Résultats : 9776 texte(s)
Accéder à la liste des types de textes ou des types de paratextes.
Détail
Liste
2751
p. 53
ETRENNES à Madame la Comtesse de ***
Début :
Trouver un cœur bienfait n'est pas chose facile ; [...]
Mots clefs :
Étrennes, Comtesse, Coeur, Reconnaissance, Hommage, Sincérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETRENNES à Madame la Comtesse de ***
ETRENNES à Madame la
Comtesse de ***
Rouver un coeur bienfait n'est pas chose fa .
cile ;
On court pour le chercher au bout de l'Univers
Et de ses voyages divers
On n'emporte souvent qu'une peine inutile.
Puisse le mien être digne de vous ;
Vous l'avez rencontré sans prendre tant de peine
De l'honneur de vous plaire uniquement jaloux ,
Au votre il s'est lié d'une secrete chaîne ,
Et c'eft dans mes malheurs un remede bien doux
Ma parfaite reconnoissance
S'exprime mieux par un humble silence
Que par les longs détours d'un éloge apprêté ;
L'esprit n'a point de part à mon sincere hommage
Il est du coeur le pur langage ;
Le langage du coeur est toujours écouté.
Comtesse de ***
Rouver un coeur bienfait n'est pas chose fa .
cile ;
On court pour le chercher au bout de l'Univers
Et de ses voyages divers
On n'emporte souvent qu'une peine inutile.
Puisse le mien être digne de vous ;
Vous l'avez rencontré sans prendre tant de peine
De l'honneur de vous plaire uniquement jaloux ,
Au votre il s'est lié d'une secrete chaîne ,
Et c'eft dans mes malheurs un remede bien doux
Ma parfaite reconnoissance
S'exprime mieux par un humble silence
Que par les longs détours d'un éloge apprêté ;
L'esprit n'a point de part à mon sincere hommage
Il est du coeur le pur langage ;
Le langage du coeur est toujours écouté.
Fermer
Résumé : ETRENNES à Madame la Comtesse de ***
Le poème est dédié à une comtesse et exprime la difficulté de trouver un cœur bienveillant. L'auteur espère que son propre cœur soit digne de la comtesse, rencontrée sans effort. Leur lien est secret et apaisant. La reconnaissance de l'auteur se manifeste par un silence humble plutôt que par des éloges. Son hommage est sincère et vient du cœur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2752
p. 57
CONTE EPIGRAMMATIQUE.
Début :
Certain Pédant fut choisi par un Fat [...]
Mots clefs :
Pédant, Conte épigrammatique, Fat, Moquerie, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTE EPIGRAMMATIQUE.
CONTE
EPIGRAMMATIQUE.
CErt Ertain Pédant fut choisi par un Fat
Pour vanter ses hauts faits et son vaste génie ,
Sans avoir fait marché , la besogne finie ,
Entr'eux survint un grand débat :
Sur le prix le fat se récrie ,
Payer si cher des Vers ! c'est une mocquerie ,
Pour le particulier il faut être plus doux,
Monsieur , dit le Pédant , vous êtes bon et sage ,
Faites attention , s'il vous plaît , à l'Ouvrage ,
Je ferois moins payer Alexandre que vous ;
J'eusse pour le louer mis en vers son Histoire ;
Mais pour vous j'ai fait du nouveau ,
Et foi d'homme d'honneur en chantant votre
gloire ,
?
J'ai tout tiré de mon cerveau.
EPIGRAMMATIQUE.
CErt Ertain Pédant fut choisi par un Fat
Pour vanter ses hauts faits et son vaste génie ,
Sans avoir fait marché , la besogne finie ,
Entr'eux survint un grand débat :
Sur le prix le fat se récrie ,
Payer si cher des Vers ! c'est une mocquerie ,
Pour le particulier il faut être plus doux,
Monsieur , dit le Pédant , vous êtes bon et sage ,
Faites attention , s'il vous plaît , à l'Ouvrage ,
Je ferois moins payer Alexandre que vous ;
J'eusse pour le louer mis en vers son Histoire ;
Mais pour vous j'ai fait du nouveau ,
Et foi d'homme d'honneur en chantant votre
gloire ,
?
J'ai tout tiré de mon cerveau.
Fermer
Résumé : CONTE EPIGRAMMATIQUE.
Un conte relate un désaccord entre un pédant et un fat. Le fat avait demandé au pédant de vanter ses hauts faits sans contrat. Un débat éclate sur le prix des vers. Le fat trouve le prix élevé, mais le pédant affirme avoir créé un travail original et unique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2753
p. 59-60
VERS Faits par un Partisan du Celibat.
Début :
Veut-on que je prenne une femme ? [...]
Mots clefs :
Célibat, Complaisance, Sincérité, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par un Partisan du Celibat.
VERS
Faits par un Partisan du Celibat,
VEut- on que je prenne une femme ?
J'y veux trouver ensemble et jeunesse et beauté ,
L'esprit bienfait , une belle ame ,
Agrément et simplicité ,
Coeur sensible sans jalousie ,
Complaisance et sincerité ,
Vivacité sans fantaisie ,
Sagesse
小
o MERCURE DE FRANCE
Sagesse sans austerité ;
Enfin , pour la rendre parfaite ,
A toutes les vertus joignez tous les appas ;
Voila celle que je souhaite ;
Trop heureux cependant de ne la trouver pas !
Faits par un Partisan du Celibat,
VEut- on que je prenne une femme ?
J'y veux trouver ensemble et jeunesse et beauté ,
L'esprit bienfait , une belle ame ,
Agrément et simplicité ,
Coeur sensible sans jalousie ,
Complaisance et sincerité ,
Vivacité sans fantaisie ,
Sagesse
小
o MERCURE DE FRANCE
Sagesse sans austerité ;
Enfin , pour la rendre parfaite ,
A toutes les vertus joignez tous les appas ;
Voila celle que je souhaite ;
Trop heureux cependant de ne la trouver pas !
Fermer
2754
p. 76-87
RÉPONSE à l'Esprit en if, de M. l'Abbé L*** inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730.
Début :
Parbleu ! vous faites l'apprentif, [...]
Mots clefs :
Satire, Critique, Inventif, Ironie, Grammaire, Style, Excessif
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à l'Esprit en if, de M. l'Abbé L*** inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730.
REPONSE à l'Epitre en If , de
M. l'Abbé L *** inserée dans le Mercure
du mois d'Août 1730 .
Parbleu Arbleu ! vous faites l'apprentif ,
Et vous montrez le plus chetif,
Malgré l'amusant narratif,
Et le parfait compositif ,
De votre versificatif !
Quoi ! sans aucun émulatif,
Et quittant tout ostentatif ,
Yous êtes annonciatif¸
Que votre renonciatif ,
Est causé par le défestif ,
Du litteraire plumitif ,
Qui n'ayant plus de munitif ,λ
De ces mots qui riment en If ,
Vous rend assez peu restrictif a
Et vous vous tenez inactif ,
Dans ce honteux limitatif?
Mais dans votre imaginatif ,
Ou si l'on veut intellectif ,
Vous n'avez donc pas d'argent vif
Le Dieu Phoebus inspiratif ,
Est donc sourd à tout rogatif
Et d'Hélicon le libatif ,
N'est
JANVIER.
77 1731.
N'est pas pour vous excitatif?
Sans quoi votre cerveau fictif,
Cedant à son operatif,
Auroit été plus inventif;
Et de bien des mots créatif
Dans ce même terminatif,
Dont par aisé cumulatif ,
Vous auriez fait un productif,
A notre gré prolongatif ,
Et de tout Lecteur adoptif.
Des Noms et Pronoms l'ablatif
Auffi bien que le genitif ,
Et des Verbes le gerondif ,
Sans oublier le fubjonctif ,
Et même tout nom possessif ,
Auroient par incorporatif ,
Beaucoup augmenté l'électif,,
De votre borné collectif.
En nous décrivant l'ornatif
Et l'arrangé décoratif ,
De ce repas saturatif,
Qui se trouvant appetitif ,
Vous rendit par trop repletif ,
Ce gros Prieur figuratif,
De son corps peu maceratif ,
"
Ains pour le repas propensif,
L'auroit rendu prorogatif ,
En faisant faire innovatif,
D'assiete , avec exhibitif,
D
D'um
48 MERCURE DE FNANCE
D'un plat garni d'un rôt de bif,
Délicieux et tentatif ,
Malgré le surérogatif ,
Dont son couteau très-incisif
Ayant fait un prompt dissectif,
Vous auriez eu le traditif
Avec pressant invitatif ,
Poussé jusques à l'injonctif ,
D'un morceau très - manducatif ,
Et d'appétit imitatif,
Le vin non falsificatif ,
Dans un sceau de glace immersif ,
Et dans votre verre effusif,
Frais et non réverberatif,
Eut été plus incitatif,
De boire par iteratif , 愿
Et vous cût rendu locutif,
Par forme de gratulatif.
Sur sa fraîcheur exclamatif.
Puis du dessert expectatif ,
Il falloit être informatif,
De quel Vignoble émanatif ,
Ce vin étoit transpositif ;
A combien par supputatif ,
Se montoit le rétributif ,
Du Prieural habitatif ,
S'il avoit un attributif ,
De quelque revenu censif ;
Que coutoit le réparatik ; -
Et
JANVIER.
79 1731.
1
Et de combien par exactif ,
Aux Décimes contributif ,
Il en souffroit le vexatif ,
Sous quel bon Saint invocatif ,
De son Clocher dominatif,
Il se trouvoit occupatif,
Et depuis quel tems obtentif;
Si dans l'Eglise un positif, *
Au maître Autel oppositif ,
Avoit un Jeu bien diversif,
Et de tous sons imitatif;
Si lors de son visitatif ,
Son jeune cheval impassif ,
Faisoit frequent évolutif ,
S'il avoit pas bien progressif.
Et de ce discours mutatif,
Vous l'auriez comme indignatif,
Vû faire le renovatif,
De fait au long explicatif ,
( Avec plus d'un imprécatif,
En terme non mitigatif , )
De certain procès dévictif ,
Qu'un Chicaneur supplicatif,
En Cour de Rome impétratif,
D'un Bref dont l'intitulatif,
Est celui de dévolutif,
Lui fit jadis comme intrusif,
* Petite Orgue posée au bas de la grande.
Par
80 MERCURE DE FRANCE
Par exploit interpellatif,
En haîne du révocatif ,
D'un sien accord permutatif ,
Et contre les Loix extorsif ;
Sur quoi par trop inattentif
Le Chicaneur machinatif ,
Surprit Jugement forclusif;
Mais que par un évocatif,
Suivi d'un examinatif ,
Et d'un très - exact révisif ,
De son droit verificatif ,
Il avoit le procuratif,
D'un bon Arrêt manutentif,
Et de frais adjudicatif,
Dont il étoit exultatif,
Et son Plaideur tribulatif;
Que pourtant fort inclinatif ,
A prévenir tout discussif ,
Et d'âge non retrogressif,
Il formoit le méditatif”,
De faire son résignatif ,
Avec un sur moderatif,
Irritament stipulatif,
Et dans l'Acte même insertif,,
D'une pension rétentif ,
Revétu d'homologatif ,
Non sujet à rétractatif.
- Là , cessant le contemplatif ,
Et de son discours irruptif,.
Votre
JANVIER.
< 1731 .
Votre perçant lamentatif ,
L'auroit rendu stupefactif,
Et vraiment mortificatif ,
De ses fàcheux révolutif,
Vous voyant plaindre d'excessif ,
Et trop incommode oppressif,
D'un violent suffocatif
D'estomac extenuatif;
Qu'en Medecin transformatif,
Et toujours irrésolutif ,
Dans son avis vacillatif ,
Il eût traité d'opilatif,
Et même de vaporatif ,
Venant de ventre inflammatif.
Votre pouls moins élevatif ,
Votre coeur peu palpitatif ,
Eût fait son préoccupatif ;
Sans songer au fomentatif ,
Il eût proposé l'inflictif ,
D'un sanglant scarificatif ;
Et malgré votre déjectif ,
Selon vous , évacuatif ,
Vous auriez par intercessif,
Crainte d'aucun imputatif,
Avalé l'amer infusif ,
D'un gros de Séné transfusif ,
Violent et répercussif,
Avec Sel évaporatif,
Mineral
82 MERCURE DE FRANCE
Mineral et vegetatif,
Qu'il eût dit spécificatif,
Pour operer le digestif,
Par son effet dissolutif,
Et parfaitement abstersif.
Après ce premier purgatif,
Votre sang peu circulatif ,
Et devenu fermentatif ,
Auroit souffert l'introductif
Du remede carminatif ,
Et même du palliatif ;
Quoique du mal peu suppreffif,
Et presque toujours abusif ,
Pour n'être assez liberatif.
Enfin rendant le relatif ,
( A l'aide d'un suppositif ,
Un peu forcé , mais extensif. )
Pour le Lecteur désolatif,
Vous vous seriez , par disjonctif ,
De la terre en mer translatif ,
Embarqué près du Château- d'If , *
Dans un Vaisseau navigatif,
Dont un gros tems tempestatif ,
Ayant fait un rude implusif,
Sur un Rocher laceratif,
Vous auriez , peur du sumèrsif,
Sauté promptement dans l'esquif,
Au gré des eaux dérivatif,
Isle près de Marseille,
酥
JANVIER.
83 1731. Et de
tout secous privatif ,
Ne portant jamais Papefif , *
Et n'ayant besoin d'accoursif ;
Ou seul , et très - anxiatif ,
De mort prochaine appréhensif,
Au bon saint Nicolas votif ,
Et de tous Saints imploratif ,
Mécreant , après maint estrif,
Fer à la main décolatif,
Et très-souvent mutilatif,
Ayant Pair exterminatif ,
Et le geste verberatif,
Vous auroient pris comme furtif
Et comme espion putatif
De son fait dissimulatif,
Mis avec cordon coactif
Vos mains enserré conjonctif ,
Presque jusqu'au dislocatif ;
Et par l'effet consecutif,
Aussi l'on veut subsecutif,
D'un secret déliberatif ,
De votre sort définitif ,
Vous auroient sans exhortatif ,
Et differant votre occisif ,
Traîné dans leur Ville Eleatif.
Là vous auriez vû le Cherif ,
* Partie superieure de la grand Voile.
Passage de la Proie à la Poupe.
* Elcatif, Ville d'Arabie.
Qu'on
84 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on dit se nommer Ilgerif ,
Plus fier qu'en France aucun Baillif
L'oeil fixe et jamais conversif
Avec un air rebarbatif
Et le verbe haut et jussif ,
Sans le moindre salutatif,
Vous faire l'abord primitif,
( Ainsi qu'on traite un fugitif, )
Don cruel et numératif,
Sans aucun modificatif ,•
De cent coups d'un bâton massif
Qui des pieds est le destructif ,
Ensuite un interrogatif
Très- sec & très-instigatif,
Par quel veritable motif
Chez lui vous étiez adventif,
De quel Pays étiez natif,
De quel Peuple fréquentatif,
De quel pere generatif,
Et de quel nom appellatif,
Avec certain observatif,
Que fussiez surtout attentif
Dans tout votre déclaratif ,
A n'être du vrai corruptif ,
Mais bien très fidele instructif :
Qu'autrement très reprehensif,
Il feroit faire un erectif,
De votre col très - suspensif ,
Après quoi du corps divisif
Chaque
JANVIER.
85 1731.
Chaque membre séparatif
Occuperoit son locatif
Au bout d'un piquet plantatif .
Si mieux vous n'aimiez l'éversif
D'un plomb fondu plus que frictif ,
Ou qu'un grand brasier très- arsif,
De tout votre corps abstractif,
Fût de vos os calcinatif.
A ce barbare conclusif,
De l'un et l'autre alternatif,
Votre fang coagulatif
Vous eut causé le convulsif ;
Et n'étant rien moins qu'obstructif ,
Un subit et promt soustractif ,
Pour chaque nez très-offensif,
Tout autant qu'un suppuratif ,
Auroit par multiplicatif,
Gâté le purificatif
De votre linge deffensif.
Puis sur la fin constitutif,
Après un simple affirmatif,
De verité confirmatif ,
Vous auriez fait un responsif
Pour votre salut solutif ,
Et votre représentatif
N'ayant rien que de probatif,
Et pas aucun fait négatif ,
Nous aurions vû notre Cherif,
Devenu plus adulatif,
E Yous
8 % MERCURE DE FRANCE.
Vous faire communicatif ,
Ou plutôt gratificatif ,
Par forme de restauratif ,
D'un Sorbet bon et potatif,
Et nullement alteratif .
Dieu vous donne bon reversif ,
Et vous garde du suggestif ,
De tout heritier présomptif ,
Qui , sous un faux démonstratif.
N'aimant que votre successif ,
Et craignant le subrogatif ,
De tout Acte substitutif,
Voudroit avoir l'institutif,
Sans aucun mot dérogatif ,
D'un testament nuncupatif
Pour l'universel lucratif
De maint contract pignoratif.
Or sus , pour peu que processif
Soyez , ou bien vindicatif,
Vous me rendrez le respectif ,
Lequel ( sauf le restitutif )
J'attends en froid speculatif.
Auteur de ces Rimes en If ,
Soyez un peu mémoratif,
Que par avis iteratif,
On affranchit tout productif,
Au Mercure destinatif,
Sans
JANVIER. 1731
Sans quoi le plus bel inventif,
Sera mis au rebutatif.
Soyez aussi plus attentif ,
A ne broncher sur l'élisif ;
Cela rend le Vers bien chetif ,
Mais nous avons fait corrrectif.
M. l'Abbé L *** inserée dans le Mercure
du mois d'Août 1730 .
Parbleu Arbleu ! vous faites l'apprentif ,
Et vous montrez le plus chetif,
Malgré l'amusant narratif,
Et le parfait compositif ,
De votre versificatif !
Quoi ! sans aucun émulatif,
Et quittant tout ostentatif ,
Yous êtes annonciatif¸
Que votre renonciatif ,
Est causé par le défestif ,
Du litteraire plumitif ,
Qui n'ayant plus de munitif ,λ
De ces mots qui riment en If ,
Vous rend assez peu restrictif a
Et vous vous tenez inactif ,
Dans ce honteux limitatif?
Mais dans votre imaginatif ,
Ou si l'on veut intellectif ,
Vous n'avez donc pas d'argent vif
Le Dieu Phoebus inspiratif ,
Est donc sourd à tout rogatif
Et d'Hélicon le libatif ,
N'est
JANVIER.
77 1731.
N'est pas pour vous excitatif?
Sans quoi votre cerveau fictif,
Cedant à son operatif,
Auroit été plus inventif;
Et de bien des mots créatif
Dans ce même terminatif,
Dont par aisé cumulatif ,
Vous auriez fait un productif,
A notre gré prolongatif ,
Et de tout Lecteur adoptif.
Des Noms et Pronoms l'ablatif
Auffi bien que le genitif ,
Et des Verbes le gerondif ,
Sans oublier le fubjonctif ,
Et même tout nom possessif ,
Auroient par incorporatif ,
Beaucoup augmenté l'électif,,
De votre borné collectif.
En nous décrivant l'ornatif
Et l'arrangé décoratif ,
De ce repas saturatif,
Qui se trouvant appetitif ,
Vous rendit par trop repletif ,
Ce gros Prieur figuratif,
De son corps peu maceratif ,
"
Ains pour le repas propensif,
L'auroit rendu prorogatif ,
En faisant faire innovatif,
D'assiete , avec exhibitif,
D
D'um
48 MERCURE DE FNANCE
D'un plat garni d'un rôt de bif,
Délicieux et tentatif ,
Malgré le surérogatif ,
Dont son couteau très-incisif
Ayant fait un prompt dissectif,
Vous auriez eu le traditif
Avec pressant invitatif ,
Poussé jusques à l'injonctif ,
D'un morceau très - manducatif ,
Et d'appétit imitatif,
Le vin non falsificatif ,
Dans un sceau de glace immersif ,
Et dans votre verre effusif,
Frais et non réverberatif,
Eut été plus incitatif,
De boire par iteratif , 愿
Et vous cût rendu locutif,
Par forme de gratulatif.
Sur sa fraîcheur exclamatif.
Puis du dessert expectatif ,
Il falloit être informatif,
De quel Vignoble émanatif ,
Ce vin étoit transpositif ;
A combien par supputatif ,
Se montoit le rétributif ,
Du Prieural habitatif ,
S'il avoit un attributif ,
De quelque revenu censif ;
Que coutoit le réparatik ; -
Et
JANVIER.
79 1731.
1
Et de combien par exactif ,
Aux Décimes contributif ,
Il en souffroit le vexatif ,
Sous quel bon Saint invocatif ,
De son Clocher dominatif,
Il se trouvoit occupatif,
Et depuis quel tems obtentif;
Si dans l'Eglise un positif, *
Au maître Autel oppositif ,
Avoit un Jeu bien diversif,
Et de tous sons imitatif;
Si lors de son visitatif ,
Son jeune cheval impassif ,
Faisoit frequent évolutif ,
S'il avoit pas bien progressif.
Et de ce discours mutatif,
Vous l'auriez comme indignatif,
Vû faire le renovatif,
De fait au long explicatif ,
( Avec plus d'un imprécatif,
En terme non mitigatif , )
De certain procès dévictif ,
Qu'un Chicaneur supplicatif,
En Cour de Rome impétratif,
D'un Bref dont l'intitulatif,
Est celui de dévolutif,
Lui fit jadis comme intrusif,
* Petite Orgue posée au bas de la grande.
Par
80 MERCURE DE FRANCE
Par exploit interpellatif,
En haîne du révocatif ,
D'un sien accord permutatif ,
Et contre les Loix extorsif ;
Sur quoi par trop inattentif
Le Chicaneur machinatif ,
Surprit Jugement forclusif;
Mais que par un évocatif,
Suivi d'un examinatif ,
Et d'un très - exact révisif ,
De son droit verificatif ,
Il avoit le procuratif,
D'un bon Arrêt manutentif,
Et de frais adjudicatif,
Dont il étoit exultatif,
Et son Plaideur tribulatif;
Que pourtant fort inclinatif ,
A prévenir tout discussif ,
Et d'âge non retrogressif,
Il formoit le méditatif”,
De faire son résignatif ,
Avec un sur moderatif,
Irritament stipulatif,
Et dans l'Acte même insertif,,
D'une pension rétentif ,
Revétu d'homologatif ,
Non sujet à rétractatif.
- Là , cessant le contemplatif ,
Et de son discours irruptif,.
Votre
JANVIER.
< 1731 .
Votre perçant lamentatif ,
L'auroit rendu stupefactif,
Et vraiment mortificatif ,
De ses fàcheux révolutif,
Vous voyant plaindre d'excessif ,
Et trop incommode oppressif,
D'un violent suffocatif
D'estomac extenuatif;
Qu'en Medecin transformatif,
Et toujours irrésolutif ,
Dans son avis vacillatif ,
Il eût traité d'opilatif,
Et même de vaporatif ,
Venant de ventre inflammatif.
Votre pouls moins élevatif ,
Votre coeur peu palpitatif ,
Eût fait son préoccupatif ;
Sans songer au fomentatif ,
Il eût proposé l'inflictif ,
D'un sanglant scarificatif ;
Et malgré votre déjectif ,
Selon vous , évacuatif ,
Vous auriez par intercessif,
Crainte d'aucun imputatif,
Avalé l'amer infusif ,
D'un gros de Séné transfusif ,
Violent et répercussif,
Avec Sel évaporatif,
Mineral
82 MERCURE DE FRANCE
Mineral et vegetatif,
Qu'il eût dit spécificatif,
Pour operer le digestif,
Par son effet dissolutif,
Et parfaitement abstersif.
Après ce premier purgatif,
Votre sang peu circulatif ,
Et devenu fermentatif ,
Auroit souffert l'introductif
Du remede carminatif ,
Et même du palliatif ;
Quoique du mal peu suppreffif,
Et presque toujours abusif ,
Pour n'être assez liberatif.
Enfin rendant le relatif ,
( A l'aide d'un suppositif ,
Un peu forcé , mais extensif. )
Pour le Lecteur désolatif,
Vous vous seriez , par disjonctif ,
De la terre en mer translatif ,
Embarqué près du Château- d'If , *
Dans un Vaisseau navigatif,
Dont un gros tems tempestatif ,
Ayant fait un rude implusif,
Sur un Rocher laceratif,
Vous auriez , peur du sumèrsif,
Sauté promptement dans l'esquif,
Au gré des eaux dérivatif,
Isle près de Marseille,
酥
JANVIER.
83 1731. Et de
tout secous privatif ,
Ne portant jamais Papefif , *
Et n'ayant besoin d'accoursif ;
Ou seul , et très - anxiatif ,
De mort prochaine appréhensif,
Au bon saint Nicolas votif ,
Et de tous Saints imploratif ,
Mécreant , après maint estrif,
Fer à la main décolatif,
Et très-souvent mutilatif,
Ayant Pair exterminatif ,
Et le geste verberatif,
Vous auroient pris comme furtif
Et comme espion putatif
De son fait dissimulatif,
Mis avec cordon coactif
Vos mains enserré conjonctif ,
Presque jusqu'au dislocatif ;
Et par l'effet consecutif,
Aussi l'on veut subsecutif,
D'un secret déliberatif ,
De votre sort définitif ,
Vous auroient sans exhortatif ,
Et differant votre occisif ,
Traîné dans leur Ville Eleatif.
Là vous auriez vû le Cherif ,
* Partie superieure de la grand Voile.
Passage de la Proie à la Poupe.
* Elcatif, Ville d'Arabie.
Qu'on
84 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on dit se nommer Ilgerif ,
Plus fier qu'en France aucun Baillif
L'oeil fixe et jamais conversif
Avec un air rebarbatif
Et le verbe haut et jussif ,
Sans le moindre salutatif,
Vous faire l'abord primitif,
( Ainsi qu'on traite un fugitif, )
Don cruel et numératif,
Sans aucun modificatif ,•
De cent coups d'un bâton massif
Qui des pieds est le destructif ,
Ensuite un interrogatif
Très- sec & très-instigatif,
Par quel veritable motif
Chez lui vous étiez adventif,
De quel Pays étiez natif,
De quel Peuple fréquentatif,
De quel pere generatif,
Et de quel nom appellatif,
Avec certain observatif,
Que fussiez surtout attentif
Dans tout votre déclaratif ,
A n'être du vrai corruptif ,
Mais bien très fidele instructif :
Qu'autrement très reprehensif,
Il feroit faire un erectif,
De votre col très - suspensif ,
Après quoi du corps divisif
Chaque
JANVIER.
85 1731.
Chaque membre séparatif
Occuperoit son locatif
Au bout d'un piquet plantatif .
Si mieux vous n'aimiez l'éversif
D'un plomb fondu plus que frictif ,
Ou qu'un grand brasier très- arsif,
De tout votre corps abstractif,
Fût de vos os calcinatif.
A ce barbare conclusif,
De l'un et l'autre alternatif,
Votre fang coagulatif
Vous eut causé le convulsif ;
Et n'étant rien moins qu'obstructif ,
Un subit et promt soustractif ,
Pour chaque nez très-offensif,
Tout autant qu'un suppuratif ,
Auroit par multiplicatif,
Gâté le purificatif
De votre linge deffensif.
Puis sur la fin constitutif,
Après un simple affirmatif,
De verité confirmatif ,
Vous auriez fait un responsif
Pour votre salut solutif ,
Et votre représentatif
N'ayant rien que de probatif,
Et pas aucun fait négatif ,
Nous aurions vû notre Cherif,
Devenu plus adulatif,
E Yous
8 % MERCURE DE FRANCE.
Vous faire communicatif ,
Ou plutôt gratificatif ,
Par forme de restauratif ,
D'un Sorbet bon et potatif,
Et nullement alteratif .
Dieu vous donne bon reversif ,
Et vous garde du suggestif ,
De tout heritier présomptif ,
Qui , sous un faux démonstratif.
N'aimant que votre successif ,
Et craignant le subrogatif ,
De tout Acte substitutif,
Voudroit avoir l'institutif,
Sans aucun mot dérogatif ,
D'un testament nuncupatif
Pour l'universel lucratif
De maint contract pignoratif.
Or sus , pour peu que processif
Soyez , ou bien vindicatif,
Vous me rendrez le respectif ,
Lequel ( sauf le restitutif )
J'attends en froid speculatif.
Auteur de ces Rimes en If ,
Soyez un peu mémoratif,
Que par avis iteratif,
On affranchit tout productif,
Au Mercure destinatif,
Sans
JANVIER. 1731
Sans quoi le plus bel inventif,
Sera mis au rebutatif.
Soyez aussi plus attentif ,
A ne broncher sur l'élisif ;
Cela rend le Vers bien chetif ,
Mais nous avons fait corrrectif.
Fermer
Résumé : RÉPONSE à l'Esprit en if, de M. l'Abbé L*** inserée dans le Mercure du mois d'Août 1730.
Le texte est une réponse à une épître de l'abbé L*** publiée dans le Mercure d'août 1730. L'auteur critique l'épître pour son manque d'originalité et d'inspiration, soulignant ce point en utilisant des termes rimant en 'if'. Il reproche à l'abbé de ne pas avoir exploité pleinement les ressources linguistiques disponibles, telles que les noms, pronoms, verbes et autres formes grammaticales. L'auteur imagine ensuite diverses situations où l'abbé aurait pu enrichir son texte en décrivant des détails spécifiques, comme un repas, un procès ou une maladie. Il critique également l'abbé pour son manque d'imagination et de créativité, le comparant à un médecin incapable de diagnostiquer correctement. L'auteur raconte ensuite une histoire fictive où l'abbé, après avoir été capturé et torturé, finit par obtenir une récompense sous forme de sorbet. Il conclut en conseillant à l'abbé d'être plus attentif et productif dans ses écrits pour éviter que ses efforts ne soient rejetés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2755
p. 94
EXPLICATION de l'Enigme du I vol. du Mercure du mois de Decembre, & des deux premiers Logogryphes.
Début :
Un doux maintien, une agréable humeur, [...]
Mots clefs :
Dents, Coucou, Cul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION de l'Enigme du I vol. du Mercure du mois de Decembre, & des deux premiers Logogryphes.
XPLICATION de l'Enigme du
I vol. du Mercure du mois de Decem-
bre ,
&
des
deux
premiers
Logogryphes
.
UN
doux
maintien
,
une
agréable
humeur
„
Souris
flateur
,
simple parure
,
Un
beau
Chef
-
d'œuvre
de nature ,
Beaucoup
d'esprit
,
d'enjoüment
,
de douceur
.
Un teint vermeil , un brillant coloris ,
"
.
Des
Dents
plus blanches
que
l'ivoire
,
Gorge
d'albâtre
,
et
point
de
gloire
C'est
le
portrait
de
l'aimable
Phylis
.
Je
crois
En
vain m'appelle
-
t
-
on Hibou
,
que
c'est
un
avantage
,
De
porter
le
nom
de Sauvage
,
Plutot
que
celui
de Cousou
.
Le Cul
assis
près
de
mon
feu
Je
laisse
passer
la
gelée
,
Je
dors
la
grasse
matinée
;
Je dîne bien
,
et
soupe peu
..
F. M. Nic H
I vol. du Mercure du mois de Decem-
bre ,
&
des
deux
premiers
Logogryphes
.
UN
doux
maintien
,
une
agréable
humeur
„
Souris
flateur
,
simple parure
,
Un
beau
Chef
-
d'œuvre
de nature ,
Beaucoup
d'esprit
,
d'enjoüment
,
de douceur
.
Un teint vermeil , un brillant coloris ,
"
.
Des
Dents
plus blanches
que
l'ivoire
,
Gorge
d'albâtre
,
et
point
de
gloire
C'est
le
portrait
de
l'aimable
Phylis
.
Je
crois
En
vain m'appelle
-
t
-
on Hibou
,
que
c'est
un
avantage
,
De
porter
le
nom
de Sauvage
,
Plutot
que
celui
de Cousou
.
Le Cul
assis
près
de
mon
feu
Je
laisse
passer
la
gelée
,
Je
dors
la
grasse
matinée
;
Je dîne bien
,
et
soupe peu
..
F. M. Nic H
Fermer
Résumé : EXPLICATION de l'Enigme du I vol. du Mercure du mois de Decembre, & des deux premiers Logogryphes.
Le texte explique une énigme et des logogryphes du Mercure de décembre. Il idéalise Phyllis, la décrivant comme douce, enjouée et belle, avec un teint vermeil et des dents blanches. L'auteur se compare à un hibou et préfère être appelé 'Sauvage'. Il décrit ses habitudes : rester près du feu, dormir tard, bien dîner et peu souper. Le texte se termine par les initiales 'F. M. Nic H'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2756
p. 95
ENIGME.
Début :
Je vas vîte, et je vas toujours, [...]
Mots clefs :
Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E vas vite , et je vas toujours ,
Je ne trouve rien qui m'arrête :
Le vent , la pluye , la tempête ,
S'opposeroient en vain à mon rapide
cours.
Je donne et ravis les richesses ,
Je renverse les Forteresses.
Et mets l'intelligence entre les ennemis ,
Que l'on désesperoit de voir jamais unis.
Contre ses crean ciers , tel mon secours implore ,
Qui se verroit persécuté ,
Si par
bonheur pour lui je n'avois acquité ,
Ce qu'au fond il leur doit encore,
E vas vite , et je vas toujours ,
Je ne trouve rien qui m'arrête :
Le vent , la pluye , la tempête ,
S'opposeroient en vain à mon rapide
cours.
Je donne et ravis les richesses ,
Je renverse les Forteresses.
Et mets l'intelligence entre les ennemis ,
Que l'on désesperoit de voir jamais unis.
Contre ses crean ciers , tel mon secours implore ,
Qui se verroit persécuté ,
Si par
bonheur pour lui je n'avois acquité ,
Ce qu'au fond il leur doit encore,
Fermer
2757
p. 96
LOGOGRYPHE.
Début :
Je fais la nourriture, [...]
Mots clefs :
Chardon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fais la nourriture ,
Des plus vils animaux.
Un pied de moins , je change de nature ;
Sur la table des Grands , je vais après le rost ,な
Me ranger par figure ;
Partagez ma structure ,
Sur moi jadis , plus d'un Héros
Dans Rome , à ce qu'en dit l'Histoire ,
'Après mille dangers , après mille travaux
Promena son renom , ses exploits et sa gloire.
A qui compte chez soy maint et maint Ducaton,
Je sçais faire rouler Carosse et Phaeton
Deux pieds de plus en font l'affaire ;
Otez-en deux , hélas ! Riches , Grands de la
terre ,
Un jour sera que dans votre saison
Moissonnez par la Parque
Vous quitterez le Phaëton ,
Pour prendre place dans ma Barque.
D.. D..
E fais la nourriture ,
Des plus vils animaux.
Un pied de moins , je change de nature ;
Sur la table des Grands , je vais après le rost ,な
Me ranger par figure ;
Partagez ma structure ,
Sur moi jadis , plus d'un Héros
Dans Rome , à ce qu'en dit l'Histoire ,
'Après mille dangers , après mille travaux
Promena son renom , ses exploits et sa gloire.
A qui compte chez soy maint et maint Ducaton,
Je sçais faire rouler Carosse et Phaeton
Deux pieds de plus en font l'affaire ;
Otez-en deux , hélas ! Riches , Grands de la
terre ,
Un jour sera que dans votre saison
Moissonnez par la Parque
Vous quitterez le Phaëton ,
Pour prendre place dans ma Barque.
D.. D..
Fermer
2758
p. 97
DEUXIÈME LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un breuvage connu, [...]
Mots clefs :
Cidre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEUXIÈME LOGOGRYPHE.
DEUXIE ME LOGOGRYPHE.
J E suis un breuvage conmu
Mais , qui n'est point par tout egalement couru ;
Une Lettre de moins , je change de substance ,
Et suis divers en forme , aussi bien qu'en cou
1
leur ,
Mais
, si d'un
Element
j'éprouve
la rigueur
C'en est fait de ma consistance :
Si dans cet état actuel ,
Vous abbatez mon chef , je suis péché mortel ;
Qu'autre tête me soit donnée ,
Mon propre est d'expliquer , quand on veut la
pensée.
Arrangez-moi d'un autre sens ,
Je suis la marque des vieux ans.
Choisissez sur mon tout deux membres à ras
battre ,
Je serai piéce de Théatre.
A la Fere , le 16 Aoust 1730,-
D ...
J E suis un breuvage conmu
Mais , qui n'est point par tout egalement couru ;
Une Lettre de moins , je change de substance ,
Et suis divers en forme , aussi bien qu'en cou
1
leur ,
Mais
, si d'un
Element
j'éprouve
la rigueur
C'en est fait de ma consistance :
Si dans cet état actuel ,
Vous abbatez mon chef , je suis péché mortel ;
Qu'autre tête me soit donnée ,
Mon propre est d'expliquer , quand on veut la
pensée.
Arrangez-moi d'un autre sens ,
Je suis la marque des vieux ans.
Choisissez sur mon tout deux membres à ras
battre ,
Je serai piéce de Théatre.
A la Fere , le 16 Aoust 1730,-
D ...
Fermer
2759
p. 141
CHANSON,
Début :
Dans nos paisibles retraites, [...]
Mots clefs :
Chanson, Paisible , Tendresse, Jeunesse, Musettes, Chansonnettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON,
CHANSON,
DAns nos paisibles retraites ,
Occupés du soin de charmer ,
Nous goûtons des douceurs parfaites ,
Et sçavons nous faire aimer.
Aux doux sons de nos Musettes
La plus fiere s'attendrit ,
Et nos vives chansonnetes
De nos desirs nous obtiennent le fruit.
Sans soupirer et sans nous plaindre ,
Sans avoir de jaloux à craindre ,
Nous profitons des beaux jours...
La tendresse
Est pour la jeunesse ;
Livrons-nous sans cesse.
Aux Ris , aux Amours..
La tendresse & c.
