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9051
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Fautes à corriger dans ce Livre.
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PAGE 1689. l. 22. fit la place, lisez , fit place. P. 1707. l. 8. brillent, l. brûlent. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fautes à corriger dans ce Livre.
1877
1882
1885
Age 1689. 1. 22. fit la place , liscz , fit place.
PageP. 1707. 1. 8. brillent , l. brûlent.
P. 1745. 1. 27. Capitaine , 1. Capitale.
P. 1748. l. s . Coni , l. Com.
P. 1773. 1. 11. 1706. l. 1606.
P. 1786. l. 17. Ouvrages , 1. Euvres ,
P. 1794. l. 17. sont , 1. font
P. 1822. 1. 2. du bas , gar , l . grace.
P. 1825. 1. 20. m'y , l . n'y.
P. 1848. l. 32. 20000. lisez 200000.
P. 1850. 1. 29. Nanokin , I. Nankin.
P. 1852. 1. 30. après sitôt , l. après qu'on cut.
1. Arno.
1877
1882
1885
Age 1689. 1. 22. fit la place , liscz , fit place.
PageP. 1707. 1. 8. brillent , l. brûlent.
P. 1745. 1. 27. Capitaine , 1. Capitale.
P. 1748. l. s . Coni , l. Com.
P. 1773. 1. 11. 1706. l. 1606.
P. 1786. l. 17. Ouvrages , 1. Euvres ,
P. 1794. l. 17. sont , 1. font
P. 1822. 1. 2. du bas , gar , l . grace.
P. 1825. 1. 20. m'y , l . n'y.
P. 1848. l. 32. 20000. lisez 200000.
P. 1850. 1. 29. Nanokin , I. Nankin.
P. 1852. 1. 30. après sitôt , l. après qu'on cut.
1. Arno.
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Résumé : Fautes à corriger dans ce Livre.
Le document liste des corrections à apporter dans un livre. Parmi elles, 'fit la place, liscz, fit place' (page 1689, ligne 22), 'brillent' remplacé par 'brûlent' (page 1707, ligne 8), et 'Capitaine' par 'Capitale' (page 1745, ligne 27). D'autres corrections concernent des dates, des mots ou des chiffres, comme '1706' remplacé par '1606' (page 1773) et '20000' corrigé en '200000' (page 1848, ligne 32). Le terme 'Arno' est mentionné sans précision sur la correction.
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9052
s. p.
« La Chanson notée doit regarder la page 1815. [...] »
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La Chanson notée doit regarder la page 1815. [...]
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La Chanson notée doit regarder la page 1815.
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9053
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, Commis au Mercure [...]
Mots clefs :
Libraire, Adresse
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité vondront remettre leurs Paquets cachetez aux Libraires qui vendent le Mercure, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pourlesfaire tenir,
Onprie très-inſtamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
•
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , on les Particuliers qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere main , &plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porterfur
T'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Frangoife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité vondront remettre leurs Paquets cachetez aux Libraires qui vendent le Mercure, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pourlesfaire tenir,
Onprie très-inſtamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
•
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , on les Particuliers qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere main , &plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porterfur
T'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
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Résumé : AVIS.
Le document traite de l'abonnement et de la distribution du Mercure de France. L'adresse principale pour les correspondances est celle de Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Pour plus de commodité, les lecteurs peuvent également déposer leurs paquets chez les libraires parisiens vendant le Mercure. Il est conseillé d'affranchir les lettres et paquets envoyés par la poste afin d'éviter qu'ils ne soient rejetés. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers désirant recevoir rapidement le Mercure de France, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau. Ce dernier se chargera de préparer et d'expédier les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées. Le prix de l'abonnement est fixé à trente sols.
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9054
p. 1887-1891
RÉPONSE A Mlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Voltaire, en lui envoyant la Henriade et l'Histoire de Charles XII.
Début :
Toy, dont la voix brillante a volé sur nos Rives, [...]
Mots clefs :
Voix brillante, Art de plaire, Charles XII, Henry IV, Vers, Science, Esprits, Muses, Beaux-arts, Captivité
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE A Mlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Voltaire, en lui envoyant la Henriade et l'Histoire de Charles XII.
REPONSE
A Me de Malcrais de la Vigne , par
M. de Voltaire , en lui envoyani la
Henriade et l'Histoire de Charles XI I.
T
Oy, dont la voix brillante a volé
sur nos Rives ,
Toi , qui tiens dans Paris nos Muses attentives ,
Qui sçais si bien associer ,
Et la science et l'art de plaire ,
A ij Et
1888 MERCURE DE FRE
Et les talens de Deshoulieres ,
Et les études de Dacier ,
J'ose envoyer aux pieds de ta Muse divine ,
Quelques foibles Ecrits , enfans de mon repos ;
Charles fut seulement l'objet de mes travaux.
Henry quatre fut mon Heros ,
Et tu seras mon Héroïne.
En te donnant mes Vers , je te veux avoüer ,
Ce que je suis , ce que je voudrois être ,
Te peindre ici mon ame et te faire connoître ,
Celui que tu daignas loüer.
'Apollon présidoit au jour qui m'avu naître;
J'aurai vudans trois ans passer quarante hyvers.
Au sortir du Berceau j'ai bégayé des Vers.
Bien tôt ce Dieu puissant m'ouvrit son Sanc ruaire ;
Mon cœur vaincu par lui fut soumis à sa Loi.
D'autres ont fait des Vers par le desir d'en faire ;
Je fus Poëte malgré moi.
Tous les goûts à la fois sont entrez dans mon ame ;
Tout Art à mon hommage, et tout plaisir m'en- flamme ;
La Peinture me charme; On me voit quelquefois
Au
SEPTEMBRE. 1732. 1889
Au Palais de Philippe , ou dans celui des Rois ,
Sous les efforts de l'Art , admirer la Nature.
Du brillant Cagliari , * saisir l'Esprit divin ,
Et devorer des yeux la touche noble et sûre ,
De Raphaël et du Poussin.
De ces Apartemens qu'anime la Peinture ,
Sur les pas du Plaisir je vole à l'Opera ;
J'applaudis tout ce qui me touche :
La fertilité de Campra ,
La gayeté de Mouret , les graces de Destouches.
Pelissier par son Art , le Maure par sa voix.
L'agile Camargo, Sallé l'Enchanteresse ,
Cette austere Sallé faite pour la tendresse ,
Tour à tour ont mes vœux, et suspendent mon
choix.
Quelquefois embrassant la science hardie ,
Que la curiosité ,
Honora par vanité ,
Du nom de Philosophie ,
Je cours après Newton dans l'abîme des Cieux.
Je veux voir si des nuits la courriere inégale ,
Par le pouvoir changeant d'une force centrale ,
Paul Veronese.
A iij En
1890 MERCURE DE FRANCE
En gravitant vers nous s'approche de nos yeux ,
Et pese d'autant plus qu'elle est près de ces lieux
Dans les limites d'une ovale.
J'en entends raisonner les plus profonds esprits ;
Je les vois qui des Cieux franchissent l'intervale ,
Et je vois avec eux que je n'ai rien compris.
De ces obscuritez je passe à la morale ;.
Je'lis au cœur de l'homme, et souvent j'en rougis
J'examine avec soin les informes Ecrits ,
Les monumens épars et le stile énergique ,
De ce fameux Pascal , ce dévot satyrique.
Je vois ce rare esprit trop prompt à s'eflammer.
Je combats ses rigueurs extrêmes,
Il enseigne aux humains à se haïr eux-mêmes ;
Je voudrois, s'il se peut, leur apprendre à s'aimer..
Ainsi mes jours égaux , que les Muses remplis- sent ,
Sans soins , sans passions, sans préjugez fâcheux ,
Commencent avec joye , et vivement finissent ,
Par des soupers délicieux .
L'amour dans mes plaisirs ne mêle plus ses peines ;
J'ai quitté prudemment ce Dieu qui m'a quitté.
J'ai passé l'heureux temps fait pour la volupté .
*Les Pensées de M. Pascal.
Il
SEPTEMBRE. 7732. 18 ) F
Il est donc vrai , grands Dieux , il ne faut plus
que j'aime !
La foule des beaux Arts dont je veux tour à tour,
Remplir le vuide de moi- même ,
N'est point encor assez pour remplacer l'Amour
Je fais ce que je puis , hélas ! pour être sage ,
Pour amuser ma liberté ;
Mais si quelque jeune Beauté
Empruntant ta vivacité ,
Me parloit ton charmant langage
Je rentrerois bien- tôt dans ma captivité.
A Paris ce 15. Août 1732
A Me de Malcrais de la Vigne , par
M. de Voltaire , en lui envoyani la
Henriade et l'Histoire de Charles XI I.
T
Oy, dont la voix brillante a volé
sur nos Rives ,
Toi , qui tiens dans Paris nos Muses attentives ,
Qui sçais si bien associer ,
Et la science et l'art de plaire ,
A ij Et
1888 MERCURE DE FRE
Et les talens de Deshoulieres ,
Et les études de Dacier ,
J'ose envoyer aux pieds de ta Muse divine ,
Quelques foibles Ecrits , enfans de mon repos ;
Charles fut seulement l'objet de mes travaux.
Henry quatre fut mon Heros ,
Et tu seras mon Héroïne.
En te donnant mes Vers , je te veux avoüer ,
Ce que je suis , ce que je voudrois être ,
Te peindre ici mon ame et te faire connoître ,
Celui que tu daignas loüer.
'Apollon présidoit au jour qui m'avu naître;
J'aurai vudans trois ans passer quarante hyvers.
Au sortir du Berceau j'ai bégayé des Vers.
Bien tôt ce Dieu puissant m'ouvrit son Sanc ruaire ;
Mon cœur vaincu par lui fut soumis à sa Loi.
D'autres ont fait des Vers par le desir d'en faire ;
Je fus Poëte malgré moi.
Tous les goûts à la fois sont entrez dans mon ame ;
Tout Art à mon hommage, et tout plaisir m'en- flamme ;
La Peinture me charme; On me voit quelquefois
Au
SEPTEMBRE. 1732. 1889
Au Palais de Philippe , ou dans celui des Rois ,
Sous les efforts de l'Art , admirer la Nature.
Du brillant Cagliari , * saisir l'Esprit divin ,
Et devorer des yeux la touche noble et sûre ,
De Raphaël et du Poussin.
De ces Apartemens qu'anime la Peinture ,
Sur les pas du Plaisir je vole à l'Opera ;
J'applaudis tout ce qui me touche :
La fertilité de Campra ,
La gayeté de Mouret , les graces de Destouches.
Pelissier par son Art , le Maure par sa voix.
L'agile Camargo, Sallé l'Enchanteresse ,
Cette austere Sallé faite pour la tendresse ,
Tour à tour ont mes vœux, et suspendent mon
choix.
Quelquefois embrassant la science hardie ,
Que la curiosité ,
Honora par vanité ,
Du nom de Philosophie ,
Je cours après Newton dans l'abîme des Cieux.
Je veux voir si des nuits la courriere inégale ,
Par le pouvoir changeant d'une force centrale ,
Paul Veronese.
A iij En
1890 MERCURE DE FRANCE
En gravitant vers nous s'approche de nos yeux ,
Et pese d'autant plus qu'elle est près de ces lieux
Dans les limites d'une ovale.
J'en entends raisonner les plus profonds esprits ;
Je les vois qui des Cieux franchissent l'intervale ,
Et je vois avec eux que je n'ai rien compris.
De ces obscuritez je passe à la morale ;.
Je'lis au cœur de l'homme, et souvent j'en rougis
J'examine avec soin les informes Ecrits ,
Les monumens épars et le stile énergique ,
De ce fameux Pascal , ce dévot satyrique.
Je vois ce rare esprit trop prompt à s'eflammer.
Je combats ses rigueurs extrêmes,
Il enseigne aux humains à se haïr eux-mêmes ;
Je voudrois, s'il se peut, leur apprendre à s'aimer..
Ainsi mes jours égaux , que les Muses remplis- sent ,
Sans soins , sans passions, sans préjugez fâcheux ,
Commencent avec joye , et vivement finissent ,
Par des soupers délicieux .
L'amour dans mes plaisirs ne mêle plus ses peines ;
J'ai quitté prudemment ce Dieu qui m'a quitté.
J'ai passé l'heureux temps fait pour la volupté .
*Les Pensées de M. Pascal.
Il
SEPTEMBRE. 7732. 18 ) F
Il est donc vrai , grands Dieux , il ne faut plus
que j'aime !
La foule des beaux Arts dont je veux tour à tour,
Remplir le vuide de moi- même ,
N'est point encor assez pour remplacer l'Amour
Je fais ce que je puis , hélas ! pour être sage ,
Pour amuser ma liberté ;
Mais si quelque jeune Beauté
Empruntant ta vivacité ,
Me parloit ton charmant langage
Je rentrerois bien- tôt dans ma captivité.
A Paris ce 15. Août 1732
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Résumé : RÉPONSE A Mlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Voltaire, en lui envoyant la Henriade et l'Histoire de Charles XII.
Dans une lettre datée du 15 août 1732, Voltaire adresse à Madame de Malcrais de la Vigne deux de ses œuvres, 'L'Henriade' et 'L'Histoire de Charles XII'. Il exprime son admiration pour la muse de Madame de Malcrais et partage ses aspirations et talents variés. Voltaire mentionne avoir écrit des vers dès son jeune âge, inspiré par Apollon. Il décrit ses multiples intérêts, allant de la poésie à la peinture, en passant par la musique et la philosophie. Il admire les œuvres de Raphaël, Poussin, Campra, Mouret, Destouches, ainsi que les danseurs Camargo et Sallé. Voltaire s'intéresse également aux découvertes scientifiques de Newton et aux pensées de Pascal, bien qu'il critique les rigueurs extrêmes de ce dernier. Il conclut en affirmant que, malgré ses efforts pour remplir ses jours de divers plaisirs et arts, il ne peut remplacer l'amour.
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9055
p. 1891-1906
SUITE DE LA TRADUCTION de la Relation Turque, sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs et les Persans.
Début :
V. CONFERENCE, Tenuë le 9. Janvier, entre Raghib-Effendi et les Ministres de Chah Thamas. [...]
Mots clefs :
Traduction, Conférences pour la paix, Turcs, Persans, Négociation, Sérasker, Raghib Effendi, Janvier, Desterdar, Conseils généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE LA TRADUCTION de la Relation Turque, sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs et les Persans.
SUITE DE LA TRADUCTION
de la Relation Turque , sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs
et les Persans.
V. CONFERENCE , tenue le 9. Janvier,
entre Raghib- Effendi et les Ministres
de Chah- Thamas.
A négociation n'avançant point , les Plénipotentiaires de la Porte , pour
intriguer les Persans , laisserent couler
quelques jours sans les faire inviter à
continuer les Conférences ; mais ceux- cy
paroissant rester tranquilles chez eux ,
A iiij les
1892 MERCURE DE FRANCE
4
les Turcs se déterminerent à leur envoyer
Raghib-Effendi. Ce Defterdar , conformément aux instructións que ses Collegues lui avoient données , signifia en termes formels aux Ministres de Perse ,
qu'il n'étoit pas possible de déferer aux
prieres qu'ils avoient faites jusqu'alors ,
et que tant qu'ils s'aheurteroient à la restitution des Pays conquis au- delà de l'Araxe , il étoit inutile qu'ils se flatassent
de réussir dans leur Mission. Nous connoissons votre état mieux que vous- mêmes , leur dit-il , à quoi bon vous fixer
à rebattre continuellement les mêmes instances , puisque vous ne pouvez vous
promettre aucun fruit de cette conduite ?
Pour moi je vous parle à cœur ouvert ;
si vous voulez travailler avec succès à
la réunion de nos Souverains , croyezmoi , ne réclamez plus rien de tout ce
que nous avons au- delà de l'Araxe ; car
en faisant la paix et gardant chacun ce
que nous possedons , il se trouvera que
l'avantage sera encore de votre côté.
2
Raghib- Effendi ayant sondé le terrain.
de cette maniere , et s'étant tourné et retourné de tous les sens pour découvrir
les plus secrets sentimens des Ministres
de Perse , et les désabuser de leurs esperances , Mehemet Riza-Khan , répondità
SEPTEMBRE. 1732. 1893
à ce Defterdar. Je vous jure sur la tête
de Mourteza-Ali , * qu'absolument je
n'ai pas le pouvoir de me desister en entier des Pays que vous nous avez enlevez
au-delà de l'Araxe ; cependant en consideration de la Paix , et pour mettre la
derniere main à un ouvrage si salutaire ,
je veux bien risquer de m'attirer tout le
courroux de notre Roy par mon trop de
condescendance , et je vous abandonne
contre ses deffenses précises , tout ce qui
est au- delà de ce Fleuve ; mais que leurs
Excellences , le Seraskier Achmet , ne
prétende plus garder rien des Pays endeçà , car je suis résolu de tout hazarder
plutôt que de me relâcher de la moindre chose sur cet article. Voilà tout ce
que nous avons à vous dire.
VI. CONFERENCE , tenue sous les Pavillons
du Seraskier Achmet- Pacha , où assisterent , outre les Ministres ordinaires , tous
les Visirs qui se trouverent à l'Armée et
les principaux Chefs des Troupes..
Le 11. Janvier , deux jours après la
Ali , Gendre de Mahomet , dont les Persans
suivent la Secte.
** N. B. C'est une politesse de la Langue
Turque, de parler en plurier, quoiqu'on ne patle
qu'à une ou que d'une personne.
Av derniere
1894 MERCURE DE FRANCE
derniere Conference , les Plénipotentiaires de Turquie et de Perse , les Visirs:
et les principaux Officiers de l'Armée
Ottomane s'étant assemblez sous la Tente
du Seraskier Achmet , ce Pacha prit la
parole et dit : Suivant le rapport qu'on
m'a fait jusqu'à present , presque toutes
les Conferences précedentes se sont passées en discours infructueux de part et
d'autres ; mais , graces à Dieu , continuat'il, en regardant les Ministres du Roy de
Perse , vous venez d'augmenter la haute
idée que je m'étois déja faite de votre
sagesse , puisqu'ayant reconnu avant hier
dans votre entretien avec Raghib Effendi , que les propositions que vous nous
aviez faites cy-devant n'étoient pas recevables , vous convintes avec lui de
renoncer à la restitution des Pays que
nous avons conquis au- delà de l'Araxe ; desorte que nous pouvons dire que
ce n'est proprement que de ce jour que
notre négociation a commencé , tâchons.
de la continuer er de la finir même aujourd'hui , à la satisfaction commune ;
il ne s'agit plus maintenant que de disputér sur les Pays qui sont en- deçà de
ce Fleuve ; examinons cette matiere
l'amiable.
Dès que nous avons cedé les Pays au
à
dela
SEPTEMBRE. 1732. 1895
delà , interrompirent les Persans , nous
ne voyons pas qu'il y ait plus rien à regler entre nous , car pour ceux de deçà
ils ne méritent pas , dans la désolation
où vous les avez mis , que nous tenions
une seule Conference à leur sujet.
Nous ne pensons pas de même, reprirent les Turcs , et nous jugeons , au
contraire , que parmi ces Contrées il y a
beaucoup de Lieux et de Places qui de
route necessité , et surtout par rapport
à la convenance doivent être annexez à notre Empire , comme , par exemple , les Ville et Province de Tauris , que
des raisons tres- essentielles nous empê
chent absolument de vous restituer.
>
Nous ne pouvons que vous repeter
roûjours ce que nous vous avons déja
dit tant de fois , répartirent les Persans ;
nous ne sommes pas ici pour disputer
d'égal à égal , sur ce qu'il convient que
vous nous donniez et que nous vous
donnions ; et nous en revenons , à l'ordinaire , à vous supplier de prendre en
consideration notre état , et sur tout
Phonneur de la Porte. Hé ! ne le faisons
nous pas , répliquerent les Turcs ; comment ! quand nous vous rendons la Pro
vince d'Hamadan , qui est si belle et si
grande, cette grace n'est- elle pas assez
A vj Con
1896 MERCURE DE FRANCE
considerable pour vous inspirer plus de
retenue dans vos demandes ?
Nous conviendrons bien , dirent les
Persans , que la restitution de cette Province seroit effectivement une faveur ,
si le Suppliant pour lequel nous parlons ,
n'étoit pas un Roy qui se jette entre les
bras du plus grand Monarque du monde,
son unique réfuge et l'azile de la Foy
Ortodoxe; mais lorsque nous envisageons
votre Empereur sous cette idée sublime ,
il nous paroît qu'il est de sa grandeur de
nous traiter plus favorablement. Enfin ,
c'est de vous que sont partis les coups
qui nous ont terrassez ; nos playes sont
encore toute sanglantes , vous seuls pouvez y appliquer les remedes les plus propres à les guérir promptement ; nous ne
pouvons vous dire rien de plus.
Le Ministre de Chah-Thamas s'en tenant toûjours à renouveller leurs prieres
aux Turcs , et à leur remettre continuellement devant les yeux l'honneur de la
Porte , et le malheureux Etat de la Perse;
ceux- cy leur dirent encore , comme ils
avoient déja fait dans d'autres Conferences , de réfléchir de nouveau sur les prétentions qu'ils formoient , et c'est par- là
que finit cette Séance.
VI
SEPTEMBRE. 1732. 1897
VII. CONFERENCE , qui fut generale.
comme la précedente , et se tint de même.
chez le Seraskier, le 13. de Janvier.
Très-honorez Plénipotentiaires , dirent les Turcs aux Persans , dans la derniere Conference que nous eûmes ensemble , nous vous priâmes de faire de
plus mures refléxions sur l'état de vos
affaires et sur la nature de vos prétentions . Dites-nous donc aujourd'hui à quoi
vous êtes résolus; car enfin si vous pensez
tour de bon à pacifier les troubles qui
agitent votre Monarchie , pourquoi n'agissez-vous pas consequemment , et le
plutôt que vous pourrez , puisque ce ne
peut être que le plus avantageux pour
vous ? la décision de l'affaire est toute entiere entre vos mains ; il ne tient qu'à
vous que nous ne finissions dans un
instant.
Vos Excellences ont vû , répondirent
les Ministres de Perse , qu'en renonçant
pour notre Roy aux Etats que Vous possedez au- delà de l'Araxe , nous vous
avons accordé , pour accelerer l'ouvrage
de la Paix , beaucoup plus que Sa Majesté
ne nous avoit permis de le faire. C'est
à votre tour à suivre notre exemple.
Hé bien ! répartirent les Turcs , quoique
1898 MERCURE DE FRANCE
y
que notre pouvoir ne s'étende pas aussi
à vous restituer rien au delà d'Amadan,
nous voulons bien , pour que vous ayez
lieu d'être tout-à- fait contens de nous , y
ajoûter encore Kirmancha ( 1 ) et le Pays d'Herdelan , au risque des reproches que
notre Empereur pourra nous en faire ,
mais il faut que de votre côté vous vous
désistiez de vos vûës sur la Province/de
Tauris , qu'il nous est impossible de vous:
rendre.
Sur cette derniere proposition , les Ministres de Perse repliquerent : Nous n'avons cessé de vous prier , et de vous supplier de rétablir notre Souverain dans
rous ses Etats, et de faire revivre en lui l'éclat de la gloire de ses Ancêtres; nous vous
avons démontré que cela ne se pouvoit
faire qu'en lui remettant tous les Païs que
vous avez subjuguez dans son Royaume ;
et nous vous avons fait voir qu'en prenant une voïe si honorable , l'Empereur,
votre Maître , s'immortaliseroit , er que
toutes les Puissances de la Terre, témoinsd'un procédé si noble , ne pourroient se
lasser d'admirer et de publier sa clémen-
( 1) Kirmancha , ou Kerman , Ville d'une
Province du même nom , autrefois la Caramanic.
ce
SEPTEMBRE. 1732. 1899
ee et sa générosité. Surpris de trouver vos
Excellences peu sensibles à cette gloire
suprême , qu'il leur étoit si facile d'aquerir , nous avions du moins esperé de les
fléchir , en leur cédant de notre bon gré
1 ) Ghendge , Tiflis , ( 2 ) Erivan , Kiat
Kiartil , le ( 3 ) Daguestan , Chamakić
et d'autresContrées si considérables, qu'elles formeroient chacune un grand Etat ; }
et cependant la sublime Porte, sans avoir
égard à nos miséres , à nos humiliatious ,
et aux efforts que nous faisons , malgré
notre abbatement , pour applanir toutes
les difficultez qui s'opposent à notre ré
conciliation avec elle , s'amuse encore à
vouloir se conserver quelques Cantons
ruinez et des Déserts qu'elle vient de nous
( 1 ) Ghendgé, ou Ghendgea , Ville considérable de la Géorgie , ainsi que Tiflis ou Téflis , qui
en est la Capitale.
(2 ) Erivan ou Irvam, Capitale d'une Provin
ce du même nom , qui fait partie de la grande Armenie. Kiat , et Kiartil sont dans la même:
Contrée.
( 3 ) Le Daguestan, dont Chamakié est la Capitale , est un Païs de Montagnes , comme son
nom le signifie,qui fait partie de la Médie-Atropaterre. Il est habité par les Lesquis , qui dans le
commencement des Troubles , se mirent d'euxmêmes sous la protection des Turcs, pour se ga
rantir des invasions des Moscovites..
prendre
630175
1900 MERCURE DE FRANCE
14
H
prendre en deçà de l'Araxe. Que vos Excellences y pensent-bien , et qu'elles jugent elles mêmes , si tant d'attachement
à des bagatelles , répond dignement à l'élevation du Trône que remplit avec tant
de Majesté, votre auguste Empereur ? Les
Ministres Persans prononcerent ce Discours avec toute la véhémence imaginable , et ajouterent gen se levant , avec un
air plein d'altération , que vos Excellences nous envoient , s'il leur plaît , Raghib- Effendi , nous leur ferons sçavoir, par
són Canal , nos dernieres intentions.
CONTINUATION DE LA VII CONFERENCE
entre le Defterdar Raghib- Effendi , seulement,et les Ministres de Chab-Thamas.
CeDefterdar s'étant rendu chez les Plénipotentiaires Persans , ils lui dirent : De
la même maniere que le Seraskier Achmet Pacha a ordre de votre Maître de
ne pas restituer à la Perse aucun des Païs
au-delà de l'Araxe , nous vous jurons ,
par le Dieu Tout- puissant , que nous
avons aussi ordre du nôtre , de ne pas
ceder à la Porte , un pouce de terre en
deçà. Ainsi , dites à leurs Excellences
ajouterent- ils, que nous leur sommes bien
obligez des soins qu'elles ont pris pour
mettre fin à nos principales disputes, puisque
SEPTEMBRE. 1732. 1955
que tout ce qui nous en reste à vuider ,
ne regarde plus que la possession de Tauris ; mais suppliez - les de notre part , comme nous vous en supplions vous- même,
de lever encore ce leger obstacle , en
nous restituant cette Province, qui n'of◄
fre plus aux yeux que des dégâts et des
mazures ; et si la chose est aussi impossi
ble que le Seraskier nous l'a assuré , engagez du moins cet illustre Pacha à trouver bon que nous congédions la plupart
de nos domestiques , et que nous puissions nous retirer avec ce qui reste de nos
gens à ( 1 ) Gherbelaï - Mahaladé , pour y
passer le reste de nos jours.
Raghib-Effendi ayant rendu compte àses
Collégues de ce que venoient de lui dire
les Ministres de Perse ; ceux de Turquie
laisserent passer deux jours sans leur donner de leurs nouvelles , comme s'ils n'avoient pas daigné faire attention au rapport de ce Defterdar.
La négociation cependant se renoua le
(1) C'est un lieu situé près de Bagdat, où le fils
d'une des filles de Mahomet est inhumé ; sa mémoire est en si grande vénération parmi les Persans , qu'entr'autres superstitions du culte religieux qu'ils lui rendent , ils se font une dévotion de porter des Chapelets d'une espece de
Terre glaise , qui se trouve à l'endroit où est son Tombeau.
163
点
1902 MERCURE DE FRANCE
16 , que se tint la derniere Conférence
avec la même assemblée , et chez le Seraskier.
VIII ET DERNIERE CONFERENCE.
Si vos Excellences , dirent les Plénipotentiaires Turcs , souhaitent véritablement la Paix ; au nom de Dieu , ne perdons plus le temps en Discours superflus,
et cessez de nous faire des propositionsque nous ne puissions pas recevoir ; mais
au contraire finissons tout - à - l'heure ,
comme rien n'est plus facile , si vous en
avez bien envie ?
Nous n'aspirons à autre chose , répon
dirent les Persans , qu'à nous trouver parfaitement d'accord avec vos Excellences
ordonnez, prescrivez - nous ce qu'il faut
que nous fissions ; nous sommes prêts de
concourir de tout notre pouvoir avec
vous , à la conclusion d'un accommodement ferme et durable entre nos deux
Nations.
Vous nous avez priez de vous traiter
favorablement, reprirent les Turcs, et nous
y.avons acquiesce avec plaisir. Premierement , en vous rendant la Province d'Amadan , et ensuite sur de nouvelles instances de votre part , le Païs d'Herdelan ,
et Kirmancha.Contentez - vous de ces graces
SEPTEMBRE. 1732. 1903
ces que nous vous faisons gratuitement ,
sans qu'aucune Loy divine ni humaine
nous y oblige , et ne pensez plus à répéter Tauris sur nous.
Avant que de répondre à vos Excellenecs,reprirent les Ministres de Perse,qu'elles nous permettent de leur faire une
question et une comparaison tout ensemble.Supposons un homme opulent et liberal, à qui un pauvre ayant demandé douze
mille ( 1 )Tomans , les lui auroit donnés
de bonne grace ; dites nous , si l'indigent
avoit encore besoin d'un seul Toman; seroit-il vrai - semblable , et croyez vous ,
que cet homme si généreux le lui refusât?
Votre parallele seroit juste , repartirent les Turcs , si nous pouvions disposer
des Païs que vous nous demandez , comme cet homme le pourroit de son bien
et que nous n'eussions pas de plus for--
tes raisons de retenir Tauris , qu'il en
auroit d'épargner un Toman ; mais nous
ne sommes pas dans le même cas, et quoiqu'il soit vrai , comme nous en convenons , que nous vous ayions cedé des
Provinces d'assez grande conséquence ,
( 1 ) Le Toman vaut environ 45 liv . de notre
monnoye , et n'est pas une espece, mais une ma- niere de compter comme nous disons une Pistole , pour signifier 10 francs.
