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1951
s. p.
A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.
Début :
MONSEIGNEUR, Quoy que l'usage soit de renfermer toutes les [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Altesse sérénissime, Roi, Siam
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texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.
A SON ALTESSE
SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE DUC
ONSEIGNEUR,
Quy que l'usage foit
de renfermer toutes les plus
a ij
EPISTRE.
belles Actions des Princes
à qui on dédie un Livre,
dans l'Epiſtre qu'on met à
la teſte , il me seroit impoßible
en vous offrant cette
Relation, d'imiter ceux
qui ont fait de ces Eloges,
puisqu'ilfaudroit que l'Epiſtre
fust plus longue que
l'Ouvrage ; außi ne me
fuis- je proposé de prendre
pourſuj't de celle- cy , que
la Conve fation que Vos-
TRE ALTESSE SERENISSIME
a eue avec les Ambaf
EPISTR E.
fadeurs du Roy de Siam.
Elle n'a pas duré une heure,
&fi je voulois m'éten
dreſur tout ce que vous avez
dit enſi peu de temps,
J'aurois dequoy faire un
Panegyrique entier. Fay
eu l'avantage , MONSEIGNEUR,
d'en eftre
témoin, avec cent Per-
Sonnes de marque , qui ne
pouvant retenir les loüanges
qui vous estoient deuës,
les firent éclater pendant
l'Audience. F'entendis
EPISTRE .
mesme une voix qui dit,
Que les Ambaſſadeurs ,
quijuſque - là ne vous avoient
crû qu'unHomme ,
me,
ppoouurrrrooiieenntt vous prendre
pour quelque choſe de
plus , tant vous leur faifiez
paroiſtre d'efprit.
Vostre A. S. a fait voir
en moins d'une heure la
parfaiteintelligencequ Elle
a dans le mſter de la
Guerre, & qui eft herediditaire
à la Maifon de
Condé. Vous avez apris
EPISTRE.
'à ceux qui ont eu l'honneur
de vous écouter, comment
des Armées doivent
Secamper pour vaincre, 5
pour Soutenir les plus vigoureuſes
Attaques. Vous
avez marqué les inconveniens
qu'il y avoit à ſe
mettre en batailleSelon l'ordre
qu' obfervent les Siamois,
& vous avezpar là
donné des leçons aux Indiens
, à qui de Siecle en
Siecle leurs Ancestres doivent
avoir apris de quelle
EPISTRE .
maniere Alexandre combattoit.
Ainsi , ΜΟΝ-
SEIGNEUR, vous avez
montré par cette Converſation
, non ſeulement
que l' Art de la Guerre n'a
rien d'inconnu pour vous,
mais encore que vous ne
Sçavez pas moins bien la
Situation es les Coustumes
des Païs les plus éloignez ;
que dans les Histoires étrangeres
rien n'échape aux
vives lumieres de vostre
esprit ; que cet esprit est
EPISTRE.
univerſel , es qu' il n'y a
que vos bontez qui l'égalent.
Apres cela, MONSEIGNEVR,
ne peutan
pas dire qu' en moins
d'une heure de temps , V
A S. a fait bonneur à la
Francepar tous les endroits
qui font le grand & l'hon
neste Homme, puisque tou
tes ces choses estant rap--
portées au Royde Siam,
luy feront concevoir la plus
haute idée de tous les Prin
ces du Sang de Bourbon ?
EPISTRE.
Le bruit s'en répandra dans
les Indes, & vous n'yferez
pas moins connu que vous
l'estes dans toute l'Europe.
Pendant que ceux qui ont
eſté témoins de toutes ces
chofes , comme moy,les ont
publiées, j'ay crû, MONSEIGNEUR
, non seulement
les devoir écrire,
mais außi que c'estoit pour
moy une obligation indifpensable
de vous dédier un
Livre auquel l'entretien
que vous avez eu avec les
EPISTRE .
Ambaſſadeurs du Roy de
Siam, vous donne une part
fi glorieuse. Fe l'offre à V.
A. S. avec d'autant plus
de zele & de plasfir, que
jesçay que le Mercure &
les Ouvrages qui en dépendent
font traduits en plufieurs
Langues , & imprimez
chez les Nations étrangeres
, & que plusieurs
Relations dignes defoy af-
Seurent qu'ils se sont ou
vert un paffage , juſques
aux Indes poury aprendre
EPISTRE.
Xes merveilles de la Vie dis
Roy. Amfij auray l'avantage
de faire connoistre
dans les Païs les plus reculez
, le profond respect
avec lequel je ſuis,
MONSEIGNEUR,
De Vostre Altesse Seren ſſime,
Le tres-humble, tres- obeiſſant
& tres-fidele Serviteur ,
DEVIZE.
SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE DUC
ONSEIGNEUR,
Quy que l'usage foit
de renfermer toutes les plus
a ij
EPISTRE.
belles Actions des Princes
à qui on dédie un Livre,
dans l'Epiſtre qu'on met à
la teſte , il me seroit impoßible
en vous offrant cette
Relation, d'imiter ceux
qui ont fait de ces Eloges,
puisqu'ilfaudroit que l'Epiſtre
fust plus longue que
l'Ouvrage ; außi ne me
fuis- je proposé de prendre
pourſuj't de celle- cy , que
la Conve fation que Vos-
TRE ALTESSE SERENISSIME
a eue avec les Ambaf
EPISTR E.
fadeurs du Roy de Siam.
Elle n'a pas duré une heure,
&fi je voulois m'éten
dreſur tout ce que vous avez
dit enſi peu de temps,
J'aurois dequoy faire un
Panegyrique entier. Fay
eu l'avantage , MONSEIGNEUR,
d'en eftre
témoin, avec cent Per-
Sonnes de marque , qui ne
pouvant retenir les loüanges
qui vous estoient deuës,
les firent éclater pendant
l'Audience. F'entendis
EPISTRE .
mesme une voix qui dit,
Que les Ambaſſadeurs ,
quijuſque - là ne vous avoient
crû qu'unHomme ,
me,
ppoouurrrrooiieenntt vous prendre
pour quelque choſe de
plus , tant vous leur faifiez
paroiſtre d'efprit.
Vostre A. S. a fait voir
en moins d'une heure la
parfaiteintelligencequ Elle
a dans le mſter de la
Guerre, & qui eft herediditaire
à la Maifon de
Condé. Vous avez apris
EPISTRE.
'à ceux qui ont eu l'honneur
de vous écouter, comment
des Armées doivent
Secamper pour vaincre, 5
pour Soutenir les plus vigoureuſes
Attaques. Vous
avez marqué les inconveniens
qu'il y avoit à ſe
mettre en batailleSelon l'ordre
qu' obfervent les Siamois,
& vous avezpar là
donné des leçons aux Indiens
, à qui de Siecle en
Siecle leurs Ancestres doivent
avoir apris de quelle
EPISTRE .
maniere Alexandre combattoit.
Ainsi , ΜΟΝ-
SEIGNEUR, vous avez
montré par cette Converſation
, non ſeulement
que l' Art de la Guerre n'a
rien d'inconnu pour vous,
mais encore que vous ne
Sçavez pas moins bien la
Situation es les Coustumes
des Païs les plus éloignez ;
que dans les Histoires étrangeres
rien n'échape aux
vives lumieres de vostre
esprit ; que cet esprit est
EPISTRE.
univerſel , es qu' il n'y a
que vos bontez qui l'égalent.
Apres cela, MONSEIGNEVR,
ne peutan
pas dire qu' en moins
d'une heure de temps , V
A S. a fait bonneur à la
Francepar tous les endroits
qui font le grand & l'hon
neste Homme, puisque tou
tes ces choses estant rap--
portées au Royde Siam,
luy feront concevoir la plus
haute idée de tous les Prin
ces du Sang de Bourbon ?
EPISTRE.
Le bruit s'en répandra dans
les Indes, & vous n'yferez
pas moins connu que vous
l'estes dans toute l'Europe.
Pendant que ceux qui ont
eſté témoins de toutes ces
chofes , comme moy,les ont
publiées, j'ay crû, MONSEIGNEUR
, non seulement
les devoir écrire,
mais außi que c'estoit pour
moy une obligation indifpensable
de vous dédier un
Livre auquel l'entretien
que vous avez eu avec les
EPISTRE .
Ambaſſadeurs du Roy de
Siam, vous donne une part
fi glorieuse. Fe l'offre à V.
A. S. avec d'autant plus
de zele & de plasfir, que
jesçay que le Mercure &
les Ouvrages qui en dépendent
font traduits en plufieurs
Langues , & imprimez
chez les Nations étrangeres
, & que plusieurs
Relations dignes defoy af-
Seurent qu'ils se sont ou
vert un paffage , juſques
aux Indes poury aprendre
EPISTRE.
Xes merveilles de la Vie dis
Roy. Amfij auray l'avantage
de faire connoistre
dans les Païs les plus reculez
, le profond respect
avec lequel je ſuis,
MONSEIGNEUR,
De Vostre Altesse Seren ſſime,
Le tres-humble, tres- obeiſſant
& tres-fidele Serviteur ,
DEVIZE.
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Résumé : A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE DUC.
L'auteur adresse une épître à un duc, louant une conversation d'une heure entre le duc et les ambassadeurs du roi de Siam. Cette discussion a impressionné les témoins par la maîtrise du duc en art de la guerre et en stratégies militaires, comparant même les tactiques des Siamois à celles d'Alexandre le Grand. Le duc a également démontré une connaissance des coutumes et des situations des pays éloignés, ainsi qu'une intelligence des histoires étrangères. Cette performance a honoré la France et renforcé la réputation du duc en Europe et dans les Indes. L'épître se conclut par l'offrande d'un livre à Sa Sérénissime Altesse, destiné à être traduit et lu dans diverses langues et nations, contribuant ainsi à la renommée du duc.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1952
p. 1-10
Prélude. [titre d'après la table]
Début :
APRÈS vous avoir fait part de tout ce qui s'est [...]
Mots clefs :
Roi, Peuples, Ambassadeurs de Siam, Relation
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texteReconnaissance textuelle : Prélude. [titre d'après la table]
VOYAGE
DES AMBASSADEURS
DE SIAM
EN FRANCE.
PRE'S vous avoir
fait part de
tout ce qui s'eft
paffé à la Reception des
An Ambaſſadeurs de France
A
2 Voyage des Amb.
auprés du Roy de Siam ,
& vous avoir donné une
ample Relation de ce qu'-
ils ont fait dans ce Royaume
pendant plus de deux
mois de fejour , j'ay cru
vous devoir auſſi envoyer
un dérail exact de tout ce
que les Ambaſſadeurs de
Siam ont vù , fait & dit
en France , ce qui ne fera
pas moins curieux que ce
que vous avezappris dans
ma Relation de Siam . Si
l'éloignement des lieux
1.
de Siam. 3
nous faifoit regarder comme
Barbares des Peuples
que de vaſtes Mers ſeparent
de nous , nous ne devrions
pas l'eftre moins
à leur égard , puis que
nous ſommes auſſi éloignez
d'eux qu'ilsle font
de nous ; mais on ne
peut donner cetre qualité
aux Peuples d'Orient ,
qu'on fçait avoir toujours
efte eſtimez pour leur fageffe
,& pour leur eſprit.
Ce que trois de leurs Rois
A ij
4 Voyagedes Amb.
firent à la Naiſſance du
Sauveur du Monde , paffera
dans tous les Siecles ,
& ce que font aujourd'huy
ces mefines Peuples
pour honorer leurs Souverains
, apprend à toutes
les Nations qui ont le
bonheur de vivre dans un
Eftat Monarchique , la
veneration qu'elles font
obligées d'avoir pour
ceux que Dieu leur àdonnez
pour les gouverner ,
&qui le reprefentent fur
de Siam. S
Terre. La couleur noire ,
brune , ou blanche ne fait
rien au coeur de l'homme,
& fi l'on en pouvoit tirer
quelque conſequence, elle
devroit eſtre à l'avantage
de ceux qui font plus
- prés du Soleil. Il y a peu
de nos Braves qui ayant
eſſuyé les dures fatigues
où une longueCampagne
engage , ne reviennent
* preſque auffi bazanez que
ces Peuples ,& nous avons
vû noſtre Auguſte Prince,,
A iij
6 Voyage des Amb.
aprés s'eſtre expoſé pendant
des Eftez entiers à la
teſte de les Armées , revenir
à demy reint d'une
couleur qui ne luy pouvoit
eſtre que glorieuſe,
puis qu'elle marquoit fon
affiduité à donner par
tout les ordres , pour faire
mouvoir le grand
Corps qu'il commandoit.
Quand les Peuples d'Orient
n'auroient pas autant
de fageffe & d'avantage
qu'ils en ont par
de Siam.
7
-deſſus quantité d'autres ,
nous devons confiderer
dans les Ambaſſadeurs de
Siam un puiffant Monarque
, qui par leshonneurs
qu'il a rendus à celuy du
Roy , l'a non feulement:
diftingué de tous les Sourains
de la Terre , mais
د
qui a voulu que les trente
deux Nations diffe- -
rentes , qui trafiquent
dans ſes Eſtars fuſſent
و
témoins de cette diftinction
, & qui a meſme
A j
8 Voyage des Amb.
ordonné qu'elle leur fuft
expliquée. Quant à ce qui
regarde les Ambaffadeurs
en leur perſonne , je puis
vous affeurer comme ſçachant
par moy - mefme
une partie des choſes que
vous trouverez dans cette
Relation,qu'on ne peut
avoir plus d'eſprit , plus
de prudence , plus d'honneſteté
, & plus de ſens
froid , qu'on leur en voit
tous les jours ; qu'ils font
galans, que leurs reparties
de Siam. 9
font juftes , & qu'enfin ils
ſe font acquis l'eftime de
tous les honneftes Gens .
Auffi font - ils beaucoup
plus confiderez icy quc
pluſieurs Ambaſſadcurs
de Nations éloignées que
nous avons vus en France
. Mais il n'est pas juſte
que vous m'en croyïez
fur ma parole ; je vais me
taire pour laiffer parler
des faits conftans, Ce
qu'ils ont dit ,& ce qu'ils
ont fait depuis qu'ils font
10 Voyage des Amb.
arrivez en France , n'a
point beſoin d'embelliffement
, & pour vous en
faire avoir une haute idée,
il ne faut que me fervir
des meſmes termes qu'ils
ont employez en plufieurs
occafions .
DES AMBASSADEURS
DE SIAM
EN FRANCE.
PRE'S vous avoir
fait part de
tout ce qui s'eft
paffé à la Reception des
An Ambaſſadeurs de France
A
2 Voyage des Amb.
auprés du Roy de Siam ,
& vous avoir donné une
ample Relation de ce qu'-
ils ont fait dans ce Royaume
pendant plus de deux
mois de fejour , j'ay cru
vous devoir auſſi envoyer
un dérail exact de tout ce
que les Ambaſſadeurs de
Siam ont vù , fait & dit
en France , ce qui ne fera
pas moins curieux que ce
que vous avezappris dans
ma Relation de Siam . Si
l'éloignement des lieux
1.
de Siam. 3
nous faifoit regarder comme
Barbares des Peuples
que de vaſtes Mers ſeparent
de nous , nous ne devrions
pas l'eftre moins
à leur égard , puis que
nous ſommes auſſi éloignez
d'eux qu'ilsle font
de nous ; mais on ne
peut donner cetre qualité
aux Peuples d'Orient ,
qu'on fçait avoir toujours
efte eſtimez pour leur fageffe
,& pour leur eſprit.
Ce que trois de leurs Rois
A ij
4 Voyagedes Amb.
firent à la Naiſſance du
Sauveur du Monde , paffera
dans tous les Siecles ,
& ce que font aujourd'huy
ces mefines Peuples
pour honorer leurs Souverains
, apprend à toutes
les Nations qui ont le
bonheur de vivre dans un
Eftat Monarchique , la
veneration qu'elles font
obligées d'avoir pour
ceux que Dieu leur àdonnez
pour les gouverner ,
&qui le reprefentent fur
de Siam. S
Terre. La couleur noire ,
brune , ou blanche ne fait
rien au coeur de l'homme,
& fi l'on en pouvoit tirer
quelque conſequence, elle
devroit eſtre à l'avantage
de ceux qui font plus
- prés du Soleil. Il y a peu
de nos Braves qui ayant
eſſuyé les dures fatigues
où une longueCampagne
engage , ne reviennent
* preſque auffi bazanez que
ces Peuples ,& nous avons
vû noſtre Auguſte Prince,,
A iij
6 Voyage des Amb.
aprés s'eſtre expoſé pendant
des Eftez entiers à la
teſte de les Armées , revenir
à demy reint d'une
couleur qui ne luy pouvoit
eſtre que glorieuſe,
puis qu'elle marquoit fon
affiduité à donner par
tout les ordres , pour faire
mouvoir le grand
Corps qu'il commandoit.
Quand les Peuples d'Orient
n'auroient pas autant
de fageffe & d'avantage
qu'ils en ont par
de Siam.
7
-deſſus quantité d'autres ,
nous devons confiderer
dans les Ambaſſadeurs de
Siam un puiffant Monarque
, qui par leshonneurs
qu'il a rendus à celuy du
Roy , l'a non feulement:
diftingué de tous les Sourains
de la Terre , mais
د
qui a voulu que les trente
deux Nations diffe- -
rentes , qui trafiquent
dans ſes Eſtars fuſſent
و
témoins de cette diftinction
, & qui a meſme
A j
8 Voyage des Amb.
ordonné qu'elle leur fuft
expliquée. Quant à ce qui
regarde les Ambaffadeurs
en leur perſonne , je puis
vous affeurer comme ſçachant
par moy - mefme
une partie des choſes que
vous trouverez dans cette
Relation,qu'on ne peut
avoir plus d'eſprit , plus
de prudence , plus d'honneſteté
, & plus de ſens
froid , qu'on leur en voit
tous les jours ; qu'ils font
galans, que leurs reparties
de Siam. 9
font juftes , & qu'enfin ils
ſe font acquis l'eftime de
tous les honneftes Gens .
Auffi font - ils beaucoup
plus confiderez icy quc
pluſieurs Ambaſſadcurs
de Nations éloignées que
nous avons vus en France
. Mais il n'est pas juſte
que vous m'en croyïez
fur ma parole ; je vais me
taire pour laiffer parler
des faits conftans, Ce
qu'ils ont dit ,& ce qu'ils
ont fait depuis qu'ils font
10 Voyage des Amb.
arrivez en France , n'a
point beſoin d'embelliffement
, & pour vous en
faire avoir une haute idée,
il ne faut que me fervir
des meſmes termes qu'ils
ont employez en plufieurs
occafions .
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Résumé : Prélude. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage des ambassadeurs de Siam en France, mettant en lumière leurs activités et observations. L'auteur souligne la sagesse et l'esprit des peuples orientaux, y compris ceux de Siam, et compare les gestes de vénération des souverains à ceux observés à la naissance du Sauveur du Monde. Il insiste sur la diversité des couleurs de peau, affirmant que cela n'affecte pas le cœur des hommes. Le texte loue également la bravoure des peuples orientaux et des soldats français. Les ambassadeurs de Siam ont été honorés par leur monarque, qui a distingué le roi de France devant trente-deux nations différentes. Les ambassadeurs sont appréciés pour leur esprit, leur prudence, leur honnêteté et leur sens froid, gagnant ainsi l'estime des honnêtes gens en France. Leur comportement et leurs paroles sont décrits comme dignes de confiance et respectables.
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1953
p. 10-17
Arrivée des Ambassadeurs à Brest. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs étans arrivez à Brest le 18. de Juin [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Chevalier de Chaumont, Honneurs, Roi de Siam, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Arrivée des Ambassadeurs à Brest. [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs étans
arrivez a Breft le 18.
de Juin à quatre heures.
aprés midy , Male Chevalier
de Chaumont les fic
auffi- toſt ſalüer de tout
le Canon des Vaiſſeaux
de Siam. 11
qui les avoient amenez .
Il dit enſuite à M l'Intendant&
à M" de Ville,que
pour répondre aux honneurs
que luy avoit fait
rendre le Roy de Siam
dans toutes les Villes de
fes Etats par leſquelles il
avoit paflé , & fur tout
dans ſa Ville Capitale , &
dans ſa Cour , & dont il
l'avoit luy-mefme comblé
, on devoit non ſeulementles
recevoir au bruit
du Canon , & leur faire
2
12. Voyage des Amo.
tous lesPrefens qu'on fait
ordinairement aux Ambatfadeurs
des plus grands
Monarques ; mais encore
leur marquer par des Démonftrations
dejoye particulieres
, la fatisfaction
que l'on avoit de les voir ,
que c'eſtoient des Perfonnes
d'une grande confideration
, par leur naiffance
, par leur eſprit &
par leurs emplois ; que le
premier Ambaſſadeur étoit
Frere du défunt Bar
deSiam. 13
calon ( vous ſçavez qu'on
appelle ainſi le premier
Miniftre du Roy de Siam)
que le ſecond avoit efte
Ambaſſadeur auprés de
l'Empereur de la Chine ,
& qu'il s'eſtoit acquiré
de cette Ambaffade avec
beaucoup de diftinction
& de conduite , & que
le troifiéme eſtoit Fils de
l'Ambaſſadeur du Roy de
Siam en Portugal. Il ajouta
que bien que le Roy
n'euſt pas encore donné
14 Voyage des Amb.
les ordres pour leur Reception
, parce que Sa
Majefté n'avoit pas preveu
qu'ils duſſent arriver
fi toſt , on pouvoit fur fa
parole leur accorder les
honneurs dont il venoit
de parler , qu'il répondoit
de l'affaire , & qu'il ſe
chargeoit d'en rendre
compte à la Cour , où il
eſtoit preſt d'aller en pofte
, afin d'eftre le premier
à porter au Roy la nouvelle
de leur arrivée . M²
r
de Siam.
15
le Chevalier de Chaumont
trouva que touS
ceux qui avoient de l'autorité
à Breft, & qui pouvoient
cõtribuer en quelque
choſe à la Reception
des Ambaſſadeurs, étoient
diſpoſez à bien faire là deffus
tout ce qui estoit de
leur devoir , & à montrer
que pour eſtre fort éloignez
de la prefence de Sa
Majefté , ils n'en avoient
pas moins d'ardeur ny
moins de zele pour tou16
Voyage des Amb.
r
tes les choſes qui regardoient
fon fervice . La maniere
dont pendant toute
la route M le Chevalier
deChaumont avoit traité
les Ambaſſadeurs , leur
faifoit attendre tout de
Phonneſteté , & de l'humeur
obligeante des François.
Non ſeulement ilsavoient
eſté tres -fatisfaits
du bon traitement qu'ils
avoient receu dans le
Vaiffeau , mais encore de
la maniere toute reguliere
de Siam.
17
dont on y avoit veſcu ,
des exercices de pieté
qu'on y avoit faits , & qui
eſtoient de ſi bon exemple
que de quelque Religion:
que l'on fuft , il eftoit im
poffible de n'en eftre pas
édifié. Des commence--
mens fifavorables eurent
une ſuite qui leur donna
lieu d'eſtre contens ,& on
leur rendit à Brest tous Ics
honneurs qu'ils avoient
pú efperer.
arrivez a Breft le 18.
de Juin à quatre heures.
aprés midy , Male Chevalier
de Chaumont les fic
auffi- toſt ſalüer de tout
le Canon des Vaiſſeaux
de Siam. 11
qui les avoient amenez .
Il dit enſuite à M l'Intendant&
à M" de Ville,que
pour répondre aux honneurs
que luy avoit fait
rendre le Roy de Siam
dans toutes les Villes de
fes Etats par leſquelles il
avoit paflé , & fur tout
dans ſa Ville Capitale , &
dans ſa Cour , & dont il
l'avoit luy-mefme comblé
, on devoit non ſeulementles
recevoir au bruit
du Canon , & leur faire
2
12. Voyage des Amo.
tous lesPrefens qu'on fait
ordinairement aux Ambatfadeurs
des plus grands
Monarques ; mais encore
leur marquer par des Démonftrations
dejoye particulieres
, la fatisfaction
que l'on avoit de les voir ,
que c'eſtoient des Perfonnes
d'une grande confideration
, par leur naiffance
, par leur eſprit &
par leurs emplois ; que le
premier Ambaſſadeur étoit
Frere du défunt Bar
deSiam. 13
calon ( vous ſçavez qu'on
appelle ainſi le premier
Miniftre du Roy de Siam)
que le ſecond avoit efte
Ambaſſadeur auprés de
l'Empereur de la Chine ,
& qu'il s'eſtoit acquiré
de cette Ambaffade avec
beaucoup de diftinction
& de conduite , & que
le troifiéme eſtoit Fils de
l'Ambaſſadeur du Roy de
Siam en Portugal. Il ajouta
que bien que le Roy
n'euſt pas encore donné
14 Voyage des Amb.
les ordres pour leur Reception
, parce que Sa
Majefté n'avoit pas preveu
qu'ils duſſent arriver
fi toſt , on pouvoit fur fa
parole leur accorder les
honneurs dont il venoit
de parler , qu'il répondoit
de l'affaire , & qu'il ſe
chargeoit d'en rendre
compte à la Cour , où il
eſtoit preſt d'aller en pofte
, afin d'eftre le premier
à porter au Roy la nouvelle
de leur arrivée . M²
r
de Siam.
15
le Chevalier de Chaumont
trouva que touS
ceux qui avoient de l'autorité
à Breft, & qui pouvoient
cõtribuer en quelque
choſe à la Reception
des Ambaſſadeurs, étoient
diſpoſez à bien faire là deffus
tout ce qui estoit de
leur devoir , & à montrer
que pour eſtre fort éloignez
de la prefence de Sa
Majefté , ils n'en avoient
pas moins d'ardeur ny
moins de zele pour tou16
Voyage des Amb.
r
tes les choſes qui regardoient
fon fervice . La maniere
dont pendant toute
la route M le Chevalier
deChaumont avoit traité
les Ambaſſadeurs , leur
faifoit attendre tout de
Phonneſteté , & de l'humeur
obligeante des François.
Non ſeulement ilsavoient
eſté tres -fatisfaits
du bon traitement qu'ils
avoient receu dans le
Vaiffeau , mais encore de
la maniere toute reguliere
de Siam.
17
dont on y avoit veſcu ,
des exercices de pieté
qu'on y avoit faits , & qui
eſtoient de ſi bon exemple
que de quelque Religion:
que l'on fuft , il eftoit im
poffible de n'en eftre pas
édifié. Des commence--
mens fifavorables eurent
une ſuite qui leur donna
lieu d'eſtre contens ,& on
leur rendit à Brest tous Ics
honneurs qu'ils avoient
pú efperer.
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Résumé : Arrivée des Ambassadeurs à Brest. [titre d'après la table]
Le 18 juin à 16 heures, les ambassadeurs de Siam sont arrivés à Brest, accueillis par le canon des vaisseaux. Le Chevalier de Chaumont les a salués et a informé les autorités locales que le roi de Siam leur avait rendu des honneurs dans toutes les villes de ses États. Chaumont a suggéré de les recevoir avec le canon et de leur accorder toutes les préséances réservées aux ambassadeurs des plus grands monarques. Il a souligné la grande considération due à ces ambassadeurs en raison de leur naissance, de leur esprit et de leurs emplois. Le premier ambassadeur était le frère du défunt Barcalon, le premier ministre du roi de Siam. Le second avait été ambassadeur auprès de l'empereur de Chine. Le troisième était le fils de l'ambassadeur du roi de Siam au Portugal. Bien que le roi n'ait pas encore donné d'ordres pour leur réception, Chaumont a assuré qu'il se chargerait d'en rendre compte à la cour. À Brest, les autorités étaient disposées à bien les recevoir, montrant leur zèle et leur ardeur pour le service du roi. Les ambassadeurs avaient été satisfaits du traitement et des exercices de piété à bord du vaisseau et ont reçu à Brest tous les honneurs qu'ils pouvaient espérer.
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1954
p. 17-20
Description de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Brest est une Ville située sur le panchant d'une [...]
Mots clefs :
Brest, Description
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Ville. [titre d'après la table]
Breft est un Ville firuées
B
18 Voyage des Amb.
د
fur le panchant d'une
Colline du coſté du Port .
Un fort bon Chasteau élevé
fur un roc défend
l'entrée de ce Port , qui
eft dans un Golfe où la
Mer entre par quatre endroits
differens . On l'eftime
le meilleur de tousles
Ports de l'Europe. Les
Navires y font toujours à
flot , & c'eſt le Magazin
de l'Amirauté de France
pour tous ceux qui vont
fur l'Ocean . On ne doit
de Siam.
pas s'étonner aprés cela
fi je dis que les Ambaſſadeurs
furent ſalüez à Breft
de fix cens coups de Canons
. On ne peut rien ajoûter
à la galanteric & à
la magnificence que M
Decluſeaux, Intendant de
la Marine , fit paroiſtre
en cette occafion , pour
répondre aux intentionss
du Roy ; je croy pouvoir
dire, aux intentions de Sa
Majesté , puiſque l'appro..
bation qu'Elle a donnéeà
Bij
20 Voyage des Amb.
cette Reception د
a fait
connoiſtre qu'Elle en auroit
envoyé les ordres ,
s'il y euſt eu lieu de croire
qu'ils fuffent venus en fi
peu de temps.
B
18 Voyage des Amb.
د
fur le panchant d'une
Colline du coſté du Port .
Un fort bon Chasteau élevé
fur un roc défend
l'entrée de ce Port , qui
eft dans un Golfe où la
Mer entre par quatre endroits
differens . On l'eftime
le meilleur de tousles
Ports de l'Europe. Les
Navires y font toujours à
flot , & c'eſt le Magazin
de l'Amirauté de France
pour tous ceux qui vont
fur l'Ocean . On ne doit
de Siam.
pas s'étonner aprés cela
fi je dis que les Ambaſſadeurs
furent ſalüez à Breft
de fix cens coups de Canons
. On ne peut rien ajoûter
à la galanteric & à
la magnificence que M
Decluſeaux, Intendant de
la Marine , fit paroiſtre
en cette occafion , pour
répondre aux intentionss
du Roy ; je croy pouvoir
dire, aux intentions de Sa
Majesté , puiſque l'appro..
bation qu'Elle a donnéeà
Bij
20 Voyage des Amb.
cette Reception د
a fait
connoiſtre qu'Elle en auroit
envoyé les ordres ,
s'il y euſt eu lieu de croire
qu'ils fuffent venus en fi
peu de temps.
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Résumé : Description de la Ville. [titre d'après la table]
Le texte présente la ville de Brest, située sur le flanc d'une colline près d'un port protégé par un château fortifié sur un rocher. Ce port, situé dans un golfe où la mer pénètre par quatre points, est considéré comme le meilleur d'Europe, permettant aux navires de rester à flot en permanence. Il sert de magasin pour l'Amirauté de France pour les expéditions océaniques. Lors de la réception des ambassadeurs, soixante coups de canon ont été tirés. M. Decluseaux, Intendant de la Marine, a montré une grande galanterie et magnificence, conformément aux intentions du roi. La réception a reçu l'approbation royale, indiquant que des ordres similaires auraient été envoyés si les ambassadeurs étaient arrivés plus tôt.
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1955
p. 20-29
Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Cependant Mr Decluseaux manquoit non seulement d'ordres, mais il [...]
Mots clefs :
Roi, Vaisseaux, Grandeur, Desclouzeaux, Réception, Brest, Ambassadeurs
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texteReconnaissance textuelle : Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Cependant
M'Decluſeaux manquoit
non feulement d'ordres ,
mais il n'avoit meſme l'exemple
d'aucune Ville
qui euſt reçu avant luy
ces Ambaſfadeurs , puis
qu'ils avoient abordé à
Breft , & qu'ils eftoient
encore dans les Vaiffeaux
de Siam. 21
où ils s'eftoient embarquez
pour venir en France
; mais il fe fonda fur
la grandeur d'ame du
Roy , qui ne furpaffe pas
moins en honnefteté& en
reconnoiffance tout ce
qu'il y a jamais eu de Souverains
, qu'il les furpaffe
en prudence & en valeur.
Ainfi il crut avec beaucoup
de raiſon , que c'eſtoit
répondre aux intentions
de ce grand Monarque,
que de faire rendre de
22 Voyage des Amb.
fort grands honneurs aux
Ambaſſadeurs d'un puiffant
Roy , qui avoit receu
ceux de Sa Majefté
d'une maniere toute extraordinaire
, & les avoit
diftinguez de tous les Ambaffadeurs
d'Europe &
d'Afie Cet Intendantauffi
galant que magnifique ,
impatient de faire éclater
fon zele en s'acquittant
de toutes les choses qu'il
croyoit devoir eftre agréables
à Sa Majesté ,
de Siam. 23
convia les Ambaſſadeurs
de venir incognito fouper
- dans la Ville ,& les traita
avec quantité de Perſonnes
confiderables de l'un
& de l'autre fexe. Toute
-l'Aſſemblée fut ſurpriſe
de leur trouver des ma-
¡nieres fiaiſées ; leur efprit
parut dans tout ce qu'ils
dirent , & ils firent voir
beaucoup d'honneſteré ,
fans defcendre de la grandeur
que leur caractere
demandoit. Ils retourne
24 Voyage des Amb.
rent coucher dans leurs
Vaiffeaux , & firent leur
Entrée le lendemain , accompagnez
de foixante
ou quatre- vingt Chaloupes
,& au bruit d'un nombre
infimy de coups de Canon.
Enfin on leur fit tous
les honneurs qu'ils pouvoient
attendre . M de
Cintré , Lieutenant de
Roy , fit ceux de la Citadelle,
lors qu'ilsy allerent,
&on tira le Canon. M.
Decluſeaux les traitajul
qu'à
de Siam. 25
qu'à ce que l'on fuft venu
les recevoir de la part du
- Roy. Pendant ce temps-
: la ils fatisfirent leur curio-
- ſite ſur tout ce qui meri-
- toit d'eſtre vû dedans &
dehorslaVille. On los mena
dans les Magaſins ,
• dont ils furent extremement
furpris , & encore
plus de voir que bien qu'il
y euſt quarante gros Vaifſeaux
en Mer , fans ceux
1 qui estoient dans le Porr ,
ces Magaſins pouvoient
S
11
1 C
26 Voyage des Amb.
fournir dequoy en équiper
encore un plus grand
nombre. Ils vifiterent le
Port , & entrerent dans
trois Vaiſſeaux , qui pour
la grandeur , la ſculpture,
& la dorure , furpaſſent
tous ceux dont onajamais
entendu parler. Ces Vaifſeaux
font , le Soleil Royal,
la Couronne , & la Reyne.
Ils les vifiterent avec une
exactitude qu'on ne sçauroit
exprimer , ils en prirent
meſme les meſures ,
de Siam. 27
&écrivirent tout ce qui
regarde ces trois Vaiffeaux
. Ils en font de mefme
de tout ce qu'ils
voyent , & s'enferment
tous les foirs aprés le Sou
pé avec pluſieurs Secretaires.
Ils te relifent les
- uns aux autres tout ce
qu'ils ont remarqué , &
les uns pouvant fe fouvenir
d'une choſe que les
- autres peuvent avoir ou-
- bliée , ils font ainſi jour
pour jour , un Journal
Cij
28 Voyage des Amb.
exact de ce qu'ils ont vu.
