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701
p. 67-72
Allegorie. [titre d'après la table]
Début :
Vous ne serez pas fâchée d'apprendre des nouvelles de / Nostre General la Raison, irrité des dégasts que l'Amour [...]
Mots clefs :
Camp, Dépit, Nouvelles, Amour, Raison, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : Allegorie. [titre d'après la table]
Vous ne ferez paf fâchée
d'apprendre des nouvelles de
lia guerre. Je ne vous en diray
pourtant que d'Allegori
ques , qui serviront à vous
1
divertir. Voicy ce qui s'est
trouve dans la Lettre d'un
Officier, donc il n'est pas ne
cessaire de vous apprendre le
nom.
8
NOJlre General la Raifen,
irrité dl s dégaps que l'A
mour fait dans ion pays depuis
quatre mois, a pris enfin la réso
lution de le combattre & de le
chajjer Pour cet esset, nous nous
mismes en campagne le ij. de ce
mois, avec nos meilleuresTroupes.
Apres quelques jours de marche
un Deserteur des Ennemis vint
se rendre
,
& nous apprit que
l'AmourfatiguédeJcs courses .se
fepcjoit dans la VaREt du Cha
griny à une pente lieue de noflrc
Camp
en attendantsonArmée
que le pillage avoit dtfPerfée, cm
,
qu'il n'eflolr IIccompagnéque des
Regimens des Pleurs, dela Conf-,
tance, (if de l'Erptrance. Sur cet
avis la &,Àif,ôn fit partir à l en
trée de la nuit un Sergent avec
+
quinze Grenadiers du Regiment
de Dépit mortel, pour aller aux
nouvelles. Nous nous mismes en
marchepresque en mesmetemps.
Noftrc Sergent nous confirma le
rapport du Deserteur, cr nous
tjjxra que tout paroijjoit tran
quilledans le Camp del'Amour,
que que
lonyvijl beaucoup de
feux. AuJfi- tost la Rai/on rangea
Jon Armée en BatAille. Dépit
mortel commandaitnojîre Aïe
droitey & Tranfjtort jalouxy
tAtle gauçhe. Nous marchâmes
en cet ordre aux Ennrmis, &
nous les chargeâmes vivement à
lapointe dujour. Jenevousferay
point le détail decette aélion, je
vous diray feulement que tout
l' honneur a esté de nostre cojlè
,
&que nous eufjtorisinfaillible
ment fait
lAmour prisonnier,]i
fin z\'p!}ment de lEfime ne sufl
arrivéfort à prOpfJ pour luy. Ce
secoursimprévu nous étonna,(7
nous rmpefcha de po,4rfuivrenor
tre kriéloireNous nous retIrâ
mes donclefoirdans noslre Camp
en bon ordre, & sans avo
r perdu
aucun Officier de marqut. Dépit
mortel CT Transportjaloux ont
fait des ptodigesnoflre Gene
ralejlcharmc de la naleur de ces
deux Braves Etrangers. Voicy
çe que nous fçavons dt la perte
des Ennemis.
La Confiance blejjé 0* fait
prisonniêr,sonRegimententière
+
mentdéfait, des Pleurs, Brigadier
d'Infanterie,Legerement blejjcatt
coin del*œil,son Regimentdéfait.
UEJperance blessé à mort, son
Regimenttailleen pieces. L'EJIU
fne a reçuune legerecontufiond'un
éclat desoupçon. Ondit que cene
fera rien , mats que lesmoindres
Coupsfont dangereux dans la Ca*
niculr. Son Régiment n'a point
fluffert. tAdteu, mon Amy,je
fuisfatiguédu Qombat,£7*'vais
me coucher. Je te manderay de*
main quelque chose de nouveau,
ïlnfenfible DuCamp de la Rai
fin
J le2.4.Juillet.
d'apprendre des nouvelles de
lia guerre. Je ne vous en diray
pourtant que d'Allegori
ques , qui serviront à vous
1
divertir. Voicy ce qui s'est
trouve dans la Lettre d'un
Officier, donc il n'est pas ne
cessaire de vous apprendre le
nom.
8
NOJlre General la Raifen,
irrité dl s dégaps que l'A
mour fait dans ion pays depuis
quatre mois, a pris enfin la réso
lution de le combattre & de le
chajjer Pour cet esset, nous nous
mismes en campagne le ij. de ce
mois, avec nos meilleuresTroupes.
Apres quelques jours de marche
un Deserteur des Ennemis vint
se rendre
,
& nous apprit que
l'AmourfatiguédeJcs courses .se
fepcjoit dans la VaREt du Cha
griny à une pente lieue de noflrc
Camp
en attendantsonArmée
que le pillage avoit dtfPerfée, cm
,
qu'il n'eflolr IIccompagnéque des
Regimens des Pleurs, dela Conf-,
tance, (if de l'Erptrance. Sur cet
avis la &,Àif,ôn fit partir à l en
trée de la nuit un Sergent avec
+
quinze Grenadiers du Regiment
de Dépit mortel, pour aller aux
nouvelles. Nous nous mismes en
marchepresque en mesmetemps.
Noftrc Sergent nous confirma le
rapport du Deserteur, cr nous
tjjxra que tout paroijjoit tran
quilledans le Camp del'Amour,
que que
lonyvijl beaucoup de
feux. AuJfi- tost la Rai/on rangea
Jon Armée en BatAille. Dépit
mortel commandaitnojîre Aïe
droitey & Tranfjtort jalouxy
tAtle gauçhe. Nous marchâmes
en cet ordre aux Ennrmis, &
nous les chargeâmes vivement à
lapointe dujour. Jenevousferay
point le détail decette aélion, je
vous diray feulement que tout
l' honneur a esté de nostre cojlè
,
&que nous eufjtorisinfaillible
ment fait
lAmour prisonnier,]i
fin z\'p!}ment de lEfime ne sufl
arrivéfort à prOpfJ pour luy. Ce
secoursimprévu nous étonna,(7
nous rmpefcha de po,4rfuivrenor
tre kriéloireNous nous retIrâ
mes donclefoirdans noslre Camp
en bon ordre, & sans avo
r perdu
aucun Officier de marqut. Dépit
mortel CT Transportjaloux ont
fait des ptodigesnoflre Gene
ralejlcharmc de la naleur de ces
deux Braves Etrangers. Voicy
çe que nous fçavons dt la perte
des Ennemis.
La Confiance blejjé 0* fait
prisonniêr,sonRegimententière
+
mentdéfait, des Pleurs, Brigadier
d'Infanterie,Legerement blejjcatt
coin del*œil,son Regimentdéfait.
UEJperance blessé à mort, son
Regimenttailleen pieces. L'EJIU
fne a reçuune legerecontufiond'un
éclat desoupçon. Ondit que cene
fera rien , mats que lesmoindres
Coupsfont dangereux dans la Ca*
niculr. Son Régiment n'a point
fluffert. tAdteu, mon Amy,je
fuisfatiguédu Qombat,£7*'vais
me coucher. Je te manderay de*
main quelque chose de nouveau,
ïlnfenfible DuCamp de la Rai
fin
J le2.4.Juillet.
Fermer
702
p. 3-35
ETAT PRESENT DES AFFAIRES DE FRANCE, & des Alliez.
Début :
Plus les choses sont rares & extraordinaires, plus elles font [...]
Mots clefs :
France, Ennemis, Alliés, Siège de Namur, Argent, Campagne, Places, Place, Roi, Angleterre, Troupes, Pays, Siège, Hommes, Remporter, Lieu, Prix, Armée, Casale Monferrato, Casal, Guerre, Conquêtes
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texteReconnaissance textuelle : ETAT PRESENT DES AFFAIRES DE FRANCE, & des Alliez.
ETAT PRESENT
DES AFFAIRES
DE FRANCE,
& des Alliez.
Lus les choses sont ra-
res & extraordinaires,
plus elles font d'impression
sur ceux qui les ont sou-
haitées avec ardeur. Les
Alliez, depuis l'ouverture
a 1)
Etat present
4
de la Guerre presente,
avoient continuellement
perdu des Places & des
Batailles, & un succés de
la nature de celuy de la
Prise de Namur, a este pour
eux une choſe si nouvelle,
que leur joye a de beaucoup
surpassé le cher avan-
tage qu'ils ont remporte.
Toute l'Europe en a retenty;
mais on en a donné
des marques en tant d'E
tats, qu'on n'a pû les faire
paroistre, sans qu'elles fis-
sent connoistre en même
des Affaires, & c.
temps la grandeur de la
France, puis que d'une gloi-
re partagée entre tant de
Souverains, il y en a peu
pour chacun; au lieu que
lorsque la France triomphe,
le Vainqueur remporte seul
toute la gloire, qui n'est
point partagée. Ainsi l'on
peutdire que nos moindres
triomphes sont grands
lors que ceux des Alliez
ne leur sont pas plus ho-
norables, que le seroit la
la Victoire de ceux dont
le nombre seroit grand,
a 11)
Etat present
6
pour accabler une seule
personne; ce qui fait qu'il
y auroit en quelque façon
sujet de dire, que l'avantage
qu'ils ont remporté est
accompagné de honte. Ce-
pendant, cet essay de bon-
heur qui seur a cousté assez
pour leur devoir faire ap-
prehender leur ruine entie-
re, s'ils ſe hazardent encore
à tenter de faire de pareilles
conquestes, les a rendus si
fiers, & les a jettez dans un
tel aveuglement, qu'ils
croyent estre déja maistres
des Affaires, &c.
de Dinant & de Philippeville,
& se voir en Champagne.
On pourroit leur
répondre, que la France
est moins épuisée qu'eux
de Troupes & d'argent;
que toutes nos autres
frontieres sont deffendues
par un grand nombre de
Places ttes fortes, & plus
regulieres que Namur; &
à l'égard de la Champagne,
qu'elle n'est pas tout-a-fait
exposée a leurs courses,
puis qu'elle est encore cou-
verte par dix bonnes Pla-
a 111
8 Etat present
ces, dont il y en a quatre
le long de la Meuſe, ſça
voir, Dinant, Charlemont,
Mezieres & Sedan; quatre
le long de la Sambre, qui
sont, Charleroy, Maubeu-
e, Avesnes, & Landrechies;
& deux entre ces
deux rivieres; sçavoir, Phi-
lippeville & Rocroy.
Ces obstacles sont assez
forts & meriteroient quel-
que reflexion; mais il vaut
mieux examiner si la prise
de Namur est aussi avanta-
geuse aux Alliez qu'ils se l'i-
des Affaires, &c.
maginent, & s' il leur seroit
utile de faire beaucoup de
semblables conquestes.
A la verité, Namur est
considerable par sa situa-
tion au conflans de la Sam-
bre & de la Meuse, & parce
qu'elle met en quelque fa-
çon a couvert le Pays de
Liege, qui est à la gauche
de la Meuse, & une partie
du Brabant Espagnol; mais
comme chaque chose a son
prix, il est certain que cet-
te Place leur coûte plus
qu'elle ne vaut. Les per.
10 Etat present
sonnes les mieux informées
demeurent d'accord que
la dépense de ce Siege va
à plus de trente millions;
qu'ils y ont mis une partie
de leur Artillerie hors d'é-
tat de servir, qu'ils y ont
épuisé leurs Magasins de
munitions & de vivres; &
qu'enfin ils y ont perdu
vingt-cinq à trente mil-
le hommes; ce qui pa-
roist évidemment, en ce
que depuis la prise de cette
Place, leur Armée n’a osé
paroistre devant celle du
des Affaires, &c. II
Roy, qui est demeuree
maiſtreſſe de la Campagne,
consumant les fourages, &
subsistant aux dépens du
Pays ennemi. A l'égard des
Fortifications, elles sont
ruinees de telle sorte, qu'il
faudra employer du moins
cinque millions pour les réta-
blir, puis qu'on a déja de-
mandé quatorze cens mille
florins aux Holsandois pour
leur quote part. Si l'on con-
sidere sans prévention tou-
tes ces circonstances, on
avouëra que les Alliez
Etat present
12
n'ont pas grand sujet de se
réjouir, & qu'il n'y a peut-
estre point de Prince qui
voulust acheter à ce prix
une pareille conqueste. Il
est certain que nous n'a-
vons jamais pris de Places
qui nous ayent tant coûté,
quoy que nos Ennemis
fondassent la ruine de la
France sur ce qu'elles nous
coûtoient si nous en pre-
nions davantage de la mes-
me sorte. Cependant il est
prouvéailleurs, tant par le
procez qu'ils ont fait ou
des Affaires, &c.
13
voulufaire aux Gouverneurs
de leurs Places, & principa-
lement a celuy de Namur
quand le Roy le prit, que
par les recompenses que
nous donnons aux nostres,
que nos Places les ont épuisez
d'argent, ce que n'ont
pas fait a nôre egard celles
que nous avons prises. Ainsi
on leur peut dire avec bien
plus de raison, quils sont
perdus s'ils tâchent encore
d'en prendre a ce mesme
prix. Les Conquestes éloi-
gnées de l'Angleterre sont
Etat present
14
inutiles à la Nation. Il est
pourtant vray que presque
tout ce que l'Angleterre
avoit de vieilles Troupes y
a pery, & que l'Etat s'épuise
d'argent, à cause que l'argent
en sort. Les Anglois
en murmurent, & tout cela
est expliqué dans des écrits
qui se debitent en Angle.
terre. Mais ce n'est pas en-
core tout ce que la con-
queste de Namur leur
coute.
Avant que de commen
cer le Siege, ils attaque
des Affaires, &c. 15
rent le petit Fort de la Kenoque;
mais soit que ce
fust une feinte, ou un des-
sein formé, pour penetrer
vers Furnes & Dunkerque,
ils en furent honteusement
repoussez avec perte d'en-
viron trois mille hommes
tuez ou bleſsez. Pendant le
Siege, on fit sept a huit
cens prisonniers dans trois
Chasteaux au de là de la
Lys. On donna la chaſſe à
l'Armée du Prince de Vaudemont,
& on luy tailla en
pieces deux ou trois Batail-
Etat present
16
lons. On prit Dixmude &
Deinse, avec trente deux
pieces de Canon, des Ma-
gasins de munitions de
guerre, de provisions de
bouche & de fourages, une
infinité de palissades, & on
fit prés de neuf mille pri-
sonniers, dont les deux
tiers ont pris party dans les
Troupes de France. On
obligea ensuite les Alliez
à promettre par un Traité
qu'ils ne fortifieroient plu;
Dixmude. Quelques jours
aprés, on força les Retrandes
Affaires, &c. 17
chemens qui empêchoient
les approches de Bruxelles,
& les Ennemis ayant refusé
de consentir a ne plus bom-
barder les Places qu'on
n'assiegeroit pas, on bom-
barda cette Ville, dont on
brûla les deux tiers, avec
une perte de plus de trente
millions, de l'aveu même
des Habitans. Pendant tout
ce temps là, plus de dix
mille de leurs Soldats sont
venus se rendre, & prendre
parti dans l'Armée de Fran-
ce, qui s'est trouvée plus
Etat present
18
nombreuse a la fin de la
Campagne qu'au commen-
cement, & qui a toujours
subsisté dans le Pays enne-
mi jusqua la distribution
des quartiers d'hiver. On
peut ajoûter a cela qu'on
a levé de grandes contributions
sans en payer au-
cunes; qu'on a fait de nou-
velles Lignes plus fortes
que les précedentes, sur le
rerriroire, & à la vûë des
Ennemis, & qu on a fortifié
Courtray sans qu'ils ayent
pul'empêcher; que les Al
des Affaires, &c19
liez ont besoin de plus de
quarante mille hommes de
recruë aux Pays Bas seule-
ment; que l'argent est fort
rare, & que les vivres sont
fort chers en Angleterre &
en Hollande; que les hom-
mes commencent à man-
quer en Allemagne, & que
les Victoires des Turcs en
Hongrie rendront les le-
vées encore plus difficiles,
parce que l'Empereur aura
besoin d'avoir de grands
renforts de Troupes.
Que si l'on veut consi-
e ij
Etat present
20
derer ce qui s'est fait dans
les autres Frontieres, on
trouvera qu'ils n'ont eu au-
cun avantage sur lequel
ils puissent fonder les es-
perances dont ils se fla-
tent.
En Allemagne, les Ar-
mées de France ont subsi-
ſté une partie de la Campagne
au delà du Rhin, où
elles auroient eu apparem-
ment des succés plus avan-
tageux, sans la maladie de
M le Maréchal Duc de
Lorges qui rompit ses des-
des Affaires, &c. 2.1
feins Elles ont repassé le
Rhiin a la vûë des Armées
du haut & du bas Rhin,
sans qu'elles ayent osé s'y
opposer. Elles ont occupé
tous les passages de cette
Riviere, & sy sont forti-
fiées de telle sorte, que les
Allemans nont pas même
tenté de les fotcer; & enfin
elles ont vêcu le reste
de la Campagne dans le
Palatinat, dans l'Electorat
de Mayence, & dans les
Evêchez de Spire & de
Wormes, toujours dans le
22. Etat present
Pays des Ennemis & à leurs
dépens.
En Italie, la France a
abandonné Casal, mais les
Ennemis n'ont pas forcé
cette Place, & n'en ont
pas profité, puis qu'elle a
esté raſée, & renduë à son
premier Maistre. Le Roy
épargne plus d'un million
qu'il y dépensoit tous les
ans. Il a fait-fortifier tous
les passages & les postes
necessaires pour conserver
une communication libre
entre la France & Pignerol.
des Affaires, &c. 23
On a remporté divers avan-
ges sur les Barbets & leve
les contributions dans le
Piémont. Rien n'a plus
mortifié l'Empereur que le
Traité fait pour la démoli-
tion de Casal, & il a esté
longtemps avant que de se
resoudre a le ratifier, par-
ce qu'il avoit toujours cru
que s'il pouvoit un jour
estre maistre de cette Pla-
ce, il le seroit bientost de
toute l'Italie, ce qui pou-
voit arriver, n'estant pas
impossible que le Roy
Etat present
24.
ayant tantd'Ennemis sur les
bras, perdist une Place, qu'-
on ne pouvoit ravitailler, ny
secourir, qu'en passant au
travers de ses Ennemis.
Ainsi, jamais coup de pru-
dence n'a esté fait plus à
propos. Le Roy na plus
Casal, mais il n'y a plus de
Casal, puisqu'il est démo-
ly. L'Italie délivrée de
crainte, doit au Roy sa dé-
livrance, & les Ennemis
de Sa Majesté sont privez
des avantages que cette
Place pouvoit leur fournir
contre
des affaires, &c.
25
contre ce Monarque, pen-
dant qu'il est delivre du
soin de la garder, ce qu'il ne
pouvoit faire qu’à grands
frais, & en risquant les
hommes & l'argent. qu'on
estoit de temps en temps
obligé d’y envoyer.
En Catalogne, toute la
Campagne a esté glorieu-
se à la France. On a raſé
à la veuë des Ennemis, &
malgré tous les efforts qu-
ils ont faits pour l'empê-
cher. Castelfollit, Sanfeliu
de Quixols, Ostalric, Bla-
Etat presini
26
nes, Tordera, & Palamos,
dont on leur a fait lever le
Siege qu'ils avoient formé
par mer & par terre, & la
démolition de ces Places a
grossi l'Armée, épargné de
grandes sommes, & ou-
vert pour l'avenir l'entrée
en Catalogne.
Les Ennemis ont esté
encore moins heureux par
mer. Ils y ont dépensé
plus de vingt- cinq mil-
lions, sans pouvoir réussir
dans aucun de leurs pro-
jets. Les Bombardemens
des affaires, &c. 2
de Saint Malo, de Grandville
de Dunkerque & de
Calais, ont tous tourné à
leur confusion, & n'ont
servi qu'a nous donner lieu
de mettre pour toujours
nos Costes hors d'insulte.
Ils menaçoient de bom-
barder Toulon & Marseille,
& ils s'en sont ap-
prochez sans oser tenter
aucune chose. Ils mena-
çoient aussi d'assieger Vil-
lefranche, Rose & Pala-
mos; mais ilsn ont assiegé
que cette derniere Place,
1ij
a
28 Etat present
de devant laquelle, comme
on l'a déja remarqué, ils se
sont retirez presque aussi-
tost qu'ils y ont paru, tou-
jours en mer sans rien a-
vancer, toujours agissant
sans rien faire. Ainsi un
armement qui coûte tant
de millions, n'a profite en
rien, & n'a servi qu'à ruiner
la Marine d'Angleterre, le
ver s'estant mis a la plus-
part de leurs Vaisseaux. Ils
ont perdu plus de la moitié
de leurs Equipages, par les
tempestes & par le manque
des Affaires, & c 29
de vivres, ou les mauvais
vivyes, ce qui sera cause
qu'ils manqueront de Ma-
pelors pendant plusieurs
années, l'argent n'en fai-
sant pas trouver quand il
ny en a point. Ily a déja
du temps qu'ils estoient
rares, & cette Campagne
fera qu'il sera impossible
d'en trouver. Les Matelots
manquent aussi en Hollan-
de depuis longtemps C'est
un fait public, & pour en
avoir pour la Guerre, on
retranche des Pêches uti-
1 11)
30 Etat present
les à l'Etat, & une partie
du Commerce.
Les voyages de la Flote
des Alliez dans la Mediterranée,
n'ont abouti qu'à
transporter a grands frais
& fort inutilement quel-
ques Troupes en Catalo-
gne, à ruiner les Vaisseaux
& à faire perir une bonne
partie des Equipages; au
lieu que la France les a amu-
sez & trompez par des fein-
tes, avec fort peu de dépen-
se; & que nos Armateurs
ont fait perdre à leur com-
des Affaires, &c. 31
merce prés de quarante
millions, car des sept Vais-
seaux des Indes Orientales
qu'on attendoit en Angle-
terre, iln en est arrive qu'un
des moins riches. Des six
autres, le Samuel a estè brû-
lé dans la Baye de Dingle
en Irlande; deux autres ont
esté pris par Mr le Marquis
de Nesmond, & les trois
derniers ont esté enlevez
par Mrs de Baubriant l'E-
vesque, & du Guay-Trouin.
Ces six Vaisseaux auroient
valu en Angleterre pres de
32 Etat present
trente millions. Il ne seroit
pas possible de faire le dé-
nombrement de toutes les
prises que nos Armateurs
ont faites dans toutes les
mers voisines, & mesme
dans les Ports de Hollande,
& d'Angleterre, sur les
costes d'Afrique & d'Espa-
gne, aux Isles de l'Ameri-
que, en Groenland, &
dans la Baye de Hudson-
Si on compare ce que
certe Campagne coute aux
Ennemis, avec les avanta-
ges qui leur reviennent de
des Affaires, &c. 33
la Prise de Namur, on
trouvera que leurs pertes
sont infiniment plus gran-
des que les nostres. Elle les
a épuisez de toutes manie-
res, d'hommes & d'argent
par les dépenses, & par les
prises que l'on a faites sur
eux: & si on veut bien faire
reflexion sur ce qu'on vient
de marquer, qui iont des
faits, on trouvera que ja-
mais il ne s'est fait de si
grandes pertes en une seule
Campagne, au lieu que la
France n'a qu'une Ville de
Etat present
34
moins, qui n'estoit pas
à elle, & qu'elle l'a venduë
si cher, qu'elle voudroit
bien que les Alliez se reso-
lussent d'en prendre encore
d'autres à ce prix là. Leurs
rejouissances ne doivent
avoir esté que pour éblouir
les Peuples; & a bien exa-
miner les choses, on n'en
devroit faire que pour
ce qu'on prend, & non
pour ce qu'on reprend sur
ses Ennemis. On ne dit
rien du Journal, puis quon
va le lire; mais on peut
des Affaires, &c.
35
compter qu’on ny verra
rien que de nouveau, parce
qu'il est presque impossible
de bien sçavoir ce qui s' est
passé dans une Place assiegee,
qu'aprés qu'elle est
prise, ou que le Siege est
levé.
DES AFFAIRES
DE FRANCE,
& des Alliez.
Lus les choses sont ra-
res & extraordinaires,
plus elles font d'impression
sur ceux qui les ont sou-
haitées avec ardeur. Les
Alliez, depuis l'ouverture
a 1)
Etat present
4
de la Guerre presente,
avoient continuellement
perdu des Places & des
Batailles, & un succés de
la nature de celuy de la
Prise de Namur, a este pour
eux une choſe si nouvelle,
que leur joye a de beaucoup
surpassé le cher avan-
tage qu'ils ont remporte.
Toute l'Europe en a retenty;
mais on en a donné
des marques en tant d'E
tats, qu'on n'a pû les faire
paroistre, sans qu'elles fis-
sent connoistre en même
des Affaires, & c.
temps la grandeur de la
France, puis que d'une gloi-
re partagée entre tant de
Souverains, il y en a peu
pour chacun; au lieu que
lorsque la France triomphe,
le Vainqueur remporte seul
toute la gloire, qui n'est
point partagée. Ainsi l'on
peutdire que nos moindres
triomphes sont grands
lors que ceux des Alliez
ne leur sont pas plus ho-
norables, que le seroit la
la Victoire de ceux dont
le nombre seroit grand,
a 11)
Etat present
6
pour accabler une seule
personne; ce qui fait qu'il
y auroit en quelque façon
sujet de dire, que l'avantage
qu'ils ont remporté est
accompagné de honte. Ce-
pendant, cet essay de bon-
heur qui seur a cousté assez
pour leur devoir faire ap-
prehender leur ruine entie-
re, s'ils ſe hazardent encore
à tenter de faire de pareilles
conquestes, les a rendus si
fiers, & les a jettez dans un
tel aveuglement, qu'ils
croyent estre déja maistres
des Affaires, &c.
de Dinant & de Philippeville,
& se voir en Champagne.
On pourroit leur
répondre, que la France
est moins épuisée qu'eux
de Troupes & d'argent;
que toutes nos autres
frontieres sont deffendues
par un grand nombre de
Places ttes fortes, & plus
regulieres que Namur; &
à l'égard de la Champagne,
qu'elle n'est pas tout-a-fait
exposée a leurs courses,
puis qu'elle est encore cou-
verte par dix bonnes Pla-
a 111
8 Etat present
ces, dont il y en a quatre
le long de la Meuſe, ſça
voir, Dinant, Charlemont,
Mezieres & Sedan; quatre
le long de la Sambre, qui
sont, Charleroy, Maubeu-
e, Avesnes, & Landrechies;
& deux entre ces
deux rivieres; sçavoir, Phi-
lippeville & Rocroy.
Ces obstacles sont assez
forts & meriteroient quel-
que reflexion; mais il vaut
mieux examiner si la prise
de Namur est aussi avanta-
geuse aux Alliez qu'ils se l'i-
des Affaires, &c.
maginent, & s' il leur seroit
utile de faire beaucoup de
semblables conquestes.
A la verité, Namur est
considerable par sa situa-
tion au conflans de la Sam-
bre & de la Meuse, & parce
qu'elle met en quelque fa-
çon a couvert le Pays de
Liege, qui est à la gauche
de la Meuse, & une partie
du Brabant Espagnol; mais
comme chaque chose a son
prix, il est certain que cet-
te Place leur coûte plus
qu'elle ne vaut. Les per.
10 Etat present
sonnes les mieux informées
demeurent d'accord que
la dépense de ce Siege va
à plus de trente millions;
qu'ils y ont mis une partie
de leur Artillerie hors d'é-
tat de servir, qu'ils y ont
épuisé leurs Magasins de
munitions & de vivres; &
qu'enfin ils y ont perdu
vingt-cinq à trente mil-
le hommes; ce qui pa-
roist évidemment, en ce
que depuis la prise de cette
Place, leur Armée n’a osé
paroistre devant celle du
des Affaires, &c. II
Roy, qui est demeuree
maiſtreſſe de la Campagne,
consumant les fourages, &
subsistant aux dépens du
Pays ennemi. A l'égard des
Fortifications, elles sont
ruinees de telle sorte, qu'il
faudra employer du moins
cinque millions pour les réta-
blir, puis qu'on a déja de-
mandé quatorze cens mille
florins aux Holsandois pour
leur quote part. Si l'on con-
sidere sans prévention tou-
tes ces circonstances, on
avouëra que les Alliez
Etat present
12
n'ont pas grand sujet de se
réjouir, & qu'il n'y a peut-
estre point de Prince qui
voulust acheter à ce prix
une pareille conqueste. Il
est certain que nous n'a-
vons jamais pris de Places
qui nous ayent tant coûté,
quoy que nos Ennemis
fondassent la ruine de la
France sur ce qu'elles nous
coûtoient si nous en pre-
nions davantage de la mes-
me sorte. Cependant il est
prouvéailleurs, tant par le
procez qu'ils ont fait ou
des Affaires, &c.
13
voulufaire aux Gouverneurs
de leurs Places, & principa-
lement a celuy de Namur
quand le Roy le prit, que
par les recompenses que
nous donnons aux nostres,
que nos Places les ont épuisez
d'argent, ce que n'ont
pas fait a nôre egard celles
que nous avons prises. Ainsi
on leur peut dire avec bien
plus de raison, quils sont
perdus s'ils tâchent encore
d'en prendre a ce mesme
prix. Les Conquestes éloi-
gnées de l'Angleterre sont
Etat present
14
inutiles à la Nation. Il est
pourtant vray que presque
tout ce que l'Angleterre
avoit de vieilles Troupes y
a pery, & que l'Etat s'épuise
d'argent, à cause que l'argent
en sort. Les Anglois
en murmurent, & tout cela
est expliqué dans des écrits
qui se debitent en Angle.
terre. Mais ce n'est pas en-
core tout ce que la con-
queste de Namur leur
coute.
Avant que de commen
cer le Siege, ils attaque
des Affaires, &c. 15
rent le petit Fort de la Kenoque;
mais soit que ce
fust une feinte, ou un des-
sein formé, pour penetrer
vers Furnes & Dunkerque,
ils en furent honteusement
repoussez avec perte d'en-
viron trois mille hommes
tuez ou bleſsez. Pendant le
Siege, on fit sept a huit
cens prisonniers dans trois
Chasteaux au de là de la
Lys. On donna la chaſſe à
l'Armée du Prince de Vaudemont,
& on luy tailla en
pieces deux ou trois Batail-
Etat present
16
lons. On prit Dixmude &
Deinse, avec trente deux
pieces de Canon, des Ma-
gasins de munitions de
guerre, de provisions de
bouche & de fourages, une
infinité de palissades, & on
fit prés de neuf mille pri-
sonniers, dont les deux
tiers ont pris party dans les
Troupes de France. On
obligea ensuite les Alliez
à promettre par un Traité
qu'ils ne fortifieroient plu;
Dixmude. Quelques jours
aprés, on força les Retrandes
Affaires, &c. 17
chemens qui empêchoient
les approches de Bruxelles,
& les Ennemis ayant refusé
de consentir a ne plus bom-
barder les Places qu'on
n'assiegeroit pas, on bom-
barda cette Ville, dont on
brûla les deux tiers, avec
une perte de plus de trente
millions, de l'aveu même
des Habitans. Pendant tout
ce temps là, plus de dix
mille de leurs Soldats sont
venus se rendre, & prendre
parti dans l'Armée de Fran-
ce, qui s'est trouvée plus
Etat present
18
nombreuse a la fin de la
Campagne qu'au commen-
cement, & qui a toujours
subsisté dans le Pays enne-
mi jusqua la distribution
des quartiers d'hiver. On
peut ajoûter a cela qu'on
a levé de grandes contributions
sans en payer au-
cunes; qu'on a fait de nou-
velles Lignes plus fortes
que les précedentes, sur le
rerriroire, & à la vûë des
Ennemis, & qu on a fortifié
Courtray sans qu'ils ayent
pul'empêcher; que les Al
des Affaires, &c19
liez ont besoin de plus de
quarante mille hommes de
recruë aux Pays Bas seule-
ment; que l'argent est fort
rare, & que les vivres sont
fort chers en Angleterre &
en Hollande; que les hom-
mes commencent à man-
quer en Allemagne, & que
les Victoires des Turcs en
Hongrie rendront les le-
vées encore plus difficiles,
parce que l'Empereur aura
besoin d'avoir de grands
renforts de Troupes.
Que si l'on veut consi-
e ij
Etat present
20
derer ce qui s'est fait dans
les autres Frontieres, on
trouvera qu'ils n'ont eu au-
cun avantage sur lequel
ils puissent fonder les es-
perances dont ils se fla-
tent.
En Allemagne, les Ar-
mées de France ont subsi-
ſté une partie de la Campagne
au delà du Rhin, où
elles auroient eu apparem-
ment des succés plus avan-
tageux, sans la maladie de
M le Maréchal Duc de
Lorges qui rompit ses des-
des Affaires, &c. 2.1
feins Elles ont repassé le
Rhiin a la vûë des Armées
du haut & du bas Rhin,
sans qu'elles ayent osé s'y
opposer. Elles ont occupé
tous les passages de cette
Riviere, & sy sont forti-
fiées de telle sorte, que les
Allemans nont pas même
tenté de les fotcer; & enfin
elles ont vêcu le reste
de la Campagne dans le
Palatinat, dans l'Electorat
de Mayence, & dans les
Evêchez de Spire & de
Wormes, toujours dans le
22. Etat present
Pays des Ennemis & à leurs
dépens.
En Italie, la France a
abandonné Casal, mais les
Ennemis n'ont pas forcé
cette Place, & n'en ont
pas profité, puis qu'elle a
esté raſée, & renduë à son
premier Maistre. Le Roy
épargne plus d'un million
qu'il y dépensoit tous les
ans. Il a fait-fortifier tous
les passages & les postes
necessaires pour conserver
une communication libre
entre la France & Pignerol.
des Affaires, &c. 23
On a remporté divers avan-
ges sur les Barbets & leve
les contributions dans le
Piémont. Rien n'a plus
mortifié l'Empereur que le
Traité fait pour la démoli-
tion de Casal, & il a esté
longtemps avant que de se
resoudre a le ratifier, par-
ce qu'il avoit toujours cru
que s'il pouvoit un jour
estre maistre de cette Pla-
ce, il le seroit bientost de
toute l'Italie, ce qui pou-
voit arriver, n'estant pas
impossible que le Roy
Etat present
24.
ayant tantd'Ennemis sur les
bras, perdist une Place, qu'-
on ne pouvoit ravitailler, ny
secourir, qu'en passant au
travers de ses Ennemis.
Ainsi, jamais coup de pru-
dence n'a esté fait plus à
propos. Le Roy na plus
Casal, mais il n'y a plus de
Casal, puisqu'il est démo-
ly. L'Italie délivrée de
crainte, doit au Roy sa dé-
livrance, & les Ennemis
de Sa Majesté sont privez
des avantages que cette
Place pouvoit leur fournir
contre
des affaires, &c.
25
contre ce Monarque, pen-
dant qu'il est delivre du
soin de la garder, ce qu'il ne
pouvoit faire qu’à grands
frais, & en risquant les
hommes & l'argent. qu'on
estoit de temps en temps
obligé d’y envoyer.
En Catalogne, toute la
Campagne a esté glorieu-
se à la France. On a raſé
à la veuë des Ennemis, &
malgré tous les efforts qu-
ils ont faits pour l'empê-
cher. Castelfollit, Sanfeliu
de Quixols, Ostalric, Bla-
Etat presini
26
nes, Tordera, & Palamos,
dont on leur a fait lever le
Siege qu'ils avoient formé
par mer & par terre, & la
démolition de ces Places a
grossi l'Armée, épargné de
grandes sommes, & ou-
vert pour l'avenir l'entrée
en Catalogne.
Les Ennemis ont esté
encore moins heureux par
mer. Ils y ont dépensé
plus de vingt- cinq mil-
lions, sans pouvoir réussir
dans aucun de leurs pro-
jets. Les Bombardemens
des affaires, &c. 2
de Saint Malo, de Grandville
de Dunkerque & de
Calais, ont tous tourné à
leur confusion, & n'ont
servi qu'a nous donner lieu
de mettre pour toujours
nos Costes hors d'insulte.
Ils menaçoient de bom-
barder Toulon & Marseille,
& ils s'en sont ap-
prochez sans oser tenter
aucune chose. Ils mena-
çoient aussi d'assieger Vil-
lefranche, Rose & Pala-
mos; mais ilsn ont assiegé
que cette derniere Place,
1ij
a
28 Etat present
de devant laquelle, comme
on l'a déja remarqué, ils se
sont retirez presque aussi-
tost qu'ils y ont paru, tou-
jours en mer sans rien a-
vancer, toujours agissant
sans rien faire. Ainsi un
armement qui coûte tant
de millions, n'a profite en
rien, & n'a servi qu'à ruiner
la Marine d'Angleterre, le
ver s'estant mis a la plus-
part de leurs Vaisseaux. Ils
ont perdu plus de la moitié
de leurs Equipages, par les
tempestes & par le manque
des Affaires, & c 29
de vivres, ou les mauvais
vivyes, ce qui sera cause
qu'ils manqueront de Ma-
pelors pendant plusieurs
années, l'argent n'en fai-
sant pas trouver quand il
ny en a point. Ily a déja
du temps qu'ils estoient
rares, & cette Campagne
fera qu'il sera impossible
d'en trouver. Les Matelots
manquent aussi en Hollan-
de depuis longtemps C'est
un fait public, & pour en
avoir pour la Guerre, on
retranche des Pêches uti-
1 11)
30 Etat present
les à l'Etat, & une partie
du Commerce.
Les voyages de la Flote
des Alliez dans la Mediterranée,
n'ont abouti qu'à
transporter a grands frais
& fort inutilement quel-
ques Troupes en Catalo-
gne, à ruiner les Vaisseaux
& à faire perir une bonne
partie des Equipages; au
lieu que la France les a amu-
sez & trompez par des fein-
tes, avec fort peu de dépen-
se; & que nos Armateurs
ont fait perdre à leur com-
des Affaires, &c. 31
merce prés de quarante
millions, car des sept Vais-
seaux des Indes Orientales
qu'on attendoit en Angle-
terre, iln en est arrive qu'un
des moins riches. Des six
autres, le Samuel a estè brû-
lé dans la Baye de Dingle
en Irlande; deux autres ont
esté pris par Mr le Marquis
de Nesmond, & les trois
derniers ont esté enlevez
par Mrs de Baubriant l'E-
vesque, & du Guay-Trouin.
Ces six Vaisseaux auroient
valu en Angleterre pres de
32 Etat present
trente millions. Il ne seroit
pas possible de faire le dé-
nombrement de toutes les
prises que nos Armateurs
ont faites dans toutes les
mers voisines, & mesme
dans les Ports de Hollande,
& d'Angleterre, sur les
costes d'Afrique & d'Espa-
gne, aux Isles de l'Ameri-
que, en Groenland, &
dans la Baye de Hudson-
Si on compare ce que
certe Campagne coute aux
Ennemis, avec les avanta-
ges qui leur reviennent de
des Affaires, &c. 33
la Prise de Namur, on
trouvera que leurs pertes
sont infiniment plus gran-
des que les nostres. Elle les
a épuisez de toutes manie-
res, d'hommes & d'argent
par les dépenses, & par les
prises que l'on a faites sur
eux: & si on veut bien faire
reflexion sur ce qu'on vient
de marquer, qui iont des
faits, on trouvera que ja-
mais il ne s'est fait de si
grandes pertes en une seule
Campagne, au lieu que la
France n'a qu'une Ville de
Etat present
34
moins, qui n'estoit pas
à elle, & qu'elle l'a venduë
si cher, qu'elle voudroit
bien que les Alliez se reso-
lussent d'en prendre encore
d'autres à ce prix là. Leurs
rejouissances ne doivent
avoir esté que pour éblouir
les Peuples; & a bien exa-
miner les choses, on n'en
devroit faire que pour
ce qu'on prend, & non
pour ce qu'on reprend sur
ses Ennemis. On ne dit
rien du Journal, puis quon
va le lire; mais on peut
des Affaires, &c.
35
compter qu’on ny verra
rien que de nouveau, parce
qu'il est presque impossible
de bien sçavoir ce qui s' est
passé dans une Place assiegee,
qu'aprés qu'elle est
prise, ou que le Siege est
levé.
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703
p. 1-133
JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
Début :
Le 26. du mois de Juin, M. le Comte d'Athlone [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Namur, Retranchement , Jean-Louis de Barberin, M. de Reignac, Attaque, Meuse, Ville, Chemin, Maréchal, Nuit, Jour, Place, Feu, Chemin couvert , Côte, Comte, Dragons, Canon, Régiment, Château, Porte Saint-Nicolas, Régiment de Gramont, Redoute, Bastion, Grenadiers, Colonel, Maison, Hommes, Tranchée, Tranchées, Pièces, Temps, M. de Saint-Laurent, Sambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
GUR A a
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
Fermer
704
p. 133-152
ARTICLES DE LA CAPITULATION.
Début :
I. Que la Religion Catholique, Apostolique & Romaine sera seule [...]
Mots clefs :
Accordé, Ville, Namur, Siège de Namur, Bourgeois, Troupes, Sûreté, Dinant, Passeports, Blessés, Alliés, Château, Capitulation, François, Prétexte, Officiers, Malades, Bateaux, Signature, Garnison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLES DE LA CAPITULATION.
ARTICLES
DE
LA CAPITULATION.
I.
Ue la Religion Ca-
tholique, Apostoli
134 Fournal du Siege
que & Romaine sera seule
maintenuë & conservée
dans la Ville de Namur,
sans que d'autres y puissent
estre exercées.
Accorde.
II.
Que tous les privileges,
franchises, usages & Cou-
tumes, tant generales que
particulieres, dont les Ec-
clesiastiques, Nobles, Bour-
geois, & autres Habitans
de ladite Ville ont jouy,
leur seront maintenus, &
que chacun d'eux rentrera
de Namur.
133
en la possession & jouissan-
ce de leurs biens confis-
quez.
Accordé.
III.
Que tous les Bourgeois
& autres Habitans, tant de
de ladite Ville, que François,
& autres, de l'un &
de l’autre Sexe, de quelque
qualité & condition qu'ils
soient, pourront continuer
d'y demeurer, ou en sortiront
dans trois mois aveg
leur Famille & effets, pour
se retirer ou bon leur sem-
136 Fournal du Siege
blera, sans qu'il leur soit
fait aucun tort, soit
qu'ils ayent esté dans le
commerce, ou fait d'au-
tres emplois, tels qu'ils
puissent estre; auquel effet
il leur sera accordé gratis
les Sauvegardes & Passeports
dont ils auront be-
soin.
Accordé.
IV.
Qu'aucun desdits Bour-
geois, & autres, de telle
Nation qu'ils puissent être,
ne pourra estre recherché
de Namur. 137
ny molesté, sous prétexte
des Emplois dont ils auront
esté chargez pour le service
du Roy, & qu'il leur sera
accordé une amnistie gene-
rale, aussi bien qu'aux Déserteurs.
Accordé, à la reserve des
Déserteurs.
IV.
Que l'on ne pourra re-
prendre les Bestiaux qui
ont esté pris à la guerre, &
achetez par les Bourgeois
de ladite Ville, ou par des
Officiers des Troupes, ou
M
138 Fournal du Siege
autres particuliers, tels-
qu'ils puissent estre.
Accorde.
VI.
Que tous les Officiers,
Soldats, Dragons, & autres,
soit François ou Etrangers,
de telle qualité & condition
qu'ils soient, lesquels
sont malades ou blessez,
tant dans les Hôpitaux
de ladite Ville, que dans
les maisons particulieres
des Bourgeois, seront trans-
portez a Dinant, avec les
Medecins, Chiturgiens,
de Namur.
139
Apoticaires, & autres per-
sonnes qui ont esté établis
pour en prendre soin, &
qu'il leur sera donné par les
Alliez, des Batteaux & autres
Voitures suffisantes en
payant, avec les escortes &
Passeports necessaires pour
y estre conduits en seureté,
aussi bien que les Valets &
Equipages des Malades &
Blessez, six jours aprés la
signature de la presente Ca-
pitulation, & par le chemin
le plus court.
MIj
140 Journal du Siege
Les Assiegez se pourront
pourvoir de Batteaux pour
faire le transport de leurs Malades
& Blessez, & on leur
accordera des Passeports pour
en voyer chercher à Dinant les
Batteaux & Batteliers qui se-
ront necessaires au delà de ce
qui se pourra trouver dans le
Port de la Ville de Namur
dont il sera permis de se servir
& mesme des Batteliers de ladite
Ville, moyennant qu ils les
ren voyent d'abord,
de Namur. 141
VII.
Que ceux desdits Mala-
des ou Blessez, qui ne sont
pas en estat d'estre trans-
portez, resteront dans la-
dite Ville, & dans les mes-
mes logemens qu'ils occu-
pent presentement, jusqu'à
leur entiere guérison, & il
leur sera fourny des vivres
& medicamens, aux dé-
pens des Alliez, selon leurs
caracteres, & aprés leur
guerison il leur sera fourny
des Passeports & des Voitures
pour estre transpor-
142Fournal du Siege
tez a Dinant en seureté,
& par le chemin le plus
court.
Accorde.
VIHI.
Qu'il sera accordé à la
Garnison de ladite Ville six
jours, a compter du jour
de la signature de la pre-
sente Capitulation, pour
se retirer au Chasteau, &
dans ses dépendances avec
leurs Familles, Domesti-
ques & Effets; & que pen-
dant lesdits six jours, il ne
sera fait aucun Acte d'ho-
de Namur.
143
stilité de part ny d'autre,
Tranchées ny Batteries
tant à la Ville que du costé
du Chasteau: & afin qu'il
n'arrive aucun desordre
entre les Troupes dans la-
dite Ville, pendant ledit
temps, que les Troupes des
Alliez occuperont seule
ment la Porte de la pre-
miere enceinte de l'Atta-
que, sans que lesdites Trou-
pes puissent entrer dans
la Ville, qu'aprés que la
Garnison se sera entiere-
ment retirée dans ledit
144 Journal, du Siege
Chasteau, & la seconde
Porte de ladite Attaque
sera gardee par la Garni-
son jusqu'a l'accomplisse
ment desdits six jours.
L'on accorde aux Assiegez
deux jours, a compter du 4.
Aoust à midy, & il sera
seulement cedé les Portes d'En-
tree & la Porte de Fer. Les
Assiegez mettront une Garde
conjointement avec celle des
Alliez, à la Porte de la vieille
Enceinte, pour empescher
qu'il n'y entre personne, &
qu'il ne s'y commette point de
desordre. IX.
de Namur. 14
IX.
Qu'il sera permis aux
Troupes qui sont en gar-
nison dans les Redoutes de
Saint Fiacre, de Piednoir
& de Saint Antoine, de
rentrer dans la Ville, pour
passer au Chasteau, dés le
lendemain de la signature
de cette Capitulation.
Accordé.
X.
Que tous ceux qui ont
esté pourvûs par le Roy
des Charges de Judicatuseront
re, & autres
146 Journal du Siege
maintenus & conservez,
& qu'ils continuëront, de
les exercer, & de jouir des
droits, emolumens, & pri-
vileges qui y sont attribuez.
Accorde.
XI.)
Que nul Officier mala.
de, blesse, sou autrement,
ne pourra estre arreste pour
dettes, ny sous aucun au-
tre pretexte que ce puisse
estre, mais qu'il sera donné
des seuretez a ceux qui jus-
titieront leur estre legiti
de Namur. 147
mement dû, pour en estre
payez.
Accordé.
XII.
Que tous les Contrats &
Obligations faits entre les
François & les Bourgeois
de ladite Ville, seront executez
de bonne foy de
part & d'autre, selon leur
forme & teneur, aussi bien
que ceux qui ont esté ar-
restez avec les Magistrats
de ladite Ville.
Accordé, pourvu que ce ne
soit pas an préjudice de Sa
N ij
148 Journal du Sirg
Majesté Catholique.
XIII.
Que les Chevaux & E.
quipages des Officiers
Commandans dans la Pla-
ce, & des Troupes de
la Garnison, seront con-
duits à Dinant avec escor-
te & seurete, par le che-
min le plus court, &
que sous aucun pretexte,
on ne pourra les fouiller
arrester, ny faire aucun
tort, tant ausdirs Equipa-
de Namur. 14
ges, qu'à ceux qui les con-
duiront.
Accorde.
XIV.
Que les Prisonniers faits
pendant le Siege, seront
rendus de part & d'autre.
Accorde
XV.
Que tous les Ostages
pourront estre conduits à
Dinant en seureté avec
escorte, aussi par le che-
min le plus court.
Accorde.
N- iij
150 Fournal du Siege
XVI. 1.
Il ne ſera cedé que la
Ville qui est entre la Sam-
bre & l'attaque Saint Ni-
colas, mais on veut bien
ceder en même temps la
porte de Fer, & les deux
Tours qui sont au bout du
Pont de la Meuse, du co-
ſte du Condros, à la reserve
du Pont levis, qui reste
aux Asliegez.
Accordé.
XVII.
Que les Ostages donnez
de part & d'autre pour la
de Namur. 151
seureté de la presente Ca-
pitulation, seront rendus
reciproquement aprés l'en-
tiere reduction d'icelle.
Accordé.
XVIII
ie
Les Mines & Fougaces,
avec les Magasins, seront
montrez par les Assiegez a
ceux qui seront commis,
qui ne seront que trois per
sonnes pour les reconnois-
tre. Les Assiegez ne feront
aucun desordre ny insulte
Nii
152 Journal du Siege
aux Bourgeois, en quittant
la Ville.
Signé, EMMANUEL,
Electeur.
DE
LA CAPITULATION.
I.
Ue la Religion Ca-
tholique, Apostoli
134 Fournal du Siege
que & Romaine sera seule
maintenuë & conservée
dans la Ville de Namur,
sans que d'autres y puissent
estre exercées.
Accorde.
II.
Que tous les privileges,
franchises, usages & Cou-
tumes, tant generales que
particulieres, dont les Ec-
clesiastiques, Nobles, Bour-
geois, & autres Habitans
de ladite Ville ont jouy,
leur seront maintenus, &
que chacun d'eux rentrera
de Namur.
133
en la possession & jouissan-
ce de leurs biens confis-
quez.
Accordé.
III.
Que tous les Bourgeois
& autres Habitans, tant de
de ladite Ville, que François,
& autres, de l'un &
de l’autre Sexe, de quelque
qualité & condition qu'ils
soient, pourront continuer
d'y demeurer, ou en sortiront
dans trois mois aveg
leur Famille & effets, pour
se retirer ou bon leur sem-
136 Fournal du Siege
blera, sans qu'il leur soit
fait aucun tort, soit
qu'ils ayent esté dans le
commerce, ou fait d'au-
tres emplois, tels qu'ils
puissent estre; auquel effet
il leur sera accordé gratis
les Sauvegardes & Passeports
dont ils auront be-
soin.
Accordé.
IV.
Qu'aucun desdits Bour-
geois, & autres, de telle
Nation qu'ils puissent être,
ne pourra estre recherché
de Namur. 137
ny molesté, sous prétexte
des Emplois dont ils auront
esté chargez pour le service
du Roy, & qu'il leur sera
accordé une amnistie gene-
rale, aussi bien qu'aux Déserteurs.
Accordé, à la reserve des
Déserteurs.
IV.
Que l'on ne pourra re-
prendre les Bestiaux qui
ont esté pris à la guerre, &
achetez par les Bourgeois
de ladite Ville, ou par des
Officiers des Troupes, ou
M
138 Fournal du Siege
autres particuliers, tels-
qu'ils puissent estre.
Accorde.
VI.
Que tous les Officiers,
Soldats, Dragons, & autres,
soit François ou Etrangers,
de telle qualité & condition
qu'ils soient, lesquels
sont malades ou blessez,
tant dans les Hôpitaux
de ladite Ville, que dans
les maisons particulieres
des Bourgeois, seront trans-
portez a Dinant, avec les
Medecins, Chiturgiens,
de Namur.
139
Apoticaires, & autres per-
sonnes qui ont esté établis
pour en prendre soin, &
qu'il leur sera donné par les
Alliez, des Batteaux & autres
Voitures suffisantes en
payant, avec les escortes &
Passeports necessaires pour
y estre conduits en seureté,
aussi bien que les Valets &
Equipages des Malades &
Blessez, six jours aprés la
signature de la presente Ca-
pitulation, & par le chemin
le plus court.
MIj
140 Journal du Siege
Les Assiegez se pourront
pourvoir de Batteaux pour
faire le transport de leurs Malades
& Blessez, & on leur
accordera des Passeports pour
en voyer chercher à Dinant les
Batteaux & Batteliers qui se-
ront necessaires au delà de ce
qui se pourra trouver dans le
Port de la Ville de Namur
dont il sera permis de se servir
& mesme des Batteliers de ladite
Ville, moyennant qu ils les
ren voyent d'abord,
de Namur. 141
VII.
Que ceux desdits Mala-
des ou Blessez, qui ne sont
pas en estat d'estre trans-
portez, resteront dans la-
dite Ville, & dans les mes-
mes logemens qu'ils occu-
pent presentement, jusqu'à
leur entiere guérison, & il
leur sera fourny des vivres
& medicamens, aux dé-
pens des Alliez, selon leurs
caracteres, & aprés leur
guerison il leur sera fourny
des Passeports & des Voitures
pour estre transpor-
142Fournal du Siege
tez a Dinant en seureté,
& par le chemin le plus
court.
Accorde.
VIHI.
Qu'il sera accordé à la
Garnison de ladite Ville six
jours, a compter du jour
de la signature de la pre-
sente Capitulation, pour
se retirer au Chasteau, &
dans ses dépendances avec
leurs Familles, Domesti-
ques & Effets; & que pen-
dant lesdits six jours, il ne
sera fait aucun Acte d'ho-
de Namur.
143
stilité de part ny d'autre,
Tranchées ny Batteries
tant à la Ville que du costé
du Chasteau: & afin qu'il
n'arrive aucun desordre
entre les Troupes dans la-
dite Ville, pendant ledit
temps, que les Troupes des
Alliez occuperont seule
ment la Porte de la pre-
miere enceinte de l'Atta-
que, sans que lesdites Trou-
pes puissent entrer dans
la Ville, qu'aprés que la
Garnison se sera entiere-
ment retirée dans ledit
144 Journal, du Siege
Chasteau, & la seconde
Porte de ladite Attaque
sera gardee par la Garni-
son jusqu'a l'accomplisse
ment desdits six jours.
L'on accorde aux Assiegez
deux jours, a compter du 4.
Aoust à midy, & il sera
seulement cedé les Portes d'En-
tree & la Porte de Fer. Les
Assiegez mettront une Garde
conjointement avec celle des
Alliez, à la Porte de la vieille
Enceinte, pour empescher
qu'il n'y entre personne, &
qu'il ne s'y commette point de
desordre. IX.
de Namur. 14
IX.
Qu'il sera permis aux
Troupes qui sont en gar-
nison dans les Redoutes de
Saint Fiacre, de Piednoir
& de Saint Antoine, de
rentrer dans la Ville, pour
passer au Chasteau, dés le
lendemain de la signature
de cette Capitulation.
Accordé.
X.
Que tous ceux qui ont
esté pourvûs par le Roy
des Charges de Judicatuseront
re, & autres
146 Journal du Siege
maintenus & conservez,
& qu'ils continuëront, de
les exercer, & de jouir des
droits, emolumens, & pri-
vileges qui y sont attribuez.
Accorde.
XI.)
Que nul Officier mala.
de, blesse, sou autrement,
ne pourra estre arreste pour
dettes, ny sous aucun au-
tre pretexte que ce puisse
estre, mais qu'il sera donné
des seuretez a ceux qui jus-
titieront leur estre legiti
de Namur. 147
mement dû, pour en estre
payez.
Accordé.
XII.
Que tous les Contrats &
Obligations faits entre les
François & les Bourgeois
de ladite Ville, seront executez
de bonne foy de
part & d'autre, selon leur
forme & teneur, aussi bien
que ceux qui ont esté ar-
restez avec les Magistrats
de ladite Ville.
Accordé, pourvu que ce ne
soit pas an préjudice de Sa
N ij
148 Journal du Sirg
Majesté Catholique.
XIII.
Que les Chevaux & E.
quipages des Officiers
Commandans dans la Pla-
ce, & des Troupes de
la Garnison, seront con-
duits à Dinant avec escor-
te & seurete, par le che-
min le plus court, &
que sous aucun pretexte,
on ne pourra les fouiller
arrester, ny faire aucun
tort, tant ausdirs Equipa-
de Namur. 14
ges, qu'à ceux qui les con-
duiront.
Accorde.
XIV.
Que les Prisonniers faits
pendant le Siege, seront
rendus de part & d'autre.
Accorde
XV.
Que tous les Ostages
pourront estre conduits à
Dinant en seureté avec
escorte, aussi par le che-
min le plus court.
Accorde.
N- iij
150 Fournal du Siege
XVI. 1.
Il ne ſera cedé que la
Ville qui est entre la Sam-
bre & l'attaque Saint Ni-
colas, mais on veut bien
ceder en même temps la
porte de Fer, & les deux
Tours qui sont au bout du
Pont de la Meuse, du co-
ſte du Condros, à la reserve
du Pont levis, qui reste
aux Asliegez.
Accordé.
XVII.
Que les Ostages donnez
de part & d'autre pour la
de Namur. 151
seureté de la presente Ca-
pitulation, seront rendus
reciproquement aprés l'en-
tiere reduction d'icelle.
Accordé.
XVIII
ie
Les Mines & Fougaces,
avec les Magasins, seront
montrez par les Assiegez a
ceux qui seront commis,
qui ne seront que trois per
sonnes pour les reconnois-
tre. Les Assiegez ne feront
aucun desordre ny insulte
Nii
152 Journal du Siege
aux Bourgeois, en quittant
la Ville.
Signé, EMMANUEL,
Electeur.
Fermer
705
p. 152-246
« Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Début :
Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...]
Mots clefs :
Ennemis, Ville, Fort, Siège de Namur, Troupes, Chemin couvert , Brèche, Basse ville, Fort Guillaume, Place, Maréchal, M. de Reignac, Jean-Louis de Barberin, Sambre, Dragons, Comte, Nuit, Artillerie, Porte, Hommes, Grenadiers, Château, Cassotte, Meuse, Attaque, Temps, Poste, Batteries, M. de Lomont, Canon, Grand feu, Officiers, Régiment de Gramont, Assaut, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Sur les quatre heures aprés
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
Fermer
706
p. 246-268
ARTICLES PROPOSEZ.
Début :
I. Que le Chasteau de Namur avec la basse-Ville [...]
Mots clefs :
Siège de Namur, Garnison, Château, Alliés, Givet, Assiégés, Basse ville, Officiers, Mortiers, Temps, Roi, Chemin, Sûreté, Équipages, Bateaux, Son Altesse Électorale, Troupes, Matin, Comte, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLES PROPOSEZ.
ARTICLES
PROPOSEZ.
I.
Ue le Chasteau de
Namur avec la basse.
Ville ſera remis aux Trou-
pes des Alliez le 10. du
present mois de Septem-
bre, en cas qu'il ne soit
pas secouru, & que pen-
de Namur. 247
dant ledit temps il ne sera
fait aucun acte d'hostilité
entre les Assiegez & les As-
siegeans.
II.
Que ledit jour 10. de
Septembre il sera livré aus-
dits Alliez la premiere Por-
re d'entrée dudit Chasteau
du costé de la campagne,
ou il sera mis aussi une Gar-
de des Troupes de la Garnison,
pour empescher le
mélange des Troupes & le
desordre.
X iiij
248 Journal du Siege
Sur le premier & le second
Articles.
M
Les fortifications exterieu.
res, bien entendu le Fort de
Cohorne, la Redoute caxema.
tee, la Cassote & l'ouvrage à
Corne de Bulley, seront cedez
demain 2 de ce mois à neuf
heures du matin.
III.
Que Mr le Mareschal
de Bouflers, M le Comte
de Guiscard, Lieutenant
General des Armees du
Roy, Gouverneur de Na-
mur, avec tous les Officiers
de Namur. 249
Generaux, & ceux de l'Etat
Major de la Place, les Of-
ficiers des gardes de M le
Mareschal, les Froupes
tant Françoises qu'Etrangeres,
les Officiers d'Artil-
lerie & autres, tels qu'ils
puissent estre, qui sont dans
le Chasteau pour le Service
du Roy Tres Chrestien, en
sortiront le 12. du present
mois, par les bréches, avec
armes, bagages, & Che
vaux, tambour battant,
méches allumées, & En-
seignes déployées, douze
250 Fournal du Siege
pieces de Canon de gros
calibre, & quatre Mortiers,
au choix des Assiegez,
avec leurs effets & armes,
& des munitions pour tirer
douze coups de chaque
piece, pour se rendre tous
ensemble, le long de la
Meuse, à Givet, par le
chemin le plus court, & en-
deux ou trois jours, au
choix des Assiegez, sans
que sous quelque pretexte
que ce soit, on puisse leur
faire prendre une autre rou-
te, & qu'il sera donné une
de Namur. 251
escorte de la part des Al-
liez, tant pour la seureté de
la Garnison que des Equi-
pages.
Ils sortiront le 5. de ce mois
à sept heures du matin, avec
deux pieces de Canon de vingtquatre
livres, deux de douxe
livres, & deux de six, deux
Mortiers, & le surplus de l'Ar-
ticle, s'accorde.
n IV.
Que pour le transport
desdites pieces de canon
& mortiers, des équipages
des Troupes & des Mala-
252 Fournal da Siege
des & Blessez de ladite Garnison,
iil sera fourny parles
Alliez, & à leurs frais, cent
Chevaux de trait avec leurs
harnois, cent Chariots at-
telez chacun de quatre
Chevaux, & cinquante
grands Batteaux de Meuse,
de mesme; avec le nombre
de Batteliers & Chevaux
suffisans pour les conduire
à Givet, & que le tout sera
fourny ledit jour 10. du
present mois, pour les fai-
re charger aussi- tost, afin
que le tout parte avec la
de Namur. 253
Garnison, & suive la mes-
me route, pour arriver en
mesme temps à Givet.
un
On leur fournira les Che.
vaux en nombre suffisant pour
les Canons & Mortiers, quatre
vingt Chariots, & tous
les Batteaux qu'on pourra
trouver deux jours avant ce-
luy fixé pour la sortie de la
Garnison, & le surplus à me-
sure que l'on les pourra faire
venir, de manière que le tout
sera fourny avant le 12. dudit
mois.
254 Fournal du Siege
V.
Que les Malades & Bles-
sez qui sont restez dans la
Ville de Namur, lesquels
seront en estat de partir
avec la Garnison du Cha-
steau, le pourront faire en
mesme temps, & qu'il leur
sera fourny des Barteaux &
Batteliers, pour les trans-
porter à Giver, aux dépens
desdits Alliez.
Les Assiegez pourront lais-
ser des Officiers & Commis
pour prendre soin des Blessex
Malades, & équipages qui
de Namur. 255
n'auront pupartir avec la
Garnison le 5. faute de Bat-
teaux, & il leur sera donnem
des Passeponts, & le surplus.
de cet Article accordé.
VI.
Que lesdits Malades &
Blessez, lesquels sont pre-
sentement dans le Cha-
steau & dans la basse Ville,
& qui ne seront pas en estat
d'estre transportez à Givet
en mesme temps que la
Garnison qui sortira du
Chasteau, seront transpor
256 Journal du Siege
tez dans la Ville de Namur,
par des Voitures & autres
commoditez, que les As-
siegeans fourniront avant
l'évacuation du Chaſteau,
& qu'il leur sera donné dans
la Ville, par les Alliez, des
logemens convenables aux
Officiers, Dragons, & Sol-
dats, avec des lits, des vivres
& des medicamens,
aux frais des Alliez, jusqu'à
leur entiere guerison, de
mesme qu'ils sont accoû-
tumez d'estre traitez &
nourris dans les Hospitaux
de Namur.
257
du Roy Tres-Chrestien,
aussi bien qu'aux Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres personnes qui seront
employes pour en prendre
soin, & à mesure qu'il y au-
ra quelqu'un desdits Mala-
des & Blessez de gueris
qu'il leur sera fourny par
lesdits Alliez, des Passe-
ports & Batteaux & Batte-
liers, pour estre conduits
en seureté à Givet, par la
Meuse, avec les Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres, qui seront préposez
258 Fournaldu Siege
pour, en prendre soin en
chemin.
Acorde.
VII.
Que Mr de Megrigny,
Mareschal de Camp des
Armées du Roy, le Sieur
Filley, Directeur des Forti-
fications, les Ingenieurs,
les Entrepreneurs, & les
autres employez pour la
Fortification, jouiront de
la presente Capitulation,
& sortiront avec les Trou-
pes, pour se rendre par la-
meſme route a Givet, avec
de Namur.
259
leurs equipages & effets.
Accordé.
mn
VIII.
Que le Sieur de Fume-
ron, employé pour les Fi-
nances, les Commissaires
de guerre, les Receveurs
des Contributions & Con-
fiscations, le Tresorier ex-
traordinaire de la guerre,
les Commlssaires des vi-
vres & des Hospitaux, &
generalement tous les em-
ployez, qui sont dans le
Chasteau, nommez ou
non, dans la preſente Ca-
Y 1j.
260 Journal du Siege
pitulation, sortiront pareil
lement dudit Chasteau
avec la Garnison pour aller
par le mesme chemin à Gi-
vet, sans que sous quelque
pretexte que ce soit, ils
puissent estre arrestez, ny
leurs equipages, papiers &
essets, soit qu'ils soient au
Chasteau ou dans la Ville
de Namur.
Accorde.
IX. .
Qu'aucun Officier, ny
autre personne à qui les
Bourgeois de Namur ont
de Namur. 261
presté quelque argent, ou
fourny quelques Marchan-
dises ou Denrées, ne pour-
ront aussi estre arrestez.
Accorde en donnant aupa-
ravant des seuretez ou ostages,
à la satisfaction de Son Al-
tesse Electorale, pour ce qu'ils
peuvent devoir.
X.
Qu'il sera fourny par les
Alliez aux. Assiegez, six
Chariots couverts qui sor-
tiront du Chasteau, & se-
ront conduits à Givet,
262. Fournal du Siege
lavec la Garnison, sans que
es Alliez puissent prendre
connoissance de ce qu'ils
auront chargez, ny les vi-
siter.
Accordé.
XI.
Que les Prisonniers faits
de part & d'autre pendant
le Siege, seront rendus, &
que ceux qui sont dans
l'Armée des Alliez, ou dans
la Ville, ſeront renvoyez
au Chasteau avant que la-
Garnison en sorte, & les
autres qui sont dans les Pla-
de Namur. 240
ces plus éloignées, seront
renvoyez a Dinant dans
quinze jours, à compter de
cejourd'huy, avec les Pas-
seports necessaires pour sy
rendre en seureté, par le-
chemin le plus court.
Accordé.
XII.
Que l'on ne pourra pre-
tendre aucune indemnité
des Assiegez, tant pour les
Bestiaux qui ont esté pris
dans le Comté de Namur
avant le Siege, que pour
les maisons qui ont esté dé-
264 Journal du Siege
molies dans la basse Ville
ou ailleurs, pour la deffen-
se de la Place, non plus que
pour les Batteaux brûlez
ou rompus pendant le
Siege.
Ne s'accorde que pour les
maisons demolies, & le surplus
sera paye.
XIII.
Que les Ostages qui se-
ront donnez de part &
d'aurre pour la seurete de
l'execution de la presente
Capitulation, seront ren-
dus reciproquemeut apres
l'entiere
de Namur. 2
l'entiere execution d'icelle,
& l'arrivée de la Garni-
son à Givet.
Accorde.
XIV.
Les Assiegez seront obli-
gez de livrer de bonne foy
leurs Magasins de muni-
tions, d'armes, Canons,
Mortiers, Affuts & dépendances,
& tous autres Instru-
mens de guerre, nuls reservez
ny exceptez, qui se
trouveront dans le Cha-
ſteau, & dans tous les Ouvrages
, dés demain matin
L
266 Journal du Siege
2. de ce mois, entre les
mains des Commissaires
que Son Altesse Electorale
commettra.
XV.
Ils seront obligez de mê-
me de montrer de bonne
foy, leurs Mines & Fougaces
aux Officiers des Mi-
neurs qui seront envoyez
pour en prendre inspe-
ction.
XVI.
Ils délivreront avec la
même bonne foy tous les
vivres qui seront dans les
de Namur. 267
Magasins, au dessus de ce
qu'ils consumeront jusqua
l'évacuation du Chaſteau,
& de ce qui leur sera ne-
cessaire jusqu'a Givet, sans
en rien distraire ou detour-
ner, dont ils donneront
dés demain inspection aux
Commissaires que Son Al-
tesse Electorale leur en-
voyera a cet effet.
XVII.
Que tous les Espagnols,
Italiens, & aurres Sujets
L)
168 Fournal du Siege
de Sa Majesté Catholique
qui se trouveront parmy
la Garnison du Chaſteau,
auront la liberté de reve-
nir, sans que pour cet effet
il leur soit fait aucune
violence de part & d'autre.
FAIr au Camp devant
le Chasteau de Namur, le
premier de Septembre 1695.
Signé d'une part par Son
Altesse Electorale de Ba-
viere; & d'autre, par le Ma-
réchal de Bouflers, & par
le Comte de Guiscard.
PROPOSEZ.
I.
Ue le Chasteau de
Namur avec la basse.
Ville ſera remis aux Trou-
pes des Alliez le 10. du
present mois de Septem-
bre, en cas qu'il ne soit
pas secouru, & que pen-
de Namur. 247
dant ledit temps il ne sera
fait aucun acte d'hostilité
entre les Assiegez & les As-
siegeans.
II.
Que ledit jour 10. de
Septembre il sera livré aus-
dits Alliez la premiere Por-
re d'entrée dudit Chasteau
du costé de la campagne,
ou il sera mis aussi une Gar-
de des Troupes de la Garnison,
pour empescher le
mélange des Troupes & le
desordre.
X iiij
248 Journal du Siege
Sur le premier & le second
Articles.
M
Les fortifications exterieu.
res, bien entendu le Fort de
Cohorne, la Redoute caxema.
tee, la Cassote & l'ouvrage à
Corne de Bulley, seront cedez
demain 2 de ce mois à neuf
heures du matin.
III.
Que Mr le Mareschal
de Bouflers, M le Comte
de Guiscard, Lieutenant
General des Armees du
Roy, Gouverneur de Na-
mur, avec tous les Officiers
de Namur. 249
Generaux, & ceux de l'Etat
Major de la Place, les Of-
ficiers des gardes de M le
Mareschal, les Froupes
tant Françoises qu'Etrangeres,
les Officiers d'Artil-
lerie & autres, tels qu'ils
puissent estre, qui sont dans
le Chasteau pour le Service
du Roy Tres Chrestien, en
sortiront le 12. du present
mois, par les bréches, avec
armes, bagages, & Che
vaux, tambour battant,
méches allumées, & En-
seignes déployées, douze
250 Fournal du Siege
pieces de Canon de gros
calibre, & quatre Mortiers,
au choix des Assiegez,
avec leurs effets & armes,
& des munitions pour tirer
douze coups de chaque
piece, pour se rendre tous
ensemble, le long de la
Meuse, à Givet, par le
chemin le plus court, & en-
deux ou trois jours, au
choix des Assiegez, sans
que sous quelque pretexte
que ce soit, on puisse leur
faire prendre une autre rou-
te, & qu'il sera donné une
de Namur. 251
escorte de la part des Al-
liez, tant pour la seureté de
la Garnison que des Equi-
pages.
Ils sortiront le 5. de ce mois
à sept heures du matin, avec
deux pieces de Canon de vingtquatre
livres, deux de douxe
livres, & deux de six, deux
Mortiers, & le surplus de l'Ar-
ticle, s'accorde.
n IV.
Que pour le transport
desdites pieces de canon
& mortiers, des équipages
des Troupes & des Mala-
252 Fournal da Siege
des & Blessez de ladite Garnison,
iil sera fourny parles
Alliez, & à leurs frais, cent
Chevaux de trait avec leurs
harnois, cent Chariots at-
telez chacun de quatre
Chevaux, & cinquante
grands Batteaux de Meuse,
de mesme; avec le nombre
de Batteliers & Chevaux
suffisans pour les conduire
à Givet, & que le tout sera
fourny ledit jour 10. du
present mois, pour les fai-
re charger aussi- tost, afin
que le tout parte avec la
de Namur. 253
Garnison, & suive la mes-
me route, pour arriver en
mesme temps à Givet.
un
On leur fournira les Che.
vaux en nombre suffisant pour
les Canons & Mortiers, quatre
vingt Chariots, & tous
les Batteaux qu'on pourra
trouver deux jours avant ce-
luy fixé pour la sortie de la
Garnison, & le surplus à me-
sure que l'on les pourra faire
venir, de manière que le tout
sera fourny avant le 12. dudit
mois.
254 Fournal du Siege
V.
Que les Malades & Bles-
sez qui sont restez dans la
Ville de Namur, lesquels
seront en estat de partir
avec la Garnison du Cha-
steau, le pourront faire en
mesme temps, & qu'il leur
sera fourny des Barteaux &
Batteliers, pour les trans-
porter à Giver, aux dépens
desdits Alliez.
Les Assiegez pourront lais-
ser des Officiers & Commis
pour prendre soin des Blessex
Malades, & équipages qui
de Namur. 255
n'auront pupartir avec la
Garnison le 5. faute de Bat-
teaux, & il leur sera donnem
des Passeponts, & le surplus.
de cet Article accordé.
VI.
Que lesdits Malades &
Blessez, lesquels sont pre-
sentement dans le Cha-
steau & dans la basse Ville,
& qui ne seront pas en estat
d'estre transportez à Givet
en mesme temps que la
Garnison qui sortira du
Chasteau, seront transpor
256 Journal du Siege
tez dans la Ville de Namur,
par des Voitures & autres
commoditez, que les As-
siegeans fourniront avant
l'évacuation du Chaſteau,
& qu'il leur sera donné dans
la Ville, par les Alliez, des
logemens convenables aux
Officiers, Dragons, & Sol-
dats, avec des lits, des vivres
& des medicamens,
aux frais des Alliez, jusqu'à
leur entiere guerison, de
mesme qu'ils sont accoû-
tumez d'estre traitez &
nourris dans les Hospitaux
de Namur.
257
du Roy Tres-Chrestien,
aussi bien qu'aux Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres personnes qui seront
employes pour en prendre
soin, & à mesure qu'il y au-
ra quelqu'un desdits Mala-
des & Blessez de gueris
qu'il leur sera fourny par
lesdits Alliez, des Passe-
ports & Batteaux & Batte-
liers, pour estre conduits
en seureté à Givet, par la
Meuse, avec les Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres, qui seront préposez
258 Fournaldu Siege
pour, en prendre soin en
chemin.
Acorde.
VII.
Que Mr de Megrigny,
Mareschal de Camp des
Armées du Roy, le Sieur
Filley, Directeur des Forti-
fications, les Ingenieurs,
les Entrepreneurs, & les
autres employez pour la
Fortification, jouiront de
la presente Capitulation,
& sortiront avec les Trou-
pes, pour se rendre par la-
meſme route a Givet, avec
de Namur.
259
leurs equipages & effets.
Accordé.
mn
VIII.
Que le Sieur de Fume-
ron, employé pour les Fi-
nances, les Commissaires
de guerre, les Receveurs
des Contributions & Con-
fiscations, le Tresorier ex-
traordinaire de la guerre,
les Commlssaires des vi-
vres & des Hospitaux, &
generalement tous les em-
ployez, qui sont dans le
Chasteau, nommez ou
non, dans la preſente Ca-
Y 1j.
260 Journal du Siege
pitulation, sortiront pareil
lement dudit Chasteau
avec la Garnison pour aller
par le mesme chemin à Gi-
vet, sans que sous quelque
pretexte que ce soit, ils
puissent estre arrestez, ny
leurs equipages, papiers &
essets, soit qu'ils soient au
Chasteau ou dans la Ville
de Namur.
Accorde.
IX. .
Qu'aucun Officier, ny
autre personne à qui les
Bourgeois de Namur ont
de Namur. 261
presté quelque argent, ou
fourny quelques Marchan-
dises ou Denrées, ne pour-
ront aussi estre arrestez.
Accorde en donnant aupa-
ravant des seuretez ou ostages,
à la satisfaction de Son Al-
tesse Electorale, pour ce qu'ils
peuvent devoir.
X.
Qu'il sera fourny par les
Alliez aux. Assiegez, six
Chariots couverts qui sor-
tiront du Chasteau, & se-
ront conduits à Givet,
262. Fournal du Siege
lavec la Garnison, sans que
es Alliez puissent prendre
connoissance de ce qu'ils
auront chargez, ny les vi-
siter.
Accordé.
XI.
Que les Prisonniers faits
de part & d'autre pendant
le Siege, seront rendus, &
que ceux qui sont dans
l'Armée des Alliez, ou dans
la Ville, ſeront renvoyez
au Chasteau avant que la-
Garnison en sorte, & les
autres qui sont dans les Pla-
de Namur. 240
ces plus éloignées, seront
renvoyez a Dinant dans
quinze jours, à compter de
cejourd'huy, avec les Pas-
seports necessaires pour sy
rendre en seureté, par le-
chemin le plus court.
Accordé.
XII.
Que l'on ne pourra pre-
tendre aucune indemnité
des Assiegez, tant pour les
Bestiaux qui ont esté pris
dans le Comté de Namur
avant le Siege, que pour
les maisons qui ont esté dé-
264 Journal du Siege
molies dans la basse Ville
ou ailleurs, pour la deffen-
se de la Place, non plus que
pour les Batteaux brûlez
ou rompus pendant le
Siege.
Ne s'accorde que pour les
maisons demolies, & le surplus
sera paye.
XIII.
Que les Ostages qui se-
ront donnez de part &
d'aurre pour la seurete de
l'execution de la presente
Capitulation, seront ren-
dus reciproquemeut apres
l'entiere
de Namur. 2
l'entiere execution d'icelle,
& l'arrivée de la Garni-
son à Givet.
Accorde.
XIV.
Les Assiegez seront obli-
gez de livrer de bonne foy
leurs Magasins de muni-
tions, d'armes, Canons,
Mortiers, Affuts & dépendances,
& tous autres Instru-
mens de guerre, nuls reservez
ny exceptez, qui se
trouveront dans le Cha-
ſteau, & dans tous les Ouvrages
, dés demain matin
L
266 Journal du Siege
2. de ce mois, entre les
mains des Commissaires
que Son Altesse Electorale
commettra.
XV.
Ils seront obligez de mê-
me de montrer de bonne
foy, leurs Mines & Fougaces
aux Officiers des Mi-
neurs qui seront envoyez
pour en prendre inspe-
ction.
XVI.
Ils délivreront avec la
même bonne foy tous les
vivres qui seront dans les
de Namur. 267
Magasins, au dessus de ce
qu'ils consumeront jusqua
l'évacuation du Chaſteau,
& de ce qui leur sera ne-
cessaire jusqu'a Givet, sans
en rien distraire ou detour-
ner, dont ils donneront
dés demain inspection aux
Commissaires que Son Al-
tesse Electorale leur en-
voyera a cet effet.
XVII.
Que tous les Espagnols,
Italiens, & aurres Sujets
L)
168 Fournal du Siege
de Sa Majesté Catholique
qui se trouveront parmy
la Garnison du Chaſteau,
auront la liberté de reve-
nir, sans que pour cet effet
il leur soit fait aucune
violence de part & d'autre.
FAIr au Camp devant
le Chasteau de Namur, le
premier de Septembre 1695.
Signé d'une part par Son
Altesse Electorale de Ba-
viere; & d'autre, par le Ma-
réchal de Bouflers, & par
le Comte de Guiscard.
Fermer
707
p. 269-274
« Le 2. & le 3. on travailla à regler les dettes que l'on devoit [...] »
Début :
Le 2. & le 3. on travailla à regler les dettes que l'on devoit [...]
Mots clefs :
Maréchal, Siège de Namur, Troupes, Garnison, Dragons, Gardes, Prince d'Orange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2. & le 3. on travailla à regler les dettes que l'on devoit [...] »
Le 2. & le 3. on travailla à
regler les dettes que l'on de voit
dans la Ville, pour le payement
desquelles Mr de Fumeron donna
des assurances qui furent ac-
ceptées.
Le 4. l'on fit embarquer les
malades & les blessez sur les bat-
teaux que les Alliez avoient fait
avancer proche de la basse-Ville.
Mr de Bavière donna plusieurs
passeports particuliers pour les
choses dont on avoit besoin. Mr
de Megrigny en eut un pour al-
ler à Tournay, & aussi Mr de
Reignac pour se faire transporter
à Charleroy.
Le 5. au point du jour Mr le
Z ii)
270 Journal du Siege
Maréchal fit mettre les Troupes
sous les armes pour se disposer à
sortir. Les Alliez envoyerent les
chariots & les chevaux dont on
estoit convenu, & firent mettre
une grande partie de leurs Trou-
pes en bataille sur deux lignes,
au milieu desquelles il falloir que
la Garnison défilast. Environ
à neuf heures du matin, Mr le
Maréchal sortit du Chaſteau par
une des brêches, estant a cheval
a la teste des Dragons dont les
chevaux n'avoient pas esté tuez
pendant le Siége. Chaque corps
suivantson anciennete marcha en-
suite; & comme l'on dé filoit hors
des fortifications de la Place, l'on
proposa à Mr le Maréchal de sa-
luer Mr de Baviere, Il sen deffen271
de Namur.
dit honnestement, disant qu'un
hommede son caractere ne saluoit
que le Roy. Un moment aprés
Mr le Maréchal marchant tou-
jours sans avoir que fort peu de
ses gens avec luy, un Lieutenant
des Gardes du Prince d'Orange
s'estant approché, luy dit qu'il-
souhaitoit de l'entretenir en par-
ticulier, & voulut pour cela le
faire sortir hors de la ligne des
Troupes. Mr le Maréchal qui ne
voulut point s'éloigner, dit à cet
Officier qu'il neavoit qu'à parler,
& comme il insistoit, Mrle Ma-
réchal s'apperceut bien qu'il y
avoit quelque chose d'extraord i-
naire, & voyant que beaucoup
de gens l'environnoient, il vou-
lut s'avancer pour se tenir en li-
Z in)
272 Fournal du Siege
berté. Dans ce moment les deux
rangs des Troupes des Ennemis
se raprocherent, & luy ferme-
rent le chemin Il mit le pistolet
à la main, & cria, à moy Dragons,
mais on avoit eu la précaution
de couper la file, & par
le moyen de cet embarras, ils ne
purent entendre Mr le Maréchal,
qui se trouva seul avec Mr de
Chaussepot, son Lieutenant des
Gardes, & Mr d'Entrague. Ils
voulurent se mettre en deffense,
mais la quantité des Ennemis
leur en oſta la liberté. Le Lieu-
renant des Gardes du Prince
d'Orange répresenta civilement
à Mr le Maréchal qu'il ne devoit
point les exposer à luy faire vio-
jence, & qu'il avoit ordre de Mi
de Namur.
273
le Prince d'Orange de l'arrester.
On le mena avec une escorte
dans Namur. Les Troupes de la
Garnison qui défiloient & qui ne
scavoient rien de ce qui se pas-
soit à la teste, n'apprirent la détention
de Mr le Maréchal que
long-temps aprés. Mr le Comte
de Lomont mena la Garnison à
Givet ainsi qu'il estoit porté par
la Capitulation, laquelle se trouva
de quatre mille huit cens hom-
mes, y ayant eu pendant le Siége
quatre cens trente Officiers
tuez ou blessez, & environ sept
mille cinq cens, tant Dragons
que Soldats. Qielque précau-
cion que les Ennemis ayent pris
de cacher leur perte, ils n'ont
cependant pû s'empescher de
274 Journal du Siege
convenir qu'ils y avoient perdu
plus de vingt mille hommes,
regler les dettes que l'on de voit
dans la Ville, pour le payement
desquelles Mr de Fumeron donna
des assurances qui furent ac-
ceptées.
Le 4. l'on fit embarquer les
malades & les blessez sur les bat-
teaux que les Alliez avoient fait
avancer proche de la basse-Ville.
Mr de Bavière donna plusieurs
passeports particuliers pour les
choses dont on avoit besoin. Mr
de Megrigny en eut un pour al-
ler à Tournay, & aussi Mr de
Reignac pour se faire transporter
à Charleroy.
Le 5. au point du jour Mr le
Z ii)
270 Journal du Siege
Maréchal fit mettre les Troupes
sous les armes pour se disposer à
sortir. Les Alliez envoyerent les
chariots & les chevaux dont on
estoit convenu, & firent mettre
une grande partie de leurs Trou-
pes en bataille sur deux lignes,
au milieu desquelles il falloir que
la Garnison défilast. Environ
à neuf heures du matin, Mr le
Maréchal sortit du Chaſteau par
une des brêches, estant a cheval
a la teste des Dragons dont les
chevaux n'avoient pas esté tuez
pendant le Siége. Chaque corps
suivantson anciennete marcha en-
suite; & comme l'on dé filoit hors
des fortifications de la Place, l'on
proposa à Mr le Maréchal de sa-
luer Mr de Baviere, Il sen deffen271
de Namur.
dit honnestement, disant qu'un
hommede son caractere ne saluoit
que le Roy. Un moment aprés
Mr le Maréchal marchant tou-
jours sans avoir que fort peu de
ses gens avec luy, un Lieutenant
des Gardes du Prince d'Orange
s'estant approché, luy dit qu'il-
souhaitoit de l'entretenir en par-
ticulier, & voulut pour cela le
faire sortir hors de la ligne des
Troupes. Mr le Maréchal qui ne
voulut point s'éloigner, dit à cet
Officier qu'il neavoit qu'à parler,
& comme il insistoit, Mrle Ma-
réchal s'apperceut bien qu'il y
avoit quelque chose d'extraord i-
naire, & voyant que beaucoup
de gens l'environnoient, il vou-
lut s'avancer pour se tenir en li-
Z in)
272 Fournal du Siege
berté. Dans ce moment les deux
rangs des Troupes des Ennemis
se raprocherent, & luy ferme-
rent le chemin Il mit le pistolet
à la main, & cria, à moy Dragons,
mais on avoit eu la précaution
de couper la file, & par
le moyen de cet embarras, ils ne
purent entendre Mr le Maréchal,
qui se trouva seul avec Mr de
Chaussepot, son Lieutenant des
Gardes, & Mr d'Entrague. Ils
voulurent se mettre en deffense,
mais la quantité des Ennemis
leur en oſta la liberté. Le Lieu-
renant des Gardes du Prince
d'Orange répresenta civilement
à Mr le Maréchal qu'il ne devoit
point les exposer à luy faire vio-
jence, & qu'il avoit ordre de Mi
de Namur.
273
le Prince d'Orange de l'arrester.
On le mena avec une escorte
dans Namur. Les Troupes de la
Garnison qui défiloient & qui ne
scavoient rien de ce qui se pas-
soit à la teste, n'apprirent la détention
de Mr le Maréchal que
long-temps aprés. Mr le Comte
de Lomont mena la Garnison à
Givet ainsi qu'il estoit porté par
la Capitulation, laquelle se trouva
de quatre mille huit cens hom-
mes, y ayant eu pendant le Siége
quatre cens trente Officiers
tuez ou blessez, & environ sept
mille cinq cens, tant Dragons
que Soldats. Qielque précau-
cion que les Ennemis ayent pris
de cacher leur perte, ils n'ont
cependant pû s'empescher de
274 Journal du Siege
convenir qu'ils y avoient perdu
plus de vingt mille hommes,
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708
p. 274-282
« Le Roy qui n'oublie jamais les services qu'on luy [...] »
Début :
Le Roy qui n'oublie jamais les services qu'on luy [...]
Mots clefs :
Colonel de régiment, Brevet, Brigadier, Dragons, Comte, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy qui n'oublie jamais les services qu'on luy [...] »
Le Roy qui n'oublie ja-
mais les services qu'on luy
rend, a recompensé de cet-
te maniere les principaux
Officiers qui ont eu part à
la deffense de Namur.
M le Mareschal de
Bouflers a esté fait Duc &
Pair de France, avec vingt
mille livres de rente sur
l'Hoſtel de Ville de Paris,
pour ach. ter une Duché.
de Namur.
275
M de Guiscard, Lieu-
tenant General & Gouver-
neur de Namur, a eu ses
appointemens de Gouverneur
de Sedan, augmentez
de six mille livres, avec
douze mille francs de pen-
sion. On luy a donné le
Commandement des Pla-
ces de la Meuse, depuis
Sedan jusques à Dinant.
M de Megrigny, Ma-
reschal des Camps & Ar-
mées du Roy, & prémier
Ingenieur, a esté fait Lieu-
276 Fournal du Siege
tenant General. Il a eu six
mille livres de pension, &
a esté fait Commandeur de
S. Louis.
Mr de Saint Laurent
Colonel du Regiment de
Nice, & Brigadier d'In-
fanterie, a este fait Mares-
chal de Camp.
M le Comte de Lomont,
Brigadier d'Infanterie, &
Commandant dans Na-
mur, a este fait Mareschal
de Camp, & a eu le Comde
Namur. 277
mandement de Dunxerque.
M le Comte de Quélus,
Colonel de Dragons & Bri-
gadier, a esté fait Mares-
chal de Camp.
M le Marquis de Gra-
mont, Colonel de Dra-
gons & Brigadier, a esté
fait aussi Mareschal de
Camp.
M le Marquis de Sain-
te Hermine, Colonel de
Fournal du Siege
278
Dragons, a esté fait Brigadier.
Mle Comte de Nogent,
Colonel de Dragons du
Regiment du Roy, a esté
fait Brigadier de Dragons.
M le Comte de Horn,
Colonel de Cavalerie, a este
fait Brigadier.
M de Bragelone, Capi-
taine aux Gardes, a osté
fait Brigadier d'Infante-
rie.
de Namur. 279
M de Reignac ci de-
vant Commandant à Huy,
a esté fait Brigadier.
Mr de Princé, Lieutenant
Colonel du Regiment
Danphin, a esté fait Bri-
gadier d'Infanterie.
M Filley, Ingenieur, a
eu un Brevet de Brigadier
d'Infanterie.
Mr le Marquis de la
Chaise, Colonel du Re-
giment de Bugey, a eu le
280 Journal du Siege
Regiment de Beauvoisis.
Mr d'Entrague, Lieutenant
aux Gardes, a eu le
Regiment de Bugey.
Mr des Rouvilles, Ca-
pitaine au Regiment d'Infanterie
Dauphin, a eu le
Regiment de Hainaut
M de Maulevrier a eu
le Regiment d'Infanterie,
vacant par la mort de M.
de Maulevrier, son Frere.
de Namur. 281
Me des Aides, Lieute-
nant Colonel du Regiment
d'Asfeld, a eu le Regi-
ment de Barreaux, de Dra-
gons.
iLDIE
M de Grand Val, Lieutenant
Colonel du Regi-
ment de Dragons de Barreaux,
a eu un Brevet de
Colonel.
n
Mr de la Fosse, Lieutenant
Colonel du Regiment
de Dragons Dauphin, a eu
Aa
282 fournal du Siege, &c.
un Brevet de Colonel de
Dragons.
M le Comte de Beaujeu,
Lieutenant Colonel
du Regiment de Dragons
de M le Marquis de Gramont,
a eu un Brevet de
Colonel.
41
M des Rozeaux; Licu-
tenant Colonel du Regi-
ment de Dragons de Quélus,
a eu un Brevet de Colonel
mais les services qu'on luy
rend, a recompensé de cet-
te maniere les principaux
Officiers qui ont eu part à
la deffense de Namur.
M le Mareschal de
Bouflers a esté fait Duc &
Pair de France, avec vingt
mille livres de rente sur
l'Hoſtel de Ville de Paris,
pour ach. ter une Duché.
de Namur.
275
M de Guiscard, Lieu-
tenant General & Gouver-
neur de Namur, a eu ses
appointemens de Gouverneur
de Sedan, augmentez
de six mille livres, avec
douze mille francs de pen-
sion. On luy a donné le
Commandement des Pla-
ces de la Meuse, depuis
Sedan jusques à Dinant.
M de Megrigny, Ma-
reschal des Camps & Ar-
mées du Roy, & prémier
Ingenieur, a esté fait Lieu-
276 Fournal du Siege
tenant General. Il a eu six
mille livres de pension, &
a esté fait Commandeur de
S. Louis.
Mr de Saint Laurent
Colonel du Regiment de
Nice, & Brigadier d'In-
fanterie, a este fait Mares-
chal de Camp.
M le Comte de Lomont,
Brigadier d'Infanterie, &
Commandant dans Na-
mur, a este fait Mareschal
de Camp, & a eu le Comde
Namur. 277
mandement de Dunxerque.
M le Comte de Quélus,
Colonel de Dragons & Bri-
gadier, a esté fait Mares-
chal de Camp.
M le Marquis de Gra-
mont, Colonel de Dra-
gons & Brigadier, a esté
fait aussi Mareschal de
Camp.
M le Marquis de Sain-
te Hermine, Colonel de
Fournal du Siege
278
Dragons, a esté fait Brigadier.
Mle Comte de Nogent,
Colonel de Dragons du
Regiment du Roy, a esté
fait Brigadier de Dragons.
M le Comte de Horn,
Colonel de Cavalerie, a este
fait Brigadier.
M de Bragelone, Capi-
taine aux Gardes, a osté
fait Brigadier d'Infante-
rie.
de Namur. 279
M de Reignac ci de-
vant Commandant à Huy,
a esté fait Brigadier.
Mr de Princé, Lieutenant
Colonel du Regiment
Danphin, a esté fait Bri-
gadier d'Infanterie.
M Filley, Ingenieur, a
eu un Brevet de Brigadier
d'Infanterie.
Mr le Marquis de la
Chaise, Colonel du Re-
giment de Bugey, a eu le
280 Journal du Siege
Regiment de Beauvoisis.
Mr d'Entrague, Lieutenant
aux Gardes, a eu le
Regiment de Bugey.
Mr des Rouvilles, Ca-
pitaine au Regiment d'Infanterie
Dauphin, a eu le
Regiment de Hainaut
M de Maulevrier a eu
le Regiment d'Infanterie,
vacant par la mort de M.
de Maulevrier, son Frere.
de Namur. 281
Me des Aides, Lieute-
nant Colonel du Regiment
d'Asfeld, a eu le Regi-
ment de Barreaux, de Dra-
gons.
iLDIE
M de Grand Val, Lieutenant
Colonel du Regi-
ment de Dragons de Barreaux,
a eu un Brevet de
Colonel.
n
Mr de la Fosse, Lieutenant
Colonel du Regiment
de Dragons Dauphin, a eu
Aa
282 fournal du Siege, &c.
un Brevet de Colonel de
Dragons.
M le Comte de Beaujeu,
Lieutenant Colonel
du Regiment de Dragons
de M le Marquis de Gramont,
a eu un Brevet de
Colonel.
41
M des Rozeaux; Licu-
tenant Colonel du Regi-
ment de Dragons de Quélus,
a eu un Brevet de Colonel
Fermer
709
p. 18-47
RELATION EXACTE de ce qui s'est passé à la mort & aux Funerailles du R. P. Marc d'Aviano, Capucin Prédicateur. Traduite du Latin, & envoyée de Vienne.
Début :
Vous serez sans doute fort édifiée de ce que vous allez / Le R. P. Marc d'Aviano revint en cette Ville [...]
Mots clefs :
Empereur, Église, Dieu, Mort, Santé, Marc d'Aviano, Majesté, Cour, État de santé, Vie, Dévotion, Capucins, Religieux, Peuples, Vienne, Malade, Médecins, Matin, Corps, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION EXACTE de ce qui s'est passé à la mort & aux Funerailles du R. P. Marc d'Aviano, Capucin Prédicateur. Traduite du Latin, & envoyée de Vienne.
Vous ferez ſans doute fort
édifiée de ce que vous allez
lire. Je vous enfais partdans
les mêmestermes que je l'ay
receu
GALANT: 19
RELATION EXACTE
de ce qui s'eft paffé à la
!
mort& auxFunerailles du
R. P. Marc d'Aviano, Ca
pucinPrédicateur.
Traduite du Latin, &envoyés
deVienne.
LER. P. Marcd'Aviano
revint en cetteVillede
Vienne aumois de May der
nier 1699. avec le P. Laurent
d'Urino,qu'ilavoit eſté obli
géde prendreàla place duP.
CoſmedeCastro Franco, for
Compagnon ordinaire , de
Bij
}
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'àl'ordinaire ſur ſon vifage,
faiſoit voir fi peu de ſanté ,
qu'il eſtoit ſouventobligéd'a
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. Ladiminu
tiondeſes forces&deſaſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , foit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtez Impe
riales,de toute la Cour &de
tout le Peuple , qu'on avoit
GALANT. 21
ſujet de croire , que ſi dans
S
l'eſtat où il eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre,cen'eſtoit quepour
ne les pas priver de laconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detemps entempsdes
audiencesdel'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& lamodeſtie que de
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'eneſtre ja
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon viſage,
faiſoit voir ſi peu de ſanté
qu'il eſtoitſouventobligéd'a
>
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pasbien. La diminu
tionde ſes forces&deſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , ſoit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan.
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtezImpe
riales,de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
'
GALANT.
ſujet de croire , que fi dans
21
l'eſtat oùil eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre, cen'eſtoitquepour- ne les pas priver delaconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detempsentempsdes
audiencesde l'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& la modeſtie quede
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprésde luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'en eſtre ja
22 MERCURE
mais fervique pourprocurer
la gloire de Dieu, le bienpu
blic, &le foulagement
affligez.Samaladiecependant
des
augmentoit fi fort dejour en
jourpar les continuellescoli.
ques,qu'ilſevit obligé dene
pas reſuſer plus longtemps le
ſecours qu'il pouvoir efperer
deshommes.
L'Empereurfitvoircombien
la ſantédecePere luyeſtoit
chere, par le ſoinqu'il eutde
luyenvoyer les medecins les
plus experimentez, &mefme
les fiens propres , avec ordre
deprendredans leLaboratoi
>
GALANT: 23
rep re , ou dans l'Office Imperial,
Du. tous les remedes qu'ils juge
des roient neceſſaires,quelque ra
nt res & quelqueprécieux qu'ils
en puſſent eſtre. Il porta meſme
fa, bonté juſqu'à commander
e à M le Baron Scalvinovi
eConſeiller de laChambreIm
er
periale , & Treſorier de Sa
Maje
Majesté, de ſetrouvertousles
1 jours ,ſoir & matin , dans la
chambre du Malade, pour- s'informer exactementde ſon
eſtat,afin de luy en faire le-rapport , & fur tout pour
prendre garde que rien ne
manquaſt de cequi pouvoit
24 MERCURE
contribuer au rétabliſſement
de ſa ſanté Cependantnyla
ſcience des Medecins , ny la
vertu des remedes ne ſervi
rentde rien,nonpasmesme
lebaind'huile,qu'on employa
commeunechoſe aſſezextra
ordinaire, pour enefpererdu
foulagement,parcequel'heu
reux moment approchoit qui
devoit achever de delivrer
cetre amede lapriſon de ſon
corps, pourlamettreenliber
téd'aller joüir pleinementdes
chaſtes embraſſemens de ſon
Epoux, & de recevoir de ſa
bonté, auſſi bien que de ſa
juſtice,
GALANT. 25
Juſtice,la récompenſede ces
actions ſi ſaintes&figrandes,
qu'il avoit faites durant fa
vie.
Siſoncorpsne receutpoint
de ſoulagement durant les
quinzejours quecontinua ſa
maladie , il n'en fut pas de
meſmedeſoneſprit, & l'on
ne peut pas douter que ſi
quelque choſe fut capablede
luydonner quelque confola
tion , ce fut principalement
&l'honneur qu'il receut des
viſites des Eminentiffimes
Cardinaux Collonitz & Gri.
mani,&lebonheurqu'il eut
Février1700.
C
26 MERCURE
de voir à genoux au pied de
ſon litle Nonce duPape, qui
luycauſatantdejoye par l'In
dulgence pleniere qu'il luy
donna au nom de Sa Sain
teté àl'article dela mort, qu'
elle ne fervit pas peu à pro
longer pour quelques mo
mens le peude forces quiluy
reſtoit , & à retenir un peu
pluslongtemps ſur la terrece
luy qui ne cherchoit qu'à la
quitter.
Pluſieurs autres.Perſonnes
du premier rang voulurent
avoir aufſi le trifle plaiſir de
luy rendre viſite, &tout ce
GALANT. 27
qu'il ya de grand en auroit
fait de même, s'ils n'avoient
•mieux aimé s'en priver ſelon
l'ordre des Medecins , que
d'avoirquelque choſeà ſe re
procherſurl'augmentationde
la maladie.Onnedit riendes
diſpoſitions interieures avec
leſquelles il receut le Saint
Viatique, & les autres Sacre
mens , qui ne ſont connues
que deceluy quipouvoit pe
netrer dans ce Sanctuaire;
mais ſi l'on enveutjuger par
la ferveur &la devotion avec
laquelle il fit ſa profeſſion de
foy, &renouvella ſes vœux
Cij
1
28 MERCURE
ceux qui yfurent preſens en
furent fi touchez ,qu'ilsn'eu
rent pas depeine àſe perlua
der qu'elles furpaſſoient au
tant celles qu'on a coutume
d'y apporter , que la ſainteté
de ſa vie furpaſſoit celle du
commundes hommes.
L'Empereur & l'Imperatri
ce eſtant avertis qu'il eſtoit
endanger, firent la réſolution
de l'aller voir comme ils a
voientdéja faitavec tous leurs
Enfans peu de tempsaupara
vant ,
à la Feſte de Noftre
Dame des Anges , y eſtant
portez par la grandeur de
41
GALANT. 29
l'eſtime& de l'affection qu'ils-avoient pour luy; mais lors
qu'ils apprirent le 12. d'Aouft
au foir qu'il tournoit à l'ex
trémité,ilsne differerent pas
davantage,&partirentlelen
matin ſur les dix heures ,du
Palaisappellé Favorite , qui
eft au Fauxbourg , pour fe
rendre auConvent desCapu.
cins qui font dans la Ville.
Ils virent le Pere Marc, &
luy parlerent l'eſpace d'un
quart d'heure. Ils ne pûrent
le quitter fans avoir d'un
coſté le cœur penetré de la
douleur qu'ils avoient de le
Cij
30 MERCURE
perdre, & de l'autre , bien
de la conſolation d'avoir
pû recevoir encore la benea
diction qu'ils luy demande
rent.
A peine Leurs Majeſtez
Imperiales furent-elles mon
tées dans leursCaroſſes, qu
on vint leurdire que le Pere
Marc eſtoit àl'agonie. Elles
retournerent àfa chambre,&
bien loin de s'effrayer de la
veuëd'unobjetquelesGrands
ont affez ſoin d'éviter , elles
voulurent s'approcher de ſon
lit. Commeelles letrouverent
fur le point de rendre l'eſprit,
GALANT.
leCiergebenitàlamain,elles
ne purent faire autre choſe
quede ſe mettre à genoux
commelesautres ,&de faire
voir leur douleurpar les ge
miſſemensdont elles accom
pagnoient lesderniers ſoupirs
dece moribond. L'Empereur
même eut labonté de dire
avec le P. Gardien, les Orai
ſons&lesPrieres que l'Egliſe
preſcrit pour ces derniers
tempsdelavie,,&tous con
tinuerentainſidans ces exer
cices de pieté juſqu'au mo
mentqu'il expira. Ce fut fur
les onze heures qu'arriva cet
Ciiij
*
32 MERCURE
heureux moment pour luy
mais il le reccut avec une
tranquillité de corps & d'eſ
prit ſi grande , qu'on n'eut
point de peine à juger qu'il
ſentoit déja par avance les
douces impreffionsdeſabien
heureuſe éternité. Les paroles
qu'il prononça avantque de
mourir, estoient ſi pleines &
ſi animées del'eſprit &de la
ferveur de ſafoy, les manie.
resde baiſer leCrucifix ,de le
regarder &del'embraſſer fu
rent ſi éloquentes, ſi vives&
ſi tendres ,que bien loin de
paroiſtre comme desmouve
GALANT: 33
mens d'une devotion affez
ordinaire à ceuxqui font en- cer eſtat, oneſtoitobligéd'y
= reffentir & d'y reconnoſtre
tous les caracteres & tous les
traits de ces commerces inte
rieurs & facrez quelaſainteté
de ſa vie luy procuroit habi
tuellement avec ſon Dieu.
* Lors que l'Empereur &
l'Imperatrice , aprés avoir
baiſelesmains dudéfunt, &
fatifait àtout,ce queleurpie
té& leurdevotion leurinſpis
roit dans cette rencontre, fu
rent partis ,on porta lecorps,
qui paroiſſoitencore plein de
34 MERCURE
vie , dans la Chapelle inte.
rieure , qui tient au Dortoir
des Religieux , où il demeura
expoſe le reſtedu jour, & la
nuit ſuivante;car pour obeïr
àl'ordre que l'Empereur en
voya dés legrand matin, on
le tranſporta dans l'Eglife , &
on l'expola dans l'enceintedu
grandAutel , oùM'le Nonce
dituneMeſſebaffe , & où les
quatre Archiducheſſes ſe ren.
direntl'apréſdînée, s'eſtimant
trop heureuſes de luy baifer
lesmains, &de ramaſſer com
me quelque choſe de bien
pretieux,les fleurs qu'onavoit
GALANT. 35
jettées ſurluydecoſté&d'au
tre. On ne peut s'imaginer
combiendeDames , deNo
bleffe & de Bourgeois eurent
la devotion de luybaifer les
mains&les pieds,quiestoient
d'une blancheur à les faire
croire d'Albaſtre Les peuples
yvinrenten ſigrande foule,
&avecdesmouvemensfiem
preſſezdeluydonnerquelque
marque de laprofondevene
ration qu'ilsavoient pourluy,
que les Soldats eurent bien
de la peinea garder les portes
où on les avoit mis pour les
empêcher d'en approcher
36 MERCURE
commeilsauroient voulu;&
rien ne fut plus propre àfaire
connoiſtre l'inclination & la
diſpoſition que ces peuples
ontpourla pieté, que la de
votion& l'empreſſement qu'
ils faifoient paroiſtre , pour
avoirquelqu'une de cesfleurs
quiavoient eſté miſes ſurſon
corps.
1
Ce fut pour favoriſer ce
grand concoursque l'Empe
reur envoyadéfendre de l'en
terrer le 14. jour d'Aouſt au
foir , comme on en eſtoit
convenu,&voulut qu'ondif
feraft juſqu'au Lundy fuivant
GALANT. 37
17. du meſme mois. Durant
cetemps-là,l'Empereur en
voyadegrofles tommes d'ar
gent dans des Egliſes difte.
rentes , pour y faire dire des
Meſſes , & cer exemple fit
tant d'impreſſion ſur l'eſprit
des peuples, qu'il n'y eut pas
juſqu'àungrand nombre de
pauvres gens qui donnerent
de leur neceſſaire pour cong
tribuer par desMeſſes auſou
lagementdel'amedecebien
aimédéfunt, quoyqu'on euſt
aurantdeſujet qu'on en peut
avoir pieuſement,de leregar
der comme eſtant déja au
38 MERCURE
nombredes Bienheureux.
Toutes choſeseſtant donc
diſpoſées pourfaire les Fune
railles aujourque l'Empereur
avoitmarqué, il partitde fon
Palais la Favorite , avec l'Im
peratrice , le Roy des Ro
mains ,l'Archiduc & l'Archi
ducheſſe , pour ſe rendre à
l'Eglife desCapucins.Lecorps
du défunt eſtoit expoſé de.
vant le grand Autel , non
ſeulement renfermédans une
balustrade qu'on avoit faite
exprés , mais encore par des
Soldats de la Garde de l'Em
pereur & de laVille, poſtez
GALANT. 39
de telle maniere , qu'on pou
nt voit en défendre l'entrée à
e
tout lepeuple,&lapermettre
e ſeulement auxDames & aux
Of
0
ps
e
E
5
Perſonnes dequalité,&àtous
les Officiersde la Cour.
Iln'y eutpour lors que le
RoydesRomainsquialla luy
baiſer lesmains,auflitoſtqu'il
fut entré dans l'Eglife. Ils
monterentenſuitedans laTri.
bunepour entendre laMeſſe
folemnelle des Morts, quifur
chantée par M² l'Eveſque de
Vienne,Prince du SaintEm
pire , & par un Chœur des
principauxMuſiciensdel'Em
২
40 MERCURE
pereur. Aprésquel'on eut fini
ennoirtoutesles lugubres ce.
remoniesduSacrifice , par les
prieres ,les aſperſions & les
encenſemensquel'Egliſeveut
qu'on faſſeaux funeraillesdes
défunts,M' l'Eveſque de Ni
trie en celebra une ſeconde
aveclameſmefolemnité,mais
avec cette difference nean.
moins, qu'il la dit reveſtu de
blanc, àl'honneurdelaſainte
&immaculéeViergeMerede
Dieu.
Toutes les perſonnes de la
ſuite de l'Empereur eſtoient
forties de l'Eglife , auffibien
GALANT. 4
que les Religieux Capucins,
danslapenſéeque Leurs Ma
jeſtez alloient auffitoft mon
ter en Caroffe;mais ellesdef
_cendirent avec toute leur au
guſte Famille, de la Tribune
dansl'Eglife, pourbaifer en
core une fois les mains dudé
funt ,qu'ellestrouverent auffi
Aexibles & auffi maniables
que celles d'un homme vi
vant, tout le monde eftant
dansl'étonnementdevoir les
3
veinespleinesde fang, &en
core plus, de ce que depuis
cinqjours qu'il eſtoit mort,
il n'exhaloit aucune mauvai
Février 1700.
D
4 4
2 MERCURE
ſe odeur , quoy que ce fuft
dans le temps &dans lescha
leurs de laCanicule.
Touteslesfleurs quiavoient,
pourainſidire, ſervià l'orne
mentdudéfunt,& qu'on re
nouvelloit tous les jours par
les ſoins de l'Imperatrice , fu-'
rent ramaſſées avec la der
niere exactitude. On en fit
pluſieurs bouquets , que les
jeunesDemoiſelles,deſtinées
ſeulement pour affiſter à la
Pompe funebre des Empe
reurs , portoient dans leurs
mains , autant par devotion
quepar ceremonie.
GALANT. 43
Lors que les Religieux fu
rentrentrez dans l'Eglife, ils
couvrirent le Cercueil , &
l'ayantenfermédans uneboë--tede noyer, ilslemirentavec
les autres dans laplace , que
ſelonle rangil devoit avoir
aſſez proche de la Sepulture
desEmpereurs.
}
Aprés
Aprés des marques
ma
fi écla
tantes d'affection , d'eſtime
&deveneration, que Leurs
Majeſtez Imperiales , leurs
auguſtes Enfans
tous les
Grands,& tous les Officiers
de l'Empire ,tous les Etats&
tous lespeuples avoient faic
Dij
44 MERCURE
paroiſtre pour le Pere Marc
d'Aviano , il ſembloit qu'on
ne pouvoit plus rien imagi
ner qui puſt ajoûter quelque
choſe àl'honneur qu'on luy
avoit fait ,&donner quelque
nouvel éclat àſa memoire.
e
Cependant il faut avoüer
que rien n'eſtplus capablede.
Pimmortaliſer que l'Epitaphe
ſuivante , Epitaphe d'autant
plus illuſtre qu'elle eſt l'ou
vrage d'un Empereur , qui a
cru devoir mettreau rangdes
ſoins qu'il prend pour la feli
cité de ſes Peuples, celuy de
conſerver àla poſteriré la mes
GALANT. 45
( moirede ceReligieux parun
Monumentſiautentique,qui
d'ailleurs porte affez les cara
Geres de cette noble gran
deur qui paroiſt dans toutes
les productions des Teſtes
Couronnées.
A LAMEMOIRE
DuP.Marcd'Aviano,Capucin
Predicateur,
Douédes Vertus Evangeliques,
Mort àVienne
Danslapaix&lesdouxembraf
fememens defon Dieu.
Leopold Empereur,
L'Imperatrice, & leur Royale
46 MERCURE
FamilleontdreßéceMonument
Commeun triſteſoulagement
Deleurdouleur ,
Le17. d'Aoust 1699.
Dieudonnelerepos
Etla lumiereEternelle
AuRP. MarcdAviano,
☐VrayServiteurdeJesus Christ.
Dieu toujours grand, tou
joursbon, àqui rienn'eſt ca
chéde ce quiſe paſſedans le
cœurde l'homme , connoif.
fantlaparfaite&la ſpirituelle
union qui eſtoit entre Leurs
Majeſtez Imperiales & cefer.
vent Serviteur de Dien , a
GALANT
NI:
:
47
permis pour leurconfolation,
que ſes cendres repoſaſſent ,
non ſeulement dans laVille
de Vienne,combléedans les
derniers temps d'une infinité
de bienfaits ſpirituels de ce
Pere, mais encore dansune
Egliſefrequentéetres ſouvent
de Leurs Majeftez,&de tous
1
t
lesGrandsdela Cour, comme
eſtantun moyenplus efficace
&plus aſſuré pour rendre de
jour enjourlamemoirede ce
Religieux plus celebreque ne
pourroient faire les Plumes
&les Langues des Orateurs
les plus éloquens.
édifiée de ce que vous allez
lire. Je vous enfais partdans
les mêmestermes que je l'ay
receu
GALANT: 19
RELATION EXACTE
de ce qui s'eft paffé à la
!
mort& auxFunerailles du
R. P. Marc d'Aviano, Ca
pucinPrédicateur.
Traduite du Latin, &envoyés
deVienne.
LER. P. Marcd'Aviano
revint en cetteVillede
Vienne aumois de May der
nier 1699. avec le P. Laurent
d'Urino,qu'ilavoit eſté obli
géde prendreàla place duP.
CoſmedeCastro Franco, for
Compagnon ordinaire , de
Bij
}
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'àl'ordinaire ſur ſon vifage,
faiſoit voir fi peu de ſanté ,
qu'il eſtoit ſouventobligéd'a
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. Ladiminu
tiondeſes forces&deſaſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , foit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtez Impe
riales,de toute la Cour &de
tout le Peuple , qu'on avoit
GALANT. 21
ſujet de croire , que ſi dans
S
l'eſtat où il eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre,cen'eſtoit quepour
ne les pas priver de laconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detemps entempsdes
audiencesdel'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& lamodeſtie que de
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'eneſtre ja
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon viſage,
faiſoit voir ſi peu de ſanté
qu'il eſtoitſouventobligéd'a
>
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pasbien. La diminu
tionde ſes forces&deſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , ſoit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan.
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtezImpe
riales,de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
'
GALANT.
ſujet de croire , que fi dans
21
l'eſtat oùil eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre, cen'eſtoitquepour- ne les pas priver delaconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detempsentempsdes
audiencesde l'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& la modeſtie quede
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprésde luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'en eſtre ja
22 MERCURE
mais fervique pourprocurer
la gloire de Dieu, le bienpu
blic, &le foulagement
affligez.Samaladiecependant
des
augmentoit fi fort dejour en
jourpar les continuellescoli.
ques,qu'ilſevit obligé dene
pas reſuſer plus longtemps le
ſecours qu'il pouvoir efperer
deshommes.
