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3201
p. 506
AUTRE LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis en vous ce qui vous fait connoître, [...]
Mots clefs :
Vérité
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRYPHE.
AUTRE LOGOGRYPHE.
JE
E suis en vous ce qui vous fait connoître ;
Objet aimable ou peu charmant,
Un membre à part , ce changement ,
Exprime un Fruit que vous aimez peut- être,
L. H. D.
JE
E suis en vous ce qui vous fait connoître ;
Objet aimable ou peu charmant,
Un membre à part , ce changement ,
Exprime un Fruit que vous aimez peut- être,
L. H. D.
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3202
p. *559-559
AIR. Récit de Basse.
Début :
C'est en vain que parmi les pots [...]
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texteReconnaissance textuelle : AIR. Récit de Basse.
AIR. Récit de Basse.
C'Est en vain que parmi les pots
Je cherche un remede à ma flâme ;
Le feu qui dévore mon ame ,
Ne me laisse point de repos.
Bacchus , vien deffendre ta gloire ;
Rends-toi le Maître de mon coeur ;
Ou bien je vais cesser de boire >
Et me livrer à mon vainqueur.
C'Est en vain que parmi les pots
Je cherche un remede à ma flâme ;
Le feu qui dévore mon ame ,
Ne me laisse point de repos.
Bacchus , vien deffendre ta gloire ;
Rends-toi le Maître de mon coeur ;
Ou bien je vais cesser de boire >
Et me livrer à mon vainqueur.
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3203
p. 563-564
VERS de M. de Boissy, à la Dlle Sallé, en lui envoyant sa Piece.
Début :
La Bagatelle au jour vient de paroître, [...]
Mots clefs :
Bagatelle
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texteReconnaissance textuelle : VERS de M. de Boissy, à la Dlle Sallé, en lui envoyant sa Piece.
VERS de M. de Boissy , à la Dlle Sallė ,
en lui envoyant sa Piece .
LA Bagatelle au jour vient de paroître,
Et son Auteur ose te l'envoyer.
G vj Vers
364 MERCURE DE FRANCE
Vertueuse Sallé , par le titre peut- être ,
Que l'Ouvrage va t'effrayer !
Rassure-toi , l'enjoûment l'a fait naître ,
Mais j'y respecte la vertu.
Je t'y rends sous son nom l'hommage qui t'es dû.
Pâris avec plaisir a sçû t'y reconnoître ;
Je n'eus jamais que le vrai seul pour Maître;
J'y fais ton Portrait d'après lui ;
J'en demande un Prix aujourd'hui :
C'est le bonheur de te connoître.
en lui envoyant sa Piece .
LA Bagatelle au jour vient de paroître,
Et son Auteur ose te l'envoyer.
G vj Vers
364 MERCURE DE FRANCE
Vertueuse Sallé , par le titre peut- être ,
Que l'Ouvrage va t'effrayer !
Rassure-toi , l'enjoûment l'a fait naître ,
Mais j'y respecte la vertu.
Je t'y rends sous son nom l'hommage qui t'es dû.
Pâris avec plaisir a sçû t'y reconnoître ;
Je n'eus jamais que le vrai seul pour Maître;
J'y fais ton Portrait d'après lui ;
J'en demande un Prix aujourd'hui :
C'est le bonheur de te connoître.
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Résumé : VERS de M. de Boissy, à la Dlle Sallé, en lui envoyant sa Piece.
M. de Boissy adresse un poème et son œuvre 'La Bagatelle' à Mademoiselle Sallé. Il assure la vertu de son contenu, inspiré par l'enjouement tout en respectant la vertu. Il la nomme Pâris dans son œuvre, affirmant suivre la vérité pour la décrire. Il souhaite que son prix soit la connaissance et le bonheur de connaître Mademoiselle Sallé.
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3204
p. 600-601
A SON EMINENCE.
Début :
Sage Dispensateur d'une vaste Puissance, [...]
Mots clefs :
Coeur, Voeux, Cardinal de Fleury
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texteReconnaissance textuelle : A SON EMINENCE.
A SON EMINENCE.
Sage Dispensateur d'une vaste Puissance ,
Qui fait des voeux pour toi , s'acquitte envers la
France
FLEURY , puissent les Dieux ne plus compter les
ans ,
Et puisse leur séjour t'attendre encor long-tems !
Que ta vigueur durable à nos besoins réponde.
Soutien toujours le nom de Bienfaicteur du
Monde.
De l'Europe à ta foy le destin fut remis ,
Et nos Voisins jaloux devinrent nos amis.
Tu rends l'obeïssance et certaine et facile
Le Soldat est payé, le Rentier est tranquille,
Même le Courtisan dispensé de flatter ,
Pour atteindre aux honneurs n'a qu'à les mériter;
Pilote vigilant , joui des vents propices.
D'un Monarque ombrageux essuyant les caprices
,
Armand, voyoit par lui ses projets combattus ;
Lours t'ouvrit son coeur en l'ouvrant aux Vertus.
Possede de ton Roy l'auguste confiance s
Son bonheur t'a placé ; le remps , l'experience ,
Lui font à chaque instant renouveller son choix
Ses regards de tes soins soulagent tout le poids.
L'Histoire , qui souvent prend la haine pour
guide ,
Peint Armand trop severe et Jules trop avide
Veit
Voit-on la cruauté t'inspirer ses transports ?
L'Avarice occupée à compter tes trésors ?
FLEURY , la paix du coeur regne sur ton visage ,
Jamais les Passions n'y forment de nuage ,
Aux Graces ton accueil ajoute un nouveau prix;
Le refus nécessaire est au moins sans mépris ;
Le culte seul en toi trouve un vengeur austeres
La Politique en fait un frein pour le vulgaire ,
Mais il est à tes yeux le vrai devoir des Rois ,
Le principe du bien et la source des Loix.
Poursui sans te lasser ta carriere immortelle ,
Cherche dans ta vertu le seul prix digne d'elles
Les titres, les respects , les éloges pompeux ,
Sont une récompense au - dessous de tes voeux ;
Loin de toi ces Rimeurs que le besoin altere ,
Qui font d'un talent noble- un métier merce
naire ;
Reçoi l'hommage pur que le coeur m'a dicté ;
Mes Vers n'ont d'autre prix que leur sincerité.
Sage Dispensateur d'une vaste Puissance ,
Qui fait des voeux pour toi , s'acquitte envers la
France
FLEURY , puissent les Dieux ne plus compter les
ans ,
Et puisse leur séjour t'attendre encor long-tems !
Que ta vigueur durable à nos besoins réponde.
Soutien toujours le nom de Bienfaicteur du
Monde.
De l'Europe à ta foy le destin fut remis ,
Et nos Voisins jaloux devinrent nos amis.
Tu rends l'obeïssance et certaine et facile
Le Soldat est payé, le Rentier est tranquille,
Même le Courtisan dispensé de flatter ,
Pour atteindre aux honneurs n'a qu'à les mériter;
Pilote vigilant , joui des vents propices.
D'un Monarque ombrageux essuyant les caprices
,
Armand, voyoit par lui ses projets combattus ;
Lours t'ouvrit son coeur en l'ouvrant aux Vertus.
Possede de ton Roy l'auguste confiance s
Son bonheur t'a placé ; le remps , l'experience ,
Lui font à chaque instant renouveller son choix
Ses regards de tes soins soulagent tout le poids.
L'Histoire , qui souvent prend la haine pour
guide ,
Peint Armand trop severe et Jules trop avide
Veit
Voit-on la cruauté t'inspirer ses transports ?
L'Avarice occupée à compter tes trésors ?
FLEURY , la paix du coeur regne sur ton visage ,
Jamais les Passions n'y forment de nuage ,
Aux Graces ton accueil ajoute un nouveau prix;
Le refus nécessaire est au moins sans mépris ;
Le culte seul en toi trouve un vengeur austeres
La Politique en fait un frein pour le vulgaire ,
Mais il est à tes yeux le vrai devoir des Rois ,
Le principe du bien et la source des Loix.
Poursui sans te lasser ta carriere immortelle ,
Cherche dans ta vertu le seul prix digne d'elles
Les titres, les respects , les éloges pompeux ,
Sont une récompense au - dessous de tes voeux ;
Loin de toi ces Rimeurs que le besoin altere ,
Qui font d'un talent noble- un métier merce
naire ;
Reçoi l'hommage pur que le coeur m'a dicté ;
Mes Vers n'ont d'autre prix que leur sincerité.
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Résumé : A SON EMINENCE.
La lettre est adressée à André-Hercule de Fleury, cardinal et principal ministre de Louis XV. L'auteur exprime des vœux pour la longévité et la santé de Fleury, soulignant son rôle bénéfique pour la France et l'Europe. Fleury est loué pour avoir transformé des voisins jaloux en amis et pour avoir assuré la paix et la stabilité. Il est décrit comme un pilote vigilant, capable de gérer les caprices d'un monarque ombrageux. La lettre met en avant la confiance du roi en Fleury, renforcée par le temps et l'expérience. L'auteur conteste les portraits négatifs de l'histoire, affirmant que Fleury est guidé par la vertu et le devoir royal. Il encourage Fleury à poursuivre sa carrière avec la vertu comme seule récompense, rejetant les flatteries et les éloges pompeux. La lettre se conclut par un hommage sincère, valorisant la sincérité des vers écrits.
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3205
p. 610-611
POUR le Mariage du Marquis de Nicolai reçû en survivance Premier Président de la Chambre des Comptes, et le neuviéme pourvû de sa Famille.
Début :
Pour accomplir la destinée, [...]
Mots clefs :
Époux, Chambre des comptes, Marquis de Nicolaÿ
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texteReconnaissance textuelle : POUR le Mariage du Marquis de Nicolai reçû en survivance Premier Président de la Chambre des Comptes, et le neuviéme pourvû de sa Famille.
POUR le Mariage du Marquis de
Nicolai reçu en survivance Premier
Président de la Chambre des Comptes ,
et le neuvième pourvû de sa Famille .
Pour accomplir la destinée”,
De l'heureuse journée
Qui doit unir par les noeuds les plus doux,
Deux illustres Epoux ,
Que tant d'éclat et de gloire environne ,
Thémis d'accord avec Bellone ,
L'Hymen d'accord avec l'Amour ,
2>
Ont rassemblé dans leur brillante Cour ,
Les Graces , les Vertus , la Valeur , la Sagesse ;.
Les Plaisirs et les Jeux , les Ris et la Jeunesse.
MAR S. 1733 :
611
Ovous , fidelle Epoux , sans cesser d'être Amant ›
Joüissez des douceurs d'un tendre engagement.
Vous, qui par vos Ayeux , ainsi que par vousmême
,
Perpetuez le rang d'un premier Magistrat ,
Songez qu'à votre nom , comme au bien de
l'Etat ,.
Vous serez dans un an débiteur d'un dixième.
Nicolai reçu en survivance Premier
Président de la Chambre des Comptes ,
et le neuvième pourvû de sa Famille .
Pour accomplir la destinée”,
De l'heureuse journée
Qui doit unir par les noeuds les plus doux,
Deux illustres Epoux ,
Que tant d'éclat et de gloire environne ,
Thémis d'accord avec Bellone ,
L'Hymen d'accord avec l'Amour ,
2>
Ont rassemblé dans leur brillante Cour ,
Les Graces , les Vertus , la Valeur , la Sagesse ;.
Les Plaisirs et les Jeux , les Ris et la Jeunesse.
MAR S. 1733 :
611
Ovous , fidelle Epoux , sans cesser d'être Amant ›
Joüissez des douceurs d'un tendre engagement.
Vous, qui par vos Ayeux , ainsi que par vousmême
,
Perpetuez le rang d'un premier Magistrat ,
Songez qu'à votre nom , comme au bien de
l'Etat ,.
Vous serez dans un an débiteur d'un dixième.
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Résumé : POUR le Mariage du Marquis de Nicolai reçû en survivance Premier Président de la Chambre des Comptes, et le neuviéme pourvû de sa Famille.
Le mariage du Marquis de Nicolai, Premier Président de la Chambre des Comptes, est célébré avec Thémis, Bellone, l'Hymen et l'Amour. La cour, réunie avec les Grâces et les Vertus, adresse des vœux aux époux. Le Marquis perpétuera le rang de magistrat et sera débiteur d'un dixième de son nom et du bien de l'État dans un an.
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3206
p. 621-626
LES DEUX TEMPLES.
Début :
Sur la cime d'un Mont, élevé jusqu'aux Cieux, [...]
Mots clefs :
Temple, Voeux, Mortels, Mortel, Dieux, Damon, Reconnaissance
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texteReconnaissance textuelle : LES DEUX TEMPLES.
LES DEUX TEMPLES.
S
Ur la cime d'un Mont , élevé jus
qu'aux Cieux ,
Est un Temple inconnu , que bâti
rent les Dieux ,
Le temps a respecté son antique structure ,
Le Marbre en fait briller la noble Architecture ,
Les portes sont d'argent , la couverture est d'or ,
Autour de l'Edifice il regne un Coridor ,
Trois Ordres élegants , composent la façade ,
A ij Le
822 MERCURE DE FRANCE
Le Parvis est fermé par une Colonnade :
Les Dieux ont au- dehors, prodigué leurs présents:
Et les Mortels devoient enrichir le dedans ,
Ils le devoient , hélas ! chimérique esperance !
Les Mortels sont- ils faits pour la RECONNOISSANCE
?
C'est la Divinité qu'on adore en ce lieu,
Un Autel presque nud occupe le milieu ;
Là , des voeux des Humains on ne voit nulles
traces ,
Tout y ressent l'oubli des faveurs et des graces ;
Et des seuls animaux les hommages sacrez ,
Ont fourni les sujets dont les murs sont parez.
On apperçoit un chien , sans songer à repaître ,
Qui meurt , comme en arrêt , au Tombeau de
son Maître ,
Ce Lion qu'un Mortel garantit du trépas ,
Passe après lui les Mers et suit par tout ses pas.
Penetré d'un bienfait , Damon vint dans c
Temple ,
D'un coeur reconnoissant , donner comme eux
l'exemple :
La Justice d'abord , et la Fidelité ,
Le conduisent aux pieds de la Diviniré :
Je te rends , lui dit-il , un tribut légitime ,
Déesse , sois propice à l'ardeur qui m'anime ,
Daigne, daigne en faveur d'un ami genereux ,
Couronner aujourd'ui mes soupirs et mes voeux
Toi qui devrois regner sur tout ce qui respire ,
Exerce
AVRIL. 623
1733
Exerce au moins sur moi ton adorable Empire ,
Porte , sans hesiter , mon zele au plus haut point ,
Exige tout ; mon coeur ne t'en dédira point :
Cet ami bienfaisant pour qui je te reclame , `
Ariste , désormais , aura toute mon ame ,
Travaille à le combler et d'honneurs et de biens
Retranche de mes jours pour ajoûter aux siens ,
Rends - moi , par la ferveur d'un zele infatigable ,
De sa félicité la source inépuisable.
Si je lui survivois ( Ciel ne le permets pas . )
Fais qu'avec ses enfans je pleure son trépas ,
Et que de ma fortune agréant le partage ,
İls retrouvent en elle un second héritage.
Se peut- il que ton joug ne puisse être porté !
Et que ce Temple saint soit ainsi déserté !
Toutesfois , au moment d'une grace récente ,
Ecoutez un Mortel ; Vous passez son attente ,
Que ne vous doit-il point ? il en perd la raison ,'
Il vous offre son bien , sa table , sa maison ,
Que de voeux ! que d'encens ! vous êtes son Idole,
Rien ne lui coûte enfin , qu'à vous tenir parole :
Ainsi de ses transports le ridicule excès ,
Se calmant tout à coup , passe comme un accès,
He ! quoi ? pour s'acquitter de quelques bons of
fices ,
Exigerois
- tu donc
de si grands
Sacrifices
?
Non , tu veux seulement un simple souvenir ,
Déesse , tu le yeux , et ne peux l'obtenir .
A iij
Loin
624 MERCURE DE FRANCE
Lon de punir en moi leurs offenses mortelles ,
Par ma fidelité confonds ces coeurs rebelles ,
Et que sur tout je puisse ôter le voile épais ,
Dont Ariste prend soin de couvrir ses bienfaits.
Il dit et de l'Autel une vive lumiere ,
Se répandant sur lui consacra sa Priere.
Damon s'en retournoit lorsqu'il vit dans les
champs ,
Un immense concours de Peuples differens.
Où s'adresse , dit-il , cette foule innombrable :
Est -ce ici ? non , reprit un vieillard venerable ,
Au culte des Autels de tout temps consacré ;
Un Temple , ajoûta- t'il , prophane et reveré,
Dirige tous les pas de cette multitude ,
Et paroît insulter à notre solitude.
Celui- cy fut construit par de divines mains
Cet autre fut jadis,l'ouvrage des Humains ,
C'est leur premier labeur , leur honteux do
micile ,
Placé dans un Vallon , la route en est facile.
Le Bâtiment est rond , cent Portiques divers ,
S'ouvrent aux Habitans de ce vaste Univers .
Là , du Fleuve Lethé l'on découvre la source ,
Par une Onde paisible il commence sa course
Puis tombe en écumant , dans un abysme affreux,
Pour se creuser un lit au séjour ténebreux.
Un Monstre qu'avec peine , ici , je vous retrace
Dans ce Temple pervers étale son audace ;
L'inAVRIL.
1733. 625
L'INGRATITUDE enfin est l'objet odieux ,
A qui tous les Mortels y prodiguent leurs voeux
Dans un enfoncement son triste Sanctuaire ,
N'a pour toute clarté qu'un foible luminaire :
Mere du sombre Accueil , et fille de la Nuit ,
Jusques sur son Autel l'Obscurité la suit ,
Elle en fait son triomphe , et ce sont ces ted
nebres ,
Qui rendent en tous lieux ses Mysteres celebres.
Là, sont ensevelis dans un affreux néant ,
Les jours qu'on a passez au service d'un Grand
On vient s'y délivrer avec impatience ,
Du pénible fardeau de la reconnoissance ;
Chacun de sa memoire , efface jusqu'aux traits ,
Du Mortel qui jadis le combla de bienfaits.
Les sermens violez font regner le Parjure .
Toutes graces enfin passent pour une injure
Et ce Monstre superbe engloutit à nos yeux ,
Les faveurs des Mortels , celles même des Dieux,
Car son impieté , sans crainte du tonnerre
Voudroit aneantir leur culte sur la terre :
Pour une ame sensible il n'a que du mépris.
Les Forfaits des Ingrats sout peints sur les Lambris.
›
On voit un malheureux tiré de la misere ,
Méconnoître l'ami qui lui servit de pere.
Un fils dénaturé , souffre à regret le cours ,
Des ans que le Ciel compte à l'Auteur de ses
jours.
A iiij UM
526 MERCURE DE - FRANCE
Un Esclave affranchi, comme un infame traître,
A la proscription s'en va livrer son Maître ,
Ou plutôt , prévenant de cruels ennemis ,
Court , sa tête à la main , en demander le prix.
De perfides sujets attentent à la vie ,
D'un Prince qui s'immole au bien de la Patrie
Et leur fureur hâtant son tragique destin ,
Sur son Trône sanglant place son assassin.
Cessez , reprit Damon , un détail si funeste.
Troublé de tant d'horreurs épargnez moi le
reste ,
Et craignons de soüiller par ce récit affreux ,
De vos jours innocens l'azile bienheureux .
M. Tanevot.
S
Ur la cime d'un Mont , élevé jus
qu'aux Cieux ,
Est un Temple inconnu , que bâti
rent les Dieux ,
Le temps a respecté son antique structure ,
Le Marbre en fait briller la noble Architecture ,
Les portes sont d'argent , la couverture est d'or ,
Autour de l'Edifice il regne un Coridor ,
Trois Ordres élegants , composent la façade ,
A ij Le
822 MERCURE DE FRANCE
Le Parvis est fermé par une Colonnade :
Les Dieux ont au- dehors, prodigué leurs présents:
Et les Mortels devoient enrichir le dedans ,
Ils le devoient , hélas ! chimérique esperance !
Les Mortels sont- ils faits pour la RECONNOISSANCE
?
C'est la Divinité qu'on adore en ce lieu,
Un Autel presque nud occupe le milieu ;
Là , des voeux des Humains on ne voit nulles
traces ,
Tout y ressent l'oubli des faveurs et des graces ;
Et des seuls animaux les hommages sacrez ,
Ont fourni les sujets dont les murs sont parez.
On apperçoit un chien , sans songer à repaître ,
Qui meurt , comme en arrêt , au Tombeau de
son Maître ,
Ce Lion qu'un Mortel garantit du trépas ,
Passe après lui les Mers et suit par tout ses pas.
Penetré d'un bienfait , Damon vint dans c
Temple ,
D'un coeur reconnoissant , donner comme eux
l'exemple :
La Justice d'abord , et la Fidelité ,
Le conduisent aux pieds de la Diviniré :
Je te rends , lui dit-il , un tribut légitime ,
Déesse , sois propice à l'ardeur qui m'anime ,
Daigne, daigne en faveur d'un ami genereux ,
Couronner aujourd'ui mes soupirs et mes voeux
Toi qui devrois regner sur tout ce qui respire ,
Exerce
AVRIL. 623
1733
Exerce au moins sur moi ton adorable Empire ,
Porte , sans hesiter , mon zele au plus haut point ,
Exige tout ; mon coeur ne t'en dédira point :
Cet ami bienfaisant pour qui je te reclame , `
Ariste , désormais , aura toute mon ame ,
Travaille à le combler et d'honneurs et de biens
Retranche de mes jours pour ajoûter aux siens ,
Rends - moi , par la ferveur d'un zele infatigable ,
De sa félicité la source inépuisable.
Si je lui survivois ( Ciel ne le permets pas . )
Fais qu'avec ses enfans je pleure son trépas ,
Et que de ma fortune agréant le partage ,
İls retrouvent en elle un second héritage.
Se peut- il que ton joug ne puisse être porté !
Et que ce Temple saint soit ainsi déserté !
Toutesfois , au moment d'une grace récente ,
Ecoutez un Mortel ; Vous passez son attente ,
Que ne vous doit-il point ? il en perd la raison ,'
Il vous offre son bien , sa table , sa maison ,
Que de voeux ! que d'encens ! vous êtes son Idole,
Rien ne lui coûte enfin , qu'à vous tenir parole :
Ainsi de ses transports le ridicule excès ,
Se calmant tout à coup , passe comme un accès,
He ! quoi ? pour s'acquitter de quelques bons of
fices ,
Exigerois
- tu donc
de si grands
Sacrifices
?
Non , tu veux seulement un simple souvenir ,
Déesse , tu le yeux , et ne peux l'obtenir .
A iij
Loin
624 MERCURE DE FRANCE
Lon de punir en moi leurs offenses mortelles ,
Par ma fidelité confonds ces coeurs rebelles ,
Et que sur tout je puisse ôter le voile épais ,
Dont Ariste prend soin de couvrir ses bienfaits.
Il dit et de l'Autel une vive lumiere ,
Se répandant sur lui consacra sa Priere.
Damon s'en retournoit lorsqu'il vit dans les
champs ,
Un immense concours de Peuples differens.
Où s'adresse , dit-il , cette foule innombrable :
Est -ce ici ? non , reprit un vieillard venerable ,
Au culte des Autels de tout temps consacré ;
Un Temple , ajoûta- t'il , prophane et reveré,
Dirige tous les pas de cette multitude ,
Et paroît insulter à notre solitude.
Celui- cy fut construit par de divines mains
Cet autre fut jadis,l'ouvrage des Humains ,
C'est leur premier labeur , leur honteux do
micile ,
Placé dans un Vallon , la route en est facile.
Le Bâtiment est rond , cent Portiques divers ,
S'ouvrent aux Habitans de ce vaste Univers .
Là , du Fleuve Lethé l'on découvre la source ,
Par une Onde paisible il commence sa course
Puis tombe en écumant , dans un abysme affreux,
Pour se creuser un lit au séjour ténebreux.
Un Monstre qu'avec peine , ici , je vous retrace
Dans ce Temple pervers étale son audace ;
L'inAVRIL.
1733. 625
L'INGRATITUDE enfin est l'objet odieux ,
A qui tous les Mortels y prodiguent leurs voeux
Dans un enfoncement son triste Sanctuaire ,
N'a pour toute clarté qu'un foible luminaire :
Mere du sombre Accueil , et fille de la Nuit ,
Jusques sur son Autel l'Obscurité la suit ,
Elle en fait son triomphe , et ce sont ces ted
nebres ,
Qui rendent en tous lieux ses Mysteres celebres.
Là, sont ensevelis dans un affreux néant ,
Les jours qu'on a passez au service d'un Grand
On vient s'y délivrer avec impatience ,
Du pénible fardeau de la reconnoissance ;
Chacun de sa memoire , efface jusqu'aux traits ,
Du Mortel qui jadis le combla de bienfaits.
Les sermens violez font regner le Parjure .
Toutes graces enfin passent pour une injure
Et ce Monstre superbe engloutit à nos yeux ,
Les faveurs des Mortels , celles même des Dieux,
Car son impieté , sans crainte du tonnerre
Voudroit aneantir leur culte sur la terre :
Pour une ame sensible il n'a que du mépris.
Les Forfaits des Ingrats sout peints sur les Lambris.
›
On voit un malheureux tiré de la misere ,
Méconnoître l'ami qui lui servit de pere.
Un fils dénaturé , souffre à regret le cours ,
Des ans que le Ciel compte à l'Auteur de ses
jours.
A iiij UM
526 MERCURE DE - FRANCE
Un Esclave affranchi, comme un infame traître,
A la proscription s'en va livrer son Maître ,
Ou plutôt , prévenant de cruels ennemis ,
Court , sa tête à la main , en demander le prix.
De perfides sujets attentent à la vie ,
D'un Prince qui s'immole au bien de la Patrie
Et leur fureur hâtant son tragique destin ,
Sur son Trône sanglant place son assassin.
Cessez , reprit Damon , un détail si funeste.
Troublé de tant d'horreurs épargnez moi le
reste ,
Et craignons de soüiller par ce récit affreux ,
De vos jours innocens l'azile bienheureux .
M. Tanevot.
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Résumé : LES DEUX TEMPLES.
Le texte présente deux temples distincts, l'un situé sur une montagne et l'autre dans une vallée. Le premier temple, édifié par les dieux, est somptueusement décoré de marbre, d'argent et d'or. Malgré les présents divins offerts aux mortels, ce temple est désert. Damon, reconnaissant pour un bienfait reçu, prie dans ce temple pour la prospérité de son ami Ariste. Le second temple, construit par les hommes, est dédié à l'ingratitude et attire une multitude de peuples. Ce lieu sombre accueille ceux qui cherchent à se libérer du fardeau de la reconnaissance. Les murs du temple sont ornés de scènes illustrant l'ingratitude, telles qu'un homme méconnaissant son bienfaiteur ou un fils dénaturé. Damon, horrifié par ces visions, demande à cesser ce récit funeste.
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3207
p. 642-643
MADRIGAL. A M. Chevaye, Auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur l'Ode qu'il lui a adressée dans le premier volume du Mercure de Décembre, page 2594.
Début :
C'est toi qui le premier m'appris, [...]
Mots clefs :
Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A M. Chevaye, Auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur l'Ode qu'il lui a adressée dans le premier volume du Mercure de Décembre, page 2594.
MADRIGAL.
A M. Chevaye , Auditeur à la Chambre
des Comptes de Bretagne , par Mlle de
Malerais de la Vigne , du Croisic en
Bretagne , sur l'Ode qu'il lui a adressée
dans le premier volume du Mercure de
Décembre , page 2594.
C'est toi qui le premier m'appris ,
choisir des fleurs immortelles ,
Daks
་ ་ ་
* 755° 543
Dans les Jardins charmans des neuf doctes Pucelles
,
Par toi je sçus bien- tôt en connoître le prix :
Ainsi , mon cher , l'éloge extrême ,
Que ta main seulement paroît verser sur moi ,
Retombe entierement sur toi ,
Depuis quand convient- il de se louer soi - même?
A M. Chevaye , Auditeur à la Chambre
des Comptes de Bretagne , par Mlle de
Malerais de la Vigne , du Croisic en
Bretagne , sur l'Ode qu'il lui a adressée
dans le premier volume du Mercure de
Décembre , page 2594.
C'est toi qui le premier m'appris ,
choisir des fleurs immortelles ,
Daks
་ ་ ་
* 755° 543
Dans les Jardins charmans des neuf doctes Pucelles
,
Par toi je sçus bien- tôt en connoître le prix :
Ainsi , mon cher , l'éloge extrême ,
Que ta main seulement paroît verser sur moi ,
Retombe entierement sur toi ,
Depuis quand convient- il de se louer soi - même?
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Résumé : MADRIGAL. A M. Chevaye, Auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur l'Ode qu'il lui a adressée dans le premier volume du Mercure de Décembre, page 2594.
Mlle de Malerais de la Vigne adresse un madrigal à M. Chevaye, Auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, en réponse à une ode publiée dans le Mercure de Décembre. Elle reconnaît que M. Chevaye lui a appris à apprécier des fleurs immortelles dans les jardins des neuf doctes Pucelles et souligne que son éloge lui revient entièrement.
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3208
p. 650
RONDEAU De Mlle de Malcrais de la Vigne, pour répondre à celui de M. F. M. F. inseré dans le Mercure de Février dernier et qui commence, Pour un Normand.
Début :
Pour un Normand, témoins Jean, Pierre, Isac, [...]
Mots clefs :
Normand
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texteReconnaissance textuelle : RONDEAU De Mlle de Malcrais de la Vigne, pour répondre à celui de M. F. M. F. inseré dans le Mercure de Février dernier et qui commence, Pour un Normand.
RONDEAU
De Me de Malcrais de la Vigne , pour
répondre à celui de M. F. M. F. inseré
dans le Mercure de Février dernier et
qui commence , Pour un Normand.
Our un Normand , témoins * Jean, Pierre ,
Isac , pour
Onc Apollon de l'eau du docte Lac ,
Ne fut échars ; ains il vous indemnise ,
De n'avoir vin , et par tant il vous grise ,
De sa fine eau , valant du Cotignac.
En avez bû , beau Rimeur , un plein bac ,
Mais me loüant , pensez -vous qu'en son Lac ,
Orgueil me happe , et qu'il me dévalise ,
Pour un Normand ?
Bien moins courtois est le Prestol d'Iac ;
Lequel broyant Barthole et Bergerac ,
Prétend qu'à tort mes Vers on préconise ;
Défendez moi , Chevalier que je prise ,
Mais , non , trop foible est ce tireur de crac
Pour un Normand.
* Sarrasin , Corneille , Benserade.
De Me de Malcrais de la Vigne , pour
répondre à celui de M. F. M. F. inseré
dans le Mercure de Février dernier et
qui commence , Pour un Normand.
Our un Normand , témoins * Jean, Pierre ,
Isac , pour
Onc Apollon de l'eau du docte Lac ,
Ne fut échars ; ains il vous indemnise ,
De n'avoir vin , et par tant il vous grise ,
De sa fine eau , valant du Cotignac.
En avez bû , beau Rimeur , un plein bac ,
Mais me loüant , pensez -vous qu'en son Lac ,
Orgueil me happe , et qu'il me dévalise ,
Pour un Normand ?
Bien moins courtois est le Prestol d'Iac ;
Lequel broyant Barthole et Bergerac ,
Prétend qu'à tort mes Vers on préconise ;
Défendez moi , Chevalier que je prise ,
Mais , non , trop foible est ce tireur de crac
Pour un Normand.
* Sarrasin , Corneille , Benserade.
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Résumé : RONDEAU De Mlle de Malcrais de la Vigne, pour répondre à celui de M. F. M. F. inseré dans le Mercure de Février dernier et qui commence, Pour un Normand.
Me de Malcrais de la Vigne répond à un poème de M. F. M. F. en défendant la qualité de l'eau normande. Il cite des témoins comme Jean, Pierre et Isaac, ainsi que des figures littéraires telles Apollon, Sarrasin, Corneille et Benserade. Il critique l'orgueil et le manque de courtoisie de son adversaire, qu'il qualifie de 'tireur de crac'.
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3209
p. 657-659
L'AURORE, CANTATE.
Début :
Vous, que dans la nuit on implore, [...]
Mots clefs :
Char, Infidèle, Aurore, Brillante, Coursiers
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texteReconnaissance textuelle : L'AURORE, CANTATE.
L'AURORE ,
CANTATE.
Vous , que dans la nuit on implore ,
Disparoissez , sombres pavots ;
Cedez à la brillante Aurore ,
Qui sort du vaste sein des flots.
Un Essein de Zéphirs annonce sa venuë
Je vois son Char qui fend les Airs
Les Echos et la nuë ,
;
Retentissent au loin de mille chants divers.
Sa Pourpre éclatante ,
Embellit les Cieux ,
Sa beauté naissante ;
Réjouit les Dieux ;
Pan , Silene , Faune ,
Vertumne , Pomone ,
Quittent les Roseaux ,
La jeune Naïade ,
La chaste Driade ,
Paroît sur les Eaux .
Heureux Coursiers , qui trainez cette Belle ,
Suspendez pour un temps vos pas précipitez ,
Ne nous dérobez pas de si vives clartėz ,
Par une fuite si cruelle
Mais
658 MERCURE DE FRANCE
Mais quel nuage épais obscursit ses Rayons ?