DAns nos paisibles retraites ,
Occupés du soin de charmer ,
Nous goûtons des douceurs parfaites ,
Et sçavons nous faire aimer.
Aux doux sons de nos Musettes
La plus fiere s'attendrit ,
Et nos vives chansonnetes
De nos desirs nous obtiennent le fruit.
Sans soupirer et sans nous plaindre ,
Sans avoir de jaloux à craindre ,
Nous profitons des beaux jours...
La tendresse
Est pour la jeunesse ;
Livrons-nous sans cesse.
Aux Ris , aux Amours..
La tendresse & c.
Fermer
2760
p. [203]-209
ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens à M. M. D. M. sous le nom de Damon, par un de ses Parens, Prieur en Picardie.
Début :
Canards rodoient dans nos fossés, [...]
Mots clefs :
Canards, Pâté, Maladie, Musique, Picardie, Tranquillité, Cuisinier, Humour, Convalescent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens à M. M. D. M. sous le nom de Damon, par un de ses Parens, Prieur en Picardie.
ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens
à M. M. D. M. sous le nom de
Damon , par un de ses Parens , Prieur
en Picardie.
C
Anards rodoient dans nos fossés ,
Troupe importune et barboteuse ;
De leur voix aigre et raboteuse ;
Nos mâtins la nuit agacés ,
En maison tranquile et peureuse ,
Mettoient l'allarme ; et le Béfroi
Sonnant tocsin dans les tenebres,
A ij N'ins204
MERCURE DE FRANCE
N'inspira jamais plus d'éfroi ,
Par ses sons bruyans et funebres.
De la gent au gozier glouton ,
A grand kan kan,, dans notre mare
Il fallut supprimer le ton.
Fut dit , fut fait ; on se prépare ;
Notre gros Cuisinier plus rond
Que son billot , en criant gare ,
Haussant le bras , ridant le front ,
A pauvre peuple tintamare
Coupa le col : oh ! le barbare ,
S'écriera Belle , qu'à M ... our
Troupe kankane et caressée ,
Va visiter cent fois le jour
Pour avoir d'elle la becquée.
Mais dût-elle en triste chanson ;
En bémol , ou bien en bécare ,
Se plaindre de l'acte félon
A sa plainte on dira tarare.
De nos Canards bien trépassés ,
Et que Degan en grosse croute
A bien et duëment enchassés
De
peur
›
de malencontre en route ,
Damon voilà le guet - à- pand ,
Qui n'est cas prévôtal , je pense :
Oncque Canard ni Hallebran
Ne fit pendre son homme en France.
Fameux faiseur de pâtés.
Dans 4
FEVRIER.
1731. 205
Dans nos fossés leur Archipel ,
Pápas Sultans , mamans Sultanes ,
Chaque hyver , au premier d'égel ,
Recommençoient leurs caravanes ,
Pour aller honorer Degan ;
Et c'étoit lors nouveau kan kan
Qu'à chaque instant pendant l'Office
On leur entendoit frédonner :
Pour gens dévots c'est un supplice
D'entendre sans cesse entonner
Musique à désoler un Suisse ,
Qui n'aime point à raisonner.
Pour le cas , non pour autre chose ,
Peuple kan kan , grace à Degan ,
Et grace à la Métamorphose ,
Devient pâté du nouvel an.
Je te le dépêche , beau Sire ,
Et l'aurois dépêché plutôt
Si mal qui des maux n'est le pire ,
Quand il ne mene qu'au seul trot
Pauvre Chrétién , souffre martire
Ne m'eut mené le grand galop.
Lecorps fondu comme la cire ,
Et plus foible qu'un Escargot ,
Je ne sçavois parler , écrire
A nul au monde un petit mot.
Lachesis , que rien n'amadouë
Hâtoit déja son noir fuseau
"
La vieille laide , à grosse mouë ,
>
A iij Ap
206 MERCURE DE FRANCE
•
Apprêtoit le fatal ciseau ,
Quand un matin , Maître Esculape
Un affreux breuvage à la main
Me dit , avale ; je le happe ;
2
Et drogues dès le lendemain ,
D'aller dans mon corps à la sappe
Chercher l'ennemi souterrain ,
Mieux n'auroit fait
pour
Prince ou Pape.
Enfin , cher Damon , me voici ,
A titre encor de bail à vie ,
Habitant de ce monde ci ;
Mais , helas ! que j'aurois envie
D'assister à tout le convoi
De ma deffunte volatille
Dont je te fais d'ici l'envoi !
Que j'aime à me voir en famille ,
Et sur tout quand je suis chez toi ;
Ou Cousin , Oncle , Mere et Fille
Paroissent gens de bon alloi ;
Tante aussi fraîche qu'une Rose ,
Fait les honneurs de la maison ;
La sagesse en son coeur repose ;
C'est le flambeau de sa raison.
Un Abbé , fruit de l'Himenée ,
Et maître de sa destinée ,
Qui joint à l'aimable enjoûment.
La politesse et l'agrément.
D'un frere orné des mêmes charmes ,
Ami
FEVRIER. 1731. 207
Ami d'Apollon et de Mars ,
Qui du même air qu'il court aux armes
Vole à l'étude des beaux arts.
Quand reverrai - je donc l'image ?
Que dans nos doux embrassemens ,
Réchauffant un cher cousinage ,
Nous en rendrons les noeuds constans !
Damon , favori de Minerve ,
y
Qui sçait mettre à prix les bons Vers ,
Si peut-être en suivant ma verve
J'ai pris ma route de travers ;
Si raisonnant Canards et Cannes ,
J'ai raisonné comme un Oison ;
Si sur la riine tu chicanes ,
Et plus encor sur la raison ,
Pardonne à ma Muse badine
L'écart d'un coeur reconnoissant.
Rimeur à pâle et seche mine ,
A peine encor convalescent ,
Ne peut un jour de Medecine
Rimer des Vers qu'en s'efforçant.
Docte Censeur , qui ne fais grace
Qu'à la raison , qu'aux bons Ecrits ,
Epluche ici , gronde , ressasse "
Déchire , brûle , ou bien fais pis.
Oui , malgré l'orgueil Poetique ,
Je sens qu'un Censeur tel que toi
Vaut une prise d'émetique
A iiij A
208 MERCURE DE FRANCE
A Rimeur qui trouve chez soi
Bien moins de rime que de bile ,
Et dont l'enthousiasme vain ,
S'il ne peut faire un homme habile
Fait toujours un sot Ecrivain.
Avec l'honneur du parentage ,
Que n'ai-je ton heureux talent ,
Et ton élegant badinage
Si délicat , si décevant
Que dans le feu Moine sauvage
Plus bouru que tout son Couvent
T'a fait jetter , et dont je gage
Que la cendre est allée au vent ?
Peste du Moine prédicant ,
2
;
Qui pour te rendre un peu trop sage
Te fait mourir dès ton vivant !
Non non , Damon , sur le Parnasse
Tes Vers gravés en lettres d'or ,
Auprès de Catulle et d'Horace
Des neuf Soeurs s'y font lire encor.
Mais des miens ici je t'ennuyè ,
Et Muse me dit , Hallebran ,
Tais- toi , faut-il qu'un docte essuye
En même jour tant de kan kan ;
Peut- être aussi la compagnie
De gens choisis et délicats ,
* Vers qui n'étoient qu'un pur jeu d'esprit
et qui ont été brûlés.
Qui
FEVRIER. 1731. 209
Qui s'en vient en cerémonie
Visiter Oiseaux à pieds plats ,
'A leur aspect
à bon droit peste
Contre rimailleur importun ,
Qui pour un rien , pour moins qu'un zeste
Laisse son appétit à jeun.
Adieu , cher Damon , je t'embrasse ,
Et Tante et Cousin et Maman ;
D'aimable fille que Dieu fasse
De fille femme au bout de l'an.
F, P. Ce 20. Janvier 1731 .
à M. M. D. M. sous le nom de
Damon , par un de ses Parens , Prieur
en Picardie.
C
Anards rodoient dans nos fossés ,
Troupe importune et barboteuse ;
De leur voix aigre et raboteuse ;
Nos mâtins la nuit agacés ,
En maison tranquile et peureuse ,
Mettoient l'allarme ; et le Béfroi
Sonnant tocsin dans les tenebres,
A ij N'ins204
MERCURE DE FRANCE
N'inspira jamais plus d'éfroi ,
Par ses sons bruyans et funebres.
De la gent au gozier glouton ,
A grand kan kan,, dans notre mare
Il fallut supprimer le ton.
Fut dit , fut fait ; on se prépare ;
Notre gros Cuisinier plus rond
Que son billot , en criant gare ,
Haussant le bras , ridant le front ,
A pauvre peuple tintamare
Coupa le col : oh ! le barbare ,
S'écriera Belle , qu'à M ... our
Troupe kankane et caressée ,
Va visiter cent fois le jour
Pour avoir d'elle la becquée.
Mais dût-elle en triste chanson ;
En bémol , ou bien en bécare ,
Se plaindre de l'acte félon
A sa plainte on dira tarare.
De nos Canards bien trépassés ,
Et que Degan en grosse croute
A bien et duëment enchassés
De
peur
›
de malencontre en route ,
Damon voilà le guet - à- pand ,
Qui n'est cas prévôtal , je pense :
Oncque Canard ni Hallebran
Ne fit pendre son homme en France.
Fameux faiseur de pâtés.
Dans 4
FEVRIER.
1731. 205
Dans nos fossés leur Archipel ,
Pápas Sultans , mamans Sultanes ,
Chaque hyver , au premier d'égel ,
Recommençoient leurs caravanes ,
Pour aller honorer Degan ;
Et c'étoit lors nouveau kan kan
Qu'à chaque instant pendant l'Office
On leur entendoit frédonner :
Pour gens dévots c'est un supplice
D'entendre sans cesse entonner
Musique à désoler un Suisse ,
Qui n'aime point à raisonner.
Pour le cas , non pour autre chose ,
Peuple kan kan , grace à Degan ,
Et grace à la Métamorphose ,
Devient pâté du nouvel an.
Je te le dépêche , beau Sire ,
Et l'aurois dépêché plutôt
Si mal qui des maux n'est le pire ,
Quand il ne mene qu'au seul trot
Pauvre Chrétién , souffre martire
Ne m'eut mené le grand galop.
Lecorps fondu comme la cire ,
Et plus foible qu'un Escargot ,
Je ne sçavois parler , écrire
A nul au monde un petit mot.
Lachesis , que rien n'amadouë
Hâtoit déja son noir fuseau
"
La vieille laide , à grosse mouë ,
>
A iij Ap
206 MERCURE DE FRANCE
•
Apprêtoit le fatal ciseau ,
Quand un matin , Maître Esculape
Un affreux breuvage à la main
Me dit , avale ; je le happe ;
2
Et drogues dès le lendemain ,
D'aller dans mon corps à la sappe
Chercher l'ennemi souterrain ,
Mieux n'auroit fait
pour
Prince ou Pape.
Enfin , cher Damon , me voici ,
A titre encor de bail à vie ,
Habitant de ce monde ci ;
Mais , helas ! que j'aurois envie
D'assister à tout le convoi
De ma deffunte volatille
Dont je te fais d'ici l'envoi !
Que j'aime à me voir en famille ,
Et sur tout quand je suis chez toi ;
Ou Cousin , Oncle , Mere et Fille
Paroissent gens de bon alloi ;
Tante aussi fraîche qu'une Rose ,
Fait les honneurs de la maison ;
La sagesse en son coeur repose ;
C'est le flambeau de sa raison.
Un Abbé , fruit de l'Himenée ,
Et maître de sa destinée ,
Qui joint à l'aimable enjoûment.
La politesse et l'agrément.
D'un frere orné des mêmes charmes ,
Ami
FEVRIER. 1731. 207
Ami d'Apollon et de Mars ,
Qui du même air qu'il court aux armes
Vole à l'étude des beaux arts.
Quand reverrai - je donc l'image ?
Que dans nos doux embrassemens ,
Réchauffant un cher cousinage ,
Nous en rendrons les noeuds constans !
Damon , favori de Minerve ,
y
Qui sçait mettre à prix les bons Vers ,
Si peut-être en suivant ma verve
J'ai pris ma route de travers ;
Si raisonnant Canards et Cannes ,
J'ai raisonné comme un Oison ;
Si sur la riine tu chicanes ,
Et plus encor sur la raison ,
Pardonne à ma Muse badine
L'écart d'un coeur reconnoissant.
Rimeur à pâle et seche mine ,
A peine encor convalescent ,
Ne peut un jour de Medecine
Rimer des Vers qu'en s'efforçant.
Docte Censeur , qui ne fais grace
Qu'à la raison , qu'aux bons Ecrits ,
Epluche ici , gronde , ressasse "
Déchire , brûle , ou bien fais pis.
Oui , malgré l'orgueil Poetique ,
Je sens qu'un Censeur tel que toi
Vaut une prise d'émetique
A iiij A
208 MERCURE DE FRANCE
A Rimeur qui trouve chez soi
Bien moins de rime que de bile ,
Et dont l'enthousiasme vain ,
S'il ne peut faire un homme habile
Fait toujours un sot Ecrivain.
Avec l'honneur du parentage ,
Que n'ai-je ton heureux talent ,
Et ton élegant badinage
Si délicat , si décevant
Que dans le feu Moine sauvage
Plus bouru que tout son Couvent
T'a fait jetter , et dont je gage
Que la cendre est allée au vent ?
Peste du Moine prédicant ,
2
;
Qui pour te rendre un peu trop sage
Te fait mourir dès ton vivant !
Non non , Damon , sur le Parnasse
Tes Vers gravés en lettres d'or ,
Auprès de Catulle et d'Horace
Des neuf Soeurs s'y font lire encor.
Mais des miens ici je t'ennuyè ,
Et Muse me dit , Hallebran ,
Tais- toi , faut-il qu'un docte essuye
En même jour tant de kan kan ;
Peut- être aussi la compagnie
De gens choisis et délicats ,
* Vers qui n'étoient qu'un pur jeu d'esprit
et qui ont été brûlés.
Qui
FEVRIER. 1731. 209
Qui s'en vient en cerémonie
Visiter Oiseaux à pieds plats ,
'A leur aspect
à bon droit peste
Contre rimailleur importun ,
Qui pour un rien , pour moins qu'un zeste
Laisse son appétit à jeun.
Adieu , cher Damon , je t'embrasse ,
Et Tante et Cousin et Maman ;
D'aimable fille que Dieu fasse
De fille femme au bout de l'an.
F, P. Ce 20. Janvier 1731 .
Fermer
Résumé : ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens à M. M. D. M. sous le nom de Damon, par un de ses Parens, Prieur en Picardie.
Dans une lettre poétique, un parent de Damon, prieur en Picardie, envoie à ce dernier un pâté de canards d'Amiens. L'auteur décrit initialement les canards comme une nuisance dans les fossés, dont les cris agaçaient les chiens et provoquaient des alarmes nocturnes. Pour remédier à cette situation, il fut décidé de supprimer les canards, ce qui fut exécuté par le cuisinier. Les canards, une fois tués, furent préparés en pâté par Degan. L'auteur évoque ensuite les habitudes des canards qui, chaque hiver, se rendaient en procession pour honorer Degan. Leur chant incessant était comparé à une musique désolante. Grâce à Degan et à la métamorphose des canards en pâté, ce problème fut résolu. L'auteur exprime son regret de ne pas pouvoir assister au convoi des canards défunts et son désir de revoir sa famille, qu'il décrit comme aimable et sage. Il mentionne également un abbé, un frère et un cousin, tous dotés de qualités admirables. La lettre se termine par une réflexion sur la poésie et l'écriture, où l'auteur reconnaît ses limites et exprime son admiration pour le talent de Damon. Il conclut en adressant ses salutations à Damon et à sa famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2761
p. 241-246
ODE. Sur la Canonisation des Saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague.
Début :
Quelle Cour pompeuse et brillante [...]
Mots clefs :
Canonisation, Stanislas Kostka, Louis de Gonzague, Regards, Cour fabuleuse, Lubriques Divinités, Trône, Religion, Couronne, Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. Sur la Canonisation des Saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague.
O D E.
Sur la Canonisation des Saints Stanislas
Kostka et Louis de Gonzague.
Q Uelle Cour pompeuse et brillante
Se dévoile à mes yeux surpris ?
Dans quelle Région charmante
Un Dieu ravit- il mes esprits ?
Que vois-je ? Ce n'est plus la Terre ;
Au-dessus même du Tonnerre
Je porte de libres regards..
Un Temple brille dans la Nuë :
Quel jour ! une main inconnuë
M'ouvre les Cieux de toutes parts.
Ce n'est point la Cour fabuleuse
Des Dieux que l'erreur a vantés ,
Séjour d'une foule orgueilleuse
De lubriques Divinités ;;
Il n'est plus ce culte coupable :
Dans le Sanctuaire adorable
Que soutient la voûte des airs ,
Un seul Maître , un seul Dieu réside
Sa Majesté sainte y préside ,
Et veille au sort de l'Univers,
247 MERCURE DE FRANCE
Inclinés au pied de son Thrône
Les Anges saisis de respect ,
De la splendeur qui l'environne ,
Ne peuvent soutenir l'aspect.
Mais quoi ! vers ce Trône terrible ,
A tout Mortel inaccessible ,
Dans un char plus brillant que
Par une route de lumiere ,
Quittant la terrestre carriere ,
l'or ,
Deux Mortels prennent leur essor !
M
Volez , Vertus , et sur vos aîles
Enlevez leur char radieux ;
Jusqu'aux demeures immortelles
Portez ces jeunes demi- Dieux :
Ils vont , ils entrent dans la Gloire ,
'Au milieu des chants de victoire
De tous les celestes Esprits ;
Frappé de cent voix unanimes ,
L'air retentit des noms sublimes
De Stanislas et de Louis.
Tout le Ciel avec allegrésse
Reçoit ces Habitans nouveaux
La Religion s'interesse
Au Triomphe de ses Héros ;
La Pieté leur dresse un Trône
La
FEVRIER.
243 1731.
La Pudeur forme leur couronne
De ses Myrrhes toujours fleuris
Et dans cette fête charmante
Chaque Vertu retrouve et vante
Ses plus fideles favoris.
L'éclat de leur saint diadême
Leur cause de moins doux transports
Que le pur amour que Dieu même ...
Mais quel bras suspend mes accords ?
Une secrette violence
Force ici ma Lyre au silence
Sur ce bonheur Mysterieux ;
Dans ses Conseils impénetrables
Dieu seul voit les dons inéfables
Que sa main répand dans les Cieur.
潞
Nouveaux Saints , ames fortunées
Regnez , jouissez , sans désirs ;
La Mort abrégea vos années
Pour éterniser vos plaisirs.
Jaloux d'une immortelle vie ,
La fleur de vos jours est ravie
Sans vous causer de vains regrets
Vous tombez dans la nuit profondé
Trop tôt pour l'ornement du monde ;
Trop tard encor pour vos souhaits.
Da
244 MERCURE DE FRANCE
Du haut des sacrés tabernacles ,
Par mille prodiges nouveaux ,
Couronnez les anciens miracles ,
Qui font l'honneur de vos tombeaux ;
Sur l'encens de nos sacrifices
Attirez les regards propices
Du Maître absolu des humains ;
Eteignez le feu du Tonnerre ,
Que l'impieté de la Terre
Allume souvent dans ses mains.
Pour un Roi pacifique et juste
Offrez nos voeux au Roi des Rois ;
Veillez sur une Reine auguste ,
Le
sang * exige ici ses droits.
Les fruits d'un heureux hymenée
Dont la France se voit ornée ,
De l'Eternel sont les bienfaits :
Soyez les Anges tutelaires
Et les premiers dépositaires
Des dons chéris qu'il nous a faits.
諾
Tout change. Aux mortelles contrées
Faut-il donc ramener mes yeux ?
Pourquoi les portes azurées
Me referment - elles les Cieux ?
* La Reine est parente de ces deux Saints:
Toug
FEVRIER. 1731 .
245
Tout a disparu comme un songe ;
Mais ce n'est point un vain mensonge
Qui trompe mes sens éblouis :
Rome a parlé tout doit l'en croire ;
Son Oracle a marqué la gloire
De Stanislas et de Louis.
M
Peuples , retracez dans vos fêtes
La Pompe du divin séjour ;
Que tout applaudisse aux conquêtes
Que le Ciel fait en ce beau jour .
- Unissons des chants de louanges
Aux Concerts que le choeur des Anges
Consacre aux nouveaux Immortels ;
Et que sous ces voutes sacrées
Leurs images de fleurs parées
Tiennent un rang sur nos Autels .
讚
Jeunes coeurs , troupe aimable et tendre
'Accourez , offrez votre encens ;
Deux jeunes Saints ont droit d'attendre
Vos hommages reconnoissans.
A leur héroïque courage.
L'Univers a vû que votre âge ,
Capable d'illustres travaux ,
Peut aux Enfers livrer la guerre ,
Etre
246 MERCURE DE FRANCE.
Etre l'exemple de la Terre ,
Et peupler le Ciel de Héros .
Gresset Jésuite .
Sur la Canonisation des Saints Stanislas
Kostka et Louis de Gonzague.
Q Uelle Cour pompeuse et brillante
Se dévoile à mes yeux surpris ?
Dans quelle Région charmante
Un Dieu ravit- il mes esprits ?
Que vois-je ? Ce n'est plus la Terre ;
Au-dessus même du Tonnerre
Je porte de libres regards..
Un Temple brille dans la Nuë :
Quel jour ! une main inconnuë
M'ouvre les Cieux de toutes parts.
Ce n'est point la Cour fabuleuse
Des Dieux que l'erreur a vantés ,
Séjour d'une foule orgueilleuse
De lubriques Divinités ;;
Il n'est plus ce culte coupable :
Dans le Sanctuaire adorable
Que soutient la voûte des airs ,
Un seul Maître , un seul Dieu réside
Sa Majesté sainte y préside ,
Et veille au sort de l'Univers,
247 MERCURE DE FRANCE
Inclinés au pied de son Thrône
Les Anges saisis de respect ,
De la splendeur qui l'environne ,
Ne peuvent soutenir l'aspect.
Mais quoi ! vers ce Trône terrible ,
A tout Mortel inaccessible ,
Dans un char plus brillant que
Par une route de lumiere ,
Quittant la terrestre carriere ,
l'or ,
Deux Mortels prennent leur essor !
M
Volez , Vertus , et sur vos aîles
Enlevez leur char radieux ;
Jusqu'aux demeures immortelles
Portez ces jeunes demi- Dieux :
Ils vont , ils entrent dans la Gloire ,
'Au milieu des chants de victoire
De tous les celestes Esprits ;
Frappé de cent voix unanimes ,
L'air retentit des noms sublimes
De Stanislas et de Louis.
Tout le Ciel avec allegrésse
Reçoit ces Habitans nouveaux
La Religion s'interesse
Au Triomphe de ses Héros ;
La Pieté leur dresse un Trône
La
FEVRIER.
243 1731.
La Pudeur forme leur couronne
De ses Myrrhes toujours fleuris
Et dans cette fête charmante
Chaque Vertu retrouve et vante
Ses plus fideles favoris.
L'éclat de leur saint diadême
Leur cause de moins doux transports
Que le pur amour que Dieu même ...
Mais quel bras suspend mes accords ?
Une secrette violence
Force ici ma Lyre au silence
Sur ce bonheur Mysterieux ;
Dans ses Conseils impénetrables
Dieu seul voit les dons inéfables
Que sa main répand dans les Cieur.
潞
Nouveaux Saints , ames fortunées
Regnez , jouissez , sans désirs ;
La Mort abrégea vos années
Pour éterniser vos plaisirs.
Jaloux d'une immortelle vie ,
La fleur de vos jours est ravie
Sans vous causer de vains regrets
Vous tombez dans la nuit profondé
Trop tôt pour l'ornement du monde ;
Trop tard encor pour vos souhaits.
Da
244 MERCURE DE FRANCE
Du haut des sacrés tabernacles ,
Par mille prodiges nouveaux ,
Couronnez les anciens miracles ,
Qui font l'honneur de vos tombeaux ;
Sur l'encens de nos sacrifices
Attirez les regards propices
Du Maître absolu des humains ;
Eteignez le feu du Tonnerre ,
Que l'impieté de la Terre
Allume souvent dans ses mains.
Pour un Roi pacifique et juste
Offrez nos voeux au Roi des Rois ;
Veillez sur une Reine auguste ,
Le
sang * exige ici ses droits.
Les fruits d'un heureux hymenée
Dont la France se voit ornée ,
De l'Eternel sont les bienfaits :
Soyez les Anges tutelaires
Et les premiers dépositaires
Des dons chéris qu'il nous a faits.
諾
Tout change. Aux mortelles contrées
Faut-il donc ramener mes yeux ?
Pourquoi les portes azurées
Me referment - elles les Cieux ?
* La Reine est parente de ces deux Saints:
Toug
FEVRIER. 1731 .
245
Tout a disparu comme un songe ;
Mais ce n'est point un vain mensonge
Qui trompe mes sens éblouis :
Rome a parlé tout doit l'en croire ;
Son Oracle a marqué la gloire
De Stanislas et de Louis.
M
Peuples , retracez dans vos fêtes
La Pompe du divin séjour ;
Que tout applaudisse aux conquêtes
Que le Ciel fait en ce beau jour .
- Unissons des chants de louanges
Aux Concerts que le choeur des Anges
Consacre aux nouveaux Immortels ;
Et que sous ces voutes sacrées
Leurs images de fleurs parées
Tiennent un rang sur nos Autels .
讚
Jeunes coeurs , troupe aimable et tendre
'Accourez , offrez votre encens ;
Deux jeunes Saints ont droit d'attendre
Vos hommages reconnoissans.
A leur héroïque courage.
L'Univers a vû que votre âge ,
Capable d'illustres travaux ,
Peut aux Enfers livrer la guerre ,
Etre
246 MERCURE DE FRANCE.
Etre l'exemple de la Terre ,
Et peupler le Ciel de Héros .
Gresset Jésuite .
Fermer
Résumé : ODE. Sur la Canonisation des Saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague.
Le poème célèbre la canonisation des saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague. L'auteur décrit une vision céleste où il aperçoit un temple divin habité par un seul Dieu, entouré d'anges respectueux. Deux mortels, Stanislas et Louis, montent vers ce trône divin dans un char lumineux, accompagnés par des vertus et des esprits célestes. Le ciel accueille ces nouveaux saints avec allégresse, et chaque vertu célèbre ses favoris. La pudeur, la piété et l'amour divin sont particulièrement mis en avant. Le poème exprime également l'admiration pour ces saints dont la vie fut écourtée pour une immortalité éternelle. Les saints sont invités à intercéder pour un roi pacifique et juste, ainsi que pour une reine auguste. Le texte se termine par un appel aux peuples et aux jeunes cœurs pour honorer ces saints et suivre leur exemple héroïque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2762
p. 261-270
LE ROMAN COMIQUE, CHAPITRE TROISIÉME, POEME BURLESQUE. Le déplorable succés qu'eut la Comédie.
Début :
Dans chaque Ville du Royaume, [...]
Mots clefs :
Roman comique, Burlesque, Comédiens, Rapinière, Agresseur, Hôtellerie, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE ROMAN COMIQUE, CHAPITRE TROISIÉME, POEME BURLESQUE. Le déplorable succés qu'eut la Comédie.
LE ROMAN COMIQUE ,
CHAPITRE TROISIE'ME ,
POEME BURLESQUE..
Le déplorable succés qu'eut la Comédie..
Dans Ans chaque Ville du Royaume ,.
Pour l'ordinaire un Jeu de Paume ,
Est le plus noble passe - temps ,
D'un grand nombre de faineans ;
C'est-là tous les jours qu'on s'assemble
Ceux +
262 MERCURE DE FRANCE..
Ceux-cy pour y jouer ensemble ,
Ceux-là pour voir ; c'est dans ce lieu ,
Qu'on rime richement en Dieu ,
Que subtilement on harangue ,
Qu'on donne de bons coups de langue ,
Qu'on épargne peu le Prochain ,
Et qu'on jure souvent en vain ;
On n'y fait quartier à personne ,
Et chacun se perfectionne ,
Selon le bon talent railleur ,
Que l'on a reçû du Seigneur ;
On s'y pille et l'on se devore ,.
Enfin l'on vit de Turc à More ,
C'est dans un de ces Tripots - là ,
Je n'ai pas oublié cela ,
Que j'ay laissé trois gens comiques ,
Qui devroient passer pour tragiques ,
Récitant d'un ton merveilleux ,
La Mariane aux blonds cheveux ,
Devant une Assemblée entiere ,
Ou présidoit la Rapiniere ,
Vous jugerez dans un instant ,
Qu'il étoit fort bon Président ,
Ou du moins qu'il avoit bon crâne 3
Au tems qu'Hérode et Mariane ,
Sans aucunes formalitez ,
S'entredisoient leurs veritez ,
Et s'échauffoient un peu la bile,
Les
FEVRIER. 1731. 263
Les deux jeunes gens de la Ville ,
Dont on avoit pris les habits
Accoururent dans le Taudis
En calleçons , en chemisettes ,
Et tenant encor leurs Raquettes ;-
Ils ne s'étoient point fait froter ,
Négligeant de se rajuster ,
Pour venir à la Comedie ;
Ce fut belle ceremonie ,
Els devinrent tous deux bouffis ,
Si -tôt qu'ils virent leurs habits ,
Que portoient Hérode et Pharore ,
Fils de chienne , double Pécore ,
Dit l'un d'eux qui n'etoit pas sot ,
Parlant au Valet du Tripot ,
Je veux te payer ton salaire ,
Qui t'a fait assez témeraire ?
Pour donner ainsi nos habits ,
A ces deux Bâteleurs maudits ,
Il faut morbleu que je t'écrase.
Le Valet étoit en extase ;
Comme il appréhendoit le mal ,
Et qu'il sçavoit que ce brutal ,
Battoit fort souvent sa Servante ,
Il lui dit d'une voix tremblante ,
Que ce n'étoit vrayement pas lui ,
Et qu'il avoit bien de l'ennui ,
De ce qu'on le croyoit capable ,
D'un
£54 MERCURE DE FRANCE.
D'un tour aussi desagréable ;
Et qui donc , barbe de cocu
Ajoûta- t- il tout éperdu.
Le Valet aima mieux se taire ,
Que d'accuser la Rapiniere ,
Mais lui se levant dans l'instant
Répondit d'un ton insolent ,
Comme s'il avoit quelque empire ,
C'est moi , morbleu , qu'en veux-tu dire è
Que tu n'es qu'un sot , qu'un faquin ,
Reprit l'autre , en levant la main ,
Et lâchant un coup de raquette ,
Qui lui fit faire une courbette..
Rapiniere fut si surpris ,
Du forfait de ce mal appris ,
Lui qui dans une telle affaire ,
En usoit ainsi d'ordinaire ,
Qu'il demeura comme endormi ,
Soit pour admirer l'ennemi ,
Ou bien parce que le Compere ,,
N'étoit point assez en colere ,
Pour se batre devant témoins 2
Ne fut-ce qu'à grands coups de poings ;;
C'étoit là le tems d'en découdre ,
Il avoit peine à s'y résoudre ,
Et peut- être que ce débat ,
N'auroit pas fait naître un combat ,
Sidans l'instant son Domestique,
Beau
FEVRIER . 1731. 265
Beaucoup plus que lui colerique ,
N'eût empoigné cet Aggresseur ,
En lui donnant de tout son coeur ,
Sans le marchander davantage,
Dans le beau milieu du vifage ,
Pour mieux dire sur le grouin ,
Un effroyable coup de poing
Avec toutes ses circonstances
Et même avec ses dépendances ,
Ensuite plusieurs autres coups ,
Et pardessus et pardessous ;
De plus le sieur la Rapiniere ,
Le prit finement par derriere ,
Comme étant le plus offensé ,
Il l'avoit déja terrassé ;
Un parent de cet Adversaire ,
Prit de même la Rapiniere ,
Mais ce parent fut investi ,
Par quelqu'un de l'autre parti,
Celui-ci le fut d'un troisième ,
Et celui- là d'un quatriéme ;
Tous dans ce vilain galetas ,
Se batoient comme chiens et chats ;
Chacun juroit à sa maniere ,
Et cependant la Tripotiere ,.
Voyant ses meubles renversez ,
Et plusieurs Escabeaux cassez ;
Faisoit des cris épouventables ,
Donnant
256 MERCURE DE FRANCE
Donnant ces gens à tous les diables.
Il est vrai qu'il faut convenir
Que chacun y devoit périr ,
Par coups de poings , de pieds , de chaises ,
Et cent tapes aussi mauvaises ,
Si quelques -uns des Magistrats ,
Qui promenoient alors leurs rats
Avec le Sénéchal du Maine ,
N'eussent entendu cette Scene
Et ne fussent accourus là ,
Afin d'appaiser tout cela.
On ne sçavoit trop comment faire ,
Dans une si cruelle affaire.
Plusieurs d'entre eux dirent tout beau ,
Qu'on jette deux ou trois sceaux d'eau,
Sur cette chienne de canaille ,
Qui trop rudement se chamaille,
Le remede si bien choisi ,
Auroit peut- être réussi ;
Mais la trop grande lassitude ,
Que causoit un combat si rude ,
Fit séparer tous ces Mutins ,
Outre que deux bons Capucins ,
Bien barbus et de riche taille ,
Vinrent sur le champ de bataille ,
Pour tâcher d'y mettre une paix ,
Non tout-à-fait bien ferme , mais
Pour faire accorder quelque tréve ,
Sur
FEVRIER. 257. 1731 .
Sur une attaque si griéve ,
Et cependant négocier ,
Sans pourtant préjudicier ,
Aux differentes procedures ,
Chacun voulant sur ces blessures ,
Faire des informations ,
Et prendre des conclusions .
Le Destin fit mille proüesses ,
De cent differentes especes ,
Dont on parlera bien long-temps ,
Dans la belle Ville du Mans ,
Aucun des Bourgeois n'en ignore
Même à present l'on parle encore
Du Comédien si vanté ,
Suivant ce qu'en ont rapporté ,
Les deux Auteurs de la querelle
Qu'il releva de sentinelle ,
Et qu'il pensa rouer de coups ,
Pendant qu'il étoit en courroux ,
Outre quantité d'adversaires ,
Qui reçurent les étrivieres ,
En les mettant hors de combat ,
Durant le terrible sabat ,
Il perdit pourtant son emplâtre,
Et ce bel homme de Théâtre ,
Fit voir à tous les Spectateurs ,
Malgré les coups et les clameurs ,
Qu'il avoit aussi bon visage ,
Que
268 MERCURE DE FRANCE.
Que bon air et gentil corsage.
Les nez sanglans furent lavez ,
On changea les collets troüez ,
On appliqua quelques emplâtres ,
Sur tous les plus opiniâtres ;
Un certain Soldat indiscret ,
Perisa quelques - uns du secret ,
L'on fit même des points d'éguille
Et l'on eut besoin de bequille ;
Les meubles furent ramassez "
Non sans être un peu fracassez ;
Le tout étoit vaille que vaille.
Il ne resta de la bataille ,
Malgré ce bel et bon traité ,
Que beaucoup d'animosité ,
Qui paroissoit sur le visage ,
De ces grands faiseurs de tapage ;
Mais les pauvres Comédiens ,
Ne grognant pas moins que des chiens ,
Que l'on veut pincer par derriere ,
Sortirent avec Rapiniere ,
Qui verbalisa le dernier ,
Car il entendoit le mêtier.`
Passant du Tripot sous la Halle
Six ou sept de même cabale ,
S'en vinrent l'épée à la main ,
Et les entourerent soudain ,
Il n'est pas aisé de se batre ,
Quand
FEVRIER. 269 17317
Quand on en voit sept contre quatre ,
La Rapiniere, homme d'honneur ,
A l'ordinaire eut grande peur ,
Il auroit eu bien autre chose ,
C'est - à-dire en Vers comme en Prose .
Qu'on lui donnoit un coup fouré ,
Si le Destin ne l'eût paré ,
Cependant malgré la parade ,
Ce terrible coup d'estocade ,
Lui blessa tant soit peu le bras ,
Mais Destin fit bien du fracas ;
Il pourfendit deux ou trois têtes ,
Ce fut conquêtes sur conquêtes ,
Il rompit deux Estramaçons ,
Dont il fit voler les tronçons ,
Il abatit beaucoup d'oreilles ,
En un mot , il fit des merveilles ,
Et le fameux Comédien ,
Déconfit ces Meffieurs si bien ,
Qu'on disoit que du Mans à Rome ,
Il n'étoit point de plus brave homme,
Ce guet- à-pan bien repoussé ,
Avoit , dit- on , été dressé ,
Au Seigneur de la Rapiniere ,
Qui ne cherchoit point à mal faire ,
Par deux petits Nobles , dont l'un ,
N'estoit presque jamais à jeun ,
Et l'autre étoit , je croi , beau- frere ,
De
27 MERCURE DE FRANCE
De celui qui tout en colere,
Avoit commencé le débat ,
Et livré d'abord le combat ,
Par un très - grand coup de raquette ,
Réellement faisant retraite ,
La Rapiniere étoit gâté ,
Si Dieu n'avoit pas suscité ,
Dans cette affaire formidable ,
Un deffenseur incomparable ,
En ce vaillant Comédien ,
Qui fut son unique soutien.
Un si grand bien-fait sans reproche ;
Trouva place en son coeur de Roche ,
Car il avoit pensé périr ;
Il ne voulut jamais souffrir ,
Que cette Troupe si chérie ,
Logeât dans une Hôtellerie ;
Il mena les Comédiens
Chez lui pour les combler de biens ,
Où le Chartier fort pacifique ,
Mit tout le bagage comique ,
Et s'en alla sans se fâcher ,
Pour moi je m'en vais me coucher.
Par M. le Tellier d'Orvilliers , Lieutenant
General d'Epée , à Vernon.