L'Empereurfitvoircombien
la ſantédecePere luyeſtoit
chere, par le ſoinqu'il eutde
luyenvoyer les medecins les
plus experimentez, &mefme
les fiens propres , avec ordre
deprendredans leLaboratoi
>
GALANT: 23
rep re , ou dans l'Office Imperial,
Du. tous les remedes qu'ils juge
des roient neceſſaires,quelque ra
nt res & quelqueprécieux qu'ils
en puſſent eſtre. Il porta meſme
fa, bonté juſqu'à commander
e à M le Baron Scalvinovi
eConſeiller de laChambreIm
er
periale , & Treſorier de Sa
Maje
Majesté, de ſetrouvertousles
1 jours ,ſoir & matin , dans la
chambre du Malade, pour- s'informer exactementde ſon
eſtat,afin de luy en faire le-rapport , & fur tout pour
prendre garde que rien ne
manquaſt de cequi pouvoit
24 MERCURE
contribuer au rétabliſſement
de ſa ſanté Cependantnyla
ſcience des Medecins , ny la
vertu des remedes ne ſervi
rentde rien,nonpasmesme
lebaind'huile,qu'on employa
commeunechoſe aſſezextra
ordinaire, pour enefpererdu
foulagement,parcequel'heu
reux moment approchoit qui
devoit achever de delivrer
cetre amede lapriſon de ſon
corps, pourlamettreenliber
téd'aller joüir pleinementdes
chaſtes embraſſemens de ſon
Epoux, & de recevoir de ſa
bonté, auſſi bien que de ſa
juſtice,
GALANT. 25
Juſtice,la récompenſede ces
actions ſi ſaintes&figrandes,
qu'il avoit faites durant fa
vie.
Siſoncorpsne receutpoint
de ſoulagement durant les
quinzejours quecontinua ſa
maladie , il n'en fut pas de
meſmedeſoneſprit, & l'on
ne peut pas douter que ſi
quelque choſe fut capablede
luydonner quelque confola
tion , ce fut principalement
&l'honneur qu'il receut des
viſites des Eminentiffimes
Cardinaux Collonitz & Gri.
mani,&lebonheurqu'il eut
Février1700.
C
26 MERCURE
de voir à genoux au pied de
ſon litle Nonce duPape, qui
luycauſatantdejoye par l'In
dulgence pleniere qu'il luy
donna au nom de Sa Sain
teté àl'article dela mort, qu'
elle ne fervit pas peu à pro
longer pour quelques mo
mens le peude forces quiluy
reſtoit , & à retenir un peu
pluslongtemps ſur la terrece
luy qui ne cherchoit qu'à la
quitter.
Pluſieurs autres.Perſonnes
du premier rang voulurent
avoir aufſi le trifle plaiſir de
luy rendre viſite, &tout ce
GALANT. 27
qu'il ya de grand en auroit
fait de même, s'ils n'avoient
•mieux aimé s'en priver ſelon
l'ordre des Medecins , que
d'avoirquelque choſeà ſe re
procherſurl'augmentationde
la maladie.Onnedit riendes
diſpoſitions interieures avec
leſquelles il receut le Saint
Viatique, & les autres Sacre
mens , qui ne ſont connues
que deceluy quipouvoit pe
netrer dans ce Sanctuaire;
mais ſi l'on enveutjuger par
la ferveur &la devotion avec
laquelle il fit ſa profeſſion de
foy, &renouvella ſes vœux
Cij
1
28 MERCURE
ceux qui yfurent preſens en
furent fi touchez ,qu'ilsn'eu
rent pas depeine àſe perlua
der qu'elles furpaſſoient au
tant celles qu'on a coutume
d'y apporter , que la ſainteté
de ſa vie furpaſſoit celle du
commundes hommes.
L'Empereur & l'Imperatri
ce eſtant avertis qu'il eſtoit
endanger, firent la réſolution
de l'aller voir comme ils a
voientdéja faitavec tous leurs
Enfans peu de tempsaupara
vant ,
à la Feſte de Noftre
Dame des Anges , y eſtant
portez par la grandeur de
41
GALANT. 29
l'eſtime& de l'affection qu'ils-avoient pour luy; mais lors
qu'ils apprirent le 12. d'Aouft
au foir qu'il tournoit à l'ex
trémité,ilsne differerent pas
davantage,&partirentlelen
matin ſur les dix heures ,du
Palaisappellé Favorite , qui
eft au Fauxbourg , pour fe
rendre auConvent desCapu.
cins qui font dans la Ville.
Ils virent le Pere Marc, &
luy parlerent l'eſpace d'un
quart d'heure. Ils ne pûrent
le quitter fans avoir d'un
coſté le cœur penetré de la
douleur qu'ils avoient de le
Cij
30 MERCURE
perdre, & de l'autre , bien
de la conſolation d'avoir
pû recevoir encore la benea
diction qu'ils luy demande
rent.
A peine Leurs Majeſtez
Imperiales furent-elles mon
tées dans leursCaroſſes, qu
on vint leurdire que le Pere
Marc eſtoit àl'agonie. Elles
retournerent àfa chambre,&
bien loin de s'effrayer de la
veuëd'unobjetquelesGrands
ont affez ſoin d'éviter , elles
voulurent s'approcher de ſon
lit. Commeelles letrouverent
fur le point de rendre l'eſprit,
GALANT.
leCiergebenitàlamain,elles
ne purent faire autre choſe
quede ſe mettre à genoux
commelesautres ,&de faire
voir leur douleurpar les ge
miſſemensdont elles accom
pagnoient lesderniers ſoupirs
dece moribond. L'Empereur
même eut labonté de dire
avec le P. Gardien, les Orai
ſons&lesPrieres que l'Egliſe
preſcrit pour ces derniers
tempsdelavie,,&tous con
tinuerentainſidans ces exer
cices de pieté juſqu'au mo
mentqu'il expira. Ce fut fur
les onze heures qu'arriva cet
Ciiij
*
32 MERCURE
heureux moment pour luy
mais il le reccut avec une
tranquillité de corps & d'eſ
prit ſi grande , qu'on n'eut
point de peine à juger qu'il
ſentoit déja par avance les
douces impreffionsdeſabien
heureuſe éternité. Les paroles
qu'il prononça avantque de
mourir, estoient ſi pleines &
ſi animées del'eſprit &de la
ferveur de ſafoy, les manie.
resde baiſer leCrucifix ,de le
regarder &del'embraſſer fu
rent ſi éloquentes, ſi vives&
ſi tendres ,que bien loin de
paroiſtre comme desmouve
GALANT: 33
mens d'une devotion affez
ordinaire à ceuxqui font en- cer eſtat, oneſtoitobligéd'y
= reffentir & d'y reconnoſtre
tous les caracteres & tous les
traits de ces commerces inte
rieurs & facrez quelaſainteté
de ſa vie luy procuroit habi
tuellement avec ſon Dieu.
* Lors que l'Empereur &
l'Imperatrice , aprés avoir
baiſelesmains dudéfunt, &
fatifait àtout,ce queleurpie
té& leurdevotion leurinſpis
roit dans cette rencontre, fu
rent partis ,on porta lecorps,
qui paroiſſoitencore plein de
34 MERCURE
vie , dans la Chapelle inte.
rieure , qui tient au Dortoir
des Religieux , où il demeura
expoſe le reſtedu jour, & la
nuit ſuivante;car pour obeïr
àl'ordre que l'Empereur en
voya dés legrand matin, on
le tranſporta dans l'Eglife , &
on l'expola dans l'enceintedu
grandAutel , oùM'le Nonce
dituneMeſſebaffe , & où les
quatre Archiducheſſes ſe ren.
direntl'apréſdînée, s'eſtimant
trop heureuſes de luy baifer
lesmains, &de ramaſſer com
me quelque choſe de bien
pretieux,les fleurs qu'onavoit
GALANT. 35
jettées ſurluydecoſté&d'au
tre. On ne peut s'imaginer
combiendeDames , deNo
bleffe & de Bourgeois eurent
la devotion de luybaifer les
mains&les pieds,quiestoient
d'une blancheur à les faire
croire d'Albaſtre Les peuples
yvinrenten ſigrande foule,
&avecdesmouvemensfiem
preſſezdeluydonnerquelque
marque de laprofondevene
ration qu'ilsavoient pourluy,
que les Soldats eurent bien
de la peinea garder les portes
où on les avoit mis pour les
empêcher d'en approcher
36 MERCURE
commeilsauroient voulu;&
rien ne fut plus propre àfaire
connoiſtre l'inclination & la
diſpoſition que ces peuples
ontpourla pieté, que la de
votion& l'empreſſement qu'
ils faifoient paroiſtre , pour
avoirquelqu'une de cesfleurs
quiavoient eſté miſes ſurſon
corps.
1
Ce fut pour favoriſer ce
grand concoursque l'Empe
reur envoyadéfendre de l'en
terrer le 14. jour d'Aouſt au
foir , comme on en eſtoit
convenu,&voulut qu'ondif
feraft juſqu'au Lundy fuivant
GALANT. 37
17. du meſme mois. Durant
cetemps-là,l'Empereur en
voyadegrofles tommes d'ar
gent dans des Egliſes difte.
rentes , pour y faire dire des
Meſſes , & cer exemple fit
tant d'impreſſion ſur l'eſprit
des peuples, qu'il n'y eut pas
juſqu'àungrand nombre de
pauvres gens qui donnerent
de leur neceſſaire pour cong
tribuer par desMeſſes auſou
lagementdel'amedecebien
aimédéfunt, quoyqu'on euſt
aurantdeſujet qu'on en peut
avoir pieuſement,de leregar
der comme eſtant déja au
38 MERCURE
nombredes Bienheureux.
Toutes choſeseſtant donc
diſpoſées pourfaire les Fune
railles aujourque l'Empereur
avoitmarqué, il partitde fon
Palais la Favorite , avec l'Im
peratrice , le Roy des Ro
mains ,l'Archiduc & l'Archi
ducheſſe , pour ſe rendre à
l'Eglife desCapucins.Lecorps
du défunt eſtoit expoſé de.
vant le grand Autel , non
ſeulement renfermédans une
balustrade qu'on avoit faite
exprés , mais encore par des
Soldats de la Garde de l'Em
pereur & de laVille, poſtez
GALANT. 39
de telle maniere , qu'on pou
nt voit en défendre l'entrée à
e
tout lepeuple,&lapermettre
e ſeulement auxDames & aux
Of
0
ps
e
E
5
Perſonnes dequalité,&àtous
les Officiersde la Cour.
Iln'y eutpour lors que le
RoydesRomainsquialla luy
baiſer lesmains,auflitoſtqu'il
fut entré dans l'Eglife. Ils
monterentenſuitedans laTri.
bunepour entendre laMeſſe
folemnelle des Morts, quifur
chantée par M² l'Eveſque de
Vienne,Prince du SaintEm
pire , & par un Chœur des
principauxMuſiciensdel'Em
২
40 MERCURE
pereur. Aprésquel'on eut fini
ennoirtoutesles lugubres ce.
remoniesduSacrifice , par les
prieres ,les aſperſions & les
encenſemensquel'Egliſeveut
qu'on faſſeaux funeraillesdes
défunts,M' l'Eveſque de Ni
trie en celebra une ſeconde
aveclameſmefolemnité,mais
avec cette difference nean.
moins, qu'il la dit reveſtu de
blanc, àl'honneurdelaſainte
&immaculéeViergeMerede
Dieu.
Toutes les perſonnes de la
ſuite de l'Empereur eſtoient
forties de l'Eglife , auffibien
GALANT. 4
que les Religieux Capucins,
danslapenſéeque Leurs Ma
jeſtez alloient auffitoft mon
ter en Caroffe;mais ellesdef
_cendirent avec toute leur au
guſte Famille, de la Tribune
dansl'Eglife, pourbaifer en
core une fois les mains dudé
funt ,qu'ellestrouverent auffi
Aexibles & auffi maniables
que celles d'un homme vi
vant, tout le monde eftant
dansl'étonnementdevoir les
3
veinespleinesde fang, &en
core plus, de ce que depuis
cinqjours qu'il eſtoit mort,
il n'exhaloit aucune mauvai
Février 1700.
D
4 4
2 MERCURE
ſe odeur , quoy que ce fuft
dans le temps &dans lescha
leurs de laCanicule.
Touteslesfleurs quiavoient,
pourainſidire, ſervià l'orne
mentdudéfunt,& qu'on re
nouvelloit tous les jours par
les ſoins de l'Imperatrice , fu-'
rent ramaſſées avec la der
niere exactitude. On en fit
pluſieurs bouquets , que les
jeunesDemoiſelles,deſtinées
ſeulement pour affiſter à la
Pompe funebre des Empe
reurs , portoient dans leurs
mains , autant par devotion
quepar ceremonie.
GALANT. 43
Lors que les Religieux fu
rentrentrez dans l'Eglife, ils
couvrirent le Cercueil , &
l'ayantenfermédans uneboë--tede noyer, ilslemirentavec
les autres dans laplace , que
ſelonle rangil devoit avoir
aſſez proche de la Sepulture
desEmpereurs.
}
Aprés
Aprés des marques
ma
fi écla
tantes d'affection , d'eſtime
&deveneration, que Leurs
Majeſtez Imperiales , leurs
auguſtes Enfans
tous les
Grands,& tous les Officiers
de l'Empire ,tous les Etats&
tous lespeuples avoient faic
Dij
44 MERCURE
paroiſtre pour le Pere Marc
d'Aviano , il ſembloit qu'on
ne pouvoit plus rien imagi
ner qui puſt ajoûter quelque
choſe àl'honneur qu'on luy
avoit fait ,&donner quelque
nouvel éclat àſa memoire.
e
Cependant il faut avoüer
que rien n'eſtplus capablede.
Pimmortaliſer que l'Epitaphe
ſuivante , Epitaphe d'autant
plus illuſtre qu'elle eſt l'ou
vrage d'un Empereur , qui a
cru devoir mettreau rangdes
ſoins qu'il prend pour la feli
cité de ſes Peuples, celuy de
conſerver àla poſteriré la mes
GALANT. 45
( moirede ceReligieux parun
Monumentſiautentique,qui
d'ailleurs porte affez les cara
Geres de cette noble gran
deur qui paroiſt dans toutes
les productions des Teſtes
Couronnées.
A LAMEMOIRE
DuP.Marcd'Aviano,Capucin
Predicateur,
Douédes Vertus Evangeliques,
Mort àVienne
Danslapaix&lesdouxembraf
fememens defon Dieu.
Leopold Empereur,
L'Imperatrice, & leur Royale
46 MERCURE
FamilleontdreßéceMonument
Commeun triſteſoulagement
Deleurdouleur ,
Le17. d'Aoust 1699.
Dieudonnelerepos
Etla lumiereEternelle
AuRP. MarcdAviano,
☐VrayServiteurdeJesus Christ.
Dieu toujours grand, tou
joursbon, àqui rienn'eſt ca
chéde ce quiſe paſſedans le
cœurde l'homme , connoif.
fantlaparfaite&la ſpirituelle
union qui eſtoit entre Leurs
Majeſtez Imperiales & cefer.
vent Serviteur de Dien , a
GALANT
NI:
:
47
permis pour leurconfolation,
que ſes cendres repoſaſſent ,
non ſeulement dans laVille
de Vienne,combléedans les
derniers temps d'une infinité
de bienfaits ſpirituels de ce
Pere, mais encore dansune
Egliſefrequentéetres ſouvent
de Leurs Majeftez,&de tous
1
t
lesGrandsdela Cour, comme
eſtantun moyenplus efficace
&plus aſſuré pour rendre de
jour enjourlamemoirede ce
Religieux plus celebreque ne
pourroient faire les Plumes
&les Langues des Orateurs
les plus éloquens.
Fermer
710
p. 463-464
Memoire contenant le détail de la maladie de Monseigneur le Dauphin. [titre d'après la table]
Début :
Comme je suis persuadé, que le mal dont Monseigneur le Dauphin [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mémoire, Esprit, Profond savoir, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire contenant le détail de la maladie de Monseigneur le Dauphin. [titre d'après la table]
Comme je fuis perfuadé, que
mal dont Monfeigneur le Dauphin
a efté furpris, ne vous a pas moins
touchée & inquietée que nous ,
Qq iiij
464 MERCURE
parce que ce Prince eft auffi aimé
dans tout le Royaume , qu'il l'eft
à la Cour & à Paris Je croy que
vous ferez fort aife d'aprendre
par le détail de fa maladie que
je vous envoye , qu'on n'en doit
aprehender aucunes mauvaifes
fuittes . Rien n'eft plus beau que
le memoire que je vous envoye
Il marque l'efprit & le profond
fçavoir de celuy qui l'a dreffé ;
& quoyque ces matieres ne foient
pas ordinairement intelligibles
pour ceux qui ne les ont pas
eftudiées ; ce memoire eft d'une
netteté qui fait plaifir , & qui
marque celle de l'efprit & le
profond fçavoir de celuy qui l'a
dreffé . Il a efté envoyé au Roy
d'Efpagne , dans les mêmes termes
que je vous l'envoye.
mal dont Monfeigneur le Dauphin
a efté furpris, ne vous a pas moins
touchée & inquietée que nous ,
Qq iiij
464 MERCURE
parce que ce Prince eft auffi aimé
dans tout le Royaume , qu'il l'eft
à la Cour & à Paris Je croy que
vous ferez fort aife d'aprendre
par le détail de fa maladie que
je vous envoye , qu'on n'en doit
aprehender aucunes mauvaifes
fuittes . Rien n'eft plus beau que
le memoire que je vous envoye
Il marque l'efprit & le profond
fçavoir de celuy qui l'a dreffé ;
& quoyque ces matieres ne foient
pas ordinairement intelligibles
pour ceux qui ne les ont pas
eftudiées ; ce memoire eft d'une
netteté qui fait plaifir , & qui
marque celle de l'efprit & le
profond fçavoir de celuy qui l'a
dreffé . Il a efté envoyé au Roy
d'Efpagne , dans les mêmes termes
que je vous l'envoye.
Fermer
711
p. 465-471
A Versailles 21. de Mars 1701.
Début :
Monseigneur se trouva mal samedy à onze heures & demie du soir, [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Soir, Parties, Temps, Vaisseaux, Esprits, Estomac, Évacuation, Matin, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Versailles 21. de Mars 1701.
A Verſailles 21. de Mars 1701 .
ved 7 A
Monfeigneurfe trouva mal fame
dya onze heures & demie du foir ,
enfe deshabillant pourse coucher. Il
perdit connoiſſance en un moment , &
feroit tombéfans le fecours de quelques
uns de fe's Officiers , qui aiderent à le
foutenir andla'l ang kan
Deux chofes contribuerent à cet
accident ; L'une , la plenitude des
vaiffeaux fanguins , qui eftant extre
mement tendus , preffoient les caneaux
nerveux dans le cerveau , intercep
toient le mouvement des efprits & les
empefchoient de couler librement dans
les parties ; L'autre, le poids extraor
dinaire que les alimens faifoient
dans l'iftomach.
Comme Monfeigneur a obfervé tres466
MERCURE
regulierement le Careme depuis le
commencement , & qu'il s'eft mis
dans l'habitude de ne faire qu'un repas
le foir, la quantité de poiffon
qu'il avoit mangé , & les humeurs
produits depuis longtempsparlès mauvais
fucs de cette nouriture , avoient
tendu toutes lesfibres , & par cette
contrainte , les parties nerveufesjuſques
au cerveau fouffroient la même
contrainte & eftoient génées dans
leurs refforts , ce qui empefchoit auffi
Les efprits d'y pouvoircouler avec liberte.
Il fut fecouru fi promptement ,
&fi à propos , qu'il fut à peine une
demy - heure dans cet eftat. Aprés
qu'il eut pris quelques volatiles qui
ramenerent la maffe dufang , & le
firent couler avec plus de vivacité
dans fes vaiffeaux , où la circulation
paroiffoit embaraffee , M Felix le
GALANT. 467
faigna du bras droitfort adroitement,
au milieu de tous les mouvemens
qu'il fe donnoit, & la connoiffance
luy revint à mesure que le fang fe
vuidoit , & que les nerfs moins
preffezpar le volume de cette liqueur .
permirent aux efprits de s'y introduire.
On continua à luy donner deux ou
trois cuillerées de volatile qui eurent
le mèmefuccez, & on fongea enfuite
à vuider fon eftomac.
Monfeigneurprit pour cela le vin
dEfpagne & le Tartre emetique avec:
une entiere & pleine connoiffance :
mais comme toutes les parties eftoient
extremement tendues , & que d'ail
leurs les remedes eftoient, pour ainfi
dire , abforbez dans la quantité d'ali
mens, le beure & l'huile dont l'eftomac
eftoit charge , ilsfurent quelque
temps fans agirfurla membrane , &
468 MERCURE
fans exciter le vomiſſement.
Dans l'atm
de cette operation , on
luy donna un remede pour degager
bas ventre,ce qui reülit peu de temps
aprés , les fibres de l'eftomac
eftant un peurelachées par ce moyen
le vomiffement fuivit , & produifit
une evacuation d'ordares & d'alimen's
corrompus , qui parut tres- confideras
ble
Depuis ce temps- là , Monfeigneur
a toujours efté de mieux en mieux
On luy a donné deux potions purgati
ves à une heure & demie l'une de
l'autre qui ont continue à determiner
b'evacuation far en bas jufques a
quatorze fois.
L'abattement où l'avoient jetté
ces remedes , a efte fuivi d'un fommeil
fi tranquille & fi doux, qu'on
fa laisse dormir le reste de la nuit
GALANT 469
fans aucune inquietude , & ce calme
contribuant encore à relacher la tenfion
des fibres , aidoit encore à faire
agir le purgatif , en forte qu'il fe
reveilloit tout feul , & par envie de
faire quelque evacuation .
Mr Gervais le faigna le matin
par la même ouverture qne Mr Felix
avoit faite le foir ilpaffa la journée
auffi bien qu'on le pouvoit fouhaiter,
le purgatif continuant à agir fans
diminuerjes forces , en forte que
ftant levé le foir, pour donner le temps
de faire fon lit , il fe trouva ferme
fur fes jambes, & même plus fort
qu'il ne l'eftoit avant cet accident.
?
La nuit s'eft paẞée encore plus..
doucement que la journée. Monfei
gneur a dormi d'un fommeil tranquil
le depuis dix heures du foir jufques á
fept du matin , ne s'eftant reveille
479 MERCURE
que deux fois à minuit feulement pour
Le retourner, & à quatre heures pour
prendre fon bouillon,
On ajugé à propos de le faigner
encore ce matin , pour plus grande
feureté , ce qui a esté fort bien executé
au bras gauche par Mr Gervais,
& les chofes font prefentement dans
le meilleur eftat qu'on les puiffe fouhaiter.
L
La tefte eft tres - libre , il n'eft refté
aucun embarras dans les parties , ny
aucun vestige de la maladie , parce
qu'il a esté affez toft defempli pour
empêcherl'échapée de quelque humeur
bors des vaiffeaux . Il a de la force,
&fes mouvemens font plus fermes
qu'ils ne l'eftoientauparavant. Ainfi
on peut dire qu'il eft dans une parfai
tefante , & hors du peril d'aucune
rechute , cet accidentayant donné une
GALANT. 471
otcafion de diminuer l'abondance de
fon fang par trois faignées , & la
plenitude d'humeurs par des purgations
qui le mettront à couvert de tout
danger.
ved 7 A
Monfeigneurfe trouva mal fame
dya onze heures & demie du foir ,
enfe deshabillant pourse coucher. Il
perdit connoiſſance en un moment , &
feroit tombéfans le fecours de quelques
uns de fe's Officiers , qui aiderent à le
foutenir andla'l ang kan
Deux chofes contribuerent à cet
accident ; L'une , la plenitude des
vaiffeaux fanguins , qui eftant extre
mement tendus , preffoient les caneaux
nerveux dans le cerveau , intercep
toient le mouvement des efprits & les
empefchoient de couler librement dans
les parties ; L'autre, le poids extraor
dinaire que les alimens faifoient
dans l'iftomach.
Comme Monfeigneur a obfervé tres466
MERCURE
regulierement le Careme depuis le
commencement , & qu'il s'eft mis
dans l'habitude de ne faire qu'un repas
le foir, la quantité de poiffon
qu'il avoit mangé , & les humeurs
produits depuis longtempsparlès mauvais
fucs de cette nouriture , avoient
tendu toutes lesfibres , & par cette
contrainte , les parties nerveufesjuſques
au cerveau fouffroient la même
contrainte & eftoient génées dans
leurs refforts , ce qui empefchoit auffi
Les efprits d'y pouvoircouler avec liberte.
Il fut fecouru fi promptement ,
&fi à propos , qu'il fut à peine une
demy - heure dans cet eftat. Aprés
qu'il eut pris quelques volatiles qui
ramenerent la maffe dufang , & le
firent couler avec plus de vivacité
dans fes vaiffeaux , où la circulation
paroiffoit embaraffee , M Felix le
GALANT. 467
faigna du bras droitfort adroitement,
au milieu de tous les mouvemens
qu'il fe donnoit, & la connoiffance
luy revint à mesure que le fang fe
vuidoit , & que les nerfs moins
preffezpar le volume de cette liqueur .
permirent aux efprits de s'y introduire.
On continua à luy donner deux ou
trois cuillerées de volatile qui eurent
le mèmefuccez, & on fongea enfuite
à vuider fon eftomac.
Monfeigneurprit pour cela le vin
dEfpagne & le Tartre emetique avec:
une entiere & pleine connoiffance :
mais comme toutes les parties eftoient
extremement tendues , & que d'ail
leurs les remedes eftoient, pour ainfi
dire , abforbez dans la quantité d'ali
mens, le beure & l'huile dont l'eftomac
eftoit charge , ilsfurent quelque
temps fans agirfurla membrane , &
468 MERCURE
fans exciter le vomiſſement.
Dans l'atm
de cette operation , on
luy donna un remede pour degager
bas ventre,ce qui reülit peu de temps
aprés , les fibres de l'eftomac
eftant un peurelachées par ce moyen
le vomiffement fuivit , & produifit
une evacuation d'ordares & d'alimen's
corrompus , qui parut tres- confideras
ble
Depuis ce temps- là , Monfeigneur
a toujours efté de mieux en mieux
On luy a donné deux potions purgati
ves à une heure & demie l'une de
l'autre qui ont continue à determiner
b'evacuation far en bas jufques a
quatorze fois.
L'abattement où l'avoient jetté
ces remedes , a efte fuivi d'un fommeil
fi tranquille & fi doux, qu'on
fa laisse dormir le reste de la nuit
GALANT 469
fans aucune inquietude , & ce calme
contribuant encore à relacher la tenfion
des fibres , aidoit encore à faire
agir le purgatif , en forte qu'il fe
reveilloit tout feul , & par envie de
faire quelque evacuation .
Mr Gervais le faigna le matin
par la même ouverture qne Mr Felix
avoit faite le foir ilpaffa la journée
auffi bien qu'on le pouvoit fouhaiter,
le purgatif continuant à agir fans
diminuerjes forces , en forte que
ftant levé le foir, pour donner le temps
de faire fon lit , il fe trouva ferme
fur fes jambes, & même plus fort
qu'il ne l'eftoit avant cet accident.
?
La nuit s'eft paẞée encore plus..
doucement que la journée. Monfei
gneur a dormi d'un fommeil tranquil
le depuis dix heures du foir jufques á
fept du matin , ne s'eftant reveille
479 MERCURE
que deux fois à minuit feulement pour
Le retourner, & à quatre heures pour
prendre fon bouillon,
On ajugé à propos de le faigner
encore ce matin , pour plus grande
feureté , ce qui a esté fort bien executé
au bras gauche par Mr Gervais,
& les chofes font prefentement dans
le meilleur eftat qu'on les puiffe fouhaiter.
L
La tefte eft tres - libre , il n'eft refté
aucun embarras dans les parties , ny
aucun vestige de la maladie , parce
qu'il a esté affez toft defempli pour
empêcherl'échapée de quelque humeur
bors des vaiffeaux . Il a de la force,
&fes mouvemens font plus fermes
qu'ils ne l'eftoientauparavant. Ainfi
on peut dire qu'il eft dans une parfai
tefante , & hors du peril d'aucune
rechute , cet accidentayant donné une
GALANT. 471
otcafion de diminuer l'abondance de
fon fang par trois faignées , & la
plenitude d'humeurs par des purgations
qui le mettront à couvert de tout
danger.
Fermer
712
p. 11-35
« Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Début :
Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...]
Mots clefs :
Duc de Bretagne, Peindre, Roi, Dire, Vertu, Duc de Bourgogne, Intercolonne, Versailles, Mots, Bruit, Beau, Faces, Cour, Pieds, Armes, Face, Paroles, Duchesse, Princesse, Feux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Le 25. du mois paſſé, Madame
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
re
if
e
11-
ne
lu
A-
de
la
it
a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
un
el
es
u
de
&
u
ge
c
e
n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
re
if
e
11-
ne
lu
A-
de
la
it
a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
un
el
es
u
de
&
u
ge
c
e
n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
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713
p. 45-116
« Il est temps de vous parler de ce qui se passa à Paris, où la [...] »
Début :
Il est temps de vous parler de ce qui se passa à Paris, où la [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Il est temps de vous parler de ce qui se passa à Paris, où la [...] »
Il est temps de vous parler de
ce qui se passa à Paris, où la
fausse nouvelle de l'accouche-
ment de Madame la Duchesse
de Bourgogne fut répanduë,
comme elle l'avoit esté à Ver-
ſailles, & l'on y ajoûta d'autant
plus de foy, que plusieurs Per-
sonnes de la plus haute distin-
ction avoient fait partir des
Couriers, qui étoient prêts à
monter à cheval aux moindres
signaux qu'on leur donneroit.
Le premier feu qui fut allumé,
parut sur le Quay des Galleries
du Louvre, vis-à vis le der-
riere de la Monnoye des Médail-
les, dont Mr de Launay est Di-
recteur. Il estoit si bien prépa-
ré à donner des marques de son
zéle, & si attentif à tout ce qui
Réjouissances.
46
se passeroit, que dans l'instant
qu'il eût appris la grande nou-
velle que chacun attendoit avec
une impatience, accompagnée
de la plus vive ardeur, on en-
tendit des décharges des canons
qu'il avoit fait placer au devant
du Cabinet des Médailles & de
son appartement, qui annon-
cérent les premiers, cette im-
portante nouvelle. Ces déchar-
ges furent aussi- tôt accompa-
gnées de feux, & d'une distribu-
tion de vin à tous les passans;
ce qui arrêta une grande quan-
tité de personnes de tout sexe,
qui témoignerent par leurs
dances, & par des cris conti-
nuels de vive le Roy, la joye que
leur causoit la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
de
ce
te
le
d
Réjouissances.
4
gne. Mr de Launay régala au ſsi
de plusieurs sortes de liqueurs
ceux qui entrérent dans l'Hô-
tel de la Monnoye des Médail-
les; de maniere que la multitu-
de du peuble qui s'assembla
pour boire & pour dancer, les
grands & longs cris de vive le
Roy, l'éclat du feu qu'il fit allu-
mer, & les décharges du canon
qu'il fit tirer, reveillerent les
habitans du Quay des Théatins
& tous ceux du Fauxboug Saint
Germa in, qui n'avoient encore
appris que confusément & sans
aucune certitude, la nouvelle
de la naissance du Prince, que
le Ciel avoit accordé aux vœux
du Roy. Tous ceux qui reve-
noient des Thuilleries, où cet-
te naissance n'estoit pas confir-
Réjouissances.
48
mée, commencérent à la croire
veritable, en voyant tant de
réjouissances, & allérent porter
cette nouvelle dans tous les
quartiers de la Ville. Elle fut
annoncée en même-temps dans
toute l'étenduë des lieux d'où
l'on peut voir la Maison, vul-
gairement appellée la Samari-
taine, que Mr le Febvre, Gou-
verneur de la Pompe de la Mai-
son Royale de la Samaritaine
fit illuminer de la maniere sui-
vante: Il fit placer des lumieres
sur toutes les feuestres & sur tous
les balcons, il fit faire un grand
feu devant sa porte, il fit caril-
lonner toutes les cloches de la
Samaritaine & fit sonner le toc-
sin. Il est aisé de juger que ceux
qui passerent sur le Pont-neuf
Réjouissances.
49
& qui furent témoins de ces ré-
jouissances, contribuérent aussi
à l'épanchement de la grande
nouvelle, que l'on venoit d'ap-
prendre dans presque tous les
quartiers de Paris. Pendant que
toutes ces choses se passoient
du côté de la Riviere, je dois
vous dire en fidéle Histotien,
que Mr de Rouvieres, Apoti-
carre du Roy & des Camps &
Armées de S. M. & connu par
trois dispensations publiques de
la Theriaque, qu'il a faite so-
lemnellement ayant eu le bon-
heur d'apprendre le premier du
quartier de la Porte S. Honoré,
la naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, fit allumer
dans le même instant un grand
feu, & illuminer toute la façade
fuillet 1704. 11. P.
Réjouissances.
grande
ſa maiſon, avec une
quantité de bougies; & distri-
buer du vin à tous les passans,
afin que cette nouvelle se répan-
dît dans tout son quartier, où
elle n'avoit pas encore eſté pu-
bliée. Il donna un grand repas
à plusieurs de ses amis, & l'on
ne cessa qu'à minuit de boire
la santé du Roy devant sa por-
te, où la foule des buyeurs fut
tres grande. Ces trois Mes qui
ont celebré les premiers à Paris
la naiſsance du nouveau Prin-
ce, continuërent pendant einque
jours de suite à donner des mar-
ques de leur zele. Celles des
deux premiers furent differen-
tes. Mr de Launay remplit le
second jour de bougies, toute
la galerie des Medailles du Re
Réjouissances.
51
ce qui produisit un tre-bel ef-
fet, à cause de la reflexion de
ces lumieres qui se faisoit dans
les glaces, dont il y a un grand
nombre dans cette galerie; ce
qui la faisoit paroître toute bril-
lante de lumieres, ou plûtôt tou-
te en feu; elle donna beaucoup
de plaisir tant à ceux qui pas-
soient sur le Quay des Theatins,
qu'à ceux qui passoient le long
de la ruë qui finit à celle de
S. Honoré, d'où l'on voyoit aussi
certe illumination, parce que
cette gallerie est si heureuse-
ment située, qu'elle est vuë du
Fauxbourg S. Germain & de la
ruë S. Honoré.
Mr le Febvre fit le lendemain
Jeudi, les mêmes illuminations
qu'il avoit faites le jour prece-
Ei
Réjouissances.
52
dent; mais il rencherit de beau-
coup le 27. sur tout ce qu'il avoit
déja fait; il fit illuminer tout le
pourtour des plate-formes, & il
fit remplir de lumieres les deux
consoles qui sont à côté du Ca-
dran; il fit pareillement illu-
miner tout le balcon qui con-
tient les cloches du carillon & la
piramide qui est au-dessus, ainsi
que les deux balcons des Cham-
bres qui accompagnent le bassin
qui jette de l'eau. Le lendemain
pour diversifier l'illumination,
il fit éclairer les fenestres, les
balcons & tout le retour de la
terrasse. Le Dimanche il fit il-
luminer comme il avoit fait le
Vendredy; & pendant tous ces
cinq jours; le carillon & le toc
ſin de la Samaritaine ne ceſſe
Réjouissances.
rent point de se faire entendre.
Le Jeudy 26. Messieurs du Se-
minaire de S. Magloire firent de
grandes illuminations qui con-
tinuerent le 27. toute la face de
leur Maison qui estoit illuminée
& qui répondà celle de Meudon
faisoit un effet merveilleux.
Dès le jour de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, Mr de Breteuil, Conseiller
d'Etat ordinaire, fit illuminer
sa Maison, fit faire des feux de-
vant la porte de son Hôtel &
couler une fontaine de vin, ce
qui a esté continuè pendant plu-
sieurs jours au bruit des violons,
& des haut bois & de plusieurs
aurres instrumens, qui n'ont pas
moins attiré le peuple, que le
vin qu'il a fait distribuer ; ce-
E iij
Réjouissances.
54
Peuple s'estant fait un extrême
plaisir de chanter & de dançer
au bruit de tant d'instrumens.
Je ne finirois point si je vou-
lois parler de ceux qui ont fait
des illuminations, des feux &
des distributions de vin pendant
les deux jours qui ont precedé
le Te Deum, quoy qu'ordinaire-
ment ces sortes de réjouissances
ne commencent que le jour que
l'on rend graces à Dieu pour
quelque grand & heureux éve-
nement, on peut dire cepen-
dant, que personne n'a attendu
à Paris les jours destinez pour
marquer son zele, puisque les
rejouissances ont commencé dès
le moment qu'on a crû avoir su-
jet d'en faire, & que tout Paris
a esté illuminé pendant près de
Réjouissances.
huit jours de suite. J'entends
que la feste a esté generale pen-
dant tout ce temps-là, & je ne
pretends pas parler des festes
particulieres qu'ont faites pen-
dant plus d'un mois les Corps de
Metiers, les jours que leurs
Communautez ont rendu graces
à Dieu par les Te Deum, qu'elles
ont fait chanter.
Il est temps de vous parler
avec plus d'ordre de tout ce qui
seſt fait à Paris, mais je n'ay pû
m'empêcher de vous dire d'a-
bord un mot d'une partie de
ceux qui ont fait éclater leur
joye & leur zele dès l'instant
qu'ils ont appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, sans avoir eû le temps de
ſe preparer à aucune feſte; je
56
Réjouissances.
suis persuadé que j'en ay oublie
un grand nombre, & qu'il me
ſera impossible de n'en pas
oublier encore beau coup dans
le détail que je vais vous faire.
Au moment de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne, le Roy envoya Mr des
Granges à Paris, pour faire sça-
voir cette nouvelle à Monsieur
le Gouverneur, & à Messieurs
les Prevôt des Marchands &
Echevins. Lemême jour 25. de
Juin, Mr le Prevôt des Mar-
chands, ayant appris en son Hô-
tel, que Madame la Duchesse de
Bourgogne étoit accouchée d'un
Prince, se rendit à l'Hôtel de
Ville, d'où il envoya avertir
Mrs les Echevins, Procureur du
Roy, Greffier, & Receveur de
1a
afi
ce
br
en
v.
Réjouissances.
la Ville, de ſe rendre audit lieu,
afin qu'il reglât avec eux, tout
ce qui devoit se faire pour cele-
brer cette heureuſe naissance,
en attendant la Lettre de cachet
qui en devoit confirmer la nou-
velle.
Sur les 7. heures du soir du
même jour, Mr des Granges,
Maître des Ceremonies, leur
apporta, en qualité de Courier
du Roy, la Lettre de cachet,
par laquelle & par Mr des Gran-
ges, Messieurs de Ville appri-
rent le bonheur extraordinaire
& sans exemple qui venoit d'ar-
river à la France. Il leur dit
aussi qu'il croyoit que l'on chan-
teroit le Te Deum, le Vendredy
suivant.
Mr des Granges ayant esté
Réjouissances.
18
reconduit, Mr le Prevôt des
Marchands fit venir à l'Hôtel
de Ville, Mr Hebert, pour luy
demander le dessein d'un feu
d'Artifice, à neuf pilliers. Il
est à remarquer qu'on ne met
neuf pilliers qu'aux feux qui se
font pour des évenemens qui re.
gardent la Maison Royale. Les
ordres furent en même temps
donnez à tous les Ouvriers qui
travailloient pour la Ville, non
seulement pour l'execution de ce
feu, mais aussi pour tout ce qui
regardoit la feste qui se feroit à
l'Hôtel de Ville, le jour que ce feu
seroit tiré. On fit en même tems
sonner la cloche de l'Hôtel de
Ville, & on donna ordre à l'Hor-
logeur d'employer un nombre
d'hommes suffisant pour la faire
10
tit
fu
de
le
fi
8
n
n
Réjouissances.
Ionner jour & nuit, sans discon-
tinuation, jusqu'à ce que le feu
fut tiré. Le premier Echevin fut
deputé pour aller chez Monsieur
le Premier President, afin qu'on
fit sonner la cloche du Palais,
& que les Boutiques fussent fer-
mées pendant trois jours. Le
Greffier fit signer une Ordon-
nance pour enjoindre aux Bour-
geois & Habitans de la Ville &
Fauxbourgs de Paris, de faire
des feux de joye & des illumi-
nations pendant trois nuits.
Les boëtes & le canon furent
tirez dés le soir même, & Mes-
sieurs de Ville firent un grand
feu de fagots devant l'Hôtel de
Ville, ou l'on fit distribuer au
Peuple du vin en grande quan-
cité, & un grand nombre de petits
Réjovissances.
60
pains; on en fit aussi distribuer
aux portes de Messieurs de Vil-
le, & dans tous les Marchez &
Places publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville.
Le lendemain Jeudy 26 du
même mois, le boëtes & canons
de la Ville & de la Bastille fu-
rent tirez sur les quatre heures
du matin, & les Boutiques fu-
rent fermées pendant ce jour,
& le pain & le vin distribuez en
tres-grande quantité devant la
porte de l'Hôtel de Ville, &
celles de Messieurs les Prevost
des Marchands, Echevins, Pro-
cureur du Roy, Greffier, Re-
ceveur, Conseillers, Quarti-
niers, & dans toutes les Places
publiques & a.
Le foir du même jour, Mes-
sie
le
fi
le
Réjovissances.
61
sieurs les Prevôt des Marchands,
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
lers & Quartiniers de la Ville,
firent dresser des tables devant
leurs portes. On y ſervit au Peu.
ple toute sorte de viandes, avec
du pain & du vin en abondan-
ce, aux acclamations & cris de
vive le Roy, Monseigneur, & Mes-
seigneur les Ducs de Bourgogne &
de Bretagne. Ces exemples fu-
rent ſuivis & imitez par tous les
Bourgeois, qui firent des feux
devant leurs portes & des illu-
minations à toutes leurs funê-
tres. Le même soir sur les 9 heu-
res, on fit un grand feu de fa-
gots & des illuminations à tou-
tes les croiſées de l'Hôtel de Vil-
le, & de l'horloge. Les boëtes, &
le canon furent tirez.
Réjouissances.
62
Le Vendredy 27. Mr des
Granges porta dès le le ma-
tin à Monsieur l'Archevêque
de Paris la Lettre de cachet,
dont je vous envoye une copie.
Mon Consin, la nouvelle &
singuliere Benediction qu'il a plud
Dieu de répandre sur mon Regne,
par la naissance du Prince que ma
petite Fille la Duchesse de Bour-
gogne vient de donner à la France,
est une des marques des plus visibles
que j'aye encore receuë de sa pro-
tection. Ty suis d'autant plus sensi-
ble qu'elle est sans exemple dans
aucun des Rois mes predecesseurs,
& qu'elle perpetuë le bonheur de
mes Estats par cette longue suitte
& succession de Rois qu'elle leur
assure. C'est dans les sentimens de la
juste reconnoissance que j'en ay, que
e
d
la
t.
Réjouissances.
63
je crois ne pouvoir assez tost en ren-
dre à Dieu les actions de graces qui
luy son dues : Et jevous ecris cette
Lettre pour vousd requemon inten-
tion est que vous fassiez chanter le
Te Deum en l'Eglise Metropoli-
taine de ma bonne Ville de Paris,
au jour & à l'heure que le Grand
Maître, ou le Maitre des Cere-
monies vous dira de ma part. Je
luy ordonne d'y convier mes Cours,
& ceux qui ont accoutumè d'y assister.
Sur ce, Je prie Dieu qu'il vous ait,
mon Cousin, en sa sainte & digne
garde. Ecrit à Versailles le 25. Juin
1704. Signé LOUIS; Et plus
bas, PHELYPEAUX.
Et au dos estoit écrit: Amon
Cousin le Cardinal de Noailles,
Archevèque de Paris, Duc & Pair
de France, Commandeur de mes
Ordres.
Réjouissances.
64
Mr des Granges porta ausli
des Lettres de cachet au Par-
lement, à la Chambre des
Comptes, à la Cour des Aydes,
& à la Ville, afin qu'on se ren-
dît à Nôtre-Dame pour le Te
Deum, qui devoit estre chanté
l'aprés-dînée du même jour.
Le même jour à 4. heures du
matin, les boëtes & le canon
avoient esté tirez. Sur les neuf
heures du matin, Messieurs de
Ville estant assemblez au Bu-
reau, Mr des Granges y appor-
ta la Lettre de cachet, dans
laquelle il estoit marqué que le
Te Deum, seroit chanté à trois
heures de relevée. Tous les
corps dont je viens de vous par-
ler se rendirent à Nôtre-Dame,
ou Monsieur le Chancelier se
trouva
r
10
r
A
Réjouissances.
65
trouva à la teſte du Conseil.
Sur les deux heures, le Co-
lonel des Archers de Ville se
rendit à la teſte de ſes trois cens
Archers en Armes, à l'Hostel
de Ville , au bruit de leurs
Tambours
Trompettes &
Hautbois. Lorsqu'ils y furent
arrivez on poſta des Gardes à
toutes les portes, & dans tous les
appartemens de cet Hostel. Sur
les trois heures Mr le Prevost
des Marchands & Mrs. les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier & Receveurs en Ro-
bes de velours, & Mrs les Con-
seillers & Quartiniers de la
Ville, en Robes de soye, ac-
compagnez du Colonel & des
Archers de Ville, Tambours,
Trompettes & Hautbois, al-
Juillet 1704. II. P. F
Réjouissances.
66
lerent à cheval à Nostre-
Dame, où ils prirent leur place
ordinaire.
Plosieurs Archevêques &
Evêques qui se trouvoient alors
à Paris pour les affaires de leurs
Dioceses, sy rendirent aussi.
Ceux qui assisterent à ce Te
Deum sont les Archevêques de
Narbonne, de Rouen, de Tou-
louse, de Bourges & d'Aix, &
les Evêques de Condom, d'O-
range, de Soissons & quelques
autres. Monsieur le Cardinal
de Noailles officia à cette Ce-
remonie. Le Te Deum qui étoit
de la composition de Mr de La-
louette Maistre de Musique de
Nostre-Dame, fut chanté &
fort applaudi. La Symphonie
fut trouvée tres belle, & les
Réjouissances.
67
Symphonistes étoient en grand
nombre. Les 24 Violons du
Roy jouerent à ce Te Deum,
pendant lequel on tira les Boë-
tes & le Canon de la Ville,
ainsi que celui de la Bastille.
Le même jour sur les huit
heures du soir toutes les Ta-
bles de l'Hôtel de Ville furent
magnifiquement servies; celle
de Mr le Prevost des Mar-
chands dans la grande Salle des
Colonels & celles de Mrs les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
ler & Quartiniers dans les dif-
ferens appartemens qu'ils ont
à l'Hôtel de Ville ; ces appar-
temens estoient tendus de Ta-
pisseries aussi belles que riches,
& on y avoit distribué plus de
Flj
Réjouissances.
68
cinquante Lustres. On bût par
tout à la santé du Roy, de Mon-
seigneur & de Messeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Bre-
tagne au bruit des Tambours,
Trompettes, Hautbois & des
vingt- quatre Violons. Les
Compagnies de Messieurs de
Ville, au nombre de plus de
mille personnes ayant soupé, &
ce qui devoit composer l'illu-
mination de toutes les croisées
& de rous les autres endroits
de l'Hôtel de Ville ayant esté
allumé, & les Boëtes & le Ca-
non ayant tiré; elles ſe place-
rent pour voir le Feu d'artifice.
On avoit écrit au haut de la
decoration de ce Feu.
Réjouissances.
60
VOTUM URBIS.
Pour exprimer les sentimens
de cette joye & les vœux que
la Ville fait pour la felicité du
Prince, l'on s'étoit servi des
quatre Vers suivans, tirez de
Martial, ausquels l'on n'avoit
changé que le premier, pour
appliquer à Monseigneur le
DUC DE BRETAGNE,
ceux que ce Poëte avoit fait
pour l'Empereur Domitien.
NASCERE BORBONIO SPE-
RATA ESANGUINE FRO
LES,
VERA DEUM SOBOLESS
NASCERE MAGNE PUER)
CUI PATER AETERNAS ROSE
Réjouissances.
SAECULA TRADAT HABE-
NAS.
UIQUE REGAS ORBEM
CUM SENIORE SENEX.
Digne Sang des Bourbons, nostre
chere esperance.
Sous le plus grand des Rois viens
affermir la France
Et marchant sur les pas de ses no-
bles ayeux
Viens apprendre à loisit à gouver.
ner comme eux
Au milieu de chacune des
quatre Façades de la Decora-
tion il y avoit un Cartouche:
deux de ces Cartouches con-
tenoient chacun un Emblême,
&& les deux autres chacun une
Devise.
Réjouissances,
71
Celle qui regardoit l'Hôtel
de Ville representoit l'Eternité
qui presentoit au Roy, Monsei-
gneur le Dauphin, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE qu'Elle tenoit
entre ses bras, avec cès mots
du Pseaume 113.
FILII EORUMUSQUE IN SAE-
CULUM SEDEBUNT SUPER
SEDEM TUAM.
Tes arrieres neveux regneront après
toy.
Dans la Façade opposée l'on
avoit representé les quatre par-
ties du monde, offrant au Roy
leurs hommages, & aux Prin-
Réjovissances.
72
ces qui environnent son Trône,
avec ces mots du Pseaume 43.
CONSTITUES EOS PRINCI-
PES SUPER OMNEM TER-
RAM.
Tu feras en tous lieux respecter
leur Empire.
Dans la Façade qui regardoit
la riviere lon avoit peint pour
Devise des rejettons d'Olivier,
qui s'élevent autour de la tige
dont ils sont sortis: c'est la com-
paraison qui est marquée dans
le Pseaume 127. pour signifier
cette heureuse fecondité dont
Dicu recompense ceux qui le
craignent. L'on ne pouvoit en
chosir une plus digne pour ex-
premier
d
n
Réjouissances.
71
primer le rare bonheur dont
Dieu a recompensé les vertus
de Louis le Grand, en lui don-
nant un arriere Petit-fils, dans
le plus haut point de sa gloire.
L'on répondroit mal à ses sen-
timens, si l'on ne reconnoissoit
pas avec lui l'Auteur d'une fe-
licité si extraordinaire: c'est
pourquoi l'on avoit choisi pour
ame de cette Devise l'applica-
tion que David en fait à l'en-
droit même d'où elle eſt tirée.
SIC BENEDICETUR HOMO
QUI TIMET DOMINUM.
Le Ciel benit ainsi ceux qui sui-
vent ses Loix.
Enfin, l'on avoit tâché de
Juillet 1704. II. P.
G
Réjouissances.
72
faire voir par une autre De-
vise, que l'on avoit peinte au
milieu de la Façade opposée,
quielles sont les esperances que
la France doit concevoir du
Prince que le Ciel vient de lui
donner. L'on a tiré cette De-
vise de la même source que la
precedente: c'est la comparai-
son que David fait du Juste,
avec un arbre planté le long
du courant des eaux; la nour-
riture qu'il y prend est un pré-
sage certain des fruits qu'il
portera dans son temps. La
France ne sçauroit pareille-
ment se tromper, en se pro-
mettant de voir en la Personne
de Monseigneur LE DuC DE
BRETAGNE, un Prince di-
gue de ses illustres Ayculs
Réjouissances.
7
c'est ce que signifie un jeune
arbre planté sur le bord d'un
ruisseau, avec ces paroles du
premier Pseaume.
FRUCTUM DABIT IN TEM.
PORE suO.
Il produit en son temps des fruits
dignes de lui.
L'on a coûtume dans les Fe.
tes que l'on fait pour la Nais-
sance des Princes, d'exposer les
Tableaux de leurs Ancêtres, &
de leurs plus proches parens.
Pour ne pas s'eloigner de cet
usage, l'on avoit peint dans
l'une des Façades les Portraits
d'Henry IV. & de Louis XIII.
Dans la seconde, celui du Roy
Gij
Réjouissances.
74
& de Monfeigneur. Dans la
troisième celui de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & de
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE. Dans la qua-
triéme celui du Roy d'Espagne
& de Monseigneur le Duc de
Berry.
A peine ce Feu eut- il cessé
de tirer que le Bal fut ouvert
en plusieurs endroits & dans
tous les appartemens de l'Hô-
tel de Ville, où beaucoup de
personnes de la plus haute dis-
tinction se trouverent & dan-
cerent ; ce qui dura jusqu'à
trois ou quatre heures du ma-
tin, que les vingt-quatre Vio-
lons du Roy, les Tambours,
Trompettes & Hautbois cesse-
rent de jouer. Le tout ſe paſsa
Réjouissances.
avec la tranquillité que l'on
devoit attendre des bons or-
dres que Messieurs les Prevost
des Marchands & Echevins
avoient donnez. Le même soir
toutes les maisons de la Ville
& des Fauxbourgs furent illu-
minées; & des feux de joye fu-
rent faits devant toutes les
portes; il y eut même des ta-
bles dressées en plusieurs en-
droits pour les passans, à qui
l'on fit boire la santé du Roy
& des Princes; de manière que
toutes les ruës retentirent des
acclamations publiques.
Le Samedy au soir, Messieurs
de Ville donnerent au public
le plaisir de faire jouer les 24.
Violons du Roy dans les Thuil,
leries.
Giij
6
Réjouissances.
Et le lendemain Dimanche,
ils firent la même chose dans la
Place Royale, où il y eut des
feux de joye & des illumina-
tions à toutes les croisées des
Hoſtels.
On ne peut s'empêcher de
parler icy du zele ardent & de
l'attention de Mr le Prevost
des Marchands pour se signa-
ler des premiers, puisqu'à peine
eut-il entendu parler de l'ac-
couchement de Madame la Du-
chesse de Bourgogne, dont on
pouvoit encore douter, qu'il
se rendit à l'Hostel de Ville,
où par ses ordres l'Assemblée
ſe trouva aussi toſt complette.
Il est à remarquer que les ré-
jouissances qu'il fit faire dés le
même jour, furent aussi gran-
des que si l'on avoit eù un jour
Réjouissances.
entier pour s'y préparer; &
qu'à peine la nouvelle en étoit-
elle répanduë dans Paris, que
l'on distribuoit déja du pain &
du vin à l'Hostel de Ville, aux
portes des Messieurs de Ville, &
dans tous les Marchez & Pla-
ces publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville. Cette gran-
de distribution faite pendant
plusieurs jours est bien digne
d'estre remarquée, & une pa-
reille profusion ne peut estre
faite que dans une Ville com-
me Paris, & par un Prevost des
Marchands & un Conseil de
Ville bien zclez. On ne peut
aussi penser sans étonnement
que la Ville donna, le soir du
feu, à souper à plus de mille
personnes. Il faut pour le bien
G iiij
8
Rejouissance.
concevoir, se representer que
l'Hoſtel de Ville est fort spa-
cieux & que tous ceux qui y
sont reçûs pour voir le feu, y
sont regalez, ainsi que ceux
qui sont sur des échafauts que
Messieurs de Ville font faire,
à qui l'on distribue avec abon-
dance tous les mets qui peu-
vent estre portez dans ces en-
droits là. On voit aussi par les
14 Violons envoyez aux Thuil-
leries & à la Place Royale par
Mr le Prevost des Marchands &
par Messieurs de Ville, qu'ils
ont esté aussi galans que magni-
fiques , & qu'ils n'ont rien ou-
blié pour entretenir le peuple
dans la joye qu'il témoignoit
avec tant de vivacité.
Jamais Paris n'a eſté plus
Réjouissance.
7
brillant de lumieres qu'il le fut
le soir que l'on chanta le Te
Deum, & plusieurs Volumes
pourroient à peine suffire pour
donner le détail des ingenieu-
ses illuminations qui furent
faites à tous les Hostels de Pa-
ris, & chez toures les person-
nes distinguées Toute la façade
du Palais Royal fut remplie de
flambeaux pendant trois soi-
rées, & les Trompettes & les
Timbales ne cesserent point de
jouer. Il est impossible de rien
voir de plus brillant que parut
pendant trois jours tout le
Quay des Théatins Les Hôtels
de Bouillon, de Crequy, de
Portsmouth & les autres qui
sont sur le même Quay, furent
illuminez de lumieres vives, &
80
Réjouissances.
toute l'Architecture fut dessi-
née avec des lamprons, ce qui
faisoit un tres-bel effet, & l'on
y distinguoit les Balustrades &
les Balcons, quoiqu'ils fussent
tout en feu. La même choſe pa-
rut dans l'Isle, & sur tout à la
belle maison de Mr le President
Lambert qui est à la pointe, ce
qui faisoit d'autant plus d'effet
que toutes ces lumieres reflé-
chissoient dans l'eau, ou toute
l'Isle paroissoit en feu. Je ne
dis rien de l'illumination de la
Place Royale, on peut juger de
quelle beauté elle étoit à cause
de l'uniformité des maisons. Il
en parut le même soir une tres-
belle chez Mr Lhuillier à la
Place de Louis le Grand, qui
ne fut qu'un prélude de la gran-
Rejouissances.
81
de Feste qu'il preparoit.
Le même jour 27. les Au-
gustins du Grand Convent se
distinguerent par des feux &
des illuminations qui durerent
pendant cinq jours, & par le
vin que le Prieur fit distribuer
au Peuple en abondance ; le
Dimanche suivant 29. ils chan-
terent un Te Deum au son de
leurs cloches & au bruit d'une
triple décharge de plusieurs
Boëtes. Ils firent le soir tirer
beaucoup d'artifice, aprés de
pareilles décharges de Boëtes;
les Fenestres de leurs Cham-
bres & la face de leur Bâiiment
étoient éclairées par un fort
grand nombre de bougies. Ils
se sentirent d'autant plus ani-
moz à faire ces réjouissances,
82
Réjouissances.
que leur Maison est de fonda-
tion Royale, leur ayant esté
donnée en 1293. par le Roy
Philippes le Bel, & qu'outre
les Assemblées du Clergé qui
se tiennent ordinairement chez
eux, ube grande partie des
plus-belles & des plus nobles
Ceremoniess y fait encore: que
le Roy Henry III. y créa en
1578. & fixa à perpetuité l'Or-
dre des Chevaliers du S. Esprit
qu'Henry IV. marqua leur E-
glise en 1594. pour le lieu de la
Procession de toutes les Cours,
Paroisses & Communautez Re-
ligieuses de la Ville: & qu'en-
fin le Roy honora cette même
Maison de sa presence en 1662.
& y fit la seule promotion des
Chevaliers de l'Ordre qu'il ait
Réjowissances.
83
fait jusqu' à present à Paris. Ce
qui fait que ces Peres ont esté
ravis de donner des marques
publiques de leur reconnois-
sance & de leur attachement
pour la Personne de Sa Majeſté
& de toute la famille Royale.
Je devois, suivant l'ordre que
j'ay observé dans cette relation,
vous marquer plutôt que laMai-
son de Mr de la Croix, Maître
des Comptes, & Maître d'Hô-
tel de Madame la Duchesse de
Bourgogne fut toute illuminée
dés le ſoir même de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne; que cette illumination
continua pendant trois jours,
& que tous les soirs le vin ne fut
pas épargné à tous ceux qui se
presenterent pour boire la san-
Rejouissances.
84
té de Monseigneur le Duc de
Bretagne.
Les Jesuites qui sont toûjours
prêts à donner des marques de
leur zele, lorsqu'il s'agit de la
gloire & du bonheur de la Fran-
ce, firent le 26. le 27. & le 28.
de grandes réjouissances dans
leur College de Louis le Grand.
Toutes les quatre faces de leur
cour furent illuminées; on tira
beaucoup de fusées volantes,
& d'autres artifices au bruit des
timballes, des haut bois & des
L'illumination
Trompettes.
dura, chaque jour, depuis huit
heures jusqu à minuit. Les hom-
mes & les femmes eurent la li-
berté d'entrer dans leur cour,
dont les portes qui donnent
dans l'interieur de leur Maison,
Réjouissances.
86
estoient fermées Ces réjouis-
sances, quoi que grandes, ne
suffisoient pas pour remplir l'ar-
deur de leur zele, qui leur fit
prendre le dessein de donner
une feste plus grande & plus
reguliere, que vous trouvercz
dans la suite de cette relation.
Quoi que Monsieur le Due
d'Albe se fût distingué à Ver-
sailles, ainsi que je l'ay déja
marqué, les illuminations n'en
furent pas moins grandes à son
Hôtel a Paris, & comme cet
Hôtel ne suffit pas pour tous
ceux qui composent son Dome-
stique, & qu'il a loué plusieurs
Maisons aux environs de son
Hôtel; toutes ces Maisons fu-
rent parcillement éc lairées, &
tout s'y paſsa avec la profusion
Rejouissances.
86
& la magnificence ordinaire à
cet Ambassadeur.
Monsieur le Marquis Dos-
Rius donna aussi des marques
de sa joye & de sa magnificence
ordinaire, quoi qu'il ne fasse
plus les fonctions d'Ambassa-
deur d'Espagne, dans lesquelles
il a brillé avec tant d'éclat & de
conduite.
Les PP. Barnabites ont esté
des premiers à faire paroître
leur joye. Ils firent des feux
pendant trois jours devant le
nouveau Portail de leur Eglise.
Ily avoit des illuminations à
toutes les fenestres, ils firent
tirer, le dernier jour, un grand
nombre de fusées volantes qui
fut accompagné de beaucoup
d'autres artifices. Ce spectacle
Réjouissances.
8
attira tout le Peuple des envi-
rons qui bût à la santé du Roy
& de toure la Maison Royale.
Les PP. Fueillans du Mona-
ſtere Royal, de la ruë S. Ho-
noré, aprés avoir fait des feux
ordinaires dans leur cour les-
foirs du 26 27. & 18. de Juin,
ainsi que l'ou en faisoit dans
toute la Ville ; voulant rendre
graces à Dicu de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne, & joindre leurs
Prieres à la joye du Peuple,
choisirent pour cet effet le Di-
manche 19. du même mois.
Ils annoncerent leur feste, le
matin, par une décharge d'ar
tillerie, & aprés midi, par le son
de leurs cloches qui carillon-
nerent jusqu'à minuit, l'Eglise
Juillet 1704. II. P.
H
Rejouissances.
88
estoit ornée de belles Tapisse-
rie, & l'Autel richement paré.
Ces Religieux se rendirent à
l'issuë de Vêpres, en Procession
dans la Nef de leur Eglise, où
leur Pere General revestu, avec
ses Officiers, des magnifiques
Ornemens qui leur ont été don-
nez par le Roy, entonna le Te
Deum, qui fut chanté solemnel-
lement avec les Prieres ordinai-
res, pour Sa Majesté, & pour
la Famille Royale. Cette Cere.
monie fut precedée & suivie par
des décharges d'artillerie.
Le soir sur les 7. heures, les
trompettes & les timbales pla-
cées sur un balcon dans le
Chœur de ces Peres, se firent
entendre; les haut bois qui
estoient sur un autre balcon,
Réjouissances.
89
continuërent: on battit ensuite
les tambours avec lesquels les
trompettes & haut bois se firent
entendre alternativementi ce
qui dura fort long-temps, du-
rant lequel il y avoit en un en-
droit de la cour, une fontaine
qui jetta du vin pendant deux
heures, & dans un autre endroit
auprés, on distribua du pain
à rous venants.
Il y avoit au milieu de la
cour, un échafaut, élevé de
deux pieds & demi de terre,
d'environ douze pieds en carré,
sur lequel on avoit dressé un
grand bucher de 15 pieds de
haut. Sur les 9. heures du soir,
les Religieux vinrent en Pro-
cession, chantans l'Exaudiat au
tour du bucher : la leur Gene-
Hij
Réjouissances.
90
ral revestu, ainsi que ses Offi-
ciers, des mêmes Ornemens qui
avoient servi au Te Deum, chan-
ta les Oraisons pour le Roy,
benit l'encens & le bucher &
y mit le feu, le bruit de l'artil-
lerie preceda, & suivit encore
cette Ceremonie.
Lorsque le grand feu fut un
peu éteint, on vit paroître sur
le second & troisième ordre
d'architecture du Portail de l'E-
glise, qui est un des plus beaux
deParis, unetres grande & tres-
belle illumination; il y en avoit
une autre des deux costez de la
Porte de la ruë, & le haut du
clocher parût comme un grand
globe de feu.
Ily eut encore deux déchar-
ges d'artillerie: & quantité de
fuſées volantes.
Réjouissances.
91
Le concours du Peuple y fut
prodigieux, & l'air retentissoit
a tous momens des cris de vive
le Roy, la fontaine de vin ayant
cessé de couler un peu trop-tôt,
les Religieux y supleérent par
une distribution de plusieurs
brocs de vin, ce qui dura jus-
qu'à minuit.
Les Chanoines Reguliers de
l'Abbaye de Sainte Geneviéve
choisirent pour rendre graces à
Dieu de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
avec plus de solemnité, le 29.
Juin, jour de la feste des Saints
Apôtres S. Pierre & S. Paul,
premiers Patrons de leur Egli-
se. Ils chanterent le Te Deum
fur les quatre heures aprés mi-
di, le plus solemnellement qu'il
Réjouissances.
92
leur fut possible. L'Abbé de
Sainte Geneviéve y Officia Pon-
tificalement; on carillonna sur
toutes les cloches devant &
aprés la Ceremonie, jusque fort
avant dans la nuit: comme ils
avoient résolu de faire ce jour-
là une aumône extraordinaire,
pour attirer, par cette bonne
œuvre, les benedictions du
Ciel sur la Eamille Royale, &
que les Pauvres des environs en
avoient esté avertis, il s'en pre-
senta un tres grand nombre,
ausquels on distribua, jusqu'au
soir, une assez grosse somme d'ar-
gent. Sur les neuf heures, ils
firent allumer un grand feu dans
le Parvis de leur Eglise, & en
même temps leur clocher parut
tout en feu, comme il est le plus
Réjouissances.
93
haut de Paris; l'illumination qui
dura toute la nuit, fut apper-
çuë de toute la Ville, & de plus
de quatre lieuës aux environs.
Les Augustins Déchaussez,
estant d'autant plus sensibles à
ce qui regarde la Maison Royale,
qu'ils ont l'honneur d'avoir le
Roy Louis XIII. pour leur
Fondateursont crû devoir don-
ner d'une maniere distinguée
des marques éclatantes de la
part qu'ils prenoient à la joye
publique. Ils choisirent pour
cela le 29. Juin, Feste de Saint
Pierre, & ce jour-là fut en-
tierement consacré à cette so-
lemnité. Aprés avoir rendu
graces à Dicu, le matin par une
Messe solemnelle accompagnée
de tout le majeſtueux apparcil
Rejowissances.
94
que permettent les Ceremonies
Romaines; le ſoir à l'issuë du
Salut, ils chanterent le Te
Deum, au son des cloches & des
tambours, qui fut suivi d'une
salve de cinquante boëtes. Leur
Autel estoit éclairé de plus de
deux cens Cierges rangez sans
aucune confusion & qui fai-
soient un tres brillant effet. A
peine la nuit eut elle commen-
cée que la façade de leur cour
ſe trouva illuminée d'une si
prodigieuse quantité de bou-
gies & lamprons qu'elle parût
toute feu; elles estoient pla-
cées dans un ordre si singulier
que cette illumination fut ad-
mirée de tous les spectateurs.
Il y avoit dans cette cour un
grand feu de bois fort élevé, au
tour
Réjouissances.
tour duquel ces Religieux, au
nombre de cent, se rendirent
processionnellement; ils l'allu-
merent en chantant l'Exaudiat,
au bruit des tambours, au caril-
lon des cloches, & aux acclama-
tions d'un nombre presque infi-
ni de peuple dont leur cour &
leur carefour estoient remplis,
pendant que les cinquante boë-
tesrangées dans leur jardin an-
noncerent de nouveau la joye
de ces Peres aux quartiers les
plus éloignez. Les quatre fa-
ces de bâtiment qui compo-
sent le quarré de leur Convent
se trouverent en même-temps,
entierement éclairées par plu-
sieurs lumieres mises a toutes
leurs fenestres. Ils tirerent du-
rant plus d'une heute, un nom-
Juillet 1704. II. P.
1
Réjovissances.
86
bre conderable de fusées volan-
tes, dont plusicurs furent trous
vées d'une grosseur & d'unebeau-
ré toute extraordinaire, elles
furent entremelées de quantité
d'autres artifices. La feste se
passa sans confusion; l'illumi-
nation attira un nombre in-
croyable de Personnes de tous
états qui ne se retirerent qu'à
tuinuit, pour laisser ces Reli-
gieux en liberté d'aller chanter
leurs Matines.
Le même jour 29. on chanta
dans l'Eglise de Saint Louis de
l'Iſle, un Salut, où le S. Sacre-
ment fut exposé; le Te Deum,
y fut chanté en action de graces
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, & l'Exau-
diat, pour la conservation du
Réjouissances.
7
Roy, & la prosperité des Armes
de S. M. l'Eglise estoit magni-
fiquement ornée & toute bril-
lante de lumieres; la Ceremo-
nie ſe termina par un beau feu,
& tout le clocher fut illuminé,
& cette illumination dura tou-
te la nuit.
Les Prisonniers du petit Châ-
telet trouverent le moyen, mal-
grèla mauvaise situation de leurs
affaires, de faire éclater leur
joye, en faisant faire un feu sur
leur Plateforme, qui est fort
clevée, de manière que ce feu
fut vu de plusieurs endroits de
Paris, & de la Campagne.
Les Chartreux avoient chan-
té le même jour un Te Deum,
avant leur Grande Messe, ils
firent le soir un tres beau feu,
141
Réjouissances.
98
la portion fut doublée ce jour-
là aux Religieux, & ils eurent
permission d'aller par extraor-
dinaire dans leur Spatiement,
qui est un lieu ou ils vont ordi-
nairement promener à certains
jours de la Semaine.
Mr Gualtieri, Nonce ordi-
naire de S. S. cut à peine ap-
pris la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, qu'il
donna des ordres pour faire
travailler aux choses necessai-
res pour illluminer son Hôtel,
dont la façade est tres longue,
elle fut remplie d'un grand
nombre de chassis, sur lesquels
on attacha un tres grande quan-
tité de lamprons. Toutes les fe-
nestres furent garnies de flam-
beaux de cire blanche; il y avoit
un grand cercle garni de lam-
99
Réjouisances.
prons, au dessus de chaque croi-
fée, & les deux cordons de la fa-
çade en estoient tout remplis
d'un bout à l'autre, aussi bien
que les fenestres du plus haut
étage de l'Hôtel. Il y avoit
un Soleil au dessus de la croisêe
du milieu, qui estant composé
de lumieres plus vives & plus
pressées, l'emportoit par sa clar-
té éblouissante sur toutes les au-
tres lumieres de la façade: ce
qui faisoit un effet merveilleux;
la Porte cochere estoit aussi en-
tourée de chassis, tout couverts
de lumieres. Cette illumination
parut pendant trois jours, &
l'on y remarqua chaque jour
quelque choſe de nouveau Elle
commença chaque jour par une
décharge de quantité de boë-
Iiij
100 Réjovissances.
tes, qui estoit suivie de quart
d'heure en quart d'heure, de
deux autres décharges, aprés
quoi on entendoit des hautbois,
des trompettes, des timballes &
des tambours: tous ces instru-
mens se faisant entendre alter-
nativement. Il y avoitde grands
feux le long de la façade de
l'Hôtel, & l'on avoit attaché aux
quatre coins de la ruë deux cor-
des, sur lesquelles on tiroit un
grand nombre de fusées, outre
celles qu'on tiroit continuelle-
ment à la main. Il y avoit un feu
d'artifice vis-à visdu milieu de
la façade de ce brillant Hô-
tel; cet artifice ne parut que le
second jour, & il fut augmenté
& diversifié le troisième. Le
tout parut magnifique & de bon
Réjouissances.
IOI
goût ; cependant on n'en fut
point surpris & l'on n'attendoit
pas moins de ce Nonce; puisque
depuis qu'il est en France, il a
brillé dans toutes les occasions
où il a eu lieu de paroître & de
se distinguer, aussi s'est il faic
beaucoup considerer & aimer de
tous ceux qui le connomssent.
Les Bourgeois de la ruë
S Jacques ont esté des premiers
& des plus empressez a donner
des marques de leur joye; ce
qu'ils ont fait pendant trois
jours, avec autant de vivacité
que d'éclat. Toute leur ruë
estoit illuminée par des lustres,
& des girandoles remplies de
bougies, & par quantité d'au-
tres lumieres: ils avoient fait
chargée de
elever une figur
111
102
Réjouissances.
quantité de bouteilles de vins
& de liqueurs, qui par le moyen
de quelques ressorts en distri-
bua à tous les passans. Ce qui
fut accompagné de symphonie,
de violons, de hautbois & bas-
sons. Ils avoient fait faire beau-
coup d'inscriptions & de devi-
ses, dont la principale repre-
sentoit un grand Soleil avec ces
mots,
SUB HOC NOVA PLURIMA
SOLE.
On voit sous ce Soleil mille cho-
ses nouvelles.
Ils chanterent plusieurs chan-
sons à la gloire du Roy, dont
ils avoient fait faire les paroles
& les airs. Mr Leonard, Librai-
re, se distingua dans cette occa-
sion par une tres belle illumi-
nation.
Réjouissances.
103
Le College d'Harcourt à esté
un des premiers de l'Université
qui ait fait paroitre sa joye dans
cette occasion, Mr le Marquis
de Chamillart, Pensionnaire
dans ce College, y fit venir 60.
boëtes, avec plusieurs barils de
poudre.
Le Lundy 30. Juin, l'illumi-
nation qui se devoit faire le
soir, fut annoncée par une dé-
charge de ces boêtes ; elle fut
réiterée sur le midy: & à cinque
heures le Te Deum, fut chante
à la teste d'un nombreux Cler-
gé, où plusieurs Personnes de
qualité, Pensionnaires dans ce
College, porterent le Surplis.
On fit une troisiéme décharge,
pendant le Te Deum, & Mi le
Proviseur de ce College ayent
Réjouissances.
104
mis le feu à un bucher, dressé
au milieu de la cour; toutes les
fenestres parurent illuminées
en même temps; ce qui fit un
tres beau spectacle; & sur tout
l'appartement de Mr le Mar-
quis de Chamillart attira aussi-
tôt les yeux de toute l'Assem-
blée: Il estoit orné de quatre
grands Tableaux, remplis de
devises faites expres pour le
Roy, pour Monseigneur, pour
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & pour Monseigneur
le Duc de Bretagne. Dans le
premier estoit representé un
Soleil avec les Armes de Fran-
ce, entourées de ces mots,
VEL SOLO LUMINE
TERRET.
Réjouissances.
105
Dans le deuxième, les Armes
de Monseigneur, avec une Eroi-
le au dessous d'un Soleil, & ces
paroles,
SOLIS IGNIBUS ARDET.
Les Armes de Bourgogne
estoient peintes dans le troisié-
me, & on y avoit representé un
fusil qui tuë le gibier aupara-
vant que la flame paroisse.
ANTE FERIT QUAM FLAM-
MA MICET.
Ce qui convient parfaite-
ment bien à ce Prince, puis-
qu'à peine a t'il paru devant
Brizac que cette Ville s'est
renduë.
106 Réjouissances.
Et dans le quatrième, les
Armes de Bretagne paroissoient
avec un Aiglon naissant, qui vo-
loit aprés un Aigle qui regar-
doit le Soleil, autour desquels
on lisoit,
JAM VOTIS SEQUITUR
PATREM , &c.
Il y avoit trois échafauts
dans la cour du College ; les
Pensionnaires estoient sur celuy
du milieu, afin de n'estre point
mêlez avec la foule du peuple,
qui court ordinairement à ces
sortes de spectacles. Les écha-
fauts qui estoient des deux cô-
tez estoient remplis de Haut-
bois, de Violons, de Timballes
& de Trompettes.
les Professeurs de ce
Mr
Réjouissances.
107
grand College firent paroître
leur esprit & leur zele, ayant
fait quantité de devises & d'in-
ſcriptions à l'honneur du nou-
veau Prince, que les lumieres
faisoient briller de tous côtez;
celle qui suit reçût beaucoup
d'applaudissement, elle est de
Mr des Authieux, Regent de
la troisième Classe.
PARVULUS ENIM NATUS
EST NOBIS.
PATER FUTURI SECULI,
PRINCEPS PACIS.
C'est un Prince du Paix que le
Ciel nous envoye,
pur Sang de LOUIS le
Le
grand;
On
le verra comme luy con-
querant,
Rejouissances.
108
Il fait déja du Peuple & l'amour
& la joye.
L'attention des spectateurs
fut reveillée par quantité d'ar-
tifices qu'on tira du clocher du
College, dont les Pensionnai-
res l'avoient fait remplir. Cet
Artifice divertit beaucoup; la
feſte ſe termina par une déchar-
ge de boëtes, aprés quoy l'as-
semblée ſe ſepara à plus de deux
heures aprés minuit.
Je ne puis vous parler icy
qu'en gros de quantité de Fê-
tes qui ont duré plusieurs jours
& qui ont commencé dés le
jour même de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne; quoique ces Fêtes n'ayent
esté faites que par des particu-
Rejouissances.
109
liers & dans des lieux plus res-
serrez, que ceux où sontlogez les
personnes d'une grande distin-
ction; ces Fêtes quoique faites
dans des lieux moins étendus,
ont eu tout le brillant, toute la
galanterie, & l'on pourroit mê-
me a joûter, une partie de la ma-
gnificence en petit qui ont
paru chez de plus grands Sei-
gneurs. L'effusion du cour &
le zele paroiſſoient ſur le viſa-
ge de ces dignes Sujets, chez
qui tous ceux qui vouloient
boire à la ſanté du Roy & de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne étoient bien reçûs. Mr d'I-
vry, Mr Hatenville & Mr de
Gillon sont du nombre de ceux
dont les réjouissances ont duré
pendant plusieurs jours, & ont
Réjouissances.
110
eſté des plus vives & des plus
remarquées entre ces particu-
liers. Mr Silvestre, qui a eu
l'honneur de montrer à dessi-
ner à Monseigneur le Duc de
Bourgogne, n a pas moins mar-
qué sa joye, en faisant faire des
feux & distribuer du vin pen-
dant huit jours, à commencer
du jour de la naissance qu nou-
veau Prince. Les Bourgeois du
Cul-de-sac de l'Opera firent
dresser dans leur Cul-de-sac un
Treillage en forme de Portique
sur lequel ils firent attacher
beaucoup de Lamprons, d'où
l'on vit sortir quelques fusées
volantes; quoique cette Fête
fût considerable pour les Bour-
geois qui l'ont fait faire, elle
ne l'étoit pas pour Mr de Fran-
Réjouissances.
III
cine, à qui quelques gens ont
malicieusement voulu l'attri-
buer; ſi elle avoit esté de lui,
il auroit donnè l'Opera gratis
le jour même, ainsi qu'à toû-
jours fait Mr de Lully dans les
grands évenemens, & de même
que les Comediens ont fait,
aussi- tôt qu'ils ont appris la
naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, ce qu'ils ont
accompagné de grandes illu-
minations, & destout ce que
l'on pouvoit attendre d'eux; au
lieu que dans la Feste du Cul-
de-sac de l'Opera, attribuée à
Mr de Francine, il n'y avoit
rien de ce que l'on devoit at-
tendre de lui, & l'on est per-
suadé qu'un homme qui aime
autant la belle depense & qui
Juillet 1704. 11. P.
K
Réjouissances.
112
se distingue par-la, n'auroit
rien épargné pour ce qui re-
garde la gloire du Roy & de
l'Etat. Il est à croire qu'il a
pris du temps pour se prepa-
rer à quelque chose de grand,
& qu'il veut estre des derniers à
douner des marques de sa joye,
afin que l'idée de sa magnificen-
ce ne soit point effacée dans.
le public par les grandes Fêtes
qui auroient pû suivre la sienne.
J'ay crû lui devoir rendre cette
juſtice, afin de détruire les
bruits que les mal intentionnez-
pour lui ont fait courir, en
disant qu'un homme qui a tiré
de si grandes sommes de l'Ope-
ra par le privilege qu'il a plû
au Roy de lui accorder, n'a
marqué sa reconnoissance que
Réjouissances.
113
par une bagatelle beaucoup au
dessous des Festes qui ont esté
faites par de simples Mar
chands.
Je devois vous patler plûtost
des réjouissances qui ont esté
faites par Mr Fieschi, Nonce
Extraordinaire, il fit mettre six
gros flambeaux de cire blanche
a chaque fenestre de son Hostel,
il donna un magnifique repas,
qui fut accompagne d'un grand
Concert & d'une belle Sym-
phonie. On alluma six feuxen
même temps devant cet Hostel,
& ce Nonce ayant donné par
llà les mêmes marques de joye
qu'il fit éclater à l'exaltation
du Saint Pere qui occupe au-
jourd hui si dignement la Chai-
re de Saint Pierre, ila fait con-
Rejouissances.
1I4.
noistre qu'il regarde le Roy
comme le Fils ainé de l'Eglise
& le premier Monarque du
monde.
Mr le Marquis de Dangeau
a donné également des mar-
ques de sa joye à Versailles &
à Paris. Il fit non seulement
éclairer dedans & dehors l'Hô-
tel qu'il a à la Place Royale,
mais il fit aussi illuminer la fi-
gure Equestre qui est au mi-
lieu de la même Place: il don-
na un somptueux repas, pen-
dant lequel les 24 Violons se
firent entendre ; il fit tirer de
l'artifice pendant toute la soi-
rée, & comme le bruit de cette
Feste avoit attiré beaucoup de
monde, & que la Place Royale
étoit remplie de Carosses, Mr
Réjouissances.
115
le Marquis de Dangeau envoya
des liqueurs & des rafraichisse-
ment à tous ceux qui étoient
dans ces Carosses, & qui rou-
loient dans la Place
Mr de Courcelles, Gentil-
homme servant de Madame la
Duchesse de Bourgogne, qui
loge dans l'Isle Nostre Dame,
se distingua aussi beaucoup; il
fit tirer un feu d'artifice sur
l'eau, au bruit de plusieurs in-
strumens guerriers & d'une
Symphonie plus douce, qui se
firent entendre tour à tour. La
situation du lieu rendit cette
Feſte des plus agreables, où les
lumieres & le vin ne manque-
rent point.
Pendant que les uns buvoient
à la ſanté de la famille Royale,
les autres faisoient des Prieres
116
Réjouissances.
au Ciel pour cette auguste fa-
mille: La Confrerie de Nostre-
Dame de bonne delivrance fit
chanter un Te Deum dans l'E-
glise de S Estienne des Grecs
avec beaucoup de magnifi-
ccence, X une grande Musique.
Les Barnabites dont je vous
ay déja parlé, & qui avoient
des premiers fait éclater leur
Hoye, en firent aussi chanter un
avec beaucoup de solemnité.
ce qui se passa à Paris, où la
fausse nouvelle de l'accouche-
ment de Madame la Duchesse
de Bourgogne fut répanduë,
comme elle l'avoit esté à Ver-
ſailles, & l'on y ajoûta d'autant
plus de foy, que plusieurs Per-
sonnes de la plus haute distin-
ction avoient fait partir des
Couriers, qui étoient prêts à
monter à cheval aux moindres
signaux qu'on leur donneroit.
Le premier feu qui fut allumé,
parut sur le Quay des Galleries
du Louvre, vis-à vis le der-
riere de la Monnoye des Médail-
les, dont Mr de Launay est Di-
recteur. Il estoit si bien prépa-
ré à donner des marques de son
zéle, & si attentif à tout ce qui
Réjouissances.
46
se passeroit, que dans l'instant
qu'il eût appris la grande nou-
velle que chacun attendoit avec
une impatience, accompagnée
de la plus vive ardeur, on en-
tendit des décharges des canons
qu'il avoit fait placer au devant
du Cabinet des Médailles & de
son appartement, qui annon-
cérent les premiers, cette im-
portante nouvelle. Ces déchar-
ges furent aussi- tôt accompa-
gnées de feux, & d'une distribu-
tion de vin à tous les passans;
ce qui arrêta une grande quan-
tité de personnes de tout sexe,
qui témoignerent par leurs
dances, & par des cris conti-
nuels de vive le Roy, la joye que
leur causoit la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
de
ce
te
le
d
Réjouissances.
4
gne. Mr de Launay régala au ſsi
de plusieurs sortes de liqueurs
ceux qui entrérent dans l'Hô-
tel de la Monnoye des Médail-
les; de maniere que la multitu-
de du peuble qui s'assembla
pour boire & pour dancer, les
grands & longs cris de vive le
Roy, l'éclat du feu qu'il fit allu-
mer, & les décharges du canon
qu'il fit tirer, reveillerent les
habitans du Quay des Théatins
& tous ceux du Fauxboug Saint
Germa in, qui n'avoient encore
appris que confusément & sans
aucune certitude, la nouvelle
de la naissance du Prince, que
le Ciel avoit accordé aux vœux
du Roy. Tous ceux qui reve-
noient des Thuilleries, où cet-
te naissance n'estoit pas confir-
Réjouissances.
48
mée, commencérent à la croire
veritable, en voyant tant de
réjouissances, & allérent porter
cette nouvelle dans tous les
quartiers de la Ville. Elle fut
annoncée en même-temps dans
toute l'étenduë des lieux d'où
l'on peut voir la Maison, vul-
gairement appellée la Samari-
taine, que Mr le Febvre, Gou-
verneur de la Pompe de la Mai-
son Royale de la Samaritaine
fit illuminer de la maniere sui-
vante: Il fit placer des lumieres
sur toutes les feuestres & sur tous
les balcons, il fit faire un grand
feu devant sa porte, il fit caril-
lonner toutes les cloches de la
Samaritaine & fit sonner le toc-
sin. Il est aisé de juger que ceux
qui passerent sur le Pont-neuf
Réjouissances.
49
& qui furent témoins de ces ré-
jouissances, contribuérent aussi
à l'épanchement de la grande
nouvelle, que l'on venoit d'ap-
prendre dans presque tous les
quartiers de Paris. Pendant que
toutes ces choses se passoient
du côté de la Riviere, je dois
vous dire en fidéle Histotien,
que Mr de Rouvieres, Apoti-
carre du Roy & des Camps &
Armées de S. M. & connu par
trois dispensations publiques de
la Theriaque, qu'il a faite so-
lemnellement ayant eu le bon-
heur d'apprendre le premier du
quartier de la Porte S. Honoré,
la naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, fit allumer
dans le même instant un grand
feu, & illuminer toute la façade
fuillet 1704. 11. P.
Réjouissances.
grande
ſa maiſon, avec une
quantité de bougies; & distri-
buer du vin à tous les passans,
afin que cette nouvelle se répan-
dît dans tout son quartier, où
elle n'avoit pas encore eſté pu-
bliée. Il donna un grand repas
à plusieurs de ses amis, & l'on
ne cessa qu'à minuit de boire
la santé du Roy devant sa por-
te, où la foule des buyeurs fut
tres grande. Ces trois Mes qui
ont celebré les premiers à Paris
la naiſsance du nouveau Prin-
ce, continuërent pendant einque
jours de suite à donner des mar-
ques de leur zele. Celles des
deux premiers furent differen-
tes. Mr de Launay remplit le
second jour de bougies, toute
la galerie des Medailles du Re
Réjouissances.
51
ce qui produisit un tre-bel ef-
fet, à cause de la reflexion de
ces lumieres qui se faisoit dans
les glaces, dont il y a un grand
nombre dans cette galerie; ce
qui la faisoit paroître toute bril-
lante de lumieres, ou plûtôt tou-
te en feu; elle donna beaucoup
de plaisir tant à ceux qui pas-
soient sur le Quay des Theatins,
qu'à ceux qui passoient le long
de la ruë qui finit à celle de
S. Honoré, d'où l'on voyoit aussi
certe illumination, parce que
cette gallerie est si heureuse-
ment située, qu'elle est vuë du
Fauxbourg S. Germain & de la
ruë S. Honoré.
Mr le Febvre fit le lendemain
Jeudi, les mêmes illuminations
qu'il avoit faites le jour prece-
Ei
Réjouissances.
52
dent; mais il rencherit de beau-
coup le 27. sur tout ce qu'il avoit
déja fait; il fit illuminer tout le
pourtour des plate-formes, & il
fit remplir de lumieres les deux
consoles qui sont à côté du Ca-
dran; il fit pareillement illu-
miner tout le balcon qui con-
tient les cloches du carillon & la
piramide qui est au-dessus, ainsi
que les deux balcons des Cham-
bres qui accompagnent le bassin
qui jette de l'eau. Le lendemain
pour diversifier l'illumination,
il fit éclairer les fenestres, les
balcons & tout le retour de la
terrasse. Le Dimanche il fit il-
luminer comme il avoit fait le
Vendredy; & pendant tous ces
cinq jours; le carillon & le toc
ſin de la Samaritaine ne ceſſe
Réjouissances.
rent point de se faire entendre.
Le Jeudy 26. Messieurs du Se-
minaire de S. Magloire firent de
grandes illuminations qui con-
tinuerent le 27. toute la face de
leur Maison qui estoit illuminée
& qui répondà celle de Meudon
faisoit un effet merveilleux.
Dès le jour de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, Mr de Breteuil, Conseiller
d'Etat ordinaire, fit illuminer
sa Maison, fit faire des feux de-
vant la porte de son Hôtel &
couler une fontaine de vin, ce
qui a esté continuè pendant plu-
sieurs jours au bruit des violons,
& des haut bois & de plusieurs
aurres instrumens, qui n'ont pas
moins attiré le peuple, que le
vin qu'il a fait distribuer ; ce-
E iij
Réjouissances.
54
Peuple s'estant fait un extrême
plaisir de chanter & de dançer
au bruit de tant d'instrumens.
Je ne finirois point si je vou-
lois parler de ceux qui ont fait
des illuminations, des feux &
des distributions de vin pendant
les deux jours qui ont precedé
le Te Deum, quoy qu'ordinaire-
ment ces sortes de réjouissances
ne commencent que le jour que
l'on rend graces à Dieu pour
quelque grand & heureux éve-
nement, on peut dire cepen-
dant, que personne n'a attendu
à Paris les jours destinez pour
marquer son zele, puisque les
rejouissances ont commencé dès
le moment qu'on a crû avoir su-
jet d'en faire, & que tout Paris
a esté illuminé pendant près de
Réjouissances.
huit jours de suite. J'entends
que la feste a esté generale pen-
dant tout ce temps-là, & je ne
pretends pas parler des festes
particulieres qu'ont faites pen-
dant plus d'un mois les Corps de
Metiers, les jours que leurs
Communautez ont rendu graces
à Dieu par les Te Deum, qu'elles
ont fait chanter.
Il est temps de vous parler
avec plus d'ordre de tout ce qui
seſt fait à Paris, mais je n'ay pû
m'empêcher de vous dire d'a-
bord un mot d'une partie de
ceux qui ont fait éclater leur
joye & leur zele dès l'instant
qu'ils ont appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, sans avoir eû le temps de
ſe preparer à aucune feſte; je
56
Réjouissances.
suis persuadé que j'en ay oublie
un grand nombre, & qu'il me
ſera impossible de n'en pas
oublier encore beau coup dans
le détail que je vais vous faire.
Au moment de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne, le Roy envoya Mr des
Granges à Paris, pour faire sça-
voir cette nouvelle à Monsieur
le Gouverneur, & à Messieurs
les Prevôt des Marchands &
Echevins. Lemême jour 25. de
Juin, Mr le Prevôt des Mar-
chands, ayant appris en son Hô-
tel, que Madame la Duchesse de
Bourgogne étoit accouchée d'un
Prince, se rendit à l'Hôtel de
Ville, d'où il envoya avertir
Mrs les Echevins, Procureur du
Roy, Greffier, & Receveur de
1a
afi
ce
br
en
v.
Réjouissances.
la Ville, de ſe rendre audit lieu,
afin qu'il reglât avec eux, tout
ce qui devoit se faire pour cele-
brer cette heureuſe naissance,
en attendant la Lettre de cachet
qui en devoit confirmer la nou-
velle.
Sur les 7. heures du soir du
même jour, Mr des Granges,
Maître des Ceremonies, leur
apporta, en qualité de Courier
du Roy, la Lettre de cachet,
par laquelle & par Mr des Gran-
ges, Messieurs de Ville appri-
rent le bonheur extraordinaire
& sans exemple qui venoit d'ar-
river à la France. Il leur dit
aussi qu'il croyoit que l'on chan-
teroit le Te Deum, le Vendredy
suivant.
Mr des Granges ayant esté
Réjouissances.
18
reconduit, Mr le Prevôt des
Marchands fit venir à l'Hôtel
de Ville, Mr Hebert, pour luy
demander le dessein d'un feu
d'Artifice, à neuf pilliers. Il
est à remarquer qu'on ne met
neuf pilliers qu'aux feux qui se
font pour des évenemens qui re.
gardent la Maison Royale. Les
ordres furent en même temps
donnez à tous les Ouvriers qui
travailloient pour la Ville, non
seulement pour l'execution de ce
feu, mais aussi pour tout ce qui
regardoit la feste qui se feroit à
l'Hôtel de Ville, le jour que ce feu
seroit tiré. On fit en même tems
sonner la cloche de l'Hôtel de
Ville, & on donna ordre à l'Hor-
logeur d'employer un nombre
d'hommes suffisant pour la faire
10
tit
fu
de
le
fi
8
n
n
Réjouissances.
Ionner jour & nuit, sans discon-
tinuation, jusqu'à ce que le feu
fut tiré. Le premier Echevin fut
deputé pour aller chez Monsieur
le Premier President, afin qu'on
fit sonner la cloche du Palais,
& que les Boutiques fussent fer-
mées pendant trois jours. Le
Greffier fit signer une Ordon-
nance pour enjoindre aux Bour-
geois & Habitans de la Ville &
Fauxbourgs de Paris, de faire
des feux de joye & des illumi-
nations pendant trois nuits.
Les boëtes & le canon furent
tirez dés le soir même, & Mes-
sieurs de Ville firent un grand
feu de fagots devant l'Hôtel de
Ville, ou l'on fit distribuer au
Peuple du vin en grande quan-
cité, & un grand nombre de petits
Réjovissances.
60
pains; on en fit aussi distribuer
aux portes de Messieurs de Vil-
le, & dans tous les Marchez &
Places publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville.
Le lendemain Jeudy 26 du
même mois, le boëtes & canons
de la Ville & de la Bastille fu-
rent tirez sur les quatre heures
du matin, & les Boutiques fu-
rent fermées pendant ce jour,
& le pain & le vin distribuez en
tres-grande quantité devant la
porte de l'Hôtel de Ville, &
celles de Messieurs les Prevost
des Marchands, Echevins, Pro-
cureur du Roy, Greffier, Re-
ceveur, Conseillers, Quarti-
niers, & dans toutes les Places
publiques & a.
Le foir du même jour, Mes-
sie
le
fi
le
Réjovissances.
61
sieurs les Prevôt des Marchands,
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
lers & Quartiniers de la Ville,
firent dresser des tables devant
leurs portes. On y ſervit au Peu.
ple toute sorte de viandes, avec
du pain & du vin en abondan-
ce, aux acclamations & cris de
vive le Roy, Monseigneur, & Mes-
seigneur les Ducs de Bourgogne &
de Bretagne. Ces exemples fu-
rent ſuivis & imitez par tous les
Bourgeois, qui firent des feux
devant leurs portes & des illu-
minations à toutes leurs funê-
tres. Le même soir sur les 9 heu-
res, on fit un grand feu de fa-
gots & des illuminations à tou-
tes les croiſées de l'Hôtel de Vil-
le, & de l'horloge. Les boëtes, &
le canon furent tirez.
Réjouissances.
62
Le Vendredy 27. Mr des
Granges porta dès le le ma-
tin à Monsieur l'Archevêque
de Paris la Lettre de cachet,
dont je vous envoye une copie.
Mon Consin, la nouvelle &
singuliere Benediction qu'il a plud
Dieu de répandre sur mon Regne,
par la naissance du Prince que ma
petite Fille la Duchesse de Bour-
gogne vient de donner à la France,
est une des marques des plus visibles
que j'aye encore receuë de sa pro-
tection. Ty suis d'autant plus sensi-
ble qu'elle est sans exemple dans
aucun des Rois mes predecesseurs,
& qu'elle perpetuë le bonheur de
mes Estats par cette longue suitte
& succession de Rois qu'elle leur
assure. C'est dans les sentimens de la
juste reconnoissance que j'en ay, que
e
d
la
t.
Réjouissances.
63
je crois ne pouvoir assez tost en ren-
dre à Dieu les actions de graces qui
luy son dues : Et jevous ecris cette
Lettre pour vousd requemon inten-
tion est que vous fassiez chanter le
Te Deum en l'Eglise Metropoli-
taine de ma bonne Ville de Paris,
au jour & à l'heure que le Grand
Maître, ou le Maitre des Cere-
monies vous dira de ma part. Je
luy ordonne d'y convier mes Cours,
& ceux qui ont accoutumè d'y assister.
Sur ce, Je prie Dieu qu'il vous ait,
mon Cousin, en sa sainte & digne
garde. Ecrit à Versailles le 25. Juin
1704. Signé LOUIS; Et plus
bas, PHELYPEAUX.
Et au dos estoit écrit: Amon
Cousin le Cardinal de Noailles,
Archevèque de Paris, Duc & Pair
de France, Commandeur de mes
Ordres.
Réjouissances.
64
Mr des Granges porta ausli
des Lettres de cachet au Par-
lement, à la Chambre des
Comptes, à la Cour des Aydes,
& à la Ville, afin qu'on se ren-
dît à Nôtre-Dame pour le Te
Deum, qui devoit estre chanté
l'aprés-dînée du même jour.
Le même jour à 4. heures du
matin, les boëtes & le canon
avoient esté tirez. Sur les neuf
heures du matin, Messieurs de
Ville estant assemblez au Bu-
reau, Mr des Granges y appor-
ta la Lettre de cachet, dans
laquelle il estoit marqué que le
Te Deum, seroit chanté à trois
heures de relevée. Tous les
corps dont je viens de vous par-
ler se rendirent à Nôtre-Dame,
ou Monsieur le Chancelier se
trouva
r
10
r
A
Réjouissances.
65
trouva à la teſte du Conseil.
Sur les deux heures, le Co-
lonel des Archers de Ville se
rendit à la teſte de ſes trois cens
Archers en Armes, à l'Hostel
de Ville , au bruit de leurs
Tambours
Trompettes &
Hautbois. Lorsqu'ils y furent
arrivez on poſta des Gardes à
toutes les portes, & dans tous les
appartemens de cet Hostel. Sur
les trois heures Mr le Prevost
des Marchands & Mrs. les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier & Receveurs en Ro-
bes de velours, & Mrs les Con-
seillers & Quartiniers de la
Ville, en Robes de soye, ac-
compagnez du Colonel & des
Archers de Ville, Tambours,
Trompettes & Hautbois, al-
Juillet 1704. II. P. F
Réjouissances.
66
lerent à cheval à Nostre-
Dame, où ils prirent leur place
ordinaire.
Plosieurs Archevêques &
Evêques qui se trouvoient alors
à Paris pour les affaires de leurs
Dioceses, sy rendirent aussi.
Ceux qui assisterent à ce Te
Deum sont les Archevêques de
Narbonne, de Rouen, de Tou-
louse, de Bourges & d'Aix, &
les Evêques de Condom, d'O-
range, de Soissons & quelques
autres. Monsieur le Cardinal
de Noailles officia à cette Ce-
remonie. Le Te Deum qui étoit
de la composition de Mr de La-
louette Maistre de Musique de
Nostre-Dame, fut chanté &
fort applaudi. La Symphonie
fut trouvée tres belle, & les
Réjouissances.
67
Symphonistes étoient en grand
nombre. Les 24 Violons du
Roy jouerent à ce Te Deum,
pendant lequel on tira les Boë-
tes & le Canon de la Ville,
ainsi que celui de la Bastille.
Le même jour sur les huit
heures du soir toutes les Ta-
bles de l'Hôtel de Ville furent
magnifiquement servies; celle
de Mr le Prevost des Mar-
chands dans la grande Salle des
Colonels & celles de Mrs les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
ler & Quartiniers dans les dif-
ferens appartemens qu'ils ont
à l'Hôtel de Ville ; ces appar-
temens estoient tendus de Ta-
pisseries aussi belles que riches,
& on y avoit distribué plus de
Flj
Réjouissances.
68
cinquante Lustres. On bût par
tout à la santé du Roy, de Mon-
seigneur & de Messeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Bre-
tagne au bruit des Tambours,
Trompettes, Hautbois & des
vingt- quatre Violons. Les
Compagnies de Messieurs de
Ville, au nombre de plus de
mille personnes ayant soupé, &
ce qui devoit composer l'illu-
mination de toutes les croisées
& de rous les autres endroits
de l'Hôtel de Ville ayant esté
allumé, & les Boëtes & le Ca-
non ayant tiré; elles ſe place-
rent pour voir le Feu d'artifice.
On avoit écrit au haut de la
decoration de ce Feu.
Réjouissances.
60
VOTUM URBIS.
Pour exprimer les sentimens
de cette joye & les vœux que
la Ville fait pour la felicité du
Prince, l'on s'étoit servi des
quatre Vers suivans, tirez de
Martial, ausquels l'on n'avoit
changé que le premier, pour
appliquer à Monseigneur le
DUC DE BRETAGNE,
ceux que ce Poëte avoit fait
pour l'Empereur Domitien.
NASCERE BORBONIO SPE-
RATA ESANGUINE FRO
LES,
VERA DEUM SOBOLESS
NASCERE MAGNE PUER)
CUI PATER AETERNAS ROSE
Réjouissances.
SAECULA TRADAT HABE-
NAS.
UIQUE REGAS ORBEM
CUM SENIORE SENEX.
Digne Sang des Bourbons, nostre
chere esperance.
Sous le plus grand des Rois viens
affermir la France
Et marchant sur les pas de ses no-
bles ayeux
Viens apprendre à loisit à gouver.
ner comme eux
Au milieu de chacune des
quatre Façades de la Decora-
tion il y avoit un Cartouche:
deux de ces Cartouches con-
tenoient chacun un Emblême,
&& les deux autres chacun une
Devise.
Réjouissances,
71
Celle qui regardoit l'Hôtel
de Ville representoit l'Eternité
qui presentoit au Roy, Monsei-
gneur le Dauphin, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE qu'Elle tenoit
entre ses bras, avec cès mots
du Pseaume 113.
FILII EORUMUSQUE IN SAE-
CULUM SEDEBUNT SUPER
SEDEM TUAM.
Tes arrieres neveux regneront après
toy.
Dans la Façade opposée l'on
avoit representé les quatre par-
ties du monde, offrant au Roy
leurs hommages, & aux Prin-
Réjovissances.
72
ces qui environnent son Trône,
avec ces mots du Pseaume 43.
CONSTITUES EOS PRINCI-
PES SUPER OMNEM TER-
RAM.
Tu feras en tous lieux respecter
leur Empire.
Dans la Façade qui regardoit
la riviere lon avoit peint pour
Devise des rejettons d'Olivier,
qui s'élevent autour de la tige
dont ils sont sortis: c'est la com-
paraison qui est marquée dans
le Pseaume 127. pour signifier
cette heureuse fecondité dont
Dicu recompense ceux qui le
craignent. L'on ne pouvoit en
chosir une plus digne pour ex-
premier
d
n
Réjouissances.
71
primer le rare bonheur dont
Dieu a recompensé les vertus
de Louis le Grand, en lui don-
nant un arriere Petit-fils, dans
le plus haut point de sa gloire.
L'on répondroit mal à ses sen-
timens, si l'on ne reconnoissoit
pas avec lui l'Auteur d'une fe-
licité si extraordinaire: c'est
pourquoi l'on avoit choisi pour
ame de cette Devise l'applica-
tion que David en fait à l'en-
droit même d'où elle eſt tirée.
SIC BENEDICETUR HOMO
QUI TIMET DOMINUM.
Le Ciel benit ainsi ceux qui sui-
vent ses Loix.
Enfin, l'on avoit tâché de
Juillet 1704. II. P.
G
Réjouissances.
72
faire voir par une autre De-
vise, que l'on avoit peinte au
milieu de la Façade opposée,
quielles sont les esperances que
la France doit concevoir du
Prince que le Ciel vient de lui
donner. L'on a tiré cette De-
vise de la même source que la
precedente: c'est la comparai-
son que David fait du Juste,
avec un arbre planté le long
du courant des eaux; la nour-
riture qu'il y prend est un pré-
sage certain des fruits qu'il
portera dans son temps. La
France ne sçauroit pareille-
ment se tromper, en se pro-
mettant de voir en la Personne
de Monseigneur LE DuC DE
BRETAGNE, un Prince di-
gue de ses illustres Ayculs
Réjouissances.
7
c'est ce que signifie un jeune
arbre planté sur le bord d'un
ruisseau, avec ces paroles du
premier Pseaume.
FRUCTUM DABIT IN TEM.
PORE suO.
Il produit en son temps des fruits
dignes de lui.
L'on a coûtume dans les Fe.
tes que l'on fait pour la Nais-
sance des Princes, d'exposer les
Tableaux de leurs Ancêtres, &
de leurs plus proches parens.
Pour ne pas s'eloigner de cet
usage, l'on avoit peint dans
l'une des Façades les Portraits
d'Henry IV. & de Louis XIII.
Dans la seconde, celui du Roy
Gij
Réjouissances.
74
& de Monfeigneur. Dans la
troisième celui de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & de
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE. Dans la qua-
triéme celui du Roy d'Espagne
& de Monseigneur le Duc de
Berry.
A peine ce Feu eut- il cessé
de tirer que le Bal fut ouvert
en plusieurs endroits & dans
tous les appartemens de l'Hô-
tel de Ville, où beaucoup de
personnes de la plus haute dis-
tinction se trouverent & dan-
cerent ; ce qui dura jusqu'à
trois ou quatre heures du ma-
tin, que les vingt-quatre Vio-
lons du Roy, les Tambours,
Trompettes & Hautbois cesse-
rent de jouer. Le tout ſe paſsa
Réjouissances.
avec la tranquillité que l'on
devoit attendre des bons or-
dres que Messieurs les Prevost
des Marchands & Echevins
avoient donnez. Le même soir
toutes les maisons de la Ville
& des Fauxbourgs furent illu-
minées; & des feux de joye fu-
rent faits devant toutes les
portes; il y eut même des ta-
bles dressées en plusieurs en-
droits pour les passans, à qui
l'on fit boire la santé du Roy
& des Princes; de manière que
toutes les ruës retentirent des
acclamations publiques.
Le Samedy au soir, Messieurs
de Ville donnerent au public
le plaisir de faire jouer les 24.
Violons du Roy dans les Thuil,
leries.
Giij
6
Réjouissances.
Et le lendemain Dimanche,
ils firent la même chose dans la
Place Royale, où il y eut des
feux de joye & des illumina-
tions à toutes les croisées des
Hoſtels.
On ne peut s'empêcher de
parler icy du zele ardent & de
l'attention de Mr le Prevost
des Marchands pour se signa-
ler des premiers, puisqu'à peine
eut-il entendu parler de l'ac-
couchement de Madame la Du-
chesse de Bourgogne, dont on
pouvoit encore douter, qu'il
se rendit à l'Hostel de Ville,
où par ses ordres l'Assemblée
ſe trouva aussi toſt complette.
Il est à remarquer que les ré-
jouissances qu'il fit faire dés le
même jour, furent aussi gran-
des que si l'on avoit eù un jour
Réjouissances.
entier pour s'y préparer; &
qu'à peine la nouvelle en étoit-
elle répanduë dans Paris, que
l'on distribuoit déja du pain &
du vin à l'Hostel de Ville, aux
portes des Messieurs de Ville, &
dans tous les Marchez & Pla-
ces publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville. Cette gran-
de distribution faite pendant
plusieurs jours est bien digne
d'estre remarquée, & une pa-
reille profusion ne peut estre
faite que dans une Ville com-
me Paris, & par un Prevost des
Marchands & un Conseil de
Ville bien zclez. On ne peut
aussi penser sans étonnement
que la Ville donna, le soir du
feu, à souper à plus de mille
personnes. Il faut pour le bien
G iiij
8
Rejouissance.
concevoir, se representer que
l'Hoſtel de Ville est fort spa-
cieux & que tous ceux qui y
sont reçûs pour voir le feu, y
sont regalez, ainsi que ceux
qui sont sur des échafauts que
Messieurs de Ville font faire,
à qui l'on distribue avec abon-
dance tous les mets qui peu-
vent estre portez dans ces en-
droits là. On voit aussi par les
14 Violons envoyez aux Thuil-
leries & à la Place Royale par
Mr le Prevost des Marchands &
par Messieurs de Ville, qu'ils
ont esté aussi galans que magni-
fiques , & qu'ils n'ont rien ou-
blié pour entretenir le peuple
dans la joye qu'il témoignoit
avec tant de vivacité.
Jamais Paris n'a eſté plus
Réjouissance.
7
brillant de lumieres qu'il le fut
le soir que l'on chanta le Te
Deum, & plusieurs Volumes
pourroient à peine suffire pour
donner le détail des ingenieu-
ses illuminations qui furent
faites à tous les Hostels de Pa-
ris, & chez toures les person-
nes distinguées Toute la façade
du Palais Royal fut remplie de
flambeaux pendant trois soi-
rées, & les Trompettes & les
Timbales ne cesserent point de
jouer. Il est impossible de rien
voir de plus brillant que parut
pendant trois jours tout le
Quay des Théatins Les Hôtels
de Bouillon, de Crequy, de
Portsmouth & les autres qui
sont sur le même Quay, furent
illuminez de lumieres vives, &
80
Réjouissances.
toute l'Architecture fut dessi-
née avec des lamprons, ce qui
faisoit un tres-bel effet, & l'on
y distinguoit les Balustrades &
les Balcons, quoiqu'ils fussent
tout en feu. La même choſe pa-
rut dans l'Isle, & sur tout à la
belle maison de Mr le President
Lambert qui est à la pointe, ce
qui faisoit d'autant plus d'effet
que toutes ces lumieres reflé-
chissoient dans l'eau, ou toute
l'Isle paroissoit en feu. Je ne
dis rien de l'illumination de la
Place Royale, on peut juger de
quelle beauté elle étoit à cause
de l'uniformité des maisons. Il
en parut le même soir une tres-
belle chez Mr Lhuillier à la
Place de Louis le Grand, qui
ne fut qu'un prélude de la gran-
Rejouissances.
81
de Feste qu'il preparoit.
Le même jour 27. les Au-
gustins du Grand Convent se
distinguerent par des feux &
des illuminations qui durerent
pendant cinq jours, & par le
vin que le Prieur fit distribuer
au Peuple en abondance ; le
Dimanche suivant 29. ils chan-
terent un Te Deum au son de
leurs cloches & au bruit d'une
triple décharge de plusieurs
Boëtes. Ils firent le soir tirer
beaucoup d'artifice, aprés de
pareilles décharges de Boëtes;
les Fenestres de leurs Cham-
bres & la face de leur Bâiiment
étoient éclairées par un fort
grand nombre de bougies. Ils
se sentirent d'autant plus ani-
moz à faire ces réjouissances,
82
Réjouissances.
que leur Maison est de fonda-
tion Royale, leur ayant esté
donnée en 1293. par le Roy
Philippes le Bel, & qu'outre
les Assemblées du Clergé qui
se tiennent ordinairement chez
eux, ube grande partie des
plus-belles & des plus nobles
Ceremoniess y fait encore: que
le Roy Henry III. y créa en
1578. & fixa à perpetuité l'Or-
dre des Chevaliers du S. Esprit
qu'Henry IV. marqua leur E-
glise en 1594. pour le lieu de la
Procession de toutes les Cours,
Paroisses & Communautez Re-
ligieuses de la Ville: & qu'en-
fin le Roy honora cette même
Maison de sa presence en 1662.
& y fit la seule promotion des
Chevaliers de l'Ordre qu'il ait
Réjowissances.
83
fait jusqu' à present à Paris. Ce
qui fait que ces Peres ont esté
ravis de donner des marques
publiques de leur reconnois-
sance & de leur attachement
pour la Personne de Sa Majeſté
& de toute la famille Royale.
Je devois, suivant l'ordre que
j'ay observé dans cette relation,
vous marquer plutôt que laMai-
son de Mr de la Croix, Maître
des Comptes, & Maître d'Hô-
tel de Madame la Duchesse de
Bourgogne fut toute illuminée
dés le ſoir même de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne; que cette illumination
continua pendant trois jours,
& que tous les soirs le vin ne fut
pas épargné à tous ceux qui se
presenterent pour boire la san-
Rejouissances.
84
té de Monseigneur le Duc de
Bretagne.
Les Jesuites qui sont toûjours
prêts à donner des marques de
leur zele, lorsqu'il s'agit de la
gloire & du bonheur de la Fran-
ce, firent le 26. le 27. & le 28.
de grandes réjouissances dans
leur College de Louis le Grand.
Toutes les quatre faces de leur
cour furent illuminées; on tira
beaucoup de fusées volantes,
& d'autres artifices au bruit des
timballes, des haut bois & des
L'illumination
Trompettes.
dura, chaque jour, depuis huit
heures jusqu à minuit. Les hom-
mes & les femmes eurent la li-
berté d'entrer dans leur cour,
dont les portes qui donnent
dans l'interieur de leur Maison,
Réjouissances.
86
estoient fermées Ces réjouis-
sances, quoi que grandes, ne
suffisoient pas pour remplir l'ar-
deur de leur zele, qui leur fit
prendre le dessein de donner
une feste plus grande & plus
reguliere, que vous trouvercz
dans la suite de cette relation.
Quoi que Monsieur le Due
d'Albe se fût distingué à Ver-
sailles, ainsi que je l'ay déja
marqué, les illuminations n'en
furent pas moins grandes à son
Hôtel a Paris, & comme cet
Hôtel ne suffit pas pour tous
ceux qui composent son Dome-
stique, & qu'il a loué plusieurs
Maisons aux environs de son
Hôtel; toutes ces Maisons fu-
rent parcillement éc lairées, &
tout s'y paſsa avec la profusion
Rejouissances.
86
& la magnificence ordinaire à
cet Ambassadeur.
Monsieur le Marquis Dos-
Rius donna aussi des marques
de sa joye & de sa magnificence
ordinaire, quoi qu'il ne fasse
plus les fonctions d'Ambassa-
deur d'Espagne, dans lesquelles
il a brillé avec tant d'éclat & de
conduite.
Les PP. Barnabites ont esté
des premiers à faire paroître
leur joye. Ils firent des feux
pendant trois jours devant le
nouveau Portail de leur Eglise.
Ily avoit des illuminations à
toutes les fenestres, ils firent
tirer, le dernier jour, un grand
nombre de fusées volantes qui
fut accompagné de beaucoup
d'autres artifices. Ce spectacle
Réjouissances.
8
attira tout le Peuple des envi-
rons qui bût à la santé du Roy
& de toure la Maison Royale.
Les PP. Fueillans du Mona-
ſtere Royal, de la ruë S. Ho-
noré, aprés avoir fait des feux
ordinaires dans leur cour les-
foirs du 26 27. & 18. de Juin,
ainsi que l'ou en faisoit dans
toute la Ville ; voulant rendre
graces à Dicu de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne, & joindre leurs
Prieres à la joye du Peuple,
choisirent pour cet effet le Di-
manche 19. du même mois.
Ils annoncerent leur feste, le
matin, par une décharge d'ar
tillerie, & aprés midi, par le son
de leurs cloches qui carillon-
nerent jusqu'à minuit, l'Eglise
Juillet 1704. II. P.
H
Rejouissances.
88
estoit ornée de belles Tapisse-
rie, & l'Autel richement paré.
Ces Religieux se rendirent à
l'issuë de Vêpres, en Procession
dans la Nef de leur Eglise, où
leur Pere General revestu, avec
ses Officiers, des magnifiques
Ornemens qui leur ont été don-
nez par le Roy, entonna le Te
Deum, qui fut chanté solemnel-
lement avec les Prieres ordinai-
res, pour Sa Majesté, & pour
la Famille Royale. Cette Cere.
monie fut precedée & suivie par
des décharges d'artillerie.