Qu'est devenu l'éclat de sa face brillante ,
Je vois languir son Char sous sa main noncha
lante ,
Et les Renes flotter au gré des Aquilons ;
Elle gémir , elle soupire ,
Elle veut exprimer l'excès de son martyre ,
Je reconnois à ses sanglots ,
Le cruel Auteur de ses maux .
Volez , Coursiers , volez , vers le celeste Em
pire ,
Hâtez - vous d'arriver au lieu de son repos ;
Les Ris et les Graces ,
Qui suivent ses traces ,
Pleurent son malheur
Et Zéphire même ,
La flatte qu'il l'aime ,
Pour calmer son coeur.
Fuvez ; laissez-moi , lui dit - elle ;
Ah ! c'est assez qu'un infidelle ,
Ait trahi mes tendres amours ;
N'esperez pas qu'une chaîne nouvelle ,
Puisse jamais unir nos jours ;
Le perfide Céphale ,
Se rit de mes tourmens
Une fiere Rivale ,
Jouit de ses empressemens.
Ah ! c'est assez qu'un Infidelle , &c.
Quel
A VRIL. 1733. 655
Quel changement ! ô Ciel ;
Quelle vertu divine >
Fertilise des Champs ,
Que l'inutile épine ,
Occupoit au plus beau Printemps ,
Ce sont les larmes de l'Aurore.
Je voi de toutes parts mille brillantes fleurs ,
Sous ses pas s'empresser d'éclore ;
Ah ! tout est précieux , Amour , jusqu'à tes
pleurs.
Par R. B.
CANTATE.
Vous , que dans la nuit on implore ,
Disparoissez , sombres pavots ;
Cedez à la brillante Aurore ,
Qui sort du vaste sein des flots.
Un Essein de Zéphirs annonce sa venuë
Je vois son Char qui fend les Airs
Les Echos et la nuë ,
;
Retentissent au loin de mille chants divers.
Sa Pourpre éclatante ,
Embellit les Cieux ,
Sa beauté naissante ;
Réjouit les Dieux ;
Pan , Silene , Faune ,
Vertumne , Pomone ,
Quittent les Roseaux ,
La jeune Naïade ,
La chaste Driade ,
Paroît sur les Eaux .
Heureux Coursiers , qui trainez cette Belle ,
Suspendez pour un temps vos pas précipitez ,
Ne nous dérobez pas de si vives clartėz ,
Par une fuite si cruelle
Mais
658 MERCURE DE FRANCE
Mais quel nuage épais obscursit ses Rayons ?
Qu'est devenu l'éclat de sa face brillante ,
Je vois languir son Char sous sa main noncha
lante ,
Et les Renes flotter au gré des Aquilons ;
Elle gémir , elle soupire ,
Elle veut exprimer l'excès de son martyre ,
Je reconnois à ses sanglots ,
Le cruel Auteur de ses maux .
Volez , Coursiers , volez , vers le celeste Em
pire ,
Hâtez - vous d'arriver au lieu de son repos ;
Les Ris et les Graces ,
Qui suivent ses traces ,
Pleurent son malheur
Et Zéphire même ,
La flatte qu'il l'aime ,
Pour calmer son coeur.
Fuvez ; laissez-moi , lui dit - elle ;
Ah ! c'est assez qu'un infidelle ,
Ait trahi mes tendres amours ;
N'esperez pas qu'une chaîne nouvelle ,
Puisse jamais unir nos jours ;
Le perfide Céphale ,
Se rit de mes tourmens
Une fiere Rivale ,
Jouit de ses empressemens.
Ah ! c'est assez qu'un Infidelle , &c.
Quel
A VRIL. 1733. 655
Quel changement ! ô Ciel ;
Quelle vertu divine >
Fertilise des Champs ,
Que l'inutile épine ,
Occupoit au plus beau Printemps ,
Ce sont les larmes de l'Aurore.
Je voi de toutes parts mille brillantes fleurs ,
Sous ses pas s'empresser d'éclore ;
Ah ! tout est précieux , Amour , jusqu'à tes
pleurs.
Par R. B.
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Résumé : L'AURORE, CANTATE.
Le texte est une cantate dédiée à l'Aurore, déesse de l'aube. Elle chasse les ténèbres et les sombres pavots, annonçant son arrivée par un essaim de Zéphyrs et un char qui fend les airs. Les échos et les nuages retentissent de mille chants divers, et sa pourpre éclatante embellit les cieux. La beauté naissante de l'Aurore réjouit les dieux, qui quittent leurs refuges pour l'admirer. Cependant, un nuage épais obscurcit soudain ses rayons. Son char languit, et les rênes flottent au gré des aquilons. L'Aurore gémit et soupire, exprimant son martyre. Elle reconnaît en ses sanglots l'auteur cruel de ses maux. Elle ordonne à ses coursiers de voler vers l'empire céleste pour trouver repos. Les Rires et les Grâces pleurent son malheur, et même Zéphire tente de la flatter pour calmer son cœur. L'Aurore le repousse, évoquant la trahison de ses tendres amours par un infidèle, identifié comme le perfide Céphale, qui se rit de ses tourments et accorde ses faveurs à une rivale. Le texte se termine par une réflexion sur le changement et la vertu divine qui fertilise les champs, remplaçant les épines par des fleurs. Les larmes de l'Aurore font éclore mille brillantes fleurs, soulignant la précieuse beauté des pleurs d'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3210
p. 667-671
LE TRIOMPHE D'HEBÉ, ODE.
Début :
Déesse dont la main chérie, [...]
Mots clefs :
Jeunesse, Voix, Hébé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE D'HEBÉ, ODE.
LE TRIOMPHE D'HEBE' ,
DEesse
O D E.
dont la main chérie ,
Du Tout- Puissant Pere des Dieux ,
Jadis lui servoit l'ambrosie ,
Et le Nectar délicieux .
Féconde source d'Allegresse.
Hebé , Reine de la Jeunesse ;
Dissipe nos folles erreurs ,
Qui par un criminel usage ,
Du plus précieux avantage ,
Font la source de nos malheurs
L'âge soumis à ton Empire ,
Forme les plus beaux de nos jours
Sous tes douces Loix tout respire ,
Les Jeux , les Ris , et les Amours.
Au gré du torrent qui l'entraîne ,
L'homme s'abandonne sans peine ,
Dans cette agréable saison ;
Heureux si le cours d'une vie ,
Aux passions moins asservie ,
Lui laissoit encor la raison.
с Maie
668 MERCURE DE FRANCE
Mais , Hélas ! Jeunesse imprudente,
Tes mouvemens impetueux ,
De la volupté qui t'enchante ,
Suivent les sentiers: tortueux;
Tantôt un aveugle caprice ,
Te fait chercher un sort propice.,
Dans tes fréquens engagemens ;
Tantôt déplorable victime ,
Tu cours te plonger dans l'abysme,,
Des plus honteux égaremens.
Comblez des dons de la Fortune ,
Rois , Princes , demi- Dieux mortels
Vous voyez la foule, importune,
Prête à vous dresser des Autels ;
La valeur , la haute naissance.
Les richesses et la puissance ,
Sont des biens en tous lieux chéris ;
Mais ta vigueur et ton adresse ,
Tes graces , aimable Jeunesse ,
Toujours en relevent le prix .
Que j'aime l'heureuse Nature
Qui de ses attraits innocens
Forme son unique parure ,
Et ses charmes les plus puissants.
Lorque le Printemps nous présente ,
I
་
AVRIL: 1733 . 669
La verdure encore naissante ,
Dans nos Champs émaillez de fleurs
Tandis que Vertumne et que Flore,
Etalent aux yeux de l'Aurore ,
Leurs plus agréables couleurs.
De Zéphire la douce haleine ,
Succede aux fougueux Aquilons ,
Le Dieu Nourrisson de Sylenne ,
De Pampre couvre nos Valons.
Déja Philomele éplorée ,
Plaint le triste sort de Terée ,
Et ravit les Echos des Bois.
Quittant leurs Ondes fugitives ,
Les Nayades sont attentives ,
Aux tendres accens de la voix.
Mortels , imitez la Nature ,
Dans le doux Printemps de vos ans ;
Votre joye en sera plus pure ,
Vos chagrins seront moins cuisans ,
Souvent au sein de la jeunesse ,
On a vû briller la Sagesse ,
Et les plus sublimes vertus.
Minerve aima le fils d'Ulysse ;
Et le départ de Berenice ,
Combla la gloire de Titus.
C ij
670 MERCURE DE FRANCE
O vous dont le coeur idolâtre ,
Court après les nouveaux plaisirs ,
Jeunes Amans , troupe folâtre ,
Calmez vos injustes desirs ,
N'allez pas ainsi que Thésée ;
De quelque Ariane abusée ,
Trahir les faux infortunez ,
Et par votre langue indiscrete ,
Augmenter la douleur secrette ,
D'un coeur que vous abandonnez.
De l'implacable jalousie ,
Gardez - vous d'écouter la voix ,
La plus terrible phrenesie ,
Est moins funeste quelquefois.
Si ce fier tyran vous obsede ,
Appellez Bacchus à votre aide ;
Cette aimable Divinité
Dissipera votre tristesse ;
Et sa Liqueur enchanteresse ,
Vous rendra la tranquillité,
>
Au gré d'une ardeur témeraire ,
Raison , ne m'abandonne pas ,
Puisse ton flambeau salutaire ,
Eclairer sans cesse mes pas ;
Qu'un choix judicieux et sage ,
DR
A VRI L. 1733. 671
Des plaisirs permis à mon âge ,
Me soit par toi -même tracé ;
Je préfere cette Science ,
A la tardive experience ,
De l'âge le plus avancé.
Par M. de M. D. S. d'Aix.
DEesse
O D E.
dont la main chérie ,
Du Tout- Puissant Pere des Dieux ,
Jadis lui servoit l'ambrosie ,
Et le Nectar délicieux .
Féconde source d'Allegresse.
Hebé , Reine de la Jeunesse ;
Dissipe nos folles erreurs ,
Qui par un criminel usage ,
Du plus précieux avantage ,
Font la source de nos malheurs
L'âge soumis à ton Empire ,
Forme les plus beaux de nos jours
Sous tes douces Loix tout respire ,
Les Jeux , les Ris , et les Amours.
Au gré du torrent qui l'entraîne ,
L'homme s'abandonne sans peine ,
Dans cette agréable saison ;
Heureux si le cours d'une vie ,
Aux passions moins asservie ,
Lui laissoit encor la raison.
с Maie
668 MERCURE DE FRANCE
Mais , Hélas ! Jeunesse imprudente,
Tes mouvemens impetueux ,
De la volupté qui t'enchante ,
Suivent les sentiers: tortueux;
Tantôt un aveugle caprice ,
Te fait chercher un sort propice.,
Dans tes fréquens engagemens ;
Tantôt déplorable victime ,
Tu cours te plonger dans l'abysme,,
Des plus honteux égaremens.
Comblez des dons de la Fortune ,
Rois , Princes , demi- Dieux mortels
Vous voyez la foule, importune,
Prête à vous dresser des Autels ;
La valeur , la haute naissance.
Les richesses et la puissance ,
Sont des biens en tous lieux chéris ;
Mais ta vigueur et ton adresse ,
Tes graces , aimable Jeunesse ,
Toujours en relevent le prix .
Que j'aime l'heureuse Nature
Qui de ses attraits innocens
Forme son unique parure ,
Et ses charmes les plus puissants.
Lorque le Printemps nous présente ,
I
་
AVRIL: 1733 . 669
La verdure encore naissante ,
Dans nos Champs émaillez de fleurs
Tandis que Vertumne et que Flore,
Etalent aux yeux de l'Aurore ,
Leurs plus agréables couleurs.
De Zéphire la douce haleine ,
Succede aux fougueux Aquilons ,
Le Dieu Nourrisson de Sylenne ,
De Pampre couvre nos Valons.
Déja Philomele éplorée ,
Plaint le triste sort de Terée ,
Et ravit les Echos des Bois.
Quittant leurs Ondes fugitives ,
Les Nayades sont attentives ,
Aux tendres accens de la voix.
Mortels , imitez la Nature ,
Dans le doux Printemps de vos ans ;
Votre joye en sera plus pure ,
Vos chagrins seront moins cuisans ,
Souvent au sein de la jeunesse ,
On a vû briller la Sagesse ,
Et les plus sublimes vertus.
Minerve aima le fils d'Ulysse ;
Et le départ de Berenice ,
Combla la gloire de Titus.
C ij
670 MERCURE DE FRANCE
O vous dont le coeur idolâtre ,
Court après les nouveaux plaisirs ,
Jeunes Amans , troupe folâtre ,
Calmez vos injustes desirs ,
N'allez pas ainsi que Thésée ;
De quelque Ariane abusée ,
Trahir les faux infortunez ,
Et par votre langue indiscrete ,
Augmenter la douleur secrette ,
D'un coeur que vous abandonnez.
De l'implacable jalousie ,
Gardez - vous d'écouter la voix ,
La plus terrible phrenesie ,
Est moins funeste quelquefois.
Si ce fier tyran vous obsede ,
Appellez Bacchus à votre aide ;
Cette aimable Divinité
Dissipera votre tristesse ;
Et sa Liqueur enchanteresse ,
Vous rendra la tranquillité,
>
Au gré d'une ardeur témeraire ,
Raison , ne m'abandonne pas ,
Puisse ton flambeau salutaire ,
Eclairer sans cesse mes pas ;
Qu'un choix judicieux et sage ,
DR
A VRI L. 1733. 671
Des plaisirs permis à mon âge ,
Me soit par toi -même tracé ;
Je préfere cette Science ,
A la tardive experience ,
De l'âge le plus avancé.
Par M. de M. D. S. d'Aix.
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Résumé : LE TRIOMPHE D'HEBÉ, ODE.
Le texte 'Le Triomphe d'Hébé' célèbre Hébé, déesse de la jeunesse, et ses bienfaits. Hébé, ancienne servante des dieux, est invoquée pour éclairer les jeunes et les guider vers une vie sage et heureuse. Le poème met en garde contre les dangers de la jeunesse imprudente, susceptible d'être entraînée par des caprices et des passions destructrices. Il souligne les avantages des rois et princes, qui possèdent valeur, naissance, richesses et puissance, mais insiste sur l'importance de la jeunesse et de ses charmes. Le texte décrit la beauté de la nature au printemps, avec la verdure, les fleurs, et les dieux comme Vertumne, Flore et Zéphire. Il encourage les mortels à imiter la nature pour une joie plus pure et des chagrins moins cuisants. Des exemples de sagesse et de vertu en jeunesse sont mentionnés, comme Minerve aimant Télémaque et la gloire de Titus. Enfin, le poème adresse un avertissement aux jeunes amants, les exhortant à éviter la trahison et la jalousie. Il conseille de chercher la tranquillité et la sagesse, préférant la science à l'expérience tardive.
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3211
p. 682-691
LES PLAISIRS CHAMPETRES, EPITRE à M. D***.
Début :
Quoi ! le sort en est donc jetté, [...]
Mots clefs :
Plaisirs champêtres, Yeux, Dieu, Oeil, Nature, Onde, Muse, Feux, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES PLAISIRS CHAMPETRES, EPITRE à M. D***.
LES PLAISIRS CHAMPETRES
Quoi
EPITRE
"
à M. D ***
Uoi le sort en est donc jetté ,
Et dans le dépit qui te presse ,
Cher ami , ton coeur révolté ,
Se dérobe au Finde , au Permesse !
Oui , j'abandonne le Valon ,
Dis - tu , pénetré de colere ,
Habitant d'une autre Hémisphere ;
Chez le Sarmate ou le Lapon ,
Je prétends à mon gré me faire ,
Un tout autre Dieu qu'Apollon .
Eh ! crois-moi , jamais nul Poëte ,
Propre Artisan de son malheur ,
Ne sacrifia de bon coeur ,
Ni sa Lire , ni sa Musette ,
Aux voeux d'une injuste douleur .
En divorce avec Uranie ,
'Avec Euterpe et Polymnie ,
Pourras- tu d'un amusement ,
Qui de tout temps sous leurs auspices ,
A fait tes plus cheres délices ,
Te priver jusqu'au Monument ?
3
Sa
AVRIL
683 1733
Se dérider avec les Muses ,
Tu le sçais , rien n'est plus charmant ;
Et dans ton fol
emportement ,
A leurs bontez tu le réfuses !
Qui peut ,
hélas sans leur secours ,
Saisi de la divine yvresse ,
Que donne l'Onde du Permesse ,
Soupirer les tendres Amours ?
Dans cette sombre inquiétude ,
Qui ne fait qu'amortir nos feux ;
Il n'est plus de ces Vers heureux ,
Qu'enfante une paisible étude ,
A l'honneur des Héros , des Dieux.
Quoi ! prétendre , au mépris des Cieux ,
Sans Entousiasme , sans verve ,
Chanter les Combats , les beaux- Arts ,
Peindre aux yeux les travaux de Mars ,
Ou raconter ceux de Minerve
D'un bel esprit , qui se dément ,
Quelle illusion ! quel délire !
Ami , révoque ton serment ,
Contre un Dieu qui t'aide et t'inspire ,
Etouffe un vain ressentiment ,
Et reconnois son doux Empire ;
Phébus lui-même en ce moment ,
Où ta plume , ingrat , le déchire
Phébus daigne encor te sourire.
Sur les Coteaux de Beauregard
Viɔns
684 MERCURE DE FRANCE
Viens , cher ami , d'un tel écart ,
Expier la courte folie ,
Viens d'un serment fait au hazard ,
Abjurer la vaine saíllic.
Là, sans façons et sans apprêts ,
Bacchus assis auprès d'un Hêrre ,
Nous présents , à ses propres frais,
Avec Apollon notre Maître
Le verre en main fera ta paix .
Vers ce champêtre domicile ,
Où loin du tumulte et du bruit ,
J'offre à ta Muse un doux azile ,
Quelquefois la mienne me fuit ,
Elle m'y fuit sous les Portiques ,
D'un riche et superbe Lointain
Que vous formez , Ormes antiques ,
A travers un vaste terrain.
Dans cet agréable Hermitage ,
Séjour de la simplicité ; ·
Je ris , ô fortune volage ,
De ta folle malignité ,
Là , guidé par un doux caprice ;
Je prends ma Lire et me soustraits ,
Au noir Destin , à l'injustice ,
Dont j'ai trop ressenti les traits.
Contre le chagrin , mes Terrasses ,
Me forment un triple Rampart ,
Fortifié de toute part ,
J'y
AVRIL . 689 1733
Ty brave ses vaines menaces .
Le sort irrité me poursuit ,
Mais à ma Muse fugitive ,
Dans plus d'une route furtive ,
Mes Bosquets ouvrent un Réduit.
Sous leur délicieux ombrage ,
Où le Rossignol amoureux
Exprime et soulage ses feux ,
Par les sons d'un tendre ramage ,
La Marne forme un long Canal ,
Et dans son liquide Cristal ,
Fait revivre un riant feüillage.
Sous mes yeux , avec majesté ,
Son Onde incessamment voyage ,
Et servant à ma sureté ,
Elle semble me rendre hommage.
Sur un immense Paysage ,
Où s'égare l'oeil enchanté ,
De mes Balcons et du Rivage ,
Je commande avec liberté ,
Et m'en fais un riche appanage.
Oh ! vous que de ses propres mains ,
A tracez le Dieu des Jardins ,
Vergers , Palissades , Parterres ,
Boulingrins , qui m'environnez >
C'est de ce Dieu que vous tenez ,
Vos beautez , vos graces legeres.
Isolé dans tous ses appas
686
MERCURE DE
FRANCE
Un Pavillon , dont la structure
N'offre en racourci que les traits ,
D'une très-simple Architecture ,
M'y tient lieu d'un vaste Palais.
Construit avec assez d'entente ,
Sur un Tertre uni , spacieux ,
Dont la vue est toute charmante ,
Cet Edifice gracieux ,
Embellit mon petit Domaine.
C'est-là qu'étranger à la Plaine ,
Et presque Citoyen des Cieux ,
Je puis sans effort et sans gêne ,
Lier commerce avec les Dieux.
Dans cette Région moyenne ,
Où j'ai conçu l'heureux dessein ,
De fixer ma course incertaine ,
Je respire un air pur et sain.
Mieux placé que les Zoroastres ,
Spéculateur audacieux ,
D'un coup d'oeil j'atteins jusqu'aux Astres ,
Et j'en démêle tous les feux .
Soit au Printemps , soit en Automne
S'offrent à mes sens satisfaits ,
Les dons de Flore et de Pomone ,
Ceux de Bacchus et de Cerés.
Que vois-je armée à la legere ,
Et brossant les Taillis épais ,
Diane se presse de fairs ,
•
Aux
A
687
L:
17330
Aux Hôtes des sombres Forêts ,
Jusques dans leurs Antres secrets ,
Une vive et
bruyante guerre ;
Le lond du Fleuve avec succès ,
Glaucus d'une Pêche abondante ,
A mes yeux remplit ses Filets.
Sur le sein de l'Onde écumante ,
Mercure vogue à pleins Vaisseaux ;
Je le vois planant sur les Flots ,
Porter à la Reine des Villes ,
Les Trésors de nos Champs fertiles ,
Et le tribut de nos travaux.
Au son d'une Flute élegante ,
Pan conduit sur l'herbe naissante
De nombreux et de gras Troupeaux.
D'une herbe tendre et nourissante ,
Dans les Bois , le jeune Silvain ,
Dans les Vergers la jeune Amante ,
Font au loin un riche butin .
La Nymphe Echo , dans nos Campagnes ,
Où tout retentit de ses sons ,
Du fond des Forêts , des Vallons ,
Vers les Rochets et les Montagnes ,
Promene ses courtes Chansons.
Vous rappellez , vertes Saisons ,
A mes yeux le siecle de Rhée ,,
Siecle heureux , qui dans sa dutée ,
Servit aux Graces de Berceau ,
E
688 MERCURE DE FRANCE
Et d'Epoque à la belle Astrée ,
Je vois du haut de mon Côteau ,
D'un verd incessamment nouveau
Vertumne embellir la Contrée.
A peine le fougueux Borée ,
Par son souffle a glacé les airs ,
D'une haleine plus temperée ,
Zéphire en chasse les Hyvers.
Dès son lever l'aimable Aurore ,
Sur nos Collines fait éclore ,
Un Soleil brillant et serain
Par le vif éclat de son teint ,
Hesperus à mes yeux encore ,
Le promet pour le lendemain.
Divinitez , que je revere ,
Vous prétez ainsi vos grands noms ,
A la Nature notre Mere ,
Qui sur nous repand tous ces dons.
Mais que dis-je ! d'un faux sistême ,
Par un vieux zele accrédité ;
Je hais l'antique absurdité ,
J'en meprise l'erreur extréme.
Non , non , le seul Etre suprême ,
Quiseul merite des Autels ,
Se communique ainsi lui même ,
Aux besoins des foibles Mortels.
Que ne puis-je en cette Retraite
Où ses dons étonnent mes sens ,
•
Lui
AVK TL.
1733. 889
Lui consacrer tous les accens ,
D'une Muse trop satisfaite !
Agréable tranquillité ,
Où sans orgueil et sans envie ,
A profit s'écoule la vie ,
Inestimable obscurité ,
Où mon propre goût me convie ,
C'est en vous que du vrai bonheur ,
L'ame extasiée et ravie ,
Sçait goûter toute la douceur ,
Graces à la Philosophie ,
Qui salutaire aux Nourrissons ,
Que la main d'un Dieu lui confie
Leur en fait d'utiles Leçons .
Sous sa conduite toujours sûre ,
Epiant la sage Nature ,
Je la suis d'un oeil curieux.
De ses progrès ingénieux ,
Si l'uniformité constante ,
A mon esprit se fait sentir ;
Leur varieté qui m'enchante ,
Irritant en moi le desir ,
Et comblant toujours mon attente
Semble ajoûter à mon plaisir.
Sans cesse attentif à saisir ,
Les instans qu'elle est agissante ,
Je sonde , je pese à loisir ,
Ses merveilles les plus secrettes ,
Souvent
90 MERCURE DE FRANCE
Souvent même par le bienfait ,
De la Lentille et des Lunettes ,
J'aime à la prendre sur le fait.
A ses mysteres respectables .
Elle daigne m'initier ,
Et de ses ressorts admirables ,
Me donne le Spectacle entier.
C'est -là que s'offrent à ma vûë ;
Quelle gloire pour un Mortel !
Dans leur force et leur étendue ,
Les Miracles de P'Eternel .
Le Moucheron imperceptible ,
Le Globe entier du Firmament ;
M'y démontrent également ,
La Sagesse immense , indicible ,
De la main qui les a formez.
A l'aspect de leur excellence ,
Mes sens éperdus et charmez ,
Adorent la Toute- Puissance
Qui d'objets si grands , si divers ,
Enrichit
pour
moi l'Univers .
D'une Nature toujours belie ,
Toujours la même en ses Concerts ,
Crayon imparfait , mais fidele ,
A peine ébauché dans ces Vers !
Or , qu'êtes- vous , en parallele ,
Vous qu'on estime uniquement ,
Vous qu'on adore aveuglément ,
HonAVRIL
1733.
691
Honneurs ,
voluptez ,
opulence ,
Idoles de notre
ignorance ,
Faitris de fumée et de vent ,
Qu'êtes- vous ? un vuide , un néant.
Je sens qu'à la honte des hommes ,
Qui de vous follement jaloux ,
Sont mille fois plus vains que
vous ,
Vous vous perdez , foibles Atômes ,
Dans les lointaias
prodigieux ,
De
l'admirable
Perspective ,
Dont sans cesse , à
l'aide des
yeux ,
Jouit ici l'ame attentive .
Cher ami , c'est en ces beaux lieux ,
Qu'à l'ombre d'un profond silence ,
Etudiant avec
constance ,
La précieuse verité ,
J'éprouve une félicité ,
Qui suivant que je le projette ,
Dans notre petit Comité ,
Ne peut être que plus complette.
D. V.
Quoi
EPITRE
"
à M. D ***
Uoi le sort en est donc jetté ,
Et dans le dépit qui te presse ,
Cher ami , ton coeur révolté ,
Se dérobe au Finde , au Permesse !
Oui , j'abandonne le Valon ,
Dis - tu , pénetré de colere ,
Habitant d'une autre Hémisphere ;
Chez le Sarmate ou le Lapon ,
Je prétends à mon gré me faire ,
Un tout autre Dieu qu'Apollon .
Eh ! crois-moi , jamais nul Poëte ,
Propre Artisan de son malheur ,
Ne sacrifia de bon coeur ,
Ni sa Lire , ni sa Musette ,
Aux voeux d'une injuste douleur .
En divorce avec Uranie ,
'Avec Euterpe et Polymnie ,
Pourras- tu d'un amusement ,
Qui de tout temps sous leurs auspices ,
A fait tes plus cheres délices ,
Te priver jusqu'au Monument ?
3
Sa
AVRIL
683 1733
Se dérider avec les Muses ,
Tu le sçais , rien n'est plus charmant ;
Et dans ton fol
emportement ,
A leurs bontez tu le réfuses !
Qui peut ,
hélas sans leur secours ,
Saisi de la divine yvresse ,
Que donne l'Onde du Permesse ,
Soupirer les tendres Amours ?
Dans cette sombre inquiétude ,
Qui ne fait qu'amortir nos feux ;
Il n'est plus de ces Vers heureux ,
Qu'enfante une paisible étude ,
A l'honneur des Héros , des Dieux.
Quoi ! prétendre , au mépris des Cieux ,
Sans Entousiasme , sans verve ,
Chanter les Combats , les beaux- Arts ,
Peindre aux yeux les travaux de Mars ,
Ou raconter ceux de Minerve
D'un bel esprit , qui se dément ,
Quelle illusion ! quel délire !
Ami , révoque ton serment ,
Contre un Dieu qui t'aide et t'inspire ,
Etouffe un vain ressentiment ,
Et reconnois son doux Empire ;
Phébus lui-même en ce moment ,
Où ta plume , ingrat , le déchire
Phébus daigne encor te sourire.
Sur les Coteaux de Beauregard
Viɔns
684 MERCURE DE FRANCE
Viens , cher ami , d'un tel écart ,
Expier la courte folie ,
Viens d'un serment fait au hazard ,
Abjurer la vaine saíllic.
Là, sans façons et sans apprêts ,
Bacchus assis auprès d'un Hêrre ,
Nous présents , à ses propres frais,
Avec Apollon notre Maître
Le verre en main fera ta paix .
Vers ce champêtre domicile ,
Où loin du tumulte et du bruit ,
J'offre à ta Muse un doux azile ,
Quelquefois la mienne me fuit ,
Elle m'y fuit sous les Portiques ,
D'un riche et superbe Lointain
Que vous formez , Ormes antiques ,
A travers un vaste terrain.
Dans cet agréable Hermitage ,
Séjour de la simplicité ; ·
Je ris , ô fortune volage ,
De ta folle malignité ,
Là , guidé par un doux caprice ;
Je prends ma Lire et me soustraits ,
Au noir Destin , à l'injustice ,
Dont j'ai trop ressenti les traits.
Contre le chagrin , mes Terrasses ,
Me forment un triple Rampart ,
Fortifié de toute part ,
J'y
AVRIL . 689 1733
Ty brave ses vaines menaces .
Le sort irrité me poursuit ,
Mais à ma Muse fugitive ,
Dans plus d'une route furtive ,
Mes Bosquets ouvrent un Réduit.
Sous leur délicieux ombrage ,
Où le Rossignol amoureux
Exprime et soulage ses feux ,
Par les sons d'un tendre ramage ,
La Marne forme un long Canal ,
Et dans son liquide Cristal ,
Fait revivre un riant feüillage.
Sous mes yeux , avec majesté ,
Son Onde incessamment voyage ,
Et servant à ma sureté ,
Elle semble me rendre hommage.
Sur un immense Paysage ,
Où s'égare l'oeil enchanté ,
De mes Balcons et du Rivage ,
Je commande avec liberté ,
Et m'en fais un riche appanage.
Oh ! vous que de ses propres mains ,
A tracez le Dieu des Jardins ,
Vergers , Palissades , Parterres ,
Boulingrins , qui m'environnez >
C'est de ce Dieu que vous tenez ,
Vos beautez , vos graces legeres.
Isolé dans tous ses appas
686
MERCURE DE
FRANCE
Un Pavillon , dont la structure
N'offre en racourci que les traits ,
D'une très-simple Architecture ,
M'y tient lieu d'un vaste Palais.
Construit avec assez d'entente ,
Sur un Tertre uni , spacieux ,
Dont la vue est toute charmante ,
Cet Edifice gracieux ,
Embellit mon petit Domaine.
C'est-là qu'étranger à la Plaine ,
Et presque Citoyen des Cieux ,
Je puis sans effort et sans gêne ,
Lier commerce avec les Dieux.
Dans cette Région moyenne ,
Où j'ai conçu l'heureux dessein ,
De fixer ma course incertaine ,
Je respire un air pur et sain.
Mieux placé que les Zoroastres ,
Spéculateur audacieux ,
D'un coup d'oeil j'atteins jusqu'aux Astres ,
Et j'en démêle tous les feux .
Soit au Printemps , soit en Automne
S'offrent à mes sens satisfaits ,
Les dons de Flore et de Pomone ,
Ceux de Bacchus et de Cerés.
Que vois-je armée à la legere ,
Et brossant les Taillis épais ,
Diane se presse de fairs ,
•
Aux
A
687
L:
17330
Aux Hôtes des sombres Forêts ,
Jusques dans leurs Antres secrets ,
Une vive et
bruyante guerre ;
Le lond du Fleuve avec succès ,
Glaucus d'une Pêche abondante ,
A mes yeux remplit ses Filets.
Sur le sein de l'Onde écumante ,
Mercure vogue à pleins Vaisseaux ;
Je le vois planant sur les Flots ,
Porter à la Reine des Villes ,
Les Trésors de nos Champs fertiles ,
Et le tribut de nos travaux.
Au son d'une Flute élegante ,
Pan conduit sur l'herbe naissante
De nombreux et de gras Troupeaux.
D'une herbe tendre et nourissante ,
Dans les Bois , le jeune Silvain ,
Dans les Vergers la jeune Amante ,
Font au loin un riche butin .
La Nymphe Echo , dans nos Campagnes ,
Où tout retentit de ses sons ,
Du fond des Forêts , des Vallons ,
Vers les Rochets et les Montagnes ,
Promene ses courtes Chansons.
Vous rappellez , vertes Saisons ,
A mes yeux le siecle de Rhée ,,
Siecle heureux , qui dans sa dutée ,
Servit aux Graces de Berceau ,
E
688 MERCURE DE FRANCE
Et d'Epoque à la belle Astrée ,
Je vois du haut de mon Côteau ,
D'un verd incessamment nouveau
Vertumne embellir la Contrée.
A peine le fougueux Borée ,
Par son souffle a glacé les airs ,
D'une haleine plus temperée ,
Zéphire en chasse les Hyvers.
Dès son lever l'aimable Aurore ,
Sur nos Collines fait éclore ,
Un Soleil brillant et serain
Par le vif éclat de son teint ,
Hesperus à mes yeux encore ,
Le promet pour le lendemain.
Divinitez , que je revere ,
Vous prétez ainsi vos grands noms ,
A la Nature notre Mere ,
Qui sur nous repand tous ces dons.