"
pour
1904 MERCURE DE FRANCE
pour y joindre encore celle- ci qui est ruinée, sans nous faire tant prier , c'est précisément notre résistance inébranlable à
vous satisfaire sur cette restitution , qui
doit vous convaincre qn'elle passe absolument notre pouvoir. Mais il faut sans
doute qu'il y ait quelque chose de surna
turel , caché derriere le rideau de la prédestination , et qui doive bien-tôt se manifester , puisque nous ne saurions parvenir à vaincre l'entêtement avec lequel
vous persistez dans vos demandes ; surquoi
nous ne pouvons vous dissimuler , qu'à
la fin il sera peut-être cause de la rupture
de notre négociation , dont la consommation étoit si prochaine.
L'Empire Ottoman est si puissant, et sa
grandeur si relevée , dirent alors les Ministres Persans , que toutes les adversitez
qui pourront encore nous venir de sa
part , nous seront plus supportables que
les reproches et les mépris que nous aurions à essuyer , non seulement du Roy ,
notre Maître , mais de nos Compatriotes
de tous Etats , jusqu'à la plus vile popu
lace , si nous faisions la Paix aux conditions que vous voulez nous imposer.
Ce n'est pas notre obstination , comme
vous en accusez , c'est l'honneur , mille
fois plus cher pour nous que la vie , qui
nous
SEPTEMBRE. 1732. 1905
nous force à les rejetter ; et nous aimons
encore mieux nous exposer aux maux les
plus terribles , qu'à nous voir flétris pour jamais par le désaveu et l'indignation de
toute la Perse. Du reste , si après nous
avoir tant accordé , vous croyez qu'il y
aille de votre gloire de nous refuser si peu
de chose , et à nous renvoyer , sans avoir
pû rien conclure , nous n'en murmurerons point contre vous , et nous ne nous
plaindrons que du destin ; mais souffrez
qu'avant que de finir cette Conférence ,
nous vous rappellions pour la derniere
fois que Chah-Thamas s'est remis sans restriction , à la clémence et à la générosité
de votre Empereur, et permettez- nous du
moins d'implorer votre intercession auprès de Sa Hautesse. Nous osons encore
nous flater , que si des personnes de votre
rang , et d'un mérite aussi distingué que
le vôtre, veulent bien s'intéresser pour no
tre Roy , et faire à la Porte quelques representations en sa faveur , elles n'auront
pas de peine à lui procurer la triste consolation de recouvrer une Ville et une
Province si ravagées, qu'on ne peut pres
que plus les reconnoître que par le lieu
qu'elles occupent sur la terre.
Immédiatement après la tenue de cette
derniere Conference, qui se termina de la
sorte ,
1906 MERCURE DE. FRANCE
›
sorte , Mustapha-Khan alla rendre visite
à chacun en particulier des Plénipotentiaires Turcs , des Visirs , et autres principaux. Chefs de l'Armée Ottomane. Il
les pressa , les sollicita , les carressa tant
et leur fit de nouveau des Instances si
fortes, d'écrire et d'interceder même pour
leur Maître , qu'à la fin les Ministres du
G. S. persuadez que ceux de Chah- Thamas n'avoient pas le pouvoir de se relâcher sur Tauris , et que n'étant pas non
plus autorisez de leur côté à s'en dessaisir , dresserent un Mémoire détaillé de
tout ce qui s'étoit dit et passé depuis l'ouverture des Conférences, et l'envoyerent
à la Porte.
Il se tint à ce sujet consécutivement
plusieurs Conseils Généraux au Sérail , en
présence de S. H. où la matiere vivement
agitée , partagea souvent les opinions , et
dont le dernier résultat, fut cependant de
rendre Tauris à la Perse , avec tous les autres Païs conquis en deçà de l'Araxe ; au
moyen de quoi la Paix , également désirée des deux Peuples ennemis , fut conclue et signée quelque temps après.
P. V. D.
de la Relation Turque , sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs
et les Persans.
V. CONFERENCE , tenue le 9. Janvier,
entre Raghib- Effendi et les Ministres
de Chah- Thamas.
A négociation n'avançant point , les Plénipotentiaires de la Porte , pour
intriguer les Persans , laisserent couler
quelques jours sans les faire inviter à
continuer les Conférences ; mais ceux- cy
paroissant rester tranquilles chez eux ,
A iiij les
1892 MERCURE DE FRANCE
4
les Turcs se déterminerent à leur envoyer
Raghib-Effendi. Ce Defterdar , conformément aux instructións que ses Collegues lui avoient données , signifia en termes formels aux Ministres de Perse ,
qu'il n'étoit pas possible de déferer aux
prieres qu'ils avoient faites jusqu'alors ,
et que tant qu'ils s'aheurteroient à la restitution des Pays conquis au- delà de l'Araxe , il étoit inutile qu'ils se flatassent
de réussir dans leur Mission. Nous connoissons votre état mieux que vous- mêmes , leur dit-il , à quoi bon vous fixer
à rebattre continuellement les mêmes instances , puisque vous ne pouvez vous
promettre aucun fruit de cette conduite ?
Pour moi je vous parle à cœur ouvert ;
si vous voulez travailler avec succès à
la réunion de nos Souverains , croyezmoi , ne réclamez plus rien de tout ce
que nous avons au- delà de l'Araxe ; car
en faisant la paix et gardant chacun ce
que nous possedons , il se trouvera que
l'avantage sera encore de votre côté.
2
Raghib- Effendi ayant sondé le terrain.
de cette maniere , et s'étant tourné et retourné de tous les sens pour découvrir
les plus secrets sentimens des Ministres
de Perse , et les désabuser de leurs esperances , Mehemet Riza-Khan , répondità
SEPTEMBRE. 1732. 1893
à ce Defterdar. Je vous jure sur la tête
de Mourteza-Ali , * qu'absolument je
n'ai pas le pouvoir de me desister en entier des Pays que vous nous avez enlevez
au-delà de l'Araxe ; cependant en consideration de la Paix , et pour mettre la
derniere main à un ouvrage si salutaire ,
je veux bien risquer de m'attirer tout le
courroux de notre Roy par mon trop de
condescendance , et je vous abandonne
contre ses deffenses précises , tout ce qui
est au- delà de ce Fleuve ; mais que leurs
Excellences , le Seraskier Achmet , ne
prétende plus garder rien des Pays endeçà , car je suis résolu de tout hazarder
plutôt que de me relâcher de la moindre chose sur cet article. Voilà tout ce
que nous avons à vous dire.
VI. CONFERENCE , tenue sous les Pavillons
du Seraskier Achmet- Pacha , où assisterent , outre les Ministres ordinaires , tous
les Visirs qui se trouverent à l'Armée et
les principaux Chefs des Troupes..
Le 11. Janvier , deux jours après la
Ali , Gendre de Mahomet , dont les Persans
suivent la Secte.
** N. B. C'est une politesse de la Langue
Turque, de parler en plurier, quoiqu'on ne patle
qu'à une ou que d'une personne.
Av derniere
1894 MERCURE DE FRANCE
derniere Conference , les Plénipotentiaires de Turquie et de Perse , les Visirs:
et les principaux Officiers de l'Armée
Ottomane s'étant assemblez sous la Tente
du Seraskier Achmet , ce Pacha prit la
parole et dit : Suivant le rapport qu'on
m'a fait jusqu'à present , presque toutes
les Conferences précedentes se sont passées en discours infructueux de part et
d'autres ; mais , graces à Dieu , continuat'il, en regardant les Ministres du Roy de
Perse , vous venez d'augmenter la haute
idée que je m'étois déja faite de votre
sagesse , puisqu'ayant reconnu avant hier
dans votre entretien avec Raghib Effendi , que les propositions que vous nous
aviez faites cy-devant n'étoient pas recevables , vous convintes avec lui de
renoncer à la restitution des Pays que
nous avons conquis au- delà de l'Araxe ; desorte que nous pouvons dire que
ce n'est proprement que de ce jour que
notre négociation a commencé , tâchons.
de la continuer er de la finir même aujourd'hui , à la satisfaction commune ;
il ne s'agit plus maintenant que de disputér sur les Pays qui sont en- deçà de
ce Fleuve ; examinons cette matiere
l'amiable.
Dès que nous avons cedé les Pays au
à
dela
SEPTEMBRE. 1732. 1895
delà , interrompirent les Persans , nous
ne voyons pas qu'il y ait plus rien à regler entre nous , car pour ceux de deçà
ils ne méritent pas , dans la désolation
où vous les avez mis , que nous tenions
une seule Conference à leur sujet.
Nous ne pensons pas de même, reprirent les Turcs , et nous jugeons , au
contraire , que parmi ces Contrées il y a
beaucoup de Lieux et de Places qui de
route necessité , et surtout par rapport
à la convenance doivent être annexez à notre Empire , comme , par exemple , les Ville et Province de Tauris , que
des raisons tres- essentielles nous empê
chent absolument de vous restituer.
>
Nous ne pouvons que vous repeter
roûjours ce que nous vous avons déja
dit tant de fois , répartirent les Persans ;
nous ne sommes pas ici pour disputer
d'égal à égal , sur ce qu'il convient que
vous nous donniez et que nous vous
donnions ; et nous en revenons , à l'ordinaire , à vous supplier de prendre en
consideration notre état , et sur tout
Phonneur de la Porte. Hé ! ne le faisons
nous pas , répliquerent les Turcs ; comment ! quand nous vous rendons la Pro
vince d'Hamadan , qui est si belle et si
grande, cette grace n'est- elle pas assez
A vj Con
1896 MERCURE DE FRANCE
considerable pour vous inspirer plus de
retenue dans vos demandes ?
Nous conviendrons bien , dirent les
Persans , que la restitution de cette Province seroit effectivement une faveur ,
si le Suppliant pour lequel nous parlons ,
n'étoit pas un Roy qui se jette entre les
bras du plus grand Monarque du monde,
son unique réfuge et l'azile de la Foy
Ortodoxe; mais lorsque nous envisageons
votre Empereur sous cette idée sublime ,
il nous paroît qu'il est de sa grandeur de
nous traiter plus favorablement. Enfin ,
c'est de vous que sont partis les coups
qui nous ont terrassez ; nos playes sont
encore toute sanglantes , vous seuls pouvez y appliquer les remedes les plus propres à les guérir promptement ; nous ne
pouvons vous dire rien de plus.
Le Ministre de Chah-Thamas s'en tenant toûjours à renouveller leurs prieres
aux Turcs , et à leur remettre continuellement devant les yeux l'honneur de la
Porte , et le malheureux Etat de la Perse;
ceux- cy leur dirent encore , comme ils
avoient déja fait dans d'autres Conferences , de réfléchir de nouveau sur les prétentions qu'ils formoient , et c'est par- là
que finit cette Séance.
VI
SEPTEMBRE. 1732. 1897
VII. CONFERENCE , qui fut generale.
comme la précedente , et se tint de même.
chez le Seraskier, le 13. de Janvier.
Très-honorez Plénipotentiaires , dirent les Turcs aux Persans , dans la derniere Conference que nous eûmes ensemble , nous vous priâmes de faire de
plus mures refléxions sur l'état de vos
affaires et sur la nature de vos prétentions . Dites-nous donc aujourd'hui à quoi
vous êtes résolus; car enfin si vous pensez
tour de bon à pacifier les troubles qui
agitent votre Monarchie , pourquoi n'agissez-vous pas consequemment , et le
plutôt que vous pourrez , puisque ce ne
peut être que le plus avantageux pour
vous ? la décision de l'affaire est toute entiere entre vos mains ; il ne tient qu'à
vous que nous ne finissions dans un
instant.
Vos Excellences ont vû , répondirent
les Ministres de Perse , qu'en renonçant
pour notre Roy aux Etats que Vous possedez au- delà de l'Araxe , nous vous
avons accordé , pour accelerer l'ouvrage
de la Paix , beaucoup plus que Sa Majesté
ne nous avoit permis de le faire. C'est
à votre tour à suivre notre exemple.
Hé bien ! répartirent les Turcs , quoique
1898 MERCURE DE FRANCE
y
que notre pouvoir ne s'étende pas aussi
à vous restituer rien au delà d'Amadan,
nous voulons bien , pour que vous ayez
lieu d'être tout-à- fait contens de nous , y
ajoûter encore Kirmancha ( 1 ) et le Pays d'Herdelan , au risque des reproches que
notre Empereur pourra nous en faire ,
mais il faut que de votre côté vous vous
désistiez de vos vûës sur la Province/de
Tauris , qu'il nous est impossible de vous:
rendre.
Sur cette derniere proposition , les Ministres de Perse repliquerent : Nous n'avons cessé de vous prier , et de vous supplier de rétablir notre Souverain dans
rous ses Etats, et de faire revivre en lui l'éclat de la gloire de ses Ancêtres; nous vous
avons démontré que cela ne se pouvoit
faire qu'en lui remettant tous les Païs que
vous avez subjuguez dans son Royaume ;
et nous vous avons fait voir qu'en prenant une voïe si honorable , l'Empereur,
votre Maître , s'immortaliseroit , er que
toutes les Puissances de la Terre, témoinsd'un procédé si noble , ne pourroient se
lasser d'admirer et de publier sa clémen-
( 1) Kirmancha , ou Kerman , Ville d'une
Province du même nom , autrefois la Caramanic.
ce
SEPTEMBRE. 1732. 1899
ee et sa générosité. Surpris de trouver vos
Excellences peu sensibles à cette gloire
suprême , qu'il leur étoit si facile d'aquerir , nous avions du moins esperé de les
fléchir , en leur cédant de notre bon gré
1 ) Ghendge , Tiflis , ( 2 ) Erivan , Kiat
Kiartil , le ( 3 ) Daguestan , Chamakić
et d'autresContrées si considérables, qu'elles formeroient chacune un grand Etat ; }
et cependant la sublime Porte, sans avoir
égard à nos miséres , à nos humiliatious ,
et aux efforts que nous faisons , malgré
notre abbatement , pour applanir toutes
les difficultez qui s'opposent à notre ré
conciliation avec elle , s'amuse encore à
vouloir se conserver quelques Cantons
ruinez et des Déserts qu'elle vient de nous
( 1 ) Ghendgé, ou Ghendgea , Ville considérable de la Géorgie , ainsi que Tiflis ou Téflis , qui
en est la Capitale.
(2 ) Erivan ou Irvam, Capitale d'une Provin
ce du même nom , qui fait partie de la grande Armenie. Kiat , et Kiartil sont dans la même:
Contrée.
( 3 ) Le Daguestan, dont Chamakié est la Capitale , est un Païs de Montagnes , comme son
nom le signifie,qui fait partie de la Médie-Atropaterre. Il est habité par les Lesquis , qui dans le
commencement des Troubles , se mirent d'euxmêmes sous la protection des Turcs, pour se ga
rantir des invasions des Moscovites..
prendre
630175
1900 MERCURE DE FRANCE
14
H
prendre en deçà de l'Araxe. Que vos Excellences y pensent-bien , et qu'elles jugent elles mêmes , si tant d'attachement
à des bagatelles , répond dignement à l'élevation du Trône que remplit avec tant
de Majesté, votre auguste Empereur ? Les
Ministres Persans prononcerent ce Discours avec toute la véhémence imaginable , et ajouterent gen se levant , avec un
air plein d'altération , que vos Excellences nous envoient , s'il leur plaît , Raghib- Effendi , nous leur ferons sçavoir, par
són Canal , nos dernieres intentions.
CONTINUATION DE LA VII CONFERENCE
entre le Defterdar Raghib- Effendi , seulement,et les Ministres de Chab-Thamas.
CeDefterdar s'étant rendu chez les Plénipotentiaires Persans , ils lui dirent : De
la même maniere que le Seraskier Achmet Pacha a ordre de votre Maître de
ne pas restituer à la Perse aucun des Païs
au-delà de l'Araxe , nous vous jurons ,
par le Dieu Tout- puissant , que nous
avons aussi ordre du nôtre , de ne pas
ceder à la Porte , un pouce de terre en
deçà. Ainsi , dites à leurs Excellences
ajouterent- ils, que nous leur sommes bien
obligez des soins qu'elles ont pris pour
mettre fin à nos principales disputes, puisque
SEPTEMBRE. 1732. 1955
que tout ce qui nous en reste à vuider ,
ne regarde plus que la possession de Tauris ; mais suppliez - les de notre part , comme nous vous en supplions vous- même,
de lever encore ce leger obstacle , en
nous restituant cette Province, qui n'of◄
fre plus aux yeux que des dégâts et des
mazures ; et si la chose est aussi impossi
ble que le Seraskier nous l'a assuré , engagez du moins cet illustre Pacha à trouver bon que nous congédions la plupart
de nos domestiques , et que nous puissions nous retirer avec ce qui reste de nos
gens à ( 1 ) Gherbelaï - Mahaladé , pour y
passer le reste de nos jours.
Raghib-Effendi ayant rendu compte àses
Collégues de ce que venoient de lui dire
les Ministres de Perse ; ceux de Turquie
laisserent passer deux jours sans leur donner de leurs nouvelles , comme s'ils n'avoient pas daigné faire attention au rapport de ce Defterdar.
La négociation cependant se renoua le
(1) C'est un lieu situé près de Bagdat, où le fils
d'une des filles de Mahomet est inhumé ; sa mémoire est en si grande vénération parmi les Persans , qu'entr'autres superstitions du culte religieux qu'ils lui rendent , ils se font une dévotion de porter des Chapelets d'une espece de
Terre glaise , qui se trouve à l'endroit où est son Tombeau.
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16 , que se tint la derniere Conférence
avec la même assemblée , et chez le Seraskier.
VIII ET DERNIERE CONFERENCE.
Si vos Excellences , dirent les Plénipotentiaires Turcs , souhaitent véritablement la Paix ; au nom de Dieu , ne perdons plus le temps en Discours superflus,
et cessez de nous faire des propositionsque nous ne puissions pas recevoir ; mais
au contraire finissons tout - à - l'heure ,
comme rien n'est plus facile , si vous en
avez bien envie ?
Nous n'aspirons à autre chose , répon
dirent les Persans , qu'à nous trouver parfaitement d'accord avec vos Excellences
ordonnez, prescrivez - nous ce qu'il faut
que nous fissions ; nous sommes prêts de
concourir de tout notre pouvoir avec
vous , à la conclusion d'un accommodement ferme et durable entre nos deux
Nations.
Vous nous avez priez de vous traiter
favorablement, reprirent les Turcs, et nous
y.avons acquiesce avec plaisir. Premierement , en vous rendant la Province d'Amadan , et ensuite sur de nouvelles instances de votre part , le Païs d'Herdelan ,
et Kirmancha.Contentez - vous de ces graces
SEPTEMBRE. 1732. 1903
ces que nous vous faisons gratuitement ,
sans qu'aucune Loy divine ni humaine
nous y oblige , et ne pensez plus à répéter Tauris sur nous.
Avant que de répondre à vos Excellenecs,reprirent les Ministres de Perse,qu'elles nous permettent de leur faire une
question et une comparaison tout ensemble.Supposons un homme opulent et liberal, à qui un pauvre ayant demandé douze
mille ( 1 )Tomans , les lui auroit donnés
de bonne grace ; dites nous , si l'indigent
avoit encore besoin d'un seul Toman; seroit-il vrai - semblable , et croyez vous ,
que cet homme si généreux le lui refusât?
Votre parallele seroit juste , repartirent les Turcs , si nous pouvions disposer
des Païs que vous nous demandez , comme cet homme le pourroit de son bien
et que nous n'eussions pas de plus for--
tes raisons de retenir Tauris , qu'il en
auroit d'épargner un Toman ; mais nous
ne sommes pas dans le même cas, et quoiqu'il soit vrai , comme nous en convenons , que nous vous ayions cedé des
Provinces d'assez grande conséquence ,
( 1 ) Le Toman vaut environ 45 liv . de notre
monnoye , et n'est pas une espece, mais une ma- niere de compter comme nous disons une Pistole , pour signifier 10 francs.
"
pour
1904 MERCURE DE FRANCE
pour y joindre encore celle- ci qui est ruinée, sans nous faire tant prier , c'est précisément notre résistance inébranlable à
vous satisfaire sur cette restitution , qui
doit vous convaincre qn'elle passe absolument notre pouvoir. Mais il faut sans
doute qu'il y ait quelque chose de surna
turel , caché derriere le rideau de la prédestination , et qui doive bien-tôt se manifester , puisque nous ne saurions parvenir à vaincre l'entêtement avec lequel
vous persistez dans vos demandes ; surquoi
nous ne pouvons vous dissimuler , qu'à
la fin il sera peut-être cause de la rupture
de notre négociation , dont la consommation étoit si prochaine.
L'Empire Ottoman est si puissant, et sa
grandeur si relevée , dirent alors les Ministres Persans , que toutes les adversitez
qui pourront encore nous venir de sa
part , nous seront plus supportables que
les reproches et les mépris que nous aurions à essuyer , non seulement du Roy ,
notre Maître , mais de nos Compatriotes
de tous Etats , jusqu'à la plus vile popu
lace , si nous faisions la Paix aux conditions que vous voulez nous imposer.
Ce n'est pas notre obstination , comme
vous en accusez , c'est l'honneur , mille
fois plus cher pour nous que la vie , qui
nous
SEPTEMBRE. 1732. 1905
nous force à les rejetter ; et nous aimons
encore mieux nous exposer aux maux les
plus terribles , qu'à nous voir flétris pour jamais par le désaveu et l'indignation de
toute la Perse. Du reste , si après nous
avoir tant accordé , vous croyez qu'il y
aille de votre gloire de nous refuser si peu
de chose , et à nous renvoyer , sans avoir
pû rien conclure , nous n'en murmurerons point contre vous , et nous ne nous
plaindrons que du destin ; mais souffrez
qu'avant que de finir cette Conférence ,
nous vous rappellions pour la derniere
fois que Chah-Thamas s'est remis sans restriction , à la clémence et à la générosité
de votre Empereur, et permettez- nous du
moins d'implorer votre intercession auprès de Sa Hautesse. Nous osons encore
nous flater , que si des personnes de votre
rang , et d'un mérite aussi distingué que
le vôtre, veulent bien s'intéresser pour no
tre Roy , et faire à la Porte quelques representations en sa faveur , elles n'auront
pas de peine à lui procurer la triste consolation de recouvrer une Ville et une
Province si ravagées, qu'on ne peut pres
que plus les reconnoître que par le lieu
qu'elles occupent sur la terre.
Immédiatement après la tenue de cette
derniere Conference, qui se termina de la
sorte ,
1906 MERCURE DE. FRANCE
›
sorte , Mustapha-Khan alla rendre visite
à chacun en particulier des Plénipotentiaires Turcs , des Visirs , et autres principaux. Chefs de l'Armée Ottomane. Il
les pressa , les sollicita , les carressa tant
et leur fit de nouveau des Instances si
fortes, d'écrire et d'interceder même pour
leur Maître , qu'à la fin les Ministres du
G. S. persuadez que ceux de Chah- Thamas n'avoient pas le pouvoir de se relâcher sur Tauris , et que n'étant pas non
plus autorisez de leur côté à s'en dessaisir , dresserent un Mémoire détaillé de
tout ce qui s'étoit dit et passé depuis l'ouverture des Conférences, et l'envoyerent
à la Porte.
Il se tint à ce sujet consécutivement
plusieurs Conseils Généraux au Sérail , en
présence de S. H. où la matiere vivement
agitée , partagea souvent les opinions , et
dont le dernier résultat, fut cependant de
rendre Tauris à la Perse , avec tous les autres Païs conquis en deçà de l'Araxe ; au
moyen de quoi la Paix , également désirée des deux Peuples ennemis , fut conclue et signée quelque temps après.
P. V. D.
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Résumé : SUITE DE LA TRADUCTION de la Relation Turque, sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs et les Persans.
Entre janvier et septembre 1732, des conférences de paix eurent lieu entre les Turcs et les Persans pour résoudre des conflits territoriaux. Lors de la cinquième conférence, les Turcs, représentés par Raghib-Effendi, refusèrent de restituer les territoires conquis au-delà de l'Araxe, estimant que les Persans ne pouvaient espérer réussir sans cette concession. Mehemet Riza-Khan, ministre persan, accepta de céder les territoires au-delà de l'Araxe mais exigea la restitution des territoires en deçà de l'Araxe, notamment la province de Tauris. Lors des conférences suivantes, les Turcs reconnurent les concessions persanes mais insistèrent sur la nécessité de conserver certains territoires en deçà de l'Araxe, comme Tauris. Les Persans maintinrent leur demande pour Tauris, soulignant les souffrances de leur royaume et l'honneur de la Porte ottomane. Les Turcs proposèrent de restituer les provinces de Kirmancha et d'Herdelan, à condition que les Persans renoncent à Tauris. Les Persans insistèrent sur la restitution de tous les territoires conquis et sur la gloire que cela apporterait à l'empereur ottoman. Lors de la huitième et dernière conférence, les Persans réitérèrent leur refus de céder des territoires en deçà de l'Araxe. Les Turcs renouvèlèrent les négociations mais sans aboutir à un accord. Les Persans exprimèrent leur volonté de se retirer à Gherbelaï-Mahaladé si Tauris ne leur était pas restituée. La négociation resta en suspens. En septembre 1732, les Persans exprimèrent leur volonté de coopérer et de conclure un accord ferme, tout en demandant la restitution de la province de Tauris. Les Turcs, après avoir rendu les provinces d'Amadan, d'Herdelan et de Kirmancha, refusèrent de céder Tauris. Les Persans insistèrent sur l'honneur et la dignité, préférant affronter des adversités plutôt que d'accepter des conditions humiliantes. Après plusieurs conseils au Sérail, les Turcs décidèrent de rendre Tauris à la Perse, ainsi que les autres provinces conquises. Cette décision permit la conclusion et la signature de la paix entre les deux nations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9056
p. 1907-1912
LES PROGREZ de la Tragédie, sous LOUIS XIV.
Début :
Descends, Divine Melpoméne [...]
Mots clefs :
Prière, Louis XIV, Tragédie, Règles, Progrès
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texteReconnaissance textuelle : LES PROGREZ de la Tragédie, sous LOUIS XIV.
LES PROGREZ de la Tragédie ,
sous LOUIS XIV.
DEscends , Divine Melpoméne ( 1 ) ,
Prête à ma voix ces sons vainqueurs ;
Qui savent sur ta double scene ,
Ravir et charmer tous les cœurs.
Je celebre aujourd'hui ta gloire ,
Sous un Monarque dont l'histoire ,
Efface les noms les plus grands ( 2 ),
Et qui joignit à sa puissance ,
2
Ce goût , cette magnificence ,
Si glorieuse aux Conquerans.
Quel noir cahos s'offre à ma vûë ( 3 )
Où vais-je en cette affreuse nuit ?
Un foible éclair perce la nuë ,`
Je n'entrevois qu'un jour qui fuit ;
Sur nos bords , un Théatre s'ouvre ,
Quels fantômes mon œil découvre ,
Sous le Cothurne des Héros ;
O Dieux , Melpomene avilie ( 4 )
(1 )L'Opera et la Comédie.
( 2 ) LOUIS XIV,
(3 )Etat de l'ancienne Tragédie en France.
(4 ) Pieces de Jodelle , Garnier , Hardy.
Porte
1908 MERCURE DE FRANCE
Porte le masque de Thalie ,
Orné des Myrthes de Paphos,
Disparoissez , nuages sombres ( 1 );
Tout change ; à mes yeux éblouis ,
Le plus beau jour chassant les ombres ,
Se leve en faveur de Louis ;
Armand fait briller son Aurore ( 2 ) ;
Que de Fleurs s'empressent d'éclorre ,
Le temps augmente leurs attraits ;
Le Théatre se renouvelle ,
Le Dieu des Muses me révele ,
Le cours de ses heureux progrès.
Que vois-je ? d'une aîle hardie,
Un Aigle fend le sein des airs ; ( 3)
Par sa touchante Mélodie ,
Un Cygne attendrit l'Univers ( 4 ) ;
Oprodige ; à la voix d'un homme ,
Renaissent les Héros de Rome , ( s ) ;
Plus grands encor , plus généreux ;
Est-ce la vertu qui s'exprime ( 6 ) .
( 1 ) Progrès de laTragédie.
( 2 ) Le Cardinal de Richelieu. Pieces des s Au
geurs.
(3) Corneille , l'aîné.
(4 ) Racine.
(s )Pieces de Corneille
( 6 ) Mitridate.
Est-ex
SEPTEMBR E. 1732 1909
Est-ce l'amour tendre Monime , ( 1 ) ,
Vous les réunissez tous deux.
Les Regles long-temps négligées ,
Rentrent enfin dans tous leurs droits ;
Les bien- séances sont vangées ,
J'entens les Rois , parler en Rois ;
Du fard méprisant l'imposture
Melpomene dans la nature ,
Puise sa nouvelle splendeur ;
Et sa Pompe moins fastueuse ,
En devient plus majestueuse ,
Et plus digne de sa grandeur.
A tes Progrès , Muse sublime , ( 2)
L'Etranger dresse des Autels ;
L'Anglois , Emule magnanime ,
Leur rend des honneurs immortels ;
Nos Sophocles portent ta gloire ,
Aussi-loin que par la victoire ,
Le nom de Louis fut porté.
Tel du Midy , jusques à l'Ourse ,
(1 )Mitridate, Piece de Racine.
(2) Les Progrès de la Tragedie se sont étendus
fort loin sous LOUIS XI V. et continuent encore
après lui. Les Anglois ont traduit plusieurs de nos
Pieces , le Cid , l'Andromaque , le Caton,
B Phœbus
1910 MERCURE DE FRANCE
Phoebus dans sa brillante course ,
Dispense au monde la clarëté.
Suis-je dans l'Empire des Fées ?
Est- ce icy le Palais des Dieux ? ( 1 )
L'Art des Zeuxis et des Orphées ,
Triomphe en ces superbes lieux ;
Nouveau genre où le fier tragique ,
S'unit aux sons de la Musique!
Où le chant nous peint les douleurs !
Triste Eglé , malheureuse Armide ,
Thétis , Clorinde , Sangaride ,
Vos accens m'arrachent des pleurs.
