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11901
p. 2314-2315
SUR la Convalescence du Roi.
Début :
France, le Ciel te rend ton Maître, [...]
Mots clefs :
Roi, Maître, Prince, Jour
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texteReconnaissance textuelle : SUR la Convalescence du Roi.
SUR la Convalescence du Roi,
Rance , le Ciel te rend ton Maître ,
Ce Héros qu'il forma pour faire ton bonheur ,
Qui par ſes ſentimens t'a toûjours fait connoître ;
Qu'il n'eſtime rien tant que regner ſur ton coeur ;
Ceſſe de répandre des larmes ;
Il renaît pour ſecher tes pleurs ,
Et ce jour fortuné, qui finit tes douleurs,
T'affûre un deſtin plein de charmes.
Reſpecte en ce grand Roi, l'Ouvrage duTrès-Haut;
Pour ta félicité , ſa bonté le conſerve ;
Quelle grace à lui rendre ; un Prince, ſansdéfaut ,
Eſt le Maître qu'il te réſerve ;
Le front ceint de Lauriers cueillis par ſa valeur ,
Il vient frapper mes yeux d'une ſplendeur nouvelle;
La vertu , la prudence , appui de la grandeur ,
Rendront
OCTOBRE. 1744. 2318
Rendront ſa mémoire éternelle.
Qui ; monDieu,tu nous parles en ce jour par ſa voix,
EtLours devient le modéle
Sur lequel tu prétens que ſe forment les Rois ;
Peuple ſoumis à ſa puiſſance , favorisé duCiel, ado
re ſa clémence ;
Redouble , s'il ſe peut , ta tendreſſe &tes voeux ;
Content de ta reconnoiffance ,
Il prendra ſoin de ſes jours précieux.
Couvert d'une gloire immortelle ,
Paris , tu vas revoir ce Roi victorieux ;
Ne ceſſe d'élevertes chants juſques aux Cieux ;
Sers ton Dieu , ferston Prince avec le même zéle
Son exemple aujourd'hui doit ranimer ta foi ;
Avec des qualités ſi dignes de ton Roi ,
Tu mériteras qu'on t'appelle
Lhéritage du Jufte & la Ville fidelle.
Par M. Bailly , Garde Général des Tam
bleaux du Roi..
Rance , le Ciel te rend ton Maître ,
Ce Héros qu'il forma pour faire ton bonheur ,
Qui par ſes ſentimens t'a toûjours fait connoître ;
Qu'il n'eſtime rien tant que regner ſur ton coeur ;
Ceſſe de répandre des larmes ;
Il renaît pour ſecher tes pleurs ,
Et ce jour fortuné, qui finit tes douleurs,
T'affûre un deſtin plein de charmes.
Reſpecte en ce grand Roi, l'Ouvrage duTrès-Haut;
Pour ta félicité , ſa bonté le conſerve ;
Quelle grace à lui rendre ; un Prince, ſansdéfaut ,
Eſt le Maître qu'il te réſerve ;
Le front ceint de Lauriers cueillis par ſa valeur ,
Il vient frapper mes yeux d'une ſplendeur nouvelle;
La vertu , la prudence , appui de la grandeur ,
Rendront
OCTOBRE. 1744. 2318
Rendront ſa mémoire éternelle.
Qui ; monDieu,tu nous parles en ce jour par ſa voix,
EtLours devient le modéle
Sur lequel tu prétens que ſe forment les Rois ;
Peuple ſoumis à ſa puiſſance , favorisé duCiel, ado
re ſa clémence ;
Redouble , s'il ſe peut , ta tendreſſe &tes voeux ;
Content de ta reconnoiffance ,
Il prendra ſoin de ſes jours précieux.
Couvert d'une gloire immortelle ,
Paris , tu vas revoir ce Roi victorieux ;
Ne ceſſe d'élevertes chants juſques aux Cieux ;
Sers ton Dieu , ferston Prince avec le même zéle
Son exemple aujourd'hui doit ranimer ta foi ;
Avec des qualités ſi dignes de ton Roi ,
Tu mériteras qu'on t'appelle
Lhéritage du Jufte & la Ville fidelle.
Par M. Bailly , Garde Général des Tam
bleaux du Roi..
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Résumé : SUR la Convalescence du Roi.
Le texte célèbre la convalescence du roi et exprime la joie et le soulagement du peuple face à son rétablissement. Le roi est présenté comme un héros divin destiné au bonheur de la nation, régnant sur le cœur de ses sujets. Le poème appelle à cesser les larmes et à vénérer le roi comme une œuvre divine. Il met en avant la bonté et la valeur du roi, couvert de lauriers, dont la vertu et la prudence assureront une mémoire éternelle. Le peuple est encouragé à adorer la clémence du roi et à redoubler de tendresse et de vœux pour sa santé. Paris est invité à accueillir triomphalement le roi victorieux et à chanter ses louanges. Le texte se conclut par l'espoir que le peuple, inspiré par l'exemple du roi, méritera d'être appelé l'héritage du juste et la ville fidèle. L'auteur est M. Bailly, Garde Général des Tambourins du Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11902
p. 2315-2319
VAUDEVILLLE, chanté par les Harangeres de la Halle le 10 Septembre, jour des réjoüissances publiques, sur l'Air Opegué, ma commere.
Début :
Faisons tretous paroître [...]
Mots clefs :
Commère, Louis, Bien-aimé, Harengères, Air noté
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texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLLE, chanté par les Harangeres de la Halle le 10 Septembre, jour des réjoüissances publiques, sur l'Air Opegué, ma commere.
VAUDEVILLE , chanté par les Harangeres
de la Halle le 10 Septembre , jour
des réjouiſſances publiques , ſur l'Air Opegué
, ma commere .
FAiſons tretous paroître
Quelle est notre gayté ,
Puiſqu'enfin notre Maître
Eſt en pleine ſanté ,
:
Hij Céle$
316 MERCURE DE FRANCE,
i
Célébrons tous , ma chere ,
Notre félicité ,
Opegué , ma commere ,
Ma commere opégué .
Le Ciel , qui le conſerve
: :
:
Rend nos jours pleins d'attraits ;
Sa bonté le réſerve
Pour nous donner la paix ;
Notre bonheur , ma chere ,
Eſt des plus aſſuré ,
Opegué , ma commere , &c.
Non , jamais Capitaine
N'acquit plus de renom ;
Je l'avons vû ſans peine
Affronter leCanon ;
Dans le danger , ma chere ,
Le premier expoſé,
Opegué , ma commere , &c.
Ses ennemis ſoupirent
De ſe voir abattus ,
Mais en ſecret admirent
Sa valeur , ſes vertus ;
Juſqu'au bout de la Terre
LOUIS
OCTOBRE. 1744.
2317
Louis eſt reſpecté ,
Opegué , ma commere , &c.
Quand j'ons fait le voyage
DeMetz pour l'aller voir ,
D'abord ſon bon viſage
Ranima notre eſpoir ;
Il nous reçut , ma chere ,
Avec tant de bonté ,
Opegué , ma commere , &c.
En voyant ſa préſence
Je vinmes à trembler ;
D'un air de complaiſance
Il ſçût nous raffûrer ,
En nous diſant , ma chere ,
Enfans, je fuis ſauvé ,
Opegué , ma commere , &c.
Les yeux baignés de larmes ,
J'einbraſſions ſes genoux ;
Senſible à nos allarmes ,
Il pleuroit comme nous ;
Ah ! que Louis , ma chere ,
A le coeur bien planté !
Opegué, ma commere , &c.
1
i
)
Hiij Des
2318 MERCURE DE FRANCE.
Des Princes de la Terre
LOUIS eſt leplus gran'd;
Je cherchons à lui plaire ;
Il eſt ſibien-faiſant;
Vive Lours , ma chere,
Vive le bien Aimé !
Opegué , ma commere ,&c.
Par des cris d'allegrefle
Percons le Firmament ;
Dans l'ardeur qui nous prefle ,
Répetons hautement ,
Vive Lours , ma chere ,
Vive le Bien-aimé !
Opegué, ma commere , &c.
Allons droit àl'Image *
De ce Héros charmant ;
Offronslui notre hommage ,
Juſqu'au tendre moment ,
Qu'à ſes genoux , ma chere ,
Notre amour ſoit porté ;
Opegué , ma commere , &c.
Par lemême.
:
* L'Auteur , le jour des Illuminations,avoit place
Sous un Daisle Portrait duRoi,
On
OCTOBRE. 1744. 4 2319
On trouvera l'Air de ce Vaudeville , noté , qui eft
du feu Sr Gilliers , dans le ſecond Volume de Septembre
1729 , page 2246.
de la Halle le 10 Septembre , jour
des réjouiſſances publiques , ſur l'Air Opegué
, ma commere .
FAiſons tretous paroître
Quelle est notre gayté ,
Puiſqu'enfin notre Maître
Eſt en pleine ſanté ,
:
Hij Céle$
316 MERCURE DE FRANCE,
i
Célébrons tous , ma chere ,
Notre félicité ,
Opegué , ma commere ,
Ma commere opégué .
Le Ciel , qui le conſerve
: :
:
Rend nos jours pleins d'attraits ;
Sa bonté le réſerve
Pour nous donner la paix ;
Notre bonheur , ma chere ,
Eſt des plus aſſuré ,
Opegué , ma commere , &c.
Non , jamais Capitaine
N'acquit plus de renom ;
Je l'avons vû ſans peine
Affronter leCanon ;
Dans le danger , ma chere ,
Le premier expoſé,
Opegué , ma commere , &c.
Ses ennemis ſoupirent
De ſe voir abattus ,
Mais en ſecret admirent
Sa valeur , ſes vertus ;
Juſqu'au bout de la Terre
LOUIS
OCTOBRE. 1744.
2317
Louis eſt reſpecté ,
Opegué , ma commere , &c.
Quand j'ons fait le voyage
DeMetz pour l'aller voir ,
D'abord ſon bon viſage
Ranima notre eſpoir ;
Il nous reçut , ma chere ,
Avec tant de bonté ,
Opegué , ma commere , &c.
En voyant ſa préſence
Je vinmes à trembler ;
D'un air de complaiſance
Il ſçût nous raffûrer ,
En nous diſant , ma chere ,
Enfans, je fuis ſauvé ,
Opegué , ma commere , &c.
Les yeux baignés de larmes ,
J'einbraſſions ſes genoux ;
Senſible à nos allarmes ,
Il pleuroit comme nous ;
Ah ! que Louis , ma chere ,
A le coeur bien planté !
Opegué, ma commere , &c.
1
i
)
Hiij Des
2318 MERCURE DE FRANCE.
Des Princes de la Terre
LOUIS eſt leplus gran'd;
Je cherchons à lui plaire ;
Il eſt ſibien-faiſant;
Vive Lours , ma chere,
Vive le bien Aimé !
Opegué , ma commere ,&c.
Par des cris d'allegrefle
Percons le Firmament ;
Dans l'ardeur qui nous prefle ,
Répetons hautement ,
Vive Lours , ma chere ,
Vive le Bien-aimé !
Opegué, ma commere , &c.
Allons droit àl'Image *
De ce Héros charmant ;
Offronslui notre hommage ,
Juſqu'au tendre moment ,
Qu'à ſes genoux , ma chere ,
Notre amour ſoit porté ;
Opegué , ma commere , &c.
Par lemême.
:
* L'Auteur , le jour des Illuminations,avoit place
Sous un Daisle Portrait duRoi,
On
OCTOBRE. 1744. 4 2319
On trouvera l'Air de ce Vaudeville , noté , qui eft
du feu Sr Gilliers , dans le ſecond Volume de Septembre
1729 , page 2246.
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Résumé : VAUDEVILLLE, chanté par les Harangeres de la Halle le 10 Septembre, jour des réjoüissances publiques, sur l'Air Opegué, ma commere.
Le 10 septembre, un vaudeville chanté aux Halles célèbre la santé et la bravoure de Louis, probablement le roi Louis XV. Les paroles expriment la joie et la gratitude du peuple pour la bonne santé du roi et ses qualités de leadership. Elles soulignent son courage face au danger et son respect universel. Le vaudeville décrit une visite royale à Metz, où Louis a accueilli chaleureusement les visiteurs, les rassurant et partageant leurs émotions. Le texte se termine par des louanges à Louis, le décrivant comme le plus grand des princes et exprimant le désir de lui offrir un hommage sincère. L'auteur mentionne avoir placé son portrait sous un dais lors des illuminations. La mélodie du vaudeville est attribuée au défunt Sieur Gilliers et peut être trouvée dans un volume précédent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11903
p. 2319-2325
FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
Début :
IL n'y a aucune Ville qui ait témoigné plus de joye pour la Convalescence du Roi, que celle de [...]
Mots clefs :
Roi, Convalescence, Lampions, Fête, Abbaye, Peuple, Joie, Te Deum, Ville, Feu, Magnifique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
2320 MERCURE DE FRANCE.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
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Résumé : FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
En octobre 1744, l'Abbaye de Beaumont fut illuminée pour célébrer la convalescence du roi. Les décorations incluaient des palmes lumineuses, des guirlandes de lampions en forme de diamants, et des lustres. Un grand soleil éclairé avec l'inscription 'SERENITAS RESTITUTA, CONVALESCENTE REGE' dominait le palais abbatial. Les bâtiments environnants affichaient les mots 'VIVE LE ROI' et 'LIBERTAS PURA'. Les festivités débutèrent le 13 septembre avec une illumination et un souper organisé par l'intendant, auquel assistait l'archevêque. Plus de 140 convives furent accueillis autour de cinq tables, suivis d'un bal. Le peuple participa également, avec des tables dressées dans les cours et des danses nocturnes. Les feux d'artifice et les illuminations, conçus par l'ingénieur M. de Bayeux, furent un succès. Le 20 septembre, l'archevêque chanta un Te Deum dans sa cathédrale, précédé d'une sonnerie de cloches. La musique, composée par le sieur du Luc, fut acclamée. Un feu de joie, une illumination et un grand souper furent organisés au palais archiépiscopal, avec des fontaines de vin pour le peuple. Des aumônes furent distribuées par le prélat. Les bâtiments étaient illuminés par des milliers de lampions, respectant l'ordre architectural. Des armes royales éclairées et des terrines répandirent une grande clarté. À Tours, 200 pots à feu furent disposés dans le Parterre, projetant des feux d'artifice sur plus de 60 pieds, sous la direction de Monsieur Courson, artificier du Roi. La Maison des Pères Capucins fut choisie pour l'illumination, offrant une vue spectaculaire dominant la Loire. Des salves d'artillerie furent tirées et la ville offrit des aumônes aux Capucins. Les marchands et les fabricants suivirent en chantant un Te Deum et en illuminant leurs bureaux. Les Jésuites offrirent un repas aux pauvres, et Madame de Chezelles porta la joie aux prisons. Toutes les localités de Touraine imitèrent la capitale. À l'Abbaye de Cormery, les Pères Bénédictins organisèrent une fête en l'honneur du roi. Le samedi 10 octobre, des salves d'artillerie et des cloches annoncèrent la fête. Le dimanche, plus de 2000 lampions illuminèrent l'église, représentant des emblèmes royaux et des armoiries. Un Te Deum fut chanté, suivi d'un défilé de la milice bourgeoise.
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11904
p. 2325-2326
BENEFICES accordés par le Roi, à Metz le 13 Septembre 1744.
Début :
L'Evêché d'Alais, à M. de Vivet-de Monclus, Evêque de S. Brieux. [...]
Mots clefs :
Bénéfices, Diocèse, Vicaire général
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texteReconnaissance textuelle : BENEFICES accordés par le Roi, à Metz le 13 Septembre 1744.
BENEFICES accordés par le Roi , à
Metz le 13 Septembre 1744 .
Evêché d'Alais , à M. de Vivet- de Montclus ,
Level
Celui de S. Brieux , à M. du Ereignon Thepaul ,
Vicaire Géneral de Quimper .
L'Abbaye de S. Gilles , Diocèſe de Nîmes , à M.
de Vivet-de-Montclus , nommé à l'Evêché d'Alais .
Celle
$326 MERCURE DE FRANCE.
Celle de Franquevaux , Diocèse de Nîmes , à M.
de Bourdeilles.
Celle de Beaugency , à M. de la Ferre-Château-
Guillaume , Doyen de la Collégiale de Cléry .
Celle de S. Cyprien de Poitiers , à M. PAbbé
d'Olmieres , Vicaire Général de Lyon .
Celle de Cormeilles , Diocèſe de Lizieux , à M.
de la Baſtie , Agent Général du Clergé.
Celle de Beaupott, Diocèse de S. Brieux , à M.
de Raftignac , Agent Général du Clergé.
Celle du Paraclet , Diocèſe d'Amiens , à Mad. de
Maïlly , Religieufe aChaumonten Vexin.
Metz le 13 Septembre 1744 .
Evêché d'Alais , à M. de Vivet- de Montclus ,
Level
Celui de S. Brieux , à M. du Ereignon Thepaul ,
Vicaire Géneral de Quimper .
L'Abbaye de S. Gilles , Diocèſe de Nîmes , à M.
de Vivet-de-Montclus , nommé à l'Evêché d'Alais .
Celle
$326 MERCURE DE FRANCE.
Celle de Franquevaux , Diocèse de Nîmes , à M.
de Bourdeilles.
Celle de Beaugency , à M. de la Ferre-Château-
Guillaume , Doyen de la Collégiale de Cléry .
Celle de S. Cyprien de Poitiers , à M. PAbbé
d'Olmieres , Vicaire Général de Lyon .
Celle de Cormeilles , Diocèſe de Lizieux , à M.
de la Baſtie , Agent Général du Clergé.
Celle de Beaupott, Diocèse de S. Brieux , à M.
de Raftignac , Agent Général du Clergé.
Celle du Paraclet , Diocèſe d'Amiens , à Mad. de
Maïlly , Religieufe aChaumonten Vexin.
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Résumé : BENEFICES accordés par le Roi, à Metz le 13 Septembre 1744.
Un acte royal du 13 septembre 1744 de Metz attribue des bénéfices ecclésiastiques. M. de Vivet-de-Montclus obtient l'Évêché d'Alais et l'Abbaye de Saint-Gilles. M. du Ereignon Thepaul devient Vicaire Général de Quimper et évêque de Saint-Brieux. M. de Bourdeilles reçoit l'Abbaye de Franquevaux. M. de la Ferre-Château-Guillaume obtient l'Abbaye de Beaugency. M. l'Abbé d'Olmières devient abbé de Saint-Cyprien de Poitiers. M. de la Bastie et M. de Raftignac reçoivent respectivement les Abbayes de Cormeilles et de Beaupoil. Madame de Mailly obtient l'Abbaye du Paraclet.
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11905
p. 2326
« Le 22 du mois dernier au soir, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, & que ce [...] »
Début :
Le 22 du mois dernier au soir, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, & que ce [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Prague, Gouverneur, Roi, Marquis d'Escoville
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texteReconnaissance textuelle : « Le 22 du mois dernier au soir, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, & que ce [...] »
Le 22 du mois dernier au ſoir , le Marquis d'Ef
coville , Chambellan du Roi de Pruffe , & que ce
Prince a choisi pour apporter au Roi la nouvelle de
la priſe de Prague , arriva à Metz , & le lendemain
il remit à S. M. une Lettre de S. M. Pr. étant préſentédans
la Chambre par le Chevalier de Sainc
tot , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le 28 , ce Marquis prit congé du Roi , pour retourner
auprès du Roi de Pruffe. Cet Officier a
confirmé que S. M. Pr. ayant refuſé d'accorder la
Capitulation demandée par le Gouverneur de Prague
, ce Gouverneur avoit conſenti , en ſe rendant,
que la garniſon , compoſée de 22 Bataillons , tant
d'anciennes troupes , que de Milices enregimentées,
fut priſonniere de guerre.
Le 23 , le Baron de Keſſelſtatt , Grand Prévôt de
l'Egliſe Métropolitaine de Tréves , & que l'Electeur
de Tréves avoit nommé ſon Envoyé auprès du
Roi , eat ſon audience de congé de S. M y ayant
été conduit par le Chevalier de Sainctot .
coville , Chambellan du Roi de Pruffe , & que ce
Prince a choisi pour apporter au Roi la nouvelle de
la priſe de Prague , arriva à Metz , & le lendemain
il remit à S. M. une Lettre de S. M. Pr. étant préſentédans
la Chambre par le Chevalier de Sainc
tot , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le 28 , ce Marquis prit congé du Roi , pour retourner
auprès du Roi de Pruffe. Cet Officier a
confirmé que S. M. Pr. ayant refuſé d'accorder la
Capitulation demandée par le Gouverneur de Prague
, ce Gouverneur avoit conſenti , en ſe rendant,
que la garniſon , compoſée de 22 Bataillons , tant
d'anciennes troupes , que de Milices enregimentées,
fut priſonniere de guerre.
Le 23 , le Baron de Keſſelſtatt , Grand Prévôt de
l'Egliſe Métropolitaine de Tréves , & que l'Electeur
de Tréves avoit nommé ſon Envoyé auprès du
Roi , eat ſon audience de congé de S. M y ayant
été conduit par le Chevalier de Sainctot .
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Résumé : « Le 22 du mois dernier au soir, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, & que ce [...] »
Le 22 du mois précédent, le Marquis d'Effcoville a annoncé au Roi de France la prise de Prague par le Roi de Prusse. Le 28, il a quitté Metz après avoir confirmé le refus de capitulation du Roi de Prusse. La garnison de Prague, composée de 22 bataillons, est devenue prisonnière. Le 23, le Baron de Kesselstatt a eu son audience de congé auprès du Roi.
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11906
p. 2326-2327
« On a appris de Metz du 22 du mois dernier, que les forces du Roi augmentoient tous les jours, & [...] »
Début :
On a appris de Metz du 22 du mois dernier, que les forces du Roi augmentoient tous les jours, & [...]
Mots clefs :
Roi, Metz, Médecin, Paris, Jacques Molin, Médecin consultant
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texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Metz du 22 du mois dernier, que les forces du Roi augmentoient tous les jours, & [...] »
On a appris de Metz du 22 du mois dernier , que
les forces du Roi augmentoient tous les jours , &
que
OCTOBRE . 1744. 2327
que fon étatde convalefcence devenoit de plus en
plusfavorable.
Monſeigneur le Dauphin partit le 21 au matin de
cette Ville, pour ſe rendre à Verſailles" , où l'on
comptoit qu'il devoit arriver le 27. Ce Prince a
couché la nuitdu 21 à Luneville; il y a ſéjourné
le 22 , & il a dû ſe remettre en marche le 23 ; il
devoit prendre la route de Bar , de Chaalons- fur-
Marne, de Rheims & de Soiffons.
Le Roi a permis à M. Molin,que S. M. pendant
qu'elle étoit en danger, avoit fait venir à Metz , &
qui y étoit arrivé le 26 du mois d'Août dernier , de
retourner à Paris. Les Services que le Roi dans ſa
derniere maladie & dans plufieurs autres a reçus de
ce Médecin , ont été récompensés par la Penſion de
MédecinConfultant , que S. M. lui a accordée. Le
Roi a accompagné cette grace de pluſieurs témoignages
de ſes bontés pour M. Molin , & il a paru
que S.Men ne le retenant pas plus long-tems
croyoit donner une marque de ſon affection à la
Ville de Paris , où le Roi a jugé que la préſence de
ce Médecin étoit auffi deſurée , qu'elle y eſt utile
depuis long-tems,
les forces du Roi augmentoient tous les jours , &
que
OCTOBRE . 1744. 2327
que fon étatde convalefcence devenoit de plus en
plusfavorable.
Monſeigneur le Dauphin partit le 21 au matin de
cette Ville, pour ſe rendre à Verſailles" , où l'on
comptoit qu'il devoit arriver le 27. Ce Prince a
couché la nuitdu 21 à Luneville; il y a ſéjourné
le 22 , & il a dû ſe remettre en marche le 23 ; il
devoit prendre la route de Bar , de Chaalons- fur-
Marne, de Rheims & de Soiffons.
Le Roi a permis à M. Molin,que S. M. pendant
qu'elle étoit en danger, avoit fait venir à Metz , &
qui y étoit arrivé le 26 du mois d'Août dernier , de
retourner à Paris. Les Services que le Roi dans ſa
derniere maladie & dans plufieurs autres a reçus de
ce Médecin , ont été récompensés par la Penſion de
MédecinConfultant , que S. M. lui a accordée. Le
Roi a accompagné cette grace de pluſieurs témoignages
de ſes bontés pour M. Molin , & il a paru
que S.Men ne le retenant pas plus long-tems
croyoit donner une marque de ſon affection à la
Ville de Paris , où le Roi a jugé que la préſence de
ce Médecin étoit auffi deſurée , qu'elle y eſt utile
depuis long-tems,
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Résumé : « On a appris de Metz du 22 du mois dernier, que les forces du Roi augmentoient tous les jours, & [...] »
En octobre 1744, des rapports de Metz signalèrent une amélioration de la santé du Roi et une augmentation de ses forces. Le Dauphin partit de Metz le 21 octobre pour rejoindre Versailles, en passant par Luneville, Bar, Châlons-sur-Marne, Reims et Soissons. Le Roi autorisa le médecin M. Molin, appelé à Metz en août pendant sa maladie, à retourner à Paris. Les services de M. Molin durant la maladie du Roi et à d'autres occasions furent reconnus par l'attribution d'une pension de Médecin Consultant. Le Roi manifesta sa gratitude envers M. Molin et insista sur l'importance de sa présence à Paris.
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11907
p. 2327
Illumination & Feu d'artifice à Bercy, [titre d'après la table]
Début :
Le 23, M. Orry, Ministre d'Etat, & Controleur Général des Finances, fit illuminer sa Maison [...]
Mots clefs :
Ministre, Maison, Philibert Orry, Bercy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Illumination & Feu d'artifice à Bercy, [titre d'après la table]
Le 23 , M. Orry , Miniſtre d'Etat , & ControlleurGénéral
des Finances , fit illuminer ſa Maiſon
deBercy avec la plus grande magnificence , à l'occafion
de la convalescence du Roi. On tira un trèsbeau
feu d'artifice , qu'il avoit fait préparer fur
P'eau , vis-à-vis de ſa Maiſon , & il fit ſervir un fouper
extrêmement ſplendide, auquel il avoit invité
lesMiniſtres Etrangers qui ſe trouvoient à Paris , &
un grand nombre de perſonnes de distinction . Tou
tes celles qui ont aſſiſté à cette Fête , ont jugé
qu'elle étoit également digne du Miniſtre qui la
donnoit , & de l'objet pour lequel elle avoit été
ordonnée.
des Finances , fit illuminer ſa Maiſon
deBercy avec la plus grande magnificence , à l'occafion
de la convalescence du Roi. On tira un trèsbeau
feu d'artifice , qu'il avoit fait préparer fur
P'eau , vis-à-vis de ſa Maiſon , & il fit ſervir un fouper
extrêmement ſplendide, auquel il avoit invité
lesMiniſtres Etrangers qui ſe trouvoient à Paris , &
un grand nombre de perſonnes de distinction . Tou
tes celles qui ont aſſiſté à cette Fête , ont jugé
qu'elle étoit également digne du Miniſtre qui la
donnoit , & de l'objet pour lequel elle avoit été
ordonnée.
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Résumé : Illumination & Feu d'artifice à Bercy, [titre d'après la table]
Le 23, M. Orry, Ministre d'État et Contrôleur Général des Finances, a illuminé sa maison de Bercy pour célébrer la convalescence du Roi. Un feu d'artifice et un souper somptueux ont été organisés, réunissant des ministres étrangers et des personnalités distinguées. La fête a été jugée digne du ministre et de l'événement célébré.
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11908
p. 2328
« Les Députés des Etats de Languedoc furent présentés le 24 au Roi par le Maréchal de Maillebois, [...] »
Début :
Les Députés des Etats de Languedoc furent présentés le 24 au Roi par le Maréchal de Maillebois, [...]
Mots clefs :
Députés, Audience, États de Languedoc
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texteReconnaissance textuelle : « Les Députés des Etats de Languedoc furent présentés le 24 au Roi par le Maréchal de Maillebois, [...] »
Les Députés des Etats de Languedoc furent pré
fentés le 24 au Roi par le Marechal de Maillebois ,
Lieutenant Général de la Province , & par le Comte
de S Florentin , Sécretaire d'Etat , & conduits à
cette audience par M. Deſgranges , Maître des Cérémonies.
La Députation étoit compolée , pour le
Clergé , de l'Evêque de Mirepoix , qui porta la pa-
Fole; du Baron de Lanta , pour la Nobleſſe ; de Mes
Chaboton & Bechon , pour le Tiers Etat , & de M.
de la Fage , Syndic Général de la Province. Le
même jour , ces Députés eurent audience de la
Reine..
fentés le 24 au Roi par le Marechal de Maillebois ,
Lieutenant Général de la Province , & par le Comte
de S Florentin , Sécretaire d'Etat , & conduits à
cette audience par M. Deſgranges , Maître des Cérémonies.
La Députation étoit compolée , pour le
Clergé , de l'Evêque de Mirepoix , qui porta la pa-
Fole; du Baron de Lanta , pour la Nobleſſe ; de Mes
Chaboton & Bechon , pour le Tiers Etat , & de M.
de la Fage , Syndic Général de la Province. Le
même jour , ces Députés eurent audience de la
Reine..
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Résumé : « Les Députés des Etats de Languedoc furent présentés le 24 au Roi par le Maréchal de Maillebois, [...] »
Le 24, les députés des États de Languedoc furent présentés au roi par le maréchal de Maillebois et le comte de Saint-Florentin. La délégation comprenait l'évêque de Mirepoix, le baron de Lanta, MM. Chaboton et Bechon, et M. de la Fage. Ils eurent aussi une audience avec la reine.
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11909
p. 2328
Les Receveurs Généraux & les Fermiers Généraux font chanter Te Deum, [titre d'après la table]
Début :
Le 26, les Receveurs Généraux des Finances firent chanter dans l'Eglise de la Maison Professe des [...]
Mots clefs :
Receveurs généraux des finances, Fermiers généraux, Te Deum, Chanter, Église
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texteReconnaissance textuelle : Les Receveurs Généraux & les Fermiers Généraux font chanter Te Deum, [titre d'après la table]
Le 26 , les Receveurs Généraux des Finances firent
chanter dans l'Egliſe de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites , pour remercier Dieu du rétabliſſement de
la ſanté du Roi , un Te Deum en Muſique , de la
compoſition de M. Blanchard , un des Maîtres de
Muſique de la Chapelle de S. M. & l'Evêque d'Orange
y officia .
Les Fermiers Généraux s'acquitterent le 30 du
même devoir , & l'Archevêque de Bordeaux officia
au Te Deum , que cette Compagnie fit chanter dans
l'Egliſe des Auguſtins de la Place des Victoires . La
même Compagnie a donné au Curé de S. Eustache
une fomme confidérable , qui doit être employee à
marier cinquante pauvres Ouvrieres.
chanter dans l'Egliſe de la Maiſon Profeſſe des
Jeſuites , pour remercier Dieu du rétabliſſement de
la ſanté du Roi , un Te Deum en Muſique , de la
compoſition de M. Blanchard , un des Maîtres de
Muſique de la Chapelle de S. M. & l'Evêque d'Orange
y officia .
Les Fermiers Généraux s'acquitterent le 30 du
même devoir , & l'Archevêque de Bordeaux officia
au Te Deum , que cette Compagnie fit chanter dans
l'Egliſe des Auguſtins de la Place des Victoires . La
même Compagnie a donné au Curé de S. Eustache
une fomme confidérable , qui doit être employee à
marier cinquante pauvres Ouvrieres.
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Résumé : Les Receveurs Généraux & les Fermiers Généraux font chanter Te Deum, [titre d'après la table]
Le 26, les Receveurs Généraux des Finances célébrèrent le rétablissement du roi par un Te Deum à l'église des Jésuites, avec la musique de M. Blanchard et l'évêque d'Orange. Le 30, les Fermiers Généraux organisèrent un autre Te Deum à l'église des Augustins, avec l'Archevêque de Bordeaux. Ils offrirent aussi une somme au curé de Saint-Eustache pour marier cinquante ouvrières pauvres.
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11910
p. 2328
« On mande de Metz du 29 du mois dernier, que le Roi, qui étoit rétabli aussi parfaitement qu'on [...] »
Début :
On mande de Metz du 29 du mois dernier, que le Roi, qui étoit rétabli aussi parfaitement qu'on [...]
Mots clefs :
Roi, Metz, Lunéville, Strasbourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Metz du 29 du mois dernier, que le Roi, qui étoit rétabli aussi parfaitement qu'on [...] »
On mande de Metz du 29 du mois dernier , que
Le Roi , qui étoit rétabli auſſi parfaitement qu'on
puiſſe le déſirer , a continué de ſe promener prefque
tous les jours , & que ne s'étant pas trouvé fatigué
d'être monté à cchheeval , il déclara , le jour
qu'il y monta , qu'il partiroit le 29 de cette Ville.
S M. devoit aller coucher le foir à Luneviile ,
pour ſe rendre enfuite à Strasbourg.
Le Roi , qui étoit rétabli auſſi parfaitement qu'on
puiſſe le déſirer , a continué de ſe promener prefque
tous les jours , & que ne s'étant pas trouvé fatigué
d'être monté à cchheeval , il déclara , le jour
qu'il y monta , qu'il partiroit le 29 de cette Ville.
S M. devoit aller coucher le foir à Luneviile ,
pour ſe rendre enfuite à Strasbourg.
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11911
p. 2329
Le Roi & la Reine entendent la Messe & le Te Deum à Metz, [titre d'après la table]
Début :
La Reine prit le 28 au matin la route de la premiere de ces deux Villes, où Mesdames de France [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Parlement, Santé, Te Deum, Messe, Metz
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texteReconnaissance textuelle : Le Roi & la Reine entendent la Messe & le Te Deum à Metz, [titre d'après la table]
La Reine prit le 28 au matin la route de la premiere
de ces deux Villes , où Meſdamesde Fran
ce arriverent le 23 , & d'où elles partirent le 25 ,
pour retourner à Verſailles .
Le 24 , le Parlement de Metz complimenta le
Roi ſur le sétabliſſement de la ſanté de S. M. & M.
de Montholon , Premier Préſident , porta la parole.
Le Parlement rendit enſuite ſes reſpects à la Reine ,
& il fut préſenté& conduit chés leurs Majeſtés avec
les cérémonies obſervées , lorſqu'il eut audience du
Roi les du mois précédent.