Mais que dis-je ! d'un faux sistême ,
Par un vieux zele accrédité ;
Je hais l'antique absurdité ,
J'en meprise l'erreur extréme.
Non , non , le seul Etre suprême ,
Quiseul merite des Autels ,
Se communique ainsi lui même ,
Aux besoins des foibles Mortels.
Que ne puis-je en cette Retraite
Où ses dons étonnent mes sens ,
•
Lui
AVK TL.
1733. 889
Lui consacrer tous les accens ,
D'une Muse trop satisfaite !
Agréable tranquillité ,
Où sans orgueil et sans envie ,
A profit s'écoule la vie ,
Inestimable obscurité ,
Où mon propre goût me convie ,
C'est en vous que du vrai bonheur ,
L'ame extasiée et ravie ,
Sçait goûter toute la douceur ,
Graces à la Philosophie ,
Qui salutaire aux Nourrissons ,
Que la main d'un Dieu lui confie
Leur en fait d'utiles Leçons .
Sous sa conduite toujours sûre ,
Epiant la sage Nature ,
Je la suis d'un oeil curieux.
De ses progrès ingénieux ,
Si l'uniformité constante ,
A mon esprit se fait sentir ;
Leur varieté qui m'enchante ,
Irritant en moi le desir ,
Et comblant toujours mon attente
Semble ajoûter à mon plaisir.
Sans cesse attentif à saisir ,
Les instans qu'elle est agissante ,
Je sonde , je pese à loisir ,
Ses merveilles les plus secrettes ,
Souvent
90 MERCURE DE FRANCE
Souvent même par le bienfait ,
De la Lentille et des Lunettes ,
J'aime à la prendre sur le fait.
A ses mysteres respectables .
Elle daigne m'initier ,
Et de ses ressorts admirables ,
Me donne le Spectacle entier.
C'est -là que s'offrent à ma vûë ;
Quelle gloire pour un Mortel !
Dans leur force et leur étendue ,
Les Miracles de P'Eternel .
Le Moucheron imperceptible ,
Le Globe entier du Firmament ;
M'y démontrent également ,
La Sagesse immense , indicible ,
De la main qui les a formez.
A l'aspect de leur excellence ,
Mes sens éperdus et charmez ,
Adorent la Toute- Puissance
Qui d'objets si grands , si divers ,
Enrichit
pour
moi l'Univers .
D'une Nature toujours belie ,
Toujours la même en ses Concerts ,
Crayon imparfait , mais fidele ,
A peine ébauché dans ces Vers !
Or , qu'êtes- vous , en parallele ,
Vous qu'on estime uniquement ,
Vous qu'on adore aveuglément ,
HonAVRIL
1733.
691
Honneurs ,
voluptez ,
opulence ,
Idoles de notre
ignorance ,
Faitris de fumée et de vent ,
Qu'êtes- vous ? un vuide , un néant.
Je sens qu'à la honte des hommes ,
Qui de vous follement jaloux ,
Sont mille fois plus vains que
vous ,
Vous vous perdez , foibles Atômes ,
Dans les lointaias
prodigieux ,
De
l'admirable
Perspective ,
Dont sans cesse , à
l'aide des
yeux ,
Jouit ici l'ame attentive .
Cher ami , c'est en ces beaux lieux ,
Qu'à l'ombre d'un profond silence ,
Etudiant avec
constance ,
La précieuse verité ,
J'éprouve une félicité ,
Qui suivant que je le projette ,
Dans notre petit Comité ,
Ne peut être que plus complette.
D. V.
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Résumé : LES PLAISIRS CHAMPETRES, EPITRE à M. D***.
Le texte 'Les Plaisirs Champêtres' est une épître adressée à un ami qui souhaite abandonner la poésie et les muses. L'auteur tente de le convaincre de l'importance des muses et de l'inspiration divine pour créer des œuvres dignes des héros et des dieux. Il l'invite à se rendre dans un lieu champêtre, loin du tumulte, pour profiter de la paix et de l'inspiration. L'auteur décrit son domaine situé près de la Marne, avec ses terrasses, ses bosquets et ses jardins, où il trouve refuge contre les tracas du monde. Il y respire un air pur et observe la nature, admirant les saisons et les divinités qui y sont associées. Il exalte la tranquillité et la philosophie qui lui permettent de goûter au vrai bonheur. Le texte se conclut par une réflexion sur la vanité des honneurs et des richesses face à la grandeur de la nature et de l'univers. L'auteur souligne la sagesse et la puissance divine qui régissent ces éléments. Il exprime sa préférence pour une vie simple et contemplative, loin des vaines ambitions humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3212
p. 711-713
EPITRE d'un Suisse à Mlle Malcrais de la Vigne.
Début :
Pon chour, Mameselle la Figne, [...]
Mots clefs :
Mlle de Malcrais de la Vigne, Suisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE d'un Suisse à Mlle Malcrais de la Vigne.
EPITRE d'un Suisse à Mile Malcrais
Pon
de la Vigne.
On chour, Mameselle la Figne ;
Sti nom me paroître plus tigne ,
Que sti l'autre nom de Malcrais ;
Pour infenter un choli frase ,
Moi chafre foulu tout exprès ,
Monter sur sti chefal Pégase ;
Mais par mon foi sti tiable t'animal,
Il être un peu peaucoup prutal ;
Pour lui faire un petit caresse ,
Moi l'y fouloir padinement ,
Approcher mon main sur son fesse ,
Mais charniplé tout incifilement ,
Il m'afre fait un petarrade ,
Et fouloir lui par un ruade ,
Sans tonner afertissement ,
Casser tout - à- fait mon cerfelle.
Moy poufoir pas comprendre , Mameselle
Comme tiable peut faire fous ,
Pour aprifoiser sti farouche ;
Chamais pour fous lui ne prendre la mouche,
Quand fous lui parle , on dit qu'il être toux ,
Comme un mouton , chafre tans mon pensée ,
Que sti grand aprifoisement ,
Estre
712 MERCURE DE FRANCE
Estre fait par sorcellement ,
Et gager moi , que fous l'y être un Fée ;
Car quelqu'un hafre téja tit ,
Et Monsir Mercure te France ,
L'hafre par tout fort pien écrit ,
Que toute fotre corporance ,
N'être par mon foi qu'en l'esprit ;
Sti houfelle être fort étranche ,
Et tire moi tans mon refléxion ,
Que si n'être pas fous Sorciere , fous être Anche
Mais chafre un étonnation ,
1
C'est que sti Chanteurs te loüanche ,
Quant eux chanter fotre renom
Hafrent tous fait un faute insigne
T'afoir tit rien sur fotre choli nom :
La Figne , charniplé , la Figne ,
Etre un nom d'admiration ,
Et sti nom tout seul être tigne ,
T'un pelle déclaration ;
Moi fenir tonc tout exprès , Mameseile ,
Sur sti peau nom faire à fous compliment ;
Chafre toujours aimé le trinquement ,
Et pour témoignement t'un tendresse noufelle ;
Puisque fous la Figne s'apelle ,
Moi poire encor pour fous plus crantement ,
Car par mon foi la Figne être un pon Element ,
Sti raison être un assurance ,
Te mon fidelité , comme t'un crand constance ,
Et
AVRIL. 1733 .
713
Et chafre encore un folonté ,
T'être moi Suisse à fotre porte.
chens d'un crande sorte, On m'afre dit que
A foir un curiosité
Te foir fotre étranche personne :
Parblé tans mon Loche planté ,
Plus fier moi , qu'un Roi sur son Trône ;
Un proc te fin en main , à chêfal sur un Tonne ,
Moi tire à sti Calands,, en crand cifilité ,
T'afalir un rasade à fotre pon santé.
Si l'être un incifil pas conten de sti prône ,
Moi tire,alle;fa t'en, il n'être point personnes,
Et si fouloir sti tonneur te Cartel ,
Sti Chefalier te * Leucotece ,
Fenir encor charconner son tendresse ;
Tans mon Loche à Croisic, moi l'y faire un tuel;
Lui faire un peu peaucou le tiable à quatre ,
Et parler touchours lui contre cheants combatre,
Te cerfelle et te bras cassement , brisement.
Moi l'y craindre point sti tapache ,
Et tans un brafe trinquement ,
Moi fouloir noyer son courache
Puis tire à lui , malgré son rache ,
T'entrer tehors sans fâchement.
Serfiteur , ponchour , Mameselle ,
Moi conserfer pour fous un soif touchours fidelle.
* Voyez la Missive du Chevalier de Leucotece à
P'Infante de Malcrais , dans le premier Volume du
Mercure de Decembre dernier.
Pon
de la Vigne.
On chour, Mameselle la Figne ;
Sti nom me paroître plus tigne ,
Que sti l'autre nom de Malcrais ;
Pour infenter un choli frase ,
Moi chafre foulu tout exprès ,
Monter sur sti chefal Pégase ;
Mais par mon foi sti tiable t'animal,
Il être un peu peaucoup prutal ;
Pour lui faire un petit caresse ,
Moi l'y fouloir padinement ,
Approcher mon main sur son fesse ,
Mais charniplé tout incifilement ,
Il m'afre fait un petarrade ,
Et fouloir lui par un ruade ,
Sans tonner afertissement ,
Casser tout - à- fait mon cerfelle.
Moy poufoir pas comprendre , Mameselle
Comme tiable peut faire fous ,
Pour aprifoiser sti farouche ;
Chamais pour fous lui ne prendre la mouche,
Quand fous lui parle , on dit qu'il être toux ,
Comme un mouton , chafre tans mon pensée ,
Que sti grand aprifoisement ,
Estre
712 MERCURE DE FRANCE
Estre fait par sorcellement ,
Et gager moi , que fous l'y être un Fée ;
Car quelqu'un hafre téja tit ,
Et Monsir Mercure te France ,
L'hafre par tout fort pien écrit ,
Que toute fotre corporance ,
N'être par mon foi qu'en l'esprit ;
Sti houfelle être fort étranche ,
Et tire moi tans mon refléxion ,
Que si n'être pas fous Sorciere , fous être Anche
Mais chafre un étonnation ,
1
C'est que sti Chanteurs te loüanche ,
Quant eux chanter fotre renom
Hafrent tous fait un faute insigne
T'afoir tit rien sur fotre choli nom :
La Figne , charniplé , la Figne ,
Etre un nom d'admiration ,
Et sti nom tout seul être tigne ,
T'un pelle déclaration ;
Moi fenir tonc tout exprès , Mameseile ,
Sur sti peau nom faire à fous compliment ;
Chafre toujours aimé le trinquement ,
Et pour témoignement t'un tendresse noufelle ;
Puisque fous la Figne s'apelle ,
Moi poire encor pour fous plus crantement ,
Car par mon foi la Figne être un pon Element ,
Sti raison être un assurance ,
Te mon fidelité , comme t'un crand constance ,
Et
AVRIL. 1733 .
713
Et chafre encore un folonté ,
T'être moi Suisse à fotre porte.
chens d'un crande sorte, On m'afre dit que
A foir un curiosité
Te foir fotre étranche personne :
Parblé tans mon Loche planté ,
Plus fier moi , qu'un Roi sur son Trône ;
Un proc te fin en main , à chêfal sur un Tonne ,
Moi tire à sti Calands,, en crand cifilité ,
T'afalir un rasade à fotre pon santé.
Si l'être un incifil pas conten de sti prône ,
Moi tire,alle;fa t'en, il n'être point personnes,
Et si fouloir sti tonneur te Cartel ,
Sti Chefalier te * Leucotece ,
Fenir encor charconner son tendresse ;
Tans mon Loche à Croisic, moi l'y faire un tuel;
Lui faire un peu peaucou le tiable à quatre ,
Et parler touchours lui contre cheants combatre,
Te cerfelle et te bras cassement , brisement.
Moi l'y craindre point sti tapache ,
Et tans un brafe trinquement ,
Moi fouloir noyer son courache
Puis tire à lui , malgré son rache ,
T'entrer tehors sans fâchement.
Serfiteur , ponchour , Mameselle ,
Moi conserfer pour fous un soif touchours fidelle.
* Voyez la Missive du Chevalier de Leucotece à
P'Infante de Malcrais , dans le premier Volume du
Mercure de Decembre dernier.
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Résumé : EPITRE d'un Suisse à Mlle Malcrais de la Vigne.
L'épître est une lettre humoristique écrite par un Suisse à Mademoiselle la Figne, également appelée Malcrais. L'auteur utilise un langage mal orthographié pour créer un effet comique et exprime son admiration pour elle. Il raconte une anecdote où il a tenté de caresser Pégase, le cheval d'un ami, mais a été désarçonné. Il compare ensuite Pégase à Mademoiselle la Figne, suggérant qu'elle pourrait être une fée ou une sorcière en raison de son caractère imprévisible. L'auteur critique les chanteurs qui louent Mademoiselle la Figne sans mentionner son nom, estimant que 'la Figne' est un nom d'admiration. Il exprime son affection et son désir de lui rendre hommage, ainsi que sa curiosité de la rencontrer. Il mentionne également son intention de lui offrir un toast et se montre prêt à affronter le Chevalier de Leucotece, un rival potentiel, dans un duel. La lettre se termine par une expression de fidélité et de dévouement envers Mademoiselle la Figne.
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3213
p. 727-729
L'HYVER.
Début :
Déja les charmantes Dryades, [...]
Mots clefs :
Hiver, Dieux, Bacchus, Aquilons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HYVER.
L'HY VER.
DE'ja les charmantes Dryades ,
Ont cessé de danser à l'ombre des Ormeaux ;
Déja de l'Empire des eaux
Le Roy des Aquilons a chassé les Nayades.
Nos Bois et nos Champs sont déserts ;
Zéphir ne caresse plus Flore ,
Et les Oyseaux , par leur Concerts ,
Ne nous annoncent plus le lever de l'Aurore.
Le
728 MERCURE DE FRANCE
La Nege a blanchi nos Guérets ,
De nos plus hauts Rochers , elle couvre les
Cimes ;
Et les Arbres de nos Forêts ,
Du courroux de l'hyver , innocentes victimes ,
A peine en supportent le poids.
Les Faunes , les Sylvains ont quitté leurs Hautbois
;
Et le vieux Sylene lui-même ,
Pour modérer ce froid extrême ,
En buvant , souflé dans ses doigts.
Déja par la bruyante haleine
Des Aquilons fougueux , les flots sont enchaî
nez ;
Et des Elemens consternez ,
La ruine semble prochaine,
Fiers de leurs coups audacieux ,
Ils osent se promettre une pleine victoire ;
Amis , pour les chasser , du plus puissant des
Dieux ,
Implorons le secours , et celebrons la gloire
Que les dépouilles des Forêts ,
Dans un large Foyer, promptement entassées ,
Raniment nos forces glacées ;
Que d'un joyeux festin , on fasse les apprêts ;
Vite , qu'on m'apporte mon verre ,
Qu'à l'instant il soit couronné
De
AVRIL. 17337
729
De ce jus que Bacchus aux Mortels a donné ;
De ce jus pétillant , qui croît près de Tonnere,
C'ett à ce Dieu vainqueur à regler les Saisons.
La nature , à ses Loix , doit être assujettie ;
Partez , rentrez dans vos prisons.
Impetueux sujets , de l'Epoux d'Orithie..
Bacchus rassure l'Univers .
Il a parlé , fuyez les traits de sa colère ,
Et cessant de troubler l'un et l'autre Hémisphere,
Reprenez pour jamais vos fers.
D'un obscur avenir ne perçons point les om
bres ;
Le succès en est incertain ;
Le destin sous des voiler sombres ,
A caché notre sort ; sans attendre à demain ,
Jouissons de notre jeunesse
Aux Jeux, aux Ris , cher ami, fais ta cour,
Enfin partage ta tendresse 2
Entre les Dieux du Vin , des Vers et de l'Amour,
MALALE TAD
DE'ja les charmantes Dryades ,
Ont cessé de danser à l'ombre des Ormeaux ;
Déja de l'Empire des eaux
Le Roy des Aquilons a chassé les Nayades.
Nos Bois et nos Champs sont déserts ;
Zéphir ne caresse plus Flore ,
Et les Oyseaux , par leur Concerts ,
Ne nous annoncent plus le lever de l'Aurore.
Le
728 MERCURE DE FRANCE
La Nege a blanchi nos Guérets ,
De nos plus hauts Rochers , elle couvre les
Cimes ;
Et les Arbres de nos Forêts ,
Du courroux de l'hyver , innocentes victimes ,
A peine en supportent le poids.
Les Faunes , les Sylvains ont quitté leurs Hautbois
;
Et le vieux Sylene lui-même ,
Pour modérer ce froid extrême ,
En buvant , souflé dans ses doigts.
Déja par la bruyante haleine
Des Aquilons fougueux , les flots sont enchaî
nez ;
Et des Elemens consternez ,
La ruine semble prochaine,
Fiers de leurs coups audacieux ,
Ils osent se promettre une pleine victoire ;
Amis , pour les chasser , du plus puissant des
Dieux ,
Implorons le secours , et celebrons la gloire
Que les dépouilles des Forêts ,
Dans un large Foyer, promptement entassées ,
Raniment nos forces glacées ;
Que d'un joyeux festin , on fasse les apprêts ;
Vite , qu'on m'apporte mon verre ,
Qu'à l'instant il soit couronné
De
AVRIL. 17337
729
De ce jus que Bacchus aux Mortels a donné ;
De ce jus pétillant , qui croît près de Tonnere,
C'ett à ce Dieu vainqueur à regler les Saisons.
La nature , à ses Loix , doit être assujettie ;
Partez , rentrez dans vos prisons.
Impetueux sujets , de l'Epoux d'Orithie..
Bacchus rassure l'Univers .
Il a parlé , fuyez les traits de sa colère ,
Et cessant de troubler l'un et l'autre Hémisphere,
Reprenez pour jamais vos fers.
D'un obscur avenir ne perçons point les om
bres ;
Le succès en est incertain ;
Le destin sous des voiler sombres ,
A caché notre sort ; sans attendre à demain ,
Jouissons de notre jeunesse
Aux Jeux, aux Ris , cher ami, fais ta cour,
Enfin partage ta tendresse 2
Entre les Dieux du Vin , des Vers et de l'Amour,
MALALE TAD
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Résumé : L'HYVER.
Le texte décrit les effets dévastateurs de l'hiver sur la nature. Les Dryades et les Nayades ont disparu, les bois et les champs sont déserts, et les oiseaux ne chantent plus. La neige recouvre les champs et les arbres ploient sous son poids. Les Faunes et les Sylvains ont abandonné leurs hautbois, et même Sylène tente de se réchauffer. Les vents aquilons enchaînent les flots, et les éléments semblent menacer de ruine. Pour chasser l'hiver, le texte suggère d'implorer le secours du plus puissant des dieux et de célébrer la gloire en allumant un grand feu avec les dépouilles des forêts. Il recommande de préparer un festin joyeux et de boire du vin, le jus pétillant donné par Bacchus, qui régule les saisons. Bacchus rassure l'univers et ordonne aux éléments impétueux de reprendre leurs fers. Le texte conclut en invitant à jouir de la jeunesse et à partager sa tendresse entre les dieux du vin, des vers et de l'amour.
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3214
p. 732
ENIGME.
Début :
Le Peintre passeroit pour un homme incomparable, [...]
Mots clefs :
Miroir
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
E Peintre passeroit pour homme incomparable
,
S'il pouvoit par son art peindre le mouvement ,
Moi, plus adroit que lui , et bien plus admirable
,
Je fais sans me mouvoir cet effet surprenant.
E Peintre passeroit pour homme incomparable
,
S'il pouvoit par son art peindre le mouvement ,
Moi, plus adroit que lui , et bien plus admirable
,
Je fais sans me mouvoir cet effet surprenant.
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3215
p. 733
AUTRE.
Début :
Iris, cruelle et fierre, autaut qu'elle est charmante, [...]
Mots clefs :
Chemise
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
1 Ris , cruelle et fierre , autant qu'elle est charmante
,
Ne dissimule point l'amour qu'elle a pour moy.
Elle se pique fort de conserver sa foy ,
De n'avoir point l'humeur changeante.
Cependant tout ce grand amour
Dure pour moi rarement plus d'un jour.
Son inégalité n'est-elle pas extrême ?
Quoique jamais son feu ne puisse m'enflammer,
La bizare qu'elle est , fait gloire de m'aimer :
Elle se fait honneur de me changer de même
Mais comme rougissant de son esprit leger ,
Elle se cache en me voulant changer.
1 Ris , cruelle et fierre , autant qu'elle est charmante
,
Ne dissimule point l'amour qu'elle a pour moy.
Elle se pique fort de conserver sa foy ,
De n'avoir point l'humeur changeante.
Cependant tout ce grand amour
Dure pour moi rarement plus d'un jour.
Son inégalité n'est-elle pas extrême ?
Quoique jamais son feu ne puisse m'enflammer,
La bizare qu'elle est , fait gloire de m'aimer :
Elle se fait honneur de me changer de même
Mais comme rougissant de son esprit leger ,
Elle se cache en me voulant changer.
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3216
p. 733
AUTRE.
Début :
J'ai dans le Cabinet des Rois, [...]
Mots clefs :
Poudre à mettre sur l'écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
'Ai dans le Cabinet des Rois ,
Part aux plus secrettes affaires ,
Et j'y couvre bien des mysteres ,
Qui sont pour leurs Sujets d'inviolables Loix.
Mon corps n'est rien qu'un composé
D'une infinité de parties
Qui, quoique sans rapport , et toutes désunies ,
Reçoivent de la main un mouvement aisé
Je n'ai science , ni lumiere ;
Je n'ai jamais rien lû , ni jamais rien écrit ,
Cependant le plus bel esprit
fait sur son travail repasser la derniere.
'Ai dans le Cabinet des Rois ,
Part aux plus secrettes affaires ,
Et j'y couvre bien des mysteres ,
Qui sont pour leurs Sujets d'inviolables Loix.
Mon corps n'est rien qu'un composé
D'une infinité de parties
Qui, quoique sans rapport , et toutes désunies ,
Reçoivent de la main un mouvement aisé
Je n'ai science , ni lumiere ;
Je n'ai jamais rien lû , ni jamais rien écrit ,
Cependant le plus bel esprit
fait sur son travail repasser la derniere.
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3217
p. 734
LOGOGRYPHE.
Début :
Il ne faut pas chercher jusques chez les Arabes, [...]
Mots clefs :
Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRY P.HE.
Il ne faut L pas chercher jusques chez les Arabes,
Puisqu'Europe m'enferme,où sont quatre sillabes.
La premiere à nos ans , met toujours un surcroît
;
Joignez-y la seconde , en pointe l'on me voit,
Par deux lignes formé. Quant à l'autre moitié ,
C'est notre mere à tous , qu'on ouvre sans pitié,
LA MOTTE TILLOY
Il ne faut L pas chercher jusques chez les Arabes,
Puisqu'Europe m'enferme,où sont quatre sillabes.
La premiere à nos ans , met toujours un surcroît
;
Joignez-y la seconde , en pointe l'on me voit,
Par deux lignes formé. Quant à l'autre moitié ,
C'est notre mere à tous , qu'on ouvre sans pitié,
LA MOTTE TILLOY
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3218
p. 734
AUTRE.
Début :
Avec mes quatre pieds, je presente une Ville, [...]
Mots clefs :
Metz
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Vec mes quatre pieds , je presente une Ville,
Pris d'une autre façon , on me trouve aux repas.
Combine , ami lecteur , mon emploi t'est utile ;
Pour toy je finirai , lorsque tu finiras ,
Dieu te donne en ce temps , l'esprit libre et tranquille
,
Une immortelle vie , après un doux trépas.
Par M. D GLAT.
Vec mes quatre pieds , je presente une Ville,
Pris d'une autre façon , on me trouve aux repas.
Combine , ami lecteur , mon emploi t'est utile ;
Pour toy je finirai , lorsque tu finiras ,
Dieu te donne en ce temps , l'esprit libre et tranquille
,
Une immortelle vie , après un doux trépas.
Par M. D GLAT.
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3219
p. 734-735
AUTRE, d'une nouvelle espece
Début :
Dans le nom d'un François celebre, [...]
Mots clefs :
Nostradamus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE, d'une nouvelle espece
AUTRE , d'une nouvelle espece.
Ans le nom d'un François celebre ,
On pourroit trouver , sans Algebre ,
Cinq mors de bon latin je crois ;
Des
AVRIL:
7351
1733.
Des onze pieds , prends d'abord trois ,
Tu te désignes avec d'autres ,
Pour nommer les biens qui sont nostres.
Joins y les trois qui sont après ;}
Les cinq derniers font voir un homme ,
Complaisant Epoux à l'excès,
Et qui vivoit bien avant Rome ;
Sa tête à bas , par piété ,
Orgueil ou générosité ,
Pour bienfaicteurs on nous renomme
Achevons de voir ce qui suit ;
La sillabe qui nous termine ,
Est une bête de rapine ,
Que la peur tient dans un réduit .
LA MOTTE TILLO Y.
Ans le nom d'un François celebre ,
On pourroit trouver , sans Algebre ,
Cinq mors de bon latin je crois ;
Des
AVRIL:
7351
1733.
Des onze pieds , prends d'abord trois ,
Tu te désignes avec d'autres ,
Pour nommer les biens qui sont nostres.
Joins y les trois qui sont après ;}
Les cinq derniers font voir un homme ,
Complaisant Epoux à l'excès,
Et qui vivoit bien avant Rome ;
Sa tête à bas , par piété ,
Orgueil ou générosité ,
Pour bienfaicteurs on nous renomme
Achevons de voir ce qui suit ;
La sillabe qui nous termine ,
Est une bête de rapine ,
Que la peur tient dans un réduit .
LA MOTTE TILLO Y.
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3220
p. 776
AIR A BOIRE.
Début :
Portez vos cimes dans les Cieux, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR A BOIRE.
AIR A BOIRE.
Portez vos cimes dans les Cieux ,
Fendez la nue à votre honte ,
Cedres et Pins audacieux ,
Un bois tortu rempant , vous passe , vous surmonte.
Bien mieux que vous il charme les regards ,
La Vigne est pour Hebé la corne d'abone
dance ,
Espoir plus doux pour les Vieillards ,
C'est la Fontaine de Jouvence.
Portez vos cimes dans les Cieux ,
Fendez la nue à votre honte ,
Cedres et Pins audacieux ,
Un bois tortu rempant , vous passe , vous surmonte.
Bien mieux que vous il charme les regards ,
La Vigne est pour Hebé la corne d'abone
dance ,
Espoir plus doux pour les Vieillards ,
C'est la Fontaine de Jouvence.
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3221
p. 789-792
ODE.
Début :
Toi, qui de nos Jeux est le guide, [...]
Mots clefs :
Dieu, Public, Théâtre, Critique, Raillerie, Ton sévère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
Le 13. Avril , les Comédiens Italiens
firent l'ouverture de leur Théatre par la
Tragi- Comédie de Simson. Le sicur Ric
coboni prononça, une Ode qui tint lieu ,
du Compliment qu'on fait toutes les années
à parcil jour , laquelle fut fort applaudie.
La voici .
O DE.
શું
Toi , qui de nos' Jeux est le guide , from
aux , q
Juge aimable de nos travaux
MOR ..
Toi , dont le seul Arrêt décide ,
Du prix des Ouvrages nouveaux ;
Dieu du Goût , qu'Apollon revére
Tu ne sçais point d'un ton severe it d'un ton severe side com
Condamner avec dureté 2007
Hij
Mais
3
790 MERCURE DE FRANCE
Mais flatté d'une noble audace ,
Au défaut tu sçais faire grace ,
S'il est suivi d'une beauté.
諾
C'est toi , Dieu puissant , que j'implore ;
Daigne m'accorder ton appui ,
Conduits mes pas , tremblans encore
Loin de nous écarte l'Ennui.
C'est l'ennemi que je redoute ;
Cent fois il traverse ma route ,
Quand je te cherche en mes transports
Il est le fléau du Théatre ,
Et , même en un sujet folâtre ,
Fait bâiller , malgré nos efforts .
Apprens-moi quel est ton azile ;
Dis-moi qui pourra m'aplanir ,
Ta route à l'esprit difficile ,
Quel mortel peut y parvenir ;
C'est en vain qu'un brillant génie
Chéri du Dieu de l'harmonie ,
De ton nom voudroit se parer ,
Il croit en vain , par son exemple ,
Montrer les chemins de ton Temple
C
Il ne fait que nous égarer.
諮
Non , ton séjour ne sçauroit être ,
Celui qu'on nous veut indiquer ;
Comment
AVRIL.
791 1733
Comment pouvoir le reconnoître
Tu ne t'y fais point remarquer.
J'y vois Peinture , Architecture ,
Vers , Danse , Musique , Sculpture ;
Tous les Arts , sans choix entassez :
La Critique et la Raillerie ,
Y font succomber le génie ;
L'ordre et la grace en sont chassez .
M
>
Mais quel objet s'offre à ma vûë ¿
Le Dieu qui daigne m'écouter ,
Vient , par une grace imprévûë ,
A mes regards se présenter ;
Je vois le séjour respectable ,
Où sa puissance redoutable ,
Sans se tromper , juge de tout ;
Je vois l'équitable Parterre ,
'Au mauvais déclarer la guerre .
C'est- là le vrai Temple du Goût.
Le judicieux assemblage ,
De tous les Etats réunis ,
De l'esprit est l'Aréopage ;
Les préjugez en sont bannis.
En vain , après la réussite ,
Le Censeur en blâmant s'excite
'A faire briller son sçavoir ;
Le Public ne peut se dédire.
Hiij Voit
792 MERCURE DE FRANCE
Soit : l'Ouvrage est mauvais à lire ;
Mais il est agréable à voir .
Par sa Critique raisonnée .
Un seul cause peu de terreur ;
Après une étude obstinée ,
Rarement il connoît l'Erreur.
Guidé par un sens infaillible ,
Le Public irrépréhensible ,
Voit et prononce sen un moment's
Respectons ses Arrêts augustes ,
Les décisions les plus justes ,
Ne partent que
du sentiment.
Puisse - t'il nous être propice!
Puissions - nous le voir à nos Jeux ,
Par bonté , comme par justice ,
Approuver nos soins plus heureux !
Que la Critique envenimée ,
Contre ce Théatre animée ,
Méprise tout ce qui s'y dit ;
Au-dessus de la Raillerie ,
Nous en méprisons la furie ,
Si le Public nous applaudit.
firent l'ouverture de leur Théatre par la
Tragi- Comédie de Simson. Le sicur Ric
coboni prononça, une Ode qui tint lieu ,
du Compliment qu'on fait toutes les années
à parcil jour , laquelle fut fort applaudie.
La voici .
O DE.
શું
Toi , qui de nos' Jeux est le guide , from
aux , q
Juge aimable de nos travaux
MOR ..
Toi , dont le seul Arrêt décide ,
Du prix des Ouvrages nouveaux ;
Dieu du Goût , qu'Apollon revére
Tu ne sçais point d'un ton severe it d'un ton severe side com
Condamner avec dureté 2007
Hij
Mais
3
790 MERCURE DE FRANCE
Mais flatté d'une noble audace ,
Au défaut tu sçais faire grace ,
S'il est suivi d'une beauté.
諾
C'est toi , Dieu puissant , que j'implore ;
Daigne m'accorder ton appui ,
Conduits mes pas , tremblans encore
Loin de nous écarte l'Ennui.
C'est l'ennemi que je redoute ;
Cent fois il traverse ma route ,
Quand je te cherche en mes transports
Il est le fléau du Théatre ,
Et , même en un sujet folâtre ,
Fait bâiller , malgré nos efforts .
Apprens-moi quel est ton azile ;
Dis-moi qui pourra m'aplanir ,
Ta route à l'esprit difficile ,
Quel mortel peut y parvenir ;
C'est en vain qu'un brillant génie
Chéri du Dieu de l'harmonie ,
De ton nom voudroit se parer ,
Il croit en vain , par son exemple ,
Montrer les chemins de ton Temple
C
Il ne fait que nous égarer.
諮
Non , ton séjour ne sçauroit être ,
Celui qu'on nous veut indiquer ;
Comment
AVRIL.
791 1733
Comment pouvoir le reconnoître
Tu ne t'y fais point remarquer.
J'y vois Peinture , Architecture ,
Vers , Danse , Musique , Sculpture ;
Tous les Arts , sans choix entassez :
La Critique et la Raillerie ,
Y font succomber le génie ;
L'ordre et la grace en sont chassez .
M
>
Mais quel objet s'offre à ma vûë ¿
Le Dieu qui daigne m'écouter ,
Vient , par une grace imprévûë ,
A mes regards se présenter ;
Je vois le séjour respectable ,
Où sa puissance redoutable ,
Sans se tromper , juge de tout ;
Je vois l'équitable Parterre ,
'Au mauvais déclarer la guerre .
C'est- là le vrai Temple du Goût.
Le judicieux assemblage ,
De tous les Etats réunis ,
De l'esprit est l'Aréopage ;
Les préjugez en sont bannis.
En vain , après la réussite ,
Le Censeur en blâmant s'excite
'A faire briller son sçavoir ;
Le Public ne peut se dédire.
Hiij Voit
792 MERCURE DE FRANCE
Soit : l'Ouvrage est mauvais à lire ;
Mais il est agréable à voir .