Le soir sur les 7. heures, les
trompettes & les timbales pla-
cées sur un balcon dans le
Chœur de ces Peres, se firent
entendre; les haut bois qui
estoient sur un autre balcon,
Réjouissances.
89
continuërent: on battit ensuite
les tambours avec lesquels les
trompettes & haut bois se firent
entendre alternativementi ce
qui dura fort long-temps, du-
rant lequel il y avoit en un en-
droit de la cour, une fontaine
qui jetta du vin pendant deux
heures, & dans un autre endroit
auprés, on distribua du pain
à rous venants.
Il y avoit au milieu de la
cour, un échafaut, élevé de
deux pieds & demi de terre,
d'environ douze pieds en carré,
sur lequel on avoit dressé un
grand bucher de 15 pieds de
haut. Sur les 9. heures du soir,
les Religieux vinrent en Pro-
cession, chantans l'Exaudiat au
tour du bucher : la leur Gene-
Hij
Réjouissances.
90
ral revestu, ainsi que ses Offi-
ciers, des mêmes Ornemens qui
avoient servi au Te Deum, chan-
ta les Oraisons pour le Roy,
benit l'encens & le bucher &
y mit le feu, le bruit de l'artil-
lerie preceda, & suivit encore
cette Ceremonie.
Lorsque le grand feu fut un
peu éteint, on vit paroître sur
le second & troisième ordre
d'architecture du Portail de l'E-
glise, qui est un des plus beaux
deParis, unetres grande & tres-
belle illumination; il y en avoit
une autre des deux costez de la
Porte de la ruë, & le haut du
clocher parût comme un grand
globe de feu.
Ily eut encore deux déchar-
ges d'artillerie: & quantité de
fuſées volantes.
Réjouissances.
91
Le concours du Peuple y fut
prodigieux, & l'air retentissoit
a tous momens des cris de vive
le Roy, la fontaine de vin ayant
cessé de couler un peu trop-tôt,
les Religieux y supleérent par
une distribution de plusieurs
brocs de vin, ce qui dura jus-
qu'à minuit.
Les Chanoines Reguliers de
l'Abbaye de Sainte Geneviéve
choisirent pour rendre graces à
Dieu de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
avec plus de solemnité, le 29.
Juin, jour de la feste des Saints
Apôtres S. Pierre & S. Paul,
premiers Patrons de leur Egli-
se. Ils chanterent le Te Deum
fur les quatre heures aprés mi-
di, le plus solemnellement qu'il
Réjouissances.
92
leur fut possible. L'Abbé de
Sainte Geneviéve y Officia Pon-
tificalement; on carillonna sur
toutes les cloches devant &
aprés la Ceremonie, jusque fort
avant dans la nuit: comme ils
avoient résolu de faire ce jour-
là une aumône extraordinaire,
pour attirer, par cette bonne
œuvre, les benedictions du
Ciel sur la Eamille Royale, &
que les Pauvres des environs en
avoient esté avertis, il s'en pre-
senta un tres grand nombre,
ausquels on distribua, jusqu'au
soir, une assez grosse somme d'ar-
gent. Sur les neuf heures, ils
firent allumer un grand feu dans
le Parvis de leur Eglise, & en
même temps leur clocher parut
tout en feu, comme il est le plus
Réjouissances.
93
haut de Paris; l'illumination qui
dura toute la nuit, fut apper-
çuë de toute la Ville, & de plus
de quatre lieuës aux environs.
Les Augustins Déchaussez,
estant d'autant plus sensibles à
ce qui regarde la Maison Royale,
qu'ils ont l'honneur d'avoir le
Roy Louis XIII. pour leur
Fondateursont crû devoir don-
ner d'une maniere distinguée
des marques éclatantes de la
part qu'ils prenoient à la joye
publique. Ils choisirent pour
cela le 29. Juin, Feste de Saint
Pierre, & ce jour-là fut en-
tierement consacré à cette so-
lemnité. Aprés avoir rendu
graces à Dicu, le matin par une
Messe solemnelle accompagnée
de tout le majeſtueux apparcil
Rejowissances.
94
que permettent les Ceremonies
Romaines; le ſoir à l'issuë du
Salut, ils chanterent le Te
Deum, au son des cloches & des
tambours, qui fut suivi d'une
salve de cinquante boëtes. Leur
Autel estoit éclairé de plus de
deux cens Cierges rangez sans
aucune confusion & qui fai-
soient un tres brillant effet. A
peine la nuit eut elle commen-
cée que la façade de leur cour
ſe trouva illuminée d'une si
prodigieuse quantité de bou-
gies & lamprons qu'elle parût
toute feu; elles estoient pla-
cées dans un ordre si singulier
que cette illumination fut ad-
mirée de tous les spectateurs.
Il y avoit dans cette cour un
grand feu de bois fort élevé, au
tour
Réjouissances.
tour duquel ces Religieux, au
nombre de cent, se rendirent
processionnellement; ils l'allu-
merent en chantant l'Exaudiat,
au bruit des tambours, au caril-
lon des cloches, & aux acclama-
tions d'un nombre presque infi-
ni de peuple dont leur cour &
leur carefour estoient remplis,
pendant que les cinquante boë-
tesrangées dans leur jardin an-
noncerent de nouveau la joye
de ces Peres aux quartiers les
plus éloignez. Les quatre fa-
ces de bâtiment qui compo-
sent le quarré de leur Convent
se trouverent en même-temps,
entierement éclairées par plu-
sieurs lumieres mises a toutes
leurs fenestres. Ils tirerent du-
rant plus d'une heute, un nom-
Juillet 1704. II. P.
1
Réjovissances.
86
bre conderable de fusées volan-
tes, dont plusicurs furent trous
vées d'une grosseur & d'unebeau-
ré toute extraordinaire, elles
furent entremelées de quantité
d'autres artifices. La feste se
passa sans confusion; l'illumi-
nation attira un nombre in-
croyable de Personnes de tous
états qui ne se retirerent qu'à
tuinuit, pour laisser ces Reli-
gieux en liberté d'aller chanter
leurs Matines.
Le même jour 29. on chanta
dans l'Eglise de Saint Louis de
l'Iſle, un Salut, où le S. Sacre-
ment fut exposé; le Te Deum,
y fut chanté en action de graces
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, & l'Exau-
diat, pour la conservation du
Réjouissances.
7
Roy, & la prosperité des Armes
de S. M. l'Eglise estoit magni-
fiquement ornée & toute bril-
lante de lumieres; la Ceremo-
nie ſe termina par un beau feu,
& tout le clocher fut illuminé,
& cette illumination dura tou-
te la nuit.
Les Prisonniers du petit Châ-
telet trouverent le moyen, mal-
grèla mauvaise situation de leurs
affaires, de faire éclater leur
joye, en faisant faire un feu sur
leur Plateforme, qui est fort
clevée, de manière que ce feu
fut vu de plusieurs endroits de
Paris, & de la Campagne.
Les Chartreux avoient chan-
té le même jour un Te Deum,
avant leur Grande Messe, ils
firent le soir un tres beau feu,
141
Réjouissances.
98
la portion fut doublée ce jour-
là aux Religieux, & ils eurent
permission d'aller par extraor-
dinaire dans leur Spatiement,
qui est un lieu ou ils vont ordi-
nairement promener à certains
jours de la Semaine.
Mr Gualtieri, Nonce ordi-
naire de S. S. cut à peine ap-
pris la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, qu'il
donna des ordres pour faire
travailler aux choses necessai-
res pour illluminer son Hôtel,
dont la façade est tres longue,
elle fut remplie d'un grand
nombre de chassis, sur lesquels
on attacha un tres grande quan-
tité de lamprons. Toutes les fe-
nestres furent garnies de flam-
beaux de cire blanche; il y avoit
un grand cercle garni de lam-
99
Réjouisances.
prons, au dessus de chaque croi-
fée, & les deux cordons de la fa-
çade en estoient tout remplis
d'un bout à l'autre, aussi bien
que les fenestres du plus haut
étage de l'Hôtel. Il y avoit
un Soleil au dessus de la croisêe
du milieu, qui estant composé
de lumieres plus vives & plus
pressées, l'emportoit par sa clar-
té éblouissante sur toutes les au-
tres lumieres de la façade: ce
qui faisoit un effet merveilleux;
la Porte cochere estoit aussi en-
tourée de chassis, tout couverts
de lumieres. Cette illumination
parut pendant trois jours, &
l'on y remarqua chaque jour
quelque choſe de nouveau Elle
commença chaque jour par une
décharge de quantité de boë-
Iiij
100 Réjovissances.
tes, qui estoit suivie de quart
d'heure en quart d'heure, de
deux autres décharges, aprés
quoi on entendoit des hautbois,
des trompettes, des timballes &
des tambours: tous ces instru-
mens se faisant entendre alter-
nativement. Il y avoitde grands
feux le long de la façade de
l'Hôtel, & l'on avoit attaché aux
quatre coins de la ruë deux cor-
des, sur lesquelles on tiroit un
grand nombre de fusées, outre
celles qu'on tiroit continuelle-
ment à la main. Il y avoit un feu
d'artifice vis-à visdu milieu de
la façade de ce brillant Hô-
tel; cet artifice ne parut que le
second jour, & il fut augmenté
& diversifié le troisième. Le
tout parut magnifique & de bon
Réjouissances.
IOI
goût ; cependant on n'en fut
point surpris & l'on n'attendoit
pas moins de ce Nonce; puisque
depuis qu'il est en France, il a
brillé dans toutes les occasions
où il a eu lieu de paroître & de
se distinguer, aussi s'est il faic
beaucoup considerer & aimer de
tous ceux qui le connomssent.
Les Bourgeois de la ruë
S Jacques ont esté des premiers
& des plus empressez a donner
des marques de leur joye; ce
qu'ils ont fait pendant trois
jours, avec autant de vivacité
que d'éclat. Toute leur ruë
estoit illuminée par des lustres,
& des girandoles remplies de
bougies, & par quantité d'au-
tres lumieres: ils avoient fait
chargée de
elever une figur
111
102
Réjouissances.
quantité de bouteilles de vins
& de liqueurs, qui par le moyen
de quelques ressorts en distri-
bua à tous les passans. Ce qui
fut accompagné de symphonie,
de violons, de hautbois & bas-
sons. Ils avoient fait faire beau-
coup d'inscriptions & de devi-
ses, dont la principale repre-
sentoit un grand Soleil avec ces
mots,
SUB HOC NOVA PLURIMA
SOLE.
On voit sous ce Soleil mille cho-
ses nouvelles.
Ils chanterent plusieurs chan-
sons à la gloire du Roy, dont
ils avoient fait faire les paroles
& les airs. Mr Leonard, Librai-
re, se distingua dans cette occa-
sion par une tres belle illumi-
nation.
Réjouissances.
103
Le College d'Harcourt à esté
un des premiers de l'Université
qui ait fait paroitre sa joye dans
cette occasion, Mr le Marquis
de Chamillart, Pensionnaire
dans ce College, y fit venir 60.
boëtes, avec plusieurs barils de
poudre.
Le Lundy 30. Juin, l'illumi-
nation qui se devoit faire le
soir, fut annoncée par une dé-
charge de ces boêtes ; elle fut
réiterée sur le midy: & à cinque
heures le Te Deum, fut chante
à la teste d'un nombreux Cler-
gé, où plusieurs Personnes de
qualité, Pensionnaires dans ce
College, porterent le Surplis.
On fit une troisiéme décharge,
pendant le Te Deum, & Mi le
Proviseur de ce College ayent
Réjouissances.
104
mis le feu à un bucher, dressé
au milieu de la cour; toutes les
fenestres parurent illuminées
en même temps; ce qui fit un
tres beau spectacle; & sur tout
l'appartement de Mr le Mar-
quis de Chamillart attira aussi-
tôt les yeux de toute l'Assem-
blée: Il estoit orné de quatre
grands Tableaux, remplis de
devises faites expres pour le
Roy, pour Monseigneur, pour
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & pour Monseigneur
le Duc de Bretagne. Dans le
premier estoit representé un
Soleil avec les Armes de Fran-
ce, entourées de ces mots,
VEL SOLO LUMINE
TERRET.
Réjouissances.
105
Dans le deuxième, les Armes
de Monseigneur, avec une Eroi-
le au dessous d'un Soleil, & ces
paroles,
SOLIS IGNIBUS ARDET.
Les Armes de Bourgogne
estoient peintes dans le troisié-
me, & on y avoit representé un
fusil qui tuë le gibier aupara-
vant que la flame paroisse.
ANTE FERIT QUAM FLAM-
MA MICET.
Ce qui convient parfaite-
ment bien à ce Prince, puis-
qu'à peine a t'il paru devant
Brizac que cette Ville s'est
renduë.
106 Réjouissances.
Et dans le quatrième, les
Armes de Bretagne paroissoient
avec un Aiglon naissant, qui vo-
loit aprés un Aigle qui regar-
doit le Soleil, autour desquels
on lisoit,
JAM VOTIS SEQUITUR
PATREM , &c.
Il y avoit trois échafauts
dans la cour du College ; les
Pensionnaires estoient sur celuy
du milieu, afin de n'estre point
mêlez avec la foule du peuple,
qui court ordinairement à ces
sortes de spectacles. Les écha-
fauts qui estoient des deux cô-
tez estoient remplis de Haut-
bois, de Violons, de Timballes
& de Trompettes.
les Professeurs de ce
Mr
Réjouissances.
107
grand College firent paroître
leur esprit & leur zele, ayant
fait quantité de devises & d'in-
ſcriptions à l'honneur du nou-
veau Prince, que les lumieres
faisoient briller de tous côtez;
celle qui suit reçût beaucoup
d'applaudissement, elle est de
Mr des Authieux, Regent de
la troisième Classe.
PARVULUS ENIM NATUS
EST NOBIS.
PATER FUTURI SECULI,
PRINCEPS PACIS.
C'est un Prince du Paix que le
Ciel nous envoye,
pur Sang de LOUIS le
Le
grand;
On
le verra comme luy con-
querant,
Rejouissances.
108
Il fait déja du Peuple & l'amour
& la joye.
L'attention des spectateurs
fut reveillée par quantité d'ar-
tifices qu'on tira du clocher du
College, dont les Pensionnai-
res l'avoient fait remplir. Cet
Artifice divertit beaucoup; la
feſte ſe termina par une déchar-
ge de boëtes, aprés quoy l'as-
semblée ſe ſepara à plus de deux
heures aprés minuit.
Je ne puis vous parler icy
qu'en gros de quantité de Fê-
tes qui ont duré plusieurs jours
& qui ont commencé dés le
jour même de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne; quoique ces Fêtes n'ayent
esté faites que par des particu-
Rejouissances.
109
liers & dans des lieux plus res-
serrez, que ceux où sontlogez les
personnes d'une grande distin-
ction; ces Fêtes quoique faites
dans des lieux moins étendus,
ont eu tout le brillant, toute la
galanterie, & l'on pourroit mê-
me a joûter, une partie de la ma-
gnificence en petit qui ont
paru chez de plus grands Sei-
gneurs. L'effusion du cour &
le zele paroiſſoient ſur le viſa-
ge de ces dignes Sujets, chez
qui tous ceux qui vouloient
boire à la ſanté du Roy & de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne étoient bien reçûs. Mr d'I-
vry, Mr Hatenville & Mr de
Gillon sont du nombre de ceux
dont les réjouissances ont duré
pendant plusieurs jours, & ont
Réjouissances.
110
eſté des plus vives & des plus
remarquées entre ces particu-
liers. Mr Silvestre, qui a eu
l'honneur de montrer à dessi-
ner à Monseigneur le Duc de
Bourgogne, n a pas moins mar-
qué sa joye, en faisant faire des
feux & distribuer du vin pen-
dant huit jours, à commencer
du jour de la naissance qu nou-
veau Prince. Les Bourgeois du
Cul-de-sac de l'Opera firent
dresser dans leur Cul-de-sac un
Treillage en forme de Portique
sur lequel ils firent attacher
beaucoup de Lamprons, d'où
l'on vit sortir quelques fusées
volantes; quoique cette Fête
fût considerable pour les Bour-
geois qui l'ont fait faire, elle
ne l'étoit pas pour Mr de Fran-
Réjouissances.
III
cine, à qui quelques gens ont
malicieusement voulu l'attri-
buer; ſi elle avoit esté de lui,
il auroit donnè l'Opera gratis
le jour même, ainsi qu'à toû-
jours fait Mr de Lully dans les
grands évenemens, & de même
que les Comediens ont fait,
aussi- tôt qu'ils ont appris la
naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, ce qu'ils ont
accompagné de grandes illu-
minations, & destout ce que
l'on pouvoit attendre d'eux; au
lieu que dans la Feste du Cul-
de-sac de l'Opera, attribuée à
Mr de Francine, il n'y avoit
rien de ce que l'on devoit at-
tendre de lui, & l'on est per-
suadé qu'un homme qui aime
autant la belle depense & qui
Juillet 1704. 11. P.
K
Réjouissances.
112
se distingue par-la, n'auroit
rien épargné pour ce qui re-
garde la gloire du Roy & de
l'Etat. Il est à croire qu'il a
pris du temps pour se prepa-
rer à quelque chose de grand,
& qu'il veut estre des derniers à
douner des marques de sa joye,
afin que l'idée de sa magnificen-
ce ne soit point effacée dans.
le public par les grandes Fêtes
qui auroient pû suivre la sienne.
J'ay crû lui devoir rendre cette
juſtice, afin de détruire les
bruits que les mal intentionnez-
pour lui ont fait courir, en
disant qu'un homme qui a tiré
de si grandes sommes de l'Ope-
ra par le privilege qu'il a plû
au Roy de lui accorder, n'a
marqué sa reconnoissance que
Réjouissances.
113
par une bagatelle beaucoup au
dessous des Festes qui ont esté
faites par de simples Mar
chands.
Je devois vous patler plûtost
des réjouissances qui ont esté
faites par Mr Fieschi, Nonce
Extraordinaire, il fit mettre six
gros flambeaux de cire blanche
a chaque fenestre de son Hostel,
il donna un magnifique repas,
qui fut accompagne d'un grand
Concert & d'une belle Sym-
phonie. On alluma six feuxen
même temps devant cet Hostel,
& ce Nonce ayant donné par
llà les mêmes marques de joye
qu'il fit éclater à l'exaltation
du Saint Pere qui occupe au-
jourd hui si dignement la Chai-
re de Saint Pierre, ila fait con-
Rejouissances.
1I4.
noistre qu'il regarde le Roy
comme le Fils ainé de l'Eglise
& le premier Monarque du
monde.
Mr le Marquis de Dangeau
a donné également des mar-
ques de sa joye à Versailles &
à Paris. Il fit non seulement
éclairer dedans & dehors l'Hô-
tel qu'il a à la Place Royale,
mais il fit aussi illuminer la fi-
gure Equestre qui est au mi-
lieu de la même Place: il don-
na un somptueux repas, pen-
dant lequel les 24 Violons se
firent entendre ; il fit tirer de
l'artifice pendant toute la soi-
rée, & comme le bruit de cette
Feste avoit attiré beaucoup de
monde, & que la Place Royale
étoit remplie de Carosses, Mr
Réjouissances.
115
le Marquis de Dangeau envoya
des liqueurs & des rafraichisse-
ment à tous ceux qui étoient
dans ces Carosses, & qui rou-
loient dans la Place
Mr de Courcelles, Gentil-
homme servant de Madame la
Duchesse de Bourgogne, qui
loge dans l'Isle Nostre Dame,
se distingua aussi beaucoup; il
fit tirer un feu d'artifice sur
l'eau, au bruit de plusieurs in-
strumens guerriers & d'une
Symphonie plus douce, qui se
firent entendre tour à tour. La
situation du lieu rendit cette
Feſte des plus agreables, où les
lumieres & le vin ne manque-
rent point.
Pendant que les uns buvoient
à la ſanté de la famille Royale,
les autres faisoient des Prieres
116
Réjouissances.
au Ciel pour cette auguste fa-
mille: La Confrerie de Nostre-
Dame de bonne delivrance fit
chanter un Te Deum dans l'E-
glise de S Estienne des Grecs
avec beaucoup de magnifi-
ccence, X une grande Musique.
Les Barnabites dont je vous
ay déja parlé, & qui avoient
des premiers fait éclater leur
Hoye, en firent aussi chanter un
avec beaucoup de solemnité.
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714
p. 116-130
« Je passe au détail d'une Feste dont la Relation est generalement / Il suffiroit, Monsieur, de vous mander que Monsieur Mansart a [...] »
Début :
Je passe au détail d'une Feste dont la Relation est generalement / Il suffiroit, Monsieur, de vous mander que Monsieur Mansart a [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Je passe au détail d'une Feste dont la Relation est generalement / Il suffiroit, Monsieur, de vous mander que Monsieur Mansart a [...] »
Je passe au détail d'une Feste
dont la Relation est generalement
attendue. Je m'étois pro-
poté d'en faire la description,
& je me faisois un plaisir de
travailler sur cette matiere
mais avant trouvé une Lettre
toute faite, qu un plus habile
homme que moi, & qui entend
Réjouissances.
117
mieux cette matiere, écrivoit
à un de ses amis à Bruxelles,
ie l'ay prié de m'en donner une
copie, il a bien voulu me faire
ce plaisir. Voici cette Lettre.
Il suffiroit, Monsieur, de vous
mander que Monsieur Mansart
a donné une Feste au public, au
sujet de la naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, pour que
vous fussiez persuaede que celte Feste
a esté des plus galantes, des mieux
ordonnées & des plus magnisiques.
Vous connoissez assez son zele pour
le Roy & l'empressement qu'il a de
le marquer en toutes choses, pour
croire qu'il n'a manque à rien, en
cette occasion, pour se distinguer
entre tous les Sujets de Sa Majeste,
qui ont donné des marques de len
Réjovissances.
118
joye pourun si beureux évenement.
Mr Mansart fit le projet de cette
Feste le Lundy. 30. du mois de Juin,
& en fixa le jour au Mercredy 2.
Juillet; vous scavez qu'il n'est pas
moins vif à faire executer ses pro-
jets, que son imagination est prom-
pte à les lui fournir; & quoiqu'on
eust eu peu de temps pour s'y préparer,
tout ne laissa pas de reussir selon ses
intentions, & de maniere que tous
ceux qui ont vu cette Feste, sont
convenus que le gout & l'ordonnance
ont surpassé la dépense, quoiqu'as-
sez considerable. Ce qui mafait
croire que vous ne serez pas faché
de voir la relation que je vous en-
Voye.
Vous connoißer la situation de sa
maison, dont l'aspect du costé du
rempari esttres-beau, l'etenduè de
son
Réjouissances.
119
son jardin qui est borné par le rem-
part, & le grand Bastion qui se
trouve en face de cette maison (c'est
de ce coste que cette charmante Feste
a esté disposee.
La façade qui est tres-ornée
d' Architecture, estoit illuminée de-
puis le haut du comble jusqu'au bas
avec des lamprons de fer-blanc,
attachez sur des tringles de bois qui
marquoient toute la decoration
d'Architecture, ensorte qu'il n'y
avoit point de corps, d'arriere corps,
de refends, de membres de corni-
ches, & de frontons qui ne fussent
marquez, & dessinez tres regulie-
rement par les lumieres. Le Balcon
soutenu de Colonnes qui regne le
long de cette face, étoit pareille-
ment illuminé, & il y avoit six
Lustres de cristal à douxe bougies
Juillet 1704. II. P. L
120 Réjouissances.
chacun, qui pendoient dans le mi-
lieu de chaque intervalle de colon-
nes; les appartemens du dedans de
la maison estoient remplis d'une
infinité de bougies dans des Lustres,
dans des Girandolles , dans des
flambeaux d'argent, & dans des
bras dorez, & on avoit mis au mi-
lieu de chaque croisée de la façade
illuminée, un gueridon de bois dorè,
& dessus une girandolle de cristal
garnie de bougies qui remplißoient
le vuide des croisees, & faisoient
un ties-bel effet avec le reste de
Pillumination.
Le jardin étoit garni de grosses
terrines espacées egalement sur le
haut de tous les murs qui le renfer-
ment. Le fonds opposé à la face de
la maison avoit son illumination
particuliere. La niche du milieu
Réjouissances.
121
dans laquelle est la Statuë en pied
de Sa Majesté, étoit decorée de
lamprons qui marquoient les pi-
lastres, les consoles aux costez, le
chambranle, & les principaux
membres de la corniche en fronton,
qui couronnent cette niche. Le pied
destal de la Statuë étoit garni de
lumieres qui en marquoient la cor-
niche, la base & les tables. Au
dessus de la teste du Roy, dans le
milieu de la niche, pendoit un Lus-
tre de cristal a douze bougies dont
le deßtus formoit une couronne. Les
treillages, & cabinets de verdure
aux deux costez de la niche qui for-
ment la decoration de ce fonds,
estoient pareillement illuminez de
lamprons qui formoient des pilas-
tres à tous les corps, des chambran-
les autour des arcades des cabinets,
Lij
Réjouissances.
122
& qui marquoient une corniche qui
couronnoit tout ce fonds. Au milieu
de chaque porte des cabinets pen-
doit un Lustre de cristal à huit bou-
gies ; & les allées du jardin & le
tour du bassin étoient garnis de
großes terrines espacées entre les va-
ses à fleurs qui le decorent. Le grand
nombre de Dames parèes qui rem-
plißoient le jardin, en augmentoit
le brillant; les unes se promenoient,
les autres assises par troupes sur des
sieges qu'on y avoit mis exprès
consideroient la disposition de la
Feste, & écoutoient les Conceris de
Musique, en sorte que cela parois-
soit plustot un Sallon decoré qu'un
jardin, & servoit d'un aspect
agréable a ceux qui étoient dans
le dedans de la maison.
Toute cette illumination étois
Réjouissanes.
123
soùtenuë & terminée par une autie
tres. magnifique qui estoit en dehors
sur le rémpart, joignant le mut qui
borne le jardin. Vous scavez que ce
jardin est beaucoup plus bas que
le rempart, & que le mur du bout
par le costé dudit rempart n'a que
six pieds de haut. Tout ce mur étoit
peint en dehors d'une decoration de
marbre ornèe de corps, de tables &
de pilastres, & couronné d'une cor-
niche; sur l'avant corps du milien
estoient les Armes du Roy, soute-
nues par deux Anges, & sur tous les
pilastres estoient des vases couplez.
Toute la corniche du baut de ce mur
estoit garnie de terrines, de feux
d'artifices & de lances à feu. Sur le
haut des vases estoient de grosses
lumieres qui formoient des especes
de torcheres. A chaque bout de cetie
Lii
Réjouissances.
124
decoration estoit un morceau d'Av-
chitecture de trois colonnes posees sur
un piédestal triangulaire par son
plan. Ces colonnes porioient une
architrave, frise & corniche for-
mant le même plan; & au dessus
estoit une piramide de quinze pieds
de haut, sur l'amortissement de la-
quelle estoit un vase jettant une
grande flamme. Ces deux morceaux
d'Architecture estoient placez de
maniere que toute l'illumination de
la maison paroissoit entre deux. Les
colonnes, les corniches, & les pié-
destaux estoient peints en marbre
& estoient illuminez aussi-bien que
les piramides d'une tres-grande
quantitè de lamprons & de terri-
nes, marquant l'Architecture, &
mème la forme des colonnes torses.
Sous le plafonds de ces trois colon-
Réjouissances. 125
nes pendoit une fleur de lis à jour,
& à trois faces, remplie de lumieres
qui formoient une maniere de Lus-
tre, & au bas entre les bases estoit
une estoille illuminée Il n'y avoit
point de plus beau coup d'œil ny
mieux entendu que celui que le
tout ensemble offroit, tant du costé
du rampart que du dedans de la
maison. Sous les piédestaux qui
portoient ces colonnes, estoient des
pieces de vin qui couloient continuel-
lement par des robinets faits ex-
prés.
Sur le milieu du bastion, en face
de la maison, estoit un parc de
quinze toises en quarrè, renfermè
d'une barriere , où estoit arrange
tout l'artifice qui composoit le feu.
Au tour de ce parc & le long des
faces du bastion on avoit rangé deux
L iii
126
Réjouissances.
cens boëtes qui devoient tifer avant
le feu. Voila nostre disposition, qui
je croy, vous plaira tres-fort, comme
elle a plu à tout le monde. Le lien
estant grand & spacieux pour les
pectateurs; car vous connoissez la
grandeur du bastion qui est en face
de cette maison, & les avenuës du
rempart qui y aboutissent; aussi ce
lieu estoit- il rempli de plus de deux
mille Carosses, & d'un peuple in-
fini; tout estoit plein jusques dans
les maisons du Fauxbourg qui sont
vis-à-vis, cependant il n'y a pas
eu le moindre defordre, à cause de
l'etendue de la Place, & des diffe-
rens Corps de gardes qui estoient
disposez par tout, pour conserver
l'ordre & la tranquillité.
La Feste commença par les Trom-
pettes & les Timballes qui estoient
Réjouissances.
125
placez sur un des balcons de l'ap-
partement de Mr Mansart, aus-
quelles repondoient des Hautbois
qui estoient daus l'autre balcon à
costé, & qui se faisoient entendre à
tous les spectateurs qui estoient sur
le rempart. Mr Philidor conduisoit
cette Musique qui estoit composée de
toul ce que le Roy a de meilleur,
En bas dans le jardin, estoit un
Chœeur de vingt instrumens de l'O-
pera, qui jouoient dans les temps
que ceux des balcons se reposoient,
& se mestoient quelque fois avec
eux. L'illumination commençaà
buit heures & demie, & quoiqu'il
y eust plus de dix mille lamprons
& terrines, elle ne fut pas une de-
mie heure à allumer. Il y avoit
une nombreuse compagnie dans la
maison, qui avoit esté priée a sou-
Réjouissances.
128
per. On y servit deux tables de 10.
couvers chacune, qui avoient esté
preparées dans le grand sallon de
l'appartement bas, aurés de chaus-
see du jardin.
Pendant le souper les instrumens
joierent, & l'on avoit ordonné à
ceux qui gardoient de laisser entrer
toutes les personues de distinction; &
comme la Salle où l'on mangeoit
servoit de passage au jardin, on
voyoit une foule continuelle de gens
qui passoient entre les deux tables
pour aller au jardin, & d'auires
qui montoient dans les apparte-
mens qui estoient ouverts; de ma-
niere que la maison estoit pleine
sans confusion, y ayant une bonne
Garde à la porte, & des Suisses à
toutes les portes des appartemens,
pour empècher le menu peuple d'en-
srer.
Réjouissances.
129
Al'ißue du souper, on donna le
fignal à ceux qui devoient titer pour
le feu ; il fut precedé de 200 boëtes
& de 60 fusées volantes toutes
tres-belles. L'artifice dura prés
d'une heure & fit des effets admira-
bles & tres-singuliers, à cause de la
quantité de pots & de balons de
feu, & de grosses fusees qui rem-
plißoient l'air & faisoient un com-
bat continuel.
Le feu estant achevé de tirer, on
commença le Bal dans la maison,
qui dura jusqu'à trois heures du
matin, & pendani lequel on ser-
vit une collation magnisique, & des
rafraîchissemens à tous ceux qui
entrerent.
Joubliois de vous dire que dans
la baße-cour, l'on avoit fait un
hangard, où l'on avoit servi deux
130 Réjovissances.
tables, où plus de quatre-vingt
personnes mangerent, & qu'on y
avoit defoncè six pieces de vin qui
servirent à desalterer ceux que le
feu de l'illumination avoit trop
échauffez se suis persuadé que vous
serez tres-content de cette Feste qui
a estè aussi magnifique que galante,
& qui a fait un honneur infini à
Mr Mansart.
dont la Relation est generalement
attendue. Je m'étois pro-
poté d'en faire la description,
& je me faisois un plaisir de
travailler sur cette matiere
mais avant trouvé une Lettre
toute faite, qu un plus habile
homme que moi, & qui entend
Réjouissances.
117
mieux cette matiere, écrivoit
à un de ses amis à Bruxelles,
ie l'ay prié de m'en donner une
copie, il a bien voulu me faire
ce plaisir. Voici cette Lettre.
Il suffiroit, Monsieur, de vous
mander que Monsieur Mansart
a donné une Feste au public, au
sujet de la naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, pour que
vous fussiez persuaede que celte Feste
a esté des plus galantes, des mieux
ordonnées & des plus magnisiques.
Vous connoissez assez son zele pour
le Roy & l'empressement qu'il a de
le marquer en toutes choses, pour
croire qu'il n'a manque à rien, en
cette occasion, pour se distinguer
entre tous les Sujets de Sa Majeste,
qui ont donné des marques de len
Réjovissances.
118
joye pourun si beureux évenement.
Mr Mansart fit le projet de cette
Feste le Lundy. 30. du mois de Juin,
& en fixa le jour au Mercredy 2.
Juillet; vous scavez qu'il n'est pas
moins vif à faire executer ses pro-
jets, que son imagination est prom-
pte à les lui fournir; & quoiqu'on
eust eu peu de temps pour s'y préparer,
tout ne laissa pas de reussir selon ses
intentions, & de maniere que tous
ceux qui ont vu cette Feste, sont
convenus que le gout & l'ordonnance
ont surpassé la dépense, quoiqu'as-
sez considerable. Ce qui mafait
croire que vous ne serez pas faché
de voir la relation que je vous en-
Voye.
Vous connoißer la situation de sa
maison, dont l'aspect du costé du
rempari esttres-beau, l'etenduè de
son
Réjouissances.
119
son jardin qui est borné par le rem-
part, & le grand Bastion qui se
trouve en face de cette maison (c'est
de ce coste que cette charmante Feste
a esté disposee.
La façade qui est tres-ornée
d' Architecture, estoit illuminée de-
puis le haut du comble jusqu'au bas
avec des lamprons de fer-blanc,
attachez sur des tringles de bois qui
marquoient toute la decoration
d'Architecture, ensorte qu'il n'y
avoit point de corps, d'arriere corps,
de refends, de membres de corni-
ches, & de frontons qui ne fussent
marquez, & dessinez tres regulie-
rement par les lumieres. Le Balcon
soutenu de Colonnes qui regne le
long de cette face, étoit pareille-
ment illuminé, & il y avoit six
Lustres de cristal à douxe bougies
Juillet 1704. II. P. L
120 Réjouissances.
chacun, qui pendoient dans le mi-
lieu de chaque intervalle de colon-
nes; les appartemens du dedans de
la maison estoient remplis d'une
infinité de bougies dans des Lustres,
dans des Girandolles , dans des
flambeaux d'argent, & dans des
bras dorez, & on avoit mis au mi-
lieu de chaque croisée de la façade
illuminée, un gueridon de bois dorè,
& dessus une girandolle de cristal
garnie de bougies qui remplißoient
le vuide des croisees, & faisoient
un ties-bel effet avec le reste de
Pillumination.
Le jardin étoit garni de grosses
terrines espacées egalement sur le
haut de tous les murs qui le renfer-
ment. Le fonds opposé à la face de
la maison avoit son illumination
particuliere. La niche du milieu
Réjouissances.
121
dans laquelle est la Statuë en pied
de Sa Majesté, étoit decorée de
lamprons qui marquoient les pi-
lastres, les consoles aux costez, le
chambranle, & les principaux
membres de la corniche en fronton,
qui couronnent cette niche. Le pied
destal de la Statuë étoit garni de
lumieres qui en marquoient la cor-
niche, la base & les tables. Au
dessus de la teste du Roy, dans le
milieu de la niche, pendoit un Lus-
tre de cristal a douze bougies dont
le deßtus formoit une couronne. Les
treillages, & cabinets de verdure
aux deux costez de la niche qui for-
ment la decoration de ce fonds,
estoient pareillement illuminez de
lamprons qui formoient des pilas-
tres à tous les corps, des chambran-
les autour des arcades des cabinets,
Lij
Réjouissances.
122
& qui marquoient une corniche qui
couronnoit tout ce fonds. Au milieu
de chaque porte des cabinets pen-
doit un Lustre de cristal à huit bou-
gies ; & les allées du jardin & le
tour du bassin étoient garnis de
großes terrines espacées entre les va-
ses à fleurs qui le decorent. Le grand
nombre de Dames parèes qui rem-
plißoient le jardin, en augmentoit
le brillant; les unes se promenoient,
les autres assises par troupes sur des
sieges qu'on y avoit mis exprès
consideroient la disposition de la
Feste, & écoutoient les Conceris de
Musique, en sorte que cela parois-
soit plustot un Sallon decoré qu'un
jardin, & servoit d'un aspect
agréable a ceux qui étoient dans
le dedans de la maison.
Toute cette illumination étois
Réjouissanes.
123
soùtenuë & terminée par une autie
tres. magnifique qui estoit en dehors
sur le rémpart, joignant le mut qui
borne le jardin. Vous scavez que ce
jardin est beaucoup plus bas que
le rempart, & que le mur du bout
par le costé dudit rempart n'a que
six pieds de haut. Tout ce mur étoit
peint en dehors d'une decoration de
marbre ornèe de corps, de tables &
de pilastres, & couronné d'une cor-
niche; sur l'avant corps du milien
estoient les Armes du Roy, soute-
nues par deux Anges, & sur tous les
pilastres estoient des vases couplez.
Toute la corniche du baut de ce mur
estoit garnie de terrines, de feux
d'artifices & de lances à feu. Sur le
haut des vases estoient de grosses
lumieres qui formoient des especes
de torcheres. A chaque bout de cetie
Lii
Réjouissances.
124
decoration estoit un morceau d'Av-
chitecture de trois colonnes posees sur
un piédestal triangulaire par son
plan. Ces colonnes porioient une
architrave, frise & corniche for-
mant le même plan; & au dessus
estoit une piramide de quinze pieds
de haut, sur l'amortissement de la-
quelle estoit un vase jettant une
grande flamme. Ces deux morceaux
d'Architecture estoient placez de
maniere que toute l'illumination de
la maison paroissoit entre deux. Les
colonnes, les corniches, & les pié-
destaux estoient peints en marbre
& estoient illuminez aussi-bien que
les piramides d'une tres-grande
quantitè de lamprons & de terri-
nes, marquant l'Architecture, &
mème la forme des colonnes torses.
Sous le plafonds de ces trois colon-
Réjouissances. 125
nes pendoit une fleur de lis à jour,
& à trois faces, remplie de lumieres
qui formoient une maniere de Lus-
tre, & au bas entre les bases estoit
une estoille illuminée Il n'y avoit
point de plus beau coup d'œil ny
mieux entendu que celui que le
tout ensemble offroit, tant du costé
du rampart que du dedans de la
maison. Sous les piédestaux qui
portoient ces colonnes, estoient des
pieces de vin qui couloient continuel-
lement par des robinets faits ex-
prés.
Sur le milieu du bastion, en face
de la maison, estoit un parc de
quinze toises en quarrè, renfermè
d'une barriere , où estoit arrange
tout l'artifice qui composoit le feu.
Au tour de ce parc & le long des
faces du bastion on avoit rangé deux
L iii
126
Réjouissances.
cens boëtes qui devoient tifer avant
le feu. Voila nostre disposition, qui
je croy, vous plaira tres-fort, comme
elle a plu à tout le monde. Le lien
estant grand & spacieux pour les
pectateurs; car vous connoissez la
grandeur du bastion qui est en face
de cette maison, & les avenuës du
rempart qui y aboutissent; aussi ce
lieu estoit- il rempli de plus de deux
mille Carosses, & d'un peuple in-
fini; tout estoit plein jusques dans
les maisons du Fauxbourg qui sont
vis-à-vis, cependant il n'y a pas
eu le moindre defordre, à cause de
l'etendue de la Place, & des diffe-
rens Corps de gardes qui estoient
disposez par tout, pour conserver
l'ordre & la tranquillité.
La Feste commença par les Trom-
pettes & les Timballes qui estoient
Réjouissances.
125
placez sur un des balcons de l'ap-
partement de Mr Mansart, aus-
quelles repondoient des Hautbois
qui estoient daus l'autre balcon à
costé, & qui se faisoient entendre à
tous les spectateurs qui estoient sur
le rempart. Mr Philidor conduisoit
cette Musique qui estoit composée de
toul ce que le Roy a de meilleur,
En bas dans le jardin, estoit un
Chœeur de vingt instrumens de l'O-
pera, qui jouoient dans les temps
que ceux des balcons se reposoient,
& se mestoient quelque fois avec
eux. L'illumination commençaà
buit heures & demie, & quoiqu'il
y eust plus de dix mille lamprons
& terrines, elle ne fut pas une de-
mie heure à allumer. Il y avoit
une nombreuse compagnie dans la
maison, qui avoit esté priée a sou-
Réjouissances.
128
per. On y servit deux tables de 10.
couvers chacune, qui avoient esté
preparées dans le grand sallon de
l'appartement bas, aurés de chaus-
see du jardin.
Pendant le souper les instrumens
joierent, & l'on avoit ordonné à
ceux qui gardoient de laisser entrer
toutes les personues de distinction; &
comme la Salle où l'on mangeoit
servoit de passage au jardin, on
voyoit une foule continuelle de gens
qui passoient entre les deux tables
pour aller au jardin, & d'auires
qui montoient dans les apparte-
mens qui estoient ouverts; de ma-
niere que la maison estoit pleine
sans confusion, y ayant une bonne
Garde à la porte, & des Suisses à
toutes les portes des appartemens,
pour empècher le menu peuple d'en-
srer.
Réjouissances.
129
Al'ißue du souper, on donna le
fignal à ceux qui devoient titer pour
le feu ; il fut precedé de 200 boëtes
& de 60 fusées volantes toutes
tres-belles. L'artifice dura prés
d'une heure & fit des effets admira-
bles & tres-singuliers, à cause de la
quantité de pots & de balons de
feu, & de grosses fusees qui rem-
plißoient l'air & faisoient un com-
bat continuel.
Le feu estant achevé de tirer, on
commença le Bal dans la maison,
qui dura jusqu'à trois heures du
matin, & pendani lequel on ser-
vit une collation magnisique, & des
rafraîchissemens à tous ceux qui
entrerent.
Joubliois de vous dire que dans
la baße-cour, l'on avoit fait un
hangard, où l'on avoit servi deux
130 Réjovissances.
tables, où plus de quatre-vingt
personnes mangerent, & qu'on y
avoit defoncè six pieces de vin qui
servirent à desalterer ceux que le
feu de l'illumination avoit trop
échauffez se suis persuadé que vous
serez tres-content de cette Feste qui
a estè aussi magnifique que galante,
& qui a fait un honneur infini à
Mr Mansart.
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715
p. 130-190
« Je vous ay parlé de la premiere Feste de Mr Lhuillier ; [...] »
Début :
Je vous ay parlé de la premiere Feste de Mr Lhuillier ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Je vous ay parlé de la premiere Feste de Mr Lhuillier ; [...] »
Je vous ay parlé de la premiere
Feste de Mr Lhuillier ;
il donna la seconde le 5. de
Juillet. La construction de sa
Maison située au milieu de la
Place de Louis le Grand, à
main gauche en entrant par la
ruë Saint Honoré, fournit une
disposition avantageuse pour
une illumination magnifique;
Réjouissances.
131
elle a quatre étages dont cha-
cun à huit croisées; l'avant-
corps du milieu est orné de huit
colonnes d'ordre Corinthien,
avec les plaintes, les frises, les
architraves, les corniches, &
l'entablement surmonté d'un
fronton, sur lequel sont cou-
chées deux figures, à droite &
à gauche, qui representent &
embrassent les armes de Sa Ma-
jesté qui sont dans le fronton.
Cette ordonnance & cette Ar-
chitecture estoient suivies &
marquées en illumination de-
puis le bas jusqu'au haut, dans
toute leur étenduë, & faisoient
un effet qu'on ne peut décrire.
Un Soleil rayonnant au dessus
de ce fronton brilloit avec plus
d'éclat encote, & paroissoit
Réjouissances.
132
tourner dans sa Sphere, tan-
tost en s'éloignant, tantost en
s'approchant de l'horison. Tou-
tes ces lumieres se répandoient
dans la place où elles sem-
bloient rappeller le jour, &
faisoient voir distinctement la
Statuë Equestre de Sa Majesté,
qu'on y a élevée en bronze sur
un piédestal de marbre blanc.
La porte de la maison ayant
eſté ouverte, laiſſa voir la cour
éclairée d'une infinité de flam-
beaux; la grille qui separe le
jardin étoit imitée en illumi-
nation, & du milieu il s'élevoit
une piramide de lumieres, qui
portoit une face de Soleil.
Pendant que le public étoit
occupé avec admiration par ce
spectacle pompeux, que le vin
Réjovissances.
132
& d'autres rafraschissemens se
distribuoient dans la Place,
aux fanfares des Trompettes;
une Assemblée nombreuse de
personnes de la premiere qua-
lité estoit divertie par des Vio-
lons & des Hautbois dans les
appartemens de la maison,
éclairez de quantité de lustres,
dont les lumieres se communi-
quoient à la Place & se joi-
gnoient en perspective, à l'il-
lumination du dehors.
Cette Assemblée se parta-
geoit sans affectation & sans
contrainte entre la danse & la
conversation dont la grandeur
du Roy, la suite de la Maison
Royale, l'état du Heros nais-
sant & le bonheur de la Monar-
chie, fournissoient un sujet
inépuisable, & interessant.
134. Réjouissances.
Une collation aussi galante
que magnifique étoit dressée
au pourtour d'une des princi-
pales pieces du logis, sur des
tables & sur des gradins entre-
mêlez d'Orangers; les gradins
étoient garnis de jattes de por
celaines remplies de toutes for-
tes de fruits & de corbeilles
d'argent chargées de confitures
les plus exquises; les tables
étoient couvertes de soucou-
pes, de caraffes & de toutes les
liqueurs & de toutes les glaces
qu'on peut s'imaginer, ces ta
bles & ces gradins étant ornez
de girandoles & de fleurs dans
les intervalles; en sorte que
tout cet arrangement, dans une
symmetrie reguliere, formoit
une superbe décoration pour la
3
Réjouissance.
vûë, tandis qu'il offroit au
goût de quoi se satisfaire,
Chacun alloit choifir ce qui
étoit du sien, & n'avoit qu'à
passer d'une chambre dans une
autre , pour partager tour à
tour ces plaisirs differens; les
Cavaliers détachoient les fleurs
des Orangers, & les semoient
aux pieds des Dames qu'ils se
faisoient un merite de servir à
l'envy.
On ne s'étoit point attendu
à un feu d'artifice ; il n'y en
avoit point de dressé dans la
Place ; on en vit partir tout à
coup une aussi grande quantité
de fusées volantes, de saucis-
sons, de lances & de pots à feu,
que s'ils étoient sortis de terre;
en sorte que la surprise en aug
Juillet 1704. II. P. M
136
Réjouissances.
menta le plaisir; le bruit des
Timballes & Trompettes se
joignit à celuy de l'artifice pour
terminer cette galante Feste.
Les Communautez les plus re-
gulieres n'ont rien oubliees de ce
qui peut faire éclater leur zele
pour la gloire d'un Monarque,
qui les honore de sa bienveil-
lance & de sa protection; les
Capucins entr autres ont fait
plus qu'on ne devoit attendre
d'eux. Mais l'affection & l'esti-
me des Peuples leur est une res-
source dans les occasions, où ils
trouvent ce qui leur manque
d'ailleurs. Ils ont fait des feux
& des illuminations dans toutes
leurs Maisons & sur tout dans
leur premier Convent situé dans
la ruë S. Honoré. Il s'y est fait
Réjovissances.
13
une Feste dont le détail vous
fera plaisir. Voicy comment
elle s'eſt paſsée.
Le Mardii Juillet une Com-
pagnie des Gardes Suisses, &
une Compagnie des Archers du
Guet, furent postées aux ave-
nues du Convent pour empê-
cher le defordre. Sur les huit
heures du soir la Cour fut illu-
minée dedans & dehors, par
deux cens fanaux, qui firent
découvrir un édifice, dont la
face estoit composée de six
grands Pilastres, d'ordre Corin-
thien, qui imitoient le marbre
jaspé, sur un arriere-corps de
marbre noir & blanc; les cha-
piteaux & les ambases étoient
dorez; les piédestaux, les cor-
niches, les frises, & les archi-
Mi
138
Réjouissances.
traves, estoient surmontez d'u-
ne balustrade de deux pieds de
haut, le tout paroissant d'un
tres beau marbre; Les six Pi-
lastres accouplez partageoient
deux grandes niches, formées
de matiere diaphane, éclairées
par derriere & ornées chacune
de trois festons avec leurs pen-
dans, dorez & posez en guir-
lande. Sur cet édifice, à la par-
tie superieure, paroissoit la fi-
gure du Roy sous un Dais assez
riche accompagné de quatre
grands écussons remplis de dé-
vises, scavoir. De France, Dau-
phiné, Bourgogne, & Bretagne.
Qui marquoient les quatre
generations. A la droite de S.
M. paroissoit un Ange qui des-
cendoit du Ciel, & tenoit en-
Réjouissances.
9
tre ses mains le jeune Prince
qu'il presentoit à la France, en
disant ces paroles.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET Do-
MINUM.
C'est ainsi que sera comblé de
benedictions l'homme qui craini le
Seigneur.
VIDEBIT SEMEN LON-
GAEVUM.
Il verra une longue posterite.
On voyoit à la gauche du
Roy, la France à genoux tour-
née de son coſté, les yeux au
Ciel, étendant les bras pour
recevoir l'Enfant, & qui rendoit
à Dieu des actions de graces.
Réjouissances.
140
DESIDERIUM CORDIS
EJUS, TRIBUISTI EI DO-
MINE.
Je vous remertie grand Dieu qui
avez rempli le desir de son cœeur.
Au milieu eſtoit placée l'E-
glise, la Croix à la main, don-
nant au Prince nouveau né des
benedictions.
BENEDICAT TIBI DOMINUS
EX SION; VIDEAS BONA
JERUSALEM OMNIBUS
DIEBUS VITAE TUAE; ET
VIDEAS FILIOS FILIO-
RUM TUORUM, PACEM su-
PER ISRAEL?
Que le Seigneur vous benisse, de
Rejouissances.
141
la Sainte Sion, Royal Enfant?
Que vous ne perdiez jamais de
veuè les biens de la Jerusalem Ce-
leste. Que vous voyez les Enfans
de vos Enfans, jouissans d'une paix
solide en tout Ifrael.
SERVIANT TIBI POPULI
ADORENT TE TKIBUS.
Que les Peuples vous soient soù-
mis; que les Provinces vous respe-
ctent.
La Renommée un peu élevée
terminoit le grouppe & embou-
choit sa Trompette d'où sor-
toient ces paroles.
NON RECEDET MEMORIA
EJUS ET NOMEN EJUS RE-
142 Réjovissances.
QUIRETUR A GENERATIO-
NEIN GENERATIONEM.
Sa memoire ne tombera jamais
dans l'oubli, & son nom se trans-
mettra avec gloite de generation en
generation.
Ou bien ces paroles.
GENERATIONEM EJUS
QUIS ENARRABIT!
Qui pourra dignement louer la
noblesse de son sang, raconter le
nombre de ses Neveux!
On voyoit au bas dans les ni-
ches de la face, deux grandes
Statuës sur des piédestaux, re-
presentant des Sibilles qui pro-
nonçoient
Réjouissances.
143
nonçoient sur la destinée du
nouveau Prince, ces oracles
écrits sur des tables qu'elles te-
noient en leurs mains.
QUIS PUTAS PUER ISTE RITE
Qui pensez, vous qui sera cet En-
fant:
Une autre Sibille répond.
REX MAGNUS SUPER TER-
RAM.
Il sera un giand Roy sur la
Tewre.
La premiere replique.
DOMINABITUR AMARI
USQUE AD MARE.
Juillet 1704. II. P.
N
2
Rejouissances.
144
Sa domination s'étendra d'une
mer à l'autre.
La seconde ajoûtant à cela,
dit ces paroles.
INIMICI EjuS TERRAM LIN-
GENT.
Ses ennemis seront humiliez jus-
qu'à baiser la terre.
Tout cela ſe pouvoit lire ai-
sément au moyen de cinq cens
lampes qui estoient posées avec
un art tout-à-fait ingenieux;
sur cet édifice.
A huit heures & demie, le
bruit de quarante boëtes, qui
tirerent trois fois pendant la
Réjouissances.
145
Ceremonie, donna le signal à
la Communauté, qui fortit de
l'Eglise en rang; au nombre de
cent Religieux. Le R. P. Pro
vincial à la teste, en Aube &
en Etole, benit le feu de bois qui
fut allumé au bruit de la Mous-
queterie, & des Tambours,
d'un coſté par le R. P. Provin-
cial, & de l'autre parMr leMar-
quis d'Argenson Sindic de leur
Ordre; ensuite le Te Deum fut
chanté par les Capucins d'un
ton uni, mais grave & modeste
qui imposoit & le respect & le
silence. Les Oraisons finies, une
salve de Mousqueterie, aver-
tit une symphonie de Violons,
de Hautbois, de Timballes, &
de Trompettes, qui alternati-
vement & sans intervalle joue-
Réjouissances.
146
rent & charmerent toute l'as-
semblée, pendant une heure &
demie que dura l'artifice, qui
reussit parfaitement bien. Ce
qu'il y eut de surprenant, est
que dans un concours tres- nom-
breux de personnes de toutes
sortes d'Etats, que la nouveau-
té du spectacle avoit attirées de
toutes parts, rien n'ait jamais
esté executé avec une plus bel-
le ordonnance & plus de mo-
destie, que l'a esté cette feste,
qui fut generalement aplaudie
& dont le bon ordre fut fort
loué, ainsi que l'invention & le
genie de celui qui a imaginé
toutes les choses qui ont rendu
cette ceremonie une de plus
éclatantes.
Le même jour, Mr de la Lan-
147
Rejouissances.
de, Valet de Garderobe du Roy,
qui a une fort belle Maison &
fort haute, vis à vis de ce Con-
vent, voulant prendre part à la
Feste de ces bons Peres, & con-
tribuer en quelque façon à l'em-
bellir, fit illuminer toute sa
Maison de la maniere du monde
la plus brillante; & comme
elle est aisée à décorer de lu-
mieres, à cause de la beauté de
son architecture, rien ne faisoit
un plus bel effet que cette illu-
mination, qui estoit surmontée
d'un Soleil composé de lumie-
res vives & placé au dessus de
la terrasse.
Les Capucins du Marais don-
nerent en même-temps, des
marques de la joyequ'ils avoient
du nouveau bonheur arrivé à la
N ilj
148 Réjouissances.
France. Toute la face du Por-
tail de leur Eglise estoit tapis-
sée; il y avoit un Dais dans le
milieu, au dessous duquel on
avoit placé le Portrait du Roy,
environné d'un grand nombre
de lumieres; toute leur cour en
en estoit remplie, & l'on avoit
dreſſé au milieu un feu dans les
formes, puisqu'il avoit quatre
pilliers. Il y avoit dans la ruë,
vis-à vis de la porte du même
Convent, un gros feu de bois
& des lumieres à toutes les fe-
nêtres des Cellules des Reli-
gieux. Le tout estant dans cet
estat on alla prendre Mr le Ca-
mus, premier President de la
Cour des Aydes, & l'un des
bienfaicteurs de ce Convent;
les Timballes, les Trompettes,
149
Réjouissances.
les Violons & les Hautbois,
allerent au devant de luy, &
l'accompagnerent jusqu'au lieu
où le bûcher estoit dressé. Les
R. R. P. P. Capucins s'y ren-
dirent aussi en Procession cha-
cun, ayant un Cierge à la main
& aprés les prieres accoûtu-
mées en semblables occasions,
le R. P. Gardien en Aube &
en Etole, mit le feu à l'un des
côtez du bûcher, pendant que
Mr le President le Camus le
mit à l'autre ; le Te Deum
fut ensuite chanté, aprés le-
quel Mr le President le Camus
fut conduit au Dortoir de de-
hors pour y voir le feu d'artifi-
ce, qui fut tiré au bruit de tous
les instrumens, dont j'ay déja
parlé, & au bruit d'un grand
N ilij
Réjouissances.
150
nombre de Boëtes placées dans
le Jardin des Capucins, qui ti-
rerent plusieurs fois dans la
journée. Toutes les personnes
de distinction du Quartier firent
de grandes illuminations pour
donner plus d'éclat à cette Fê-
te, & particulierement Mr Du-
buisson, Intendant des Finan-
ces dont tout le logis fut illu-
miné avec des lumieres vives,
& qui suivoient l'Architecture.
Le 6. Juillet les Celestins fi-
rent chanter dans leur Eglise,
un Te Deum en musique de la
composition de Mr Paulin Be-
neficier de Nôtre-Dame, & les
mêmes Religieux firent le soir
un tres- beau feu d'artifice &
de grandes illuminations.
On fit le septième une gran-
Réjouissances.
151
de Feſte au College Mazarin,
vulgairement appellé le College
des quatre Nations. Je dois vous
dire avant que de vous parler
de cette Feste, que ce College
a l'honneur d'estre particulie-
rement au Roy; S. M. ayant or-
donné par ses Lettres Patentes
qu'il fut censé de Fondation
Royalle, comme faite par le
Roy même, qui en effet nom-
me les Pensionnaires Gentil-
hommes nez des quatre Nations,
où le Roy a fait des Conquestes;
tous les Pensionnaires de ces
quatre Nations estant obligez
de faire preuve de Noblesse,
pour y estre reçus. Mr l'Abbe
de Bosquein, Docteur de Sor-
bonne, & Grand Maître de ce
College, voulant donner des
Réjouissances.
152
marques publiques de la part
qu'il prend à tout ce qui regar-
de la gloire du Roy, le bonheur
de S. M. de toute la Famille
Royalle, & de l'Etat, à l'occa-
sion de la naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, se
chargea personnellement des
soins & de la dépense pour tout
ce qui pouvoit servir à donner
au Public d'éclatantes marques
de la joye singuliere de ce Col-
lege, qui ne le cedoit en rien
à la joye generale. Ce zelé
Grand Maître, ayant fait pré-
parer toutes choses pour l'exe-
cution de ses desseins, destina
toute la matinée du sept de Juil-
let, pour rendre graces à Dieu
des benedictions, dont il com-
ble le Roy par la naiſſance du
Réjouissances.
15
Prince nouveau né, troisiéme
heritier vivant de la Couronne
de pere en pere.
La premiere action de graces
fut de distribuer de l'argent à
plus de deux cent pauvres de
la Paroisse de S. Sulpice, ran-
gez dans la grande cour du Col-
lege, ainsi qu'à plusieurs au-
tres personnes des deux sexes.
La Messe fut ensuite solem-
nellement celebrée par ce grand
Maître, & chantée par une
nombreuse & excellente musi-
que, accompagnée d'une gran-
de symphonie. Tous les Eccle-
siastiques, Officiers, Professeurs
& Maîtres du College for-
moient le Chœur. Les Pension-
naires & les quinze cens Eco-
liers externes assisterent à cette
Réjouissances.
154
Messe, ainsi que plusieurs autres
personnes de toutes conditions,
de sorte que la magnifique Egli-
se de ce College en fût toute
remplie.
Le Te Deum & les Prieres
pour le Roy furent chantées par
la même musique. On peut dire
que la multitude qui se trouva
dans cette Eglise, y fut attirée
par l'amour que le Peuple a
pour le Roy & pour la Famille
Royale, & qu'elle y fut aussi
invitée par un grand Tableau
qu'on avoit élevé à la porte de
l'Eglise, dans lequel on lisoit
l'inscription suivante qui fut
trouvée de bon goût.
Réjouissances.
155
D. O. M.
OB NATUM
LUDOVICOMAGNO,
REGUM
In multa sacula parenti,
prone potem
ARMORICAE DUCEM,
GRATIAS AGIT COL.
MAZAR.
Aprés ces Ceremonies de pie-
té, on tira cent grosses Boëtes,
qui estoient placées sur le bord
de la riviere, vis-à vis le Lou-
re, & une symphonie de Trom-
Réjouissances.
156
& de
pettes, de Timballes
Hautbois se fit entendre pen-
dant une heure dans la Place
du College.
L'illumination, qui parut le
soir, estoit formée en menuise-
rie suivant l'architecture des ar-
cades, premiere corniche, pi-
lastres, seconde corniche &
la balustrade avec les piédes-
taux, la corniche & fronton
du portail, le tout regnant jus-
qu'aux gros pavillons; de ma-
niere que tout s'estant trouvé
allumé, sur les neuf heures du
soir, aprés une décharge de cent
Boëtes, on vit dans toute l'é-
tenduë de la Place-une premie-
re ligne de lumieres pressées,
& formée en arcade; une se-
conde sur la grosse corniche;
Réjovissances.
2
les 24. principales fenestres,
ornées chacune de deux gi-
randoles de cristal, garnies de
bougies par les soins de ceux
qui occupent ces logemens.
Monsieur le Prince Frederic
d'Auvergne & Monsieur le Fé-
vre grand Audiencier de France
occupent la plus grande partie
de ces appartemens. Les lumie-
res des pilastres entre chaque
fenestre, de leurs bases, corps
& chapiteaux suivoient l'Ar-
chitecture. Il y avoit au dessus
de chacun une maniere d'étoille
où figure de Solcil. On voyoit
à la seconde corniche une sem-
blable ligne de lumieres, & en-
fin une quatrième sur la balu-
ſtrade, ſéparée par de gros pots
à feu, placez sur chaque pié-
destal.
Réjouissances.
158
Il y avoit sur le cadran du
Portail un Soleil de lumieres, &
l'on avoit élevé au dessus des
pieces de charpenterie, avan-
cées hors du Portail, au milieu
de toutes, une grande inscri-
ption de lettres de quatre pieds
de hauteur, formées de lam-
prons des plus lumineux. Cette
inscription contenoit ces mots.
REGI PROAVO.
Tous ce ſpectale étoit sur-
monté par l'illumination du
Dôme, formée par cent pieces
de verre qui renfermoient cha-
cune six lumieres fort vives, &
qui étoient placées tout au tour
de la grosse corniche.
La balustrade du haut étoit
159
Réjouissances.
illuminée de gros feux qui sor-
toient de plusieurs vases de fer,
& enfin on voyoit à la derniere
& plus élevée partie du Dôme
huit pieces plus transparentes
que le verre, & que les lumie-
res vives qu'elles renfermoient,
rendoient fort éclatantes.
On entendit tant que l'illu-
mination dura, les trompettes,
les timballes & les hautbois.
Pendant ce temps on fit une
décharge de cent boëtes, & on
tira du Dôme des fusées vo-
lantes qui faisoient un bel effet.
Il y avoit dans la place du
College & particulierement
sur le Quay du Louvre une mul-
titude incroyable de Carosses,
& tous les Quays & les bat-
teaux étoient remplis de monde.
suillet 1704. II. P.
160
Réjouissances.
L'illumination consistoit en
six mille tant lampes que pots à
feu & autres lumières.
Plusieurs Colleges de l'Uni-
versité ont aussi donné des mar-
ques de leur joye. A peine la
nouvelle de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne fut-elle devenue publi-
que, que Messieurs les Grand-
Maistre, Proviseur & Princi-
paux du College Royal de Na-
varre formerent le dessein d'en
rendre graces à Dieu par un
Te Deum, & d'en témoigner
leur joye par des réjouissances
publiques. Le lendemain, on
donna congé aux Ecoliers; &
le Dimanche suivant Feste de
Saint Pierre, Mr Chenu Grand
Maistre, entonna le Cantique
161
Réjouissances.
d'actions de graces, qui fut
chanté en Musique aussi-bien
que quelques motets; ausquels
assisterent toutes les Commu-
nautez dont cette Royale Mai-
son est composée. Sur le soir on
alluma dans la grande cour un
feu preparé par les soins de Mr-
Duiry Proviseur dudit College,
qui s'applique avec un zele in-
fatigable à tout ce qui regarde
le bien & la gloire de ce Col-
lege. Toute la grande cour pa-
rut en même temps illuminée,
& le feu fut accompagné de
quantité de fusées volantes, de
petards & de plusieurs déchar-
ges de canons. Entre les fenê-
tres qui estoient illuminées, on
rem arqua, sur tout, celles deMr
le Grand Maistre, parce qu'elles
O1j
162
Réjouissances.
estoient ornées d'une maniere
particuliere, & qu'il y avoit un
nombre infini de fleurs de-lys.
Les pauvres n'y furent point
oubliez. Le public qui fut té-
moin de cette feste fut tres-
content de la magnificence
avec laquelle elle fut executée,
& de l'ordre qui y fut observé.
Ce College qui a esté favo-
risé des bienfaits de nos Rois,
& honoré de leur presence, s'est
toujours distingue par sa fide-
lité & par un grand attache-
ment à ſes Souverains, & par
les soins qu'on y a toujours pris
d'y former la jeunesse autant à
la vertu & à une pieté solide
qu'à la veritable doctrine.
Il est destiné non-seulement
pour les Humanitez, mais aussi
Réjouissances.
163
pour la Philosophie & pour la
Theologie. Il ya une commu-
nauté de Bacheliers autant re-
commandables par leur nais-
sance que par leur pieté & leur
sçavoir. Il n'y a point de Licen-
ce où ils ne se distinguent.
On ne doit pas s'etonner si
Mr Chenu Grand Maistre de
Navarre a fait voir tant de zele
en cette occasion, puisque ce
même zele l'engagea en 1697.
de fonder dans l'Eglise de Bou-
gival prés Marly une Messe
haute, solemnelle & un Salut
du Saint-Sacrement, avec Pro-
cession, le tout à perpetuité,
pour le Roy & pour la famille
Royale.
Aussi-tost que Mr Lhuillier
Grand Maistre du College du
Réjouissances.
164.
Cardinal le Moine eut appris
l'heureuſe nouvelle de la naiſ-
sance du nouveau Prince, qui
a causé tant de joye à la Fran-
ce, il fit vaquer toutes les
Classes, & voulut que tous
ceux de son College prissent
toute sorte de divertissemens
honnestes pendant 4. jours,
qui finirent le Dimanche 29.
Juin, par un beau feu d'artifice
& une illumination generale de
tout le College, quoiqu'il soit
fort grand; ce qui attira la cu-
riosité d'une infinité de monde.
Et le Mercredy 16. Juillet,
ce Grand Maistre celebra so-
lemnellement la Messe en
action de graces, à laquelle
rout le College assista. Le Te
Deum & l'Exaudiat y furent
Réjouissances.
165
chantez à la fin. Ce College est
des plus beaux de l'Université,
& dans une situation des plus
avantageuses pour la commo-
dité du public. Il y a de tres-
habiles Professeurs, & tres-
appliquez; & la bonne discipli-
ne, que Mr le Grand Maistre y
fait observer, y attire un si
grand nombre d'Ecoliers de
Paris & de toutes les Provinces,
qu'à peine y peut-on trouver
assez de bâtimens pour recevoir
ceux qui se presentent.
Les Pensionnaires du Colle-
ge du Plessis aiant fait à toutes
leurs fenêtres, une illumination
de plus de six mille lumieres,
aussi-tost qu'ils eurent appris
le sujet de l'allegresse publi-
que; cette marque de leur joye
Réjouissances.
366
ne leur parut pas affez repon-
dre à l'ardeur du zele extrême
qu'ils ont pour leur Souverain,
de manière qu'ils demanderent
avec empressement à ceux qui
les enseignent, la permission de
faire une feſte plus éclatante,
& pour laquelle ils eussent le
temps de se préparer. Cette
permission leur ayant esté ac-
cordée ils choifirent le Jeudy
Jaittet pour l'execution de
7.
leur projet.
La Feste commença à cinq
heures du matin par une dé-
charge de plusieurs pieces d'ar-
tillerie, qu'ils avoient fait pla-
cer dans leur cour, & qui tire-
rent quinze sois pendant la
journée. A sept heures Mr le
Principal fie une aumoine de
pain
Réjouissances.
167
pains & d'argent à plus de 300.
pauvres de la Paroisse de Saint
Estienne du Mont, aprés quoi
il dit la Messe qui fut chantée,
ainsi que le Te Deum, par M
les Musiciens de Nostre-Dame.
La composition estoit de Mr-
Bouteiller l'aisné; & cet Office
se fit avec beaucoup de modes-
tie & de pieté.
Mr Viel Regent de seconde,
prononça un discours Latin sur
la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne; ce dis-
cours reçût de grands applau-
dissemens l'aprés-diné.
L'Université en Corps & en
habit de Ceremonie honora
cette action de sa presence.
Avant qu'elle commençast, on
distribua dans l'Assemblée plu-
Jaillet 1704. 1I. P. P
Réjouissances.
168
sieurs Ouvrages en Vers Latins
de diverses mesures. Mrde Rec-
teur fut reçû dans le College
au bruit du Canon, des Trom-
pettes, des Timbales & des
Hautbois, & fut salué de da
même maniere à sai sortie.
Le soinon tira un feu d'antifice,
& tout lle College parûobrillant
par une illumination des mieux
entendues & qui pouvoit le dis-
puter à Itoutes celles quioa-
voient paru jusqu'alors. Elle
estoit de plus d'onze mille lu-
mieres, & l'uniformité regnoit
par tout. Sur les cordons des
quatre étages des bastimens,
étoient degrosses) lumieres à
égales distances. Tous les tre-
meaux des ffenestres estoient
ornez de grands quadres garnis
Réjouissances.
169
de lamprons; l'entrée du Col-
lege étoit éclairée par plusieurs
beau Lustres; sur les toits & le
perit mur qui est au nord, on
avoit mis un grand nombre de
pots de feu. Mr Oudart qui
avoit pris soin de l'illumina-
tion n'avoit rien oublié pour la
faire reussir, & le temps qui
demeura toujours sombre fut
tres-favorable à ses desseins.
Plusieurs Pensionnaires se distin-
guerent en faisant tirer à leurs
depens particuliers, un grand
nombre defusées volantes.
La décoration du feu le ren-
doit beaucoup plus beau que
ceux que l'on voit orninaire
men
Il estoit construit de maniere
qu'il representoit un Palais a
Rejouissances.
trois façades Celle du milieu
montroit la porte du Temple
de Janus, entre deux grands
Pilastres de marbre rouge, on
y montoit par plusieurs degrez.
On voyoit sur cette Porte un
amas de fleches, de carquois, de
boucliers & d'autres armes, &
on y lisoit ce Vers de Virgile,
I
CLAUDENTUR BELLE
PORTAE.
Pour marquer que la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne est un presage as-
suré d'une paix prochaine &
durable.
De
Au dessus de la balustrade
IHE.
qui regnoit sur le haut des trois
raçades, on avoit écrit dans un
Réjouissances.
171
grand Cartouche en lettres d'or.
St
REGI PROA
PLESSEI ADOLESCENT
E10
On n'avoit pù trouver de ti
tre, ny plus simple, en quo
consiste la beauté des inicrip.
tions, ny plus singulier, pour
xprimer en cette occasion la
faveur que Dieu n'a accordée
qu'au Roy.
Aux deux costez de ce car-
Stouche étoient suspenduës
deux deviſes. La première à la
main droite, représentoit at-
prés d'un Lion ma jestueux, un
Lionceau qui ne faisoit que de
enaiſtre ; tous les jeunes ani-
Emaux de la Forest étoient au
11
Rejouissances.
172
tour de luy dans une posture
qui faisoit voir qu'ils le recon-
noissoient dé ja pour leur futur
ſouverain. Les paroles suivan-
tes servoient d'ame à cetre de-
vise.
OLIM TIBI SIC SERVIRE
DOCEMUR.
Ce qui faisoit entendre qu'-
une des principales applica-
tions des Maistres de ce Col-
lege, est d'inspirer à leurs Elé-
ves un respect & une obéissance
sincere pour le Roy; & que les
enfans goûtent deja par avan-
ce, le plaisir qu'ils auront de
vivre un jour sous les Loix de
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne,
Rejouissances.
1)
La seconde devise qui étoit
à main gauche, re presentoit un
Chesne dans sa vigueur, de la
d'autre
tige duquel sortoit
Chesnes de differentes hau-
teurs, avec ces mots.
PLURA VIDEBIT.
Afin de faire connoistre par
le symbole de cet Aibre qui
dure longtemps, que la parfaite
santé du Roy donne lieu d'es-
perer, qu'il peut voiriun jour
les enfans de ses arriere petits
Eils.
Les deux façades des costez
de ce Palais representoient deux
Portiques soutenus de pilastres
aussi de marbre. A costé de l'un
dans une niche de huit pieds,
Pilij
Réjouissances.
10
voyoi
tune Statuë qui re-
Rr
ntoit la Force; & à costé
de l'autre, la Prudence estoit
designée par une autre; ces
deux figures estoient de hau-
teur d'homme, & marquoient
que le bonheur dont jouit la
France depuis plus de soixante
ans, ne vient que de la force
& de la prudence du Monar-
que qui la gouverne.
Au milieu de ces deux faça-
des, estoient deux Cartouches,
dans l'un desquels on avoit
peint trois seps de vignes de
grandeur inégale , & chargez
de raisins; au dessous commen
goit à s'élever un tendre rejet-
ton qui ne promettoit pas moins
de fertilite; ce qui estoit ex
primé par ce Vers
Réjouissances.
175
vord
SUSPICE; NON ALIOS TIEI
DAT BUROUNDIA FOETUS,
E nge
2
Dans le second Cartouche,
surde sommet d'une haute mon-
tagne, on voyoit un grand re-
servoir d'eau, & au pied de
cette montagne un jet,
qui
nontoit dans l'air, avec
Vers.
CE JET EN
SELEVAN
EGALERA SA SOURCE.,
L'artifice du feu consistoit
dans un nombre de fusées vo-
lantes, de gerbes, de nappes
& de soleils de feu. Les Tim.
bales, les Trompettes & les
1
Hautbois jouerent pendant
Réjouissances.
176
tout le jour. La feſte dura jus-
qu'a minuit, & fut fermée par
une derniere décharge des ca-
nons; mais ce qui la rendit bien
remarquable, & qui mit le
comble à la joye, c'est qu'elle
ne fut mêlée d'aucun desordre
ny d'aucun facheux accident.
Aucun des Pensionnaires, au-
cune des personnes de distinc-
tion dont leurs chambres
étoient remplies, aucun des
voisinsi qui regardoient ce spec-
tacle de leurs fenestres, per-
sonne enfin de la populace qui
remplissoit la cour en foule non-
seulement ne fut incommo-
dée ; mais n'eut pas même
sujet d'aprehender de l'estre,
chacun s'estant porté de lui-
même à se conformer aux def-
Réjovissances.
17
fenses qui avoient esté faites de
tirer des fusils, des pistolets,
des petards, des serpenteaux,
& generalement tout ce qui
auroit pû inquicter les specta-
teurs.
En vous entretenant des ré-
jouissances faites dans tant de
Colleges, je dois vous dire que
Mr l'Abbé de Fourneaux, qui
loge dans l'Univerſité, ruë
Saint Etienne des Grecs, s'est
distingué dans son quartier par
une tres-belle illumination, &
par un grand nombre de fusées
volantes qu'il fit tirer le 7. Ily
avoit une fort belle Symphonie
dans son logis, ce qui attira
beaucoup de monde dans toute
ſa ruë, où la ſanté du Roy fut
bue avec de grandes acclama-
Réjouissances.
878
tions. Cet Abbe ayant fait don-
ner à boire à tous ceux qui
estoient devant sa porte. Sa
Muse s'est signalée dans cette
occasion, & il n'a pas moins
donné de marques de sa joye
par ses Vers, qui ont esté fort
applaudis, que par la depense
que son zele lui a fait faire.
le ne doute point que vous
n'attendiez avec impatience la
Relation de ce que les Jesuites
du College de Louis le Grand
firent le Dimanche 1ze de Juil-
let pour celebrer la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne. Le public sembloit estre
biencontent des marques dejoye
que ces Peres avoient déja ta-
che de donner à ce sujet, pen-
dant troisjours consecutifs: mais
Réjouissanes.
1
ses Peres n'estoient pas encore
contens d'eux- mêmes, & c est
ce qui les determina à faire tra-
vailler à la Feste dont voicy le
détail, & qu'ils ont essayé de
rendre complette.
Elle dura presque tout le jour,
& elle ne finit qu'à une heure
aprés minuit.
Le matin on chanta le Te
Deum & l'Exaudiat en Musique,
pour remercier Dicu des bene-
dictions qu'il répand sur la Fa-
mille Royale, & pour le prier
de n'en point interrompre le
cours. Les Tymbales & les
Trompettes tehoient leur par-
tie dans les Symphonies du Te
Deum, dont la Musique estoit
peut-eſtre composée de plus de
voix & de plus d'instrumens
1o Réjouissances.
qu'il n'en faut pour un ausse
petit lieu que la Chapelle du
College. Le Te Deum fut pre-
cedé & fut suivi de plusieurs
salves de Mousqueterie. L'aprés
midy le Pere le Jay, l'un des
deux Regens de Rhetorique
prononça un discours-latin d'u-
ne heure entiere, où il fit voir
que Dieu a donné le Serenis-
sime Ducude Bretagne au Roy
pour récompensen son zele ardent
pour la Religion, & à toute la Rran-
ce, pour recompenser son attache-
ment inviolable pour le Roy.
L'assemblée estoit belle &
nombreuse. Monsicur le Car-
dinal d'Estrees s'y trouva avec
les deux Nonces, plusieurs Ar-
chevêques & Evêques, & beau-
coup d'autres personnes de dis-
Réjouissances.
181
tinction. Les principaux orne-
mens du lieu de l'assemblée
estoient les Portraits des Au-
gustes Personnes qui composent
la famille Royale, avec cette
deviſe qui a eſté trouvée fort-
belle & fort convenable au su-
jet C'estoit la constellation ap-
pellée la Couronne, avec ces
belles paroles.
QUOTIIIN UNA SYDERA
FULGENIS
Que d'astres brillent en elle seule,
Ce qui marque admirable-
ment bien ce nombre d'illustres
teſtes qui font aujourd'huy la
famille Royale. Un peu avant
on répandit dans l'assemblée un
Réjouissances.
r
gand nonbre de nieres en gert
latins & en vers françois sur la
naissance du jeune Prince.
Il est temps de vous parler
de ce qui termina la Feste; j'en-
tend l'illumination & les feux
de joye, qui n'en firent pas
la moindre partie. Les quatre
grands corps de logis qui for-
ment la Cour du College es-
toient tous couverts, ou de ta-
pisseries de haute lisse, ou de
lumieres; ensorte que de deux
tremaux, l'un estoit tapissé &
l'autre faisoit comme un seul
corps de lumières composé d'u-
ne baſe, d'une pyramide & d'u-
ne couronne. Outre les lumié-
res des tremaux, un nombre
infini de lampes formoit une
grande lettre au dessous de cha-
Résouissances.
183
que fenestre, & toutes ces let-
tres ensemble formoient l'ins-
cription que voici.
PROAVO REGUMMAXIMO,
AVO PKINCIFUMOFTIMO,
PATRIUTRIUSQUEE-
Muxo.
ADELAIDI
FORTUNATAE MATXI
NATALITIOS DuCIS BRI
TANNIAE.
LuDOS CONSECRAT COL-
LEGIUM LUDOVICI MAGNI.
C'est- à dire: le College de
Louis le Grand confacre ces jeux
pour la naissance du Duc de Bre-
tagne, à san Bisayenl le plus grand
des Rois, à son Ayeul le meil-
leur des Princes, à son Pere qui
uillet 1704. II. P.
Réjouissances.
184
.
tache d'égaler l'un & l'autre,
des
Adelaide la plus heureuse
Meres.
Certe inscription partagée en
quatre occupoit les quat re faces
des bâtimens de la cour. La
face de front étoit pour le
Roy, celles des côtez pour
Monseigneur le Dauphin &
pour Monseigneur le Duc de
Bourgogne, enfin la quatrié-
me eſtoit pour le reſte de l'ins-
cription, qui occupoit encore
toute la face du Pavillon qui
eit au defsus de la porte. Les
fenêtres de la face de front é-
toient garnies de fort beaux
lustres: Et les lucarnes des qua-
tre corps de logis estoient cou-
ronnées chacune d'un grandpot
à feu, ce qui faisoit un aſsez bel
effet & un beau coup d'œil.
Réjouissances.
185
Toure la cour ſe trouva ſur
les neuf heures éclairée & plei-
ne de Peuple: Et l'heure son-
nant, l'action, pour ainsi dire,
commença par une furieuſe dé-
charge de Mousqueterie. Ce
ne fut ensuite qu'un feu con-
tinuel, qui ne ſe rallentit qu'à
minuit, & qui ne oessa entie-
rement que plus d'anc heure
aprés. Ce feu ſi continuel ne
fut cependant pas sans ordie.
A chaque quart d'heure
les
Mousquetaires faisoient une de
charge, pendant
laquelle
un
grand nombre de
Tambours
battoient la charge: On s'i-
maginoit entendre
le premier
bruit d'un affaut.
Ensuite
les
Trompettes accompagnées des
Lymballes comme
pour an-
Réjouissances..
186
noncer la Victoire, sonnoient
des fanfares. L'Artifice jouoit
après cela jusqu'à une nou-
velle décharge de la Mous-
queterie: Et cet ordre s'est ob-
fervé jusqu'à la fin; l'Horloge
qui est placée sur la cour re-
.
glant tout.
Ilylavoit un Théatre le
long d'une des faces des Ba-
timens pour faire jouer l'arti-
fice préparé par les ordres du
Pere principal; Et les Artifi-
ciers occupoient aussi au milieu
de la cour une enceinte, d'ou
ils tiroient les fusées volantes,
& d'ou ils faisoient sortir de
temps en temps des feux dun
bassin d'eau qu'ils y avoient
disposé pour cet effet
Les Pensionnaires de ce Col-
Réjouissances.
187
lege donnerent des marques du
zele qu'onis'applique à leur ins-
pirer pour Sa Majesté. Plu-
sieuns d'entre cux aiant fait
préparer de tres beaux artifices
qu'ils firent jouer de leurs fe-
nêtres Messieurs de Villeroy
de Croy, de la Rochefou-
cault, de Brissac, de Nassau, de
Mancini, de Ligne, Willo-
pofxi, de Surville, de Som-
mery, de Château-Renauld
d'Armenonville & Turgot se
sontisur tout distinguez en cette
occasion. Ils avoient tous de
tres-beaux morceaux d'artifice
lesquels se suivoient de si prés
que les Spectateurs trouvoient
acpeine un moment pour reve-
nir de la surprise que chacun
leux avoit causée. D'une face
Rejouissances.
188
de bâtiment à l'autre, on avoit
iendu beaucoup de cordes, le
long desquelles les fufées al-
doient & revenoient sans cesse
se croisant souvent, & faisant
ainsi une espece de combat tres-
agréable aux yeux
La foule infinie du Peuple
dont la cour regorgebit, con-
tribua beaucoup à la beauté du
spectacle: Et la quantité de
feux qui y tomboit de toute
part ne put la faire desemplir
amoseul instant; Car ceux qui
sortoient pour ne pouvoir sou-
tenir plus long. temps la vio-
lence & la continuité du feu,
estoient sur le champ rempla-
ces par d'autres, dont la rue
S. Jacques estoit pleine; à plus
de trois cens pas du College
189
Réjouissances.
en montant & en descendant.
Il estoit à craindre qu'une
si grande foule ne causat quel-
que desordre: Mais Monsieur
d'Argenson à qui rien n'échape,
avoit fait poſter à la porte du
College & aux environs une
bonne partie du Guet, à pied
& à cheval. On avoit pris aussi
des précautions pour empê-
cher les accidens du dedans.
On avoit abandonné certain
nombre de fenêtres aux Arti-
ficiers, & les enfans avoient
d'autres fenêtres pour voir les
feux à leur aise.
On avoit fait aussi une gal-
lerie de planches, au dessus des
lucarnes, qui regnoit au tour
des quatre bâtimens: & c'estoit
la qu'on avoit placé les Mous-
1100
Réjouissances.
quetaires, afin qu'il n'y eût
point d'armes a feu dans les
chambres des Pensionnaires.
Feste de Mr Lhuillier ;
il donna la seconde le 5. de
Juillet. La construction de sa
Maison située au milieu de la
Place de Louis le Grand, à
main gauche en entrant par la
ruë Saint Honoré, fournit une
disposition avantageuse pour
une illumination magnifique;
Réjouissances.
131
elle a quatre étages dont cha-
cun à huit croisées; l'avant-
corps du milieu est orné de huit
colonnes d'ordre Corinthien,
avec les plaintes, les frises, les
architraves, les corniches, &
l'entablement surmonté d'un
fronton, sur lequel sont cou-
chées deux figures, à droite &
à gauche, qui representent &
embrassent les armes de Sa Ma-
jesté qui sont dans le fronton.
Cette ordonnance & cette Ar-
chitecture estoient suivies &
marquées en illumination de-
puis le bas jusqu'au haut, dans
toute leur étenduë, & faisoient
un effet qu'on ne peut décrire.
Un Soleil rayonnant au dessus
de ce fronton brilloit avec plus
d'éclat encote, & paroissoit
Réjouissances.
132
tourner dans sa Sphere, tan-
tost en s'éloignant, tantost en
s'approchant de l'horison. Tou-
tes ces lumieres se répandoient
dans la place où elles sem-
bloient rappeller le jour, &
faisoient voir distinctement la
Statuë Equestre de Sa Majesté,
qu'on y a élevée en bronze sur
un piédestal de marbre blanc.
La porte de la maison ayant
eſté ouverte, laiſſa voir la cour
éclairée d'une infinité de flam-
beaux; la grille qui separe le
jardin étoit imitée en illumi-
nation, & du milieu il s'élevoit
une piramide de lumieres, qui
portoit une face de Soleil.
Pendant que le public étoit
occupé avec admiration par ce
spectacle pompeux, que le vin
Réjovissances.
132
& d'autres rafraschissemens se
distribuoient dans la Place,
aux fanfares des Trompettes;
une Assemblée nombreuse de
personnes de la premiere qua-
lité estoit divertie par des Vio-
lons & des Hautbois dans les
appartemens de la maison,
éclairez de quantité de lustres,
dont les lumieres se communi-
quoient à la Place & se joi-
gnoient en perspective, à l'il-
lumination du dehors.
Cette Assemblée se parta-
geoit sans affectation & sans
contrainte entre la danse & la
conversation dont la grandeur
du Roy, la suite de la Maison
Royale, l'état du Heros nais-
sant & le bonheur de la Monar-
chie, fournissoient un sujet
inépuisable, & interessant.
134. Réjouissances.
Une collation aussi galante
que magnifique étoit dressée
au pourtour d'une des princi-
pales pieces du logis, sur des
tables & sur des gradins entre-
mêlez d'Orangers; les gradins
étoient garnis de jattes de por
celaines remplies de toutes for-
tes de fruits & de corbeilles
d'argent chargées de confitures
les plus exquises; les tables
étoient couvertes de soucou-
pes, de caraffes & de toutes les
liqueurs & de toutes les glaces
qu'on peut s'imaginer, ces ta
bles & ces gradins étant ornez
de girandoles & de fleurs dans
les intervalles; en sorte que
tout cet arrangement, dans une
symmetrie reguliere, formoit
une superbe décoration pour la
3
Réjouissance.
vûë, tandis qu'il offroit au
goût de quoi se satisfaire,
Chacun alloit choifir ce qui
étoit du sien, & n'avoit qu'à
passer d'une chambre dans une
autre , pour partager tour à
tour ces plaisirs differens; les
Cavaliers détachoient les fleurs
des Orangers, & les semoient
aux pieds des Dames qu'ils se
faisoient un merite de servir à
l'envy.
On ne s'étoit point attendu
à un feu d'artifice ; il n'y en
avoit point de dressé dans la
Place ; on en vit partir tout à
coup une aussi grande quantité
de fusées volantes, de saucis-
sons, de lances & de pots à feu,
que s'ils étoient sortis de terre;
en sorte que la surprise en aug
Juillet 1704. II. P. M
136
Réjouissances.
menta le plaisir; le bruit des
Timballes & Trompettes se
joignit à celuy de l'artifice pour
terminer cette galante Feste.
Les Communautez les plus re-
gulieres n'ont rien oubliees de ce
qui peut faire éclater leur zele
pour la gloire d'un Monarque,
qui les honore de sa bienveil-
lance & de sa protection; les
Capucins entr autres ont fait
plus qu'on ne devoit attendre
d'eux. Mais l'affection & l'esti-
me des Peuples leur est une res-
source dans les occasions, où ils
trouvent ce qui leur manque
d'ailleurs. Ils ont fait des feux
& des illuminations dans toutes
leurs Maisons & sur tout dans
leur premier Convent situé dans
la ruë S. Honoré. Il s'y est fait
Réjovissances.
13
une Feste dont le détail vous
fera plaisir. Voicy comment
elle s'eſt paſsée.
Le Mardii Juillet une Com-
pagnie des Gardes Suisses, &
une Compagnie des Archers du
Guet, furent postées aux ave-
nues du Convent pour empê-
cher le defordre. Sur les huit
heures du soir la Cour fut illu-
minée dedans & dehors, par
deux cens fanaux, qui firent
découvrir un édifice, dont la
face estoit composée de six
grands Pilastres, d'ordre Corin-
thien, qui imitoient le marbre
jaspé, sur un arriere-corps de
marbre noir & blanc; les cha-
piteaux & les ambases étoient
dorez; les piédestaux, les cor-
niches, les frises, & les archi-
Mi
138
Réjouissances.
traves, estoient surmontez d'u-
ne balustrade de deux pieds de
haut, le tout paroissant d'un
tres beau marbre; Les six Pi-
lastres accouplez partageoient
deux grandes niches, formées
de matiere diaphane, éclairées
par derriere & ornées chacune
de trois festons avec leurs pen-
dans, dorez & posez en guir-
lande. Sur cet édifice, à la par-
tie superieure, paroissoit la fi-
gure du Roy sous un Dais assez
riche accompagné de quatre
grands écussons remplis de dé-
vises, scavoir. De France, Dau-
phiné, Bourgogne, & Bretagne.
Qui marquoient les quatre
generations. A la droite de S.
M. paroissoit un Ange qui des-
cendoit du Ciel, & tenoit en-
Réjouissances.
9
tre ses mains le jeune Prince
qu'il presentoit à la France, en
disant ces paroles.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET Do-
MINUM.
C'est ainsi que sera comblé de
benedictions l'homme qui craini le
Seigneur.
VIDEBIT SEMEN LON-
GAEVUM.
Il verra une longue posterite.
On voyoit à la gauche du
Roy, la France à genoux tour-
née de son coſté, les yeux au
Ciel, étendant les bras pour
recevoir l'Enfant, & qui rendoit
à Dieu des actions de graces.
Réjouissances.
140
DESIDERIUM CORDIS
EJUS, TRIBUISTI EI DO-
MINE.
Je vous remertie grand Dieu qui
avez rempli le desir de son cœeur.
Au milieu eſtoit placée l'E-
glise, la Croix à la main, don-
nant au Prince nouveau né des
benedictions.
BENEDICAT TIBI DOMINUS
EX SION; VIDEAS BONA
JERUSALEM OMNIBUS
DIEBUS VITAE TUAE; ET
VIDEAS FILIOS FILIO-
RUM TUORUM, PACEM su-
PER ISRAEL?
Que le Seigneur vous benisse, de
Rejouissances.
141
la Sainte Sion, Royal Enfant?
Que vous ne perdiez jamais de
veuè les biens de la Jerusalem Ce-
leste. Que vous voyez les Enfans
de vos Enfans, jouissans d'une paix
solide en tout Ifrael.
SERVIANT TIBI POPULI
ADORENT TE TKIBUS.
Que les Peuples vous soient soù-
mis; que les Provinces vous respe-
ctent.
La Renommée un peu élevée
terminoit le grouppe & embou-
choit sa Trompette d'où sor-
toient ces paroles.
NON RECEDET MEMORIA
EJUS ET NOMEN EJUS RE-
142 Réjovissances.
QUIRETUR A GENERATIO-
NEIN GENERATIONEM.
Sa memoire ne tombera jamais
dans l'oubli, & son nom se trans-
mettra avec gloite de generation en
generation.
Ou bien ces paroles.
GENERATIONEM EJUS
QUIS ENARRABIT!
Qui pourra dignement louer la
noblesse de son sang, raconter le
nombre de ses Neveux!
On voyoit au bas dans les ni-
ches de la face, deux grandes
Statuës sur des piédestaux, re-
presentant des Sibilles qui pro-
nonçoient
Réjouissances.
143
nonçoient sur la destinée du
nouveau Prince, ces oracles
écrits sur des tables qu'elles te-
noient en leurs mains.
QUIS PUTAS PUER ISTE RITE
Qui pensez, vous qui sera cet En-
fant:
Une autre Sibille répond.
REX MAGNUS SUPER TER-
RAM.
Il sera un giand Roy sur la
Tewre.
La premiere replique.
DOMINABITUR AMARI
USQUE AD MARE.
Juillet 1704. II. P.
N
2
Rejouissances.
144
Sa domination s'étendra d'une
mer à l'autre.
La seconde ajoûtant à cela,
dit ces paroles.
INIMICI EjuS TERRAM LIN-
GENT.
Ses ennemis seront humiliez jus-
qu'à baiser la terre.
Tout cela ſe pouvoit lire ai-
sément au moyen de cinq cens
lampes qui estoient posées avec
un art tout-à-fait ingenieux;
sur cet édifice.
A huit heures & demie, le
bruit de quarante boëtes, qui
tirerent trois fois pendant la
Réjouissances.
145
Ceremonie, donna le signal à
la Communauté, qui fortit de
l'Eglise en rang; au nombre de
cent Religieux. Le R. P. Pro
vincial à la teste, en Aube &
en Etole, benit le feu de bois qui
fut allumé au bruit de la Mous-
queterie, & des Tambours,
d'un coſté par le R. P. Provin-
cial, & de l'autre parMr leMar-
quis d'Argenson Sindic de leur
Ordre; ensuite le Te Deum fut
chanté par les Capucins d'un
ton uni, mais grave & modeste
qui imposoit & le respect & le
silence. Les Oraisons finies, une
salve de Mousqueterie, aver-
tit une symphonie de Violons,
de Hautbois, de Timballes, &
de Trompettes, qui alternati-
vement & sans intervalle joue-
Réjouissances.
146
rent & charmerent toute l'as-
semblée, pendant une heure &
demie que dura l'artifice, qui
reussit parfaitement bien. Ce
qu'il y eut de surprenant, est
que dans un concours tres- nom-
breux de personnes de toutes
sortes d'Etats, que la nouveau-
té du spectacle avoit attirées de
toutes parts, rien n'ait jamais
esté executé avec une plus bel-
le ordonnance & plus de mo-
destie, que l'a esté cette feste,
qui fut generalement aplaudie
& dont le bon ordre fut fort
loué, ainsi que l'invention & le
genie de celui qui a imaginé
toutes les choses qui ont rendu
cette ceremonie une de plus
éclatantes.
Le même jour, Mr de la Lan-
147
Rejouissances.
de, Valet de Garderobe du Roy,
qui a une fort belle Maison &
fort haute, vis à vis de ce Con-
vent, voulant prendre part à la
Feste de ces bons Peres, & con-
tribuer en quelque façon à l'em-
bellir, fit illuminer toute sa
Maison de la maniere du monde
la plus brillante; & comme
elle est aisée à décorer de lu-
mieres, à cause de la beauté de
son architecture, rien ne faisoit
un plus bel effet que cette illu-
mination, qui estoit surmontée
d'un Soleil composé de lumie-
res vives & placé au dessus de
la terrasse.
Les Capucins du Marais don-
nerent en même-temps, des
marques de la joyequ'ils avoient
du nouveau bonheur arrivé à la
N ilj
148 Réjouissances.
France. Toute la face du Por-
tail de leur Eglise estoit tapis-
sée; il y avoit un Dais dans le
milieu, au dessous duquel on
avoit placé le Portrait du Roy,
environné d'un grand nombre
de lumieres; toute leur cour en
en estoit remplie, & l'on avoit
dreſſé au milieu un feu dans les
formes, puisqu'il avoit quatre
pilliers. Il y avoit dans la ruë,
vis-à vis de la porte du même
Convent, un gros feu de bois
& des lumieres à toutes les fe-
nêtres des Cellules des Reli-
gieux. Le tout estant dans cet
estat on alla prendre Mr le Ca-
mus, premier President de la
Cour des Aydes, & l'un des
bienfaicteurs de ce Convent;
les Timballes, les Trompettes,
149
Réjouissances.
les Violons & les Hautbois,
allerent au devant de luy, &
l'accompagnerent jusqu'au lieu
où le bûcher estoit dressé. Les
R. R. P. P. Capucins s'y ren-
dirent aussi en Procession cha-
cun, ayant un Cierge à la main
& aprés les prieres accoûtu-
mées en semblables occasions,
le R. P. Gardien en Aube &
en Etole, mit le feu à l'un des
côtez du bûcher, pendant que
Mr le President le Camus le
mit à l'autre ; le Te Deum
fut ensuite chanté, aprés le-
quel Mr le President le Camus
fut conduit au Dortoir de de-
hors pour y voir le feu d'artifi-
ce, qui fut tiré au bruit de tous
les instrumens, dont j'ay déja
parlé, & au bruit d'un grand
N ilij
Réjouissances.
150
nombre de Boëtes placées dans
le Jardin des Capucins, qui ti-
rerent plusieurs fois dans la
journée. Toutes les personnes
de distinction du Quartier firent
de grandes illuminations pour
donner plus d'éclat à cette Fê-
te, & particulierement Mr Du-
buisson, Intendant des Finan-
ces dont tout le logis fut illu-
miné avec des lumieres vives,
& qui suivoient l'Architecture.
Le 6. Juillet les Celestins fi-
rent chanter dans leur Eglise,
un Te Deum en musique de la
composition de Mr Paulin Be-
neficier de Nôtre-Dame, & les
mêmes Religieux firent le soir
un tres- beau feu d'artifice &
de grandes illuminations.
On fit le septième une gran-
Réjouissances.
151
de Feſte au College Mazarin,
vulgairement appellé le College
des quatre Nations. Je dois vous
dire avant que de vous parler
de cette Feste, que ce College
a l'honneur d'estre particulie-
rement au Roy; S. M. ayant or-
donné par ses Lettres Patentes
qu'il fut censé de Fondation
Royalle, comme faite par le
Roy même, qui en effet nom-
me les Pensionnaires Gentil-
hommes nez des quatre Nations,
où le Roy a fait des Conquestes;
tous les Pensionnaires de ces
quatre Nations estant obligez
de faire preuve de Noblesse,
pour y estre reçus. Mr l'Abbe
de Bosquein, Docteur de Sor-
bonne, & Grand Maître de ce
College, voulant donner des
Réjouissances.
152
marques publiques de la part
qu'il prend à tout ce qui regar-
de la gloire du Roy, le bonheur
de S. M. de toute la Famille
Royalle, & de l'Etat, à l'occa-
sion de la naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, se
chargea personnellement des
soins & de la dépense pour tout
ce qui pouvoit servir à donner
au Public d'éclatantes marques
de la joye singuliere de ce Col-
lege, qui ne le cedoit en rien
à la joye generale. Ce zelé
Grand Maître, ayant fait pré-
parer toutes choses pour l'exe-
cution de ses desseins, destina
toute la matinée du sept de Juil-
let, pour rendre graces à Dieu
des benedictions, dont il com-
ble le Roy par la naiſſance du
Réjouissances.
15
Prince nouveau né, troisiéme
heritier vivant de la Couronne
de pere en pere.
La premiere action de graces
fut de distribuer de l'argent à
plus de deux cent pauvres de
la Paroisse de S. Sulpice, ran-
gez dans la grande cour du Col-
lege, ainsi qu'à plusieurs au-
tres personnes des deux sexes.
La Messe fut ensuite solem-
nellement celebrée par ce grand
Maître, & chantée par une
nombreuse & excellente musi-
que, accompagnée d'une gran-
de symphonie. Tous les Eccle-
siastiques, Officiers, Professeurs
& Maîtres du College for-
moient le Chœur. Les Pension-
naires & les quinze cens Eco-
liers externes assisterent à cette
Réjouissances.
154
Messe, ainsi que plusieurs autres
personnes de toutes conditions,
de sorte que la magnifique Egli-
se de ce College en fût toute
remplie.
Le Te Deum & les Prieres
pour le Roy furent chantées par
la même musique. On peut dire
que la multitude qui se trouva
dans cette Eglise, y fut attirée
par l'amour que le Peuple a
pour le Roy & pour la Famille
Royale, & qu'elle y fut aussi
invitée par un grand Tableau
qu'on avoit élevé à la porte de
l'Eglise, dans lequel on lisoit
l'inscription suivante qui fut
trouvée de bon goût.
Réjouissances.
155
D. O. M.
OB NATUM
LUDOVICOMAGNO,
REGUM
In multa sacula parenti,
prone potem
ARMORICAE DUCEM,
GRATIAS AGIT COL.
MAZAR.
Aprés ces Ceremonies de pie-
té, on tira cent grosses Boëtes,
qui estoient placées sur le bord
de la riviere, vis-à vis le Lou-
re, & une symphonie de Trom-
Réjouissances.
156
& de
pettes, de Timballes
Hautbois se fit entendre pen-
dant une heure dans la Place
du College.
L'illumination, qui parut le
soir, estoit formée en menuise-
rie suivant l'architecture des ar-
cades, premiere corniche, pi-
lastres, seconde corniche &
la balustrade avec les piédes-
taux, la corniche & fronton
du portail, le tout regnant jus-
qu'aux gros pavillons; de ma-
niere que tout s'estant trouvé
allumé, sur les neuf heures du
soir, aprés une décharge de cent
Boëtes, on vit dans toute l'é-
tenduë de la Place-une premie-
re ligne de lumieres pressées,
& formée en arcade; une se-
conde sur la grosse corniche;
Réjovissances.
2
les 24. principales fenestres,
ornées chacune de deux gi-
randoles de cristal, garnies de
bougies par les soins de ceux
qui occupent ces logemens.
Monsieur le Prince Frederic
d'Auvergne & Monsieur le Fé-
vre grand Audiencier de France
occupent la plus grande partie
de ces appartemens. Les lumie-
res des pilastres entre chaque
fenestre, de leurs bases, corps
& chapiteaux suivoient l'Ar-
chitecture. Il y avoit au dessus
de chacun une maniere d'étoille
où figure de Solcil. On voyoit
à la seconde corniche une sem-
blable ligne de lumieres, & en-
fin une quatrième sur la balu-
ſtrade, ſéparée par de gros pots
à feu, placez sur chaque pié-
destal.
Réjouissances.
158
Il y avoit sur le cadran du
Portail un Soleil de lumieres, &
l'on avoit élevé au dessus des
pieces de charpenterie, avan-
cées hors du Portail, au milieu
de toutes, une grande inscri-
ption de lettres de quatre pieds
de hauteur, formées de lam-
prons des plus lumineux. Cette
inscription contenoit ces mots.
REGI PROAVO.
Tous ce ſpectale étoit sur-
monté par l'illumination du
Dôme, formée par cent pieces
de verre qui renfermoient cha-
cune six lumieres fort vives, &
qui étoient placées tout au tour
de la grosse corniche.
La balustrade du haut étoit
159
Réjouissances.
illuminée de gros feux qui sor-
toient de plusieurs vases de fer,
& enfin on voyoit à la derniere
& plus élevée partie du Dôme
huit pieces plus transparentes
que le verre, & que les lumie-
res vives qu'elles renfermoient,
rendoient fort éclatantes.
On entendit tant que l'illu-
mination dura, les trompettes,
les timballes & les hautbois.
Pendant ce temps on fit une
décharge de cent boëtes, & on
tira du Dôme des fusées vo-
lantes qui faisoient un bel effet.
Il y avoit dans la place du
College & particulierement
sur le Quay du Louvre une mul-
titude incroyable de Carosses,
& tous les Quays & les bat-
teaux étoient remplis de monde.
suillet 1704. II. P.
160
Réjouissances.
L'illumination consistoit en
six mille tant lampes que pots à
feu & autres lumières.
Plusieurs Colleges de l'Uni-
versité ont aussi donné des mar-
ques de leur joye. A peine la
nouvelle de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne fut-elle devenue publi-
que, que Messieurs les Grand-
Maistre, Proviseur & Princi-
paux du College Royal de Na-
varre formerent le dessein d'en
rendre graces à Dieu par un
Te Deum, & d'en témoigner
leur joye par des réjouissances
publiques. Le lendemain, on
donna congé aux Ecoliers; &
le Dimanche suivant Feste de
Saint Pierre, Mr Chenu Grand
Maistre, entonna le Cantique
161
Réjouissances.
d'actions de graces, qui fut
chanté en Musique aussi-bien
que quelques motets; ausquels
assisterent toutes les Commu-
nautez dont cette Royale Mai-
son est composée. Sur le soir on
alluma dans la grande cour un
feu preparé par les soins de Mr-
Duiry Proviseur dudit College,
qui s'applique avec un zele in-
fatigable à tout ce qui regarde
le bien & la gloire de ce Col-
lege. Toute la grande cour pa-
rut en même temps illuminée,
& le feu fut accompagné de
quantité de fusées volantes, de
petards & de plusieurs déchar-
ges de canons. Entre les fenê-
tres qui estoient illuminées, on
rem arqua, sur tout, celles deMr
le Grand Maistre, parce qu'elles
O1j
162
Réjouissances.
estoient ornées d'une maniere
particuliere, & qu'il y avoit un
nombre infini de fleurs de-lys.
Les pauvres n'y furent point
oubliez. Le public qui fut té-
moin de cette feste fut tres-
content de la magnificence
avec laquelle elle fut executée,
& de l'ordre qui y fut observé.
Ce College qui a esté favo-
risé des bienfaits de nos Rois,
& honoré de leur presence, s'est
toujours distingue par sa fide-
lité & par un grand attache-
ment à ſes Souverains, & par
les soins qu'on y a toujours pris
d'y former la jeunesse autant à
la vertu & à une pieté solide
qu'à la veritable doctrine.
Il est destiné non-seulement
pour les Humanitez, mais aussi
Réjouissances.
163
pour la Philosophie & pour la
Theologie. Il ya une commu-
nauté de Bacheliers autant re-
commandables par leur nais-
sance que par leur pieté & leur
sçavoir. Il n'y a point de Licen-
ce où ils ne se distinguent.
On ne doit pas s'etonner si
Mr Chenu Grand Maistre de
Navarre a fait voir tant de zele
en cette occasion, puisque ce
même zele l'engagea en 1697.
de fonder dans l'Eglise de Bou-
gival prés Marly une Messe
haute, solemnelle & un Salut
du Saint-Sacrement, avec Pro-
cession, le tout à perpetuité,
pour le Roy & pour la famille
Royale.
Aussi-tost que Mr Lhuillier
Grand Maistre du College du
Réjouissances.
164.
Cardinal le Moine eut appris
l'heureuſe nouvelle de la naiſ-
sance du nouveau Prince, qui
a causé tant de joye à la Fran-
ce, il fit vaquer toutes les
Classes, & voulut que tous
ceux de son College prissent
toute sorte de divertissemens
honnestes pendant 4. jours,
qui finirent le Dimanche 29.
Juin, par un beau feu d'artifice
& une illumination generale de
tout le College, quoiqu'il soit
fort grand; ce qui attira la cu-
riosité d'une infinité de monde.
Et le Mercredy 16. Juillet,
ce Grand Maistre celebra so-
lemnellement la Messe en
action de graces, à laquelle
rout le College assista. Le Te
Deum & l'Exaudiat y furent
Réjouissances.
165
chantez à la fin. Ce College est
des plus beaux de l'Université,
& dans une situation des plus
avantageuses pour la commo-
dité du public. Il y a de tres-
habiles Professeurs, & tres-
appliquez; & la bonne discipli-
ne, que Mr le Grand Maistre y
fait observer, y attire un si
grand nombre d'Ecoliers de
Paris & de toutes les Provinces,
qu'à peine y peut-on trouver
assez de bâtimens pour recevoir
ceux qui se presentent.
Les Pensionnaires du Colle-
ge du Plessis aiant fait à toutes
leurs fenêtres, une illumination
de plus de six mille lumieres,
aussi-tost qu'ils eurent appris
le sujet de l'allegresse publi-
que; cette marque de leur joye
Réjouissances.
366
ne leur parut pas affez repon-
dre à l'ardeur du zele extrême
qu'ils ont pour leur Souverain,
de manière qu'ils demanderent
avec empressement à ceux qui
les enseignent, la permission de
faire une feſte plus éclatante,
& pour laquelle ils eussent le
temps de se préparer. Cette
permission leur ayant esté ac-
cordée ils choifirent le Jeudy
Jaittet pour l'execution de
7.
leur projet.
La Feste commença à cinq
heures du matin par une dé-
charge de plusieurs pieces d'ar-
tillerie, qu'ils avoient fait pla-
cer dans leur cour, & qui tire-
rent quinze sois pendant la
journée. A sept heures Mr le
Principal fie une aumoine de
pain
Réjouissances.
167
pains & d'argent à plus de 300.
pauvres de la Paroisse de Saint
Estienne du Mont, aprés quoi
il dit la Messe qui fut chantée,
ainsi que le Te Deum, par M
les Musiciens de Nostre-Dame.
La composition estoit de Mr-
Bouteiller l'aisné; & cet Office
se fit avec beaucoup de modes-
tie & de pieté.
Mr Viel Regent de seconde,
prononça un discours Latin sur
la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne; ce dis-
cours reçût de grands applau-
dissemens l'aprés-diné.
L'Université en Corps & en
habit de Ceremonie honora
cette action de sa presence.
Avant qu'elle commençast, on
distribua dans l'Assemblée plu-
Jaillet 1704. 1I. P. P
Réjouissances.
168
sieurs Ouvrages en Vers Latins
de diverses mesures. Mrde Rec-
teur fut reçû dans le College
au bruit du Canon, des Trom-
pettes, des Timbales & des
Hautbois, & fut salué de da
même maniere à sai sortie.
Le soinon tira un feu d'antifice,
& tout lle College parûobrillant
par une illumination des mieux
entendues & qui pouvoit le dis-
puter à Itoutes celles quioa-
voient paru jusqu'alors. Elle
estoit de plus d'onze mille lu-
mieres, & l'uniformité regnoit
par tout. Sur les cordons des
quatre étages des bastimens,
étoient degrosses) lumieres à
égales distances. Tous les tre-
meaux des ffenestres estoient
ornez de grands quadres garnis
Réjouissances.
169
de lamprons; l'entrée du Col-
lege étoit éclairée par plusieurs
beau Lustres; sur les toits & le
perit mur qui est au nord, on
avoit mis un grand nombre de
pots de feu. Mr Oudart qui
avoit pris soin de l'illumina-
tion n'avoit rien oublié pour la
faire reussir, & le temps qui
demeura toujours sombre fut
tres-favorable à ses desseins.
Plusieurs Pensionnaires se distin-
guerent en faisant tirer à leurs
depens particuliers, un grand
nombre defusées volantes.
La décoration du feu le ren-
doit beaucoup plus beau que
ceux que l'on voit orninaire
men
Il estoit construit de maniere
qu'il representoit un Palais a
Rejouissances.
trois façades Celle du milieu
montroit la porte du Temple
de Janus, entre deux grands
Pilastres de marbre rouge, on
y montoit par plusieurs degrez.
On voyoit sur cette Porte un
amas de fleches, de carquois, de
boucliers & d'autres armes, &
on y lisoit ce Vers de Virgile,
I
CLAUDENTUR BELLE
PORTAE.
Pour marquer que la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne est un presage as-
suré d'une paix prochaine &
durable.
De
Au dessus de la balustrade
IHE.
qui regnoit sur le haut des trois
raçades, on avoit écrit dans un
Réjouissances.
171
grand Cartouche en lettres d'or.
St
REGI PROA
PLESSEI ADOLESCENT
E10
On n'avoit pù trouver de ti
tre, ny plus simple, en quo
consiste la beauté des inicrip.
tions, ny plus singulier, pour
xprimer en cette occasion la
faveur que Dieu n'a accordée
qu'au Roy.
Aux deux costez de ce car-
Stouche étoient suspenduës
deux deviſes. La première à la
main droite, représentoit at-
prés d'un Lion ma jestueux, un
Lionceau qui ne faisoit que de
enaiſtre ; tous les jeunes ani-
Emaux de la Forest étoient au
11
Rejouissances.
172
tour de luy dans une posture
qui faisoit voir qu'ils le recon-
noissoient dé ja pour leur futur
ſouverain. Les paroles suivan-
tes servoient d'ame à cetre de-
vise.
OLIM TIBI SIC SERVIRE
DOCEMUR.
Ce qui faisoit entendre qu'-
une des principales applica-
tions des Maistres de ce Col-
lege, est d'inspirer à leurs Elé-
ves un respect & une obéissance
sincere pour le Roy; & que les
enfans goûtent deja par avan-
ce, le plaisir qu'ils auront de
vivre un jour sous les Loix de
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne,
Rejouissances.
1)
La seconde devise qui étoit
à main gauche, re presentoit un
Chesne dans sa vigueur, de la
d'autre
tige duquel sortoit
Chesnes de differentes hau-
teurs, avec ces mots.
PLURA VIDEBIT.
Afin de faire connoistre par
le symbole de cet Aibre qui
dure longtemps, que la parfaite
santé du Roy donne lieu d'es-
perer, qu'il peut voiriun jour
les enfans de ses arriere petits
Eils.
Les deux façades des costez
de ce Palais representoient deux
Portiques soutenus de pilastres
aussi de marbre. A costé de l'un
dans une niche de huit pieds,
Pilij
Réjouissances.
10
voyoi
tune Statuë qui re-
Rr
ntoit la Force; & à costé
de l'autre, la Prudence estoit
designée par une autre; ces
deux figures estoient de hau-
teur d'homme, & marquoient
que le bonheur dont jouit la
France depuis plus de soixante
ans, ne vient que de la force
& de la prudence du Monar-
que qui la gouverne.
Au milieu de ces deux faça-
des, estoient deux Cartouches,
dans l'un desquels on avoit
peint trois seps de vignes de
grandeur inégale , & chargez
de raisins; au dessous commen
goit à s'élever un tendre rejet-
ton qui ne promettoit pas moins
de fertilite; ce qui estoit ex
primé par ce Vers
Réjouissances.
175
vord
SUSPICE; NON ALIOS TIEI
DAT BUROUNDIA FOETUS,
E nge
2
Dans le second Cartouche,
surde sommet d'une haute mon-
tagne, on voyoit un grand re-
servoir d'eau, & au pied de
cette montagne un jet,
qui
nontoit dans l'air, avec
Vers.
CE JET EN
SELEVAN
EGALERA SA SOURCE.,
L'artifice du feu consistoit
dans un nombre de fusées vo-
lantes, de gerbes, de nappes
& de soleils de feu. Les Tim.
bales, les Trompettes & les
1
Hautbois jouerent pendant
Réjouissances.
176
tout le jour. La feſte dura jus-
qu'a minuit, & fut fermée par
une derniere décharge des ca-
nons; mais ce qui la rendit bien
remarquable, & qui mit le
comble à la joye, c'est qu'elle
ne fut mêlée d'aucun desordre
ny d'aucun facheux accident.
Aucun des Pensionnaires, au-
cune des personnes de distinc-
tion dont leurs chambres
étoient remplies, aucun des
voisinsi qui regardoient ce spec-
tacle de leurs fenestres, per-
sonne enfin de la populace qui
remplissoit la cour en foule non-
seulement ne fut incommo-
dée ; mais n'eut pas même
sujet d'aprehender de l'estre,
chacun s'estant porté de lui-
même à se conformer aux def-
Réjovissances.
17
fenses qui avoient esté faites de
tirer des fusils, des pistolets,
des petards, des serpenteaux,
& generalement tout ce qui
auroit pû inquicter les specta-
teurs.