Le Roi & la Reine , accompagnés de toute la
Cour , ſe rendirent le 27 du mois dernier à l'Eglife
Cathédrale , & y entendirent la Meffe , qui fut
célébrée par l'Evêque , & après laquelle on chanta
le Te Deum , en actions de graces de l'heureux état
de la ſanté du Roi, Ce Te Deum fut chanté au bruit
du canon de cette Place. Le ſoir , il y eut une illumination
générale dans toute la Ville & à la Citadelle
; on tira un feu d'artufice ſur l'Eſplanade visà-
vis des fenêtres de l'appartement du Roi , & les
habitans ſe ſont empreſſés de donner , par des réjouiſſances
éclatantes , de nouvelles preuves de
leurs ſentimens pour S. M.
de ces deux Villes , où Meſdamesde Fran
ce arriverent le 23 , & d'où elles partirent le 25 ,
pour retourner à Verſailles .
Le 24 , le Parlement de Metz complimenta le
Roi ſur le sétabliſſement de la ſanté de S. M. & M.
de Montholon , Premier Préſident , porta la parole.
Le Parlement rendit enſuite ſes reſpects à la Reine ,
& il fut préſenté& conduit chés leurs Majeſtés avec
les cérémonies obſervées , lorſqu'il eut audience du
Roi les du mois précédent.
Le Roi & la Reine , accompagnés de toute la
Cour , ſe rendirent le 27 du mois dernier à l'Eglife
Cathédrale , & y entendirent la Meffe , qui fut
célébrée par l'Evêque , & après laquelle on chanta
le Te Deum , en actions de graces de l'heureux état
de la ſanté du Roi, Ce Te Deum fut chanté au bruit
du canon de cette Place. Le ſoir , il y eut une illumination
générale dans toute la Ville & à la Citadelle
; on tira un feu d'artufice ſur l'Eſplanade visà-
vis des fenêtres de l'appartement du Roi , & les
habitans ſe ſont empreſſés de donner , par des réjouiſſances
éclatantes , de nouvelles preuves de
leurs ſentimens pour S. M.
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Résumé : Le Roi & la Reine entendent la Messe & le Te Deum à Metz, [titre d'après la table]
Le 28 août, la Reine quitta Metz pour rejoindre l'une des deux villes où Mesdames de France s'étaient arrêtées les 23 et 25 août avant de retourner à Versailles. Le 24 août, le Parlement de Metz félicita le Roi pour son rétablissement, avec M. de Montholon, Premier Président, prononçant un discours. Le Parlement rendit également hommage à la Reine et fut reçu par leurs Majestés selon les cérémonies habituelles. Le 27 août, le Roi et la Reine, accompagnés de la Cour, assistèrent à une messe célébrée par l'Évêque dans la cathédrale, suivie d'un Te Deum en remerciement pour la santé du Roi. Ce Te Deum fut accompagné de salves de canon. En soirée, la ville et la citadelle furent illuminées, et un feu d'artifice fut tiré sur l'esplanade face aux appartements du Roi. Les habitants exprimèrent leur joie par diverses réjouissances.
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11912
p. 2329-2330
Réjoüissances à S. Quentin, [titre d'après la table]
Début :
Les lettres écrites de différentes Provinces ne parlent que des marques éclatantes que les habitans de [...]
Mots clefs :
Saint-Quentin, Église collégiale, Te Deum, Messe, Procession, Habitants
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texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances à S. Quentin, [titre d'après la table]
Les lettres écrites de differentes Provinces ne parlent
que des marques éclatantes que les habitans de
toutes lesVilles ont données de leur joye, en apprenantque
le Roi étoit parfaitement rétabli.
La Ville de S. Quentin s'eſt extrémement diſtinguée
dans cette circonstance , & les Chanoines de
1 Egliſe Collégiale , non contens de faire le 17 une
Proceffion folemnelle , & de chanter le Te Deum ,
ainſi que l'Evêque de Noyon l'avoit ordonné au
Clergé de fon Diocèſe , ont rendu leurs actions de
graces à Dieu par une grande Meſſe , chantée en
Mufi2330
MERCUREDE FRANCE.
Muſique , & à laquelle tous les Corps ont aſſiſte.
Pendant la Meſſe, la Proceſſion & le Te Deum , on
a fait pluſieurs Salves de l'artillerie des remparts ,
&la Proceſſion a été accompagnée de toutes les
Compagnies d'Ordonnance. Le même jour , legliſe
Collégiale fut illuminée , tant en dehors qu'en
dedans, avec un goût & une dépenſe , qui auroient
pû faire honneur à l'une des premieres Villes du
Royaume , & du haut du Frontiſpice du Portail on
fit partir un grand nombre de fuſées. Il y eut aufli
une très -magnifique illumination à l'Hôtel-de-
Ville, vis-à- vis duquel la Ville fit tirer le 20 un feu
d'artifice. Pluſieurs des habitans en ont fait tirer
en particulier les jours ſuivans devant leurs maifons.
que des marques éclatantes que les habitans de
toutes lesVilles ont données de leur joye, en apprenantque
le Roi étoit parfaitement rétabli.
La Ville de S. Quentin s'eſt extrémement diſtinguée
dans cette circonstance , & les Chanoines de
1 Egliſe Collégiale , non contens de faire le 17 une
Proceffion folemnelle , & de chanter le Te Deum ,
ainſi que l'Evêque de Noyon l'avoit ordonné au
Clergé de fon Diocèſe , ont rendu leurs actions de
graces à Dieu par une grande Meſſe , chantée en
Mufi2330
MERCUREDE FRANCE.
Muſique , & à laquelle tous les Corps ont aſſiſte.
Pendant la Meſſe, la Proceſſion & le Te Deum , on
a fait pluſieurs Salves de l'artillerie des remparts ,
&la Proceſſion a été accompagnée de toutes les
Compagnies d'Ordonnance. Le même jour , legliſe
Collégiale fut illuminée , tant en dehors qu'en
dedans, avec un goût & une dépenſe , qui auroient
pû faire honneur à l'une des premieres Villes du
Royaume , & du haut du Frontiſpice du Portail on
fit partir un grand nombre de fuſées. Il y eut aufli
une très -magnifique illumination à l'Hôtel-de-
Ville, vis-à- vis duquel la Ville fit tirer le 20 un feu
d'artifice. Pluſieurs des habitans en ont fait tirer
en particulier les jours ſuivans devant leurs maifons.
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Résumé : Réjoüissances à S. Quentin, [titre d'après la table]
À l'annonce du rétablissement du roi, les habitants de diverses provinces ont exprimé leur joie. À Saint-Quentin, cette allégresse s'est manifestée par plusieurs festivités. Les chanoines de l'église collégiale ont célébré une messe solennelle avec musique, à laquelle ont assisté tous les corps officiels. Pendant la cérémonie, une procession et le chant du Te Deum ont été accompagnés de salves d'artillerie et de la présence des compagnies d'ordonnance. L'église et l'hôtel de ville ont été illuminés, et des feux d'artifice ont été tirés, notamment un grand feu d'artifice le 20. Certains habitants ont également illuminé leurs maisons les jours suivants.
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11913
p. 2330
« Monseigneur le Dauphin arriva de Metz au Château de Versailles le 27 après midi, & Mesdames [...] »
Début :
Monseigneur le Dauphin arriva de Metz au Château de Versailles le 27 après midi, & Mesdames [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mesdames de France, Château de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : « Monseigneur le Dauphin arriva de Metz au Château de Versailles le 27 après midi, & Mesdames [...] »
Monſeigneur le Dauphin arriva de Metz au Châ
teau de Verſailles le 27 après midi , & Mesdames
de France y arriverent le 29.
teau de Verſailles le 27 après midi , & Mesdames
de France y arriverent le 29.
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11914
p. 2330-2331
Détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
Début :
On avoit appris par des lettres du camp de l'Infant Don Philippe, que la nuit du 12 au 13 du mois [...]
Mots clefs :
Lettres, Nuit, Tranchée, Parallèle, Espagnols, Roi de Sardaigne, Coni
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
On avoit appris par des lettres du camp de l'In
fantDon Philippe , que la nuit du 12 au 13du mois.
dernier la tranchée avoit été ouverte devant Coni ,
&que la premiere Parallele , ſans qu'il en eut coûté
plus de 12 hommes aux affiégeans , avoit été miſe
cette même nuit en tel état , que les Travailleurs
a'avoient preſque plus rien à craindre.
Les mêmes lettres marquoient que les affiégés
avoient fait le 13 , ſur une Redoute que les Eſpagnols
conſtruifoient , une fortie dans laquelle ces
derniers avoient eû' environ 20 Officiers & cent
Soldats de tués .
Depuis l'arrivée de ces lettres , on a reçû avis que
la ſeconde Parallele avoit été commencée la nuit
du 18 au 19 , & qu'elle avoit étépoufiée à vingt
toiſesdes Lunettes,
Le
OCTOBRE. 1744. 2331
1 Le 1s les François battoient la Place avec 22
piéces de canon & avec huit mortiers , & les Eſpagnols
ont achevé le 18 d'établir une batterie de fix
mortiers &de fix canons.
M. de Ramſau , Ingénieur& Aide de Camp du
Prince de Conty , a eû dans la tranchée l'épaule
emportée par un boulet. :
LeMarquis Pignatelli , qui étoit à Centale avec
TOOOGrenadiers & 2000 hommes de Cavalerie ,
pour obſerverles mouvemens du Roi de Sardaigne ,
repaſſa le 18 la riviere de Steure ,& par ce moyen
on a achevé d'investir entierement la Ville de Coni
, qui n'étoit pas enfermée du côté de Mondovi.
Deux jours avant l'ouverture de la tranchée , le
Marquis de Campo Santo , ayant marché avec un
Détachement conſidérable , pour s'emparer de la
Chiuſa, 500 hommes des troupes du Roi de Sardaigne
& 1500 Payſans Piemontois , qui gardoient
ce Pofte , l'ont abandonné à l'approche des Eſpagnols
, après avoir mis le feu aux magaſins que le
Roi de Sardaigne y avoit établis.
fantDon Philippe , que la nuit du 12 au 13du mois.
dernier la tranchée avoit été ouverte devant Coni ,
&que la premiere Parallele , ſans qu'il en eut coûté
plus de 12 hommes aux affiégeans , avoit été miſe
cette même nuit en tel état , que les Travailleurs
a'avoient preſque plus rien à craindre.
Les mêmes lettres marquoient que les affiégés
avoient fait le 13 , ſur une Redoute que les Eſpagnols
conſtruifoient , une fortie dans laquelle ces
derniers avoient eû' environ 20 Officiers & cent
Soldats de tués .
Depuis l'arrivée de ces lettres , on a reçû avis que
la ſeconde Parallele avoit été commencée la nuit
du 18 au 19 , & qu'elle avoit étépoufiée à vingt
toiſesdes Lunettes,
Le
OCTOBRE. 1744. 2331
1 Le 1s les François battoient la Place avec 22
piéces de canon & avec huit mortiers , & les Eſpagnols
ont achevé le 18 d'établir une batterie de fix
mortiers &de fix canons.
M. de Ramſau , Ingénieur& Aide de Camp du
Prince de Conty , a eû dans la tranchée l'épaule
emportée par un boulet. :
LeMarquis Pignatelli , qui étoit à Centale avec
TOOOGrenadiers & 2000 hommes de Cavalerie ,
pour obſerverles mouvemens du Roi de Sardaigne ,
repaſſa le 18 la riviere de Steure ,& par ce moyen
on a achevé d'investir entierement la Ville de Coni
, qui n'étoit pas enfermée du côté de Mondovi.
Deux jours avant l'ouverture de la tranchée , le
Marquis de Campo Santo , ayant marché avec un
Détachement conſidérable , pour s'emparer de la
Chiuſa, 500 hommes des troupes du Roi de Sardaigne
& 1500 Payſans Piemontois , qui gardoient
ce Pofte , l'ont abandonné à l'approche des Eſpagnols
, après avoir mis le feu aux magaſins que le
Roi de Sardaigne y avoit établis.
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Résumé : Détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
En octobre 1744, les assiégeants de Coni ont ouvert une tranchée la nuit du 12 au 13 septembre, achevant la première parallèle sans pertes notables. Cette action a protégé les travailleurs. Le 13, les assiégés ont attaqué une redoute espagnole, tuant environ 20 officiers et 100 soldats espagnols. La seconde parallèle a été initiée la nuit du 18 au 19 et avancée à vingt toises des lunettes. Les Français bombardaient Coni avec 22 canons et huit mortiers, tandis que les Espagnols disposaient de six mortiers et six canons. M. de Ramsau, ingénieur et aide de camp du Prince de Conti, a été blessé par un boulet. Le Marquis Pignatelli, avec 100 grenadiers et 2000 cavaliers, a traversé la rivière de Sture le 18, encerclant ainsi Coni. Deux jours avant l'ouverture de la tranchée, le Marquis de Campo Santo a capturé la Chiusa après le retrait des troupes du Roi de Sardaigne et des paysans piémontais, qui avaient incendié les magasins.
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11915
p. 2331-2332
Investissement de Fribourg, [titre d'après la table]
Début :
L'armée commandée par le Maréchal de Coigny a investi, du 17 au 20 du mois dernier, la Ville de [...]
Mots clefs :
Maréchal de Coigny, Chevalier de Belle-Isle, Empereur, Garnison, Ennemis, Commandant, Fribourg-en-Brisgau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Investissement de Fribourg, [titre d'après la table]
L'armée commandée par le Maréchal de Coigny
ainveſti , du 17 au 20du mois dernier , la Ville de
Fribourg, & l'on travaille à détourner le cours de
la riviere , qui paſſe dans cette Place.
Le Chevalier de Belle-Iſle , après avoir pris poffeſſion
du Comté de Nullembourg & de toute la
partie de l'Autriche Antérieure entre le Haut Danube
& le Lac de Conſtance , & après avoir fait
prêter Sermentde fidelité à l'Empereur par les habitans
entre les mains d'un Commiſſaire Impérial , a
marché àWaldshut , l'une des quatre Villes Foreſtie
res , qui s'eſt ſoumiſe à l'Empereur ſans réſiſtance.
Celles de Sickingen & de Loffenbourg ont ſuivi cer
exemple,& celle de Rhinfeldt eſt la ſeule , qui air
en2332
MERCURE DE FRANCE.
entrepris de ſe défendre. Elle a été emportée d'affaut
, & le Commandant s'eſt retiré avec la garnifon
dans le Château , ſitué au milieu du Rhin fur
un Roc vif , & qui avoit toujours été regardé comme
preſque inattaquable. Le Chevalier de Belle-
Ifle , ayant demandé au Maréchal de Coigny des
mortiers pour bombarder ce Fort,a voulu employer
utilement le tems , en attendant qu'ils arrivaſſent ,
&il a tenté , ſous la protection de ſon feu , ſupérieur
à celui des affrégés par quelques piéces de canon
, qu'il a trouvées dans Villinghen , de rétablir
un pont rompu par les ennemis , lequel communique
auChâteau , & dont ils avoient laiſſe ſubſiſter
les Longerons. A la vue de ce travail , les affiégés
ſe ſont déterminés à mettre le feu aux Longerons,
mais , malheureuſement pour les ennemis , les flames
ſe ſont communiquées à la Toiture du Donjon
avec tant de violence & de rapidité , que le Commandant
a été obligé de battre la chamade ,& de
ſe rendre priſonnier de guerre avec toute la garnifon
qu'on avoit fait venir de Huningue. Environ
12 Grenadiers ou Dragons ont été tués dans cette
expédition , & nous n'y avons perdu d'autre Orficierque
le Marquis de Benſe , Capitaine dans le
Régiment de Dragons du Roi.
ainveſti , du 17 au 20du mois dernier , la Ville de
Fribourg, & l'on travaille à détourner le cours de
la riviere , qui paſſe dans cette Place.
Le Chevalier de Belle-Iſle , après avoir pris poffeſſion
du Comté de Nullembourg & de toute la
partie de l'Autriche Antérieure entre le Haut Danube
& le Lac de Conſtance , & après avoir fait
prêter Sermentde fidelité à l'Empereur par les habitans
entre les mains d'un Commiſſaire Impérial , a
marché àWaldshut , l'une des quatre Villes Foreſtie
res , qui s'eſt ſoumiſe à l'Empereur ſans réſiſtance.
Celles de Sickingen & de Loffenbourg ont ſuivi cer
exemple,& celle de Rhinfeldt eſt la ſeule , qui air
en2332
MERCURE DE FRANCE.
entrepris de ſe défendre. Elle a été emportée d'affaut
, & le Commandant s'eſt retiré avec la garnifon
dans le Château , ſitué au milieu du Rhin fur
un Roc vif , & qui avoit toujours été regardé comme
preſque inattaquable. Le Chevalier de Belle-
Ifle , ayant demandé au Maréchal de Coigny des
mortiers pour bombarder ce Fort,a voulu employer
utilement le tems , en attendant qu'ils arrivaſſent ,
&il a tenté , ſous la protection de ſon feu , ſupérieur
à celui des affrégés par quelques piéces de canon
, qu'il a trouvées dans Villinghen , de rétablir
un pont rompu par les ennemis , lequel communique
auChâteau , & dont ils avoient laiſſe ſubſiſter
les Longerons. A la vue de ce travail , les affiégés
ſe ſont déterminés à mettre le feu aux Longerons,
mais , malheureuſement pour les ennemis , les flames
ſe ſont communiquées à la Toiture du Donjon
avec tant de violence & de rapidité , que le Commandant
a été obligé de battre la chamade ,& de
ſe rendre priſonnier de guerre avec toute la garnifon
qu'on avoit fait venir de Huningue. Environ
12 Grenadiers ou Dragons ont été tués dans cette
expédition , & nous n'y avons perdu d'autre Orficierque
le Marquis de Benſe , Capitaine dans le
Régiment de Dragons du Roi.
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Résumé : Investissement de Fribourg, [titre d'après la table]
L'armée du Maréchal de Coigny a assiégé Fribourg et modifié le cours de la rivière traversant la ville. Le Chevalier de Belle-Isle a pris le Comté de Nullembourg et la région autrichienne entre le Haut Danube et le Lac de Constance, obtenant le serment de fidélité à l'Empereur des habitants via un commissaire impérial. Il a ensuite conquis Waldshut, Sickingen et Loffenbourg sans résistance, tandis que Rhinfeldt a résisté avant d'être prise d'assaut. Le commandant de Rhinfeldt s'est réfugié dans le château, jugé inattaquable. Le Chevalier de Belle-Isle a demandé des mortiers au Maréchal de Coigny pour bombarder le fort et a réparé un pont menant au château. Les assiégés ont incendié les longerons, mais les flammes ont atteint le donjon, forçant la reddition du commandant. Environ 12 soldats sont morts, et le Marquis de Bense, capitaine des dragons du Roi, est le seul officier décédé lors de cette campagne.
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11916
p. 2332-2333
« On a reçû avis de l'armée de l'Empereur, qu'elle a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de [...] »
Début :
On a reçû avis de l'armée de l'Empereur, qu'elle a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de [...]
Mots clefs :
Empereur, Armée, Reine de Hongrie, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a reçû avis de l'armée de l'Empereur, qu'elle a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de [...] »
On a reçû avis de l'armée de l'Empereur, qu'elle
a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de
Dunkelſpiel , pour s'avancer à Donawert , où les
ennemis n'ont laiſſé qu'un petit nombre de Pandoures.
Les troupes de la Reine de Hongrie fe font diviſées
en deux Corps , dont l'un , ſous les ordres du
Comte de Traun , a marché par la gauche du Danube
, & l'autre , commandé par le Baron de Bezencklau
, a pris la route de Munich . Lemier de
ces
OCTOBRE . 1744 . 2333
ces deux Corps étoit le 20 à Birckenfeld , ſur la
Naab.
a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de
Dunkelſpiel , pour s'avancer à Donawert , où les
ennemis n'ont laiſſé qu'un petit nombre de Pandoures.
Les troupes de la Reine de Hongrie fe font diviſées
en deux Corps , dont l'un , ſous les ordres du
Comte de Traun , a marché par la gauche du Danube
, & l'autre , commandé par le Baron de Bezencklau
, a pris la route de Munich . Lemier de
ces
OCTOBRE . 1744 . 2333
ces deux Corps étoit le 20 à Birckenfeld , ſur la
Naab.
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Résumé : « On a reçû avis de l'armée de l'Empereur, qu'elle a dû quitter le 24 du mois dernier les environs de [...] »
L'armée impériale a quitté Dunkelspiel le 24 du mois précédent pour se rendre à Donawert. Les troupes hongroises, divisées en deux corps, ont avancé : l'un, dirigé par le Comte de Traun, par la rive gauche du Danube, l'autre, sous le Baron de Bezencklau, vers Munich. Le 20 octobre, ils étaient à Birckenfeld, sur la Naab.
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11917
p. 2333-2334
Détail du Siége & de la Prise de Prague par le Roi de Prusse, [titre d'après la table]
Début :
On mande de Prague du 21 du mois dernier, que le Roi de Prusse, après cinq jours & demi de tranchée [...]
Mots clefs :
Garnison, Prague, Guerre, Roi de Prusse, Chamade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Détail du Siége & de la Prise de Prague par le Roi de Prusse, [titre d'après la table]
Onmande de Prague du 21 du mois dernier ,que
le Roi de Prufſe , après cinq jours & demi de tranchée
ouverte s'eſt rendu maître de cette place , &
que la garniſon ,composée de 22 Bataillons , de
ioco Croates , de 400 hommes de Cavalerie , & de
300 Huffards , cequi fait en tout 16000 hommes ,
a été faite priſonniere de guerre.
Dès le is de ce mois au matin , le Comte d'O
gilvi , qui commandoit à Prague pour la Reine de
Hongrie , avoit faitbattre la chamade , & il avoit
offert de reinettre la grande Ville juſqu'au Pont , &
de ſe retirer dans la petite Ville &dans le Château
avec la garniſon , mais cela lui fut refuſé , & comme
il voulut encore gagner du tems , en faiſant de
nouvelles propoſitions , S. M. Pr. lui envoya dire
que l'armiſtice & les conférences dureroient autant
qu'il le voudroit , mais que pendant ce tems les
affiégeans continueroient de travailler à l'établiſſement
de leurs Batteries , ainſi les hoſtilités recommencerent
, & les nouvelles Batteries ayant été
perfectionnées , elles tirerent le 16 à la pointe du
jour.
Les affiégés , qui jugerent que la diſpoſition de
cesBatteries , dont quelques-unes voyoient à découvert
les Ouvrages attaqués , particulierement
celui des troisCroix , rendroit une plus longue réſiſtance
inutile , battirent une ſeconde fois la chamade
, & le Commandant propoſa de fortir de la
Place , fi le Roi de Pruffe vouloit accorder les hon.
neurs de la guerre à la garniſon. S. M. Pr. répondit
que le Comte d'Ogilvi avoit trop attendu , & que
s'il s'obſtinoit à ſe défendre encore ce ſeul jour .
elle feroit donner le ſoir un aſſaut général,& paſſer
lagarniſon au fil de l'épée. Du
2334 MERCURE DE FRANCE.
Du côté de la principale attaque , le long des
moulins qui ſont ſur la Moldaw , régne un Quai
auquel il étoit aiſé de faire en peu de tems une
brêche. La vivacité du feu , que les aſſiégeans firent
de ce côté , ayant achevé d'intimider les afſfiégés ,
la garniſon vers le midi arbora le Drapeau Blanc ,
&le Commandant conſentit qu'elle fut prifonniere
de guerre. Auſſi- tôt le Roide Pruffe fit occu er par
deux Bataillous de ſon Régiment des Gardes les
Portes de cette Ville, dans laquelle on a trouvé 70
canons de Bronze & une très grande quantité de
munitions.
Le 20 , S. M. Pr. partit de Prague avec ſon armée,
pour aller s'emparer de Budweiff & de Tabor,
le Roi de Prufſe , après cinq jours & demi de tranchée
ouverte s'eſt rendu maître de cette place , &
que la garniſon ,composée de 22 Bataillons , de
ioco Croates , de 400 hommes de Cavalerie , & de
300 Huffards , cequi fait en tout 16000 hommes ,
a été faite priſonniere de guerre.
Dès le is de ce mois au matin , le Comte d'O
gilvi , qui commandoit à Prague pour la Reine de
Hongrie , avoit faitbattre la chamade , & il avoit
offert de reinettre la grande Ville juſqu'au Pont , &
de ſe retirer dans la petite Ville &dans le Château
avec la garniſon , mais cela lui fut refuſé , & comme
il voulut encore gagner du tems , en faiſant de
nouvelles propoſitions , S. M. Pr. lui envoya dire
que l'armiſtice & les conférences dureroient autant
qu'il le voudroit , mais que pendant ce tems les
affiégeans continueroient de travailler à l'établiſſement
de leurs Batteries , ainſi les hoſtilités recommencerent
, & les nouvelles Batteries ayant été
perfectionnées , elles tirerent le 16 à la pointe du
jour.
Les affiégés , qui jugerent que la diſpoſition de
cesBatteries , dont quelques-unes voyoient à découvert
les Ouvrages attaqués , particulierement
celui des troisCroix , rendroit une plus longue réſiſtance
inutile , battirent une ſeconde fois la chamade
, & le Commandant propoſa de fortir de la
Place , fi le Roi de Pruffe vouloit accorder les hon.
neurs de la guerre à la garniſon. S. M. Pr. répondit
que le Comte d'Ogilvi avoit trop attendu , & que
s'il s'obſtinoit à ſe défendre encore ce ſeul jour .
elle feroit donner le ſoir un aſſaut général,& paſſer
lagarniſon au fil de l'épée. Du
2334 MERCURE DE FRANCE.
Du côté de la principale attaque , le long des
moulins qui ſont ſur la Moldaw , régne un Quai
auquel il étoit aiſé de faire en peu de tems une
brêche. La vivacité du feu , que les aſſiégeans firent
de ce côté , ayant achevé d'intimider les afſfiégés ,
la garniſon vers le midi arbora le Drapeau Blanc ,
&le Commandant conſentit qu'elle fut prifonniere
de guerre. Auſſi- tôt le Roide Pruffe fit occu er par
deux Bataillous de ſon Régiment des Gardes les
Portes de cette Ville, dans laquelle on a trouvé 70
canons de Bronze & une très grande quantité de
munitions.
Le 20 , S. M. Pr. partit de Prague avec ſon armée,
pour aller s'emparer de Budweiff & de Tabor,
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Résumé : Détail du Siége & de la Prise de Prague par le Roi de Prusse, [titre d'après la table]
Le 21 du mois précédent, le roi de Prusse a conquis Prague après cinq jours et demi de combats. La garnison, composée de 22 bataillons, 1000 Croates, 400 cavaliers et 300 hussards, soit 16 000 hommes, a été capturée. Le 1er du mois, le comte d'Ogilvy, représentant la reine de Hongrie, avait proposé de rendre la ville jusqu'au pont et de se retirer dans une petite ville et le château avec la garnison, mais cette offre a été rejetée. Les hostilités ont repris et de nouvelles batteries ont été mises en place, tirant le 16 à l'aube. Les assiégés, estimant une résistance prolongée inutile, ont demandé à quitter la place avec les honneurs de la guerre. Le roi de Prusse a refusé, menaçant d'un assaut général. Vers midi, la garnison a hissé le drapeau blanc et accepté de se rendre comme prisonniers de guerre. Le roi de Prusse a alors pris possession des portes de la ville, y trouvant 70 canons de bronze et une grande quantité de munitions. Le 20, il a quitté Prague avec son armée pour attaquer Budweis et Tábor.
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11918
p. 2334-2337
Suite du détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
Début :
On a appris du Camp devant Coni du 29 du mois dernier, que la ruine de deux Lunettes, ausquelles [...]
Mots clefs :
Troupes, Coni, Prince, Marquis, Roi de Sardaigne, Infanterie
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texteReconnaissance textuelle : Suite du détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
On a appris du Camp devant Coui du 29 du mois
dernier , que la ruine de deux Lunettes , auſquelles
on avoit attaché le mineur le 23 , ayant mis les affiégeans
en état de reconnoître que la Place étoit
du côté de leur principale attaque , plus forte qu'on
n'avoit crû , l'Infant avoit pris le parti d'ordonner
une nouvelle attaque que le Prince de Conty avoit
propoſée dès le commencement du Siége ; que les
progrès de cette attaque auroient été déja fort
avancés , s'il n'étoit ſurvenu la nuit du 25 au 26 une
pluye abondante , qui a duré 36 heures , & qui
ayant fait déborder la riviere de Geffe , a retardé
confiderablement les travaux ; qu'on les a pouffés
avec beaucoupde vivacité , dès que l'écoulement
des eaux l'a permis , & que le côté que l'on attaquoit
, étant décidé le plus foible de la Place , on
eſperoit qu'elle ne feroit pas encore une longue
réſiſtance.
Le Roi de Sardaigne , ayant été joint par les renforts
qu'il attendoit du Milanez , & par le Régiment
de Pallavicini , que le Prince de Lobckowitz
lui
OCTOBRE. 1744.
2335
lui a envoyé , il s'eſt avancé àdeux lieuës & demie
de l'armée Eſpagnole & Françoiſe . Il a fait jetter
pluſieurs Ponts ſur la Baffe Steure , & il paroiſſoit
qu'il avoit deſſeinde hafarder une bataille.
On a été informé par les eſpions & les déferteurs
,que ſes troupes étoient compoſées de 3.5 Bataillons
&de 32 Escadrons , & que fi on ne le prevenoit
point , il attaqueroit le quartier du Marquis
Pignatelli.
Les Eſpagnols & les François ont dû paſſer toute
la nuit au Bivoüac , & le bruit couroit que l'Infant
étoit déterminé à ne laiffer dans le camp quequinze
Bataillons pour la garde des travaux & du Parc d'ar
tillerie ,&ààmarcher à la rencontre des ennemis .
Le Marquis de Leuville , fils du feu Lieutenant
Général de ce nom , & neveu du Bailly de Givry ,
mort il y a quelque-tems à Embrun des bleſſures
qu'il a reçues à l'attaque des retranchemens de
Château Dauphin , a été tué dernierement par un
Parti de Vaudois en allant joindre les troupes
commandées par le Prince de Conty.
,
On mande du Camp devant Coni du 2 de ce
mois , que l'Infant Don Philippe , ayant reçû des
avis certains que le Roi de Sardaigne marchoit pour
l'attaquer , & pour tenter le ſecours de Coni , laiſſa
dans le camp 18 Bataillons tant François qu'Eſpagnols
, pour la garde des travaux & du Parc d'artillerie
, & qu'avec 20 Bataillons des troupes d'Ef
pagne , 18 de celles de France , & 60 Eſcadrons ,
dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il s'avança
juſqu'au Convent de la Madonna del Ulmo.
Ce Prince appuya ſa droite à ce Convent , fa
gauche à uneCaffine ,& devant le centre de l'armée
étoit une autre Caffine fortifiée . L'Infanterie
n'étant pas ſuffiante pour garnir la premiere Ligne,
on larenforça avec de la Cavalerie des deux Nations.
Le
2336 MERCURE DE FRANCE.
Le 30 du mois dernier , à onze heures du matin ,
ondécouvrit la tête des ennemis,qui s'approchoient
ſurdeux Colonnes paralleles . Le Roi de Sardaigne
plaça ſon Infanterie le long d'une chauffée bordée
de Navilles , & il couvrit de chevaux de friſe le
front & le flanc de ſes troupes. Lorſque les deux
armées ſe furent canonnées pendant quelque tems ,
les Grenadiers de celle du Roi de Sardaigne attaquerent
à une heure après midi le poſte de la Madonna
del Ulmo , & les Caffines qui étoient devant nos retranchemens.
Ils furent repouſſés de toutes parts ,
&les autres attaques , qu'ils firent ſucceſſivement ,
n'eurent pas plus de ſuccès.
•Le combat vers less heures du ſoir devint général
entre les troupes d'Infanterie des deux armées. Les
troupes Françoiſes & Eſpagnoles , non ſeulement
ſoûtinrent avec une extrême valeur les efforts -de
l'Infanterie des Piemontois , mais encore la mirent
en déſordre , & le Prince de Conty , s'étant mis à
la tête de notre Cavalerie , ſe poita contre leur premiere
Ligne , dans l'eſperance de profiter de cet
avantage. Les chevaux de Friſe ayant arrêté la Cavalerie
, le Prince deConty la fit replier , & il retourna
à la charge avec les Régimens d'Infanterie
de Lyonnois , de Beauce , de Brie , de Foix , de
Flandre& de Stainville. On s'empara en cette oceafion
d'une Batterie des ennemis , mais on ne pût la
conſerver à cauſe de la violence du feu de quelques
Caffines qu'ils occupoient.
Le Combat a duré avec beaucoup d'opiniâtreté
de part & d'autre juſques à ce que la nuit étant furvenuë
, & les Piémontois étant , par la perte confiderable
qu'ils avoient faite , hors d'état de ſe maintenirdans
leur poſte , le Roi de Sardaigne ſe détermina
ſur les dix heures à abandonner une partie de
ſon artillerie & la multitude prodigieuſe de ſes chevaux
OCTOBRE. 1744. 2337.
Vaux de Friſe , & à ſe retirer , en prenant cependant
la précaution de laiſſer des Détachemens de
Grenadiers, qui continuerent pendant deux heures
de tirer ſur nos troupes , pour empêcher qu'elles ne
s'apperçuffent qu'il abandonnoit le chainp de bataille.
A minuit , le feu des ennemis ceſſa entierement
, & dès la pointe du jour l'Infant détacha le
Marquis de Corbulan avec 1000 chevaux , pour
inquiéter le Roi de Sardaigne dans ſa retraite.
Le Marquis de Corbulan , foutenu d'un autre
Corps de Cavalerie , qui marchoit ſous les ordres
duMarquis du Chayla & du Marquis Pignatelli , a
continue de pourſuivre les Piemontois , auſquels on
a pris cinq piéces de canon , & qui ont eû plus de
sooo hommes tués ou bleſſés.
La perte des François & des Eſpagnols monte à 8
ou 900 hommes , & l'on compte environ 1200
bleſſés dans les troupes des deux Nations. Du côté
des François , les principaux Officiers bleſſés font le
Marquis de Sennecterre , Lieutenant Général ; le
Chevalier Chauvelin , Brigadier , & le Marquis de
la Force , qui a eû une épaule emportée d'un boulet
de canon .
M. de Solemy , Brigadier & Lieutenant Colonel
du Régiment d'Infanterie de Conty , a été tué.
dernier , que la ruine de deux Lunettes , auſquelles
on avoit attaché le mineur le 23 , ayant mis les affiégeans
en état de reconnoître que la Place étoit
du côté de leur principale attaque , plus forte qu'on
n'avoit crû , l'Infant avoit pris le parti d'ordonner
une nouvelle attaque que le Prince de Conty avoit
propoſée dès le commencement du Siége ; que les
progrès de cette attaque auroient été déja fort
avancés , s'il n'étoit ſurvenu la nuit du 25 au 26 une
pluye abondante , qui a duré 36 heures , & qui
ayant fait déborder la riviere de Geffe , a retardé
confiderablement les travaux ; qu'on les a pouffés
avec beaucoupde vivacité , dès que l'écoulement
des eaux l'a permis , & que le côté que l'on attaquoit
, étant décidé le plus foible de la Place , on
eſperoit qu'elle ne feroit pas encore une longue
réſiſtance.