Par sa Critique raisonnée .
Un seul cause peu de terreur ;
Après une étude obstinée ,
Rarement il connoît l'Erreur.
Guidé par un sens infaillible ,
Le Public irrépréhensible ,
Voit et prononce sen un moment's
Respectons ses Arrêts augustes ,
Les décisions les plus justes ,
Ne partent que
du sentiment.
Puisse - t'il nous être propice!
Puissions - nous le voir à nos Jeux ,
Par bonté , comme par justice ,
Approuver nos soins plus heureux !
Que la Critique envenimée ,
Contre ce Théatre animée ,
Méprise tout ce qui s'y dit ;
Au-dessus de la Raillerie ,
Nous en méprisons la furie ,
Si le Public nous applaudit.
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Résumé : ODE.
Le 13 avril, les Comédiens Italiens inaugurèrent leur théâtre avec la tragicomédie 'Simson'. Riccardo Broschi, dit Riccoboni, prononça une ode à la place du compliment annuel habituel, qui fut très applaudie. Cette ode s'adresse au guide des jeux et au juge des travaux, implorant leur soutien pour éviter l'ennui, ennemi du théâtre. Elle critique les arts entassés sans choix et la critique qui fait succomber le génie. L'ode reconnaît le parterre comme le véritable temple du goût, où les préjugés sont bannis et le public prononce des jugements justes. Elle exprime l'espoir que le public soit propice et approuve leurs efforts, méprisant la critique envenimée si le public les applaudit.
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3222
p. 833-838
LE HEROS PARFAIT. ODE. A M. le Maréchal Duc de Villars.
Début :
Quel est ce Héros plein de gloire, [...]
Mots clefs :
Villars, Héros, Paix, Gloire, Victoire, Valeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE HEROS PARFAIT. ODE. A M. le Maréchal Duc de Villars.
LE HEROS PARFAIT.
O D E.
A. M. le Maréchal Duc de Villars.
Uel est ce Héros plein de gloire ,
Qui vient s'offrir à mes regards !
Ceint des Lauriers de la Victoire ,
Et Vainqueur de tous les hazards?
N'est - ce point le Dieu de la Guerre
Qui , lassé d'effrayer la terre ,
•
A ij Vient
50
834 MERCURE DE FRANCE
Vient respirer dans ( 1 ) ce séjour ?
Mais près de lui les doctes Fées ,
Les Amphions et les Orphées ,
S'empressent à faire leur cour.
Depuis quand le Dieu de la Thrace ,
Des beaux Arts est - il protecteur ?
Lui de qui la guerriere audace ,
Répand l'épouvante et l'horreur ?
Non , non de mon ame surprise :
Je connois enfin la méprise ;
C'est VILLARS qui s'offre à mes yeuxs
Sa valeur étonna Bellonne ;
La Paix à son tour le couronne ,
Et vient le mettre au rang des Dieux.
讚
Né pour le bonheur de la France ,
VILLARS dompte ses ennemis ;
Sa valeur nous rend l'esperance ,
Dès qu'il paroît , tout est soumis ,
Le Batave , la Germanie ,
(2 ) Cédent à son noble génie ,
Rien ne résiste à ses efforts :
A la terreur , à la tristesse ,
I (1 ) A Vaux- le-Villars.
( 2 ) La Bataille de Dénain,
MAY. 835 17330
On voit succéder l'allégresse ,
Qui s'exprime par nos transports.
讚
A l'instant que de la tempête ,
11 a garanti nos Etats ,
Sa prudence active s'apprête ,
A livrer encor des combats ;
Du Rhin , les Ondes étonnées
Ne paroissent plus mutinées“ ,
A l'aspect de ses étendarts ;
Landau , Fribourg ouvrent leurs Portes ;
L'on voit ses vaillantes cohortes ,
Se ranger sur leurs fiers Remparts. 01.01
Mais c'est peu que dans les allarmes ,
Il immortalise son nom ;
La Paix vient , avec tous ses charmes ,'
Illustrer encor son renom.
Prémice des biens qu'elle accorde ,
Déja s'avance la concorde ,
Objet de nos ardens désirs .
De notre sort Villars est Maître ,
Peuples , vous allez voir renaître ,
Et vos beaux jours et vos plaisirs.
De la vertu la plus sublime ,
An▲ iij. ↑ Nous
3
1
"
36 MERCURE DE FRANCE
Nous voyons les heureux effets ;
*
Des deux grands Héros qu'elle anime ,
Seule elle régle les projets ;
Plein d'une sagesse profonde ,
Villars , du plus grand Roy du monde ,
Maintient dignement tous les droits :
Eugène l'écoute et l'admire ,
Et du feu divin qui l'inspire
Il fait son exemple et ses loix.
Fille du Ciel ! Paix désirable !
Qui conduit un heureux repos ,
Enfin ton retour favorable ,
Est l'ouvrage de mon Héros.
Pour lui quelle gloire immortelle !
Non , la victoire la plus belle ,
N'a point un si parfait éclat ;
Mais la sagesse , le courage ,
En lui disputent l'avantage .
De grand Guerrier , d'homme d'Etat.
Aussi- tôt que d'un sort tranquile ,
L'Europe goûte les douceurs ,
Villars rend son loisir utile ,
Il vient protéger les neuf Soeurs.
* La Paix de Rastad.
La
MAY. 837
1733.
La sublimité , la justesse ,
Le bon goût , la délicatesse ,
Eclatent dans ses jugemens ,
Le vrai seul peut le satisfaire ,
Et l'on ne parvient à lui plaire ,
Que par de solides talens.
送
* Un nouveau Parnasse s'éleve ,
Dans des murs chéris d'Apollon ,
Déja le prodige s'achève ,
J'y trouve le sacré Vallon .
Qui peut surmonter tant d'obstacles ?
A qui devons - nous ces miracies ,
Dont notre esprit est enchanté ?
C'est Villars qui sçait les produire ;
Il commande , l'on voit construire ,
Un Temple à l'immortalité.
LOUIS , d'une gloire si pure ,
Héros délices des Mortels ;
La jalousie en vain murmure ,
Nos coeurs t'érigent des Autels :
Toutes les vertus à ta suite ,
Forcent les vices à la fuite ;
Est-il un triomphe plus beau ?
L'établissement de l'Academie de Marseille.
A iiij
Paisse
838 MERCURE DE FRANCE
Puisse l'Auteur des destinées ,
En éternisant tes années ,
• T'affranchir des loix du tombeau.
O D E.
A. M. le Maréchal Duc de Villars.
Uel est ce Héros plein de gloire ,
Qui vient s'offrir à mes regards !
Ceint des Lauriers de la Victoire ,
Et Vainqueur de tous les hazards?
N'est - ce point le Dieu de la Guerre
Qui , lassé d'effrayer la terre ,
•
A ij Vient
50
834 MERCURE DE FRANCE
Vient respirer dans ( 1 ) ce séjour ?
Mais près de lui les doctes Fées ,
Les Amphions et les Orphées ,
S'empressent à faire leur cour.
Depuis quand le Dieu de la Thrace ,
Des beaux Arts est - il protecteur ?
Lui de qui la guerriere audace ,
Répand l'épouvante et l'horreur ?
Non , non de mon ame surprise :
Je connois enfin la méprise ;
C'est VILLARS qui s'offre à mes yeuxs
Sa valeur étonna Bellonne ;
La Paix à son tour le couronne ,
Et vient le mettre au rang des Dieux.
讚
Né pour le bonheur de la France ,
VILLARS dompte ses ennemis ;
Sa valeur nous rend l'esperance ,
Dès qu'il paroît , tout est soumis ,
Le Batave , la Germanie ,
(2 ) Cédent à son noble génie ,
Rien ne résiste à ses efforts :
A la terreur , à la tristesse ,
I (1 ) A Vaux- le-Villars.
( 2 ) La Bataille de Dénain,
MAY. 835 17330
On voit succéder l'allégresse ,
Qui s'exprime par nos transports.
讚
A l'instant que de la tempête ,
11 a garanti nos Etats ,
Sa prudence active s'apprête ,
A livrer encor des combats ;
Du Rhin , les Ondes étonnées
Ne paroissent plus mutinées“ ,
A l'aspect de ses étendarts ;
Landau , Fribourg ouvrent leurs Portes ;
L'on voit ses vaillantes cohortes ,
Se ranger sur leurs fiers Remparts. 01.01
Mais c'est peu que dans les allarmes ,
Il immortalise son nom ;
La Paix vient , avec tous ses charmes ,'
Illustrer encor son renom.
Prémice des biens qu'elle accorde ,
Déja s'avance la concorde ,
Objet de nos ardens désirs .
De notre sort Villars est Maître ,
Peuples , vous allez voir renaître ,
Et vos beaux jours et vos plaisirs.
De la vertu la plus sublime ,
An▲ iij. ↑ Nous
3
1
"
36 MERCURE DE FRANCE
Nous voyons les heureux effets ;
*
Des deux grands Héros qu'elle anime ,
Seule elle régle les projets ;
Plein d'une sagesse profonde ,
Villars , du plus grand Roy du monde ,
Maintient dignement tous les droits :
Eugène l'écoute et l'admire ,
Et du feu divin qui l'inspire
Il fait son exemple et ses loix.
Fille du Ciel ! Paix désirable !
Qui conduit un heureux repos ,
Enfin ton retour favorable ,
Est l'ouvrage de mon Héros.
Pour lui quelle gloire immortelle !
Non , la victoire la plus belle ,
N'a point un si parfait éclat ;
Mais la sagesse , le courage ,
En lui disputent l'avantage .
De grand Guerrier , d'homme d'Etat.
Aussi- tôt que d'un sort tranquile ,
L'Europe goûte les douceurs ,
Villars rend son loisir utile ,
Il vient protéger les neuf Soeurs.
* La Paix de Rastad.
La
MAY. 837
1733.
La sublimité , la justesse ,
Le bon goût , la délicatesse ,
Eclatent dans ses jugemens ,
Le vrai seul peut le satisfaire ,
Et l'on ne parvient à lui plaire ,
Que par de solides talens.
送
* Un nouveau Parnasse s'éleve ,
Dans des murs chéris d'Apollon ,
Déja le prodige s'achève ,
J'y trouve le sacré Vallon .
Qui peut surmonter tant d'obstacles ?
A qui devons - nous ces miracies ,
Dont notre esprit est enchanté ?
C'est Villars qui sçait les produire ;
Il commande , l'on voit construire ,
Un Temple à l'immortalité.
LOUIS , d'une gloire si pure ,
Héros délices des Mortels ;
La jalousie en vain murmure ,
Nos coeurs t'érigent des Autels :
Toutes les vertus à ta suite ,
Forcent les vices à la fuite ;
Est-il un triomphe plus beau ?
L'établissement de l'Academie de Marseille.
A iiij
Paisse
838 MERCURE DE FRANCE
Puisse l'Auteur des destinées ,
En éternisant tes années ,
• T'affranchir des loix du tombeau.
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Résumé : LE HEROS PARFAIT. ODE. A M. le Maréchal Duc de Villars.
Le poème célèbre les exploits du Maréchal Duc de Villars, le décrivant comme un héros victorieux et couronné par la Paix. Villars est présenté comme un protecteur des arts et un guerrier redoutable, ayant dompté ses ennemis et rendu l'espérance à la France. Ses victoires, notamment celle de la Bataille de Dénain, sont soulignées, ainsi que sa prudence et son courage, qui ont garanti la sécurité des États. Le poème met en avant la sagesse et la vertu de Villars, qui maintient dignement les droits du plus grand roi du monde. La Paix de Rastadt est mentionnée comme un de ses ouvrages, apportant un heureux repos à l'Europe. Villars est également loué pour son soutien aux arts et à la culture, notamment par la création de l'Académie de Marseille. Le texte se termine par une invocation à l'Auteur des destinées pour éterniser les années de Villars et le libérer des lois du tombeau, soulignant ainsi sa gloire immortelle et les vertus qu'il incarne.
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3223
p. 846-849
LE PRÉJUGÉ. ODE A Mad. la Comtesse de ***
Début :
En vain la raison nous éclaire, [...]
Mots clefs :
Âme, Préjugé, Yeux, Orgueil, Raison, Vérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PRÉJUGÉ. ODE A Mad. la Comtesse de ***
LE PRE JUGE .
O DE
A Mad. la Comtesse de ***
EN vain la raison nous éclaire
Et nous fait luire son flambeau ,
Le Préjugé toujours contraire ,
Place sur nos yeux son bandeau ,
Nous ne prenons que lui pour guide
La verité simple et timide ,
Ne sçauroit fixer nos esprits
Nous ne suivons que le caprice ,
Nous regions sur son injustice ,
Nos louanges et nos mépris.
鍛
Le Préjugé sous son Empire
Sçait assujettir l'Univers ;
Il nous séduit, il nous attire ,,
Par ses enchantemens divers ,
Dans notre ame trop prévenue ;,
L'orgueil avec art s'insinue ,
I rampe d'abord en naissant ,
Bien-tôt par un pouvoir suprême
MAY. 847
1733
1.oblige la Raison même ,
A plier sous son joug puissant.
來
Dans ses liens il nous engage ;
Tout conspire à le seconder ,
Inconstant , leger et volage ,
Contre lui qui peut nous garder ?
Nos passions le favorisent ,
Nos désirs , à l'envi , s'épuisent ,
A nous retenir sous ses loix ;
A l'amour propre il s'associe ;
C'est par lui qu'il se fortifie ,
Et qu'il sçait étendre ses droits.
Ainsi l'Amant , belle Comtesse ,
Quand l'aveugle Amour le séduit ,
Croit que l'objet de sa tendresse ,
Efface l'Astre qui nous luit ;
Bien- tôt de la Voûte azurée ,
Il fait descendre Citherée ,
Pour y faire asseoir son Iris ,
Les yeux de l'objet de sa flamme ,
Ont plus de force sur son ame ,
Que les tiens ou ceux de Cypris ,
L'homme sçavant dans son Musée ,
Par un faux espoir agité
Sc
$ 48 MERCURE DE FRANCE
Se flatte en son ame abusée ,
Qu'il va saisir la Verité;
Mais dans cette longue poursuite ,
Le Préjugé marche à sa suite ,
Et l'éblouit par ses lueurs ,
Séduit par l'apparence vaine ,
L'orgueil aveugle le promene ,
Dans un Labyrinthe d'erreurs .
Ce Rimeur , qui d'un vol sublime
S'eleve presque jusqu'aux Cieux
Espere en l'ardeur qui l'anime ,
D'être admis presque au rang des Dieux.
Dans son poëtique délire ,
Il croit que les sons de sa Lyre ,
Du noir oubli seront vainqueurs ;
Tout occupé de sa manie ,
Il n'accorde qu'à l'harmonie ,
Le pouvoir d'enchaîner les coeurs .
Mais c'est trop , ma Muse me quitte
Contente de ses foibles traits ;
Toi dans qui brille le mérite ,
Jette les yeux sur ces Portraits ,
Si tu m'accordes ton suffrage ,
Il sera pour moi le présage →
Du succès le plus éclatant ,
Le
•
MAY. 17330 849
Le Goût s'associant aux Graces ,
Se plaît à marcher sur tes traces ,
Applaudis-moi , je suis content.
Par M. Paparoche , de Carpentras.
O DE
A Mad. la Comtesse de ***
EN vain la raison nous éclaire
Et nous fait luire son flambeau ,
Le Préjugé toujours contraire ,
Place sur nos yeux son bandeau ,
Nous ne prenons que lui pour guide
La verité simple et timide ,
Ne sçauroit fixer nos esprits
Nous ne suivons que le caprice ,
Nous regions sur son injustice ,
Nos louanges et nos mépris.
鍛
Le Préjugé sous son Empire
Sçait assujettir l'Univers ;
Il nous séduit, il nous attire ,,
Par ses enchantemens divers ,
Dans notre ame trop prévenue ;,
L'orgueil avec art s'insinue ,
I rampe d'abord en naissant ,
Bien-tôt par un pouvoir suprême
MAY. 847
1733
1.oblige la Raison même ,
A plier sous son joug puissant.
來
Dans ses liens il nous engage ;
Tout conspire à le seconder ,
Inconstant , leger et volage ,
Contre lui qui peut nous garder ?
Nos passions le favorisent ,
Nos désirs , à l'envi , s'épuisent ,
A nous retenir sous ses loix ;
A l'amour propre il s'associe ;
C'est par lui qu'il se fortifie ,
Et qu'il sçait étendre ses droits.
Ainsi l'Amant , belle Comtesse ,
Quand l'aveugle Amour le séduit ,
Croit que l'objet de sa tendresse ,
Efface l'Astre qui nous luit ;
Bien- tôt de la Voûte azurée ,
Il fait descendre Citherée ,
Pour y faire asseoir son Iris ,
Les yeux de l'objet de sa flamme ,
Ont plus de force sur son ame ,
Que les tiens ou ceux de Cypris ,
L'homme sçavant dans son Musée ,
Par un faux espoir agité
Sc
$ 48 MERCURE DE FRANCE
Se flatte en son ame abusée ,
Qu'il va saisir la Verité;
Mais dans cette longue poursuite ,
Le Préjugé marche à sa suite ,
Et l'éblouit par ses lueurs ,
Séduit par l'apparence vaine ,
L'orgueil aveugle le promene ,
Dans un Labyrinthe d'erreurs .
Ce Rimeur , qui d'un vol sublime
S'eleve presque jusqu'aux Cieux
Espere en l'ardeur qui l'anime ,
D'être admis presque au rang des Dieux.
Dans son poëtique délire ,
Il croit que les sons de sa Lyre ,
Du noir oubli seront vainqueurs ;
Tout occupé de sa manie ,
Il n'accorde qu'à l'harmonie ,
Le pouvoir d'enchaîner les coeurs .
Mais c'est trop , ma Muse me quitte
Contente de ses foibles traits ;
Toi dans qui brille le mérite ,
Jette les yeux sur ces Portraits ,
Si tu m'accordes ton suffrage ,
Il sera pour moi le présage →
Du succès le plus éclatant ,
Le
•
MAY. 17330 849
Le Goût s'associant aux Graces ,
Se plaît à marcher sur tes traces ,
Applaudis-moi , je suis content.
Par M. Paparoche , de Carpentras.
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Résumé : LE PRÉJUGÉ. ODE A Mad. la Comtesse de ***
Le poème 'Le Préjugé' est dédié à Madame la Comtesse de ***. Il traite de l'influence des préjugés sur l'esprit humain, qui subsistent malgré la raison. Les préjugés dominent l'univers et séduisent les âmes, permettant à l'orgueil de s'imposer. Les passions, les désirs et l'amour-propre renforcent ces préjugés, les rendant difficiles à surmonter. Le poème illustre cette domination à travers des exemples tels qu'un amant aveuglé par l'amour, un savant égaré dans sa quête de vérité, et un poète orgueilleux. L'auteur, M. Paparoche de Carpentras, conclut en sollicitant le suffrage de la comtesse pour assurer le succès de son œuvre et exprime son espoir d'être applaudi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3224
p. 857-862
JUGEMENT DE THEMIS. A MADAME DE ***. Sur le rétablissement de sa santé.
Début :
C'etoit fait de vos jours, ô divine Uranie ; [...]
Mots clefs :
Mort, Thémis, Rage, Apollon, Phébus, Jours, Paix, Dieu, Mortels, Rétablissement, Jugement, Santé
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texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT DE THEMIS. A MADAME DE ***. Sur le rétablissement de sa santé.
JUGEMENT DE THEMIS.
A MADAME DE * * *
1
Sur le rétablissement de sa santé.
C'Etoit fait de vos jours , ô divine Uranie;
De son double ciseau la cruelle Atropos ,
Alloit trancher le fil de la plus belle vie.
Bij
.
Mettre
858 MERCURE DE FRANCE
Mettre le comble à tous nos maux ,
Et d'un seul coup , hélas ! ouvrir mille tom
beaux.
On implore à grands cris la Déesse infléxible ;
Mais d'un air indigné , méprisant , insensible
Elle insulte aux soupits des foibles Orphelins ,
Soulagez tant de fois par vos puissantes mains.
Son oeil plein de rage et de joye ,
Contemple avidement ces restes malheureux ,
Qui par vous échappez à ses coups rigoureux
Bien- tôt en vous perdant vont devenir sa proye
Elle avance en couroux ; on fuit de toutes parts ,
Le poison meurtrier de ses affreux regards.
Une illustre famille où regnent la Sagesse ,
L'Honneur , la Probité , l'Union , la Tendresse ,
Prosternée et tremblante , offre inutilement
Ses plus précieuses années ,
Pour prolonger vos destinées ;
Rien ne peut retarder le funeste moment ,
Le Monstre impitoyable approche fierement :
Mais tout à coup sous un heureux auspice ,
Une Divinité propice ,
La celeste Thémis précipitant ses pas ,
Vint arracher vos jours aux horreurs du trépas
Fatale Mort , s'écria - t'elle ,
Arrêté de ton bras l'audace criminelle ,
Respecte les Mortels à tes pieds abattus ;
Apprends à choisir tes victimes ,
TE
MAY. 1733 855
Tu ne dois foudroyer que le vice et les crimes ,
Et c'est ici l'Empire des Vertus .
Set Arrêt prononcé d'une voix formidable ,
De la Déesse inexorable ,
Arrêta les premiers accès ;
Soudain un murmure agréable ,
Annonça par tout le succès ,
D'un jugement si favorable ,
La seule Mort étoit inconsolable ,
D'avoir perdu sa peine et son procès.
. Mais elle eut beau gémir et se deffendre ,
Vanter ses droits et follement prétendre ,
Qu'on trahissoit l'équité , la raison ;
On écouta la froide Demoiselle ,
Puis on siffla sa lugubre Oraison ;
Point d'Orateur ne soutint sa querelle ;
Et pour punir sa noire trahison ,
On opinoit à proceder contre elle ,
A lui donner pour demeure éternelle ,
L'affreux cachot d'une obscure prison ,
Ou renvoyer la hideuse Fémelle ,
Dans le Manoir de la sombre Alecton.
Phébus jugea la peine trop cruelle :
Bannir la Mort ! eh ! que seront les Dieux ,
Si les Humains sont immortels comme eux !
Bien- tôt peut- être une orgueilleuse audace ,
Reproduira de superbes Titans ,
Qui par des coups encor plus éclatants ,
Biij Scauront
860 MERCURE DE FRANCE
Sçauront vanger l'ancienne disgrace ,
Et les malheurs de leur coupable race ,
De Typheus iront briser les fers ,
Et troubleront le Ciel et les Enfers .
Ainsi parla d'un ton fier et sévere ,
Le Dieu brillant qu'à Délos on révere ,
Thémis sourit et loüa gravement ,
Du blond Phébus le discours véhement,
Puis expliquant la raison singuliere ,
Pourquoi le Dieu qui produit la lumiere ,
Parloit si haut pour une Déïté ,
Fille du Stix et de l'obscurité :
Messieurs , dit- elle , avec un air rigide ,
Trahi cent fois par un soûris malin ,
Vous le sçavez , Phébus est Medecin ,
Et doit chérir la Déesse homicide.
Ils sont tous deux l'un pour l'autre formez ;
Ils sont tous deux l'un de l'autre charmez.
Si quelquefois Apollon se déchaîne ,
Traite la Mort d'injuste , d'inhumaine ,
N'en croyez pas ses discours animez ,
C'est pour dupper les Mortels allarmeż ;
Il l'aime au fond et son coeur est sans haine ,
Malgré le feu de ses yeux allumez ,
Bien plus d'amour que de rage enflâmez.
Mêmes projets , même fin , même Empire ,
Et même droit sur tout ce qui respire ,
Unit leurs coeurs et leur funebre Cour ,
It
MAY 1733.
861
Et l'interêt cimente leur amour ;
Car sans la Mort , dont on craint les empreintes,
L'Art d'Apollon seroit moins respecté:
Sans Apollon et son Art si vanté ,
Peu de la Mort sentiroient les atteintes.
Or en faveur du Dieu de la santé ,
Nous épargnons à son illustre amie ,
Un sort cruel , une juste infamie ,
Et maint affront que sa témerité ,
merité.
A plus d'un titre avoit trop
Alors la Deïté des mortelles allarmes ,
Laissant de rage échapper quelques larmes,
Et l'oeil étincelant de colere et de feu :
Fuyons , dit- elle , un triste lieu ,
De la Paix le séjour tranquile ,
Et de Thémis le redoutable azile ,
Sortons pour ne rentrer jamais .
A ces mots elle fuit . Le Dépit et la Honte ,
D'une aîle obéissante et prompte ,
Volerent sur ses pas , suivis des vains regrets ,
Et des soucis cuisans ennemis de la Paix .
Ah ! si le Roy des Dieux , Maître des destinées ,
Ecoutoit les voeux que j'ai faits !
Si par des Loix justes et fortunées ,
Il mésuroit le cours de vos années ,
Sur vos vertus et vos bienfaits !
Deslors vos jours serains, sombres, et sans nuages,
Biiij Cou
862 MERCURE DE FRANCE
Couleroient dans la gloire et verroient tous l
âges ;
Et la solide Verité ,
Sur votre Palais respecté ,
Graveroit d'une main hardie ,
Ces Vers l'effroi da Temps et de la noire Envie
De ce brillant séjour par Themis habité ,
La jalouse Mort est bannie ;
Le Cielpour couronner de la sage
L'inestimable pieté ,
Uranie ,
Veut qu'elle mene en paix une tranquille vie,
Dans le sein glorieux de l'Immortalité.
A MADAME DE * * *
1
Sur le rétablissement de sa santé.
C'Etoit fait de vos jours , ô divine Uranie;
De son double ciseau la cruelle Atropos ,
Alloit trancher le fil de la plus belle vie.
Bij
.
Mettre
858 MERCURE DE FRANCE
Mettre le comble à tous nos maux ,
Et d'un seul coup , hélas ! ouvrir mille tom
beaux.
On implore à grands cris la Déesse infléxible ;
Mais d'un air indigné , méprisant , insensible
Elle insulte aux soupits des foibles Orphelins ,
Soulagez tant de fois par vos puissantes mains.
Son oeil plein de rage et de joye ,
Contemple avidement ces restes malheureux ,
Qui par vous échappez à ses coups rigoureux
Bien- tôt en vous perdant vont devenir sa proye
Elle avance en couroux ; on fuit de toutes parts ,
Le poison meurtrier de ses affreux regards.
Une illustre famille où regnent la Sagesse ,
L'Honneur , la Probité , l'Union , la Tendresse ,
Prosternée et tremblante , offre inutilement
Ses plus précieuses années ,
Pour prolonger vos destinées ;
Rien ne peut retarder le funeste moment ,
Le Monstre impitoyable approche fierement :
Mais tout à coup sous un heureux auspice ,
Une Divinité propice ,
La celeste Thémis précipitant ses pas ,
Vint arracher vos jours aux horreurs du trépas
Fatale Mort , s'écria - t'elle ,
Arrêté de ton bras l'audace criminelle ,
Respecte les Mortels à tes pieds abattus ;
Apprends à choisir tes victimes ,
TE
MAY. 1733 855
Tu ne dois foudroyer que le vice et les crimes ,
Et c'est ici l'Empire des Vertus .
Set Arrêt prononcé d'une voix formidable ,
De la Déesse inexorable ,
Arrêta les premiers accès ;
Soudain un murmure agréable ,
Annonça par tout le succès ,
D'un jugement si favorable ,
La seule Mort étoit inconsolable ,
D'avoir perdu sa peine et son procès.
. Mais elle eut beau gémir et se deffendre ,
Vanter ses droits et follement prétendre ,
Qu'on trahissoit l'équité , la raison ;
On écouta la froide Demoiselle ,
Puis on siffla sa lugubre Oraison ;
Point d'Orateur ne soutint sa querelle ;
Et pour punir sa noire trahison ,
On opinoit à proceder contre elle ,
A lui donner pour demeure éternelle ,
L'affreux cachot d'une obscure prison ,
Ou renvoyer la hideuse Fémelle ,
Dans le Manoir de la sombre Alecton.
Phébus jugea la peine trop cruelle :
Bannir la Mort ! eh ! que seront les Dieux ,
Si les Humains sont immortels comme eux !
Bien- tôt peut- être une orgueilleuse audace ,
Reproduira de superbes Titans ,
Qui par des coups encor plus éclatants ,
Biij Scauront
860 MERCURE DE FRANCE
Sçauront vanger l'ancienne disgrace ,
Et les malheurs de leur coupable race ,
De Typheus iront briser les fers ,
Et troubleront le Ciel et les Enfers .
Ainsi parla d'un ton fier et sévere ,
Le Dieu brillant qu'à Délos on révere ,
Thémis sourit et loüa gravement ,
Du blond Phébus le discours véhement,
Puis expliquant la raison singuliere ,
Pourquoi le Dieu qui produit la lumiere ,
Parloit si haut pour une Déïté ,
Fille du Stix et de l'obscurité :
Messieurs , dit- elle , avec un air rigide ,
Trahi cent fois par un soûris malin ,
Vous le sçavez , Phébus est Medecin ,
Et doit chérir la Déesse homicide.
Ils sont tous deux l'un pour l'autre formez ;
Ils sont tous deux l'un de l'autre charmez.
Si quelquefois Apollon se déchaîne ,
Traite la Mort d'injuste , d'inhumaine ,
N'en croyez pas ses discours animez ,
C'est pour dupper les Mortels allarmeż ;
Il l'aime au fond et son coeur est sans haine ,
Malgré le feu de ses yeux allumez ,
Bien plus d'amour que de rage enflâmez.
Mêmes projets , même fin , même Empire ,
Et même droit sur tout ce qui respire ,
Unit leurs coeurs et leur funebre Cour ,
It
MAY 1733.
861
Et l'interêt cimente leur amour ;
Car sans la Mort , dont on craint les empreintes,
L'Art d'Apollon seroit moins respecté:
Sans Apollon et son Art si vanté ,
Peu de la Mort sentiroient les atteintes.
Or en faveur du Dieu de la santé ,
Nous épargnons à son illustre amie ,
Un sort cruel , une juste infamie ,
Et maint affront que sa témerité ,
merité.
A plus d'un titre avoit trop
Alors la Deïté des mortelles allarmes ,
Laissant de rage échapper quelques larmes,
Et l'oeil étincelant de colere et de feu :
Fuyons , dit- elle , un triste lieu ,
De la Paix le séjour tranquile ,
Et de Thémis le redoutable azile ,
Sortons pour ne rentrer jamais .
A ces mots elle fuit . Le Dépit et la Honte ,
D'une aîle obéissante et prompte ,
Volerent sur ses pas , suivis des vains regrets ,
Et des soucis cuisans ennemis de la Paix .
Ah ! si le Roy des Dieux , Maître des destinées ,
Ecoutoit les voeux que j'ai faits !
Si par des Loix justes et fortunées ,
Il mésuroit le cours de vos années ,
Sur vos vertus et vos bienfaits !
Deslors vos jours serains, sombres, et sans nuages,
Biiij Cou
862 MERCURE DE FRANCE
Couleroient dans la gloire et verroient tous l
âges ;
Et la solide Verité ,
Sur votre Palais respecté ,
Graveroit d'une main hardie ,
Ces Vers l'effroi da Temps et de la noire Envie
De ce brillant séjour par Themis habité ,
La jalouse Mort est bannie ;
Le Cielpour couronner de la sage
L'inestimable pieté ,
Uranie ,
Veut qu'elle mene en paix une tranquille vie,
Dans le sein glorieux de l'Immortalité.
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Résumé : JUGEMENT DE THEMIS. A MADAME DE ***. Sur le rétablissement de sa santé.
Le poème 'Jugement de Thémis' relate la guérison miraculeuse d'une dame anonyme. La Mort, personnifiée, est sur le point de mettre fin à la vie de cette femme, mais Thémis, la déesse de la justice, intervient pour la sauver. Thémis arrête la Mort, affirmant que celle-ci ne doit frapper que le vice et les crimes, et non les vertueux. La Mort, en colère, tente de se justifier, mais Thémis la condamne à être bannie ou emprisonnée. Phébus, le dieu du soleil et de la médecine, intervient alors pour adoucir la peine. Il explique que la Mort et lui sont liés, car la médecine est respectée grâce à la crainte de la Mort. Thémis accepte cette argumentation et épargne la Mort, qui quitte les lieux enragée. Le poème se conclut par un vœu pour que la vie de la dame soit prolongée et honorée, avec la Vertu régnant sur la Mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3225
p. 865-869
MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
Début :
Preux Paladin, fameux en courtoisie, [...]
Mots clefs :
Italien, Roland furieux, Brutus , Épée, Latin, Malcrais
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texteReconnaissance textuelle : MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS ,
au Chevalier de LEUCOTE CE , en réponse
à la sienne , inserée dans le premier
volume du Mercure de Decembre , page
2570.
Preux Paladin , fameux en courtoisie „,
Qui publiez à ma gloire un Cartel ,
Et défiez, piqué par jalousie ,.
Trois Chevaliers peu chiches de leur pel :
Bien que d'effroi pantoisante , et transie 2
I Voyez Villon , dans la Ballade de son appels
toute Bête garde sa pel ..