En vous entretenant des ré-
jouissances faites dans tant de
Colleges, je dois vous dire que
Mr l'Abbé de Fourneaux, qui
loge dans l'Univerſité, ruë
Saint Etienne des Grecs, s'est
distingué dans son quartier par
une tres-belle illumination, &
par un grand nombre de fusées
volantes qu'il fit tirer le 7. Ily
avoit une fort belle Symphonie
dans son logis, ce qui attira
beaucoup de monde dans toute
ſa ruë, où la ſanté du Roy fut
bue avec de grandes acclama-
Réjouissances.
878
tions. Cet Abbe ayant fait don-
ner à boire à tous ceux qui
estoient devant sa porte. Sa
Muse s'est signalée dans cette
occasion, & il n'a pas moins
donné de marques de sa joye
par ses Vers, qui ont esté fort
applaudis, que par la depense
que son zele lui a fait faire.
le ne doute point que vous
n'attendiez avec impatience la
Relation de ce que les Jesuites
du College de Louis le Grand
firent le Dimanche 1ze de Juil-
let pour celebrer la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne. Le public sembloit estre
biencontent des marques dejoye
que ces Peres avoient déja ta-
che de donner à ce sujet, pen-
dant troisjours consecutifs: mais
Réjouissanes.
1
ses Peres n'estoient pas encore
contens d'eux- mêmes, & c est
ce qui les determina à faire tra-
vailler à la Feste dont voicy le
détail, & qu'ils ont essayé de
rendre complette.
Elle dura presque tout le jour,
& elle ne finit qu'à une heure
aprés minuit.
Le matin on chanta le Te
Deum & l'Exaudiat en Musique,
pour remercier Dicu des bene-
dictions qu'il répand sur la Fa-
mille Royale, & pour le prier
de n'en point interrompre le
cours. Les Tymbales & les
Trompettes tehoient leur par-
tie dans les Symphonies du Te
Deum, dont la Musique estoit
peut-eſtre composée de plus de
voix & de plus d'instrumens
1o Réjouissances.
qu'il n'en faut pour un ausse
petit lieu que la Chapelle du
College. Le Te Deum fut pre-
cedé & fut suivi de plusieurs
salves de Mousqueterie. L'aprés
midy le Pere le Jay, l'un des
deux Regens de Rhetorique
prononça un discours-latin d'u-
ne heure entiere, où il fit voir
que Dieu a donné le Serenis-
sime Ducude Bretagne au Roy
pour récompensen son zele ardent
pour la Religion, & à toute la Rran-
ce, pour recompenser son attache-
ment inviolable pour le Roy.
L'assemblée estoit belle &
nombreuse. Monsicur le Car-
dinal d'Estrees s'y trouva avec
les deux Nonces, plusieurs Ar-
chevêques & Evêques, & beau-
coup d'autres personnes de dis-
Réjouissances.
181
tinction. Les principaux orne-
mens du lieu de l'assemblée
estoient les Portraits des Au-
gustes Personnes qui composent
la famille Royale, avec cette
deviſe qui a eſté trouvée fort-
belle & fort convenable au su-
jet C'estoit la constellation ap-
pellée la Couronne, avec ces
belles paroles.
QUOTIIIN UNA SYDERA
FULGENIS
Que d'astres brillent en elle seule,
Ce qui marque admirable-
ment bien ce nombre d'illustres
teſtes qui font aujourd'huy la
famille Royale. Un peu avant
on répandit dans l'assemblée un
Réjouissances.
r
gand nonbre de nieres en gert
latins & en vers françois sur la
naissance du jeune Prince.
Il est temps de vous parler
de ce qui termina la Feste; j'en-
tend l'illumination & les feux
de joye, qui n'en firent pas
la moindre partie. Les quatre
grands corps de logis qui for-
ment la Cour du College es-
toient tous couverts, ou de ta-
pisseries de haute lisse, ou de
lumieres; ensorte que de deux
tremaux, l'un estoit tapissé &
l'autre faisoit comme un seul
corps de lumières composé d'u-
ne baſe, d'une pyramide & d'u-
ne couronne. Outre les lumié-
res des tremaux, un nombre
infini de lampes formoit une
grande lettre au dessous de cha-
Résouissances.
183
que fenestre, & toutes ces let-
tres ensemble formoient l'ins-
cription que voici.
PROAVO REGUMMAXIMO,
AVO PKINCIFUMOFTIMO,
PATRIUTRIUSQUEE-
Muxo.
ADELAIDI
FORTUNATAE MATXI
NATALITIOS DuCIS BRI
TANNIAE.
LuDOS CONSECRAT COL-
LEGIUM LUDOVICI MAGNI.
C'est- à dire: le College de
Louis le Grand confacre ces jeux
pour la naissance du Duc de Bre-
tagne, à san Bisayenl le plus grand
des Rois, à son Ayeul le meil-
leur des Princes, à son Pere qui
uillet 1704. II. P.
Réjouissances.
184
.
tache d'égaler l'un & l'autre,
des
Adelaide la plus heureuse
Meres.
Certe inscription partagée en
quatre occupoit les quat re faces
des bâtimens de la cour. La
face de front étoit pour le
Roy, celles des côtez pour
Monseigneur le Dauphin &
pour Monseigneur le Duc de
Bourgogne, enfin la quatrié-
me eſtoit pour le reſte de l'ins-
cription, qui occupoit encore
toute la face du Pavillon qui
eit au defsus de la porte. Les
fenêtres de la face de front é-
toient garnies de fort beaux
lustres: Et les lucarnes des qua-
tre corps de logis estoient cou-
ronnées chacune d'un grandpot
à feu, ce qui faisoit un aſsez bel
effet & un beau coup d'œil.
Réjouissances.
185
Toure la cour ſe trouva ſur
les neuf heures éclairée & plei-
ne de Peuple: Et l'heure son-
nant, l'action, pour ainsi dire,
commença par une furieuſe dé-
charge de Mousqueterie. Ce
ne fut ensuite qu'un feu con-
tinuel, qui ne ſe rallentit qu'à
minuit, & qui ne oessa entie-
rement que plus d'anc heure
aprés. Ce feu ſi continuel ne
fut cependant pas sans ordie.
A chaque quart d'heure
les
Mousquetaires faisoient une de
charge, pendant
laquelle
un
grand nombre de
Tambours
battoient la charge: On s'i-
maginoit entendre
le premier
bruit d'un affaut.
Ensuite
les
Trompettes accompagnées des
Lymballes comme
pour an-
Réjouissances..
186
noncer la Victoire, sonnoient
des fanfares. L'Artifice jouoit
après cela jusqu'à une nou-
velle décharge de la Mous-
queterie: Et cet ordre s'est ob-
fervé jusqu'à la fin; l'Horloge
qui est placée sur la cour re-
.
glant tout.
Ilylavoit un Théatre le
long d'une des faces des Ba-
timens pour faire jouer l'arti-
fice préparé par les ordres du
Pere principal; Et les Artifi-
ciers occupoient aussi au milieu
de la cour une enceinte, d'ou
ils tiroient les fusées volantes,
& d'ou ils faisoient sortir de
temps en temps des feux dun
bassin d'eau qu'ils y avoient
disposé pour cet effet
Les Pensionnaires de ce Col-
Réjouissances.
187
lege donnerent des marques du
zele qu'onis'applique à leur ins-
pirer pour Sa Majesté. Plu-
sieuns d'entre cux aiant fait
préparer de tres beaux artifices
qu'ils firent jouer de leurs fe-
nêtres Messieurs de Villeroy
de Croy, de la Rochefou-
cault, de Brissac, de Nassau, de
Mancini, de Ligne, Willo-
pofxi, de Surville, de Som-
mery, de Château-Renauld
d'Armenonville & Turgot se
sontisur tout distinguez en cette
occasion. Ils avoient tous de
tres-beaux morceaux d'artifice
lesquels se suivoient de si prés
que les Spectateurs trouvoient
acpeine un moment pour reve-
nir de la surprise que chacun
leux avoit causée. D'une face
Rejouissances.
188
de bâtiment à l'autre, on avoit
iendu beaucoup de cordes, le
long desquelles les fufées al-
doient & revenoient sans cesse
se croisant souvent, & faisant
ainsi une espece de combat tres-
agréable aux yeux
La foule infinie du Peuple
dont la cour regorgebit, con-
tribua beaucoup à la beauté du
spectacle: Et la quantité de
feux qui y tomboit de toute
part ne put la faire desemplir
amoseul instant; Car ceux qui
sortoient pour ne pouvoir sou-
tenir plus long. temps la vio-
lence & la continuité du feu,
estoient sur le champ rempla-
ces par d'autres, dont la rue
S. Jacques estoit pleine; à plus
de trois cens pas du College
189
Réjouissances.
en montant & en descendant.
Il estoit à craindre qu'une
si grande foule ne causat quel-
que desordre: Mais Monsieur
d'Argenson à qui rien n'échape,
avoit fait poſter à la porte du
College & aux environs une
bonne partie du Guet, à pied
& à cheval. On avoit pris aussi
des précautions pour empê-
cher les accidens du dedans.
On avoit abandonné certain
nombre de fenêtres aux Arti-
ficiers, & les enfans avoient
d'autres fenêtres pour voir les
feux à leur aise.
On avoit fait aussi une gal-
lerie de planches, au dessus des
lucarnes, qui regnoit au tour
des quatre bâtimens: & c'estoit
la qu'on avoit placé les Mous-
1100
Réjouissances.
quetaires, afin qu'il n'y eût
point d'armes a feu dans les
chambres des Pensionnaires.
Fermer
716
p. 190-192
« Ce qui suit devroit avoir esté placé plustost, mais je n'estois [...] »
Début :
Ce qui suit devroit avoir esté placé plustost, mais je n'estois [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Ce qui suit devroit avoir esté placé plustost, mais je n'estois [...] »
Ce qui suit devroit avoir esté
placé plustost, mais je n'estois
pas encore bien informé de ce
que je devois dire sur cet ar-
ticle.
Le jour de la naissance de
Monseigheur le Duc de Breta-
gne, il y eut un feu devant
Hotel de Pontchartrain, au-
quel il ne manqua rien de tout
ece qui pouvoit faire éclater le
zele & la joye du grand Mi-
mniſtre qui l'avoit ordonné. Le
frontispice de ce superbe Hô-
tel, estoit éclairé par une gran-
de quantité de lampes disposées
avec beaucoup d'art & d'ordre.
On
Réjouissances.
191
On commença d'abord par ti-
rer plusieurs fusées volantes & il
se fit trois grandes décharges de
Mousqueterie, qui furent sui-
vies de trois décharges de boë-
tes Les Trompettes, les Tim-
balles & les Haut bois, qui
estoient dans le Salon, qui est
au fond de la cour, se firent
entendre avec un extrême plai-
sir, pendant tout le temps que
le feu dura. Quatre fontaines
de vin ne cesserent point de
couler en abondance du haut
des balcons, pendant plus de
de trois heures. On diſtribua
outre cela à la porte de toutes
fortes de vins, à tous ceux qui
en voulurent Quoy qu'il y eust
une affluence extraordinaire de
peuple, toutes les melures
Juillet 1704. II. P.
R.
Réjouissances.
192
voient esté si bien prises, &
elles furent si bien exécutées
qu'il n'y arriva aucun desordre.
placé plustost, mais je n'estois
pas encore bien informé de ce
que je devois dire sur cet ar-
ticle.
Le jour de la naissance de
Monseigheur le Duc de Breta-
gne, il y eut un feu devant
Hotel de Pontchartrain, au-
quel il ne manqua rien de tout
ece qui pouvoit faire éclater le
zele & la joye du grand Mi-
mniſtre qui l'avoit ordonné. Le
frontispice de ce superbe Hô-
tel, estoit éclairé par une gran-
de quantité de lampes disposées
avec beaucoup d'art & d'ordre.
On
Réjouissances.
191
On commença d'abord par ti-
rer plusieurs fusées volantes & il
se fit trois grandes décharges de
Mousqueterie, qui furent sui-
vies de trois décharges de boë-
tes Les Trompettes, les Tim-
balles & les Haut bois, qui
estoient dans le Salon, qui est
au fond de la cour, se firent
entendre avec un extrême plai-
sir, pendant tout le temps que
le feu dura. Quatre fontaines
de vin ne cesserent point de
couler en abondance du haut
des balcons, pendant plus de
de trois heures. On diſtribua
outre cela à la porte de toutes
fortes de vins, à tous ceux qui
en voulurent Quoy qu'il y eust
une affluence extraordinaire de
peuple, toutes les melures
Juillet 1704. II. P.
R.
Réjouissances.
192
voient esté si bien prises, &
elles furent si bien exécutées
qu'il n'y arriva aucun desordre.
Fermer
717
p. 192-198
« Le 13. de Juillet les nouveaux réünis de la Paroisse de S. [...] »
Début :
Le 13. de Juillet les nouveaux réünis de la Paroisse de S. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 13. de Juillet les nouveaux réünis de la Paroisse de S. [...] »
Le 13. de Juillet les nouveaux
réünis de la Paroisse de S.
Sulpice firent éclater leur pie-
té, leur zele & leur tendre re-
connoissance, en faisant chanter
dans la Chapelle de la Com-
munion, une Messe Solennelle,
un Te Deum & un Exaudiat, en
action de graces de l'heureuse
Naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, pour la con-
servation du Roy, de toute la
Famille Royale & pour la pros-
perité de ses Armes. Madame
la Comtesse de Miossens d'Al-
bret, en avoit obtenu la per-
mission de Monsieur le Cardi-
nal de Noailles: La ceremonie
Réjouissances.
193
fut tres. auguste & dura prés
de trois heures, le lieu estoit
magnisiquement orné, & plu-
fieurs des nouveaux réunis com-
munierent à la Messe. Ce qui
fait voir combien ils profitent
des instructions que leur fait
tous les Dimanches & Festes,
Monsieur l'Abbé Cassé, Doc-
teur de Sorbonne, qui s'y ap-
plique depuis plusieurs années;
ce vigilant & zelé Ecclesiasti.
que, par ses soins & ses trayaux
inexprimables, a entierement
détruit l'erreur où estoient en-
gagées ces pauvres brebis éga-
rées de l'Evangile & les a rame-
nées dans le giron de l'Eglise.
Le Mardy 15. Juillet, Mon-
sieur le Recteur alla à la teste
des 4. Eacultés, qui composent
R1
194 Réjouissances.
la celebre Université de Pariss
ſçavoir, la Theologie, le Droit,
à l'E-
la Medecine & les Arts
glise des Cordeliers, ou l'on
chanta une grande Messe &
ensuite le Te Deum, pour re-
mercier Dieu d'avoir donné un
Prince à la France On s'assem-
bla aux Mathurins, qui est le
Jieu ordinaire où se rendent les
Membres del'Université: Mon-
sieur le Recteur avant que de
partir, fit un tres-éloquent dis-
cour sur le grand évenement qui
les assembloit; Ila voit convoque
pour cette Procession generale-
ment tous les Membres de l'U-
niversité, c'est-à-dire tous les
Docteurs de chaque Faculté &e
tous les Bacheliers, si bien que
presque tous les Docteurs, les
Réjovissances.
195
Bacheliers & les Maîtres es
Arts en chaque Faculte assiste-
rent à certe Procession; Il y
avoit tres long- temps qu'elle
n avoit paru si nombreuse. Le
Pere Frassen, Docteur de Sor-
bonne, & Gardien des Cor-
deliers, attendoit Mr le Recteur
avec la Croix à la porte de l'E
glise, il l'accompagna jusques
dans le Chœur, ou Monsieur
le Recteur prit la place du
Gardien; Il y fut harangué par
dle Pere le Ferron, le Discours
ffut tres éloquent & il le pro-
nonça de bonne grace. Mr le
Recteur luy répondit en peu de
mots, avec la juſteſse & l'éle-
gance qui luy sont ordinaires.
Les Facultés de Theologie, de
Droit, de Medecine & des
»
1j
196
Réjouissances.
Arts firent faire une distribu-
tion d'argent à chacun des
Membres de la Faculté. Cette
retribution extraordinaire a-
voit esté ordonnée par l'Uni-
versité.
Estant obligé en fidele his-
torien, de raporter toutes les
réjouissances qui se sont faites,
je ne dois pas oublier le Con-
cierge des petites Maisons, qui
doit avoir fait une dépense con-
siderable, puisqu'il n'en de-
meura pas a l'illumination de
la grande porte de cet Hôpi-
tal; Il fit distribuer sous cette
porte du pain & du vin à tous
les Passans, qui témoignerent
de l'empressement pour boire
à la ſanté du Roy & de toute
la famille Royale, il traita en-
195
Réjouissances.
suite en commun tous ceux qui
ont de l'employ, ou que la cha-
rité fait recevoir dans cette
grande Maison, sans avoir l'es-
prit aliené, & les fit boire à
la ſanté de toute la famille
Royale: Et afin que tout se sen-
tit de la fête, il fit ouvrir les
loges des fols, ausquels il donnà
à boire & à manger & la liberté
tant que la feste dura; ce qui
rendit le bon sens à quelques
uns pendant le repas, rien ne
raccommodant mieux l'esprit
qu'une nourriture un peu forte;
Ceux qui revinrent un peu à
eux, burent à la santé de toute
la famille Royale. Ainsi l'on
peut dire qu'en cette occasion
personne n'a manqué d'y boire
a Paris, & l'on ne doit point
Riiij
198
Réjovissances.
douter du zele du Sieur Ve-
raquin, puisqu'il l'a accompa-
gné d'une si grande dépense.
réünis de la Paroisse de S.
Sulpice firent éclater leur pie-
té, leur zele & leur tendre re-
connoissance, en faisant chanter
dans la Chapelle de la Com-
munion, une Messe Solennelle,
un Te Deum & un Exaudiat, en
action de graces de l'heureuse
Naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, pour la con-
servation du Roy, de toute la
Famille Royale & pour la pros-
perité de ses Armes. Madame
la Comtesse de Miossens d'Al-
bret, en avoit obtenu la per-
mission de Monsieur le Cardi-
nal de Noailles: La ceremonie
Réjouissances.
193
fut tres. auguste & dura prés
de trois heures, le lieu estoit
magnisiquement orné, & plu-
fieurs des nouveaux réunis com-
munierent à la Messe. Ce qui
fait voir combien ils profitent
des instructions que leur fait
tous les Dimanches & Festes,
Monsieur l'Abbé Cassé, Doc-
teur de Sorbonne, qui s'y ap-
plique depuis plusieurs années;
ce vigilant & zelé Ecclesiasti.
que, par ses soins & ses trayaux
inexprimables, a entierement
détruit l'erreur où estoient en-
gagées ces pauvres brebis éga-
rées de l'Evangile & les a rame-
nées dans le giron de l'Eglise.
Le Mardy 15. Juillet, Mon-
sieur le Recteur alla à la teste
des 4. Eacultés, qui composent
R1
194 Réjouissances.
la celebre Université de Pariss
ſçavoir, la Theologie, le Droit,
à l'E-
la Medecine & les Arts
glise des Cordeliers, ou l'on
chanta une grande Messe &
ensuite le Te Deum, pour re-
mercier Dieu d'avoir donné un
Prince à la France On s'assem-
bla aux Mathurins, qui est le
Jieu ordinaire où se rendent les
Membres del'Université: Mon-
sieur le Recteur avant que de
partir, fit un tres-éloquent dis-
cour sur le grand évenement qui
les assembloit; Ila voit convoque
pour cette Procession generale-
ment tous les Membres de l'U-
niversité, c'est-à-dire tous les
Docteurs de chaque Faculté &e
tous les Bacheliers, si bien que
presque tous les Docteurs, les
Réjovissances.
195
Bacheliers & les Maîtres es
Arts en chaque Faculte assiste-
rent à certe Procession; Il y
avoit tres long- temps qu'elle
n avoit paru si nombreuse. Le
Pere Frassen, Docteur de Sor-
bonne, & Gardien des Cor-
deliers, attendoit Mr le Recteur
avec la Croix à la porte de l'E
glise, il l'accompagna jusques
dans le Chœur, ou Monsieur
le Recteur prit la place du
Gardien; Il y fut harangué par
dle Pere le Ferron, le Discours
ffut tres éloquent & il le pro-
nonça de bonne grace. Mr le
Recteur luy répondit en peu de
mots, avec la juſteſse & l'éle-
gance qui luy sont ordinaires.
Les Facultés de Theologie, de
Droit, de Medecine & des
»
1j
196
Réjouissances.
Arts firent faire une distribu-
tion d'argent à chacun des
Membres de la Faculté. Cette
retribution extraordinaire a-
voit esté ordonnée par l'Uni-
versité.
Estant obligé en fidele his-
torien, de raporter toutes les
réjouissances qui se sont faites,
je ne dois pas oublier le Con-
cierge des petites Maisons, qui
doit avoir fait une dépense con-
siderable, puisqu'il n'en de-
meura pas a l'illumination de
la grande porte de cet Hôpi-
tal; Il fit distribuer sous cette
porte du pain & du vin à tous
les Passans, qui témoignerent
de l'empressement pour boire
à la ſanté du Roy & de toute
la famille Royale, il traita en-
195
Réjouissances.
suite en commun tous ceux qui
ont de l'employ, ou que la cha-
rité fait recevoir dans cette
grande Maison, sans avoir l'es-
prit aliené, & les fit boire à
la ſanté de toute la famille
Royale: Et afin que tout se sen-
tit de la fête, il fit ouvrir les
loges des fols, ausquels il donnà
à boire & à manger & la liberté
tant que la feste dura; ce qui
rendit le bon sens à quelques
uns pendant le repas, rien ne
raccommodant mieux l'esprit
qu'une nourriture un peu forte;
Ceux qui revinrent un peu à
eux, burent à la santé de toute
la famille Royale. Ainsi l'on
peut dire qu'en cette occasion
personne n'a manqué d'y boire
a Paris, & l'on ne doit point
Riiij
198
Réjovissances.
douter du zele du Sieur Ve-
raquin, puisqu'il l'a accompa-
gné d'une si grande dépense.
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718
p. 198
« Messieurs de l'Archiconfrairie du S. Sepulchre de Jerusalem ont [...] »
Début :
Messieurs de l'Archiconfrairie du S. Sepulchre de Jerusalem ont [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Messieurs de l'Archiconfrairie du S. Sepulchre de Jerusalem ont [...] »
Messieurs de l'Archiconfrairie
du S. Sepulchre de Jerusalem
ont fait chanter une grande
Messe dans leur Chapelle qui
est dans l'Eglise des Corde-
liers, & le foir ils firent chan-
ter le Te Deum & l'Exaudiat,
en musique.
On donna gratis le 10. Juillet,
dans la Menagerie qui est sur-
le Rempart entre la porte S.
Martin & celle du Temple, un
combat des ahimaux qui y sont
renfermés.
du S. Sepulchre de Jerusalem
ont fait chanter une grande
Messe dans leur Chapelle qui
est dans l'Eglise des Corde-
liers, & le foir ils firent chan-
ter le Te Deum & l'Exaudiat,
en musique.
On donna gratis le 10. Juillet,
dans la Menagerie qui est sur-
le Rempart entre la porte S.
Martin & celle du Temple, un
combat des ahimaux qui y sont
renfermés.
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719
p. 198-204
« Il est temps de parler des Communautez de Paris qui ont [...] »
Début :
Il est temps de parler des Communautez de Paris qui ont [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Il est temps de parler des Communautez de Paris qui ont [...] »
Il est temps de parler des
Communautez de Paris qui ont
199
Réjouissances.
fait chanter le Te Deum Celle
des Libraires a donné l'exem-
ple aux autres & voulant mar-
quer son zele la premiere; elle
ne ſe donna pas le temps de
faire préparer un Te Deum en
musique, & en fit chanter un
le 29 de Juin, dans l'Eglise des
Machurins. Monsieur Emery,
Sindic de cette Communauté
ſe distingua le soir par des il-
luminations & distribution de
vin, des feux, par un grand
repas qu'il donna chez luy &
géneralement par tout ce qui
pouvoit marquer son zele. Tous
ses confreres firent connoître
le soir, par la plus grande par-
tie de ces choses, qu'ils estoient
animez du même zele Les Im-
primeurs, & les Relicurs, qui
200
Réjoiissances.
sont de la même Communau-
té, donnerent aussi le soir de
grandes marques de leur joye,
& leurs Maisons furent remar-
quées par les feux qui les é-
clairoient de tous côtés.
Le même jour les Gardes de
la Communauté des Marchands
Merciers, firent chanter. un
Te Deum dans l'Eglise du saint
Sepulchre. Cette Eglise étoit
magnifiquement parée, & le
Te Deum fut chanté au bruit
des timballes, des trompettes
& des haut bois. La maison de
leur Communauté, scituée, ruë
Quinquempoix, fut illuminée en
dedans & en dehors, d'une in-
finité de lamprons; on tira
plusieurs fusées volantes de plu-
sieurs manieres differentes, les
Réjouissances.
201
unes s'élevant en l'air , & les
autres allant d'un bout à l'autre
de la ruë sur une corde, & re-
venant au même endroit d'ou
elles étoient parties. On distri-
bua du vin au peuple; il y eut un
grand bal dans la maison, qui fut
accompagné d'une collation, où
l'on servit en abondance toutes
sortes de rafraichissemens, ce
bal dura toute la nuit Les Gar-
des qui étoient en charge firent
des feux devant toutes leurs por-
tes, & des illuminations, & firent
distribuer du vin au peuple, &
cet exemple fut imité de tous les
Marchands de leur Communau-
té, qui se trouverent en état de
le suivre, & les autres ne laisse
rent pas de donner de grandes
marques de leur joye Monsieur
202
Réjouissances.
Boucher, ruë de la Monnoye se
fit distinguer, ayant fait deco-
rer & illuminer dedans & de-
hors toute sa maison, qui est ex
trémement grande; Il donna
un bal & une grande collation,
& ses manieres parurent fort
honnêtes & fort gracieuses.
Le même jour 19. La Com-
pagnie des Maîtres Apoticai-
res fit chanter dans l'Eglise des
Grands Augustins un Te Deum
en musique, avec vingt cinq
violons, deux paires de tim-
balles & quatre trompettes Ils
allerent ensuite dans leur Bu-
reau, Cloître ſainte Opportu-
ne, aude vant duquel ils firent
un feu, qui fut accompagne
d'une grande quantité d'artifi-
ces. La façade du Bureau étoit
Réjouissances.
203
illuminée par un grand nombre
de bougies de cire blanche.
Deux fontaines de vin coule-
rent pendant la plus grande
partie de la nuit & plusieurs ta-
bles furent servies tres magni-
fiquement, ou tout le monde
etoit tres-bien recu. On distri-
bua au peuple devant la porte
du Bureau, plus de cent boë-
tes de confitures seches. Le mê
me jour, la même Communauté
des Apoticaires fit faire une
rande illumination accompa-
gnée d'un grand feu devant la
porie du jardin des plantes,
qui s ont dans la rue de l'Ar-
balête, Faux-bourg saint Mar-
ceau. On donna à boire à tous
ceux que ce beau spectacle atti-
ra. Ces deux fêtes ont été faites
Rejouissances.
204
par les soins de Messieurs Bal-
by, Mayol & Allary, Gardes
en charge.
Communautez de Paris qui ont
199
Réjouissances.
fait chanter le Te Deum Celle
des Libraires a donné l'exem-
ple aux autres & voulant mar-
quer son zele la premiere; elle
ne ſe donna pas le temps de
faire préparer un Te Deum en
musique, & en fit chanter un
le 29 de Juin, dans l'Eglise des
Machurins. Monsieur Emery,
Sindic de cette Communauté
ſe distingua le soir par des il-
luminations & distribution de
vin, des feux, par un grand
repas qu'il donna chez luy &
géneralement par tout ce qui
pouvoit marquer son zele. Tous
ses confreres firent connoître
le soir, par la plus grande par-
tie de ces choses, qu'ils estoient
animez du même zele Les Im-
primeurs, & les Relicurs, qui
200
Réjoiissances.
sont de la même Communau-
té, donnerent aussi le soir de
grandes marques de leur joye,
& leurs Maisons furent remar-
quées par les feux qui les é-
clairoient de tous côtés.
Le même jour les Gardes de
la Communauté des Marchands
Merciers, firent chanter. un
Te Deum dans l'Eglise du saint
Sepulchre. Cette Eglise étoit
magnifiquement parée, & le
Te Deum fut chanté au bruit
des timballes, des trompettes
& des haut bois. La maison de
leur Communauté, scituée, ruë
Quinquempoix, fut illuminée en
dedans & en dehors, d'une in-
finité de lamprons; on tira
plusieurs fusées volantes de plu-
sieurs manieres differentes, les
Réjouissances.
201
unes s'élevant en l'air , & les
autres allant d'un bout à l'autre
de la ruë sur une corde, & re-
venant au même endroit d'ou
elles étoient parties. On distri-
bua du vin au peuple; il y eut un
grand bal dans la maison, qui fut
accompagné d'une collation, où
l'on servit en abondance toutes
sortes de rafraichissemens, ce
bal dura toute la nuit Les Gar-
des qui étoient en charge firent
des feux devant toutes leurs por-
tes, & des illuminations, & firent
distribuer du vin au peuple, &
cet exemple fut imité de tous les
Marchands de leur Communau-
té, qui se trouverent en état de
le suivre, & les autres ne laisse
rent pas de donner de grandes
marques de leur joye Monsieur
202
Réjouissances.
Boucher, ruë de la Monnoye se
fit distinguer, ayant fait deco-
rer & illuminer dedans & de-
hors toute sa maison, qui est ex
trémement grande; Il donna
un bal & une grande collation,
& ses manieres parurent fort
honnêtes & fort gracieuses.
Le même jour 19. La Com-
pagnie des Maîtres Apoticai-
res fit chanter dans l'Eglise des
Grands Augustins un Te Deum
en musique, avec vingt cinq
violons, deux paires de tim-
balles & quatre trompettes Ils
allerent ensuite dans leur Bu-
reau, Cloître ſainte Opportu-
ne, aude vant duquel ils firent
un feu, qui fut accompagne
d'une grande quantité d'artifi-
ces. La façade du Bureau étoit
Réjouissances.
203
illuminée par un grand nombre
de bougies de cire blanche.
Deux fontaines de vin coule-
rent pendant la plus grande
partie de la nuit & plusieurs ta-
bles furent servies tres magni-
fiquement, ou tout le monde
etoit tres-bien recu. On distri-
bua au peuple devant la porte
du Bureau, plus de cent boë-
tes de confitures seches. Le mê
me jour, la même Communauté
des Apoticaires fit faire une
rande illumination accompa-
gnée d'un grand feu devant la
porie du jardin des plantes,
qui s ont dans la rue de l'Ar-
balête, Faux-bourg saint Mar-
ceau. On donna à boire à tous
ceux que ce beau spectacle atti-
ra. Ces deux fêtes ont été faites
Rejouissances.
204
par les soins de Messieurs Bal-
by, Mayol & Allary, Gardes
en charge.
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720
p. 204-209
« Entre les demonstrations de joye qui ont éclaté dans le Public [...] »
Début :
Entre les demonstrations de joye qui ont éclaté dans le Public [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Entre les demonstrations de joye qui ont éclaté dans le Public [...] »
Entre les demonstrations de
joye qui ont éclaté dans le Public
au ſujet de l'heureuſe naiſ-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne ; les Marchands
ordinaires de la Garde- Robe
de Madame la Duchesse de
Bourgogne ſe sont beaucoup di-
ſtinguez. Leur zele a été ſi
prompt, qu'à peine eut on ap-
pris que ce nouveau Prince
étoit au monde, que les mai-
sons de ces Messieurs retenti-
rent d'allegresse; leurs feux,
leurs illuminations & leurs li-
beralités envers le Peuple an-
noncerent dans leurs quartiers,
Réjouissances. 205
les premières nouvelles de ce
grand évenement : l'harmonie
de leurs concerts, & l'éclat de
leurs fuzées attirerent chez eux
une foule de monde, que les
bals, & les collations y retin-
rent les nuits entieres; & ces
réjouissances ont été d'autant
mieux marquées, qu'elles se sont
soutenuës pendant prés de quin-
ze jours, avec la même vivacité
que le premier jour.
Les Fêtes particulieres qui
ont été données par chacun
d'eux, ont été terminées par
des actions de graces qu'ils ont
renduës en Corpsépour remer-
cier le Ciel d'une si rare faveur;
Ilsy avoient invité le Public par
les preparatifs les plus capables
de rendre cette action de pieté
206 Réjouissances.
magnisique & solemnelle. Elle
fut celebrée le septième Juillet
à cinq heures du soir, dans
l'Eglise des R. P. de l'Oratoire
de laint Honoré.
Les ornemens étoient magni-
fiques ; & tout y étoit d'une
tres belle ordonnance. L'Autel
étoit éclairé par un grand nom-
bre de bougies, ainsi que toute
l'Eglise ; Et quoy que le choix
n'eût aucune part dans les per-
sonnes qui composoient cette
assemblée; on peut dire qu'elle
étoit si brillante par la quan-
tité du beau monde qui s'y trou-
va; qu'il sembloit qu'on n'y eût
invité que des personnes de
distinction & de qualité.
L'Aſſemblée ſe trouva tres-
nombreuſe dés midy, par l'em-
Réjouissances.
207
pressement que causoit la crain-
te de ne pouvoir trouver place;
on n'en doit pas être surpris,
puis qu'on avoit annonce par
des affiches un Te Deum & un
Exardiat à trois grands Choeurs
de Musique, de la composition
de Monsieur Campra; Ce qui
fut executé par les plus habiles
& les plus excellens Musiciens
& Simphonistes de Paris.
La confusion qu'auroit
pu
causer un si grand concours, fut
prevenuë au dehors par le ſoin
qu'on avoit pris de mettre à
toutes les portes une Garde des
cent Suisses du Roy; & on avoit
commis pour le dedans des per-
sonnes si entenduës pour le bon
ordre, que chacun y fut placé
commodément & gratuitement.
Juillet 1704. II. P.
208 Réjouissances.
De sorté qu'on ne laissa rien à
desirer pour la satisfaction du
public.
Les R. P. de l'Oratoire ren-
dirent cette ceremonie toute
édifiante par leur pieté ordinai-
re, & auguste par la magnifi-
cence de leur Autel, & par le
grand nombre de Prêtres qui
y assisterent. Le P. de la Tour,
General de leur Ordre se fit
un honneur d'en être le Cele-
brant; & la beauté de la Mu-
sique, mêlée avec le bruit des
trompettes & des timballes, que
Monsieur Campra y faisoit en-
trer de temps en temps, firent
un effet qui donna beaucoup
de plaiſir à toute l'assemblée.
Enfin on peut dire à l'avan-
tage de ces Messicurs que leur
Réjouissances. 209
zele s'est distingué par tant de
magnificence, de generosité
& de dépense bien ordonnée,
qu'on a peu vû de fête plus ac-
complie, dont le public ait été
plus satisfait & plus content.
joye qui ont éclaté dans le Public
au ſujet de l'heureuſe naiſ-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne ; les Marchands
ordinaires de la Garde- Robe
de Madame la Duchesse de
Bourgogne ſe sont beaucoup di-
ſtinguez. Leur zele a été ſi
prompt, qu'à peine eut on ap-
pris que ce nouveau Prince
étoit au monde, que les mai-
sons de ces Messieurs retenti-
rent d'allegresse; leurs feux,
leurs illuminations & leurs li-
beralités envers le Peuple an-
noncerent dans leurs quartiers,
Réjouissances. 205
les premières nouvelles de ce
grand évenement : l'harmonie
de leurs concerts, & l'éclat de
leurs fuzées attirerent chez eux
une foule de monde, que les
bals, & les collations y retin-
rent les nuits entieres; & ces
réjouissances ont été d'autant
mieux marquées, qu'elles se sont
soutenuës pendant prés de quin-
ze jours, avec la même vivacité
que le premier jour.
Les Fêtes particulieres qui
ont été données par chacun
d'eux, ont été terminées par
des actions de graces qu'ils ont
renduës en Corpsépour remer-
cier le Ciel d'une si rare faveur;
Ilsy avoient invité le Public par
les preparatifs les plus capables
de rendre cette action de pieté
206 Réjouissances.
magnisique & solemnelle. Elle
fut celebrée le septième Juillet
à cinq heures du soir, dans
l'Eglise des R. P. de l'Oratoire
de laint Honoré.
Les ornemens étoient magni-
fiques ; & tout y étoit d'une
tres belle ordonnance. L'Autel
étoit éclairé par un grand nom-
bre de bougies, ainsi que toute
l'Eglise ; Et quoy que le choix
n'eût aucune part dans les per-
sonnes qui composoient cette
assemblée; on peut dire qu'elle
étoit si brillante par la quan-
tité du beau monde qui s'y trou-
va; qu'il sembloit qu'on n'y eût
invité que des personnes de
distinction & de qualité.
L'Aſſemblée ſe trouva tres-
nombreuſe dés midy, par l'em-
Réjouissances.
207
pressement que causoit la crain-
te de ne pouvoir trouver place;
on n'en doit pas être surpris,
puis qu'on avoit annonce par
des affiches un Te Deum & un
Exardiat à trois grands Choeurs
de Musique, de la composition
de Monsieur Campra; Ce qui
fut executé par les plus habiles
& les plus excellens Musiciens
& Simphonistes de Paris.
La confusion qu'auroit
pu
causer un si grand concours, fut
prevenuë au dehors par le ſoin
qu'on avoit pris de mettre à
toutes les portes une Garde des
cent Suisses du Roy; & on avoit
commis pour le dedans des per-
sonnes si entenduës pour le bon
ordre, que chacun y fut placé
commodément & gratuitement.
Juillet 1704. II. P.
208 Réjouissances.
De sorté qu'on ne laissa rien à
desirer pour la satisfaction du
public.
Les R. P. de l'Oratoire ren-
dirent cette ceremonie toute
édifiante par leur pieté ordinai-
re, & auguste par la magnifi-
cence de leur Autel, & par le
grand nombre de Prêtres qui
y assisterent. Le P. de la Tour,
General de leur Ordre se fit
un honneur d'en être le Cele-
brant; & la beauté de la Mu-
sique, mêlée avec le bruit des
trompettes & des timballes, que
Monsieur Campra y faisoit en-
trer de temps en temps, firent
un effet qui donna beaucoup
de plaiſir à toute l'assemblée.
Enfin on peut dire à l'avan-
tage de ces Messicurs que leur
Réjouissances. 209
zele s'est distingué par tant de
magnificence, de generosité
& de dépense bien ordonnée,
qu'on a peu vû de fête plus ac-
complie, dont le public ait été
plus satisfait & plus content.
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721
p. 209-220
« Le 14. les Maîtres Paumiers firent chanter dans l'Eglise des [...] »
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Le 14. les Maîtres Paumiers firent chanter dans l'Eglise des [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 14. les Maîtres Paumiers firent chanter dans l'Eglise des [...] »
Le 14. les Maîtres Paumiers
firent chanter dans l'Eglise des
Mathurins, un Te Deum en
musique, de la composition de
Monsieur Campra. Il y avoit
des Thuorbes, des basses de
viole & des dessus, des trom-
pettes & des timballes, de ma-
niere qu'avec les voix, plus de
cinquante personnes jouerent
ou chanterent à ce Te Deum,
qui fut tres applaudi.
La Communauté des Mar-
chands Privilegiez suivant la
S 1
210 Réjouissances.
Cour, étant particulierement
tres attachée au service du Roy,
distingua le 21. de Juillet d'une
mahiere tres éclatante, elle
avoit choisi l'Eglise des Reli-
gieuſes de faint Magloire, ruë
de saint Denis pour cette cere-
monie; & pour cet effet, elle
fit decorer le portail du Con-
vent, en maniere d'Arc de
triomphe. Au dessus de la cor-
niche, qui en faisoit l'entable-
ment, on avoit placé un grand
Tableau du Roy, enferme d'u-
ne riche bordure, sous un dais
tres magnique & brodé d'or
Aux deux côtez étoient éle-
vez deux grands palmiers, char-
gez de Trophées d'Armes na-
turelles de Drapeaux, casques,
corcelets, masses d'Armes, per-
Réjovissances.
21I
tuisanes, coutelas & autres in-
strumens de Guerre. Sous la
corniche & au dessous du Ta-
bleau du Roy, étoient les Ar-
moiries de S M. avec tous leurs
ornemens dans un grand car-
touche isolé, accompagnées des
deux côtez, de deux inscriptions
Latines & en lettres d'or pa-
reillement dans des bordu-
res ovales dorées. Dans l'une
on lisoit unum sequimur, &
dans l'autre rependet in omnes,
Du haut du dais, tomboient à
droite & à gauche des Guir-
landes & des Festons de fleurs
naturelles, qui venoient se méler
agréablement avec tous ces or-
nemens, & qui aprés avoir pa-
ré de ceintre, descendoient des
deux côtez jusque sur le Socle,
212 Réjouissances.
Le dessous de la porte & tou-
te la façade de l'Eglise étoient
ornez de Tapisseries. On avoit
couvert le ceintre plein gothi-
que de la porte de l'Eglise, d'u-
ne grande table de marbre blanc
feint, ou étoit cette belle Iuscri-
ption.
REGI PROAVO,
FAXIT DEUS UT QUONDAM
ATAVO,
REGALI EJUS PROSAPIAE
ET NATALIBUS ERINCIPIS
DUCIS BRITANNIAE
INSTITORES ET OPIFICES
LICI
Réjouissances.
213
BENE PRECANTUR.
C'est à dire. Les Maichands
& Artisans suivant la Cour, font
des vœux & souhaittent toute pro-
sperité au Roy Bisayeul (fasse le
Ciel qu'on le voye un jour Trisayeul)
à sa Famille Royalle & à la
Naissance de Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Cette Inscription étoit ac-
compagnée de six devises, qui
exprimoient ce que les Peuples
doivent un jour esperer de ce
grand & beau Prince.
I.
Pour montrer qu'il ira aufsi
loin que ses Ancêtres, un Re
jetton qui naît au pied d'un
grand Arbre, avec ce môt
214. Réjouissances.
STIKPI PAR ERIT.
Pour égaler un jour la Hauteur de
sa Tige.
II.
Un Aiglon dans son aire, qui
épanouit ses alles en voyant
trois grands Aigles qui volent
au dessus, marque qu'il voudroit
déja les suivre, pour se rendre
digne du sang dont il est issu.
PROLES DIGNA PATRUM.
Digne Fils de ses grands Ayeux.
IIII.
Pour la valeur future de ce
grand Prince, un jeune. Coq qui
par ſa diſposition montre déja
J'ardeur qui l'anime & qui l'en-
fame,
25
AD
Réjouissances. 215
AD BELLICA NATUS.
Il nait pour la Valeur.
IV.
Pour montrer qu'à l'exemple
de ses Peres il aimera les Ver-
tus qui font les veritables He-
ros, un Lionceau.
A VITE VIRTUTIS NO
DEGENER.
Par tout il soutiendra la vertu de
ses Peres.
V.
Le Cedre porte sa cime plus
haut que tous les autres arbres:
c'est pourquoy, pour montrer ce
que sera un jour Monseigneur
le Duc de Bretagne, on a mis
suillet 1704. II. P.
I)
Réjouissances.
216
pour le corps de cette devise,
un jeune Cedre qui s'éleve, &
pour ame.
CRESCIT UT ALIAS SUPERÉT.
Il croit pour etre au dessus des autres,
VI.
Si les Cometes sont les signes
funestes des malheurs: au con-
traire, les Etoiles qui paroissent
de nouveau nous annoncent la
prosperité & les biens; La Paix
etant le plus grand de tous & le
plus souhaité; il est constant
que la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, éta-
blissant la Branche de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne,
dissipe les craintes que les Es-
pagnols pourroient avoir de
Réjouissances.
217
quelque rupture, si ce Prince
mouroit sans posterité, unit
davantage les deux Nations, de-
sespere les ennemis du Roy
Catholique, affermit par con-
sequent l'amour de ses peuples
& fait esperer aux uns & aux
autres une paix durable & soli-
de. C'est ce qu'on a exprimé
par une Etoile brillante & de
la premiere grandeur, au cœeur
de laquelle est une hermine,
avec ces paroles.
NOVA LUX PRAENUNCIA
PACIS.
Par cet Astre nouveau nous esperons
la Paix.
On avoit mis enfin une autre
Inscription dans l'Eglise & au
dessus de la Tribune; où pour
T ij
218 Réjouissances.
rendre autant qu'on a pû l'ex-
pression de la lettre du Roy
on avoit écrit en Latin.
FELICIS PROAVI SO-
BOLES NUMEROSA FO-
VEBITSPEM POPULI.
Cette Naissance perpetuë le bon-
heur des peuples par cette longue
suite de Rois qu'elle leur assure.
Toute l'Eglise étoit tenduë
de tres-riches Tapisseries, ornée
d'un grand nombre de lustres,
mais la parure de l'Autel sur-
passoit tout le reste; soit par
la richesse des ornemens, soit
par la quantité des Girandoles
& du luminaire, où l'on avoit
mis par tout des écussons aux
Armes du Roy; & ce qui aug
219
Réjouissances.
mentoit la beauté du ſpectacle,
c'étoit quantité de vases & de
quaisses de fleurs, qui faisoient
une varieté tres agréable parmi
toutes ces richesses, & rendoient
une odeur qui parfumoit toute
l'Eglise.
Mr le Marquis de Sourches,
grand Prevôt de France, fit
l'honneur à cette Communauté
qui depend de luy, d'assister à
cette fête, à la tête de tous les
Officiers de sa Jurisdiction Mr
l'Abbé de Sourches, Aumônier
du Roy, revétu d'une chape
tres magnifique, sit la ceremo-
nie, & entonna le Te Deum,
qui fut continué par une excel-
lente Musique & par une tres-
belle ſimphonie, de la compo-
sition de Mr Lallouette Maitre
11
220
Réjovissances.
de l'Eglise de Paris, aussi-bien
que la Priere pour le Roy &
pour la Famille Royalle, com-
posée de paroles choisies ex-
prés, tirées de l'Ecriture Sainte,
qui fut chantée avec le même
succés.
Pendant la ceremonie, les
fanfares des trompettes & le
bruit des timballes du Roy, qui
étoient placées au dehors, &
à des fenêtres qui donnoient
sur la ruë, occupoient agréa-
blement un grand concours de
peuple, qui à cause de la fou-
le, n'avoit pu trouver aucune
entrée dans l'Eglise.
Tout cela s'est fait par les
soins des Messieurs Lambert,
Le Febvre & Maurice, Sindics
generaux de cette Compagnie.
firent chanter dans l'Eglise des
Mathurins, un Te Deum en
musique, de la composition de
Monsieur Campra. Il y avoit
des Thuorbes, des basses de
viole & des dessus, des trom-
pettes & des timballes, de ma-
niere qu'avec les voix, plus de
cinquante personnes jouerent
ou chanterent à ce Te Deum,
qui fut tres applaudi.
La Communauté des Mar-
chands Privilegiez suivant la
S 1
210 Réjouissances.
Cour, étant particulierement
tres attachée au service du Roy,
distingua le 21. de Juillet d'une
mahiere tres éclatante, elle
avoit choisi l'Eglise des Reli-
gieuſes de faint Magloire, ruë
de saint Denis pour cette cere-
monie; & pour cet effet, elle
fit decorer le portail du Con-
vent, en maniere d'Arc de
triomphe. Au dessus de la cor-
niche, qui en faisoit l'entable-
ment, on avoit placé un grand
Tableau du Roy, enferme d'u-
ne riche bordure, sous un dais
tres magnique & brodé d'or
Aux deux côtez étoient éle-
vez deux grands palmiers, char-
gez de Trophées d'Armes na-
turelles de Drapeaux, casques,
corcelets, masses d'Armes, per-
Réjovissances.
21I
tuisanes, coutelas & autres in-
strumens de Guerre. Sous la
corniche & au dessous du Ta-
bleau du Roy, étoient les Ar-
moiries de S M. avec tous leurs
ornemens dans un grand car-
touche isolé, accompagnées des
deux côtez, de deux inscriptions
Latines & en lettres d'or pa-
reillement dans des bordu-
res ovales dorées. Dans l'une
on lisoit unum sequimur, &
dans l'autre rependet in omnes,
Du haut du dais, tomboient à
droite & à gauche des Guir-
landes & des Festons de fleurs
naturelles, qui venoient se méler
agréablement avec tous ces or-
nemens, & qui aprés avoir pa-
ré de ceintre, descendoient des
deux côtez jusque sur le Socle,
212 Réjouissances.
Le dessous de la porte & tou-
te la façade de l'Eglise étoient
ornez de Tapisseries. On avoit
couvert le ceintre plein gothi-
que de la porte de l'Eglise, d'u-
ne grande table de marbre blanc
feint, ou étoit cette belle Iuscri-
ption.
REGI PROAVO,
FAXIT DEUS UT QUONDAM
ATAVO,
REGALI EJUS PROSAPIAE
ET NATALIBUS ERINCIPIS
DUCIS BRITANNIAE
INSTITORES ET OPIFICES
LICI
Réjouissances.
213
BENE PRECANTUR.
C'est à dire. Les Maichands
& Artisans suivant la Cour, font
des vœux & souhaittent toute pro-
sperité au Roy Bisayeul (fasse le
Ciel qu'on le voye un jour Trisayeul)
à sa Famille Royalle & à la
Naissance de Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Cette Inscription étoit ac-
compagnée de six devises, qui
exprimoient ce que les Peuples
doivent un jour esperer de ce
grand & beau Prince.
I.
Pour montrer qu'il ira aufsi
loin que ses Ancêtres, un Re
jetton qui naît au pied d'un
grand Arbre, avec ce môt
214. Réjouissances.
STIKPI PAR ERIT.
Pour égaler un jour la Hauteur de
sa Tige.
II.
Un Aiglon dans son aire, qui
épanouit ses alles en voyant
trois grands Aigles qui volent
au dessus, marque qu'il voudroit
déja les suivre, pour se rendre
digne du sang dont il est issu.
PROLES DIGNA PATRUM.
Digne Fils de ses grands Ayeux.
IIII.
Pour la valeur future de ce
grand Prince, un jeune. Coq qui
par ſa diſposition montre déja
J'ardeur qui l'anime & qui l'en-
fame,
25
AD
Réjouissances. 215
AD BELLICA NATUS.
Il nait pour la Valeur.
IV.
Pour montrer qu'à l'exemple
de ses Peres il aimera les Ver-
tus qui font les veritables He-
ros, un Lionceau.
A VITE VIRTUTIS NO
DEGENER.
Par tout il soutiendra la vertu de
ses Peres.
V.
Le Cedre porte sa cime plus
haut que tous les autres arbres:
c'est pourquoy, pour montrer ce
que sera un jour Monseigneur
le Duc de Bretagne, on a mis
suillet 1704. II. P.
I)
Réjouissances.
216
pour le corps de cette devise,
un jeune Cedre qui s'éleve, &
pour ame.
CRESCIT UT ALIAS SUPERÉT.
Il croit pour etre au dessus des autres,
VI.
Si les Cometes sont les signes
funestes des malheurs: au con-
traire, les Etoiles qui paroissent
de nouveau nous annoncent la
prosperité & les biens; La Paix
etant le plus grand de tous & le
plus souhaité; il est constant
que la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, éta-
blissant la Branche de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne,
dissipe les craintes que les Es-
pagnols pourroient avoir de
Réjouissances.
217
quelque rupture, si ce Prince
mouroit sans posterité, unit
davantage les deux Nations, de-
sespere les ennemis du Roy
Catholique, affermit par con-
sequent l'amour de ses peuples
& fait esperer aux uns & aux
autres une paix durable & soli-
de. C'est ce qu'on a exprimé
par une Etoile brillante & de
la premiere grandeur, au cœeur
de laquelle est une hermine,
avec ces paroles.
NOVA LUX PRAENUNCIA
PACIS.
Par cet Astre nouveau nous esperons
la Paix.
On avoit mis enfin une autre
Inscription dans l'Eglise & au
dessus de la Tribune; où pour
T ij
218 Réjouissances.
rendre autant qu'on a pû l'ex-
pression de la lettre du Roy
on avoit écrit en Latin.
FELICIS PROAVI SO-
BOLES NUMEROSA FO-
VEBITSPEM POPULI.
Cette Naissance perpetuë le bon-
heur des peuples par cette longue
suite de Rois qu'elle leur assure.
Toute l'Eglise étoit tenduë
de tres-riches Tapisseries, ornée
d'un grand nombre de lustres,
mais la parure de l'Autel sur-
passoit tout le reste; soit par
la richesse des ornemens, soit
par la quantité des Girandoles
& du luminaire, où l'on avoit
mis par tout des écussons aux
Armes du Roy; & ce qui aug
219
Réjouissances.
mentoit la beauté du ſpectacle,
c'étoit quantité de vases & de
quaisses de fleurs, qui faisoient
une varieté tres agréable parmi
toutes ces richesses, & rendoient
une odeur qui parfumoit toute
l'Eglise.
Mr le Marquis de Sourches,
grand Prevôt de France, fit
l'honneur à cette Communauté
qui depend de luy, d'assister à
cette fête, à la tête de tous les
Officiers de sa Jurisdiction Mr
l'Abbé de Sourches, Aumônier
du Roy, revétu d'une chape
tres magnifique, sit la ceremo-
nie, & entonna le Te Deum,
qui fut continué par une excel-
lente Musique & par une tres-
belle ſimphonie, de la compo-
sition de Mr Lallouette Maitre
11
220
Réjovissances.
de l'Eglise de Paris, aussi-bien
que la Priere pour le Roy &
pour la Famille Royalle, com-
posée de paroles choisies ex-
prés, tirées de l'Ecriture Sainte,
qui fut chantée avec le même
succés.
Pendant la ceremonie, les
fanfares des trompettes & le
bruit des timballes du Roy, qui
étoient placées au dehors, &
à des fenêtres qui donnoient
sur la ruë, occupoient agréa-
blement un grand concours de
peuple, qui à cause de la fou-
le, n'avoit pu trouver aucune
entrée dans l'Eglise.
Tout cela s'est fait par les
soins des Messieurs Lambert,
Le Febvre & Maurice, Sindics
generaux de cette Compagnie.
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722
p. 221-237
DESCRIPTION D'UNE FESTE DONNÉE A VERSAILLES SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BRETAGNE.
Début :
La relation suivante, ayant esté faite par une plume éloquente, / L'Heureuse Naissance de Monseigneur le Duc de Bretagne, estant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION D'UNE FESTE DONNÉE A VERSAILLES SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BRETAGNE.
La relation suivante, ayant
esté faite par une plume éloquente,
je vous l'envoye, sans
y avoir seulement changé une
syllabe.
DESCRIPTION
D'UNE FESTE
DONNÉE A VERSAILLES
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BRETAGNE.
L'Heureuse Naissance de
Monseigneur le Duc de Bretagne,
estant regardée comme une Bene-
diction singuliere que le Ciel a re.
222
Réjouissances.
panduë sur la France; la Ville &
la Cour se sont efforcées à l'envie
d'en témoigner leur reconnoissance
par des actions de graces solem-
nelles, de signaler leur joye par
des Festes publiques. Mr Bontemps
Premier Valet de Chambre du
Roy ayant obienu permission de Sa
Majesté de luy en donner une à Ver-
sailles, elle fut conduite par le Sr
Berrain le fils, & exécutée avec
tout le succès possible.
Le Samedy 26. Juillet, jour
marque pour cette Feste, elle fut
annoncée dès le midy par cinquante
boetes qui tirèrent pendant le dis-
ner du Roy, & furent comme le
premier coup de signal qui avertit
la Cour du spectacle qui se devoit
donner à l'entrée de la nnit.
Sur les neuf beures du soir on en-
tendit un semblable bruit de canon
Réjovissances. 223
qui rassembla les Courtisans, &
qui sortant de la grande Avenuë
du Chasteau, attira tous les yeux
de ce costé-la. Dans le moment on
y vit paroistie un Char magnifi-
que tout doré & illuminé, qui
dans l'obscurité de la nuit fit un
effet surprenant. On l'auroit pris
d'abord pour un globe de feu que
la distance empeschoit de discerner,
tant il estoit brillant de lumieres,
qui jointes à l'éclat de l'or, for-
moient une vive clartè au milien
des tenebres les plus épaisses: mais
les yeux enchantez par la nou-
veauté du spectacle, & eblouis par
un si grand jour, d'stinguérene bien-
tost la figure du Dieu qui estoit pla-
cée au fond du Char.
C'estoit Mars, que les Poetes
prennent pour le Dieu de la guerre,
& qui a si fidelement secondé les
224 Réjouissances.
desseins du Roy dans ses Conquestes,
qu'on le crott toujours également
gelé pour la gloire de Sa Majeste.
Il estoit representé comme un Vain-
queur revenant des rivages du Po
qu'il a parcourus, & où, il a ré-
panda le nom de LOUIS LE
GRAND, qui a jettè dans l'es-
prit des Peuples une si prompte con-
sternation. Il avoit appris sur sa
route la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, qui luy ayant
cause une joye extraordinaire, le
pressoit d'arriver plutost à la Cour
de ce Prince; autant pour luy ren-
dre compte de l'heureux succès de ses
armes en Italie, que pour le feli-
citer sur un évenement si singulier
& aussi avantageux à l'Espagne
qu'à la France.
Mars s'étant arrèté à Montreuil,
Réjouissances.
225
distant de Versailles d'un quart de
lieue, en partit sur son Char pour
se rendre au Chasteau: à mesure
qu'il avançoit dans l'Avenuè, on
remarquoit la fierté de sa conte-
nance, & la richesse de son habil-
lement. Il portoit sur sa teste un
casque orné de pierreries, & surmon-
tè d'un panache blanc: sa cuirasse
estoit de diamans, & il tenoit de
la main droite son javelot, tel
que le representent les Medailles.
On le voyoit assis sur un Throsne
élevé de cinq pieds au dessus du
Char, & enrichi de Fleurs- de - lys
d'or, appliquées sur un fond bleu,
au milieu duquel estoit peint une
Genie qui écrivoit les actions du
Roy, pour les transmettie à la
posteritè la plus reculée.
Au dessus du Throsne, estoit une
226 Réjouissances.
Couronne de France dorée, dont
le bandeau estoit garni de douze
pierres precieuses, sur lesquelles é-
toient gravez les noms des Villes
conquises par le Roy. Elle estoit
d'une si grande circonference, qu'elle
formoit une espece de dais, qui cou-
vroit la teste de Mars, & une par-
tie du Char, sur lequel elle re-
pandoit sa lumiere.
Sur le devant du Char, & aux
pieds de Mars estoient assises deux
figures qui représentoient Bellone
& Pallas, revestuës de leurs or-
nemens guerriers, & accompagnez
de leurs symboles ; elles avoient
près d'elles deux tymbales.
Derriere le Trone du Dieu Mars,
étoient posez plusieurs Trophées
d'armes differentes, comme de Pi-
ques, Lances, Drapeaux, Eten-
Réjouissances.
22
dars, Corseleis, Casques & Bou-
cliers bien groupez, au dessous des-
quels estoient attachez avec des
chaisnes d'or quatre Esclaves Ita-
liens, que Mars triomphant, ame-
noit des Villes nouvellement con-
quises.
Le corps de ce superbe Char estoit
tout enrichi de sculptare & de do-
rure, & revestu aux costez de toiles
iransparentes & peintes, qui sous
differens symboles marquoient les
actions memorables du Roy: on
voyoit d'un costé des sieges de Villes,
& de l'autre des batailles données,
tant sur mer que sur terre, qui par
le secours des lumieres se distin-
guoient aisèment.
Il estoit traisné par deux chevaux
isabelles richement enharnachez
qui portoient un fronte au dorè garni
228 Réjouissances.
de pierreries, avec une aigrette sur
la teste. Ils estoient montez par deux
Renommées vetuës à l'antique, &
tenant chacune à la mainune trom-
pette, dont elles sonnoient pour an-
noncer l'arrivee de Mars, & dont
le son mesté au bruit des tambours
& des fifres, faisoit une harmonie
militaire & tres agréable.
Autour du Char marchoient douze
Officiers François, six de chaque
costè, tous habillez magnifique.
ment: & à l'imitation des Ro-
mains, qui portoient dans leurs
triomphes les tableaux des Villes
conquises, ou des victoires rempor-
tées, chacun tenoit une espece de
lanterne ou fallot éclairé, surmontè
d'une Fleur-de-lis d'or, & orne de
festons de lauriers. Le corps de ces
fallots estoit plat & couvert d'une
Réjouissances.
229
toile transparente, sur la quelle
estoient écrits des deux costez en gros
caracteres les noms des batailles
les plus celebres qui ont estè gagnées
par les François, sous le regne du
Roy; scavoir, celles de Lens, de
Rocroy, de Nortlingue, de Fribourg
de Fleurus, de Nervinde, de Stin-
kerk, de la Marsaille, de Sta-
farde, du Ter de Fridelingue, de
Spire & de Luzzara; aussi-bien
que la prise de Philisbourg faite
par Monseigneur le Dauphin, &
celle de Brisac par Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Dans cei ordre, s'avança le Chav
de Mars, parmi le bruit des tym-
bales, des trompetes, des fifres &
tambours. Il ne fut pas plustost à
la vuë de l'Hostel de Conty, qu'au
signal marquè, le canon recom-
230 Réjouissances.
mença a tirer, & fit encore senti-
plus fottement près de la grilledes
Ecuries l'approche de Mars par une
nouvelle decharge. Mais dés quil
entra dans l'avant-cour du Cha-
teau, le mesme tonnerre qui le pre-
cede ordinairement, se fit entendre
par des coups plus vifs que les pre-
miers: non-seulement les maisons
voisines, mais encore les montagnes
qui regnent autour de Versailles,
en furent ébranlées jusqu'aux fon.
demens.
Pendant ce bruit terrible, l'avant-
cour du Chaste au se trouva tout d'un
coup éclairée par une infinité de
terrines ou pots à feu, qui dans un
clin d'æil parurent tous posez sur
deux lignes, & éclairerent par
leurs lum eres le bas du Char, dont
elles fient remarquer les richespein-
Réjovissances.
231
tures & les soul assemens magnifi-
ques qui descendoient jusques sur les
roues. Les Suisses, si distinguez pat
leur air guerrier, s'estant rangez en
haye derriere ces terrines, recurent
Mars, qui traversa l'avant-cour
avec une majestè étonnante. Des
qu'il fut entré dans la Cour, les
lumieres du Char eclairans les de-
hors dorez du Chasteau, le rendi-
vent si brillant, qu'on croyott voir
le Palais du Soleil, tel qu'il est
décrit dans Ovide. Mais une nou-
velle décharge de canon fit bientost
changer cette idée, & répandit par
tout l'effroy cause par la présence
redoutable de Mars. Le feu de ses
yeux & de son armure le faisoit pa-
roistre aussi terrible qu'il est dans la
Thrace, lien de son Empire, ou à
la teste des armées, precedé de la-
Juillet 1704. II. P. V
Réjouissances.
232
Guerre & de l'Epouvante, comme
nous le peint Homere,
Aussi tost ayant fait tourner ses
chevaux autour de la Cour du
Chasteau, pour en admirer en
passant le superbe edifice, il arresta
son Char sous l'Appartement du
Roy.
Ce fut la, qu'une nouvelle Scene
Souviit, & que la joye succeda à
la frayeur, lorsque les musettes &
les hautbois accorderent la douceur
de leurs sons avec celuy des trom-
petes & des fifres. Le Roy qui at-
tendoit Mars dans son apparte-
ment, impatient de son arrivee,
parut sur un balcon dorè au milieu
de l'élite de sa Cour, où du pre-
mier coup d'œil il jouit avet plaisir
de la beauté du spectacle, Mars
ayant d'abord apperça le Roy
Réjouissances.
22
plus venerable par la majesté de
son front, que par son sceptre & par
sa couronne, estoit sur le point de
descendre de son Char; mais trop
empresse de feliciter ce Monarque, il
se leva de son Throsne pour te sa-
luer, & après que les trompettes &
tes hautbois eurent cesse de jouer, il
fit ce beau compliment à Sa Majesté.
Ouverain Maistre de la
Terre,
Je viens d'obeir à ta Loy-
Des rivages du Pô, que j'ay
remplis d'effroy,
Où le bruit de ton Nom fait
plus que mon tonnere
J'accours te signaler & mon
zele & ma foy.
Dans le jeune Heros, dont
j'apprens la naifsance,
Vij
234
Réjouissances.
Le Ciel a couronné le bonheur
de la France.
Croissant au milieu des Lau-
riers,
Et dans le sein de la Victoire;
Il te suivra bien-tost au Tem-
ple de la Gloire.
Déja de ses travaux guerriers
Jlay plus d'un heureux pré-
sage:
Jespere tout de son courage.
Sur ta haute prudence, aux
sieges, aux combats
Je formeray son cœur, je re-
re
gleray ſes pas:
Ihapprendra de moy l'art de
lancer ta foudre,
Et de mettre les murs en
poudre
Par son berceau deux Thrô-
nes affermis
Réjouissances.
23
Répondent des succés,
où sa
valeur afpire:
Quy; ce Prince naissant, que
l'Univers admire
Domptera la fureur des plus
fiers Ennemis;
Et voyant à son bras mille Peu-
ples soûmis,
Perpetuera ton sang, ton Nom
& ton Empire.
Mars n'eut pas plutot acheve son
compliment, dont le Roy parut tres-
satisfait, qu'il fit avancer son Cha-
au milieu de la Cour., où il donna
un nouveau spectacle à Sa Majeste.
Ce fut pour lirs que le Theatre
changea de face, & surprit agrea-
blement les yeux des spectateurs; car
pendant que les instrumens de Mu-
sique faisoient, avec les trompettes
Réjoiissances.
236
un concertsi harmonieux, on vit tiut
d'un coup briller autour du Chasteau
des Lances, des Gerbes & des So-
leils fixes & tournans, qui firent
un effet surprenant, & qui par l'é-
clat du feu artificiel, representerent
une vive image de la guerre. Pres-
que dans le mesme instant, un
nombre infini de fusèes & de serpen-
teaux se répandit dans les airs, & y
fit admirer tout ce que l'Art à de plus
ingenieux & de plus surprenant.
Mars s'estant atresté la quelque
temps pour voir la fin d'une Feste,
dont le Roy faisoit le principal or-
nement par sa présence, se preßa de
retourner en Italie, Ayant pouße
vivement ses chevaux, il sortit de
Versailles au mème bruit du canon
qui l'avoit accompagne en y en-
trant, & se rendit bien- tost au dela
Réjouissances.
23
des Alpes, pour y conduire les pro-
jeis du Roy, & donner à Sa Ma-
jeste de nouvelles marques de son
zele.
esté faite par une plume éloquente,
je vous l'envoye, sans
y avoir seulement changé une
syllabe.
DESCRIPTION
D'UNE FESTE
DONNÉE A VERSAILLES
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BRETAGNE.
L'Heureuse Naissance de
Monseigneur le Duc de Bretagne,
estant regardée comme une Bene-
diction singuliere que le Ciel a re.
222
Réjouissances.
panduë sur la France; la Ville &
la Cour se sont efforcées à l'envie
d'en témoigner leur reconnoissance
par des actions de graces solem-
nelles, de signaler leur joye par
des Festes publiques. Mr Bontemps
Premier Valet de Chambre du
Roy ayant obienu permission de Sa
Majesté de luy en donner une à Ver-
sailles, elle fut conduite par le Sr
Berrain le fils, & exécutée avec
tout le succès possible.
Le Samedy 26. Juillet, jour
marque pour cette Feste, elle fut
annoncée dès le midy par cinquante
boetes qui tirèrent pendant le dis-
ner du Roy, & furent comme le
premier coup de signal qui avertit
la Cour du spectacle qui se devoit
donner à l'entrée de la nnit.
Sur les neuf beures du soir on en-
tendit un semblable bruit de canon
Réjovissances. 223
qui rassembla les Courtisans, &
qui sortant de la grande Avenuë
du Chasteau, attira tous les yeux
de ce costé-la. Dans le moment on
y vit paroistie un Char magnifi-
que tout doré & illuminé, qui
dans l'obscurité de la nuit fit un
effet surprenant. On l'auroit pris
d'abord pour un globe de feu que
la distance empeschoit de discerner,
tant il estoit brillant de lumieres,
qui jointes à l'éclat de l'or, for-
moient une vive clartè au milien
des tenebres les plus épaisses: mais
les yeux enchantez par la nou-
veauté du spectacle, & eblouis par
un si grand jour, d'stinguérene bien-
tost la figure du Dieu qui estoit pla-
cée au fond du Char.
C'estoit Mars, que les Poetes
prennent pour le Dieu de la guerre,
& qui a si fidelement secondé les
224 Réjouissances.
desseins du Roy dans ses Conquestes,
qu'on le crott toujours également
gelé pour la gloire de Sa Majeste.
Il estoit representé comme un Vain-
queur revenant des rivages du Po
qu'il a parcourus, & où, il a ré-
panda le nom de LOUIS LE
GRAND, qui a jettè dans l'es-
prit des Peuples une si prompte con-
sternation. Il avoit appris sur sa
route la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, qui luy ayant
cause une joye extraordinaire, le
pressoit d'arriver plutost à la Cour
de ce Prince; autant pour luy ren-
dre compte de l'heureux succès de ses
armes en Italie, que pour le feli-
citer sur un évenement si singulier
& aussi avantageux à l'Espagne
qu'à la France.
Mars s'étant arrèté à Montreuil,
Réjouissances.
225
distant de Versailles d'un quart de
lieue, en partit sur son Char pour
se rendre au Chasteau: à mesure
qu'il avançoit dans l'Avenuè, on
remarquoit la fierté de sa conte-
nance, & la richesse de son habil-
lement. Il portoit sur sa teste un
casque orné de pierreries, & surmon-
tè d'un panache blanc: sa cuirasse
estoit de diamans, & il tenoit de
la main droite son javelot, tel
que le representent les Medailles.
On le voyoit assis sur un Throsne
élevé de cinq pieds au dessus du
Char, & enrichi de Fleurs- de - lys
d'or, appliquées sur un fond bleu,
au milieu duquel estoit peint une
Genie qui écrivoit les actions du
Roy, pour les transmettie à la
posteritè la plus reculée.
Au dessus du Throsne, estoit une
226 Réjouissances.
Couronne de France dorée, dont
le bandeau estoit garni de douze
pierres precieuses, sur lesquelles é-
toient gravez les noms des Villes
conquises par le Roy. Elle estoit
d'une si grande circonference, qu'elle
formoit une espece de dais, qui cou-
vroit la teste de Mars, & une par-
tie du Char, sur lequel elle re-
pandoit sa lumiere.
Sur le devant du Char, & aux
pieds de Mars estoient assises deux
figures qui représentoient Bellone
& Pallas, revestuës de leurs or-
nemens guerriers, & accompagnez
de leurs symboles ; elles avoient
près d'elles deux tymbales.
Derriere le Trone du Dieu Mars,
étoient posez plusieurs Trophées
d'armes differentes, comme de Pi-
ques, Lances, Drapeaux, Eten-
Réjouissances.
22
dars, Corseleis, Casques & Bou-
cliers bien groupez, au dessous des-
quels estoient attachez avec des
chaisnes d'or quatre Esclaves Ita-
liens, que Mars triomphant, ame-
noit des Villes nouvellement con-
quises.
Le corps de ce superbe Char estoit
tout enrichi de sculptare & de do-
rure, & revestu aux costez de toiles
iransparentes & peintes, qui sous
differens symboles marquoient les
actions memorables du Roy: on
voyoit d'un costé des sieges de Villes,
& de l'autre des batailles données,
tant sur mer que sur terre, qui par
le secours des lumieres se distin-
guoient aisèment.
Il estoit traisné par deux chevaux
isabelles richement enharnachez
qui portoient un fronte au dorè garni
228 Réjouissances.
de pierreries, avec une aigrette sur
la teste. Ils estoient montez par deux
Renommées vetuës à l'antique, &
tenant chacune à la mainune trom-
pette, dont elles sonnoient pour an-
noncer l'arrivee de Mars, & dont
le son mesté au bruit des tambours
& des fifres, faisoit une harmonie
militaire & tres agréable.
Autour du Char marchoient douze
Officiers François, six de chaque
costè, tous habillez magnifique.
ment: & à l'imitation des Ro-
mains, qui portoient dans leurs
triomphes les tableaux des Villes
conquises, ou des victoires rempor-
tées, chacun tenoit une espece de
lanterne ou fallot éclairé, surmontè
d'une Fleur-de-lis d'or, & orne de
festons de lauriers. Le corps de ces
fallots estoit plat & couvert d'une
Réjouissances.
229
toile transparente, sur la quelle
estoient écrits des deux costez en gros
caracteres les noms des batailles
les plus celebres qui ont estè gagnées
par les François, sous le regne du
Roy; scavoir, celles de Lens, de
Rocroy, de Nortlingue, de Fribourg
de Fleurus, de Nervinde, de Stin-
kerk, de la Marsaille, de Sta-
farde, du Ter de Fridelingue, de
Spire & de Luzzara; aussi-bien
que la prise de Philisbourg faite
par Monseigneur le Dauphin, &
celle de Brisac par Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Dans cei ordre, s'avança le Chav
de Mars, parmi le bruit des tym-
bales, des trompetes, des fifres &
tambours. Il ne fut pas plustost à
la vuë de l'Hostel de Conty, qu'au
signal marquè, le canon recom-
230 Réjouissances.
mença a tirer, & fit encore senti-
plus fottement près de la grilledes
Ecuries l'approche de Mars par une
nouvelle decharge. Mais dés quil
entra dans l'avant-cour du Cha-
teau, le mesme tonnerre qui le pre-
cede ordinairement, se fit entendre
par des coups plus vifs que les pre-
miers: non-seulement les maisons
voisines, mais encore les montagnes
qui regnent autour de Versailles,
en furent ébranlées jusqu'aux fon.
demens.
Pendant ce bruit terrible, l'avant-
cour du Chaste au se trouva tout d'un
coup éclairée par une infinité de
terrines ou pots à feu, qui dans un
clin d'æil parurent tous posez sur
deux lignes, & éclairerent par
leurs lum eres le bas du Char, dont
elles fient remarquer les richespein-
Réjovissances.
231
tures & les soul assemens magnifi-
ques qui descendoient jusques sur les
roues. Les Suisses, si distinguez pat
leur air guerrier, s'estant rangez en
haye derriere ces terrines, recurent
Mars, qui traversa l'avant-cour
avec une majestè étonnante. Des
qu'il fut entré dans la Cour, les
lumieres du Char eclairans les de-
hors dorez du Chasteau, le rendi-
vent si brillant, qu'on croyott voir
le Palais du Soleil, tel qu'il est
décrit dans Ovide. Mais une nou-
velle décharge de canon fit bientost
changer cette idée, & répandit par
tout l'effroy cause par la présence
redoutable de Mars. Le feu de ses
yeux & de son armure le faisoit pa-
roistre aussi terrible qu'il est dans la
Thrace, lien de son Empire, ou à
la teste des armées, precedé de la-
Juillet 1704. II. P. V
Réjouissances.
232
Guerre & de l'Epouvante, comme
nous le peint Homere,
Aussi tost ayant fait tourner ses
chevaux autour de la Cour du
Chasteau, pour en admirer en
passant le superbe edifice, il arresta
son Char sous l'Appartement du
Roy.
Ce fut la, qu'une nouvelle Scene
Souviit, & que la joye succeda à
la frayeur, lorsque les musettes &
les hautbois accorderent la douceur
de leurs sons avec celuy des trom-
petes & des fifres. Le Roy qui at-
tendoit Mars dans son apparte-
ment, impatient de son arrivee,
parut sur un balcon dorè au milieu
de l'élite de sa Cour, où du pre-
mier coup d'œil il jouit avet plaisir
de la beauté du spectacle, Mars
ayant d'abord apperça le Roy
Réjouissances.
22
plus venerable par la majesté de
son front, que par son sceptre & par
sa couronne, estoit sur le point de
descendre de son Char; mais trop
empresse de feliciter ce Monarque, il
se leva de son Throsne pour te sa-
luer, & après que les trompettes &
tes hautbois eurent cesse de jouer, il
fit ce beau compliment à Sa Majesté.
Ouverain Maistre de la
Terre,
Je viens d'obeir à ta Loy-
Des rivages du Pô, que j'ay
remplis d'effroy,
Où le bruit de ton Nom fait
plus que mon tonnere
J'accours te signaler & mon
zele & ma foy.
Dans le jeune Heros, dont
j'apprens la naifsance,
Vij
234
Réjouissances.
Le Ciel a couronné le bonheur
de la France.
Croissant au milieu des Lau-
riers,
Et dans le sein de la Victoire;
Il te suivra bien-tost au Tem-
ple de la Gloire.
Déja de ses travaux guerriers
Jlay plus d'un heureux pré-
sage:
Jespere tout de son courage.
Sur ta haute prudence, aux
sieges, aux combats
Je formeray son cœur, je re-
re
gleray ſes pas:
Ihapprendra de moy l'art de
lancer ta foudre,
Et de mettre les murs en
poudre
Par son berceau deux Thrô-
nes affermis
Réjouissances.
23
Répondent des succés,
où sa
valeur afpire:
Quy; ce Prince naissant, que
l'Univers admire
Domptera la fureur des plus
fiers Ennemis;
Et voyant à son bras mille Peu-
ples soûmis,
Perpetuera ton sang, ton Nom
& ton Empire.
Mars n'eut pas plutot acheve son
compliment, dont le Roy parut tres-
satisfait, qu'il fit avancer son Cha-
au milieu de la Cour., où il donna
un nouveau spectacle à Sa Majeste.
Ce fut pour lirs que le Theatre
changea de face, & surprit agrea-
blement les yeux des spectateurs; car
pendant que les instrumens de Mu-
sique faisoient, avec les trompettes
Réjoiissances.
236
un concertsi harmonieux, on vit tiut
d'un coup briller autour du Chasteau
des Lances, des Gerbes & des So-
leils fixes & tournans, qui firent
un effet surprenant, & qui par l'é-
clat du feu artificiel, representerent
une vive image de la guerre. Pres-
que dans le mesme instant, un
nombre infini de fusèes & de serpen-
teaux se répandit dans les airs, & y
fit admirer tout ce que l'Art à de plus
ingenieux & de plus surprenant.
Mars s'estant atresté la quelque
temps pour voir la fin d'une Feste,
dont le Roy faisoit le principal or-
nement par sa présence, se preßa de
retourner en Italie, Ayant pouße
vivement ses chevaux, il sortit de
Versailles au mème bruit du canon
qui l'avoit accompagne en y en-
trant, & se rendit bien- tost au dela
Réjouissances.
23
des Alpes, pour y conduire les pro-
jeis du Roy, & donner à Sa Ma-
jeste de nouvelles marques de son
zele.
Fermer
723
p. 237-246
« Je n'ay pu être informé plûtôt du détail de la fête suivante, [...] »
Début :
Je n'ay pu être informé plûtôt du détail de la fête suivante, [...]
Mots clefs :
Face, Lumières, Berceau, Soleil, Dire, Roi, Inscription, Jardin, Grille, Parterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'ay pu être informé plûtôt du détail de la fête suivante, [...] »
Je n'ay pu être informé plû-
tôt du détail de la fête suivante,
ainsi je me trouve obligé de la
placer hors de son rang. Elle est
de Mr Bosc, Maître des Re-
quêtes & Sur-intendant de la
Maison de Madame la Duchesse
de Bourgogne.
Toute la face de sa maison
du côté de la ruë, étoit illumi-
née avec des lamprons, atta-
chés au tour des fenêtres plain-
tes & corniches Sur les fenêtres
étoient des tableaux, dont on
se sert ordinairement dans ces
fortes de fêtes, & que les lu-
Rejouissances.
23
mieres que l'on met derriere,
rendent transparens, & entre
chaque fenêtre, étoient des lo-
zanges formés aussi avec des lu-
mieres; ces lozanges represen-
toient des chiffres Couronnés
de Monseigneur le Duc & de
Madame la Duchesse de Bour-
gogne, avec des fleurs de lis
d'or Et sur le milieu du toit on
vovoit une haute piramide tri-
angulaire, toute de lumieres,
sur le haut de laquelle étoit un
vase rempli de grosses lumieres.
Le tableau de la fenêtre du
milieu découvroit un Soleil
qui dardoit ses rayons sur la
Erance, representé par un glo-
be d'azur avec des fleurs de lis
d'or, & au haut étoit ce demy
vers d'Horace.
Aliusque
Rejouissances.
23
Aliusque & idem nasceris.
C'est à dire.
Vous naissez toujours nouvean
& toujours le mème.
Le Poëte qui a employé ces
mots dans un Ode à l'honneur
d'Apollon, veut dire que la
grand beauté du Soleil luy don-
ne toûjours la grace de la nou-
veauté; Le sens figuré est dou-
ble, l'un fait connoître que le
Roy à le plaisir de ſe voir renaî-
tre dans ces nouveaux Soleils,
qui sont un écoulement de sa
propre lumiere: & l'autre que
le Prince nouveau né, ſera un
nouveau Soleil, mais que ce sera
toûjours le même, parce qu'il
heritera des grandes vertus du
Roy & des Princes ses Pere &
Ayeul.
Juillet 1704. II. P.
X
240 Réjouissances.
A la droite de ce Soleil, estoit
un grand cartouche avec deux
écussons, l'un aux Armes de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & dans l'autre étoit la
Croix de Savoye avec ce vers
de Martial pour Inscription.
Di servate precor matii sua vota
C'est-à dire,
patrique.
Dieu conservez le Prince qui est le
fruit des væux de son pere & de sa
mere.
A la gauche étoient les Armes
de France, écartelées de Bre-
tagne, n'étant pas possible en-
core de designer ce jeune Prin-
ce aut rement, avec ce vers de
Virgile pour Inscription.
Chara Deum Soboles, magnum
Jovis incrementum.
Ce qui signifie,
„il sera
Il est de la. race des dieux
Réjouissances.
24.1
grandc est un accroißement de
Jupiter,
qui dans le sens figuré designe le Roy.
Par dela à droite & à gau-
che étoient les Armes de Mon-
seigneur le Dauphin, avec ces
paroles du Prophete Iſaye
Et filii ejus divident spolia.
C'eſt à dire,
Ses enfans partageront les de-
pouilles des ennemis
On a placé ces armoiries aux
extremités, & on y a mis une
inscription, qui n'a raport qu'à
la posterité de Monleigneur,
pour marquer que, quoyque les
premiers hommages luy soient
dus, sa bonté de pere veut bien
que les honneurs des fêtes pre-
sentes soient pour ses enfans, &
le mot du Prophete est appliqué
à la prise de Brisac par Mon-
X i)
Réjouissances.
242
seigneur le Duc de Bourgognes
& aux Conquêtes du Roy d'Es-
pagne en Portugal:
Le dedans de la maison, &
principalement le jardin, dont
la disposition est tres favorable,
étoient aussi illuminez. Il est
vis à vis le principal corps de
logis, & separé de la Cour par
une grille de fer, soutenuë de
plusieurs pilastres de pierre.
Comme il a plus de longueur
que de largeur; Il est coupé en
deux par un grand berceau qui
le traverse; ce berceau est per-
cé dans le milieu par une arca-
de à travers de laquelle on voit
le ſecond parterre, au bout &
en face duquel est un grand
batiment tres regulier, qui sert
de serre des orangers, au dessus
Réjouissances.
243
duquel est un petit pavillon; Et
le parterre est bordé de deux
allées d'arbres.
Les pilaîtres de la grille
étoient couverts de pilastres,
peints en marbre, tous garnis de
lumieres, & au haut de chaque
pilaſtre étoit un pot à feu, qui
jettoit de grosses flammes.
La face du berceau étoit aussi
garnie de semblables pilastres
de lumieres, sur lesquels étoit
une traverse en forme de cor-
niche & l'arcade du milieu. Le
tout fermé avec des lamprons.
A'travers cette arcade & par
dessus le berceau, on decouvroit
la facade de l'orangerie toute
garnie de lamprons, qui fer-
moient les ceintres desfenêtres,
pleintes, & corniches, & toute
X ilj
Réjouissances.
244
l'architecture de la porte & du
pavillon qui est au dessus; en
sorte que de la court on voyoit
les trois differentes illumina-
tions de la grille, du berceau &
de l'orangerie, disposées l'une
aprés l'autre en manière d'am-
phiteatre : & dans le fond de
l'orangerie, & en face de la
porte, étoit un grand tremeau
de glace, qui repetoit toutes
les lumieres du jardin. Sur la
fenêtre du pavillon de l'oran-
gerie étoit un tableau transpa-
rent, comme ceux de la face du
logis, representant les ennemis
de France & d'Espagne, liez
ensemble avec un ruban bleu,
dont le nœud étoit serré par un
Ange, & au dessous, deux fais-
seaux de fléches, passées en sun-
245
Réjouissances.
toir avec cette inscription, tirée
de Virgile.
Aterno foedere junctae.
Les arbres qui ferment les
allées qui sont aux deux côtés du
parterre, étoient garnies de lam-
prons aussi-bien que les plattes-
pandes du parterre.
La fête commença par une
simphonie d'instruments. Il
eut ensuite une magnifique co-
lation; & aprés une decharge
de 80. boëtes, qui étoient dis-
posées dans les allées du jardin.
On tira une grande quantite de
fusées, quaissons, pots à feu &
autres pieces d'artifices, & deux
Soleils d'artifice qui étoient at-
tachez au haut de la grille du
jardin, aux côtés de la por-
XIII)
246 Réjouissances.
te, brillerent pendant tout ce
temps la.
La fête fût terminée par un
bal qui dura jusqu'au jour, pen-
dant lequel on servit quantité
de rafraichissemens, & où se
trouva un fort grand nombre
de personnes de qualité.
tôt du détail de la fête suivante,
ainsi je me trouve obligé de la
placer hors de son rang. Elle est
de Mr Bosc, Maître des Re-
quêtes & Sur-intendant de la
Maison de Madame la Duchesse
de Bourgogne.
Toute la face de sa maison
du côté de la ruë, étoit illumi-
née avec des lamprons, atta-
chés au tour des fenêtres plain-
tes & corniches Sur les fenêtres
étoient des tableaux, dont on
se sert ordinairement dans ces
fortes de fêtes, & que les lu-
Rejouissances.
23
mieres que l'on met derriere,
rendent transparens, & entre
chaque fenêtre, étoient des lo-
zanges formés aussi avec des lu-
mieres; ces lozanges represen-
toient des chiffres Couronnés
de Monseigneur le Duc & de
Madame la Duchesse de Bour-
gogne, avec des fleurs de lis
d'or Et sur le milieu du toit on
vovoit une haute piramide tri-
angulaire, toute de lumieres,
sur le haut de laquelle étoit un
vase rempli de grosses lumieres.
Le tableau de la fenêtre du
milieu découvroit un Soleil
qui dardoit ses rayons sur la
Erance, representé par un glo-
be d'azur avec des fleurs de lis
d'or, & au haut étoit ce demy
vers d'Horace.
Aliusque
Rejouissances.
23
Aliusque & idem nasceris.
C'est à dire.
Vous naissez toujours nouvean
& toujours le mème.
Le Poëte qui a employé ces
mots dans un Ode à l'honneur
d'Apollon, veut dire que la
grand beauté du Soleil luy don-
ne toûjours la grace de la nou-
veauté; Le sens figuré est dou-
ble, l'un fait connoître que le
Roy à le plaisir de ſe voir renaî-
tre dans ces nouveaux Soleils,
qui sont un écoulement de sa
propre lumiere: & l'autre que
le Prince nouveau né, ſera un
nouveau Soleil, mais que ce sera
toûjours le même, parce qu'il
heritera des grandes vertus du
Roy & des Princes ses Pere &
Ayeul.
Juillet 1704. II. P.
X
240 Réjouissances.
A la droite de ce Soleil, estoit
un grand cartouche avec deux
écussons, l'un aux Armes de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & dans l'autre étoit la
Croix de Savoye avec ce vers
de Martial pour Inscription.
Di servate precor matii sua vota
C'est-à dire,
patrique.
Dieu conservez le Prince qui est le
fruit des væux de son pere & de sa
mere.
A la gauche étoient les Armes
de France, écartelées de Bre-
tagne, n'étant pas possible en-
core de designer ce jeune Prin-
ce aut rement, avec ce vers de
Virgile pour Inscription.
Chara Deum Soboles, magnum
Jovis incrementum.
Ce qui signifie,
„il sera
Il est de la. race des dieux
Réjouissances.
24.1
grandc est un accroißement de
Jupiter,
qui dans le sens figuré designe le Roy.
Par dela à droite & à gau-
che étoient les Armes de Mon-
seigneur le Dauphin, avec ces
paroles du Prophete Iſaye
Et filii ejus divident spolia.
C'eſt à dire,
Ses enfans partageront les de-
pouilles des ennemis
On a placé ces armoiries aux
extremités, & on y a mis une
inscription, qui n'a raport qu'à
la posterité de Monleigneur,
pour marquer que, quoyque les
premiers hommages luy soient
dus, sa bonté de pere veut bien
que les honneurs des fêtes pre-
sentes soient pour ses enfans, &
le mot du Prophete est appliqué
à la prise de Brisac par Mon-
X i)
Réjouissances.
242
seigneur le Duc de Bourgognes
& aux Conquêtes du Roy d'Es-
pagne en Portugal:
Le dedans de la maison, &
principalement le jardin, dont
la disposition est tres favorable,
étoient aussi illuminez. Il est
vis à vis le principal corps de
logis, & separé de la Cour par
une grille de fer, soutenuë de
plusieurs pilastres de pierre.
Comme il a plus de longueur
que de largeur; Il est coupé en
deux par un grand berceau qui
le traverse; ce berceau est per-
cé dans le milieu par une arca-
de à travers de laquelle on voit
le ſecond parterre, au bout &
en face duquel est un grand
batiment tres regulier, qui sert
de serre des orangers, au dessus
Réjouissances.
243
duquel est un petit pavillon; Et
le parterre est bordé de deux
allées d'arbres.
Les pilaîtres de la grille
étoient couverts de pilastres,
peints en marbre, tous garnis de
lumieres, & au haut de chaque
pilaſtre étoit un pot à feu, qui
jettoit de grosses flammes.
La face du berceau étoit aussi
garnie de semblables pilastres
de lumieres, sur lesquels étoit
une traverse en forme de cor-
niche & l'arcade du milieu. Le
tout fermé avec des lamprons.
A'travers cette arcade & par
dessus le berceau, on decouvroit
la facade de l'orangerie toute
garnie de lamprons, qui fer-
moient les ceintres desfenêtres,
pleintes, & corniches, & toute
X ilj
Réjouissances.
244
l'architecture de la porte & du
pavillon qui est au dessus; en
sorte que de la court on voyoit
les trois differentes illumina-
tions de la grille, du berceau &
de l'orangerie, disposées l'une
aprés l'autre en manière d'am-
phiteatre : & dans le fond de
l'orangerie, & en face de la
porte, étoit un grand tremeau
de glace, qui repetoit toutes
les lumieres du jardin. Sur la
fenêtre du pavillon de l'oran-
gerie étoit un tableau transpa-
rent, comme ceux de la face du
logis, representant les ennemis
de France & d'Espagne, liez
ensemble avec un ruban bleu,
dont le nœud étoit serré par un
Ange, & au dessous, deux fais-
seaux de fléches, passées en sun-
245
Réjouissances.
toir avec cette inscription, tirée
de Virgile.
Aterno foedere junctae.
Les arbres qui ferment les
allées qui sont aux deux côtés du
parterre, étoient garnies de lam-
prons aussi-bien que les plattes-
pandes du parterre.
La fête commença par une
simphonie d'instruments. Il
eut ensuite une magnifique co-
lation; & aprés une decharge
de 80. boëtes, qui étoient dis-
posées dans les allées du jardin.
On tira une grande quantite de
fusées, quaissons, pots à feu &
autres pieces d'artifices, & deux
Soleils d'artifice qui étoient at-
tachez au haut de la grille du
jardin, aux côtés de la por-
XIII)
246 Réjouissances.
te, brillerent pendant tout ce
temps la.
La fête fût terminée par un
bal qui dura jusqu'au jour, pen-
dant lequel on servit quantité
de rafraichissemens, & où se
trouva un fort grand nombre
de personnes de qualité.
Fermer
724
p. 246-266
« Il me reste encore à vous parler de plus de soixante-dix [...] »
Début :
Il me reste encore à vous parler de plus de soixante-dix [...]
Mots clefs :
Église, Marchands, Te Deum en musique, Composition, Église des Grands-Augustins, Communauté, Église des Grands-Cordeliers, Chapelle, Mr Bernier, Vin, Joie, Chanter, Saint-Denis, Zèle, Partie, Porte, Sépulcre, Place, Gardes, Doreurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il me reste encore à vous parler de plus de soixante-dix [...] »
Il me reſte encore à vous par-
ler de plus de soixante-dix
Communautez qui ont fait des
Feſtes, dont je ne ſuis pas assez
bien informé, pour vous en don-
ner le détail; vous jugerez bien
par les noms de ces Commu-
nautez qu'il y en a dont la vi-
vacité du zele à beaucoup plus
marqué leur joye que leur ma-
gnificence, & qui n'ont pû
imiter qu'en cela ceux qui ont
fait de tres grosses dépenses.
Réjouissances. 247
Ce n'est pas qu'une partie de
ces Communautez n'en ait fait
beaucoup, & que je ne vous
envoye le mois prochain le dé-
tail de quelques-unes de celles
qu'elles ont faites, si elles
tombent entre mes mains; ce-
pendant je vous diray que tous
les Syndics & Officiers de ces
Communautez se sont distin-
guez le jour que la Commu-
nautez ſe ſont diſtinguez le jour
que la Communauté a fait chan-
ter le Te Deum. Ils ont fait des
feux, des illuminations & don-
nez à boire aux passans, & tou-
tes les boutiques de ceux de
leur Communauté ont esté fer-
mées ce jour-là ; & chacun a
fait des feux devant sa porte,
& plusieurs ont fait des depen-
Réjouissances.
248
ſes ce soir-là au de-là de leurs
facultez.
Voicy les noms de toutes ces
Communautez, le jour & les
lieux où elles ont fait chanter
le Te Deum.
Le 30. Juin.
Les Marchands Miroittiers,
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bernier,
Maistre de la Sainte Chapelle,
dans l'Eglise de sainte Marine
de la Cité.
Le 1. Juillet.
Le Corps des Marchands
Bonnetiers dans sa Chapelle en
l'Eglise de saint Jacques de la
Boucherie.
Les Marchands Chapeliers
un Te Deum en musique & sym-
phonie, dans l'Eglise de S. Leu
S. Gilles.
Réjouissances.
249
Les Corroyeurs, dans l'E-
glise de Saint Merry.
Les Horlogeurs, dans la Sain-
te Chapelle basse.
Le 6.
.
Les Marchands de Vin du
Roy, dans l'Eglise des grands
Cordeliers. Monsieur l'Argil-
lieire, ancien grand Garde fit
le soir un feu devant sa porte;
toute la façade de sa Maison
fut illuminée & une piece de
vin distribuée aux Passans.
Les Maîtres & Maîtresses
des petites Ecoles, dans l'E-
glises des grands Cordeliers.
Le 7.
Les Cordonniers un Te Deum
en musique, de la composition
de Monsieur Lallouette dans
leur Chapelle en l'Eglise Me-
Réjouissances.
250
tropolitaine de Nôtre Dame.
Les Marchands Fripiers
dans l'Eglise des Saints Inno-
cens.
Les Marchands Ceinturiers,
un Te Deum en musique dans
l'Eglise de Saint Barthelemy.
Le 8.
Les Tapissiers dans l'Eglise du
Saint Sepulchre.
Les Plombiers, dans la même
Eglise.
Les Selliers, Lormiers &
Carossiers, un Te Deum en
Musique avec Symphonie, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Les Lingeres dans l'Eglise de
Sainte Oportune.
Les Gantiers & Parfumeurs,
dans l'Eglise des Carmes de la
Place Maubert.
p
s
e
8
Réjouissances.
251
La Communauté des Four-
bisseurs un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans la sainte Cha-
pelle basse.
Les Gardes de la Communau-
té des Tapissiers un Te Deum
en Musique dans la même
Eglise, & de la composition du
même Maiſtre.
Le 9.
Les Chirurgiens & Barbiers,
un Te Deum en Musique avec
une belle Symphonie dans l'E-
glise de Saint Coſme; il y eut
une grande illumination dans
leur Laboratoire dans le même
quartier.
Les Couturieres, dans l'Eglise
de Saint Gervais.
Le1o,
La Communauré des Tail-
252 Réjouissances.
leurs, un Te Deum en Musique,
de la composition de Mr Lal-
louette, dans l'Eglise de la Tri-
nité, ruë Saint Denys.
La Communauté des Ecri-
vains Jurez, un Te Deum & un
Salut en Musique dans l'Eglise
de Sainte Croix de la Breton-
nerie.
Les Boulangers, dans l'Eglise
de Saint Honoré.
Les Gardes Jurez, Emailleurs,
Vitriers & Fayanciers, un Te
Deum en Musique de la compo-
sition de Mr Guillery, dans
l'Eglise des Saints Innocens.
Les Marchands Lapidaires
& Jouailliers, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands Salpetriers,
dans l'Eglise des Augustins de
n
se
-
b-
s
es
es
5
Réjouissances.
253
la Place des Victoires. Le soir
ils firent tirer un beau feu d'ar-
tifice devant l'Eglise de ces
Peres.
Les Bourliers, dans l'Eglise
du S. Sepulchre, avec sympho-
nie.
Le II.
Les Marchands Taillandiers
en fer blanc & en fer noir, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 12.
La Communauté des Bou-
chers, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr La-
louette, dans l'Eglise de Saint
Jacques de la Boucherie.
Les Marchands Doreurs,
dans l'Eglise de Saint Denys de
la Chartre.
Le 13.
Les Vitriers & Peintres sur
Réjouissances.
254
verre, un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans l'Eglise des
grands Cordelièrs.
Les Marchands Peigniers &
Tablettiers, dans l'Eglise des
grands Augustins
Les Marchands du Pont-neuf
dans la même Eglise. Ils firent
un feu devant la Statuë d'Hen-
ryIV. ils illuminerent la grille
& tirererent beaucoup d'arti-
fice.
Les Marchands Papetiers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Les Marchands Boisfeliers un
Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bouteiller
l'aiſné, dans l'Eglise de Saint
Leu, Saint Gilles.
Réjovissances.
255
Les Malletiers & Coffretiers
dans l'Eglise des Augustins du
Fauxbourg Saint Germain.
Les Chaudronniers, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 14.
Les Charpentiers, dans la
Chapelle de Saint Blaise, rue
Galande.
Les Teinturiers en soye, en
fil & en laine, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les anciens Marchands Tan-
neurs, dans l'Eglise de Saint
Gervais.
Les Marchands Verriers &
Fayanciersi, dans l'Eglise de la
Trinité, ruë Saint
Denys.
Les Marchands Doreurs &
Argenteurs, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Juillet 1704. II. P.
Y
Rejouissances.
256
Les Maréchaux, un Te Dean
en Musique de la composition
de Mr Paulin , Beneficier de
Nostre-Dame, dans l'Eglise des
Augustins du Fauxbourg saint
Germain.
La Communauté des Mar-
chands Tissutiers, Rubaniers,
Frangers & Ouvriers en draps
d'or, d'argent & de soye, dans
l'Eglise du Prieuré de saint Mar-
tin des Champs.
Le 15.
Les Vinaigriers, dans l'E-
glise du Saint Sepulchre.
Les Patissiers, dans la Cha-
pelle Royale de Saint Michel,
dans l'enclos du Palais.
Les Seruriers, dans l'Eglise
de saint Denys de la Chartres.
Les Fruitiers & Orangers,
Réjouissances.
257
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Paulin, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 17.
Les Grainiers & Grainierés
dans la même Eglise.
Les Marchands Tanneurs,
dans la miême Eglise.
La Compagnie des Maistres
en fait d'Armes, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Marchands Tonneliers,
dans leur Chapelle, en l'Eglise
de Nostre-Dame.
Les Marchands
Tonneliers
& Déchargeurs de
Vin, dans
l'Eglise de saint Bon.
Les Marchands Brasseurs, un
Te Deum en Musique de la com-
position de Mr Bernier, dans
la Sainte Chapelle basse.
Yi.
258
Réjouissances.
Les Marchandes du Marché
neuf, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr Paulin,
dans l'Eglise de sainte Gene-
viéve des Ardens.
Le 18.
Les Marchands Rotisseurs,
dans l'Eglise des grands Au-
gustins; le soir ils firent tirer un
beau feu d'artifice devant la
porte de cette Eglise.
Les Marchands Boulangers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Le 19.
Les Maistres Jarez & Gardes
de la Communauté des Cuisi-
niers - Traiteurs, dans l'E-
glise de sainte Croix de la Bre-
tonnerie.
Les Couvreurs, dans l'Eglise
Réjouissances.
25
de ſaint Julien le pauvre.
Le 20
Les Graveurs & Peintres en
Taille douce, un Te Deum n
Musique de la composition de
Mr Petit de Nostre-Dame, dans
l'Eglise de Mathurins.
Les Marchands Gaisniers,
dans l'Eglise de sainte Croix
de la Bretonnerie.
Le 2I.
Les faiseurs & joueurs d'in-
strumens, dans la même Eglise.
Les Charbonniers, dans la
même Eglise.
La Communauté des Mar-
chands de vieux fer & de dépe-
ceurs de Carosse, dans l'Eglise
des grands Augustins.
Les Loueurs de Carosses, dans
l'Eglise des grands Carmes,
Réjoiissances.
260
Les Marchandes de la Place
Maubert, dans la même Eglise.
Les Marchands Messigiers ou
Marchands de Laine, dans l'E
glise de S Denys de la Chartre.
Les Forts gagne deniers, dans
l'Eglise des grands Cordeliers.
Les Marchands Patenotriers,
dans l'Eglise de Saint Bon.
Le 22.
Les Chandeliers un Te Deum
en Musique de la composition
de Mr Bernier, dans la Sainte
Chapelle basse.
Les Colporteurs, dans la
Chapelle de S. Blaiſe, ruë Ga-
lande. Mrs le Begue & Poul-
lain estoient alors en exercice
de direction. Le 24
La Communauté des Peintres,
un Te Deum en Musique de la
261
Réjouissances.
composition de MrBernier, dans
sa Chapelle de saint Luc, dans
la Cité. Le 27.
Les Menuifiers, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Potiers d'Etain
dans
l'Eglise des grands Augustins.
On a oublié de marquer que
le 13. les Couteliers, Doreurs
& Graveurs ont fait chanter
un Te Deum dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands & Loueurs de
Chevaux firent chanter le Te
Deum le 31. Juillet dans l'Eglise
de saint Jacques de l'Hospital.
Le nombre des Communatez
quiont fait chanter le Te Deum
est si grand, que je ne doute
point qu'il ne m'en soit écha-
péune partie; mais il est certain
qu'il n'y en a pas une de celles
Réjouissances.
262
qui sont peu accommodées, &
qu'on ne croit pas même avoir
rang de Communauté, qui n'ait
voulu témoigner son zele & sa
joye. Il s'eſt trouvé des Con-
vents qui n'ont point voulu
prendre de leur argent, & les Ja-
cobins de la ruë S. Honoré ont
donné la dessus exemple aux au-
tres. L'empressement étoit si vif-
que saus les soins & l'applica-
tion de Mr d'Argenson, la con-
fusion auroit eſté grande, cha.
cun voulant rendre graces au
Ciel, & faire des réjouissances
presque dans le même temps:
C'est ce qui obligea Mr d'Ar-
genson de regler que quatre
Communautez seulement, fe-
roient rendre par jour des
actions de graces, & ce qu'ily
obengn
ade
&
ir
it
sa
n
lu
a-
nt
if
a-
.
u
s
.
Réjouissances.
263
a de surprenant, est que ce Ma-
giſtrat a bien voulu assiſter à la
plus grande partie de ces Te
Deum, & qu'il a esté souvent,
chaque jour, à tous ceux qui
ſe ſont dits. Il donna, dés le
jour de la naissance de Monsei-
gneur le Due de Bretagne, &
les jours suivans, de si grandes
marques d'une veritable joye,
& il fit tant de choſes pour la
marquer, qu'elles me mene-
roient trop loin, si j'entrepre-
nois de les décrire; ainsi je ne
les rapporteray point icy. Elles
ne ſont pas ignorées à Paris, ou
tout retentit de la vivacité de
ſon zele & de ſes liberalitez; ce-
pendant je ne puis m'empêcher
de vous dire que le 29. de Juin,
l'entrée de la ruelle qui conduit
Réjouiffances.
264.
à l'Hostel de ce Magistrat pa-
rut toute alluminée. Il y avoit
une piramide surmontée d'un
Soleil tour éclatant de lumie-
res, & à côté, deux grands
Dauphins qui jetterent du vin
pendant cinq à six heures. Il y
avoit ensuite le long de la ruel-
le ou avenuë, des pilastres aux
deux côtez, garnis de lumieres.
Cette avenuë étoit remplie de
timballes & de trompettes, qui
étorenusur des échafauts en for-
me de balcons, afin que l'ave-
nuë ne se trouvast pas rétressie.
Toute cette avenue étoit ornée
de fettons de fleurs naturelles.
La façade de l'Hoſtel étoit dé-
corée par une grande quantité
de lamprons & de fleurs. Tou-
te la cour étoit illuminée & di-
Réjouissances.
265
visée en portiques ornez de fe-
stons, & remplis d'une grande
quantité de lamprons. La Com-
pagnie de Mr le Prevost de
l'Ifle, celle de Mr le Licu-
tenant de Robe-courte & cel-
le de Mr le Chevalier du
Guet y firent quatorze déchar-
ges, dont le bruit fit casser pres-
que toutes les vîtres. Les appar-
temens du premier étage étoient
ouverts à tout le mode, & ceux
du second étoient remplis de
rafraschissemens & de liqueurs
pour les personnes plus distin-
guées. Mr d'Argenson & Mr
son fils jetterent des fenestres
de cet appartement, un tres-
grand nombre de pieces de dix
sols & de cinq sols au Peuple,
dont la cour étoit toute remplio
Z ij
266 Réjouissances.
La Feste commença à huit heu-
res du soir & ne finit qu'à trois
heures aprés minuit. Mr d'Ar-
genson avoit fait mettre des
lanternes dans toutes les ruës
des environs de son Hostel, où
des chandelles brulerent jus-
ques au jour, & il y avoit beau-
coup de devises & d'emblêmes
dans les ornemens de l'avenue
& de la Cour. Il est impossible
de bien exprimer la maniere af-
fable qui parut, pendant toute
la soirée, sur le visage de Mr
d'Argenson, qui excitoit luy-
même a se divertir, tous ceux
qui ne peuvent s'empêcher de
causer du dommage, aux lieux
où le vin leur fait donner des
marques d'une joye un peu trop
vive.
ler de plus de soixante-dix
Communautez qui ont fait des
Feſtes, dont je ne ſuis pas assez
bien informé, pour vous en don-
ner le détail; vous jugerez bien
par les noms de ces Commu-
nautez qu'il y en a dont la vi-
vacité du zele à beaucoup plus
marqué leur joye que leur ma-
gnificence, & qui n'ont pû
imiter qu'en cela ceux qui ont
fait de tres grosses dépenses.
Réjouissances. 247
Ce n'est pas qu'une partie de
ces Communautez n'en ait fait
beaucoup, & que je ne vous
envoye le mois prochain le dé-
tail de quelques-unes de celles
qu'elles ont faites, si elles
tombent entre mes mains; ce-
pendant je vous diray que tous
les Syndics & Officiers de ces
Communautez se sont distin-
guez le jour que la Commu-
nautez ſe ſont diſtinguez le jour
que la Communauté a fait chan-
ter le Te Deum. Ils ont fait des
feux, des illuminations & don-
nez à boire aux passans, & tou-
tes les boutiques de ceux de
leur Communauté ont esté fer-
mées ce jour-là ; & chacun a
fait des feux devant sa porte,
& plusieurs ont fait des depen-
Réjouissances.
248
ſes ce soir-là au de-là de leurs
facultez.
Voicy les noms de toutes ces
Communautez, le jour & les
lieux où elles ont fait chanter
le Te Deum.
Le 30. Juin.
Les Marchands Miroittiers,
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bernier,
Maistre de la Sainte Chapelle,
dans l'Eglise de sainte Marine
de la Cité.
Le 1. Juillet.
Le Corps des Marchands
Bonnetiers dans sa Chapelle en
l'Eglise de saint Jacques de la
Boucherie.
Les Marchands Chapeliers
un Te Deum en musique & sym-
phonie, dans l'Eglise de S. Leu
S. Gilles.
Réjouissances.
249
Les Corroyeurs, dans l'E-
glise de Saint Merry.
Les Horlogeurs, dans la Sain-
te Chapelle basse.
Le 6.
.
Les Marchands de Vin du
Roy, dans l'Eglise des grands
Cordeliers. Monsieur l'Argil-
lieire, ancien grand Garde fit
le soir un feu devant sa porte;
toute la façade de sa Maison
fut illuminée & une piece de
vin distribuée aux Passans.
Les Maîtres & Maîtresses
des petites Ecoles, dans l'E-
glises des grands Cordeliers.
Le 7.
Les Cordonniers un Te Deum
en musique, de la composition
de Monsieur Lallouette dans
leur Chapelle en l'Eglise Me-
Réjouissances.
250
tropolitaine de Nôtre Dame.
Les Marchands Fripiers
dans l'Eglise des Saints Inno-
cens.
Les Marchands Ceinturiers,
un Te Deum en musique dans
l'Eglise de Saint Barthelemy.
Le 8.
Les Tapissiers dans l'Eglise du
Saint Sepulchre.
Les Plombiers, dans la même
Eglise.
Les Selliers, Lormiers &
Carossiers, un Te Deum en
Musique avec Symphonie, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Les Lingeres dans l'Eglise de
Sainte Oportune.
Les Gantiers & Parfumeurs,
dans l'Eglise des Carmes de la
Place Maubert.
p
s
e
8
Réjouissances.
251
La Communauté des Four-
bisseurs un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans la sainte Cha-
pelle basse.
Les Gardes de la Communau-
té des Tapissiers un Te Deum
en Musique dans la même
Eglise, & de la composition du
même Maiſtre.
Le 9.
Les Chirurgiens & Barbiers,
un Te Deum en Musique avec
une belle Symphonie dans l'E-
glise de Saint Coſme; il y eut
une grande illumination dans
leur Laboratoire dans le même
quartier.
Les Couturieres, dans l'Eglise
de Saint Gervais.
Le1o,
La Communauré des Tail-
252 Réjouissances.
leurs, un Te Deum en Musique,
de la composition de Mr Lal-
louette, dans l'Eglise de la Tri-
nité, ruë Saint Denys.
La Communauté des Ecri-
vains Jurez, un Te Deum & un
Salut en Musique dans l'Eglise
de Sainte Croix de la Breton-
nerie.
Les Boulangers, dans l'Eglise
de Saint Honoré.
Les Gardes Jurez, Emailleurs,
Vitriers & Fayanciers, un Te
Deum en Musique de la compo-
sition de Mr Guillery, dans
l'Eglise des Saints Innocens.
Les Marchands Lapidaires
& Jouailliers, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands Salpetriers,
dans l'Eglise des Augustins de
n
se
-
b-
s
es
es
5
Réjouissances.
253
la Place des Victoires. Le soir
ils firent tirer un beau feu d'ar-
tifice devant l'Eglise de ces
Peres.
Les Bourliers, dans l'Eglise
du S. Sepulchre, avec sympho-
nie.
Le II.
Les Marchands Taillandiers
en fer blanc & en fer noir, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 12.
La Communauté des Bou-
chers, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr La-
louette, dans l'Eglise de Saint
Jacques de la Boucherie.
Les Marchands Doreurs,
dans l'Eglise de Saint Denys de
la Chartre.
Le 13.
Les Vitriers & Peintres sur
Réjouissances.
254
verre, un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans l'Eglise des
grands Cordelièrs.
Les Marchands Peigniers &
Tablettiers, dans l'Eglise des
grands Augustins
Les Marchands du Pont-neuf
dans la même Eglise. Ils firent
un feu devant la Statuë d'Hen-
ryIV. ils illuminerent la grille
& tirererent beaucoup d'arti-
fice.
Les Marchands Papetiers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Les Marchands Boisfeliers un
Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bouteiller
l'aiſné, dans l'Eglise de Saint
Leu, Saint Gilles.
Réjovissances.
255
Les Malletiers & Coffretiers
dans l'Eglise des Augustins du
Fauxbourg Saint Germain.
Les Chaudronniers, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 14.
Les Charpentiers, dans la
Chapelle de Saint Blaise, rue
Galande.
Les Teinturiers en soye, en
fil & en laine, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les anciens Marchands Tan-
neurs, dans l'Eglise de Saint
Gervais.
Les Marchands Verriers &
Fayanciersi, dans l'Eglise de la
Trinité, ruë Saint
Denys.
Les Marchands Doreurs &
Argenteurs, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Juillet 1704. II. P.
Y
Rejouissances.
256
Les Maréchaux, un Te Dean
en Musique de la composition
de Mr Paulin , Beneficier de
Nostre-Dame, dans l'Eglise des
Augustins du Fauxbourg saint
Germain.
La Communauté des Mar-
chands Tissutiers, Rubaniers,
Frangers & Ouvriers en draps
d'or, d'argent & de soye, dans
l'Eglise du Prieuré de saint Mar-
tin des Champs.
Le 15.
Les Vinaigriers, dans l'E-
glise du Saint Sepulchre.
Les Patissiers, dans la Cha-
pelle Royale de Saint Michel,
dans l'enclos du Palais.
Les Seruriers, dans l'Eglise
de saint Denys de la Chartres.
Les Fruitiers & Orangers,
Réjouissances.
257
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Paulin, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 17.
Les Grainiers & Grainierés
dans la même Eglise.
Les Marchands Tanneurs,
dans la miême Eglise.
La Compagnie des Maistres
en fait d'Armes, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Marchands Tonneliers,
dans leur Chapelle, en l'Eglise
de Nostre-Dame.
Les Marchands
Tonneliers
& Déchargeurs de
Vin, dans
l'Eglise de saint Bon.
Les Marchands Brasseurs, un
Te Deum en Musique de la com-
position de Mr Bernier, dans
la Sainte Chapelle basse.
Yi.
258
Réjouissances.
Les Marchandes du Marché
neuf, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr Paulin,
dans l'Eglise de sainte Gene-
viéve des Ardens.
Le 18.
Les Marchands Rotisseurs,
dans l'Eglise des grands Au-
gustins; le soir ils firent tirer un
beau feu d'artifice devant la
porte de cette Eglise.
Les Marchands Boulangers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Le 19.
Les Maistres Jarez & Gardes
de la Communauté des Cuisi-
niers - Traiteurs, dans l'E-
glise de sainte Croix de la Bre-
tonnerie.
Les Couvreurs, dans l'Eglise
Réjouissances.
25
de ſaint Julien le pauvre.
Le 20
Les Graveurs & Peintres en
Taille douce, un Te Deum n
Musique de la composition de
Mr Petit de Nostre-Dame, dans
l'Eglise de Mathurins.
Les Marchands Gaisniers,
dans l'Eglise de sainte Croix
de la Bretonnerie.
Le 2I.
Les faiseurs & joueurs d'in-
strumens, dans la même Eglise.
Les Charbonniers, dans la
même Eglise.
La Communauté des Mar-
chands de vieux fer & de dépe-
ceurs de Carosse, dans l'Eglise
des grands Augustins.
Les Loueurs de Carosses, dans
l'Eglise des grands Carmes,
Réjoiissances.