CHAPITRE TROISIE'ME ,
POEME BURLESQUE..
Le déplorable succés qu'eut la Comédie..
Dans Ans chaque Ville du Royaume ,.
Pour l'ordinaire un Jeu de Paume ,
Est le plus noble passe - temps ,
D'un grand nombre de faineans ;
C'est-là tous les jours qu'on s'assemble
Ceux +
262 MERCURE DE FRANCE..
Ceux-cy pour y jouer ensemble ,
Ceux-là pour voir ; c'est dans ce lieu ,
Qu'on rime richement en Dieu ,
Que subtilement on harangue ,
Qu'on donne de bons coups de langue ,
Qu'on épargne peu le Prochain ,
Et qu'on jure souvent en vain ;
On n'y fait quartier à personne ,
Et chacun se perfectionne ,
Selon le bon talent railleur ,
Que l'on a reçû du Seigneur ;
On s'y pille et l'on se devore ,.
Enfin l'on vit de Turc à More ,
C'est dans un de ces Tripots - là ,
Je n'ai pas oublié cela ,
Que j'ay laissé trois gens comiques ,
Qui devroient passer pour tragiques ,
Récitant d'un ton merveilleux ,
La Mariane aux blonds cheveux ,
Devant une Assemblée entiere ,
Ou présidoit la Rapiniere ,
Vous jugerez dans un instant ,
Qu'il étoit fort bon Président ,
Ou du moins qu'il avoit bon crâne 3
Au tems qu'Hérode et Mariane ,
Sans aucunes formalitez ,
S'entredisoient leurs veritez ,
Et s'échauffoient un peu la bile,
Les
FEVRIER. 1731. 263
Les deux jeunes gens de la Ville ,
Dont on avoit pris les habits
Accoururent dans le Taudis
En calleçons , en chemisettes ,
Et tenant encor leurs Raquettes ;-
Ils ne s'étoient point fait froter ,
Négligeant de se rajuster ,
Pour venir à la Comedie ;
Ce fut belle ceremonie ,
Els devinrent tous deux bouffis ,
Si -tôt qu'ils virent leurs habits ,
Que portoient Hérode et Pharore ,
Fils de chienne , double Pécore ,
Dit l'un d'eux qui n'etoit pas sot ,
Parlant au Valet du Tripot ,
Je veux te payer ton salaire ,
Qui t'a fait assez témeraire ?
Pour donner ainsi nos habits ,
A ces deux Bâteleurs maudits ,
Il faut morbleu que je t'écrase.
Le Valet étoit en extase ;
Comme il appréhendoit le mal ,
Et qu'il sçavoit que ce brutal ,
Battoit fort souvent sa Servante ,
Il lui dit d'une voix tremblante ,
Que ce n'étoit vrayement pas lui ,
Et qu'il avoit bien de l'ennui ,
De ce qu'on le croyoit capable ,
D'un
£54 MERCURE DE FRANCE.
D'un tour aussi desagréable ;
Et qui donc , barbe de cocu
Ajoûta- t- il tout éperdu.
Le Valet aima mieux se taire ,
Que d'accuser la Rapiniere ,
Mais lui se levant dans l'instant
Répondit d'un ton insolent ,
Comme s'il avoit quelque empire ,
C'est moi , morbleu , qu'en veux-tu dire è
Que tu n'es qu'un sot , qu'un faquin ,
Reprit l'autre , en levant la main ,
Et lâchant un coup de raquette ,
Qui lui fit faire une courbette..
Rapiniere fut si surpris ,
Du forfait de ce mal appris ,
Lui qui dans une telle affaire ,
En usoit ainsi d'ordinaire ,
Qu'il demeura comme endormi ,
Soit pour admirer l'ennemi ,
Ou bien parce que le Compere ,,
N'étoit point assez en colere ,
Pour se batre devant témoins 2
Ne fut-ce qu'à grands coups de poings ;;
C'étoit là le tems d'en découdre ,
Il avoit peine à s'y résoudre ,
Et peut- être que ce débat ,
N'auroit pas fait naître un combat ,
Sidans l'instant son Domestique,
Beau
FEVRIER . 1731. 265
Beaucoup plus que lui colerique ,
N'eût empoigné cet Aggresseur ,
En lui donnant de tout son coeur ,
Sans le marchander davantage,
Dans le beau milieu du vifage ,
Pour mieux dire sur le grouin ,
Un effroyable coup de poing
Avec toutes ses circonstances
Et même avec ses dépendances ,
Ensuite plusieurs autres coups ,
Et pardessus et pardessous ;
De plus le sieur la Rapiniere ,
Le prit finement par derriere ,
Comme étant le plus offensé ,
Il l'avoit déja terrassé ;
Un parent de cet Adversaire ,
Prit de même la Rapiniere ,
Mais ce parent fut investi ,
Par quelqu'un de l'autre parti,
Celui-ci le fut d'un troisième ,
Et celui- là d'un quatriéme ;
Tous dans ce vilain galetas ,
Se batoient comme chiens et chats ;
Chacun juroit à sa maniere ,
Et cependant la Tripotiere ,.
Voyant ses meubles renversez ,
Et plusieurs Escabeaux cassez ;
Faisoit des cris épouventables ,
Donnant
256 MERCURE DE FRANCE
Donnant ces gens à tous les diables.
Il est vrai qu'il faut convenir
Que chacun y devoit périr ,
Par coups de poings , de pieds , de chaises ,
Et cent tapes aussi mauvaises ,
Si quelques -uns des Magistrats ,
Qui promenoient alors leurs rats
Avec le Sénéchal du Maine ,
N'eussent entendu cette Scene
Et ne fussent accourus là ,
Afin d'appaiser tout cela.
On ne sçavoit trop comment faire ,
Dans une si cruelle affaire.
Plusieurs d'entre eux dirent tout beau ,
Qu'on jette deux ou trois sceaux d'eau,
Sur cette chienne de canaille ,
Qui trop rudement se chamaille,
Le remede si bien choisi ,
Auroit peut- être réussi ;
Mais la trop grande lassitude ,
Que causoit un combat si rude ,
Fit séparer tous ces Mutins ,
Outre que deux bons Capucins ,
Bien barbus et de riche taille ,
Vinrent sur le champ de bataille ,
Pour tâcher d'y mettre une paix ,
Non tout-à-fait bien ferme , mais
Pour faire accorder quelque tréve ,
Sur
FEVRIER. 257. 1731 .
Sur une attaque si griéve ,
Et cependant négocier ,
Sans pourtant préjudicier ,
Aux differentes procedures ,
Chacun voulant sur ces blessures ,
Faire des informations ,
Et prendre des conclusions .
Le Destin fit mille proüesses ,
De cent differentes especes ,
Dont on parlera bien long-temps ,
Dans la belle Ville du Mans ,
Aucun des Bourgeois n'en ignore
Même à present l'on parle encore
Du Comédien si vanté ,
Suivant ce qu'en ont rapporté ,
Les deux Auteurs de la querelle
Qu'il releva de sentinelle ,
Et qu'il pensa rouer de coups ,
Pendant qu'il étoit en courroux ,
Outre quantité d'adversaires ,
Qui reçurent les étrivieres ,
En les mettant hors de combat ,
Durant le terrible sabat ,
Il perdit pourtant son emplâtre,
Et ce bel homme de Théâtre ,
Fit voir à tous les Spectateurs ,
Malgré les coups et les clameurs ,
Qu'il avoit aussi bon visage ,
Que
268 MERCURE DE FRANCE.
Que bon air et gentil corsage.
Les nez sanglans furent lavez ,
On changea les collets troüez ,
On appliqua quelques emplâtres ,
Sur tous les plus opiniâtres ;
Un certain Soldat indiscret ,
Perisa quelques - uns du secret ,
L'on fit même des points d'éguille
Et l'on eut besoin de bequille ;
Les meubles furent ramassez "
Non sans être un peu fracassez ;
Le tout étoit vaille que vaille.
Il ne resta de la bataille ,
Malgré ce bel et bon traité ,
Que beaucoup d'animosité ,
Qui paroissoit sur le visage ,
De ces grands faiseurs de tapage ;
Mais les pauvres Comédiens ,
Ne grognant pas moins que des chiens ,
Que l'on veut pincer par derriere ,
Sortirent avec Rapiniere ,
Qui verbalisa le dernier ,
Car il entendoit le mêtier.`
Passant du Tripot sous la Halle
Six ou sept de même cabale ,
S'en vinrent l'épée à la main ,
Et les entourerent soudain ,
Il n'est pas aisé de se batre ,
Quand
FEVRIER. 269 17317
Quand on en voit sept contre quatre ,
La Rapiniere, homme d'honneur ,
A l'ordinaire eut grande peur ,
Il auroit eu bien autre chose ,
C'est - à-dire en Vers comme en Prose .
Qu'on lui donnoit un coup fouré ,
Si le Destin ne l'eût paré ,
Cependant malgré la parade ,
Ce terrible coup d'estocade ,
Lui blessa tant soit peu le bras ,
Mais Destin fit bien du fracas ;
Il pourfendit deux ou trois têtes ,
Ce fut conquêtes sur conquêtes ,
Il rompit deux Estramaçons ,
Dont il fit voler les tronçons ,
Il abatit beaucoup d'oreilles ,
En un mot , il fit des merveilles ,
Et le fameux Comédien ,
Déconfit ces Meffieurs si bien ,
Qu'on disoit que du Mans à Rome ,
Il n'étoit point de plus brave homme,
Ce guet- à-pan bien repoussé ,
Avoit , dit- on , été dressé ,
Au Seigneur de la Rapiniere ,
Qui ne cherchoit point à mal faire ,
Par deux petits Nobles , dont l'un ,
N'estoit presque jamais à jeun ,
Et l'autre étoit , je croi , beau- frere ,
De
27 MERCURE DE FRANCE
De celui qui tout en colere,
Avoit commencé le débat ,
Et livré d'abord le combat ,
Par un très - grand coup de raquette ,
Réellement faisant retraite ,
La Rapiniere étoit gâté ,
Si Dieu n'avoit pas suscité ,
Dans cette affaire formidable ,
Un deffenseur incomparable ,
En ce vaillant Comédien ,
Qui fut son unique soutien.
Un si grand bien-fait sans reproche ;
Trouva place en son coeur de Roche ,
Car il avoit pensé périr ;
Il ne voulut jamais souffrir ,
Que cette Troupe si chérie ,
Logeât dans une Hôtellerie ;
Il mena les Comédiens
Chez lui pour les combler de biens ,
Où le Chartier fort pacifique ,
Mit tout le bagage comique ,
Et s'en alla sans se fâcher ,
Pour moi je m'en vais me coucher.
Par M. le Tellier d'Orvilliers , Lieutenant
General d'Epée , à Vernon.
Fermer
Résumé : LE ROMAN COMIQUE, CHAPITRE TROISIÉME, POEME BURLESQUE. Le déplorable succés qu'eut la Comédie.
Le texte relate une altercation violente survenue dans un jeu de paume à Mans. Il commence par une critique de la popularité des jeux de paume, où les disputes et les insultes sont fréquentes. L'incident implique trois comédiens récitant une pièce devant une assemblée présidée par la Rapinière. Deux jeunes hommes découvrent que leurs habits ont été utilisés par les comédiens, ce qui déclenche une dispute avec la Rapinière et son valet. La querelle dégénère en une bagarre générale impliquant plusieurs personnes, nécessitant l'intervention de magistrats et de capucins pour apaiser les combattants. La bataille cause des blessures et des dégâts matériels. Plus tard, les comédiens et la Rapinière sont attaqués par un groupe d'hommes armés d'épées. La Rapinière est blessé, mais un comédien se défend vaillamment, repoussant les assaillants. Reconnaissant, la Rapinière offre ensuite un logement aux comédiens. Le texte se termine par la mention du lieutenant général d'épée à Vernon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2763
p. 283-284
A M. le Marquis D ... Chevalier des Ordres du Roi.
Début :
Qu'il vous sied bien ce grand Manteau, [...]
Mots clefs :
Manteau, Parure, Hyménée , Héréditaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. le Marquis D ... Chevalier des Ordres du Roi.
A M. le Marquis D ...
des Ordres du Roi.
Q U'il vous sied bien ce grand Manteau
Seigneur , dont la riche parure
Aux dons que vous fit la nature
Ajoûte un ornement nouveau !
Que l'éclat dont vous environne
Un si pompeux habillement
S'accorde en tout parfaitement
Aux graces de votre personne.
Cependant de si beaux dehors ,
Par une grandeur apparente ,
Ne pourroient remplir notre attente
S'ils n'enfermoient d'autres trésors.
1
J'entends une ame bienfaisante ,
Un coeur droit , un fonds de bonté ,
Qui de la génerosité
Fait votre vertu dominante.
C'est par ces rares qualités
Que vous sçavez vous rendre aimable
Et que vous êtes respectable
Autant que par vos dignités ..
Puisse le glorieux salaire
D'une ancienne fidelité ,
Trois fois acquis et merité
Etre chez vous héreditaire.
Seigneur , songez y tout de bon ,
D vj Vous
284 MERCURE DE FRANCE.
Vous sçavez qu'en pareille affaire
Il est besoin d'un Rejetton ,
Et que
c'est à vous à le faire.
Pour mieux assurer vos plaisirs
Par une heureuse destinée ,
Aux douceurs d'un noble hymenée
Excitez vos justes desirs.
Qu'enfin au gré de votre envie
Le Ciel vous fasse un siecle d'or
Et que sur les ans de Nestor
Il regle ceux de votre vie.
Agréez ces voeux les plus doux.
Qu'une Muse reconnoissante ,
Sous le poias des ans chancelante ,
14
Du fond du coeur forme pour vous.
A Paris le 2. Fevrier 1731. A..
des Ordres du Roi.
Q U'il vous sied bien ce grand Manteau
Seigneur , dont la riche parure
Aux dons que vous fit la nature
Ajoûte un ornement nouveau !
Que l'éclat dont vous environne
Un si pompeux habillement
S'accorde en tout parfaitement
Aux graces de votre personne.
Cependant de si beaux dehors ,
Par une grandeur apparente ,
Ne pourroient remplir notre attente
S'ils n'enfermoient d'autres trésors.
1
J'entends une ame bienfaisante ,
Un coeur droit , un fonds de bonté ,
Qui de la génerosité
Fait votre vertu dominante.
C'est par ces rares qualités
Que vous sçavez vous rendre aimable
Et que vous êtes respectable
Autant que par vos dignités ..
Puisse le glorieux salaire
D'une ancienne fidelité ,
Trois fois acquis et merité
Etre chez vous héreditaire.
Seigneur , songez y tout de bon ,
D vj Vous
284 MERCURE DE FRANCE.
Vous sçavez qu'en pareille affaire
Il est besoin d'un Rejetton ,
Et que
c'est à vous à le faire.
Pour mieux assurer vos plaisirs
Par une heureuse destinée ,
Aux douceurs d'un noble hymenée
Excitez vos justes desirs.
Qu'enfin au gré de votre envie
Le Ciel vous fasse un siecle d'or
Et que sur les ans de Nestor
Il regle ceux de votre vie.
Agréez ces voeux les plus doux.
Qu'une Muse reconnoissante ,
Sous le poias des ans chancelante ,
14
Du fond du coeur forme pour vous.
A Paris le 2. Fevrier 1731. A..
Fermer
Résumé : A M. le Marquis D ... Chevalier des Ordres du Roi.
Le texte est une lettre poétique adressée à un marquis, mettant en avant ses qualités et ses mérites. L'auteur commence par louer l'apparence majestueuse du marquis, soulignant que ses vêtements somptueux complètent ses grâces naturelles. Cependant, il précise que ces qualités extérieures ne suffisent pas sans les vertus intérieures. Le marquis est décrit comme ayant une âme bienfaisante, un cœur droit et une bonté dominante, ce qui le rend aimable et respectable. L'auteur exprime le souhait que le marquis soit récompensé pour sa fidélité et encourage une union matrimoniale pour assurer ses plaisirs et sa destinée heureuse. Il formule des vœux pour une longue vie prospère, comparable à celle de Nestor. La lettre se conclut par des vœux affectueux et reconnaissants de la part de l'auteur. La lettre est datée du 2 février 1731 et signée par A..
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2764
p. 294-295
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je suis tout seul quelquefois, [...]
Mots clefs :
Seau du puits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
E suis tout seul quelquefois ,
Et j'ai quelquefois un frere ;
Nous suivons les mêmes loix
Par un chemin tout contraire.
Sans regret je suis caché
Dans une sombre demeure ,
Je l'aime tant , que je pleure
Lorsque j'en suis arraché ;
Quoique sans cesse je nage
Sur un perfide élement ;
Je ne crains point le naufrage ,
Et me noye à tout moment.
Je n'ai bras , ni pieds , ni tête ,
Je
FEVRIER . 1731 .
295
Je ne suis de chair ni d'os ,
Et si tôt que l'un m'arrête
L'autre trouble mon repos.
E suis tout seul quelquefois ,
Et j'ai quelquefois un frere ;
Nous suivons les mêmes loix
Par un chemin tout contraire.
Sans regret je suis caché
Dans une sombre demeure ,
Je l'aime tant , que je pleure
Lorsque j'en suis arraché ;
Quoique sans cesse je nage
Sur un perfide élement ;
Je ne crains point le naufrage ,
Et me noye à tout moment.
Je n'ai bras , ni pieds , ni tête ,
Je
FEVRIER . 1731 .
295
Je ne suis de chair ni d'os ,
Et si tôt que l'un m'arrête
L'autre trouble mon repos.
Fermer
2765
p. 295
SECONDE ENIGME.
Début :
Quand on me met au pied je marche sur la tête. [...]
Mots clefs :
Clou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
SECONDE ENIGME.
Uand on me met au pied je marche sur la
tête.
Devine promtement , ou tu n'és qu'une bête.
Lamotte.
Uand on me met au pied je marche sur la
tête.
Devine promtement , ou tu n'és qu'une bête.
Lamotte.
Fermer
2766
p. 295-296
LOGOGRYPHE.
Début :
Je ne suis qu'un Etre d'usage ; [...]
Mots clefs :
Bail
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E ne suis qu'un Etre d'usage ;
L'on ne peut seul me le donner ;
Il faut être au moins deux pour le déterminer.
J'ai quafre membres en partage :
Un de moins , cuit ou crud je puis être mangé,
Voyez alors comme je suis rangé ,
Et faites en à rebours la lecture ,
Lecteur , dans la Sainte Ecriture
Une femme jadis a ce nom là porté.
En cet état transposez une lettre ,
Vous allez voir mon sexe disparoître
Avec le masculin il aura permuté,
Réunissez mon tout ; ôtez l'avant finale ,
Je forme un aimable concours
De
296 MERCURE DE FRANCE
De Ris , de Graces et d'atours ,
Sous deux Chefs revêtus de dignité Royale.
E ne suis qu'un Etre d'usage ;
L'on ne peut seul me le donner ;
Il faut être au moins deux pour le déterminer.
J'ai quafre membres en partage :
Un de moins , cuit ou crud je puis être mangé,
Voyez alors comme je suis rangé ,
Et faites en à rebours la lecture ,
Lecteur , dans la Sainte Ecriture
Une femme jadis a ce nom là porté.
En cet état transposez une lettre ,
Vous allez voir mon sexe disparoître
Avec le masculin il aura permuté,
Réunissez mon tout ; ôtez l'avant finale ,
Je forme un aimable concours
De
296 MERCURE DE FRANCE
De Ris , de Graces et d'atours ,
Sous deux Chefs revêtus de dignité Royale.
Fermer
2767
p. *296
AUTRE.
Début :
Six lettres forment tout mon nom, [...]
Mots clefs :
Fatras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
SIx lettres forment tout mon nom ,
Qui marque le desordre et la confusion .
Dans ma premiere part chacun peut reconnoître
L'épithète d'un petit maître ;
Dans ma derniere il est aisé
De remarquer celui d'un vieux drap tout usé,
Du Vernay.
SIx lettres forment tout mon nom ,
Qui marque le desordre et la confusion .
Dans ma premiere part chacun peut reconnoître
L'épithète d'un petit maître ;
Dans ma derniere il est aisé
De remarquer celui d'un vieux drap tout usé,
Du Vernay.
Fermer
2768
p. 327-328
Stances sur le même sujet, [titre d'après la table]
Début :
Quelle injuste Maxime interdit aux Parens [...]
Mots clefs :
Maxime, Parents, Liberté, Vertus, Modestie , Bienséance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Stances sur le même sujet, [titre d'après la table]
STANCES.
Quelle injuste Maxime interdit aux Parens
La douce liberté de pouvoir reconnoître ,
Les vertus dont le Ciel a comblé leurs Enfans,
Ils sont Peres et n'osent d'être,
Après l'heureux succès que vient d'avoir ton fils,
Malgré ta modestie et ton génie austere ,
Jouis de ton bonheur , connois en tout le prix ;
Tu peux t'applaudir d'être Pere.
Ose l'être sans honte , et ris des vaines loix ,
Quigênent pour tonfils l'heureuse complaisances
Quand il est éclatant , le mérite a des droits >
Au-dessus de la bienséance.
Afranchis-toi d'unjoug qui n'est pas fait pour
toi.
Pere , goute une joye et si rare et si pure ;
Fiiij
Et
328 MERCURE DE FRANCE.
Et si l'usage altier veut t'imposer sa loi ,
1 Passe à celle de la Nature.
C'est ainsi qu'autrefois un illusre Romainy
Dédaignant cet indigne usage ,
De Scipion sonfils , publia le courage ,
Et le couronna de sa main.
Montre au tien tout l'excès de tajuste tendressei
Arrose en l'ambrassant seslauriers de tes pleurs.
Qy and ton fils nous fait voir des succès sifla-ˆ
teurs ,
Tu peux montrer une foiblesse« »
Ce sont des pleurs bien doux que ceux que tu
répands ;
Et per ce que ton fils vient de nous faire en→
tendre ,
Heureux BERNA GE , je comprends ,
Que tu n'auras jamais d'autres pleurs à xépandre.
Mais pour mieux assurer l'effet de ton amour,
Par l'exemple et les soins que tu lui dois encore,
Gouverne un Peuple qui t'honore ;
~Jusqu'à ce que ton is le gouverne à son tour;
Il n'est encor qu'à son Aurore';
Mais c'est l'Aurore d'un beau jour.
Quelle injuste Maxime interdit aux Parens
La douce liberté de pouvoir reconnoître ,
Les vertus dont le Ciel a comblé leurs Enfans,
Ils sont Peres et n'osent d'être,
Après l'heureux succès que vient d'avoir ton fils,
Malgré ta modestie et ton génie austere ,
Jouis de ton bonheur , connois en tout le prix ;
Tu peux t'applaudir d'être Pere.
Ose l'être sans honte , et ris des vaines loix ,
Quigênent pour tonfils l'heureuse complaisances
Quand il est éclatant , le mérite a des droits >
Au-dessus de la bienséance.
Afranchis-toi d'unjoug qui n'est pas fait pour
toi.
Pere , goute une joye et si rare et si pure ;
Fiiij
Et
328 MERCURE DE FRANCE.
Et si l'usage altier veut t'imposer sa loi ,
1 Passe à celle de la Nature.
C'est ainsi qu'autrefois un illusre Romainy
Dédaignant cet indigne usage ,
De Scipion sonfils , publia le courage ,
Et le couronna de sa main.
Montre au tien tout l'excès de tajuste tendressei
Arrose en l'ambrassant seslauriers de tes pleurs.
Qy and ton fils nous fait voir des succès sifla-ˆ
teurs ,
Tu peux montrer une foiblesse« »
Ce sont des pleurs bien doux que ceux que tu
répands ;
Et per ce que ton fils vient de nous faire en→
tendre ,
Heureux BERNA GE , je comprends ,
Que tu n'auras jamais d'autres pleurs à xépandre.
Mais pour mieux assurer l'effet de ton amour,
Par l'exemple et les soins que tu lui dois encore,
Gouverne un Peuple qui t'honore ;
~Jusqu'à ce que ton is le gouverne à son tour;
Il n'est encor qu'à son Aurore';
Mais c'est l'Aurore d'un beau jour.
Fermer
Résumé : Stances sur le même sujet, [titre d'après la table]
Le texte est une série de stances célébrant les mérites d'un fils et encourageant son père à reconnaître publiquement ses succès. L'auteur critique une 'injuste Maxime' qui interdit aux parents de reconnaître les vertus de leurs enfants. Il exhorte le père à se réjouir du succès de son fils et à oser l'admirer sans honte, malgré les lois sociales qui pourraient l'en empêcher. Le père est invité à se libérer des contraintes sociales et à suivre l'exemple de la nature et de l'histoire, comme un illustre Romain qui avait publiquement honoré son fils Scipion. Le père est encouragé à montrer sa tendresse et à pleurer de joie en embrassant son fils victorieux. L'auteur exprime son bonheur pour Bernard, le père, en comprenant que ses larmes de joie seront les seules qu'il versera. Enfin, il conseille au père de gouverner son peuple avec soin jusqu'à ce que son fils soit prêt à prendre sa relève, car celui-ci est encore au début de sa carrière mais prometteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2769
p. *339-339
CHANSON A BOIRE.
Début :
Lucas ! ma maison brûle, ô douleurs sans seconde ! [...]
Mots clefs :
Chanson, Maison, Embrasement, Tonneau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON A BOIRE.
CHANSON A BOIRE.
Lucas Ucas ! ma maison brûle , ô douleur sans se
conde !
La flame bouche mon caveau ;
Je verrois sans frémir l'embrasement du monde ,
Et ne puis sans pleurer voir périr mon tonneau.
A mon malheur affreux , cher ami , sois sensible
;
Au travers de ce gouffre ouvrons- nous un cheming
Je rirois du dégat que fait ce feu terrible ,
Si je pouvois sauver mon vin.
Par M. Affichard.
Lucas Ucas ! ma maison brûle , ô douleur sans se
conde !
La flame bouche mon caveau ;
Je verrois sans frémir l'embrasement du monde ,
Et ne puis sans pleurer voir périr mon tonneau.
A mon malheur affreux , cher ami , sois sensible
;
Au travers de ce gouffre ouvrons- nous un cheming
Je rirois du dégat que fait ce feu terrible ,
Si je pouvois sauver mon vin.
Par M. Affichard.
Fermer
2770
p. 415-422
L'HOMME. ODE.
Début :
Amas de fange et de poussiere, [...]
Mots clefs :
Homme, Erreur, Passions, Raison, Vices, Sagesse, Ambition, Justice, Innocence, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOMME. ODE.
L'HO M M E.
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
Fermer
Résumé : L'HOMME. ODE.
Le texte propose une réflexion sur la condition humaine et ses erreurs. L'auteur critique les passions humaines et l'aveuglement des hommes face à leurs propres vices. Il déplore que l'humanité, initialement guidée par une nature aveugle, ait été ensuite égarée par la raison, qui n'a fait qu'éclairer les fureurs humaines. L'homme, devenu moins rustique, a construit des villes pour assouvir sa rage et ses intérêts égoïstes, dictés par l'ambition et l'avarice. L'auteur invoque la justice divine pour punir les méchants, mais reconnaît la clémence de Dieu qui ne veut pas la perte de l'homme. Il évoque ensuite l'intervention de Thémis, déesse de la justice, dont les efforts ont été corrompus par l'opulence. Le texte critique les civilisations anciennes, notamment Rome et la Grèce, en révélant les vices cachés derrière leurs apparentes vertus. Il dénonce les crimes et les hypocrisies des héros et des sages de ces époques, soulignant que leur sagesse n'était souvent qu'une folie austère. L'auteur mentionne également l'éloquence et la poésie, qui ont parfois été utilisées pour opprimer l'innocent autant que pour combattre les tyrans. Il conclut en cherchant un homme vertueux, loin des superbes portiques du crime, dans les cabanes rustiques où l'innocence est adorée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2771
p. 427-428
SUR UNE GAGEURE.
Début :
En voyant mille attraits parer votre visage, [...]
Mots clefs :
Gageure, Mariage, Victoire, Beauté, Hyménée , Vertu, Destinée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR UNE GAGEURE.
SUR UNE GAGEURE..
EN voyant mille attraits parer votre visage ,
Et mille Amans à vos genoux ;
Je gageai que le mariage ,
Etoit , belle Caton , à quatre pas de vous :
Et qu'avant la fin de l'année ,
Le charmant Dieu de l'Hymenée ,
Formant pour vous les noeuds les plus beaux ,
plus doux ,
Uniroit votre destinée
Au plus fortuné des Epoux.
Vous fûtes assez témeraire ,
Four oser gager le contraire
Et vous l'emportez cependant ;
Ce jour où l'on se renouvelle ,
Vous trouve encore Demoiselle ,.
Vous avez gagné , je me rends.
Je sçavois bien que la victoire ,
De vous suivre en tous lieux faisoit profession }
Mais aussi qui n'auroit du croire ,
Qu'elle vous manqueroit en cette occasion ?
Vainement s'excuseroit- elle ,
Sur sa longue habitude à marcher sur vos pas ,
Ce n'étoit point ici le cas ,
De vous paroître si fidele ;
?
less
Et
428 MERCURE DE FRANCE.
Et j'ai peine à lui pardonner ,
Une si grossiere méprise ,
Car en votre personne il n'est rien qui ne dise,
Que je méritois de gagner.
On y trouve un beau caractère.
Un coeur grand , genereux , sincere ,
La vertu , l'esprit , la beauté ,
Les graces et la majesté ,
Les agrémens de la jeunesse ,
Les traits de la délicatesse ,
J'en dirois cent fois plus que j'en dirois trop peų;
Mais enfin plus je considere ,
Moins je vois comment j'ai pû faire ,
Pour perdre avec un si beau jeu.
EN voyant mille attraits parer votre visage ,
Et mille Amans à vos genoux ;
Je gageai que le mariage ,
Etoit , belle Caton , à quatre pas de vous :
Et qu'avant la fin de l'année ,
Le charmant Dieu de l'Hymenée ,
Formant pour vous les noeuds les plus beaux ,
plus doux ,
Uniroit votre destinée
Au plus fortuné des Epoux.
Vous fûtes assez témeraire ,
Four oser gager le contraire
Et vous l'emportez cependant ;
Ce jour où l'on se renouvelle ,
Vous trouve encore Demoiselle ,.
Vous avez gagné , je me rends.
Je sçavois bien que la victoire ,
De vous suivre en tous lieux faisoit profession }
Mais aussi qui n'auroit du croire ,
Qu'elle vous manqueroit en cette occasion ?
Vainement s'excuseroit- elle ,
Sur sa longue habitude à marcher sur vos pas ,
Ce n'étoit point ici le cas ,
De vous paroître si fidele ;
?
less
Et
428 MERCURE DE FRANCE.
Et j'ai peine à lui pardonner ,
Une si grossiere méprise ,
Car en votre personne il n'est rien qui ne dise,
Que je méritois de gagner.
On y trouve un beau caractère.
Un coeur grand , genereux , sincere ,
La vertu , l'esprit , la beauté ,
Les graces et la majesté ,
Les agrémens de la jeunesse ,
Les traits de la délicatesse ,
J'en dirois cent fois plus que j'en dirois trop peų;
Mais enfin plus je considere ,
Moins je vois comment j'ai pû faire ,
Pour perdre avec un si beau jeu.
Fermer
Résumé : SUR UNE GAGEURE.
Le texte décrit une gageure entre deux individus concernant le mariage de Caton. Le narrateur parie que Caton se mariera avant la fin de l'année, tandis que Caton parie le contraire. À la fin de l'année, Caton reste célibataire, remportant ainsi la gageure. Le narrateur reconnaît sa défaite et exprime son étonnement. Il souligne les nombreuses qualités admirables de Caton, telles qu'un beau caractère, un cœur généreux, de la sincérité, de la vertu, de l'esprit, de la beauté, des grâces, de la majesté, des agréments de jeunesse et des traits de délicatesse. Il se demande comment il a pu perdre la gageure malgré ces qualités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2772
p. 442-446
AU MARECHAL DUC DE VILLARS. ODE
Début :
Toi, qui des Héros de la Grece [...]
Mots clefs :
Duc de Villars, Gloire, Guerre, Victoire, Cohortes, Bataille, Ravager, Flandre, Soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU MARECHAL DUC DE VILLARS. ODE
AU MARECHAL DUC DE VILLARS,
ODE
Toi , qui des Héros de la Grece
Célebras jadis les exploits ,
Viens seconder ma hardiesse ,
Viens , Homere , affermis ma voix.
Qu'un Guerrier que la France admire
M'entende dignement écrire
Ses plus hauts faits dans mes Chansons
Et que les Filles de mémoire
M'aident à consacrer la gloire
De l'appui de leurs nourissons.
Quelle
MARS.
443 1731.
+
Quelle vengeance
meurtriere
,
Quel Dieu jaloux de nos succès
A réuni l'Europe entiere
Pour faire avorter nos projets ?
Quel Démon ardent à nous nuire
Contre Louis , dans son Empire
Arme des sujets inhumains ? *
Les barbares Soeurs de Megere
A cette secte sanguinaire
Inspirent les plus noirs desseins,
On voit des Bataillons perfides
Sortis tout d'un coup des forêts ,
Ainsi que des torrens rapides
Ravager nos riches guerets ;
Les Temples , objets de leur rage ,
Sont détruits , ou pleins de carnage ,
Tout cede à leur férocité :
Quel vaillant guerrier , quel Alcide
Domptera l'audace intrépide
De ces Monstres d'impieté ?
Quoi ! leurs cohortes menaçantes
Qui couvroient nos sillons de morts ,
A l'aspect de Villars tremblantes ,
Cedent à ses premiers efforts !
* Les Fanatiques.
B iiij
Leurs
444 MERCURE DE FRANCE
Leurs Chefs malgré leur arrogance
Ne trouvent que dans sa clémence
Dequoi dissiper leur terreur :
En vain la discorde sans cesse
Chez tous nos ennemis s'empresse
D'armer pour aider leur fureur.
Vous qui dans Thionville allarmée
Voulez foudroyer nos Guerriers ,
Que ne renversez- vous l'Armée
Qui vous ravit tant de lauriers
Le feu de vos Troupes nombreuses ,
Ni du Rhin les ondes fougueuses.
Ne sçauroient arrêter Villars .
Courez au combat ; sa présence
Doit exciter votre vengeance
A tenter les plus grands hazards.
Que vois-je ? déja vers la Flandre
Ils ont précipité leurs pas ;
Est- ce pour ne rien entreprendre
* Campagne de 1705. au commencement de
laquelle le Prince Eugene et M. Malebouroug
joignirent toutes leurs forces pour pénetrerjusqu'en
France par Thionville ; mais M. de Villars
avec des forces très inférieures se campa
de façon qu'il couvrit Thionville et les autres
Places voisines , en sorte qu'ils n'oserent entreprendre
ce Siege ni l'attaquer.
་
Qu'ils
MARS.
445. 1731.
Qu'ils ont armé tant de Soldats ?
Pour vous , grand Héros , que l'Alsące
Vit imiter la noble audace
Du fier Vainqueur de Darius ,
Vous faites voir qu'à la vaillance
Vous sçavez joindre la prudencè ,
Qui fit triompher Fabius. ( b )
Le Dieu qui lance le tonnerre ,
Pour se vanger de nos forfaits
A- t'il pour toujours de la Terre
Exilé Themis et la Paix ?
Que d'Escadrons ! que de cohortes
Ont deja jusques à nos portes
Fait avancer leurs Etendarts !
Mais quel éclat nous environne ?
Est-ce Mars , suivi de Bellonne ,
Qui vient deffendre nos Remparts ?
Fier Eugene , qui jusqu'en France
Prétends signaler tes exploits ,
Tu cours trop tard à la défense
De Denain réduit aux abois ;
Voy ce Camp rempli de carnage ;
(a ) Bataille de Fridelingue , comparée am
passage de Granique d'Alexandre.
(b ) Dictateur qui par sa prudence renvers
soit tous les projets d'Annibal.
B v La
446 MERCURE DE FRANCE
La mort sous une horrible image
Remplit tous tes Soldats d'effroi
Tu fuis toi-même plein d'allarmes
N'osant disputer à nos armes
Douay , Bouchain et le Quenoy.
En vain Mars jaloux de l'hommage
Et des offrandes des Mortels ,
Des Germains foutient le courage
Pour fe conferver des Autels ;
Fribourg et Landau sont en cendre ,
Quoiqu'il s'arme pour les deffendre ,
Nos fiers ennemis font défaits :
Villars , suivi de la Victoire
Dispose pour comble de gloire
*
Et de la guerre et de la paix.
Campagne d'Allemagne de 1713-
Par M. de Sainte Falaye , de Montfort-
Lamaury.
ODE
Toi , qui des Héros de la Grece
Célebras jadis les exploits ,
Viens seconder ma hardiesse ,
Viens , Homere , affermis ma voix.
Qu'un Guerrier que la France admire
M'entende dignement écrire
Ses plus hauts faits dans mes Chansons
Et que les Filles de mémoire
M'aident à consacrer la gloire
De l'appui de leurs nourissons.
Quelle
MARS.
443 1731.
+
Quelle vengeance
meurtriere
,
Quel Dieu jaloux de nos succès
A réuni l'Europe entiere
Pour faire avorter nos projets ?
Quel Démon ardent à nous nuire
Contre Louis , dans son Empire
Arme des sujets inhumains ? *
Les barbares Soeurs de Megere
A cette secte sanguinaire
Inspirent les plus noirs desseins,
On voit des Bataillons perfides
Sortis tout d'un coup des forêts ,
Ainsi que des torrens rapides
Ravager nos riches guerets ;
Les Temples , objets de leur rage ,
Sont détruits , ou pleins de carnage ,
Tout cede à leur férocité :
Quel vaillant guerrier , quel Alcide
Domptera l'audace intrépide
De ces Monstres d'impieté ?
Quoi ! leurs cohortes menaçantes
Qui couvroient nos sillons de morts ,
A l'aspect de Villars tremblantes ,
Cedent à ses premiers efforts !