Le Roi de Sardaigne , ayant été joint par les renforts
qu'il attendoit du Milanez , & par le Régiment
de Pallavicini , que le Prince de Lobckowitz
lui
OCTOBRE. 1744.
2335
lui a envoyé , il s'eſt avancé àdeux lieuës & demie
de l'armée Eſpagnole & Françoiſe . Il a fait jetter
pluſieurs Ponts ſur la Baffe Steure , & il paroiſſoit
qu'il avoit deſſeinde hafarder une bataille.
On a été informé par les eſpions & les déferteurs
,que ſes troupes étoient compoſées de 3.5 Bataillons
&de 32 Escadrons , & que fi on ne le prevenoit
point , il attaqueroit le quartier du Marquis
Pignatelli.
Les Eſpagnols & les François ont dû paſſer toute
la nuit au Bivoüac , & le bruit couroit que l'Infant
étoit déterminé à ne laiffer dans le camp quequinze
Bataillons pour la garde des travaux & du Parc d'ar
tillerie ,&ààmarcher à la rencontre des ennemis .
Le Marquis de Leuville , fils du feu Lieutenant
Général de ce nom , & neveu du Bailly de Givry ,
mort il y a quelque-tems à Embrun des bleſſures
qu'il a reçues à l'attaque des retranchemens de
Château Dauphin , a été tué dernierement par un
Parti de Vaudois en allant joindre les troupes
commandées par le Prince de Conty.
,
On mande du Camp devant Coni du 2 de ce
mois , que l'Infant Don Philippe , ayant reçû des
avis certains que le Roi de Sardaigne marchoit pour
l'attaquer , & pour tenter le ſecours de Coni , laiſſa
dans le camp 18 Bataillons tant François qu'Eſpagnols
, pour la garde des travaux & du Parc d'artillerie
, & qu'avec 20 Bataillons des troupes d'Ef
pagne , 18 de celles de France , & 60 Eſcadrons ,
dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il s'avança
juſqu'au Convent de la Madonna del Ulmo.
Ce Prince appuya ſa droite à ce Convent , fa
gauche à uneCaffine ,& devant le centre de l'armée
étoit une autre Caffine fortifiée . L'Infanterie
n'étant pas ſuffiante pour garnir la premiere Ligne,
on larenforça avec de la Cavalerie des deux Nations.
Le
2336 MERCURE DE FRANCE.
Le 30 du mois dernier , à onze heures du matin ,
ondécouvrit la tête des ennemis,qui s'approchoient
ſurdeux Colonnes paralleles . Le Roi de Sardaigne
plaça ſon Infanterie le long d'une chauffée bordée
de Navilles , & il couvrit de chevaux de friſe le
front & le flanc de ſes troupes. Lorſque les deux
armées ſe furent canonnées pendant quelque tems ,
les Grenadiers de celle du Roi de Sardaigne attaquerent
à une heure après midi le poſte de la Madonna
del Ulmo , & les Caffines qui étoient devant nos retranchemens.
Ils furent repouſſés de toutes parts ,
&les autres attaques , qu'ils firent ſucceſſivement ,
n'eurent pas plus de ſuccès.
•Le combat vers less heures du ſoir devint général
entre les troupes d'Infanterie des deux armées. Les
troupes Françoiſes & Eſpagnoles , non ſeulement
ſoûtinrent avec une extrême valeur les efforts -de
l'Infanterie des Piemontois , mais encore la mirent
en déſordre , & le Prince de Conty , s'étant mis à
la tête de notre Cavalerie , ſe poita contre leur premiere
Ligne , dans l'eſperance de profiter de cet
avantage. Les chevaux de Friſe ayant arrêté la Cavalerie
, le Prince deConty la fit replier , & il retourna
à la charge avec les Régimens d'Infanterie
de Lyonnois , de Beauce , de Brie , de Foix , de
Flandre& de Stainville. On s'empara en cette oceafion
d'une Batterie des ennemis , mais on ne pût la
conſerver à cauſe de la violence du feu de quelques
Caffines qu'ils occupoient.
Le Combat a duré avec beaucoup d'opiniâtreté
de part & d'autre juſques à ce que la nuit étant furvenuë
, & les Piémontois étant , par la perte confiderable
qu'ils avoient faite , hors d'état de ſe maintenirdans
leur poſte , le Roi de Sardaigne ſe détermina
ſur les dix heures à abandonner une partie de
ſon artillerie & la multitude prodigieuſe de ſes chevaux
OCTOBRE. 1744. 2337.
Vaux de Friſe , & à ſe retirer , en prenant cependant
la précaution de laiſſer des Détachemens de
Grenadiers, qui continuerent pendant deux heures
de tirer ſur nos troupes , pour empêcher qu'elles ne
s'apperçuffent qu'il abandonnoit le chainp de bataille.
A minuit , le feu des ennemis ceſſa entierement
, & dès la pointe du jour l'Infant détacha le
Marquis de Corbulan avec 1000 chevaux , pour
inquiéter le Roi de Sardaigne dans ſa retraite.
Le Marquis de Corbulan , foutenu d'un autre
Corps de Cavalerie , qui marchoit ſous les ordres
duMarquis du Chayla & du Marquis Pignatelli , a
continue de pourſuivre les Piemontois , auſquels on
a pris cinq piéces de canon , & qui ont eû plus de
sooo hommes tués ou bleſſés.
La perte des François & des Eſpagnols monte à 8
ou 900 hommes , & l'on compte environ 1200
bleſſés dans les troupes des deux Nations. Du côté
des François , les principaux Officiers bleſſés font le
Marquis de Sennecterre , Lieutenant Général ; le
Chevalier Chauvelin , Brigadier , & le Marquis de
la Force , qui a eû une épaule emportée d'un boulet
de canon .
M. de Solemy , Brigadier & Lieutenant Colonel
du Régiment d'Infanterie de Conty , a été tué.
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Résumé : Suite du détail du Siége de Coni, [titre d'après la table]
Le 29 septembre, lors du siège de Coni, la destruction de deux lunettes a montré que la place forte était plus résistante que prévu. L'Infant a alors ordonné une nouvelle attaque, proposée par le Prince de Conty, mais les travaux ont été ralentis par des pluies abondantes. Une fois les eaux évacuées, les attaques ont repris sur le point jugé le plus faible de la place. Dans le même temps, le Roi de Sardaigne, renforcé par des troupes milanaises et le régiment de Pallavicini, s'est approché à deux lieues et demie de l'armée espagnole et française, semblant prêt à engager une bataille. Des espions ont rapporté que ses troupes comptaient 35 bataillons et 32 escadrons, visant à attaquer le quartier du Marquis Pignatelli. Les Espagnols et les Français ont passé la nuit en bivouac, et l'Infant a décidé de laisser 15 bataillons pour la garde des travaux et de l'artillerie, avançant avec le reste de ses forces à la rencontre des ennemis. Le Marquis de Leuville a été tué par un parti de Vaudois. Le 2 octobre, l'Infant Don Philippe, informé de l'avance du Roi de Sardaigne, a laissé 18 bataillons pour la garde du camp et a avancé avec 38 bataillons et 60 escadrons jusqu'au couvent de la Madonna del Olmo. Le 30 septembre, les troupes du Roi de Sardaigne ont attaqué sans succès les positions françaises et espagnoles. Le combat est devenu général vers 16 heures, et les troupes françaises et espagnoles ont repoussé les assauts piémontais. La cavalerie du Prince de Conty a tenté une charge mais a été arrêtée par des chevaux de frise. Les combats ont continué jusqu'à la nuit, forçant le Roi de Sardaigne à se retirer.
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11919
p. 2337-2338
La tranchée ouverte devant Fribourg, [titre d'après la table]
Début :
La tranchée ayant été ouverte le 30 du mois dernier devant la Ville de Fribourg, on perfectionna [...]
Mots clefs :
Tranchée, Fribourg-en-Brisgau
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texteReconnaissance textuelle : La tranchée ouverte devant Fribourg, [titre d'après la table]
La tranchée ayant été ouverte le 30 du mois dernier
devant la Ville de Fribourg , on perfectionna
dans les trois jours ſuivans la premiere Parallele ,
au-delà de laquelle on commença quelques Ouvrages,
pour ſe mettre à portée de former la ſeconde.
Pluſieurs Batteries étoient le 3 en état de tirer , &
toutes les autres devoient être établies le s. On
étoit déterminé à ne faire uſage d'aucune , que lorfqu'elles
pourroient toutes tirer enſemble , afin de
diminuer par un feu ſupérieur celui des affiéges, qui
avoient beaucoup d'artillerie.
1 L'Ou
2338 MERCURE DE FRANCE.
L'Ouvrage du Canal , par lequel on ſe propoſoit
de détourner la riviere , étoit ſi conſidérable , qu'il
n'avoit pas encore été poſſible de l'avancer autant
qu'on l'avoit eſperé.
devant la Ville de Fribourg , on perfectionna
dans les trois jours ſuivans la premiere Parallele ,
au-delà de laquelle on commença quelques Ouvrages,
pour ſe mettre à portée de former la ſeconde.
Pluſieurs Batteries étoient le 3 en état de tirer , &
toutes les autres devoient être établies le s. On
étoit déterminé à ne faire uſage d'aucune , que lorfqu'elles
pourroient toutes tirer enſemble , afin de
diminuer par un feu ſupérieur celui des affiéges, qui
avoient beaucoup d'artillerie.
1 L'Ou
2338 MERCURE DE FRANCE.
L'Ouvrage du Canal , par lequel on ſe propoſoit
de détourner la riviere , étoit ſi conſidérable , qu'il
n'avoit pas encore été poſſible de l'avancer autant
qu'on l'avoit eſperé.
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Résumé : La tranchée ouverte devant Fribourg, [titre d'après la table]
Le 30 du mois précédent, une tranchée a été ouverte à Fribourg. La première parallèle a été achevée en trois jours, permettant de commencer les travaux pour la seconde. Le 3 avril, plusieurs batteries étaient prêtes à tirer, avec toutes les autres prévues pour le lendemain. Les travaux sur un canal pour détourner la rivière avançaient lentement en raison de leur ampleur.
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11920
p. 2338-2340
« On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...] »
Début :
On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Pologne, Stanislas Leszczynski, Château, Lunéville, Jardin, Cour
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texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...] »
On a appris de Luneville du 2 de ce mois,que le
Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à
midi , s'y rendit le même jour , après avoir traverſe
la Ville de Nancy , où S. M. vit les préparatifs d'une
illumination générale & des autres marques de réjouiſſance
, par leſquelles les habitans de cette Ca
pitale ſe diſpoſoient à faire éclater ce jour-là leur
joye d'avoir eû le bonheur de voir le Roi Le Peuple
du Pays , qui étoit accouru ſur le paſſage de S.
M. a montré par de continuelles acclamations ſes
ſentimens pour elle.
Vers les huit heures du ſoir , le Roi arriva au
Château , dont la façade étoit illuminée du côté de
la Ville & de celui du Jardin avec beaucoup de
goût & de magnificence. Les aîles de la grande &
de la petite cour , & la cour intérieure , l'étoient
auffi , & cette illumination , marquant le deſſein
de l'Architecture , qui est très-belle , produiſoit un
effet aufli admirable qu'on en ait jamais vû en ce
genre.
Le Roi trouva , en entrant dans laVille , les deux
Compagnies des Gardes du Corps du Roi de Pologne
, & dans la premiere cour du Château les Gardes
à pied de ce Prince. S. M. deſcendit de caroffe
ſous le Periſtille , où elle fut reçûë par le Roi de
Pologne,qui la conduiſit dans l'appartement qu'elle
devoit occuper , &dans lequel la Reine , qui étoit
arrivée à Luneville la veille , & la Reine de Pologne,
attendoient le Roi.
Les cris de Vive le Roi , au bruit deſquels S. M.
étoit entrée au Château , ſe renouvellerent toutes
. les
OCTOBRE. 2339 1744.
les fois qu'elle parut à la fenêtre , & ils durerent
juſqu'à ce que le Roi ſe couchât. S. M. foupa ſeule,
&dès qu'elle fut fortie de table , on ſervit dans
l'appartement avec autant de délicateſſe que d'abondance
plaſieurs tables pour des Dames des deux
Reines , pour les Seigneurs de la Cour , & pour
toutes les perſonnes qui ont l'honneur de ſuivre le
Roi. Les mêmes tables ont été ſerviesſoir & matin
pendant le ſéjour que le Roi a fait à Luneville. Le
foir , la Ville fut entierement illuminée ,& l'on tira
un grand nombre de fuſées ſur la terraſſe du Château.
Le 30 au matin , le Roi alla voir un petit Bâtiment
à la Chinoiſe , nommé le Kiofe , que le Roi de
Pologne a fait conſtruire pour y dîner dans les
grandes chaleurs , & dans lequel il y a une grande
quantité de Jets-d'eau &de Caſcades. Leurs Majefſtés
dînerent avec le Roi & la Reine de Pologne
dans le grand Cabinet de l'appartement qu'occupe
Ja Reine. A trois heures , le Roi monta à cheval ,
&alla àChanheux , Maiſon de Plaiſance , qui a été
bâtie , par ordre du Roi de Pologne , au bout de la
grande allée du Jardin , & dans laquelle il y a un
Salon où la magnificence , l'Art & le goût ſe font
également admirer. S. M. étant revenuë enſuite fe
promener dans les Jardins , s'arrêta à la Caſcade de
la tête du Canal , qui borde le Jardin , & qui eſt un
des embelliſſemens que le Roi de Pologne y a
ajoûtés.
Au bout d'une des branches du Canal , le Roi
vit ce qu'on appelle les Rochers ; c'eſt un Tableau
mouvant , repréſentant un Village , & dans lequel
des Figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes par le moyen de l'eau qui les fair
mouvoir. Il y eut Comédie l'après- midi , & la Reine
y alliſta. Le foir , le Roi ſoupa ſeul ; la Reine ſoupa
I ij avec
2340 MERCURE DE FRANCE:
avec ſes Dames du Palais & avec celles qui font attachées
en cette qualité à la Reine de Pologne.
Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à
midi , s'y rendit le même jour , après avoir traverſe
la Ville de Nancy , où S. M. vit les préparatifs d'une
illumination générale & des autres marques de réjouiſſance
, par leſquelles les habitans de cette Ca
pitale ſe diſpoſoient à faire éclater ce jour-là leur
joye d'avoir eû le bonheur de voir le Roi Le Peuple
du Pays , qui étoit accouru ſur le paſſage de S.
M. a montré par de continuelles acclamations ſes
ſentimens pour elle.
Vers les huit heures du ſoir , le Roi arriva au
Château , dont la façade étoit illuminée du côté de
la Ville & de celui du Jardin avec beaucoup de
goût & de magnificence. Les aîles de la grande &
de la petite cour , & la cour intérieure , l'étoient
auffi , & cette illumination , marquant le deſſein
de l'Architecture , qui est très-belle , produiſoit un
effet aufli admirable qu'on en ait jamais vû en ce
genre.
Le Roi trouva , en entrant dans laVille , les deux
Compagnies des Gardes du Corps du Roi de Pologne
, & dans la premiere cour du Château les Gardes
à pied de ce Prince. S. M. deſcendit de caroffe
ſous le Periſtille , où elle fut reçûë par le Roi de
Pologne,qui la conduiſit dans l'appartement qu'elle
devoit occuper , &dans lequel la Reine , qui étoit
arrivée à Luneville la veille , & la Reine de Pologne,
attendoient le Roi.
Les cris de Vive le Roi , au bruit deſquels S. M.
étoit entrée au Château , ſe renouvellerent toutes
. les
OCTOBRE. 2339 1744.
les fois qu'elle parut à la fenêtre , & ils durerent
juſqu'à ce que le Roi ſe couchât. S. M. foupa ſeule,
&dès qu'elle fut fortie de table , on ſervit dans
l'appartement avec autant de délicateſſe que d'abondance
plaſieurs tables pour des Dames des deux
Reines , pour les Seigneurs de la Cour , & pour
toutes les perſonnes qui ont l'honneur de ſuivre le
Roi. Les mêmes tables ont été ſerviesſoir & matin
pendant le ſéjour que le Roi a fait à Luneville. Le
foir , la Ville fut entierement illuminée ,& l'on tira
un grand nombre de fuſées ſur la terraſſe du Château.
Le 30 au matin , le Roi alla voir un petit Bâtiment
à la Chinoiſe , nommé le Kiofe , que le Roi de
Pologne a fait conſtruire pour y dîner dans les
grandes chaleurs , & dans lequel il y a une grande
quantité de Jets-d'eau &de Caſcades. Leurs Majefſtés
dînerent avec le Roi & la Reine de Pologne
dans le grand Cabinet de l'appartement qu'occupe
Ja Reine. A trois heures , le Roi monta à cheval ,
&alla àChanheux , Maiſon de Plaiſance , qui a été
bâtie , par ordre du Roi de Pologne , au bout de la
grande allée du Jardin , & dans laquelle il y a un
Salon où la magnificence , l'Art & le goût ſe font
également admirer. S. M. étant revenuë enſuite fe
promener dans les Jardins , s'arrêta à la Caſcade de
la tête du Canal , qui borde le Jardin , & qui eſt un
des embelliſſemens que le Roi de Pologne y a
ajoûtés.
Au bout d'une des branches du Canal , le Roi
vit ce qu'on appelle les Rochers ; c'eſt un Tableau
mouvant , repréſentant un Village , & dans lequel
des Figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes par le moyen de l'eau qui les fair
mouvoir. Il y eut Comédie l'après- midi , & la Reine
y alliſta. Le foir , le Roi ſoupa ſeul ; la Reine ſoupa
I ij avec
2340 MERCURE DE FRANCE:
avec ſes Dames du Palais & avec celles qui font attachées
en cette qualité à la Reine de Pologne.
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Résumé : « On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...] »
Le 29 octobre, le roi quitta Metz pour Nancy, où il observa les préparatifs festifs des habitants. Il arriva ensuite au château de Luneville, illuminé pour l'occasion, et fut accueilli par le roi de Pologne. Il rejoignit les reines de France et de Pologne dans leurs appartements. Des acclamations et des illuminations marquèrent la soirée. Le roi dîna seul, tandis que les dames et seigneurs de la cour avaient leurs propres tables. Des feux d'artifice furent tirés sur la terrasse du château. Le 30 octobre, le roi visita le pavillon chinois nommé le Kiofe, construit par le roi de Pologne. Ils déjeunèrent ensemble dans l'appartement de la reine. L'après-midi, le roi se promena dans les jardins, admirant la cascade et les rochers. Une comédie fut donnée, à laquelle la reine assista. Le soir, le roi soupa seul, tandis que la reine soupa avec ses dames et celles de la reine de Pologne.
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11921
p. 2340-2341
Te Deum chanté à Luneville, [titre d'après la table]
Début :
Le premier de ce mois, pendant la Messe que le Roi entendit dans la Chapelle du Château, on [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Roi de Pologne, Reine de Pologne, Lunéville, Reine, Stanislas Leszczynski
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texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à Luneville, [titre d'après la table]
Le premier de ce mois , pendant la Meſſe que le
Roi entendit dans la Chapelle du Château , on
chanta le Te Deum en actions de graces de la guériſon
de S. M. laquelle dîna ce jour- là avec la Reine
, le Roi de Pologne , & les Dames du Palais des
deux Reines.
La Reine de Pologne étant indiſpoſée , le Roi
paſſa au fortir detable dans l'appartement de cette
Princeffe.
Il monta à cheval à cinq heures , & il alla ſe
promener àune petite Maiſon du Roi de Pologne ,
appellée Jolivet , & la principale de pluſieurs Maifons
conſtruites le long du Canal , dont les environs
, qui n'étoient autrefois qu'un Marais impraticable
, font devenus de très-agréables Jardins.
Le Roi partir de Luneville le 2 au matin , &
après avoir fait près de Chanheux la revûë de la
Gendarmerie , il dîna dans cette Maiſon , d'où il
partit à midi & demi , pour aller coucher à Saarburg.
Pendant le ſéjour du Roi à Luneville , le Roi de
Pologne n'a rien oublié,pour que la reception qu'il
a faite à leurs Majestés , pût leur procurer une fatisfaction
égale à l'extrême joye que lui cauſoit leur
préſence à ſa Cour.
Toutes les perſonnes ,qui ont été chargées de
l'exécution des ordres du Roi de Pologue , ont répondu
à ſes intentions avec le plus grand zéle , &
il a paru que le Roi a été auſſi ſenſible au plaifir de
ſe voir à Luneville , que leurs Majestés Polonoiſes
l'étoient à celui d'y recevoir S. M. Le Roi & la
Reine ont été ſervis par les Grands Officiers , & par
Les autres principales perſonnes de la Cour du Roi
de la Reine de Pologne,
La
OCTOBRE. 1744. 2341
La Reine devoit paffer encore quelques jours à
Luneville , & partir enſuite , pour retourner àVerfailles.
Le Roi de Pologne nomma le premier de ce mois
le Maréchal de Belle-Ine Lieutenant Général au
Gouvernement de la Lorraine .
Roi entendit dans la Chapelle du Château , on
chanta le Te Deum en actions de graces de la guériſon
de S. M. laquelle dîna ce jour- là avec la Reine
, le Roi de Pologne , & les Dames du Palais des
deux Reines.
La Reine de Pologne étant indiſpoſée , le Roi
paſſa au fortir detable dans l'appartement de cette
Princeffe.
Il monta à cheval à cinq heures , & il alla ſe
promener àune petite Maiſon du Roi de Pologne ,
appellée Jolivet , & la principale de pluſieurs Maifons
conſtruites le long du Canal , dont les environs
, qui n'étoient autrefois qu'un Marais impraticable
, font devenus de très-agréables Jardins.
Le Roi partir de Luneville le 2 au matin , &
après avoir fait près de Chanheux la revûë de la
Gendarmerie , il dîna dans cette Maiſon , d'où il
partit à midi & demi , pour aller coucher à Saarburg.
Pendant le ſéjour du Roi à Luneville , le Roi de
Pologne n'a rien oublié,pour que la reception qu'il
a faite à leurs Majestés , pût leur procurer une fatisfaction
égale à l'extrême joye que lui cauſoit leur
préſence à ſa Cour.
Toutes les perſonnes ,qui ont été chargées de
l'exécution des ordres du Roi de Pologue , ont répondu
à ſes intentions avec le plus grand zéle , &
il a paru que le Roi a été auſſi ſenſible au plaifir de
ſe voir à Luneville , que leurs Majestés Polonoiſes
l'étoient à celui d'y recevoir S. M. Le Roi & la
Reine ont été ſervis par les Grands Officiers , & par
Les autres principales perſonnes de la Cour du Roi
de la Reine de Pologne,
La
OCTOBRE. 1744. 2341
La Reine devoit paffer encore quelques jours à
Luneville , & partir enſuite , pour retourner àVerfailles.
Le Roi de Pologne nomma le premier de ce mois
le Maréchal de Belle-Ine Lieutenant Général au
Gouvernement de la Lorraine .
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Résumé : Te Deum chanté à Luneville, [titre d'après la table]
Le 1er octobre, le roi assista à une messe célébrant sa guérison, suivie d'un dîner avec la reine, le roi de Pologne et les dames des deux cours. La reine de Pologne, indisposée, se retira. Le roi se promena ensuite à Jolivet, une résidence du roi de Pologne. Le 2 octobre, le roi quitta Luneville après une revue de la gendarmerie et dîna avant de partir pour Saarburg. Durant son séjour, le roi de Pologne veilla à l'accueil des souverains français. Les grands officiers polonais servirent le roi et la reine. La reine resta quelques jours supplémentaires à Luneville avant de retourner à Versailles. Le 1er octobre, le roi de Pologne nomma le maréchal de Belle-Isle lieutenant général au gouvernement de la Lorraine.
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11922
p. 2341
« Le 2 de ce mois, le Roi coucha à Saarburg ; il arriva le lendemain à Saverne, & il y séjourna le 4. [...] »
Début :
Le 2 de ce mois, le Roi coucha à Saarburg ; il arriva le lendemain à Saverne, & il y séjourna le 4. [...]
Mots clefs :
Roi, Saverne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2 de ce mois, le Roi coucha à Saarburg ; il arriva le lendemain à Saverne, & il y séjourna le 4. [...] »
Le 2 de ce mois , le Roi coucha à Saarburg ; il
arriva le lendemain à Saverne , & il y ſéjourna le 4.
S. M. n'a point paru fatiguée de ce voyage , & elle
ſe portoit auſſi bien qu'on pût le defirer.
Le Roi a donné le Gouvernement de Bethune au
Comte de Laval , Lieutenant Général des armées
de S. M. lequel avoit celui de Philippeville.
arriva le lendemain à Saverne , & il y ſéjourna le 4.
S. M. n'a point paru fatiguée de ce voyage , & elle
ſe portoit auſſi bien qu'on pût le defirer.
Le Roi a donné le Gouvernement de Bethune au
Comte de Laval , Lieutenant Général des armées
de S. M. lequel avoit celui de Philippeville.
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11923
p. 2341
« On a reçû avis que l'armée de l'Empereur étoit le 25 du mois dernier à Nortlingue, & que le Maréchal [...] »
Début :
On a reçû avis que l'armée de l'Empereur étoit le 25 du mois dernier à Nortlingue, & que le Maréchal [...]
Mots clefs :
Armée, Empereur, Nördlingen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a reçû avis que l'armée de l'Empereur étoit le 25 du mois dernier à Nortlingue, & que le Maréchal [...] »
Ona reçû avis que l'armée de l'Empereur étoit
le 25 du mois dernier àNortlingue , & que le Maréchal
de Seckendorf avoit fait avancer pluſieurs
Détachemens du côté de Mertzingen .
le 25 du mois dernier àNortlingue , & que le Maréchal
de Seckendorf avoit fait avancer pluſieurs
Détachemens du côté de Mertzingen .
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11924
p. 2341-2342
Réjoüissances faites à Roüen, [titre d'après la table]
Début :
La Ville de Roüen, par l'éclat des réjoüissances qui s'y sont faites à l'occasion de la Convalescence [...]
Mots clefs :
Te Deum, Rouen, Église, Abbaye Saint-Ouen, Prisonniers, Réjouissances
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texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances faites à Roüen, [titre d'après la table]
La Ville de Roüen , par l'éclat des réjoüiſſances
qui s'y ſont faites à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi , a ſoûtenu dignement l'honneur qu'elle a
d'être Capitale d'une des plus riches Provinces du
Royaume . Le Parlement , ainſi que les autresCompagnies
, a donné en particulier des marques de ſon
zéle , & a joint aux témoignages publics de ſa joye
ladélivrance de pluſieurs priſonniers , détenus pour
dettes , qu'il a acquittées.
Le jour auquel on chanta le Te Deum dans l'EgliſeMétropolitaine
, toutes les maiſons de la Ville
furent illuminées , & l'on fit couler des Fontaines
de Vin en pluſieurs endroits , particulierement à
l'Archevêché , à l'Hôtel de-Ville , & chés le Préſident
de la Londe , qui préſide à la Chambre des
Vacations.Ce Préſident donna un ſouper ſplendide
I iij
1342 MERCURE DE FRANCE.
àtoutes les perſonnes de distinction de la Ville ,
Pillumination de ſon Hôtel , qui étoit éclairé d'un
grand nombre de Luftres , de Flambeaux , de Potsafeu&
de Lampions , fournit un ſpectacle que tout
le monde vit avec autant de plaiſir que d'empreffement.
Quelques jours auparavant , M. de la Bourdonhaye
, Intendant , avoit fait chanter dans l'Eglife
des Jeſuites le Te Deum , après lequel il avoit donné
ane Fête des plus magnifiques , accompagnée d'une
très belle illuinination & d'un feu d'artifice .
Le 27 du mois dernier , l'Abbaye de S. Oien
marqua auffi d'une façon diftinguée la part qu'elle
prenoit à la joye publique. L'Eglife de cette Abbaye
, l'une des plus belles Eglifes de France, étoit
éclairée par deux rangs de lumieres des deux côtés
de la Nef, par des Luftres dans chacune des Arcades
qui ſéparent les Piliers , & par des Girandoles
attachées aux Piliers avec des agrafes de glaces. La
beauté de l'illumination du Chooeur & de celle de
l'Orgue furpaffoit encore celle de la Nef. Après le
Te Deum , pendant lequel il y eut pluſieurs Salves
de canon les quatre Chantres , précédés de la
Compagnie , nommée la Cinquantaine , allerent allumer
le feu qui avoit été préparé dans la Place , &
qui repréſentoit quatre Baftions, terminés chacun
par un If de lumiere. On tira enfuite du haut de la
façade de l'Egliſe un grand nombre de fufées .
qui s'y ſont faites à l'occaſion de la Convalefcence
du Roi , a ſoûtenu dignement l'honneur qu'elle a
d'être Capitale d'une des plus riches Provinces du
Royaume . Le Parlement , ainſi que les autresCompagnies
, a donné en particulier des marques de ſon
zéle , & a joint aux témoignages publics de ſa joye
ladélivrance de pluſieurs priſonniers , détenus pour
dettes , qu'il a acquittées.
Le jour auquel on chanta le Te Deum dans l'EgliſeMétropolitaine
, toutes les maiſons de la Ville
furent illuminées , & l'on fit couler des Fontaines
de Vin en pluſieurs endroits , particulierement à
l'Archevêché , à l'Hôtel de-Ville , & chés le Préſident
de la Londe , qui préſide à la Chambre des
Vacations.Ce Préſident donna un ſouper ſplendide
I iij
1342 MERCURE DE FRANCE.
àtoutes les perſonnes de distinction de la Ville ,
Pillumination de ſon Hôtel , qui étoit éclairé d'un
grand nombre de Luftres , de Flambeaux , de Potsafeu&
de Lampions , fournit un ſpectacle que tout
le monde vit avec autant de plaiſir que d'empreffement.
Quelques jours auparavant , M. de la Bourdonhaye
, Intendant , avoit fait chanter dans l'Eglife
des Jeſuites le Te Deum , après lequel il avoit donné
ane Fête des plus magnifiques , accompagnée d'une
très belle illuinination & d'un feu d'artifice .
Le 27 du mois dernier , l'Abbaye de S. Oien
marqua auffi d'une façon diftinguée la part qu'elle
prenoit à la joye publique. L'Eglife de cette Abbaye
, l'une des plus belles Eglifes de France, étoit
éclairée par deux rangs de lumieres des deux côtés
de la Nef, par des Luftres dans chacune des Arcades
qui ſéparent les Piliers , & par des Girandoles
attachées aux Piliers avec des agrafes de glaces. La
beauté de l'illumination du Chooeur & de celle de
l'Orgue furpaffoit encore celle de la Nef. Après le
Te Deum , pendant lequel il y eut pluſieurs Salves
de canon les quatre Chantres , précédés de la
Compagnie , nommée la Cinquantaine , allerent allumer
le feu qui avoit été préparé dans la Place , &
qui repréſentoit quatre Baftions, terminés chacun
par un If de lumiere. On tira enfuite du haut de la
façade de l'Egliſe un grand nombre de fufées .
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Résumé : Réjoüissances faites à Roüen, [titre d'après la table]
La ville de Rouen a célébré la convalescence du roi avec faste, affirmant ainsi son statut de capitale d'une des provinces les plus prospères du royaume. Le Parlement et diverses compagnies ont libéré plusieurs prisonniers détenus pour dettes, en réglant leurs créances. À l'occasion du chant du Te Deum dans l'église métropolitaine, toutes les maisons de la ville furent illuminées et des fontaines de vin furent installées à plusieurs endroits, notamment à l'archevêché, à l'hôtel de ville et chez le président de la Londe, qui organisa un somptueux souper pour les notables accompagnés d'illuminations. Quelques jours auparavant, l'intendant M. de la Bourdonhaye avait fait chanter le Te Deum dans l'église des Jésuites, suivi d'une fête avec illuminations et feu d'artifice. Le 27 du mois précédent, l'abbaye de Saint-Ouen avait marqué la joie publique par une illumination exceptionnelle de son église, accompagnée d'un feu d'artifice représentant quatre bastions.
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11925
p. 2342-2343
« Le 27 du même mois, les Bénédictins de l'Abbaye de Rebetz rendirent à Dieu de solemnelles actions [...] »
Début :
Le 27 du même mois, les Bénédictins de l'Abbaye de Rebetz rendirent à Dieu de solemnelles actions [...]
Mots clefs :
Abbaye de Rebetz, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 27 du même mois, les Bénédictins de l'Abbaye de Rebetz rendirent à Dieu de solemnelles actions [...] »
Le 27 du même mois , les Bénédictins de l'Abbaye
de Rebetz rendirent à Dieu de folemnelles actions
de graces pour le rétabliſſement de la fanzé
du Roi , en chantant dans leur Egliſe le Te Deum
pendant lequel une partie de la Bourgeonſie de la
Ville fut fous les armes Il y eut enfuite une table
magnifiquement ſervie dans la Maiſon Abbatiale
pour
OCTOBRE. 1744. 2343
pour le Maire , les Echevins & les principaux Bourgeois.
Le foir , on tira un très beau feu d'artifice
dans la grande Place, où l'on avoit élevé un Arc de
Triomphe de 45 pieds de haut fur 25 de large , orné
de Feſtons & de Guirlandes .
Cette Fête , qui a été accompagnée de pluſieurs
Salves d'artilleerriiee , a été ordonnée par l'Abbé de
Ceilles de Fleury , de concert avec les Religieux de
l'Abbaye.
de Rebetz rendirent à Dieu de folemnelles actions
de graces pour le rétabliſſement de la fanzé
du Roi , en chantant dans leur Egliſe le Te Deum
pendant lequel une partie de la Bourgeonſie de la
Ville fut fous les armes Il y eut enfuite une table
magnifiquement ſervie dans la Maiſon Abbatiale
pour
OCTOBRE. 1744. 2343
pour le Maire , les Echevins & les principaux Bourgeois.
Le foir , on tira un très beau feu d'artifice
dans la grande Place, où l'on avoit élevé un Arc de
Triomphe de 45 pieds de haut fur 25 de large , orné
de Feſtons & de Guirlandes .
Cette Fête , qui a été accompagnée de pluſieurs
Salves d'artilleerriiee , a été ordonnée par l'Abbé de
Ceilles de Fleury , de concert avec les Religieux de
l'Abbaye.
