ayent
paru
fur
cette
matiére
,
porte
le nom
d'Amfterdam
pour
infcription
, & fe vend
chez
Lambert
& chez
Duchefne
. Il fait
fouhaiter
que
fon
Auteur
faffe
de nouveaux
pas
dans
la carrière
littéraire
.
confidérés dans le fon , ou Difcours
fur la nature du Chant.
СЕТ
EXTRA I T.
ET Ouvrage paroît être de la même
main qui nous a donné le recueil de Lettres
que je viens d'annoncer. Au Frontifpice,
eft une Eftampe agréable , qui repréfente
Orphée fur le mont Hoémus. L'explication
eft une Traduction de la deuxiéme
Ode d'Horace par le P. Sanadon
fuivie d'un Envoi à Julie , auffi digne
peut- être de la célébrité que la fameufe
Julie Dangennes , la Muſe de l'Hôtel de
Rambouillet . Cet envoi mérite d'être
rapporté , le voici.
ود
» Vous qui difpofez du bonheur de
» mes jours , vous qui embelliffez la Na-
» ture , combien de fois ne m'avez- vous
point fait éprouver le charme que je
» célébre ! Tantôt par la gaîté & la légé-
» reté de votre chant , vous faifiez difparoître
les fombres foucis ; & tantôt
» par une douce & tendre mélodie , je me
» trouvois tranfporté dans un état divin .
» Yous me prépariez infenfiblement au
و د
NOVEMBRE. 1760. 75
»
fentiment que vous m'alliez donner.
» L'air que vous animiez des accens de
» votre voix , paroiffoit être agité par les
aîles de l'amour ; & quand impercep-
» tiblement vous aviez éteint un fon , je
» ne fçai quelle harmonie duroit encore,
& fembloit donner naiffance à celui
qui lui fuccédoit. Quelle vérité dans le
goût ! Quelle variété dans le go fier ! Quels
» fons filés & onctueux ! Etoient - ils
» éclatans , étoient - ils adoucis , c'étoit
» toujours les échos de votre âme qui
» venoient modifier la mienne , déter-
» miner fa puiffance , & fe repofer dans
»
رد
» mon coeur & c.
C'eft en peu de mots donner toutes
les modifications du chant , & pour ainfi
dire nous en repréfenter l'image.
Un avertiffement nous inftruit que cet
effai ne contient que le méchaniſme de
l'air fur le corps humain . C'eſt le feul
but de l'Auteur ; il nous dit auffi que fon
intention n'a pas été de répondre à la
lettre de M. Rouffeau fur notre Mufique .
Il nous rappelle avec goût le fentiment
de M. de Voltaire , fur les langues , qui
entr'autres obfervations penfe que le
plus beau de tous les langages doit être
» celui qui eft à la fois le plus complet ,
» le plus fonore , le plus varié dans fes
رد
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
tons , & le plus régulier dans fa marche
; celui qui a le plus de mots com-
• pofés ; celui qui par fa profodié expri-
» me le mieux les mouvemens de l'âme ;
» celui qui reffemble le plus à la Mufique.
Il ajoute » La plus belle Langue
qu'ayent jamais parlé les hommes ,
c'eft la Langue Grecque, parée de l'har-
» monie naturelle.
و د
83
:
J'oferois dire après M. de Voltaire
que parmi les Langues vivantes le Perfan
eft le langage qui réunit le plus ces qualités
éffentielles à la Langue Grecque : il
a furtout une variété d'infléxions à l'infini ,
ce qui doit être très - propre au chant.
Cette efpéce de differtation fur la Muque
eft pleine de goût , de vérité & de
lumiére , on n'en peut donner ici qu'une
légére idée.
L'Auteur nous dit , que la plupart des
plus beaux récitatifs Italiens ont toujours
le même mouvement , & que ce mouvement
eft d'une peſanteur immenſe , ( ce
font fes expreffions. ) Il ne peut ignorer
que ces mêmes Italiens ont auffi le Récitatifobligé
; qu'ils ont des Récitatifs qui
font admirables , & qui font couler des
larmes ; il faut , pourfuit- il , une longue
و ر
habitude , & toute l'autorité du préju-
» gé , pour applaudir à leurs Eunuques .
NOVEMBRE. 1760 . 77
On répondra , que lorfque ces Chanteurs
ont reçu de laNature d'heureux organes, ils
ont la voix extrêmement mélodieufe . Salinbeni,
à Berlin & à Drefde , excitoit , fi .
l'on peut parler ainfi , le raviffement ;
l'âme fembloit être fufpendue avec for
chant. La critique fur nos Chours François
eft auffi jufte qu'ingénieufe. Je ne
fçais pourquoi l'Auteur veut profcrire les
machines de notre Théâtre Lyrique ; il
les appelle un Phénomène des fiécles barbares
, que nous aurións dû abandonner
avec la Comédie de la Paffion . Qu'il ait la
bonté de confidérer que les Opéra François
font d'un autre genre que les Opéra
Italiens ; ces derniers font des Tragédies
chantantes , qui dans leur récitatif nous
donnent quelque foible idée de la mélopée
des Anciens , au lieu que nos Opéra
femblent être confacrés aux prodiges ,
aux féeries : c'eft un plaifir de plus que
nous avons ; & l'Auteur de la Differtation
n'eft pas d'affez mauvaiſe humeur
pour décrier les plaifirs. M. de Fontenelle
n'a-t- il pas dit , que chaque âge avoit fon
hochet ? Il falloit plutôt fe plaindre de la
maladreffe & de l'informe qui régnent
encore dans nos machines : nous fommes
bien peu avancés dans cet amuſement
des yeux. On a obfervé, avec beau
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
coup de goût dans cette Differtation, que
les Bouffons étoient peut- être parmi les
Italiens les Chanteurs qui font le mieux
fentir ce qu'ils chantent. En effet ils ont
des fons particuliers & analogues aux
divers mouvemens de l'âme qu'ils expriment.
Autre obfervation auffi judicieuſe :
nous allons la citer.
»
» Les Anglois ayant trouvé que les
" Italiens chantoient plus légérement
qu'eux , ont crû qu'ils n'avoient pour
les égaler qu'à abandonner leur Mufi-
» que nationale , & prendre celle d'Italie.
Cette judicieufe réfolution fut d'a-
» bord exécutée ; & on voit aujourd'hui ,
» non fans étonnement , le mode Italien
» avec le jargon Anglois. Quel monf-
» trueux affemblage ! Ces doux fons def-
» tinés à exprimer les tendres voyelles
» Italiennes , font forcés de rendre les
» confonnes Angloifes.
Rien de plus vrai ; ne pourrions- nous
pas nous appliquer cette critique fi fenfée
? Les Italiens doivent trouver que notre
langue avec toutes fes infléxions
muettes , eft difcordante avec leur Mufique.
Quelle différence pour des notes
muficales , entre les paroles chantées de
la Serva Padrona & de la Servante Maitreffe
!
NOVEMBRE. 1760. 79
'Anecdote affez finguliére : » Hendel ,
» ce fameux Compofiteur Allemand , dont
» le talent faifoit la plaifante vanité des
Anglois , a été chercher fa belle mufette
» dans les montagnes d'Ecoffe , comme
» pour lear dire qu'il ne falloit jamais défefpérer
de la Patrie.
ود
L'Auteur traite Lully de monotone
on oferoit demander fi la langue du ſentiment
peut avoir beaucoup de variation ?
Lully eft le Racine de notre Mufique .
On fe plaint avec raiſon , dans cet éffai, que
plus de huit cens Auteurs ont écrit fur la
Mufique , & à force de calculs en ont fait
une fcience abftraite . On répond avec folidité
aux perfonnes qui répétent , qu'il eft
ridicule de mourir en chantant . On finit par
cette obſervation lumineuſe : » La colere,
» ce mouvement violent , cette exploſion
fubite & momentanée du fang , eft ren-
» due à notre imagination par le fon lent
» & traînant de deux fyllabes longues ,
» tandis qu'on n'en employe qu'une pour
»
» nous donner l'idée du charme.
La même faute exifte néceffairement
dans notre Poëfie. Si les premiers hommes
qui ont formé des fons euffent été
un peuple de Philofophes , nous aurions
des expreffions , fideles organes des mouvemens
de l'âme ; & tous les jours il nous
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
échappe des mots , qui ne font
faux fignes de la penſée.
que
de
Cette
differtation
mérite
d'être
lue toute
entiere
. Il eft fâcheux
que
l'Auteur
ne ſe
foit
pas
étendu
davantage
: il fait
toujours
marcher
la Phyſique
à côté
du raifonnement
. Cet
ouvrage
eft enrichi
de Notes
excellentes
; entr'autres
il invite
les Compofiteurs
à retrancher
l'e muet
. Je crois
que
les Poëtes
lyriques
, indépendamment
de la variété
plus
marquée
qu'ils
devroient
employer
dans
le rithme
de la verfification
, pourroient
auffi
fe défendre
les vers
féminins
, & ne
fe fervir
que
des
maſculins
cette
attention
épargneroit
aux
oreilles
délicates
le dégoût
infupportable
que
lui
caufent
ces
fons
muets
&
mores
, la partie
honteufe
de notre
Mufique
vocale
. Cet
éffai
, un
des
meilleurs
écrits
qui
ayent
paru
fur
cette
matiére
,
porte
le nom
d'Amfterdam
pour
infcription
, & fe vend
chez
Lambert
& chez
Duchefne
. Il fait
fouhaiter
que
fon
Auteur
faffe
de nouveaux
pas
dans
la carrière
littéraire
.
Fermer
Résumé : EFFETS de l'air sur le corps humain, considérés dans le son, ou Discours sur la nature du Chant. EXTRAIT.
L'ouvrage examine les effets de l'air sur le corps humain et la nature du chant, illustré par une estampe d'Orphée et une traduction de la deuxième Ode d'Horace. L'auteur ne répond pas à une lettre de M. Rousseau sur la musique, mais se concentre sur le mécanisme de l'air sur le corps humain. Il cite M. de Voltaire sur la beauté de la langue grecque et reconnaît ces qualités dans le persan. Le texte critique les récitatifs italiens, jugés monotones, tout en admirant certains chanteurs italiens. Il déplore l'utilisation excessive de machines dans le théâtre lyrique français, soulignant les différences entre les opéras français et italiens. L'auteur apprécie les bouffons italiens pour leur capacité à exprimer les émotions et critique les Anglais pour leur adoption dissonante de la musique italienne. Le texte aborde divers aspects de la musique et de la poésie, incluant une anecdote sur Haendel et une critique de Lully pour sa monotonie. Il réfute l'idée que mourir en chantant soit ridicule et souligne les erreurs dans la représentation musicale des émotions. L'auteur regrette l'excès de calculs dans la musique et propose des améliorations pour les compositeurs et poètes lyriques. L'essai, publié à Amsterdam, est considéré comme l'un des meilleurs sur le sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3910
p. 203-204
HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Vingt-deuxiéme Traitement consécutif, depuis son Etablissement.
Début :
Les nommés Compagnies. Duchateau, de Marsay. S. Flour, du Dreneuc. [...]
Mots clefs :
Traitement, Soldats, Compagnies, Maladies, Guérison, M. Keyser, Épreuves, Certificats, Médecins, Remèdes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Vingt-deuxiéme Traitement consécutif, depuis son Etablissement.
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Vingt-deuxième Traitement confécutif, depuisfon
Etabliffement,
Les nommés
D UCHATEAU ,
Compagnies
de Marfay.
s. Flour ,
Vambre,
Prevost ,
S. Amour ,
Thibault
*
Brunet ,
Lapenfée ,
Dubois ,
Michaut ,
Flamand ,'
D'Orlay ,
du Dreneuc.
de Vifé .
de Voifenon.
d'Etrrieu.
de Launoy.
de Guer.
Colonelle.
de Voifenon.
de Guer
de Noliers.
Colonelle.
Ces douze Soldats font entrés à l'Hôpital dans
les mois de Mars & d'Avril , de la préſente année ,
attaqués des maladies les plus graves , & ont été
parfaitement guéris.
M. Keyfer a l'honneur d'informer le Public que
n'étant pas poffible de lui donner dans le préfent
Mercure , les détails des maladies traitées à Londres
, à l'Orient , & à Limoges , oùil s'eſt fait différentes
épreuves , il peur néanmoins lui certifier
publiquement que lesdites épreuves ont également
I vj
204 MERCURE DE FRANCE:
bien réuffi partout , & que les malades traités dans
ces trois endroits ont été parfaitement guéris au
rapport de Meffieurs les Médecins & Chirurgiens
deldits lieux , dont il a les certificats les plus authentiques.
Il le prévient en même temps , que
quoiqu'il plaife à plufieurs perfonnes de répandre
faullement & malignement que fon reméde ton
be de jour en jour , les cures qu'il opée n'en
font pas moins conftantes & continuelles , les malades
de fon hôpital n'en font pas moins abondans
& traités continuellement , & que la plus grande
preuve qu'il puiffe lui en donner , c'eft qu'il a plû
au Roi de vouloir bien accorder à cet hôpital des
Lettres - Fatentes qui ont été enregiſtrées au Parlement
& annoncées dans les Gazettes & les Ecrits
publics .
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Vingt-deuxième Traitement confécutif, depuisfon
Etabliffement,
Les nommés
D UCHATEAU ,
Compagnies
de Marfay.
s. Flour ,
Vambre,
Prevost ,
S. Amour ,
Thibault
*
Brunet ,
Lapenfée ,
Dubois ,
Michaut ,
Flamand ,'
D'Orlay ,
du Dreneuc.
de Vifé .
de Voifenon.
d'Etrrieu.
de Launoy.
de Guer.
Colonelle.
de Voifenon.
de Guer
de Noliers.
Colonelle.
Ces douze Soldats font entrés à l'Hôpital dans
les mois de Mars & d'Avril , de la préſente année ,
attaqués des maladies les plus graves , & ont été
parfaitement guéris.
M. Keyfer a l'honneur d'informer le Public que
n'étant pas poffible de lui donner dans le préfent
Mercure , les détails des maladies traitées à Londres
, à l'Orient , & à Limoges , oùil s'eſt fait différentes
épreuves , il peur néanmoins lui certifier
publiquement que lesdites épreuves ont également
I vj
204 MERCURE DE FRANCE:
bien réuffi partout , & que les malades traités dans
ces trois endroits ont été parfaitement guéris au
rapport de Meffieurs les Médecins & Chirurgiens
deldits lieux , dont il a les certificats les plus authentiques.
Il le prévient en même temps , que
quoiqu'il plaife à plufieurs perfonnes de répandre
faullement & malignement que fon reméde ton
be de jour en jour , les cures qu'il opée n'en
font pas moins conftantes & continuelles , les malades
de fon hôpital n'en font pas moins abondans
& traités continuellement , & que la plus grande
preuve qu'il puiffe lui en donner , c'eft qu'il a plû
au Roi de vouloir bien accorder à cet hôpital des
Lettres - Fatentes qui ont été enregiſtrées au Parlement
& annoncées dans les Gazettes & les Ecrits
publics .
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Résumé : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Vingt-deuxiéme Traitement consécutif, depuis son Etablissement.
Le document relate un rapport sur les traitements réalisés à l'hôpital du maréchal duc de Birion. Douze soldats des compagnies de Marfay et du régiment du colonel de Voisenon ont été soignés pour des maladies graves en mars et avril de l'année en cours et ont été guéris. M. Keyfer mentionne des guérisons positives à Londres, à l'Orient et à Limoges, confirmées par les médecins et chirurgiens locaux. Il réfute les rumeurs sur l'inefficacité de son remède, affirmant des guérisons constantes. La reconnaissance royale est attestée par des lettres patentes enregistrées au Parlement et publiées dans les gazettes et écrits publics.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3911
p. 207
LETTRE de M. ****
Début :
Monsieur, En lisant le second volume du Mercure d'Avril dernier, [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Châlons-sur-Marne, Dissertation, Bibliothèque, Erreurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. ****
LETTRE de M.
ONSIEUR ,
En lifant le fecond volume du Mercure d'Avril
dernier, à l'article de la Société Littéraire de Châ
lons-fur-Marne , j'ai vû citer dans une Differta
tion de M. Grofley , dont on connoît bien ici les
talens , une Bibliothèque de cette Ville , que vous
appellez Megliabelli. Son vrai nom eft Magliabecchi.
Ce n'est qu'une faute d'impreffion qui
peut cependant porter atteinte à l'exactitude de
F'Auteur , avec qui j'ai fréquenté cette Bibliothè
que qui lui eft bien connue à tous égards. Cette
méprife a frappé les Florentins , qui font jaloux
de ce qui les regarde .
ONSIEUR ,
En lifant le fecond volume du Mercure d'Avril
dernier, à l'article de la Société Littéraire de Châ
lons-fur-Marne , j'ai vû citer dans une Differta
tion de M. Grofley , dont on connoît bien ici les
talens , une Bibliothèque de cette Ville , que vous
appellez Megliabelli. Son vrai nom eft Magliabecchi.
Ce n'est qu'une faute d'impreffion qui
peut cependant porter atteinte à l'exactitude de
F'Auteur , avec qui j'ai fréquenté cette Bibliothè
que qui lui eft bien connue à tous égards. Cette
méprife a frappé les Florentins , qui font jaloux
de ce qui les regarde .
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Résumé : LETTRE de M. ****
La lettre signale une erreur dans le Mercure d'avril dernier. Dans un article de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, M. Grofley attribue à tort le nom 'Megliabelli' à une bibliothèque de Florence, dont le vrai nom est 'Magliabecchi'. Cette erreur, due à une faute d'impression, a provoqué des réactions parmi les Florentins. L'auteur de la lettre connaît bien cette bibliothèque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3912
p. 101
LETTRES DE DEUX AMANS, habitans d'une petite Ville aux pieds des Alpes, recueillies & publiées par J. J. Rousseau. Six volumes in-12 ; à Amsterdam, chez Marc-Michel Rey. Le prix est de 15 liv.
Début :
Nous n'entrerons aujourd'hui dans aucun détail sur cet Ouvrage, dont nous [...]
Mots clefs :
Public, J. J. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRES DE DEUX AMANS, habitans d'une petite Ville aux pieds des Alpes, recueillies & publiées par J. J. Rousseau. Six volumes in-12 ; à Amsterdam, chez Marc-Michel Rey. Le prix est de 15 liv.
LETTRES DE DEUX AMANS , habitans
d'une petite Ville aux pieds des
Alpes , recueillies & publiées par J. J.
Rouffeau. Six volumes in-12 ; à Amfchez
Marc- Michel Rey. Le
terdam ,
prix
eft de 15 liv.
Nous n'entrerons aujourd'hui dans
aucun détail fur cet Ouvrage , dont nous
nous préparons à donner un long Extrait.
Nous dirons feulement, que les deux éditions
qui en ont été faites prèfque en
même temps , l'une à Paris & l'autre en
Hollande , ont à peine fuffi pour fatiffaire
l'empreffement du Public , qui le
lit avec autant de plaifir que d'avidité .
C'eft du moins là ce qui nous revient
de toutes parts ; & nous avons d'autant
moins de peine à le croire , que c'eft ce
que nous avons nous - mêmes éprouvé en
le lifant.
d'une petite Ville aux pieds des
Alpes , recueillies & publiées par J. J.
Rouffeau. Six volumes in-12 ; à Amfchez
Marc- Michel Rey. Le
terdam ,
prix
eft de 15 liv.
Nous n'entrerons aujourd'hui dans
aucun détail fur cet Ouvrage , dont nous
nous préparons à donner un long Extrait.
Nous dirons feulement, que les deux éditions
qui en ont été faites prèfque en
même temps , l'une à Paris & l'autre en
Hollande , ont à peine fuffi pour fatiffaire
l'empreffement du Public , qui le
lit avec autant de plaifir que d'avidité .
C'eft du moins là ce qui nous revient
de toutes parts ; & nous avons d'autant
moins de peine à le croire , que c'eft ce
que nous avons nous - mêmes éprouvé en
le lifant.
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Résumé : LETTRES DE DEUX AMANS, habitans d'une petite Ville aux pieds des Alpes, recueillies & publiées par J. J. Rousseau. Six volumes in-12 ; à Amsterdam, chez Marc-Michel Rey. Le prix est de 15 liv.
L'œuvre 'Lettres de deux amants, habitants d'une petite ville aux pieds des Alpes' a été publiée en six volumes par Marc-Michel Rey à Amsterdam. Elle a connu un grand succès, avec deux éditions simultanées à Paris et en Hollande, insuffisantes pour répondre à la demande. Le public lit l'ouvrage avec plaisir et avidité, confirmant ainsi son succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3913
p. 102-103
PREFACE DE LA NOUVELLE HELOISE, ou Entretiens sur les Romans, entre l'Editeur & un homme de Lettres ; par J. J. ROUSSEAU, CItoyen de Genève. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût. Avec Approbation & Privilège du Roi. Le prix est de 24 sols.
Début :
Ce dialogue était d'abord destiné à servir de Préface aux Lettres de deux [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Roman, J. J. Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : PREFACE DE LA NOUVELLE HELOISE, ou Entretiens sur les Romans, entre l'Editeur & un homme de Lettres ; par J. J. ROUSSEAU, CItoyen de Genève. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût. Avec Approbation & Privilège du Roi. Le prix est de 24 sols.
PREFACE DE LA NOUVELLE HELOISE
, ou Entretiens fur les Romans,
entre l'Editeur & un homme de Lettres
par J. J. ROUSSEAU " Citoyen de
Genève. A Paris , chez Duchefne , Li
braire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût. Avec Approbation & Privilége du
Roi. Le prix eft de 24 fols.
CEE dialogue étoit d'abord deſtiné à
fervir de Préface aux Lettres de deux
Amans , que nous venons d'annoncer ; -
mais fa forme & fa longueur n'ayant per
mis à M. Rouffeau , que de le mettre par
Extrait , à la tête du Recueil , il le donne
ici tout entier. On y trouve un jugement
très-rigoureux du Roman de la nouvelle
Héloïfe , que M. Rouffeau met dans la
bouche d'un des Interlocuteurs. Il eft vrai
qu'il juftifie enfuite lui- même prèfque tous
les points , fur lefquels tombe fa propre
critique. Nous n'en tirerons que ce qui;
peut donner une idée générale de l'Ouvrage,
en attendant une analyfe plus détaillée.
» Une jeune fille (Julie) offenfant la
» vertu qu'elle aime , & ramenée au deMAR
S. 1761 . 103
» voir par l'horreur d'un plus grand crime
; une amie (Claire) trop facile , pu-
> nie enfin par fon propre coeur , de l'ex-
» cès de fon indulgence ; un jeune hom-
» me , ( S. Preux , ) honnête & fenfible ,
» plein de foibleffe & de beaux difcours ;
» un vieux gentilhomme ( le Baron d'E-
» tange , ) entêté de fa nobleffe , facri-
» fiant tout à l'opinion ; un Anglois ( Milord
Edouard , ) généreux & brave , toujours
paffionné par fageffe , toujours rai-
» fonnant fans raifon ; un mari débonnai-
» re & hofpitalier ( M. Wolmar, ) empreffé
» d'établir dans fa maifon l'ancien amant
» de fa femme. » Voilà les principaux per-
» fonnages qui agiffent dans ce Roman .
, ou Entretiens fur les Romans,
entre l'Editeur & un homme de Lettres
par J. J. ROUSSEAU " Citoyen de
Genève. A Paris , chez Duchefne , Li
braire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût. Avec Approbation & Privilége du
Roi. Le prix eft de 24 fols.
CEE dialogue étoit d'abord deſtiné à
fervir de Préface aux Lettres de deux
Amans , que nous venons d'annoncer ; -
mais fa forme & fa longueur n'ayant per
mis à M. Rouffeau , que de le mettre par
Extrait , à la tête du Recueil , il le donne
ici tout entier. On y trouve un jugement
très-rigoureux du Roman de la nouvelle
Héloïfe , que M. Rouffeau met dans la
bouche d'un des Interlocuteurs. Il eft vrai
qu'il juftifie enfuite lui- même prèfque tous
les points , fur lefquels tombe fa propre
critique. Nous n'en tirerons que ce qui;
peut donner une idée générale de l'Ouvrage,
en attendant une analyfe plus détaillée.
» Une jeune fille (Julie) offenfant la
» vertu qu'elle aime , & ramenée au deMAR
S. 1761 . 103
» voir par l'horreur d'un plus grand crime
; une amie (Claire) trop facile , pu-
> nie enfin par fon propre coeur , de l'ex-
» cès de fon indulgence ; un jeune hom-
» me , ( S. Preux , ) honnête & fenfible ,
» plein de foibleffe & de beaux difcours ;
» un vieux gentilhomme ( le Baron d'E-
» tange , ) entêté de fa nobleffe , facri-
» fiant tout à l'opinion ; un Anglois ( Milord
Edouard , ) généreux & brave , toujours
paffionné par fageffe , toujours rai-
» fonnant fans raifon ; un mari débonnai-
» re & hofpitalier ( M. Wolmar, ) empreffé
» d'établir dans fa maifon l'ancien amant
» de fa femme. » Voilà les principaux per-
» fonnages qui agiffent dans ce Roman .
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Résumé : PREFACE DE LA NOUVELLE HELOISE, ou Entretiens sur les Romans, entre l'Editeur & un homme de Lettres ; par J. J. ROUSSEAU, CItoyen de Genève. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût. Avec Approbation & Privilège du Roi. Le prix est de 24 sols.
La préface de 'La Nouvelle Héloïse' est un dialogue entre l'éditeur et Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève. Initialement destinée aux 'Lettres de deux Amants', elle a été publiée en entier en raison de sa forme et de sa longueur. Rousseau y inclut une critique rigoureuse du roman qu'il justifie par la suite. Le texte introduit les principaux personnages du roman : Julie, une jeune fille vertueuse ; Claire, son amie indulgente ; Saint-Preux, un jeune homme sensible et faible ; le Baron d'Étange, un vieux gentilhomme attaché à sa noblesse ; Milord Édouard, un Anglais généreux mais passionné sans raison ; et M. Wolmar, un mari bienveillant et hospitalier qui accepte l'ancien amant de sa femme. Ces personnages sont les acteurs principaux du roman.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3914
p. 103-104
REPONSE de J. J. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, à un Anonyme.
Début :
J'AI reçu le 12 de ce mois, par la poste une Lettre anonyme sans date, timbrée de Lille [...]
Mots clefs :
Lettre, Larmes
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE de J. J. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, à un Anonyme.
REPONSE de J. J. ROUSSEAU , Citoyen
de Genève , à un Anonyme.
J'ai reçu le 12 de ce mois , par la pofte ,une
Lettre anonyme fans date, timbrée de Lille
, & franche de port. Faute d'y pouvoir
répondre par une autre voye , je déclare
publiquement à l'Auteur de cette Lettre
que je l'ai lue & relue avec émotion , avec
attendriffement ; qu'elle m'infpire pour
lui la plus grande eftime , le plus grand dé-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
fir de le connoître & de l'aimer ; qu'en me
parlant de fes larmes , il m'en a fait répandre
; qu'enfin ,jufqu'aux éloges outrés dont
il me comble ,tout me plaît dans cette Lettrę
, excepté la modefte raiſon qui le porte
à fe cacher.
A Montmorenci , le 15 Février 1761
de Genève , à un Anonyme.
J'ai reçu le 12 de ce mois , par la pofte ,une
Lettre anonyme fans date, timbrée de Lille
, & franche de port. Faute d'y pouvoir
répondre par une autre voye , je déclare
publiquement à l'Auteur de cette Lettre
que je l'ai lue & relue avec émotion , avec
attendriffement ; qu'elle m'infpire pour
lui la plus grande eftime , le plus grand dé-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
fir de le connoître & de l'aimer ; qu'en me
parlant de fes larmes , il m'en a fait répandre
; qu'enfin ,jufqu'aux éloges outrés dont
il me comble ,tout me plaît dans cette Lettrę
, excepté la modefte raiſon qui le porte
à fe cacher.
A Montmorenci , le 15 Février 1761
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Résumé : REPONSE de J. J. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, à un Anonyme.
Le 12 février, Jean-Jacques Rousseau reçoit une lettre anonyme de Lille. Ému, il publie une réponse publique le 15 février 1761 à Montmorency. Il admire la lettre mais regrette l'anonymat de l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3915
p. 66-83
JULIE OU LA NOUVELLE HELOISE ; LETTRES de deux Amans habitans d'une petite ville au pied des Alpes, recueillies & publiées par J. J. ROUSSEAU. Amsterdam, chez Marc Michel Rey, 1761, six volumes in-12. Le prix est de 15 liv. sans les Estampes qui se vendent séparément 3. liv. chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût.
Début :
Nous ne rendrons compte aujourd'hui que des trois premiers volumes de cet [...]
Mots clefs :
Honneur, J. J. Rousseau, Baron, Amant, Fille, Coeur, Homme, Amour, Mort, Roman, Mère, Famille, Sentiments, Délicatesse, Lettres, Amants
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texteReconnaissance textuelle : JULIE OU LA NOUVELLE HELOISE ; LETTRES de deux Amans habitans d'une petite ville au pied des Alpes, recueillies & publiées par J. J. ROUSSEAU. Amsterdam, chez Marc Michel Rey, 1761, six volumes in-12. Le prix est de 15 liv. sans les Estampes qui se vendent séparément 3. liv. chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût.
JULIE OU LA NOUVELLE HELOISE;
LETTRES de deux Amans habitans d'une
petite ville au pied des Alpes , re
cueillies & publiées par J. J. Rovs.
SEAU. Amfterdam , chez Marc- Michel
Rey , 1761 , fix volumes in- 12 . Le
ptix eft de 15 liv. fans les Eftampes
qui fe vendent féparément 3 liv. chez
Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
N.ous ne rendrons compte aujourd'hui
que des trois premiers volumes de cet
ouvrage intéreffant par les fituations que
l'Auteur a fçu y ménager , & utile par les
traits de morale qu'il y répand à chaque
page. Nous avons fait connoître dans le
Mercure précédent , en annonçant la Pré
face , les principaux Perfonnages qui agiffent
dans ce Roman . Leurs différens ca-
* Admirablement déffinées par M. Gravelot
AVRIL. 1761. 67
ractéres fe peindront encore mieux dans
le récit de leurs avantures .
S. Preux , jeune Suiffe , âgé de vingt
ans , étoit entré chez le Baron d'Etange ,
père de Julie , fur l'invitation de la Baronne.
Il avoit cultivé quelques talens
agréables. La mere de Julie crut qu'ils ne
feroient pas inutiles dans un lieu dépourvu
de maîtres , à l'éducation d'une fille qu'elle
adoroit . Le Maître & l'Ecoliere s'aimérent
à la premiere vue , & fe cachérent
leur amour. S. Preux parla le premier, ou
plutôt il écrivit à Julie , que des fentimens
trop tendres l'obligeoient à fe féparer
d'elle . Le filence de Julie ne découragea
point fon amant ; il écrivit
une feconde lettre , & une troifiéme enfin
, qui fut fuivie d'une réponſe telle àpeu
près qu'il pouvoit le defirer d'une
amante vertueufe. Dès ce moment , leurs
coeurs s'ouvrirent l'un à l'autre ; Julie
avoua fa défaite , mais elle efpéra que
S. Preux n'auroit pas le coeur affez lâche
, pour abufer de fon égarement .
-
Cette jeune perfonne avoit une parene
de fon âge , appellée Claire , à qui elle
faifoit part de fes plus fecrettes penfées .
Elle étoit fa compagne & fon amie ; elle
fut bientôt la confidente de fes fentimens
Pour S. Preux. Ces fentimens parurent
68 MERCURE DE FRANCE
honnêtes jufqu'à l'avanture du bofquet .
On étoit à la campagne ; le foleil commençoit
à baiffer ; on fe gliffa dans un
bois ; Claire s'approche de S. Preux , &
d'un air plaifamment fuppliant , elle lui
demande un baifer . Toute aimable , toute
piquante qu'eft la jeune Claire , ce baifer
ne fait fur le coeur du jeune homme , aucune
forte d'impreffion . Mais quand il
s'approche de Julie , quand il fent fa
bouche pofée fur la fienne... Il faut lire ,
dans l'ouvrage même , avec quelle chaleur
M. Rouffeau nous peint ce fecond.
baifer , qu'il appelle le premier baifer de
l'amour.
Alors Julie s'apperçoit que la fuite eft
le feul reméde à un danger auffi preffant..
Elle écrit à S. Preux que le moment de
leur féparation eft arrivé ; & elle lui or
donne de partir pour le Valais , où il doit
faire un voyage. » Je fçais , lui dit- elle ,
» que vous avez peu de fortune , & que
» vous ne faites que la déranger ici , où
» vous ne refteriez pas fans moi ; je puis
donc fuppofer qu'une partie de votre
» bourſe eft dans la mienne ; je vous en-
» voye un léger à compte. Elle lui envoyoit
de l'argent que S. Preux ne voulut
point recevoir. Il crut fon honneur
outragé par ce don ; & remit l'argent au
AVRIL
69
1 . 1761 :
"
porteur de la lettre. » J'offenfe donc vo-
» tre honneur , lui dit Julie dans fa réponſe
, j'offenfe donc votre honneur ,
»pour lequel je donnerois mille vies ?
" J'offenfe ton honneur , ingrat, qui m'as
»vu prête à t'abandonner le mien. Ou
» eft- il donc , cet honneur que j'offenſe ?
» Dis - le- moi , coeur rampant , âme fans
» délicateffe . Ah ! que tu es méprifable , ſi
» tu n'as qu'un honneur que Julie ne
»connoifle pas ! Quoi , ceux qui veulent
" partager leur fort ,
n'oferoient partager
»leurs biens ; & celui qui fait profeffion
» d'être à moi , fe trouve outragé de mes
dons ! Et depuis quand eft- il vil de re-
» cevoir de ce qu'on aime ? Depuis quand
» ce que le coeur donne , déshonore- t - il
» le coeur qui l'accepte ? Mais on mépriſe
" un homme qui reçoit d'un autre ? On
» mépriſe celui dont les befoins paſſent
» la fortune ? Et qui le méprife? Des âmes
abjectes , qui mettent l'honneur dans la
" richeffe , & pefent les vertus au poids
» de l'or. Eft- ce dans ces baffes maximes,
qu'un homme de bien met fon hon-
" neur? Et le préjugé même de la Raifon
" n'eft-il pas en faveur du plus pauvre ?
» Sans doute , il eft des dons vils qu'un
» honnête homme ne peut accepter; mais
وو
apprenez qu'ils ne déshonorent pas
70 MERCURE DE FRANCE.
» moins la main qui les offre ; & qu'un
don honnête à faire , eſt toujours hon-
» nête à recevoir . Or fûrement mon coeur
» ne me reproche pas celui- ci ; il s'en
» glorifie. Je ne fache rien de plus mé-
» prifable , qu'un homme dont on achete
»le coeur & les foins , fi ce n'eft la fem-
» me qui les paye . Mais entre deux coeurs
» unis , la communauté des biens eft
» une juftice & un devoir ; & fi je me
» trouve encore en arrière de ce qui me
» refte de plus qu'à vous , j'accepte fans
25
fcrupule ce que je réferve , & je vous
» dois ce que je ne vous ai pas donné.
» Ah ! fi les dons de l'amour font à char-
» ge , quel coeur jamais peut être recon-
» noiffant ?
S. Preux reçoit les dons de Julie ; il
part fans la voir , comme elle l'avoit ordonné.
Pendant fon abfence il parcourt le
Valais, dont il fait une charmante defcription
. C'eft encore là une des beautés de
l'ouvrage , dont il n'eft pas poffible de
donner un extrait ; il faut lire tout le mor
ceau , & on le relit plus d'une fois avec
plaifir.
L'abſence de fon amant caufe à Julie
une langueur mortelle. Elle tombe dans
Jes accès d'une fiévre ardente qui augmen
te fans ceffe , & Claire eft obligée de rap
AVRIL 1761 . 75'
propeller
S. Preux , pour rendre la coufine à
la vie. De fon côté cet amant infortuné
faifoit retentir la forêt de Meillerie , de fes
gémiflemens. C'étoit parmi ces rochers
déferts , qu'il étoit allé pleurer l'abfence
forcée , où le contraignoit fa maîtreffe . Il
arrive , il voit Julie ; elle eft guérie ; & il
eft heureux. Mais , que de remords ſuivent
cette faute ! Julie eſpére en tirer un
moyen de la réparer . Elle forme le
jet de contraindre fon père à l'unir à S.
Preux. Elle connoît l'extrême délicateffe
du Baron , qui ne confentira jamais à donner
fa fille à un roturier ; & c'eft pour l'y
forcer , qu'elle s'expofe à une groffeffe qui
lui procurera au fon amant ou la mort.
Le premier fruit de leur amour devoit en
ferrer les noeuds ; Julie le demandoit au
Ciel , comme le gage de fon retour à la
vertu. Sitôt qu'elle auroit porté des marques
fenfibles de fon état , elle avoit réfolu
d'en faire , en préſence de toute fa famille
, une déclaration publique au Paf
teur du lieu mais une chûte fit difparoître
toutes ces espérances ; & Julie ne put
expier fa faute, même aux dépens de fa ré
putation . Le Baron d'Etange avoit promis
fa fille à un gentilhomme Mofcovite appellé
M. de Wolmar, ancien ami du Baron ,
& qu'une liaiſon de vingt ans lui rendoit
72 MERCURE DE FRANCE.
extrêmement cher. Il avoit déclaré fes vo
lontés à Julie , en lui ordonnant , d'un ton
qui ne fouffroit point de replique , de ſe
difpofer à recevoir fa main , à fon retour
de Ruffie.
C'eſt dans ces circonstances qu'arrivà
l'avanture de Saint Preux avec Milord
Edouard Bomfton , qui étoit alors dans
le Pays de Vaud. Il avoit contracté une
amitié étroite avec l'amant de Julie ; &
un foir qu'ils s'étoient enivrés l'un & l'autre
à boire du punch, il fit entendre à S.Preux,
que la vertu de Julie n'étoit pas à l'épreuve
de l'amour. Le jeune homme s'emporta
contre Edouard. Les propos devinrent
offenfans ; on fauta aux épées : mais l'Anglois
fe donna une entorfe qui le mit hors
d'état de combattre. L'affaire n'eût été
différée que jufqu'au rétabliſſement de Milord
, fi la prudence de Julie ne lui eût
fuggéré le moyen de la calmer entiérement.
Elle fçavoit qu'elle avoit été la première
caufe de cette querelle ; elle écrivit
à Edouard : » Puiſque vous m'outragez,
» il faut bien que j'aie avec vous des torts
» que j'ignore. Comment concevoir qu'un
» honnête homme voulût déshonorer fans
fujet une famille eſtimable ? Conten-
» tez donc votre vengeance , fi vous la
croyez légitime. Cette Lettre vous don
"
ne
AVRLI. 1761 . 73
33
"
23
ne un moyen facile de perdre une malheureuſe
fille , qui ne fe confolera ja-
» mais de vous avoir offenfé , & qui met
» à votre difcrétion l'honneur que vous
» voulez lui ôter. Oui , Milord , vos imputations
étoient juftes ; j'ai un amant
a aimé; il eft maître de mon coeur & de ma
perfonne ; la mort ſeule pourra brifer un
» noeud fi doux. Cet amant eft celui même
" que vous honoriez de votre amitié ; il
" en eft digne , puifqu'il vous aime & qu'il
eft vertueux. Cependant il va périr de
votre main. Je fçais qu'il faut du fang à
» P'honneur outragé ; je fçais que fa valeur
" même le perdra .... Jouiffez d'avance
» du plaifir que vous aurez de percer le
fein de votre ami ; mais fçâchez , homme
barbare , qu'au moins vous n'aurez
pas celui de jouir de mes larmes , & de
contempler mon déſeſpoir. Non , j'en
"jure par l'amour qui gémit au fond de
mon coeur ; je ne furvivrai pas d'un jour
à celui pour qui je refpire ; & vous aurez
la gloire de mettre au tombeau d'un feul
coup , deux amans infortunés qui n'eurent
point envers vous de tort volontaire
, & qui fe plaifoient à vous ho-
" norer.On dit que vous avez l'âme belle
» & le coeur fenfible ; puiffent ils , quand
je ne ferai plus , vous infpirer quel
33
33
I. Vol.
D
74 MERCURE
DE FRANCE .
" ques foins pour un père & une mère in-
» confolables , que la perte du feul enfant
qui leur refte , va livrer à d'éternelles
» douleurs.
"
Avant que d'envoyer, cette Lettre à
Edouard , Julie en avoit écrite.une à S.
Preux , pour le détourner de fe battre.
Tout ce qu'on peut dire de plus fort contre
le duel , eft employé inutilement . S.
Preux n'entreprend
point de réfuter les
raifons de fa maîtreffe , dont voici la fubftance
. Les plus vaillans hommes de l'antiquité
ne fongérent jamais à venger leurs
injures perfonnelles , par des combats finguliers.
Cefar n'envoya point un Cartel à
Caton , ni Pompée à Céfar ; & le plus
grand Capitaine de la Gréce ne fut point
déshonoré, pour s'être laiffé menacer du
bâton. Le véritable honneur ne dépend ni
des tems , ni des lieux , ni des préjugés ; il
a fa fource éternelle dans le coeur de
l'homme jufte. Si les plus vertueux de la
terre n'ont point connu le duel , il faut
qu'il ne foit pas une inftitution de l'honneur
. » Me direz - vous qu'un duel témoi
» gne qu'on a du coeur , & que cela fuff
» pour éffacer la honte ou le reproche da
» tous les autres vices ? je vous demande
» rai quel honneur peut dicter une pa
" reille décifion ? à ce compte , un fripon
AVRIL. 1761. 75.
» n'a qu'à fe battre pour ceffer d'être un
» fripon. Les difcours d'un menteur de-
» viennent des vérités , fr- tôt qu'ils font
»foutenus à la pointe de l'épée ; & fi
» l'on vous accufoit d'avoir tué un homme,
» vous en iriez tuer un fecond, pour prou-
" ver que cela n'eft pas vrai, Ainfi , ver-
➜tu , vice , honneur , infamie , vérité ,
» menfonge , tout peut tirer fon être de
l'événement d'un combat . Une falle
» d'arme eft le fiége de toute juftice. Il
» n'y a d'autre droit que la force , d'autre
» raifon que le meurtre. Toute la répara-
» tion due à ceux qu'on outrage , eft de
» les tuer , & toute offenfe eft également
» bien lavée dans lesfang de l'offenfeur
nou de l'offenfé. Dites , fi les loups fça-
" voient raifonner , auroient- ils d'autres.
>> maximes ?
Toutes ces raifons , & d'autres plus fortes
encore n'euffent fait aucun effet fur
l'efprit de S. Preux , fans : la lettre de
Julie à Milord Bomfton . Celui- ci fut frappé
de la démarche admirable de la fille
du Baron d'Etange . A peine fut- il en état
de fortir , qu'il fe fit conduire chez l'a
mant de Julie , & accompagner par trois
de ſes amis. Là , les genoux en terre , il
dit à S. Preux devant ces trois témoins :
» je viens , Monfieur , rétracter haute-
Dij
6 MERCURE DE FRANCE.
ment les difcours injurieux que l'ivreffe
m'a fait tenir en votre préfence. Leur
> injuſtice les rend plus offenfans pour
" moi que pour vous , & je m'en dois l'authentique
défaveu. Je me foumets à
toute la punition que vous voudrez
» m'impofer ; & je ne croirai mon honneur
retabli , que quand ma faute fera
réparée. A quelque prix que ce foit ,
» accordez-moi le pardon que je vous
demande. Se tournant en faite du côté
des fpectateurs : Meffieurs , leur dit- il ,
» de braves gens comme vous , fentent
» que celui qui répare ainfi ſes toris , n'en
fçait endurer de perfonne. Vous pou
vez publier ce que vous avez vũ. »
Tel fut l'effet que produifit la lettre de
Julie ; & dès ce moment Milord Edouard
jura à S. Preux une amitié éternelle &
inviolable. Il voulut d'abord lui en donner
une preuve , en propofant au Baron
d'Etange le mariage de fa fille avec S.
Breux. Cette propofition fut reçue avec
une hauteur qui dégénéra en offenſe ; &
le mécontentement du Baron retomba
fur fa ferme , qui avoit introduit le jeune
homme dans fa maiſon , & fur Julie qui
parut prendre trop d'intérêt à la défenfe.
Alors la féparation de Julie & de S. Preux
devins néceflaire ; il n'étoit plus poffible
AVRIL 1461 . 97
que les deux amans fe viffent dans la mai
fon du Baion. Edouard propofa à Julie
de partir pour l'Angleterre ; il lui offrit
une terre d'un revenu plus que fuffifant ,
pour y vivre avec S. Preux dans les liens
du mariage qu'il lui feroit , facile de contracter
dans un pays de liberté. Le refus
de Julie eft accompagné des plus nobles
fentimens de vertus. L'amour ne lui fait
point oublier ce qu'elle doit à fa famille ,
ce qu'elle doit à elle -même : elle eſpère
que le temps & des circonftances plus favorables
la réuniront à fon amant fans
fe déshonorer . S. Preux part pour la
France avec Milord Bompon . Cet Anglois
le met en état , par une penfion qu'il le
force d'accepter , de vivre à Paris d'une
manière diftinguée . Le féjour qu'il fait
dans cette Capitale , lui donne lieu d'en
examiner les moeurs & les ufages , les
fpectacles & les plaifirs. Ces différens
articles font la matière de plufieurs lettres,
dans lesquelles M. Rouffeau ne donne pas
une idée bien avantageufe de notre mus
fique , de notre opera , de nos comédies ,
des fociétés de Paris & des femmes . Il eft
vrai que le mal qu'il en dit , eft toujours
mêlé de quelque bien. » Paris eft l'aima
ble fource des lumiéres & de l'inftruc
tion ; & l'on eft d'abord enchanté du
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
fçavoir & de la raiſon qu'on trouve dans
» les entretiens , non feulement des Sca-
» vans & des Gens de Lettres , mais des
» hommes de tous les états , & même des
» femmes. Le ton de la converſation y
» eft coulant & naturel ; il n'eft ni pefant
ni frivole. Il eft fçavant fans pé-
» danterie , gai fans tumulte , poli fans
affectation , galant fans fadeur , badin'
»fans équivoques. Ce ne font ni des dif-
" fertations ni des épigrammes ; on y
» raiſonne fans argumenter ; on y plai-
»fante fans jeux de mots ; on y affocie
» avec art , l'efprit & la raiſon , les maxi-
» mes & les faillies ; la, fatyre aigue , l'a-
» droite flatterie & la morale auftère . On
y parle de tout , pour que chacun ait
» quelque chofe à dire ; on n'approfondic
» point les queſtions de peur d'ennuier,on
» les propofe comme en paffant ; on les
" traite avec rapidité ; la préciſion méne
» à l'élégance ; chacun dit fon avis , &
l'appuie en peu de mots ; nul n'attaque
» avec chaleur celui d'autrui ; nul ne dé-
» fend opiniatrément le fien ; on difcute ,
» pour s'éclairer ; on s'arrête avant la dif-
» pute , chacun s'inftruit ; chacun s'amu-
» fe ; tous s'en vont contens ; & le fage
» même peut rapporter de ces entretiens
" des fujets dignes d'être médités en fi .
» lence . »
n
">
AVRIL. 1761 . 79
S. Preux fait part à Julie de fes amufemens
à Paris. Il lui apprend qu'il a été
entraîné , fans le fçavoir , dans un lieu de
débauche ; & que dans l'ivreffe il s'eft
livré aux plaifirs que l'on goûte dans ces
fortes de maifons. Julie trouve moins de
tort dans cette faute , que de mérite à la
confeffer. Elle juge qu'un coeur auffi fincère
eft incapable d'une infidélité cachée .
Il y avoit peu de mois que S. Preux
avoit quitté la Suiffe , lorfque la parente
de Julie , la jeune Claire , époufa M.
d'Orbe. C'est un gentilhomme du pays
de Vaud , qui joue un rôle peu important
dans le roman ; auffi M. Rouffeau le fait il
mourir prèſque auffi ; tôt qu'il a rendu fon
époufe mere d'une fille . Il fe défait auffi
de la mere de Julie ; mais il veut qu'elle
foit inftruite auparavant des amours & de
la faute de l'amante de S. Preux , dont
elle furprend toutes les lettres ; la douleur
qu'elle en conçoit , jointe à une maladie
de langueur , qui la confumoit infenfiblement
la conduit enfin au tombeau.
Sur ces entrefaites , on reçoit une
lettre de M. de Wolmar , qui annonce fon
arrivée prochaine. Le Baron d'Etange
rappelle à Julie la parole qu'il á donnée
à fon ami , & lui ordonne de fe préparer
à recevoir fa main. Pour la premiere fois
>
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
de fa vie, cette fille reſpectueuſe oſa refifter
en face à fon pere. Elle protefta que jamais
M. de Wolmar ne lui feroit rien; qu'el
le étoit déterminée à mourir fille; que fon
pere étoit maître de fa vie , mais non pas
de fon coeur ; & que rien ne la feroit
changer de volonté. Le Baron voyant qu'il
ne gagneroit rien par autorité , fe jette '
à fes pieds , attendri & fondant en larmes.
Elle avoit eu des armes contre les menaces
; elle n'en eut point contre fes pleurs.
Le feul moyen qui lui reftoit encore , fur
de déclarer fans détour , l'engagement
qu'elle avoit avec S. Preux , à qui elle
avoit promis de n'en jamais époufer d'au
tre que lui , fans fon confentement . Il
faut donc le demander ce confentement
fi néceffaire , dit le Baron ; & fur le champ
il obligea fa fille d'écrire à S. Preux , pour
le prier de la dégager de fa parole. Avec
quelle agitation elle attendit fa réponſe 2
Combien elle fit de voeux pour trouver
dans fon amant moins de délicateffe qu'il
n'en devoit avoir ! mais elle le connoiffoit
trop , pour douter de fon obéiffance ; &
elle fçavoit que plus le facrifice exigé ſeroit
pénible , plus S. Preux feroit prompt
à fe l'impofer. Cette réponſe arriva enfin ;
& elle étoit conçue en ces termes : >> je
» rends à Julie d'Etange , le droit de difAVRIL
1961, 84
pofer d'elle - même , & de donner fa
main fans confulter fon coeur. Il ne
reftoit donc aucun prétexte à Julie pour
refufer celle de M. de Wolmar ; mais le
chagrin que lui cauferent tous fes revers ,
affaiblirent tellement fa fanté , qu'en fe
mettant au lit , elle eſpéra ne s'en plus
telever. Son mal étoit la petite vérale,
S. Preux apprend cette nouvelle à Paris
il prend la pofte , & dans trois jours il
arrive dans la maiſon de Madame d'Orbe.
Il obtient d'elle , quoiqu'avec beaucoup
depeine , qu'il verra Julie la nuit fuivante:
mais à condition qu'il ne lui parlera pas,,
& qu'il repartira dans l'inftant. Arrivé auprès
du lit de Julie , il apperçoit une de
fes mains ; il s'en failt ; il la baile avec
ardeur ; & comme il n'avoit point eu luimême
la petite vérole , illa gagne par ce
baifer. Il ne pouvoit être plus mal préparés
dit M. Rouleau ; mais c'étoit l'inoculation
de l'amour ; elle fut heureufe .
+
Les baifers de feu que S. Preux avoir
appliqué fur la main de Julie , réveillerent
Ja malade. Madame d'Orbe s'en apperçut,
& malgré la réfiftance & les plaintes de
fet amant défefpéré , elle l'arracha de la
chambre , & l'obligea de partir. Julie crus
n'avoir fait qu'un rêve , ce ne fut qu'après
fa guérison , qu'on lui apprit la réalité de
Cette entrevue
80 MERCURE DE FRANCE.
de fa vie, cette fille refpectueufe ofa refifter
en face à fon pere. Elle protefta que jamais
M. de Wolmar ne lui feroit rien ; qu'el
le étoit déterminée à mourir fille ; que fon
pere étoit maître de fa vie , mais non pas
de fon coeur ; & que rien ne la feroit
changer de volonté. Le Baron voyant qu'il
ne gagneroit rien par autorité , fe jette'
à fes pieds , attendri & fondant en larmes.
Elle avoit eu des armes contre fes menaces
; elle n'en eut point contre fes pleurs.
Le feul moyen qui lui reftoit encore , fut
de déclarer fans détour , l'engagement
qu'elle avoit avec S. Preux , à qui elle
avoit promis de n'en jamais époufer d'au
tre que lui , fans fon confentement . Il
faut donc le demander ce confentement
fi néceffaire , dit le Baron ; & fur le champ
il obligea fa fille d'écrire à S. Preux , pour
le prier de la dégager de fa parole . Avec
quelle agitation elle attendit fa réponſe
Combien elle fit de voeux pour trouver
dans fon amant moins de délicateffe qu'il
n'en devoit avoir ! mais elle le connoiffoit
trop , pour douter de fon obéiffance ; &
elle fçavoit que plus le facrifice exigé feroit
pénible , plus S. Preux feroit prompt
à fe l'impofer. Cette réponſe arriva enfin ;
& elle étoit conçue en ces termes : » je
rends à Julie d'Etange , le droit de dif
AVRIL 161 184
3
pofer d'elle - même , & de donner fa
main fans confulter fon coeur. Il ne
reftoit donc aucun prétexte à Julie pour
refufer celle de M. de Wolmar ; mais le
chagrin que lui cauferent tous les revers ,
affaiblirent tellement fa fanté , qu'en fe
mettant au lit , elle efpéra ne s'en plus
telever. Son mal étoit la petite vérale,
S. Preux apprend cette nouvelle à Paris
il prend la pofte , & dans trois jours il
arrive dans la maifon de Madame d'Orbe.
Il obtient d'elle , quoiqu'avec beaucoup
depeine , qu'il verra Julie la nuit fuivante;
mais à condition qu'il ne lui parlera pas ,,
& qu'il repartira dans l'inftant. Arrivé auprès
du lit de Julie , il apperçoit une de
fes mains ; il s'en faift ; il la baile avec
ardeur ; & comme il n'avoit point eu luimême
la petite vérole , illa gagne par ce
baifer. Il ne pouvoit être plus mal préparés
dit M. Rouleau ; mais c'étoit l'inoculation
de l'amour ; elle fut heureufe .
Les baifers de feu que S. Preux avoir
appliqué fur la main de Julie , réveillerent
Ja malade. Madame d'Orbe s'en apperçut
& malgré la réfiftance & les plaintes the
çet amant défefpéré , elle l'arracha de la
chambre , & l'obligea de partir . Julie crut
n'avoir fait qu'un rêve ce ne fut qu'après
fa guérifon , qu'on lui apprit la réalité de
Cette entrevue.
82 MERCURE DE FRANCE.
La fille du Baron d'Etange eſt enfirr
contrainte d'époufer M. de Wolmar. Plus
elle approchoit du moment fatal , moins
elle pouvoit déraciner de fon coeur fes
premieres affections. » Dans l'inftant même
, dit elle , où j'étois prête à jurer à
» un autre une éternelle fidélité , mon
» coeur juroit à mon amant un amour
» éternel. Je fus menée au Temple com-
» me une victime impure , qui fouille le
» facrifice où l'on va l'immoler . Arrivée
» à l'Eglife , je fentis en entrant, une forte
» d'émotion que je n'avois jamais éprou
» vée. Je ne fçais quelle terreur vint fai-
» fir mon âme dans ce lieu fimple & augufte.
Une frayeur foudaine me fit frif-
» fonner... Loin de me remettre , je fen-
» tis mon trouble augmenter durant la
» cérémonie ... Le jour fombre de l'édifi-
» ce , le profond filence des fpectateurs ,
» leur maintien modefte & recueilli , le
» cortège de tous mes parens , l'impofant
afpect de mon vénéré père , tout donnoit
à ce qui s'alloit paffer , un air de
» folemnité qui m'eût fait frémir à la
» feule idée d'un parjure . Je crus voir l'or-
» gane de la Providence , & entendre la
"
voix de Dieu dans le Miniftre pronon-
» çant gravement la fainte liturgie . La
» pureté , la dignité , la fainteté du maAVRIL
1761.
"
4
riage , fes chaftes & fublimes devoirs }
» tout cela me fit une telle inipreffion ,
que je crus fentir intérieurement une
révolution fubite. Une puiffance incon-
» nue fembla cortiger tout-à- coup le défordre
de mes affections , & les rétablie
» felon la loi du devoir & de la nature.
Ceft ainfi que M. Rouffeau prépare le
miracle qui s'opére au mariage . de Julie.
Quand le Pafteur me demanda , ajoutet-
elle , fi je promettois obéiffance & fidélité
parfaite à celui que j'acceptois pour
époux , ma bouche & mon coeur le promirent
; je le tiendrai jufqu'à la mort.
S. Preux ayant perda l'efpérance de
poffeder ce qu'il avoit de plus cher , a
befoin de toute fa lageffe & des confeils
d'Edouard pour ne pas attentet à fes
jours. C'est ici que commence cette grave
controverfe fur le Suicide , où l'on difcute
de part & d'autre , les raifons qu'on
peut avoir de fe donner la mort , & lés
motifs qui doivent nous en détourner.
» Tu t'ennuies de vivre , dit Milard à fon
ami ; & tu dis , la vie éft un mal : Toe
» ou tard tu feras confolé , & tu diras :
la vie eft un bien. Tu diras plus vrai ,
fans mieux raifonner ; car rien n'aura
changé que toi. Change donc dès au
» jour d'hui ; & puiſqué c'eft dans la niau-
"
Dv
84 MERCURE DE FRANCE.
"
» vaife difpofition de ton âme, qu'eft tout
» le mal , corrige tes affections déréglées
, & ne brule pas ta maifon , pour
» n'avoir pas la ppeeiinnee ddee llaa ranger.....
"
»
❞
Та
parles des devoirs du Magiftrat & du
» Père de famille ? & parce qu'ils ne te
» font pas impofés , tu te crois affranchi
de tout ; & la fociété à qui tu dois ta
» confervation , tes talens , tes lumières ;
la patrie à qui tu appartiens , les mal-
» heureux qui ont befoin de toi , ne leur
dois- tu rien ? O l'exact dénombrement
que tu fais ! Parmi les devoirs que tu
comptes, tu n'oublies que ceux de l'hom-
» me & du citoyen ... Socrate innocent ,
" par refpect pour les loix ne voulut pas
» fortir de prifon ; tu ne balances point à
» les violer injuſtement pour fortir de la
» vie; & tu demandes, quel mal fais- je ? .. Il
te fied bien d'ofer parler de mourir, tandis
que tu dois l'uſage de tá vie à tes femblables
! apprends qu'une mort , telle
» que tu la médites , eft honteufe & furtive.
C'est un vol fait au genre humain :
avant de le quitter , rends - lui ce qu'il a
>> fait pour toi.
Convaincu par les raifons du Milord ,
S. Preux prend la réfolution de vivre.
Mais cominent fupporter l'idee d'une féparation
éternelle 2 Edouard perfuade à
AVRIL. 1761
fon ami de quitter l'Europe , & de chercher
dans un autre hémisphère , la paix
dont il n'a pu jouir fur celui- ci . Il le fait
embarquer fur le navire de l'Amiral Anfon
,en qualité d'ingénieur ; & c'eft par cer
événement que M. Rouffeau termine le
troifiéme volume de cette hiftoire . Levoyage
de S. Preux autour du monde , fon retour
en Suiffe , la réception que lui fait M.
de Wolmar , la vie qu'il mène dans cette
maiſon , la mort de Julie , feront la matiére
des volumes fuivans , dont nous rendrons
compte dans le prochain Mercure
LETTRES de deux Amans habitans d'une
petite ville au pied des Alpes , re
cueillies & publiées par J. J. Rovs.
SEAU. Amfterdam , chez Marc- Michel
Rey , 1761 , fix volumes in- 12 . Le
ptix eft de 15 liv. fans les Eftampes
qui fe vendent féparément 3 liv. chez
Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
N.ous ne rendrons compte aujourd'hui
que des trois premiers volumes de cet
ouvrage intéreffant par les fituations que
l'Auteur a fçu y ménager , & utile par les
traits de morale qu'il y répand à chaque
page. Nous avons fait connoître dans le
Mercure précédent , en annonçant la Pré
face , les principaux Perfonnages qui agiffent
dans ce Roman . Leurs différens ca-
* Admirablement déffinées par M. Gravelot
AVRIL. 1761. 67
ractéres fe peindront encore mieux dans
le récit de leurs avantures .
S. Preux , jeune Suiffe , âgé de vingt
ans , étoit entré chez le Baron d'Etange ,
père de Julie , fur l'invitation de la Baronne.
Il avoit cultivé quelques talens
agréables. La mere de Julie crut qu'ils ne
feroient pas inutiles dans un lieu dépourvu
de maîtres , à l'éducation d'une fille qu'elle
adoroit . Le Maître & l'Ecoliere s'aimérent
à la premiere vue , & fe cachérent
leur amour. S. Preux parla le premier, ou
plutôt il écrivit à Julie , que des fentimens
trop tendres l'obligeoient à fe féparer
d'elle . Le filence de Julie ne découragea
point fon amant ; il écrivit
une feconde lettre , & une troifiéme enfin
, qui fut fuivie d'une réponſe telle àpeu
près qu'il pouvoit le defirer d'une
amante vertueufe. Dès ce moment , leurs
coeurs s'ouvrirent l'un à l'autre ; Julie
avoua fa défaite , mais elle efpéra que
S. Preux n'auroit pas le coeur affez lâche
, pour abufer de fon égarement .
-
Cette jeune perfonne avoit une parene
de fon âge , appellée Claire , à qui elle
faifoit part de fes plus fecrettes penfées .
Elle étoit fa compagne & fon amie ; elle
fut bientôt la confidente de fes fentimens
Pour S. Preux. Ces fentimens parurent
68 MERCURE DE FRANCE
honnêtes jufqu'à l'avanture du bofquet .
On étoit à la campagne ; le foleil commençoit
à baiffer ; on fe gliffa dans un
bois ; Claire s'approche de S. Preux , &
d'un air plaifamment fuppliant , elle lui
demande un baifer . Toute aimable , toute
piquante qu'eft la jeune Claire , ce baifer
ne fait fur le coeur du jeune homme , aucune
forte d'impreffion . Mais quand il
s'approche de Julie , quand il fent fa
bouche pofée fur la fienne... Il faut lire ,
dans l'ouvrage même , avec quelle chaleur
M. Rouffeau nous peint ce fecond.
baifer , qu'il appelle le premier baifer de
l'amour.
Alors Julie s'apperçoit que la fuite eft
le feul reméde à un danger auffi preffant..
Elle écrit à S. Preux que le moment de
leur féparation eft arrivé ; & elle lui or
donne de partir pour le Valais , où il doit
faire un voyage. » Je fçais , lui dit- elle ,
» que vous avez peu de fortune , & que
» vous ne faites que la déranger ici , où
» vous ne refteriez pas fans moi ; je puis
donc fuppofer qu'une partie de votre
» bourſe eft dans la mienne ; je vous en-
» voye un léger à compte. Elle lui envoyoit
de l'argent que S. Preux ne voulut
point recevoir. Il crut fon honneur
outragé par ce don ; & remit l'argent au
AVRIL
69
1 . 1761 :
"
porteur de la lettre. » J'offenfe donc vo-
» tre honneur , lui dit Julie dans fa réponſe
, j'offenfe donc votre honneur ,
»pour lequel je donnerois mille vies ?
" J'offenfe ton honneur , ingrat, qui m'as
»vu prête à t'abandonner le mien. Ou
» eft- il donc , cet honneur que j'offenſe ?
» Dis - le- moi , coeur rampant , âme fans
» délicateffe . Ah ! que tu es méprifable , ſi
» tu n'as qu'un honneur que Julie ne
»connoifle pas ! Quoi , ceux qui veulent
" partager leur fort ,
n'oferoient partager
»leurs biens ; & celui qui fait profeffion
» d'être à moi , fe trouve outragé de mes
dons ! Et depuis quand eft- il vil de re-
» cevoir de ce qu'on aime ? Depuis quand
» ce que le coeur donne , déshonore- t - il
» le coeur qui l'accepte ? Mais on mépriſe
" un homme qui reçoit d'un autre ? On
» mépriſe celui dont les befoins paſſent
» la fortune ? Et qui le méprife? Des âmes
abjectes , qui mettent l'honneur dans la
" richeffe , & pefent les vertus au poids
» de l'or. Eft- ce dans ces baffes maximes,
qu'un homme de bien met fon hon-
" neur? Et le préjugé même de la Raifon
" n'eft-il pas en faveur du plus pauvre ?
» Sans doute , il eft des dons vils qu'un
» honnête homme ne peut accepter; mais
وو
apprenez qu'ils ne déshonorent pas
70 MERCURE DE FRANCE.
» moins la main qui les offre ; & qu'un
don honnête à faire , eſt toujours hon-
» nête à recevoir . Or fûrement mon coeur
» ne me reproche pas celui- ci ; il s'en
» glorifie. Je ne fache rien de plus mé-
» prifable , qu'un homme dont on achete
»le coeur & les foins , fi ce n'eft la fem-
» me qui les paye . Mais entre deux coeurs
» unis , la communauté des biens eft
» une juftice & un devoir ; & fi je me
» trouve encore en arrière de ce qui me
» refte de plus qu'à vous , j'accepte fans
25
fcrupule ce que je réferve , & je vous
» dois ce que je ne vous ai pas donné.
» Ah ! fi les dons de l'amour font à char-
» ge , quel coeur jamais peut être recon-
» noiffant ?
S. Preux reçoit les dons de Julie ; il
part fans la voir , comme elle l'avoit ordonné.
Pendant fon abfence il parcourt le
Valais, dont il fait une charmante defcription
. C'eft encore là une des beautés de
l'ouvrage , dont il n'eft pas poffible de
donner un extrait ; il faut lire tout le mor
ceau , & on le relit plus d'une fois avec
plaifir.
L'abſence de fon amant caufe à Julie
une langueur mortelle. Elle tombe dans
Jes accès d'une fiévre ardente qui augmen
te fans ceffe , & Claire eft obligée de rap
AVRIL 1761 . 75'
propeller
S. Preux , pour rendre la coufine à
la vie. De fon côté cet amant infortuné
faifoit retentir la forêt de Meillerie , de fes
gémiflemens. C'étoit parmi ces rochers
déferts , qu'il étoit allé pleurer l'abfence
forcée , où le contraignoit fa maîtreffe . Il
arrive , il voit Julie ; elle eft guérie ; & il
eft heureux. Mais , que de remords ſuivent
cette faute ! Julie eſpére en tirer un
moyen de la réparer . Elle forme le
jet de contraindre fon père à l'unir à S.
Preux. Elle connoît l'extrême délicateffe
du Baron , qui ne confentira jamais à donner
fa fille à un roturier ; & c'eft pour l'y
forcer , qu'elle s'expofe à une groffeffe qui
lui procurera au fon amant ou la mort.
Le premier fruit de leur amour devoit en
ferrer les noeuds ; Julie le demandoit au
Ciel , comme le gage de fon retour à la
vertu. Sitôt qu'elle auroit porté des marques
fenfibles de fon état , elle avoit réfolu
d'en faire , en préſence de toute fa famille
, une déclaration publique au Paf
teur du lieu mais une chûte fit difparoître
toutes ces espérances ; & Julie ne put
expier fa faute, même aux dépens de fa ré
putation . Le Baron d'Etange avoit promis
fa fille à un gentilhomme Mofcovite appellé
M. de Wolmar, ancien ami du Baron ,
& qu'une liaiſon de vingt ans lui rendoit
72 MERCURE DE FRANCE.
extrêmement cher. Il avoit déclaré fes vo
lontés à Julie , en lui ordonnant , d'un ton
qui ne fouffroit point de replique , de ſe
difpofer à recevoir fa main , à fon retour
de Ruffie.
C'eſt dans ces circonstances qu'arrivà
l'avanture de Saint Preux avec Milord
Edouard Bomfton , qui étoit alors dans
le Pays de Vaud. Il avoit contracté une
amitié étroite avec l'amant de Julie ; &
un foir qu'ils s'étoient enivrés l'un & l'autre
à boire du punch, il fit entendre à S.Preux,
que la vertu de Julie n'étoit pas à l'épreuve
de l'amour. Le jeune homme s'emporta
contre Edouard. Les propos devinrent
offenfans ; on fauta aux épées : mais l'Anglois
fe donna une entorfe qui le mit hors
d'état de combattre. L'affaire n'eût été
différée que jufqu'au rétabliſſement de Milord
, fi la prudence de Julie ne lui eût
fuggéré le moyen de la calmer entiérement.
Elle fçavoit qu'elle avoit été la première
caufe de cette querelle ; elle écrivit
à Edouard : » Puiſque vous m'outragez,
» il faut bien que j'aie avec vous des torts
» que j'ignore. Comment concevoir qu'un
» honnête homme voulût déshonorer fans
fujet une famille eſtimable ? Conten-
» tez donc votre vengeance , fi vous la
croyez légitime. Cette Lettre vous don
"
ne
AVRLI. 1761 . 73
33
"
23
ne un moyen facile de perdre une malheureuſe
fille , qui ne fe confolera ja-
» mais de vous avoir offenfé , & qui met
» à votre difcrétion l'honneur que vous
» voulez lui ôter. Oui , Milord , vos imputations
étoient juftes ; j'ai un amant
a aimé; il eft maître de mon coeur & de ma
perfonne ; la mort ſeule pourra brifer un
» noeud fi doux. Cet amant eft celui même
" que vous honoriez de votre amitié ; il
" en eft digne , puifqu'il vous aime & qu'il
eft vertueux. Cependant il va périr de
votre main. Je fçais qu'il faut du fang à
» P'honneur outragé ; je fçais que fa valeur
" même le perdra .... Jouiffez d'avance
» du plaifir que vous aurez de percer le
fein de votre ami ; mais fçâchez , homme
barbare , qu'au moins vous n'aurez
pas celui de jouir de mes larmes , & de
contempler mon déſeſpoir. Non , j'en
"jure par l'amour qui gémit au fond de
mon coeur ; je ne furvivrai pas d'un jour
à celui pour qui je refpire ; & vous aurez
la gloire de mettre au tombeau d'un feul
coup , deux amans infortunés qui n'eurent
point envers vous de tort volontaire
, & qui fe plaifoient à vous ho-
" norer.On dit que vous avez l'âme belle
» & le coeur fenfible ; puiffent ils , quand
je ne ferai plus , vous infpirer quel
33
33
I. Vol.
D
74 MERCURE
DE FRANCE .
" ques foins pour un père & une mère in-
» confolables , que la perte du feul enfant
qui leur refte , va livrer à d'éternelles
» douleurs.
"
Avant que d'envoyer, cette Lettre à
Edouard , Julie en avoit écrite.une à S.
Preux , pour le détourner de fe battre.
Tout ce qu'on peut dire de plus fort contre
le duel , eft employé inutilement . S.
Preux n'entreprend
point de réfuter les
raifons de fa maîtreffe , dont voici la fubftance
. Les plus vaillans hommes de l'antiquité
ne fongérent jamais à venger leurs
injures perfonnelles , par des combats finguliers.
Cefar n'envoya point un Cartel à
Caton , ni Pompée à Céfar ; & le plus
grand Capitaine de la Gréce ne fut point
déshonoré, pour s'être laiffé menacer du
bâton. Le véritable honneur ne dépend ni
des tems , ni des lieux , ni des préjugés ; il
a fa fource éternelle dans le coeur de
l'homme jufte. Si les plus vertueux de la
terre n'ont point connu le duel , il faut
qu'il ne foit pas une inftitution de l'honneur
. » Me direz - vous qu'un duel témoi
» gne qu'on a du coeur , & que cela fuff
» pour éffacer la honte ou le reproche da
» tous les autres vices ? je vous demande
» rai quel honneur peut dicter une pa
" reille décifion ? à ce compte , un fripon
AVRIL. 1761. 75.
» n'a qu'à fe battre pour ceffer d'être un
» fripon. Les difcours d'un menteur de-
» viennent des vérités , fr- tôt qu'ils font
»foutenus à la pointe de l'épée ; & fi
» l'on vous accufoit d'avoir tué un homme,
» vous en iriez tuer un fecond, pour prou-
" ver que cela n'eft pas vrai, Ainfi , ver-
➜tu , vice , honneur , infamie , vérité ,
» menfonge , tout peut tirer fon être de
l'événement d'un combat . Une falle
» d'arme eft le fiége de toute juftice. Il
» n'y a d'autre droit que la force , d'autre
» raifon que le meurtre. Toute la répara-
» tion due à ceux qu'on outrage , eft de
» les tuer , & toute offenfe eft également
» bien lavée dans lesfang de l'offenfeur
nou de l'offenfé. Dites , fi les loups fça-
" voient raifonner , auroient- ils d'autres.
>> maximes ?
Toutes ces raifons , & d'autres plus fortes
encore n'euffent fait aucun effet fur
l'efprit de S. Preux , fans : la lettre de
Julie à Milord Bomfton . Celui- ci fut frappé
de la démarche admirable de la fille
du Baron d'Etange . A peine fut- il en état
de fortir , qu'il fe fit conduire chez l'a
mant de Julie , & accompagner par trois
de ſes amis. Là , les genoux en terre , il
dit à S. Preux devant ces trois témoins :
» je viens , Monfieur , rétracter haute-
Dij
6 MERCURE DE FRANCE.
ment les difcours injurieux que l'ivreffe
m'a fait tenir en votre préfence. Leur
> injuſtice les rend plus offenfans pour
" moi que pour vous , & je m'en dois l'authentique
défaveu. Je me foumets à
toute la punition que vous voudrez
» m'impofer ; & je ne croirai mon honneur
retabli , que quand ma faute fera
réparée. A quelque prix que ce foit ,
» accordez-moi le pardon que je vous
demande. Se tournant en faite du côté
des fpectateurs : Meffieurs , leur dit- il ,
» de braves gens comme vous , fentent
» que celui qui répare ainfi ſes toris , n'en
fçait endurer de perfonne. Vous pou
vez publier ce que vous avez vũ. »
Tel fut l'effet que produifit la lettre de
Julie ; & dès ce moment Milord Edouard
jura à S. Preux une amitié éternelle &
inviolable. Il voulut d'abord lui en donner
une preuve , en propofant au Baron
d'Etange le mariage de fa fille avec S.
Breux. Cette propofition fut reçue avec
une hauteur qui dégénéra en offenſe ; &
le mécontentement du Baron retomba
fur fa ferme , qui avoit introduit le jeune
homme dans fa maiſon , & fur Julie qui
parut prendre trop d'intérêt à la défenfe.
Alors la féparation de Julie & de S. Preux
devins néceflaire ; il n'étoit plus poffible
AVRIL 1461 . 97
que les deux amans fe viffent dans la mai
fon du Baion. Edouard propofa à Julie
de partir pour l'Angleterre ; il lui offrit
une terre d'un revenu plus que fuffifant ,
pour y vivre avec S. Preux dans les liens
du mariage qu'il lui feroit , facile de contracter
dans un pays de liberté. Le refus
de Julie eft accompagné des plus nobles
fentimens de vertus. L'amour ne lui fait
point oublier ce qu'elle doit à fa famille ,
ce qu'elle doit à elle -même : elle eſpère
que le temps & des circonftances plus favorables
la réuniront à fon amant fans
fe déshonorer . S. Preux part pour la
France avec Milord Bompon . Cet Anglois
le met en état , par une penfion qu'il le
force d'accepter , de vivre à Paris d'une
manière diftinguée . Le féjour qu'il fait
dans cette Capitale , lui donne lieu d'en
examiner les moeurs & les ufages , les
fpectacles & les plaifirs. Ces différens
articles font la matière de plufieurs lettres,
dans lesquelles M. Rouffeau ne donne pas
une idée bien avantageufe de notre mus
fique , de notre opera , de nos comédies ,
des fociétés de Paris & des femmes . Il eft
vrai que le mal qu'il en dit , eft toujours
mêlé de quelque bien. » Paris eft l'aima
ble fource des lumiéres & de l'inftruc
tion ; & l'on eft d'abord enchanté du
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
fçavoir & de la raiſon qu'on trouve dans
» les entretiens , non feulement des Sca-
» vans & des Gens de Lettres , mais des
» hommes de tous les états , & même des
» femmes. Le ton de la converſation y
» eft coulant & naturel ; il n'eft ni pefant
ni frivole. Il eft fçavant fans pé-
» danterie , gai fans tumulte , poli fans
affectation , galant fans fadeur , badin'
»fans équivoques. Ce ne font ni des dif-
" fertations ni des épigrammes ; on y
» raiſonne fans argumenter ; on y plai-
»fante fans jeux de mots ; on y affocie
» avec art , l'efprit & la raiſon , les maxi-
» mes & les faillies ; la, fatyre aigue , l'a-
» droite flatterie & la morale auftère . On
y parle de tout , pour que chacun ait
» quelque chofe à dire ; on n'approfondic
» point les queſtions de peur d'ennuier,on
» les propofe comme en paffant ; on les
" traite avec rapidité ; la préciſion méne
» à l'élégance ; chacun dit fon avis , &
l'appuie en peu de mots ; nul n'attaque
» avec chaleur celui d'autrui ; nul ne dé-
» fend opiniatrément le fien ; on difcute ,
» pour s'éclairer ; on s'arrête avant la dif-
» pute , chacun s'inftruit ; chacun s'amu-
» fe ; tous s'en vont contens ; & le fage
» même peut rapporter de ces entretiens
" des fujets dignes d'être médités en fi .
» lence . »
n
">
AVRIL. 1761 . 79
S. Preux fait part à Julie de fes amufemens
à Paris. Il lui apprend qu'il a été
entraîné , fans le fçavoir , dans un lieu de
débauche ; & que dans l'ivreffe il s'eft
livré aux plaifirs que l'on goûte dans ces
fortes de maifons. Julie trouve moins de
tort dans cette faute , que de mérite à la
confeffer. Elle juge qu'un coeur auffi fincère
eft incapable d'une infidélité cachée .
Il y avoit peu de mois que S. Preux
avoit quitté la Suiffe , lorfque la parente
de Julie , la jeune Claire , époufa M.
d'Orbe. C'est un gentilhomme du pays
de Vaud , qui joue un rôle peu important
dans le roman ; auffi M. Rouffeau le fait il
mourir prèſque auffi ; tôt qu'il a rendu fon
époufe mere d'une fille . Il fe défait auffi
de la mere de Julie ; mais il veut qu'elle
foit inftruite auparavant des amours & de
la faute de l'amante de S. Preux , dont
elle furprend toutes les lettres ; la douleur
qu'elle en conçoit , jointe à une maladie
de langueur , qui la confumoit infenfiblement
la conduit enfin au tombeau.
Sur ces entrefaites , on reçoit une
lettre de M. de Wolmar , qui annonce fon
arrivée prochaine. Le Baron d'Etange
rappelle à Julie la parole qu'il á donnée
à fon ami , & lui ordonne de fe préparer
à recevoir fa main. Pour la premiere fois
>
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
de fa vie, cette fille reſpectueuſe oſa refifter
en face à fon pere. Elle protefta que jamais
M. de Wolmar ne lui feroit rien; qu'el
le étoit déterminée à mourir fille; que fon
pere étoit maître de fa vie , mais non pas
de fon coeur ; & que rien ne la feroit
changer de volonté. Le Baron voyant qu'il
ne gagneroit rien par autorité , fe jette '
à fes pieds , attendri & fondant en larmes.
Elle avoit eu des armes contre les menaces
; elle n'en eut point contre fes pleurs.
Le feul moyen qui lui reftoit encore , fur
de déclarer fans détour , l'engagement
qu'elle avoit avec S. Preux , à qui elle
avoit promis de n'en jamais époufer d'au
tre que lui , fans fon confentement . Il
faut donc le demander ce confentement
fi néceffaire , dit le Baron ; & fur le champ
il obligea fa fille d'écrire à S. Preux , pour
le prier de la dégager de fa parole. Avec
quelle agitation elle attendit fa réponſe 2
Combien elle fit de voeux pour trouver
dans fon amant moins de délicateffe qu'il
n'en devoit avoir ! mais elle le connoiffoit
trop , pour douter de fon obéiffance ; &
elle fçavoit que plus le facrifice exigé ſeroit
pénible , plus S. Preux feroit prompt
à fe l'impofer. Cette réponſe arriva enfin ;
& elle étoit conçue en ces termes : >> je
» rends à Julie d'Etange , le droit de difAVRIL
1961, 84
pofer d'elle - même , & de donner fa
main fans confulter fon coeur. Il ne
reftoit donc aucun prétexte à Julie pour
refufer celle de M. de Wolmar ; mais le
chagrin que lui cauferent tous fes revers ,
affaiblirent tellement fa fanté , qu'en fe
mettant au lit , elle eſpéra ne s'en plus
telever. Son mal étoit la petite vérale,
S. Preux apprend cette nouvelle à Paris
il prend la pofte , & dans trois jours il
arrive dans la maiſon de Madame d'Orbe.
Il obtient d'elle , quoiqu'avec beaucoup
depeine , qu'il verra Julie la nuit fuivante:
mais à condition qu'il ne lui parlera pas,,
& qu'il repartira dans l'inftant. Arrivé auprès
du lit de Julie , il apperçoit une de
fes mains ; il s'en failt ; il la baile avec
ardeur ; & comme il n'avoit point eu luimême
la petite vérole , illa gagne par ce
baifer. Il ne pouvoit être plus mal préparés
dit M. Rouleau ; mais c'étoit l'inoculation
de l'amour ; elle fut heureufe .
+
Les baifers de feu que S. Preux avoir
appliqué fur la main de Julie , réveillerent
Ja malade. Madame d'Orbe s'en apperçut,
& malgré la réfiftance & les plaintes de
fet amant défefpéré , elle l'arracha de la
chambre , & l'obligea de partir. Julie crus
n'avoir fait qu'un rêve , ce ne fut qu'après
fa guérison , qu'on lui apprit la réalité de
Cette entrevue
80 MERCURE DE FRANCE.
de fa vie, cette fille refpectueufe ofa refifter
en face à fon pere. Elle protefta que jamais
M. de Wolmar ne lui feroit rien ; qu'el
le étoit déterminée à mourir fille ; que fon
pere étoit maître de fa vie , mais non pas
de fon coeur ; & que rien ne la feroit
changer de volonté. Le Baron voyant qu'il
ne gagneroit rien par autorité , fe jette'
à fes pieds , attendri & fondant en larmes.
Elle avoit eu des armes contre fes menaces
; elle n'en eut point contre fes pleurs.
Le feul moyen qui lui reftoit encore , fut
de déclarer fans détour , l'engagement
qu'elle avoit avec S. Preux , à qui elle
avoit promis de n'en jamais époufer d'au
tre que lui , fans fon confentement . Il
faut donc le demander ce confentement
fi néceffaire , dit le Baron ; & fur le champ
il obligea fa fille d'écrire à S. Preux , pour
le prier de la dégager de fa parole . Avec
quelle agitation elle attendit fa réponſe
Combien elle fit de voeux pour trouver
dans fon amant moins de délicateffe qu'il
n'en devoit avoir ! mais elle le connoiffoit
trop , pour douter de fon obéiffance ; &
elle fçavoit que plus le facrifice exigé feroit
pénible , plus S. Preux feroit prompt
à fe l'impofer. Cette réponſe arriva enfin ;
& elle étoit conçue en ces termes : » je
rends à Julie d'Etange , le droit de dif
AVRIL 161 184
3
pofer d'elle - même , & de donner fa
main fans confulter fon coeur. Il ne
reftoit donc aucun prétexte à Julie pour
refufer celle de M. de Wolmar ; mais le
chagrin que lui cauferent tous les revers ,
affaiblirent tellement fa fanté , qu'en fe
mettant au lit , elle efpéra ne s'en plus
telever. Son mal étoit la petite vérale,
S. Preux apprend cette nouvelle à Paris
il prend la pofte , & dans trois jours il
arrive dans la maifon de Madame d'Orbe.
Il obtient d'elle , quoiqu'avec beaucoup
depeine , qu'il verra Julie la nuit fuivante;
mais à condition qu'il ne lui parlera pas ,,
& qu'il repartira dans l'inftant. Arrivé auprès
du lit de Julie , il apperçoit une de
fes mains ; il s'en faift ; il la baile avec
ardeur ; & comme il n'avoit point eu luimême
la petite vérole , illa gagne par ce
baifer. Il ne pouvoit être plus mal préparés
dit M. Rouleau ; mais c'étoit l'inoculation
de l'amour ; elle fut heureufe .
Les baifers de feu que S. Preux avoir
appliqué fur la main de Julie , réveillerent
Ja malade. Madame d'Orbe s'en apperçut
& malgré la réfiftance & les plaintes the
çet amant défefpéré , elle l'arracha de la
chambre , & l'obligea de partir . Julie crut
n'avoir fait qu'un rêve ce ne fut qu'après
fa guérifon , qu'on lui apprit la réalité de
Cette entrevue.