Il fut mefme reſolu entre
eux avant leur départ de
Breft , qu'ils envoyeroient
à droit & à gauche fur le
chemin quelques Mandarins
, & un Interprete ,
pour examiner ce qui leur
paroiſtroit de plus curieux
,& pour demander
lors qu'ils verroient des
Chaſteaux , quels en étoient
les Seigneurs , &
tout ce qu'il y auroit à
fçavoir fur leur qualité &
de Siam. 29
leurs fervices On dit qu'ils
fe fontacquitez fi exactement
de cette commif
fion , que non ſeulement
ils ont fait une eſpece
d'Inventaire de tout ce
qu'ils ont vù , mais qu'ils
ont mefme compré jufques
aux Arbres des lieux
qu'ils ont viſitez .
M'Decluſeaux manquoit
non feulement d'ordres ,
mais il n'avoit meſme l'exemple
d'aucune Ville
qui euſt reçu avant luy
ces Ambaſfadeurs , puis
qu'ils avoient abordé à
Breft , & qu'ils eftoient
encore dans les Vaiffeaux
de Siam. 21
où ils s'eftoient embarquez
pour venir en France
; mais il fe fonda fur
la grandeur d'ame du
Roy , qui ne furpaffe pas
moins en honnefteté& en
reconnoiffance tout ce
qu'il y a jamais eu de Souverains
, qu'il les furpaffe
en prudence & en valeur.
Ainfi il crut avec beaucoup
de raiſon , que c'eſtoit
répondre aux intentions
de ce grand Monarque,
que de faire rendre de
22 Voyage des Amb.
fort grands honneurs aux
Ambaſſadeurs d'un puiffant
Roy , qui avoit receu
ceux de Sa Majefté
d'une maniere toute extraordinaire
, & les avoit
diftinguez de tous les Ambaffadeurs
d'Europe &
d'Afie Cet Intendantauffi
galant que magnifique ,
impatient de faire éclater
fon zele en s'acquittant
de toutes les choses qu'il
croyoit devoir eftre agréables
à Sa Majesté ,
de Siam. 23
convia les Ambaſſadeurs
de venir incognito fouper
- dans la Ville ,& les traita
avec quantité de Perſonnes
confiderables de l'un
& de l'autre fexe. Toute
-l'Aſſemblée fut ſurpriſe
de leur trouver des ma-
¡nieres fiaiſées ; leur efprit
parut dans tout ce qu'ils
dirent , & ils firent voir
beaucoup d'honneſteré ,
fans defcendre de la grandeur
que leur caractere
demandoit. Ils retourne
24 Voyage des Amb.
rent coucher dans leurs
Vaiffeaux , & firent leur
Entrée le lendemain , accompagnez
de foixante
ou quatre- vingt Chaloupes
,& au bruit d'un nombre
infimy de coups de Canon.
Enfin on leur fit tous
les honneurs qu'ils pouvoient
attendre . M de
Cintré , Lieutenant de
Roy , fit ceux de la Citadelle,
lors qu'ilsy allerent,
&on tira le Canon. M.
Decluſeaux les traitajul
qu'à
de Siam. 25
qu'à ce que l'on fuft venu
les recevoir de la part du
- Roy. Pendant ce temps-
: la ils fatisfirent leur curio-
- ſite ſur tout ce qui meri-
- toit d'eſtre vû dedans &
dehorslaVille. On los mena
dans les Magaſins ,
• dont ils furent extremement
furpris , & encore
plus de voir que bien qu'il
y euſt quarante gros Vaifſeaux
en Mer , fans ceux
1 qui estoient dans le Porr ,
ces Magaſins pouvoient
S
11
1 C
26 Voyage des Amb.
fournir dequoy en équiper
encore un plus grand
nombre. Ils vifiterent le
Port , & entrerent dans
trois Vaiſſeaux , qui pour
la grandeur , la ſculpture,
& la dorure , furpaſſent
tous ceux dont onajamais
entendu parler. Ces Vaifſeaux
font , le Soleil Royal,
la Couronne , & la Reyne.
Ils les vifiterent avec une
exactitude qu'on ne sçauroit
exprimer , ils en prirent
meſme les meſures ,
de Siam. 27
&écrivirent tout ce qui
regarde ces trois Vaiffeaux
. Ils en font de mefme
de tout ce qu'ils
voyent , & s'enferment
tous les foirs aprés le Sou
pé avec pluſieurs Secretaires.
Ils te relifent les
- uns aux autres tout ce
qu'ils ont remarqué , &
les uns pouvant fe fouvenir
d'une choſe que les
- autres peuvent avoir ou-
- bliée , ils font ainſi jour
pour jour , un Journal
Cij
28 Voyage des Amb.
exact de ce qu'ils ont vu.
Il fut mefme reſolu entre
eux avant leur départ de
Breft , qu'ils envoyeroient
à droit & à gauche fur le
chemin quelques Mandarins
, & un Interprete ,
pour examiner ce qui leur
paroiſtroit de plus curieux
,& pour demander
lors qu'ils verroient des
Chaſteaux , quels en étoient
les Seigneurs , &
tout ce qu'il y auroit à
fçavoir fur leur qualité &
de Siam. 29
leurs fervices On dit qu'ils
fe fontacquitez fi exactement
de cette commif
fion , que non ſeulement
ils ont fait une eſpece
d'Inventaire de tout ce
qu'ils ont vù , mais qu'ils
ont mefme compré jufques
aux Arbres des lieux
qu'ils ont viſitez .
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Résumé : Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée des ambassadeurs de Siam en France et les préparatifs de leur accueil. M. D'Cluseaux, en l'absence d'ordres et d'exemples précédents, s'appuie sur la grandeur d'âme du roi de France pour déterminer les honneurs à leur accorder. Il organise une réception incognito où les ambassadeurs sont traités avec respect et curiosité. Le lendemain, ils font une entrée officielle à Brest, accompagnés de chaloupes et de salves de canon. Ils visitent divers lieux, notamment des magasins et des vaisseaux, et sont impressionnés par les ressources et la grandeur des navires français. Les ambassadeurs prennent des notes détaillées et rédigent un journal de leurs observations. Avant leur départ de Brest, ils avaient prévu d'envoyer des mandarins et un interprète pour explorer et documenter des lieux et des châteaux, recueillant des informations sur leurs propriétaires et leurs services.
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1956
p. 29-39
Arrivée de M. Storf pour les recevoir de la part du Roy avec les complimens faits de part & d'autre, & plusieurs choses remarquables dites par les Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs estoient accompagnez de huit Mandarins, & de vingt [...]
Mots clefs :
Roi, Storf, Ambassadeurs, Compliment, France, Honneurs, Ordres, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée de M. Storf pour les recevoir de la part du Roy avec les complimens faits de part & d'autre, & plusieurs choses remarquables dites par les Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Ccs Ambaffadeurs eftoient
accompagnez de
huit Mandarins , & de
vingt Domeftiques , quatre
autres Mandarins , &
Cij
30 Voyage des Amb.
pluſieurs Perfonnes de la
fuite des Ambaffadeurs
n'ayant pû arriver affeztoſt
à Bord, pour s'embarquer
lors que M'le Chevalier
deChaumont partit
de Siam.Enfin aprés qu'ils
eurent attendu pendant
treize jours , M² Storf,
Gentilhomme ordinaite
de la Maiſon du Roy,arriva
de la part de Sa Majeſté
pour leur faire compliment,
les accompagner
tant qu'ils feroient en
de Siam. 31
France ,&leur fairerendre
dans tous les lieux où
ils pafferoient les honneurs
dus aux Ambaſſa-
.deurs d'un puiſſant Roy.
Sa Majesté voulant qu'ils
euffent à ſe loüer de la
Reception qui leur feroit
faite dans toutes les Villes
où ils pafferoient , à cauſe
- des honneurs extraordi
naires qu'on a rendus à
Siam à M'le Chevalier de
Chaumont , avoit choiſi
M Storf dont Elle con
Cij
32 Voyage des Amb.
noiſt l'intelligence en de
ſemblables emplois , par
la fatisfaction qu'Elle en a
receuë , ainſi que les Ambaffadeurs
, auprés defquels
il a déja eſté employé.
La difficulté des
chemins , principalement
dans une partie de la
Bretagne , où l'on ſe
fert beaucoup de Lirieres,
avoir efté cauſe qu'il n'avoit
point mené d'équipa
ges ,
mais il avoit des ordres
adreſſezaux Gouver
de Siam. 33
neurs & aux Intendans ,
qui devoient fournir toutes
les Voitures neceffaires.
Ainfiil n'eftoit accompagnéque
de ſes Domeftiques
, & de M² de Sily
- qui estoit chargé du traitement
, & qui remplit
parfaitement bien les fon-
Ctions de cette nature .M
Storf eftant arrivé , dit
- aux Ambaſſadeurs dans le
- Compliment qu'il leur fit,
- Que le Royfon Maistre avoit
refolu d'abord de l'en34
Voyage des Amb.
voyer avec un gros équipage;
mais qu'ayant confideré
que non ſeulement ilſeroit
fort fatigué en arrivant
à cause de l'éloignement
des lieux , mais auſſi
que les équipages du Pays
feroient plus commodes jusques
aux endroits où l'on
en envoyeroit d'autres , Sa
Majestéavoit refolu qu'on
s'enforviroit , puiſque c'étoit
un moyen certain de
les voir plûtoſt. Le premier
Ambaſſadeur répon
de Siam.
35
dit , Que le defir qu'ils avoient
de voir le Roy estoit
fi grand , qu'il leur avoit
rendules ventsfavorables ,
& que s'il estoit perfuade
qu'en faisant le Voya
ge à pied , il puſt voir Sa
Majesté un seul quartd'heure
plûtoft , il l'entreprendroit
avec plaisir. M²
Storf luy fit compliment
enfuite , fur le choix que
le Roy de Siam avoit fait
de fa Perſonne pour l'envoyer
en France , & l'Am36
Voyage des Amb.
baffadeur luy répondit,
Que s'il avoit eſté queſtion
d'une Ambaffade àla Chine
ou au Mogol , pour quelque
Negociation importante
, le Roy ſon Maistre
auroit fait choix de quelque
Sujet plus capable d'y réûffir,
mais que ne s'agiſſant
quede reſpects,Sa Majesté
Siamoiſe avoit crû ne pou
voir choisir uneperſonne qui
répondist mieux àfon Zele
& à ſes intentions ; qu'il
n'avoit point d'autres in
de Siam.
37
ſtructions àſuivre que les
ordres que luy apporteroient
ceux qui le viendroient
trouver de la part du Roy ,
Es que comme apparemment
c'estoit M' Storf qui
les apportoit , il estoit prest
de faire tout ce qu'il luy dir
roit. esqu' ainſiil estoitſeur
deſe bien acquiter de fon
Ambaſſade , puis qu'il ne
feroit que ce qui luy seroit
prescrit , & que s'il manquoit
en quelque chose , la
faute viendroit de ceux qui
38 Voyage des Amb.
luy donneroient les ordres ,
&non pas de luy Dans un
autre temps il dit à M
Storf, aprésluy avoir parlé
du plaifir que le Roy de
Siam s'eftoit fait de paffer
par deffus toutes les coûtumes
& les formalitez
ordinaires , pour recevoir
l'Ambaſſadeur de France
avec plus d'éclat , Que le
Roy Son Maistre avoit
cherchéavectant d'ardeur,
à faire des honneurs extraordinaires
àM' le Che
de Siam.
39
valier de Chaumont , que
que ſi un homme d'esprit
comme luy , qui auroit ſté
à Siam , luy avoit donné
de nouveaux moyens pour
- faire encore plus , il l'auroit
. comblé de biens , quoy qu'il
Sceuſt qu'il n'en avoit pas
besoin .
accompagnez de
huit Mandarins , & de
vingt Domeftiques , quatre
autres Mandarins , &
Cij
30 Voyage des Amb.
pluſieurs Perfonnes de la
fuite des Ambaffadeurs
n'ayant pû arriver affeztoſt
à Bord, pour s'embarquer
lors que M'le Chevalier
deChaumont partit
de Siam.Enfin aprés qu'ils
eurent attendu pendant
treize jours , M² Storf,
Gentilhomme ordinaite
de la Maiſon du Roy,arriva
de la part de Sa Majeſté
pour leur faire compliment,
les accompagner
tant qu'ils feroient en
de Siam. 31
France ,&leur fairerendre
dans tous les lieux où
ils pafferoient les honneurs
dus aux Ambaſſa-
.deurs d'un puiſſant Roy.
Sa Majesté voulant qu'ils
euffent à ſe loüer de la
Reception qui leur feroit
faite dans toutes les Villes
où ils pafferoient , à cauſe
- des honneurs extraordi
naires qu'on a rendus à
Siam à M'le Chevalier de
Chaumont , avoit choiſi
M Storf dont Elle con
Cij
32 Voyage des Amb.
noiſt l'intelligence en de
ſemblables emplois , par
la fatisfaction qu'Elle en a
receuë , ainſi que les Ambaffadeurs
, auprés defquels
il a déja eſté employé.
La difficulté des
chemins , principalement
dans une partie de la
Bretagne , où l'on ſe
fert beaucoup de Lirieres,
avoir efté cauſe qu'il n'avoit
point mené d'équipa
ges ,
mais il avoit des ordres
adreſſezaux Gouver
de Siam. 33
neurs & aux Intendans ,
qui devoient fournir toutes
les Voitures neceffaires.
Ainfiil n'eftoit accompagnéque
de ſes Domeftiques
, & de M² de Sily
- qui estoit chargé du traitement
, & qui remplit
parfaitement bien les fon-
Ctions de cette nature .M
Storf eftant arrivé , dit
- aux Ambaſſadeurs dans le
- Compliment qu'il leur fit,
- Que le Royfon Maistre avoit
refolu d'abord de l'en34
Voyage des Amb.
voyer avec un gros équipage;
mais qu'ayant confideré
que non ſeulement ilſeroit
fort fatigué en arrivant
à cause de l'éloignement
des lieux , mais auſſi
que les équipages du Pays
feroient plus commodes jusques
aux endroits où l'on
en envoyeroit d'autres , Sa
Majestéavoit refolu qu'on
s'enforviroit , puiſque c'étoit
un moyen certain de
les voir plûtoſt. Le premier
Ambaſſadeur répon
de Siam.
35
dit , Que le defir qu'ils avoient
de voir le Roy estoit
fi grand , qu'il leur avoit
rendules ventsfavorables ,
& que s'il estoit perfuade
qu'en faisant le Voya
ge à pied , il puſt voir Sa
Majesté un seul quartd'heure
plûtoft , il l'entreprendroit
avec plaisir. M²
Storf luy fit compliment
enfuite , fur le choix que
le Roy de Siam avoit fait
de fa Perſonne pour l'envoyer
en France , & l'Am36
Voyage des Amb.
baffadeur luy répondit,
Que s'il avoit eſté queſtion
d'une Ambaffade àla Chine
ou au Mogol , pour quelque
Negociation importante
, le Roy ſon Maistre
auroit fait choix de quelque
Sujet plus capable d'y réûffir,
mais que ne s'agiſſant
quede reſpects,Sa Majesté
Siamoiſe avoit crû ne pou
voir choisir uneperſonne qui
répondist mieux àfon Zele
& à ſes intentions ; qu'il
n'avoit point d'autres in
de Siam.
37
ſtructions àſuivre que les
ordres que luy apporteroient
ceux qui le viendroient
trouver de la part du Roy ,
Es que comme apparemment
c'estoit M' Storf qui
les apportoit , il estoit prest
de faire tout ce qu'il luy dir
roit. esqu' ainſiil estoitſeur
deſe bien acquiter de fon
Ambaſſade , puis qu'il ne
feroit que ce qui luy seroit
prescrit , & que s'il manquoit
en quelque chose , la
faute viendroit de ceux qui
38 Voyage des Amb.
luy donneroient les ordres ,
&non pas de luy Dans un
autre temps il dit à M
Storf, aprésluy avoir parlé
du plaifir que le Roy de
Siam s'eftoit fait de paffer
par deffus toutes les coûtumes
& les formalitez
ordinaires , pour recevoir
l'Ambaſſadeur de France
avec plus d'éclat , Que le
Roy Son Maistre avoit
cherchéavectant d'ardeur,
à faire des honneurs extraordinaires
àM' le Che
de Siam.
39
valier de Chaumont , que
que ſi un homme d'esprit
comme luy , qui auroit ſté
à Siam , luy avoit donné
de nouveaux moyens pour
- faire encore plus , il l'auroit
. comblé de biens , quoy qu'il
Sceuſt qu'il n'en avoit pas
besoin .
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Résumé : Arrivée de M. Storf pour les recevoir de la part du Roy avec les complimens faits de part & d'autre, & plusieurs choses remarquables dites par les Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage des ambassadeurs de Siam en France. Ils étaient accompagnés de huit mandarins et vingt domestiques et devaient initialement embarquer avec le Chevalier de Chaumont. Cependant, certains membres de la délégation n'ont pas pu arriver à temps. Treize jours plus tard, Monsieur Storf, gentilhomme ordinaire de la Maison du Roi, a été envoyé par Sa Majesté pour les accompagner et leur rendre les honneurs dus à des ambassadeurs d'un puissant roi. Les difficultés des chemins, notamment en Bretagne, ont empêché l'utilisation d'équipages. Des ordres ont été donnés aux gouverneurs et intendants pour fournir les voitures nécessaires. Monsieur Storf a expliqué que le Roi de France avait choisi de ne pas envoyer un gros équipage pour éviter la fatigue des ambassadeurs et utiliser des moyens de transport locaux plus commodes. Les ambassadeurs ont exprimé leur désir de voir le Roi de France le plus tôt possible. Monsieur Storf a complimenté le choix du Roi de Siam de l'envoyer en France, et les ambassadeurs ont assuré qu'ils suivraient les ordres du Roi de France. Ils ont également mentionné les efforts du Roi de Siam pour offrir des honneurs extraordinaires au Chevalier de Chaumont.
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1957
p. 39-41
Leur départ par terre, & de leur équipage par Mer. [titre d'après la table]
Début :
Comme ces Ambassadeurs s'estoient chargez d'un grand nombre [...]
Mots clefs :
Ballots, Chevalier de Chaumont, Rouen, Ambassadeurs, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Leur départ par terre, & de leur équipage par Mer. [titre d'après la table]
Comme ces Ambaſſa-
✓ deurs s'eſtoient chargez
d'un grand nombre de
Balots , & qu'avec ceux
de M le Chevalier de
Chaumont , de MT'Abbé
40 Voyage des Amb.
de Choify , & de leur fuite
, il y en avoit cent
trente- deux , dont plu-.
fieurs eftoient extremement
gros , on refolut de
les faire venir par Mer
juſquesà Roüen , pendant
que les Ambaſſadeurs
viendroient par terre , &
prendroient une
r
autre
route . M² Defbroffes , Secretaire
de M² le Chevalier
de Chaumont , fut
chargé de cette conduire ,
avec quelques Domeftide
Siam.
ques des Ambaffadeurs ,
qui l'accompagnerent.
On débarqua tous ces
Balots à Rouen , & ils fu--
rent mis dans des Bateaux
qui les amenerent à Paris.
Les Ambaſſadeurs- partirent
de Breſt le 9. de
Juillet , ils dînerent à Lan
drinot , & coucherent à
Foux.
✓ deurs s'eſtoient chargez
d'un grand nombre de
Balots , & qu'avec ceux
de M le Chevalier de
Chaumont , de MT'Abbé
40 Voyage des Amb.
de Choify , & de leur fuite
, il y en avoit cent
trente- deux , dont plu-.
fieurs eftoient extremement
gros , on refolut de
les faire venir par Mer
juſquesà Roüen , pendant
que les Ambaſſadeurs
viendroient par terre , &
prendroient une
r
autre
route . M² Defbroffes , Secretaire
de M² le Chevalier
de Chaumont , fut
chargé de cette conduire ,
avec quelques Domeftide
Siam.
ques des Ambaffadeurs ,
qui l'accompagnerent.
On débarqua tous ces
Balots à Rouen , & ils fu--
rent mis dans des Bateaux
qui les amenerent à Paris.
Les Ambaſſadeurs- partirent
de Breſt le 9. de
Juillet , ils dînerent à Lan
drinot , & coucherent à
Foux.
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Résumé : Leur départ par terre, & de leur équipage par Mer. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'organisation du transport de cent trente-deux balots appartenant à plusieurs ambassadeurs, dont le Chevalier de Chaumont et l'Abbé de Choisy. Les balots furent acheminés par mer jusqu'à Rouen, puis par bateaux jusqu'à Paris. Monsieur Defroffes supervisa ce transport. Les ambassadeurs partirent de Brest le 9 juillet, dînerent à Landrinot et passèrent la nuit à Fouesnant.
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1958
p. 41-42
Ils disnent à Chatolin. [titre d'après la table]
Début :
Le 10. ils dînerent à Chatolin, & allerent coucher à [...]
Mots clefs :
Châteaulin
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Chatolin. [titre d'après la table]
Le 10. ils dinerent à
Chatolin,& allerenr cou
cher à Quimper. La Ville:
les fit recevoir au bruic
D
42. Voyage des Amb.
du Canon , & n'oublia
rien de ce qu'on peut faire
dans une pareille occafion
.
Chatolin,& allerenr cou
cher à Quimper. La Ville:
les fit recevoir au bruic
D
42. Voyage des Amb.
du Canon , & n'oublia
rien de ce qu'on peut faire
dans une pareille occafion
.
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1959
p. 42-43
La reception qu'on leur fait à Quimper, où ils couchent. [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Evesque de Quimper leur fit aussi de tres-grands [...]
Mots clefs :
Religieux, Quimper, Réception
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texteReconnaissance textuelle : La reception qu'on leur fait à Quimper, où ils couchent. [titre d'après la table]
M² L'Eveſque deQuimper
leur fit auffi de tres-grands
honneurs Tous les Ordres
de Religieux les complimenterent
, & les Jefuites
& leurs Ecoliers ſe diſtinguerent
dans cette reception.
Ils ont eſté complimentez
de la meſme forre
dans toutes les Villes où
ils ont paffé , par tous les
de Siam. 43
Corps ,&par tous lesOrdres
de Religieux.
leur fit auffi de tres-grands
honneurs Tous les Ordres
de Religieux les complimenterent
, & les Jefuites
& leurs Ecoliers ſe diſtinguerent
dans cette reception.
Ils ont eſté complimentez
de la meſme forre
dans toutes les Villes où
ils ont paffé , par tous les
de Siam. 43
Corps ,&par tous lesOrdres
de Religieux.
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1960
p. 43
Ils disnent à Ennebon. [titre d'après la table]
Début :
Le 12 ils disnerent à Ennebon, où on leur donna [...]
Mots clefs :
Dîner, Hennebont, Morbihan
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Ennebon. [titre d'après la table]
Le 12 ils diſnerent à Ennebon
, où on leur donna
le Bal , & coucherent à
Auray , petite Ville de
Bretagne fur un Golfe ou
bras de Mer , qu'on appelle
Morbihan.
, où on leur donna
le Bal , & coucherent à
Auray , petite Ville de
Bretagne fur un Golfe ou
bras de Mer , qu'on appelle
Morbihan.
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1961
p. 43-45
Reception qu'on leur fait à Vennes. [titre d'après la table]
Début :
Le 13 ils furent receus à Vennes avec tous les [...]
Mots clefs :
Bretagne, Vannes, Honneurs
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texteReconnaissance textuelle : Reception qu'on leur fait à Vennes. [titre d'après la table]
Le 13 ils furent receus
à Vennes avec tous les
. honneurs poffibles , & ils
: fe louerent beaucoup de
M. de Lanion , qui en eft
Gouverneur. Le Parle
Dij
44 Voyage des Amb.
me de Bretagne qui y
refide depuis quelques années
, leur rendit auffi
beaucoup d'honneurs , &
ils furent regalez d'un
Concert d'Inftrumens .
Vennes eft une Ville de
Bretagne avec un Evefché
Suffragant de Tours .
Elle est à deux lievës de
la Mer, qui y a fon flux&
fon reflux par le Canalde
Morbihan.Ony voit l'ancien
Chaſteau de l'Hermine
, qui estoit autrefois
de Siam. 45
le Pa'ais des Ducs de Bretagne.
Les Ambaſſadeurs
en partirent le même jour
pour aller coucher àMuziliac.
à Vennes avec tous les
. honneurs poffibles , & ils
: fe louerent beaucoup de
M. de Lanion , qui en eft
Gouverneur. Le Parle
Dij
44 Voyage des Amb.
me de Bretagne qui y
refide depuis quelques années
, leur rendit auffi
beaucoup d'honneurs , &
ils furent regalez d'un
Concert d'Inftrumens .
Vennes eft une Ville de
Bretagne avec un Evefché
Suffragant de Tours .
Elle est à deux lievës de
la Mer, qui y a fon flux&
fon reflux par le Canalde
Morbihan.Ony voit l'ancien
Chaſteau de l'Hermine
, qui estoit autrefois
de Siam. 45
le Pa'ais des Ducs de Bretagne.
Les Ambaſſadeurs
en partirent le même jour
pour aller coucher àMuziliac.
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Résumé : Reception qu'on leur fait à Vennes. [titre d'après la table]
Le 13, les ambassadeurs furent reçus à Vannes avec honneurs. Ils louèrent le gouverneur, M. de Lanion, et furent honorés par le Parlement de Bretagne. Vannes, ville bretonne avec un évêché suffragant de Tours, est située près de la mer et accessible par le canal du Morbihan. Ils quittèrent Vannes pour Muziliac le même jour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1962
p. 45
Ils disnent à la Roche-Bernard. [titre d'après la table]
Début :
Le 14. ils disnerent à la Roche-Bernard, & ce fut [...]
Mots clefs :
La Roche-Bernard
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à la Roche-Bernard. [titre d'après la table]
Le 14. ils difnerent à la
Roche- Bernard , & ce fut
en ce lieu qu'ils quitterent
les Litieres .
Roche- Bernard , & ce fut
en ce lieu qu'ils quitterent
les Litieres .
Fermer
1963
p. 45-46
Ordres donnez par M. de Lavardin touchant ces Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
M. de Lavardin, Lieutenant de Roy de Bretagne, avoit donné [...]
Mots clefs :
La Roche-Bernard, Lavardin, Litières
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texteReconnaissance textuelle : Ordres donnez par M. de Lavardin touchant ces Ambassadeurs. [titre d'après la table]
M. de
Lavardin , Lieutenant de
Roy de Bretagne , avoit
donné de fi bons ordres
pour tout ce qui leur étoit
neceffaire , que rien
ne leur manqua fur la
46 Voyage des Amb.
route ,& il fit meſme venir
en quelques endroits
des Litieres de fort loin .
Lavardin , Lieutenant de
Roy de Bretagne , avoit
donné de fi bons ordres
pour tout ce qui leur étoit
neceffaire , que rien
ne leur manqua fur la
46 Voyage des Amb.
route ,& il fit meſme venir
en quelques endroits
des Litieres de fort loin .
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1964
p. 46-47
Remarques curieuses. [titre d'après la table]
Début :
Ils commencerent ce jour là à se servir de Carosses ; [...]
Mots clefs :
Carosses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques curieuses. [titre d'après la table]
Ils commencerent ce
jour là à ſe ſervir de Caroffes
; & comme il falloit
que la Lettre du Roy leur
Maiſtre fuſt toujours plus
élevée qu'eux , ils firent
accommoder une planche
au deſſus de leur teſte
pour la placer. Ils faifoient
ofter , & remettre
cette planche lors
qu'ils changeoient de Cade
Siam.
47
roffe .
jour là à ſe ſervir de Caroffes
; & comme il falloit
que la Lettre du Roy leur
Maiſtre fuſt toujours plus
élevée qu'eux , ils firent
accommoder une planche
au deſſus de leur teſte
pour la placer. Ils faifoient
ofter , & remettre
cette planche lors
qu'ils changeoient de Cade
Siam.
47
roffe .
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1965
p. 47
Reception faite aux Ambassadeurs à Pontchasteau. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le mesme jour coucher à Pontchateau, où Mr [...]
Mots clefs :
Pontchâteau, Duc de Coislin, Réception
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texteReconnaissance textuelle : Reception faite aux Ambassadeurs à Pontchasteau. [titre d'après la table]
Ils allerent le meſme
r
jour coucher à Pontchateau
, où M² le Duc de
Coiflin avoit donné ordre
pour leur reception. Les
manieres honneftes& civiles
de ce Duc font fi
connues , qu'on n'attendoit
pas moins que ce
- qu'on y vit. Tout estoit
en armes ,& les Drapeaux
furent déployez .
r
jour coucher à Pontchateau
, où M² le Duc de
Coiflin avoit donné ordre
pour leur reception. Les
manieres honneftes& civiles
de ce Duc font fi
connues , qu'on n'attendoit
pas moins que ce
- qu'on y vit. Tout estoit
en armes ,& les Drapeaux
furent déployez .
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1966
p. 47-49
Ils disnent à Temples, [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs partirent le 15. de Pontchateau, fort satisfaits des [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Temple, Marquise d'Assigny, Madame de Mansfeld
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Temples, [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs partirent
le 15. de Ponchateau
, fort fatisfaits des
R
48 Voyage des Amb.
honneurs qu'ils y avoient
reçûs , & allerent difner à
Temples , où ils admirerent
Madame la Marqui
fe d'Affigny , Coufine de
Madame de Mansfeld ,
Veuve du dernier Duc de
Lorraine , & Femme de
M le Comte de Mansfeld
, Ambaffadeur en Efpagne
pour l'Empereur.
On ne peut avoir plus
d'eſprit qu'en a Madame
laMarquise d'Affigny.Elle
parle François , Allemand
&
de Siam. 49
1
S
& Eſpagnol , & les Ambaſſadeurs
qui furent
charmez de ſes manieres ,
- la prierent à diſner avec
M'fon Mary .
le 15. de Ponchateau
, fort fatisfaits des
R
48 Voyage des Amb.
honneurs qu'ils y avoient
reçûs , & allerent difner à
Temples , où ils admirerent
Madame la Marqui
fe d'Affigny , Coufine de
Madame de Mansfeld ,
Veuve du dernier Duc de
Lorraine , & Femme de
M le Comte de Mansfeld
, Ambaffadeur en Efpagne
pour l'Empereur.
On ne peut avoir plus
d'eſprit qu'en a Madame
laMarquise d'Affigny.Elle
parle François , Allemand
&
de Siam. 49
1
S
& Eſpagnol , & les Ambaſſadeurs
qui furent
charmez de ſes manieres ,
- la prierent à diſner avec
M'fon Mary .
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Résumé : Ils disnent à Temples, [titre d'après la table]
Le 15 du mois, les ambassadeurs quittèrent Ponchateau et se rendirent à Temples, où ils rencontrèrent Madame la Marquise d'Affigny. Cousine de Madame de Mansfeld, elle est épouse de l'ambassadeur en Espagne pour l'Empereur. Elle maîtrise le français, l'allemand, le siamois et l'espagnol. Les ambassadeurs l'invitèrent à dîner avec Monsieur Mary.
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1967
p. 49-53
Leur arrivée à Nantes. La maniere dont ils sont reçeus, avec une descript[i]on de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le mesme jour coucher à Nantes. Le 16. [...]
Mots clefs :
Ville, Nantes, Dames, Description
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texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Nantes. La maniere dont ils sont reçeus, avec une descript[i]on de la Ville. [titre d'après la table]
Ils allerent
le meſme jour coucher à
Nantes.
Le 16. ils ſéjournerent
dans la meſme Ville .Nantes
eſt ſur la Loire & fur
l'Ardre avec titre de
د
1 Comté , & un Eveſché
Suffragant de Tours. Il y
a Generalité , Chambre
1 des Comptes , & Univer-
8 E
30 Voyagedes Amb.
fité. Sa fituation eft fi bien
choifie , que pour le commerce
, & pour tout le
Pays qui l'environne , on
ne peut la ſouhaiter plus
commode. Le Flux de la
Mer y fait monter les
groffes Barques , & les
Vaiſſeaux de mediocre
grandeur. Les plus gros
s'arreſtent à quatre lieuës
au deſſous . La maniere
dont on les reçeur à Nantes
, &le foin que prirent
de leur divertiſſement
de Siam.
tous ceux qui purent y
contribuer , auroit pû les
engager à y paffer plus
d'un jour , fans l'impatience
qu'ils avoient de
voir le Roy . M² de Molac
, Lieutenant General,
& Gouverneur de la Ville
, ſe diftingua en cette
occafion ; il fit monter à
cheval toute la Nobleſſe
qui ſe mit en haye pour
les recevoir. Il y avoit outre
cela beaucoup de Carroſſes
qui en estoient rem
E ij
52 Voyage des Amb.
plis , ainſi que des principales
Dames de la Ville ,
& des perſonnes les plus
confiderables des environs
. Ils furent reçûs au
bruit du Canon ; le Maire
les harangua , & leur offrit
les Prefens de la Ville.
On leur donna des Gardes
, & tous les Corps Seculiers
& Reguliers les
complimenterent . M² de
Molacleur preſta ſes Caroffes
, & M² le Premier
Prefident leur donna auf
de Siam. 53
fi les fiens , & leur offrit
tout ce qui dépendoit de
luy. Ils allerent à la Prairie
, où ſe fait le Cours , &
ils y trouverent un fort
grand nombre de Dames ..
On les mena aux Capucins
, d'où l'on voit tous les
Faux-bourgs qu'ils prirent
pour autant de Villes.
le meſme jour coucher à
Nantes.
Le 16. ils ſéjournerent
dans la meſme Ville .Nantes
eſt ſur la Loire & fur
l'Ardre avec titre de
د
1 Comté , & un Eveſché
Suffragant de Tours. Il y
a Generalité , Chambre
1 des Comptes , & Univer-
8 E
30 Voyagedes Amb.
fité. Sa fituation eft fi bien
choifie , que pour le commerce
, & pour tout le
Pays qui l'environne , on
ne peut la ſouhaiter plus
commode. Le Flux de la
Mer y fait monter les
groffes Barques , & les
Vaiſſeaux de mediocre
grandeur. Les plus gros
s'arreſtent à quatre lieuës
au deſſous . La maniere
dont on les reçeur à Nantes
, &le foin que prirent
de leur divertiſſement
de Siam.
tous ceux qui purent y
contribuer , auroit pû les
engager à y paffer plus
d'un jour , fans l'impatience
qu'ils avoient de
voir le Roy . M² de Molac
, Lieutenant General,
& Gouverneur de la Ville
, ſe diftingua en cette
occafion ; il fit monter à
cheval toute la Nobleſſe
qui ſe mit en haye pour
les recevoir. Il y avoit outre
cela beaucoup de Carroſſes
qui en estoient rem
E ij
52 Voyage des Amb.
plis , ainſi que des principales
Dames de la Ville ,
& des perſonnes les plus
confiderables des environs
. Ils furent reçûs au
bruit du Canon ; le Maire
les harangua , & leur offrit
les Prefens de la Ville.
On leur donna des Gardes
, & tous les Corps Seculiers
& Reguliers les
complimenterent . M² de
Molacleur preſta ſes Caroffes
, & M² le Premier
Prefident leur donna auf
de Siam. 53
fi les fiens , & leur offrit
tout ce qui dépendoit de
luy. Ils allerent à la Prairie
, où ſe fait le Cours , &
ils y trouverent un fort
grand nombre de Dames ..
On les mena aux Capucins
, d'où l'on voit tous les
Faux-bourgs qu'ils prirent
pour autant de Villes.