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Résumé : « Le 27 du même mois, les Bénédictins de l'Abbaye de Rebetz rendirent à Dieu de solemnelles actions [...] »
Le 27 octobre 1744, les Bénédictins de l'Abbaye de Rebetz célébrèrent la guérison du roi avec un Te Deum et un banquet pour les notables. Le lendemain, un feu d'artifice et un Arc de Triomphe furent inaugurés sur la grande place. Ces festivités furent organisées par l'Abbé de Fleury de Ceilles et les religieux de l'abbaye.
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11926
p. 2343-2344
Autres Fêtes à Angoulême, [titre d'après la table]
Début :
L'Evêque & la Ville d'Angoulême ont signalé aussi leur zéle, & dès qu'on y fut assûré que le Roi [...]
Mots clefs :
Évêque, Roi, Maire, Te Deum, Tables, Angoulême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Fêtes à Angoulême, [titre d'après la table]
L'Evêque & la Ville d'Angoulême ont fignalé
auſſi leur zéle , & dès qu'on y fut aſſaré que le Roi
étoit hors de danger , on chanta dans l'Egliſe Cathédrale
, au bruit de la mouſqueterie de 1800 hommesde
la Bourgeoiſie , qui étoient ſous les armes ,
le Te Deum , auquel le Préſidial aſſiſta , ainſi que le
Corps de Ville. On illumina le ſoir toutes les ruës ,
& les illuminations du Palais Epifcopal , de l'Hôtelde-
Ville , & de la maiſon du Maire , furent généralement
admirées. Toutes les perſonnes de conſidération
furent invitées à ſouper chés l'Evêque , qui
fit ſervir cinq tables avec autant de profufion que
de délicateſſe ,& par l'ordre duquel on diftribua
pendant le repas beaucoup d'argent au Peuple avec
unegrande quantité de Vin & de Vivres de toute
efpéce.
Le Maire , dans la ruë où il loge , avoit fait drefſer
plufieurs tables , où l'on donnoit à boire & à
manger à tous ceux qui ſe préſentoient , & divers
particuliers en uſerent de même en quelques endroits
de la Ville .
Afin que la nouvelle de la guériſon du Roi fut
plûtôt répandue dans la Campagne , d'où les Payfans
, en pleurs , accouroient chaque jour , pour
ſçavoir ce qu'on avoit appris de l'état de S. M. l'Evêque
fit illuminer le haut du Clocher de la Cathédra-
I iiij
2344 MERCURE DE FRANCE.
:
drale ,& il annonça par ce moyen à tous les Villa.
ges voiſins , que le Roi étoit rendu à leurs voeux.
auſſi leur zéle , & dès qu'on y fut aſſaré que le Roi
étoit hors de danger , on chanta dans l'Egliſe Cathédrale
, au bruit de la mouſqueterie de 1800 hommesde
la Bourgeoiſie , qui étoient ſous les armes ,
le Te Deum , auquel le Préſidial aſſiſta , ainſi que le
Corps de Ville. On illumina le ſoir toutes les ruës ,
& les illuminations du Palais Epifcopal , de l'Hôtelde-
Ville , & de la maiſon du Maire , furent généralement
admirées. Toutes les perſonnes de conſidération
furent invitées à ſouper chés l'Evêque , qui
fit ſervir cinq tables avec autant de profufion que
de délicateſſe ,& par l'ordre duquel on diftribua
pendant le repas beaucoup d'argent au Peuple avec
unegrande quantité de Vin & de Vivres de toute
efpéce.
Le Maire , dans la ruë où il loge , avoit fait drefſer
plufieurs tables , où l'on donnoit à boire & à
manger à tous ceux qui ſe préſentoient , & divers
particuliers en uſerent de même en quelques endroits
de la Ville .
Afin que la nouvelle de la guériſon du Roi fut
plûtôt répandue dans la Campagne , d'où les Payfans
, en pleurs , accouroient chaque jour , pour
ſçavoir ce qu'on avoit appris de l'état de S. M. l'Evêque
fit illuminer le haut du Clocher de la Cathédra-
I iiij
2344 MERCURE DE FRANCE.
:
drale ,& il annonça par ce moyen à tous les Villa.
ges voiſins , que le Roi étoit rendu à leurs voeux.
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Résumé : Autres Fêtes à Angoulême, [titre d'après la table]
Après la confirmation de la guérison du roi, l'évêque et la ville d'Angoulême exprimèrent leur allégresse. Un Te Deum fut chanté dans la cathédrale, accompagné par les armes de 1800 bourgeois. Le Présidial et le Corps de Ville y assistèrent. Le soir, les rues furent illuminées, notamment le Palais Épiscopal, l'Hôtel-de-Ville et la maison du maire, suscitant l'admiration. L'évêque invita des personnalités à un souper somptueux et distribua de l'argent, du vin et des vivres au peuple. Le maire organisa également des tables pour offrir des boissons et de la nourriture aux habitants. Divers particuliers suivirent cet exemple. Pour informer la campagne, l'évêque fit illuminer le clocher de la cathédrale, annonçant ainsi la guérison du roi aux villages voisins.
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11927
p. 2344
Te Deum chanté à S. Germain en Laye, [titre d'après la table]
Début :
Le Te Deum fut chanté le 13 pour la Convalescence du Roi, avec toute la solemnité possible, [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Château, Chanter, Saint-Germain-en-Laye
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à S. Germain en Laye, [titre d'après la table]
Le Te Deum fut chanté le 13 pour la Convalefcence
du Roi , avec toute la folemnité poſſible ,
dans l'Egliſe de la Paroiſſe du Château de S. German
en-Laye ,& il y eut le même jour des illuminations
dans toute la Ville .
Les Officiers du Roi , qui y réſident , aſſiſterent
en Corps le 15 au Te Deum , qu'ils firent chanter
dans la même Eglife .
Le mêmejour , les Anglois, qui demeurent dans
le Château , firent chanter auſſi le Te Deum dans la
Chapelle par la Muſique du Roi , & le Château fut
entierement illuminé.
du Roi , avec toute la folemnité poſſible ,
dans l'Egliſe de la Paroiſſe du Château de S. German
en-Laye ,& il y eut le même jour des illuminations
dans toute la Ville .
Les Officiers du Roi , qui y réſident , aſſiſterent
en Corps le 15 au Te Deum , qu'ils firent chanter
dans la même Eglife .
Le mêmejour , les Anglois, qui demeurent dans
le Château , firent chanter auſſi le Te Deum dans la
Chapelle par la Muſique du Roi , & le Château fut
entierement illuminé.
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Résumé : Te Deum chanté à S. Germain en Laye, [titre d'après la table]
Le 13, un Te Deum célébra la convalescence du roi à Saint-Germain-en-Laye, avec illuminations. Le 15, les officiers du roi et les Anglais du château assistèrent à des Te Deum, accompagnés de musique et d'illuminations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11928
p. 2344
« Le Roi, dont la santé est parfaitement rétablie, partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze [...] »
Début :
Le Roi, dont la santé est parfaitement rétablie, partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze [...]
Mots clefs :
Roi, Quartier, Fribourg-en-Brisgau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi, dont la santé est parfaitement rétablie, partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze [...] »
Le Roi , dont la ſanté eſt parfaitement rétablie ,
partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze
heures & demie du matin S. M. arriva de bonneheure
à Selleſtatt , d'où elle a dû fe rendre le lendemain
à fon Quartier devant Fribourg .
partit de Strasbourg le 10 de ce mois vers les onze
heures & demie du matin S. M. arriva de bonneheure
à Selleſtatt , d'où elle a dû fe rendre le lendemain
à fon Quartier devant Fribourg .
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11929
p. 2344-2345
« Le Baron de Walbruun, Grand Maréchal de la Cour du Duc de Wirtemberg, & qui a été chargé [...] »
Début :
Le Baron de Walbruun, Grand Maréchal de la Cour du Duc de Wirtemberg, & qui a été chargé [...]
Mots clefs :
Roi, Baron, Compliment, Strasbourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Baron de Walbruun, Grand Maréchal de la Cour du Duc de Wirtemberg, & qui a été chargé [...] »
Le Baron de Walbruun , Grand Maréchal de la
Cour du Duc de Wirtemberg , & qui a été chargé
par ce Prince de faire un compliment au Roi ſur le
parfait rétabliſſement de la ſanté de S M. & fur fon
heureuſe arrivée en Alface , s'est rendu à Strasbourg ,
où il s'eſt acquitté de cette commiſſion le 7 de ce
mois.
,
Le même jour , le Comte Truchſes de Wolffegg ,
Maréchal de la Cour du Margrave de Bade Baden
&qui eſt arrivé à Strasbourg pour le même ſujet
afait de la part du Prince , fon Maître fon compliment
au Roi .
Le 9 , le Baron de Meternich , qui a été envoyé
,
au Roi par l'Electeur de Cologne ; le Baron d'fngelheim
,
OCTOBRE.
1744. 2345
gelheim , chargé par l'Electeur de Mayence de ſe
rendre auprès de S. M. & le Baron d'Eltz , qui a
reçû le même ordre de l'Evêque de Spire , ont félicité
le Roi au nom de leurs Maîtres.
Tous ces Miniſtres ont été preſentés à S. M. dans
ſa chambre par M. de Vernetüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs.
Cour du Duc de Wirtemberg , & qui a été chargé
par ce Prince de faire un compliment au Roi ſur le
parfait rétabliſſement de la ſanté de S M. & fur fon
heureuſe arrivée en Alface , s'est rendu à Strasbourg ,
où il s'eſt acquitté de cette commiſſion le 7 de ce
mois.
,
Le même jour , le Comte Truchſes de Wolffegg ,
Maréchal de la Cour du Margrave de Bade Baden
&qui eſt arrivé à Strasbourg pour le même ſujet
afait de la part du Prince , fon Maître fon compliment
au Roi .
Le 9 , le Baron de Meternich , qui a été envoyé
,
au Roi par l'Electeur de Cologne ; le Baron d'fngelheim
,
OCTOBRE.
1744. 2345
gelheim , chargé par l'Electeur de Mayence de ſe
rendre auprès de S. M. & le Baron d'Eltz , qui a
reçû le même ordre de l'Evêque de Spire , ont félicité
le Roi au nom de leurs Maîtres.
Tous ces Miniſtres ont été preſentés à S. M. dans
ſa chambre par M. de Vernetüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs.
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Résumé : « Le Baron de Walbruun, Grand Maréchal de la Cour du Duc de Wirtemberg, & qui a été chargé [...] »
En octobre 1744, des dignitaires européens ont félicité le Roi de France à Strasbourg pour son rétablissement et son arrivée en Alsace. Le 7 octobre, le Baron de Walbruun et le Comte Truchses de Wolffegg ont présenté leurs compliments. Le 9 octobre, les Barons de Metternich, d'Ingelheim et d'Eltz ont également félicité le Roi, chacun représentant différents princes allemands. Ils ont été introduits par M. de Vernetüil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11930
p. 2345
« Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des Deux Siciles, donna le 20 du mois dernier à Metz, [...] »
Début :
Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des Deux Siciles, donna le 20 du mois dernier à Metz, [...]
Mots clefs :
Prince d'Ardore, Giacomo Francesco Milano Franco d'Aragona, Metz, Dîner
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Prince d'Ardore, Ambassadeur du Roi des Deux Siciles, donna le 20 du mois dernier à Metz, [...] »
Le Prince d'Ardore , Ambaſſadeur du Roi des
Deux siciles , donna le 20 du mois dernier à Metz ,
pour célébrer la Convalescence du Roi , un trèsgrand
diner , auquel il invita les Ambaſſadeurs &
les Miniftres Etrangers , ainſi que les Seigneurs &
les Dames de la Cour , & l'on fervit deux tables
avec beaucoup de magnificence. Le ſoir ,la maiſon
qu'il occupoit àMetz fut illuminée , & deux Fontaines
de Vin coulerent toute la nuit à côté de la
Décoration qui formoit l'illumination.
Deux siciles , donna le 20 du mois dernier à Metz ,
pour célébrer la Convalescence du Roi , un trèsgrand
diner , auquel il invita les Ambaſſadeurs &
les Miniftres Etrangers , ainſi que les Seigneurs &
les Dames de la Cour , & l'on fervit deux tables
avec beaucoup de magnificence. Le ſoir ,la maiſon
qu'il occupoit àMetz fut illuminée , & deux Fontaines
de Vin coulerent toute la nuit à côté de la
Décoration qui formoit l'illumination.
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11931
p. 2345-2346
Arrivée du Roi à Saverne, [titre d'après la table]
Début :
On a appris de Saverne du 5 de ce mois, que le Roi, après avoir couché le 2 dans la Ville de Saarburg, [...]
Mots clefs :
Saverne, Roi, Cardinal de Rohan, Coadjuteur de Strasbourg, Prince de Soubise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée du Roi à Saverne, [titre d'après la table]
On a appris de Saverne dusde ce mois , que le
Roi , après avoir couché le 2 dans la Ville de Saarburg
, à la premiere barriere de laquelle il avoit été
reçû par le Marquis de Chalmazel , qui en eſt Gouverneur
, en partit le lendemain vers les onze heures
du matin , & que S. M. ayant paſſe par Phalfbourg
, arriva à Saverne à deux heures &demie
après midi.
Elle fut reçûë à la defcente de ſon caroſſe par le
Cardinal de Rohan , accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubize , qui avoit
eû la permiffion de ſe rendre en cette Ville , en cas
que ſon ſervice ne demandat pas fa préſence au fiége
de Fribourg , pendant le ſéjour que le Roi devoit
faire à Saverne . S. M. traverſa le Veſtibule au
milieu des acclamations des habitans de Saverne ,
qui le rempliſſoient , & elle monta dans le grand
Iv
ap
2346 MERCURE DE FRANCE.
appartement,dont la magnificence répond parfai
tement à la beauté du Château & des Jardins. Au
commencement de la nuit,il y eut une illuminations
dans les Jardins , depuis la terraſſe qui régne le
long de la façade du Bâtiment dans le Parterre , &
autour de la Piéce d'Eau , par laquelle le Canal eft
précédé , & cette illumination , qui formoit un des .
plusbeaux ſpectacles , & qui parut faire beaucoup
de plaifir au Roi , s'étendoit juſqu'à la premiere
Calcade du Canal.
Après le ſouper de S. M. pendant lequel comme
pendant tout le ſéjour qu'elle a fait à Saverne , elle
aété ſervie par le Cardinal de Rohan , par le Coadjuteur
de Strasbourg ou par le Prince de Soubize
les seigneurs , les Dames & les autres perſonnes
qui accompagnoient le Roi , furent traités ſplendidement
à plufieurs tables preparées pour cet effet .
১০
Le Cardinal de Rohan s'est toujours tellement
diſtingué par l'éclat avec lequel il a foûtenu ſa naiffance&
fon rang , que les éloges qu'on pourroit
donner à la dépenſe faite par ce Cardinal dans l'occafion
la plus glorieuſe qu'il ait euë de montrer ſa
magnificence , feroient au-deſſous de l'idée que
s'en formera le Public .
S. M. après avoir entendu la Meſſe qui fut dite
par le Coadjuteur de Strasbourg , continua le cinq,
au matin ſa route , pour ſe rendre à Strasbourg ,
après avoir marqué combien elle étoit contente de
la reception qui lui a été faite dans ce Château.
On mande de Strasbourg du 6 de ce mois , que
la vivacité de la joye que les habitans de cette Ville
ont reffentie , en apprenant la nouvelle de la guérifon
du Roi , ne peut être comparée qu'à la vivacité
des allarmes que leur avoit cauſées la maladie de S.
M.&que tous ſe ſont empreſſés également de don
wer des marques éclatantes de leurs ſentimens.
Roi , après avoir couché le 2 dans la Ville de Saarburg
, à la premiere barriere de laquelle il avoit été
reçû par le Marquis de Chalmazel , qui en eſt Gouverneur
, en partit le lendemain vers les onze heures
du matin , & que S. M. ayant paſſe par Phalfbourg
, arriva à Saverne à deux heures &demie
après midi.
Elle fut reçûë à la defcente de ſon caroſſe par le
Cardinal de Rohan , accompagné du Coadjuteur
de Strasbourg & du Prince de Soubize , qui avoit
eû la permiffion de ſe rendre en cette Ville , en cas
que ſon ſervice ne demandat pas fa préſence au fiége
de Fribourg , pendant le ſéjour que le Roi devoit
faire à Saverne . S. M. traverſa le Veſtibule au
milieu des acclamations des habitans de Saverne ,
qui le rempliſſoient , & elle monta dans le grand
Iv
ap
2346 MERCURE DE FRANCE.
appartement,dont la magnificence répond parfai
tement à la beauté du Château & des Jardins. Au
commencement de la nuit,il y eut une illuminations
dans les Jardins , depuis la terraſſe qui régne le
long de la façade du Bâtiment dans le Parterre , &
autour de la Piéce d'Eau , par laquelle le Canal eft
précédé , & cette illumination , qui formoit un des .
plusbeaux ſpectacles , & qui parut faire beaucoup
de plaifir au Roi , s'étendoit juſqu'à la premiere
Calcade du Canal.
Après le ſouper de S. M. pendant lequel comme
pendant tout le ſéjour qu'elle a fait à Saverne , elle
aété ſervie par le Cardinal de Rohan , par le Coadjuteur
de Strasbourg ou par le Prince de Soubize
les seigneurs , les Dames & les autres perſonnes
qui accompagnoient le Roi , furent traités ſplendidement
à plufieurs tables preparées pour cet effet .
১০
Le Cardinal de Rohan s'est toujours tellement
diſtingué par l'éclat avec lequel il a foûtenu ſa naiffance&
fon rang , que les éloges qu'on pourroit
donner à la dépenſe faite par ce Cardinal dans l'occafion
la plus glorieuſe qu'il ait euë de montrer ſa
magnificence , feroient au-deſſous de l'idée que
s'en formera le Public .
S. M. après avoir entendu la Meſſe qui fut dite
par le Coadjuteur de Strasbourg , continua le cinq,
au matin ſa route , pour ſe rendre à Strasbourg ,
après avoir marqué combien elle étoit contente de
la reception qui lui a été faite dans ce Château.
On mande de Strasbourg du 6 de ce mois , que
la vivacité de la joye que les habitans de cette Ville
ont reffentie , en apprenant la nouvelle de la guérifon
du Roi , ne peut être comparée qu'à la vivacité
des allarmes que leur avoit cauſées la maladie de S.
M.&que tous ſe ſont empreſſés également de don
wer des marques éclatantes de leurs ſentimens.
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Résumé : Arrivée du Roi à Saverne, [titre d'après la table]
Le roi a séjourné à Saverne après avoir passé la nuit à Saarburg. Il a été accueilli par le Marquis de Chalmazel et est parti le lendemain vers 11 heures pour arriver à Saverne à 14h30. À son arrivée, il a été reçu par le Cardinal de Rohan, le Coadjuteur de Strasbourg et le Prince de Soubize. Les habitants l'ont acclamé alors qu'il traversait le vestibule. Une illumination spectaculaire a eu lieu dans les jardins, appréciée par le roi. Pendant son séjour, le roi a été servi par le Cardinal de Rohan, le Coadjuteur de Strasbourg ou le Prince de Soubize, tandis que les autres invités étaient traités splendidement. Le Cardinal de Rohan s'est particulièrement distingué par la magnificence de son accueil. Après avoir assisté à la messe célébrée par le Coadjuteur de Strasbourg, le roi a continué son voyage vers Strasbourg le 5 au matin, satisfait de l'accueil reçu à Saverne. À Strasbourg, les habitants ont exprimé une grande joie à l'annonce de la guérison du roi, contrastant avec l'inquiétude précédente due à sa maladie.
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11932
p. 2347-2350
Arrivée de S. M. à Strasbourg, [titre d'après la table]
Début :
Le Marquis de la Farre, qui commande à Strasbourg en l'absence du Maréchal de Coigny, a signalé [...]
Mots clefs :
Roi, Strasbourg, Argent, Habits, Cavalerie, Troupes, Infanterie, Officiers, Église cathédrale, Arc de triomphe, Cardinal de Rohan, Écarlate
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texteReconnaissance textuelle : Arrivée de S. M. à Strasbourg, [titre d'après la table]
Le Marquis de la Farre , qui commande à Strafbourg
en l'absence du Maréchal de Coigny , a fi
gnalé ſon zéle en cette occaſion , ainſi que le
Coadjuteur , M.de Vanolles , Intendant d'Alface ,
le Préteur Royal & les Magiſtrats. L'allegreſſe publique
n'a plus eu de bornes , dès qu'on a été informé
, que le Roi vouloit bien honorer cette Ville
de ſa préſence. Jamais peuple n'a montré plus d'ar
deur& d'impatience que celui de Strasbourg de
voir ſon Souverain , & l'on s'eſt préparé , autant
que le tems a pû le permettre , à recevoir S. M.
avec toute la pompe qu'exigeoit un pareil événement.
: Les , jour de l'arrivée du Roi , qui en ſe rendant
à Strasbourg de Saverne , trouva le chemin
bordé des Payſans de tous les Villages circonvoifins
, M. de Klinglin , Préteur Royal , à la tête des
troupes Bourgeoiſes, au nombre de 1200 hommes
fortit de la Ville , pour aller au-devant de S. M..
Ces troupes , compoſées d'Infanterie & de Cavale-*
rie , étoient diviſées en huit Corps.
وم
י
Le premier étoit un Eſcadron de Huffards , dont
les Officiers avoient des habits de velours cramoifi
garnis de galons & de franges d'argent , le manteau
de velours bleu , aufli galonné d'argent , & doublé
de peaux de Martre. Les habits du reſte de latroupe
étoient d'écarlate avec des garnitures & des boutons
d'argent. Il y avoit quatre autres Eſcadrons
dont l'un étoit en uniforme écarlate & or; le ſecond
écarlate & argent ; le troiſiéme bleu & argent
; le quatriéme gris & argent , les Officiers
ayant les habits chamarrés fur toutes les tailles.
• L'Infanterie conſiſtoit en trois Bataillons ; l'un
dont l'uniforme étoit bleu: avec boutonnieres d'or
&boutons de cuivre doré , l'autre écarlate avec
ſemblables boutons & boutonnieres ; le troifiéme
Char gris& argent. Lvj
2348 MERCURE DE FRANCE.
Chaque Bataillon avoit une Compagnie deGrenadiers
, dont les bonnets , ornés de galon & de
broderie , & terminés par de riches glands , étoient
garnis de peaux d'Ours . Les Grenadiers du Bataillon
vêtu de gris , portoient des tabliers bordés de
`galons &de franges d'argent , la hache haute , &
le mousquet en bandouillere. Les habits des Offi .
ciers de l'Infanterie n'étoient pas moins magnifiques
que ceux de la Cavalerie.
M. de Klinglin conduifit toutes ces troupesà l'extrémité
du Territoire de la Ville , où il avoit fait
dreſſer des Tentes. Il les rangea en bataille fur une
ligne àdeux de hauteur à la droite du chemin ,
venant de Saverne , les Huſſards en avant , enfuite
lesdeux Corps de Cavalerie rouge , les trois Bataillons
dans le centre , & les deux autres Corps de Cavalerie
terminant la poſition. A la ſuite des troupes
juſques à la porte de la Ville, les Magiſtrats avoient
faitplacer fur les deux bords de la chauffée le refte
•des Bourgeois des vingt Tribus , leſquels étoient
avec leurs manteaux de cérémonie.
Lorſque le caroſſe du Roi parut , les Timbales ,
Tro npettes , Hautbois, Cors de Chaffe , & autres
Inftrumens , qui étoient àlatête de chaque Compagnie
, ſe firent entendre , on fonna toutes les cloches
de la Ville , & tout retentit des acclamations
redoublés de Vive le Roi . La Cavalerie mit le Sabre
à la main , & tous les Officiers firent , ainſi que le
Préteur Royal , le falut de l'épée , quand S. Μ.
paſſa devant leurs p ftes .
Le Roi érant arrivé à la porte de la Ville , le Baron
de Trelans , Lieutenant de Roi , accompagné
des Officiers de l'Etat Major , préſenta trois clefs de
la Ville , chacune de vermeil , às M. Le Corps da
Magiftrat s'approcha enſuite de la portiere , & eur
P'honneur de haranguer le Roi , qui entra après ces
cé
OCTOBRE. 1744. 2349
cérémonies dans la Ville , où il trouva un Arc de
Triomphe de 60 pieds de hauteur , à trois Porti.
ques,au hautduquel étoit une Statue Equestre de S.
M. & qui étoit orné d'Emblêmes & de Figures. Cet
Arc de Triomphe étoit gardé du côté du Fauxcourg
par cent jeunes gens , depuis l'âge de 12 juſqu'à celui
de 18 ans , habillés comme les Cent Suifles de la
Garde de S. M. ayant à leur tête leurs Oficiers ,
dont les habits étoient bleus & richement galonnés
d'or.
De l'autre côté du même Arc de Triomphe ,
étoient 18 Bergeres & autant de Bergers , vêtus de
taffetas blanc avec des découpures de même étoffe ,
ornées de Rubans & de Guirlandes de Fleurs , les
cheveux bouclés & pendans, les houlettes peintes
& dorées. Les Bergeres tenoient desPaniers couverts
d'étoffe de ſoye couleur de role , & remplis de
Fleurs , qu'elles jetterent fur le paſſage du Roi . On
avoit placé de diſtance en diſtance , des Compagnies
de jeunes filles en habits à l'Allemande , &
dont chacune étoit menée par un jeune homme.
Toutes les ruës étoient ſablées , jonchées de verdure
, & tenduës de Tapiſſeries de haute- liffe.
Le Roi defcendit de caroſſe à la porte de l'Egliſe
Cathédrale , & S.M. y fut reçûë par le Cardinal de
Rohan , lequel étoit revêtu de ſes habits pontificaux
, & accompagné du Coadjuteur & du fuffragant
de Strasbourg , en Chapes & en Mitres , &
d'un nombreux Clergé enChâ es. S. M. s'étant miſe
àgenoux fur un carreau qui lui fut présenté par le
Prince Camille de Montauban , Chanoine de la Cathédrale
, le Cardinal de Rohan lui donna la Croix
àbaifer ,& lui fit un compliment , aufli noble que
touchant. Enfuite le Roi entra dans le Choeur , on
il tut conduit par le Coadjuteut , le Cardinal de Rohan
ayant quitté ſes habits pontificaux , pour aller
pren
2350 MERCURE DE FRANCE.
prendre auprès du Roi ſa place deGrand Aumõnies
deFrance.
Au fortir de l'Egliſe Cathédrale , S. M. alla au
Palais Epifcopal , que le Cardinal de Rohan a fait
bâtir depuis quelques années , & qui eſt auſſi commode
que magnifique. Les troupes Bourgeoiſes ,
Infanterie &Cavalerie, défilerent peu après en préfence
du Roi ſur une Terraſſe au bord de la riviere,
au bas de l'appartement que S. Ma occupé dans
ce Palais , devant lequel le Roi , en y arrivant ,
avoit retrouvé la même Compagnie de jeunes gens,
vêtus enCent Suiſſes , qu'il avoit rencontrée près
de l'Arc de Triomphe.
Dès que le jour fut baiffé , la Tour du Clocher
de la Cathédrale , les Places publiques , & toutes
les maiſons de la Ville furent illuminées , & peutêtre
n'y a-t'il eu dans le Royaume aucune Ville
dont l'illumination ait produit un plus grand effet.
Pluſieurs Fontaines de Vin coulerent par ordre des
Magiftrats dans toutes les Places , particulierement
devant l'Hôtel-de-Ville , où l'on abandonna au
Peuple , outre une grande quantité, de vivres de
route eſpece , un Boeuf qu'on faifoit rotir depuis
trois jours , comme il ſe pratique au Couronnement
des Empereurs , & qui poſé dans un baffin de bois
fculpté & doré , étoit orné de bouquets & de rubans.
Vers les huit heures du ſoir , on tira ſur la tivies
re , en face du Palais où le Roi étoit logé , un feu
d'artifice , dont l'ordonnance & l'exécution ont
mérité que S. M. marquât qu'elle en étoit finguliérement
fatisfaite. Elle a paru l'être infiniment des
efforts que non-feulement les perſonnes de diſtinctionde
cette Ville , mais encore les moindres habi
tans, ont fait pour lui prouver combien ils étoient
ſenſibles à l'honneur d'y recevoir leur Souverain.
en l'absence du Maréchal de Coigny , a fi
gnalé ſon zéle en cette occaſion , ainſi que le
Coadjuteur , M.de Vanolles , Intendant d'Alface ,
le Préteur Royal & les Magiſtrats. L'allegreſſe publique
n'a plus eu de bornes , dès qu'on a été informé
, que le Roi vouloit bien honorer cette Ville
de ſa préſence. Jamais peuple n'a montré plus d'ar
deur& d'impatience que celui de Strasbourg de
voir ſon Souverain , & l'on s'eſt préparé , autant
que le tems a pû le permettre , à recevoir S. M.
avec toute la pompe qu'exigeoit un pareil événement.
: Les , jour de l'arrivée du Roi , qui en ſe rendant
à Strasbourg de Saverne , trouva le chemin
bordé des Payſans de tous les Villages circonvoifins
, M. de Klinglin , Préteur Royal , à la tête des
troupes Bourgeoiſes, au nombre de 1200 hommes
fortit de la Ville , pour aller au-devant de S. M..
Ces troupes , compoſées d'Infanterie & de Cavale-*
rie , étoient diviſées en huit Corps.
وم
י
Le premier étoit un Eſcadron de Huffards , dont
les Officiers avoient des habits de velours cramoifi
garnis de galons & de franges d'argent , le manteau
de velours bleu , aufli galonné d'argent , & doublé
de peaux de Martre. Les habits du reſte de latroupe
étoient d'écarlate avec des garnitures & des boutons
d'argent. Il y avoit quatre autres Eſcadrons
dont l'un étoit en uniforme écarlate & or; le ſecond
écarlate & argent ; le troiſiéme bleu & argent
; le quatriéme gris & argent , les Officiers
ayant les habits chamarrés fur toutes les tailles.
• L'Infanterie conſiſtoit en trois Bataillons ; l'un
dont l'uniforme étoit bleu: avec boutonnieres d'or
&boutons de cuivre doré , l'autre écarlate avec
ſemblables boutons & boutonnieres ; le troifiéme
Char gris& argent. Lvj
2348 MERCURE DE FRANCE.
Chaque Bataillon avoit une Compagnie deGrenadiers
, dont les bonnets , ornés de galon & de
broderie , & terminés par de riches glands , étoient
garnis de peaux d'Ours . Les Grenadiers du Bataillon
vêtu de gris , portoient des tabliers bordés de
`galons &de franges d'argent , la hache haute , &
le mousquet en bandouillere. Les habits des Offi .
ciers de l'Infanterie n'étoient pas moins magnifiques
que ceux de la Cavalerie.
M. de Klinglin conduifit toutes ces troupesà l'extrémité
du Territoire de la Ville , où il avoit fait
dreſſer des Tentes. Il les rangea en bataille fur une
ligne àdeux de hauteur à la droite du chemin ,
venant de Saverne , les Huſſards en avant , enfuite
lesdeux Corps de Cavalerie rouge , les trois Bataillons
dans le centre , & les deux autres Corps de Cavalerie
terminant la poſition. A la ſuite des troupes
juſques à la porte de la Ville, les Magiſtrats avoient
faitplacer fur les deux bords de la chauffée le refte
•des Bourgeois des vingt Tribus , leſquels étoient
avec leurs manteaux de cérémonie.
Lorſque le caroſſe du Roi parut , les Timbales ,
Tro npettes , Hautbois, Cors de Chaffe , & autres
Inftrumens , qui étoient àlatête de chaque Compagnie
, ſe firent entendre , on fonna toutes les cloches
de la Ville , & tout retentit des acclamations
redoublés de Vive le Roi . La Cavalerie mit le Sabre
à la main , & tous les Officiers firent , ainſi que le
Préteur Royal , le falut de l'épée , quand S. Μ.
paſſa devant leurs p ftes .
Le Roi érant arrivé à la porte de la Ville , le Baron
de Trelans , Lieutenant de Roi , accompagné
des Officiers de l'Etat Major , préſenta trois clefs de
la Ville , chacune de vermeil , às M. Le Corps da
Magiftrat s'approcha enſuite de la portiere , & eur
P'honneur de haranguer le Roi , qui entra après ces
cé
OCTOBRE. 1744. 2349
cérémonies dans la Ville , où il trouva un Arc de
Triomphe de 60 pieds de hauteur , à trois Porti.
ques,au hautduquel étoit une Statue Equestre de S.
M. & qui étoit orné d'Emblêmes & de Figures. Cet
Arc de Triomphe étoit gardé du côté du Fauxcourg
par cent jeunes gens , depuis l'âge de 12 juſqu'à celui
de 18 ans , habillés comme les Cent Suifles de la
Garde de S. M. ayant à leur tête leurs Oficiers ,
dont les habits étoient bleus & richement galonnés
d'or.
De l'autre côté du même Arc de Triomphe ,
étoient 18 Bergeres & autant de Bergers , vêtus de
taffetas blanc avec des découpures de même étoffe ,
ornées de Rubans & de Guirlandes de Fleurs , les
cheveux bouclés & pendans, les houlettes peintes
& dorées. Les Bergeres tenoient desPaniers couverts
d'étoffe de ſoye couleur de role , & remplis de
Fleurs , qu'elles jetterent fur le paſſage du Roi . On
avoit placé de diſtance en diſtance , des Compagnies
de jeunes filles en habits à l'Allemande , &
dont chacune étoit menée par un jeune homme.
Toutes les ruës étoient ſablées , jonchées de verdure
, & tenduës de Tapiſſeries de haute- liffe.
Le Roi defcendit de caroſſe à la porte de l'Egliſe
Cathédrale , & S.M. y fut reçûë par le Cardinal de
Rohan , lequel étoit revêtu de ſes habits pontificaux
, & accompagné du Coadjuteur & du fuffragant
de Strasbourg , en Chapes & en Mitres , &
d'un nombreux Clergé enChâ es. S. M. s'étant miſe
àgenoux fur un carreau qui lui fut présenté par le
Prince Camille de Montauban , Chanoine de la Cathédrale
, le Cardinal de Rohan lui donna la Croix
àbaifer ,& lui fit un compliment , aufli noble que
touchant. Enfuite le Roi entra dans le Choeur , on
il tut conduit par le Coadjuteut , le Cardinal de Rohan
ayant quitté ſes habits pontificaux , pour aller
pren
2350 MERCURE DE FRANCE.
prendre auprès du Roi ſa place deGrand Aumõnies
deFrance.