82 MERCURE DE FRANCE.
La fille du Baron d'Etange eſt enfirr
contrainte d'époufer M. de Wolmar. Plus
elle approchoit du moment fatal , moins
elle pouvoit déraciner de fon coeur fes
premieres affections. » Dans l'inftant même
, dit elle , où j'étois prête à jurer à
» un autre une éternelle fidélité , mon
» coeur juroit à mon amant un amour
» éternel. Je fus menée au Temple com-
» me une victime impure , qui fouille le
» facrifice où l'on va l'immoler . Arrivée
» à l'Eglife , je fentis en entrant, une forte
» d'émotion que je n'avois jamais éprou
» vée. Je ne fçais quelle terreur vint fai-
» fir mon âme dans ce lieu fimple & augufte.
Une frayeur foudaine me fit frif-
» fonner... Loin de me remettre , je fen-
» tis mon trouble augmenter durant la
» cérémonie ... Le jour fombre de l'édifi-
» ce , le profond filence des fpectateurs ,
» leur maintien modefte & recueilli , le
» cortège de tous mes parens , l'impofant
afpect de mon vénéré père , tout donnoit
à ce qui s'alloit paffer , un air de
» folemnité qui m'eût fait frémir à la
» feule idée d'un parjure . Je crus voir l'or-
» gane de la Providence , & entendre la
"
voix de Dieu dans le Miniftre pronon-
» çant gravement la fainte liturgie . La
» pureté , la dignité , la fainteté du maAVRIL
1761.
"
4
riage , fes chaftes & fublimes devoirs }
» tout cela me fit une telle inipreffion ,
que je crus fentir intérieurement une
révolution fubite. Une puiffance incon-
» nue fembla cortiger tout-à- coup le défordre
de mes affections , & les rétablie
» felon la loi du devoir & de la nature.
Ceft ainfi que M. Rouffeau prépare le
miracle qui s'opére au mariage . de Julie.
Quand le Pafteur me demanda , ajoutet-
elle , fi je promettois obéiffance & fidélité
parfaite à celui que j'acceptois pour
époux , ma bouche & mon coeur le promirent
; je le tiendrai jufqu'à la mort.
S. Preux ayant perda l'efpérance de
poffeder ce qu'il avoit de plus cher , a
befoin de toute fa lageffe & des confeils
d'Edouard pour ne pas attentet à fes
jours. C'est ici que commence cette grave
controverfe fur le Suicide , où l'on difcute
de part & d'autre , les raifons qu'on
peut avoir de fe donner la mort , & lés
motifs qui doivent nous en détourner.
» Tu t'ennuies de vivre , dit Milard à fon
ami ; & tu dis , la vie éft un mal : Toe
» ou tard tu feras confolé , & tu diras :
la vie eft un bien. Tu diras plus vrai ,
fans mieux raifonner ; car rien n'aura
changé que toi. Change donc dès au
» jour d'hui ; & puiſqué c'eft dans la niau-
"
Dv
84 MERCURE DE FRANCE.
"
» vaife difpofition de ton âme, qu'eft tout
» le mal , corrige tes affections déréglées
, & ne brule pas ta maifon , pour
» n'avoir pas la ppeeiinnee ddee llaa ranger.....
"
»
❞
Та
parles des devoirs du Magiftrat & du
» Père de famille ? & parce qu'ils ne te
» font pas impofés , tu te crois affranchi
de tout ; & la fociété à qui tu dois ta
» confervation , tes talens , tes lumières ;
la patrie à qui tu appartiens , les mal-
» heureux qui ont befoin de toi , ne leur
dois- tu rien ? O l'exact dénombrement
que tu fais ! Parmi les devoirs que tu
comptes, tu n'oublies que ceux de l'hom-
» me & du citoyen ... Socrate innocent ,
" par refpect pour les loix ne voulut pas
» fortir de prifon ; tu ne balances point à
» les violer injuſtement pour fortir de la
» vie; & tu demandes, quel mal fais- je ? .. Il
te fied bien d'ofer parler de mourir, tandis
que tu dois l'uſage de tá vie à tes femblables
! apprends qu'une mort , telle
» que tu la médites , eft honteufe & furtive.
C'est un vol fait au genre humain :
avant de le quitter , rends - lui ce qu'il a
>> fait pour toi.
Convaincu par les raifons du Milord ,
S. Preux prend la réfolution de vivre.
Mais cominent fupporter l'idee d'une féparation
éternelle 2 Edouard perfuade à
AVRIL. 1761
fon ami de quitter l'Europe , & de chercher
dans un autre hémisphère , la paix
dont il n'a pu jouir fur celui- ci . Il le fait
embarquer fur le navire de l'Amiral Anfon
,en qualité d'ingénieur ; & c'eft par cer
événement que M. Rouffeau termine le
troifiéme volume de cette hiftoire . Levoyage
de S. Preux autour du monde , fon retour
en Suiffe , la réception que lui fait M.
de Wolmar , la vie qu'il mène dans cette
maiſon , la mort de Julie , feront la matiére
des volumes fuivans , dont nous rendrons
compte dans le prochain Mercure
Fermer
Résumé : JULIE OU LA NOUVELLE HELOISE ; LETTRES de deux Amans habitans d'une petite ville au pied des Alpes, recueillies & publiées par J. J. ROUSSEAU. Amsterdam, chez Marc Michel Rey, 1761, six volumes in-12. Le prix est de 15 liv. sans les Estampes qui se vendent séparément 3. liv. chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût.
'Julie ou la Nouvelle Héloïse' est un roman épistolaire de Jean-Jacques Rousseau publié en 1761, composé de six volumes. L'intrigue se concentre sur l'amour entre Saint-Preux, précepteur de Julie, fille de la baronne d'Étange, et Julie elle-même. Leur relation est marquée par des échanges épistolaires révélant leurs sentiments. Pour éviter la tentation, Julie envoie Saint-Preux en voyage. À son retour, elle est malade et tente de convaincre son père de leur union, mais une chute l'en empêche. Le baron avait déjà promis Julie à M. de Wolmar. Une dispute éclate entre Saint-Preux et Milord Édouard Bampton, ami de Saint-Preux, après que Bampton ait mis en doute la vertu de Julie. Julie écrit pour éviter un duel. Milord Bomston propose le mariage de Julie et Saint-Preux, mais le baron refuse. Julie refuse de partir avec Milord Édouard et Saint-Preux part pour Paris avec Milord Bomston. À Paris, Saint-Preux critique certaines mœurs tout en reconnaissant les qualités des conversations parisiennes. Claire, cousine de Julie, épouse M. d'Orbe et meurt après avoir donné naissance à une fille. La mère de Julie découvre ses amours et en meurt. Julie refuse d'épouser M. de Wolmar, mais Saint-Preux la libère de sa promesse, la laissant désemparée. Julie tombe gravement malade et Saint-Preux contracte la variole en l'embrassant. Julie épouse finalement M. de Wolmar, jurant un amour éternel à Saint-Preux. Lors du mariage, Julie montre une profonde révérence et un sens du devoir. Saint-Preux, désespéré, envisage le suicide mais est dissuadé par Milord et Édouard. Il décide de quitter l'Europe pour trouver la paix, aidé par Édouard. Le troisième volume se termine ainsi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3915
JULIE OU LA NOUVELLE HELOISE ; LETTRES de deux Amans habitans d'une petite ville au pied des Alpes, recueillies & publiées par J. J. ROUSSEAU. Amsterdam, chez Marc Michel Rey, 1761, six volumes in-12. Le prix est de 15 liv. sans les Estampes qui se vendent séparément 3. liv. chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût.
3916
p. 73-77
LETTRE de M. MARMONTEL, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, en lui envoyant un Essai de Traduction du Poëme de LUCAIN.
Début :
On ne me pardonne pas, Monsieur, le bien que j'ai dit de Lucain. Il semble que [...]
Mots clefs :
Poème, Lucain, Beau, Beauté, Original, Traduction, Tableau, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. MARMONTEL, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, en lui envoyant un Essai de Traduction du Poëme de LUCAIN.
LETTRE de M. MARMONTEL , à M.
DE LA PLACE , Auteur du Mercure ,
en lui envoyant un Effai de Traduction
du Poëme de LUCAIN.
O N ne me pardonne pas , Monfieur , le
bien que j'ai dit de Lucain . Il femble que
je l'aye mis au - deffus de Virgile ; on croit
avoir befoin de m'apprendre que l'Eneide
eft un plus beau Poëme que la Pharfale.
Oui fans doute , comme un Tableau de
Raphaël eft plus beau qu'un tableau du
Tintoret ; mais le Tintoret a une chaleur
que n'a pas Raphael ; Lucain à une véhémence
que n'a pas Virgile. On peut
faire la balance des Poëtes , comme on a
fait celle des Peintres . L'inégalité femble
être le caractére du génie ; un ouvrage
plein de génie peut donc être fort inégal
Lucain eft mort jeune , & la jeuneffe
eft l'âge où l'imagination nefait point
fe régler , l'âge où l'on fait de grandes
fautes , & où l'on produit de grandes
beautés . Voilà précisément ce que l'or
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE :
woit dans la Pharfale. Pour apprécier ce
Poëme, il faut le lire dans l'original ; mais
l'original a des longueurs , des négligences
qui rebutent. Comme il n'eft pas affez
châtié pour être mis au nombre des Livres
Claffiques, & qu'on ne lit guères dans
le monde que ceux des Auteurs anciens
que l'on a vus dans les Colléges , celui- ci
eft très - peu connu . On croit pouvoir en
juger par la traduction de Brébeuflaquel
le avec de beaux vers , eft infoutenable
à la lecture. On y trouve à chaque inf
tant des jeux de mots , des amplifications
puériles,des hyperboles qui choquent éga
lement le bon goût & le bon fens. On
ne doute pas que tout cela ne foit dans
l'original ; hé bien , Monfieur, le croirezvous
le plus fouvent il n'y en a pas un
mot , & je fuis en état , fi l'on veut ,
donner des preuves fans nombre. Cependant
l'on ne manque pas d'attribuer à Lu
cain toute l'enflure de Brébeuf; & le jugement
de Despréaux , qui n'avoit peutêtre
en vue que cette mauvaiſe copie , a
établi contre le Poëme Latin une prévention
générale. Telle eft la difpofition
où j'ai trouvé les efprits , lorfque j'ai eu la
franchife & le courage de le louer. C'étoit
donner beau jeu à la critique ; auffi m'a
t- elle bien reproché mon enthouſiaſme
pour Lucain. Il m'étoit facile de répondre
d'en
AVRIL 1761 . 75
par une longue differtation, que l'on n'au
roit pas lue ,ou qui n'auroit convaincu perfonne.
Au lieu de ce travail inutile, je me
fuis impofé celui d'une traduction libre ,
en profe, & dans le ſtyle poëtique.Le beau
moyen, me direz-vous , de juftifier l'éloge
que j'ai fait d'un Poëme, que de le préfenter
dépouillé de fes plus beaux ornemens !
l'harmonie, le coloris , la précifion , l'éner
gie , font perdus pour nous. Oui , Monheur,
mais le fonds ne l'eft pas. Il me reſte
encore les fentimens , les penfées , les
caractéres,& l'ordonnance des Tableaux,:
tout cela eft très- affoibli dans ma profe ,
je l'avoue, & cependant j'oſe croire qu'on
ne lira pas fans émotion les beaux endroits
que j'ai traduits : je fuis d'ailleurs foutenu
par un génie plein de feu & par le plus grand
fujet qu'on ait traité en poëfie. Enfin vous
le dirai-je ? en traduifant ce Poëme , j'ai
voulu éffayer, felon mes facultés , quelles
pouvoient être les reffources de notre
profe du côté de l'harmonie , & ceux qui
daigneront me lire avec attention , s'appercevront
du foin que j'ai pris , de choisir
des nombres analogues aux mouvemens
que j'avois à peindre .
2
Dans l'impoffibilité de rendre toutes
les beautés du Poëme de Lucain , je tâche
de me dédommager, en évitant du moins
Dij
76 MERCURE DE FRANCE
quelques- uns de fes défauts. On dira que
ce n'eft pas être traducteur fidèle ; je répondrai
qu'il n'y a que les belles chofes
qui méritent d'être traduites , & que le
défauts ne font bons à rien. Quand ou
veut connoître le fort & le foible d'ra
Auteur,il faut le lire dans fa langue. * Mon
deffein à moi feroit d'enrichir la nôtre
d'un bon ouvrage , reffemblant ou non as
Poëme de Lucain. Il y a deux façons de
copier un Tableau : ou celle de rendre
fervilement les beaux traits que l'on affoir
blit toujours, & les traits défectueux qu'on
exagére encore ; ou celle d'imiter les
beautés d'auffi près qu'il eft poffible , & de
s'éloigner le plus que l'on peut des défauts
de l'original. La première eft peut - être
du goût du plus grand nombre ; mais j'ai
cru devoir préférer celle- ci . Du refte je n'ai
pas eu la vanité de prétendre ajouter aux
beautés de Lucain ; & fi j'ai ofé toucher
quelquefois à mon modéle, ce n'a été que
pour en retrancher des morceaux foibles ou
fuperflus, à peu près comme on coupe d'un
arbre vigoureux quelques branches furabondantes.
Voici , Monfieur , un éffai de
mon travail : fi vous jugez qu'il mérite
* C'est ce que le Traducteur du Théâtre Angloïs
eût pû répondre à une Critique de quelques Piéces
de Shakespeare , que l'on met fous le nom de M.
de Voltaire . Cette note eft de l'Auteur du Mercure.
AVRIL. 19617
d'être préſenté au Public , je ferai flatté de
le voir inferé dans le Mercure , au fuccès
duquel je voudrois de bon coeur pouvoir
contribuer. J'ai l'honneur d'être &c.
DE LA PLACE , Auteur du Mercure ,
en lui envoyant un Effai de Traduction
du Poëme de LUCAIN.
O N ne me pardonne pas , Monfieur , le
bien que j'ai dit de Lucain . Il femble que
je l'aye mis au - deffus de Virgile ; on croit
avoir befoin de m'apprendre que l'Eneide
eft un plus beau Poëme que la Pharfale.
Oui fans doute , comme un Tableau de
Raphaël eft plus beau qu'un tableau du
Tintoret ; mais le Tintoret a une chaleur
que n'a pas Raphael ; Lucain à une véhémence
que n'a pas Virgile. On peut
faire la balance des Poëtes , comme on a
fait celle des Peintres . L'inégalité femble
être le caractére du génie ; un ouvrage
plein de génie peut donc être fort inégal
Lucain eft mort jeune , & la jeuneffe
eft l'âge où l'imagination nefait point
fe régler , l'âge où l'on fait de grandes
fautes , & où l'on produit de grandes
beautés . Voilà précisément ce que l'or
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE :
woit dans la Pharfale. Pour apprécier ce
Poëme, il faut le lire dans l'original ; mais
l'original a des longueurs , des négligences
qui rebutent. Comme il n'eft pas affez
châtié pour être mis au nombre des Livres
Claffiques, & qu'on ne lit guères dans
le monde que ceux des Auteurs anciens
que l'on a vus dans les Colléges , celui- ci
eft très - peu connu . On croit pouvoir en
juger par la traduction de Brébeuflaquel
le avec de beaux vers , eft infoutenable
à la lecture. On y trouve à chaque inf
tant des jeux de mots , des amplifications
puériles,des hyperboles qui choquent éga
lement le bon goût & le bon fens. On
ne doute pas que tout cela ne foit dans
l'original ; hé bien , Monfieur, le croirezvous
le plus fouvent il n'y en a pas un
mot , & je fuis en état , fi l'on veut ,
donner des preuves fans nombre. Cependant
l'on ne manque pas d'attribuer à Lu
cain toute l'enflure de Brébeuf; & le jugement
de Despréaux , qui n'avoit peutêtre
en vue que cette mauvaiſe copie , a
établi contre le Poëme Latin une prévention
générale. Telle eft la difpofition
où j'ai trouvé les efprits , lorfque j'ai eu la
franchife & le courage de le louer. C'étoit
donner beau jeu à la critique ; auffi m'a
t- elle bien reproché mon enthouſiaſme
pour Lucain. Il m'étoit facile de répondre
d'en
AVRIL 1761 . 75
par une longue differtation, que l'on n'au
roit pas lue ,ou qui n'auroit convaincu perfonne.
Au lieu de ce travail inutile, je me
fuis impofé celui d'une traduction libre ,
en profe, & dans le ſtyle poëtique.Le beau
moyen, me direz-vous , de juftifier l'éloge
que j'ai fait d'un Poëme, que de le préfenter
dépouillé de fes plus beaux ornemens !
l'harmonie, le coloris , la précifion , l'éner
gie , font perdus pour nous. Oui , Monheur,
mais le fonds ne l'eft pas. Il me reſte
encore les fentimens , les penfées , les
caractéres,& l'ordonnance des Tableaux,:
tout cela eft très- affoibli dans ma profe ,
je l'avoue, & cependant j'oſe croire qu'on
ne lira pas fans émotion les beaux endroits
que j'ai traduits : je fuis d'ailleurs foutenu
par un génie plein de feu & par le plus grand
fujet qu'on ait traité en poëfie. Enfin vous
le dirai-je ? en traduifant ce Poëme , j'ai
voulu éffayer, felon mes facultés , quelles
pouvoient être les reffources de notre
profe du côté de l'harmonie , & ceux qui
daigneront me lire avec attention , s'appercevront
du foin que j'ai pris , de choisir
des nombres analogues aux mouvemens
que j'avois à peindre .
2
Dans l'impoffibilité de rendre toutes
les beautés du Poëme de Lucain , je tâche
de me dédommager, en évitant du moins
Dij
76 MERCURE DE FRANCE
quelques- uns de fes défauts. On dira que
ce n'eft pas être traducteur fidèle ; je répondrai
qu'il n'y a que les belles chofes
qui méritent d'être traduites , & que le
défauts ne font bons à rien. Quand ou
veut connoître le fort & le foible d'ra
Auteur,il faut le lire dans fa langue. * Mon
deffein à moi feroit d'enrichir la nôtre
d'un bon ouvrage , reffemblant ou non as
Poëme de Lucain. Il y a deux façons de
copier un Tableau : ou celle de rendre
fervilement les beaux traits que l'on affoir
blit toujours, & les traits défectueux qu'on
exagére encore ; ou celle d'imiter les
beautés d'auffi près qu'il eft poffible , & de
s'éloigner le plus que l'on peut des défauts
de l'original. La première eft peut - être
du goût du plus grand nombre ; mais j'ai
cru devoir préférer celle- ci . Du refte je n'ai
pas eu la vanité de prétendre ajouter aux
beautés de Lucain ; & fi j'ai ofé toucher
quelquefois à mon modéle, ce n'a été que
pour en retrancher des morceaux foibles ou
fuperflus, à peu près comme on coupe d'un
arbre vigoureux quelques branches furabondantes.
Voici , Monfieur , un éffai de
mon travail : fi vous jugez qu'il mérite
* C'est ce que le Traducteur du Théâtre Angloïs
eût pû répondre à une Critique de quelques Piéces
de Shakespeare , que l'on met fous le nom de M.
de Voltaire . Cette note eft de l'Auteur du Mercure.
AVRIL. 19617
d'être préſenté au Public , je ferai flatté de
le voir inferé dans le Mercure , au fuccès
duquel je voudrois de bon coeur pouvoir
contribuer. J'ai l'honneur d'être &c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. MARMONTEL, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, en lui envoyant un Essai de Traduction du Poëme de LUCAIN.
Dans une lettre adressée à La Place, Marmontel défend son appréciation positive du poème de Lucain, souvent comparé défavorablement à l'Énéide de Virgile. Bien que Marmontel reconnaisse la supériorité de Virgile, il met en avant la véhémence unique de Lucain. Il attribue les imperfections de la Pharsale à la jeunesse de Lucain, ce qui expliquerait à la fois les erreurs et les beautés du poème. Marmontel critique sévèrement la traduction de Brébeuf, la jugeant infidèle et pleine de défauts. Il déplore également la prévention générale contre Lucain, attribuée à cette mauvaise traduction ainsi qu'au jugement de Boileau. Pour justifier son éloge, Marmontel entreprend une traduction libre et poétique du poème de Lucain. Son objectif est de préserver les sentiments, les pensées et les caractères originaux tout en évitant certains défauts. Il souhaite enrichir la langue française d'un bon ouvrage, même si cela implique de s'éloigner des imperfections de l'original. Marmontel envoie à La Place un essai de sa traduction, espérant qu'il soit publié dans le Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3917
p. 108-124
JULIE, OU LA NOUVELLE HELOÏSE. SECOND EXTRAIT.
Début :
Nous avons vû S. Preux partir avec l'Amiral Anson. Son voyage dura quatre [...]
Mots clefs :
Homme, Coeur, Amour, Mort, Mari, Amant, Spectacle, Peuples, Bonheur, Absence, Peuples, Idées, Voyage
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texteReconnaissance textuelle : JULIE, OU LA NOUVELLE HELOÏSE. SECOND EXTRAIT.
JULIE , OU LA NOUVELLE HELOISE,
SECOND EXTRAIT.
N ous avons vû S. Preux partir avec
PAmiral Anfon. Son voyage dura quatre
ans , pendant lefquels il parcourut toutes
les Nations de la tèrre. On ne peut qu'applaudir
aux divers tableaux qu'il nous préfente
à fon retour , & aux peintures qu'il
nous retrace de ces différens Peuples.
AVRIL. 1761 109
و ر
"
J'ai vû dabord l'Amérique méridionale,
ce vafte continent, que le manque
» de fer a foumis aux Européens , & dont
» ils ont faitun defert pour s'en affurer
l'empire. J'ai vû les côtes du Bréfil , où
» Lisbonne & Londres puifent leurs tréfors
, & dont les Peuples miférables fou-
» lent aux pieds l'or & les diamans , fans
" ofer y porter la main.... J'ai vû fur les
» rives du Méxique & du Pérou , le même
fpectacle que dans le Bréfil ; j'en ai vû les
>> rares & infortunés habitans , triftes ref-
» tes de deux puiffans Peuples , accablés
» de fers , d'opprobres & de miſére , au
> milieu de leurs riches métaux , repro-
>> cher au Ciel en pleurant , les tréfors
» qu'il leur a prodigués ..... J'ai côtoyé
" prèfque toute la partie occidentale de
» l'Amérique , non fans être frappé d'ad-
» miration , en voyant quinze cens lieues
» de côtes ›
& la plus grande Mer du
» Monde , fous l'empire d'une feule Puif-
» fance , qui tient , pour ainfi dire , en fa
>> main , les clefs d'un hémisphère du
» globe.... J'ai vû la plus nombreuſe & la
>> plus illuftre Nation de l'Univers , fou-
» mife à une poignée de brigands ; j'ai
» vû de près ce Peuple célébre , & n'ai
plus été furpris de le trouver efclave.
"
"
» Autant de fois conquis qu'attaqué , il
110 MERCURE DE FRANCE.
99
fut toujours en proie au premier vena,
& le fera jufqu'à la fin des fiécles. Je
» l'ai trouvé digne de fon fort , n'ayant
>> pas même le courage d'en gémir. Lettré
, lâche , hypocrite & charlatan , par
"
"
›
»
lant beaucoup fans rien dire; plein d'ef
» prit fans aucun génie ; abondant en fignes
, & ftérile en idées ; complimenteur
, adroit , fourbe & fripon ; qui met
tous les devoirs en étiquettes , toute
» la morale en fimagrées , & ne connoît
» d'autre humanité , que les falutations
& les révérences..... J'ai vu l'Europe
tramportée à l'extrémité de l'Afrique ,
par les foins de ce Peuple avare, patient
& laborieux , qui a vaincu par le tems
» & la conftance , des difficultés que l'hé
roïfme des autres Peuples n'a jamais
pû furmonter. J'ai vû ces vaftes & malheureufes
contrées , qui ne femblent
» deſtinées qu'à couvrir la tèrre de trou
peaux d'efclaves. A leur vil afpect , j'ai
» détourné les yeux de dêdain , d'horreur
» & de pitié, & voyant la quatrième par
tie de mes femblables , changée en bêtes
pour le fervice des autres , j'ai gémi
d'être homme.
C'eft ainfi qu'à fon retour , S. Preuse
rend compte à Madame d'Orbe des détails
de fon voyage. Pendant fan abſence, Ma
AVRIL. 1761 : T14
dame de Wolmar avoit ouvert fon coeur à
fon mari , & ne lui avoit rien caché de
fes amours . Cette marque d'une confiance
extrême , ne fit que lui rendre fon
épouſe plus chère ; & il n'en conçut que
plus d'eftime pour S. Preux. Il l'invite à
venir demeurer avec lui ; & dès ce moment
il lui jure une amitié inviolable.
Nous ne décrirons point ici , d'après M.
Rouffeau , tout ce qui fe paffe dans le
coeur de S. Preux & de Julie , lorfque
ces deux Amans fe trouvent enſemble
après une fi longue abfence. Ce font là)
de ces détails qu'il faut lire dans le Livre
même. Il faut y voir également la
réception que fait à S. Preux M. de Wol
mar, la vie que le premier méne dans cette
maifon , la manière dont il fe comporte
avec le mari , la femme, les enfans. M. de
Wolmar le laiffe feul durant huit jours,
avec Julie;& pendant fon abfence il écrit,
à Madame d'Orbe :»De vous dire que mes
jeunes gens font plus amoureux que ja◄
mais , ce n'eft pas fans doute une merveille
à vous apprendre. De vous affurer
au contraire qu'ils font parfaitement
guéris , vous fçavez ce que peuvent la
» Raifon , la Vertu ; ce n'eſt pas là non
» plus leur plus grand miracle ; mais que
299
ces deux oppofés foient vrais en même
112 MERCURE DE FRANCE.
35
» temps ; qu'ils brûlent plus ardemment
» que jamais l'un pour l'autre , & qu'il ne
régne plus entre eux qu'un honnête at-
» tachement ; qu'ils foient toujoursamans,
» & ne foient plus qu'amis , c'eft, je pen-
» fe , ce à quoi vous vous attendez moins ,
» ce que vous aurez plus de peine à comprendre
, & ce qui eft felon
pourtant
» l'exacte vérité. Telle eft l'énigme que
» forment les contradictions fréquentes
» que vous avez dû remarquer en eux ,
» foit dans leurs difcours , foit dans leurs
» lettres.... Quand je dis eux , c'eft fur-
» tout le jeune homme que j'entens . Car
» pour Julie , on n'en peut parler que
و د
par conjecture ; un voile de fageffe &
» d'honnêteté fait tant de replis autour
» de fon coeur , qu'il n'eft plus poffible à
» l'oeil humain d'y pénétrer ; pas même
» au fien propre .... Pour votre ami , je
» lui vois encore tous les fentimens qu'il
» eut dans fa premiere jeuneffe ; mais
je les vois fans avoir droit de m'en offenfer.
Ce n'eft pas de Julie de Wolmar
» qu'il eft amoureux ; c'eft de Julie d'E-
» tange ; il ne me hait point comme le
poffeffeur de la perfonne qu'il aime ,
» mais comme le raviffeur de celle qu'il
» a aimée. La femme d'un autre n'eft
point fa maîtreffe ; la mére de deux en
AVRIL. 1761. 117
"
fans n'eft point fon ancienne écolière.
» Il eft vrai qu'elle lui reffemble beau-
" coup , & qu'elle lui en rappelle fouvent
» le fouvenir ; il l'aima dans le temps paf-
"fé ; voilà le vrai mot de l'énigme ; ôtez-
» lui la mémoire , il n'aura plus d'amour...
» Le tems où le féparérent ces deux amans ,
» fut celui où leur paffion étoit au plus
» haut point de véhémence . Peut - être
» s'ils fuffent reftés plus longtems enfemble
, fe feroient- ils peu-à- peu refroidis;
» mais leur imagination vivement émue ,
» les a fans ceffe offerts l'un à l'autre ,
» tels qu'ils étoient à l'inftant de leur fé-
» paration. Le jeune homme ne voyant
point dans fa maîtreffe les changemens
» qu'y faifoit le progrès du temps , l'ai-
» moit telle qu'il l'avoit vue , &non pas
» telle qu'elle étoit . Pour le rendre heu-
» reux , il n'étoit pas queftion feulement
» de la lui donner , mais de la lui rendre
» au même âge , & dans les mêmes cir-
» conftances où elle s'étoit trouvée au
» temps de leurs premieres amours . La
"
moindre altération à tout cela , étoit
» autant d'ôté du bonheur qu'il s'étoit
promis . Elle eft devenue plus belle ;
» mais elle a changé ; ce qu'elle a gagné ,
tourne en ce fens à fon préjudice ; car
» c'eſt de l'ancienne & non pas d'une au
714 MERCURE DE FRANCE.
tre , qu'il eſt amoureux . Nous avons cité
ce grand morceau , parce qu'il nous a
paru contenir des idées très fubtiles, trèsneuves
, & en même temps très- vraies.
Nous ne rapportons rien de plufieurs lettres
très- longues fur la maniere de faire
valoir les biens de campagne , de gouverner
les domeftiques , fur la façon de traiter
les mendians & d'élever les enfans .
Ce font autant de Traités trop étendus
pour être cités en entier , & qu'on affoibliroit
en voulant les analyfer.
L'abfence de Wolmar penfa couter cher
à Julie. Sa maifon n'étoit pas éloignée du
lac,& Madame de Wolmar aimoit les promenades
fur l'eau . Elle y invita S. Preux,
& le vent pouffa le bateau vers les rochers
de Meillerie. C'étoit dans ce défert que
S. Preux étoit allé pleurer dix ans auparavant
, fes premieres peines caufées par
l'amour. C'est là qu'il avoit paffé des jours
fi triftes & fi délicieux , uniquement occupé
de la maîtreffe , dont il avoit été obligé
de fe féparer. Il avoit toujours defiré de
revoir cette retraite ; l'occafion de vifiter
ce lieu fi chéri , avec celle dont l'image
l'habitoit autrefois avec lui , fut le motif
de fa promenade . Il fe faifoit un plaifir de
montrer à Julie d'anciens monumens d'ume
paffion fi conftante & fi malheureuſe.
AVRIL. 1761 . If
"
Il n'eut pas de peine à l'y conduire . Il la
mena vers les rochers où fon chiffre étoit
gravé dans mille endroits ; en les voyant
il éprouva combien la préfence des objets
peut ranimer les fentimens violens dont on
fut agité.Ses diſcours fe reffentent de cette
véhémence : » & Julie , lui dit- il , voici les
lieux où foupira jadis pour toi , le plus
" fidéle amant du monde. Voici le féjour
» où ta chère image faifoit fon bonheur! ...
» fille conftamment aimée , ô toi , pour
qui j'étois né , faut-il me retrouver avec
" toi dans les mêmes lieux , & regretter le
»tems que j'y paffois à gémir de ton ab-
» fence ? » il alloit continuer ; mais Julie
lui prit la main , la ferta fans mot dire
& le regarda avec tendreffe, retenant avec
peine un foupir ; puis tout-à- coup détournant
la vue , & le tirant par le bras :
" allons-nous- en , mon ami , lui dit-elle ,
» d'une voix émue ; l'air de ce lieu n'eft
» pas bon pour moi. » Ils partirent en gémiffant
, mais fans fe parler ; & S. Preux
quitta ce trifte réduit , comme il auroit .
quitté Julie elle- même. Ils rentrérent dans
le bateau ; & là cet amant défefpéré rouloit
dans fon efprit des projets funeftes : fe
trouver auprès de Julie , la voir , la toucher
, lui parler , l'aimer , l'adorer , tout
cela lejettoit dans des accès de fureur &
TIG MERCURE DE FRANCE.
de rage, qui l'agitoient par degrés jufqu'au
défefpoir.Dans fon tranfport il fut violemment
tenté de la précipiter avec lui dans
les flots , & d'y finir dans fes bras fa vie &
fes tourmens. Cette horrible tentation devint
à la fin fi forte , qu'il fut obligé de
quitter brufquement la main de Julie ,
pour paffer à la pointe du bateau. Là fes
vives agitations commencérent à prendre
un autre cours ; un fentiment plus doux
s'infinua peu- à- peu dans fon âme ; il fe mit
à verfer des torrens de larmes , & l'attendriffement
furmonta le défeſpoir.
Le retour de M. de Wolmar rétablit
le calme dans le coeur des deux Amans.
Les foins domeftiques furent pour Julie
une diſtraction néceffaire ; & les converfations
entre M. de Wolmar , fa femme
& S. Preux fur des matieres de morale ,
éloignoient toutes les idées de l'amour.
Une de ces converfations roule fur l'éducation.
C'eft un Traité complet, où l'Auteur
expoſe fon fyftême fur un fujet auffi
important. Mais un point plus intéreffant
encore occupoit le coeur de Julie . Son
époux , qui ne négligeoit rien pour la
rendre la plus heureufe de toutes les femmes
, étoit la caufe d'un chagrin qui la
dévoroit . Cet homme fi fage , fi raifonnable
, fi loin de toute efpéce de vice , ne
AVRIL 1761 TI
croyoit rien de ce qui donne un prix aux
vertus ; & dans l'innocence d'une vie irréprochable
, il portoit au fond de fon
coeur l'affreufe paix des méchans. La réfléxion
qui naît de ce contrafte augmente
la douleur de Julie. Quel tourment pour
une tendre époufe , de vivre avec celui
qui partage fon exiſtence , & de ne pas
partager l'espoir qui la lui rend chère !
de fonger que le bonheur de celui qui
fait le fien , doit finir avec fa vie , & de
ne voir qu'un réprouvé , dans le pére de
fes enfans ! Un jour que l'entretien étoit
tombé fur des matiéres de religion
s'apperçut que Julie avoit difparu.
» De-
» vinez où elle eft , dit M. de Wolmar ?
» Sans doute , répondit S. Preux , elle eſt
» allée donner quelque ordre dans le
ménage. Non , reprit le mari , fuivez-
" moi , & vous verrez fi j'ai bien deviné.
On fe mit à marcher doucement ; on arriva
à la porte du cabinet de Madame de
Wolmar ; elle étoit fermée . On l'ouvrie
brufquement ; quel fpectacle ! on vit Julie
"
à
3 on
genoux , les mains jointes & toute en
larmes. Elle fe léve avec précipitation ,
s'éffuyant les yeux , fe cachant le vifage ,
& cherchant à s'échapper. Son mari ne
lui laiffa pas le temps de fuir. Il courut
à elle avec une efpéce de tranſport
,
18 MERCURE DE FRANCE.
» Chère époufe! lui dit-il en l'embraffant,
» l'ardeur même de tes voeux trahit ta
', caufe ; que leur manque
-t-il pour être
» éfficaces ? Va , s'ils étoient entendus
» ils feroient bientôt exaucés. Ils le feront
, lui dit-elle d'un ton ferme &
perfuadé . J'en ignore l'heure & l'occafion.
Puiffé-je l'acheter aux dépens de
» ma vie. Mon dernier jour feroit le mieux
> employé .
ود
Cette lettre très touchante eft fuivie de
plufieurs autres qui ne contiennent que
des détails domeftiques,jufqu'au départ de
S. Preux pour fuivre Milord Edouard en
Italie. Un rêve effrayant qu'il fait le premier
jour pendant la route , remplit fon
âme des idées les plus funeftes . Il croit voir
Julie au lit de la mort , le vifage couvert
d'un voile qu'il s'efforce en vain d'écarter.
Il s'éveille , fe rendort une feconde & une
troifiéme fois , & toujours ce fpectacle lugubre,
toujours ce même appareil de mort.
Sa frayeur eft fi forte , qu'il ne peut la
vaincré étant éveillé. Croyant avoir vu
Julie pour la derniére fois , il revient fur
fes pas , pour s'affurer qu'elle vit encore ;
il s'approche de la maifon de Madame de
Wolmar; il marche le long des murs du
jardin ; il l'entend parler avec Madame
Orbe ; il diftingue fa voix ; & il s'en reAVRIL.
1961: 113
tourne honteux de fon illufion . Il continue
fon voyage jufqu'à Rome avec Milord
Edouard qui avoit eu la complaifance de
fe prêter à fa foibleffe , pour diffiper le
frayeurs qui l'agitoient. Pendant fon abfence
, Julie propofe à Madame d'Orbe ,
qui avoit perdu fon mari , de fe remarier
avec S. Preux. Elle fait la même propofition
à ce dernier , qui lui répond : » ce
» n'eft pas affez que votre adorable coufine-
" foit aimée ; elle doit l'être comme vous.
>> Le fera- t- elle ? le peut- elle être , & dé-
" pend- il de moi de lui rendre fur ce point
» ce qui lui eft dû ? Ah ! fi vous vouliez
" m'unir avec elle , que ne me laiffiez - vous
» un coeur auquel elle infpirât des ſenti-
» mens nouveaux , dont il lui pût offrir
les prémices ! .... D'un ami tendre &
» reconnoiffant , elle auroit fait un mari
vulgaire ; gagneroit elle à cet échange ?
" Elle y perdroit doublement ; fon coeur
délicat & fenfible fentiroit trop cette
perte; & moi, comment fupporterois je
le fpectacle continuel d'une trifteffe dont
je ferois la caufe, & dont je ne pourrois
la guérir. Hélas ! j'en mourrois de dou-
» leur avant elle . Non , Julie , e ne ferai
point mon bonheur aux dépens du fien;
» je l'aime trop pour l'époufer . Mon bon-
2)
"
33
heur ! non ; ferois-je heureux , en ne la
A20 MERCURE DE FRANCE
"
» rendant pas heureufe ? L'un des deux
» peut-il fe faire un fort exclufif dans le
» ménage les biens , les maux n'y font-
" ils pas communs , malgré qu'on en ait ;
» & les chagrins qu'on fe donne l'un à l'au-
»tre , ne retombent - ils pas toujours fur
» celui qui les caufe? je ferois malheureux
» par les peines, fans être heureux par fes
>> bienfaits .
Tandis que Julie projettoit le mariage
de S. Preux & de Madame d'Orbe , M.
de Wolmar avoit d'autres vues fur ce jeune
homme. Son intention étoit de l'attirer
dans fa maiſon, de l'y fixer, & de lui confier
l'éducation de les enfans. Madame
d'Orbe devoit auffi y établir la demeure ;
& Milord Edouard avoit promis de venir
augmenter cette petite fociété ; mais la
mort de Julie , cette mort trop prévue
par le rêve de fon amant , vint déranger
tous ces projets . Dans une partie de
campagne, où Madame de Wolmar s'étoit
rendue avec toute fa famille , un de fes
enfans fit un faux pas, & tomba dans l'eau.
Julie qui l'apperçut , partit comme un
trait , & s'élança après lui . Elle fe débattit
en le ferrant entre fes bras. Il fallut du
tems pour les retirer. Le faififfement , la
chûte , l'état où elle étoit , tout concou
roit à faire craindre pour fa vie. Tous les
fecours
AVRIL. 1761. 121
fecours furent inutiles ; & le récit de fa
mort arrache des larmes. C'eft le fujet.
d'une lettre très - longue , mais très - touchante
que M. deWolmar écrit à S. Preux.
Julie laiffa en mourant une lettre pour ce
dernier , cette lettre n'étoit point cachetée
; elle avoit prié fon mari de la lire.
& de l'envoyer à S. Preux, s'il le jugeoit à
propos.En la rapportant ici , on verra dans .
quelle difpofition cette tendre Julie avoit
toujours été à l'égard de fon amant .
» Tout eft changé , lui dit elle : fouffions
>> ce changement fans murmure ; il vient
" d'une main plus fage que nous. Nous ne
fongions qu'à nous réunir ; cette réunion
" n'étoit pas bonne . C'eft un bienfait du
"Cielde l'avoir prévenue. Je me fuis long-
" tems fait illufion . Cette illufion me fut
» falutaire ; elle fe détruit au moment que
» je n'en ai plus befoin. Vous m'avez cru
"guérie, & j'ai cru l'être . Rendons grace
» à celui qui fit durer cette erreur autant
qu'il étoit utile'; qui fait fi me voyant fi
» près de l'abîme , la tête ne m'eût point
» tourné. Oui , j'eus beau vouloir étouf-
» fer le premier fentiment qui m'a fait
"
"
"3
vivre ; il s'eft concentrédans mon coeur ;
" il s'y réveille au moment qu'il n'eft plus
" à craindre il me foutient quand mes
" forces m'abandonnert ; il me ranime
II . Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
"
quand je me meurs. Je fais cet aveu
» fans honte ; ce fentiment refté malgré
» moi fut involontaire ; il n'a rien coûté à
» mon innocence : tout ce qui dépend de
» ma volonté fut pour mon devoir ; fi le
» coeur qui n'en dépend ppaass,,ffuutt pour vous,
» ce fut mon tourment , & non pas mon
» crime. J'ai fait ce que j'ai dû faire ; la
» vertu me refte fans tache , & l'amour
» m'eſt reſté fans remords. J'ofe m'ho-
» norėt du paffé ; mais qui m'eût répondu
» de l'avenir ? Un jour de plus , peut-être ,
» & j'étois coupable ! ... Toutes les épreu-
» ves ont été faites ; mais elles pouvoient
» trop revenir.... Je pars au moment fa-
" vorable , contente de vous & de moi....
Après tant de facrifices , je compte pour
» peu celui qui me refte à faire. Ce n'eft
» que mourir une fois de plus .... Adieu ,
» adieu... Hélas ! j'achève de vivre comme
j'ai commencé ; j'en dis trop peut- être
» en cemoment où le coeur ne déguiſe plus
» rien . Eh pourquoi craindrois- je d'expri-
» primer tout ce que je fens? Ce n'eft plus
» moi qui te parle ; je fuis déjà dans les
» bras de la mort ; quand tu verras cette
» lettre , les vers rongeront le vifage de
» ton amante & fon coeur , où tu ne feras
plus. Mais mon âme exiſteroit- elle fans
» toi ? Sans toi quelle félicité goûterois - je?
>>
>>
8
39
AVRIL. 1761. 123
Non je ne te quitte pas ; je vais t'atten-
» dre. La vertu qui nous fépare fur la ter-
» re , nous unira dans le féjour éternel . Je
» meurs dans cette douce attente ; trop
» heureuſe d'acheter au prix de ma vie ,
» le droit de t'aimer toujours fans crime ,
» & de te le dire encore une fois !
Dans cette même lettre Julie parloit
encore à S.Preux de fon mariage avec Madame
d'Orbe. Celle- ci invite cet amant défolé
à venir prendre foin de l'éducation
des enfans de Madame de Wolmar ; c'eft
un devoir que leur mere lui a impoſé
avant que de mourir : mais à l'égard du
mariage propofé , voici ce que Madame
d'Orbe dit a S. Preux? » Je fuis ingénue &
franche ;je ne veux rien diffimuler. J'ai
eu de l'amour pour vous , je l'avoue :
peut-être en ai - je encore. Peut- être en
» aurai-je toujours ; je ne le fçais ni ne
veux le fçavoir ; mais voici ce que j'ai
» à vous dire : c'eft qu'un homme qui fut
» aimé de Julie , & qui pourroit fe réfou-
» dre à en aimer une autre , n'eſt à mes
yeux qu'un indigne & un lâche , que je
» tiendrois à déshonneur d'avoir pour
ami. Et quant à moi , je vous déclare
que tout homme , quel qu'il puiffe être,
qui déformais m'ofera parler d'amour
ne m'en reparlera de fa vie. C'est par
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
cette lettre que finit le Roman de M,
Rouffeau , qui joint l'utilité de la morale ,
à l'intérêt des fituations .
SECOND EXTRAIT.
N ous avons vû S. Preux partir avec
PAmiral Anfon. Son voyage dura quatre
ans , pendant lefquels il parcourut toutes
les Nations de la tèrre. On ne peut qu'applaudir
aux divers tableaux qu'il nous préfente
à fon retour , & aux peintures qu'il
nous retrace de ces différens Peuples.
AVRIL. 1761 109
و ر
"
J'ai vû dabord l'Amérique méridionale,
ce vafte continent, que le manque
» de fer a foumis aux Européens , & dont
» ils ont faitun defert pour s'en affurer
l'empire. J'ai vû les côtes du Bréfil , où
» Lisbonne & Londres puifent leurs tréfors
, & dont les Peuples miférables fou-
» lent aux pieds l'or & les diamans , fans
" ofer y porter la main.... J'ai vû fur les
» rives du Méxique & du Pérou , le même
fpectacle que dans le Bréfil ; j'en ai vû les
>> rares & infortunés habitans , triftes ref-
» tes de deux puiffans Peuples , accablés
» de fers , d'opprobres & de miſére , au
> milieu de leurs riches métaux , repro-
>> cher au Ciel en pleurant , les tréfors
» qu'il leur a prodigués ..... J'ai côtoyé
" prèfque toute la partie occidentale de
» l'Amérique , non fans être frappé d'ad-
» miration , en voyant quinze cens lieues
» de côtes ›
& la plus grande Mer du
» Monde , fous l'empire d'une feule Puif-
» fance , qui tient , pour ainfi dire , en fa
>> main , les clefs d'un hémisphère du
» globe.... J'ai vû la plus nombreuſe & la
>> plus illuftre Nation de l'Univers , fou-
» mife à une poignée de brigands ; j'ai
» vû de près ce Peuple célébre , & n'ai
plus été furpris de le trouver efclave.
"
"
» Autant de fois conquis qu'attaqué , il
110 MERCURE DE FRANCE.
99
fut toujours en proie au premier vena,
& le fera jufqu'à la fin des fiécles. Je
» l'ai trouvé digne de fon fort , n'ayant
>> pas même le courage d'en gémir. Lettré
, lâche , hypocrite & charlatan , par
"
"
›
»
lant beaucoup fans rien dire; plein d'ef
» prit fans aucun génie ; abondant en fignes
, & ftérile en idées ; complimenteur
, adroit , fourbe & fripon ; qui met
tous les devoirs en étiquettes , toute
» la morale en fimagrées , & ne connoît
» d'autre humanité , que les falutations
& les révérences..... J'ai vu l'Europe
tramportée à l'extrémité de l'Afrique ,
par les foins de ce Peuple avare, patient
& laborieux , qui a vaincu par le tems
» & la conftance , des difficultés que l'hé
roïfme des autres Peuples n'a jamais
pû furmonter. J'ai vû ces vaftes & malheureufes
contrées , qui ne femblent
» deſtinées qu'à couvrir la tèrre de trou
peaux d'efclaves. A leur vil afpect , j'ai
» détourné les yeux de dêdain , d'horreur
» & de pitié, & voyant la quatrième par
tie de mes femblables , changée en bêtes
pour le fervice des autres , j'ai gémi
d'être homme.
C'eft ainfi qu'à fon retour , S. Preuse
rend compte à Madame d'Orbe des détails
de fon voyage. Pendant fan abſence, Ma
AVRIL. 1761 : T14
dame de Wolmar avoit ouvert fon coeur à
fon mari , & ne lui avoit rien caché de
fes amours . Cette marque d'une confiance
extrême , ne fit que lui rendre fon
épouſe plus chère ; & il n'en conçut que
plus d'eftime pour S. Preux. Il l'invite à
venir demeurer avec lui ; & dès ce moment
il lui jure une amitié inviolable.
Nous ne décrirons point ici , d'après M.
Rouffeau , tout ce qui fe paffe dans le
coeur de S. Preux & de Julie , lorfque
ces deux Amans fe trouvent enſemble
après une fi longue abfence. Ce font là)
de ces détails qu'il faut lire dans le Livre
même. Il faut y voir également la
réception que fait à S. Preux M. de Wol
mar, la vie que le premier méne dans cette
maifon , la manière dont il fe comporte
avec le mari , la femme, les enfans. M. de
Wolmar le laiffe feul durant huit jours,
avec Julie;& pendant fon abfence il écrit,
à Madame d'Orbe :»De vous dire que mes
jeunes gens font plus amoureux que ja◄
mais , ce n'eft pas fans doute une merveille
à vous apprendre. De vous affurer
au contraire qu'ils font parfaitement
guéris , vous fçavez ce que peuvent la
» Raifon , la Vertu ; ce n'eſt pas là non
» plus leur plus grand miracle ; mais que
299
ces deux oppofés foient vrais en même
112 MERCURE DE FRANCE.
35
» temps ; qu'ils brûlent plus ardemment
» que jamais l'un pour l'autre , & qu'il ne
régne plus entre eux qu'un honnête at-
» tachement ; qu'ils foient toujoursamans,
» & ne foient plus qu'amis , c'eft, je pen-
» fe , ce à quoi vous vous attendez moins ,
» ce que vous aurez plus de peine à comprendre
, & ce qui eft felon
pourtant
» l'exacte vérité. Telle eft l'énigme que
» forment les contradictions fréquentes
» que vous avez dû remarquer en eux ,
» foit dans leurs difcours , foit dans leurs
» lettres.... Quand je dis eux , c'eft fur-
» tout le jeune homme que j'entens . Car
» pour Julie , on n'en peut parler que
و د
par conjecture ; un voile de fageffe &
» d'honnêteté fait tant de replis autour
» de fon coeur , qu'il n'eft plus poffible à
» l'oeil humain d'y pénétrer ; pas même
» au fien propre .... Pour votre ami , je
» lui vois encore tous les fentimens qu'il
» eut dans fa premiere jeuneffe ; mais
je les vois fans avoir droit de m'en offenfer.
Ce n'eft pas de Julie de Wolmar
» qu'il eft amoureux ; c'eft de Julie d'E-
» tange ; il ne me hait point comme le
poffeffeur de la perfonne qu'il aime ,
» mais comme le raviffeur de celle qu'il
» a aimée. La femme d'un autre n'eft
point fa maîtreffe ; la mére de deux en
AVRIL. 1761. 117
"
fans n'eft point fon ancienne écolière.
» Il eft vrai qu'elle lui reffemble beau-
" coup , & qu'elle lui en rappelle fouvent
» le fouvenir ; il l'aima dans le temps paf-
"fé ; voilà le vrai mot de l'énigme ; ôtez-
» lui la mémoire , il n'aura plus d'amour...
» Le tems où le féparérent ces deux amans ,
» fut celui où leur paffion étoit au plus
» haut point de véhémence . Peut - être
» s'ils fuffent reftés plus longtems enfemble
, fe feroient- ils peu-à- peu refroidis;
» mais leur imagination vivement émue ,
» les a fans ceffe offerts l'un à l'autre ,
» tels qu'ils étoient à l'inftant de leur fé-
» paration. Le jeune homme ne voyant
point dans fa maîtreffe les changemens
» qu'y faifoit le progrès du temps , l'ai-
» moit telle qu'il l'avoit vue , &non pas
» telle qu'elle étoit . Pour le rendre heu-
» reux , il n'étoit pas queftion feulement
» de la lui donner , mais de la lui rendre
» au même âge , & dans les mêmes cir-
» conftances où elle s'étoit trouvée au
» temps de leurs premieres amours . La
"
moindre altération à tout cela , étoit
» autant d'ôté du bonheur qu'il s'étoit
promis . Elle eft devenue plus belle ;
» mais elle a changé ; ce qu'elle a gagné ,
tourne en ce fens à fon préjudice ; car
» c'eſt de l'ancienne & non pas d'une au
714 MERCURE DE FRANCE.
tre , qu'il eſt amoureux . Nous avons cité
ce grand morceau , parce qu'il nous a
paru contenir des idées très fubtiles, trèsneuves
, & en même temps très- vraies.
Nous ne rapportons rien de plufieurs lettres
très- longues fur la maniere de faire
valoir les biens de campagne , de gouverner
les domeftiques , fur la façon de traiter
les mendians & d'élever les enfans .
Ce font autant de Traités trop étendus
pour être cités en entier , & qu'on affoibliroit
en voulant les analyfer.
L'abfence de Wolmar penfa couter cher
à Julie. Sa maifon n'étoit pas éloignée du
lac,& Madame de Wolmar aimoit les promenades
fur l'eau . Elle y invita S. Preux,
& le vent pouffa le bateau vers les rochers
de Meillerie. C'étoit dans ce défert que
S. Preux étoit allé pleurer dix ans auparavant
, fes premieres peines caufées par
l'amour. C'est là qu'il avoit paffé des jours
fi triftes & fi délicieux , uniquement occupé
de la maîtreffe , dont il avoit été obligé
de fe féparer. Il avoit toujours defiré de
revoir cette retraite ; l'occafion de vifiter
ce lieu fi chéri , avec celle dont l'image
l'habitoit autrefois avec lui , fut le motif
de fa promenade . Il fe faifoit un plaifir de
montrer à Julie d'anciens monumens d'ume
paffion fi conftante & fi malheureuſe.
AVRIL. 1761 . If
"
Il n'eut pas de peine à l'y conduire . Il la
mena vers les rochers où fon chiffre étoit
gravé dans mille endroits ; en les voyant
il éprouva combien la préfence des objets
peut ranimer les fentimens violens dont on
fut agité.Ses diſcours fe reffentent de cette
véhémence : » & Julie , lui dit- il , voici les
lieux où foupira jadis pour toi , le plus
" fidéle amant du monde. Voici le féjour
» où ta chère image faifoit fon bonheur! ...
» fille conftamment aimée , ô toi , pour
qui j'étois né , faut-il me retrouver avec
" toi dans les mêmes lieux , & regretter le
»tems que j'y paffois à gémir de ton ab-
» fence ? » il alloit continuer ; mais Julie
lui prit la main , la ferta fans mot dire
& le regarda avec tendreffe, retenant avec
peine un foupir ; puis tout-à- coup détournant
la vue , & le tirant par le bras :
" allons-nous- en , mon ami , lui dit-elle ,
» d'une voix émue ; l'air de ce lieu n'eft
» pas bon pour moi. » Ils partirent en gémiffant
, mais fans fe parler ; & S. Preux
quitta ce trifte réduit , comme il auroit .
quitté Julie elle- même. Ils rentrérent dans
le bateau ; & là cet amant défefpéré rouloit
dans fon efprit des projets funeftes : fe
trouver auprès de Julie , la voir , la toucher
, lui parler , l'aimer , l'adorer , tout
cela lejettoit dans des accès de fureur &
TIG MERCURE DE FRANCE.
de rage, qui l'agitoient par degrés jufqu'au
défefpoir.Dans fon tranfport il fut violemment
tenté de la précipiter avec lui dans
les flots , & d'y finir dans fes bras fa vie &
fes tourmens. Cette horrible tentation devint
à la fin fi forte , qu'il fut obligé de
quitter brufquement la main de Julie ,
pour paffer à la pointe du bateau. Là fes
vives agitations commencérent à prendre
un autre cours ; un fentiment plus doux
s'infinua peu- à- peu dans fon âme ; il fe mit
à verfer des torrens de larmes , & l'attendriffement
furmonta le défeſpoir.
Le retour de M. de Wolmar rétablit
le calme dans le coeur des deux Amans.
Les foins domeftiques furent pour Julie
une diſtraction néceffaire ; & les converfations
entre M. de Wolmar , fa femme
& S. Preux fur des matieres de morale ,
éloignoient toutes les idées de l'amour.
Une de ces converfations roule fur l'éducation.
C'eft un Traité complet, où l'Auteur
expoſe fon fyftême fur un fujet auffi
important. Mais un point plus intéreffant
encore occupoit le coeur de Julie . Son
époux , qui ne négligeoit rien pour la
rendre la plus heureufe de toutes les femmes
, étoit la caufe d'un chagrin qui la
dévoroit . Cet homme fi fage , fi raifonnable
, fi loin de toute efpéce de vice , ne
AVRIL 1761 TI
croyoit rien de ce qui donne un prix aux
vertus ; & dans l'innocence d'une vie irréprochable
, il portoit au fond de fon
coeur l'affreufe paix des méchans. La réfléxion
qui naît de ce contrafte augmente
la douleur de Julie. Quel tourment pour
une tendre époufe , de vivre avec celui
qui partage fon exiſtence , & de ne pas
partager l'espoir qui la lui rend chère !
de fonger que le bonheur de celui qui
fait le fien , doit finir avec fa vie , & de
ne voir qu'un réprouvé , dans le pére de
fes enfans ! Un jour que l'entretien étoit
tombé fur des matiéres de religion
s'apperçut que Julie avoit difparu.
» De-
» vinez où elle eft , dit M. de Wolmar ?
» Sans doute , répondit S. Preux , elle eſt
» allée donner quelque ordre dans le
ménage. Non , reprit le mari , fuivez-
" moi , & vous verrez fi j'ai bien deviné.
On fe mit à marcher doucement ; on arriva
à la porte du cabinet de Madame de
Wolmar ; elle étoit fermée . On l'ouvrie
brufquement ; quel fpectacle ! on vit Julie
"
à
3 on
genoux , les mains jointes & toute en
larmes. Elle fe léve avec précipitation ,
s'éffuyant les yeux , fe cachant le vifage ,
& cherchant à s'échapper. Son mari ne
lui laiffa pas le temps de fuir. Il courut
à elle avec une efpéce de tranſport
,
18 MERCURE DE FRANCE.
» Chère époufe! lui dit-il en l'embraffant,
» l'ardeur même de tes voeux trahit ta
', caufe ; que leur manque
-t-il pour être
» éfficaces ? Va , s'ils étoient entendus
» ils feroient bientôt exaucés. Ils le feront
, lui dit-elle d'un ton ferme &
perfuadé . J'en ignore l'heure & l'occafion.
Puiffé-je l'acheter aux dépens de
» ma vie. Mon dernier jour feroit le mieux
> employé .
ود
Cette lettre très touchante eft fuivie de
plufieurs autres qui ne contiennent que
des détails domeftiques,jufqu'au départ de
S. Preux pour fuivre Milord Edouard en
Italie. Un rêve effrayant qu'il fait le premier
jour pendant la route , remplit fon
âme des idées les plus funeftes . Il croit voir
Julie au lit de la mort , le vifage couvert
d'un voile qu'il s'efforce en vain d'écarter.
Il s'éveille , fe rendort une feconde & une
troifiéme fois , & toujours ce fpectacle lugubre,
toujours ce même appareil de mort.
Sa frayeur eft fi forte , qu'il ne peut la
vaincré étant éveillé. Croyant avoir vu
Julie pour la derniére fois , il revient fur
fes pas , pour s'affurer qu'elle vit encore ;
il s'approche de la maifon de Madame de
Wolmar; il marche le long des murs du
jardin ; il l'entend parler avec Madame
Orbe ; il diftingue fa voix ; & il s'en reAVRIL.
1961: 113
tourne honteux de fon illufion . Il continue
fon voyage jufqu'à Rome avec Milord
Edouard qui avoit eu la complaifance de
fe prêter à fa foibleffe , pour diffiper le
frayeurs qui l'agitoient. Pendant fon abfence
, Julie propofe à Madame d'Orbe ,
qui avoit perdu fon mari , de fe remarier
avec S. Preux. Elle fait la même propofition
à ce dernier , qui lui répond : » ce
» n'eft pas affez que votre adorable coufine-
" foit aimée ; elle doit l'être comme vous.
>> Le fera- t- elle ? le peut- elle être , & dé-
" pend- il de moi de lui rendre fur ce point
» ce qui lui eft dû ? Ah ! fi vous vouliez
" m'unir avec elle , que ne me laiffiez - vous
» un coeur auquel elle infpirât des ſenti-
» mens nouveaux , dont il lui pût offrir
les prémices ! .... D'un ami tendre &
» reconnoiffant , elle auroit fait un mari
vulgaire ; gagneroit elle à cet échange ?
" Elle y perdroit doublement ; fon coeur
délicat & fenfible fentiroit trop cette
perte; & moi, comment fupporterois je
le fpectacle continuel d'une trifteffe dont
je ferois la caufe, & dont je ne pourrois
la guérir. Hélas ! j'en mourrois de dou-
» leur avant elle . Non , Julie , e ne ferai
point mon bonheur aux dépens du fien;
» je l'aime trop pour l'époufer . Mon bon-
2)
"
33
heur ! non ; ferois-je heureux , en ne la
A20 MERCURE DE FRANCE
"
» rendant pas heureufe ? L'un des deux
» peut-il fe faire un fort exclufif dans le
» ménage les biens , les maux n'y font-
" ils pas communs , malgré qu'on en ait ;
» & les chagrins qu'on fe donne l'un à l'au-
»tre , ne retombent - ils pas toujours fur
» celui qui les caufe? je ferois malheureux
» par les peines, fans être heureux par fes
>> bienfaits .
Tandis que Julie projettoit le mariage
de S. Preux & de Madame d'Orbe , M.
de Wolmar avoit d'autres vues fur ce jeune
homme. Son intention étoit de l'attirer
dans fa maiſon, de l'y fixer, & de lui confier
l'éducation de les enfans. Madame
d'Orbe devoit auffi y établir la demeure ;
& Milord Edouard avoit promis de venir
augmenter cette petite fociété ; mais la
mort de Julie , cette mort trop prévue
par le rêve de fon amant , vint déranger
tous ces projets . Dans une partie de
campagne, où Madame de Wolmar s'étoit
rendue avec toute fa famille , un de fes
enfans fit un faux pas, & tomba dans l'eau.
Julie qui l'apperçut , partit comme un
trait , & s'élança après lui . Elle fe débattit
en le ferrant entre fes bras. Il fallut du
tems pour les retirer. Le faififfement , la
chûte , l'état où elle étoit , tout concou
roit à faire craindre pour fa vie. Tous les
fecours
AVRIL. 1761. 121
fecours furent inutiles ; & le récit de fa
mort arrache des larmes. C'eft le fujet.
d'une lettre très - longue , mais très - touchante
que M. deWolmar écrit à S. Preux.
Julie laiffa en mourant une lettre pour ce
dernier , cette lettre n'étoit point cachetée
; elle avoit prié fon mari de la lire.
& de l'envoyer à S. Preux, s'il le jugeoit à
propos.En la rapportant ici , on verra dans .
quelle difpofition cette tendre Julie avoit
toujours été à l'égard de fon amant .
» Tout eft changé , lui dit elle : fouffions
>> ce changement fans murmure ; il vient
" d'une main plus fage que nous. Nous ne
fongions qu'à nous réunir ; cette réunion
" n'étoit pas bonne . C'eft un bienfait du
"Cielde l'avoir prévenue. Je me fuis long-
" tems fait illufion . Cette illufion me fut
» falutaire ; elle fe détruit au moment que
» je n'en ai plus befoin. Vous m'avez cru
"guérie, & j'ai cru l'être . Rendons grace
» à celui qui fit durer cette erreur autant
qu'il étoit utile'; qui fait fi me voyant fi
» près de l'abîme , la tête ne m'eût point
» tourné. Oui , j'eus beau vouloir étouf-
» fer le premier fentiment qui m'a fait
"
"
"3
vivre ; il s'eft concentrédans mon coeur ;
" il s'y réveille au moment qu'il n'eft plus
" à craindre il me foutient quand mes
" forces m'abandonnert ; il me ranime
II . Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
"
quand je me meurs. Je fais cet aveu
» fans honte ; ce fentiment refté malgré
» moi fut involontaire ; il n'a rien coûté à
» mon innocence : tout ce qui dépend de
» ma volonté fut pour mon devoir ; fi le
» coeur qui n'en dépend ppaass,,ffuutt pour vous,
» ce fut mon tourment , & non pas mon
» crime. J'ai fait ce que j'ai dû faire ; la
» vertu me refte fans tache , & l'amour
» m'eſt reſté fans remords. J'ofe m'ho-
» norėt du paffé ; mais qui m'eût répondu
» de l'avenir ? Un jour de plus , peut-être ,
» & j'étois coupable ! ... Toutes les épreu-
» ves ont été faites ; mais elles pouvoient
» trop revenir.... Je pars au moment fa-
" vorable , contente de vous & de moi....
Après tant de facrifices , je compte pour
» peu celui qui me refte à faire. Ce n'eft
» que mourir une fois de plus .... Adieu ,
» adieu... Hélas ! j'achève de vivre comme
j'ai commencé ; j'en dis trop peut- être
» en cemoment où le coeur ne déguiſe plus
» rien . Eh pourquoi craindrois- je d'expri-
» primer tout ce que je fens? Ce n'eft plus
» moi qui te parle ; je fuis déjà dans les
» bras de la mort ; quand tu verras cette
» lettre , les vers rongeront le vifage de
» ton amante & fon coeur , où tu ne feras
plus. Mais mon âme exiſteroit- elle fans
» toi ? Sans toi quelle félicité goûterois - je?
>>
>>
8
39
AVRIL. 1761. 123
Non je ne te quitte pas ; je vais t'atten-
» dre. La vertu qui nous fépare fur la ter-
» re , nous unira dans le féjour éternel . Je
» meurs dans cette douce attente ; trop
» heureuſe d'acheter au prix de ma vie ,
» le droit de t'aimer toujours fans crime ,
» & de te le dire encore une fois !
Dans cette même lettre Julie parloit
encore à S.Preux de fon mariage avec Madame
d'Orbe. Celle- ci invite cet amant défolé
à venir prendre foin de l'éducation
des enfans de Madame de Wolmar ; c'eft
un devoir que leur mere lui a impoſé
avant que de mourir : mais à l'égard du
mariage propofé , voici ce que Madame
d'Orbe dit a S. Preux? » Je fuis ingénue &
franche ;je ne veux rien diffimuler. J'ai
eu de l'amour pour vous , je l'avoue :
peut-être en ai - je encore. Peut- être en
» aurai-je toujours ; je ne le fçais ni ne
veux le fçavoir ; mais voici ce que j'ai
» à vous dire : c'eft qu'un homme qui fut
» aimé de Julie , & qui pourroit fe réfou-
» dre à en aimer une autre , n'eſt à mes
yeux qu'un indigne & un lâche , que je
» tiendrois à déshonneur d'avoir pour
ami. Et quant à moi , je vous déclare
que tout homme , quel qu'il puiffe être,
qui déformais m'ofera parler d'amour
ne m'en reparlera de fa vie. C'est par
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
cette lettre que finit le Roman de M,
Rouffeau , qui joint l'utilité de la morale ,
à l'intérêt des fituations .
Fermer
Résumé : JULIE, OU LA NOUVELLE HELOÏSE. SECOND EXTRAIT.
Dans 'Julie, ou la Nouvelle Héloïse' de Jean-Jacques Rousseau, Saint-Preux, de retour d'un voyage de quatre ans, relate à Madame d'Orbe l'exploitation des ressources naturelles et des populations locales en Amérique du Sud par les Européens, ainsi que l'horreur de l'esclavage en Europe et en Afrique. À son retour, il découvre que Madame de Wolmar a révélé leurs amours passées à son mari, qui lui propose une amitié inviolable. Saint-Preux et Julie ressentent des sentiments ambigus, oscillant entre amour et amitié, compliquant ainsi leur relation émotionnelle. Lors d'une promenade en bateau, Saint-Preux est submergé par ses souvenirs et ses sentiments pour Julie. Julie, bien que heureuse en mariage, est troublée par l'incrédulité religieuse de son mari. Plusieurs événements illustrent les tourments amoureux des personnages. Julie suggère à Saint-Preux de se remarier, mais il refuse, craignant de lui causer du malheur. Julie meurt après avoir sauvé un de ses enfants. Avant sa mort, elle écrit une lettre à Saint-Preux, y exprimant son amour inconditionnel et son dévouement à son devoir. Madame d'Orbe, qui avait des sentiments pour Saint-Preux, déclare qu'elle ne parlera jamais plus d'amour à quiconque. La lettre conclut le roman, combinant moralité et intérêt narratif.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3918
p. 134
« EXTRAIT du Projet de Paix perpétuelle de M. l'Abbé de S. Pierre, par J. J. [...] »
Début :
EXTRAIT du Projet de Paix perpétuelle de M. l'Abbé de S. Pierre, par J. J. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXTRAIT du Projet de Paix perpétuelle de M. l'Abbé de S. Pierre, par J. J. [...] »
EXTRAIT du Projet de Paix perpétuelle
de M. l'Abbé de S. Pierre , par J. J.
Rouffeau , Citoyen de Genève , in-12
avec une Eftampe de M. Cochin . Prix ,
1 liv. 4 f. broché . Se trouve à Paris , chez
Bauche , Quai des Auguftins , Duchefne ,
rue S. Jacques , & Lambert , rue de la Comédie.
1761.
de M. l'Abbé de S. Pierre , par J. J.
Rouffeau , Citoyen de Genève , in-12
avec une Eftampe de M. Cochin . Prix ,
1 liv. 4 f. broché . Se trouve à Paris , chez
Bauche , Quai des Auguftins , Duchefne ,
rue S. Jacques , & Lambert , rue de la Comédie.
1761.
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3919
p. 124-125
LETTRE, à l'Auteur du MERCURE. A Paris, ce 14 Mai 1761.
Début :
On a imprimé depuis peu, Monsieur, une Comédie intitulée Osaureus, qu'on dit [...]
Mots clefs :
Ouvrage allemand, M. Rousseau, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE, à l'Auteur du MERCURE. A Paris, ce 14 Mai 1761.
LETTRE , à l'Auteur du MERC U R E.
O
A Paris , ce 14 Mai 1761 .
Na imprimé depuis peu , Monfieur ,
une Comédie intitulée Ofaureus , qu'on dit
traduite de M. Rabener. Cette Comédie
eft une partie des Lettres de Julie ou de la
nouvelle Heloife mife en action . Ainfi en
la donnant pour la traduction d'un Quvra
ge Allemand , on accufe M. Rouffeau d'un
plagiat honteux. Je peux vous attefter que
JUIN. 1761
la prétendueComédie Allemande n'a jamais
exifté; & que l'Auteur de la Piéce Francoife
en eft convenu, & a dit pour excuſe, qué
c'étoit une plaifanterie. Cette plaifanterie,
d'un goût très-fingulier , eft une véritable
calomnie , qu'il eft important de détruire.
On a tâché d'arrêter le débit d'Ofaureus s
& il faut convenir que l'Auteur lui-même
a paru s'y prêter de bonne foi ; mais conme
il y avoit déjà desExemplaires diftribués
dans le Public , la réparation ne peut être
complette qu'en la rendant publique, dans
un Ouvrage auffi accrédité que le Mercure
de France .
J'ai l'honneur d'être &c.
O
A Paris , ce 14 Mai 1761 .
Na imprimé depuis peu , Monfieur ,
une Comédie intitulée Ofaureus , qu'on dit
traduite de M. Rabener. Cette Comédie
eft une partie des Lettres de Julie ou de la
nouvelle Heloife mife en action . Ainfi en
la donnant pour la traduction d'un Quvra
ge Allemand , on accufe M. Rouffeau d'un
plagiat honteux. Je peux vous attefter que
JUIN. 1761
la prétendueComédie Allemande n'a jamais
exifté; & que l'Auteur de la Piéce Francoife
en eft convenu, & a dit pour excuſe, qué
c'étoit une plaifanterie. Cette plaifanterie,
d'un goût très-fingulier , eft une véritable
calomnie , qu'il eft important de détruire.
On a tâché d'arrêter le débit d'Ofaureus s
& il faut convenir que l'Auteur lui-même
a paru s'y prêter de bonne foi ; mais conme
il y avoit déjà desExemplaires diftribués
dans le Public , la réparation ne peut être
complette qu'en la rendant publique, dans
un Ouvrage auffi accrédité que le Mercure
de France .
J'ai l'honneur d'être &c.
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Résumé : LETTRE, à l'Auteur du MERCURE. A Paris, ce 14 Mai 1761.
Le 14 mai 1761, une lettre informe le rédacteur du Mercure de France de la publication d'une comédie intitulée 'Osaureus', présentée comme une traduction de l'œuvre de M. Rabener. En réalité, cette comédie est une adaptation des 'Lettres de Julie ou de la nouvelle Héloïse' de Jean-Jacques Rousseau. L'auteur de la pièce a avoué que la prétendue comédie allemande n'existe pas, justifiant cela par une plaisanterie. Cette plaisanterie est considérée comme une calomnie. Des actions ont été entreprises pour stopper la diffusion de 'Osaureus', et l'auteur a collaboré à cet effort. Cependant, certains exemplaires ayant déjà été distribués, il est essentiel de publier une rectification dans le Mercure de France pour rétablir la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3920
p. 69-82
LETTRE à M. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, par un Bourgeois d'Estavaïé, Ville du Pays de Vaud en Suisse.
Début :
MONSIEUR, Vous êtes trop bon Citoyen pour ne pas recevoir [...]
Mots clefs :
Genève, Pays de Vaud, Suisse, Liberté, Conquête, Bourgeois, Province, Cantons, Fribourg, Suisses, M. Rousseau, Jules César, Helvétie, Citoyen, Berne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, par un Bourgeois d'Estavaïé, Ville du Pays de Vaud en Suisse.
LETTRE à M. ROUSSEAU , Citoyen
de Genève , par un Bourgeois d'Eftavaïe
, Ville du Pays de Vaud en Suiffe.
MONSIEU ONSIEUR ,
Vous êtes trop bon Citoyen pour ne
pas recevoir favorablement la Lettre que
j'ai l'honneur de vous adreffer : elle eſt
d'un Bourgeois d'Eftavaïé , Ville du Pays
de Vaud , affiffe fur la Rive Orientale du
Lac de Neufchatel, dans le canton de Fribourg.
Le hazard m'a fait ouvrir chez un ami
le premier volume de votre nouvelle Héloife
, dont la lecture n'eft pas de mon
état. A l'ouverture de ce Volume je fuis
tombé fur une apoftille capable de faire
de la peine à tous les Bourgeois du Pays
de Vaud elle eft au bas de la page 360 ,
& la voci.
» Le Pays de Vaud n'a jamais fait par-
» tie de la Suiffe : c'eft une conquête des
76 MERCURE DE FRANCE.
» Bernois , & fes Habitans ne font ni Ci-
» toyens , ni libres , mais fujets .
"
»
Je dois maintenir , autant qu'il eft en
moi , l'honneur & les prérogatives de
mon Pays : le Pays de Vaud n'a jamais
» fait partie de la Suiffe » ! Seroit - ce de
l'ancienne Suiffe, de l'Helvétie ? Céfar n'eſt
point de cet avis : ce Conquérant nous
apprend dans fes Commentaires , que » la
» derniere Ville des Allobroges , & la
plus prochaine des bornes de l'Helvé–
» tie , c'étoit Genêye ; que le Pont de cet-
» te Ville portoit par une de fes extrémi-
» tés fur l'Helvétie . ( a ) Or la partie de
l'Helvétie , qui avoifinoit Genève, & qui
s'étendoit jufqu'au Pont de cette Ville ,
c'eft la Province , qui depuis le huitiéme
fiécle fe nomme le Pays de Vaud. Il eſt
donc évident par ce premier trait des
Commentaires, que le Pays de Vaud a fait
partie de l'Helvétie , ou de l'ancienne
Suiffe dans le temps de la conquête des
Gaules.
De plus , l'Helvétie étoit partagée en
quatre Pays ou cantons dans ces mêmes
( a ) Extremum Oppidum Allobrogum eft, proximumque
Helvetiorum finibus Geneva : ex eo
Oppido Pons ad Helvetios pertinet. Cefar , Comin .
Lib 1.chap 5.
SEPTEMBRÉ. 1761 . 71
temps : (b ) deux des quatre occupoient
la Province , qu'on a appellée depuis le
Pays de Vaud. Avenche , Capitale du principal
canton , & même de la Nation
Helvétique au rapport de Tacite : ( c ) la
Ville d'Orbe ( d ) Capitale du canton de
fon nom font celle- ci au centre , l'autre
au Nord de cette Province.
Tous les critiques font d'accord au fujet
d'Avenche : les Inferiptions , les Médailles
, & les autres monumens que l'on
trouve encore fréquemment dans cette
Ville , & dans fes environs ; Tacite , qui
nous apprend , que l'Armée de Vitellius ,
après avoir faccagé ( e ) le Pays Helvétique
, marcha droit à cette Ville , Capitale
du Pays ; fon Siége Epifcopal établi dès
les premiers fiécles de l'Eglife , transferé
à Laufanne au commencement du feptićme
fiécle par Saint Maire , Auteur de la
Chronique de fon nom ; (f) les fignatures
de fes Evêques aux Conciles Nationaux
du premier Royaume de Bourgogne, leurs
Droits Seigneuriaux fur cette Ville , tout
( b ) Omnis civitas Helvetia in quatuor Pagos
divifa eft Caf. Comm . lib . 1. cap. 10. ( c ) Aventi
cum gentis caput Tacit. lib. 1. n°. 68 ( d ) Pagus
Urbigenus ou Verbigenus . Caf. ) ( e Tacit. ibid.
(f)Marius Aventicenfis : Il a figné au fecond
Concile de Châlon en Bourgogne Marius Epifcopus
Ecclefiæ Aventicæ.
72 MERCURE DE FRANCE.
a perpétué la mémoire de la fituation ď
venche & de fon canton. Cette Ville n'eſt
point la dernière du Pays de Vaud vers le
Nord : la Ville de Morat & plufieurs autres
lieux reculent encore plus loin les
bornes Septentrionales de cette Province.
( g )
Lecanton d'Orbe étoit également dans
le Pays de Vaud. ( h ) Je fçais que M. de
(g ) Wattev . hift . de la Confédération Helvétique
, Tom . 1. liv . 2. pag . 65 .
( h ) Le canton appellé Pagus Urbigenus ou
Verbigenus ne peut convenir qu'aux environs de
la rivière & de la Ville d'Orbe : ce mot latinifé de
Céfar, eft un compofé de deux mots Celtiques. *
Gen ou Gent fignifioit habitation dans cette langue
, comine Mag , qui fert de terminaifon à tant
de Villes, paroît fignifier un grand lieu , une Ville :
Ourb ou Querb paroît un nom de lieu ou
de rivière : Il n'y a dans toute la Suiffe aucun lieu ,
ni aucune rivière , qui approche de ce nom , que
la rivière & la Ville d'Orbe . Cette Ville étoit encore
confidérable fous la deuxième race des Rois
de France ; puifque Charlemagne y avoit un Château
de Plaifance ** On fçait d'ailleurs , que les
noms des principales rivières n'ont changé que par
la terminaifon latine.
Quant au mot Gen , plufieurs endroits de la
Celtique & du voifinage portent cette fyllabe, furtout
ceux qui font fitués fur des eaux , comme
* L'Abbé Lebeuf , Hift. du Dioc. de Paris , au mot
Gentilli.
** Delices de la Suiffe, Wattevil. ibid.
Bochat
SEPTEMBRE . 1761 . ཧརྟ
Bochat a transporté le canton appellé Urbigenus
Pagus, dans l'Argeu , ou l' Argou .
contrée arrolée par la rivière d'Aare :
mais la critique ne commet aucune injuftice
contre le Pays de Vaud ; à ce canton
elle fubftitue le canton nomnić Pagus Antuaticus
, qui occupoit faivant lui tout le
territoire depuis l'ancienne Abbaye d'Agaune
, ou de Saint Maurice fur les confins
du Vallais , jufqu'au pont de Genève
en tournant par Laufanne , & les rives
Juranes du Lac Léman . Quoiqu'il en foit
Genève , Geneva , Orléans , Genabum , tous les
Nogens , Gène , Genua dans la Gaule Citérieure
ou Cifalpine &c. Ce mot étoit probablement adoptif
dans la langue Celtique Les mots grecs
γένος & γίνομαι pouvoient y avoir donné lieu depuis
la defcente des Phocéens Céfar nous dit ,
qu'après la déroute des Helvétiens au paffage de
la Sône on trouva dans leur Camp le dénombrement
de leur Arnée en Lettres grecques :
Ces caractères étoient en ufage dans toutes les
Gaules .
*
Je me rappelle à ce propos que les étymologies
de Genève , refurées par M. Spon, Hiftoriographe
de cette Ville , font en effet toutes ridicules . Geneve
parcit venir le deux noms Celtiques Gen &
Eve on Ive , ou Abe comme dans les Villes citées
plus haut ce qui les a fouvent fait confondre dans
les fiécles du moyen âge : Ces dernières fyllabes
* Tabule Litteris Græcis confe& æ.
D
74
MERCURE DE FRANCE.
"
des fçavantes recherches de M. Bochat ;
( i ) Il fuffit à mon objet que cet habile
en différentes dialectes Celtiques paroiffent fignifier
de l'eau les mots grecs ev , mouiller ,
ag de l'eau en approchent beaucoup * : Dans
lequel cas le mot Genève fignifieroit en Celtique
habitation fur l'eau, comme Urbigenum, habitation
fur l'Orbe : Ivoire , Ivodorum , Eviam , Eviomagus
fur le Lac de Genève , & Iverdun , Ebrodunum ,
Ivonans , Ivonenfis Vicus fur le Lac de Neufchatet
, & ailleurs Lodève , Luteva fur la Lergues
& c. auroient la même fignification modifiée différemment.
Quant au Pays d'Argeu , ainfi nommé , parce
qu'il eft traversé par la rivière d'Aare jufqu'au
Rhin , c'eft un nom Germanique , bien poftérieur
au temps de Céfar. Cette contrée renferme une
partie des cantons d'Avenche , de Zurich ** des
Rauraciens , des Nantuates voifins des Alpes & du
Rhin : Auffi l'Argeu eft-il de trois Diocèfes , de
celui d'Avenche , transferé à Laufanne , de celui
d'Augft , Capitale des Rauraciens , *** transféré à
Bafle , de celui de Vindiſch , **** transféré à Conftance
: On fçait que les Diocèles ont confervé les
anciennes divifions des Pays : mais après avoir
trouvé la place de trois ou quatre peuples dans
l'Argeu , comment y placer le Pays Urbigenus Pa
gus ? L'Argeu n'eft pas affez confidérable. L'Antuaticus
feroit mieux rapporté aux cantons de Zug
***** Switz & environs .
( i ) Mémoire crit tique fur la Suiffe , Tom . I.
* Le mot Celtique Adour , qui s'eft confervé dans le
bas Breton , fignifie auffi de l'eau.
***
Pagus Tigurinus. Cef.
Augufta Rauracorum .
**** Vindoniffa on Vindiciæ Helvetim.
***** Tugium.
SEPTEMBRE. 1761 . 75
critique ait reconnu dans le pays de Vaud
deux cantons des quatre mentionnés par
Jules -Céfar : C'en eft affez pour conclure
que cette Province a toujours été une des
grandes parties de l'Helvétie.
Enfin pour comble d'évidence , César
nous apprend que les limites des Helvé
tiens fembloient avoir été tracées par la
nature même ( k ) : le Rhin les féparoit
» des Germains , le Mont Jura des Séqua-
» niens , le Lac de Genève & le Rhône de
la Province Romaine » : Si le Pays de
Vaud eft renfermé dans cette enceinte ;
il eft hors de doute , qu'il a fait partie de
l'ancien Pays des Suiffes : Or il n'eft rien
de plus évident : le Pays de Vaud eft borné
au couchant par le Mont-Jura , qui le
fépare des Séquaniens , ( 4 ) au midi par le
Lac Léman & le Rhône , qui le féparent
des anciens Véragres , Séduniens , & Allobroges
appellés notre Province par Céfar
,(m ) au Nord par le Pays d'Argeu , qui
( k Undique loci natura Helvetii continentur :
unâ ex parte flumine Rhono latiffimo atque altif
-fimo , qui agrum Helvetium à Germanis dividit :
alterâ ex parte monte jurâ altiffimo , qui eft inter
Sequanos & Helvetios : tertiâ lacu Lemano &
flumine Rhodano , qui Provinciam noftram ab
Helvetiis dividit Caf. comm . lib. 1. cap . 2.
(1 ) La Franche Comté .
(m ) Le haut & le bas Valais , la Savoye,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conduit les rivières du Pays de Vaud dans
le Rhin , enfin au Levant par les Alpes :
L'infpection de la Carte rend la chofe
palpable.
"
Que fignifie donc cette propofition ?
» Le Pays de Vaud n'a jamais fait partie
de la Suiffe » : Quel fens peut - on lui
donner ? Si on entend par la Suiffe l'ancienne
Helvétie , elle eft évidemment
fauffe.
La propofition ne gagne rien , s'il eft
queftion de la Suiffe moderne : depuis le
premier cri de la liberté à la fin de 1315 ,
le Corps Helvétique n'a pris fa confiftance
actuelle , que dans l'efpace de deux cent
vingt ans Fribourg & Soleure ne fe font
cantonnés qu'en 1481 , Bafle & Schaffhouſe
en 1501 , Appenfel en 15 13 , enfin
le Pays de Vaud s'eft réunis aux cantons
de Berne , & de Fribourg en 1535 ,
& 36 , c'eft-à-dire , 3 ; ans après l'union
de Bafle & de Schaffhoufe au Corps Helvérique
, & 23 ans après celle d'Appen
fel. Parce que Fribourg & Soleure n'ont
fait corps avec les autres cantons que cent
foixante fix ans après la première Confédération
Helvétique , Bafle , Schaffhouſe &
Appentel prefque deux cent ans après cette
même époque ; dira- t - on , que ces cantons
n'ont jamais fait partie de la Suiffe
SEPTEMBRE. 1761. 77
:
moderne ? Parce que la Guienne , la Normandie
, & d'autres Provinces ont été
long - temps poffédées par les Rois d'Angleterre
dira-t - on , que ces Provinces
n'ont jamais fait partie du Royaume de
France ? De quel il regarderiez -vous de
emblables raifonnemens Il y a deux cent
quarante huit ans , qu'Appenfel fait partie
de la Suiffe moderne : il y en a deux
cent vingt -cinq , que le Pays de Vaud en
fait une bien plus grande partie : c'eſt une
différence de 23 ans : mais dans l'efpace
de plufieurs fiécles , & lorfqu'une Républi
que s'établit , cet intervalle ne doit faire
aucune fenfation . En bonne Phyfique , les
grands corps ne fçauroient prendre toutleurs
affiétes : Concluons donc ,
Monfieur , que le Pays de Vaud a toujours
fait partie de la Suiffe . Cette propofition
eft l'antipode de la vôtre : Auffi faut-il
avouer que l'Apoftille pafferoit pour romanefque
, fi elle étoit dans le texte , &
fi l'intérêt du Roman l'éxigeoit .