* Les Fanatiques.
B iiij
Leurs
444 MERCURE DE FRANCE
Leurs Chefs malgré leur arrogance
Ne trouvent que dans sa clémence
Dequoi dissiper leur terreur :
En vain la discorde sans cesse
Chez tous nos ennemis s'empresse
D'armer pour aider leur fureur.
Vous qui dans Thionville allarmée
Voulez foudroyer nos Guerriers ,
Que ne renversez- vous l'Armée
Qui vous ravit tant de lauriers
Le feu de vos Troupes nombreuses ,
Ni du Rhin les ondes fougueuses.
Ne sçauroient arrêter Villars .
Courez au combat ; sa présence
Doit exciter votre vengeance
A tenter les plus grands hazards.
Que vois-je ? déja vers la Flandre
Ils ont précipité leurs pas ;
Est- ce pour ne rien entreprendre
* Campagne de 1705. au commencement de
laquelle le Prince Eugene et M. Malebouroug
joignirent toutes leurs forces pour pénetrerjusqu'en
France par Thionville ; mais M. de Villars
avec des forces très inférieures se campa
de façon qu'il couvrit Thionville et les autres
Places voisines , en sorte qu'ils n'oserent entreprendre
ce Siege ni l'attaquer.
་
Qu'ils
MARS.
445. 1731.
Qu'ils ont armé tant de Soldats ?
Pour vous , grand Héros , que l'Alsące
Vit imiter la noble audace
Du fier Vainqueur de Darius ,
Vous faites voir qu'à la vaillance
Vous sçavez joindre la prudencè ,
Qui fit triompher Fabius. ( b )
Le Dieu qui lance le tonnerre ,
Pour se vanger de nos forfaits
A- t'il pour toujours de la Terre
Exilé Themis et la Paix ?
Que d'Escadrons ! que de cohortes
Ont deja jusques à nos portes
Fait avancer leurs Etendarts !
Mais quel éclat nous environne ?
Est-ce Mars , suivi de Bellonne ,
Qui vient deffendre nos Remparts ?
Fier Eugene , qui jusqu'en France
Prétends signaler tes exploits ,
Tu cours trop tard à la défense
De Denain réduit aux abois ;
Voy ce Camp rempli de carnage ;
(a ) Bataille de Fridelingue , comparée am
passage de Granique d'Alexandre.
(b ) Dictateur qui par sa prudence renvers
soit tous les projets d'Annibal.
B v La
446 MERCURE DE FRANCE
La mort sous une horrible image
Remplit tous tes Soldats d'effroi
Tu fuis toi-même plein d'allarmes
N'osant disputer à nos armes
Douay , Bouchain et le Quenoy.
En vain Mars jaloux de l'hommage
Et des offrandes des Mortels ,
Des Germains foutient le courage
Pour fe conferver des Autels ;
Fribourg et Landau sont en cendre ,
Quoiqu'il s'arme pour les deffendre ,
Nos fiers ennemis font défaits :
Villars , suivi de la Victoire
Dispose pour comble de gloire
*
Et de la guerre et de la paix.
Campagne d'Allemagne de 1713-
Par M. de Sainte Falaye , de Montfort-
Lamaury.
Fermer
Résumé : AU MARECHAL DUC DE VILLARS. ODE
Le texte est une ode dédiée au maréchal duc de Villars, célébrant ses exploits militaires. L'auteur demande à Homère de l'inspirer pour chanter les hauts faits de Villars. Il exprime son indignation face à la coalition européenne qui menace la France et les succès de Louis XIV. Les ennemis, décrits comme des barbares, ravagent les terres françaises et détruisent les temples. Villars, par sa vaillance et sa prudence, parvient à repousser ces attaques. Le texte mentionne plusieurs batailles et sièges, comme celui de Thionville, où Villars, malgré des forces inférieures, protège les places stratégiques. Il compare Villars à des héros antiques comme Alcide, Fabius et Alexandre. L'ode se termine en soulignant la victoire de Villars à Denain et la prise de plusieurs villes, comme Douay, Bouchain et le Quenoy, ainsi que la défaite des ennemis à Fribourg et Landau. Villars est ainsi présenté comme un héros qui apporte la victoire et la paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2773
p. 457-458
NOUVELLES DE CYTHERE, du 14. Décembre 1730. addressées à Mademlle D. L. G. à Auch, par M. le Chevalier D. N. D. M.
Début :
Des le matin sur le sacré Vallon, [...]
Mots clefs :
Cythère, Apollon, Portrait, Déesse, Vengeance, Mépris, Couleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE CYTHERE, du 14. Décembre 1730. addressées à Mademlle D. L. G. à Auch, par M. le Chevalier D. N. D. M.
NOUVELLES DE CYTHERE.
du 14 Décembre 1730. addressées à
Maden D. L. G. à Auch , par M. le
Chevalier D. N. D. M.
DEEs le matin sur le sacré Vallon ,
Pour ton Portrait que je prétendois faire ,
J'allai prier le Seigneur Apollon ,
De m'inspirer ; ce n'est petite affaire ,
Me dit le Dieu , renonce à ton Projet ,
Je la connois , cette fille charmante ,
Je ne sçaurois répondre à ton attente ,
Et l'Amour seul peut peindre cet Objet.
Lors vers l'Amour je courus à Cythere ;
Lui raconter quel étoit mon dessein ,
Il s'occupoit à consoler sa Mere ,
Que tes appas devorent de chagrin ,
Ils étoient seuls ; je n'y vis point les Graces;
Ni les Plaisirs , ni les Jeux , ni les Ris ,
De tout cela je ne fus point surpris ,
Qui ne sçait pas qu'ils volent sur tes traces ?
Et c'est de quoi Cypris versoit des pleurs :
Je
58 MERCURE DE FRANCE
Je m'approchai , par une ample Requête ,
Je crus pouvoir obtenir des couleurs .
Pour ton Portrait , l'Enfant tourna la tête ,
Que sert , dit - il , d'accroître mes douleurs ,
De peindre aux yeux les appas de la Belle ,
Ils sont pour moi dans tous les coeurs;
gravez
L'ingrate , helas ! n'en est pas moins rebelle ,
Sur elle en vain j'émousse tous mes Traits ,
Mais ses mépris excitent ma vengeance ,
Et vient le tems prescrit dans mes Decrets ,
Que ses soupirs vengeront cette offense.
Pour qui ? ... C'est trop , respecte mes secrets ,
Il dit : soudain frappant trois fois la terre,
Il disparut sur les pas de sa Mere ;
Et moi j'ai crû devoir sans differer ,
Vous rapporter en sortant de Cythere ,
L'Arrêt du Dieu , pour vous y préparer ,
Ou prévenir l'effet de sa colere,
du 14 Décembre 1730. addressées à
Maden D. L. G. à Auch , par M. le
Chevalier D. N. D. M.
DEEs le matin sur le sacré Vallon ,
Pour ton Portrait que je prétendois faire ,
J'allai prier le Seigneur Apollon ,
De m'inspirer ; ce n'est petite affaire ,
Me dit le Dieu , renonce à ton Projet ,
Je la connois , cette fille charmante ,
Je ne sçaurois répondre à ton attente ,
Et l'Amour seul peut peindre cet Objet.
Lors vers l'Amour je courus à Cythere ;
Lui raconter quel étoit mon dessein ,
Il s'occupoit à consoler sa Mere ,
Que tes appas devorent de chagrin ,
Ils étoient seuls ; je n'y vis point les Graces;
Ni les Plaisirs , ni les Jeux , ni les Ris ,
De tout cela je ne fus point surpris ,
Qui ne sçait pas qu'ils volent sur tes traces ?
Et c'est de quoi Cypris versoit des pleurs :
Je
58 MERCURE DE FRANCE
Je m'approchai , par une ample Requête ,
Je crus pouvoir obtenir des couleurs .
Pour ton Portrait , l'Enfant tourna la tête ,
Que sert , dit - il , d'accroître mes douleurs ,
De peindre aux yeux les appas de la Belle ,
Ils sont pour moi dans tous les coeurs;
gravez
L'ingrate , helas ! n'en est pas moins rebelle ,
Sur elle en vain j'émousse tous mes Traits ,
Mais ses mépris excitent ma vengeance ,
Et vient le tems prescrit dans mes Decrets ,
Que ses soupirs vengeront cette offense.
Pour qui ? ... C'est trop , respecte mes secrets ,
Il dit : soudain frappant trois fois la terre,
Il disparut sur les pas de sa Mere ;
Et moi j'ai crû devoir sans differer ,
Vous rapporter en sortant de Cythere ,
L'Arrêt du Dieu , pour vous y préparer ,
Ou prévenir l'effet de sa colere,
Fermer
Résumé : NOUVELLES DE CYTHERE, du 14. Décembre 1730. addressées à Mademlle D. L. G. à Auch, par M. le Chevalier D. N. D. M.
Le 14 décembre 1730, M. le Chevalier D. N. D. M. écrit à Maden D. L. G. à Auch pour relater sa quête de peindre le portrait d'une femme charmante. Apollon lui conseille de renoncer, affirmant que seul l'Amour peut peindre cette femme. L'auteur se rend alors à Cythère pour consulter l'Amour, qu'il trouve en train de consoler Vénus, souffrante à cause des charmes de la femme. Les Grâces, les Plaisirs, les Jeux et les Rires sont absents, car ils suivent la femme. L'Amour refuse de fournir des couleurs pour le portrait, expliquant que peindre les appas de la belle augmenterait ses douleurs, car elle reste rebelle malgré ses efforts. L'Amour mentionne une vengeance imminente et disparaît. L'auteur rapporte cet arrêt divin à son destinataire pour le préparer à la colère de l'Amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2774
p. 465-469
REPONSE de M. L. D. à une jeune Personne trés-aimable, qui lui avoit écrit une Lettre fort spirituelle.
Début :
En verité, chere Suzette, [...]
Mots clefs :
Réponse, Suzette, Amusette, Historiette, Gazette, Coquette, Amourette, Discrète , Allumette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. L. D. à une jeune Personne trés-aimable, qui lui avoit écrit une Lettre fort spirituelle.
R'E'P O NS £de M. L. D. a une·j1m ,
Pmonnc tres-aiabfc, q11i foi avoif foit
une Lettre fort spiritue/1(.
EN yerite ' cht.'re Suz;tte ..
Votre Lettre si joliette ,
Est pour moi plus doucc amusette'
e tout Rdman ; jU'HutoriettC ,
e Lardon_, Mercure o.u Gazette;:
Non , nul Orateu,r., nul .Poete,
N'ecrit si bien' que vous, Suzette ,;
Et j'ai toujours dit et repette,
Du Sceptre jusqu',i' la Roulette __
11 n'cst femme , fille , filltte ;
_ Noble, Roturiere , ou pauvrette ;
Soit petite ; ou &ien grandelette,
Soit d'age mur ' OU bicn jWlCtte ,·.
Soit Demoiseile, soit G risctte ,
Soic sage , discrette t- ou Coq11ette
Solt mondajne ' OU bien soit Nonnette
$ou c::.nfui blonde , OU soit brunecce '
C-iii s,· - l
o '" , Google
466 MERCURE DE FRANCE
Si belle que vous , si parfaite ,
Personne aussi tant ne souhaite ,
Faire de votre coeur l'emplette ,
Que moi dont le nom mis en rette
De landriri fait ladrirette . 2
Et dont le coeur en amourette ,
Ne tourne pas en giroüette.
Oui , jeune et charmante Suzette ;
'Absent de vous tout m'inquiette ,
Et s'il me falloit en retraitte ,
Vivre seul avec vous seulette ,
Fût-ce en une pauvre Logette ,
aimable Suzette ,
Avec vous ,
J'aimerois mieux sur nappe nette ,
En gras , Pâtés ragout , blanquette ,
Poulet , Faisan , Perdrix , Mauviette ,
En maigre , Brochet , bonne Laitte ,
Sole , Saumon , Huitre , Crevette ,
Au dessert , Biscuit , Tartelette ,
Bonne Compote de Rainette ,
Que n'aimerois sans vous , Suzette ,
Avec pain bis , avec Piquette ,
En gras , la simple Vinaigrette ,
Bouilli froid , étique Raquette ,
En maigre , Potiron et Bette ,
Harang salé , froide Omelette ,
Et
pour le Fruit , Noix et Noisette .
Ce que je dis n'est point sornette ,
C'est
MARS. 1731. 467
C'est la verité pure et nette ,
Point ne suis conteur de fleurette
Encor moins chanteur de goguette.
gu
Je vous aime , belle Suzette ,
Plus que ne fut une Nannette'
Une Cloris , une Lizette ,
De la plus tendre Historiette ,
Hélas ! si bien- tôt sur l'herbetter ,,
Ensemble assis sur la fleurette ,
Ou bien cueillant la Violette ,
Voyant ma tendresse discrette ,
Vous me disiez de voix doucette
Cher ami , plus ne t'inquiette ,
Au feu de ton ardeur parfaitte ,
Mon coeura pris comme allumette
Je sens ce que ton coeur souhaitte
Ma fortune , aimable Suzette ,
Dans le moment seroit complette ;
Et ce bonheur , mon coeur appette ,
Plus que Crosse , Mitre , Barette
que d'écus plein ma pochette.
Et
Si par vous cette chose est faite ;
Ma langue ne sera muette ,
Et comme assez bien je caquette ,
Sans cesse de voix claire et nette
Mieux que Rossignol et Fauvette
Que Canaris et qu'Allouette ,
Je Chanterai sur la Muzette 1
C iiij Sur
468
MERCURE DE FRANCE
Sur l'Epinette et la Trompette ,
Comme l'ai dit et répette.
Du Sceptre jusqu'à la Houlette ,
Il n'est femme , fille , fillette ,
Noble , aisée , riche ou pauvrette ,
Soit petite ou bien grandelette ,
Soit d'âge mûr , ou soit jeunette ,
Soit sage , discrette ou coquette ,
Soit
Demoiselle , soit grisette
Soit mondaine , ou bien soit Nonnette ,
Soit enfin blonde ou soit brunette ,
Qui soit si bonne , si parfaite ,
Que l'incomparable Suzette.
Dites- moi donc , belle fillette
>
En public ou bien en cachette ,
Va , mon cher , ton affaire est faite
Ainsi soit-il , et vous souhaite ,
Cette nuit en votre couchette ,
Pour deux trop petite et chiquette ,
Rêverie et tendre et complette ,
Sommeil point troublé par clochette
Par puce , carosse , charette ,
Par aboi de Chien ou Levrette ,
Par Larron , Souris ou Chouette
Puis au réveil argent sans dette ,
En tous vos achats bonne emplette
Et qu'en tout soyez satisfaite.
Adieu , trop charmante Suzette
Ma
MARS. 469 1731.
Ma réverence maigrelette ,
Saluant la vôtre douillette , ´
Pour ne pas dire grassoüillette ,
Je suis avec humble épithete ,
Votre serviteur Landrirette ,
D'esprit joyeux , d'humeur folette ,
Mais simple comme enfant qui tette.
Pmonnc tres-aiabfc, q11i foi avoif foit
une Lettre fort spiritue/1(.
EN yerite ' cht.'re Suz;tte ..
Votre Lettre si joliette ,
Est pour moi plus doucc amusette'
e tout Rdman ; jU'HutoriettC ,
e Lardon_, Mercure o.u Gazette;:
Non , nul Orateu,r., nul .Poete,
N'ecrit si bien' que vous, Suzette ,;
Et j'ai toujours dit et repette,
Du Sceptre jusqu',i' la Roulette __
11 n'cst femme , fille , filltte ;
_ Noble, Roturiere , ou pauvrette ;
Soit petite ; ou &ien grandelette,
Soit d'age mur ' OU bicn jWlCtte ,·.
Soit Demoiseile, soit G risctte ,
Soic sage , discrette t- ou Coq11ette
Solt mondajne ' OU bien soit Nonnette
$ou c::.nfui blonde , OU soit brunecce '
C-iii s,· - l
o '" , Google
466 MERCURE DE FRANCE
Si belle que vous , si parfaite ,
Personne aussi tant ne souhaite ,
Faire de votre coeur l'emplette ,
Que moi dont le nom mis en rette
De landriri fait ladrirette . 2
Et dont le coeur en amourette ,
Ne tourne pas en giroüette.
Oui , jeune et charmante Suzette ;
'Absent de vous tout m'inquiette ,
Et s'il me falloit en retraitte ,
Vivre seul avec vous seulette ,
Fût-ce en une pauvre Logette ,
aimable Suzette ,
Avec vous ,
J'aimerois mieux sur nappe nette ,
En gras , Pâtés ragout , blanquette ,
Poulet , Faisan , Perdrix , Mauviette ,
En maigre , Brochet , bonne Laitte ,
Sole , Saumon , Huitre , Crevette ,
Au dessert , Biscuit , Tartelette ,
Bonne Compote de Rainette ,
Que n'aimerois sans vous , Suzette ,
Avec pain bis , avec Piquette ,
En gras , la simple Vinaigrette ,
Bouilli froid , étique Raquette ,
En maigre , Potiron et Bette ,
Harang salé , froide Omelette ,
Et
pour le Fruit , Noix et Noisette .
Ce que je dis n'est point sornette ,
C'est
MARS. 1731. 467
C'est la verité pure et nette ,
Point ne suis conteur de fleurette
Encor moins chanteur de goguette.
gu
Je vous aime , belle Suzette ,
Plus que ne fut une Nannette'
Une Cloris , une Lizette ,
De la plus tendre Historiette ,
Hélas ! si bien- tôt sur l'herbetter ,,
Ensemble assis sur la fleurette ,
Ou bien cueillant la Violette ,
Voyant ma tendresse discrette ,
Vous me disiez de voix doucette
Cher ami , plus ne t'inquiette ,
Au feu de ton ardeur parfaitte ,
Mon coeura pris comme allumette
Je sens ce que ton coeur souhaitte
Ma fortune , aimable Suzette ,
Dans le moment seroit complette ;
Et ce bonheur , mon coeur appette ,
Plus que Crosse , Mitre , Barette
que d'écus plein ma pochette.
Et
Si par vous cette chose est faite ;
Ma langue ne sera muette ,
Et comme assez bien je caquette ,
Sans cesse de voix claire et nette
Mieux que Rossignol et Fauvette
Que Canaris et qu'Allouette ,
Je Chanterai sur la Muzette 1
C iiij Sur
468
MERCURE DE FRANCE
Sur l'Epinette et la Trompette ,
Comme l'ai dit et répette.
Du Sceptre jusqu'à la Houlette ,
Il n'est femme , fille , fillette ,
Noble , aisée , riche ou pauvrette ,
Soit petite ou bien grandelette ,
Soit d'âge mûr , ou soit jeunette ,
Soit sage , discrette ou coquette ,
Soit
Demoiselle , soit grisette
Soit mondaine , ou bien soit Nonnette ,
Soit enfin blonde ou soit brunette ,
Qui soit si bonne , si parfaite ,
Que l'incomparable Suzette.
Dites- moi donc , belle fillette
>
En public ou bien en cachette ,
Va , mon cher , ton affaire est faite
Ainsi soit-il , et vous souhaite ,
Cette nuit en votre couchette ,
Pour deux trop petite et chiquette ,
Rêverie et tendre et complette ,
Sommeil point troublé par clochette
Par puce , carosse , charette ,
Par aboi de Chien ou Levrette ,
Par Larron , Souris ou Chouette
Puis au réveil argent sans dette ,
En tous vos achats bonne emplette
Et qu'en tout soyez satisfaite.
Adieu , trop charmante Suzette
Ma
MARS. 469 1731.
Ma réverence maigrelette ,
Saluant la vôtre douillette , ´
Pour ne pas dire grassoüillette ,
Je suis avec humble épithete ,
Votre serviteur Landrirette ,
D'esprit joyeux , d'humeur folette ,
Mais simple comme enfant qui tette.
Fermer
Résumé : REPONSE de M. L. D. à une jeune Personne trés-aimable, qui lui avoit écrit une Lettre fort spirituelle.
L'auteur adresse une lettre à Suzette, exprimant son admiration et son amour. Il loue la lettre de Suzette, la qualifiant de spirituelle et douce, et affirme que personne ne peut écrire aussi bien qu'elle, indépendamment du rang ou de l'âge. L'auteur déclare son amour inconditionnel et préfère une vie modeste avec elle plutôt que l'opulence sans elle. Il décrit les mets qu'il aimerait partager avec elle, contrastant avec les plats simples qu'il mangerait seul. Il rappelle les moments où Suzette a montré son affection et exprime son désir de partager ses sentiments. L'auteur promet de chanter son amour sur divers instruments si elle accepte ses avances. Il répète que Suzette est incomparable et souhaite qu'elle passe une nuit paisible. La lettre se termine par des salutations respectueuses et humbles, l'auteur se décrivant comme joyeux et simple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2775
p. 479-480
IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
Début :
Philis tant que sensible à mes vives tendresses [...]
Mots clefs :
Dialogue, Ode, Horace, Trahison, Fidélité, Réconciliation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
IMITATION
De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace ..
Donec gratus eram & c.
DIALOGUE ,
Tirsis , Philis.
Tirsis.
PHilis tant que sensible à mes vives tendresses
De tout autre Berger tu dédaignas la foi ,
Je préferois ton coeur à l'éclat des Richesses
Je le préferois même à la pourpre d'un Roi.
Philis
480 MERCURE DE FRANCE
Philis.
Ingrat , jusqu'au moment que je te vis changer
J'estimois plus mon sort que celui d'une Reine ; -
Le beau Médor n'eut pû rendre mon coeur leger
Lorsque tu me quittas pour la jeune Climene..
Tirsis.
Elle chante souvent nos amoureux transports;
Le charme de sa voix tient mon ame ravie ;
Climene me feroit voler à mille morts
Si ma mort ajoûtoit quelques jours à sa vie..
Philis.
Oui , je dois à Medor une ardeur éternelle ,
Malgré mes longs mépris il resta sous ma loi;
Il est respectueux , ardent , tendre , fidelle ,
Je lui jure ma vie est plus à lui qu'à moi.
Tirsis.
Quoique son coeur leger m'ait payé de froideur,
Quoiqu'en appas Venus le cede à ma Bergere ,
Si l'oubliant pour toi je te rendois mon coeur
Flechirois - tu , Philis , ton injuste colere ?
Philis.
Quoique Medor soit beau plus que l'Astre du jour
Quoique le vent soit moins inconstant que ton ame
Hélas!rends-moi ton coeur ,je te rends mon amour ,
Et la mort pourra seule en éteindre la flamme.
Le Chevalier de Montador.
De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace ..
Donec gratus eram & c.
DIALOGUE ,
Tirsis , Philis.
Tirsis.
PHilis tant que sensible à mes vives tendresses
De tout autre Berger tu dédaignas la foi ,
Je préferois ton coeur à l'éclat des Richesses
Je le préferois même à la pourpre d'un Roi.
Philis
480 MERCURE DE FRANCE
Philis.
Ingrat , jusqu'au moment que je te vis changer
J'estimois plus mon sort que celui d'une Reine ; -
Le beau Médor n'eut pû rendre mon coeur leger
Lorsque tu me quittas pour la jeune Climene..
Tirsis.
Elle chante souvent nos amoureux transports;
Le charme de sa voix tient mon ame ravie ;
Climene me feroit voler à mille morts
Si ma mort ajoûtoit quelques jours à sa vie..
Philis.
Oui , je dois à Medor une ardeur éternelle ,
Malgré mes longs mépris il resta sous ma loi;
Il est respectueux , ardent , tendre , fidelle ,
Je lui jure ma vie est plus à lui qu'à moi.
Tirsis.
Quoique son coeur leger m'ait payé de froideur,
Quoiqu'en appas Venus le cede à ma Bergere ,
Si l'oubliant pour toi je te rendois mon coeur
Flechirois - tu , Philis , ton injuste colere ?
Philis.
Quoique Medor soit beau plus que l'Astre du jour
Quoique le vent soit moins inconstant que ton ame
Hélas!rends-moi ton coeur ,je te rends mon amour ,
Et la mort pourra seule en éteindre la flamme.
Le Chevalier de Montador.
Fermer
Résumé : IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
Le texte relate un dialogue entre Tirsis et Philis, deux bergers, qui discutent de leurs amours et déceptions. Tirsis rappelle à Philis qu'elle avait autrefois choisi son amour plutôt que les richesses et la royauté. Philis accuse Tirsis d'ingratitude après qu'il l'a quittée pour Climène. Tirsis admire Climène, tandis que Philis confesse son amour éternel pour Médor, qui est resté fidèle malgré ses mépris. Tirsis propose de revenir vers Philis, mais elle refuse d'abord, critiquant son inconstance. Finalement, Philis accepte de pardonner Tirsis et de lui rendre son amour, affirmant que seule la mort pourra éteindre leur flamme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2776
p. 492-495
LA PROVIDENCE, ODE.
Début :
O Vous, qui méritez les justes anathêmes [...]
Mots clefs :
Providence, Dieu, Bonté, Foi, Chrétiens, Seigneur, Moïse, Jonas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PROVIDENCE, ODE.
LA PROVIDENCE ,
O DE.
O -Vous , qui méritez les justes anathêmes
Dont l'Eglise vous a frappés ,
Trop aveugles Auteurs , et trop tard détrompés
Allez dans les Enfers abjurer vos sistêmes ;
Dieu n'est point un maître inhumain
Il ne voit point avec dédain
Les ouvrages de sa puissance ;
Il les conserve tous ; l'insecte le plus vil ;
Le juste et le pecheur , le Juif et le Gentil
Annoncent sa magnificence.
諾
S'il est le Roi des Rois , s'il est le Dieu des
Dieux ,
S'il est Juge saint et severe ,
Il veut être nommé mon refuge et mon pere
Et sa bonté remplit et la terre et les Cieux ,
Elle fournit à nos délices ,
Elle asservit à nos caprices
?
La nature et les élemens ;
Seule elle sçait fixer la jeunesse indocile
Et seule elle soutient la vieillesse débile ,
Qui gémit sous le poids des ans.
}
Quelle
MARS. 17318 493
Quelle vive splendeur vient éclairer mon ame a
Grand Dieu ! j'adore tes decrets ,
Tu daignes à mes yeux dévoiler tes secrets ;
Terre , écoutez ; je cede à l'ardeur qui m'enflâme;
Je vois Noë braver les eaux ;
Ici des esprits infernaux
Moïse confond les prestiges ;
Là , triomphe Israël ; ses tyrans sont punis ;
Les flots émus , calmés , divisés , réunis,
M'attestent le Dieu des prodiges.
Qu'aperçois-je ? Joseph indignement lié
Au fond d'une prison obscure ;
Tout innocent qu'il est ,
il souffre sans murmure ,
Mais le Dieu de Jacob ne l'a point oublié ;
> Ses soupirs ont percé la núë :
C'est par une route inconnuë
Qu'il monte aux suprêmes honneurs :
Joseph passe soudain de la honte à la gloire ,
D'une indigne prison sur un char de victoire ;
Il doit sa joye à ses douleurs.
Ciel ! qu'entens- je ! les vents sur la liquide plaine
Se livrent d'horribles combats ;
La mer s'enfle et mugit ; rien ne trouble Jonas ,
il prie , adore , espere au sein de la Baleine.
Seigneur , tu le conduis au port ;
D v Tu
་
494 MERCURE DE FRANCE
Tu te déclares le support
D'un coeur pénitent qui t'implore ;
J'ai moi-même cent fois éprouvé ton secours ;
Pere tendre , déja tu veillois sur mes jours
Qui venoient à peine d'éclore.
粥
La nouvelle Sion en bute à mille assauts ,
Leve sa tête triomphante ;
On la poursuit en vain , les chrétiens qu'elle en
fante
Renaissent de leur cendre , et sur les échafauts
Je la vois toujours immuable ;
Sur ce rocher inébranlable
Ses ennemis sont écrasés ;
L'esprit Saint la dirige , et que peuvent contre elle
Les vents impétueux et leur soufle rebelle ?
Dès qu'il parle , ils sont appaisés.
Pardonne moi , Dieu saint , le murmure coupable
Qu'excita souvent dans mon coeur
De l'impie élevé le fastueux bonheur ;
Ce bonheur doit le rendre un jour plus misérable.
Il est un moment arrêté
Pour confondre l'iniquité :
Que ce moment sera terrible !
Le pêcheur dort au sein d'une trompeuse paix ;
La mort vient et le frappe , il gémit, vains regrets !
Le Juge est pour lors inflexible,
Oui ,
MARS. 1731. 495
Oui , je mets en toi seul et mon unique espoir
Et ma plus ferme confiance ;
De ton Verbe avec nous l'inéfable alliance
M'apprend que ton amour égale ton pouvoir ;
C'est cet amour que je réclame ;
Dans mon coeur allume sa flamme.
Dés lors je ne craindrai plus rien ,
L'indigence , les fers , la honte , la mort même ;
Eh ! Seigneur , quel revers peut craindre un coeur
qui t'aime ,
N'es-tu pas le souverain bien ?
Deus meus et omnia.
Poncy de Neuville , Prêtre.
O DE.
O -Vous , qui méritez les justes anathêmes
Dont l'Eglise vous a frappés ,
Trop aveugles Auteurs , et trop tard détrompés
Allez dans les Enfers abjurer vos sistêmes ;
Dieu n'est point un maître inhumain
Il ne voit point avec dédain
Les ouvrages de sa puissance ;
Il les conserve tous ; l'insecte le plus vil ;
Le juste et le pecheur , le Juif et le Gentil
Annoncent sa magnificence.
諾
S'il est le Roi des Rois , s'il est le Dieu des
Dieux ,
S'il est Juge saint et severe ,
Il veut être nommé mon refuge et mon pere
Et sa bonté remplit et la terre et les Cieux ,
Elle fournit à nos délices ,
Elle asservit à nos caprices
?
La nature et les élemens ;
Seule elle sçait fixer la jeunesse indocile
Et seule elle soutient la vieillesse débile ,
Qui gémit sous le poids des ans.
}
Quelle
MARS. 17318 493
Quelle vive splendeur vient éclairer mon ame a
Grand Dieu ! j'adore tes decrets ,
Tu daignes à mes yeux dévoiler tes secrets ;
Terre , écoutez ; je cede à l'ardeur qui m'enflâme;
Je vois Noë braver les eaux ;
Ici des esprits infernaux
Moïse confond les prestiges ;
Là , triomphe Israël ; ses tyrans sont punis ;
Les flots émus , calmés , divisés , réunis,
M'attestent le Dieu des prodiges.
Qu'aperçois-je ? Joseph indignement lié
Au fond d'une prison obscure ;
Tout innocent qu'il est ,
il souffre sans murmure ,
Mais le Dieu de Jacob ne l'a point oublié ;
> Ses soupirs ont percé la núë :
C'est par une route inconnuë
Qu'il monte aux suprêmes honneurs :
Joseph passe soudain de la honte à la gloire ,
D'une indigne prison sur un char de victoire ;
Il doit sa joye à ses douleurs.
Ciel ! qu'entens- je ! les vents sur la liquide plaine
Se livrent d'horribles combats ;
La mer s'enfle et mugit ; rien ne trouble Jonas ,
il prie , adore , espere au sein de la Baleine.
Seigneur , tu le conduis au port ;
D v Tu
་
494 MERCURE DE FRANCE
Tu te déclares le support
D'un coeur pénitent qui t'implore ;
J'ai moi-même cent fois éprouvé ton secours ;
Pere tendre , déja tu veillois sur mes jours
Qui venoient à peine d'éclore.
粥
La nouvelle Sion en bute à mille assauts ,
Leve sa tête triomphante ;
On la poursuit en vain , les chrétiens qu'elle en
fante
Renaissent de leur cendre , et sur les échafauts
Je la vois toujours immuable ;
Sur ce rocher inébranlable
Ses ennemis sont écrasés ;
L'esprit Saint la dirige , et que peuvent contre elle
Les vents impétueux et leur soufle rebelle ?
Dès qu'il parle , ils sont appaisés.
Pardonne moi , Dieu saint , le murmure coupable
Qu'excita souvent dans mon coeur
De l'impie élevé le fastueux bonheur ;
Ce bonheur doit le rendre un jour plus misérable.
Il est un moment arrêté
Pour confondre l'iniquité :
Que ce moment sera terrible !
Le pêcheur dort au sein d'une trompeuse paix ;
La mort vient et le frappe , il gémit, vains regrets !
Le Juge est pour lors inflexible,
Oui ,
MARS. 1731. 495
Oui , je mets en toi seul et mon unique espoir
Et ma plus ferme confiance ;
De ton Verbe avec nous l'inéfable alliance
M'apprend que ton amour égale ton pouvoir ;
C'est cet amour que je réclame ;
Dans mon coeur allume sa flamme.
Dés lors je ne craindrai plus rien ,
L'indigence , les fers , la honte , la mort même ;
Eh ! Seigneur , quel revers peut craindre un coeur
qui t'aime ,
N'es-tu pas le souverain bien ?
Deus meus et omnia.
Poncy de Neuville , Prêtre.
Fermer
Résumé : LA PROVIDENCE, ODE.
Le poème 'La Providence' célèbre la puissance et la bonté de Dieu. Il critique les interprétations erronées de la nature divine et invite à les rejeter. Dieu est présenté comme un maître bienveillant qui protège toutes ses créatures, des plus humbles aux plus nobles, et manifeste sa magnificence à travers elles. Le texte met en avant la royauté, la justice, la bonté et la providence divine, qui soutiennent la jeunesse et la vieillesse. Le poète admire les œuvres de Dieu, illustrées par des événements bibliques comme le déluge, la sortie d'Égypte, et les épreuves de Joseph et Jonas. Ces récits montrent la protection et le soutien divin face aux adversités. Le texte évoque également la persécution et la résilience des chrétiens, guidés par l'Esprit Saint, et la justice divine qui confondra les impies. Le poète conclut en plaçant toute sa confiance en Dieu, affirmant que l'amour divin surpasse tout pouvoir et que rien ne peut effrayer un cœur qui aime Dieu. Il souhaite voir la flamme de cet amour allumée dans son cœur, le rendant invulnérable à l'indigence, aux fers, à la honte et même à la mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2777
p. 504-505
ENIGME.
Début :
Il semble que je lis dans l'ordre des destins, [...]
Mots clefs :
Girouette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Il semble que je lis dans l'ordre des destins ,
J'annonce le beau tems et la pluye et l'orage :
Et sans avoir la raison en partage ,
J'instruis tous les jours les Humains.
Je suis de forme differente :
Selon que veut l'Ouvrier qui m'enfante.
J'ai des dents , une bouche, une langue, des yeur
Je
MARS. 1731.
305
Je ne vois , je ne parle en aucune maniere.
A peine le Soleil vient éclairer les Cieux ,
Qu'il répand sur moi sa lumiere.
Lecteur , ne vous y trompez pas ,
Je suis femelle ; il est dans la Nature
Maint animal de plus belle structure ,
Et dont on fait bien plus de cas,
Qui me ressemble fort; mais quelle est mon envie $
Laissons cet animal ; cessons de le vanter ;
Charmez de ses attraits, vous pourriez bien quitter
L'Original pour la Copic ,
Soit qu'il veuille marcher, ou derriere , ou devant,
Autant en emporte le vent.
Il semble que je lis dans l'ordre des destins ,
J'annonce le beau tems et la pluye et l'orage :
Et sans avoir la raison en partage ,
J'instruis tous les jours les Humains.
Je suis de forme differente :
Selon que veut l'Ouvrier qui m'enfante.
J'ai des dents , une bouche, une langue, des yeur
Je
MARS. 1731.
305
Je ne vois , je ne parle en aucune maniere.
A peine le Soleil vient éclairer les Cieux ,
Qu'il répand sur moi sa lumiere.
Lecteur , ne vous y trompez pas ,
Je suis femelle ; il est dans la Nature
Maint animal de plus belle structure ,
Et dont on fait bien plus de cas,
Qui me ressemble fort; mais quelle est mon envie $
Laissons cet animal ; cessons de le vanter ;
Charmez de ses attraits, vous pourriez bien quitter
L'Original pour la Copic ,
Soit qu'il veuille marcher, ou derriere , ou devant,
Autant en emporte le vent.
Fermer
2778
p. 505-507
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis d'une humeur solitaire, [...]
Mots clefs :
Sanglier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E suis d'ane humeur solitaire ,
J'évite les Humains autant que je le puis;
Quand ils viennent dans mes réduits ,
S'ils irritent fort ma colere ,
Nous nous causons souvent dé mutuels ennuis ;
Je fus cause autrefois d'une douleur profonde ,
Et fis verser des pleurs aux plus beaux yeux da
monde.
Veux- tu sçavoir mon nom ? voici comme il
est fait :
Il faut pour le former un tiers de l'alphabet ;
Trois voyeles et cinq
consonnes ;
( J'en
Job MERCURE DE FRANCE
J'en dis peut-être trop , Lecteur , tu me soup
çonnes , )
La derniere partie est un infinitif,
Et la premiere un substantif;
Le Verbe est de notre Langage ,
Sans contredit , le plus liant ;
Otez-en la finale , il devient à l'instant ,
Chose qui n'est de nul usage ,
Qui se mêlant au bon , le rend d'abord méchant
Place cette finale après la deuxieme ,
Et qu'elle soit pénultiéme ;
J'exprime par ce changement ,
Un Acte que tu fais , Lecteur , en ce moment;
Retranches-en la capitale ;
C'est un peché mortel qu'aussi -tôt je t'étale ;
Fais-en de même de son nom ,
Reste de quoi former un ton.
Venons au substantif qui fait l'autre partie ;
On ne peut rien sans son concours ;
C'est de lui que dépend le cours ,
Et le destin de cette vie.
Une moitié prise à rebours ,
Est un objet qui plaît toujours ,
"En faisant certaine partie ,
Lorsqu'on voit sa face noircie.
Mes membres combinez , que d'objets differens !