Au fortir de l'Egliſe Cathédrale , S. M. alla au
Palais Epifcopal , que le Cardinal de Rohan a fait
bâtir depuis quelques années , & qui eſt auſſi commode
que magnifique. Les troupes Bourgeoiſes ,
Infanterie &Cavalerie, défilerent peu après en préfence
du Roi ſur une Terraſſe au bord de la riviere,
au bas de l'appartement que S. Ma occupé dans
ce Palais , devant lequel le Roi , en y arrivant ,
avoit retrouvé la même Compagnie de jeunes gens,
vêtus enCent Suiſſes , qu'il avoit rencontrée près
de l'Arc de Triomphe.
Dès que le jour fut baiffé , la Tour du Clocher
de la Cathédrale , les Places publiques , & toutes
les maiſons de la Ville furent illuminées , & peutêtre
n'y a-t'il eu dans le Royaume aucune Ville
dont l'illumination ait produit un plus grand effet.
Pluſieurs Fontaines de Vin coulerent par ordre des
Magiftrats dans toutes les Places , particulierement
devant l'Hôtel-de-Ville , où l'on abandonna au
Peuple , outre une grande quantité, de vivres de
route eſpece , un Boeuf qu'on faifoit rotir depuis
trois jours , comme il ſe pratique au Couronnement
des Empereurs , & qui poſé dans un baffin de bois
fculpté & doré , étoit orné de bouquets & de rubans.
Vers les huit heures du ſoir , on tira ſur la tivies
re , en face du Palais où le Roi étoit logé , un feu
d'artifice , dont l'ordonnance & l'exécution ont
mérité que S. M. marquât qu'elle en étoit finguliérement
fatisfaite. Elle a paru l'être infiniment des
efforts que non-feulement les perſonnes de diſtinctionde
cette Ville , mais encore les moindres habi
tans, ont fait pour lui prouver combien ils étoient
ſenſibles à l'honneur d'y recevoir leur Souverain.
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Résumé : Arrivée de S. M. à Strasbourg, [titre d'après la table]
En l'absence du Maréchal de Coigny, le Marquis de la Farre prend le commandement de Strasbourg lors de la visite royale. La ville se prépare avec enthousiasme et organise une réception somptueuse. À l'arrivée du roi, provenant de Saverne, le trajet est bordé de paysans et de troupes bourgeoises dirigées par M. de Klinglin, Préteur Royal. Ces troupes, composées de 1200 hommes d'infanterie et de cavalerie, sont disposées en bataille à l'entrée de la ville. À l'approche du roi, les instruments de musique jouent, les cloches sonnent, et la population acclame le souverain. Le Baron de Trelans remet les clefs de la ville au roi, suivi d'une harangue des magistrats. Un arc de triomphe de 60 pieds de hauteur, orné de symboles et de figures, est érigé à l'entrée de la ville. Les rues sont décorées de verdure et de tapisseries. Le roi se rend ensuite à la cathédrale, où il est accueilli par le Cardinal de Rohan, qui lui donne la croix à baiser et prononce un discours. Après la cérémonie, le roi se rend au palais épiscopal, où les troupes défilent en sa présence. Dès le lever du jour, la ville s'illumine, et des fontaines de vin sont mises à disposition du peuple. Un feu d'artifice est tiré en face du palais royal, recevant les éloges du souverain. Le roi exprime sa satisfaction face aux efforts des habitants pour lui témoigner leur dévotion.
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11933
p. 2351
CANTATILLE Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
Début :
QUEL éclat vient frapper nos yeux ! [...]
Mots clefs :
Reine, Retour, Éclat, Concert, Marie Antier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CANTATILLE Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
CANTATILLE
Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
QUel éclat vient frapper nos yeux !
Muſes, raſſemblez -vous, c'eſt notre aimable Reine,
Un trop funeſte ſort lui fit quitter ces Lieux ;
Unheureux deſtin l'y ramene .
Chantons; livrons nos coeurs aux tranſports les plus
doux;
C'eſt ici qu'elle vient attendre
Le retour fortuné de ſon Auguſte Epoux ;
Malgré ſes ennemis, de ſa Grandeur jaloux,
La Victoire va nous le rendre .
Que ſur la Terre & ſur les flots
Afes plus chers déſirs à l'envi tout réponde;
Le Ciel nous donna ce Héros
Pour la félicité du Monde..
Les Vers de cette Cantatille ſont de M. l'Abb
Pellegrin, miſe en Muſique par M. de Blamont ,
Sur- Intendant de la Muſique du Roi. Elle a été
exécutée à Verſailles au Concert de la Reine , &
chantée par Mile Antier le 23 de ce mois. Gette
célebre Actrice,dont on a eu occafion pluſieurs fois
de parler avec éloge , n'a rien perdu de l'éclat de ſa
voix, quoique retirée du Théatre. Elle a été honorée
des éloges de la Reine& de ceux de toute la
Cour,
Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
QUel éclat vient frapper nos yeux !
Muſes, raſſemblez -vous, c'eſt notre aimable Reine,
Un trop funeſte ſort lui fit quitter ces Lieux ;
Unheureux deſtin l'y ramene .
Chantons; livrons nos coeurs aux tranſports les plus
doux;
C'eſt ici qu'elle vient attendre
Le retour fortuné de ſon Auguſte Epoux ;
Malgré ſes ennemis, de ſa Grandeur jaloux,
La Victoire va nous le rendre .
Que ſur la Terre & ſur les flots
Afes plus chers déſirs à l'envi tout réponde;
Le Ciel nous donna ce Héros
Pour la félicité du Monde..
Les Vers de cette Cantatille ſont de M. l'Abb
Pellegrin, miſe en Muſique par M. de Blamont ,
Sur- Intendant de la Muſique du Roi. Elle a été
exécutée à Verſailles au Concert de la Reine , &
chantée par Mile Antier le 23 de ce mois. Gette
célebre Actrice,dont on a eu occafion pluſieurs fois
de parler avec éloge , n'a rien perdu de l'éclat de ſa
voix, quoique retirée du Théatre. Elle a été honorée
des éloges de la Reine& de ceux de toute la
Cour,
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Résumé : CANTATILLE Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles.
Le texte décrit une cantate intitulée 'Sur l'heureux retour de la Reine à Versailles', célébrant le retour de la Reine à Versailles après une absence causée par un malheur. L'œuvre exprime la joie et l'émotion suscitée par cet événement. La Reine attend le retour de son époux, le roi, malgré les ennemis jaloux de sa grandeur. La victoire assure ce retour, et le roi est présenté comme un héros envoyé par le ciel pour le bonheur du monde. Les paroles de la cantate sont écrites par l'abbé Pellegrin et la musique composée par Monsieur de Blamont, surintendant de la musique du roi. La cantate a été interprétée à Versailles lors du concert de la Reine, le 23 du mois, par Mademoiselle Antier, une actrice retirée du théâtre. Sa performance a été saluée par la Reine et toute la cour pour la qualité de sa voix.
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11934
p. 2352
« Le 19, le 21, le 24 & le 25 Octobre, M. de Blamont, Sur-Intendant de la Musique du Roi en [...] »
Début :
Le 19, le 21, le 24 & le 25 Octobre, M. de Blamont, Sur-Intendant de la Musique du Roi en [...]
Mots clefs :
Reine, Rôles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 19, le 21, le 24 & le 25 Octobre, M. de Blamont, Sur-Intendant de la Musique du Roi en [...] »
Le 19 , le 21 , le 24 & le 25 Octobre , M. de
Blamont , Sur - Intendant de la Muſique du Roi en
ſemeſtre , fit concerter chés la Reine , ſa Pastorate
Héroïque d'Endymion, en cinq Actes, dont les principaux
rôles furent parfaitement bien remplis par
les Dlles Lalande . Mathieu & Deschamps , & par
Jes Srs Poirier , Dubourg , Jelyot & Benoit , &dont
l'exécution ne laiſſa rien à défirer.
Blamont , Sur - Intendant de la Muſique du Roi en
ſemeſtre , fit concerter chés la Reine , ſa Pastorate
Héroïque d'Endymion, en cinq Actes, dont les principaux
rôles furent parfaitement bien remplis par
les Dlles Lalande . Mathieu & Deschamps , & par
Jes Srs Poirier , Dubourg , Jelyot & Benoit , &dont
l'exécution ne laiſſa rien à défirer.
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11935
p. 2352
OEuvres de Théâtre de M. Destouches, nouvelle Edition, [titre d'après la table]
Début :
OEUVRES DE THEATRE de M. Néricault Destouches, de l'Académie Françoise. Nouvelle [...]
Mots clefs :
Ouvrages lyriques, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : OEuvres de Théâtre de M. Destouches, nouvelle Edition, [titre d'après la table]
OEUVRES DE THEATRE de M. Néricaulé
Deſtouches , de l'Académie Françoiſe. Nouvelle
Edition ,,revûë, corrigée & augmentée par l'Auteur.
Cinq Volumes in - 12 , dont le dernier contient les
Amours de Ragonde , Comédie-Ballet , repréſentée à
l'Opera ; pluſieurs autres Ouvrages Lyriques ; neuf
Lettres écrites à des Amis , en leur envoyant des
ſujets & des fragmens de Comédie , & l'Homme fingulier,
Comédie en Vers & en cinq Actes. Ce Tome
finit par l'Epitre de l'Auteur au Roi ſur ſa Convalefcence
, à Paris , chés Prault , le pere , Quai de
Gévres , à Penfeigne du Paradis , 1744 .
Le mérite & la réputation de l'Auteur ,& le favorable
accueil qui a toujours été fait à la publication
de fes Ouvrages , font préſumer que ce Corps
entier fera très-agréablement reçû .
Deſtouches , de l'Académie Françoiſe. Nouvelle
Edition ,,revûë, corrigée & augmentée par l'Auteur.
Cinq Volumes in - 12 , dont le dernier contient les
Amours de Ragonde , Comédie-Ballet , repréſentée à
l'Opera ; pluſieurs autres Ouvrages Lyriques ; neuf
Lettres écrites à des Amis , en leur envoyant des
ſujets & des fragmens de Comédie , & l'Homme fingulier,
Comédie en Vers & en cinq Actes. Ce Tome
finit par l'Epitre de l'Auteur au Roi ſur ſa Convalefcence
, à Paris , chés Prault , le pere , Quai de
Gévres , à Penfeigne du Paradis , 1744 .
Le mérite & la réputation de l'Auteur ,& le favorable
accueil qui a toujours été fait à la publication
de fes Ouvrages , font préſumer que ce Corps
entier fera très-agréablement reçû .
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Résumé : OEuvres de Théâtre de M. Destouches, nouvelle Edition, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Œuvres de Théâtre' de Pierre-Claude Nivelle de La Chaussée, membre de l'Académie Française, est une édition revue, corrigée et augmentée en cinq volumes. Il inclut 'Les Amours de Ragonde', des œuvres lyriques, des lettres et 'L'Homme singulier'. Publié à Paris en 1744 chez Prault le père, il est attendu favorablement grâce à la réputation de l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11936
p. 2352-2353
ALLEGORIE.
Début :
UN jour la Reine de Cithére [...]
Mots clefs :
Dieu, Figure, Mars, Beau, Belle
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texteReconnaissance textuelle : ALLEGORIE.
ALLEGORIE.
U
N jour la Reine de Cithére
Se plaignantdu Dieu de la Guerre ,
Applaudiffoit d'autant à ſes appas :
Il fuit , dit elle; il me néglige ;
Trop de bonté fait des ingrats ;
Ellayons par quelque preſtige
OCTOBRE. 1744. 2353
Achâtier ſes mépris ſcélérats ;
Je veux auprès de moi que ſans ceſſe il voltige ,
Et ne me reconnoiffe pas :
Transformons-nous ; je vais être vengée ,
Elle dit , & déja ſa figure eft changée.
Ce n'eſt plus ce majestueux ,
:
Ce beau complet , fait pour les yeux ;
Ce beau , qui n'offre rien à dire ,
Qu'après un tems, en baillant , on admire ,
C'eſt du piquant, de l'agaçant, du fin ,
Du gracieux , du fripon , du lutin ;
:
1
১
}
Pour l'exprimer il n'eſt point de langage,
C'eſt l'amour, en un mot& tout ſon appanage ;
Ce Dieu ſoûrit ; Mars vient enfin :
Quel Amant'a jamais méconnu ſon Amante ?
Ah ! vous n'étiez que belle,& vous voila charmante,
S'écria- t'il , tombant à ſes genoux ;
De graces quel amas fertile !
Vous n'en aviez que trois , & vous en avez mille ,
Qui vont éternifer mes tranſports les plus doux.
Mars eft abfent , aimable Dangeville ;
Cet amas d'agrémens devenoit inutile
A la Déeffe des Amours ;
Contente de n'être que belle
Elle vous a cedé ſa figure nouvelle;
Poſſedez la ; plaiſez toujours ;
On la reſpecte , on l'admire ſous l'autre ,
Mais on l'adore , on l'aime ſous la vôtre.
U
N jour la Reine de Cithére
Se plaignantdu Dieu de la Guerre ,
Applaudiffoit d'autant à ſes appas :
Il fuit , dit elle; il me néglige ;
Trop de bonté fait des ingrats ;
Ellayons par quelque preſtige
OCTOBRE. 1744. 2353
Achâtier ſes mépris ſcélérats ;
Je veux auprès de moi que ſans ceſſe il voltige ,
Et ne me reconnoiffe pas :
Transformons-nous ; je vais être vengée ,
Elle dit , & déja ſa figure eft changée.
Ce n'eſt plus ce majestueux ,
:
Ce beau complet , fait pour les yeux ;
Ce beau , qui n'offre rien à dire ,
Qu'après un tems, en baillant , on admire ,
C'eſt du piquant, de l'agaçant, du fin ,
Du gracieux , du fripon , du lutin ;
:
1
১
}
Pour l'exprimer il n'eſt point de langage,
C'eſt l'amour, en un mot& tout ſon appanage ;
Ce Dieu ſoûrit ; Mars vient enfin :
Quel Amant'a jamais méconnu ſon Amante ?
Ah ! vous n'étiez que belle,& vous voila charmante,
S'écria- t'il , tombant à ſes genoux ;
De graces quel amas fertile !
Vous n'en aviez que trois , & vous en avez mille ,
Qui vont éternifer mes tranſports les plus doux.
Mars eft abfent , aimable Dangeville ;
Cet amas d'agrémens devenoit inutile
A la Déeffe des Amours ;
Contente de n'être que belle
Elle vous a cedé ſa figure nouvelle;
Poſſedez la ; plaiſez toujours ;
On la reſpecte , on l'admire ſous l'autre ,
Mais on l'adore , on l'aime ſous la vôtre.
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Résumé : ALLEGORIE.
En octobre 1744, une allégorie poétique relate la plainte de la Reine de Cythère, qui se lamente de l'indifférence de Mars, le Dieu de la Guerre. Pour capter son attention, elle modifie son apparence afin de devenir plus séduisante et charmante, incarnant ainsi l'amour et la séduction. Mars, immédiatement charmé, reconnaît et admire cette nouvelle image. La déesse de l'Amour, satisfaite de sa beauté naturelle, transfère cette transformation à l'actrice Dangeville. Grâce à cette métamorphose, Dangeville inspire admiration et amour.
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11937
p. 2354-2357
MORTS.
Début :
Dame Jeanne Casimire de Bethune, Palatine Doüairiere de Russie, mourut à Leopold le [...]
Mots clefs :
Jeanne Casimire de Béthune, Palatine de Russie, Comte de Béthune, Pologne, Roi, Antoine de La Roque
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Ame Jeanne Caſimire de Bethune , Palatine
Doüairiere de Ruffie , mourut à Leopold le
to Avril dernier. Elle étoit fille de François Gafton
, Marquis de Bethune , Comte de Selles , &c.
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
de ſes Armées , & fon Ambaſfadeur Extraordinaire
en Pologne , auprès du Roi Jean Sobieski ,
fon Beau frere , & enſuite en Suede , où il eſt mort
en 1692 , & de Dame Marie- Louiſe de la Grange
d'Arquien , fille de Henri de la Grange , Marquis
d'Arquien , mort Chevalier des Ordres du Roi , &
Cardinal ; & foeur de Marie Cafimire , Reine de
Pologne , Epouſe de Jean Sobieski .
Jeanne-Caſimire de Bethune , qui donne lieu à
cet article , avoit épousé Jean Jablonouſki Palatin
de Ruffie , dont elle a eu pluſieurs Enfans.
1º Staniſlas , Palatin de Rava. 2. Jean-Cajetan ,
Staroſte de Czchrin. 3º. Démétrius , Staroſte de
Swick . 4° . Marie Louiſe , mariée à Charles Frederic
de la Trimoirille , Duc de Châtelleraut , aujourd'hui
Prince de Talmond. 5º. Catherine , mariée
au Duc Maximilien Oſſolinſki , Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , Grand-Maitre de la Maiſon du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine, Stanislas I ,& cidevantGrand-
Tréſorier de la Couronne de Pologne.
6. Louiſe , Religieuſe du S. Sacrement à Leopold .
La Palatine de Ruſſie , par ſon Mariage avec
Je Comte Jablonouſki , étoit devenue tante maternelle
du Roi de Pologne Staniſlas I , qui eſt fils de
la foeur de ſon Mari , & ainſi grande Tante de Mazic
Leczinſka , Reine de France.
File
ОСТОBRE . 1744. 2355
Elle avoit pour Freres , 1º. Louis , Marquis de
Bethune , Mestre de Camp de Cavalerie,tué à la
Bataille d'Hocketer, en 1704.
2°. Louis-Marie- Victoire , Comte de Bethune ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , Grand
Chambellan du Roi de Pologne , Duc de Lorraine,
Il a été marié 2 fois. La premiere , avec Henriette
d'Harcourt de Beuvron,fille de François,Marquis de
Beuvron , Chevalier des Ordres du Roi , & foeur du
Maréchal d'Harcourt. De pluſieurs Enfans fortis de
ceMariage , il ne reſte aujourd'hui que Marie-Ca
fimire- Théreſe Geneviève-Emmanuelle de Bethu
ne , laquelle avoit épousé en premieresNoces Fran
çois Rouxel de Medavi, Marquis de Grancey, Lieutenant
Général des Armées du Roi, Gouverneur de
Dunquerque , frere du Maréchal de Medavi , &
à préſent épouſe de Louis Auguſte Fouquet, Comte
de Bellifle , Duc de Gifors , Maréchal de France ,
Chevalier desOrdres du Roi & de la Toiſon d'Or ,
Prince de l'Empire, & Gouverneur de Metz , Commandant
dans les trois Evêchés , & Lieutenant Gé
néral de la Province de Lorraine.
Le Comte de Bethune avoit encore eu de
fon premier Mariage , Céſar , Marquis de Bethune,
mort fur le Rhin en 1736 , à la tête d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom .
Il a épousé en ſecondes Noces Marie-Françoiſe
Fotier de Gêvres , fille de Bernard-François Potier ,
Duc de Treſmes , Pair de France, Chevalier des
Ordres du Roi , Gouverneur de Paris , de laquelle
ila eu , 1º. Armand- Louis- François , tué ſur un
Vaiſſeau du Koi,attaqué par une Eſcadre Angloiſe
en 1741 , 2º. Joachim-Cafimir- Leon , Marquisde
Bethune , Comte des Bordes, actuellement Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment Royal Pologne.
3.Marie-Eleonore-Auguste , non encore mariée..
Le
1356 MERCURE DE FRANCE.
!
!
Le Comte de Bethune, comme il a été obſervé au
commencement de ce Mémoire , eſt neveu de la
feue Reine de Pologne , Epouſe de Jean Sobieski.
Du Mariagede cette Princefle avec le Roi Jean
Sobieſki , font nés le Prince Jacques , le Prince
Conftantin , le Prince Alexandre ,& la Princeffe
Théreſe-Cunegonde-Cafimire Sobieska.
Le Prince Jacques épouſa Elizabeth Amelie de Ba
viere-Neubourg , ſoeur de l'Impératrice , Epouſe de
l'Empereur Léopold I , de la Reine d'Eſpagne , veuve
de Charles II , de la Reine de Portugal , de la
Ducheffe de Parme , des Electeurs Palatin & de
Tréves , & de l'Evêque d'Auſbourg .
Le Prince Jacques a eu de ſon Mariage , 1º. Marie-
Charlotte Sobieſta , Epouſe du Duc de Bouillon ,
Grand-Chambellan de France. Après la mort , le
Comte de Bethune, comme ſon plus proche parent,
⚫s'eſt chargé de la tutelle de ſes Enfans. Marie-Clémentine
, ſeconde fille du Prince Jacques , a épousé
Jacques Stuart , fils de Jacques II , Roi d'Angleterre
, connû ſous le nom de Chevalier de S. George,
&a laiflé pour Enfans les deux Princes, appellés à
Romele Prince de Galles , & le Duc d'York .
LePrince Conftantin & le Prince Alexandre ,
font morts ſans pofterité.
La Princeſſe, leur ſoeur, épouſa le feu Electeur de
Baviere.De leur Mariage ſont nés l'Empereur Charles
VII , actuellement regnant , l'Electeur de Co
logne , & l'Evêque de Ratisbonne & de Liége Par
ledétail qu'on vient de faire , on voit que le Comte
de Bethune a l'honneur d'être Oncle , à la mode
de Bretagne , de l'Empereur & des Princes ſes Freres
, & grand Oncle des Princes Stuart , & que la
Palatine de Ruſſie , ſa ſoeur , partageoit avec lui les
mêmes Alliances.
Antoine
OCTOBRE, 1744 2357
Antoine de la Roque, ancien Gendarme de la Gar
de ordinaire du Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de Marſeille , mourut à Paris le trois Octobre
, dans la 72 année de ſon âge. Il étoit Auteur
duMercure de France , dédié au Roi , depuis l'année
1721. Il en a donné en tout , juſques & compris celui
du mois d'Octobre 1744 , fans aucune interruption
, 321 Volumes , avec la ſatisfaction de la Coun
&du Public.
Ame Jeanne Caſimire de Bethune , Palatine
Doüairiere de Ruffie , mourut à Leopold le
to Avril dernier. Elle étoit fille de François Gafton
, Marquis de Bethune , Comte de Selles , &c.
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
de ſes Armées , & fon Ambaſfadeur Extraordinaire
en Pologne , auprès du Roi Jean Sobieski ,
fon Beau frere , & enſuite en Suede , où il eſt mort
en 1692 , & de Dame Marie- Louiſe de la Grange
d'Arquien , fille de Henri de la Grange , Marquis
d'Arquien , mort Chevalier des Ordres du Roi , &
Cardinal ; & foeur de Marie Cafimire , Reine de
Pologne , Epouſe de Jean Sobieski .
Jeanne-Caſimire de Bethune , qui donne lieu à
cet article , avoit épousé Jean Jablonouſki Palatin
de Ruffie , dont elle a eu pluſieurs Enfans.
1º Staniſlas , Palatin de Rava. 2. Jean-Cajetan ,
Staroſte de Czchrin. 3º. Démétrius , Staroſte de
Swick . 4° . Marie Louiſe , mariée à Charles Frederic
de la Trimoirille , Duc de Châtelleraut , aujourd'hui
Prince de Talmond. 5º. Catherine , mariée
au Duc Maximilien Oſſolinſki , Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , Grand-Maitre de la Maiſon du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine, Stanislas I ,& cidevantGrand-
Tréſorier de la Couronne de Pologne.
6. Louiſe , Religieuſe du S. Sacrement à Leopold .
La Palatine de Ruſſie , par ſon Mariage avec
Je Comte Jablonouſki , étoit devenue tante maternelle
du Roi de Pologne Staniſlas I , qui eſt fils de
la foeur de ſon Mari , & ainſi grande Tante de Mazic
Leczinſka , Reine de France.
File
ОСТОBRE . 1744. 2355
Elle avoit pour Freres , 1º. Louis , Marquis de
Bethune , Mestre de Camp de Cavalerie,tué à la
Bataille d'Hocketer, en 1704.
2°. Louis-Marie- Victoire , Comte de Bethune ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , Grand
Chambellan du Roi de Pologne , Duc de Lorraine,
Il a été marié 2 fois. La premiere , avec Henriette
d'Harcourt de Beuvron,fille de François,Marquis de
Beuvron , Chevalier des Ordres du Roi , & foeur du
Maréchal d'Harcourt. De pluſieurs Enfans fortis de
ceMariage , il ne reſte aujourd'hui que Marie-Ca
fimire- Théreſe Geneviève-Emmanuelle de Bethu
ne , laquelle avoit épousé en premieresNoces Fran
çois Rouxel de Medavi, Marquis de Grancey, Lieutenant
Général des Armées du Roi, Gouverneur de
Dunquerque , frere du Maréchal de Medavi , &
à préſent épouſe de Louis Auguſte Fouquet, Comte
de Bellifle , Duc de Gifors , Maréchal de France ,
Chevalier desOrdres du Roi & de la Toiſon d'Or ,
Prince de l'Empire, & Gouverneur de Metz , Commandant
dans les trois Evêchés , & Lieutenant Gé
néral de la Province de Lorraine.
Le Comte de Bethune avoit encore eu de
fon premier Mariage , Céſar , Marquis de Bethune,
mort fur le Rhin en 1736 , à la tête d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom .
Il a épousé en ſecondes Noces Marie-Françoiſe
Fotier de Gêvres , fille de Bernard-François Potier ,
Duc de Treſmes , Pair de France, Chevalier des
Ordres du Roi , Gouverneur de Paris , de laquelle
ila eu , 1º. Armand- Louis- François , tué ſur un
Vaiſſeau du Koi,attaqué par une Eſcadre Angloiſe
en 1741 , 2º. Joachim-Cafimir- Leon , Marquisde
Bethune , Comte des Bordes, actuellement Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment Royal Pologne.
3.Marie-Eleonore-Auguste , non encore mariée..
Le
1356 MERCURE DE FRANCE.
!
!
Le Comte de Bethune, comme il a été obſervé au
commencement de ce Mémoire , eſt neveu de la
feue Reine de Pologne , Epouſe de Jean Sobieski.
Du Mariagede cette Princefle avec le Roi Jean
Sobieſki , font nés le Prince Jacques , le Prince
Conftantin , le Prince Alexandre ,& la Princeffe
Théreſe-Cunegonde-Cafimire Sobieska.
Le Prince Jacques épouſa Elizabeth Amelie de Ba
viere-Neubourg , ſoeur de l'Impératrice , Epouſe de
l'Empereur Léopold I , de la Reine d'Eſpagne , veuve
de Charles II , de la Reine de Portugal , de la
Ducheffe de Parme , des Electeurs Palatin & de
Tréves , & de l'Evêque d'Auſbourg .
Le Prince Jacques a eu de ſon Mariage , 1º. Marie-
Charlotte Sobieſta , Epouſe du Duc de Bouillon ,
Grand-Chambellan de France. Après la mort , le
Comte de Bethune, comme ſon plus proche parent,
⚫s'eſt chargé de la tutelle de ſes Enfans. Marie-Clémentine
, ſeconde fille du Prince Jacques , a épousé
Jacques Stuart , fils de Jacques II , Roi d'Angleterre
, connû ſous le nom de Chevalier de S. George,
&a laiflé pour Enfans les deux Princes, appellés à
Romele Prince de Galles , & le Duc d'York .
LePrince Conftantin & le Prince Alexandre ,
font morts ſans pofterité.
La Princeſſe, leur ſoeur, épouſa le feu Electeur de
Baviere.De leur Mariage ſont nés l'Empereur Charles
VII , actuellement regnant , l'Electeur de Co
logne , & l'Evêque de Ratisbonne & de Liége Par
ledétail qu'on vient de faire , on voit que le Comte
de Bethune a l'honneur d'être Oncle , à la mode
de Bretagne , de l'Empereur & des Princes ſes Freres
, & grand Oncle des Princes Stuart , & que la
Palatine de Ruſſie , ſa ſoeur , partageoit avec lui les
mêmes Alliances.
Antoine
OCTOBRE, 1744 2357
Antoine de la Roque, ancien Gendarme de la Gar
de ordinaire du Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de Marſeille , mourut à Paris le trois Octobre
, dans la 72 année de ſon âge. Il étoit Auteur
duMercure de France , dédié au Roi , depuis l'année
1721. Il en a donné en tout , juſques & compris celui
du mois d'Octobre 1744 , fans aucune interruption
, 321 Volumes , avec la ſatisfaction de la Coun
&du Public.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate le décès de Jeanne Casimire de Béthune, Palatine de Ruffie, survenu le 10 avril précédent. Elle était la fille de François Gafton, Marquis de Béthune, et de Marie-Louise de la Grange d'Arquien, sœur de Marie Casimire, Reine de Pologne et épouse de Jean Sobieski. Jeanne Casimire avait épousé Jean Jablonowski, Palatin de Ruffie, et ils eurent plusieurs enfants : Stanislas, Jean-Cajetan, Démétrius, Marie Louise, Catherine et Louise. Elle était également tante maternelle du Roi de Pologne Stanislas I et grande-tante de Marie Leczinska, Reine de France. Le texte mentionne également les frères de Jeanne Casimire : Louis, tué à la bataille d'Hocketer en 1704, et Louis-Marie-Victoire, Comte de Béthune, Maréchal des Camps et Armées du Roi, Grand Chambellan du Roi de Pologne. Ce dernier eut plusieurs enfants de ses deux mariages, notamment Marie-Casimire-Thérèse-Geneviève-Emmanuelle de Béthune et Joachim-Casimire-Léon, Marquis de Béthune. Le Comte de Béthune est décrit comme le neveu de la défunte Reine de Pologne, épouse de Jean Sobieski. Leur mariage donna naissance à plusieurs enfants, dont le Prince Jacques, qui épousa Élisabeth Amélie de Bavière-Neubourg. Le Comte de Béthune s'est chargé de la tutelle des enfants du Prince Jacques après sa mort. Le texte mentionne également les autres enfants du Roi Jean Sobieski et de la Reine de Pologne, ainsi que leurs descendants. Enfin, le texte rapporte le décès d'Antoine de la Roque, ancien Gendarme de la Garde ordinaire du Roi et auteur du Mercure de France, survenu à Paris le 3 octobre.
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11938
p. 2357-[2359]
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES. Ode sur la Maladie du Roi, 2147 Mémoire [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
P
IECES FUGITIVES. Ode ſur laMaladie
dú Roi , 2147
Mémoire pour ſervir à l'Hiſtoire de la Ville d'Arras,
2152
Epitre à Uranie, pour lejour de Fête,
Differtation de M. du Marſais, où l'on examine s'il
2190
faut écrire Français au lieu de François , 2194
La Puiſſance de l'Amour , Cantate , 2215
Explication d'un Tableau Epithalame , dédié à
Mad. la Duchefſſe de Chartres ,
Vers ſur le rétabliſſement de la ſanté du Roi , 2220
Lettre écrite par M. D. L. R. fur quelques ſujets de
Littérature ,
2218
2222
Bouquet à M. T. *** , pour le jour de ſa Fête ,
2236
Explication d'une Pierre antique , &c. 2237
Mots des Enigmes de Juillet & d'Août ,
Enigme & Logogryphe ,
Explanatio in Septem Pfalmos ,
Regles nouvelles de la Muſique ,
2239
2240
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX -ARTS ,
2242
2243
Recueil
:
Recueil d'Arrêts , Extrait ; bid.
Oraiſon Funebre , 2253
Catalogue de differens Ecrits , ibid.
Hiſtoire des Hommes Illuftres par les Médailles ,
2254
M.Gerſaint choiſi pour la vente des Cabinets de M.
Bonnier de la Mofſon , 2255
Eſtampes nouvelles , 2256
Nouvelles Cartes , ibid.
Remedes , 2257
Chanfons notées , 2258
Spectacles, la Dispute , nouvelle Piéce , repréſentée
ſur le Théatre François , 2259
Coraline Arlequin & Arlequin Coraline , nouvelle
Piéce , joüée ſur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne
,
2260
Clôture de l'Opera Comique , & Compliment, ibid.
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2:63
Fêtedonnée par M. l'Abbé de la Fare , 2268
Feu d'artifice tiré à l'Hôtel de Ville de Paris , 2271
Mandement du Recteur de l'Univerſité ,
Lettre de M. Lépicié à M. D. L. R.
Les Juges & Confuls font chanter le TeDeum ,
2279
Lesdifferentes Communautés & les Marchands de
2275
2277
Vin font la même choſe , ibid.
Fêtedonné par l'Intendant de Tours , 2281
Deſcription de celledonnée par le Préſident de
Rieux, 2283
Fête donnée par l'Archevêque de Bourges , 2287
TeDeum chanté à Arras , 2289
Fêtes données par la Cour des Aides & Finances de
Provence 229.1
,
'Autres données par la Ville d'Aix , 2300
Actions de graces & Fête à Nogent le-Rotrou ,
2304
Fête
Fête donnée par M. de Julienne , 2307
TeDeum chanté au Collége de Navarre , 2310
Illumination des Théatins , 2311
Celle des Artiſtes du Louvre , 2312
Réjoüiſſances publiques àVersailles , ibid.
Te Deum chanté à S. Denis , 2313
Vers ſur la Convalescence du Roi , 2314
Vaudeville chanté par lesHarangeres ,ſur lemême
ſujet, 2315
Fêtes données à Tours , 2319
Bénéfices donnés , 2325
Illumination & Feu d'artifice à Bercy , 2327
Les Receveurs Généraux & les Fermiers Généraux
font chanter Te Deum , 2328
Le Roi & la Reine entendent la Meſſe & leTe
Deum à Metz , 2329
Réjoüiflances à S. Quentin , ibid.
Détail du Siége de Coni , 2330
Inveſtiſſement de Fribourg , 2331
Détail du Siége & de la Priſe de Prague par le Roi
de Pruffe, 2333
Suite du détail du Siége de Coni , 2334
La tranchée ouverte devant Fribourg , 2337
Te Deum chanté à Luneville , 2340
Réjoüiſſances faites à Roüen , 2341
Autres Fêtes àAngoulême , 2343
TeDeum chanté à S. Germain en Laye , 2344
Arrivée du Roi à Saverne , 2345
Arrivée de S. M. à Strasbourg , 2347
Cantatille ſur l'arrivée de la Reine à Versailles ,
2351
OEuvres de Théatre de M. Deſtouches , nouvelle
Edition , 2352
Allégorie,
ibid.
Morts , 2354
P
IECES FUGITIVES. Ode ſur laMaladie
dú Roi , 2147
Mémoire pour ſervir à l'Hiſtoire de la Ville d'Arras,
2152
Epitre à Uranie, pour lejour de Fête,
Differtation de M. du Marſais, où l'on examine s'il
2190
faut écrire Français au lieu de François , 2194
La Puiſſance de l'Amour , Cantate , 2215
Explication d'un Tableau Epithalame , dédié à
Mad. la Duchefſſe de Chartres ,
Vers ſur le rétabliſſement de la ſanté du Roi , 2220
Lettre écrite par M. D. L. R. fur quelques ſujets de
Littérature ,
2218
2222
Bouquet à M. T. *** , pour le jour de ſa Fête ,
2236
Explication d'une Pierre antique , &c. 2237
Mots des Enigmes de Juillet & d'Août ,
Enigme & Logogryphe ,
Explanatio in Septem Pfalmos ,
Regles nouvelles de la Muſique ,
2239
2240
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX -ARTS ,
2242
2243
Recueil
:
Recueil d'Arrêts , Extrait ; bid.