à coup
Mais , dira t- on , les Sénats Souverains
de Berne & de Fribourg font tirés des
Bourgeois de ces deux Capitales , & non
pas du Pays de Vaud : donc le Pays de
Vaud n'a jamais fait partie de la Suiffe .
Si cette conféquence eft bonne ; j'ai droit
de tirer celle- ci : Donc tout ce qui n'eft
D iij
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe. Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » C'est-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : "
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) » Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'est - à dire , efclaves.
Ne diroit-on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reſſemblant
qui pourra jamais reconnoître la fageffe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté . Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ) .
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exiſté
au fiècle de Jules - Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe. Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets : ceux-
>
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoſtille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'est- àdire
, fans doute , les Bernois ſe ſont emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : »
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) " Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eft - à dire , efclaves.
Ne diroit-on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers Dans un tableau fi peu reffemblant
qui pourra jamais reconnoître la ſageſſe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ) .
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exifté
au fiècle de Jules -Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe . Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale ,
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
(n` Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneu
ries : celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel,
1
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'est-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : "
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoifie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eſt - à dire , efclaves .
Ne diroit- on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reſſemblant
qui pourra jamais reconnoître la fageffe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ).
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exifté
au fiècle de Jules -Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe. Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
>
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
: celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi.
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'eſt-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes .
Ses Habitans ne font point Citoyens : »
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eft
pas connu en Suiffe ) » Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eft -à dire , efclaves .
Ne diroit- on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reffemblant
qui pourra jamais reconnoître la ſageſſe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignifi
cation en Suiffe & ailleurs : Les conquêtes
des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761. 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ).
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exiſté
au fiècle de Jules - Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables (o ). Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe . Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrionale
de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent .
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
>
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift . de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
: celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
So MERCURE DE FRANCE .
ci nommoient leurs Magiftrats àla pluralité
des fuffrages , comme cela fe pratique
encore ; leurs affaires à décider ne fortoient
point du Pays ; les plus importantes
fe difcutoient , fe terminoient à l'affemblée
générale de la Province, qui pour
le reffort du Duc de Savoye ,, fe tenoit à
Moudon ( p ) , Ville au centre du Pays de
Vaud ; point de troupes étrangères à leur
folde ; leurs propres armes étoient leur
défenfe ; point de Gouverneurs impérieux
& tyranniques ; leur coûtume étoit leur
Loi fondamentale ; que manquoit- il à leur
liberté Ils en jouiffoient avant que leur
voifins & leurs frères opprimés euffent fecoué
le joug. A cette heureufe fituation
joignez le penchant , qui porte naturellement
à aimer fon Souverain : c'en eft affez
pour réfifter à de nouvelles entrepriſes .
Mais le Zuinglianiſme , qui s'établiſfoit
partout à l'abri des Etendarts Bernois
, & au bruit du canon , achevoit d'aliéner
les efprits ; & liberté pour liberté ,
ils aimoient mieux conferver leur Religion.
De -là vient que les Fribourgeois attachés
au Chriftianifme , tel qu'on l'avoit
toujours profeffé , n'éprouvérent pas la
(p ) Ruchat , hift. de la Réform.
SEPTEMBRE . 1761. 81
même réſiſtance dans la partie du Pays de
Vaud , qui eft de leur canton : fans coup
férir, ils s'accrurent des Comtés de Gruieres
& de Romont , des Seigneuries d'Eſtavaïé
, de Bulle , de Rue , de Vaulru, de
Chatel Saint Denis &c . La voie de négociation
fit tous les frais de la conquête de
ces derniers .
L'Apoftille décide , que les Habitans
» du Pays de Vaud ne font pas Citoyens.
Ils ne font pas , il eft vrai , Bourgeois de
Berne & de Fribourg ; mais réciproquement
les Bourgeois de ces deux Villes
n'ont pas le droit de Bourgeoisie dans le
Pays de Vaud : Un membre même des Sénats
Souverains de Berne & de Fribourg
quelque qualifié qu'il foit , eft fujet à la liberté
des fuffrages de ceux du Pays de
Vaud , dont il recherche la Combourgeoi
fie.
"
?
Enfin les Habitans du Pays de Vaud
» ne font pas libres , mais fujets. » Ils
font fujets , & ils s'en félicitent : donc ils
ne font pas libres. L'induction paroît toutà-
fait fingulière. Ne trouveriez - vous la li
berté que dans l'Anarchie ? Les Suiffes
même l'abjuteroient à cette condition :
j'oſe me perfuader , que vous l'abjureriez
vous -même comme une fource de licences.
En effet l'amour filial, le dévoûment ,
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
le refpect , dont vous donnez des marques
au Sénat Souverain de Genève dans un de
vos écrits , vous annoncent comme un des
meilleurs Sujets de cette République .
Mais pourquoi mettez - vous en oppofition
la liberté & la fujettion ? C'est un
paradoxe qu'un Bourgeois d'Eftavaïé ne
fçauroit demêler ; fa Philofophie ne va
pas jufques - là.
Je m'en tiens à foutenir avec évidence
'de caufe , qu'en Suiffe , comme à Genève ,
tous les individus font fujets ; que les deux
cent, qui compofent le Confeil Souverain
d'un grand canton , poffédent en corps
la
Souveraineté ; que les Bourgeois du Pays
de Vaud font dans leur Pays, comme tous
les autres Sujets des treize cantons ; qu'ils
ont la même liberté ; que la fageffe , qui
régle la liberté, réfide , il eft vrai , principalement
dans le Sénat : mais que le Pays
de Vaud eft un des bras les plus puiffans
de la Suiffe pour la foutenir , pour la dé
fendre , & pour la venger.
J'ai l'honneur d'être &c .
A. J. G. Bourgeois d'ESTAVAIE
de Genève , par un Bourgeois d'Eftavaïe
, Ville du Pays de Vaud en Suiffe.
MONSIEU ONSIEUR ,
Vous êtes trop bon Citoyen pour ne
pas recevoir favorablement la Lettre que
j'ai l'honneur de vous adreffer : elle eſt
d'un Bourgeois d'Eftavaïé , Ville du Pays
de Vaud , affiffe fur la Rive Orientale du
Lac de Neufchatel, dans le canton de Fribourg.
Le hazard m'a fait ouvrir chez un ami
le premier volume de votre nouvelle Héloife
, dont la lecture n'eft pas de mon
état. A l'ouverture de ce Volume je fuis
tombé fur une apoftille capable de faire
de la peine à tous les Bourgeois du Pays
de Vaud elle eft au bas de la page 360 ,
& la voci.
» Le Pays de Vaud n'a jamais fait par-
» tie de la Suiffe : c'eft une conquête des
76 MERCURE DE FRANCE.
» Bernois , & fes Habitans ne font ni Ci-
» toyens , ni libres , mais fujets .
"
»
Je dois maintenir , autant qu'il eft en
moi , l'honneur & les prérogatives de
mon Pays : le Pays de Vaud n'a jamais
» fait partie de la Suiffe » ! Seroit - ce de
l'ancienne Suiffe, de l'Helvétie ? Céfar n'eſt
point de cet avis : ce Conquérant nous
apprend dans fes Commentaires , que » la
» derniere Ville des Allobroges , & la
plus prochaine des bornes de l'Helvé–
» tie , c'étoit Genêye ; que le Pont de cet-
» te Ville portoit par une de fes extrémi-
» tés fur l'Helvétie . ( a ) Or la partie de
l'Helvétie , qui avoifinoit Genève, & qui
s'étendoit jufqu'au Pont de cette Ville ,
c'eft la Province , qui depuis le huitiéme
fiécle fe nomme le Pays de Vaud. Il eſt
donc évident par ce premier trait des
Commentaires, que le Pays de Vaud a fait
partie de l'Helvétie , ou de l'ancienne
Suiffe dans le temps de la conquête des
Gaules.
De plus , l'Helvétie étoit partagée en
quatre Pays ou cantons dans ces mêmes
( a ) Extremum Oppidum Allobrogum eft, proximumque
Helvetiorum finibus Geneva : ex eo
Oppido Pons ad Helvetios pertinet. Cefar , Comin .
Lib 1.chap 5.
SEPTEMBRÉ. 1761 . 71
temps : (b ) deux des quatre occupoient
la Province , qu'on a appellée depuis le
Pays de Vaud. Avenche , Capitale du principal
canton , & même de la Nation
Helvétique au rapport de Tacite : ( c ) la
Ville d'Orbe ( d ) Capitale du canton de
fon nom font celle- ci au centre , l'autre
au Nord de cette Province.
Tous les critiques font d'accord au fujet
d'Avenche : les Inferiptions , les Médailles
, & les autres monumens que l'on
trouve encore fréquemment dans cette
Ville , & dans fes environs ; Tacite , qui
nous apprend , que l'Armée de Vitellius ,
après avoir faccagé ( e ) le Pays Helvétique
, marcha droit à cette Ville , Capitale
du Pays ; fon Siége Epifcopal établi dès
les premiers fiécles de l'Eglife , transferé
à Laufanne au commencement du feptićme
fiécle par Saint Maire , Auteur de la
Chronique de fon nom ; (f) les fignatures
de fes Evêques aux Conciles Nationaux
du premier Royaume de Bourgogne, leurs
Droits Seigneuriaux fur cette Ville , tout
( b ) Omnis civitas Helvetia in quatuor Pagos
divifa eft Caf. Comm . lib . 1. cap. 10. ( c ) Aventi
cum gentis caput Tacit. lib. 1. n°. 68 ( d ) Pagus
Urbigenus ou Verbigenus . Caf. ) ( e Tacit. ibid.
(f)Marius Aventicenfis : Il a figné au fecond
Concile de Châlon en Bourgogne Marius Epifcopus
Ecclefiæ Aventicæ.
72 MERCURE DE FRANCE.
a perpétué la mémoire de la fituation ď
venche & de fon canton. Cette Ville n'eſt
point la dernière du Pays de Vaud vers le
Nord : la Ville de Morat & plufieurs autres
lieux reculent encore plus loin les
bornes Septentrionales de cette Province.
( g )
Lecanton d'Orbe étoit également dans
le Pays de Vaud. ( h ) Je fçais que M. de
(g ) Wattev . hift . de la Confédération Helvétique
, Tom . 1. liv . 2. pag . 65 .
( h ) Le canton appellé Pagus Urbigenus ou
Verbigenus ne peut convenir qu'aux environs de
la rivière & de la Ville d'Orbe : ce mot latinifé de
Céfar, eft un compofé de deux mots Celtiques. *
Gen ou Gent fignifioit habitation dans cette langue
, comine Mag , qui fert de terminaifon à tant
de Villes, paroît fignifier un grand lieu , une Ville :
Ourb ou Querb paroît un nom de lieu ou
de rivière : Il n'y a dans toute la Suiffe aucun lieu ,
ni aucune rivière , qui approche de ce nom , que
la rivière & la Ville d'Orbe . Cette Ville étoit encore
confidérable fous la deuxième race des Rois
de France ; puifque Charlemagne y avoit un Château
de Plaifance ** On fçait d'ailleurs , que les
noms des principales rivières n'ont changé que par
la terminaifon latine.
Quant au mot Gen , plufieurs endroits de la
Celtique & du voifinage portent cette fyllabe, furtout
ceux qui font fitués fur des eaux , comme
* L'Abbé Lebeuf , Hift. du Dioc. de Paris , au mot
Gentilli.
** Delices de la Suiffe, Wattevil. ibid.
Bochat
SEPTEMBRE . 1761 . ཧརྟ
Bochat a transporté le canton appellé Urbigenus
Pagus, dans l'Argeu , ou l' Argou .
contrée arrolée par la rivière d'Aare :
mais la critique ne commet aucune injuftice
contre le Pays de Vaud ; à ce canton
elle fubftitue le canton nomnić Pagus Antuaticus
, qui occupoit faivant lui tout le
territoire depuis l'ancienne Abbaye d'Agaune
, ou de Saint Maurice fur les confins
du Vallais , jufqu'au pont de Genève
en tournant par Laufanne , & les rives
Juranes du Lac Léman . Quoiqu'il en foit
Genève , Geneva , Orléans , Genabum , tous les
Nogens , Gène , Genua dans la Gaule Citérieure
ou Cifalpine &c. Ce mot étoit probablement adoptif
dans la langue Celtique Les mots grecs
γένος & γίνομαι pouvoient y avoir donné lieu depuis
la defcente des Phocéens Céfar nous dit ,
qu'après la déroute des Helvétiens au paffage de
la Sône on trouva dans leur Camp le dénombrement
de leur Arnée en Lettres grecques :
Ces caractères étoient en ufage dans toutes les
Gaules .
*
Je me rappelle à ce propos que les étymologies
de Genève , refurées par M. Spon, Hiftoriographe
de cette Ville , font en effet toutes ridicules . Geneve
parcit venir le deux noms Celtiques Gen &
Eve on Ive , ou Abe comme dans les Villes citées
plus haut ce qui les a fouvent fait confondre dans
les fiécles du moyen âge : Ces dernières fyllabes
* Tabule Litteris Græcis confe& æ.
D
74
MERCURE DE FRANCE.
"
des fçavantes recherches de M. Bochat ;
( i ) Il fuffit à mon objet que cet habile
en différentes dialectes Celtiques paroiffent fignifier
de l'eau les mots grecs ev , mouiller ,
ag de l'eau en approchent beaucoup * : Dans
lequel cas le mot Genève fignifieroit en Celtique
habitation fur l'eau, comme Urbigenum, habitation
fur l'Orbe : Ivoire , Ivodorum , Eviam , Eviomagus
fur le Lac de Genève , & Iverdun , Ebrodunum ,
Ivonans , Ivonenfis Vicus fur le Lac de Neufchatet
, & ailleurs Lodève , Luteva fur la Lergues
& c. auroient la même fignification modifiée différemment.
Quant au Pays d'Argeu , ainfi nommé , parce
qu'il eft traversé par la rivière d'Aare jufqu'au
Rhin , c'eft un nom Germanique , bien poftérieur
au temps de Céfar. Cette contrée renferme une
partie des cantons d'Avenche , de Zurich ** des
Rauraciens , des Nantuates voifins des Alpes & du
Rhin : Auffi l'Argeu eft-il de trois Diocèfes , de
celui d'Avenche , transferé à Laufanne , de celui
d'Augft , Capitale des Rauraciens , *** transféré à
Bafle , de celui de Vindiſch , **** transféré à Conftance
: On fçait que les Diocèles ont confervé les
anciennes divifions des Pays : mais après avoir
trouvé la place de trois ou quatre peuples dans
l'Argeu , comment y placer le Pays Urbigenus Pa
gus ? L'Argeu n'eft pas affez confidérable. L'Antuaticus
feroit mieux rapporté aux cantons de Zug
***** Switz & environs .
( i ) Mémoire crit tique fur la Suiffe , Tom . I.
* Le mot Celtique Adour , qui s'eft confervé dans le
bas Breton , fignifie auffi de l'eau.
***
Pagus Tigurinus. Cef.
Augufta Rauracorum .
**** Vindoniffa on Vindiciæ Helvetim.
***** Tugium.
SEPTEMBRE. 1761 . 75
critique ait reconnu dans le pays de Vaud
deux cantons des quatre mentionnés par
Jules -Céfar : C'en eft affez pour conclure
que cette Province a toujours été une des
grandes parties de l'Helvétie.
Enfin pour comble d'évidence , César
nous apprend que les limites des Helvé
tiens fembloient avoir été tracées par la
nature même ( k ) : le Rhin les féparoit
» des Germains , le Mont Jura des Séqua-
» niens , le Lac de Genève & le Rhône de
la Province Romaine » : Si le Pays de
Vaud eft renfermé dans cette enceinte ;
il eft hors de doute , qu'il a fait partie de
l'ancien Pays des Suiffes : Or il n'eft rien
de plus évident : le Pays de Vaud eft borné
au couchant par le Mont-Jura , qui le
fépare des Séquaniens , ( 4 ) au midi par le
Lac Léman & le Rhône , qui le féparent
des anciens Véragres , Séduniens , & Allobroges
appellés notre Province par Céfar
,(m ) au Nord par le Pays d'Argeu , qui
( k Undique loci natura Helvetii continentur :
unâ ex parte flumine Rhono latiffimo atque altif
-fimo , qui agrum Helvetium à Germanis dividit :
alterâ ex parte monte jurâ altiffimo , qui eft inter
Sequanos & Helvetios : tertiâ lacu Lemano &
flumine Rhodano , qui Provinciam noftram ab
Helvetiis dividit Caf. comm . lib. 1. cap . 2.
(1 ) La Franche Comté .
(m ) Le haut & le bas Valais , la Savoye,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conduit les rivières du Pays de Vaud dans
le Rhin , enfin au Levant par les Alpes :
L'infpection de la Carte rend la chofe
palpable.
"
Que fignifie donc cette propofition ?
» Le Pays de Vaud n'a jamais fait partie
de la Suiffe » : Quel fens peut - on lui
donner ? Si on entend par la Suiffe l'ancienne
Helvétie , elle eft évidemment
fauffe.
La propofition ne gagne rien , s'il eft
queftion de la Suiffe moderne : depuis le
premier cri de la liberté à la fin de 1315 ,
le Corps Helvétique n'a pris fa confiftance
actuelle , que dans l'efpace de deux cent
vingt ans Fribourg & Soleure ne fe font
cantonnés qu'en 1481 , Bafle & Schaffhouſe
en 1501 , Appenfel en 15 13 , enfin
le Pays de Vaud s'eft réunis aux cantons
de Berne , & de Fribourg en 1535 ,
& 36 , c'eft-à-dire , 3 ; ans après l'union
de Bafle & de Schaffhoufe au Corps Helvérique
, & 23 ans après celle d'Appen
fel. Parce que Fribourg & Soleure n'ont
fait corps avec les autres cantons que cent
foixante fix ans après la première Confédération
Helvétique , Bafle , Schaffhouſe &
Appentel prefque deux cent ans après cette
même époque ; dira- t - on , que ces cantons
n'ont jamais fait partie de la Suiffe
SEPTEMBRE. 1761. 77
:
moderne ? Parce que la Guienne , la Normandie
, & d'autres Provinces ont été
long - temps poffédées par les Rois d'Angleterre
dira-t - on , que ces Provinces
n'ont jamais fait partie du Royaume de
France ? De quel il regarderiez -vous de
emblables raifonnemens Il y a deux cent
quarante huit ans , qu'Appenfel fait partie
de la Suiffe moderne : il y en a deux
cent vingt -cinq , que le Pays de Vaud en
fait une bien plus grande partie : c'eſt une
différence de 23 ans : mais dans l'efpace
de plufieurs fiécles , & lorfqu'une Républi
que s'établit , cet intervalle ne doit faire
aucune fenfation . En bonne Phyfique , les
grands corps ne fçauroient prendre toutleurs
affiétes : Concluons donc ,
Monfieur , que le Pays de Vaud a toujours
fait partie de la Suiffe . Cette propofition
eft l'antipode de la vôtre : Auffi faut-il
avouer que l'Apoftille pafferoit pour romanefque
, fi elle étoit dans le texte , &
fi l'intérêt du Roman l'éxigeoit .
à coup
Mais , dira t- on , les Sénats Souverains
de Berne & de Fribourg font tirés des
Bourgeois de ces deux Capitales , & non
pas du Pays de Vaud : donc le Pays de
Vaud n'a jamais fait partie de la Suiffe .
Si cette conféquence eft bonne ; j'ai droit
de tirer celle- ci : Donc tout ce qui n'eft
D iij
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe. Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » C'est-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : "
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) » Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'est - à dire , efclaves.
Ne diroit-on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reſſemblant
qui pourra jamais reconnoître la fageffe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté . Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ) .
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exiſté
au fiècle de Jules - Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe. Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets : ceux-
>
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoſtille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'est- àdire
, fans doute , les Bernois ſe ſont emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : »
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) " Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eft - à dire , efclaves.
Ne diroit-on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers Dans un tableau fi peu reffemblant
qui pourra jamais reconnoître la ſageſſe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ) .
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exifté
au fiècle de Jules -Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe . Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale ,
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
(n` Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneu
ries : celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel,
1
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi .
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'est-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes.
» Ses Habitans ne font point Citoyens : "
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoifie , ( car le mot de Citoyen n'eſt
pas connu en Suiffe ) Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eſt - à dire , efclaves .
Ne diroit- on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reſſemblant
qui pourra jamais reconnoître la fageffe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignification
en Suiffe & ailleurs : Les conquê
tes des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761 . 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ).
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exifté
au fiècle de Jules -Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables ( o ) . Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe. Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrio
nale de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent.
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift. de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
>
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
: celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
78 MERCURE DE FRANCE:
point Bourgeois de Berne , de Fribourg &
des autres Capitales des grands cantons ,
n'a jamais fait partie de la Suiffe . Ce Pays
feroit étonné d'être réduit à une fi petite
étendue Cette dernière conféquence eft
ridicule la premiere l'eft auffi.
Le Pays de Vaud , » ajoute l'Apoftille ,
» eft une conquête des Bernois » : C'eſt-àdire
, fans doute , les Bernois fe font emparés
de ce Pays par la force des Armes .
Ses Habitans ne font point Citoyens : »
les Bernois les ont donc privés du droit de
Bourgeoisie , ( car le mot de Citoyen n'eft
pas connu en Suiffe ) » Ils ne font point
libres , mais fujets , » ou bien ils font fujets
fans être libres , c'eft -à dire , efclaves .
Ne diroit- on pas que quelque Conquérant
Afiatique a mis le Pays de Vaud dans les
fers ? Dans un tableau fi peu reffemblant
qui pourra jamais reconnoître la ſageſſe
du Gouvernement Helvétique , & le caractère
dominant de la Nation ? Le terme
de conquête n'a pas la même fignifi
cation en Suiffe & ailleurs : Les conquêtes
des Suiffes ne font qu'une extenfion de
la liberté. Bellinzone , Lugan , & Locarne
, conquête des Suiffes fur la Duché de
Milan , fentirent trop bien le prix de la
liberté , pour ne pas s'attacher inviolableSEPTEMBRE.
1761. 79
ment à leurs nouveaux Maîtres ( n ).
Les Bernois porterent à la vérité leurs
armes dans le Pays de Vaud en 1535 :
Deux raifons importantes empêchoient
ce Pays de concourir à faire renaître l'ancienne
Helvétie telle , qu'elle avoit exiſté
au fiècle de Jules - Céfar.
La première étoit que cette Province
jouiffoit d'une parfaite liberté fous la fouveraineté
du Duc de Savoye , de l'Evêque
de Laufanne , & de quelques autres Maifons
confidérables (o ). Telle a été &
telle eft encore la liberté de la Comté de
Neufchatel fous la fouveraineté de fes
Princes , & en dernier lieu des Rois de
Pruffe . Pendant que les Tell , les Stauffach
, les Furft , les Melchtal , ces braves
Auteurs de la liberté , voyoient avec larmes
leurs Concitoyens gémir fous le poids
de la tyrannie dans la Partie Septentrionale
de la Suiffe ; la Partie Méridionale
qui eft le Pays de Vaud , refpiroit un air
bien différent .
Le Domaine des Princes étoit partout
diftingué du patrimoine des Sujets ceux-
>
(n Mezerai à l'année 1515. Wattev : hift . de
la Confédération Helvet. à l'année 1500.
( o ) La Maiſon de Châlon en plufieurs Seigneuries
: celle de Hochberg dans la Comté de Neufchatel.
Div
So MERCURE DE FRANCE .
ci nommoient leurs Magiftrats àla pluralité
des fuffrages , comme cela fe pratique
encore ; leurs affaires à décider ne fortoient
point du Pays ; les plus importantes
fe difcutoient , fe terminoient à l'affemblée
générale de la Province, qui pour
le reffort du Duc de Savoye ,, fe tenoit à
Moudon ( p ) , Ville au centre du Pays de
Vaud ; point de troupes étrangères à leur
folde ; leurs propres armes étoient leur
défenfe ; point de Gouverneurs impérieux
& tyranniques ; leur coûtume étoit leur
Loi fondamentale ; que manquoit- il à leur
liberté Ils en jouiffoient avant que leur
voifins & leurs frères opprimés euffent fecoué
le joug. A cette heureufe fituation
joignez le penchant , qui porte naturellement
à aimer fon Souverain : c'en eft affez
pour réfifter à de nouvelles entrepriſes .
Mais le Zuinglianiſme , qui s'établiſfoit
partout à l'abri des Etendarts Bernois
, & au bruit du canon , achevoit d'aliéner
les efprits ; & liberté pour liberté ,
ils aimoient mieux conferver leur Religion.
De -là vient que les Fribourgeois attachés
au Chriftianifme , tel qu'on l'avoit
toujours profeffé , n'éprouvérent pas la
(p ) Ruchat , hift. de la Réform.
SEPTEMBRE . 1761. 81
même réſiſtance dans la partie du Pays de
Vaud , qui eft de leur canton : fans coup
férir, ils s'accrurent des Comtés de Gruieres
& de Romont , des Seigneuries d'Eſtavaïé
, de Bulle , de Rue , de Vaulru, de
Chatel Saint Denis &c . La voie de négociation
fit tous les frais de la conquête de
ces derniers .
L'Apoftille décide , que les Habitans
» du Pays de Vaud ne font pas Citoyens.
Ils ne font pas , il eft vrai , Bourgeois de
Berne & de Fribourg ; mais réciproquement
les Bourgeois de ces deux Villes
n'ont pas le droit de Bourgeoisie dans le
Pays de Vaud : Un membre même des Sénats
Souverains de Berne & de Fribourg
quelque qualifié qu'il foit , eft fujet à la liberté
des fuffrages de ceux du Pays de
Vaud , dont il recherche la Combourgeoi
fie.
"
?
Enfin les Habitans du Pays de Vaud
» ne font pas libres , mais fujets. » Ils
font fujets , & ils s'en félicitent : donc ils
ne font pas libres. L'induction paroît toutà-
fait fingulière. Ne trouveriez - vous la li
berté que dans l'Anarchie ? Les Suiffes
même l'abjuteroient à cette condition :
j'oſe me perfuader , que vous l'abjureriez
vous -même comme une fource de licences.
En effet l'amour filial, le dévoûment ,
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
le refpect , dont vous donnez des marques
au Sénat Souverain de Genève dans un de
vos écrits , vous annoncent comme un des
meilleurs Sujets de cette République .
Mais pourquoi mettez - vous en oppofition
la liberté & la fujettion ? C'est un
paradoxe qu'un Bourgeois d'Eftavaïé ne
fçauroit demêler ; fa Philofophie ne va
pas jufques - là.
Je m'en tiens à foutenir avec évidence
'de caufe , qu'en Suiffe , comme à Genève ,
tous les individus font fujets ; que les deux
cent, qui compofent le Confeil Souverain
d'un grand canton , poffédent en corps
la
Souveraineté ; que les Bourgeois du Pays
de Vaud font dans leur Pays, comme tous
les autres Sujets des treize cantons ; qu'ils
ont la même liberté ; que la fageffe , qui
régle la liberté, réfide , il eft vrai , principalement
dans le Sénat : mais que le Pays
de Vaud eft un des bras les plus puiffans
de la Suiffe pour la foutenir , pour la dé
fendre , & pour la venger.
J'ai l'honneur d'être &c .
A. J. G. Bourgeois d'ESTAVAIE
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Résumé : LETTRE à M. ROUSSEAU, Citoyen de Genève, par un Bourgeois d'Estavaïé, Ville du Pays de Vaud en Suisse.
Un bourgeois d'Estavayer, dans le Pays de Vaud, conteste une affirmation de 'La Nouvelle Héloïse' de Jean-Jacques Rousseau selon laquelle le Pays de Vaud n'a jamais fait partie de la Suisse et que ses habitants sont sujets des Bernois. L'auteur de la lettre soutient que le Pays de Vaud appartenait à l'ancienne Helvétie, citant César qui mentionne que Genève était proche des bornes de l'Helvétie. Il souligne que l'Helvétie était divisée en quatre cantons, dont deux occupaient la région du Pays de Vaud, avec Avenche et Orbe comme capitales. Des preuves archéologiques et des témoignages historiques, comme ceux de Tacite et de Marius d'Avenche, corroborent cette appartenance. Le texte explore les étymologies celtiques et germaniques des noms de lieux et les divisions administratives historiques de la région. Il critique l'idée que le Pays de Vaud n'a jamais fait partie de la Suisse moderne, affirmant que les dates de rattachement des cantons ne doivent pas être considérées isolément. Le Pays de Vaud a été conquis par les Bernois en 1535, privant ses habitants de droits comme celui de bourgeoisie. Avant cette conquête, le Pays de Vaud jouissait d'une grande liberté sous la souveraineté du Duc de Savoie, de l'Évêque de Lausanne et d'autres maisons nobles. Le texte discute également des conquêtes suisses et de l'influence du zuinglianisme, qui a poussé les habitants à préférer conserver leur religion plutôt que leur ancienne liberté. Il explore la notion de liberté et de sujétion dans le Pays de Vaud et en Suisse, soulignant que les habitants du Pays de Vaud se perçoivent comme sujets mais bénéficient des mêmes libertés que les autres sujets des treize cantons et participent activement à la défense de la Suisse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3921
p. 92-129
OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ D'AMATEURS, sur les Tableaux exposés au Sallon cette année 1761 ; tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE de M. l'Abbé DELAPORTE. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; Borchure in-12 de 72 pages, prix, 21 sols.
Début :
CETTE Société d'Amateurs, soit qu'elle existe réellement, soit qu'elle ne serve que [...]
Mots clefs :
Tableau, Peintre, Amateurs, Tableaux, Salon, Observations, Vérité, Public, Tête, Art, Parties, Nature, Arts, Attention, Talents, Genre, Figure, Morceau, Ouvrages, Mérite, Manière, Artistes, Sentiment, Force, Effet, Yeux, Connaisseurs, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ D'AMATEURS, sur les Tableaux exposés au Sallon cette année 1761 ; tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE de M. l'Abbé DELAPORTE. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; Borchure in-12 de 72 pages, prix, 21 sols.
OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ
D'AMATEURS , fur les Tableaux
expofés au Sallon cette année 2761 ;
tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE
de M. l'Abbé DELAPORTE.
A Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques, au Temple
du Goût ; Brochure in-12 . de 72 pages
, prix , 21 fols.
CETTE Société d' Amateurs ,ſoit qu'elle
exifte réellement , foit qu'elle ne ferve que
de voile à un feul Auteur , a commencé les
obfervations en 1759 fur diverfes productions
modernes des Arts. M. l'Abbé Delaporte
en a mis au jour quelques Morceaux
en différens temps dans fon Journal . Dès
qu'elles parurent , elles attirérent affez l'attention
des Artiſtes , pour exciter des dif
cuffions, où la fatalité des difputes polémi
ques avoit femé de l'aigreur , tan fis que
Public y voyoit avec affez d'étonnement ,
des connoillances dans les Arts plus profondes
qu'on ne vouloit en montrer, & plus
le
OCTOBRE. 1761 . 93
qu'on n'en fuppoſoit même à des Gens de
Lettres ; en même temps qu'on y reconnoiffoit
dans le ftyle , un talent exercé , & une
méthode de raifonnement fupérieure à ce
que laiffe de loifir aux Artiftes l'exercice de
leurs études ordinaires.
Les dernières obfervations de cette Société
, imprimées féparément dans cette
Brochure , portent fpécialement fur le dernier
Sallon . Il nous a paru qu'en général
le Public y avoit trouvé des vues d'Artiftes
& de Connoiffeurs délicats , préſentées
avec l'ordre & l'agrément des talens littéraires
; une convenance de ftyle analogue
aux divers fujets dont on y rend compte ;
de la Philofophie même dans la recherche
du rapport des effets avec leurs caufes, dans
plufieurs Morceaux de Peinture &de Sculpture
; enfin , ce qui nous a déterminés
pardeffus tour à en faire mention , une
modération très- louable , juſques dans les
critiques , & un fi fage tempérament d'éloges
& de cenfures , que les Artistes même
qui en font l'obiet , ne pourroient ni
affecter de refufer l'éloge , ni fe formaliſer
de la cenfure . Nous copierons plufieurs endroits
en entier , pour laiffer juger de ce
que nous venons de dire : nous commencerons
par le préambule qui eft à la tête
de ces remarques.
94 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» Cette révolution de deux années , qui
» conftamment ouvre dans le Palais de nos
» Rois , le tréfor public des Arts , paroif-
» foit à notre impatience plus intéreffante
» que jamais. Nous penfions bien le
que
goût naturel de la Nation , l'émulation
" animée par les regards du Souverain , la
» libérale curiofité de quelques Connoif-
»feurs diftingués , & furtout la vigilante
bienfaifance d'un Mécène , plus protec-
» teur encore par amour que par état, ſuf-
» firoient fans le fecours de la paix , pour
> entretenir avec éclat les travaux de nos
» Artiſtes : mais nous ne nous attendions
» pas , que tandis que l'Europe gémit fous
» le poids d'une guerre dont nous fuppor-
» tons le plus grand fardeau , Paris verroit
» de nouveaux progrès dans les Arts , &
» une auffi fomptueufe abondance de leurs
plus belles productions.
"
"
و د
Le refte de cette courte Préface annonce
l'intention de l'Auteur fur l'impartialité
& fur la modération dans les jugemens.
MM. les Amateurs commencent par
l'examen du Tableau de M. Dumont, fait à
l'occafion de la Paix publiée en 1749. Ils
remarquent que le Peintre a traité le Sujet
plus dans le genre de l'Hiftoire , que dans
la fervile exactitude du Portrait . Ils donnent
des éloges à la fermeté du pinceau
OCTOBRE. 1761. 95
de l'Artiſte , à la belle & fage diftribution
des lumières , ainfi qu'à l'heureufe difpofition
des Groupes . Ils décrivent très- clairement
l'allégorie qui enrichit une partie de
ce Tableau ;ils en juftifient l'alliage avec la
repréſentation naturelle des autres perfonnages
, par l'exemple des compofitions de
Rubens. En feignant de répondre à ceux
auxquels cette forte de mêlange répugne ,
& en autorifant les Peintres par l'ufage des
Sculpteurs dans les Statues , ils font adroitement
fentir l'abfurdité de l'abus , par lequel
» la poſtérité verra les Rois de Fran-
» ce des 17 & 18 ° fiécles , fous les vête-
» mens des Héros de la Gréce & de Rome.
Si ces figures , fouvent ifolées & par
conféquent fans aucun rapport allégorique
, confondent ainsi, au gré des Sculp
» teurs , les temps , les lieux , les perfon-
" nes , pourquoi les Peintres n'auroient- ils
»pas le même droit , furtout lorfqu'il s'agit
d'enrichir une compofition qui pour..
» roit devenir trop froide fans le fecours de
l'allégorie ? Notre filence à l'égard de ces
» ftatues , eft fans doute un reproche que
"nous aurions à nous faire , fi la confidé-
» ration due à des chefs-d'oeuvre,& les mé-
» nagemens convenables pour les grands .
» Artiſtes qui les produifent , n'exigeoient
» de nous des hommages plutôt que des
» leçons .
"
"
>
96 MERCURE DE FRANCE
A la fuite de quelques remarques fur la
vérité de couleur dans quelques parties
de ce Tableau , & fur ce qu'on defireroit ,
d'après le Public , plus de richeffes & moins
d'âpreté dans la figure du Héros qui défigne
le Souverain , on finit cet article en difant :
» Ces légères critiques , dont on n'honore-
» roit point un ouvrage médiocre , n'enlè-
» vent rien à ce Tableau , de ce qui doit
» le faire confidérer comme une belle &
fçavante production d'un de nos plus
» habiles Maîtres , & comme un morceau
» très digne de fon honorable deftination .
"
و و
»
Nous croirions dérober un des plus
agréables tributs de l'admiration due à M.
Carle Van-Loo , fi nous ne rapprochions
pas en entier le premier article des Obfervations
fur fes Tableaux. » Le pinceau
» de ce Peintre , auffi précieux à l'oeil
» du Connoiffeur , qu'agréable à celui du
vulgaire , a enrichi le fuperbe fpectacle
» du Sallon de plufieurs fcènes , qui toutes
» méritent cette attention qu'on donne
» ordinairement à fes ouvrages . Mais un
» attrait univerfel ramène toujours à celui
» qui représente un jeune Eſpagnol lifant
» ' n Roman à deux jeunes filles , qui pa-
» roiffent être les deux fours . Au caractère
» d'intérêt qu'elles y prennent , on recon-
» noît le genre du Livre ; cette lecture fait
naître
OCTOBRE. 1761. 97
» naître en elles un fentiment vif & neuf ,
par lequel on pénétre jufqu'aux idées
» tumultueufes dont fe rempliffent ces
jeunes têtes. La mère affife à quelque
» diſtance, fufpend fon ouvrage pour écou-
» ter: fon attention eft fenfiblement dif-
» férente de celle de fes filles . On remar-
» que bien en elle ce goût pour les avan-
» tures amoureuſes , commun à toutes les
perfonnes de fon fexe ; mais ce qui eft
exprimé dans les jeunes foeurs, ne paroît
» dans la mère , qu'une curiofité caulée
» par la réminifcence ; ou fi l'on y foupçonne
quelque fentiment , c'eft celui du
» regret. Une troifiéme foeur , encore enfant
, faifant voltiger un oifeau au bout
» d'un fil , fans prendre aucun intérêt à la
» lecture , donne le dernier trait de vérité
» à cette fcène piquante dans fa fimplici-
>>
"
ן כ
→
té , & rendue plus intéreffante fur la
» toile , qu'elle ne le feroit peut être dans
» la nature . Au mérite de cette agréable
compofition le joignent les parties les
plus admirables de la Peinture . Un ac-
» cord harmonieux des tons ne gêne ni
» n'altére la vérité des couleurs locales
» dans les carnations , les étoffes & les
"
fites. Ce même gracieux , ce même fua-
» ve fur lequel la vue fe repofe fi volup-
» tueulement dans tous les Tableaux da
II. Vol E
98 MERCURE DE FRANCE.
7
•
» même Peintre , eft allié dans celui - ci , à
» une force fupérieure de coloris . Une
transparence générale en embellit tous
» les objets. Les plans y font diftincte-
» ment déterminés. La vue paffe aisément
» dans toutes les parties . L'air circule au-
» tour de tous les corps . En un mot , tout
» nous a paru charmant dans cette agréa-
» ble compofition .
On donne ici au Tableau du même Peintre
, qui repréfente une Offrande à l'Amour
, & à celui de l'Amour menaçant ,
des éloges différens & convenables à chacun
de ces Morceaux. On obſerve dans
celui de la Madelaine pénitente , que la
claire des Spectateurs qui fans connoiffances
détaillées fe croit Juge des convenances
, n'a pas trouvé les fignes de pénitence
affez indiqués dans la Madelaine . » D'au-
» tres vont jufqu'à defirer dans la tête
» cette expreffion de douleur & d'atténua-
» tion établies fur les ruines d'une Beauté
voluptueufe dont on verroit encore les
"
>> traces .
Si l'on doit applaudir à la juſteſſe des
vues de MM . les Amateurs , & à la délicateffe
du tour dont ils ornent leurs obfervations
, on doit leur tenir plus compte
encore de l'attention avec laquelle ils vont
fubitement à la défenfe du célèbre Artifte .
OCTOBRE. 1761. 99
"
C'eft ainfi , ajoutent-ils auffitôt , que
la critique trop facile à confeiller , perd
» de vue la difficulté de l'exécution ; par-
» ce qu'elle aura vû quelquefois des mira-
» cles de l'effort humain , elle en exige
» toujours de nouveaux . » Ce que prend
eccafion de dire l'Auteurdes Obfervations ,
fur les critiques honnêtes que l'on fait des
ouvrages des Artiftes , nous paroît fi fage
& fi inftructif , que nous ne pouvons nous
difpenfer de le copier , d'autant qu'il raméne
à un fentiment honorable pour le
Tableau de M. Vanloo .
و ر
» Le grand Artiſte fçait mieux que nous,
> apprécier ces fortes de difcuffions . Il les
»reſpecte & en profite, fi elles ont quelque
» fondement; il les néglige & ne s'en offen-
Girelles
» fe pas ,
à faux. Mais dans
portent
» aucun cas elles ne peuvent altérer fa
gloire , ni empêcher que l'on n'admire ,
» entr'autres perfections de cet ouvrage, le
» beau vaporeux qui y regne. Il n'eft peut-
» être aucun de ceux qui ont fait toutes
» ces remarques , qui ne defirât être l'Au-
» teur ou le poffelfeur de ce morceau .
">
Parmi le petit nombre de morceaux
qu'a expofés M. Boucher ( ce font les expreffions
de MM. les Amateurs ) ils diftinguent
un petit Tableau ovale qui repréfente
une Paftorale. Ils louent beaucoup
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
l'agrément des caractères de tête, le facile
enchaînement du grouppe, la vérité de couleur
locale dans les étoffes , la légèreté &
le naturel des draperies . Ils affectent officieuſement
d'infifter fur la force de couleur
& fur l'empâtement , qui en effet diftinguent
ce Tableau . Ils n'obmettent pas
le bel accord des tons qui lui procure un
agréable effet.
On a pu juger du ftyle pittorefque de
ces Obfervations, par ce que nous en avons
rapporté fur le Tableau de la Lecture de
M. Carlo-Vanloo . Les Amateurs , ou leur
redacteur peignent à l'efprit du Lecteur ce
que leurs yeux ont vû dans les Tableaux ,
& ils le peignent quelquefois comme on
defireroit le voir. Ils ne privent pas M.
Boucher du bon office de leur talent , en
rendant compte de deux autres petits Tableaux
, dont l'un repréfente Jupiter fous
figure de Diane , trompant une trop
crédule Nymphe , & l'autre des Nymphes
endormiesfurpriſes par un Satyre.On ne
remarque rien à l'égard de l'Art fur ces
deux Tableaux , finon que M. Boucher
» voit ordinairement la nature dans un
ور
point de beauté , dont elle n'eſt qu'idéą-
» lement fufceptible, » Remarque agréable
pour ce Peintre , mais dont la fineffe n'échappera
pas aux Connoifleurs . Celle du
pinceau littéraire de nos Obfervateurs fe
OCTOBRE. 1761. 161
laiffe pénétrer dans ce que nous allons copier.
» Les Nymphes endormies , autre Ta-
» bleau du même Auteur , offrent à dé-
» couvert les charmes les plus féducteurs
» de la nature ; tandis que le Satyre qui
les furprend , préfente l'image de l'ar-
»dent & fombre defir , fous une vieille
"peau tannée. Son regard enflammé dé-
» céle ce qu'il médite , & profane déja ce
qu'il contemple. On ne fçait à qui ap-'
partient ce Tableau ; mais plus d'un
»homme pourroit fervir de modéle à ce
Satyre.
On juftifie un autre Tableau du même
Maître, dans lequel un grand nombre d'ob .
jets , au rapport des Obfervateurs , ne préfente
aucun Sujet déterminé , en difant de
M. Boucher , que le Peintre des graces eft
auffi le Peintre de tous les genres. Ils qualifient
ce Tableau : » Un admirable rudi-
» ment de peinture , enrichi des meilleurs
» exemples fur toutes les parties que ren-
»ferme cet Art. » Nous ne pouvons paffer
une réfléxion vive & judicieufe à l'occafion
du peu d'ouvrages de ce Peintre au Sallon .
Pourquoi les Artiftes les plus chers à
» ce même Public , Juge fouverain , & vé-
>> ritable maître des talens , paroîtroient - ils
» en négliger le fuffrage ? L'amitié flatte
E iij
102. MERCURE DE FRANCE.
» & careffe ; l'opulence paye ; le feul Pu-
» blic couronne. Qui dédaigneroit ce prix,
» ne feroit pas digne de le mériter.
Les Tableaux de M. Pierre occupent .
enfuite l'attention de nos Amateurs : fur
celui qui repréſente un Chrift defcendu de
la Croix, voici comme ils s'excufent de pro
noncer . » Nous ne pouvons rien rapporter .
» ni des jugemens du Public , ni de nos.
ni - de
»propres opinions fur quelques- uns de ces .
» fortes d'ouvrages . Lorfque les fujets en
»font convenablement traités pour fuffire
» à la piété des Fidéles ou doit croire .
ן כ
qu'ils ont atteint le principal but de leur
» deſtination . Il eft vrai que le réſultat des
» principes des Arts , doit être d'offrir au
» Public des chofes qui lui plaifent ; mais
" il eft dans ces mêmes Arts , des mystères
» qui lui font affez inconnus , pour qu'il
» ne puiffe pas toujours juger du mérite
» de leurs pratiques.
de
Dans le Jugement de Paris , Tableau
21 pieds de large fur 14 de haut , cette
Société penfe que l'étendue eft trop vafte
pour la scène qu'on y repréfente , & que
cet inconvénient fait perdre , dans l'effet
général , le mérite que l'on reconnoît &
que l'on applaudit dans l'exécution pittorefque
de bien des parties . On defireroit
encore dans ces Obfervations , que le fils.
OCTOBRE. 1761. 103
de Priam fût reconnoiffable par le cofume
Phrygien dans fes vêtemens . On défapprouve
l'ufage de repréfenter les Bergers
Poëtiques , tantôt comme nos Paftres modernes
& nationaux tantôt comme les
Bergers de Théâtre. D'ailleurs on y donne
à la figure de Vénus des éloges bien mérités
, ainfi qu'à la jufteffe & à l'accord des
tons , à la fageffe & à la tranquillité du
coloris , lequel felon cette Obfervation
» fans monotonie ne laiffe rien dominer, en
» faifant tout valoir. » Enfin on annonce
ce Tableau comme très eſtimable pour les
Connoiffeurs .
Ce que l'on remarque fur la Décolation
de S. Jean , autre Tableau du même Artifte
, mérite d'être rapporté en entier.
Le fujet est très - bien conçu . Le Peintre
» a judicieuſement éludé l'aspect répugnant
» d'un col , d'où le fang doit jaillir enco-
» re la poſition du perfonnage qui vient
» d'exécuter l'ordre du Tyran , cache cer-
» te partie dégoûtante. Le refte du cada-
» vre , très-bien peint, eft deffiné avec une
» fineffe admirable. L'horreur qu'inſpire
» naturellement un femblable fpectacle ,
» eft ingénieufement exprimée dans la fi-
" gure de la femme , à qui on préfente la
» tête du Saint. La fcène eft nette, quoi-
22 que bien remplie ; & le fite , qui eft l'ex-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ور
» térieur d'une prifon , ne laiffe rien à de-
» firer de ce qui peut completter la vérité
» & les convenances. Nous nous flattons
» de n'être démentis par aucun Amateur
»impartial , fur l'éloge que nous donnons
» à cet ouvrage.
"
Un Tableau de M. Hallé repréfentant la
prédication de S. Vincent de Paul , eft
bien détaillé , & les beautés en font fenties
& remarquées par la Société , comme
elles l'ont été par l'Auteur des remarques
fur les Tableaux dans le précédent Mercure
.
S. Germain donnant une Médaille à
Sainte Geneviève , Tableau de M. Vien ,
fait dire avec plaifir à la Société , » que la
réputation qu'il s'eft acquife par les pre- *
» miers ouvrages , étoit plus l'effet de la
réalité de fes talens , que de la préven-
» tion de quelques Connoiffeurs.
Au jugement des Amateurs, ceTableau eft
» en général lumineux & d'un grand effet :
» les maffes des vêtemens facrés font ri-
» ches , de grande manière , & d'un bon
ton , &c. Après avoir applaudi à la juſteffe
des caractères dans les têtes des principaux
perfonnages , ils terminent fur ce
Tableau, en difant. » Les beautés de l'exé-
» cution marquent autant de préciſion
» dans la pratique que dans l'efprit de l'Au-
33
>> teur.
و د
OCTOBRE. 1761 . 101
A l'occafion d'un autre Tableau de M.
Vien , repréfentant une jeune Grecque
qui orne un vafe de bronze avec une
guirlande de fleurs ; après beaucoup d'é-
Toges pour le Peintre & pour le goût de
l'antique dont il a cherché à fe rapprocher
dans ce petit Morceau, nos Amateurs
conviennent qu'aux yeux d'un grand nom
bre de Spectateurs la févérité des principes
pourroit fe confondre avec la froideur
de l'expreffion , fi l'on adoptoit
toujours ce genre. » Pour bien juger ,
» ajoutent- ils , de ces fortes d'études , il
» faut fe rappeller l'origine , peut- être
» même l'enfance de la Peinture. Nous
» n'entendons faire tomber la comparaifon
, que fur la pureté ingénue de cet
» âge.
>>
Nous pafferons les éloges , quoique trèsmérités,
que donnent ces mêmes Obfervations
au Tableau d'une des circonstances
du Martyre de S. André , par M. Deshayes
* , pour rapporter en entier la relation
vive & touchante d'un autre de fes
Tableaux » : on a été univerfellement af-
» fecté d'un fentiment d'admiration en
» confidérant le Tableau où S. Benoît
ود
* Ce jeune Peintre avoit jetté les fondemens
de fa célébrité au Sallon précédent , par un Tableau
d'une autre circonſtance du même mar¬
syre.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
» mourant reçoit le Viatique à l'Autel
» La figure de ce Saint tombant fur les
» genoux entre les bras de fes Religieux ,
» a été regardée comme un chef- d'oeuvre
d'expreffion ; tous les traits caractériſti-
» ques de cette tête mourante défignent
» ce moment fatal , qu'à peine l'oeil hu-
» main peut faifir dans la nature. Ce n'eft
ود
ود
point un homme qui vient d'expirer ; ce
» n'eft point un homme qui va mourir ;
» c'eſt un homme qui meurt , & cet hom-
» me eft un Saint : on n'en fçauroit dou-
» ter au premier afpect. On voit fur fes
» lévres , dans un inftant unique , la double
action d'une âme qui appelle fon
» Dieu , & du dernier fouffle qui la lui
»porte. Une fenfibilité fraternelle , une..
» 'tendre vénération font peintes fur tous
les vifages des Religieux , & particulie
» rement fur celui du Diacre qui foutient
» le Saint Inſtituteur . L'amour , le reſpect
filial , & un peu de terreur infpirée par
ود
l'image de la mort , font joints à la trifsteffe
des jeunes Acolytes qui portent les
» flambeaux. Le Célébrant eft celui de
» tous, qui paroît le moins dominé par la
douleur. Le Peintre a confidéré , fans
doute, que la grandeur de fon miniſtere
» devoit feule l'occuper. On remarque
pourtant en lui , une attention trifle ,
OCTOBRE . 1761 . 107
quoique fervente , partagée entre le Sa-
» crement qu'il tient , & le Saint auquel il
» va l'adminiftrer . Une certaine foupleffe
» des épaules annonce dans cette figure ,
» & l'action & le fentiment qu'elle exige .
» Quant aux beautés pratiques de la Pein-
» ture , nous avons entendu les Connoiffeurs
admirer furtout , dans ce Tableau
de M. Deshayes , ce que les gens de
» l'Art appellent la perfection de la va-
»peur ; moyen par lequel lé Peintre eft
parvenu à raffembler les couleurs des dif-
» férens objets , pour en faire un coloris
» général , en les uniffant toutes fans les
» confondre . La lumière heureuſement
» diftribuée , diverfifie par les ombres &
les clairs , les habits facerdoraux que
le coftume du Rit affujettit à l'uniformi-
» té. Quoique l'efpace réel ne foit que
» de fix pieds en largeur , & qu'il contien-
» ne néceffairement beaucoup de figures de
»
par
"
grandeur naturelle , tous les plans font
» diftincts & de la plus grande netteté . En-
» fin , nous ne pouvons dire fur cet ouvra-
" ge , tout ce qu'il a dit lui-même à ceux
» qui ont joui du plaifir de le voir .
Si les bornes d'un Extrait permettoient
de rapporter ce que contiennent les obfervations
fur deux autres Tableaux admirables
de M. Deshayes , celui de S.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Pierre & celui de S. Victor , nos Lecteurs
jugeroient encore mieux & des talens fupérieurs
de ce jeune Maître , & de l'art
avec lequel ils font annoncés dans cette
critique . A l'égard de celui de S. Pierre ,
on y fait obferver l'éclat de la lumière
célefte & furnaturelle qui femble l'éclairer.
L'extafe de l'Apôtre , la beauté de la figure
de l'Ange , l'ordonnance nette & précife
du Tableau , la vérité des fites & des
tons &c . Il faudroit lire dans l'Ouvrage
même ce qui eft dit du Tableau de S. Victor
, Morceau qui difpute de beauté avec
celui de S. Benoît . Une remarque géné
rale & importante pour la gloire de M.
Deshayes & pour augurer de la réputation
où il doit atteindre , eft celle par laquelle
on termine fon Article. » La diverfité
des ftyles ou des manières de ce Pein-
» tre , eft ce qui le rend particulierement
» recommandable. Nous avons reproché
autrefois aux plus grands Maîtres , d'a-
» voir pour tous les Sujets qu'ils traitent,
» une efpéce de furteinte , ( nous hafar-
» dons ce terme ) les uns en jaune , les
» autres en rouge , en verd , en brun , &c .
» On diroit que celui- ci a des yeux particuliers
pour chaque objet, un pinceau dif-
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1759 , Tom.
IV , pages 111 & 180 .
"
"
OCTOBRE. 1761. 109
33
و د
férent pour les rendre , & une touche
» propre à chaque action qu'elle repréfente
. Le Tableau de S. Victor eft par-
» faitement dans le ton de l'Ecole d'Italie .
» Le coloris, quoique vrai dans les détails,
» a , par anticipation , ce vernis du temps,
» ſi reſpecté de quelques Amateurs . Celui
de S. André eft tout différent . Il y a une
» force & une décision que l'on accuferoit
» de dureté , fi l'on ne fenroit qu'elles font
» néceffaires à l'expreffion du Sujet. Au
» contraire , celui de S. Benoît a tout le
fuave qu'on admire dans les Ouvrages
» de le Sueur. Le Tableau de S. Pierre ,
où la vigueur & l'éclat fe marient fans
» fe détruire , eft d'une touche & d'un co-
» loris qui le différencient encore de tous
» les autres .
و د
و د
D'autres morceaux, remarquent les mêmes
obfervations , dans des genres oppofés
aux précédens ,prouvent dans M. Deshayes
une aptitude générale aux diverfes parties
de fon Art.
On diftingue de M. Amédée Vanloo
deux manières dans les Tableaux qu'il a
expofés , L'une ( dans fes repréfentations
bacchiques ) d'un coloris forcé au- delà des
objets confidérés felon l'ordre naturel ; l'autre
d'un ton qui fe rapproche de celui que
femble avoir adopté fa famille. C'eſt dans
10 MERCURE DE FRANCE.
cette dernière que font peints la Guérifon
de S. Roch, & le Baptême de J. C. par
S. Jean. On fait des remarques favorables
à l'égard du premier de ces Tableaux .
En parlant de ceux de M. Chardin ,
cette brochure renouvelle d'une manière
auffi ingénieufe que conforme à la vérité ,
la gloire , & pour ainfi dire les Talens de
cet inimitable Peintre .
On parcourt tous les ouvrages de M.
Bachelier. On tourne en mérite relativement
à l'avantage de la Tapifferie , ce que
ceux qui n'auroient pas fait cette réflexion ,
ont pu critiquer dans un très-grand Tableau
de ce Peintre , deftiné pour la Manufacture
des Gobelins . Celui de Milon le Crotoniate
, eft confidéré comme une fort bonne
étude. On renvoye à un des Mercures de
cette année pour le tableau fur les quatre
Parties duMonde.Nos Amateurs paroiffent
s'être arrêtés avec plaifir fur celui qui repréfente
un très-beau Chat Angola . Mais nous
les laiffons parler eux-mêmes fur un objet qui
femble les avoir avantageuſement affectés .
Ce n'eft pas fans quelque étonnement, que
l'on paffe de la plupart des Tableaux de ce
Peintre ( M. Bachelier ) à une efquiffe en
grifaille , où il a repréfenté une defcente
de Croix. Ce morceau eft, fans outrer
l'éloge , le germe des plus grandes parties
»
OCTOBRE . 1761.
» de l'Art. Un enchaînement fage & ingénieux
dans la compofition , des effets
juftes & frappans d'expreffions & de lamières
, tout ce qui fuffiroit pour conftituer
le grand Peintre , fe trouveroit dans
» le développement de cette belle inten-
» tion , fi elle étoit exécutée dans un Tableau
avec le même fuccès que dans l'ef-
» quiffe.
Les mêmes Amateurs donnent aux Tableaux
de M. Vernet les éloges que l'on.
eft accoutumé de lire & d'entendre fur tout
ce qu'il produit.
» Les talens de M. de Machi pour l'Ar-.
chitecture , difent MM . les Amateurs, dé-
» couvrent à nos yeux impatiens la nouvel
» le Eglife de Sainte Geneviève, avant même
que cet édifice foit conftruit . Ce mo-
» nument de la piété , & qui doit l'être en
» même temps de la gloire de notre Architecture
, eft faifi d'après les projets
» du célébre M. Soufflot , de manière à
» en développer les principales beautés..
Nous y voyons avec la complaifance de
» l'amour propre , combien nos principes
fur la forme des Temples antiques & les
as convenances du Rit Chrétien * , fe font
>> rencontrés avec ceux de ce grand Archi-
»
22
-*
+
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1760 , Tomer
, page 295... IV,
112 MERCURE DE FRANCE.
"
و ر
» tecte . Le goût & le génie qui ont préfidė
» à l'ordonnance de cet édifice , font des
» autorités refpectables qui juftifient les
» obfervationsque nous avions faites à l'é-
» gard du Maître- Autel dans les Eglifes . On
» doit auffi remarquer dans ce nouveau
Temple, avec quelle intelligence par l'emplacement
du grand Autel renfermé dans
» un augufte Sanctuaire , M.Soufflot a diftin-
» gué ce qu'exigeoit l'ineffable majesté des
» Saints Mystères , & par la pofition de la
» Châffe, ce qui convenoit tant à la dignité
» des Reliques , qu'à la commodité des actes-
» de dévotion du Peuple. Nous n'entrerons
point dans le détail de toutes les per-
» fections de l'Art répandues fur cet ad-
» mirable Tableau * ; nous craindrions
» d'être au- deffous & du ſujet , & des éloges
répétés & unanimes des Connoiffeurs
& du Public.
33
ود
Parvenus au Tableau de Vénus bleſſée
par Dioméde, de M. Doyen, nos Amateurs
pefent & balancent tout ce qu'on a dit de
favorable & de défavantageux fur cet Ou-
* N. B. M. l'Abbé Delaporte , Editeur de ces
Obfervations , nous informe que c'eſt par une erreur
dans l'impreffion que le mot de Projet s'étoit
gliffé à la place de celui de Tableau de M. de
Machi , attendu que tout ce qui précéde déclaré
bien que le Projet eft de M. Soufflot.
OCTOBRE . 1761 . 113
,
vrage. Le résultat de leur examen eft un éfpoir
très- flatteur pour ce jeune Artiſte , auquel
ils accordent tout le feu & toute l'élévation
du Poëte Grec dont il a tiré fon fujet
. S'ils conviennent d'une part que tous
les plans ne font pas bien diftincts , que la
chaîne de lumières eft rompue en plufieurs
endroits , &c ; ils rendent juftice à la beauté
de plufieurs parties , entre autres à celles
de ces corps morts ou mourants près
d'un cheval qui lui - même , pour employer
leurs expreffions , foufle pour ainfi dire
lafureur avec le fang. Ils juftifient ce que
quelques Cenfeurs avoient trouvé d'exagégéré
dans la figure de Dioméde ; ils applaudiffent
au caractère de plufieurs autres.
Ils rendent raifon de ce qui a pu donner
lieu à des critiques fur lesquelles ils ne
prononcent pas . Enfin faire connoître
tout ce qu'ils efpérent de ce Peintre
ils terminent ainfi . » Il y a des écarts où
» entraîne un talent trop impérieux pour
»fubir le joug des régles , & qui font
» néanmoins une fource d'efpoir pour la
perfection . Si M. Doyen et tombé dans
quelques uns , ils ne peuvent être que
» de cette espéce . Que ce jeune Artiſte
» étudie encore les Maîtres de l'Art , & il
» le deviendra bientôt lui même.
و د
ود
pour
Ils ne négligent pas de remarquer que l'e
114 MERCURE DE FRANCE.
fuccès d'un Tableau du même Peintre re- .
préfentant une Lifeufe , a été fans contradicteurs.
Nous copions avec plaifir la façon
agréablement ingénieufe dont on annonce
M. Greuze dans ces Obfervations .
» Au Théâtre il eft des Acteurs que le
» Public admire , & aufquels il paye le
» tribut dû aux grands talens ; mais il en
» eft prèfque toujours un qu'il aime davantage
, parce qu'il lui procure un plai-
» fir plus familier . Les premiers font, pour
» ainfi dire , les maîtres , l'autre eft l'ami
» du Parterre ; & cet ami eſt toujours ce-
» lui dont le jeu fe rapproche le plus de la
» naïveté de la nature. Depuis quelques
années c'eft M. Grenze qui jouit de cet
» avantage fur le grand Théâtre Pitto : eſque
du Sallon . Il a eu des prédéceffeurs
» dans l'uſage intéreſſant qu'il fait de ſon
» Art ; mais il en a étendu l'effet , en y
joignant les graces à l'énergie du carac-
» tère : ſon pinceau ſçait ennoblir le
ruftique , fans en altérer la vérité.
L'aimable Tableau de la petite Blanchif
fenfe , & plufieurs têtes admirables font
les premiers objets des louanges très - juftes
& très-raifonnées de ces Obfervations ;
elles vont jufqu'à l'admiration pour le Tableau
qui a fait retourner tout Paris au
ور
genre
OCTOBRE. 1761. 113
Sallon. Nos Lecteurs perdroient trop à extraire
ce morceau .
» Ce qui eft au- deffus de toutes nos
» louanges , au- deffus même de l'idée que
» nous voudrions en donner , c'eſt le Ta-
» bleau fi long- temps attendu au Sallon, &
» dont la fcène eft dans le fein d'une hon-
» nête famille rurale . L'inftant de l'action
-33
qu'a repréſentée M. Greuze , eft celui out
»le pere de l'accordée délivre à fon gen-
» dre futur , l'argent de la dot de fa fille .
» Ce pere affis dans la partie apparente ,
» eft un vieillard d'une phyfionomie ou-
» verte , avec toute la nobleffe de fon état.
" On remarque que c'eft moins la décré-
» pitude de l'âge , que le travail & l'im- .
preffion de l'air , qui a fillonné fon vifa-
» ge. Le pinceau parle dans ce vieillard ;
on entend ce qu'il dit au jeune homme à
qui il remet le fac d'argent , & qui l'é-
» coute debout avec une attention refpectueufe.
On voit qu'il l'exhorte à faire.
» un ufage utile & honnête de cette dot ,
» & on lit fa confiance dans la manière.
» dont il lui parle. La jeune accordée a un.
» bras entrelacé dans celui du jeune hom-
» me. On s'apperçoit que la pudeur & la
préfence des parens retiennent fa main
prête à fe pofer fur celle du futur , qu'elle
defice , mais qu'elle n'ofe toucher . Son
"
".
>>
116 MERCURE DE FRANCÈ.
"autre bras eft embraffé par la bonne mère,
affife vis-à -vis du vieillard . Le chagrin
dé la féparation & la tendreffe maternel-
» le accompagnent & rendent plus inté-
" reffantes les leçons qu'elle donne à ſa fil-
» le. Rien n'eft fi piquant que la figure de
» cette accordée , ni de fi fpirituellement
» adapté au Sujet. Sa tête eft charmante ;
" & les yeux baiffés vers la mère avec ume
" modefte contrainte, ne laiffent que mieux
» deviner le charme naïf de fa phyfiono-
» mie. On y diftingue jufqu'à une petite
hypocrifie douce & honnête , qui couvre
» le véritable intérêt dont elle eft occupée
» dans ce moment. Les foupleffes gracieufes
d'une jolie taille , qui fort des mains
" de la nature, & qu'aucim artifice n'a for-
" mée ni foutenue , font exprimées avec
»une délicateffe au deffus de tout éloge . Il
" n'eſt pas jufqu'à fon tablier blanc , qui
» dans fa chûte naturelle , & fans recherche
apparente , ne concoure à la perfec-
» tion de ce caractère. Une petite foeur ,
» penchée fur les bras de cette accordée ,
pleure leur féparation , comme c'est l'afage
des foeurs cadettes , tandis que derrière
tout ce monde, un petit frère à che-
» veux blonds bouclés , fe léve fur la poin-
» te des pieds pour mieux voir ce qui fe
pafle. L'importance dont eft cette action
""
97
OCTOBRE . 1761. 117
dans une famille , la lui fait croire une
» cérémonie fort curicule. Ce qui ajoute
» infiniment à l'intérêt de la fcène , c'eft le
"3
mêlange de dépit , de regret & de jalou-
» fie qu'on apperçoit diftinctement fur la
phyfionomie d'une autre jeune perfonne,
» qui , le bas du viſage fur la main , derrière
» le fiége du vieillard , léve des yeux mécontens
fur le couple, & particulierement
»fur le futur. Sans reflembler à l'accordée,
» on la reconnoît pourtant à l'air de famil-
» le, pour une foeur aînée , que le choix du
jeune homme a facrifiée à fa cadette.
» Près du vieillard , fur le devant de la toile,
» le Peintre a placé le perfonnage indifpen-
» fable : c'eft le Tabellion avec fon habit
. و د
noir & fon manteau. On voit qu'il fe
» donne l'importance de fon ministère de-
» vant ces bonnes gens , & tout , jufqu'au
» tour de fon chapeau , indique & l'état &
» le perfonnage . En obfervant en détail
" tout ce tableau , on y remarque , de la
» part du Peintre, une attention réfléchie
» & étendue fur toutes les vérités de la na-
» ture , attention qui a peu d'exemples, &
» dont on defireroit plus d'imitateurs .
» Non-feulement les têtes , mais encore
» les jambes , les mains & les carnations
» marquent dans chaque perfonnage l'âge,
» le fixe , l'état , & ce que le plus ou le
118 MERCURE DE FRANCE.
"
33
"3
» moins de fatigue du corps y doit occafionner
de différence . On ne peut trop
» admirer la chaîne heureufe de lumière ,
»qui met tous les objets dans leur véritable
place & dans le ton vrai que
chaque place doit leur donner. Des
ombres fondues avec les clairs opérent
les preftiges de l'illufion , comme on le
» remarque à l'égard d'une armoire placée
»pour faire fond au group pe du vieillard.
La vue en mefure la profondeur & les
faillies , fans le fecours des ombres tranchées
, toujours fauffes lorfque la caufe
de la lumière ne frappe pas l'objet immédiatement.
Les vuides du tableau
"
«
"
و د
و و
33
33
"
و و
font agréablement remplis par quelques
perfonnages épifodiques, mais naturelle-
„ ment acceffoires au fujet. Ce morceau
précieux appartient au Mécène même ,
» qui préfide fur les Arts , ce que nous ré-
» marquons ici , tant pour l'honneur du
» Peintre , que pour celui du goût d'un
,, Protecteur utile aux Artiſtes , non - feu-
» lement par l'ufage de fon autorité , mais
» encore par l'emploi de fes propres fonds.
» Cet hommage que nous lui rendons au
» nom des Artiftes , nous rappelle la jufte
» reconnoiffance qu'ils doivent auffi , &
» qu'ils reffentent tous pour cette généreu-
»fe & conſtante bienfaitrice, qui feconde
و ر
OCTOBRE. 1761 .
» fi ardemment & fi utilement les vues de
» leur Protecteur . C'eſt à elle qu'appar-
» tient un autre Tableau de M. Grenze
repréſentant un Berger qui confulte le
» fort en foufflant fur une fleur. Il a été
» fait pour fervir de pendant à celui de
» l'ingénuité , vu avec tant de plaifir au
» précédent Sallon . Il ne céde point au premier
par le mérite de l'Art ; mais peut-
» être par les graces du caractère de fimpli-
» cité , plus touchantes dans un fexe que
» dans un autre . *
»
On n'a pas omis les deffeins de ce Peintre
qui étoient expofés . On remarque à
l'occafion de ce qu'ils repréfentent , que
» les fujets qu'imagine & que rend fi bien-
» ce jeune Peintre , pourront former un jour
» unTraité complet de morale domestique.
Il paroît que M. Cafanove eft regardé
par MM. les Amateurs, comme le Peintre
qui doit remplacer ceux que nous avons
perdus pour le genre des Batailles . Ils s'expriment
fortement fur la vigueur & fur la
force de la manière de ce Peintre Son
grand Tableau , difent- ils , dévore la vue &
porte la terreur dans l'âme. Expreffion nou .
velle , mais qui rend rapidement & avec
énergie, l'idée de la couleur & de la manière
du nouveau Peintre qui paroît fur la Scè-
* Ces deux Tableaux appartiennent à Madame
la Marquile de Pompadour.
120 MERCURE DE FRANCE.
ne. Ils cherchent enfuite fi cette force dévorante
eft youjours l'imitation exacte de
la nature.
»Le Purgatoire de M. Briard , difent
» nos Amateurs , annonce qu'il n'en deme-
» rera pas là . Ils approuvent & font re-
» marquer beaucoup de parties eftimables
» dans ce Tableau , de la forme la plus in-
» grate pour la compofition . Ils finiffent
» par ce rapport favorable : » Tout ce qui
» peut encourager un jeune Artifte , eft le
» réfultat de l'examen qu'on a fait de ce
» Tableau.
Ce feroit faire tort à M. Roland de la
Porte , nouvel Académicien pour le genre
des imitations , de ne pas copier un trait
qu'on trouve dans l'examen de fes Tableaux
.
"
"
» Si les oifeaux béquetoient des raifins
qui ont fi fort féduit la facile admiration
» de l'antiquité , il feroit très poffible que
» des enfans de nos jours , pour peu qu'ils
» euffent de gourmandife , portaffent la
» main fur les petits pains de notre Pein .
» tre. Ce qui ajoute au mérite de fa ma-
» nière , c'eft qu'elle eft tellement finie &
» fondue , que les yeux fur le Tableau ,
» l'illufion dure encore & n'en devient que
" plus forte.
L'Article des Portraits n'étant pas fort
étendu ,
OCTOBRE. 1761 . Izr
étendu , nous le rapportons prèfqu'en entier.
C
" Le magnifique Portrait du Roi par M.
Michel Van-loo , placé dans l'endroit
» le plus apparent du Sallon , eft un mo-
» nument de ce temps , précieux à la Na-
» tion par l'exactitude de la reffemblan-
» ce , & admiré de tous les Connoiffeurs
» par la beauté du coloris , par l'heu-
» reux agencement de fes parties , & en-
» fin par toute l'ordonnance , où l'on re-
» trouve auffi dans fon exécution , le Pein-
» tre du grand genre.
و د
"
"
» Les Portraits qu'a expofés M. de la
» Tour , foutiennent tous la réputation
qu'il s'eft acquife à fi jufte titre ; c'eſt
» en faire l'éloge le plus flatteur , & le
" plus généralement entendu. Il en est
» plufieurs qui feroient la gloire des Pein-
» tres du premier genre , par la manière
fçavante dont les têtes font travaillées.
Tel eft celui d'un Prince cher aujour-
» d'hui à notre Nation * , & d'un Poëte
Tragique qui jouit de fa mémoire ,
» comme Corneille , dont il a vu les der-
» niers jours , avoit joui de la fienne.
"
"
**
» Nous ne devons pas omettre un au-
» tre Citoyen eftimé , que l'on voit en
* M. le Comte de Luface.
** M. de Crébillon .
II.Vol.
122 MERCURE DE FRANCE.
>
robe de chambre , affis de côté fur une
» chaife dont le doffier lui fert d'appui.
» On ne parle pas de la reffemblance
» mérite ordinaire à ce Peintre ; mais on
ne peut voir une pofition plus facile ,
» plus vraie , & plus d'illufion dans au-
» cun Portrait qui foit forti des mains
» de M. de la Tour.
"
" M. Rofiina exécuté en Peintre de
» Portrait , un des grands Tableaux def-
» tinés à être placés dans l'Hôtel- de -Ville
» de Paris. C'est l'inftant où le Roi, après
» fa maladie , eft reçu dans cette Ville à
» fon retour de Metz. On voit encore
» une partie du carroffe qui a conduit
ce Monarque. Le Prince n'eft pas la
perfonne la plus en évidence , & en-
» core moins celle dont la reffemblance
foit plus exacte. L'Auteur qui eft étranger
, n'a peut -être pas fenti que dans
quelque circonftance que ce puiffe être,
» cette perfonne feroit toujours la plus
s intéreffante à voir pour des fpectateurs
» François; celle que leurs yeux cherchent
d'abord , & fur laquelle ils fixeront tous
leurs regards. M. de Bernage , alors
» Prévôt des Marchands , Magiftrat qui
» s'eft trouvé chargé de confacrer les épo-
» ques les plus mémorables de ce Régne ,
y eft très - reconnoiffable, quoique le co-
و و
15
OCTOBRE. 1761. 123
» loris foit un peu forcé dans les carna-
»tions. On parle , pour ainfi dire , & l'on
» converfe avec les autres perfonnes qui
"
"
"2
compofoient alors le Bureau de la Ville.
» Un petit Page qui court à pied auprès
» d'un Ecuyer , derriere le grouppe où eft
» le Roi , a été généralement remarqué.
» Dans le Portrait de M. le Marquis de
Marigny , par le même Peintre , tout
le Public , en convenant d'une parfaite
» reffemblance dans les traits , a cru voir
» une carnation plus forte & plus arden-
» te , qu'elle n'eft dans l'original . Les Ar-
» tiftes fe font plaints de n'y pas retrouver
» certaine expreffion d'une âme ouverte
» & affable , qui vient auffitôt fe peindre
fur fon vifage , lorfqu'ils approchent de
» lui.
ود
•
» La plupart des Portraits de M. Roflin
lui font encore honneur par la cé-
» lébrité des perfonnes qu'ils repréfentent.
» Les Artiſtes y reconnoiffent M. Bou
» cher , leur Confrère , très- fortement
» reffemblant , dans un de ces inftans qui
» ne font pas donnés au plaifir. Le Por
» trait de Madame Boucher , fa femme ,
» est bien peint , bien ajuſté , & très -re-
» connoiffable : cependant en le compa
» rant à celui du mari , on s'apperçoit que
» le pinceau faifit toujours mieux l'humeur
» que les grâces. Fij
و د
124 MERCURE DE FRANCE.
و د
" Plufieurs Portraits de M. Drouais
» confirment fa réputation par la fraî
» cheur de fon coloris & la vivacité de
fon effet. Tels font entr'autres, ceux de
» MM. de Bethune & d'un des enfans de
» M. le Préfident Defvieux ; mais fur-
» tout , celui d'un jeune Eléve , Tableau
du Cabinet de M. de Marigny. Il eſt
d'un piquant admirable , & peut foute-
» nir & fatisfaire les regards les plus diffi
» ciles . Un autre petit garçon jouant de la
» vielle , peint dans le même genre , eft
» encore un des ouvrages diftingués de
» M. Drouais dans ce Sallon.
ود
"
"
» Les Portraits ramènent à M. Greuze.
» Parmi ceux qu'il a expofés , on doit regarder
le fien comme une galanterie
faite aux Amateurs de la Peinture , auxquels
fes talens font chers. Mais celui
,, de M. Babuty , fon beau- père , fera
confidéré comme un vrai chef- d'oeuvre
peut être propofé comme une utile
leçon , dans la manière de bien traiter
une tête. Ce n'eft pas
feulement par
» caricatures que gravent les années , qu'il
» a donné à ce Portrait la force de l'effet ,
&
و و
"
"
"
les
& la vérité du caractère ; mais c'eſt par
» des paffages , dans les teintes des car-
» nations , dérobés à la Nature même
» avec cette fineffe qui lui eft uniquement
» réſervée.
OCTOBRE. 1761. 125
Nous ne pouvons donner que les premiers
articles de la Sculpture ; l'examen
des autres nous entraîneroit hors des bornes
ordinaires d'un l'Extrait.
» Le Sallon du Louvre , difent MM.
» les Amateurs , eft devenu pour les
» Arts , le Lycée d'Athènes & le Capi-
>> tole de Rome ; c'eft le lieu le plus au-
» gufte de leur Patrie ; les images de ceux
à qui les Arts doivent de la reconnoif-
» fance, y figureront toujours bien. On y
» voit donc avec plaifir , le Bufte en mar-
» bre de Madame la Marquife de Pom-
» padour , par M. le Moine. L'éloge
» qu'on a fait de cet Ouvrage , & qui eft
>> aujourd'hui généralement confirmé par
» les fuffrages du Public , fe trouve dans
» un des Mercures de cette année.Nous y
>> renvoyons nos Lecteurs, dans la crainte
» de ne pas rendre avec autant de jufteffe
& de précifion , tous les détails de ce
» qui conftitue le mérite de ce morceau.
"
» D'autres Portraits expofés au Sallon
» par le même Maître , y font , par
"
» des relations différentes , très - convena-
» bles & très -intéreffans pour le Public &
» pour les Artiftes. Tel eft d'abord celui
» de M. Reftout , refpectable par
» de & belle carrière qu'il a remplie ; &
" enfuite la tête de l'héritier des forces
la
gran-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» & du génie de Corneille fur notre ſcène
» tragique * . La touche du premier eft
» facile , hardie & fpirituelle. La tête de
» M. de Crébillon eft reffemblante , &
» modelée avec fentiment . Une tête de
» petite fille joue & badine , pour ainſi
» dire , entre la dignité de ces deux Por
» traits. Une touche légere y fait voltiger
» les premieres graces , & cette naïveté
fine , dont la nature pare quelquefois
» notre enfance. Ces trois têtes font en
» terre cuite; ainfi le méchaniſme de l'Art
» en eft plus à découvert , & l'efprit qui
» le guide , plus diftinctement articulé.
» Combien un Artifte ne doit-il pas être
flaté d'avoir contribué à l'immortalité
» de ceux qui , par des talens d'un autre
genre, ont droit de l'attendre de la mé-
» moire des hommes ? Le Bufte en mar-
» bre de Mlle Clairon , procure cet avantage
à M. le Moine. Cette Actrice ini-
» mitable , eft repréfentée fous l'allégorie
» de Melpomène invoquant Apollon , ou
» pour mieux dire , recevant de ce Dieu
» l'infpiration du plus fublime talent de
l'action dramatique . Ce Portrait eſt très-
» reffemblant ; le caractère en eſt noble
» & touchant. Il eft pris fous un de ces
» beaux afpects , par lefquels elle exerce
» fi fouvent au Théâtre , un empire fou-
* M. de Crébillon .
OCTOBRE613 827
verain fur les âmes dont elle fait à fon
» gré moavoir tous les refforts . On nous
accuferoit , peut- être , de trop de prévention
en faveur des Artiftes célébres ,
fi nous n'avions pas foin de remarquer
que quelquefois dans le méchaniſme de
» leur Art , ils négligent trop les recher-
» ches laborieuſes , qui feules finiffent &
» perfectionnent cette vérité d'imitation
que doit prendre la matière fous les
doigts de l'Artifte dans tous les détails .
"
2
,
M. Falconet , dont les Ouvrages portent
toujours le fceau de la vérité embellie
par l'efprit ou par les graces,nous
» fait voir deux petits grouppes de fem-
» mes en plâtre , qui ont attiré notre attention
. Ils font difpofés de manière ,
que de chaque face ils préfentent les
» différens afpects d'une figure de femme.
L'élégance des formes , le choix heureux
» des pofitions , l'agrément des caractères
» de têtes & celui des coëffures , font réu-
» nis dans ces deux grouppes . Pour les
» définir en peu de mots , ce font les di-
» verfes beautés dont eft fufceptible la
» figure d'une femme , diftribuées fous
" quatre points de vue , & rendues avec
» une fidélité qui n'ajoute rien d'idéal à la
» nature. Ces grouppes font des fupports
» de chandeliers , qui doivent être exécu
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE!
tés en argent , & faire partie d'un fer-
» vice de table pour une Cour étrangère.
» Les Amateurs des Arts & ceux de l'hon-
» nêteté , ont applaudi au procédé de M.
» Germain. Il a publié avec une franchi-
»fe , malheureufement peu commune, le
choix qu'il a fait de M. Falconet pour
» l'exécution des modèles de toutes les
figures dans ce Sur-tout. Il foutient ce
» fentiment qui lui fait honneur , par
le
>>
plaifir que paroît lui faire l'expofition
» de ces deux modéles. D'ailleurs , en ren-
» dant publiques les principales études de
» cet ouvrage , M. Falconet affure davan-
» tage à M. Germain le fuccès de fon entrepriſe.
Il eft à préfumer qu'un Auteur
» qui fe foumet à tant de Juges , fait plus
» d'efforts pour mériter les fuffrages .
ور
و د
و د
par
» Nous avons remarqué , avec la plus
> grande diftinction , la tête d'un Philofophe
citoyen ( titres aujourd'hui trop
» fouvent oppofés dans l'opinion publi-
» que célèbre non -feulement la
» fcience & par l'érudition , mais encore
» par toutes les qualités fociales, qui ren-
> dent un homme cher & refpectable à
» fes Compatriotes. Ce Citoyen , ce Philofophe
, porte le même nom que l'Artifte
, qui en a fait un monument auffi
glorieux pour fes talens , qu'honorable
>>
OCTOBRE. 1761. 129
» pour fon coeur *. Nous avons éprouvé
» à l'égard de cette tête , la fatisfaction ,
» flateuſe d'entendre confirmer notre pro-
» pre fentiment , par la déclaration unanime
des Connoiffeurs & des Artiftes
» les plus éclairés. Ils y ont reconnu ,
» ainfi que nous , non - feulement une vé-
» rité de reffemblance égale à la Nature
» même , mais encore une vérité dans le
» travail , qui met ce morceau au nombre
» des modéles propofés pour atteindre à
» la perfection. Nous nous fervirons des
» termes propres à ces Juges , en difant
» que dans ce Bufte , le marbre paroît
» modélé , c'eſt-à- dire , que le cifeau a pris
» toute la liberté , tout l'efprit &la vérité
» de la premiere touche , en confervant
» le fini qu'il doit produire .
Nos Amateurs ne parlent point des Eftampes
qui fe multiplient par l'impreffion;
mais à l'article des Graveurs, ils font avec
juftice un éloge détaillé d'un très - beau
deffein à la Sanguine de M. Cochin , repréfentant
Lycurgue qui appaife une fédition
.
* M. Falconet le Médecin a fait lui- même cette
épigraphe gravée derriere fon Bufte . OMONY-
ΜΟΙΝ ΕΤΕΡΟΣ ΕΤΕΡΟΝ ΕΠΛΑΤΤΕ ΝΕΟΣ
ПРEΣYTÍN , » L'un des deux Omonymes a fait
>> l'autre : le jeune a fait le vieux, »
F v
D'AMATEURS , fur les Tableaux
expofés au Sallon cette année 2761 ;
tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE
de M. l'Abbé DELAPORTE.
A Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques, au Temple
du Goût ; Brochure in-12 . de 72 pages
, prix , 21 fols.
CETTE Société d' Amateurs ,ſoit qu'elle
exifte réellement , foit qu'elle ne ferve que
de voile à un feul Auteur , a commencé les
obfervations en 1759 fur diverfes productions
modernes des Arts. M. l'Abbé Delaporte
en a mis au jour quelques Morceaux
en différens temps dans fon Journal . Dès
qu'elles parurent , elles attirérent affez l'attention
des Artiſtes , pour exciter des dif
cuffions, où la fatalité des difputes polémi
ques avoit femé de l'aigreur , tan fis que
Public y voyoit avec affez d'étonnement ,
des connoillances dans les Arts plus profondes
qu'on ne vouloit en montrer, & plus
le
OCTOBRE. 1761 . 93
qu'on n'en fuppoſoit même à des Gens de
Lettres ; en même temps qu'on y reconnoiffoit
dans le ftyle , un talent exercé , & une
méthode de raifonnement fupérieure à ce
que laiffe de loifir aux Artiftes l'exercice de
leurs études ordinaires.