2 On disoit aussi Pantoiser , pour
Galeine. Academie Erançoise.
dire la courte
Bvj
OUL
་
866 MERCURE DE FRANCE
Pour quelqu'un d'eux je craigne un coup mor
tel ;
Endemetiers 3 , à noble fantaisie ,
Honneur dois rendre , et veux , n'en doutez
mie ,
Pour ce , du moins vous donner un Châtel •
Quand j'en aurai , s'entend , s'il prend envie
Au Rɔy des Francs , par contrat solemnel
De m'en vendre un à crédit éternel ,
Ja ne cuidez que pourtant sans faillie ,
Homme et Harnois soient en votre baillie
Et que puissiez , sans moult y périller
Conduire à chef chaude et brave avanture ,
Escus desrompre , et hauberts desmailler ,
Tout comme Argi e enfondre triple armure.
Le cas n'est hoc ; fussiez - vous sur Bayard , 4
>
3 Endemétiers , mot ancien, dont s'est servi Alain
Chartier , dans le débat du Reveille matin. Du
Chesne , après avoir dit que ce terme signfie , cependant
, se figure qu'il est dérivé du latin , intercadum
;pour moi e croirois avec tout le respect
que je lui dois , qu'il tire son origine de l'expression
Italienne , è dimesi re, il faut , il convient, quoique
la cons'ruction de la Phrase , dont cette expression
fait partie en Italien , soit n peu differente de
la construction françoise , où cependant, demeure,
pour ainsi dire , isolé.
4 Arioste dans le Poëme de Roland furieux, chant.
5. Sect.74. fait de cefameux Cheval de Renant de
Montauban l'élog: qui suit :
Ne' calci tal passa harca il Cavallo ,
C'hauria spezzato un Monte di metallo.
Cein
MAY. 17337
867
Ceindriez-vous l'illustre Balisarde , s
Qui d'un Héros , fit souvent un fuyard ,
Votre pourpoint bel et bien s'y hazarde,
Emmi Soudarts qui viendront ferraillant
Voltairio Chevalier parvaillant ,
Fait en champ clos tournoyer une Epée ,
Forte , et luisante , enfin acier trempée ;
Et qui plus est , bien qu'il soit bon Jousteur ;
Le vieux Merlin n'étoit pire enchanteur. 6
Tout l'Ost 7 Turquois ne soûtiendroit sa vûë ;
Coint et faitis , l'invincible Guerrier ,
Tenant en main baguette de Laurier ,
Vous les sçauroit , comme poudre menuë ,
Esparpiller , où s'il n'avoit loisir
De faire exploit de sa vertu connuë ,
A son secours veriez en hâte Issir. 8
Des creux Enfers , où bien fort leur ennuye
5 Balisarda , c'étoit le nom de l'Epée de Roger ,
comme Durindana étoit celui de l'Epée de Roland
Se Durindana , è Balisarda taglia ,
Sapete , è quanto in queste , mani vaglia.
Ariost Rol. fur . c. 30. St 51.
6 Voyez dans le chant de Roland furieux , 3
description de la Groste enchantée de Merlin.
Lax
7 Ost , vieux mot , qui signifie Armée ; il est
dérivé du latin Hostis .
8 Issir , vient de l'Italien Usire , en François ,
Sortir.
Brutus
68 MERCURE DE FRANCE
Brutus , Herode , au front plus noir que suye
Et vous feroient sur l'arêne gésir. ro
Point n'ignorez , ô tres-valeureux Sire
Que le Romain qu'orgueil engrillonna ,
Sa géniture à mort abandonna ,
Qu'à l'autre un Rat fit son Epouse occire.
Partant jugez que ces tueurs de gens ,
Au fier combat volant comme à la danse
N'épargneront de vous bourrer la panse ::
Et ne craindront des Archers diligens ,
Par monts , par vaux , la poursuite empressée
Ains , aussi -tôt qu'étendu vous verront ,
Sur le terrain , de votre chair feront ,
Hachis , Ragout , Grillade et Fricassée
Puis à l'envi guayement vous grugeront.
Las ! quand s'aurois la fatale nouvelle ,
Qu'auriez subi fortune tant cruelle ,
D
Pour mon ainour ; que mon coeur plein d'es
moy ,
Se guémentant iroit en désarroy !
Donc , bien qu'ayez fait guerriere Apertise,.
Forcé Remparts , et Géants abbatus ,
Quand sériez même aussi vaillant qu'Artus ,
9 Allusion aux Tragedies de M, de Voltaire,
Mariamne et Brutus,
10. Gésir on Gir , infinitif de Gît ; en Italien ,
Giacere ; en latin Jacere.
11 Artus , Roy d'Angleterre , quifut tres - vail-
Fant , et qui établit P'Ordre des Chevaliers de Ia
Table Ronde..
Trois
MAY. 2733 .
Trois , quatre fois remirés l'entreprise..
Bon soir , Seigneur , je suis à toujours mais ,
Votre servante , Antoinette Malcrais..
Au Croisic , ce 29 de Janvier 173:30.
2. Cette façon de parler vient de l'Italien , Sem
gre mai , dont nous avons fait à tout jamais.
au Chevalier de LEUCOTE CE , en réponse
à la sienne , inserée dans le premier
volume du Mercure de Decembre , page
2570.
Preux Paladin , fameux en courtoisie „,
Qui publiez à ma gloire un Cartel ,
Et défiez, piqué par jalousie ,.
Trois Chevaliers peu chiches de leur pel :
Bien que d'effroi pantoisante , et transie 2
I Voyez Villon , dans la Ballade de son appels
toute Bête garde sa pel ..
2 On disoit aussi Pantoiser , pour
Galeine. Academie Erançoise.
dire la courte
Bvj
OUL
་
866 MERCURE DE FRANCE
Pour quelqu'un d'eux je craigne un coup mor
tel ;
Endemetiers 3 , à noble fantaisie ,
Honneur dois rendre , et veux , n'en doutez
mie ,
Pour ce , du moins vous donner un Châtel •
Quand j'en aurai , s'entend , s'il prend envie
Au Rɔy des Francs , par contrat solemnel
De m'en vendre un à crédit éternel ,
Ja ne cuidez que pourtant sans faillie ,
Homme et Harnois soient en votre baillie
Et que puissiez , sans moult y périller
Conduire à chef chaude et brave avanture ,
Escus desrompre , et hauberts desmailler ,
Tout comme Argi e enfondre triple armure.
Le cas n'est hoc ; fussiez - vous sur Bayard , 4
>
3 Endemétiers , mot ancien, dont s'est servi Alain
Chartier , dans le débat du Reveille matin. Du
Chesne , après avoir dit que ce terme signfie , cependant
, se figure qu'il est dérivé du latin , intercadum
;pour moi e croirois avec tout le respect
que je lui dois , qu'il tire son origine de l'expression
Italienne , è dimesi re, il faut , il convient, quoique
la cons'ruction de la Phrase , dont cette expression
fait partie en Italien , soit n peu differente de
la construction françoise , où cependant, demeure,
pour ainsi dire , isolé.
4 Arioste dans le Poëme de Roland furieux, chant.
5. Sect.74. fait de cefameux Cheval de Renant de
Montauban l'élog: qui suit :
Ne' calci tal passa harca il Cavallo ,
C'hauria spezzato un Monte di metallo.
Cein
MAY. 17337
867
Ceindriez-vous l'illustre Balisarde , s
Qui d'un Héros , fit souvent un fuyard ,
Votre pourpoint bel et bien s'y hazarde,
Emmi Soudarts qui viendront ferraillant
Voltairio Chevalier parvaillant ,
Fait en champ clos tournoyer une Epée ,
Forte , et luisante , enfin acier trempée ;
Et qui plus est , bien qu'il soit bon Jousteur ;
Le vieux Merlin n'étoit pire enchanteur. 6
Tout l'Ost 7 Turquois ne soûtiendroit sa vûë ;
Coint et faitis , l'invincible Guerrier ,
Tenant en main baguette de Laurier ,
Vous les sçauroit , comme poudre menuë ,
Esparpiller , où s'il n'avoit loisir
De faire exploit de sa vertu connuë ,
A son secours veriez en hâte Issir. 8
Des creux Enfers , où bien fort leur ennuye
5 Balisarda , c'étoit le nom de l'Epée de Roger ,
comme Durindana étoit celui de l'Epée de Roland
Se Durindana , è Balisarda taglia ,
Sapete , è quanto in queste , mani vaglia.
Ariost Rol. fur . c. 30. St 51.
6 Voyez dans le chant de Roland furieux , 3
description de la Groste enchantée de Merlin.
Lax
7 Ost , vieux mot , qui signifie Armée ; il est
dérivé du latin Hostis .
8 Issir , vient de l'Italien Usire , en François ,
Sortir.
Brutus
68 MERCURE DE FRANCE
Brutus , Herode , au front plus noir que suye
Et vous feroient sur l'arêne gésir. ro
Point n'ignorez , ô tres-valeureux Sire
Que le Romain qu'orgueil engrillonna ,
Sa géniture à mort abandonna ,
Qu'à l'autre un Rat fit son Epouse occire.
Partant jugez que ces tueurs de gens ,
Au fier combat volant comme à la danse
N'épargneront de vous bourrer la panse ::
Et ne craindront des Archers diligens ,
Par monts , par vaux , la poursuite empressée
Ains , aussi -tôt qu'étendu vous verront ,
Sur le terrain , de votre chair feront ,
Hachis , Ragout , Grillade et Fricassée
Puis à l'envi guayement vous grugeront.
Las ! quand s'aurois la fatale nouvelle ,
Qu'auriez subi fortune tant cruelle ,
D
Pour mon ainour ; que mon coeur plein d'es
moy ,
Se guémentant iroit en désarroy !
Donc , bien qu'ayez fait guerriere Apertise,.
Forcé Remparts , et Géants abbatus ,
Quand sériez même aussi vaillant qu'Artus ,
9 Allusion aux Tragedies de M, de Voltaire,
Mariamne et Brutus,
10. Gésir on Gir , infinitif de Gît ; en Italien ,
Giacere ; en latin Jacere.
11 Artus , Roy d'Angleterre , quifut tres - vail-
Fant , et qui établit P'Ordre des Chevaliers de Ia
Table Ronde..
Trois
MAY. 2733 .
Trois , quatre fois remirés l'entreprise..
Bon soir , Seigneur , je suis à toujours mais ,
Votre servante , Antoinette Malcrais..
Au Croisic , ce 29 de Janvier 173:30.
2. Cette façon de parler vient de l'Italien , Sem
gre mai , dont nous avons fait à tout jamais.
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Résumé : MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
La missive de l'Infante de Malcrais, datée du 29 janvier 1733 au Croisic, est adressée au Chevalier de Leucote en réponse à un cartel publié par ce dernier dans le Mercure de décembre. L'Infante exprime sa préoccupation face aux trois chevaliers défiés par Leucote, bien qu'elle reconnaisse leur courtoisie et leur bravoure. Elle propose de lui offrir un château, à condition que le roi des Francs le lui vende à crédit éternel, permettant ainsi à Leucote de défendre ce château avec ses hommes et son équipement. Pour illustrer la dangerosité des adversaires, l'Infante fait référence à des œuvres littéraires telles que celles de Villon et Arioste. Elle évoque également des personnages historiques et mythologiques, comme Brutus et Hérode, pour souligner les risques encourus par Leucote. L'Infante conclut en exprimant son inquiétude pour sa sécurité et en lui souhaitant bonne chance.
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3226
p. 874-875
RÉPONSE du Chevalier de Leucotece aux Vers de M. Carelet, inserez dans le Mercure de Janvier 1733.
Début :
Quiconque aura délicatesse, [...]
Mots clefs :
Princesse, Mlle de Malcrais
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du Chevalier de Leucotece aux Vers de M. Carelet, inserez dans le Mercure de Janvier 1733.
REPONSE du Chevalier de Lencotece
aux Vers de M. Carelet inserez
dans le Mercure de Fanvier 1733 .
QuiUcioconnqque aura délicatesse ,
›
Et dans le coeur et dans l'esprit ,
Qui de Vers au bon coin , et de galant écrit
Connoîtra l'art , prisera la finesse ,
Cil , je le sçais , de ma Princesse *
Sera l'amant , et partant mon rival .
A donc, beau Sire, est - ce compter si mal
Comptant ainsi , sans vitupere et honte ,
Aurois -je pû vous oublier ?
Or tenez-vous ferme sur l'étrier ,
Trop bien vous ai mis en mon compte
Et , s'il vous plaît , le beau premier ,
Mlle de Malerass
Non
MA Y. 1733 .
875
Non pas de ceux que dois estropier. ,
Tout simplement , mais de ceux que ma
Lance ,
Doit mettre à Malemort , et pousser
outrance,
aux Vers de M. Carelet inserez
dans le Mercure de Fanvier 1733 .
QuiUcioconnqque aura délicatesse ,
›
Et dans le coeur et dans l'esprit ,
Qui de Vers au bon coin , et de galant écrit
Connoîtra l'art , prisera la finesse ,
Cil , je le sçais , de ma Princesse *
Sera l'amant , et partant mon rival .
A donc, beau Sire, est - ce compter si mal
Comptant ainsi , sans vitupere et honte ,
Aurois -je pû vous oublier ?
Or tenez-vous ferme sur l'étrier ,
Trop bien vous ai mis en mon compte
Et , s'il vous plaît , le beau premier ,
Mlle de Malerass
Non
MA Y. 1733 .
875
Non pas de ceux que dois estropier. ,
Tout simplement , mais de ceux que ma
Lance ,
Doit mettre à Malemort , et pousser
outrance,
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Résumé : RÉPONSE du Chevalier de Leucotece aux Vers de M. Carelet, inserez dans le Mercure de Janvier 1733.
Le Chevalier de Lencotece répond aux vers de M. Carelet, publiés dans le Mercure de janvier 1733. Il loue la finesse de sa Princesse et se dit prêt à rivaliser avec ceux qui apprécient l'art des vers. Il mentionne Mlle de Malerass et affirme vouloir mettre ses adversaires en difficulté sans les blesser.
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3227
p. 875-877
LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
Début :
Il y a long-temps, Madame, que vous m'avez demandé le Portrait de / A la plus touchante Beauté, [...]
Mots clefs :
Portrait, Mlle Malcrais de La Vigne, Vers
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
LETTRE de M. D.... à Mad. la
Marquise de Saint A ... en lui envoyant
Le Portrait en Vers de Mlle Malcrais
de la Vigne.
L
I y a long - temps , Madame , que
vous m'avez demandé le Portrait de
Mile Malcrais de la Vigne , qui vous est
connue si avantageusement par ses Ouvrages
, par les jolies choses qu'elle a
données au Public ; et il y a long- temps
que moi - même j'ai eû l'honneur de vous
le promettre. Mais des obstacles invincibles
m'ont empêché jusqu'ici de satis
faire une curiosité aussi aimable que la
vôtre. Les Peintres d'un certain goût sont
très- rares en basse Bretagne ; que viendroient-
ils y chercher ? Quelle sorte de
hazard les y attireroit ? Et cependant ,
Madame , vous sçavez que pour peindre
une Deshoulieres , il ne faut rien moins
qu'une
36 MERCURE DE FRANCE
qu'une Cheron. Pour bien représenter
un objet distingué , il faut un Pinceau
qui donne de la vie et une sorte d'ame
à tout ce qu'il touche. Tel seroit le Portrait
de Mlle Malcrais de la Vigne , si
j'avois trouvé une main assez legere et
assez sçavante pour le tracer. Mais cette
main , j'aurois dû m'y attendre , m'a manqué
tout-à- fait. A son défaut , contentez
vous d'un Portait en Vers , et pour tout
dire , d'un Portrait de ma façon. J'avoûë ,
Madame , que c'est perdre au change et
y perdre infiniment. Les Vers ne disent
point tout ce qu'on sent à la vûë d'une
personne aimable , tout ce qu'elle inspire.
A peine méritent- ils d'être comparez à
une gravûre , à qui manque cette expression
de la verité que donne le coloris.
PORTRAIT
DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE
A La plus touchante Beauté ,
Joindre un air de délicatesse ;
Pour s'entendre louer sans cesse ,
Ne point avoir plus de fierté ;
Voyez le Poëme qui commence par ces mots ,
La sçavante Cheron , &c. parmi les Oeuvres de
Mad. Deshoulieres.
Des
MAY. $739 1733.
Des Vers qu'enfante le Génie ,
Se faire un doux amusement ;
Dans une lecture choisie
Trouver toujours de l'Agrément ;
A ces fleurs qu'offre le Parnasse
Donner encore un nouveau prix ,
Pour en couronner avec grace ,
Ceux qui brillent par leurs Ecrits ;
Sçavoir penser dans le bel âge
Où l'on pense si rarement ,
Et de l'amoureux badinage .
Se défendre avec jugement ;
Etre toujours ce qu'on doit être ,
Dérober encor plus d'esprit ,
Qu'en parlant on n'en fait paroître ;
Laisser douter quand on soûrit ,
Si l'on approuve ou si l'on blâme ,
Rallier enfin dans son ame ,
Tout ce qu'offrent de plus flateur ,
Et le bon sens et le bon coeur.
Voila , me direz-vous , une belle chimere ,
Un objet recherché , peint des plus nobles traits į
Non , de l'adorable Malcrais ,
C'est l'image naïve et le vrai caractere,
Marquise de Saint A ... en lui envoyant
Le Portrait en Vers de Mlle Malcrais
de la Vigne.
L
I y a long - temps , Madame , que
vous m'avez demandé le Portrait de
Mile Malcrais de la Vigne , qui vous est
connue si avantageusement par ses Ouvrages
, par les jolies choses qu'elle a
données au Public ; et il y a long- temps
que moi - même j'ai eû l'honneur de vous
le promettre. Mais des obstacles invincibles
m'ont empêché jusqu'ici de satis
faire une curiosité aussi aimable que la
vôtre. Les Peintres d'un certain goût sont
très- rares en basse Bretagne ; que viendroient-
ils y chercher ? Quelle sorte de
hazard les y attireroit ? Et cependant ,
Madame , vous sçavez que pour peindre
une Deshoulieres , il ne faut rien moins
qu'une
36 MERCURE DE FRANCE
qu'une Cheron. Pour bien représenter
un objet distingué , il faut un Pinceau
qui donne de la vie et une sorte d'ame
à tout ce qu'il touche. Tel seroit le Portrait
de Mlle Malcrais de la Vigne , si
j'avois trouvé une main assez legere et
assez sçavante pour le tracer. Mais cette
main , j'aurois dû m'y attendre , m'a manqué
tout-à- fait. A son défaut , contentez
vous d'un Portait en Vers , et pour tout
dire , d'un Portrait de ma façon. J'avoûë ,
Madame , que c'est perdre au change et
y perdre infiniment. Les Vers ne disent
point tout ce qu'on sent à la vûë d'une
personne aimable , tout ce qu'elle inspire.
A peine méritent- ils d'être comparez à
une gravûre , à qui manque cette expression
de la verité que donne le coloris.
PORTRAIT
DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE
A La plus touchante Beauté ,
Joindre un air de délicatesse ;
Pour s'entendre louer sans cesse ,
Ne point avoir plus de fierté ;
Voyez le Poëme qui commence par ces mots ,
La sçavante Cheron , &c. parmi les Oeuvres de
Mad. Deshoulieres.
Des
MAY. $739 1733.
Des Vers qu'enfante le Génie ,
Se faire un doux amusement ;
Dans une lecture choisie
Trouver toujours de l'Agrément ;
A ces fleurs qu'offre le Parnasse
Donner encore un nouveau prix ,
Pour en couronner avec grace ,
Ceux qui brillent par leurs Ecrits ;
Sçavoir penser dans le bel âge
Où l'on pense si rarement ,
Et de l'amoureux badinage .
Se défendre avec jugement ;
Etre toujours ce qu'on doit être ,
Dérober encor plus d'esprit ,
Qu'en parlant on n'en fait paroître ;
Laisser douter quand on soûrit ,
Si l'on approuve ou si l'on blâme ,
Rallier enfin dans son ame ,
Tout ce qu'offrent de plus flateur ,
Et le bon sens et le bon coeur.
Voila , me direz-vous , une belle chimere ,
Un objet recherché , peint des plus nobles traits į
Non , de l'adorable Malcrais ,
C'est l'image naïve et le vrai caractere,
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Résumé : LETTRE de M. D.... à Mad. la Marquise de Saint A... en lui envoyant le Portrait en Vers de Mlle Malcrais de la Vigne. / PORTRAIT DE MLLE MALCRAIS DE LA VIGNE.
La lettre de M. D.... à Madame la Marquise de Saint A... traite de l'envoi du portrait en vers de Mlle Malcrais de la Vigne. La Marquise avait demandé ce portrait depuis longtemps, mais des obstacles, notamment la rareté des peintres de talent en Basse-Bretagne, ont retardé sa réalisation. M. D.... souligne la nécessité d'un artiste exceptionnel pour peindre une personne distinguée. En l'absence de tel artiste, il propose un portrait en vers, qu'il reconnaît moins expressif qu'une peinture. Le portrait en vers décrit Mlle Malcrais de la Vigne comme une personne à la beauté touchante et à l'air délicat, évitant la fierté malgré ses talents. Elle apprécie les vers inspirés par le génie, trouve du plaisir dans la lecture choisie et sait couronner les écrivains brillants. Elle pense avec sagesse à un âge où cela est rare et se défend avec jugement contre les badinages amoureux. Elle sait également cacher son esprit et laisse douter de ses approbations ou désapprobations. Enfin, elle allie bon sens et bon cœur, offrant une image naïve et véritable de sa personnalité.
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3228
p. 884-885
PORTRAIT DE MLLE C***. Par M. Carolet.
Début :
Ce n'est point à Phébus que j'adresse mes voeux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE MLLE C***. Par M. Carolet.
PORTRAIT DE MLLE C ***
Par M. Carolet.
E n'est point à Phébus que j'adresse mes
CE voeux
Pour faire le Portrait de l'aimable Uranie ;
L'Amour , le seul Amour , qui regne dans ses
yeux ,
Doit fertiliser mon génie.
Ce Dieu qui sçait si bien la graver dans les
coeurs ,
Mais
De mon foible Pinceau peut seconder l'audace ,
Que vais- je faire, hélas ! quelle frayeur me glace
Je redoute l'éclat de ses attrats vainqueurs.
que dis je tentons cette noble entreprise ,
Aux avides regards exposons ce Tableau ;
Qu'on manque ce Portrait , il sera toujours beaus
D'un seul trait entrevû l'ame doit être éprise,
Commençons et d'abord peignons cette douceur,
Qui saisissant les yeux , sçait maîtriser le coeur ,
Cette naïveté toute spirituelle ,
Et ce je ne sçai quoi , qui , joint à lafierté ,
Fait de la beauté naturelle ,
L'Ecueil fatal de notre liberté;
De l'objet que je peins ce sont les moindres
@harmes
Charmes
MAY. 1733. 889
Charmes pourtant à qui tout rend les armes ,
Qui surs de la victoire enchaînent les Mortels ,
Et disputent aux Dieux l'Encens et les Autels.
Mais sur des appas plus solides ,
Jettons nos regards étonnez ,
Les Ris modostement timides ,
Relevent des talens par cent vertus ornez ;
La sagesse , trésor aussi rare qu'utile ,
Est un don qu'Uranie eut pour lot en naissant ,
Son esprit , ses discours , ont un charme puis
sant ,
Qui dans les coeurs trouve un accès facile .
Mais ou m'emporte mon ardeur ,
Je suis sûr de déplaire à là belle Uranie ,
Je n'ai consulté que mon coeur
Sans consulter sa modestie,
Par M. Carolet.
E n'est point à Phébus que j'adresse mes
CE voeux
Pour faire le Portrait de l'aimable Uranie ;
L'Amour , le seul Amour , qui regne dans ses
yeux ,
Doit fertiliser mon génie.
Ce Dieu qui sçait si bien la graver dans les
coeurs ,
Mais
De mon foible Pinceau peut seconder l'audace ,
Que vais- je faire, hélas ! quelle frayeur me glace
Je redoute l'éclat de ses attrats vainqueurs.
que dis je tentons cette noble entreprise ,
Aux avides regards exposons ce Tableau ;
Qu'on manque ce Portrait , il sera toujours beaus
D'un seul trait entrevû l'ame doit être éprise,
Commençons et d'abord peignons cette douceur,
Qui saisissant les yeux , sçait maîtriser le coeur ,
Cette naïveté toute spirituelle ,
Et ce je ne sçai quoi , qui , joint à lafierté ,
Fait de la beauté naturelle ,
L'Ecueil fatal de notre liberté;
De l'objet que je peins ce sont les moindres
@harmes
Charmes
MAY. 1733. 889
Charmes pourtant à qui tout rend les armes ,
Qui surs de la victoire enchaînent les Mortels ,
Et disputent aux Dieux l'Encens et les Autels.
Mais sur des appas plus solides ,
Jettons nos regards étonnez ,
Les Ris modostement timides ,
Relevent des talens par cent vertus ornez ;
La sagesse , trésor aussi rare qu'utile ,
Est un don qu'Uranie eut pour lot en naissant ,
Son esprit , ses discours , ont un charme puis
sant ,
Qui dans les coeurs trouve un accès facile .
Mais ou m'emporte mon ardeur ,
Je suis sûr de déplaire à là belle Uranie ,
Je n'ai consulté que mon coeur
Sans consulter sa modestie,
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Résumé : PORTRAIT DE MLLE C***. Par M. Carolet.
Le poème 'Portrait de Mlle C ***' a été écrit par M. Carolet en mai 1733. L'auteur y exprime son admiration pour une jeune femme nommée Uranie, dont la beauté et les qualités intérieures l'inspirent. Il reconnaît que l'Amour, présent dans les yeux d'Uranie, doit guider son écriture. L'auteur avoue sa crainte de ne pas rendre justice à la beauté et aux charmes d'Uranie, mais il décide de tenter de décrire sa douceur, sa naïveté spirituelle et sa fierté, qui forment une beauté naturelle irrésistible. Il mentionne également les talents, les vertus et la sagesse d'Uranie, des dons rares et utiles. Le poème se termine par une réflexion sur l'ardeur de l'auteur, qui craint de déplaire à Uranie en ne consultant que son propre cœur.
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3229
p. 906-907
A Mlle de Malcrais, en attendant ma réponse à l'Epître qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire dans le second volume du Mercure de Decembre 1732.
Début :
En attendant que ma Muse, [...]
Mots clefs :
Malcrais, Épître
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texteReconnaissance textuelle : A Mlle de Malcrais, en attendant ma réponse à l'Epître qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire dans le second volume du Mercure de Decembre 1732.
A Me de Malcrais , en attendant ma réponse
à l'Epitre qu'elle m'a fait l'honneur
de m'écrire dans le second volume
du Mercure de Decembre 1732,
EN attendant que ma Muse ,
Réponde àtes Vers charmans ,
Malcrais , reçoi mon excuse ,
D'avoir pu quelques instans ,
Douter de ton existance ,
Et penser que ta science ,
Cet esprit brillant et fin ,
Qui dans tes Ecrits domine ,
N'ait pû d'un chef feminin ,
Recevoir son origine ;
Mais mon doute est résolu ,
Et de ma misantropie ,
Le nuage a disparu :
C'en est fait toute ma vie ,
Je publirai hautement ,
Qu'on peut remarquer souvent
Dans une fille jolier,
Sçavoir profond , grand génie ,
Et quelquetois du bon sens ,
Et si quelque vain Critique
Condamne mon sentiment ,
1
Male
' MAY. 90 1733.
Malcrais sera mon garant ,
Ou plutôt ma preuve unique.
V. D. G.
à l'Epitre qu'elle m'a fait l'honneur
de m'écrire dans le second volume
du Mercure de Decembre 1732,
EN attendant que ma Muse ,
Réponde àtes Vers charmans ,
Malcrais , reçoi mon excuse ,
D'avoir pu quelques instans ,
Douter de ton existance ,
Et penser que ta science ,
Cet esprit brillant et fin ,
Qui dans tes Ecrits domine ,
N'ait pû d'un chef feminin ,
Recevoir son origine ;
Mais mon doute est résolu ,
Et de ma misantropie ,
Le nuage a disparu :
C'en est fait toute ma vie ,
Je publirai hautement ,
Qu'on peut remarquer souvent
Dans une fille jolier,
Sçavoir profond , grand génie ,
Et quelquetois du bon sens ,
Et si quelque vain Critique
Condamne mon sentiment ,
1
Male
' MAY. 90 1733.
Malcrais sera mon garant ,
Ou plutôt ma preuve unique.
V. D. G.
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Résumé : A Mlle de Malcrais, en attendant ma réponse à l'Epître qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire dans le second volume du Mercure de Decembre 1732.
L'auteur répond à Madame de Malcrais après avoir lu son épître dans le Mercure de décembre 1732. Il s'excuse d'avoir douté de ses compétences et reconnaît désormais sa science, son génie et son bon sens. Il affirme qu'il publiera cette reconnaissance malgré les critiques possibles. La lettre est datée du 9 mai 1733.
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3230
p. 916-917
BOUQUET. A Mr de ***, l'un des 20 de l'Academie Royale de Soissons. Par L. P. R. D. L. O.
Début :
L'Aurore avare de ses pleurs, [...]
Mots clefs :
Peine, Bouquet, Académie royale de Soissons
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texteReconnaissance textuelle : BOUQUET. A Mr de ***, l'un des 20 de l'Academie Royale de Soissons. Par L. P. R. D. L. O.
BOUQUET.
A M* de *** , l'un des 20 de l'Academie
Royale de Soissons.
Far L. P. R. D. L. O
L'Aurore avare de ses pleurs ,
Et Zéphire de son haleine ,.
Fourroient suspendre encor la naissance des
Acurs ,
Que je n'en serois pas en peine..
Pour un favori d'Apollon ,
A qui mon coeur doit rendre un tribut légis
time ,
ne faut que des fleurs, que sur la double
Cime ,
Il a cueilli cent fois , lorsqu'ami de la Rime ,
Ses Vers ont enchanté tout le sacré Vallon.
De * e * daigne donc en agréer l'homage ,
A peine aux chastes Soeurs ai-je annoncé ton
nom ,
Que toutes s'empressoient d'en faire l'assem
blage
Mais Calliope enfin disputant l'avantage ,
>>>La
MAY. 173:3. 917
La Fête , a- t- elle dit , qu'on celebre aujour
d'hui ,
→ Est d'un mortel , l'objet de ma….
trême ,
tendresse ex
Un Bouquet pourroit - il être digne de lui ,
Si je ne le faisois moi-même y
Dès sa plus jeune saison ,
Ma main versa sur lui les faveurs du Permesse
A tant d'esprit et de noblesse ,
Tout reconnut en lui mon plus cherNourrisson,
Minerve même en fut jalouse ;
Les Graces murmuroient de trouver un Rival ,,
Il seroit encor sans égal ,
S'il étoit encor sans * Epouse..
A M* de *** , l'un des 20 de l'Academie
Royale de Soissons.
Far L. P. R. D. L. O
L'Aurore avare de ses pleurs ,
Et Zéphire de son haleine ,.
Fourroient suspendre encor la naissance des
Acurs ,
Que je n'en serois pas en peine..
Pour un favori d'Apollon ,
A qui mon coeur doit rendre un tribut légis
time ,
ne faut que des fleurs, que sur la double
Cime ,
Il a cueilli cent fois , lorsqu'ami de la Rime ,
Ses Vers ont enchanté tout le sacré Vallon.
De * e * daigne donc en agréer l'homage ,
A peine aux chastes Soeurs ai-je annoncé ton
nom ,
Que toutes s'empressoient d'en faire l'assem
blage
Mais Calliope enfin disputant l'avantage ,
>>>La
MAY. 173:3. 917
La Fête , a- t- elle dit , qu'on celebre aujour
d'hui ,
→ Est d'un mortel , l'objet de ma….
trême ,
tendresse ex
Un Bouquet pourroit - il être digne de lui ,
Si je ne le faisois moi-même y
Dès sa plus jeune saison ,
Ma main versa sur lui les faveurs du Permesse
A tant d'esprit et de noblesse ,
Tout reconnut en lui mon plus cherNourrisson,
Minerve même en fut jalouse ;
Les Graces murmuroient de trouver un Rival ,,
Il seroit encor sans égal ,
S'il étoit encor sans * Epouse..
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Résumé : BOUQUET. A Mr de ***, l'un des 20 de l'Academie Royale de Soissons. Par L. P. R. D. L. O.
Le texte est une dédicace poétique adressée à un membre de l'Académie Royale de Soissons. L'auteur rend hommage à un favori d'Apollon, dont les vers ont enchanté le 'sacré Vallon'. Il offre un bouquet de fleurs, symbolisant les hommages des Muses, notamment Calliope. Cette dernière précise que la fête célébrée ce jour-là honore un être cher, objet de sa tendresse extrême. Calliope affirme que seul un bouquet composé par elle serait digne de cet individu. Elle reconnaît avoir soutenu cet être dès sa jeunesse, admirant son esprit noble et distingué. Les Grâces elles-mêmes étaient jalouses de ce rival, et il serait sans égal s'il n'avait pas d'épouse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3231
p. 929-934
LES MUSES. ODE.
Début :
Quel agréable délire, [...]
Mots clefs :
Art, Éloquence, Muses, Comédie, Tragédie, Danse, Poésie amoureuse, Musique, Histoire, Astronomie, Poème épique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES MUSES. ODE.
LES MUSES,
O'D E.
Uel agréable délire ,
Vient s'emparer de mes sens !