Tantôt je suis , Lecteur , tes premiers vétemens ,
Comme ta premiere parure ;
Tan tôt
MARS. 1731. 507
Tantôt je suis pris dans un sens
D'une bouche les agrémens ;
Pris dans une autre , nourritare.
Je suis un animal de comique figure ;
Je suis Fleuve de grand renom ;
Je suis un bel Oiseau ; je suis un certain nom ,
Que jamais n'accompagne une épithete honnête,
Selon un Femelle Poëte.
Je suis dans l'Ecusson du plus puissant des Rois ;
Je suis aussi tout à la fois,
Etre rempli d'intelligence ,
Et simbole de l'ignorance,
Des Lettres de mon nom que ne feroit -on point?
Ah ! diras-tu , Lecteur , c'est assez , je t'en prie ,
Soit , n'êtes seulement qu'une barre et qu'un
point ;
Tu pourras en former une Duché Pairie.
* Madame des Houliere.
R ....
E suis d'ane humeur solitaire ,
J'évite les Humains autant que je le puis;
Quand ils viennent dans mes réduits ,
S'ils irritent fort ma colere ,
Nous nous causons souvent dé mutuels ennuis ;
Je fus cause autrefois d'une douleur profonde ,
Et fis verser des pleurs aux plus beaux yeux da
monde.
Veux- tu sçavoir mon nom ? voici comme il
est fait :
Il faut pour le former un tiers de l'alphabet ;
Trois voyeles et cinq
consonnes ;
( J'en
Job MERCURE DE FRANCE
J'en dis peut-être trop , Lecteur , tu me soup
çonnes , )
La derniere partie est un infinitif,
Et la premiere un substantif;
Le Verbe est de notre Langage ,
Sans contredit , le plus liant ;
Otez-en la finale , il devient à l'instant ,
Chose qui n'est de nul usage ,
Qui se mêlant au bon , le rend d'abord méchant
Place cette finale après la deuxieme ,
Et qu'elle soit pénultiéme ;
J'exprime par ce changement ,
Un Acte que tu fais , Lecteur , en ce moment;
Retranches-en la capitale ;
C'est un peché mortel qu'aussi -tôt je t'étale ;
Fais-en de même de son nom ,
Reste de quoi former un ton.
Venons au substantif qui fait l'autre partie ;
On ne peut rien sans son concours ;
C'est de lui que dépend le cours ,
Et le destin de cette vie.
Une moitié prise à rebours ,
Est un objet qui plaît toujours ,
"En faisant certaine partie ,
Lorsqu'on voit sa face noircie.
Mes membres combinez , que d'objets differens !
Tantôt je suis , Lecteur , tes premiers vétemens ,
Comme ta premiere parure ;
Tan tôt
MARS. 1731. 507
Tantôt je suis pris dans un sens
D'une bouche les agrémens ;
Pris dans une autre , nourritare.
Je suis un animal de comique figure ;
Je suis Fleuve de grand renom ;
Je suis un bel Oiseau ; je suis un certain nom ,
Que jamais n'accompagne une épithete honnête,
Selon un Femelle Poëte.
Je suis dans l'Ecusson du plus puissant des Rois ;
Je suis aussi tout à la fois,
Etre rempli d'intelligence ,
Et simbole de l'ignorance,
Des Lettres de mon nom que ne feroit -on point?
Ah ! diras-tu , Lecteur , c'est assez , je t'en prie ,
Soit , n'êtes seulement qu'une barre et qu'un
point ;
Tu pourras en former une Duché Pairie.
* Madame des Houliere.
R ....
Fermer
2779
p. 507-508
AUTRE.
Début :
Dans l'Empire Romain je suis très-remarquable, [...]
Mots clefs :
Aigle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ans l'Empire Romain je suis très-remar
quable , 1
Mais on peut lire dans la Fable ,
Que je suis placé près d'un Dieu.
Le feu de mes yeux étincelle ,2.
Otez
Jo8 MERCURE DE FRANCE.
Otez ma lettre du milieu :
Vous ne me verrez plus qu'une afle.
Le Tellier d'Orvilliers , de Vernon.
Ans l'Empire Romain je suis très-remar
quable , 1
Mais on peut lire dans la Fable ,
Que je suis placé près d'un Dieu.
Le feu de mes yeux étincelle ,2.
Otez
Jo8 MERCURE DE FRANCE.
Otez ma lettre du milieu :
Vous ne me verrez plus qu'une afle.
Le Tellier d'Orvilliers , de Vernon.
Fermer
2780
p. *575-575
CHANSON A BOIRE
Début :
Quel spectacle effraïant pour mon ame éperduë ! [...]
Mots clefs :
Chanson, Bacchus, Tonneaux, Flamme, Tonnerre, Asile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON A BOIRE
CHANSON A BOIRE.
Q
Uel spectacle effraïant pour mon ame épera
duë !
La flâme par Sillons se répand dans les airs ;
Les flots sortis du sein des mers
Sur les aîles du vent s'élancent dans la nuë :
Où fuir Amis courons dans nos caveaux 2
C'est un azile sur quand le tonnerre gronde ;
Vainement il s'obstine à foudroyer le monde ,
Bacchus sçait à ses coups dérober les tonneaux..
Q
Uel spectacle effraïant pour mon ame épera
duë !
La flâme par Sillons se répand dans les airs ;
Les flots sortis du sein des mers
Sur les aîles du vent s'élancent dans la nuë :
Où fuir Amis courons dans nos caveaux 2
C'est un azile sur quand le tonnerre gronde ;
Vainement il s'obstine à foudroyer le monde ,
Bacchus sçait à ses coups dérober les tonneaux..
Fermer
2781
p. 627-632
A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
Début :
D'où naît la soudaine allegresse [...]
Mots clefs :
Libéralité, Bibliothèque, Mécène, Beaux-arts, Muses, Connaissance , Prélat, Université de Caen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
A S. E. M.
LE CARDINAL DE FLEURY,
MINISTRE D'ETAT ,
"
Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université
de Caën , pour l'augmentation de sa Bibliotheque.
D
O D E.
' Ou naît la soudaine allegresse
Qui transporte ici tous les coeurs ?
ON Un nouveau Mécene au Permesse
'Accorde aujourd'hui ses faveurs..
A ij Vien,
628 MERCURE DE FRANCE
Vien , mes délices , vien , ma Lyre ;
Sers la vive ardeur qui m'inspire :
Pour lui formons nos plus beaux Airs ;
Je veux que leur noble cadence
Annonce ma reconnoissance
Au Prince , au Peuple , à l'Univers
Chante un Prélat que voit la Seine
D'honneurs justement revêtu ,
Qui joint à la Pourpre Romaine
L'éclat d'une rare vertu ,
Qui sage , bienfaisant , affable ;
Tel que ce Mentor de la Fable ,
Fait chérir son autorité ,
Qui placé près du Diadême ,
Se montre auguste par
lui- même
Autant que par sa dignité.
Dans la Grandeur qui l'environne
Nul objet n'échape à ses soins ;
S'il veille aux droits de la Couronne ,
Il veille encore à nos besoins ;
Par lui la Foi , la Paix fleurissent ,
Les Loix de Thémis s'affermissent ;
Tout nous offre des jours plus beaux ;
Et de ce bonheur qu'il ménage ,
Laissant aux Sujets l'avantage ,
LEURY n'en prend que les travaux ,
Digne
AVRIL 1731. 629
Digne Emule du grand Fabrice , *
On le voit marcher sur ses pas ;
De la séduisante avarice
Son coeur méprise les appas.
Mortels ! qu'il en est peu d'exemples :
tes Trésors consacrés aux Temples
tedressent leurs murs chancelans ,
bu vont par
Dans
des routes secretes
cent tenébreuses retraites
Porter des secours consolans.
Quel riche trait pour son Histoire
Que l'apui qu'il donne aux beaux Arts f
Sur eux du milieu de sa gloire
Il jette ses plus doux regards :
Muses , troupe à ses yeux si chere
Vous n'êtes point une chimere ,
Ni des noms pleins d'un faux éclat §
Mais les filles de la Sagesse ,
Les meres de la Politesse ,
L'utile ornement d'un Eta
Un Temple fécond en miracles
Fait sur l'Orne admirer vos sons ;
* Consul Romain , le plus désinteréssé qu'ait
jamais vû la République.
L'Université.
A iij On
630 MERCURE DE FRANCE
On y voit de sçavans Oracles
Dicter vos plus pures leçons ;
Embrassant diverses matieres ,
Chacun de ses doctes lumieres
Augmente la splendeur du corps ;
Mais par combien dé découvertes
Ces fources qui leur sont offertes *
Vont-elles groffir leurs Trésors !
A quels travaux inimitables
Vois- je nos Neveux s'exciter ?
L'un écrit les faits mémorables ,
L'autre se forme à les chanter ;
Celui- ci creusant la nature ,
De l'oeil et du compas mesure
Les Eaux , l'Air , la Terre et les Cieux
Et , jusqu'à l'invisible Effence
L'autre élevant fa connoiffance
Ya fonder les Décrets des Dieux.
(
C'eft pour toi , Ville fortunée ,
Que FLEURY prodigue ses biens :
Quelle riante Destinée
Se prépare à tes Citoyens !
Tu verras tes Remparts superbes
La Bibliotheque.
En.
AVRIL. ' 1731. -631
Enfanter de nouveaux Malherbes ( a )
Des Huets , (b ) des Pyrons , ( c) des Calys ( d )
Sous l'Empire tranquile et juste
Qu'offre à nos voeux un autre Auguste ,
Tes lauriers orneront ses Lys.
Dans ton sein , Ecole sçavante ,
Faut-il qu'un noble empressement
Ne, puisse au Prélat que je vante
Dresser un pompeux monument !
Du moins signalant notre żele ,
Plaçons -y le portrait fidele ( e )
D'un si génereux Protecteur ;
Que cette immortelle Peinture
Instruise la race future
Du bienfait et du Bienfaicteur.
FLEURY , puisse un succés durable
Suivre vos projets glorieux !
(a ) Fameux Poëte.
(b) Evêque d'Avranches , et Précepteur de
M. le Dauphin , Ayeul du Roi.
$
(c) Professeur de Rhétorique au College du
Bois , et Editeur de Claudien , pour l'usage de
M. le Dauphin.
(d ) Celebre Professeur de Philosophie au
"College du Bois , Auteur de divers Ouvrages ,
centr'autres du Commentaire sur Boëce , pour
l'usage de M. le Dauphin. Tous de Caën .
(e ) Le Portrait de S. E. sera placé dans la
Bibliotheque.
A iij Puiffe
632 MERCURE DE FRANCE
Puisse la Parque inexorable.
Respecter vos jours précieux !
Soyez long- tems l'amour du PRINCE
Les délices de la Province ,
Le respect des Peuples épars ;
Soyez des Autels la défense ,
Vivez pour le bien de la France ,
Vivez pour l'honneur des beaux Arts .'
Par M. Heurtauld , Prêtre , Professeur an
College du Bois de l'Université de Caën.
LE CARDINAL DE FLEURY,
MINISTRE D'ETAT ,
"
Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université
de Caën , pour l'augmentation de sa Bibliotheque.
D
O D E.
' Ou naît la soudaine allegresse
Qui transporte ici tous les coeurs ?
ON Un nouveau Mécene au Permesse
'Accorde aujourd'hui ses faveurs..
A ij Vien,
628 MERCURE DE FRANCE
Vien , mes délices , vien , ma Lyre ;
Sers la vive ardeur qui m'inspire :
Pour lui formons nos plus beaux Airs ;
Je veux que leur noble cadence
Annonce ma reconnoissance
Au Prince , au Peuple , à l'Univers
Chante un Prélat que voit la Seine
D'honneurs justement revêtu ,
Qui joint à la Pourpre Romaine
L'éclat d'une rare vertu ,
Qui sage , bienfaisant , affable ;
Tel que ce Mentor de la Fable ,
Fait chérir son autorité ,
Qui placé près du Diadême ,
Se montre auguste par
lui- même
Autant que par sa dignité.
Dans la Grandeur qui l'environne
Nul objet n'échape à ses soins ;
S'il veille aux droits de la Couronne ,
Il veille encore à nos besoins ;
Par lui la Foi , la Paix fleurissent ,
Les Loix de Thémis s'affermissent ;
Tout nous offre des jours plus beaux ;
Et de ce bonheur qu'il ménage ,
Laissant aux Sujets l'avantage ,
LEURY n'en prend que les travaux ,
Digne
AVRIL 1731. 629
Digne Emule du grand Fabrice , *
On le voit marcher sur ses pas ;
De la séduisante avarice
Son coeur méprise les appas.
Mortels ! qu'il en est peu d'exemples :
tes Trésors consacrés aux Temples
tedressent leurs murs chancelans ,
bu vont par
Dans
des routes secretes
cent tenébreuses retraites
Porter des secours consolans.
Quel riche trait pour son Histoire
Que l'apui qu'il donne aux beaux Arts f
Sur eux du milieu de sa gloire
Il jette ses plus doux regards :
Muses , troupe à ses yeux si chere
Vous n'êtes point une chimere ,
Ni des noms pleins d'un faux éclat §
Mais les filles de la Sagesse ,
Les meres de la Politesse ,
L'utile ornement d'un Eta
Un Temple fécond en miracles
Fait sur l'Orne admirer vos sons ;
* Consul Romain , le plus désinteréssé qu'ait
jamais vû la République.
L'Université.
A iij On
630 MERCURE DE FRANCE
On y voit de sçavans Oracles
Dicter vos plus pures leçons ;
Embrassant diverses matieres ,
Chacun de ses doctes lumieres
Augmente la splendeur du corps ;
Mais par combien dé découvertes
Ces fources qui leur sont offertes *
Vont-elles groffir leurs Trésors !
A quels travaux inimitables
Vois- je nos Neveux s'exciter ?
L'un écrit les faits mémorables ,
L'autre se forme à les chanter ;
Celui- ci creusant la nature ,
De l'oeil et du compas mesure
Les Eaux , l'Air , la Terre et les Cieux
Et , jusqu'à l'invisible Effence
L'autre élevant fa connoiffance
Ya fonder les Décrets des Dieux.
(
C'eft pour toi , Ville fortunée ,
Que FLEURY prodigue ses biens :
Quelle riante Destinée
Se prépare à tes Citoyens !
Tu verras tes Remparts superbes
La Bibliotheque.
En.
AVRIL. ' 1731. -631
Enfanter de nouveaux Malherbes ( a )
Des Huets , (b ) des Pyrons , ( c) des Calys ( d )
Sous l'Empire tranquile et juste
Qu'offre à nos voeux un autre Auguste ,
Tes lauriers orneront ses Lys.
Dans ton sein , Ecole sçavante ,
Faut-il qu'un noble empressement
Ne, puisse au Prélat que je vante
Dresser un pompeux monument !
Du moins signalant notre żele ,
Plaçons -y le portrait fidele ( e )
D'un si génereux Protecteur ;
Que cette immortelle Peinture
Instruise la race future
Du bienfait et du Bienfaicteur.
FLEURY , puisse un succés durable
Suivre vos projets glorieux !
(a ) Fameux Poëte.
(b) Evêque d'Avranches , et Précepteur de
M. le Dauphin , Ayeul du Roi.
$
(c) Professeur de Rhétorique au College du
Bois , et Editeur de Claudien , pour l'usage de
M. le Dauphin.
(d ) Celebre Professeur de Philosophie au
"College du Bois , Auteur de divers Ouvrages ,
centr'autres du Commentaire sur Boëce , pour
l'usage de M. le Dauphin. Tous de Caën .
(e ) Le Portrait de S. E. sera placé dans la
Bibliotheque.
A iij Puiffe
632 MERCURE DE FRANCE
Puisse la Parque inexorable.
Respecter vos jours précieux !
Soyez long- tems l'amour du PRINCE
Les délices de la Province ,
Le respect des Peuples épars ;
Soyez des Autels la défense ,
Vivez pour le bien de la France ,
Vivez pour l'honneur des beaux Arts .'
Par M. Heurtauld , Prêtre , Professeur an
College du Bois de l'Université de Caën.
Fermer
Résumé : A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
Le poème est une ode au Cardinal Fleury, ministre d'État, célébrant sa générosité envers l'Université de Caen. Il met en lumière les qualités de Fleury, telles que la sagesse, la bienveillance et l'autorité. Le texte compare Fleury à des figures emblématiques comme Mentor et Fabrice, soulignant son désintéressement et son dévouement aux arts et à la science. Fleury est présenté comme un protecteur des arts et des lettres, attentif aux besoins du peuple et soucieux de renforcer la foi, la paix et la justice. Grâce à ses dons, l'Université de Caen peut continuer à soutenir les recherches des savants et à enrichir leurs connaissances. Le poème exprime l'espoir que Fleury continuera à protéger et à promouvoir les arts et les sciences, souhaitant longévité et succès à ses initiatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2782
p. 256-657
SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
Début :
On a reçû des Lettres de Paris, [...]
Mots clefs :
Iris, Amour, Vénus, Fête, Édit, Statue, Grâces, Plaisirs, Autels, Iris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
SUITE des Nouvelles de Paphos ,
l'An de l'Amour 1731 .
ONN a reçû des Lettres de Paris ,
Qui portent en substance ,
Qu'Iris est en convalescence.
Et ces jours passez , quelques Ris ,'
Sont arrivez à tire d'aîle ,
Pour en confirmer la nouvelle.
On pense ici differemment ,
Sur cet heureux évenement.
L'Amour en montre une allegresse entiere ,
Mais on remarque que sa mere ,
Reçoit la chose froidement ;
Que sans trop en faire mistere ,
Au rapport des Courriers elle entra brusquement
Dans son Appartement.
Cependant le Dieu de Cythere ,
Vient d'ordonner par un Edit ,
Dans les Païs de son obéissance ,
Trois jours pleins de réjouissance .
Et lui même , à ce que l'on dit ,
Dans sa Cour prépare une Fête ,
Dont Vénus à martel en tête.
Concert , Comedie , Opera ,
Bals , Jeux , Festin , et catera ,
Y
AVRIL.
1731 657
Y feront chacun leur office.
On y joint un Feu d'artifice ,
Et Vulcain le composera.
Ce Dieu ne fut jamais dans l'ame ,
Tout- à-fait content de sa femme ,
Et n'est pas fâché par ce feu ,
De la mortifier un peu.
On doit d'Iris y placer la Statuë :
De l'Echarpe divine elle sera vétuë ,
Les Graces la couronneront ,
Et les Plaisirs l'entoureront.
Ces quatre Vers se feront lire ,
Sur un Piedestal de Porphire.
Des Dieux, ainsi que des Mortels ,
Se réunit ici l'hommage ,
La Beauté dont on voit l'image ,
Mérite un culte et des Autels.
l'An de l'Amour 1731 .
ONN a reçû des Lettres de Paris ,
Qui portent en substance ,
Qu'Iris est en convalescence.
Et ces jours passez , quelques Ris ,'
Sont arrivez à tire d'aîle ,
Pour en confirmer la nouvelle.
On pense ici differemment ,
Sur cet heureux évenement.
L'Amour en montre une allegresse entiere ,
Mais on remarque que sa mere ,
Reçoit la chose froidement ;
Que sans trop en faire mistere ,
Au rapport des Courriers elle entra brusquement
Dans son Appartement.
Cependant le Dieu de Cythere ,
Vient d'ordonner par un Edit ,
Dans les Païs de son obéissance ,
Trois jours pleins de réjouissance .
Et lui même , à ce que l'on dit ,
Dans sa Cour prépare une Fête ,
Dont Vénus à martel en tête.
Concert , Comedie , Opera ,
Bals , Jeux , Festin , et catera ,
Y
AVRIL.
1731 657
Y feront chacun leur office.
On y joint un Feu d'artifice ,
Et Vulcain le composera.
Ce Dieu ne fut jamais dans l'ame ,
Tout- à-fait content de sa femme ,
Et n'est pas fâché par ce feu ,
De la mortifier un peu.
On doit d'Iris y placer la Statuë :
De l'Echarpe divine elle sera vétuë ,
Les Graces la couronneront ,
Et les Plaisirs l'entoureront.
Ces quatre Vers se feront lire ,
Sur un Piedestal de Porphire.
Des Dieux, ainsi que des Mortels ,
Se réunit ici l'hommage ,
La Beauté dont on voit l'image ,
Mérite un culte et des Autels.
Fermer
Résumé : SUITE des Nouvelles de Paphos, l'An de l'Amour 1731.
En 1731, des nouvelles de Paris confirment la convalescence d'Iris. Les réactions divergent : L'Amour exprime une grande joie, tandis que sa mère reste froide. L'Amour organise trois jours de festivités dans ses domaines, incluant concerts, comédies, opéras, bals, jeux, festins et un feu d'artifice conçu par Vulcain. Ce dernier, mécontent de son épouse, voit là une opportunité de la mortifier. Lors de la fête, une statue d'Iris, vêtue de l'écharpe divine, sera placée et couronnée par les Grâces, entourée des Plaisirs. Des vers seront lus sur un piédestal de porphyre, soulignant que la beauté d'Iris mérite un culte et des autels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2783
p. 664-667
PARAPHRASE DE L'ODE XIV. DU SECOND LIVRE D'HORACE, Sur la necessité de la Mort.
Début :
Le tems s'écoule incessamment, [...]
Mots clefs :
Mort, Destinées, Pluton, Cercueil, Cyprès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE DE L'ODE XIV. DU SECOND LIVRE D'HORACE, Sur la necessité de la Mort.
PARAPHRASE DE L'ODE XIV .
DU SECOND LIVRE D'HORACE,
Sur la necessité de la Mort.
LEE tems s'écoule incessamment
Tel est l'ordre des destinées ;
La Parque si rapidement ,
Des Humains file les années ,
Que de leurs déplorables jours ,
Souvent dans leur printems se termine le cours
En vain pour nous rendre propices ,
Les Deitez des tristes bords ,
Nous consumons en Sacrifices ,
Nos revenus et nos trésors
A
AVRIL. 1731. 665
A tous nos voeux inexorables ,
Rien ne peut arrêter leurs decrets implacables.
A ce superbe Souverain ,
Atropos ravit la lumiere ,
Un Berger sous la même main ,
Ferme sa mourante paupiere ,
En abordant le Phlegeton ,
Ils sont au même rang sous les Loix de Pluton.
Pourrois- je m'exempter de boire ,
De l'eau dont burent mes Ayeux ?
Ils ont tous passé l'Onde noire ,
Je la dois passer après eux ;
En me transmettant leur fortune ,
Ne m'ont-ils pas soumis à cette Loi commune è
Un Guerrier sort des Champs de Mars ,
Couronné des mains de la Gloire ,
Il a triomphé des hazards ,
Dont on peut payer la victoire ,
Sous une legere langueur ,
Je vois l'instant d'aprés succomber sa valeur.
Remarquez ce Nocher habile ;
Au gré des Matelots contens ,
Eviter et Caribde et Scille ,
Triompher
666 MERCURE DE FRANCE
Triompher des flots et des vents ;
Au Port il revient dans sa Barque ,
Chercher le trait mortel que lui garde la Parque.
Tel échappe au poison fatal ,
Sous une maligne influence ,
Que bien- tôt au Fleuve infernal ,
Précipite une défaillance ;
Heureux s'il sçait sans murmurer ,
Se soumettre à l'Arrêt qu'il ne peut differer !
C'est en vain que sur tes Boccages ,
Ton coeur s'égare avec ton oeil ;
Qu'attends- tu de ton Jardinage ,
Que l'arbre qui fait ton cercueil ?
Seul de sa livide verdure ,
Le funeste Cyprès couvre ta Sépulture.
Hélas ! digne objet de mes voeux ,
Celimene allumoit ma flamme ;
Quel Mortel étoit plus heureux ?
Mon ardeur embrasoit son ame;
Jaloux de ma felicité,
Le Destin la conduit sur les bords du Lethé.
> De tes amis illegitimes ,
Qui n'ont satisfait que tes yeux ,
Quem
AVRIL. 1731. 667
Qu'emportes-tu dans les abîmes ,
Où tu vas trouver tes Ayeux ?
Fruits et principes de tout crime ,
Tes avides neveux t'en rendent la victime.
Gardois- tu pour tes heritiers ,
Tes vins délicats de Falerne ?
Pour eux s'enfoncent tes Celliers ,
Pour toi s'ouvre le sombre Averne ;
La mort te frappe ce matin ,
Ce soir sur ton Cercueil ils feront un festin.
Le Chevalier de Montador.
DU SECOND LIVRE D'HORACE,
Sur la necessité de la Mort.
LEE tems s'écoule incessamment
Tel est l'ordre des destinées ;
La Parque si rapidement ,
Des Humains file les années ,
Que de leurs déplorables jours ,
Souvent dans leur printems se termine le cours
En vain pour nous rendre propices ,
Les Deitez des tristes bords ,
Nous consumons en Sacrifices ,
Nos revenus et nos trésors
A
AVRIL. 1731. 665
A tous nos voeux inexorables ,
Rien ne peut arrêter leurs decrets implacables.
A ce superbe Souverain ,
Atropos ravit la lumiere ,
Un Berger sous la même main ,
Ferme sa mourante paupiere ,
En abordant le Phlegeton ,
Ils sont au même rang sous les Loix de Pluton.
Pourrois- je m'exempter de boire ,
De l'eau dont burent mes Ayeux ?
Ils ont tous passé l'Onde noire ,
Je la dois passer après eux ;
En me transmettant leur fortune ,
Ne m'ont-ils pas soumis à cette Loi commune è
Un Guerrier sort des Champs de Mars ,
Couronné des mains de la Gloire ,
Il a triomphé des hazards ,
Dont on peut payer la victoire ,
Sous une legere langueur ,
Je vois l'instant d'aprés succomber sa valeur.
Remarquez ce Nocher habile ;
Au gré des Matelots contens ,
Eviter et Caribde et Scille ,
Triompher
666 MERCURE DE FRANCE
Triompher des flots et des vents ;
Au Port il revient dans sa Barque ,
Chercher le trait mortel que lui garde la Parque.
Tel échappe au poison fatal ,
Sous une maligne influence ,
Que bien- tôt au Fleuve infernal ,
Précipite une défaillance ;
Heureux s'il sçait sans murmurer ,
Se soumettre à l'Arrêt qu'il ne peut differer !
C'est en vain que sur tes Boccages ,
Ton coeur s'égare avec ton oeil ;
Qu'attends- tu de ton Jardinage ,
Que l'arbre qui fait ton cercueil ?
Seul de sa livide verdure ,
Le funeste Cyprès couvre ta Sépulture.
Hélas ! digne objet de mes voeux ,
Celimene allumoit ma flamme ;
Quel Mortel étoit plus heureux ?
Mon ardeur embrasoit son ame;
Jaloux de ma felicité,
Le Destin la conduit sur les bords du Lethé.
> De tes amis illegitimes ,
Qui n'ont satisfait que tes yeux ,
Quem
AVRIL. 1731. 667
Qu'emportes-tu dans les abîmes ,
Où tu vas trouver tes Ayeux ?
Fruits et principes de tout crime ,
Tes avides neveux t'en rendent la victime.
Gardois- tu pour tes heritiers ,
Tes vins délicats de Falerne ?
Pour eux s'enfoncent tes Celliers ,
Pour toi s'ouvre le sombre Averne ;
La mort te frappe ce matin ,
Ce soir sur ton Cercueil ils feront un festin.
Le Chevalier de Montador.
Fermer
Résumé : PARAPHRASE DE L'ODE XIV. DU SECOND LIVRE D'HORACE, Sur la necessité de la Mort.
Le texte paraphrase l'Ode XIV du second livre d'Horace, abordant la nécessité de la mort. Il souligne que le temps passe inévitablement et que la mort frappe sans distinction, que ce soit un souverain ou un simple berger. Tous les êtres humains sont soumis aux mêmes lois de la mort, symbolisées par Atropos, l'une des Parques. Le texte mentionne des exemples variés, comme un guerrier triomphant ou un marin habile, pour illustrer que personne ne peut échapper à la mort. Il met en garde contre la vanité des biens terrestres et des plaisirs, rappelant que la mort égalise tous les hommes. Le poème se conclut par une réflexion sur la perte d'un être cher, Célimène, et sur les conséquences des actions humaines, soulignant que les biens accumulés peuvent devenir une source de malheur pour les héritiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2784
p. 679-682
L'AMOUR MUSICIEN, CANTATE.
Début :
Prés d'un Temple fameux par son antiquité, [...]
Mots clefs :
Vénus, Amour, Cythère, Temple, Chants, Zéphyrs, Beautés, Maître, Cantate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR MUSICIEN, CANTATE.
L'AMOUR MUSICIEN ,
CANTAT E.
PRés d'un Temple fameux par son antiquité ,
Où les Mortels qui veulent plaire
A la Déesse de Cythere
Vont offrir leur encens à sa Divinité ,
Est une Forêt solitaire ,
Qu'environne une sombre et sainte obscurité :
C'est là qu'aux bords d'une Fontaine
Dans les bras du sommeil j'oubliois mes soucis
Lorsque Venus avec son fils
Vint par sa présence soudaine
Troubler l'heureux repos que goutoient mes esprits.
C iiij Les
680 MERCURE DE FRANCE
Les Ris , les Jeux suivoient ses traces ;
Les Amours voloient sur ses pas ;
Sa présence dans ces climats.
Leur donnoit de nouvelles graces.
Dans ces Bois sombres et charmans
A Venus tout rendoit hommage' ;
Les Oiseaux mêmes du Bocage
A l'envi redoubloient leurs Chants.
Les Jeux , les Ris suivoient ses traces ;
Les Amours voloient sur ses pas ;
Sa présence dans ces Climats
Leur donnoit de nouvelles graces.
Je veux me dit alors la Mere des Amours ; >
Que par tes soins mon fils apprene
Cet Art qui d'Arion a conservé les jours ,
Et du Chantre de Thrace a soulagé la peine."
Flatté du choix de Venus ,
Je chantai le combat de Pan et de Phoebus ,
Et Pallas d'Arachné punissant l'arrogance ;
Mais l'Amour dégouté de ces chants ennuyeux
! Chanta d'un ton harmonieux
Les Dieux et les Mortels soumis à fa puiffance.
Fixês
AVRIL:
1731 . 681
Fixés par ces accens ,
Les Zéphirs moins volages
Laifferent
pour un tems
Reposer les feuillages ,
Les hôtes de ces Bois
Devenus moins sauvages
Aux charmes de sa voix
Joignirent leurs ramages ;
Cachés sous les ombrages ,
Les échos d'alentour
Repetent aux Boccages
Les accens de l'amour.
Touché comme eux des chants de l'enfant de
Cypris ,
Je demeurai frappé de toutes ces merveilles ,
Confus , immobile , furpris ,
A peine en crus - je alors mes yeux et mes oreilles,
Et sans me rappeller les airs que je chantois ,
Je devins Ecolier de Maître que j'étois.
Jeunes Beautés , l'Amour est un grand Maître ,
Ce Dieu sçait tout sans avoir rien appris ;
Courez à lui , vous pourrez tout connoître ;
Rien n'eft caché pour un coeur bien épris.
Les autres Dieux ont chacun leur partage ,
Mars eft Guerrier , Phoebus eft Dieu des Vers;
Cv Le
882 MERCURE DE FRANCE.
Le feul Amour par un rare aſſemblage
Unit en lui tous leurs talens divers.
Jeunes Beautez &c.
CANTAT E.
PRés d'un Temple fameux par son antiquité ,
Où les Mortels qui veulent plaire
A la Déesse de Cythere
Vont offrir leur encens à sa Divinité ,
Est une Forêt solitaire ,
Qu'environne une sombre et sainte obscurité :
C'est là qu'aux bords d'une Fontaine
Dans les bras du sommeil j'oubliois mes soucis
Lorsque Venus avec son fils
Vint par sa présence soudaine
Troubler l'heureux repos que goutoient mes esprits.
C iiij Les
680 MERCURE DE FRANCE
Les Ris , les Jeux suivoient ses traces ;
Les Amours voloient sur ses pas ;
Sa présence dans ces climats.
Leur donnoit de nouvelles graces.
Dans ces Bois sombres et charmans
A Venus tout rendoit hommage' ;
Les Oiseaux mêmes du Bocage
A l'envi redoubloient leurs Chants.
Les Jeux , les Ris suivoient ses traces ;
Les Amours voloient sur ses pas ;
Sa présence dans ces Climats
Leur donnoit de nouvelles graces.
Je veux me dit alors la Mere des Amours ; >
Que par tes soins mon fils apprene
Cet Art qui d'Arion a conservé les jours ,
Et du Chantre de Thrace a soulagé la peine."
Flatté du choix de Venus ,
Je chantai le combat de Pan et de Phoebus ,
Et Pallas d'Arachné punissant l'arrogance ;
Mais l'Amour dégouté de ces chants ennuyeux
! Chanta d'un ton harmonieux
Les Dieux et les Mortels soumis à fa puiffance.
Fixês
AVRIL:
1731 . 681
Fixés par ces accens ,
Les Zéphirs moins volages
Laifferent
pour un tems
Reposer les feuillages ,
Les hôtes de ces Bois
Devenus moins sauvages
Aux charmes de sa voix
Joignirent leurs ramages ;
Cachés sous les ombrages ,
Les échos d'alentour
Repetent aux Boccages
Les accens de l'amour.
Touché comme eux des chants de l'enfant de
Cypris ,
Je demeurai frappé de toutes ces merveilles ,
Confus , immobile , furpris ,
A peine en crus - je alors mes yeux et mes oreilles,
Et sans me rappeller les airs que je chantois ,
Je devins Ecolier de Maître que j'étois.
Jeunes Beautés , l'Amour est un grand Maître ,
Ce Dieu sçait tout sans avoir rien appris ;
Courez à lui , vous pourrez tout connoître ;
Rien n'eft caché pour un coeur bien épris.
Les autres Dieux ont chacun leur partage ,
Mars eft Guerrier , Phoebus eft Dieu des Vers;
Cv Le
882 MERCURE DE FRANCE.
Le feul Amour par un rare aſſemblage
Unit en lui tous leurs talens divers.
Jeunes Beautez &c.
Fermer
Résumé : L'AMOUR MUSICIEN, CANTATE.
Le texte 'L'AMOUR MUSICIEN' relate une scène près d'un temple antique dédié à Vénus. Le narrateur, endormi au bord d'une fontaine, est réveillé par la déesse et son fils, l'Amour. La forêt sombre et mystérieuse se transforme en un lieu de célébration à leur arrivée. Les jeux, les rires et les amours suivent leurs pas, et les oiseaux redoublent leurs chants en hommage à Vénus. Vénus demande au narrateur d'enseigner à l'Amour l'art de la musique. Le narrateur chante des récits mythologiques, mais l'Amour préfère chanter les dieux et les mortels soumis à sa puissance. Les zéphyrs, les oiseaux et les échos répètent les chants de l'Amour, touchant profondément le narrateur. Émerveillé, le narrateur devient l'élève de l'Amour, reconnaissant la supériorité de ce dieu qui unit en lui les talents de tous les autres dieux. Le texte se conclut par une invitation aux jeunes beautés à se tourner vers l'Amour pour connaître toutes les merveilles du monde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2785
p. 688-692
CONTE.
Début :
Un bon Badaut, s'il en fut un en France, [...]
Mots clefs :
Badaud, Provence, Figue, Citrouille, Colique, Médecin, Apprentissage, Hôpital
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTE.
CONTE.
N bon Badaut , s'il en fut un en France ,
Et d'esprit assez dépourvû ;
L'un de ces gens qui n'ont jamais rien vû ,
Un
AVRIL
689 1731 .
Un beau matin partit pour la Provence.
Qu'alloit-il faire en ce beau Pays-là ,
Me direz-vous ? vouloit-il , le bon homme ,
Se mettre en mer , aller ensuite à Rome ,
Voir le Saint Pere ? Oh ! rien de tout cela ;
Il avoit autre chose en tête ,
Projet nouveau , dont il se faisoit fête ,
Depuis long- temps , mais il n'en sonnoit mot
C'étoit , dit-on , d'aller manger des Figues.
Certain Gascon , qui n'étoit pas manchot ,
Né pour former de pareilles intrigues ,
Et qui vouloit aux dépens du Marmot ,
Faire voyage et bonne chere ,
L'assiegeoit les jours et les nuits ,
Et lui vantoit la Provence et ses fruits.
Oui , disoit - il , la Provence est la mere ,
Des plaisirs innoccns que l'on goute ici bas ,
Les fleurs y naissent sous les pas ;
Elle fournit en abondance ,
Tout ce qu'on peut et veut avoir ,
Tout est bon à manger, tout est charmant à voir.'
Cadedis , vive la Provence ;
Il exaltoit sur tout la Figue et sa douceur ,
Son gout exquis , son extréme grosseur
Gascon sçait à propos employer l'hyperbole ,
Faire Elephant d'un Moucheron ;
Badaut croyoit sur sa parole ,
Que Figue étoit un fruit gros comme un Potiron,
Car
690 MERCURE DE FRANCE
Car il n'en avoit de sa vie ,
Vu ni mangé , mais plutôt que plus tard ,
Il veut contenter son envie.
Bientôt tout est prêt , et l'on part ;
Non sans avoir la bourse bien garnic ;
Car après tout vous aurez beau chercher ,
De quoi voyager à votre aise ;
Foin d'un Carosse ou d'une Chaise ,
Si l'argent ne sert de Cocher.
Le Gascon chargé de la bourse ,
L'avoit fait remplir jusqu'au haut ,
>
Et plus qu'il ne falloit pour achever la course
Qu'il méditoit de faire avec notre Badaut.
Enfin on arrive en Provence ,
Badaut crut être au bout de l'Univers ,
Gascon conduit son Excellence ,
En un Jardin tout planté d'arbres verds.