Oraiſon Funebre , 2253
Catalogue de differens Ecrits , ibid.
Hiſtoire des Hommes Illuftres par les Médailles ,
2254
M.Gerſaint choiſi pour la vente des Cabinets de M.
Bonnier de la Mofſon , 2255
Eſtampes nouvelles , 2256
Nouvelles Cartes , ibid.
Remedes , 2257
Chanfons notées , 2258
Spectacles, la Dispute , nouvelle Piéce , repréſentée
ſur le Théatre François , 2259
Coraline Arlequin & Arlequin Coraline , nouvelle
Piéce , joüée ſur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne
,
2260
Clôture de l'Opera Comique , & Compliment, ibid.
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2:63
Fêtedonnée par M. l'Abbé de la Fare , 2268
Feu d'artifice tiré à l'Hôtel de Ville de Paris , 2271
Mandement du Recteur de l'Univerſité ,
Lettre de M. Lépicié à M. D. L. R.
Les Juges & Confuls font chanter le TeDeum ,
2279
Lesdifferentes Communautés & les Marchands de
2275
2277
Vin font la même choſe , ibid.
Fêtedonné par l'Intendant de Tours , 2281
Deſcription de celledonnée par le Préſident de
Rieux, 2283
Fête donnée par l'Archevêque de Bourges , 2287
TeDeum chanté à Arras , 2289
Fêtes données par la Cour des Aides & Finances de
Provence 229.1
,
'Autres données par la Ville d'Aix , 2300
Actions de graces & Fête à Nogent le-Rotrou ,
2304
Fête
Fête donnée par M. de Julienne , 2307
TeDeum chanté au Collége de Navarre , 2310
Illumination des Théatins , 2311
Celle des Artiſtes du Louvre , 2312
Réjoüiſſances publiques àVersailles , ibid.
Te Deum chanté à S. Denis , 2313
Vers ſur la Convalescence du Roi , 2314
Vaudeville chanté par lesHarangeres ,ſur lemême
ſujet, 2315
Fêtes données à Tours , 2319
Bénéfices donnés , 2325
Illumination & Feu d'artifice à Bercy , 2327
Les Receveurs Généraux & les Fermiers Généraux
font chanter Te Deum , 2328
Le Roi & la Reine entendent la Meſſe & leTe
Deum à Metz , 2329
Réjoüiflances à S. Quentin , ibid.
Détail du Siége de Coni , 2330
Inveſtiſſement de Fribourg , 2331
Détail du Siége & de la Priſe de Prague par le Roi
de Pruffe, 2333
Suite du détail du Siége de Coni , 2334
La tranchée ouverte devant Fribourg , 2337
Te Deum chanté à Luneville , 2340
Réjoüiſſances faites à Roüen , 2341
Autres Fêtes àAngoulême , 2343
TeDeum chanté à S. Germain en Laye , 2344
Arrivée du Roi à Saverne , 2345
Arrivée de S. M. à Strasbourg , 2347
Cantatille ſur l'arrivée de la Reine à Versailles ,
2351
OEuvres de Théatre de M. Deſtouches , nouvelle
Edition , 2352
Allégorie,
ibid.
Morts , 2354
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Résumé : TABLE.
Le document décrit une chronologie d'œuvres littéraires et d'événements culturels et politiques entre 2147 et 2354. Les œuvres incluent des poèmes, mémoires, épîtres, dissertations, cantates, lettres, explications de tableaux, énigmes, recueils de musique et pièces de théâtre. Les événements notables comprennent des fêtes, illuminations, feux d'artifice et chants de Te Deum pour célébrer des occasions telles que le rétablissement de la santé du roi, des victoires militaires et des arrivées royales. Des descriptions de sièges et de prises de villes comme Coni, Fribourg et Prague sont également mentionnées. Le document se conclut par la liste des œuvres théâtrales de M. Destouches et des décès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11939
s. p.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
PAGE 2148, ligne 19, étange ! lisez, étrange, Ibid. l. 21, Victime, l. Victimes. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fautes à corriger dans ce Livre.
19 , étange ! lifez , étrange;
:
,êtez la virgule après l'uſage,
19 , étange ! lifez , étrange;
:
,êtez la virgule après l'uſage,
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11940
s. p.
« La Planche gravée doit regarder la page 2237 La Chansons notées [sic], la page 2258 [...] »
Début :
La Planche gravée doit regarder la page 2237 La Chansons notées [sic], la page 2258 [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Planche gravée doit regarder la page 2237 La Chansons notées [sic], la page 2258 [...] »
La Planche gravée doit regarder la paze
La Chansons notées,lapage
2239
2258
La Chansons notées,lapage
2239
2258
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11941
s. p.
Epitre Dedicatoire AU ROI.
Début :
Sire, Vous nous avés accordé le Privilege du Mercure de [...]
Mots clefs :
Mercure de France, Privilège, Majesté, Roi, Panégyrique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epitre Dedicatoire AU ROI.
EpitreDedicatoire
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
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Résumé : Epitre Dedicatoire AU ROI.
L'épître dédicatoire est adressée au roi pour exprimer la gratitude pour le privilège accordé au 'Mercure de France'. L'auteur met en avant les qualités éminentes et la gloire incontestable du règne royal, rendant inutile toute éloquence supplémentaire. La vérité suffit à célébrer les vertus royales, comparables aux récits les plus flatteurs. Le roi est décrit comme un phénomène unique, un vainqueur chéri, un citoyen et un père des peuples. Lors de sa récente maladie, des sentiments tels que le courage, l'amour conjugal, la tendresse filiale et le zèle ardent ont été manifestés. Tous les cœurs ont uni leurs louanges. L'auteur affirme qu'il est impossible de trop louer le roi sans devenir plagiaire, car chaque éloge renforce la félicité de son empire. L'épître se conclut par une expression de profond respect et de fidélité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11942
p. VII-XI
PRÉFACE Du Nouveau Mercure de France.
Début :
On sera simple dans cette Préface ; les Editeurs d'une Collection ne doivent [...]
Mots clefs :
Préface, Nouvelles, Ouvrages, Public, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRÉFACE Du Nouveau Mercure de France.
PREFACE
Du Nouveau Mercure de France.
ONfera fimple dans cette Préface ; les
Editeurs d'une Collection ne doivent
pas employer les ornemens féducteurs de la
Réthorique , pour farder les Ouvrages
qu'ils raffemblent. Ils en doivent laiffer la
décifion au Public , Juge naturel des Compilateurs
& des Pieces qu'ils offrent à fon
Examen. Et de plus , un Journal ne doit
être recommandé que par fon exactitude ;
& le Mercure de France eft non feulement .
le Journal de la Politique , mais encore de
la Jurifprudence , de la Litterature , de la
Police , de la Finance & des Théatres . Ces
matieres chronologiquement rangées , doivent
compofer fon principal mérite . Quant
aux productions de Vers & de Profe qu'il
recueille , les Editeurs n'ont pas toujours à
choifir , ils font fouvent forcés de préfenter
du Médiocre quand l'Excellent leur manque.
On promet feulement au Public , de prendre
toutes les mefures imaginables pour
contenter fon goût & fon difcernement ;
on tâchera de ne louer que d'après lui .
A iiij
viij
PREFACE
.
trop
On prie inftamment les Auteurs , qui enverront
des Ouvrages où il entre de la difpute
d'érudition , de les dépouiller de toute
caufticité infultante. On ne veut pas être
complice de l'aigreur & de la malignité des
Differtateurs paflionnés , on ne fçauroit
leur redire que des injures ne font pas
des preuves , & que l'infidelité des citations
tronquées ne jette les Lecteurs que dans
des erreurs paffageres que diffipe la Réponſe
la plus fimple. Ces erreurs ne deshonorent
que les Ecrivains artificieux qui les
font naître. Les Differtateurs critiques doivent
toujours le fouvenir , qu'il s'agit dans
leurs Ecrits d'inftruire & non pas de railler.
Un Sçavant qu'on réfute n'eſt- il pas affez
puni de fes fautes quand on les lui démontre
? Est-ce par des traits fatyriques qu'on
établit ou qu'on renverfe une propofition ?
La jufteffe des raifonnemens doit régner
feule dans les Ouvrages faits pour éclaircir
des difcuffions Litteraires . Heureux l'Ecrivain
, qui ne fépare jamais les Mufes &
les Graces ! Quant au Mercure, il ſe propofe
d'obferver une exacte neutralité.
Il ne s'ingerera point d'être auxiliaire pour
l'un des deux partis. L'impartialité doit
être le premier attribut de fon caractere .
S'il panche quelquefois , ce ne fera qu'avec
le Public , feul appréciateur des réputations.
PREFACE. ix
L'article des Nouvelles Etrangeres n'eft
dédaigné que par les Nouvelliftes avides de
la fraîcheur des Nouvelles : c'eft l'affaire
des Gazettes. Le Mercure de France ne paroiffant
que tous les mois , n'eft obligé qu'à
donner des faits certains . Les Nouvelles
récentes ont leur agrément. Les Nouvelles
du Mercure ont leur utilité ; elles font deftinées
principalement aux Amateurs de la
Vérité , qui font ravis de trouver dans leur
Bibliothéque un Journal fidéle & fuivi des
Evénemens de leur Siécle. Les Nouvelles
du Mercure de France , purifiées par le tems
& l'Examen , dégagées des fauffes circonftances
que le menfonge ajoute & qu'adopte
la crédulité , regagnent par la certitude ce
qu'elles perdent par l'ancienneté. Enfin ,
elles font les Annales de la Nation . Si les
Empires renommés avoient eu de pareils
Journaux , nous aurions des Hiftoires Grecques
& Romaines plus curieufes encore que
celles d'Hérodote & de Tite- Live . Les Mercures
de Gregorio Leti , & de Vittorio Siri ,
font les matériaux les plus précieux de l'Hiftoire
des derniers Siècles.
Ce n'eft pas feulement aux Belles Lettres
que le Mercure de France doit fe confacrer.
Tous les Beaux Arts ont un droit légitime
ſur ſa Plume. Elle manqueroit à ce qu'on
attend d'elle , fi elle n'annonçoit pas aux
A v
PREFACE.
Connoiffeurs les progrès brillans de la Peinture
, de la Gravûre & de la Sculpture auffi
fidélement que ceux de l'Eloquence & de la
Poëfie. Les Tableaux , les Eftampes & les
Statues piquent le goût & la curiofité ; &
les le Brun , les Vateau , les Couftou & les
Drevet ont de judicieux Admirateurs
comme les Fenelon , les Corneilles & les
Lulli.
>
Toutes les Académies du Royaume fontinvitées
à enrichir le Mercure du Litte--
raire & de l'Hiftorique de leurs ouvertu
res , de leurs Séances , enfin de leurs travaux
fpirituels. Les occupations des Sçavans
ne fçauroient être trop publiées , l'émulation
naît de ces recits , & l'émulation
des Auteurs tourne toujours au profit des .
Lecteurs.
Les Exercices des Colléges , les Théfes:
curieufes des Facultés , peuvent à préfent:
s'offrir aux Efprits cultivés . On peut fré
quenter hardiment les Ecoles , depuis que-
Defcartes & Neuton y ont introduit la
Raifon.
Qu'on nous permette de réitérer ici quelques
Avertiffemens fouvent donnés par nos
Prédéceffeurs , & qui ne laiffent pas que
d'être quelquefois oubliés.
Les Libraires qui envoyent des Livres
nouveaux pour les notifier , font priés d'en
PREFACE.
xj
marquer le jufte prix. Le défaut de cette
connoiffance , eft fouvent un obftacle pour
le débit.
On exhorte les Ouvriers qui inventent
des modes nouvelles , de quelque efpéce
qu'elles foient , recommandables par l'Utilité
ou par l'Agrément , à nous en fournir
des Mémoires inftructifs & détaillés.
On fe fouviendra toujours d'affranchir les
Lettres , & les Paquets.
Du Nouveau Mercure de France.
ONfera fimple dans cette Préface ; les
Editeurs d'une Collection ne doivent
pas employer les ornemens féducteurs de la
Réthorique , pour farder les Ouvrages
qu'ils raffemblent. Ils en doivent laiffer la
décifion au Public , Juge naturel des Compilateurs
& des Pieces qu'ils offrent à fon
Examen. Et de plus , un Journal ne doit
être recommandé que par fon exactitude ;
& le Mercure de France eft non feulement .
le Journal de la Politique , mais encore de
la Jurifprudence , de la Litterature , de la
Police , de la Finance & des Théatres . Ces
matieres chronologiquement rangées , doivent
compofer fon principal mérite . Quant
aux productions de Vers & de Profe qu'il
recueille , les Editeurs n'ont pas toujours à
choifir , ils font fouvent forcés de préfenter
du Médiocre quand l'Excellent leur manque.
On promet feulement au Public , de prendre
toutes les mefures imaginables pour
contenter fon goût & fon difcernement ;
on tâchera de ne louer que d'après lui .
A iiij
viij
PREFACE
.
trop
On prie inftamment les Auteurs , qui enverront
des Ouvrages où il entre de la difpute
d'érudition , de les dépouiller de toute
caufticité infultante. On ne veut pas être
complice de l'aigreur & de la malignité des
Differtateurs paflionnés , on ne fçauroit
leur redire que des injures ne font pas
des preuves , & que l'infidelité des citations
tronquées ne jette les Lecteurs que dans
des erreurs paffageres que diffipe la Réponſe
la plus fimple. Ces erreurs ne deshonorent
que les Ecrivains artificieux qui les
font naître. Les Differtateurs critiques doivent
toujours le fouvenir , qu'il s'agit dans
leurs Ecrits d'inftruire & non pas de railler.
Un Sçavant qu'on réfute n'eſt- il pas affez
puni de fes fautes quand on les lui démontre
? Est-ce par des traits fatyriques qu'on
établit ou qu'on renverfe une propofition ?
La jufteffe des raifonnemens doit régner
feule dans les Ouvrages faits pour éclaircir
des difcuffions Litteraires . Heureux l'Ecrivain
, qui ne fépare jamais les Mufes &
les Graces ! Quant au Mercure, il ſe propofe
d'obferver une exacte neutralité.
Il ne s'ingerera point d'être auxiliaire pour
l'un des deux partis. L'impartialité doit
être le premier attribut de fon caractere .
S'il panche quelquefois , ce ne fera qu'avec
le Public , feul appréciateur des réputations.
PREFACE. ix
L'article des Nouvelles Etrangeres n'eft
dédaigné que par les Nouvelliftes avides de
la fraîcheur des Nouvelles : c'eft l'affaire
des Gazettes. Le Mercure de France ne paroiffant
que tous les mois , n'eft obligé qu'à
donner des faits certains . Les Nouvelles
récentes ont leur agrément. Les Nouvelles
du Mercure ont leur utilité ; elles font deftinées
principalement aux Amateurs de la
Vérité , qui font ravis de trouver dans leur
Bibliothéque un Journal fidéle & fuivi des
Evénemens de leur Siécle. Les Nouvelles
du Mercure de France , purifiées par le tems
& l'Examen , dégagées des fauffes circonftances
que le menfonge ajoute & qu'adopte
la crédulité , regagnent par la certitude ce
qu'elles perdent par l'ancienneté. Enfin ,
elles font les Annales de la Nation . Si les
Empires renommés avoient eu de pareils
Journaux , nous aurions des Hiftoires Grecques
& Romaines plus curieufes encore que
celles d'Hérodote & de Tite- Live . Les Mercures
de Gregorio Leti , & de Vittorio Siri ,
font les matériaux les plus précieux de l'Hiftoire
des derniers Siècles.
Ce n'eft pas feulement aux Belles Lettres
que le Mercure de France doit fe confacrer.
Tous les Beaux Arts ont un droit légitime
ſur ſa Plume. Elle manqueroit à ce qu'on
attend d'elle , fi elle n'annonçoit pas aux
A v
PREFACE.
Connoiffeurs les progrès brillans de la Peinture
, de la Gravûre & de la Sculpture auffi
fidélement que ceux de l'Eloquence & de la
Poëfie. Les Tableaux , les Eftampes & les
Statues piquent le goût & la curiofité ; &
les le Brun , les Vateau , les Couftou & les
Drevet ont de judicieux Admirateurs
comme les Fenelon , les Corneilles & les
Lulli.
>
Toutes les Académies du Royaume fontinvitées
à enrichir le Mercure du Litte--
raire & de l'Hiftorique de leurs ouvertu
res , de leurs Séances , enfin de leurs travaux
fpirituels. Les occupations des Sçavans
ne fçauroient être trop publiées , l'émulation
naît de ces recits , & l'émulation
des Auteurs tourne toujours au profit des .
Lecteurs.
Les Exercices des Colléges , les Théfes:
curieufes des Facultés , peuvent à préfent:
s'offrir aux Efprits cultivés . On peut fré
quenter hardiment les Ecoles , depuis que-
Defcartes & Neuton y ont introduit la
Raifon.
Qu'on nous permette de réitérer ici quelques
Avertiffemens fouvent donnés par nos
Prédéceffeurs , & qui ne laiffent pas que
d'être quelquefois oubliés.
Les Libraires qui envoyent des Livres
nouveaux pour les notifier , font priés d'en
PREFACE.
xj
marquer le jufte prix. Le défaut de cette
connoiffance , eft fouvent un obftacle pour
le débit.
On exhorte les Ouvriers qui inventent
des modes nouvelles , de quelque efpéce
qu'elles foient , recommandables par l'Utilité
ou par l'Agrément , à nous en fournir
des Mémoires inftructifs & détaillés.
On fe fouviendra toujours d'affranchir les
Lettres , & les Paquets.
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Résumé : PRÉFACE Du Nouveau Mercure de France.
Le 'Nouveau Mercure de France' est un journal couvrant divers domaines tels que la politique, la jurisprudence, la littérature, la police, la finance et les théâtres. Les éditeurs insistent sur l'exactitude et la variété des contenus, organisés chronologiquement. Ils s'engagent à publier des œuvres de qualité, tout en acceptant occasionnellement des productions médiocres par manque d'alternatives. Le journal évite les ornements rhétoriques et laisse au public le soin de juger la valeur des œuvres. Les auteurs sont encouragés à privilégier l'instruction plutôt que la raillerie et à éviter les disputes érudites. Le 'Mercure de France' maintient une neutralité stricte et ne prend parti qu'avec l'avis du public. Les nouvelles étrangères sont traitées avec soin pour garantir leur exactitude et leur utilité, servant ainsi d'annales de la nation. Le journal se consacre également aux beaux-arts, rapportant les progrès en peinture, gravure et sculpture, ainsi qu'en éloquence et poésie. Les académies du royaume sont invitées à contribuer avec leurs travaux littéraires et historiques. Les exercices des collèges et les thèses des facultés sont également bienvenus, soulignant l'importance de la raison introduite par Descartes et Newton. Des avertissements sont donnés aux libraires pour indiquer le juste prix des livres nouveaux et aux inventeurs de modes de fournir des mémoires détaillés. Enfin, les lettres et paquets doivent toujours être affranchis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11943
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE générale est à Monsieur DE LA BRUERE, à l'Hôtel de Pontchartrain. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
L '
ADRESSE générale est à Monfieur
DE LA BRUERE , à l'Hôtel de Pontchartrain
. On prie très- instamment ceux qui
nous adreſſeront des Paquets par la Pofte ,
d'en affranchir le Port , pour nous épargner le
déplaisir de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des. Provinces on des. Pays
Etrangers , qui ſouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premieremain ,&plus promptement
,n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deſſus
indiquée ; onse conformera très- exactement à
leurs intentions.
PRIX XXX. SOLS.
L '
ADRESSE générale est à Monfieur
DE LA BRUERE , à l'Hôtel de Pontchartrain
. On prie très- instamment ceux qui
nous adreſſeront des Paquets par la Pofte ,
d'en affranchir le Port , pour nous épargner le
déplaisir de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des. Provinces on des. Pays
Etrangers , qui ſouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premieremain ,&plus promptement
,n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deſſus
indiquée ; onse conformera très- exactement à
leurs intentions.
PRIX XXX. SOLS.
Fermer
Résumé : AVIS.
L'adresse pour les correspondances est celle de Monsieur de La Bruère, à l'Hôtel de Pontchartrain. Les expéditeurs doivent affranchir les paquets pour éviter leur rejet. Les libraires peuvent demander le Mercure de France à cette adresse, au prix de trente sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11944
p. 1
AVIS A UN JOURNALISTE.
Début :
Le Morceau suivant est l'Ouvrage d'un Ecrivain célébre, qui le [...]
Mots clefs :
Journaliste, Préface
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS A UN JOURNALISTE.
AVIS A UN JOURNALISTE.
L
E Morceau ſuivant eſt l'Ouvrage
d'un Ecrivain célébre qui le
compoſa en 1737 , ainſi qu'il
paroît par la date. Son intention
étoit de donner des conſeils à un jeune
homme qui vouloit entreprendre un Journal
. Cette Piéce ſervira de ſeconde Préface à
notre Recueil. Nous ferons nos efforts pour
profiter des conſeils judicieux que l'Auteur
donne auJournaliſte qu'ilveut inſtruire,mais
lui ſeul feroit en état de bien fournir une
carriere auſſi vaſte .
L
E Morceau ſuivant eſt l'Ouvrage
d'un Ecrivain célébre qui le
compoſa en 1737 , ainſi qu'il
paroît par la date. Son intention
étoit de donner des conſeils à un jeune
homme qui vouloit entreprendre un Journal
. Cette Piéce ſervira de ſeconde Préface à
notre Recueil. Nous ferons nos efforts pour
profiter des conſeils judicieux que l'Auteur
donne auJournaliſte qu'ilveut inſtruire,mais
lui ſeul feroit en état de bien fournir une
carriere auſſi vaſte .
Fermer
11945
p. 2-41
AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
Début :
L'Ouvrage périodique auquel vous avez dessein de travailler, Monsieur, peut [...]
Mots clefs :
Philosophie, Histoire, Comédie, Tragédie, Poésie, Littérature, Anecdotes littéraires, Langues, Style, Journaliste, Pièces, Public, Goût, Ouvrages, Auteurs, Français, Art, Monde, Hommes, Lettres, Esprit, Théâtre, Roi, Pièce, Auteur, Journal, Livres, Gens, Sujet, Molière, Mérite, Jean Racine, Ouvrage, Pays, Beau, Pierre Corneille, Lecteurs, Europe, Nation, Idées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
AVIS à un Journaliste , 10 Mai 1737.
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deſſein de travailler , Monfieur , peut
très-bien réüflir , quoiqu'il y en ait déja de
cette eſpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaiſe à notre Siecle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots ; ſoyez impartial.
Vous avez la ſcience & le goût , ſi avec
cela vous êtes juſte , je vous prédis un ſuccès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Litterature , depuis les Mathématiques
juſqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie , qui ſoutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre eſpece de
Journal , juſqu'à une Chanſon qui ſera bien
faite. Rien n'eſt à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacreon & Ciceron ne
fait point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE ..
Vous ſçavez affés de Géométrie & de
Phyſique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE. 1744. ॐ
Leurs épines ſans les charger de fleurs qui ne
Jeur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une eſpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propoſe , ou des
vérités qu'on établit. Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaſſendi l'a rendu plus vraifemblable
, expoſez lesdegrés infinisde probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par ſes raiſonnemens , par ſes obfervations
& par ſes calculs..
S'agit- il d'un Ouvrage ſur la Nature de
l'Air ? il est bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péſanteur , mais non ſon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins ſçavoir l'Hiſtoire des Sciences ,
les gens du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raifon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
ſujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le
peſa , ainſi qu'on peſe un poids dans une
balance , comment on connut ſon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eſt preſque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ,
inconnuës juſqu'à nos jours.
Paroît- il un Livre hériſſé de Calculs & de
Problêmes ſur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de ſon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en uſage , quoiqu'en ſe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
juſqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , auſquelles l'eſprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveauMonde, înais qui laiſſent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage ſur la
Gravitation des Aſtres , fur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , ſi vous rendez
l'Hiſtoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui oſa l'annoncer comme par
inftinct , juſqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle peſe ſur le Soleil ,
&le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage ſoit un ReNOVEMBRE.
1744. 5
giſtre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, ſurtout en expoſant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieuſes qui irritent un Auteur &
ſouvent toute une Nation , ſans éclairer
perſonne. Point d'animoſité, point d'ironie.
Que diriez - vous d'un Avocat Général , qui
en réſumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eſt pas fi reſpectable
, mais fon devoir eſt à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra-t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut-être
le mieux à traiter , ce ſont les Morceaux
d'Hiſtoire , c'eſt là ce qui eſt le plus à la por .
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eſt pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de ſçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
fonttranſmis ſous le nom d'Hiſtoire , qu'on
MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importentgueres.
Si vous rendez compte de l'Hiſtoire ancienne
, proſcrivez , je vous en conjure ,
toutes cesdéclamations contre certains Conquérans.
Laiſſez Juvenal & Boileau, donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euſſent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Alexandre inſenſé. Vous Philoſophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , ſemblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger ſon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
:ne le faites pas voir ſeulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs , & portant fes Conquêtes juſqu'à
l'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréſentez le donnant des Loix
au milieude la Guerre , formant des Colonies
, établiſſant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujourd'hui
le centre du Négoce : c'eſt par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois , &
c'eſt ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes&des Ports que Céſar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé,&c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
NOVEMBRE. 1744 . 7
Inſpirez ſurtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiſtoire des tems récents , qui
eſt pour nous de néceſſité , que pour l'ancienne
, qui n'est que de curioſité ; qu'ils
fongentque la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par celanmême qu'elle eſt moderne.
Je voudrois ſurtout que vous recommandaffiez
de commencer ſérieuſement l'étude
de l'Histoire , an fiécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X , François
Premier. C'eſt- là qu'il ſe fait dans l'efprit
humain dans notre Monde une révolutionqui
a tout changé. Conftantinople eſt
priſe , & la puiſſance des Tures eſt établie
enEurope ; l'Amérique est découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des tréſors du
Nouveau Monde.Veniſe, qui faisoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne-Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean . La Chine , Siam , deviennent
des Alliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerſelle .
Une nouvelle Religion diviſe le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiſſent , brillent
en Italie ,& répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'E
pagne ;les Langages de l'Europe& les moeurs
ſe poliffent. Enfin c'eſt un nouveau cahos
qui ſe débroüille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eſt aujourd'hui.
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que LéonX , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier ,
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiſtoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'eſ
faye de faire voir le progrès de l'eſprit humain-&
de tous les Arts , ſous Louis XIV.
Puiſſai-je avant que de mourir laiſſfer ce Мо-
nument à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires ſur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , ſur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniſtre de la Guerre , né pour être le
Miniſtre d'un Conquérant , ſur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeſtique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'oſe parler des faures
inſéparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui diſoit à l'Ambaſſadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE. 1744. ,
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts ! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à ſa fin ce
grandOuvrage.
,
Je vous prierai de bien faire fentir que fi
nos Hiſtoires modernes , écrites par des
Contemporains , ſont plus certaines & plus
générales que toutes les Hiſtoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteuſes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion;
le Guerrier , le Magiſtrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eſt le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'eſprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage.Nousn'avons gueres
d'Hiſtoriens anciens qui ayent écrit les
unscontre lesautres ſur lemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticiſme ſur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteſtables , quelque peu vrai-femblables
qu'elles foient , &que nous reſpectons pour
deux raiſons , parce qu'elles ſont anciennes,
&parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Hiſtoriens Contemporains ,
nous ſommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même choſe qu'aux
Puiſſances qui ſont en guerre. Chaque Parti
t
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſondeſon coté.
Voyez que de contradictions ſur Marie
Stuard, ſur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
ſur les Troubles de Hongrie , ſur l'établiſſement
de la Religion Proteftante ; ſur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation aubout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit ſur le même Evenement&
fur la même perſonne. J'en ai été
témoin au ſujetdu feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a effuyer
ſur l'Hiſtoire de Charles XII ? J'ai
écrit ſa Vie finguliere ſur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans ſon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; ſur celles deM.de
Villelongue ,long-tems Colonel à fon fervice;
fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiſſy , Ambaſſadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préſent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiſtoire de ſon Regne;
je ſuis sûrque leChapelain aura ſouvent
vû les mêmes choſes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaſſadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champdans les choſes où ce nouvel Hiftorien
aura évidemment raiſon , & de laifſer
les autres au jugement des Lecteurs défintéreſſes.
Que ſuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. Is
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'eſt indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun ſujet de les flater ni
d'enmédire ; je les traiterai avec le refpe&
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le reſpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourrajamais.
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles-Lettres ,qui ferontun
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eſt d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eſt plus épuré parmi
nous , & qu'il eſt devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , ſans doute , de
ſuivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiſſer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le ſoûtien. Il eſt
juſte de donner la préférence à Moliere, fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les ſages Italiens ,qui placent Raphaël
au premier rang , mais qui admirens
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , &c .
Moliere eſt le premier , mais il ſeroit injuſte
& ridicule de ne pas mettre le foncur
à côté de ſes meilleures Piéces. Refufer
ſon eſtime aux Menechmes , ne pas s'amuſer
beaucoup au Légataire univerſel, ſeroit d'un
homme ſans juſtice & fas goût , & qui ne
ſe plaît pas à Renard , n'eſt pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Pieces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Eſprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , &c. font
au- deſſus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au-deſſus pour la fineſſedes
Caractéres , pour l'eſprit dont la plupart
font affaiſonnées ,& même pour la bonne
plaiſanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détailde tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; maisje dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François ſeront affés heureux,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez-vous bien de vouloir rabaiffer leur
ſuccès , ſous prétexte que ce ne ſont pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement, qui ne prend ſa
ſource que dans l'envie ; ne cherchez point
à proſcrire les Scénes attendriſſantes , qui ſe
trouvent dans cesOuvrages , car lorſqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eſt propre
, a encore celui d'intéreſſer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe facher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'oſe dire que ſi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peuplus intéreſſantes,on
veroit plus de monde à leurs repréſentations.
LeMiſantrope ſeroit auſſi ſuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoiſe. L'Art d'étendre ſes
limites ſans les confondre avec celles de la
Tragédie , eſt un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager,&honteux de vouloir détruire
; c'en est un que ſçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai toîû
jours reconnu l'eſprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piece nouvelle
qu'ils venoient d'entendre,&j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eſt
vrai qu'au fond l'eſprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles-Lettres font les
mêmes.
Expoſer en termes clairs & élégants un
ſujet , qui quelquefois eft embroiüillé , &
fans s'atracher à la diviſion des Actes,éclaircir
l'intrigue & le dénoiement , les raconter
comme une Hiſtoire intéreſſante , peindre
d'un trait les Caractéres ,dire enſuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-ſemblable ,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux ,bien ſaiſir le mérite ou le vice général
du ſtyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eſt fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eſt plus facile à certains efprits
de ſuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous ſçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeſſus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande ſeulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenſe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaiſir de les préferer contre votre
ſentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de ſes moins bonnes , vous avouâtes
que c'étoitune choſe impoſſible. Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prusias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere& Maridans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne ſoyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eſt ni Mari ni Pere ,
Il regarde ſon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez .
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de ſi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleſſe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fonOncle, que fi le Proverbe : Cela est beau
comme le Cid , paſſa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus cauſer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eſt Corneille lui-même qui
le détruiſit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur ſera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreſſe pas ?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoiſe , mais ne découragez
pas leurs fucceſſeurs , en affûrant que
la carriere eſt remplie , & qu'il n'y a plus
deplace. Corneille n'eſt pas aſſés intéref-
Lant; ſouvent Racine n'eſt pas affés tragiNOVEMBRE.
1744 . 17
que.L'Auteur de Vinceſlas, celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particulieres
, qui manquent à ces deux grands
Hommes ,& il eſt à préſumer que ces trois
Pieces reſteront toûjours ſur le Théatre
François , puiſqu'elles s'y ſont ſoûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amaſis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compoſé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eſt que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eſt excellente , ou
elle eſt mauvaiſe , ou tel Acte eſt impertinent
, ou tel rôle eſt pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiſſez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
ſoyez für que l'Arrêt ſera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez ſans preuve,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eſt pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eſt le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées ſur le
même ſujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiecte paffé ; loſqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
P'Original Eſpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je ſuppoſe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il ſeroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloiſe , dont elle eſt tirée.
Paroît- il quelque Ouvrage inſtructif ſur
les Piéces de l'illuſtre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eſt que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le ſujet de Phédre
ſur leur Theatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédrede Smith eſt une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajizet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir ſous
leurs yeux la comparaiſon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe &de l'Angloiſe. C'eſt ainſi ,
à mon gré , que la ſage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vraye Critique avons-nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle ilmanque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE .
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal, ſi vousl'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
aubon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux font remplis.On a desVersduCom
teAntoineHamilton,né en France,qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ſtyle Epiſtolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duflé , de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , ſuffiſoient autrefois à faire la réputation
des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle;
ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il eſt plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaiſir aux Lecteurs délicats.
NosChanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
20 MERCURE DE FRANCE.
• nacreon , & le nombre en eſt étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal ſérieux
; ce ſeroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal. S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poësie, qui faſſent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les eſprits , & fur
leſquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eſt alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , ſans le paroître ,& le conduifant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés ſans emphafe, & les défauts
ſans aigreur ; c'eſt alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on déteſte & qu'on mépriſe
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
ſeconde , où tous nosAuteurs font inſultés,
l'examen ſuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la juſteſſe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744 . 21
Tout Inſtitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eſt un foible Problême ,
Et , quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que ſa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais ébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Et préférer le moindre au plus parfait.
:
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Institut , tout Art ,
toute Police , ſemble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police ſemble n'avoir aucun rapport
au goût dont il eſt queſtion. De plus ,
le terme de Police doit- il entrer dans des
Vers ? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Proſe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée ,ſeroit ridicule , quand
:
By
1
22 MERCURE DE FRANCE.
:
même le terme feroit élégant , & ſemble
infupportable , puiſque ce terme eſt une
expreffion plus convenable àdes affaires ,
qu'à la Poësie. La Diſſemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
desgoûts est un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François. A le bien prendre
, paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il ſemble qu'un Problê
me n'eſt ni foible ni fort , il peut être aiſe
ou difficile , & ſa ſolution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée .
Et quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëſie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille ſechereſſe , mais la raiſon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eſt ſubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deuxgoûts.