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Résumé : Leur arrivée à Nantes. La maniere dont ils sont reçeus, avec une descript[i]on de la Ville. [titre d'après la table]
Le texte décrit le séjour des ambassadeurs de Siam à Nantes. Le 16, ils passèrent la journée dans cette ville située sur la Loire et l'Erdre, qui est un comté et un évêché suffragant de Tours. Nantes possède une généralité, une chambre des comptes et une université, et sa position est stratégique pour le commerce régional. La Loire permet aux barques et vaisseaux de moyenne taille de remonter jusqu'à Nantes, tandis que les plus gros s'arrêtent à quatre lieues en aval. Les ambassadeurs furent accueillis avec une grande hospitalité. La noblesse locale, dirigée par M. de Molac, lieutenant général et gouverneur de la ville, se mit en selle pour les recevoir. De nombreux carrosses, remplis de dames et de personnes influentes, étaient présents. Ils furent reçus au son du canon, et le maire les harangua, leur offrant les présents de la ville. Des gardes leur furent attribuées, et divers corps séculiers et réguliers les complimentèrent. M. de Molac et M. le Premier Président leur offrirent des cadeaux et tout leur soutien. Les ambassadeurs visitèrent la prairie où se tient le cours public, rencontrant un grand nombre de dames, et furent conduits chez les Capucins, d'où ils purent observer les faubourgs de la ville.
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1968
p. 53-54
Ils couchent à Ancenis. [titre d'après la table]
Début :
Ils passerent encore une partie de la journée du 17. [...]
Mots clefs :
Ancenis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils couchent à Ancenis. [titre d'après la table]
Ils pafferent encore une
partie de lajournée du 17..
à Nantes , d'où comblez
de fatisfaction , ils partirent
pour aller coucher à
E. iij
54 Voyage des Amb.
Ancenis. Ils s'y baignerent
dans la Riviere, ce qui leur
fit un tres-grand plaifir ,
parce qu'ils ſe baignent
fouvent en leur Pays , &
ils ſe lavent meſme icy
tous les jours aprés le Repas.
partie de lajournée du 17..
à Nantes , d'où comblez
de fatisfaction , ils partirent
pour aller coucher à
E. iij
54 Voyage des Amb.
Ancenis. Ils s'y baignerent
dans la Riviere, ce qui leur
fit un tres-grand plaifir ,
parce qu'ils ſe baignent
fouvent en leur Pays , &
ils ſe lavent meſme icy
tous les jours aprés le Repas.
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1969
p. 54
Ils disnent à Ingrande. [titre d'après la table]
Début :
Le 18. ils dinerent à Ingrande où ils se baignerent [...]
Mots clefs :
Ingrandes, Baigner
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Ingrande. [titre d'après la table]
Le 18. ils dinerent à
Ingrande où ils ſe baignerent
encore. Ils pafferent
mefme la Riviere en Bateau
, pour ſe baigner en
repos de l'autre coſté .
Ingrande où ils ſe baignerent
encore. Ils pafferent
mefme la Riviere en Bateau
, pour ſe baigner en
repos de l'autre coſté .
Fermer
1970
p. 55-56
Maniere dont ils sont reçeus à Angers. [titre d'après la table]
Début :
Ce jour là ils coucherent à Angers. Le Maire de [...]
Mots clefs :
Angers, Réception
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Maniere dont ils sont reçeus à Angers. [titre d'après la table]
Ce
jour la ils coucherent à
de Siam. 55
Angers . Le Maire de la
Ville qui avoit eu ordre
de leur faire trouver pluſieurs
chofes neceffaires
pour leur Voyage , leur
envoya auffi des Carroffes
; il fit tirer le Canon
à leur arrivée , les harangua
, & leur prefenta
du vin , & des confitures
feches, qui font les
Prefens ordinaires de la
Ville ; ils receurent auffi
les Complimens des
Communautez . Mª d'Er-
Enj
56 Voyage des Amb.
nepont qui commande
l'Infanterie qui eft dans la
Ville , leur envoya des
Gardes , & quoy qu'il fuft
indiſpoſé , il ſe fit porter
le foir chez eux pour les
faluer . Ils furent fi fatisfaits
de fes honneſtetez ,
qu'ils le prierent de fouper
avec eux & retinrent
auſſi plufieurs Officiers
qui l'avoient accompagné.
jour la ils coucherent à
de Siam. 55
Angers . Le Maire de la
Ville qui avoit eu ordre
de leur faire trouver pluſieurs
chofes neceffaires
pour leur Voyage , leur
envoya auffi des Carroffes
; il fit tirer le Canon
à leur arrivée , les harangua
, & leur prefenta
du vin , & des confitures
feches, qui font les
Prefens ordinaires de la
Ville ; ils receurent auffi
les Complimens des
Communautez . Mª d'Er-
Enj
56 Voyage des Amb.
nepont qui commande
l'Infanterie qui eft dans la
Ville , leur envoya des
Gardes , & quoy qu'il fuft
indiſpoſé , il ſe fit porter
le foir chez eux pour les
faluer . Ils furent fi fatisfaits
de fes honneſtetez ,
qu'ils le prierent de fouper
avec eux & retinrent
auſſi plufieurs Officiers
qui l'avoient accompagné.
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Résumé : Maniere dont ils sont reçeus à Angers. [titre d'après la table]
Le 55e jour, les voyageurs s'arrêtèrent à Angers. Le maire leur fournit des provisions, des carrosses et fit tirer le canon. Ils reçurent des présents et des compliments des communautés. Monsieur d'Ernepont, commandant l'infanterie, leur envoya des gardes et les salua malgré son indisposition. Les voyageurs l'invitèrent à souper avec plusieurs officiers.
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1971
p. 56-58
Description d'Angers. [titre d'après la table]
Début :
Ils se loüerent extremement de cette Ville ; aussi est-elle [...]
Mots clefs :
Angers, Ville noire, Mayenne, Description, Anjou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description d'Angers. [titre d'après la table]
de cette Ville;
auſſi eſt - elle fort confi-
,
de Siam. 57
derable. C'eſt la Capitale
d'Anjou. Elle a Prefidial
, Bailliage , Univerfité
, avec un Eveſché
Suffragant de Tours . Elle
eſt ſur la Riviere de
Mayenne qui reçoit la
Sarte & la Loire . Elle
eft grande, belle, & bien
peuplée , & a une Campagne
fertille en bons
Vins . Ses Maiſons font
couvertes d'Ardoife , ce
qui l'a fait appeller Ville
noire. Elle eſt ancien
58 Voyage des Amb.
ne Ony voit le refte d'un
Amphiteatre , & divers
autres Ouvrages des Romains.
La Mayenne ſepare
la Ville en deux parties ,
dont la plus grande s'étend
fur le panchant d'une
agreable Colline , au
haut de laquelle on voit
l'Eglife S. Maurice , &
le Chaſteau d'Angers ; &
c'eſt ce qu'on appelle la
Cité.
auſſi eſt - elle fort confi-
,
de Siam. 57
derable. C'eſt la Capitale
d'Anjou. Elle a Prefidial
, Bailliage , Univerfité
, avec un Eveſché
Suffragant de Tours . Elle
eſt ſur la Riviere de
Mayenne qui reçoit la
Sarte & la Loire . Elle
eft grande, belle, & bien
peuplée , & a une Campagne
fertille en bons
Vins . Ses Maiſons font
couvertes d'Ardoife , ce
qui l'a fait appeller Ville
noire. Elle eſt ancien
58 Voyage des Amb.
ne Ony voit le refte d'un
Amphiteatre , & divers
autres Ouvrages des Romains.
La Mayenne ſepare
la Ville en deux parties ,
dont la plus grande s'étend
fur le panchant d'une
agreable Colline , au
haut de laquelle on voit
l'Eglife S. Maurice , &
le Chaſteau d'Angers ; &
c'eſt ce qu'on appelle la
Cité.
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Résumé : Description d'Angers. [titre d'après la table]
Angers, capitale de l'Anjou, est une ville fortifiée avec un Préfidial, un Bailliage, une Université et un Évêché. Elle est située sur la rivière Mayenne, à la confluence de la Sarthe et de la Loire. Angers est grande, belle et bien peuplée, entourée d'une campagne fertile produisant de bons vins. Ses maisons sont couvertes d'ardoise, lui valant le surnom de 'Ville noire'. La ville possède des vestiges romains et est divisée en deux parties par la Mayenne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1972
p. 58
Ils disnent à Aurosiez. [titre d'après la table]
Début :
Le 19. les Ambassadeurs disnerent à Aurosiez, & coucherent à [...]
Mots clefs :
Les Rosiers, Saumur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Aurosiez. [titre d'après la table]
Le 19. les Ambaſſadeurs
difnerent à Aurofiez , &
de Siam. 59
coucherent à Saumur .
difnerent à Aurofiez , &
de Siam. 59
coucherent à Saumur .
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1973
p. 59
Reception qu'on leur fait à Saumur. [titre d'après la table]
Début :
C'est une Ville en Anjou qui est sur la Loire, & a [...]
Mots clefs :
Saumur, Réception
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception qu'on leur fait à Saumur. [titre d'après la table]
C'eſt une Ville en Anjou
qui eſt ſur la Loire , & a
-un fort beau Chasteau .
1 Elle receut les Ambaſſadeurs
avec les meſmes
honneurs qu'on leur avoit
faits dans les autres
Villes , qui s'eftoient le
plus fait diftinguer . On
3 leur donna des Gardes ,
& le Lieutenant , & le
Major , s'emprefferent
fort à faire éclater leur
zcle.
qui eſt ſur la Loire , & a
-un fort beau Chasteau .
1 Elle receut les Ambaſſadeurs
avec les meſmes
honneurs qu'on leur avoit
faits dans les autres
Villes , qui s'eftoient le
plus fait diftinguer . On
3 leur donna des Gardes ,
& le Lieutenant , & le
Major , s'emprefferent
fort à faire éclater leur
zcle.
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1974
p. 60
Ils disnent à la Chapelle-Blanche, & couchent à Langeys. [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs disnerent le 20. à la Chapelle blanche, & [...]
Mots clefs :
La Chapelle-Blanche, Langey
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à la Chapelle-Blanche, & couchent à Langeys. [titre d'après la table]
Voyage des Amb.
Les Ambaſſadeurs difnerent
le 20. à la Chapelle
blanche , & coucherent.
à Langeys , où les Bourgeois
ſe mirent ſous les
Armes , & firent garde.
Les Ambaſſadeurs difnerent
le 20. à la Chapelle
blanche , & coucherent.
à Langeys , où les Bourgeois
ſe mirent ſous les
Armes , & firent garde.
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1975
p. 60-63
Ils sont reçeus à Tours par l'ordre de M. de Nointel, Intendant. Description de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Le 21. ils disnerent à Tours. Vous sçavez que c'est [...]
Mots clefs :
Tours, Ville, Présidial, Intendant, Réception, Louis Béchameil de Nointel, Description
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texteReconnaissance textuelle : Ils sont reçeus à Tours par l'ordre de M. de Nointel, Intendant. Description de la Ville. [titre d'après la table]
Le 21. ils difnerent à
Tours. Vous ſçavez que
c'eſt la Capitale de la Province
de Touraine,& qu'il
y a un Siege Archiepifcopal.
Cette Ville qui eſt
grande , belle , & ancienne
, eſt ſituée entre les Rivieres
de Cher , & de Loide
Siam. 61
re ; elle est marchande , &
fur tout pour les Etofes
de ſoye qui s'y fabriquent.
Tout le monde ſçait en
e quelle reputation l'abondance
des beaux Fruits l'a
a mife. Il y a Prefidial , Geeneralité
, & l'on y bat
3. Monnoye. M'deNointel,
Intendant , y donna des
D. ordres ſi extraordinaires
↑ pour leur reception , qu'il
eſt impoſſible de porter
iles choſes plus loin qu'on
fit en cette Ville là. Les
1
62 Voyage des Amb.
Ambaſſadeurs y furent reçûs
au bruit du Canon.
Le Prevoft& les Archers
allerent à chevalau devant
d'eux avec leurs hoc
quetons. Ils furent haranguez
par M de Ville
dont ils receurent les Prefens
. Ms du Prefidial &
les Tréſoriers de France,
vinrent auffi les complimenter
. Enfin la reception
quileur a efté faire à
Tours les a fifort contentez,
qu'ils en ontſouvent
de Siam. 63
parlédepuis ce tempslà,&
ils donnent encore tous
les jours mille louanges à
M'l'Intendant .
Tours. Vous ſçavez que
c'eſt la Capitale de la Province
de Touraine,& qu'il
y a un Siege Archiepifcopal.
Cette Ville qui eſt
grande , belle , & ancienne
, eſt ſituée entre les Rivieres
de Cher , & de Loide
Siam. 61
re ; elle est marchande , &
fur tout pour les Etofes
de ſoye qui s'y fabriquent.
Tout le monde ſçait en
e quelle reputation l'abondance
des beaux Fruits l'a
a mife. Il y a Prefidial , Geeneralité
, & l'on y bat
3. Monnoye. M'deNointel,
Intendant , y donna des
D. ordres ſi extraordinaires
↑ pour leur reception , qu'il
eſt impoſſible de porter
iles choſes plus loin qu'on
fit en cette Ville là. Les
1
62 Voyage des Amb.
Ambaſſadeurs y furent reçûs
au bruit du Canon.
Le Prevoft& les Archers
allerent à chevalau devant
d'eux avec leurs hoc
quetons. Ils furent haranguez
par M de Ville
dont ils receurent les Prefens
. Ms du Prefidial &
les Tréſoriers de France,
vinrent auffi les complimenter
. Enfin la reception
quileur a efté faire à
Tours les a fifort contentez,
qu'ils en ontſouvent
de Siam. 63
parlédepuis ce tempslà,&
ils donnent encore tous
les jours mille louanges à
M'l'Intendant .
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Résumé : Ils sont reçeus à Tours par l'ordre de M. de Nointel, Intendant. Description de la Ville. [titre d'après la table]
Le 21, les ambassadeurs arrivèrent à Tours, capitale de la province de Touraine, qui possède un siège archiépiscopal. Tours est une ville grande, belle et ancienne, située entre les rivières de Cher et de Loire. Elle est renommée pour son commerce, notamment les étoffes de soie, et pour l'abondance de ses fruits. La ville abrite un présidial, une généralité et une monnaie locale. L'intendant, M. de Nointel, organisa une réception exceptionnelle pour les ambassadeurs, marquée par un accueil solennel avec salves de canon, escorte par le prévôt et les archers à cheval, et discours de M. de Ville. Le président du présidial et les trésoriers de France vinrent également les complimenter. Cette réception laissa une impression positive, et les ambassadeurs louèrent particulièrement l'intendant.
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1976
p. 63-64
Ils arrivent à Amboise. Description de la Ville. Maniere dont elle les reçoit. [titre d'après la table]
Début :
Ils coucherent le mesme jour à Amboise. C'est une Ville [...]
Mots clefs :
Ville, Amboise, Description, Réception
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texteReconnaissance textuelle : Ils arrivent à Amboise. Description de la Ville. Maniere dont elle les reçoit. [titre d'après la table]
Ils coucherent
le mefme jour à Amboife
. C'eſt une Ville de
☐ Touraine auffi fur la Loire
, avec un Chaſteau
Royal que Charles VIII.
fit baſtir pour honorer
d le lieu de fa Naiſſance.
Cette Ville eft ancienne.
L'Ordre des Chevaliers de
Saint Michel y a eſté inſtitué.
On fit les meſmes
64 Voyage des Amb.
choſes pour la reception
des Ambaſſadeurs , qu'on
avoit fait dans les autres
Villes qui s'eſtoient diftinguées
; & comme il n'y a
point de Troupes , les
Bourgeois firent gardeautour
du Logis qui leur avoit
eſté preparé.
le mefme jour à Amboife
. C'eſt une Ville de
☐ Touraine auffi fur la Loire
, avec un Chaſteau
Royal que Charles VIII.
fit baſtir pour honorer
d le lieu de fa Naiſſance.
Cette Ville eft ancienne.
L'Ordre des Chevaliers de
Saint Michel y a eſté inſtitué.
On fit les meſmes
64 Voyage des Amb.
choſes pour la reception
des Ambaſſadeurs , qu'on
avoit fait dans les autres
Villes qui s'eſtoient diftinguées
; & comme il n'y a
point de Troupes , les
Bourgeois firent gardeautour
du Logis qui leur avoit
eſté preparé.
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Résumé : Ils arrivent à Amboise. Description de la Ville. Maniere dont elle les reçoit. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs sont arrivés à Amboise, ville de Touraine sur la Loire, célèbre pour son château royal construit par Charles VIII. Amboise abrite l'Ordre des Chevaliers de Saint Michel. Les cérémonies de réception furent similaires à celles des autres villes distinguées. En l'absence de troupes, les bourgeois assurèrent la garde autour du logement des ambassadeurs.
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1977
p. 64
Ils couchent, & sejournent à Blois [titre d'après la table]
Début :
Le 22. ils coucherent à Blois, & y sejournerent le [...]
Mots clefs :
Blois
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texteReconnaissance textuelle : Ils couchent, & sejournent à Blois [titre d'après la table]
Le 22. ils coucherent à
Blois , & y fejournerent
le jour ſuivant. On leur
apporta les Prefens accoutumez
.
Blois , & y fejournerent
le jour ſuivant. On leur
apporta les Prefens accoutumez
.
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1978
p. 64-66
Description de Blois. [titre d'après la table]
Début :
Blois est sur la Loire. C'est la Capitale du [...]
Mots clefs :
Blois, Loire, Comté, Description, Ville des rois, Rois
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texteReconnaissance textuelle : Description de Blois. [titre d'après la table]
Blois eft fur
la Loire . C'eſt la Capitale
de Siam..
1
du Pays Blaiſois. Elle a
titre de Comté , un Prefidial
,& une Chambre des
Comptes . On la met ordinairement
dans la Beauce
, parce qu'elle eſt du
Diocese de Chartres , &
que ſon Comté s'étend.
au delà de la Riviere de
Loire , vers la Sologne
d'un coſté , & juſques.au
Chasteaudun de l'autre...
LaVille eſt ancienne; elle
eft agreable , & bien fi
C
U
tuée. L'air y eft born, & al
66 Voyage des Amb.
la campagne fi fertile,que
c'eſt avec raiſon qu'on la
nomme la Ville des Rois ,
non feulement parce
qu'on y élevoit autrefois
les Enfans de France,mais
parce que pluſieurs de
nos Rois ont témoigné
s'y plaire beaucoup.
la Loire . C'eſt la Capitale
de Siam..
1
du Pays Blaiſois. Elle a
titre de Comté , un Prefidial
,& une Chambre des
Comptes . On la met ordinairement
dans la Beauce
, parce qu'elle eſt du
Diocese de Chartres , &
que ſon Comté s'étend.
au delà de la Riviere de
Loire , vers la Sologne
d'un coſté , & juſques.au
Chasteaudun de l'autre...
LaVille eſt ancienne; elle
eft agreable , & bien fi
C
U
tuée. L'air y eft born, & al
66 Voyage des Amb.
la campagne fi fertile,que
c'eſt avec raiſon qu'on la
nomme la Ville des Rois ,
non feulement parce
qu'on y élevoit autrefois
les Enfans de France,mais
parce que pluſieurs de
nos Rois ont témoigné
s'y plaire beaucoup.
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Résumé : Description de Blois. [titre d'après la table]
Blois, capitale du Pays Blaisois, est située sur la Loire. Elle possède le titre de Comté, un Préfidial et une Chambre des Comptes. Ville ancienne et fortifiée, elle est surnommée 'Ville des Rois' en raison de son passé royal et de sa fertilité. Plusieurs rois y ont montré leur attachement.
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1979
p. 66-69
Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs disnerent à Chambor le 24. C'est une [...]
Mots clefs :
Chambord, Ambassadeurs, Cocher, Description, Château de Chambord, Saint-Laurent-des-Eaux, Storf, Chute
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs dif
nerent à Chambor le 24 .
C'eſt une Maiſon Royale
dans le Blaifois, à trois ou
quarre lieuës de Blois , du
cofté d'Orleans. Le Roy
de Siam:
67
François I. fit commencer
ce Chaſteau un peu
avant fa mort , & Henry
II . fon Fils , le fit ache--
ver. Il eſt au milieu d'un
grand Parc , fur le bord
de la petite Riviere de
Couffon , qui l'environne
preſque tout. Le corps du:
Chaiteau eft compofé de
quatre grands Pavillons ,,
& au milieu est un Efca
lier admirable , fait en co
quille , avec deux mon
tées au dedans l'une da.
Fij
68 Voyage des Amb.
1
l'autre , où pluſieurs perſonnes
peuvent monter
fans ſe voir, bien qu'elles
puiſſent parler enſemble.
Il y a une belle Faifanderie
, & une Canardiere -
que les Ambaſſadeurs virent
avec plaifir , & qu'ils
eurent ſoin de remarquer.
Le Baftiment leur parut
auffi fort beau , & ils en
demanderent le Plan . Ils
coucherent ce foir - là à
S. Laurent des Eaux . J'oubliois
à vous dire que leur
de Siam. 69
Cocher les ayant verſez
dans un endroit de la route,
M.Storfvoulut le traiter
comme il l'avoit merité
par ſon peu d'adreſſe;
mais le premier Ambaffadeur
le pria de n'en rien
faire , & luy dit , Que ce
Cocher ſouffroit aßez du
malheur qui luy estoit arrivé,
&qu'ilſuffisoit pour
luy pardonner , que perſonne
n'eust esté bleſſé , & qu' -
ils ne ſentiffent aucun mal
de cette cheute.
nerent à Chambor le 24 .
C'eſt une Maiſon Royale
dans le Blaifois, à trois ou
quarre lieuës de Blois , du
cofté d'Orleans. Le Roy
de Siam:
67
François I. fit commencer
ce Chaſteau un peu
avant fa mort , & Henry
II . fon Fils , le fit ache--
ver. Il eſt au milieu d'un
grand Parc , fur le bord
de la petite Riviere de
Couffon , qui l'environne
preſque tout. Le corps du:
Chaiteau eft compofé de
quatre grands Pavillons ,,
& au milieu est un Efca
lier admirable , fait en co
quille , avec deux mon
tées au dedans l'une da.
Fij
68 Voyage des Amb.
1
l'autre , où pluſieurs perſonnes
peuvent monter
fans ſe voir, bien qu'elles
puiſſent parler enſemble.
Il y a une belle Faifanderie
, & une Canardiere -
que les Ambaſſadeurs virent
avec plaifir , & qu'ils
eurent ſoin de remarquer.
Le Baftiment leur parut
auffi fort beau , & ils en
demanderent le Plan . Ils
coucherent ce foir - là à
S. Laurent des Eaux . J'oubliois
à vous dire que leur
de Siam. 69
Cocher les ayant verſez
dans un endroit de la route,
M.Storfvoulut le traiter
comme il l'avoit merité
par ſon peu d'adreſſe;
mais le premier Ambaffadeur
le pria de n'en rien
faire , & luy dit , Que ce
Cocher ſouffroit aßez du
malheur qui luy estoit arrivé,
&qu'ilſuffisoit pour
luy pardonner , que perſonne
n'eust esté bleſſé , & qu' -
ils ne ſentiffent aucun mal
de cette cheute.
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Résumé : Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Le 24, les ambassadeurs du roi de Siam visitèrent Chambord, une Maison Royale située dans le Blaisois, à environ trois ou quatre lieues de Blois, du côté d'Orléans. Le château, commencé par François Ier peu avant sa mort et achevé par Henri II, se trouve au milieu d'un grand parc, près de la rivière de Couffon. Le bâtiment se compose de quatre grands pavillons et d'un escalier en coquille permettant à plusieurs personnes de monter sans se voir tout en pouvant parler ensemble. Les ambassadeurs admirèrent la faïencerie et la canardière, trouvant le château très beau et demandèrent le plan du bâtiment. Ils passèrent la nuit à Saint-Laurent-des-Eaux. Lors du voyage, un accident de voiture eut lieu, mais le premier ambassadeur intervint pour éviter que le cocher ne soit puni, estimant que le malheur subi était suffisant et que personne n'avait été blessé.
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1980
p. 70-73
Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Ils coucherent le 25. à Orleans. C'est la Capitale d'un [...]
Mots clefs :
Orléans, Pont, Titre, Paris, Ville, Églises, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Ils coucherent le 25. à
Orleans . C'eſt la Capitale
d'un petit Pays qui a titre
de Duché. Elle eft fur la
Loire ,& a un beau Pont
fur cette Riviere,fort feur,
& d'une grande commodité
pour le Negoce Elle
a auffi Univerſité & Prefilial
, & fon Evefque eft
Suffragant de Paris Cerre
Ville, qui eſt une des plus
belles &des plus anciennes
de France , eut titre
de Royaume fous nos
de Siam.
70
Rois de la premiere Race.
Ses Eveſques ont des Privileges
confiderables. Ils
delivrent des Prifonniers
le jour de leur Entrée , &
font portez à la Cathedra-
* le par les Barons d'Yeure,
de Chaſtel , de Sully , de
- Chery , d'Acheres , & de
Rougemont . Les ruës y
font belles , les Places
grandes, les Maiſons & les
- Eglifes magnifiques. Il y a
cinquante - neuf Chanoines
, & douze Dignitez
2. Voyage des Amb.
dans fa Cathedrale. Il y
a auffi à Orleans quatre
Eglifes Collegiales ,
vingt-deux Paroiſſes . La
Ville dont la ſituation eft
fur le panchant d'une
colline en forme d'Arc , a
une Terraſſe qui la fortifie
, & elle eft ceinte d'une
forte Muraille avec quarante
Tours. Elle a huit
Portes , & un Pont de feize
Arches , par lequel elle
eft jointe à un des Fauxbourgs.
On voit fur ce
Pont
de Siam.
73
Pont trois Statuës de
bronze. La premiere eſt
de la Vierge , & les deux
autres de Charles VII . &
de la Pucelle , qui s'eſt
renduë fi fameuſe . Les
Ambaſſadeurs acheverent
leur Voyage dans
des Caroffes que l'on envoya
au devant d'eux de
Paris à Orleans .
Orleans . C'eſt la Capitale
d'un petit Pays qui a titre
de Duché. Elle eft fur la
Loire ,& a un beau Pont
fur cette Riviere,fort feur,
& d'une grande commodité
pour le Negoce Elle
a auffi Univerſité & Prefilial
, & fon Evefque eft
Suffragant de Paris Cerre
Ville, qui eſt une des plus
belles &des plus anciennes
de France , eut titre
de Royaume fous nos
de Siam.
70
Rois de la premiere Race.
Ses Eveſques ont des Privileges
confiderables. Ils
delivrent des Prifonniers
le jour de leur Entrée , &
font portez à la Cathedra-
* le par les Barons d'Yeure,
de Chaſtel , de Sully , de
- Chery , d'Acheres , & de
Rougemont . Les ruës y
font belles , les Places
grandes, les Maiſons & les
- Eglifes magnifiques. Il y a
cinquante - neuf Chanoines
, & douze Dignitez
2. Voyage des Amb.
dans fa Cathedrale. Il y
a auffi à Orleans quatre
Eglifes Collegiales ,
vingt-deux Paroiſſes . La
Ville dont la ſituation eft
fur le panchant d'une
colline en forme d'Arc , a
une Terraſſe qui la fortifie
, & elle eft ceinte d'une
forte Muraille avec quarante
Tours. Elle a huit
Portes , & un Pont de feize
Arches , par lequel elle
eft jointe à un des Fauxbourgs.
On voit fur ce
Pont
de Siam.
73
Pont trois Statuës de
bronze. La premiere eſt
de la Vierge , & les deux
autres de Charles VII . &
de la Pucelle , qui s'eſt
renduë fi fameuſe . Les
Ambaſſadeurs acheverent
leur Voyage dans
des Caroffes que l'on envoya
au devant d'eux de
Paris à Orleans .
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Résumé : Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Le texte présente Orléans, capitale d'un duché située sur la Loire. La ville est connue pour son pont crucial pour le commerce, son université, son prélat et son évêque suffragant de Paris. Orléans est l'une des plus anciennes et des plus belles villes de France, ayant autrefois été un royaume sous les rois de Siam. Elle compte 70 rois de la première race. Les évêques d'Orléans possèdent des privilèges notables, tels que la libération de prisonniers à leur entrée et le port d'un siège à la cathédrale par des barons locaux. La ville est bien organisée avec des rues élégantes, des places spacieuses, des maisons et des églises magnifiques. La cathédrale abrite 59 chanoines et 12 dignités. Orléans possède également quatre églises collégiales et 22 paroisses. La ville est construite sur une colline en forme d'arc, protégée par une terrasse et une muraille avec 40 tours, 8 portes et un pont de 13 arches reliant un faubourg. Ce pont est orné de trois statues de bronze représentant la Vierge, Charles VII et Jeanne d'Arc. Les ambassadeurs ont achevé leur voyage dans des carrosses envoyés de Paris à Orléans.
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1981
p. 73-74
Ils disnent à Artenay, & couchent à Toury. [titre d'après la table]
Début :
Le 26. aprés avoir disné à Artenay, on vint coucher [...]
Mots clefs :
Artenay, Toury, Morville, Malesherbes
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Artenay, & couchent à Toury. [titre d'après la table]
Le 26. aprés avoir diſné
à Artenay , on vint coucher
à Toury,& le lendemain
27. on diſna à Mar-
G
74 Voyage des Amb.
ville , & l'on coucha à
Malerbe.
à Artenay , on vint coucher
à Toury,& le lendemain
27. on diſna à Mar-
G
74 Voyage des Amb.
ville , & l'on coucha à
Malerbe.
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1982
p. 74-79
Leur arrivée à Fontainebleau, où ils voyent le Chasteau. [titre d'après la table]
Début :
Le 28. on arriva à Fontainebleau, & l'on y coucha. [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Eaux, Château de Fontainebleau, Ambassadeurs, Galeries, Surprise, Jardins, Marquis de Saint-Hérem
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texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Fontainebleau, où ils voyent le Chasteau. [titre d'après la table]
Le 28. on arriva à Fontainebleau
, & l'on y coucha.
M le Marquis de
S. Eran , Gouverneur de
Fontainebleau , eſtoit allé
aux Eaux , mais il avoit
donné des ordres au Concierge
pour faire voir le
Chafteau ,& tout ce qui
endépend de maniere que
chacun ſe trouva dans
fon poſte pour les executer.
Les Ambaſſadeurs ,
de Siam.
75
qui avoient déja remarquéla
beauté de la Foreft,
ne pûrent fe laffer de donner
des loüanges aux quatre
Galeries qui font dans
ce fuperbe Chaſteau. Il y
a celle des Cerfs , celle de
la Reyne , celle d'Ulyffe,
&celle de Diane ; & ces
Galeries ont eſté peintes
par les plus grands Maiſtres
que l'on puût trouver
au temps qu'elles furent
faites . Ils virent avec ſurpriſe
que ces quatre Ga
Gij
76 Voyage des Amb.
leries n'empefchoient pas
qu'il n'y euſt grand nombre
d'Appartemens ; &
cette ſurpriſe augmenta
lors qu'ils apperçeurent
quatre grandes Courts,
dans leſquelles paroiſſent
comme autant de Chaſteaux
de differente Architecture
, avec divers
Eſcaliers, dont pas un ne
ſe reſſemble . Il en eſt des
Jardins ainſi que du Baftiment
.Outre legrandParc
où eſt le Canal , & dans
deSiam.
77
lequel font de fi belles
Eaux , il y a pluſieurs petits
Jardins enfermez dans
les Bastimens , que l'on
découvre lors qu'on y
- penſe le moins , en mettant
la teſte aux feneftres.
Enfin ce Chafteau
eſt ſi grand, qu'il pourroit
paffer pour une petite
Ville. Il eſt en Gatinois ,
dans leDioceſe de Sens , &
dans leGouvernement de
l'Ile deFrance . François I.
- commença à embellir ce
Giij
78 Voyage des Amb.
lieu par uneBibliotheque,
qui a eſté tranſportée à
Paris .TouslesRois fesSucceffeurs
y ont depuis augmenté
quelque choſe. Les
Ambaſſadeurs y furent
complimentez parM Brifacier
, Chef des Miffions
Etrangeres. Son difcours
dura un quart d'heure.
L'Interprete eut la memoire
affez heureuſe pour
le retenir prefque entier ,
&ce qui est encore plus
furprenant , c'eſt que le
deSiam.
79
premier Ambaſſadeur repritde
fuire tous les points
du Compliment , & répondità
chacun.
, & l'on y coucha.
M le Marquis de
S. Eran , Gouverneur de
Fontainebleau , eſtoit allé
aux Eaux , mais il avoit
donné des ordres au Concierge
pour faire voir le
Chafteau ,& tout ce qui
endépend de maniere que
chacun ſe trouva dans
fon poſte pour les executer.
Les Ambaſſadeurs ,
de Siam.
75
qui avoient déja remarquéla
beauté de la Foreft,
ne pûrent fe laffer de donner
des loüanges aux quatre
Galeries qui font dans
ce fuperbe Chaſteau. Il y
a celle des Cerfs , celle de
la Reyne , celle d'Ulyffe,
&celle de Diane ; & ces
Galeries ont eſté peintes
par les plus grands Maiſtres
que l'on puût trouver
au temps qu'elles furent
faites . Ils virent avec ſurpriſe
que ces quatre Ga
Gij
76 Voyage des Amb.
leries n'empefchoient pas
qu'il n'y euſt grand nombre
d'Appartemens ; &
cette ſurpriſe augmenta
lors qu'ils apperçeurent
quatre grandes Courts,
dans leſquelles paroiſſent
comme autant de Chaſteaux
de differente Architecture
, avec divers
Eſcaliers, dont pas un ne
ſe reſſemble . Il en eſt des
Jardins ainſi que du Baftiment
.Outre legrandParc
où eſt le Canal , & dans
deSiam.
77
lequel font de fi belles
Eaux , il y a pluſieurs petits
Jardins enfermez dans
les Bastimens , que l'on
découvre lors qu'on y
- penſe le moins , en mettant
la teſte aux feneftres.
Enfin ce Chafteau
eſt ſi grand, qu'il pourroit
paffer pour une petite
Ville. Il eſt en Gatinois ,
dans leDioceſe de Sens , &
dans leGouvernement de
l'Ile deFrance . François I.
- commença à embellir ce
Giij
78 Voyage des Amb.
lieu par uneBibliotheque,
qui a eſté tranſportée à
Paris .TouslesRois fesSucceffeurs
y ont depuis augmenté
quelque choſe. Les
Ambaſſadeurs y furent
complimentez parM Brifacier
, Chef des Miffions
Etrangeres. Son difcours
dura un quart d'heure.
L'Interprete eut la memoire
affez heureuſe pour
le retenir prefque entier ,
&ce qui est encore plus
furprenant , c'eſt que le
deSiam.
79
premier Ambaſſadeur repritde
fuire tous les points
du Compliment , & répondità
chacun.
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Résumé : Leur arrivée à Fontainebleau, où ils voyent le Chasteau. [titre d'après la table]
Le 28, des visiteurs, dont les ambassadeurs de Siam, arrivèrent à Fontainebleau et y passèrent la nuit. Le Marquis de S. Eran, Gouverneur de Fontainebleau, ayant donné des instructions au concierge, les visiteurs purent explorer le château et ses dépendances. Les ambassadeurs admirèrent les quatre galeries du château : celles des Cerfs, de la Reine, d'Ulysse et de Diane, peintes par des maîtres renommés. Ils furent également impressionnés par les quatre grandes cours, chacune avec une architecture unique et des escaliers distincts. Les jardins, variés et surprenants, comprenaient un grand parc et plusieurs petits jardins cachés. Le château, situé en Gâtinais, dans le diocèse de Sens et le gouvernement de l'Île-de-France, fut embelli par François Ier, qui y installa une bibliothèque ensuite transportée à Paris. Ses successeurs ajoutèrent divers éléments au château. Les ambassadeurs furent reçus par M. Brifacier, Chef des Missions Étrangères, qui leur adressa un discours d'un quart d'heure, fidèlement répété par le premier ambassadeur.