Les dernières obfervations de cette Société
, imprimées féparément dans cette
Brochure , portent fpécialement fur le dernier
Sallon . Il nous a paru qu'en général
le Public y avoit trouvé des vues d'Artiftes
& de Connoiffeurs délicats , préſentées
avec l'ordre & l'agrément des talens littéraires
; une convenance de ftyle analogue
aux divers fujets dont on y rend compte ;
de la Philofophie même dans la recherche
du rapport des effets avec leurs caufes, dans
plufieurs Morceaux de Peinture &de Sculpture
; enfin , ce qui nous a déterminés
pardeffus tour à en faire mention , une
modération très- louable , juſques dans les
critiques , & un fi fage tempérament d'éloges
& de cenfures , que les Artistes même
qui en font l'obiet , ne pourroient ni
affecter de refufer l'éloge , ni fe formaliſer
de la cenfure . Nous copierons plufieurs endroits
en entier , pour laiffer juger de ce
que nous venons de dire : nous commencerons
par le préambule qui eft à la tête
de ces remarques.
94 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» Cette révolution de deux années , qui
» conftamment ouvre dans le Palais de nos
» Rois , le tréfor public des Arts , paroif-
» foit à notre impatience plus intéreffante
» que jamais. Nous penfions bien le
que
goût naturel de la Nation , l'émulation
" animée par les regards du Souverain , la
» libérale curiofité de quelques Connoif-
»feurs diftingués , & furtout la vigilante
bienfaifance d'un Mécène , plus protec-
» teur encore par amour que par état, ſuf-
» firoient fans le fecours de la paix , pour
> entretenir avec éclat les travaux de nos
» Artiſtes : mais nous ne nous attendions
» pas , que tandis que l'Europe gémit fous
» le poids d'une guerre dont nous fuppor-
» tons le plus grand fardeau , Paris verroit
» de nouveaux progrès dans les Arts , &
» une auffi fomptueufe abondance de leurs
plus belles productions.
"
"
و د
Le refte de cette courte Préface annonce
l'intention de l'Auteur fur l'impartialité
& fur la modération dans les jugemens.
MM. les Amateurs commencent par
l'examen du Tableau de M. Dumont, fait à
l'occafion de la Paix publiée en 1749. Ils
remarquent que le Peintre a traité le Sujet
plus dans le genre de l'Hiftoire , que dans
la fervile exactitude du Portrait . Ils donnent
des éloges à la fermeté du pinceau
OCTOBRE. 1761. 95
de l'Artiſte , à la belle & fage diftribution
des lumières , ainfi qu'à l'heureufe difpofition
des Groupes . Ils décrivent très- clairement
l'allégorie qui enrichit une partie de
ce Tableau ;ils en juftifient l'alliage avec la
repréſentation naturelle des autres perfonnages
, par l'exemple des compofitions de
Rubens. En feignant de répondre à ceux
auxquels cette forte de mêlange répugne ,
& en autorifant les Peintres par l'ufage des
Sculpteurs dans les Statues , ils font adroitement
fentir l'abfurdité de l'abus , par lequel
» la poſtérité verra les Rois de Fran-
» ce des 17 & 18 ° fiécles , fous les vête-
» mens des Héros de la Gréce & de Rome.
Si ces figures , fouvent ifolées & par
conféquent fans aucun rapport allégorique
, confondent ainsi, au gré des Sculp
» teurs , les temps , les lieux , les perfon-
" nes , pourquoi les Peintres n'auroient- ils
»pas le même droit , furtout lorfqu'il s'agit
d'enrichir une compofition qui pour..
» roit devenir trop froide fans le fecours de
l'allégorie ? Notre filence à l'égard de ces
» ftatues , eft fans doute un reproche que
"nous aurions à nous faire , fi la confidé-
» ration due à des chefs-d'oeuvre,& les mé-
» nagemens convenables pour les grands .
» Artiſtes qui les produifent , n'exigeoient
» de nous des hommages plutôt que des
» leçons .
"
"
>
96 MERCURE DE FRANCE
A la fuite de quelques remarques fur la
vérité de couleur dans quelques parties
de ce Tableau , & fur ce qu'on defireroit ,
d'après le Public , plus de richeffes & moins
d'âpreté dans la figure du Héros qui défigne
le Souverain , on finit cet article en difant :
» Ces légères critiques , dont on n'honore-
» roit point un ouvrage médiocre , n'enlè-
» vent rien à ce Tableau , de ce qui doit
» le faire confidérer comme une belle &
fçavante production d'un de nos plus
» habiles Maîtres , & comme un morceau
» très digne de fon honorable deftination .
"
و و
»
Nous croirions dérober un des plus
agréables tributs de l'admiration due à M.
Carle Van-Loo , fi nous ne rapprochions
pas en entier le premier article des Obfervations
fur fes Tableaux. » Le pinceau
» de ce Peintre , auffi précieux à l'oeil
» du Connoiffeur , qu'agréable à celui du
vulgaire , a enrichi le fuperbe fpectacle
» du Sallon de plufieurs fcènes , qui toutes
» méritent cette attention qu'on donne
» ordinairement à fes ouvrages . Mais un
» attrait univerfel ramène toujours à celui
» qui représente un jeune Eſpagnol lifant
» ' n Roman à deux jeunes filles , qui pa-
» roiffent être les deux fours . Au caractère
» d'intérêt qu'elles y prennent , on recon-
» noît le genre du Livre ; cette lecture fait
naître
OCTOBRE. 1761. 97
» naître en elles un fentiment vif & neuf ,
par lequel on pénétre jufqu'aux idées
» tumultueufes dont fe rempliffent ces
jeunes têtes. La mère affife à quelque
» diſtance, fufpend fon ouvrage pour écou-
» ter: fon attention eft fenfiblement dif-
» férente de celle de fes filles . On remar-
» que bien en elle ce goût pour les avan-
» tures amoureuſes , commun à toutes les
perfonnes de fon fexe ; mais ce qui eft
exprimé dans les jeunes foeurs, ne paroît
» dans la mère , qu'une curiofité caulée
» par la réminifcence ; ou fi l'on y foupçonne
quelque fentiment , c'eft celui du
» regret. Une troifiéme foeur , encore enfant
, faifant voltiger un oifeau au bout
» d'un fil , fans prendre aucun intérêt à la
» lecture , donne le dernier trait de vérité
» à cette fcène piquante dans fa fimplici-
>>
"
ן כ
→
té , & rendue plus intéreffante fur la
» toile , qu'elle ne le feroit peut être dans
» la nature . Au mérite de cette agréable
compofition le joignent les parties les
plus admirables de la Peinture . Un ac-
» cord harmonieux des tons ne gêne ni
» n'altére la vérité des couleurs locales
» dans les carnations , les étoffes & les
"
fites. Ce même gracieux , ce même fua-
» ve fur lequel la vue fe repofe fi volup-
» tueulement dans tous les Tableaux da
II. Vol E
98 MERCURE DE FRANCE.
7
•
» même Peintre , eft allié dans celui - ci , à
» une force fupérieure de coloris . Une
transparence générale en embellit tous
» les objets. Les plans y font diftincte-
» ment déterminés. La vue paffe aisément
» dans toutes les parties . L'air circule au-
» tour de tous les corps . En un mot , tout
» nous a paru charmant dans cette agréa-
» ble compofition .
On donne ici au Tableau du même Peintre
, qui repréfente une Offrande à l'Amour
, & à celui de l'Amour menaçant ,
des éloges différens & convenables à chacun
de ces Morceaux. On obſerve dans
celui de la Madelaine pénitente , que la
claire des Spectateurs qui fans connoiffances
détaillées fe croit Juge des convenances
, n'a pas trouvé les fignes de pénitence
affez indiqués dans la Madelaine . » D'au-
» tres vont jufqu'à defirer dans la tête
» cette expreffion de douleur & d'atténua-
» tion établies fur les ruines d'une Beauté
voluptueufe dont on verroit encore les
"
>> traces .
Si l'on doit applaudir à la juſteſſe des
vues de MM . les Amateurs , & à la délicateffe
du tour dont ils ornent leurs obfervations
, on doit leur tenir plus compte
encore de l'attention avec laquelle ils vont
fubitement à la défenfe du célèbre Artifte .
OCTOBRE. 1761. 99
"
C'eft ainfi , ajoutent-ils auffitôt , que
la critique trop facile à confeiller , perd
» de vue la difficulté de l'exécution ; par-
» ce qu'elle aura vû quelquefois des mira-
» cles de l'effort humain , elle en exige
» toujours de nouveaux . » Ce que prend
eccafion de dire l'Auteurdes Obfervations ,
fur les critiques honnêtes que l'on fait des
ouvrages des Artiftes , nous paroît fi fage
& fi inftructif , que nous ne pouvons nous
difpenfer de le copier , d'autant qu'il raméne
à un fentiment honorable pour le
Tableau de M. Vanloo .
و ر
» Le grand Artiſte fçait mieux que nous,
> apprécier ces fortes de difcuffions . Il les
»reſpecte & en profite, fi elles ont quelque
» fondement; il les néglige & ne s'en offen-
Girelles
» fe pas ,
à faux. Mais dans
portent
» aucun cas elles ne peuvent altérer fa
gloire , ni empêcher que l'on n'admire ,
» entr'autres perfections de cet ouvrage, le
» beau vaporeux qui y regne. Il n'eft peut-
» être aucun de ceux qui ont fait toutes
» ces remarques , qui ne defirât être l'Au-
» teur ou le poffelfeur de ce morceau .
">
Parmi le petit nombre de morceaux
qu'a expofés M. Boucher ( ce font les expreffions
de MM. les Amateurs ) ils diftinguent
un petit Tableau ovale qui repréfente
une Paftorale. Ils louent beaucoup
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
l'agrément des caractères de tête, le facile
enchaînement du grouppe, la vérité de couleur
locale dans les étoffes , la légèreté &
le naturel des draperies . Ils affectent officieuſement
d'infifter fur la force de couleur
& fur l'empâtement , qui en effet diftinguent
ce Tableau . Ils n'obmettent pas
le bel accord des tons qui lui procure un
agréable effet.
On a pu juger du ftyle pittorefque de
ces Obfervations, par ce que nous en avons
rapporté fur le Tableau de la Lecture de
M. Carlo-Vanloo . Les Amateurs , ou leur
redacteur peignent à l'efprit du Lecteur ce
que leurs yeux ont vû dans les Tableaux ,
& ils le peignent quelquefois comme on
defireroit le voir. Ils ne privent pas M.
Boucher du bon office de leur talent , en
rendant compte de deux autres petits Tableaux
, dont l'un repréfente Jupiter fous
figure de Diane , trompant une trop
crédule Nymphe , & l'autre des Nymphes
endormiesfurpriſes par un Satyre.On ne
remarque rien à l'égard de l'Art fur ces
deux Tableaux , finon que M. Boucher
» voit ordinairement la nature dans un
ور
point de beauté , dont elle n'eſt qu'idéą-
» lement fufceptible, » Remarque agréable
pour ce Peintre , mais dont la fineffe n'échappera
pas aux Connoifleurs . Celle du
pinceau littéraire de nos Obfervateurs fe
OCTOBRE. 1761. 161
laiffe pénétrer dans ce que nous allons copier.
» Les Nymphes endormies , autre Ta-
» bleau du même Auteur , offrent à dé-
» couvert les charmes les plus féducteurs
» de la nature ; tandis que le Satyre qui
les furprend , préfente l'image de l'ar-
»dent & fombre defir , fous une vieille
"peau tannée. Son regard enflammé dé-
» céle ce qu'il médite , & profane déja ce
qu'il contemple. On ne fçait à qui ap-'
partient ce Tableau ; mais plus d'un
»homme pourroit fervir de modéle à ce
Satyre.
On juftifie un autre Tableau du même
Maître, dans lequel un grand nombre d'ob .
jets , au rapport des Obfervateurs , ne préfente
aucun Sujet déterminé , en difant de
M. Boucher , que le Peintre des graces eft
auffi le Peintre de tous les genres. Ils qualifient
ce Tableau : » Un admirable rudi-
» ment de peinture , enrichi des meilleurs
» exemples fur toutes les parties que ren-
»ferme cet Art. » Nous ne pouvons paffer
une réfléxion vive & judicieufe à l'occafion
du peu d'ouvrages de ce Peintre au Sallon .
Pourquoi les Artiftes les plus chers à
» ce même Public , Juge fouverain , & vé-
>> ritable maître des talens , paroîtroient - ils
» en négliger le fuffrage ? L'amitié flatte
E iij
102. MERCURE DE FRANCE.
» & careffe ; l'opulence paye ; le feul Pu-
» blic couronne. Qui dédaigneroit ce prix,
» ne feroit pas digne de le mériter.
Les Tableaux de M. Pierre occupent .
enfuite l'attention de nos Amateurs : fur
celui qui repréſente un Chrift defcendu de
la Croix, voici comme ils s'excufent de pro
noncer . » Nous ne pouvons rien rapporter .
» ni des jugemens du Public , ni de nos.
ni - de
»propres opinions fur quelques- uns de ces .
» fortes d'ouvrages . Lorfque les fujets en
»font convenablement traités pour fuffire
» à la piété des Fidéles ou doit croire .
ן כ
qu'ils ont atteint le principal but de leur
» deſtination . Il eft vrai que le réſultat des
» principes des Arts , doit être d'offrir au
» Public des chofes qui lui plaifent ; mais
" il eft dans ces mêmes Arts , des mystères
» qui lui font affez inconnus , pour qu'il
» ne puiffe pas toujours juger du mérite
» de leurs pratiques.
de
Dans le Jugement de Paris , Tableau
21 pieds de large fur 14 de haut , cette
Société penfe que l'étendue eft trop vafte
pour la scène qu'on y repréfente , & que
cet inconvénient fait perdre , dans l'effet
général , le mérite que l'on reconnoît &
que l'on applaudit dans l'exécution pittorefque
de bien des parties . On defireroit
encore dans ces Obfervations , que le fils.
OCTOBRE. 1761. 103
de Priam fût reconnoiffable par le cofume
Phrygien dans fes vêtemens . On défapprouve
l'ufage de repréfenter les Bergers
Poëtiques , tantôt comme nos Paftres modernes
& nationaux tantôt comme les
Bergers de Théâtre. D'ailleurs on y donne
à la figure de Vénus des éloges bien mérités
, ainfi qu'à la jufteffe & à l'accord des
tons , à la fageffe & à la tranquillité du
coloris , lequel felon cette Obfervation
» fans monotonie ne laiffe rien dominer, en
» faifant tout valoir. » Enfin on annonce
ce Tableau comme très eſtimable pour les
Connoiffeurs .
Ce que l'on remarque fur la Décolation
de S. Jean , autre Tableau du même Artifte
, mérite d'être rapporté en entier.
Le fujet est très - bien conçu . Le Peintre
» a judicieuſement éludé l'aspect répugnant
» d'un col , d'où le fang doit jaillir enco-
» re la poſition du perfonnage qui vient
» d'exécuter l'ordre du Tyran , cache cer-
» te partie dégoûtante. Le refte du cada-
» vre , très-bien peint, eft deffiné avec une
» fineffe admirable. L'horreur qu'inſpire
» naturellement un femblable fpectacle ,
» eft ingénieufement exprimée dans la fi-
" gure de la femme , à qui on préfente la
» tête du Saint. La fcène eft nette, quoi-
22 que bien remplie ; & le fite , qui eft l'ex-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ور
» térieur d'une prifon , ne laiffe rien à de-
» firer de ce qui peut completter la vérité
» & les convenances. Nous nous flattons
» de n'être démentis par aucun Amateur
»impartial , fur l'éloge que nous donnons
» à cet ouvrage.
"
Un Tableau de M. Hallé repréfentant la
prédication de S. Vincent de Paul , eft
bien détaillé , & les beautés en font fenties
& remarquées par la Société , comme
elles l'ont été par l'Auteur des remarques
fur les Tableaux dans le précédent Mercure
.
S. Germain donnant une Médaille à
Sainte Geneviève , Tableau de M. Vien ,
fait dire avec plaifir à la Société , » que la
réputation qu'il s'eft acquife par les pre- *
» miers ouvrages , étoit plus l'effet de la
réalité de fes talens , que de la préven-
» tion de quelques Connoiffeurs.
Au jugement des Amateurs, ceTableau eft
» en général lumineux & d'un grand effet :
» les maffes des vêtemens facrés font ri-
» ches , de grande manière , & d'un bon
ton , &c. Après avoir applaudi à la juſteffe
des caractères dans les têtes des principaux
perfonnages , ils terminent fur ce
Tableau, en difant. » Les beautés de l'exé-
» cution marquent autant de préciſion
» dans la pratique que dans l'efprit de l'Au-
33
>> teur.
و د
OCTOBRE. 1761 . 101
A l'occafion d'un autre Tableau de M.
Vien , repréfentant une jeune Grecque
qui orne un vafe de bronze avec une
guirlande de fleurs ; après beaucoup d'é-
Toges pour le Peintre & pour le goût de
l'antique dont il a cherché à fe rapprocher
dans ce petit Morceau, nos Amateurs
conviennent qu'aux yeux d'un grand nom
bre de Spectateurs la févérité des principes
pourroit fe confondre avec la froideur
de l'expreffion , fi l'on adoptoit
toujours ce genre. » Pour bien juger ,
» ajoutent- ils , de ces fortes d'études , il
» faut fe rappeller l'origine , peut- être
» même l'enfance de la Peinture. Nous
» n'entendons faire tomber la comparaifon
, que fur la pureté ingénue de cet
» âge.
>>
Nous pafferons les éloges , quoique trèsmérités,
que donnent ces mêmes Obfervations
au Tableau d'une des circonstances
du Martyre de S. André , par M. Deshayes
* , pour rapporter en entier la relation
vive & touchante d'un autre de fes
Tableaux » : on a été univerfellement af-
» fecté d'un fentiment d'admiration en
» confidérant le Tableau où S. Benoît
ود
* Ce jeune Peintre avoit jetté les fondemens
de fa célébrité au Sallon précédent , par un Tableau
d'une autre circonſtance du même mar¬
syre.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
» mourant reçoit le Viatique à l'Autel
» La figure de ce Saint tombant fur les
» genoux entre les bras de fes Religieux ,
» a été regardée comme un chef- d'oeuvre
d'expreffion ; tous les traits caractériſti-
» ques de cette tête mourante défignent
» ce moment fatal , qu'à peine l'oeil hu-
» main peut faifir dans la nature. Ce n'eft
ود
ود
point un homme qui vient d'expirer ; ce
» n'eft point un homme qui va mourir ;
» c'eſt un homme qui meurt , & cet hom-
» me eft un Saint : on n'en fçauroit dou-
» ter au premier afpect. On voit fur fes
» lévres , dans un inftant unique , la double
action d'une âme qui appelle fon
» Dieu , & du dernier fouffle qui la lui
»porte. Une fenfibilité fraternelle , une..
» 'tendre vénération font peintes fur tous
les vifages des Religieux , & particulie
» rement fur celui du Diacre qui foutient
» le Saint Inſtituteur . L'amour , le reſpect
filial , & un peu de terreur infpirée par
ود
l'image de la mort , font joints à la trifsteffe
des jeunes Acolytes qui portent les
» flambeaux. Le Célébrant eft celui de
» tous, qui paroît le moins dominé par la
douleur. Le Peintre a confidéré , fans
doute, que la grandeur de fon miniſtere
» devoit feule l'occuper. On remarque
pourtant en lui , une attention trifle ,
OCTOBRE . 1761 . 107
quoique fervente , partagée entre le Sa-
» crement qu'il tient , & le Saint auquel il
» va l'adminiftrer . Une certaine foupleffe
» des épaules annonce dans cette figure ,
» & l'action & le fentiment qu'elle exige .
» Quant aux beautés pratiques de la Pein-
» ture , nous avons entendu les Connoiffeurs
admirer furtout , dans ce Tableau
de M. Deshayes , ce que les gens de
» l'Art appellent la perfection de la va-
»peur ; moyen par lequel lé Peintre eft
parvenu à raffembler les couleurs des dif-
» férens objets , pour en faire un coloris
» général , en les uniffant toutes fans les
» confondre . La lumière heureuſement
» diftribuée , diverfifie par les ombres &
les clairs , les habits facerdoraux que
le coftume du Rit affujettit à l'uniformi-
» té. Quoique l'efpace réel ne foit que
» de fix pieds en largeur , & qu'il contien-
» ne néceffairement beaucoup de figures de
»
par
"
grandeur naturelle , tous les plans font
» diftincts & de la plus grande netteté . En-
» fin , nous ne pouvons dire fur cet ouvra-
" ge , tout ce qu'il a dit lui-même à ceux
» qui ont joui du plaifir de le voir .
Si les bornes d'un Extrait permettoient
de rapporter ce que contiennent les obfervations
fur deux autres Tableaux admirables
de M. Deshayes , celui de S.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Pierre & celui de S. Victor , nos Lecteurs
jugeroient encore mieux & des talens fupérieurs
de ce jeune Maître , & de l'art
avec lequel ils font annoncés dans cette
critique . A l'égard de celui de S. Pierre ,
on y fait obferver l'éclat de la lumière
célefte & furnaturelle qui femble l'éclairer.
L'extafe de l'Apôtre , la beauté de la figure
de l'Ange , l'ordonnance nette & précife
du Tableau , la vérité des fites & des
tons &c . Il faudroit lire dans l'Ouvrage
même ce qui eft dit du Tableau de S. Victor
, Morceau qui difpute de beauté avec
celui de S. Benoît . Une remarque géné
rale & importante pour la gloire de M.
Deshayes & pour augurer de la réputation
où il doit atteindre , eft celle par laquelle
on termine fon Article. » La diverfité
des ftyles ou des manières de ce Pein-
» tre , eft ce qui le rend particulierement
» recommandable. Nous avons reproché
autrefois aux plus grands Maîtres , d'a-
» voir pour tous les Sujets qu'ils traitent,
» une efpéce de furteinte , ( nous hafar-
» dons ce terme ) les uns en jaune , les
» autres en rouge , en verd , en brun , &c .
» On diroit que celui- ci a des yeux particuliers
pour chaque objet, un pinceau dif-
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1759 , Tom.
IV , pages 111 & 180 .
"
"
OCTOBRE. 1761. 109
33
و د
férent pour les rendre , & une touche
» propre à chaque action qu'elle repréfente
. Le Tableau de S. Victor eft par-
» faitement dans le ton de l'Ecole d'Italie .
» Le coloris, quoique vrai dans les détails,
» a , par anticipation , ce vernis du temps,
» ſi reſpecté de quelques Amateurs . Celui
de S. André eft tout différent . Il y a une
» force & une décision que l'on accuferoit
» de dureté , fi l'on ne fenroit qu'elles font
» néceffaires à l'expreffion du Sujet. Au
» contraire , celui de S. Benoît a tout le
fuave qu'on admire dans les Ouvrages
» de le Sueur. Le Tableau de S. Pierre ,
où la vigueur & l'éclat fe marient fans
» fe détruire , eft d'une touche & d'un co-
» loris qui le différencient encore de tous
» les autres .
و د
و د
D'autres morceaux, remarquent les mêmes
obfervations , dans des genres oppofés
aux précédens ,prouvent dans M. Deshayes
une aptitude générale aux diverfes parties
de fon Art.
On diftingue de M. Amédée Vanloo
deux manières dans les Tableaux qu'il a
expofés , L'une ( dans fes repréfentations
bacchiques ) d'un coloris forcé au- delà des
objets confidérés felon l'ordre naturel ; l'autre
d'un ton qui fe rapproche de celui que
femble avoir adopté fa famille. C'eſt dans
10 MERCURE DE FRANCE.
cette dernière que font peints la Guérifon
de S. Roch, & le Baptême de J. C. par
S. Jean. On fait des remarques favorables
à l'égard du premier de ces Tableaux .
En parlant de ceux de M. Chardin ,
cette brochure renouvelle d'une manière
auffi ingénieufe que conforme à la vérité ,
la gloire , & pour ainfi dire les Talens de
cet inimitable Peintre .
On parcourt tous les ouvrages de M.
Bachelier. On tourne en mérite relativement
à l'avantage de la Tapifferie , ce que
ceux qui n'auroient pas fait cette réflexion ,
ont pu critiquer dans un très-grand Tableau
de ce Peintre , deftiné pour la Manufacture
des Gobelins . Celui de Milon le Crotoniate
, eft confidéré comme une fort bonne
étude. On renvoye à un des Mercures de
cette année pour le tableau fur les quatre
Parties duMonde.Nos Amateurs paroiffent
s'être arrêtés avec plaifir fur celui qui repréfente
un très-beau Chat Angola . Mais nous
les laiffons parler eux-mêmes fur un objet qui
femble les avoir avantageuſement affectés .
Ce n'eft pas fans quelque étonnement, que
l'on paffe de la plupart des Tableaux de ce
Peintre ( M. Bachelier ) à une efquiffe en
grifaille , où il a repréfenté une defcente
de Croix. Ce morceau eft, fans outrer
l'éloge , le germe des plus grandes parties
»
OCTOBRE . 1761.
» de l'Art. Un enchaînement fage & ingénieux
dans la compofition , des effets
juftes & frappans d'expreffions & de lamières
, tout ce qui fuffiroit pour conftituer
le grand Peintre , fe trouveroit dans
» le développement de cette belle inten-
» tion , fi elle étoit exécutée dans un Tableau
avec le même fuccès que dans l'ef-
» quiffe.
Les mêmes Amateurs donnent aux Tableaux
de M. Vernet les éloges que l'on.
eft accoutumé de lire & d'entendre fur tout
ce qu'il produit.
» Les talens de M. de Machi pour l'Ar-.
chitecture , difent MM . les Amateurs, dé-
» couvrent à nos yeux impatiens la nouvel
» le Eglife de Sainte Geneviève, avant même
que cet édifice foit conftruit . Ce mo-
» nument de la piété , & qui doit l'être en
» même temps de la gloire de notre Architecture
, eft faifi d'après les projets
» du célébre M. Soufflot , de manière à
» en développer les principales beautés..
Nous y voyons avec la complaifance de
» l'amour propre , combien nos principes
fur la forme des Temples antiques & les
as convenances du Rit Chrétien * , fe font
>> rencontrés avec ceux de ce grand Archi-
»
22
-*
+
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1760 , Tomer
, page 295... IV,
112 MERCURE DE FRANCE.
"
و ر
» tecte . Le goût & le génie qui ont préfidė
» à l'ordonnance de cet édifice , font des
» autorités refpectables qui juftifient les
» obfervationsque nous avions faites à l'é-
» gard du Maître- Autel dans les Eglifes . On
» doit auffi remarquer dans ce nouveau
Temple, avec quelle intelligence par l'emplacement
du grand Autel renfermé dans
» un augufte Sanctuaire , M.Soufflot a diftin-
» gué ce qu'exigeoit l'ineffable majesté des
» Saints Mystères , & par la pofition de la
» Châffe, ce qui convenoit tant à la dignité
» des Reliques , qu'à la commodité des actes-
» de dévotion du Peuple. Nous n'entrerons
point dans le détail de toutes les per-
» fections de l'Art répandues fur cet ad-
» mirable Tableau * ; nous craindrions
» d'être au- deffous & du ſujet , & des éloges
répétés & unanimes des Connoiffeurs
& du Public.
33
ود
Parvenus au Tableau de Vénus bleſſée
par Dioméde, de M. Doyen, nos Amateurs
pefent & balancent tout ce qu'on a dit de
favorable & de défavantageux fur cet Ou-
* N. B. M. l'Abbé Delaporte , Editeur de ces
Obfervations , nous informe que c'eſt par une erreur
dans l'impreffion que le mot de Projet s'étoit
gliffé à la place de celui de Tableau de M. de
Machi , attendu que tout ce qui précéde déclaré
bien que le Projet eft de M. Soufflot.
OCTOBRE . 1761 . 113
,
vrage. Le résultat de leur examen eft un éfpoir
très- flatteur pour ce jeune Artiſte , auquel
ils accordent tout le feu & toute l'élévation
du Poëte Grec dont il a tiré fon fujet
. S'ils conviennent d'une part que tous
les plans ne font pas bien diftincts , que la
chaîne de lumières eft rompue en plufieurs
endroits , &c ; ils rendent juftice à la beauté
de plufieurs parties , entre autres à celles
de ces corps morts ou mourants près
d'un cheval qui lui - même , pour employer
leurs expreffions , foufle pour ainfi dire
lafureur avec le fang. Ils juftifient ce que
quelques Cenfeurs avoient trouvé d'exagégéré
dans la figure de Dioméde ; ils applaudiffent
au caractère de plufieurs autres.
Ils rendent raifon de ce qui a pu donner
lieu à des critiques fur lesquelles ils ne
prononcent pas . Enfin faire connoître
tout ce qu'ils efpérent de ce Peintre
ils terminent ainfi . » Il y a des écarts où
» entraîne un talent trop impérieux pour
»fubir le joug des régles , & qui font
» néanmoins une fource d'efpoir pour la
perfection . Si M. Doyen et tombé dans
quelques uns , ils ne peuvent être que
» de cette espéce . Que ce jeune Artiſte
» étudie encore les Maîtres de l'Art , & il
» le deviendra bientôt lui même.
و د
ود
pour
Ils ne négligent pas de remarquer que l'e
114 MERCURE DE FRANCE.
fuccès d'un Tableau du même Peintre re- .
préfentant une Lifeufe , a été fans contradicteurs.
Nous copions avec plaifir la façon
agréablement ingénieufe dont on annonce
M. Greuze dans ces Obfervations .
» Au Théâtre il eft des Acteurs que le
» Public admire , & aufquels il paye le
» tribut dû aux grands talens ; mais il en
» eft prèfque toujours un qu'il aime davantage
, parce qu'il lui procure un plai-
» fir plus familier . Les premiers font, pour
» ainfi dire , les maîtres , l'autre eft l'ami
» du Parterre ; & cet ami eſt toujours ce-
» lui dont le jeu fe rapproche le plus de la
» naïveté de la nature. Depuis quelques
années c'eft M. Grenze qui jouit de cet
» avantage fur le grand Théâtre Pitto : eſque
du Sallon . Il a eu des prédéceffeurs
» dans l'uſage intéreſſant qu'il fait de ſon
» Art ; mais il en a étendu l'effet , en y
joignant les graces à l'énergie du carac-
» tère : ſon pinceau ſçait ennoblir le
ruftique , fans en altérer la vérité.
L'aimable Tableau de la petite Blanchif
fenfe , & plufieurs têtes admirables font
les premiers objets des louanges très - juftes
& très-raifonnées de ces Obfervations ;
elles vont jufqu'à l'admiration pour le Tableau
qui a fait retourner tout Paris au
ور
genre
OCTOBRE. 1761. 113
Sallon. Nos Lecteurs perdroient trop à extraire
ce morceau .
» Ce qui eft au- deffus de toutes nos
» louanges , au- deffus même de l'idée que
» nous voudrions en donner , c'eſt le Ta-
» bleau fi long- temps attendu au Sallon, &
» dont la fcène eft dans le fein d'une hon-
» nête famille rurale . L'inftant de l'action
-33
qu'a repréſentée M. Greuze , eft celui out
»le pere de l'accordée délivre à fon gen-
» dre futur , l'argent de la dot de fa fille .
» Ce pere affis dans la partie apparente ,
» eft un vieillard d'une phyfionomie ou-
» verte , avec toute la nobleffe de fon état.
" On remarque que c'eft moins la décré-
» pitude de l'âge , que le travail & l'im- .
preffion de l'air , qui a fillonné fon vifa-
» ge. Le pinceau parle dans ce vieillard ;
on entend ce qu'il dit au jeune homme à
qui il remet le fac d'argent , & qui l'é-
» coute debout avec une attention refpectueufe.
On voit qu'il l'exhorte à faire.
» un ufage utile & honnête de cette dot ,
» & on lit fa confiance dans la manière.
» dont il lui parle. La jeune accordée a un.
» bras entrelacé dans celui du jeune hom-
» me. On s'apperçoit que la pudeur & la
préfence des parens retiennent fa main
prête à fe pofer fur celle du futur , qu'elle
defice , mais qu'elle n'ofe toucher . Son
"
".
>>
116 MERCURE DE FRANCÈ.
"autre bras eft embraffé par la bonne mère,
affife vis-à -vis du vieillard . Le chagrin
dé la féparation & la tendreffe maternel-
» le accompagnent & rendent plus inté-
" reffantes les leçons qu'elle donne à ſa fil-
» le. Rien n'eft fi piquant que la figure de
» cette accordée , ni de fi fpirituellement
» adapté au Sujet. Sa tête eft charmante ;
" & les yeux baiffés vers la mère avec ume
" modefte contrainte, ne laiffent que mieux
» deviner le charme naïf de fa phyfiono-
» mie. On y diftingue jufqu'à une petite
hypocrifie douce & honnête , qui couvre
» le véritable intérêt dont elle eft occupée
» dans ce moment. Les foupleffes gracieufes
d'une jolie taille , qui fort des mains
" de la nature, & qu'aucim artifice n'a for-
" mée ni foutenue , font exprimées avec
»une délicateffe au deffus de tout éloge . Il
" n'eſt pas jufqu'à fon tablier blanc , qui
» dans fa chûte naturelle , & fans recherche
apparente , ne concoure à la perfec-
» tion de ce caractère. Une petite foeur ,
» penchée fur les bras de cette accordée ,
pleure leur féparation , comme c'est l'afage
des foeurs cadettes , tandis que derrière
tout ce monde, un petit frère à che-
» veux blonds bouclés , fe léve fur la poin-
» te des pieds pour mieux voir ce qui fe
pafle. L'importance dont eft cette action
""
97
OCTOBRE . 1761. 117
dans une famille , la lui fait croire une
» cérémonie fort curicule. Ce qui ajoute
» infiniment à l'intérêt de la fcène , c'eft le
"3
mêlange de dépit , de regret & de jalou-
» fie qu'on apperçoit diftinctement fur la
phyfionomie d'une autre jeune perfonne,
» qui , le bas du viſage fur la main , derrière
» le fiége du vieillard , léve des yeux mécontens
fur le couple, & particulierement
»fur le futur. Sans reflembler à l'accordée,
» on la reconnoît pourtant à l'air de famil-
» le, pour une foeur aînée , que le choix du
jeune homme a facrifiée à fa cadette.
» Près du vieillard , fur le devant de la toile,
» le Peintre a placé le perfonnage indifpen-
» fable : c'eft le Tabellion avec fon habit
. و د
noir & fon manteau. On voit qu'il fe
» donne l'importance de fon ministère de-
» vant ces bonnes gens , & tout , jufqu'au
» tour de fon chapeau , indique & l'état &
» le perfonnage . En obfervant en détail
" tout ce tableau , on y remarque , de la
» part du Peintre, une attention réfléchie
» & étendue fur toutes les vérités de la na-
» ture , attention qui a peu d'exemples, &
» dont on defireroit plus d'imitateurs .
» Non-feulement les têtes , mais encore
» les jambes , les mains & les carnations
» marquent dans chaque perfonnage l'âge,
» le fixe , l'état , & ce que le plus ou le
118 MERCURE DE FRANCE.
"
33
"3
» moins de fatigue du corps y doit occafionner
de différence . On ne peut trop
» admirer la chaîne heureufe de lumière ,
»qui met tous les objets dans leur véritable
place & dans le ton vrai que
chaque place doit leur donner. Des
ombres fondues avec les clairs opérent
les preftiges de l'illufion , comme on le
» remarque à l'égard d'une armoire placée
»pour faire fond au group pe du vieillard.
La vue en mefure la profondeur & les
faillies , fans le fecours des ombres tranchées
, toujours fauffes lorfque la caufe
de la lumière ne frappe pas l'objet immédiatement.
Les vuides du tableau
"
«
"
و د
و و
33
33
"
و و
font agréablement remplis par quelques
perfonnages épifodiques, mais naturelle-
„ ment acceffoires au fujet. Ce morceau
précieux appartient au Mécène même ,
» qui préfide fur les Arts , ce que nous ré-
» marquons ici , tant pour l'honneur du
» Peintre , que pour celui du goût d'un
,, Protecteur utile aux Artiſtes , non - feu-
» lement par l'ufage de fon autorité , mais
» encore par l'emploi de fes propres fonds.
» Cet hommage que nous lui rendons au
» nom des Artiftes , nous rappelle la jufte
» reconnoiffance qu'ils doivent auffi , &
» qu'ils reffentent tous pour cette généreu-
»fe & conſtante bienfaitrice, qui feconde
و ر
OCTOBRE. 1761 .
» fi ardemment & fi utilement les vues de
» leur Protecteur . C'eſt à elle qu'appar-
» tient un autre Tableau de M. Grenze
repréſentant un Berger qui confulte le
» fort en foufflant fur une fleur. Il a été
» fait pour fervir de pendant à celui de
» l'ingénuité , vu avec tant de plaifir au
» précédent Sallon . Il ne céde point au premier
par le mérite de l'Art ; mais peut-
» être par les graces du caractère de fimpli-
» cité , plus touchantes dans un fexe que
» dans un autre . *
»
On n'a pas omis les deffeins de ce Peintre
qui étoient expofés . On remarque à
l'occafion de ce qu'ils repréfentent , que
» les fujets qu'imagine & que rend fi bien-
» ce jeune Peintre , pourront former un jour
» unTraité complet de morale domestique.
Il paroît que M. Cafanove eft regardé
par MM. les Amateurs, comme le Peintre
qui doit remplacer ceux que nous avons
perdus pour le genre des Batailles . Ils s'expriment
fortement fur la vigueur & fur la
force de la manière de ce Peintre Son
grand Tableau , difent- ils , dévore la vue &
porte la terreur dans l'âme. Expreffion nou .
velle , mais qui rend rapidement & avec
énergie, l'idée de la couleur & de la manière
du nouveau Peintre qui paroît fur la Scè-
* Ces deux Tableaux appartiennent à Madame
la Marquile de Pompadour.
120 MERCURE DE FRANCE.
ne. Ils cherchent enfuite fi cette force dévorante
eft youjours l'imitation exacte de
la nature.
»Le Purgatoire de M. Briard , difent
» nos Amateurs , annonce qu'il n'en deme-
» rera pas là . Ils approuvent & font re-
» marquer beaucoup de parties eftimables
» dans ce Tableau , de la forme la plus in-
» grate pour la compofition . Ils finiffent
» par ce rapport favorable : » Tout ce qui
» peut encourager un jeune Artifte , eft le
» réfultat de l'examen qu'on a fait de ce
» Tableau.
Ce feroit faire tort à M. Roland de la
Porte , nouvel Académicien pour le genre
des imitations , de ne pas copier un trait
qu'on trouve dans l'examen de fes Tableaux
.
"
"
» Si les oifeaux béquetoient des raifins
qui ont fi fort féduit la facile admiration
» de l'antiquité , il feroit très poffible que
» des enfans de nos jours , pour peu qu'ils
» euffent de gourmandife , portaffent la
» main fur les petits pains de notre Pein .
» tre. Ce qui ajoute au mérite de fa ma-
» nière , c'eft qu'elle eft tellement finie &
» fondue , que les yeux fur le Tableau ,
» l'illufion dure encore & n'en devient que
" plus forte.
L'Article des Portraits n'étant pas fort
étendu ,
OCTOBRE. 1761 . Izr
étendu , nous le rapportons prèfqu'en entier.
C
" Le magnifique Portrait du Roi par M.
Michel Van-loo , placé dans l'endroit
» le plus apparent du Sallon , eft un mo-
» nument de ce temps , précieux à la Na-
» tion par l'exactitude de la reffemblan-
» ce , & admiré de tous les Connoiffeurs
» par la beauté du coloris , par l'heu-
» reux agencement de fes parties , & en-
» fin par toute l'ordonnance , où l'on re-
» trouve auffi dans fon exécution , le Pein-
» tre du grand genre.
و د
"
"
» Les Portraits qu'a expofés M. de la
» Tour , foutiennent tous la réputation
qu'il s'eft acquife à fi jufte titre ; c'eſt
» en faire l'éloge le plus flatteur , & le
" plus généralement entendu. Il en est
» plufieurs qui feroient la gloire des Pein-
» tres du premier genre , par la manière
fçavante dont les têtes font travaillées.
Tel eft celui d'un Prince cher aujour-
» d'hui à notre Nation * , & d'un Poëte
Tragique qui jouit de fa mémoire ,
» comme Corneille , dont il a vu les der-
» niers jours , avoit joui de la fienne.
"
"
**
» Nous ne devons pas omettre un au-
» tre Citoyen eftimé , que l'on voit en
* M. le Comte de Luface.
** M. de Crébillon .
II.Vol.
122 MERCURE DE FRANCE.
>
robe de chambre , affis de côté fur une
» chaife dont le doffier lui fert d'appui.
» On ne parle pas de la reffemblance
» mérite ordinaire à ce Peintre ; mais on
ne peut voir une pofition plus facile ,
» plus vraie , & plus d'illufion dans au-
» cun Portrait qui foit forti des mains
» de M. de la Tour.
"
" M. Rofiina exécuté en Peintre de
» Portrait , un des grands Tableaux def-
» tinés à être placés dans l'Hôtel- de -Ville
» de Paris. C'est l'inftant où le Roi, après
» fa maladie , eft reçu dans cette Ville à
» fon retour de Metz. On voit encore
» une partie du carroffe qui a conduit
ce Monarque. Le Prince n'eft pas la
perfonne la plus en évidence , & en-
» core moins celle dont la reffemblance
foit plus exacte. L'Auteur qui eft étranger
, n'a peut -être pas fenti que dans
quelque circonftance que ce puiffe être,
» cette perfonne feroit toujours la plus
s intéreffante à voir pour des fpectateurs
» François; celle que leurs yeux cherchent
d'abord , & fur laquelle ils fixeront tous
leurs regards. M. de Bernage , alors
» Prévôt des Marchands , Magiftrat qui
» s'eft trouvé chargé de confacrer les épo-
» ques les plus mémorables de ce Régne ,
y eft très - reconnoiffable, quoique le co-
و و
15
OCTOBRE. 1761. 123
» loris foit un peu forcé dans les carna-
»tions. On parle , pour ainfi dire , & l'on
» converfe avec les autres perfonnes qui
"
"
"2
compofoient alors le Bureau de la Ville.
» Un petit Page qui court à pied auprès
» d'un Ecuyer , derriere le grouppe où eft
» le Roi , a été généralement remarqué.
» Dans le Portrait de M. le Marquis de
Marigny , par le même Peintre , tout
le Public , en convenant d'une parfaite
» reffemblance dans les traits , a cru voir
» une carnation plus forte & plus arden-
» te , qu'elle n'eft dans l'original . Les Ar-
» tiftes fe font plaints de n'y pas retrouver
» certaine expreffion d'une âme ouverte
» & affable , qui vient auffitôt fe peindre
fur fon vifage , lorfqu'ils approchent de
» lui.
ود
•
» La plupart des Portraits de M. Roflin
lui font encore honneur par la cé-
» lébrité des perfonnes qu'ils repréfentent.
» Les Artiſtes y reconnoiffent M. Bou
» cher , leur Confrère , très- fortement
» reffemblant , dans un de ces inftans qui
» ne font pas donnés au plaifir. Le Por
» trait de Madame Boucher , fa femme ,
» est bien peint , bien ajuſté , & très -re-
» connoiffable : cependant en le compa
» rant à celui du mari , on s'apperçoit que
» le pinceau faifit toujours mieux l'humeur
» que les grâces. Fij
و د
124 MERCURE DE FRANCE.
و د
" Plufieurs Portraits de M. Drouais
» confirment fa réputation par la fraî
» cheur de fon coloris & la vivacité de
fon effet. Tels font entr'autres, ceux de
» MM. de Bethune & d'un des enfans de
» M. le Préfident Defvieux ; mais fur-
» tout , celui d'un jeune Eléve , Tableau
du Cabinet de M. de Marigny. Il eſt
d'un piquant admirable , & peut foute-
» nir & fatisfaire les regards les plus diffi
» ciles . Un autre petit garçon jouant de la
» vielle , peint dans le même genre , eft
» encore un des ouvrages diftingués de
» M. Drouais dans ce Sallon.
ود
"
"
» Les Portraits ramènent à M. Greuze.
» Parmi ceux qu'il a expofés , on doit regarder
le fien comme une galanterie
faite aux Amateurs de la Peinture , auxquels
fes talens font chers. Mais celui
,, de M. Babuty , fon beau- père , fera
confidéré comme un vrai chef- d'oeuvre
peut être propofé comme une utile
leçon , dans la manière de bien traiter
une tête. Ce n'eft pas
feulement par
» caricatures que gravent les années , qu'il
» a donné à ce Portrait la force de l'effet ,
&
و و
"
"
"
les
& la vérité du caractère ; mais c'eſt par
» des paffages , dans les teintes des car-
» nations , dérobés à la Nature même
» avec cette fineffe qui lui eft uniquement
» réſervée.
OCTOBRE. 1761. 125
Nous ne pouvons donner que les premiers
articles de la Sculpture ; l'examen
des autres nous entraîneroit hors des bornes
ordinaires d'un l'Extrait.
» Le Sallon du Louvre , difent MM.
» les Amateurs , eft devenu pour les
» Arts , le Lycée d'Athènes & le Capi-
>> tole de Rome ; c'eft le lieu le plus au-
» gufte de leur Patrie ; les images de ceux
à qui les Arts doivent de la reconnoif-
» fance, y figureront toujours bien. On y
» voit donc avec plaifir , le Bufte en mar-
» bre de Madame la Marquife de Pom-
» padour , par M. le Moine. L'éloge
» qu'on a fait de cet Ouvrage , & qui eft
>> aujourd'hui généralement confirmé par
» les fuffrages du Public , fe trouve dans
» un des Mercures de cette année.Nous y
>> renvoyons nos Lecteurs, dans la crainte
» de ne pas rendre avec autant de jufteffe
& de précifion , tous les détails de ce
» qui conftitue le mérite de ce morceau.
"
» D'autres Portraits expofés au Sallon
» par le même Maître , y font , par
"
» des relations différentes , très - convena-
» bles & très -intéreffans pour le Public &
» pour les Artiftes. Tel eft d'abord celui
» de M. Reftout , refpectable par
» de & belle carrière qu'il a remplie ; &
" enfuite la tête de l'héritier des forces
la
gran-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» & du génie de Corneille fur notre ſcène
» tragique * . La touche du premier eft
» facile , hardie & fpirituelle. La tête de
» M. de Crébillon eft reffemblante , &
» modelée avec fentiment . Une tête de
» petite fille joue & badine , pour ainſi
» dire , entre la dignité de ces deux Por
» traits. Une touche légere y fait voltiger
» les premieres graces , & cette naïveté
fine , dont la nature pare quelquefois
» notre enfance. Ces trois têtes font en
» terre cuite; ainfi le méchaniſme de l'Art
» en eft plus à découvert , & l'efprit qui
» le guide , plus diftinctement articulé.
» Combien un Artifte ne doit-il pas être
flaté d'avoir contribué à l'immortalité
» de ceux qui , par des talens d'un autre
genre, ont droit de l'attendre de la mé-
» moire des hommes ? Le Bufte en mar-
» bre de Mlle Clairon , procure cet avantage
à M. le Moine. Cette Actrice ini-
» mitable , eft repréfentée fous l'allégorie
» de Melpomène invoquant Apollon , ou
» pour mieux dire , recevant de ce Dieu
» l'infpiration du plus fublime talent de
l'action dramatique . Ce Portrait eſt très-
» reffemblant ; le caractère en eſt noble
» & touchant. Il eft pris fous un de ces
» beaux afpects , par lefquels elle exerce
» fi fouvent au Théâtre , un empire fou-
* M. de Crébillon .
OCTOBRE613 827
verain fur les âmes dont elle fait à fon
» gré moavoir tous les refforts . On nous
accuferoit , peut- être , de trop de prévention
en faveur des Artiftes célébres ,
fi nous n'avions pas foin de remarquer
que quelquefois dans le méchaniſme de
» leur Art , ils négligent trop les recher-
» ches laborieuſes , qui feules finiffent &
» perfectionnent cette vérité d'imitation
que doit prendre la matière fous les
doigts de l'Artifte dans tous les détails .
"
2
,
M. Falconet , dont les Ouvrages portent
toujours le fceau de la vérité embellie
par l'efprit ou par les graces,nous
» fait voir deux petits grouppes de fem-
» mes en plâtre , qui ont attiré notre attention
. Ils font difpofés de manière ,
que de chaque face ils préfentent les
» différens afpects d'une figure de femme.
L'élégance des formes , le choix heureux
» des pofitions , l'agrément des caractères
» de têtes & celui des coëffures , font réu-
» nis dans ces deux grouppes . Pour les
» définir en peu de mots , ce font les di-
» verfes beautés dont eft fufceptible la
» figure d'une femme , diftribuées fous
" quatre points de vue , & rendues avec
» une fidélité qui n'ajoute rien d'idéal à la
» nature. Ces grouppes font des fupports
» de chandeliers , qui doivent être exécu
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE!
tés en argent , & faire partie d'un fer-
» vice de table pour une Cour étrangère.
» Les Amateurs des Arts & ceux de l'hon-
» nêteté , ont applaudi au procédé de M.
» Germain. Il a publié avec une franchi-
»fe , malheureufement peu commune, le
choix qu'il a fait de M. Falconet pour
» l'exécution des modèles de toutes les
figures dans ce Sur-tout. Il foutient ce
» fentiment qui lui fait honneur , par
le
>>
plaifir que paroît lui faire l'expofition
» de ces deux modéles. D'ailleurs , en ren-
» dant publiques les principales études de
» cet ouvrage , M. Falconet affure davan-
» tage à M. Germain le fuccès de fon entrepriſe.
Il eft à préfumer qu'un Auteur
» qui fe foumet à tant de Juges , fait plus
» d'efforts pour mériter les fuffrages .
ور
و د
و د
par
» Nous avons remarqué , avec la plus
> grande diftinction , la tête d'un Philofophe
citoyen ( titres aujourd'hui trop
» fouvent oppofés dans l'opinion publi-
» que célèbre non -feulement la
» fcience & par l'érudition , mais encore
» par toutes les qualités fociales, qui ren-
> dent un homme cher & refpectable à
» fes Compatriotes. Ce Citoyen , ce Philofophe
, porte le même nom que l'Artifte
, qui en a fait un monument auffi
glorieux pour fes talens , qu'honorable
>>
OCTOBRE. 1761. 129
» pour fon coeur *. Nous avons éprouvé
» à l'égard de cette tête , la fatisfaction ,
» flateuſe d'entendre confirmer notre pro-
» pre fentiment , par la déclaration unanime
des Connoiffeurs & des Artiftes
» les plus éclairés. Ils y ont reconnu ,
» ainfi que nous , non - feulement une vé-
» rité de reffemblance égale à la Nature
» même , mais encore une vérité dans le
» travail , qui met ce morceau au nombre
» des modéles propofés pour atteindre à
» la perfection. Nous nous fervirons des
» termes propres à ces Juges , en difant
» que dans ce Bufte , le marbre paroît
» modélé , c'eſt-à- dire , que le cifeau a pris
» toute la liberté , tout l'efprit &la vérité
» de la premiere touche , en confervant
» le fini qu'il doit produire .
Nos Amateurs ne parlent point des Eftampes
qui fe multiplient par l'impreffion;
mais à l'article des Graveurs, ils font avec
juftice un éloge détaillé d'un très - beau
deffein à la Sanguine de M. Cochin , repréfentant
Lycurgue qui appaife une fédition
.
* M. Falconet le Médecin a fait lui- même cette
épigraphe gravée derriere fon Bufte . OMONY-
ΜΟΙΝ ΕΤΕΡΟΣ ΕΤΕΡΟΝ ΕΠΛΑΤΤΕ ΝΕΟΣ
ПРEΣYTÍN , » L'un des deux Omonymes a fait
>> l'autre : le jeune a fait le vieux, »
F v
Fermer
3922
p. 135
« ÉLOGE HISTORIQUE de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. In-8°. 1761. De [...] »
Début :
ÉLOGE HISTORIQUE de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. In-8°. 1761. De [...]
Mots clefs :
Duc de Bourgogne, Nation
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texteReconnaissance textuelle : « ÉLOGE HISTORIQUE de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. In-8°. 1761. De [...] »
ÉLOGE HISTORIQUE de MONSEIGNEUR
IE DUC DE BOURGOGNE. In 8 ° . 1761. De
l'Imprimerie Royale. Par M. le Franc de
Pompignan , de l'Académie Françoiſe.
Nous donnerons , dans le Mercure prochain
, l'Extrait de cet Ouvrage , intéreffant
pour la Nation , qui pleurera longtemps
la perte de ce Prince.
IE DUC DE BOURGOGNE. In 8 ° . 1761. De
l'Imprimerie Royale. Par M. le Franc de
Pompignan , de l'Académie Françoiſe.
Nous donnerons , dans le Mercure prochain
, l'Extrait de cet Ouvrage , intéreffant
pour la Nation , qui pleurera longtemps
la perte de ce Prince.
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3923
p. 93-105
ÉLOGE HISTORIQUE de Monseigneur LE DUC DE BOURGOGNE, par M. LEFRANC DE POMPIGNAN, de l'Académie Françoise. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-8o. 1761.
Début :
L'ÉPITRE Dédicatoire, l'Avertissement & le corps de l'Ouvrage sont les trois [...]
Mots clefs :
Duc de Bourgogne, Prince, Roi, M. de La Vauguyon, Enfants, Monseigneur le Dauphin, Douleur, Madame la Dauphine, Paroles, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE HISTORIQUE de Monseigneur LE DUC DE BOURGOGNE, par M. LEFRANC DE POMPIGNAN, de l'Académie Françoise. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-8o. 1761.
ÉLOGE
HISTORIQUE de Monfeigneur
LE DUC DE
BOURGOGNE , par
M. LEFRANC DE POMPIGNAN ,
de l'Académie Françoife. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , in- 8 ° .1761 .
' ÉPITRE Dédicatoire , l'Avertiffement
& le corps de l'Ouvrage font les trois
parties de cette Brochure intéreffante ,
qui méritent chacune féparément , d'arrêter
les regards & de fixer l'attention de
nos Lecteurs.
""
L'Épitre eft adreffée à MONSEIGNEUR
ود
LE DAUPHIN & à MADAME LA DAUPHINE.
C'est par leurs ordres que l'Auteur leur
préſente un Ouvrage dont ils avoient daigné
entendre la lecture , & qu'ils avoient
honoré de leur approbation . » C'eft , dit
» M. de Pompignan , c'eft l'Histoire &
l'éloge d'un Prince que vous pleurez
» encore , parce que c'étoit votre fils , &
» que la France pleurera toujours , parce
qu'il vous eût reffemblé ....... C'eft
» la première fois qu'on a écrit la vie d'un
» enfant de neuf ans ; mais c'eft la premiè
» re fois auffi qu'une vie de neuf ans a
mérité d'être écrite. Celle- ci.... fera
"
ود
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
35
» l'étonnement de nos neveux , & embel-
» lira les Faftes de la première Maiſon de
l'Univers. Il étoit réservé à cete Maiſon ,
» fi féconde en Héros de tous les genres ,
de nous offrir encore de nouveaux modéles
d'héroïfme , dans les enfans même
qu'elle produit .... Ce doit être un
foulagement à votre douleur , d'imagi-
» ner , en vous rappellant celui qui en eft
l'objet , que vous - même le propoſerez
» pour exemple à vos arrières- petits- fils ,
» & que l'Hiftoire de fa courte vie fera
» éternellement l'école des jeunes Princes
» de votre poftérité.
98
အ
»
95
"3
L'Auteur s'adreffe enfuite à MADAME
LA DAUPHINE , & lui dit : » C'eft fur vous
qu'il tourna fes derniers regards ; c'eſt
à vous qu'il adreffa fes dernières paro-
» les .... Vous ne trouverez l'adoucife-
» ment de vos regrets , que dans vos ver-
» tus , & dans celles de l'augufte époux à
qui vous avez donné cette précieuſe famille
, où le réuniffent vos confolations.
nutvélles , notre efpérance & notre
"félicité . Fille de ces Princes belliqueux ,
» qui diſpurécent fi longtemps à Pepin &
à Charlemagne les plus nobles Provin-
» ces de la Germanie , vous avez mêlé au
plus beau fang du monde , le fang illuffre&
courageux des Héros Saxons . Ils
""
و د
19
NOVEMBRE . 1761 195x
و د
ور
Vous ont appris à fupporter avec fermeté
» les malheurs de la condition humaine .
» Élevée par une mère magnanime , qui a
» mérité les larmes & l'admiration de tou-
» te l'Europe , vous trouverez dans votre
» nouvelle Patrie , & dans la Cour d'un
» Roi qui vous chérit comme fa fille
», une autre mère auffi tendre & auffi ver-
» tueufe , qui fait fon bonheur du vôtre ,
» & de celui de tous fes enfans . C'eft dans
» les charmes de cette fociété Royale ,
» & bien douce , que des mains chéres
» éffuyeront vos pleurs , & c.
,
Cette Epître auffi noble qu'attendrif
fante , eft fuivie d'un avertiffement fur la
certitude des Mémoires qui ont fervi à
la compofition de cet Eloge Hiftorique .
On fçait combien on exagere ordinairement
dans tout ce qu'on dit des talens
extraordinaires , & des qualités rares des .
enfans, & furtout des enfans des Princes.
Ce n'eft point fur de pareils matériaux qu'a,
été fait l'Eloge de M.le DUC DE BOURGOGNE.
Quoique ce Prince eût beaucoup d'efprit,
on n'a répété de lui ni épigrammes , ni
bons mots; mais il ne difoit ni ne faifoit
rien qui ne fût un trait de caractère ;
& c'est à quoi on s'eft attaché principalement
dans le détail des faits qu'on
nous remet fous les yeux. Larfqu'il a fallu
96 MERCURE DE FRANCE.
citer fes propres paroles , on s'eft impofe
la loi de les rapporter fans aucun changement
, & fans la moindre altération ,
telles qu'elles ont été confervées par les
perfonnes qui avoient eu le bonheur de
lés recueillir de fa bouche.
C
Au récit des faits , M. Lefranc de Pompignan
mêle fouvent des réfléxions qui
les précédent ou qui les fuivent. Dans
l'extrait que nous allons en faire , nous
choifirons les traits les plus intéreffans .
"
On entretenoit un jour Mgr LE DUC DE
BOURGOGNE des haures qualités du Roi fon
Ayeul, & de la maladie qu'il avoit élluyée
à Metz. » On lui peignoit des couleurs les
plus vives & les plus vraies , cette épo-
» que attendriffante, cette défolation uni-
» verfelle, qui n'eût pas été plus grande fi
» l'Ange de la mort eût menacé la France
» entière. Ces témoignages d'affection fi
« éclatans & fi extraordinaires, que pour en
» bien juger , il faut en avoir été témoin ;
» on lui apprenoit furtout que ce fut en
» cette occafion que les François donné-
» rent à leur Roi ce nom précieux , ce
» titre unique , né du fein de la douleur
» & de la joie, & formé par acclamation.
» Ce récit l'échauffoit , le tranfportoit.
Ah!
que le Roi , s'écria -t - il , dut êtrefenfible
à sant d'amour , & que j'acheterois
volontiers
و د
NOVEMBRE . 1761. 97
volontiers ce plaifir au prix d'une pareille
maladie .
Le jeune Prince , continue l'Auteur ,
poffédoit fupérieurement la Langue Françoifeil,
la parloit avec une correction
& une pureté qui étonnoit. Clair & concis
dans tout ce qu'il difoit , il vouloit ..
qu'on s'énonçât avec netteté & préciſion
lorfqu'on avoit l'honneur de lui parler.
Sa délicateffe fur cet article étoit extrê
me. Il fe contraignoit pour ne pas marquer
une forte d'impatience quand on
lui parloit , ou qu'on lui expliquoit quelchofe
d'une manière obfcure.
que
On avoit préfenté à Mgr le Duc de
Bourgogne une Table chronologique de
tous les Rois de France, depuis la fondation
de la Monarchie. Les Hiftoriens qui
remontent jufqu'à Pharamond, en comptent
ordinairement foixante- cinq. Il fe
figura que tous ces Rois étoient les ayeux ;
& l'on remarqua que fon coeur s'en élevoit
fenfiblement. Le Duc de la Vauguyon
crut qu'il étoit bon de lui dire
qu'on n'avoit point de preuves que les
Rois de la troifiéme Race defcendiffent
de la première , ni même de la feconde.
Il en parut étonné , & répondit avec
une forte de dépit : Au moins, Monfieur,
je defcends de S. Louis & de Henri IV.
E
98 MERCURE DE FRANCE
Ce Prince jouoit un jour tête-à-tête
avec un de fes Sous- Gouverneurs. Il y
cut un coup douteux & qui méritoit d'être
décidé. Le Duc de Bourgogne foutenoit
avec chaleur qu'il avoit gagné ; le Sousgouverneur
de fon côté foutenoit la
même chofe ; & pour éprouver le Prince,
il affectoit autant d'ardeur & d'obftination
que lui. Vous croyez avoir raifon ,
lui difoit-il , & moi auffi . Qui eft- ce qui
cédera ? Ce fera vous , repliqua le Duc
de Bourgogne d'un ton un peu altéré ;
& tout de fuite prenant un air ferein , il
ajouta : parce que vous êtes le plus raifonnable.
On voulut dans une occafion lui faire
honneur d'un de fes avantages remportés
fur lui-même ; on écrivit fur un papier :
Monfeigneur le Duc de Bourgogne fera
un grand Prince ; il commence à maîtrifer
fes paffions. On avoit mis l'écrit
fur fon bureau. A peine avoit-il achevé
de le lire , qu'on vint l'avertir que Mgr
le Dauphin le demandoit. Il prend le
biller , le met dans fa poche , & n'eft
pas plutôt arrivé fur le degré , qu'il le
laiffe adroitement tomber derrière lui.On
s'en apperçoit ; & comme on lui en demanda
la raiſon : C'eft , répond-il , que
quelqu'un trouvera ce papier , le ramaf
NOVEMBRE. 1761 99
fera , lira ce qu'il contient , & le répandra
dans le Public. Ce jeune Prince aimoit
la célébrité que donnent la gloire &
le mérite. Il fouhaitoit qu'on parlât de
lui en bien ; & c'eft une preuve qu'il af
piroit à bien faire.
Mais s'il étoit fenfible à la louange
juſte & méritée , il haïſſoit & mépriſoit
la flatterie. Quelqu'un s'avifa de lui donner
des éloges qui fentoient l'adulation .
Monfieur, lui dit -il , vous me flattez , je
n'aime point qu'on me flatte , & le foir
en fe couchant il dit à fon Gouverneur :
ce Monfieur meflatte ; prenez garde à lui
M. de la Vauguyon lui avoit demandé
lequel de fes trois garçons de la cham
bre il aimoit le mieux ? C'eft un tel , ré
pondit-il , parce qu'il ne me paffoit rien
dans mon bas áge , & qu'il alloit redire
tout ce que je faifois de mal , afin que
L'on me corrigeát.
La médifance lui déplaifoit fouverainement.
Quelqu'un parloit affez mal devant
lui d'un homme dont la naiſſance.
méritoit des égards. Il le fit approcher &
lui dit : Je trouve fort mauvais que vous
parlier ainfi devant moi d'un homme de
condition , n'y revenez plus.
M. le Duc de Briffac , que le Prince
aimoit & eſtimoit infiniment , lui dit un
E ij
Zoo MERCURE DE FRANCE. -
jour ; Monfeigneur à votre première
campagne , je vous demande d'étre votre
Aide de Camp. Non , Monfieur le
Duc , répondit le Prince , vous ferez alors
Maréchal de France , & vous me donnerez
des leçons.
A
•
Le ministère de M. de .... donnoit
les plus belles efpérances , dit M. de
Pompignan les premières opérations
avoient répandu la joie & ranimé le
crédit. Dans ces commencemens , il eut
une maladie qu'on crut d'abord férieuſe ,
& qui ne dura pas. Le jeune Prince qui
l'entendoit louer tous les jours , & par
toutes les bouches , & de toutes les façons
, parut très- inquiet fur fon compte.
Il s'informoir fouvent & avec grand foin
de fes nouvelles. On étoit furpris d'une
attention fi marquée , & on lui en demanda
le motif. Rien de plus fimple ,
répondit- il , j'entends dire à tout le monde
qu'il fert bien le Roi & l'Etat.
r Quand on annonça à M. le Duc de
Bourgogne qu'on devoit ouvrir la tumeur
qu'il avoit au haut de la cuiffe , il
n'en fut ni furpris ni éffrayé. Je m'y attendois
, dit il froidement ; j'avois entendu
dire il y a quelque temps à M. Senac
qui dans ce moment me croyoit endormi
, que je ne m'en tirerois que par une
opération ; je n'en ai point parlé , de
NOVEMBRE. 1761 101
peur qu'on ne crit que cela'm'inquiétoit.
Donnez-moi cependant un demi quart
d'heure pour prendre mon parti. Il voulut
voir les inftrumens dont on fe ferviroit;
il les confidéra, les mania avec un fangfroid
admirable, & s'abandonna tranquillement
aux apprêts & aux rigueurs de l'opération. "
Dans un des premiers jours qui la ſuivit , le
Prince fe trouvoit beaucoup mieux ; il
écrivit à Monfeigneur le Dauphin ce billet
remarquable : » Je commence à me
» mieux porter , je vous prie de me per-
» mettre de continuer mes études ; j'ai
grand peur d'oublier & grande envie
» d'apprendre. Il ne voulut point écrire
cette Lettre , fans en prévenir fon Gouverneur.
M. de la Vauguyon , lui dit- il ,
je vous prie de me permettre d'écrire une
Lettre à quelqu'un , & de ne la pas lire."
Je le veux bien , lui répondit M. de la
Vauguyon ; parce que je fçais que vous
étes très-raifonnable , & que j'ai grande
confiance en votre fageffe. Il l'écrivit; &
comme il étoit au moment de la cacheter ,
il appella M. de la Vauguyon & lui dir :
tenez, voilà ma Lettre ; lifez-la ; je ne
puis me réfoudre à avoir un fecret pour
yous ..
»
Plus de quatre mois après l'opération ,
le jour de la S. Louis , il fe trouva aflez
E iij .
702 MERCURE DE FRANCE.
bien pour s'habiller. Il alla chez le Roi &
chez la Reine ; mais il revint dans fon
Appartement fort fatigué. On lui propofa
de fe mettre dans fon lit , ou du moins à
fon aife , & en robe de chambre. Non
dit- il,je veux recevoir la Ville de Paris ;
cela convient.
•
Cependant le mal avoit fait fecrettement
dans fon corps des progrès & des
ravages mortels. Pour le difpofer au double
facrifice de fa vie & d'une Couronne
temporelle , M. l'Evêque de Limoges ,
fon Précepteur , lui fit lire la Paffion de
Wotre Seigneur dans Evangile de S.
Jean . Quand on en fut à ces paroles , mon
Royaume n'eft pas de ce monde , le Prélat
lui dir que ce paffage le regardoit ; qu'il
n'y avoit plus pour lui de Royaume fur
la tèrre ; qu'un autre régneroit à fa place ;
que le Ciel étoit déformais le feul Empire
auquel il dût penfer. Il fut un peu etonné
de ce difcours , mais fans douleur ni foibleffe
: C'en eft fait , dit - il , vous te
voulez, o mon Dieu ! Je me foumets à votre
volonté. Mon Royaume n'efl pas de
ce monde. Il n'y penfa plus.
Cependant l'heure fatale approchoir.
Le moment eft venu , dit le Prince ; donnez-
moi le Crucifix. Il le prend , & colle
fes lévres mourantes fur le figne adorable
NOVEMBRE. 1761. 103
du falut. Son facrifice fe confomme ; il
va tout quitter & ne regrette rien. Que
dis-je la nature , de l'aveu même de la
Religion , exige encore de lui un tribut &
des adieux ! Ses regards femblent attirés
par un objet invifible ; & foit qu'il cherchât
des yeux cette mère augufte qu'il
avoit tant chérie , & qu'il laiffoit fur la
tèrre ; foit que par l'effet d'une imaginagination
frappée , il crût la voir réellement
, il s'écria d'une voix animée : Ah!
maman ! maman ! c'étoit l'éffor d'une
âme qui rompt fes liens. Il répéta encore
une fois ces expreffions & tendres , fit un
Acte d'amour de Dieu , & rendit le dernier
foupir.
翦
Jufqu'à préfent l'Auteur a couvert d'un
voile l'accablement affreux où étoient
plongés Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Darphine.Il ouvre enfin le rideau,
& les expofe aux regards refpectueux de
tous les hommes fenfibles. » A fix heu-
» res du matin , le Duc de la Vauguyon
paffa chez le Roi. Sa Majefté n'étoit
que trop préparée à la funefte nouvelle
qu'on venoit lui annoncer. Elle ordon-
» na au Duc de defcendre chez Monfei-
» gneur le Dauphin ; il s'y rendit fur le
champ , & fit dire au Prince que Mgr.
le Duc de Berry fe portoit bien , & que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
30
ود
» le Duc de la Vauguyon étoit là . Ce
" peu de mots fignifioient tout. Le pre-
» mier effet qu'ils produifirent fe conçoit,
» mais ne ſe rend pas. Cependant le Roi
vint chez Madame la Dauphine , qui
» tomba fans connoiffance dans fes bras.
Monfeigneur le Dauphin paroît ; on
» amène le Comte de Provence & le Comte
d'Artois. La Reine arriva ; Mefdames :
a l'avoient précédée ;. toute la Famille
» Royale étoit dans le même lieu . Quels
» objets majestueux & touchans ! quel
» fanctuaire de douleur ! Les petits Princes
fondent en larmes ; leur mère évanouie
; fon augufte époux renversé dans
» un fauteuil , la tête appuyée fur le fein
du Duc de la Vanguyon , fans couleur ,,
fans paroles , fans pouls , fans refpira-.
» tion , & dans un état fi violent , frextraordinaire
, que quelques minutes de
" plus pouvoient le rendre dangereux .
» Le Roi & la Reine occupés à fecourir
» leurs enfans, la tendreffe conjugale , l'a-.
» mour paternel & filial , l'affection fra-
» terneile , tous les fentimens de la na-
» ture déployés & agiffant à la fois fur
» tant de perfonnes royales , qui mêloient
»enfemble leurs gémiffemens & leurs confternations.
"
Ceft par ce morceau touchant & patheNOVEMBRE
. 1761. TOS
tique que M. de Pompignan termine l'Eloge
Hiftorique de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tout ce que le fentiment a de
plus tendre y eft exprimé dans la plus noble
fimplicité. On y apprend aux François
ce qu'ils ont perdu , aux enfans des
Rois ce qu'ils doivent imiter . C'eft plutôt
ici un tableau qu'une hiftoire ; mais le tableau
des qualités qui font le bonheur des
Peuples , eft préférable à l'hiftoire des actions
qui les rendent malheureux .
HISTORIQUE de Monfeigneur
LE DUC DE
BOURGOGNE , par
M. LEFRANC DE POMPIGNAN ,
de l'Académie Françoife. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , in- 8 ° .1761 .
' ÉPITRE Dédicatoire , l'Avertiffement
& le corps de l'Ouvrage font les trois
parties de cette Brochure intéreffante ,
qui méritent chacune féparément , d'arrêter
les regards & de fixer l'attention de
nos Lecteurs.
""
L'Épitre eft adreffée à MONSEIGNEUR
ود
LE DAUPHIN & à MADAME LA DAUPHINE.
C'est par leurs ordres que l'Auteur leur
préſente un Ouvrage dont ils avoient daigné
entendre la lecture , & qu'ils avoient
honoré de leur approbation . » C'eft , dit
» M. de Pompignan , c'eft l'Histoire &
l'éloge d'un Prince que vous pleurez
» encore , parce que c'étoit votre fils , &
» que la France pleurera toujours , parce
qu'il vous eût reffemblé ....... C'eft
» la première fois qu'on a écrit la vie d'un
» enfant de neuf ans ; mais c'eft la premiè
» re fois auffi qu'une vie de neuf ans a
mérité d'être écrite. Celle- ci.... fera
"
ود
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
35
» l'étonnement de nos neveux , & embel-
» lira les Faftes de la première Maiſon de
l'Univers. Il étoit réservé à cete Maiſon ,
» fi féconde en Héros de tous les genres ,
de nous offrir encore de nouveaux modéles
d'héroïfme , dans les enfans même
qu'elle produit .... Ce doit être un
foulagement à votre douleur , d'imagi-
» ner , en vous rappellant celui qui en eft
l'objet , que vous - même le propoſerez
» pour exemple à vos arrières- petits- fils ,
» & que l'Hiftoire de fa courte vie fera
» éternellement l'école des jeunes Princes
» de votre poftérité.
98
အ
»
95
"3
L'Auteur s'adreffe enfuite à MADAME
LA DAUPHINE , & lui dit : » C'eft fur vous
qu'il tourna fes derniers regards ; c'eſt
à vous qu'il adreffa fes dernières paro-
» les .... Vous ne trouverez l'adoucife-
» ment de vos regrets , que dans vos ver-
» tus , & dans celles de l'augufte époux à
qui vous avez donné cette précieuſe famille
, où le réuniffent vos confolations.
nutvélles , notre efpérance & notre
"félicité . Fille de ces Princes belliqueux ,
» qui diſpurécent fi longtemps à Pepin &
à Charlemagne les plus nobles Provin-
» ces de la Germanie , vous avez mêlé au
plus beau fang du monde , le fang illuffre&
courageux des Héros Saxons . Ils
""
و د
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NOVEMBRE . 1761 195x
و د
ور
Vous ont appris à fupporter avec fermeté
» les malheurs de la condition humaine .
» Élevée par une mère magnanime , qui a
» mérité les larmes & l'admiration de tou-
» te l'Europe , vous trouverez dans votre
» nouvelle Patrie , & dans la Cour d'un
» Roi qui vous chérit comme fa fille
», une autre mère auffi tendre & auffi ver-
» tueufe , qui fait fon bonheur du vôtre ,
» & de celui de tous fes enfans . C'eft dans
» les charmes de cette fociété Royale ,
» & bien douce , que des mains chéres
» éffuyeront vos pleurs , & c.
,
Cette Epître auffi noble qu'attendrif
fante , eft fuivie d'un avertiffement fur la
certitude des Mémoires qui ont fervi à
la compofition de cet Eloge Hiftorique .
On fçait combien on exagere ordinairement
dans tout ce qu'on dit des talens
extraordinaires , & des qualités rares des .
enfans, & furtout des enfans des Princes.
Ce n'eft point fur de pareils matériaux qu'a,
été fait l'Eloge de M.le DUC DE BOURGOGNE.
Quoique ce Prince eût beaucoup d'efprit,
on n'a répété de lui ni épigrammes , ni
bons mots; mais il ne difoit ni ne faifoit
rien qui ne fût un trait de caractère ;
& c'est à quoi on s'eft attaché principalement
dans le détail des faits qu'on
nous remet fous les yeux. Larfqu'il a fallu
96 MERCURE DE FRANCE.
citer fes propres paroles , on s'eft impofe
la loi de les rapporter fans aucun changement
, & fans la moindre altération ,
telles qu'elles ont été confervées par les
perfonnes qui avoient eu le bonheur de
lés recueillir de fa bouche.
C
Au récit des faits , M. Lefranc de Pompignan
mêle fouvent des réfléxions qui
les précédent ou qui les fuivent. Dans
l'extrait que nous allons en faire , nous
choifirons les traits les plus intéreffans .
"
On entretenoit un jour Mgr LE DUC DE
BOURGOGNE des haures qualités du Roi fon
Ayeul, & de la maladie qu'il avoit élluyée
à Metz. » On lui peignoit des couleurs les
plus vives & les plus vraies , cette épo-
» que attendriffante, cette défolation uni-
» verfelle, qui n'eût pas été plus grande fi
» l'Ange de la mort eût menacé la France
» entière. Ces témoignages d'affection fi
« éclatans & fi extraordinaires, que pour en
» bien juger , il faut en avoir été témoin ;
» on lui apprenoit furtout que ce fut en
» cette occafion que les François donné-
» rent à leur Roi ce nom précieux , ce
» titre unique , né du fein de la douleur
» & de la joie, & formé par acclamation.
» Ce récit l'échauffoit , le tranfportoit.
Ah!
que le Roi , s'écria -t - il , dut êtrefenfible
à sant d'amour , & que j'acheterois
volontiers
و د
NOVEMBRE . 1761. 97
volontiers ce plaifir au prix d'une pareille
maladie .
Le jeune Prince , continue l'Auteur ,
poffédoit fupérieurement la Langue Françoifeil,
la parloit avec une correction
& une pureté qui étonnoit. Clair & concis
dans tout ce qu'il difoit , il vouloit ..
qu'on s'énonçât avec netteté & préciſion
lorfqu'on avoit l'honneur de lui parler.
Sa délicateffe fur cet article étoit extrê
me. Il fe contraignoit pour ne pas marquer
une forte d'impatience quand on
lui parloit , ou qu'on lui expliquoit quelchofe
d'une manière obfcure.
que
On avoit préfenté à Mgr le Duc de
Bourgogne une Table chronologique de
tous les Rois de France, depuis la fondation
de la Monarchie. Les Hiftoriens qui
remontent jufqu'à Pharamond, en comptent
ordinairement foixante- cinq. Il fe
figura que tous ces Rois étoient les ayeux ;
& l'on remarqua que fon coeur s'en élevoit
fenfiblement. Le Duc de la Vauguyon
crut qu'il étoit bon de lui dire
qu'on n'avoit point de preuves que les
Rois de la troifiéme Race defcendiffent
de la première , ni même de la feconde.
Il en parut étonné , & répondit avec
une forte de dépit : Au moins, Monfieur,
je defcends de S. Louis & de Henri IV.
E
98 MERCURE DE FRANCE
Ce Prince jouoit un jour tête-à-tête
avec un de fes Sous- Gouverneurs. Il y
cut un coup douteux & qui méritoit d'être
décidé. Le Duc de Bourgogne foutenoit
avec chaleur qu'il avoit gagné ; le Sousgouverneur
de fon côté foutenoit la
même chofe ; & pour éprouver le Prince,
il affectoit autant d'ardeur & d'obftination
que lui. Vous croyez avoir raifon ,
lui difoit-il , & moi auffi . Qui eft- ce qui
cédera ? Ce fera vous , repliqua le Duc
de Bourgogne d'un ton un peu altéré ;
& tout de fuite prenant un air ferein , il
ajouta : parce que vous êtes le plus raifonnable.
On voulut dans une occafion lui faire
honneur d'un de fes avantages remportés
fur lui-même ; on écrivit fur un papier :
Monfeigneur le Duc de Bourgogne fera
un grand Prince ; il commence à maîtrifer
fes paffions. On avoit mis l'écrit
fur fon bureau. A peine avoit-il achevé
de le lire , qu'on vint l'avertir que Mgr
le Dauphin le demandoit. Il prend le
biller , le met dans fa poche , & n'eft
pas plutôt arrivé fur le degré , qu'il le
laiffe adroitement tomber derrière lui.On
s'en apperçoit ; & comme on lui en demanda
la raiſon : C'eft , répond-il , que
quelqu'un trouvera ce papier , le ramaf
NOVEMBRE. 1761 99
fera , lira ce qu'il contient , & le répandra
dans le Public. Ce jeune Prince aimoit
la célébrité que donnent la gloire &
le mérite. Il fouhaitoit qu'on parlât de
lui en bien ; & c'eft une preuve qu'il af
piroit à bien faire.
Mais s'il étoit fenfible à la louange
juſte & méritée , il haïſſoit & mépriſoit
la flatterie. Quelqu'un s'avifa de lui donner
des éloges qui fentoient l'adulation .
Monfieur, lui dit -il , vous me flattez , je
n'aime point qu'on me flatte , & le foir
en fe couchant il dit à fon Gouverneur :
ce Monfieur meflatte ; prenez garde à lui
M. de la Vauguyon lui avoit demandé
lequel de fes trois garçons de la cham
bre il aimoit le mieux ? C'eft un tel , ré
pondit-il , parce qu'il ne me paffoit rien
dans mon bas áge , & qu'il alloit redire
tout ce que je faifois de mal , afin que
L'on me corrigeát.
La médifance lui déplaifoit fouverainement.
Quelqu'un parloit affez mal devant
lui d'un homme dont la naiſſance.
méritoit des égards. Il le fit approcher &
lui dit : Je trouve fort mauvais que vous
parlier ainfi devant moi d'un homme de
condition , n'y revenez plus.
M. le Duc de Briffac , que le Prince
aimoit & eſtimoit infiniment , lui dit un
E ij
Zoo MERCURE DE FRANCE. -
jour ; Monfeigneur à votre première
campagne , je vous demande d'étre votre
Aide de Camp. Non , Monfieur le
Duc , répondit le Prince , vous ferez alors
Maréchal de France , & vous me donnerez
des leçons.
A
•
Le ministère de M. de .... donnoit
les plus belles efpérances , dit M. de
Pompignan les premières opérations
avoient répandu la joie & ranimé le
crédit. Dans ces commencemens , il eut
une maladie qu'on crut d'abord férieuſe ,
& qui ne dura pas. Le jeune Prince qui
l'entendoit louer tous les jours , & par
toutes les bouches , & de toutes les façons
, parut très- inquiet fur fon compte.
Il s'informoir fouvent & avec grand foin
de fes nouvelles. On étoit furpris d'une
attention fi marquée , & on lui en demanda
le motif. Rien de plus fimple ,
répondit- il , j'entends dire à tout le monde
qu'il fert bien le Roi & l'Etat.
r Quand on annonça à M. le Duc de
Bourgogne qu'on devoit ouvrir la tumeur
qu'il avoit au haut de la cuiffe , il
n'en fut ni furpris ni éffrayé. Je m'y attendois
, dit il froidement ; j'avois entendu
dire il y a quelque temps à M. Senac
qui dans ce moment me croyoit endormi
, que je ne m'en tirerois que par une
opération ; je n'en ai point parlé , de
NOVEMBRE. 1761 101
peur qu'on ne crit que cela'm'inquiétoit.
Donnez-moi cependant un demi quart
d'heure pour prendre mon parti. Il voulut
voir les inftrumens dont on fe ferviroit;
il les confidéra, les mania avec un fangfroid
admirable, & s'abandonna tranquillement
aux apprêts & aux rigueurs de l'opération. "
Dans un des premiers jours qui la ſuivit , le
Prince fe trouvoit beaucoup mieux ; il
écrivit à Monfeigneur le Dauphin ce billet
remarquable : » Je commence à me
» mieux porter , je vous prie de me per-
» mettre de continuer mes études ; j'ai
grand peur d'oublier & grande envie
» d'apprendre. Il ne voulut point écrire
cette Lettre , fans en prévenir fon Gouverneur.
M. de la Vauguyon , lui dit- il ,
je vous prie de me permettre d'écrire une
Lettre à quelqu'un , & de ne la pas lire."
Je le veux bien , lui répondit M. de la
Vauguyon ; parce que je fçais que vous
étes très-raifonnable , & que j'ai grande
confiance en votre fageffe. Il l'écrivit; &
comme il étoit au moment de la cacheter ,
il appella M. de la Vauguyon & lui dir :
tenez, voilà ma Lettre ; lifez-la ; je ne
puis me réfoudre à avoir un fecret pour
yous ..
»
Plus de quatre mois après l'opération ,
le jour de la S. Louis , il fe trouva aflez
E iij .
702 MERCURE DE FRANCE.
bien pour s'habiller. Il alla chez le Roi &
chez la Reine ; mais il revint dans fon
Appartement fort fatigué. On lui propofa
de fe mettre dans fon lit , ou du moins à
fon aife , & en robe de chambre. Non
dit- il,je veux recevoir la Ville de Paris ;
cela convient.
•
Cependant le mal avoit fait fecrettement
dans fon corps des progrès & des
ravages mortels. Pour le difpofer au double
facrifice de fa vie & d'une Couronne
temporelle , M. l'Evêque de Limoges ,
fon Précepteur , lui fit lire la Paffion de
Wotre Seigneur dans Evangile de S.
Jean . Quand on en fut à ces paroles , mon
Royaume n'eft pas de ce monde , le Prélat
lui dir que ce paffage le regardoit ; qu'il
n'y avoit plus pour lui de Royaume fur
la tèrre ; qu'un autre régneroit à fa place ;
que le Ciel étoit déformais le feul Empire
auquel il dût penfer. Il fut un peu etonné
de ce difcours , mais fans douleur ni foibleffe
: C'en eft fait , dit - il , vous te
voulez, o mon Dieu ! Je me foumets à votre
volonté. Mon Royaume n'efl pas de
ce monde. Il n'y penfa plus.
Cependant l'heure fatale approchoir.
Le moment eft venu , dit le Prince ; donnez-
moi le Crucifix. Il le prend , & colle
fes lévres mourantes fur le figne adorable
NOVEMBRE. 1761. 103
du falut. Son facrifice fe confomme ; il
va tout quitter & ne regrette rien. Que
dis-je la nature , de l'aveu même de la
Religion , exige encore de lui un tribut &
des adieux ! Ses regards femblent attirés
par un objet invifible ; & foit qu'il cherchât
des yeux cette mère augufte qu'il
avoit tant chérie , & qu'il laiffoit fur la
tèrre ; foit que par l'effet d'une imaginagination
frappée , il crût la voir réellement
, il s'écria d'une voix animée : Ah!
maman ! maman ! c'étoit l'éffor d'une
âme qui rompt fes liens. Il répéta encore
une fois ces expreffions & tendres , fit un
Acte d'amour de Dieu , & rendit le dernier
foupir.