Arriver au goût pas-à-pas , eſt encore , je
crois, une façon de parler peu convenable
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent
Est- ce la bonté du Public ; eſt- ce la bonté
du goût ?
L'ennui dubeau nous fait aimer le laid ,
Enpréférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. 23
I1 °. Le beau & le laid , font des exprefhons
réſervées au bas Comique. 2° . Si on
aime le laid , ce n'eſt pas la peine de dire
enſuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'est pas oppoſé Grammaticalement
au plus parfait. 4". Le moindre eſt un
mot qui n'entre jamais dans la Poësie. C'eſt
ainſi que ce Critique faifoir fentir fans amertume
, toute la foibleſſe de ces Epitres. II
n'y avoit pas trente Vers qui échapafflent à
ſajuſte cenfure ,& pour mieux inſtruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autreOuvrage du même Auteur ſur un fujet
de Littérature à peu près ſemblable. Il rapportoit
les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Deſpreaux , & cet objet de comparaifon
achevoit de perfuader mieux que les
diſcuſſions les plus folides & les plus fubtiles.
De l'expoſé de tous ces Vers diſſillabes ,
ilprenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds.
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ſtyle,qu'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme &dans un
Conte , comme les figures de Calor ne doivent
paroître que dans des Groteſques
mais quand il faut mettre la Raifon enVers ,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monstrueux de la Langue
Bvj
24 MERCURE DE FRANCE.
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la 、
Langue de nos jours , eſt l'abus le plus condamnable
qui fe foit gliffé dans la Poefie.
Marot parloit ſa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eſt auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit PArchitecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez ſouvent occafion
dedétruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ſtyle , parce qu'il eſt malheureuſement
facile.
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenſeur ſolide& falutaire,
Que la Raiſon conduiſe & le ſçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr, d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut ſe
cacher.
Mais il eſt bien difficile , & est- il bien
élégant de dire ?
Donc, fi Phoebus ſes échets vous adjuge ,
Pour bien joüer , confultez tout bon Juge.
Pour bien joüer , hantez les bons Joüeurs ,
Sur tout , craignez le poiſon des Loüeurs;
Acoſtez - vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE. 1744. 25
Vers familiers dans ces Piéces de Poësie , au
contraire , ils y font néceſſaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
:
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eſt , modo triſti ,ſepè jocoso
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poeta ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &&
groteſque n'est pas de la fimplicité , c'eſt de
la grofiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdoctes Littéraires.
Je raſſemble ici ſous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiſſent ſi ſouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiſſe ſe vanter d'un fi
grand nombre d'aufli jolis Ouvrages de Bekles-
Lettres. Il eſt vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une, foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en uſe avee
1
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous ſes Contemporains
; on choiſit quelques amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothéque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres ,
dans lesquels on trouve ſouvent des chofes
agréables , amuſent ſucceſſivement les honnêtes-
gens , délaſſent l'homme férieux dans
l'intervalle de ſes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'eſprit , & cette
délicateſſe, qui fait fon caractere.
Ne condamnez point avec dureté tout
cequi ne ſera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Conſpiration de Veniſe de l'Abbé de
S. Real , auſſi plaiſant & auffi original que
la converſation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaiſante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne ſera pas aufli naturel
, auſſi fin , auffi guai que le Voyage ,
quoiqu'un peu inégal,de Bachaumont &de
Chapelle.
د
Non fi primores Moconius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces :
Steficorique graves camana
NOVEMBRE. 1744. 27
Necfi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor ,
Vivuntque commiffi calores
Æolis fidibus puella.
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs,&répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette ſévérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eſt énervée,
que le bon goût eſt perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne ſeroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fur
écrit du ſtyle de Bourdaloiie. Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
?Veulent-ils que Jacob ,dans lePayfan
parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages. Une penſée trop fine
feroit une tache dans le Diſcours fur l'Hiftoire
Univerſelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Ouvrage d'agrément , dansun
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineſſe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas ? Les Livres ſont la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près ſemblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penſées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enſemble ( & c'eſt
en quoi le goût conſiſte ) c'eſt exciter les
Auteurs à dire , s'il ſe peut , des chofes nouvelles
; c'eſt entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles ſi expreſſives
: ce que Deſpreaux a rendu d'une
maniere ſi correcte , ce que Driden & Rocheſter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eſt de ces paralleles comme de
l'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eſt par là que vous ferez voir
fouvent , non-feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur leſquelles il eſt toujours bon d'inſtruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eſt de feuM. Deſallengre , & d'un illuſtre
Mathématicien , conſommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'eſprit à
Férudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanſon
avec beaucoup de Remarques. Mais ſi on
ajoute à cette plaiſanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vontdans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles- Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monstrueux .
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plusde cent Vers de ce Poëte.admi
rable. J'en ai vû une intitulée , S. Jean-
Baptiste , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne preſque entiere de Berenice, Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne fenSo
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de lajaloufie eſt ſouvent abfurde.
En deffendant lesAuteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribuë à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres,
auſquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétenduë Paix univerſelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne ſe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'endiſent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems. Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors ,
& voyez ſi un Prince auſſi ſage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande)
le Livre fameux , connu ſous le nom du
Teſtament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
cegrand Miniſtre en ſoit l'Auteur . 1º. Parceque
jamais le Manuſcrit n'a été vû , ni connu
chés ſes héritiers , ni chés les Miniſtres
qui lui fuccederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après ſa mort , ſans avoir
NOVEMBRE.
1744. 31
été annoncé auparavant. 3 °. Parce que l'Editeur
n'oſe pas ſeulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eſt devenu , en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il eſt
d'un ſtyle très-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait ſigner ſon nom d'une façon dont il
ne ſe ſervoit pas. 6° . Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreſſions & d'idées
, peu convenables à un Grand Miniftre
, qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auſſi poli que
le Cardinal de Richelieu , eur appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Eſt- il vrai -femblable que le Miniſtre d'un
Roi de quarante ans , lui faſſe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le ſecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propoſition, que la Raifon doit être
la règle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniſtre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eſt-il vraiſemblable , qu'il eut rapporté au
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teſtament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
(dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appelle au Conſeil ,il promit au Roi
d'abaiſſer ſes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit- on pas
ſe ſouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Conſeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le ſecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'aſcendant ſur l'eſprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
8 °. On prétend ( dans le ſecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenſa pour la Guerre 60 mil
lions par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans cefſer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté ,
dans le Chapitre 9 , ſeconde Partie , il eſt
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente-cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
:
9. Est- il d'un Miniſtre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , às pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 , au
deniers ? Ledenier cinq eſt vingt pour cent;
& le denier vingt eſt cinq pour cent ; ce
ſont des choſes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eſt- il vraiſemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propoſe , Chap.
໑ , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eſt- il vraiſemblable
qu'il ait propoſé de ſupprimer lesGa
belles ; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oiſif, plutôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12°. Enfin ne
voit- on pas combien il eſt incroyable qu'un
Miniſtre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jusqu'à la Paix ?
Voilà bien des raiſons de douter , que cet
illuſtre Miniſtre ſoit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inſtruit ,
que le Teftament Politique étoit de l'Abbé
de Bourſeis , l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'il eſt plus aiſé de ſçavoir
de qui ce Liyre n'eſt pas , que de connoître
ſon Auteur ; & en rendant ainſi juftice
à tout le monde , en péſant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnie.
34 MERCURE DE FRANCE.
(
4
Parlez avec courage contre ces injuftices
, & faites ſentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte ſcache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
legénie n'eſt preſque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceſſaires à un François. Les
Italiens ſont les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufquesdans
les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop conſeiller l'étude de leur Langue.
Il eſt triſte que leGrec ſoit négligé en
France , mais il n'eſt pas permis à un Journaliſte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mors François
,dont il n'aura jamais qu'une idée confuſe
: car depuis l'Arithmétique juſqu'à
l'Aſtronomie , quel eſt le terme d' Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable ?A
peine y a-t'il un muscle , une veie , un ligament
dans notre corps , une maladie , ut.
reméde, dont le nom ne ſoitGrec ; donnez
NOVEMBRE. 1744. 35
moi deux jeunesgens , dont l'un ſçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eſt malade , d'une péripneumonie ,
celui qui ſçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots ſont compoſés ; l'autre ne
comprendra abſolument rien.
Pluſieurs mauvais Journaliſtes ont ofé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere . Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il eufſent
vû que la Traduction eſt plus au-defſous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeſſous
de Virgile.
Un Journaliſte , verſé dans la LangueGrecque
, pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthene , quelques foibleſſes au milieu
de ſes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous demande,
Meſſieurs les Athéniens, avez- vous la
Paix?Non, de parJupiter , répondez - vous ,
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , ſur cet expoſé , pourroit croirequeDemofthene
plaiſante à contre-tems ;
que ces termes familiers ,& réſervés pour le
bas Comique : Meſſieurs les Athéniens depar
Jupiter , répondent à de pareilles expref
1
36 MERCURE DE FRANCE.
1
,
Lions Grecques. Il n'en est pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obſerver , pourvû qu'en même- tems
il remarque encore plus les beautés.
Il feroitàſouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales ,nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eſt de l'Hiſtoire de la plus grande
parrie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inſtruits de la Religion de
Zoroastre , dont les Sectateurs ſubſiſtent en
core , quoique ſans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés ſuperftitieuſes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ;on connoîtroit les reſtes de
L'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faſtueux d'Hiſtoire
Univerſelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu ſous ſa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde.
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37
guer étrangeres ne vous faſſe pas mépriſer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne ſoyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
faitdire :
Ales phaſiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quæritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après ſa mort , aucun
Poëte François.
و en fait Je voudrois , encore une fois
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du ſien. J'appliquerai à ce
ſujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eſt par l'étude que nous ſommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eſt peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eſt le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eſt le ſeul Compilateur
qui ait du goût; cependant dans ſon
I. Vol. C
38 MERCURE DE FRANCE.
ſtyle , toûjours clair & naturel , il y a top
de négligence , trop d'oubli des bienféancess
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converſation avec ſon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleſſe de ſtyle , & aux expreſſions
triviales d'une converſation trop ſimple ,
& en cela il rebute ſouvent l'homme de
gofût .
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eſt l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il, s'amufoit
plus a tâtonner & à baiſer ſon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eſt trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef- d'oeuvre, par vous écrit juſqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceſſaire , intelligible , & fonore. Des
idées nouvelles , furtouten Phyſique , exigent
des expreſſions nouvelles, mais ſubſtituer
à un mot d'uſage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eſt
pas enrichir la Langue , c'eſt la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce reſpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage,que celui qui a fait lagloire de
ces belles années .
Songez ſurtout que ce n'eſt point avec la
familiarité du ſtyle Epiſtolaire,mais que c'eſt
avec ladignitédu ſtyledeCiceron,qu'ondoit
traiter la Philoſophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauſſi ſolidement, qu'il
a expoſé ſes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans ſa Langue avec netreté&
avec grace ; ſon ſtyle eft charmant ,
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre-tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les ſuivez pas ſervilement : O imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliſſez -vous d'idées profondes & juttes;
alors les mots viennent aisément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penſe , ſont auſſi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt ſe
corrompre, cette altération viendra de deux
ſources; l'une eſt le ſtyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre eſt
ને
Cij
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réſident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux ſont infectés continuellement
d'expreſſions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire .
Par exemple , rien n'eſt plus commun
dans les Gazettes que cette phrase , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
zeljourbattu en breche ; on ditque les deux
armées ſeſeroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſeſont approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conſtruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ſtyle qu'on a malheureuſement
conſervédans le Barreau ,& dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce ſtyle gothique des Edits
&des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs. On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui ſont faites
pour être entenduës aisément ; on de
NOVEMBRE.
1744. 41
vroit imiter l'élégance des Inſtituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ſtyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les choſes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où ſe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre eſpece de barbarie , qui vient du
Langage desMarchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préſente, au lieude cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreſſions. Le ſeul expoſé de pareilles fautes
doit ſuffire pour corriger les Auteurs .
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deſſein de travailler , Monfieur , peut
très-bien réüflir , quoiqu'il y en ait déja de
cette eſpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaiſe à notre Siecle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots ; ſoyez impartial.
Vous avez la ſcience & le goût , ſi avec
cela vous êtes juſte , je vous prédis un ſuccès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Litterature , depuis les Mathématiques
juſqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie , qui ſoutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre eſpece de
Journal , juſqu'à une Chanſon qui ſera bien
faite. Rien n'eſt à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacreon & Ciceron ne
fait point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE ..
Vous ſçavez affés de Géométrie & de
Phyſique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE. 1744. ॐ
Leurs épines ſans les charger de fleurs qui ne
Jeur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une eſpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propoſe , ou des
vérités qu'on établit. Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaſſendi l'a rendu plus vraifemblable
, expoſez lesdegrés infinisde probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par ſes raiſonnemens , par ſes obfervations
& par ſes calculs..
S'agit- il d'un Ouvrage ſur la Nature de
l'Air ? il est bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péſanteur , mais non ſon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins ſçavoir l'Hiſtoire des Sciences ,
les gens du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raifon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
ſujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le
peſa , ainſi qu'on peſe un poids dans une
balance , comment on connut ſon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eſt preſque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ,
inconnuës juſqu'à nos jours.
Paroît- il un Livre hériſſé de Calculs & de
Problêmes ſur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de ſon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en uſage , quoiqu'en ſe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
juſqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , auſquelles l'eſprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveauMonde, înais qui laiſſent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage ſur la
Gravitation des Aſtres , fur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , ſi vous rendez
l'Hiſtoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui oſa l'annoncer comme par
inftinct , juſqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle peſe ſur le Soleil ,
&le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage ſoit un ReNOVEMBRE.
1744. 5
giſtre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, ſurtout en expoſant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieuſes qui irritent un Auteur &
ſouvent toute une Nation , ſans éclairer
perſonne. Point d'animoſité, point d'ironie.
Que diriez - vous d'un Avocat Général , qui
en réſumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eſt pas fi reſpectable
, mais fon devoir eſt à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra-t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut-être
le mieux à traiter , ce ſont les Morceaux
d'Hiſtoire , c'eſt là ce qui eſt le plus à la por .
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eſt pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de ſçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
fonttranſmis ſous le nom d'Hiſtoire , qu'on
MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importentgueres.
Si vous rendez compte de l'Hiſtoire ancienne
, proſcrivez , je vous en conjure ,
toutes cesdéclamations contre certains Conquérans.
Laiſſez Juvenal & Boileau, donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euſſent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Alexandre inſenſé. Vous Philoſophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , ſemblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger ſon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
:ne le faites pas voir ſeulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs , & portant fes Conquêtes juſqu'à
l'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréſentez le donnant des Loix
au milieude la Guerre , formant des Colonies
, établiſſant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujourd'hui
le centre du Négoce : c'eſt par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois , &
c'eſt ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes&des Ports que Céſar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé,&c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
NOVEMBRE. 1744 . 7
Inſpirez ſurtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiſtoire des tems récents , qui
eſt pour nous de néceſſité , que pour l'ancienne
, qui n'est que de curioſité ; qu'ils
fongentque la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par celanmême qu'elle eſt moderne.
Je voudrois ſurtout que vous recommandaffiez
de commencer ſérieuſement l'étude
de l'Histoire , an fiécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X , François
Premier. C'eſt- là qu'il ſe fait dans l'efprit
humain dans notre Monde une révolutionqui
a tout changé. Conftantinople eſt
priſe , & la puiſſance des Tures eſt établie
enEurope ; l'Amérique est découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des tréſors du
Nouveau Monde.Veniſe, qui faisoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne-Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean . La Chine , Siam , deviennent
des Alliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerſelle .
Une nouvelle Religion diviſe le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiſſent , brillent
en Italie ,& répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'E
pagne ;les Langages de l'Europe& les moeurs
ſe poliffent. Enfin c'eſt un nouveau cahos
qui ſe débroüille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eſt aujourd'hui.
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que LéonX , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier ,
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiſtoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'eſ
faye de faire voir le progrès de l'eſprit humain-&
de tous les Arts , ſous Louis XIV.
Puiſſai-je avant que de mourir laiſſfer ce Мо-
nument à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires ſur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , ſur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniſtre de la Guerre , né pour être le
Miniſtre d'un Conquérant , ſur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeſtique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'oſe parler des faures
inſéparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui diſoit à l'Ambaſſadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE. 1744. ,
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts ! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à ſa fin ce
grandOuvrage.
,
Je vous prierai de bien faire fentir que fi
nos Hiſtoires modernes , écrites par des
Contemporains , ſont plus certaines & plus
générales que toutes les Hiſtoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteuſes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion;
le Guerrier , le Magiſtrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eſt le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'eſprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage.Nousn'avons gueres
d'Hiſtoriens anciens qui ayent écrit les
unscontre lesautres ſur lemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticiſme ſur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteſtables , quelque peu vrai-femblables
qu'elles foient , &que nous reſpectons pour
deux raiſons , parce qu'elles ſont anciennes,
&parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Hiſtoriens Contemporains ,
nous ſommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même choſe qu'aux
Puiſſances qui ſont en guerre. Chaque Parti
t
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſondeſon coté.
Voyez que de contradictions ſur Marie
Stuard, ſur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
ſur les Troubles de Hongrie , ſur l'établiſſement
de la Religion Proteftante ; ſur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation aubout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit ſur le même Evenement&
fur la même perſonne. J'en ai été
témoin au ſujetdu feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a effuyer
ſur l'Hiſtoire de Charles XII ? J'ai
écrit ſa Vie finguliere ſur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans ſon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; ſur celles deM.de
Villelongue ,long-tems Colonel à fon fervice;
fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiſſy , Ambaſſadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préſent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiſtoire de ſon Regne;
je ſuis sûrque leChapelain aura ſouvent
vû les mêmes choſes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaſſadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champdans les choſes où ce nouvel Hiftorien
aura évidemment raiſon , & de laifſer
les autres au jugement des Lecteurs défintéreſſes.
Que ſuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. Is
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'eſt indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun ſujet de les flater ni
d'enmédire ; je les traiterai avec le refpe&
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le reſpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourrajamais.
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles-Lettres ,qui ferontun
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eſt d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eſt plus épuré parmi
nous , & qu'il eſt devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , ſans doute , de
ſuivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiſſer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le ſoûtien. Il eſt
juſte de donner la préférence à Moliere, fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les ſages Italiens ,qui placent Raphaël
au premier rang , mais qui admirens
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , &c .
Moliere eſt le premier , mais il ſeroit injuſte
& ridicule de ne pas mettre le foncur
à côté de ſes meilleures Piéces. Refufer
ſon eſtime aux Menechmes , ne pas s'amuſer
beaucoup au Légataire univerſel, ſeroit d'un
homme ſans juſtice & fas goût , & qui ne
ſe plaît pas à Renard , n'eſt pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Pieces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Eſprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , &c. font
au- deſſus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au-deſſus pour la fineſſedes
Caractéres , pour l'eſprit dont la plupart
font affaiſonnées ,& même pour la bonne
plaiſanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détailde tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; maisje dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François ſeront affés heureux,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez-vous bien de vouloir rabaiffer leur
ſuccès , ſous prétexte que ce ne ſont pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement, qui ne prend ſa
ſource que dans l'envie ; ne cherchez point
à proſcrire les Scénes attendriſſantes , qui ſe
trouvent dans cesOuvrages , car lorſqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eſt propre
, a encore celui d'intéreſſer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe facher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'oſe dire que ſi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peuplus intéreſſantes,on
veroit plus de monde à leurs repréſentations.
LeMiſantrope ſeroit auſſi ſuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoiſe. L'Art d'étendre ſes
limites ſans les confondre avec celles de la
Tragédie , eſt un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager,&honteux de vouloir détruire
; c'en est un que ſçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai toîû
jours reconnu l'eſprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piece nouvelle
qu'ils venoient d'entendre,&j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eſt
vrai qu'au fond l'eſprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles-Lettres font les
mêmes.
Expoſer en termes clairs & élégants un
ſujet , qui quelquefois eft embroiüillé , &
fans s'atracher à la diviſion des Actes,éclaircir
l'intrigue & le dénoiement , les raconter
comme une Hiſtoire intéreſſante , peindre
d'un trait les Caractéres ,dire enſuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-ſemblable ,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux ,bien ſaiſir le mérite ou le vice général
du ſtyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eſt fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eſt plus facile à certains efprits
de ſuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous ſçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeſſus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande ſeulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenſe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaiſir de les préferer contre votre
ſentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de ſes moins bonnes , vous avouâtes
que c'étoitune choſe impoſſible. Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prusias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere& Maridans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne ſoyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eſt ni Mari ni Pere ,
Il regarde ſon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez .
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de ſi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleſſe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fonOncle, que fi le Proverbe : Cela est beau
comme le Cid , paſſa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus cauſer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eſt Corneille lui-même qui
le détruiſit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur ſera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreſſe pas ?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoiſe , mais ne découragez
pas leurs fucceſſeurs , en affûrant que
la carriere eſt remplie , & qu'il n'y a plus
deplace. Corneille n'eſt pas aſſés intéref-
Lant; ſouvent Racine n'eſt pas affés tragiNOVEMBRE.
1744 . 17
que.L'Auteur de Vinceſlas, celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particulieres
, qui manquent à ces deux grands
Hommes ,& il eſt à préſumer que ces trois
Pieces reſteront toûjours ſur le Théatre
François , puiſqu'elles s'y ſont ſoûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amaſis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compoſé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eſt que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eſt excellente , ou
elle eſt mauvaiſe , ou tel Acte eſt impertinent
, ou tel rôle eſt pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiſſez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
ſoyez für que l'Arrêt ſera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez ſans preuve,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eſt pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eſt le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées ſur le
même ſujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiecte paffé ; loſqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
P'Original Eſpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je ſuppoſe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il ſeroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloiſe , dont elle eſt tirée.
Paroît- il quelque Ouvrage inſtructif ſur
les Piéces de l'illuſtre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eſt que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le ſujet de Phédre
ſur leur Theatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédrede Smith eſt une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajizet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir ſous
leurs yeux la comparaiſon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe &de l'Angloiſe. C'eſt ainſi ,
à mon gré , que la ſage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vraye Critique avons-nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle ilmanque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE .
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal, ſi vousl'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
aubon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux font remplis.On a desVersduCom
teAntoineHamilton,né en France,qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ſtyle Epiſtolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duflé , de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , ſuffiſoient autrefois à faire la réputation
des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle;
ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il eſt plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaiſir aux Lecteurs délicats.
NosChanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
20 MERCURE DE FRANCE.
• nacreon , & le nombre en eſt étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal ſérieux
; ce ſeroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal. S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poësie, qui faſſent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les eſprits , & fur
leſquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eſt alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , ſans le paroître ,& le conduifant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés ſans emphafe, & les défauts
ſans aigreur ; c'eſt alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on déteſte & qu'on mépriſe
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
ſeconde , où tous nosAuteurs font inſultés,
l'examen ſuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la juſteſſe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744 . 21
Tout Inſtitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eſt un foible Problême ,
Et , quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que ſa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais ébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Et préférer le moindre au plus parfait.
:
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Institut , tout Art ,
toute Police , ſemble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police ſemble n'avoir aucun rapport
au goût dont il eſt queſtion. De plus ,
le terme de Police doit- il entrer dans des
Vers ? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Proſe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée ,ſeroit ridicule , quand
:
By
1
22 MERCURE DE FRANCE.
:
même le terme feroit élégant , & ſemble
infupportable , puiſque ce terme eſt une
expreffion plus convenable àdes affaires ,
qu'à la Poësie. La Diſſemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
desgoûts est un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François. A le bien prendre
, paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il ſemble qu'un Problê
me n'eſt ni foible ni fort , il peut être aiſe
ou difficile , & ſa ſolution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée .
Et quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëſie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille ſechereſſe , mais la raiſon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eſt ſubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deuxgoûts.
Arriver au goût pas-à-pas , eſt encore , je
crois, une façon de parler peu convenable
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent
Est- ce la bonté du Public ; eſt- ce la bonté
du goût ?
L'ennui dubeau nous fait aimer le laid ,
Enpréférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. 23
I1 °. Le beau & le laid , font des exprefhons
réſervées au bas Comique. 2° . Si on
aime le laid , ce n'eſt pas la peine de dire
enſuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'est pas oppoſé Grammaticalement
au plus parfait. 4". Le moindre eſt un
mot qui n'entre jamais dans la Poësie. C'eſt
ainſi que ce Critique faifoir fentir fans amertume
, toute la foibleſſe de ces Epitres. II
n'y avoit pas trente Vers qui échapafflent à
ſajuſte cenfure ,& pour mieux inſtruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autreOuvrage du même Auteur ſur un fujet
de Littérature à peu près ſemblable. Il rapportoit
les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Deſpreaux , & cet objet de comparaifon
achevoit de perfuader mieux que les
diſcuſſions les plus folides & les plus fubtiles.
De l'expoſé de tous ces Vers diſſillabes ,
ilprenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds.
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ſtyle,qu'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme &dans un
Conte , comme les figures de Calor ne doivent
paroître que dans des Groteſques
mais quand il faut mettre la Raifon enVers ,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monstrueux de la Langue
Bvj
24 MERCURE DE FRANCE.
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la 、
Langue de nos jours , eſt l'abus le plus condamnable
qui fe foit gliffé dans la Poefie.
Marot parloit ſa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eſt auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit PArchitecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez ſouvent occafion
dedétruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ſtyle , parce qu'il eſt malheureuſement
facile.
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenſeur ſolide& falutaire,
Que la Raiſon conduiſe & le ſçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr, d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut ſe
cacher.
Mais il eſt bien difficile , & est- il bien
élégant de dire ?
Donc, fi Phoebus ſes échets vous adjuge ,
Pour bien joüer , confultez tout bon Juge.
Pour bien joüer , hantez les bons Joüeurs ,
Sur tout , craignez le poiſon des Loüeurs;
Acoſtez - vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE. 1744. 25
Vers familiers dans ces Piéces de Poësie , au
contraire , ils y font néceſſaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
:
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eſt , modo triſti ,ſepè jocoso
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poeta ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &&
groteſque n'est pas de la fimplicité , c'eſt de
la grofiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdoctes Littéraires.
Je raſſemble ici ſous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiſſent ſi ſouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiſſe ſe vanter d'un fi
grand nombre d'aufli jolis Ouvrages de Bekles-
Lettres. Il eſt vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une, foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en uſe avee
1
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous ſes Contemporains
; on choiſit quelques amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothéque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres ,
dans lesquels on trouve ſouvent des chofes
agréables , amuſent ſucceſſivement les honnêtes-
gens , délaſſent l'homme férieux dans
l'intervalle de ſes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'eſprit , & cette
délicateſſe, qui fait fon caractere.
Ne condamnez point avec dureté tout
cequi ne ſera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Conſpiration de Veniſe de l'Abbé de
S. Real , auſſi plaiſant & auffi original que
la converſation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaiſante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne ſera pas aufli naturel
, auſſi fin , auffi guai que le Voyage ,
quoiqu'un peu inégal,de Bachaumont &de
Chapelle.
د
Non fi primores Moconius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces :
Steficorique graves camana
NOVEMBRE. 1744. 27
Necfi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor ,
Vivuntque commiffi calores
Æolis fidibus puella.
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs,&répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette ſévérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eſt énervée,
que le bon goût eſt perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne ſeroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fur
écrit du ſtyle de Bourdaloiie. Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
?Veulent-ils que Jacob ,dans lePayfan
parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages. Une penſée trop fine
feroit une tache dans le Diſcours fur l'Hiftoire
Univerſelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Ouvrage d'agrément , dansun
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineſſe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas ? Les Livres ſont la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près ſemblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penſées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enſemble ( & c'eſt
en quoi le goût conſiſte ) c'eſt exciter les
Auteurs à dire , s'il ſe peut , des chofes nouvelles
; c'eſt entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles ſi expreſſives
: ce que Deſpreaux a rendu d'une
maniere ſi correcte , ce que Driden & Rocheſter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eſt de ces paralleles comme de
l'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eſt par là que vous ferez voir
fouvent , non-feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur leſquelles il eſt toujours bon d'inſtruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eſt de feuM. Deſallengre , & d'un illuſtre
Mathématicien , conſommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'eſprit à
Férudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanſon
avec beaucoup de Remarques. Mais ſi on
ajoute à cette plaiſanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vontdans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles- Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monstrueux .
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plusde cent Vers de ce Poëte.admi
rable. J'en ai vû une intitulée , S. Jean-
Baptiste , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne preſque entiere de Berenice, Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne fenSo
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de lajaloufie eſt ſouvent abfurde.
En deffendant lesAuteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribuë à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres,
auſquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétenduë Paix univerſelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne ſe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'endiſent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems. Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors ,
& voyez ſi un Prince auſſi ſage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande)
le Livre fameux , connu ſous le nom du
Teſtament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
cegrand Miniſtre en ſoit l'Auteur . 1º. Parceque
jamais le Manuſcrit n'a été vû , ni connu
chés ſes héritiers , ni chés les Miniſtres
qui lui fuccederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après ſa mort , ſans avoir
NOVEMBRE.
1744. 31
été annoncé auparavant. 3 °. Parce que l'Editeur
n'oſe pas ſeulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eſt devenu , en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il eſt
d'un ſtyle très-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait ſigner ſon nom d'une façon dont il
ne ſe ſervoit pas. 6° . Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreſſions & d'idées
, peu convenables à un Grand Miniftre
, qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auſſi poli que
le Cardinal de Richelieu , eur appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Eſt- il vrai -femblable que le Miniſtre d'un
Roi de quarante ans , lui faſſe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le ſecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propoſition, que la Raifon doit être
la règle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniſtre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eſt-il vraiſemblable , qu'il eut rapporté au
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teſtament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
(dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appelle au Conſeil ,il promit au Roi
d'abaiſſer ſes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit- on pas
ſe ſouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Conſeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le ſecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'aſcendant ſur l'eſprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
8 °. On prétend ( dans le ſecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenſa pour la Guerre 60 mil
lions par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans cefſer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté ,
dans le Chapitre 9 , ſeconde Partie , il eſt
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente-cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
:
9. Est- il d'un Miniſtre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , às pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 , au
deniers ? Ledenier cinq eſt vingt pour cent;
& le denier vingt eſt cinq pour cent ; ce
ſont des choſes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eſt- il vraiſemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propoſe , Chap.
໑ , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eſt- il vraiſemblable
qu'il ait propoſé de ſupprimer lesGa
belles ; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oiſif, plutôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12°. Enfin ne
voit- on pas combien il eſt incroyable qu'un
Miniſtre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jusqu'à la Paix ?
Voilà bien des raiſons de douter , que cet
illuſtre Miniſtre ſoit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inſtruit ,
que le Teftament Politique étoit de l'Abbé
de Bourſeis , l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'il eſt plus aiſé de ſçavoir
de qui ce Liyre n'eſt pas , que de connoître
ſon Auteur ; & en rendant ainſi juftice
à tout le monde , en péſant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnie.
34 MERCURE DE FRANCE.
(
4
Parlez avec courage contre ces injuftices
, & faites ſentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte ſcache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
legénie n'eſt preſque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceſſaires à un François. Les
Italiens ſont les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufquesdans
les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop conſeiller l'étude de leur Langue.
Il eſt triſte que leGrec ſoit négligé en
France , mais il n'eſt pas permis à un Journaliſte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mors François
,dont il n'aura jamais qu'une idée confuſe
: car depuis l'Arithmétique juſqu'à
l'Aſtronomie , quel eſt le terme d' Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable ?A
peine y a-t'il un muscle , une veie , un ligament
dans notre corps , une maladie , ut.
reméde, dont le nom ne ſoitGrec ; donnez
NOVEMBRE. 1744. 35
moi deux jeunesgens , dont l'un ſçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eſt malade , d'une péripneumonie ,
celui qui ſçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots ſont compoſés ; l'autre ne
comprendra abſolument rien.
Pluſieurs mauvais Journaliſtes ont ofé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere . Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il eufſent
vû que la Traduction eſt plus au-defſous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeſſous
de Virgile.
Un Journaliſte , verſé dans la LangueGrecque
, pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthene , quelques foibleſſes au milieu
de ſes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous demande,
Meſſieurs les Athéniens, avez- vous la
Paix?Non, de parJupiter , répondez - vous ,
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , ſur cet expoſé , pourroit croirequeDemofthene
plaiſante à contre-tems ;
que ces termes familiers ,& réſervés pour le
bas Comique : Meſſieurs les Athéniens depar
Jupiter , répondent à de pareilles expref
1
36 MERCURE DE FRANCE.
1
,
Lions Grecques. Il n'en est pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obſerver , pourvû qu'en même- tems
il remarque encore plus les beautés.
Il feroitàſouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales ,nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eſt de l'Hiſtoire de la plus grande
parrie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inſtruits de la Religion de
Zoroastre , dont les Sectateurs ſubſiſtent en
core , quoique ſans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés ſuperftitieuſes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ;on connoîtroit les reſtes de
L'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faſtueux d'Hiſtoire
Univerſelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu ſous ſa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde.
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37
guer étrangeres ne vous faſſe pas mépriſer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne ſoyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
faitdire :
Ales phaſiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quæritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après ſa mort , aucun
Poëte François.
و en fait Je voudrois , encore une fois
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du ſien. J'appliquerai à ce
ſujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eſt par l'étude que nous ſommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eſt peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eſt le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eſt le ſeul Compilateur
qui ait du goût; cependant dans ſon
I. Vol. C
38 MERCURE DE FRANCE.
ſtyle , toûjours clair & naturel , il y a top
de négligence , trop d'oubli des bienféancess
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converſation avec ſon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleſſe de ſtyle , & aux expreſſions
triviales d'une converſation trop ſimple ,
& en cela il rebute ſouvent l'homme de
gofût .
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eſt l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il, s'amufoit
plus a tâtonner & à baiſer ſon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eſt trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef- d'oeuvre, par vous écrit juſqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceſſaire , intelligible , & fonore. Des
idées nouvelles , furtouten Phyſique , exigent
des expreſſions nouvelles, mais ſubſtituer
à un mot d'uſage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eſt
pas enrichir la Langue , c'eſt la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce reſpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage,que celui qui a fait lagloire de
ces belles années .
Songez ſurtout que ce n'eſt point avec la
familiarité du ſtyle Epiſtolaire,mais que c'eſt
avec ladignitédu ſtyledeCiceron,qu'ondoit
traiter la Philoſophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauſſi ſolidement, qu'il
a expoſé ſes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans ſa Langue avec netreté&
avec grace ; ſon ſtyle eft charmant ,
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre-tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les ſuivez pas ſervilement : O imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliſſez -vous d'idées profondes & juttes;
alors les mots viennent aisément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penſe , ſont auſſi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt ſe
corrompre, cette altération viendra de deux
ſources; l'une eſt le ſtyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre eſt
ને
Cij
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réſident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux ſont infectés continuellement
d'expreſſions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire .