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1983
p. 79-80
Reception qu'on leur fait à Melun, où ils disnent. Description de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Le 29. ils allerent disner à Melun, où ils furent reçeus [...]
Mots clefs :
Melun, Ville, Rivière, Réception, Description
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texteReconnaissance textuelle : Reception qu'on leur fait à Melun, où ils disnent. Description de la Ville. [titre d'après la table]
Le 29. ils allerent difner
àMelun , où ils furentreceus
avec tous les honneurs
qu'ils pouvoientattendre
du Corps de Ville,..
du Prefidial , & des Ordres
Religieux. Melun eft
fur la Riviere de Seine ,
dans le Gouvernement
de l'Ifle de France. Il y a
Ville , Cité , & Univerfi-
Gij
80 Voyage des Amb.
té , & la Ville qui est tresancienne
, ale titre deVicomté.
La Riviere qu'on
y paſſe ſur deux beaux
Ponts , la diviſe en deux
parties , dont l'une eſt
dans la Brie , & l'autre
dans le Gatinois .
àMelun , où ils furentreceus
avec tous les honneurs
qu'ils pouvoientattendre
du Corps de Ville,..
du Prefidial , & des Ordres
Religieux. Melun eft
fur la Riviere de Seine ,
dans le Gouvernement
de l'Ifle de France. Il y a
Ville , Cité , & Univerfi-
Gij
80 Voyage des Amb.
té , & la Ville qui est tresancienne
, ale titre deVicomté.
La Riviere qu'on
y paſſe ſur deux beaux
Ponts , la diviſe en deux
parties , dont l'une eſt
dans la Brie , & l'autre
dans le Gatinois .
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Résumé : Reception qu'on leur fait à Melun, où ils disnent. Description de la Ville. [titre d'après la table]
Le 29, les voyageurs arrivèrent à Melun, accueillis par les autorités locales et les ordres religieux. Melun, située sur la Seine en Île-de-France, est une ville ancienne et titrée de vicomté. Elle comprend une ville, une cité et une université, et est traversée par deux ponts divisant la ville en Brie et Gâtinais.
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1984
p. 80-89
Leur arrivée à Vincennes, avec des remarques curieuses de ce qui s'y est passé pendant le sejour qu'ils y ont fait. [titre d'après la table]
Début :
On alla le soir coucher à Vincennes. Les Ambassadeurs auroient [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Vincennes, Chambre, Paris, Coucher, Ambassadeurs, Château de Vincennes, Storf, Père de La Chaise, Entrée publique
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texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Vincennes, avec des remarques curieuses de ce qui s'y est passé pendant le sejour qu'ils y ont fait. [titre d'après la table]
On alla
le foir coucher à Vincennes.
Les Ambaſſadeurs
auroient couché dans le
Chaſteau , s'il n'euſt point
eſté remply d'Ouvriers
qui y travailloient à quel.
ques racommodemens .
de Siam. 81
On les logea dans la. Maifon
du lieu qu'on trouva
la plus commode . On avoit
marqué une chambre
pour le troifiéme Ambaſſadeur
au deſſus de
celle du premier . M² Storf
le mena voir cette chambre
, qui luy pleut beaucoup
à cauſe de la veuë.
Aprés qu'il l'eut bien confiderée
, & qu'il eut auffi
regardé Paris , & l'Arc de
Triomphe qui est hors la
Porte de S. Antoine , il
82 Voyage des Amb.
&
s'aviſa de demander qui
eſtoit celuy qui devoit
coucher au deſſous de
cette Chambre. On luy
répondit que c'eſtoit le
premier Ambaffadeur ,
auffi- toft changeant de
viſage , & ne pouvant déguiſer
le trouble qui l'agitoit
, il fortit avec précipitation
comme s'il luy
fuſt arrivé quelque malheur
extraordinaire . On
luy endemanda la cauſe ,
&il dit , Que la Lettre du
de Siam. 83
e
Roy de Siam devoit estre
dans la chambre qui estoit
au deffons de celle que l'on
vouloit luy donner , & que
devant eftre toûjours plus
3 bas que la Lettre, il n'avoit
garde de coucher au deffus
d'unlieu où il ſçavoit bien
qu'on la mettroit. Quoy
Y
10
qu'il ne fuſt pas aifé de
trouver une autre cham-
1. bre dans tout ce logis qui
convinſt à fadignitéd'Ame,
baſſadeur , il aima mieux
eftre incommodé & mal
84 Voyage des Amb.
logé, que de ne pas fatisfaire
à un reſpect qu'il regardoit
comme un devoir
indiſpenſable , & auquel
il ne pouvoit manquer
fans commettre un crime
capital. Le lendemain ils
allerent voir les Animaux
qui font gardez dans le
Parc . Ils virent auſſi le
Chaſteau , & ayant remarqué
d'abord que les
Appartemens en eſtoient
doubles , ils dirent que de
pareils Logemens eſtoient
de Siam. 85
fort commodes. Ils vifiterent
les Tours ,&firent
plufieurs queſtions , fur
tout ce qui leur parut digned'eſtre
examiné. Si toſt
qu'on eut ſçeu icy leur
arrivée à Vincennes , &
quele bruit ſe fut répandu
e qu'ils y devoient paffer
e quelque temps , les plus
curieux s'y rendirent pour
es les voir , croyant qu'il y
at auroit moins de foule
e qu'on n'en trouveroit
quand ils feroient à Paris .
86 Voyage des Amb.
Cependant le nombre de
ceux dont la curiofité ne
put fouffrir de retardement
ſe trouva fort
grand. Le Pere de la Chaife
, plein de reconnoiffance
de l'eſtime particuliere
que le Roy de Siam fait
de tous ceuxde fonOrdre,
des marques qu'il en a
données aux Jefuites qui
paffoient par ſes Etats
pour ſe rendreà la Chine ,
& de l'honneur qu'il a
fait à leur Societé , en dede
Siam. 87
mandant pluſieurs de
1 leurs Peres pour demeurer
dans fon Royaume ,
avec offre de leur faire
baſtir des Eglifes & des
Maiſons , alla leur faire
compliment à Vincennes.
Lors qu'ils eurent ſceu le
Trang que ce Pere tient en
France ,& fon merite perfonnel,
ils ſe tinrent extremement
honorez de fa
e viſite , & luy firent tous
les honneurs qu'ils purent
s'imaginer . A durnos
88 Voyage des Amb.
Comme les Balots qui
renfermoient leurs Preſens
, ne pouvoient fi- toſt
arriver icy, parce qu'aprés
avoir eſté débarquez , il
avoit falu les mettre à
Roüen dans des Bateaux
qui ſont obligez de remonter
la Riviere de Seine
pour venir à Paris , ce
qui demande beaucoup
de temps , les Ambaſſadeurs
voyant qu'ils ne
pourroient avoir fi promtement
Audience de Sa
de Siam. 89
1
Majesté , à cauſe que ces
Preſens devoient eftre
conduits à Versailles , &
expoſez dans le lieu de
l'Audience , fuivant l'uſage
de leur Pays , furent
bien aiſes de differer leur
Entrée publique à Paris.
le foir coucher à Vincennes.
Les Ambaſſadeurs
auroient couché dans le
Chaſteau , s'il n'euſt point
eſté remply d'Ouvriers
qui y travailloient à quel.
ques racommodemens .
de Siam. 81
On les logea dans la. Maifon
du lieu qu'on trouva
la plus commode . On avoit
marqué une chambre
pour le troifiéme Ambaſſadeur
au deſſus de
celle du premier . M² Storf
le mena voir cette chambre
, qui luy pleut beaucoup
à cauſe de la veuë.
Aprés qu'il l'eut bien confiderée
, & qu'il eut auffi
regardé Paris , & l'Arc de
Triomphe qui est hors la
Porte de S. Antoine , il
82 Voyage des Amb.
&
s'aviſa de demander qui
eſtoit celuy qui devoit
coucher au deſſous de
cette Chambre. On luy
répondit que c'eſtoit le
premier Ambaffadeur ,
auffi- toft changeant de
viſage , & ne pouvant déguiſer
le trouble qui l'agitoit
, il fortit avec précipitation
comme s'il luy
fuſt arrivé quelque malheur
extraordinaire . On
luy endemanda la cauſe ,
&il dit , Que la Lettre du
de Siam. 83
e
Roy de Siam devoit estre
dans la chambre qui estoit
au deffons de celle que l'on
vouloit luy donner , & que
devant eftre toûjours plus
3 bas que la Lettre, il n'avoit
garde de coucher au deffus
d'unlieu où il ſçavoit bien
qu'on la mettroit. Quoy
Y
10
qu'il ne fuſt pas aifé de
trouver une autre cham-
1. bre dans tout ce logis qui
convinſt à fadignitéd'Ame,
baſſadeur , il aima mieux
eftre incommodé & mal
84 Voyage des Amb.
logé, que de ne pas fatisfaire
à un reſpect qu'il regardoit
comme un devoir
indiſpenſable , & auquel
il ne pouvoit manquer
fans commettre un crime
capital. Le lendemain ils
allerent voir les Animaux
qui font gardez dans le
Parc . Ils virent auſſi le
Chaſteau , & ayant remarqué
d'abord que les
Appartemens en eſtoient
doubles , ils dirent que de
pareils Logemens eſtoient
de Siam. 85
fort commodes. Ils vifiterent
les Tours ,&firent
plufieurs queſtions , fur
tout ce qui leur parut digned'eſtre
examiné. Si toſt
qu'on eut ſçeu icy leur
arrivée à Vincennes , &
quele bruit ſe fut répandu
e qu'ils y devoient paffer
e quelque temps , les plus
curieux s'y rendirent pour
es les voir , croyant qu'il y
at auroit moins de foule
e qu'on n'en trouveroit
quand ils feroient à Paris .
86 Voyage des Amb.
Cependant le nombre de
ceux dont la curiofité ne
put fouffrir de retardement
ſe trouva fort
grand. Le Pere de la Chaife
, plein de reconnoiffance
de l'eſtime particuliere
que le Roy de Siam fait
de tous ceuxde fonOrdre,
des marques qu'il en a
données aux Jefuites qui
paffoient par ſes Etats
pour ſe rendreà la Chine ,
& de l'honneur qu'il a
fait à leur Societé , en dede
Siam. 87
mandant pluſieurs de
1 leurs Peres pour demeurer
dans fon Royaume ,
avec offre de leur faire
baſtir des Eglifes & des
Maiſons , alla leur faire
compliment à Vincennes.
Lors qu'ils eurent ſceu le
Trang que ce Pere tient en
France ,& fon merite perfonnel,
ils ſe tinrent extremement
honorez de fa
e viſite , & luy firent tous
les honneurs qu'ils purent
s'imaginer . A durnos
88 Voyage des Amb.
Comme les Balots qui
renfermoient leurs Preſens
, ne pouvoient fi- toſt
arriver icy, parce qu'aprés
avoir eſté débarquez , il
avoit falu les mettre à
Roüen dans des Bateaux
qui ſont obligez de remonter
la Riviere de Seine
pour venir à Paris , ce
qui demande beaucoup
de temps , les Ambaſſadeurs
voyant qu'ils ne
pourroient avoir fi promtement
Audience de Sa
de Siam. 89
1
Majesté , à cauſe que ces
Preſens devoient eftre
conduits à Versailles , &
expoſez dans le lieu de
l'Audience , fuivant l'uſage
de leur Pays , furent
bien aiſes de differer leur
Entrée publique à Paris.
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Résumé : Leur arrivée à Vincennes, avec des remarques curieuses de ce qui s'y est passé pendant le sejour qu'ils y ont fait. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée des ambassadeurs de Siam à Vincennes. Initialement destinés à loger au château, ils furent hébergés dans une maison locale en raison des travaux. Le troisième ambassadeur insista pour ne pas loger au-dessus du premier, afin de respecter la hiérarchie imposée par la lettre du roi de Siam. Le lendemain, ils visitèrent les animaux du parc et le château, appréciant les appartements doubles. Leur arrivée suscita la curiosité des habitants. Le Père de la Chaise leur rendit visite, exprimant la gratitude du roi de Siam envers les Jésuites. Les ambassadeurs retardèrent leur entrée publique à Paris en attendant l'arrivée de leurs présents, nécessaires pour l'audience avec le roi de France.
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1985
p. 89-99
Leur arrivée à Berny, avec ce qu'ils y ont fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Début :
Ainsi on choisit Berny pour leur demeure jusques au jour [...]
Mots clefs :
Berny, Château de Berny, Roi, Majesté, Manières françaises, Mansard, Vers siamois, Monsieur de Seignelay, Madame de Seignelay, Langue siamoise, Habillement des femmes, Demi-nudité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Berny, avec ce qu'ils y ont fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Ainſa on choiſit Berny
( pour leur demeure. jufques
au jour de cette Entrée.
Berny eſt une Mai
fon tres agreable , baſties
↑ par le plus fameux Archi
( recte que la France ait eu
f
H
90 Voyage des Amb.
r
depuis long- temps . C'eſt
M Manfard , Oncle de
M'Manſard, aujourd'huy
premier Architecte du
Roy , & Intendant des
Baftimens de Sa Majefté ,
qui a fait tant de beaux
Ouvrages à Verfailles , &
fur tout la grande & la
petite Ecurie , & l'Eglife
Paroiffiale qu'on vient
d'achever , & que le Roy
a fait faire à ſes dépens. Ce
Chasteau estoit autrefois
à la Maiſon de Puyfieux ,
qui la fait baſtir. Il a dede
Siam:
puis efté à Mª de Lionne ,
Secretaire d'Etat, &il appartient
preſentement à
M² l'Abbé de Sainte Genevieve
. On meubla tou
r
te cette Maiſon des meubles
du Roy , & les portes
du Chaſteau, & celles
des Antichambres desAmbaſſadeurs
y ont toujours
efté gardées par les Suiffes.
de Sa Majefté . Ils ont
reçu beaucoup de Vifires
en ce lieu la , & les Per
fonnes de la premiere
Hij;
92 Voyage des Amb.
د
qualité s'y font renduës
pour les voir. Comme
Berny n'eſt qu'à deux
lieuës de Paris on les
a vûs ſans incommodité ,
parce que la foule du
Peuple y a eſté moins
grande que celle des honneſtes
gens. Le ſéjour
que ces Ambaſſadeurs ont
fait dans ce Chaſteau leur
a donné lieu d'en examiner
toutes les Parties , &
ils en ont meſme compré
tous les Arbres. Non feu
de Siam. 93
lement ils font tous les
foirs des memoires de ce
: qu'ils ont vû pendant la
5 journée , mais il y a mefmeun
Mandarin avec eux
qui écrit leur Voyage en
S Vers Siamois .
M'de Bonneüil, Introducteur
des Ambaſſadeurs ,
les alla complimenter à
1 Berny de la part du Roy ,
- &M'de Seignelay leur envoya
dire par un Gentilhomme
, qu'il avoit beaucoup
d'impatience de les
94 Voyage des Amb.
voir , mais que son Employle
retenoit auprés de Sa
Majefté. Il envoya depuis
fçavoir fort ſouvent de
leurs nouvelles , à quoy
ils ont toujours répondu
avec des marques de la
plus forte reconnoiffance.
Ily avoit déja quelque
temps qu'ils eftoient à
Berny lorſque parmy les
diverſes Compagnies qui
y venoient chaque jour ,
ils remarquerent Madame
de Seignelay, comme
deSiam. 95
une Perſonne qui meritoit
de la diſtinction,&le principalAmbaſſadeur
l'ayant
faluée , luy preſenta un
Baffin de Fruits& deCon-
| fitures . Comme elle vouloit
eſtre inconnue, on dit
( à cet Ambaſſadeur que
c'eſtoir une Dame de Bretagne.
Il répondit , Qu'il
avoit traversé toute laBre-
-tagne , & qu'il n'y avoit
point veu de Dame dont la
beauté approchaft de laſienne.
On luy demanda en
96 Voyage des Amb.
fuite s'il la trouvoit bien
mife , & fila maniere dont
les Femmes s'habilloient
en France , luy plaiſoit . Il
répondit , qu'elles ſeroient
encore mieux fi elles estoient
veſtuës comme celles de fon
Pays. On luy demanda
quelle eſtoit la maniere
de leur habillement , & il
répartit qu'elles estoient à
demy nuës. Lors que des
Perſonnes de qualité les
venoient voir à l'heure du
difner , ou du fouper , ils
les
deSiam.
97
1
기
les obligeoient à demeurer
, & les en prioient de
la maniere du monde la
plus engageante
plus honnefte; ils cedoient
& la
meſme leurs Fauteüils,felon
la qualité des Perfonnes
; ils ſervoient à table,
beuvoient à la ſanté de
ceux qu'ils avoient cone
e
viez , & l'on voyoit qu'ils
entroient naturellement
dans les manieres Françoiſes
. Ils ſçavent déja
1 quelques mots François,
I
98 Voyage des Amb.
& ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'ils les prononcent
fans aucun accent
étranger , ce que ne
font pas les Allemans , les
Italiens , & preſque tous
ceux qui veulent parler
la Langue d'une autre
Nation que la leur , ce
qui fait croire que la Langue
Siamoiſe n'a point
d'accent . Rien n'égale l'adreffe
, & la propreté avec
laquelleils pelent du fruit.
Leur maniere eft à re-
4
de Siam. 99
bours de la noftre . Nous
le pelons en dedans , &
eux en dehors ; ils font de
mefme de tout ce qu'ils
coupent. Ils diſent qu'en
coupant ainſi on n'est point
au hazard de ſe bleffer , &
e ils ont raiſon .
( pour leur demeure. jufques
au jour de cette Entrée.
Berny eſt une Mai
fon tres agreable , baſties
↑ par le plus fameux Archi
( recte que la France ait eu
f
H
90 Voyage des Amb.
r
depuis long- temps . C'eſt
M Manfard , Oncle de
M'Manſard, aujourd'huy
premier Architecte du
Roy , & Intendant des
Baftimens de Sa Majefté ,
qui a fait tant de beaux
Ouvrages à Verfailles , &
fur tout la grande & la
petite Ecurie , & l'Eglife
Paroiffiale qu'on vient
d'achever , & que le Roy
a fait faire à ſes dépens. Ce
Chasteau estoit autrefois
à la Maiſon de Puyfieux ,
qui la fait baſtir. Il a dede
Siam:
puis efté à Mª de Lionne ,
Secretaire d'Etat, &il appartient
preſentement à
M² l'Abbé de Sainte Genevieve
. On meubla tou
r
te cette Maiſon des meubles
du Roy , & les portes
du Chaſteau, & celles
des Antichambres desAmbaſſadeurs
y ont toujours
efté gardées par les Suiffes.
de Sa Majefté . Ils ont
reçu beaucoup de Vifires
en ce lieu la , & les Per
fonnes de la premiere
Hij;
92 Voyage des Amb.
د
qualité s'y font renduës
pour les voir. Comme
Berny n'eſt qu'à deux
lieuës de Paris on les
a vûs ſans incommodité ,
parce que la foule du
Peuple y a eſté moins
grande que celle des honneſtes
gens. Le ſéjour
que ces Ambaſſadeurs ont
fait dans ce Chaſteau leur
a donné lieu d'en examiner
toutes les Parties , &
ils en ont meſme compré
tous les Arbres. Non feu
de Siam. 93
lement ils font tous les
foirs des memoires de ce
: qu'ils ont vû pendant la
5 journée , mais il y a mefmeun
Mandarin avec eux
qui écrit leur Voyage en
S Vers Siamois .
M'de Bonneüil, Introducteur
des Ambaſſadeurs ,
les alla complimenter à
1 Berny de la part du Roy ,
- &M'de Seignelay leur envoya
dire par un Gentilhomme
, qu'il avoit beaucoup
d'impatience de les
94 Voyage des Amb.
voir , mais que son Employle
retenoit auprés de Sa
Majefté. Il envoya depuis
fçavoir fort ſouvent de
leurs nouvelles , à quoy
ils ont toujours répondu
avec des marques de la
plus forte reconnoiffance.
Ily avoit déja quelque
temps qu'ils eftoient à
Berny lorſque parmy les
diverſes Compagnies qui
y venoient chaque jour ,
ils remarquerent Madame
de Seignelay, comme
deSiam. 95
une Perſonne qui meritoit
de la diſtinction,&le principalAmbaſſadeur
l'ayant
faluée , luy preſenta un
Baffin de Fruits& deCon-
| fitures . Comme elle vouloit
eſtre inconnue, on dit
( à cet Ambaſſadeur que
c'eſtoir une Dame de Bretagne.
Il répondit , Qu'il
avoit traversé toute laBre-
-tagne , & qu'il n'y avoit
point veu de Dame dont la
beauté approchaft de laſienne.
On luy demanda en
96 Voyage des Amb.
fuite s'il la trouvoit bien
mife , & fila maniere dont
les Femmes s'habilloient
en France , luy plaiſoit . Il
répondit , qu'elles ſeroient
encore mieux fi elles estoient
veſtuës comme celles de fon
Pays. On luy demanda
quelle eſtoit la maniere
de leur habillement , & il
répartit qu'elles estoient à
demy nuës. Lors que des
Perſonnes de qualité les
venoient voir à l'heure du
difner , ou du fouper , ils
les
deSiam.
97
1
기
les obligeoient à demeurer
, & les en prioient de
la maniere du monde la
plus engageante
plus honnefte; ils cedoient
& la
meſme leurs Fauteüils,felon
la qualité des Perfonnes
; ils ſervoient à table,
beuvoient à la ſanté de
ceux qu'ils avoient cone
e
viez , & l'on voyoit qu'ils
entroient naturellement
dans les manieres Françoiſes
. Ils ſçavent déja
1 quelques mots François,
I
98 Voyage des Amb.
& ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'ils les prononcent
fans aucun accent
étranger , ce que ne
font pas les Allemans , les
Italiens , & preſque tous
ceux qui veulent parler
la Langue d'une autre
Nation que la leur , ce
qui fait croire que la Langue
Siamoiſe n'a point
d'accent . Rien n'égale l'adreffe
, & la propreté avec
laquelleils pelent du fruit.
Leur maniere eft à re-
4
de Siam. 99
bours de la noftre . Nous
le pelons en dedans , &
eux en dehors ; ils font de
mefme de tout ce qu'ils
coupent. Ils diſent qu'en
coupant ainſi on n'est point
au hazard de ſe bleffer , &
e ils ont raiſon .
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Résumé : Leur arrivée à Berny, avec ce qu'ils y ont fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Le texte relate l'accueil des ambassadeurs de Siam à Berny, une demeure choisie pour leur séjour. Berny est décrite comme une maison agréable, construite par l'architecte Mansart, oncle de Jules Hardouin-Mansart, premier architecte du roi et intendant des bâtiments de Sa Majesté. Mansart a réalisé plusieurs ouvrages à Versailles, notamment les grandes et petites écuries ainsi que l'église paroissiale. Le château appartenait autrefois à la Maison de Puyfieux, puis à Madame de Lionne, secrétaire d'État, et appartient actuellement à l'abbé de Sainte-Geneviève. La maison a été meublée avec les meubles du roi, et les portes du château et des antichambres des ambassadeurs sont gardées par les Suisses du roi. Les ambassadeurs ont reçu de nombreux visiteurs à Berny, situé à deux lieues de Paris, ce qui a permis une visite sans encombre. Ils ont examiné toutes les parties du château et ses jardins. Chaque soir, ils rédigeaient des mémoires de leur journée, et un mandarin les accompagnait pour écrire leur voyage en vers siamois. Monsieur de Bonneuil, introducteur des ambassadeurs, les a complimentés de la part du roi, et Monsieur de Seignelay envoyait des nouvelles fréquentes, recevant toujours des réponses reconnaissantes. Les ambassadeurs ont remarqué Madame de Seignelay parmi les visiteurs et lui ont offert un bassin de fruits et confitures. Ils ont également adopté les manières françaises, servant à table et buvant à la santé des visiteurs. Ils ont appris quelques mots de français sans accent étranger, ce qui suggère que la langue siamoise n'a pas d'accent. Leur adresse et propreté dans la pelure des fruits et la coupe des aliments ont également été notées.
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1986
p. 99-102
Ils sont regalez à Sceaux par l'ordre de M. de Seignelay, [titre d'après la table]
Début :
Comme la Maison de Sceaux qui est à Mr de Seignelay, [...]
Mots clefs :
Monsieur de Seignelay, Sceaux, Repas, Collation, Manières honnêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils sont regalez à Sceaux par l'ordre de M. de Seignelay, [titre d'après la table]
Comme la Maiſon de
- Sceaux qui est à M de
Seignelay, eſt tout proche
de Berny , on les y mena.
Ils y virent joüer toutes
-les Eaux , dont la beauté
furprend , & étonne tous
I ij
100 Voyage des Amb.
ceux qui n'ont pas encore
eu le plaifir de les voir. Ils
les regarderent avecbeaucoup
d'attention, & comme
on leur demanda s'ils
n'en étoient point ſurpris,
ils répondirent que non.
Ce non étonna , & fut
cauſe qu'on leur dit qu'elles
paſſoient pour belles.
Le principal Ambaſſadeur
répondit , Qu'ils les trouvoient
encore plus belles
qu'on ne croyoit , außi- bien
que le Chasteau, & les meu-
1
de Siam. IOI
bles ; mais que rien de ce qui
appartenoit auauMinistre Ministre de
la Mer du plus grand Roy
de l'Europe , ne les furprenoit
, & qu'ils estoient perfuadez
qu'illuy estoitfacile
d'avoir , tout ce qu'on pouvoit
s'imaginer de beau. II
dit enfuite , que s'ils ne
lovoient pas toutes ces chofes
comme elles le meritoient
, c'estoit parce qu'ils
gardoiet toutes leurs loüanges
pour les beautez de Ver-
Sailles. Ils furent regalez
I iij
102 Voyage des Amb.
و
avant que de partir, d'une
fuperbe Collation fervie
en ambigu, &ils fortirent
fort contens & de ce
qu'ils avoient vû , & du
Repas qu'on leur avoit
fait. Ils ont toujours efté
fi fatisfaits de M² de Seignelay
, qu'il s'eſt paffé
peu dejours , qu'ils ne ſe
foient louez defes manieres
honneftes .
- Sceaux qui est à M de
Seignelay, eſt tout proche
de Berny , on les y mena.
Ils y virent joüer toutes
-les Eaux , dont la beauté
furprend , & étonne tous
I ij
100 Voyage des Amb.
ceux qui n'ont pas encore
eu le plaifir de les voir. Ils
les regarderent avecbeaucoup
d'attention, & comme
on leur demanda s'ils
n'en étoient point ſurpris,
ils répondirent que non.
Ce non étonna , & fut
cauſe qu'on leur dit qu'elles
paſſoient pour belles.
Le principal Ambaſſadeur
répondit , Qu'ils les trouvoient
encore plus belles
qu'on ne croyoit , außi- bien
que le Chasteau, & les meu-
1
de Siam. IOI
bles ; mais que rien de ce qui
appartenoit auauMinistre Ministre de
la Mer du plus grand Roy
de l'Europe , ne les furprenoit
, & qu'ils estoient perfuadez
qu'illuy estoitfacile
d'avoir , tout ce qu'on pouvoit
s'imaginer de beau. II
dit enfuite , que s'ils ne
lovoient pas toutes ces chofes
comme elles le meritoient
, c'estoit parce qu'ils
gardoiet toutes leurs loüanges
pour les beautez de Ver-
Sailles. Ils furent regalez
I iij
102 Voyage des Amb.
و
avant que de partir, d'une
fuperbe Collation fervie
en ambigu, &ils fortirent
fort contens & de ce
qu'ils avoient vû , & du
Repas qu'on leur avoit
fait. Ils ont toujours efté
fi fatisfaits de M² de Seignelay
, qu'il s'eſt paffé
peu dejours , qu'ils ne ſe
foient louez defes manieres
honneftes .
Fermer
Résumé : Ils sont regalez à Sceaux par l'ordre de M. de Seignelay, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs visitèrent la Maison de Sceaux, propriété de M. de Seignelay, près de Berny. Ils admirèrent les jeux d'eau, bien que leur beauté ne les surprît pas autant qu'ils l'auraient cru. Interrogés sur leur réaction, ils répondirent qu'ils n'étaient pas étonnés, ce qui suscita de la surprise. Le principal ambassadeur expliqua que les jeux d'eau, le château et les meubles étaient plus beaux qu'ils ne l'avaient imaginé, mais qu'ils n'étaient pas surpris car ils savaient que le ministre de la Mer du plus grand roi d'Europe pouvait posséder tout ce qu'on pouvait imaginer de beau. Ils ajoutèrent qu'ils réservaient leurs louanges pour les beautés de Versailles. Avant leur départ, ils furent invités à une somptueuse collation. Les ambassadeurs furent toujours satisfaits de M. de Seignelay, louant ses manières honnêtes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1987
p. 102-131
Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Début :
Ils estoient encore à Berny, lors qu'ils furent priez [...]
Mots clefs :
Tragédie, Femmes, Berny, Ambassadeurs, Roi, Collège Louis le Grand, Hercule, Ballet, Siam, Ambassadeur, Père de La Chaise, Enfants, Plaisir, Esprit, Princesses, Cheval, Portrait, Clovis, Hôtel des ambassadeurs, Abbé de Dangeau
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texteReconnaissance textuelle : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Ils estoient encore à
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Fermer
Résumé : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, alors à Berny, reçurent une invitation du Père de la Chaise pour assister à une tragédie intitulée 'Clovis' au Collège de Louis-le-Grand. Ils déclinèrent initialement, souhaitant d'abord rendre leurs respects au roi, mais acceptèrent finalement en raison de la sagesse du Père. Le jour de la tragédie, ils se rendirent incognito à l'Hôtel des Ambassadeurs pour se reposer. Ils furent impressionnés par la grandeur du théâtre et la multitude de personnes présentes. La tragédie comprenait un ballet en quatre parties, représentant les exploits d'Hercule et les actions du roi de France. Les ambassadeurs apprécièrent particulièrement les danses des enfants pensionnaires, dont ceux du Duc de Villeroy et du Chevalier d'Avaux. Après la représentation, ils reçurent diverses visites, notamment celle de l'Abbé de Dangeau, qui exprima son désir d'apprendre la langue siamoise. Les ambassadeurs montrèrent une grande civilité et esprit, répondant avec finesse aux questions et railleries des visiteurs. Ils assistèrent également à une cavalcade de princesses et dames françaises, qu'ils complimentèrent sur leur adresse à cheval. Lors d'un souper, ils burent à la santé des princesses et répondirent avec humour aux questions sur leurs vingt-deux femmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1988
p. 132-145
Tout ce qui s'est passe le jour de leur Entrée publique à Paris, avec le compliment fait à M. de la Feuillade. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy ayant arresté que ces Ambassadeurs feroient leur entrée [...]
Mots clefs :
Roi, Carosses, Ambassadeurs, Madame la Dauphine, Duc de La Feuillade, Maison, Paris, Maison, Valets, Rois, Entrée publique à Paris, Maison de Rambouillet, Siam, Storf, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passe le jour de leur Entrée publique à Paris, avec le compliment fait à M. de la Feuillade. [titre d'après la table]
Le Roy ayant arreſté
que ces Ambaſſadeurs feroient
leur entréeà Paris
le 12. du mois paffé , ils
furent conduits à Ramboüillet,
qui eft une Maifon
fort agréable au bout
du Fauxbourg S.Antoine.
C'eſt en ce lieu là qu'on
va ordinairement recevoir
les Ambaſſadeurs des
Rois , & ceux des Souverains
qui font traitez comme
Teſtes couronnées.
Outre les Caroffes du
2
de Siam.
13
Roy , de Madame la Dauphine
, de Monfieur , de
- Madame , & des Princes
& Princeffes du Sang , il y
en eut beaucoup d'autres
qu'envoyerent pluſieurs
Perſonnes de marque , qui
font obligées à la Couronne
de Siam , comme
Ms de Chaumont , de
Lionne , de Choiſy , les
Jefuites , & les Miffionnaires
des Miffions Etrangeres
. Ceux de M'leMaréchal
Duc de la Feüilla
134 Voyage des Amb.
de, & de M² de Bonneüil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, s'y joignirent , &
tout cela faifoit environ
foixante Caroffes à fix
chevaux. Vous pourriez
eftre ſurpriſe de n'en point
trouver de Monfeigneur
le Dauphin parmy ce
grand nombre , ſi vous
ignoriez que ce Prince eft
fervy par les Officiers du
Roy , & qu'il n'a point
d'autre Maiſon . Il y avoit
dans chaque Caroffe de
de Siam.
135
ceux qui en avoient en
voyé, un Ecuyer, ou quelque
autre Gentilhomme
- de la Maiſon. A meſure
i que ces Caroffes arrive-
- rent, tous les Ecuyers en
defcendirent , & furent
el preſentez par Mr Storf
aux Ambaſſadeurs.Ils leur
firent tous compliment
en peu de paroles de la
part de leurs Maiſtres, ou
or de leurs Maiſtreffes . Le
20 premier Ambaſſadeur ré-
{ pondit à tous , & quoy
9
136 Voyage des Amb.
qu'il n'euſt que des remer
ciemens à faire, onremarqua
qu'il y avoit quelque
choſe de different dans
tout ce qu'il dit. Tous les
complimens finis , M² le
Duc de la Feüillade arriva
avec les Caroffes du Roy,
de Madame la Dauphine,
de Monfieur& de Madame.
Il eſtoit accompagné
de pluſieurs Valets de
pied de Sa Majefté , &
d'un grand nombre des
fiens , avec une fort belle
deSiam.
137
ne Livrée & toute neuve. Il
al
01
y avoit auffi deux de ſes.
Caroffes remplis de Genan
tilshommes. Il fit unCompliment
fort court aux
Ambaſſadeurs fur leur
heureux Voyage , & fur
la joye qu'il avoit d'avoir
eſté nommé pour les redcevoir.
A quoy le premier
Ambaſſadeur répondit
Quesa valeur esſon me..
rite avoient paßé jusques
en Alie , &qu'onysçavoit
les victoires qu'il avoit
M
D
138 Voyagedes Amb.
2
remportées contre les Turcs.
On monta enfuite en Caroffe.
Le premier Ambaffadeur
fut placé dans le
fond de celuy du Roy
avec M. de la Feuillade ,
M.de Bonncüil & M.Storf
ſe mirent vis à vis d'eux.
Les deux autres Ambaffadeurs
eftoient dans le
Caroſse de Madame la
Dauphine avecM.Giraut,
les Mandarins dans ceux
de Monfieur & de Madame
, & les Secretaires &
deSiam
139
Valets de Chambre des
Ambaſſadeurs dans plufieurs
autres Caroffes. Le
Roy en avoit auffi envoyé
매 pour leurs Valets , & ces
e, Carroffes qui n'avoient
pourtant pointles Armes.