Le François est né trop sensible
Son goût par les amours flatté ,
Sembloit oublier le terrible ,
Qu'idolatroit l'antiquité ( 2 )
>
3 ) Echyle revit ; mais plus sage ;
S'il m'offre une barbare image ›
Il sait en adoucir l'horreur ( 4 ) ;
Et sur sa scene interressante >
Toujours la pitié gémissante ,
Est compagne de la terreur.
( 1 ) L'Opera,
( 2 ) Pieces de Sophocle et d'Euripe.
( 3 ) M. de Crebillon.
.14 ) Astrée , Electre ,
Zénobie.
Dieuz
SEPTEMBR E. 1732 1911
Dieux vains que celebre ma Lyre ,
Cedez au Dieu de vérité ;
Un Spectacle auguste m'attire ,
Où préside la Piété. ( 1 )
Icy la grace est triomphante ; ( 2 )
C'est dans les tourmens qu'elle enfante , ( 3 )
Des Chrétiens vainqueurs du trépas ; ( 4 )
Là , périt une Reine impie, ( s )
Plus loin , un fils rebelle expie ,
Ses Parricides attentats. ( 6 )
Des grands Maîtres suivons l'exemple;
Que notre Théatre épuré,
Par nos mains se change en un Temple,
Aux seules vertus consacré ;
Heureux qui les choisit pour guides ;
Et qui mêle les fruits solides
Avec le vif éclat des fleurs !
Fidele au flambeau qui l'éclaire ,
Il n'a recours à l'art de plaire ,
Que pour faire regner les mœurs.
( 1 ) Pieces Saintes.
( 2 ) Polyeucte de Corneille.
( 3 ) Gabinie , de M. Bruys. "
( 4 ) Adrien , de M. de Campist
PRIERE.
Toi , qui regles des Rois les hautes destinées ;
En faveur de Louis , exauce nos souhaits;
Dieu saint , à ses vertus égale ses années ,
Et rends toujours son cœur digne de tes bienfaits.
- Vivat io , LODOIX , hoc unum poscimus omnes.
Par M. l'Abbé PONCY DE NEUVILLE.
sous LOUIS XIV.
DEscends , Divine Melpoméne ( 1 ) ,
Prête à ma voix ces sons vainqueurs ;
Qui savent sur ta double scene ,
Ravir et charmer tous les cœurs.
Je celebre aujourd'hui ta gloire ,
Sous un Monarque dont l'histoire ,
Efface les noms les plus grands ( 2 ),
Et qui joignit à sa puissance ,
2
Ce goût , cette magnificence ,
Si glorieuse aux Conquerans.
Quel noir cahos s'offre à ma vûë ( 3 )
Où vais-je en cette affreuse nuit ?
Un foible éclair perce la nuë ,`
Je n'entrevois qu'un jour qui fuit ;
Sur nos bords , un Théatre s'ouvre ,
Quels fantômes mon œil découvre ,
Sous le Cothurne des Héros ;
O Dieux , Melpomene avilie ( 4 )
(1 )L'Opera et la Comédie.
( 2 ) LOUIS XIV,
(3 )Etat de l'ancienne Tragédie en France.
(4 ) Pieces de Jodelle , Garnier , Hardy.
Porte
1908 MERCURE DE FRANCE
Porte le masque de Thalie ,
Orné des Myrthes de Paphos,
Disparoissez , nuages sombres ( 1 );
Tout change ; à mes yeux éblouis ,
Le plus beau jour chassant les ombres ,
Se leve en faveur de Louis ;
Armand fait briller son Aurore ( 2 ) ;
Que de Fleurs s'empressent d'éclorre ,
Le temps augmente leurs attraits ;
Le Théatre se renouvelle ,
Le Dieu des Muses me révele ,
Le cours de ses heureux progrès.
Que vois-je ? d'une aîle hardie,
Un Aigle fend le sein des airs ; ( 3)
Par sa touchante Mélodie ,
Un Cygne attendrit l'Univers ( 4 ) ;
Oprodige ; à la voix d'un homme ,
Renaissent les Héros de Rome , ( s ) ;
Plus grands encor , plus généreux ;
Est-ce la vertu qui s'exprime ( 6 ) .
( 1 ) Progrès de laTragédie.
( 2 ) Le Cardinal de Richelieu. Pieces des s Au
geurs.
(3) Corneille , l'aîné.
(4 ) Racine.
(s )Pieces de Corneille
( 6 ) Mitridate.
Est-ex
SEPTEMBR E. 1732 1909
Est-ce l'amour tendre Monime , ( 1 ) ,
Vous les réunissez tous deux.
Les Regles long-temps négligées ,
Rentrent enfin dans tous leurs droits ;
Les bien- séances sont vangées ,
J'entens les Rois , parler en Rois ;
Du fard méprisant l'imposture
Melpomene dans la nature ,
Puise sa nouvelle splendeur ;
Et sa Pompe moins fastueuse ,
En devient plus majestueuse ,
Et plus digne de sa grandeur.
A tes Progrès , Muse sublime , ( 2)
L'Etranger dresse des Autels ;
L'Anglois , Emule magnanime ,
Leur rend des honneurs immortels ;
Nos Sophocles portent ta gloire ,
Aussi-loin que par la victoire ,
Le nom de Louis fut porté.
Tel du Midy , jusques à l'Ourse ,
(1 )Mitridate, Piece de Racine.
(2) Les Progrès de la Tragedie se sont étendus
fort loin sous LOUIS XI V. et continuent encore
après lui. Les Anglois ont traduit plusieurs de nos
Pieces , le Cid , l'Andromaque , le Caton,
B Phœbus
1910 MERCURE DE FRANCE
Phoebus dans sa brillante course ,
Dispense au monde la clarëté.
Suis-je dans l'Empire des Fées ?
Est- ce icy le Palais des Dieux ? ( 1 )
L'Art des Zeuxis et des Orphées ,
Triomphe en ces superbes lieux ;
Nouveau genre où le fier tragique ,
S'unit aux sons de la Musique!
Où le chant nous peint les douleurs !
Triste Eglé , malheureuse Armide ,
Thétis , Clorinde , Sangaride ,
Vos accens m'arrachent des pleurs.
Le François est né trop sensible
Son goût par les amours flatté ,
Sembloit oublier le terrible ,
Qu'idolatroit l'antiquité ( 2 )
>
3 ) Echyle revit ; mais plus sage ;
S'il m'offre une barbare image ›
Il sait en adoucir l'horreur ( 4 ) ;
Et sur sa scene interressante >
Toujours la pitié gémissante ,
Est compagne de la terreur.
( 1 ) L'Opera,
( 2 ) Pieces de Sophocle et d'Euripe.
( 3 ) M. de Crebillon.
.14 ) Astrée , Electre ,
Zénobie.
Dieuz
SEPTEMBR E. 1732 1911
Dieux vains que celebre ma Lyre ,
Cedez au Dieu de vérité ;
Un Spectacle auguste m'attire ,
Où préside la Piété. ( 1 )
Icy la grace est triomphante ; ( 2 )
C'est dans les tourmens qu'elle enfante , ( 3 )
Des Chrétiens vainqueurs du trépas ; ( 4 )
Là , périt une Reine impie, ( s )
Plus loin , un fils rebelle expie ,
Ses Parricides attentats. ( 6 )
Des grands Maîtres suivons l'exemple;
Que notre Théatre épuré,
Par nos mains se change en un Temple,
Aux seules vertus consacré ;
Heureux qui les choisit pour guides ;
Et qui mêle les fruits solides
Avec le vif éclat des fleurs !
Fidele au flambeau qui l'éclaire ,
Il n'a recours à l'art de plaire ,
Que pour faire regner les mœurs.
( 1 ) Pieces Saintes.
( 2 ) Polyeucte de Corneille.
( 3 ) Gabinie , de M. Bruys. "
( 4 ) Adrien , de M. de Campist
PRIERE.
Toi , qui regles des Rois les hautes destinées ;
En faveur de Louis , exauce nos souhaits;
Dieu saint , à ses vertus égale ses années ,
Et rends toujours son cœur digne de tes bienfaits.
- Vivat io , LODOIX , hoc unum poscimus omnes.
Par M. l'Abbé PONCY DE NEUVILLE.
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Résumé : LES PROGREZ de la Tragédie, sous LOUIS XIV.
Le texte traite des progrès de la tragédie sous le règne de Louis XIV. Il commence par une invocation à Melpomène, la muse de la tragédie, pour célébrer la gloire de Louis XIV, dont l'histoire efface celle des plus grands monarques. Avant Louis XIV, la tragédie en France était marquée par des œuvres médiocres de Jodelle, Garnier et Hardy. Sous Louis XIV, la tragédie connaît un renouveau grâce à des figures comme le Cardinal de Richelieu, Corneille et Racine. Corneille est comparé à un aigle, symbolisant son audace, tandis que Racine est comparé à un cygne, représentant sa mélodie touchante. Les héros romains revivent dans les pièces de Corneille, plus grands et plus généreux. Le texte souligne également le respect des règles et des bienséances dans les tragédies, avec des rois parlant en rois et Melpomène puisant sa splendeur dans la nature. Les progrès de la tragédie française sont reconnus à l'étranger, notamment en Angleterre, où des pièces comme 'Le Cid', 'Andromaque' et 'Caton' sont traduites. Le texte mentionne aussi l'influence de l'opéra et la sensibilité du public français, qui préfère les amours aux sujets terribles de l'antiquité. Il conclut par une prière à Dieu pour prolonger la vie et les vertus de Louis XIV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9057
p. 1912-1929
LETTRE aux Auteurs du Mercure, sur la Réponse insérée dans le Mercure du mois de Mars dernier, à l'Ordonnance de Bacchus.
Début :
Je trouve, Messieurs, une grande inadvertance, presqu'au commencement [...]
Mots clefs :
Ordonnance de Bacchus, Inadvertance, Joigny, Vigne, Soleil, Collines, Vins, Bourgogne, Tribunal bacchique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE aux Auteurs du Mercure, sur la Réponse insérée dans le Mercure du mois de Mars dernier, à l'Ordonnance de Bacchus.
LETTRE aux Auteurs du Mercure , sur
la Réponse insérée dans le Mercure du
mois de Mars dernier , à l'Ordonnance
de Bacchus.
J
E trouve, Messieurs, une grande inadvertance , presqu'au commencement
de la Réponse en question. Elle paroît
dès la fin de la seconde Période , c'est-àdire , à la page 488 , lig. 6. du Mercure.
Le raisonnement est si louche , que je serois plus volontiers porté à croire , que
celui qui a composé cette Piéce , étoit
moinsattentif à ce qu'il écrivoit , qu'à ce
qu'il avoit envie d'écrire.
Il a , au reste , fort mauvaise grace de
reprocher aux Gens tenans le Conseil du
Dieu
SEPTEMBRE. 1732. 1973
Dieu Bacchus , de n'avoir pas répondu à
ce que Virgile a écrit. Ce Conseil recon-.
noit , avec ce Poëte , que les lieux où il
y a une grande profondeur de terre, sont
meilleurs pour le bled , que les endroits
qui ont peu de fond , et que les superficies moins épaisses , que celles - là , conviennent au vin par préférence. Mais il
ajoute , que c'est abuser du texte Poëtique , que d'en inférer qu'il n'y a que
Joigny qui soit dans le cas d'avoir un territoire propre à la Vigne , ou que son exposition a cette propriété par excellence.
Chacun sçait que c'est un avantage commun à tous les lieux qui ont été les premiers cultivez en Vignes. Ce qui fait le
Vin délicat , c'est que les racines s'étendent plutôt en longueur qu'en profondeur ; mais ce n'est pas toujours ce qui le
fait bon et irreprochable. Il ne mérite pas
cette qualité , dès que cette petite épaisseur de terre est couchée et appliquée sur
des Bancs de craye et de tuf, comme est
le territoire de Joigny , au vû et au sçu
de tout le monde. Loin donc d'ici le prétendu Privilege singulier de cette Ville ;
Privilege exclusif, si on en croit le Député
qui parle pour elle ; mais dont ses habitans ne peuvent se glorifier sans une vaine présomption.
B iij Ce
1914 MERCURE DE FRANCE
Ce Député veut que nous marquions d'un
grand sérieux , ce que nous avons lû des
Poësies du P. Vaniere. Quoique l'Ordonnance de Bacchus l'insinue assez, et qu'il y
soit dit en termes formels, autant qu'une
Ordonnance en style burles quepeut le permettre, que la proposition du Poëte, prise trop généralement est fausse et démen.
tie par l'expérience , on ne laissera pas de
faire encore icy quelques réfléxions. C'est
être en effet scrupuleux jusqu'au ridicule, que de prétendre qu'on doit laisser sans
Vignes , des Côtes qui ne regardent pas
géométriquement le point de Midy en
face,quoique le grain de terre en soit bon;
comme s'il étoit besoin de tirer un allignement , et avoir son quart de cercle en
main lorsqu'on plante une Vigne , de
même que lorsqu'on dresse un Cadran.
Ce même Ecrivain convient qu'il ne faut
pas disputer des faits Or c'est un fait certain et prouvé par l'expérience de quinze
cens ans au moins , que des Côtes qui ne
sont point obverses directement au Midy , mais qui regardent un peu l'Orient ,
ou qui sont tournées vers le déclin du
Soleil , produisent du Vin aussi excellent
et même souvent meilleur que des Coteaux qui font face , en droite ligne , au
point méridional.
II
*
SEPTEMBRE. 1732. 1915.
Il est vrai qu'entre les Vignes situées
obversement au Midy ; il y en a quelquefois qui produisent un vin brulant: Mais si
ce Vin est bon, ce n'est pas toujours à cause
de leur exposition géométrique. C'est le
grain de terre qui fournit la substance
que les ardeurs du Soleil ne font que perfectionner. Un bon fond produit de ses
entrailles un bon raisin ; et c'est la chaleur
de la nuit, aussi bien que celle du jour qui
opere le dégré de maturité qui convient.Il
faut donc éviter de tirer une conclusion
trop generale en matiere de Physique
d'une proposition avancée par un Poëte
qui s'attache plus à rendre son Vers bien
harmonieux , qu'à approfondir les secrets
de la Nature; sans quoy l'on court risque
de tomber dans le Sophisme , qui prend
pour cause , ce qui n'est point cause. Une
preuve de cela , est que si c'étoit la plus
grande chaleur , tombant à plomb, qui
fait le meilleur raisin , il s'ensuivroit qu'il
seroit à propos d'ôter les feuilles de dessus le raisin pour le rendre meilleur ; ce
qu'on n'a garde de faire, parce que l'expe
rience fait connoître qu'une chaleur refléchie ou de réverbération , rend le fruit
plus sain et plus propre à faire de bon Vin,
qu'une chaleur directe.
Mais l'Ecrivain de Joigny est admiraBiiij ble
1916 MERCURE DE FRANCE
ble,lorsqu'il nous dit que le P.Vaniere fait
l'éloge de l'exposition de tout le Vignoble
de Joigny , en marquant le regard vers le
Midy , comme le plus favorable. La Providence, disoit- il au mois de Février 1731 .
nous a bienfavorisez , en nous environnant
de Collines , dont l'exposition nous répond
de la bonté de nos Vignobles. Il semble
que dès qu'une Ville est environnée de
Collines , il est impossible que toutes ces
Collines soient tournées vers le Midy
ou il faut s'abstenir de dire que la Ville
en est environnée , ou bien il faut avouer
qu'il y a de ces Collines qui sont tournées
vers l'Orient , d'autres vers l'Occident, et
d'autres encore autrement. Ce raisonnement louche me persuade que l'Auteur
n'y pensoit pas lorsqu'il a fait l'exclamation , qui contient ce que je viens d'allé
guer, et qu'alors il croyoit être à Auxerre,
qui véritablement est environné de tous les
côtez de Collines , qui produisent un Vin
de soutien, un Vin agréable et salutaire,au
lieu que je suis moralement assuré que les
habitans de Joigny , renieront presque
tout ce qui est au delà de leur Pont , ce
qui certainement comprend plus de la
moitié de l'Hémisphere, par rapport à
leur Ville.
Non seulement l'Ecrivain est refractaire
SEPTEMBRE. 1732. 1917
que
taire à l'Ordonnance de Bacchus , mais
encore il ose lui donner de fausses interprétations. Lorsque Bacchus , par exemple , nomme les Régions basses, moyenne
et supérieure il s'imagine que ce Dieu entend parler de celles de l'air ; et cela pour
avoir le plaisir de dire que cette Divinité
tient un langage qui sent le Copernic , et
qu'elle s'est répandue en propos vagues.
Peut on se figurer , sans être enlevé, comme Gyrano de Bergerac, dans les Régions sublunaires , que les Vignes soient plantées
dans une matiere aussi fluide et légere l'air ;et que la basse Région , dont
Bacchus parle , ne soit pas celle qui est de
niveau avec les Champs et les Prairies ?
Cette Divinité a déclaré , sans ambiguité,
que la moyenne Région d'un côteau , est
cet endroit où se rassemble la portion
la plus nourrissante du sol , après les pluyes,
et que la Région supérieure est celle du
terrain qui reste la plus dénuée de substance nutritive , et qui n'a , pour ainsi
dire , que les os. Le Conseil du Dieu
Bacchus n'a pû être si mal avisé , que de
confondre un Element avec l'autre , et de
prendre l'air pour la terre. Ainsi la remarque , que son langage conviendroit
mieux à un Traité d'Astronomie , qu'à
une déclaration sur la primauté des TerB v ritoires
1918 MERCURE DE FRANCE
ritoires, est mal placée et hors de son lieu.
Mais peut-on pardonner ce qui se lit
dans la page 490 ? Il faut être sujet à des
inattentions extrêmes , pour attribuer au
vulgaire de notre Ville une expresion qui
y est absolument inconnuë, que ni homme, ni femme , ni enfant , n'y ont jamais
employée. L'on s'y sert pour exprimer
l'ustancile en question , du même nom
qu'à Paris. Le Critique a pris , sans doute,
le Dictionnaire des environs de Montbar et de Sainte- Reine , pour le Dictionnaire d'Auxerre. Ce sont deux volumes
si differens , que je puis vous assurer que Benatron n'est pas un terme plus usité
dans le langage de notre Ville , que l'herbe de la Saingeon l'est dans les assaisonnemens, et que l'on n'y entend pas plus parler de l'un que de l'autre.
La Géographie du Défenseur des vins
de Joigny , me paroît aussi être un peu
embroüillée. On voit par ce qu'il dit au
bas de la même page 490. que ce n'est qu'à
regret qu'il avoue que Joigny appartient
au Pays Senonois , et qu'il aimeroit mieux
qu'il fût compris dans l'Auxerrois , afin
d'être de la Bourgogne. Il fait tout ce
qu'il peut pour accrocher sa Ville à cette
Province. Mais les Cartes citées dans l'Ordonnance de Bacchus , y sont contraires ;
et
SEPTEMBRE 1732. 1919
et contre cela point d'Appel. Ceux qui
sçavent l'origine des Impositions , n'ignorent point que le Pont de Joigny a
été regardé comme le premier sur la Riviere d'Yonne,qui soit situé dans la France , et que la formalité que ce Pont occasionne , vient de cette diversité de Territoire. Ainsi c'est encore une faute qui
s'est glissée dans le Memoire inseré dans
le Mercure du mois de Mars dernier ,
lorsqu'on y lit à la page 550. au sujet du
sieur Ferrand , celebre Peintre , qu'il naquit à Joigny en Bourgogne : les deux der
niers mots sont de trop.
'
Lorsque l'Ecrivain de cette Ville dit que
l'on a hazardé une Note sur l'Ordonnance de Bacchus , touchant le prix du
vin d'Auxerre , il a quelque espece de
raison. On lui avoue que la Note n'est
pas tout-a-fait exacte , en ce qu'elle ne
met pas le prix des vins d'Auxerre encore
assez au dessus de ceux de Joigny. L'Auteur Auxerrois apprehendant d'encourir
les peines portées par l'Ordonnance contre ceux qui ne disent pas la pure verité,
acouru promptement chez l'Imprimeur ,
et a fait mettre la chose dans toute son
exactitude ; sçavoir , que les vins d'Auxerre ont été vendus en 1730 , non 130.
et 140. livres au plus haut prix , mais
140. et 150, livres, B vj L'A
1920 MERCURE DE FRANCE
L'Apologiste de Joigny devoit avant que
d'écrire , se donner la peine de consulter
l'Errataimprimé à la fin du Mercure d'Octobre dernier , et il y auroit lû , que le
prix de 150. livres le muid fut celui du
vin de M. d'Orchy, alors digne Prieur de
Saint-Marien. C'est ce qu'il déclara 15 .
jours avant son décès , lorsqu'il eut pris
communication de l'Ordonnance. On ne
peut se dispenser de vanger la memoire
de ce Religieux , à qui on voit bien que
le Citoyen de Joigny en veut , lorsqu'on
fait attention à un petit mot qui lui est
échappé au haut de la page 49. Mais
pour suivre pas- à- pas ses Observations
Apologetiques , il est bon de lui faire remarquer qu'il a encouru la même peine
de l'Ordonnance , parce qu'il a allegué
faux en matiere grave , et de la compétence du Tribunal Bacchique , usant outre cola d'une réticence , dont les suites
pourroient tirer à grande consequence.
S'il s'est vendu à Auxerre du vin à pot
ou en détail à un prix plus modique qu'on
n'a fait à Joigny, ce n'étoit pas le meil leur vin , comme il a la hardiesse de le
dire; puisque sa bonne qualité le fait enlever encore tout chaud , et le fait conduire à Paris , en Normandie , en Picardie , en Flandres , en Artois et encore
plus
SEPTEMBRE. 1732. 1921
plus loin , mais c'étoit du vin de quelques Villages de la Vallée d'Aillant , qui
sont de l'Election de Joigny , que les
Habitans de ces lieux font voiturer à
Auxerre , pour y en trouver le débit
à la faveur du grand passage et de la modicité des droits , sans quoi , ils leur resteroient infalliblement ; et ces vins servent à la boisson des Paysans et des Artisans qui y affluent en bien plus grand
nombre qu'à Joigny.
Et quand même il y auroit eu du vin du
cru d'Auxerre , vendu à pot sur le pied
du prix de Joigny , cela ne viendroit que
de cette modicité des Droits d'Aydes
fondée sur les Privileges de la Bourgo- confirmez les Rois gne et autres , par
Louis XI. et Henry IV. comme aussi de
ce que la mesure est plus petite à Auxerre qu'à Joigny. L'Avocat de nos Adversaires , qui n'allegue que l'excedent
des Droits , nous prend apparamment
pour ces bons Limousins , à qui un Pape
de leur Nation promit , dit-on , de faire
avoir double récolte par an , à condition,
cependant, qu'au lieu que par tout ailleurs
on ne compte que douze mois par chacune année > on en compteroit vingtquatre dans leur Pays. Des que la pinte
est plus grande à Joigny qu'à Auxerre ,
il
1922 MERCURE DE FRANCE
il est juste qu'il y ait de l'augmentation
à proportion dans le prix de la vente qui se fait en détail.
Cet Ecrivain devient plus hardi à mesure qu'il approche de l'endroit où il veut
tirer son coup de pistolet. Sans sentir la
fausseté de son raisonnement , toute palpable qu'elle est , il dit qu'il suffit que
les vins de Joigny se trouvent bons pendant deux ou trois ans , pour qu'on puisse les transporter par tout où l'on voudra.
Mais où est la preuve que ces vins se trouvent bons pendant deux ou trois ans ?
C'est ce qu'il suppose et ce qu'il falloit
prouver. Il se peut faire que quelques
bouteillles tirées à propos d'un tonneau
se soient conservées sur le lieu , c'està- dire à Joigny même jusqu'à deux et
trois ans dans le fond d'une cave très profonde , ou dans un autre souterrain bien
frais. Mais il n'en suit pas de-là que ce
vin étant conduit bien loin , sur tout par
les voitures de terre , n'essuie pas de ces
revers de fortune dont l'Ordonnance à
parlé , qui seront tels que la fraicheur des
lieux les plus bas ne pourra le racommoder , et qu'on sera alors forcé pour le soutenir , de le couper avec du vin qui ait
du corps et de la moëlle. Bacchus à donc
décidé juste , parce qu'il étoit fondé sur
a
l'expe
SEPTEMBRE. 1732. 1923
l'experience. De sorte qu'il ne reste point
d'autre conseil à donner aux gens de Joigny , pour remedier à cet inconvenient ,
que de trouver un secret de transporter leurs caves toutes entieres et sans fracture , jusques dans les Pays où ils veulent
leur vin arive sain et sauf; encore
yconservera- t'il toujours son goût de terroir , c'est-à dire , de Craye et de Tuf,
qu'il a apporté en venant au monde.
que
La tournure des premieres lignes de
la page 492. fait voir que l'Ecrivain de
Joigny est accoûtumé à croire les choses legerement , et surtout celles qui renferment des suppositions sans preuve.
Peut-être auroit- il été plus réservé au
mois de Décembre 1731. si celui qu'il
attaque eut été encore vivant. Mais ayant
appris son décès , arrivé vers la S. Martin
précedente,il a crû que ce qu'il avanceroit
contre lui resteroit sans replique. Bien
plus , il se flatte peut-être que cette mort
fera que les vins d'Auxerre ne soutiendront plus leur réputation . Mais il se trompe encore ; la mort d'un seul homme n'a rien changé dans le Pays. Les
Vignes sont restées dans le même état ,
même sol , même exposition , même plan
de Pinot noir , clair et délié , même situation et même grain de terre ; nous ne
voyons
1924 MERCURE DE FRANCE
voyons pas qu'aucun tremblement ait
donné au Territoire une autre superficie
que celle qu'il avoit , et on ne peut lui
reprocher d'être fondé sur la craye ni impregné de pierres à fusil. Le Ciel , de son
côté, favorisera des mêmes benignes influences et des mêmes regards un terrain si bien composé : Les mêmes grapes
paroîtront chaque année aux mois accoûtumez. On continuera d'apporter la mêmeexactitude à tenir les Vignes exemptes
d'herbes et de toutes plantes étrangeres.
On aura la même attention à se servir de
perches transversales , pour ne pas laisser
ramper les grapes sur la terre , et afin que
la reverberation qui en résulte soit plus
forte et plus salutaire , à ne point prévenir la maturité pour les jours de la
récolte ; à mettre à part pour la boisson populaire les plus communs , s'il s'en
trouve à ne permettre l'entrée de la
Cuve à aucun de ces rameaux nerveux
et acres , qui supportent le grain et que
le Peuple appelle la Ralle. On aura la
même vigilance sur le grain du Raisin,
pendant qu'il baignera dans le mol de
la Cuve , ensorte que le degré de chaleur
qui s'y forme , contribuë à la délicatesse
comme à la couleur.
,
De tout cela il résulte un composé d'at tention
SEPTEMBRE. 1732. 1925
tention , de prudence et de connoissance
experimentale , qui est la seule drogue
que l'on puisse imputer à feu M.le Prieur
de Saint- Marien et à ceux qui ont pris
la peine de l'imiter ; ( a) drogue , comme
l'on voit , bien innocente , et dont les
grains ou les dragmes , qu'elle qu'en soit
la dose , ne peuvent produire qu'un bon
effet. Ces attentions coûtent des soins
et une dépense plus grande qu'on ne
croit ; mais ce sont des avances qui servent à faire travailler le petit Peuple ,
et dont l'achepteur dédommage bien vo
lontiers le vendeur. Au reste , quelque
forte que soit la dose d'attention et de
vigilance que M de Joigny puissent employer à la culture de leurs Vignes et à
la façon de leur vin , nous posons pour
certain , que jamais le vin de leur cru n'aura la bonté de celui d'Auxerre , parce
que la cause productive peche in radice.
Aussi est- il vrai de dire qu'on voit bien
des Commissionnaires de Joigny remonter jusqu'à Auxerre pour y acheter du
vin , dont ils accommodent leurs Correspondans ; mais on ne voit jamais ceux
(a) Celui qui s'en glorifie le plus ouvertement est son plus proche voisin , M. du Pile , dont les
Cuvées de vin sont toûjours d'une très-grande
réputation.
d'Auxerre
1926 MERCURE DE FRANCE
d'Auxerre aller acheter du vin de Joigny,
et la raison en est qu'on peut bien jetter du vin d'Auxerre sur celui de Joigny
pour l'améliorer , mais non pas du vin
de Joigny sur celui d'Auxerre. C'est ainsi
qu'en agissent les bons Connoisseurs ; et
si le commun des Habitans de Joigny ,
au lieu de s'accoûtumer à faire une infusion de quelques pintes de vin d'Orleans ou de Blois sur chacun de leurs
tonneaux , lorsque leur vin commence à
jaunir , prenoient la loüable coûtume d'y
mettre de bonne heure un broc de vin
d'Auxerre , ils verroient leurs vins augmenter de prix comme ils auroient augmenté en vigueur.
Autre supposition erronée de l'Ecrivain Champenois , qui mérite que Bacchus en fasse un exemple: c'est lorsqu'en
finissant il dit que l'Auteur de l'Ordonnance s'approprie sans scrupule les Pays
voisins , qu'il comprend dans le Territoire
d'Auxerre tous les Vignobles de dix lieuës
à la ronde , et qu'il s'égare même jusques
dans les Vignes de Dijon. C'est en imposer au public, sans faire attention que
c'est lui-même qui s'égare , et qu'il a
avoué que Joigny n'est qu'à six lieuës
d'Auxerre. Comment donc Bacchus auroit- il pûcomprendre dans le Pays Auxerrois
SEPTEMBRE. 1732. 1927
rois tout ce qui est à dix lieuës de cette
Ville à la ronde, et en même- temps en exclure joigny par un article formel de son
Ordonnance? Il y auroit une contradiction
manifeste.Très- constamment cette Topograpie est des plus mal en ordre. Il est
visible que d'une licue l'Ecrivain en fait
trois et même davantage. Il s'en faut donc
bien que le Territoire d'Auxerre ait ou
tant d'étenduë qu'il veut nous le faire
dire.Loin dele faire aller jusqu'à dix lieuës,
nous n'y comprenons pas même Chablies,
qui n'en est éloigné que de quatre. Mais
nous avons seulement donné à entendre
que ce Territoire commence à une lieuë
ou environ d'Auxerre vers le Septentrion ,
et qu'il remonte jusqu'à six lieuës ou environ le long des rivages de l'Yonne et de
la Cure , en y comprenant ce qui est éloigné d'une lieuë ou à peu près , du bord
de ces Rivieres.