Par exemple , rien n'eſt plus commun
dans les Gazettes que cette phrase , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
zeljourbattu en breche ; on ditque les deux
armées ſeſeroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſeſont approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conſtruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ſtyle qu'on a malheureuſement
conſervédans le Barreau ,& dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce ſtyle gothique des Edits
&des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs. On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui ſont faites
pour être entenduës aisément ; on de
NOVEMBRE.
1744. 41
vroit imiter l'élégance des Inſtituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ſtyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les choſes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où ſe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre eſpece de barbarie , qui vient du
Langage desMarchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préſente, au lieude cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreſſions. Le ſeul expoſé de pareilles fautes
doit ſuffire pour corriger les Auteurs .
Fermer
Résumé : AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
En mai 1737, un avis conseille un journaliste sur la création d'un journal périodique, insistant sur l'impartialité et la diversité des genres littéraires à couvrir, incluant les mathématiques, la poésie et les sujets philosophiques. Le journal doit également traiter des avancées scientifiques de Galilée, Torricelli et Newton, ainsi que des événements historiques récents tels que la prise de Constantinople et la découverte de l'Amérique. En histoire, il est recommandé de présenter de manière équilibrée les figures historiques, comme Alexandre le Grand. L'auteur exprime le désir de rédiger l'histoire du siècle de Louis XIV, mettant en lumière les progrès de l'esprit humain et des arts sous son règne. Il critique les divergences de perspectives entre historiens contemporains et anciens et aborde la critique littéraire et théâtrale, soulignant l'importance du théâtre comme école de mœurs. Il admire certaines pièces contemporaines et les tragédies françaises, notamment celles de Pierre Corneille. Une critique d'une épître poétique de novembre 1744 souligne des défauts stylistiques et recommande d'éviter le mélange des styles anciens et modernes. Le texte discute de la prolifération des ouvrages littéraires et de l'importance de comparer les idées des auteurs modernes avec celles des anciens. Il aborde également la controverse autour de l'authenticité du 'Testament Politique' attribué au Cardinal de Richelieu. Le texte souligne l'importance des compétences linguistiques pour un journaliste, critiquant ceux qui préfèrent des traductions médiocres aux originaux grecs ou latins. Il met en garde contre la négligence des écrivains résidant à l'étranger et recommande d'éviter les abus linguistiques, suivant l'exemple de la Gazette de Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11946
p. 42
« Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...] »
Début :
Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...]
Mots clefs :
Roi, Convalescence, Vers, Recueil, Collection, Bibliothèque du roi, Nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...] »
D
fai- Ans le deſſein où nous ſommes de
re tous nos efforts pour réveiller l'attention
du Public , & de chercher avec ſoin
tout ce qui pourra flater ſon goût, & piquer
fa curioſité , nous ne pouvons mieux faire
que de lui préſenter quelques-unes des Piéces
qui ont été faites au ſujet de la Convaleſcence
du Roi.
6
Il eſt inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriſer celles que nous n'inſérons
point dans notre Recueil. Comment
feroit-il poſſible de donner place à toutes ?
On en a compoſé plus de quatre cent , tant
Odes que Poëmes , Fables , Idilles , &c. A
ne compter chacune de ces Piéces que ſur le
pied de 100 Vers , la totalité fait 40 mille
Vers. On fait, dit- on , de tous ces petits Ouvrages
un Recueil ,que l'on conſervera à la
Bibliothéque du Roi; la Poſtérité comptera ,
avec étonnement , cette immenſe Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour fon Roi ,
amour , qui ſous le Regne où nous vivons,
n'eſt point diftingué de l'am our de la Patrie ;
au reſte, elle portera vrai ſemblablement fur
Recueil ce le même Jugement que fit
Martial de fes Vers .
Sunt bona ,funt quadam mediocria , sunt mala mulsa,
fai- Ans le deſſein où nous ſommes de
re tous nos efforts pour réveiller l'attention
du Public , & de chercher avec ſoin
tout ce qui pourra flater ſon goût, & piquer
fa curioſité , nous ne pouvons mieux faire
que de lui préſenter quelques-unes des Piéces
qui ont été faites au ſujet de la Convaleſcence
du Roi.
6
Il eſt inutile d'avertir que nous ne prétendons
point dépriſer celles que nous n'inſérons
point dans notre Recueil. Comment
feroit-il poſſible de donner place à toutes ?
On en a compoſé plus de quatre cent , tant
Odes que Poëmes , Fables , Idilles , &c. A
ne compter chacune de ces Piéces que ſur le
pied de 100 Vers , la totalité fait 40 mille
Vers. On fait, dit- on , de tous ces petits Ouvrages
un Recueil ,que l'on conſervera à la
Bibliothéque du Roi; la Poſtérité comptera ,
avec étonnement , cette immenſe Collection
, & y verra un Monument authentique
de l'amour de la Nation pour fon Roi ,
amour , qui ſous le Regne où nous vivons,
n'eſt point diftingué de l'am our de la Patrie ;
au reſte, elle portera vrai ſemblablement fur
Recueil ce le même Jugement que fit
Martial de fes Vers .
Sunt bona ,funt quadam mediocria , sunt mala mulsa,
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Résumé : « Dans le dessein où nous sommes de faire tous nos efforts pour réveiller l'attention [...] »
Le texte décrit une initiative visant à rassembler des œuvres littéraires célébrant la convalescence du roi. Plus de quatre cents pièces, totalisant environ quarante mille vers, ont été créées, incluant odes, poèmes, fables et idylles. En raison de leur nombre, toutes ne peuvent être incluses dans un seul recueil destiné à la bibliothèque royale. Ce recueil témoignera de l'amour de la nation pour le roi, amour indissociable de celui pour la patrie sous le règne actuel. La postérité évaluera ce recueil comme elle a jugé les œuvres de Martial, en reconnaissant la diversité qualitative des contributions.
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11947
p. 43-44
LE PALMIER, LES SILVAINS ET JUPITER. FABLE. Sur la Convalescence du Roi.
Début :
UN haut Palmier, l'ornement d'un Rivage [...]
Mots clefs :
Palmier, Jupiter, Sylvains, Aquilon, Roi, Nymphes
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texteReconnaissance textuelle : LE PALMIER, LES SILVAINS ET JUPITER. FABLE. Sur la Convalescence du Roi.
LE PALMIER , LES SILVAINS
ET JUPITER .
FABLE.
Sur la Convalescence du Roi.
UNhaut Palmier, l'ornement d'un Rivage
Prêtoit l'ombre de ſes rameaux
Mux Nymphes , aux Silvains , qui ſous ſon verd
feüillage
Danſoient au ſon des Chalumeaux ;
Al'envi , les Oiſeaux y faisoient leur ramage :
Des Habitans de ce ſéjour
Il étoit la joye & l'amour.
Le plus fier des Enfans d'Eole
Troubla cette félicité.
Sorti des froids climats du Pole
Avec impétuofité
L'Aquilon déclare laGuerre
3
Au beau Palmier, qu'il veut jetter par terres
Les Silvains de leurs cris firent retentir l'air ;
Les Nymphes verſerent des larmes :
Tous invoquérent Jupiter.
Conſervez-nous , grand Dieu , ce Palmier pleinde
charmes ;
Réprimez le noir Ouragan.
Cij
44 MERCURE DE FRANCE.
Jupiter fut ſenſible à leurs juſtes allarmes ;
Des Airs il gronde le Tyran.
Retourne , lui dit- il , promener ta furie
En Groenlande , en Laponie ;
Tu peux dans ces fauvages Lieux
Te déchaîner , & ſouffler de ton mieux :
Mais de cette rive chérie
N'approche plus, ou bien crains moncourroux,
L'Aquilon fuit. A l'inſtant dans la Plaine
Un Zéphir favorable & doux
Vient ranimer de ſon haleine
L'Arbre Divin. Que de remercimens
A Jupiter ! Le Silvain , la Bergere ,
Au comble de leurs voeux , danſent ſur la Fougere,
Et forment des Concerts charmans .
Ce beau Palmier , chéri de la Victoire ,
En butte à l'Aquilon , FRANCE , c'eſt votre Roi :
Son extrême danger a cauſe votre effroi ;
Le Ciel vous l'a rendu. Conſervez la mémoire
Du plus grand des bienfaits ; ſes jours ſont votre
gloire.
Richer.
ET JUPITER .
FABLE.
Sur la Convalescence du Roi.
UNhaut Palmier, l'ornement d'un Rivage
Prêtoit l'ombre de ſes rameaux
Mux Nymphes , aux Silvains , qui ſous ſon verd
feüillage
Danſoient au ſon des Chalumeaux ;
Al'envi , les Oiſeaux y faisoient leur ramage :
Des Habitans de ce ſéjour
Il étoit la joye & l'amour.
Le plus fier des Enfans d'Eole
Troubla cette félicité.
Sorti des froids climats du Pole
Avec impétuofité
L'Aquilon déclare laGuerre
3
Au beau Palmier, qu'il veut jetter par terres
Les Silvains de leurs cris firent retentir l'air ;
Les Nymphes verſerent des larmes :
Tous invoquérent Jupiter.
Conſervez-nous , grand Dieu , ce Palmier pleinde
charmes ;
Réprimez le noir Ouragan.
Cij
44 MERCURE DE FRANCE.
Jupiter fut ſenſible à leurs juſtes allarmes ;
Des Airs il gronde le Tyran.
Retourne , lui dit- il , promener ta furie
En Groenlande , en Laponie ;
Tu peux dans ces fauvages Lieux
Te déchaîner , & ſouffler de ton mieux :
Mais de cette rive chérie
N'approche plus, ou bien crains moncourroux,
L'Aquilon fuit. A l'inſtant dans la Plaine
Un Zéphir favorable & doux
Vient ranimer de ſon haleine
L'Arbre Divin. Que de remercimens
A Jupiter ! Le Silvain , la Bergere ,
Au comble de leurs voeux , danſent ſur la Fougere,
Et forment des Concerts charmans .
Ce beau Palmier , chéri de la Victoire ,
En butte à l'Aquilon , FRANCE , c'eſt votre Roi :
Son extrême danger a cauſe votre effroi ;
Le Ciel vous l'a rendu. Conſervez la mémoire
Du plus grand des bienfaits ; ſes jours ſont votre
gloire.
Richer.
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Résumé : LE PALMIER, LES SILVAINS ET JUPITER. FABLE. Sur la Convalescence du Roi.
La fable 'Le Palmier, les Silvains et Jupiter' narre l'histoire d'un palmier offrant son ombre aux nymphes et aux silvains, créant ainsi une ambiance de bonheur. Un vent violent, l'Aquilon, menace de le détruire, suscitant la peur et les larmes des habitants. Ces derniers implorent Jupiter pour sauver le palmier. Ému par leurs prières, Jupiter ordonne à l'Aquilon de se retirer vers des régions plus froides et envoie un zéphyr doux pour ranimer le palmier. Les silvains et les bergers célèbrent alors la victoire et rendent grâce à Jupiter. La fable compare le roi de France au palmier, soulignant que son rétablissement après un grave danger est un bienfait céleste dont il faut se souvenir et célébrer.
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11948
p. 45-49
LES ROIS, ODE.
Début :
TOI qui vis tomber les colonnes [...]
Mots clefs :
Rois, Trône, Dieu, Terre, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES ROIS, ODE.
LES ROIS ,
:
ODE.
Oi qui vis tomber les colonnes
Des Etats les plus floriſſans ;
Toi qui vis brifer les Couronnes
Des Souverains les plus puiſſants ;
OTerre ! ô féconde Cybelle !
Tu caches dans ton ſein fidelle
Les faſtes des ſiècles divers :
Ouvre à ma Muſe , qui t'appelle ,
Les Archives de l'Univers .
: 1.
Montre- moi fous leurs Pyramides
Ces Rois dans la tombe ignorés ,
Ces Rois faſtueux & timides ,
Jadis ſur le Trône adorés :
Leur nom n'a duré qu'une Aurore ;
Envain le Marbre couvre encore
Les vains debris de leur cercueil :
LeTems à chaque inſtant dévore
Les Monumens de leur Orgueil.
1
**
Tu vis fortir de tes entrailles.
Cv
46 MERCURE DE FRANCE.
CesHéros , Tyrans des Humains ,
Dont le Dieu fanglant des batailles
Armoit les facrileges mains :
Que les Emules d'Alexandre
Bravent fur des Palais en cendre
Et la Fortune & ſes revers ;
Bien- tôt tu les verras deſcendre :
Dans les Tombeaux qu'ils ont ouverts..
Je' fçais qu'Achille , que Therſite
Etoient ſoumis au même ſort ;
Qu'un même bras nous précipite
Dans les ténebres de la mort ;.
Mais l'Iſſe infâme de Caprée
Vit tomber l'Idole abhorrée
Du cruel Maître de Séjan ,
Et la Terre , encore éplorée ,
Encenſe l'Urne de Trajan.
Princes dont la cendre repoſe
Au pied des plus riches Autels ,
Souvent malgré l'Apothéoſe ,
Vous êtes l'horreur des Mortels;
Envain dans vos Palais nourrie ,
La folle & baſſe Flaterie
Chante vos Hyinnes en tout licu:
NOVEMBRE.. 1744. 47
Le tems détruit l'Idolatrie ,
Et briſe l'Autel & le Dieu..
Rois , laiffez aux Peuples fauvages
Le droit injuſte du plus fort ;
La crainte arrache nos hommages ,
L'amour les obtient fans effort:
Serrez moins le noeud qui nous lie ;
Notre orgueil à regret ſe plie
'Au joug rigoureux du pouvoir :
L'amour, plus noble, multiplie
Nos foins que borne le Devoir.
Dans vos Serrails impénétrables ,
Sultans , eſclaves couronnés ,
Vous traînez des jours déplorables ,
Des jours de trouble environnés :
Pour rendre la Terre féconde ,
Le Soleil fort du ſein de l'Onde ,
Et s'ouvre un chemin vers les Cieux:
O Rois , rendez heureux le Monde,.
En vous offrant à tous les yeux .
Voyez ſur les bords de la Seine
Ce Prince , l'amour des Français";
La Victoire qui le ramene ,
Annonce à grands cris nos ſuccès :
Cvjs
48 MERCURE DE FRANCE.
Son Peuple l'entoure & le preffe ;
Le zéle ſe change en yvreffe ;
On aime , on adore ſes loix :
Excès d'une juſte tendreſſe ,
Qui fait le bonheur des grands Rois !
Ne craignons pas que la mémoire
Se perde dans l'ombre du Tems ,
Ni que le grand jour de l'Hiſtoire
Terniſſe ſes faits éclatans :
Minerve le ſuit à la guerre ,
Thémis gouverne ſon tonnerre ;
Il n'eſt armé que pour la paix ,
Et ne veut enchaîner la Terre
Que par le lien des bienfaits.
On dira : Quel Dieu favorable
Accorda Louis aux Humains ?
Son amitié ferme & durable
Soutint le Trône des Romains ;
Dans ſon Tribunal deſporique ,
Jamais la Liberté publique
N'expira ſous l'autorité ;
Les refforts de ſa politique
Furent les loix de l'équité.
楽
Né ſur le Trone , il fut ſenſible ;
NOVEMBRE. 1744 . 49
Juge , il reffentit la pitié ;
Souverain , il fut acceſſible ;
Monarque , il connut l'amitié :
Que ſa justice & fon courage ,
Que ſon nom , beni d'âge en âge,
Des fiécles percent le cahos :
Qu'il foit le modéle du Sage :
Qu'il foit l'exemple des Héros.
Sans avoir le pinceau d'Appelle ,
Diſciple de la vérité ,
J'ébauche le Portrait fidelle
Que peindra la Poſtérité.
Grand Roi , que la France applaudiſſe
Aux Vers de ma Muſe novice ,
Il eſt pour eux un prix plus doux ;
Vous pouvez d'un regard propice
Les rendre immortels comme vous.
Par M. L. D. B. de l'Académie Françoife.
:
ODE.
Oi qui vis tomber les colonnes
Des Etats les plus floriſſans ;
Toi qui vis brifer les Couronnes
Des Souverains les plus puiſſants ;
OTerre ! ô féconde Cybelle !
Tu caches dans ton ſein fidelle
Les faſtes des ſiècles divers :
Ouvre à ma Muſe , qui t'appelle ,
Les Archives de l'Univers .
: 1.
Montre- moi fous leurs Pyramides
Ces Rois dans la tombe ignorés ,
Ces Rois faſtueux & timides ,
Jadis ſur le Trône adorés :
Leur nom n'a duré qu'une Aurore ;
Envain le Marbre couvre encore
Les vains debris de leur cercueil :
LeTems à chaque inſtant dévore
Les Monumens de leur Orgueil.
1
**
Tu vis fortir de tes entrailles.
Cv
46 MERCURE DE FRANCE.
CesHéros , Tyrans des Humains ,
Dont le Dieu fanglant des batailles
Armoit les facrileges mains :
Que les Emules d'Alexandre
Bravent fur des Palais en cendre
Et la Fortune & ſes revers ;
Bien- tôt tu les verras deſcendre :
Dans les Tombeaux qu'ils ont ouverts..
Je' fçais qu'Achille , que Therſite
Etoient ſoumis au même ſort ;
Qu'un même bras nous précipite
Dans les ténebres de la mort ;.
Mais l'Iſſe infâme de Caprée
Vit tomber l'Idole abhorrée
Du cruel Maître de Séjan ,
Et la Terre , encore éplorée ,
Encenſe l'Urne de Trajan.
Princes dont la cendre repoſe
Au pied des plus riches Autels ,
Souvent malgré l'Apothéoſe ,
Vous êtes l'horreur des Mortels;
Envain dans vos Palais nourrie ,
La folle & baſſe Flaterie
Chante vos Hyinnes en tout licu:
NOVEMBRE.. 1744. 47
Le tems détruit l'Idolatrie ,
Et briſe l'Autel & le Dieu..
Rois , laiffez aux Peuples fauvages
Le droit injuſte du plus fort ;
La crainte arrache nos hommages ,
L'amour les obtient fans effort:
Serrez moins le noeud qui nous lie ;
Notre orgueil à regret ſe plie
'Au joug rigoureux du pouvoir :
L'amour, plus noble, multiplie
Nos foins que borne le Devoir.
Dans vos Serrails impénétrables ,
Sultans , eſclaves couronnés ,
Vous traînez des jours déplorables ,
Des jours de trouble environnés :
Pour rendre la Terre féconde ,
Le Soleil fort du ſein de l'Onde ,
Et s'ouvre un chemin vers les Cieux:
O Rois , rendez heureux le Monde,.
En vous offrant à tous les yeux .
Voyez ſur les bords de la Seine
Ce Prince , l'amour des Français";
La Victoire qui le ramene ,
Annonce à grands cris nos ſuccès :
Cvjs
48 MERCURE DE FRANCE.
Son Peuple l'entoure & le preffe ;
Le zéle ſe change en yvreffe ;
On aime , on adore ſes loix :
Excès d'une juſte tendreſſe ,
Qui fait le bonheur des grands Rois !
Ne craignons pas que la mémoire
Se perde dans l'ombre du Tems ,
Ni que le grand jour de l'Hiſtoire
Terniſſe ſes faits éclatans :
Minerve le ſuit à la guerre ,
Thémis gouverne ſon tonnerre ;
Il n'eſt armé que pour la paix ,
Et ne veut enchaîner la Terre
Que par le lien des bienfaits.
On dira : Quel Dieu favorable
Accorda Louis aux Humains ?
Son amitié ferme & durable
Soutint le Trône des Romains ;
Dans ſon Tribunal deſporique ,
Jamais la Liberté publique
N'expira ſous l'autorité ;
Les refforts de ſa politique
Furent les loix de l'équité.
楽
Né ſur le Trone , il fut ſenſible ;
NOVEMBRE. 1744 . 49
Juge , il reffentit la pitié ;
Souverain , il fut acceſſible ;
Monarque , il connut l'amitié :
Que ſa justice & fon courage ,
Que ſon nom , beni d'âge en âge,
Des fiécles percent le cahos :
Qu'il foit le modéle du Sage :
Qu'il foit l'exemple des Héros.
Sans avoir le pinceau d'Appelle ,
Diſciple de la vérité ,
J'ébauche le Portrait fidelle
Que peindra la Poſtérité.
Grand Roi , que la France applaudiſſe
Aux Vers de ma Muſe novice ,
Il eſt pour eux un prix plus doux ;
Vous pouvez d'un regard propice
Les rendre immortels comme vous.
Par M. L. D. B. de l'Académie Françoife.
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Résumé : LES ROIS, ODE.
Le texte est une ode aux rois et à l'histoire des souverains. Il commence par une invocation à la Terre, gardienne des fastes des siècles et des destins des rois oubliés. Les pyramides et les monuments royaux sont destinés à être détruits par le temps. Le poème évoque les héros et tyrans, soulignant que tous, même les plus puissants, finissent par tomber. Des figures historiques comme Alexandre et Trajan sont mentionnées. Le texte critique les princes dont l'apothéose est souvent suivie d'horreurs. Il appelle les rois à abandonner le droit du plus fort et à régner par l'amour plutôt que par la crainte. Il dénonce les jours déplorables des sultans, esclaves couronnés, et exalte un prince aimé de son peuple, probablement Louis XV. Ce prince est décrit comme un souverain juste et bienveillant, loué pour ses qualités de juge, de souverain accessible et amiable, et pour sa politique équitable. Le poète espère que ce roi servira de modèle aux sages et aux héros, et exprime le souhait que la postérité le reconnaisse comme tel.
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11949
p. 50-53
ODE En Strophes libres, Sur la Maladie & la Convalescence du Roi, Par M. des Forges Maillard.
Début :
Lorsque l'Astre du jour, dont l'ardente lumiere [...]
Mots clefs :
Coeur, Astre, Parque, Victoire, Provinces, Bretons, Généraux
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texteReconnaissance textuelle : ODE En Strophes libres, Sur la Maladie & la Convalescence du Roi, Par M. des Forges Maillard.
ODE
En Strophes libres و
Sur la Maladie & la Convalescence du Roi,
Par M. des Forges Maillard .
Lorsque l'Aftre du jour , dontl'ardente lumiere
Fait le bonheur du monde & l'ornement des Cieux
Au plus brillant de ſa carriere ,
Vient à s'éclipſer à nosyeux ,
Tout languit ici bas , & la Nature entiere
Apprend aux Mortels par ſon deüil ,
Que fans l'éclat de cebel oeil
L'Univers reviendroit à ſa maſſe premiere.
'Ainfi , Prince, à nos voeux déſirable à jamais,
Qui comptes, nontes jours, comme Titus put faire
Mais tes momens par tes bienfaits ;
Quand d'un coup de ſa faux la Parque ſanguinaire
S'apprêtoit à trancher de ces précieux jours
L'utile , l'éclatant, le trop rapide cours ,
Sur le front de la France une pâleur ſoudaine
Exprima ſon ſaiſiſſement ,
Et dans ce morne accablement ,
Chacun offroit pour toi ſa tête à l'inhumaine ,
Et n'avoit dans le coeur qu'un même ſentiment,
NOVEMBRE. SE 1744.
Mais ſi ſa cruauté conſommant nos allarmes ,
Réſiſtant à nos cris , t'eût rangé ſous ſa loi ,
Sur ſes Poles le Monde eût fenti notre effroi ;
Et même l'ennemi pénétré de tes charmes ,
Témoin de ta valeur , ſachant que malgré toi .
L'Injustice , l'Audace & la mauvaiſe foi ,
Aforce d'attentats aiguiſerent tes armes ,
Moüillant les fiennes de ſes pleurs ,
En eût mêlé les flots au torrentde nos larmes
Comme s'il cût gémi de ſes propres malheurs.
L'Olympe eſt dévoilé; bel Aſtre de nos vies,
Au gré de nos tendres envies
Tu reparois ſur l'horifon ,
Etnos juſtes douleurs ſe ſont évanoüies ,.
Al'aſpect de ta guériſon .
Mais arrête , Louis ; où t'emporte la gloire ?
N'expoſe plus ton fang aux fureurs des hazards ;
Ton courage a fixé le vol de la Victoire ,
Qui devance tes Etendarts,
Je la vois,&quels yeux la pourroient méconnoître
'Aſon armure, où l'or ſeme & forme des Lys !
Le fond blanc de l'étoffe , aux regards ébloüis
Peint la noble candeur de notre Auguſte Maître ,
Et déſormais elle ne veut paroître
Que couverte de ces habits.
1
52 MERCURE DE FRANCE.
D'un ciſeau délicat les traits inimitables
Sur le luiſant acier de ſon Cafque divin ,
Repréſenterent Nice , Ypre , Furne , Menin ,
Et des Ufurpateurstant d'appuis formidables",
Cuiſant , le dos tourné, leurs rages implacables ,
Forcés de repaſſer le Rhin ,
Et plus honteux dans leur retraite ,
Que s'ils avoient ſubi par un juſte deſtin
Sur le champ de bataille une entiere défaite ,
Punis desnoirs complots de leur orgueil mutin.
Le bruit de tes Tambours', le ſon de tes Tymbales,
Où brillent tes marques Royales ,
Sont le ſignal flateur qui la mene au combat ;
Monarque craint , chéri , Pere , Héros , Soldat ,
Ton grand coeur s'eſt aſſés diftingué dans la guerre;
Laiſſe repoſer ton Tonnerre ,
Et vien te rétablir au fein de ton Etat.
Tu verras en chemin tes Provinces tranquilles ,
Et malgré les Volcans par Bellonne allumés ,
L'abondance , l'honneur, & l'ordre dans tes Villes.
Montre toi dans Paris à tes Peuples charmés ;
Regarde avec tranſport dans les Airs enflâmés
NOVEMBRE. 1744. 53
Les Serpenteaux errans , & les Gerbes que lance *
De ſoi- même rival l'amour ingénieux ,
Aller juſqu'au Trône des Dieux ,
Leur témoigner notre reconnoiſſance.
Conty , ton cher Conty , Héros prématuré ,
Dont au fort des périls le coeur eſt aſſuré
Sur fa mâle prudence au-deſſus de ſon âge ;
L'intrépide Clermont que même ardeur engage ,
Pentiévre , ambitieux de marcher ſur leurs pas ,
Aimé de tes Bretons , Gouverneur des Climats ,
Où le Ciel me fit don de l'air que je reſpire ,
Sçauront bien en ta place animer tes Soldats ,
Sur la trace du feu que ton Sang leur inſpire.
Laiſſe à tes Généraux , à ces braves Guerriers
Le ſoind'achever tes conquêtes ,
Et leur ayant coupé des moiſſons de Lauriers ,
Cede-leur le plaifir d'en couronner leurs têtes.
* Ondonne cette Piéce , telle qu'elle a étéfai te ; on
ne prévoyoit pas la défenſe des Feux d'artifice ; mais
les magnifiques Illuminations répandoient une fi grande
clartédans l'Air , qu'on peut dire que la pensée, la
même pour lefond , ne differe que dans les termes .
En Strophes libres و
Sur la Maladie & la Convalescence du Roi,
Par M. des Forges Maillard .
Lorsque l'Aftre du jour , dontl'ardente lumiere
Fait le bonheur du monde & l'ornement des Cieux
Au plus brillant de ſa carriere ,
Vient à s'éclipſer à nosyeux ,
Tout languit ici bas , & la Nature entiere
Apprend aux Mortels par ſon deüil ,
Que fans l'éclat de cebel oeil
L'Univers reviendroit à ſa maſſe premiere.
'Ainfi , Prince, à nos voeux déſirable à jamais,
Qui comptes, nontes jours, comme Titus put faire
Mais tes momens par tes bienfaits ;
Quand d'un coup de ſa faux la Parque ſanguinaire
S'apprêtoit à trancher de ces précieux jours
L'utile , l'éclatant, le trop rapide cours ,
Sur le front de la France une pâleur ſoudaine
Exprima ſon ſaiſiſſement ,
Et dans ce morne accablement ,
Chacun offroit pour toi ſa tête à l'inhumaine ,
Et n'avoit dans le coeur qu'un même ſentiment,
NOVEMBRE. SE 1744.
Mais ſi ſa cruauté conſommant nos allarmes ,
Réſiſtant à nos cris , t'eût rangé ſous ſa loi ,
Sur ſes Poles le Monde eût fenti notre effroi ;
Et même l'ennemi pénétré de tes charmes ,
Témoin de ta valeur , ſachant que malgré toi .
L'Injustice , l'Audace & la mauvaiſe foi ,
Aforce d'attentats aiguiſerent tes armes ,
Moüillant les fiennes de ſes pleurs ,
En eût mêlé les flots au torrentde nos larmes
Comme s'il cût gémi de ſes propres malheurs.
L'Olympe eſt dévoilé; bel Aſtre de nos vies,
Au gré de nos tendres envies
Tu reparois ſur l'horifon ,
Etnos juſtes douleurs ſe ſont évanoüies ,.
Al'aſpect de ta guériſon .
Mais arrête , Louis ; où t'emporte la gloire ?
N'expoſe plus ton fang aux fureurs des hazards ;
Ton courage a fixé le vol de la Victoire ,
Qui devance tes Etendarts,
Je la vois,&quels yeux la pourroient méconnoître
'Aſon armure, où l'or ſeme & forme des Lys !
Le fond blanc de l'étoffe , aux regards ébloüis
Peint la noble candeur de notre Auguſte Maître ,
Et déſormais elle ne veut paroître
Que couverte de ces habits.
1
52 MERCURE DE FRANCE.
D'un ciſeau délicat les traits inimitables
Sur le luiſant acier de ſon Cafque divin ,
Repréſenterent Nice , Ypre , Furne , Menin ,
Et des Ufurpateurstant d'appuis formidables",
Cuiſant , le dos tourné, leurs rages implacables ,
Forcés de repaſſer le Rhin ,
Et plus honteux dans leur retraite ,
Que s'ils avoient ſubi par un juſte deſtin
Sur le champ de bataille une entiere défaite ,
Punis desnoirs complots de leur orgueil mutin.
Le bruit de tes Tambours', le ſon de tes Tymbales,
Où brillent tes marques Royales ,
Sont le ſignal flateur qui la mene au combat ;
Monarque craint , chéri , Pere , Héros , Soldat ,
Ton grand coeur s'eſt aſſés diftingué dans la guerre;
Laiſſe repoſer ton Tonnerre ,
Et vien te rétablir au fein de ton Etat.
Tu verras en chemin tes Provinces tranquilles ,
Et malgré les Volcans par Bellonne allumés ,
L'abondance , l'honneur, & l'ordre dans tes Villes.
Montre toi dans Paris à tes Peuples charmés ;
Regarde avec tranſport dans les Airs enflâmés
NOVEMBRE. 1744. 53
Les Serpenteaux errans , & les Gerbes que lance *
De ſoi- même rival l'amour ingénieux ,
Aller juſqu'au Trône des Dieux ,
Leur témoigner notre reconnoiſſance.
Conty , ton cher Conty , Héros prématuré ,
Dont au fort des périls le coeur eſt aſſuré
Sur fa mâle prudence au-deſſus de ſon âge ;
L'intrépide Clermont que même ardeur engage ,
Pentiévre , ambitieux de marcher ſur leurs pas ,
Aimé de tes Bretons , Gouverneur des Climats ,
Où le Ciel me fit don de l'air que je reſpire ,
Sçauront bien en ta place animer tes Soldats ,
Sur la trace du feu que ton Sang leur inſpire.
Laiſſe à tes Généraux , à ces braves Guerriers
Le ſoind'achever tes conquêtes ,
Et leur ayant coupé des moiſſons de Lauriers ,
Cede-leur le plaifir d'en couronner leurs têtes.
* Ondonne cette Piéce , telle qu'elle a étéfai te ; on
ne prévoyoit pas la défenſe des Feux d'artifice ; mais
les magnifiques Illuminations répandoient une fi grande
clartédans l'Air , qu'on peut dire que la pensée, la
même pour lefond , ne differe que dans les termes .
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Résumé : ODE En Strophes libres, Sur la Maladie & la Convalescence du Roi, Par M. des Forges Maillard.
Le poème 'ODE' de M. des Forges Maillard, écrit en novembre 1744, célèbre la maladie et la convalescence du roi. Il commence par une métaphore solaire : la maladie du roi plonge la France dans l'effroi et la tristesse, symbolisée par la nature en deuil. La nouvelle de sa maladie suscite une grande émotion, chacun étant prêt à sacrifier sa vie pour lui. Sa guérison est comparée à l'apparition d'un astre bénéfique, dissipant les peines. Le poète exhorte le roi à éviter les dangers, soulignant son courage et ses victoires passées, telles que celles de Nice, Ypres, Furnes et Menin. Le poème se termine par une invitation au roi à se reposer et à profiter de la tranquillité de ses provinces, où règnent l'abondance et l'ordre. Des personnages comme Conty, Clermont et Penthièvre sont prêts à poursuivre les conquêtes en son absence. Le texte se conclut par la description des feux d'artifice célébrant la guérison du roi et la reconnaissance du peuple.
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11950
p. 54
ADRESSE aux Poëtes qui ont célébré la Convalescence du Roi.
Début :
J'AI fait comme tant & tant d'autres, [...]
Mots clefs :
Poètes, Roi, Rimeurs, Délire, Peuple
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texteReconnaissance textuelle : ADRESSE aux Poëtes qui ont célébré la Convalescence du Roi.
ADRESSE aux Poëtes qui ont célébré
la Convalefcence du Roi.
J''AAiifait commetant&tantd'autres,
1
Quelques Vers ſur l'heureux retour
De la ſanté du Roi , l'objet de notre amour ;
Mais écoutez , Confreres nôtres ,
Poëtes & Rimeurs , que vous figurez - vous ,
Qu'à l'envi nous ayons tâché d'exprimer tous
Dansles bruyans accès d'un ſuperbe délire ?
Trois mots que ſans emphaſe & d'auſſi bonne foi
Le Peuple hautement en tous lieux aime à dire ,
Et les voici , VIVEA RO
Des Forges Maillard,
la Convalefcence du Roi.
J''AAiifait commetant&tantd'autres,
1
Quelques Vers ſur l'heureux retour
De la ſanté du Roi , l'objet de notre amour ;
Mais écoutez , Confreres nôtres ,
Poëtes & Rimeurs , que vous figurez - vous ,
Qu'à l'envi nous ayons tâché d'exprimer tous
Dansles bruyans accès d'un ſuperbe délire ?
Trois mots que ſans emphaſe & d'auſſi bonne foi
Le Peuple hautement en tous lieux aime à dire ,
Et les voici , VIVEA RO
Des Forges Maillard,
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