I de Sa Majesté , marche--
frent à la teſte de tout. Ils.
k furent ſuivis de douze
Trompetes du Royà che
val , qui precederent tous
☑les Carroffes dont je viens
de vous parler . On paffa
☆ par le Faux- bourg , & la
aa
Miy
140 Voyage des Amb.
Porte Saint Antoine. On
traverſa la rue du mefme
nom juques au Cimetiere
S. Jean , par lequel
on ſe rendit dans la ruë
de la Verrerie. On vint
enfuite par cellesde laFerronnerie
, de S. Honoré ,
& de l'Arbre-fec . On paffa
fur le Pont- neuf , &
dans la ruë Dauphine, &
l'on gagna la ruë de Tournon
où eſt l'Hostel des
Ambaſſadeurs. La foule
ſe trouva fi grande dans
de Siam. 141
On tout ce paffage , & il y avoit
ſur tout une fi grande
quantité de Caroffes
ad que les rues en estoient
bordées de chaque coſté ;
nt deforte que ceux des Amer.
baffadeurs ne pouvant
4, paffer , eſtoient ſouvent
af arreſtez pendant des
& quart- d'heures , & meſme
& des demy-heures entieres .
r. Ils reconnurent dans leur
les route les Dames qui ae
voient bien voulu leur
ns donner le plaifir de mon142
Voyage des Amb.
ter à cheval devant eux à
Berny, & ils les ſalüerent
d'un air qui marquoit la
joye qu'ils avoient de les
revoir Enfin aprés avoir
fait cette longue marche,
ils arriverent à l'Hoſtel
des Ambassadeurs. M le
Duc de la Feuillade les
accompagna juſque dans
leur Chambre , & n'eut
qu'une converſation fort
courte avec eux , aprés
quoy il les quitta. Ils l'accompagnerentjuſqu'àfon
deSiam. 143
es
רוז
Carofse , & fe retirerent
ſans vouloir voir perfonne.
Quoy que l'uſage ſoit
de détrayer les Ambaſsadeurs
des Rois dont les
Etats font hors de l'Europe
, & dene traiter que
| trois jours ceux des Rois
nos voiſins , on fuivit l'un
al & l'autre uſage pour les
Ambassadeurs de Siam
For car bien qu'ils euſsent eſté
Je
Cu
Ori
Siam,
traitez tous les jours par
A l'ordre & aux dépens de
Sa Majefté depuis leur
144 Voyage des Amb.
débarquement à Breſt , les
Pourvoyeurs du Roy ne
laiſscrent pas de fournir
eux-meſmes tout ce qui
eſtoit neceſsaire pour
leur traitement, pendant
les trois premiers jours
qui ſuivirent leur Entrée,
& M² de Chanteloup,
Maistre d'Hoſtel de quartier
, & un des Controleurs
de la Maiſon du
Roy auſſi de quartier
vinrent tous les matins
pendant ces trois jours,
faire
deSiam.
145
It faire là-deſsus ce qui estoit
de leur Charge.
que ces Ambaſſadeurs feroient
leur entréeà Paris
le 12. du mois paffé , ils
furent conduits à Ramboüillet,
qui eft une Maifon
fort agréable au bout
du Fauxbourg S.Antoine.
C'eſt en ce lieu là qu'on
va ordinairement recevoir
les Ambaſſadeurs des
Rois , & ceux des Souverains
qui font traitez comme
Teſtes couronnées.
Outre les Caroffes du
2
de Siam.
13
Roy , de Madame la Dauphine
, de Monfieur , de
- Madame , & des Princes
& Princeffes du Sang , il y
en eut beaucoup d'autres
qu'envoyerent pluſieurs
Perſonnes de marque , qui
font obligées à la Couronne
de Siam , comme
Ms de Chaumont , de
Lionne , de Choiſy , les
Jefuites , & les Miffionnaires
des Miffions Etrangeres
. Ceux de M'leMaréchal
Duc de la Feüilla
134 Voyage des Amb.
de, & de M² de Bonneüil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, s'y joignirent , &
tout cela faifoit environ
foixante Caroffes à fix
chevaux. Vous pourriez
eftre ſurpriſe de n'en point
trouver de Monfeigneur
le Dauphin parmy ce
grand nombre , ſi vous
ignoriez que ce Prince eft
fervy par les Officiers du
Roy , & qu'il n'a point
d'autre Maiſon . Il y avoit
dans chaque Caroffe de
de Siam.
135
ceux qui en avoient en
voyé, un Ecuyer, ou quelque
autre Gentilhomme
- de la Maiſon. A meſure
i que ces Caroffes arrive-
- rent, tous les Ecuyers en
defcendirent , & furent
el preſentez par Mr Storf
aux Ambaſſadeurs.Ils leur
firent tous compliment
en peu de paroles de la
part de leurs Maiſtres, ou
or de leurs Maiſtreffes . Le
20 premier Ambaſſadeur ré-
{ pondit à tous , & quoy
9
136 Voyage des Amb.
qu'il n'euſt que des remer
ciemens à faire, onremarqua
qu'il y avoit quelque
choſe de different dans
tout ce qu'il dit. Tous les
complimens finis , M² le
Duc de la Feüillade arriva
avec les Caroffes du Roy,
de Madame la Dauphine,
de Monfieur& de Madame.
Il eſtoit accompagné
de pluſieurs Valets de
pied de Sa Majefté , &
d'un grand nombre des
fiens , avec une fort belle
deSiam.
137
ne Livrée & toute neuve. Il
al
01
y avoit auffi deux de ſes.
Caroffes remplis de Genan
tilshommes. Il fit unCompliment
fort court aux
Ambaſſadeurs fur leur
heureux Voyage , & fur
la joye qu'il avoit d'avoir
eſté nommé pour les redcevoir.
A quoy le premier
Ambaſſadeur répondit
Quesa valeur esſon me..
rite avoient paßé jusques
en Alie , &qu'onysçavoit
les victoires qu'il avoit
M
D
138 Voyagedes Amb.
2
remportées contre les Turcs.
On monta enfuite en Caroffe.
Le premier Ambaffadeur
fut placé dans le
fond de celuy du Roy
avec M. de la Feuillade ,
M.de Bonncüil & M.Storf
ſe mirent vis à vis d'eux.
Les deux autres Ambaffadeurs
eftoient dans le
Caroſse de Madame la
Dauphine avecM.Giraut,
les Mandarins dans ceux
de Monfieur & de Madame
, & les Secretaires &
deSiam
139
Valets de Chambre des
Ambaſſadeurs dans plufieurs
autres Caroffes. Le
Roy en avoit auffi envoyé
매 pour leurs Valets , & ces
e, Carroffes qui n'avoient
pourtant pointles Armes.
I de Sa Majesté , marche--
frent à la teſte de tout. Ils.
k furent ſuivis de douze
Trompetes du Royà che
val , qui precederent tous
☑les Carroffes dont je viens
de vous parler . On paffa
☆ par le Faux- bourg , & la
aa
Miy
140 Voyage des Amb.
Porte Saint Antoine. On
traverſa la rue du mefme
nom juques au Cimetiere
S. Jean , par lequel
on ſe rendit dans la ruë
de la Verrerie. On vint
enfuite par cellesde laFerronnerie
, de S. Honoré ,
& de l'Arbre-fec . On paffa
fur le Pont- neuf , &
dans la ruë Dauphine, &
l'on gagna la ruë de Tournon
où eſt l'Hostel des
Ambaſſadeurs. La foule
ſe trouva fi grande dans
de Siam. 141
On tout ce paffage , & il y avoit
ſur tout une fi grande
quantité de Caroffes
ad que les rues en estoient
bordées de chaque coſté ;
nt deforte que ceux des Amer.
baffadeurs ne pouvant
4, paffer , eſtoient ſouvent
af arreſtez pendant des
& quart- d'heures , & meſme
& des demy-heures entieres .
r. Ils reconnurent dans leur
les route les Dames qui ae
voient bien voulu leur
ns donner le plaifir de mon142
Voyage des Amb.
ter à cheval devant eux à
Berny, & ils les ſalüerent
d'un air qui marquoit la
joye qu'ils avoient de les
revoir Enfin aprés avoir
fait cette longue marche,
ils arriverent à l'Hoſtel
des Ambassadeurs. M le
Duc de la Feuillade les
accompagna juſque dans
leur Chambre , & n'eut
qu'une converſation fort
courte avec eux , aprés
quoy il les quitta. Ils l'accompagnerentjuſqu'àfon
deSiam. 143
es
רוז
Carofse , & fe retirerent
ſans vouloir voir perfonne.
Quoy que l'uſage ſoit
de détrayer les Ambaſsadeurs
des Rois dont les
Etats font hors de l'Europe
, & dene traiter que
| trois jours ceux des Rois
nos voiſins , on fuivit l'un
al & l'autre uſage pour les
Ambassadeurs de Siam
For car bien qu'ils euſsent eſté
Je
Cu
Ori
Siam,
traitez tous les jours par
A l'ordre & aux dépens de
Sa Majefté depuis leur
144 Voyage des Amb.
débarquement à Breſt , les
Pourvoyeurs du Roy ne
laiſscrent pas de fournir
eux-meſmes tout ce qui
eſtoit neceſsaire pour
leur traitement, pendant
les trois premiers jours
qui ſuivirent leur Entrée,
& M² de Chanteloup,
Maistre d'Hoſtel de quartier
, & un des Controleurs
de la Maiſon du
Roy auſſi de quartier
vinrent tous les matins
pendant ces trois jours,
faire
deSiam.
145
It faire là-deſsus ce qui estoit
de leur Charge.
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Résumé : Tout ce qui s'est passe le jour de leur Entrée publique à Paris, avec le compliment fait à M. de la Feuillade. [titre d'après la table]
Le roi a ordonné l'entrée des ambassadeurs de Siam à Paris le 12 du mois précédent. Ils ont été accueillis à Rambouillet, une résidence habituellement réservée aux ambassadeurs de haut rang. Leur cortège comprenait des carrosses du roi, de Madame la Dauphine, de Monsieur, de Madame, et de divers princes et princesses du sang, ainsi que des personnalités notables comme M. de Chaumont, de Lionne, de Choisy, les Jésuites, et les missionnaires des Missions Étrangères. Environ soixante carrosses à six chevaux, incluant ceux du maréchal Duc de La Feuillade et de M. de Bonneüil, ont accompagné les ambassadeurs. Notamment, aucun carrosse du Dauphin n'était présent, car ce dernier est servi par les officiers du roi et n'a pas de maison séparée. À leur arrivée, les écuyers et gentilshommes des maisons des envoyants ont présenté leurs compliments. Le Duc de La Feuillade, accompagné de valets de pied du roi et de nombreux laquais, a salué les ambassadeurs en soulignant la joie de les recevoir. Les ambassadeurs ont répondu en évoquant les victoires du roi contre les Turcs. Le cortège a ensuite traversé Paris, passant par divers quartiers et rues jusqu'à l'Hôtel des Ambassadeurs. La foule était si dense que les carrosses étaient souvent arrêtés. À leur arrivée, le Duc de La Feuillade a accompagné les ambassadeurs dans leur chambre et a eu une brève conversation avec eux avant de les quitter. Depuis leur débarquement à Brest, les ambassadeurs ont été traités quotidiennement, et les pourvoyeurs du roi ont assuré leur subsistance pendant les trois premiers jours suivant leur entrée à Paris.
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1989
p. 145-171
Ce qu'ils ont fait & dit à Paris depuis le jour de leur Entrée jusques à celuy qu'ils ont eu Audience du Roy, où l'on voit ce qui s'est passé à Nostre-Dame le jour qu'ils y ont esté, & quantité d'autres choses curieuses. [titre d'après la table]
Début :
Comme les Ambassadeurs n'avoient pas encore eu Audience, ils [...]
Mots clefs :
Paris, France, Chine, Maladie du roi, Roi, Audience, Procession, Abbé de La Mothe, Office, Ambassadeurs, Entrer, Manger, Église, Parlement, Monde, Lettre, Femmes, Religion, Jardins, Père de La Chaise, Hôtel des ambassadeurs, Église de Notre-Dame de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont fait & dit à Paris depuis le jour de leur Entrée jusques à celuy qu'ils ont eu Audience du Roy, où l'on voit ce qui s'est passé à Nostre-Dame le jour qu'ils y ont esté, & quantité d'autres choses curieuses. [titre d'après la table]
Comme les Ambaſsadeurs
n'avoient pas encore
eu Audience , ils crurent
ne devoir point pa
roiftre en public avant
que d'avoir falué Sa Majeſté
,& ainſi ils demanderent
qu'on ne laiſsaſt entrer
perſonne pour les
dvoir manger. L'ordre en
fut donné , & la connoif
fance qu'on en eur , empefcha
les curieux de fe
33 20 7653333330 27N 28
146 Voyage des Amb.
preſenter à la porte de
leur Hoſtel ; mais quoy
qu'ils euſſent reſolu de
n'en point fortir juſqu'au
jour de l'Audience , on jugea
neanmoins a propos
de leur faire voir la Proceffion
qu'on fait tous les
ans a Noftre-Dame le
jourde l'Aſsomption, parce
qu'elle édifie beaucoup
,& que ne ſe faiſant
qu'une fois l'année , ils
s'en retourneroient fans
la voir s'ils ne prenoient
pas cette occafion. On
de Siam. 147
laiſſa à M l'Abbé de la
Mothe , grand Archidiadf
cre , le ſoin de faire les
honneurs du Chapitre. Il
reſolut qu'avant que de
faire entrer les Ambaffa-
- deurs dans l'Eglife , ils
viendroient ſe repofer
| chez luy , & qu'ils y feroient
collation en atten-
0
ar
dant que l'Office fuſt preſt
■ à commencer . Il fit tout
1 preparer pour cela , mais
inutilement , car la foule
ſe trouva fi grande dans
Nij
148 Voyage des Amb.
le Cloiſtre , qu'il fut impoffible
d'approcher de
fon logis , de forte qu'il
falur aller droit à l'Eglife .
On les conduifit d'abord
devant le Grand Autel,
où voyant que M'l'Abbé
de la Mothe , & M² Stolf
s'agenouilloient , ils ſe mirent
auffi à genoux . On
monta enſuite au Jubé
que M'l'Abbé de la Mothe
avoit fait preparer
pour eux , & où l'on n'avoit
laiſſe entrer perfonne.
Ils confidererent toude
Siam. 149
tel'Eglife avec une applim
di
cation que je ne puis vous
repreſenter. Ils endemanderent
la hauteur , & la
largeur , & témoignerent
or
mefme qu'on leur feroit
-el
b
un fort grand plaifir fi on
leur en donnoit lePlan. La
ol
Muſique leur parut tres-
1 belle ,& ils firent par leur
11
b
10
r
Interprete pluſieurs quer
ſtions à M. l'Abbé de la
* Morhe , qui les éclaircit
de ce qu'ils fouhaitoient
12
UC
مح
fçavoir là- deſſus. Ils de-
Niij
150 Voyage des Amb.
manderent auſſi qu'on
leur expliquaſt quelques
Ceremonies , qui regardoient
l'Office , & l'on fatisfit
leur curiofité , auffibien
que celle qu'ils eurent
de vouloir apprendre
ce que c'eſt que l'Orgue
qu'ils écouterent avec
une grande attention,
& fur laquelle ils firent
des demandes pleines d'efprit.
Is firent mille remercimens
à M. l'Abbé de la
Mothe de la peine qu'il ſe
de Siam. ISE
1.
1-
Ia
1,
d
A
e
donnoit de leur expliquer
toutes ces chofes , & le
premier Ambaſſadeur luy
offrit du Betel , je vous
en ay déja parlé dans ma
Relation de Siam . Ils en
machent auſſi ſouvent ,
que prennent icy du Tabac
en poudre ceux qui
l'aiment davantage , &
qui ont toujours la Tabatiere
à la main . Le Be-
.tel fortifie l'estomach , ८
rend l'haleine plus douce.
L'Office eftant finy , on fir
Niiij
152 Voyage des Amb.
la Proceffion, ou fe trouvent
les Chanoines de fix
Chapitres de Paris , fans
compter ceux de Noftre-
Dame , avec le Parlement
&la Ville en Corps . Comme
cette Proceffion eft
fort celebre , & fort auguſte
, M' l'Archeveſque
de Paris y aſſiſte. Jamais
on n'a regardé plus attentivement
aucune Ceremonie
, que les Ambaſſadeurs
firent cette Proceffion
,&jamais on n'a fait
I
de Siam.
153
S
dequeſtions plus fpirituelles
que X celles qu'ils firent,
fur tout pour ſçavoir ce
e que fignifioit la difference
t
t
des habits des Prefidens
& des Confeillers , & de
ceux du Parlement & de
Meffieurs de Ville . Ils
n'en demeurerent pas là ;
car comme on leur parla
1. des differentes Chambres
e
2.
S
du Parlement , comme de
a. la grand Chambre , des
1. Enqueſtes , des Requeſtes,
it ainſi que de la Chambre
154- Voyagedes Amb.
des Comptes , & de la
Cour des Aydes , ils s'informerent
de la fonction
de tous ces Corps , ce
qui ne leur pût eſtre expliqué
qu'en peu de paroles
, à cauſe du peu de
temps que l'on avoit pour
cela ; M'le Doyen , &
pluſieurs Chanoines , les
vinrent falüer au Jubé, &
ils les receurent avec des
honneſtetez qu'il feroit
difficile d'exprimer . En
fortant ils ſe mirent à gede
Siam. 155
a
-
n
a.
汇
noux devant l'Autel de
la Vierge , & dirent qu'ils
avoient esté tellement édifiez
de ce qu'ils avoient
vû, &fur tout de l' air dont
M'l'Archevesque avoit
fait l'Office , que nonſeulement
ils estoient prefts de
demeurer pour l'entendre
encore, s'il vouloit recommencer,
maisque s'il officioit
quatre fois par jour , 5.
qu'ils puſſent y aßifter autant
de fois , ils le feroient
avec beaucoup de plaisir.
156 Voyage des Amb.
Ils s'en retournerent fi
fatisfaits , & fi remplis de
toutes les chofes qu'ils avoient
veuës , qu'ils employerent
quatre Secreraires
tout le foir , pour
écrire leurs remarques.
Je vous ay déja appris
que le ſecond Ambaffadeur
a eſté en Ambaffade
à la Chine de la part du
Roy de Siam. Comme
c'eft un homme de bon
efprit , fage& fort fincere
, on a voulu ſçavoir de
de Siam.
157
-
iluy la difference qu'il faifoit
de ces deux Erats . Il a
dit qu'il y avoit beaucoup
de monde en la Chine ; que
les bords des Rivieres y efsoient
beaucoup plus peuplez
que le reſte du Païs ,
5 que si la France estoit
à proportion außi peuplée
4 dans toutes ſes Campagnes
quelle l'estoit le long des
bords de la Loire qu'il avoit
vûs, il y avoit autant
de monde en France qu'en
S
1
la Chine , à proportion de
158 Voyage des Amb.
l'étendue de l'unes de l'autre
Etat ; que ſuivant même
ce qu'il venoit de dire ,
on devoit croire qu'ily en a
davantage en France; mais
que ce qui les égaloit , au
moins felon ce qu'il avoit
vû , estoit que la Chine luy
avoit paru peuplée , ainsi
que je viens de vous marquer,
quoy qu'il n'eust point
vû de Femmes , parce qu'-
elles ne s'y montrent point.
Il dit à l'égard de Paris ,
& de la Capitale de la
de Siam.
159
111
re
all
Chine , qu'il avoit vû autant
d'hommes à Pequin ,
qui est le nom de cette Cappiittaallee,,
que d'hommes es de
femmes ensemble à. Paris.
Il peut dire vray , mais il
peut auſſi ſe tromper,
1) n'ayant pas encore affez
vù Paris pour en juger.
Il en parle fur deux chofes
; fur ce qu'il a vû le
jour qu'il fit ſon Entrée ,
&ce qu'il vit dans Noſtre
me&aux environs le jour
nt
s
I de l'Afſomption . A l'égard
150 Voyage des Amb.
des Jardins , que ceux qui
ont fait imprimer des
Voyages de la Chine ,
vantent tant , il affcure
qu'ils font infiniment plus
beaux en France , comme
beaucoup d'autres chofes
. Il faut remarquer que
lors qu'il a parlé ainfi , il
n'avoit point eu Audience
, ny vù les Jardins
de Versailles & de Saint
Cloud;& que ce qu'il dit
à l'égarddu peuple de Paris
feulement , parce qu'il
de Siam. 161
ne l'a pas encore tout vù,
de eſt avantageux à la France
, puis que fa fincerité
ne
paroiffant par là ( au lieu
que d'autres flateroient
m
10
;
el
al
d
Pa
ceux du Pays où ils font )
fait connoiſtre qu'il dit
vray , lors qu'il nous donne
l'avantage fur d'autres
articles..
Quoy que lesAmbaffa
deurs euffent refolu de ne
manger en publicqu'aprés
avoir euAudienceduRoy,
ils ne laiſserentpas de voir
162 Voyage des Amb.
,
quelques Perſonnes diftinguées.
Ils font ſi reconnoifſans
que dés que
parmy beaucoup d'autres,
ils apercevoient quelqu'un
de ceux qui les avoient
reçeusſur leur rou
te avec plus d'affection
que
que d'autres, ils les demêloient
auſſi- toft , leur parloient
les premiers , &
leur faifoient cent careffes
. On ne peut exprimer
celles qu'ils firent à Madame
l'Intendante de
de Siam. 163
1
Je
U
a
UA
e
r
&
de
Breſt , lors qu'ils la virent
à Paris . Ils ne fe contentent
pas de trouver à leur
gouſt les Metsqu'on aprête
en France , ils veulent
ſçavoir de quoy ils font
compofez , & font aporter
devant eux tout ce
qui entre dans les Ragoufts
les plus délicats
non pour le defir d'avoir
de quoy manger délicatement,
mais pour ne s'em
pas retourner en leur Païs
fans y porter tout ce qui
O ij
164 Voyage des Amb.
regarde les Arts , & les
Coûtumes de France , &
afin de nerien oublier, ils
ont mefme greffé des Arbres
dans le Jardin de
l'Hoſtel des Ambaſſadeurs.
Ce qu'ils fouhairent
le plus d'emporter
d'icy , & qu'ils préferent
à ce qu'on leur pourroit
donner de plus précieux ,
& de plus riche , ce font
des Cartes du Royaume ,
des Plans des Places fortes
,&des Maiſons Royade
Siam. 165
les , des Tableaux ou des
3 Eſtampes , où le Roy
| foit à la teſte de ſes Armées,
d'autres qui leur redeprefentent
, les Armées
1. Navales de Sa Majefté,&
d'autres où ils puiſſent
et voir toutes fes Chaffes .Le
nt Pere de la Chaife , en leur
bit rendant une ſeconde vifite
à Paris , leur fit preſent
de liqueurs , & leur dit ,
2. Que le Roy avoit beaucoup
r. de joye , de ce qu'il entendoit
-2. dire tous les jours d'eux & a
166 Voyage des Amb.
de leur esprit. Lors qu'ils
eſtoient fur le point d'avoir
Audience , le Roy fut
attaqué d'une fiévre quarte,
& ce futalors qu'ils redoublerent
leurs inſtances
pour ne voir perfonne
; ils dirent Que voir du
monde d'eftoit se divertir,
qu'ils ne devoient prendre
aucun plaisir tant que la
Ma'adre du Roy dureroit .
S'ils en uſent de cette maniere
pour un Monarque
dont ils ne font pas nez
A
n
Dolinar Del F
de Siam.
167
Sujets , vous pouvezjuger
de ce qu'ils font pour leur
Souverain . Le profond
refpect qu'ils ont pour luy
leur en a fait rendre un
tres grand à la Lettre dont
il les avoit chargez , pour
l'apporter à Sa Majefté.
Elle estoit placée à l'Hô
tel des Ambaſſadeurs ,
dans le fond de la Ruelle
du Lit de Parade du premier
Ambaſſadeur , de la
maniere que vous la
yoyez dans la Planche
168 Voyage des Amb.
que je vous envoye , &
que j'ay fait deffiner exprés
fur le lieu. On l'avoit
enfermée dans trois
Boëtes . Celle de deffus étoit
de bois verny du Japon;
la feconde d'argent,
& la troifiéme d'or. La
Lettre qui estoit écrite
fur une Lame d'or roulée,
les Roys de Siam n'écrivant
jamais que fur l'or ,
eſtoit dans cette derniere .
Toutes cesBoëtes estoient
couvertes d'un Brocard
d'or
de Siam. 169
1
d'or , & fermées avec le
Sceau du premier Ambaffadeur
qui estoit en Cire
blanche. Les Ambaſſadeurs
mettoient tous les
jours des fleurs nouvelles
deffus ,& toutes les fois
qu'ils paffoient devant
cette Lettre , ils faifoient
de profondes inclinations .
Quoy qu'ils n'ayent point
icy de Talapoins , ils ne
laiſsent pas d'y faire des
exercices de leur Religion
. Ils se mettent à ge
0
P
170 Voyagedes Amb.
noux , élevent les mains
pluſieurs fois,& touchent
la terre de la teſte. Ils diſent
qu'on a rapporté
beaucoup de choſes de
leur Religion qui ne font
pas vrayes , qu'ils font
pluſieurs de Meditations
dont les principales font,
de faire reflexion fur ce
que le Mary doit à ſaFemme
, & la Femme à fon
Mary , le Pere à fon Fils ,
le Fils a fon Pere,& l'Amy
à fon Amy ,& que le plus
de Siam. 171
S
t
1
e
e
t
S
vertueux eft parmy eux
le plus ſaint.
n'avoient pas encore
eu Audience , ils crurent
ne devoir point pa
roiftre en public avant
que d'avoir falué Sa Majeſté
,& ainſi ils demanderent
qu'on ne laiſsaſt entrer
perſonne pour les
dvoir manger. L'ordre en
fut donné , & la connoif
fance qu'on en eur , empefcha
les curieux de fe
33 20 7653333330 27N 28
146 Voyage des Amb.
preſenter à la porte de
leur Hoſtel ; mais quoy
qu'ils euſſent reſolu de
n'en point fortir juſqu'au
jour de l'Audience , on jugea
neanmoins a propos
de leur faire voir la Proceffion
qu'on fait tous les
ans a Noftre-Dame le
jourde l'Aſsomption, parce
qu'elle édifie beaucoup
,& que ne ſe faiſant
qu'une fois l'année , ils
s'en retourneroient fans
la voir s'ils ne prenoient
pas cette occafion. On
de Siam. 147
laiſſa à M l'Abbé de la
Mothe , grand Archidiadf
cre , le ſoin de faire les
honneurs du Chapitre. Il
reſolut qu'avant que de
faire entrer les Ambaffa-
- deurs dans l'Eglife , ils
viendroient ſe repofer
| chez luy , & qu'ils y feroient
collation en atten-
0
ar
dant que l'Office fuſt preſt
■ à commencer . Il fit tout
1 preparer pour cela , mais
inutilement , car la foule
ſe trouva fi grande dans
Nij
148 Voyage des Amb.
le Cloiſtre , qu'il fut impoffible
d'approcher de
fon logis , de forte qu'il
falur aller droit à l'Eglife .
On les conduifit d'abord
devant le Grand Autel,
où voyant que M'l'Abbé
de la Mothe , & M² Stolf
s'agenouilloient , ils ſe mirent
auffi à genoux . On
monta enſuite au Jubé
que M'l'Abbé de la Mothe
avoit fait preparer
pour eux , & où l'on n'avoit
laiſſe entrer perfonne.
Ils confidererent toude
Siam. 149
tel'Eglife avec une applim
di
cation que je ne puis vous
repreſenter. Ils endemanderent
la hauteur , & la
largeur , & témoignerent
or
mefme qu'on leur feroit
-el
b
un fort grand plaifir fi on
leur en donnoit lePlan. La
ol
Muſique leur parut tres-
1 belle ,& ils firent par leur
11
b
10
r
Interprete pluſieurs quer
ſtions à M. l'Abbé de la
* Morhe , qui les éclaircit
de ce qu'ils fouhaitoient
12
UC
مح
fçavoir là- deſſus. Ils de-
Niij
150 Voyage des Amb.
manderent auſſi qu'on
leur expliquaſt quelques
Ceremonies , qui regardoient
l'Office , & l'on fatisfit
leur curiofité , auffibien
que celle qu'ils eurent
de vouloir apprendre
ce que c'eſt que l'Orgue
qu'ils écouterent avec
une grande attention,
& fur laquelle ils firent
des demandes pleines d'efprit.
Is firent mille remercimens
à M. l'Abbé de la
Mothe de la peine qu'il ſe
de Siam. ISE
1.
1-
Ia
1,
d
A
e
donnoit de leur expliquer
toutes ces chofes , & le
premier Ambaſſadeur luy
offrit du Betel , je vous
en ay déja parlé dans ma
Relation de Siam . Ils en
machent auſſi ſouvent ,
que prennent icy du Tabac
en poudre ceux qui
l'aiment davantage , &
qui ont toujours la Tabatiere
à la main . Le Be-
.tel fortifie l'estomach , ८
rend l'haleine plus douce.
L'Office eftant finy , on fir
Niiij
152 Voyage des Amb.
la Proceffion, ou fe trouvent
les Chanoines de fix
Chapitres de Paris , fans
compter ceux de Noftre-
Dame , avec le Parlement
&la Ville en Corps . Comme
cette Proceffion eft
fort celebre , & fort auguſte
, M' l'Archeveſque
de Paris y aſſiſte. Jamais
on n'a regardé plus attentivement
aucune Ceremonie
, que les Ambaſſadeurs
firent cette Proceffion
,&jamais on n'a fait
I
de Siam.
153
S
dequeſtions plus fpirituelles
que X celles qu'ils firent,
fur tout pour ſçavoir ce
e que fignifioit la difference
t
t
des habits des Prefidens
& des Confeillers , & de
ceux du Parlement & de
Meffieurs de Ville . Ils
n'en demeurerent pas là ;
car comme on leur parla
1. des differentes Chambres
e
2.
S
du Parlement , comme de
a. la grand Chambre , des
1. Enqueſtes , des Requeſtes,
it ainſi que de la Chambre
154- Voyagedes Amb.
des Comptes , & de la
Cour des Aydes , ils s'informerent
de la fonction
de tous ces Corps , ce
qui ne leur pût eſtre expliqué
qu'en peu de paroles
, à cauſe du peu de
temps que l'on avoit pour
cela ; M'le Doyen , &
pluſieurs Chanoines , les
vinrent falüer au Jubé, &
ils les receurent avec des
honneſtetez qu'il feroit
difficile d'exprimer . En
fortant ils ſe mirent à gede
Siam. 155
a
-
n
a.
汇
noux devant l'Autel de
la Vierge , & dirent qu'ils
avoient esté tellement édifiez
de ce qu'ils avoient
vû, &fur tout de l' air dont
M'l'Archevesque avoit
fait l'Office , que nonſeulement
ils estoient prefts de
demeurer pour l'entendre
encore, s'il vouloit recommencer,
maisque s'il officioit
quatre fois par jour , 5.
qu'ils puſſent y aßifter autant
de fois , ils le feroient
avec beaucoup de plaisir.
156 Voyage des Amb.
Ils s'en retournerent fi
fatisfaits , & fi remplis de
toutes les chofes qu'ils avoient
veuës , qu'ils employerent
quatre Secreraires
tout le foir , pour
écrire leurs remarques.
Je vous ay déja appris
que le ſecond Ambaffadeur
a eſté en Ambaffade
à la Chine de la part du
Roy de Siam. Comme
c'eft un homme de bon
efprit , fage& fort fincere
, on a voulu ſçavoir de
de Siam.
157
-
iluy la difference qu'il faifoit
de ces deux Erats . Il a
dit qu'il y avoit beaucoup
de monde en la Chine ; que
les bords des Rivieres y efsoient
beaucoup plus peuplez
que le reſte du Païs ,
5 que si la France estoit
à proportion außi peuplée
4 dans toutes ſes Campagnes
quelle l'estoit le long des
bords de la Loire qu'il avoit
vûs, il y avoit autant
de monde en France qu'en
S
1
la Chine , à proportion de
158 Voyage des Amb.
l'étendue de l'unes de l'autre
Etat ; que ſuivant même
ce qu'il venoit de dire ,
on devoit croire qu'ily en a
davantage en France; mais
que ce qui les égaloit , au
moins felon ce qu'il avoit
vû , estoit que la Chine luy
avoit paru peuplée , ainsi
que je viens de vous marquer,
quoy qu'il n'eust point
vû de Femmes , parce qu'-
elles ne s'y montrent point.
Il dit à l'égard de Paris ,
& de la Capitale de la
de Siam.
159
111
re
all
Chine , qu'il avoit vû autant
d'hommes à Pequin ,
qui est le nom de cette Cappiittaallee,,
que d'hommes es de
femmes ensemble à. Paris.
Il peut dire vray , mais il
peut auſſi ſe tromper,
1) n'ayant pas encore affez
vù Paris pour en juger.
Il en parle fur deux chofes
; fur ce qu'il a vû le
jour qu'il fit ſon Entrée ,
&ce qu'il vit dans Noſtre
me&aux environs le jour
nt
s
I de l'Afſomption . A l'égard
150 Voyage des Amb.
des Jardins , que ceux qui
ont fait imprimer des
Voyages de la Chine ,
vantent tant , il affcure
qu'ils font infiniment plus
beaux en France , comme
beaucoup d'autres chofes
. Il faut remarquer que
lors qu'il a parlé ainfi , il
n'avoit point eu Audience
, ny vù les Jardins
de Versailles & de Saint
Cloud;& que ce qu'il dit
à l'égarddu peuple de Paris
feulement , parce qu'il
de Siam. 161
ne l'a pas encore tout vù,
de eſt avantageux à la France
, puis que fa fincerité
ne
paroiffant par là ( au lieu
que d'autres flateroient
m
10
;
el
al
d
Pa
ceux du Pays où ils font )
fait connoiſtre qu'il dit
vray , lors qu'il nous donne
l'avantage fur d'autres
articles..
Quoy que lesAmbaffa
deurs euffent refolu de ne
manger en publicqu'aprés
avoir euAudienceduRoy,
ils ne laiſserentpas de voir
162 Voyage des Amb.
,
quelques Perſonnes diftinguées.
Ils font ſi reconnoifſans
que dés que
parmy beaucoup d'autres,
ils apercevoient quelqu'un
de ceux qui les avoient
reçeusſur leur rou
te avec plus d'affection
que
que d'autres, ils les demêloient
auſſi- toft , leur parloient
les premiers , &
leur faifoient cent careffes
. On ne peut exprimer
celles qu'ils firent à Madame
l'Intendante de
de Siam. 163
1
Je
U
a
UA
e
r
&
de
Breſt , lors qu'ils la virent
à Paris . Ils ne fe contentent
pas de trouver à leur
gouſt les Metsqu'on aprête
en France , ils veulent
ſçavoir de quoy ils font
compofez , & font aporter
devant eux tout ce
qui entre dans les Ragoufts
les plus délicats
non pour le defir d'avoir
de quoy manger délicatement,
mais pour ne s'em
pas retourner en leur Païs
fans y porter tout ce qui
O ij
164 Voyage des Amb.
regarde les Arts , & les
Coûtumes de France , &
afin de nerien oublier, ils
ont mefme greffé des Arbres
dans le Jardin de
l'Hoſtel des Ambaſſadeurs.