260
Les Marchandes de la Place
Maubert, dans la même Eglise.
Les Marchands Messigiers ou
Marchands de Laine, dans l'E
glise de S Denys de la Chartre.
Les Forts gagne deniers, dans
l'Eglise des grands Cordeliers.
Les Marchands Patenotriers,
dans l'Eglise de Saint Bon.
Le 22.
Les Chandeliers un Te Deum
en Musique de la composition
de Mr Bernier, dans la Sainte
Chapelle basse.
Les Colporteurs, dans la
Chapelle de S. Blaiſe, ruë Ga-
lande. Mrs le Begue & Poul-
lain estoient alors en exercice
de direction. Le 24
La Communauté des Peintres,
un Te Deum en Musique de la
261
Réjouissances.
composition de MrBernier, dans
sa Chapelle de saint Luc, dans
la Cité. Le 27.
Les Menuifiers, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Potiers d'Etain
dans
l'Eglise des grands Augustins.
On a oublié de marquer que
le 13. les Couteliers, Doreurs
& Graveurs ont fait chanter
un Te Deum dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands & Loueurs de
Chevaux firent chanter le Te
Deum le 31. Juillet dans l'Eglise
de saint Jacques de l'Hospital.
Le nombre des Communatez
quiont fait chanter le Te Deum
est si grand, que je ne doute
point qu'il ne m'en soit écha-
péune partie; mais il est certain
qu'il n'y en a pas une de celles
Réjouissances.
262
qui sont peu accommodées, &
qu'on ne croit pas même avoir
rang de Communauté, qui n'ait
voulu témoigner son zele & sa
joye. Il s'eſt trouvé des Con-
vents qui n'ont point voulu
prendre de leur argent, & les Ja-
cobins de la ruë S. Honoré ont
donné la dessus exemple aux au-
tres. L'empressement étoit si vif-
que saus les soins & l'applica-
tion de Mr d'Argenson, la con-
fusion auroit eſté grande, cha.
cun voulant rendre graces au
Ciel, & faire des réjouissances
presque dans le même temps:
C'est ce qui obligea Mr d'Ar-
genson de regler que quatre
Communautez seulement, fe-
roient rendre par jour des
actions de graces, & ce qu'ily
obengn
ade
&
ir
it
sa
n
lu
a-
nt
if
a-
.
u
s
.
Réjouissances.
263
a de surprenant, est que ce Ma-
giſtrat a bien voulu assiſter à la
plus grande partie de ces Te
Deum, & qu'il a esté souvent,
chaque jour, à tous ceux qui
ſe ſont dits. Il donna, dés le
jour de la naissance de Monsei-
gneur le Due de Bretagne, &
les jours suivans, de si grandes
marques d'une veritable joye,
& il fit tant de choſes pour la
marquer, qu'elles me mene-
roient trop loin, si j'entrepre-
nois de les décrire; ainsi je ne
les rapporteray point icy. Elles
ne ſont pas ignorées à Paris, ou
tout retentit de la vivacité de
ſon zele & de ſes liberalitez; ce-
pendant je ne puis m'empêcher
de vous dire que le 29. de Juin,
l'entrée de la ruelle qui conduit
Réjouiffances.
264.
à l'Hostel de ce Magistrat pa-
rut toute alluminée. Il y avoit
une piramide surmontée d'un
Soleil tour éclatant de lumie-
res, & à côté, deux grands
Dauphins qui jetterent du vin
pendant cinq à six heures. Il y
avoit ensuite le long de la ruel-
le ou avenuë, des pilastres aux
deux côtez, garnis de lumieres.
Cette avenuë étoit remplie de
timballes & de trompettes, qui
étorenusur des échafauts en for-
me de balcons, afin que l'ave-
nuë ne se trouvast pas rétressie.
Toute cette avenue étoit ornée
de fettons de fleurs naturelles.
La façade de l'Hoſtel étoit dé-
corée par une grande quantité
de lamprons & de fleurs. Tou-
te la cour étoit illuminée & di-
Réjouissances.
265
visée en portiques ornez de fe-
stons, & remplis d'une grande
quantité de lamprons. La Com-
pagnie de Mr le Prevost de
l'Ifle, celle de Mr le Licu-
tenant de Robe-courte & cel-
le de Mr le Chevalier du
Guet y firent quatorze déchar-
ges, dont le bruit fit casser pres-
que toutes les vîtres. Les appar-
temens du premier étage étoient
ouverts à tout le mode, & ceux
du second étoient remplis de
rafraschissemens & de liqueurs
pour les personnes plus distin-
guées. Mr d'Argenson & Mr
son fils jetterent des fenestres
de cet appartement, un tres-
grand nombre de pieces de dix
sols & de cinq sols au Peuple,
dont la cour étoit toute remplio
Z ij
266 Réjouissances.
La Feste commença à huit heu-
res du soir & ne finit qu'à trois
heures aprés minuit. Mr d'Ar-
genson avoit fait mettre des
lanternes dans toutes les ruës
des environs de son Hostel, où
des chandelles brulerent jus-
ques au jour, & il y avoit beau-
coup de devises & d'emblêmes
dans les ornemens de l'avenue
& de la Cour. Il est impossible
de bien exprimer la maniere af-
fable qui parut, pendant toute
la soirée, sur le visage de Mr
d'Argenson, qui excitoit luy-
même a se divertir, tous ceux
qui ne peuvent s'empêcher de
causer du dommage, aux lieux
où le vin leur fait donner des
marques d'une joye un peu trop
vive.
Fermer
725
p. 267-281
« Je dois presentement vous parler de ce qui s'est fait aux [...] »
Début :
Je dois presentement vous parler de ce qui s'est fait aux [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Je dois presentement vous parler de ce qui s'est fait aux [...] »
Je dois presentement vous
parler de ce qui s'est fait
aux
environs de Paris, où du moins
d'une partie.
Le Samedy 28. Juin, Mes-
sieurs les Chanoines de la sainte
Chapelle Royale du Château
de Vincennes, y chanterent un
Te Deum avec beaucoup de so-
lemnité, au bruit d'un grand
nombre de boëtes & de toute
lartillerie du Château; le ſoir
il y eut une grande illumina-
tion au haut du donjon avec un
tres beau feu d'artifice, qui fût
tiré ſur la terraſse de ce donjon-
Ce qui fut parfaitement bien
executé selon les ordres de Mr
le Marquis de Bellefont, Gou-
verneur & Capitaine du Châ-
teau de Vincennes.
Z iij.
Rejouissances.
200
Le premier de Juillet, Mr
Robbe, Maire de la Ville de S.
Denis en France, envoya des
Lettres Circulaires aux Capi-
raines de la Bourgeoisie & des
Arquebuziers, & des avertisse-
mens aux Marguilliers des Pa-
roisses, afin que les uns se pre-
parassent à se mettre sous les ar-
mes, le plus lestement qu'ils
pourroient; le Jeudy suivant,
pour assiſter au feu de joye, qui
devoit estre allumé dans la gran-
de place, à neuf heures du soir;
& que les autres fissent caril-
lonner & sonner le tocsin, pen-
dant la journée.
Le Jeudy les Compagnies s'é-
tant assemblées, sous leurs Dra-
peaux, au nombre d'environ
trois cens hommes; ils défile-
Réjouissances.
269
rent quatre de front & vinrent
passer devant la porte de Mr
Robbe. Il avoit fait déconer la
façade de sa Maison, & fait
mettre à la fenêtre de ſa cham-
bre, ornée de pampres & de
festons de fleurs, un Tableau
d'un enfant au maillot, sur un
tapis d'azur semé de fleurs de lis
d'or representant Monscigneur
le Duc de Bretagne, la teste
posée sur un oreiller d'hermi-
nes, & au dessous un quadre
d'oré, qui enfermoit le Distique
suivant de sa façon, car il est tres-
bon Poëtes.
NASCERE PARVE PUER, NO-
VASPES SUPERADDITA
GALLIS.
FERMAS HISPANOS; PACIS
ETOMENADES.
270 Réjouissances.
Venez combler tous nos souhaits,
Auguste Enfant, que la gloire ac-
compagne:
Vous devenez, en assutant l'Es-
pagne
L'heureux présage de la Paix.
Entre ce quadre & la porte de
la Maison de ce digne Maire,
étoient placées, dans des guir-
landes de lierre, les armoiries
du Roy, du Prince nouveau né,
de Monsieur le Duc d'Estrées
Gouverneur de la Province &
celles de la Ville audessous.
Aux côtez de la porte, étoient
élevez deux demi muids de vin,
deſtinez pour donner à boire à
tous les passans; les Officiers
saluerent en passant, le Portrait
du Prince, les uns avec l'Espon-
Réjoutssanes.
271
ton & les autres avec le Dra-
peau, & la Mousqueterie fit sa
décharge par rangs. Les Com-
pagnies allerent ensuite faire le
tour de la Place, & y poserent
leurs armes, afin d'aller plus
commodement & avec plus de
liberté, boire à la santé du Roi &
du Prince, à la porte de Mr le
Maire.
Sur les huit heures où envi-
ron, le Maire fit marcher les
Compagnies par la Ville, dans
les principales ruës, avec or-
dre de se rendre à neuf heures
précises, à l'Hoſtel de Ville,
dont la façade estoit bien dé-
corée. Pendant cette marche,
on prit le temps de poser l'arti-
fice sur un arc de triomphe, or-
né de pampres & de festons,
272
Réfouissances.
dreffé entre l'Hoſtel de Ville,
& le Feu de bois, qui formoit
un obelisque.
D'abord que les Compagnies
furent arrivées, elles firent le
tour de la grande Place, devan-
çant le Maire accompagné du
Corps de Ville, qui estoit pré-
cedé de Violons, de Tambours
& de Fifres: Aprés quoy, elles
s'ouvrirent en double haye, &
en occuperent tout le circuit,
Alors le Maire avec son Lieu-
tenant, & les deux Echevins
en Charge s'avancerent tous,
avec un flambeau à la main, &
mirent chacun à leur rang, le
feu à la piramide de bois; Aussi.
toſt on tira les boëttes, & la
Mousqueterie fit une décharge
generalle: le Maire but ensurte
Réjouissances.
27
à la ſante du Roy & de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne; ce
qui fut accompagne de grands
cris de Vive le Roy, des fanfares
des violons, & du bruit des tam-
bours & des fifres. Tous les Offi-
ciersburent aussi aux mêmes san-
tez, & on leur répondit avec les
mêmes acclamations, les mêmes
fanfares, & le même bruit.
On aporta ensuite des sieges;
pour asseoir le Maire, les Offi-
ciers du Corps de Ville & les
anciens Echevins, vis-à vis,
du feu d'artifice. On fit aussi-
toſt une nouvelle décharge des
boëtes & de la Mousqueterie.
On vit les fusées traverser les
airs, & la place qui estoit déja
toute éclairée par les illumina-
tions des fenestres, se trouva,
274. Réjourssances.
en un instant, toute brillante
par le grand nombre de lances
a feu & de saussissons, qui sor-
tirent des pots à feu, dont les
portiques & le ceintre de l'arc
de triomphe estoient garnis.
aprés quoy l'on mit le feu aux
roues & au Soleil, qui estoit
placé au haut du ceintre; &
& tout l'artifice finit par l'ex-
cinction de ses-rayons.
Aprés que le feu d'artifice
fut tiré, les Compagnies défi-
lerent devant le Maire & le
Corps de Ville ; elles le recon-
duisirent dans sa Maison, & en
passant, firent encore une dé-
charge par rangs, de vant le Por-
trait du Prince. Le souper y
estoit apresté: Les Officiers de
la Bourgeoisie y furent conviez
Rejoinssances.
avec les anciens Echevins, &
l'on s'y divertit beaucoup; le
soupé fini, on commença le Bal,
qui dura jusqu'à trois heures
aprés minuit. Pendant ce temps,
la Bourgeoiſie marcha par es
couades sous la conduite des
Sergens, dans les ruës, avec
des brocs de vin, pour conti-
nuer la réjouissance juſqu'au
jour, ce qu'ils firent en mar-
quant toujours les mêmes trans-
ports de joye.
Les Chanoines Reguliers de
Sainte Geneviéve, tiennent à
Nanterre, à deux lieuës de Pa-
ris, un celebre College, où ils
élevent & instruisent dans les
belles Lettres, avec beaucoup
de succés & de reputation, un
tres-grand nombre d'enfans,
Rejouissances.
276
dont la plupart sont des pre-
mieres & plus illustres familles
de Paris. Comme ces Peres sont
Seigneurs temporels & spiri-
tuels du Bourg de Nanterre, ils
crurent qu'il estoit de leur de-
voir d'engager par leur exem-
ple les Habitans à prendre part
a la joye publique, pour la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne; pour cet effet le
6. de Juillet, ils chanterent le
Te Deum dans l'Eglise de la Pa-
roiſse, au bruit d'une décharge
de plusieurs boëtes, qui fut re-
doublé plusieurs fois; & firent
couler deux fontaines de vin
pendant toute l'aprés midi; sur
le foir, ils allumerent un grand
feu qui fut accompagné d'arti-
fices & de fusées volantes; en
Réjonissances.
27.
même xemps tout le grand
corps de logis, qui a veue ſur
S. Germain en Laye, parut
éclaire par un nombre infini de
lumieres, cette illumination
formoit, sur de haut, dans l'en-
droit ou est un Cadran, un So-
deil qui faisoit un fort beleffet,
& qui fur vû du Château de S.
Germain par leurs Majestez
Britaniques qui témoignerent
y prendre beaucoup de plaisir.
La même illumination fut con-
tinuée deux jours de suite.
Monsieur Lorey, Receveur
en titre du Grenier à Sel de
Poissy s'y fit distinguer, puis
qu'outre le grand feu qu'il fit
faire, il fit illummer sa maison
deux jours de suite, il tint table
ouverte pendant ces deux joun.
Réjouissances.
27
Plusieurs de ſes amis de Paris
& les plus diſtinguez du lieu,
s'étant rendus chez luy pour
prendre part à cette fête. Il
donna un grand bal; & plus de
deux cens hommes sous les ar-
mes, qui étoient devant sa por-
te, firent plusieurs décharges
de mousqueterie. On tira quan-
tité de fuſées volantes, & l'on
fit couler plusieurs fontaines de
vin.
Monsieur Vallin, Sindic per-
petuel de la Parroiſse de saint
Ouin de l'aumône, qui n'est
ſeparée de la Ville de Pontoiſe
que par le pont, voulant pren-
dre part à la joye publique, en-
gagea tous les habitans de cette
Parroisse de s'afsembler le 3.
Juillet ſur les ſept heures du
Réjouissances.
279
foir. Il y eut des feux & des il-
luminations dans les rues & aux
fenêtres pendant toute la nuit;
on forma une compagnie des
plus lestes, & Monfieur Vallin
s'étant mis comme Syndic, à la
tête, alla avec les tambours,
les hautbois & les violons faire
chanter le Te Deam, & allu-
mer un feu qu'on avoit preparé
devant la ruë qui conduit à
l'Abbaye Royale de Maubuis-
ſon; d'où aprés plusieurs dé-
charges de mousqueterie, & de
boëtes & de cris de vive le Roy,
ayant été mandé par son Altesse
serenissime Madame la Princesse
qui étoit dans cette Abbaye,
avec Monsieur le Duc d'An-
guien , & Mesdemoiselles de
Charolois & de Sens, ils'y ren-
Juillet 1704. II. P. Aa
Réjovissances.
280
dit avec toute sa troupe; &
pendant qu'un feu, que son Al-
tesse serenissime avoit fait dres
ser, brûla, on continua les cris
d'allegreſse, & le feu de la mous-
queterie: après quoy on revint
dans le même ordre qu'on
étoit parti devant la maison de
Monsieur Vallin, où on trouva
plusieurs fontaines de bon vin
qui couloient par ses soins, & à
ses dépens, pour tous ceux qui
se presentoient.
L'heure de souper étant ve-
nuë, plusieurs tables furent
dreffées au même endroit, ou
les principaux de cette Parroisse
souperent & furent regalés par
Monsieur Vallin; les santés du
Roy, de Monseigneur & de
Messeigneurs les Princes ses En-
Rejouissances.
281
fans & de Monseigneur le Duc
de Bretagne y furent bues aux
cris de vive le Roy, & enfin toure
cette fête finit par un bal pu-
blic, ou tout ſe paſsa ſans defor-
dre & sans confusion.
parler de ce qui s'est fait
aux
environs de Paris, où du moins
d'une partie.
Le Samedy 28. Juin, Mes-
sieurs les Chanoines de la sainte
Chapelle Royale du Château
de Vincennes, y chanterent un
Te Deum avec beaucoup de so-
lemnité, au bruit d'un grand
nombre de boëtes & de toute
lartillerie du Château; le ſoir
il y eut une grande illumina-
tion au haut du donjon avec un
tres beau feu d'artifice, qui fût
tiré ſur la terraſse de ce donjon-
Ce qui fut parfaitement bien
executé selon les ordres de Mr
le Marquis de Bellefont, Gou-
verneur & Capitaine du Châ-
teau de Vincennes.
Z iij.
Rejouissances.
200
Le premier de Juillet, Mr
Robbe, Maire de la Ville de S.
Denis en France, envoya des
Lettres Circulaires aux Capi-
raines de la Bourgeoisie & des
Arquebuziers, & des avertisse-
mens aux Marguilliers des Pa-
roisses, afin que les uns se pre-
parassent à se mettre sous les ar-
mes, le plus lestement qu'ils
pourroient; le Jeudy suivant,
pour assiſter au feu de joye, qui
devoit estre allumé dans la gran-
de place, à neuf heures du soir;
& que les autres fissent caril-
lonner & sonner le tocsin, pen-
dant la journée.
Le Jeudy les Compagnies s'é-
tant assemblées, sous leurs Dra-
peaux, au nombre d'environ
trois cens hommes; ils défile-
Réjouissances.
269
rent quatre de front & vinrent
passer devant la porte de Mr
Robbe. Il avoit fait déconer la
façade de sa Maison, & fait
mettre à la fenêtre de ſa cham-
bre, ornée de pampres & de
festons de fleurs, un Tableau
d'un enfant au maillot, sur un
tapis d'azur semé de fleurs de lis
d'or representant Monscigneur
le Duc de Bretagne, la teste
posée sur un oreiller d'hermi-
nes, & au dessous un quadre
d'oré, qui enfermoit le Distique
suivant de sa façon, car il est tres-
bon Poëtes.
NASCERE PARVE PUER, NO-
VASPES SUPERADDITA
GALLIS.
FERMAS HISPANOS; PACIS
ETOMENADES.
270 Réjouissances.
Venez combler tous nos souhaits,
Auguste Enfant, que la gloire ac-
compagne:
Vous devenez, en assutant l'Es-
pagne
L'heureux présage de la Paix.
Entre ce quadre & la porte de
la Maison de ce digne Maire,
étoient placées, dans des guir-
landes de lierre, les armoiries
du Roy, du Prince nouveau né,
de Monsieur le Duc d'Estrées
Gouverneur de la Province &
celles de la Ville audessous.
Aux côtez de la porte, étoient
élevez deux demi muids de vin,
deſtinez pour donner à boire à
tous les passans; les Officiers
saluerent en passant, le Portrait
du Prince, les uns avec l'Espon-
Réjoutssanes.
271
ton & les autres avec le Dra-
peau, & la Mousqueterie fit sa
décharge par rangs. Les Com-
pagnies allerent ensuite faire le
tour de la Place, & y poserent
leurs armes, afin d'aller plus
commodement & avec plus de
liberté, boire à la santé du Roi &
du Prince, à la porte de Mr le
Maire.
Sur les huit heures où envi-
ron, le Maire fit marcher les
Compagnies par la Ville, dans
les principales ruës, avec or-
dre de se rendre à neuf heures
précises, à l'Hoſtel de Ville,
dont la façade estoit bien dé-
corée. Pendant cette marche,
on prit le temps de poser l'arti-
fice sur un arc de triomphe, or-
né de pampres & de festons,
272
Réfouissances.
dreffé entre l'Hoſtel de Ville,
& le Feu de bois, qui formoit
un obelisque.
D'abord que les Compagnies
furent arrivées, elles firent le
tour de la grande Place, devan-
çant le Maire accompagné du
Corps de Ville, qui estoit pré-
cedé de Violons, de Tambours
& de Fifres: Aprés quoy, elles
s'ouvrirent en double haye, &
en occuperent tout le circuit,
Alors le Maire avec son Lieu-
tenant, & les deux Echevins
en Charge s'avancerent tous,
avec un flambeau à la main, &
mirent chacun à leur rang, le
feu à la piramide de bois; Aussi.
toſt on tira les boëttes, & la
Mousqueterie fit une décharge
generalle: le Maire but ensurte
Réjouissances.
27
à la ſante du Roy & de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne; ce
qui fut accompagne de grands
cris de Vive le Roy, des fanfares
des violons, & du bruit des tam-
bours & des fifres. Tous les Offi-
ciersburent aussi aux mêmes san-
tez, & on leur répondit avec les
mêmes acclamations, les mêmes
fanfares, & le même bruit.
On aporta ensuite des sieges;
pour asseoir le Maire, les Offi-
ciers du Corps de Ville & les
anciens Echevins, vis-à vis,
du feu d'artifice. On fit aussi-
toſt une nouvelle décharge des
boëtes & de la Mousqueterie.
On vit les fusées traverser les
airs, & la place qui estoit déja
toute éclairée par les illumina-
tions des fenestres, se trouva,
274. Réjourssances.
en un instant, toute brillante
par le grand nombre de lances
a feu & de saussissons, qui sor-
tirent des pots à feu, dont les
portiques & le ceintre de l'arc
de triomphe estoient garnis.
aprés quoy l'on mit le feu aux
roues & au Soleil, qui estoit
placé au haut du ceintre; &
& tout l'artifice finit par l'ex-
cinction de ses-rayons.
Aprés que le feu d'artifice
fut tiré, les Compagnies défi-
lerent devant le Maire & le
Corps de Ville ; elles le recon-
duisirent dans sa Maison, & en
passant, firent encore une dé-
charge par rangs, de vant le Por-
trait du Prince. Le souper y
estoit apresté: Les Officiers de
la Bourgeoisie y furent conviez
Rejoinssances.
avec les anciens Echevins, &
l'on s'y divertit beaucoup; le
soupé fini, on commença le Bal,
qui dura jusqu'à trois heures
aprés minuit. Pendant ce temps,
la Bourgeoiſie marcha par es
couades sous la conduite des
Sergens, dans les ruës, avec
des brocs de vin, pour conti-
nuer la réjouissance juſqu'au
jour, ce qu'ils firent en mar-
quant toujours les mêmes trans-
ports de joye.
Les Chanoines Reguliers de
Sainte Geneviéve, tiennent à
Nanterre, à deux lieuës de Pa-
ris, un celebre College, où ils
élevent & instruisent dans les
belles Lettres, avec beaucoup
de succés & de reputation, un
tres-grand nombre d'enfans,
Rejouissances.
276
dont la plupart sont des pre-
mieres & plus illustres familles
de Paris. Comme ces Peres sont
Seigneurs temporels & spiri-
tuels du Bourg de Nanterre, ils
crurent qu'il estoit de leur de-
voir d'engager par leur exem-
ple les Habitans à prendre part
a la joye publique, pour la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne; pour cet effet le
6. de Juillet, ils chanterent le
Te Deum dans l'Eglise de la Pa-
roiſse, au bruit d'une décharge
de plusieurs boëtes, qui fut re-
doublé plusieurs fois; & firent
couler deux fontaines de vin
pendant toute l'aprés midi; sur
le foir, ils allumerent un grand
feu qui fut accompagné d'arti-
fices & de fusées volantes; en
Réjonissances.
27.
même xemps tout le grand
corps de logis, qui a veue ſur
S. Germain en Laye, parut
éclaire par un nombre infini de
lumieres, cette illumination
formoit, sur de haut, dans l'en-
droit ou est un Cadran, un So-
deil qui faisoit un fort beleffet,
& qui fur vû du Château de S.
Germain par leurs Majestez
Britaniques qui témoignerent
y prendre beaucoup de plaisir.
La même illumination fut con-
tinuée deux jours de suite.
Monsieur Lorey, Receveur
en titre du Grenier à Sel de
Poissy s'y fit distinguer, puis
qu'outre le grand feu qu'il fit
faire, il fit illummer sa maison
deux jours de suite, il tint table
ouverte pendant ces deux joun.
Réjouissances.
27
Plusieurs de ſes amis de Paris
& les plus diſtinguez du lieu,
s'étant rendus chez luy pour
prendre part à cette fête. Il
donna un grand bal; & plus de
deux cens hommes sous les ar-
mes, qui étoient devant sa por-
te, firent plusieurs décharges
de mousqueterie. On tira quan-
tité de fuſées volantes, & l'on
fit couler plusieurs fontaines de
vin.
Monsieur Vallin, Sindic per-
petuel de la Parroiſse de saint
Ouin de l'aumône, qui n'est
ſeparée de la Ville de Pontoiſe
que par le pont, voulant pren-
dre part à la joye publique, en-
gagea tous les habitans de cette
Parroisse de s'afsembler le 3.
Juillet ſur les ſept heures du
Réjouissances.
279
foir. Il y eut des feux & des il-
luminations dans les rues & aux
fenêtres pendant toute la nuit;
on forma une compagnie des
plus lestes, & Monfieur Vallin
s'étant mis comme Syndic, à la
tête, alla avec les tambours,
les hautbois & les violons faire
chanter le Te Deam, & allu-
mer un feu qu'on avoit preparé
devant la ruë qui conduit à
l'Abbaye Royale de Maubuis-
ſon; d'où aprés plusieurs dé-
charges de mousqueterie, & de
boëtes & de cris de vive le Roy,
ayant été mandé par son Altesse
serenissime Madame la Princesse
qui étoit dans cette Abbaye,
avec Monsieur le Duc d'An-
guien , & Mesdemoiselles de
Charolois & de Sens, ils'y ren-
Juillet 1704. II. P. Aa
Réjovissances.
280
dit avec toute sa troupe; &
pendant qu'un feu, que son Al-
tesse serenissime avoit fait dres
ser, brûla, on continua les cris
d'allegreſse, & le feu de la mous-
queterie: après quoy on revint
dans le même ordre qu'on
étoit parti devant la maison de
Monsieur Vallin, où on trouva
plusieurs fontaines de bon vin
qui couloient par ses soins, & à
ses dépens, pour tous ceux qui
se presentoient.
L'heure de souper étant ve-
nuë, plusieurs tables furent
dreffées au même endroit, ou
les principaux de cette Parroisse
souperent & furent regalés par
Monsieur Vallin; les santés du
Roy, de Monseigneur & de
Messeigneurs les Princes ses En-
Rejouissances.
281
fans & de Monseigneur le Duc
de Bretagne y furent bues aux
cris de vive le Roy, & enfin toure
cette fête finit par un bal pu-
blic, ou tout ſe paſsa ſans defor-
dre & sans confusion.
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726
p. 281-336
« La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...] »
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La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...] »
La petite Ville de Corbeil,
prés Paris, s'est beaucoup distinguée ;
Elle attendoit avec
impatience qu'il luy fut permis
de faire éclater sa joye, & elle
avoit déja même prévenu l'or-
dre, quand elle le reçût de Mon-
sieur Henault, Gouverneur de
la Ville, Fils de Mr Henault
Eermier General, qui venoit de
le recevoir de la Cour. Monsieur
Henault nouvellement pourvu
de ce Gauvernement, & de
la Licutenance Generale des
Aa ij
Réjouissances.
282
Chasses, ne pouvoit mieux com-
mencer son avenement à ces
Charges, qu'en se distinguant
comme il a fait dans cet te ré-
jouissance publique, où il a été
secondé par tous les Bourgeois
de la Ville, ſujets des plus fi-
delles & des plus zelés, ainsi que
le porte leur devise.
COR BELLO PACEQUE
FIDUM.
Nous sommes fidelles en paix,
comme en guerre,
Je dois ajouter icy, que ce
Gouverneur à toutes les bon-
nes qualités qui peuvent le ren-
dre agreable au pays.
La Ville, n'eût pas plûtôt
Réjouissances.
283
reçû ordre de faire chanter le
Te Deum le 9 de Juillet, que
tout se disposa à marquer sa joye.
Les boutiques furent fermées:
toutes les cloches carrillonne-
rent: La poudre ayant été di-
stribuée avec profusion dans
tous les quartiers, par ses or-
dres, tous les Bourgeois, & les
Chevaliers de l'Arquebuse se
mirent sous les Armes, & se
rendirent à l'Hôtel de Ville,
où ils prirent le Gouverneur
qui ſe mit à leur tête; ils alle-
rent en fort bel ordre, parés de
rubans & de cocardes, au son
des fifres & des tambours, à l'E
glise de Nôtre Dame, que le
Curé avoit fait parer & illumi-
ner extraordinairement. Le Te
Deum y fut chanté en faux-
Rejouissances.
284
bourdon, avec un Exaudiat, au
son des Cloches & au bruit du
Canon, qui ne cessa point de
tirer.
Le Gouverneur se rendit en-
suite avec toute la Bourgeoiſie
sous les armes dans une grande
place quarré, qui est devant le
Château. Un bûcher orné de
feuillages, s'y trouva élevé, ou
il mit le feu aprés en avoir fait
le tour au bruit de la mousque-
terie, qui fit plusteurs déchar-
ges. Le Château parut en un
moment illuminé, & la uuit qui
étoit fort obscure, devint plus
brillante que le jour: nien ne
parut plus ingenieux que l'il-
lumination, qui par ses divers
compartimens, representoit les
Armeside France & de Breta-
Réjolissances.
285
gne. Sur la porte étoit un grand
obelisque, qui avoit un Soleil
pour amortissement, accom-
pagné de deux piramides, qui
finissoient par deux fleurs de
lys On y lisoit cette belle in-
scription.
UNDIQUE MICAT.
Par tout il porte ses rayons,
La lumiere formoit l'ordre de
l'architecture du portail. Dans
le fonds de la cour on décou-
vroit une autre piramide, qui
ſe joignant avec celle du por
tail, formoit de loin une per-
spective fort agreable, & fai-
foit d'autant plus de plaisir, que
dans la Ville on n'avoit rien
vu de parcil depuis fort long-
Réjouissances.
286
temps: Deux fontaines de vin,
que l'on fit couler pendant ce
temps la, & qu'un Bacchus, sur
un tonneau, distribuoit au peu-
ple avec abondance, détourna
l'attention des spectateurs qui
acoururent de ce côté-là; Les
cris de vive le Roy redoublerent,
pendant que la mousqueterie
redoubloit aussi ses décharges.
Monsieur le Prevôt de Corbeil,
qui n'entend pas moins à bien
servir le Roy dans sa charge,
qu'à faire les honneurs de sa
maiſon, avoit desiré du Gouver-
neur qu'il agreât que sa Com-
pagnie, les Dames & les prin-
cipaux d'e la Ville vinssent pren-
dre chez luy des rafraichisse-
mens On trouva dans ſa maiſon
une table servie magnifique-
ment,
Réjouissances.
287
ment, où la ſanté du Roy & du
Prince nouveau né , fut bien
celebrée au bruit du Canon.
on sortit avec peine de table à
une heure au matin, pour avoir
le plaisir du feu d'artifice, que
le Gouverneur avoit fait con-
ſtruire ſur une terraſſe, au bord
de la Riviere. Cette situation
est admirable pour un pareil
ſpectacle. On y étoit accouru
de tous les lieux des environs.
Le pont & les bords de la
Seine se trouverent couverts
d'un nombre infini de populace,
rien n'étoit plus agreable que
de voir voguer sur la Riviere
des batteaux illuminés, qui pa-
roissoient autant de tables flot-
tantes, ou la ſanté du Roy &
de Monseigneur le Duc de Bre-
nillet 1704.
288 Réjouissances.
tagne étoit celebrée au bruit
des tambours, de la mousque-
terie & du Canon que les échos
repetoient. Toutes les maisons
des environs, ainsi que les plus
éloignées parurent illuminees,
aussi bien que tous les Clochers
de la Ville, où les P. Recollets
se distinguerent fort.
Ce feu d'Artifice étoit à qua-
tre pilliers, au milieu desquels
s'élevoit une figure, qui repre-
sentoit la France, tenant le Prin-
ce nouveau né entre ſes bras &
le presentant à la Bretagne, qui
étoit à ſes pieds, pour le luy
demander. Sur le piédestal,
on lisoit ces mots.
CUMULATA VOTA.
Mes veux sont comblés.
Ce qu'on peut expliquer par
ces vers,
Réjouissances.
289
La
Bretagne jalouse
envioit le
bonheur
De l'Anjou, du Berry
ces heu-
reuses Provinces
Qui goutent le bonheur d'obeyr à des
Princes:
D'un sort pareil elle flatioit son
cœur.
Charmant Prince, aujourd huy ton
heureuse naissance
La comble de bonheur, remplit son
esperance
Tu vas porter son nom, & luy
donner des loix,
Par cette preference & ce glorieux
choix
Elle
sent augmenter son zele & sa
puissance.
Audevant on voyoit les Armes
de France & de Bretagne & au
Bbij
290 Réjouissances.
bas une devise, qui avoit pour
corps, la France tenant entre
ses mains plusieurs Sceptres &
plusieurs Couronnes avec ces
mots.
REoUM TERRA OPIFEX
ET OFFICINA.
Je donne des Rois à la terre.
Du côté qui regarde la Ri-
viere étoit une autre devise
dont le corps étoit un petit
Ruisseau qui va toûjours s'a-
grandissant, avec ces mots.
RIVULUS, QUONDAM FLU-
MEN IBIT.
Ce petit Ruisseau deviendra bien-
tot fleuve
ur
re
&
es
Réjouissances.
291
On voioit une autre devise,
du côté qui regarde la Ville,
dont le corps étoit un Lyon &
des lionceaux, avec cette belle
inscription pour ame.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Les Puissans engendient les
Puissans.
Du côté qui regarde la cam-
pagne, étoit une autre devise,
dont le corps étoit une Aigle
suivie de ses aiglons, qui volent
vers le Soleil; avec ces mots.
NEC IMBELLEM
FEROCES
FRO GENERANT AQUILA
COLUMBAM
Bb iij
2922
Réjouissances.
Les Aizles ne degenerent point de
leur origine.
L'artifice, qui étoit de la
composition des Artificiers de
l'Arsenal, fut fort bien execu-
té: La Seine ne contribua pas
peu à en augmenter la beauté;
les fuſées, en s'élevant en l'air,
s'y retraçoient agréablement,
& tombant dans l'eau y faisoient
mille tours & mille bonds avant
que d'éclater; enfin ces deux
clemens contraires semblerent
concourir ensemble, pour faire
un spectacle parfait. L'Assem-
blée ſe ſepara fort contente de
la feſte, & de son nouveau Gou-
verneur.
Le 28. de Juin, Mr l'Abbé de
Fourcy ayant appris dans son
Réjouissances.
293
Abbave de Saint Vandrille, la
nouvelle de l'heureuſe naissan-
ce de Monseigneur le Duc de
Bretagne, donna aussi-tost ses
ordres pour faire chanter un
Te Deum solemnel. Les Reli-
gieux de son Abbaye secon-
dant ses intentions, & joignant
une pieté édifiante & exemplai-
re au zele sincere & ardent de
leurdigne Abbé, se revêtirent de
leurs plus beaux Ornemens, &
s'assemblerent dans leur Eglise
illuminée de tous coſtez. Le
Curé de la Paroisse s'y rendit,
accom pagné de ses Paroissiens,
avec la Croix & la Banniere:
un grand nombre de peuple des
lieux circon voisins accourut au
bruit du carillon de toutes les
cloches, qui marquoient la
Bbiiij
294. Réjouissances.
joye publique Mrl Abbé avante
entonné le Te Deum, qui fut a-
chevé dans l'Eglise, alla ensuite
en habit de ceremonie avec seso
Religieux en Procession, dans
la Place publique, pour allu-
mer le feu qui avoit esté pré-
paré par son ordre; il estoit suivi
de Mr Eoloppe Avocat du Roy,
de Mr de Saint Martin & des
autres Officiers de l'Abbaye.
Tous les habitans qui estoient
ſous les armes, commandez par
Mr Dallet, Procureur du Roy
des Eaux & Forests, & Offi-
cier de l'Abbaye, formerent un
grand cercle autour du feu, &
aprés que les Prieres furent fi-
nies, ils firent une décharge, &
défilerent en ordre vers le Pa-
lais Abbatial, en faisant plu-
Réjouissances. 295
sieurs décharges, A peine la
derniere salve des habitans du
lieu fut achevée, que plusieurs
Bourgeois de la Ville de Cau-
debeq, Capitale du pays de
Caux, & dont ledit sieur Ab-
bé est Seigneur, arriverent en
armes, & tambour battant. Mr
Colleau Vicomte de ladite
Ville, Lieutenant de Police &
Capitaine de la Cinquantaine
ſe mit à leur teſte l'esponton à
la main, les rangea dans la
Place, & aprés plusieurs dé-
charges autour du feu, les con-
duisit en ordre, au son des
tambours, dans la cour de Mr
l'Abbé, où recommença le
bruit des armes. Il y avoit dans
les appartemens une collation
preparée pour les Officiers,
5
Réjouissances.
296
& autres personnes des plus
considerables de la Ville, des
rafraichissemens dans la cour
pour la Compagnie de la Cin-
quantaine & pour d'autres
Bourgeois sous les armes, &
dans la Place dequoy boire à
discretion pour tout le peuple
qui estoit venu de toutes parts
à cette ceremonie. La réjouis-
sance dura tout le jour & toute
la nuit, en criant vivent le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Jamais on n'a vû paroiſtre
tant d'empressement pour té-
moigner une joye veritable &
ſincere pour la gloire du Rov,
& le bonheur continuel de la
France.
Le Mercredy 16, de ce mois,
les réjouissances commence-
rent à Abbeville par une gran-
Rejouissances.
29
de Messe qui fut chantée en
Musique avec une excellente
Symphonie. Elle estoit de la
composition d'un tres habile
Maistre. Tous les corps, de
cette Ville y assisterent, &
pendant la Messe on fit quinze
decharges du canon & de la
mousqueterie. On chanta à
l'issuë de la Messe le Te Deum
& l'Exaudiat. Au sortir de l'E-
glise Mrs du Corps de Ville se
rendirent à l'Hostel de Ville,
où par les feneſtres, ils distri-
buerent, à trois reprises, de
l'argent au peuple, & firent
couler pendant le reste de la
journée deux fontaines de vin.
On donna à manger à tous les
passans. Enfin sur les six heu-
res, toute la face de l'Hoſtel
Rejouassances.
298
de Ville parut illuminée, & on
ſe diſpoſa à faire jouer un beau
feu d'artifice qui estoit dressé
au milieu de la Place. La prin-
cipale des quatre faces de l'Hô.
tel de Ville eſtoit deſtinée à la
gloire du Roy, & on lisoit des
Vers François à la gloire de Sa
Majeſté On vovoit dans la
qui estoit consacrée à Monsei-
gneur, d'autres Vers François
sur la conqueste de Philisbourg,
faite par ce Prince. Monse-
gneur le Duc de Bourgogne
etoit loué dans la 3. par des Vers
faits sur la prise de Brisac. La
quatrième contenoit des Ver-
à la gloire du Prince nouveau
né. Il y avoit des Deviſes à la
gloire de ces Princes, au bas de
chaque intercolonne. On vit
partir cinq cens cinquante fu-
n
au
le
6-
la
25
a
Réjouissances.
299
sées de ce beau feu qui dura
presque toute la nuit. Toute la
Ville eſtoit illuminée d'une ma-
niere singuliere. Le Pere Cra-
coville qui a eû la direction du
feu d'artifice, en avoit composé
tous les Vers. C'est le même
Pere qui va pul l'er incessament
un ouvrage, auquel il travaille,
depuis long-temps contre les
Cononites, heretiques du sixié-
me Siecle.
Pendant qu'on tira le feu
d'artifice, les Consuls donne-
rent un repas magnifique qui
fut ſuivi d'un Bal, qui dura jus-
qu'à quatre heure du matin.
Toutes les Dames de la Ville y
furent invitées; & il en vint
beaucoup de la Campagne qui
augmenterent le brillant de
gette grande feste.
300
Réjouissances.
Mr Foucault, Conseiller
d'Etat & Intendant de la Ge-
neralité de Caën, fit chanter un
Te Deum en musique le sixième
de Juillet , dans la principale
Eglise de la Ville. Mr l'Evêque
de Bayeux, dont le zele pour la
gloire du Roy égale la pieté,
en fit la ceremonie : les divers
Ordres de la Ville s'y rendi-
rent avec les ornemens qui les
distinguent: la Musique répon-
dit à ce qu'on attendoit de l'ha-
bileté de celui qui l'a conduit.
Cette action de pieté finie, le
peuple fut attiré à la porte de
de Mr Foucault, par une deco-
ration magnifique de la face de
son Hostel; les Armes de Fran-
ce, de Dauphiné, de Bourgo-
gne & de Bretagne ornées de
n
d
r
Réjouissances.
301
festons & de couronnes de
fleurs; une infinité de lanter-
nes chargées de fleurs de lis &
d'hermines, formoient jusques
au toict un ordre d'Architectu-
re tres-regulier, & tres agréa-
ble; deux fontaines de vin, qui
sortoient de deux masques, cou-
lerent le reſte du jour; elles
firent mettre aux fenestres les
personnes de la Ville les plus
considerables, qui se diverti-
rent long-temps des cris de
joye du peuple, & de son em-
pressement à profiter de cette
largesse. Ge divertissement
conduisit insensiblement jus-
ques à l'heure du souper Qua-
tre grandes tables servies ma-
gnifiquement dans la salle d'au-
dience superbement parée, re-
Rejouissances.
302
çurent en tres-grand nombre
toutes les Dames de distinction
de la Ville, & des environs,
qui s'estoient renduës a Caën,
pour prendre part à ces ré-
jouissances; les Cavaliers les
servirent, & Me Foucault ac-
coûtumée depuis long temps à
ordonner ces sortes de Fêtes,
fit parfaitement bien les hon-
neurs de celle cy. Tout ce que
la Province si abondante, four.
nit par elle-même , & par son
commerce dans les pays étran-
gers, soit de liqueurs, soit de
fruits; tout, dis je, parut avec
profuſion dans ce repas; mais
la nuit qui s'approchoit ayant
renouvellé l'empressement
qu on avoit de jouir du plaisir
des illuminations, que la pré-
1e
es
je
Réjouissances.
303
paration de la face du logis
promettoit, fit lever de table
assez promptement, & toute la
Compagnie marcha vers le lieu
ou le feu eſtoit preparé. Je ne
diray point icy en quel estat
parurent les Dames, on juge
assez qu'elles n'avoient rien ou-
blié de tout ce que l'ajuste-
ment peut contribuer au bon
air & à la beauté; ce fut un
spectacle tres agreable de les
voir marcher à pied, invitées
par le beau temps, entre deux
hayes du peuple, que quelques
Gardes contenoient dans le
devoir, où le retenoit encore
davantage le respect qu'il a
pour Mr Foucault, qui les
accompagnoit avec toute la
Nobleſſe du pais.
Juillet 1704. II. P. Ce
304.
Réjouissances.
Caën est situé dans un vallon
ſur le bord de la riviere d'Or-
ne, entre deux grandes prairies,
qui semblent avoir esté dressées
au niveau : deux Faux bourgs
s'étendent au dessus de la Ville,
Sur les deux côteaux qui ter-
minent ces prairies, d'un costé
la maison des Jesuites, & l'Ab.
baye Royale de Saint Estienne,
avec. plusieurs tours de diverses
Paroisses; de l'autre un long
Faux bourg & plusieurs villa.
ges presque contigus avec leurs
clochers, forment une perspe-
ctive charmante, dont la vue
eſt terminée par une belle mai-
son de campagne, & quelques
bois en éloignement. A ll'entrée
de cette prairie est un boule-
vart, sur lequel est bâti un gros
Refouissances.
30
pavillon tres propre: ce boule-
vart est planté de quatre rangs
d'arbres, qui font un tres beau
berceau; un grand canal est au
dessous; au bout de ce canal
fur le bord de la riviere, regne
un cours de quatre rangs d'ar-
bres plantez par les soins de Mr
Foucault, dés ſon arrivé à Caën.
Ce fut ce beau lieu qu'il choisit
pour y dresser un feu d'artifice,
comme propre à contenir tout
le peuple, & à recevoir l'appa-
reil du spectacle qu'il vouloit
donner: trente cinq pieces de
canon amenées de plusieurs en-
droits éloignez, furent placées
dans le jardin des Jesuites; à
l'opposite le Regiment de la
Ville commandé
par Mr de
Monts son Colonel, fut mis en
Cci)
306 Réjouissances.
ordre de bataille, le ſeu au mi-
lieu; la nuit fut la plus favora-
ble du monde, la Lune ayant
toûjours esté couverte d'un
nuage. Une décharge de l'ar-
tillerie tres bien ſervie, & du
Regiment de Monts, qui y ré-
pondit de même, avertit le peu-
ple que le ſpectacle alloit com-
mencer. On vit naître en même-
temps une illumination char-
mante, à perte de vuë sur les
deux bords de la prairie: il pa-
rut dans le jardin des Jesuites
un parterre de lumieres d'un
ordre admirable; un cordon de
feu distigué d'espace en espace
par de petits obelisques; un am-
phitheatre de differentes figu-
res compassées avec symetrie,
tout cela terminé par l'illumi-
Réjouissances.
30
nation de leurs chambres, &
par une espece de couronne que
formoit la ceinture de leur Egli-
se, & la pointe de leur clocher.
La tour de la Paroisse S. Etien-
ne éclairée en pyra mide; celle
de l'Abbaye du même nom, dis-
posée d'une autre figure, d'ou
partoient de temps en temps des
fuſées; le Monaſtere de la Viſi-
tation illuminé dans toutes ses
faces; le bois des Capucins pa-
reillement éclairé, & qui ser-
voit comme de fond à tous ces
objets: cet amas de lumières
durant toute la nuit, fut un
spectacle des plus magnifiques.
De l'autre coſté de la prairie,
ſur le bord de la riviere, plu
sieurs feux disposez à divers éta-
ges avec ceux du Fauxbourg de
Réjovisances.
308
Vaucelles, partagerent l'at-
tention de l'assemblée. On tira
de tempsen temps un fort grand
nombre de boëtes. La Compa-
gnie de Mr Foucault, ou ſe pro-
menant sur le boulevart sous un
berceau de lumieres, dont les
arbres estoient chargez, ou as-
sise sur des sieges preparez,
jouissoit sans embarras & sans
confusion de la beauté de ces di.
vers spectacles. Le bruit des
tambours, le son des trompet.
tes, & de divers autres instru-
mens, le carillon continuel de
toutes les cloches de la Ville,
au milieu d'une nuit des plus
paisibles, se mêloient avec les
acclamations du peuple, & l'on
vit en même temps partir un
nombre infini de fusées, qui atii
es
e
o0
Rejouissances.
309
rerent tous les yeux des specta-
teurs. Ces fusées firent un mer-
veilleux effet au milieu des deux
côteaux dont on vient de par-
ler. L'eau dont les prairies qui
sont en ce lieu, sont bordées,
d'un côté par la riviere, de
l'autre par le grand canal, au-
gmentoit le spectacle par les
feux qui s'y representoient une
infinité de fois, & sembloient
s'y multiplier en cent differen-
tes manieres. Enfin le feu d'ar-
tifice commença. Un grand
quarré estoit décoré par une es-
pece de Ville; quatre pirami-
des aux angles, une plus élevée
au milieu, avoient un Soleil
pour amortissement. C'est le
ſymbole de la gloire & de la
grandeur de nostre invincible
Réjouissances.
310
Monarque ; ce Soleil dominant
leur
sur les autres, sembloit
communiquer ses lumieres, &
s'imprimer en eux. C'est ainfi
que LOUIS LEGRAND répand
sur nos augustes Princes ses En-
fans les rayons de cette sagesse,
qui fait la gloire de lon regne,
produit les grands succez de
tous ſes desseins; eſt le bonheur
de ses peuples; & leur promet
une longue ſuite de regnes heu-
reux dans des Successeurs éle-
vez par un Roy le plus ſçavant
de tous les Rois en l'art de re-
gner. Les Arnies de ces grands
Princes accompagnées de tro-
phées, environnoient l'édifice;
les gerbes de fusées qui en par-
tirent, l'éclat des boëtes, les
rouës de feu, en un mot, tou-
tes
Réjouissances.
311
tes les differentes manieres dont
l'artifice fait agir ce terrible
élement, tout repondit aux de-
sirs de l'illustre Magistrat, qui
donnoit cette Fête & aux sou-
haits de l'assemblée. Deux nou-
velles décharges, de l'artillerie
& du Regiment de Caën, succe
derent à l'effet du feu d'artifice.
La Fête sembloit estre termi-
née par la, le peuple songeoit
deja à se retirer, quand tout à
coup des fanfares, & le son
martial de divers instruments
l'arrêterent encore, & lui an-
noncerent un nouveau divertis-
sement. On vit s'avancer sur le
cana lune barque voguante avec
fierté portant pavillon Hollan-
dois; pluſieurs chaloupes par-
tagées en trois escadres marche-
Juillet 1704. II. P. Dd
Rejouissances.
312
rent à elle en ordre de bataille,
elles portoient pavillon Fran-
çois & Espagnol; les équipages
galamment habillez de diffe-
rentes livrées, à la faveur des
flambleaux representerent un
combat naval, qui de tous ces
divers spectacles fut un de ceux
qui divertit dvantage: ils at ta-
querent le grand vaisseau du-
rant plus d'une heure à coups
de petars & de fusées; ce petit
combat parut vif & animé, &
il contrefit si bien l'horreur des
veritables, que quoiqu'on fût
persuadé qu'il n'y avoit rien à
craindre, on ne pouvoit quel-
que fois s'empêcher de trembler
pour eux: on vint à l'abordage
& la grande barque fut enle-
vee.
Réjouissances.
313
La fin de ces divertissemens
pour le peuple, fut le commen-
cement d'un nouveau pour les
personnes de qualité; elles se
rendirent dans le Pavillon du
boulevart pour y danser jusques
au jour: Mlle de Croymare fit
parfaitement bien les honneurs
du bal Et ce fut ainsi que cette
Fête fut terminée.
Je ne dois pas oublier que tou-
te la Ville entra dans le même
dessein de Mr Foucault: elle
voulut aussi marquer son zele &
son amour pour son Prince, dans
une conjoncture qui doit rem-
plir de joye tous les vrais Fran-
çois. Les Bourgeois avoient al-
lumé des feux dans les ruës, &
illuminé leurs Maisons. Tous
les clochers de la Ville, sans
Dd ij
Réfouissances.
314
en excepter aucun, estoient de
même eclairez en differentes
figures. Celuy de l'Abbaye de
la Trinité, qui domine à la Vil-
le, dont les feux estoient agrea-
blement disposez par les soins
de Madame de Tessé son Ab-
beſſe, ſoeur du Maréchal du me-
me nom, en faisoit le couronne-
ment.
Cet assemblage de pyramides
de feu , oppoſé au lieu de la
scène du divertissement; offrit
au retour un nouveau spectacle.
Ce grand corps de lumieres, qui
cclairoit de loin, fit paroître la
Ville toute en feu: & on se pro-
mena dans les ruës à la faveur
de tant d'illuminations, qui con-
duisirent enfin jusqu'au jour.
Madame la Princesse d'Har-
Réjouissances.
315
court estant arrivée à Clermont
en Beauvoisis le 2. Juillet, Mrs
de Ville allerent aussi toſst la
saluer en Corps, & luy dire que
le Jeudy suivant on devoit chan-
ter un Te Deum en action de
graces de l'heureuſe naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne, ils la prierent en même
temps d'assister à la ceremonie
du feu de joye qui devoit suivre
le Te Deum; cette Princesse s'y
trouva le Jeudy 3. du mois, &
la ceremonie avant commencé
en presence de tous les Corps
par une marche reglée autour
du feu, reitérée trois frois &
accompagnée d'autant de cris,
de vive le Roy, le Lieutenant
General & le Maire de la Ville
eurent l'honneur de donner la
Dd iij
Réjouissances.
316
main à cette Prinaesse, elle fit
avec eux le tour du feu qu'elle
alluma elle-même: A l'instant,
tous les Habitans sous les armes
firent plusieurs décharges de
Mousqueterie, & on distribua
au Public plusieurs tonneaux
de vin par l'ordre de cette Prin-
cesse, & par les soins des pre-
miers Officiers du lieu: le reste
de la journée & toute la soirée
se passerent en repas sur tables
dressées dans les ruës, où tout
le monde estoit bien venu. Les
illuminations y parurent des
plus brillantes, & tous les in-
strumens du païs s'y trouverent.
Enfin le Peuple s'abandonna à
la joye.
Mais il s'en fallut peu que
cette Feste ne coutât beaucouj
Réjouissances.
31.
à Madame la Princesse d'Har-
cort, puisque tous les Habitans
qui avoient esté excitez à la joye
par l'exemple de cette Princes-
se, s'estant rendus pendant la
nuit, en foule avec les violons,
en sa maison qui n'est que de
bois, ils l'ébranlerent si fort
qu'elle fuſt obligée pour la su-
reté de sa personne, de passer sur
le champ dans une autre mai-
son plus solide.
Ces réjouissances continue-
rent plusieurs jours & furent
terminées par une galanterie
digne de Madame la Princesse
d'Harcourt, qui voulant mar-
quer aux Officiers de la Ville,
combien elle estoit contente
d'eux, envoya à Paris faire pro-
vision de quantité de tabliers,
Da in
318
Réjouissances.
d'éventails, de boëtes, de toi.
lettes, de chapelets, de ta-
bleaux & d'autres bijoux, dont
elle fit la distribution aux Da-
mes de Clermont, par forme de
Lotterie.
Messieurs les Consuls de la
Ville de Montpelier, aiant reçù
la Lettre du Roy & les Ordres
de Mr le Maréchal de Villars,
Commandant dans cette Pro-
vince, pour assister au Te Deum,
faire des feux de joye & autres
réjouissances publiques, à l'oc-
casion de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne.
Ils assisterent avec leur Secre-
taire, en robe de ceremonie,
au Te Deam qui fut chanté en
Musique, le Dimanche 13. Juil-
let, dans l'Eglise Cathedralle
319
Réjouissances.
S. Pierre de Montpelier 5 au-
quel la Cour des Aydes , la
Chambre des Comptes, le Bu-
reau des Finances, & le Presi-
dial, avec tous les Officiers mi-
litaires de la Ville ſe trou-
verent.
Le ſoir du même jour, Mes-
sieurs les Consuls avoient eu le
soin de faire dresser un feu d'ar-
tifice à la promenade du Pei-
rou, qui est hors une des portes
de la Ville, & qui est une des
plus belles places du Roïaume,
par ſa ſcituation, & par la vûë
étenduë qu'elle donne de tous
côtez, tant sur la Mer que sur
les Pyrenées & montagnes voi-
sines qui semblent renfermers
avec le jardin du Roy, pour
l'Université de Medecine &
320
Réjouissances.
quantité de belles maisons de
campagne, des bois d'Oliviers,
qui entretiennent leur verdure
pendant toute l'année. Le feu
d'artifice representoit un arc de
triomphe & un grand Portique
d'Ordre Corinthien, orne de
Trophées d'Armes & d'autres
Peintures. Au- dessus de l'Enta-
blement, on voïoit s'élever un
Attique, surmonté d'une Re-
nommée. Et cet Attique étoit
chargé de certe inscription ma-
gnifique en Lettres d'Or.
Réjouissances.
321
LUDOVICO MAGNO.
PATRI, AVO, PROAVO.
QuOD
UNLREGUM DEDIT DEUS,
UTINAM
SIT ATAVUS.
ET VIVAT.
I
La Frise de l'Entablement
& les Ceintres des Arcades,
étoient ornés de sept grandes
Medailles, d'Or, & de Bronze,
Les paroles qu'on y lisoit étoient
tirées de la quatrième Eclogue
de Virgile; & le peu de chan-
gement qu'il y avoit, n'a été que
Rejouissances.
322
pour les rendre plus convena-
bles au Sujet.
Le dessein de Mrs les Con-
suls a été de representer dans
ces Medailles, la vie de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
formée sur le Modele de Lours
LE GRAND, & sur celuy
de Monseigneur le Dauphin,
& de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Le Roy d'Espagne
Philippe V. y étoit encore pro-
posé pour un exemple. Et l'on
voioit ce dessein executé par les
paroles suivantes; qui forment
un discours lié, & qui étoient
adressées à Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Incipe, parve Puer.
Facta tuorum mox legere.
Réjouissances.
323
Quae sit poteris cognoscere virtus.
Imitabere facta Parentum.
Reges, patriis virtutibus Orbem,
Occidet & Serpens.
Surget Gens aurea mundo
9
On lisoit ces paroles dans les
Medailles suivantes.
I.
Pour faire entendre, que
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne naît dans le temps que le
Roy triomphe de la plus grande
partie de l'Europe, liguee con-
tre Sa Majeſté & contre l'Espa-
gne La premiere Medaille étoit
formée par deux branches, l'u-
ne de Laurier, & l'autre de
Palme, lièes au dessous. Et ces
paroles étoient écrites dans le
Champ de la Medaille.
Réjouissances.
324
91
INCIPE, PARVE PUER
Vous naistes, bel Enfant, dans le
Sein de la Gloire.
A
II.
La seconde faisoit entendre,
que Monseigneur le Duc de
Bretagne lira dans l'Histoire,
dés ſa première jeunesse, les
grandes Victoires que la France
& l'Espagne ont remportées en
divers endroits de l'Europe, &
qu'elles remporteront encore
sur leurs Ennemis communs.
La France & l'Espagne y
étoient peintes debout & ar-
mées, & se donnant la main.
Les Ecussons de leurs Bou.
cliers les distinguoient. Et l'on
voyoit plusieurs Provinces à
Réjouissances.
325
leurs pieds, qui leur
presen-
toient des Clefs dans les Bassins.
Avec ces mots.
FACTA TUORUM MOX
LEGERE.
Vous lirez bien- tot dans l'Hi-
stoire.
Jusqu'a quel haut degrè
Votre Sang a porté sa Gloire.
III.
Dans la troisiéme, étoient
peintes deux Branches, l'une de
Laurier, & l'autre d'Olivier,
mises en sautoir. Et ces paroles.
QUASIT POTERIS COGNOS-
CERE VIRTUS.
Vous aurès chez vous les modelles
326 Réjouissances.
Des plas eclatantes Vertus.
Le Laurier & l'Olivier fai-
soient assés connoître, que ces
Vertus sont Militaires & les
Politiques.
IV.
Des trophées d'Armes, qui
representoient la Gloire qui ac.
compagne les grandes Actions
des Rois, avec ces mots.
IMITABERE FACTA
PARENTUM.
Imité, leurs grandes Actions,
Et vous aures part à leur Gloire,
La cinquième Medaille fai-
soit entendre, qu'un jour Mon.
seigneur le Duc de Bretagne ne
Réjouissances.
32
s'appuyera pour défendre &
gouverner ses peuples, que sur
la pieté & les autres grandes
Vertus, à l'exemple de ſes
Peres,
On y voioit un Sceptre & une
Couronne sur un Autel à l'An-
tique. Et on y lisoit ces mots
expressifs.
REGES PATRIIS VIRTUTIBUS
ORBEM.
Quand vous tiendrés un jour le
Sceptre des François,
En vous brilleront à la fois
Les Vertus qu'on voit dans vos
Peres;
La Valeur & la Pieté,
La Justice & la Bonte
VI.
La Fable porte, que Pythou
Juillet 1704. II. P.
Ee
Réjouissances.
328
fut produit du limon; qui resta
sur la terre aprés le déluge. Et
l'on avoit peint dans la sixième
Medaille, un Apollon qui tuoit
à coups de flèches ce serpent;
pour faire entendre quebs'il
restoit encore des ennemis &
des jaloux du nom François,
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne les terrassera. On y lisoit
ces paroles.
ET SERPENS.
OCCIDET
S'il reste des jaloux & des fiers
ennemis,
Vous les aurez bien-tot soùmis.
VII.
Enfin la septiême faisoit con-
cevoir le bonheur, que la France
doit esperer d'une si longue sui-
Réjouissances.
329
te de Rois du Sang de LouIS
LE GRAND. On y avoit
peint des demi-dieux champé-
tres, qui dansoient; & un Arc-
en Ciel, qui marquoit l'allian-
ce du Ciel avec la Terres; c'est-
àdire, les Benedictions que
Dieu va répandre sur ce Roïau-
me Ces mots en faisoient l'ame,
lon
SuRGET GENS AUREA
MUNDO.
Ne craignons plus pourl'avenir,
Le Siecle d'Or varevenir.
Les uns attribuent la Deco-
ration de ce feu & les Medail-
les, à Mr de Fizes, Professeur
des Mathematiques dans l'U-
niversité, & les autres disent
Ee 1)
Rejouissances.
330
que le Reverend Pere Gisbert,
Jesuite, en est l'Auteur. Ce feh
avoit esté dreſſé à l'opposit &
dans une distance d'environ
deux cens pas de la Porte du
Peirou.
Cette Porte est un Arcades
triomphe que la Ville de Mont-
pellier à fait bâtir avec beau-
coup de dépenses depuis envi-
ron dix années, tout revêtu
d'Archirecture, accompagnée
de quatre grandes Medailles de
la main d'un excellent Scul-
pteur. Du coſté de la Ville on
voit deux Medailles, la pre-
miere represente la conversion
generalle du Royaume, où l'on
voit la Religion qui renverse
& détruit l'Heresie, avec ces
mots.
Réjonissances.
ExTINCTAHAERESI
noge
Une autre fait voir la jon-
ction & la communication de
l'Ocean avec la Mediterannée,
avec ces mots.
JUNCTIS OCEANO ET
MEDITERANEO MARI.
Les deux autres Medailles
font face à la promenade, l'une
represente un Herculle apuyé
sur sa massuë qui terrasse un
Lion & épouvante un Aigle,
avec ces mots.
EUSIS TERRA, MARIQUE
CONJURATIS GENTIEUS,
Réjouissances.
332
Et dans l'autre on voioit parmi
des ornemens de trophées, des
Villes & des Provinces s'offrir
& se soûmettre à la France,
avec les mots au dessous;
.
oqo
SuB OCULISHOSTIUM,
BELGII ARCIBUSO
EXPUGNATIS.
On voit par la continuation
des graces & benedictions que
Dieu verse ſur le Royaume &
la Maison Royalle que ces éve-
nemens répondent aux desirs
des habitans de Montpelier &
aux souhaits qu'ils ont fait,
lorsqu'ils ont élevé cet Arc de
triomphe, avec les Medailles.
Sur les huit à neuf heures du
soir Mr Demayne, Lieutenant
Réjouissances.
933
de Royde la Ville, accompa-
gné de la Noblesse, s'estant
rendu à l'Hostel de Ville, &
s'estant mis à la teste de Mrs
les Consuls, partit au bruit des
trompettes, des hautbois & des
violons, & à la lueur d'un grand
nombre de flambeaux de point
de cire blanche: il se rendit à
la promenade du Peirou, où le
bucher fut allumé aprés les
ceremonies accoûtumées. En-
suite le feu d'artifice fut tiré
d'une maniere qui satisfit toute
la Ville, qui s'étoit rendue à
à cette promenade, & qui fut
suivi d'une triple décharge que
firent les Bourgeois & Habi-
tans qui esfoient rangez en ba-
taillese dans cette promenade,
& du Canon de la Citadelle,
Réjouissances.
334
Ce spectacle ne fut pas pli-
tôt fini qu'il s'en forma un nou-
veau. Les Habitans à l'envy
les uns des autres avoient gar.
ny tous les devans de leurs
maisons, d'illuminations aux
Armes du Roy, de Bretagne &
de la Maison Royalle, &
avoient allumé des buchers
qu'ils accompagnerent la plû-
part de feux d'artifice & de
fontaines de vin, qui couloient
pour ceux quis en vouloient
prendre. Mr Demainny, pre-
mier Consubde Montpelier, &
Mr Bagnol, Avocat generalen
la Cour des Aydes de cette
Ville, se surpasserent dans leurs
illuminations & dans les festes
qu'ils donnerent à leurs voi-
henalohtons
sins.
La
Réjouissances.
335
La joye des Habitans estoit
si grande, que la feste dura
pendant toute la nuit ; on vit
même pendant le jour paroî-
tre sur les portes de plusieurs
particuliers, des Portraits du
Roy avec des inscriptions; celle
qui suit estoit au dessous d'un
des portraits de Sa Majesté
fait par Mr Rigaud, fameux
Feintre.
LUDOVICO MAGNO.
Inandita regnandi diuturnitate
fortanatissimo,
Quopatre, Galliae
Quo avo, Hispania
Quo proavo, orbi
Felicitas asseritur.
Juillet 1704. II.
E
Réjouissances.
3
Mr de Plantade le fils, Consei,
ler en la Cour des Aydes, en
est l'Auteur.
prés Paris, s'est beaucoup distinguée ;
Elle attendoit avec
impatience qu'il luy fut permis
de faire éclater sa joye, & elle
avoit déja même prévenu l'or-
dre, quand elle le reçût de Mon-
sieur Henault, Gouverneur de
la Ville, Fils de Mr Henault
Eermier General, qui venoit de
le recevoir de la Cour. Monsieur
Henault nouvellement pourvu
de ce Gauvernement, & de
la Licutenance Generale des
Aa ij
Réjouissances.
282
Chasses, ne pouvoit mieux com-
mencer son avenement à ces
Charges, qu'en se distinguant
comme il a fait dans cet te ré-
jouissance publique, où il a été
secondé par tous les Bourgeois
de la Ville, ſujets des plus fi-
delles & des plus zelés, ainsi que
le porte leur devise.
COR BELLO PACEQUE
FIDUM.
Nous sommes fidelles en paix,
comme en guerre,
Je dois ajouter icy, que ce
Gouverneur à toutes les bon-
nes qualités qui peuvent le ren-
dre agreable au pays.
La Ville, n'eût pas plûtôt
Réjouissances.
283
reçû ordre de faire chanter le
Te Deum le 9 de Juillet, que
tout se disposa à marquer sa joye.
Les boutiques furent fermées:
toutes les cloches carrillonne-
rent: La poudre ayant été di-
stribuée avec profusion dans
tous les quartiers, par ses or-
dres, tous les Bourgeois, & les
Chevaliers de l'Arquebuse se
mirent sous les Armes, & se
rendirent à l'Hôtel de Ville,
où ils prirent le Gouverneur
qui ſe mit à leur tête; ils alle-
rent en fort bel ordre, parés de
rubans & de cocardes, au son
des fifres & des tambours, à l'E
glise de Nôtre Dame, que le
Curé avoit fait parer & illumi-
ner extraordinairement. Le Te
Deum y fut chanté en faux-
Rejouissances.
284
bourdon, avec un Exaudiat, au
son des Cloches & au bruit du
Canon, qui ne cessa point de
tirer.
Le Gouverneur se rendit en-
suite avec toute la Bourgeoiſie
sous les armes dans une grande
place quarré, qui est devant le
Château. Un bûcher orné de
feuillages, s'y trouva élevé, ou
il mit le feu aprés en avoir fait
le tour au bruit de la mousque-
terie, qui fit plusteurs déchar-
ges. Le Château parut en un
moment illuminé, & la uuit qui
étoit fort obscure, devint plus
brillante que le jour: nien ne
parut plus ingenieux que l'il-
lumination, qui par ses divers
compartimens, representoit les
Armeside France & de Breta-
Réjolissances.
285
gne. Sur la porte étoit un grand
obelisque, qui avoit un Soleil
pour amortissement, accom-
pagné de deux piramides, qui
finissoient par deux fleurs de
lys On y lisoit cette belle in-
scription.
UNDIQUE MICAT.
Par tout il porte ses rayons,
La lumiere formoit l'ordre de
l'architecture du portail. Dans
le fonds de la cour on décou-
vroit une autre piramide, qui
ſe joignant avec celle du por
tail, formoit de loin une per-
spective fort agreable, & fai-
foit d'autant plus de plaisir, que
dans la Ville on n'avoit rien
vu de parcil depuis fort long-
Réjouissances.
286
temps: Deux fontaines de vin,
que l'on fit couler pendant ce
temps la, & qu'un Bacchus, sur
un tonneau, distribuoit au peu-
ple avec abondance, détourna
l'attention des spectateurs qui
acoururent de ce côté-là; Les
cris de vive le Roy redoublerent,
pendant que la mousqueterie
redoubloit aussi ses décharges.
Monsieur le Prevôt de Corbeil,
qui n'entend pas moins à bien
servir le Roy dans sa charge,
qu'à faire les honneurs de sa
maiſon, avoit desiré du Gouver-
neur qu'il agreât que sa Com-
pagnie, les Dames & les prin-
cipaux d'e la Ville vinssent pren-
dre chez luy des rafraichisse-
mens On trouva dans ſa maiſon
une table servie magnifique-
ment,
Réjouissances.
287
ment, où la ſanté du Roy & du
Prince nouveau né , fut bien
celebrée au bruit du Canon.
on sortit avec peine de table à
une heure au matin, pour avoir
le plaisir du feu d'artifice, que
le Gouverneur avoit fait con-
ſtruire ſur une terraſſe, au bord
de la Riviere. Cette situation
est admirable pour un pareil
ſpectacle. On y étoit accouru
de tous les lieux des environs.
Le pont & les bords de la
Seine se trouverent couverts
d'un nombre infini de populace,
rien n'étoit plus agreable que
de voir voguer sur la Riviere
des batteaux illuminés, qui pa-
roissoient autant de tables flot-
tantes, ou la ſanté du Roy &
de Monseigneur le Duc de Bre-
nillet 1704.
288 Réjouissances.
tagne étoit celebrée au bruit
des tambours, de la mousque-
terie & du Canon que les échos
repetoient. Toutes les maisons
des environs, ainsi que les plus
éloignées parurent illuminees,
aussi bien que tous les Clochers
de la Ville, où les P. Recollets
se distinguerent fort.
Ce feu d'Artifice étoit à qua-
tre pilliers, au milieu desquels
s'élevoit une figure, qui repre-
sentoit la France, tenant le Prin-
ce nouveau né entre ſes bras &
le presentant à la Bretagne, qui
étoit à ſes pieds, pour le luy
demander. Sur le piédestal,
on lisoit ces mots.
CUMULATA VOTA.
Mes veux sont comblés.
Ce qu'on peut expliquer par
ces vers,
Réjouissances.
289
La
Bretagne jalouse
envioit le
bonheur
De l'Anjou, du Berry
ces heu-
reuses Provinces
Qui goutent le bonheur d'obeyr à des
Princes:
D'un sort pareil elle flatioit son
cœur.
Charmant Prince, aujourd huy ton
heureuse naissance
La comble de bonheur, remplit son
esperance
Tu vas porter son nom, & luy
donner des loix,
Par cette preference & ce glorieux
choix
Elle
sent augmenter son zele & sa
puissance.
Audevant on voyoit les Armes
de France & de Bretagne & au
Bbij
290 Réjouissances.
bas une devise, qui avoit pour
corps, la France tenant entre
ses mains plusieurs Sceptres &
plusieurs Couronnes avec ces
mots.
REoUM TERRA OPIFEX
ET OFFICINA.
Je donne des Rois à la terre.
Du côté qui regarde la Ri-
viere étoit une autre devise
dont le corps étoit un petit
Ruisseau qui va toûjours s'a-
grandissant, avec ces mots.
RIVULUS, QUONDAM FLU-
MEN IBIT.
Ce petit Ruisseau deviendra bien-
tot fleuve
ur
re
&
es
Réjouissances.
291
On voioit une autre devise,
du côté qui regarde la Ville,
dont le corps étoit un Lyon &
des lionceaux, avec cette belle
inscription pour ame.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Les Puissans engendient les
Puissans.
Du côté qui regarde la cam-
pagne, étoit une autre devise,
dont le corps étoit une Aigle
suivie de ses aiglons, qui volent
vers le Soleil; avec ces mots.
NEC IMBELLEM
FEROCES
FRO GENERANT AQUILA
COLUMBAM
Bb iij
2922
Réjouissances.
Les Aizles ne degenerent point de
leur origine.
L'artifice, qui étoit de la
composition des Artificiers de
l'Arsenal, fut fort bien execu-
té: La Seine ne contribua pas
peu à en augmenter la beauté;
les fuſées, en s'élevant en l'air,
s'y retraçoient agréablement,
& tombant dans l'eau y faisoient
mille tours & mille bonds avant
que d'éclater; enfin ces deux
clemens contraires semblerent
concourir ensemble, pour faire
un spectacle parfait. L'Assem-
blée ſe ſepara fort contente de
la feſte, & de son nouveau Gou-
verneur.
Le 28. de Juin, Mr l'Abbé de
Fourcy ayant appris dans son
Réjouissances.
293
Abbave de Saint Vandrille, la
nouvelle de l'heureuſe naissan-
ce de Monseigneur le Duc de
Bretagne, donna aussi-tost ses
ordres pour faire chanter un
Te Deum solemnel. Les Reli-
gieux de son Abbaye secon-
dant ses intentions, & joignant
une pieté édifiante & exemplai-
re au zele sincere & ardent de
leurdigne Abbé, se revêtirent de
leurs plus beaux Ornemens, &
s'assemblerent dans leur Eglise
illuminée de tous coſtez. Le
Curé de la Paroisse s'y rendit,
accom pagné de ses Paroissiens,
avec la Croix & la Banniere:
un grand nombre de peuple des
lieux circon voisins accourut au
bruit du carillon de toutes les
cloches, qui marquoient la
Bbiiij
294. Réjouissances.
joye publique Mrl Abbé avante
entonné le Te Deum, qui fut a-
chevé dans l'Eglise, alla ensuite
en habit de ceremonie avec seso
Religieux en Procession, dans
la Place publique, pour allu-
mer le feu qui avoit esté pré-
paré par son ordre; il estoit suivi
de Mr Eoloppe Avocat du Roy,
de Mr de Saint Martin & des
autres Officiers de l'Abbaye.
Tous les habitans qui estoient
ſous les armes, commandez par
Mr Dallet, Procureur du Roy
des Eaux & Forests, & Offi-
cier de l'Abbaye, formerent un
grand cercle autour du feu, &
aprés que les Prieres furent fi-
nies, ils firent une décharge, &
défilerent en ordre vers le Pa-
lais Abbatial, en faisant plu-
Réjouissances. 295
sieurs décharges, A peine la
derniere salve des habitans du
lieu fut achevée, que plusieurs
Bourgeois de la Ville de Cau-
debeq, Capitale du pays de
Caux, & dont ledit sieur Ab-
bé est Seigneur, arriverent en
armes, & tambour battant. Mr
Colleau Vicomte de ladite
Ville, Lieutenant de Police &
Capitaine de la Cinquantaine
ſe mit à leur teſte l'esponton à
la main, les rangea dans la
Place, & aprés plusieurs dé-
charges autour du feu, les con-
duisit en ordre, au son des
tambours, dans la cour de Mr
l'Abbé, où recommença le
bruit des armes. Il y avoit dans
les appartemens une collation
preparée pour les Officiers,
5
Réjouissances.
296
& autres personnes des plus
considerables de la Ville, des
rafraichissemens dans la cour
pour la Compagnie de la Cin-
quantaine & pour d'autres
Bourgeois sous les armes, &
dans la Place dequoy boire à
discretion pour tout le peuple
qui estoit venu de toutes parts
à cette ceremonie. La réjouis-
sance dura tout le jour & toute
la nuit, en criant vivent le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Jamais on n'a vû paroiſtre
tant d'empressement pour té-
moigner une joye veritable &
ſincere pour la gloire du Rov,
& le bonheur continuel de la
France.
Le Mercredy 16, de ce mois,
les réjouissances commence-
rent à Abbeville par une gran-
Rejouissances.
29
de Messe qui fut chantée en
Musique avec une excellente
Symphonie. Elle estoit de la
composition d'un tres habile
Maistre. Tous les corps, de
cette Ville y assisterent, &
pendant la Messe on fit quinze
decharges du canon & de la
mousqueterie. On chanta à
l'issuë de la Messe le Te Deum
& l'Exaudiat. Au sortir de l'E-
glise Mrs du Corps de Ville se
rendirent à l'Hostel de Ville,
où par les feneſtres, ils distri-
buerent, à trois reprises, de
l'argent au peuple, & firent
couler pendant le reste de la
journée deux fontaines de vin.
On donna à manger à tous les
passans. Enfin sur les six heu-
res, toute la face de l'Hoſtel
Rejouassances.
298
de Ville parut illuminée, & on
ſe diſpoſa à faire jouer un beau
feu d'artifice qui estoit dressé
au milieu de la Place. La prin-
cipale des quatre faces de l'Hô.
tel de Ville eſtoit deſtinée à la
gloire du Roy, & on lisoit des
Vers François à la gloire de Sa
Majeſté On vovoit dans la
qui estoit consacrée à Monsei-
gneur, d'autres Vers François
sur la conqueste de Philisbourg,
faite par ce Prince. Monse-
gneur le Duc de Bourgogne
etoit loué dans la 3. par des Vers
faits sur la prise de Brisac. La
quatrième contenoit des Ver-
à la gloire du Prince nouveau
né. Il y avoit des Deviſes à la
gloire de ces Princes, au bas de
chaque intercolonne. On vit
partir cinq cens cinquante fu-
n
au
le
6-
la
25
a
Réjouissances.
299
sées de ce beau feu qui dura
presque toute la nuit. Toute la
Ville eſtoit illuminée d'une ma-
niere singuliere. Le Pere Cra-
coville qui a eû la direction du
feu d'artifice, en avoit composé
tous les Vers. C'est le même
Pere qui va pul l'er incessament
un ouvrage, auquel il travaille,
depuis long-temps contre les
Cononites, heretiques du sixié-
me Siecle.
Pendant qu'on tira le feu
d'artifice, les Consuls donne-
rent un repas magnifique qui
fut ſuivi d'un Bal, qui dura jus-
qu'à quatre heure du matin.
Toutes les Dames de la Ville y
furent invitées; & il en vint
beaucoup de la Campagne qui
augmenterent le brillant de
gette grande feste.
300
Réjouissances.
Mr Foucault, Conseiller
d'Etat & Intendant de la Ge-
neralité de Caën, fit chanter un
Te Deum en musique le sixième
de Juillet , dans la principale
Eglise de la Ville. Mr l'Evêque
de Bayeux, dont le zele pour la
gloire du Roy égale la pieté,
en fit la ceremonie : les divers
Ordres de la Ville s'y rendi-
rent avec les ornemens qui les
distinguent: la Musique répon-
dit à ce qu'on attendoit de l'ha-
bileté de celui qui l'a conduit.
Cette action de pieté finie, le
peuple fut attiré à la porte de
de Mr Foucault, par une deco-
ration magnifique de la face de
son Hostel; les Armes de Fran-
ce, de Dauphiné, de Bourgo-
gne & de Bretagne ornées de
n
d
r
Réjouissances.
301
festons & de couronnes de
fleurs; une infinité de lanter-
nes chargées de fleurs de lis &
d'hermines, formoient jusques
au toict un ordre d'Architectu-
re tres-regulier, & tres agréa-
ble; deux fontaines de vin, qui
sortoient de deux masques, cou-
lerent le reſte du jour; elles
firent mettre aux fenestres les
personnes de la Ville les plus
considerables, qui se diverti-
rent long-temps des cris de
joye du peuple, & de son em-
pressement à profiter de cette
largesse. Ge divertissement
conduisit insensiblement jus-
ques à l'heure du souper Qua-
tre grandes tables servies ma-
gnifiquement dans la salle d'au-
dience superbement parée, re-
Rejouissances.
302
çurent en tres-grand nombre
toutes les Dames de distinction
de la Ville, & des environs,
qui s'estoient renduës a Caën,
pour prendre part à ces ré-
jouissances; les Cavaliers les
servirent, & Me Foucault ac-
coûtumée depuis long temps à
ordonner ces sortes de Fêtes,
fit parfaitement bien les hon-
neurs de celle cy. Tout ce que
la Province si abondante, four.
nit par elle-même , & par son
commerce dans les pays étran-
gers, soit de liqueurs, soit de
fruits; tout, dis je, parut avec
profuſion dans ce repas; mais
la nuit qui s'approchoit ayant
renouvellé l'empressement
qu on avoit de jouir du plaisir
des illuminations, que la pré-
1e
es
je
Réjouissances.
303
paration de la face du logis
promettoit, fit lever de table
assez promptement, & toute la
Compagnie marcha vers le lieu
ou le feu eſtoit preparé. Je ne
diray point icy en quel estat
parurent les Dames, on juge
assez qu'elles n'avoient rien ou-
blié de tout ce que l'ajuste-
ment peut contribuer au bon
air & à la beauté; ce fut un
spectacle tres agreable de les
voir marcher à pied, invitées
par le beau temps, entre deux
hayes du peuple, que quelques
Gardes contenoient dans le
devoir, où le retenoit encore
davantage le respect qu'il a
pour Mr Foucault, qui les
accompagnoit avec toute la
Nobleſſe du pais.
Juillet 1704. II. P. Ce
304.
Réjouissances.
Caën est situé dans un vallon
ſur le bord de la riviere d'Or-
ne, entre deux grandes prairies,
qui semblent avoir esté dressées
au niveau : deux Faux bourgs
s'étendent au dessus de la Ville,
Sur les deux côteaux qui ter-
minent ces prairies, d'un costé
la maison des Jesuites, & l'Ab.
baye Royale de Saint Estienne,
avec. plusieurs tours de diverses
Paroisses; de l'autre un long
Faux bourg & plusieurs villa.
ges presque contigus avec leurs
clochers, forment une perspe-
ctive charmante, dont la vue
eſt terminée par une belle mai-
son de campagne, & quelques
bois en éloignement. A ll'entrée
de cette prairie est un boule-
vart, sur lequel est bâti un gros
Refouissances.
30
pavillon tres propre: ce boule-
vart est planté de quatre rangs
d'arbres, qui font un tres beau
berceau; un grand canal est au
dessous; au bout de ce canal
fur le bord de la riviere, regne
un cours de quatre rangs d'ar-
bres plantez par les soins de Mr
Foucault, dés ſon arrivé à Caën.
Ce fut ce beau lieu qu'il choisit
pour y dresser un feu d'artifice,
comme propre à contenir tout
le peuple, & à recevoir l'appa-
reil du spectacle qu'il vouloit
donner: trente cinq pieces de
canon amenées de plusieurs en-
droits éloignez, furent placées
dans le jardin des Jesuites; à
l'opposite le Regiment de la
Ville commandé
par Mr de
Monts son Colonel, fut mis en
Cci)
306 Réjouissances.
ordre de bataille, le ſeu au mi-
lieu; la nuit fut la plus favora-
ble du monde, la Lune ayant
toûjours esté couverte d'un
nuage. Une décharge de l'ar-
tillerie tres bien ſervie, & du
Regiment de Monts, qui y ré-
pondit de même, avertit le peu-
ple que le ſpectacle alloit com-
mencer. On vit naître en même-
temps une illumination char-
mante, à perte de vuë sur les
deux bords de la prairie: il pa-
rut dans le jardin des Jesuites
un parterre de lumieres d'un
ordre admirable; un cordon de
feu distigué d'espace en espace
par de petits obelisques; un am-
phitheatre de differentes figu-
res compassées avec symetrie,
tout cela terminé par l'illumi-
Réjouissances.
30
nation de leurs chambres, &
par une espece de couronne que
formoit la ceinture de leur Egli-
se, & la pointe de leur clocher.
La tour de la Paroisse S. Etien-
ne éclairée en pyra mide; celle
de l'Abbaye du même nom, dis-
posée d'une autre figure, d'ou
partoient de temps en temps des
fuſées; le Monaſtere de la Viſi-
tation illuminé dans toutes ses
faces; le bois des Capucins pa-
reillement éclairé, & qui ser-
voit comme de fond à tous ces
objets: cet amas de lumières
durant toute la nuit, fut un
spectacle des plus magnifiques.
De l'autre coſté de la prairie,
ſur le bord de la riviere, plu
sieurs feux disposez à divers éta-
ges avec ceux du Fauxbourg de
Réjovisances.
308
Vaucelles, partagerent l'at-
tention de l'assemblée. On tira
de tempsen temps un fort grand
nombre de boëtes. La Compa-
gnie de Mr Foucault, ou ſe pro-
menant sur le boulevart sous un
berceau de lumieres, dont les
arbres estoient chargez, ou as-
sise sur des sieges preparez,
jouissoit sans embarras & sans
confusion de la beauté de ces di.
vers spectacles. Le bruit des
tambours, le son des trompet.
tes, & de divers autres instru-
mens, le carillon continuel de
toutes les cloches de la Ville,
au milieu d'une nuit des plus
paisibles, se mêloient avec les
acclamations du peuple, & l'on
vit en même temps partir un
nombre infini de fusées, qui atii
es
e
o0
Rejouissances.
309
rerent tous les yeux des specta-
teurs. Ces fusées firent un mer-
veilleux effet au milieu des deux
côteaux dont on vient de par-
ler. L'eau dont les prairies qui
sont en ce lieu, sont bordées,
d'un côté par la riviere, de
l'autre par le grand canal, au-
gmentoit le spectacle par les
feux qui s'y representoient une
infinité de fois, & sembloient
s'y multiplier en cent differen-
tes manieres. Enfin le feu d'ar-
tifice commença. Un grand
quarré estoit décoré par une es-
pece de Ville; quatre pirami-
des aux angles, une plus élevée
au milieu, avoient un Soleil
pour amortissement. C'est le
ſymbole de la gloire & de la
grandeur de nostre invincible
Réjouissances.
310
Monarque ; ce Soleil dominant
leur
sur les autres, sembloit
communiquer ses lumieres, &
s'imprimer en eux. C'est ainfi
que LOUIS LEGRAND répand
sur nos augustes Princes ses En-
fans les rayons de cette sagesse,
qui fait la gloire de lon regne,
produit les grands succez de
tous ſes desseins; eſt le bonheur
de ses peuples; & leur promet
une longue ſuite de regnes heu-
reux dans des Successeurs éle-
vez par un Roy le plus ſçavant
de tous les Rois en l'art de re-
gner. Les Arnies de ces grands
Princes accompagnées de tro-
phées, environnoient l'édifice;
les gerbes de fusées qui en par-
tirent, l'éclat des boëtes, les
rouës de feu, en un mot, tou-
tes
Réjouissances.
311
tes les differentes manieres dont
l'artifice fait agir ce terrible
élement, tout repondit aux de-
sirs de l'illustre Magistrat, qui
donnoit cette Fête & aux sou-
haits de l'assemblée. Deux nou-
velles décharges, de l'artillerie
& du Regiment de Caën, succe
derent à l'effet du feu d'artifice.
La Fête sembloit estre termi-
née par la, le peuple songeoit
deja à se retirer, quand tout à
coup des fanfares, & le son
martial de divers instruments
l'arrêterent encore, & lui an-
noncerent un nouveau divertis-
sement. On vit s'avancer sur le
cana lune barque voguante avec
fierté portant pavillon Hollan-
dois; pluſieurs chaloupes par-
tagées en trois escadres marche-
Juillet 1704. II. P. Dd
Rejouissances.
312
rent à elle en ordre de bataille,
elles portoient pavillon Fran-
çois & Espagnol; les équipages
galamment habillez de diffe-
rentes livrées, à la faveur des
flambleaux representerent un
combat naval, qui de tous ces
divers spectacles fut un de ceux
qui divertit dvantage: ils at ta-
querent le grand vaisseau du-
rant plus d'une heure à coups
de petars & de fusées; ce petit
combat parut vif & animé, &
il contrefit si bien l'horreur des
veritables, que quoiqu'on fût
persuadé qu'il n'y avoit rien à
craindre, on ne pouvoit quel-
que fois s'empêcher de trembler
pour eux: on vint à l'abordage
& la grande barque fut enle-
vee.
Réjouissances.
313
La fin de ces divertissemens
pour le peuple, fut le commen-
cement d'un nouveau pour les
personnes de qualité; elles se
rendirent dans le Pavillon du
boulevart pour y danser jusques
au jour: Mlle de Croymare fit
parfaitement bien les honneurs
du bal Et ce fut ainsi que cette
Fête fut terminée.
Je ne dois pas oublier que tou-
te la Ville entra dans le même
dessein de Mr Foucault: elle
voulut aussi marquer son zele &
son amour pour son Prince, dans
une conjoncture qui doit rem-
plir de joye tous les vrais Fran-
çois. Les Bourgeois avoient al-
lumé des feux dans les ruës, &
illuminé leurs Maisons. Tous
les clochers de la Ville, sans
Dd ij
Réfouissances.
314
en excepter aucun, estoient de
même eclairez en differentes
figures. Celuy de l'Abbaye de
la Trinité, qui domine à la Vil-
le, dont les feux estoient agrea-
blement disposez par les soins
de Madame de Tessé son Ab-
beſſe, ſoeur du Maréchal du me-
me nom, en faisoit le couronne-
ment.
Cet assemblage de pyramides
de feu , oppoſé au lieu de la
scène du divertissement; offrit
au retour un nouveau spectacle.
Ce grand corps de lumieres, qui
cclairoit de loin, fit paroître la
Ville toute en feu: & on se pro-
mena dans les ruës à la faveur
de tant d'illuminations, qui con-
duisirent enfin jusqu'au jour.
Madame la Princesse d'Har-
Réjouissances.
315
court estant arrivée à Clermont
en Beauvoisis le 2. Juillet, Mrs
de Ville allerent aussi toſst la
saluer en Corps, & luy dire que
le Jeudy suivant on devoit chan-
ter un Te Deum en action de
graces de l'heureuſe naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne, ils la prierent en même
temps d'assister à la ceremonie
du feu de joye qui devoit suivre
le Te Deum; cette Princesse s'y
trouva le Jeudy 3. du mois, &
la ceremonie avant commencé
en presence de tous les Corps
par une marche reglée autour
du feu, reitérée trois frois &
accompagnée d'autant de cris,
de vive le Roy, le Lieutenant
General & le Maire de la Ville
eurent l'honneur de donner la
Dd iij
Réjouissances.
316
main à cette Prinaesse, elle fit
avec eux le tour du feu qu'elle
alluma elle-même: A l'instant,
tous les Habitans sous les armes
firent plusieurs décharges de
Mousqueterie, & on distribua
au Public plusieurs tonneaux
de vin par l'ordre de cette Prin-
cesse, & par les soins des pre-
miers Officiers du lieu: le reste
de la journée & toute la soirée
se passerent en repas sur tables
dressées dans les ruës, où tout
le monde estoit bien venu. Les
illuminations y parurent des
plus brillantes, & tous les in-
strumens du païs s'y trouverent.
Enfin le Peuple s'abandonna à
la joye.
Mais il s'en fallut peu que
cette Feste ne coutât beaucouj
Réjouissances.
31.
à Madame la Princesse d'Har-
cort, puisque tous les Habitans
qui avoient esté excitez à la joye
par l'exemple de cette Princes-
se, s'estant rendus pendant la
nuit, en foule avec les violons,
en sa maison qui n'est que de
bois, ils l'ébranlerent si fort
qu'elle fuſt obligée pour la su-
reté de sa personne, de passer sur
le champ dans une autre mai-
son plus solide.
Ces réjouissances continue-
rent plusieurs jours & furent
terminées par une galanterie
digne de Madame la Princesse
d'Harcourt, qui voulant mar-
quer aux Officiers de la Ville,
combien elle estoit contente
d'eux, envoya à Paris faire pro-
vision de quantité de tabliers,
Da in
318
Réjouissances.
d'éventails, de boëtes, de toi.
lettes, de chapelets, de ta-
bleaux & d'autres bijoux, dont
elle fit la distribution aux Da-
mes de Clermont, par forme de
Lotterie.
Messieurs les Consuls de la
Ville de Montpelier, aiant reçù
la Lettre du Roy & les Ordres
de Mr le Maréchal de Villars,
Commandant dans cette Pro-
vince, pour assister au Te Deum,
faire des feux de joye & autres
réjouissances publiques, à l'oc-
casion de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne.
Ils assisterent avec leur Secre-
taire, en robe de ceremonie,
au Te Deam qui fut chanté en
Musique, le Dimanche 13. Juil-
let, dans l'Eglise Cathedralle
319
Réjouissances.
S. Pierre de Montpelier 5 au-
quel la Cour des Aydes , la
Chambre des Comptes, le Bu-
reau des Finances, & le Presi-
dial, avec tous les Officiers mi-
litaires de la Ville ſe trou-
verent.
Le ſoir du même jour, Mes-
sieurs les Consuls avoient eu le
soin de faire dresser un feu d'ar-
tifice à la promenade du Pei-
rou, qui est hors une des portes
de la Ville, & qui est une des
plus belles places du Roïaume,
par ſa ſcituation, & par la vûë
étenduë qu'elle donne de tous
côtez, tant sur la Mer que sur
les Pyrenées & montagnes voi-
sines qui semblent renfermers
avec le jardin du Roy, pour
l'Université de Medecine &
320
Réjouissances.
quantité de belles maisons de
campagne, des bois d'Oliviers,
qui entretiennent leur verdure
pendant toute l'année. Le feu
d'artifice representoit un arc de
triomphe & un grand Portique
d'Ordre Corinthien, orne de
Trophées d'Armes & d'autres
Peintures. Au- dessus de l'Enta-
blement, on voïoit s'élever un
Attique, surmonté d'une Re-
nommée. Et cet Attique étoit
chargé de certe inscription ma-
gnifique en Lettres d'Or.
Réjouissances.
321
LUDOVICO MAGNO.
PATRI, AVO, PROAVO.
QuOD
UNLREGUM DEDIT DEUS,
UTINAM
SIT ATAVUS.
ET VIVAT.
I
La Frise de l'Entablement
& les Ceintres des Arcades,
étoient ornés de sept grandes
Medailles, d'Or, & de Bronze,
Les paroles qu'on y lisoit étoient
tirées de la quatrième Eclogue
de Virgile; & le peu de chan-
gement qu'il y avoit, n'a été que
Rejouissances.
322
pour les rendre plus convena-
bles au Sujet.
Le dessein de Mrs les Con-
suls a été de representer dans
ces Medailles, la vie de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
formée sur le Modele de Lours
LE GRAND, & sur celuy
de Monseigneur le Dauphin,
& de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Le Roy d'Espagne
Philippe V. y étoit encore pro-
posé pour un exemple. Et l'on
voioit ce dessein executé par les
paroles suivantes; qui forment
un discours lié, & qui étoient
adressées à Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Incipe, parve Puer.
Facta tuorum mox legere.
Réjouissances.
323
Quae sit poteris cognoscere virtus.
Imitabere facta Parentum.
Reges, patriis virtutibus Orbem,
Occidet & Serpens.
Surget Gens aurea mundo
9
On lisoit ces paroles dans les
Medailles suivantes.
I.
Pour faire entendre, que
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne naît dans le temps que le
Roy triomphe de la plus grande
partie de l'Europe, liguee con-
tre Sa Majeſté & contre l'Espa-
gne La premiere Medaille étoit
formée par deux branches, l'u-
ne de Laurier, & l'autre de
Palme, lièes au dessous. Et ces
paroles étoient écrites dans le
Champ de la Medaille.
Réjouissances.
324
91
INCIPE, PARVE PUER
Vous naistes, bel Enfant, dans le
Sein de la Gloire.
A
II.
La seconde faisoit entendre,
que Monseigneur le Duc de
Bretagne lira dans l'Histoire,
dés ſa première jeunesse, les
grandes Victoires que la France
& l'Espagne ont remportées en
divers endroits de l'Europe, &
qu'elles remporteront encore
sur leurs Ennemis communs.
La France & l'Espagne y
étoient peintes debout & ar-
mées, & se donnant la main.
Les Ecussons de leurs Bou.
cliers les distinguoient. Et l'on
voyoit plusieurs Provinces à
Réjouissances.
325
leurs pieds, qui leur
presen-
toient des Clefs dans les Bassins.
Avec ces mots.
FACTA TUORUM MOX
LEGERE.
Vous lirez bien- tot dans l'Hi-
stoire.
Jusqu'a quel haut degrè
Votre Sang a porté sa Gloire.
III.
Dans la troisiéme, étoient
peintes deux Branches, l'une de
Laurier, & l'autre d'Olivier,
mises en sautoir. Et ces paroles.
QUASIT POTERIS COGNOS-
CERE VIRTUS.
Vous aurès chez vous les modelles
326 Réjouissances.
Des plas eclatantes Vertus.
Le Laurier & l'Olivier fai-
soient assés connoître, que ces
Vertus sont Militaires & les
Politiques.
IV.
Des trophées d'Armes, qui
representoient la Gloire qui ac.
compagne les grandes Actions
des Rois, avec ces mots.
IMITABERE FACTA
PARENTUM.
Imité, leurs grandes Actions,
Et vous aures part à leur Gloire,
La cinquième Medaille fai-
soit entendre, qu'un jour Mon.
seigneur le Duc de Bretagne ne
Réjouissances.
32
s'appuyera pour défendre &
gouverner ses peuples, que sur
la pieté & les autres grandes
Vertus, à l'exemple de ſes
Peres,
On y voioit un Sceptre & une
Couronne sur un Autel à l'An-
tique. Et on y lisoit ces mots
expressifs.
REGES PATRIIS VIRTUTIBUS
ORBEM.
Quand vous tiendrés un jour le
Sceptre des François,
En vous brilleront à la fois
Les Vertus qu'on voit dans vos
Peres;
La Valeur & la Pieté,
La Justice & la Bonte
VI.
La Fable porte, que Pythou
Juillet 1704. II. P.
Ee
Réjouissances.
328
fut produit du limon; qui resta
sur la terre aprés le déluge. Et
l'on avoit peint dans la sixième
Medaille, un Apollon qui tuoit
à coups de flèches ce serpent;
pour faire entendre quebs'il
restoit encore des ennemis &
des jaloux du nom François,
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne les terrassera. On y lisoit
ces paroles.
ET SERPENS.
OCCIDET
S'il reste des jaloux & des fiers
ennemis,
Vous les aurez bien-tot soùmis.
VII.
Enfin la septiême faisoit con-
cevoir le bonheur, que la France
doit esperer d'une si longue sui-
Réjouissances.
329
te de Rois du Sang de LouIS
LE GRAND. On y avoit
peint des demi-dieux champé-
tres, qui dansoient; & un Arc-
en Ciel, qui marquoit l'allian-
ce du Ciel avec la Terres; c'est-
àdire, les Benedictions que
Dieu va répandre sur ce Roïau-
me Ces mots en faisoient l'ame,
lon
SuRGET GENS AUREA
MUNDO.
Ne craignons plus pourl'avenir,
Le Siecle d'Or varevenir.
Les uns attribuent la Deco-
ration de ce feu & les Medail-
les, à Mr de Fizes, Professeur
des Mathematiques dans l'U-
niversité, & les autres disent
Ee 1)
Rejouissances.
330
que le Reverend Pere Gisbert,
Jesuite, en est l'Auteur. Ce feh
avoit esté dreſſé à l'opposit &
dans une distance d'environ
deux cens pas de la Porte du
Peirou.
Cette Porte est un Arcades
triomphe que la Ville de Mont-
pellier à fait bâtir avec beau-
coup de dépenses depuis envi-
ron dix années, tout revêtu
d'Archirecture, accompagnée
de quatre grandes Medailles de
la main d'un excellent Scul-
pteur. Du coſté de la Ville on
voit deux Medailles, la pre-
miere represente la conversion
generalle du Royaume, où l'on
voit la Religion qui renverse
& détruit l'Heresie, avec ces
mots.
Réjonissances.
ExTINCTAHAERESI
noge
Une autre fait voir la jon-
ction & la communication de
l'Ocean avec la Mediterannée,
avec ces mots.
JUNCTIS OCEANO ET
MEDITERANEO MARI.
Les deux autres Medailles
font face à la promenade, l'une
represente un Herculle apuyé
sur sa massuë qui terrasse un
Lion & épouvante un Aigle,
avec ces mots.
EUSIS TERRA, MARIQUE
CONJURATIS GENTIEUS,
Réjouissances.
332
Et dans l'autre on voioit parmi
des ornemens de trophées, des
Villes & des Provinces s'offrir
& se soûmettre à la France,
avec les mots au dessous;
.
oqo
SuB OCULISHOSTIUM,
BELGII ARCIBUSO
EXPUGNATIS.
On voit par la continuation
des graces & benedictions que
Dieu verse ſur le Royaume &
la Maison Royalle que ces éve-
nemens répondent aux desirs
des habitans de Montpelier &
aux souhaits qu'ils ont fait,
lorsqu'ils ont élevé cet Arc de
triomphe, avec les Medailles.
Sur les huit à neuf heures du
soir Mr Demayne, Lieutenant
Réjouissances.
933
de Royde la Ville, accompa-
gné de la Noblesse, s'estant
rendu à l'Hostel de Ville, &
s'estant mis à la teste de Mrs
les Consuls, partit au bruit des
trompettes, des hautbois & des
violons, & à la lueur d'un grand
nombre de flambeaux de point
de cire blanche: il se rendit à
la promenade du Peirou, où le
bucher fut allumé aprés les
ceremonies accoûtumées. En-
suite le feu d'artifice fut tiré
d'une maniere qui satisfit toute
la Ville, qui s'étoit rendue à
à cette promenade, & qui fut
suivi d'une triple décharge que
firent les Bourgeois & Habi-
tans qui esfoient rangez en ba-
taillese dans cette promenade,
& du Canon de la Citadelle,
Réjouissances.
334
Ce spectacle ne fut pas pli-
tôt fini qu'il s'en forma un nou-
veau. Les Habitans à l'envy
les uns des autres avoient gar.
ny tous les devans de leurs
maisons, d'illuminations aux
Armes du Roy, de Bretagne &
de la Maison Royalle, &
avoient allumé des buchers
qu'ils accompagnerent la plû-
part de feux d'artifice & de
fontaines de vin, qui couloient
pour ceux quis en vouloient
prendre. Mr Demainny, pre-
mier Consubde Montpelier, &
Mr Bagnol, Avocat generalen
la Cour des Aydes de cette
Ville, se surpasserent dans leurs
illuminations & dans les festes
qu'ils donnerent à leurs voi-
henalohtons
sins.
La
Réjouissances.
335
La joye des Habitans estoit
si grande, que la feste dura
pendant toute la nuit ; on vit
même pendant le jour paroî-
tre sur les portes de plusieurs
particuliers, des Portraits du
Roy avec des inscriptions; celle
qui suit estoit au dessous d'un
des portraits de Sa Majesté
fait par Mr Rigaud, fameux
Feintre.
LUDOVICO MAGNO.
Inandita regnandi diuturnitate
fortanatissimo,
Quopatre, Galliae
Quo avo, Hispania
Quo proavo, orbi
Felicitas asseritur.
Juillet 1704. II.
E
Réjouissances.
3
Mr de Plantade le fils, Consei,
ler en la Cour des Aydes, en
est l'Auteur.
Fermer
727
p. 336-344
A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Début :
Je vous envoye une Lettre de Mr de Senecé, premier Valet / Vous m'avez fait un sensible plaisir, mon cher amy, en m'aprenant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Je vous envoye une Lettre de
Mr de Senecé, premier Valet
de Chambre de la Reyne, dont
les Ouvrages n'ont jamais paru
sans recevoir des applaudisse-
mens extraordinaires. Il est si
galant que je ne doute point
qu'il n'ait beaucoup de part à
la feste qu'il décrit.
A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Vous m'avez fait un sensible
plaisir, mon cher amy, en m'aprenant
par vostre Lettre, les de-
monstrations de joye qui se sont
faites à Paris & à la Cour, pour
la naissance de Monseigneur le
et
ht
u
ht
Réjouissances.
33
Duc de Bretagne. C'est un si grand,
& si heureux évenement, qu'il n'est
aucune effusion de joye, qui puisse
alsez bien répondre a celle que tous
les bons & fidelles Françeis en
doivent ressentir dans leur cœur. Et
en effet, qui ne doit pas en estre
transporté, en voyant vivre tout
à la fois quatre Princes, dont
l'un regne si glorieusement, &
les trois auties par la ligne di-
recte, sont appellez a leur rang,
a la succession de la Couronne,
se n'estime pas que nos Histoires,
ny mème les Etrangeres, puissent
fournir l'exemple d'une pareille fe-
licite, Si la Province doit ceder en
magnificence à la Capitale du
Royaume; en récompense, elle ne
luy cede point en gele dans cette oc-
casien. Le Chapitre de la Cathe-
Ffij
338 Réjovissances.
drale de nostre Ville, en a rendu les
premiers témoignages par un super.
be repas entre tous les Chanoines,
par le carillon de toutes les cloches
les plus harmonieuses du Royaume,
& par une grande profusion de vin
au peuple. Le noble Chapitre de
saint Pierre se dispose à le suivre,
par une magnifique illumination de
son Eglise & de son Clocher; &
Madame la Marquise de Thouy,
femme de cet Officier General des
troupes du Roy, qui se distingue si
fort en Portugal, a fait un grand
feu en son particulier, au bruit des
trompettes, accompagné d'un régal
qu'elle a donne aux Dames de toute
sorie de rafraichissemens. Mais rien
n'a tant brillé, de raut ce qui s'est
fait ici, comme une Feste entreprise
par douxe jeunes Gentilshommes de
Réjouissances.
33
nostre, Ville trois jours après l'arri-
vee de cette grande nouvelle. Ils
avoient pris pour leur Scene une pe-
tite Isle tres-jolie, que forme la
riviere de Sone, à la portée du pi-
stolet au dessous du Pont de Mascon.
Cette Isle est toute entourée d'arbris-
jeaux, aux branches desquels on
avoit attaché une infinité de lumié-
res: Aux deux houts qui regardent le
Mid, & le Septentrion, on avoit
élèvé deux grands buchers de toute
sorte de matieres combustibles, sur
lesquels estoient representées les fi-
gures de la Guerre, & de la Dis-
corde, pour estre brulees publique-
ment, & immolees à la tranquillitè
publique. Dans le milieu de l'Iste,
qui forme une petite prairie estoit
dressée une grande tente, sous la-
quelle estoit une table de vingi- qua-
Ffil
340 Réjouissances.
tre couverts, où estoient invitez le
Bailly de la Noblesse, le Maire de
la Ville, & les principaux Ma-
gistrats, qui furent servis à souper
par cette jeunesse avec beaucoup de
respect. Le tour de l'Isle estoit borde
de cent Mousquetaires, qui fai-
soient des décharges continuelles,
ausquelles répondoient une infinite
de Boëtes & de Fauconneaux, que
l'on avoit placez sur les deux riva-
ges opposez. Mais on fut agreable-
ment surpris, de voir sur les dix-
heures du soir, sortir d'entre les ar-
bres une machine composée de solives,
posées en figure tri angulaire, qui por-
toient une haute Pyramide, où étoit
enferme le feu d'artifice, orné d'une
infinité de flames & de banderolles,
aux armes de France & de Breta-
gne. Cette machine estoit tirée sar
Réjouissances.
341
leau, par quatre petiis bateaux bien
peints, à six rames chacun, dont les
Conducteurs estoient habilleg fort
proprement des couleurs du Roy.
Quand on eut mis le feu à la ma-
chine, les rameurs luy firent faire
trois fois le tour de l'Iste, & cet ar-
tifice ambulant faisoit un effet mer-
veilleux. Il estoit suivi de trois au-
tres bateaux, dans l'un desquels
estoit une femme qui a une fort belle
voix, vestuè galamment pour repre-
senter la riviere de Sone, accompa-
gnée d'un chœeur de Musique dont
tous les Acteurs estoient deguisez en
Dieux des eaux. La Sone chantoit
le Recit suivant.
Taisez-vous bruit de Guerre,
& d'un profond silence.
Honorez nos chants réjouis,
Ffiii
342 Réjouissances.
Nous celebrons une Naissance
Qui par trois hauts degrez de
gloire & de puissance
Remonte à l'auguste LOUIS.
Taisez-vous bruit de guerrel, &
d'un profond silence
Honorez nos chants réjouis.
La Paix, de ces beaux lieux va
chasser la Discorde,
Les Lis y brilleront par un nou-
vel éclat
Quel sera cet Enfant que le
Ciel nous accorde?
Déja ſes foibles mains, affer-
missent l'Etat.
Ensuite le Chæur reprenoit la
premiere partie du Recit.
Taisez-vous bruit de guerre,
Rc.
le
343
Réjouissances.
Et ces chants estoient alternez par
les deux autres bateaux, dont l'un
estoit rempli de tambours & de trom-
pettes , l'autre de hauibois, &
l'autre de violons, Tous ces bateaux
estoient bordez de lumieres, aussi-
bien qu'une infinté d'autres qui les
suivoient, & qui estoient remplis
des plus belles Dames de la Ville,
parées tout de leur mieux. Quand
l'artifice fut consumè, cette petite
armée navale aborda dans l'Iste,
où les Dames furent regalées de
confitures & de toutes sortes de li-
queurs glacées, & on y dança jus-
ques au jour, pendant que le peu-
ple de toute la Ville, qui occupoit
le Pont & les deux rivages, aplau-
dissoit au spectacle par ses cris de
joye, & se divertissoit à sa maniere.
Voilà, mon cher amy, une impar-
344 Rejouissances.
faite description de la galanterie de
nos Masconnois, qui pourra si vaus
l'en jugez digne, tenir sa place dans
le Mercure Galant, & en composer
un article, qui justifiera au public,
que si nostre petit Pays n'est pas des
plus florissans, il est du moins des
plus zelez pour la prosperité de l'E-
tat, & la grandeur de la Maison
Royale. Nous attendons encore un
grand spectacle que prepare Monsei.
gneur nostre Evesque, & qui sera
suivi de la Feste que doit faire le
Corps de Ville, dont j'espere vous
envoyer un détail.
Mr de Senecé, premier Valet
de Chambre de la Reyne, dont
les Ouvrages n'ont jamais paru
sans recevoir des applaudisse-
mens extraordinaires. Il est si
galant que je ne doute point
qu'il n'ait beaucoup de part à
la feste qu'il décrit.
A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Vous m'avez fait un sensible
plaisir, mon cher amy, en m'aprenant
par vostre Lettre, les de-
monstrations de joye qui se sont
faites à Paris & à la Cour, pour
la naissance de Monseigneur le
et
ht
u
ht
Réjouissances.
33
Duc de Bretagne. C'est un si grand,
& si heureux évenement, qu'il n'est
aucune effusion de joye, qui puisse
alsez bien répondre a celle que tous
les bons & fidelles Françeis en
doivent ressentir dans leur cœur. Et
en effet, qui ne doit pas en estre
transporté, en voyant vivre tout
à la fois quatre Princes, dont
l'un regne si glorieusement, &
les trois auties par la ligne di-
recte, sont appellez a leur rang,
a la succession de la Couronne,
se n'estime pas que nos Histoires,
ny mème les Etrangeres, puissent
fournir l'exemple d'une pareille fe-
licite, Si la Province doit ceder en
magnificence à la Capitale du
Royaume; en récompense, elle ne
luy cede point en gele dans cette oc-
casien. Le Chapitre de la Cathe-
Ffij
338 Réjovissances.
drale de nostre Ville, en a rendu les
premiers témoignages par un super.
be repas entre tous les Chanoines,
par le carillon de toutes les cloches
les plus harmonieuses du Royaume,
& par une grande profusion de vin
au peuple. Le noble Chapitre de
saint Pierre se dispose à le suivre,
par une magnifique illumination de
son Eglise & de son Clocher; &
Madame la Marquise de Thouy,
femme de cet Officier General des
troupes du Roy, qui se distingue si
fort en Portugal, a fait un grand
feu en son particulier, au bruit des
trompettes, accompagné d'un régal
qu'elle a donne aux Dames de toute
sorie de rafraichissemens. Mais rien
n'a tant brillé, de raut ce qui s'est
fait ici, comme une Feste entreprise
par douxe jeunes Gentilshommes de
Réjouissances.
33
nostre, Ville trois jours après l'arri-
vee de cette grande nouvelle. Ils
avoient pris pour leur Scene une pe-
tite Isle tres-jolie, que forme la
riviere de Sone, à la portée du pi-
stolet au dessous du Pont de Mascon.
Cette Isle est toute entourée d'arbris-
jeaux, aux branches desquels on
avoit attaché une infinité de lumié-
res: Aux deux houts qui regardent le
Mid, & le Septentrion, on avoit
élèvé deux grands buchers de toute
sorte de matieres combustibles, sur
lesquels estoient representées les fi-
gures de la Guerre, & de la Dis-
corde, pour estre brulees publique-
ment, & immolees à la tranquillitè
publique. Dans le milieu de l'Iste,
qui forme une petite prairie estoit
dressée une grande tente, sous la-
quelle estoit une table de vingi- qua-
Ffil
340 Réjouissances.
tre couverts, où estoient invitez le
Bailly de la Noblesse, le Maire de
la Ville, & les principaux Ma-
gistrats, qui furent servis à souper
par cette jeunesse avec beaucoup de
respect. Le tour de l'Isle estoit borde
de cent Mousquetaires, qui fai-
soient des décharges continuelles,
ausquelles répondoient une infinite
de Boëtes & de Fauconneaux, que
l'on avoit placez sur les deux riva-
ges opposez. Mais on fut agreable-
ment surpris, de voir sur les dix-
heures du soir, sortir d'entre les ar-
bres une machine composée de solives,
posées en figure tri angulaire, qui por-
toient une haute Pyramide, où étoit
enferme le feu d'artifice, orné d'une
infinité de flames & de banderolles,
aux armes de France & de Breta-
gne. Cette machine estoit tirée sar
Réjouissances.
341
leau, par quatre petiis bateaux bien
peints, à six rames chacun, dont les
Conducteurs estoient habilleg fort
proprement des couleurs du Roy.
Quand on eut mis le feu à la ma-
chine, les rameurs luy firent faire
trois fois le tour de l'Iste, & cet ar-
tifice ambulant faisoit un effet mer-
veilleux. Il estoit suivi de trois au-
tres bateaux, dans l'un desquels
estoit une femme qui a une fort belle
voix, vestuè galamment pour repre-
senter la riviere de Sone, accompa-
gnée d'un chœeur de Musique dont
tous les Acteurs estoient deguisez en
Dieux des eaux. La Sone chantoit
le Recit suivant.
Taisez-vous bruit de Guerre,
& d'un profond silence.
Honorez nos chants réjouis,
Ffiii
342 Réjouissances.
Nous celebrons une Naissance
Qui par trois hauts degrez de
gloire & de puissance
Remonte à l'auguste LOUIS.
Taisez-vous bruit de guerrel, &
d'un profond silence
Honorez nos chants réjouis.
La Paix, de ces beaux lieux va
chasser la Discorde,
Les Lis y brilleront par un nou-
vel éclat
Quel sera cet Enfant que le
Ciel nous accorde?
Déja ſes foibles mains, affer-
missent l'Etat.
Ensuite le Chæur reprenoit la
premiere partie du Recit.
Taisez-vous bruit de guerre,
Rc.
le
343
Réjouissances.
Et ces chants estoient alternez par
les deux autres bateaux, dont l'un
estoit rempli de tambours & de trom-
pettes , l'autre de hauibois, &
l'autre de violons, Tous ces bateaux
estoient bordez de lumieres, aussi-
bien qu'une infinté d'autres qui les
suivoient, & qui estoient remplis
des plus belles Dames de la Ville,
parées tout de leur mieux. Quand
l'artifice fut consumè, cette petite
armée navale aborda dans l'Iste,
où les Dames furent regalées de
confitures & de toutes sortes de li-
queurs glacées, & on y dança jus-
ques au jour, pendant que le peu-
ple de toute la Ville, qui occupoit
le Pont & les deux rivages, aplau-
dissoit au spectacle par ses cris de
joye, & se divertissoit à sa maniere.