Du haut de leurs branches chargées ,
Pendoient comme festons des Citrouilles rangées ,
Dont l'énorme grosseur venoit frapper les yeux;
Voilà , dit le Gascon , le fruit délicieux
Qu'on vous destine ici ; mangez sur ma parole ,
Pendant que mon Badaut sur ses deux piés planté ,
Admire l'objet si vanté ,
Gascon commence un autre rôle ,
Et sans Trompette délogeant ,
Emporte la bourse et l'argent ,
Faisant à son ami la Figue ;
Mais
AVRIL.
9 1731.
Mais le Badaut qui n'étoit pas si fin ,
Et qui prenoit courge pour Figue
Fait saut en l'air , en saisit une enfin ,
Il la fend d'un coup de mâchoire ,
Mais le mal fut qu'ayant grand faim ,
Il fit un grand repas sans boire ,
en mange à crever , et se sentant rendu ,
Il se couche à terre étendu.
Ce n'est pas fait , une affreuse colique ,
Soit venteuse , soit néphretique ,
Je n'en sçais rien , à l'instant l'assaillit .
Le Malade s'agite , il frissonne , il pâlit ,
Son coeur palpite et la tête lui groüille &
On entend son ventre de loin ,
Croasser comme une Grenouille :
Tant la malheureuse Citroüille ,
Fait de dégât ; En ce pressant besoin ,
De tous côtez on vient à la récousse.
Le Médecin portant l'Apoticaire en trousse ,
Arrive , ordonne un Anodin ,
Monsieur Cussifle avec la flute en main
Fait son devoir en galant Mousquetaire ;
Car pour seringuer un clistere ,
Il n'est pas dans le monde entier ,
De Mortel plus habile en ce noble métier ;
Le succès passa l'esperance ,
Ventre se vuide et malade guérit.
Le mal passé , chacun en rit ;
Mais
592 MERCURE DE FRANCE
Mais voici bien autre chevance ,
Il faut compter , Gascon ne paroît plus ;
Gousset est vuide , et les écus ,
Ont avec lui pris la volée.
Voilà notre Badaut réduit à l'Hôpital ,
Et tombé de fievre en chaud mal.
Chagrin au coeur et l'ame desolée ,
Ayant rendu plus qu'il n'a pris ;
Purgé bien et dûment il retourne à Paris ,
Non sans avoir pour son apprentissage ,
Dont il a payé tous les frais ,
Fait voir aux Provençaux assez mal satisfaits ,
Son grand génie et son double visage.
N bon Badaut , s'il en fut un en France ,
Et d'esprit assez dépourvû ;
L'un de ces gens qui n'ont jamais rien vû ,
Un
AVRIL
689 1731 .
Un beau matin partit pour la Provence.
Qu'alloit-il faire en ce beau Pays-là ,
Me direz-vous ? vouloit-il , le bon homme ,
Se mettre en mer , aller ensuite à Rome ,
Voir le Saint Pere ? Oh ! rien de tout cela ;
Il avoit autre chose en tête ,
Projet nouveau , dont il se faisoit fête ,
Depuis long- temps , mais il n'en sonnoit mot
C'étoit , dit-on , d'aller manger des Figues.
Certain Gascon , qui n'étoit pas manchot ,
Né pour former de pareilles intrigues ,
Et qui vouloit aux dépens du Marmot ,
Faire voyage et bonne chere ,
L'assiegeoit les jours et les nuits ,
Et lui vantoit la Provence et ses fruits.
Oui , disoit - il , la Provence est la mere ,
Des plaisirs innoccns que l'on goute ici bas ,
Les fleurs y naissent sous les pas ;
Elle fournit en abondance ,
Tout ce qu'on peut et veut avoir ,
Tout est bon à manger, tout est charmant à voir.'
Cadedis , vive la Provence ;
Il exaltoit sur tout la Figue et sa douceur ,
Son gout exquis , son extréme grosseur
Gascon sçait à propos employer l'hyperbole ,
Faire Elephant d'un Moucheron ;
Badaut croyoit sur sa parole ,
Que Figue étoit un fruit gros comme un Potiron,
Car
690 MERCURE DE FRANCE
Car il n'en avoit de sa vie ,
Vu ni mangé , mais plutôt que plus tard ,
Il veut contenter son envie.
Bientôt tout est prêt , et l'on part ;
Non sans avoir la bourse bien garnic ;
Car après tout vous aurez beau chercher ,
De quoi voyager à votre aise ;
Foin d'un Carosse ou d'une Chaise ,
Si l'argent ne sert de Cocher.
Le Gascon chargé de la bourse ,
L'avoit fait remplir jusqu'au haut ,
>
Et plus qu'il ne falloit pour achever la course
Qu'il méditoit de faire avec notre Badaut.
Enfin on arrive en Provence ,
Badaut crut être au bout de l'Univers ,
Gascon conduit son Excellence ,
En un Jardin tout planté d'arbres verds.
Du haut de leurs branches chargées ,
Pendoient comme festons des Citrouilles rangées ,
Dont l'énorme grosseur venoit frapper les yeux;
Voilà , dit le Gascon , le fruit délicieux
Qu'on vous destine ici ; mangez sur ma parole ,
Pendant que mon Badaut sur ses deux piés planté ,
Admire l'objet si vanté ,
Gascon commence un autre rôle ,
Et sans Trompette délogeant ,
Emporte la bourse et l'argent ,
Faisant à son ami la Figue ;
Mais
AVRIL.
9 1731.
Mais le Badaut qui n'étoit pas si fin ,
Et qui prenoit courge pour Figue
Fait saut en l'air , en saisit une enfin ,
Il la fend d'un coup de mâchoire ,
Mais le mal fut qu'ayant grand faim ,
Il fit un grand repas sans boire ,
en mange à crever , et se sentant rendu ,
Il se couche à terre étendu.
Ce n'est pas fait , une affreuse colique ,
Soit venteuse , soit néphretique ,
Je n'en sçais rien , à l'instant l'assaillit .
Le Malade s'agite , il frissonne , il pâlit ,
Son coeur palpite et la tête lui groüille &
On entend son ventre de loin ,
Croasser comme une Grenouille :
Tant la malheureuse Citroüille ,
Fait de dégât ; En ce pressant besoin ,
De tous côtez on vient à la récousse.
Le Médecin portant l'Apoticaire en trousse ,
Arrive , ordonne un Anodin ,
Monsieur Cussifle avec la flute en main
Fait son devoir en galant Mousquetaire ;
Car pour seringuer un clistere ,
Il n'est pas dans le monde entier ,
De Mortel plus habile en ce noble métier ;
Le succès passa l'esperance ,
Ventre se vuide et malade guérit.
Le mal passé , chacun en rit ;
Mais
592 MERCURE DE FRANCE
Mais voici bien autre chevance ,
Il faut compter , Gascon ne paroît plus ;
Gousset est vuide , et les écus ,
Ont avec lui pris la volée.
Voilà notre Badaut réduit à l'Hôpital ,
Et tombé de fievre en chaud mal.
Chagrin au coeur et l'ame desolée ,
Ayant rendu plus qu'il n'a pris ;
Purgé bien et dûment il retourne à Paris ,
Non sans avoir pour son apprentissage ,
Dont il a payé tous les frais ,
Fait voir aux Provençaux assez mal satisfaits ,
Son grand génie et son double visage.
Fermer
Résumé : CONTE.
En avril 1731, un homme surnommé Badaut décide de se rendre en Provence, influencé par un Gascon qui vante la douceur et la taille des figues locales. Badaut, n'ayant jamais vu ni goûté de figues, se laisse convaincre et part avec une bourse bien garnie. À son arrivée, le Gascon lui montre des citrouilles, que Badaut prend pour des figues. Après en avoir mangé plusieurs, Badaut souffre d'une violente colique. Un médecin et un apothicaire interviennent et le soignent. Cependant, le Gascon disparaît avec l'argent de Badaut. Ruiné et malade, Badaut retourne à Paris après avoir été soigné à l'hôpital.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2786
p. 701-704
LE LION ET LA BREBIS, FABLE.
Début :
Vous qui des grands recherchez l'assistance, [...]
Mots clefs :
Lion, Brebis, Protection, Toison, Fable, Justice, Puissance, Fourrure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LION ET LA BREBIS, FABLE.
LE LION ET LA BREBIS ,
V
FABLE.
Ous qui des grands recherchez l'assistance ,
N'allez pas avec eux vous lier d'interêt , ´
Si vous donnez plus que la reverence 2
Vous êtes perdus pour jamais.
Un Lion , mais Lion du plus sublime étage ,
Et des plus nobles d'alentour ,
Lion puissant Siegneur , qui par haut parentage ,
Etoit des mieux venus en Cour ,
Joua , dit- on , un vilain tour ,
A la Brebis , sa voisine , peu sage.
Voici le cas ; le bêlant animal ,
Voulant s'avancer , se produire ,
Pour maîtriser ceux qui pouvoient lui naire ,
Et l'emporter sur maint et maint Rival ;
Il faut , dit- il , choisir une Puissance ,
Envers et contre tous qui puisse nous munir ,
Et réprimer l'insolence ,
De l'Escroqueur , qui contre notre engeance®,
Diij
Aima
702 MERCURE DE FRANCE
Aima toûjours tant à sevir.
Ainsi pensoit la Bête à Laine ,
Aussi-tôt dit , aussi-tôt fait ;
Elle court à perte d'haleine ,
Chez le Lion , pour le voir à souhait ,
Et lui faire sa réverence .
Celui- cy de bonne accointance ,.
Avec beaucoup d'affectation ,
Lui promet sa protection.
Grande amitié de part et d'autre ,
Mais par présens falloit l'entretenir ,
Seigneur Lion , le bon apôtre ,
Eût voulu déja les tenir.
D'abord on n'exigea que la simple courbette ,
Que constante assiduité :
Mais bien-tôt la Bête sujette ,
N'en fut quitte à si bon marché ;
Laissant là sa délicatesse ,
Notre Patron s'arma de hardiesse
Et la pria de lui prêter ,
Maintes feuilles qu'avoit amassé la pécore ,
Pour subsister durant l'âpre saison
Cette demande qui l'honore ,
Lui fait donner au Patron 2.
Le feuillage ,
Qu'elle avoit fait à son Village ,
Voiturer à grands frais par Maître Aliboron..
Ce ne fur tout , et comme dit l'adage ,
Plus
AVRIL. 703 1731 .
Plus on a , plus on veut avoir ,
Chez tous les Grands c'est maxime en usage.
Ainsi donc le Lion venant à concevoir ,
Que s'approchoit le tems de la froidure ,
Pensa comment d'une saison si dure ,
Il éviteroit les rigueurs ;
Puis tout à coup songeant à sa Cliente ,
>
En vain, dit- il , je me tourmente ,
Pour de chimeriques malheurs ;
Notre Brebis de sa véture ,
Nous fera chaude couverture.
Bien disoit vrai , le benin animal
De sa Toison lui fait une fourure ,
Si bien que tant que l'hyver dure ,
Le Protecteur ne ressent aucun mal.
A sa porte souvent l'autre cria misere ,
Voulut qu'on la payât et qu'on finît l'affaire .
Pas le moindre petit retour ;
Et qui pis est , la pécore bêlante ,
N'osa plaider pour un si vilain tour ;
Trop bien sçavoit que la Justice est lente ,
A condamner les gens de Cour.
Tout ce que fit la bête aux frimats exposée ,
C'est qu'à son dain déniaisée ,
N'ayant de quoi manger , ni se vétir ,
Elle jura bien fort de n'y plus revenir..
Cet Apologue est pour confondre ,
Ceux qui se livrent trop à de puissans amis ,
D. iiij
Car
704 MERCURE DE * FRANCE
A
Car il est plus d'une Brebis ,
Quipar les Grands se laisse tondre.'
Par René-Vincent Desf *** .
V
FABLE.
Ous qui des grands recherchez l'assistance ,
N'allez pas avec eux vous lier d'interêt , ´
Si vous donnez plus que la reverence 2
Vous êtes perdus pour jamais.
Un Lion , mais Lion du plus sublime étage ,
Et des plus nobles d'alentour ,
Lion puissant Siegneur , qui par haut parentage ,
Etoit des mieux venus en Cour ,
Joua , dit- on , un vilain tour ,
A la Brebis , sa voisine , peu sage.
Voici le cas ; le bêlant animal ,
Voulant s'avancer , se produire ,
Pour maîtriser ceux qui pouvoient lui naire ,
Et l'emporter sur maint et maint Rival ;
Il faut , dit- il , choisir une Puissance ,
Envers et contre tous qui puisse nous munir ,
Et réprimer l'insolence ,
De l'Escroqueur , qui contre notre engeance®,
Diij
Aima
702 MERCURE DE FRANCE
Aima toûjours tant à sevir.
Ainsi pensoit la Bête à Laine ,
Aussi-tôt dit , aussi-tôt fait ;
Elle court à perte d'haleine ,
Chez le Lion , pour le voir à souhait ,
Et lui faire sa réverence .
Celui- cy de bonne accointance ,.
Avec beaucoup d'affectation ,
Lui promet sa protection.
Grande amitié de part et d'autre ,
Mais par présens falloit l'entretenir ,
Seigneur Lion , le bon apôtre ,
Eût voulu déja les tenir.
D'abord on n'exigea que la simple courbette ,
Que constante assiduité :
Mais bien-tôt la Bête sujette ,
N'en fut quitte à si bon marché ;
Laissant là sa délicatesse ,
Notre Patron s'arma de hardiesse
Et la pria de lui prêter ,
Maintes feuilles qu'avoit amassé la pécore ,
Pour subsister durant l'âpre saison
Cette demande qui l'honore ,
Lui fait donner au Patron 2.
Le feuillage ,
Qu'elle avoit fait à son Village ,
Voiturer à grands frais par Maître Aliboron..
Ce ne fur tout , et comme dit l'adage ,
Plus
AVRIL. 703 1731 .
Plus on a , plus on veut avoir ,
Chez tous les Grands c'est maxime en usage.
Ainsi donc le Lion venant à concevoir ,
Que s'approchoit le tems de la froidure ,
Pensa comment d'une saison si dure ,
Il éviteroit les rigueurs ;
Puis tout à coup songeant à sa Cliente ,
>
En vain, dit- il , je me tourmente ,
Pour de chimeriques malheurs ;
Notre Brebis de sa véture ,
Nous fera chaude couverture.
Bien disoit vrai , le benin animal
De sa Toison lui fait une fourure ,
Si bien que tant que l'hyver dure ,
Le Protecteur ne ressent aucun mal.
A sa porte souvent l'autre cria misere ,
Voulut qu'on la payât et qu'on finît l'affaire .
Pas le moindre petit retour ;
Et qui pis est , la pécore bêlante ,
N'osa plaider pour un si vilain tour ;
Trop bien sçavoit que la Justice est lente ,
A condamner les gens de Cour.
Tout ce que fit la bête aux frimats exposée ,
C'est qu'à son dain déniaisée ,
N'ayant de quoi manger , ni se vétir ,
Elle jura bien fort de n'y plus revenir..
Cet Apologue est pour confondre ,
Ceux qui se livrent trop à de puissans amis ,
D. iiij
Car
704 MERCURE DE * FRANCE
A
Car il est plus d'une Brebis ,
Quipar les Grands se laisse tondre.'
Par René-Vincent Desf *** .
Fermer
Résumé : LE LION ET LA BREBIS, FABLE.
La fable 'Le Lion et la Brebis' relate l'histoire d'une brebis cherchant protection auprès d'un lion puissant. Le lion accepte de la protéger en échange de présents. Initialement, il demande de la courbette et de l'assiduité, puis exige des feuilles que la brebis a amassées pour l'hiver. La brebis, soumise, lui fournit ce qu'il demande. Lorsque l'hiver arrive, le lion utilise la laine de la brebis pour se couvrir sans compensation. La brebis, malgré ses plaintes, n'ose pas réclamer justice, sachant que les puissants sont protégés par la lenteur de la justice. Elle finit par jurer de ne plus jamais chercher la protection des grands. Cette fable met en garde contre les dangers de s'allier à des puissants qui peuvent exploiter et abandonner ceux qui leur font confiance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2787
p. 706-707
ENIGME.
Début :
Je suis un beau petit Palais, [...]
Mots clefs :
Lanterne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
E suis un beau petit Palais,
Bâti d'une aimable structure ,
Sans employer pour moi l'Art de l'Architecture;
On me construit à peu de frais.
J'ai cependant gentille couverture ;
Mansarde quelquefois , fenêtres et tréineaux
Et tous les ornemens des Palais les plus beaux.
Je n'ai jamais qu'un seul étage ,
Et qu'un Salon pour tout Appartement :
C'est là qu'une Beauté , quoiqu'en mince équi
page ,
Vient se loger superbement..
Je fus jadis compagne inséparable
D'un Sage de l'Antiquité.
2
Mais
AVRIL 1731. 707
J Mais quelle calomnie inhumaine , execrable
N'ont point fait les Mortels de moi , de ma
beauté !
> Ils ont poussé la cruauté
Jusques me tacher de cet Art, redoutable ,
Dont on brule àRouen quiconque en est coupable.
E suis un beau petit Palais,
Bâti d'une aimable structure ,
Sans employer pour moi l'Art de l'Architecture;
On me construit à peu de frais.
J'ai cependant gentille couverture ;
Mansarde quelquefois , fenêtres et tréineaux
Et tous les ornemens des Palais les plus beaux.
Je n'ai jamais qu'un seul étage ,
Et qu'un Salon pour tout Appartement :
C'est là qu'une Beauté , quoiqu'en mince équi
page ,
Vient se loger superbement..
Je fus jadis compagne inséparable
D'un Sage de l'Antiquité.
2
Mais
AVRIL 1731. 707
J Mais quelle calomnie inhumaine , execrable
N'ont point fait les Mortels de moi , de ma
beauté !
> Ils ont poussé la cruauté
Jusques me tacher de cet Art, redoutable ,
Dont on brule àRouen quiconque en est coupable.
Fermer
2788
p. 707-709
LOGOGRYPHE à Madame de G.
Début :
Oui, j'ose, Iris, me flater en secret, [...]
Mots clefs :
Claire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE à Madame de G.
LOGOGRYPHE à Madame de G.
Par M. du P. d'Arras.
OU
Qui
Ui , j'ose , Iris , me flater en secret ,
Que ce présent aura de quoi vous plaire :
Je le puis bien sans être témeraire ,
Puisque chez vous j'en ai pris le sujet.
On me prend en deux sens ; le premier vous
presente ,
Le nom de plus d'une Beauté ,
Au second je suis qualité ,
Qui rend le vin brillant et l'Onde transparente
Six lettres font mon tout ; prises diversement ,
Elles vous formeront maint objet different ,
Prenez- les enchiffrez ; la route est plus aisée ;.
Un, trois, quatre, cinq, six , je suis Ville vantée
Trois , quatre , cinq , sans moi nul ne peut respirer
;
Trois , quatre , cinq , puis six , double Ville -de
France 2
De mon sein vous tirez tous votre subsistance ;
Quatre , cinq , six , je suis deffaut à eviter,
Dvj Deux.
708 MERCURE DE FRANCE.
Deux, quatre , trois , je fus femme de Patriarche
Trois, quatre , deux et six, chose utile à l'Oiseau,
Deux , quatre , six , je naîs dans le fond d'un
tonneau.
Trois , quatre , la douleur avec moi toujours
marche ,
Quatre , trois , cinq et six , jeune présomptueux,
Je péris en quittant les traces de mon pere ;
Deux , trois , quatre , puis six , je suis bête très→
fiere ;
Un, quatre, six et deux , l'objet de tous vos voeux;
Cinq , six , ou bien deux , trois , je sers à la Musique
;
Deux, quatre, un, six , heureux qui ne me court
en vain ;
Trois , cinq et un , jadis funeste au genre hu
main ;
Je sçais plaire à present au plus mélancolique ,
Trois , un, cinq , six , j'aurai de quoi picquer le
goût ,
Mille en païs lointain , mesure en Normandie ;
Un , trois , cinq , quatre , six , Province de l'Asie.
Deux, trois , quatre , cinq , six , refrein connu
par tout ,
Un , trois , deux , six , malheur à qui je sers de
gîte ;
Un , cinq et quatre , on peut m'entendre de bien ,
loin.
Un , quatre, cinq et six , une Mouche avec soin
Me forme et m'embellit ; un , trois , deux , d'aller
vîte ; Je
AVRIL.
1731. 709
Je puis bien empêcher le plus leger pieton :
Deux , trois , un > vous voyez qantité d'eau dor →
mante ;
Trois , quatre , deux , je suis d'une odeur trèspicquante..
Un , deux et six , sans moi nul n'entre en sa
maison ;
Deux , quatre , cinq et six , on me voit toujours.
lire.
Un , deux, trois , quatre , cinq , je suis nom mas◄
culin ;
P
Deux , trois , quatre , puis un , au Service divin
Je ne puis qu'assister ... je n'ai plus rien à dire.
Par M. du P. d'Arras.
OU
Qui
Ui , j'ose , Iris , me flater en secret ,
Que ce présent aura de quoi vous plaire :
Je le puis bien sans être témeraire ,
Puisque chez vous j'en ai pris le sujet.
On me prend en deux sens ; le premier vous
presente ,
Le nom de plus d'une Beauté ,
Au second je suis qualité ,
Qui rend le vin brillant et l'Onde transparente
Six lettres font mon tout ; prises diversement ,
Elles vous formeront maint objet different ,
Prenez- les enchiffrez ; la route est plus aisée ;.
Un, trois, quatre, cinq, six , je suis Ville vantée
Trois , quatre , cinq , sans moi nul ne peut respirer
;
Trois , quatre , cinq , puis six , double Ville -de
France 2
De mon sein vous tirez tous votre subsistance ;
Quatre , cinq , six , je suis deffaut à eviter,
Dvj Deux.
708 MERCURE DE FRANCE.
Deux, quatre , trois , je fus femme de Patriarche
Trois, quatre , deux et six, chose utile à l'Oiseau,
Deux , quatre , six , je naîs dans le fond d'un
tonneau.
Trois , quatre , la douleur avec moi toujours
marche ,
Quatre , trois , cinq et six , jeune présomptueux,
Je péris en quittant les traces de mon pere ;
Deux , trois , quatre , puis six , je suis bête très→
fiere ;
Un, quatre, six et deux , l'objet de tous vos voeux;
Cinq , six , ou bien deux , trois , je sers à la Musique
;
Deux, quatre, un, six , heureux qui ne me court
en vain ;
Trois , cinq et un , jadis funeste au genre hu
main ;
Je sçais plaire à present au plus mélancolique ,
Trois , un, cinq , six , j'aurai de quoi picquer le
goût ,
Mille en païs lointain , mesure en Normandie ;
Un , trois , cinq , quatre , six , Province de l'Asie.
Deux, trois , quatre , cinq , six , refrein connu
par tout ,
Un , trois , deux , six , malheur à qui je sers de
gîte ;
Un , cinq et quatre , on peut m'entendre de bien ,
loin.
Un , quatre, cinq et six , une Mouche avec soin
Me forme et m'embellit ; un , trois , deux , d'aller
vîte ; Je
AVRIL.
1731. 709
Je puis bien empêcher le plus leger pieton :
Deux , trois , un > vous voyez qantité d'eau dor →
mante ;
Trois , quatre , deux , je suis d'une odeur trèspicquante..
Un , deux et six , sans moi nul n'entre en sa
maison ;
Deux , quatre , cinq et six , on me voit toujours.
lire.
Un , deux, trois , quatre , cinq , je suis nom mas◄
culin ;
P
Deux , trois , quatre , puis un , au Service divin
Je ne puis qu'assister ... je n'ai plus rien à dire.
Fermer
2789
p. 709-710
AUTRE LOGOGRYPHE.
Début :
Cinq membres composent mon corps ; [...]
Mots clefs :
Pavie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRYPHE.
AÚTRE LOGO GRYP HE .
Cinq
membres
composent mon corps ;,
Je nomme une fameuse Ville ,
Qui vit sa Campagne fertile ,
Pleine de Captifs et de Morts.
Pour trouver une Ville en France ,
Prenez mes trois membres premiers ;
Vous verrez dans mes trois derniers .
Par où l'homme a son existence,
"
I1 naît un magnifique fruit ,
Des quatre premieres parties ;
Les deux dernieres assorties
A ma tête qui les conduit ,
Font d'un animal volatile,
2.
Re
710 MERCURE
DE FRANCE
Reconnoître aisément le nom .
( Tel se nommoit en grand renom ,
Le Coursier d'un Guerrier habile . )
La troisiéme de mon tout
part
Au mot précedent ajoûtée ,
Est l'instrument d'une Jettée ,
Quand on l'éguize par un bout.
Retranches de ma forme entiere ,
Mes membres , troisième et second
Combinez , c'est l'étui fécond ,
D'une nourrissante matiere ...
Par Anagrame , un vêtement ,
S'offre en ôtant mon second membre.
Deux lettres dont on me démembre
Font éclore un amusement..
Supprimez ma derniere lettre
Transposez mes membres divers
Alors remanié , je sers ,
A regarder par la fenêtre .
Enfin arrachez - moi le coeur
Mon reste devient le salaire ,
Qui de l'indigent militaire ,
Nourrit la force et la vigueur.
2:
Par M. le Besgue , Chanoine de Gerberoy
Cinq
membres
composent mon corps ;,
Je nomme une fameuse Ville ,
Qui vit sa Campagne fertile ,
Pleine de Captifs et de Morts.
Pour trouver une Ville en France ,
Prenez mes trois membres premiers ;
Vous verrez dans mes trois derniers .
Par où l'homme a son existence,
"
I1 naît un magnifique fruit ,
Des quatre premieres parties ;
Les deux dernieres assorties
A ma tête qui les conduit ,
Font d'un animal volatile,
2.
Re
710 MERCURE
DE FRANCE
Reconnoître aisément le nom .
( Tel se nommoit en grand renom ,
Le Coursier d'un Guerrier habile . )
La troisiéme de mon tout
part
Au mot précedent ajoûtée ,
Est l'instrument d'une Jettée ,
Quand on l'éguize par un bout.
Retranches de ma forme entiere ,
Mes membres , troisième et second
Combinez , c'est l'étui fécond ,
D'une nourrissante matiere ...
Par Anagrame , un vêtement ,
S'offre en ôtant mon second membre.
Deux lettres dont on me démembre
Font éclore un amusement..
Supprimez ma derniere lettre
Transposez mes membres divers
Alors remanié , je sers ,
A regarder par la fenêtre .
Enfin arrachez - moi le coeur
Mon reste devient le salaire ,
Qui de l'indigent militaire ,
Nourrit la force et la vigueur.
2:
Par M. le Besgue , Chanoine de Gerberoy
Fermer
2790
p. 766
CHANSON,
Début :
Depuis longtemps votre absence, [...]
Mots clefs :
Absence, Amour, Extrême, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON,
CHANSON,
Depuis long - temps votre absence ,
Me fait languir nuit et jour ,
Mais votre aimable presence ,
Récompense mon amour.
Si ma peine fut extrême ,
C'est un songe en ce moment.
Quand on revoit ce qu'on aime ,
Le plaisir est plus charmant.
Depuis long - temps votre absence ,
Me fait languir nuit et jour ,
Mais votre aimable presence ,
Récompense mon amour.
Si ma peine fut extrême ,
C'est un songe en ce moment.
Quand on revoit ce qu'on aime ,
Le plaisir est plus charmant.
Fermer
2791
p. 766-767
CHANSON sur le séjour de Mlle J. M. D. V. en sa Maison de Campagne, près de Bayonne.
Début :
Mortels, redoute d'approcher, [...]
Mots clefs :
Mortels, Dieu de l'amour, Cythère, Yeux, Asile, Belle, Flamme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON sur le séjour de Mlle J. M. D. V. en sa Maison de Campagne, près de Bayonne.
Mortels , redoutez
d'approcher ,
Ce séjour solitaire ,
Le Dieu de l'Amour , pour s'y cacher ,
Vient de quitter Cithere ;
Il y rencontra son malheur,
Le petit témeraire ,
D..V .... a vaincu le Vainqueur
Des Vainqueurs de la Terre..
Lorsqu'il entra dans ces beaux lieux ,
Lassé de son voyage,
Il s'assit , dévoila ses yeux ,,
Admira cet ombrage ,
Et pour ne point jetter d'effroy ,
Dans cet aimable azile ,
Il quitta l'Arc et le Carquois ,
Et s'endormit tranquille.
La Belle pendant son sommeil ,
Prit tout son Equipage ,
L'Enfant Divin à son réveil ,
Lui dit , pleurant de rage :
Que voulez -vous faire des Traits
Par qui l'on me reyére ,
C'est assez d'avoir plus d'attraits ,
Que ma Divine Mere.
Mais si je ne puis vous toucher ,
Si vous gardez mes Armes ,
Permettez - moi de me cacher ,
Sous quelqu'un de vos charmes ,
D..V .... lui ceda ses yeux ,
Il les remplit de flamme ,
Pour se venger il eût fait mieux ,
D'en embraser son ame.
Le Chevalier de Montador:
d'approcher ,
Ce séjour solitaire ,
Le Dieu de l'Amour , pour s'y cacher ,
Vient de quitter Cithere ;
Il y rencontra son malheur,
Le petit témeraire ,
D..V .... a vaincu le Vainqueur
Des Vainqueurs de la Terre..
Lorsqu'il entra dans ces beaux lieux ,
Lassé de son voyage,
Il s'assit , dévoila ses yeux ,,
Admira cet ombrage ,
Et pour ne point jetter d'effroy ,
Dans cet aimable azile ,
Il quitta l'Arc et le Carquois ,
Et s'endormit tranquille.
La Belle pendant son sommeil ,
Prit tout son Equipage ,
L'Enfant Divin à son réveil ,
Lui dit , pleurant de rage :
Que voulez -vous faire des Traits
Par qui l'on me reyére ,
C'est assez d'avoir plus d'attraits ,
Que ma Divine Mere.
Mais si je ne puis vous toucher ,
Si vous gardez mes Armes ,
Permettez - moi de me cacher ,
Sous quelqu'un de vos charmes ,
D..V .... lui ceda ses yeux ,
Il les remplit de flamme ,
Pour se venger il eût fait mieux ,
D'en embraser son ame.
Le Chevalier de Montador:
Fermer
Résumé : CHANSON sur le séjour de Mlle J. M. D. V. en sa Maison de Campagne, près de Bayonne.
Le poème décrit un affrontement entre le dieu de l'Amour et un mortel nommé D..V.... Le dieu, fatigué, se repose et se débarrasse de son arc et de son carquois. D..V.... profite de son sommeil pour voler cet équipement. À son réveil, le dieu exige la restitution de ses traits, mais D..V.... refuse et propose de se cacher sous un charme. Le dieu lui cède ses yeux, les remplissant de flamme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2792
p. 805-806
A M. HERAULT, CONSEILLER D'ETAT, ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE. LE LYNX. Fable.
Début :
Au milieu des travaux, où brille ta prudence, [...]
Mots clefs :
Lynx, Prudence, Simplicité, Vertu, Larcins, Vice, Sphynx, Vigilance , Équité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. HERAULT, CONSEILLER D'ETAT, ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE. LE LYNX. Fable.
A M. HERAULT,
CONSEILLER D'ETAT ,
ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE
LE LYNX. Fable.
Au milieu des travaux , où brille ta prudence ,
Herault , je te demande un instant d'audiance ;
Daigne me l'accorder , et souffre que ma voix ,
Loin du monde et du bruit t'appelle dans les bois ;
D'autres pour acquerir l'honneur de ton estime ,
Pourront avec éclat prendre un essor sublime ,
Mon style manque d'art , mais sa simplicité ,
Sçait rendre à la vertu ce qu'elle a merité.
Certaine Chronique rapporte ,
Que dans une Forêt pleine d'Oiseaux divers
Et d'animaux de toute sorte ,
Entra jadis l'esprit pervers :
Aussi- tôt les larcins , les meurtres ,
Les trahisons , le brigandage ,
le
carnage ,
Y vinrent déployer leurs coupables fureurs ;
La
806 MERCURE DE FRANCE
La raison du plus fort emportoit la balance ,
Le vice triomphoit , la timide innocence ,
Perdoit ses soupirs et ses pleurs :
Sultan Lyon , dont l'ame genereuse ,
Souffroit avec chagrin de pareils attentats »»
Résolut d'extirper du sein de ses Etats ,
Cette licence dangereuse ;
Pour remplir un projet si beau ,
Il se servit du ministere
D'un Lynx qui suivoit le flambeau ,
De l'Equité la plus austere..
A son aspect les crimes confondus ,
Chercherent en vain un azile
Sa vigilance et ses soins assidus.
Rendirent la Forêt tranquille ;
Le Pigeon du Vautour méprisa la fureur ,
Et l'innocent Agneau vit le Loup sans terreur.
Sage Magistrat , cette Fable ,
N'a point l'obscurité des Enigmes du Sphynx ,
Paris de son repos à tes soins redevable ,
Verra facilement que ma Muse équitable ,
Ne songeoit qu'à toi seul en dépeignant le Lynx
I Par M.de Gastera..
CONSEILLER D'ETAT ,
ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE
LE LYNX. Fable.
Au milieu des travaux , où brille ta prudence ,
Herault , je te demande un instant d'audiance ;
Daigne me l'accorder , et souffre que ma voix ,
Loin du monde et du bruit t'appelle dans les bois ;
D'autres pour acquerir l'honneur de ton estime ,
Pourront avec éclat prendre un essor sublime ,
Mon style manque d'art , mais sa simplicité ,
Sçait rendre à la vertu ce qu'elle a merité.
Certaine Chronique rapporte ,
Que dans une Forêt pleine d'Oiseaux divers
Et d'animaux de toute sorte ,
Entra jadis l'esprit pervers :
Aussi- tôt les larcins , les meurtres ,
Les trahisons , le brigandage ,
le
carnage ,
Y vinrent déployer leurs coupables fureurs ;
La
806 MERCURE DE FRANCE
La raison du plus fort emportoit la balance ,
Le vice triomphoit , la timide innocence ,
Perdoit ses soupirs et ses pleurs :
Sultan Lyon , dont l'ame genereuse ,
Souffroit avec chagrin de pareils attentats »»
Résolut d'extirper du sein de ses Etats ,
Cette licence dangereuse ;
Pour remplir un projet si beau ,
Il se servit du ministere
D'un Lynx qui suivoit le flambeau ,
De l'Equité la plus austere..
A son aspect les crimes confondus ,
Chercherent en vain un azile
Sa vigilance et ses soins assidus.
Rendirent la Forêt tranquille ;
Le Pigeon du Vautour méprisa la fureur ,
Et l'innocent Agneau vit le Loup sans terreur.
Sage Magistrat , cette Fable ,
N'a point l'obscurité des Enigmes du Sphynx ,
Paris de son repos à tes soins redevable ,
Verra facilement que ma Muse équitable ,
Ne songeoit qu'à toi seul en dépeignant le Lynx
I Par M.de Gastera..
Fermer
Résumé : A M. HERAULT, CONSEILLER D'ETAT, ET LIEUTENANT GENERAL DE POLICE. LE LYNX. Fable.
Le texte est une fable dédiée à M. Hérault, conseiller d'État et lieutenant général de police. L'auteur sollicite son attention pour lui présenter une fable. Cette fable relate comment une forêt, autrefois paisible, fut perturbée par le vice, entraînant des larcins, des meurtres, des trahisons et des brigandages. Indigné par ces actes, le sultan Lyon décida d'y mettre fin. Il choisit un lynx, symbole de vigilance et d'équité, pour rétablir l'ordre. Grâce à la vigilance du lynx, la forêt retrouva la tranquillité, permettant aux animaux innocents de vivre sans crainte. L'auteur compare Hérault au lynx, soulignant que, comme ce dernier, Hérault veille sur Paris et y maintient l'ordre et la justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2793
p. 809-810
A M. J. D. à Amiens, Sur la rareté des Canards.
Début :
On dit (mais je ne le puis croire) [...]
Mots clefs :
Canards, Froids, Temple, Rasade, Carnaval, Carême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. J. D. à Amiens, Sur la rareté des Canards.
A M. J. D.
à
Amiens ,
Sur la rareté des Canards.
ONN dit ( mais je ne le puis croire )
Que chez vous les froids sont si grands ,
Que les Canards à triples rangs ,
Pour n'avoir pu trouver à boire ,
Ont fui si bien , qu'il n'est resté ,
Pas de quoi faire un seul Pâté .
Pour vous , si l'on dit vrai , la chose est affli
geante ,
Car enfin ne comptez de
vous porter si bien ,
Comme vous avez fait en l'an mil sept cens
trente ,
Si vous ne payez pas à C ... sa rente ;
C... de sa part pour vous ne fera rien.
L'an passé qu'il reçut l'honnête redevance ; ´
Par huit ou neuf de ses Supots ,
Tous gens à Janus fort dévots ,
Il fit faire pour vous des voeux en abondance ;
Le Temple de Bacchus en diroit verité ;
A votre intention mainte razade buë ,
Et tant que chez quelqu'un raison en fut perdue,
Vous auriez pour l'année acquis force santé .
Cet an- cy n'ira pas de même :
Sans que rien ait parú voici le Carnaval ,
Ma
810 MERCURE DE FRANCE
i
Ma foi craignez la mort ou la fievre au teint
blême ,
Si vous ne prévenez le mal ;
Hazard si vous allez jusqu'à la mi-carême.
à
Amiens ,
Sur la rareté des Canards.
ONN dit ( mais je ne le puis croire )
Que chez vous les froids sont si grands ,
Que les Canards à triples rangs ,
Pour n'avoir pu trouver à boire ,
Ont fui si bien , qu'il n'est resté ,
Pas de quoi faire un seul Pâté .
Pour vous , si l'on dit vrai , la chose est affli
geante ,
Car enfin ne comptez de
vous porter si bien ,
Comme vous avez fait en l'an mil sept cens
trente ,
Si vous ne payez pas à C ... sa rente ;
C... de sa part pour vous ne fera rien.