翦
Jufqu'à préfent l'Auteur a couvert d'un
voile l'accablement affreux où étoient
plongés Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Darphine.Il ouvre enfin le rideau,
& les expofe aux regards refpectueux de
tous les hommes fenfibles. » A fix heu-
» res du matin , le Duc de la Vauguyon
paffa chez le Roi. Sa Majefté n'étoit
que trop préparée à la funefte nouvelle
qu'on venoit lui annoncer. Elle ordon-
» na au Duc de defcendre chez Monfei-
» gneur le Dauphin ; il s'y rendit fur le
champ , & fit dire au Prince que Mgr.
le Duc de Berry fe portoit bien , & que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
30
ود
» le Duc de la Vauguyon étoit là . Ce
" peu de mots fignifioient tout. Le pre-
» mier effet qu'ils produifirent fe conçoit,
» mais ne ſe rend pas. Cependant le Roi
vint chez Madame la Dauphine , qui
» tomba fans connoiffance dans fes bras.
Monfeigneur le Dauphin paroît ; on
» amène le Comte de Provence & le Comte
d'Artois. La Reine arriva ; Mefdames :
a l'avoient précédée ;. toute la Famille
» Royale étoit dans le même lieu . Quels
» objets majestueux & touchans ! quel
» fanctuaire de douleur ! Les petits Princes
fondent en larmes ; leur mère évanouie
; fon augufte époux renversé dans
» un fauteuil , la tête appuyée fur le fein
du Duc de la Vanguyon , fans couleur ,,
fans paroles , fans pouls , fans refpira-.
» tion , & dans un état fi violent , frextraordinaire
, que quelques minutes de
" plus pouvoient le rendre dangereux .
» Le Roi & la Reine occupés à fecourir
» leurs enfans, la tendreffe conjugale , l'a-.
» mour paternel & filial , l'affection fra-
» terneile , tous les fentimens de la na-
» ture déployés & agiffant à la fois fur
» tant de perfonnes royales , qui mêloient
»enfemble leurs gémiffemens & leurs confternations.
"
Ceft par ce morceau touchant & patheNOVEMBRE
. 1761. TOS
tique que M. de Pompignan termine l'Eloge
Hiftorique de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tout ce que le fentiment a de
plus tendre y eft exprimé dans la plus noble
fimplicité. On y apprend aux François
ce qu'ils ont perdu , aux enfans des
Rois ce qu'ils doivent imiter . C'eft plutôt
ici un tableau qu'une hiftoire ; mais le tableau
des qualités qui font le bonheur des
Peuples , eft préférable à l'hiftoire des actions
qui les rendent malheureux .
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3924
p. 132-152
RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
Début :
CEUX qui auront lu, Monsieur, mes Elemens de Musique, sur lesquels vous [...]
Mots clefs :
Accord, Musique, Proportions, Harmonie, Mélodie, Théorie, Proportion géométrique, Rapports géométriques, Mode, Mode mineur, Accords fondamentaux, Basse fondamentale, Encyclopédie, Principes mathématiques, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
REPONSE de M. d'ALEM BERT
à une Lettre imprimée de M.
PAMEAU ( a ).
CFUX EUX qui auront lu , Monfieur , mes
Elemens de Mufique , fur lefquels vous
m'avez autrefois témoigné publiquément
votre reconnoiffance dans les termes
(a ) Cetre Lettre , qui a pour objet la critique
des articles FONDAMENTAL & GAMME de l'Encyclopédie
, par M d'Alembert , a paru en mème
temps que le Code de Mufique de M. Rameau.
MAR S. 1762. 133
les plus flateurs (b) , feront un peu furpris
que je fois forcé de me défendre aujourd'hui
contre vous- même. Cela me fera fi
facile, que j'ailong- tems balancé fije prendrois
ce parti , & que je ne m'y ferois jamais
déterminé fans l'attachement que
j'ai pour vous , & fans le defir que vous
marquez d'une réponse de ma part . Je lat
diviferai en plufieurs articles , relatifs aux
différens points fur lefquels vous m'attaquez
.
I. Non , Monfieur , l'Académie des
Sciences n'a point été compromife , com-.
me vous le prétendez , en approuvant ,
d'après mon rapport , les recherches vrai-
(b) Voyez le Mercure de Mai 1752 ; M. Rameau
s'y exprime ainfi , avec beaucoup d'éloges
que je fupprime : M. d'Alembert ... a cherché
dans mes Ouvrages ... des vérités a fimplifier ,
rendre plus familieres , plus luminenfes , & par
conféquent plus utiles au grand nombre ... Il n'a
pas dédaigné de fe mettre à la portée même des Enfans
... Enfin il m'a donné la confolation de voir
ajouter à la folidité de mes principes une fimplicité .
dont je lesfentois fufceptibles , mais que je ne leur
aurois donnée qu'avec beaucoup plus de peine , &
peut-être moins heureufement quelui ... Les fciences
& les arts ... hateroient réciproquement leurs
progrès , fi les Auteurs préférant l'intérêt de la vérité
à celui de l'amour-propre , les uns avoient la modeftie
d'accepter des fecours , les autres la générofité
d'en offrir. མ
134 MERCURE DE FRANCE.
ment neuves & utiles dont la théorie de
votre Art vous eft redevable ; mais elle
n'a point approuvé , & n'approuvera jamais
les efforts que vous avez faits depuis
, pour trouver le principe de la géométrie
dans le corps fonore.
Ce n'eft pas ma faute , fi vous n'êtes
pas encore défabufé des idées plus que
fingulières que vous avez fur ce fujet ,
& auxquelles vous convenez que je me
fuis conftamment oppofé. Le corps fonore
ne nous donne & ne peut nous donner
par lui-même aucune idée des proportions.
1 °. Parce que de votre propre aveu
(c ) on n'y entend point les Octaves ,
du fon fondamental 1 ; 2 °. parce qu'on
entend encore moins les fons des multiples
3 & 5 , qui ne font , felon vousmême
, que frémir fans réfonner ; 3 ° .
( & c'eft ici la raifon principale ) parce
que , quand on entendroit ces octaves
& ces fons des multiples ,le fens de l'ouie
ne peut en aucune manière nous donner
la notion de rapport & de proportion ,
que nous ne pouvons acquérir que par
la vue & par le toucher. Pour avoir une
idée nette des proportions & des rapy
(c) Voyez la Lettre de M. Rameau à M. Euler
fur l'identité des octaves.
MARS. 1762 . 135
,
ports , il eft néceffaire de comparer les
corps par ces deux derniers fens ; la perception
des fons n'y contribue abfolument
en rien , n'y ajoute rien , y eft totalement
étrangère . Pour tout dire en
un mot quand les hommes feroient
fourds , il n'y en auroit pas moins pour
eux , des rapports , des proportions, une
géométrie. En voila , Monfieur , plus
qu'il n'en faut fur ce fujet ; & les Mathématiciens
trouveront à coup
j'en ai encore trop dit.
sûr que
II . En comparant les fons à leur baffe
fondamentale , dont la découverte vous
eft due , Monfieur , vous avez donné
les moyens de fixer d'une manière plus
sûre & plus lumineufe les rapports de's
fons dans les différens genres de Mufi
que ; & c'est en ce fens que la Mufique
eft devenue par votre travail une fcience
plus géométrique , & à laquelle les principes
mathématiques peuvent être appli
qués avec une utilité plus réelle & plus
fenfible qu'ils ne l'ont étéjufqu'ici. Voilà
, Monfieur , ce que l'Académie a
prononcé d'après mon rapport ; mais
ne donnez pas à ces paroles une exten
fion qu'elles n'ont pas , & que cette
Compagnie défavoueroit , ou plutôt
qu'elle n'auroit pas befoin de délavouer.
136 MERCURE DE FRANCE :
La confidération des rapports eft
fans doute néceffaire à quelques égards
dans la Mufique pour la comparaifon
des fons entr'eux ; j'ai fait ufage moimême
des rapports , dans lathéorie du
tempérament & de l'altération des intervalles
; & je n'ai jamais rien avancé
de contraire à cet ufage ; j'ai même dit
expreffément dans l'endroit de l'Encyclopédie
que vous attaquez , que le calcul
( qui n'eft ( d ) autre chofe que l'art
de combiner & de trouver les rapports)
eft utile pour l'intelligence de certains
points de la théorie comme des rapports
entre les tons de la gamme & du tempérament
; mais j'ai dit au même endroit , &
s'il en eft befoin , je le répéte , que la
confidération des rapports eft illufoire
pour rendre raifon du plaifir que la Mufique
nous caufe. On peut en voir les
preuves , ( quoique fommairement expofées
) dans le Difcours préliminairę
qui eft à la tête de la nouvelle Edition
de mes Elémens de Mufique.
3
暑A l'égard des proportions, il eft certain
1 ° . que les proportions arithmétiques &
harmoniques , fi feuvent & fi gratuitement
employées par vous , font entiére-
( d ) Pag. 62. tom. VII.
MARS. 1762. 137
ment étrangeres , & par conféquent inutiles
à l'art mufical ; auffi n'en ai - je fait
abfolument aucun ufage dans mes Elémens
, quoique j'y rende raifon des mémes
faits pour l'explication defquels vous
avez eu recours à ces proportions .
2º. On peut même fe paffer de la théorie
des proportions géométriques dans les
cas où la confidération des rapports géométriques
eft utile , c'eft-à-dire dans la
comparaifon des fons entr'eux ; la notion
de rapport qui eft moins compofée que
celle de proportion (e) , eft alors fuffifante
pour l'objet qu'on fe propofe , & vous
pouvez voir en effet , Monfieur , que
dans mes Elémens je n'ai eu befoin que
de la théorie des rapports fans avoir recours
à celle des proportions ; par la raifon
que j'ai cherché à fimplifier la théorie
le plus qu'il m'a été poffible , & à
n'emprunter du calcul que les notions les
plus indifpenfables.
Néanmoins dans les points de la théo
rie où la confidération des rapports géo-
(e ) Proportion géométrique eft une égalité entre
deux rapports géométriques ; rapport géométrique
eft la maniere dont une quantité en contient une
autre ; ainfi l'idee de proportion renferme au moins
trois quantités , au lieu que l'idée de rapport n'en
renferme que deux.
138 MERCURE DE FRANCE.
métriques doit être employée , je n'empêcherai
pas qu'on ne faffe auffi ufage
( quoique fans néceffité abfolue ) de la
théorie des proportions géométriques ;
mais à condition qu'on n'étendra pas ,
comme vous l'avez fait , la confidération
des proportions à d'autres objets , où elle
eft abfolument déplacée. C'eft cet abus
des proportions que j'avois principalement
en vue , comme il eft aifé de voir ,
pag. 62 du VII . vol. de l'Encyclopédie ,
quand j'ai dit que la confidération des
proportions géométriques , arithmétiques
& harmoniques , eft illufoire dans la
théorie de l'art mufical.
III . Votre Lettre me raffureroit , s'il
étoit néceffaire , fur la vérité de cette
affertion ; déjà vous convenez aujourd'hui
que vous avez employé les proportions
affez mal-à-propos , ( ce font
vos propres termes ) pour expliquer la
diffonance ; avec un peu de réflexion
vous conviendrez de même que vous
auriez pu vous en paffer dans l'explication
d'un grand nombre d'autres faits ;
comme je m'en fuis paffé dans mes Eléquoique
rédigés d'après vos principes
, mais à la vérité d'après vos principes
fimplifiés , dégagés de tout alliage,
& réduits à ce qu'ils contiennent felon
MARS. 1762. 139
moi , d'éffentiel & de vraiment folide.
J'ai donné dans cette nouvelle édition
, une manière très-fimple d'expliquer
le Mode mineur , fans avoir befoin
dufrémiffement des multiples , que
vous aviez employé jufqu'ici pour trou
ver l'origine de ce Mode ; vous dites
aujourd'hui que vous n'avez propofé
cette origine que comme indice ; & vous
prétendez dans votre Lettre en donner
une autre où j'avoue que je ne comprends
rien ; je ne fçais ce que c'eſt
qu'un principe qui s'en repofe fur fes
premiers produits , qui donne à les
premiers droits en harmonie, de forte que.
ce fe rend l'arbitre de la différence des
deux genres. Le langage des fciences ,
Monfieur , doit être plus fimple , plus
clair & plus précis. Celui que vous y
fubftituez ne peut je crois être goûté,
ou du moins célébré que par un feul
Ecrivain ; je veux parler d'un Journalifte
qui n'a pas la plus légère teinture ni
de mufique , ni de calcul , ni de beaucoup
d'autres chofes dont il décide , &
qui en attendant a déja prononcé ( à la
vérité tout feul ) que vous aviez raifon
contre moi.
IV. Vous faites dans votre Lettre de
140 MERCURE DE FRANCE .
nouveaux éfforts pour expliquer com
ment l'échelle diatonique du mode mineur
de la en defcendant , n'a ni diezes
ni bémols , quoiqu'elle ait deux diezes
en montant ; vous aviez dit dans votre
Mémoire préſenté à l'Académie , page
77, qu'il n'y avoit qu'unfeul moyen de
conferver en defcendant l'impreffion du
Mode mineur, fçavoir d'exclure fol de
l'harmonie , & de l'employerfimplement
pour le goût du chant. J'avois fuivi cette
idée , comme vous le pouvez voir à la
fin du chap. IX de la première Partie de
mes Elémens ; ce n'eft pas qu'elle ne
me paroiffe laiffer quelque chofe à defirer
, comme vous le pouvez voir encoré
par la note que j'ai ajoutée au même
endroit. Aujourd'hui vous femblez
abandonner cette explication , pour y
en fubftituer une autre qui fatisfera encore
moins les Philofophes ; vous faites
porter au fi de la baffe fondamentale
un fauffe quinte fa , parce que la fauſſe
quinte , dites-vous , eft prefcrite par l'ordre
même du même Mode. Mais on vous
demandera en premier lieu , pourquoi
l'ordre du Mode feroit- il troublé , fi on
mettoit en defcendant unfa dieze ? Ce
fa dieze ne fait que l'intervalle d'un fémiMARS.
1762. 141
ton avec le fol précédent , & celui d'un
ton avec le mi fuivant ; ainfi il n'y a
point de faut dans l'échelle , puifqu'il ne
s'y trouve point d'intervalle plus grand
que le ton. 2° . Pourquoi l'ordre du Mode
demande-t- il felon vous un fa naturel ,
puifque l'ordre du Mode , dans vos prin
cipes , n'eft déterminé que par la baffe
fondamentale , & que jamais la baffe
fondamentale primitive , ( tirée de la
réfonnance du corps fonore ) ne peut,
donner dans fon accord une fauffe
quinte ?
י י ז
ces
Permettez- moi d'ajouter une réfléxion
que prouvent , Monfieur
variations de votre part , dans la mar
nière d'expliquer le fait dont il s'agit &
quelques autres , finon que le principe.
de la baffe fondamentale ne vous a pas
toujours paru également lumineux à
vous-même , dans les différentes applications
que vous en avez faires ? Soyez
de bonne - foi là- deffus ou permettez
que d'autres le foient ; il vous, reftera
toujours affez de gloire dans l'ufage
que vous avez fait le premier de cette
bafe fondamentale pour éclaircir &
pour fimplifier la théorie & la pratique
de votre Art. 15 (1 )
V. Vous m'accufez fans fondement
142 MERCURE DE FRANCE .
*
d'avoir attribué l'accord de fixtefuperflue
, aux feuls Italiens. Je ne leur en ai
pas même attribué l'invention , ( comme
vous le prétendez ) parce que je n'en
ai point de preuves fuffifantes. J'ai dit
expreffément que vous aviez employé
cet accord dans vos Ouvrages ; mais j'ai
dit auffi , & cela eft vrai ) qu'il eft
pratiqué furtout par les Italiens ; c'eft
pour cela qu'on l'a nommé accord de
fixte Italienne. J'ai ajouté que cet accord
, pratiqué par vous-même
point que je fache , de baffe fondamentale
dans vos principes (f) ; vous
me répondez là-deffus des chofes où je
ne puis rien entendre , fi ce n'eft que
vous convenez que cet accord n'a point
en effet de pareille, baffe ; il eft vrai que
pour lever la difficulté , vous dites que
cet accord n'en eft pas un ; quel eft- il
n'a
(f)Un favant Italien , homme de beaucong
d'efprit , auffi verfé dans la Mufique & dans les
fciences exactes , que dans celles du Gouverne
ment , & qui occupe aujourd'hui avec la plus
grande diftinction la première place dans la Répu
biique , eft le premier qui m'ait fait cette objection
fur l'accord de fixte fuperflue , dès l'année
1752 où parut la première édition de mesElémens
de Mufique. Je ne pus alors trouver de réponſe à
l'objection , & depuis j'en ai cherché une inutile
ment.
MARS. 1762.
143
7
,
donc ? & pouvez-vous croire que perfonne
fe paye de cette défaite , lorfque
vous donnez une baffe fondamentale à
tous les autres accords ? Choififfez donc
ou de ranger , comme je l'ai fait cet
accord parmi les accords fondamentaux
, ( ce qui paroît d'autant plus indifpenfable
que vous-même vous n'attribuez
point à cet accord de renversement
poffible ) ; ou de convenir que la
baffe
fondamentale ne fatisfait point à
tout, puifqu'il y a un accord qui , felon
vous-même , n'a point de baffe fondamentale
. Ce petit inconvénient &
3 quelques autres moins confidérables
n'empêcheront
pas cette baffe d'être le
principe de l'harmonie & de la mélodie ,
comme le fyftême de la gravitation eſt
le principe de l'Aftronomie phyfique
quoique ce fyftême ne rende pas raifon
de tous les phénomènes qu'on obferve
dans le mouvement des corps céleftes.
A cette occafion vous accufez M ,
Rouffeau d'avoir affigné à l'accord de
quinte fuperflue des renverfemens , y
compris la note furnuméraire, Je ne
fais quel fondement peut avoir cette
imputation , car M. Rouffeau a dit expreffément
au mot ACCORD de l'En144
MERCURE DE FRANCE .
cyclopédie , en parlant de l'accord de
quinte fuperflue , que cet accord nefe
renverfe point , & il en donne les raifons
.
VI. C'eft une erreur , fi on vous en
croit , d'avoir dit , comme je l'ai fait
qu'il y a dix accords fondamentaux
lorfqu'il n'y en a , felon vous , que deux,
Ce langage me furprend , & je ne puis
croire que vous me faffiez férieufement
une pareille objection. J'appelle avec
vous accordsfondamentaux , ceux qui
peuvent fe trouver dans la baffe fondamentale
, & que vous y admettez vousmême
, Or ces accords Monfieur
vous le fçavez mieux que moi , font :
1°. L'accord parfait , majeur ou mineur
, ce qui fait deux.
2º. L'accord de dominante tonique
comme folfi réfa compofé d'une tierce
majeure fuivie de deux tierces mineures .
3. Les accords de dominante fimple
qui font au nombre de trois , celui qui
eft formé d'une tierce majeure entre
deux mineures , comme ré fa la ut ;
celui qui eft formé d'une tierce mineure
entre deux majeures , comme ut mifol
fi ; celui qui eft formé de deux tierces
mineures fuivies d'une tierce majeure ,
comme firéfa la.
4°.
MARS. 1762. 145
4°. L'accord de feptiéme diminuée
qui quoique dérivé de l'accord de dominante
& de fous -dominante du mode
mineur eft employé par vous - même
dans la baffe fondamentale.
5º. L'accord de grande fixte ou de
fous dominante , dont la fixte est toujours
majeure & la tierce majeure ou
mineure fuivant le Mode , ce qui fait
deux .
Comptez maintenant , Monfieur , &
vous trouverez neuf accords , qui de
votre propre aveu , peuvent être employés
dans la baffe fondamentale ; ajoutez
ici l'accord de fixte fuperflue qui ne
peut avoir de baffe fondamentale que
lui-même , ou qui du moins doit en
avoir une différente des neuf accords
nommés ci-deffus , & vous aurez dix
accords fondamentaux .
·
Il n'y a , dites-vous , que deux accords
fondamentaux. 1 °. Selon vous même
il y en auroit au moins trois ; l'accord
parfait , celui de feptiéme , & celui
de grande fixte ; & ne dites pas que ce
dernier eft dérivé de l'accord de feptiéme
; car dans vos propres principes ,
cette baffe fondamentale ut fa ut , dans
laquelle ut eft tonique & fa fous- dominante
, ne peut être changée en celle-ci
G
146 MERCURE DE FRANCE .
que
,
ut ré it , dans laquelle ut feroit tonique
, & ré dominante fimple. Il est vrai
dans quelques-uns de vos ouvrages,
vous avez paru dériver l'accord de fousdominante
, ou de grandefixte fa la ut
ré , de l'accord de feptiéme ré fa la ut
tandis que dans d'autres endroits vous
paroiffez dériver ce dernier accord du
premier , & ce me femble avec beaucoup
plus de raifon . Peut-être vos idées
n'ont- elles été jamais bien arrêtées fur
ce fujet ; je crois les avoir développées
& fixées .
2º. En admettant comme il eft néceffaire
ces trois accords fondamentaux
, il faut ajouter qu'ils forment trois
genres , dont le premier & le troifiéme
ont chacun deux efpécès , & dont le
fecond en a cinq , & que toutes ces
efpéces par conféquent fort ellesmêmes
autant d'accords fondamentaux,
puifque la dénomination du genre
convient toujours à l'espéce. Il faut de
plus remarquer que l'accord de fixte
fuperflue forme une claffe ou un genre
à part , foit qu'on doive le regarder
comme un accord fondamental , foit
qu'on doive le regarder comme ne l'étant
point , & comme ayant une baffe
fondamentale encore ignorée ou incertaine,
MARS. 1762. 147
VII. Dans l'article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie,j'ai propofé un grand
nombre d'accords , jufqu'ici non pra-
-tiqués , & fur lefquels j'ai exhorté les
Muficiens à faire des expériences , perfuadé
que je fuis des progrès confidérafi
ceux
bles
que l'art
peut
faire
encore
,
1
qui le cultivent veulent bien ne s'entêter
d'aucun fyftême & ne fe laiffer captiver
par aucune routine ; le plus fimple
de ces accords , & celui qui renferme
le moins de diffonances , ou plutôt
qui n'en renferme proprement aucune ,
favoir ut mi folut , vous déplaît par
cette feule raiſon , que ut faiſant réfonner
fol naturel , ce fol naturel feroit
diffonance avec fol ; mais 19. ne
-devroit - on pas même rejetter d'après
un pareil principe l'accord de quinte
fuperflue ut mi fol fi ré qui eft pour-
- tant en ufage ? 20. Ne devroit-on pas
même rejetter l'accord parfait ut mi fol
ut ; car mi fait auffi réſonner fol * qui
forme une diffonance avec fol ? 3° . La
réponse à votre objection est bien facile
! c'eft que la note qui ne fait que
réſonner étant comme étouffée par celle
qui eft frappée réellement , n'a point
d'effet fenfible. Vous êtes convenu ,
Monfieur , dans plufieurs endroits de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
18
vos ouvrages , qu'il eft inutile de vous
rappeller,de ce pouvoir des harmoniques
pour étouffer les diffonances & pour
en diftraire l'oreille. Sur cela je renvoie
le Lecteur à la premiere partie de mes
Elémens , Chap VII , vers la fin , où je
ne parle que d'après vous.
En un mot , Monfieur , expliqueznous
1 °. pourquoi l'accord ut mifol
ut qui n'eft proprement que l'accord ut
mi fol & qui ne contient réellement
aucune diffonance , ne pourroit pas
être employé en certaines occafions ,
lorfqu'on emploie tous les jours l'accord
ut mi folfi ré, qui ajoute à l'accord
ut mi fol ou ut mi fol ut quatre diffonances
ut fi , ut ré , mi ré , fol ★ ré ?
2º, Pourquoi les accords que j'ai propofés
ou du moins quelques-uns de ces
accords ne pourroient pas être employés
malgré les diffonances qu'ils renferment
, lorfqu'on emploie tous les
jours en Mufique tant d'autres accords ,
comme les accords par fuppofition , où
les diffonances font fi multipliées ?
Pour moi , Monfieur , j'ofe croire que
l'Art ira peut-être un jour plus loin que
vous ne penfez. L'expérience m'a rendu
circonfpect fur les affertions en matière
de Mufique ; avant que d'avoir entendu
MARS. 1762: ·149
vos Opéras , je ne croyois pas qu'on pût
aller au- delà de Lully & de Campra ;
avant que d'avoir entendu la Mufique
des Italiens , je n'imaginois rien au -deffus
de la nôtre.
VIII. L'expérience de M. Tartini eft
atteſtée par d'autres perfonnes , qui même
lui en conteſtent la découverte ,comme
vous le verrez dans le Difcours préliminaire
de mes Elémens . Je l'ai d'ailleurs
faite moi-même à Lyon en 1756
avec plufieurs Muficiens habiles ; tous
ont reconnu le troifiéme fon dont il
s'agit ; on l'entend très- diftinctement
mais il faut pour en apprécier la valeur
des Artiſtes exercés ; & je crois qu'on
peut s'en rapporter fur cela à l'oreille
de M. Tartini , qui vaut bien celle d'un
autre.
Au refte quoique j'aie détaillé dans
l'Encyclopédie cette expérience comme
très-curieufe , & comme pouvant fervir
à la perfection de l'Art mufical , je n'en
ai tiré aucune conféquence contre vos
principes , auxquels en effet elle ne me.
paroît point contraire .
IX. C'eſt à la page 133 des Fêtes de
'Hymen , qu'il fe trouve plufieurs tierces
majeures de fuite ; 233 eft une faute
d'impreffion qu'il vous étoit aifé de cor-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
riger. On trouve en effet en cet endroit
deux parties à la tierce majeure l'une de
l'autre durant un grand nombre de mefures
. Niez-vous le fait ? En convenezvous
? C'est ce que je n'ai pu démêler
dans votre réponfe . Quelque parti que
vous preniez , il reftera toujours certain
que vous avez fait chanter deux parties
pendant plufieurs mefures à la tierce majeure
l'une de l'autre , quoique ces deux
tierces majeures de fuite foient interdites
par tous les Muficiens & par vous- même.
Je n'ai point prétendu blâmer cette licence
; j'en ai feulement fait mention ,
pour montrer combien les licences font
fréquentes en Mufique , & par conféquent
combien on doit être circonfpect
foit à les blâmer fans reftriction , foit à
préfcrire des nouveautés qui peuvent
paroître contraires aux régles reçues .
X. Il ne faut pas , Monfieur, confondre
ces deux propofitions : la baffe fondamentale
eft le principe de la mélodie ;
& l'harmonie Suggére la mélodie. Je
conviens avec vous de la premiere de
ces propofitions , prife dans ce fens ,
qu'il n'y a point de bonne mélodie qui
ne foit fufceptible d'une harmonie régulière
, & qui n'ait fon fondement dans
cette harmonie. A l'égard de la feconde
MARS. 1762.; 151
propofition , je n'ai rien décidé , & j'air
propofé des doutes que vous ne levez
pás en m'objectant les bornes de mon
expérience , & en convenant que la
mélodie eft ce qui frappe principalement
l'homme borné ; car fi la mélodie étoit
toujours fuggérée par l'harmonie , il
vous refteroit à expliquer , Monfieur ,
comment tant d'oreilles bornées , peu
fenfibles à l'harmonie faute d'ufage &
d'exercice , le font pourtant beaucoup à
la mélodie ; & comment des perfonnes
nées avec un goût naturel compofent
même des chants agréables , fans avoir
la moindre teinture d'harmonie . *****
Auffi convenez-vous enfin dans votre
lettre , & même comme d'une chofe
dont il ne faut pas douter , que la
mélodie fuggére la baffe fondamentale ,
( & par conféquent l'harmonie ) mais
vous ajoutez que c'eft avec des reftrictions
; fi c'eft là votte dernier avis , je
n'aurai pas de peine à m'y rendre ; car
j'ai moi-même reconnu & annoncé ces
reftrictions dans l'Article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie , pag. 60 & 61 ,
où je crois avoir expofé d'une maniere
affez exacte , d'après vos principes mê
mes , les droits mutuels & l'influence
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
réciproque que la mélodie & l'harmonie
ont l'une fur l'autre .
[
›
Je me flatte , Monfieur , d'avoir fuffifamment
fatisfait à vos critiques au
moins à celles que j'ai compriſes ; mais
je me flatte auffi de vous avoir donné
des preuves fuffifantes de complaifance
& d'attachement , en vous répondant
une fois , & je crois par-là m'être acquis
le droit de garder déformais le filence.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBERT.
N. B. Cette nouvelle édition , dont
on trouvera des exemplaires à Paris ,
chez Defaint & Saillant , & chez Duchefne
, eft augmentée , 1 °. d'un Difcours
préliminaire affez étendu fur la
Théorie de la Mufique. 2°. D'un grand
nombre de Notes nouvelles , miſes au
bas du Texte. 3 °. De plufieurs Additions
& améliorations dans le corps du Texte
même . 4°. De la Réponse d'une Lettre
de M. Rameau .
à une Lettre imprimée de M.
PAMEAU ( a ).
CFUX EUX qui auront lu , Monfieur , mes
Elemens de Mufique , fur lefquels vous
m'avez autrefois témoigné publiquément
votre reconnoiffance dans les termes
(a ) Cetre Lettre , qui a pour objet la critique
des articles FONDAMENTAL & GAMME de l'Encyclopédie
, par M d'Alembert , a paru en mème
temps que le Code de Mufique de M. Rameau.
MAR S. 1762. 133
les plus flateurs (b) , feront un peu furpris
que je fois forcé de me défendre aujourd'hui
contre vous- même. Cela me fera fi
facile, que j'ailong- tems balancé fije prendrois
ce parti , & que je ne m'y ferois jamais
déterminé fans l'attachement que
j'ai pour vous , & fans le defir que vous
marquez d'une réponse de ma part . Je lat
diviferai en plufieurs articles , relatifs aux
différens points fur lefquels vous m'attaquez
.
I. Non , Monfieur , l'Académie des
Sciences n'a point été compromife , com-.
me vous le prétendez , en approuvant ,
d'après mon rapport , les recherches vrai-
(b) Voyez le Mercure de Mai 1752 ; M. Rameau
s'y exprime ainfi , avec beaucoup d'éloges
que je fupprime : M. d'Alembert ... a cherché
dans mes Ouvrages ... des vérités a fimplifier ,
rendre plus familieres , plus luminenfes , & par
conféquent plus utiles au grand nombre ... Il n'a
pas dédaigné de fe mettre à la portée même des Enfans
... Enfin il m'a donné la confolation de voir
ajouter à la folidité de mes principes une fimplicité .
dont je lesfentois fufceptibles , mais que je ne leur
aurois donnée qu'avec beaucoup plus de peine , &
peut-être moins heureufement quelui ... Les fciences
& les arts ... hateroient réciproquement leurs
progrès , fi les Auteurs préférant l'intérêt de la vérité
à celui de l'amour-propre , les uns avoient la modeftie
d'accepter des fecours , les autres la générofité
d'en offrir. མ
134 MERCURE DE FRANCE.
ment neuves & utiles dont la théorie de
votre Art vous eft redevable ; mais elle
n'a point approuvé , & n'approuvera jamais
les efforts que vous avez faits depuis
, pour trouver le principe de la géométrie
dans le corps fonore.
Ce n'eft pas ma faute , fi vous n'êtes
pas encore défabufé des idées plus que
fingulières que vous avez fur ce fujet ,
& auxquelles vous convenez que je me
fuis conftamment oppofé. Le corps fonore
ne nous donne & ne peut nous donner
par lui-même aucune idée des proportions.
1 °. Parce que de votre propre aveu
(c ) on n'y entend point les Octaves ,
du fon fondamental 1 ; 2 °. parce qu'on
entend encore moins les fons des multiples
3 & 5 , qui ne font , felon vousmême
, que frémir fans réfonner ; 3 ° .
( & c'eft ici la raifon principale ) parce
que , quand on entendroit ces octaves
& ces fons des multiples ,le fens de l'ouie
ne peut en aucune manière nous donner
la notion de rapport & de proportion ,
que nous ne pouvons acquérir que par
la vue & par le toucher. Pour avoir une
idée nette des proportions & des rapy
(c) Voyez la Lettre de M. Rameau à M. Euler
fur l'identité des octaves.
MARS. 1762 . 135
,
ports , il eft néceffaire de comparer les
corps par ces deux derniers fens ; la perception
des fons n'y contribue abfolument
en rien , n'y ajoute rien , y eft totalement
étrangère . Pour tout dire en
un mot quand les hommes feroient
fourds , il n'y en auroit pas moins pour
eux , des rapports , des proportions, une
géométrie. En voila , Monfieur , plus
qu'il n'en faut fur ce fujet ; & les Mathématiciens
trouveront à coup
j'en ai encore trop dit.
sûr que
II . En comparant les fons à leur baffe
fondamentale , dont la découverte vous
eft due , Monfieur , vous avez donné
les moyens de fixer d'une manière plus
sûre & plus lumineufe les rapports de's
fons dans les différens genres de Mufi
que ; & c'est en ce fens que la Mufique
eft devenue par votre travail une fcience
plus géométrique , & à laquelle les principes
mathématiques peuvent être appli
qués avec une utilité plus réelle & plus
fenfible qu'ils ne l'ont étéjufqu'ici. Voilà
, Monfieur , ce que l'Académie a
prononcé d'après mon rapport ; mais
ne donnez pas à ces paroles une exten
fion qu'elles n'ont pas , & que cette
Compagnie défavoueroit , ou plutôt
qu'elle n'auroit pas befoin de délavouer.
136 MERCURE DE FRANCE :
La confidération des rapports eft
fans doute néceffaire à quelques égards
dans la Mufique pour la comparaifon
des fons entr'eux ; j'ai fait ufage moimême
des rapports , dans lathéorie du
tempérament & de l'altération des intervalles
; & je n'ai jamais rien avancé
de contraire à cet ufage ; j'ai même dit
expreffément dans l'endroit de l'Encyclopédie
que vous attaquez , que le calcul
( qui n'eft ( d ) autre chofe que l'art
de combiner & de trouver les rapports)
eft utile pour l'intelligence de certains
points de la théorie comme des rapports
entre les tons de la gamme & du tempérament
; mais j'ai dit au même endroit , &
s'il en eft befoin , je le répéte , que la
confidération des rapports eft illufoire
pour rendre raifon du plaifir que la Mufique
nous caufe. On peut en voir les
preuves , ( quoique fommairement expofées
) dans le Difcours préliminairę
qui eft à la tête de la nouvelle Edition
de mes Elémens de Mufique.
3
暑A l'égard des proportions, il eft certain
1 ° . que les proportions arithmétiques &
harmoniques , fi feuvent & fi gratuitement
employées par vous , font entiére-
( d ) Pag. 62. tom. VII.
MARS. 1762. 137
ment étrangeres , & par conféquent inutiles
à l'art mufical ; auffi n'en ai - je fait
abfolument aucun ufage dans mes Elémens
, quoique j'y rende raifon des mémes
faits pour l'explication defquels vous
avez eu recours à ces proportions .
2º. On peut même fe paffer de la théorie
des proportions géométriques dans les
cas où la confidération des rapports géométriques
eft utile , c'eft-à-dire dans la
comparaifon des fons entr'eux ; la notion
de rapport qui eft moins compofée que
celle de proportion (e) , eft alors fuffifante
pour l'objet qu'on fe propofe , & vous
pouvez voir en effet , Monfieur , que
dans mes Elémens je n'ai eu befoin que
de la théorie des rapports fans avoir recours
à celle des proportions ; par la raifon
que j'ai cherché à fimplifier la théorie
le plus qu'il m'a été poffible , & à
n'emprunter du calcul que les notions les
plus indifpenfables.
Néanmoins dans les points de la théo
rie où la confidération des rapports géo-
(e ) Proportion géométrique eft une égalité entre
deux rapports géométriques ; rapport géométrique
eft la maniere dont une quantité en contient une
autre ; ainfi l'idee de proportion renferme au moins
trois quantités , au lieu que l'idée de rapport n'en
renferme que deux.
138 MERCURE DE FRANCE.
métriques doit être employée , je n'empêcherai
pas qu'on ne faffe auffi ufage
( quoique fans néceffité abfolue ) de la
théorie des proportions géométriques ;
mais à condition qu'on n'étendra pas ,
comme vous l'avez fait , la confidération
des proportions à d'autres objets , où elle
eft abfolument déplacée. C'eft cet abus
des proportions que j'avois principalement
en vue , comme il eft aifé de voir ,
pag. 62 du VII . vol. de l'Encyclopédie ,
quand j'ai dit que la confidération des
proportions géométriques , arithmétiques
& harmoniques , eft illufoire dans la
théorie de l'art mufical.
III . Votre Lettre me raffureroit , s'il
étoit néceffaire , fur la vérité de cette
affertion ; déjà vous convenez aujourd'hui
que vous avez employé les proportions
affez mal-à-propos , ( ce font
vos propres termes ) pour expliquer la
diffonance ; avec un peu de réflexion
vous conviendrez de même que vous
auriez pu vous en paffer dans l'explication
d'un grand nombre d'autres faits ;
comme je m'en fuis paffé dans mes Eléquoique
rédigés d'après vos principes
, mais à la vérité d'après vos principes
fimplifiés , dégagés de tout alliage,
& réduits à ce qu'ils contiennent felon
MARS. 1762. 139
moi , d'éffentiel & de vraiment folide.
J'ai donné dans cette nouvelle édition
, une manière très-fimple d'expliquer
le Mode mineur , fans avoir befoin
dufrémiffement des multiples , que
vous aviez employé jufqu'ici pour trou
ver l'origine de ce Mode ; vous dites
aujourd'hui que vous n'avez propofé
cette origine que comme indice ; & vous
prétendez dans votre Lettre en donner
une autre où j'avoue que je ne comprends
rien ; je ne fçais ce que c'eſt
qu'un principe qui s'en repofe fur fes
premiers produits , qui donne à les
premiers droits en harmonie, de forte que.
ce fe rend l'arbitre de la différence des
deux genres. Le langage des fciences ,
Monfieur , doit être plus fimple , plus
clair & plus précis. Celui que vous y
fubftituez ne peut je crois être goûté,
ou du moins célébré que par un feul
Ecrivain ; je veux parler d'un Journalifte
qui n'a pas la plus légère teinture ni
de mufique , ni de calcul , ni de beaucoup
d'autres chofes dont il décide , &
qui en attendant a déja prononcé ( à la
vérité tout feul ) que vous aviez raifon
contre moi.
IV. Vous faites dans votre Lettre de
140 MERCURE DE FRANCE .
nouveaux éfforts pour expliquer com
ment l'échelle diatonique du mode mineur
de la en defcendant , n'a ni diezes
ni bémols , quoiqu'elle ait deux diezes
en montant ; vous aviez dit dans votre
Mémoire préſenté à l'Académie , page
77, qu'il n'y avoit qu'unfeul moyen de
conferver en defcendant l'impreffion du
Mode mineur, fçavoir d'exclure fol de
l'harmonie , & de l'employerfimplement
pour le goût du chant. J'avois fuivi cette
idée , comme vous le pouvez voir à la
fin du chap. IX de la première Partie de
mes Elémens ; ce n'eft pas qu'elle ne
me paroiffe laiffer quelque chofe à defirer
, comme vous le pouvez voir encoré
par la note que j'ai ajoutée au même
endroit. Aujourd'hui vous femblez
abandonner cette explication , pour y
en fubftituer une autre qui fatisfera encore
moins les Philofophes ; vous faites
porter au fi de la baffe fondamentale
un fauffe quinte fa , parce que la fauſſe
quinte , dites-vous , eft prefcrite par l'ordre
même du même Mode. Mais on vous
demandera en premier lieu , pourquoi
l'ordre du Mode feroit- il troublé , fi on
mettoit en defcendant unfa dieze ? Ce
fa dieze ne fait que l'intervalle d'un fémiMARS.
1762. 141
ton avec le fol précédent , & celui d'un
ton avec le mi fuivant ; ainfi il n'y a
point de faut dans l'échelle , puifqu'il ne
s'y trouve point d'intervalle plus grand
que le ton. 2° . Pourquoi l'ordre du Mode
demande-t- il felon vous un fa naturel ,
puifque l'ordre du Mode , dans vos prin
cipes , n'eft déterminé que par la baffe
fondamentale , & que jamais la baffe
fondamentale primitive , ( tirée de la
réfonnance du corps fonore ) ne peut,
donner dans fon accord une fauffe
quinte ?
י י ז
ces
Permettez- moi d'ajouter une réfléxion
que prouvent , Monfieur
variations de votre part , dans la mar
nière d'expliquer le fait dont il s'agit &
quelques autres , finon que le principe.
de la baffe fondamentale ne vous a pas
toujours paru également lumineux à
vous-même , dans les différentes applications
que vous en avez faires ? Soyez
de bonne - foi là- deffus ou permettez
que d'autres le foient ; il vous, reftera
toujours affez de gloire dans l'ufage
que vous avez fait le premier de cette
bafe fondamentale pour éclaircir &
pour fimplifier la théorie & la pratique
de votre Art. 15 (1 )
V. Vous m'accufez fans fondement
142 MERCURE DE FRANCE .
*
d'avoir attribué l'accord de fixtefuperflue
, aux feuls Italiens. Je ne leur en ai
pas même attribué l'invention , ( comme
vous le prétendez ) parce que je n'en
ai point de preuves fuffifantes. J'ai dit
expreffément que vous aviez employé
cet accord dans vos Ouvrages ; mais j'ai
dit auffi , & cela eft vrai ) qu'il eft
pratiqué furtout par les Italiens ; c'eft
pour cela qu'on l'a nommé accord de
fixte Italienne. J'ai ajouté que cet accord
, pratiqué par vous-même
point que je fache , de baffe fondamentale
dans vos principes (f) ; vous
me répondez là-deffus des chofes où je
ne puis rien entendre , fi ce n'eft que
vous convenez que cet accord n'a point
en effet de pareille, baffe ; il eft vrai que
pour lever la difficulté , vous dites que
cet accord n'en eft pas un ; quel eft- il
n'a
(f)Un favant Italien , homme de beaucong
d'efprit , auffi verfé dans la Mufique & dans les
fciences exactes , que dans celles du Gouverne
ment , & qui occupe aujourd'hui avec la plus
grande diftinction la première place dans la Répu
biique , eft le premier qui m'ait fait cette objection
fur l'accord de fixte fuperflue , dès l'année
1752 où parut la première édition de mesElémens
de Mufique. Je ne pus alors trouver de réponſe à
l'objection , & depuis j'en ai cherché une inutile
ment.
MARS. 1762.
143
7
,
donc ? & pouvez-vous croire que perfonne
fe paye de cette défaite , lorfque
vous donnez une baffe fondamentale à
tous les autres accords ? Choififfez donc
ou de ranger , comme je l'ai fait cet
accord parmi les accords fondamentaux
, ( ce qui paroît d'autant plus indifpenfable
que vous-même vous n'attribuez
point à cet accord de renversement
poffible ) ; ou de convenir que la
baffe
fondamentale ne fatisfait point à
tout, puifqu'il y a un accord qui , felon
vous-même , n'a point de baffe fondamentale
. Ce petit inconvénient &
3 quelques autres moins confidérables
n'empêcheront
pas cette baffe d'être le
principe de l'harmonie & de la mélodie ,
comme le fyftême de la gravitation eſt
le principe de l'Aftronomie phyfique
quoique ce fyftême ne rende pas raifon
de tous les phénomènes qu'on obferve
dans le mouvement des corps céleftes.
A cette occafion vous accufez M ,
Rouffeau d'avoir affigné à l'accord de
quinte fuperflue des renverfemens , y
compris la note furnuméraire, Je ne
fais quel fondement peut avoir cette
imputation , car M. Rouffeau a dit expreffément
au mot ACCORD de l'En144
MERCURE DE FRANCE .
cyclopédie , en parlant de l'accord de
quinte fuperflue , que cet accord nefe
renverfe point , & il en donne les raifons
.
VI. C'eft une erreur , fi on vous en
croit , d'avoir dit , comme je l'ai fait
qu'il y a dix accords fondamentaux
lorfqu'il n'y en a , felon vous , que deux,
Ce langage me furprend , & je ne puis
croire que vous me faffiez férieufement
une pareille objection. J'appelle avec
vous accordsfondamentaux , ceux qui
peuvent fe trouver dans la baffe fondamentale
, & que vous y admettez vousmême
, Or ces accords Monfieur
vous le fçavez mieux que moi , font :
1°. L'accord parfait , majeur ou mineur
, ce qui fait deux.
2º. L'accord de dominante tonique
comme folfi réfa compofé d'une tierce
majeure fuivie de deux tierces mineures .
3. Les accords de dominante fimple
qui font au nombre de trois , celui qui
eft formé d'une tierce majeure entre
deux mineures , comme ré fa la ut ;
celui qui eft formé d'une tierce mineure
entre deux majeures , comme ut mifol
fi ; celui qui eft formé de deux tierces
mineures fuivies d'une tierce majeure ,
comme firéfa la.
4°.
MARS. 1762. 145
4°. L'accord de feptiéme diminuée
qui quoique dérivé de l'accord de dominante
& de fous -dominante du mode
mineur eft employé par vous - même
dans la baffe fondamentale.
5º. L'accord de grande fixte ou de
fous dominante , dont la fixte est toujours
majeure & la tierce majeure ou
mineure fuivant le Mode , ce qui fait
deux .
Comptez maintenant , Monfieur , &
vous trouverez neuf accords , qui de
votre propre aveu , peuvent être employés
dans la baffe fondamentale ; ajoutez
ici l'accord de fixte fuperflue qui ne
peut avoir de baffe fondamentale que
lui-même , ou qui du moins doit en
avoir une différente des neuf accords
nommés ci-deffus , & vous aurez dix
accords fondamentaux .
·
Il n'y a , dites-vous , que deux accords
fondamentaux. 1 °. Selon vous même
il y en auroit au moins trois ; l'accord
parfait , celui de feptiéme , & celui
de grande fixte ; & ne dites pas que ce
dernier eft dérivé de l'accord de feptiéme
; car dans vos propres principes ,
cette baffe fondamentale ut fa ut , dans
laquelle ut eft tonique & fa fous- dominante
, ne peut être changée en celle-ci
G
146 MERCURE DE FRANCE .
que
,
ut ré it , dans laquelle ut feroit tonique
, & ré dominante fimple. Il est vrai
dans quelques-uns de vos ouvrages,
vous avez paru dériver l'accord de fousdominante
, ou de grandefixte fa la ut
ré , de l'accord de feptiéme ré fa la ut
tandis que dans d'autres endroits vous
paroiffez dériver ce dernier accord du
premier , & ce me femble avec beaucoup
plus de raifon . Peut-être vos idées
n'ont- elles été jamais bien arrêtées fur
ce fujet ; je crois les avoir développées
& fixées .
2º. En admettant comme il eft néceffaire
ces trois accords fondamentaux
, il faut ajouter qu'ils forment trois
genres , dont le premier & le troifiéme
ont chacun deux efpécès , & dont le
fecond en a cinq , & que toutes ces
efpéces par conféquent fort ellesmêmes
autant d'accords fondamentaux,
puifque la dénomination du genre
convient toujours à l'espéce. Il faut de
plus remarquer que l'accord de fixte
fuperflue forme une claffe ou un genre
à part , foit qu'on doive le regarder
comme un accord fondamental , foit
qu'on doive le regarder comme ne l'étant
point , & comme ayant une baffe
fondamentale encore ignorée ou incertaine,
MARS. 1762. 147
VII. Dans l'article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie,j'ai propofé un grand
nombre d'accords , jufqu'ici non pra-
-tiqués , & fur lefquels j'ai exhorté les
Muficiens à faire des expériences , perfuadé
que je fuis des progrès confidérafi
ceux
bles
que l'art
peut
faire
encore
,
1
qui le cultivent veulent bien ne s'entêter
d'aucun fyftême & ne fe laiffer captiver
par aucune routine ; le plus fimple
de ces accords , & celui qui renferme
le moins de diffonances , ou plutôt
qui n'en renferme proprement aucune ,
favoir ut mi folut , vous déplaît par
cette feule raiſon , que ut faiſant réfonner
fol naturel , ce fol naturel feroit
diffonance avec fol ; mais 19. ne
-devroit - on pas même rejetter d'après
un pareil principe l'accord de quinte
fuperflue ut mi fol fi ré qui eft pour-
- tant en ufage ? 20. Ne devroit-on pas
même rejetter l'accord parfait ut mi fol
ut ; car mi fait auffi réſonner fol * qui
forme une diffonance avec fol ? 3° . La
réponse à votre objection est bien facile
! c'eft que la note qui ne fait que
réſonner étant comme étouffée par celle
qui eft frappée réellement , n'a point
d'effet fenfible. Vous êtes convenu ,
Monfieur , dans plufieurs endroits de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
18
vos ouvrages , qu'il eft inutile de vous
rappeller,de ce pouvoir des harmoniques
pour étouffer les diffonances & pour
en diftraire l'oreille. Sur cela je renvoie
le Lecteur à la premiere partie de mes
Elémens , Chap VII , vers la fin , où je
ne parle que d'après vous.
En un mot , Monfieur , expliqueznous
1 °. pourquoi l'accord ut mifol
ut qui n'eft proprement que l'accord ut
mi fol & qui ne contient réellement
aucune diffonance , ne pourroit pas
être employé en certaines occafions ,
lorfqu'on emploie tous les jours l'accord
ut mi folfi ré, qui ajoute à l'accord
ut mi fol ou ut mi fol ut quatre diffonances
ut fi , ut ré , mi ré , fol ★ ré ?
2º, Pourquoi les accords que j'ai propofés
ou du moins quelques-uns de ces
accords ne pourroient pas être employés
malgré les diffonances qu'ils renferment
, lorfqu'on emploie tous les
jours en Mufique tant d'autres accords ,
comme les accords par fuppofition , où
les diffonances font fi multipliées ?
Pour moi , Monfieur , j'ofe croire que
l'Art ira peut-être un jour plus loin que
vous ne penfez. L'expérience m'a rendu
circonfpect fur les affertions en matière
de Mufique ; avant que d'avoir entendu
MARS. 1762: ·149
vos Opéras , je ne croyois pas qu'on pût
aller au- delà de Lully & de Campra ;
avant que d'avoir entendu la Mufique
des Italiens , je n'imaginois rien au -deffus
de la nôtre.
VIII. L'expérience de M. Tartini eft
atteſtée par d'autres perfonnes , qui même
lui en conteſtent la découverte ,comme
vous le verrez dans le Difcours préliminaire
de mes Elémens . Je l'ai d'ailleurs
faite moi-même à Lyon en 1756
avec plufieurs Muficiens habiles ; tous
ont reconnu le troifiéme fon dont il
s'agit ; on l'entend très- diftinctement
mais il faut pour en apprécier la valeur
des Artiſtes exercés ; & je crois qu'on
peut s'en rapporter fur cela à l'oreille
de M. Tartini , qui vaut bien celle d'un
autre.
Au refte quoique j'aie détaillé dans
l'Encyclopédie cette expérience comme
très-curieufe , & comme pouvant fervir
à la perfection de l'Art mufical , je n'en
ai tiré aucune conféquence contre vos
principes , auxquels en effet elle ne me.
paroît point contraire .
IX. C'eſt à la page 133 des Fêtes de
'Hymen , qu'il fe trouve plufieurs tierces
majeures de fuite ; 233 eft une faute
d'impreffion qu'il vous étoit aifé de cor-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
riger. On trouve en effet en cet endroit
deux parties à la tierce majeure l'une de
l'autre durant un grand nombre de mefures
. Niez-vous le fait ? En convenezvous
? C'est ce que je n'ai pu démêler
dans votre réponfe . Quelque parti que
vous preniez , il reftera toujours certain
que vous avez fait chanter deux parties
pendant plufieurs mefures à la tierce majeure
l'une de l'autre , quoique ces deux
tierces majeures de fuite foient interdites
par tous les Muficiens & par vous- même.
Je n'ai point prétendu blâmer cette licence
; j'en ai feulement fait mention ,
pour montrer combien les licences font
fréquentes en Mufique , & par conféquent
combien on doit être circonfpect
foit à les blâmer fans reftriction , foit à
préfcrire des nouveautés qui peuvent
paroître contraires aux régles reçues .
X. Il ne faut pas , Monfieur, confondre
ces deux propofitions : la baffe fondamentale
eft le principe de la mélodie ;
& l'harmonie Suggére la mélodie. Je
conviens avec vous de la premiere de
ces propofitions , prife dans ce fens ,
qu'il n'y a point de bonne mélodie qui
ne foit fufceptible d'une harmonie régulière
, & qui n'ait fon fondement dans
cette harmonie. A l'égard de la feconde
MARS. 1762.; 151
propofition , je n'ai rien décidé , & j'air
propofé des doutes que vous ne levez
pás en m'objectant les bornes de mon
expérience , & en convenant que la
mélodie eft ce qui frappe principalement
l'homme borné ; car fi la mélodie étoit
toujours fuggérée par l'harmonie , il
vous refteroit à expliquer , Monfieur ,
comment tant d'oreilles bornées , peu
fenfibles à l'harmonie faute d'ufage &
d'exercice , le font pourtant beaucoup à
la mélodie ; & comment des perfonnes
nées avec un goût naturel compofent
même des chants agréables , fans avoir
la moindre teinture d'harmonie . *****
Auffi convenez-vous enfin dans votre
lettre , & même comme d'une chofe
dont il ne faut pas douter , que la
mélodie fuggére la baffe fondamentale ,
( & par conféquent l'harmonie ) mais
vous ajoutez que c'eft avec des reftrictions
; fi c'eft là votte dernier avis , je
n'aurai pas de peine à m'y rendre ; car
j'ai moi-même reconnu & annoncé ces
reftrictions dans l'Article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie , pag. 60 & 61 ,
où je crois avoir expofé d'une maniere
affez exacte , d'après vos principes mê
mes , les droits mutuels & l'influence
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
réciproque que la mélodie & l'harmonie
ont l'une fur l'autre .
[
›
Je me flatte , Monfieur , d'avoir fuffifamment
fatisfait à vos critiques au
moins à celles que j'ai compriſes ; mais
je me flatte auffi de vous avoir donné
des preuves fuffifantes de complaifance
& d'attachement , en vous répondant
une fois , & je crois par-là m'être acquis
le droit de garder déformais le filence.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBERT.
N. B. Cette nouvelle édition , dont
on trouvera des exemplaires à Paris ,
chez Defaint & Saillant , & chez Duchefne
, eft augmentée , 1 °. d'un Difcours
préliminaire affez étendu fur la
Théorie de la Mufique. 2°. D'un grand
nombre de Notes nouvelles , miſes au
bas du Texte. 3 °. De plufieurs Additions
& améliorations dans le corps du Texte
même . 4°. De la Réponse d'une Lettre
de M. Rameau .
Fermer
Résumé : RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
Dans une lettre, M. d'Alembert répond à M. Pameau au sujet des articles 'FONDAMENTAL' et 'GAMME' de l'Encyclopédie. Il conteste l'approbation par l'Académie des Sciences des recherches de Pameau sur le principe géométrique dans le corps sonore, affirmant que les proportions doivent être perçues par la vue et le toucher. D'Alembert reconnaît les apports de Pameau à la géométrisation de la musique mais critique l'utilisation des proportions arithmétiques et harmoniques pour expliquer le plaisir musical. Il précise n'avoir pas utilisé ces proportions dans ses Éléments de Musique. Le débat entre les deux hommes porte sur les théories musicales et les proportions géométriques. D'Alembert préfère les rapports aux proportions pour leur simplicité et critique l'application excessive des proportions géométriques en musique. Il reproche à Pameau d'avoir mal utilisé les proportions pour expliquer la dissonance et d'avoir changé d'avis sur l'échelle diatonique du mode mineur. Concernant les accords musicaux, notamment l'accord de quarte superflue, d'Alembert propose deux solutions : reconnaître cet accord comme fondamental ou admettre que la basse fondamentale n'est pas universelle. Il réfute l'accusation d'avoir attribué l'accord de sixte ajoutée uniquement aux Italiens et énumère dix accords fondamentaux, contredisant l'affirmation qu'il n'en existe que deux. D'Alembert critique également l'aversion pour certains accords dissonants et mentionne des expériences musicales, comme celle de M. Tartini, pour illustrer la perception des harmoniques. Il distingue la base fondamentale de la mélodie de l'harmonie qui la suggère, tout en respectant les principes de son interlocuteur. Dans une lettre signée par D'Alembert, l'auteur exprime son désir de ne plus répondre aux questions posées, malgré ses précédentes démonstrations de complaisance et d'attachement. Il conclut en se disant honoré de cette correspondance. La lettre mentionne également la publication d'une nouvelle édition d'un ouvrage, disponible à Paris chez Defaint & Saillant et chez Duchefne, comprenant plusieurs ajouts et améliorations, notamment un discours préliminaire sur la théorie de la musique et une réponse à une lettre de M. Rameau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3925
p. 209
« JEAN JACQUES ROUSSEAU, Citoyen de Genéve, prie MM. les Auteurs de ne plus lui envoyer leurs [...] »
Début :
JEAN JACQUES ROUSSEAU, Citoyen de Genéve, prie MM. les Auteurs de ne plus lui envoyer leurs [...]
Mots clefs :
Lettres, Beaux esprits, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « JEAN JACQUES ROUSSEAU, Citoyen de Genéve, prie MM. les Auteurs de ne plus lui envoyer leurs [...] »
JEAN JACQUES ROUSSEAU , Citoyen de Genève ,
prie MM . les Auteurs de ne plus lui envoyer leurs
Ouvrages , furtout par la pofte , & Meffieurs les
Beaux- Efprits de ne lui plus écrire des Lettres de
compliment , même affranchies ; n'étant pas en
état de payer tant de ports , ni de répondre à taut
de Lettres.
prie MM . les Auteurs de ne plus lui envoyer leurs
Ouvrages , furtout par la pofte , & Meffieurs les
Beaux- Efprits de ne lui plus écrire des Lettres de
compliment , même affranchies ; n'étant pas en
état de payer tant de ports , ni de répondre à taut
de Lettres.
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3926
p. 56-63
LETTRE à Madame la Marquise de P***
Début :
Un homme qui a beaucoup de justesse & de solidité dans l'esprit me disoit [...]
Mots clefs :
Épouse, Âme, Indifférence, Douleur, Hommes, Passions, Sensibilité, Homme, Yeux, Devoirs, Mort, Larme, Lettre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame la Marquise de P***
LETTRE à Madame la Marquife
de P ***
UN
N homme qui a beaucoup de jufteffe
& de folidité. dans l'efprit me difoit
, il y a quelque tems , en parlant
de la nouvelle Héloïfe , que l'Auteur
donnoit à Wolmar un fang froid qui
AVRIL. 1762. 57
tenoit beaucoup de l'indifférence & de
l'infenfibilité, en lui faifant écrire toutes
les circonftances de la mort defon époufe,
dans ces inftans où l'ame d'un homme
fenfible perd l'activité qui lui eft naturelle
par la douleur profonde dont elle
eft accablée : & que celui qui vient de
perdre une femme aimable & vertueufe
ne doit point être en état de tracer fur
le papier tout ce qui s'eft paffé autour
de lui. Dans ces funeftes momens le
trouble & l'agitation doivent lui en dérober
une partie . Les idées qui fe préfentent
en foule à fon efprit fe fuccédent
avec trop de rapidité & même
avec trop de confufion pour qu'il puiffe
remarquer les actions de chacun ,
entendre leurs difcours & les rappor
ter enfuite avec cette tranquillité qui
felon quelques- uns , caractérife l'indifférence.
Quoique je n'aye pas l'honneur de
connoître l'Auteur de la nouvelle Héloïfe
, les ouvrages qui fortent des mains
de ce grand Philofophe me font fi précieux
, & en même tems fi familiers, que
je tâchai de faire voir que la conduite
de Wolmar n'étoit point incompatible
avec la fenfibilité la plus vive , & cue
fa Lettre bien loin d'être un témoignage
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
de fon indifférence , étoit au contraire
une preuve certaine de la tendreffe
qu'il avoit pour fon épouſe. C'eſt à vous,
Madame , que je foumets les raiſon-.
nemens que j'employai pour réfoudre
cette efpèce de problême. Vous aimez
ainfi que moi les productions du Philofophe
de Genêve ; vous me faurez gré
d'avoir pris hautement fon parti.
>
Les hommes font auffi différens les
uns des autres par la trempe de leur
caractère , qu'ils le font par les traits de
leurvifage. L'éducation différente qu'ils
reçoivent ; leurs converfations , leurs lectures
font autant de caufes qui , à la
vérité , agiffent infenfiblement mais
qui avec le tems produifent des effets
différens. Quoique les mêmes paffions
faffent agir tous les hommes , elles fe
modifient de mille façons différentes ;
chez l'un elles font vives & impétueufes
, c'eft un torrent qui renverfe & entraîne
avec lui tout ce qui s'oppose à
fon paffage ; chez un autre elles font
douces & tranquilles . Le fond du tableau
est toujours le même , mais chaque
Peintre ayant fa manière qui lui
eft propre & qui n'eft celle d'aucun autre
, les fujets y font exprimés différem .
ment , & forment une fuite de tableaux
variés
AVRIL. 1762. 59
>
Ily a des hommes qu'une fenfibilité
immodérée rend fi foibles, qu'ils ne font
plus capables de rien ; c'eft un mari
qui abandonne aux foins de quelques
domeftiques affidés une époufe qu'il
aime tend ement , & dont la mort prochaine
lui eft annoncée par les Médecins
qui défefpérent de fa guérifon. Ce
mari , dis-je , l'abandonne pour fair dans
un appartement reculé. La il attend le
moment fatal où il apprendra la perte
de fon époufe. Cette nouvelle porte à
fon ame le coup le plus terrible ; mais
bien loin de fortir de fa folitude il
s'y renferme plus étroitement ; il ne
court point fe repaître ; pour une derniere
fois , la vue de cet objet qui faifoit
auparavant fes délices. Il est trop
foible pour lui rendre les derniers devoirs
, fon ame ne pourroit foutenir
ain fpectacle auffi affligeant. On ôte de
devant fes yeux tout ce qui pourroit
lui rappeller l'idée de celle qu'il aimoit ;
fon portrait ne paroît plus , fon nom
même n'est jamais prononcé ; il femble
qu'il foit déjà effacé du fouvenir des
hommes. A ces traits l'on reconnoît
fans doute l'accablement & la douleur.
Mais Wolmar dont le caractère étoit
différent de celui que je viens de mettre
'C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
il
fous vos yeux , fit tout le contraire par
le même motif. Les derniers momens
de la vie de fon époufe lui parurent
trop chers & trop précieux pour qu'il
l'abandonnât à des foins étrangers ;
voulut recueillir fes dernieres paroles ,
entendre fes derniers adieux , recevoir
fes derniers regards. Il prit fur lui le
trifte foin de lui rendre les devoirs fur
nébres ; il ne fe fépare d'elle que lorsqu'il
ne lui eft plus poffible de la voir.. S'il
eût vêcu dans l'Egypte , il l'auroit em-
'baumée pour la conferver précieuſement
dans fa maifon ; mais il a fon
portrait , il femble, qu'il l'anime par fes
regards ; il les a continuellement attachés
fur cette toile ; il lui adreffe les
mêmes paroles qu'il eût adreffées à fon
époufe. Mais fon ame eft oppreffée par
le poids de fa douleur , c'eft un fardeau
qu'il ne lui eft plus poffible de porter,
il le dépofe dans le fein d'un ami yertueux
; il lui fait part des difcours de
fon époufe mourante , de fon courage &
de fa fermeté aux approches de ce dernier
moment ,de fes dernieres volontés ; cette
lettre qu'il arrofe de fes larmes, & qu'il
interrompt de tems en tems pour refpirer,
le flatte en rappellant àfon imagination
celle qu'il aimoit ; il croit la voir , l'entendre
, s'entretenir avec elle. Tout ce qui
AVRIL 1762 . 61
l'approchoit lui devient encore plus pré
cieux. Bien loin de vouloir l'oublier , il
cherche les moiens de ne l'oublier jamais;
il en parle à tous ceux qui l'ont connue &
c'eft lui plaire , que de lui en parler. Les
caractères de la douleur & de la fenfibilité
furent -ils jamais plus énergiques ?
Peut- on les méconnoître & les confondre
avec ceux de l'indifférence ? Les
mêmes paffions peuvent donc produire
des effets contraires' felon les différens
caractères des perfonnes qu'elles font
agir. Je fçais cependant qu'il eft des actions
qui paroiffent fi éloignées de leur
principes, qu'on feroit tenté de les attri
buer a un principe totalement oppofé.
Mais l'expérience nous apprend à ne pas
juger fur les fimples apparences qui fouvent
font fauffes & trompeufes . Qui ne
croiroit que ces Peuples fauvages qui
font mourir les vieillards & les infirmes
avant de partir pour leurs chaffes , qui
ne croiroit , dis- je , qu'ils agiffent par
un principe d'inhumanité & de barbarie ?
Cependant en obfervant les chofes de
plus près, on voit avec furpriſe que cette
horrible cruauté n'a pour principe que
la commifération & la pitié. Ils ne terminent
les jours de ces malheureux que
pour les fouftraire à une mort lente &
62 MERCURE DE FRANCE.
cruelle , ou à la voracité des bêtes féroces.
Mais pour qu'il ne nous refte plus
aucun doute fur les effets différens que
les mêmes paffions produifent quelquefois
, confidérons deux meres également
attachées à leurs enfans. L'une plus occupée
du bonheur futur de fon fils que
de fon bonheur préfent , eft infenfible
aux chagrins paffagers, attachés à la gêne,
au travail & à la correction ; elle s'ar
me d'une févérité falutaire pour plier
fon ame à toutes les vertus , qu'elle lui
veut infpirer. Sa tendreffe ne lui ferme
point les yeux fur fes défauts ; elle ne
fait que la rendre plus attentive à le
corriger. Elle voit fans émotion couler
les larmes de fon fils dès qu'il s'agit de
fon inftruction. Perfuadée que l'ame
cette noble partie de nous-mêmes , éxige
des foins plus particuliers que le corps ,
elle n'oublie rien de tout ce qui peu
contribuer à la former. C'eft ou tendent
fon affiduité , fes foins , fes leçons . L'autre
au contraire, idolâtre du corps de fes
enfans, ne réfléchit point fur la néceffité
où elle eft de former leur ame ; elle s'imagine
fauffement que les devoirs d'une
mere ne confiftent qu'à veiller attentivement
à leur bien -être actuel ; ou felle
AVRIL. 1762. 63
connoît fes obligations , elle n'a pas la
force de les remplir. Pour leur épargner
les peines les plus légères , elle leur accorde
une liberté pleine & entiere à un
âge où ils ne peuvent en faire qu'un
ufage pernicieux ; elle ne veut pas que
leur efprit foit éxercé ; elle craint que
le travail en le fatiguant , ne foit funefte
à leur fanté . En un mot fa tendrefle
en fait des monftres ignorans & infociables.
,
Si les mêmes paffions produifent des
effets contraires , comme ces exemples
ne nous permettent plus d'en douter
il eft injufte d'accufer le fage Wolmar
d'infenfibilité & de le regarder comme
un homme dont l'ame tranquille ne pouvoit
être affectée par les plus fâcheux
événemens.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J.C. D.
de P ***
UN
N homme qui a beaucoup de jufteffe
& de folidité. dans l'efprit me difoit
, il y a quelque tems , en parlant
de la nouvelle Héloïfe , que l'Auteur
donnoit à Wolmar un fang froid qui
AVRIL. 1762. 57
tenoit beaucoup de l'indifférence & de
l'infenfibilité, en lui faifant écrire toutes
les circonftances de la mort defon époufe,
dans ces inftans où l'ame d'un homme
fenfible perd l'activité qui lui eft naturelle
par la douleur profonde dont elle
eft accablée : & que celui qui vient de
perdre une femme aimable & vertueufe
ne doit point être en état de tracer fur
le papier tout ce qui s'eft paffé autour
de lui. Dans ces funeftes momens le
trouble & l'agitation doivent lui en dérober
une partie . Les idées qui fe préfentent
en foule à fon efprit fe fuccédent
avec trop de rapidité & même
avec trop de confufion pour qu'il puiffe
remarquer les actions de chacun ,
entendre leurs difcours & les rappor
ter enfuite avec cette tranquillité qui
felon quelques- uns , caractérife l'indifférence.
Quoique je n'aye pas l'honneur de
connoître l'Auteur de la nouvelle Héloïfe
, les ouvrages qui fortent des mains
de ce grand Philofophe me font fi précieux
, & en même tems fi familiers, que
je tâchai de faire voir que la conduite
de Wolmar n'étoit point incompatible
avec la fenfibilité la plus vive , & cue
fa Lettre bien loin d'être un témoignage
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
de fon indifférence , étoit au contraire
une preuve certaine de la tendreffe
qu'il avoit pour fon épouſe. C'eſt à vous,
Madame , que je foumets les raiſon-.
nemens que j'employai pour réfoudre
cette efpèce de problême. Vous aimez
ainfi que moi les productions du Philofophe
de Genêve ; vous me faurez gré
d'avoir pris hautement fon parti.
>
Les hommes font auffi différens les
uns des autres par la trempe de leur
caractère , qu'ils le font par les traits de
leurvifage. L'éducation différente qu'ils
reçoivent ; leurs converfations , leurs lectures
font autant de caufes qui , à la
vérité , agiffent infenfiblement mais
qui avec le tems produifent des effets
différens. Quoique les mêmes paffions
faffent agir tous les hommes , elles fe
modifient de mille façons différentes ;
chez l'un elles font vives & impétueufes
, c'eft un torrent qui renverfe & entraîne
avec lui tout ce qui s'oppose à
fon paffage ; chez un autre elles font
douces & tranquilles . Le fond du tableau
est toujours le même , mais chaque
Peintre ayant fa manière qui lui
eft propre & qui n'eft celle d'aucun autre
, les fujets y font exprimés différem .
ment , & forment une fuite de tableaux
variés
AVRIL. 1762. 59
>
Ily a des hommes qu'une fenfibilité
immodérée rend fi foibles, qu'ils ne font
plus capables de rien ; c'eft un mari
qui abandonne aux foins de quelques
domeftiques affidés une époufe qu'il
aime tend ement , & dont la mort prochaine
lui eft annoncée par les Médecins
qui défefpérent de fa guérifon. Ce
mari , dis-je , l'abandonne pour fair dans
un appartement reculé. La il attend le
moment fatal où il apprendra la perte
de fon époufe. Cette nouvelle porte à
fon ame le coup le plus terrible ; mais
bien loin de fortir de fa folitude il
s'y renferme plus étroitement ; il ne
court point fe repaître ; pour une derniere
fois , la vue de cet objet qui faifoit
auparavant fes délices. Il est trop
foible pour lui rendre les derniers devoirs
, fon ame ne pourroit foutenir
ain fpectacle auffi affligeant. On ôte de
devant fes yeux tout ce qui pourroit
lui rappeller l'idée de celle qu'il aimoit ;
fon portrait ne paroît plus , fon nom
même n'est jamais prononcé ; il femble
qu'il foit déjà effacé du fouvenir des
hommes. A ces traits l'on reconnoît
fans doute l'accablement & la douleur.
Mais Wolmar dont le caractère étoit
différent de celui que je viens de mettre
'C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
il
fous vos yeux , fit tout le contraire par
le même motif. Les derniers momens
de la vie de fon époufe lui parurent
trop chers & trop précieux pour qu'il
l'abandonnât à des foins étrangers ;
voulut recueillir fes dernieres paroles ,
entendre fes derniers adieux , recevoir
fes derniers regards. Il prit fur lui le
trifte foin de lui rendre les devoirs fur
nébres ; il ne fe fépare d'elle que lorsqu'il
ne lui eft plus poffible de la voir.. S'il
eût vêcu dans l'Egypte , il l'auroit em-
'baumée pour la conferver précieuſement
dans fa maifon ; mais il a fon
portrait , il femble, qu'il l'anime par fes
regards ; il les a continuellement attachés
fur cette toile ; il lui adreffe les
mêmes paroles qu'il eût adreffées à fon
époufe. Mais fon ame eft oppreffée par
le poids de fa douleur , c'eft un fardeau
qu'il ne lui eft plus poffible de porter,
il le dépofe dans le fein d'un ami yertueux
; il lui fait part des difcours de
fon époufe mourante , de fon courage &
de fa fermeté aux approches de ce dernier
moment ,de fes dernieres volontés ; cette
lettre qu'il arrofe de fes larmes, & qu'il
interrompt de tems en tems pour refpirer,
le flatte en rappellant àfon imagination
celle qu'il aimoit ; il croit la voir , l'entendre
, s'entretenir avec elle. Tout ce qui
AVRIL 1762 . 61
l'approchoit lui devient encore plus pré
cieux. Bien loin de vouloir l'oublier , il
cherche les moiens de ne l'oublier jamais;
il en parle à tous ceux qui l'ont connue &
c'eft lui plaire , que de lui en parler. Les
caractères de la douleur & de la fenfibilité
furent -ils jamais plus énergiques ?
Peut- on les méconnoître & les confondre
avec ceux de l'indifférence ? Les
mêmes paffions peuvent donc produire
des effets contraires' felon les différens
caractères des perfonnes qu'elles font
agir. Je fçais cependant qu'il eft des actions
qui paroiffent fi éloignées de leur
principes, qu'on feroit tenté de les attri
buer a un principe totalement oppofé.
Mais l'expérience nous apprend à ne pas
juger fur les fimples apparences qui fouvent
font fauffes & trompeufes . Qui ne
croiroit que ces Peuples fauvages qui
font mourir les vieillards & les infirmes
avant de partir pour leurs chaffes , qui
ne croiroit , dis- je , qu'ils agiffent par
un principe d'inhumanité & de barbarie ?
Cependant en obfervant les chofes de
plus près, on voit avec furpriſe que cette
horrible cruauté n'a pour principe que
la commifération & la pitié. Ils ne terminent
les jours de ces malheureux que
pour les fouftraire à une mort lente &
62 MERCURE DE FRANCE.
cruelle , ou à la voracité des bêtes féroces.
Mais pour qu'il ne nous refte plus
aucun doute fur les effets différens que
les mêmes paffions produifent quelquefois
, confidérons deux meres également
attachées à leurs enfans. L'une plus occupée
du bonheur futur de fon fils que
de fon bonheur préfent , eft infenfible
aux chagrins paffagers, attachés à la gêne,
au travail & à la correction ; elle s'ar
me d'une févérité falutaire pour plier
fon ame à toutes les vertus , qu'elle lui
veut infpirer. Sa tendreffe ne lui ferme
point les yeux fur fes défauts ; elle ne
fait que la rendre plus attentive à le
corriger. Elle voit fans émotion couler
les larmes de fon fils dès qu'il s'agit de
fon inftruction. Perfuadée que l'ame
cette noble partie de nous-mêmes , éxige
des foins plus particuliers que le corps ,
elle n'oublie rien de tout ce qui peu
contribuer à la former. C'eft ou tendent
fon affiduité , fes foins , fes leçons . L'autre
au contraire, idolâtre du corps de fes
enfans, ne réfléchit point fur la néceffité
où elle eft de former leur ame ; elle s'imagine
fauffement que les devoirs d'une
mere ne confiftent qu'à veiller attentivement
à leur bien -être actuel ; ou felle
AVRIL. 1762. 63
connoît fes obligations , elle n'a pas la
force de les remplir. Pour leur épargner
les peines les plus légères , elle leur accorde
une liberté pleine & entiere à un
âge où ils ne peuvent en faire qu'un
ufage pernicieux ; elle ne veut pas que
leur efprit foit éxercé ; elle craint que
le travail en le fatiguant , ne foit funefte
à leur fanté . En un mot fa tendrefle
en fait des monftres ignorans & infociables.
,
Si les mêmes paffions produifent des
effets contraires , comme ces exemples
ne nous permettent plus d'en douter
il eft injufte d'accufer le fage Wolmar
d'infenfibilité & de le regarder comme
un homme dont l'ame tranquille ne pouvoit
être affectée par les plus fâcheux
événemens.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J.C. D.
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Résumé : LETTRE à Madame la Marquise de P***
La lettre à Madame la Marquise discute de la sensibilité et de la solidité d'esprit en se référant à la 'Nouvelle Héloïse' de Jean-Jacques Rousseau. Un interlocuteur critique l'auteur pour avoir attribué à Wolmar, un personnage du roman, un sang-froid excessif lors de la mort de son épouse, interprétant cela comme une indifférence. L'auteur conteste cette critique en expliquant que Wolmar démontre sa profonde tendresse en restant auprès de son épouse jusqu'à la fin, en recueillant ses dernières paroles et en lui rendant les derniers devoirs. Il conserve également son portrait, prouvant ainsi sa sensibilité et son amour. Le texte explore la diversité des réactions face à la douleur, influencées par le caractère, l'éducation et les expériences de chacun. Il mentionne l'exemple de peuples sauvages qui tuent les vieillards et les infirmes avant les chasses, non par cruauté, mais par compassion pour éviter une mort lente et douloureuse. De plus, il compare deux types de mères : l'une favorisant le développement moral et spirituel de son fils malgré les chagrins passagers, et l'autre privilégiant le bien-être physique immédiat, rendant ses enfants ignorants et insociables. Le texte souligne la complexité des apparences et des jugements hâtifs. Il défend Wolmar contre l'accusation d'insensibilité en montrant que les mêmes passions peuvent se manifester différemment selon les caractères. Même les âmes tranquilles peuvent être profondément affectées par des événements malheureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3927
p. 97
« RÉFUTATION du nouvel Ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, intitulé [...] »
Début :
RÉFUTATION du nouvel Ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, intitulé [...]
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texteReconnaissance textuelle : « RÉFUTATION du nouvel Ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, intitulé [...] »
RÉFUTATION du nouvel Ouvrage
de Jean - Jacques Rouffeau , intitulé
Emile , ou de l'Education . In- 8° . Paris ,
1762. Chez Defaint & Saillant Libraires
, rue S. Jean de Beauvais , visà-
vis le Collége.
de Jean - Jacques Rouffeau , intitulé
Emile , ou de l'Education . In- 8° . Paris ,
1762. Chez Defaint & Saillant Libraires
, rue S. Jean de Beauvais , visà-
vis le Collége.
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3928
p. 186
DE GENÉVE, le 23 Juin.
Début :
Le Conseil de cette République vient de condamner, après un examen, l'Ouvrage du sieur [...]
Mots clefs :
Genève, Conseil
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texteReconnaissance textuelle : DE GENÉVE, le 23 Juin.
De GENÉVE , le 23 Juin.
Le Confeil de cette République vient de condamner
, après un examen , l'Ouvrage du fieur
Rouffeau fur l'Education . Ce Livre a été lacéré &
brûlé ; & défenſe a été faite aux Libraires & Imprimeurs
de le débiter.
Le Confeil de cette République vient de condamner
, après un examen , l'Ouvrage du fieur
Rouffeau fur l'Education . Ce Livre a été lacéré &
brûlé ; & défenſe a été faite aux Libraires & Imprimeurs
de le débiter.
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3929
p. 108-109
« LETTRE à M. D***, sur le Livre intitulé Emile, ou l'Education, par [...] »
Début :
LETTRE à M. D***, sur le Livre intitulé Emile, ou l'Education, par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE à M. D***, sur le Livre intitulé Emile, ou l'Education, par [...] »
LETTRE à M. D *** , fur le Livre
intitulé Emile , ou l'Education , par
Jean- Jacques Rousseau , Citoyen de Ge-
:
1
OCTOBRE. 1762 . 109
nève. Brochure in-8° . & in- 12. à Amfterdam
1762. Et ſetrouve à Paris , chez
Grangé , Imprimeur - Libraire , rue de
la Parcheminerie.
intitulé Emile , ou l'Education , par
Jean- Jacques Rousseau , Citoyen de Ge-
:
1
OCTOBRE. 1762 . 109
nève. Brochure in-8° . & in- 12. à Amfterdam
1762. Et ſetrouve à Paris , chez
Grangé , Imprimeur - Libraire , rue de
la Parcheminerie.
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3930
p. 52-61
CONSEILS d'un Homme de 80 ans, à une Demoiselle de neuf ans qu'il appelloit sa femme.
Début :
QUOIQU'IL y ait déja quelques années que vous soyez ma femme, & [...]
Mots clefs :
Apprendre, Leçon, Religion, Jeunesse, Richesse, Mari, Modération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONSEILS d'un Homme de 80 ans, à une Demoiselle de neuf ans qu'il appelloit sa femme.
CONSEILS d'un Homme de 80 ans *
à une Demoiselle de neuf ans qu'il
appelloit fa femme.
QuUOIQU'IL y ait déja quelques
années que vous foyez ma femme , &
que vous paroiffiez fatisfaite de votre
fituation ; cet état heureux ne peut durer
encore tout au plus que cinq ou fix
ans, & un autre mari me fuccédera, avec
fequel vous aurez plus longtemps à vivre
qu'avec moi . L'amitié que j'ai pour
vous m'oblige de vous faire part de quelques
réfléxions qui pourront vous être
utiles par la fuite , & qui fuppléront à
celles que la jeuneffe vous empêche de
faire aujourd'hui . Vous devez avoir une
fortune & des biens confidérables ; vous
ferez recherchée d'une infinité de Soupirans
, qui , avant de fe déclarer s'informeront
avec la plus grande éxactitude
de la quantité & de la qualité de
vos richeffes , mais ne s'embarrafferont
nullement ni de votre figure , ni des
qualités de votre efprit : ce n'eft donc
point vous , pour ainfi dire , que votre
mari époufera , ce fera vos biens &
JANVIER. 1763 . 53 1
votre fortune . Penfez bien à cet article
ma chère petire femme ! & comprenez
que fi vous n'aviez que quatre mille liv.
de rente , tous ceux qui fe montreront
fi empreffés de vous pofféder , s'éloigneroient
bien vîte de vous. Vous ignorez
ce que c'eft que la richeffe & quel fond
vous devez faire fur les biens que vous
apporterez en mariage je m'en vais
vous l'expliquer. Votre Contrat ne fera
pas plutôt figné que toutes ces richeſſes
& ces biens ne feront plus en votre difpofition
; ce fera votre mari qui en fera
le maître & l'éconôme. Il eft vrai qu'il
ne pourroit pas manger le fond de votre
bien ; mais qu'est-ce que c'eft qu'un
fond de bien , dont vous ne pourrez faire
aucun ufage fans la permiffion de ce
mari , qui peut prodiguer vos revenus
pour tout autre que pour vous , & qui
vous privera de toutes les douceurs de
la vie pour ne s'attacher qu'à des dépenfes
frivoles & inutiles ? Il faut donc ,
ma chère petite femme , que vous vous
précautionniez de bonne heure contre
un pareil malheur qui n'arrive que trop
fouvent , & que cependant vous pouvez
éviter , fi vous fuivez mes confeils . La
beauté & les talens aimables ne fuffifent
pas pour fixer l'inconftance des maris ;
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
il est des moyens plus fùrs. Le premier
moyen , eft d'avoir un grand fond de religion
; & à mefure que vous avancerez
en âge , de faire férieufement tous
les jours réfléxion que la beauté n'eft
qu'une chofe paffagère ; que la vie eft
fort courte ; & qu'il n'y a rien de folide
, que de travailler dans ce bas - monde
à vous procurer une félicité éternelle .
Ne regardez donc pas , ma chère petite
femme , les pieufes inftru &tions que
l'on vous fait aujourd'hui comme des
leçons d'Hiftoire & de Géographie ; il
n'y a qu'une chofe abfolument néceffaire
, qui eft de fçavoir bien vivre pour
apprendre à bien mourir. Mais fouvenez-
vous bien , que la véritable piété
ne confifte pas dans les fimagrées de la
dévotion , ni dans tout un appareil extérieur
; il faut que votre dévotion foit
douce , éclairée & charitable ; il faut
que vous foyez complaifante pour votre
mari , compâtiffante pour vos femmes
& pour vos domeftiques ; que fi
quelque chofe vous déplaît dans votre
mari , le moyen de le corriger , c'eſt de
fouffrir avec patience ce qui peut vous
déplaire. Vous avez le bonheur d'être
actuellement fous les yeux d'une grandmaman
dont l'efprit , le coeur & l'expéJANVIER.