Ce qu'ils fouhairent
le plus d'emporter
d'icy , & qu'ils préferent
à ce qu'on leur pourroit
donner de plus précieux ,
& de plus riche , ce font
des Cartes du Royaume ,
des Plans des Places fortes
,&des Maiſons Royade
Siam. 165
les , des Tableaux ou des
3 Eſtampes , où le Roy
| foit à la teſte de ſes Armées,
d'autres qui leur redeprefentent
, les Armées
1. Navales de Sa Majefté,&
d'autres où ils puiſſent
et voir toutes fes Chaffes .Le
nt Pere de la Chaife , en leur
bit rendant une ſeconde vifite
à Paris , leur fit preſent
de liqueurs , & leur dit ,
2. Que le Roy avoit beaucoup
r. de joye , de ce qu'il entendoit
-2. dire tous les jours d'eux & a
166 Voyage des Amb.
de leur esprit. Lors qu'ils
eſtoient fur le point d'avoir
Audience , le Roy fut
attaqué d'une fiévre quarte,
& ce futalors qu'ils redoublerent
leurs inſtances
pour ne voir perfonne
; ils dirent Que voir du
monde d'eftoit se divertir,
qu'ils ne devoient prendre
aucun plaisir tant que la
Ma'adre du Roy dureroit .
S'ils en uſent de cette maniere
pour un Monarque
dont ils ne font pas nez
A
n
Dolinar Del F
de Siam.
167
Sujets , vous pouvezjuger
de ce qu'ils font pour leur
Souverain . Le profond
refpect qu'ils ont pour luy
leur en a fait rendre un
tres grand à la Lettre dont
il les avoit chargez , pour
l'apporter à Sa Majefté.
Elle estoit placée à l'Hô
tel des Ambaſſadeurs ,
dans le fond de la Ruelle
du Lit de Parade du premier
Ambaſſadeur , de la
maniere que vous la
yoyez dans la Planche
168 Voyage des Amb.
que je vous envoye , &
que j'ay fait deffiner exprés
fur le lieu. On l'avoit
enfermée dans trois
Boëtes . Celle de deffus étoit
de bois verny du Japon;
la feconde d'argent,
& la troifiéme d'or. La
Lettre qui estoit écrite
fur une Lame d'or roulée,
les Roys de Siam n'écrivant
jamais que fur l'or ,
eſtoit dans cette derniere .
Toutes cesBoëtes estoient
couvertes d'un Brocard
d'or
de Siam. 169
1
d'or , & fermées avec le
Sceau du premier Ambaffadeur
qui estoit en Cire
blanche. Les Ambaſſadeurs
mettoient tous les
jours des fleurs nouvelles
deffus ,& toutes les fois
qu'ils paffoient devant
cette Lettre , ils faifoient
de profondes inclinations .
Quoy qu'ils n'ayent point
icy de Talapoins , ils ne
laiſsent pas d'y faire des
exercices de leur Religion
. Ils se mettent à ge
0
P
170 Voyagedes Amb.
noux , élevent les mains
pluſieurs fois,& touchent
la terre de la teſte. Ils diſent
qu'on a rapporté
beaucoup de choſes de
leur Religion qui ne font
pas vrayes , qu'ils font
pluſieurs de Meditations
dont les principales font,
de faire reflexion fur ce
que le Mary doit à ſaFemme
, & la Femme à fon
Mary , le Pere à fon Fils ,
le Fils a fon Pere,& l'Amy
à fon Amy ,& que le plus
de Siam. 171
S
t
1
e
e
t
S
vertueux eft parmy eux
le plus ſaint.
Fermer
Résumé : Ce qu'ils ont fait & dit à Paris depuis le jour de leur Entrée jusques à celuy qu'ils ont eu Audience du Roy, où l'on voit ce qui s'est passé à Nostre-Dame le jour qu'ils y ont esté, & quantité d'autres choses curieuses. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, en attente de leur audience avec le roi de France, décidèrent de ne pas apparaître en public avant cette rencontre et demandèrent que personne ne les voie manger. Ils furent invités à assister à la procession annuelle de l'Assomption à Notre-Dame, où ils furent accueillis par l'abbé de la Mothe. La foule les obligea à se rendre directement à l'église. À l'intérieur, ils montrèrent un grand intérêt pour l'architecture de l'église, posant des questions sur sa hauteur et sa largeur et exprimant le désir d'obtenir un plan. Ils furent également impressionnés par la musique et l'orgue, posant des questions détaillées à l'abbé de la Mothe. Après l'office, ils observèrent attentivement les différences dans les habits des dignitaires et reçurent plusieurs d'entre eux avec honneur. Les ambassadeurs étaient très reconnaissants et curieux, posant des questions sur divers aspects de la religion et des cérémonies. Ils offrirent du bétel à l'abbé de la Mothe, expliquant ses bienfaits. Après la procession, ils s'agenouillèrent devant l'autel de la Vierge, déclarant qu'ils auraient aimé assister à d'autres offices. Ils employèrent quatre secrétaires pour noter toutes leurs observations. Le second ambassadeur, ayant été en mission en Chine, compara les deux pays, notant que la France semblait aussi peuplée que la Chine, bien qu'il n'ait pas vu de femmes en Chine. Il trouva les jardins français plus beaux que ceux de la Chine. Les ambassadeurs rencontrèrent plusieurs personnes distinguées et leur firent des marques d'affection, malgré leur résolution de ne pas manger en public avant l'audience royale. Ils étaient également intéressés par la composition des mets français et voulurent tout apprendre sur les arts et coutumes de France. Ils plantèrent même des arbres dans le jardin de leur hôtel pour ne rien oublier. Lorsqu'ils furent sur le point d'avoir audience, le roi tomba malade, et ils redoublèrent leurs instances pour ne voir personne, montrant un profond respect pour leur souverain. La lettre qu'ils devaient remettre au roi de France était placée dans trois boîtes emboîtées, la dernière en or, et était écrite sur une lame d'or. Ils faisaient des inclinations profondes chaque fois qu'ils passaient devant cette lettre. Malgré l'absence de talapoins en France, ils pratiquaient leur religion en se mettant à genoux et en touchant le sol avec leur tête. Ils méditaient sur les devoirs familiaux et amicaux, considérant la vertu comme la sainteté suprême.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1990
p. 171-225
Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy estant guery de la Fiévre-quarte, dont il [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Siam, Trône, Audience, Ambassadeur, Ambassadeurs, Gardes du corps, Prince, Galerie, Duc de La Feuillade, Dauphin, Gardes de la porte, Suisses, Bonnets, Fleurs, Inclinations, Religion, Parler, France, Officiers, Versailles, Gardes françaises, Louvre, Trompettes, Compliments, Cérémonies, Maison royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Le Roy estant guery de
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
la Fiévre- quarte , dont il
ayoit eu quelques accés ,
declara qu'il donneroit
Audience aux Ambaſſadeus
le premier jour de
Septembre . Ce jour - là
M'le Maréchal Duc de la
Feuillade, M'de Bonneuil,
Introducteur des Ambaffadeurs
, &M* Giraut, qui
맥 l'accompagne toujours
dans cette fonction , les
Pij
172 Voyage des Amb.
allerent prendre à l'Ho
ſtel des Ambaſſadeurs ,
dans les Caroffes du Roy,
& de Madame la Dauphine
, avec pluſieurs autres
Caroſſes de ſuite. M.
de la Feuillade leur marqua
la joye qu'il avoit de
les venir querir pour les
mener à l'Audience du
Roy , & leur dit qu'il auroit
l'honneur deles conduire
à toutes les Audiences
que leur donneroit Sa
Majefté. Le premier Amde
Siam.
173
.
a
baffadeur luy fit connoiſtre
l'extrême paffion qu'-
ils avoient de voir le Roy,
&luy dit, Que cet heureux
jour, pour lequel ils avoient
traverſé tant de Mers ,
estoit enfin arrivé Ils monterent
enfuite dans le Caroffe
du Roy , qui fut environné
de pluſieurs Va-
Iets de pied de Sa Majeſté
, & précedé par ceux
de M. de la Feuillade. Ils
s'entretinrent pendant la
plus grande partie du che-
Pij
174 Voyage des Amb.
min de la Religion des Siamois
, dont M. de la Feuillade
demanda les particularitez
. L'Ambaffadeur
luy répondit avec beaucoup
d'eſprit , Que tout ce
qu'on diſoit d'une Religion
inconnuë devoit d'abord
paroiftre ridicule à des per
Sonnes qui n'en avoient
nulle connoiffance , & qui
en profefforent une autre ,
parce qu'il eft naturel de
croire toûjours la Religion
que l'on a embraßee , 04
deSiam.
175
汇
dans laquelle on est né , la
1 meilleure de toutes , esqu'-
+ enfin il falloit plus de temps
pour parler à fond fur une
Afi grande matiere, &entrer
dans des details qui de
mandoient plus d'application
qu'ils n'en pouvoient
alors donner; qu'autrement
201
e
01
les choses les plus réelles pa-
* roiſſoient fans fondement
Es sans vray -Semblance..
Aprés cela ilsentrerent.en
10
conversation, & l'Ambaf_
fadeur ayant expliqué à
Pij
176 Voyage des Amb.
peu prés les chofes que je
vous ay déja marquées ſur
leur Religion , en ajoûta
trois , qu'il dit en eſtre les
trois principaux points ,
qui font, l'Amour des Ennemis
, l'Humilité , & la
Penitence.
Comme on ne peut aller
à Versailles fans voir
Saint Cloud & Meudon ,
& que ces Maiſons paroiffent
beaucoup , on dit
à l'Ambaſſadeur que l'une
appartenoit à Monfieur,
deSiam. 177
1
Frere unique de Sa Majeſté
, & l'autre à M. de
Louvois , Miniſtre d'Etat .
Il dit qu'il ne s'étonnoit
point de voir de fi belles
- Maiſons dans le Royaume,
Essur tout aprés le haut
point de gloire où le Roy avoit
mis la France. Enfin
on arriva à Versailles par
la grande avenuë, aprés
une converſation toute
pleine d'eſprit. Il y avoit
e dans la premiere Court
r mille hommes du Regi
178 Voyage des Amb.
ment des Gardes Françoi
fes& Suiffes ſous les armes
. Ils estoient tous veftus
en Juſteau corps rouges
brodez , & formoient
cinq files de chaque cofté,
Enſeignes déployées , &
tous lesOfficiers laPique à
la main. Les Suiffes eftoiet
à droite , & les François
à gauche , mais fans qu'ils
changent de diſpoſition ,
les François fe trouvent à
la droite de ceux qui fortent
du Chafteau , & les
de Siam. 179
S
ر
a
es
Suiffes à la gauche . On dit
aux Ambaſſadeurs que
c'eſtoit la Garde ordinaire
de dehors , qui monte
tous les trois jours. On
trouva les Gardes de la
Porte, qui formoient deux
hayes au delà de la porte
de la feconde Court . Ces
Gardes font pour ouvrir
la porte à ceux dont les
Caroffes ont droit d'enrrer
dans le Louvre ; ils
ne la gardent point la
nuit , & à fix heures du
180 Voyage des Amb.
ſoir les Gardes du Corps
en prennent poffeffion .
Les Ambaſſadeurs furent
conduits dans une Salle
appellée la Salle de Def
cente. C'est un lieu où l'on
mene tous les Ambaſſadeurs
en attendant l'heure
de l'Audience . On leur
fervit à déjeuner , mais ils
ne voulurent point manger
; ils ſe laverent feulement
, car ils font d'une
propreté extraordinaire .
Ils mirent enfuire les Bonde
Siam. 181
nets qui marquent leur
Dignité , & dont je vous
ay déja parlé. Ils ont au
bas de ces Bonnets , des
Couronnes d'or larges de
deux à trois doigts , d'où
fortent des fleurs faites de
feuilles d'or tres- minces ,
au milieu deſquelles font
1 quelques Rubis à la place
de la graine . Comme les
feüilles d'or qui forment
ces fleurs font fort lege-
-fres , elles ont un mouvement
qui les fait paroiſtre
e.
182 Voyage des Amb.
toûjours agitées. Le troifiéme
Ambaſſadeur n'a
point de ces fleurs autour
de ſa Couronne , il n'a
qu'un Cercle d'or large
de deux grands doigts &
cizelé. Lors qu'ils faifoient
travailler à ces Couronnes
par un Orphévre de
Paris , cét Orphévre leur
ayant dit qu'elles eſtoient
bien legeres , le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Qu'ils les faisoient faire
pour des hommes, & quefi
de Siam. 183
10
هللا
be
elles estoient plus lourdes, il
les faudroit donner à porter
àdesBeftes . Leshuit Mandarins
qui accompagnent
les Ambaſsadeurs,ont une
pareille coëfure de Moufſeline
, mais il n'y a point
de Couronne autour de
leurs Bonnets. Ceux à qui
ces marquesde dignitéont
eſté données , n'oferoient
paroiftre devant le Roy
de Siam ſans les avoir,
L'heure de l'Audience étant
venuë , l'Introduce
184 Voyage des7
Amb.
teur des Ambassadeurs les
vint avertir que le Roy étoit
preſt á ſe mettre dans
fon Trône , & qu'il eſtoit
temps de partir. Il faut remarquer
que la Salle où
ils eftoient , regarde prefque
l'Eſcalierpar lequel ils
devoient monter chez le
Roy , & que pour ſe rendre
à cét Efcalier , il falloit
qu'ils traverſaffent la
Court. Ils trouverent en
haye dans cette Court les
Gardes de la Prevoſté, &
de Siam. 185
lesCent- Suiſses en approchant
de l'Eſcalier . M
Giraut marchoit à la teſte
des Domeſtiques des Ambassadeurs
; M' de Blainville
, grand Maiſtre des
Ceremonies , M. de Bon-
1 neuil Introducteur des
Ambassadeurs , & M
- Stolff Gentilhomme or-
Idinaire de la Maiſon du
| Roy , & nommé par Sa
Majesté pour les accom- el
pagner pendant tout le
| temps qu'ils feront ent
உ
186 Voyage des Amb.
France , venoient enfuite.
La Lettre du Roy de Siam
eſtoit portée par douze
Suifses dans la mesme
machine qui estoit à la
ruelle du Lit du premier
Ambassadeur , & que je
vous ay déja fait voir
gravée , & l'on portoit
quatre Parasols pour
couvrir cette Machine.
On avoit ordonné que
pour faire honneur à cette
Lettre , ily auroit au pied
de l'Escalier , en dehors ,
1
1
de Siam. 187
e
trente-fix Tambours , &
و
vingt - quatre Trompetes.
Les trois Ambaſsa
deurs marchoient de
front avec M² de la Feuillade
, & l'on portoit auprés
d'eux les marques de
leur dignité , qui font de
grandes Boetes rondes cizelées
avec des couvercles
relevez . C'eſt le Roy
de Siam qui les donne , &
l'on ne paroiſt jamais de--
vant luy ſans les avoir..
Elles font differentes auf
4
Qij
188 Voyage des Amb.
fi- bien que les Couronnes
, & font connoiſtre le
rang de ceux à qui elles apartiennent.
LesCours du
Chasteau estoient toutes
remplies de monde pour
voir paffer les Ambaffadeurs
. Ils trouverent deux
hayes desCent Suiffes, fur
le grand Efcalier , dont les
Eaux joüoient & faifoient
plufieurs napes dans le
milieu. Ils le traverſerent
au bruit des Fanfares des
yingt- quatre Trompetes
de Siam.
197
a
les falüa auffi. On ne
ſçauroit rien repreſenter
où le reſpect puiſse eftre
plus marqué , qu'il
l'eſtoit fur le viſage des
Ambassadeurs & de tous
ceux de leur fuire. Ils l'imprimerent
dans tous les
coeurs , & cette extreme
veneration qu'ilsfirent paroiſtre
pour laPerſonne de
Sa Majesté, leur attira de
S
S
grandes loüanges. Le Roy
avoit à la droite de fon
Trône Monſeigneur le
Riij
198 Voyage des Amb.
Dauphin , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur
le Duc de Bourbon,
& Monfieur le Comte
de Toulouſe ; & à fa gauche,
Monfieur , Monfieur
le Duc , & Monfieur le
Ducdu Maine . Sonhabit
eftoit brodé à plein. Il y
avoit deſsus pour plufieurs
millions de Pierreries
, leſquelles formoient
en beaucoup d'endroisles
ornemens de la broderie.
Tous les Princes avoient
de Siam.
199
۲
د
des habits ou brodez , ou
de brocards d'or tous
couverts de Pierreries.Celuy
de Monfieur eftoit
noir , à cauſe que ce Prince
porte le deuil, & cette
couleur donnant un plus
vif éclat aux Diamans
dont il eſtoit remply, il n'y
avoit rien de plus brillant..
L'habit de Monfieur le
Duc du Maine estoit auffi
【
S
diftingué par un tresgrand
nombre de Rubis .Tous les
حا
grands Officiers du Roy
ו
Riiij
200 Voyage des Amb.
M.le Duc de Montaufier,
& ceux qui ont des Survivances
, eſtoient derriere
Sa Majesté , & derriere
ces Princes. Aprés
les troifiémes inclinations
dont je vous viens de parler
, le premier Ambaffadeur
commença ſa Harangue
. Quand il eut achevé,
M'l'Abbé de Lionne
, qui l'avoit traduire ,
la lût en François . Comme
c'eſt une Piece qui
peut eftre dérachée , je la
de Siam. 201
referve pour la fin de cette
Relation , afin de n'interrompre
pas les particularitez
de l'Audience.
M² l'Abbé de Lionne
ayant ceffé de parler ,
le premier Ambaſſadeur
monta pour remettre la
Lettre du Roy de Siam
entre les mains de SaMajeſté.
Les deux autres l'accompagnerent
, mais ils
laifferent toûjours une
marche entre eux , & le
premier Ambaſſadeur; ain202
Voyagedes Amb.
fi ils n'approcherent pas fi
prés . Le Roy ſeleva pour
prendre la Lettre , & la
reçeut debout , &découvert.
Enfuite Sa Majesté
appella M² l'Abbé de
Lionne , & luy dit qu'il
demandaſt à l'Ambaffadeur
des nouvelles de la
Santé du Roy de Siam, &
en quel eſtat il l'avoit
laiſsé quandil eſtoit party.
Le Roy demanda auſſi des
nouvelles de la Santé de
la Princeſse Reyne , & a
de Siam. 203
1
prés les réponſes de l'Ambaſsadeur,
Sa Majesté luy
ba
dit , Que s'il avoit quelque
choſe à luy propoſer , il le
pouvoitfaire,esqu Elle l'écouteroit.
L'Ambassadeur
demeura fi penetré des
bontez du Roy , qu'il ne
répondit qu'en ſe profternant
le plus bas qu'il put,
Ils recommencerent tous
juſqu'à trois fois les mefmes
inclinations qu'ils avoient
faires en s'approchant
du Trône du Roy,
204 Voyage des Amb.
& fe retirerent ayant toujours
les mains jointes, &
marchant à reculons jufqu'au
bout dela Galerie .
Ils ne ſe retournerent que
lors qu'ils ne pûrent plus
voir le Roy , qui demeura
dans ſon Trônejuſqu'à ce
qu'ils fuſsent fortis de la
Galerie. Comme ils avoient
traverſé tous les
Appartemens fans tourner
les yeux d'aucun coſté
, ſe croyant à tous momens
fur le point de pa
de Siam. 189
2
S
qui ſuivirent. Quand on
fut au haut de l'Efcalier ,
le premier Ambaffadeur
prit dans la Machine un
Vaſe où l'on avoit mis la
Boëte d'or qui renfermoit
la Lettre du Roy fon
Maistre , & le donna à
porter au troifiéme Ambaſſadeur
, puis l'on entra
dans la premiere Salle
des Gardes . Les Gardes du
Corps estoient en haye,
& fort ferrez des deux
coftez des deux premieres
190 Voyage des Amb.
Salles du grand Aparte
ment du Roy . M'le Duc
de Luxembourg les receut
à la porte de la premiere
avec trente Officiers
des Gardes fort lettes
& en jufte-au- corps bleu.
Le compliment de M'de
Luxembourg eftant finy ,
il accompagna les Ambaffadeurs
avec tous les Officiers
de ſa fuite , juſques
au bout de la Galerie où
eſtoir le Trône du Roy ,
& les Trompetes qui é
de Siam. 191
toient entrez avec les
meſmes Ambaffadeurs
pour accompagner la Lettre
du Roy de Siam,&luy
faire plus d'honneur,joue
rent juſques au bout de
la ſeconde Salle où les
Gardes du Corps eſtoient
en haye , & ne pafferent
point dans le reſte de l'Appartement,
que tous ceux
que je vous ay marquez
traverſerent. Ils entrerent
enfuite dans le Salon qui
eſt au bout de l'Apparte
192 Voyage des Amb.
ment , & par lequel on
va dans la Galerie , &
dés qu'ils furent ſous la
grande Arcade qui la ſepare
de ce Salon , & d'où
l'on pouvoit voir le Roy
en face , ils firent trois
profondes inclinations , &
tenant leurs mains jointes
, ils les éleverent autant
de fois juſques à leur
front . Ils firent la meſme
choſe au milieu de la Galerie,
dans laquelle étoient
environ quinze cens perſonnes
deSiam.
193
ſonnes , ce quiformoit fix
à fept rangs de chaque
cofté,& malgré cette foule
M'le Duc d'Aumont,
premier Gentilhomme de
la Chambre d'année , &
qui en cette qualité commandoit
dans lesAppartemens
avoit fi bien pris
ſes meſures , que fix perſonnes
pouvoient paffer
de front dans l'eſpace qui
reftoit vuide au milieu de
la Galerie . Le Trône d'argent
du Roy estoit poſé
د
R
194 Voyage des Amb.
fur une Eſtrade elevée de
neuf marches , & les marches
eftoient couvertes
d'un Tapis à fonds d'or.
Il y en avoit encore un
plus riche ſur l'eſplanade
, & autour de ce Tapis
eftoit une campanne
en broderie qui débordoit
fur la neuvième marche.
Les coſtez de ces neuf
marches eftoient garnis
de grandes Torcheres
d'argent de neuf pieds de
haut,&par delà les mar
de Siam. 195
ches , en élargiſſant toujours
, il y en avoit environ
dans l'eſpace de quatorze
ou quinze pieds de
long, entremelez de grandes
Buires , & de grands
Vaſes d'argent . Cet efpace
eſtoit pour mettre la
fuite des Ambaſſadeurs .
Comme elle precedoit ,
elley fut rangée à droite
& à gauche par M'Giraut ,
& ceux qui la compofoient
ſe profternerent
auffi - toft .Ils auroient toû-
Rij
196 Voyage des Amb.
jours eu le viſage contre
terre , fi le Roy n'euſt
permis qu'ils le regardaffent.
Lors qu'on en parla
à Sa Majesté , Elle dit,
Qu'ils estoient venus de
trop loin pour ne leur pas
permettre de le voir Quand
les trois Ambaſſadeurs furent
au pied de l'Eſtrade ,
ils firent leurs troiſiémes
inclinations , & les firent
fi profondes , qu'on
peut dire , que leur tefte
toucha la terre ; le Roy
de Siam.
205
roiſtre devant le Roy, la
beauté & la richesse des
Appartemens les furprirent
en fortant, & cedant
alors à la curiofité , ils ſe
détacherent pour en regarder
les Meubles . On
leur dit qu'on les ameneroit
tout exprés , afin qu'-
ils pûffent les voir à loifir ,
& le premier Ambaffadeur
répondit , Que c'eftoient
des choses à voir plus
d'une fois. Ils furent reconduits
dans la Salle où
206 Voyage des Amb.
,
ils eftoient defcendus en
arrivant ; & aprés qu'ils
s'y furent un peu repoſez ,
& qu'ils eurent ofté leurs
Bonnets de Ceremonie ,
on les mena dans une autre
Salle , où l'on avoit
ſervy un magnifique Difné.
Ils estoient tout remplis
de l'air majestueux &
delabontédu Roy , & en
parlement avec admiration
pendant la plus grande
partie du Repas ; ce
qu'ils font encore tous
de Siam .
T
0
207
les jours. M'de la Feüillade
diſna avec eux , &
fut placé à la droite entre
le premier , & le fecond
Ambaſſadeur . A la gauche
eſtoient le ſecond Ambaffadeur,
& M² de Bonneüil
enfuite ; à la droite M.
Stolf, à la gauche M. le
Chevalier de Chaumont;
à la droite les huit Mandarins
, à la gauche & vis
à vis , M' Delrieu , Maiftre
d'Hoſtel ordinaire de
la Maiſon du Roy , M.
r
208 Voyage des Amb.
l'Abbé de Lionne , & M.
Giraut. La Table estoit à
Pans,& comme elle estoit
extrémement grande , &
qu'il auroit eſté impoffible
que le plus grand
homme euſt placé des
plats juſques au milieu ,
on yavoit mis cinq Corbeilles
d'argent remplies
des plus belles fleurs, qui
toutes enſemble formoient
une piramide tresagreable.
Les plats furent
portez par les Cent Suif
de Siam. 209)
fes du Roy, ayant en tefte
M² de Riveroles , Controleur
de la Maiſon de Sa
Majeſté. Il y eur trois Services
,fans celuy du Fruit,,
& chaque fervice fut de
trente grands Plats , fans.
comprer les Hors- d'oen--
vre , & les Salades . Le
Defferr eſtoit parfaites
ment beau , & de pirami--
des fort élevées , & le
coloris des fruits , des
fleurs , & des confitures
1
ſeches faifoir un effer
2
S
210 Voyage des Amb.
plaiſant à la veuë. On fervit
quantité de Sous- coupes
, les unes remplies de
differentes liqueurs , &
les autres couvertes de
Taffes , remplies de toutes
fortes d'Eaux glacées ,
Onferviten meſme temps
une autre Table dans un
autre endroit , pour les
Secretaires , & les autres
Perſonnes de la fuite des
Ambaſſadeurs , fans celle
qui fut fervie pour les
Domestiques.Les Ambaf
deSiam. 211
fadeurs & les Mandarins
allerent en fortant de ta--
ble prendre leurs Bonnets.
de Ceremonie , parce que
c'eſtoit l'heure marquée:
pour l'Audience qu'ils de--
voient avoir de Monfeigueur
le Dauphin. Ils fe
rendirent chez ce Prince,
conduits par les mcfmess
Perſonnes qui les avoient
accompagnez à l'Audien
ce du Roy , & pafferent
au travers d'une double
S
e
es
1 haye de Gardes du Corps..
S. ij
212 Voyage des Amb.
Dés qu'ils apperçeûrent
Monſeigneur le Dauphin,
ils firent les meſmes inclinations
qu'ils avoient
faires chez leRoy.Le ſujet
du Compliment de l'Ambaſſadeur
fut fur ce que
le Roy Son Maistre regardoit
ce Prince comme le
digne Fils du plus grand
Roy de l'Europe , & dont
les grandes qualitez,
les Victoires s'estoient fait
connoistre jusques aux extrémite,
z de l'Univers , &
de Siam.
213
que mesme dans le temps
que le Roy faisoit des choses
qui paroiffent incroyables à
Ses Sujets-mefmes , le Roy
Son Maistre avoit eu le
bonheur de les apprendre ,
& d'en recevoir les confirmations
. Ilajoûta , que ce
mesme Roy esperoit que
Monseigneur le Dauphin
eftant forty d'un Sang ft
glorieux es fi genereux ,
-estant luy - mesme si bien-
- faisant , luy accorderoit les
= mesmes avantages , & la
214 Voyage des Amb.
misme amitié que le Roy
Son Pere , esqu'il estoit faché
de n'avoir pas eu le
temps de chercher dans toutes
les Indes des chofes plus
curieuses que celles qu'il luy
envoyoit. Monfcigneur le
Dauphin remercia non
ſeulement le Roy de
Siam , & les Ambaffadeurs
dans fa réponſe;
mais ce Prince fit auffi
connoiſtre qu'il leur donneroit
des marques de ſa
reconnoiffance . Les mou
deSiam. 215
vemens de leurs viſages
montrerent combien ils
eſtoient ſenſibles à des paroles
fi obligeantes , & ils
n'oferent y répondre
qu'en ſe profternant le
plus bas qu'il leur fut
poffible. Ils ſe retirerent
de la même maniere qu'ils
avoient fait chez le Roy.
Ils n'eurent point Audience
de Madame la Dauphine
, parce qu'elle eftoir
accouchée le jour precedent,&
en fortant de chez
216 Voyage des Amb.
Monteigneur le Dauphin,
ils allerent chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Les meſmes Ceremonies
y furent obfervées.
Je ne les repereray
point , & vous diray feulement
qu'elles ont eſté
égales pour toute la Maifon
Royale. L'Ambaffadeur
dit à Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , Que
le Roy de Siam s'estoit réjozy
de fon heureuse Naif-
Sance, &les avoit chargez,
de
de Siam. 217
2
de l'en afſeurer; que la Princeffe
Reine luy envoyoit de
petites bagatelles pour le divertir
quelques momens ,
&quefi elles luy plaiſoient,
elle auroit ſoin de luy en envoyer
d'autres. Ils firent à
peu prés le meſme compliment
chez Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
& pafferent enfuite dans
la Chambre de Monfeigneur
le Duc de Berry.
L'Ambaſſadeur luy dit
Qu'il ne pouvoit que Sou-
T
218 Voyage des Amb.
haitertoutessortes de profperitez
à un Prince qui ne
Sçavoit pas encore parler,
qu'il estoit persuadé qu'il
feroit un jour un tres- grand
Prince, puis qu'il ſembloit
n'eſtre né que pour donner
ſa premiere Audience
à des Ambaſſadeurs venus
defix mille lieuës , & d'un
Païs d'où il n'en estoit point
encore venu en France, &
qu'il ne doutoit pas que lors
qu'il feroit plus grand , le
Roy Son Maistre ne luy
de Siam. 219
fuft connu , & qu'il ne s'en
Souvinſt, puis qu'on avoit
foin d'écrire l'Histoire des
Princes , &que l'Audience
qu'ils avoient ,ſeroit le premier
évenement qu'il rencontreroit
dans la fienne aprés
ſa Naiſſance. Madame
la Mareſchale de la
Mothe, Gouvernantedes
Enfans de France, répondit
à tous ces Complimens
avec l'eſprit qu'on ſçait
qu'elle a toûjours fait paroiſtre
en de pareilles oc-
Tij
220 Voyagedes Amb.
cafions. Ils traverſerent
enfuite la Galerie qui conduit
à l'Appartement de
Monfieur. Ils furent reçûs
par le Capitaine , &
les Officiers deſes Gardes ,
& pafferent la premiere
Sale au travers d'une
double haye des Gardes
du Corps de fon Alteſſe
Royale , & aprés avoir
traverſé pluſieurs Chambres
ils trouverent ce
Prince environné de toude
ſa Cour qui estoit fort
de Siam. 220
nombreuſe. Le Premier
Ambaffadeur , aprés avoir
felicité Monfieur fur les
Villes qu'il a prifes , & fur
le gain de la Bataille de
Caffel , s'étendit ſur la
parfaite union qui eſt en-
:
tre le Roy & ce Prince ,
& qui fait que les Ennemis
du Roy tont les fiens. IL
ajoûta , Qu'il ne doutoit
point que cette union &cette
conformité defentimens
ne fust cauſe qu'il n'eust
pour le Roy Son Maſtre les
Tij
222 Voyage des Amb.
mesmes sentimens que le
Roy avoit pour ce Monarque
, & qu'il eſperoit
que les Amis du Roy Son
Frere seroient ſes Amis,
commeſes Ennemis étoient
devenus lesſiens. Monfieur -
ayant fait à ce compliment
une réponſe auſſi favorable
que les Ambaffadeurs
la pouvoient attendre
, ils allerent chez
Madame, & pafferent encore
au travers d'une
double haye de Gardes
de Siam. 223
du Corps rangez dans la
premiere Salle . Madame
eſtoit accompagnée d'un
grand nombre de Princeffes
& de Ducheffes , & des
principales Dames de fa
Mailo Maiſon , dont les habits
eſtoient tout garnis de
pierreries. Il dit à Madame
, Que c'estoit pour eux
un honneurfort grand , que
de pouvoirfalüer une Heroïne
, Femme d'un Heros
quiestoit Frere d'un grand
5 invincible Monarque ..
Tij (
224 Voyage des Amb.
Es qu'ils mettroient ce jour
là au nombre des plus heureux
de leur vie. Aprés cette
Audience on les reconduifit
dans la Salle où ils
eſtoient defcendus d'abord.
Ilsy quiterent leurs
Bonnets de ceremonie , &
on leur prefenta la Collation
, mais ils ne mangerent
point. Ils monterent
enfuire en Caroffe pour
s'en retourner , & pafferent
encore entre les
Compagnies Françoiſes &
de Siam. 22.5
Suiffes de Garde qui eftoient
fous les Armes. Le
reſte du jour ils ne parlerent
que du Roy , de fa
bonne mine,de ſa taille,&
de la bonté qu'il mefle fi
dignement avec la fierté
Royale qu'un Monarque
doit avoir.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est fait le jour qu'ils ont esté à l'Audience du Roy à Versailles, les Ceremonies qui ont esté observées avec les complimens qu'ils ont faits à la pluspart des Princes & Princesses de la Maison Royale, [titre d'après la table]
Après sa guérison de la fièvre quarte, le roi de France annonça qu'il recevrait les ambassadeurs siamois le 1er septembre. Le maréchal Duc de la Feuillade, accompagné de M. de Bonneuil et M. Giraut, se rendit à leur hôtel pour les escorter. Durant le trajet vers Versailles, les ambassadeurs discutèrent de la religion des Siamois, soulignant que chaque religion peut sembler ridicule à ceux qui en ignorent les détails. À Versailles, les ambassadeurs furent accueillis par des gardes en uniforme et traversèrent plusieurs cours avant d'être conduits dans la salle de descente. Ils refusèrent de déjeuner mais se préparèrent en mettant leurs bonnets de dignité ornés de couronnes d'or et de rubis. Escortés par plusieurs dignitaires, ils furent conduits à l'escalier du roi. La lettre du roi de Siam, portée par douze Suisses, fut accompagnée de tambours et de trompettes. Les ambassadeurs traversèrent les cours remplies de monde, montèrent l'escalier au son des fanfares et firent des inclinations profondes en entrant dans la galerie. Le roi, vêtu d'un habit brodé de pierreries, était entouré de princes et de grands officiers. Après la harangue de l'ambassadeur, traduite par l'abbé de Lionne, le roi reçut la lettre debout et découvert. Il demanda des nouvelles du roi de Siam et de la reine, puis invita l'ambassadeur à faire des propositions. Les ambassadeurs se retirèrent en faisant des inclinations et en marchant à reculons jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus voir le roi. Les ambassadeurs exprimèrent leur admiration pour la beauté et la richesse des appartements royaux. Ils furent invités à un dîner somptueux, avec une table décorée de fleurs et de nombreux plats. Après le repas, ils rencontrèrent le Dauphin, qui répondit favorablement à leurs compliments. Ils rendirent également visite au duc de Bourgogne, au duc d'Anjou, et au duc de Berry, en leur adressant des compliments appropriés. Ils rencontrèrent également Monsieur et Madame, exprimant leur admiration pour leurs exploits et leur union avec le roi. Tout au long de leur visite, les ambassadeurs montrèrent une grande déférence et furent reçus avec des honneurs égaux pour toute la maison royale.
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1991
p. 225-228
Ce qui s'est passé à Paris aprés leur retour. [titre d'après la table]
Début :
Ils estoient si satisfaits de l'avoir vû, & des [...]