Voilà, mon cher amy, une impar-
344 Rejouissances.
faite description de la galanterie de
nos Masconnois, qui pourra si vaus
l'en jugez digne, tenir sa place dans
le Mercure Galant, & en composer
un article, qui justifiera au public,
que si nostre petit Pays n'est pas des
plus florissans, il est du moins des
plus zelez pour la prosperité de l'E-
tat, & la grandeur de la Maison
Royale. Nous attendons encore un
grand spectacle que prepare Monsei.
gneur nostre Evesque, & qui sera
suivi de la Feste que doit faire le
Corps de Ville, dont j'espere vous
envoyer un détail.
Fermer
728
p. 344-354
« On chanta le 2. de Juillet, à Castres, le Te Deum en action [...] »
Début :
On chanta le 2. de Juillet, à Castres, le Te Deum en action [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On chanta le 2. de Juillet, à Castres, le Te Deum en action [...] »
On chanta le 2. de Juillet,
à Castres, le Te Deum en action
de graces, de la Naissance de
Monseigneur le Duc de Bre-
Réjouissances.
345
tagne. Tous les nouveaux Con-
vertis y assisterent: on fit ensui-
te des feux de joye par toute la
Ville. Monsieur l'Evêque de
Castres en fit faire un d'artifice
devant la porte de son Palais
avec une fontaine de vin: il fit
mettre ſur la porte de l'Evêché
douze flambeaux de cire blan-
cche, entre lesquels il y avoit
des lanternes où estoient les ar-
mes, du Roy & des Princes de la
famille Royale, & sur chacune
des quarante fenestres de son
Palais, il y avoit des lanternes
entremêlées de lampes; ce qui
fit un tres-bel effet. Mr l'Evê-
que de Castres donna ensuite un
grand souper, la table estoit de
vingt- cinq couverts. Ce Prelat
se distingue extremement dans
346
Réjouissances.
tout ce qu'il fait, & son bon
goût égale sa magnificence
Il
eft frere de Mr le President de
Maupeou & proche parent de
Madame la Chanceliere
On doit remarquer que dans
les réjouissances faites à Cas-
tres, les nouveaux Convertis
se sont fort distinguez, ainsi
qu'ils firent l'année derniere,
lorsque les Fanatiques vinrent à
Castres, ils se joignirent au
Gatholiques & les chasserent
vigoureusement à grand coups
de fusil.
Monsieur le Marquis de la
Bretesche Lieutenant General
des Armées du Roy, n eut pas
plustost appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, qu'il ordonna une réjouis.
Réjouissances.
347
fance publique à Tiffauges,
petite Ville de sa dépendance
sur la frontiere de Bretagne;
ce Marquis tire son origine de
cette Province. La Feste y fut
celebrée le six de ce mois, &
fut commencée par une grande
Messe chantée en Musique & un
Te Deum dans la principalle
Paroiſſe, ou Mr de la Breteſche
assista accompagné d'une gran-
de partie de la Noblesse du Pais.
A llissuëm de cette ceremonie qui
dura prés de deux heures; ce
Marquis voulant rendre sa joye
plus entiere & plus generale,
donnaiune somme d'argent con-
siderable pour estre distribuée
aux pauvres de la Ville, & aussi-
tost l'on n'entendit plus que
cris de joye & benedictions
348
Réjouissances.
données à la Naissance d'un
Prince qui procuroit déja tant
de bien. Toute la compagnie se
rendit ensuite au Chasteau, où
Mr le Comte de la Bretesche
frere de Mr le Marquis donna
un repas digne de sa magnifi-
cence & de la joye qu'on vou-
loit exprimer; l'on peut dire
que la delicatesse & l'abondan-
ce n'y laissoient rien à desirer
Quinze où vingt tables furent
servies pour la Commune, dans
la cour du Chasteau; ceux qui
virent les assistans aprés cette
feste conviennent que le vin n'y
avoit pas manqué. A peine fut-
on sorti de table, que l'on com-
mença un grand Bal, où tout le
monde fut reçù; la multitude
se trouva si grande, qu'on fut
Réjouissances.
349
obligé de ſe, diviser par divers
pelotons qui formoient des
ronds où l'on voyoit plusieurs
dances à la Poitevine; plusieurs
personnes de distinction s'étant
trouvées dans cette Assemblée,
l'on y dança plusieurs dances
regulieres. On n'entendoit de
toutes parts que le bruit des
musettes, des violons & des
hautbois Il ny avoit pas deux
heures que le Bal estoit com-
mencé lorsqu'on vit entrer dans
la cour un Carosse à six che-
vaux, le Postillon, le Cocher
& la suite de l'équipage estoient
masquez, il sortit du Carosse
une Venus, du moins au ssi belle
qu'on nous depeint la fabuleu-
se; elle tenoit par la main un
cupidon qui dans les siennes
50 Réjouissances.
portoit une petite chaîne, deux
Heros de Theatre la suivoient,
& aprés eux deux ou trois mas-
ques habillez en danceurs de
corde, toute la multitude cu-
rieuſe ſe raſſembla; l'on tâcha
d'en former un grand cercle
afin que tout le monde pût voir.
La maſcarade eſtant au milieu
representa parfaitement un acte
d'Opera, & dança ensuite plu-
sieurs dances grotesques fort di-
vertissantes.
Ce divertissement continuoit
toujours, personne ne songeoit
à le finir, on ne songeoit pas
même que le jour finissoit, lors
que Mr de la Breteiche dit
qu'il estoit temps d'allumer le
feu qui estoit dressé sur la Pla-
ce, devant le Château; toute
Réjouissances.
351
la Milice Bourgeoise y parut
fous les armes: Le feu fut à pei-
ne allume que la foule du Peu-
ple poussa plufieurs cris de Vi-
ve le Roy, vive le Duc de Breta-
gne Mvetonte la Famille Royale,
il eefparmi ces cris une fu-
rieute décharge de Mousquete-
rie
ii continua tout le soir,
Mr
Breteſche ayant dés le
distribuer quantité
dre Huitou dix pieces
de Campagne montées sur un
boulevard bien exposé, ne cesse-
rent spoint de tirer jusqu'à mi-
uuiti, & porterent la nouvelle
de cette Feste à plus de sept
dlieuës. Deux fontaines de vin
augmenterent infiniment la joye
du Peuple. L'air rentissoit de
toutes parts du son des instru-
Juillet 1704. II. P.
.
Rejouissances.
352
mens, des cris de joye & du feu
de l'artillerie qui fut tres bien
servie. Enfin Mr de la Bretes.
che ſe retira dans ſon Château
du Cobourcau, fort content dy
zele qu'il avoit remarqué en se
vassaux, à satisfaire celuy qu'il
conserve tostjours pour le ser
vice & la gloire de la Maison
Royale.
Madame de Laumary, Ab.
besse de Ligueux en Perigord,
ayant voulu signaler son zele &
marquer sa joye pour la nais-
sance de Monseigneur le Ducde
Bretagne, manda aux Officier,
de sa Jurisdiction de se rendre
dans l'Eglise de son Abbaye,
pour assister au Te Deum, tou-
tes les cloches commencerenta
sonner au dernier verset de No-
feu
en
es-
al
e
1
sot
b
Réjouissances.
35.
ne, & continuerent jusqu'à la
fin d'une priere qu'on fait tous
les jours pour le Roy dans cet
te Abbaye. L'Abbeſſe entonna
le Te Deum, qui fût poursuivi
par l'orgue & par le chœeur:
cette Abbesse avoit fait dresser
un feu de joye dans la grande
place du Bourg, ou Mr de la
Jaute Juge du lieu, Mr Laborie
Lieutenant & le Greffier se
trouverent par ordre de cette
Abbesse, avec tout ce qu'il y a
de plus considerable dans ce
Bourg. On tira à ses dépens plu-
sieurs pieces de Campagne; elle
fit cesser le travail à ses ouvriers
pour qu'ils vinssent prendre
part à la Feste, & fit distribuër
quantité de vin qui fut bû par
le Peuple à la ſanté du Roy &
Gg ij
Réjouissances.
54
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
à Castres, le Te Deum en action
de graces, de la Naissance de
Monseigneur le Duc de Bre-
Réjouissances.
345
tagne. Tous les nouveaux Con-
vertis y assisterent: on fit ensui-
te des feux de joye par toute la
Ville. Monsieur l'Evêque de
Castres en fit faire un d'artifice
devant la porte de son Palais
avec une fontaine de vin: il fit
mettre ſur la porte de l'Evêché
douze flambeaux de cire blan-
cche, entre lesquels il y avoit
des lanternes où estoient les ar-
mes, du Roy & des Princes de la
famille Royale, & sur chacune
des quarante fenestres de son
Palais, il y avoit des lanternes
entremêlées de lampes; ce qui
fit un tres-bel effet. Mr l'Evê-
que de Castres donna ensuite un
grand souper, la table estoit de
vingt- cinq couverts. Ce Prelat
se distingue extremement dans
346
Réjouissances.
tout ce qu'il fait, & son bon
goût égale sa magnificence
Il
eft frere de Mr le President de
Maupeou & proche parent de
Madame la Chanceliere
On doit remarquer que dans
les réjouissances faites à Cas-
tres, les nouveaux Convertis
se sont fort distinguez, ainsi
qu'ils firent l'année derniere,
lorsque les Fanatiques vinrent à
Castres, ils se joignirent au
Gatholiques & les chasserent
vigoureusement à grand coups
de fusil.
Monsieur le Marquis de la
Bretesche Lieutenant General
des Armées du Roy, n eut pas
plustost appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, qu'il ordonna une réjouis.
Réjouissances.
347
fance publique à Tiffauges,
petite Ville de sa dépendance
sur la frontiere de Bretagne;
ce Marquis tire son origine de
cette Province. La Feste y fut
celebrée le six de ce mois, &
fut commencée par une grande
Messe chantée en Musique & un
Te Deum dans la principalle
Paroiſſe, ou Mr de la Breteſche
assista accompagné d'une gran-
de partie de la Noblesse du Pais.
A llissuëm de cette ceremonie qui
dura prés de deux heures; ce
Marquis voulant rendre sa joye
plus entiere & plus generale,
donnaiune somme d'argent con-
siderable pour estre distribuée
aux pauvres de la Ville, & aussi-
tost l'on n'entendit plus que
cris de joye & benedictions
348
Réjouissances.
données à la Naissance d'un
Prince qui procuroit déja tant
de bien. Toute la compagnie se
rendit ensuite au Chasteau, où
Mr le Comte de la Bretesche
frere de Mr le Marquis donna
un repas digne de sa magnifi-
cence & de la joye qu'on vou-
loit exprimer; l'on peut dire
que la delicatesse & l'abondan-
ce n'y laissoient rien à desirer
Quinze où vingt tables furent
servies pour la Commune, dans
la cour du Chasteau; ceux qui
virent les assistans aprés cette
feste conviennent que le vin n'y
avoit pas manqué. A peine fut-
on sorti de table, que l'on com-
mença un grand Bal, où tout le
monde fut reçù; la multitude
se trouva si grande, qu'on fut
Réjouissances.
349
obligé de ſe, diviser par divers
pelotons qui formoient des
ronds où l'on voyoit plusieurs
dances à la Poitevine; plusieurs
personnes de distinction s'étant
trouvées dans cette Assemblée,
l'on y dança plusieurs dances
regulieres. On n'entendoit de
toutes parts que le bruit des
musettes, des violons & des
hautbois Il ny avoit pas deux
heures que le Bal estoit com-
mencé lorsqu'on vit entrer dans
la cour un Carosse à six che-
vaux, le Postillon, le Cocher
& la suite de l'équipage estoient
masquez, il sortit du Carosse
une Venus, du moins au ssi belle
qu'on nous depeint la fabuleu-
se; elle tenoit par la main un
cupidon qui dans les siennes
50 Réjouissances.
portoit une petite chaîne, deux
Heros de Theatre la suivoient,
& aprés eux deux ou trois mas-
ques habillez en danceurs de
corde, toute la multitude cu-
rieuſe ſe raſſembla; l'on tâcha
d'en former un grand cercle
afin que tout le monde pût voir.
La maſcarade eſtant au milieu
representa parfaitement un acte
d'Opera, & dança ensuite plu-
sieurs dances grotesques fort di-
vertissantes.
Ce divertissement continuoit
toujours, personne ne songeoit
à le finir, on ne songeoit pas
même que le jour finissoit, lors
que Mr de la Breteiche dit
qu'il estoit temps d'allumer le
feu qui estoit dressé sur la Pla-
ce, devant le Château; toute
Réjouissances.
351
la Milice Bourgeoise y parut
fous les armes: Le feu fut à pei-
ne allume que la foule du Peu-
ple poussa plufieurs cris de Vi-
ve le Roy, vive le Duc de Breta-
gne Mvetonte la Famille Royale,
il eefparmi ces cris une fu-
rieute décharge de Mousquete-
rie
ii continua tout le soir,
Mr
Breteſche ayant dés le
distribuer quantité
dre Huitou dix pieces
de Campagne montées sur un
boulevard bien exposé, ne cesse-
rent spoint de tirer jusqu'à mi-
uuiti, & porterent la nouvelle
de cette Feste à plus de sept
dlieuës. Deux fontaines de vin
augmenterent infiniment la joye
du Peuple. L'air rentissoit de
toutes parts du son des instru-
Juillet 1704. II. P.
.
Rejouissances.
352
mens, des cris de joye & du feu
de l'artillerie qui fut tres bien
servie. Enfin Mr de la Bretes.
che ſe retira dans ſon Château
du Cobourcau, fort content dy
zele qu'il avoit remarqué en se
vassaux, à satisfaire celuy qu'il
conserve tostjours pour le ser
vice & la gloire de la Maison
Royale.
Madame de Laumary, Ab.
besse de Ligueux en Perigord,
ayant voulu signaler son zele &
marquer sa joye pour la nais-
sance de Monseigneur le Ducde
Bretagne, manda aux Officier,
de sa Jurisdiction de se rendre
dans l'Eglise de son Abbaye,
pour assister au Te Deum, tou-
tes les cloches commencerenta
sonner au dernier verset de No-
feu
en
es-
al
e
1
sot
b
Réjouissances.
35.
ne, & continuerent jusqu'à la
fin d'une priere qu'on fait tous
les jours pour le Roy dans cet
te Abbaye. L'Abbeſſe entonna
le Te Deum, qui fût poursuivi
par l'orgue & par le chœeur:
cette Abbesse avoit fait dresser
un feu de joye dans la grande
place du Bourg, ou Mr de la
Jaute Juge du lieu, Mr Laborie
Lieutenant & le Greffier se
trouverent par ordre de cette
Abbesse, avec tout ce qu'il y a
de plus considerable dans ce
Bourg. On tira à ses dépens plu-
sieurs pieces de Campagne; elle
fit cesser le travail à ses ouvriers
pour qu'ils vinssent prendre
part à la Feste, & fit distribuër
quantité de vin qui fut bû par
le Peuple à la ſanté du Roy &
Gg ij
Réjouissances.
54
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
Fermer
729
p. 354-364
TRADUCTION d'une Lettre écrite en Italien par un Gentilhomme Milanois, à un de ses amis à Paris, le 11. de Juillet 1704.
Début :
MONSIEUR, Ce n'est pas seulement dans les Etats de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION d'une Lettre écrite en Italien par un Gentilhomme Milanois, à un de ses amis à Paris, le 11. de Juillet 1704.
TRADUCTION
d'une Lettre écrite en Italien
par un Gentilhomme Milanois,
à un de ses amis à Paris,
le 11. de Juillet 1704.
MONSIEUR,
Ce n'est pas seulement dans les
Etats de LOUIS LE GRAND
qu'on a celebré par des rejouißan-
ces, la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne. S. A. Monsieur
le Prince de Vaudement, dont l'af-
fection & le zele pour les deux Cou.
ronnes sont si connus, a donné à ce
sujet une Feste aussi magnisique que
Rejouissances.
de lieu où elle s'est paßée, l'a pü
le permettre; je vais vous en faire
la Relation.
Dans les plus hautes montagnes
de la Valteline, à 33. lieues de
Milan, des rochers d'une hauteur
prodigieuse forment à leur pied un
cul de Jac d'environ 250. pas de
long, sur 70. à. 80. de large : Ce
lieu affreux, qu'on appelle, Masi-
no, est fameux par ses bains chauds
& par une fontaine d'eau minerale
qui sort du rocher, & dont la vertu
y attire tous les ans quantitè de ma-
lades.
Monsieurle Prince de Vaudement
a qui on a ordonné ces eaux & ces
bains, y artiva le deuxième de ce
mois avec S. A. Madame la Prin-
cesse & 130. personnes de leur suite;
te troisieme ce Prince apptit par un
Rejouisances.
356
Courrier, l'heureux accouchement de
Madame la Duchesse de Bourgogne
& la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne: cette grande &
agreable nouvelle répandit dans ce
lieu, qui ne semble estre destinè qu' aux
plaintes & à la tristesse, une joye,
& une satisfaction si grandes que
je ne scaurois vous les exprimer.
Monsieur le Prince de Vaude-
mont envoya sur le champ des Cour-
riers porter ses ordres à Milan, &
dans toutes les Villes & Places du
Milanez pour faire chanter le Te
Deum, & celebrer par des rejouis.
sances extraordinaires la naißance
du Prince que le Ciel vient de don-
ner à lu France. S. A. voulant
faire aussi une Feste dans le desert
du Masino, envoya chercher à Mi-
lance qui estoit necestaire pour cela,
Réjouissances.
357
& la chose sut executée avec tant
de diligence que tout fut prest le hui-
tième.
Le matin, un Aumonier du Prin-
ce dit la Meßte & chanta le Te
Deum, au son des violons, des
hautbois, & des flutes, & a midy
plusieurs tables furent couvertes ma-
gnifiquement: Ce jour là, la boißon
des eaux fut interrompuë; les ma-
lades oublierent leurs maux, & on
n'a jamais veu une joye si grande
& si parfaite. Une Muse Fran-
çoise fit une Chanson laquelle fust
chantée à table par une Demoiselle
d'une des meilleures Maisons du
Milanez qui a l'honneur d'estre au-
pres de S. A. Madame la Prin-
cesse de Vaudemont, & qui n'a pas
moins d'agréemens dans la voix &
dans la maniere de chanter, que de
58 Réjouissances.
charmes dans sa personne; l'air a
estè compose dans le goust Itali en par
un Musicien du Prince; si j'avois
pu l'avoir je vous l'aurois envoyé ;
je voudrois bien que sur les memes
paroles vous en fissiex faire un par
quelque habile homme, qui pust fai-
re sentir a nos Italiens les graces de
la Musique Françoise.
Pendant que l'on estoit a fable
plusieurs Habitans des lieux voi.
sins qui estoient accourus au bruit de
cette Feste, furent regalez à mer-
veilles; on leur distribua da vin tani
qu'ils en voulurent & S. A. leur fit
jetter de l'argent à poignees, l'apres-
dinee se paßa en jeux & en dances.
A l'entrée de la nurt , lestarbres
qui ne sont pas en grand nombre
dans le cul de sac aride,
furent
éclairex par une grande quani
Rejouissances.
35
de bougies ; & l'on alluma de si
gands feu à la cime des plus hautes
montagnes, qu'on pouvoit les voir
de fort loin.
L'endroit par où l'on entre dans le
Masino est tres ctroit; on y avoit
élevé un portail de verdure en forme
d' Arc de Triomphe, au haut duquel
estoit peinte la Nymphe da lieu, re-
presentant la Republique des Gri-
sons. D'une main elle tenoit une
coupe renversée d'où tomboit de l'eau
de la fontaine minerale, de la-
quelle personne n'usa ce jourla; elle
avoit, à l'autre main, une autre
coupe pleine de vin ; aux costez de
cette Nymphe estoient representez les
Jeux & les Ris, des trompettes, des
violons, & autres instrumens. Les
paroles suivantes qui estoient écrites
sarle frontispice du Portail mar-
Juillet 1704. II. P. Hh.
Réjouissances.
360
quoient l'Alliance qui est entre
Sa Majesté Tres-Chresti enne & les
Grisons.
LILIIS, LAETATUR AMICA.
Sar le bord d'une petite riviere
qui passe au milieu du Masino,
appellee Malengo, & qui est for-
mée partie par l'eau de la neige
dont ces rochers sout toujours couverts,
partie par celle de plusieurs sources
qui fortent des mèmes rochers; on
avoit dresse six arcs de triomphe, qui
farmotent un exagone & finissoient
en piramide; au haut estoit repre-
senté le Soleil avec les paroles sui-
vantes.
SEMPRE LISTESSO.
Voicy les devises qui estoient peina
Réjouissances.
361
tes aux costez de cet exagone.
La France & l'Espagne, cha-
cune un bouclier à la main dont elles
couvroient le Milanez; l'Aigle de
l'Empire au dessus avecun foudre à
chaque main.
QUID AQUILAE, QUID FUL-
MINA POSSUNT.
Un Soleil formant un Arc-en-
ciel, & un jeune Lyon pliant sur un
goble une branche d'olivier.
NON ALII POSSUNT PACAN-
TEM REDDERE TERRAM.
Le Soleil dans son char avec le
Roy d'Espagne, Monseigneur le
le Dauphin & les trois Enfans de
Ftance.
Hhi)
Réjouissances.
362
NruNo FETONTE.
Six lis inégaux.
MuNERA LETITIAMQUE
DEI
Flore montrant au Soleilun Lis
qui vient de naistre.
LO VERAS CRECER, YMUL-
TIPLICAR.
La Croix de Bourgogne faite de
deux arbres retaillez,
NEPOTIBUS UM-
FACTURA
BRAM.
La France montrant à l'Espagne
Réjouissances.
363
des Lis parmi lesquels il y en a un
qui vient de naistre.
NEC TIBI DEFICIENT.
Dans le milieu de ces Arcs de
triomphe, on avoit platé une gran-
de quantité de fusees volantes &
d'autres artifices, ausquels on mit
le feu aprés le souper, au bruit des
trompettes, des hautbois, des vio-
lons & des salves de Mousqueterie,
que firent deux Compagnies du Re-
giment Albertin, Grison, qui ont
marché au Masino pour la garde
de L. A.
Cette Feste dura jusqu'au jour.
Leurs Excellences Madame la
Comtesse de Serbelon, femme d'un
Grand d'Espagne, & Mrle Duc
d'Et Seste, aussi Grand d'Espagne
Hh ii.
364. Réjouissances.
qui estoient au Masino, pour pren-
dre les eaux, de même que Mr le
Comte Alexandre Litta, y donne.
rent des marques tres-vives de leur
joye, sur les benedictions continuel-
les que Dieu répand sur la Mai-
son de France.
d'une Lettre écrite en Italien
par un Gentilhomme Milanois,
à un de ses amis à Paris,
le 11. de Juillet 1704.
MONSIEUR,
Ce n'est pas seulement dans les
Etats de LOUIS LE GRAND
qu'on a celebré par des rejouißan-
ces, la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne. S. A. Monsieur
le Prince de Vaudement, dont l'af-
fection & le zele pour les deux Cou.
ronnes sont si connus, a donné à ce
sujet une Feste aussi magnisique que
Rejouissances.
de lieu où elle s'est paßée, l'a pü
le permettre; je vais vous en faire
la Relation.
Dans les plus hautes montagnes
de la Valteline, à 33. lieues de
Milan, des rochers d'une hauteur
prodigieuse forment à leur pied un
cul de Jac d'environ 250. pas de
long, sur 70. à. 80. de large : Ce
lieu affreux, qu'on appelle, Masi-
no, est fameux par ses bains chauds
& par une fontaine d'eau minerale
qui sort du rocher, & dont la vertu
y attire tous les ans quantitè de ma-
lades.
Monsieurle Prince de Vaudement
a qui on a ordonné ces eaux & ces
bains, y artiva le deuxième de ce
mois avec S. A. Madame la Prin-
cesse & 130. personnes de leur suite;
te troisieme ce Prince apptit par un
Rejouisances.
356
Courrier, l'heureux accouchement de
Madame la Duchesse de Bourgogne
& la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne: cette grande &
agreable nouvelle répandit dans ce
lieu, qui ne semble estre destinè qu' aux
plaintes & à la tristesse, une joye,
& une satisfaction si grandes que
je ne scaurois vous les exprimer.
Monsieur le Prince de Vaude-
mont envoya sur le champ des Cour-
riers porter ses ordres à Milan, &
dans toutes les Villes & Places du
Milanez pour faire chanter le Te
Deum, & celebrer par des rejouis.
sances extraordinaires la naißance
du Prince que le Ciel vient de don-
ner à lu France. S. A. voulant
faire aussi une Feste dans le desert
du Masino, envoya chercher à Mi-
lance qui estoit necestaire pour cela,
Réjouissances.
357
& la chose sut executée avec tant
de diligence que tout fut prest le hui-
tième.
Le matin, un Aumonier du Prin-
ce dit la Meßte & chanta le Te
Deum, au son des violons, des
hautbois, & des flutes, & a midy
plusieurs tables furent couvertes ma-
gnifiquement: Ce jour là, la boißon
des eaux fut interrompuë; les ma-
lades oublierent leurs maux, & on
n'a jamais veu une joye si grande
& si parfaite. Une Muse Fran-
çoise fit une Chanson laquelle fust
chantée à table par une Demoiselle
d'une des meilleures Maisons du
Milanez qui a l'honneur d'estre au-
pres de S. A. Madame la Prin-
cesse de Vaudemont, & qui n'a pas
moins d'agréemens dans la voix &
dans la maniere de chanter, que de
58 Réjouissances.
charmes dans sa personne; l'air a
estè compose dans le goust Itali en par
un Musicien du Prince; si j'avois
pu l'avoir je vous l'aurois envoyé ;
je voudrois bien que sur les memes
paroles vous en fissiex faire un par
quelque habile homme, qui pust fai-
re sentir a nos Italiens les graces de
la Musique Françoise.
Pendant que l'on estoit a fable
plusieurs Habitans des lieux voi.
sins qui estoient accourus au bruit de
cette Feste, furent regalez à mer-
veilles; on leur distribua da vin tani
qu'ils en voulurent & S. A. leur fit
jetter de l'argent à poignees, l'apres-
dinee se paßa en jeux & en dances.
A l'entrée de la nurt , lestarbres
qui ne sont pas en grand nombre
dans le cul de sac aride,
furent
éclairex par une grande quani
Rejouissances.
35
de bougies ; & l'on alluma de si
gands feu à la cime des plus hautes
montagnes, qu'on pouvoit les voir
de fort loin.
L'endroit par où l'on entre dans le
Masino est tres ctroit; on y avoit
élevé un portail de verdure en forme
d' Arc de Triomphe, au haut duquel
estoit peinte la Nymphe da lieu, re-
presentant la Republique des Gri-
sons. D'une main elle tenoit une
coupe renversée d'où tomboit de l'eau
de la fontaine minerale, de la-
quelle personne n'usa ce jourla; elle
avoit, à l'autre main, une autre
coupe pleine de vin ; aux costez de
cette Nymphe estoient representez les
Jeux & les Ris, des trompettes, des
violons, & autres instrumens. Les
paroles suivantes qui estoient écrites
sarle frontispice du Portail mar-
Juillet 1704. II. P. Hh.
Réjouissances.
360
quoient l'Alliance qui est entre
Sa Majesté Tres-Chresti enne & les
Grisons.
LILIIS, LAETATUR AMICA.
Sar le bord d'une petite riviere
qui passe au milieu du Masino,
appellee Malengo, & qui est for-
mée partie par l'eau de la neige
dont ces rochers sout toujours couverts,
partie par celle de plusieurs sources
qui fortent des mèmes rochers; on
avoit dresse six arcs de triomphe, qui
farmotent un exagone & finissoient
en piramide; au haut estoit repre-
senté le Soleil avec les paroles sui-
vantes.
SEMPRE LISTESSO.
Voicy les devises qui estoient peina
Réjouissances.
361
tes aux costez de cet exagone.
La France & l'Espagne, cha-
cune un bouclier à la main dont elles
couvroient le Milanez; l'Aigle de
l'Empire au dessus avecun foudre à
chaque main.
QUID AQUILAE, QUID FUL-
MINA POSSUNT.
Un Soleil formant un Arc-en-
ciel, & un jeune Lyon pliant sur un
goble une branche d'olivier.
NON ALII POSSUNT PACAN-
TEM REDDERE TERRAM.
Le Soleil dans son char avec le
Roy d'Espagne, Monseigneur le
le Dauphin & les trois Enfans de
Ftance.
Hhi)
Réjouissances.
362
NruNo FETONTE.
Six lis inégaux.
MuNERA LETITIAMQUE
DEI
Flore montrant au Soleilun Lis
qui vient de naistre.
LO VERAS CRECER, YMUL-
TIPLICAR.
La Croix de Bourgogne faite de
deux arbres retaillez,
NEPOTIBUS UM-
FACTURA
BRAM.
La France montrant à l'Espagne
Réjouissances.
363
des Lis parmi lesquels il y en a un
qui vient de naistre.
NEC TIBI DEFICIENT.
Dans le milieu de ces Arcs de
triomphe, on avoit platé une gran-
de quantité de fusees volantes &
d'autres artifices, ausquels on mit
le feu aprés le souper, au bruit des
trompettes, des hautbois, des vio-
lons & des salves de Mousqueterie,
que firent deux Compagnies du Re-
giment Albertin, Grison, qui ont
marché au Masino pour la garde
de L. A.
Cette Feste dura jusqu'au jour.
Leurs Excellences Madame la
Comtesse de Serbelon, femme d'un
Grand d'Espagne, & Mrle Duc
d'Et Seste, aussi Grand d'Espagne
Hh ii.
364. Réjouissances.
qui estoient au Masino, pour pren-
dre les eaux, de même que Mr le
Comte Alexandre Litta, y donne.
rent des marques tres-vives de leur
joye, sur les benedictions continuel-
les que Dieu répand sur la Mai-
son de France.
Fermer
730
p. 364-390
« On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
Début :
On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...]
Mots clefs :
Ville, Fusées, Joie, Te Deum, Lumières, Feux, Allumer, Armes, Décharges, France, Illumination, Maison, Nuit, Capucins, Fusées volantes, Tirer, Chanter, Église, Habitants, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
On chanta le 13. à la Rochel-
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
Fermer
731
p. 390-398
« La Ville de Rethel Mazarin, en Champagne, ne s'est pas [...] »
Début :
La Ville de Rethel Mazarin, en Champagne, ne s'est pas [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Ville de Rethel Mazarin, en Champagne, ne s'est pas [...] »
La Ville de Rethel Mazarin,
en Champagne, ne s'est pas
moins distinguée que les plus
grosses Villes de cette Provin-
ce, & les Maire, & Echevins,
Gouverneurs de cette Ville,
ont donné en cette occasion
des marques extraordinaires de
joye: Il y eut le soir un grand
repas à l'Hôtel de Ville, où
toutes les personnes qui en
composent le corps, & les Chefs
des autres Compagnies furent
invitez. On vit dans les ruës
couler pendant ce repas une
fontaine de vin de Champagne,
Réjouissances.
391
afin de marquer qu'on s'unis-
soit dans ce moment à tout le
peuple, avec cette inscription,
Mens omnibus una.
Plusieurs venoient aussi pui-
ser de la joye à cette agreable
fontaine.
Le Portrait du Roy estoit
placé au devant de l'Hôtel de
Ville; il estoit environné de
quantité de lumieres, & au
dessous on avoit mis en let-
tres d'or, l'inscription sui-
vante.
Movet præsentia Regis.
D'un autre côté paroissoiene
les Armes de Sa Majesté, au
milieu d'un grand quadre, orné
de lauriers, avec ces paroles.
Cùm lauris lilia crescunt.
Il y eut un grand feu de joye
à la fin du repas au bruit du
Réjouissances.
392
canon & des boëtes, où assista
la Compagnie des Arquebu-
ziers, suivie de la jeuneſse & de
la Bourgeoisie sous les armes,
commandée par leurs Officiers.
On tira un grand nombre de
tres- belles fusées volantes.
Il y eut ensuite un bal chez
l'un des Echevins, où se trou-
verent quantité de Dames.
Pendant presque toute la nuit
les fenêtres furent illuminées,
& l'on voyoit dans les ruës,
éclairées par les feux des par-
ticuliers, des tables où les plus
zelez ſe distinguoient, & dont
plusieurs estoient couronnez de
lierre, tandis qu'on entendoit
de divers endroits, le bruit des
mousquets & le son des tam-
bours.
le
s
t
le
i.
es
Réjouissances. 393
Les Maire, & Echevins Gou-
verneurs de cette Ville, pour
joindre les actions pieuses à
cette demonstration de joye pu-
blique, firent quelques libera-
litez pour repondre à l'ardeur
de leurs vœux, & pour la con-
servation de ce Prince-
Les Dames de Château Gon-
tier se sont fort distinguees
dans les réjouissances qui ont
eſté faites en ce lieu là; animées
par l'exemple des Officiers de
l'Hôtel de Ville qui faisoient de
magnisiques preparatifs pour
des réjouissances publiques, elle
proposérent entre elles de faire
travailler à un feu d'artifice qui
répondit dignement à la feste.
Le Sr de Louzilliere habile ar-
tificier, fut choisi pour travail-
ler à ce feu qui efit tout le suc-
394. Réjouissances.
cez imaginable. On fit une dé-
charge generale des Canons du
Château, toute la Mousquete-
rie répondit ensuite à cette pre-
miere réjouissance, & les plus
galans de la jeunesse de la Vil-
le, estant allez prendre les Da-
mes; ils les conduisirent au son
des violons & des hautbois sur
la place publique, où ce feu
avoit eſté preparé devant la
Maison de Mr le Subdelegué.
Ces Dames escortées par 400.
Bourgeois sous les armes, se
rendirent autour du feu, où les
Cavaliers ayant reçû les flam-
beaux, les presenterent aux
Dames, & ce feu fut allumé au
bruit des tambours, des trom.
pettes, des fifres, par Madam-
la Presidente de la Gravelle
Me la Presidente de Champi
Réjouissances.
395
gne, Me la Presidente de Beau-
mont, Me Douart, épouse de
M le Subdelegué, Me d'Am-
poigné, épouse de M d'Ampoi-
gné, Capitaine au Regiment
Dauphin, Infanterie; M Des-
peaux du Houssay, M du Gues-
clin, épouse de M du Guesclin,
cy-devant Capitaine au Regi-
ment du Roy, Infanterie, M
de Valliere, veuve de M de
Valliere, Tresorier de Fran-
ce, au Bureau des Finances de
Tours, Me de Fontenelle, Me
de Sensé, M' du Teilley, cy-de-
vant Fille d'Honneur de la dé-
funte Reyne d'Espagne, Marie
Louise d'Orleans; M deBouillé,
veuve de Mrde Bouillé, Lieute-
nant des Gardes du Corps de
Son Alteſse Royale feu Mon-
sieur, Frere unique du Roy-
396 Rejouissances.
Me de Brion, épouse de Mt de
Brion, cy- devant Capitaine
d'Infanterie dans la Reyne, M
de la Gendronniere, Me la Pro-
cureuſe du Roy au Presidial,
M de la Lande, Me de la Mori-
niere, Me de Guaripuy, épouse
de M de Guaripuy, Capitaine
dans Aunix, & M. de Sevillé.
Voilà les noms des Dames qui
ont eu le plus de part à la dé-
pense, & à l'honneur de certe
feſte. Il s'éleva en l'air depuis
neuf heures du soir jusqu'à mi-
nuit, un nombre infiny de fusées,
& toutes les fenestres de la Vil-
le furent remplies de flambeaux.
La Compagnie s'assembla en-
suite, chez Mr de S. Philbert,
cy devant Capitaine dans Mon-
tausier. Mr le Lieutenant Ge-
neral de Police y donna un
se
te
c.
m
e
d
1.
a
8
se
e
ne
e
u
é
tte
ul
i
es
1
u
en
n
e
un
Réjouissances.
9
grand bal, pendant lequel on
servit avec profusion toutes sor-
tes de rafraichissemens & de
confitures sêches. Les apparte-
mens de Mr de Saint Philbert
étoient éclairez par quantité
de lustres & de bougies, & dans
la principale Salle du bal, on
avoit placé le Portrait du Roy,
& celuy de Madame la Duches-
se de Bourgogne. On fit mettre
à la Porte six pieces de vin qui
attirerent & réjouirent tout le
Public. Ce bal fut suivi d'un
medianoce, des plus galans & des
plus magnifiques: Les Dames
furent servies par les Cavaliers.
Madame la Comtesse de Thulon
arriva de ſon Château assez à
temps nour se mettre a table
avec les autres, elle contribua
agreablement au plaisir de cette
Réjouissances.
398
feste. Les Demoiselles qui bril-
lerent le plus dans ce bal, furent
Mesdemoiselles Douart, fille
de M le Subdelegué, d'Ingran-
de, des Aunay, de Villecourt,
de Chivray, de la Brossiniere,
de Fontenelle, de la Girouar-
diere, de Bouillé, de Villers de
l'Isle Adam, des Vallée, Mlles
de la Grandiniaire, filles de M
le Maire, Poisson, Guilloteau
de Chailland, Boucault, de la
Francoisiere, de Baillargeau.
en Champagne, ne s'est pas
moins distinguée que les plus
grosses Villes de cette Provin-
ce, & les Maire, & Echevins,
Gouverneurs de cette Ville,
ont donné en cette occasion
des marques extraordinaires de
joye: Il y eut le soir un grand
repas à l'Hôtel de Ville, où
toutes les personnes qui en
composent le corps, & les Chefs
des autres Compagnies furent
invitez. On vit dans les ruës
couler pendant ce repas une
fontaine de vin de Champagne,
Réjouissances.
391
afin de marquer qu'on s'unis-
soit dans ce moment à tout le
peuple, avec cette inscription,
Mens omnibus una.
Plusieurs venoient aussi pui-
ser de la joye à cette agreable
fontaine.
Le Portrait du Roy estoit
placé au devant de l'Hôtel de
Ville; il estoit environné de
quantité de lumieres, & au
dessous on avoit mis en let-
tres d'or, l'inscription sui-
vante.
Movet præsentia Regis.
D'un autre côté paroissoiene
les Armes de Sa Majesté, au
milieu d'un grand quadre, orné
de lauriers, avec ces paroles.
Cùm lauris lilia crescunt.
Il y eut un grand feu de joye
à la fin du repas au bruit du
Réjouissances.
392
canon & des boëtes, où assista
la Compagnie des Arquebu-
ziers, suivie de la jeuneſse & de
la Bourgeoisie sous les armes,
commandée par leurs Officiers.
On tira un grand nombre de
tres- belles fusées volantes.
Il y eut ensuite un bal chez
l'un des Echevins, où se trou-
verent quantité de Dames.
Pendant presque toute la nuit
les fenêtres furent illuminées,
& l'on voyoit dans les ruës,
éclairées par les feux des par-
ticuliers, des tables où les plus
zelez ſe distinguoient, & dont
plusieurs estoient couronnez de
lierre, tandis qu'on entendoit
de divers endroits, le bruit des
mousquets & le son des tam-
bours.
le
s
t
le
i.
es
Réjouissances. 393
Les Maire, & Echevins Gou-
verneurs de cette Ville, pour
joindre les actions pieuses à
cette demonstration de joye pu-
blique, firent quelques libera-
litez pour repondre à l'ardeur
de leurs vœux, & pour la con-
servation de ce Prince-
Les Dames de Château Gon-
tier se sont fort distinguees
dans les réjouissances qui ont
eſté faites en ce lieu là; animées
par l'exemple des Officiers de
l'Hôtel de Ville qui faisoient de
magnisiques preparatifs pour
des réjouissances publiques, elle
proposérent entre elles de faire
travailler à un feu d'artifice qui
répondit dignement à la feste.
Le Sr de Louzilliere habile ar-
tificier, fut choisi pour travail-
ler à ce feu qui efit tout le suc-
394. Réjouissances.
cez imaginable. On fit une dé-
charge generale des Canons du
Château, toute la Mousquete-
rie répondit ensuite à cette pre-
miere réjouissance, & les plus
galans de la jeunesse de la Vil-
le, estant allez prendre les Da-
mes; ils les conduisirent au son
des violons & des hautbois sur
la place publique, où ce feu
avoit eſté preparé devant la
Maison de Mr le Subdelegué.
Ces Dames escortées par 400.
Bourgeois sous les armes, se
rendirent autour du feu, où les
Cavaliers ayant reçû les flam-
beaux, les presenterent aux
Dames, & ce feu fut allumé au
bruit des tambours, des trom.
pettes, des fifres, par Madam-
la Presidente de la Gravelle
Me la Presidente de Champi
Réjouissances.
395
gne, Me la Presidente de Beau-
mont, Me Douart, épouse de
M le Subdelegué, Me d'Am-
poigné, épouse de M d'Ampoi-
gné, Capitaine au Regiment
Dauphin, Infanterie; M Des-
peaux du Houssay, M du Gues-
clin, épouse de M du Guesclin,
cy-devant Capitaine au Regi-
ment du Roy, Infanterie, M
de Valliere, veuve de M de
Valliere, Tresorier de Fran-
ce, au Bureau des Finances de
Tours, Me de Fontenelle, Me
de Sensé, M' du Teilley, cy-de-
vant Fille d'Honneur de la dé-
funte Reyne d'Espagne, Marie
Louise d'Orleans; M deBouillé,
veuve de Mrde Bouillé, Lieute-
nant des Gardes du Corps de
Son Alteſse Royale feu Mon-
sieur, Frere unique du Roy-
396 Rejouissances.
Me de Brion, épouse de Mt de
Brion, cy- devant Capitaine
d'Infanterie dans la Reyne, M
de la Gendronniere, Me la Pro-
cureuſe du Roy au Presidial,
M de la Lande, Me de la Mori-
niere, Me de Guaripuy, épouse
de M de Guaripuy, Capitaine
dans Aunix, & M. de Sevillé.
Voilà les noms des Dames qui
ont eu le plus de part à la dé-
pense, & à l'honneur de certe
feſte. Il s'éleva en l'air depuis
neuf heures du soir jusqu'à mi-
nuit, un nombre infiny de fusées,
& toutes les fenestres de la Vil-
le furent remplies de flambeaux.
La Compagnie s'assembla en-
suite, chez Mr de S. Philbert,
cy devant Capitaine dans Mon-
tausier. Mr le Lieutenant Ge-
neral de Police y donna un
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Réjouissances.
9
grand bal, pendant lequel on
servit avec profusion toutes sor-
tes de rafraichissemens & de
confitures sêches. Les apparte-
mens de Mr de Saint Philbert
étoient éclairez par quantité
de lustres & de bougies, & dans
la principale Salle du bal, on
avoit placé le Portrait du Roy,
& celuy de Madame la Duches-
se de Bourgogne. On fit mettre
à la Porte six pieces de vin qui
attirerent & réjouirent tout le
Public. Ce bal fut suivi d'un
medianoce, des plus galans & des
plus magnifiques: Les Dames
furent servies par les Cavaliers.
Madame la Comtesse de Thulon
arriva de ſon Château assez à
temps nour se mettre a table
avec les autres, elle contribua
agreablement au plaisir de cette
Réjouissances.
398
feste. Les Demoiselles qui bril-
lerent le plus dans ce bal, furent
Mesdemoiselles Douart, fille
de M le Subdelegué, d'Ingran-
de, des Aunay, de Villecourt,
de Chivray, de la Brossiniere,
de Fontenelle, de la Girouar-
diere, de Bouillé, de Villers de
l'Isle Adam, des Vallée, Mlles
de la Grandiniaire, filles de M
le Maire, Poisson, Guilloteau
de Chailland, Boucault, de la
Francoisiere, de Baillargeau.
Fermer
732
p. 398-405
« Le 20. de Juillet, l'on chanta le Te Deum, dans toutes les [...] »
Début :
Le 20. de Juillet, l'on chanta le Te Deum, dans toutes les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 20. de Juillet, l'on chanta le Te Deum, dans toutes les [...] »
Le 20. de Juillet, l'on chanta
le Te Deum, dans toutes les
Eglises de la Ville de Baugé, en
Anjou. Ensuite on alluma dans
la Place publique un grand feu
par les soins de M' des Champs,
Maire de la Ville, & Lieutenant
General en la Senéchaussée, &
t
le
n-
t
r-
de
les
M
au
la
.
u-
es
en
ns
seu
n
Réjouissances.
399
de M" les Officiers de la Maison
de Ville, les Habitans étant tous
sous les Armes.
On vit enfuite paroître un
nombre prodigieux de fusées, &
toute la Ville & les Fauxbourgs
furent éclairez par les illumina-
tions que les habitans, à l'envi
les uns des autres, firent aux
fenestres de leurs Maisons.
Mr Courtin, Gouverneur de
la Ville & du Châ teau, fit fai-
re un autre feu sur un vaste
étang qui mouille les murs du
Château; & pendant toute la
nuit, le Château parut en feu
par le grand nombre des illumi-
nations, dont il fut éclairé.
Du haut d'une des Tours, il
sortit un oyſeau, poussé par
l'artifice, qui le porta dans le
Juillet 1704 II. P. LI
400 Réjovissances.
lieu où estoit un grand bucher
qu'il alluma. Ce bucher estoi
entouré de quantité de person-
nes armées qui firent plusieurs
décharges de mousqueterie, aus-
quelles répondirent pendant
toute la nuit, les Canons du
Chateau Les Habitans de leur
côté marquérent par leurs ac-
clamations, & par tout ce qui
pouvoit exprimer leur joye, la
part qu'ils prenoient à l'alle-
gresse publique.
Le 21. de Juillet, les R. Peres
de l'Oratoire du College Royal
de Saumur, resolurent de faire
mettre tous leurs Ecoliers sous
les armes, & pour cet effet ils
se trouverent tous rassemblez
le 22. Ils formerent cinq Com-
pagnies des mieux faits, & par-
my lesquels brilloient en grand
u
r
ui
la
8
e
al
ire
us
ils
el
-
ar
ind
Réjouissances.
401
nombre leurs Pensionnaires,
qui sont des meilleures Maisons
du Royaume. Ils passerent en
revuë à la Place du Chardon-
net, & firent admirer leur do-
cilité & leur bonne mine
L'aprés-dînée le Regent de
Retorique fit representer une
Pastorale sur la Naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la
feſte. Toute la Ville y aſsiſta,
& en fut tres-satisfaite, les
Vers en estoient beaux, natu-
reis & les pensées heureuſes.
La piece estant finie, les Eco-
liers empressez à temoigner
leur joye & leur zele, prirent
les armes, & reçurent l'ordre
pour le soir qu'ils se rassem-
blerent pour assister à la Pro-
cession qu'on fit autour du
LIi
Réjovissances.
402
College en chantant l'Exau-
diat, & au Te Deum qui fut
aussi chanté avec beaucoup de
solemnité au retour, dans la
Chapelle magnifiquement or-
née, & éclairee par quantité
de lumieres. Aprés le Te Deum,
on marcha en ordre jusqu'à une
grande place voisine, où l'on
alluma un feu de joye, autour
duquel toutes les Compagnies
formerent un cercle, ce qui
faisoit un tres-agreable aspect;
elles firent avec toute la regu-
larité possible, plusieurs dé-
charges qu'elles accompagne-
rent de mille acclamations re-
doublées, & elles porterent
dans le cœur de toute la Ville,
qui, y estoit accoruë, la joye la
plus tendre & la plus sensible.
le
la
té
ne
bn
ur
ies
jui
gu-
lé-
he-
re-
ent
le
ela
ble
Réjouissances.
403
L'air retentissoit des noms de
Louis le Grand, de Monsei-
gneur le Dauphin, de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
On estoit surpris de voir des
enfans capables de tant de dis-
cipline, & susceptibles de tant
de regularité , dans la licence
qu'excitent ordinairement ces
sortes de festes.
Le feu de joye étant fini, ils
retournerent dans le mesme
ordre entre deux hayes que for-
moit une foule prodigieuse de
peuple & se rendirent devant
la Maison du College qui avoit
esté tapissée & embellie de la
maniere du monde la plus rian-
te & la plus diversifiée. On
404 Réjouissances.
voyoit au haut, ſous un riche
dais, le Portrait du Roy; plus
bas, celuy de Monseigneur le
Dauphin; ensuite celuy de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne qui estoit aprés celui de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, au dessous duquel étoit une
espece d'Autel chargé d'un
grand nombre de lumieres.
Tous les Portraits estoient en-
tourez de devises, d'inscrip-
tions, de festons, de fleurs, & de
lauriers; ces devises, & ces Por-
traits estoient environnez d'il-
luminations; aux deux côtez de
la Maison couloient deux fon-
taines de vin.
A peine les Compagnies fu-
rent elles arrivées devant cette
décoration qu'elles la saluerent,
le
le
de
a-
ne
un
es.
en
ip
de
or-
il-
de
oe
fa
et
ent
Réjouissances.
405
en faisant plusieurs decharges,
en passant & repassant plu-
sieurs fois devant ces Portraits.
Cette feste donna à tous les
Habitans qui s'empresserent
pour la voir, le ſpectacle le plus
charmant qu'ils eussent eu de-
puis longtemps, & fit admirer
le zele ſingulier, la joye em-
pressée des R. P. de l'Oratoire,
& l'ardeur hereditaire de ces
jeunes enfans pour tout ce qui
regarde la gloire de leur Roy
& l'honneur de leur Patrie.
FIN.
le Te Deum, dans toutes les
Eglises de la Ville de Baugé, en
Anjou. Ensuite on alluma dans
la Place publique un grand feu
par les soins de M' des Champs,
Maire de la Ville, & Lieutenant
General en la Senéchaussée, &
t
le
n-
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M
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399
de M" les Officiers de la Maison
de Ville, les Habitans étant tous
sous les Armes.
On vit enfuite paroître un
nombre prodigieux de fusées, &
toute la Ville & les Fauxbourgs
furent éclairez par les illumina-
tions que les habitans, à l'envi
les uns des autres, firent aux
fenestres de leurs Maisons.
Mr Courtin, Gouverneur de
la Ville & du Châ teau, fit fai-
re un autre feu sur un vaste
étang qui mouille les murs du
Château; & pendant toute la
nuit, le Château parut en feu
par le grand nombre des illumi-
nations, dont il fut éclairé.
Du haut d'une des Tours, il
sortit un oyſeau, poussé par
l'artifice, qui le porta dans le
Juillet 1704 II. P. LI
400 Réjovissances.
lieu où estoit un grand bucher
qu'il alluma. Ce bucher estoi
entouré de quantité de person-
nes armées qui firent plusieurs
décharges de mousqueterie, aus-
quelles répondirent pendant
toute la nuit, les Canons du
Chateau Les Habitans de leur
côté marquérent par leurs ac-
clamations, & par tout ce qui
pouvoit exprimer leur joye, la
part qu'ils prenoient à l'alle-
gresse publique.
Le 21. de Juillet, les R. Peres
de l'Oratoire du College Royal
de Saumur, resolurent de faire
mettre tous leurs Ecoliers sous
les armes, & pour cet effet ils
se trouverent tous rassemblez
le 22. Ils formerent cinq Com-
pagnies des mieux faits, & par-
my lesquels brilloient en grand
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Réjouissances.
401
nombre leurs Pensionnaires,
qui sont des meilleures Maisons
du Royaume. Ils passerent en
revuë à la Place du Chardon-
net, & firent admirer leur do-
cilité & leur bonne mine
L'aprés-dînée le Regent de
Retorique fit representer une
Pastorale sur la Naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la
feſte. Toute la Ville y aſsiſta,
& en fut tres-satisfaite, les
Vers en estoient beaux, natu-
reis & les pensées heureuſes.
La piece estant finie, les Eco-
liers empressez à temoigner
leur joye & leur zele, prirent
les armes, & reçurent l'ordre
pour le soir qu'ils se rassem-
blerent pour assister à la Pro-
cession qu'on fit autour du
LIi
Réjovissances.
402
College en chantant l'Exau-
diat, & au Te Deum qui fut
aussi chanté avec beaucoup de
solemnité au retour, dans la
Chapelle magnifiquement or-
née, & éclairee par quantité
de lumieres. Aprés le Te Deum,
on marcha en ordre jusqu'à une
grande place voisine, où l'on
alluma un feu de joye, autour
duquel toutes les Compagnies
formerent un cercle, ce qui
faisoit un tres-agreable aspect;
elles firent avec toute la regu-
larité possible, plusieurs dé-
charges qu'elles accompagne-
rent de mille acclamations re-
doublées, & elles porterent
dans le cœur de toute la Ville,
qui, y estoit accoruë, la joye la
plus tendre & la plus sensible.
le
la
té
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bn
ur
ies
jui
gu-
lé-
he-
re-
ent
le
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ble
Réjouissances.
403
L'air retentissoit des noms de
Louis le Grand, de Monsei-
gneur le Dauphin, de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
On estoit surpris de voir des
enfans capables de tant de dis-
cipline, & susceptibles de tant
de regularité , dans la licence
qu'excitent ordinairement ces
sortes de festes.
Le feu de joye étant fini, ils
retournerent dans le mesme
ordre entre deux hayes que for-
moit une foule prodigieuse de
peuple & se rendirent devant
la Maison du College qui avoit
esté tapissée & embellie de la
maniere du monde la plus rian-
te & la plus diversifiée. On
404 Réjouissances.
voyoit au haut, ſous un riche
dais, le Portrait du Roy; plus
bas, celuy de Monseigneur le
Dauphin; ensuite celuy de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne qui estoit aprés celui de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, au dessous duquel étoit une
espece d'Autel chargé d'un
grand nombre de lumieres.
Tous les Portraits estoient en-
tourez de devises, d'inscrip-
tions, de festons, de fleurs, & de
lauriers; ces devises, & ces Por-
traits estoient environnez d'il-
luminations; aux deux côtez de
la Maison couloient deux fon-
taines de vin.
A peine les Compagnies fu-
rent elles arrivées devant cette
décoration qu'elles la saluerent,
le
le
de
a-
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es.
en
ip
de
or-
il-
de
oe
fa
et
ent
Réjouissances.
405
en faisant plusieurs decharges,
en passant & repassant plu-
sieurs fois devant ces Portraits.
Cette feste donna à tous les
Habitans qui s'empresserent
pour la voir, le ſpectacle le plus
charmant qu'ils eussent eu de-
puis longtemps, & fit admirer
le zele ſingulier, la joye em-
pressée des R. P. de l'Oratoire,
& l'ardeur hereditaire de ces
jeunes enfans pour tout ce qui
regarde la gloire de leur Roy
& l'honneur de leur Patrie.
FIN.
Fermer
733
p. 27-73
Extrait de l'Oraison Funebre de Madame de Maubuisson, non pas de la maniere ordinaire, mais dont la lecture ne doit pas moins attacher & faire de plaisir que feroit celle de l'Histoire la plus curieuse. [titre d'après la table]
Début :
Quoyqu'il s'agisse d'une Oraison funebre dans l'article qui suit, [...]
Mots clefs :
Oraison funèbre, Madame de Maubuisson, Plaisir, Exorde, Électeurs, Histoire, Princesse Louise Hollandine Palatine, Maison Palatine, Abbé Maboul, Gloire, Religion, Dieu, Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Oraison Funebre de Madame de Maubuisson, non pas de la maniere ordinaire, mais dont la lecture ne doit pas moins attacher & faire de plaisir que feroit celle de l'Histoire la plus curieuse. [titre d'après la table]
Quoyqu'il s'agiffe d'une Oraifon funebre dans l'article Cij 28 MERCURE qui fuit, vous le trouverez bien different de ce qui regarde ordinairement ces fortes d'ouvrages qui contiennent plus de traits d'éloquence & de loüanges que de faits , ceux qui s'y trouvent n'yétant prefque toujours rapportezque pour donner lieu de briller à l'éloquence de l'Orateur ; mais ce que vous allez lire doit être regardé comme l'Hiftoire entiere d'une vie remplie d'incidens merveilleux & de l'hiftoire d'une converfion encore plus mer veilleufe , & dont la lecture ne doit pas moins attacher GALANT 29 & faire de plaifir , que feroit celle de l'hiftoire la plus curieufe. On a fait un Service magnifique dans l'Eglife de l'Abbaye de Maubuiffon , pour la Princeffe Loüife Hollandine , Palatine , dernière Abbeffe de cette Abbaye. Mr l'Evêque de Beziers officia ; & Mr l'Abbé 'Maboul , Grand Vicaire de Poitiers , & nommé à l'Evêché d'Alet , prononça l'Oraiſon funebre en prefence de Madame la Princeffe. Mr l'Evêque d'Alet prit pour texte ces paroles du 44. Pfeaume : OMNIS GLOC iij 30 MERCURE 1 les RIA EJUS FILIE REGIS AB INTUS. Toute la gloire de la Fille du Roy vient de fon cœur. Lefaint Efprit , dit- il , dans fon Exorde , parlant dans l'Ecriture de la Fille du Roy , ne fait entendre dans fon éloge , ni les avantages de la naiſſance , ni preeminences du rang: il ne la louë ni par la majefté de fes traits, ni parla dignité defa perfonne ; il ne luy fait un merite ni de l'éclat de fes richeffes , ni de la magnifi cence defa Cour: il ne la chèrche, il ne la regarde qu'en elle- même, il met toutefa gloire dansfon cœur. Chargé du glorieux , mais GALANT 31 difficile Miniftere de rendre à la Fille d'un Roy un jufte tribut de louange , me fera-t - il permis de chercher hors d'elle- même les titres de fa gloire ? Vousparleray je de la nobleffe de ce Sang illuſtre, qui deHeros en Heros a coulétout pur dans fes veines ? Affembleray - je fur fon tombeau les lauriers que fes Anceftres ont ceüillis en tant d'occafions ? Vous reprefenteray-je la hauteur de tant de Trônes , au milieu defquels elle est née ? Feray-je le dénombrement det Empereurs , des Rois , des Electeurs que fa Maiſon a donnez à l'Europe &qui ont rempli le monde C iiij 32 MERCURE entier du bruit de leur nom? Elle-même m'en défavoüeroit , & elle me défend encore aprés fa mort de la revêtir de ces grandeurs hereditaires , & dont elle s'eft pendant fa vie figenereusement dépouillée ? Cette Princeffe étoit feconde fille de Frederic V. dit le Contant , Electeur Palatin , & élú Royde Boheme , d'Elizabeth Stuart , fille de Facques 1. Roy d'Angleterre. L'Ŏrateur tira le partage de fon Difcours de l'Hiftoire de la Converfion de cette Princeffe. Egalement fuperieure , dit-il , e aux obftacles & aux devoirs , CALANT 33 elle furmonte ces obftacles par la grandeur de fafoy ; elle remplit &furpaffe même fes devoirs , par l'étendue de fa charité. L'herefte continua- t- il au commencement de la premiere partie , qui comme un torrent impetueux , innonda dans le penultiémefiecle toute l'Allemagne & qui foûtenu par les interrefts d'u ne politique mondaine , entraîna prefque malgré eux , tous les plus puiffans Princes de l'Empire , s'étoit fait du Chef de la Marfon Palatine un de fes plus grands Protecteurs. ( C'étoit l'Ayeul de Madame l'Abbeffe de Maubuif- 34 MERCURE fon ) devenue comme hereditaire dans cette augufte Maifon , elle paffa auxPrinces fes defcendans , elle fe vantoit d'avoir en eux fes plus fermes appuis , & de trouver dans leur haute valeur, dans leur faux zele autant que des armes pour pouffer plus loin fes conqueftes. Vous le permites. ainfi, o mon Dieu , pourſuivit Mr d'Alet , non pour détruire, maispour purifier votre Eglife : Vousfiftes de ces Princes , les nobles inftrumens de vôtre Justice : Vous empruntates leurs bras pour châtier Ifrael, y établirparces falutaires effets de vôtre colere pa- GALANT 35 ternelle, la pureté de vôtre culte... Le Duc de Brunſwick & la Republique d'Hollande prefenterent au Baptême le Princeffe Loüife , ces Princes , continua- t- il , quifuivant lafage Inftitution de cette ancienne ceremonie auroient dú répondre à l'Eglife de l'integritéde fa foy , fervirent de caution & d'interpreftes de fon dévouement au Calvinisme. Il parla enfuite de l'éducation que lui donna Sybille de Keller de la Maifon des Ducs de Curlande, qui avoit auffi eu ſoin de celle du Roy de Boheme fon pere. Faifant de la droiture du 36 MERCURE cœur, dit- il , en parlant de cette Dame & de la pureté des moeurs , du mépris de la vanité de l'horreur du menfonge ; de lacompaffion pour les pauvres , de la tendreffe pour les malheu reux ; de la crainte de Dieu & de fon amour , fes plus familieres inftructions , elle verfoit dans cette amo tendre lepoifon de l'erreur avec d'autant plus de facilité , qu'à lafaveurde ces grandes vertus , ils y trouvoientplus d'accés & qu'ils fe prefentoient à elle fous les noms empruntez de verité & de Religion.... Les préjugezde la Princeffe, continua t - il, GALANT 37 pour groffiffoient encore par lapolitique des Miniftres attentifs à les cultiver : découvrant de jour en jour en elle de nouvelles vertus qui meuriffoient avec l'âge , comprenant tout ce qu'ils devoient en attendre l'honneur de la fecte pour leurpropre reputation , ils s'accrediterentde plus en plus auprés d'elle fous la qualité uſurpée d'Envoyez du Seigneur , & couvrant leur fauffe doctrine de la parole de Dieu , pour elle toujours reſpectable , ils n'oublioient rien pour luy en faire une religieufe habitude , toujoursplusforte plus infurmontable que la 38 MERCURE . nature même. Il dit enfuite , que la lecture affiduè de l'Ecriturefainte commença à diffiper fes tenebres , & il oppofa l'utilité de cette lecture au danger inévitable de celle des Romans , & autres Livres profanes. Cet endroit fut délicatement touché , & aprés quelques foli- · des réflexions fur la témerité des Proteftans , qui prétendent être feuls les Juges & les Interpretes de l'Ecriture. Il fit voir le premier moyen dont la Providence fe feroit pourtoucher le cœur de la Princeffe , la conference qu'un Medecin Catho- GALANT 39 lique de la Reine de Boheme eut en preſence de ces deux Princeffes fur le Baptême des enfans , & il dit : Que le Mini tre étant demeuré fans replique , demanda huit jours poury répondre, qu'à la fin de ce terme ayant manqué au rendez- vous s'excufant fur des affaires ; enfin preffé par la Reine , il luy avoia qu'aprés une longue attention & un penible travail , il n'avoit rien trouvédans la Bible de quoy répondre aux objections du Medecin ; que la Princeffe alors âgée de huit ans s'enfouvint toûjours depuis que la grace luy en fit 1 40 MERCUKE tirer dans un ageplus avancé des motifs de converfion. La mauvai fe foy d'un Miniftre , ajoûta ce Prélat , dont dans un âge tendre , elle avoit esté un témoin nonfufpect , vint fortifier fes doutes.... Cesfalutaires doutes , ces heureufes inquiétudes croiffoient encore lorfque lifant dans l'Ecriture les terribles vengeances que Dieu jaloux de l'honneur de fon Culte, exerce contre les Rois qui l'ont abandonné, elle enfaifoit une trifte mais juſte application aux difgraces du Royfon pere. L'Orateur fit en cet endroit un détail des mécontentemens des Etats de GALANT 41 Boheme, qui appellerent à leur fecours l'Electeur Palatin , & le firent leur Roy ; & dit que l'on trouvoit l'éloge de ce ' Prince terminé par cette penLéc. Quel Prince plus digne du trônefi l'herefie ne luy avoitfervi de premier degré pour y monter. Il fit enfuite un détail de la bataille de Prague ( en 1620) que Maximilien , Duc de Baviere , ayeul de l'Electeur de ce nom , gagna fur le Roy de Boheme : Bataille , continuat-il,dontlesfuitesfurentfifuneftes pour ce dernier &fi avantageufespour lepremier , puifque la Janvier 1710. D 42 MERCURE dignité Electorale fut transportée de la branche aînée dans la branche cadete de la Maiſon Palatine de Baviere ; pendant que les Courtisans , continua le Prélat, regardoient ces évenemens commed'injuftes caprices d'une aveuglefortune, la Princeffe yadoroit lesJugemensprofonds d'unefecrette providence, la grace fe me lant à fes réflexions , luy faifoit appercevoir dans ces malheursdomeftiques , les malheurs inévita bles que doivent craindre toft ou tard les protecteurs de l'Herefie. Il parla enfuite des Révolutions d'Angleterre, qui furent GALANT 43 pour la Princeffe un champfecond de falutaires reflexions : >> Ce Schifme fameux ', dit - il , d'un Roy , qui comme un autre Salomon abandonna la Sageffe pourfacrifierauxIdoles d'une bon teufe volupté ( il parloit d'Henry VIII.) & qui pour ferrer de plus prés les liens fcandaleuxqu'- une aveuglepaffion avoitformez, rompit les nœuds facrez qui l'attachoient à l'Eglife. Ce Schifme qui par une malheureufe fecondi. té produifit dans un Royaume autrefois fi fidelle ces monstrueuses Sectes , qui divifées entre ellesmêmes , ont donné prefque de nos Dij 44 MERCURE Į jours le plus horrible fpectacle ( il parloit de la mort tragique du Roy Charles I. oncle maternel de cette Abbeffe ) que tous les crimes enfemble puiffent donner à l'Univers : ce Schifme lafunefte origine des malheurs d'une Royale Maifon dont les plus heroïques vertus unies aux droits du fang n'ont pú la garentir. Cette Princeffe inftruite par des pieces - authentiques, & d'autant moinsfufpectes , parce qu'elle les tenoit des mains même les plus intereffées à les cacher, ne pût voir fans horreur les que nomsfpecieux de pureté &de reforme , qui l'avoient GALANT 45 n abufée , n'avoient efté que le maf que de l'ambition & de l'intereft; le zele qu'une aveugle fureur; lafeparation de l'Eglife , qu'une revolte declarée contre les Puiffances legitimes , E... Aidée, dans lafituation où ces reflexions la mettoient , des confeils de la Princeffe d'Oxeldre , fon illuftre Amie, quefon merite plus quefa naiffance luy avoit justement acquife ; éclairée de Miniftresfideles ( des Preftres Ecoffois ) enfin pleinement convaincuëpar la lecture d'un livre où l'herefie forcée dans fes derniers retranchemens , fe trouve accablée fous le poids 46 MERCURE immenfe de l'éternelle verité(c'eft un Traité écrit en Langue Flamande contre les Miniftres de BofLeduc ) elle fe declara àfes Confi dens : Catholique dans le cœur , il ne manquoit àfaparfaite converfion qu'uneprofeffion publique. Réjouiffez- vous , s'écria le Prelat en cet endroit , Anges du Ciel, la Brebis égarée eft fur les épaules du Pafteur ; la dragme perduë eſt retrouvée ; l'enfantprodigue va revenir dans la maiſon paternelle. Il fit enfuite un éloquent détail des combats interieurs que la Princeffe eut à foûtenir pour manifeſter ſa GALANT 47 1 que creance. Latendreffe paternelle , les préjugez , & les liens l'éducation luy avoit formez dans Lafamilles les hommages les deferences refpectueufes qu'unepuifSante Republique luy rendoient ; la note d'ingratitude qu'elle alloit encourir ; le regret de l'avoir efti mée prendre la place de l'eftime qu'on a eu pour elle; foûtenirfeu · le contre tous une Religionprofcrite décriée, fefaire de tous ceux qu'elle connoiffoit & qu'elle aimoit fes plus implacables ennemis. Quelle tentation ! quelle épreuve ! fondez vous icy, Grands dumonde , s'écria l'éloquent Prelat , 48 MERCURE interrogez vos cœurs nous dites quels efforts il en coûteroit à voftre Foy, fi au préjudice des plus forts des plus anciens engagemens ;ft au préjudice des liaifons les plus tendres ; jîau préjudice de vôtrefortune & de vôtre gloire ; fi au préjudice des plus flatteufes efperances elle avoit à fe declarer.... Une tentation encore plus forte s'éleva , la crainte de déplaire à une Mere Angufte qu'elle aimoit uniquement & dont elle eftoit tendrement aimée , qui faifoitfeule toutefajoye , &dont elle eftoit reciproquement la plus douce confolation ; cette crainte formée GALANT 49 formée par les plus nobles & les plus religieuxfentimens luy deffendoit de fe découvrir : elle fe défia d'elle - même ; elle apprehendoit deftre trahie par fa propre tendreffe ; elle redoutoit des larmes puiffantes; elle craignoit une douleur refpectable & n'ofant s'expofer à un combat trop inégal , elle fermapour lapremierefois defa vie à la Reinefa mere lefanctuaire de fon cœur.... Mais une voix evangelique luycriafans ceffe que quiconque ne haïfſoit pas fon pere & fa mere ne pouvoit eftre Difciple de Jefus Chrift. La Princeffe fe réveilla à cette Janvier 1710. E So MERCURE voix, penetrée de cette importante maxime, fit taire la nature pour n'entendre que la Grace & quoy qu'il en puft coûter à fon cœur , elle s'arracha par une fuite genereufe du fein de la Reine pour Je réunirà l'Eglife. Ce Prelat fit enfuite le détail de la fuite de cette Princeffe , qui déguiféc traverfa toutes les rues de la Haye, & fans aucun fecours ny aucune des précautions que la prudence peut fuggerer en pareille occafion , arriva à Anvers où elle fe jetta dans les Carmelites Angloifes. Le détail de cette fuite fut fuivi de GALANT 51 1 celuy de la defolation où fe trouva la Cour de Boheme , touchant l'éclypfe de la Princeffe , & fur tout aprés qu'on en cut reconnu le motif par un billet trouvéfur la toilette, & où eftoient écrits ces mots: Je paffe en France pour me faire Catholique merendre Religieufe ( paroles courtes , s'écria MrdAlet) mais admirables , dignes d'eftre tranfmifes à la pofteri té dans les Annales de l'Eglife , paroles marquées dufceau de l'Ef prit de Dieu qui les a dictées qui refpirant cette noble fimplicité de l'Evangile qui ne connoift ny E ij 52 MERCURE de déguisement , ny artifice , font un miroirfidelle de la candeur lapureté du cœur de la Princeffe qui les a écrites..... Aprés s'eftre affermie , ajoûta - t - il , de plus enplus fous la conduite d'un Miniftre habile & fidelle ( un Pere Jefuite) quicomme un autre Ananie , luy ouvrit deplus en plus les yeuxfur la verité de nos Myfteres , elle renonça publiquement à l'Herefie , qu'elle avoit depuis long-temps abjurée dansfon cœur. Il parla enfuite de fon exactitude fur les moindres pratiques de la Religion Catholique. Point de doutes inquiets , GALANT 53 dit-il , point de curiofité indifcrette , point d'orgueilleufe fingularité ; respectant jufques dans les moindres Ceremonies l'autorité de l'Eglife , toutluyenparoiftgrand, tout luy en paroift auguste. elleParlant cutduitedu defir qu fe confacrer à Dieu dans la Religion , il rapporta ſon voyage en France , & dit qu'elle fut reçue à Rouen par Edouard Prince Palatin fonfrere. Vous diray-je , s'écria-t - il , quels furent les tranfports de leur mutuelle amitié , qui formée par les plus purs fentimens de la nature empruntoit de nouvelles forces de E ij 54 MERCURE la conformité de Religion ? ( ce Prince ayant abjuré la Religion Proteftante) vousreprefenteray je les tendres mouvemens de fon cœur, lorfquepaffantpar la Royale Abbaye de Maubuiffon , elle embraffa les trois Princeffes fes nieces , Marie-Loüife Princeffe de Salms , AnnePrinceffe de Condé , devant qui Mr d'Alet pare loit , Benedicte de Brunswick, mere de l'Imperatrice & de la Ducheſſe de Modene; &que dans leurs vertus naiffantes elle appergutpar un heureuxpreffentiment , tout ce que l'Europe en devoit attendre , non-feulementpour le bon- GALANT 55 heur des Etats où la Providence les deftinoit mais plus encore pour lagloire & l'édification de l'Eglife. gue Il fit enfuite un éloge court, mais vif , d'Anne de Gonzaleur mere, & belle-four de Me de Maubuiffon. Enfin dit- il , la Princeffe arrivée à la Cour fut prefentée au Roy par Henriette-Marie de France , Reine d'Angleterre , Princeffe plus celebre par lagrandeur defon courage que par la fingularité de fes malheurs. Ce Prince , en parlant du Roy , joignant aux bien-faits l'accueil le plus gratieux , fit conE iiij 56 MERCURE noiftre par ce noble effai defa bondefa liberalité Royale qu'il té feroit deformaisle Protecteur, & lazile des Princes perfecutez pour laJustice, &que malgré la duretédes temps les plus difficiles il leur fourniroit du fonds de fes propres befoins dequoy foutenir avec éclar la majesté des Rois & l'honneur de la Religion. La Prin ceffe fe retira enfuite à la Vifitation de Chaillot auprés de la Reine d'Angleterre fa tante , & aprés y avoir affermifa vocation pendant une année , elle alla fe renfermer àMaubuiffon. Mr d'Alet commença faſe- GALANT 57 conde Partie par une peinture de l'état Monaftique, qui fut vi ve & touchante & qu'il finis par ces paroles : quel prodige de voir une Princeffe de 36. ans qui joignoit à la noble fierté qu'elle avoit puifée dans fon fang, un efprit folide & élevé ; & qui accoûtumée aux douceurs d'une Courflatenfe voyoit l'obeiffance courir au-devant d'elle de la voir , dis-je ,fe plier tout d'un coup àdes obfervancesfi penibles ; courir à fon tour au devant de L'obeïſſance , & oublier ce qu'elle eftoit néepour defcendre à ce qu'il yadeplus bas er de plus humi1 58 MERCURE Veut liant dans la Religion ; en vain une Sage Abbeſſe ( Catherine Angelique d'Orleans ) ménager une foy naiffante & épargnerà un temperament délicar ce que la Religion à de trop auftere ; la Princeffe n'y peut confentir leur charité en cela peu d'accord fe manifefte également dans la Superieure par la prudence & dans la Novice par la ferveur. Il prit à témoin de fa ferveur & de fon exactitude de fon humilité ; & de fes autres vertus Religieufes les Vierges fes compagnes qui luy ont furvécu. рец GALANT 59 Me de Maubuiffon , dit-il , attaquée d'une maladie mortelle & dépofitaire des vœux unanimes de fa Communauté dont tous les regards eftoient fixez fur la Princeffe , écrivit au Roj pour luy reprefenter des vœux fi juftes. Ce Prince , ajoûta-t il , qui dans le choix des Miniftres de l'Eglife a plus d'égard à la grandeur de la vertu qu'à éclat de la naiffance , les trouvant réünis au plus haut degré dans la perfonne de la Princeffe, la nomma à cette a Abbaye choix le bonheur de ce Monaftere ilpropofa àtousceuxdu Royaume affurant par ce noble 60 MERCURL من unmodele duplus fage du plus heureux Gouvernement. L'Orateur , fit enfuite un portrait de la nouvelle Abbeffe dont il oppofa la conduite à celle de quelques autres Abbelfes dont la digniténe fait qu'amollir la vertu ; & aptés les avoir peintes d'aprés le naturel , il s'écria, plut au Cielque ce nefût icy qu'un portrait defantaifie qui ne trouvat point de reffemblance; & ayant encore chargé celuy de la nouvelle Abbeffe de Maubuiffon de nouveaux traits,il le finit ainfi : contente de porter la Croix de Jefus- Chrift, GALANT 61 dans le cœur , elle ne portajamais celle qui eftant dans l'inftitution un fymbole de penitence , eft devenue dans l'opinion des hommes un ornement de dignité : confentant à peine d'eftre la premiere dans le Choeur , elle defcendit de Chaire qui l'élevoit au-deffus des autres pouryplacer l'Image de la Sainte Vierge , ofterpar cette fage conduite à celles qui viendront aprés elle jusqu'à la tentation d'y remonter ; elle effaça elle-mêmefes Armes qu'on avoit peintes à coté d'un Autel , perJonne n'ofant toucher à un monumentfirefpectable ; ce qui don. 62 MERCURE na occafion à l'Orateur de dire , qu'elle fçavoit peindre ; & que dansfes heures de loifir , elle avoit fait un grand nombre de Tableaux dont l'Eglife & fa Maifon font remplies , & qu'elle en avoit donné pluſieurs auxParoiffes , & Communautez voifines. En parlant de fon humilité, il raporta une délicate conceffion qu'elle fit à une autre Abbeſſe , ſur la fimplicité d'une naïve réponfe. Cette Abbeffe voulant venir àMaubuiffon , fit demander à la Princeffe fi elle luy donneroit la droite , Me de GALANT 63 Maubuiffon répondit : depuis que je fuis Religieufe je ne connois ni la droite ni lagauche que pourfairelefigne de la Croix. Un Orateur continua t'il la montrant elle-même dans un portrait fidelle , tout le monde s'y reconnoift , elle feule ne s'y trou ve pas , elle regarde un éloge délicat & détourné comme un innocent moyen pratiqué avec Art pour l'inftruireplus poliment de fes devoirs. Mr d'Alet s'étendit fur les fruits & l'utilité du bon exemple : les hommes, dit il , naturellementportez à l'imitation ne s'ac- 64 MERCURE ! coutument qu'à ce qu'il voyent, &l'obéiffance aux loix penibles rigoureufes par elles - mêmes ne leur devient fuportable & facile qu'autant qu'elles font gardées par ceux mêmes qui les ontfaites. Cela fut precedé d'un détail circonftancié de l'exactitude & de la pureté des mœurs de Me de Maubuiffon ; ce qu'il dit de fa douceur eftoit peint d'aprés le naturel , &il finit cet endroit par ces paroles : cette fage Abbeffe naturellement incapable des foupçons inquiets & des injurieufes défiances qui font plus d'Hypocrites que de Saints GALANT 65 Reg Jaiffoit à fes filles une liberté honnefte qui loin de dégenerer en abus ne fervoit qu'à donner de l'éclat plus de merite à la ferveur. La familiarité avec laquelle elle vivoit avec fes + Religieufes & l'accés qu'elle leur donnoit en tout temps auprés d'elle , fournirent de beaux traits à l'Orateur , mais par quel fecret pensez- vous ajouta t il , qu'elle ait entretenu danscettefainte Maiſon ( Maubuiſſon ) cette auftere regularité qui depuis tant d'années ne s'eft jamais démentie & qui fervant d'exemple aà toutes les CommuJanvier 1710, F 66 MERCURE nautez de fon Ordre , en eft en même temps l'admiration ; cefut parunrare & prudent defintereffe ment une attention particuliere à n'y admettre que des filles d'une vocation éprouvée. Il s'éleva alors contre les maximes de quelques Superieures qui fous le nom tant vanté du bien du Monaftere cachant fouvent une infatiable avarice qui met à prix l'entrée du Sanctuaire , &font un indigne trafic du vœu de pauvreté , & qui jaloufes de fignaler leur Gouvernement par de fuperbes édifices , le font peu de GALANT 67 former des temples vivans au Saint8 Elprit. Le refte fut également fort & foutenu &ce fut undes plus beaux endroits du Difcours. Jamais Traité jamais Convention , ajoutatil , en parlant de Me de Maubuiffon , dans la reception desfujets , elle laiffoit à la difcretion des parens ce que leur tendreffe ou leur charité leur infpiroit & les recevant comme une aumofne elle ne l'exigea jamais comme une dette. Ce qu'elle faifoit pour examiner la vocation des filles fut extraordinaire & éloquemment traité Fij 68 MERCURE & en parlant de fon amour pour les Pauvres , il poursuivic de la forte: dans une année de calamité dont le trifte fouvenir dureroit encore , s'il n'eftoit étouf fé fous lepoids d'une calamitéprefente , plus longue & plus rigoureufe, Mde Maubuiffonfe trou vaaffiegée parune infinité de malheureuxque lafaim, lanudité,les maladies , plus encore la répu tation de ce charitableMonafterey attiroientde toutes parts ; lesfonds prefque épuifez, &fa Communauté prête à tomber dans l'indigence qu'elle avoit voulu faire éviter aux autres , elle voit croî- GALANT 69 tre toutd'un coup les reffources & cette providence aux promeffes de qui elle avoit eftéfidelle foutenir fa Communautéallarméefans que les paurores ceffaffent d'eftre fecourus , ce qui donna lieu à M d'Alet de s'élever avec force contre les riches avares qui fe refuſent aux befoins connus • d'une mifere prefente pour prévenir les befoins incertains d'une mifere à venir. Cet endroit fur fort applaudi , & à l'occafion des vœux que M de Maubuiffon faifoit con. tinuellement pour l'extirpation de l'Herefie , & la part 70 MERCURE qu'elle prenoit aux malheurs de ceux qui errent dans la foy, l'Orateur dit qu'elle redoubloit chaque jour fes prieres & fes vœux pour la Perfonne Sacrée du Roy. L'Herefie vaincuë par fes bontez & profcrite parfapuiffance , les Nouveautez confonduës ; la Veritéprotegée , la Pieté en honneur ; la Religion affife avecluy fur le Trône ; ces merveilles toujours prefentes àſon efprit , luy faifoient compter les triomphes de la Foy par les jours de Louis le Grand, e fa charité en cela d'accordavec fa reconnoif fance , luyfaifoit un devoirpar- GALANT 71 ticulier & perfonnel d'implorer fans ceffe de nouvelles Benedictionsfurfon regne & de demander à Dieu la confervation d'un Prince fi cher à fes fujets , & fi neceffaire à l'Eglife. A des vœux fi legitimes &fi faints , continua l'eloquent Prelat , fe joignoit un zele ardent pour les Princes de l'Augufte Maifon Pa latine. Zele qui formépar la tendreffe & la charité unies enfemble, avoit moins pour objet leurs profperitez temporelles , que leur fanctification. Zele glorieufement récompenfe parla converfion d'une grande Princeffe ( Mr l'Evê 72 MERCURE que d'Alet parloit en cet endroit de S. A. R. Madame ) qui dans la place la plus proche du premier Trône du monde , ne s'y fait pas moins aimer parfes rares bontez, qu'elle y eft admirée par le brillant éclat de fes heroiques vertus. Cet endroit fut extrê mement applaudi , & il convenoit d'autant plus de louer ces deux Princeffes , que Madame & M la Princeffe qui eftoir prefente à la Ceremonie , font toutes deux niéces de feuë M de Maubuiffon , & filles de fes deux freres , feu M' l'Electeur Palatin & le feu Prince Edouard. GALANT 73 douard. Ce Prelat finit par un Compliment qu'il fit à M˚ la Princeffe ; par des éloges de la Maifon de Condé , & par un détail de la mort de cette illuftre Abbeffe à laquelleelle s'étoit preparée pendant une maladie de fept ans
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Résumé : Extrait de l'Oraison Funebre de Madame de Maubuisson, non pas de la maniere ordinaire, mais dont la lecture ne doit pas moins attacher & faire de plaisir que feroit celle de l'Histoire la plus curieuse. [titre d'après la table]
L'oraison funèbre pour Louise Hollandine, princesse palatine et dernière abbesse de l'abbaye de Maubuisson, se distingue par son accent sur les faits plutôt que sur l'éloquence. Prononcée par l'abbé Maboul, grand vicaire de Poitiers et nommé à l'évêché d'Alet, cette oraison relate la vie de Louise Hollandine, marquée par des événements remarquables et une conversion religieuse significative. Louise Hollandine était la seconde fille de Frédéric V, électeur palatin et roi de Bohême, et d'Élisabeth Stuart, fille de Jacques Ier, roi d'Angleterre. Son éducation rigoureuse l'avait formée aux valeurs de droiture, de pureté et de compassion. La princesse avait été influencée par des lectures assidues des Écritures saintes et par des ministres, ce qui avait conduit à sa conversion au catholicisme. Cette conversion fut le résultat de réflexions profondes et de rencontres, notamment avec un médecin catholique, et elle dut surmonter des obstacles intérieurs et sociaux pour manifester sa foi. Après sa conversion, Louise Hollandine quitta la Cour de Bohême pour se rendre en France. Elle fut influencée par un ministre jésuite et renonça publiquement à l'hérésie protestante. En France, elle fut reçue à Rouen par son frère, le prince Édouard Palatin, également converti au catholicisme. Elle exprima son désir de se consacrer à Dieu et fut présentée au roi de France par Henriette-Marie de France, reine d'Angleterre. Le roi promit de protéger les princes persécutés pour la justice et la religion. Louise Hollandine se retira ensuite à la Visitation de Chaillot auprès de sa tante, la reine d'Angleterre, avant de s'installer à l'abbaye de Maubuisson. Elle y affirma sa vocation pendant une année avant de devenir abbesse. Malgré son rang noble, elle s'adapta aux observances monastiques avec humilité et ferveur. L'orateur loua sa sagesse, son humilité, son exactitude et sa charité envers les pauvres. Elle maintint une austère régularité dans l'abbaye, formant des 'temples vivants au Saint-Esprit'. Louise Hollandine priait continuellement pour l'extirpation de l'hérésie et la protection de la foi. Son zèle se manifesta également par ses prières pour la famille palatine et pour la conversion de la princesse Madame. La princesse s'était préparée à sa mort pendant une maladie qui avait duré sept ans. L'oraison funèbre se conclut par des éloges à la princesse présente lors de la cérémonie.
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p. 175-216
Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Début :
Ce qui suit est bien digne de vostre curiosité, & à quelques [...]
Mots clefs :
Éloge funèbre, Jésuites, Collège de Bourges, Orateur, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Héros, Auditeur, Oraison, Tableau
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texteReconnaissance textuelle : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Ce qui fuit eft bien digne
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
Fermer
Résumé : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Le texte relate une cérémonie organisée par les Pères Jésuites du Collège de Bourges en mémoire de Henry Jules de Bourbon, fils du Prince de Condé. Initialement prévue après l'annonce de la mort du prince, la cérémonie fut reportée au mois de décembre pour permettre la présence des membres des principaux corps de la ville de Bourges. Le 19 décembre, une messe fut célébrée dans l'église des Jésuites, suivie d'un discours funèbre en latin prononcé par le Père de Blainville. L'orateur loua les qualités militaires, civiles et domestiques du prince, soulignant notamment son courage lors du passage du Rhin et de la bataille de Seneff. Il mit également en avant sa droiture, sa fidélité et son dévouement envers le roi Louis XIV. Le discours insista sur les vertus du cœur et les qualités de l'esprit du prince, le présentant comme un héros accompli. La salle où se déroula l'oraison était décorée de manière solennelle, avec des tableaux, des trophées et des inscriptions célébrant les vertus et les exploits du prince. Les inscriptions étaient organisées en trois parties principales : les vertus civiles et domestiques, la connaissance des arts utiles à la défense et au soutien des empires, et la connaissance des beaux-arts contribuant à la gloire et à l'ornement d'un royaume. La première inscription générale mettait en avant les vertus civiles et domestiques du prince. Les inscriptions particulières soulignaient ses belles inclinations héritées de son père, sa vigilance et son amour paternel, et son rôle de modèle pour les gouverneurs. Les devises accompagnantes illustraient ces qualités par des métaphores, comme un aigle construisant son aire ou un soleil faisant pousser des fleurs et des fruits. La deuxième inscription générale se concentrait sur la connaissance des arts de défense. Les inscriptions particulières montraient son expertise en guerre, sa compréhension des intérêts des nations, et son dévouement à l'utilité du roi. Les devises utilisaient des images comme un jeu d'échecs, une flèche volante, et un cadran solaire pour symboliser ces compétences. La troisième inscription générale traitait des beaux-arts. Les inscriptions particulières soulignaient sa compréhension des aspects communs et sublimes, son discernement exquis, et son rôle de père de l'élégance et de la politesse. Les devises incluaient un arc-en-ciel, une balance, et un parterre de fleurs pour représenter ces qualités. Enfin, la dernière inscription générale abordait la connaissance des choses religieuses. Les inscriptions particulières montraient son approfondissement des mystères de la religion, son respect des institutions religieuses, et sa consécration finale à la religion. Les devises utilisaient des images comme un aigle regardant le ciel, un vaisseau suivant l'étoile polaire, et de l'encens se consumant sur un autel. La salle était décorée de manière à illustrer ces inscriptions et devises par des armoiries, des chiffres, des tableaux, et un éclairage abondant, créant ainsi une présentation éclatante et détaillée des qualités du prince.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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735
p. 238-252
Benefices donnez par le Roy dans la derniere Promotion. [titre d'après la table]
Début :
Sa Majesté a donn l'Abbaye de Toussaints d'Angers [...]
Mots clefs :
Roi, Promotion, Abbayes, Coadjutorerie, Bénéfices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benefices donnez par le Roy dans la derniere Promotion. [titre d'après la table]
a Majesté a donné l'Ab
baye de Touffaints d'Angers
à Mrl'Abbé de Bruffi GrandVicaire d'Angers. Il a beaucoup de fçavoir , & il a paffé
une partie de fa vie dans les
Seminaires , où il s'eft inftruit
•
GALANT 239
} ་
de fes devoirs. L'Abbaye
dont il vient d'eftre pourvû
a produit des Religieux d'une
grande reputarion , & fur
tout dans le 15° ficcle ; & dans
le temps du Concile de Conftance. J'aurois beaucoup de
chofes àvous dire de Mrl'Abbé de Bruffi , fi j'entrois dans
ces fortes d'Articles dans ce
qui regarde les familles de
tous ceux qui font nommez à
quelques Benefices ; mais commedans toutes les Promotions
que fait Sa Majefté , elle n'a
égard qu'au merite perfonnel.
de ceux qu'elle pourvoit de
240 MERCURE
quelques Benefices & aux vertus Ecclefiaftiques , s'il m'eſt
permis de parler ainfi , & qu'elle ne donne rien à la naiffance
& à la faveur , je pafferay fous
filence beaucoup de chofes
que je pourois dire à l'avantade leurs Maifons. ge
*
Sa Majesté donna dans la
même Promotion l'Abbaye
de Mureau à Mr l'Abbé de
Laigle Grand Vicaire de Toul.
Cette Abbaye eft de l'Ordre
de Premontré & dans le
Dioceſe de Toul. Mr l'Abbé
de Laigle eft Chanoine de la
Cathedrale de la même Ville ,
>
&
GALANT 241.
& il en a efté Grand Vicaire
fous trois Evêques confecutifs.
Ainfi l'on peut juger qu'il a
acquis une grande experience
dans le Gouvernement Ecclefiaftique ; il a la reputation
d'eftre un des plus habiles
hommes qu'il y ait dans l'Eglife de France pour la Difcipline. Il eft confulté des Provinces les plus éloignées cù
l'on fouhaite d'avoir fouvent
defes décifions ; elle font refpectables , & appuyées fur les
maximes les plus juftes & les
mieux fondées du Droit Canon. Cet Abbé eft d'une
X
Fanvier 1710.
#
242 MERCURE.
Maifon fort ancienne & origi
naire de Lorraine où elle étoit
connue dés le 14. fiecle.
L'Abbaye de la Buffiere , fut
donnée enmême temps à Mr
l'Abbé Morey , cy-devant
Chapelain de Sa Majeſté. Certe Abbaye eft de l'Ordre de
Cifteaux , & dans le Dioceſe
d'Autun. Mr l'Abbé Morey
pendant fon féjour à la Cour
& le fervice qu'il y a rendu
dans la Chapelle de Sa Majefté,
s'y eft fait generalement eftimer. Ileft fort verfé dans les
antiquitez Ecclefiaftiques &
fur tout dans la partie qui
GALANT 243
regarde les Ceremonies >. &
s'il n'eut efté prevenu par Mr
l'Abbé Archon , il auroit donné une Hiſtoirede la Chapelle
de nos Rois.
Mrl'Abbé de Viffat la Fayette , fur pourvû le même jour
de l'Abbaye de faint Seine.
Cette Abbaye eft dans le
Dioceſe de Langres , &de l'Ordre de faint Benoift Mrl'Abbé de Viffat eft Docteur- de
Sorbonne , & Comtede faint
Julien de Brioude. Je vous
diray feulement pour vous
faire connoiftre fa Maiſon
qu'il eft de celle du Maréchal
X ij
244 MERCURE
de la Fayette , qui vivoit en
1449. Mr l'Abbé Viffat , eft
fort eftimé à caufe de fa
droiture & d'une grande
bonté de cœur qui luy ont
attiré la bien-veillance & l'amitié de toute la Nobleffe d'Auvergne fa Patrie.
>
Mr l'Abbé de Lée , a cu
dans la même Promotion
l'Abbaye de Villeloin , qui
eft dans le Diocefe de Tours
& de l'Ordre de faint Benoift.
Le merite de cet Abbé eſt
connu , & quoyqu'il meritaſt
par luy mêmel'Abbaye que le
Royvient de luy donner , je
GALANT 245
me trouve neanmoins obligé
de dire qu'il eft proche parent
de Mr de Lée , Lieutenant
General des Armées du Roy;
qu'ils font tous deux Irlandois & alliez àl'illuftre Maiſon
de Drummont & à celle de
Mahony , pour vous faire
connoiftre que le Roy ne
reconnoift pas moins le merite
des Etrangers que celuy de les
fujers.
Mr l'Abbé le Roy de Chauvigny a eu auffi l'Abbaye de
Belle fontaine. Les qualitez
de fon cœur & de fon efprit
ne le rendent par moins cftiX
iij
246 MERCURE
mable fa conduite qui a
que
toujours paru fage à ceux qui
le connoiffent. Il a toûjours
mené une vie unie & digne
d'un Ecclefiaftique , & fa Religion , ainfi quefa grandepieté ,
ont toûjours édifié tout le
monde. Je ne vous dis rien icy
de ſa Maiſon , dont je vous ay
amplement parlé en d'autres
occafions. L'Abbaye de Bellefontaine , eft fous le vocable
de Noftre-Dame de l'Abfie , de
l'Ordre de Saint Benoist & du
Diocefe de la Rochelle.
Mrl'Abbé de Vifnich, grand
Vicaire d'Auxerre , a efté en
GALANT 247
mefme temps nommé à l'Abbaye des Roches , Dioceſe
d'Auxerre & de l'Ordre de
Cifteaux. Mr l'Evêque d'Auxerre , qui connoift le merite
de cet Abbé , qui travaille depuis quelques années fous fes
ordres , a demandé pour luy
cette Abbaye qu'il a obtenue
avec beaucoup d'agrément, le
Roy fe faifant un plaifir de
recompenfer les Ouvriers de
l'Evangile, & de déferer en ces
occafions au témoignage des
Evêques qui peuvent mieux
connoiftre que qui que ce foit
ceux qui travaillent fous leurs
X iiij
248 MERCURE
ordres. Mr l'Abbé de Vifnich
a beaucoup de talent pour la
Predication , & il l'a exercé
avec fuccés dans les meilleures
Chaires de la Province où il
cft employé , & dans celles de
Paris. Il s'eft fort appliqué depuis que fes études font finies,
à celles du droit Canon , & il
y a fait de grands progrés. Il
a fur tout beaucoup travaillé
fur les matieres qui regardent
les Libertez de l'Eglife Galli- :
cane ; & il eſt peu de perſonnes
qui entendent mieux que luy
ce qui appartient à cette
importante matiere, & à celles
GALANT 249
de la difcipline de l'Eglife. Ce
nouvel Abbé cft parent de Mr
l'Evêque d'Auxerre , & d'une
ancienne Maiſon fortie du
Roüergue , où elle eftoit déja
connue dans le 13 ° fiecle.
Mr l'Abbé du Vignau , frere de Mr du Vignau , Maréchal des Logis de l'une des
Compagnies des Moufquetaires , a eu l'Abbaye de Turpenay. Cette Abbaye eft de l'Ordre de S. Benoift , & du Diocefe de Tours. Mr l'Abbé du
Vignau a beaucoup de merite..
Il a fait de grands progrés.
250 MERCURE
dans les Sciences , & fur tout
dans l'étude de la Jurifprudence Canonique. Mr l'Archevêque de Tours , qui le
confidere beaucoup , l'a fouvent employé dans fon Diocefe pour les affaires qui regardent la difcipline Ecclefiaftique.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de S. Pierre du Puy , a
efté donnée à Me de la Fare.
On doit diftinguer cette Ab.
baye d'une autre qui porte
mefme nom ; mais qui eft une
Abbaye d'hommes , & qui eft
le
7
GALANT 251
l'une des plus anciennes du
Royaume, & dont l'Abbé eft
membre du Chapitre de la
Cathedrale; celle de S. Pierre,
qui donne lieu à cet article,
cft auffi tres ancienne , puifqu'elle eftoit déja celebre du
temps de Durand de S. Portien , de Pierre d'Ailly qui fut
enfuite Cardinal & Evêque de
Cambray , & du celebre Raymond Deagiles Chanoine du
Puy , qui a écrit une Hiftoire
de la guerre Sainte. Me de la
Fare a beaucoup de merite, &
s'eſt diſtinguée par la pratique
252 MERCURE
*
de toutes les vertus qui conviennent à fon eftat ; & elle a
fait voir dans tous les emplois
qu'elle a exercez , une habileté
& des lumieres fur tout ce qui
regarde le gouvernement Ec
clefiaftique , qui luy ont acquis unegrande reputation. La
Maifon de la Fare a donné de
grands fujets à l'Eglife, & particulierement dans le 15. &
dans le 16 fiecle. Elle eft fi
illuftre , qu'il n'eft pas neceffaire que je vous en dife rien
pour vous la faire connoitre.
baye de Touffaints d'Angers
à Mrl'Abbé de Bruffi GrandVicaire d'Angers. Il a beaucoup de fçavoir , & il a paffé
une partie de fa vie dans les
Seminaires , où il s'eft inftruit
•
GALANT 239
} ་
de fes devoirs. L'Abbaye
dont il vient d'eftre pourvû
a produit des Religieux d'une
grande reputarion , & fur
tout dans le 15° ficcle ; & dans
le temps du Concile de Conftance. J'aurois beaucoup de
chofes àvous dire de Mrl'Abbé de Bruffi , fi j'entrois dans
ces fortes d'Articles dans ce
qui regarde les familles de
tous ceux qui font nommez à
quelques Benefices ; mais commedans toutes les Promotions
que fait Sa Majefté , elle n'a
égard qu'au merite perfonnel.
de ceux qu'elle pourvoit de
240 MERCURE
quelques Benefices & aux vertus Ecclefiaftiques , s'il m'eſt
permis de parler ainfi , & qu'elle ne donne rien à la naiffance
& à la faveur , je pafferay fous
filence beaucoup de chofes
que je pourois dire à l'avantade leurs Maifons. ge
*
Sa Majesté donna dans la
même Promotion l'Abbaye
de Mureau à Mr l'Abbé de
Laigle Grand Vicaire de Toul.
Cette Abbaye eft de l'Ordre
de Premontré & dans le
Dioceſe de Toul. Mr l'Abbé
de Laigle eft Chanoine de la
Cathedrale de la même Ville ,
>
&
GALANT 241.
& il en a efté Grand Vicaire
fous trois Evêques confecutifs.
Ainfi l'on peut juger qu'il a
acquis une grande experience
dans le Gouvernement Ecclefiaftique ; il a la reputation
d'eftre un des plus habiles
hommes qu'il y ait dans l'Eglife de France pour la Difcipline. Il eft confulté des Provinces les plus éloignées cù
l'on fouhaite d'avoir fouvent
defes décifions ; elle font refpectables , & appuyées fur les
maximes les plus juftes & les
mieux fondées du Droit Canon. Cet Abbé eft d'une
X
Fanvier 1710.
#
242 MERCURE.
Maifon fort ancienne & origi
naire de Lorraine où elle étoit
connue dés le 14. fiecle.
L'Abbaye de la Buffiere , fut
donnée enmême temps à Mr
l'Abbé Morey , cy-devant
Chapelain de Sa Majeſté. Certe Abbaye eft de l'Ordre de
Cifteaux , & dans le Dioceſe
d'Autun. Mr l'Abbé Morey
pendant fon féjour à la Cour
& le fervice qu'il y a rendu
dans la Chapelle de Sa Majefté,
s'y eft fait generalement eftimer. Ileft fort verfé dans les
antiquitez Ecclefiaftiques &
fur tout dans la partie qui
GALANT 243
regarde les Ceremonies >. &
s'il n'eut efté prevenu par Mr
l'Abbé Archon , il auroit donné une Hiſtoirede la Chapelle
de nos Rois.
Mrl'Abbé de Viffat la Fayette , fur pourvû le même jour
de l'Abbaye de faint Seine.
Cette Abbaye eft dans le
Dioceſe de Langres , &de l'Ordre de faint Benoift Mrl'Abbé de Viffat eft Docteur- de
Sorbonne , & Comtede faint
Julien de Brioude. Je vous
diray feulement pour vous
faire connoiftre fa Maiſon
qu'il eft de celle du Maréchal
X ij
244 MERCURE
de la Fayette , qui vivoit en
1449. Mr l'Abbé Viffat , eft
fort eftimé à caufe de fa
droiture & d'une grande
bonté de cœur qui luy ont
attiré la bien-veillance & l'amitié de toute la Nobleffe d'Auvergne fa Patrie.
>
Mr l'Abbé de Lée , a cu
dans la même Promotion
l'Abbaye de Villeloin , qui
eft dans le Diocefe de Tours
& de l'Ordre de faint Benoift.
Le merite de cet Abbé eſt
connu , & quoyqu'il meritaſt
par luy mêmel'Abbaye que le
Royvient de luy donner , je
GALANT 245
me trouve neanmoins obligé
de dire qu'il eft proche parent
de Mr de Lée , Lieutenant
General des Armées du Roy;
qu'ils font tous deux Irlandois & alliez àl'illuftre Maiſon
de Drummont & à celle de
Mahony , pour vous faire
connoiftre que le Roy ne
reconnoift pas moins le merite
des Etrangers que celuy de les
fujers.
Mr l'Abbé le Roy de Chauvigny a eu auffi l'Abbaye de
Belle fontaine. Les qualitez
de fon cœur & de fon efprit
ne le rendent par moins cftiX
iij
246 MERCURE
mable fa conduite qui a
que
toujours paru fage à ceux qui
le connoiffent. Il a toûjours
mené une vie unie & digne
d'un Ecclefiaftique , & fa Religion , ainfi quefa grandepieté ,
ont toûjours édifié tout le
monde. Je ne vous dis rien icy
de ſa Maiſon , dont je vous ay
amplement parlé en d'autres
occafions. L'Abbaye de Bellefontaine , eft fous le vocable
de Noftre-Dame de l'Abfie , de
l'Ordre de Saint Benoist & du
Diocefe de la Rochelle.
Mrl'Abbé de Vifnich, grand
Vicaire d'Auxerre , a efté en
GALANT 247
mefme temps nommé à l'Abbaye des Roches , Dioceſe
d'Auxerre & de l'Ordre de
Cifteaux. Mr l'Evêque d'Auxerre , qui connoift le merite
de cet Abbé , qui travaille depuis quelques années fous fes
ordres , a demandé pour luy
cette Abbaye qu'il a obtenue
avec beaucoup d'agrément, le
Roy fe faifant un plaifir de
recompenfer les Ouvriers de
l'Evangile, & de déferer en ces
occafions au témoignage des
Evêques qui peuvent mieux
connoiftre que qui que ce foit
ceux qui travaillent fous leurs
X iiij
248 MERCURE
ordres. Mr l'Abbé de Vifnich
a beaucoup de talent pour la
Predication , & il l'a exercé
avec fuccés dans les meilleures
Chaires de la Province où il
cft employé , & dans celles de
Paris. Il s'eft fort appliqué depuis que fes études font finies,
à celles du droit Canon , & il
y a fait de grands progrés. Il
a fur tout beaucoup travaillé
fur les matieres qui regardent
les Libertez de l'Eglife Galli- :
cane ; & il eſt peu de perſonnes
qui entendent mieux que luy
ce qui appartient à cette
importante matiere, & à celles
GALANT 249
de la difcipline de l'Eglife. Ce
nouvel Abbé cft parent de Mr
l'Evêque d'Auxerre , & d'une
ancienne Maiſon fortie du
Roüergue , où elle eftoit déja
connue dans le 13 ° fiecle.
Mr l'Abbé du Vignau , frere de Mr du Vignau , Maréchal des Logis de l'une des
Compagnies des Moufquetaires , a eu l'Abbaye de Turpenay. Cette Abbaye eft de l'Ordre de S. Benoift , & du Diocefe de Tours. Mr l'Abbé du
Vignau a beaucoup de merite..
Il a fait de grands progrés.
250 MERCURE
dans les Sciences , & fur tout
dans l'étude de la Jurifprudence Canonique. Mr l'Archevêque de Tours , qui le
confidere beaucoup , l'a fouvent employé dans fon Diocefe pour les affaires qui regardent la difcipline Ecclefiaftique.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de S. Pierre du Puy , a
efté donnée à Me de la Fare.
On doit diftinguer cette Ab.
baye d'une autre qui porte
mefme nom ; mais qui eft une
Abbaye d'hommes , & qui eft
le
7
GALANT 251
l'une des plus anciennes du
Royaume, & dont l'Abbé eft
membre du Chapitre de la
Cathedrale; celle de S. Pierre,
qui donne lieu à cet article,
cft auffi tres ancienne , puifqu'elle eftoit déja celebre du
temps de Durand de S. Portien , de Pierre d'Ailly qui fut
enfuite Cardinal & Evêque de
Cambray , & du celebre Raymond Deagiles Chanoine du
Puy , qui a écrit une Hiftoire
de la guerre Sainte. Me de la
Fare a beaucoup de merite, &
s'eſt diſtinguée par la pratique
252 MERCURE
*
de toutes les vertus qui conviennent à fon eftat ; & elle a
fait voir dans tous les emplois
qu'elle a exercez , une habileté
& des lumieres fur tout ce qui
regarde le gouvernement Ec
clefiaftique , qui luy ont acquis unegrande reputation. La
Maifon de la Fare a donné de
grands fujets à l'Eglife, & particulierement dans le 15. &
dans le 16 fiecle. Elle eft fi
illuftre , qu'il n'eft pas neceffaire que je vous en dife rien
pour vous la faire connoitre.
Fermer
Résumé : Benefices donnez par le Roy dans la derniere Promotion. [titre d'après la table]
En janvier 1710, Sa Majesté a procédé à plusieurs nominations d'abbayes. L'Abbaye de Touffaints d'Angers a été attribuée à l'Abbé de Bruffi, Grand Vicaire d'Angers, distingué pour ses connaissances et son expérience dans les séminaires. L'Abbaye de Mureau, située dans le Diocèse de Toul et appartenant à l'Ordre de Prémontré, a été donnée à l'Abbé de Laigle, Grand Vicaire de Toul, reconnu pour son expertise en discipline ecclésiastique. L'Abbaye de la Buffière, de l'Ordre de Cîteaux et dans le Diocèse d'Autun, a été attribuée à l'Abbé Morey, ancien Chapelain de Sa Majesté, connu pour ses compétences en antiquités ecclésiastiques. L'Abbé de Viffat la Fayette a reçu l'Abbaye de Saint-Seine, dans le Diocèse de Langres, et est apprécié pour sa droiture et sa bonté. L'Abbé de Lée a obtenu l'Abbaye de Villeloin, dans le Diocèse de Tours, et est proche parent du Lieutenant Général des Armées du Roy. L'Abbé le Roy de Chauvigny a été nommé à l'Abbaye de Bellefontaine, dans le Diocèse de la Rochelle, et est reconnu pour sa conduite sage et sa piété. L'Abbé de Vifnich, Grand Vicaire d'Auxerre, a été nommé à l'Abbaye des Roches, dans le Diocèse d'Auxerre, et est apprécié pour ses talents en prédication et en droit canon. L'Abbé du Vignau a reçu l'Abbaye de Turpenay, dans le Diocèse de Tours, et est reconnu pour ses compétences en jurisprudence canonique. Enfin, la Coadjutorerie de l'Abbaye de Saint-Pierre du Puy a été attribuée à Me de la Fare, distinguée pour ses vertus et son habileté en gouvernement ecclésiastique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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736
p. 253-270
Dons faits par le Roy, tant à Mr de Barillon qu'à Mr d'Albaret, & à Mr le Chevalier de S. Olon. [titre d'après la table]
Début :
Comme le Roy fait tous les jours des dons de toutes manieres, [...]
Mots clefs :
Dons, Roi, Mr de Barillon, Mr d'Albaret, Chevalier de S. Olon, Ambassadeur, Commissions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons faits par le Roy, tant à Mr de Barillon qu'à Mr d'Albaret, & à Mr le Chevalier de S. Olon. [titre d'après la table]
Comme le Roy fait tous
les jours des dons de toutes
manieres , Sa Majefté a donné
à Mr de Barillon, M° des Requeftes, l'Intendance de la Province de Rouffillon, & de l'Armée que commande Mr le
Duc de Noailles. Mr d'Albaret
Piemontois , & d'une Maifon
confiderable , cy devant
mier Prefident à
voit cet employ avec la
preapremiere Prefidence du Confeil
Souverain du Rouffillon. Mais
comme chacun de ces deux
emplois demande un homme
254 MERCURE
tout entier , S. M. a laiffé à
Mr d'Albaret la place de Pre-`
mier Preſident , &luy a donné
une penfion de 2000. écus
pour marquer la fatisfaction
qu'Elle a de fes fervices. Mr
de Barillon eft d'une des meilleures familles de la Robe. Je
vous en ay parlé tant de fois,
qu'il eft inutile que je repete
ce que je vous en ay dit. Il eft
fils de Mr de Barillon Confeiller d'Eftat ordinaire, qui avoit
efté pendant 12. ans Ambaffadeur en Angleterre , Plenipotentiaire au Congrez de Colo.
GALANT 255
gne , & fucceffivement Intendant de Paris , de Picardie , &
des Armées du Roy , & Commiffaire pour les limites , en
execution du Traité d'Aix-laChapelle. Ce dernier eftoit fils
de Mr le Prefident Barillon,
Magiftrat d'une vertuſi diſtinguée , que fa memoire eft encore honorée dans le Parlement , & neveu de Mr de Morangis , qui avoit cfté Directeur des Finances , & qui eft
mort tres - ancien Confeiller
d'Eftat , avec une reputation
auffi grande dans le Confeil,
8
256 MERCURE
que
celle
Mr fon frere a- que
voit dans le Parlement. Mr
de Barillon l'Ambaffadeur , avoit épousé Marie Magdeleine
Mangot , petite fille du Garde
des Sceaux Mangot , &fille de
Mr Mangot, grand Doyen de
Mrs les Maiftres des Requeſtes,
& de Marie Phelipeaux fa femme, fœur de Mr le Preſident
Pontchartrain , pere de Mr
le Chancelier. On ne doit pas
s'eftonner fi Mr de Barillon,
forty de tels parens paternels
& maternels , & aprés avoir
fervy avecdiftinction pendant
de
GALANT 257
huit années , en qualité de
Confeiller, tant aux Requeſtes
du Palais, qu'au Parlement , &
pendant dix autres au Confeil,
a efté choisi pour un employ
d'autant plus beau que la victoire a toûjours paru attachéc
à cette Armée, ou plûtoſt enchaînée par la capacité du General auquel le Roy en confic
la conduite.
Le Roy a donné au fils de
Mr le Chevalier de Saint Olon,
la furvivance de la Charge qu'il
poffede de Gentilhomme ordinaire de fa Maifon. Ceux
qui font pourvûs de ces CharFanvier 1710.
Y
258 MERCURE
ges doivent avoir un efprit
univerfel , beaucoup de politeffe , fçavoir s'énoncer agreablement , & fur tout fçavoir
le monde , fans quoy ils ne
pouroient remplir dignement
Ies Commiffions dont le Roy
les honore tous les jours. Ils
font deſtinez à une infinité de
differens emplois, &Sa Majeſté
en doit toûjours avoir quelqu'un auprés de fa Perfonne,
afin que felon les évenemens
qu'Elle apprend , Elle les envoye, felon qu'Elle le juge à
propos , faire des complimens
de congratulation fur la naif-
GALANT
259
&
fance des Princes & autres perfonnes d'une grande diftinction , ainfi que fur leur mariage , & fur quantité d'incidens
qui leur peuvent arriver ,
des complimens de condoleance fur les morts qui arrivent
dans leurs familles . Ils vont
auffi recevoir des Princes étrangers, qui paffent dans le Royaume , ou qui viennent pour y
demeurer ; & quand le Roy a
connu qu'ils fe font bien acquittez de toutes ces chofes,
& qu'ils ont un genie élevé,
penetrant & propre aux
affaires il les employe à
Y ij
260 MERCURE
des chofes plus importantes ;
à des negociations épineu
fes , & leur donne quelquefois le titre d'Envoyez Extraordinaires , & mefme d'Ambaffadeurs.
Je ne puis mieux vous faire
voir à quoy ces Meffieurs font
employez , qu'en vous faifant
un détail de la plus grande
partie des Commiffions dont
Mr. de S. Olon a etté honoré,
puifqu'il paroift conftant que
jamais Gentilhomme ordinaire
n'a eu le bonheur d'en avoir
un fi grand nombre.
Aprés avoir fait connoiſtre
GALANT 261
}
par fes premieres Commiffions
dequoy il eftoit capable, & les
fervices qu'il pouvoit rendre
au Roy & à l'Etat ; & aprés
avoir accompagné S. M. dans
plufieurs de fes Campagnes ,
pendant lefquelles il s'acquitta
toûjours au gré de S. M. des
Commiffions dont il fut honoré, il eut en 1673. celle de
conduire Mr le Comte de Molina Ambaffadeur d'Espagne,
jufqu'à la frontiere, & de faire
à l'Ile de la Conference l'échange de ce Comte avec Mr
de Villars Ambaffadeur , de
France en Espagne.
262 MERCURE
En 1681. il fut envoyé à
Genes , & il n'en revint qu'en
1684.
En 1688. il fut mis par le
Roy auprés de Mr le Cardinal
Ranuzzi Nonce du Pape, & il
demeura neuf mois avec luy
dans S. Lazare , où il avoit jugé à propos de ſe retirer .
Il fut chargé en 1690. de
la conduite de Mr le Marquis
de Dogliani Ambaffadeur de
Savoye jufqu'à Antibes , & de
l'échanger fur le Var avec Mr
le Comte deRebenac, Ambaffadeur de France en Savoye.
Il fut nommé en 1692.
GALANT 263
2
Ambaffadeur auprés du Roy
de Maroc , d'où il ne revint
qu'à la fin de 1693. & il donna auPublic à fon retour , un
Volume tres curieux , & qui
contenoit la Relation de cette
Ambaſſade.
En 1698. il fut envoyé à
Breft avec un plein pouvoir du
Roypour y conclure unTraité de Paix & de Commerce avec le General Ben- Arſche
Ambaffadeur du Roy de Maroc & conjointement avec
Mr le Comte de Chafteau Renault , qui à eſté fait depuis
Vice-Amiral & Maréchal de
264 MERCURE
France. Mais à peine fut- il arrivé à Breſt , qu'il y reçut l'ordre d'amener cet Ambaffadeur
à la Cour , de l'accompagner
par tout , & de demeurer auprés de luy jufqu'à fon retour.
Le Roy le miten 1703. auprés de Mr le Comte de Valdftein Ambaffadeur de l'Empereur en Portugal , & pris fur
Mer par
le conduifit de Vincennes à
Bourges , où il demeura dix
mois avec luy , à la fin defquels S. M. luy ayant accordé
fa liberté , Elle luy ordonna
de le mener jufqu'à Geneve.