1763. 55
rience font un tréfor pour vous préférable
à toutes vos richeffes . Ne lui cachez
rien de vos plus fecrettes pensées ,
jafez & caufez avec elle comme les jeunes
perfones font naturellement avec
leurs jeunes compagnes , ne ceffez jamais
de lui débiter vos goûts & vos
imaginations ; & bavardez continuéllement
avec elle , afin d'apprendre à vous
taire. Les premieres années que vous
entrerez dans le monde , quand vous
aurez un âge plus avancé , & que vous
aurez appris à difcerner ce qui eft bon
d'avec ce qui eft mauvais , ce qui eft
décent d'avec ce qui n'eft pas convenable
, profitez de votre difcernement
pour ne point imiter les mauvais exemples
, mais gardez-vous bien de critiquer
perfonne ; évitez les compagnies des
jeunes perfonnes de toutes efpéces autant
que faire fe pourra ; mais attachez
vous à des perfonnes d'un certain âge :
il y a tout gagner avec elles & tout
à perdre avec les autres . Les perfonnes
âgées font quelquefois ennuyeufes &
donneufes de leçons , elles veulent inf
truire la jeuneffe ; mais elles ne font
point leurs rivales , & ne font point affectées
de la jaloufie qui régne ordinairement
parmi les jeunes Dames, N'af
4
C iv
36 MERCURE DE FRANCE.
fectez point dans vos habillemens &
dans votre maniere de vous coeffer ,
certains airs qui ne font aujourd'hui que
trop à la mode ; imitez les jeunes perfonnes
de votre âge qui fe mettent d'une
façon élégante , mais modefte . Ne
foyez jamais affez hardie pour inventer
une nouvelle mode de coëffure ou d'habillement
; abandonnez aux jeunes folles
de votre âge la gloire de l'invention en
pareille chofe. Cependant quand une
nouvelle mode eft établie & fuivie par
les perfonnes de votre caractère & de
votre rang , il faut fuivre cette mode
car il feroit auffi ridicule' de vous voir
coëffée & habillée à l'antique , que d'avoir
la folie de vouloir être la premiere
à inventer & à dominer fur les ufages
& le goût établi parmi les perfonnes de
votre condition . Ce n'eft point la quantité
d'ornemens qui rendent une perfonne
aimable , c'eft la propreté , c'eft
un certain arrangement qui convienne
à votre figure & à votre vifage . Il
faut apprendre à vous coëffer vous-même
; & quand vos femmes feront empreffées
à entourer votre toilette de
n'avoir jamais d'impatience ni d'humeur
: furtout de ne les point apoftropher
des noms de maladroites & d'im-
,
JANVIER. 1763. 57
pertinentes. Apprenez , ma chère petite
femme , que votre réputation publique
dépend en grande partie des difcours
de vos domeftiques . Si vous les
aimez , & que vous les traitiez bien , ils
cacheront vos défauts ; & fi vous en agiffez
autrement , ils groffiront vos imperfections
, & même vous donneront
celles que vous n'aurez pas. Il n'appar
tient qu'aux bons Maîtres d'avoir d'anciens
Domeſtiques. Quand vous ferez
à table , ayez attention de fervir tout
le monde mangez vous -même avec
propreté , & proportionnez la dépenfe
de votre table au nombre & à la qualité
de la compagnie. Soyez de la plus grande
modeftie , même devant vos femmes
lorfque vous vous leverez & que vous
vous coucherez . Témoignez beaucoup
d'amitié & de tendreffe à votre mari
dans le particulier : évitez les minauderies
& les afféteries avec lui dans le Public.
Ces fortes de façons font des façons
bourgeoifes , & ne marquent bien fouvent
que de la fauffeté & de l'indécence.
Ne dites jamais rien que ce que vous
penfez véritablement ; mais gardez -vous
bien de dire indifcrétement tout ce que
Vous pensez .
Ornez votre efprit de bonnes led-
Cy
58 MERCURE DE FRANCE .
ne
res ; foyez attentive aux différentes leçons
que l'on vous donne , tant pour
orner votre efprit que votre corps :
mais ne reffemblez pas à un perroquet
qui ne fait que répéter ce qu'il ne comprend
pas. Quand votre efprit & votre
mémoire feront ornés des plus belles
connoiffances , gardez-vous bien de débiter
mal-à-propos dans le Public ce
que vous aurez appris dans votre jeuneffe
; & lorfque vous trouverez des
perfonnes ignorantes qui débiteront des
chofes contraires à la vérité de l'Hiftoire
, de la Géographie & autres
vous érigez point en Docteur pour réprimer
leurs erreurs ; & fi vous gliffez
quelques paroles , vous pouvez faire
voir adroitement & fans aigreur que
vous êtes mieux inftruite que les autres.
Apprenez que le moyen de vous faire
hair c'eft de vouloir dominer & de vous
attribuer toute efpéce de préférence :
vous deviendrez infupportable dans la
fociété ; & quand réellement vous furpafferiez
les perfonnes que vous fréquentez
dans toutes les efpéces & de toutes
fortes de manieres , les Dames ne vous
pardonneroient jamais cette fupériorité.
Ayez donc attention , ma chere petite
femme , de faire aimer vos talens &
JANVIER. 1763. 59
vos vertus , & de ne vous point faire
haïr à force de mérite. Tâchez de pofféder
réellement tous ces talens fupérieurs ;
mais n'en montrez , avec beaucoup de
difcrétion , que ce qui eft néceffaire pour
vous faire aimer & pour donner bon
exemple aux autres fans affectation .
Mais fur-tout , à l'égard de votre mari
gardez-vous bien de lui faire voir indifcrétement
que vous avez plus d'efprit
que lui ! Ne difputez jamais avec lui dans
les momens où vous lui verrez de l'entêtement
. Prenez bien votre temps , &
attendez le moment pour calmer fa colere
, ou pour lui faire goûter la vérité.
Avec de la patience & de la douceur
vous en viendrez à bout , & avec de
l'arrogance & de l'imprudence , vous
l'irriterez & ne le perfuaderez pas. Soyez
complaifante envers votre mari dans
tout ce qui ne fera pas contraire à la
Religion ; & fi par malheur votre mari
n'en avoit point , gardez-vous bien de
le prêcher mal - à - propos : prêchez- le
d'exemple , & quelquefois bien mieux
par votre filence que par vos exhortations
. Ne regardez le jeu que comme
un amuſement ,, & ne montrez jamais
dans cette occafion ni avidité , ni thuni
difpute . Accoutumez -vous à
meur ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
搏
vous renfermer quelquefois dans votre
cabinet donnez envie à votre mari
d'aller troubler votre petite folitude ; &
quand le cas arrivera , recevez - le avec
amitié , & quittez vos Livres & votre
écriture avec un air de gaîté . Dans les
difputes de Religion , gardez-vous bien
de vous ériger en Docteur : vous n'entendrez
que trop dans la fuite de ces
Femmes-Docteurs qui parlent avec beaucoup
de vivacité fur des matieres qu'elles
n'entendent pas. Quand vous vous trouverez
dans ces occafions , gardez-vous
bien de vous mêler de la converfation ;
& fi l'on vous preffe pour vous faire
parler , dites fimplement que vous vous
en tenez à votre Catéchifme. N'ayez
pas peur que l'on vous prenne pour ignorante
: cette modération vous fera beaucoup
plus d'honneur que fi vous vouliez
régenter la fociété. Ne critiquez jamais
le gouvernement des pays que
vous habiterez. Ayez un petit tribunal
dans vous-même pour prifer ce qui eft
bon & le diftinguer de ce qui eft mauvais
; mais ne communiquez jamais au
Public les Arrêts de votre petite jurifdiction
intérieure ; & apprenez de votre
vieux mari qu'une femme qui décide
toujours , quoique fort bien , qui a touJANVIER.
1763. 61
jours raifon dans le Public , eſt une
femme infupportable ; & que celle qui
décide mal eft impertinente , méprifable
& ridicule .
à une Demoiselle de neuf ans qu'il
appelloit fa femme.
QuUOIQU'IL y ait déja quelques
années que vous foyez ma femme , &
que vous paroiffiez fatisfaite de votre
fituation ; cet état heureux ne peut durer
encore tout au plus que cinq ou fix
ans, & un autre mari me fuccédera, avec
fequel vous aurez plus longtemps à vivre
qu'avec moi . L'amitié que j'ai pour
vous m'oblige de vous faire part de quelques
réfléxions qui pourront vous être
utiles par la fuite , & qui fuppléront à
celles que la jeuneffe vous empêche de
faire aujourd'hui . Vous devez avoir une
fortune & des biens confidérables ; vous
ferez recherchée d'une infinité de Soupirans
, qui , avant de fe déclarer s'informeront
avec la plus grande éxactitude
de la quantité & de la qualité de
vos richeffes , mais ne s'embarrafferont
nullement ni de votre figure , ni des
qualités de votre efprit : ce n'eft donc
point vous , pour ainfi dire , que votre
mari époufera , ce fera vos biens &
JANVIER. 1763 . 53 1
votre fortune . Penfez bien à cet article
ma chère petire femme ! & comprenez
que fi vous n'aviez que quatre mille liv.
de rente , tous ceux qui fe montreront
fi empreffés de vous pofféder , s'éloigneroient
bien vîte de vous. Vous ignorez
ce que c'eft que la richeffe & quel fond
vous devez faire fur les biens que vous
apporterez en mariage je m'en vais
vous l'expliquer. Votre Contrat ne fera
pas plutôt figné que toutes ces richeſſes
& ces biens ne feront plus en votre difpofition
; ce fera votre mari qui en fera
le maître & l'éconôme. Il eft vrai qu'il
ne pourroit pas manger le fond de votre
bien ; mais qu'est-ce que c'eft qu'un
fond de bien , dont vous ne pourrez faire
aucun ufage fans la permiffion de ce
mari , qui peut prodiguer vos revenus
pour tout autre que pour vous , & qui
vous privera de toutes les douceurs de
la vie pour ne s'attacher qu'à des dépenfes
frivoles & inutiles ? Il faut donc ,
ma chère petite femme , que vous vous
précautionniez de bonne heure contre
un pareil malheur qui n'arrive que trop
fouvent , & que cependant vous pouvez
éviter , fi vous fuivez mes confeils . La
beauté & les talens aimables ne fuffifent
pas pour fixer l'inconftance des maris ;
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
il est des moyens plus fùrs. Le premier
moyen , eft d'avoir un grand fond de religion
; & à mefure que vous avancerez
en âge , de faire férieufement tous
les jours réfléxion que la beauté n'eft
qu'une chofe paffagère ; que la vie eft
fort courte ; & qu'il n'y a rien de folide
, que de travailler dans ce bas - monde
à vous procurer une félicité éternelle .
Ne regardez donc pas , ma chère petite
femme , les pieufes inftru &tions que
l'on vous fait aujourd'hui comme des
leçons d'Hiftoire & de Géographie ; il
n'y a qu'une chofe abfolument néceffaire
, qui eft de fçavoir bien vivre pour
apprendre à bien mourir. Mais fouvenez-
vous bien , que la véritable piété
ne confifte pas dans les fimagrées de la
dévotion , ni dans tout un appareil extérieur
; il faut que votre dévotion foit
douce , éclairée & charitable ; il faut
que vous foyez complaifante pour votre
mari , compâtiffante pour vos femmes
& pour vos domeftiques ; que fi
quelque chofe vous déplaît dans votre
mari , le moyen de le corriger , c'eſt de
fouffrir avec patience ce qui peut vous
déplaire. Vous avez le bonheur d'être
actuellement fous les yeux d'une grandmaman
dont l'efprit , le coeur & l'expéJANVIER.
1763. 55
rience font un tréfor pour vous préférable
à toutes vos richeffes . Ne lui cachez
rien de vos plus fecrettes pensées ,
jafez & caufez avec elle comme les jeunes
perfones font naturellement avec
leurs jeunes compagnes , ne ceffez jamais
de lui débiter vos goûts & vos
imaginations ; & bavardez continuéllement
avec elle , afin d'apprendre à vous
taire. Les premieres années que vous
entrerez dans le monde , quand vous
aurez un âge plus avancé , & que vous
aurez appris à difcerner ce qui eft bon
d'avec ce qui eft mauvais , ce qui eft
décent d'avec ce qui n'eft pas convenable
, profitez de votre difcernement
pour ne point imiter les mauvais exemples
, mais gardez-vous bien de critiquer
perfonne ; évitez les compagnies des
jeunes perfonnes de toutes efpéces autant
que faire fe pourra ; mais attachez
vous à des perfonnes d'un certain âge :
il y a tout gagner avec elles & tout
à perdre avec les autres . Les perfonnes
âgées font quelquefois ennuyeufes &
donneufes de leçons , elles veulent inf
truire la jeuneffe ; mais elles ne font
point leurs rivales , & ne font point affectées
de la jaloufie qui régne ordinairement
parmi les jeunes Dames, N'af
4
C iv
36 MERCURE DE FRANCE.
fectez point dans vos habillemens &
dans votre maniere de vous coeffer ,
certains airs qui ne font aujourd'hui que
trop à la mode ; imitez les jeunes perfonnes
de votre âge qui fe mettent d'une
façon élégante , mais modefte . Ne
foyez jamais affez hardie pour inventer
une nouvelle mode de coëffure ou d'habillement
; abandonnez aux jeunes folles
de votre âge la gloire de l'invention en
pareille chofe. Cependant quand une
nouvelle mode eft établie & fuivie par
les perfonnes de votre caractère & de
votre rang , il faut fuivre cette mode
car il feroit auffi ridicule' de vous voir
coëffée & habillée à l'antique , que d'avoir
la folie de vouloir être la premiere
à inventer & à dominer fur les ufages
& le goût établi parmi les perfonnes de
votre condition . Ce n'eft point la quantité
d'ornemens qui rendent une perfonne
aimable , c'eft la propreté , c'eft
un certain arrangement qui convienne
à votre figure & à votre vifage . Il
faut apprendre à vous coëffer vous-même
; & quand vos femmes feront empreffées
à entourer votre toilette de
n'avoir jamais d'impatience ni d'humeur
: furtout de ne les point apoftropher
des noms de maladroites & d'im-
,
JANVIER. 1763. 57
pertinentes. Apprenez , ma chère petite
femme , que votre réputation publique
dépend en grande partie des difcours
de vos domeftiques . Si vous les
aimez , & que vous les traitiez bien , ils
cacheront vos défauts ; & fi vous en agiffez
autrement , ils groffiront vos imperfections
, & même vous donneront
celles que vous n'aurez pas. Il n'appar
tient qu'aux bons Maîtres d'avoir d'anciens
Domeſtiques. Quand vous ferez
à table , ayez attention de fervir tout
le monde mangez vous -même avec
propreté , & proportionnez la dépenfe
de votre table au nombre & à la qualité
de la compagnie. Soyez de la plus grande
modeftie , même devant vos femmes
lorfque vous vous leverez & que vous
vous coucherez . Témoignez beaucoup
d'amitié & de tendreffe à votre mari
dans le particulier : évitez les minauderies
& les afféteries avec lui dans le Public.
Ces fortes de façons font des façons
bourgeoifes , & ne marquent bien fouvent
que de la fauffeté & de l'indécence.
Ne dites jamais rien que ce que vous
penfez véritablement ; mais gardez -vous
bien de dire indifcrétement tout ce que
Vous pensez .
Ornez votre efprit de bonnes led-
Cy
58 MERCURE DE FRANCE .
ne
res ; foyez attentive aux différentes leçons
que l'on vous donne , tant pour
orner votre efprit que votre corps :
mais ne reffemblez pas à un perroquet
qui ne fait que répéter ce qu'il ne comprend
pas. Quand votre efprit & votre
mémoire feront ornés des plus belles
connoiffances , gardez-vous bien de débiter
mal-à-propos dans le Public ce
que vous aurez appris dans votre jeuneffe
; & lorfque vous trouverez des
perfonnes ignorantes qui débiteront des
chofes contraires à la vérité de l'Hiftoire
, de la Géographie & autres
vous érigez point en Docteur pour réprimer
leurs erreurs ; & fi vous gliffez
quelques paroles , vous pouvez faire
voir adroitement & fans aigreur que
vous êtes mieux inftruite que les autres.
Apprenez que le moyen de vous faire
hair c'eft de vouloir dominer & de vous
attribuer toute efpéce de préférence :
vous deviendrez infupportable dans la
fociété ; & quand réellement vous furpafferiez
les perfonnes que vous fréquentez
dans toutes les efpéces & de toutes
fortes de manieres , les Dames ne vous
pardonneroient jamais cette fupériorité.
Ayez donc attention , ma chere petite
femme , de faire aimer vos talens &
JANVIER. 1763. 59
vos vertus , & de ne vous point faire
haïr à force de mérite. Tâchez de pofféder
réellement tous ces talens fupérieurs ;
mais n'en montrez , avec beaucoup de
difcrétion , que ce qui eft néceffaire pour
vous faire aimer & pour donner bon
exemple aux autres fans affectation .
Mais fur-tout , à l'égard de votre mari
gardez-vous bien de lui faire voir indifcrétement
que vous avez plus d'efprit
que lui ! Ne difputez jamais avec lui dans
les momens où vous lui verrez de l'entêtement
. Prenez bien votre temps , &
attendez le moment pour calmer fa colere
, ou pour lui faire goûter la vérité.
Avec de la patience & de la douceur
vous en viendrez à bout , & avec de
l'arrogance & de l'imprudence , vous
l'irriterez & ne le perfuaderez pas. Soyez
complaifante envers votre mari dans
tout ce qui ne fera pas contraire à la
Religion ; & fi par malheur votre mari
n'en avoit point , gardez-vous bien de
le prêcher mal - à - propos : prêchez- le
d'exemple , & quelquefois bien mieux
par votre filence que par vos exhortations
. Ne regardez le jeu que comme
un amuſement ,, & ne montrez jamais
dans cette occafion ni avidité , ni thuni
difpute . Accoutumez -vous à
meur ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
搏
vous renfermer quelquefois dans votre
cabinet donnez envie à votre mari
d'aller troubler votre petite folitude ; &
quand le cas arrivera , recevez - le avec
amitié , & quittez vos Livres & votre
écriture avec un air de gaîté . Dans les
difputes de Religion , gardez-vous bien
de vous ériger en Docteur : vous n'entendrez
que trop dans la fuite de ces
Femmes-Docteurs qui parlent avec beaucoup
de vivacité fur des matieres qu'elles
n'entendent pas. Quand vous vous trouverez
dans ces occafions , gardez-vous
bien de vous mêler de la converfation ;
& fi l'on vous preffe pour vous faire
parler , dites fimplement que vous vous
en tenez à votre Catéchifme. N'ayez
pas peur que l'on vous prenne pour ignorante
: cette modération vous fera beaucoup
plus d'honneur que fi vous vouliez
régenter la fociété. Ne critiquez jamais
le gouvernement des pays que
vous habiterez. Ayez un petit tribunal
dans vous-même pour prifer ce qui eft
bon & le diftinguer de ce qui eft mauvais
; mais ne communiquez jamais au
Public les Arrêts de votre petite jurifdiction
intérieure ; & apprenez de votre
vieux mari qu'une femme qui décide
toujours , quoique fort bien , qui a touJANVIER.
1763. 61
jours raifon dans le Public , eſt une
femme infupportable ; & que celle qui
décide mal eft impertinente , méprifable
& ridicule .
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Résumé : CONSEILS d'un Homme de 80 ans, à une Demoiselle de neuf ans qu'il appelloit sa femme.
Un homme de 80 ans adresse un conseil à une jeune fille de neuf ans qu'il appelle sa femme. Il lui rappelle que leur situation actuelle ne durera pas plus de cinq ou six ans et qu'elle aura un autre mari. Il l'avertit que les futurs prétendants s'intéresseront principalement à sa fortune plutôt qu'à sa personne. Après le mariage, les biens de la jeune fille seront sous la gestion de son mari, qui pourra en disposer à sa guise. Pour éviter les désagréments, il lui conseille de développer une forte foi religieuse et de se comporter avec douceur et patience. Il lui recommande également de se confier à sa grand-mère et de suivre ses conseils. La jeune fille doit éviter les critiques et les mauvaises compagnies, et adopter une conduite modeste et respectueuse. Elle doit apprendre à se coiffer et à s'habiller avec élégance mais sans ostentation, et traiter ses domestiques avec bienveillance. À table, elle doit servir tout le monde avec propreté et modération. Elle doit éviter les minauderies et les afféteries en public et ne jamais dire ce qu'elle ne pense pas véritablement. Elle doit orner son esprit de bonnes lectures et éviter de montrer son savoir de manière imprudente. Avec son mari, elle doit faire preuve de patience et de douceur, et ne jamais lui montrer qu'elle a plus d'esprit que lui. Elle doit éviter les disputes et les critiques sur le gouvernement des pays qu'elle habite. Enfin, elle doit se comporter avec modération et discrétion pour éviter d'être perçue comme insupportable ou impertinente.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3931
p. 66-68
TRADUCTION libre des Etrènnes d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il aimoit.
Début :
D'ou vient, quand l'An se renouvelle, [...]
Mots clefs :
An, Renaître, Roi
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION libre des Etrènnes d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il aimoit.
TRADUCTION libre des Etrènnes
d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il
aimoit.
D'ou vient , quand l'An ſe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
Pourqnoi , comme la jeune Eglé ,
Que chaque matin rend plus belle ,
Le retour du mois de Janus ,
Aux Sots , aux Sages , à chaque Etre
( Confondant l'Efclave & le Maître )
Loin d'apporter un An de plus ,
Ne fait-il pas plutôt renaître
Tous les inftans qu'on a perdus ?
Ah ! fi ce jour , qu'on fête encore
Avec le retour du Soleil ,
Chez les Peuples où naît l'Aurore ;
Si ce grand jour , à mon réveil ,
Me rendoit digne de ma Flore ! ....
Si feulement ( car dans les voeux
Il faut un peu de modeftie )
Si feulement , un luftre ou deux
JANVIER. 1763 .
69
Par lui s'éffaçoient de ma vie ;
Ciel ! que je me croirois heureux !
Avec quelle chaleur , quel zéle ,
A l'Amour , comme à l'Amitié ,
Mon âme de tout temps fidéle ,
Plus vigoureuſe de moitié ,
En ce jour exprimeroit- elle
Tout ce qu'elle aime à reffentir ,
Sans regret & fans repentir ,
Pour mes Amis & pour la Belle
Par qui mon bonheur fut comblé ! …….
D'où vient quand l'An fe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
*
Avec quel raviffant délire ,
Moins à mon âge & plus à moi ,
Un coeur François tout à fon Roi ,
Fièr d'être né fous fon Empire ,
Joignant la Trompette à la Lyre ,
N'auroit-il pas ofé tenter
Ce que les Pirons , les Voltaires *
Et maintes Mufes plus vulgaires ,
Bien mieux que moi fçauront chanter !
Mais la trop récente mémoire
D'un luftre complet de tourmens,
Pour m'en promettre quelque gloire ,
* C'eft-à -dire les Bardes , ou Poëtes de ces temps
reculés .
68 MERCURE DE FRANCE.
Atrop affbibli mes accens .
Virgile , en célébrant Augufte ,
N'éprouvoit pas même langueurs :
Une voix foible , quoique jufte ,
Ne brillejamais dans les Chaurs .
Auffi la mienne chante -t - elle
Tout bas , & d'un ton déſolé :
Mon Roi , mes amis , & ma Belle !
D'où vient , quand l'an fe renouvelle ,
Que tout n'eft pas renouvellé?
DE LA PLACE.
d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il
aimoit.
D'ou vient , quand l'An ſe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
Pourqnoi , comme la jeune Eglé ,
Que chaque matin rend plus belle ,
Le retour du mois de Janus ,
Aux Sots , aux Sages , à chaque Etre
( Confondant l'Efclave & le Maître )
Loin d'apporter un An de plus ,
Ne fait-il pas plutôt renaître
Tous les inftans qu'on a perdus ?
Ah ! fi ce jour , qu'on fête encore
Avec le retour du Soleil ,
Chez les Peuples où naît l'Aurore ;
Si ce grand jour , à mon réveil ,
Me rendoit digne de ma Flore ! ....
Si feulement ( car dans les voeux
Il faut un peu de modeftie )
Si feulement , un luftre ou deux
JANVIER. 1763 .
69
Par lui s'éffaçoient de ma vie ;
Ciel ! que je me croirois heureux !
Avec quelle chaleur , quel zéle ,
A l'Amour , comme à l'Amitié ,
Mon âme de tout temps fidéle ,
Plus vigoureuſe de moitié ,
En ce jour exprimeroit- elle
Tout ce qu'elle aime à reffentir ,
Sans regret & fans repentir ,
Pour mes Amis & pour la Belle
Par qui mon bonheur fut comblé ! …….
D'où vient quand l'An fe renouvelle ,
Que Tout n'eft pas renouvellé ?
*
Avec quel raviffant délire ,
Moins à mon âge & plus à moi ,
Un coeur François tout à fon Roi ,
Fièr d'être né fous fon Empire ,
Joignant la Trompette à la Lyre ,
N'auroit-il pas ofé tenter
Ce que les Pirons , les Voltaires *
Et maintes Mufes plus vulgaires ,
Bien mieux que moi fçauront chanter !
Mais la trop récente mémoire
D'un luftre complet de tourmens,
Pour m'en promettre quelque gloire ,
* C'eft-à -dire les Bardes , ou Poëtes de ces temps
reculés .
68 MERCURE DE FRANCE.
Atrop affbibli mes accens .
Virgile , en célébrant Augufte ,
N'éprouvoit pas même langueurs :
Une voix foible , quoique jufte ,
Ne brillejamais dans les Chaurs .
Auffi la mienne chante -t - elle
Tout bas , & d'un ton déſolé :
Mon Roi , mes amis , & ma Belle !
D'où vient , quand l'an fe renouvelle ,
Que tout n'eft pas renouvellé?
DE LA PLACE.
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Résumé : TRADUCTION libre des Etrènnes d'un vieux GAULOIS, à tout ce qu'il aimoit.
Le texte est une traduction libre des vœux d'un vieux Gaulois adressés à ses proches. L'auteur s'interroge sur la raison pour laquelle, malgré le renouvellement de l'année, tout ne se renouvelle pas. Il exprime le souhait que le retour du mois de Janus efface les instants perdus et lui rende sa dignité. Il espère que, même modestement, quelques années de sa vie puissent s'effacer pour qu'il se sente heureux et puisse exprimer son amour et son amitié avec plus de vigueur. Il regrette que sa voix, affaiblie par les tourments récents, ne puisse célébrer dignement son roi, ses amis et la personne qui a comblé son bonheur. Le texte se termine par une réflexion sur la difficulté de chanter avec force après avoir souffert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3932
p. 73-80
DISSERTATION de M. de SAINT-FOIX, au sujet de la Statue Equestre d'un de nos Rois, qui est dans l'Eglise de Nôtre-Dame de Paris.
Début :
M. le Président Heinaut dit qu'en mémoire de la victoire que Philippe [...]
Mots clefs :
Statue équestre, Nécrologe, Église de Notre-Dame de Paris, Cheval, Chroniques
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION de M. de SAINT-FOIX, au sujet de la Statue Equestre d'un de nos Rois, qui est dans l'Eglise de Nôtre-Dame de Paris.
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISSERTATION de M. de SAINTFOIX
, au fujet de la Statue Equeftre
d'un de nos Rois , qui eft dans
l'Eglife de Notre-Dame de Paris.
M. le Préfident Heinaut dit qu'en
mémoire de la victoire que Philippe
le Bel avoit remportée fur les Flamans
à Mons en Puelle , le 18 Août
1304 , on éleva à Notre- Dame une Statue
équestre de ce Prince , & qu'il fonda
une rente de cent livres à l'Eglife
de Notre- Dame de Paris. Il y a eu ,
ajoute- t-il , des méprifes fur ce monument
que quelques Auteurs , & entr'autres
Nicole Gilles , ont attribué à Philippe
de Valois ; mais pour s'aflurer
de la vérité du fait , il n'y a qu'à lire le
Nécrologe de l'Eglife de Notre-Dame
de Paris , ainfi que la fixiéme Leçon
du Breviaire de Paris , où il eft fait
commémoration de cette victoire au 18
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Août , jour auquel fe donna la bataille
de Mons en Puelle , au lieu que celle
de Caffel, fe donna le
23 Août.
M. Le Préfident Heinaut ne s'eft
pas
fans doute fouvenu qu'un Hiftorien ,
témoin oculaire & qui a écrit l'hiſtoire
de fon temps depuis 1301 jufqu'en
1340 , en parlant de Philippe le Bel &
de la bataille de Mons en Puelle , dit
fimplement que ce Prince , en actions
de grâces de cette victoire , fit des fondations
à Nôtre-Dame , à S. Denis &
dans plufieurs autres Eglifes ; au lieu
que ce même Historien , en parlant
de Philippe de Valois & de la bataille
de Caffel , dit que Philippe de Valois ,
à fon retour en France , alla à S. Denis
& enfuite à Nôtre-Dame de Paris , où
il monta fur le même cheval & fe fit
armer des mêmes armes qu'il avoit
dans le combat , & les préfenta en offrande
à la Sainte Vierge : Rex vere
(Philippus ** Valefius ) in Francia exiftens
, beatum Dionifuum primitus devote
& humiliter vifitavit , & poftea ivit Parifios
, & Ecclefiam Beatæ Mariæ ingreffus
coram imagine eifdem armis
quibus in bello armatus fuerat , fe armari
fecit & fuper equum cui exiftenti
* Continuat. Guill . de Nangis , p. 61.6.
** Continuat. Guill, de Nangis , p . 737•
JANVIER. 1763. 75
in bello infederat , afcenfus , Bear
Mariæ cui fe in hoc belli periculo facturum
dona voverat , Ecclefiæ ejufdem
arma & equum deferens , devotiffime
præfentavit , eidem de tanti evafione periculi
gratias agens.
On prétend que s'il y a dans quelques
manufcrits ivit Parifios , il y a dans
d'autres ivit Carnutum , c'est-à-dire à
Chartres , & que ce fut dans l'Eglife de
Chartres que Philippe de Valois entra à
cheval , & fit l'offrande de fon cheval
& de fes armes , comme Philippe le Bel
avoit fait vingt- quatre ans auparavant
dans l'Eglife Cathédrale de Paris . Mais
eft-il naturel que l'Hiftorien contemporain
de ces deux Princes,ayant rapporté
l'action de Philippe de Valois , n'eût pas
parlé de la même action faite par Philippe
le Bel , fur- tout lorfqu'il fait mention
des fondations que fit Philippe le
Bel en mémoire & reconnoiffance de
la victoire qu'il avoit remportée à Mons
en Puelle ?
Joignons à ce témoignage de l'hiftorien
contemporain , celui d'un manufcrit
qui paroît être de 1360 , cotté H ,
numero 22 , & faifant partie des manufcrits
que le Chapitre de Notre-Dame
a donnés au Roi : il y eft dit que Phi-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>
lippe de Valois , après la bataille de Caffel
, l'an 1328 , entra tout arméfurfon
deftrier en l'Eglife de Notre- Dame de
Paris & lui offrit ledit cheval & fes
armes en oblation , la remerciant de la
victoire qu'il avoit obtenue par fon interceffion
; & que la repréfentation dudit
Roi eft affife fur deux piliers devant l'image
de ladite Dame , en la Nef de ladite
Eglife.
On peut encore ajouter à ces autorités
, celle des grandes Chroniques de
France , manufcrit de l'an 1380 : elles
difent que Philippe de Valois monta fur
fon deftrier , & ainfi entra dans l'Eglife
de Notre-Dame de Paris , & très - dévotement
la remercia , & lui préfenta ledit
cheval fur lequel il étoit monté , & toutes
fes armures.
Á l'égard du Nécrologe de l'Eglife A
de Nôtre- Dame de Paris , il y eft fimplement
parlé d'une fondation de cent livres
de rente , faite par Philippe le Bel en
actions de graces de la victoire qu'il
avoit remportée à Mons en Puelle ; &
comme il n'y eft point dit que ce Prince
entra dans l'Eglife de Notre - Dame à
cheval , & qu'il fit l'offrande de fon
cheval & de fes armes à la Vierge
c'eft encore une preuve que ce ne fut
point lui , mais Philippe de Valois qui
JANVIER. 1763. 77
entra de la forte dans cette Eglife , &
qui fit cette offrande. L'apoftille qui eft
à la marge de ce Nécrologe , eft d'un
ftyle & d'une écriture très-moderne , &
par conféquent ne prouve rien.
Je conviens que les nouveaux Breviaires
de Paris portent : Philippus Pulcher
reverfus poftea Lutetiam , in ejufdem
Bafilicæ pronao ftatuamfuam equeftrem
, eamque armatam coram Beatæ
Virginis imagine , in perenne collati beneficii
monumentum , erigi voluit. Mais
dans les anciens Breviaires il n'y a que
ces mots , in Ecclefia Parifienfi , propter
commemorationem victoria Philippi Pulchri
, fit duplum. Non feulement on
n'y trouve pas les trois leçons qu'on a
faites & inférées pour Philippe le Bel
dans les nouveaux Breviaires , mais au
contraire on trouve les deux Leçons
fuivantes :
*
LECTIO QUINTA.
Quod intelligens gloriofa memoriæ
Rex Philippus Valefius , cum opitulante
Deo per merita Beata Virginis
Matris , infignem victoriam de rebellibus
Flandris obtinuiffet , quæ contigit
anno 1328 , acturus Deo & Sanc-
* Breviar. Ecclefia Parifienfis. Festa Augufti ,
anno 1584.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
tæ Virgini gratias , triumphans & equitans
Ecclefiam Beata Maria Parifiis
ingreffus eft , non vaná oftentatione elatus
, fed Deo , per quem de ancipiti bello
evaferat , profunda humilitate fubjectus.
LECTIO SEXTA.
Itaque & æquum & arma in quibus
vicerat , gloriofiffimae Virgini devovit :
atque ut teftimonium tanti beneficii pofteritati
relinqueret , ftatuit ut infra octavam
affumptionis ejufdem genitricis
Dei , dies ifta duplo celebrior haberetur
, & propter affumptionis Beatæ Mariæ
folemnitatem , & propter tanta victoriæ
nullis abolendam temporibus memoriam.
On demandera fans doute pourquoi
ces changemens dans les nouveaux breviaires
? je répondrai que je n'en fais pas
la raifon ; mais que de mauvais efprits
pourroient s'imaginer qu'attendu la rente
de cent livres fondée par Philippe le
Bel , pour qu'on fit commémoration de
fa victoire , on a jugé que ce Prince méritoit
qu'on fe fouvînt de lui ; au lieu
qu'on a cru qu'on pouvoit enfin oublier
Philippe de Valois , qui n'avoit donné
àl'Eglife que fes armes & fon cheval .
Dans le récit de la bataille de Caffel
on voit que l'attaque des ennemis fut
affez foudaine & imprévue ; mais que
JANVIER. 1763. 79
cependant Philippe de Valois eut le
temps de s'armer à moitié & de monter
à cheval ; au lieu qu'à la bataille de
Mons en Puelle , Philippe le Bel fut
furpris dans fa tente & combattit à pied
jufqu'à ce que plufieurs Seigneurs étant
accourus a fon fecours , il eut le temps
de monter à cheval. Or , s'il avoit voulu
qu'on mit fa ftatue à Notre - Dame , il
n'eft pas douteux qu'il s'y feroit fait repréfenter
à pied , comme au moment
du plus grand danger , & par conféquent
le plus glorieux pour lui. Je fais
cette remarque * en réponſe à ce qu'a dit
Moreau de Mautour qui , pour foutenir fon
opinion , fe déguife à lui- même les faits .
Je crois que tout ce que je viens de
rapporter doit déterminer à changer
l'infcription nouvelle qu'on a mife à
Notre-Dame , & à y mettre : Rex Philippus
Valefius , &c. au lieu de Rex Philippus
Pulcher. D'ailleurs on a eu tort
de critiquer la fin de cette infcription
& de dire qu'il n'eft pas vraisemblable
qu'un Roi foit entré dans une Eglife
à cheval , parce que cela auroit été
trop indécent. Une pareille critique décéle
un homme peu verfé dans l'étude de
notre hiftoire & de nos anciennes moeurs
* Mém, de l'Acad. des Infcript. T. 3. p. 299.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
*
& coutumes ; il y auroit vu qu'au fervice
fait à S. Denis , en 1389, pour Ber
trand Duguefclin , par l'ordre de Charles
VI , les Chevaliers qui menoient le deuil
entrerent dans l'Eglife fur des chevaux
caparaçonnés de noir , & que l'Evêque
qui célébroit la Meffe , defcendit de l'Autel
après l'Evangile ; & que s'étant placé
à la porte du choeur , il reçut l'offrande
des chevaux , en leur mettant la main
fur la tête.
DISSERTATION de M. de SAINTFOIX
, au fujet de la Statue Equeftre
d'un de nos Rois , qui eft dans
l'Eglife de Notre-Dame de Paris.
M. le Préfident Heinaut dit qu'en
mémoire de la victoire que Philippe
le Bel avoit remportée fur les Flamans
à Mons en Puelle , le 18 Août
1304 , on éleva à Notre- Dame une Statue
équestre de ce Prince , & qu'il fonda
une rente de cent livres à l'Eglife
de Notre- Dame de Paris. Il y a eu ,
ajoute- t-il , des méprifes fur ce monument
que quelques Auteurs , & entr'autres
Nicole Gilles , ont attribué à Philippe
de Valois ; mais pour s'aflurer
de la vérité du fait , il n'y a qu'à lire le
Nécrologe de l'Eglife de Notre-Dame
de Paris , ainfi que la fixiéme Leçon
du Breviaire de Paris , où il eft fait
commémoration de cette victoire au 18
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Août , jour auquel fe donna la bataille
de Mons en Puelle , au lieu que celle
de Caffel, fe donna le
23 Août.
M. Le Préfident Heinaut ne s'eft
pas
fans doute fouvenu qu'un Hiftorien ,
témoin oculaire & qui a écrit l'hiſtoire
de fon temps depuis 1301 jufqu'en
1340 , en parlant de Philippe le Bel &
de la bataille de Mons en Puelle , dit
fimplement que ce Prince , en actions
de grâces de cette victoire , fit des fondations
à Nôtre-Dame , à S. Denis &
dans plufieurs autres Eglifes ; au lieu
que ce même Historien , en parlant
de Philippe de Valois & de la bataille
de Caffel , dit que Philippe de Valois ,
à fon retour en France , alla à S. Denis
& enfuite à Nôtre-Dame de Paris , où
il monta fur le même cheval & fe fit
armer des mêmes armes qu'il avoit
dans le combat , & les préfenta en offrande
à la Sainte Vierge : Rex vere
(Philippus ** Valefius ) in Francia exiftens
, beatum Dionifuum primitus devote
& humiliter vifitavit , & poftea ivit Parifios
, & Ecclefiam Beatæ Mariæ ingreffus
coram imagine eifdem armis
quibus in bello armatus fuerat , fe armari
fecit & fuper equum cui exiftenti
* Continuat. Guill . de Nangis , p. 61.6.
** Continuat. Guill, de Nangis , p . 737•
JANVIER. 1763. 75
in bello infederat , afcenfus , Bear
Mariæ cui fe in hoc belli periculo facturum
dona voverat , Ecclefiæ ejufdem
arma & equum deferens , devotiffime
præfentavit , eidem de tanti evafione periculi
gratias agens.
On prétend que s'il y a dans quelques
manufcrits ivit Parifios , il y a dans
d'autres ivit Carnutum , c'est-à-dire à
Chartres , & que ce fut dans l'Eglife de
Chartres que Philippe de Valois entra à
cheval , & fit l'offrande de fon cheval
& de fes armes , comme Philippe le Bel
avoit fait vingt- quatre ans auparavant
dans l'Eglife Cathédrale de Paris . Mais
eft-il naturel que l'Hiftorien contemporain
de ces deux Princes,ayant rapporté
l'action de Philippe de Valois , n'eût pas
parlé de la même action faite par Philippe
le Bel , fur- tout lorfqu'il fait mention
des fondations que fit Philippe le
Bel en mémoire & reconnoiffance de
la victoire qu'il avoit remportée à Mons
en Puelle ?
Joignons à ce témoignage de l'hiftorien
contemporain , celui d'un manufcrit
qui paroît être de 1360 , cotté H ,
numero 22 , & faifant partie des manufcrits
que le Chapitre de Notre-Dame
a donnés au Roi : il y eft dit que Phi-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>
lippe de Valois , après la bataille de Caffel
, l'an 1328 , entra tout arméfurfon
deftrier en l'Eglife de Notre- Dame de
Paris & lui offrit ledit cheval & fes
armes en oblation , la remerciant de la
victoire qu'il avoit obtenue par fon interceffion
; & que la repréfentation dudit
Roi eft affife fur deux piliers devant l'image
de ladite Dame , en la Nef de ladite
Eglife.
On peut encore ajouter à ces autorités
, celle des grandes Chroniques de
France , manufcrit de l'an 1380 : elles
difent que Philippe de Valois monta fur
fon deftrier , & ainfi entra dans l'Eglife
de Notre-Dame de Paris , & très - dévotement
la remercia , & lui préfenta ledit
cheval fur lequel il étoit monté , & toutes
fes armures.
Á l'égard du Nécrologe de l'Eglife A
de Nôtre- Dame de Paris , il y eft fimplement
parlé d'une fondation de cent livres
de rente , faite par Philippe le Bel en
actions de graces de la victoire qu'il
avoit remportée à Mons en Puelle ; &
comme il n'y eft point dit que ce Prince
entra dans l'Eglife de Notre - Dame à
cheval , & qu'il fit l'offrande de fon
cheval & de fes armes à la Vierge
c'eft encore une preuve que ce ne fut
point lui , mais Philippe de Valois qui
JANVIER. 1763. 77
entra de la forte dans cette Eglife , &
qui fit cette offrande. L'apoftille qui eft
à la marge de ce Nécrologe , eft d'un
ftyle & d'une écriture très-moderne , &
par conféquent ne prouve rien.
Je conviens que les nouveaux Breviaires
de Paris portent : Philippus Pulcher
reverfus poftea Lutetiam , in ejufdem
Bafilicæ pronao ftatuamfuam equeftrem
, eamque armatam coram Beatæ
Virginis imagine , in perenne collati beneficii
monumentum , erigi voluit. Mais
dans les anciens Breviaires il n'y a que
ces mots , in Ecclefia Parifienfi , propter
commemorationem victoria Philippi Pulchri
, fit duplum. Non feulement on
n'y trouve pas les trois leçons qu'on a
faites & inférées pour Philippe le Bel
dans les nouveaux Breviaires , mais au
contraire on trouve les deux Leçons
fuivantes :
*
LECTIO QUINTA.
Quod intelligens gloriofa memoriæ
Rex Philippus Valefius , cum opitulante
Deo per merita Beata Virginis
Matris , infignem victoriam de rebellibus
Flandris obtinuiffet , quæ contigit
anno 1328 , acturus Deo & Sanc-
* Breviar. Ecclefia Parifienfis. Festa Augufti ,
anno 1584.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
tæ Virgini gratias , triumphans & equitans
Ecclefiam Beata Maria Parifiis
ingreffus eft , non vaná oftentatione elatus
, fed Deo , per quem de ancipiti bello
evaferat , profunda humilitate fubjectus.
LECTIO SEXTA.
Itaque & æquum & arma in quibus
vicerat , gloriofiffimae Virgini devovit :
atque ut teftimonium tanti beneficii pofteritati
relinqueret , ftatuit ut infra octavam
affumptionis ejufdem genitricis
Dei , dies ifta duplo celebrior haberetur
, & propter affumptionis Beatæ Mariæ
folemnitatem , & propter tanta victoriæ
nullis abolendam temporibus memoriam.
On demandera fans doute pourquoi
ces changemens dans les nouveaux breviaires
? je répondrai que je n'en fais pas
la raifon ; mais que de mauvais efprits
pourroient s'imaginer qu'attendu la rente
de cent livres fondée par Philippe le
Bel , pour qu'on fit commémoration de
fa victoire , on a jugé que ce Prince méritoit
qu'on fe fouvînt de lui ; au lieu
qu'on a cru qu'on pouvoit enfin oublier
Philippe de Valois , qui n'avoit donné
àl'Eglife que fes armes & fon cheval .
Dans le récit de la bataille de Caffel
on voit que l'attaque des ennemis fut
affez foudaine & imprévue ; mais que
JANVIER. 1763. 79
cependant Philippe de Valois eut le
temps de s'armer à moitié & de monter
à cheval ; au lieu qu'à la bataille de
Mons en Puelle , Philippe le Bel fut
furpris dans fa tente & combattit à pied
jufqu'à ce que plufieurs Seigneurs étant
accourus a fon fecours , il eut le temps
de monter à cheval. Or , s'il avoit voulu
qu'on mit fa ftatue à Notre - Dame , il
n'eft pas douteux qu'il s'y feroit fait repréfenter
à pied , comme au moment
du plus grand danger , & par conféquent
le plus glorieux pour lui. Je fais
cette remarque * en réponſe à ce qu'a dit
Moreau de Mautour qui , pour foutenir fon
opinion , fe déguife à lui- même les faits .
Je crois que tout ce que je viens de
rapporter doit déterminer à changer
l'infcription nouvelle qu'on a mife à
Notre-Dame , & à y mettre : Rex Philippus
Valefius , &c. au lieu de Rex Philippus
Pulcher. D'ailleurs on a eu tort
de critiquer la fin de cette infcription
& de dire qu'il n'eft pas vraisemblable
qu'un Roi foit entré dans une Eglife
à cheval , parce que cela auroit été
trop indécent. Une pareille critique décéle
un homme peu verfé dans l'étude de
notre hiftoire & de nos anciennes moeurs
* Mém, de l'Acad. des Infcript. T. 3. p. 299.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
*
& coutumes ; il y auroit vu qu'au fervice
fait à S. Denis , en 1389, pour Ber
trand Duguefclin , par l'ordre de Charles
VI , les Chevaliers qui menoient le deuil
entrerent dans l'Eglife fur des chevaux
caparaçonnés de noir , & que l'Evêque
qui célébroit la Meffe , defcendit de l'Autel
après l'Evangile ; & que s'étant placé
à la porte du choeur , il reçut l'offrande
des chevaux , en leur mettant la main
fur la tête.
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Résumé : DISSERTATION de M. de SAINT-FOIX, au sujet de la Statue Equestre d'un de nos Rois, qui est dans l'Eglise de Nôtre-Dame de Paris.
Le texte aborde la controverse entourant la statue équestre d'un roi français située dans l'église Notre-Dame de Paris. M. le Président Heinaut affirme que cette statue commémore la victoire de Philippe le Bel à Mons-en-Pévèle le 18 août 1304, et qu'il a fondé une rente de cent livres pour cette église. Cependant, Nicole Gilles et d'autres auteurs attribuent cette statue à Philippe de Valois, vainqueur de la bataille de Cassel le 23 août 1328. Pour clarifier cette confusion, plusieurs sources historiques sont mentionnées. Le Nécrologe de l'église Notre-Dame de Paris et le Breviaire de Paris font référence à la victoire de Philippe le Bel. Guillaume de Nangis, un historien contemporain, décrit les actions de grâce de Philippe le Bel après Mons-en-Pévèle et celles de Philippe de Valois après Cassel, où ce dernier offrit son cheval et ses armes à Notre-Dame de Paris. Les Grandes Chroniques de France confirment que Philippe de Valois entra à cheval dans l'église Notre-Dame après la bataille de Cassel et y offrit son cheval et ses armes. Le Nécrologe de Notre-Dame mentionne seulement la fondation de Philippe le Bel sans parler d'une offrande équestre, ce qui renforce l'idée que cette action fut réalisée par Philippe de Valois. Le texte critique les modifications apportées aux nouveaux Breviaires de Paris, qui attribuent la statue à Philippe le Bel, et plaide pour une correction de l'inscription afin de refléter correctement l'hommage rendu à Philippe de Valois. Il conclut en soulignant l'importance de respecter les coutumes historiques et les témoignages contemporains pour éviter les erreurs d'interprétation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3933
p. 80-109
ESSAI historique sur ABRAHAM DUQUESNE, Lieutenant Général des Armées Navales de France. Non ille pro patriâ timidus perire. Horat.
Début :
DE tous les Etats qui concourent à la gloire de la patrie, il n'en est point [...]
Mots clefs :
Profession des armes, Noblesse, Oisiveté, Vrai noble, Citoyen, Siècle de Louis XIV, Académie de Marseille, Héros, Courage
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texteReconnaissance textuelle : ESSAI historique sur ABRAHAM DUQUESNE, Lieutenant Général des Armées Navales de France. Non ille pro patriâ timidus perire. Horat.
ESSAI hiftorique fur ABRAHAM
DUQUESNE Lieutenant Général
des Armées Navales de France. ( a )
Non ille pro patriâ timidus perire.
Horat.
D
E tous les Etats qui concourent à
la gloire de la patrie , il n'en eft point
de plus utile ni de plus honorable que
la profeffion des armes. De tout temps
elle fut fpécialement dévolue à notre
Nobleffe , deſtinée par état à fervir fon
( a ) Ce Sujet a été proposé par l'Académié
de Marſeille pour la diſtribution des Prix du 25
Août 1762 .
* V. p . 2 32. & 2 33. de ce ſecond volume .
7 81
JANVIER. 1763.
Roi. Ce n'est qu'en prodiguant fon fang
qu'elle reléve fa fplendeur & s'immortalife
dans les faſtes de la postérité : elle
fe flétrit au contraire dans une honteuſe
oifiveté. Qui peut compter fans interruption
une longue fuite d'ayeux qui
ont facrifié leurs vies pour le falut de la
Patrie , fe glorifiera-t-il de fa nobleffe ,
s'il ne marche fur leurs traces dans la
carriere de l'honneur ? Qu'eft - ce en effet
qu'un grand nom fans vertus ? Un héros ,
le premier de fa race , fera toujours préféré
au Noble faftueux , qui ne fonde
fon illuftration que furfes titres. La naiffance
eft un effet du hafard ; mais la
vertu , jointe à la valeur , diftingue &
caractériſe le vrai Noble , le Citoyen &
tout bon François.
Volez, s'écrioit l'illuftre Vendôme à
fes ,foldats , volez où l'honneur vous
appelle ; fongez que vous êtes François
! ....
(b) Duquesne , nom à jamais immortel
! Duquefne , l'un des plus grands
hommes de fon fiécle , fe dévoua au
fervice de mer dès fa plus tendre jeuneffe .
(b) Abraham Duquesne nâquit en Normandie
l'an 1610 , d'une famille noble & habituée de
puis longtemps dans cette Province.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Son pere (c) Abraham Duquesne , blanchit
fous les armes , connut fes talens
& les perfectionna. Ce fut fous cet
illuftre père que notre jeune héros fit fes
premieres campagnes. Ils contribuerent
T'un & l'autre par l'éclat de leurs exploits
à la gloire du fiécle de Louis XIV.
C'eſt être vraiment grand que de travailler
à la grandeur des autres ; c'eſt le
comble de l'héroïfme que de concourir à
la gloire de fon Prince & à celle de l'Etat.
(d) Sanctuaire des Mufes & des Sciences
, dépofitaire des merveilles de mon
héros , je devrois fans doute dans un
humble filence vous entendre ici , Meſfieurs
, prodiguer les juftes louanges qui
font dues à ce grand homme. C'eft dans
(c ) Abraham Duquesne , père de notre Héros ,
mâquit au Bourg de Blangi dans le Comté d'Eu ,
de parens pauvres & Calviniftes . 'S'étant retiré de
bonne heure à Dieppe , il y apprit la Carte marine
, fe mit fur les vaiffeaux , & fe rendit capable
d'être Pilote. Après avoir exercé quelque temps
cette profeffion , il paffa en Suéde , obtint une
place de Pilote dans les vaiffeaux de la Reine
Chriftine ; fut choifi enfuite par cette Princeffe
pour conduire quelques vaiffeaux en France , &
s'étant diftingué dans cette occafion , il fut fait
Capitaine de vaiffeau dans l'Armée Navale de
France.
(d) L'Auteur s'adreffe ici à l'Académie de Marfeille.
JANVIER. 1763. 83
vos ports qu'il préféra de fixer fon féjour
: c'est là qu'il employa ces jours fi
précieux de la jeuneffe à acquérir la
fcience qui fait les grands hommes. On
le voyoit toujours affidu aux écoles de
la marine , toujours attentif aux exercices
& à la manoeuvre des Matelots ;
toujours avide de s'inftruire , entrer dans
les moindres détails . Il favoit qu'on ne
doit rien ignorer dans l'état qu'on embraffe
; bien différent de cette jeuneffe
éfféminée qui néglige l'étude , & lui
préfére fans honte l'cifiveté des Cours ,
où la Nobleffe fe dégrade , où le coeur
s'amollit , où les moeurs enfin fe corrom-
-pent par l'air contagieux que fouvent
on y refpire.
Si je ne puis , à l'exemple de Duquefne
, prodiguer mon fang pour le falut
de l'Etat ; qu'il me foit du moins permis
, comme Citoyen , d'élever ma foible
voix pour immortalifer un de fes
illuftres défenfeurs. N'y auroit- il pas une
forte d'ingratitude , fi animé par l'organe
refpectable d'une des plus célébres
Académies du Royaume , on ne
confacroit pas à la gloire de ce Hiros
une partie de fes veilles , pour ajouter
de nouveaux lauriers à ceux dont il a
été couronné tant de fois ? Je connois
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
mon infuffifance , MM. mais j'ofe me
flatter que vous applaudirez à mon zéle.
On ne peut fe rappeller l'horrible attentat
qui plaça Louis le Jufte fur le Trône
dans un âge encore tendre. La mort
précipitée d'un Prince , l'amour de fes
Sujets & la terreur de fes Ennemis ,
laiffa l'Etat en proye au Démon de la
difcorde. Habile à profiter d'une minorité
qui devoit être longue , ce Monf
tre , le plus cruel ennemi du genre
humain , alluma le flambeau de la
guerre ; la Religion en fut le prétexte
Ipécieux , l'ambition des Grands la fe-
.conda , & l'Etat en fut la victime. Des
Puiffances voifines & formidables fembloient
mettre le comble aux malheurs
de la France menacée de toutes parts.
Richelieu ( e ) paroît : le Génie fans vigueur
& prèfque engourdi fe réveille
a fa voix ; les Arts renaiffent , la Marine
fe rétablit , & le Commerce , ce
canal précieux qui porte la circulation
& la vie dans tous les membres de l'Etat,
( e ) En 1627 le Cardinal de Richelieu fit fupprimer
la Charge d'Amiral dont étoit revêtu le
Duc de Montmorenci , & celle de Connétable vacante
par la mort de Lefdiguieres . Il fe fit créer
Chef & Surintendant Général de la Navigation
& du Commerce.
JANVIER. 1763. . 85
ranime ce corps fans chaleur & prèſque
anéanti .
Richelieu , Politique fublime , renouvelle
l'alliance avec les Hollandois
porte les premiers coups à la Maiſon
d'Autriche , ce Coloffe éffrayant , qui
faifoit trembler l'Europe ; prépare la
deftruction des Huguenots en France
& médite la prife de la Rochelle , boulevard
formidable qui fervoit d'afyle à
l'héréfie & de retraite aux Rebelles .
,
Déja la Flotte Angloife s'avance vers
l'ifle de Rhé , à la follicitation des
Rochelois & du Duc de Rohan leur
· Chef.
Quel délire n'excite pas le fanatiſme !
Le Citoyen s'arme contre le Citoyen ;
Les Grands , qui par leur naiffance &
leur rang doivent être les défenfeurs de
l'Etat , s'en déclarent les plus cruels ennemis.
Le voile facré de la Religion
couvre leur ambition démesurée : tout
leur paroît permis , dès que tout leur
paroît poffible.
Abraham Duquesne , Calviniste , demande
à ne point fervir dans l'Armée
Royale : il l'obtient ; mais fon zèle pour
la Patrie l'engage à folliciter un autre
emploi. Il fait que la différence des
fentimens ne préfcrit point contre la
86 MERCURE DE FRANCE.
fidélité qu'il a jurée à fon Roi & à l'Etat.
Ses devoirs gravés dans fon coeur
font puifés dans ces principes inébranlables
de la Religion naturelle , fondement
de toutes les autres Religions.
L'amour des François pour leur Prince
ne fut jamais pour eux une loi tyrannique:
c'eft un penchant naturel , auquel
ils fe livrent d'autant plus volontiers ,
qu'ils y attachent leur bonheur & leur
gloire.
Généreux Marfeillois ! braves François
la fidélité à votre Roi eft votre
premiere vertu. Vos premiers fentimens
font les premieres chaînes qui vous attachent
inviolablement à votre Prince :
vos premiers voeux , vos premiers defirs
furent toujours de vous facrifier mille
fois pour fon falut & pour celui de la
Patrie .
Notre brave Guerrier fe tranſporte
d'un autre côté avec fon Efcadre. Son
fils âgé de 17 ans , commandoit un vaiffeau
fous fes ordres . Sa valeur annonça
dès-lors fa future grandeur , & la
force de fon génie lui tint lieu de plus
d'expérience ; mais le Ciel dont les décrets
fon impénétrables , le priva bientôt
de ce généreux père : pris par les
Efpagnols a fon retour de Suéde , il
JANVIER. 1763 . 87
reçut
le coup
de la mort
dans
un combat
inégal
. (f)
Quel coup de foudre pour un fils
également doué d'une belle âme & d'un
coeur excellent !
Brave Duquesne : ah ! fi la Parque
cruelle a tranché le fil d'une vie fi belle
& fi glorieufe , vous revivez de nouveau
par la gloire & les exploits de ce jeune
guerrier.
(g) La furpriſe de Tréves par les Epagnols
& l'enlévement de l'Electeur
(f) Le vieux Duquesne mourut à Dunkerque
l'an 1635 , dans les fentimens de la Religion
Prétendue Réformée.
(g ) Quoique jufques- là il n'y eût point eu de
rupture ouverte entre la France & l'Espagne ,
parce que , foit en Italie , foit en Allemagne ,
les Eſpagnols ne fervoient que comme auxiliaires
, en vertu des Traités. d'alliance entre les
deux Branches de la Maiſon d'Autriche ; la prifon
de l'Electeur produifit cependant la guèrre.
qui dura depuis 1635 jufqu'à la paix des Pyrénées
& le mariage de Louis XIV. Le Cardinal
Infant , Gouverneur des Pays- Bas , ayant refufé
à ce Monarque la liberté de l'Electeur , força le
Roi à lui déclarer la guerre & à interdire tout
Commerce entre les deux Nations.
En 1637 on attaqua l'Ile de Sainte Marguerite
& de les Forts , qui furent rendus au Comte
d'Harcourt 43 jours après fa defcente dans Lifle.
Les Espagnols perdirent 1 500 hommes ; & le
jeune Duquesne fe trouva à cette attaque.
N
88 MERCURE DE FRANCE.
firent voler Duquefne aux ifles de Sainte-
Marguerite. Il en forme l'attaque. La
réfiftance opiniâtre des Affiégés ne le
rebute point ; plus elle eft vive , plus fon
activité redouble. Les difficultés femblent
ne ſe préſenter que pour ajouter
à l'éclat de fon triomphe ; & les Efpagnols
ne fe multiplient que pour aug
menter le nombre des victimes qu'il
facrifie aux mânes de fonère.
Mais ce n'eft encore ici qu'un foible
crayon de ce qu'ils avoient à craindre
de fon habileté & de fon courage. On le
voit bientôt près du Môle de Gattary (h),
attaquer une Flotte de dix-huit vaiffeaux.
Dix-fept font pris , & le dix-huitiéme
mis hors de combat.
Intrépide , il ne connoît aucun danger.
Son courage le porte à Saint-Ogue ( i ) ;
il attaque les vaiffeaux qui font dans le
port ; & ce fut dans la chaleur du combat,
que bleffé d'un coup de moufquet ,
il fit à la Patrie la premiere offrande de
ce fang précieux qu'il prodigua fi géné-
( h ) En 1638, Duquefne contribua beaucoup à
la défaite des Efpagnols devant Gattary en Bilcaye.
( i ) En 1639 , il fut bleffé dans le Port de
& Ogue.
IAN VIER. 1763.
89
reuſement dans la fuite à Tarragone (k) ,
à Barcelone ( 1) , à la prife de Perpignan
(m) , & au Cap de Gattes .
Le fang ne s'épuife jamais , fi l'on en
croit les Héros , & le courage femble
fuppléer aux forces de la nature. Plus le
fang coule , plus il devient pur ; & fi la
guèrre eft le fléau de l'humanité , elle
eft aux yeux du Héros l'école de la
valeur & le creufet de la nobleffe.
Funeſte préjugé qui ne s'accordera
jamais avec les maximes du vrai Philofophe
, qui ne regarde la guèrre que
(k ) En 1641 , la Motte- Houdancourt , Commandant
en Catalogne , après avoir pris la Ville
& le Château de Conftantin & quelques autres
Places , vint mettre le fiége devant Tarragonne.
L'Armée Espagnolle qui y étoit enfermée fouffroit
beaucoup de la difette. On fit des efforts
incroyables pour la ravitailler , ce qui donna
lieu à un combat où le Général François défit
un grand nombre d'ennemis . L'Archevêque de
Bordeaux qui bloquoit Tarragonne par mer , attaqua
41 Galéres Eſpagnolles & en prit 12. Ce
fut dans cette action que Duquesne fut encore
dangereufement bleſſé .
•
( i ) En 1642 , il reçut de nouvelles bleſſures devant
Barcelone dans le temps de la priſe de
Perpignan qui fe rendit au Roi après trois mois
de fiége.
( m ) En 1643 , il répandit fon fang à la Bataille
qui le donna au Cap de Gattes.
90 MERCURE DE FRANCE .
comme le fléau du genre humain
comme un gouffre affreux , où tant de
Héros font enfévelis , tant d'hommes
facrifiés ; moins fouvent au bien de l'Etat
qu'aux capricés des Puiffances & à
l'imprudence des Généraux !
Je vous en attefte , ombres chères à
la patrie Intrépide Bayard ! Brave
Turenne ! Vaillant Duguai-Trouin ! Illuftre
Barwik ! vous qui n'allâtes moif
fonner tant de lauriers chez les ennemis
, que pour rapporter à vos concitoyens
le précieux rameau de la Paix .
(n) Richelieu meurt , & fa mort fut
pour les Espagnols l'événement le plus
heureux ils crurent le génie de la
France abattu & enfeveli avec ce grand
homme mais quelle furprife ! Louis le
Grand monte fur le Trône , & le génie
du gouvernement s'affied à côté du
Monarque. Nouvel Augufte ; fon fiécle
fut celui des Sciences & des beaux Arts :
il produifit ces grands hommes
ces
hommes immortels , dont les noms célébres
pafferont d'âge en âge , & feront
( n .) Les Espagnols furent battus prèfque partout
cette année. Le Maréchal de la Motte en
Catalogne conferva toujours fur eux la fupériorité
, & fit échouer toutes leurs entrepriſes.
JANVIER. 1763. 91
l'admiration de la postérité la plus reculée
.
(o) Duquefne part pour la Suéde ; fon
nom y eft connu ; fa réputation le précéde.
Les exploits fameux & les fervices
fignalés de fon illuftre père étoient profondément
gravés , ( non für des monumens
que le temps peut détruire , ou que
fouvent la flatterie éléve moins au mérite
qu'à l'orgueil des mortels & au faſte
de la décoration ; ) mais dans les coeurs
des Suédois , monumens plus fincères
& plus folides. Le Peuple , dont le fuffrage
n'eft point équivoque , accourt en
foule , fait éclater fa joie ; joie toujours
pure & véritable , lorfqu'elle a pour objet
le mérite d'un grand homme.
Bien différent de ces Guerriers qui
paffent dans le fein des plaifirs , &
dans les douceurs d'un indigne repos
(o ) En 1644 , Duquefne alla fervir en Suéde. Il
fut fait d'abord Major-Général de l'Armée Navale
, enfuite Vice- Amiral . C'est en cette qualité
qu'il fervoit le jour de la fameufe bataille où les
Danois furent entierement défaits. Il aborda lui
deuxième leur Vaiffeau Amiral appelé la Pctience.
Le Général Danois fut tué. Le Roi de
Dannemarck eût été fait prifonnier , fi ce Prince
bleffé à l'oeil d'un éclat de bois près d'un canon
qu'il pointoit , n'eût été obligé de fortir de
ee Vaiffeau la veille de l'action.
92 MERCURE DE FRANCE.
à
le loifir que leur laiffe la Patrie ; ce
fut pour l'employer utilement que vous
paffâtes au fervice de la Suéde , invincible
Duquesne ! Qui connut jamais
mieux que vous le prix du temps ? Qui
jamais mieux que vous , fçut le mettre
profit ? Ce temps finéceffaire peut-être
à votre repos , en même -temps fi utile
& fi glorieux à la Patrie , vous le deftinez
à fecourir les Suédois nos fidéles
Alliés , & à les garantir de l'injufte
ufurpation des Danois. Les titres éclatans
qui font l'appanage du vrai mérite
, qui jamais ne furent fufpects ,
lorfqu'ils font donnés par une Nation
étrangère , vous font juftement prodigués.
Nommé Vice Amiral , vous fervîtes
en cette qualité à la fameufe journée
où les Danois furent défaits.
Déja les deux Flottes font en préfence
mille bouches d'airain vomiffent
la foudre & la mort. Un jour artificiel
inventé par la fureur des hommes,
femble cacher aux combattans ce jour
doux & bienfaifant qui éclaire la nature.
Les vaiffeaux s'élancent contre les vaiffeaux.
Mille débris éclatans obfcurciffent
l'air , & font dans le même inf
tant engloutis dans les eaux. De tristes
lambeaux de malheureux couvrent la
JANVIER. 1763. 93
Turface des mers. Le défordre fe met
dans l'Armée Danoife . La confufion des
Matelots , le cris des Officiers , le découragement
des foldats , tour lui annonce
une prompte défaite.
D'un autre côté , le bon ordre fe
maintient dans l'Armée Suédoife. La
bonne contenance des Officiers éxcite
la confiance du Matelot , occupé à la
manoeuvre. Duquefne fe fignale on
croiroit à le voir que la victoire eft à fes
ordres. Au-deffus de toute crainte , il
fend les flots ; & fe faifant jour à travers
la flotte ennemie , il aborde lui
deuxième le vaiffeau Amiral. Il s'élance
au milieu du fang & du carnage . Le
choc eft furieux ; mais rien ne réfifte à
l'ardeur de fon courage. Son bras invincible
porte par-tout la mort. Le Général
Danois tombe fous fes coups : il
fe rend maître du vaiffeau. Le vaincu
implore la clémence du vainqueur , &
le Roi lui-même eût fubi le même fort ,
fi un événement inopiné n'eût ravi à
Duquefne cette illuftre conquête.
(p ) La Suéde étonnée retentiffoit des
(p) En 1647 il fut rappellé en France & commanda
cette année & la fuivante une des Eſcadres
qui furent envoyées à l'expédition de Naples. Le
Roi d'Espagne battu de tous côtés , voyoit avec
94 MERCURE DE FRANCE.
louanges de mon Héros , lorfqu'il fut
rappellé en France. La voix de fa Patrie
fe fait entendre il ne délibére
>
chagrin le Rouffillon & la Catalogne entre les
mains des François. Naples révoltée contre lui ,
venoit de fe donner au Duc de Guife . Celui- ci ,
qui ne paffa que pour un Avanturier audacieux ,
parce qu'il ne réuffit pas , avoit eu du moins la
gloire d'aborder feul dans une barque au milieu
de la Flotte Efpagnole , & de défendre Naples
fans autre fecours que fon courage.
La Sicile depuis le temps des Tyrans de Syracufe
, a toujours été fubjuguée par des Etrangers;
affervie fucceffivement aux Romains , aux Vandales
, aux Arabes , aux Normans , fous le val
felage des Papes , aux François , aux Allemands ,
aux Efpagnols : haïllant prèfque toujours fes
maîtres , le révoltant contre eux , fans faire de
véritables efforts dignes de la liberté , & éxcitant
continuellement des féditions pour changer de
chaînes .
En 1674 , les Magiftrats de Meffine venoient
d'allumer une guèrre civile contre leurs Gouverneurs
& d'appeller la France à leur fecours. Une
Flotte Efpagnole bloquoit leur port ; ils étoient
réduits aux extrémités de la famine..
En 1675 , le Chevalier de Valbelle vint d'abord
avec quelques Frégates à travers la Flotte
Efpagnole. Il porta à Meffine des vivres , des årmes
& des foldats. Ayant enfuite tenté d'y conduire
un nouveau fecours , les Galéres Eſpagnoles
& quelques Vaiffeaux Hollandois entreprirent
de lui difputer l'entrée du canal. Il y eut un combat
; le paffage fut forcé , & le convoj arriva heureufement,
JANVIER. 1763 .
point ; il s'arrache à la gloire & aux
applaudiffemens pour voler à ſon ſecours.
Il eft auffi -tôt chargé du commandement
de l'Efcadre deſtinée a l'expédition
de Naples. Puiffe tout François
, à l'exemple de ce grand homme
facrifier les intérêts les plus chers à l'amour
de fon devoir !
où
La France déchirée par les guerres
civiles fous les Régnes des Valois ,
Régne malheureux , où l'ambition des
Grands & la fureur des Hérétiques la
mirent à deux doigts de fa perte ,
l'enthouſiaſme aveugle du fanatiſme
infpiroit les plus éxécrables maximes.
La France , dis- je , dans ces temps de
troubles & d'horreurs , n'avoit pu entretenir
fa Marine ; fon rétabliffement
étoit dû à la fage prévoyance de Richelieu
.
Mazarin dont les vues furent moins
étendues , la négligea. Il étoit réſervé
au généreux Duquesne de la réparer
par fon défintéreſſement.
Vrai citoyen , il penfe que fon patrimoine
eft celui de l'Etat. Général vertueux
, la gloire de le fervir eft l'unique
récompenfe qu'il ambitionne. Il arme à
fes frais plufieurs vaiffeaux. Il vole au
fecours de l'Armée Royale , qui tenoit
96 MERCURE DE FRANCE.
bloquée la ville de Bourdeaux . Il eft
rencontré par une Efcadre,Angloife. On
veut lui faire baiffer pavillon : c'est ici
que l'orgueil peut être une vertu dans
les Héros. Son courage dicte fon refus.
Le combat s'engage, & il y eft dangereufement
bleffé. Il fe retire glorieufement ,
quoiqu'avec des forces inégales. Obligé
de s'arrêter à Breft pour faire radouber
fes vaiffeaux , il revole à Bourdeaux
fans attendre l'entière guérifon de fes
bleffures . La Flotte Efpagnole arrive
en même temps que lui dans la rivière :
elle s'oppose à fon paffage. La barrière
eft forcée : il entre en préfence des Efpagnols
, & fa belle manoeuvre oblige la
ville de fe rendre.
Anne d'Autriche , Régente du Royaume
, qui n'ignoroit pas que ces fuccès
n'étoient dûs qu'à la valeur & à la générofité
de Duquesne , crut qu'il étoit
de fa gloire de le récompenfer : elle lui
donna le château & l'ifle d'Indred , qui
étoient du Domaine de Sa Majeſté.
Ce n'eft que par les bienfaits qu'on
réuffit à s'attacher les hommes. Le feul
efpoir d'une récompenfe glorieufe peut
produire des Héros. La fage politique
d'un Etat eft de favoir les multiplier par
un appas fi juſte & fi raiſonnable.
Deux
JANVIER . 1763 . 97
- Deux Provinces envahies par les François
font trembler le Roi Catholique
pour le refte de fes Etats. Naples révoltée
contre fon Souverain ; les Siciliens ,
peuple inconftant , venoient de fe donner
au Duc de Guife , dernier Prince
de cette branche d'une Maifon fi féconde
en hommes illuftres , mais dangereux
.
(9 ) Le Roi d'Espagne eft contraint
par la révolte de Meffine d'implorer le
( q ) En 1676 , l'Efpagne appella les Hollandois
pour défendre la Sicile. Rhuiter fut chargé
de cette expédition. Les François qui réunis aux
Anglois , n'avoient pu battre les flottes de la
Hollande , l'emporterent feuls fur les Hollandois
& les Elpagnols . Le Duc de Vivonne obligé
de refter dans Meffine , pour contenir le Peuple
déja mécontent de les défenfeurs , laiffa donner
cette bataille par Duquesne , Lieutenant- Général
des Armées Navales ; homme auffi fingulier que
Rhuiter, parvenu comme lui au commandement
par fon mérite .
Rhuiter dont la mémoire eft encore dans la
plus grande vénération en Hollande , avoit commencé
par être Valet & Mouffe de Vaiſſeau ; il
n'en fur que plus refpectable. Le Confeil d'Elpagne
lui donna le Titre & les Patentes de Duc ,
dignité frivole pour un Républicain. Ces Patentes
n'arriverent qu'après la mort . Les enfans de
Rhuiter refuferent ce Titre fi brigué dans nos
Monarchies , mais qui n'eſt pas préférable au nom
de bon Citoyen ..
I. Vol. E
98 MERCURE
DE FRANCE .
fecours des Hollandois fes anciens ennemis.
Rhuiter , le fameux Rhuiter , un
des plus grands hommes de fon fiécle
à la tête d'une Efcadre de vingt-trois
vaiffeaux , joint l'Efcadre Efpagnole ,
compofée de vingt.
C'est contre ces forces formidables
que Duquesne devenu Lieutenant Général
des Armés Navales, va combattre.
C'est ici que l'éloge de mon Héros
va devenir plus intéreffant ; c'eft ici
que l'étendue de fon génie , fon activité
, fa valeur vont paroître dans tout
leur jour ; c'eft contre Rhuiter enfin
contre le Capitaine de fon fiécle qui jouiffoit
de la plus haute réputation , que l'Europe
étonnée admire fa fupériorité .
Toulon le voit partir à la tête de 20
vaiffeaux, efcortant un grand convoi de
munitions pour Meffine. Un pareil
nombre de vaiffeaux s'offre à fa rencontre
à la vue de Stromboli ; c'eft
Rhuiter qui les commande. Duquesne
attaque , Rhuiter plie. Preuilli , qui
commande l'avant- garde , charge celle
des Hollandois , la met en défordre , &
Duquefne fait entrer fon convoi dans
Meffine .
Les Flottes combinées d'Efpagne &
de Hollande font voile vers Agofta
JANVIER . 1763 . 99
dans l'efpérance qu'il s'y feroit quelques
mouvemens en leur faveur. L'Efcadre
Françoife fort du Port de Meffine pour les
combattre. Duquefne découvre les ennemis
à travers le Golfe de Catane. Les
Efpagnols & les Hollandois viennent à
lui avec l'avantage du vent ; avantage
qui décide prèfque toujours des combats
de Mer. Rhuiter fond fur la Flotte Françoife
; il eft repouffé avec perte & attaqué
lui-même. C'est là que nos deux
Généraux mettent en ufage tout ce que
la valeur & la prudence , tout ce que
la fupériorité du génie & la préfence
d'efprit peuvent fuggérer aux grands
Hommes. On les voit attentifs à profiter
de leurs avantages , ou à réparer
leurs pertes , donner des ordres à propos
& avec intelligence, fe porter aux endroits
où leur préfence eft néceſſaire :
nul danger ne les étonne : Ruither &
Duquefne fe multiplient ; on les voit
fur tous les vaiffeaux diriger la manouvre
, animer les foldats par leur exemple ,
voler au fecours des foibles & encourager
les forts. Les Galères d'Efpagne
dégagent quatre de leurs vaiffeaux qui
étoient fur le point d'être pris. Rhuiter
dans la chaleur de l'action , reçoit le
coup de la mort ; il tombe ; & LOUIS
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
LE GRA ND en eft affligé. En vain des
Courtisans lui difent qu'il eft défait d'un
Ennemi redoutable : rien , dit - il , ne
peut empêcher d'être fenfible à la mort
d'un grand Homme.
Je dois ajouter à la gloire de mon
Héros le témoignage authentique que
lui rendit Rhuiter dans les différentes
actions qu'il eut à foutenir contre les
François il difoit franchement qu'il
ne craignoit que Duquefne. Les grands
Hommes fe rendent juftice : la jaloufie ,
vice des âmes baffes , ne peut offufquer
leur raifon , ni corrompre leur coeur.
Durquefne toujours infatiguable, pourfuit
les deux Flottes , les attaque pour
la troifiéme fois , & aucun vaiffeau ne
ne lui eût échappé , fi les ombres de
la nuit & le Port de Syracufe ne les
euffent mis à couvert.
LOUIS ( r) donne la paix à l'Europe;
(* ) Le Roi d'Angleterre ayant commencé la
guerre pour l'intérêt de la France , étoit fur le
point de fe liguer avec le Prince d'Orange qui
venoit d'époufer fa niéce . Louis XIV. donna la
paix à l'Europe . Les Ennemis licentierent leurs
troupes extraordinaires ; il garda les fiennes ,
fis en quelque forte de la paix un temps de conquêtes.
Depuis Charlemagne on n'avoit vu aucun
Prince agir ainfi en' Maître , en Juge des Souve-
#ains , & conquérir des Pays par des Arrêts. La
&
"
JANVIER. 1763 . ΙΟΥ
il en préfcrit lui - même les conditions
en Vainqueur. Pour affurer le repos de
fes Peuples , & contenir fes Ennemis
dans le refpe &t & la crainte , ce Monarque
porte fa Marine au- delà des efpérances
de la France , & de l'Europe
étonnée . Soixante mille matelots font à
fa folde ; & des Loix auffi fages que
févères préfcrivent à ces hommes groffiers
les régles de leurs devoirs . Des
fommes immenfes font employées à
conftruire le Port de Toulon fur la
Méditérannée , celui de Breft , de Dunkerque
, du Havre - de - Grace & de Rochefort
fur l'Océan . L'école de la Marine
eft inftituée dans ces différens
Ports. Une foule de jeune nobleſſe vient
s'inftruire auprès des grands Hommes
que le mérite a défignés pour maîtres.
( s ) Le Roi avoit plus de cent vaifpuiffance
formidable de ce Monarque qui s'étendoit
ainfi de tous côtés , & acquéroit pendant la
paix plus que fes prédéceffeurs n'avoient acquis
par la guerre , réveilla les allarmes de l'Europe.
L'Empire , la Hollande , la Suéde même , firent
un traité d'affociation . Les Anglois menacerent.
Les Eſpagnols voulurent la guèrre . Le Prince d'Orange
remua tout pour l'allumer ; mais aucune
de ces Puiſſances n'ofa porter les premiers coups.
(s) En 1681 Duquefne attaqua les Tripolitains ,
& les obligea à conclure une paix très- glorieufe
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
>
feaux de ligne ; ils ne reftoient pas oififs
dans fes Ports. Ses Efcadres fous le
commandement de Duquefne nettoyoient
les Mers infectées par les Corfaires
d'Alger & de Tripoli. Notre Hé
ros à la tête de fix vaiffeaux va jufques
dans le Port de Chio attaquer les Tripolitains
; & le Capitan Bacha ne peut
avec quarante Galéres les mettre à l'abri
des foudres du Général François . Ces
Africains fe foumettent & n'obtiennent
la paix qu'à la prière & par l'entremife
du Grand- Seigneur.
( t ) LOUIS veut fe venger d'Alger.
>
pour la France. Ils rendirent un Vaiffeau François
qu'ils avoient pris , tout le canon , les armes
tout l'équipage , & un très-grand nombre de
Chrétiens qu'ils avoient fait esclaves.
(t ) En 1683 Louis XIV. fe vengea d'Alger
avec le fecours d'un art nouveau , dont la découverte
fut due à cette attention qu'il avoit d'exciter
tous les génies de fon fiécle. Cer art funeſte ,
mais furprenant , eft celui des galiotes a bombes ,
avec lesquelles on peut réduire des villes mariti
mes en cendres. Bernard Renaud , plus connu
fous le nom du Petit Renaud , fut l'auteur de
cette invention . Ce jeune homme , fans avoir jamais
fervi fur les vaiffeaux , étoit cependant par
fon génie un excellent Marin . Colbert , qui déterroit
le mérite dans l'obfcurité , l'avoit fouvent
appellé au Confeil de marine , même en préfence
du Roi. C'étoit par les foins & fur les lu
JANVIER. 1763. 103
Duquesne attaque ces Corfaries , brûle
leurs vaiffeaux , confume une partie de
la Ville par le moyen d'une forte d'artillerie
jufqu'alors inconnue & qui par
la fuite fera un des plus terribles fléaux
de l'humanité. Ce Monarque généreux
dont la grande âme fçavoit toujours
mettre des bornes à ſa vengeance , avoit
mieres de Renaud que l'on fuivoit depuis peu une
méthode plus réguliére & plus facile pour la conftruction
des vailleaux . Il ofa propofer dans le
Confeil de bombarder Alger avec une Flotte. On
n'avoit pas d'idées que des mortiers à bombes
puffent n'être pas polés fur un terrein folide. La
propofition révolta Il éffuya les contradictions &
les railleries que tout inventeur doit attendre ;
mais fa fermeté & cette éloquence qu'ont d'ordinaire
les hommes frappés de leurs inventions
déterminérent le Roi à permettre l'élai de cette
nouveauté . Renaud fit conftruire cinq vaiffeaux
plus petits que les vaiffeaux ordinaires mais plus
forts de bois , fans ponts , avec un faux tillac à
fonds de cale , fur lequel on maçonna des creux ,
où l'on mit les mortiers. Il partit avec cet équipage
fous les ordres de Duquefne , qui étoit chargé
de l'entrepriſe. Ce Général & les Algériens
furent étonnés de l'effet des bombes . Outre deux
vaiffeaux de ces Corfaires qu'il brula , le feu des
bombes confuma une partie de la ville : mais cet
art porté bientôt chez les autres Nations , ne fervit
qu'à multiplier les calamités humaines . La Marine
ainfi perfectionnée en peu d'années , étoir
le fruit des foins du grand Colbert.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
épargné les Algériens. Ces Corfaires infolens
s'en prévalurent & le contraignirent
de les punir de nouveau. Il fit
bombarder leur Ville pour la feconde
fois l'année fuivante. Le dommage fut
très- confidérable dans cette Capitale.
Les Vaiffeaux & les Galéres furent pris,
brûlés ou coulés à fond ; un grand
nombre de maifons renverfées , des
magafins ruinés. La néeeffité leur fir
demander la paix. LOUIS la leur accorda.
On éxigea pour préliminaires de
rendre fans rançon plus de fix cens Chrétiens
efclaves , & de payer une fomme
d'argent , punition dure & fenfible
pour des Corfaires ! Tunis & Tripoli
firent à leur exemple les mêmes foumiffions
.
(u) Gênes avoit vendu des munitions
( u ) En 1684 , la République de Gênes ayant
refufé de ſe ſoumettre aux ordres de Louis XIV ,
& comptant trop fur le fecours de l'Eſpagne , ſe
vit fur le point d'être détruite de fond en comble
par l'effet des bombes. Elle fut forcée de céder.
Le Roi exigea que le Doge & quatre principaux
Sénateurs vinffent implorer fa clémence
dans fon Palais de Verſailles ; & de peur que
les Génois n'éludaffent la fatisfaction
dérobaffent quelque chofe à fa gloire , il voulut
que le Doge qui viendroit lui demander pardon,
& ne
JANVIER. 1763 . 105
+
de guèrre aux Algériens . Elle conftruifoit
quatre Galéres pour l'Espagne .
Le Monarque François lui défend par
fon Envoyé de les lancer à l'eau , &
la menace d'un châtiment prompt
& rigoureux fi elle refufe de fe foumettre
à fes volontés. Les Génois irrités
de cette entréprife fur leur liberté ,
n'y eurent aucun égard. Duquesne fort
de Toulon à la tête de 14 Vaiffeaux ,
20 Galéres , 10 Galiotes a bombes &
plufieurs Frégates. Il fe préfente devant
Gênes . Les 10 Galiotes y jettent
quatorze mille bombes & réduifent en
cendres une partie de fes Palais. Quatre
mille foldats débarquent , & portent le
fer & le feu dans les fauxbourgs. Le
Génois effrayé craint la ruine totale de
fes Etats. Ces fiers Républicains humiliés
par des progrès fi rapides , députent
fût continué dans fa Principauté , malgré la loi
perpétuelle de Gênes , qui ôte cette dignité à tout
Doge abfent un moment de la Ville . Le Doge
arriva a Verſailles le 22 de Février 1685 , demanda
pardon au Roi . Cegrand Prince , qui dans
toutes les actions de fa viejoignoit la politeffe à la
dignité , traita de Doge & les Senateurs avecautant
de bonté que de fafte. Ses Miniftres leur firent fentir
plus de fierté. Aufli le Doge difoit : Je Roi ôte à
nos coeurs la liberté , mais les Miniftres nous la
rrendent.
Ew
106 MERCURE DE FRANCE.
le Doge avec quatre Sénateurs , pour
aller demander pardon au Roi . Ils fe
rendent à Verfailles. Le Monarque , qui
favoit que la véritable grandeur confifte
particuliérement à oublier les injures ,
paroît fatisfait , les reçoit avec bonté ,
& les traite avec magnificence.
L'hiftoire des temps femble terminer
à ce dernier trait les glorieux exploits de
mon héros. Je finirai fon éloge par l'apologie
de fon coeur , auffi recommandable
par fon défintéreffement
noble & fublime par fes vertus .
> que
J'en appelle au témoignage de l'Afie ,
de l'Afrique & de l'Europe . Quelle foule
de témoins de fa valeur & de fon âme
bienfaifante ! Des Chrétiens arrachés à
l'esclavage viennent dans les tranſports
de la joie la plus pure , pénétrés des fentimens
de la plus vive reconnoiffance
baifer ces mains généreufes qui ont brifé
leurs fers.