En effet , il ya dans tous ces Pays- là ,
même superficie , même fond de terre, et
même culture de Vignes ; au lieu qu'à
Chablies , qui est à l'Orient et dans la
Champagne , tout change , Territoire
plan et façon de Vignes; il en est de même à
Joigny,qui est vers le Septentrion ou plutôt au Nord- Ouest , changement total
en genre de Terrain et de culture, et jus-
>
ques
1928 MERCURE DE FRANCE
ques dans le langage du métier. On n'y
connoît point , par exemple , le nom de
Pinot , si reveré à la Cour de Bacchus ;
mais on y parle de Houche , de Houchean ,
comme de Raisins du premier ordre.
Admirons donc à notre tour le Partisan des vins de Joigny , qui entousiasmé de son Pere Vaniere , d'ailleurs Poëte
naturel et Auteur d'un bon Livre , croit
qu'il faut toujours planter la Vigne sur
des Côteaux les plus approchans du perpendiculaire que faire se pourra. Bacchus
l'a renvoyé à des exemples de differens
climats de Bourgogne , dont le vin est
délicieux , quoiqu'en Pays presque plat ;
mais comme il n'est pas fait au langage
d'une Ordonnance qui combat ses prétentions , il dit que c'est s'égarer en pro-
-pos vagues , que d'apporter exemple sur
exemple du contraire de ce qu'il s'est
imaginé. C'est donc temps perdu que
d'alleguer tous les differens autres Vignobles du Royaume , pour confondre ces
prétentions , dès qu'on traite d'égarement les preuves des Adversaires
les exemples qui pulverisent le systême
opposé; c'est une affaire enfin dont il faut
laisser la décision au Public et demeurer
ensuite dans le silence , en se reposant
sur la fidelité et la vigilance des Offiet
ciers
SEPTEMBRE. 1732. 1929
ciers de Bacchus , qui en pareil cas ne
peuvent manquer de faire leur devoir.
Je suis , &c.
la Réponse insérée dans le Mercure du
mois de Mars dernier , à l'Ordonnance
de Bacchus.
J
E trouve, Messieurs, une grande inadvertance , presqu'au commencement
de la Réponse en question. Elle paroît
dès la fin de la seconde Période , c'est-àdire , à la page 488 , lig. 6. du Mercure.
Le raisonnement est si louche , que je serois plus volontiers porté à croire , que
celui qui a composé cette Piéce , étoit
moinsattentif à ce qu'il écrivoit , qu'à ce
qu'il avoit envie d'écrire.
Il a , au reste , fort mauvaise grace de
reprocher aux Gens tenans le Conseil du
Dieu
SEPTEMBRE. 1732. 1973
Dieu Bacchus , de n'avoir pas répondu à
ce que Virgile a écrit. Ce Conseil recon-.
noit , avec ce Poëte , que les lieux où il
y a une grande profondeur de terre, sont
meilleurs pour le bled , que les endroits
qui ont peu de fond , et que les superficies moins épaisses , que celles - là , conviennent au vin par préférence. Mais il
ajoute , que c'est abuser du texte Poëtique , que d'en inférer qu'il n'y a que
Joigny qui soit dans le cas d'avoir un territoire propre à la Vigne , ou que son exposition a cette propriété par excellence.
Chacun sçait que c'est un avantage commun à tous les lieux qui ont été les premiers cultivez en Vignes. Ce qui fait le
Vin délicat , c'est que les racines s'étendent plutôt en longueur qu'en profondeur ; mais ce n'est pas toujours ce qui le
fait bon et irreprochable. Il ne mérite pas
cette qualité , dès que cette petite épaisseur de terre est couchée et appliquée sur
des Bancs de craye et de tuf, comme est
le territoire de Joigny , au vû et au sçu
de tout le monde. Loin donc d'ici le prétendu Privilege singulier de cette Ville ;
Privilege exclusif, si on en croit le Député
qui parle pour elle ; mais dont ses habitans ne peuvent se glorifier sans une vaine présomption.
B iij Ce
1914 MERCURE DE FRANCE
Ce Député veut que nous marquions d'un
grand sérieux , ce que nous avons lû des
Poësies du P. Vaniere. Quoique l'Ordonnance de Bacchus l'insinue assez, et qu'il y
soit dit en termes formels, autant qu'une
Ordonnance en style burles quepeut le permettre, que la proposition du Poëte, prise trop généralement est fausse et démen.
tie par l'expérience , on ne laissera pas de
faire encore icy quelques réfléxions. C'est
être en effet scrupuleux jusqu'au ridicule, que de prétendre qu'on doit laisser sans
Vignes , des Côtes qui ne regardent pas
géométriquement le point de Midy en
face,quoique le grain de terre en soit bon;
comme s'il étoit besoin de tirer un allignement , et avoir son quart de cercle en
main lorsqu'on plante une Vigne , de
même que lorsqu'on dresse un Cadran.
Ce même Ecrivain convient qu'il ne faut
pas disputer des faits Or c'est un fait certain et prouvé par l'expérience de quinze
cens ans au moins , que des Côtes qui ne
sont point obverses directement au Midy , mais qui regardent un peu l'Orient ,
ou qui sont tournées vers le déclin du
Soleil , produisent du Vin aussi excellent
et même souvent meilleur que des Coteaux qui font face , en droite ligne , au
point méridional.
II
*
SEPTEMBRE. 1732. 1915.
Il est vrai qu'entre les Vignes situées
obversement au Midy ; il y en a quelquefois qui produisent un vin brulant: Mais si
ce Vin est bon, ce n'est pas toujours à cause
de leur exposition géométrique. C'est le
grain de terre qui fournit la substance
que les ardeurs du Soleil ne font que perfectionner. Un bon fond produit de ses
entrailles un bon raisin ; et c'est la chaleur
de la nuit, aussi bien que celle du jour qui
opere le dégré de maturité qui convient.Il
faut donc éviter de tirer une conclusion
trop generale en matiere de Physique
d'une proposition avancée par un Poëte
qui s'attache plus à rendre son Vers bien
harmonieux , qu'à approfondir les secrets
de la Nature; sans quoy l'on court risque
de tomber dans le Sophisme , qui prend
pour cause , ce qui n'est point cause. Une
preuve de cela , est que si c'étoit la plus
grande chaleur , tombant à plomb, qui
fait le meilleur raisin , il s'ensuivroit qu'il
seroit à propos d'ôter les feuilles de dessus le raisin pour le rendre meilleur ; ce
qu'on n'a garde de faire, parce que l'expe
rience fait connoître qu'une chaleur refléchie ou de réverbération , rend le fruit
plus sain et plus propre à faire de bon Vin,
qu'une chaleur directe.
Mais l'Ecrivain de Joigny est admiraBiiij ble
1916 MERCURE DE FRANCE
ble,lorsqu'il nous dit que le P.Vaniere fait
l'éloge de l'exposition de tout le Vignoble
de Joigny , en marquant le regard vers le
Midy , comme le plus favorable. La Providence, disoit- il au mois de Février 1731 .
nous a bienfavorisez , en nous environnant
de Collines , dont l'exposition nous répond
de la bonté de nos Vignobles. Il semble
que dès qu'une Ville est environnée de
Collines , il est impossible que toutes ces
Collines soient tournées vers le Midy
ou il faut s'abstenir de dire que la Ville
en est environnée , ou bien il faut avouer
qu'il y a de ces Collines qui sont tournées
vers l'Orient , d'autres vers l'Occident, et
d'autres encore autrement. Ce raisonnement louche me persuade que l'Auteur
n'y pensoit pas lorsqu'il a fait l'exclamation , qui contient ce que je viens d'allé
guer, et qu'alors il croyoit être à Auxerre,
qui véritablement est environné de tous les
côtez de Collines , qui produisent un Vin
de soutien, un Vin agréable et salutaire,au
lieu que je suis moralement assuré que les
habitans de Joigny , renieront presque
tout ce qui est au delà de leur Pont , ce
qui certainement comprend plus de la
moitié de l'Hémisphere, par rapport à
leur Ville.
Non seulement l'Ecrivain est refractaire
SEPTEMBRE. 1732. 1917
que
taire à l'Ordonnance de Bacchus , mais
encore il ose lui donner de fausses interprétations. Lorsque Bacchus , par exemple , nomme les Régions basses, moyenne
et supérieure il s'imagine que ce Dieu entend parler de celles de l'air ; et cela pour
avoir le plaisir de dire que cette Divinité
tient un langage qui sent le Copernic , et
qu'elle s'est répandue en propos vagues.
Peut on se figurer , sans être enlevé, comme Gyrano de Bergerac, dans les Régions sublunaires , que les Vignes soient plantées
dans une matiere aussi fluide et légere l'air ;et que la basse Région , dont
Bacchus parle , ne soit pas celle qui est de
niveau avec les Champs et les Prairies ?
Cette Divinité a déclaré , sans ambiguité,
que la moyenne Région d'un côteau , est
cet endroit où se rassemble la portion
la plus nourrissante du sol , après les pluyes,
et que la Région supérieure est celle du
terrain qui reste la plus dénuée de substance nutritive , et qui n'a , pour ainsi
dire , que les os. Le Conseil du Dieu
Bacchus n'a pû être si mal avisé , que de
confondre un Element avec l'autre , et de
prendre l'air pour la terre. Ainsi la remarque , que son langage conviendroit
mieux à un Traité d'Astronomie , qu'à
une déclaration sur la primauté des TerB v ritoires
1918 MERCURE DE FRANCE
ritoires, est mal placée et hors de son lieu.
Mais peut-on pardonner ce qui se lit
dans la page 490 ? Il faut être sujet à des
inattentions extrêmes , pour attribuer au
vulgaire de notre Ville une expresion qui
y est absolument inconnuë, que ni homme, ni femme , ni enfant , n'y ont jamais
employée. L'on s'y sert pour exprimer
l'ustancile en question , du même nom
qu'à Paris. Le Critique a pris , sans doute,
le Dictionnaire des environs de Montbar et de Sainte- Reine , pour le Dictionnaire d'Auxerre. Ce sont deux volumes
si differens , que je puis vous assurer que Benatron n'est pas un terme plus usité
dans le langage de notre Ville , que l'herbe de la Saingeon l'est dans les assaisonnemens, et que l'on n'y entend pas plus parler de l'un que de l'autre.
La Géographie du Défenseur des vins
de Joigny , me paroît aussi être un peu
embroüillée. On voit par ce qu'il dit au
bas de la même page 490. que ce n'est qu'à
regret qu'il avoue que Joigny appartient
au Pays Senonois , et qu'il aimeroit mieux
qu'il fût compris dans l'Auxerrois , afin
d'être de la Bourgogne. Il fait tout ce
qu'il peut pour accrocher sa Ville à cette
Province. Mais les Cartes citées dans l'Ordonnance de Bacchus , y sont contraires ;
et
SEPTEMBRE 1732. 1919
et contre cela point d'Appel. Ceux qui
sçavent l'origine des Impositions , n'ignorent point que le Pont de Joigny a
été regardé comme le premier sur la Riviere d'Yonne,qui soit situé dans la France , et que la formalité que ce Pont occasionne , vient de cette diversité de Territoire. Ainsi c'est encore une faute qui
s'est glissée dans le Memoire inseré dans
le Mercure du mois de Mars dernier ,
lorsqu'on y lit à la page 550. au sujet du
sieur Ferrand , celebre Peintre , qu'il naquit à Joigny en Bourgogne : les deux der
niers mots sont de trop.
'
Lorsque l'Ecrivain de cette Ville dit que
l'on a hazardé une Note sur l'Ordonnance de Bacchus , touchant le prix du
vin d'Auxerre , il a quelque espece de
raison. On lui avoue que la Note n'est
pas tout-a-fait exacte , en ce qu'elle ne
met pas le prix des vins d'Auxerre encore
assez au dessus de ceux de Joigny. L'Auteur Auxerrois apprehendant d'encourir
les peines portées par l'Ordonnance contre ceux qui ne disent pas la pure verité,
acouru promptement chez l'Imprimeur ,
et a fait mettre la chose dans toute son
exactitude ; sçavoir , que les vins d'Auxerre ont été vendus en 1730 , non 130.
et 140. livres au plus haut prix , mais
140. et 150, livres, B vj L'A
1920 MERCURE DE FRANCE
L'Apologiste de Joigny devoit avant que
d'écrire , se donner la peine de consulter
l'Errataimprimé à la fin du Mercure d'Octobre dernier , et il y auroit lû , que le
prix de 150. livres le muid fut celui du
vin de M. d'Orchy, alors digne Prieur de
Saint-Marien. C'est ce qu'il déclara 15 .
jours avant son décès , lorsqu'il eut pris
communication de l'Ordonnance. On ne
peut se dispenser de vanger la memoire
de ce Religieux , à qui on voit bien que
le Citoyen de Joigny en veut , lorsqu'on
fait attention à un petit mot qui lui est
échappé au haut de la page 49. Mais
pour suivre pas- à- pas ses Observations
Apologetiques , il est bon de lui faire remarquer qu'il a encouru la même peine
de l'Ordonnance , parce qu'il a allegué
faux en matiere grave , et de la compétence du Tribunal Bacchique , usant outre cola d'une réticence , dont les suites
pourroient tirer à grande consequence.
S'il s'est vendu à Auxerre du vin à pot
ou en détail à un prix plus modique qu'on
n'a fait à Joigny, ce n'étoit pas le meil leur vin , comme il a la hardiesse de le
dire; puisque sa bonne qualité le fait enlever encore tout chaud , et le fait conduire à Paris , en Normandie , en Picardie , en Flandres , en Artois et encore
plus
SEPTEMBRE. 1732. 1921
plus loin , mais c'étoit du vin de quelques Villages de la Vallée d'Aillant , qui
sont de l'Election de Joigny , que les
Habitans de ces lieux font voiturer à
Auxerre , pour y en trouver le débit
à la faveur du grand passage et de la modicité des droits , sans quoi , ils leur resteroient infalliblement ; et ces vins servent à la boisson des Paysans et des Artisans qui y affluent en bien plus grand
nombre qu'à Joigny.
Et quand même il y auroit eu du vin du
cru d'Auxerre , vendu à pot sur le pied
du prix de Joigny , cela ne viendroit que
de cette modicité des Droits d'Aydes
fondée sur les Privileges de la Bourgo- confirmez les Rois gne et autres , par
Louis XI. et Henry IV. comme aussi de
ce que la mesure est plus petite à Auxerre qu'à Joigny. L'Avocat de nos Adversaires , qui n'allegue que l'excedent
des Droits , nous prend apparamment
pour ces bons Limousins , à qui un Pape
de leur Nation promit , dit-on , de faire
avoir double récolte par an , à condition,
cependant, qu'au lieu que par tout ailleurs
on ne compte que douze mois par chacune année > on en compteroit vingtquatre dans leur Pays. Des que la pinte
est plus grande à Joigny qu'à Auxerre ,
il
1922 MERCURE DE FRANCE
il est juste qu'il y ait de l'augmentation
à proportion dans le prix de la vente qui se fait en détail.
Cet Ecrivain devient plus hardi à mesure qu'il approche de l'endroit où il veut
tirer son coup de pistolet. Sans sentir la
fausseté de son raisonnement , toute palpable qu'elle est , il dit qu'il suffit que
les vins de Joigny se trouvent bons pendant deux ou trois ans , pour qu'on puisse les transporter par tout où l'on voudra.
Mais où est la preuve que ces vins se trouvent bons pendant deux ou trois ans ?
C'est ce qu'il suppose et ce qu'il falloit
prouver. Il se peut faire que quelques
bouteillles tirées à propos d'un tonneau
se soient conservées sur le lieu , c'està- dire à Joigny même jusqu'à deux et
trois ans dans le fond d'une cave très profonde , ou dans un autre souterrain bien
frais. Mais il n'en suit pas de-là que ce
vin étant conduit bien loin , sur tout par
les voitures de terre , n'essuie pas de ces
revers de fortune dont l'Ordonnance à
parlé , qui seront tels que la fraicheur des
lieux les plus bas ne pourra le racommoder , et qu'on sera alors forcé pour le soutenir , de le couper avec du vin qui ait
du corps et de la moëlle. Bacchus à donc
décidé juste , parce qu'il étoit fondé sur
a
l'expe
SEPTEMBRE. 1732. 1923
l'experience. De sorte qu'il ne reste point
d'autre conseil à donner aux gens de Joigny , pour remedier à cet inconvenient ,
que de trouver un secret de transporter leurs caves toutes entieres et sans fracture , jusques dans les Pays où ils veulent
leur vin arive sain et sauf; encore
yconservera- t'il toujours son goût de terroir , c'est-à dire , de Craye et de Tuf,
qu'il a apporté en venant au monde.
que
La tournure des premieres lignes de
la page 492. fait voir que l'Ecrivain de
Joigny est accoûtumé à croire les choses legerement , et surtout celles qui renferment des suppositions sans preuve.
Peut-être auroit- il été plus réservé au
mois de Décembre 1731. si celui qu'il
attaque eut été encore vivant. Mais ayant
appris son décès , arrivé vers la S. Martin
précedente,il a crû que ce qu'il avanceroit
contre lui resteroit sans replique. Bien
plus , il se flatte peut-être que cette mort
fera que les vins d'Auxerre ne soutiendront plus leur réputation . Mais il se trompe encore ; la mort d'un seul homme n'a rien changé dans le Pays. Les
Vignes sont restées dans le même état ,
même sol , même exposition , même plan
de Pinot noir , clair et délié , même situation et même grain de terre ; nous ne
voyons
1924 MERCURE DE FRANCE
voyons pas qu'aucun tremblement ait
donné au Territoire une autre superficie
que celle qu'il avoit , et on ne peut lui
reprocher d'être fondé sur la craye ni impregné de pierres à fusil. Le Ciel , de son
côté, favorisera des mêmes benignes influences et des mêmes regards un terrain si bien composé : Les mêmes grapes
paroîtront chaque année aux mois accoûtumez. On continuera d'apporter la mêmeexactitude à tenir les Vignes exemptes
d'herbes et de toutes plantes étrangeres.
On aura la même attention à se servir de
perches transversales , pour ne pas laisser
ramper les grapes sur la terre , et afin que
la reverberation qui en résulte soit plus
forte et plus salutaire , à ne point prévenir la maturité pour les jours de la
récolte ; à mettre à part pour la boisson populaire les plus communs , s'il s'en
trouve à ne permettre l'entrée de la
Cuve à aucun de ces rameaux nerveux
et acres , qui supportent le grain et que
le Peuple appelle la Ralle. On aura la
même vigilance sur le grain du Raisin,
pendant qu'il baignera dans le mol de
la Cuve , ensorte que le degré de chaleur
qui s'y forme , contribuë à la délicatesse
comme à la couleur.
,
De tout cela il résulte un composé d'at tention
SEPTEMBRE. 1732. 1925
tention , de prudence et de connoissance
experimentale , qui est la seule drogue
que l'on puisse imputer à feu M.le Prieur
de Saint- Marien et à ceux qui ont pris
la peine de l'imiter ; ( a) drogue , comme
l'on voit , bien innocente , et dont les
grains ou les dragmes , qu'elle qu'en soit
la dose , ne peuvent produire qu'un bon
effet. Ces attentions coûtent des soins
et une dépense plus grande qu'on ne
croit ; mais ce sont des avances qui servent à faire travailler le petit Peuple ,
et dont l'achepteur dédommage bien vo
lontiers le vendeur. Au reste , quelque
forte que soit la dose d'attention et de
vigilance que M de Joigny puissent employer à la culture de leurs Vignes et à
la façon de leur vin , nous posons pour
certain , que jamais le vin de leur cru n'aura la bonté de celui d'Auxerre , parce
que la cause productive peche in radice.
Aussi est- il vrai de dire qu'on voit bien
des Commissionnaires de Joigny remonter jusqu'à Auxerre pour y acheter du
vin , dont ils accommodent leurs Correspondans ; mais on ne voit jamais ceux
(a) Celui qui s'en glorifie le plus ouvertement est son plus proche voisin , M. du Pile , dont les
Cuvées de vin sont toûjours d'une très-grande
réputation.
d'Auxerre
1926 MERCURE DE FRANCE
d'Auxerre aller acheter du vin de Joigny,
et la raison en est qu'on peut bien jetter du vin d'Auxerre sur celui de Joigny
pour l'améliorer , mais non pas du vin
de Joigny sur celui d'Auxerre. C'est ainsi
qu'en agissent les bons Connoisseurs ; et
si le commun des Habitans de Joigny ,
au lieu de s'accoûtumer à faire une infusion de quelques pintes de vin d'Orleans ou de Blois sur chacun de leurs
tonneaux , lorsque leur vin commence à
jaunir , prenoient la loüable coûtume d'y
mettre de bonne heure un broc de vin
d'Auxerre , ils verroient leurs vins augmenter de prix comme ils auroient augmenté en vigueur.
Autre supposition erronée de l'Ecrivain Champenois , qui mérite que Bacchus en fasse un exemple: c'est lorsqu'en
finissant il dit que l'Auteur de l'Ordonnance s'approprie sans scrupule les Pays
voisins , qu'il comprend dans le Territoire
d'Auxerre tous les Vignobles de dix lieuës
à la ronde , et qu'il s'égare même jusques
dans les Vignes de Dijon. C'est en imposer au public, sans faire attention que
c'est lui-même qui s'égare , et qu'il a
avoué que Joigny n'est qu'à six lieuës
d'Auxerre. Comment donc Bacchus auroit- il pûcomprendre dans le Pays Auxerrois
SEPTEMBRE. 1732. 1927
rois tout ce qui est à dix lieuës de cette
Ville à la ronde, et en même- temps en exclure joigny par un article formel de son
Ordonnance? Il y auroit une contradiction
manifeste.Très- constamment cette Topograpie est des plus mal en ordre. Il est
visible que d'une licue l'Ecrivain en fait
trois et même davantage. Il s'en faut donc
bien que le Territoire d'Auxerre ait ou
tant d'étenduë qu'il veut nous le faire
dire.Loin dele faire aller jusqu'à dix lieuës,
nous n'y comprenons pas même Chablies,
qui n'en est éloigné que de quatre. Mais
nous avons seulement donné à entendre
que ce Territoire commence à une lieuë
ou environ d'Auxerre vers le Septentrion ,
et qu'il remonte jusqu'à six lieuës ou environ le long des rivages de l'Yonne et de
la Cure , en y comprenant ce qui est éloigné d'une lieuë ou à peu près , du bord
de ces Rivieres.
En effet , il ya dans tous ces Pays- là ,
même superficie , même fond de terre, et
même culture de Vignes ; au lieu qu'à
Chablies , qui est à l'Orient et dans la
Champagne , tout change , Territoire
plan et façon de Vignes; il en est de même à
Joigny,qui est vers le Septentrion ou plutôt au Nord- Ouest , changement total
en genre de Terrain et de culture, et jus-
>
ques
1928 MERCURE DE FRANCE
ques dans le langage du métier. On n'y
connoît point , par exemple , le nom de
Pinot , si reveré à la Cour de Bacchus ;
mais on y parle de Houche , de Houchean ,
comme de Raisins du premier ordre.
Admirons donc à notre tour le Partisan des vins de Joigny , qui entousiasmé de son Pere Vaniere , d'ailleurs Poëte
naturel et Auteur d'un bon Livre , croit
qu'il faut toujours planter la Vigne sur
des Côteaux les plus approchans du perpendiculaire que faire se pourra. Bacchus
l'a renvoyé à des exemples de differens
climats de Bourgogne , dont le vin est
délicieux , quoiqu'en Pays presque plat ;
mais comme il n'est pas fait au langage
d'une Ordonnance qui combat ses prétentions , il dit que c'est s'égarer en pro-
-pos vagues , que d'apporter exemple sur
exemple du contraire de ce qu'il s'est
imaginé. C'est donc temps perdu que
d'alleguer tous les differens autres Vignobles du Royaume , pour confondre ces
prétentions , dès qu'on traite d'égarement les preuves des Adversaires
les exemples qui pulverisent le systême
opposé; c'est une affaire enfin dont il faut
laisser la décision au Public et demeurer
ensuite dans le silence , en se reposant
sur la fidelité et la vigilance des Offiet
ciers
SEPTEMBRE. 1732. 1929
ciers de Bacchus , qui en pareil cas ne
peuvent manquer de faire leur devoir.
Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE aux Auteurs du Mercure, sur la Réponse insérée dans le Mercure du mois de Mars dernier, à l'Ordonnance de Bacchus.
L'auteur adresse une lettre aux rédacteurs du Mercure pour rectifier des erreurs contenues dans une réponse publiée en mars précédent, qui critiquait l'ordonnance de Bacchus. Il reproche à l'auteur de la réponse de mal interpréter le texte original et de critiquer le conseil de Bacchus pour ne pas avoir répondu à Virgile, tout en reconnaissant que les sols profonds sont favorables aux cultures. L'auteur conteste l'idée que Joigny possède un privilège exclusif pour la viticulture, affirmant que cette qualité est partagée par tous les lieux anciennement cultivés en vignes. Il critique également la prétention de l'auteur de la réponse de vouloir marquer un grand sérieux à propos des poèmes du Père Vaniere, soulignant que des coteaux non exposés directement au midi peuvent produire du vin excellent. L'auteur dénonce les interprétations erronées de l'ordonnance de Bacchus par l'écrivain de Joigny, notamment en confondant les régions de l'air avec celles du sol. Il corrige également des erreurs géographiques et linguistiques, affirmant que Joigny appartient au Pays Senonois et non à la Bourgogne. L'auteur conteste les affirmations sur le prix du vin d'Auxerre, soulignant que les vins de cette région sont vendus à des prix plus élevés et sont transportés dans diverses régions. Il critique également la supposition que les vins de Joigny se conservent bien pendant deux ou trois ans, sans preuve à l'appui. Le texte, daté de septembre 1732, discute des qualités comparées des vins de Joigny et d'Auxerre. L'auteur critique un écrivain de Joigny pour ses suppositions sans preuve concernant la supériorité des vins de Joigny. Il souligne que la mort d'un individu n'affecte pas la qualité des vignobles d'Auxerre, qui restent dans le même état et bénéficient des mêmes influences climatiques. Les méthodes de culture et de vinification à Auxerre sont détaillées, mettant en avant une attention particulière à la qualité du raisin et à la gestion des vignes. L'auteur affirme que le vin de Joigny ne pourra jamais égaler celui d'Auxerre en qualité. Il note que des commissionnaires de Joigny achètent du vin d'Auxerre pour l'améliorer, mais l'inverse ne se produit jamais. L'auteur critique également les erreurs topographiques de l'écrivain de Joigny, qui exagère l'étendue du territoire d'Auxerre. Il conclut en laissant la décision sur la qualité des vins au public et aux officiers de Bacchus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9058
p. 1929-1932
ODE. SUR LE JUGEMENT DERNIER.
Début :
Quelle puissance souveraine, [...]
Mots clefs :
Jugement dernier, Christ, Trompette, Trône, Sang
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texteReconnaissance textuelle : ODE. SUR LE JUGEMENT DERNIER.
OD E.
SUR LE JUGEMENT DERNIER.
QuUelle puissance souveraine ,
Trouble l'ordre de l'Univers !
Quels crls de fureur et de haine !
De quels feux s'allument les Airs !
Les Cieux , de leurs voûtes brisées ,
Ouvrent les portes embrasées ,
Aux Eclairs , aux Foudres brulans,
J'entens une voix menaçante ,
Qui dit à la Terre tremblante ,
Ce jour est le dernier des temps.
>
Mais que vois-je ! quels tas terrible ,
D'ossemens et de membres morts !
Le son d'une Trompette horrible
En ranime tous les ressorts.
Quel divin rayon de lumiere ,
poussiere ,
Donne à cet amas de
De la chaleur , du mouvement !
Quel esprit , quel souffle de vie ,
Agite,
1930 MERCURE DE FRANCE
Agite , échauffe , vivifie,
Les cendres de ce Monument !
Quels cris de joye et de victoire !
Voici le Juge des Humains ,
Le CHRIST sur un Trône de gloire ,
Ouvre le Livre des Destins ,
Au pied du Trône inaccessible ,
Sont la Justice incorruptible ,
Et l'immuable verité.
Tremblez , Mortels , je vois la Foudre ,
Qui va bien-tôt réduire en poudre ,
Le mensonge et l'iniquité.
Satan , du funeste volume ,
Transcrit les fastes criminels.
Ah ! quelle source d'amertume ,
Pour vous , ô malheureux Mortels !
Sur le fer , l'airain et le cuivre ,
Sont gravez dans l'immense Livre ,
Les trahisons , les noirs projets.
Egalement on y découvre ,
Et de la Cabane et du Louvre ,
Les attentats les plus secrets.
Sur le marbre , l'or et l'yvoire ,
Un Chérubin majestueux ,
A le soin de tracer l'Histoire,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1931
Des faits des hommes vertueux.
Du haut de son Trône suprême ,
Le Fils d'un Dieu pese lui- même ,
Et les vices et les vertus.
Au mouvement de la balance ,
Sa main punit ou récompense,
Les Réprouvez ou les Elus.
Du Seigneur , la voix redoutable ,
Trouble les Airs épouvantez.
Je frémis. Sa bouche équitable ,
Va m'anoncer ses volontez.
Qu'entens-je ! quelle horreur soudaine ...
Ciel ! un Fleuve de sang m'entraîne ,
Dans l'éternelle obscurité.
Ah ! Seigneur , je suis ton Ouvrage ,
Voudrois-tu détruire l'Image ;
De ta divine Majesté.
Suspens les coups de ton Tonnerre ,
Qu'ont allumé tant de forfaits ;
Ne me déclare plus la guerre ;
Je fus l'objet de tes bienfaits.
Jadis dans le sein de Marie ,
L'Esprit-Saint te donna la vie ,
Qui me garantit du trépas ,
Et victime de ta Justice,
Tu
1932 MERCURE DE FRANCE
Tu t'offris toi-même au supplice ,
Que méritoient mes attentats.
Contre moi ta juste colere ,
Devroit armer ton bras vengeur ;
Du Châtiment le plus sévere ,
Mon crime égale la rigueur.