Mr de Coëtlogon. Il
Il
GALANT 265
Il fut envoyé à Bayonne
fur la fin de 1709. pour faire
au nom du Roy le compliment de condoleance à la Reine Doüairiere d'Eſpagne , ſur
la mort de l'Electrice Douairiere Palatine fa Mere.
Il a eu quantité d'autres
Commiffions auprés de rous
les Princes , Princeffes , & Seigneurs & Dames de la Cour ;
auprés du Roy & de la Reine
d'Angleterre ; auprés de Mr
de Strafbourg ; de M° de Mekelbourg ; de Mr le Cardinal
de Coiflin , & de Mes les Princeffes de Baden , de Carignan,
Fanvier 1710.
Ꮓ
266 MERCURE
& de Soubize. Il reçut pour
le Roy , les dernieres paroles
du Grand Condé agonifant à
Fontainebleau , & celles de Mr
de Montaufier à Paris.
Il alla vifieer trois fois par
ordre du Roy en 1675. &
1676. feu Mr de Longueville
à Chezal Benoift & à Bourgueil , à l'occafion des differens que ce Prince avoit avec
Mes de Longueville & de Nemours.
En 1672. il fut chargé des
Ordres du Roy pour Mr le
Chevalier de Rohan , au fujet
du démêlé qu'il y eût pour
GALANT 267
lors entre luy & Mr le Chevalier de Lorraine.
En 1664. le Roy ayant permis à Mr le Prince d'enyoyer
Mr de S. Olon en Espagne
pour des interefts particuliers
qu'il avoit à y traiter , la Reine le chargea à cette occafion
de faire des complimens de la
part de Monfeigneur le Dauphin , à l'Infant d'Espagne,
qui a efté depuis Charles II.
Il fut admis à fon Audiance
avec tout le ceremonial qu'on
a coûtume d'obſerver dans ces
fortes de fonctions , & il
fe glorifier d'avoir efté le prepeut
Z ij
268 MERCURE
mier des Envoyez que Monfei
gneur le Dauphin a cus
pourra avoir. Il demeura fix
mois à la Cour d'Espagne , &
il
y
&
eut trois Audiances de
Philippes IV.
*
Je n'ay pas tout- à fait fuivy
l'ordre des temps , en vous
parlant de la plus grande partie des Commiffions attachées
à fa Charge , dont il a efté
honoré , lors qu'il ne s'eft
point agy de negociations
dont je vous ay marqué exactement les temps. Mr de S.
Olon fils , qui a eſté reçu en
furvivance , a fait quatre cam-
GALANT 269
pagnes dans les Moufquetaires , & cinq en qualité d Officier aux Gardes. Il a efté d'abord Enſeigne , &depuis quatre mois , le Roy l'a fait SousLieutenant. Il a efté eftropié
de la main droite, à l'affaire de
Ramillies. Il ya lieu de croire
que le Roy luy a donné la furvivance que S. M. luy vienr
d'accorder › parce qu'eftant
inftruit par l'exemple & par
les Memoires d'un pere qui
s'eft fi bien acquitté de toutes
les fonctions d'une Charge
dont l'exercice n'eft pas facile,
ayant les mefmes lumieres que
Z iij
270 MERCURE
fon pere, y fervira de mefme,
& avec autant de zele & de
fidelité , le Roy & l'Etat
les jours des dons de toutes
manieres , Sa Majefté a donné
à Mr de Barillon, M° des Requeftes, l'Intendance de la Province de Rouffillon, & de l'Armée que commande Mr le
Duc de Noailles. Mr d'Albaret
Piemontois , & d'une Maifon
confiderable , cy devant
mier Prefident à
voit cet employ avec la
preapremiere Prefidence du Confeil
Souverain du Rouffillon. Mais
comme chacun de ces deux
emplois demande un homme
254 MERCURE
tout entier , S. M. a laiffé à
Mr d'Albaret la place de Pre-`
mier Preſident , &luy a donné
une penfion de 2000. écus
pour marquer la fatisfaction
qu'Elle a de fes fervices. Mr
de Barillon eft d'une des meilleures familles de la Robe. Je
vous en ay parlé tant de fois,
qu'il eft inutile que je repete
ce que je vous en ay dit. Il eft
fils de Mr de Barillon Confeiller d'Eftat ordinaire, qui avoit
efté pendant 12. ans Ambaffadeur en Angleterre , Plenipotentiaire au Congrez de Colo.
GALANT 255
gne , & fucceffivement Intendant de Paris , de Picardie , &
des Armées du Roy , & Commiffaire pour les limites , en
execution du Traité d'Aix-laChapelle. Ce dernier eftoit fils
de Mr le Prefident Barillon,
Magiftrat d'une vertuſi diſtinguée , que fa memoire eft encore honorée dans le Parlement , & neveu de Mr de Morangis , qui avoit cfté Directeur des Finances , & qui eft
mort tres - ancien Confeiller
d'Eftat , avec une reputation
auffi grande dans le Confeil,
8
256 MERCURE
que
celle
Mr fon frere a- que
voit dans le Parlement. Mr
de Barillon l'Ambaffadeur , avoit épousé Marie Magdeleine
Mangot , petite fille du Garde
des Sceaux Mangot , &fille de
Mr Mangot, grand Doyen de
Mrs les Maiftres des Requeſtes,
& de Marie Phelipeaux fa femme, fœur de Mr le Preſident
Pontchartrain , pere de Mr
le Chancelier. On ne doit pas
s'eftonner fi Mr de Barillon,
forty de tels parens paternels
& maternels , & aprés avoir
fervy avecdiftinction pendant
de
GALANT 257
huit années , en qualité de
Confeiller, tant aux Requeſtes
du Palais, qu'au Parlement , &
pendant dix autres au Confeil,
a efté choisi pour un employ
d'autant plus beau que la victoire a toûjours paru attachéc
à cette Armée, ou plûtoſt enchaînée par la capacité du General auquel le Roy en confic
la conduite.
Le Roy a donné au fils de
Mr le Chevalier de Saint Olon,
la furvivance de la Charge qu'il
poffede de Gentilhomme ordinaire de fa Maifon. Ceux
qui font pourvûs de ces CharFanvier 1710.
Y
258 MERCURE
ges doivent avoir un efprit
univerfel , beaucoup de politeffe , fçavoir s'énoncer agreablement , & fur tout fçavoir
le monde , fans quoy ils ne
pouroient remplir dignement
Ies Commiffions dont le Roy
les honore tous les jours. Ils
font deſtinez à une infinité de
differens emplois, &Sa Majeſté
en doit toûjours avoir quelqu'un auprés de fa Perfonne,
afin que felon les évenemens
qu'Elle apprend , Elle les envoye, felon qu'Elle le juge à
propos , faire des complimens
de congratulation fur la naif-
GALANT
259
&
fance des Princes & autres perfonnes d'une grande diftinction , ainfi que fur leur mariage , & fur quantité d'incidens
qui leur peuvent arriver ,
des complimens de condoleance fur les morts qui arrivent
dans leurs familles . Ils vont
auffi recevoir des Princes étrangers, qui paffent dans le Royaume , ou qui viennent pour y
demeurer ; & quand le Roy a
connu qu'ils fe font bien acquittez de toutes ces chofes,
& qu'ils ont un genie élevé,
penetrant & propre aux
affaires il les employe à
Y ij
260 MERCURE
des chofes plus importantes ;
à des negociations épineu
fes , & leur donne quelquefois le titre d'Envoyez Extraordinaires , & mefme d'Ambaffadeurs.
Je ne puis mieux vous faire
voir à quoy ces Meffieurs font
employez , qu'en vous faifant
un détail de la plus grande
partie des Commiffions dont
Mr. de S. Olon a etté honoré,
puifqu'il paroift conftant que
jamais Gentilhomme ordinaire
n'a eu le bonheur d'en avoir
un fi grand nombre.
Aprés avoir fait connoiſtre
GALANT 261
}
par fes premieres Commiffions
dequoy il eftoit capable, & les
fervices qu'il pouvoit rendre
au Roy & à l'Etat ; & aprés
avoir accompagné S. M. dans
plufieurs de fes Campagnes ,
pendant lefquelles il s'acquitta
toûjours au gré de S. M. des
Commiffions dont il fut honoré, il eut en 1673. celle de
conduire Mr le Comte de Molina Ambaffadeur d'Espagne,
jufqu'à la frontiere, & de faire
à l'Ile de la Conference l'échange de ce Comte avec Mr
de Villars Ambaffadeur , de
France en Espagne.
262 MERCURE
En 1681. il fut envoyé à
Genes , & il n'en revint qu'en
1684.
En 1688. il fut mis par le
Roy auprés de Mr le Cardinal
Ranuzzi Nonce du Pape, & il
demeura neuf mois avec luy
dans S. Lazare , où il avoit jugé à propos de ſe retirer .
Il fut chargé en 1690. de
la conduite de Mr le Marquis
de Dogliani Ambaffadeur de
Savoye jufqu'à Antibes , & de
l'échanger fur le Var avec Mr
le Comte deRebenac, Ambaffadeur de France en Savoye.
Il fut nommé en 1692.
GALANT 263
2
Ambaffadeur auprés du Roy
de Maroc , d'où il ne revint
qu'à la fin de 1693. & il donna auPublic à fon retour , un
Volume tres curieux , & qui
contenoit la Relation de cette
Ambaſſade.
En 1698. il fut envoyé à
Breft avec un plein pouvoir du
Roypour y conclure unTraité de Paix & de Commerce avec le General Ben- Arſche
Ambaffadeur du Roy de Maroc & conjointement avec
Mr le Comte de Chafteau Renault , qui à eſté fait depuis
Vice-Amiral & Maréchal de
264 MERCURE
France. Mais à peine fut- il arrivé à Breſt , qu'il y reçut l'ordre d'amener cet Ambaffadeur
à la Cour , de l'accompagner
par tout , & de demeurer auprés de luy jufqu'à fon retour.
Le Roy le miten 1703. auprés de Mr le Comte de Valdftein Ambaffadeur de l'Empereur en Portugal , & pris fur
Mer par
le conduifit de Vincennes à
Bourges , où il demeura dix
mois avec luy , à la fin defquels S. M. luy ayant accordé
fa liberté , Elle luy ordonna
de le mener jufqu'à Geneve.
Mr de Coëtlogon. Il
Il
GALANT 265
Il fut envoyé à Bayonne
fur la fin de 1709. pour faire
au nom du Roy le compliment de condoleance à la Reine Doüairiere d'Eſpagne , ſur
la mort de l'Electrice Douairiere Palatine fa Mere.
Il a eu quantité d'autres
Commiffions auprés de rous
les Princes , Princeffes , & Seigneurs & Dames de la Cour ;
auprés du Roy & de la Reine
d'Angleterre ; auprés de Mr
de Strafbourg ; de M° de Mekelbourg ; de Mr le Cardinal
de Coiflin , & de Mes les Princeffes de Baden , de Carignan,
Fanvier 1710.
Ꮓ
266 MERCURE
& de Soubize. Il reçut pour
le Roy , les dernieres paroles
du Grand Condé agonifant à
Fontainebleau , & celles de Mr
de Montaufier à Paris.
Il alla vifieer trois fois par
ordre du Roy en 1675. &
1676. feu Mr de Longueville
à Chezal Benoift & à Bourgueil , à l'occafion des differens que ce Prince avoit avec
Mes de Longueville & de Nemours.
En 1672. il fut chargé des
Ordres du Roy pour Mr le
Chevalier de Rohan , au fujet
du démêlé qu'il y eût pour
GALANT 267
lors entre luy & Mr le Chevalier de Lorraine.
En 1664. le Roy ayant permis à Mr le Prince d'enyoyer
Mr de S. Olon en Espagne
pour des interefts particuliers
qu'il avoit à y traiter , la Reine le chargea à cette occafion
de faire des complimens de la
part de Monfeigneur le Dauphin , à l'Infant d'Espagne,
qui a efté depuis Charles II.
Il fut admis à fon Audiance
avec tout le ceremonial qu'on
a coûtume d'obſerver dans ces
fortes de fonctions , & il
fe glorifier d'avoir efté le prepeut
Z ij
268 MERCURE
mier des Envoyez que Monfei
gneur le Dauphin a cus
pourra avoir. Il demeura fix
mois à la Cour d'Espagne , &
il
y
&
eut trois Audiances de
Philippes IV.
*
Je n'ay pas tout- à fait fuivy
l'ordre des temps , en vous
parlant de la plus grande partie des Commiffions attachées
à fa Charge , dont il a efté
honoré , lors qu'il ne s'eft
point agy de negociations
dont je vous ay marqué exactement les temps. Mr de S.
Olon fils , qui a eſté reçu en
furvivance , a fait quatre cam-
GALANT 269
pagnes dans les Moufquetaires , & cinq en qualité d Officier aux Gardes. Il a efté d'abord Enſeigne , &depuis quatre mois , le Roy l'a fait SousLieutenant. Il a efté eftropié
de la main droite, à l'affaire de
Ramillies. Il ya lieu de croire
que le Roy luy a donné la furvivance que S. M. luy vienr
d'accorder › parce qu'eftant
inftruit par l'exemple & par
les Memoires d'un pere qui
s'eft fi bien acquitté de toutes
les fonctions d'une Charge
dont l'exercice n'eft pas facile,
ayant les mefmes lumieres que
Z iij
270 MERCURE
fon pere, y fervira de mefme,
& avec autant de zele & de
fidelité , le Roy & l'Etat
Fermer
Résumé : Dons faits par le Roy, tant à Mr de Barillon qu'à Mr d'Albaret, & à Mr le Chevalier de S. Olon. [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs nominations et distinctions accordées par le roi. Monsieur de Barillon, Maître des Requêtes, a été nommé Intendant de la Province de Roussillon et de l'armée dirigée par le Duc de Noailles. Monsieur d'Albaret, ancien Premier Président, a conservé sa charge avec une pension de 2000 écus en reconnaissance de ses services. Monsieur de Barillon provient d'une famille distinguée de la robe, son père ayant été ambassadeur en Angleterre et intendant de plusieurs régions et armées. Le roi a également accordé la survivance de la charge de Gentilhomme ordinaire de sa maison au fils du Chevalier de Saint Olon. Cette charge exige un esprit universel, beaucoup de politesse et une connaissance approfondie du monde. Les titulaires de cette charge sont souvent envoyés en missions diplomatiques, pour des compliments de congratulation ou de condoléances, et peuvent être promus à des rôles plus importants comme envoyés extraordinaires ou ambassadeurs. Le Chevalier de Saint Olon a effectué de nombreuses missions diplomatiques, incluant des échanges d'ambassadeurs, des négociations de traités et des missions auprès de diverses cours européennes et non européennes. Son fils, également nommé Gentilhomme ordinaire, a servi dans les Mousquetaires et les Gardes et a été blessé à la bataille de Ramillies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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737
p. 307-312
Benefice donné par le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Comme la variété des Articles de mes Lettres doit faire [...]
Mots clefs :
Bénéfice, Roi, Claude Franchet de Ran
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benefice donné par le Roy. [titre d'après la table]
Comme la varieté des Articles des mes Lettres doit faire
un agrément , il ne faut pas
Ccij
308 MERCURE
s'étonner fi je paffe fouvent
d'une matiere à une autre qui
ne peut avoir de liaiſon avec
la precedente , & cela donne
même lieu de fe repofer l'ef
prit en ceffant la lecture de
mes Lettres , ce que l'on a de
la peine à faire pour ne point
interomprela lecture de tout
ce qui regarde à peu prés la
même matiere , & c'est pourquoy je fais fuivre icy un Article bien diferent de celuy
quevous venez de lire, & quoy
qu'il s'agiffe dans cet Article
d'un Benefice donné par le
Roy , & que dans ces fortes
GALANT 309
d'Articles je parle moins de
ceux à qui Sa Majefté les donne que de leurs vertus , & de
ce qu'ils ont fait pour le fervice
de l'Eglife en confideration
duquel le Roy donne feulement des dignitez Ecclefiaftiques comme cet Article regarde une Province dont plufieurs des familles de ceux qui
l'habitent ne font pas connues
icy , je crois vous devoir en
voyer cet Article de la maniere
que je l'ayreçu .
Le Roy a donné le Prieuré
de Vaux , Ordre du Val- desChoux, Dioceſe de Langres ,
310 MERCURE
à M Claude Francher de Ran,
Docteur en Theologie , d'une
famille ancienne de FrancheComté, & dont le quatrième
aycul fut annobli par l'Empereur Charlequint en 1550. Il
cft fils de Jean Claude Franchet
Seigneur de Cendrey, Confeiller au Parlement, de la même
Province , & de Dame AnneIgnace de Chaillot , frere de
Charles - Ignace Elprit Franchet de Ran , auffi Confeiller
au même Parlement , qui s'y
diftinguent par leur fçavoir ;
& neveu de Charles - François
Franchet Chanoine de la Me-
GALANT 311
tropolitaine de Befançon , Ar
chidiacre de Luxeul , Prieur
Commendataire de Fontaine,.
& ci- devant Confeiller au même Parlement. Ceux de cette
famille ont l'avantage d'eftre
reçus & Jurez dans les Corps
de Nobleffe , ainfi que dans les
Maiſons & Monafteres de l'un
& de l'autre fexe , où l'on n'eft
point admis fans preuve. Elle
a produit des fujets confidera
bles par leurs Emplois ; un
ayeul paternel de ce Prieur ,
ainfi que fon bifaycul & fon
trifayeul , ayant efté du nom.
bredes Gouverneurs de Befan-
312 MERCURE
çon , lorfque cette Ville eftoit
du Corps de l'Empire ; & elle
eft alliée à plufieurs familles
principales de la Province ; fçavoir à celles de Petremand , de
Chaillor d'Athume , d'Elpoutot , Champd hyver , de Pra ,
de Rincourt , de Malpas , & à
celle de Varax en Savoye.
un agrément , il ne faut pas
Ccij
308 MERCURE
s'étonner fi je paffe fouvent
d'une matiere à une autre qui
ne peut avoir de liaiſon avec
la precedente , & cela donne
même lieu de fe repofer l'ef
prit en ceffant la lecture de
mes Lettres , ce que l'on a de
la peine à faire pour ne point
interomprela lecture de tout
ce qui regarde à peu prés la
même matiere , & c'est pourquoy je fais fuivre icy un Article bien diferent de celuy
quevous venez de lire, & quoy
qu'il s'agiffe dans cet Article
d'un Benefice donné par le
Roy , & que dans ces fortes
GALANT 309
d'Articles je parle moins de
ceux à qui Sa Majefté les donne que de leurs vertus , & de
ce qu'ils ont fait pour le fervice
de l'Eglife en confideration
duquel le Roy donne feulement des dignitez Ecclefiaftiques comme cet Article regarde une Province dont plufieurs des familles de ceux qui
l'habitent ne font pas connues
icy , je crois vous devoir en
voyer cet Article de la maniere
que je l'ayreçu .
Le Roy a donné le Prieuré
de Vaux , Ordre du Val- desChoux, Dioceſe de Langres ,
310 MERCURE
à M Claude Francher de Ran,
Docteur en Theologie , d'une
famille ancienne de FrancheComté, & dont le quatrième
aycul fut annobli par l'Empereur Charlequint en 1550. Il
cft fils de Jean Claude Franchet
Seigneur de Cendrey, Confeiller au Parlement, de la même
Province , & de Dame AnneIgnace de Chaillot , frere de
Charles - Ignace Elprit Franchet de Ran , auffi Confeiller
au même Parlement , qui s'y
diftinguent par leur fçavoir ;
& neveu de Charles - François
Franchet Chanoine de la Me-
GALANT 311
tropolitaine de Befançon , Ar
chidiacre de Luxeul , Prieur
Commendataire de Fontaine,.
& ci- devant Confeiller au même Parlement. Ceux de cette
famille ont l'avantage d'eftre
reçus & Jurez dans les Corps
de Nobleffe , ainfi que dans les
Maiſons & Monafteres de l'un
& de l'autre fexe , où l'on n'eft
point admis fans preuve. Elle
a produit des fujets confidera
bles par leurs Emplois ; un
ayeul paternel de ce Prieur ,
ainfi que fon bifaycul & fon
trifayeul , ayant efté du nom.
bredes Gouverneurs de Befan-
312 MERCURE
çon , lorfque cette Ville eftoit
du Corps de l'Empire ; & elle
eft alliée à plufieurs familles
principales de la Province ; fçavoir à celles de Petremand , de
Chaillor d'Athume , d'Elpoutot , Champd hyver , de Pra ,
de Rincourt , de Malpas , & à
celle de Varax en Savoye.
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Résumé : Benefice donné par le Roy. [titre d'après la table]
Le texte examine la diversité des sujets traités dans les lettres de l'auteur, notant que les changements fréquents de thème sont délibérés pour captiver le lecteur. Il présente ensuite un article distinct concernant un bénéfice ecclésiastique accordé par le roi. Cet article concerne le Prieuré de Vaux, dans l'Ordre du Val-des-Choux, diocèse de Langres, attribué à Claude Francher de Ran, Docteur en Théologie. La famille de Ran, originaire de Franche-Comté, a été anoblie par l'Empereur Charles Quint en 1550. Claude Francher de Ran est le fils de Jean Claude Franchet, Seigneur de Cendrey et Conseiller au Parlement, et de Dame Anne-Ignace de Chaillot. Il est également le frère de Charles-Ignace Esprit Franchet de Ran, Conseiller au Parlement, et le neveu de Charles-François Franchet, Chanoine de la Métropolitaine de Besançon. La famille Franchet est bien intégrée dans la noblesse et compte plusieurs membres distingués par leurs fonctions. Elle est alliée à diverses familles principales de la province, notamment les Petremand, Chaillot d'Athume, Elpoutot, Champdhyver, Pra, Rincourt, Malpas, et Varax en Savoie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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738
p. 351-376
Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
Début :
Enfin l'on ne doit plus avoir d'inquietude touchant la playe [...]
Mots clefs :
Maréchal de Villars, Ennemis, Flandre, Troupes, Campagne, Argent, Hollande, Nations, Guerre, Vaisseaux
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texteReconnaissance textuelle : Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
Enfin l'on ne doit plus avoir
d'inquietude couchant la playe
de Mr le Maréchal de Villars ,
devant eſtre à prefent reputée
comme guerie, puifqu'un pois
pourroit à peine y entrer prefentement , & qu'il pourroit fc
mettre en Campagne fi la neceffité le demandoit ; & comme ce Maréchal netefpire que,
la guerre & qu'il veut eftre en
cftat de bonne heure de fe
fignaler & de faire voir aux
Alliez qu'il n'apprehende pas
leurs menaces, il a tres certainementdonnéordre qu'on travaillaft à tous les équipages
352 MERCURE
& qu'on luy fift venir quantité de vin de Bourgogne.
Il fembloit que les Ennemis
le preparoient à faire quelques
mouvemens en Flandre , & Mr
le Maréchal de Barwick avoir
eſté nommé pour y faire une
tournée & pour les obferver ;
mais comme l'on a cfté informé qu'ils eftoient tranquiles
&quefa prefencen y eftoit pas
neceffaire , ce Maréchal n'eft
pas parti.
Mrle Maréchal d'Harcourt
eftant retombé en paralyfie ,
Mr Fagon l'a fait faigner , &
luy a fait prendre l'Emerique ,
GALANT 353
prétendant que cette paralyfie
ne vient point du dedans , &
qu'elle n'eſt qu'exterieure , &
par confequent point dangereufe. Ce Maréchal partit le
28. pour aller aux caux de
Bourbon & fon, deffein eft
de faire encore la Campagne
fur le Rhin ou nos Troupes
fontnombreufes, en boneftat,
& ne manquent de rien , ſuivant que les Ennemis le publient eux - mêmes tous les
jours , & il y a lieu de croire
qu'ils ne feront pas en eftat de
leur refifter , ny d'envoyer des
Troupes en Flandres & fur le
Fanvier 1710. Gg
354 MERCURE
Rhin , les Princes d'Allemagne
n'eftant pas payez des fubfides
que l'Angleterre & la Hollande font convenus de leur donner , & que ſelon toutes les apparences , ils ne pourront leur
payer encore de long- temps ,
l'argent manquant abfolument à ces deux Nations.
Je fçay de certitude par un
homme revenu depuis peu
d'Angleterre , qu'il a efté furpris en y arrivant , d'y trouver
le pain plus cher qu'à Paris , &
la rareté de l'argent encore
plus grande , & l'on ne doit pas
s'en étonner , les fubfides que
GALANT 355
l'Angleterre a payez depuis le
commencement de la guerre ,
toutes les Nations quiluy donne des Troupes ou qui font diverfion en la faveur , l'ayant
entierement épuifée , joint que
l'argent que luy coûte fes
Troupes pendant chaque cam
pagne , eft dépenſé hors du
Royaume, & que depuis plufieurs années l'argent en fort
fans qu'il y entre d'efpeces, tou
tes les Marchandifes que fes
Flotes luy apportent n'cftant
que pour l'ufage de fes Habitans.
A l'égard de la Holande,
Ggij
356 MERCURE
y a déja plufieurs années
que je vous ay marqué que
quelques Provinces avoient declaré qu'elles n'eftoient pas en
eftat de fournir aux frais de la
Guerre; ce que vient encore
de declarer la Province d'Utrecht . Je vous ay marqué auffi
y a long-temps , que la plufpart de ceux qui poffedoient
des Terres à la Campagne, les
ont abandonnées , les Taxes
qu'elles payoient eftant beau
coup plus fortes que les revenus qu'ils en tiroient ; & prefentement encore les Etats Genetaux viennent d'impofer
GALANT 357
quatre fois pour cette année
le deux centiéme denier fur
les Terres , les Obligations, les
Actions des deux Compagnies , les Rentes viageres , &
generalement fur tous les
biens qui y font fujers. Et
comme ce fond , quand mefme il feroit entierement rem
ply , ne fuffiroit qu'à peine
pour fubvenir à la moitié des
dépenses ordinaires &extraordinaires de la Guerre, il faudra
avoir recours à de nouveaux
emprunts ; mais le credit des
Etats ayant déja ſouffert quelques atteintes , tant par leur
358 MERCURE
derniere Lotterie qui n'a pû
eftre remplie que par la neceflité où ils le font trouvez
de donner leurs Obligations
en payement des avances confiderables qui devoient eftre
remboursées en argent comptant , il eft à prefent queſtion
de fçavoir s'ils pourront par
le moyen defdits nouveaux
emprunts qui font leur unique reffource , fuppléer à l'autre moitié defdites dépenfes.
Il eft à remarquer queceux
qui ont des Obligations de
l'Etat , auront de la peine à
trouver de l'argent fur ces
GALANT 359
•
Obligations, & qu'ils n'enpouront trouver qu'avec beaucoup de perte.
D'ailleurs , vous avez déja
fçû le pitoyable cftat où fe
trouve aujourd'huy la Marine
d'Holande ; qu'il eft dû beaucoup aux Capitaines qui ont
avancé , fuivant l'ufage du
Pays , tout ce qui a regardé
depuis long- temps l'équipement de leurs Vaiffeaux, & qui
n'ayant plus dequoy y fournir,
demandent ce qui leur eſt dû,
& que l'on paye toutes les
fommes qui font neceffaires
pour mettre en Mer cette an
360 MERCURE
née , moyennantquoy ils s'offrent de fervir , l'impoffibilité
eftant entiere qu'ils puiffent
fervir autrement.
Au reste , les dernieres nouvelles d'Amfterdam portent
que la plupart des Negocians
voyant chaquejour leur Commerce déperir , & le rifque
qu'ils courent d'eftre entierement ruïnez fi la Guerre continue , n'ont plus la mefme
opiniaftreté qu'ils avoient à la
continuer.
Il eft aifé de juger par tou
tes ces chofes de l'eftat our fe
trouve la Holande , & qu'elle
ne
GALANT 361
ne peutabfolument continuer
la guerre beaucoup de temps.
Je reviens encore à l'Angleterre , qui par les fonds accordez par le Parlement pour
la Campagne prochaine , pretend éblouir tout le monde;
& en effet rien n'eft plus ébloüiffant que les calculs de
toutes les fommes que le Parlement accorde ; mais fans
entrer dans les détails & dans
l'impoffibilité qui fe trouve de
les lever tous , quand mefine.
l'Angleterre feroit dans l'opulence , il eft certain que quand
tous les Anglois feroient por
Fanvier 1710. Hh
36 MERCURE
tez à fournir ces fommes , la
rareté de l'argent qui eft au
jourd'huy plus grande en Angleterre qu'en aucun autre lieu
de l'Europa, en empefcheroit,
& que le Proverbe , qui dic,
Perfonne nedonne ce qu'il n'apas,
eft veritable. Elle doit des
fommes immenfes à Monfieur
le Duc de Savoye , qui n'eft
pas un Prince à attendre longtemps , craignant que le boul
verfement des Affaires ne luy!
fift perdre ce qui luy ´eft dû ;!
ce qui n'embaraffe pas peu les
Anglois.
Quant à ce qui regarde la.
GALANT 363
France , elle renferme des
fommes immenfes qui font
cachéos , & l'abondance y fera grande lors que l'on aura
trouvé les moyens de les faire
fortir des mains de ceux qui
les gardent avec tant de foin ;
& pour n'en pas dourerazil
n'y a qu'à fe fouvenir que da
derniere reforme eftoit de fix
cens millions ; ce qui eft un
fait inconteftable , & qu'on a
reconnu lors qu'on a donné
coursà toutes les efpeces reformées & non reformées,
qu'il y avoit un tiers de l'argent du Royaume qui n'avort
Hhij
364 MERCURE
point efté porté à la Monnoye pour eftre reformé ; &
ce qui obligea de leur donner
cours , fut que l'on trouvoit
tous les jours des fommes
tres confiderables fous les
fcellez faits chez les perfonInes qui mouroient , & j'en
pourrois rapporter pour plu
fieurs millions , fi je voulois
nommer ceux qui n'avoient
pas fait reformer leur argent.
Il eft auffi entré en France
plufieurs millions depuis que
Monfeigneur le Duc d'Anjou
a pris poffeffion de la Cou
ronne d'Espagne , tant parce
2
GALANT 365
qu'elle lui appartenoit , que
parce que Charles II. l'avoir
reconnu pour fon Succeffeur.
Tout cet argent n'y est pas entré par le Commerce que les
François ont fait au Perou ;
mais par les grandes depenfes
queles Eſpagnols ont faites en
Francepour foutenir la Guerre
las France leur ayant foutny
des Armes , des Draps &
quantité d'autres choſes neceffaires à la Guerre. NosModes
font auffi caufe que les Efpagnols ont acheté beaucoup
de chofes en France & plu
ficurs qui ont eu des Emplois
34
Hhij
366 MERCURE
dans le Perou , d'où ils ont
raporté de grandes fommes ,
& qui ont demeuré affez longtemps en France , &fur tout à
Paris , y ont fait de grandes
dépenfes , enforte que lorsque
tout l'argent caché commencera à voir le jour , on verra
plus dedouze cens millions circuler au lieu qu'il n'y a pas aujourd'huy dans le Commerce,
200. millions de nouvelles ef-
< peces qui font tout l'argent qui
circule dans le Royaume. 1
A l'égard des bleds , il fufit
qu'il ait commencé à entrer
dans le Royaume pour que
GALANT 367
Fabondance s'y trouve bien
toft , & pour engager les Ufuriers à mettre en vente ceux
qu'ils tiennent cachez , &d'ailleurs comme il paroift que la
srecolter doit cftre des plus
abondantes , on ne manquera
bien- toft plus dans le Royaume ni d'argent ni de bleds.
Mrs de l'Academie Françoi
fe s'eftant affemblez felon l'ufage , quarante jours aprés la
mort de Mr.de Corneille , &
de Mr le Comte de Crecy pour
nommerceuxquidoivent remplir leurs places , ont choifi Mr
le Prefident de Melmes & Mr
368 MERCURE
l'Abbé Oudart de la Mothe,
connu par plusieurs ouvrages
de Theatre & par le beau Ree
cueil d'Odes qu'il a donné zau
public , & qui a reçu un aps
plaudiffementgeneral . Il a rem
porté ſept ou huit Prix del'Academie de Toulouſe , & deux
ou trois de l'Academie Françoife , oùilaleu l'avantage de
parler plufieurs fois & de faire
des Remerciemens à ce fçavant
& illuftre: Corps.
Mrle President de Melines,
diftingué pár fon nom, par ſon
efpriti & par fes dignitez elt
entré par detteb nomination
CALANT 369
dans un Corps ou l'on atoujours vû des Cardinaux , des
Evêques , des Ducs & Pairs &
des Miniftres d'Etat. Ainfi l'on
peut dire qu'il n'eft pas déplacé.
Je dois ajoûtericy ce que j'ay
oublié de vous dire dans 1 E.
loge que j'ay fait de Mr de
Corneille ; fçavoir , que fon
grand travail , & fur tout le
grand nombre de Livres & de
Memoires qu'il a cfté obligé
de lire pour compofer les cinq
Volumes infolio qu'il a donnez
au Public , luy avoient fait perdre la vûë quelques années
370 MERCURE
avant,fa mort; que fon Eloge
aefté fait par un Aveugle, &
que fa place a efté remplie par
unautre Aveugle qui doit faire
auffi fon Eloge le jour de fa res
ception.
Avant que d'entrer dans
Article de la Marine dont
j'ay beaucoup à vous entrete
nit , je dois vous dire que ce
Corps qui a toujours fait honneur à la France , & qui dans
les temps les plus difficiles a
toujours tenu tefte en mefme
temps aux deux Nations qui
pretendent à l'Empire de la
Mer, & qui ne font riches &
GALANT 37£
celebres que par leur Com
merce ; je dois , dis-je , vous
dire que ce Corps , qui tous
les mois fe rend fameux par
un grand nombre de Prifes,
d'actions éclatantes , & de
Vaiffeaux Ennemis pris on
coulez à fond , va malgré la
rareté d'argent qui ſe trouve
aujourd'huy prefque chez tous
les Princes de l'Europe , recevoir une fomme confiderable,
MrleComte de Pontchartrain?
ayant trouvé des expediens
de luy en faire toucher fans
qu'il en coûte rien au Roy.
Je paffe à la fuite des Expe
372 MERCURE
ditions dont je vous envoye
unJournal tous les mois beaucoup plus circonftancié que
celuy que l'on trouve dans plu .
fieurs nouvelles publiques.
De Cartagenne du Détroit
le 25. Decembre.
Mrle Chevalier de Norey,
Commandant les Vaiffeaux du
Roy le Rubis & le Trident, fic
rencontre le 19. Decembre,
eftant Nord & Sud d'Alborand, à 5 ou 6. licues de.
la Cofte d'Espagne , de deux
Vaiffeaux de guerre Anglois,
l'un
GALANT 373
l'un de 70. Canons , & l'autre
de cinquante - quatre fous le
vent Mr le Chevalier de
Norey, quoy qu'avec des for.
ces inégales , attaqua ces deux
Vaiffeaux à demy portée du
moufquet. Le Combat dura
depuis dix heures du matin juſqu'à deux heures aprés midy,
•fans qu'il pût les aborder , &
il en fut feparé par les Courans en forte qu'ils furent
obligez de faire route à Gibraltar , n'ayant que la Mizaine & le Petit Hunier, & la
plufpart de leurs Equipages
eftant tuez ou bleffez. Mr de
Janvier 1710.
I i
374 MERCURE
Norey n'a eu que 29. hommes hors de combat. Mr du
Vigné , Lieutenant de Vaifſeau , y aa efté tué ,,
ainfi que
Mr le Chevalier de Caftelanne
Enfeigne , qui fervoit fur le
Trident.
Mr Robert Leguillon, Commandant la Barque Longue la
Revanche , armée à Calais , y
conduifit le 4. Janvier un Bâtiment Anglois , chargé de
5oo. barils de beurre , & de
200. barils de boeuf fallé.
Lemefme Capitaine a auffi
débarqué une rançon de 100.
livres sterlin.
GALANT · 375
Le Capitaine Louvet qui
monte la Barque la Toifon , a
pris un Navire Anglois , chargé de 136. Caiffes d'oranges
aigres , & de 8. Caiffes de citrons.
Le Capitaine François Polu,
Commandant la Triumphante,
& Jacques du Pleffis qui monte la Revanche , ont pris un
Dogre Hollandois.
Le Capitaine Marc- Tefte,
Commandant la Barque le
Comte de Brionne , a apporté
pour 2000. livres de rançons
Angloifes en efpeces.
François Bachelier , ComIi ij
376 MERCURE
4
ATM
mandant le Dogre le Prompt,
a amené une rançon Hollandoife de 1600. florins
d'inquietude couchant la playe
de Mr le Maréchal de Villars ,
devant eſtre à prefent reputée
comme guerie, puifqu'un pois
pourroit à peine y entrer prefentement , & qu'il pourroit fc
mettre en Campagne fi la neceffité le demandoit ; & comme ce Maréchal netefpire que,
la guerre & qu'il veut eftre en
cftat de bonne heure de fe
fignaler & de faire voir aux
Alliez qu'il n'apprehende pas
leurs menaces, il a tres certainementdonnéordre qu'on travaillaft à tous les équipages
352 MERCURE
& qu'on luy fift venir quantité de vin de Bourgogne.
Il fembloit que les Ennemis
le preparoient à faire quelques
mouvemens en Flandre , & Mr
le Maréchal de Barwick avoir
eſté nommé pour y faire une
tournée & pour les obferver ;
mais comme l'on a cfté informé qu'ils eftoient tranquiles
&quefa prefencen y eftoit pas
neceffaire , ce Maréchal n'eft
pas parti.
Mrle Maréchal d'Harcourt
eftant retombé en paralyfie ,
Mr Fagon l'a fait faigner , &
luy a fait prendre l'Emerique ,
GALANT 353
prétendant que cette paralyfie
ne vient point du dedans , &
qu'elle n'eſt qu'exterieure , &
par confequent point dangereufe. Ce Maréchal partit le
28. pour aller aux caux de
Bourbon & fon, deffein eft
de faire encore la Campagne
fur le Rhin ou nos Troupes
fontnombreufes, en boneftat,
& ne manquent de rien , ſuivant que les Ennemis le publient eux - mêmes tous les
jours , & il y a lieu de croire
qu'ils ne feront pas en eftat de
leur refifter , ny d'envoyer des
Troupes en Flandres & fur le
Fanvier 1710. Gg
354 MERCURE
Rhin , les Princes d'Allemagne
n'eftant pas payez des fubfides
que l'Angleterre & la Hollande font convenus de leur donner , & que ſelon toutes les apparences , ils ne pourront leur
payer encore de long- temps ,
l'argent manquant abfolument à ces deux Nations.
Je fçay de certitude par un
homme revenu depuis peu
d'Angleterre , qu'il a efté furpris en y arrivant , d'y trouver
le pain plus cher qu'à Paris , &
la rareté de l'argent encore
plus grande , & l'on ne doit pas
s'en étonner , les fubfides que
GALANT 355
l'Angleterre a payez depuis le
commencement de la guerre ,
toutes les Nations quiluy donne des Troupes ou qui font diverfion en la faveur , l'ayant
entierement épuifée , joint que
l'argent que luy coûte fes
Troupes pendant chaque cam
pagne , eft dépenſé hors du
Royaume, & que depuis plufieurs années l'argent en fort
fans qu'il y entre d'efpeces, tou
tes les Marchandifes que fes
Flotes luy apportent n'cftant
que pour l'ufage de fes Habitans.
A l'égard de la Holande,
Ggij
356 MERCURE
y a déja plufieurs années
que je vous ay marqué que
quelques Provinces avoient declaré qu'elles n'eftoient pas en
eftat de fournir aux frais de la
Guerre; ce que vient encore
de declarer la Province d'Utrecht . Je vous ay marqué auffi
y a long-temps , que la plufpart de ceux qui poffedoient
des Terres à la Campagne, les
ont abandonnées , les Taxes
qu'elles payoient eftant beau
coup plus fortes que les revenus qu'ils en tiroient ; & prefentement encore les Etats Genetaux viennent d'impofer
GALANT 357
quatre fois pour cette année
le deux centiéme denier fur
les Terres , les Obligations, les
Actions des deux Compagnies , les Rentes viageres , &
generalement fur tous les
biens qui y font fujers. Et
comme ce fond , quand mefme il feroit entierement rem
ply , ne fuffiroit qu'à peine
pour fubvenir à la moitié des
dépenses ordinaires &extraordinaires de la Guerre, il faudra
avoir recours à de nouveaux
emprunts ; mais le credit des
Etats ayant déja ſouffert quelques atteintes , tant par leur
358 MERCURE
derniere Lotterie qui n'a pû
eftre remplie que par la neceflité où ils le font trouvez
de donner leurs Obligations
en payement des avances confiderables qui devoient eftre
remboursées en argent comptant , il eft à prefent queſtion
de fçavoir s'ils pourront par
le moyen defdits nouveaux
emprunts qui font leur unique reffource , fuppléer à l'autre moitié defdites dépenfes.
Il eft à remarquer queceux
qui ont des Obligations de
l'Etat , auront de la peine à
trouver de l'argent fur ces
GALANT 359
•
Obligations, & qu'ils n'enpouront trouver qu'avec beaucoup de perte.
D'ailleurs , vous avez déja
fçû le pitoyable cftat où fe
trouve aujourd'huy la Marine
d'Holande ; qu'il eft dû beaucoup aux Capitaines qui ont
avancé , fuivant l'ufage du
Pays , tout ce qui a regardé
depuis long- temps l'équipement de leurs Vaiffeaux, & qui
n'ayant plus dequoy y fournir,
demandent ce qui leur eſt dû,
& que l'on paye toutes les
fommes qui font neceffaires
pour mettre en Mer cette an
360 MERCURE
née , moyennantquoy ils s'offrent de fervir , l'impoffibilité
eftant entiere qu'ils puiffent
fervir autrement.
Au reste , les dernieres nouvelles d'Amfterdam portent
que la plupart des Negocians
voyant chaquejour leur Commerce déperir , & le rifque
qu'ils courent d'eftre entierement ruïnez fi la Guerre continue , n'ont plus la mefme
opiniaftreté qu'ils avoient à la
continuer.
Il eft aifé de juger par tou
tes ces chofes de l'eftat our fe
trouve la Holande , & qu'elle
ne
GALANT 361
ne peutabfolument continuer
la guerre beaucoup de temps.
Je reviens encore à l'Angleterre , qui par les fonds accordez par le Parlement pour
la Campagne prochaine , pretend éblouir tout le monde;
& en effet rien n'eft plus ébloüiffant que les calculs de
toutes les fommes que le Parlement accorde ; mais fans
entrer dans les détails & dans
l'impoffibilité qui fe trouve de
les lever tous , quand mefine.
l'Angleterre feroit dans l'opulence , il eft certain que quand
tous les Anglois feroient por
Fanvier 1710. Hh
36 MERCURE
tez à fournir ces fommes , la
rareté de l'argent qui eft au
jourd'huy plus grande en Angleterre qu'en aucun autre lieu
de l'Europa, en empefcheroit,
& que le Proverbe , qui dic,
Perfonne nedonne ce qu'il n'apas,
eft veritable. Elle doit des
fommes immenfes à Monfieur
le Duc de Savoye , qui n'eft
pas un Prince à attendre longtemps , craignant que le boul
verfement des Affaires ne luy!
fift perdre ce qui luy ´eft dû ;!
ce qui n'embaraffe pas peu les
Anglois.
Quant à ce qui regarde la.
GALANT 363
France , elle renferme des
fommes immenfes qui font
cachéos , & l'abondance y fera grande lors que l'on aura
trouvé les moyens de les faire
fortir des mains de ceux qui
les gardent avec tant de foin ;
& pour n'en pas dourerazil
n'y a qu'à fe fouvenir que da
derniere reforme eftoit de fix
cens millions ; ce qui eft un
fait inconteftable , & qu'on a
reconnu lors qu'on a donné
coursà toutes les efpeces reformées & non reformées,
qu'il y avoit un tiers de l'argent du Royaume qui n'avort
Hhij
364 MERCURE
point efté porté à la Monnoye pour eftre reformé ; &
ce qui obligea de leur donner
cours , fut que l'on trouvoit
tous les jours des fommes
tres confiderables fous les
fcellez faits chez les perfonInes qui mouroient , & j'en
pourrois rapporter pour plu
fieurs millions , fi je voulois
nommer ceux qui n'avoient
pas fait reformer leur argent.
Il eft auffi entré en France
plufieurs millions depuis que
Monfeigneur le Duc d'Anjou
a pris poffeffion de la Cou
ronne d'Espagne , tant parce
2
GALANT 365
qu'elle lui appartenoit , que
parce que Charles II. l'avoir
reconnu pour fon Succeffeur.
Tout cet argent n'y est pas entré par le Commerce que les
François ont fait au Perou ;
mais par les grandes depenfes
queles Eſpagnols ont faites en
Francepour foutenir la Guerre
las France leur ayant foutny
des Armes , des Draps &
quantité d'autres choſes neceffaires à la Guerre. NosModes
font auffi caufe que les Efpagnols ont acheté beaucoup
de chofes en France & plu
ficurs qui ont eu des Emplois
34
Hhij
366 MERCURE
dans le Perou , d'où ils ont
raporté de grandes fommes ,
& qui ont demeuré affez longtemps en France , &fur tout à
Paris , y ont fait de grandes
dépenfes , enforte que lorsque
tout l'argent caché commencera à voir le jour , on verra
plus dedouze cens millions circuler au lieu qu'il n'y a pas aujourd'huy dans le Commerce,
200. millions de nouvelles ef-
< peces qui font tout l'argent qui
circule dans le Royaume. 1
A l'égard des bleds , il fufit
qu'il ait commencé à entrer
dans le Royaume pour que
GALANT 367
Fabondance s'y trouve bien
toft , & pour engager les Ufuriers à mettre en vente ceux
qu'ils tiennent cachez , &d'ailleurs comme il paroift que la
srecolter doit cftre des plus
abondantes , on ne manquera
bien- toft plus dans le Royaume ni d'argent ni de bleds.
Mrs de l'Academie Françoi
fe s'eftant affemblez felon l'ufage , quarante jours aprés la
mort de Mr.de Corneille , &
de Mr le Comte de Crecy pour
nommerceuxquidoivent remplir leurs places , ont choifi Mr
le Prefident de Melmes & Mr
368 MERCURE
l'Abbé Oudart de la Mothe,
connu par plusieurs ouvrages
de Theatre & par le beau Ree
cueil d'Odes qu'il a donné zau
public , & qui a reçu un aps
plaudiffementgeneral . Il a rem
porté ſept ou huit Prix del'Academie de Toulouſe , & deux
ou trois de l'Academie Françoife , oùilaleu l'avantage de
parler plufieurs fois & de faire
des Remerciemens à ce fçavant
& illuftre: Corps.
Mrle President de Melines,
diftingué pár fon nom, par ſon
efpriti & par fes dignitez elt
entré par detteb nomination
CALANT 369
dans un Corps ou l'on atoujours vû des Cardinaux , des
Evêques , des Ducs & Pairs &
des Miniftres d'Etat. Ainfi l'on
peut dire qu'il n'eft pas déplacé.
Je dois ajoûtericy ce que j'ay
oublié de vous dire dans 1 E.
loge que j'ay fait de Mr de
Corneille ; fçavoir , que fon
grand travail , & fur tout le
grand nombre de Livres & de
Memoires qu'il a cfté obligé
de lire pour compofer les cinq
Volumes infolio qu'il a donnez
au Public , luy avoient fait perdre la vûë quelques années
370 MERCURE
avant,fa mort; que fon Eloge
aefté fait par un Aveugle, &
que fa place a efté remplie par
unautre Aveugle qui doit faire
auffi fon Eloge le jour de fa res
ception.
Avant que d'entrer dans
Article de la Marine dont
j'ay beaucoup à vous entrete
nit , je dois vous dire que ce
Corps qui a toujours fait honneur à la France , & qui dans
les temps les plus difficiles a
toujours tenu tefte en mefme
temps aux deux Nations qui
pretendent à l'Empire de la
Mer, & qui ne font riches &
GALANT 37£
celebres que par leur Com
merce ; je dois , dis-je , vous
dire que ce Corps , qui tous
les mois fe rend fameux par
un grand nombre de Prifes,
d'actions éclatantes , & de
Vaiffeaux Ennemis pris on
coulez à fond , va malgré la
rareté d'argent qui ſe trouve
aujourd'huy prefque chez tous
les Princes de l'Europe , recevoir une fomme confiderable,
MrleComte de Pontchartrain?
ayant trouvé des expediens
de luy en faire toucher fans
qu'il en coûte rien au Roy.
Je paffe à la fuite des Expe
372 MERCURE
ditions dont je vous envoye
unJournal tous les mois beaucoup plus circonftancié que
celuy que l'on trouve dans plu .
fieurs nouvelles publiques.
De Cartagenne du Détroit
le 25. Decembre.
Mrle Chevalier de Norey,
Commandant les Vaiffeaux du
Roy le Rubis & le Trident, fic
rencontre le 19. Decembre,
eftant Nord & Sud d'Alborand, à 5 ou 6. licues de.
la Cofte d'Espagne , de deux
Vaiffeaux de guerre Anglois,
l'un
GALANT 373
l'un de 70. Canons , & l'autre
de cinquante - quatre fous le
vent Mr le Chevalier de
Norey, quoy qu'avec des for.
ces inégales , attaqua ces deux
Vaiffeaux à demy portée du
moufquet. Le Combat dura
depuis dix heures du matin juſqu'à deux heures aprés midy,
•fans qu'il pût les aborder , &
il en fut feparé par les Courans en forte qu'ils furent
obligez de faire route à Gibraltar , n'ayant que la Mizaine & le Petit Hunier, & la
plufpart de leurs Equipages
eftant tuez ou bleffez. Mr de
Janvier 1710.
I i
374 MERCURE
Norey n'a eu que 29. hommes hors de combat. Mr du
Vigné , Lieutenant de Vaifſeau , y aa efté tué ,,
ainfi que
Mr le Chevalier de Caftelanne
Enfeigne , qui fervoit fur le
Trident.
Mr Robert Leguillon, Commandant la Barque Longue la
Revanche , armée à Calais , y
conduifit le 4. Janvier un Bâtiment Anglois , chargé de
5oo. barils de beurre , & de
200. barils de boeuf fallé.
Lemefme Capitaine a auffi
débarqué une rançon de 100.
livres sterlin.
GALANT · 375
Le Capitaine Louvet qui
monte la Barque la Toifon , a
pris un Navire Anglois , chargé de 136. Caiffes d'oranges
aigres , & de 8. Caiffes de citrons.
Le Capitaine François Polu,
Commandant la Triumphante,
& Jacques du Pleffis qui monte la Revanche , ont pris un
Dogre Hollandois.
Le Capitaine Marc- Tefte,
Commandant la Barque le
Comte de Brionne , a apporté
pour 2000. livres de rançons
Angloifes en efpeces.
François Bachelier , ComIi ij
376 MERCURE
4
ATM
mandant le Dogre le Prompt,
a amené une rançon Hollandoife de 1600. florins
Fermer
Résumé : Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
En début d'année 1710, plusieurs événements militaires et politiques marquent l'Europe. Le maréchal de Villars, guéri de sa blessure, est prêt à reprendre le combat. Le maréchal de Barwick est nommé pour surveiller les mouvements ennemis en Flandre, mais cette mission est annulée en raison de la tranquillité des ennemis. Le maréchal d'Harcourt, souffrant de paralysie, est soigné par Mr Fagon et se prépare à rejoindre les troupes sur le Rhin. Les ennemis, notamment les princes d'Allemagne, manquent de fonds en raison des retards de paiement des subsides par l'Angleterre et la Hollande. La Hollande, confrontée à des difficultés financières, impose de nouvelles taxes et peine à trouver des crédits. L'Angleterre, malgré ses efforts pour lever des fonds, souffre d'une grande rareté d'argent. En revanche, la France possède des réserves d'argent cachées et bénéficie de l'afflux de fonds liés à la succession espagnole. Sur le plan maritime, la marine française continue de se distinguer par ses prises et ses actions éclatantes. Plusieurs capitaines français ont récemment capturé des navires ennemis et des rançons. Par ailleurs, l'Académie française a élu deux nouveaux membres pour remplacer Corneille et le comte de Crecy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
739
p. 376-393
Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez que Mr de Ferriol, Ambassadeur du Roy à [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Frégates, Constantinople, Relations, Convoi, Ennemis, Equipage, Combat, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Vous fçavez que Mr de
Ferriol , Ambaffadeur du Roy
àConftantinople , avoit obte
nu de fa Hauteffe de faire
charger des Bleds à Conftantinople & dans les Echelles du
Levant. Il s'eft heureufement
acquitté de fa Commiſſion. Il
y a plufieurs Relations qui
peuvent toutes paffer pour des
Originaux , eftant écrites par
des Officiers de confideration,
& qui font tous dans des poftès à pouvoir fçavoir ce qu'ils.
GALANY 377
mandent , qui neanmoins ne
s'accordent pas , particulierement à l'égard des dates ; tel
eft le fort des Relations que
´l'on reçoit des Affaires les plus
importantes. Perfonne ne le
connoift mieux que moy qui
ay toûjours ramaffé toutes celles qui ont efté répanduës dans
le monde des actions les plus
remarquables , & j'ay trouvé
une fois une circonſtance aſſez
confiderable , toute differente
dans neuf Relations de la même Affaire , fans qu'il m'ait
efté poffible de découvrir celle qui parloit le plus jufte.
Li iij
378 MERCURE
ގ
%%
cmAinfi en fait de nouvelles , la
premiere qu'on lit fait plaifir,
& l'on croit d'abord eftre
bien inftruit. La feconde Relation , dans laquelle on trouve
des faits differens embaraffe un
peu ; & lors qu'on en a lû
beaucoup, on fe trouve fi
baraffé qu'on eft contraint de
parler au hazard , ou de donner au Public les Extraits de
PArticle qui embaraffe afin de
fe difculper , & qu'il en juge
par luy- mefme. J'ay trouvé le
mefme embaras pour des da
tes , dans la Relation que vous
allez lire , qui d'ailleurs vous
GALANT 379
paroiftra tres- curieufe. Entre
fept ou huit Relations dont
j'ay formé celle que vous allez
lire , il y en a une feule qui
-prend l'affaire de plus haut,
par laquelle je vais commencer, & qui n'eft contredite en
rien parce qu'elle eft feule.
Mr de Feuquieres eftoit allé
àu Levant pour amener un
Convoy de bled. Tous les autres Vaiffeaux tant du Roy que
des Marchands qui eftoient allez pour le mefme ſujet s'affemblerent à Smirne fous les
ordres de Mrde Feuquieres au
nombre de 84. Baftimens tant
380 MERCURE
Vaiffeaux, Barques , Pinques ,
ou Tartanes , parmy lefquels
cftoit compris le Temeraire , de
60. canons , monté par Mr de
Feuquieres ; le Toulouſe de mêmeforce; l'Etendart & le Flenron de 50; l'Hirondelle & la Vef
tale de 36. tous Vaiffeaux de
Roy, & une trentaine d'autres
Vaiffeaux particuliers ; le refte
eftoit de petits Baftimens".
Ils partirent dans le mois d'Octobre, & quoy que la faifon
fût la plus rude de toute l'année, à caufe des divers coups
de vents qui regnent en ce
temps- là &que l'on fut obligé
GALANT 281
de paffer dans toutes les Croifieres ordinaires nonobitant
25. ou 30. gros Vaifféaux Ennemis qui font dans ces Mers ;
ce Convoy franchit tout fans
voir aucun Vaiffeau ennemy,
& fans qu'il ſe foit écarté aucun Baftiment pendant untrajet de plus de 6oo. licuês.
Comme on avoit apprisque
le Convoy eftoit parti , & que
l'on voyoit tous les jours aux
Coftes de Provence une Efcadre ennemie de huit Vaiffeaux
qui fe relevoient les uns aprés
les autres , on eftoit à Toulon
& à Marſeille dans une grande
382 MERCURE
confternation , parce qu'on découvroit tous les jours les Ennemis aux avenues , & que nos
Vaiffeaux n'eftoient pas en état
de s'oppofer à cette Efcadre ,
eftant tous chargez de bled.
Mais par un effet de la Providence , dans le temps que l'Avant-garde de ce Convoyavoit
découvert les Illes d'Hieres defquelles il s'approchoit , que les
Ennemis n'auroient pas manqué d'appercevoir , & d'en
prendre finon tout , au moins
la plus grande partie , un gros
coup de vent de Nord Oüeft
s'éleva fi fort qu'il obligea les
GALANT 383
Ennemis de pouffer au large
& le Convoy d'arriver au
Gourjan.
Dans le moment que l'on
cut appris àToulon l'arrivée de
ce Convoy au Gourjan par un
fecond effet , & tout particulier de la même Providence,qui
l'avoit ainfi reglé, Mr Caffart ,
qui monte le Parfait de 70.
canons , fe trouva enrade avec
le Serieux , de 60. & Mr Laigle avec le Phoenix , de 52. canons.
Il eſt à remarquer que le
Vaiffeau le Toulouze , de so.
canons monté par Mr Lam-
384 MERCURE
bert , & qui faifoit partie du
Convoy, s'eftant trouvé à por
tée d'entrer à Toulon le 6 informa Mr Daligre de Saint Lié
qui y commande la Marine , de
la fituation oùil avoit laiffé Mr
de Feuquieres , avec le Convoy. On ne perdit pas un moment pour décharger en partie ce Vaiffeau qui eftoir char
gé debled, afinde le foulager,
& on augmenta confiderablement fon équipage , afin de le
mettre en eftat de fortir & d'aller rejoindre Mr de Feuquieresavec les 3. autres Vaiffeaux
dont on augmenta auffi confiderablement
GALANT 385
de
fiderablement les Equipages ;
ce qui fut fait en tres - peu
temps , en forte qu'ils mirent
à la voile le 8 à 10, heures
du matin , avec un Brulot , &
un autre petit Baltiment , qui
tous enſemble avoient deux
mille hommes d'Equipage.
Quoy que je vous aye dit
dans le Prelude de cet Article,
que de plufieurs Relations j'en
formois une feule , j'en ay
trouvé deux qui regardent le
Combat qui m'ont paru dignes de vous cftre envoyées
toutes deux.
Fanvier 1710.
Кк
386 MERCURE
a
Premiere Relation duCombat.
Le 9º eftant à la vûë er de
vant le Gourjan , ils virent paroiftre deux Vaiffeaux qui faifoient route fur eux ; & lors
qu'ils furent à demy lieuë , le
Parfait les chaſſa à toutes voiles,
les joignit fe mit en travers
de ces deux Vaiffeaux , & les
canonna jufqu'à ce que
rieux le Phoenix y fuffent
arrivez le premier attaqua le
Faucon Anglois de 44. Canons
qu'il démata & qu'il prit. Mr
Caffard tomba enfuite fur le
Pembrok de 70. Canons
Mr Laigle avoit déja démâté,
dont il avoit tué le Capi-
:
le Serque
GALANT 387
taine ,
plus de hommes 70.
de l'Equipage ; ce Vaiffean fe
-rendit , & il a esté amené à
Toulon avec le Faucon. Cette
action a efté tres-vive , &n'a
pas duré plus d'une heure ; ces
deux Vaiffeaux venoient de ca
renner au Port Mahon pour fortifier l'Escadre Angloife qui croifait depuis long-temps fur les
Coftes de Provence , en attendant
Mrde Feuquieres & fon Convoy , dont aucun Baſtiment n'a
efté pris ny perdu depuis fon départ de Levant.
Seconde Relation du Combat.
Le 9ºeftant prés du moüillage
KK
388 MERCURE
•
>
où le Toulouze , avoit déja jetté
l'Ancre , on aperçut deux Vaif
feaux qui s'aprochoient de terre.
Mr de Feuquieres fit fignal au
Parfait , au Serieux & au
Phoenix , de les aller reconnoiftre ,
ce qu'ils firent. Comme nos Vaiffeauxfortoient defiprés de terre
ces deux Vaiffeaux Ennemis l'un
de 66.canons , & l'autre de 40.
crurent que c'eftoient des Vaiffeaux chargez de bleds. Ils allerent deffus ; mais ayant reconnu
aprés la force de nos Vaiſſeaux
ils tâcherent defe fauver ; mais
Mr Caffart avec le Parfait
donna une bordée à la flute qui
la mit hort d'état. En effet, elle
GALANT 389
aculafur le Parfait , &luy emporta fa Gallerie , l'ayant remife , le Serieux y alla , & la
prit. Pendant ce temps Mr de
Laigle alla augros , & l'ayant approché de prés il le combatit pendant une große heure & demie
avec unfeu extraordinaire , &il
luy emportafon Maft d'Artimon.
Le Capitainey fut tué le Capitaine en fecond voyant que
Parfait venoit à luy fe voyant
beaucoup de monde tué parle gros
feu du Canon& de la moufqueterie de MrLaigle ,ferendit à luy
nevoulutpoint connoiftrel'Of
ficier queMrCaffart luy, envoya
le
Kij
390 MERCURE
le premier; de maniere que ces 2 •
Angloisfont àToulonprefentement
avec tout le Convoy dont chaque
Baftiment va à fa deftination.
Au refte ce Convoy eft des
plus confiderables & l'on peut
affurer qu'il vaut bien huit millions , puifqu'il y a de compte
fait pour le Languedoc &pour
la Provence cent mille charges
de bled, la charge pefant à peu
prés 300. livres poids de Paris ;
à 36. livres ce font déja trois
millions fix cens mille livres :
il y en a du moins pour autant
en Marchandifes fines , & ce
qu'un grand nombre de particuliers a de provifions de
GALANT 391
bled fur ces Vaiffeaux va encore fort loin. Il faut ajoûter
à tout cela quantité de farines ,
huit mille quintaux de Legumes , fept mille quintaux de
Ris , & beaucoup de viandes.
Les Officiers qui fe font diftinguez dans le Combat , n'ont
pas attendu long- temps leur
recompenfe , puifqu'en même
temps quenous avons appris la
maniere dont ils fe font diftinguez , nousavons fçu que S. M.
a nommé Mr Caffart , Capitai
ne de Fregate ; Mr des Hayes,
Lieutenantde Vaiffeau , & Mr.
Laigle , Capitaine de Brulot .
Le Vaiffeau l'Entreprenant
392 MERCURE
1
arriva auffi de Barbarie le 12, avec cinq
mille charges de bled.
Je vous diray peu de chofes ce moiscy de l'Espagne. Elle fe trouve aujourd'huy dans une fituation tres-avantageufe par raport à celle de tous les Sou
verains de l'Europe. Elle eft tranquile
chez elle , où rien ne manque: elle tra
vaille à mettre 80. mille hommes fur
pied, avec lefquels elle ne peut faire
qu'avantageufement la paix ou la guerre,ce qui provient de la grande union
qui fe trouve entre Sa Majefté Catholique & tous fes Sujets . Ce Monarque
apour eux tout l'amour qu'un Souverain peut avoir pour fes Sujets , & depuis qu'il eft fur le Trône , il a fait plufieurs Campagnes , dans lefquelles il a
expoféfon fang pour leur défenfe , ce
que les Espagnols reconnoiffent par un
amour & une fidelité à l'épreuve de
toutes choſes. Aufli trouve-t-il abondamment de l'argent & des hommes
dans tous les Etats , & c'eft dequoy fai
re de bonnes & degrandes Armées ; car
pourpeu que les Efpagnols foient inf
GALANT 393
truits du métier de la guerre , jamais on
n'a vû de Peuple plus intrepide. Il ne
fçait ce que c'eft que de fuir, & l'Hiftoire nous fournit une infinité d'exemples
éclatans de cette intrepidité , & toute la
terre fe fouvient encore de celle du
Comte des Fontaines , dont tout le Bataillon perit dans le mefme terrain où il
eftoit en bataille , ce Comte affis au milieu du Bataillon animant tous fes Soldats.
#
Je devrois en finiffant vous parler de
l'heureufe face qu'il paroît que l'Europe
doit prendre dans peu ; mais ce font des
Affaires delquelles la prudence ne veut
pas que l'on parle trop , de crainte de
n'en pas parler jufte. Je fuis , Madame,
voftre , &c.
APariscedernierJanvier 1710.
Ferriol , Ambaffadeur du Roy
àConftantinople , avoit obte
nu de fa Hauteffe de faire
charger des Bleds à Conftantinople & dans les Echelles du
Levant. Il s'eft heureufement
acquitté de fa Commiſſion. Il
y a plufieurs Relations qui
peuvent toutes paffer pour des
Originaux , eftant écrites par
des Officiers de confideration,
& qui font tous dans des poftès à pouvoir fçavoir ce qu'ils.
GALANY 377
mandent , qui neanmoins ne
s'accordent pas , particulierement à l'égard des dates ; tel
eft le fort des Relations que
´l'on reçoit des Affaires les plus
importantes. Perfonne ne le
connoift mieux que moy qui
ay toûjours ramaffé toutes celles qui ont efté répanduës dans
le monde des actions les plus
remarquables , & j'ay trouvé
une fois une circonſtance aſſez
confiderable , toute differente
dans neuf Relations de la même Affaire , fans qu'il m'ait
efté poffible de découvrir celle qui parloit le plus jufte.
Li iij
378 MERCURE
ގ
%%
cmAinfi en fait de nouvelles , la
premiere qu'on lit fait plaifir,
& l'on croit d'abord eftre
bien inftruit. La feconde Relation , dans laquelle on trouve
des faits differens embaraffe un
peu ; & lors qu'on en a lû
beaucoup, on fe trouve fi
baraffé qu'on eft contraint de
parler au hazard , ou de donner au Public les Extraits de
PArticle qui embaraffe afin de
fe difculper , & qu'il en juge
par luy- mefme. J'ay trouvé le
mefme embaras pour des da
tes , dans la Relation que vous
allez lire , qui d'ailleurs vous
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paroiftra tres- curieufe. Entre
fept ou huit Relations dont
j'ay formé celle que vous allez
lire , il y en a une feule qui
-prend l'affaire de plus haut,
par laquelle je vais commencer, & qui n'eft contredite en
rien parce qu'elle eft feule.
Mr de Feuquieres eftoit allé
àu Levant pour amener un
Convoy de bled. Tous les autres Vaiffeaux tant du Roy que
des Marchands qui eftoient allez pour le mefme ſujet s'affemblerent à Smirne fous les
ordres de Mrde Feuquieres au
nombre de 84. Baftimens tant
380 MERCURE
Vaiffeaux, Barques , Pinques ,
ou Tartanes , parmy lefquels
cftoit compris le Temeraire , de
60. canons , monté par Mr de
Feuquieres ; le Toulouſe de mêmeforce; l'Etendart & le Flenron de 50; l'Hirondelle & la Vef
tale de 36. tous Vaiffeaux de
Roy, & une trentaine d'autres
Vaiffeaux particuliers ; le refte
eftoit de petits Baftimens".
Ils partirent dans le mois d'Octobre, & quoy que la faifon
fût la plus rude de toute l'année, à caufe des divers coups
de vents qui regnent en ce
temps- là &que l'on fut obligé
GALANT 281
de paffer dans toutes les Croifieres ordinaires nonobitant
25. ou 30. gros Vaifféaux Ennemis qui font dans ces Mers ;
ce Convoy franchit tout fans
voir aucun Vaiffeau ennemy,
& fans qu'il ſe foit écarté aucun Baftiment pendant untrajet de plus de 6oo. licuês.
Comme on avoit apprisque
le Convoy eftoit parti , & que
l'on voyoit tous les jours aux
Coftes de Provence une Efcadre ennemie de huit Vaiffeaux
qui fe relevoient les uns aprés
les autres , on eftoit à Toulon
& à Marſeille dans une grande
382 MERCURE
confternation , parce qu'on découvroit tous les jours les Ennemis aux avenues , & que nos
Vaiffeaux n'eftoient pas en état
de s'oppofer à cette Efcadre ,
eftant tous chargez de bled.
Mais par un effet de la Providence , dans le temps que l'Avant-garde de ce Convoyavoit
découvert les Illes d'Hieres defquelles il s'approchoit , que les
Ennemis n'auroient pas manqué d'appercevoir , & d'en
prendre finon tout , au moins
la plus grande partie , un gros
coup de vent de Nord Oüeft
s'éleva fi fort qu'il obligea les
GALANT 383
Ennemis de pouffer au large
& le Convoy d'arriver au
Gourjan.
Dans le moment que l'on
cut appris àToulon l'arrivée de
ce Convoy au Gourjan par un
fecond effet , & tout particulier de la même Providence,qui
l'avoit ainfi reglé, Mr Caffart ,
qui monte le Parfait de 70.
canons , fe trouva enrade avec
le Serieux , de 60. & Mr Laigle avec le Phoenix , de 52. canons.
Il eſt à remarquer que le
Vaiffeau le Toulouze , de so.
canons monté par Mr Lam-
384 MERCURE
bert , & qui faifoit partie du
Convoy, s'eftant trouvé à por
tée d'entrer à Toulon le 6 informa Mr Daligre de Saint Lié
qui y commande la Marine , de
la fituation oùil avoit laiffé Mr
de Feuquieres , avec le Convoy. On ne perdit pas un moment pour décharger en partie ce Vaiffeau qui eftoir char
gé debled, afinde le foulager,
& on augmenta confiderablement fon équipage , afin de le
mettre en eftat de fortir & d'aller rejoindre Mr de Feuquieresavec les 3. autres Vaiffeaux
dont on augmenta auffi confiderablement
GALANT 385
de
fiderablement les Equipages ;
ce qui fut fait en tres - peu
temps , en forte qu'ils mirent
à la voile le 8 à 10, heures
du matin , avec un Brulot , &
un autre petit Baltiment , qui
tous enſemble avoient deux
mille hommes d'Equipage.
Quoy que je vous aye dit
dans le Prelude de cet Article,
que de plufieurs Relations j'en
formois une feule , j'en ay
trouvé deux qui regardent le
Combat qui m'ont paru dignes de vous cftre envoyées
toutes deux.
Fanvier 1710.
Кк
386 MERCURE
a
Premiere Relation duCombat.
Le 9º eftant à la vûë er de
vant le Gourjan , ils virent paroiftre deux Vaiffeaux qui faifoient route fur eux ; & lors
qu'ils furent à demy lieuë , le
Parfait les chaſſa à toutes voiles,
les joignit fe mit en travers
de ces deux Vaiffeaux , & les
canonna jufqu'à ce que
rieux le Phoenix y fuffent
arrivez le premier attaqua le
Faucon Anglois de 44. Canons
qu'il démata & qu'il prit. Mr
Caffard tomba enfuite fur le
Pembrok de 70. Canons
Mr Laigle avoit déja démâté,
dont il avoit tué le Capi-
:
le Serque
GALANT 387
taine ,
plus de hommes 70.
de l'Equipage ; ce Vaiffean fe
-rendit , & il a esté amené à
Toulon avec le Faucon. Cette
action a efté tres-vive , &n'a
pas duré plus d'une heure ; ces
deux Vaiffeaux venoient de ca
renner au Port Mahon pour fortifier l'Escadre Angloife qui croifait depuis long-temps fur les
Coftes de Provence , en attendant
Mrde Feuquieres & fon Convoy , dont aucun Baſtiment n'a
efté pris ny perdu depuis fon départ de Levant.
Seconde Relation du Combat.
Le 9ºeftant prés du moüillage
KK
388 MERCURE
•
>
où le Toulouze , avoit déja jetté
l'Ancre , on aperçut deux Vaif
feaux qui s'aprochoient de terre.
Mr de Feuquieres fit fignal au
Parfait , au Serieux & au
Phoenix , de les aller reconnoiftre ,
ce qu'ils firent. Comme nos Vaiffeauxfortoient defiprés de terre
ces deux Vaiffeaux Ennemis l'un
de 66.canons , & l'autre de 40.
crurent que c'eftoient des Vaiffeaux chargez de bleds. Ils allerent deffus ; mais ayant reconnu
aprés la force de nos Vaiſſeaux
ils tâcherent defe fauver ; mais
Mr Caffart avec le Parfait
donna une bordée à la flute qui
la mit hort d'état. En effet, elle
GALANT 389
aculafur le Parfait , &luy emporta fa Gallerie , l'ayant remife , le Serieux y alla , & la
prit. Pendant ce temps Mr de
Laigle alla augros , & l'ayant approché de prés il le combatit pendant une große heure & demie
avec unfeu extraordinaire , &il
luy emportafon Maft d'Artimon.
Le Capitainey fut tué le Capitaine en fecond voyant que
Parfait venoit à luy fe voyant
beaucoup de monde tué parle gros
feu du Canon& de la moufqueterie de MrLaigle ,ferendit à luy
nevoulutpoint connoiftrel'Of
ficier queMrCaffart luy, envoya
le
Kij
390 MERCURE
le premier; de maniere que ces 2 •
Angloisfont àToulonprefentement
avec tout le Convoy dont chaque
Baftiment va à fa deftination.
Au refte ce Convoy eft des
plus confiderables & l'on peut
affurer qu'il vaut bien huit millions , puifqu'il y a de compte
fait pour le Languedoc &pour
la Provence cent mille charges
de bled, la charge pefant à peu
prés 300. livres poids de Paris ;
à 36. livres ce font déja trois
millions fix cens mille livres :
il y en a du moins pour autant
en Marchandifes fines , & ce
qu'un grand nombre de particuliers a de provifions de
GALANT 391
bled fur ces Vaiffeaux va encore fort loin. Il faut ajoûter
à tout cela quantité de farines ,
huit mille quintaux de Legumes , fept mille quintaux de
Ris , & beaucoup de viandes.
Les Officiers qui fe font diftinguez dans le Combat , n'ont
pas attendu long- temps leur
recompenfe , puifqu'en même
temps quenous avons appris la
maniere dont ils fe font diftinguez , nousavons fçu que S. M.
a nommé Mr Caffart , Capitai
ne de Fregate ; Mr des Hayes,
Lieutenantde Vaiffeau , & Mr.
Laigle , Capitaine de Brulot .
Le Vaiffeau l'Entreprenant
392 MERCURE
1
arriva auffi de Barbarie le 12, avec cinq
mille charges de bled.
Je vous diray peu de chofes ce moiscy de l'Espagne. Elle fe trouve aujourd'huy dans une fituation tres-avantageufe par raport à celle de tous les Sou
verains de l'Europe. Elle eft tranquile
chez elle , où rien ne manque: elle tra
vaille à mettre 80. mille hommes fur
pied, avec lefquels elle ne peut faire
qu'avantageufement la paix ou la guerre,ce qui provient de la grande union
qui fe trouve entre Sa Majefté Catholique & tous fes Sujets . Ce Monarque
apour eux tout l'amour qu'un Souverain peut avoir pour fes Sujets , & depuis qu'il eft fur le Trône , il a fait plufieurs Campagnes , dans lefquelles il a
expoféfon fang pour leur défenfe , ce
que les Espagnols reconnoiffent par un
amour & une fidelité à l'épreuve de
toutes choſes. Aufli trouve-t-il abondamment de l'argent & des hommes
dans tous les Etats , & c'eft dequoy fai
re de bonnes & degrandes Armées ; car
pourpeu que les Efpagnols foient inf
GALANT 393
truits du métier de la guerre , jamais on
n'a vû de Peuple plus intrepide. Il ne
fçait ce que c'eft que de fuir, & l'Hiftoire nous fournit une infinité d'exemples
éclatans de cette intrepidité , & toute la
terre fe fouvient encore de celle du
Comte des Fontaines , dont tout le Bataillon perit dans le mefme terrain où il
eftoit en bataille , ce Comte affis au milieu du Bataillon animant tous fes Soldats.
#
Je devrois en finiffant vous parler de
l'heureufe face qu'il paroît que l'Europe
doit prendre dans peu ; mais ce font des
Affaires delquelles la prudence ne veut
pas que l'on parle trop , de crainte de
n'en pas parler jufte. Je fuis , Madame,
voftre , &c.
APariscedernierJanvier 1710.
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Résumé : Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Le texte décrit une mission diplomatique et militaire impliquant M. de Ferriol, ambassadeur du roi à Constantinople, qui a organisé le chargement de blé dans cette ville et dans les Échelles du Levant. Plusieurs rapports, rédigés par des officiers de confiance, divergent sur les détails, notamment les dates, soulignant la complexité de la vérification des informations. M. de Feuquières a été envoyé au Levant pour escorter un convoi de blé composé de 84 bâtiments, incluant des navires de guerre et des vaisseaux marchands. Malgré des conditions météorologiques difficiles et la présence d'une escadre ennemie, le convoi a quitté Smirne en octobre et a évité les ennemis grâce à un coup de vent, arrivant ainsi au Goujan. À Toulon, l'arrivée du convoi a été accueillie avec soulagement. Le vaisseau Toulouse a informé de la situation de M. de Feuquières. Les vaisseaux Parfait, Sérieux, et Phoenix, sous les ordres de M. Caffart, M. Laigle, et M. Daligre, ont été préparés pour rejoindre le convoi. Deux rapports différents relatent un combat naval le 9 janvier 1710, où les vaisseaux français ont capturé deux vaisseaux ennemis près du Goujan. Le convoi, d'une valeur estimée à huit millions de livres, comprenait cent mille charges de blé et diverses marchandises. Les officiers distingués lors du combat ont été récompensés par le roi. De plus, le vaisseau Entreprenant est arrivé de Barbarie avec cinq mille charges de blé. Le texte se conclut par une description de la situation en Espagne, soulignant sa stabilité et sa préparation militaire, ainsi que la loyauté de ses sujets envers le monarque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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740
p. 5-56
Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Début :
On prononce tout les ans à l'Hostel de Ville de Lyon, [...]
Mots clefs :
Éloge, Seigneur de Jonage, Assemblée, Louis le Grand, Alliés, Ennemis, Ardeur militaire, Combats, Hôtel de ville de Lyon, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Nprononce tous les ans
à l'Hoſtel de Ville de
Lyon , le jour de la Fefte de
Saint Thomas , un Difcours
en prefence de M' l'Archevêque , de M' l'Intendant , de
A iij
6 MERCURD IS
M's les Comtes de Saint Jean,
& de toutes les Compagnies
de la Ville. Ce Difcours a efté
fait cette année par le fils
de Mr Yon , Seigneur de
Jonage qui fut nommé l'année
derniere premier Echevin ,
quoy que revêtu d'une Charge de Secretaire du Roy. Il a
beaucoup de merite , & il eft
fort eftimé. Le Difcours que
fon fils prononça le jour de S.
Thomas , reçut de grands applaudiffemens. Vous en jugerez par ce que je vais vous en
rapporter. Ce qu'il dit du Roy
plutinfiniment , & aprés avoir
GALANT
fini l'Eloge de Sa Majeſté , lors
quel'on croyoitqu'il n'en duft
plus rien dire , il l'apoftropha
comme fi Elle cut efté prefente, & il s'attira des applaudiffemens nouveaux. Voici le
commencement de fon Difcours.
བར
:
Tout eft grand , tout eft auguf
te , Meffieurs , dans le deffein que
j'entreprens rien n'y pourroit
eftre mediocre que la foibleffe du
file ; mais dans l'obligation que je
mefuis impofée de traiter une de
cesglorieufes matieres que d'autres
avant moy ont peut - eftre negligées ,j'ofe meflatter que la NoA iiij
8 MERCURE
bleffe de monfujer donnera du relief à mespenfées , & de l'éclat
à mes paroles ; & ma temerité
trouve fon pretexte dans l'impor
tance du difcours , & dans l'injuftice du filence.
C'est une ancienne &commune erreur , que de relever avecexcés le merite desperfonnes celebres ,
qui ont vécu avant nous , pour
diminuer lagloire de ceux dans les
temps defquels nous vivons ; cette
erreur eft , tantoft un aveuglement groffier dans l'efprit des peuples , qui croyent que la fuite des
temps a le même fort que le déclin
de leur age ; & que la nature
-GALANT 9
ffant comme l'homme , elle vieilliffant
degenere defiecle enfiecle dans fes
productions , àproportion de ce que
d'année en année il s'affoiblit dans
fes travaux ? c'est ce que le
plus fameux de tous les Poëtes a
voulu nous exprimer par ces deux
Vers traduits en noftre langue ?
O fi Dieu me rendoit mes
premieres années ,
dit- il en cet endroit en un
autre:
Les illuftres Heros nâquirent
autrefois :
Tantoft c'est une illisfion defubtiles mais vaines idées , telles
que celles de ces Philofophes ,
.
10 MERCURE
qui s'imaginoient , que les pre
miershommes formez d'uneplus
riche matiere nez fous
deplusfavorables étoiles , avoient
bien pû laiffer d'heureux fuccef
feurs deleurs noms , mais nonpas
de purs heritiers de leur gloiree ?
comme fi pour trouver ce qu'il y
a de plus grand dans le monde , il
falloit remonterjufqu'au regnefabuleux de Saturne : tantofi c'est
une enviefecrette entre des perfon
nes que la fortune ou la naiffance
a mis au niveau les uns des autres,
dans le même rang & àportée des
mêmes honneurs ; chacun pour dé
crierfon concurrent transportepour
GALANT I
ainfi dire fon eftime au fiecle de
ceux qui nepeuvent plus concourir avec perfonne : pour épargner
fon encens au merite des vivans ,
on le prodigue à la memoire des
morts , pour tout difputer à
ceux qui ne nous peuvent plus
rien difputer ? Reproche que le
Sage a peut - eſtre prétendu nous
faire par cesparoles ? J'ay donné.
aux morts les louanges que j'ay
refufées auxvivans.
Il est donc vray , Meffieurs
que foit aveuglément , foit illu
fion , foit envie , la gloire de nos
Contemporains ne va jamais
felon nous de pair avec celle de
12 MERCURE
nos predeceffeurs , par une injuftice de tous les temps" , le merite
qui refpire & qui vit encore , eft
toujours contredit , il faut que,
les fecles éloignez nous le rappelle
pour qu'il foit confacré, je veux
dire veritablement reconnu ; ainfi
parla au grand Conquerant de
, dans le temps que les
Heros paffoient pour des Dieux ,
le Philofophe Califthene : Pour
paroiftre Dieu , luy dit-il , au
jugement des hommes, il faut
avoir long- temps difparu à
leurs yeux ; les honneurs divins fuivent quelques fois les
morts , mais ils n'accompa-
GALANT 13
gnent jamais les vivants.
Je viens tâcher , Meffieurs
de rendre à tous les temps &
tous les merites , la justice qui
leur eſt deuë ; je viens louer les
grands hommes , qui excellent à
prefent , auffs bien que ceux qui
ont excellé autrefois , &proportionnant les louanges au merite ,
les Modernes y auront peut- eſtre
plus de part que les Anciens.
Icy , Meffieurs , mon deffein
cmmne à fe développer
vous vousappercevezfans doute ,
queje voudrois vous donner une
idée des Herospar des comparatfens des uns aux autres ; mais
US
14 MERCURE
que ce deffein feroit vaſte , &
qu'il feroit étendu ; il m'engageroit à rappeller dans vos efprits
tous les Heros qui ont brillé , &
qui brillent encore dans tous les
Arts & dans toutes les Sciences :
ce ne feroit que charger ma
memoirepourlaffer vos patiences :
le refpectqueje dois à voftre attentionprefcrit à monfujet des bornes
plus étroittes il m
; m'oblige nonfeulement à me fixer au plus
glorieux de tous les Arts , je
veux dire à l'Art Militaire ;
mais encore pour éviter l'ennuy
d'un trop long récit , à ne choifir
parmi les Herosde la Guerre les
SGALANT
15
plus renommez que quelques- uns
de ceux à qui leurs fameux exploits ontmeritéle nom de Grand:
mais dans les loüanges que je
leur donneray ,
j'efpere que de
vous-même vous trouverez dequoy remplir àproportion l'Eloge,
de tous les autres , &c'eſt là le
Plan de ce Difcours dans lequel ,
aprés avois tracé l'idée des Grands
Heros de l'antiquité, je tâcheray
de vous donnercelle du plus grand
de tous dans lefiecle prefent.
Voicyce qu'il dit dans fa
premiere partie.
Une des plus fortes paffions
& qui a le plus occupé le cœur
16 MERCURE .
des Grands de l'antiquité, &même de tous les temps ; c'eſtoir le
defir de fe diftinguerpar les Armes , & deſefaire par leur Epée
plus grand que un nom encore
la
celuy qu'ils avoient déja par leur
naiffance ; ils laiffoient pour la
plupart aux Orateurs l'Art du
Difcours , aux Philofophes l'étudedes Sciences , aux Politiques
Ladminiftration des Etats
gloire de tous ces Heros de Litterature de Miniftere , n'excitoit guerre leur noble émulation
quelquecharme même qu'elle eut
pour quelques uns ce n'étoit
qu'un amusement de Paix & de
·
יך
GARANT 17
repos ;toutt cédoit au premierpref=
fentiment de Guerre qui les raviffoit , ilsfe fentoient comme d'euxmême transportez dans le champ
glorieux des Combats , & ils
voloient pour l'arrofer quelques
fois de leur fang, & y cueillir
furun tas de morts
من
de bleſſez
les Lauriers & les bonneurs du
triomphe.
Cette ardeur Militaire qui
dans le cœur des Potentats , à
prefque toujours efté une envie
prodigieufe de dominere de
s'étendre , une ambition démesurée.
de s'élever au deffus de la condition humaine , a toujours efté une
Février 1710.
B
18 MERCURE
fuitefatale de l'orgueil du premier
des mortels ; mais elle ne laiffe
pas auffi deftre dans les deffens
de la fageffe éternelle , qui doit
tout raporter à fa gloire : elle ne
laiffe pas , dis-je , d'eftre comme
un caractere de divinité , imprimée dans l'ame des Souverains ;
caractere dont les traitsfe repandansfurla gloire de leurs actions ,
comme fur la majesté de leurs
perfonnes , nous porte à les respecter tous , non-feulement comme les
images éclatantes de l'Etre fuprémequilesfoutient fur le Trône:
mais encore comme les fujets les
plus nobles les plus dignes
GALANT 19
une
deftreparreprefentation en qualité
de demi- Dieux de la terre
partie de ce qu'eftpar luy même le
grand Souverain de l'Univers
en qualité de Dieu des Armées.
La gloire desgrands Conquerans , ayant donc toujours en deux
faces , qu'on pouvoit envisager,
l'une humaine , l'autre divine ;
l'une qui a des taches , l'autre qui
les couvre , mais qui ne les leve
les pas ; ayant à commencer par
Heros de l'antiquité , ne nous ar
reftons point icy à blâmer ou à
louer trop leurs Conqueftes ; tachons feulement de relever leurs
perfonnes , &fans examiner d'a
Bij
20 MERCURE
A
bord, fi l'ardeur qui les animois
eftoit injufte ou legitime ; parmy
quelques- uns de ceux qui ont paſſé
pour les plus grands donnons la
preference àdeuxfeulement ; mais
choififfons-les bien , afin qu'en étalant leur gloire on ne puiffe rien
penfer de grand de celle des autres
qui nefe trouve dans la leur , &
qui ne juftifie noftre deffein de ne
parler que
"
d'eux.
Il parla enfuite d'Alexandre
& deCefar, & dit tout ce que
l'on en pouvoit dire. Il fit voir
qu'ils avoient eu toutes les
grandes qualitez qui ont fait
le merite des plus grands He-
GALANT! 21
{
ros des ficcles paffez , & aprés
enavoir fait un portrait , &de
la reffemblance de leurs acstions , il dit : It me femble
quevous balancez & que vous
attendez que je decide ? Hé!
qu'importe Meffieurs , lequel des
deux Heros d'Alexandre ou de
Cefarfut le plus grand dans les
fiecles paffez , fi le fiecle prefent
nous en offre un plus grand que
tous les deux enfemble , &
par confequent le plus grand de
tous le Heros ; quel eft il donc ce
Heros; vous l'allez bien- toft voir
paroiftre dans toutefa gloire.
Il entra enfuite dans fa feمن
22 MERCURE
conde partie , & dits
combats par
Au-deffus de cette haute va
leur qui parcourt le monde pour
combatre pour vaincre ; je place
celle d'un Heros qui commence fes
la justice , & qui
terminefes victoires par la moderation ; qui protegefes Alliez par
La puiffance , & qui fe foutient
luy-méme parfa grandeur : Elevez icy vos efprits , Meffieurs ,
j'ay de grands évenemens à vous
reprefenter, je n'ayplus à vous
cacher de grands défauts en vous
montrant de grands courages.
Je ne parleray plus icy de ces
Heros impetueux , quiportantpar
GALANT 23
tout les armes de l'injustice & les
faifant marcher fous les Enfeignes de la Valeur & de la Generofité, raviffoient noſtre admiration avec autant de rapidité qu'ils
ravageoient les Campagnes ; c'e
toient des foudres terribles qui ne
fondoientfurla terre avec vûteffe,
que par l'impuiffance de s'arrefter ;
c'eftoient des tourbillons qui ramaffant tout ce qu'ils trouvoient à
leurrencontre ,fe groffiffoient euxmêmes , &ferendoient plus violens? Je parle d'un Heros digne de
toute loüange, & je commence d'a
bord par vous dire qu'armé de
juftes prétentions contre d'injuftes
24 MERCURE
refus , il entreprend la guerre en
Roy & nonpas en Ufurpatenr ; il
affemble fes Magiftrats avant que
de lever fes Troupes , ne met
LesArmées en Campagne , qu'aprés les avoir mifes fous la protection des Loix.
a
Aces mots , Meffieurs , vous
reconnoiffez Louis le Grand ;
ehpourriez- vous penfer à quelqu'autres cePrincegenereuxjouiffoit àpeine de la Paix par un heureux mariageavecl'Infante d'Ef
pagne , que porté à la guerre par
l'inftinct pour ainfi dire defa valeur , il regardoit avec inquietude
fes armes dans le repos ; mais il
aimoit
GALANT 25
aimoit mieux les laiffer languir,
que de lesfairefervir à l'injuftice.
à l'ambition ; c'eſt ainſi qu'il
retenoit dans une amere tranquillité , les premiers feux de fa jeuneffe ; lorfque le Roy d'Espagne
avec une ame moins guerriere
mais plus intereffée luy difpute les
droits inconteftables de la Reine
fon Epoufe: quefera- t- il ?Se prefentera-t- il d'abord avec l'épée ?
Non, il commandera àfa valeur
d'attendre ladecifion des Loix, &
les Loix confultées ordonnent àfa
valeur attentive à leurs ordres ,
defoutenirfa caufepar les armes?
Le ciel n'ayantpermis cette injufFévrier 1710.
C
26 MERCURE
tice dela part de l'Espagne , qu'a
fin que les Peuples de divers
Royaumes appriffent combien ce
fage & puillant Heros fçavoit
joindre à la force de reprimer fes
ennemis , le pouvoir de retenirfon
indignation : le voila donc qui remet à la Fuftice la direction defon
courage : allez , Prince , allez où
cette Reine des Loix portera voftre
Bouclier ; allez lancer vos foudres fur une Nationfuperbe , tant
qu'elle ne prendra confeil que de
l'obftination defes armes : ce ne
fera de fa part que Troupes affoiblies ,
que Soldats tombez aux
pieds des voftres ; mais dés qu'elle
GALANT 27
ferangera fous les loix de l'équi
té pourfe reconnoiftre , ce nefera
de vostre part qu'excés de generofité ? en vain la Fortune vous
ouvrira-t-elle le paffage à la conqueſte de l'Univers , voftre courage nefera pas las de vaincre ;
mais voftre grandeur d'ame vous
fera croire que vous avez affez
vaincus vous arrefterez vos cour
fes rapides au milieu des combats ,
par untrop grand respect pour
les Loix, vous rendrez unepartie
de vos conqueftes de peur qu'elles
n'ayent à vous reprocher que vous
vouliez trop étendre vos prétentions ? ô Prince , ô Heros valeuC ij
28 MERCURE
reux moderé tout enſemble 3
qui aime mieux ceder les droits de
la guerre que d'eftre foupçonné
d'avoirfailli contre les regles de
la Fuftice ? Loy , Meffieurs je
cherche Alexandre & Cefar , je
les trouve , peut - eftre , Grand
Roy, dans les Combats à vos côtez, poury voir des Villes mais
des plus fortes prifes dans deux
jours , des Provinces entieres reduites en deuxfemaines ; mais je
les perds &je les vois fe retirer
faifis d'étonnement à la vuede cet
excés pour ainfi dire de moderation , qui limite fi promptement la
portée de voftre valeur ? qu'il ne
GALANT 29
paroiffe donc ici , mais pour cette
fois feulement , que lefeulRoyde
Lacedemone , qui ne vouloit d'autre avantagefurfes Sujets , fi ce
n'est qu'il luyfut permis d'efre
plus vaillant , & de faire moins
qu'eux de faute contre les Loix.
Quej'aimerais à vous repreſenter ce grand Monarque , dans
d'autres Campagnes à la tefte d'une nombreuse Armée , preffant la
Fortunefans luy donner du relashe , paffant en Maiftre du monde par les Etats de plufieurs Souverains fans prefque s'enquerir fi
l'on veutfouffrirfon paffage ,
portantpar tout le flambeau de la
C
iij
30 MERCURE
guerre fans laiffer languir le feu
de faprofperité je vous compterois plus de trente Villes munies
&fortifiées , renduës à l'aspect
du Vainqueur, & prefque toutes
fans mursabatus & fans combats
donnez , effrayées feulement de
• fon grand nom, & tachant avec
les Peuples voisins , d'apaifer fa
・jufte colére en foumetant leurs
teftes à fa puiffance , & leur
cœur àfa bonté; je vous montrerois des Villes forcées malgré leurs
vigoureuses refiftances ? hé commentn'auroient-ellespas enfin cedé
à des Armes fi feures de leurs
coups , je rappellerois encore icy
GALANT zi
1
les élements forcez , les faifons
bravées , &la nature foumife en
quelque forte à fon épée , mais
Alexandre , & Céfar , ſe pouroient peut-être reconnoistre à fes
traits ; je ne veux plus loüer
en Louis le Grand , rien de ce qui
peut aprocher de luy les autres
Heros ? difons donc quelque chofe
de plus.
Unde ces efprits qui tiennent
leur fiecle en de perpetuelles agitations , & qui excitent les orages
dans la ferenité des plus beaux
jours un de ces efprits capables
de remuer de grandes machines
d'ébranler les Etats ; un de
C iiij
32 MERCURE
ces efprits qui ont toujours att
milieu de la Paix le cœur armé
la volonté ambitieuſe un
Prince heretique , car enfin fi
nous ne voulons pas le nommer ,
il faut du moins le défigner ; un
Prince , dis-je , inquiet de vivre
comme un autre Efau par fon
épée ,fe mer en tefte de vivre
parle Sceptre: il trame des deffeins
prodigieux que nul n'auroit pu
croire , parce que nul autre n'auroitpu les imaginer , il les communique aux Puiffances confederées
il les conduit fifourdement à
fesfins qu'à la tefte d'une Armée
Navale il entreprefque invifible
GALANT 33
en Angleterre ; d'abord il fe fait
jour dans les vaftes appartemens
du Roy , prendfierementſaplace
vis- à- vis de fon Trône , &partage avecluy lefuprême honneur;
dans peu l'Anglois , grand amateur des nouveautez , retire fon
obéiffance du Monarque , &la
transporte à l'Ufurpateur , &
tout d'un coup l'injuſte & aveugle Fortune , féparant les bons
fuccésde la bonnecaufe , le Prince Proteftantfe faifit de la Couronne du Prince Catholique.
› Grandeur de la gloire magranime de mon Roy , où cftes- vous
àprefent ? la voila , Meffieurs
34 MERCURE
quifort defon Palais , pour tendrela main àce Potentat defcendu
de fon Trône ; c'eſt une Majeſté
puiſſante , qui va au-devantd'une
Majefté opprimée; c'est un Prince
qui entouré de fa Cour, & revêtu defapropre Grandeur , s'arvance pour relever un Prince infortuné, poufféfur nos bordsfeulement par quelques flots officieux
de la mer; il neperdpointdetemps
pourfoulagerfa douleur , il effuye
fes larmes par des marquesfenfi
bles de l'affection de fon cœur ;
il
le reveft de tous les ornemens de la
Royauté; il luy donne un Trône
dans un defes Palais , &arraآن
GALANT 35
chepour ainfi dire d'entre les mains
du Deftinfa Royale Famille : refolu jufques à la fin de fes jours
de leurfaire part defes trefors &
defa fortune.
Je voudrois bien vous faire
voir icy tous deux grands defolateurs des Rois & des Royaumes ; vous Alexandre , qui venez
de nous faire compter pour beaucoup les honneurs que vous avez
rendus à une Reine captive fous
lejougde vos armes tandis qu'elles
eftoient injustement tournées contre le Roy fon Epoux ; & vous
Céfar , dont un des plus grands
traitsfut; de rendrele Trône d'un
36 MERCURE
frere àunefœur, pour la rendre
elle-même par cette espece de
generofité l'objet de vos amours.
&de vos profufions ; mais li je
ne puis vous voir icy en perfonne
j'y vois du moins vos ombres gémiffantes de douleur d'apprendre
qu'il y afur la terre dans l'ame
d'un plus grand Conquerant que
vous , une plus grande generofité
que la voftre.
Reduirons- nous à cette action
genereufe la Magnanimité de
noftre Heros ? non , Meffieurs
quifçait réfugier un Roy en peut
bien foutenir un autre , l'entreprife eft difficile mais elle eft
GALANT 37
jafte l'execution eft prompte mais
elle eft de Louis le Grand, un Roy
mourant nommefon Succeffeur il
faut le luy donner.
1
url
Les paroles d'un Souverain
au lit de la mortfont des Sentences depolitique, & les Peuples y
font attentifs , comme àdes Arrefts
prononcez gloire de l'Etai?
le Roy d'Espagne meurt fans
enfants , il déclare Heritierde
fes Royaumes un Fils de France?
tes Espagnols empreffez le demandent à Louis le Grand , &
Louis le Grand , comment le leur
envoit-il , avec une portion de
cettefageffe dont il fait des leçons
38 MERCURE
à toute l'Europe , aveclesconfeils
de cette prudence , qui rend l'obéiffance affectionnéepar la douceur du commandement, avec cette
grandeur d'ame qui le rend fuperieur à tous les Heros , ce n'eft
pas affez avec cette grandeur
d'ame qui le rend Louis le Grand,
Philippe V. enrichi de tous ces
J
nobles prefens du grand Royfon
ayeul , entre en Triomphe dans
toutes les Villes d'Espagne , &
toutes les vertus l'yfuivent ; mais
fes Ennemis , Ennemis de la
juftice , & de la veritable
deur, l'y attaquent.
gran
*Et que font-ils , ils entretien-
CALANT 39
nent des intelligences avec quelquesfactieux , qui affemblent des
nuagesfurfa tefte, ils s'emparent
foit par rufe foit parfureur foit
par irreligion , toujours par
injustice , de quelques Royaumes
éloignez du Siege defon Empire:
mais que n'auront ils pas à craindre , grandPrince , lorsqu'ils verront voftre Majesté s'aprocher de
vos Troupes , pour ranimer leur
valeurpar voftre prefence : autrefois dans une Guerre contre les
Gaulois , il nereftoit auxRomains
d'autre efperance , qu'an Capitole
affiegé, & en Camille banni , &
neanmoins ils repoufferent ces
40 MERCURE
fiers Ennemis , vous voftre
efperance est encore toute entiere ,
dans la poffeffion de vos plus
grand Royaumes , dans le cœur
de vos meilleurs Sujets , dans
l'affection de vos Troupes , dans
la force de voftre bras , dans la
confiance en des Victoires remportées , dans la protection de Louis
le Grand: vous diffiperez à lafin
les Germains & leurs Confederez.
Vous foupirez cependant ,
Peuples foumis , à la puiſſance
de ce jeune Roy , & nous peuteftre auffi avec vous : car enfin
que voyons nous depuis quelques
GALANT 41
années , le glaive du Tout- Puiffant eft entre les mains de fes
Ennemis , la Victoire s'égare , &
il luy eft permis de fe ranger fous
des Drapeauxprefque tous Heretiques , de prendre parti contre
les Armes défenfives même de la
Religion : mais ne nous laiffons
pasicy abattrefous les coups d'une
legere infortune ? en vain nes
Ennemis veulent-ilsfe perſuadër,
queces revers nous arrivent pour
enorgueillir leurs Armes nous
fommes comme convaincus ,
c'eft pour montrer à tous les Rois
à tous les Peuples, la grandeur
de Louis le Grand dans tous fes
Février 1710. D
que
42 MERCURE
points de veuë on ne l'avoit
ven jufques alors ce Monarque
que dans la profperité , &ilne
luy manquoit rien pour paroître
plus grand que les autres : mais
il luy manquoit un changement.
de fortune pour paroître en un
fens plus grandqu'il n'avoit encoreparu : nous l'avions veu Victorieux defes Ennemis , vaincre
fonpropre bonheur mais nous ne
L'avions pas encore affez ven ſe
vaincre foy - même , nous fçavions ce qu'ilfçavoitfaire , mais
nous nefçavions pas ce qu'ilfçavoitfuporter; il avoitparu peutêtre trop beureux, maisfans per-
GALANT 43
dre la moderation ilfaloit qu'il
parut moins heureux : mais fans
perdre laconftance.
Qu'il eft peu de ces ames égales,
faites à l'épreuve de toutes les revolutions de cette grande rouë fur
laquelle tourne toutce qu'on appelle
grands évenemens ; mais lafageffe
active e vigilante de Louis le
Grand voit changer de face à la
Fortune , fans permettre à fon
cœur de changer defituation , comme s'il n'avoit jufques alors mé
nagéles bons fuccés que pourexercer fa prefence d'efprit à foûtenir
les mauvais ; bé que feait - on ?
peut - eftre même qu'il craignoit
Dij
44 MERCURE
pour fon ame la durée defes prof
peritez & qu'il avoit demandé
quelquefois de n'eftre pas toujours.
vainqueur de fes ennemis , pour
s'exercer dans cet Art fi difficile de
vaincre l'adverſité ; ainfi lagrandeurdefoname foûtenant nos efperances , ranime la fermeté de nos
fameuxGuerriers qui commencent
déja à regarder le glorieux avan
tageremportéfur un nombre affez
grand de nos ennemis en Alface ,
la glorienfe retraite de noftre
Armée en Flandres , comme des
prefages prefque infaillibles d'un
nombre prefque infini de Victoires.
GALANT 45
+
Je finis , Meffieurs mais n'al
lez point me reprocher , que
pour faire unplus grand éloge de
Louis le Grand , il falloit le
prendre de plus haut , remonter
jufques auTrône des Clovis , des
Saint Louis , des Charlemagne ,
comparer même ces grands Rois ,
avec les Conftantin &les Theodofe , & chercher jufques dans
leurs Tombeaux , les femences de
la valeur &de lagrandeurd'ame
de Louis le Grand : Il est uray ,
Meffieurs , que fa gloire com
mençoit a fe produire à fe
mais comme il former
en
n'y en apoint excepté S. Louis ,
46 MERCURE
en qui la fortune ait affemblé
tant d'événemens divers , il eftoit
important dans les conjonctures
prefentes , de mettre fes actions a
part, &de ne pas confondre dans
la concurrence de leurs grands
noms , celuy dont la gloire remonte
juſques à eux , avec autant d'éclat qu'elle en eft defcendue : c'eft
donc fans rien diminuer de leur
gloire , que Louis le Grand eft
plus Grand que tous les autres
Heros ; plus grand par rapport
la vaillance, parce qu'il a triomphé
même defon bonheur, dans laprofperité de fes armes plus grand
par rapport à la generofité & à
à
GALANT 47
la grandeur d'ame non -feulement parce qu'il a donné azile à
unRoidépouillé de fes Etats ; nonfeulement parce qu'il a maintenu
un Prince de fa famille fur un
Trôneétranger,mais encore parce
que dans une interruption debonheur,fon cœur s'eft mis au- deffus
des injuftices de la Fortune.
AU ROY..
! Oui , SIRE, *
Vous eftes leplusgrand de tous
les Heros , pour dire encore
48 MERCURE
vous quelque chofe de grand que
nous n'avons pû dire , le nom de
LOUIS LE GRAND renfermant
toutes les qualitez d'unfouverain
Heros , trouvera quelque chofe
de foy dans les noms particuliers
quepourront prendre dans lecours
des temps , pour caracterifer leur
propregrandeur , quelques- uns des
Rois qui fuivront VÔTRE MAJESTE' fur le Trône ; il fe trouvera ce grand nom , mais comme
divifé , dans ceux qui par leur
valeur porteront le nom de Magnanime, dans ceux qui par leur
demence feront reconnus pourPcse des Peuples ; dans ceux qui
par
GALANT 49
par leur zeleferont appellez Deffenfeurs de la Religion ; dans
ceux qui par leur vertu feront
avouez pour Princes Pieux ; &
dans ceux qui dans les temps infortunezferont qualifiez d'İntrepides ; ainfi voftre grand Nom,
allant pompeufement de fiecle en
fiecle , vivra avec éclat tant qu'il
yaura , comme ily en aura toujours , de grandes vertus affifes
fur le Trone ; & tandis que l'Antiquitéfera occupée dans les Hiftoires de fes Conquerans , àplaindre le trifte fort d'Alexandre
de Cefar , tous deux fatalement.
arrachez à la vie , la Pofterité
Février 1710.
E
50 MERCURE
fera retentir lagrandeur de vostre
Ame, dans tous les grands énjenemens de voftre Regne , ne cefferajamais d'admirer unefi belle
vie, dont la Parque filera encore
refpectueufement les jours gloricux, & au de- là de ceux de
David , jufqu'à l'extremité d'une
longue carriere.
"
A MONSEIGNEUR.
MONSEIGNEUR,
Digne Fils du plus grand des
"Heros qui fe reproduit en Vous
vous avezla même valeur , vous
GALANT SI
joignez la même prudence , &
Les Peuples reffentent pour vous
le même amour qu'ils ont pourfa
Sacrée Perfonne.
pronsVous avez , MONS EIGNEUR, la même valeur; quelle
femente pour ainfi dire de triomphes , n'a- t-elle pasjetté dans vos
premieres Campagnes , quel trophée Philifbourg, monument éternel d'une vaine refiftance à vos
forces ; quel trophée , dis-je , n'at- il pas érigé à l'honneur de vôtre
gloire, quelle vive ardeur n'a pas
animée vos courſes conquerantes
du Palatinat ; & quel torrent de
réputation auroit jamais púfuiE ij
52 MERCURE
vrelarapiditéde vosVictoiresfila
fageffe du Roy n'avoit agi comme
de concert avec la Providence ,
pour retirer du peril une vie fi
neceffaire àfes Sujets , &pourne
plus expofer au Champ de Mars
un Heros qui doit à coté defon
Trônefoutenirle poids defa Cou
ronne.
Ala même valeur vous joignez la même prudence ; & où
Monfeigneur , vous auroit- elle
manqué cette prudence ; feroit-ce
dans les Armées où vostre bras
agiffoit autant par voftre efprit
que par voftre cœur , où les Soldatsfuivoient vos ordres avec vos
GALANT 53
exemples , & où vous ne laiffiez
rien prévenir par la Fortune , de
tout ce quipouvoit eftreprévúpar
voftre attention :feroit- ce au Confeil , où quelquesfois les plus éclairez ne verroient peut- eftre que de
loin les chofes les plus importantes
fi vous ne les mettiez vous- même
dans leur point de vue, pour les
leur montrer de plus prés.
Les Peuples ont pour vous ,
Monfeigneur , le même amour
que pour Sa Majesté : ils cherchentfur voftre vifage les preſages de leur bonheur à venir ; ils
croyent appercevoir dans vos yeux
dans vos regards , le fondeD iij
54 MERCURE
ment des efperancespubliques , &
l'air affable & plein de bonté,
fous l'appas duquel vousprévenz ceux qui ont l'honneur de
ous approcher, devient le charme attrayant qui gagne nos cœurs
&forme les douces chaînes qui
nous lient avec paffion à vostre
Augufte Perfonne.
Ainfi , Monfeigneur , Heros
par voftre Augufte Pere , Heros
par vous - même , Heros encore
dans vos Defcendans ; voftregloireferafans fin dans la Pofterité
comme elle eft à prefent fans mefure.
GALANT 55
Dés qu'il ' eut fini il s'éleva
dans l'Affemblée un concert
de es a
fit voir que
l'Orateur est heureux lorfqu'il
a pour objet ces merites éminents , univerfellement reconnus , & aplaudis de tous.
Il fit enfuite , felon la coutume , les Eloges de Mr l'Archevêque de Lyon ; de Mr le
Maréchal de Villeroy Gouverneur de la mêmeVille ; de Mr
le Duc de Villeroy fon fils ;
& ceux de Mr l'Intendant ;
de Mrs les Comtes de Lyon;
de Mrs de la Cour des Monnoyes ; de Mrs les Treforiers.
E
iij
56 MERCURE
9
de France ; de Mrs les Elûs ;
de Mr le Prevôt des Mar
chands ; de Mrs les Echevins ;
& de Mrs les Confuls.
Vousdevezjuger que l'Affemblée eftoit des plus nom- .
breuſes , & que l'Orateur futs
long , ayanteu à parler de tant
d'Auguftes Perfonnes , & de
tant d'Illuftres Magiftrats , &
ce qu'il y eut de furprenant fut
qu'il n'ennuya pasunmoment,
& que dans tout ce qu'il dit
le caractere de toutes les perfonnes dont il parla , fut no
blement , & ingenieuſement
mis dans fon jour.
à l'Hoſtel de Ville de
Lyon , le jour de la Fefte de
Saint Thomas , un Difcours
en prefence de M' l'Archevêque , de M' l'Intendant , de
A iij
6 MERCURD IS
M's les Comtes de Saint Jean,
& de toutes les Compagnies
de la Ville. Ce Difcours a efté
fait cette année par le fils
de Mr Yon , Seigneur de
Jonage qui fut nommé l'année
derniere premier Echevin ,
quoy que revêtu d'une Charge de Secretaire du Roy. Il a
beaucoup de merite , & il eft
fort eftimé. Le Difcours que
fon fils prononça le jour de S.
Thomas , reçut de grands applaudiffemens. Vous en jugerez par ce que je vais vous en
rapporter. Ce qu'il dit du Roy
plutinfiniment , & aprés avoir
GALANT
fini l'Eloge de Sa Majeſté , lors
quel'on croyoitqu'il n'en duft
plus rien dire , il l'apoftropha
comme fi Elle cut efté prefente, & il s'attira des applaudiffemens nouveaux. Voici le
commencement de fon Difcours.
བར
:
Tout eft grand , tout eft auguf
te , Meffieurs , dans le deffein que
j'entreprens rien n'y pourroit
eftre mediocre que la foibleffe du
file ; mais dans l'obligation que je
mefuis impofée de traiter une de
cesglorieufes matieres que d'autres
avant moy ont peut - eftre negligées ,j'ofe meflatter que la NoA iiij
8 MERCURE
bleffe de monfujer donnera du relief à mespenfées , & de l'éclat
à mes paroles ; & ma temerité
trouve fon pretexte dans l'impor
tance du difcours , & dans l'injuftice du filence.
C'est une ancienne &commune erreur , que de relever avecexcés le merite desperfonnes celebres ,
qui ont vécu avant nous , pour
diminuer lagloire de ceux dans les
temps defquels nous vivons ; cette
erreur eft , tantoft un aveuglement groffier dans l'efprit des peuples , qui croyent que la fuite des
temps a le même fort que le déclin
de leur age ; & que la nature
-GALANT 9
ffant comme l'homme , elle vieilliffant
degenere defiecle enfiecle dans fes
productions , àproportion de ce que
d'année en année il s'affoiblit dans
fes travaux ? c'est ce que le
plus fameux de tous les Poëtes a
voulu nous exprimer par ces deux
Vers traduits en noftre langue ?
O fi Dieu me rendoit mes
premieres années ,
dit- il en cet endroit en un
autre:
Les illuftres Heros nâquirent
autrefois :
Tantoft c'est une illisfion defubtiles mais vaines idées , telles
que celles de ces Philofophes ,
.
10 MERCURE
qui s'imaginoient , que les pre
miershommes formez d'uneplus
riche matiere nez fous
deplusfavorables étoiles , avoient
bien pû laiffer d'heureux fuccef
feurs deleurs noms , mais nonpas
de purs heritiers de leur gloiree ?
comme fi pour trouver ce qu'il y
a de plus grand dans le monde , il
falloit remonterjufqu'au regnefabuleux de Saturne : tantofi c'est
une enviefecrette entre des perfon
nes que la fortune ou la naiffance
a mis au niveau les uns des autres,
dans le même rang & àportée des
mêmes honneurs ; chacun pour dé
crierfon concurrent transportepour
GALANT I
ainfi dire fon eftime au fiecle de
ceux qui nepeuvent plus concourir avec perfonne : pour épargner
fon encens au merite des vivans ,
on le prodigue à la memoire des
morts , pour tout difputer à
ceux qui ne nous peuvent plus
rien difputer ? Reproche que le
Sage a peut - eſtre prétendu nous
faire par cesparoles ? J'ay donné.
aux morts les louanges que j'ay
refufées auxvivans.
Il est donc vray , Meffieurs
que foit aveuglément , foit illu
fion , foit envie , la gloire de nos
Contemporains ne va jamais
felon nous de pair avec celle de
12 MERCURE
nos predeceffeurs , par une injuftice de tous les temps" , le merite
qui refpire & qui vit encore , eft
toujours contredit , il faut que,
les fecles éloignez nous le rappelle
pour qu'il foit confacré, je veux
dire veritablement reconnu ; ainfi
parla au grand Conquerant de
, dans le temps que les
Heros paffoient pour des Dieux ,
le Philofophe Califthene : Pour
paroiftre Dieu , luy dit-il , au
jugement des hommes, il faut
avoir long- temps difparu à
leurs yeux ; les honneurs divins fuivent quelques fois les
morts , mais ils n'accompa-
GALANT 13
gnent jamais les vivants.
Je viens tâcher , Meffieurs
de rendre à tous les temps &
tous les merites , la justice qui
leur eſt deuë ; je viens louer les
grands hommes , qui excellent à
prefent , auffs bien que ceux qui
ont excellé autrefois , &proportionnant les louanges au merite ,
les Modernes y auront peut- eſtre
plus de part que les Anciens.
Icy , Meffieurs , mon deffein
cmmne à fe développer
vous vousappercevezfans doute ,
queje voudrois vous donner une
idée des Herospar des comparatfens des uns aux autres ; mais
US
14 MERCURE
que ce deffein feroit vaſte , &
qu'il feroit étendu ; il m'engageroit à rappeller dans vos efprits
tous les Heros qui ont brillé , &
qui brillent encore dans tous les
Arts & dans toutes les Sciences :
ce ne feroit que charger ma
memoirepourlaffer vos patiences :
le refpectqueje dois à voftre attentionprefcrit à monfujet des bornes
plus étroittes il m
; m'oblige nonfeulement à me fixer au plus
glorieux de tous les Arts , je
veux dire à l'Art Militaire ;
mais encore pour éviter l'ennuy
d'un trop long récit , à ne choifir
parmi les Herosde la Guerre les
SGALANT
15
plus renommez que quelques- uns
de ceux à qui leurs fameux exploits ontmeritéle nom de Grand:
mais dans les loüanges que je
leur donneray ,
j'efpere que de
vous-même vous trouverez dequoy remplir àproportion l'Eloge,
de tous les autres , &c'eſt là le
Plan de ce Difcours dans lequel ,
aprés avois tracé l'idée des Grands
Heros de l'antiquité, je tâcheray
de vous donnercelle du plus grand
de tous dans lefiecle prefent.
Voicyce qu'il dit dans fa
premiere partie.