O Duquefne ! à quels fentimens délicieux
ton âme ne fe livroit- elle pas ,
en voyant couler ces larmes précieufes
que la grandeur de cette action , que
l'héroïsme de la vertu , que l'amour de
l'humanité & l'admiration font répandre
! Qu'il eft glorieux pour toi de régner
ainfi fur les coeurs & de te les
JANVIER. 1763. 107
attacher par les bienfaits ! On t'offre
des rançons ; ton âme généreufe en
eft offenfée . Toute la récompenfe que
ton grand coeur ambitionne eft le feul
plaifir du bienfait .
(x) Duquefne arrive à la Cour. Son
nom vole de bouche en bouche . Il
perce la foule des Courtifans , il pénétre
jufqu'au Roi . Il lit dans fes yeux
pleins de majefté qu'il a gagné l'eftime
de fon Maître ; & c'eft la feule récompenfe
à laquelle il afpire : mais
LOUIS dont la grande âme ne laiffa
jamais le mérite & les fervices fans récompenfe
, lui donna & à fa poftérité
, comme un monument éternel de fa
bienveillance , la terre Dubouchet qu'il
érigea en Marquifat.
Duquefne en ceffant de combattre ,
n'en fert pas moins la Patrie . Dans une
retraite honorable , il forme des voeux
(x) Le Roi qui honoroit Duquesne d'une eftime
particuliere pour fon mérite , ne pouvant à cauſe
de la religion qu'il profelloit , le récompenfer
avec tout l'éclat qu'il auroit fouhaité , n'a pas
laiffé de lui donner & à fa poftérité une marque
de fa bienveillance , en lui faifant don de la Tèrre
Du bouchet , qui eft une des plus belles du Royaume
, fituée auprès d'Etampes. Il l'érigea en Marquifat
, lui ôta fon premier nom , & lui donna
celui de Duquefae.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour fon Prince , & pour l'Etat. Adoré
de fa Famille , il inftruit fes enfans &
leur apprend à marcher fur fes traces.
Témoin de leur valeur & de l'éclat de
leurs exploits , il fe voit convaincu que
fon fang illuftre ne pouvoit dégénérer.
Quels motifs de confolation pour ce
refpectable Guerrier dans un âge où
les infirmités fe multiplient , où la fenfibilité
augmente , où les organes d'un
corps épuifé s'affaiffent & fe détruifent.
Il attend la mort avec affurance ; il envifage
avec fermeté le terme de fa carrière.
(y ) Duquesne meurt enfin ; il meurt
( yCe grand homme qui étoit né Calvinifte ,
mourut dans la même créance , à Paris , le 2 Février
1688 , après avoir vêcu 78 ans avec une
vigueur & une fanté extraordinaire . Son coeur
fut porté dans le Temple de la Ville d'Aubonne ,
dans le canton de Berne en Suiffe , où fon fils aîné
Henri Duquesne , Baron du lieu , lui fit placer
une épitaphe. Il avoit époufé Gabrielle de Bernière
, dont il a laiffé quatre fils.
Henri , l'aîné de fes enfans , formé aux armes
dès fa plus tendre jeuneffe , s'y est toujours diftingué.
Conftamment attaché à la Religion Proteftante
, il fe retira dans une Tèrre qu'il avoit
acquife en Suiffe , avec la permiffion du Roi. Il
mourut à Genève le 11 Novembre 1722 , âgé de
près de 71 ans , eftimé , aimé & regretté de tous
ceux qui le connoilloient.
JANVIER. 1763 . rog
•
en héros il emporte dans le tombeau
les pleurs de fa famille , les juftes regrets
de la France , & l'eftime de l'Europe
entiere .
DAGUES DE CLAIRFONTAINE.
Le fecond, Abraham , Capitaine de Vaiffeau ,
fe fignala auffi en plufieurs occafions importantes
. En 1683 , il prit & emmena à Toulon le
Prince de Montefarchio , Général de l'Armée Efpagnole
, & en 1684 dans la defcente de Gênes ,
il foutint le bataillon qu'il y commandoit avec
beaucoup de valeur.
Le troifiéme , Ifaac , & le quatrième , Jacob ,
furent des Officiers très recommandables par
leur mérite & leur courage.
Duquesne avoit auffi plufieurs frères , qui font
tous morts dans le Service. L'un d'eux , Capitaine
de Vaiffeau , fut tué d'un coup de canon. Il
laiffa un fils , Duquefne Monier , qui après s'être
Egnalé en diverses occafions , & avoir eu un bras
emporté , fut fait Chef d'Eſcadre en 1705.
DUQUESNE Lieutenant Général
des Armées Navales de France. ( a )
Non ille pro patriâ timidus perire.
Horat.
D
E tous les Etats qui concourent à
la gloire de la patrie , il n'en eft point
de plus utile ni de plus honorable que
la profeffion des armes. De tout temps
elle fut fpécialement dévolue à notre
Nobleffe , deſtinée par état à fervir fon
( a ) Ce Sujet a été proposé par l'Académié
de Marſeille pour la diſtribution des Prix du 25
Août 1762 .
* V. p . 2 32. & 2 33. de ce ſecond volume .
7 81
JANVIER. 1763.
Roi. Ce n'est qu'en prodiguant fon fang
qu'elle reléve fa fplendeur & s'immortalife
dans les faſtes de la postérité : elle
fe flétrit au contraire dans une honteuſe
oifiveté. Qui peut compter fans interruption
une longue fuite d'ayeux qui
ont facrifié leurs vies pour le falut de la
Patrie , fe glorifiera-t-il de fa nobleffe ,
s'il ne marche fur leurs traces dans la
carriere de l'honneur ? Qu'eft - ce en effet
qu'un grand nom fans vertus ? Un héros ,
le premier de fa race , fera toujours préféré
au Noble faftueux , qui ne fonde
fon illuftration que furfes titres. La naiffance
eft un effet du hafard ; mais la
vertu , jointe à la valeur , diftingue &
caractériſe le vrai Noble , le Citoyen &
tout bon François.
Volez, s'écrioit l'illuftre Vendôme à
fes ,foldats , volez où l'honneur vous
appelle ; fongez que vous êtes François
! ....
(b) Duquesne , nom à jamais immortel
! Duquefne , l'un des plus grands
hommes de fon fiécle , fe dévoua au
fervice de mer dès fa plus tendre jeuneffe .
(b) Abraham Duquesne nâquit en Normandie
l'an 1610 , d'une famille noble & habituée de
puis longtemps dans cette Province.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
Son pere (c) Abraham Duquesne , blanchit
fous les armes , connut fes talens
& les perfectionna. Ce fut fous cet
illuftre père que notre jeune héros fit fes
premieres campagnes. Ils contribuerent
T'un & l'autre par l'éclat de leurs exploits
à la gloire du fiécle de Louis XIV.
C'eſt être vraiment grand que de travailler
à la grandeur des autres ; c'eſt le
comble de l'héroïfme que de concourir à
la gloire de fon Prince & à celle de l'Etat.
(d) Sanctuaire des Mufes & des Sciences
, dépofitaire des merveilles de mon
héros , je devrois fans doute dans un
humble filence vous entendre ici , Meſfieurs
, prodiguer les juftes louanges qui
font dues à ce grand homme. C'eft dans
(c ) Abraham Duquesne , père de notre Héros ,
mâquit au Bourg de Blangi dans le Comté d'Eu ,
de parens pauvres & Calviniftes . 'S'étant retiré de
bonne heure à Dieppe , il y apprit la Carte marine
, fe mit fur les vaiffeaux , & fe rendit capable
d'être Pilote. Après avoir exercé quelque temps
cette profeffion , il paffa en Suéde , obtint une
place de Pilote dans les vaiffeaux de la Reine
Chriftine ; fut choifi enfuite par cette Princeffe
pour conduire quelques vaiffeaux en France , &
s'étant diftingué dans cette occafion , il fut fait
Capitaine de vaiffeau dans l'Armée Navale de
France.
(d) L'Auteur s'adreffe ici à l'Académie de Marfeille.
JANVIER. 1763. 83
vos ports qu'il préféra de fixer fon féjour
: c'est là qu'il employa ces jours fi
précieux de la jeuneffe à acquérir la
fcience qui fait les grands hommes. On
le voyoit toujours affidu aux écoles de
la marine , toujours attentif aux exercices
& à la manoeuvre des Matelots ;
toujours avide de s'inftruire , entrer dans
les moindres détails . Il favoit qu'on ne
doit rien ignorer dans l'état qu'on embraffe
; bien différent de cette jeuneffe
éfféminée qui néglige l'étude , & lui
préfére fans honte l'cifiveté des Cours ,
où la Nobleffe fe dégrade , où le coeur
s'amollit , où les moeurs enfin fe corrom-
-pent par l'air contagieux que fouvent
on y refpire.
Si je ne puis , à l'exemple de Duquefne
, prodiguer mon fang pour le falut
de l'Etat ; qu'il me foit du moins permis
, comme Citoyen , d'élever ma foible
voix pour immortalifer un de fes
illuftres défenfeurs. N'y auroit- il pas une
forte d'ingratitude , fi animé par l'organe
refpectable d'une des plus célébres
Académies du Royaume , on ne
confacroit pas à la gloire de ce Hiros
une partie de fes veilles , pour ajouter
de nouveaux lauriers à ceux dont il a
été couronné tant de fois ? Je connois
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
mon infuffifance , MM. mais j'ofe me
flatter que vous applaudirez à mon zéle.
On ne peut fe rappeller l'horrible attentat
qui plaça Louis le Jufte fur le Trône
dans un âge encore tendre. La mort
précipitée d'un Prince , l'amour de fes
Sujets & la terreur de fes Ennemis ,
laiffa l'Etat en proye au Démon de la
difcorde. Habile à profiter d'une minorité
qui devoit être longue , ce Monf
tre , le plus cruel ennemi du genre
humain , alluma le flambeau de la
guerre ; la Religion en fut le prétexte
Ipécieux , l'ambition des Grands la fe-
.conda , & l'Etat en fut la victime. Des
Puiffances voifines & formidables fembloient
mettre le comble aux malheurs
de la France menacée de toutes parts.
Richelieu ( e ) paroît : le Génie fans vigueur
& prèfque engourdi fe réveille
a fa voix ; les Arts renaiffent , la Marine
fe rétablit , & le Commerce , ce
canal précieux qui porte la circulation
& la vie dans tous les membres de l'Etat,
( e ) En 1627 le Cardinal de Richelieu fit fupprimer
la Charge d'Amiral dont étoit revêtu le
Duc de Montmorenci , & celle de Connétable vacante
par la mort de Lefdiguieres . Il fe fit créer
Chef & Surintendant Général de la Navigation
& du Commerce.
JANVIER. 1763. . 85
ranime ce corps fans chaleur & prèſque
anéanti .
Richelieu , Politique fublime , renouvelle
l'alliance avec les Hollandois
porte les premiers coups à la Maiſon
d'Autriche , ce Coloffe éffrayant , qui
faifoit trembler l'Europe ; prépare la
deftruction des Huguenots en France
& médite la prife de la Rochelle , boulevard
formidable qui fervoit d'afyle à
l'héréfie & de retraite aux Rebelles .
,
Déja la Flotte Angloife s'avance vers
l'ifle de Rhé , à la follicitation des
Rochelois & du Duc de Rohan leur
· Chef.
Quel délire n'excite pas le fanatiſme !
Le Citoyen s'arme contre le Citoyen ;
Les Grands , qui par leur naiffance &
leur rang doivent être les défenfeurs de
l'Etat , s'en déclarent les plus cruels ennemis.
Le voile facré de la Religion
couvre leur ambition démesurée : tout
leur paroît permis , dès que tout leur
paroît poffible.
Abraham Duquesne , Calviniste , demande
à ne point fervir dans l'Armée
Royale : il l'obtient ; mais fon zèle pour
la Patrie l'engage à folliciter un autre
emploi. Il fait que la différence des
fentimens ne préfcrit point contre la
86 MERCURE DE FRANCE.
fidélité qu'il a jurée à fon Roi & à l'Etat.
Ses devoirs gravés dans fon coeur
font puifés dans ces principes inébranlables
de la Religion naturelle , fondement
de toutes les autres Religions.
L'amour des François pour leur Prince
ne fut jamais pour eux une loi tyrannique:
c'eft un penchant naturel , auquel
ils fe livrent d'autant plus volontiers ,
qu'ils y attachent leur bonheur & leur
gloire.
Généreux Marfeillois ! braves François
la fidélité à votre Roi eft votre
premiere vertu. Vos premiers fentimens
font les premieres chaînes qui vous attachent
inviolablement à votre Prince :
vos premiers voeux , vos premiers defirs
furent toujours de vous facrifier mille
fois pour fon falut & pour celui de la
Patrie .
Notre brave Guerrier fe tranſporte
d'un autre côté avec fon Efcadre. Son
fils âgé de 17 ans , commandoit un vaiffeau
fous fes ordres . Sa valeur annonça
dès-lors fa future grandeur , & la
force de fon génie lui tint lieu de plus
d'expérience ; mais le Ciel dont les décrets
fon impénétrables , le priva bientôt
de ce généreux père : pris par les
Efpagnols a fon retour de Suéde , il
JANVIER. 1763 . 87
reçut
le coup
de la mort
dans
un combat
inégal
. (f)
Quel coup de foudre pour un fils
également doué d'une belle âme & d'un
coeur excellent !
Brave Duquesne : ah ! fi la Parque
cruelle a tranché le fil d'une vie fi belle
& fi glorieufe , vous revivez de nouveau
par la gloire & les exploits de ce jeune
guerrier.
(g) La furpriſe de Tréves par les Epagnols
& l'enlévement de l'Electeur
(f) Le vieux Duquesne mourut à Dunkerque
l'an 1635 , dans les fentimens de la Religion
Prétendue Réformée.
(g ) Quoique jufques- là il n'y eût point eu de
rupture ouverte entre la France & l'Espagne ,
parce que , foit en Italie , foit en Allemagne ,
les Eſpagnols ne fervoient que comme auxiliaires
, en vertu des Traités. d'alliance entre les
deux Branches de la Maiſon d'Autriche ; la prifon
de l'Electeur produifit cependant la guèrre.
qui dura depuis 1635 jufqu'à la paix des Pyrénées
& le mariage de Louis XIV. Le Cardinal
Infant , Gouverneur des Pays- Bas , ayant refufé
à ce Monarque la liberté de l'Electeur , força le
Roi à lui déclarer la guerre & à interdire tout
Commerce entre les deux Nations.
En 1637 on attaqua l'Ile de Sainte Marguerite
& de les Forts , qui furent rendus au Comte
d'Harcourt 43 jours après fa defcente dans Lifle.
Les Espagnols perdirent 1 500 hommes ; & le
jeune Duquesne fe trouva à cette attaque.
N
88 MERCURE DE FRANCE.
firent voler Duquefne aux ifles de Sainte-
Marguerite. Il en forme l'attaque. La
réfiftance opiniâtre des Affiégés ne le
rebute point ; plus elle eft vive , plus fon
activité redouble. Les difficultés femblent
ne ſe préſenter que pour ajouter
à l'éclat de fon triomphe ; & les Efpagnols
ne fe multiplient que pour aug
menter le nombre des victimes qu'il
facrifie aux mânes de fonère.
Mais ce n'eft encore ici qu'un foible
crayon de ce qu'ils avoient à craindre
de fon habileté & de fon courage. On le
voit bientôt près du Môle de Gattary (h),
attaquer une Flotte de dix-huit vaiffeaux.
Dix-fept font pris , & le dix-huitiéme
mis hors de combat.
Intrépide , il ne connoît aucun danger.
Son courage le porte à Saint-Ogue ( i ) ;
il attaque les vaiffeaux qui font dans le
port ; & ce fut dans la chaleur du combat,
que bleffé d'un coup de moufquet ,
il fit à la Patrie la premiere offrande de
ce fang précieux qu'il prodigua fi géné-
( h ) En 1638, Duquefne contribua beaucoup à
la défaite des Efpagnols devant Gattary en Bilcaye.
( i ) En 1639 , il fut bleffé dans le Port de
& Ogue.
IAN VIER. 1763.
89
reuſement dans la fuite à Tarragone (k) ,
à Barcelone ( 1) , à la prife de Perpignan
(m) , & au Cap de Gattes .
Le fang ne s'épuife jamais , fi l'on en
croit les Héros , & le courage femble
fuppléer aux forces de la nature. Plus le
fang coule , plus il devient pur ; & fi la
guèrre eft le fléau de l'humanité , elle
eft aux yeux du Héros l'école de la
valeur & le creufet de la nobleffe.
Funeſte préjugé qui ne s'accordera
jamais avec les maximes du vrai Philofophe
, qui ne regarde la guèrre que
(k ) En 1641 , la Motte- Houdancourt , Commandant
en Catalogne , après avoir pris la Ville
& le Château de Conftantin & quelques autres
Places , vint mettre le fiége devant Tarragonne.
L'Armée Espagnolle qui y étoit enfermée fouffroit
beaucoup de la difette. On fit des efforts
incroyables pour la ravitailler , ce qui donna
lieu à un combat où le Général François défit
un grand nombre d'ennemis . L'Archevêque de
Bordeaux qui bloquoit Tarragonne par mer , attaqua
41 Galéres Eſpagnolles & en prit 12. Ce
fut dans cette action que Duquesne fut encore
dangereufement bleſſé .
•
( i ) En 1642 , il reçut de nouvelles bleſſures devant
Barcelone dans le temps de la priſe de
Perpignan qui fe rendit au Roi après trois mois
de fiége.
( m ) En 1643 , il répandit fon fang à la Bataille
qui le donna au Cap de Gattes.
90 MERCURE DE FRANCE .
comme le fléau du genre humain
comme un gouffre affreux , où tant de
Héros font enfévelis , tant d'hommes
facrifiés ; moins fouvent au bien de l'Etat
qu'aux capricés des Puiffances & à
l'imprudence des Généraux !
Je vous en attefte , ombres chères à
la patrie Intrépide Bayard ! Brave
Turenne ! Vaillant Duguai-Trouin ! Illuftre
Barwik ! vous qui n'allâtes moif
fonner tant de lauriers chez les ennemis
, que pour rapporter à vos concitoyens
le précieux rameau de la Paix .
(n) Richelieu meurt , & fa mort fut
pour les Espagnols l'événement le plus
heureux ils crurent le génie de la
France abattu & enfeveli avec ce grand
homme mais quelle furprife ! Louis le
Grand monte fur le Trône , & le génie
du gouvernement s'affied à côté du
Monarque. Nouvel Augufte ; fon fiécle
fut celui des Sciences & des beaux Arts :
il produifit ces grands hommes
ces
hommes immortels , dont les noms célébres
pafferont d'âge en âge , & feront
( n .) Les Espagnols furent battus prèfque partout
cette année. Le Maréchal de la Motte en
Catalogne conferva toujours fur eux la fupériorité
, & fit échouer toutes leurs entrepriſes.
JANVIER. 1763. 91
l'admiration de la postérité la plus reculée
.
(o) Duquefne part pour la Suéde ; fon
nom y eft connu ; fa réputation le précéde.
Les exploits fameux & les fervices
fignalés de fon illuftre père étoient profondément
gravés , ( non für des monumens
que le temps peut détruire , ou que
fouvent la flatterie éléve moins au mérite
qu'à l'orgueil des mortels & au faſte
de la décoration ; ) mais dans les coeurs
des Suédois , monumens plus fincères
& plus folides. Le Peuple , dont le fuffrage
n'eft point équivoque , accourt en
foule , fait éclater fa joie ; joie toujours
pure & véritable , lorfqu'elle a pour objet
le mérite d'un grand homme.
Bien différent de ces Guerriers qui
paffent dans le fein des plaifirs , &
dans les douceurs d'un indigne repos
(o ) En 1644 , Duquefne alla fervir en Suéde. Il
fut fait d'abord Major-Général de l'Armée Navale
, enfuite Vice- Amiral . C'est en cette qualité
qu'il fervoit le jour de la fameufe bataille où les
Danois furent entierement défaits. Il aborda lui
deuxième leur Vaiffeau Amiral appelé la Pctience.
Le Général Danois fut tué. Le Roi de
Dannemarck eût été fait prifonnier , fi ce Prince
bleffé à l'oeil d'un éclat de bois près d'un canon
qu'il pointoit , n'eût été obligé de fortir de
ee Vaiffeau la veille de l'action.
92 MERCURE DE FRANCE.
à
le loifir que leur laiffe la Patrie ; ce
fut pour l'employer utilement que vous
paffâtes au fervice de la Suéde , invincible
Duquesne ! Qui connut jamais
mieux que vous le prix du temps ? Qui
jamais mieux que vous , fçut le mettre
profit ? Ce temps finéceffaire peut-être
à votre repos , en même -temps fi utile
& fi glorieux à la Patrie , vous le deftinez
à fecourir les Suédois nos fidéles
Alliés , & à les garantir de l'injufte
ufurpation des Danois. Les titres éclatans
qui font l'appanage du vrai mérite
, qui jamais ne furent fufpects ,
lorfqu'ils font donnés par une Nation
étrangère , vous font juftement prodigués.
Nommé Vice Amiral , vous fervîtes
en cette qualité à la fameufe journée
où les Danois furent défaits.
Déja les deux Flottes font en préfence
mille bouches d'airain vomiffent
la foudre & la mort. Un jour artificiel
inventé par la fureur des hommes,
femble cacher aux combattans ce jour
doux & bienfaifant qui éclaire la nature.
Les vaiffeaux s'élancent contre les vaiffeaux.
Mille débris éclatans obfcurciffent
l'air , & font dans le même inf
tant engloutis dans les eaux. De tristes
lambeaux de malheureux couvrent la
JANVIER. 1763. 93
Turface des mers. Le défordre fe met
dans l'Armée Danoife . La confufion des
Matelots , le cris des Officiers , le découragement
des foldats , tour lui annonce
une prompte défaite.
D'un autre côté , le bon ordre fe
maintient dans l'Armée Suédoife. La
bonne contenance des Officiers éxcite
la confiance du Matelot , occupé à la
manoeuvre. Duquefne fe fignale on
croiroit à le voir que la victoire eft à fes
ordres. Au-deffus de toute crainte , il
fend les flots ; & fe faifant jour à travers
la flotte ennemie , il aborde lui
deuxième le vaiffeau Amiral. Il s'élance
au milieu du fang & du carnage . Le
choc eft furieux ; mais rien ne réfifte à
l'ardeur de fon courage. Son bras invincible
porte par-tout la mort. Le Général
Danois tombe fous fes coups : il
fe rend maître du vaiffeau. Le vaincu
implore la clémence du vainqueur , &
le Roi lui-même eût fubi le même fort ,
fi un événement inopiné n'eût ravi à
Duquefne cette illuftre conquête.
(p ) La Suéde étonnée retentiffoit des
(p) En 1647 il fut rappellé en France & commanda
cette année & la fuivante une des Eſcadres
qui furent envoyées à l'expédition de Naples. Le
Roi d'Espagne battu de tous côtés , voyoit avec
94 MERCURE DE FRANCE.
louanges de mon Héros , lorfqu'il fut
rappellé en France. La voix de fa Patrie
fe fait entendre il ne délibére
>
chagrin le Rouffillon & la Catalogne entre les
mains des François. Naples révoltée contre lui ,
venoit de fe donner au Duc de Guife . Celui- ci ,
qui ne paffa que pour un Avanturier audacieux ,
parce qu'il ne réuffit pas , avoit eu du moins la
gloire d'aborder feul dans une barque au milieu
de la Flotte Efpagnole , & de défendre Naples
fans autre fecours que fon courage.
La Sicile depuis le temps des Tyrans de Syracufe
, a toujours été fubjuguée par des Etrangers;
affervie fucceffivement aux Romains , aux Vandales
, aux Arabes , aux Normans , fous le val
felage des Papes , aux François , aux Allemands ,
aux Efpagnols : haïllant prèfque toujours fes
maîtres , le révoltant contre eux , fans faire de
véritables efforts dignes de la liberté , & éxcitant
continuellement des féditions pour changer de
chaînes .
En 1674 , les Magiftrats de Meffine venoient
d'allumer une guèrre civile contre leurs Gouverneurs
& d'appeller la France à leur fecours. Une
Flotte Efpagnole bloquoit leur port ; ils étoient
réduits aux extrémités de la famine..
En 1675 , le Chevalier de Valbelle vint d'abord
avec quelques Frégates à travers la Flotte
Efpagnole. Il porta à Meffine des vivres , des årmes
& des foldats. Ayant enfuite tenté d'y conduire
un nouveau fecours , les Galéres Eſpagnoles
& quelques Vaiffeaux Hollandois entreprirent
de lui difputer l'entrée du canal. Il y eut un combat
; le paffage fut forcé , & le convoj arriva heureufement,
JANVIER. 1763 .
point ; il s'arrache à la gloire & aux
applaudiffemens pour voler à ſon ſecours.
Il eft auffi -tôt chargé du commandement
de l'Efcadre deſtinée a l'expédition
de Naples. Puiffe tout François
, à l'exemple de ce grand homme
facrifier les intérêts les plus chers à l'amour
de fon devoir !
où
La France déchirée par les guerres
civiles fous les Régnes des Valois ,
Régne malheureux , où l'ambition des
Grands & la fureur des Hérétiques la
mirent à deux doigts de fa perte ,
l'enthouſiaſme aveugle du fanatiſme
infpiroit les plus éxécrables maximes.
La France , dis- je , dans ces temps de
troubles & d'horreurs , n'avoit pu entretenir
fa Marine ; fon rétabliffement
étoit dû à la fage prévoyance de Richelieu
.
Mazarin dont les vues furent moins
étendues , la négligea. Il étoit réſervé
au généreux Duquesne de la réparer
par fon défintéreſſement.
Vrai citoyen , il penfe que fon patrimoine
eft celui de l'Etat. Général vertueux
, la gloire de le fervir eft l'unique
récompenfe qu'il ambitionne. Il arme à
fes frais plufieurs vaiffeaux. Il vole au
fecours de l'Armée Royale , qui tenoit
96 MERCURE DE FRANCE.
bloquée la ville de Bourdeaux . Il eft
rencontré par une Efcadre,Angloife. On
veut lui faire baiffer pavillon : c'est ici
que l'orgueil peut être une vertu dans
les Héros. Son courage dicte fon refus.
Le combat s'engage, & il y eft dangereufement
bleffé. Il fe retire glorieufement ,
quoiqu'avec des forces inégales. Obligé
de s'arrêter à Breft pour faire radouber
fes vaiffeaux , il revole à Bourdeaux
fans attendre l'entière guérifon de fes
bleffures . La Flotte Efpagnole arrive
en même temps que lui dans la rivière :
elle s'oppose à fon paffage. La barrière
eft forcée : il entre en préfence des Efpagnols
, & fa belle manoeuvre oblige la
ville de fe rendre.
Anne d'Autriche , Régente du Royaume
, qui n'ignoroit pas que ces fuccès
n'étoient dûs qu'à la valeur & à la générofité
de Duquesne , crut qu'il étoit
de fa gloire de le récompenfer : elle lui
donna le château & l'ifle d'Indred , qui
étoient du Domaine de Sa Majeſté.
Ce n'eft que par les bienfaits qu'on
réuffit à s'attacher les hommes. Le feul
efpoir d'une récompenfe glorieufe peut
produire des Héros. La fage politique
d'un Etat eft de favoir les multiplier par
un appas fi juſte & fi raiſonnable.
Deux
JANVIER . 1763 . 97
- Deux Provinces envahies par les François
font trembler le Roi Catholique
pour le refte de fes Etats. Naples révoltée
contre fon Souverain ; les Siciliens ,
peuple inconftant , venoient de fe donner
au Duc de Guife , dernier Prince
de cette branche d'une Maifon fi féconde
en hommes illuftres , mais dangereux
.
(9 ) Le Roi d'Espagne eft contraint
par la révolte de Meffine d'implorer le
( q ) En 1676 , l'Efpagne appella les Hollandois
pour défendre la Sicile. Rhuiter fut chargé
de cette expédition. Les François qui réunis aux
Anglois , n'avoient pu battre les flottes de la
Hollande , l'emporterent feuls fur les Hollandois
& les Elpagnols . Le Duc de Vivonne obligé
de refter dans Meffine , pour contenir le Peuple
déja mécontent de les défenfeurs , laiffa donner
cette bataille par Duquesne , Lieutenant- Général
des Armées Navales ; homme auffi fingulier que
Rhuiter, parvenu comme lui au commandement
par fon mérite .
Rhuiter dont la mémoire eft encore dans la
plus grande vénération en Hollande , avoit commencé
par être Valet & Mouffe de Vaiſſeau ; il
n'en fur que plus refpectable. Le Confeil d'Elpagne
lui donna le Titre & les Patentes de Duc ,
dignité frivole pour un Républicain. Ces Patentes
n'arriverent qu'après la mort . Les enfans de
Rhuiter refuferent ce Titre fi brigué dans nos
Monarchies , mais qui n'eſt pas préférable au nom
de bon Citoyen ..
I. Vol. E
98 MERCURE
DE FRANCE .
fecours des Hollandois fes anciens ennemis.
Rhuiter , le fameux Rhuiter , un
des plus grands hommes de fon fiécle
à la tête d'une Efcadre de vingt-trois
vaiffeaux , joint l'Efcadre Efpagnole ,
compofée de vingt.
C'est contre ces forces formidables
que Duquesne devenu Lieutenant Général
des Armés Navales, va combattre.
C'est ici que l'éloge de mon Héros
va devenir plus intéreffant ; c'eft ici
que l'étendue de fon génie , fon activité
, fa valeur vont paroître dans tout
leur jour ; c'eft contre Rhuiter enfin
contre le Capitaine de fon fiécle qui jouiffoit
de la plus haute réputation , que l'Europe
étonnée admire fa fupériorité .
Toulon le voit partir à la tête de 20
vaiffeaux, efcortant un grand convoi de
munitions pour Meffine. Un pareil
nombre de vaiffeaux s'offre à fa rencontre
à la vue de Stromboli ; c'eft
Rhuiter qui les commande. Duquesne
attaque , Rhuiter plie. Preuilli , qui
commande l'avant- garde , charge celle
des Hollandois , la met en défordre , &
Duquefne fait entrer fon convoi dans
Meffine .
Les Flottes combinées d'Efpagne &
de Hollande font voile vers Agofta
JANVIER . 1763 . 99
dans l'efpérance qu'il s'y feroit quelques
mouvemens en leur faveur. L'Efcadre
Françoife fort du Port de Meffine pour les
combattre. Duquefne découvre les ennemis
à travers le Golfe de Catane. Les
Efpagnols & les Hollandois viennent à
lui avec l'avantage du vent ; avantage
qui décide prèfque toujours des combats
de Mer. Rhuiter fond fur la Flotte Françoife
; il eft repouffé avec perte & attaqué
lui-même. C'est là que nos deux
Généraux mettent en ufage tout ce que
la valeur & la prudence , tout ce que
la fupériorité du génie & la préfence
d'efprit peuvent fuggérer aux grands
Hommes. On les voit attentifs à profiter
de leurs avantages , ou à réparer
leurs pertes , donner des ordres à propos
& avec intelligence, fe porter aux endroits
où leur préfence eft néceſſaire :
nul danger ne les étonne : Ruither &
Duquefne fe multiplient ; on les voit
fur tous les vaiffeaux diriger la manouvre
, animer les foldats par leur exemple ,
voler au fecours des foibles & encourager
les forts. Les Galères d'Efpagne
dégagent quatre de leurs vaiffeaux qui
étoient fur le point d'être pris. Rhuiter
dans la chaleur de l'action , reçoit le
coup de la mort ; il tombe ; & LOUIS
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
LE GRA ND en eft affligé. En vain des
Courtisans lui difent qu'il eft défait d'un
Ennemi redoutable : rien , dit - il , ne
peut empêcher d'être fenfible à la mort
d'un grand Homme.
Je dois ajouter à la gloire de mon
Héros le témoignage authentique que
lui rendit Rhuiter dans les différentes
actions qu'il eut à foutenir contre les
François il difoit franchement qu'il
ne craignoit que Duquefne. Les grands
Hommes fe rendent juftice : la jaloufie ,
vice des âmes baffes , ne peut offufquer
leur raifon , ni corrompre leur coeur.
Durquefne toujours infatiguable, pourfuit
les deux Flottes , les attaque pour
la troifiéme fois , & aucun vaiffeau ne
ne lui eût échappé , fi les ombres de
la nuit & le Port de Syracufe ne les
euffent mis à couvert.
LOUIS ( r) donne la paix à l'Europe;
(* ) Le Roi d'Angleterre ayant commencé la
guerre pour l'intérêt de la France , étoit fur le
point de fe liguer avec le Prince d'Orange qui
venoit d'époufer fa niéce . Louis XIV. donna la
paix à l'Europe . Les Ennemis licentierent leurs
troupes extraordinaires ; il garda les fiennes ,
fis en quelque forte de la paix un temps de conquêtes.
Depuis Charlemagne on n'avoit vu aucun
Prince agir ainfi en' Maître , en Juge des Souve-
#ains , & conquérir des Pays par des Arrêts. La
&
"
JANVIER. 1763 . ΙΟΥ
il en préfcrit lui - même les conditions
en Vainqueur. Pour affurer le repos de
fes Peuples , & contenir fes Ennemis
dans le refpe &t & la crainte , ce Monarque
porte fa Marine au- delà des efpérances
de la France , & de l'Europe
étonnée . Soixante mille matelots font à
fa folde ; & des Loix auffi fages que
févères préfcrivent à ces hommes groffiers
les régles de leurs devoirs . Des
fommes immenfes font employées à
conftruire le Port de Toulon fur la
Méditérannée , celui de Breft , de Dunkerque
, du Havre - de - Grace & de Rochefort
fur l'Océan . L'école de la Marine
eft inftituée dans ces différens
Ports. Une foule de jeune nobleſſe vient
s'inftruire auprès des grands Hommes
que le mérite a défignés pour maîtres.
( s ) Le Roi avoit plus de cent vaifpuiffance
formidable de ce Monarque qui s'étendoit
ainfi de tous côtés , & acquéroit pendant la
paix plus que fes prédéceffeurs n'avoient acquis
par la guerre , réveilla les allarmes de l'Europe.
L'Empire , la Hollande , la Suéde même , firent
un traité d'affociation . Les Anglois menacerent.
Les Eſpagnols voulurent la guèrre . Le Prince d'Orange
remua tout pour l'allumer ; mais aucune
de ces Puiſſances n'ofa porter les premiers coups.
(s) En 1681 Duquefne attaqua les Tripolitains ,
& les obligea à conclure une paix très- glorieufe
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
>
feaux de ligne ; ils ne reftoient pas oififs
dans fes Ports. Ses Efcadres fous le
commandement de Duquefne nettoyoient
les Mers infectées par les Corfaires
d'Alger & de Tripoli. Notre Hé
ros à la tête de fix vaiffeaux va jufques
dans le Port de Chio attaquer les Tripolitains
; & le Capitan Bacha ne peut
avec quarante Galéres les mettre à l'abri
des foudres du Général François . Ces
Africains fe foumettent & n'obtiennent
la paix qu'à la prière & par l'entremife
du Grand- Seigneur.
( t ) LOUIS veut fe venger d'Alger.
>
pour la France. Ils rendirent un Vaiffeau François
qu'ils avoient pris , tout le canon , les armes
tout l'équipage , & un très-grand nombre de
Chrétiens qu'ils avoient fait esclaves.
(t ) En 1683 Louis XIV. fe vengea d'Alger
avec le fecours d'un art nouveau , dont la découverte
fut due à cette attention qu'il avoit d'exciter
tous les génies de fon fiécle. Cer art funeſte ,
mais furprenant , eft celui des galiotes a bombes ,
avec lesquelles on peut réduire des villes mariti
mes en cendres. Bernard Renaud , plus connu
fous le nom du Petit Renaud , fut l'auteur de
cette invention . Ce jeune homme , fans avoir jamais
fervi fur les vaiffeaux , étoit cependant par
fon génie un excellent Marin . Colbert , qui déterroit
le mérite dans l'obfcurité , l'avoit fouvent
appellé au Confeil de marine , même en préfence
du Roi. C'étoit par les foins & fur les lu
JANVIER. 1763. 103
Duquesne attaque ces Corfaries , brûle
leurs vaiffeaux , confume une partie de
la Ville par le moyen d'une forte d'artillerie
jufqu'alors inconnue & qui par
la fuite fera un des plus terribles fléaux
de l'humanité. Ce Monarque généreux
dont la grande âme fçavoit toujours
mettre des bornes à ſa vengeance , avoit
mieres de Renaud que l'on fuivoit depuis peu une
méthode plus réguliére & plus facile pour la conftruction
des vailleaux . Il ofa propofer dans le
Confeil de bombarder Alger avec une Flotte. On
n'avoit pas d'idées que des mortiers à bombes
puffent n'être pas polés fur un terrein folide. La
propofition révolta Il éffuya les contradictions &
les railleries que tout inventeur doit attendre ;
mais fa fermeté & cette éloquence qu'ont d'ordinaire
les hommes frappés de leurs inventions
déterminérent le Roi à permettre l'élai de cette
nouveauté . Renaud fit conftruire cinq vaiffeaux
plus petits que les vaiffeaux ordinaires mais plus
forts de bois , fans ponts , avec un faux tillac à
fonds de cale , fur lequel on maçonna des creux ,
où l'on mit les mortiers. Il partit avec cet équipage
fous les ordres de Duquefne , qui étoit chargé
de l'entrepriſe. Ce Général & les Algériens
furent étonnés de l'effet des bombes . Outre deux
vaiffeaux de ces Corfaires qu'il brula , le feu des
bombes confuma une partie de la ville : mais cet
art porté bientôt chez les autres Nations , ne fervit
qu'à multiplier les calamités humaines . La Marine
ainfi perfectionnée en peu d'années , étoir
le fruit des foins du grand Colbert.
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
épargné les Algériens. Ces Corfaires infolens
s'en prévalurent & le contraignirent
de les punir de nouveau. Il fit
bombarder leur Ville pour la feconde
fois l'année fuivante. Le dommage fut
très- confidérable dans cette Capitale.
Les Vaiffeaux & les Galéres furent pris,
brûlés ou coulés à fond ; un grand
nombre de maifons renverfées , des
magafins ruinés. La néeeffité leur fir
demander la paix. LOUIS la leur accorda.
On éxigea pour préliminaires de
rendre fans rançon plus de fix cens Chrétiens
efclaves , & de payer une fomme
d'argent , punition dure & fenfible
pour des Corfaires ! Tunis & Tripoli
firent à leur exemple les mêmes foumiffions
.
(u) Gênes avoit vendu des munitions
( u ) En 1684 , la République de Gênes ayant
refufé de ſe ſoumettre aux ordres de Louis XIV ,
& comptant trop fur le fecours de l'Eſpagne , ſe
vit fur le point d'être détruite de fond en comble
par l'effet des bombes. Elle fut forcée de céder.
Le Roi exigea que le Doge & quatre principaux
Sénateurs vinffent implorer fa clémence
dans fon Palais de Verſailles ; & de peur que
les Génois n'éludaffent la fatisfaction
dérobaffent quelque chofe à fa gloire , il voulut
que le Doge qui viendroit lui demander pardon,
& ne
JANVIER. 1763 . 105
+
de guèrre aux Algériens . Elle conftruifoit
quatre Galéres pour l'Espagne .
Le Monarque François lui défend par
fon Envoyé de les lancer à l'eau , &
la menace d'un châtiment prompt
& rigoureux fi elle refufe de fe foumettre
à fes volontés. Les Génois irrités
de cette entréprife fur leur liberté ,
n'y eurent aucun égard. Duquesne fort
de Toulon à la tête de 14 Vaiffeaux ,
20 Galéres , 10 Galiotes a bombes &
plufieurs Frégates. Il fe préfente devant
Gênes . Les 10 Galiotes y jettent
quatorze mille bombes & réduifent en
cendres une partie de fes Palais. Quatre
mille foldats débarquent , & portent le
fer & le feu dans les fauxbourgs. Le
Génois effrayé craint la ruine totale de
fes Etats. Ces fiers Républicains humiliés
par des progrès fi rapides , députent
fût continué dans fa Principauté , malgré la loi
perpétuelle de Gênes , qui ôte cette dignité à tout
Doge abfent un moment de la Ville . Le Doge
arriva a Verſailles le 22 de Février 1685 , demanda
pardon au Roi . Cegrand Prince , qui dans
toutes les actions de fa viejoignoit la politeffe à la
dignité , traita de Doge & les Senateurs avecautant
de bonté que de fafte. Ses Miniftres leur firent fentir
plus de fierté. Aufli le Doge difoit : Je Roi ôte à
nos coeurs la liberté , mais les Miniftres nous la
rrendent.
Ew
106 MERCURE DE FRANCE.
le Doge avec quatre Sénateurs , pour
aller demander pardon au Roi . Ils fe
rendent à Verfailles. Le Monarque , qui
favoit que la véritable grandeur confifte
particuliérement à oublier les injures ,
paroît fatisfait , les reçoit avec bonté ,
& les traite avec magnificence.
L'hiftoire des temps femble terminer
à ce dernier trait les glorieux exploits de
mon héros. Je finirai fon éloge par l'apologie
de fon coeur , auffi recommandable
par fon défintéreffement
noble & fublime par fes vertus .
> que
J'en appelle au témoignage de l'Afie ,
de l'Afrique & de l'Europe . Quelle foule
de témoins de fa valeur & de fon âme
bienfaifante ! Des Chrétiens arrachés à
l'esclavage viennent dans les tranſports
de la joie la plus pure , pénétrés des fentimens
de la plus vive reconnoiffance
baifer ces mains généreufes qui ont brifé
leurs fers.
O Duquefne ! à quels fentimens délicieux
ton âme ne fe livroit- elle pas ,
en voyant couler ces larmes précieufes
que la grandeur de cette action , que
l'héroïsme de la vertu , que l'amour de
l'humanité & l'admiration font répandre
! Qu'il eft glorieux pour toi de régner
ainfi fur les coeurs & de te les
JANVIER. 1763. 107
attacher par les bienfaits ! On t'offre
des rançons ; ton âme généreufe en
eft offenfée . Toute la récompenfe que
ton grand coeur ambitionne eft le feul
plaifir du bienfait .
(x) Duquefne arrive à la Cour. Son
nom vole de bouche en bouche . Il
perce la foule des Courtifans , il pénétre
jufqu'au Roi . Il lit dans fes yeux
pleins de majefté qu'il a gagné l'eftime
de fon Maître ; & c'eft la feule récompenfe
à laquelle il afpire : mais
LOUIS dont la grande âme ne laiffa
jamais le mérite & les fervices fans récompenfe
, lui donna & à fa poftérité
, comme un monument éternel de fa
bienveillance , la terre Dubouchet qu'il
érigea en Marquifat.
Duquefne en ceffant de combattre ,
n'en fert pas moins la Patrie . Dans une
retraite honorable , il forme des voeux
(x) Le Roi qui honoroit Duquesne d'une eftime
particuliere pour fon mérite , ne pouvant à cauſe
de la religion qu'il profelloit , le récompenfer
avec tout l'éclat qu'il auroit fouhaité , n'a pas
laiffé de lui donner & à fa poftérité une marque
de fa bienveillance , en lui faifant don de la Tèrre
Du bouchet , qui eft une des plus belles du Royaume
, fituée auprès d'Etampes. Il l'érigea en Marquifat
, lui ôta fon premier nom , & lui donna
celui de Duquefae.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour fon Prince , & pour l'Etat. Adoré
de fa Famille , il inftruit fes enfans &
leur apprend à marcher fur fes traces.
Témoin de leur valeur & de l'éclat de
leurs exploits , il fe voit convaincu que
fon fang illuftre ne pouvoit dégénérer.
Quels motifs de confolation pour ce
refpectable Guerrier dans un âge où
les infirmités fe multiplient , où la fenfibilité
augmente , où les organes d'un
corps épuifé s'affaiffent & fe détruifent.
Il attend la mort avec affurance ; il envifage
avec fermeté le terme de fa carrière.
(y ) Duquesne meurt enfin ; il meurt
( yCe grand homme qui étoit né Calvinifte ,
mourut dans la même créance , à Paris , le 2 Février
1688 , après avoir vêcu 78 ans avec une
vigueur & une fanté extraordinaire . Son coeur
fut porté dans le Temple de la Ville d'Aubonne ,
dans le canton de Berne en Suiffe , où fon fils aîné
Henri Duquesne , Baron du lieu , lui fit placer
une épitaphe. Il avoit époufé Gabrielle de Bernière
, dont il a laiffé quatre fils.
Henri , l'aîné de fes enfans , formé aux armes
dès fa plus tendre jeuneffe , s'y est toujours diftingué.
Conftamment attaché à la Religion Proteftante
, il fe retira dans une Tèrre qu'il avoit
acquife en Suiffe , avec la permiffion du Roi. Il
mourut à Genève le 11 Novembre 1722 , âgé de
près de 71 ans , eftimé , aimé & regretté de tous
ceux qui le connoilloient.
JANVIER. 1763 . rog
•
en héros il emporte dans le tombeau
les pleurs de fa famille , les juftes regrets
de la France , & l'eftime de l'Europe
entiere .
DAGUES DE CLAIRFONTAINE.
Le fecond, Abraham , Capitaine de Vaiffeau ,
fe fignala auffi en plufieurs occafions importantes
. En 1683 , il prit & emmena à Toulon le
Prince de Montefarchio , Général de l'Armée Efpagnole
, & en 1684 dans la defcente de Gênes ,
il foutint le bataillon qu'il y commandoit avec
beaucoup de valeur.
Le troifiéme , Ifaac , & le quatrième , Jacob ,
furent des Officiers très recommandables par
leur mérite & leur courage.
Duquesne avoit auffi plufieurs frères , qui font
tous morts dans le Service. L'un d'eux , Capitaine
de Vaiffeau , fut tué d'un coup de canon. Il
laiffa un fils , Duquefne Monier , qui après s'être
Egnalé en diverses occafions , & avoir eu un bras
emporté , fut fait Chef d'Eſcadre en 1705.
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Résumé : ESSAI historique sur ABRAHAM DUQUESNE, Lieutenant Général des Armées Navales de France. Non ille pro patriâ timidus perire. Horat.
Abraham Duquesne, lieutenant général des armées navales de France, incarne l'importance de la profession des armes pour la gloire de la patrie. Né en Normandie en 1610 dans une famille noble, il suivit les traces de son père, également nommé Abraham Duquesne, pilote et capitaine de vaisseau. Duquesne se distingua rapidement par son zèle et sa dévotion pour la marine, acquérant des compétences qui le marquèrent. Au cours de sa carrière, Duquesne participa à de nombreuses campagnes maritimes, notamment pendant la guerre contre l'Espagne. Il joua un rôle crucial dans plusieurs batailles, comme l'attaque des îles de Sainte-Marguerite, la défaite des Espagnols devant Gattary, et les combats à Tarragone, Barcelone, et Perpignan. Son courage et son habileté furent reconnus à travers divers exploits, où il fut souvent blessé mais continua toujours à se battre pour la patrie. En 1644, Duquesne servit en Suède et fut nommé Vice-Amiral, participant à une bataille où les Danois furent vaincus. Il aborda le vaisseau amiral danois et tua le général ennemi. En 1647, il fut rappelé en France et commanda des escadres lors de l'expédition de Naples. En 1674, les magistrats de Messine appelèrent la France à leur secours, bloqués par une flotte espagnole. Duquesne força le passage et livra des vivres et des armes à Messine. En 1676, il combattit et vainquit les flottes combinées de l'Espagne et des Pays-Bas commandées par l'amiral Rhuiter. Duquesne força le passage de Messine et remporta plusieurs victoires navales. Louis XIV, impressionné par ses succès, renforça la marine française, construisant des ports et instituant des écoles de marine. Duquesne fut récompensé pour ses services, recevant le château et l'île d'Indret. En 1681, il attaqua les Tripolitains et les força à conclure une paix glorieuse. Il nettoya également les mers des corsaires d'Alger et de Tripoli, libérant des esclaves chrétiens. En 1683, Louis XIV se venger des Algériens en utilisant des galiotes à bombes, une invention de Bernard Renaud. Cette attaque détruisit une partie de la ville d'Alger et força les Algériens à demander la paix, libérant des esclaves et payant une somme d'argent. Tunis et Tripoli suivirent cet exemple. En 1684, la République de Gênes, ayant refusé de se soumettre à Louis XIV, fut bombardée et contrainte de céder. Le Doge et quatre Sénateurs se rendirent à Versailles pour implorer la clémence du roi. Duquesne reçut des honneurs pour ses services, notamment la terre de Du Bouchet érigée en marquisat. Il mourut à Paris le 2 février 1688, à l'âge de 78 ans. Ses fils, notamment Henri, se distinguèrent également dans le service militaire et diplomatique.
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3934
p. 109-111
LA RELIGION VENGÉE, pour l'année 1763, ou Réfutation des Auteurs impies, Ouvrage périodique dédié à Monseigneur LE DAUPHIN.
Début :
Dès que cet Ouvrage parut en 1756 ou 1757, il reçut du Public un accueil [...]
Mots clefs :
Brièveté, Impiété , Religion
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texteReconnaissance textuelle : LA RELIGION VENGÉE, pour l'année 1763, ou Réfutation des Auteurs impies, Ouvrage périodique dédié à Monseigneur LE DAUPHIN.
LA RELIGION VENGÉE, pour l'année
1763 , ou Réfutation des Auteurs
impies , Ouvrage périodique dédié à
Monfeigneur LE DAUPHIN.
Dès que cet Ouvrage parut en 1756
ou 1757 , il reçut du Public un accueil
favorable. Parmi les Lecteurs bien inITO
MERCURE DE FRANCE.
>
tentionnés quelques -uns voudroient
qu'il fût moins férieux , & que les matieres
y fuffent traitées plus briévement :
mais comment concilier la plaifanterie
avec la gravité des fujets qu'on y traite ?
A l'égard de la brieveté , peut- être feroitil
à craindre qu'elle ne rendit l'ouvrage
fuperficiel , & qu'en n'infiftant pas affez
fur l'examen de chaque Livre , on ne
fit un Livre inutile. Il paroît donc que
les Auteurs de cette religieufe entrepriſe
ont eu envie de donner un corps complet
de réfutation des Ecrivains impies ,
& de le rendre folide & inftru&tif , plutôt
qu'amufant . Si cet Ouvrage n'eft pas
une digue affez puiffante pour arrêter le
débordement de l'impiété, c'eft du moins
une réclamation de la vérité contre le
menfonge , & un acte public qui interrompra
la préfcription de l'érreur.
Dans les dix-huit volumes déja imprimés
, les Auteurs de la Religion vengée
ont réfuté la plupart des écrits irréguliers
qui ont paru depuis Bayle jufqu'aux
Tuvres philofophiques du fameux Lamettrie
. Il refte encore affez de mauvais
Livres pour fournir pendant quelques
années au travail des Auteurs. Il faut
efpérer pourtant que la matiere de leur
critique deviendra plus itérile , & qu'ils
JANVIER. 1763 .
III
cefferont enfin de défendre la Religion ,
parce qu'on fe laffera de l'attaquer. C'eft
chez Chaubert , quai des Auguftins , &.
chez Hériffant , rue Neuve de Notre-
Dame , que fe trouvent ces dix - huit volumes.
On foufcrira déformais pour les
cahiers fuivans chez la veuve Brunet
rue baffe des Urfins , ou grand'Salle du
Palais , & chez le même Chaubert. Il y
aura , comme à l'ordinaire , quinze cahiers
par an , & le prix de la foufcription
eft de o livres pour Paris , & 12 liv . port
franc , pour la Province.
1763 , ou Réfutation des Auteurs
impies , Ouvrage périodique dédié à
Monfeigneur LE DAUPHIN.
Dès que cet Ouvrage parut en 1756
ou 1757 , il reçut du Public un accueil
favorable. Parmi les Lecteurs bien inITO
MERCURE DE FRANCE.
>
tentionnés quelques -uns voudroient
qu'il fût moins férieux , & que les matieres
y fuffent traitées plus briévement :
mais comment concilier la plaifanterie
avec la gravité des fujets qu'on y traite ?
A l'égard de la brieveté , peut- être feroitil
à craindre qu'elle ne rendit l'ouvrage
fuperficiel , & qu'en n'infiftant pas affez
fur l'examen de chaque Livre , on ne
fit un Livre inutile. Il paroît donc que
les Auteurs de cette religieufe entrepriſe
ont eu envie de donner un corps complet
de réfutation des Ecrivains impies ,
& de le rendre folide & inftru&tif , plutôt
qu'amufant . Si cet Ouvrage n'eft pas
une digue affez puiffante pour arrêter le
débordement de l'impiété, c'eft du moins
une réclamation de la vérité contre le
menfonge , & un acte public qui interrompra
la préfcription de l'érreur.
Dans les dix-huit volumes déja imprimés
, les Auteurs de la Religion vengée
ont réfuté la plupart des écrits irréguliers
qui ont paru depuis Bayle jufqu'aux
Tuvres philofophiques du fameux Lamettrie
. Il refte encore affez de mauvais
Livres pour fournir pendant quelques
années au travail des Auteurs. Il faut
efpérer pourtant que la matiere de leur
critique deviendra plus itérile , & qu'ils
JANVIER. 1763 .
III
cefferont enfin de défendre la Religion ,
parce qu'on fe laffera de l'attaquer. C'eft
chez Chaubert , quai des Auguftins , &.
chez Hériffant , rue Neuve de Notre-
Dame , que fe trouvent ces dix - huit volumes.
On foufcrira déformais pour les
cahiers fuivans chez la veuve Brunet
rue baffe des Urfins , ou grand'Salle du
Palais , & chez le même Chaubert. Il y
aura , comme à l'ordinaire , quinze cahiers
par an , & le prix de la foufcription
eft de o livres pour Paris , & 12 liv . port
franc , pour la Province.
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Résumé : LA RELIGION VENGÉE, pour l'année 1763, ou Réfutation des Auteurs impies, Ouvrage périodique dédié à Monseigneur LE DAUPHIN.
L'ouvrage 'LA RELIGION VENGÉE, pour l'année 1763, ou Réfutation des Auteurs impies' est une publication périodique dédiée à Monseigneur le Dauphin, parue en 1756 ou 1757. Elle a reçu un accueil favorable du public, bien que certains lecteurs aient souhaité un ton moins sérieux et des matières traitées plus brièvement. Les auteurs ont choisi de maintenir la gravité nécessaire pour traiter les sujets religieux et ont préféré un ouvrage complet et instructif plutôt qu'amusant, visant à réfuter les écrits impies. Les dix-huit volumes déjà imprimés couvrent les écrits irréguliers de Bayle jusqu'aux œuvres philosophiques de Lamettrie. Les auteurs espèrent que la matière de leur critique deviendra plus rare et que la défense de la religion ne sera plus nécessaire. Les volumes sont disponibles chez Chaubert, quai des Augustins, et chez Hérissant, rue Neuve de Notre-Dame. Les cahiers suivants seront disponibles chez la veuve Brunet, rue basse des Ursins, ou grand'Salle du Palais, et chez Chaubert. Il y aura quinze cahiers par an, au prix de 6 livres pour Paris et 12 livres port franc pour la province.
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3935
p. 111-112
MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Maison de BRANDEBOURG, deux volumes in-12, nouvelle édition, 1762.
Début :
LORSQUE cet Ouvrage parut pour la premiere fois, on en fit un long [...]
Mots clefs :
Édition, Augmentation
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Maison de BRANDEBOURG, deux volumes in-12, nouvelle édition, 1762.
MÉMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de
"
la Maifon de BRANDEBOURG , deux
volumes in-12, nouvelle édition , 1762.
LORSQUE ORSQUE cet Ouvrage parut pour la
premiere fois , on en fit un long extrait
dans le Mercure : c'cft ce qui nous difpenfe
d'entrer aujourd'hui dans aucun
détail fur le fond de ce Livre mais
comme cette édition nouvelle contient
des augmentations qu'il faut faire con-.
noîtie , nous en parlerons plus amplement
dans un des Mercures fuivans :
1.12 MERCURE DE FRANCE.
nous avertirons feulement qu'on en
trouve des exemplaires chez Cellot
grand'Salle du Palais.
"
la Maifon de BRANDEBOURG , deux
volumes in-12, nouvelle édition , 1762.
LORSQUE ORSQUE cet Ouvrage parut pour la
premiere fois , on en fit un long extrait
dans le Mercure : c'cft ce qui nous difpenfe
d'entrer aujourd'hui dans aucun
détail fur le fond de ce Livre mais
comme cette édition nouvelle contient
des augmentations qu'il faut faire con-.
noîtie , nous en parlerons plus amplement
dans un des Mercures fuivans :
1.12 MERCURE DE FRANCE.
nous avertirons feulement qu'on en
trouve des exemplaires chez Cellot
grand'Salle du Palais.
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Résumé : MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Maison de BRANDEBOURG, deux volumes in-12, nouvelle édition, 1762.
Le texte présente les 'Mémoires pour servir à l'histoire de la Maison de Brandebourg', ouvrage en deux volumes, réédité en 1762. Cette édition inclut des augmentations. Des détails supplémentaires seront publiés dans un numéro ultérieur du Mercure de France. Des exemplaires sont disponibles chez Cellot, au Palais.
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3936
p. 112
LETTRES de Mademoiselle de Jussy à Mademoiselle de ***. A Amsterdam, & se trouve à Paris chez Bauche, quai des Augustins ; Duchesne, rue S. Jacques, & Cellot, grand'Salle du Palais, brochure in-12, 1762, Prix 30 sols broché.
Début :
Nous donnerons bientôt un extrait de cette brochure, dont la lecture nous [...]
Mots clefs :
Lettres, Brochure
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texteReconnaissance textuelle : LETTRES de Mademoiselle de Jussy à Mademoiselle de ***. A Amsterdam, & se trouve à Paris chez Bauche, quai des Augustins ; Duchesne, rue S. Jacques, & Cellot, grand'Salle du Palais, brochure in-12, 1762, Prix 30 sols broché.
LETTRES de Mademoifelle de Jussy
à Mademoiselle de *** . A Amfterdam
, &fe trouve à Paris chez Bauche,
quai des Auguftins ; Duchefne , rue
S. Jacques , & Cellot , grand' Salle
du Palais , brochure in- 12 , 1762 ,
Prix 30 fols broché.
Nous donnerons bientôt un extrait
de cette brochure , dont la lecture nous
a paru trop intéreffante pour nous en
tenir à une fimple annonce. L'abondance
des matières nous oblige à remettre
pour les volumes fuivans , plufieurs
Guvrages qui méritent d'être connus ,
& ces Lettres ne feront pas un des moindres
objets de la curiofité du Public. On
trouve chez les mêmes Libraires quelques
exemplaires du projet de paix perpétuelle
, par M. Rouffeau de Genève ,
avec une belle eftampe de M. Cochin à
Ma rête du Livre . Prix 24 fols broché.
à Mademoiselle de *** . A Amfterdam
, &fe trouve à Paris chez Bauche,
quai des Auguftins ; Duchefne , rue
S. Jacques , & Cellot , grand' Salle
du Palais , brochure in- 12 , 1762 ,
Prix 30 fols broché.
Nous donnerons bientôt un extrait
de cette brochure , dont la lecture nous
a paru trop intéreffante pour nous en
tenir à une fimple annonce. L'abondance
des matières nous oblige à remettre
pour les volumes fuivans , plufieurs
Guvrages qui méritent d'être connus ,
& ces Lettres ne feront pas un des moindres
objets de la curiofité du Public. On
trouve chez les mêmes Libraires quelques
exemplaires du projet de paix perpétuelle
, par M. Rouffeau de Genève ,
avec une belle eftampe de M. Cochin à
Ma rête du Livre . Prix 24 fols broché.
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Résumé : LETTRES de Mademoiselle de Jussy à Mademoiselle de ***. A Amsterdam, & se trouve à Paris chez Bauche, quai des Augustins ; Duchesne, rue S. Jacques, & Cellot, grand'Salle du Palais, brochure in-12, 1762, Prix 30 sols broché.
Les libraires Bauche, Dufourne et Cellot proposent deux publications : 'Lettres de Mademoiselle de Jussy' (1762, 30 sols) et 'Le Projet de paix perpétuelle' de Jean-Jacques Rousseau, avec une estampe de Charles-Nicolas Cochin (24 sols). La première sera publiée en plusieurs volumes.
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3937
p. 113-114
ETRENNES AUX DAMES, avec le Calendrier de l'année 1763. Premiere partie. Notice des Femmes illustres dans les Belles-Lettres. Seconde partie : Notice des Livres composés par des Femmes. À Paris, chez Musier, fils, quai des Augustins, au coin de la rue Pavée, à S. Étienne , avec approbation & permission, 1763, in-16.
Début :
LA premiere Femme de ce Catalogue chronologique est la célebre Héloise, [...]
Mots clefs :
Femmes françaises, Conte, Mémoires, Roman
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texteReconnaissance textuelle : ETRENNES AUX DAMES, avec le Calendrier de l'année 1763. Premiere partie. Notice des Femmes illustres dans les Belles-Lettres. Seconde partie : Notice des Livres composés par des Femmes. À Paris, chez Musier, fils, quai des Augustins, au coin de la rue Pavée, à S. Étienne , avec approbation & permission, 1763, in-16.
ETRENNES AUX DAMES , avec le
Calendrier de l'année 1763. Premiere
partie. Notice des Femmes illuftres
dans les Belles- Lettres . Seconde partie
; Notice des Livres composés par
des Femmes . A Paris , chez Mufier
fils , quai des Auguftins , au coin de
la rue Pavée , à S. Etienne , avec
approbation & permiſſion , 1763 ,
in-16.
L A premiere Femme de ce Catalogue
chronologique eft la célebre Héloife ,
amante du malheureux Abaillard , & la
derniere eft la charmante Mde Favart.
Il n'eft ici queftion que des Femmes
Françoifes ; encore ce Catalogue eft- il
bien imparfait à cet égard : car fans remonter
à celles qui font mortes , parmi
les vivantes feules nous en trouvons huit
ou neuf que l'Auteur a oubliées : telles
font par exemple Madame de Beaumer ,
Auteur du Journal des Dames, & c. Madame
Benoit , Auteur d'un Journal littéraire
& d'un roman 'intitulé Mes Principes
; Madame Bontems , qui a traduit
114 MERCURE DE FRANCE .
les Saifons de Tomfon ; Madame de
Beaumont , Auteur du nouveau Magafin
Anglois , du Magafin des Enfans , &c ;
Madame Robert , Auteur de la Payfanne
Philofophe , roman en quatre
Parties ; Mademoiſelle Brohon , Auteur
des Amans Philofophes , & d'un joli
Conte inféré dans le Mercure ; Mlle de
la Guefnerie , de la ville d'Angers
Auteur des Mémoires de Milady B *** ;
Madame de la Gorfe , de Touloufe , qui
à remporté des Prix de Poëfie aux Jeux
Floraux. Nous pourrions peut - être
augmenter cette lifte , dont nous exhortons
l'Auteur à faire ufage dans
une feconde édition . Nous voudrions
auffi qu'il s'attachât à faire connoître
davantage les Femmes qui compofent
fon Catalogue , & qu'il nous donnât des
notices plus étendues fur leurs vies &
fur leurs ouvrages. Tel qu'il eft , c'eſt
toujours un trophée érigé à la gloire du
beau Séxe , & dont les Femmes ne peuvent
fe difpenfer de favoir gré à l'Auteur.
Calendrier de l'année 1763. Premiere
partie. Notice des Femmes illuftres
dans les Belles- Lettres . Seconde partie
; Notice des Livres composés par
des Femmes . A Paris , chez Mufier
fils , quai des Auguftins , au coin de
la rue Pavée , à S. Etienne , avec
approbation & permiſſion , 1763 ,
in-16.
L A premiere Femme de ce Catalogue
chronologique eft la célebre Héloife ,
amante du malheureux Abaillard , & la
derniere eft la charmante Mde Favart.
Il n'eft ici queftion que des Femmes
Françoifes ; encore ce Catalogue eft- il
bien imparfait à cet égard : car fans remonter
à celles qui font mortes , parmi
les vivantes feules nous en trouvons huit
ou neuf que l'Auteur a oubliées : telles
font par exemple Madame de Beaumer ,
Auteur du Journal des Dames, & c. Madame
Benoit , Auteur d'un Journal littéraire
& d'un roman 'intitulé Mes Principes
; Madame Bontems , qui a traduit
114 MERCURE DE FRANCE .
les Saifons de Tomfon ; Madame de
Beaumont , Auteur du nouveau Magafin
Anglois , du Magafin des Enfans , &c ;
Madame Robert , Auteur de la Payfanne
Philofophe , roman en quatre
Parties ; Mademoiſelle Brohon , Auteur
des Amans Philofophes , & d'un joli
Conte inféré dans le Mercure ; Mlle de
la Guefnerie , de la ville d'Angers
Auteur des Mémoires de Milady B *** ;
Madame de la Gorfe , de Touloufe , qui
à remporté des Prix de Poëfie aux Jeux
Floraux. Nous pourrions peut - être
augmenter cette lifte , dont nous exhortons
l'Auteur à faire ufage dans
une feconde édition . Nous voudrions
auffi qu'il s'attachât à faire connoître
davantage les Femmes qui compofent
fon Catalogue , & qu'il nous donnât des
notices plus étendues fur leurs vies &
fur leurs ouvrages. Tel qu'il eft , c'eſt
toujours un trophée érigé à la gloire du
beau Séxe , & dont les Femmes ne peuvent
fe difpenfer de favoir gré à l'Auteur.
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Résumé : ETRENNES AUX DAMES, avec le Calendrier de l'année 1763. Premiere partie. Notice des Femmes illustres dans les Belles-Lettres. Seconde partie : Notice des Livres composés par des Femmes. À Paris, chez Musier, fils, quai des Augustins, au coin de la rue Pavée, à S. Étienne , avec approbation & permission, 1763, in-16.
Le document 'Étrennes aux Dames' est un calendrier de l'année 1763 publié à Paris par Mufier fils. Il se divise en deux parties : la première présente des notices sur des femmes illustres dans les Belles-Lettres, et la seconde liste des livres composés par des femmes. Le catalogue commence avec Héloïse, amante d'Abélard, et se termine avec Madame Favart. Il se concentre exclusivement sur des femmes françaises, bien que l'auteur reconnaisse son incomplétude. Parmi les femmes oubliées, on trouve Madame de Beaumer, auteure du 'Journal des Dames', Madame Benoit, auteure d'un journal littéraire et du roman 'Mes Principes', Madame Bontems, traductrice des 'Saisons de Thomson', Madame de Beaumont, auteure du 'Nouveau Magasin Anglois' et du 'Magasin des Enfants', Madame Robert, auteure de 'La Paysanne Philosophe', Mademoiselle Brohon, auteure des 'Amants Philosophes', Mademoiselle de la Guésnerie, auteure des 'Mémoires de Milady B ***', et Madame de la Gorse, lauréate de prix de poésie aux Jeux Floraux. Le texte encourage l'auteur à compléter et à enrichir ce catalogue dans une future édition.
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3937
ETRENNES AUX DAMES, avec le Calendrier de l'année 1763. Premiere partie. Notice des Femmes illustres dans les Belles-Lettres. Seconde partie : Notice des Livres composés par des Femmes. À Paris, chez Musier, fils, quai des Augustins, au coin de la rue Pavée, à S. Étienne , avec approbation & permission, 1763, in-16.
3938
p. 115-116
PRINCIPES de certitude ou Essai sur la Logique, brochure in-12 avec cette épigraphe : Difficile est propriè communia dicere, Horat. Art. Poet. A Paris, chez Desain Junior, quai des Augustins, à la Bonne-Foi, 1763, avec approbation & permission.
Début :
Il paroît que l'Auteur de ce petit ouvrage n'a eu d'autre dessein que d'exposer [...]
Mots clefs :
Ordre, Simplicité, Discussions métaphysiques
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texteReconnaissance textuelle : PRINCIPES de certitude ou Essai sur la Logique, brochure in-12 avec cette épigraphe : Difficile est propriè communia dicere, Horat. Art. Poet. A Paris, chez Desain Junior, quai des Augustins, à la Bonne-Foi, 1763, avec approbation & permission.
PRINCIPES de certitude > ou Effai
fur la Logique , brochure in- 12 avec
cette épigraphe : Difficile eft propriè
communia dicere , Horat. Art. Poet.
A Paris , chez Defain Junior , quai
des Auguftins, à la Bonne- Foi , 1763 ,
avec approbation & permiffion.
ItL
paroît que l'Auteur de ce petit ouvrage
n'a eu d'autre deffein que d'expofer
avec plus d'ordre & de fimplicité
qu'on ne l'a fait jufqu'ici , des vérités
qu'il importe à tout le monde de connoître
. Au lieu d'entrer dans des difcuffions
métaphyfiques , il a préféré la multiplicité
des exemples,pour rendre fenfi
ble par plufieurs applications , ce qui
peut-être ne l'eût pas été par une feule.
il préfente tellement les chofes , que ce
qui précéde fuffit toujours pour entendre
ce qui fuit. Ainfi dans la premiere
partie , où il s'agit des idées ; dans la
feconde , où il s'agit du jugement ; dans
la troifiéme , où il s'agit du raiſonnement
, il examine d'abord la nature de
toutes ces opérations , pour en déduire
116 MERCURE DE FRANCE.
les qualités , & paffer enfuite aux différentes
efpéces. Il réfulte de tout cela
une clarté & une précifion qui font tout
l'avantage & le mérite de ces fortes
d'écrits.
fur la Logique , brochure in- 12 avec
cette épigraphe : Difficile eft propriè
communia dicere , Horat. Art. Poet.
A Paris , chez Defain Junior , quai
des Auguftins, à la Bonne- Foi , 1763 ,
avec approbation & permiffion.
ItL
paroît que l'Auteur de ce petit ouvrage
n'a eu d'autre deffein que d'expofer
avec plus d'ordre & de fimplicité
qu'on ne l'a fait jufqu'ici , des vérités
qu'il importe à tout le monde de connoître
. Au lieu d'entrer dans des difcuffions
métaphyfiques , il a préféré la multiplicité
des exemples,pour rendre fenfi
ble par plufieurs applications , ce qui
peut-être ne l'eût pas été par une feule.
il préfente tellement les chofes , que ce
qui précéde fuffit toujours pour entendre
ce qui fuit. Ainfi dans la premiere
partie , où il s'agit des idées ; dans la
feconde , où il s'agit du jugement ; dans
la troifiéme , où il s'agit du raiſonnement
, il examine d'abord la nature de
toutes ces opérations , pour en déduire
116 MERCURE DE FRANCE.
les qualités , & paffer enfuite aux différentes
efpéces. Il réfulte de tout cela
une clarté & une précifion qui font tout
l'avantage & le mérite de ces fortes
d'écrits.
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Résumé : PRINCIPES de certitude ou Essai sur la Logique, brochure in-12 avec cette épigraphe : Difficile est propriè communia dicere, Horat. Art. Poet. A Paris, chez Desain Junior, quai des Augustins, à la Bonne-Foi, 1763, avec approbation & permission.
La brochure 'PRINCIPES de certitude ou Effai fur la Logique' a été publiée à Paris en 1763 par Defain Junior. Cet ouvrage se propose d'exposer des vérités essentielles de manière ordonnée et simple, en privilégiant les exemples concrets plutôt que les discussions métaphysiques. L'auteur divise son travail en trois parties : les idées, le jugement et le raisonnement. Pour chaque partie, il commence par analyser la nature des opérations mentales concernées, puis en déduit les qualités et examine les différentes espèces. Cette méthode assure une clarté et une précision qui sont les principaux atouts de l'ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3939
p. 116
DISSERTATION sur l'usage de boire à la glace, par M. D. D. Licentié en Droit, avec cette épigraphe : Est mihi dulce magis gelidos haurire liquores. Gal. A Paris, de l'imprimerie de Valeyre fils, rue de la vieille Bouclerie, à l'arbre de Jessé, 1762 brochure in-12.
Début :
Il y a dans ce petit Ecrit des recherches très-sçavantes & très- curieuses ; [...]
Mots clefs :
Facilité, Élégance, Glace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur l'usage de boire à la glace, par M. D. D. Licentié en Droit, avec cette épigraphe : Est mihi dulce magis gelidos haurire liquores. Gal. A Paris, de l'imprimerie de Valeyre fils, rue de la vieille Bouclerie, à l'arbre de Jessé, 1762 brochure in-12.
DISSERTATION fur l'ufage de boire
à la glace , par M. D. D. Licentié en
Droit , avec cette épigraphe : Eft mihi
dulce magis gelidos haurire liquores.
Gal. A Paris , de l'imprimerie de Valeyrefils
, rue de la vieille Bouclerie , à
t'arbre de Jeffé, 1762 brochure in-12.
Il y a dans ce petit Ecrit des recher- Ly
ches très-fçavantes & très- curieuſes ;
& ce qui en reléve encore le mérite , c'eſt
que l'ouvrage est écrit avec cette facilité
& cette élégance qui caractériſe l'homme
du monde cultivé par l'étude des Belles-
Lettres.
à la glace , par M. D. D. Licentié en
Droit , avec cette épigraphe : Eft mihi
dulce magis gelidos haurire liquores.
Gal. A Paris , de l'imprimerie de Valeyrefils
, rue de la vieille Bouclerie , à
t'arbre de Jeffé, 1762 brochure in-12.
Il y a dans ce petit Ecrit des recher- Ly
ches très-fçavantes & très- curieuſes ;
& ce qui en reléve encore le mérite , c'eſt
que l'ouvrage est écrit avec cette facilité
& cette élégance qui caractériſe l'homme
du monde cultivé par l'étude des Belles-
Lettres.
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Résumé : DISSERTATION sur l'usage de boire à la glace, par M. D. D. Licentié en Droit, avec cette épigraphe : Est mihi dulce magis gelidos haurire liquores. Gal. A Paris, de l'imprimerie de Valeyre fils, rue de la vieille Bouclerie, à l'arbre de Jessé, 1762 brochure in-12.
En 1762, M. D. D., licencié en droit, publie à Paris 'DISSERTATION fur l'ufage de boire à la glace'. Cet ouvrage, imprimé par Valeyrefils, explore les boissons glacées avec un style élégant et facile, typique d'un homme cultivé par les Belles-Lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3940
p. 116-118
« ALMANACHS NOUVEAUX pour l'année 1763, qui se trouvent au CABINET [...] »
Début :
ALMANACHS NOUVEAUX pour l'année 1763, qui se trouvent au CABINET [...]
Mots clefs :
Almanachs, Cabinet littéraire de la nouveauté
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texteReconnaissance textuelle : « ALMANACHS NOUVEAUX pour l'année 1763, qui se trouvent au CABINET [...] »
ALMANACHS NOUVEAUX pour
l'année 1763 , quife trouvent au CABINET
LITTERAIRE de la NOUVEAUTÉ
, & dont la plupart contiennent les
plus jolis couplets fur des airs choifis &
JANVIER . 1763. 117
-
connus . L'Amour Poëte & Muficien .
-Mêlange agréable & amufant.-Ah !
qu'il eft drôle , Etrennes de la gaité .
Folichon , ou le Joujou des Dames ;
Etrennes galantes. Le Calendrier du
ménage . - Babioles amufantes , ou le
Badinage du moment. - Le Paffe-Tems
galant , fuivi des Oracles. - Le Deffert
des bonnes compagnies , Etrennes grivoifes
. Etrennes d'Apollon. - Le nouveau
Chanfonnier , ou le Portefeuille de
Pégafe. -L'Amour vous le donne pour
étrennes. Collection lyrique. —Almanach
de la Pofte de Paris , contenant les
divers avis de la Pofte , le Plan de Paris
, divifé par quartiers , les arrondiffemens
des bureaux , & les noms des villages
où s'étend la banlieue , les rues
avec leurs quartiers , & leurs tenans &
aboutiffins , la demeure des Banquiers ,
avec une carte géographique des quartiers
de Paris. On trouve auffi dans le
même CABINET LITTERAIRE DE LA
NOUVEAUTÉ un affortiment général
de tous les Almanachs qui s'impriment
chez tous les Libraires de Paris .
Ce CABINET LITTERAIRE DE LA
NOUVEAUTÉ dont il vient d'être fait
mention , eft un établiflement nouveau
& très utile pour la lecture des brochures
118 MERCURE DE FRANCE.
nouvelles en tout genre , des Journaux ,
gazettes de France & étrangeres , & généralement
de tous les papiers publics.
A Paris au Magafin de Grangé & Dufour
, Libraires , Pont Nôtre-Dame ,
près de la Pompe . Nous donnerons un
autre jour un plan plus détaillé d'un établiffement
auffi avantageux pour le Public
, & dont il eft à propos de faire
connoître toute l'utilité.
l'année 1763 , quife trouvent au CABINET
LITTERAIRE de la NOUVEAUTÉ
, & dont la plupart contiennent les
plus jolis couplets fur des airs choifis &
JANVIER . 1763. 117
-
connus . L'Amour Poëte & Muficien .
-Mêlange agréable & amufant.-Ah !
qu'il eft drôle , Etrennes de la gaité .
Folichon , ou le Joujou des Dames ;
Etrennes galantes. Le Calendrier du
ménage . - Babioles amufantes , ou le
Badinage du moment. - Le Paffe-Tems
galant , fuivi des Oracles. - Le Deffert
des bonnes compagnies , Etrennes grivoifes
. Etrennes d'Apollon. - Le nouveau
Chanfonnier , ou le Portefeuille de
Pégafe. -L'Amour vous le donne pour
étrennes. Collection lyrique. —Almanach
de la Pofte de Paris , contenant les
divers avis de la Pofte , le Plan de Paris
, divifé par quartiers , les arrondiffemens
des bureaux , & les noms des villages
où s'étend la banlieue , les rues
avec leurs quartiers , & leurs tenans &
aboutiffins , la demeure des Banquiers ,
avec une carte géographique des quartiers
de Paris. On trouve auffi dans le
même CABINET LITTERAIRE DE LA
NOUVEAUTÉ un affortiment général
de tous les Almanachs qui s'impriment
chez tous les Libraires de Paris .
Ce CABINET LITTERAIRE DE LA
NOUVEAUTÉ dont il vient d'être fait
mention , eft un établiflement nouveau
& très utile pour la lecture des brochures
118 MERCURE DE FRANCE.
nouvelles en tout genre , des Journaux ,
gazettes de France & étrangeres , & généralement
de tous les papiers publics.
A Paris au Magafin de Grangé & Dufour
, Libraires , Pont Nôtre-Dame ,
près de la Pompe . Nous donnerons un
autre jour un plan plus détaillé d'un établiffement
auffi avantageux pour le Public
, & dont il eft à propos de faire
connoître toute l'utilité.
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Résumé : « ALMANACHS NOUVEAUX pour l'année 1763, qui se trouvent au CABINET [...] »
En 1763, le Cabinet Littéraire de la Nouveauté à Paris propose divers almanachs. Parmi ceux-ci, on trouve des recueils de couplets sur des airs connus comme 'L'Amour Poëte & Muficien', 'Etrennes de la gaité', 'Folichon, ou le Joujou des Dames', et 'Le Calendrier du ménage'. D'autres almanachs offrent des contenus variés tels que 'Babioles amufantes', 'Le Paffe-Tems galant', et 'Le Deffert des bonnes compagnies'. Une publication notable est 'Almanach de la Pofte de Paris', qui inclut des avis postaux, un plan de Paris divisé par quartiers, les arrondissements des bureaux, les noms des villages en banlieue, les rues avec leurs quartiers et leurs tenanciers, ainsi qu'une carte géographique des quartiers de Paris et la demeure des banquiers. Le Cabinet Littéraire de la Nouveauté, situé au Magasin de Grangé & Dufour, Libraires, Pont Nôtre-Dame, près de la Pompe, offre également une large gamme d'almanachs imprimés par divers libraires parisiens. Cet établissement est présenté comme nouveau et utile pour la lecture de brochures, journaux, gazettes françaises et étrangères, ainsi que de tous les papiers publics.
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3941
p. 118-125
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
MISCELLANEA Philosophico - Mathematica, Societatis private Taurinensis. 2 vol. in-4°. [...]
Mots clefs :
Volumes, Académie de Turin, Fables, Traduction libre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
MISCELLANEA Philofophico - Mathematica
, Societatis private Taurinenfis.
2 vol. in-4° . avec cette Epigraphe :
Favete , adefte æquo animo , & rem cognofcite
Ut pernofcatis , ecquid fpei fit reliquum .
Terent Prolog. Andr.
Augufta Taurinorum , ex Typographiâ
Regia. 1759. Et fe trouve à Paris chez
Briailon , rue S. Jacques , à la Science.
Ces deux Volumes font beaucoup.
d'honneur à l'Académie de Turin ; &
nous nous propofons d'en rendre compte
inceffamment .
VOYAGE en France , en Italie &
JANVIER. 1762. 119
aux Ifles de l'Archipel ; ou Lettres écrites
de plufieurs endroits de l'Europe &
du Levant , en 1750 , &c , avec des obfervations
de l'Auteur fur les diverfes
productions de la Nature & de l'Art :
Ouvrage traduit de l'Anglois , 4 vol.
in- 12. Paris , 1763. Chez Charpentier ,
Libraire , quai des Auguftins , à l'entrée
de la rue du Hurepoix , à S. Chryfoftôme.
Nous donnerons l'Extrait de cet
Ouvrage auffi curieux qu'inftructif.
OEUVRES diverfes de M. Defmahis.
in - 12 . Geneve. 17762. Se trouve chez les
Libraires qui vendent les Nouveautés.
On fera fans doute bien-aife de trouver
enfin réunis les différens Ouvrages de
cet aimable Auteur.
LES SUCCÈS d'un Fat , Nouvelle. 2
vol. in- 12. à Avignon , 1762. On les
trouve à Paris chez Lefclapart , Libraire
, quai de Gêvres.
FABLES nouvelles divifées en 4 Livres
, Traduction libre de l'Allemand ,
de M. Lichtwechr , in- 12 . Strasbourg
1763 , chez Godefroi Baver ; & fe trouve
à Paris , chez Langlois , Libraire ,
rue de la Harpe , à la Couronne d'or.
4
120 MERCURE DE FRANCE .
>
TRAITÉ hiftorique des Plantes qui
croiffent dans la Lorraine & les trois
Evêchés , contenant leur deſcription
leur figure , leur nom , les lieux où elles
croiffent , leur culture , leur analyſe
& leurs propriétés , tant pour la Médecine
, que pour les Arts & Métiers . Par
M. P. J. Buchoz , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie & en
Médecine , Aggrégé du Collége Royal
des Médecins de Nanci, in - 12. Tom. I.
à Nanci , 1762.
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiffement
de Louis XIV, Par M. Villaret
, Secrétaire de Noffeigneurs les
Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie. in- 12 . Tomes 11. & 12 .
Paris , 1763. Chez Defaint & Saillant,
rue S. Jean de Beauvais vis-à -vis le
Collége. Nous donnerons , dans le Mercure
prochain , l'Extrait de ces deux nouveaux
volumes , qui ne peuvent qu'ajou
ter à la réputation méritée de leur Auteur.
>
LETTRE de M. Marin , Cenfeur
Royal & de la Police , de l'Académie
de Marfeil'e & de la Société Royale des
Sciences & Belles- Lettres de Nanci , à
Mde
JANVIER. 1763. 121
Mde la P *** de *** fur un Projet intéreffant
pour l'humanité. Nous fommes
fâchés que l'abondance des matières
ne nous permette point d'inférer ici
dès à préfent cette lettre , qui fait honneur
au coeur & à l'efprit de fon Auteur.
PETIT TABLEAU de l'Univers , qui
comprend la defcription de tous les
Pays & Villes du Monde , avec leurs
pofitions & leurs diftances de Paris
toutes les grandes routes de Tèrre , de
Mer & des rivieres de France , l'étendue
des côtes de mer , avec les Royaumes
& les Villes qui y font fituées , le
cours des rivieres , les hautes montagnes
, les Gouvernemens de France , les
Refforts des Parlemens , les Généralités
les Diocéfes , les Ordres de Chevalerie
&c , & les Ecrivains profanes de tous
les fiécles de l'Ere Chrétienne , in-24.
ALMANACH du Tableau de l'Univers
, qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du Monde, in-32.
>
LE BON JARDINIER Almanach
pour l'année 1763 , contenant une idée
générale des quatre fortes de Jardins ,
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
les régles pour les cultiver , & la maniere
d'élever les plus belles fleurs. Nouvelle
édition confidérablement augmen→
tée , & dans laquelle la partie des fleurs
a été entierement refondue par un Amateur
Ces trois petits Ouvrages fe vendent
à Paris chez Guillyn , quai des Auguf
tins du côté du Pont S. Michel au
Lys- d'or.
,
ETRENNES du Chrétien ; Almanach
DE BERRY. Chez Barbou , Libraire ,
rue S. Jacques , aux Cigognes.