Mais souviens-toi qu'en Pere tendre ,
Tu voulus autrefois répandre ,
Tout ton Sang pour briser mes fers ,
Ce Sang dont une seule goute ,
Auroit pû racheter , sans doute ,
Les crimes de tout l'Univers.
Dieu de bonté , mes cris funebres
Sont parvenus jusques à toi ;
Ton éclat perce les tenebres ,
Dont l'horreur me glaçoit d'effroi ;
Oui, déja ta main secourable ,
Comble l'abîme épouventable ,
Où m'entraînoit l'iniquité.
Tu m'appelles. O joye extrême !
Je touche à mon bonheur suprême ,
Et je le dois à ta bonté.
Cavaliez , Avocat à Montpellier.
SUR LE JUGEMENT DERNIER.
QuUelle puissance souveraine ,
Trouble l'ordre de l'Univers !
Quels crls de fureur et de haine !
De quels feux s'allument les Airs !
Les Cieux , de leurs voûtes brisées ,
Ouvrent les portes embrasées ,
Aux Eclairs , aux Foudres brulans,
J'entens une voix menaçante ,
Qui dit à la Terre tremblante ,
Ce jour est le dernier des temps.
>
Mais que vois-je ! quels tas terrible ,
D'ossemens et de membres morts !
Le son d'une Trompette horrible
En ranime tous les ressorts.
Quel divin rayon de lumiere ,
poussiere ,
Donne à cet amas de
De la chaleur , du mouvement !
Quel esprit , quel souffle de vie ,
Agite,
1930 MERCURE DE FRANCE
Agite , échauffe , vivifie,
Les cendres de ce Monument !
Quels cris de joye et de victoire !
Voici le Juge des Humains ,
Le CHRIST sur un Trône de gloire ,
Ouvre le Livre des Destins ,
Au pied du Trône inaccessible ,
Sont la Justice incorruptible ,
Et l'immuable verité.
Tremblez , Mortels , je vois la Foudre ,
Qui va bien-tôt réduire en poudre ,
Le mensonge et l'iniquité.
Satan , du funeste volume ,
Transcrit les fastes criminels.
Ah ! quelle source d'amertume ,
Pour vous , ô malheureux Mortels !
Sur le fer , l'airain et le cuivre ,
Sont gravez dans l'immense Livre ,
Les trahisons , les noirs projets.
Egalement on y découvre ,
Et de la Cabane et du Louvre ,
Les attentats les plus secrets.
Sur le marbre , l'or et l'yvoire ,
Un Chérubin majestueux ,
A le soin de tracer l'Histoire,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1931
Des faits des hommes vertueux.
Du haut de son Trône suprême ,
Le Fils d'un Dieu pese lui- même ,
Et les vices et les vertus.
Au mouvement de la balance ,
Sa main punit ou récompense,
Les Réprouvez ou les Elus.
Du Seigneur , la voix redoutable ,
Trouble les Airs épouvantez.
Je frémis. Sa bouche équitable ,
Va m'anoncer ses volontez.
Qu'entens-je ! quelle horreur soudaine ...
Ciel ! un Fleuve de sang m'entraîne ,
Dans l'éternelle obscurité.
Ah ! Seigneur , je suis ton Ouvrage ,
Voudrois-tu détruire l'Image ;
De ta divine Majesté.
Suspens les coups de ton Tonnerre ,
Qu'ont allumé tant de forfaits ;
Ne me déclare plus la guerre ;
Je fus l'objet de tes bienfaits.
Jadis dans le sein de Marie ,
L'Esprit-Saint te donna la vie ,
Qui me garantit du trépas ,
Et victime de ta Justice,
Tu
1932 MERCURE DE FRANCE
Tu t'offris toi-même au supplice ,
Que méritoient mes attentats.
Contre moi ta juste colere ,
Devroit armer ton bras vengeur ;
Du Châtiment le plus sévere ,
Mon crime égale la rigueur.
Mais souviens-toi qu'en Pere tendre ,
Tu voulus autrefois répandre ,
Tout ton Sang pour briser mes fers ,
Ce Sang dont une seule goute ,
Auroit pû racheter , sans doute ,
Les crimes de tout l'Univers.
Dieu de bonté , mes cris funebres
Sont parvenus jusques à toi ;
Ton éclat perce les tenebres ,
Dont l'horreur me glaçoit d'effroi ;
Oui, déja ta main secourable ,
Comble l'abîme épouventable ,
Où m'entraînoit l'iniquité.
Tu m'appelles. O joye extrême !
Je touche à mon bonheur suprême ,
Et je le dois à ta bonté.
Cavaliez , Avocat à Montpellier.
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Résumé : ODE. SUR LE JUGEMENT DERNIER.
Le Jugement Dernier est un événement apocalyptique où l'ordre de l'univers est perturbé par des cris de fureur et de haine. Les cieux s'ouvrent, laissant passer éclairs et foudres, tandis qu'une voix menaçante annonce la fin des temps. Les morts ressuscitent grâce à une trompette divine et un rayon de lumière, formant un amas de membres et d'ossements animés. Le Christ, assis sur un trône de gloire, ouvre le Livre des Destins, accompagné de la Justice et de la Vérité. Satan transcrit les crimes des hommes, révélant trahisons et projets secrets, tandis qu'un chérubin trace l'histoire des vertueux. Le Christ pèse les vices et les vertus, punissant ou récompensant les hommes. Terrifié, le narrateur implore la miséricorde divine, rappelant le sacrifice du Christ pour racheter les péchés. Dieu, dans sa bonté, secourt le narrateur, le sauvant de l'iniquité et lui offrant le bonheur suprême.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9059
p. 1933-1940
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. D. L. R. à M*** sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
Début :
L'Orient a toûjours eu et a encore aujourd'hui des Gens de Lettres de Profession [...]
Mots clefs :
Orient, Mahométisme, Érudition, Alcoran, Science, Histoire orientale, Savant, Auteurs orientaux, Sultan Bajazet Kan
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. D. L. R. à M*** sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par
M.D. L. R. à M*** sur la Litterature
des Mahometans , et sur celle des Turcs
en particulier.
'Orient a
toûjous eu et a encore auLo Lettres
fession ; on y cultive les Sciences et les
Beaux-Arts la plupart des Européens
sont là-dessus dans une étrange préjugé,
croyant que le Mahometisme a absolument détruit, dans son Empire tout ce
qui s'appelle bon goût et érudition. Je
sortirois trop du sujet principal de ma
Lettre , si j'entreprenois de combattre ce
préjugé , avec quelque étendue , et je ne
dirois rien qui ne vous fût en quelque
façon connu. Je me contenterai de faire.
ici quelques Remarques pour prouver ce
que je viens d'avancer.
Premierement , dans l'Alcoran même,
la Science en general est fort exaltée et
recommandée aux Musulmans ,
jusquesfà qu'un des plus anciens Docteurs Mahométans , disoit que celui qui s'exerce
dans les bonnes œuvres sans la Science ,
est semblable àl'âne d'un Moulin qui tourC no
1934 MERCURE DE FRANCE
"
ne toujours sans avancer chemin. Le
Monde , dit une des Traditions Mahometanes , ne subsiste que par quatre choses ; par la science des Docteurs , par la
justice des Princes , par les prieres des
gens de bien , et par la valeur des Braves.
Enfin un des plus grands Personnages de
cette Secte , étant au lit de la mort ,
disoit à ses Enfans , apprenez toutes les
Sciences , si vous pouvez , à l'exception
de trois , qui sont l'Astrologie judiciaire,
la Chimie , qui n'a pour but que la Pierre
Philosophale , et la Controverse ; car la
premiere ne sert qu'à augmenter les chagrins de la vie ; la seconde , à consumer
son bien , et la troisième , qu'à causer des
doutes , qui font enfin perdre la Religion.
Depuis l'établissement des Califes , successeurs de Mahomet , et la fondation
de leur Monarchie , plus vaste que celle
des Romains , il y a toujours eu parr i
les Arabes une infinité de gens qui s
sont appliquez à l'étude des Sciences
des Arts ; ils ont traduit en leur Langu
l'une des plus anciennes , les meilleu
Livres Grecs , Hebreux , &c. qu'ils or
pû trouver. Plusieurs même de ces C
lifes ont été sçavans et ont aimé et pro
regé les Gens de Lettre ; ils ont fon
des Colleges , établi des Académies
SC
SEPTEMBRE. 1732: 1935
sont celebres dans l'Histoire Orientale.
Il faut avouer , dit le Pere Rapin dans
ses Refléxions sur l'Histoire , que les
Arabes , par la qualité de leur esprit et
par le loisir que la prosperité de leurs
Armes et l'abondance leur procurerent ,
s'appliquerent tellement à l'étude de la
Philosophie et des Mathématiques , qu'ils
devinrent les premiers Sçavans du Monde.
Les autres Princes Mahométans contemporains ou successeurs des Califes
sur tout les Princes Asiatiques , se sont
piquez de science , et de faire fleurir les
Lettres dans leurs Etats. L'Histoire Orientale parle d'un Sultan si studieux , qu'il
faisoit porter à l'armée et dans tous ses
voyages , une Bibliotheque , qui faisoit
seule la charge de 400. Chameaux. Le
Grand Visir Kupruli , tué à la Bataille
de Salamkemen , a fait la même chose
de nos jours.
J'ajoûterai l'exemple de deux autres
Sultans amateurs des Sciences ; le preier est Kedder Kan , qui regnoit dans
a Transoxane , ou le Turquestan , dans
te Ve Siecle de l'Hegire. C'étoit un Prince
- puissant , sçavant et des plus magnifiques
de son temps. Il avoit formé une Acaémie qui s'assembloit en sa présence
nt assis sur une Estrade élevée , au
Cij pied
1936 MERCURE DE FRANCE
pied de laquelle étoient quatre grands
bassins remplis d'or et d'argent , qu'il
distribuoit aux Académiciens , suivant le
prix et le mérite de leurs Ouvrages. Ce
Prince avoit toûjours à sa Cour une centaine de Sçavans d'élite , qui l'accompagnoient partout, et auxquels il donnoit
de grosses pensions.
L'autre Prince est Atsiz , Sultan de Karisme , qui se distinguoit par sa liberalité
envers les Gens de Lettres. Il assembloit
souvent au milieu de sa Cour une Académie pour conferer sur les Sciences et
sur les Belles Lettres , et il récompensoit
les Sçavans suivant leur mérite et celui
de leurs productions. Ce Prince vivoit
vers le milieu du VI. siecle de l'Hegire
le XII. de J. C.
On dira peut- être , Monsieur , que ces
traits recueillis des Auteurs Orientaux ,
regardent des temps fort éloignez du
nôtre , et que depuis les conquêtes des
Turcs dans le Levant , sur tout depuis la
prise de Constantinople , cette Nation ,
qu'on suppose toujours ennemie des Lettres et des études , a aboli toute espece
de science et d'érudition en ce Pays- là.
On le dira , si on veut , mais on le dira
sans autorité et sans fondement. Il est
rai que cette Nation a fait dès le com
mencement
SEPTEMBRE. 1732. 1937
mencement une profession particuliers
des armes , mais il est vrai, aussi qu'elle n'a
jamais méprisé l'étude des Lettres , qu'elle
s'est polie dans la suite , qu'elle a eu pour
Maîtres dans les Sciences , ces mêmes Arabes dont elle a détruit l'Empire , qu'elle
les a même surpassez en plusieurs choses';
et qu'enfin les Turcs ont traduit en leur
Langue les plus beaux Ouvrages des Arabes et des Persans. Mahomet II. les deux
Bajazets , Selim I. et le grand Soliman ,
dont nous avons des Lettres écrites à
François I. étoient des Princes curieux et
sçavans. Les Lettres de Soliman se trouvent dans la Bibliotheque du Roy , dans
celle du Chancelier Seguier , aujourd'hui
de M. l'Evêque de Metz , Duc de Coislin,
et dans des Cabinets particuliers. J'en
possede deux , dont l'une est l'original
Turc, lesquelles ne se trouvent point ailleurs. J'ajoûterai à cette occasion qu'à la
fin du premier volume de la nouvelle
Edition de Gallia Christiana on trouve
la Traduction Latine d'une Lettre assez
singuliere de Bajazet II. écrite au Pape
Alexandre VI. pour le prier de faire CardinalNicolas Cibo , Archevêque d'Arles,
Cette Lettre n'est pas dattée à la maniere
des Musulmans , par l'Hegite , mais par
la Naissance du Messie , ce qui ne peutC iij ërre
1938 MERCURE DE FRANCE
de être regardé que comme une espece
politesse de la part de Bajazet , écrivant
au Souverain Pontife des Chrétiens.
Nous voyons enfin dans la Bibliotheque Orientale de Hagi Kalfah , Turc
moderne de Constantinople , qui contient un ample Recueil alphabetique de
tous les Auteurs Orientaux , et de leurs
Ouvrages , depuis l'origine du Mohometisme jusqu'à son temps ; nous voyons ,
dis-je , par ce Recueil , que les Turcs ont
écrit sur toute sorte de matieres , et qu'ils
ont une très- bonne part dans cette Bibliotheque , laquelle contient une Encyclopedie de toutes les Sciences et des Arts.
Ce Hagi Kalfah , natif, comme je l'ai dit,
de Constantinople , étoit fils du premier
Secretaire du Divan ; il fut premier Commis du Secretaire d'Etat en Chef de la
Cour Ottomane , et il a passé pour un
des plus habiles hommes de son temps.
Sa Bibliographie est dans la Bibliotheque
du Roy et dans celle de M. Colbert ,
M. Petis de la Croix , mort en 1713. en
a laissé une Traduction en notre Langue,
qui contient plusieurs volumes in folio s
il avoit dessein de la publier.
Je finis en disant que ceux qui ont fait
le voyage du Levant avec les dispositions
necessaires pour en profiter , sçavent que dans
SEPTEMBR E. 1732. 1939
dans la Capitale et dans les principales
Villes de l'Empire Turc , il y a des Professeurs publics , des Maîtres particuliers
et des Livres en toute sorte de Sciences
et sur les Beaux Arts , et que les Empereurs Ottomans n'ont jamais fait bâtir
de Mosquées sans y joindre un College
magnifiquement fondé et entretenu. Il y
en a plusieurs de cette espece à Constantinople. Il y en a aussi au Grand Caire , à
Damas , à Alep , &c. Je suis , Monsieur , &c.
>
Comme vous n'êtes pas à portée de
voir dans le nouveau Gallia Christiana
la Lettre dont je viens de parler , j'ai
crû que vous ne seriez pas fâché de la
trouver ici telle que le R. P. de SainteMarthe l'a rapportée , T. I. page 103.
N°. 32. parmi les titres qui regardent la
Métropole d'Arles.
SULTAN BAJAZET KAN , Dei Gratia
Rex Maximus et Imperator utriusque Continentis Asia et Europe ; Christianorum
excellenti, Patri et DD. Alexandro, divinâ
Providentia Romana Ecclesia Pontifici dignissimo. Post convenientem et justam Sa
iutationem ; notum sit tuo supremo Pontificio , quemadmodum Reverendus Dominus
Nicolaus Cybo , Archiepiscopus Arelatensis
est dignus et fidelis homo ipsius et à temCij pore
1940 MERCURE DE FRANCE
pore precedentis Papa Supremi Pontificis
Domini Innocentii usque in hodiernum diem
in tempus sue Magnitudinis, continuè adpacem et amicitiamfestinat, semperque animò et^
corpore in fidelissimâ fide duabus Partibus
servivit et adhuc servit. Hujus rei causâ
justum est et vobis decet majori in ordine
ipsum esse debere ; et rogavimus Supremum Pontificem ut faceret illum Cardinalem , et assensus est nostre petitioni , adeò
ut litteris nobis significaverit quod petitum est
daturum fuisse ipsi. Verùm quia non erat
tempus, Idibus Septembris mensis non sedet
in ordine suo , et ut requirit consuetudo. Intereà verò jussu Dei dedit Pontifex commune debitum , et sic ipse remansit. Ea igitur
de causâ scribimus et rogamus tuam Magnitudinem propter amicitiam et pacem quam
inter nos habuimus , et propter mutuum cor ,
ut ad impleat ipsi tuum Pontificium , videlicet , ut faciat ipsum perfectum Cardinalem , habebimus et nos id in magnâ gratiâ.
·Datum in Aulâ nostra Sultania Auctoritatis in Constantinopoli , M. ccccxcrv.
Anno à Jesu Propheta Nativitate VIII.
Septembris
M.D. L. R. à M*** sur la Litterature
des Mahometans , et sur celle des Turcs
en particulier.
'Orient a
toûjous eu et a encore auLo Lettres
fession ; on y cultive les Sciences et les
Beaux-Arts la plupart des Européens
sont là-dessus dans une étrange préjugé,
croyant que le Mahometisme a absolument détruit, dans son Empire tout ce
qui s'appelle bon goût et érudition. Je
sortirois trop du sujet principal de ma
Lettre , si j'entreprenois de combattre ce
préjugé , avec quelque étendue , et je ne
dirois rien qui ne vous fût en quelque
façon connu. Je me contenterai de faire.
ici quelques Remarques pour prouver ce
que je viens d'avancer.
Premierement , dans l'Alcoran même,
la Science en general est fort exaltée et
recommandée aux Musulmans ,
jusquesfà qu'un des plus anciens Docteurs Mahométans , disoit que celui qui s'exerce
dans les bonnes œuvres sans la Science ,
est semblable àl'âne d'un Moulin qui tourC no
1934 MERCURE DE FRANCE
"
ne toujours sans avancer chemin. Le
Monde , dit une des Traditions Mahometanes , ne subsiste que par quatre choses ; par la science des Docteurs , par la
justice des Princes , par les prieres des
gens de bien , et par la valeur des Braves.
Enfin un des plus grands Personnages de
cette Secte , étant au lit de la mort ,
disoit à ses Enfans , apprenez toutes les
Sciences , si vous pouvez , à l'exception
de trois , qui sont l'Astrologie judiciaire,
la Chimie , qui n'a pour but que la Pierre
Philosophale , et la Controverse ; car la
premiere ne sert qu'à augmenter les chagrins de la vie ; la seconde , à consumer
son bien , et la troisième , qu'à causer des
doutes , qui font enfin perdre la Religion.
Depuis l'établissement des Califes , successeurs de Mahomet , et la fondation
de leur Monarchie , plus vaste que celle
des Romains , il y a toujours eu parr i
les Arabes une infinité de gens qui s
sont appliquez à l'étude des Sciences
des Arts ; ils ont traduit en leur Langu
l'une des plus anciennes , les meilleu
Livres Grecs , Hebreux , &c. qu'ils or
pû trouver. Plusieurs même de ces C
lifes ont été sçavans et ont aimé et pro
regé les Gens de Lettre ; ils ont fon
des Colleges , établi des Académies
SC
SEPTEMBRE. 1732: 1935
sont celebres dans l'Histoire Orientale.
Il faut avouer , dit le Pere Rapin dans
ses Refléxions sur l'Histoire , que les
Arabes , par la qualité de leur esprit et
par le loisir que la prosperité de leurs
Armes et l'abondance leur procurerent ,
s'appliquerent tellement à l'étude de la
Philosophie et des Mathématiques , qu'ils
devinrent les premiers Sçavans du Monde.
Les autres Princes Mahométans contemporains ou successeurs des Califes
sur tout les Princes Asiatiques , se sont
piquez de science , et de faire fleurir les
Lettres dans leurs Etats. L'Histoire Orientale parle d'un Sultan si studieux , qu'il
faisoit porter à l'armée et dans tous ses
voyages , une Bibliotheque , qui faisoit
seule la charge de 400. Chameaux. Le
Grand Visir Kupruli , tué à la Bataille
de Salamkemen , a fait la même chose
de nos jours.
J'ajoûterai l'exemple de deux autres
Sultans amateurs des Sciences ; le preier est Kedder Kan , qui regnoit dans
a Transoxane , ou le Turquestan , dans
te Ve Siecle de l'Hegire. C'étoit un Prince
- puissant , sçavant et des plus magnifiques
de son temps. Il avoit formé une Acaémie qui s'assembloit en sa présence
nt assis sur une Estrade élevée , au
Cij pied
1936 MERCURE DE FRANCE
pied de laquelle étoient quatre grands
bassins remplis d'or et d'argent , qu'il
distribuoit aux Académiciens , suivant le
prix et le mérite de leurs Ouvrages. Ce
Prince avoit toûjours à sa Cour une centaine de Sçavans d'élite , qui l'accompagnoient partout, et auxquels il donnoit
de grosses pensions.
L'autre Prince est Atsiz , Sultan de Karisme , qui se distinguoit par sa liberalité
envers les Gens de Lettres. Il assembloit
souvent au milieu de sa Cour une Académie pour conferer sur les Sciences et
sur les Belles Lettres , et il récompensoit
les Sçavans suivant leur mérite et celui
de leurs productions. Ce Prince vivoit
vers le milieu du VI. siecle de l'Hegire
le XII. de J. C.
On dira peut- être , Monsieur , que ces
traits recueillis des Auteurs Orientaux ,
regardent des temps fort éloignez du
nôtre , et que depuis les conquêtes des
Turcs dans le Levant , sur tout depuis la
prise de Constantinople , cette Nation ,
qu'on suppose toujours ennemie des Lettres et des études , a aboli toute espece
de science et d'érudition en ce Pays- là.
On le dira , si on veut , mais on le dira
sans autorité et sans fondement. Il est
rai que cette Nation a fait dès le com
mencement
SEPTEMBRE. 1732. 1937
mencement une profession particuliers
des armes , mais il est vrai, aussi qu'elle n'a
jamais méprisé l'étude des Lettres , qu'elle
s'est polie dans la suite , qu'elle a eu pour
Maîtres dans les Sciences , ces mêmes Arabes dont elle a détruit l'Empire , qu'elle
les a même surpassez en plusieurs choses';
et qu'enfin les Turcs ont traduit en leur
Langue les plus beaux Ouvrages des Arabes et des Persans. Mahomet II. les deux
Bajazets , Selim I. et le grand Soliman ,
dont nous avons des Lettres écrites à
François I. étoient des Princes curieux et
sçavans. Les Lettres de Soliman se trouvent dans la Bibliotheque du Roy , dans
celle du Chancelier Seguier , aujourd'hui
de M. l'Evêque de Metz , Duc de Coislin,
et dans des Cabinets particuliers. J'en
possede deux , dont l'une est l'original
Turc, lesquelles ne se trouvent point ailleurs. J'ajoûterai à cette occasion qu'à la
fin du premier volume de la nouvelle
Edition de Gallia Christiana on trouve
la Traduction Latine d'une Lettre assez
singuliere de Bajazet II. écrite au Pape
Alexandre VI. pour le prier de faire CardinalNicolas Cibo , Archevêque d'Arles,
Cette Lettre n'est pas dattée à la maniere
des Musulmans , par l'Hegite , mais par
la Naissance du Messie , ce qui ne peutC iij ërre
1938 MERCURE DE FRANCE
de être regardé que comme une espece
politesse de la part de Bajazet , écrivant
au Souverain Pontife des Chrétiens.
Nous voyons enfin dans la Bibliotheque Orientale de Hagi Kalfah , Turc
moderne de Constantinople , qui contient un ample Recueil alphabetique de
tous les Auteurs Orientaux , et de leurs
Ouvrages , depuis l'origine du Mohometisme jusqu'à son temps ; nous voyons ,
dis-je , par ce Recueil , que les Turcs ont
écrit sur toute sorte de matieres , et qu'ils
ont une très- bonne part dans cette Bibliotheque , laquelle contient une Encyclopedie de toutes les Sciences et des Arts.
Ce Hagi Kalfah , natif, comme je l'ai dit,
de Constantinople , étoit fils du premier
Secretaire du Divan ; il fut premier Commis du Secretaire d'Etat en Chef de la
Cour Ottomane , et il a passé pour un
des plus habiles hommes de son temps.
Sa Bibliographie est dans la Bibliotheque
du Roy et dans celle de M. Colbert ,
M. Petis de la Croix , mort en 1713. en
a laissé une Traduction en notre Langue,
qui contient plusieurs volumes in folio s
il avoit dessein de la publier.
Je finis en disant que ceux qui ont fait
le voyage du Levant avec les dispositions
necessaires pour en profiter , sçavent que dans
SEPTEMBR E. 1732. 1939
dans la Capitale et dans les principales
Villes de l'Empire Turc , il y a des Professeurs publics , des Maîtres particuliers
et des Livres en toute sorte de Sciences
et sur les Beaux Arts , et que les Empereurs Ottomans n'ont jamais fait bâtir
de Mosquées sans y joindre un College
magnifiquement fondé et entretenu. Il y
en a plusieurs de cette espece à Constantinople. Il y en a aussi au Grand Caire , à
Damas , à Alep , &c. Je suis , Monsieur , &c.
>
Comme vous n'êtes pas à portée de
voir dans le nouveau Gallia Christiana
la Lettre dont je viens de parler , j'ai
crû que vous ne seriez pas fâché de la
trouver ici telle que le R. P. de SainteMarthe l'a rapportée , T. I. page 103.
N°. 32. parmi les titres qui regardent la
Métropole d'Arles.
SULTAN BAJAZET KAN , Dei Gratia
Rex Maximus et Imperator utriusque Continentis Asia et Europe ; Christianorum
excellenti, Patri et DD. Alexandro, divinâ
Providentia Romana Ecclesia Pontifici dignissimo. Post convenientem et justam Sa
iutationem ; notum sit tuo supremo Pontificio , quemadmodum Reverendus Dominus
Nicolaus Cybo , Archiepiscopus Arelatensis
est dignus et fidelis homo ipsius et à temCij pore
1940 MERCURE DE FRANCE
pore precedentis Papa Supremi Pontificis
Domini Innocentii usque in hodiernum diem
in tempus sue Magnitudinis, continuè adpacem et amicitiamfestinat, semperque animò et^
corpore in fidelissimâ fide duabus Partibus
servivit et adhuc servit. Hujus rei causâ
justum est et vobis decet majori in ordine
ipsum esse debere ; et rogavimus Supremum Pontificem ut faceret illum Cardinalem , et assensus est nostre petitioni , adeò
ut litteris nobis significaverit quod petitum est
daturum fuisse ipsi. Verùm quia non erat
tempus, Idibus Septembris mensis non sedet
in ordine suo , et ut requirit consuetudo. Intereà verò jussu Dei dedit Pontifex commune debitum , et sic ipse remansit. Ea igitur
de causâ scribimus et rogamus tuam Magnitudinem propter amicitiam et pacem quam
inter nos habuimus , et propter mutuum cor ,
ut ad impleat ipsi tuum Pontificium , videlicet , ut faciat ipsum perfectum Cardinalem , habebimus et nos id in magnâ gratiâ.
·Datum in Aulâ nostra Sultania Auctoritatis in Constantinopoli , M. ccccxcrv.
Anno à Jesu Propheta Nativitate VIII.
Septembris
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. D. L. R. à M*** sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
L'auteur de la lettre conteste le préjugé européen selon lequel l'islam aurait détruit le bon goût et l'érudition dans l'Empire ottoman. Il souligne que l'Alcoran valorise la science et que les musulmans la considèrent essentielle. Plusieurs traditions islamiques mettent en avant l'importance de la science, de la justice, des prières et du courage. Les califes et autres princes musulmans ont encouragé les sciences et les arts en traduisant des œuvres grecques et hébraïques et en fondant des académies. Les Arabes sont devenus des savants éminents en philosophie et en mathématiques. Des sultans comme Kedder Kan et Atsiz ont soutenu les lettres et les sciences, formant des académies et récompensant les savants. Les Turcs, bien que connus pour leurs conquêtes militaires, n'ont jamais méprisé les lettres. Ils ont traduit des œuvres arabes et persanes et ont eu des sultans savants comme Mahomet II, Bajazet II, Selim I et Soliman le Magnifique. La Bibliothèque Orientale de Hagi Kalfah témoigne de la contribution des Turcs à diverses sciences et arts. Les villes de l'Empire ottoman, comme Constantinople, Le Caire, Damas et Alep, possèdent des collèges et des professeurs publics. L'auteur conclut en affirmant que les empereurs ottomans ont toujours soutenu l'éducation et les lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9060
p. 1941-1953
IDYLLE. A M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Corisque. Vous m'aimez, Ménalis, à quoy sert ce langage? [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Corisque, Ménalis, Coeur, Berger, Haine, Tendresse, Sentiment, Jardins, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDYLLE. A M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
IDYLL E.
A M. de Fontenelle , de l'Academie Françoise , par Me de Malcrais de la Vigne,
du Croisic en Bretagne.
Corisque.
Vous m'aimez, Ménalis ? à quoy sert ce langage ?
Ces mots étudiez , ces complimens polis ,
D'un esprit déguisé m'apportent le message ;
Mais le cœur s'adresse à Philis.
Finissons un discours dont la douceur m'outrage.'
Vos sermens dans les airs semez' ,
Je n'ai
Des Zephirs inconstans deviendront le partage ,
que trop d'égards pour un Berger volage;
Ce n'est pas moi que vous aimez.
Menalis.
Croyez-vous , après tout , puisque votre injustice
M'oblige à dévoiler les sentimens d'un cœur!
Qui s'exprime sans artifice ,
Vous figurez- vous que je puisse ,
Nepoint être sensible aux traits de votre humeur?
Vous m'aimez, je l'avoue , un instant par caprice;
Où pour me voir languir auprès de vos appas ,
Yous feignez de m'aimer, et vous ne m'aimez pss.
Cv Corisque
1942 MERCURE DE FRANCE
Corisque.
Hé bien, s'il est ainsi , sans se causer de peine ,
Ménalis , il vaut mieux pour toujours se quitter.
Ménalis.
Vous pensez m'allarmer > votre entreprise est
vaine ;
Je fuis , je pars , vos yeux me voudroient arrêter.
Corisque.
Mes yeux moi ? non.
· Ménalis.
Pourquoi rester donc la derniere a
Corisque.
Yous qui partez , pourquoi regarder par derriere?
Ménalis.
Adieu , Bergere , adieu , cœur ingrat et leger.
Corisque.
Adieu , perfide , adieu , témeraire Berger.
Ménalis.
Vous fuyez est- il vrai ? pouvez-vous ●● •
cruelle !
Me laisser si facilement !