Mots clefs :
Pierreries, Roi, Honneur, Ville, Storf, Feu d'artifice, Duc de Berry, Paris
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à Paris aprés leur retour. [titre d'après la table]
Ils eftoient fi
fatisfaits de l'avoir vû , &
des chofes obligeantes
qu'il leur avoirdites , qu'à
leur retour ils embraſſerent
M'Stolf pour loy en
témoigner leur joye , &
226 Voyagedes Amb.
comme on parla au premier
Ambaſſadeur , du
grand nombre de Pierreries
dont l'habit du Roy
eſtoit couvert , il dit , Que
tant qu'ilpourroit avoir le
meſme honneur qu'il avoit
reçû , quelques Pierreries
qu'eust SaMajesté, il neles
verroitjamais , parce qu'il
neregarderoit que le Roy ,
mais qu'il feroit bien aise
de les voir en particulier.
M' le Prevoſt des Marchands
les pria le lende
de Siam.
227
main qu'ils eurent eu Audience
, de ſe trouver à
l'Hôtel de Ville pour voir
le Feu d'Artifice que la
Ville faiſoit tirer pour fe
réjoüir de l'heureuſe Naiffance
de Monſeigneur le
Duc de Berry. Il répondit,
Qu'ils luy estoient extremement
obligez de l'honneur
qu'il leur faisoit , mais que
n'ayant point encore euAudience
du refte der la Mai-
Son Royale , ils ne croyoient
pas devoir aller en aucun
228 Voyage des Amb.
lieu public. Une Demoifelle
qui chante fort bien,
& qui a beaucoup de
charmes pour ſe faire regarder,
ayant eſté chanter
deuant eux on luy demanda
ce qu'il trouvoit
de ſa voix , & il répondit
Qu'il n'avoit point d'oreilles
quand il avoit beſoin de
tous fes yeux.
fatisfaits de l'avoir vû , &
des chofes obligeantes
qu'il leur avoirdites , qu'à
leur retour ils embraſſerent
M'Stolf pour loy en
témoigner leur joye , &
226 Voyagedes Amb.
comme on parla au premier
Ambaſſadeur , du
grand nombre de Pierreries
dont l'habit du Roy
eſtoit couvert , il dit , Que
tant qu'ilpourroit avoir le
meſme honneur qu'il avoit
reçû , quelques Pierreries
qu'eust SaMajesté, il neles
verroitjamais , parce qu'il
neregarderoit que le Roy ,
mais qu'il feroit bien aise
de les voir en particulier.
M' le Prevoſt des Marchands
les pria le lende
de Siam.
227
main qu'ils eurent eu Audience
, de ſe trouver à
l'Hôtel de Ville pour voir
le Feu d'Artifice que la
Ville faiſoit tirer pour fe
réjoüir de l'heureuſe Naiffance
de Monſeigneur le
Duc de Berry. Il répondit,
Qu'ils luy estoient extremement
obligez de l'honneur
qu'il leur faisoit , mais que
n'ayant point encore euAudience
du refte der la Mai-
Son Royale , ils ne croyoient
pas devoir aller en aucun
228 Voyage des Amb.
lieu public. Une Demoifelle
qui chante fort bien,
& qui a beaucoup de
charmes pour ſe faire regarder,
ayant eſté chanter
deuant eux on luy demanda
ce qu'il trouvoit
de ſa voix , & il répondit
Qu'il n'avoit point d'oreilles
quand il avoit beſoin de
tous fes yeux.
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Résumé : Ce qui s'est passé à Paris aprés leur retour. [titre d'après la table]
Lors d'une rencontre avec le roi, les ambassadeurs ont exprimé leur satisfaction et ont témoigné leur joie en embrassant M'Stoff. Une discussion sur les pierreries de l'habit royal a eu lieu, un ambassadeur déclarant qu'il préférait voir le roi mais aimerait également admirer les pierreries. Le Prévost des Marchands les a invités à un feu d'artifice à l'Hôtel de Ville pour célébrer la naissance du Duc de Berry, mais les ambassadeurs ont décliné, estimant qu'ils ne devaient pas se rendre en lieu public avant d'avoir eu audience avec l'ensemble de la Maison Royale. Lors d'une performance musicale par une demoiselle, un ambassadeur a répondu qu'il n'avait pas d'oreilles lorsqu'il avait besoin de tous ses yeux.
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1992
p. 228-232
Ils sont conduits à l'Audience de Monsieur le Duc de Chartres, & de Mademoiselle à S. Cloud. [titre d'après la table]
Début :
Le 4. de Septembre, Mr Aubert, Introducteur des Ambassadeurs auprés [...]
Mots clefs :
Voir, Honneur, Prince, Ambassadeur, Alliance, Maison de Saint-Cloud, Duc de Chartres, Mademoiselle
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texteReconnaissance textuelle : Ils sont conduits à l'Audience de Monsieur le Duc de Chartres, & de Mademoiselle à S. Cloud. [titre d'après la table]
Le 4. de Septembre ,
M'Aubert , Introducteur
des Ambaffadeurs auprés
de Monfieur , les vint
de Siam. 229
prendre avec les Caroffes
de leurs Alteſſes Royales,
& les conduifit à Saint
Cloud , où ils eurent Au
dience de Monfieur le
Duc de Chartres , dans
l'Appartement qui eſt au
bout de la Galerie. Ils
furent ſurpris de l'eſprit de
cejeune Prince , qui eft affurement
beaucoup au
deſſus de fon âge. Ils eurent
enfuite Audience de
Mademoiselle. Le premier
Ambaſſadeur luy dit ,
rit de
230 Voyage des Amb.
-
qu'eſtant venu pour lier une
Alliance entre les deux
Rois , il s'estoit crú obligé
de venir voir une Princeſſe
du Sang Royal , es qu'il
efperoit qu'elle porteroit un
jour parson Mariage, cette
Alliance dans une autre
Famille Royale. Ils furent
charmez des bontez de
Monfieur & de Madame ,
qui s'eſtant trouvez à S.
Cloud , leur firent l'honneur
de les entretenir. On
leur temoigna qu'on étoit
de Siam.
231
au
faſché qu'ils ne puffent
voir les Jardins à cauſe de
la pluye qui estoit fort
grande ce jour là , & on
leur dit qu'il y avoit une
Collation preparee
bout du Mail. Le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Que quand mesme il auroit
faitbeau , ilsſeferoient contentez
de l'honneur qu'ils
venoient de recevoir d'un
grand Prince , & d'une
grande Princeße , qu'ils ſeroient
revenus une autrefois
232 Voyage des Amb.
pour voir les Fardins , qu'ils
ne méloient point leursplaifirs
avec leur devoir , &
que pour ce jour là ils étoient
comblez d'honneur
defatisfaction . En parlant
à leur retour de la
Maiſon de Saint Cloud , il
dit , Qu'elle luy avoit paru
enchantée , mais qu'il vouloit
voir à loiſir s'il n'estoit
point la dupe deſa premiere
vûë, ce qu'il ne croyoit
pas pourtant.
M'Aubert , Introducteur
des Ambaffadeurs auprés
de Monfieur , les vint
de Siam. 229
prendre avec les Caroffes
de leurs Alteſſes Royales,
& les conduifit à Saint
Cloud , où ils eurent Au
dience de Monfieur le
Duc de Chartres , dans
l'Appartement qui eſt au
bout de la Galerie. Ils
furent ſurpris de l'eſprit de
cejeune Prince , qui eft affurement
beaucoup au
deſſus de fon âge. Ils eurent
enfuite Audience de
Mademoiselle. Le premier
Ambaſſadeur luy dit ,
rit de
230 Voyage des Amb.
-
qu'eſtant venu pour lier une
Alliance entre les deux
Rois , il s'estoit crú obligé
de venir voir une Princeſſe
du Sang Royal , es qu'il
efperoit qu'elle porteroit un
jour parson Mariage, cette
Alliance dans une autre
Famille Royale. Ils furent
charmez des bontez de
Monfieur & de Madame ,
qui s'eſtant trouvez à S.
Cloud , leur firent l'honneur
de les entretenir. On
leur temoigna qu'on étoit
de Siam.
231
au
faſché qu'ils ne puffent
voir les Jardins à cauſe de
la pluye qui estoit fort
grande ce jour là , & on
leur dit qu'il y avoit une
Collation preparee
bout du Mail. Le premier
Ambaſſadeur répondit ,
Que quand mesme il auroit
faitbeau , ilsſeferoient contentez
de l'honneur qu'ils
venoient de recevoir d'un
grand Prince , & d'une
grande Princeße , qu'ils ſeroient
revenus une autrefois
232 Voyage des Amb.
pour voir les Fardins , qu'ils
ne méloient point leursplaifirs
avec leur devoir , &
que pour ce jour là ils étoient
comblez d'honneur
defatisfaction . En parlant
à leur retour de la
Maiſon de Saint Cloud , il
dit , Qu'elle luy avoit paru
enchantée , mais qu'il vouloit
voir à loiſir s'il n'estoit
point la dupe deſa premiere
vûë, ce qu'il ne croyoit
pas pourtant.
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Résumé : Ils sont conduits à l'Audience de Monsieur le Duc de Chartres, & de Mademoiselle à S. Cloud. [titre d'après la table]
Le 4 septembre, M'Aubert, introducteur des ambassadeurs auprès de Monsieur, accueillit les ambassadeurs de Siam et les conduisit à Saint-Cloud. Ils y rencontrèrent Monsieur le Duc de Chartres, qui les impressionna par son esprit et sa maturité. Ensuite, ils furent présentés à Mademoiselle. Le premier ambassadeur exprima l'espoir que cette rencontre pourrait renforcer l'alliance entre les deux royaumes par un futur mariage royal. Les ambassadeurs furent charmés par la gentillesse de Monsieur et de Madame, présents à Saint-Cloud. Ils regrettèrent de ne pas pouvoir visiter les jardins en raison de la pluie, mais affirmèrent être satisfaits de l'honneur reçu. Le premier ambassadeur déclara qu'ils reviendraient pour voir les jardins, ne voulant pas mêler leurs plaisirs à leur devoir. À leur retour, il commenta que la maison de Saint-Cloud lui avait paru enchantée, mais qu'il souhaitait la revoir pour confirmer cette impression.
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1993
p. 232-235
Ils sont conduits à l'Audience de Mademoiselle d'Orleans, au Palais de Luxembourg. [titre d'après la table]
Début :
Le 5. ils furent conduits au Palais de Luxembourg par [...]
Mots clefs :
Princesse, Audience, Ambassadeurs, Mademoiselle d'Orléans, Palais du Luxembourg
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texteReconnaissance textuelle : Ils sont conduits à l'Audience de Mademoiselle d'Orleans, au Palais de Luxembourg. [titre d'après la table]
Le 5.ils furent conduits
de Siam. 233
au Palais de Luxembourg
par M de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſa
deurs , à l'Audience de
Mademoiselle d'Orleans ,,
où se trouva Madame la
Grande Ducheffe Sa Cour
eſtoit fort groffe & fort
brillante , & comme certe
Princeffe eft extréme--
ment aimée , un ſi grand.
nombre de Princeffes ,de
Ducheffes ,& d'autres Da--
mes qualifiées , s'eftoient
rendues dans ſon Appar
V
234 Voyage des Amb.
tement , pour l'accompagner
pendant cette Audience
, que beaucoup ne
pûrent trouver place dans
la chambre où elle receut
les Ambaſſadeurs . Le ſujet
du Compliment du
premier Ambaſſadeur fut,
fur ce que le merite defon
Alteffe Royale auroit esté
feul capable de l'attirer ,
quand ce qu'il estoit obligé
de rendre au Sang Royal ,
ne l'auroit pas obligé à la
voir. Il fut extrémement
de Siam.
237
fatisfait de la réponſe que
luy fit cette Princeffe ,
tant à l'égard du Roy de
Siam , que pour ce qui
regardoit ſes Ambaſſadeurs
,& il le fut encore
beaucoup des honnefterez
qu'elle eut pour
eux, cette Princeffe ayant
toûjours avancé pour less
reconduire, à meſure qu
ils marchoientpour ſe retirer
ſans tourner le dos...
de Siam. 233
au Palais de Luxembourg
par M de Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſa
deurs , à l'Audience de
Mademoiselle d'Orleans ,,
où se trouva Madame la
Grande Ducheffe Sa Cour
eſtoit fort groffe & fort
brillante , & comme certe
Princeffe eft extréme--
ment aimée , un ſi grand.
nombre de Princeffes ,de
Ducheffes ,& d'autres Da--
mes qualifiées , s'eftoient
rendues dans ſon Appar
V
234 Voyage des Amb.
tement , pour l'accompagner
pendant cette Audience
, que beaucoup ne
pûrent trouver place dans
la chambre où elle receut
les Ambaſſadeurs . Le ſujet
du Compliment du
premier Ambaſſadeur fut,
fur ce que le merite defon
Alteffe Royale auroit esté
feul capable de l'attirer ,
quand ce qu'il estoit obligé
de rendre au Sang Royal ,
ne l'auroit pas obligé à la
voir. Il fut extrémement
de Siam.
237
fatisfait de la réponſe que
luy fit cette Princeffe ,
tant à l'égard du Roy de
Siam , que pour ce qui
regardoit ſes Ambaſſadeurs
,& il le fut encore
beaucoup des honnefterez
qu'elle eut pour
eux, cette Princeffe ayant
toûjours avancé pour less
reconduire, à meſure qu
ils marchoientpour ſe retirer
ſans tourner le dos...
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Résumé : Ils sont conduits à l'Audience de Mademoiselle d'Orleans, au Palais de Luxembourg. [titre d'après la table]
Le 5, les ambassadeurs de Siam furent conduits au Palais de Luxembourg par M. de Bonneüil pour une audience avec Mademoiselle d'Orléans. La cour de la Grande Duchesse était très nombreuse et brillante, avec de nombreuses princesses, duchesses et autres dames qualifiées présentes pour accompagner Mademoiselle d'Orléans. Le premier ambassadeur souligna le mérite de Mademoiselle d'Orléans, capable d'attirer les ambassadeurs indépendamment de l'obligation liée au sang royal. L'ambassadeur exprima sa satisfaction quant à la réponse de Mademoiselle d'Orléans, tant pour le roi de Siam que pour ses ambassadeurs. Il fut également impressionné par les honneurs qu'elle leur accorda, notamment en les reconduisant sans qu'ils aient à tourner le dos.
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1994
p. 235-237
Ils vont chez le Pere de la Chaise, & à l'Eglise de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Les grandes civilitez qu'ils ont reçeuës du Pere de [...]
Mots clefs :
Voir, Père de La Chaise, Église de Saint-Louis
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texteReconnaissance textuelle : Ils vont chez le Pere de la Chaise, & à l'Eglise de S. Loüis. [titre d'après la table]
Les grandes civilitez
qu'ils ont reçeuës du Perę
Vij
236 Voyage des Amb.
de la Chaife, & des autres
Peres de la mefme Compagnie,
les ayant engagez
à leur rendre une vifite ,
ils allerent à Saint Louis ,
& virent d'abord le Pere
de la Chaiſe. Aprés qu'il
les eut entretenus quelque
temps d'une maniere
fort agreable, on lesmena
voir la Maiſon , la Bibliotheque
, 1 Eglife , l'Argenterie
, les Ornemens , &
la belle Chapelle de la
Congregation ,& ils exa
de Siam. 237
minerent toutes ces chofes
avec la regularité que
vous ſçavez qu'ils obtervent
en regardant tout
ce qu'on leur fait voir .
qu'ils ont reçeuës du Perę
Vij
236 Voyage des Amb.
de la Chaife, & des autres
Peres de la mefme Compagnie,
les ayant engagez
à leur rendre une vifite ,
ils allerent à Saint Louis ,
& virent d'abord le Pere
de la Chaiſe. Aprés qu'il
les eut entretenus quelque
temps d'une maniere
fort agreable, on lesmena
voir la Maiſon , la Bibliotheque
, 1 Eglife , l'Argenterie
, les Ornemens , &
la belle Chapelle de la
Congregation ,& ils exa
de Siam. 237
minerent toutes ces chofes
avec la regularité que
vous ſçavez qu'ils obtervent
en regardant tout
ce qu'on leur fait voir .
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Résumé : Ils vont chez le Pere de la Chaise, & à l'Eglise de S. Loüis. [titre d'après la table]
Des ambassadeurs de Siam, invités par des pères de la Compagnie, visitèrent Saint Louis. Ils furent accueillis par le Père de la Chaise, qui les reçut aimablement. Ils visitèrent la Maison, la Bibliothèque, l'Église, l'Argenterie, les Ornemens et la Chapelle de la Congrégation, examinant chaque lieu avec attention.
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1995
p. 237-273
Ils vont voir les travaux que l'on fait à la Riviere d'Eure. Description de cet Ouvrage, avec tout ce qui s'est passé à la reveuë des Troupes qui y travaillent. [titre d'après la table]
Début :
Rien ne marquant mieux la grandeur du Roy, & le [...]
Mots clefs :
Troupes, Maintenon, Pieds, Hauteur, Aqueduc , Terre, Roi, Rivière, Nivellements, Arcades, Maçonnerie, Canal, Talus, Berchères, Rivière d'Eure, Revue des troupes, Travaux, Eaux, Versailles, Louvois, La Hire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont voir les travaux que l'on fait à la Riviere d'Eure. Description de cet Ouvrage, avec tout ce qui s'est passé à la reveuë des Troupes qui y travaillent. [titre d'après la table]
Rien ne marquant
mieux la grandeur du
- Roy , & le glorieux eftat
où eſt la France , que les
travaux qu'on fait pour
conduire laRiviere d'Fure
à Versailles,& les Ambaffadeurs
ſouhaitant avec
ardeur de voir quelques
Troupes de Sa Majesté ,
2
238 Voyage des Amb.
و
on les a menez à Maintenon
pour leur faire
voir en bataille celles qui
travaillent à l'Aqueduc ,
&pour fatisfaire en mefme
temps leur curioſité
fur ce grand Ouvrage.
Comme c'eſt icy une occafion
de vous en parler à
fond, jeprendray la choſe
dés ſon origine .
Toutes les meſures
7
qu'on avoit priſes , & tous
les nivellemens qui avoient
eſté faits ily a plu
de Siam. 239
2
ſieurs années , pour faire
venir des Eaux vives à
Verfailles , fans y employer
des Pompes ou
d'autres Machines femblables
, avoient fait voir
qu'il eſtoit impoffible d'en
avoir que de la Riviere de
Loire , mais pour la conduire
en cette Maiſon
Royale , il auroit fallu la
détourner au deſſus de la
Charité, ce qui avoit paru
d'une fi grande difficulté,
pour la longueur du che
240 Voyage des Amb.
min , & à caufe des lieux
bas par où l'on auroit efté
contraint de paffer , que
Sa Majesté avoit entierement
abandonné ce deffein
, eftant d'ailleurs tresperfuadée
de la juſteſſe
avec laquelle feu M.Picard
de l'Academie des
Sciences , avoit pris tous
les niveaux , quoy qu'on
vouluſt affcurer qu'un
ruiſſeau de cette Riviere
étant dérournéàOrleans ,
,
pouvoit eſtre conduit jufque
de Siam . 241
que fur la Montagne de
Sataury , qui eft de pluſieurs
toiſes plus haute
que le dessus duChaſteau .
Il n'y avoit point d'apparence
qu'on pût trouver
quelqueautre Riviere, ou
quelques eaux vives pour
eſtre conduites à Verſailles
, puis que par ſes nivellemens
on ſçavoit que la
Seine étoit beaucoup plus
baſse que la Loire, & que
par confequent tout le
terrein entre ces deux Ri
X
242 Voyage des Amb.
vieres ne pouvoit fournir
que quelques eaux qui
n'avoient pas assez de
hauteur pour ce qu'on avoit
deſsein de faire ; &
comme il y a de l'apparence
que plus on s'approche
de la Mer, plus les terreins
vont en defcendant,
il ſembloit que c'eſtoit
inutilementqu'on croyoit
trouver des eaux aſsez
hautes dans les terres
qui font au Couchant
à l'égard de Verſailles,
de Siam.
243
puis que c'eſt vers ce côtélà
queles Rivieres de Loire
& de Seine ont leur
cours . Cependant fur la
fin de l'année 1684. M² de
Louvois ayant confideré
que la Riviere d'Eure devoit
avoir beaucoup de
hauteur, puis que tous les
terreins depuis Verſailles
en tirant versMaintenon,
où elle paſſe , estoient extrémement
hauts,& qu'il
y avoit vers ce coſté-là
des eaux que l'on foute
X ij
244 Voyage des Amb.
noit dans des canaux avec
une tres - grande hauteur
, il jugea que cette
Riviere , qui étoit fort rapide
dans ſa courſe , en
pouvoit au moins avoir
aſſez pour eftre élevée
commodement par le fecours
de quelque petite
Machine juſque dans les
Eſtangs de Trape & des
environs , qui ſervoient
de refervoir aux eaux
de ces Quartiers - là. Il
donna ordre à M de la
deSiam.
245
Hire, Profeffeur Royal en
Mathematique , & de
l'Academie des Sciencès ,
à qui il avoit déja confié
pluſieurs nivellemens importans
pour Fontainebleau
&Verfailles , d'aller
reconnoiſtre la hauteur
de la Riviere d'Eure dans
fa courſe en remontant
depuis Maintenon , &
de chercher vers le Perche
quellesen étoient leseaux
& quelles hauteurs elles
avoient. M' de la Hire
r
25
Xij
246 Voyagedes Amb.
partit de Versailles dans
le mois d'Octobre de la
mefme année ; & en nivellant
toûjours juſqu'à
Maintenon , il y trouva
la Riviere d'Eure plus bafſe
que le deſſus du Chafteau
de Versailles d'environ
cent cinquante pieds,
& remontant cette Riviere
, il trouva enfin qu'à
Pontgüoin, qui eft à ſept
lieuës au deffus de Chartres
, elle estoit plus haute
que ce Chaſteau de prés
de Siam. 247
de quatre - vingt pieds.
Cette découverte luy
donna d'abord beaucoup
de joye , mais auffi beaucoup
de crainte de quelque
erreur , qui pouvoit
s'eftre infenfiblement gliffée
dans les operations
quifont tres difficiles dans
des nivellemens de plus
de trente lieues . Il verifia
toutes fes obfervations ,
autant que la ſaiſon le luy
pût permettre , à cauſe du
mauvais remps , & fur
Xinj
248 Voyagedes Amb.
tout des grands vents, qui
nuifent fort aux nivellemens
, & il trouva qu'il
ne pouvoit y avoir que
tres - peu d'erreur. Le Roy
eſtant alors à Fontainebleau
, il apporta cette
nouvelle à M'de Louvois,
qui témoigna en eſtre fort
fatisfait . Cependant M. de
la Hire luy ayant remontré
les difficultez des operarions
pendant l'Hiver ,
M'de Louvois luy donna
ordre de retourner dans
de Siam.
249
ces meſmes lieux vers le
Printemps , pour faire les
verifications des hauteurs
qu'il avoit trouvées dans
tous les points principaux
où il avoit marqué que
l'eau devoit paffer , de la
maniere que l'on comence
à l'executer preſentement
. Il trouva dans la
verification des premiers
nivellemens , un pied ou
deux plus de hauteur que
la premiere fois , & il reconnut
par des nivelle
250 Voyage des Amb.
mens un peu plus longs
queles premiers , que les
eaux des Rivieres qui paffent
à Verneuil & à Breteüil,
pouvoient eftre conduites
dans des canaux
fur terrejuſqu'à l'emboucheure
de l'Aqueduc qui
devoit porter les eaux de
la Riviere d'Eure pardeffus
le valon de Maintenon
. On travaille prefentement
à cette grande
Entrepriſe qui furpaffera
en magnificence tout ce
de Siam.
251
que les Empereurs Romains
ont fait dans l'étenduë
de pluſieurs Siecles..
Tous les canaux fur la fuperficie
de la terre font achevez
; l'eau que l'on y a
fait couler a confirméla
juſteſfedes nivellemens,&
l'Aqueduc qui doit paffer
dans le valon de Maintenon
eft fort avancé. La
partie de cet Aqueduc qui
eſt dans le plus profond
du valon doit eftre de
pierre,& le reſte des deux
252 Voyage des Amb.
C
coftez , où la hauteur est
mediocre , paffera fur de
grandes Terraffes élevées
pour ce ſujet . Voicy les
meſures & le détail de
cetOuvrage.
Ily a environ vingt mille
toiſes de Canal depuis
Pontgoüin, où l'on prend
laRiviere, juſque àBercherelaMangor.
CeCanal, qui
eft conduit fur la fuperficie
de la terre , felon fon
niveau , a par bas quinze
pieds , & plus ou moins
de Siam.
253
de hauteur felon le terrein
;& le Talus des bords
eſt double de la profondeur.
Dans le fond de
Berchere, où devoit commencer
l'Aqueduc de maçonnerie
, on fait une Levée
ou Aqueduc de terre,
rapportée à l'Aqueduc de
maçonnerie pendant trois
mille fix cens ſept toiſes.
- Cet Aqueduc de terre a
comme le Canal quinze
pieds de large par le fond,
de haut fix , ſept, ou huit
هللا
254 Voyage des Amb.
pieds ,&de talus le double
de la hauteur ; les
bords font fortifiez de
chauffées de neuf pieds
de large. Le talus de la
Levée eſt auſſi double de
ſa hauteur , pour empefcher
que les terres ne s'éboulent.
Dans le fond de
Berchere la Levée de terrea
cent pieds, & en d'autres
endroits foixante &
dix, cinquante , quarante
&vingt de hauteur.
A l'endroit où cette lede
Siam.
255
vée de terre joint l'Aqueduc
de Maçonnerie qui
eft vers Maintenon , elle
a 79. pieds de haut. Cét
Aqueduc de Maçonnerie
à 2960. toiſes de longueur
en 242. Arcades qui ont
40. pieds de large. Leurs
piles en ont vingt- quatre,
& de longueur quaranteſepta
quarante-huit pieds ,
avec des pilliers boutans
de onze pieds de large , aprés
les retraites , & de
faillie fix pieds. Il a dans
256 Voyage des Amb.
le plus profond trois Ar
cades l'une fur l'autre .
Du coſté de Berchere,
le nombre des Arcades
ſimples eftde trente- trois.
De doubles foixante-
& onze.
De triples quarante- fix.
Puis de doubles , foixante
& douze .
Et enfin de ſimples ,
vingt.
Leſquelles réjoignent
l'Aqueduc de terre rap.
portée du coſté de Ver
de Siam
257
&
failles afoixante cinq pieds
environ de hauteur , qui
continuë en. diminuant:
pendant fix mille cinquante
cinq , juſqu'à ce qu'il
vienne à la hauteur du
terrain , & depuis la juf
ques à Verfailles , il continue
fur terre de meſme
qu'entre Pontgouin &
Berchere pendant vingtcinq
mille toiſes , horſmis :
qu'en quelques endrois il
y aura dans terre unAque--
duc de Maçonnerie. La
298 Voyage des Amb.
plus grande hauteur de
l'Aqueduc dans le fondde
Maintenon , où paſſent
les Rivieres d'Eure & de
Gallardon , & où font les
triples arcades , eft de216.
pieds 6. pouces , juſqu'au
pavé des Corridors , ſans
les fondemens qui doivent
avoir 15. ou 16. pieds
de profondeur , & fans le
Parapet qui a trois pieds
fix pouces.
La hauteur des premieresArcades
juſque ſous la
de Siam. 252
voûte eſt de foixante &
ſeize pieds ,& juſqu'au pavé
des ſecondes quatre--
vingt-un pied fix pouces.
Les fecondes arcades
ont juſque ſous la voûte
foixante&dix pieds ,&jufqu'au
pavédes troiſiemes ,
quatre-vingt- cinq pieds.
Les troifiémes arcades
ont juſque ſous la voure
trente pieds trois pouces,
& juſqu'aux Corridors
neuf pieds neuf pouces,
fur leſquels font les Para
Yij
260 Voyage desAmb.
pets de trois pieds fix pou
ces .
Le Canal à ſept pieds
de large par bas , & s'élargit
juſqu'à ſept pieds fix
pouces , à la hauteur de
quatre pieds où commence
lavoute à plein ceintre.
Il y a de coſté & d'autre
du Canal un Corridor
-de trois pieds , & un Parapet
de dix- fept pouces de
large.
Les piles font à plomb
par le dedans hors de ter
de Siam. 261
re ,& par les coſtez . Il y
a par tout l'Aquedue un
pouce pour toiſe de talus,
mais les piliers bourans
en ont davantage au deffus
des premieres Arcades .
Il ſe fait de part & d'autre
une retraite d'environ
-ſept pieds , & au deffus
des fecondes , de prés de
fix pieds .
Ily a une porte au milieu
de chaque pile pour
pouvoir paffer tout du
long de l'Aqueduc , tant
262 Voyage des Amb.
aux ſecondes Arcades
qu'aux troifiémes. Lesportes
des fecondes ont quatre
pieds de large ,& celles
des troifiémes trois pieds
fix pouces , fur ſept pieds
dehaut.
Il y a des Eſcaliers qui
montent de terre au premier
étage par le dehors.
Ceux qui montent au
ſecond ſont pratiquez
dans l'épaiffeur des piles,
& ceux qui montent au
troifiéme font partie de
de Siam. 263
dans , partie dehors.
Voilà l'eſtat où eftoient
ces Ouvrages il y a fix
mois. Ils doivent eftre prefentement
bien plus avancez,
puisque plus de trente
mille hommes n'ont point
ceffé d'y travailler pendat
ce temps- là. De ces trente
mille hommes, il y en
a une partie de Maçons,
d'Apareilleurs , & d'autres
gens neceſſaires pour
les choſes qui ne peuvent
être faites par lesTroupes.
264 Vyage des Amb.
Elles font employées tant
l'Aqueduc qu'aux CarrieresdeGallardon
&d'Epernon
, & aux Ouvrages de
terre & fe montent à
vingt - deux mille hommes
où environ. Voicy les
noms des Regimens qui
les compoſent. Je ne vous
les envoye pas felon leur
rang.
REGIMENS.
Picardie.
Champagne..point
Royal
de Siam. 265
Royal des Vaiſſeaux.
Languedoc.
Navarre.
Feuquieres.
Cruffol.
La Fare .
Fufiliers du Roy.
Alface.
Vaubecour.
Lyonnois.
Dauphin .
La Reyne .
Anjou.
Vermandois.
Il y a outre cela trois
Z
266 Voyage des Amb.
Efcadrons de Dragons .
Le Logis des Ambaffadeurs
fut gardé par une
Compagnie dont le Capitaine
, le Lieutenant &
1 ' Enſeigne étoient en
Hauſſe - Col , pour leur
faire plus d'honneur. M
le Marquis d'Uxelles qui
commande toutes ces
Troupes , alla luy- meſme
le premier jour demander
le mot aux Ambaſſadeurs ,
&ils donnerent pour mot
Prosperité. Le Major Ge
deSiam. 267
neraly alla le prendre les
deuxjours fuivans , & les
motsqu'ils luy donnerent
furent l'Alliance Royale,
& Deux contre tous . Je
ne vous dis point qu'ils
entendoient parler des
Rois de France & de
Siam Ils admirerent les
Travaux dont je viens
de vous faire la defcription.
Le premier Ambaffadeur
les conçeut fi bien,
& en donna des marques
fi convaincantes , qu'iln'y
Zij
268 Voyage des Amb.
a point d'Architecte ny
d'Ingenieur qui euft pû les
mieux comprendre . Il dit
auffi , Qu'il ne croyoit pas
que tous les Rois de l' Europe
ensemble en puſſentfaire
autant. On leur fit voir
toutes les Troupes qui bátirent
aux Champs , &
falüerent du Drapeau.
Elles firent l'Exercice au
fon du Tambour, & montrerent
la parfaite intelligence
qu'elles ontdu Mêtier
de la Guerre.Il y avoit
de Siam. 269
douze Chevaux de l'Ecurie
du Roy que l'Ambaffadeur
& les Mandarins
monterent. Le premier
Ambaffadeur montra
d'un air fort déliberé ,
de quelle maniere les Siamois
ſe battent avec la
Lance. On luy demanda
s'il trouvoit les Troupes
du Roy belles , & il répondit,
qu'il ne croyoit pas
en avoir veu Cette réponfe
furprit , mais il tira bientoſt
d'embarras ceux qui
Z iij
270 Voyage des Amb.
l'avoient entenduë ,&dit
Qu'il ne croyoit pas avoir
vû des Troupes, maisfeulement
des Officiers , parce
qu'ils en avoient tous l'air,
&& l'adreſſe . M' le Marquis
d'Uxelles luy don.
na un magnifique Repas,
avec les Princes d'Hano
ver
, d'Holſtein , d'Harmeſtein
& d'Hanau. On
y but la Santédu Roy , &
l'on peut dire que c'eſt
la ſcule choſe dont il ait
efté ſurpris en France ,
de Siam.
27
ayant toûjours dit , Que
comme on devoit tout attendre
des François il n'étoit
étonné de rien ; mais
il eut de la peine à ſe perfuader
qu'on puft boire à
la Santé du Roy ſans manquer
de reſpect. On luy
dit que les diftinctions
qu'on faiſoit en la beuvant,
marquoient le refpect
, & qu'enfin le Roy
donnoit cette liberté ,
parce qu'elle faiſoit voir le
zele , & l'amour qu'on a-
Zij
272 Voyage des Amb.
'voit pour luy. Il joüa aprés
leRepas à toute table
avec Mª d'Uxelles , & le
gagna. Il dit lors qu'il eut
vû les Ouvrages , & les
Troupes , Qu'il ne s'éton
noit point de la grandeur,
&de la prosperité du Roy ,
& que beaucoup de choſes
ycontribuoient,Scavoir l'union
de la Famille Royale ,
l'avantage qu'il avoit de
gouverner par luy-mesme,
lafidelité , la ponctualité ,
Pintelligence, &la vigilande
Siam. 273
ce de ſes Ministres , es la
bonté deſes Troupes remplies
de jeuneſfe adroite,
& propre à tout.
mieux la grandeur du
- Roy , & le glorieux eftat
où eſt la France , que les
travaux qu'on fait pour
conduire laRiviere d'Fure
à Versailles,& les Ambaffadeurs
ſouhaitant avec
ardeur de voir quelques
Troupes de Sa Majesté ,
2
238 Voyage des Amb.
و
on les a menez à Maintenon
pour leur faire
voir en bataille celles qui
travaillent à l'Aqueduc ,
&pour fatisfaire en mefme
temps leur curioſité
fur ce grand Ouvrage.
Comme c'eſt icy une occafion
de vous en parler à
fond, jeprendray la choſe
dés ſon origine .
Toutes les meſures
7
qu'on avoit priſes , & tous
les nivellemens qui avoient
eſté faits ily a plu
de Siam. 239
2
ſieurs années , pour faire
venir des Eaux vives à
Verfailles , fans y employer
des Pompes ou
d'autres Machines femblables
, avoient fait voir
qu'il eſtoit impoffible d'en
avoir que de la Riviere de
Loire , mais pour la conduire
en cette Maiſon
Royale , il auroit fallu la
détourner au deſſus de la
Charité, ce qui avoit paru
d'une fi grande difficulté,
pour la longueur du che
240 Voyage des Amb.
min , & à caufe des lieux
bas par où l'on auroit efté
contraint de paffer , que
Sa Majesté avoit entierement
abandonné ce deffein
, eftant d'ailleurs tresperfuadée
de la juſteſſe
avec laquelle feu M.Picard
de l'Academie des
Sciences , avoit pris tous
les niveaux , quoy qu'on
vouluſt affcurer qu'un
ruiſſeau de cette Riviere
étant dérournéàOrleans ,
,
pouvoit eſtre conduit jufque
de Siam . 241
que fur la Montagne de
Sataury , qui eft de pluſieurs
toiſes plus haute
que le dessus duChaſteau .