L'an passé qu'il reçut l'honnête redevance ; ´
Par huit ou neuf de ses Supots ,
Tous gens à Janus fort dévots ,
Il fit faire pour vous des voeux en abondance ;
Le Temple de Bacchus en diroit verité ;
A votre intention mainte razade buë ,
Et tant que chez quelqu'un raison en fut perdue,
Vous auriez pour l'année acquis force santé .
Cet an- cy n'ira pas de même :
Sans que rien ait parú voici le Carnaval ,
Ma
810 MERCURE DE FRANCE
i
Ma foi craignez la mort ou la fievre au teint
blême ,
Si vous ne prévenez le mal ;
Hazard si vous allez jusqu'à la mi-carême.
Fermer
Résumé : A M. J. D. à Amiens, Sur la rareté des Canards.
Dans une lettre adressée à M. J. D. à Amiens, l'auteur évoque la rareté des canards dans la région, attribuant cette situation au froid intense et à l'absence d'eau. Il exprime son incrédulité face à cette disparition. L'auteur rappelle également une dette impayée à une personne nommée C..., soulignant que l'année précédente, après avoir reçu sa redevance, C... avait organisé des festivités en l'honneur de M. J. D., incluant des libations et des prières. Il met en garde M. J. D. contre les risques pour sa santé s'il ne règle pas cette dette, notant que le Carnaval est passé sans que les mesures nécessaires aient été prises pour éviter des problèmes de santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2794
p. 815-819
REPONSE à l'Epitre de M. Carrelet d'Hautefeuille, imprimée dans le Mercure de Janvier dernier, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croissic en Bretagne.
Début :
Gent Cavalier, bien grammerci vous dis, [...]
Mots clefs :
Épître, Hirondelles, Clavicules, Outil divinatoire, Impromptu, Sortilège, Amants, Muses, Méduses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE à l'Epitre de M. Carrelet d'Hautefeuille, imprimée dans le Mercure de Janvier dernier, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croissic en Bretagne.
REPONSE à l'Epitre de M. Carrelet
d'Hautefeuille , imprimée dans le Mercure
de Janvier dernier , par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croissic en
Bretagne.
Gent Cavalier, bien grammercî vous dis ,
Du soin courtois que votre veine a pris ,
De parfumer mes tendres Hirondelles ,
Du pur encens de ses mets trés-exquis.
Peut être même en passant iront-elles ,
Quelque matin , le Soleil paroissant ,
Sur la fenêtre ou sur la cheminée ,
Vous begayer d'un ton reconnoissant ,
Une Chanson longuement fredonnée ,
Dont pesterez dans votre entendement ,
Vous qui dormez la grasse matinée ,
Et maudirez leur aigu compliment.
Scachez pourtant qu'à mon ordre est allée,
Dans vos cantons cette Amdassade aîlée.
Par quoi j'ai cru qu'admonesté dûment ,
Ne leurs feriez sur ce querelle aucune ;
Ains
816 MERCURE DE FRANCE
Ains daignericz les traiter poliment.
Mais si de près voulez avec quelqu'une ,
Avoir Colloque ; oyez ; voici comment.
N'allez d'abord vous mettre en la memoire ,'
Que de Merluche ( 1 ) ou de telles Circez , ( 2 )
Ou d'Agrippa (3 ) j'entende le Grimoire.
Point n'ai porté sur mes doigts renversez ,
De Jacque Aimard ( 4 ) l'outil divinatoire ;
Point n'est en moi d'intelligence assez ,
Pour penetrer les sombres Clavicules , (s )
Dont on nous fait des contes ridicules,
Crus neanmoins de beaucoup d'insensez.
Onc n'ai tenté des routes inconnuës , ( 6 )
Dans la nuit brune allant les pieds graissez
Sur un balai galoppant par les ruës.
Tout le secret dont allez être instruit ,
N'est Art magique , ains chose naturelle .
Si voulez donc happer une Hirondelle ,
Marcher yous faut à pas comptez , sans bruit ;
Puis sur la queue un grain de sel lui mettre ;
1 ) Celebre Fée connue dans les Contes de
Ma d'Aunoy.
(2) Fille du Soleil ,fameuse Magicienne.
(3 ) Henry Corneille Agrippa , a fait des Livres
de Magie.
(4) Voyez la Baguette divinatoire de M. de
Vallemont.
(s )Livrefaussement attribué à Salomon .
(6) Contes que débitent les Vieilles de ce
Pays-cy.
Ainst
AVRIL. 817 1731.
Ainsi prendrez , j'ose vous le promettre ,
L'Oiseau sysdit , ou je perdrai mon nom.
Voyez qu'ici n'est aucun sortilege.
Les Croisiquois n'ont le vilain renom ,
(Je le proteste et m'en donne pour plége )
D'être Sorciers : bien sont- ils gens imbus ,
D'Arts Libèraux , forts sur les impromtus ,
Le sel piquant qu'exalent nos Salines , ( 1 )
Rarefié par petites bruines ,
Porte en leur sang cette vivacité ,
D'où germe en eux la cointe urbanité.
Quant au beau Sexe , il n'a d'autre Magic ,
Que l'air divin de ses appas charmans ,
Et les beautez d'un merveilleux génie.
Leurs yeux actifs sont les fins Négromans
Dont un regard prend et rend asservie ,
La liberté des moins tendres Amans
Mieux qu'aucun Philtre ; et ces aimables Muses ,
Comme chez vous ne sont pas des Méduses , (2)
Leur caractere est sur tout la douceur ,
Que suit de près la franchise de coeur.
Table de Jeu faite en façon gentille ,
Est leur Parnasse , et Cartes de Quadrille ,
Les Livres sont qu'elles ont dans les mains ,
Le fier Plutus ( 3 ) Dieu respecté de maints
( 1 ) Notre Péninsule est presque environnée
de Salines.
(2 ) Voyez les Metamorphoses d'Ovide.
(3) Plutus , Dien des Richesses,
I EC
18 MERCURE DE FRANCE.
Est l'Apollon , Fortune est la Minerve ,
Dont leur ferycur implore le secours ,
Les conjurant de seconder leur verve.
Point on n'y gronde , et chez elles toujours ,
Joyeuse humeur se voit entrer en danse ,
Fors quand du jeu la quinteuse inconstancë ,
Vient par malheur déranger leur finance ;
Mais il paroît qu'aux lieux d'où m'écrivéz ,
Ne sont par trop les Muses enjouées ;
Ains bien plutôt d'autre humeur sont dotées,
Quoi pour avoir dans mon cerveau trouvez ,
Tendres blasons ; leurs coeurs sont aggravez,
En contre moi ; les voilà dire émués
Et sur le champ Méduses devenues ,
Me menaçant faire un mauvais parti.
Siecles futurs , le pourrez- vous bien croires
Tel brin d'ouvrage être si mal lotti !
Ai-je appellé , le cas est-il notoire ?
Le Corbeau blanc et la Colombe noire à
O sort fatal ! si pour de galants Vers ,
Aller me font le capot à l'envers . રે
En outre , ô Ciel ! détournez-en l'augure;
Je meurs d'effroi , quand mon oeil se figure ;
Voir tout à coup leurs blonds cheveux changez
En longs Serpens de me mordre enragez.
Or desormais , ô prodige !ô merveille !
Comme il se lit de l'Eve de Milton , ( f )
(1) Voyez le Paradis perda de Milton.
Dormir
AVRIL.
$ 19 131.
Dormir s'en vont le Serpent sous l'oreille:
Hélas ! je songe au milieu du frisson ,
Qui me saisit , que déqualifiée ,
Toute ma chair est ja pétrifiée , (1 )
Ce nonobstant rappellant ma raison ,
Je vois qu'à tort crainte est chez moi montée ,
Car leur colere a beau s'être pointec ,
Pòur m'abîmer , leurs coups sont superflus ;
Jusqu'au Croissic n'en viendra la portée ,
S'étendra-t'elle aussi loin même , et plus
Que Pistolets , Fusils et Carabines ,
Que Fauconneaux , Canons et Couleuvrines .
Mais en lisant ces propos my gaulois ,
Monsieur , peut-être avez bâaillé six fois ,
Et souhaitez à la pauvre Rimeuse ,
Papier humide , ancre blanche ou bourbeuse ,
Plume essorée avec la goutte aux doigts ,
Puis ajoûtez , comme un certain Valois , ( 1)
Dit quelque part , que femmes sont verbenses s
Donc sans délai cette Epitre finis ,
Vous repettant mon Antienne premiere :
Des Vers qu'avez pour moi mis en lumieres
Gent Cavalier , bien grommerci vous dis.
(1 ) Méduse pétrifioit ceux qui la regar
deient.
(2) Henri de Valois disoit que les femmer
étoient werbenses. Voyez le Valesiana.
d'Hautefeuille , imprimée dans le Mercure
de Janvier dernier , par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croissic en
Bretagne.
Gent Cavalier, bien grammercî vous dis ,
Du soin courtois que votre veine a pris ,
De parfumer mes tendres Hirondelles ,
Du pur encens de ses mets trés-exquis.
Peut être même en passant iront-elles ,
Quelque matin , le Soleil paroissant ,
Sur la fenêtre ou sur la cheminée ,
Vous begayer d'un ton reconnoissant ,
Une Chanson longuement fredonnée ,
Dont pesterez dans votre entendement ,
Vous qui dormez la grasse matinée ,
Et maudirez leur aigu compliment.
Scachez pourtant qu'à mon ordre est allée,
Dans vos cantons cette Amdassade aîlée.
Par quoi j'ai cru qu'admonesté dûment ,
Ne leurs feriez sur ce querelle aucune ;
Ains
816 MERCURE DE FRANCE
Ains daignericz les traiter poliment.
Mais si de près voulez avec quelqu'une ,
Avoir Colloque ; oyez ; voici comment.
N'allez d'abord vous mettre en la memoire ,'
Que de Merluche ( 1 ) ou de telles Circez , ( 2 )
Ou d'Agrippa (3 ) j'entende le Grimoire.
Point n'ai porté sur mes doigts renversez ,
De Jacque Aimard ( 4 ) l'outil divinatoire ;
Point n'est en moi d'intelligence assez ,
Pour penetrer les sombres Clavicules , (s )
Dont on nous fait des contes ridicules,
Crus neanmoins de beaucoup d'insensez.
Onc n'ai tenté des routes inconnuës , ( 6 )
Dans la nuit brune allant les pieds graissez
Sur un balai galoppant par les ruës.
Tout le secret dont allez être instruit ,
N'est Art magique , ains chose naturelle .
Si voulez donc happer une Hirondelle ,
Marcher yous faut à pas comptez , sans bruit ;
Puis sur la queue un grain de sel lui mettre ;
1 ) Celebre Fée connue dans les Contes de
Ma d'Aunoy.
(2) Fille du Soleil ,fameuse Magicienne.
(3 ) Henry Corneille Agrippa , a fait des Livres
de Magie.
(4) Voyez la Baguette divinatoire de M. de
Vallemont.
(s )Livrefaussement attribué à Salomon .
(6) Contes que débitent les Vieilles de ce
Pays-cy.
Ainst
AVRIL. 817 1731.
Ainsi prendrez , j'ose vous le promettre ,
L'Oiseau sysdit , ou je perdrai mon nom.
Voyez qu'ici n'est aucun sortilege.
Les Croisiquois n'ont le vilain renom ,
(Je le proteste et m'en donne pour plége )
D'être Sorciers : bien sont- ils gens imbus ,
D'Arts Libèraux , forts sur les impromtus ,
Le sel piquant qu'exalent nos Salines , ( 1 )
Rarefié par petites bruines ,
Porte en leur sang cette vivacité ,
D'où germe en eux la cointe urbanité.
Quant au beau Sexe , il n'a d'autre Magic ,
Que l'air divin de ses appas charmans ,
Et les beautez d'un merveilleux génie.
Leurs yeux actifs sont les fins Négromans
Dont un regard prend et rend asservie ,
La liberté des moins tendres Amans
Mieux qu'aucun Philtre ; et ces aimables Muses ,
Comme chez vous ne sont pas des Méduses , (2)
Leur caractere est sur tout la douceur ,
Que suit de près la franchise de coeur.
Table de Jeu faite en façon gentille ,
Est leur Parnasse , et Cartes de Quadrille ,
Les Livres sont qu'elles ont dans les mains ,
Le fier Plutus ( 3 ) Dieu respecté de maints
( 1 ) Notre Péninsule est presque environnée
de Salines.
(2 ) Voyez les Metamorphoses d'Ovide.
(3) Plutus , Dien des Richesses,
I EC
18 MERCURE DE FRANCE.
Est l'Apollon , Fortune est la Minerve ,
Dont leur ferycur implore le secours ,
Les conjurant de seconder leur verve.
Point on n'y gronde , et chez elles toujours ,
Joyeuse humeur se voit entrer en danse ,
Fors quand du jeu la quinteuse inconstancë ,
Vient par malheur déranger leur finance ;
Mais il paroît qu'aux lieux d'où m'écrivéz ,
Ne sont par trop les Muses enjouées ;
Ains bien plutôt d'autre humeur sont dotées,
Quoi pour avoir dans mon cerveau trouvez ,
Tendres blasons ; leurs coeurs sont aggravez,
En contre moi ; les voilà dire émués
Et sur le champ Méduses devenues ,
Me menaçant faire un mauvais parti.
Siecles futurs , le pourrez- vous bien croires
Tel brin d'ouvrage être si mal lotti !
Ai-je appellé , le cas est-il notoire ?
Le Corbeau blanc et la Colombe noire à
O sort fatal ! si pour de galants Vers ,
Aller me font le capot à l'envers . રે
En outre , ô Ciel ! détournez-en l'augure;
Je meurs d'effroi , quand mon oeil se figure ;
Voir tout à coup leurs blonds cheveux changez
En longs Serpens de me mordre enragez.
Or desormais , ô prodige !ô merveille !
Comme il se lit de l'Eve de Milton , ( f )
(1) Voyez le Paradis perda de Milton.
Dormir
AVRIL.
$ 19 131.
Dormir s'en vont le Serpent sous l'oreille:
Hélas ! je songe au milieu du frisson ,
Qui me saisit , que déqualifiée ,
Toute ma chair est ja pétrifiée , (1 )
Ce nonobstant rappellant ma raison ,
Je vois qu'à tort crainte est chez moi montée ,
Car leur colere a beau s'être pointec ,
Pòur m'abîmer , leurs coups sont superflus ;
Jusqu'au Croissic n'en viendra la portée ,
S'étendra-t'elle aussi loin même , et plus
Que Pistolets , Fusils et Carabines ,
Que Fauconneaux , Canons et Couleuvrines .
Mais en lisant ces propos my gaulois ,
Monsieur , peut-être avez bâaillé six fois ,
Et souhaitez à la pauvre Rimeuse ,
Papier humide , ancre blanche ou bourbeuse ,
Plume essorée avec la goutte aux doigts ,
Puis ajoûtez , comme un certain Valois , ( 1)
Dit quelque part , que femmes sont verbenses s
Donc sans délai cette Epitre finis ,
Vous repettant mon Antienne premiere :
Des Vers qu'avez pour moi mis en lumieres
Gent Cavalier , bien grommerci vous dis.
(1 ) Méduse pétrifioit ceux qui la regar
deient.
(2) Henri de Valois disoit que les femmer
étoient werbenses. Voyez le Valesiana.
Fermer
Résumé : REPONSE à l'Epitre de M. Carrelet d'Hautefeuille, imprimée dans le Mercure de Janvier dernier, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croissic en Bretagne.
Me de Malcrais de la Vigne du Croissic en Bretagne répond à une épître de M. Carrelet d'Hautefeuille, publiée dans le Mercure de janvier précédent. L'auteur exprime sa gratitude pour les compliments reçus et évoque la possibilité que ses hirondelles chantent un jour pour remercier l'épistolier. Il souligne que les habitants du Croissic, bien qu'ils ne pratiquent pas la magie, se distinguent par leur grande urbanité et leur vivacité d'esprit, attribuée au sel des salines locales. Les femmes du Croissic sont particulièrement mises en avant pour leur charme naturel et leur douceur, qui surpassent tout philtre magique. Elles sont également habiles dans les arts libéraux et les jeux de société. L'auteur mentionne ensuite une réaction hostile de certaines personnes à ses écrits, les comparant à des Méduses capables de pétrifier. Il espère que cette hostilité ne le touchera pas et conclut en remerciant à nouveau pour les vers reçus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2795
p. 945-949
JUDITH, POEME, Tiré de l'Ecriture sainte. Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux a remporté cette année 1731. à Toulouze, le Prix destiné à ce genre de Poësie. Il est de M. l'Abbé Poncy de Neuville.
Début :
Aux cœurs humiliez l'Eternel est propice ; [...]
Mots clefs :
Cœurs humiliés, Justice, Holopherne, Assyrien, Miracles, Illusion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUDITH, POEME, Tiré de l'Ecriture sainte. Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux a remporté cette année 1731. à Toulouze, le Prix destiné à ce genre de Poësie. Il est de M. l'Abbé Poncy de Neuville.
JUDITH ,
POEME ,
Tiré de l'Ecriture Sainte ,
Qui parlejugement de l'Académie des Jeux
Floraux a remporté cette année 1731 .
Toulouze , le Prix destiné à ce genre de
Poësie . Il est de M. l'Abbé Poncy de
Neuville.
Ux Aux coeurs humiliez l'Eternel est propice ;
Superbes Conquerans , redoutez sa Justice ,
46 MERCURE DE FRANÇE
Il change quand il veut , pour punir votre or
gueil ,
Les Lauriers en Cyprès et les Fêtes en deüil.
Holopherne , des Juifs méditoit la ruine ,
Sa fureur ravageoit la triste Palestine ,
La seule Bethulie ose lui résister ,
Mais helas ! que peut- elle ? et comment l'arrêter?
La faim , la soif , l'horreur
murailles ,
regnent
dans ses
Et la peste se joint au démon des Batailles.
Déja l'Assirien croit tenir sous ses Loix ,
Ces Juifs si renommez par de nombreux Exploits
Ces Juifs dont la valeur , maîtresse des obstacles ,
Tant de fois enfanta les plus fameux Miracles.
Superbe illusion : ô prophanes Humains ,
Adarez le Très-Haut , respectez ses desseins ;
Plus éloignez de vous que n'est dans sa carriere ;
L'Astre qui fait les jours et répand la lumiere ;
Que ne sont dans leurs cours ces Globes radieux ;
Dont sa magnificence a décéoré les Cieux.
Le Dieu des Juifs n'est point un Juge inexo
rable ,
11 va tendre à son Peuple une main secourable ,
Le cri de leur misere à son Trône est monté ,
Sa Justice s'appaise et cede à sa bonté ;
Mais quoi ! pour dissiper cette innombrable Ar
mée ,
Parmi des tourbillons de flamme et de fumée ,
Dien fera- t'il voler devant lui la terreur ?
En
1
AVRIL 1731. 947
Envoyera -t'il des Cieux l'Ange Exterminate ur ?
Non , non ; mais une Veuve obscure et solitaire ,
S'arrache par son ordre à sa retraite austere .
Judith va devenir l'instrument glorieux ,
Qui doit faire éclater sa grandeur à nos yeux.
De son Esprit Divin , cette Juive remplie ,
Elle seule entreprend de sauver Béthulie ,
Et le Dieu qui l'envoye ajoûte à ses beautez ,
Des riches ornemens les secours empruntez ;
Aux Tentes du Vainqueur elle arrive , il l'admire
Ce farouche Guerrier s'attendrit et soupire ;
Les Hebreux , lui dit- elle , ont mérité vos coups,
Seigneur , n'étendez pas sur moi votre courroux;
J'abandonne des murs que le Ciel abandonne ,
Où réside la mort et qu'un Camp environne.
Je viens vous découvrir des secrets importans.
Le Barbare l'écoute , il l'observe long-temps.
Judith lit dans ses yeux une ardeur témeraire :
Que cette ardeur coupable augmente sa colere !
La nuit succede au jour , un Festin fomptueux ,
Etale du Vainqueur le luxe fastueux
Des mets les plus exquis les tables sont comblées,
Les plus rares odeurs à l'Encens sont mêlées ;
"1Tout anime aux plaisirs ; des vins délicieux ,
Couronnent à l'envi des Vafes précieux .
Le Chef et les Soldats ont déposé leurs armes ,
La molesse triomphe , et ses perfides charmes ,
Enervent les esprits et versent dans les coeurs >
(
F D'un
948 MERCURE DE FRANCE
2
D'un poison dangereux les funestes douceurs.
Le superbe Holopherne ébloui de sa gloire
Va laisser de ses mains échapper la victoire.
Aveugle , il ne sent pas que pour les vrais Héros
Il n'est point d'ennemi pire que le repos.
Dans un calme trompeur , tel un Nocher peu sage,
S'abandonne à la joye et méprise l'orage.
Sur la foi des Zéphirs il dort paisiblement
Sa Nef semble regner sur l'humide Element
Les flots impétueux s'abbaissent devant elle ;
Mais tout à coup quel bruit ! ô disgrace cruelle!
Tous les vents déchaînez troublent le sein des
Mers ,
La nuit d'un voile obscur enveloppe les Airs ;
3 La Tempête , la Foudre et l'Onde mugissante ;
Des Eclairs redoublez la lueur palissante ,
Arrache, mais trop tard , le Nocher au sommeil.
Des fiers Affiriens tel sera le réveil ,
Ils sont ensevelis dans une longue yvresse ,
Les feux sont presque éteints et partout le bruit
cesse.
Judith veille , elle est seule , elle sent la terreur ;
Pour la premiere fois s'emparer de son coeur:
Mais bien-tôt bannissant cette crainte coupable
Elle ose envisager l'Ennemi redoutable ,
Sans suite et sur un lit lâchement étendu ,
Son large Coutelas y brille suspendu ;
Judith le prend , approche et son ame s'écrie ,
Dieu
AVRIL. 1731. 949
•
Dieu puissant , soutiens -moi , dêlivre Béthulie a
Toi dont jamais en vain je n'implorai le nom
Qui jadis mis le Glaive aux mains de Simeon ,
Pour punir de Sichem l'audace criminelle ,
Qui toûjours de ton Peuple embrassant la querelle
,>
Ouvris les vastes Mers à nos Ayeux errans ,
Et réunis leurs flots pour perdre leurs Tyrans
Toi qu'on nomme l'Arbitre et le Dieu des Batailles
;
Toi par qui Jericho vit tomber ses murailles
Jahel de Sisara termina le destin ;
David trancha les jours de l'altier Philistin
Le genereux Ahed illustra sa memoire .
Débora de mon sexe éternisa la gloire ;
Fais tomber sous mes coups dans l'infernale.nuit,
Le superbe vainqueur que ton courroux poursuit.
Que son trépas apprenne à craindre ton Empire.
Elle dit , elle frappe , et ce Vainqueur expire.
L'Hébreu met à son tour l'Idolâtre en ses fers ,
Quand le Ciel est pour nous , que peuvent les
Enfers
Si Deus pro nobis , quis contrà nos ?
POEME ,
Tiré de l'Ecriture Sainte ,
Qui parlejugement de l'Académie des Jeux
Floraux a remporté cette année 1731 .
Toulouze , le Prix destiné à ce genre de
Poësie . Il est de M. l'Abbé Poncy de
Neuville.
Ux Aux coeurs humiliez l'Eternel est propice ;
Superbes Conquerans , redoutez sa Justice ,
46 MERCURE DE FRANÇE
Il change quand il veut , pour punir votre or
gueil ,
Les Lauriers en Cyprès et les Fêtes en deüil.
Holopherne , des Juifs méditoit la ruine ,
Sa fureur ravageoit la triste Palestine ,
La seule Bethulie ose lui résister ,
Mais helas ! que peut- elle ? et comment l'arrêter?
La faim , la soif , l'horreur
murailles ,
regnent
dans ses
Et la peste se joint au démon des Batailles.
Déja l'Assirien croit tenir sous ses Loix ,
Ces Juifs si renommez par de nombreux Exploits
Ces Juifs dont la valeur , maîtresse des obstacles ,
Tant de fois enfanta les plus fameux Miracles.
Superbe illusion : ô prophanes Humains ,
Adarez le Très-Haut , respectez ses desseins ;
Plus éloignez de vous que n'est dans sa carriere ;
L'Astre qui fait les jours et répand la lumiere ;
Que ne sont dans leurs cours ces Globes radieux ;
Dont sa magnificence a décéoré les Cieux.
Le Dieu des Juifs n'est point un Juge inexo
rable ,
11 va tendre à son Peuple une main secourable ,
Le cri de leur misere à son Trône est monté ,
Sa Justice s'appaise et cede à sa bonté ;
Mais quoi ! pour dissiper cette innombrable Ar
mée ,
Parmi des tourbillons de flamme et de fumée ,
Dien fera- t'il voler devant lui la terreur ?
En
1
AVRIL 1731. 947
Envoyera -t'il des Cieux l'Ange Exterminate ur ?
Non , non ; mais une Veuve obscure et solitaire ,
S'arrache par son ordre à sa retraite austere .
Judith va devenir l'instrument glorieux ,
Qui doit faire éclater sa grandeur à nos yeux.
De son Esprit Divin , cette Juive remplie ,
Elle seule entreprend de sauver Béthulie ,
Et le Dieu qui l'envoye ajoûte à ses beautez ,
Des riches ornemens les secours empruntez ;
Aux Tentes du Vainqueur elle arrive , il l'admire
Ce farouche Guerrier s'attendrit et soupire ;
Les Hebreux , lui dit- elle , ont mérité vos coups,
Seigneur , n'étendez pas sur moi votre courroux;
J'abandonne des murs que le Ciel abandonne ,
Où réside la mort et qu'un Camp environne.
Je viens vous découvrir des secrets importans.
Le Barbare l'écoute , il l'observe long-temps.
Judith lit dans ses yeux une ardeur témeraire :
Que cette ardeur coupable augmente sa colere !
La nuit succede au jour , un Festin fomptueux ,
Etale du Vainqueur le luxe fastueux
Des mets les plus exquis les tables sont comblées,
Les plus rares odeurs à l'Encens sont mêlées ;
"1Tout anime aux plaisirs ; des vins délicieux ,
Couronnent à l'envi des Vafes précieux .
Le Chef et les Soldats ont déposé leurs armes ,
La molesse triomphe , et ses perfides charmes ,
Enervent les esprits et versent dans les coeurs >
(
F D'un
948 MERCURE DE FRANCE
2
D'un poison dangereux les funestes douceurs.
Le superbe Holopherne ébloui de sa gloire
Va laisser de ses mains échapper la victoire.
Aveugle , il ne sent pas que pour les vrais Héros
Il n'est point d'ennemi pire que le repos.
Dans un calme trompeur , tel un Nocher peu sage,
S'abandonne à la joye et méprise l'orage.
Sur la foi des Zéphirs il dort paisiblement
Sa Nef semble regner sur l'humide Element
Les flots impétueux s'abbaissent devant elle ;
Mais tout à coup quel bruit ! ô disgrace cruelle!
Tous les vents déchaînez troublent le sein des
Mers ,
La nuit d'un voile obscur enveloppe les Airs ;
3 La Tempête , la Foudre et l'Onde mugissante ;
Des Eclairs redoublez la lueur palissante ,
Arrache, mais trop tard , le Nocher au sommeil.
Des fiers Affiriens tel sera le réveil ,
Ils sont ensevelis dans une longue yvresse ,
Les feux sont presque éteints et partout le bruit
cesse.
Judith veille , elle est seule , elle sent la terreur ;
Pour la premiere fois s'emparer de son coeur:
Mais bien-tôt bannissant cette crainte coupable
Elle ose envisager l'Ennemi redoutable ,
Sans suite et sur un lit lâchement étendu ,
Son large Coutelas y brille suspendu ;
Judith le prend , approche et son ame s'écrie ,
Dieu
AVRIL. 1731. 949
•
Dieu puissant , soutiens -moi , dêlivre Béthulie a
Toi dont jamais en vain je n'implorai le nom
Qui jadis mis le Glaive aux mains de Simeon ,
Pour punir de Sichem l'audace criminelle ,
Qui toûjours de ton Peuple embrassant la querelle
,>
Ouvris les vastes Mers à nos Ayeux errans ,
Et réunis leurs flots pour perdre leurs Tyrans
Toi qu'on nomme l'Arbitre et le Dieu des Batailles
;
Toi par qui Jericho vit tomber ses murailles
Jahel de Sisara termina le destin ;
David trancha les jours de l'altier Philistin
Le genereux Ahed illustra sa memoire .
Débora de mon sexe éternisa la gloire ;
Fais tomber sous mes coups dans l'infernale.nuit,
Le superbe vainqueur que ton courroux poursuit.
Que son trépas apprenne à craindre ton Empire.
Elle dit , elle frappe , et ce Vainqueur expire.
L'Hébreu met à son tour l'Idolâtre en ses fers ,
Quand le Ciel est pour nous , que peuvent les
Enfers
Si Deus pro nobis , quis contrà nos ?
Fermer
Résumé : JUDITH, POEME, Tiré de l'Ecriture sainte. Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux a remporté cette année 1731. à Toulouze, le Prix destiné à ce genre de Poësie. Il est de M. l'Abbé Poncy de Neuville.
Le poème 'Judith' de l'Abbé Poncy de Neuville a remporté le prix de l'Académie des Jeux Floraux en 1731 à Toulouse. Il s'inspire de l'histoire biblique de Judith, une veuve juive qui sauve sa ville, Bethulie, assiégée par l'armée assyrienne dirigée par Holopherne. Judith utilise sa beauté et son intelligence pour approcher Holopherne, le séduire et finalement le tuer pendant son sommeil, libérant ainsi Bethulie. Le poème met en avant la justice divine et la protection de Dieu envers son peuple. Judith, guidée par Dieu, devient l'instrument de la délivrance de son peuple. La scène culminante montre Judith priant pour obtenir la force de tuer Holopherne, soulignant ainsi son rôle de héros biblique et l'intervention divine dans sa mission.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2796
p. 965-969
LA RENOMMÉE, ODE.
Début :
Nymphe qui d'une aîle legere, [...]
Mots clefs :
Vers, Nymphe, Guerrier intrépide, Plagiaires, Ruisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RENOMMÉE, ODE.
LA RENOMME'E,
O D E.
Ymphe qui d'une aîle legere ,
Parcours sans cesse l'Univers ,
Qui , diligente Messagere ,
Annonces nos succès divers ,
Interrompt la route inconstante ,
De ta Trompette impatiente ,
Suspends le son audacieux ,
Sois attentive à ta loüange ,
Et va de l'Hebre jusqu'au Gange ,
Reprendre mes Vers en tous lieux.
M
Cent fois dans un foible courage ,
Tu fis naître un noble transport ,
Cent fois jaloux de ton suffrage
Il brava les fers et la mort ;
De l'honneur Arbitre suprême
T*
$ 66 MERCURE DE FRANCE
Ta voix peut à la vertu même ,
Ajoûter un éclat nouveau ;
Et tes cent bouches immortelles ,
Sçavent mieux que l'Art des Apelles ;
Affranchir un nom du tombeau.
Pourquoi ce Guerrier intrépide,'
Court- il affronter le trépas ?
En vain ta valeur qui le guide ,
Voit l'abyme ouvert sous ses pas ;
Est-ce le mépris de la vie ,
Est -ce l'amour de la Patrie ,
Qui conduit le jeune Vainqueur ?
Non , mais sous les yeux d'une armée ,
• Il combat pour sa Renommée ;
Seule elle anime son grand coeur.
Quel Mortel ici se presente ,
Dont la docte tranquillité ,
Par une route differente ,
Sçait trouver l'immortalité
Sa voix enfante des miracles ,
Et des misterieux Oracles ,
Sa plume éclaircit le cahos ;
Quel espoir le flatte et l'anime ?
C'est de se voir dans notre estime ,
A côté même des Heros,
Qui
AVRIL:
967 1731.
Oui, l'équitable Renommée ,
A placé dans un rang égal ,
Le Chantre (a) de Troye enflammée ,
Et le fier vainqueur (b) d'Annibal :
Ces grands hommes dignes d'un Temple ;
Serviront à jamais d'exemple ,
Aux coeurs jaloux d'un nom fameux
Les vertus qu'ils ont fait paroître ,
De leurs cendres semblent renaître ,
Et parmi nous vivre pour eux.
Mais que cette estime est trompeuse !
Que mal à propos notre orgueil ,
Porte sa vûë ambitieuse ,
Au-delà même du cercueil !
Vains efforts ! frivole esperance !
Nous cherchons une récompense ,
Dont nous ne serons plus témoins ;
Ah ! plutôt d'un prix si sterile ,
Dédaignons l'honneur inutile ;
Bornons nous à nos vrais besoins
Loin ce pernicieux langagé ,
Triste fruit des Reflexions ;
Suivons d'un favorable usage
Les flateuses impressions ,
>
(a) Virgile. (b) Scipion
Pro
968
MERCURE DE
FRANCE
Proposons - nous ces grands modeles ,
Qui malgré les Parques cruelles ,
A leur trépas ont survécu :
Aspirons à la même gloire ,
Et pour atteindre à leur memoire ,
Osons imiter leur vertu.
粥
Heureux qui peut pendant sa vie,
Recueillir le fruit précieux ,
Des Eloges qu'envain l'envie ,
Dispute à son nom glorieux !
Témoin du tribut legitime ,
Qu'à ses écrits rend notre estime ;
Lui-même en goute les douceurs ;
Déja ses sublimes ouvrages ,
S'attirent autant de suffrages ,
Qu'ils trouvent de nouveaux Lecteurs.
Comme un Fleuve auprès de sa source ;
Voit se perdre mille Ruisseaux ,
Superbe au milieu de sa course ,
Voit tout à coup enfler ses eaux ;
Ou comme la neige en la Trace,
Des floccons voisins qu'elle entasse
Grossit et roule en augmentant ,
Telle est plus abondante encore ,
D'un nom que notre estime honoré
La gloire croît à chaque instant,
Vous
AVRIL. 1731.
969
•
Vous donc , qu'un noble feu consume
'Auteurs , redoublez vos travaux
Que desormais chacun rallume ,
L'ardeur de vaincre ses Rivaux ;
Méprisez les vils Plagiaires ,
Ces Chantres dont les Airs vulgaires ,
Sçavent moins toucher qu'ébloüir ;
Et malgré l'envie allarmée ,
Faites-vous une Renommée ,
Dont vous-mêmes puissiez joüir.
Par M. de M. D. S. d'Aix la Chapelle:
O D E.
Ymphe qui d'une aîle legere ,
Parcours sans cesse l'Univers ,
Qui , diligente Messagere ,
Annonces nos succès divers ,
Interrompt la route inconstante ,
De ta Trompette impatiente ,
Suspends le son audacieux ,
Sois attentive à ta loüange ,
Et va de l'Hebre jusqu'au Gange ,
Reprendre mes Vers en tous lieux.
M
Cent fois dans un foible courage ,
Tu fis naître un noble transport ,
Cent fois jaloux de ton suffrage
Il brava les fers et la mort ;
De l'honneur Arbitre suprême
T*
$ 66 MERCURE DE FRANCE
Ta voix peut à la vertu même ,
Ajoûter un éclat nouveau ;
Et tes cent bouches immortelles ,
Sçavent mieux que l'Art des Apelles ;
Affranchir un nom du tombeau.
Pourquoi ce Guerrier intrépide,'
Court- il affronter le trépas ?
En vain ta valeur qui le guide ,
Voit l'abyme ouvert sous ses pas ;
Est-ce le mépris de la vie ,
Est -ce l'amour de la Patrie ,
Qui conduit le jeune Vainqueur ?
Non , mais sous les yeux d'une armée ,
• Il combat pour sa Renommée ;
Seule elle anime son grand coeur.
Quel Mortel ici se presente ,
Dont la docte tranquillité ,
Par une route differente ,
Sçait trouver l'immortalité
Sa voix enfante des miracles ,
Et des misterieux Oracles ,
Sa plume éclaircit le cahos ;
Quel espoir le flatte et l'anime ?
C'est de se voir dans notre estime ,
A côté même des Heros,
Qui
AVRIL:
967 1731.
Oui, l'équitable Renommée ,
A placé dans un rang égal ,
Le Chantre (a) de Troye enflammée ,
Et le fier vainqueur (b) d'Annibal :
Ces grands hommes dignes d'un Temple ;
Serviront à jamais d'exemple ,
Aux coeurs jaloux d'un nom fameux
Les vertus qu'ils ont fait paroître ,
De leurs cendres semblent renaître ,
Et parmi nous vivre pour eux.
Mais que cette estime est trompeuse !
Que mal à propos notre orgueil ,
Porte sa vûë ambitieuse ,
Au-delà même du cercueil !
Vains efforts ! frivole esperance !
Nous cherchons une récompense ,
Dont nous ne serons plus témoins ;
Ah ! plutôt d'un prix si sterile ,
Dédaignons l'honneur inutile ;
Bornons nous à nos vrais besoins
Loin ce pernicieux langagé ,
Triste fruit des Reflexions ;
Suivons d'un favorable usage
Les flateuses impressions ,
>
(a) Virgile. (b) Scipion
Pro
968
MERCURE DE
FRANCE
Proposons - nous ces grands modeles ,
Qui malgré les Parques cruelles ,
A leur trépas ont survécu :
Aspirons à la même gloire ,
Et pour atteindre à leur memoire ,
Osons imiter leur vertu.
粥
Heureux qui peut pendant sa vie,
Recueillir le fruit précieux ,
Des Eloges qu'envain l'envie ,
Dispute à son nom glorieux !
Témoin du tribut legitime ,
Qu'à ses écrits rend notre estime ;
Lui-même en goute les douceurs ;
Déja ses sublimes ouvrages ,
S'attirent autant de suffrages ,
Qu'ils trouvent de nouveaux Lecteurs.