Je ne m'éloignois seulement ,
• ah
Quepourvoir àquel point vous me seriez fidelle,
Revenez, cher objet que j'aime uniquement ;
Inflexible
SEPTEMBRE. 1732. 1943
Inflexible ! avec vous vous emportez mon ame.
Corisque.
Non, je n'emporte rien que mon cœur.
Ménalis.
Pour un autre Berger.
Tout en flamme
Corisque.
Non, trompeur , non , c'est toi ,
Qui m'ôtes lâchement le tribut de ta foi.
Ménalis.
Elle vole ; et le Fan timide ,
Par un bruit soudain effrayé ,
Fuit moins vîte où la peur le guide.
Zéphirs , opposez vous à sa course rapide ,
Vous, Ronces, qui bordez ce chemin peu frayé,
De grace enlassez - vous dans sa robbe flotante,
Afin de retenir ses pas ;
Mais prenez garde aussi qu'une pointe piquante ,
Ne blesse ses pieds délicats.
Devenez , s'il se peut , de coton sous sa trace.
Haliers , écartez -vous , moderez votre audace ,
Respectez son beau sang , ah cuels ! tout le mien
Seroit payé trop cher d'une goute du sien.
Je vous ai joint , enfin me voici hors d'haleine ;
UnEclair sur ses feux m'a porté jusqu'à vous ;
Cvj Adou
1944 MERCURE DE FRANCE
Adoucissez- vous , inhumaine ,
Calmez un injuste couroux.
Corisque.
Je te haïs , le dépit et les transports jaloux ,
Contre un Berger volage ónt allumé ma haine ;
Que ne puis-je à mon gré t'accabler sous ses coups!
Ménalis.
Vos funestes rigueurs rendent ma mort certaine
Du fer de ma houlette ouvrez , ouvrez mon sein;
Si sur lui vous daignez mettre un moment la
main,
Vous sentirez que ma tendresse ,
Vous porte tous ses sentimens ,
;
Et que mon cœur brulé dans ses chauds battemens ,
Repete Corisque sans cesse.
Ah! Corisque , Corisque , au moins apprenez-moi
Le forfait inconnu qui m'arrache à la vie.
Le coupable qui sçait pourquoi ,
Du plus affreux trépas , sa sentence est suivie ,
Par avance en lui-même obéït à la Loi.
Corisque.
2.
Mon ame en ta faveur , malgré moi s'est fléchie ,
Et monsecret échappe à ma langue affranchie ,
Mais après cet aveu , ne me parle jamais.
Te souvient-il de la journée ,
Où sous des Cerisiers épais
On celebroit d'Hilas l'agréable Hymenée !
On
SEPTEMBRE. 1732. 1945
Ménalis.
Quel brillant , ce jour-là , relevoit vos attraits !
L'Amour s'étoit peint dans VOS
Venus vous avoit amenée,
traits.
Les Roses et les Lys ....
Corisque.
Puisque tu m'interromps ;
Je me tais.
Ménalis.
Achevez ; les tourmens les plus prompts
Sont pour les malheureux la moitié de leur grace.
Corisque.
Le Soleil à la nuit , alloit ceder la place ;
Jusques-là sur le vert gazon ,
Tous les Amans colez auprès de leurs Amantes,
Les amusoient , assis en rond ,
Par des jeux differens et des farces galantes ;
Attendant à passer en cette âpre Saison ,
Du grand Astre enflammé qui jaunit la moisson,
La chaleur qui sembloit ce jour- là redoublée ;
Quand les tiedes Zéphirs soufflant dans les Ra- meaux ,
Le son joyeux des Chalumeaux ,
Sur le champ pour danser fit lever l'Assemblée.
Tu me donnas la main , et de l'autre aussi-tôt ,
Tu tiras Philis dans la Danse ,.
Tu lui parlois tout bas , et souvent ton silence ,
S'ex-
1946 MERCURE DE FRANCE
S'expliquoit plus qu'à demi mot ; *
Mais ce qui m'irrita , juste Ciel ! quand j'y
pense ....
Tu lui serras la main , et sans attention ,
Tu serras tant-soit- peu la mienne ,
Dirigeant autre part un œil plein d'action ;
Et tu te souviendrois qu'en cette occasion ,
Je fus prête à quitter la tienne ,
Si l'amoureuse émotion ,
T'avoit encor laissé quelque refléxion.
Ménalis.
Falloit-il que ma foi fût si - tôt soupçonnée ,
Que dis-je ? en un moment sans appel con- damnée ,
Si vous m'eussiez vraiment aimé ?
Vit-on une petite pluye ,
Quand le feu dans un Bois fut long- temps
allumé ,
Arrêter sur le champ le rapide incendie ?
Je parlois à Philis , et lui disois tout bas ,
Sans dessein lui pressant le bras ,
Et lui montrant Daphné , cette Etrangere ai
mable ,
Dont les Bergers font tant de cas ,
Regardez si Daphné , qu'enflent ses vains appas ,
Peut se croire à Corisque , à bon droit comparable ?
Corisque a dans un de ses yeux
Plus
SEPTEMBR E. 1732. 1947
Plus d'attraits que Daphné , dans sa personne
entiere.
Corisque.
Le parallele est glorieux ,
Tu m'honorois , Berger ; par son air , sa ma- niere ,
Daphné peut briller en tous lieux,
Ménalis à ton tour dis - moi sur quelle injure ,
Ton amour a fondé la nouvelle imposture ,
Des reproches que tu me fais ?
Ménalis.
Le souvenir en est trop frais ;
Mon doigt , en la touchant , aigriroit ma bles- sure ,
Et , peut - être , au surplus , que niant l'aven;
ture ,
Et , bravant mes justes douleurs ,
Vous vous offenseriez du sujet de mes pleurs.
Corisque.
Non , non , tu peux parler sans péril ; je t'assure
Que je rendrai injuſtice à ton sincere aveu ,
Tu devrois me connoître un peu ,
Et d'un cœur qui t'aimoit avoir meilleur augure.
Ménalis.
Avant-hier Mirtil conduisant son Troupeau ,
Cheminoit à pas lents sur la molle Prairie
Du
"
1948 MERCURE DE FRANCE
Du plus loin qu'il me vit , il montra son Cha- peau ,
Dont le Bouton s'ornoit de l'Œillet le plus beau ;
C'est , dit-il , de Corisque une galanterie ;
Ses faveurs ne sont pas pour moi du fruit nouveau.
Je Pen remerciai , je voulus le lui rendre ,
Mais son empressement me força de le prendre
Pour le dire en deux mots , Corisque et ses presens ,
Me sont assez indifferens.
Ace discours j'eus peine à cacher ma colere.
Cent fois agité dans l'esprit ,
Je fus prêts d'arracher cette fleur par dépit ;
Mais par respect pour vous , je m'abstins de le faire.
Corisque.
L'Efronté ce fut lui qui malgré moi la prit ;
J'en atteste Cloris , Célimene et Florise ,
Pour r'avoir cet Œillet , d'abord je l'attaquai
Par les moyens civils que l'usage authorise 3.
Sur son honneur je le piquai ,
>
Mais m'ayant mise à bout , alors je le brusquai ,
Comme on use à l'égard d'un Berger qu'on méprise.
J'éclatai , j'employai d'inutiles efforts ,
Dont le Scélérat osoit rire.
Que mesbras contre lui n'étoient-ils assez forts!
Dans
SEPTEMBRE. 1732. 1949
Dans les fougueux excès que la fureur inspire ,
Je lui dis , l'arrêtant , tout ce que je pus dire ;
Il m'échapa , le traitre , et quand il fut enfui ,.
Vainement , et très - loin , je courùs après-lui.
Cette fleur , dont les soins occupoient ma pensée ,
Avoit exprès pour toi la saison devancée ;-
Je l'allois visiter le matin et le soir ,
Et lui disois tout bas en tenant l'arrosoir ,
Croissez , aimable Eillet , et couronnant ma
peine ,
Pour le seul Ménalis réservez votre halcine.
Croissez , et que de mon Berger ,
Dont le cœur m'a promis de ne jamais changer
Puisse ainsi croître la tendresse !
Dès qu'ils seront épanouis...
Mos apas en un jour seront évanouis 2.
Mais son feu durera sans cesse.
Ménalis.
J'accusois donc à tort votre fidélité !
Mirtil par sa malignité ,
Me rendoit moi-même infidéle !
Que d'un vif repentir , je me sens tourmenté !
Vous en croirai- je ? O Dieux ! quoi mon cœur se rappelle ,
De ses premiers soupçons , l'allarme criminelle?
Aux Amans , par un sort contraire à leurs dê- sirs,
Dans
1950 MERCURE DE FRANCE
ļ
Dans le sein même des plaisirs ,
L'inquiétude est naturelle .
Permettez qu'à vos pieds , mes sanglots , mes
soupirs...
Corisque.
Léve- toi, Méñalis , que les Vents , et la Grêle
Puissent ravager , si je mens ;
L'esperance , hêlas ! rare , et frêle
De nos Jardins et de nos Champs.
Mais moi , dois-je , à tes assurances ,
Livrer de ses soupçons mon esprit revenu ?
M'offrirois- tu les apparences ,
D'un amour autre part , peut-être retenu ?
Ménalis.
Ciel ? que Pan courroucé , laisse ma Bergerie ,
En Proye, aux Loups impétueux !
Puissai-je sous mes pas , foulant l'herbe fleurie
Ne rencontrer qu'Aspics , qu'Animaux veni- meux. ..
Corisque.
Arrête , Berger , je te prie ,
C'en est trop; la bonté des Dieux ,
S'offenseroit de la furie ,
De tes sermens audacieux.
Je te crois; je vais même en coucher sur ta levre »
Le gage apétissant d'un baiser gracieux.
Ménalis:
SEPTEMBRE. 1732. 1951
Ménalis.
Le Miel du Mont Himette est moins délicieux.
Suis- je icy ? Me trompai- je ? Ah votre amou»
me sevre ,
Trop-tôt d'un bien précieux ,
Le baiser apprêté , dont la brillante Flore ,
Enivre son Zéphir de ses charmes épris ,
Celui dont la naissante Aurore ,
Régale l'Epoux de Procris ,
Les baisers de Diane , et tous ceux de Cypris ,
Au vôtre comparez sont languissans encore ,
Mais souffrez qu'au lieu d'un , je vous en rende deux.
Le Dieu , qui pour Psiché , jadis sentit éclore
Le germe impatient ? Des désirs amoureux ,
Se plaît en nombre impair , à seconder nos -jeux.
Corisque.
Ah ! dans mon cœur brulant , j'ai Paphos et Ci- there :
Berger , mon cher Berger , je ne suis plus à
moi ,
Mais que dis-je ! Est- il temps de garder du mys- tere ?
Tu me montres assez que je suis toute à toi.
Ainsi se réconcilierent ,
Corisque et Ménalis imprudemment fâchez ;
Et les chaînes qui les lierent ,
Re-
1952 MERCURE DE FRANCE
Retinrent à jamais leurs deux cœurs attachez ;
Les tendres Rossignols dans les Rameaux ca- chez ,
Jaloux des douceurs qu'ils goûterent ,
Les virent et les imiterent ,
Et leurs petits goziers , sans être interrompus ,
La nuit suivante repeterent
Et leurs propres plaisirs , et ceux. qu'ils avoient
vûs.
Fontenelle , la gloire et l'honneur de notre âge ,
Toi , qui par des talens divers ,
As fait voir de nos jours que la Prose , et les Vers' ,
Sur les siècles passez , remportent l'avantage ;
Suspens tes illustres emplois ,
Pour entendre un moment mon rustique Haut- bois ,
Je lis et je relis tes Eglogues sans cesse ,
Et les admire à chaque fois.
Tes Bergers par un tour de ta subtile adresse ,
Sont moins fardez , moins pointilleux,
Que ceux dont en ses Vers doux , faciles , heu- reux ,
Racan fit parler la tendresse ,
Quoique ceux de Ségrais soient galans , ingénus,
Ils sont trop copiez , et de Rome , et de Grèce ,
Leur style un peu rude me blesse ,
Et leurs discours par tout ne sont pas soutenus ,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1953
Des tiens je prise beaucoup plus ,
L'originale politesse .
N'ont-ils pas réüni tous les suffrages dûs
A leur douce délicatesse ?
Les miens dépourvûs d'agrément ,
N'entreront point en parallele ;
Il seront trop fiers seulement ,
S'ils attirent les yeux du Sçavant Fontenelle,
A M. de Fontenelle , de l'Academie Françoise , par Me de Malcrais de la Vigne,
du Croisic en Bretagne.
Corisque.
Vous m'aimez, Ménalis ? à quoy sert ce langage ?
Ces mots étudiez , ces complimens polis ,
D'un esprit déguisé m'apportent le message ;
Mais le cœur s'adresse à Philis.
Finissons un discours dont la douceur m'outrage.'
Vos sermens dans les airs semez' ,
Je n'ai
Des Zephirs inconstans deviendront le partage ,
que trop d'égards pour un Berger volage;
Ce n'est pas moi que vous aimez.
Menalis.
Croyez-vous , après tout , puisque votre injustice
M'oblige à dévoiler les sentimens d'un cœur!
Qui s'exprime sans artifice ,
Vous figurez- vous que je puisse ,
Nepoint être sensible aux traits de votre humeur?
Vous m'aimez, je l'avoue , un instant par caprice;
Où pour me voir languir auprès de vos appas ,
Yous feignez de m'aimer, et vous ne m'aimez pss.
Cv Corisque
1942 MERCURE DE FRANCE
Corisque.
Hé bien, s'il est ainsi , sans se causer de peine ,
Ménalis , il vaut mieux pour toujours se quitter.
Ménalis.
Vous pensez m'allarmer > votre entreprise est
vaine ;
Je fuis , je pars , vos yeux me voudroient arrêter.
Corisque.
Mes yeux moi ? non.
· Ménalis.
Pourquoi rester donc la derniere a
Corisque.
Yous qui partez , pourquoi regarder par derriere?
Ménalis.
Adieu , Bergere , adieu , cœur ingrat et leger.
Corisque.
Adieu , perfide , adieu , témeraire Berger.
Ménalis.
Vous fuyez est- il vrai ? pouvez-vous ●● •
cruelle !
Me laisser si facilement !
Je ne m'éloignois seulement ,
• ah
Quepourvoir àquel point vous me seriez fidelle,
Revenez, cher objet que j'aime uniquement ;
Inflexible
SEPTEMBRE. 1732. 1943
Inflexible ! avec vous vous emportez mon ame.
Corisque.
Non, je n'emporte rien que mon cœur.
Ménalis.
Pour un autre Berger.
Tout en flamme
Corisque.
Non, trompeur , non , c'est toi ,
Qui m'ôtes lâchement le tribut de ta foi.
Ménalis.
Elle vole ; et le Fan timide ,
Par un bruit soudain effrayé ,
Fuit moins vîte où la peur le guide.
Zéphirs , opposez vous à sa course rapide ,
Vous, Ronces, qui bordez ce chemin peu frayé,
De grace enlassez - vous dans sa robbe flotante,
Afin de retenir ses pas ;
Mais prenez garde aussi qu'une pointe piquante ,
Ne blesse ses pieds délicats.
Devenez , s'il se peut , de coton sous sa trace.
Haliers , écartez -vous , moderez votre audace ,
Respectez son beau sang , ah cuels ! tout le mien
Seroit payé trop cher d'une goute du sien.
Je vous ai joint , enfin me voici hors d'haleine ;
UnEclair sur ses feux m'a porté jusqu'à vous ;
Cvj Adou
1944 MERCURE DE FRANCE
Adoucissez- vous , inhumaine ,
Calmez un injuste couroux.
Corisque.
Je te haïs , le dépit et les transports jaloux ,
Contre un Berger volage ónt allumé ma haine ;
Que ne puis-je à mon gré t'accabler sous ses coups!
Ménalis.
Vos funestes rigueurs rendent ma mort certaine
Du fer de ma houlette ouvrez , ouvrez mon sein;
Si sur lui vous daignez mettre un moment la
main,
Vous sentirez que ma tendresse ,
Vous porte tous ses sentimens ,
;
Et que mon cœur brulé dans ses chauds battemens ,
Repete Corisque sans cesse.
Ah! Corisque , Corisque , au moins apprenez-moi
Le forfait inconnu qui m'arrache à la vie.
Le coupable qui sçait pourquoi ,
Du plus affreux trépas , sa sentence est suivie ,
Par avance en lui-même obéït à la Loi.
Corisque.
2.
Mon ame en ta faveur , malgré moi s'est fléchie ,
Et monsecret échappe à ma langue affranchie ,
Mais après cet aveu , ne me parle jamais.
Te souvient-il de la journée ,
Où sous des Cerisiers épais
On celebroit d'Hilas l'agréable Hymenée !
On
SEPTEMBRE. 1732. 1945
Ménalis.
Quel brillant , ce jour-là , relevoit vos attraits !
L'Amour s'étoit peint dans VOS
Venus vous avoit amenée,
traits.
Les Roses et les Lys ....
Corisque.
Puisque tu m'interromps ;
Je me tais.
Ménalis.
Achevez ; les tourmens les plus prompts
Sont pour les malheureux la moitié de leur grace.
Corisque.
Le Soleil à la nuit , alloit ceder la place ;
Jusques-là sur le vert gazon ,
Tous les Amans colez auprès de leurs Amantes,
Les amusoient , assis en rond ,
Par des jeux differens et des farces galantes ;
Attendant à passer en cette âpre Saison ,
Du grand Astre enflammé qui jaunit la moisson,
La chaleur qui sembloit ce jour- là redoublée ;
Quand les tiedes Zéphirs soufflant dans les Ra- meaux ,
Le son joyeux des Chalumeaux ,
Sur le champ pour danser fit lever l'Assemblée.
Tu me donnas la main , et de l'autre aussi-tôt ,
Tu tiras Philis dans la Danse ,.
Tu lui parlois tout bas , et souvent ton silence ,
S'ex-
1946 MERCURE DE FRANCE
S'expliquoit plus qu'à demi mot ; *
Mais ce qui m'irrita , juste Ciel ! quand j'y
pense ....
Tu lui serras la main , et sans attention ,
Tu serras tant-soit- peu la mienne ,
Dirigeant autre part un œil plein d'action ;
Et tu te souviendrois qu'en cette occasion ,
Je fus prête à quitter la tienne ,
Si l'amoureuse émotion ,
T'avoit encor laissé quelque refléxion.
Ménalis.
Falloit-il que ma foi fût si - tôt soupçonnée ,
Que dis-je ? en un moment sans appel con- damnée ,
Si vous m'eussiez vraiment aimé ?
Vit-on une petite pluye ,
Quand le feu dans un Bois fut long- temps
allumé ,
Arrêter sur le champ le rapide incendie ?
Je parlois à Philis , et lui disois tout bas ,
Sans dessein lui pressant le bras ,
Et lui montrant Daphné , cette Etrangere ai
mable ,
Dont les Bergers font tant de cas ,
Regardez si Daphné , qu'enflent ses vains appas ,
Peut se croire à Corisque , à bon droit comparable ?
Corisque a dans un de ses yeux
Plus
SEPTEMBR E. 1732. 1947
Plus d'attraits que Daphné , dans sa personne
entiere.
Corisque.
Le parallele est glorieux ,
Tu m'honorois , Berger ; par son air , sa ma- niere ,
Daphné peut briller en tous lieux,
Ménalis à ton tour dis - moi sur quelle injure ,
Ton amour a fondé la nouvelle imposture ,
Des reproches que tu me fais ?
Ménalis.
Le souvenir en est trop frais ;
Mon doigt , en la touchant , aigriroit ma bles- sure ,
Et , peut - être , au surplus , que niant l'aven;
ture ,
Et , bravant mes justes douleurs ,
Vous vous offenseriez du sujet de mes pleurs.
Corisque.
Non , non , tu peux parler sans péril ; je t'assure
Que je rendrai injuſtice à ton sincere aveu ,
Tu devrois me connoître un peu ,
Et d'un cœur qui t'aimoit avoir meilleur augure.
Ménalis.
Avant-hier Mirtil conduisant son Troupeau ,
Cheminoit à pas lents sur la molle Prairie
Du
"
1948 MERCURE DE FRANCE
Du plus loin qu'il me vit , il montra son Cha- peau ,
Dont le Bouton s'ornoit de l'Œillet le plus beau ;
C'est , dit-il , de Corisque une galanterie ;
Ses faveurs ne sont pas pour moi du fruit nouveau.
Je Pen remerciai , je voulus le lui rendre ,
Mais son empressement me força de le prendre
Pour le dire en deux mots , Corisque et ses presens ,
Me sont assez indifferens.
Ace discours j'eus peine à cacher ma colere.
Cent fois agité dans l'esprit ,
Je fus prêts d'arracher cette fleur par dépit ;
Mais par respect pour vous , je m'abstins de le faire.
Corisque.
L'Efronté ce fut lui qui malgré moi la prit ;
J'en atteste Cloris , Célimene et Florise ,
Pour r'avoir cet Œillet , d'abord je l'attaquai
Par les moyens civils que l'usage authorise 3.
Sur son honneur je le piquai ,
>
Mais m'ayant mise à bout , alors je le brusquai ,
Comme on use à l'égard d'un Berger qu'on méprise.
J'éclatai , j'employai d'inutiles efforts ,
Dont le Scélérat osoit rire.
Que mesbras contre lui n'étoient-ils assez forts!
Dans
SEPTEMBRE. 1732. 1949
Dans les fougueux excès que la fureur inspire ,
Je lui dis , l'arrêtant , tout ce que je pus dire ;
Il m'échapa , le traitre , et quand il fut enfui ,.
Vainement , et très - loin , je courùs après-lui.
Cette fleur , dont les soins occupoient ma pensée ,
Avoit exprès pour toi la saison devancée ;-
Je l'allois visiter le matin et le soir ,
Et lui disois tout bas en tenant l'arrosoir ,
Croissez , aimable Eillet , et couronnant ma
peine ,
Pour le seul Ménalis réservez votre halcine.
Croissez , et que de mon Berger ,
Dont le cœur m'a promis de ne jamais changer
Puisse ainsi croître la tendresse !
Dès qu'ils seront épanouis...
Mos apas en un jour seront évanouis 2.
Mais son feu durera sans cesse.
Ménalis.
J'accusois donc à tort votre fidélité !
Mirtil par sa malignité ,
Me rendoit moi-même infidéle !
Que d'un vif repentir , je me sens tourmenté !
Vous en croirai- je ? O Dieux ! quoi mon cœur se rappelle ,
De ses premiers soupçons , l'allarme criminelle?
Aux Amans , par un sort contraire à leurs dê- sirs,
Dans
1950 MERCURE DE FRANCE
ļ
Dans le sein même des plaisirs ,
L'inquiétude est naturelle .
Permettez qu'à vos pieds , mes sanglots , mes
soupirs...
Corisque.
Léve- toi, Méñalis , que les Vents , et la Grêle
Puissent ravager , si je mens ;
L'esperance , hêlas ! rare , et frêle
De nos Jardins et de nos Champs.
Mais moi , dois-je , à tes assurances ,
Livrer de ses soupçons mon esprit revenu ?
M'offrirois- tu les apparences ,
D'un amour autre part , peut-être retenu ?
Ménalis.
Ciel ? que Pan courroucé , laisse ma Bergerie ,
En Proye, aux Loups impétueux !
Puissai-je sous mes pas , foulant l'herbe fleurie
Ne rencontrer qu'Aspics , qu'Animaux veni- meux. ..
Corisque.
Arrête , Berger , je te prie ,
C'en est trop; la bonté des Dieux ,
S'offenseroit de la furie ,
De tes sermens audacieux.
Je te crois; je vais même en coucher sur ta levre »
Le gage apétissant d'un baiser gracieux.
Ménalis:
SEPTEMBRE. 1732. 1951
Ménalis.
Le Miel du Mont Himette est moins délicieux.
Suis- je icy ? Me trompai- je ? Ah votre amou»
me sevre ,
Trop-tôt d'un bien précieux ,
Le baiser apprêté , dont la brillante Flore ,
Enivre son Zéphir de ses charmes épris ,
Celui dont la naissante Aurore ,
Régale l'Epoux de Procris ,
Les baisers de Diane , et tous ceux de Cypris ,
Au vôtre comparez sont languissans encore ,
Mais souffrez qu'au lieu d'un , je vous en rende deux.
Le Dieu , qui pour Psiché , jadis sentit éclore
Le germe impatient ? Des désirs amoureux ,
Se plaît en nombre impair , à seconder nos -jeux.
Corisque.
Ah ! dans mon cœur brulant , j'ai Paphos et Ci- there :
Berger , mon cher Berger , je ne suis plus à
moi ,
Mais que dis-je ! Est- il temps de garder du mys- tere ?
Tu me montres assez que je suis toute à toi.
Ainsi se réconcilierent ,
Corisque et Ménalis imprudemment fâchez ;
Et les chaînes qui les lierent ,
Re-
1952 MERCURE DE FRANCE
Retinrent à jamais leurs deux cœurs attachez ;
Les tendres Rossignols dans les Rameaux ca- chez ,
Jaloux des douceurs qu'ils goûterent ,
Les virent et les imiterent ,
Et leurs petits goziers , sans être interrompus ,
La nuit suivante repeterent
Et leurs propres plaisirs , et ceux. qu'ils avoient
vûs.
Fontenelle , la gloire et l'honneur de notre âge ,
Toi , qui par des talens divers ,
As fait voir de nos jours que la Prose , et les Vers' ,
Sur les siècles passez , remportent l'avantage ;
Suspens tes illustres emplois ,
Pour entendre un moment mon rustique Haut- bois ,
Je lis et je relis tes Eglogues sans cesse ,
Et les admire à chaque fois.
Tes Bergers par un tour de ta subtile adresse ,
Sont moins fardez , moins pointilleux,
Que ceux dont en ses Vers doux , faciles , heu- reux ,
Racan fit parler la tendresse ,
Quoique ceux de Ségrais soient galans , ingénus,
Ils sont trop copiez , et de Rome , et de Grèce ,
Leur style un peu rude me blesse ,
Et leurs discours par tout ne sont pas soutenus ,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1953
Des tiens je prise beaucoup plus ,
L'originale politesse .
N'ont-ils pas réüni tous les suffrages dûs
A leur douce délicatesse ?
Les miens dépourvûs d'agrément ,
N'entreront point en parallele ;
Il seront trop fiers seulement ,
S'ils attirent les yeux du Sçavant Fontenelle,
Fermer
Résumé : IDYLLE. A M. de Fontenelle, de l'Academie Françoise, par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
L'idylle 'Idyll E' de Me de Malcrais de la Vigne est dédiée à Bernard le Bouyer de Fontenelle. Elle narre une dispute amoureuse entre Corisque et Ménalis. Corisque accuse Ménalis d'infidélité après l'avoir vue danser avec Philis et interpréter un geste ambigu. Ménalis se défend en expliquant que ses paroles à Philis étaient innocentes et visaient à comparer Corisque favorablement à Daphné. Corisque révèle ensuite que Mirtil, un autre berger, a mal interprété un œillet qu'elle lui avait destiné pour Ménalis, ajoutant à la confusion. Après des échanges passionnés, Corisque et Ménalis se réconcilient. Leur amour est comparé à celui des rossignols, et ils se jurent une fidélité éternelle. Le texte se conclut par une louange à Fontenelle, dont les œuvres sont admirées pour leur subtilité et leur délicatesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9061
p. 1953-1969
TROISIÈME LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de l'Armement du Roy d'Espagne, et de la Conquête d'Oran.
Début :
Je suis ravi, Monsieur, que vous soyez un peu content de moi, par l'exactitude que j'ai [...]
Mots clefs :
Conquête d'Oran, Armement du roi d'Espagne, Marsalquibir, Doria, Ville, Cardinal, Golfe, Bataille
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texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de l'Armement du Roy d'Espagne, et de la Conquête d'Oran.
TROISIEME
J
LETTRE écrite
par M. D. L. R. à M. le Marquis de
B. au sujet de l'Armement du Roy d'Es
pagne, et de la Conquête d'Oran.
E suis ravi , Monsieur , que vous soyez un peu
content de moi , par l'exactitude que j'ai apportée à vous instruire de tout ce qui regarde la
prise de la Ville d'Oran , du Port et de la Forteresse de Marsalquibir ; c'est ce qui m'oblige de continuer de vous écrire sur le même sujet , pour
ne vous laisser rien ignorer de tout ce qui peut y
avoir quelque rapport . Vous me faites cependant
Monsieur, quelques demandes ausquelles il est de mon devoir de satisfaire avant toutes choses.
D'abord vous êtes surpris de n'avoir pas reçu
avec ma premiere Lettre le Dessein de la Médailie du celebre André Doria , qui devoit l'accompagner , et vous me faites l'honneur de me demander ce Dessein. Pour réparer cette omission ,
qui vient moins de moi que du Dessinateur , lequel ne fut pas prêt lorsque ma Lettre vous fut
envoyée
1954 MERCURE DE FRANCE
envoyée ; je joins à celle- cy la Medaille en question , que j'ai fait graver par une habile main ,
et dont j'espere que vous serez content. Je ne repete point la Description que j'en ai déja faite dans l'autre Lettre ; mais vous ne me sçaurez pas
mauvais gré,si j'ajoûte ici quelque chose d'histo
rique sur ce grand Homme, après m'être instruit
plus que je ne l'étois avant la gravure de la Mé- daille.