Il n'y avoit point d'apparence
qu'on pût trouver
quelqueautre Riviere, ou
quelques eaux vives pour
eſtre conduites à Verſailles
, puis que par ſes nivellemens
on ſçavoit que la
Seine étoit beaucoup plus
baſse que la Loire, & que
par confequent tout le
terrein entre ces deux Ri
X
242 Voyage des Amb.
vieres ne pouvoit fournir
que quelques eaux qui
n'avoient pas assez de
hauteur pour ce qu'on avoit
deſsein de faire ; &
comme il y a de l'apparence
que plus on s'approche
de la Mer, plus les terreins
vont en defcendant,
il ſembloit que c'eſtoit
inutilementqu'on croyoit
trouver des eaux aſsez
hautes dans les terres
qui font au Couchant
à l'égard de Verſailles,
de Siam.
243
puis que c'eſt vers ce côtélà
queles Rivieres de Loire
& de Seine ont leur
cours . Cependant fur la
fin de l'année 1684. M² de
Louvois ayant confideré
que la Riviere d'Eure devoit
avoir beaucoup de
hauteur, puis que tous les
terreins depuis Verſailles
en tirant versMaintenon,
où elle paſſe , estoient extrémement
hauts,& qu'il
y avoit vers ce coſté-là
des eaux que l'on foute
X ij
244 Voyage des Amb.
noit dans des canaux avec
une tres - grande hauteur
, il jugea que cette
Riviere , qui étoit fort rapide
dans ſa courſe , en
pouvoit au moins avoir
aſſez pour eftre élevée
commodement par le fecours
de quelque petite
Machine juſque dans les
Eſtangs de Trape & des
environs , qui ſervoient
de refervoir aux eaux
de ces Quartiers - là. Il
donna ordre à M de la
deSiam.
245
Hire, Profeffeur Royal en
Mathematique , & de
l'Academie des Sciencès ,
à qui il avoit déja confié
pluſieurs nivellemens importans
pour Fontainebleau
&Verfailles , d'aller
reconnoiſtre la hauteur
de la Riviere d'Eure dans
fa courſe en remontant
depuis Maintenon , &
de chercher vers le Perche
quellesen étoient leseaux
& quelles hauteurs elles
avoient. M' de la Hire
r
25
Xij
246 Voyagedes Amb.
partit de Versailles dans
le mois d'Octobre de la
mefme année ; & en nivellant
toûjours juſqu'à
Maintenon , il y trouva
la Riviere d'Eure plus bafſe
que le deſſus du Chafteau
de Versailles d'environ
cent cinquante pieds,
& remontant cette Riviere
, il trouva enfin qu'à
Pontgüoin, qui eft à ſept
lieuës au deffus de Chartres
, elle estoit plus haute
que ce Chaſteau de prés
de Siam. 247
de quatre - vingt pieds.
Cette découverte luy
donna d'abord beaucoup
de joye , mais auffi beaucoup
de crainte de quelque
erreur , qui pouvoit
s'eftre infenfiblement gliffée
dans les operations
quifont tres difficiles dans
des nivellemens de plus
de trente lieues . Il verifia
toutes fes obfervations ,
autant que la ſaiſon le luy
pût permettre , à cauſe du
mauvais remps , & fur
Xinj
248 Voyagedes Amb.
tout des grands vents, qui
nuifent fort aux nivellemens
, & il trouva qu'il
ne pouvoit y avoir que
tres - peu d'erreur. Le Roy
eſtant alors à Fontainebleau
, il apporta cette
nouvelle à M'de Louvois,
qui témoigna en eſtre fort
fatisfait . Cependant M. de
la Hire luy ayant remontré
les difficultez des operarions
pendant l'Hiver ,
M'de Louvois luy donna
ordre de retourner dans
de Siam.
249
ces meſmes lieux vers le
Printemps , pour faire les
verifications des hauteurs
qu'il avoit trouvées dans
tous les points principaux
où il avoit marqué que
l'eau devoit paffer , de la
maniere que l'on comence
à l'executer preſentement
. Il trouva dans la
verification des premiers
nivellemens , un pied ou
deux plus de hauteur que
la premiere fois , & il reconnut
par des nivelle
250 Voyage des Amb.
mens un peu plus longs
queles premiers , que les
eaux des Rivieres qui paffent
à Verneuil & à Breteüil,
pouvoient eftre conduites
dans des canaux
fur terrejuſqu'à l'emboucheure
de l'Aqueduc qui
devoit porter les eaux de
la Riviere d'Eure pardeffus
le valon de Maintenon
. On travaille prefentement
à cette grande
Entrepriſe qui furpaffera
en magnificence tout ce
de Siam.
251
que les Empereurs Romains
ont fait dans l'étenduë
de pluſieurs Siecles..
Tous les canaux fur la fuperficie
de la terre font achevez
; l'eau que l'on y a
fait couler a confirméla
juſteſfedes nivellemens,&
l'Aqueduc qui doit paffer
dans le valon de Maintenon
eft fort avancé. La
partie de cet Aqueduc qui
eſt dans le plus profond
du valon doit eftre de
pierre,& le reſte des deux
252 Voyage des Amb.
C
coftez , où la hauteur est
mediocre , paffera fur de
grandes Terraffes élevées
pour ce ſujet . Voicy les
meſures & le détail de
cetOuvrage.
Ily a environ vingt mille
toiſes de Canal depuis
Pontgoüin, où l'on prend
laRiviere, juſque àBercherelaMangor.
CeCanal, qui
eft conduit fur la fuperficie
de la terre , felon fon
niveau , a par bas quinze
pieds , & plus ou moins
de Siam.
253
de hauteur felon le terrein
;& le Talus des bords
eſt double de la profondeur.
Dans le fond de
Berchere, où devoit commencer
l'Aqueduc de maçonnerie
, on fait une Levée
ou Aqueduc de terre,
rapportée à l'Aqueduc de
maçonnerie pendant trois
mille fix cens ſept toiſes.
- Cet Aqueduc de terre a
comme le Canal quinze
pieds de large par le fond,
de haut fix , ſept, ou huit
هللا
254 Voyage des Amb.
pieds ,&de talus le double
de la hauteur ; les
bords font fortifiez de
chauffées de neuf pieds
de large. Le talus de la
Levée eſt auſſi double de
ſa hauteur , pour empefcher
que les terres ne s'éboulent.
Dans le fond de
Berchere la Levée de terrea
cent pieds, & en d'autres
endroits foixante &
dix, cinquante , quarante
&vingt de hauteur.
A l'endroit où cette lede
Siam.
255
vée de terre joint l'Aqueduc
de Maçonnerie qui
eft vers Maintenon , elle
a 79. pieds de haut. Cét
Aqueduc de Maçonnerie
à 2960. toiſes de longueur
en 242. Arcades qui ont
40. pieds de large. Leurs
piles en ont vingt- quatre,
& de longueur quaranteſepta
quarante-huit pieds ,
avec des pilliers boutans
de onze pieds de large , aprés
les retraites , & de
faillie fix pieds. Il a dans
256 Voyage des Amb.
le plus profond trois Ar
cades l'une fur l'autre .
Du coſté de Berchere,
le nombre des Arcades
ſimples eftde trente- trois.
De doubles foixante-
& onze.
De triples quarante- fix.
Puis de doubles , foixante
& douze .
Et enfin de ſimples ,
vingt.
Leſquelles réjoignent
l'Aqueduc de terre rap.
portée du coſté de Ver
de Siam
257
&
failles afoixante cinq pieds
environ de hauteur , qui
continuë en. diminuant:
pendant fix mille cinquante
cinq , juſqu'à ce qu'il
vienne à la hauteur du
terrain , & depuis la juf
ques à Verfailles , il continue
fur terre de meſme
qu'entre Pontgouin &
Berchere pendant vingtcinq
mille toiſes , horſmis :
qu'en quelques endrois il
y aura dans terre unAque--
duc de Maçonnerie. La
298 Voyage des Amb.
plus grande hauteur de
l'Aqueduc dans le fondde
Maintenon , où paſſent
les Rivieres d'Eure & de
Gallardon , & où font les
triples arcades , eft de216.
pieds 6. pouces , juſqu'au
pavé des Corridors , ſans
les fondemens qui doivent
avoir 15. ou 16. pieds
de profondeur , & fans le
Parapet qui a trois pieds
fix pouces.
La hauteur des premieresArcades
juſque ſous la
de Siam. 252
voûte eſt de foixante &
ſeize pieds ,& juſqu'au pavé
des ſecondes quatre--
vingt-un pied fix pouces.
Les fecondes arcades
ont juſque ſous la voûte
foixante&dix pieds ,&jufqu'au
pavédes troiſiemes ,
quatre-vingt- cinq pieds.
Les troifiémes arcades
ont juſque ſous la voure
trente pieds trois pouces,
& juſqu'aux Corridors
neuf pieds neuf pouces,
fur leſquels font les Para
Yij
260 Voyage desAmb.
pets de trois pieds fix pou
ces .
Le Canal à ſept pieds
de large par bas , & s'élargit
juſqu'à ſept pieds fix
pouces , à la hauteur de
quatre pieds où commence
lavoute à plein ceintre.
Il y a de coſté & d'autre
du Canal un Corridor
-de trois pieds , & un Parapet
de dix- fept pouces de
large.
Les piles font à plomb
par le dedans hors de ter
de Siam. 261
re ,& par les coſtez . Il y
a par tout l'Aquedue un
pouce pour toiſe de talus,
mais les piliers bourans
en ont davantage au deffus
des premieres Arcades .
Il ſe fait de part & d'autre
une retraite d'environ
-ſept pieds , & au deffus
des fecondes , de prés de
fix pieds .
Ily a une porte au milieu
de chaque pile pour
pouvoir paffer tout du
long de l'Aqueduc , tant
262 Voyage des Amb.
aux ſecondes Arcades
qu'aux troifiémes. Lesportes
des fecondes ont quatre
pieds de large ,& celles
des troifiémes trois pieds
fix pouces , fur ſept pieds
dehaut.
Il y a des Eſcaliers qui
montent de terre au premier
étage par le dehors.
Ceux qui montent au
ſecond ſont pratiquez
dans l'épaiffeur des piles,
& ceux qui montent au
troifiéme font partie de
de Siam. 263
dans , partie dehors.
Voilà l'eſtat où eftoient
ces Ouvrages il y a fix
mois. Ils doivent eftre prefentement
bien plus avancez,
puisque plus de trente
mille hommes n'ont point
ceffé d'y travailler pendat
ce temps- là. De ces trente
mille hommes, il y en
a une partie de Maçons,
d'Apareilleurs , & d'autres
gens neceſſaires pour
les choſes qui ne peuvent
être faites par lesTroupes.
264 Vyage des Amb.
Elles font employées tant
l'Aqueduc qu'aux CarrieresdeGallardon
&d'Epernon
, & aux Ouvrages de
terre & fe montent à
vingt - deux mille hommes
où environ. Voicy les
noms des Regimens qui
les compoſent. Je ne vous
les envoye pas felon leur
rang.
REGIMENS.
Picardie.
Champagne..point
Royal
de Siam. 265
Royal des Vaiſſeaux.
Languedoc.
Navarre.
Feuquieres.
Cruffol.
La Fare .
Fufiliers du Roy.
Alface.
Vaubecour.
Lyonnois.
Dauphin .
La Reyne .
Anjou.
Vermandois.
Il y a outre cela trois
Z
266 Voyage des Amb.
Efcadrons de Dragons .
Le Logis des Ambaffadeurs
fut gardé par une
Compagnie dont le Capitaine
, le Lieutenant &
1 ' Enſeigne étoient en
Hauſſe - Col , pour leur
faire plus d'honneur. M
le Marquis d'Uxelles qui
commande toutes ces
Troupes , alla luy- meſme
le premier jour demander
le mot aux Ambaſſadeurs ,
&ils donnerent pour mot
Prosperité. Le Major Ge
deSiam. 267
neraly alla le prendre les
deuxjours fuivans , & les
motsqu'ils luy donnerent
furent l'Alliance Royale,
& Deux contre tous . Je
ne vous dis point qu'ils
entendoient parler des
Rois de France & de
Siam Ils admirerent les
Travaux dont je viens
de vous faire la defcription.
Le premier Ambaffadeur
les conçeut fi bien,
& en donna des marques
fi convaincantes , qu'iln'y
Zij
268 Voyage des Amb.
a point d'Architecte ny
d'Ingenieur qui euft pû les
mieux comprendre . Il dit
auffi , Qu'il ne croyoit pas
que tous les Rois de l' Europe
ensemble en puſſentfaire
autant. On leur fit voir
toutes les Troupes qui bátirent
aux Champs , &
falüerent du Drapeau.
Elles firent l'Exercice au
fon du Tambour, & montrerent
la parfaite intelligence
qu'elles ontdu Mêtier
de la Guerre.Il y avoit
de Siam. 269
douze Chevaux de l'Ecurie
du Roy que l'Ambaffadeur
& les Mandarins
monterent. Le premier
Ambaffadeur montra
d'un air fort déliberé ,
de quelle maniere les Siamois
ſe battent avec la
Lance. On luy demanda
s'il trouvoit les Troupes
du Roy belles , & il répondit,
qu'il ne croyoit pas
en avoir veu Cette réponfe
furprit , mais il tira bientoſt
d'embarras ceux qui
Z iij
270 Voyage des Amb.
l'avoient entenduë ,&dit
Qu'il ne croyoit pas avoir
vû des Troupes, maisfeulement
des Officiers , parce
qu'ils en avoient tous l'air,
&& l'adreſſe . M' le Marquis
d'Uxelles luy don.
na un magnifique Repas,
avec les Princes d'Hano
ver
, d'Holſtein , d'Harmeſtein
& d'Hanau. On
y but la Santédu Roy , &
l'on peut dire que c'eſt
la ſcule choſe dont il ait
efté ſurpris en France ,
de Siam.
27
ayant toûjours dit , Que
comme on devoit tout attendre
des François il n'étoit
étonné de rien ; mais
il eut de la peine à ſe perfuader
qu'on puft boire à
la Santé du Roy ſans manquer
de reſpect. On luy
dit que les diftinctions
qu'on faiſoit en la beuvant,
marquoient le refpect
, & qu'enfin le Roy
donnoit cette liberté ,
parce qu'elle faiſoit voir le
zele , & l'amour qu'on a-
Zij
272 Voyage des Amb.
'voit pour luy. Il joüa aprés
leRepas à toute table
avec Mª d'Uxelles , & le
gagna. Il dit lors qu'il eut
vû les Ouvrages , & les
Troupes , Qu'il ne s'éton
noit point de la grandeur,
&de la prosperité du Roy ,
& que beaucoup de choſes
ycontribuoient,Scavoir l'union
de la Famille Royale ,
l'avantage qu'il avoit de
gouverner par luy-mesme,
lafidelité , la ponctualité ,
Pintelligence, &la vigilande
Siam. 273
ce de ſes Ministres , es la
bonté deſes Troupes remplies
de jeuneſfe adroite,
& propre à tout.
Fermer
Résumé : Ils vont voir les travaux que l'on fait à la Riviere d'Eure. Description de cet Ouvrage, avec tout ce qui s'est passé à la reveuë des Troupes qui y travaillent. [titre d'après la table]
Le texte décrit les travaux entrepris pour approvisionner en eau le château de Versailles en utilisant la rivière d'Eure. Initialement, des projets visant à utiliser la Loire furent jugés impraticables en raison de la longueur du trajet et des difficultés topographiques. Le roi abandonna cette idée après avoir été convaincu par les relevés de Picard de l'Académie des Sciences. En 1684, Louvois, en considérant la hauteur de la rivière d'Eure et les terrains élevés entre Versailles et Maintenon, ordonna à La Hire, professeur en mathématiques et membre de l'Académie des Sciences, de vérifier la hauteur de cette rivière. La Hire découvrit que l'Eure était suffisamment haute à Pontgouin pour alimenter Versailles. Après vérifications, les travaux commencèrent, incluant la construction de canaux et d'un aqueduc en maçonnerie et en terre. L'aqueduc, long de 2960 toises avec 242 arcades, fut décrit en détail avec des hauteurs variées selon les sections. Les travaux impliquèrent plus de 30 000 hommes, incluant des régiments de troupes et des artisans spécialisés. Les ambassadeurs étrangers, impressionnés par les travaux et les troupes, admirèrent la grandeur du projet et la discipline des soldats français. Par ailleurs, le texte relate la surprise d'un ambassadeur de Siam en France face à une coutume locale. Cet ambassadeur, bien que toujours admiratif des Français, eut du mal à comprendre comment on pouvait porter un toast à la santé du roi sans manquer de respect. On lui expliqua que les distinctions faites en buvant à la santé du roi montraient le respect et que cette liberté était accordée par le roi pour démontrer l'ardeur et l'amour du peuple à son égard. Après le repas, l'ambassadeur joua à des jeux de table avec Madame d'Uxelles et la gagna. Il exprima ensuite son admiration pour les œuvres et les troupes françaises, soulignant que la grandeur et la prospérité du roi étaient dues à plusieurs facteurs, notamment l'union de la famille royale, la capacité du roi à gouverner personnellement, la fidélité, la ponctualité, l'intelligence et la vigilance de ses ministres, ainsi que la qualité des troupes, composées de jeunes gens adroits et compétents.
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1996
p. 273-275
Reparties. [titre d'après la table]
Début :
Je suis obligé de passer legerement sur chaque article, parce [...]
Mots clefs :
Madame du Repaire, Honneur, Voir, Réparties
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texteReconnaissance textuelle : Reparties. [titre d'après la table]
Je ſuis
obligé de paffer legerement
fur chaque article
, parce qu'il me reſte
trop de choſes à vous apprendre
. M'Storfluy dit
au premier Repas qu'il fit
à Paris aprés ſon retour
de l'Audience , qu'il ne
mangeoit point. Il répondit
, Qu'ayant eu l'honneur
de voir le Roy , il ne
274 Voyage des Amb.
pouvoit employer trop de
temps ày penser , & qu'il
s'en souviendroit juſques:
à Siam , & toute ſa vie.
Quelquesjours aprés,Madame
du Repaire eftant
venuë le voir difner , on
luy dit qu'elle estoit Soeur
de M'le Marquis d'Uxel-
Ies , dont il avoit reçeu
tant d'honneur au Camp.
Il luy fit auffi toft compliment
, & luy prefenta
les plus beaux fruits de la
rable ; & quoy qu'il cuſt
de Siam. 275
coutume d'en preſenter
aux Perſonnes les plus diſtinguées
, & aux plus belles
Dames, il n'en prefenta
ce jour- là à aucune.
On s'en étonna , mais on
remarqua enfin qu'il ne
l'avoit fait , qu'afin que
Madame du Repaire eust
l'avantage d'eſtre ſeule
diftinguée.
obligé de paffer legerement
fur chaque article
, parce qu'il me reſte
trop de choſes à vous apprendre
. M'Storfluy dit
au premier Repas qu'il fit
à Paris aprés ſon retour
de l'Audience , qu'il ne
mangeoit point. Il répondit
, Qu'ayant eu l'honneur
de voir le Roy , il ne
274 Voyage des Amb.
pouvoit employer trop de
temps ày penser , & qu'il
s'en souviendroit juſques:
à Siam , & toute ſa vie.
Quelquesjours aprés,Madame
du Repaire eftant
venuë le voir difner , on
luy dit qu'elle estoit Soeur
de M'le Marquis d'Uxel-
Ies , dont il avoit reçeu
tant d'honneur au Camp.
Il luy fit auffi toft compliment
, & luy prefenta
les plus beaux fruits de la
rable ; & quoy qu'il cuſt
de Siam. 275
coutume d'en preſenter
aux Perſonnes les plus diſtinguées
, & aux plus belles
Dames, il n'en prefenta
ce jour- là à aucune.
On s'en étonna , mais on
remarqua enfin qu'il ne
l'avoit fait , qu'afin que
Madame du Repaire eust
l'avantage d'eſtre ſeule
diftinguée.
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Résumé : Reparties. [titre d'après la table]
M'Stofluy, de retour d'une audience à Paris, refuse de manger lors de son premier repas, trop occupé à penser à l'honneur de voir le roi. Il affirme se souvenir de cette rencontre jusqu'à Siam et toute sa vie. Quelques jours plus tard, Madame du Repaire, sœur du Marquis d'Uxelles, le visite. M'Stofluy lui offre les plus beaux fruits de la table, la distinguant particulièrement.
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1997
p. 275-279
Ce qui s'est passé à la Comedie Françoise le premier jour que les Ambassadeurs y ont esté. [titre d'après la table]
Début :
Ayant vû jouer la Comedie du Bourgeois Gentilhomme, il comprit [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Pièce, Bourgeois gentilhomme, La Grange, Comédie, Compliment
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à la Comedie Françoise le premier jour que les Ambassadeurs y ont esté. [titre d'après la table]
Ayant vu jouer
la Comedie du Bourgeois
Gentilhomme , il comprit
tout le ſujet de la Piece
fur ce qu'on luy en expli
276 Voyagedes Amb.
qua , & dit à la fin qu'il
auroit fouhaité qu'il y euſt
eu dans le dénoüement
de certaines chofes qu'il
marqua. Mª de la Grange
dit dans ſon Compliment,
- Qu'ils avoient estéſouvent
honorez de la presence de
pluſieurs Ambaſſadeurs ,
qui pouſſez par leur curiofité
estoient venus admirer
leurs Spectacles, mais qu'ils
n'avoient jamais eu l'avantage
de voir chez eux
des Perſonnes,dont la qua
deSiam.
277
lité de l'Ambassade dans
toutesses circonstances eust
plus attiré d'admiration ,
& que c'estoit ce qui leur
arrivoit ce jour-làpar leur
prefence; que toute la France
estoit pleinement informée
de l'eſtime particuliere
que nostre Auguste Monarque
faisoit de leur merite
, &qu'außi s'empresfoit-
on àleur rendre de toutes
parts leshonneurs dûs à
leur Caractere , chacun allant
au devant de ce qui
278 Voyage des Amb.
afin
leur pouvoit estre agreables
qu'il auroit estéà souhaiter
pour la Troupe , qu'un peu
d'habitude de la Langue
Françoise leur euſt rendu
la Piece intelligible ,
qu'ils en euſſent på ſentir
la beauté, ce qui leur auroit
fait mieux comprendre le
zele aveclequel ils s'estoient
portez à leur donner quelque
plaisir ; qu'ils prioient
leurs Interpretes de le leur
faire entendre , außi- bien
que le defir qu'ils auroient
de Siam.
279
de contribuer encore à leur
divertiſſementpendant leur
Sejour à Paris.Ce difcours
receut beaucoup d'aplaudiffemens
, & l'Ambaffadeur
ayant rencontré M.
de la Grange lors qu'il
fortoit de la Comedie ,
luy dit en François,Je vous
remercie , M' le Marquis,
parce qu'il avoit joué le
rôle du Marquis dans la
Piece.
la Comedie du Bourgeois
Gentilhomme , il comprit
tout le ſujet de la Piece
fur ce qu'on luy en expli
276 Voyagedes Amb.
qua , & dit à la fin qu'il
auroit fouhaité qu'il y euſt
eu dans le dénoüement
de certaines chofes qu'il
marqua. Mª de la Grange
dit dans ſon Compliment,
- Qu'ils avoient estéſouvent
honorez de la presence de
pluſieurs Ambaſſadeurs ,
qui pouſſez par leur curiofité
estoient venus admirer
leurs Spectacles, mais qu'ils
n'avoient jamais eu l'avantage
de voir chez eux
des Perſonnes,dont la qua
deSiam.
277
lité de l'Ambassade dans
toutesses circonstances eust
plus attiré d'admiration ,
& que c'estoit ce qui leur
arrivoit ce jour-làpar leur
prefence; que toute la France
estoit pleinement informée
de l'eſtime particuliere
que nostre Auguste Monarque
faisoit de leur merite
, &qu'außi s'empresfoit-
on àleur rendre de toutes
parts leshonneurs dûs à
leur Caractere , chacun allant
au devant de ce qui
278 Voyage des Amb.
afin
leur pouvoit estre agreables
qu'il auroit estéà souhaiter
pour la Troupe , qu'un peu
d'habitude de la Langue
Françoise leur euſt rendu
la Piece intelligible ,
qu'ils en euſſent på ſentir
la beauté, ce qui leur auroit
fait mieux comprendre le
zele aveclequel ils s'estoient
portez à leur donner quelque
plaisir ; qu'ils prioient
leurs Interpretes de le leur
faire entendre , außi- bien
que le defir qu'ils auroient
de Siam.
279
de contribuer encore à leur
divertiſſementpendant leur
Sejour à Paris.Ce difcours
receut beaucoup d'aplaudiffemens
, & l'Ambaffadeur
ayant rencontré M.
de la Grange lors qu'il
fortoit de la Comedie ,
luy dit en François,Je vous
remercie , M' le Marquis,
parce qu'il avoit joué le
rôle du Marquis dans la
Piece.
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Résumé : Ce qui s'est passé à la Comedie Françoise le premier jour que les Ambassadeurs y ont esté. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite d'ambassadeurs siamois à une représentation de la comédie 'Le Bourgeois Gentilhomme'. Un des ambassadeurs comprit le sujet de la pièce grâce aux explications fournies et proposa des suggestions pour le dénouement. Madame de la Grange, dans son compliment, souligna que les ambassadeurs étaient les premiers de leur qualité à assister à leurs spectacles. Elle mentionna l'estime particulière du monarque français pour leur mérite et les honneurs qui leur étaient rendus. Elle regretta que la troupe ne maîtrisât pas la langue française, ce qui aurait rendu la pièce plus intelligible. Les ambassadeurs exprimèrent leur désir de mieux comprendre la pièce et leur volonté de contribuer au divertissement pendant leur séjour à Paris. Le discours de Madame de la Grange fut applaudi. En sortant, un ambassadeur remercia Monsieur de la Grange en français pour son rôle dans la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1998
p. 279-282
Ils vont voir le Magasin d'Armes à la Bastille. [titre d'après la table]
Début :
Ils ont esté à la Bastille voir le Magazin d'Armes, [...]
Mots clefs :
Magasin d'armes, Bastille, Armes, Magasins, Écrire
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texteReconnaissance textuelle : Ils vont voir le Magasin d'Armes à la Bastille. [titre d'après la table]
Ils ont eſté à la Baſtille
voir le Magazin d'Armes ,
280 Voyage des Amb.
où il y en a toujours de
preſtes pour armer trente
mille hommes. Je ne vous
en fais point ledétail. Imaginez
- vous toutes les fortes
d'Armes qui peuvent
eſtre employées dans une
Armée,& ce ſera vous repreſenter
tout ce qu'on
trouve dans ce Magazin.
Rien n'en égale le bon ordre
&la propreté. C'eſt un
effer des foins de M Thiton
, mais l'établiſſement
en eſt deu à M² de Lou
de Siam: 201
vois . Il n'y en avoit point
encore eu en France. Les
Ambaffadeurs ne fe contenterent
pas de l'admirer
, mais ils ſe donnerene
la peine d'écrire& de faire
écrire par leursSecretaires
tour ce qu'ilsy virent. Om
Ieur dit qu'il y avoit en
France encore vingt Magazins
qui n'eſtoient pass
moins remplis. Ainfi ea
quelque lieu qu'on puide
envoyer des Soldats fans
Armes ils en trouvent
Aa
2
282. Voyage des Amb.
dans ces Magazins , &
cela n'a pas peu contribué
aux Conqueſtes de Sa
Majefte.
voir le Magazin d'Armes ,
280 Voyage des Amb.
où il y en a toujours de
preſtes pour armer trente
mille hommes. Je ne vous
en fais point ledétail. Imaginez
- vous toutes les fortes
d'Armes qui peuvent
eſtre employées dans une
Armée,& ce ſera vous repreſenter
tout ce qu'on
trouve dans ce Magazin.
Rien n'en égale le bon ordre
&la propreté. C'eſt un
effer des foins de M Thiton
, mais l'établiſſement
en eſt deu à M² de Lou
de Siam: 201
vois . Il n'y en avoit point
encore eu en France. Les
Ambaffadeurs ne fe contenterent
pas de l'admirer
, mais ils ſe donnerene
la peine d'écrire& de faire
écrire par leursSecretaires
tour ce qu'ilsy virent. Om
Ieur dit qu'il y avoit en
France encore vingt Magazins
qui n'eſtoient pass
moins remplis. Ainfi ea
quelque lieu qu'on puide
envoyer des Soldats fans
Armes ils en trouvent
Aa
2
282. Voyage des Amb.
dans ces Magazins , &
cela n'a pas peu contribué
aux Conqueſtes de Sa
Majefte.
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Résumé : Ils vont voir le Magasin d'Armes à la Bastille. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs ont visité la Bastille et découvert un magasin d'armes capable d'équiper trente mille hommes. Le lieu, ordonné et propre, a été établi par Monsieur de Louv de Siam. Ils ont appris l'existence de vingt autres magasins similaires en France, facilitant l'équipement rapide des soldats et contribuant aux conquêtes royales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1999
p. 282-283
Ce qu'ils ont dit des Invalides. [titre d'après la table]
Début :
Lors qu'ils virent les Invalides, le premier Ambassadeur dit [...]
Mots clefs :
Invalides, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont dit des Invalides. [titre d'après la table]
Lors qu'ils virent
les Invalides , le premier
Ambaſſadeur dit en parlant
du Roy & de fes
Troupes ; Il les habille
les paye , & recompense
leurs belles act ons ; il les loge
, il les nourrit. Peut-il
manquer aprés cela d'eftre
toûjours Vainqueur ? Jamais
on n'a tant dit de
choſesen fi peude paroles,
de Siam 283
&je nefçay ti des Panegyriques
entiers pourroient
mieux louer le Roy.
les Invalides , le premier
Ambaſſadeur dit en parlant
du Roy & de fes
Troupes ; Il les habille
les paye , & recompense
leurs belles act ons ; il les loge
, il les nourrit. Peut-il
manquer aprés cela d'eftre
toûjours Vainqueur ? Jamais
on n'a tant dit de
choſesen fi peude paroles,
de Siam 283
&je nefçay ti des Panegyriques
entiers pourroient
mieux louer le Roy.
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2000
p. 283-287
Ce qui s'est passé à la Comedie Italienne la premiere fois qu'ils ont esté à ce Theatre. [titre d'après la table]
Début :
Quand ils allerent à la Comedie Italienne, & qu'on [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Interprète, Paris, Roi, France, Portugais, Compliment italien, Giovanni Veneroni
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à la Comedie Italienne la premiere fois qu'ils ont esté à ce Theatre. [titre d'après la table]
Quand ils allerent à la
Comedie Italienne , &
qu'on leur voulut faire :
remarquer la Salle qui eft
tres-belle , ils dirent qu'el
le estoit à Paris es que cela
Suffifoit , Paris eftant ca
pable de produire tout ce
qu'on peut s'imaginer de
plus beau. Voicy à peu prés
le fujet du Compliments
Italien que leur fit M
Aaij
284 Voyage des Amb.
Cinthio . Il dit , Que c'étorent
de ſages & illustres
Minſtres , qui portoient
imprimée ſur leurfront la
grandeurde leur Roy , qu'ils
eftoient venus en France du
ford des Indes pour nous
découvrir les merveilles de
IAfie , que leur Royaume
eftoit divſé en onze Provinces
qu'onpouvoit appeller
autant de Royaumes, &
que tout estoit d'unfi grand
exemple dans le Gouvernement
de Siam , que si les
de Siam. 285
Ecoles de la Prudence &
de la Politique estoient neceffaires
en France , ils
pourroient en donner les
premiers enfeignemens ; à
quoy il ajouta , qu'il les
prioit defouffrirqu' au nom
de toute la Troupe , il leur
rend ft graces de l'honneur
qu'il leur avoit plû de faire
à leur Theatre , cơ quà
leurretour à Siam ils daignaſſont
dire à leur Souverain
Seigneur , que les Nations
les plus éloignées don
286 Voyage des Amb.
nent un tribut de loüanges
àſa grandeur, 5 reverent
fa Puiſſance , d'autant
plus confiderable qu'elle a
merité l'estime de noftre
Monarque , toûjours Invincible
LOUIS XIV. 5.
que cependant ils attendroient
d'eux de nouveaux
ordres ponr leur donner de
nouvelles marques de leur
zele & de leur obeiffance.
CeCompliment fut interpreté
en François parM
Veneroni , Interprete du
de Siam. 287
Roy en Langue Italienne,
qui parle Portugais auffibien
que l'Interprete des
Ambaffadeurs qui eft né à
Siam , & Fils d'un Portugais
qui s'y eft habitué.
Comedie Italienne , &
qu'on leur voulut faire :
remarquer la Salle qui eft
tres-belle , ils dirent qu'el
le estoit à Paris es que cela
Suffifoit , Paris eftant ca
pable de produire tout ce
qu'on peut s'imaginer de
plus beau. Voicy à peu prés
le fujet du Compliments
Italien que leur fit M
Aaij
284 Voyage des Amb.
Cinthio . Il dit , Que c'étorent
de ſages & illustres
Minſtres , qui portoient
imprimée ſur leurfront la
grandeurde leur Roy , qu'ils
eftoient venus en France du
ford des Indes pour nous
découvrir les merveilles de
IAfie , que leur Royaume
eftoit divſé en onze Provinces
qu'onpouvoit appeller
autant de Royaumes, &
que tout estoit d'unfi grand
exemple dans le Gouvernement
de Siam , que si les
de Siam. 285
Ecoles de la Prudence &
de la Politique estoient neceffaires
en France , ils
pourroient en donner les
premiers enfeignemens ; à
quoy il ajouta , qu'il les
prioit defouffrirqu' au nom
de toute la Troupe , il leur
rend ft graces de l'honneur
qu'il leur avoit plû de faire
à leur Theatre , cơ quà
leurretour à Siam ils daignaſſont
dire à leur Souverain
Seigneur , que les Nations
les plus éloignées don
286 Voyage des Amb.
nent un tribut de loüanges
àſa grandeur, 5 reverent
fa Puiſſance , d'autant
plus confiderable qu'elle a
merité l'estime de noftre
Monarque , toûjours Invincible
LOUIS XIV. 5.
que cependant ils attendroient
d'eux de nouveaux
ordres ponr leur donner de
nouvelles marques de leur
zele & de leur obeiffance.
CeCompliment fut interpreté
en François parM
Veneroni , Interprete du
de Siam. 287
Roy en Langue Italienne,
qui parle Portugais auffibien
que l'Interprete des
Ambaffadeurs qui eft né à
Siam , & Fils d'un Portugais
qui s'y eft habitué.
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Résumé : Ce qui s'est passé à la Comedie Italienne la premiere fois qu'ils ont esté à ce Theatre. [titre d'après la table]
Des ambassadeurs visitèrent la Comédie Italienne et admirèrent sa beauté, la comparant aux salles parisiennes. M. Aaij, représentant, les qualifia de sages et illustres ministres, soulignant la grandeur de leur roi. Il mentionna leur voyage depuis les Indes pour découvrir les merveilles de l'Asie et décrivit leur royaume, divisé en onze provinces ou royaumes, gouverné avec sagesse. M. Aaij exprima l'admiration pour leur gouvernement et demanda aux ambassadeurs de transmettre leurs louanges au souverain de Siam, Louis XIV. Le compliment fut interprété en français par M. Veneroni, interprète du roi en langue italienne et portugais, et par l'interprète des ambassadeurs, né à Siam et fils d'un Portugais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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