Comme un Fleuve auprès de sa source ;
Voit se perdre mille Ruisseaux ,
Superbe au milieu de sa course ,
Voit tout à coup enfler ses eaux ;
Ou comme la neige en la Trace,
Des floccons voisins qu'elle entasse
Grossit et roule en augmentant ,
Telle est plus abondante encore ,
D'un nom que notre estime honoré
La gloire croît à chaque instant,
Vous
AVRIL. 1731.
969
•
Vous donc , qu'un noble feu consume
'Auteurs , redoublez vos travaux
Que desormais chacun rallume ,
L'ardeur de vaincre ses Rivaux ;
Méprisez les vils Plagiaires ,
Ces Chantres dont les Airs vulgaires ,
Sçavent moins toucher qu'ébloüir ;
Et malgré l'envie allarmée ,
Faites-vous une Renommée ,
Dont vous-mêmes puissiez joüir.
Par M. de M. D. S. d'Aix la Chapelle:
Fermer
Résumé : LA RENOMMÉE, ODE.
Le poème 'LA RENOMMÉE', publié dans le Mercure de France en avril 1731, personnifie la Renommée comme une messagère ailée qui parcourt l'univers pour annoncer les succès divers. Elle est capable de suspendre le temps et d'immortaliser les noms grâce à ses 'cent bouches immortelles'. Le texte explore les motivations des guerriers et des savants, soulignant que la quête de la Renommée anime leurs actions. Il met en parallèle des figures historiques comme Virgile et Scipion, illustrant comment leurs vertus et leurs exploits leur ont assuré une place éternelle dans l'estime des hommes. Cependant, le poème critique l'orgueil humain qui cherche une récompense posthume, jugée vaine et inutile. Il encourage les auteurs à redoubler leurs efforts pour mériter une Renommée authentique et à mépriser les plagiaires. Le poème se conclut par un appel à la persévérance et à la quête de la gloire légitime.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2797
p. 978-980
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon corps de sept lettres formé [...]
Mots clefs :
Orgueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
On corps de sept lettres
formé
MDans
tous les coeurs est
renfermé
Je gâte le plus grand mérite ,
Et quoi qu'avec soin l'on m'évite ,
Dans la Religion et la Societé,
Si je me sçais cacher , je suis accrédité
Mais écoutés moi : je m'explique ,
Par diverses combinaisons.
Deux , un , cinq , quatre ; ici
3.
s'applique ,
Je sçais marquer les variations
que votre esprit
Et la legereté de l'aveugle Déesse.
Quatre , un , six , sept , cinq , aux Vaisseaux ;
Je sers à donner la vîtesse ,
Quatre , un , sept , cinq , deux , des Oiseaux
J'exprime la prérogative :
Un , deux , qui fait mon chef est de tous recherché
:
Et malheureux celui que la fortune en prive.
Un, deux , trois , quatre , & cinq , lorsque je suis
touché , I
AVRIL.
979
1731.
Je fais grand bruit , dans une Eglise,
Retranchez moi quatre , et soudain
Je deviens matiere d'un Pain ,
Dont la pâte est de couleur bise.
Six , un , fera le nom sans plus
De celle que gardoit Argus.
Arangez , un , cinq , quatre , avec mes deux der
nieres,
Et vous direz bientôt Sans cela le Soleil
Donneroit en vain ses lumieres :
Etje ne sai rien de pareil.
Six , sept , cinq , je parois élevé dessus l'onde,
Deux , un , quatre , avec trois et cinq de même
rang ,
C'est la couleur de votre sang.
Quatre joint à six , cinq , vous fait rester au mons
de;
Deux , un , six , font un Souverain.
Cinq, trois , un , quatre ,
offrent soudain
Un endroit sale et plein d'ordure.
Un , deux , sept , cinq , est fort connu dans le
blason :
Et suit , en dedans , la figure ,
Qu'on veut donner à l'Ecusson ..
Cinq , deux
‚ trois , un , latin tire une conse «?»
quence
J'cat
980 MERCURE DE FRANCE
J'en sai bien encore quelqu'un :
Mais je crains ton impatience
Lecteur , depuis long- tems je te suis importun
Le Chevalier de Montador.
On corps de sept lettres
formé
MDans
tous les coeurs est
renfermé
Je gâte le plus grand mérite ,
Et quoi qu'avec soin l'on m'évite ,
Dans la Religion et la Societé,
Si je me sçais cacher , je suis accrédité
Mais écoutés moi : je m'explique ,
Par diverses combinaisons.
Deux , un , cinq , quatre ; ici
3.
s'applique ,
Je sçais marquer les variations
que votre esprit
Et la legereté de l'aveugle Déesse.
Quatre , un , six , sept , cinq , aux Vaisseaux ;
Je sers à donner la vîtesse ,
Quatre , un , sept , cinq , deux , des Oiseaux
J'exprime la prérogative :
Un , deux , qui fait mon chef est de tous recherché
:
Et malheureux celui que la fortune en prive.
Un, deux , trois , quatre , & cinq , lorsque je suis
touché , I
AVRIL.
979
1731.
Je fais grand bruit , dans une Eglise,
Retranchez moi quatre , et soudain
Je deviens matiere d'un Pain ,
Dont la pâte est de couleur bise.
Six , un , fera le nom sans plus
De celle que gardoit Argus.
Arangez , un , cinq , quatre , avec mes deux der
nieres,
Et vous direz bientôt Sans cela le Soleil
Donneroit en vain ses lumieres :
Etje ne sai rien de pareil.
Six , sept , cinq , je parois élevé dessus l'onde,
Deux , un , quatre , avec trois et cinq de même
rang ,
C'est la couleur de votre sang.
Quatre joint à six , cinq , vous fait rester au mons
de;
Deux , un , six , font un Souverain.
Cinq, trois , un , quatre ,
offrent soudain
Un endroit sale et plein d'ordure.
Un , deux , sept , cinq , est fort connu dans le
blason :
Et suit , en dedans , la figure ,
Qu'on veut donner à l'Ecusson ..
Cinq , deux
‚ trois , un , latin tire une conse «?»
quence
J'cat
980 MERCURE DE FRANCE
J'en sai bien encore quelqu'un :
Mais je crains ton impatience
Lecteur , depuis long- tems je te suis importun
Le Chevalier de Montador.
Fermer
2798
p. 980-988
METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
Début :
Avant que de m'engager dans la lecture de cette Métamorphose, je crois / Au monde il n'est plages si reculées [...]
Mots clefs :
Métamorphose, Histoire poétique, Histoire fabuleuse, Muses, Apollon, Joconde, Amant, Zéphyrs, Asile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE.
Par M. de Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles Lettres de Caen , lûë dans l'Académie
le 18. Janvier 1731.
A
ir
Vant que de m'engager dans la lecture
de cette Métamorphose , je crois
qu'il ne sera pas inutile de la faire préceder
de quelques Remarques qui pourront servir
à l'intelligence du sujet.
L'Enlevement de la Nimphe Orithie par
Borée , est un point de l'Histoire fabuleuse
si généralement connu , que je croirois blesser
les lumieres des personnes qui m'écoutent
, si j'entrois là- dessus dans le moindre
détail. Je dis même les lumieres des Dames.
Je dois croire que celles qui honorent aujour-
A
1
AVRIL. 1731. 981
jourd'hui l'Académie de leur présence ont
du goût pour les Lettres , et qu'au moins
ne sont elles pas ignorantes dans les Sciences
légeres. C'est ainsi que j'appelle les Sciences
où elles peuvent entrer par des lectures
simplement amusantes ; des lectures , disje
, détachées de ces Sciences abstraites , où
f'on trouve à chaque pas des ronces des
épines , et des terres immenses à défricher ,
avant que de jouir de son travail.
L'Histoire Poëtique, et les Métamorphoses
d'Ovide sont entre les mains de tout le
monde. A la verité elles n'ont pas tout dit.
Quand on veut pousser ses recherches dans
'Histoire fabuleuse , on trouve encore à glaner
abondamment dans d'autres Auteurs .
La Métamorphose dont je viens de lire le
titre est une preuve. Si l'Héroine est géné
ralement connue , il n'en est peut-être pas
de même du Héros . On le chercheroit envain
chez les Grecs et les Romains , source
ordinaire où l'on a recours pour les faits anciens.
Caulo étoit d'un Païs où les uns ni les
autres ne pénetrerent jamais . Le Nord leur
étoit inconnu , et pour leur honneur ils auroient
mieux fait de s'en taire , que d'en rapporter
le peur qu'ils en ont dit sur des Mémoires
qui se refutoient d'eux-mêmes par le
merveilleux incroyable dont ils étoient remplis.
A la verité je dirois peut-être trop , si
Passurois que les peuples de ces Païs glacés
Gvj
ont
982 MERCURE DE FRANCE
1 ont de tout tems cultivé les Sciences : mais au
moins avoient ils soin de ne pas laisser dans
P'oubli les faits mémorables de leur tems
Ils les gravoient sur des rochers pour les
garantir de l'injure des siecles , et les transmettre
à la posterité. Les monumens qui en
restent dans le Nord, en font foi . Ils les
écrivoient en Vers , préjugé favorable pour
eux. Apollon ne dédaignoit pas d'éclairer
ces Climats sauvages , et les Muses y trou
voient des Sectateurs de leur culte. Que
penserai- je de ces Peuples ? L'augure en ess
facile à tirer : Capables de Science , malheu
reux de n'être pas éclairés par des lumieres
supérieures , il ne leur manquoit qu'un Pro+
tecteur éloquent , judicieux , poli , zélé pour
les Lettres , tel enfin que le nôtre , pour
disputer peut-être de prééminence avec l'Académie
si vantée d'Athénes:
Je ne balance point à prendre ici l'affir
mative : Puis- je moins faire pour la mémoi
re de nos ayeux : je dis nos ayeux ; ils le sont
sans doute , et n'est- ce pas de ces Peuples
que nous tirons notre origine ? N'est-ce pas
d'eux qu'est descendu jusqu'à nous ce génie
si propre à cultiver les Muses , et dont la
Province , et cette Ville en particulier , ont
donné tant de grands exemples .
Les Chroniques d'Iflande remontent aux
tems les plus reculés . Elles ont leurs differens
âges , ainsi que l'Histoire des Grecs
avoir
AVRIL. 1731. 983
avoit les siens. Age fabuleux , âge historique.
Il étoit des Herodotes , des Diodores
en Norvege , en Laponie , et dans la fameu
se Thulé , comme il en étoit en Grece et en
Sicile : Ces Chroniques , quoiqu'en partie
défectueuses , subsistent encore , et c'est où
j'ai puisé.mon sujet.
XXXXXXXXXXXXXX**
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE
A
U monde il n'est plages si reculées
Qui de l'Amour ne sentent les ardeurs :
Torrens glacés , neiges amoncelées ,
Ne sont remparts.contre ses traits vainqueurs
Sa chaleur n'est par le froid amartie ,
D'un seul regard il fondroit un glaçon.
Témoin le Dieu qui par rapt fait moisson
Des doux appas de la belle ORITHIE.
Ce fut BORE'E. En des Climats déserts
Il conduisit son amoureuse Proye ,
Climats affreux d'où ce Dieu nous envoye!
Et les frimats et les tristes hivers,
984 MERCURE
DE FRANCE .
Là , par raisons que l'Amour lui dictoit ,
Il essayoit d'aprivoiser la Belle ;
?
Mais sur ce point guéres ne profitoit
Assez galant , ni jeune assez n'étoit
Pour adoucir fillette un peu cruelle
Et sa Captive à ses soupirs rebelle ,
Du rapt commis , toujours se lamentoit.
Tant fit oüir clameurs sur ce rivage ,
A ce's clameurs tant l'Echo répondit
Que l'Heritier d'un Roi du voisinage
Par un beau jour enfin les entendit .
CAULO , c'étoit le nom du personnage :
En son maintien , en sa taille , en son air ,
Caulo n'avoit les graces de JocoNDE ;
Mais sur un corps d'embonpoint peu couvert,
Son col portoit tête massive et ronde ,
3
De coeur au reste et noble et genereux ,
Sensible aussi , trop bien le sçut apprendre ,
Sensible , dis-je , aux tourmens amoureux ,
Plus fortuné s'il eut pû s'en défendre.´
Aux tons plaintifs , aux douloureux accens
Dont bien au loin retentistoit la Rive >
Caulo s'avance , il voit notre Captive ,
Poussant au Ciel mille cris languissans.
L'Amour alors , de la froide Scythie
D'un vol leger traversant les hauts Monts ,
Alloit sous l'Ourse enflammer les Lampons ::
Il voit Caulo contemplant Orithie.
A
AVRIL.
1731. 985
A cet aspect il s'arrête soudain ,
Puis méditant un moment en soi-même, ..
Sur ce mortel essayons notre main ,
Pour Orithie embrasons- lui le sein ,
Qu'il rende homage à mon pouvoir suprême.
Il dit : un trait à l'instant fut lancé.
Du trait fatal déja Caulo blessé ,
Se sent ému de pitié pour la Belle :
Il s'intéresse au sujet de fes pleurs ,
Il s'attendrit , il s'afflige avec elle.
Tandis qu'il plaint son destin , ses malheurs ,
Un feu brûlant qu'il ne peut plus contraindre
Déja l'agite , et trouble son repos :
Son propre mal le force de se plaindre ,
Et pour lui-même il s'explique en ces mots :
Quand trop touché de votre peine extrême ,
Je prens sur moi de vos maux la moitié,
Vos yeux , helas ! me contraignent moi-même
A demander pour moi votre pitié.
Un feu cuisant dans mes veines s'allume ,
Ce feu pour vous me brûle , et me consume
Jusqu'en mon coeur sa flâme s'est fait jour ;
Je sens déja mille ardeurs inquiétes ::
J'ai plaint vós maux , daignez à votre tour
Etre sensible à ceux que vous me faites.
A ce début la Belle resta court
>
Tant se trouva du compliment surprise
Caulo n'étoit formé de telle guise
Là
186 MERCURE DE FRANCE
A faire tôt goûter propos d'Amour.
L'objet cruel de sa pudeur blessée
Par les efforts de son premier Amant ,
Revint d'abord s'offrir à sa pensée ,
Et sans lui dire un adieu seulement ,
Caulo la vit , d'une course empressée j
Bien loin de lui s'enfuir légerement.
Par de longs cris envain il la rapelle ,
Envain il veut par ses pleurs l'arrêter ,
Pour mieux courir , loin de les écouter
Elle reprend une force nouvelle .
Loin d'Orithie , une triste langueur
Saisit Caulo , lui dévore le coeur;'
Tous les matins il venoit sur la rive
Où de la Nimphe il avoit vû les yeux ,
Recommencer en ces sauvages lieux ,
De ses tourmens la légende plaintive.
Que ne peut point une ardeur jeune et vive ,
Quand un Amant sçait se plaindre à propos ›
Caulo croyoit ne parler qu'aux Echos ,
Mais Orithie à ses cris attentive ,
Tout entendoit. Tant et tant en ouit
Que de son coeur la trempe s'amollit.
Comme au hazard elle s'offre à sa vuë
Un vif éclat qui sur son tein brilloit
Effet certain du feu qui la brûloit ,
D'attraits nouveaux sembloit l'avoir pourvûë.
D'un air timide où son amour est peint ,
Caule
AVRIL. 173.1.
Canlo s'approche , à ses genoux il tombe ,
Pressé du mal dont son coeur est atteint :
Est-ce pitié des maux où je succombe ,
Dit cet Amant , qui guide ici vos pas ?
Où venez-vous , peu sensible à mes larmes ,
N'offrir encore à mes yeux tant de charmes
Que pour hâter l'instant de mon trépas.
A ces doux mots plus ne fuit Orithie ;
D'une union par l'Amour assortie ,
: Leurs coeurs déja pressentoient les plaisirs
Lorsque Borée à travers un nuage ,
Dont il venoit de chasser les Zéphirs ,
Jusques aux bords de l'Affriquain rivage ,
Vit nos Amans ,, entendit leurs soupirs.
Dans la fureur dont cet objet l'anime
Ce fier Rival si prompt à s'irriter ,
Fond sur un Chêne , en releve la cime ,
Et mesurant le coup qu'il va porter ,
Prend ORITHIE et CAULO pour
Le bruit fut tel qu'au loin il s'épandit.
Du haut des Cieux Appollon l'entendit
Sur nos Amans ce Dieu jette la vûë.
Ce triste objet sa course suspendit.
Pour eux enfin sa pitié fut émuë.
Des noeuds , dit- il , qui sçurent les unir
Ne laissons pas éteindre la mémoire ,
Par mes bienfaits conservons - en l'histoire ,
t la portons aux siécles à venir,
victime
Que
988 MERCURE DE FRANCE
Qué , chacun d'eux devenu plante utile ,
Ils soient l'honneur des Jardins potagers
Et que tous deux n'ayant qu'un même azile ,
Bravent toujours Borée et ses dangers.
Il dit alors leurs corps se retrécissent
De longs filets leurs jambes se hérissent.
Caulo déja n'est plus en ce moment
Qu'un tronc grossier surmonté pésammen
D'un lourd amas de feuilles entassées ;
Par cent replis entr'elles enlassées.
Aux mêmes loix soumise également ,
La tendre Nimphe encor peu
rassurée
Contre le coup qui vient de l'accabler
Erre sous terre , et và s'y receler ,
Ponr éviter les fureurs de Borée.
Là , de frayeur s'enfonçant jusqu'au cou ,
Tandis que l'autre à ses côtez s'éleve ,
Dans le moment que leur destin s'acheve ,
L'une devient CAROTTE , et l'autre CHOU.
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE.
Par M. de Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles Lettres de Caen , lûë dans l'Académie
le 18. Janvier 1731.
A
ir
Vant que de m'engager dans la lecture
de cette Métamorphose , je crois
qu'il ne sera pas inutile de la faire préceder
de quelques Remarques qui pourront servir
à l'intelligence du sujet.
L'Enlevement de la Nimphe Orithie par
Borée , est un point de l'Histoire fabuleuse
si généralement connu , que je croirois blesser
les lumieres des personnes qui m'écoutent
, si j'entrois là- dessus dans le moindre
détail. Je dis même les lumieres des Dames.
Je dois croire que celles qui honorent aujour-
A
1
AVRIL. 1731. 981
jourd'hui l'Académie de leur présence ont
du goût pour les Lettres , et qu'au moins
ne sont elles pas ignorantes dans les Sciences
légeres. C'est ainsi que j'appelle les Sciences
où elles peuvent entrer par des lectures
simplement amusantes ; des lectures , disje
, détachées de ces Sciences abstraites , où
f'on trouve à chaque pas des ronces des
épines , et des terres immenses à défricher ,
avant que de jouir de son travail.
L'Histoire Poëtique, et les Métamorphoses
d'Ovide sont entre les mains de tout le
monde. A la verité elles n'ont pas tout dit.
Quand on veut pousser ses recherches dans
'Histoire fabuleuse , on trouve encore à glaner
abondamment dans d'autres Auteurs .
La Métamorphose dont je viens de lire le
titre est une preuve. Si l'Héroine est géné
ralement connue , il n'en est peut-être pas
de même du Héros . On le chercheroit envain
chez les Grecs et les Romains , source
ordinaire où l'on a recours pour les faits anciens.
Caulo étoit d'un Païs où les uns ni les
autres ne pénetrerent jamais . Le Nord leur
étoit inconnu , et pour leur honneur ils auroient
mieux fait de s'en taire , que d'en rapporter
le peur qu'ils en ont dit sur des Mémoires
qui se refutoient d'eux-mêmes par le
merveilleux incroyable dont ils étoient remplis.
A la verité je dirois peut-être trop , si
Passurois que les peuples de ces Païs glacés
Gvj
ont
982 MERCURE DE FRANCE
1 ont de tout tems cultivé les Sciences : mais au
moins avoient ils soin de ne pas laisser dans
P'oubli les faits mémorables de leur tems
Ils les gravoient sur des rochers pour les
garantir de l'injure des siecles , et les transmettre
à la posterité. Les monumens qui en
restent dans le Nord, en font foi . Ils les
écrivoient en Vers , préjugé favorable pour
eux. Apollon ne dédaignoit pas d'éclairer
ces Climats sauvages , et les Muses y trou
voient des Sectateurs de leur culte. Que
penserai- je de ces Peuples ? L'augure en ess
facile à tirer : Capables de Science , malheu
reux de n'être pas éclairés par des lumieres
supérieures , il ne leur manquoit qu'un Pro+
tecteur éloquent , judicieux , poli , zélé pour
les Lettres , tel enfin que le nôtre , pour
disputer peut-être de prééminence avec l'Académie
si vantée d'Athénes:
Je ne balance point à prendre ici l'affir
mative : Puis- je moins faire pour la mémoi
re de nos ayeux : je dis nos ayeux ; ils le sont
sans doute , et n'est- ce pas de ces Peuples
que nous tirons notre origine ? N'est-ce pas
d'eux qu'est descendu jusqu'à nous ce génie
si propre à cultiver les Muses , et dont la
Province , et cette Ville en particulier , ont
donné tant de grands exemples .
Les Chroniques d'Iflande remontent aux
tems les plus reculés . Elles ont leurs differens
âges , ainsi que l'Histoire des Grecs
avoir
AVRIL. 1731. 983
avoit les siens. Age fabuleux , âge historique.
Il étoit des Herodotes , des Diodores
en Norvege , en Laponie , et dans la fameu
se Thulé , comme il en étoit en Grece et en
Sicile : Ces Chroniques , quoiqu'en partie
défectueuses , subsistent encore , et c'est où
j'ai puisé.mon sujet.
XXXXXXXXXXXXXX**
METAMORPHOSE
DU PRINCE CAULO
ET
DE LA NIMPHE ORITHIE
A
U monde il n'est plages si reculées
Qui de l'Amour ne sentent les ardeurs :
Torrens glacés , neiges amoncelées ,
Ne sont remparts.contre ses traits vainqueurs
Sa chaleur n'est par le froid amartie ,
D'un seul regard il fondroit un glaçon.
Témoin le Dieu qui par rapt fait moisson
Des doux appas de la belle ORITHIE.
Ce fut BORE'E. En des Climats déserts
Il conduisit son amoureuse Proye ,
Climats affreux d'où ce Dieu nous envoye!
Et les frimats et les tristes hivers,
984 MERCURE
DE FRANCE .
Là , par raisons que l'Amour lui dictoit ,
Il essayoit d'aprivoiser la Belle ;
?
Mais sur ce point guéres ne profitoit
Assez galant , ni jeune assez n'étoit
Pour adoucir fillette un peu cruelle
Et sa Captive à ses soupirs rebelle ,
Du rapt commis , toujours se lamentoit.
Tant fit oüir clameurs sur ce rivage ,
A ce's clameurs tant l'Echo répondit
Que l'Heritier d'un Roi du voisinage
Par un beau jour enfin les entendit .
CAULO , c'étoit le nom du personnage :
En son maintien , en sa taille , en son air ,
Caulo n'avoit les graces de JocoNDE ;
Mais sur un corps d'embonpoint peu couvert,
Son col portoit tête massive et ronde ,
3
De coeur au reste et noble et genereux ,
Sensible aussi , trop bien le sçut apprendre ,
Sensible , dis-je , aux tourmens amoureux ,
Plus fortuné s'il eut pû s'en défendre.´
Aux tons plaintifs , aux douloureux accens
Dont bien au loin retentistoit la Rive >
Caulo s'avance , il voit notre Captive ,
Poussant au Ciel mille cris languissans.
L'Amour alors , de la froide Scythie
D'un vol leger traversant les hauts Monts ,
Alloit sous l'Ourse enflammer les Lampons ::
Il voit Caulo contemplant Orithie.
A
AVRIL.
1731. 985
A cet aspect il s'arrête soudain ,
Puis méditant un moment en soi-même, ..
Sur ce mortel essayons notre main ,
Pour Orithie embrasons- lui le sein ,
Qu'il rende homage à mon pouvoir suprême.
Il dit : un trait à l'instant fut lancé.
Du trait fatal déja Caulo blessé ,
Se sent ému de pitié pour la Belle :
Il s'intéresse au sujet de fes pleurs ,
Il s'attendrit , il s'afflige avec elle.
Tandis qu'il plaint son destin , ses malheurs ,
Un feu brûlant qu'il ne peut plus contraindre
Déja l'agite , et trouble son repos :
Son propre mal le force de se plaindre ,
Et pour lui-même il s'explique en ces mots :
Quand trop touché de votre peine extrême ,
Je prens sur moi de vos maux la moitié,
Vos yeux , helas ! me contraignent moi-même
A demander pour moi votre pitié.
Un feu cuisant dans mes veines s'allume ,
Ce feu pour vous me brûle , et me consume
Jusqu'en mon coeur sa flâme s'est fait jour ;
Je sens déja mille ardeurs inquiétes ::
J'ai plaint vós maux , daignez à votre tour
Etre sensible à ceux que vous me faites.
A ce début la Belle resta court
>
Tant se trouva du compliment surprise
Caulo n'étoit formé de telle guise
Là
186 MERCURE DE FRANCE
A faire tôt goûter propos d'Amour.
L'objet cruel de sa pudeur blessée
Par les efforts de son premier Amant ,
Revint d'abord s'offrir à sa pensée ,
Et sans lui dire un adieu seulement ,
Caulo la vit , d'une course empressée j
Bien loin de lui s'enfuir légerement.
Par de longs cris envain il la rapelle ,
Envain il veut par ses pleurs l'arrêter ,
Pour mieux courir , loin de les écouter
Elle reprend une force nouvelle .
Loin d'Orithie , une triste langueur
Saisit Caulo , lui dévore le coeur;'
Tous les matins il venoit sur la rive
Où de la Nimphe il avoit vû les yeux ,
Recommencer en ces sauvages lieux ,
De ses tourmens la légende plaintive.
Que ne peut point une ardeur jeune et vive ,
Quand un Amant sçait se plaindre à propos ›
Caulo croyoit ne parler qu'aux Echos ,
Mais Orithie à ses cris attentive ,
Tout entendoit. Tant et tant en ouit
Que de son coeur la trempe s'amollit.
Comme au hazard elle s'offre à sa vuë
Un vif éclat qui sur son tein brilloit
Effet certain du feu qui la brûloit ,
D'attraits nouveaux sembloit l'avoir pourvûë.
D'un air timide où son amour est peint ,
Caule
AVRIL. 173.1.
Canlo s'approche , à ses genoux il tombe ,
Pressé du mal dont son coeur est atteint :
Est-ce pitié des maux où je succombe ,
Dit cet Amant , qui guide ici vos pas ?
Où venez-vous , peu sensible à mes larmes ,
N'offrir encore à mes yeux tant de charmes
Que pour hâter l'instant de mon trépas.
A ces doux mots plus ne fuit Orithie ;
D'une union par l'Amour assortie ,
: Leurs coeurs déja pressentoient les plaisirs
Lorsque Borée à travers un nuage ,
Dont il venoit de chasser les Zéphirs ,
Jusques aux bords de l'Affriquain rivage ,
Vit nos Amans ,, entendit leurs soupirs.
Dans la fureur dont cet objet l'anime
Ce fier Rival si prompt à s'irriter ,
Fond sur un Chêne , en releve la cime ,
Et mesurant le coup qu'il va porter ,
Prend ORITHIE et CAULO pour
Le bruit fut tel qu'au loin il s'épandit.
Du haut des Cieux Appollon l'entendit
Sur nos Amans ce Dieu jette la vûë.
Ce triste objet sa course suspendit.
Pour eux enfin sa pitié fut émuë.
Des noeuds , dit- il , qui sçurent les unir
Ne laissons pas éteindre la mémoire ,
Par mes bienfaits conservons - en l'histoire ,
t la portons aux siécles à venir,
victime
Que
988 MERCURE DE FRANCE
Qué , chacun d'eux devenu plante utile ,
Ils soient l'honneur des Jardins potagers
Et que tous deux n'ayant qu'un même azile ,
Bravent toujours Borée et ses dangers.
Il dit alors leurs corps se retrécissent
De longs filets leurs jambes se hérissent.
Caulo déja n'est plus en ce moment
Qu'un tronc grossier surmonté pésammen
D'un lourd amas de feuilles entassées ;
Par cent replis entr'elles enlassées.
Aux mêmes loix soumise également ,
La tendre Nimphe encor peu
rassurée
Contre le coup qui vient de l'accabler
Erre sous terre , et và s'y receler ,
Ponr éviter les fureurs de Borée.
Là , de frayeur s'enfonçant jusqu'au cou ,
Tandis que l'autre à ses côtez s'éleve ,
Dans le moment que leur destin s'acheve ,
L'une devient CAROTTE , et l'autre CHOU.
Fermer
Résumé : METAMORPHOSE DU PRINCE CAULO ET DE LA NIMPHE ORITHIE. Par M. de Verrieres, de l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen, lûë dans l'Académie le 18. Janvier 1731.
Le texte 'Métamorphose du Prince Caulo et de la Nymphe Orithie' de M. de Verrières, présenté à l'Académie Royale des Belles Lettres de Caen le 18 janvier 1731, aborde l'enlèvement de la nymphe Orithie par Borée, un thème classique de la mythologie. L'auteur présume que son public, y compris les dames présentes, est familier avec les sciences légères et les métamorphoses d'Ovide. Il introduit ensuite Caulo, un héros méconnu des Grecs et des Romains, originaire du Nord, une région peu connue des anciens. L'histoire narre comment Borée enlève Orithie et tente de l'apprivoiser dans des climats déserts. Les plaintes d'Orithie attirent l'attention de Caulo, un prince au cœur noble et généreux. Ému par la souffrance d'Orithie, Caulo s'éprend d'elle. Après plusieurs tentatives infructueuses pour la séduire, Orithie finit par céder à ses avances. Leur union est interrompue par Borée, jaloux, qui les transforme en plantes. Apollon, touché par leur sort, décide de les métamorphoser en carotte et en chou, leur permettant ainsi de braver les dangers de Borée et de devenir utiles dans les jardins potagers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2799
p. 989-991
LE JOUR, CANTATE.
Début :
La Fable qui fournit ordinairement les sujets de Cantate, ne fait point [...]
Mots clefs :
Cantate, Éclore, Nature, Déesse, Sagesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE JOUR, CANTATE.
Lies sujets de Cantate , ne fait point
celui de celle cy. Une simple peinture
des situations du Jour naturel dans les
trois aspects , ausquels on peut se réduire ,
étoit d'abord l'objet de l'Auteur. Ce partage
, qui est aussi celui des Cantates , lui
a donné l'idée d'en faire une qui s'est
trouvée achevée au moyen de trois Ariet
tes qu'il y a ajoûtées.
Morte
LE
JOUR ,
CANTATE.
L'AURORE.
Ortels , c'est trop languir dans les bras diz
sommeil ,
Le Jour va commencer d'éclore ,
Venez, sortez , qu'un prompt réveil ,
Dissipant les erreurs qui vous troublent encore ,
Presente à vos regards le pompeux appareil ,
De la naissance de l'Aurore.
Lir. Tendre Philomele , chantez ;
Eveillez toute la Nature.
Vous
90 MERCURE DE FRANCE
Vous , divine Aurore , arrêtez ;
C'est Flore qui vous en conjure.
Mais , hélas ! déja vous partez !
Tendre Amour , avec moi soyez d'intelligence ,
Déesse brillante , arrêtez !
Cephale dans ces lieux s'avance.
Tendre Philomene , chantez , &
LE MIDT.
Le Dieu dont la sagesse , ainsi que la puissance,
Anime et regle l'Univers ,
Phébus est de retour , et du milieu des airs,
Il verse en tous lieux l'abondance.
Que sur le Mont Sacré ses heureux nourrissons ,
Chantent les biens dont ils jouissent
Que les Peuples se réjouissent ,
1 leur a préparé les plus riches moissons.
Venez , Bacchus , avec Pomone ,
Embellir les Jeux des Mortels !
Celebrez le Fils de Latone ,
C'est le soutien de vos Autels.
Et toi , vole Amour dans nos Fêtes ,
Apollon même fait tes Loix ;
Son exemple dans nos Bois
Favo
AVRIL. 1731. 991
Favorise tes conquêtes.
Venez , Bacchus , avec Pomone , &ç
LE SOIR.
L'Astre qui nous éclaire a dans le sein de l'Onde
Eteint la moitié de ses feux.
Déja la nuit traînant ses voiles ténebreux ,
Partage l'Empire du Monde ;
Et bien-tôt des Oiseaux la troupe vagabonde ;
Va finir ses chants amoureux.
C'est dans ces doux instans , dans ces momen
paisibles ,
Que vous goutez le fruit de vos travaux pénibles,
Bergers heureux , rentrez , et que dans vos Ha
meaux .
La fin du jour s'annonce au son des Chalumeaux }
Air.
Hesperus brille , et dans la Plaine
Les dociles Agneaux ,
Descendus des Côteaux ,
Suivent le Pasteur qui les mene
Heureux s'il les a sauvez tous
De la dent cruelle des Loups !
Mais plus heureux encore
Si celle qu'il adore ,
Le récompense à son retour ,
De ses soins et de son amour !
celui de celle cy. Une simple peinture
des situations du Jour naturel dans les
trois aspects , ausquels on peut se réduire ,
étoit d'abord l'objet de l'Auteur. Ce partage
, qui est aussi celui des Cantates , lui
a donné l'idée d'en faire une qui s'est
trouvée achevée au moyen de trois Ariet
tes qu'il y a ajoûtées.
Morte
LE
JOUR ,
CANTATE.
L'AURORE.
Ortels , c'est trop languir dans les bras diz
sommeil ,
Le Jour va commencer d'éclore ,
Venez, sortez , qu'un prompt réveil ,
Dissipant les erreurs qui vous troublent encore ,
Presente à vos regards le pompeux appareil ,
De la naissance de l'Aurore.
Lir. Tendre Philomele , chantez ;
Eveillez toute la Nature.
Vous
90 MERCURE DE FRANCE
Vous , divine Aurore , arrêtez ;
C'est Flore qui vous en conjure.
Mais , hélas ! déja vous partez !
Tendre Amour , avec moi soyez d'intelligence ,
Déesse brillante , arrêtez !
Cephale dans ces lieux s'avance.
Tendre Philomene , chantez , &
LE MIDT.
Le Dieu dont la sagesse , ainsi que la puissance,
Anime et regle l'Univers ,
Phébus est de retour , et du milieu des airs,
Il verse en tous lieux l'abondance.
Que sur le Mont Sacré ses heureux nourrissons ,
Chantent les biens dont ils jouissent
Que les Peuples se réjouissent ,
1 leur a préparé les plus riches moissons.
Venez , Bacchus , avec Pomone ,
Embellir les Jeux des Mortels !
Celebrez le Fils de Latone ,
C'est le soutien de vos Autels.
Et toi , vole Amour dans nos Fêtes ,
Apollon même fait tes Loix ;
Son exemple dans nos Bois
Favo
AVRIL. 1731. 991
Favorise tes conquêtes.
Venez , Bacchus , avec Pomone , &ç
LE SOIR.
L'Astre qui nous éclaire a dans le sein de l'Onde
Eteint la moitié de ses feux.
Déja la nuit traînant ses voiles ténebreux ,
Partage l'Empire du Monde ;
Et bien-tôt des Oiseaux la troupe vagabonde ;
Va finir ses chants amoureux.
C'est dans ces doux instans , dans ces momen
paisibles ,
Que vous goutez le fruit de vos travaux pénibles,
Bergers heureux , rentrez , et que dans vos Ha
meaux .
La fin du jour s'annonce au son des Chalumeaux }
Air.
Hesperus brille , et dans la Plaine
Les dociles Agneaux ,
Descendus des Côteaux ,
Suivent le Pasteur qui les mene
Heureux s'il les a sauvez tous
De la dent cruelle des Loups !
Mais plus heureux encore
Si celle qu'il adore ,
Le récompense à son retour ,
De ses soins et de son amour !
Fermer
Résumé : LE JOUR, CANTATE.
Le texte décrit une cantate structurée en trois arietts, chacune représentant un moment de la journée. La première ariet, 'L'Aurore', invite à se réveiller pour accueillir l'Aurore. Philomèle est appelée à chanter pour éveiller la nature, tandis que Flore tente de retenir l'Aurore sans succès. Amour et Philomèle sont également sollicités pour chanter. La deuxième ariet, 'Le Midi', célèbre le retour du soleil, Phébus, qui apporte abondance et richesse. Les peuples sont invités à se réjouir des moissons et des biens dont ils jouissent. Bacchus et Pomone sont appelés à embellir les jeux des mortels, et Apollon est reconnu comme le soutien des autels. La troisième ariet, 'Le Soir', décrit le coucher du soleil et l'arrivée de la nuit. Les bergers sont invités à rentrer chez eux et à savourer le fruit de leurs travaux. Hesperus brille, et les agneaux suivent le pasteur. Le pasteur est heureux s'il a sauvé tous ses agneaux des loups, mais encore plus heureux s'il est récompensé par l'amour de celle qu'il adore.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2800
p. 993
PORTRAIT De Pibrac, Comte de Marigny.
Début :
Noble par ses Ayeux, encore plus par lui-même, [...]
Mots clefs :
Aïeux , Pibrac, Judicieux, Gascon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT De Pibrac, Comte de Marigny.
PORTRAIT
De Pibrac , Comte de Marigny .
Noblepar sesAyeux , encor plus par luiḍ
même ,
Pibrac est sage , doux , sincere , Officieux ,
Charitable , judicieux ,
Pour les sçavantes Soeurs son amour est extrê
me ;
Prudent , on le consulte en toute occasion
Et , ce qui plus que tout le reste'
Est digne d'admiration ,
Pibrac est Gascon et modeste.
COCQUARD.
De Pibrac , Comte de Marigny .
Noblepar sesAyeux , encor plus par luiḍ
même ,
Pibrac est sage , doux , sincere , Officieux ,
Charitable , judicieux ,
Pour les sçavantes Soeurs son amour est extrê
me ;
Prudent , on le consulte en toute occasion
Et , ce qui plus que tout le reste'
Est digne d'admiration ,
Pibrac est Gascon et modeste.
COCQUARD.
Fermer