André Dorianaquit à Oneille * le 30. Novembre , jour de S. André , 1468. d'une des plus anciennes , des plus illustres etcr des plus illustrées
Maisons de l'Etat de Genes. Il aima la Marine
dès son enfance , et dans un âge peu avancé il acquit la réputation du plus grand Homme de
Mer de son temps. Il servit dabord sa Patrie en
cette qualité très- utilement , puis passa au service
du Roy François I. qui le fit General des Galeres
de France et lui donna le Collier de ses Ordres ;
mais un chagrin , reçû à l'occasion de quelques Prisonniers de distinction , faits dans une Bataille
Navalle , fomenté et menagé d'ailleurs par les En- nemis de la France , fit déclarer Doria pour l'Empereur Charles V. qui lui confia toutes ses forces
Maritimes , avec lesquelles il fit plusieurs conquêtes en Barbarie et dans la Morée et gagna plusieurs Batailles , malgré la bravoure et l'experience de Barberousse , Amiral de Soliman II. son Concurrent. La fortune né lui tourna le dos presque qu'une seule fois , ce fut en l'année 1552.
que Dragut Rais, Capitaine General des Corsaires
Barbaresques , à qui André Doria avoit cy-devant accordé la vie et la liberté , le surprit lors-
* Ou Oneglia , Ville Maritime , située entre
Nice et Genes , dont le Pere de Doria étoit Seigneur .
qu'il
REAS
DORIA
KS NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
SEPTEMBR E. 1732. 1955
qu'il y pensoit le moins , et lui prit plusieurs
Vaisseaux dans une retraite précipitée . Il se dédommagea de cet Echet deux ans après en pre- nant Sansiotenzo , dans l'Isle de Corse , Place
occupée par les François. Les Grands Hommes
ne sont pas exempts de défauts ; une severité
quelquefois outrée,peut être necessaire,fut, dit on,
celui de Doria; il parloit de faire jetter à la Mer,
et de pendre, comme d'un châtiment familier ;
témoin ce Pilote , qui après l'avoir déja importuné, se présenta encore devant lui pour le
prier de lui laisser dire seulement trois paroles.
Je le veux bien , répondit le General , mais si tu
en dis davantage je te ferai pendre. Le Pilote ,
sans s'émouvoir, répliqua , argent ou congé. Doria , très -satisfait de sa hardiesse , le fit payer sur
le champ et continua de se servir de lui. Notre Heros reçut. du Ciel une faveur singuliere , lorsque sur la fin d'une longue et glorieuse carriere ,
il se retira dans le Palais qu'il avoit fait bâtir dans`
le principal Fauxbourg de Genes , où il ne s'oc
cupa que de sa Religion , et où il mourut âgé
d'environ 94. ans , en l'année 1560. on l'inhuma
sans pompe , suivant ses ordres précis ; mais
quelques jours après le Sénat lui fit des Obseques
magnifiques dans la grande Eglise , et toute la Ville de Gennes , sans distinction de Sexe ni de
condition , prit le deuil.
Jamais Maison , au reste , n'a été plus féconde
en Grands Hommes dans l'Italie , et sur tout en
Grands Hommes de Mer , que celle de Doria. Je
me contenterai de vous nommer ici par occasion
les principaux sujets qui ont illustré cette Maison. André Doria épousa vers l'année 1150. la
fille de Barrison , Roy de Sardaigne . Jacques Doria , qui vivoit en 1170. fut un des quatre Sça- vans
1956 MERCURE DE FRANCE
vans Citoyens de Genes , nommez pour écrire
'Histoire de la République. Perceval et Simon
D. qui vivoient dans le même siecle , se firent
admirer par leur capacité et par leur politesse à
la Cour de Charles -I . Roy de Naples , &c. Comte de Provence. Le premier étoit grand Philosophe , et tenoit le premier rang parmi les Poëtes
Provençaux ; il eut beaucoup de part à la faveur de la Reine Beatrix , et mourut à Naples en 1276.
après avoir été Podestat d'Arles et d'Avignon."
Hilaire D. épousa en 1397.une fille d'Emmanuel,
Empereur de Constantinople.
Jerôme Doria , Comte de Cremolin , rendit
de grands services à la République de Genes qui
l'envoya en 1512. auprès du Pape Jules II. pour
une négociation importante. 11 embrassa l'Etat
Ecclesiastique après la mort de son Epouse , fur
Evêque de Nebbi , puis de Jacca et de Huesca
reçut le Chapeau de Cardinal en 1530. à la solli
citation d'André Doria , et enfin fut fait Archevêque de Tarragone. Il mourut à Genes en 1550.
Philippe Doria défit en 1518. l'Armée Navale
des Espagnols devant Naples , et fit beaucoup de
Prisonniers. Jannetin Doria , fils de Thomas, fut
choisi par notre André Doria , qui n'avoitpoint
d'enfans , pour son heritier , comme son plus proche parent , et il lui donna le commandement
de vingt Galeres. Le jeune Doria , marchant sur
les traces de son Oncle , fit diverses Expeditions
glorieuses , dont la plus flateuse et la plus importante fut la défaite et la prise du fameux Corsaire
Dragut, trouvé dans un Port de l'Ile de Corse.
Il lui enleva treize Galeres et mit le Pyrate à la chaîne. Ce brave homme fut tué en 1547. dans
fa malheureuse Conjuration des Fiesques , si con- nue dans l'Histoire.
Jean
SEPTEMBRE. 1732. 1957
Jean-André Doria , son fils , élevé par son
grand-oncle et institué son heritier , commanda
l'Armée Navale d'Espagne en 1560 à l'entreprise de Tripoly , se signala en 1564. en l'Isle
de Corse , offrit l'année suivante d'aller secourir
Malte , assiegée par les Turcs , commanda encore en 1570. l'Armée d'Espagne destinée au secours de l'Isle de Chypre , et l'année d'après il eut
beaucoup de part à la Victoire de Lepante.
J'omets ; Monsieur , plusieurs autres Illustres -
de cette Maison , en particulier divers Doges de
Genes de ce même nom et d'un rare mérite. Je
finis par Antoine Doria , autre grand Capitaine ,
qui se rendit celebre sous Charles V. Il est Auteur d'une Histoire de son temps fort estimée,laquelle fut publiée en 1571. sous le titre de Compendia d'Antonio Doria , delle Cose di sua Notitia et Memorie Occorse al Mondo , nel tempo dell' Im-,
peratore Carlo V. Elle mérite une place dans vo~
tre Cabinet.
Il y a depuis deux cent ans , au moins , une
Branche de cette Maison établie à Marseille , qui
est devenue toute Françoise. Je trouve que Lazarin
Doria fut premier Consul de cette Ville en l'année 1558. Pour posseder cette Charge , il falloit
être né à Marseille et d'une noblelle qualifiée. Jean
Doria fut Assesseur de Marseille en 1564
Les Doria avoient une Maison magnifique ou
plutôt un Palais presque dans le cœur de la Ville.
Ceux qui connoissent Marseille , pourront juger
de sa grandeur de la beauté de l'Emplacement
et de ses Jardins , en leur apprenant que tout cela
forme aujourd'hui le Monastere des Dames Reeuses Augustines. Dans ma jeunesse on voyoit encore sur l'une des Portes les Armes de Doria
dans un Ecu de Marbre blanc, artistement travail- D lé ,
1958 MERCURE DE FRANCE.
lé , où , malgré l'injure du temps , on remarquoit
un Aigle à aîles éployées. L'Ecu est panché, comme étoit représenté dans ce temps- là celui des plus grandes et des plus anciennes Maisons.
Avant que de finir , je reviens encore une fois
à la Médaille d'André Doria , pour faire deux
Remarques : la prémiere , sur la Légende du côté
de la tête , qui est telle , ANDREAS DORIA PP.
ces deux P P. selon moi , ne peuvent s'expliquer
que par ces mots imitez des Médailles Romaines,
PATER PATRIA , et fort justement appliquez à
notre Héros , qui , selon l'Histoire de sa Vie ,
écrite par Sigonius , fut veritablement le Pere et leiberateur de sa Patrie , sur tout depuis que
pour la servir plus utilement , il eut quitté le serviće de François I. après que ce grand Prince eut
fait la conquête de Genes 1527. &c. Et je ne
doute point que la Médaille n'ait été frappée par P'ordre du Sénat ; s'il est vrai , comme je viens de
le lire dans un Auteur anonyme contemporain ,
que la Patrie de Doria lui fit ériger une belle et
grande Statue de Marbre dans la principale Place
de Genes , au Piedestal de laquelle on lisoit ces
deux mots PATRI PATRIA, J'apprens par le
même Auteur, que l'Empereur Charlequint , dans
toutes ses Lettres , et en parlant de vive voix à
A Doria , l'appelloit toujours son Pere , et l'ac- cabloit de caresses.
Ma seconde Remarque est une suite de ce que
je vous ai déja dit , Monsieur , au sujet du Revers de notre Médaille , où l'on voit la tête d'un
Captif, et autour , des Chaînes et d'autres symboles d'esclavage. J'ai pensé d'abord que cette
Tête pouvoit être prise pour celle du fame
* Doria porte d'Or à l'Aigle à deux Têtes de sable,
..
Bar
SEPTEMBRE. 1732. 1959
•
Barberousse , homme obscur dans son origine,
Esclave de Soliman II . puis Capitan Pacha , l'Emule et le Rival de Doria , qui le batit en 1536.
et reprit ensuite Tunis , &c. mais il seroit peutêtre plus naturel de croire que c'est ici la tête du
Pyrate Dragut , que Jannetin Doria batit avec
les Galeres et sous les auspices de son Oncle
comme je l'ai dit cy-dessus , qu'il lui amena
Genes chargé de chaînes , pour augmenter ses
triomphes,et que le genereux Doriamit en liberté.
Quoiqu'il en soit , voilà , Monsieur , tout ce que j'ai pu vous dire en peu de mots d'André
Doria et de sa Maison. Si je n'avois pas été si
pressé de vous envoyer ma Lettre par les circonstances du temps , &c. j'aurois pû profiter d'un
Memoire Historique , que M. le Marquis Doria,
actuellement Envoyé de la République de Genes auprès du Roy , a eu la bonté de me promettre
et qu'il attend tous les jours , dans lequel peuvent être d'autres faits curieux et Anecdotes ; en tout
cas je pourrai vous en faire part dans une autre
occasion. Il est temps de revenir à la Ville d'Oran.
Vous me demandez , Monsieur , si je crois cette
Ville aussi ancienne que je vous l'ai exposé dans
ma premiere Lettre , sur la foi de quelques Auteurs modernes. Je vous avoue avec franchise que
je les crois dans l'erreur sur ce sujet , et que
M. Corneille en particulier , s'est fort abusé quand il nous dit dans son Dictionnaire Universel, Géographique et Historique, que du temps des Romains, on appelloit la Ville d'Oran Unica Colonia. Il est vrai qu'Ortelius , dans son Trésor
Geographique , donne le nom d'Unuca à une
Ville de l'Afrique , proprement dite , en citant
là-dessus l'Itineraire d'Antonin , ce qui peut avoir Dij donné
1960 MERCURE DE FRANCE
donné lieu à l'erreur de M. Corneille ; mais cet
Itineraire consulté , je trouve seulement qu'il y
est fait mention d'une Ville nommée Unaca , et
non pas Unuca , ni Unica , laquelle est située dans la Mauritanie Cesarienne , qui comprend , si vous
voulez, le Pays où est Oran ; ce qui ne suffit pas
pour se déterminer en faveur de l'Antiquité de
cette Ville ; outre que l'Unaca de l'Itineraire n'est
en aucune façon qualifiée de Colonie.
Mais quelle antiquité peut- on donner à Oran?
Vous l'allez voir , Monsieur, dans le petit Narré
qui suit ; et par- là je répons aussi à une autre
question que vous me faites au sujet de l'Eglise
d'Oran , que vous avez lû quelque part avoir été
une Cathédrale , dont l'Evêque étoit suffragant
de l'Archevêque de Tolede , depuis la conquête
du Cardinal Ximenés.
Lorsque ce Prélat forma le projet de cette conquête , qu'il devoitent reprendre , comme il fit en
personne et à ses dépens , il stipula expressément
avec le Roy Catholique, que la Ville et le Territoire d'Oran dépendroient pour le spirituel de
'Archevêché de Tolede. Cette dépendance , dit
un Historien , étoit coinme un Monument de sa
conquête , qui devoit en conserver le souvenir à
la Posterité. C'étoit aussi pour engager tous ses
Successeurs dans cet Archevêché d'avoir une attention particuliere sur la Ville d'Oran , au cas
qu'elle fût attaquée ou reprise par les Infideles. Il
Jeur avoit donné un exemple trop signalé de son
zele pour la Religion , et d'un parfait désinteresşement , pour n'être pas imité.
Cependant Ximenés fut traversé dans la
possession d'un droit si clairement énoncé et si
bien acquis. Cette affaire lui donna même beau- coup de peine et de chagrin. Un Religieux Fran- ciscain
Q
SEPTEMBRE. 1732 1961
ciscain , nommé Fr. Louis-Guillaume , ayant
sollicité en Cour de Rome le titre d'Evêque in
Partibus , obtint enfin des Bulles , qui le nommoient Episcopum Aurensem , avant qu'il fût ques
tion de l'Expedition d'Oran , et il fut sacré en
cette qualité. Cette Ville n'eut pas plutôt été con- quise , que la ressemblance des noins lui fit ima.
giner que ce pouvoit bien être son Evêché , ne
sçachant pas auparavant en quelle partie du Mon
de étoit situé son Diocèse. Là- dessus il se fit appeller l'Evêque d'Oran , et sans faire la moindre
honnêteté au Cardinal , il lui fit signifier ses prétentions , &c. avec déclaration qu'il alloit pren
dre possession , &c.
Ce grand homme, quoique bien fondé et persuadé que les prétentions du Cordelier Espagnol
étoient frivoles , les fit examiner en sa présence.
par un esprit d'équité et de Religion avec la derniere exactitude. Deux principes furent d'abord
établis. 1 ° . Que quand le Pape confere un Evêque in Partibus on supposoit toujours que cer
Evêché avoit existé lorsque les Chrétiens étoient
en possession du Pays où il étoit situé. 2 °. Que
le Pape n'avoit point érigé Oran en Evêché ; qu'il
n'avoit pû par consequent le conferer sans pré- tendre que c'en étoit un dès le temps que les Chrétiens étoient les maîtres de l'Afrique , et que
Christianisme y Aeurissoit,Principe que la Patrie
interessée ne pouvoit pas contester.
le
Il n'y avoit donc proprement qu'à examiner
si Oran avoit été un Evêché avant que lesArabes
eussent conquis l'Affrique , n'étant pas possible
d'imaginer qu'il l'eût été depuis. Là-dessus on
Koceda à l'examen de tous les Auteurs qui
avoient traité des Antiquitez Ecclesiastiques et
Civiles d'Affrique. On lut les Conciles qui y
Diij avoient
1962 MERCURE DE FRANCE
avoient été tenus , et les autres Conciles où les
Évêques Affricains s'étoient trouvez , on parcoufut toutes les Souscriptions ; aucun Concile ne
faisoit mention de l'Evêché ni de l'Evêque d'Oran ou d'Aure. Même silence parmi les Cosmographes anciens , &c.
Pour n'avoir rien à se reprocher , le Cardinal
fit faire avec le même soin et par d'habiles gens
une recherche exacte de l'origine d'Oran , et on
trouva que cette Ville avoit été bâtie récemment
par les Habitans de Trémesen , qui étant attirez
par la beauté et par la commoditể du Port , y
avoient envoyé une Colonie. La conclusion étoit
aisée à tirer contre les prétentions de l'Evêque * in
Partibus.
Celui- cy , loin de se rendre à une pareille Dé- monstration , et de renoncer à des esperances
mal fondées , eut la témerité de dire en face au
Cardinal et avec émotion , que le Pape avoit prétendu lui conferer un Evêché , et qu'il falloit bien
que ce fût Oran , puisqu'il ne se trouvoit point
ailleurs. Vous le chercherez où il vous plaira , lai
répondit Ximenés , mais contez que tant que je
vivrai vous ne serez point Evêque d'Oran.
Il est étonnant , Monsieur , que ce Moine ayant
à faire à un homme du rang et de l'autorité de
Ce qui donnoit lieu à l'erreur du Prélat Cordelier , c'est que dans la Province Ecclesiastique de
Carthage on comptoit parmi les Villes Episcopales
Aurian ou Auran , mais cette Ville étoit éloignée
d'Oran , dont il s'agisso t de plus de 20. lieuës , et
c'est apparemment le titre de cet Evêché , que le Pape
avoit voulu lui conferer ; l'esprit d'interêt et l'entête
ment ne permirent pas à ce Religieux d'ouvrir les
yeux.
P'Archevêque
SEPTEMBRE. 1732. 1963
PArchevêque Cardinal , ne se rendit pas à cette
réponse. Il partit au contraire pour la Cour et
fit tant par ses intrigues , qu'il obtint du Roy des
Lettres pour le Cardinal , par lesquelles S. M.
le prioit de lui donner toute la satisfaction qu'il se pourroit. Il ne restoit plus pour embrouiller
cette affaire et pour la faire devenir de consequence , que le Pape , sollicité de soutenir sa no.
mination , vint à s'en mêler.
C'est ce qui engagea Ximenés à proposer an accommodement qui fut qu'on établiroit à Oran une Collégiale dont on donneroit à ce Prétendant la premiere Dignité , avec le
le titre d'Abbé , et un revenu égal à celui des
Dignitez du Chapitre de Tolede, parmi lesquelles
il auroit un rang, sans être obligé à la résidence,
sans renoncer même ni à son titre d'Evêque , ni
à ce prétendu Diocèse , s'il se trouvoit jamais être
quelque chose de réel ; accommodement qui fut réfusé.
Alors le Cardinal envoya au Roy les Recherches qu'il avoit faites au sujet d'Oran , et le projet d'accommodement , suivi d'un refus opiniâtre,
suppliant S. M. de trouver bon que les choses
restassent à cet égard dans l'état dont on étoit
convenu ; ce que ce Prince trouva si juste , qu'il
ne voulut plus entendre parler de cette affaire ;
desorte que durant la vie de Ximenés, ni après sa
mort , il n'y eut jamais d'Evêque d'Otan. On n'y établit pas même la Collégiale dont il avoit fait
le projet , et tout se réduisit à l'établissement d'un
Grand- Vicaire et d'un Official , que l'Archevêque de Tolede tient à Oran pour l'exercice de sa
Jurisdiction.
Vous voyez , Monsieur , deux choses également vrayes par cet Exposé; la premiere , que la Diiij Ville
1964 MERCURE DE FRANCE
Ville d'Oran n'a pas l'antiquité prétendue par
quelques Auteurs , puisqu'elle doit sa fondation
aune Ville qui n'est connue que depuis la conquête de l'Afrique par les Mohometans Arabes ,
et que les Califes ont vrai- semblablement bâtie.
La seconde verité est qu'il n'y a jamais eu d'Eyêque ni d'Eglise Cathédrale à Oran , comme le
veut Davity , dans sa Description generale de
l'Affrique Tom. VI. de l'Edit de Rocolles , falio ,
Paris, 1660.
Il y auroit plus de fondement à croire la petite
Ville de Marsalquibir , voisine d'Oran , veritablement ancienne, et de lui appliquer cet Endroit
de Ptolomée , où en décrivant la situation Maritime de la Mauritanie Césarienne , ce fameux
Géographe fait mention d'un lieu qu'il a nommé πορτος μαγνος selon la dénomination de son
temps , Portus magnus et Fretum magnum , selon
le Traducteur Latin. Marsalquibir, qui d'ailleurs
est un mot Arabe signifiant la même chose
mérite assurément ce nom et cette croyance ,
cause de la grandeur de son Port , qui forme un
petit Golfe sur cette Côte.
Davity , dont je viens de parler , en faisant
mention de ces deux Places , qualifie Oran de
Marquisat ; je ne vois pas trop sur quel fondement , et il dit que Marsalquibir fut enlevé aux
Maures par le Marquis de Comarez en isos. Ce n'est pas ici le lieu d'éclaircir ces faits et d'autres
Circonstances historiques que l'Auteur ajoûte sur P'une et sur l'autre Ville.
Mais laissons ces temps éloignez pour venir
aux affaires présentes d'Oran, Vous vous étonnez,
Monsieur , avec raison , que les Maures fortifiez
par un secours considerable de Turcs , ayant une
pombreuse Artillerie , prévenus d'ailleurs et mepaccz
SEPTEMBRE. 1732. 1965
་
nacez d'une prochaine descente de l'Armée Espagnole, ne se soient pas opposez plus vigoureusement à cette entreprise ; que du moins la descente étant faite , Oran et Marsalquibir , bien
munis comme ils étoient , n'ayent pas merité ,
pour ainsi dire , l'honneur d'un Siége , et qu'une
Bataille , imprudemment engagée de leur part ,
ait presque , en arrivant , décidé du sort de ces
Places. Cela vous a fait juger qu'elles étoient
peut être sans deffense du côté de l'Art
les Maures n'ayant pas eu soin de se fortifier ,
d'entretenir du moins les Ouvrages faits depuis
la Conquête de Ximenés.
-
Mais c'est tout le contraire , suivant toutes
les Lettres les plus exactes et les mieux circonstanciées , qui nous sont venues de ce Païs- là.
Vous en jugeriez ; Monsieur, autant que personne , si le Plan de ces deux Places et de leurs environs, qui vient de m'être communiqué par un
ami de distinction , qui l'a reçu depuis peu de la
Cour d'Espagne, pouvoit vous être envoyé avec
ma Lettre. On y voit Oran entouré de Fortifications , attachées au Corps de la Place , dont le
principal Ouvrage est ce qu'on appelle le Donjon. Dans les dehors sont les Châteaux de RosalCasar , de S. André , de S. Philippe , de Sainte
Croix , de S. Grégoice , avantageusement situez sur des hauteurs , et dans des distances convenables, sans parler de la Tour du Madrigal et de
la grosse Tour. Marsalquibir est à proportion
fortifié de même , deffendu aux environs par le
Fort de S. Sauveur , et par le Fortin , qui est le
plus près de la Ville , avec un chemin de com- munication d'une Ville à l'autre , qui cottoye le
fonds du Golphe ou du grand Port de Marsalquibir.
DV
3
1966 MERCURE DE FRANCE
1
Ce Golphe represente un demi Cercle presque
parfait.Oran est situé sur la pointe Orientale , et
Marsalquibir,vis- à- vis,sur la pointe Occidentale;
l'espace de l'une à l'autre pointe , ou l'ouverture
du Golphe , est de plus de 900 toises , avec en
viron 700 toises de profondeur. De plus,la Ville
d'Oran a son Port particulier, mais qui n'est pas,
à beaucoup près , si considérable,
Le même Plan me confirme qu'Oran ne manque point d'Eaux. Il y a auprès de la Ville une
Riviere , sur laquelle est le Pont de Trémésen ,
et un grand Ruisseau encore plus près des Murailles , qui arrose des Jardins Potagers et des Vergers. De sorte Monsieur , que dans toutes
ces circonstances réunies , c'est une espece de Miracle , que cette Conquête ait été si subitement
décidée par le sort d'un Bataille generale, laquelle , selon toutes les Regles de la Guerre , ne devoit pas si-tôt se donner , et qui n'a été engagée que casuellement, comme parle l'Autheur de
la Relation Espagnole que j'ai Il y a eu cependant de part et d'autre beaucoup de bravoure dans le combat; et sur tout du
côté des Espagnols , des Actions d'une valeur
peu commune. Il m'est venu là- dessus de nouveaux détails , qui allongeroient trop ma Lettre; mais je n'obmettrai point l'Action plus que hardie d'un simple Sergent, qui fut commandé avec
16 Soldats le jour du débarquement , pour
s'emparer d'un Poste. Il fut d'abord enveloppé
par un détachement de 300 Cavaliers Turcs ;
mais le Sergent et sa foible Trouble , sans s'embarrasser de la superiorité , se deffendirent avec
tant de courage et chargerent si à propos , qu'ils !
gagnerent enfin le Poste en question , et oblige- rent les Turcs de se retirer.
Оц
SEPTEMBRE. 1732. 1967
On ne peut,au reste.rien ajoûter à la pieuse reconnoissance du Roy d'Espagne envers le Ciel ,
pour un succès si heureux. Toutes les nouvelles
publiques sont remplies des Actes de sa piété , et du zéle de ses Sujets à célébrer cet Evenement.
Le Cardinal d'Astorga , Archevêque de Tolede ,
Primat des Espagnes, &c. s'est particulierement distingué en cette occasion , ainsi que le Chapitre de son Eglise , la Ville d'Oran étant de la Ju- risdiction de cet Archevêché. Dès le 27 Juin , il y avoit eu à Tolede une Procession Generale de
tout le Clergé Séculier et Régulier , suivie des Magistrats , de joutes les Personnes de distinction , et d'un Peuple infini. On y porta l'Etendart avec lequel le Cardinal Ximenés entra en
triomphe dans Oran. La Procession se rendit de
l'Eglise Métropolitaine à celle de l'Hôpital
Royal , où se conserve une Image celebre de
Notte-Dame , Patrone de la Ville d'Oran , d'où
elle a été transportée à Tolede , après la derniere invasion des Maures. Il y a eu depuis des Ac- tions de Graces tres- solemnelles dans la même
Ville de Tolede.
Sa M, C. rendit quelques jours après justice
aux Officiers qui ont servi dans cette Expédition.
Elle fit le Comte de Montemar , Commandant
en Chef, Capitaine General de ses Armées ; plusieurs Lieutenans Generaux , parmi lesquels est
le Marquis de Santa Cruz que vous connoissez ;
plusieurs Marêchaux de Camp, et Brigadiers. On
y voit aussi plusieurs Capitaines, qui ont été faits
Colonels .
Cependant depuis la Bataille d'Oran et la
prise des deux Places , on n'a été occupé qu'à débarquer l'Artillerie , les Munitions et les Equi--
D vj pages
1968 MERCURE DE FRANCE
pages , et à réparer et augmenter les Fortifications , à fortifier le Camp , à faire enfin les dispositions necessaires pour s'assurer du plat Païs,
afin d'en tirer des Vivres , &c. On écrit même
déja que les Habitans de plus de vingt lieuës à
la ronde , sont venus se soumettre.
Je ne vous parle point d'une petite disgrace, arrivée aux Espagnols le 16 Juillet. Un Détachement de leur Armée , envoyé pour attaquer les
Maures dans les Montagnes , est tombé dans
une Embuscade des Ennemis , ce qui a coûté la
vie environ à 300 hommes, sans compter le Due
de S. Blas , et quelques autres Personnes de
moindre considération , qui ont été tuées dans
cette rencontre Disgrace, dont les Troupes Espagnoles ont eu leur revanche quelques jours
après , par un détachement de mille Grenadiers ,
placez dans une Embuscade , avec du Canon .
chargé à cartouche, qui a fait périr plus de mille
Maures , sans compter plusieurs autres avantages remportez depuis , et la prise de quelques Convois des Infideles ; un entr'autres de mille
Chameaux chargez , &c.
Les dernieres Lettres parlent de l'arrivée au
Camp Espagnol , d'un Grand du Païs , que les
nouvelles publiques ont appellé Bacha , terme
impropre et inusité parmi les Maures , pour
offrir au Comte de Montemar de mettre 30000
Maures en Campagne pour le service de S. M.
C. et d'autres avantages , à de certaines conditions ; pour la seureté desquelles offres il ajoutoit celle de laisser son fils , qui l'accompagnoit,
en otage. Le bruit couroit même à Madrid, que Ice Prince Maure devoit y arriver incessamment
avec un train considérable.
Les mêmes Lettres parlent d'un nouveau Dé- tache
SEPTEMBRE. 1732 1969
tachement que le Comte de Montemar venoit
de faire sous les Ordres du Marquis de Villadarias , composé de 5000 hommes d'Infanterie .
et de 2000 de Cavalerie , pour aller assiéger
Mazagran , Ville située à is lieuës d'Oran et
sur la même Côte, dans le temps que 2 Vaisseaux
de Guerre et 7 Galeres devoient attaquer la Place par Mer.
Je finis , Monsieur , en vous confirmant que
le Marquis de Santa- Cruz a été fait Gouverneur
des Villes d'Oran et de Marsalquibir. Ces Places
ne pouvoient être confiées à un plus digne Sujer
et qui entendît mieux l'art de les fortifier et de les deffendre en cas de besoin , sans parler de ses
autres excellentes qualitez. On a publié icy une
Traduction Françoise du X I. Tome de son grand Ouvrage, intitulé : Reflexiones Militares..
Cette Traduction compose un vol. in 4. imprimé à Paris , chez Langlois. Pour vous mettre au
fait de ce Livre , que je ne puis pas vous faire
tenir présentement , je vous envoye le Journal
de Trévoux , du mois de Janvier dernier , où
vous en trouverez l'Extrait. J'ai l'honneur d'ê tre , Monsieur , &c.
A Paris , les Aoust 17322-
J
LETTRE écrite
par M. D. L. R. à M. le Marquis de
B. au sujet de l'Armement du Roy d'Es
pagne, et de la Conquête d'Oran.
E suis ravi , Monsieur , que vous soyez un peu
content de moi , par l'exactitude que j'ai apportée à vous instruire de tout ce qui regarde la
prise de la Ville d'Oran , du Port et de la Forteresse de Marsalquibir ; c'est ce qui m'oblige de continuer de vous écrire sur le même sujet , pour
ne vous laisser rien ignorer de tout ce qui peut y
avoir quelque rapport . Vous me faites cependant
Monsieur, quelques demandes ausquelles il est de mon devoir de satisfaire avant toutes choses.
D'abord vous êtes surpris de n'avoir pas reçu
avec ma premiere Lettre le Dessein de la Médailie du celebre André Doria , qui devoit l'accompagner , et vous me faites l'honneur de me demander ce Dessein. Pour réparer cette omission ,
qui vient moins de moi que du Dessinateur , lequel ne fut pas prêt lorsque ma Lettre vous fut
envoyée
1954 MERCURE DE FRANCE
envoyée ; je joins à celle- cy la Medaille en question , que j'ai fait graver par une habile main ,
et dont j'espere que vous serez content. Je ne repete point la Description que j'en ai déja faite dans l'autre Lettre ; mais vous ne me sçaurez pas
mauvais gré,si j'ajoûte ici quelque chose d'histo
rique sur ce grand Homme, après m'être instruit
plus que je ne l'étois avant la gravure de la Mé- daille.