J'entens resonnersma Lyre ;
Ma voix forme des accens.
Et déja , nouveau Pindare .
Je n'ai pour guide et pour Pharé ,
Que l'imagination .
Dans le transport qui m'anime
Rien ne semble illégitime
A ma folle ambition .
M
TA
Chastes Nymphes du Përmesse
Je vais chanter vos talens ;
Secondez ma noble yvresse
A:
2.
E ij
Et
930 MERCURE DE FRANCE
Et rendez mes Vers coulans.
Vous , Mortels , faites silence ,
Vous,qu'on voit dans l'indolence
Ennemis de leurs travaux >
Pour apprendre qu'à leur suite
Je trouve le seul mérite ,
Qui peut nous rendre inégaux.
Quelle naïve peinture ! (a)
Reconnoissez -vous, Humains ;
L'Art bien moins que la Nature ,
A fait ces Portraits malins.
Par ce charmant artifice ,
On peut détruire le vice ,
Sans qu'il en tremble d'effroi.
Quiconque veut se connoître ,
Est bien - tôt ce qu'il doit être ,
En suivant sa douce Loi.
*
Qui vient embellir la Scene ;
Par les attraits de l'Amour ?
C'est la fiere Melpomene , (b)
Avec sa brillante Cour.
Je cains , j'espere sans cesse.
Tout me plaît , tout m'interesse
(a) La Comédie.
(b) La Tragédie,
C
PA
MAY. 1733. 938
Par divers objets émů.
Mais mon coeur toujours frissonas ,
Jusqu'à ce qu'elle couronne ,
La justice ou la vertu.
Une Peinture mouvante,
M'offre les vents en fureur ;
Et l'Amant avec l'Amante ,
Se marquant leur tendre ardeur.
Ici , cet Art (a) à ma vûë ,
Peint Alecton éperdue ,
Du sang qu'elle a répandu.
Là , mille Beautez Champêtres ,
Expriment dessous des Hêtres ,
Ce qu'Amour a d'ingenu.
Jusqu'à la Voûte étoilée ,
Mille Concerts (b) amoureux
Portent à la Troupe aîlée ,
Le triomphe de ses feux ..
Tout retentit à Cythere
Des louanges de la Mere ,
De ces aimables Vainqueurs.
Tandis qu'un Essain de Belles ,
(a) La Danse.
(b) Les Poësies amoureuses .
E- iij Par
932 MERCURE DE FRANCE +1
Par ces doux Chants moins rebelles ,
Accordent leurs tendres coeurs.
Sur un Trône d'harmonie ,
Euterpe (a) s'offre à mes yeux ;
Les Mortels par son génie ,
Sont vaincus comme les Dieux.
Rien ne lui fait résistance;
Elle établit sa puissance ,
Par l'appas de ses accords ;
Et va porter ses conquêtes ,
Jusques aux sombres retraites ,
Du cruel Tyran des Morts.
M
Aux charmes de l'Eloquence , (6)
Tout cede dans l'Univers.
Thémis avec sa balance
Gémit souvent dans ses fers.
De la cime des Montagnes ,
Un Torrent dans les Campagnes ,
Vient regner moins aisément
Qu'elle ne prend un Empire ,
Sur tout Etre qui respiré ,
Doué de raisonnement.
a
(a) Là Musique.
(b) L'Eloquence,
MAY.
1733 933
En vain le Temps sur ses aîles ,
Emporte tout ce qu'il fait.
Une des neuf Immortelles , (a)
Nous révele son secret .
Des Favoris de Bellone ,
Sa main sans cesse crayonne ,
Tous les belliqueux exploits :
Sans elle , en vain Alexandre ,
Eût prétendu que sa cendre ,
Fût le modele des Rois.
Quelle est la main ( 6) qui nous ouvre ,
Le séjour des Immortels ?
Tout l'Olimpe se découvre
A nos regards criminels .
Cette vaine connoissance ,
Enflamme notre esperance ,
Qui fait des efforts , des voeux ;
Pour jouir de l'avantage ,
De bien connoître un Ouvrage
Qu'ils ne firent que pour eux.
M
Héros , dont la récompense ,
N'est que l'immortalité ;
(a) L'Histoire.
(b) L'Astronomie.
E iiij De
934
MERCURE DE FRANCE
De la voix (a) qui la dispense`,
Connoissez l'autorité.
Comment sçauroit- on que Troye,
Devint la celebre proye ,
D'Achille et d'Agamennon ,
Sans cet Art que tout admire ,
Qui peut seul par son Empire ,
De l'oubli sauver un nom ?
Filles du Dieu du Tonnerre ;
Ce n'est qu'en vous imitant ,
Qu'on peut briller sur la Terre ,
Par un mérite éclatant.
Pour quiconque vous ignore
L'Astre qu'annonce l'Aurore ,
Triomphe en vain de la nuit ;
Aussi puni que Tantale ,
Ce qu'à ses yeux il étale ,
En le séduisant le fuit.
(a) Le Poëme Epique.
O'D E.
Uel agréable délire ,
Vient s'emparer de mes sens !
J'entens resonnersma Lyre ;
Ma voix forme des accens.
Et déja , nouveau Pindare .
Je n'ai pour guide et pour Pharé ,
Que l'imagination .
Dans le transport qui m'anime
Rien ne semble illégitime
A ma folle ambition .
M
TA
Chastes Nymphes du Përmesse
Je vais chanter vos talens ;
Secondez ma noble yvresse
A:
2.
E ij
Et
930 MERCURE DE FRANCE
Et rendez mes Vers coulans.
Vous , Mortels , faites silence ,
Vous,qu'on voit dans l'indolence
Ennemis de leurs travaux >
Pour apprendre qu'à leur suite
Je trouve le seul mérite ,
Qui peut nous rendre inégaux.
Quelle naïve peinture ! (a)
Reconnoissez -vous, Humains ;
L'Art bien moins que la Nature ,
A fait ces Portraits malins.
Par ce charmant artifice ,
On peut détruire le vice ,
Sans qu'il en tremble d'effroi.
Quiconque veut se connoître ,
Est bien - tôt ce qu'il doit être ,
En suivant sa douce Loi.
*
Qui vient embellir la Scene ;
Par les attraits de l'Amour ?
C'est la fiere Melpomene , (b)
Avec sa brillante Cour.
Je cains , j'espere sans cesse.
Tout me plaît , tout m'interesse
(a) La Comédie.
(b) La Tragédie,
C
PA
MAY. 1733. 938
Par divers objets émů.
Mais mon coeur toujours frissonas ,
Jusqu'à ce qu'elle couronne ,
La justice ou la vertu.
Une Peinture mouvante,
M'offre les vents en fureur ;
Et l'Amant avec l'Amante ,
Se marquant leur tendre ardeur.
Ici , cet Art (a) à ma vûë ,
Peint Alecton éperdue ,
Du sang qu'elle a répandu.
Là , mille Beautez Champêtres ,
Expriment dessous des Hêtres ,
Ce qu'Amour a d'ingenu.
Jusqu'à la Voûte étoilée ,
Mille Concerts (b) amoureux
Portent à la Troupe aîlée ,
Le triomphe de ses feux ..
Tout retentit à Cythere
Des louanges de la Mere ,
De ces aimables Vainqueurs.
Tandis qu'un Essain de Belles ,
(a) La Danse.
(b) Les Poësies amoureuses .
E- iij Par
932 MERCURE DE FRANCE +1
Par ces doux Chants moins rebelles ,
Accordent leurs tendres coeurs.
Sur un Trône d'harmonie ,
Euterpe (a) s'offre à mes yeux ;
Les Mortels par son génie ,
Sont vaincus comme les Dieux.
Rien ne lui fait résistance;
Elle établit sa puissance ,
Par l'appas de ses accords ;
Et va porter ses conquêtes ,
Jusques aux sombres retraites ,
Du cruel Tyran des Morts.
M
Aux charmes de l'Eloquence , (6)
Tout cede dans l'Univers.
Thémis avec sa balance
Gémit souvent dans ses fers.
De la cime des Montagnes ,
Un Torrent dans les Campagnes ,
Vient regner moins aisément
Qu'elle ne prend un Empire ,
Sur tout Etre qui respiré ,
Doué de raisonnement.
a
(a) Là Musique.
(b) L'Eloquence,
MAY.
1733 933
En vain le Temps sur ses aîles ,
Emporte tout ce qu'il fait.
Une des neuf Immortelles , (a)
Nous révele son secret .
Des Favoris de Bellone ,
Sa main sans cesse crayonne ,
Tous les belliqueux exploits :
Sans elle , en vain Alexandre ,
Eût prétendu que sa cendre ,
Fût le modele des Rois.
Quelle est la main ( 6) qui nous ouvre ,
Le séjour des Immortels ?
Tout l'Olimpe se découvre
A nos regards criminels .
Cette vaine connoissance ,
Enflamme notre esperance ,
Qui fait des efforts , des voeux ;
Pour jouir de l'avantage ,
De bien connoître un Ouvrage
Qu'ils ne firent que pour eux.
M
Héros , dont la récompense ,
N'est que l'immortalité ;
(a) L'Histoire.
(b) L'Astronomie.
E iiij De
934
MERCURE DE FRANCE
De la voix (a) qui la dispense`,
Connoissez l'autorité.
Comment sçauroit- on que Troye,
Devint la celebre proye ,
D'Achille et d'Agamennon ,
Sans cet Art que tout admire ,
Qui peut seul par son Empire ,
De l'oubli sauver un nom ?
Filles du Dieu du Tonnerre ;
Ce n'est qu'en vous imitant ,
Qu'on peut briller sur la Terre ,
Par un mérite éclatant.
Pour quiconque vous ignore
L'Astre qu'annonce l'Aurore ,
Triomphe en vain de la nuit ;
Aussi puni que Tantale ,
Ce qu'à ses yeux il étale ,
En le séduisant le fuit.
(a) Le Poëme Epique.
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Résumé : LES MUSES. ODE.
Le poème est une ode aux Muses, où l'auteur exprime son enthousiasme et son inspiration poétique. Il décrit l'influence des Muses sur ses sens et son ambition créative, guidée par l'imagination. L'auteur s'adresse aux nymphes du Permesse, les implorant de l'aider à chanter leurs talents et à rendre ses vers fluides. Il invite les mortels à faire silence pour apprendre de leurs travaux. Le poème met en avant l'art qui imite la nature pour peindre les portraits humains et détruire le vice sans effroi. Il décrit diverses Muses et leurs domaines : Melpomène pour la tragédie, Thalie pour la comédie, Terpsichore pour la danse, Ératos pour la poésie amoureuse, et Euterpe pour la musique. Chacune exerce une influence puissante sur les mortels. L'auteur mentionne également l'éloquence et l'histoire, soulignant leur capacité à immortaliser les exploits et à révéler des secrets. Enfin, il loue l'astronomie et le poème épique pour leur rôle dans la connaissance et la mémoire des grands événements, comme la guerre de Troie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3232
p. 944
ENIGME.
Début :
J'elevai jusques aux Cieux [...]
Mots clefs :
Plume à écrire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
'Elevai jusques aux Cieux
Celle qui me donna l'Etre ;
Je sers à présent un Maître ,
Que je rendrois glorieux ,
Immortel , incomparable ,
S'il sçavoit faire valoir ,
Mon incroyable pouvoir.
Quand je vins à son service ,
Je n'avois tache ni vice.
Dès l'abord il m'arracha ,
La grand' barbe que je porte.
Il faut voir de quelle sorte
De me noircir il tâcha
Mais admirez son caprice ,
M'ayant maltraitée ainsi ,
Il veut tout de même aussi
Que les autres je noircisse .
'Elevai jusques aux Cieux
Celle qui me donna l'Etre ;
Je sers à présent un Maître ,
Que je rendrois glorieux ,
Immortel , incomparable ,
S'il sçavoit faire valoir ,
Mon incroyable pouvoir.
Quand je vins à son service ,
Je n'avois tache ni vice.
Dès l'abord il m'arracha ,
La grand' barbe que je porte.
Il faut voir de quelle sorte
De me noircir il tâcha
Mais admirez son caprice ,
M'ayant maltraitée ainsi ,
Il veut tout de même aussi
Que les autres je noircisse .
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3233
p. 944-945
AUTRE.
Début :
De vingt membres au moins, se compose mon corps, [...]
Mots clefs :
Écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
DE vingt membres au moins , se compose
mon corps ,
De qui tous, le bon sens n'en produit au dehors,
Que par differens traits de l'humeur la plus noire ,
QuoiMAY.
949 1733
Quoiqu'il en soit , chacun sur ma foi peut me
croire ;
Si mon Art dont l'emploi n'est dû qu'à l'équité ,
Pour établir l'erreur , combat la verité ,
Ce n'est pas qu'il ne soit de soi -même équitable a
L'usage est le défaut qui le rend condannable .
Le Chinois, l'Iroquois , l'Hébreu, le Chaldéen ,
Le Latin , l'Allemand , François , Italien ,
Mille Langues , par moi sur la Terre et sær
POnde ,
Sans voix se font entendre aux quatre coins du
Monde.
DE vingt membres au moins , se compose
mon corps ,
De qui tous, le bon sens n'en produit au dehors,
Que par differens traits de l'humeur la plus noire ,
QuoiMAY.
949 1733
Quoiqu'il en soit , chacun sur ma foi peut me
croire ;
Si mon Art dont l'emploi n'est dû qu'à l'équité ,
Pour établir l'erreur , combat la verité ,
Ce n'est pas qu'il ne soit de soi -même équitable a
L'usage est le défaut qui le rend condannable .
Le Chinois, l'Iroquois , l'Hébreu, le Chaldéen ,
Le Latin , l'Allemand , François , Italien ,
Mille Langues , par moi sur la Terre et sær
POnde ,
Sans voix se font entendre aux quatre coins du
Monde.
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3234
p. 945
ENIGME-LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis de ces vivans que la Mer emprisonne, [...]
Mots clefs :
Merlan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME-LOGOGRYPHE.
ENIGME - LOGOG RYPHE.
J
E suis de ces vivans que la Mer emprisonne,
Sans être des meilleurs
Mon espece foisonne ,
A Paris plus qu'ailleurs.
Tout petit que je suis ,
J'ai pourtant queue et tête.
Ma queue est près Paris ,
Mon chef touche la crête ;
Malgré ces attributs divers
Je ne suis pas en grande estime ;
Lecteur , si tes yeux sont ouverts ,
Tu trouveras bien-tôt la clef de mon Enigme.
J
E suis de ces vivans que la Mer emprisonne,
Sans être des meilleurs
Mon espece foisonne ,
A Paris plus qu'ailleurs.
Tout petit que je suis ,
J'ai pourtant queue et tête.
Ma queue est près Paris ,
Mon chef touche la crête ;
Malgré ces attributs divers
Je ne suis pas en grande estime ;
Lecteur , si tes yeux sont ouverts ,
Tu trouveras bien-tôt la clef de mon Enigme.
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3235
p. 946-947
LOGOGRYPHE.
Début :
Huit lettres font mon tout, dont trois font même chose. [...]
Mots clefs :
Muraille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRTPHE.
Uit lettres font mon tout , dont trois fone
même chose.
Pour me faire connoître , évitons , et
Un calcul trop cominun qui va trop
pour cause
tôt au fait
(
Ce calcul , dira- t'on , est plus sûr et plus net ,
J'en conviens , mais ici je t'offre une autre voye.
En six lettres , je suis fort petite monnoye
En cinq , je suis , sans trop de vanité ,
L'ornement et la sureté.
;
Je suis nombre connu , de plus je sçais instruire ,
En quatre lettres , bon , que ne vais - je point dire
Quelle foule d'objets je présenté à vos yeux ?
C'est un Fruit doux et gracieux ;
Une Ville de Normandie ;
Morceau de bois honteux, quoiqu'utile sur l'easy
Ce qui conduit et l'Aigle et le Moineau ;
Petite , mais souvent funeste maladie ;
Une Tribu , Poisson de Mer ;
Instrument plus dur que le fer ;
Autre instrument connu seulement dans la Fables
Femelle qui ne peut produire son semblable ;
Ce que tu lis présentement :
Autre dangereux instrument ,
Que ne devroit porter qu'un sage ,
Jeu d'éxercice violent
Boutique
MAY. 1733 947
Boutique que certain Marchand ,
Porte sur son dos en voyage.
n trois Lettres , ce sont des Etres tout nouveau !
Légume , grain à nourrir maints Oiseaux ,
Un mois chéri de la Déesse Flore ;
Le contraire du bien , peché mortel encore ;
Element qui fait vivre , autre qui fait périr ;
Etre créé , mais qui ne peut mourir ;
Ce qu'on perd à la mort ; herbe de Médecine
Et chemia bien battu ; de plus une Machine ,
Propre à rendre meilleurs et poulet et chapon
Aliment qui convient à la maigre Lisette ;
Le Sectateur d'un faux Prophete ;
Femme de Pancien temps , qu'on ne prie pas;
dit- on ,
Pour être bien belle et bien faite ;
Une Plaine souvent qui bien fort vous maltraiteg
Mais c'en est trop , tu te lasses , Lecteur ,
Finissez , me dis- ty ; je le veux de bon coeur,
Uit lettres font mon tout , dont trois fone
même chose.
Pour me faire connoître , évitons , et
Un calcul trop cominun qui va trop
pour cause
tôt au fait
(
Ce calcul , dira- t'on , est plus sûr et plus net ,
J'en conviens , mais ici je t'offre une autre voye.
En six lettres , je suis fort petite monnoye
En cinq , je suis , sans trop de vanité ,
L'ornement et la sureté.
;
Je suis nombre connu , de plus je sçais instruire ,
En quatre lettres , bon , que ne vais - je point dire
Quelle foule d'objets je présenté à vos yeux ?
C'est un Fruit doux et gracieux ;
Une Ville de Normandie ;
Morceau de bois honteux, quoiqu'utile sur l'easy
Ce qui conduit et l'Aigle et le Moineau ;
Petite , mais souvent funeste maladie ;
Une Tribu , Poisson de Mer ;
Instrument plus dur que le fer ;
Autre instrument connu seulement dans la Fables
Femelle qui ne peut produire son semblable ;
Ce que tu lis présentement :
Autre dangereux instrument ,
Que ne devroit porter qu'un sage ,
Jeu d'éxercice violent
Boutique
MAY. 1733 947
Boutique que certain Marchand ,
Porte sur son dos en voyage.
n trois Lettres , ce sont des Etres tout nouveau !
Légume , grain à nourrir maints Oiseaux ,
Un mois chéri de la Déesse Flore ;
Le contraire du bien , peché mortel encore ;
Element qui fait vivre , autre qui fait périr ;
Etre créé , mais qui ne peut mourir ;
Ce qu'on perd à la mort ; herbe de Médecine
Et chemia bien battu ; de plus une Machine ,
Propre à rendre meilleurs et poulet et chapon
Aliment qui convient à la maigre Lisette ;
Le Sectateur d'un faux Prophete ;
Femme de Pancien temps , qu'on ne prie pas;
dit- on ,
Pour être bien belle et bien faite ;
Une Plaine souvent qui bien fort vous maltraiteg
Mais c'en est trop , tu te lasses , Lecteur ,
Finissez , me dis- ty ; je le veux de bon coeur,
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3236
p. 947-948
AUTRE.
Début :
Tout entier je suis bon dans le temps de Carême ; [...]
Mots clefs :
Brochet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Qut entier je suis bon dans le temps de Ca
rême ; Tout
Otez ma queue , ainsi je suis utile en gras ;
Alors tranchez mon chef , je suis dur à l'extrême,
En cet état , ôtez mes pieds , n'approchez pas ,
De l'endroit où je suis , ou craignez le nauffrage,
Si vous voulez un autre changement ,
Prene
948 MERCURE
DE FRANCE
Prenez mon tout , sans chef, je suis habillement ;
Chez maints Religieux d'un ordinaire usage.
Que voulez-vous encor ? tranchez , tournez ,
virez ,
En moi bien-tôt vous trouverez ,
D'un Convoi l'ornement ; une Notte en Ma
sique ,
Un instrument, un métail magnifique ;
De quoi contenter le buveur ,
Ce qu'il fait lorsque sa bedaine ,
Commence d'être pleine.
L'habillement d'un Sénateur ;
Un Tribunal fameux à Rome ,
Et l'action que fait un homme ,
Alors qu'il change habit , montre, ou manteau,
Contre autre meuble on plus laid ou plus beau .
Qut entier je suis bon dans le temps de Ca
rême ; Tout
Otez ma queue , ainsi je suis utile en gras ;
Alors tranchez mon chef , je suis dur à l'extrême,
En cet état , ôtez mes pieds , n'approchez pas ,
De l'endroit où je suis , ou craignez le nauffrage,
Si vous voulez un autre changement ,
Prene
948 MERCURE
DE FRANCE
Prenez mon tout , sans chef, je suis habillement ;
Chez maints Religieux d'un ordinaire usage.
Que voulez-vous encor ? tranchez , tournez ,
virez ,
En moi bien-tôt vous trouverez ,
D'un Convoi l'ornement ; une Notte en Ma
sique ,
Un instrument, un métail magnifique ;
De quoi contenter le buveur ,
Ce qu'il fait lorsque sa bedaine ,
Commence d'être pleine.
L'habillement d'un Sénateur ;
Un Tribunal fameux à Rome ,
Et l'action que fait un homme ,
Alors qu'il change habit , montre, ou manteau,
Contre autre meuble on plus laid ou plus beau .
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3237
p. 948
AUTRE.
Début :
Je suis adverbe, allons, tranchez, tournez, virez, [...]
Mots clefs :
Mais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E suis adverbe , allons , tranchez , tournez ,
virez ,
En moi bien-tôt vous trouverez ,
Le nom d'une très- grande Ville ;
Un mois bien gracieux , certain point qui sou
vent ,
ous fait rire s'il vient en lugubre ornement ,
Certaine chose fart utile 2
A partager un logement ;
Un nom chéri , mais dont l'effet est rare
Et ce qui fair changer le B mol en B carre.
E suis adverbe , allons , tranchez , tournez ,
virez ,
En moi bien-tôt vous trouverez ,
Le nom d'une très- grande Ville ;
Un mois bien gracieux , certain point qui sou
vent ,
ous fait rire s'il vient en lugubre ornement ,
Certaine chose fart utile 2
A partager un logement ;
Un nom chéri , mais dont l'effet est rare
Et ce qui fair changer le B mol en B carre.
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3238
p. 949-950
AUTRE.
Début :
Tel me nomme souvent, dont je suis peu connuë ; [...]
Mots clefs :
Pampelune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
" El me nomme souvent , dont je suis peu
connuë ; TEL
Et tel souvent aussi qui ne m'a jamais vuë ,
Sçait à qui j'appartiens , mon sexe , mon Pays ,
Ce que l'on dit de moi , mes moeurs et qui je
suis.
Pour assembler mon corps neuf lettres font
l'affaire ,
Et sans embarasser , ce que je ne puis taire ,
C'est qu'en France souvent , je ne sçai pas pour
quoi ,
Quand quelqu'un va trop loin , on dit qu'il viens
à moi.
Je suis un vrai Prothée , un Monstre de nature ;
Je change à volonté de sexe et de figure :
D'abord si vous voulez me partager en deux ,
Ma seconde moitié se trouve dans les Cieux ;
Otez ce qui me nuit , alors l'autre partie ,
En Maître Souverain préside en Italie.
Or sus , rassemblez - moi , sçachez m'apareiller',
Coupez , taillez , rognez, sçachez bien m'habiller
Je divise les temps , deviens une mesure ;
Je suis un corps leger,dont on craint la piquure,
Comme d'un vieux Serpent , d'où coulent
douceur
L'amertume , l'encens , les caresses , l'aigreur ;
Il n'est en la Nature homme qui ne me fuye ;
De
so MERCURE DE FRANCE
De plus je suis un Dieu ; sans moi rien n'a la vie;
J'éclaire , aux chicaneurs je suis d'un grand
secours ,
A tous les criminels je prolonge les jours ,
Adverbe j'affoiblis , je suis dans la Musique.
Mes changemens se font suivant que l'on m'apè
plique.
Après cela , Lecteur , qui ne devinera ;
Ce que je n'ai point dit , en trois lettres sera.
" El me nomme souvent , dont je suis peu
connuë ; TEL
Et tel souvent aussi qui ne m'a jamais vuë ,
Sçait à qui j'appartiens , mon sexe , mon Pays ,
Ce que l'on dit de moi , mes moeurs et qui je
suis.
Pour assembler mon corps neuf lettres font
l'affaire ,
Et sans embarasser , ce que je ne puis taire ,
C'est qu'en France souvent , je ne sçai pas pour
quoi ,
Quand quelqu'un va trop loin , on dit qu'il viens
à moi.
Je suis un vrai Prothée , un Monstre de nature ;
Je change à volonté de sexe et de figure :
D'abord si vous voulez me partager en deux ,
Ma seconde moitié se trouve dans les Cieux ;
Otez ce qui me nuit , alors l'autre partie ,
En Maître Souverain préside en Italie.
Or sus , rassemblez - moi , sçachez m'apareiller',
Coupez , taillez , rognez, sçachez bien m'habiller
Je divise les temps , deviens une mesure ;
Je suis un corps leger,dont on craint la piquure,
Comme d'un vieux Serpent , d'où coulent
douceur
L'amertume , l'encens , les caresses , l'aigreur ;
Il n'est en la Nature homme qui ne me fuye ;
De
so MERCURE DE FRANCE
De plus je suis un Dieu ; sans moi rien n'a la vie;
J'éclaire , aux chicaneurs je suis d'un grand
secours ,
A tous les criminels je prolonge les jours ,
Adverbe j'affoiblis , je suis dans la Musique.
Mes changemens se font suivant que l'on m'apè
plique.
Après cela , Lecteur , qui ne devinera ;
Ce que je n'ai point dit , en trois lettres sera.
Fermer
3239
p. 995-997
LA PASTOURELLE. COUPLETS. A Mlle *** sous le nom de Philis.
Début :
Viens, mon aimable Bergere, [...]
Mots clefs :
Pastourelle, Philis, Yeux, Champs, Amour, Coeur, Feux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PASTOURELLE. COUPLETS. A Mlle *** sous le nom de Philis.
LA PASTOURELLE.
COVPLETS.
A Mlle * * * sous le nom de Philis,
Iejns,
mon aimableBergere,
Aves moi dans nos Forêtsj
Allons-y prendre le frais,
Dessus la verte fougere ;
Et que les tendres Zéphirs,
Y rtpettent nos soupirs.
m
Intends-tu la Tourterelle,
Qui gémit sur cet Ormeau?
Ce n'est point d'un feu nouveauj
Dont brule son coeur fîdcllej
Suivons tous deux leur amour,
Jusqu'à notre dernier jour.
m
Ce Ruisseau dans ce Boccage ,
tDe tes yeux est amoureux ; comme moi plci"" de feux, Murmurç
96 MERCURE DE FRANCE
Murmure ce doux langage :
Aimez , Philis , un Amant ,
Des Bergers le plus constant.
M
Je croi que j'entends Silvandre ;
Qui soupire au fond du Bois :
L'Echo répete sa voix ,
Et de loin nous fait entendre ,
Que rien n'égale les maux
Qu'on sent d'avoir des Rivaux;
Dessus ces écorces vertes ,
Gravons ton nom et le mien
Que d'un si tendre lien ,
Philis , elles soient couvertes !
It voyons les chaque jour ,
Croître moins que notre amour.
S
Les fleurs s'empressent d'éclore ;
Dans cet aimable Printemps ;
On voit paroître en nos Champs ;
Les Amours , Zéphire et Flore ;
C'est le pouvoir de tes yeux ,
Qui les fixe dans ces lieux.
Les Lis qu'on voit dans nos Plaines ,
Les
Ch
997
MAY
.
1733
es Roses de nos Jardins ;
es Eillets et les Jasmins ;
e cristal de nos Fontaines ,
J'égalent pas la beauté ,
'ont mon coeur est enchanté,
i
a
Le Dieu qu'ici l'on révere ,
pprouvant de feux si beaux ;
çait conserver les Troupeaux ,
De mon aimable Bergere :
Jon , de la rage des Loups ,
ls n'éprouvent point les coups.
Le Ciel doit avec justice ;
Accorder tout son secours
A de si chastes amours ;
Et toujours être propice ,
A de fideles amis ,
Par la vertu seule umis.
讚
>
Que cette flamme si pure ,
Jure donc aussi long -temps ,
Que l'on verra dans nos Champs ,
laître et mourir la verdure ;
t que nos tendres Agneaux ,
ondiront sur ces Côteaux,
V. D.
COVPLETS.
A Mlle * * * sous le nom de Philis,
Iejns,
mon aimableBergere,
Aves moi dans nos Forêtsj
Allons-y prendre le frais,
Dessus la verte fougere ;
Et que les tendres Zéphirs,
Y rtpettent nos soupirs.
m
Intends-tu la Tourterelle,
Qui gémit sur cet Ormeau?
Ce n'est point d'un feu nouveauj
Dont brule son coeur fîdcllej
Suivons tous deux leur amour,
Jusqu'à notre dernier jour.
m
Ce Ruisseau dans ce Boccage ,
tDe tes yeux est amoureux ; comme moi plci"" de feux, Murmurç
96 MERCURE DE FRANCE
Murmure ce doux langage :
Aimez , Philis , un Amant ,
Des Bergers le plus constant.
M
Je croi que j'entends Silvandre ;
Qui soupire au fond du Bois :
L'Echo répete sa voix ,
Et de loin nous fait entendre ,
Que rien n'égale les maux
Qu'on sent d'avoir des Rivaux;
Dessus ces écorces vertes ,
Gravons ton nom et le mien
Que d'un si tendre lien ,
Philis , elles soient couvertes !
It voyons les chaque jour ,
Croître moins que notre amour.
S
Les fleurs s'empressent d'éclore ;
Dans cet aimable Printemps ;
On voit paroître en nos Champs ;
Les Amours , Zéphire et Flore ;
C'est le pouvoir de tes yeux ,
Qui les fixe dans ces lieux.
Les Lis qu'on voit dans nos Plaines ,
Les
Ch
997
MAY
.
1733
es Roses de nos Jardins ;
es Eillets et les Jasmins ;
e cristal de nos Fontaines ,
J'égalent pas la beauté ,
'ont mon coeur est enchanté,
i
a
Le Dieu qu'ici l'on révere ,
pprouvant de feux si beaux ;
çait conserver les Troupeaux ,
De mon aimable Bergere :
Jon , de la rage des Loups ,
ls n'éprouvent point les coups.
Le Ciel doit avec justice ;
Accorder tout son secours
A de si chastes amours ;
Et toujours être propice ,
A de fideles amis ,
Par la vertu seule umis.
讚
>
Que cette flamme si pure ,
Jure donc aussi long -temps ,
Que l'on verra dans nos Champs ,
laître et mourir la verdure ;
t que nos tendres Agneaux ,
ondiront sur ces Côteaux,
V. D.
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Résumé : LA PASTOURELLE. COUPLETS. A Mlle *** sous le nom de Philis.
La 'Pastourelle' est un poème adressé à une jeune fille nommée Philis. Le narrateur l'invite à se promener dans les forêts pour profiter de la fraîcheur et écouter les soupirs portés par les zéphyrs. Il compare leur amour à celui des tourterelles et exprime son désir de fidélité jusqu'à la fin de leurs jours. Le ruisseau et les échos dans la forêt semblent murmurer des déclarations d'amour, soulignant la constance de son affection. Le narrateur entend également Silvandre, un autre berger, soupirer au fond du bois, et l'écho répète ses plaintes à cause de ses rivaux. Il propose de graver leurs noms sur les écorces vertes pour symboliser leur amour éternel. Le poème célèbre la beauté de Philis, qui attire les fleurs et les divinités printanières. Il exprime l'espoir que leur amour chaste et fidèle soit protégé par le ciel et que les troupeaux de Philis soient à l'abri des dangers. Enfin, il souhaite que leur amour dure aussi longtemps que la nature elle-même.
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3240
p. 1045-1049
LA GLOIRE. ODE.
Début :
Quelle audacieuse yvresse, [...]
Mots clefs :
Gloire, Mort, Coeurs, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA GLOIRE. ODE.
LA GLOIR E.
ODE.
Uelle audacieuse yvresse ,
S'empare de tous mes sens !
J'ose aux sources du Permesse ,
Porter mes pas chancelans .
C'est pour y chanter la Gloire ;
Nobles Filles de Memoire ,
Répondez à mes accords :
I. Vol. A ij Phébus
1046 MERCURE DE FRANCE
Phébus , prête- moi ta Lyre,
La Déesse qui m'inspire ,
Secondera mes transports.
Vils Esclaves de la crainte ,
Fuyez ses vives clartez :
Vos yeux , où la mort est peinte
En seroient épouvantez .
Et vous , fiers Rivaux d'Alcide ,
Qui d'une course rapide ,
La suivez dans les combats ,
Venez , Amans de Bellonne ,
En vous montrant la Couronne ,
J'affermirai votre bras.
Une ardeur noble et constante ,
Vous fait braver les dangers ,
Les Palmes qu'on vous présente ,
Rendent vos fardeaux legers ;
Hâtez- vous ; votre courage ,
Va triompher de la rage ,
De mille ennemiş jaloux.
Que la mort yous environne !