Une des plus fortes paffions
& qui a le plus occupé le cœur
16 MERCURE .
des Grands de l'antiquité, &même de tous les temps ; c'eſtoir le
defir de fe diftinguerpar les Armes , & deſefaire par leur Epée
plus grand que un nom encore
la
celuy qu'ils avoient déja par leur
naiffance ; ils laiffoient pour la
plupart aux Orateurs l'Art du
Difcours , aux Philofophes l'étudedes Sciences , aux Politiques
Ladminiftration des Etats
gloire de tous ces Heros de Litterature de Miniftere , n'excitoit guerre leur noble émulation
quelquecharme même qu'elle eut
pour quelques uns ce n'étoit
qu'un amusement de Paix & de
·
יך
GARANT 17
repos ;toutt cédoit au premierpref=
fentiment de Guerre qui les raviffoit , ilsfe fentoient comme d'euxmême transportez dans le champ
glorieux des Combats , & ils
voloient pour l'arrofer quelques
fois de leur fang, & y cueillir
furun tas de morts
من
de bleſſez
les Lauriers & les bonneurs du
triomphe.
Cette ardeur Militaire qui
dans le cœur des Potentats , à
prefque toujours efté une envie
prodigieufe de dominere de
s'étendre , une ambition démesurée.
de s'élever au deffus de la condition humaine , a toujours efté une
Février 1710.
B
18 MERCURE
fuitefatale de l'orgueil du premier
des mortels ; mais elle ne laiffe
pas auffi deftre dans les deffens
de la fageffe éternelle , qui doit
tout raporter à fa gloire : elle ne
laiffe pas , dis-je , d'eftre comme
un caractere de divinité , imprimée dans l'ame des Souverains ;
caractere dont les traitsfe repandansfurla gloire de leurs actions ,
comme fur la majesté de leurs
perfonnes , nous porte à les respecter tous , non-feulement comme les
images éclatantes de l'Etre fuprémequilesfoutient fur le Trône:
mais encore comme les fujets les
plus nobles les plus dignes
GALANT 19
une
deftreparreprefentation en qualité
de demi- Dieux de la terre
partie de ce qu'eftpar luy même le
grand Souverain de l'Univers
en qualité de Dieu des Armées.
La gloire desgrands Conquerans , ayant donc toujours en deux
faces , qu'on pouvoit envisager,
l'une humaine , l'autre divine ;
l'une qui a des taches , l'autre qui
les couvre , mais qui ne les leve
les pas ; ayant à commencer par
Heros de l'antiquité , ne nous ar
reftons point icy à blâmer ou à
louer trop leurs Conqueftes ; tachons feulement de relever leurs
perfonnes , &fans examiner d'a
Bij
20 MERCURE
A
bord, fi l'ardeur qui les animois
eftoit injufte ou legitime ; parmy
quelques- uns de ceux qui ont paſſé
pour les plus grands donnons la
preference àdeuxfeulement ; mais
choififfons-les bien , afin qu'en étalant leur gloire on ne puiffe rien
penfer de grand de celle des autres
qui nefe trouve dans la leur , &
qui ne juftifie noftre deffein de ne
parler que
"
d'eux.
Il parla enfuite d'Alexandre
& deCefar, & dit tout ce que
l'on en pouvoit dire. Il fit voir
qu'ils avoient eu toutes les
grandes qualitez qui ont fait
le merite des plus grands He-
GALANT! 21
{
ros des ficcles paffez , & aprés
enavoir fait un portrait , &de
la reffemblance de leurs acstions , il dit : It me femble
quevous balancez & que vous
attendez que je decide ? Hé!
qu'importe Meffieurs , lequel des
deux Heros d'Alexandre ou de
Cefarfut le plus grand dans les
fiecles paffez , fi le fiecle prefent
nous en offre un plus grand que
tous les deux enfemble , &
par confequent le plus grand de
tous le Heros ; quel eft il donc ce
Heros; vous l'allez bien- toft voir
paroiftre dans toutefa gloire.
Il entra enfuite dans fa feمن
22 MERCURE
conde partie , & dits
combats par
Au-deffus de cette haute va
leur qui parcourt le monde pour
combatre pour vaincre ; je place
celle d'un Heros qui commence fes
la justice , & qui
terminefes victoires par la moderation ; qui protegefes Alliez par
La puiffance , & qui fe foutient
luy-méme parfa grandeur : Elevez icy vos efprits , Meffieurs ,
j'ay de grands évenemens à vous
reprefenter, je n'ayplus à vous
cacher de grands défauts en vous
montrant de grands courages.
Je ne parleray plus icy de ces
Heros impetueux , quiportantpar
GALANT 23
tout les armes de l'injustice & les
faifant marcher fous les Enfeignes de la Valeur & de la Generofité, raviffoient noſtre admiration avec autant de rapidité qu'ils
ravageoient les Campagnes ; c'e
toient des foudres terribles qui ne
fondoientfurla terre avec vûteffe,
que par l'impuiffance de s'arrefter ;
c'eftoient des tourbillons qui ramaffant tout ce qu'ils trouvoient à
leurrencontre ,fe groffiffoient euxmêmes , &ferendoient plus violens? Je parle d'un Heros digne de
toute loüange, & je commence d'a
bord par vous dire qu'armé de
juftes prétentions contre d'injuftes
24 MERCURE
refus , il entreprend la guerre en
Roy & nonpas en Ufurpatenr ; il
affemble fes Magiftrats avant que
de lever fes Troupes , ne met
LesArmées en Campagne , qu'aprés les avoir mifes fous la protection des Loix.
a
Aces mots , Meffieurs , vous
reconnoiffez Louis le Grand ;
ehpourriez- vous penfer à quelqu'autres cePrincegenereuxjouiffoit àpeine de la Paix par un heureux mariageavecl'Infante d'Ef
pagne , que porté à la guerre par
l'inftinct pour ainfi dire defa valeur , il regardoit avec inquietude
fes armes dans le repos ; mais il
aimoit
GALANT 25
aimoit mieux les laiffer languir,
que de lesfairefervir à l'injuftice.
à l'ambition ; c'eſt ainſi qu'il
retenoit dans une amere tranquillité , les premiers feux de fa jeuneffe ; lorfque le Roy d'Espagne
avec une ame moins guerriere
mais plus intereffée luy difpute les
droits inconteftables de la Reine
fon Epoufe: quefera- t- il ?Se prefentera-t- il d'abord avec l'épée ?
Non, il commandera àfa valeur
d'attendre ladecifion des Loix, &
les Loix confultées ordonnent àfa
valeur attentive à leurs ordres ,
defoutenirfa caufepar les armes?
Le ciel n'ayantpermis cette injufFévrier 1710.
C
26 MERCURE
tice dela part de l'Espagne , qu'a
fin que les Peuples de divers
Royaumes appriffent combien ce
fage & puillant Heros fçavoit
joindre à la force de reprimer fes
ennemis , le pouvoir de retenirfon
indignation : le voila donc qui remet à la Fuftice la direction defon
courage : allez , Prince , allez où
cette Reine des Loix portera voftre
Bouclier ; allez lancer vos foudres fur une Nationfuperbe , tant
qu'elle ne prendra confeil que de
l'obftination defes armes : ce ne
fera de fa part que Troupes affoiblies ,
que Soldats tombez aux
pieds des voftres ; mais dés qu'elle
GALANT 27
ferangera fous les loix de l'équi
té pourfe reconnoiftre , ce nefera
de vostre part qu'excés de generofité ? en vain la Fortune vous
ouvrira-t-elle le paffage à la conqueſte de l'Univers , voftre courage nefera pas las de vaincre ;
mais voftre grandeur d'ame vous
fera croire que vous avez affez
vaincus vous arrefterez vos cour
fes rapides au milieu des combats ,
par untrop grand respect pour
les Loix, vous rendrez unepartie
de vos conqueftes de peur qu'elles
n'ayent à vous reprocher que vous
vouliez trop étendre vos prétentions ? ô Prince , ô Heros valeuC ij
28 MERCURE
reux moderé tout enſemble 3
qui aime mieux ceder les droits de
la guerre que d'eftre foupçonné
d'avoirfailli contre les regles de
la Fuftice ? Loy , Meffieurs je
cherche Alexandre & Cefar , je
les trouve , peut - eftre , Grand
Roy, dans les Combats à vos côtez, poury voir des Villes mais
des plus fortes prifes dans deux
jours , des Provinces entieres reduites en deuxfemaines ; mais je
les perds &je les vois fe retirer
faifis d'étonnement à la vuede cet
excés pour ainfi dire de moderation , qui limite fi promptement la
portée de voftre valeur ? qu'il ne
GALANT 29
paroiffe donc ici , mais pour cette
fois feulement , que lefeulRoyde
Lacedemone , qui ne vouloit d'autre avantagefurfes Sujets , fi ce
n'est qu'il luyfut permis d'efre
plus vaillant , & de faire moins
qu'eux de faute contre les Loix.
Quej'aimerais à vous repreſenter ce grand Monarque , dans
d'autres Campagnes à la tefte d'une nombreuse Armée , preffant la
Fortunefans luy donner du relashe , paffant en Maiftre du monde par les Etats de plufieurs Souverains fans prefque s'enquerir fi
l'on veutfouffrirfon paffage ,
portantpar tout le flambeau de la
C
iij
30 MERCURE
guerre fans laiffer languir le feu
de faprofperité je vous compterois plus de trente Villes munies
&fortifiées , renduës à l'aspect
du Vainqueur, & prefque toutes
fans mursabatus & fans combats
donnez , effrayées feulement de
• fon grand nom, & tachant avec
les Peuples voisins , d'apaifer fa
・jufte colére en foumetant leurs
teftes à fa puiffance , & leur
cœur àfa bonté; je vous montrerois des Villes forcées malgré leurs
vigoureuses refiftances ? hé commentn'auroient-ellespas enfin cedé
à des Armes fi feures de leurs
coups , je rappellerois encore icy
GALANT zi
1
les élements forcez , les faifons
bravées , &la nature foumife en
quelque forte à fon épée , mais
Alexandre , & Céfar , ſe pouroient peut-être reconnoistre à fes
traits ; je ne veux plus loüer
en Louis le Grand , rien de ce qui
peut aprocher de luy les autres
Heros ? difons donc quelque chofe
de plus.
Unde ces efprits qui tiennent
leur fiecle en de perpetuelles agitations , & qui excitent les orages
dans la ferenité des plus beaux
jours un de ces efprits capables
de remuer de grandes machines
d'ébranler les Etats ; un de
C iiij
32 MERCURE
ces efprits qui ont toujours att
milieu de la Paix le cœur armé
la volonté ambitieuſe un
Prince heretique , car enfin fi
nous ne voulons pas le nommer ,
il faut du moins le défigner ; un
Prince , dis-je , inquiet de vivre
comme un autre Efau par fon
épée ,fe mer en tefte de vivre
parle Sceptre: il trame des deffeins
prodigieux que nul n'auroit pu
croire , parce que nul autre n'auroitpu les imaginer , il les communique aux Puiffances confederées
il les conduit fifourdement à
fesfins qu'à la tefte d'une Armée
Navale il entreprefque invifible
GALANT 33
en Angleterre ; d'abord il fe fait
jour dans les vaftes appartemens
du Roy , prendfierementſaplace
vis- à- vis de fon Trône , &partage avecluy lefuprême honneur;
dans peu l'Anglois , grand amateur des nouveautez , retire fon
obéiffance du Monarque , &la
transporte à l'Ufurpateur , &
tout d'un coup l'injuſte & aveugle Fortune , féparant les bons
fuccésde la bonnecaufe , le Prince Proteftantfe faifit de la Couronne du Prince Catholique.
› Grandeur de la gloire magranime de mon Roy , où cftes- vous
àprefent ? la voila , Meffieurs
34 MERCURE
quifort defon Palais , pour tendrela main àce Potentat defcendu
de fon Trône ; c'eſt une Majeſté
puiſſante , qui va au-devantd'une
Majefté opprimée; c'est un Prince
qui entouré de fa Cour, & revêtu defapropre Grandeur , s'arvance pour relever un Prince infortuné, poufféfur nos bordsfeulement par quelques flots officieux
de la mer; il neperdpointdetemps
pourfoulagerfa douleur , il effuye
fes larmes par des marquesfenfi
bles de l'affection de fon cœur ;
il
le reveft de tous les ornemens de la
Royauté; il luy donne un Trône
dans un defes Palais , &arraآن
GALANT 35
chepour ainfi dire d'entre les mains
du Deftinfa Royale Famille : refolu jufques à la fin de fes jours
de leurfaire part defes trefors &
defa fortune.
Je voudrois bien vous faire
voir icy tous deux grands defolateurs des Rois & des Royaumes ; vous Alexandre , qui venez
de nous faire compter pour beaucoup les honneurs que vous avez
rendus à une Reine captive fous
lejougde vos armes tandis qu'elles
eftoient injustement tournées contre le Roy fon Epoux ; & vous
Céfar , dont un des plus grands
traitsfut; de rendrele Trône d'un
36 MERCURE
frere àunefœur, pour la rendre
elle-même par cette espece de
generofité l'objet de vos amours.
&de vos profufions ; mais li je
ne puis vous voir icy en perfonne
j'y vois du moins vos ombres gémiffantes de douleur d'apprendre
qu'il y afur la terre dans l'ame
d'un plus grand Conquerant que
vous , une plus grande generofité
que la voftre.
Reduirons- nous à cette action
genereufe la Magnanimité de
noftre Heros ? non , Meffieurs
quifçait réfugier un Roy en peut
bien foutenir un autre , l'entreprife eft difficile mais elle eft
GALANT 37
jafte l'execution eft prompte mais
elle eft de Louis le Grand, un Roy
mourant nommefon Succeffeur il
faut le luy donner.
1
url
Les paroles d'un Souverain
au lit de la mortfont des Sentences depolitique, & les Peuples y
font attentifs , comme àdes Arrefts
prononcez gloire de l'Etai?
le Roy d'Espagne meurt fans
enfants , il déclare Heritierde
fes Royaumes un Fils de France?
tes Espagnols empreffez le demandent à Louis le Grand , &
Louis le Grand , comment le leur
envoit-il , avec une portion de
cettefageffe dont il fait des leçons
38 MERCURE
à toute l'Europe , aveclesconfeils
de cette prudence , qui rend l'obéiffance affectionnéepar la douceur du commandement, avec cette
grandeur d'ame qui le rend fuperieur à tous les Heros , ce n'eft
pas affez avec cette grandeur
d'ame qui le rend Louis le Grand,
Philippe V. enrichi de tous ces
J
nobles prefens du grand Royfon
ayeul , entre en Triomphe dans
toutes les Villes d'Espagne , &
toutes les vertus l'yfuivent ; mais
fes Ennemis , Ennemis de la
juftice , & de la veritable
deur, l'y attaquent.
gran
*Et que font-ils , ils entretien-
CALANT 39
nent des intelligences avec quelquesfactieux , qui affemblent des
nuagesfurfa tefte, ils s'emparent
foit par rufe foit parfureur foit
par irreligion , toujours par
injustice , de quelques Royaumes
éloignez du Siege defon Empire:
mais que n'auront ils pas à craindre , grandPrince , lorsqu'ils verront voftre Majesté s'aprocher de
vos Troupes , pour ranimer leur
valeurpar voftre prefence : autrefois dans une Guerre contre les
Gaulois , il nereftoit auxRomains
d'autre efperance , qu'an Capitole
affiegé, & en Camille banni , &
neanmoins ils repoufferent ces
40 MERCURE
fiers Ennemis , vous voftre
efperance est encore toute entiere ,
dans la poffeffion de vos plus
grand Royaumes , dans le cœur
de vos meilleurs Sujets , dans
l'affection de vos Troupes , dans
la force de voftre bras , dans la
confiance en des Victoires remportées , dans la protection de Louis
le Grand: vous diffiperez à lafin
les Germains & leurs Confederez.
Vous foupirez cependant ,
Peuples foumis , à la puiſſance
de ce jeune Roy , & nous peuteftre auffi avec vous : car enfin
que voyons nous depuis quelques
GALANT 41
années , le glaive du Tout- Puiffant eft entre les mains de fes
Ennemis , la Victoire s'égare , &
il luy eft permis de fe ranger fous
des Drapeauxprefque tous Heretiques , de prendre parti contre
les Armes défenfives même de la
Religion : mais ne nous laiffons
pasicy abattrefous les coups d'une
legere infortune ? en vain nes
Ennemis veulent-ilsfe perſuadër,
queces revers nous arrivent pour
enorgueillir leurs Armes nous
fommes comme convaincus ,
c'eft pour montrer à tous les Rois
à tous les Peuples, la grandeur
de Louis le Grand dans tous fes
Février 1710. D
que
42 MERCURE
points de veuë on ne l'avoit
ven jufques alors ce Monarque
que dans la profperité , &ilne
luy manquoit rien pour paroître
plus grand que les autres : mais
il luy manquoit un changement.
de fortune pour paroître en un
fens plus grandqu'il n'avoit encoreparu : nous l'avions veu Victorieux defes Ennemis , vaincre
fonpropre bonheur mais nous ne
L'avions pas encore affez ven ſe
vaincre foy - même , nous fçavions ce qu'ilfçavoitfaire , mais
nous nefçavions pas ce qu'ilfçavoitfuporter; il avoitparu peutêtre trop beureux, maisfans per-
GALANT 43
dre la moderation ilfaloit qu'il
parut moins heureux : mais fans
perdre laconftance.
Qu'il eft peu de ces ames égales,
faites à l'épreuve de toutes les revolutions de cette grande rouë fur
laquelle tourne toutce qu'on appelle
grands évenemens ; mais lafageffe
active e vigilante de Louis le
Grand voit changer de face à la
Fortune , fans permettre à fon
cœur de changer defituation , comme s'il n'avoit jufques alors mé
nagéles bons fuccés que pourexercer fa prefence d'efprit à foûtenir
les mauvais ; bé que feait - on ?
peut - eftre même qu'il craignoit
Dij
44 MERCURE
pour fon ame la durée defes prof
peritez & qu'il avoit demandé
quelquefois de n'eftre pas toujours.
vainqueur de fes ennemis , pour
s'exercer dans cet Art fi difficile de
vaincre l'adverſité ; ainfi lagrandeurdefoname foûtenant nos efperances , ranime la fermeté de nos
fameuxGuerriers qui commencent
déja à regarder le glorieux avan
tageremportéfur un nombre affez
grand de nos ennemis en Alface ,
la glorienfe retraite de noftre
Armée en Flandres , comme des
prefages prefque infaillibles d'un
nombre prefque infini de Victoires.
GALANT 45
+
Je finis , Meffieurs mais n'al
lez point me reprocher , que
pour faire unplus grand éloge de
Louis le Grand , il falloit le
prendre de plus haut , remonter
jufques auTrône des Clovis , des
Saint Louis , des Charlemagne ,
comparer même ces grands Rois ,
avec les Conftantin &les Theodofe , & chercher jufques dans
leurs Tombeaux , les femences de
la valeur &de lagrandeurd'ame
de Louis le Grand : Il est uray ,
Meffieurs , que fa gloire com
mençoit a fe produire à fe
mais comme il former
en
n'y en apoint excepté S. Louis ,
46 MERCURE
en qui la fortune ait affemblé
tant d'événemens divers , il eftoit
important dans les conjonctures
prefentes , de mettre fes actions a
part, &de ne pas confondre dans
la concurrence de leurs grands
noms , celuy dont la gloire remonte
juſques à eux , avec autant d'éclat qu'elle en eft defcendue : c'eft
donc fans rien diminuer de leur
gloire , que Louis le Grand eft
plus Grand que tous les autres
Heros ; plus grand par rapport
la vaillance, parce qu'il a triomphé
même defon bonheur, dans laprofperité de fes armes plus grand
par rapport à la generofité & à
à
GALANT 47
la grandeur d'ame non -feulement parce qu'il a donné azile à
unRoidépouillé de fes Etats ; nonfeulement parce qu'il a maintenu
un Prince de fa famille fur un
Trôneétranger,mais encore parce
que dans une interruption debonheur,fon cœur s'eft mis au- deffus
des injuftices de la Fortune.
AU ROY..
! Oui , SIRE, *
Vous eftes leplusgrand de tous
les Heros , pour dire encore
48 MERCURE
vous quelque chofe de grand que
nous n'avons pû dire , le nom de
LOUIS LE GRAND renfermant
toutes les qualitez d'unfouverain
Heros , trouvera quelque chofe
de foy dans les noms particuliers
quepourront prendre dans lecours
des temps , pour caracterifer leur
propregrandeur , quelques- uns des
Rois qui fuivront VÔTRE MAJESTE' fur le Trône ; il fe trouvera ce grand nom , mais comme
divifé , dans ceux qui par leur
valeur porteront le nom de Magnanime, dans ceux qui par leur
demence feront reconnus pourPcse des Peuples ; dans ceux qui
par
GALANT 49
par leur zeleferont appellez Deffenfeurs de la Religion ; dans
ceux qui par leur vertu feront
avouez pour Princes Pieux ; &
dans ceux qui dans les temps infortunezferont qualifiez d'İntrepides ; ainfi voftre grand Nom,
allant pompeufement de fiecle en
fiecle , vivra avec éclat tant qu'il
yaura , comme ily en aura toujours , de grandes vertus affifes
fur le Trone ; & tandis que l'Antiquitéfera occupée dans les Hiftoires de fes Conquerans , àplaindre le trifte fort d'Alexandre
de Cefar , tous deux fatalement.
arrachez à la vie , la Pofterité
Février 1710.
E
50 MERCURE
fera retentir lagrandeur de vostre
Ame, dans tous les grands énjenemens de voftre Regne , ne cefferajamais d'admirer unefi belle
vie, dont la Parque filera encore
refpectueufement les jours gloricux, & au de- là de ceux de
David , jufqu'à l'extremité d'une
longue carriere.
"
A MONSEIGNEUR.
MONSEIGNEUR,
Digne Fils du plus grand des
"Heros qui fe reproduit en Vous
vous avezla même valeur , vous
GALANT SI
joignez la même prudence , &
Les Peuples reffentent pour vous
le même amour qu'ils ont pourfa
Sacrée Perfonne.
pronsVous avez , MONS EIGNEUR, la même valeur; quelle
femente pour ainfi dire de triomphes , n'a- t-elle pasjetté dans vos
premieres Campagnes , quel trophée Philifbourg, monument éternel d'une vaine refiftance à vos
forces ; quel trophée , dis-je , n'at- il pas érigé à l'honneur de vôtre
gloire, quelle vive ardeur n'a pas
animée vos courſes conquerantes
du Palatinat ; & quel torrent de
réputation auroit jamais púfuiE ij
52 MERCURE
vrelarapiditéde vosVictoiresfila
fageffe du Roy n'avoit agi comme
de concert avec la Providence ,
pour retirer du peril une vie fi
neceffaire àfes Sujets , &pourne
plus expofer au Champ de Mars
un Heros qui doit à coté defon
Trônefoutenirle poids defa Cou
ronne.
Ala même valeur vous joignez la même prudence ; & où
Monfeigneur , vous auroit- elle
manqué cette prudence ; feroit-ce
dans les Armées où vostre bras
agiffoit autant par voftre efprit
que par voftre cœur , où les Soldatsfuivoient vos ordres avec vos
GALANT 53
exemples , & où vous ne laiffiez
rien prévenir par la Fortune , de
tout ce quipouvoit eftreprévúpar
voftre attention :feroit- ce au Confeil , où quelquesfois les plus éclairez ne verroient peut- eftre que de
loin les chofes les plus importantes
fi vous ne les mettiez vous- même
dans leur point de vue, pour les
leur montrer de plus prés.
Les Peuples ont pour vous ,
Monfeigneur , le même amour
que pour Sa Majesté : ils cherchentfur voftre vifage les preſages de leur bonheur à venir ; ils
croyent appercevoir dans vos yeux
dans vos regards , le fondeD iij
54 MERCURE
ment des efperancespubliques , &
l'air affable & plein de bonté,
fous l'appas duquel vousprévenz ceux qui ont l'honneur de
ous approcher, devient le charme attrayant qui gagne nos cœurs
&forme les douces chaînes qui
nous lient avec paffion à vostre
Augufte Perfonne.
Ainfi , Monfeigneur , Heros
par voftre Augufte Pere , Heros
par vous - même , Heros encore
dans vos Defcendans ; voftregloireferafans fin dans la Pofterité
comme elle eft à prefent fans mefure.
GALANT 55
Dés qu'il ' eut fini il s'éleva
dans l'Affemblée un concert
de es a
fit voir que
l'Orateur est heureux lorfqu'il
a pour objet ces merites éminents , univerfellement reconnus , & aplaudis de tous.
Il fit enfuite , felon la coutume , les Eloges de Mr l'Archevêque de Lyon ; de Mr le
Maréchal de Villeroy Gouverneur de la mêmeVille ; de Mr
le Duc de Villeroy fon fils ;
& ceux de Mr l'Intendant ;
de Mrs les Comtes de Lyon;
de Mrs de la Cour des Monnoyes ; de Mrs les Treforiers.
E
iij
56 MERCURE
9
de France ; de Mrs les Elûs ;
de Mr le Prevôt des Mar
chands ; de Mrs les Echevins ;
& de Mrs les Confuls.
Vousdevezjuger que l'Affemblée eftoit des plus nom- .
breuſes , & que l'Orateur futs
long , ayanteu à parler de tant
d'Auguftes Perfonnes , & de
tant d'Illuftres Magiftrats , &
ce qu'il y eut de furprenant fut
qu'il n'ennuya pasunmoment,
& que dans tout ce qu'il dit
le caractere de toutes les perfonnes dont il parla , fut no
blement , & ingenieuſement
mis dans fon jour.
Fermer
Résumé : Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Le texte relate la prononciation annuelle d'un discours à l'Hôtel de Ville de Lyon, le jour de la fête de Saint Thomas, en présence de l'archevêque, de l'intendant, des comtes de Saint Jean et des compagnies de la ville. Cette année, le discours a été prononcé par le fils de Monsieur Yon, seigneur de Jonage, récemment nommé premier échevin malgré ses fonctions de secrétaire du roi. Le discours a reçu de grands applaudissements. L'orateur commence par une réflexion sur la grandeur de la tâche entreprise, reconnaissant la faiblesse humaine mais espérant que la noblesse du sujet donnera du relief aux paroles. Il critique l'erreur commune de surévaluer les mérites des personnes célèbres du passé pour diminuer la gloire des contemporains. Il cite des poètes et des philosophes pour illustrer cette erreur et affirme que la gloire des contemporains est souvent méconnue. L'orateur se propose de rendre justice à tous les mérites, anciens et modernes, en louant les grands hommes actuels autant que ceux du passé. Il se concentre sur l'art militaire et choisit de parler des héros les plus renommés, en particulier Alexandre et César, dont il vante les grandes qualités. Cependant, il introduit la figure d'un héros contemporain, Louis le Grand, qui incarne la justice, la modération et la grandeur d'âme. Louis est décrit comme un roi qui entreprend la guerre avec justice, respecte les lois et fait preuve de générosité même dans la victoire. Le texte célèbre la grandeur et la magnanimité de Louis le Grand, roi de France. Il le compare à des figures historiques comme Alexandre le Grand et Jules César, mais souligne que Louis dépasse ces héros par sa modération et sa générosité. Le texte décrit plusieurs exploits de Louis, notamment son refus de tirer avantage de ses sujets et sa capacité à inspirer la peur et le respect sans combat. Il mentionne également des campagnes militaires où Louis a conquis de nombreuses villes par sa seule réputation. Le texte évoque ensuite une menace potentielle d'un prince hérétique qui trame des plans ambitieux pour s'emparer du trône d'Angleterre. Louis est présenté comme un défenseur des rois opprimés, prêt à soutenir un monarque déchu et à lui offrir refuge et soutien. Le texte souligne également la sagesse politique de Louis, qui a su gérer les revers de fortune avec constance et sagesse. Il mentionne la mort du roi d'Espagne sans héritier et la nomination de Philippe V, fils de Louis, comme successeur. Malgré les attaques des ennemis de la justice, Louis reste un modèle de grandeur et de prudence. Enfin, le texte conclut en exaltant la grandeur de Louis, comparée à celle des plus grands rois de l'histoire. Il prédit que le nom de Louis le Grand sera synonyme de toutes les vertus royales et que sa mémoire sera célébrée pour sa vie exemplaire et ses actions héroïques. Le discours s'adresse également à un haut dignitaire, louant ses qualités et ses actions. L'orateur souligne la prudence et l'esprit stratégique du destinataire sur le champ de bataille, où ses soldats suivent ses ordres et ses exemples, et où il anticipe les événements grâce à son attention. Il mentionne également son rôle au conseil, où il éclaire les décisions importantes. Les peuples éprouvent pour lui un amour similaire à celui qu'ils portent à leur souverain, voyant en lui les signes de leur bonheur futur et étant charmés par sa bonté et son affabilité. Le discours célèbre également la lignée héroïque du destinataire, soulignant qu'il est un héros par son père, par lui-même et par ses descendants, et que sa gloire perdurera dans la postérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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741
p. 57-61
Autre Article qui renferme aussi un Eloge de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Début :
Je ne dois pas diferer plus long-temps à vous envoyer [...]
Mots clefs :
Éloge du roi, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Article qui renferme aussi un Eloge de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Je ne dois pas diferer plus
long- temps à vous envoyer
l'Eloge du Roy que vous allez
lire , puifqu'il eft tiré de la fin
d'une Lettre Circulaire du
Pere Epiphane , Recolet , qui
asparu au commencement de
cette année. Aprés avoir parlé
de plufieurs chofes qui regardent,fon Ordre, il dit :
Demandez à Dieu les graces
quifont neceffaires augrand Monarquedes François , à ce Roy qui
fera àjamais le modelle des Rois
juftes clemens , qui dans tous
les tempsd'un regne finon toûjours
heureux du moins toûjours
a
te
$8 MERCURE
tous les
glorieuxpar raport à l'usage qu'il
afait de la profperité & de l'adverfité; qui a toujours marqué un
amour conftant &fincere pourfon
Peuple ; amour auquel il afouvent facrifié fagloire
avantages qu'ilpouvoit tirer dé
fes exploits militaires ; amour enfin dont il vient de donner des
marques refcentes àfon cher Peuple dans ces temps de fterilité, par
les foins & les moyens que fa
tendreffe paternelle luy fuggere
pour le ſecourir à propos & diligemmentdansfes befoins . Elevez
donc vos mains vers le Ciel pour
ce Prince le plus grand de tous les
GALANT 59
Heros , le meilleur de tous
les peres, & dont le glorieux nom
de Louis lele Grand ,, renferme
toutes les qualitez d'un Souverain accomply ; fouvenez vous
dans vos prieres d'un Monarque
qui vivrajuſqu'à la fin desficcles
dans ceux quipar leur valeur porteront le nom de Magnanimes ;
dans ceux qui par leur clemençe
Seront appellez Peres des Peuples; dans ceux qui par leur zele
feront appellez Defenfeurs de la
Religion ; dans ceux qui par leur
vertus feront appellez Princes
Pieux enfin dans ceux qui
par les infidelitez de la fortune
•
60 MERCURE
feront appellez Intrepides ', en
les foutenant avec conftance ,
implorezfans ceffe le fecours de
Dieu pour ce bon Princep
Jamais les François n'ont
temoigné plus d'amour pour
leurs Souverains qu'il en ont
montré, & qu'ils en font voir
encore tous les jours pour
Louis le Grand. Rien ne leur
échape de tout ce qui l'a rendu
digne de ce furnom , & ils ont
toujours fait des Eloges de ce
Prince dans toutes leurs actions
publiques convenablés au
temps & à la grandeur & aux
vertus d'un Monarque qui a
GALANT 61
toujours triomphé de toutes
manieres , & remporté autant
de Victoires fur luy même
que fur les Ennemis
long- temps à vous envoyer
l'Eloge du Roy que vous allez
lire , puifqu'il eft tiré de la fin
d'une Lettre Circulaire du
Pere Epiphane , Recolet , qui
asparu au commencement de
cette année. Aprés avoir parlé
de plufieurs chofes qui regardent,fon Ordre, il dit :
Demandez à Dieu les graces
quifont neceffaires augrand Monarquedes François , à ce Roy qui
fera àjamais le modelle des Rois
juftes clemens , qui dans tous
les tempsd'un regne finon toûjours
heureux du moins toûjours
a
te
$8 MERCURE
tous les
glorieuxpar raport à l'usage qu'il
afait de la profperité & de l'adverfité; qui a toujours marqué un
amour conftant &fincere pourfon
Peuple ; amour auquel il afouvent facrifié fagloire
avantages qu'ilpouvoit tirer dé
fes exploits militaires ; amour enfin dont il vient de donner des
marques refcentes àfon cher Peuple dans ces temps de fterilité, par
les foins & les moyens que fa
tendreffe paternelle luy fuggere
pour le ſecourir à propos & diligemmentdansfes befoins . Elevez
donc vos mains vers le Ciel pour
ce Prince le plus grand de tous les
GALANT 59
Heros , le meilleur de tous
les peres, & dont le glorieux nom
de Louis lele Grand ,, renferme
toutes les qualitez d'un Souverain accomply ; fouvenez vous
dans vos prieres d'un Monarque
qui vivrajuſqu'à la fin desficcles
dans ceux quipar leur valeur porteront le nom de Magnanimes ;
dans ceux qui par leur clemençe
Seront appellez Peres des Peuples; dans ceux qui par leur zele
feront appellez Defenfeurs de la
Religion ; dans ceux qui par leur
vertus feront appellez Princes
Pieux enfin dans ceux qui
par les infidelitez de la fortune
•
60 MERCURE
feront appellez Intrepides ', en
les foutenant avec conftance ,
implorezfans ceffe le fecours de
Dieu pour ce bon Princep
Jamais les François n'ont
temoigné plus d'amour pour
leurs Souverains qu'il en ont
montré, & qu'ils en font voir
encore tous les jours pour
Louis le Grand. Rien ne leur
échape de tout ce qui l'a rendu
digne de ce furnom , & ils ont
toujours fait des Eloges de ce
Prince dans toutes leurs actions
publiques convenablés au
temps & à la grandeur & aux
vertus d'un Monarque qui a
GALANT 61
toujours triomphé de toutes
manieres , & remporté autant
de Victoires fur luy même
que fur les Ennemis
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Résumé : Autre Article qui renferme aussi un Eloge de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Le texte est une lettre annonçant l'envoi d'un éloge du roi Louis XIV, extrait d'une lettre circulaire du Père Épiphane, Recolet, publiée au début de l'année. Le Père Épiphane prie pour les grâces nécessaires au roi, qu'il décrit comme un modèle de justice et de clémence. Louis XIV est loué pour son amour constant et sincère pour son peuple, même au détriment de sa gloire personnelle et des avantages militaires. Le texte mentionne les efforts du roi pour secourir son peuple durant les périodes de stérilité. Il appelle à prier pour ce monarque, qualifié de 'Louis le Grand', dont le nom englobe toutes les qualités d'un souverain accompli. Les Français sont décrits comme ayant toujours témoigné un grand amour pour leurs souverains, et particulièrement pour Louis XIV, dont ils célèbrent les vertus et les victoires dans leurs actions publiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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742
p. 147-150
Gouvernement de Gravelines donné par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Il y a déja quelques, mois que le Roy a donné le Gouvernement [...]
Mots clefs :
Gouvernement de Gravelines, Maréchal de Villars, Maison de Villars
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Gouvernement de Gravelines donné par le Roy, [titre d'après la table]
Il y a déja quelques , mois
que le Roya donnéle Gouver
nement de Gravelines à Mr le
ComtedeVillars Maréchal de
Camp & frere de Mr le Maréchalde Villars. Ce Comte eft
d'une Maifon où la valeur
eft hereditaire.. Il eft fils de
feu Mr le Marquis de Villars
Chevalier des Ordres du Roy,
Nij
148 MERCURE
Lieutenant General de fes Armées & qui avoit cfté Ambaſ
fadeur en Espagne , & neveu
de feu Mr de Villars Archevêt
que de Vienne & qui avoit
fuccedé à quatre de fes oncles
qui avoient occupé fucceffivement le même Siege. La Maifan de Villars eft alliée aux
plus illuftres de Dauphiné , &
des Provinces voifines , à celle
de Seve & de Montmartin
Alleman par le Mariage d'Helene de Villars avec Pierre de
Seve , d'où vint Marguerite de
Sevealliée avec Claude Alleman forti des Souverains de
GALANT 149
Foucigni , felon que le remarque Me le Laboureur ; la Maifonde Villars eft auffi alliée à
lavnoble & ancienne Maiſon
de Chapponney , par le Mariage de Françoife de Villars
avec Philibert de Chapponney , vers le milieu du quinziémefiecle. Cette alliance fe
fortifia encore long- temps
aprés par le mariage de Dame
Claire de Villars , avecArthus
de Loras du Pré Seigneur de
Chamaignieu d'une des plus
grandes Maifons de ces Payslà , & d'oùfortit Loüife de Loras épouse de Haut &Puiflang
Niij
150 MERCURE
1
Seigneur Octavien de Chapponney , Seigneur d'Eybeins.
Loüife de Villars , fille de
Haut & Puiffant Seigneur
Philibert de Villars , & petite
fille de Pierre de Villars , que
la Ville de Lyon mit huit fois
confecutives à fa tefte , épousa
Jean Henry Seigneur de Troi
feul & de Mionney , dans le
feiziéme fiecle.
que le Roya donnéle Gouver
nement de Gravelines à Mr le
ComtedeVillars Maréchal de
Camp & frere de Mr le Maréchalde Villars. Ce Comte eft
d'une Maifon où la valeur
eft hereditaire.. Il eft fils de
feu Mr le Marquis de Villars
Chevalier des Ordres du Roy,
Nij
148 MERCURE
Lieutenant General de fes Armées & qui avoit cfté Ambaſ
fadeur en Espagne , & neveu
de feu Mr de Villars Archevêt
que de Vienne & qui avoit
fuccedé à quatre de fes oncles
qui avoient occupé fucceffivement le même Siege. La Maifan de Villars eft alliée aux
plus illuftres de Dauphiné , &
des Provinces voifines , à celle
de Seve & de Montmartin
Alleman par le Mariage d'Helene de Villars avec Pierre de
Seve , d'où vint Marguerite de
Sevealliée avec Claude Alleman forti des Souverains de
GALANT 149
Foucigni , felon que le remarque Me le Laboureur ; la Maifonde Villars eft auffi alliée à
lavnoble & ancienne Maiſon
de Chapponney , par le Mariage de Françoife de Villars
avec Philibert de Chapponney , vers le milieu du quinziémefiecle. Cette alliance fe
fortifia encore long- temps
aprés par le mariage de Dame
Claire de Villars , avecArthus
de Loras du Pré Seigneur de
Chamaignieu d'une des plus
grandes Maifons de ces Payslà , & d'oùfortit Loüife de Loras épouse de Haut &Puiflang
Niij
150 MERCURE
1
Seigneur Octavien de Chapponney , Seigneur d'Eybeins.
Loüife de Villars , fille de
Haut & Puiffant Seigneur
Philibert de Villars , & petite
fille de Pierre de Villars , que
la Ville de Lyon mit huit fois
confecutives à fa tefte , épousa
Jean Henry Seigneur de Troi
feul & de Mionney , dans le
feiziéme fiecle.
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Résumé : Gouvernement de Gravelines donné par le Roy, [titre d'après la table]
Le roi a récemment confié le gouvernement de Gravelines à Monsieur le Comte de Villars, Maréchal de camp et frère du Maréchal de Villars. Ce comte appartient à une famille où la valeur est héréditaire. Il est le fils du défunt Monsieur le Marquis de Villars, Chevalier des Ordres du Roi, Lieutenant Général des Armées et ancien Ambassadeur en Espagne. Il est également le neveu de l'ancien Archevêque de Vienne, Monsieur de Villars, qui avait succédé à quatre de ses oncles dans cette fonction. La maison de Villars est alliée à plusieurs familles illustres du Dauphiné et des provinces voisines, notamment les Seve et les Montmartin Alleman. Cette alliance est renforcée par le mariage d'Hélène de Villars avec Pierre de Seve, dont la fille Marguerite de Seve épousa Claude Alleman, seigneur de Foucigni. La maison de Villars est également alliée à la noble et ancienne maison de Chapponney par le mariage de Françoise de Villars avec Philibert de Chapponney au milieu du quinzième siècle. Cette alliance fut renforcée par les mariages de Claire de Villars avec Arthus de Loras du Pré, seigneur de Chamaignieu, et de Louise de Loras avec Octavien de Chapponney, seigneur d'Eybeins. Louise de Villars, fille de Philibert de Villars, seigneur de Haut et Puissant, et petite-fille de Pierre de Villars, qui fut huit fois consécutivement à la tête de la ville de Lyon, épousa Jean Henry, seigneur de Troisfeul et de Mionney, au seizième siècle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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743
p. 200-216
Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Début :
Quoy qu'il me reste à vous parler d'une infinité de choses [...]
Mots clefs :
Couches, Accouchement, Duchesse de Bourgogne, Naissance du duc d'Anjou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Quoy qu'il me reste à vous
parler d'une infinité de chofes
qui felon l'ordre d'ancienneté,
devroient preceder l'Article
qui fuit , il eft ncanmoins de
ceux dont on doit parler fans
attendrel'ordre des dattes que
je n'obferve pas mefme en
beaucoup de chofes , vous envoyant fouvent plufieurs Articles plutoft dans le temps que
je fuis informé à fond de ce.
qui les regarde , que dans le
temps qu'ils ſe ſont paffez , &
GALANT 201
il meferoit impoffible de vous
écrire fi j'en ufois autrement.
Il fuffit commeje vous ay marqué fouvent, que dans les Articles que je vous envoye ,
quelque temps qu'il y ait que
ce qu'ils contiennent foit paffe ;
il y ait toûjours quelque chofe qui vous foit nouveau dans
ce que je vous mande , & même que je vous envoye fouvent des chofes que vous ne
fçavez pas encore , quoy qu'il
y ait déja longtemps qu'elles fe
foient paffées.
Quant à ce que vous allez
lire , ce font des chofes que la
202 MERCURE
Renommée rend également
publiques en même temps
dans les lieux où elles fe pafu
fent , & qu'elle ne tarde pas a
faire fçavoir dans les lieux les
plus éloignez. Mais comme il
s'agit de faits hiftoriques du
premier rang , il eft à propos
de les donner par ordre , &
d'en faire un Corps qui en
puiffe donner uneidée parfaite
dans les lieux les plus éloignez ;
l'apprendre enfuite aux Etrangers , & laiffer à la Pofterité.
dequoy s'en inſtruire & d'ap
prendre des particularitez qu'l
Tuy eft quelquesfois important
CALANT 203
de fçavoir. Vous jugez bien
que je vais vous parler d'un
morceau d'Histoire qui doit
tenir place dans l'Hiftoire genevale du monde , & je m'imagine qu'en lifant ce Prelude,
vous devinerez d'abord que je
vous vais parler des Couches
de Madame la Ducheffe de:
Bourgogne , & vous ne vous
tromperez pas.
On eftoit attentif fur le
temps que cette Princeffe
accoucheroit, tant parce qu'on
eftoit perfuadé qu'elle eftoit
à terme , qu'à caufe qu'il y
avoit déja du temps qu'elle
204 MERCURE .
avoit fenty quelques douleurs
qui avoient donné lieu de
croire qu'elle accoucheroit
plutoft que l'on n'avoit cru, &
qu'elle avoitfenty ces douleurs
à diverfes reprifes , ce qui cftoit
caufe qu'on attendoit inceffamment le moment de fon
acouchement, que les Princes ,
qui pour leurs interefts particuliers doivent eftre prefens à
de pareils accouchemens ou
du moins dans des lieux d'où ils
puiffent fçavoir ce qui fe paffe
-fans pouvoir eftre trompez,
ne quittoient point Verfailles,
&les habits du Roy demeu
GALANT 205
C
roient toutes les nuits dans la
Chambre de Sa Majefté , afin
de gagner le temps qu'il auroit
fallu perdre pour aller chercher fa Garderobbe.
Enfin le Samedy 15 de ce
mois , fur les fept heures du
matin , cette Princeffe commença à fentir les premieres
douleurs de l'accouchement ,
& comme l'enfant fe trouva
mal tourné , on crut d'abord
quele travail pouroit eſtre rude, & que cette Princeffe n'accoucheroit qu'avec beaucoup
de peine ; mais M' Clement
qui a déja accouché plufieurs
>
206 MERCURE
fois cette Princeffe , qui eft
depuis peu de retour d'Efpagne où il a accouché la Reine ,
& dont le fçavoir eft grand
auffi - bien que l'experience ,
remit auffi toft l'enfant dans
la fituation qu'il devoit eftre :
de maniere que cette Princeffe
accoucha fur les huit heures
demi-quart ; ce que les faifeurs
d'horofcopes feront bien- aife
d'aprendre. Je vous diray
cependant , fans me vouloir
meler d'en faire , qu'il a de
tout temps paffé pour conftant
que les enfans qui naiffoient
le jour eftoient plus heureux
है
GALANT 207
que ceux qui venoient au
monde pendant la nuit. Comme ce Prince eft arriere petit
fils du Roy , rien ne marque
mieux que le Ciel benit la
pofterité de ce Monarque ; &
d'ailleurs il eft tresavantageux
à un Etat d'ayoir beaucoup
de Princes d'une même race
d'autant que lors qu'il paffe
d'une race à unautre , il arrive
fouventdes demeflez qui caufent de grands defordres.
Le bruit de l'accouchement
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , s'eftant auffi-toft
répandu dans toute la Cour
208 MERCURE
T
ycaufa lajoye qu'il eft aifé de
s'imaginer. Le Roy donna au
Prince nouveau né , le nom
de Duc d'Anjou , & il fut ondoyé par M le Cardinal de
Janfon , Grand-Aumônier de
France.
La Renommée , avec la
precipitation qui luy eft ordinaire , lorfqu'il s'agit d'auffi
grandes nouvelles , porta auffitoft à Paris , celle de cette heureufe naiffance , qui prefqu'en
même temps fut fçue de tout
Paris , & annoncée au Public
par la Cloche du Palais qui fe
fait toûjours entendre en de
GALANT 209.
&
par
pareilles occafions ,
le
carillon de la Samaritaine , qui
ne manque jamais de fe faire
entendre auffi ; & dés le jour
même onvit paroiftre les Vers
fuivans, faits par Mr d'Aubicourt.
Sur l'Heureufe Naiffance
de Monſeigneur
LE DUC D'ANJOU.
Le Duc d'Anjou qui regne eft fi
bien établi
SurleTrône où le Cielpermetqu'il
fe maintienne ,
Qu'un Angeſousfon nom nous anFévrier 1710. S
210 MERCURED
4
nonce aujourd'huy,
Qu'il vient tenir un rang que ce
Prince a remply y bonin
Afin qu'on n'ait pas lieu de crain
dre qu'il revienne.
Onvit auffi paroiſtre la Devife fuivante , fur cet accouchement , faite par Mr le Chevalier de Vertron.
Le Corps eft la fleur de Gre
nade, avec ces paroles:
SERVATQUE MIHI NATURA
CORONAM.
Le 16. le Royfit chanter le
GALANT 211
Te Deum dans la Chapelle de
Verfailles , & ayant refolu de
faire chanter dans la Metropolitaine de Paris un Te Deum folemnel , auquel devoient affilter le Parlement & tous , les
Corps qui ont accoûtumé de
l'accompagner dans de parcilles Ceremonies , il écrivit à Mr
le Cardinal de Noailles , Archevêque de Paris , qu'il regar
doit comme une nouvelle & trop
confiderable benediction du Ciel,
la naiſſance de fonfecond Arrierepetit- Fils le Duc d'Anjou , dont
fa Petite - Fille la Ducheffe de
Bourgogne eftoit accouchée ; pour
Sij
212 MERCURE
ne pasfatisfaire à la jufte obligation où il eftoit d'en rendre àDieu
les Actions de graces qui luy
eftoient dûës; & il luy marquoit
de faire chanter le Te Deum
dans l'Eglife Metropolitaine
de fa bonne Ville de Paris , au
jour & à l'heure que le grandMaitre ou Maiftre des Ceremonies luy diroit de fa part.
Commeon chante toûjours.
unTe Deum folemnel pour de
parcilles Naiffances , &que les
jours que ce Te Deum fe chante , on tire un Feu d'artifice
devant l'Hoſtel de Ville , on
n'avoit pas attendu d'ordre
GALANT 213
preparer , & dés que pour le
M's les Prevoft des Marchands
& Echevins curent appris la
Naiffance de Monfeigneur le
Duc d'Anjou , ils y firent travailler.
Le deffein du Feu , dont
je ne vous fais point de Difcription , marquoit par des
figures fimbolifées , que le
Prince que le Ciel vient de
donner à la France , eftant un
prefage certain de fa benediction fur tout le Royaume ,
& de la continuation de cette
fenfible protection dont il a
fouvent reçu de pareilles mar-
214 MERCURB
ques , les Peuples ne pouvoient
en faire voir leur reconnoif
fance avec trop d'éclat , &
marquer auffi les vœux que
ces mêmes Peuples font pour
demander au Tout- puiffant
la confervation d'un fi precieux gage de fa bonté , en
fouhaitant au nouveau Prince
les vertus qui font fi naturelles au fang illuftre d'où il eft
forty. On voyoit dans les
Emblêmes de ce Feu , les fouhaits que les Peuples faifoient
de voir un jour en ce jeune
Prince les vertus & qui font
hereditaires à fonte augufte
GALANT 215
C
fang. lley avoit auffi trois
Emblèmes par lesquelles on
pretendoit faire voir trois des
principales Vertus neceffaires
à un Prince, fçavoir , la Sageffe,
la Grandeur d'ame , & la
Science. Je ne vous dis point
que la Renommée eftoit au
milieu de la Machine , qui
reprefentoit ce Feu , avec fes
deux Trompettes , & dans une
attitude quifaifoit voir qu'elle
eftoit prefte d'aller par toute
la terre annoncer l'heureufer
naiffance qui caufoit tant de
joye à toute la France.
Il y eut le même foir un
216 MERCURE
grandfoupé à l'Hôtel de Ville ,
auquel fe trouverent Monfieur
le Gouverneur de Paris , &
plufieurs perfonnes d'une
qualité diftinguée , & plufieurs
décharges du Canon qu'on
avoit placé le long du Port
de la Grève , & des feux furent
allumez dans toutes les rues
de Paris
parler d'une infinité de chofes
qui felon l'ordre d'ancienneté,
devroient preceder l'Article
qui fuit , il eft ncanmoins de
ceux dont on doit parler fans
attendrel'ordre des dattes que
je n'obferve pas mefme en
beaucoup de chofes , vous envoyant fouvent plufieurs Articles plutoft dans le temps que
je fuis informé à fond de ce.
qui les regarde , que dans le
temps qu'ils ſe ſont paffez , &
GALANT 201
il meferoit impoffible de vous
écrire fi j'en ufois autrement.
Il fuffit commeje vous ay marqué fouvent, que dans les Articles que je vous envoye ,
quelque temps qu'il y ait que
ce qu'ils contiennent foit paffe ;
il y ait toûjours quelque chofe qui vous foit nouveau dans
ce que je vous mande , & même que je vous envoye fouvent des chofes que vous ne
fçavez pas encore , quoy qu'il
y ait déja longtemps qu'elles fe
foient paffées.
Quant à ce que vous allez
lire , ce font des chofes que la
202 MERCURE
Renommée rend également
publiques en même temps
dans les lieux où elles fe pafu
fent , & qu'elle ne tarde pas a
faire fçavoir dans les lieux les
plus éloignez. Mais comme il
s'agit de faits hiftoriques du
premier rang , il eft à propos
de les donner par ordre , &
d'en faire un Corps qui en
puiffe donner uneidée parfaite
dans les lieux les plus éloignez ;
l'apprendre enfuite aux Etrangers , & laiffer à la Pofterité.
dequoy s'en inſtruire & d'ap
prendre des particularitez qu'l
Tuy eft quelquesfois important
CALANT 203
de fçavoir. Vous jugez bien
que je vais vous parler d'un
morceau d'Histoire qui doit
tenir place dans l'Hiftoire genevale du monde , & je m'imagine qu'en lifant ce Prelude,
vous devinerez d'abord que je
vous vais parler des Couches
de Madame la Ducheffe de:
Bourgogne , & vous ne vous
tromperez pas.
On eftoit attentif fur le
temps que cette Princeffe
accoucheroit, tant parce qu'on
eftoit perfuadé qu'elle eftoit
à terme , qu'à caufe qu'il y
avoit déja du temps qu'elle
204 MERCURE .
avoit fenty quelques douleurs
qui avoient donné lieu de
croire qu'elle accoucheroit
plutoft que l'on n'avoit cru, &
qu'elle avoitfenty ces douleurs
à diverfes reprifes , ce qui cftoit
caufe qu'on attendoit inceffamment le moment de fon
acouchement, que les Princes ,
qui pour leurs interefts particuliers doivent eftre prefens à
de pareils accouchemens ou
du moins dans des lieux d'où ils
puiffent fçavoir ce qui fe paffe
-fans pouvoir eftre trompez,
ne quittoient point Verfailles,
&les habits du Roy demeu
GALANT 205
C
roient toutes les nuits dans la
Chambre de Sa Majefté , afin
de gagner le temps qu'il auroit
fallu perdre pour aller chercher fa Garderobbe.
Enfin le Samedy 15 de ce
mois , fur les fept heures du
matin , cette Princeffe commença à fentir les premieres
douleurs de l'accouchement ,
& comme l'enfant fe trouva
mal tourné , on crut d'abord
quele travail pouroit eſtre rude, & que cette Princeffe n'accoucheroit qu'avec beaucoup
de peine ; mais M' Clement
qui a déja accouché plufieurs
>
206 MERCURE
fois cette Princeffe , qui eft
depuis peu de retour d'Efpagne où il a accouché la Reine ,
& dont le fçavoir eft grand
auffi - bien que l'experience ,
remit auffi toft l'enfant dans
la fituation qu'il devoit eftre :
de maniere que cette Princeffe
accoucha fur les huit heures
demi-quart ; ce que les faifeurs
d'horofcopes feront bien- aife
d'aprendre. Je vous diray
cependant , fans me vouloir
meler d'en faire , qu'il a de
tout temps paffé pour conftant
que les enfans qui naiffoient
le jour eftoient plus heureux
है
GALANT 207
que ceux qui venoient au
monde pendant la nuit. Comme ce Prince eft arriere petit
fils du Roy , rien ne marque
mieux que le Ciel benit la
pofterité de ce Monarque ; &
d'ailleurs il eft tresavantageux
à un Etat d'ayoir beaucoup
de Princes d'une même race
d'autant que lors qu'il paffe
d'une race à unautre , il arrive
fouventdes demeflez qui caufent de grands defordres.
Le bruit de l'accouchement
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , s'eftant auffi-toft
répandu dans toute la Cour
208 MERCURE
T
ycaufa lajoye qu'il eft aifé de
s'imaginer. Le Roy donna au
Prince nouveau né , le nom
de Duc d'Anjou , & il fut ondoyé par M le Cardinal de
Janfon , Grand-Aumônier de
France.
La Renommée , avec la
precipitation qui luy eft ordinaire , lorfqu'il s'agit d'auffi
grandes nouvelles , porta auffitoft à Paris , celle de cette heureufe naiffance , qui prefqu'en
même temps fut fçue de tout
Paris , & annoncée au Public
par la Cloche du Palais qui fe
fait toûjours entendre en de
GALANT 209.
&
par
pareilles occafions ,
le
carillon de la Samaritaine , qui
ne manque jamais de fe faire
entendre auffi ; & dés le jour
même onvit paroiftre les Vers
fuivans, faits par Mr d'Aubicourt.
Sur l'Heureufe Naiffance
de Monſeigneur
LE DUC D'ANJOU.
Le Duc d'Anjou qui regne eft fi
bien établi
SurleTrône où le Cielpermetqu'il
fe maintienne ,
Qu'un Angeſousfon nom nous anFévrier 1710. S
210 MERCURED
4
nonce aujourd'huy,
Qu'il vient tenir un rang que ce
Prince a remply y bonin
Afin qu'on n'ait pas lieu de crain
dre qu'il revienne.
Onvit auffi paroiſtre la Devife fuivante , fur cet accouchement , faite par Mr le Chevalier de Vertron.
Le Corps eft la fleur de Gre
nade, avec ces paroles:
SERVATQUE MIHI NATURA
CORONAM.
Le 16. le Royfit chanter le
GALANT 211
Te Deum dans la Chapelle de
Verfailles , & ayant refolu de
faire chanter dans la Metropolitaine de Paris un Te Deum folemnel , auquel devoient affilter le Parlement & tous , les
Corps qui ont accoûtumé de
l'accompagner dans de parcilles Ceremonies , il écrivit à Mr
le Cardinal de Noailles , Archevêque de Paris , qu'il regar
doit comme une nouvelle & trop
confiderable benediction du Ciel,
la naiſſance de fonfecond Arrierepetit- Fils le Duc d'Anjou , dont
fa Petite - Fille la Ducheffe de
Bourgogne eftoit accouchée ; pour
Sij
212 MERCURE
ne pasfatisfaire à la jufte obligation où il eftoit d'en rendre àDieu
les Actions de graces qui luy
eftoient dûës; & il luy marquoit
de faire chanter le Te Deum
dans l'Eglife Metropolitaine
de fa bonne Ville de Paris , au
jour & à l'heure que le grandMaitre ou Maiftre des Ceremonies luy diroit de fa part.
Commeon chante toûjours.
unTe Deum folemnel pour de
parcilles Naiffances , &que les
jours que ce Te Deum fe chante , on tire un Feu d'artifice
devant l'Hoſtel de Ville , on
n'avoit pas attendu d'ordre
GALANT 213
preparer , & dés que pour le
M's les Prevoft des Marchands
& Echevins curent appris la
Naiffance de Monfeigneur le
Duc d'Anjou , ils y firent travailler.
Le deffein du Feu , dont
je ne vous fais point de Difcription , marquoit par des
figures fimbolifées , que le
Prince que le Ciel vient de
donner à la France , eftant un
prefage certain de fa benediction fur tout le Royaume ,
& de la continuation de cette
fenfible protection dont il a
fouvent reçu de pareilles mar-
214 MERCURB
ques , les Peuples ne pouvoient
en faire voir leur reconnoif
fance avec trop d'éclat , &
marquer auffi les vœux que
ces mêmes Peuples font pour
demander au Tout- puiffant
la confervation d'un fi precieux gage de fa bonté , en
fouhaitant au nouveau Prince
les vertus qui font fi naturelles au fang illuftre d'où il eft
forty. On voyoit dans les
Emblêmes de ce Feu , les fouhaits que les Peuples faifoient
de voir un jour en ce jeune
Prince les vertus & qui font
hereditaires à fonte augufte
GALANT 215
C
fang. lley avoit auffi trois
Emblèmes par lesquelles on
pretendoit faire voir trois des
principales Vertus neceffaires
à un Prince, fçavoir , la Sageffe,
la Grandeur d'ame , & la
Science. Je ne vous dis point
que la Renommée eftoit au
milieu de la Machine , qui
reprefentoit ce Feu , avec fes
deux Trompettes , & dans une
attitude quifaifoit voir qu'elle
eftoit prefte d'aller par toute
la terre annoncer l'heureufer
naiffance qui caufoit tant de
joye à toute la France.
Il y eut le même foir un
216 MERCURE
grandfoupé à l'Hôtel de Ville ,
auquel fe trouverent Monfieur
le Gouverneur de Paris , &
plufieurs perfonnes d'une
qualité diftinguée , & plufieurs
décharges du Canon qu'on
avoit placé le long du Port
de la Grève , & des feux furent
allumez dans toutes les rues
de Paris
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Résumé : Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Le texte traite de la naissance du Duc d'Anjou, fils de la Duchesse de Bourgogne, un événement d'une importance historique majeure. L'auteur précise qu'il ne suit pas toujours un ordre chronologique strict pour relater les faits, préférant parfois envoyer des articles dès qu'il en a connaissance, même s'ils concernent des événements passés. Il souligne que les informations qu'il fournit sont souvent nouvelles pour les destinataires, même si les événements sont anciens. L'auteur mentionne que les faits relatés sont déjà connus par la rumeur publique, mais il est important de les organiser et de les transmettre pour en donner une idée précise, notamment aux étrangers et aux générations futures. Il annonce ensuite la naissance du Duc d'Anjou, soulignant l'attente et l'importance de cet événement. La Duchesse de Bourgogne a accouché le 15 janvier à 8 heures et demie du matin, après des douleurs ressenties depuis plusieurs jours. L'accouchement a été facilité par M. Clément, un médecin expérimenté. La nouvelle de la naissance s'est rapidement répandue à la cour et à Paris, où des célébrations ont eu lieu, y compris des Te Deum et des feux d'artifice. Le Roi a nommé le nouveau-né Duc d'Anjou et a ordonné des cérémonies de remerciement. La population a exprimé sa joie et ses vœux pour l'avenir du prince, symbolisés par des emblèmes et des figures allégoriques lors des festivités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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744
p. 252-253
Mr le Duc de Beauvilier ,obtient la survivance de sa Charge de premier Gentilhomme de la Chambre, pour Mr le Duc de Mortemart, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Duc de Beauvilier, ayant le malheur de n'avoir [...]
Mots clefs :
Duc de Beauvillier, Charge, Premier gentilhomme de la Chambre, Duc de Mortemart
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mr le Duc de Beauvilier ,obtient la survivance de sa Charge de premier Gentilhomme de la Chambre, pour Mr le Duc de Mortemart, [titre d'après la table]
Mr le Duc de Beauvillier ,
ayant le malheur de n'avoir
point d'enfans pour remplic
GALANT 253
aprés luy fa Chargede premier
Gentilhomme de la Chambre ,
a fupplié le Roy de luy en accorder la furvivance pour Mr
le Duc de Mortemart , fon
gendre , ce qui luy a attiré de
grands applaudiffemens de route la Cour, & Sa Majesté pour
marquer combien elle a efté
contente de ce choix, ya ajoûté un Brevet de retenue de cinq
cens mille livres. Mais on ne
doit pas s'en étonner , Sa Majefté ne faifant point degraces
à demi , & charmant autant
par les manieres que par les
graces prévenantes qu'elle fair
ayant le malheur de n'avoir
point d'enfans pour remplic
GALANT 253
aprés luy fa Chargede premier
Gentilhomme de la Chambre ,
a fupplié le Roy de luy en accorder la furvivance pour Mr
le Duc de Mortemart , fon
gendre , ce qui luy a attiré de
grands applaudiffemens de route la Cour, & Sa Majesté pour
marquer combien elle a efté
contente de ce choix, ya ajoûté un Brevet de retenue de cinq
cens mille livres. Mais on ne
doit pas s'en étonner , Sa Majefté ne faifant point degraces
à demi , & charmant autant
par les manieres que par les
graces prévenantes qu'elle fair
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Résumé : Mr le Duc de Beauvilier ,obtient la survivance de sa Charge de premier Gentilhomme de la Chambre, pour Mr le Duc de Mortemart, [titre d'après la table]
Le Duc de Beauvillier, sans héritier, a demandé au roi la survivance de sa charge de premier Gentilhomme de la Chambre pour son gendre, le Duc de Mortemart. La Cour a acclamé cette décision. Le roi a ajouté un brevet de retenue de cinq cents mille livres, montrant sa générosité et ses manières charmantes.
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745
p. 269-275
De Calais.
Début :
Je vous envoye la suite des Affaires de Mer qui se sont [...]
Mots clefs :
Affaires de Mer, Vaisseaux, Corsaire, Equipage, Calais, Dunkerque, Toulon, Saint-Malo
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texteReconnaissance textuelle : De Calais.
Je vous envoye la fuite des
Affaires de Mer qui fe font
paffées depuis ma derniere
Lettre.
DeCalais
François Bachelier comman
dant le Corfaire le Prompt, a
pris un Baftiment Hollandois
chargé de chanvres & de toilles.
François Polet comman
dant la Triomphante , a enlevé
un Brigantin Anglois de huit
Z iij .
250 MERCURE
canons , fur lequel il avoit fait
paffer neuf hommes de fon
équipage ; mais les Anglois
ayant mis le feu aux poudres ,
la pluſpart ont efté brûlez , &
l'on a fauvé feulement huit
François.
Les Capitaines Gouvel &
Duchoncommandans les Barques en courfe la Pucelle & la
Pauline , ont auffi amené à Calais un Baſtiment Anglois de
cent trente tonneaux , chargé
d'oranges & de citrons , allant
à Londres.
Trois autres Corfaires ont
pris unVaiffeau Irlandois char-
GALANT 271
gé de beurre , de fuif&de cuirs
verts.
Mrs Saus & Battement commandans les Vaiffeaux du Roy
l'Augufte & le Blackwal , ont
pris & conduit à Dunkerque
un Vaiffeau Anglois fortant
des Dunes pour aller à la Jamaïque.
Les Fregattes du Roy l'Amazone & l'Argonaute , commandées par Mrs de la Jaille
& du Bois de la Morte , font
entrées à Breft avec 4. prifes
qui alloient à Madere & à la
Virginie.
དྷུ་
Un Armateur de Calais a
Z iiij
272 MERCURE
•
auffi amené à Breft un Bâtiment chargé de poudres , de
cordages & d'autres marchan
difes venant d'Hollande.
DeDunkerquele 18. Février.
Mrs de Saus & Battement
commandans les Vaiffeaux du
Roy l'Augufle & le Blakwal ,
ont amené à Dunkerque deux
prifes Angloifes , l'une venant
de Ligourne , chargée de vin
Florence , de fouffre & de marbre ; & l'autre allant d'Yarmouth dans le Détroit , chargée d harengs fors & de fardines.
GALANT 273
Mr Combrug commandant la Fregate la Fidelle, a con
duità Cherbourgune prifeAngloiſe allant à la Nouvelle Angleterre, chargée de balors de
draps eftimée cent mille livres.
De S. Malo le 12. Février.
La Couronne Corfaire de S.
Malo y a conduit une rançon
Angloife de 650. livres fterlin.
Le Marquis de Roye , autre
Corfaire , y a amené une prife
Angloife de cent tonneaux
allant de Dublin à Liſbonne,
274 MERCURE
avec une cargaison de bœuf,
debeurre & de farine.
LeVictorieux ,autre Corfaire, a auffi amené une prife Angloife venant de Barcelone
chargée de vin du cru du Pays
& de raifins.
DeToulon
Mr Laigle eft rentré avec
fon Vaiffeau armé en courfe
dans les Rades de Toulon
d'où il eftoit forti depuis quinze jours , & il y a amené deux
prifes ;l'une d'un Corfaire Fleffinguois de trente - fix canons
GALANT 275
& de deuxcent cinquante hommes d'équipage , ayant pour
fon left deux cent cinquante
faumons de plomb ; & l'autre
d'un Vaiffeau MarchandHollandois chargé de 1400. charges de bled. Mr Laigle n'a
perduperfonne de fon équipage , le Vaiffeau Fleffinguois luy
tira une bordée de canon , Mr
Laigle luy tira enfuite la fienne ; l'Equipage Fleffinguois
ayant reconnu à qui il avoit à
faire fe mità crier c'eft Laigle ,
il nous abîmera , & ils mirent les
armes bas
Affaires de Mer qui fe font
paffées depuis ma derniere
Lettre.
DeCalais
François Bachelier comman
dant le Corfaire le Prompt, a
pris un Baftiment Hollandois
chargé de chanvres & de toilles.
François Polet comman
dant la Triomphante , a enlevé
un Brigantin Anglois de huit
Z iij .
250 MERCURE
canons , fur lequel il avoit fait
paffer neuf hommes de fon
équipage ; mais les Anglois
ayant mis le feu aux poudres ,
la pluſpart ont efté brûlez , &
l'on a fauvé feulement huit
François.
Les Capitaines Gouvel &
Duchoncommandans les Barques en courfe la Pucelle & la
Pauline , ont auffi amené à Calais un Baſtiment Anglois de
cent trente tonneaux , chargé
d'oranges & de citrons , allant
à Londres.
Trois autres Corfaires ont
pris unVaiffeau Irlandois char-
GALANT 271
gé de beurre , de fuif&de cuirs
verts.
Mrs Saus & Battement commandans les Vaiffeaux du Roy
l'Augufte & le Blackwal , ont
pris & conduit à Dunkerque
un Vaiffeau Anglois fortant
des Dunes pour aller à la Jamaïque.
Les Fregattes du Roy l'Amazone & l'Argonaute , commandées par Mrs de la Jaille
& du Bois de la Morte , font
entrées à Breft avec 4. prifes
qui alloient à Madere & à la
Virginie.
དྷུ་
Un Armateur de Calais a
Z iiij
272 MERCURE
•
auffi amené à Breft un Bâtiment chargé de poudres , de
cordages & d'autres marchan
difes venant d'Hollande.
DeDunkerquele 18. Février.
Mrs de Saus & Battement
commandans les Vaiffeaux du
Roy l'Augufle & le Blakwal ,
ont amené à Dunkerque deux
prifes Angloifes , l'une venant
de Ligourne , chargée de vin
Florence , de fouffre & de marbre ; & l'autre allant d'Yarmouth dans le Détroit , chargée d harengs fors & de fardines.
GALANT 273
Mr Combrug commandant la Fregate la Fidelle, a con
duità Cherbourgune prifeAngloiſe allant à la Nouvelle Angleterre, chargée de balors de
draps eftimée cent mille livres.
De S. Malo le 12. Février.
La Couronne Corfaire de S.
Malo y a conduit une rançon
Angloife de 650. livres fterlin.
Le Marquis de Roye , autre
Corfaire , y a amené une prife
Angloife de cent tonneaux
allant de Dublin à Liſbonne,
274 MERCURE
avec une cargaison de bœuf,
debeurre & de farine.
LeVictorieux ,autre Corfaire, a auffi amené une prife Angloife venant de Barcelone
chargée de vin du cru du Pays
& de raifins.
DeToulon
Mr Laigle eft rentré avec
fon Vaiffeau armé en courfe
dans les Rades de Toulon
d'où il eftoit forti depuis quinze jours , & il y a amené deux
prifes ;l'une d'un Corfaire Fleffinguois de trente - fix canons
GALANT 275
& de deuxcent cinquante hommes d'équipage , ayant pour
fon left deux cent cinquante
faumons de plomb ; & l'autre
d'un Vaiffeau MarchandHollandois chargé de 1400. charges de bled. Mr Laigle n'a
perduperfonne de fon équipage , le Vaiffeau Fleffinguois luy
tira une bordée de canon , Mr
Laigle luy tira enfuite la fienne ; l'Equipage Fleffinguois
ayant reconnu à qui il avoit à
faire fe mità crier c'eft Laigle ,
il nous abîmera , & ils mirent les
armes bas
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Résumé : De Calais.
Le document décrit plusieurs actions navales françaises contre des navires étrangers. À Calais, François Bachelier a capturé un bâtiment hollandais chargé de chanvre et de toiles. François Polet a pris un brigantin anglais de huit canons, mais une explosion a blessé la plupart de son équipage. Les capitaines Gouvel et Duchon ont ramené un bâtiment anglais chargé de fruits. Trois corvettes ont capturé un vaisseau irlandais transportant du beurre, du suif et des cuirs verts. À Dunkerque, les capitaines de Saus et Battement ont conduit un vaisseau anglais destiné à la Jamaïque. Les frégates royales l'Amazone et l'Argonaute ont ramené à Brest quatre prises destinées à Madère et à la Virginie. Un armateur de Calais a également amené à Brest un bâtiment chargé de poudres, de cordages et d'autres marchandises venant de Hollande. À Dunkerque, les mêmes capitaines ont ramené deux prises anglaises, l'une chargée de vin, de soufre et de marbre, l'autre de harengs et de farines. Le commandant Combrug a conduit à Cherbourg une prise anglaise chargée de draps. À Saint-Malo, une corvette a ramené une rançon anglaise de 650 livres sterling. Le Marquis de Roye a amené une prise anglaise de cent tonneaux chargée de bœuf, de beurre et de farine. Le Victorieux a capturé une prise anglaise venant de Barcelone chargée de vin et de raisins. À Toulon, Monsieur Laigle est rentré avec deux prises : un corsaire flessinguois de trente-six canons et un vaisseau marchand hollandais chargé de blé.
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746
p. 275-278
Dons faits par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja dit que feu Mr l'Archevêque de Reims a [...]
Mots clefs :
Charge, Testament, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Dons faits par le Roy, [titre d'après la table]
Je vous ay déja dit quefeu
276 MERCURE
Mr l'Archevêque de Reims a
donné par fon Teftament Choute
fa
Maifon de Verſailles
meublée à Mr l'Abbé de Louvois ; mais vous ignorez peuteftre que l'Appartement qu'il
avoit dans le Chasteau , a efté
donné par Sa Majesté à S. A,
S. Monfieur le Duc du Maine
pour Les Enfans.
Le Roy a auffi donné à Mt
de Chanlay , dont vous fçavez
les long & affidus fervices , un
Brevet de retenuë fort confiderable fur fa Charge de Maréchal general des Camps &
Armées de Sa Majesté.
GALANT 277
Mr Bourdelin , ci - devant
Secretaire de l'Ambaffade , lors
que Mr de Bonrepos alla Ambaffadeur en Dannemarck , a
a efté reçu Ordinaire du Roy.
Il a efté Confeiller au Chaftelet. Il fçait parfaitement les
Langues étrangeres , & Mr le
Comte de Pontchartrain le
mit auprés de luy pour traduire
les Lettres particulieres qui luy
venoient de divers Pays étrangers , & qui demandoient un
homme de confiance. Il a l'efprit univerfel , & quoy que
fort jeune encore , il eft Veterant de l'Academic Royale des
278 MERCURE
Medailles & Infcriptions. Il a
beaucoup d'efprit ; l'air fort
gracieux , & toutes les qualitez neceſſaires pour bien s'acquitter de la Charge dont Sa
Majefté luy a donné l'agréement avec plaifir , & il est déja
entré en exercice.
276 MERCURE
Mr l'Archevêque de Reims a
donné par fon Teftament Choute
fa
Maifon de Verſailles
meublée à Mr l'Abbé de Louvois ; mais vous ignorez peuteftre que l'Appartement qu'il
avoit dans le Chasteau , a efté
donné par Sa Majesté à S. A,
S. Monfieur le Duc du Maine
pour Les Enfans.
Le Roy a auffi donné à Mt
de Chanlay , dont vous fçavez
les long & affidus fervices , un
Brevet de retenuë fort confiderable fur fa Charge de Maréchal general des Camps &
Armées de Sa Majesté.
GALANT 277
Mr Bourdelin , ci - devant
Secretaire de l'Ambaffade , lors
que Mr de Bonrepos alla Ambaffadeur en Dannemarck , a
a efté reçu Ordinaire du Roy.
Il a efté Confeiller au Chaftelet. Il fçait parfaitement les
Langues étrangeres , & Mr le
Comte de Pontchartrain le
mit auprés de luy pour traduire
les Lettres particulieres qui luy
venoient de divers Pays étrangers , & qui demandoient un
homme de confiance. Il a l'efprit univerfel , & quoy que
fort jeune encore , il eft Veterant de l'Academic Royale des
278 MERCURE
Medailles & Infcriptions. Il a
beaucoup d'efprit ; l'air fort
gracieux , & toutes les qualitez neceſſaires pour bien s'acquitter de la Charge dont Sa
Majefté luy a donné l'agréement avec plaifir , & il est déja
entré en exercice.
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Résumé : Dons faits par le Roy, [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs événements et nominations. L'Archevêque de Reims a légué sa maison de Versailles, meublée, à l'Abbé de Louvois par testament. Le roi a attribué l'appartement de l'archevêque au Duc du Maine pour ses enfants. Monsieur de Chanlay a reçu un brevet de retenue substantiel en reconnaissance de ses loyaux et assidus services en tant que Maréchal général des camps et armées du roi. Monsieur Bourdelin, ancien secrétaire de l'ambassade en Danemark, a été nommé Ordinaire du roi et conseiller au Châtelet. Il maîtrise les langues étrangères et a été chargé par le Comte de Pontchartrain de traduire des lettres provenant de divers pays étrangers. Bourdelin, jeune mais expérimenté, est membre de l'Académie Royale des Médailles et Inscriptions. Il possède un esprit universel et les qualités nécessaires pour bien exercer sa charge, pour laquelle il a reçu l'agrément du roi avec plaisir et a déjà commencé à exercer ses fonctions.
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747
p. 278-285
Rapel de Mr le Comte de Cornbury, de son Gouvernement de la nouvelle Yorck, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de Cornbury, cousin germain de la Reine [...]
Mots clefs :
Comte de Cornbury, Rappel, Nouvelle-Yorck, Angleterre, Maison des Hides
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rapel de Mr le Comte de Cornbury, de son Gouvernement de la nouvelle Yorck, [titre d'après la table]
Mr le Comte de Cornbury,
coufin germain de la Reine
Anne ,
ayant l'honneur
d'eftre neveu de la Ducheffe
d'Yorck , premiere femme du
Roy d'Angleterre dernier
mort vient d'eftre rappellé
de fon Gouvernement de la
Nouvelle-Yorck , dans l'Ame-
GALANT 279
tique , quoy qu'il ait remply
certe fonction au gré & à la
fatisfaction des peuples qu'il
gouvernoit ; & l'on écrit d'Angleterre que les liaifons de fang
qu'il y a entre la Reine & ce
Seigneur , & l'ancienne amitié
dont il eft uni avec Milord
Marlborough , n'ont pûlegarentir de la chute qu'il vient
de faire , ny le mettre à couvert de quelques foupçons que
la Reine a cuë de fa conduite.
Ce Comte eft petit- fils du fameux Chancelier Hyde dont
on a tant parlé fous le regne
des deux Rois d'Angleterre
280 MERCURE
Charles II & Jacques II. Ce
dernier époufa en premieres
nôces la fille de ce Chancelier ,
& il en eut la feuë Princeffe
d'Orange & la Reine Anne.
Mylord Hyde , outre Me la
Ducheffe d'Yorck laiffa Mylord Clarendon fon fils aîné ,
qu'il rendit par fes foins un des
plus grands Politiques que
l'Angleterre ait eus . C'eſt ce
Comte de Clarendon qui a
laiffé un Recueil de Memoires
des guerres civiles d'Angleterre , qui finirent par la mort funefte du RoyCharles I. ouvrage digne des plus grands Mat-
GALANT 281
tres de l'Art , & qui peut eftre
comparé aux Annales de Titelive , & à l'Histoire de la Tacite & les Reflexions qu'il
fait fur chaque évenement
prouve affez qu'il connoiſt tous
les principes & toutes les maximes de cette Science difficile.
Il y infinuë que le celebre Jacques Duc d'Hamilton , grand
Commiffaire du Roy Charles
1. en Ecoffe fut foupçonné du
deffein de monter fur le Trône de cette Monarchie , pendant les troubles qui l'agitoient. On prétend qu'il fondoit fes droits fur une de fes
Février 1710.
Aa
282 MERCURE
aycules, fœur du Roy d'Ecoffe
Jacques III. Mr le Comte
de Cornbury fils de cet habile
Hiftorien , a porté le nom de
Comte de Clarendon fous le
regne du Roy Jacques II. dont
il avoit l'honneur d'eftre neveu
à caufe de la feue Ducheffe
d'Yorck ; il eftoit fort attaché
au parti de ce Prince , &il avoit
unRegiment ainfi que Mylord
Churchill , connu à prefent
fous le nom de Duc de Marlborough , mais ces deux Colonels abandonnerent leur Roi
& menerent leurs Regimens au
Prince d'Orange , lorſqu'il eut
GALANT 283
débarqué à Torbay dans le
temps de fon invaſion en Angleterre. Ce Prince les reçut
d'abord affez bien ; mais lors
qu'il fut monté fur le Trône,
il parut peu empreffé à récompenfer ces deux Colonels , &
on fçait qu'il n'approuva pas
leur conduite , & qu'il parla d'eux avec Mylord Portland dans des termes qui marquoient le mépris qu'il en faifoit. Ainfi on peut dire qu'ils
n'ont rien perdu à la mort de
ce Prince , puifque la Princeffe
qui luy a fuccedé les a comblez
de bienfaits , & fur tout le
Aaij
284 MERCURE
Mylord Churchill ; à l'égard
du Comte de Cornbury , on
parle à Londres affez diverfement des raifons que la Reine a
euës de le rappeller; ce que l'on
affure eft que cette Princeffe en
paroift tres mécontente. La
Maifon des Hides eft fort an-
·
cienne en Angleterre. Une tra
dition domestique la fait venir de l'Hide , partie d'une
region dans l'Eptarchie des
Saxons. L'Eptarchie contenoit,
fept Royaumes , & chaque
Royaume eftoit divifé en regions. On trouve de beaux
traits du Chancelier Hide dans
GALANT 285
la vie du Comte de Schaffs-"
bury.
coufin germain de la Reine
Anne ,
ayant l'honneur
d'eftre neveu de la Ducheffe
d'Yorck , premiere femme du
Roy d'Angleterre dernier
mort vient d'eftre rappellé
de fon Gouvernement de la
Nouvelle-Yorck , dans l'Ame-
GALANT 279
tique , quoy qu'il ait remply
certe fonction au gré & à la
fatisfaction des peuples qu'il
gouvernoit ; & l'on écrit d'Angleterre que les liaifons de fang
qu'il y a entre la Reine & ce
Seigneur , & l'ancienne amitié
dont il eft uni avec Milord
Marlborough , n'ont pûlegarentir de la chute qu'il vient
de faire , ny le mettre à couvert de quelques foupçons que
la Reine a cuë de fa conduite.
Ce Comte eft petit- fils du fameux Chancelier Hyde dont
on a tant parlé fous le regne
des deux Rois d'Angleterre
280 MERCURE
Charles II & Jacques II. Ce
dernier époufa en premieres
nôces la fille de ce Chancelier ,
& il en eut la feuë Princeffe
d'Orange & la Reine Anne.
Mylord Hyde , outre Me la
Ducheffe d'Yorck laiffa Mylord Clarendon fon fils aîné ,
qu'il rendit par fes foins un des
plus grands Politiques que
l'Angleterre ait eus . C'eſt ce
Comte de Clarendon qui a
laiffé un Recueil de Memoires
des guerres civiles d'Angleterre , qui finirent par la mort funefte du RoyCharles I. ouvrage digne des plus grands Mat-
GALANT 281
tres de l'Art , & qui peut eftre
comparé aux Annales de Titelive , & à l'Histoire de la Tacite & les Reflexions qu'il
fait fur chaque évenement
prouve affez qu'il connoiſt tous
les principes & toutes les maximes de cette Science difficile.
Il y infinuë que le celebre Jacques Duc d'Hamilton , grand
Commiffaire du Roy Charles
1. en Ecoffe fut foupçonné du
deffein de monter fur le Trône de cette Monarchie , pendant les troubles qui l'agitoient. On prétend qu'il fondoit fes droits fur une de fes
Février 1710.
Aa
282 MERCURE
aycules, fœur du Roy d'Ecoffe
Jacques III. Mr le Comte
de Cornbury fils de cet habile
Hiftorien , a porté le nom de
Comte de Clarendon fous le
regne du Roy Jacques II. dont
il avoit l'honneur d'eftre neveu
à caufe de la feue Ducheffe
d'Yorck ; il eftoit fort attaché
au parti de ce Prince , &il avoit
unRegiment ainfi que Mylord
Churchill , connu à prefent
fous le nom de Duc de Marlborough , mais ces deux Colonels abandonnerent leur Roi
& menerent leurs Regimens au
Prince d'Orange , lorſqu'il eut
GALANT 283
débarqué à Torbay dans le
temps de fon invaſion en Angleterre. Ce Prince les reçut
d'abord affez bien ; mais lors
qu'il fut monté fur le Trône,
il parut peu empreffé à récompenfer ces deux Colonels , &
on fçait qu'il n'approuva pas
leur conduite , & qu'il parla d'eux avec Mylord Portland dans des termes qui marquoient le mépris qu'il en faifoit. Ainfi on peut dire qu'ils
n'ont rien perdu à la mort de
ce Prince , puifque la Princeffe
qui luy a fuccedé les a comblez
de bienfaits , & fur tout le
Aaij
284 MERCURE
Mylord Churchill ; à l'égard
du Comte de Cornbury , on
parle à Londres affez diverfement des raifons que la Reine a
euës de le rappeller; ce que l'on
affure eft que cette Princeffe en
paroift tres mécontente. La
Maifon des Hides eft fort an-
·
cienne en Angleterre. Une tra
dition domestique la fait venir de l'Hide , partie d'une
region dans l'Eptarchie des
Saxons. L'Eptarchie contenoit,
fept Royaumes , & chaque
Royaume eftoit divifé en regions. On trouve de beaux
traits du Chancelier Hide dans
GALANT 285
la vie du Comte de Schaffs-"
bury.
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Résumé : Rapel de Mr le Comte de Cornbury, de son Gouvernement de la nouvelle Yorck, [titre d'après la table]
Le texte traite de la situation du Comte de Cornbury, cousin germain de la Reine Anne et neveu de la Duchesse d'York. Récemment démis de son poste de gouverneur de la Nouvelle-York, il est suspecté par la Reine en raison de sa conduite, bien que sa gestion ait été appréciée localement. Le Comte est le petit-fils du célèbre Chancelier Hyde, qui servit sous Charles II et Jacques II. Le père du Comte, le Comte de Clarendon, est connu pour ses mémoires sur les guerres civiles anglaises. Le Comte de Cornbury, initialement loyal à Jacques II, changea d'allégeance pour le Prince d'Orange lors de son invasion. La Reine Anne, contrairement au Prince d'Orange, combla la famille de bienfaits. Les raisons du rappel du Comte restent floues, mais la Reine semble mécontente de sa conduite. La famille Hyde est une ancienne lignée anglaise, remontant à l'Éptarchie saxonne.
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748
p. 288
Mort de Mr l'Evêque de Nismes, [titre d'après la table]
Début :
A peine les personnes d'une aussi grande distinction & aussi [...]
Mots clefs :
Mort, Evêque de Nîmes
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texteReconnaissance textuelle : Mort de Mr l'Evêque de Nismes, [titre d'après la table]
88 MERCURE
A peine les perfonnes d'une
auffi grande diftinction & auffi
utiles à la Religion que Mr Fléchier , Evêque de Nifmes
font-elles decedées , que la Renommée apprend par tout leur
mort ; mais il n'eft pas aifé
d'en rapporter dans le même
moment toutes les grandes
chofes qui leur ont fait meriter une approbation generale.
Je ne puis donc aujourd'huy
vous apprendre que fa mort ,
& je me trouve obligé de remettre au mois prochain à
vous en parler
A peine les perfonnes d'une
auffi grande diftinction & auffi
utiles à la Religion que Mr Fléchier , Evêque de Nifmes
font-elles decedées , que la Renommée apprend par tout leur
mort ; mais il n'eft pas aifé
d'en rapporter dans le même
moment toutes les grandes
chofes qui leur ont fait meriter une approbation generale.
Je ne puis donc aujourd'huy
vous apprendre que fa mort ,
& je me trouve obligé de remettre au mois prochain à
vous en parler
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749
p. 2883-292
Funerailles faites à Mr le Prince Pamphile, [titre d'après la table]
Début :
On a fait à Rome des funerailles magnifiques à Mr le [...]
Mots clefs :
Cardinal, Prince Pamphile, Funérailles, Rome
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Funerailles faites à Mr le Prince Pamphile, [titre d'après la table]
On a fait à Romé des funerailles
GALANT 289
railles magnifiques à Mr le
Prince Pamphile , dans l'Eglife
de fainte Agnés de la Place
Navone , fondée & bâtie par
les Princes de fa Maiſon , & à
laquelle il avoit fait lui - même
de grands biens. Ce Prince
dont la pieté eftoit connuë
dans toute l'Italie a laiffe 8o.
mille écus en legs pieux & autres œuvres de picté qu'il a ordonnées , &la plus grande partie de ce fond eft deftiné au foulagement des pauvres qui l'ont
generalement regretté à cauſe
des grands biens qu'il leur faifoit , & qui alloient ordinaireFévrier 1710. Bb
290 MERCURE
ment à vingt mille écus cha
que année , & qui augmen
toient lorfque les neceffitez pu
bliques devenoient plus grandes , puis qu'on a remarqué que
dans l'année du grand Jubilé
elles monterent à plus de cin
quante mille écus. Quelques
jours aprés la mort de ce Prince
Mr le Cardinal Pamphile fon
frere prefenta au Pape le Prince de Valmontone fon neveu ,
& fils du deffunt , & petit - fils
du Prince Pamphile neveu du
Pape Innocent X. qui quitta
le Chapeau de Cardinal pour
époufer la Princeffe de Roffa-
GALANT 291
no , grand' - mere de ce jeune
Prince & mere de celuy qui
vient de mourir. Le Prince
Pamphile eftoit Cardinal Patron & premier Miniftre du
Pape fon oncle , & ce Pontife
n'ayant plus de neveu ſur qui
répandre fes graces , adopta le
Cardinal Aftalli qui tomba enfuite dans la difgrace de Sa
Sainteté , & alla mourir de chagrin dans fon Evêché de Catagne en Sicile. Le Cardinal
Azolin qui a eu tant de part
1
à
la confiance de la Reine de
Suede , s'éleva fur les ruines
de fa fortune. Le Prince de
Bb ij
292 MERCURE
Valmontone eft à prefent Chef
de la Maiſon Pamphile. C'eft
un jeune Seigneur de la Cour
de Rome, qui a porté les armes
en Hongrie il y a quelques années avec beaucoup de répu
tation.
GALANT 289
railles magnifiques à Mr le
Prince Pamphile , dans l'Eglife
de fainte Agnés de la Place
Navone , fondée & bâtie par
les Princes de fa Maiſon , & à
laquelle il avoit fait lui - même
de grands biens. Ce Prince
dont la pieté eftoit connuë
dans toute l'Italie a laiffe 8o.
mille écus en legs pieux & autres œuvres de picté qu'il a ordonnées , &la plus grande partie de ce fond eft deftiné au foulagement des pauvres qui l'ont
generalement regretté à cauſe
des grands biens qu'il leur faifoit , & qui alloient ordinaireFévrier 1710. Bb
290 MERCURE
ment à vingt mille écus cha
que année , & qui augmen
toient lorfque les neceffitez pu
bliques devenoient plus grandes , puis qu'on a remarqué que
dans l'année du grand Jubilé
elles monterent à plus de cin
quante mille écus. Quelques
jours aprés la mort de ce Prince
Mr le Cardinal Pamphile fon
frere prefenta au Pape le Prince de Valmontone fon neveu ,
& fils du deffunt , & petit - fils
du Prince Pamphile neveu du
Pape Innocent X. qui quitta
le Chapeau de Cardinal pour
époufer la Princeffe de Roffa-
GALANT 291
no , grand' - mere de ce jeune
Prince & mere de celuy qui
vient de mourir. Le Prince
Pamphile eftoit Cardinal Patron & premier Miniftre du
Pape fon oncle , & ce Pontife
n'ayant plus de neveu ſur qui
répandre fes graces , adopta le
Cardinal Aftalli qui tomba enfuite dans la difgrace de Sa
Sainteté , & alla mourir de chagrin dans fon Evêché de Catagne en Sicile. Le Cardinal
Azolin qui a eu tant de part
1
à
la confiance de la Reine de
Suede , s'éleva fur les ruines
de fa fortune. Le Prince de
Bb ij
292 MERCURE
Valmontone eft à prefent Chef
de la Maiſon Pamphile. C'eft
un jeune Seigneur de la Cour
de Rome, qui a porté les armes
en Hongrie il y a quelques années avec beaucoup de répu
tation.
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Résumé : Funerailles faites à Mr le Prince Pamphile, [titre d'après la table]
Le texte décrit les funérailles du Prince Pamphile à Rome, célébrées dans l'église Sainte-Agnès de la Place Navone, fondée par sa famille. Connu pour sa piété, le Prince a laissé un legs de 80 000 écus pour des œuvres de charité, principalement destiné à aider les pauvres, qui recevaient annuellement environ 20 000 écus, montant à 50 000 écus lors du grand Jubilé. Après sa mort, son frère, le Cardinal Pamphile, a présenté au Pape son neveu, le Prince de Valmontone, fils du défunt et petit-fils du Prince Pamphile, neveu du Pape Innocent X. Le Prince Pamphile était Cardinal Patron et premier ministre du Pape, qui, n'ayant plus de neveu, adopta le Cardinal Astalli, tombé en disgrâce et mort de chagrin. Le Cardinal Azolin, ayant gagné la confiance de la Reine de Suède, a pris sa place. Actuellement, le Prince de Valmontone, un jeune seigneur de la cour romaine, dirige la Maison Pamphile et a servi en Hongrie avec distinction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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750
p. 336-355
Situation generale des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Début :
Il seroit difficile de vous parler juste de la veritable [...]
Mots clefs :
Affaires de l'Europe, Campagne, Suède, Haut-Rhin, Pologne, Armée, Milan, France
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texteReconnaissance textuelle : Situation generale des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Il feroit difficile de vous
parler jufte de la veritable
fituation generale des Affaires
GALANT 1337
res del'Europe dans le moment
que je vous écris , car avant
qu'elles puiffent cftre fixées
pour la Campagne prochaine,
& quechacun puiffe voir quel
party il prendra , il faut que
les Parties intereffées fçachent
comment finiront certaines
chofes qui ont des faces differentes , &qui font en mouve
ment.
Il faut que le Roy de Suede,
dont on nous parle tous les
jours differemment , ait commencé d'entrer en action
car s'il entre en Pologne avec
une Armée formidable pour
Février 1710. Ff
>
338 MERCURE
rétablir le Roy Staniflas , le
Roy Auguſte avec toutes les
forces aura de la peine à fe
maintenir fur le Trône , & il
fera obligé de retirer toutes les
Troupes qu'il a en Flandre
ce qui apportera un grand
changement aux Affaires de
ce colté-là , & fera changer
toutes les mesures que les
Alliez peuvent avoir prifes
pour la Campagne.
Ils feront encore obligez de les
changer, fi l'Electeur de Brandebourg tient fa parole , &retire fes Troupes de Flandre , en
cas que l'on neluy rende pas la
GALANT 339
juftice qu'il pretend touchant
la fucceffion du feu Prince
d'Orange , ce qui eſt abſolument impoffible , les chofes
qu'il demande eftant trop fortes & regardant un Prince
dont les Hollandois font
charmez.
·
A l'égard des Affaires du
Haut Rhinqui paroiffent nonfeulement ; mais qui font en
effet tres avangeufes pour
nous il eft impoffible de
pouvoir dire quel party on
prendra de part & d'autre de
ce cofté- là , jufqu'à ce que
l'on ait fçu fi le Duc d'HaFfij
340 MERCURE
novre y commandera l'Armée , & fi elle fera nombreufe ou non , & il n'y a pas d'apparence qu'elle doive eftre
forte , puifque plus le temps
de l'ouverture de la Campagne avance , plus ceux qui
doivent fournir des Troupes pour cette Armée , déclarent qu'ils font dans l'impoffi
bilité de le faire , & quand
même ils en fourniroient , il
n'y a nulle apparence que
Armée puiffe eftrefuperieure à
la noſtre qui ne manque de
rien , & qui a fait payer en
bleds une partie des Contribu
leur
GALANT 341
tions qu'elle auroit pu tirere n
argent , dont elle ne manque
point , enayant tiré de l'un &
de l'autre, & de quelque manicre que ce foit , les Affaires ne
peuvent que nous eftre avantageufes de ce cofté - là , car
s'ils n'y ont pas de grandes
forces , nous penetrerons dans
leur Pays , & s'ils en ont affez,
non pas pour avoir des avantages fur nous car cela paroift impoffible , mais feulement pour nous empêcher
d'en avoirfur eux , ils ne pour
ront envoyer que tres peu
de Troupes en Flandre , ou
Ffiij
342 MERCURE
?
s'il arrive , felon que je vous
viens de marquer , que les
Troupes Saxonnes , les Pruffiennes , & les Allemandes
manquent aux Alliez , auffi
bien que l'argent qui manque
abfolument aux Hollandois
& dont les Anglois manquent
auffi beaucoup , les fubfides
accordez par le Parlement
n'ayant pû eſtre remplis à beaucoup prés , les Alliez feront
en Flandre hors d'eftat de faire
aucune Conquefte , & pendant
qu'ils y manquent d'argent
on fait tous les jours des fonds
nouveaux en France pour en
ALANT 343
avoir fuffifamment pour faire
la Campagne, Ainfi l'on ne
peut dire encore comment les
chofes tourneront. Il vient en
France du bled de toutes parts ,
& il y en aura bien- toft abondamment à Paris même , ce
qui fuffira juſqu'au temps de
la recolte , qui fera des plus
abondantes , & le vin même
diminuë de prix tous les jours
dans toute la France. Enfin
nous fommes dans le temps
des grandes revolutions , &
nous voyons des chofes dans
trop violent pour y
un eftat
pouvoir
demeurer
long- temps
,
344 MERCURE
gent
La France, comme je vous ay
fait voir le mois paffé ade l'arabondamment , & la circulation y manque feulement ,
au lieu que l'efpece manque
tout-à - fait en Angleterre , par
les raifons dont je vous ay envoyé le détail le mois paffé.
Al'égard des Affaires d'Italie , elles font dans un eſtat
trop violent pour y pouvoir
demeurer long- temps , & particulierement le Royaume de
Naples. Les peuples yfont dans
le dernier accablement , & fur
tour à Naples , où le Viceroy
fe fert tour à tour de divers
GALANT 345
pretextes pour ne point paroître en public , craignant d'eftre
infulté. Enfinles Peuples y font
dans le dernier defeſpoir , &
l'on doit tout craindre du defeſpoir d'un Peuple qu'on a
pouffé à bout, qui n'a plus rien
a menager, & qui eftoit florif
fant fous le de fon pre- regne
cedent Monarque , qu'il n'a
point ceffé d'aimer , la revolu
tion n'eftant arrivée que par
des traîtres , qui ont plongé
leur Patrie dans l'état où elle fe
trouve.
L'Etat de Milan n'eft pas
mieux. Onen tire jufqu'au der
346 MERCURE
nier fol, comme l'on a fait du
Royaume de Naples , & quand
la Maifon d'Autriche a mis
une fois le pied dans un Païs ,
elle n'en traite pas les Peuples
en fujets , mais en efclaves.
Les autres Puiffances d'Italic
ne font pas moins outrées de
la maniere dont on les traite,
& les cent mille piftoles de
contribution qu'on tire d'eux
tous les ans en font une preu
ve parlante, & qui crient vengeance ; & il n'eft enfin pas
poffible que les chofes demeurent toûjours en cet état , &
ce qu'une revolution a fait naî
GALANT 347
tre en peu de temps , finira par
une autre revolution.
Il n'en eft pas de mefme en
Espagne, où l'amour que le
Peuple a pour fon Roy cft cauLe que tout ce qui s'y fait pour
ce Monarque , eft auffi volon
taire qu'il eft forcé en Italie.
On n'a jamais vû dans aucun
fiecle , & dans aucun Etat , ce
qui fe paffe aujourd'huy en Efpagne. Les hommes s'offrent
en foule , les Troupes y paroiffent fortir de terre , auffi-bien
que les chevaux , que les Provinces qui en abondent offrent
au Roy, à qui l'on offre de 2.
348 MERCURE
l'argent de toutes parts. Enfin
il paroift par la formidable &
nombreufe Armée que S. M.
C. met fur pied, que l'Europe
entiere n'en pourroit faire davantage, & comme tout s'y
fait avec zele & de plein gré,
il y a d'autant plus lieu de croire qu'une pareille Armée fera
des prodiges , & fur tout eſtant
compofée d'Espagnols qui ne
reculent jamais , fuivant les
grands exemples que je vous
ay fouvent raportez là- deſſus,
&l'on peut dire que dans cette
occafion l'Armée d'Espagne a
pris pour Devife , Vaincre on
mourir.
Voilà
GALANT 349
Voilà la fituation oùfe trouvent aujourd'huy toutes les
affaires de l'Europe ; nous ver
rons à la fin du mois prochain
en quoy elle aura changé.
La maniere dont le Carnaval s'eft paffé à Paris , doit paroître bien differente aux Alliez, de la fituation où ils pretendent que nous nous trouvons, & dont ils font tous les
jours des peintures dans leurs
Ecrits publics bien contraires
à la verité. L'état où la France
s'eft trouvée eft venu de la
cherté du bled, qui commença
au mois de Fevrier de l'année
Février 1710. Gg
350 MERCUR F
derniere; ce quifut caufé, comme vous fçavez , par la force
de la gelée qu'il fit cette annéelà , & vous fçavez comment
les chofes fe pafferent à cette
occafion. Le Roy fe facrifia
alors pourle bien de fes Sujets;
il fit ceffer le payement des
Tailles , & de divers autres
Droits, & dans le Prelude d'une de mes Lettres , je vous fis
voir alors jufqu'à neuf Articles par lefquels Sa Majesté
abandonnoit fes Droits , & je
ne vous impofois pas , puifque
je vous raportay autant d'Arrefts , d'Edits ou de Declara
GALANT 351
tions qui regardoient le facri
fice qu'Elle faifoit à fes Peuples , outre la dépense qu'Elle
fit de plufieurs Bâtimens armez à fes dépens pour aller en
courfe , fans vouloir rien pren
dre pour les frais de l'armement , ni partager des bleds
que tous ces Bâtimens raporteroient; Sa Majeſté n'a rétably les Tailles , & commencé à recevoir plufieurs autres
Droits qu'Elle avoit abandonnez que depuis quelques mois.
Ainfi l'on ne doit pas s'étonner fi l'argent luy manquoit ;
mais l'on peut dire prefenteGg ij
352 MERCURE
ment que les chofes vont leur
train ordinaire ; mais comme
S. M. eftoit fort arrierée, il faut
encore quelque temps pour
que tous ceux à qui Elle doit ,
puiffent eftre contens , & l'on
pourroit mefme dire qu'ils le
font déja par avance, puifqu'il
eft feur que leurs efperances
ne feront pas vaines, & que la
verité de ce que j'avance eſt de
notorieté publique. Ainfi l'on
ne doit pas s'étonner fi.le Carnaval s'eft paffé à Paris de la
mefme maniere qu'il s'y eft
paffé dans tous les temps. Il eft
vray que les chofes ne s'y font
1
GALANT 353
pas faites avec les emporte
mens de joye immoderez qui
ont paru en de certains temps ;
mais pendant tout le Carnaval
il y a eu des Bals à l'ordinaire ;
on s'eft regalé , tous les fpectacles ont cfté remplis ; la foule
des Caroffes a efté auffi grande
au Fauxbourg Saint Antoine
dans les derniers jours du Carnaval , qu'elle l'a toûjours efté,
& rien n'a marqué la miferable
fituation dont tous les écrits
publics des Alliez font remplis,
dans le deffein d'éblouir leurs
Sujets en publiant des chofes
entierement contraires à la veGg iij rité.
354 MERCURE
Outre tous les bleds dont je
vous ay déja parlé qui font entrez de plufieurs endroits dans
le Royaume , je ne vous repeteray point ce que nos nouvelles publiques vous ont dit des
fix à fept mille charges de
bled , arrivées du Levant à
Toulon, & dont les Commandans des Vaiffeaux qui les ont
amenées ont rapporté qu'il en
viendroit encore beaucoup ;
de manière que tous ces bleds ,
joints à ceux des Provinces
dont la recolte a efté bonne
l'année derniere , & à l'eſpoir
de celle de cette année qui pa-
GALANY 355
roift devoir eftre des plus abondantes dans toute la France ,
& l'eſpoir du bon effet que
produira le rétabliffement des
revenus du Roy, n'ont pas peu.
contribué aux divertiffemens
du Carnaval qui ont étégrands
& continuels ; mais fans avoir
efté outrez.-
parler jufte de la veritable
fituation generale des Affaires
GALANT 1337
res del'Europe dans le moment
que je vous écris , car avant
qu'elles puiffent cftre fixées
pour la Campagne prochaine,
& quechacun puiffe voir quel
party il prendra , il faut que
les Parties intereffées fçachent
comment finiront certaines
chofes qui ont des faces differentes , &qui font en mouve
ment.
Il faut que le Roy de Suede,
dont on nous parle tous les
jours differemment , ait commencé d'entrer en action
car s'il entre en Pologne avec
une Armée formidable pour
Février 1710. Ff
>
338 MERCURE
rétablir le Roy Staniflas , le
Roy Auguſte avec toutes les
forces aura de la peine à fe
maintenir fur le Trône , & il
fera obligé de retirer toutes les
Troupes qu'il a en Flandre
ce qui apportera un grand
changement aux Affaires de
ce colté-là , & fera changer
toutes les mesures que les
Alliez peuvent avoir prifes
pour la Campagne.
Ils feront encore obligez de les
changer, fi l'Electeur de Brandebourg tient fa parole , &retire fes Troupes de Flandre , en
cas que l'on neluy rende pas la
GALANT 339
juftice qu'il pretend touchant
la fucceffion du feu Prince
d'Orange , ce qui eſt abſolument impoffible , les chofes
qu'il demande eftant trop fortes & regardant un Prince
dont les Hollandois font
charmez.
·
A l'égard des Affaires du
Haut Rhinqui paroiffent nonfeulement ; mais qui font en
effet tres avangeufes pour
nous il eft impoffible de
pouvoir dire quel party on
prendra de part & d'autre de
ce cofté- là , jufqu'à ce que
l'on ait fçu fi le Duc d'HaFfij
340 MERCURE
novre y commandera l'Armée , & fi elle fera nombreufe ou non , & il n'y a pas d'apparence qu'elle doive eftre
forte , puifque plus le temps
de l'ouverture de la Campagne avance , plus ceux qui
doivent fournir des Troupes pour cette Armée , déclarent qu'ils font dans l'impoffi
bilité de le faire , & quand
même ils en fourniroient , il
n'y a nulle apparence que
Armée puiffe eftrefuperieure à
la noſtre qui ne manque de
rien , & qui a fait payer en
bleds une partie des Contribu
leur
GALANT 341
tions qu'elle auroit pu tirere n
argent , dont elle ne manque
point , enayant tiré de l'un &
de l'autre, & de quelque manicre que ce foit , les Affaires ne
peuvent que nous eftre avantageufes de ce cofté - là , car
s'ils n'y ont pas de grandes
forces , nous penetrerons dans
leur Pays , & s'ils en ont affez,
non pas pour avoir des avantages fur nous car cela paroift impoffible , mais feulement pour nous empêcher
d'en avoirfur eux , ils ne pour
ront envoyer que tres peu
de Troupes en Flandre , ou
Ffiij
342 MERCURE
?
s'il arrive , felon que je vous
viens de marquer , que les
Troupes Saxonnes , les Pruffiennes , & les Allemandes
manquent aux Alliez , auffi
bien que l'argent qui manque
abfolument aux Hollandois
& dont les Anglois manquent
auffi beaucoup , les fubfides
accordez par le Parlement
n'ayant pû eſtre remplis à beaucoup prés , les Alliez feront
en Flandre hors d'eftat de faire
aucune Conquefte , & pendant
qu'ils y manquent d'argent
on fait tous les jours des fonds
nouveaux en France pour en
ALANT 343
avoir fuffifamment pour faire
la Campagne, Ainfi l'on ne
peut dire encore comment les
chofes tourneront. Il vient en
France du bled de toutes parts ,
& il y en aura bien- toft abondamment à Paris même , ce
qui fuffira juſqu'au temps de
la recolte , qui fera des plus
abondantes , & le vin même
diminuë de prix tous les jours
dans toute la France. Enfin
nous fommes dans le temps
des grandes revolutions , &
nous voyons des chofes dans
trop violent pour y
un eftat
pouvoir
demeurer
long- temps
,
344 MERCURE
gent
La France, comme je vous ay
fait voir le mois paffé ade l'arabondamment , & la circulation y manque feulement ,
au lieu que l'efpece manque
tout-à - fait en Angleterre , par
les raifons dont je vous ay envoyé le détail le mois paffé.
Al'égard des Affaires d'Italie , elles font dans un eſtat
trop violent pour y pouvoir
demeurer long- temps , & particulierement le Royaume de
Naples. Les peuples yfont dans
le dernier accablement , & fur
tour à Naples , où le Viceroy
fe fert tour à tour de divers
GALANT 345
pretextes pour ne point paroître en public , craignant d'eftre
infulté. Enfinles Peuples y font
dans le dernier defeſpoir , &
l'on doit tout craindre du defeſpoir d'un Peuple qu'on a
pouffé à bout, qui n'a plus rien
a menager, & qui eftoit florif
fant fous le de fon pre- regne
cedent Monarque , qu'il n'a
point ceffé d'aimer , la revolu
tion n'eftant arrivée que par
des traîtres , qui ont plongé
leur Patrie dans l'état où elle fe
trouve.
L'Etat de Milan n'eft pas
mieux. Onen tire jufqu'au der
346 MERCURE
nier fol, comme l'on a fait du
Royaume de Naples , & quand
la Maifon d'Autriche a mis
une fois le pied dans un Païs ,
elle n'en traite pas les Peuples
en fujets , mais en efclaves.
Les autres Puiffances d'Italic
ne font pas moins outrées de
la maniere dont on les traite,
& les cent mille piftoles de
contribution qu'on tire d'eux
tous les ans en font une preu
ve parlante, & qui crient vengeance ; & il n'eft enfin pas
poffible que les chofes demeurent toûjours en cet état , &
ce qu'une revolution a fait naî
GALANT 347
tre en peu de temps , finira par
une autre revolution.
Il n'en eft pas de mefme en
Espagne, où l'amour que le
Peuple a pour fon Roy cft cauLe que tout ce qui s'y fait pour
ce Monarque , eft auffi volon
taire qu'il eft forcé en Italie.
On n'a jamais vû dans aucun
fiecle , & dans aucun Etat , ce
qui fe paffe aujourd'huy en Efpagne. Les hommes s'offrent
en foule , les Troupes y paroiffent fortir de terre , auffi-bien
que les chevaux , que les Provinces qui en abondent offrent
au Roy, à qui l'on offre de 2.
348 MERCURE
l'argent de toutes parts. Enfin
il paroift par la formidable &
nombreufe Armée que S. M.
C. met fur pied, que l'Europe
entiere n'en pourroit faire davantage, & comme tout s'y
fait avec zele & de plein gré,
il y a d'autant plus lieu de croire qu'une pareille Armée fera
des prodiges , & fur tout eſtant
compofée d'Espagnols qui ne
reculent jamais , fuivant les
grands exemples que je vous
ay fouvent raportez là- deſſus,
&l'on peut dire que dans cette
occafion l'Armée d'Espagne a
pris pour Devife , Vaincre on
mourir.
Voilà
GALANT 349
Voilà la fituation oùfe trouvent aujourd'huy toutes les
affaires de l'Europe ; nous ver
rons à la fin du mois prochain
en quoy elle aura changé.
La maniere dont le Carnaval s'eft paffé à Paris , doit paroître bien differente aux Alliez, de la fituation où ils pretendent que nous nous trouvons, & dont ils font tous les
jours des peintures dans leurs
Ecrits publics bien contraires
à la verité. L'état où la France
s'eft trouvée eft venu de la
cherté du bled, qui commença
au mois de Fevrier de l'année
Février 1710. Gg
350 MERCUR F
derniere; ce quifut caufé, comme vous fçavez , par la force
de la gelée qu'il fit cette annéelà , & vous fçavez comment
les chofes fe pafferent à cette
occafion. Le Roy fe facrifia
alors pourle bien de fes Sujets;
il fit ceffer le payement des
Tailles , & de divers autres
Droits, & dans le Prelude d'une de mes Lettres , je vous fis
voir alors jufqu'à neuf Articles par lefquels Sa Majesté
abandonnoit fes Droits , & je
ne vous impofois pas , puifque
je vous raportay autant d'Arrefts , d'Edits ou de Declara
GALANT 351
tions qui regardoient le facri
fice qu'Elle faifoit à fes Peuples , outre la dépense qu'Elle
fit de plufieurs Bâtimens armez à fes dépens pour aller en
courfe , fans vouloir rien pren
dre pour les frais de l'armement , ni partager des bleds
que tous ces Bâtimens raporteroient; Sa Majeſté n'a rétably les Tailles , & commencé à recevoir plufieurs autres
Droits qu'Elle avoit abandonnez que depuis quelques mois.
Ainfi l'on ne doit pas s'étonner fi l'argent luy manquoit ;
mais l'on peut dire prefenteGg ij
352 MERCURE
ment que les chofes vont leur
train ordinaire ; mais comme
S. M. eftoit fort arrierée, il faut
encore quelque temps pour
que tous ceux à qui Elle doit ,
puiffent eftre contens , & l'on
pourroit mefme dire qu'ils le
font déja par avance, puifqu'il
eft feur que leurs efperances
ne feront pas vaines, & que la
verité de ce que j'avance eſt de
notorieté publique. Ainfi l'on
ne doit pas s'étonner fi.le Carnaval s'eft paffé à Paris de la
mefme maniere qu'il s'y eft
paffé dans tous les temps. Il eft
vray que les chofes ne s'y font
1
GALANT 353
pas faites avec les emporte
mens de joye immoderez qui
ont paru en de certains temps ;
mais pendant tout le Carnaval
il y a eu des Bals à l'ordinaire ;
on s'eft regalé , tous les fpectacles ont cfté remplis ; la foule
des Caroffes a efté auffi grande
au Fauxbourg Saint Antoine
dans les derniers jours du Carnaval , qu'elle l'a toûjours efté,
& rien n'a marqué la miferable
fituation dont tous les écrits
publics des Alliez font remplis,
dans le deffein d'éblouir leurs
Sujets en publiant des chofes
entierement contraires à la veGg iij rité.
354 MERCURE
Outre tous les bleds dont je
vous ay déja parlé qui font entrez de plufieurs endroits dans
le Royaume , je ne vous repeteray point ce que nos nouvelles publiques vous ont dit des
fix à fept mille charges de
bled , arrivées du Levant à
Toulon, & dont les Commandans des Vaiffeaux qui les ont
amenées ont rapporté qu'il en
viendroit encore beaucoup ;
de manière que tous ces bleds ,
joints à ceux des Provinces
dont la recolte a efté bonne
l'année derniere , & à l'eſpoir
de celle de cette année qui pa-
GALANY 355
roift devoir eftre des plus abondantes dans toute la France ,
& l'eſpoir du bon effet que
produira le rétabliffement des
revenus du Roy, n'ont pas peu.
contribué aux divertiffemens
du Carnaval qui ont étégrands
& continuels ; mais fans avoir
efté outrez.-
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Résumé : Situation generale des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
En février 1710, l'Europe est marquée par une grande incertitude politique et économique. En Pologne, la situation est critique car le roi de Suède pourrait intervenir pour rétablir Stanislas sur le trône, ce qui obligerait le roi Auguste à retirer ses troupes de Flandre, perturbant ainsi les plans des alliés pour la prochaine campagne. De plus, l'électeur de Brandebourg menace de retirer ses troupes de Flandre si ses revendications successorales ne sont pas satisfaites. Dans le Haut-Rhin, l'incertitude règne également, dépendant de la composition et de la force de l'armée du duc de Savoie. Sur le plan économique, la France est bien approvisionnée en blé et en vin, ce qui lui permet de se préparer pour la prochaine campagne malgré des difficultés financières passées. En Italie, les populations sont dans un état de désespoir, notamment à Naples et en Espagne, où l'armée royale se prépare à combattre avec zèle. À Paris, le carnaval s'est déroulé normalement, contrairement aux descriptions alarmistes des alliés. La France a récemment rétabli certains droits et taxes qu'elle avait suspendus en raison de la cherté du blé causée par un hiver rigoureux.
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