ETRENNES curieufes & utiles , à,
l'ufage de la Province de Berry , pour
l'année 1763. A Bourges , chez la veuve
Boyer.
2
ETRENNES maritimes , pour l'année
1763 , contenant des idées générales de
la Marine & des Vaiffeaux ; l'explication
de quelques termes de Marine ; la
lifte des Vaiffeaux offerts au Roi ; &
l'état des Officiers de la Marine à la fin
de 1762. A Paris , chez Nyon , quai
des Auguftins , àl'Occafion
TRAITÉ élémentaire de Méchanir
JANVIER. 1763. 123
que & de Dynamique appliqué princi
palement au mouvement des mâchines ,
par › M. l'Abbé BOSSUT , Profeffeur
Royal de Mathématique aux Ecoles /du
Génie , à Mézieres , Correſpondant de
l'Académie Royale des Sciences de
Paris. A Charleville , chez Tefin..
M. l'Abbé Boffut connu par deux
Prix qu'il a remportés à l'Académie des
Sciences , & 1par d'excellens mémoires
qu'il a donnés fur la Géométrie & la
Méchanique tranfcendantes , vient de
publier cet Ouvrage , dont nous n'entreprendrons
point de faire l'analyſe..
Nous nous contenterons de dire que
l'Académie des Sciences l'a approuvé
avec éloge ; mais comme iba pour objet.
des matières utiles;nous nous propofons.
de le faire connoître à nos Lecteurs ,
en tranfcrivant dans le Mercure prochain
une partie de la préface même
de l'Auteur,que nous trouvons très-bien
écrite rogs a
XUS
Le Public eft avertique le Tome
cinquième du Nouveau Traité de la
Diplomatique , par les Bénédictins , paroit
actuellement chez Defprez , Immprimeur
du Roi & du Clergé de Frande.
Les Soulcripteurs font pries len venan
Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
retirer ce volume , d'appporter la re--
connoiffance qu'ils doivent avoir pour:
lesTomes 5 & 6 fin de l'ouvrage , afin que
le volume qu'on leur donnera foit regiftré
derrière.
NOUVELLES Etrennes gravées , emblématiques
& chantantes pour l'année
1763 :
Sur divers fujets de piété & de morale
, par le fieur Breffon de Maillard,
graveur & découpeur privilégié en caracteres
& deffeins- vignettes , de feu
Monfeigneur le Duc de Bourgogne ..
On trouvera pareillement chez ledit
fieur Maillard , en fa demeure rue S.
Jacques , Maifon de M. de Lambon
Avocat , près les Mathurins , une fuite
d'autres petites eftampes en emblêmes ,
relatives aux temps des Etrènnes , comme
auffi un affortiment de fes ouvrages de
caractères & de deffeins pour peindre
toutes fortes d'ouvrages. L'époufe du
fieur Maillard montre aux Dames la
maniere de s'en fervir & de les terminer
au pinceau.
TRAITE' fur la culture des Muriers
blancs , la maniere d'élever les vers - àfoie
, & l'ufage qu'on doit faire des
JANVIER. 1763 . 125
cocons , avec figures. Par M. Pomier.
Ingénieur des Ponts & Chauffées. A
Orléans , de l'imprimerie de Couret de
Villeneuve , Imprimeur du Roi & de
l'Evêché , 1762 , avec approbation &
privilége du Roi.
Pater ipfe colendi
"
Haud facilem effe viam voluit , primufque per
artem
Movit agros.
Quare agite , & proprios generatim difcite cultus
Agricolæ , fructufque feros mollite colendo.
up
Georg. I. & II.
MISCELLANEA Philofophico - Mathematica
, Societatis private Taurinenfis.
2 vol. in-4° . avec cette Epigraphe :
Favete , adefte æquo animo , & rem cognofcite
Ut pernofcatis , ecquid fpei fit reliquum .
Terent Prolog. Andr.
Augufta Taurinorum , ex Typographiâ
Regia. 1759. Et fe trouve à Paris chez
Briailon , rue S. Jacques , à la Science.
Ces deux Volumes font beaucoup.
d'honneur à l'Académie de Turin ; &
nous nous propofons d'en rendre compte
inceffamment .
VOYAGE en France , en Italie &
JANVIER. 1762. 119
aux Ifles de l'Archipel ; ou Lettres écrites
de plufieurs endroits de l'Europe &
du Levant , en 1750 , &c , avec des obfervations
de l'Auteur fur les diverfes
productions de la Nature & de l'Art :
Ouvrage traduit de l'Anglois , 4 vol.
in- 12. Paris , 1763. Chez Charpentier ,
Libraire , quai des Auguftins , à l'entrée
de la rue du Hurepoix , à S. Chryfoftôme.
Nous donnerons l'Extrait de cet
Ouvrage auffi curieux qu'inftructif.
OEUVRES diverfes de M. Defmahis.
in - 12 . Geneve. 17762. Se trouve chez les
Libraires qui vendent les Nouveautés.
On fera fans doute bien-aife de trouver
enfin réunis les différens Ouvrages de
cet aimable Auteur.
LES SUCCÈS d'un Fat , Nouvelle. 2
vol. in- 12. à Avignon , 1762. On les
trouve à Paris chez Lefclapart , Libraire
, quai de Gêvres.
FABLES nouvelles divifées en 4 Livres
, Traduction libre de l'Allemand ,
de M. Lichtwechr , in- 12 . Strasbourg
1763 , chez Godefroi Baver ; & fe trouve
à Paris , chez Langlois , Libraire ,
rue de la Harpe , à la Couronne d'or.
4
120 MERCURE DE FRANCE .
>
TRAITÉ hiftorique des Plantes qui
croiffent dans la Lorraine & les trois
Evêchés , contenant leur deſcription
leur figure , leur nom , les lieux où elles
croiffent , leur culture , leur analyſe
& leurs propriétés , tant pour la Médecine
, que pour les Arts & Métiers . Par
M. P. J. Buchoz , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie & en
Médecine , Aggrégé du Collége Royal
des Médecins de Nanci, in - 12. Tom. I.
à Nanci , 1762.
HISTOIRE DE FRANCE depuis l'établiffement
de Louis XIV, Par M. Villaret
, Secrétaire de Noffeigneurs les
Pairs de France , Garde des Archives
de la Pairie. in- 12 . Tomes 11. & 12 .
Paris , 1763. Chez Defaint & Saillant,
rue S. Jean de Beauvais vis-à -vis le
Collége. Nous donnerons , dans le Mercure
prochain , l'Extrait de ces deux nouveaux
volumes , qui ne peuvent qu'ajou
ter à la réputation méritée de leur Auteur.
>
LETTRE de M. Marin , Cenfeur
Royal & de la Police , de l'Académie
de Marfeil'e & de la Société Royale des
Sciences & Belles- Lettres de Nanci , à
Mde
JANVIER. 1763. 121
Mde la P *** de *** fur un Projet intéreffant
pour l'humanité. Nous fommes
fâchés que l'abondance des matières
ne nous permette point d'inférer ici
dès à préfent cette lettre , qui fait honneur
au coeur & à l'efprit de fon Auteur.
PETIT TABLEAU de l'Univers , qui
comprend la defcription de tous les
Pays & Villes du Monde , avec leurs
pofitions & leurs diftances de Paris
toutes les grandes routes de Tèrre , de
Mer & des rivieres de France , l'étendue
des côtes de mer , avec les Royaumes
& les Villes qui y font fituées , le
cours des rivieres , les hautes montagnes
, les Gouvernemens de France , les
Refforts des Parlemens , les Généralités
les Diocéfes , les Ordres de Chevalerie
&c , & les Ecrivains profanes de tous
les fiécles de l'Ere Chrétienne , in-24.
ALMANACH du Tableau de l'Univers
, qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du Monde, in-32.
>
LE BON JARDINIER Almanach
pour l'année 1763 , contenant une idée
générale des quatre fortes de Jardins ,
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
les régles pour les cultiver , & la maniere
d'élever les plus belles fleurs. Nouvelle
édition confidérablement augmen→
tée , & dans laquelle la partie des fleurs
a été entierement refondue par un Amateur
Ces trois petits Ouvrages fe vendent
à Paris chez Guillyn , quai des Auguf
tins du côté du Pont S. Michel au
Lys- d'or.
,
ETRENNES du Chrétien ; Almanach
DE BERRY. Chez Barbou , Libraire ,
rue S. Jacques , aux Cigognes.
ETRENNES curieufes & utiles , à,
l'ufage de la Province de Berry , pour
l'année 1763. A Bourges , chez la veuve
Boyer.
2
ETRENNES maritimes , pour l'année
1763 , contenant des idées générales de
la Marine & des Vaiffeaux ; l'explication
de quelques termes de Marine ; la
lifte des Vaiffeaux offerts au Roi ; &
l'état des Officiers de la Marine à la fin
de 1762. A Paris , chez Nyon , quai
des Auguftins , àl'Occafion
TRAITÉ élémentaire de Méchanir
JANVIER. 1763. 123
que & de Dynamique appliqué princi
palement au mouvement des mâchines ,
par › M. l'Abbé BOSSUT , Profeffeur
Royal de Mathématique aux Ecoles /du
Génie , à Mézieres , Correſpondant de
l'Académie Royale des Sciences de
Paris. A Charleville , chez Tefin..
M. l'Abbé Boffut connu par deux
Prix qu'il a remportés à l'Académie des
Sciences , & 1par d'excellens mémoires
qu'il a donnés fur la Géométrie & la
Méchanique tranfcendantes , vient de
publier cet Ouvrage , dont nous n'entreprendrons
point de faire l'analyſe..
Nous nous contenterons de dire que
l'Académie des Sciences l'a approuvé
avec éloge ; mais comme iba pour objet.
des matières utiles;nous nous propofons.
de le faire connoître à nos Lecteurs ,
en tranfcrivant dans le Mercure prochain
une partie de la préface même
de l'Auteur,que nous trouvons très-bien
écrite rogs a
XUS
Le Public eft avertique le Tome
cinquième du Nouveau Traité de la
Diplomatique , par les Bénédictins , paroit
actuellement chez Defprez , Immprimeur
du Roi & du Clergé de Frande.
Les Soulcripteurs font pries len venan
Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
retirer ce volume , d'appporter la re--
connoiffance qu'ils doivent avoir pour:
lesTomes 5 & 6 fin de l'ouvrage , afin que
le volume qu'on leur donnera foit regiftré
derrière.
NOUVELLES Etrennes gravées , emblématiques
& chantantes pour l'année
1763 :
Sur divers fujets de piété & de morale
, par le fieur Breffon de Maillard,
graveur & découpeur privilégié en caracteres
& deffeins- vignettes , de feu
Monfeigneur le Duc de Bourgogne ..
On trouvera pareillement chez ledit
fieur Maillard , en fa demeure rue S.
Jacques , Maifon de M. de Lambon
Avocat , près les Mathurins , une fuite
d'autres petites eftampes en emblêmes ,
relatives aux temps des Etrènnes , comme
auffi un affortiment de fes ouvrages de
caractères & de deffeins pour peindre
toutes fortes d'ouvrages. L'époufe du
fieur Maillard montre aux Dames la
maniere de s'en fervir & de les terminer
au pinceau.
TRAITE' fur la culture des Muriers
blancs , la maniere d'élever les vers - àfoie
, & l'ufage qu'on doit faire des
JANVIER. 1763 . 125
cocons , avec figures. Par M. Pomier.
Ingénieur des Ponts & Chauffées. A
Orléans , de l'imprimerie de Couret de
Villeneuve , Imprimeur du Roi & de
l'Evêché , 1762 , avec approbation &
privilége du Roi.
Pater ipfe colendi
"
Haud facilem effe viam voluit , primufque per
artem
Movit agros.
Quare agite , & proprios generatim difcite cultus
Agricolæ , fructufque feros mollite colendo.
up
Georg. I. & II.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le document présente une série d'annonces de livres et d'ouvrages publiés entre 1759 et 1763. Parmi les publications notables, les 'Miscellanea Philofophico-Mathematica' de la Société privée de Turin, parues en 1759, sont mises en avant, honorant l'Académie de Turin. Un autre ouvrage mentionné est le 'Voyage en France, en Italie et aux îles de l'Archipel', traduit de l'anglais et publié en 1763, décrit comme curieux et instructif. Les 'Œuvres diverses de M. Desmahis', publiées à Genève en 1762, ainsi que 'Les Succès d'un Fat' et des 'Fables nouvelles' traduites de l'allemand, sont également annoncées. Le document mentionne également des traités historiques et scientifiques, tels que le 'Traité historique des Plantes' de M. P. J. Buchoz et l''Histoire de France' de M. Villaret. Des almanachs et des ouvrages techniques, comme le 'Traité élémentaire de Méchanique' de l'Abbé Bossut, sont également listés. Enfin, le document informe sur la publication du cinquième tome du 'Nouveau Traité de la Diplomatique' par les Bénédictins et sur diverses estampes et gravures pour l'année 1763.
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3942
p. 126-131
GÉOMÉTRIE.
Début :
LA diversité des termes employés pour la mesure des Terres fait souvent une [...]
Mots clefs :
Pieds, Perche, Arpent, Arpenteur, Arpentage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GÉOMÉTRIE.
ARTICLE IIL
SCIENCES ETBELLÈS-LETTRES
---- GÉOMÉTRIE L
LA diverfiré des termes employés pour
la mefure des Terres fait fouvent une
difficulté embarraffante , aft
arpent , journal-
bacre , "fecter , faumac , & c , font
des termes pfités en parlant d'arpentage.
Mais fi ces noms font différens , les
mefures ou les quantités qu'ils expriment
ne le font guères moins. Il y a
plus , c'eft que le même terme ne fignifie
passtoujours la même chofe ; par
exemple , l'arpent eft plus ou moins
grand , fuivant les différentes Coutumes
; ce qui fait varier, la pratique de
l'arpentage , & le rend même plus difficile.
L'arpent eft ordinairement de cent
perches ; mais les perches varient beaucoup
: tantôt elles font à dix-huit pieds
en tout fens , ou pour mieux dire en
quarré tantôt de vingt . Ailleurs elles
7
JANVIER 1763 127
font de vingt- deux , de vingt- quatre ,
&c , fur quoi il feroit à defirer qu'on
pût établir dans le Royaume des mefures
& des dénominations qui fuffent
les mêmes dans toutes les Provinces. ;
l'art de mesurer les Terres deviendroit
plus uniforme & plus aifé.
7
Plufieurs Savans , amateurs d'agricul
ture , employent dans leurs calculs l'arpent
de cent perches , à vingt pieds
en quarré pour perche. Cette mefure
moyenne entre les extrêmes feroit fort
commode : elle donne des comptes
ronds faciles à entendre & à manier ,
& dès-lors elle mériteroit la préférence.
Si l'on admettoit la perche de vingt
pieds de quarré , en multipliant 20 par
20 pour la perche quarrée , son auroit
400 pieds quarrés pour la perche de
terre. En ajoutant à ce produit deux zéros
pour multiplier par cent , nombre
des perches dont l'arpent eft compofé ,
on auroit 40000 pieds quarrés pour l'arpent
total.
Du refte , pour faciliter les opérations
de l'Arpenteur , au lieu de fuivre les variétés
de la perche , on pourroit s'en tenir
à une mefure commune, & plus
conftante , je veux dire le pied de douze
pouces , qu'on appelle pied- de - rçi, Ainfi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
4
F'on n'auroit qu'à mefurer par pied les
deux côtés d'une piéce quelconque ,
piéce ou quarrée ou réduite en triangle ,
fuivant les procédés connus : pour lors
par une feule multiplication , dont les
moindres fujets font capables , on fauroit
le nombre de pieds quarrés contenus
dans une piéce de terre. Si l'on avoit
choifi l'arpent moyen dont nous avons
parlé , & il y a mille occafions où l'on
en pourroit convenir alors autant de
fois qu'on auroit quarante mille pieds
quarrés , autant on auroit d'arpens de la
grandeur convenue.
,
Quant aux fractions , autant de fois
qu'on auroit 20000 ou 10000 , autant
de fois on auroit des demis ou des
quarts ; & quant aux fractions ultérieures
, autant de fois qu'on auroit 400
pieds , autant on auroit de perches quarrées.
Il feroit aifé de faire pour cela des
tables qui ne feroient ni longues ni embarraffantes
, & qui rendroient l'arpentage
une opération fimple & à la portée
des moindres villageois ; aulieu qu'il faut
aujourd'hui pour ce travail de prétendus
-Experts , qui font les importans , & qui
font payer chérement leurs vacations.
Pour opérer dans cette méthode , on
prend une chaîne de vingt pieds où les
JANVIER. 1763. 129
demis & les quarts , les pieds même
font marqués ; on mefure les deux côtés
d'un quarré quelconque , le nombre des
chaînes contenues en chaque côté ſe
réduit aisément en centaine & en mille,
& on les porte féparément fur le papier
à mesure qu'on avance dans fon
opération ; & comme on l'a dit , autant
de fois qu'on a 40000 pieds , autant
on compte d'arpens ; bien entendu que
s'il y a quelque inégalité dans les côtés
correfpondans , on redreffe le tout , en
prenant un moyen proportionnel ; je
veux dire que fi un côté avoit 110
pieds , tandis que fon correfpondant
n'en auroit que 102 ; alors on additionneroit
ces deux nombres , & l'on en
prendroit la moitié 106 pour en faire
l'un des membres de la multiplication .
Mais du refte ce font là des notions
qu'on doit fuppofer dans tout homme
qui fe mêle d'arpentage.
Voici une table relative à la propofition
précédente.
400 pieds font une perche quarrée.
600 pieds font une perche & demie.
800 pieds font deux perches,
1000 pieds font deux perches & demie.
1200 pieds, font trois perches..
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
1600 pieds font quatre perchesel X nimch
2000 pieds font cinq perches.prem zie
3000 pieds font fept perches & demien
4000 pieds font dix perches . oo 29uiting
5ooo pieds font douze perches & demie.
6oco pieds font quinze perches:
7000 pieds font dix fept perches & demie.
8000 pieds font vingt perches. int
39000 pieds font vingt- deux perches & demie.
10000 pieds fontvingt-cinq perehes.
20000 pieds font cinquante perches.
30c00 pieds font foixante- quinze perches.
40000 pieds font roo perches ou l'arp, moyen.
60000 pieds font 150 perches.
* 8000 pieds font 200 perches ou deux arpens.
100000 pieds font 2 arpens & demi .
200000 pieds font ƒ arpens.
300000 pieds font 7 arpens & demi..
400000 pieds font 10 arpens.
500000 pieds font 12 arpens & deini.
600000 pieds font 15 arpens.
700000 pieds font 17 arpens & demi.
300000 pieds font zo arpens.
900000 pieds font 22 arpens & demi.
1000000 pieds font 24 arpens.
Au furplus la méthode que je propoſe
du pied-de-roi pour antique meture des
Arpenteurs conviendroit à toutes les
variétés admifes par nos Coutumes ; car
JANVIER. 1763. 131
fi l'entier qu'on cherche , foit journal),
acre ou faumac , & c , fi cet entier contient
par exemple : 36000 pieds quarrés ,
plus ou moins , peu importe , autant
de fois qu'on aura 36000 pieds quarrés ,
autant on aura des mefures dui des entiers
que l'on cherché , & à proportion
des moindres fractions ou quantités. Il
n'y aura qu'à faire des tables relatives à
ces différentes mefurés pour abréger les
opérations , & fur-tout pour les rendre
beaucoup plus faciles à tout le monde.
SCIENCES ETBELLÈS-LETTRES
---- GÉOMÉTRIE L
LA diverfiré des termes employés pour
la mefure des Terres fait fouvent une
difficulté embarraffante , aft
arpent , journal-
bacre , "fecter , faumac , & c , font
des termes pfités en parlant d'arpentage.
Mais fi ces noms font différens , les
mefures ou les quantités qu'ils expriment
ne le font guères moins. Il y a
plus , c'eft que le même terme ne fignifie
passtoujours la même chofe ; par
exemple , l'arpent eft plus ou moins
grand , fuivant les différentes Coutumes
; ce qui fait varier, la pratique de
l'arpentage , & le rend même plus difficile.
L'arpent eft ordinairement de cent
perches ; mais les perches varient beaucoup
: tantôt elles font à dix-huit pieds
en tout fens , ou pour mieux dire en
quarré tantôt de vingt . Ailleurs elles
7
JANVIER 1763 127
font de vingt- deux , de vingt- quatre ,
&c , fur quoi il feroit à defirer qu'on
pût établir dans le Royaume des mefures
& des dénominations qui fuffent
les mêmes dans toutes les Provinces. ;
l'art de mesurer les Terres deviendroit
plus uniforme & plus aifé.
7
Plufieurs Savans , amateurs d'agricul
ture , employent dans leurs calculs l'arpent
de cent perches , à vingt pieds
en quarré pour perche. Cette mefure
moyenne entre les extrêmes feroit fort
commode : elle donne des comptes
ronds faciles à entendre & à manier ,
& dès-lors elle mériteroit la préférence.
Si l'on admettoit la perche de vingt
pieds de quarré , en multipliant 20 par
20 pour la perche quarrée , son auroit
400 pieds quarrés pour la perche de
terre. En ajoutant à ce produit deux zéros
pour multiplier par cent , nombre
des perches dont l'arpent eft compofé ,
on auroit 40000 pieds quarrés pour l'arpent
total.
Du refte , pour faciliter les opérations
de l'Arpenteur , au lieu de fuivre les variétés
de la perche , on pourroit s'en tenir
à une mefure commune, & plus
conftante , je veux dire le pied de douze
pouces , qu'on appelle pied- de - rçi, Ainfi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
4
F'on n'auroit qu'à mefurer par pied les
deux côtés d'une piéce quelconque ,
piéce ou quarrée ou réduite en triangle ,
fuivant les procédés connus : pour lors
par une feule multiplication , dont les
moindres fujets font capables , on fauroit
le nombre de pieds quarrés contenus
dans une piéce de terre. Si l'on avoit
choifi l'arpent moyen dont nous avons
parlé , & il y a mille occafions où l'on
en pourroit convenir alors autant de
fois qu'on auroit quarante mille pieds
quarrés , autant on auroit d'arpens de la
grandeur convenue.
,
Quant aux fractions , autant de fois
qu'on auroit 20000 ou 10000 , autant
de fois on auroit des demis ou des
quarts ; & quant aux fractions ultérieures
, autant de fois qu'on auroit 400
pieds , autant on auroit de perches quarrées.
Il feroit aifé de faire pour cela des
tables qui ne feroient ni longues ni embarraffantes
, & qui rendroient l'arpentage
une opération fimple & à la portée
des moindres villageois ; aulieu qu'il faut
aujourd'hui pour ce travail de prétendus
-Experts , qui font les importans , & qui
font payer chérement leurs vacations.
Pour opérer dans cette méthode , on
prend une chaîne de vingt pieds où les
JANVIER. 1763. 129
demis & les quarts , les pieds même
font marqués ; on mefure les deux côtés
d'un quarré quelconque , le nombre des
chaînes contenues en chaque côté ſe
réduit aisément en centaine & en mille,
& on les porte féparément fur le papier
à mesure qu'on avance dans fon
opération ; & comme on l'a dit , autant
de fois qu'on a 40000 pieds , autant
on compte d'arpens ; bien entendu que
s'il y a quelque inégalité dans les côtés
correfpondans , on redreffe le tout , en
prenant un moyen proportionnel ; je
veux dire que fi un côté avoit 110
pieds , tandis que fon correfpondant
n'en auroit que 102 ; alors on additionneroit
ces deux nombres , & l'on en
prendroit la moitié 106 pour en faire
l'un des membres de la multiplication .
Mais du refte ce font là des notions
qu'on doit fuppofer dans tout homme
qui fe mêle d'arpentage.
Voici une table relative à la propofition
précédente.
400 pieds font une perche quarrée.
600 pieds font une perche & demie.
800 pieds font deux perches,
1000 pieds font deux perches & demie.
1200 pieds, font trois perches..
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
1600 pieds font quatre perchesel X nimch
2000 pieds font cinq perches.prem zie
3000 pieds font fept perches & demien
4000 pieds font dix perches . oo 29uiting
5ooo pieds font douze perches & demie.
6oco pieds font quinze perches:
7000 pieds font dix fept perches & demie.
8000 pieds font vingt perches. int
39000 pieds font vingt- deux perches & demie.
10000 pieds fontvingt-cinq perehes.
20000 pieds font cinquante perches.
30c00 pieds font foixante- quinze perches.
40000 pieds font roo perches ou l'arp, moyen.
60000 pieds font 150 perches.
* 8000 pieds font 200 perches ou deux arpens.
100000 pieds font 2 arpens & demi .
200000 pieds font ƒ arpens.
300000 pieds font 7 arpens & demi..
400000 pieds font 10 arpens.
500000 pieds font 12 arpens & deini.
600000 pieds font 15 arpens.
700000 pieds font 17 arpens & demi.
300000 pieds font zo arpens.
900000 pieds font 22 arpens & demi.
1000000 pieds font 24 arpens.
Au furplus la méthode que je propoſe
du pied-de-roi pour antique meture des
Arpenteurs conviendroit à toutes les
variétés admifes par nos Coutumes ; car
JANVIER. 1763. 131
fi l'entier qu'on cherche , foit journal),
acre ou faumac , & c , fi cet entier contient
par exemple : 36000 pieds quarrés ,
plus ou moins , peu importe , autant
de fois qu'on aura 36000 pieds quarrés ,
autant on aura des mefures dui des entiers
que l'on cherché , & à proportion
des moindres fractions ou quantités. Il
n'y aura qu'à faire des tables relatives à
ces différentes mefurés pour abréger les
opérations , & fur-tout pour les rendre
beaucoup plus faciles à tout le monde.
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Résumé : GÉOMÉTRIE.
Le texte aborde les défis liés à la mesure des terres en raison de la diversité des termes et des unités utilisés. Des termes tels que arpent, journal, acre, fecter et faumac varient selon les régions, compliquant ainsi les opérations d'arpentage. Par exemple, la taille de l'arpent diffère selon les coutumes locales, rendant la pratique plus complexe. L'arpent est généralement composé de cent perches, mais la taille des perches varie également, allant de dix-huit à vingt-quatre pieds en carré. Pour uniformiser les mesures, plusieurs savants proposent d'adopter une perche de vingt pieds en carré. Cette standardisation faciliterait les calculs et rendrait les mesures plus cohérentes. Ils suggèrent également d'utiliser le pied de douze pouces, appelé pied-de-roi, comme unité de base pour les mesures. Cela permettrait de simplifier les opérations d'arpentage en utilisant des chaînes de vingt pieds pour mesurer les côtés des parcelles de terre. Le texte propose également des tables de conversion pour faciliter les calculs, permettant de déterminer facilement le nombre d'arpents ou de perches à partir des pieds carrés mesurés. Cette méthode vise à rendre l'arpentage plus accessible et moins coûteux, en réduisant la nécessité de recourir à des experts.
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3943
p. 131-134
ARCHITECTURE.
Début :
MESSIEURS les Commissaires dénommés par l'Académie Royale d'Architecture à l'examen [...]
Mots clefs :
Académie royale d'architecture, Commissaires, Sacristie de Notre-Dame de Paris, Contrôleur des bâtiments du roi, Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE.
MESSIEURS ESSIEURS les Commiffaires dénommés
par l'Académie Royale d'Architecture
à l'examen des gravures du
fieur Dumont , ayant marqué par leur
rapport lé defir de voir augmenter la
-collection de cet Artite fur S. Pierre
de Rome, de nombre d'autres détails:
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
de cette Bafilique & continuer cet Ouvrage
autant pour l'utilité des Artiſtes
& Amateurs & la fatisfaction du Public
, que pour l'honneur de cet Architecte
, ont déterminé par leur rapport
-cet Artiſte à nous donner un fupplément
de 7 planches des détails de ce
Monument. La précifion & l'exactitude
de ces dernieres planches répond au
précieux que ces Meffieurs ont reconnu
aux premieres, Cette collection fe trouve
actuellement fixée à 30 planches fur
S. Pierre feul ; le prix en feuilles eft de
71.4 f.
Les portes du chevet de Ste Marie
Majeure ainfi que le profil & l'élévation
de la porte Farméfe qu'il avoit mis
à la fuite de fa collection de S. Pierre ,
font partie d'un fecond Cahier où il
joint une des Campaniles de Sté Agnès
avec fept croifées des plus beaux Palais
de Rome , imprimées deux à deux fur
une même feuille , ce qui fe monte à
12 études particulieres dont le prix en
grand papier eft de 3 l.
En petit papier ,
21. 10 f.
Les élévations , profils & détails de
la Sacriftie de Notre- Dame de Paris ,
gravées d'après les deffeins de M. Soufflot
, Architecte & Contrôleur des BâJANVIER.
1763. 133
timens du Roi forment un cahier de 6
planches , le prix en feuilles grand papier
,
Petit papier ,
I l. 10 f.
1 1. 4 f.
Divers projets de l'Auteur , cahier de
9 planches en feuilles , grand papier ,
I l. 10 f.
Une Fontaine de Bernin , exécutée à
la vigne Panphile, jointe au plan géométral
& élévation perfpective d'un Temple
des Arts , compofition de l'Auteur
pour fa réception à l'Académie de Rome,
en feuilles & grand papier , 1 1. 16f.
Petit papier ,
Il. Io f.
Les quatre petits cahiers de diverfes
parties d'Architecture , dont nous avons
ci-devant parlé , fe trouvent chez l'Auteur
également en grand papier à raifon
I l. 10 f
Et de même en petit papier à 1 1.5 f
Il les débite auffi tous quatre reliés
enfemble . Prix , .61.
de
A ces augmentations ci - deffus l'Auteur
met actuellement au jour douze plan .
ches fur les Salles de Spectacle . Ce cahier
renferme quatre plans des plus belles
Salles d'Italie . La cinquiéme eft occupée
par la fameufe Salle de Turin . La fixiéme
nous donne un projet de Salle de
l'Auteur. La feptiéme contient les plans ,
134 MERCURE DE FRANCE.
coupe & profil de la Salle de l'Opéra-
Comique , Foire S. Laurent. La huitiéme
donne tous les détails néceffaires à l'établiffement
des théâtres , & les quatre
dernieres les plans , coupes & profils
d'une petite Salle de machine , très - curieufe
par la fimplicité de fa méchanique
& par le peu de frais qu'elle entraîne
dans fes opérations . Ce cahier n'eft pas
le moins intéreffant des gravures que le
fieur Dumont vient de mettre au jour.
Les notes qu'il a eu foin de faire appofer
autant qu'elles étoient néceffaires
avec une échelle commune à la plus
grande partie de ces plans , donnent
Féclairciffement de leur rapport entre
elles. Le prix de ce cahier eft de 3 liv.
Une nouvelle perfpective repréfentant
l'intérieur d'un Sallon à l'Italienne
, compofition de l'Auteur auffi proprement
gravée que deffinée avec précifion
de perſpective. Prix , 11.4 £
Toutes ces gravures fe debitent toujours
chez l'Auteur, rue neuve S. Merry,
à l'hôtel de Jabac.
par l'Académie Royale d'Architecture
à l'examen des gravures du
fieur Dumont , ayant marqué par leur
rapport lé defir de voir augmenter la
-collection de cet Artite fur S. Pierre
de Rome, de nombre d'autres détails:
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
de cette Bafilique & continuer cet Ouvrage
autant pour l'utilité des Artiſtes
& Amateurs & la fatisfaction du Public
, que pour l'honneur de cet Architecte
, ont déterminé par leur rapport
-cet Artiſte à nous donner un fupplément
de 7 planches des détails de ce
Monument. La précifion & l'exactitude
de ces dernieres planches répond au
précieux que ces Meffieurs ont reconnu
aux premieres, Cette collection fe trouve
actuellement fixée à 30 planches fur
S. Pierre feul ; le prix en feuilles eft de
71.4 f.
Les portes du chevet de Ste Marie
Majeure ainfi que le profil & l'élévation
de la porte Farméfe qu'il avoit mis
à la fuite de fa collection de S. Pierre ,
font partie d'un fecond Cahier où il
joint une des Campaniles de Sté Agnès
avec fept croifées des plus beaux Palais
de Rome , imprimées deux à deux fur
une même feuille , ce qui fe monte à
12 études particulieres dont le prix en
grand papier eft de 3 l.
En petit papier ,
21. 10 f.
Les élévations , profils & détails de
la Sacriftie de Notre- Dame de Paris ,
gravées d'après les deffeins de M. Soufflot
, Architecte & Contrôleur des BâJANVIER.
1763. 133
timens du Roi forment un cahier de 6
planches , le prix en feuilles grand papier
,
Petit papier ,
I l. 10 f.
1 1. 4 f.
Divers projets de l'Auteur , cahier de
9 planches en feuilles , grand papier ,
I l. 10 f.
Une Fontaine de Bernin , exécutée à
la vigne Panphile, jointe au plan géométral
& élévation perfpective d'un Temple
des Arts , compofition de l'Auteur
pour fa réception à l'Académie de Rome,
en feuilles & grand papier , 1 1. 16f.
Petit papier ,
Il. Io f.
Les quatre petits cahiers de diverfes
parties d'Architecture , dont nous avons
ci-devant parlé , fe trouvent chez l'Auteur
également en grand papier à raifon
I l. 10 f
Et de même en petit papier à 1 1.5 f
Il les débite auffi tous quatre reliés
enfemble . Prix , .61.
de
A ces augmentations ci - deffus l'Auteur
met actuellement au jour douze plan .
ches fur les Salles de Spectacle . Ce cahier
renferme quatre plans des plus belles
Salles d'Italie . La cinquiéme eft occupée
par la fameufe Salle de Turin . La fixiéme
nous donne un projet de Salle de
l'Auteur. La feptiéme contient les plans ,
134 MERCURE DE FRANCE.
coupe & profil de la Salle de l'Opéra-
Comique , Foire S. Laurent. La huitiéme
donne tous les détails néceffaires à l'établiffement
des théâtres , & les quatre
dernieres les plans , coupes & profils
d'une petite Salle de machine , très - curieufe
par la fimplicité de fa méchanique
& par le peu de frais qu'elle entraîne
dans fes opérations . Ce cahier n'eft pas
le moins intéreffant des gravures que le
fieur Dumont vient de mettre au jour.
Les notes qu'il a eu foin de faire appofer
autant qu'elles étoient néceffaires
avec une échelle commune à la plus
grande partie de ces plans , donnent
Féclairciffement de leur rapport entre
elles. Le prix de ce cahier eft de 3 liv.
Une nouvelle perfpective repréfentant
l'intérieur d'un Sallon à l'Italienne
, compofition de l'Auteur auffi proprement
gravée que deffinée avec précifion
de perſpective. Prix , 11.4 £
Toutes ces gravures fe debitent toujours
chez l'Auteur, rue neuve S. Merry,
à l'hôtel de Jabac.
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Résumé : ARCHITECTURE.
Le rapport des commissaires de l'Académie Royale d'Architecture concerne les gravures de l'artiste Dumont. Ils souhaitent enrichir la collection de gravures sur la basilique Saint-Pierre de Rome en ajoutant 7 planches détaillées, portant la collection à 30 planches au total, vendues 71 livres 4 sols en feuilles. Dumont a également réalisé des gravures sur divers sujets architecturaux, comme les portes du chevet de Sainte-Marie-Majeure, des profils et élévations de portes, des campaniles et des croisées de palais romains, regroupés en un second cahier de 12 études particulières, vendu 3 livres en grand papier et 21 livres 10 sols en petit papier. Il a aussi gravé des élévations, profils et détails de la sacristie de Notre-Dame de Paris d'après les dessins de Soufflot, regroupés en un cahier de 6 planches, vendu 1 livre 10 sols en grand papier et 1 livre 4 sols en petit papier. Parmi ses autres travaux, on trouve des projets divers, une fontaine de Bernin et des plans d'un temple des Arts. Dumont propose également un cahier de 12 planches sur les salles de spectacle, vendu 3 livres, et une nouvelle perspective représentant l'intérieur d'un salon à l'italienne, vendue 1 livre 4 sols. Toutes ces gravures sont disponibles chez l'auteur, rue neuve Saint-Merry, à l'hôtel de Jabac.
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3944
p. 135-137
PRIX proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1764.
Début :
L'ACADEMIE Royale de Chirurgie avoit proposé pour le Prix de l'année [...]
Mots clefs :
Abcès, Médaille d'or, Devise, Régnicole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1764.
PRIX propofé par l'Académie Royale
de
Chirurgie , pour L'année 1764...
L'ACADEMIE
' ACADEMIE Royale de Chirurgie
avoit propofé pour le Prix de l'année
1762 le Sujet fuivant :
Déterminer la manière d'ouvrir les
abfcès , & leur traitement méthodique fuivant
les différentes parties du corps .
•
De quatorze Mémoires reçus , un
feul dont la Devife eft : Inter utrumque
tene , medio tutiffimus ibis : a paru mériter
des éloges ; mais une mariere auffi
importante n'ayant pas été fuffifantment
approfondie , l'Académie a cru devoir
propofer le même fujet pour l'année
1764.
Le prix eft une médaille d'or de la valeur
de cinq cens livres , fondée par M.
de la Peyronie , & il fera double pour
cette année , c'eft -à-dire que celui qui
au jugement de l'Académie , aura fait
le meilleur ouvrage fur le fijet propofé ,
recevra les deux médailles d'or , ou une
-médaille & la valeur de l'autre , au choix
de l'Auteur.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
136 MERCURE DE FRANCE.
-font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort lifibles...
Ceux qui ont déja compofé pourront
faire à leurs Mémoires tels changemens
qu'ils voudront , & les renvoyeront
écrits de nouveau.
Les Auteurs mettront fimplement une
devife à leurs ouvrages ; mais , pour fe
faire connoître , ils y joindront à part
dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , qualité & demeure
, & ce papier ne fera ouvert qu'en
cas que la Piéce ait remporté le prix .
Ils adrefferont leurs ouvrages franc de
port à M. Morand , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirurgie , a
Paris , ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes perfonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au prix on n'en excepte que les Membres
de l'Académie .
Qu'au
La médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui fe fera fait connoître
porteur d'une procuration de fa part ;
l'un ou l'autre repréfentant la marque
diſtinctive , ou une copie nette du Mémoire.
Les ouvrages feront reçus jufqu'au
JANVIER. 1763 . 137
dernier jour de Décembre 1763 inclufivement
; & l'Académie , à fon Affemblée
publique de 1764 , qui fe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâques
proclamera la Piéce qui aura remporté
le prix.
L'Académie ayant établi qu'elle donneroit
tous les ans fur les fonds qui lui
ont été légués par M. de la Peyronie
- une médaille d'or de 200 1. à celui des
Chirurgiens Etrangers ou Regnicoles ,
non membres de l'Académie , qui l'aura
mérité par un ouvrage fur quelque matiere
de Chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur , elle l'adjugera à celui qui
aura envoyé le meilleur ouvrage dans le
courant de l'année 1763. Ce prix d'émulation
fera proclamé le jour de la Séance
publique .
Le même jour elle diftribuera cinq
médailles d'or de cent frans chacune à
cinq Chirurgiens , foit Académiciens de
la Claffe des Libres , foit fimplement
Regnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1763 un Mémoire ou
trois obfervations intéreſſantes .
de
Chirurgie , pour L'année 1764...
L'ACADEMIE
' ACADEMIE Royale de Chirurgie
avoit propofé pour le Prix de l'année
1762 le Sujet fuivant :
Déterminer la manière d'ouvrir les
abfcès , & leur traitement méthodique fuivant
les différentes parties du corps .
•
De quatorze Mémoires reçus , un
feul dont la Devife eft : Inter utrumque
tene , medio tutiffimus ibis : a paru mériter
des éloges ; mais une mariere auffi
importante n'ayant pas été fuffifantment
approfondie , l'Académie a cru devoir
propofer le même fujet pour l'année
1764.
Le prix eft une médaille d'or de la valeur
de cinq cens livres , fondée par M.
de la Peyronie , & il fera double pour
cette année , c'eft -à-dire que celui qui
au jugement de l'Académie , aura fait
le meilleur ouvrage fur le fijet propofé ,
recevra les deux médailles d'or , ou une
-médaille & la valeur de l'autre , au choix
de l'Auteur.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
136 MERCURE DE FRANCE.
-font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort lifibles...
Ceux qui ont déja compofé pourront
faire à leurs Mémoires tels changemens
qu'ils voudront , & les renvoyeront
écrits de nouveau.
Les Auteurs mettront fimplement une
devife à leurs ouvrages ; mais , pour fe
faire connoître , ils y joindront à part
dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , qualité & demeure
, & ce papier ne fera ouvert qu'en
cas que la Piéce ait remporté le prix .
Ils adrefferont leurs ouvrages franc de
port à M. Morand , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirurgie , a
Paris , ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes perfonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au prix on n'en excepte que les Membres
de l'Académie .
Qu'au
La médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui fe fera fait connoître
porteur d'une procuration de fa part ;
l'un ou l'autre repréfentant la marque
diſtinctive , ou une copie nette du Mémoire.
Les ouvrages feront reçus jufqu'au
JANVIER. 1763 . 137
dernier jour de Décembre 1763 inclufivement
; & l'Académie , à fon Affemblée
publique de 1764 , qui fe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâques
proclamera la Piéce qui aura remporté
le prix.
L'Académie ayant établi qu'elle donneroit
tous les ans fur les fonds qui lui
ont été légués par M. de la Peyronie
- une médaille d'or de 200 1. à celui des
Chirurgiens Etrangers ou Regnicoles ,
non membres de l'Académie , qui l'aura
mérité par un ouvrage fur quelque matiere
de Chirurgie que ce foit , au choix
de l'Auteur , elle l'adjugera à celui qui
aura envoyé le meilleur ouvrage dans le
courant de l'année 1763. Ce prix d'émulation
fera proclamé le jour de la Séance
publique .
Le même jour elle diftribuera cinq
médailles d'or de cent frans chacune à
cinq Chirurgiens , foit Académiciens de
la Claffe des Libres , foit fimplement
Regnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1763 un Mémoire ou
trois obfervations intéreſſantes .
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Résumé : PRIX proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1764.
L'Académie Royale de Chirurgie a proposé un prix pour 1764 sur l'ouverture et le traitement des abcès selon les différentes parties du corps. En 1762, quatorze mémoires avaient été soumis, mais aucun n'avait suffisamment approfondi le sujet. L'Académie a donc reconduit le même sujet pour 1764, offrant une médaille d'or d'une valeur de cinq cents livres, doublée pour cette année. Les mémoires doivent être rédigés en français ou en latin et être lisibles. Les auteurs peuvent modifier leurs travaux précédents et les soumettre à nouveau, en incluant une devise et leurs informations personnelles dans un papier cacheté. Les mémoires doivent être envoyés à M. Morand, Secrétaire perpétuel de l'Académie, à Paris, avant le 31 décembre 1763. La proclamation du lauréat aura lieu lors de l'assemblée publique de 1764, après la quinzaine de Pâques. De plus, l'Académie attribuera une médaille d'or de 200 livres à un chirurgien non membre pour un ouvrage sur une matière de chirurgie, et cinq médailles d'or de cent francs chacune pour des mémoires ou observations intéressantes réalisés en 2013.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3945
p. 138-146
GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Début :
LA Littérature a été enrichie cette année d'une très belle édition des Contes [...]
Mots clefs :
Contes, Format, Papiers, Caractères, Culs-de-lampe, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
GRAVURE.
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
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Résumé : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Le texte décrit une édition des Contes de La Fontaine publiée en 1763 à Amsterdam. Cette édition, composée de deux volumes in-octavo, se distingue par un soin particulier apporté au texte, épuré selon les éditions contemporaines de l'auteur et respectant son orthographe. Le format, le papier et les caractères reflètent un choix élégant et raffiné. Le premier tome s'ouvre par un éloge historique du poète. Les deux volumes sont enrichis de 140 gravures, incluant des portraits, des estampes, des fleurons, des vignettes et des culs-de-lampe. Les portraits de La Fontaine et du défunteur sont gravés par Fiquet. Les dessins des estampes et des vignettes sont réalisés par Eisen, qui a su exprimer l'intérêt et le sentiment dans plusieurs sujets. Les gravures sont également l'œuvre de Aliamet, Lemire, Phlipart et Longueil. Les culs-de-lampe et fleurons sont réalisés par Choffard, qui a utilisé le genre arabe pour refléter la grâce, la légèreté et la naïveté des Contes. Les allégories et ornements sont choisis pour correspondre au caractère poétique des Contes. Cette édition est disponible chez plusieurs libraires, dont Lambert et Duchefne.
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3946
p. 146-147
LETTRE à M. D...
Début :
Je ne fais aucun doute, Monsieur, que l'estampe que M. Fessard vient de [...]
Mots clefs :
Tableau, Collection, Coloris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. D...
LETTRE à M. D ...
ga
JE
E ne fais
aucun
doute
, Monfieur
que
l'eftampe
que
M. Feffard
vient
de
donner
au Public
d'après
le beau
tableau
de P.P.
Rubens
, du cabinet
du Roi
, &
faite
pour
augmenter
la belle
collection
:
que
Pon
conferve
au cabinet
de S. M.
ne vous
ait fait
la même
impreffion
ainfi
qu'aux
foufcripteurs
& amateurs
, qu'elle
m'a
faite
à moi-même
. L'Auteur
me
paroît
confommé
dans
l'étude
de l'art
qu'il
profeffe
, & l'on
peut
dire
qu'il
a
rendu
Rubens
dans
fa touche
& dans
fes effets
avec
une
grande
vérité
. Je
crois
que
nous
devons
nous
attendre
encore
à de nouveaux
efforts
de fa part
pour
la fuite
de ce grand
projet
, puifqu'il
a rendir
le coloris
de Rubens
, &
les
différentes
étoffes
de fes tableaux
,par
JANVIER . 1763. 147
un genre de gravure & d'oppofitions qui
ne dérangent rien à l'effet. Je crois
donc que le fujet qu'il grave actuéllement
dont la pureté du deffein eft
d'une grande beauté & d'une belle ordonnance
, gagnera encore par l'étude
qu'il a faite du coloris de Rubens. Le peu
d'exemplaires qui lui refte de cette
eftampe , la planche étant déposée au
cabinet de S. M. doit l'encourager à
fuivre vivement fon entreprife. Quant
à moi , je fouhaite que fa convalefcence
lui permette un travail qui ne peut que
lui faire honneur : & je me flatte qu'il ne
fera pas fâché qu'un de fes foufcripteurs
ait entrepris de lui rendre la juftice qui
lui eft due.
J'ai l'honneur d'être , & c.
ga
JE
E ne fais
aucun
doute
, Monfieur
que
l'eftampe
que
M. Feffard
vient
de
donner
au Public
d'après
le beau
tableau
de P.P.
Rubens
, du cabinet
du Roi
, &
faite
pour
augmenter
la belle
collection
:
que
Pon
conferve
au cabinet
de S. M.
ne vous
ait fait
la même
impreffion
ainfi
qu'aux
foufcripteurs
& amateurs
, qu'elle
m'a
faite
à moi-même
. L'Auteur
me
paroît
confommé
dans
l'étude
de l'art
qu'il
profeffe
, & l'on
peut
dire
qu'il
a
rendu
Rubens
dans
fa touche
& dans
fes effets
avec
une
grande
vérité
. Je
crois
que
nous
devons
nous
attendre
encore
à de nouveaux
efforts
de fa part
pour
la fuite
de ce grand
projet
, puifqu'il
a rendir
le coloris
de Rubens
, &
les
différentes
étoffes
de fes tableaux
,par
JANVIER . 1763. 147
un genre de gravure & d'oppofitions qui
ne dérangent rien à l'effet. Je crois
donc que le fujet qu'il grave actuéllement
dont la pureté du deffein eft
d'une grande beauté & d'une belle ordonnance
, gagnera encore par l'étude
qu'il a faite du coloris de Rubens. Le peu
d'exemplaires qui lui refte de cette
eftampe , la planche étant déposée au
cabinet de S. M. doit l'encourager à
fuivre vivement fon entreprife. Quant
à moi , je fouhaite que fa convalefcence
lui permette un travail qui ne peut que
lui faire honneur : & je me flatte qu'il ne
fera pas fâché qu'un de fes foufcripteurs
ait entrepris de lui rendre la juftice qui
lui eft due.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE à M. D...
La lettre à M. D... traite d'une estampe réalisée par M. Fessard d'après un tableau de Pierre-Paul Rubens, conservé au cabinet du Roi. L'auteur admire le travail de Fessard, soulignant sa maîtrise et sa fidélité à la touche et aux effets de Rubens. Il anticipe les futurs efforts de Fessard pour reproduire les couleurs et les étoffes des tableaux de Rubens, en utilisant une technique de gravure et d'oppositions qui préserve l'effet original. L'auteur mentionne également un sujet actuellement gravé par Fessard, notant la pureté de son dessin. Il encourage Fessard à poursuivre son entreprise malgré le faible nombre d'exemplaires restants, la planche étant déposée au cabinet du Roi. L'auteur espère que la convalescence de Fessard lui permettra de continuer son travail et se flatte d'avoir entrepris de rendre justice à Fessard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3947
p. 147
MUSIQUE.
Début :
MDE de Saint-Aubin, connue par ses talens pour la Musique, a imaginé [...]
Mots clefs :
Lyre, Tons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
·
DE de Saint- Aubin , connue par
fes talens pour la Mufique , a imaginé
une lyre qu'elle a fait exécuter par le
fieur Macra. Il y a un méchanifme de
regiftres pour les diézis & les bémols
qui donne la facilité de jouer fur tous
les
tons.
·
DE de Saint- Aubin , connue par
fes talens pour la Mufique , a imaginé
une lyre qu'elle a fait exécuter par le
fieur Macra. Il y a un méchanifme de
regiftres pour les diézis & les bémols
qui donne la facilité de jouer fur tous
les
tons.
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3948
p. 148-155
AVERTISSEMENT.
Début :
LES Spectacles font, sans contredit, l'objet le plus intéressant des amusemens [...]
Mots clefs :
Amusements, Affiches, Théâtres, Public, Louer, Journalistes, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
LES Spectacles font, fans contredit,
» l'objet le plus intéreffant des amufe-
» mens du Public , & la partie la plus,
» agréable de notre Littérature : rendre
» compte féchement de ce qui les con-
» cerne , n'en faire pour ainfi dire que.
» copier les affiches , feroit un travail
» ftérile à l'égard de ceux même qui fré-
» quentent habituellement nos Théâtres ;
» bien plus encore à l'égard de ceux®
» que l'abfence de la Capitale ou d'au-
» tres caufes privent de cet amuſement.
» On a donc cru devoir entrer dans cer-
» tains détails fur les ouvrages nou-
» veaux , fur la remife des anciens
» ainfi que fur les talens de ceux qui les
» repréfentent. Ces détails peuvent &
» doivent fatisfaire les Lecteurs qui ont
» affez d'efprit pour douter de leur ju-
» gement , & vouloir le conférer avec
"
?
JANVIER. 1763 . 149
"
» celui de la plus faine portion du Pu-
» blic , que nous confultons toujours
» avec foin , & qui dicte ordinairement
" tout ce que nous avançons . Combien
» ces mêmes détails deviennent-ils plus
» inftructifs pour les Lecteurs éloignés
» des Théâtres , defquels cependant
» ils ont quelques connoiffances , par
» la célébrité de plufieurs ouvrages &
» des talens diftingués dans nos jeux
dramatiques. Le foin d'être utile
» pour l'avenir aux recherches des
» Curieux , amateurs du Théâtre , feroit
» feul un motiffuffifant pour nous en-
» gager à en conferver , comme un dé-
»pôt , toutes les particularités , celles
» même qui paroiffent minutieufes dans
» le temps où elles font fous nos yeux .
» C'eft d'abord dans notre Journal
» qu'on va les chercher ; & nous remar-
» quons tous les jours que lorsqu'on ne
les y trouve pas auffi détaillées qu'elles
» pourroient être , on fait mauvais gré
» à ceux de nos Prédéceffeurs qui les ont
·» négligées. Nous connoiffons tous , par
» exemple , & l'on n'oubliera de long-
» temps encore la réputation de quel-
>> ques anciens Acteurs du Théâtre Fran-
» çois & de celui de l'Opéra ; mais une
tradition , déja fort incertaine , & qui
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
" s'obfcurcit de plus en plus en s'éloi-
» gnant , nous laiffe à peine diftinguer
» en quoi confiftoit fpécialement l'ex-
» cellence de chacun de ces grands ta-
»lens , & ce qu'ils pouvoient avoir de
» commun ou de diftinctif par rapport
» à ceux que nous admirons aujour-
» d'hui circonftances indifférentes au
» Lecteur indifférent lui-même fur cette
» matière , mais circonftances précieu-
» fes pour l'amateur éclairé , & qui de-
» vroient l'être encore davantage pour
» quiconque defire férieufement faire
» des progrès dans les mêmes talens.
» Nous avons reçu fréquemment tant
» de la Province que de la Capitale , des
» témoignages affurés de fatisfaction fur
» cette maniere de traiter l'Article du
» Théâtre . Mais elle nous engage dans
» une critique difcutée de bien des par-
»ties qui n'en paroiffent pas fufceptibles
» à tous les Lecteurs ; & par une autre
» néceffité , qu'indique l'honnêteté pu-
» blique à quiconque eft fait pour la
» connoître , cette critique nous a en-
" gagé dans des éloges étendus & réï-
» térés. La raiſon en eft facile à fentir .
» A l'égard des talens fupérieurs , ils
» font fouvent dans le cas de varier les
» motifs & les occafions de l'admiraJANVIER.
1763. 151
tion publique. Il nous avoit paru jufte
>>alors moins encore d'yjoindre la nôtre,
» que de conftater les différentes épo-
» ques de leur gloire. A l'égard des ta-
» lens inférieurs , même des talens mé-
» diocres ; nous avons penfé qu'il feroit
» fouvent cruel & toujours décourageant
» pour eux , de ne pas envelopper les
»juftes cenfures qu'exige leur propre
» intérêt , dans l'éloge de quelques par-
» ties où ils font des progrès & quelque-
»fois de difpofitions ou de facultés na-
» turelles , dont on les avertit par-là de
"
faire un meilleur ufage. C'eft une fem-
» me que l'on trouve laide ordinaire-
» ment , parce qu'elle fe néglige , que
l'on peindroit dans un moment heu-
» reux , où fes foins auroient embelli fa
» phyfionomie. Il eft à préfumer que ce
» Portrait l'engageroit à redoubler de
» pareils foins , à en prendre de nou-
» veaux , pour juftifier & furpaffer , s'il
» étoit poffible , l'art officieux du Pein-
» tre. Nous fommes & nous devons
» être fouvent ce Peintre à l'égard des
» gens de talens . Voilà ce que nos Lec-
» teurs ne veulent pas toujours affez con-
»fidérer. Ce ne font pas nos Portraits
» qu'il faut accufer d'être infidéles , lors
» même qu'ils font flattés , c'eſt aux
"
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
objets de nos peintures à qui il faut
» s'en prendre , s'ils ne font pas toujours
» conformes , & quelquefois fupérieurs
» au moment favorable que nous avons
étudié , & que fouvent nous avons eu
» tant de peine à faifir.
»
» Malgré des raifons qui nous fem-
» blent fi bien fondées, nous ne pouvons
» nous diffimuler ( & nous l'avons trop
» éprouvé ) qu'en général la louange
» entre Concurrens , ou qui prétendent
» l'être , eft l'écueil où fe brife toute
» prudence humaine.L'amour- propre de
» chaque particulier eft , fur cela , dans
» une oppofition perpétuelle au fenti-
» ment des autres , & prèfque jamais
» dans un rapport exact avec la vérité ;
»il n'en faut pas excepter les talens les
» plus modeftes . Il arrive donc que cha-
>> cun de ceux à qui nous diftribuons
» des éloges , ne trouve de trop reffer-
» rés que les fiens & tous les autres d'une
» prolixité injufte & fuperflue . Les amis
» de chaque Complaignant leur prêtent
"
obligeament leurs voix ; car il eft pro-
>> digieux combien on trouve d'amis pour
déprimer les autres , & fur-tout pour
» condamner un Journaliſte !
» Nous connoiffions tousles inconvé-
» niens de notre conduite ; nous les
JANVIER. 1763 . 153
» avons bravés. Ce n'eft ni par une or-
»gueilleufe indifférence fur le fentiment
» de ceux que nous avons toujours chefché
à obliger & que malheureufe-
» ment nous avons pu mécontenter , ni
» par la coupable négligence du premier
de nos devoirs , qui eft de fatisfaire
» le Public ; mais parce que nous avons
» regardé cette conduite comme la plus
» utile au progrès de l'Art dramatique :
» partie éffentielle de la gloire littéraire
» de notre Nation .
» Si les motifs que nous venons d'expofer
dans cet avertiffement , ne nous
» juftifient pas fur les moyens,aux yeux
» de l'amour-propre bleffé & encouragé
" par l'Envie ; nous nous flatons au moins
» qu'ils nous juftifieront fur l'intention,
auprès de tous les Juges défintéreffés .
» Cependant comme on doit éviter
les reproches les plus mal fondés ; confme
d'ailleurs la puérile jaloufie de quel-
» ques Ecrivains pourroit leur faire croire
» & peut- être faire dire par leurs amis ,
» qu'ils poffédent exclufivement à nous ,
» ce talent de l'efprit , dont nous ne
connoiffons point encore d'exemple
fur la terre , par lequel on puiffe fe concilier
un fuffrage unanime dans une
» inégale diſtribution d'éloges ; nous fe
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
» rons déformais plus moderés dans cette
» diſtribution, même à l'égard desTalens
» les plus fupérieurs , qui , peut- être en
» fecret , fe trouvent humiliés de n'être
» pas les objets uniques de toute efpéce
» d'attention .
» Nous donnons cet avis afin que. dans
les Provinces , on n'infére pas de no-
» tre filence fur ceux dont nous avons
» parlé fouvent avec éloge , que leurs ta-
» lens foient dégénérés , & qu'ils ayent
» ceffé d'en mériter journellement de
> nouveaux .
» Nous prévenons encore , que nous
>> ne nous reſtraindrons pas dans une fervile
contrainte fur ce que nous nous
» propofons ; relativement fur- tout aux
» Spectacles de la Cour. Aucune confi-
» dération perſonnelle ne nous détermi-
» nera à priver des Sujets affez heureux
» pour plaire à leur Souverain , du prix
de leur zéle & de leurs foins , en ne
» publiant pas cet ineftimable avantage.
» Nous ne nous difpenferons pas
» non plus , de continuer à donner fur
les Ouvrages nouveaux , des extraits
& des remarques affez étendues pour
»développer tout le mérite qui peut s'y
» trouver quelque fuperflu & quelque
» déplaifant que cela puiffe paroître à
JANVIER. 1763 . 155
» ceux de nos Auteurs dramatiques que
» le Public n'a pas accoutumés à fes ap-
-» plaudiffemens , & qui par conféquent
» ont eu peu à fe louer des Journalistes.
» l'objet le plus intéreffant des amufe-
» mens du Public , & la partie la plus,
» agréable de notre Littérature : rendre
» compte féchement de ce qui les con-
» cerne , n'en faire pour ainfi dire que.
» copier les affiches , feroit un travail
» ftérile à l'égard de ceux même qui fré-
» quentent habituellement nos Théâtres ;
» bien plus encore à l'égard de ceux®
» que l'abfence de la Capitale ou d'au-
» tres caufes privent de cet amuſement.
» On a donc cru devoir entrer dans cer-
» tains détails fur les ouvrages nou-
» veaux , fur la remife des anciens
» ainfi que fur les talens de ceux qui les
» repréfentent. Ces détails peuvent &
» doivent fatisfaire les Lecteurs qui ont
» affez d'efprit pour douter de leur ju-
» gement , & vouloir le conférer avec
"
?
JANVIER. 1763 . 149
"
» celui de la plus faine portion du Pu-
» blic , que nous confultons toujours
» avec foin , & qui dicte ordinairement
" tout ce que nous avançons . Combien
» ces mêmes détails deviennent-ils plus
» inftructifs pour les Lecteurs éloignés
» des Théâtres , defquels cependant
» ils ont quelques connoiffances , par
» la célébrité de plufieurs ouvrages &
» des talens diftingués dans nos jeux
dramatiques. Le foin d'être utile
» pour l'avenir aux recherches des
» Curieux , amateurs du Théâtre , feroit
» feul un motiffuffifant pour nous en-
» gager à en conferver , comme un dé-
»pôt , toutes les particularités , celles
» même qui paroiffent minutieufes dans
» le temps où elles font fous nos yeux .
» C'eft d'abord dans notre Journal
» qu'on va les chercher ; & nous remar-
» quons tous les jours que lorsqu'on ne
les y trouve pas auffi détaillées qu'elles
» pourroient être , on fait mauvais gré
» à ceux de nos Prédéceffeurs qui les ont
·» négligées. Nous connoiffons tous , par
» exemple , & l'on n'oubliera de long-
» temps encore la réputation de quel-
>> ques anciens Acteurs du Théâtre Fran-
» çois & de celui de l'Opéra ; mais une
tradition , déja fort incertaine , & qui
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
" s'obfcurcit de plus en plus en s'éloi-
» gnant , nous laiffe à peine diftinguer
» en quoi confiftoit fpécialement l'ex-
» cellence de chacun de ces grands ta-
»lens , & ce qu'ils pouvoient avoir de
» commun ou de diftinctif par rapport
» à ceux que nous admirons aujour-
» d'hui circonftances indifférentes au
» Lecteur indifférent lui-même fur cette
» matière , mais circonftances précieu-
» fes pour l'amateur éclairé , & qui de-
» vroient l'être encore davantage pour
» quiconque defire férieufement faire
» des progrès dans les mêmes talens.
» Nous avons reçu fréquemment tant
» de la Province que de la Capitale , des
» témoignages affurés de fatisfaction fur
» cette maniere de traiter l'Article du
» Théâtre . Mais elle nous engage dans
» une critique difcutée de bien des par-
»ties qui n'en paroiffent pas fufceptibles
» à tous les Lecteurs ; & par une autre
» néceffité , qu'indique l'honnêteté pu-
» blique à quiconque eft fait pour la
» connoître , cette critique nous a en-
" gagé dans des éloges étendus & réï-
» térés. La raiſon en eft facile à fentir .
» A l'égard des talens fupérieurs , ils
» font fouvent dans le cas de varier les
» motifs & les occafions de l'admiraJANVIER.
1763. 151
tion publique. Il nous avoit paru jufte
>>alors moins encore d'yjoindre la nôtre,
» que de conftater les différentes épo-
» ques de leur gloire. A l'égard des ta-
» lens inférieurs , même des talens mé-
» diocres ; nous avons penfé qu'il feroit
» fouvent cruel & toujours décourageant
» pour eux , de ne pas envelopper les
»juftes cenfures qu'exige leur propre
» intérêt , dans l'éloge de quelques par-
» ties où ils font des progrès & quelque-
»fois de difpofitions ou de facultés na-
» turelles , dont on les avertit par-là de
"
faire un meilleur ufage. C'eft une fem-
» me que l'on trouve laide ordinaire-
» ment , parce qu'elle fe néglige , que
l'on peindroit dans un moment heu-
» reux , où fes foins auroient embelli fa
» phyfionomie. Il eft à préfumer que ce
» Portrait l'engageroit à redoubler de
» pareils foins , à en prendre de nou-
» veaux , pour juftifier & furpaffer , s'il
» étoit poffible , l'art officieux du Pein-
» tre. Nous fommes & nous devons
» être fouvent ce Peintre à l'égard des
» gens de talens . Voilà ce que nos Lec-
» teurs ne veulent pas toujours affez con-
»fidérer. Ce ne font pas nos Portraits
» qu'il faut accufer d'être infidéles , lors
» même qu'ils font flattés , c'eſt aux
"
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
objets de nos peintures à qui il faut
» s'en prendre , s'ils ne font pas toujours
» conformes , & quelquefois fupérieurs
» au moment favorable que nous avons
étudié , & que fouvent nous avons eu
» tant de peine à faifir.
»
» Malgré des raifons qui nous fem-
» blent fi bien fondées, nous ne pouvons
» nous diffimuler ( & nous l'avons trop
» éprouvé ) qu'en général la louange
» entre Concurrens , ou qui prétendent
» l'être , eft l'écueil où fe brife toute
» prudence humaine.L'amour- propre de
» chaque particulier eft , fur cela , dans
» une oppofition perpétuelle au fenti-
» ment des autres , & prèfque jamais
» dans un rapport exact avec la vérité ;
»il n'en faut pas excepter les talens les
» plus modeftes . Il arrive donc que cha-
>> cun de ceux à qui nous diftribuons
» des éloges , ne trouve de trop reffer-
» rés que les fiens & tous les autres d'une
» prolixité injufte & fuperflue . Les amis
» de chaque Complaignant leur prêtent
"
obligeament leurs voix ; car il eft pro-
>> digieux combien on trouve d'amis pour
déprimer les autres , & fur-tout pour
» condamner un Journaliſte !
» Nous connoiffions tousles inconvé-
» niens de notre conduite ; nous les
JANVIER. 1763 . 153
» avons bravés. Ce n'eft ni par une or-
»gueilleufe indifférence fur le fentiment
» de ceux que nous avons toujours chefché
à obliger & que malheureufe-
» ment nous avons pu mécontenter , ni
» par la coupable négligence du premier
de nos devoirs , qui eft de fatisfaire
» le Public ; mais parce que nous avons
» regardé cette conduite comme la plus
» utile au progrès de l'Art dramatique :
» partie éffentielle de la gloire littéraire
» de notre Nation .
» Si les motifs que nous venons d'expofer
dans cet avertiffement , ne nous
» juftifient pas fur les moyens,aux yeux
» de l'amour-propre bleffé & encouragé
" par l'Envie ; nous nous flatons au moins
» qu'ils nous juftifieront fur l'intention,
auprès de tous les Juges défintéreffés .
» Cependant comme on doit éviter
les reproches les plus mal fondés ; confme
d'ailleurs la puérile jaloufie de quel-
» ques Ecrivains pourroit leur faire croire
» & peut- être faire dire par leurs amis ,
» qu'ils poffédent exclufivement à nous ,
» ce talent de l'efprit , dont nous ne
connoiffons point encore d'exemple
fur la terre , par lequel on puiffe fe concilier
un fuffrage unanime dans une
» inégale diſtribution d'éloges ; nous fe
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
» rons déformais plus moderés dans cette
» diſtribution, même à l'égard desTalens
» les plus fupérieurs , qui , peut- être en
» fecret , fe trouvent humiliés de n'être
» pas les objets uniques de toute efpéce
» d'attention .
» Nous donnons cet avis afin que. dans
les Provinces , on n'infére pas de no-
» tre filence fur ceux dont nous avons
» parlé fouvent avec éloge , que leurs ta-
» lens foient dégénérés , & qu'ils ayent
» ceffé d'en mériter journellement de
> nouveaux .
» Nous prévenons encore , que nous
>> ne nous reſtraindrons pas dans une fervile
contrainte fur ce que nous nous
» propofons ; relativement fur- tout aux
» Spectacles de la Cour. Aucune confi-
» dération perſonnelle ne nous détermi-
» nera à priver des Sujets affez heureux
» pour plaire à leur Souverain , du prix
de leur zéle & de leurs foins , en ne
» publiant pas cet ineftimable avantage.
» Nous ne nous difpenferons pas
» non plus , de continuer à donner fur
les Ouvrages nouveaux , des extraits
& des remarques affez étendues pour
»développer tout le mérite qui peut s'y
» trouver quelque fuperflu & quelque
» déplaifant que cela puiffe paroître à
JANVIER. 1763 . 155
» ceux de nos Auteurs dramatiques que
» le Public n'a pas accoutumés à fes ap-
-» plaudiffemens , & qui par conféquent
» ont eu peu à fe louer des Journalistes.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le texte traite de l'importance des spectacles dans les divertissements du public et la littérature. L'auteur estime que se contenter de reproduire les affiches des spectacles est insuffisant, surtout pour ceux éloignés des théâtres. Il décide donc de fournir des détails sur les nouvelles œuvres, les reprises d'anciennes pièces et les talents des acteurs, informations précieuses pour les lecteurs éloignés mais connaisseurs des œuvres et des talents dramatiques. L'auteur souligne la nécessité de conserver des particularités, même mineures, pour les recherches futures des amateurs de théâtre. Il mentionne la réputation des anciens acteurs et la difficulté de transmettre leur excellence à travers les générations. Il reçoit des témoignages de satisfaction pour cette manière de traiter l'article du théâtre, mais cela l'engage dans une critique délicate et des éloges répétés. Les éloges étendus visent à varier les motifs d'admiration pour les talents supérieurs et à encourager les progrès pour les talents inférieurs. L'auteur compare son rôle à celui d'un peintre qui met en valeur les qualités des personnes, même si celles-ci ne sont pas toujours conformes au moment étudié. Malgré les raisons bien fondées, l'auteur reconnaît les inconvénients de sa conduite, notamment les reproches des concurrents. Il justifie sa méthode par l'utilité pour le progrès de l'art dramatique, essentiel à la gloire littéraire de la nation. Pour éviter les reproches, il promet de modérer ses éloges, même envers les talents supérieurs. Enfin, le texte prévient que le silence sur certains acteurs ne signifie pas une dégénérescence de leurs talents. L'auteur ne se restreindra pas dans ses critiques, notamment pour les spectacles de la cour, et continuera à fournir des extraits et des remarques sur les nouvelles œuvres, même si cela peut déplaire à certains auteurs dramatiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3949
p. 155-159
SPECTACLES du ROI à Choisi.
Début :
LE Lundi 13 Décembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Théâtre du roi, Intermède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES du ROI à Choisi.
SPECTACLES du Roi à Choifi.
LEE Lundi 13 Décembre , les ComédiensFrançois
repréfenterent fur le Théâ
tre du Roi, dans fon Château de Choifi
en préfence de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale , Irène , Tragédie du
fieur BOISTEL , Tréforier de France à
la Généralité d'Amiens. On a vu par
l'extrait de cette Piéce dans le précédent
Mercure , qu'elle contient un rôle très-
.confidérable pour la Dle CLAIRON,,
aux rares talens de laquelle la Cour eft
auffi fenfible que la Ville.
Cette Tragédie fut fuivie du Legs ,
Comédie en un Acte en profe de M.
MARIVAUX de l'Académie Françoife
(a) . La Dlle DANGEVILLE & le
fieur PREVILLE y jouoient les rôles
,
(a) Certe Piéce fut donnée à Paris pour la pre-
-miere fois en 1736 , elle eft repriſe très-fouvent
toujours avec fuccès.
(G vi
1
156 MERCURE DE FRANCE .
dans lesquels ils font toujours un nouveau
plaifir .
Le lendemain 14 les mêmes Comédiens
repréfenterent le Complaifant
Comédie en cinq Actes en proſe , Auteur
anonyme ( b ) , & l'Epouxparfipercherie
(c) , Comédie en deux Actes ,
en vers de feu M. de Boissi , de l'Académie
Françoife.
,
Le fieur GRANDVAL retiré du
Théâtre de Paris , comme Penfionnaire
du Roi & rempliffant ce fervice à la
Cour , a joué le rôle qui donne le titre à
la premiere de ces deux Piéces. On lui a
retrouvé les mêmes talens que l'on a long
temps & conftamment applaudis en lui ,
particuliérement dans ce que nous entendons
par le haut-comique. Le fieur
BELCOUR , qui a remplacé le fieur
GRANDVAL dans fon emploi à la Comédie
, a joué avec fuccès dans la feconde
Piéce le principal rôle , qui exige
beaucoup d'art , & par lequel il a contribué
avec les autres Acteurs à rendre
cette Comédie très-agréable au Public
( b) Repréſentée pour la premiere fois à Paris
en 1732 , à la Cour en 1733 , repriſe en 1734
avec autant de fuccès que dans la nouveauté.
(c)L'Epoux par fupercherie a été donnée à Pa
ris pour la premiere fois en 1744 .
JANVIER. 1763. 157
1
Toutes les fois qu'on la repréfente à
Paris . Ce Spectacle a paru faire plaifir
à la Cour , dont le fuffrage femble auffi
confirmer le goût du Public pour les tálens
du fieur MOLÊ , qui a joué dans les
deux Piéces.
Le Mercredi 15 on fit exécuter fur le
même Théâtre par les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
deux Actes détachés d'Opéra en forme
d'intermédes. Le premier étoit Alphée
& Aréthufe ( d) , Poëme du feu lieur
DANCHET , mufique du fieur d'Au-
VERGNE . La Demoifelle ARNOULD
dont on connoît la touchante expreffion
dans la voix , dans le jeu & dans
la figure , repréfentoit Aréthufe . Le fieur
L'ARRIVÉE , dont les talens n'avoient
pas encore eu occafion d'être connus fur
les théâtres de la Cour , chantoit le rôle
d'Alphée. Le fieur GELIN , celui de
Neptune. La Demoifelle DUBOIS L.
chantoit le rôle de Vénus .
Le fecond intermédt étoit un Acte
des Fêtes de l'hymen & de l'amour ,
ballet intitulé Arueris ; Poëme du feu
(a Cet Acte fait partie des fragmens que l'on
a donné cet Eté fur le théâtre de l'Opéra , & que
l'on y continue tous les Jeudis,
158 MERCURE DE FRANCE.
fieur CAHUSAC ; Mufique du fieur RAMEAU.
Le fieur GELIOTE , Ordinaire de la
Mufique du Roi , retiré du Théâtre depuis
plufieurs années , a exécuté dans
cet interméde le rôle d'Arueris avec la
même voix & les mêmes talens qui l'ont
rendu fi célébre . La Dlle LEMIERRE ,
( époufe du fieur LARRIVÉE ) y chantoit
le rôle d'ORIE : elle s'en eft acquittée
d'une maniere à réaliſer la fiction
des rôles , par laquelle ARUERIS ,
Ordonnateur & Juge des jeux , où concourent
les talens dont il eft le maître
& le modéle couronne la jeune ·
ORIE pour le prix du chant . La Demoifelle
DUBOIS L. & le fieur BÊCHE , de
-la Mufique du Roi , repréfentoient un
Berger & une Bergère , perfonnages
acceffoires dans cet Acte .
Dans le premier interméde les pas
Teuls & les principales entrécs ont été
danfés par les fieurs LANI , LAVAL,
GARDEL , DAUBERVAL & GROSSET
, & par les Demoiselles ALLARD.,
PESLIN & DUMONCEAU. Dans le fecond
, les Demoifelles LANI , ALLARD
, PESLIN & DUMONCEAU, à la
place de la Demoiselle VESTRIS , malade.
Les fieurs VESTRIS , LANI, LA
JANVIER. 1763. 159
VAL, GARDEL , DAUBERVAL &
GROSSET.
On avoit ajouté à la fin de l'Acte d'ARUERIS
l'arriette & la belle chaconne
du fieur LE BRETON dans IPHIGENIE.
Ces deux morceaux firent la même impreffion
qu'ils font journellement fur le
Théâtre de Paris , & exciterent les plus
grands éloges , tant en faveur de l'Auteur
que de la Demoifelle LEMJERRE
qui chantoit cette Arriette , & du fieur
VESTRIS fur fa danfe dans la chaconne .
On a remarqué dans ce morceau, plusfenfiblement
que jamais , le talent fpécialement
propre à ce grand Danfeur, d'adapter,
avec une forte d'enthoufiafme poëtique
, fes pas au caractère & à l'expref
fion de la Mufique.
Sa Majefté , après le Spectacle , a eu
la bonté de déclarer publiquement la
fatisfaction qu'elle avoit eue des principaux
talens qui s'étoient diftingués en
divers genres dans l'exécution de ces
Spectacles.
LEE Lundi 13 Décembre , les ComédiensFrançois
repréfenterent fur le Théâ
tre du Roi, dans fon Château de Choifi
en préfence de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale , Irène , Tragédie du
fieur BOISTEL , Tréforier de France à
la Généralité d'Amiens. On a vu par
l'extrait de cette Piéce dans le précédent
Mercure , qu'elle contient un rôle très-
.confidérable pour la Dle CLAIRON,,
aux rares talens de laquelle la Cour eft
auffi fenfible que la Ville.
Cette Tragédie fut fuivie du Legs ,
Comédie en un Acte en profe de M.
MARIVAUX de l'Académie Françoife
(a) . La Dlle DANGEVILLE & le
fieur PREVILLE y jouoient les rôles
,
(a) Certe Piéce fut donnée à Paris pour la pre-
-miere fois en 1736 , elle eft repriſe très-fouvent
toujours avec fuccès.
(G vi
1
156 MERCURE DE FRANCE .
dans lesquels ils font toujours un nouveau
plaifir .
Le lendemain 14 les mêmes Comédiens
repréfenterent le Complaifant
Comédie en cinq Actes en proſe , Auteur
anonyme ( b ) , & l'Epouxparfipercherie
(c) , Comédie en deux Actes ,
en vers de feu M. de Boissi , de l'Académie
Françoife.
,
Le fieur GRANDVAL retiré du
Théâtre de Paris , comme Penfionnaire
du Roi & rempliffant ce fervice à la
Cour , a joué le rôle qui donne le titre à
la premiere de ces deux Piéces. On lui a
retrouvé les mêmes talens que l'on a long
temps & conftamment applaudis en lui ,
particuliérement dans ce que nous entendons
par le haut-comique. Le fieur
BELCOUR , qui a remplacé le fieur
GRANDVAL dans fon emploi à la Comédie
, a joué avec fuccès dans la feconde
Piéce le principal rôle , qui exige
beaucoup d'art , & par lequel il a contribué
avec les autres Acteurs à rendre
cette Comédie très-agréable au Public
( b) Repréſentée pour la premiere fois à Paris
en 1732 , à la Cour en 1733 , repriſe en 1734
avec autant de fuccès que dans la nouveauté.
(c)L'Epoux par fupercherie a été donnée à Pa
ris pour la premiere fois en 1744 .
JANVIER. 1763. 157
1
Toutes les fois qu'on la repréfente à
Paris . Ce Spectacle a paru faire plaifir
à la Cour , dont le fuffrage femble auffi
confirmer le goût du Public pour les tálens
du fieur MOLÊ , qui a joué dans les
deux Piéces.
Le Mercredi 15 on fit exécuter fur le
même Théâtre par les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
deux Actes détachés d'Opéra en forme
d'intermédes. Le premier étoit Alphée
& Aréthufe ( d) , Poëme du feu lieur
DANCHET , mufique du fieur d'Au-
VERGNE . La Demoifelle ARNOULD
dont on connoît la touchante expreffion
dans la voix , dans le jeu & dans
la figure , repréfentoit Aréthufe . Le fieur
L'ARRIVÉE , dont les talens n'avoient
pas encore eu occafion d'être connus fur
les théâtres de la Cour , chantoit le rôle
d'Alphée. Le fieur GELIN , celui de
Neptune. La Demoifelle DUBOIS L.
chantoit le rôle de Vénus .
Le fecond intermédt étoit un Acte
des Fêtes de l'hymen & de l'amour ,
ballet intitulé Arueris ; Poëme du feu
(a Cet Acte fait partie des fragmens que l'on
a donné cet Eté fur le théâtre de l'Opéra , & que
l'on y continue tous les Jeudis,
158 MERCURE DE FRANCE.
fieur CAHUSAC ; Mufique du fieur RAMEAU.
Le fieur GELIOTE , Ordinaire de la
Mufique du Roi , retiré du Théâtre depuis
plufieurs années , a exécuté dans
cet interméde le rôle d'Arueris avec la
même voix & les mêmes talens qui l'ont
rendu fi célébre . La Dlle LEMIERRE ,
( époufe du fieur LARRIVÉE ) y chantoit
le rôle d'ORIE : elle s'en eft acquittée
d'une maniere à réaliſer la fiction
des rôles , par laquelle ARUERIS ,
Ordonnateur & Juge des jeux , où concourent
les talens dont il eft le maître
& le modéle couronne la jeune ·
ORIE pour le prix du chant . La Demoifelle
DUBOIS L. & le fieur BÊCHE , de
-la Mufique du Roi , repréfentoient un
Berger & une Bergère , perfonnages
acceffoires dans cet Acte .
Dans le premier interméde les pas
Teuls & les principales entrécs ont été
danfés par les fieurs LANI , LAVAL,
GARDEL , DAUBERVAL & GROSSET
, & par les Demoiselles ALLARD.,
PESLIN & DUMONCEAU. Dans le fecond
, les Demoifelles LANI , ALLARD
, PESLIN & DUMONCEAU, à la
place de la Demoiselle VESTRIS , malade.
Les fieurs VESTRIS , LANI, LA
JANVIER. 1763. 159
VAL, GARDEL , DAUBERVAL &
GROSSET.
On avoit ajouté à la fin de l'Acte d'ARUERIS
l'arriette & la belle chaconne
du fieur LE BRETON dans IPHIGENIE.
Ces deux morceaux firent la même impreffion
qu'ils font journellement fur le
Théâtre de Paris , & exciterent les plus
grands éloges , tant en faveur de l'Auteur
que de la Demoifelle LEMJERRE
qui chantoit cette Arriette , & du fieur
VESTRIS fur fa danfe dans la chaconne .
On a remarqué dans ce morceau, plusfenfiblement
que jamais , le talent fpécialement
propre à ce grand Danfeur, d'adapter,
avec une forte d'enthoufiafme poëtique
, fes pas au caractère & à l'expref
fion de la Mufique.
Sa Majefté , après le Spectacle , a eu
la bonté de déclarer publiquement la
fatisfaction qu'elle avoit eue des principaux
talens qui s'étoient diftingués en
divers genres dans l'exécution de ces
Spectacles.
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Résumé : SPECTACLES du ROI à Choisi.
Du 13 au 15 décembre 1763, des spectacles ont été présentés au théâtre du Château de Choifi en présence du roi et de la famille royale. Le 13 décembre, les comédiens ont interprété 'Irène', une tragédie de Boistel, suivie de 'Le Legs', une comédie en un acte de Marivaux. Le 14 décembre, ils ont joué 'Le Complaisant', une comédie en cinq actes d'auteur anonyme, et 'L'Epoux par surprise', une comédie en deux actes de Boissy. Les acteurs Grandval et Belcour ont été particulièrement applaudis. Le 15 décembre, des intermèdes d'opéra ont été exécutés, incluant 'Alphée & Aréthuse' de Danchet et d'Auvergne, et 'Arueris' de Cahusac et Rameau. Les interprètes notables comprenaient la demoiselle Arnould, le sieur Larrivée, le sieur Gelin, et la demoiselle Lemierre. Le roi a exprimé sa satisfaction après le spectacle, soulignant les talents des artistes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3950
p. 159-160
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Début :
LES changemens & augmentations qu'on a faits au Théâtre du Château, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
LES
ES changemens & augmentations
qu'on a faits au Théâtre du Château ,
n'ayant pû être finis plutôt , on n'a.com160
MERCURE DE FRANCE .
mencé à y repréfenter cet hyver que le
Mercredi 21 Décembre. Les Comédiens
Italiens y jouerent Arlequin Baron Suiffe
, Piéce Italienne , & le Cadi dupé ,
Opera- Comique , dans lequel le fieur
CAILLOT joue le rôle d'Omar Teinturier
, que jouoit le fieur AUDINOT
dans l'établiffement de cette Piéce.
Le lendemain 23 les Comédiens Fran
çois y repréſenterent Iphigénie en Tau
ride , Tragédie du feu fieur GU IMONT
DE LA TOUCHE , fuivie du Rendezvous
, Comédie en un Acte & en vers
du feu fieur FAGAN.
N. B. On rendra compte dans le
prochain Mercure des Spectacles de la
fin du mois de Décembre.
LES
ES changemens & augmentations
qu'on a faits au Théâtre du Château ,
n'ayant pû être finis plutôt , on n'a.com160
MERCURE DE FRANCE .
mencé à y repréfenter cet hyver que le
Mercredi 21 Décembre. Les Comédiens
Italiens y jouerent Arlequin Baron Suiffe
, Piéce Italienne , & le Cadi dupé ,
Opera- Comique , dans lequel le fieur
CAILLOT joue le rôle d'Omar Teinturier
, que jouoit le fieur AUDINOT
dans l'établiffement de cette Piéce.
Le lendemain 23 les Comédiens Fran
çois y repréſenterent Iphigénie en Tau
ride , Tragédie du feu fieur GU IMONT
DE LA TOUCHE , fuivie du Rendezvous
, Comédie en un Acte & en vers
du feu fieur FAGAN.
N. B. On rendra compte dans le
prochain Mercure des Spectacles de la
fin du mois de Décembre.
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Résumé : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Les spectacles de la Cour à Versailles ont débuté le 21 décembre 160. Les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin Baron Suiffe' et 'Le Cadi dupé'. Le 23 décembre, les Comédiens Français ont présenté 'Iphigénie en Tauride' et 'Le Rendez-vous'. Le rôle d'Omar Teinturier était interprété par le sieur Caillot. Le Mercure de France rendra compte des spectacles de fin décembre.
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