S'il n'est rien qui vous étonne ,
La mort fuira devant vous .
I. Vol.
Mais
JUIN.
1733 1047
Mais que la vertu préside ,
A vos genereux travaux ;
Sans cette fidelle guide ,
Il n'est point de vrai Héros.
Par son intrépide audace ,
En vain Alexandre efface ,
Les plus celebres Guerriers ;
Dans un festin sanguinaire ,
Il se livre à la colere ,
Et fétrit tous ses Lauriers.
Cessons d'effrayer la terre ;
Formons de plus tendres sons ;
Ce n'est pas toujours la guerre ,
Qui fait les illustres Noms.
Protecteurs de l'Innocence ,
Vous , dont la main ne dispense ,
Que graces et que
faveurs ,
Votre triomphe est paisible ;
Mais , plus vif et plus sensible ,
Il captive tous les coeurs.
Je le voy , ce Prince auguste ,
Délices de ses Sujers ;
Peuples , pour un Roy si juste ,
C'est trop peu de vos respects.
I. Vol.
Par
A iij
2048 MERCURE DE FRANCE
Par lui chez vous tout abonde ;
Ainsi qu'aux Maîtres du Monde ,
Qu'on lui dresse des Autels ,
Puisqu'avec eux il partage ,
Le glorieux avantage ,
De rendre heureux les Mortels.
旅
Sur le chemin de la Gloire ,
Qui s'ose encor avancer !
Dans le Temple de Memoire ,
C'est l'Art qui vient se placer :
Quels prodiges il enfante !
Ciel ! par une main sçavante,
L'Univers est reproduit ;
Les traits d'un si noble ouvrage ,
Conserveront d'âge en âge ,
Le Pinceau qui les conduit.
Déja le Marbre se pare ,
De l'éclat de la Beauté ;
Par un Miracle plus rare ,
Mon coeur en est agité.
Celui qui forma ses charmes
Lui-même a rendu les armes ;
Son Marbre a pû l'enflammer.
Dien d'Amour , quelle victoire !
;
* I. Vol.
Pour
JUIN. 1049 1733
Pour t'en assurer la gloire ,
Ta mere va l'animer.
Une nouvelle lumiere ,
S'offre à mes regards surpris ;
Apollon dans la carriere ,
A conduit ses Favoris .
Elle en devient plus brillante ,
Déja leur voix pénetrante ,
A ranimé tous les coeurs.
Je vois dans leurs mains fidelles ,
Les Couronnes immortelles ,
Que l'on destine aux Vainqueurs,
Du Temps , Monstre insatiable ,
Loin de redouter la faulx ,
Contre sa rage implacable,
Ils deffendent les Héros.
Qu'à mes yeux leur gloire est belle !
Un coeur qui brule pour elle ,
Peut y prétendre comme eux ;
Vain espoir où je me livre ,
Hélas ! je ne puis les suivre ,
Que par d'inutiles voeux .
M. P. de Cette , en Languedoc.
ODE.
Uelle audacieuse yvresse ,
S'empare de tous mes sens !
J'ose aux sources du Permesse ,
Porter mes pas chancelans .
C'est pour y chanter la Gloire ;
Nobles Filles de Memoire ,
Répondez à mes accords :
I. Vol. A ij Phébus
1046 MERCURE DE FRANCE
Phébus , prête- moi ta Lyre,
La Déesse qui m'inspire ,
Secondera mes transports.
Vils Esclaves de la crainte ,
Fuyez ses vives clartez :
Vos yeux , où la mort est peinte
En seroient épouvantez .
Et vous , fiers Rivaux d'Alcide ,
Qui d'une course rapide ,
La suivez dans les combats ,
Venez , Amans de Bellonne ,
En vous montrant la Couronne ,
J'affermirai votre bras.
Une ardeur noble et constante ,
Vous fait braver les dangers ,
Les Palmes qu'on vous présente ,
Rendent vos fardeaux legers ;
Hâtez- vous ; votre courage ,
Va triompher de la rage ,
De mille ennemiş jaloux.
Que la mort yous environne !
S'il n'est rien qui vous étonne ,
La mort fuira devant vous .
I. Vol.
Mais
JUIN.
1733 1047
Mais que la vertu préside ,
A vos genereux travaux ;
Sans cette fidelle guide ,
Il n'est point de vrai Héros.
Par son intrépide audace ,
En vain Alexandre efface ,
Les plus celebres Guerriers ;
Dans un festin sanguinaire ,
Il se livre à la colere ,
Et fétrit tous ses Lauriers.
Cessons d'effrayer la terre ;
Formons de plus tendres sons ;
Ce n'est pas toujours la guerre ,
Qui fait les illustres Noms.
Protecteurs de l'Innocence ,
Vous , dont la main ne dispense ,
Que graces et que
faveurs ,
Votre triomphe est paisible ;
Mais , plus vif et plus sensible ,
Il captive tous les coeurs.
Je le voy , ce Prince auguste ,
Délices de ses Sujers ;
Peuples , pour un Roy si juste ,
C'est trop peu de vos respects.
I. Vol.
Par
A iij
2048 MERCURE DE FRANCE
Par lui chez vous tout abonde ;
Ainsi qu'aux Maîtres du Monde ,
Qu'on lui dresse des Autels ,
Puisqu'avec eux il partage ,
Le glorieux avantage ,
De rendre heureux les Mortels.
旅
Sur le chemin de la Gloire ,
Qui s'ose encor avancer !
Dans le Temple de Memoire ,
C'est l'Art qui vient se placer :
Quels prodiges il enfante !
Ciel ! par une main sçavante,
L'Univers est reproduit ;
Les traits d'un si noble ouvrage ,
Conserveront d'âge en âge ,
Le Pinceau qui les conduit.
Déja le Marbre se pare ,
De l'éclat de la Beauté ;
Par un Miracle plus rare ,
Mon coeur en est agité.
Celui qui forma ses charmes
Lui-même a rendu les armes ;
Son Marbre a pû l'enflammer.
Dien d'Amour , quelle victoire !
;
* I. Vol.
Pour
JUIN. 1049 1733
Pour t'en assurer la gloire ,
Ta mere va l'animer.
Une nouvelle lumiere ,
S'offre à mes regards surpris ;
Apollon dans la carriere ,
A conduit ses Favoris .
Elle en devient plus brillante ,
Déja leur voix pénetrante ,
A ranimé tous les coeurs.
Je vois dans leurs mains fidelles ,
Les Couronnes immortelles ,
Que l'on destine aux Vainqueurs,
Du Temps , Monstre insatiable ,
Loin de redouter la faulx ,
Contre sa rage implacable,
Ils deffendent les Héros.
Qu'à mes yeux leur gloire est belle !
Un coeur qui brule pour elle ,
Peut y prétendre comme eux ;
Vain espoir où je me livre ,
Hélas ! je ne puis les suivre ,
Que par d'inutiles voeux .
M. P. de Cette , en Languedoc.
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Résumé : LA GLOIRE. ODE.
Le texte est une ode à la Gloire, où le poète exprime son audace et son désir de chanter les exploits glorieux. Il invoque Phébus pour obtenir sa lyre et la déesse qui l'inspire. Le poème distingue entre les esclaves de la crainte, qui doivent fuir la lumière de la déesse, et les courageux guerriers, amants de Bellonne, encouragés à braver les dangers pour obtenir la couronne de la victoire. La vertu est présentée comme essentielle pour être un véritable héros. Le poète critique Alexandre pour sa colère et ses excès, et appelle à former des sons plus tendres, soulignant que la guerre n'est pas la seule voie vers la gloire. Le texte loue les protecteurs de l'innocence et leur triomphe paisible, et célèbre un prince auguste qui rend ses sujets heureux. Le poète admire également l'art et ses prodiges, notant comment il reproduit l'univers et captive les cœurs. Il conclut en exprimant son admiration pour les héros qui défendent leur gloire contre le Temps et en regrettant de ne pouvoir les suivre que par des vœux inutiles.
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3241
p. 1062-1064
STANCES.
Début :
Depuis qu'à votre Amant vous daignâtes apprendre, [...]
Mots clefs :
Coeur, Grâces, Amour, Amant, Plaisir, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES.
STANCES.
Epuis qu'à votre Amant vous daignâtes
apprendre ',
Qu'il pouvoit se flatter du bonheur d'être aimé,
Quoique' brûlant déja de l'ardeur la plus tendre,
Mon coeur , belle Philis , en fut plus enflammé.
1. Vol. Que
JUIN. 1733. 1063
de Que de Graces alors vous rendoient adorable !
Que de nouveaux attraits ! d'Eclat !
que
feux !
que
Depuis cet heureux jour , vous êtes plus aimable
;
Depuis cet heureux jour , je suis plus amoureux.
La Déesse d'Amour , étale moins de charmes ,
Quand on voit s'empresser les graces sur ses
pas ,
Ou que Mars à ses pieds vient déposer ses Armes
,
Pour cueillir sur ses lys , le prix de ses combats,
Mon coeur est désormais exempt d'inquié
tude ;
Aucun soupçon jaloux ne trouble mon repos ;
Je cherche quelquefois encor la solitude ;
Mais c'est pour annoncer mon bonheur aux
Echos,
A tous ces maux affreux , qu'Amour traîne à sa
suite ,
Dans mon coeur étonné d'un si doux change
ment ,
Succede sans douleur une flamme subite ;
Et le plaisir tout seul est fait pour votre Amant,
Qüi , graces à Phillis , plein d'une vive joïe ,
1. Vol Je
1064 MERCURE DE FRANCE
Je ne sentirai plus que le plaisir d'amour ,
Mon coeur
proye ,
à ses tourmens ne fut que trop en
Mais ils en sont enfin exilez sans retour.
Epuis qu'à votre Amant vous daignâtes
apprendre ',
Qu'il pouvoit se flatter du bonheur d'être aimé,
Quoique' brûlant déja de l'ardeur la plus tendre,
Mon coeur , belle Philis , en fut plus enflammé.
1. Vol. Que
JUIN. 1733. 1063
de Que de Graces alors vous rendoient adorable !
Que de nouveaux attraits ! d'Eclat !
que
feux !
que
Depuis cet heureux jour , vous êtes plus aimable
;
Depuis cet heureux jour , je suis plus amoureux.
La Déesse d'Amour , étale moins de charmes ,
Quand on voit s'empresser les graces sur ses
pas ,
Ou que Mars à ses pieds vient déposer ses Armes
,
Pour cueillir sur ses lys , le prix de ses combats,
Mon coeur est désormais exempt d'inquié
tude ;
Aucun soupçon jaloux ne trouble mon repos ;
Je cherche quelquefois encor la solitude ;
Mais c'est pour annoncer mon bonheur aux
Echos,
A tous ces maux affreux , qu'Amour traîne à sa
suite ,
Dans mon coeur étonné d'un si doux change
ment ,
Succede sans douleur une flamme subite ;
Et le plaisir tout seul est fait pour votre Amant,
Qüi , graces à Phillis , plein d'une vive joïe ,
1. Vol Je
1064 MERCURE DE FRANCE
Je ne sentirai plus que le plaisir d'amour ,
Mon coeur
proye ,
à ses tourmens ne fut que trop en
Mais ils en sont enfin exilez sans retour.
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Résumé : STANCES.
Le poème 'Stances' est écrit en juin 1733. Le narrateur y exprime sa joie après avoir découvert que Philis l'aime. Depuis cet instant, il la trouve plus adorable et aimable, et se sent plus amoureux. Il compare Philis à la déesse de l'amour, soulignant qu'elle incarne davantage de charmes et de grâce. Le narrateur se réjouit de ne plus ressentir d'inquiétude ou de jalousie. Même lorsqu'il cherche la solitude, c'est pour célébrer son bonheur. Il décrit une transformation dans son cœur, où une flamme subite remplace les maux habituels associés à l'amour. Grâce à Philis, il ne ressent plus que le plaisir de l'amour, et ses tourments passés sont désormais exilés sans retour.
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3242
p. 1067-1070
LA VIE DE L'HOMME. ODE.
Début :
Ou suis-je ? quelle est la lumiére, [...]
Mots clefs :
Âme, Vol, Vie, Voix, Instant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VIE DE L'HOMME. ODE.
LA VIE DE L'HOMME.
O
O D E.
U suis-je ? quelle est la lumiére ,
Qui vient frapper mes yeux surpris ?
O ciel ! quelle vaste carriere !
Où vont s'égarer mes esprits !
Quel amas confus de merveilles !
Que de cris frapent mes oreilles !
Quel est ce superbe appareil ?
C'est la vie où tout est mensonge ,
Et qui n'est dans le fond qu'un songe ,
Dont la mort seule est le réveil-
1.Vol. B Ainsi
1068 MERCURE DE FRANCE
Ainsi dans la plus tendre enfance ,
Tout nous ravit , tout nous surprend ;
Ensevelis dans l'ignorance
L'Etre pour nous est le néant,
Une clarté qui luit à peine ,
De notre ame encore incertaine ‚ '
Eclaire les timides pas ;
Mais bien-tôt ce Printemps s'envole ,
Sur l'aîle des Sujets d'Eole ,
Et nous livre à mille combats.
Les passions dans la jeunesse ,
Sont les idoles de nos coeurs ;
Plongés dans leur coupable yvresse ,
Ils n'encensent que leurs erreurs.
Envain la raison se presente ,
Pour sauver notre ame flotante
Sur cette Mer d'égarements ,
Envain elle crie et murmure
La seule voix de la nature ,
?
Regle nos divers mouvements.
M
Dans un écueil non moins à craindre ,
L'âge mur bien- tôt nous conduit ;
Sans cesse nous voulons atteindre ,
Tout ce qui plaît , tout ce qui luit,
1. Vol. Richesse
JUIN
1733. 1069
Richesses , honneurs , rang.suprême ;
Il n'est rien jusqu'au diadême ,
Où nous n'élevions nos projets ,
Ne vivant que dans l'espérance ,
Et méprisant la joüissance ,
De tout ce qui fit nos souhaits .
Mais je vois déja la vieillesse ,
Qui vient arrêter nos désirs ,
Tout la chagrine , tout la blesse ,
Ambition , tendres plaisirs.
Le seul soin d'amasser l'agite
Et telle qu'une Israëlite ,
Elle n'idolâtre que l'or ;
Dans le tems qu'un instant funeste ,
Va lui ravir le triste reste
De sa vie avec son trésor.
Dans peu notre foible machine ,
En proïe à mille maux divers ,
Avant- coureurs de sa ruine ,
Eprouve de nouveaux revers.
Chaque instant enfante un supplice ;
Ce n'est plus que par artifice ,
Qu'existe notre corps perclus ;
Ou notre ame triste , éplorée ,
Aux remords sans cesse livrée ,
I. Vol.
Bij Trem1070
MERCURE DE FRANCE
"
Tremble d'être , et de n'être plus.
諾
De parens un essain avide ,
Noyé dans des pleurs empruntés ,
N'attend que l'instant homicide ,
Pour s'arroger nos facultés .
Une voix de cruel présage ,
Vient nous annoncer le voïage
De la terrible éternité ;
Alors le passé nous dévore ,
Et le présent n'est qu'une aurore ,
Dont l'avenir est sans clarté.
De l'Univers la meurtriere
Enfin se présente à nos yeux ,
Soudain notre foible paupiere ,
Se ferme à son aspect hideux.
Les jours du Berger , du Monarque ,
Pour elle n'ont aucune marque :
Elle, les moissonne sans choix ,
Soumettons - nous à şa puissance ,
Tout ce qui reçoit la naissance ,
Est sujet à ses dures Loix.
Par M. de S. R.
O
O D E.
U suis-je ? quelle est la lumiére ,
Qui vient frapper mes yeux surpris ?
O ciel ! quelle vaste carriere !
Où vont s'égarer mes esprits !
Quel amas confus de merveilles !
Que de cris frapent mes oreilles !
Quel est ce superbe appareil ?
C'est la vie où tout est mensonge ,
Et qui n'est dans le fond qu'un songe ,
Dont la mort seule est le réveil-
1.Vol. B Ainsi
1068 MERCURE DE FRANCE
Ainsi dans la plus tendre enfance ,
Tout nous ravit , tout nous surprend ;
Ensevelis dans l'ignorance
L'Etre pour nous est le néant,
Une clarté qui luit à peine ,
De notre ame encore incertaine ‚ '
Eclaire les timides pas ;
Mais bien-tôt ce Printemps s'envole ,
Sur l'aîle des Sujets d'Eole ,
Et nous livre à mille combats.
Les passions dans la jeunesse ,
Sont les idoles de nos coeurs ;
Plongés dans leur coupable yvresse ,
Ils n'encensent que leurs erreurs.
Envain la raison se presente ,
Pour sauver notre ame flotante
Sur cette Mer d'égarements ,
Envain elle crie et murmure
La seule voix de la nature ,
?
Regle nos divers mouvements.
M
Dans un écueil non moins à craindre ,
L'âge mur bien- tôt nous conduit ;
Sans cesse nous voulons atteindre ,
Tout ce qui plaît , tout ce qui luit,
1. Vol. Richesse
JUIN
1733. 1069
Richesses , honneurs , rang.suprême ;
Il n'est rien jusqu'au diadême ,
Où nous n'élevions nos projets ,
Ne vivant que dans l'espérance ,
Et méprisant la joüissance ,
De tout ce qui fit nos souhaits .
Mais je vois déja la vieillesse ,
Qui vient arrêter nos désirs ,
Tout la chagrine , tout la blesse ,
Ambition , tendres plaisirs.
Le seul soin d'amasser l'agite
Et telle qu'une Israëlite ,
Elle n'idolâtre que l'or ;
Dans le tems qu'un instant funeste ,
Va lui ravir le triste reste
De sa vie avec son trésor.
Dans peu notre foible machine ,
En proïe à mille maux divers ,
Avant- coureurs de sa ruine ,
Eprouve de nouveaux revers.
Chaque instant enfante un supplice ;
Ce n'est plus que par artifice ,
Qu'existe notre corps perclus ;
Ou notre ame triste , éplorée ,
Aux remords sans cesse livrée ,
I. Vol.
Bij Trem1070
MERCURE DE FRANCE
"
Tremble d'être , et de n'être plus.
諾
De parens un essain avide ,
Noyé dans des pleurs empruntés ,
N'attend que l'instant homicide ,
Pour s'arroger nos facultés .
Une voix de cruel présage ,
Vient nous annoncer le voïage
De la terrible éternité ;
Alors le passé nous dévore ,
Et le présent n'est qu'une aurore ,
Dont l'avenir est sans clarté.
De l'Univers la meurtriere
Enfin se présente à nos yeux ,
Soudain notre foible paupiere ,
Se ferme à son aspect hideux.
Les jours du Berger , du Monarque ,
Pour elle n'ont aucune marque :
Elle, les moissonne sans choix ,
Soumettons - nous à şa puissance ,
Tout ce qui reçoit la naissance ,
Est sujet à ses dures Loix.
Par M. de S. R.
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Résumé : LA VIE DE L'HOMME. ODE.
Le texte 'La Vie de l'Homme' explore les diverses phases de l'existence humaine. L'enfance est caractérisée par la surprise et l'émerveillement, mais elle est de courte durée. La jeunesse est dominée par les passions et les erreurs, malgré les tentatives de la raison de guider les individus. À l'âge mur, les aspirations se portent sur les richesses, les honneurs et les plaisirs, mais ces désirs restent insatisfaits. La vieillesse apporte des soucis et des regrets, notamment une avidité pour l'argent. La fin de la vie est marquée par la souffrance et la peur de la mort. Les proches, attirés par l'héritage, attendent impatiemment le décès. La mort, indifférente à la condition sociale, frappe tous les êtres humains, les soumettant à ses lois inévitables.
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3243
p. 1077-[1]078
IMITATION de la Fable Latine qui a pour titre, Caena insperata, inserée dans le Mercure de Novembre.
Début :
Un pecheur sur les bords d'une Rive profonde, [...]
Mots clefs :
Pêcheur, Poisson, Airs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de la Fable Latine qui a pour titre, Caena insperata, inserée dans le Mercure de Novembre.
IMITATION de la Fable Latinė
qui a pour titre , Cæna insperata , inserée
dans le Mercure de Novembre .
UN pecheur sur les bords d'une Rive profonde
,
Qui dans les eaux à jeun cherchoit un bon repas,
L'autre jour préparoit aux Hahitans de l'Onde ,
Sous des mets imposteurs un funeste trépas ;
Mais en vain ; ce jour - là la Nation muette
I. Vol B vj Voit
7078 MERCURE DE FRANCE
Voit le danger caché sous ces mets délicats ,
Et fait une sage retraite ;
Le Goujon même n'y mord pas.
Que faire ! il se retire , il fuit des bords ingrats ;
Mais vuide à son taudis , tandis qu'il s'achemine ,
Et que d'autres moyens en soi-même il rumine ,
Il entend dans les Airs un terrible fracas .
Une Gruë avoit fait ce qu'il n'avoit pû faire ,
Et sa Troupe comme elle avide et sanguinaire ,
Pour avoir son butin lui livroit cent combats .
Notre Pêcheur alloit à coups de pierre ,
Terminer soudain cette guerre ,
Quand à ses pieds par un merveilleux cas ,
Choit un Poisson , sujet de ses débats.
Fortune , c'est-là ton ouvrage ,
Un Pêcheur , quand tu veux , cherche en vain
dans les Mers ,
Un Poisson que sans peine il trouve dans les Airs.
L'inconstance est ton apanage ,
Et le caprice te conduit ;
Te plairas tu toujours , volage ,
A fuir qui te cherche , à chercher qui te fuit ?
De Montpellier.
qui a pour titre , Cæna insperata , inserée
dans le Mercure de Novembre .
UN pecheur sur les bords d'une Rive profonde
,
Qui dans les eaux à jeun cherchoit un bon repas,
L'autre jour préparoit aux Hahitans de l'Onde ,
Sous des mets imposteurs un funeste trépas ;
Mais en vain ; ce jour - là la Nation muette
I. Vol B vj Voit
7078 MERCURE DE FRANCE
Voit le danger caché sous ces mets délicats ,
Et fait une sage retraite ;
Le Goujon même n'y mord pas.
Que faire ! il se retire , il fuit des bords ingrats ;
Mais vuide à son taudis , tandis qu'il s'achemine ,
Et que d'autres moyens en soi-même il rumine ,
Il entend dans les Airs un terrible fracas .
Une Gruë avoit fait ce qu'il n'avoit pû faire ,
Et sa Troupe comme elle avide et sanguinaire ,
Pour avoir son butin lui livroit cent combats .
Notre Pêcheur alloit à coups de pierre ,
Terminer soudain cette guerre ,
Quand à ses pieds par un merveilleux cas ,
Choit un Poisson , sujet de ses débats.
Fortune , c'est-là ton ouvrage ,
Un Pêcheur , quand tu veux , cherche en vain
dans les Mers ,
Un Poisson que sans peine il trouve dans les Airs.
L'inconstance est ton apanage ,
Et le caprice te conduit ;
Te plairas tu toujours , volage ,
A fuir qui te cherche , à chercher qui te fuit ?
De Montpellier.
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Résumé : IMITATION de la Fable Latine qui a pour titre, Caena insperata, inserée dans le Mercure de Novembre.
Le texte décrit une imitation de la fable latine 'Cæna insperata', publiée dans le Mercure de Novembre. L'histoire suit un pêcheur sur les bords d'une rivière profonde. Ce pêcheur, cherchant un repas, utilise des appâts empoisonnés pour attraper des poissons. Cependant, les poissons reconnaissent le danger et évitent les appâts. Déçu, le pêcheur se retire. En rentrant chez lui, il entend un bruit de combat. Une grue et sa troupe attaquent un poisson, que le pêcheur convoitait. Alors qu'il tente d'intervenir, un poisson tombe miraculeusement à ses pieds. La fable met en lumière l'inconstance de la fortune, qui offre souvent ce que l'on cherche sans effort là où on ne l'attend pas. Le texte se conclut par une réflexion sur l'inconstance et le caprice de la fortune. L'auteur de cette fable est originaire de Montpellier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3244
p. 1089-1093
L'AMITIÉ. ODE. A M. Thomazon de Sens.
Début :
Toi, qui prends naissance en nos ames [...]
Mots clefs :
Amitié, Inspire, Coeur, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : L'AMITIÉ. ODE. A M. Thomazon de Sens.
L'AMITIE .
O D E.
A M. Thomazon de Sens
Toi , qui prends naissance en nos ames
Par de sympathiques accords ,
Tendre Amitié , tes douces flammes
M'inspirent d'aimables transports .
Tes attraits enchantent ma Muse ,
Ma bouche même se refuse
A d'autre éloge que le tien ;
Oui , sans toi , rien ne m'interesse ;
I. Vol.
Tü
1050 MERCURE DE FRANCE
Tu fais seule mon allegresse ;
Sans toi le reste ne m'est rien.
Enfant , qui te nourris de crimes ,
Garde- toi de suivre mes pas ;
Cherche ailleurs d'illustres Victimes
Que séduisent tes vains appas ;
Vas loin d'ici , Dieu de Cythere
Cacher dans l'ombre du mystere. ,
Tes séductions , tes forfaits ;
Où s'égare en voulant te suivre ,
L'Amitié seule nous fait vivre
Au rang des Mortels satisfaits.
M
La raison en tous lieux la guide ,
Et la sincerité la suit :
Elle arrache au flatçur perfide
Un coeur simple qu'il a séduit.
Souvent sans elle l'innocence
Succomberoit à la licence ,
Que voile un discours enchanteur ;
A l'aide d'un flambeau propice
Elle sauve du précipice
Ceux qu'abuse un calme imposteur.
Elle sçait charmer la tristesse ,
I. Vol.
Ec
J U´I ÑЛ 1733 . 1091
Et rend les plaisirs plus charmants
Une aimable délicatesse
Assaisonne ses agrémens.
Un bon heur que le Ciel m'envoye ,
M'inspire une secrete joye ,
Cher amï, vien la partager ;
Peut-être un revers de fortune
T'attirant ma plainte importune
D'autres soins viendront te charger.
I
3
La foudre gronde sur ma tête ;
Mais je ne crains rien pour mes jours s
Quelqu'un s'expose à la tempête
Pour me donner un prompt secours ;
Je te vois ( ami charitable )
Me tendre une main favorable
Je l'accepte avec devouement ;
Et d'avance mon coeur te jure
Dans une aussi triste avanture
Un aussi grand empressement.
Auteurs des plus cruels suplices,
Tyrans , seriez- vous sans pitié ,
Si vous connoissiez les délices
Que sçait procurer l'amitié :
Au pouvoir que le Ciel vous donne
1. Vol.
52 :
C Lors
10 MERCURE DE FRANCE
}
Lorsque notre corps s'abandonné
Le coeur ne vous est point soumis :
Ah ! voulez- vous sur ces coeurs même
Exercer un pouvoir suprême , modiolad
Faites de nous autant d'amis, 15
L'Amitié sert à tous les âges
Aux personnes de tous états ;
Elle offre de grands avantages
Aux Sujets comme aux Potentats.
Dieux qui réglez les destinées ,
Veuillez abréger mes années ,
Et que votre bras , par pitié
Au coup de la Parque, me livre ,
Si quelque jour il me faut vivre
Sans les douceurs de l'amitié.
1
Ce
Et toi pour qui son feu m'inspire
que tu viens de lire ici ,
Pour celui qui sçut te l'écrire ;
Que l'amitié t'inspire aussi :
En peignant les attraits que j'aime ,
J'en ai copié dans moi- même
Les traits les plus interessants :
Oui , d'une amitié si fidele ,
1.Vol.
JUIN. 1733-
1093
Je n'ai voulu d'autre modele
Que celle
que pour toi je sens.
PESSELIER , de la Ferté
Sous -Jouars.
O D E.
A M. Thomazon de Sens
Toi , qui prends naissance en nos ames
Par de sympathiques accords ,
Tendre Amitié , tes douces flammes
M'inspirent d'aimables transports .
Tes attraits enchantent ma Muse ,
Ma bouche même se refuse
A d'autre éloge que le tien ;
Oui , sans toi , rien ne m'interesse ;
I. Vol.
Tü
1050 MERCURE DE FRANCE
Tu fais seule mon allegresse ;
Sans toi le reste ne m'est rien.
Enfant , qui te nourris de crimes ,
Garde- toi de suivre mes pas ;
Cherche ailleurs d'illustres Victimes
Que séduisent tes vains appas ;
Vas loin d'ici , Dieu de Cythere
Cacher dans l'ombre du mystere. ,
Tes séductions , tes forfaits ;
Où s'égare en voulant te suivre ,
L'Amitié seule nous fait vivre
Au rang des Mortels satisfaits.
M
La raison en tous lieux la guide ,
Et la sincerité la suit :
Elle arrache au flatçur perfide
Un coeur simple qu'il a séduit.
Souvent sans elle l'innocence
Succomberoit à la licence ,
Que voile un discours enchanteur ;
A l'aide d'un flambeau propice
Elle sauve du précipice
Ceux qu'abuse un calme imposteur.
Elle sçait charmer la tristesse ,
I. Vol.
Ec
J U´I ÑЛ 1733 . 1091
Et rend les plaisirs plus charmants
Une aimable délicatesse
Assaisonne ses agrémens.
Un bon heur que le Ciel m'envoye ,
M'inspire une secrete joye ,
Cher amï, vien la partager ;
Peut-être un revers de fortune
T'attirant ma plainte importune
D'autres soins viendront te charger.
I
3
La foudre gronde sur ma tête ;
Mais je ne crains rien pour mes jours s
Quelqu'un s'expose à la tempête
Pour me donner un prompt secours ;
Je te vois ( ami charitable )
Me tendre une main favorable
Je l'accepte avec devouement ;
Et d'avance mon coeur te jure
Dans une aussi triste avanture
Un aussi grand empressement.
Auteurs des plus cruels suplices,
Tyrans , seriez- vous sans pitié ,
Si vous connoissiez les délices
Que sçait procurer l'amitié :
Au pouvoir que le Ciel vous donne
1. Vol.
52 :
C Lors
10 MERCURE DE FRANCE
}
Lorsque notre corps s'abandonné
Le coeur ne vous est point soumis :
Ah ! voulez- vous sur ces coeurs même
Exercer un pouvoir suprême , modiolad
Faites de nous autant d'amis, 15
L'Amitié sert à tous les âges
Aux personnes de tous états ;
Elle offre de grands avantages
Aux Sujets comme aux Potentats.
Dieux qui réglez les destinées ,
Veuillez abréger mes années ,
Et que votre bras , par pitié
Au coup de la Parque, me livre ,
Si quelque jour il me faut vivre
Sans les douceurs de l'amitié.
1
Ce
Et toi pour qui son feu m'inspire
que tu viens de lire ici ,
Pour celui qui sçut te l'écrire ;
Que l'amitié t'inspire aussi :
En peignant les attraits que j'aime ,
J'en ai copié dans moi- même
Les traits les plus interessants :
Oui , d'une amitié si fidele ,
1.Vol.
JUIN. 1733-
1093
Je n'ai voulu d'autre modele
Que celle
que pour toi je sens.
PESSELIER , de la Ferté
Sous -Jouars.
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Résumé : L'AMITIÉ. ODE. A M. Thomazon de Sens.
Le poème 'L'Amitié' est dédié à M. Thomazon de Sens. L'auteur y exalte l'amitié comme unique source de bonheur et d'intérêt. Il met en garde contre les crimes et les séductions, affirmant que l'amitié est essentielle pour vivre satisfait. Guidée par la raison et la sincérité, elle protège l'innocence et sauve ceux qui sont abusés. L'amitié charme la tristesse et rend les plaisirs plus agréables. L'auteur exprime sa gratitude envers un ami charitable qui l'aide en temps de besoin. Il souhaite que les tyrans connaissent les délices de l'amitié et exercent leur pouvoir pour créer des amis. L'amitié est bénéfique à tous les âges et pour toutes les personnes. L'auteur prie les dieux d'abréger ses jours s'il doit vivre sans amitié. Enfin, il souhaite que l'amitié inspire également le destinataire du poème, en copiant les traits les plus intéressants de cette amitié fidèle.
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3245
p. 1097-1100
MEPRISE DE L'AMOUR, A Mlle de Séricourt.
Début :
Tandis qu'à vos genoux, adorable Sylvie, [...]
Mots clefs :
Amour, Vol, Sylvie, Projets, Amant, Méprise
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texteReconnaissance textuelle : MEPRISE DE L'AMOUR, A Mlle de Séricourt.
MEPRISE DE L'AMOUR ,
T
A Mlle de Séricourt.
1
Andis qu'à vos genour adorable Sylul
vie
J'exprimois les transports de mon coeur amoureux
,
1. Vol. Le C iiij
1098 MERCURE DE FRANCE
Le Dieu de Cithere eut envie
D'être témoin de l'ardeur de mes feux ;
Le voilà donc de la partie
Qui n'auroit crû que j'allois être heureux ?
Mais , helas ! vain espoir d'un - Amant qui se '
flatte ,
Rien ne peut attendrir votre inhumanité ,
L'Amour dont le pouvoir sur les Dieux même
éclate ,
Semble perdre les droits de sa Divinité ,
i Et dès qu'à ma vive tendresse ,
Sa clémence s'interesse ,
Il n'a plus d'autorité .
Lorsque voulant soulager mon martire ,
Par de nouveaux dédains il se voit outrager,
Indigné de vous voir mépriser son Empire ,
Et les doux fers dont il veut vous charger ,
Il prend un trait , bande son arc , et tire
Dans le dessein de se vanger.
Mais c'est en vain , cette fléche incertaine
Qui vous fût destinée , adorable Inhumaine
Nous trompa tous deux tour à tour.
Elle vint me percer d'une atteinte soudaine ,
Et sans servir les projets de l'Amour ,
Ne fit que redoubler ma peine.
De sa méprise interdit et confus ,
Cupidon vers Paphos vole avec diligence ,
1. Vol.
Pour
JUIN. 1733 .
1099
Pour y méditer la vengeance
Des affronts qu'il a reçûs.
L'aimable Reine de Cythere , '
Pour appaiser sa colere ,
Vient en vain le caresser
Dans les Forêts d'Amathonte ,
Il va cacher la honte
De n'avoir pû vous blesser.
C'est là que dans ces lieux consacrez à sa
gloire ,
Il a juré sur ses Autels ,
De remporter sur vous une illustre vice
toire ,
Et d'effacer jusques à la mémoire
De tous vos dédains criminels.
› En vain tâcherez-vous d'éluder sa poursuite
,
L'Amour , belle Sylvie , est plus subtil que
nous ,
Notre résistance l'irrite ,
Ce n'est qu'en se rendant qu'on fléchit son courroux.
Quand il éxige un Sacrifice"
Le coeur le plus cruel devient tendre et sou
mis ,
Et par un bizarre caprice ,
Souvent d'une Lucrece il fait une Laïs.
Sous des images
trompeuses ,
I. Vol. Cv Quand
1100 MERCURE DE FRANCE
Quand il lui plaît , il captive les coeurs ;
On vît jadis des beautez dédaigneuses
Au souverain des Dieux refuser leurs faveurs
;
Mais quittant de son rang les marques précieuses
>
Sous les formes les plus hideuses,
Le même Jupiter , fléchissoit leurs rigueurs.
Prévenés , belle Sylvie ,
Tous les projets de l'Amour ,
Et de sa bizarerie ,
N'attendez pas le retour
Sacrifiés au Dieu qui vous l'ordonne ;
Croyez-en un Ámant qui ressentît ses coups
> Et qui pour prix du conseil qu'il vous donne ,
N'aspire qu'au plaisir de le suivre avec vous.
Par René Soumard des Forges.
T
A Mlle de Séricourt.
1
Andis qu'à vos genour adorable Sylul
vie
J'exprimois les transports de mon coeur amoureux
,
1. Vol. Le C iiij
1098 MERCURE DE FRANCE
Le Dieu de Cithere eut envie
D'être témoin de l'ardeur de mes feux ;
Le voilà donc de la partie
Qui n'auroit crû que j'allois être heureux ?
Mais , helas ! vain espoir d'un - Amant qui se '
flatte ,
Rien ne peut attendrir votre inhumanité ,
L'Amour dont le pouvoir sur les Dieux même
éclate ,
Semble perdre les droits de sa Divinité ,
i Et dès qu'à ma vive tendresse ,
Sa clémence s'interesse ,
Il n'a plus d'autorité .
Lorsque voulant soulager mon martire ,
Par de nouveaux dédains il se voit outrager,
Indigné de vous voir mépriser son Empire ,
Et les doux fers dont il veut vous charger ,
Il prend un trait , bande son arc , et tire
Dans le dessein de se vanger.
Mais c'est en vain , cette fléche incertaine
Qui vous fût destinée , adorable Inhumaine
Nous trompa tous deux tour à tour.
Elle vint me percer d'une atteinte soudaine ,
Et sans servir les projets de l'Amour ,
Ne fit que redoubler ma peine.
De sa méprise interdit et confus ,
Cupidon vers Paphos vole avec diligence ,
1. Vol.
Pour
JUIN. 1733 .
1099
Pour y méditer la vengeance
Des affronts qu'il a reçûs.
L'aimable Reine de Cythere , '
Pour appaiser sa colere ,
Vient en vain le caresser
Dans les Forêts d'Amathonte ,
Il va cacher la honte
De n'avoir pû vous blesser.
C'est là que dans ces lieux consacrez à sa
gloire ,
Il a juré sur ses Autels ,
De remporter sur vous une illustre vice
toire ,
Et d'effacer jusques à la mémoire
De tous vos dédains criminels.
› En vain tâcherez-vous d'éluder sa poursuite
,
L'Amour , belle Sylvie , est plus subtil que
nous ,
Notre résistance l'irrite ,
Ce n'est qu'en se rendant qu'on fléchit son courroux.
Quand il éxige un Sacrifice"
Le coeur le plus cruel devient tendre et sou
mis ,
Et par un bizarre caprice ,
Souvent d'une Lucrece il fait une Laïs.
Sous des images
trompeuses ,
I. Vol. Cv Quand
1100 MERCURE DE FRANCE
Quand il lui plaît , il captive les coeurs ;
On vît jadis des beautez dédaigneuses
Au souverain des Dieux refuser leurs faveurs
;
Mais quittant de son rang les marques précieuses
>
Sous les formes les plus hideuses,
Le même Jupiter , fléchissoit leurs rigueurs.
Prévenés , belle Sylvie ,
Tous les projets de l'Amour ,
Et de sa bizarerie ,
N'attendez pas le retour
Sacrifiés au Dieu qui vous l'ordonne ;
Croyez-en un Ámant qui ressentît ses coups
> Et qui pour prix du conseil qu'il vous donne ,
N'aspire qu'au plaisir de le suivre avec vous.
Par René Soumard des Forges.
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Résumé : MEPRISE DE L'AMOUR, A Mlle de Séricourt.
Le poème est adressé à Mlle de Séricourt, surnommée Sylvie. Le narrateur y exprime son amour ardent et décrit une intervention du dieu de l'Amour, Cupidon. Ce dernier, témoin de la passion du narrateur, tente de toucher le cœur de Sylvie mais échoue. La flèche destinée à Sylvie blesse accidentellement le narrateur, augmentant sa souffrance. Humilié, Cupidon se retire à Paphos pour méditer sa vengeance. La déesse Vénus tente en vain de le consoler. Cupidon jure de triompher des dédains de Sylvie et de la soumettre à son pouvoir. Le narrateur avertit Sylvie que l'Amour est implacable et que la résistance ne fait qu'accroître sa détermination. Il cite des exemples mythologiques où des femmes résistantes ont fini par céder à l'Amour. Le narrateur conseille à Sylvie de se rendre à l'Amour pour éviter sa colère et exprime son désir de partager ce destin avec elle.
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3246
p. 1125-1131
LE MÉPRIS DES RICHESSES. ODE. Qui a remporté le premier Prix à l'Académie des Jeux Floraux. Par M. Rainaud, de l'Oratoire, Préfet du College de Soissons.
Début :
Plutus, qui de nos coeurs avides, [...]
Mots clefs :
Plutus, Vol, Coeur, Coeurs, Désirs, Richesses, Plaisirs, Bonheur, Luxe, Académie des Jeux floraux
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texteReconnaissance textuelle : LE MÉPRIS DES RICHESSES. ODE. Qui a remporté le premier Prix à l'Académie des Jeux Floraux. Par M. Rainaud, de l'Oratoire, Préfet du College de Soissons.
E MEPRIS DES RICHESSES.
ODE.
Qui a remporté le premier Prix à
l'Académie des Jeux Floraux .
Par M. Rainaud , de l'Oratoire , Préfet du
College de Soissons.
PLutus , qui de nos coeurs avides ;
Bannis les innocens plaisirs ,
I. Vol.
Dvj Jusqu'à
1126 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand tes trésors perfides ,
Irriteront- ils nos désirs ?
Jusqu'à quand irons-nous , par d'aveugles ma
ximes ,
D'un Encens criminel et du sang des Victimes >
Offrir l'hommage à tes Autels ?
Tes funestes présents, enfantent nos miséres ,
Et qui sçait mépriser ces biens imaginaires ,
Est le plus riche des Mortels..
C'est en vain que
粥
de l'Opulence ,
'Adorant l'Eclat suborneur ,
Dans le luxe et dans l'abondance ,
On met le suprême bonheur.
Contemplons ce Crésus , pour qui les Arts s'épuisent
,
Pour qui la Terre et l'Onde à l'envi reprodui—
sent ,
Tout ce qui peut combler ses voeux ;
Dans le sein des plaisirs qu'enfante la molesse ,
Ce superbe mortel , aux yeux de la sagesse,
N'est qu'un illustre malheureux.
Quels traits à ma vûë il décéle !
Des besoins , toujours renaissans ;
J'apperçois la Troupe cruelle,
1. Vol. Qui
JUIN. 1733. 11-27
Qui le rend Esclave des sens.
Que de pâles soucis ! que de mortelles® craintes !
Sous ses lambris dorez , j'entends les tristes plaintes
;
C'est peu , quel spectacle nouveau !
Implacable Vautour , dans sa tristesse extrême ,
Son coeur qui se déchire , est toujours de luimême
,
Et la Victime et le Bourrean.
Doux repos que l'homme désire ,
Heureuse Paix , charme des coeurs r
Tu n'établis pas ton Empire ,
Dans les fastueuses grandeurs.
Loin des Palais pompeux , que le Luxe envi
ronne ,
De ceux que nos respects accablent sur le Thrône
,
Tu fuis la haute Majesté ;
Et des coeurs sans désirs , délicieux partage ;
Tu vas sous l'humble toît , habité par le Sage
Assurer sa félicité.
諾
Là , des Trésors , à qui tout céde ,
II dédaigne les vains appas ;
Trop content de ce qu'il possede',
Il méprise ce qu'il n'a pas..
I. Vol A
T128 MERCURE DE FRANCE
1
A l'envie , aux soupçons toujours inacsessible ,
L'inquiete Avarice , à son bonheur paisible ;
Ne vient jamais mêler l'ennui ;
Soleil , tu ne vois rien , dont son coeur soit
avide ;
Trop heureux ! il jouit d'un trésor plus solide ,
Qu'il porte toujours avec lui.
Fidelle aux Loix de la nature ,
Et Souverain de ses désirs ,
Sans soins , sans trouble , sans murmure ,
Il goute de parfaits plaisirs.
Envain sur l'Ocean , s'élevent les Tempêtes ;
Les Foudres menaçans , qui grondent sur nos
têtes
,
Ne l'arrachent point au sommeil ;
Tranquille , il ne va point , affrontant les maufrages
,
De leurs riches métaux , dépoüiller des rivages,
Eclairez d'un autre Soleil.
粥
Aveugle et bizare * Déesse ,
Qui regles le sort des humains ,
Dont les Autels fument sans cesse ;
De l'encens que t'offrent leurs mains ,
Tes éclatans revers signalant ta puissance ,
* La Fortune.
1. Vel. Ne
JUIN . 1733 .
1129
Ne sçauroient de son ame , ébranler la constance
Il brave leurs vaines rigueurs ,
Que pourroit contre lui ton courroux infléxible
Tu ne fais qu'affermir son courage invincible ,
En multipliant ses malheurs
Mais Dieux ! quel spectacle m'étonne !
L'Orage fond sur ses Moissons ,
L'Air s'embraze , l'Olympe tonne ,
Les Vents ont forcé leurs prisons.
Des Aquilons fougueux la cohorte effrénée ;
Emporte avec les dons de Cérès consternée ;
Ceux de Pomone et de Bachus .
De regreter ces biens ne peut -il se deffendre ›
Non , non , son coeur tranquille , avoit sçû les
attendre ,
Et tranquile, il les a perdus.
*
Vous qu'une implacable furie ,
Retient sous un joug odieux ,
Ministres de sa barbarie ,;
Brisez ses fers injurieux .
Dans ces frêles trésors , vos cruelles délices ,
Vous trouvez vos tourmens
supplices.
* L'Avarice.
Vous trouvez vos
1. Vol.
Ardens
1130 MERCURE DE FRANCE
Ardens à vous tyranniser ;
Plus heureux , ce * Romain , dont la vertu constante
,
Préfére au vain éclat de l'or qu'on lui présente ,
La gloire de le mépriser.
柒
Heureux le monde en son Enfance ,
Où l'homme , maître de son coeur
Dans la paix et dans l'innocence
Trouvoit un solide bonheur !
y
Pomone , tes présens faisoient sa nourriture ;
Son corps d'un vil feuillage , empruntoit sa pa→
rure "
Modeste ouvrage de ses mains ;
Et toujours affranchi de la sombre tristesse ,
Il goutoit ces vrais biens qu'au sein de la mo→
lesse ,
Regretent encor les humains.
Revivez „ antiques Exemples ,
De l'active frugalité ;
Que nos coeurs ne soient plus les temples
D'une aveugle Divinité.
Etoufons , au mépris de ses vaines largesses ,
Les désirs effrénez , qu'enfantent les Richesses ,
Sources fécondes de nos maux ,
* Curius.
I. Vol. Ec
JUIN. 1733. - 1131
It bornant ces besoins d'où renaissent nos peines
,
Sur les débris du faste et des grandeurs humai
mes ,
Etablissons notre repos,
潞
Quantò quisque sibi plura negaverit ,
A dis plura feret.
រ
Horat. Ode 16. lib. 3 .
ODE.
Qui a remporté le premier Prix à
l'Académie des Jeux Floraux .
Par M. Rainaud , de l'Oratoire , Préfet du
College de Soissons.
PLutus , qui de nos coeurs avides ;
Bannis les innocens plaisirs ,
I. Vol.
Dvj Jusqu'à
1126 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand tes trésors perfides ,
Irriteront- ils nos désirs ?
Jusqu'à quand irons-nous , par d'aveugles ma
ximes ,
D'un Encens criminel et du sang des Victimes >
Offrir l'hommage à tes Autels ?
Tes funestes présents, enfantent nos miséres ,
Et qui sçait mépriser ces biens imaginaires ,
Est le plus riche des Mortels..
C'est en vain que
粥
de l'Opulence ,
'Adorant l'Eclat suborneur ,
Dans le luxe et dans l'abondance ,
On met le suprême bonheur.
Contemplons ce Crésus , pour qui les Arts s'épuisent
,
Pour qui la Terre et l'Onde à l'envi reprodui—
sent ,
Tout ce qui peut combler ses voeux ;
Dans le sein des plaisirs qu'enfante la molesse ,
Ce superbe mortel , aux yeux de la sagesse,
N'est qu'un illustre malheureux.
Quels traits à ma vûë il décéle !
Des besoins , toujours renaissans ;
J'apperçois la Troupe cruelle,
1. Vol. Qui
JUIN. 1733. 11-27
Qui le rend Esclave des sens.
Que de pâles soucis ! que de mortelles® craintes !
Sous ses lambris dorez , j'entends les tristes plaintes
;
C'est peu , quel spectacle nouveau !
Implacable Vautour , dans sa tristesse extrême ,
Son coeur qui se déchire , est toujours de luimême
,
Et la Victime et le Bourrean.
Doux repos que l'homme désire ,
Heureuse Paix , charme des coeurs r
Tu n'établis pas ton Empire ,
Dans les fastueuses grandeurs.
Loin des Palais pompeux , que le Luxe envi
ronne ,
De ceux que nos respects accablent sur le Thrône
,
Tu fuis la haute Majesté ;
Et des coeurs sans désirs , délicieux partage ;
Tu vas sous l'humble toît , habité par le Sage
Assurer sa félicité.
諾
Là , des Trésors , à qui tout céde ,
II dédaigne les vains appas ;
Trop content de ce qu'il possede',
Il méprise ce qu'il n'a pas..
I. Vol A
T128 MERCURE DE FRANCE
1
A l'envie , aux soupçons toujours inacsessible ,
L'inquiete Avarice , à son bonheur paisible ;
Ne vient jamais mêler l'ennui ;
Soleil , tu ne vois rien , dont son coeur soit
avide ;
Trop heureux ! il jouit d'un trésor plus solide ,
Qu'il porte toujours avec lui.
Fidelle aux Loix de la nature ,
Et Souverain de ses désirs ,
Sans soins , sans trouble , sans murmure ,
Il goute de parfaits plaisirs.
Envain sur l'Ocean , s'élevent les Tempêtes ;
Les Foudres menaçans , qui grondent sur nos
têtes
,
Ne l'arrachent point au sommeil ;
Tranquille , il ne va point , affrontant les maufrages
,
De leurs riches métaux , dépoüiller des rivages,
Eclairez d'un autre Soleil.
粥
Aveugle et bizare * Déesse ,
Qui regles le sort des humains ,
Dont les Autels fument sans cesse ;
De l'encens que t'offrent leurs mains ,
Tes éclatans revers signalant ta puissance ,
* La Fortune.
1. Vel. Ne
JUIN . 1733 .
1129
Ne sçauroient de son ame , ébranler la constance
Il brave leurs vaines rigueurs ,
Que pourroit contre lui ton courroux infléxible
Tu ne fais qu'affermir son courage invincible ,
En multipliant ses malheurs
Mais Dieux ! quel spectacle m'étonne !
L'Orage fond sur ses Moissons ,
L'Air s'embraze , l'Olympe tonne ,
Les Vents ont forcé leurs prisons.
Des Aquilons fougueux la cohorte effrénée ;
Emporte avec les dons de Cérès consternée ;
Ceux de Pomone et de Bachus .
De regreter ces biens ne peut -il se deffendre ›
Non , non , son coeur tranquille , avoit sçû les
attendre ,
Et tranquile, il les a perdus.
*
Vous qu'une implacable furie ,
Retient sous un joug odieux ,
Ministres de sa barbarie ,;
Brisez ses fers injurieux .
Dans ces frêles trésors , vos cruelles délices ,
Vous trouvez vos tourmens
supplices.
* L'Avarice.
Vous trouvez vos
1. Vol.
Ardens
1130 MERCURE DE FRANCE
Ardens à vous tyranniser ;
Plus heureux , ce * Romain , dont la vertu constante
,
Préfére au vain éclat de l'or qu'on lui présente ,
La gloire de le mépriser.
柒
Heureux le monde en son Enfance ,
Où l'homme , maître de son coeur
Dans la paix et dans l'innocence
Trouvoit un solide bonheur !
y
Pomone , tes présens faisoient sa nourriture ;
Son corps d'un vil feuillage , empruntoit sa pa→
rure "
Modeste ouvrage de ses mains ;
Et toujours affranchi de la sombre tristesse ,
Il goutoit ces vrais biens qu'au sein de la mo→
lesse ,
Regretent encor les humains.
Revivez „ antiques Exemples ,
De l'active frugalité ;
Que nos coeurs ne soient plus les temples
D'une aveugle Divinité.
Etoufons , au mépris de ses vaines largesses ,
Les désirs effrénez , qu'enfantent les Richesses ,
Sources fécondes de nos maux ,
* Curius.
I. Vol. Ec
JUIN. 1733. - 1131
It bornant ces besoins d'où renaissent nos peines
,
Sur les débris du faste et des grandeurs humai
mes ,
Etablissons notre repos,
潞
Quantò quisque sibi plura negaverit ,
A dis plura feret.
រ
Horat. Ode 16. lib. 3 .
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Résumé : LE MÉPRIS DES RICHESSES. ODE. Qui a remporté le premier Prix à l'Académie des Jeux Floraux. Par M. Rainaud, de l'Oratoire, Préfet du College de Soissons.
L'ode 'E Mepris des Richesses' de M. Rainaud, préfet du Collège de Soissons, a remporté le premier prix à l'Académie des Jeux Floraux. Ce texte critique la quête incessante des richesses matérielles, qualifiées de 'trésors perfides' qui irritent les désirs et engendrent des misères. Rainaud dénonce l'adoration de l'opulence et du luxe, illustrée par l'exemple de Crésus, un homme riche mais malheureux, esclave de ses besoins et de ses craintes. Selon l'ode, la véritable richesse réside dans le mépris des biens imaginaires et dans la paix intérieure, loin des fastes et des grandeurs. Le sage, content de ce qu'il possède, est inaccessible aux soucis et aux désirs, et jouit d'une tranquillité inébranlable face aux tempêtes et aux malheurs. L'ode appelle à briser les fers de l'avarice et à revenir à une vie simple et frugale, comme celle des hommes dans leur enfance, où le bonheur était solide et affranchi de la tristesse. Elle conclut par une citation d'Horace, soulignant que celui qui se refuse beaucoup de choses recevra beaucoup des dieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3247
p. 1136
A Mlle de Malcrais de la Vigne, en réplique à son Madrigal, inseré dans le Mercure du Mois de Mars dernier.
Début :
Lorsque tu dis, illustre Amie, [...]
Mots clefs :
Madrigal, Génie, Lauriers
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texteReconnaissance textuelle : A Mlle de Malcrais de la Vigne, en réplique à son Madrigal, inseré dans le Mercure du Mois de Mars dernier.
A Mile de Malcrais de la Vigne , en
réplique à son Madrigal , insere dans le
Mercure du Mois de Mars dernier.
Lorsque tu dis , illustre Amie ,
Que c'est moi qui guidai le premier ton génie
Dans les routes du sacré Mont ,
Tu me rends un honneur dont je ne suis pas
digne ;
Mais ton coeur genereux et ton esprit fécond ,
Ne pouvoient m'éxalter par un trait plus insigne
,
Qu'en , me couvrant ainsi des Lauriers de ton .
front.
réplique à son Madrigal , insere dans le
Mercure du Mois de Mars dernier.
Lorsque tu dis , illustre Amie ,
Que c'est moi qui guidai le premier ton génie
Dans les routes du sacré Mont ,
Tu me rends un honneur dont je ne suis pas
digne ;
Mais ton coeur genereux et ton esprit fécond ,
Ne pouvoient m'éxalter par un trait plus insigne
,
Qu'en , me couvrant ainsi des Lauriers de ton .
front.
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3248
p. 1143-1146
ODE SACRÉE, Sur quelques Versets du Pseaume XXV. v. VI. Lavabo inter innocentes manus meas.
Début :
Vous, à qui la Toute-puissance [...]
Mots clefs :
Autels, Âme, Temple
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texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Sur quelques Versets du Pseaume XXV. v. VI. Lavabo inter innocentes manus meas.
ODE SA CREE,
Sur quelques Versets du Pseaume XXV.
V. VI .
Lavabo inter innocentes manus meas.
Vous Ous , à qui la Toute - puissance
Du vrai , fait sentir les beautéz ,
Esprits , qui maintenant goûtez ,
Les fruits de l'heureuse innocence
Et qui vous éloignez des profanes Humains ,
Au milieu de vous tous j'irai laver mes mains.
'
Et circumdabo altare tuum , Domine.
Je sens ton Esprit qui m'anime ,
Oui , grand Dieu , je veux dans mes Vers,
Chanter l'Auteur de l'Univers ,
Et t'immoler une victime ;
Parmi mes saints transports et mes tendres accents
,
Autour de tes Autels brulera mon encens.
V. VII.
Ut audiam vocem laudis et enarrem universa
mirabilia tua.
C'est pour entendre tes loüanges ,
Que je t'adresse ainsi mes voeux ;
1. Vol. Vien
E )
1144 MERCURE DE FRANCE
"
Vien , Seigneur , seconder mes feux ,
Joins ma voix à celle des Anges ;
De concert avec eux ma bouche publiera ,
Tous tes faits merveilleux ; l'air en retentira.
*. VIII .
Domine dilexi decorem domus tuæ et loum
habitationis gloria tua.
Enfin j'ai trouvé mes délices ,
Dans le séjour de ta Grandeur,
Et de ce céleste bonheur ,
Mon ame a senti les prémices ;
La beauté de ton Temple , et ta brillante Cour
Vont être désormais l'objet de mon amour.
Y. IX.
Neperdas cum impiis Deus animam meam.
Grand Dicu , ne confonds point mon ame,
Avec ces malheureux Mortels ,
Profanateurs de tes Autels ;
Eloigne moi de cette flamme ,
Dont ils seront la proye au jour de ton courroux,
Que tes foudres , Seigneur , ne tombent point
sur nous.
Et cum viris sanguinum vitam meam.
Loin d'ici ces Monstres de rage , ...
Dépouillez de l'humanité ,
Et dont l'avide cruauté ,*
I. Vol.
CherJUIN.
1733. 1145
Cherche le meurtre et le carnage ;
Ah ! ne me plonge point dans la nuit de la mort ,
Sauve moi de l'horreur de partager leur sort.
V. X.
In quorum manibus iniquitates sunt ,
dextera eorum repleta est muneribus.
Comblez des dons de la fortune ,
Quel bruit font- ils dans un Etat ?
Richesses , Dignitez , Eclat ,
Qui plus est , vertu non commune ,
Semblent les illustrer,les mettre au premier rang ;
Leurs sacrileges mains sont encor dans le sang.
V. X I.
Ego autem innocentia mea ingressus sum;
redime me et miserere mei .
>
Mais ma conduite est innocente ;
Que le noir tyran des Enfers ,
Ne me tienne plus dans ses fers ;
Que ta bonté toute- puissante ,
Détourne loin de moi sa domination ;
Rachepte cet objet de ta compassion .
V. XII.
Pes meus stetit in directo , in Ecclesiis
benedicam te Domine.
Dans le chemin de la justice ,
I. Vol. E iiij Ta
146 MERCURE DE FRANCE
Ta grace a raffermi mes pas ;
J'en ai connu les vrais appas ;
Ils mont fait détester le vice ,
De tes divins bienfaits vivement penetré ,
Je benirai ton nom dans ton Temple sacré.
Regnard de Bussieres .
Sur quelques Versets du Pseaume XXV.
V. VI .
Lavabo inter innocentes manus meas.
Vous Ous , à qui la Toute - puissance
Du vrai , fait sentir les beautéz ,
Esprits , qui maintenant goûtez ,
Les fruits de l'heureuse innocence
Et qui vous éloignez des profanes Humains ,
Au milieu de vous tous j'irai laver mes mains.
'
Et circumdabo altare tuum , Domine.
Je sens ton Esprit qui m'anime ,
Oui , grand Dieu , je veux dans mes Vers,
Chanter l'Auteur de l'Univers ,
Et t'immoler une victime ;
Parmi mes saints transports et mes tendres accents
,
Autour de tes Autels brulera mon encens.
V. VII.
Ut audiam vocem laudis et enarrem universa
mirabilia tua.
C'est pour entendre tes loüanges ,
Que je t'adresse ainsi mes voeux ;
1. Vol. Vien
E )
1144 MERCURE DE FRANCE
"
Vien , Seigneur , seconder mes feux ,
Joins ma voix à celle des Anges ;
De concert avec eux ma bouche publiera ,
Tous tes faits merveilleux ; l'air en retentira.
*. VIII .
Domine dilexi decorem domus tuæ et loum
habitationis gloria tua.
Enfin j'ai trouvé mes délices ,
Dans le séjour de ta Grandeur,
Et de ce céleste bonheur ,
Mon ame a senti les prémices ;
La beauté de ton Temple , et ta brillante Cour
Vont être désormais l'objet de mon amour.
Y. IX.
Neperdas cum impiis Deus animam meam.
Grand Dicu , ne confonds point mon ame,
Avec ces malheureux Mortels ,
Profanateurs de tes Autels ;
Eloigne moi de cette flamme ,
Dont ils seront la proye au jour de ton courroux,
Que tes foudres , Seigneur , ne tombent point
sur nous.
Et cum viris sanguinum vitam meam.
Loin d'ici ces Monstres de rage , ...
Dépouillez de l'humanité ,
Et dont l'avide cruauté ,*
I. Vol.
CherJUIN.
1733. 1145
Cherche le meurtre et le carnage ;
Ah ! ne me plonge point dans la nuit de la mort ,
Sauve moi de l'horreur de partager leur sort.
V. X.
In quorum manibus iniquitates sunt ,
dextera eorum repleta est muneribus.
Comblez des dons de la fortune ,
Quel bruit font- ils dans un Etat ?
Richesses , Dignitez , Eclat ,
Qui plus est , vertu non commune ,
Semblent les illustrer,les mettre au premier rang ;
Leurs sacrileges mains sont encor dans le sang.
V. X I.
Ego autem innocentia mea ingressus sum;
redime me et miserere mei .
>
Mais ma conduite est innocente ;
Que le noir tyran des Enfers ,
Ne me tienne plus dans ses fers ;
Que ta bonté toute- puissante ,
Détourne loin de moi sa domination ;
Rachepte cet objet de ta compassion .
V. XII.
Pes meus stetit in directo , in Ecclesiis
benedicam te Domine.
Dans le chemin de la justice ,
I. Vol. E iiij Ta
146 MERCURE DE FRANCE
Ta grace a raffermi mes pas ;
J'en ai connu les vrais appas ;
Ils mont fait détester le vice ,
De tes divins bienfaits vivement penetré ,
Je benirai ton nom dans ton Temple sacré.
Regnard de Bussieres .
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Résumé : ODE SACRÉE, Sur quelques Versets du Pseaume XXV. v. VI. Lavabo inter innocentes manus meas.
Le poème 'ODE SA CREE' s'inspire du Psaume XXV et exprime le désir du poète de purifier son âme et de se rapprocher de Dieu. Il souhaite laver ses mains parmi les innocents et offrir des louanges autour des autels divins. Le poète cherche à entendre et à proclamer les merveilles de Dieu, trouvant ses délices dans le séjour divin. Il implore Dieu de ne pas le confondre avec les impies et les meurtriers, mais de le protéger et de le racheter. Se décrivant comme innocent, il demande à Dieu de le délivrer des tyrans et des injustices. Le poète affirme avoir suivi le chemin de la justice et exprime sa gratitude pour les bienfaits divins, promettant de bénir le nom de Dieu dans son temple.
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3249
p. 1147
ENIGME. SONNET.
Début :
Il n'est presque rien sous les Cieux, [...]
Mots clefs :
Larme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME. SONNET.
ENIG ME.
SONNET.
L n'est presque rien sous les Cieux ,
Malgré mon titre de foiblesse ,
Plus rempli de force et d'adresse ;
Je suis toujours chere à vos yeux.
Je désarme les furieux.
Quand ce seroit une tigresse ,
J'appaise et touche ma Maîtresse,
Je puis fléchir même les Dieux.
Quelle chose au monde est parfaite ↓
Par malheur une horrible bête ,
Me cause un odieux renom ;
Comme elle me rend inhumaine ,
On n'a pour moi que de la haine ,
Lorsque je parois sous son nom.
Par le sieur de Rocherenb
SONNET.
L n'est presque rien sous les Cieux ,
Malgré mon titre de foiblesse ,
Plus rempli de force et d'adresse ;
Je suis toujours chere à vos yeux.
Je désarme les furieux.
Quand ce seroit une tigresse ,
J'appaise et touche ma Maîtresse,
Je puis fléchir même les Dieux.
Quelle chose au monde est parfaite ↓
Par malheur une horrible bête ,
Me cause un odieux renom ;
Comme elle me rend inhumaine ,
On n'a pour moi que de la haine ,
Lorsque je parois sous son nom.
Par le sieur de Rocherenb
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3250
p. 1147-1148
AUTRE ENIGME.
Début :
Dans le sein même de la France, [...]
Mots clefs :
Rime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGM E.
DAns le sein même de la France ,
Jadis , dit- on ,je pris naissance ,
Mais à l'aide bien- tôt du celeste flambeau ,
Je choisis un séjour plus noble ,
1
1. Vol. Ev Ce
1148 MERCURE DE FRANCE
Ce fut sur un certain Côteau ,
Qui n'est pas fertile en vignoble ,
Mais ou coule en revanche un rapide Ruisseau ,
Dont l'onde toujours pure et claire ,
Fait plus de mal à maint cerveau ,
Que tous les vins n'en pourroient faire.
Pauvre le plus souvent , mais riche quelquefois ,
Je commande à des gens qui n'ont rien de solide,
Qui malgré le bon sens , me prennent pour leur
guide ,
i..
Et ne respectent que mes loix ;
Pourtant loin de paroître à leurs yeux toute nuë ,
Je me cache en toute saison ,
Et ne me présente à leur vûë ,
Qu'après qu'on m'a souvent immolé la raison.
Contente alors du Sacrifice ,
A leurs desirs je suis propice ;
Mais à toi , lecteur curieux ,
Je viens m'offrir sans artifice ,
Je parois même ici librement à tes yeux.
DAns le sein même de la France ,
Jadis , dit- on ,je pris naissance ,
Mais à l'aide bien- tôt du celeste flambeau ,
Je choisis un séjour plus noble ,
1
1. Vol. Ev Ce
1148 MERCURE DE FRANCE
Ce fut sur un certain Côteau ,
Qui n'est pas fertile en vignoble ,
Mais ou coule en revanche un rapide Ruisseau ,
Dont l'onde toujours pure et claire ,
Fait plus de mal à maint cerveau ,
Que tous les vins n'en pourroient faire.
Pauvre le plus souvent , mais riche quelquefois ,
Je commande à des gens qui n'ont rien de solide,
Qui malgré le bon sens , me prennent pour leur
guide ,
i..
Et ne respectent que mes loix ;
Pourtant loin de paroître à leurs yeux toute nuë ,
Je me cache en toute saison ,
Et ne me présente à leur vûë ,
Qu'après qu'on m'a souvent immolé la raison.
Contente alors du Sacrifice ,
A leurs desirs je suis propice ;
Mais à toi , lecteur curieux ,
Je viens m'offrir sans artifice ,
Je parois même ici librement à tes yeux.
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