André Dorianaquit à Oneille * le 30. Novembre , jour de S. André , 1468. d'une des plus anciennes , des plus illustres etcr des plus illustrées
Maisons de l'Etat de Genes. Il aima la Marine
dès son enfance , et dans un âge peu avancé il acquit la réputation du plus grand Homme de
Mer de son temps. Il servit dabord sa Patrie en
cette qualité très- utilement , puis passa au service
du Roy François I. qui le fit General des Galeres
de France et lui donna le Collier de ses Ordres ;
mais un chagrin , reçû à l'occasion de quelques Prisonniers de distinction , faits dans une Bataille
Navalle , fomenté et menagé d'ailleurs par les En- nemis de la France , fit déclarer Doria pour l'Empereur Charles V. qui lui confia toutes ses forces
Maritimes , avec lesquelles il fit plusieurs conquêtes en Barbarie et dans la Morée et gagna plusieurs Batailles , malgré la bravoure et l'experience de Barberousse , Amiral de Soliman II. son Concurrent. La fortune né lui tourna le dos presque qu'une seule fois , ce fut en l'année 1552.
que Dragut Rais, Capitaine General des Corsaires
Barbaresques , à qui André Doria avoit cy-devant accordé la vie et la liberté , le surprit lors-
* Ou Oneglia , Ville Maritime , située entre
Nice et Genes , dont le Pere de Doria étoit Seigneur .
qu'il
REAS
DORIA
KS NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
SEPTEMBR E. 1732. 1955
qu'il y pensoit le moins , et lui prit plusieurs
Vaisseaux dans une retraite précipitée . Il se dédommagea de cet Echet deux ans après en pre- nant Sansiotenzo , dans l'Isle de Corse , Place
occupée par les François. Les Grands Hommes
ne sont pas exempts de défauts ; une severité
quelquefois outrée,peut être necessaire,fut, dit on,
celui de Doria; il parloit de faire jetter à la Mer,
et de pendre, comme d'un châtiment familier ;
témoin ce Pilote , qui après l'avoir déja importuné, se présenta encore devant lui pour le
prier de lui laisser dire seulement trois paroles.
Je le veux bien , répondit le General , mais si tu
en dis davantage je te ferai pendre. Le Pilote ,
sans s'émouvoir, répliqua , argent ou congé. Doria , très -satisfait de sa hardiesse , le fit payer sur
le champ et continua de se servir de lui. Notre Heros reçut. du Ciel une faveur singuliere , lorsque sur la fin d'une longue et glorieuse carriere ,
il se retira dans le Palais qu'il avoit fait bâtir dans`
le principal Fauxbourg de Genes , où il ne s'oc
cupa que de sa Religion , et où il mourut âgé
d'environ 94. ans , en l'année 1560. on l'inhuma
sans pompe , suivant ses ordres précis ; mais
quelques jours après le Sénat lui fit des Obseques
magnifiques dans la grande Eglise , et toute la Ville de Gennes , sans distinction de Sexe ni de
condition , prit le deuil.
Jamais Maison , au reste , n'a été plus féconde
en Grands Hommes dans l'Italie , et sur tout en
Grands Hommes de Mer , que celle de Doria. Je
me contenterai de vous nommer ici par occasion
les principaux sujets qui ont illustré cette Maison. André Doria épousa vers l'année 1150. la
fille de Barrison , Roy de Sardaigne . Jacques Doria , qui vivoit en 1170. fut un des quatre Sça- vans
1956 MERCURE DE FRANCE
vans Citoyens de Genes , nommez pour écrire
'Histoire de la République. Perceval et Simon
D. qui vivoient dans le même siecle , se firent
admirer par leur capacité et par leur politesse à
la Cour de Charles -I . Roy de Naples , &c. Comte de Provence. Le premier étoit grand Philosophe , et tenoit le premier rang parmi les Poëtes
Provençaux ; il eut beaucoup de part à la faveur de la Reine Beatrix , et mourut à Naples en 1276.
après avoir été Podestat d'Arles et d'Avignon."
Hilaire D. épousa en 1397.une fille d'Emmanuel,
Empereur de Constantinople.
Jerôme Doria , Comte de Cremolin , rendit
de grands services à la République de Genes qui
l'envoya en 1512. auprès du Pape Jules II. pour
une négociation importante. 11 embrassa l'Etat
Ecclesiastique après la mort de son Epouse , fur
Evêque de Nebbi , puis de Jacca et de Huesca
reçut le Chapeau de Cardinal en 1530. à la solli
citation d'André Doria , et enfin fut fait Archevêque de Tarragone. Il mourut à Genes en 1550.
Philippe Doria défit en 1518. l'Armée Navale
des Espagnols devant Naples , et fit beaucoup de
Prisonniers. Jannetin Doria , fils de Thomas, fut
choisi par notre André Doria , qui n'avoitpoint
d'enfans , pour son heritier , comme son plus proche parent , et il lui donna le commandement
de vingt Galeres. Le jeune Doria , marchant sur
les traces de son Oncle , fit diverses Expeditions
glorieuses , dont la plus flateuse et la plus importante fut la défaite et la prise du fameux Corsaire
Dragut, trouvé dans un Port de l'Ile de Corse.
Il lui enleva treize Galeres et mit le Pyrate à la chaîne. Ce brave homme fut tué en 1547. dans
fa malheureuse Conjuration des Fiesques , si con- nue dans l'Histoire.
Jean
SEPTEMBRE. 1732. 1957
Jean-André Doria , son fils , élevé par son
grand-oncle et institué son heritier , commanda
l'Armée Navale d'Espagne en 1560 à l'entreprise de Tripoly , se signala en 1564. en l'Isle
de Corse , offrit l'année suivante d'aller secourir
Malte , assiegée par les Turcs , commanda encore en 1570. l'Armée d'Espagne destinée au secours de l'Isle de Chypre , et l'année d'après il eut
beaucoup de part à la Victoire de Lepante.
J'omets ; Monsieur , plusieurs autres Illustres -
de cette Maison , en particulier divers Doges de
Genes de ce même nom et d'un rare mérite. Je
finis par Antoine Doria , autre grand Capitaine ,
qui se rendit celebre sous Charles V. Il est Auteur d'une Histoire de son temps fort estimée,laquelle fut publiée en 1571. sous le titre de Compendia d'Antonio Doria , delle Cose di sua Notitia et Memorie Occorse al Mondo , nel tempo dell' Im-,
peratore Carlo V. Elle mérite une place dans vo~
tre Cabinet.
Il y a depuis deux cent ans , au moins , une
Branche de cette Maison établie à Marseille , qui
est devenue toute Françoise. Je trouve que Lazarin
Doria fut premier Consul de cette Ville en l'année 1558. Pour posseder cette Charge , il falloit
être né à Marseille et d'une noblelle qualifiée. Jean
Doria fut Assesseur de Marseille en 1564
Les Doria avoient une Maison magnifique ou
plutôt un Palais presque dans le cœur de la Ville.
Ceux qui connoissent Marseille , pourront juger
de sa grandeur de la beauté de l'Emplacement
et de ses Jardins , en leur apprenant que tout cela
forme aujourd'hui le Monastere des Dames Reeuses Augustines. Dans ma jeunesse on voyoit encore sur l'une des Portes les Armes de Doria
dans un Ecu de Marbre blanc, artistement travail- D lé ,
1958 MERCURE DE FRANCE.
lé , où , malgré l'injure du temps , on remarquoit
un Aigle à aîles éployées. L'Ecu est panché, comme étoit représenté dans ce temps- là celui des plus grandes et des plus anciennes Maisons.
Avant que de finir , je reviens encore une fois
à la Médaille d'André Doria , pour faire deux
Remarques : la prémiere , sur la Légende du côté
de la tête , qui est telle , ANDREAS DORIA PP.
ces deux P P. selon moi , ne peuvent s'expliquer
que par ces mots imitez des Médailles Romaines,
PATER PATRIA , et fort justement appliquez à
notre Héros , qui , selon l'Histoire de sa Vie ,
écrite par Sigonius , fut veritablement le Pere et leiberateur de sa Patrie , sur tout depuis que
pour la servir plus utilement , il eut quitté le serviće de François I. après que ce grand Prince eut
fait la conquête de Genes 1527. &c. Et je ne
doute point que la Médaille n'ait été frappée par P'ordre du Sénat ; s'il est vrai , comme je viens de
le lire dans un Auteur anonyme contemporain ,
que la Patrie de Doria lui fit ériger une belle et
grande Statue de Marbre dans la principale Place
de Genes , au Piedestal de laquelle on lisoit ces
deux mots PATRI PATRIA, J'apprens par le
même Auteur, que l'Empereur Charlequint , dans
toutes ses Lettres , et en parlant de vive voix à
A Doria , l'appelloit toujours son Pere , et l'ac- cabloit de caresses.
Ma seconde Remarque est une suite de ce que
je vous ai déja dit , Monsieur , au sujet du Revers de notre Médaille , où l'on voit la tête d'un
Captif, et autour , des Chaînes et d'autres symboles d'esclavage. J'ai pensé d'abord que cette
Tête pouvoit être prise pour celle du fame
* Doria porte d'Or à l'Aigle à deux Têtes de sable,
..
Bar
SEPTEMBRE. 1732. 1959
•
Barberousse , homme obscur dans son origine,
Esclave de Soliman II . puis Capitan Pacha , l'Emule et le Rival de Doria , qui le batit en 1536.
et reprit ensuite Tunis , &c. mais il seroit peutêtre plus naturel de croire que c'est ici la tête du
Pyrate Dragut , que Jannetin Doria batit avec
les Galeres et sous les auspices de son Oncle
comme je l'ai dit cy-dessus , qu'il lui amena
Genes chargé de chaînes , pour augmenter ses
triomphes,et que le genereux Doriamit en liberté.
Quoiqu'il en soit , voilà , Monsieur , tout ce que j'ai pu vous dire en peu de mots d'André
Doria et de sa Maison. Si je n'avois pas été si
pressé de vous envoyer ma Lettre par les circonstances du temps , &c. j'aurois pû profiter d'un
Memoire Historique , que M. le Marquis Doria,
actuellement Envoyé de la République de Genes auprès du Roy , a eu la bonté de me promettre
et qu'il attend tous les jours , dans lequel peuvent être d'autres faits curieux et Anecdotes ; en tout
cas je pourrai vous en faire part dans une autre
occasion. Il est temps de revenir à la Ville d'Oran.
Vous me demandez , Monsieur , si je crois cette
Ville aussi ancienne que je vous l'ai exposé dans
ma premiere Lettre , sur la foi de quelques Auteurs modernes. Je vous avoue avec franchise que
je les crois dans l'erreur sur ce sujet , et que
M. Corneille en particulier , s'est fort abusé quand il nous dit dans son Dictionnaire Universel, Géographique et Historique, que du temps des Romains, on appelloit la Ville d'Oran Unica Colonia. Il est vrai qu'Ortelius , dans son Trésor
Geographique , donne le nom d'Unuca à une
Ville de l'Afrique , proprement dite , en citant
là-dessus l'Itineraire d'Antonin , ce qui peut avoir Dij donné
1960 MERCURE DE FRANCE
donné lieu à l'erreur de M. Corneille ; mais cet
Itineraire consulté , je trouve seulement qu'il y
est fait mention d'une Ville nommée Unaca , et
non pas Unuca , ni Unica , laquelle est située dans la Mauritanie Cesarienne , qui comprend , si vous
voulez, le Pays où est Oran ; ce qui ne suffit pas
pour se déterminer en faveur de l'Antiquité de
cette Ville ; outre que l'Unaca de l'Itineraire n'est
en aucune façon qualifiée de Colonie.
Mais quelle antiquité peut- on donner à Oran?
Vous l'allez voir , Monsieur, dans le petit Narré
qui suit ; et par- là je répons aussi à une autre
question que vous me faites au sujet de l'Eglise
d'Oran , que vous avez lû quelque part avoir été
une Cathédrale , dont l'Evêque étoit suffragant
de l'Archevêque de Tolede , depuis la conquête
du Cardinal Ximenés.
Lorsque ce Prélat forma le projet de cette conquête , qu'il devoitent reprendre , comme il fit en
personne et à ses dépens , il stipula expressément
avec le Roy Catholique, que la Ville et le Territoire d'Oran dépendroient pour le spirituel de
'Archevêché de Tolede. Cette dépendance , dit
un Historien , étoit coinme un Monument de sa
conquête , qui devoit en conserver le souvenir à
la Posterité. C'étoit aussi pour engager tous ses
Successeurs dans cet Archevêché d'avoir une attention particuliere sur la Ville d'Oran , au cas
qu'elle fût attaquée ou reprise par les Infideles. Il
Jeur avoit donné un exemple trop signalé de son
zele pour la Religion , et d'un parfait désinteresşement , pour n'être pas imité.
Cependant Ximenés fut traversé dans la
possession d'un droit si clairement énoncé et si
bien acquis. Cette affaire lui donna même beau- coup de peine et de chagrin. Un Religieux Fran- ciscain
Q
SEPTEMBRE. 1732 1961
ciscain , nommé Fr. Louis-Guillaume , ayant
sollicité en Cour de Rome le titre d'Evêque in
Partibus , obtint enfin des Bulles , qui le nommoient Episcopum Aurensem , avant qu'il fût ques
tion de l'Expedition d'Oran , et il fut sacré en
cette qualité. Cette Ville n'eut pas plutôt été con- quise , que la ressemblance des noins lui fit ima.
giner que ce pouvoit bien être son Evêché , ne
sçachant pas auparavant en quelle partie du Mon
de étoit situé son Diocèse. Là- dessus il se fit appeller l'Evêque d'Oran , et sans faire la moindre
honnêteté au Cardinal , il lui fit signifier ses prétentions , &c. avec déclaration qu'il alloit pren
dre possession , &c.
Ce grand homme, quoique bien fondé et persuadé que les prétentions du Cordelier Espagnol
étoient frivoles , les fit examiner en sa présence.
par un esprit d'équité et de Religion avec la derniere exactitude. Deux principes furent d'abord
établis. 1 ° . Que quand le Pape confere un Evêque in Partibus on supposoit toujours que cer
Evêché avoit existé lorsque les Chrétiens étoient
en possession du Pays où il étoit situé. 2 °. Que
le Pape n'avoit point érigé Oran en Evêché ; qu'il
n'avoit pû par consequent le conferer sans pré- tendre que c'en étoit un dès le temps que les Chrétiens étoient les maîtres de l'Afrique , et que
Christianisme y Aeurissoit,Principe que la Patrie
interessée ne pouvoit pas contester.
le
Il n'y avoit donc proprement qu'à examiner
si Oran avoit été un Evêché avant que lesArabes
eussent conquis l'Affrique , n'étant pas possible
d'imaginer qu'il l'eût été depuis. Là-dessus on
Koceda à l'examen de tous les Auteurs qui
avoient traité des Antiquitez Ecclesiastiques et
Civiles d'Affrique. On lut les Conciles qui y
Diij avoient
1962 MERCURE DE FRANCE
avoient été tenus , et les autres Conciles où les
Évêques Affricains s'étoient trouvez , on parcoufut toutes les Souscriptions ; aucun Concile ne
faisoit mention de l'Evêché ni de l'Evêque d'Oran ou d'Aure. Même silence parmi les Cosmographes anciens , &c.
Pour n'avoir rien à se reprocher , le Cardinal
fit faire avec le même soin et par d'habiles gens
une recherche exacte de l'origine d'Oran , et on
trouva que cette Ville avoit été bâtie récemment
par les Habitans de Trémesen , qui étant attirez
par la beauté et par la commoditể du Port , y
avoient envoyé une Colonie. La conclusion étoit
aisée à tirer contre les prétentions de l'Evêque * in
Partibus.
Celui- cy , loin de se rendre à une pareille Dé- monstration , et de renoncer à des esperances
mal fondées , eut la témerité de dire en face au
Cardinal et avec émotion , que le Pape avoit prétendu lui conferer un Evêché , et qu'il falloit bien
que ce fût Oran , puisqu'il ne se trouvoit point
ailleurs. Vous le chercherez où il vous plaira , lai
répondit Ximenés , mais contez que tant que je
vivrai vous ne serez point Evêque d'Oran.
Il est étonnant , Monsieur , que ce Moine ayant
à faire à un homme du rang et de l'autorité de
Ce qui donnoit lieu à l'erreur du Prélat Cordelier , c'est que dans la Province Ecclesiastique de
Carthage on comptoit parmi les Villes Episcopales
Aurian ou Auran , mais cette Ville étoit éloignée
d'Oran , dont il s'agisso t de plus de 20. lieuës , et
c'est apparemment le titre de cet Evêché , que le Pape
avoit voulu lui conferer ; l'esprit d'interêt et l'entête
ment ne permirent pas à ce Religieux d'ouvrir les
yeux.
P'Archevêque
SEPTEMBRE. 1732. 1963
PArchevêque Cardinal , ne se rendit pas à cette
réponse. Il partit au contraire pour la Cour et
fit tant par ses intrigues , qu'il obtint du Roy des
Lettres pour le Cardinal , par lesquelles S. M.
le prioit de lui donner toute la satisfaction qu'il se pourroit. Il ne restoit plus pour embrouiller
cette affaire et pour la faire devenir de consequence , que le Pape , sollicité de soutenir sa no.
mination , vint à s'en mêler.
C'est ce qui engagea Ximenés à proposer an accommodement qui fut qu'on établiroit à Oran une Collégiale dont on donneroit à ce Prétendant la premiere Dignité , avec le
le titre d'Abbé , et un revenu égal à celui des
Dignitez du Chapitre de Tolede, parmi lesquelles
il auroit un rang, sans être obligé à la résidence,
sans renoncer même ni à son titre d'Evêque , ni
à ce prétendu Diocèse , s'il se trouvoit jamais être
quelque chose de réel ; accommodement qui fut réfusé.
Alors le Cardinal envoya au Roy les Recherches qu'il avoit faites au sujet d'Oran , et le projet d'accommodement , suivi d'un refus opiniâtre,
suppliant S. M. de trouver bon que les choses
restassent à cet égard dans l'état dont on étoit
convenu ; ce que ce Prince trouva si juste , qu'il
ne voulut plus entendre parler de cette affaire ;
desorte que durant la vie de Ximenés, ni après sa
mort , il n'y eut jamais d'Evêque d'Otan. On n'y établit pas même la Collégiale dont il avoit fait
le projet , et tout se réduisit à l'établissement d'un
Grand- Vicaire et d'un Official , que l'Archevêque de Tolede tient à Oran pour l'exercice de sa
Jurisdiction.
Vous voyez , Monsieur , deux choses également vrayes par cet Exposé; la premiere , que la Diiij Ville
1964 MERCURE DE FRANCE
Ville d'Oran n'a pas l'antiquité prétendue par
quelques Auteurs , puisqu'elle doit sa fondation
aune Ville qui n'est connue que depuis la conquête de l'Afrique par les Mohometans Arabes ,
et que les Califes ont vrai- semblablement bâtie.
La seconde verité est qu'il n'y a jamais eu d'Eyêque ni d'Eglise Cathédrale à Oran , comme le
veut Davity , dans sa Description generale de
l'Affrique Tom. VI. de l'Edit de Rocolles , falio ,
Paris, 1660.
Il y auroit plus de fondement à croire la petite
Ville de Marsalquibir , voisine d'Oran , veritablement ancienne, et de lui appliquer cet Endroit
de Ptolomée , où en décrivant la situation Maritime de la Mauritanie Césarienne , ce fameux
Géographe fait mention d'un lieu qu'il a nommé πορτος μαγνος selon la dénomination de son
temps , Portus magnus et Fretum magnum , selon
le Traducteur Latin. Marsalquibir, qui d'ailleurs
est un mot Arabe signifiant la même chose
mérite assurément ce nom et cette croyance ,
cause de la grandeur de son Port , qui forme un
petit Golfe sur cette Côte.
Davity , dont je viens de parler , en faisant
mention de ces deux Places , qualifie Oran de
Marquisat ; je ne vois pas trop sur quel fondement , et il dit que Marsalquibir fut enlevé aux
Maures par le Marquis de Comarez en isos. Ce n'est pas ici le lieu d'éclaircir ces faits et d'autres
Circonstances historiques que l'Auteur ajoûte sur P'une et sur l'autre Ville.
Mais laissons ces temps éloignez pour venir
aux affaires présentes d'Oran, Vous vous étonnez,
Monsieur , avec raison , que les Maures fortifiez
par un secours considerable de Turcs , ayant une
pombreuse Artillerie , prévenus d'ailleurs et mepaccz
SEPTEMBRE. 1732. 1965
་
nacez d'une prochaine descente de l'Armée Espagnole, ne se soient pas opposez plus vigoureusement à cette entreprise ; que du moins la descente étant faite , Oran et Marsalquibir , bien
munis comme ils étoient , n'ayent pas merité ,
pour ainsi dire , l'honneur d'un Siége , et qu'une
Bataille , imprudemment engagée de leur part ,
ait presque , en arrivant , décidé du sort de ces
Places. Cela vous a fait juger qu'elles étoient
peut être sans deffense du côté de l'Art
les Maures n'ayant pas eu soin de se fortifier ,
d'entretenir du moins les Ouvrages faits depuis
la Conquête de Ximenés.
-
Mais c'est tout le contraire , suivant toutes
les Lettres les plus exactes et les mieux circonstanciées , qui nous sont venues de ce Païs- là.
Vous en jugeriez ; Monsieur, autant que personne , si le Plan de ces deux Places et de leurs environs, qui vient de m'être communiqué par un
ami de distinction , qui l'a reçu depuis peu de la
Cour d'Espagne, pouvoit vous être envoyé avec
ma Lettre. On y voit Oran entouré de Fortifications , attachées au Corps de la Place , dont le
principal Ouvrage est ce qu'on appelle le Donjon. Dans les dehors sont les Châteaux de RosalCasar , de S. André , de S. Philippe , de Sainte
Croix , de S. Grégoice , avantageusement situez sur des hauteurs , et dans des distances convenables, sans parler de la Tour du Madrigal et de
la grosse Tour. Marsalquibir est à proportion
fortifié de même , deffendu aux environs par le
Fort de S. Sauveur , et par le Fortin , qui est le
plus près de la Ville , avec un chemin de com- munication d'une Ville à l'autre , qui cottoye le
fonds du Golphe ou du grand Port de Marsalquibir.
DV
3
1966 MERCURE DE FRANCE
1
Ce Golphe represente un demi Cercle presque
parfait.Oran est situé sur la pointe Orientale , et
Marsalquibir,vis- à- vis,sur la pointe Occidentale;
l'espace de l'une à l'autre pointe , ou l'ouverture
du Golphe , est de plus de 900 toises , avec en
viron 700 toises de profondeur. De plus,la Ville
d'Oran a son Port particulier, mais qui n'est pas,
à beaucoup près , si considérable,
Le même Plan me confirme qu'Oran ne manque point d'Eaux. Il y a auprès de la Ville une
Riviere , sur laquelle est le Pont de Trémésen ,
et un grand Ruisseau encore plus près des Murailles , qui arrose des Jardins Potagers et des Vergers. De sorte Monsieur , que dans toutes
ces circonstances réunies , c'est une espece de Miracle , que cette Conquête ait été si subitement
décidée par le sort d'un Bataille generale, laquelle , selon toutes les Regles de la Guerre , ne devoit pas si-tôt se donner , et qui n'a été engagée que casuellement, comme parle l'Autheur de
la Relation Espagnole que j'ai Il y a eu cependant de part et d'autre beaucoup de bravoure dans le combat; et sur tout du
côté des Espagnols , des Actions d'une valeur
peu commune. Il m'est venu là- dessus de nouveaux détails , qui allongeroient trop ma Lettre; mais je n'obmettrai point l'Action plus que hardie d'un simple Sergent, qui fut commandé avec
16 Soldats le jour du débarquement , pour
s'emparer d'un Poste. Il fut d'abord enveloppé
par un détachement de 300 Cavaliers Turcs ;
mais le Sergent et sa foible Trouble , sans s'embarrasser de la superiorité , se deffendirent avec
tant de courage et chargerent si à propos , qu'ils !
gagnerent enfin le Poste en question , et oblige- rent les Turcs de se retirer.
Оц
SEPTEMBRE. 1732. 1967
On ne peut,au reste.rien ajoûter à la pieuse reconnoissance du Roy d'Espagne envers le Ciel ,
pour un succès si heureux. Toutes les nouvelles
publiques sont remplies des Actes de sa piété , et du zéle de ses Sujets à célébrer cet Evenement.
Le Cardinal d'Astorga , Archevêque de Tolede ,
Primat des Espagnes, &c. s'est particulierement distingué en cette occasion , ainsi que le Chapitre de son Eglise , la Ville d'Oran étant de la Ju- risdiction de cet Archevêché. Dès le 27 Juin , il y avoit eu à Tolede une Procession Generale de
tout le Clergé Séculier et Régulier , suivie des Magistrats , de joutes les Personnes de distinction , et d'un Peuple infini. On y porta l'Etendart avec lequel le Cardinal Ximenés entra en
triomphe dans Oran. La Procession se rendit de
l'Eglise Métropolitaine à celle de l'Hôpital
Royal , où se conserve une Image celebre de
Notte-Dame , Patrone de la Ville d'Oran , d'où
elle a été transportée à Tolede , après la derniere invasion des Maures. Il y a eu depuis des Ac- tions de Graces tres- solemnelles dans la même
Ville de Tolede.
Sa M, C. rendit quelques jours après justice
aux Officiers qui ont servi dans cette Expédition.
Elle fit le Comte de Montemar , Commandant
en Chef, Capitaine General de ses Armées ; plusieurs Lieutenans Generaux , parmi lesquels est
le Marquis de Santa Cruz que vous connoissez ;
plusieurs Marêchaux de Camp, et Brigadiers. On
y voit aussi plusieurs Capitaines, qui ont été faits
Colonels .
Cependant depuis la Bataille d'Oran et la
prise des deux Places , on n'a été occupé qu'à débarquer l'Artillerie , les Munitions et les Equi--
D vj pages
1968 MERCURE DE FRANCE
pages , et à réparer et augmenter les Fortifications , à fortifier le Camp , à faire enfin les dispositions necessaires pour s'assurer du plat Païs,
afin d'en tirer des Vivres , &c. On écrit même
déja que les Habitans de plus de vingt lieuës à
la ronde , sont venus se soumettre.
Je ne vous parle point d'une petite disgrace, arrivée aux Espagnols le 16 Juillet. Un Détachement de leur Armée , envoyé pour attaquer les
Maures dans les Montagnes , est tombé dans
une Embuscade des Ennemis , ce qui a coûté la
vie environ à 300 hommes, sans compter le Due
de S. Blas , et quelques autres Personnes de
moindre considération , qui ont été tuées dans
cette rencontre Disgrace, dont les Troupes Espagnoles ont eu leur revanche quelques jours
après , par un détachement de mille Grenadiers ,
placez dans une Embuscade , avec du Canon .
chargé à cartouche, qui a fait périr plus de mille
Maures , sans compter plusieurs autres avantages remportez depuis , et la prise de quelques Convois des Infideles ; un entr'autres de mille
Chameaux chargez , &c.
Les dernieres Lettres parlent de l'arrivée au
Camp Espagnol , d'un Grand du Païs , que les
nouvelles publiques ont appellé Bacha , terme
impropre et inusité parmi les Maures , pour
offrir au Comte de Montemar de mettre 30000
Maures en Campagne pour le service de S. M.
C. et d'autres avantages , à de certaines conditions ; pour la seureté desquelles offres il ajoutoit celle de laisser son fils , qui l'accompagnoit,
en otage. Le bruit couroit même à Madrid, que Ice Prince Maure devoit y arriver incessamment
avec un train considérable.
Les mêmes Lettres parlent d'un nouveau Dé- tache
SEPTEMBRE. 1732 1969
tachement que le Comte de Montemar venoit
de faire sous les Ordres du Marquis de Villadarias , composé de 5000 hommes d'Infanterie .
et de 2000 de Cavalerie , pour aller assiéger
Mazagran , Ville située à is lieuës d'Oran et
sur la même Côte, dans le temps que 2 Vaisseaux
de Guerre et 7 Galeres devoient attaquer la Place par Mer.
Je finis , Monsieur , en vous confirmant que
le Marquis de Santa- Cruz a été fait Gouverneur
des Villes d'Oran et de Marsalquibir. Ces Places
ne pouvoient être confiées à un plus digne Sujer
et qui entendît mieux l'art de les fortifier et de les deffendre en cas de besoin , sans parler de ses
autres excellentes qualitez. On a publié icy une
Traduction Françoise du X I. Tome de son grand Ouvrage, intitulé : Reflexiones Militares..
Cette Traduction compose un vol. in 4. imprimé à Paris , chez Langlois. Pour vous mettre au
fait de ce Livre , que je ne puis pas vous faire
tenir présentement , je vous envoye le Journal
de Trévoux , du mois de Janvier dernier , où
vous en trouverez l'Extrait. J'ai l'honneur d'ê tre , Monsieur , &c.
A Paris , les Aoust 17322-
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Résumé : TROISIÈME LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de l'Armement du Roy d'Espagne, et de la Conquête d'Oran.
La lettre de M. D. L. R. au Marquis de B. discute de la prise de la ville d'Oran, du port et de la forteresse de Marsalquivir. L'auteur exprime sa satisfaction de continuer à informer le Marquis sur ce sujet et répond à une demande concernant le dessin de la médaille d'André Doria, qu'il joint à la lettre. La médaille, gravée par un artiste habile, représente les exploits de Doria, et l'auteur espère que le Marquis en sera content. André Doria, né à Oneille le 30 novembre 1468, appartenait à une des plus anciennes et illustres familles de Gênes. Passionné par la marine dès son enfance, il acquit rapidement une réputation de grand homme de mer. Il servit d'abord sa patrie, puis le roi François I, qui le nomma général des galères de France. Après un chagrin lié à des prisonniers de distinction, il changea d'allégeance pour servir l'empereur Charles V, qui lui confia toutes ses forces maritimes. Doria remporta plusieurs victoires en Barbarie et en Morée, malgré la bravoure de Barberousse, amiral de Soliman II. Il connut une défaite en 1552 face à Dragut Rais, mais se rattrapa en prenant Sansiotenzo en Corse deux ans plus tard. Doria était connu pour sa sévérité, parfois excessive. Il mourut à Gênes en 1560 à l'âge de 94 ans, après une carrière glorieuse. La maison Doria a produit de nombreux grands hommes, notamment des marins et des savants. En septembre 1732, le franciscain Frère Louis-Guillaume obtint des bulles papales le nommant Évêque d'Aurensem avant la conquête d'Oran. Après la prise de la ville, il se proclama Évêque d'Oran, revendiquant ce titre sans en informer le Cardinal. Le Cardinal Ximenés examina la question avec équité et établit que l'évêché d'Oran n'avait jamais existé historiquement. Le moine refusa de se rendre à ces démonstrations et insista sur ses prétentions. Le Cardinal proposa un accommodement, offrant une dignité collégiale à Oran, mais cette offre fut refusée. Le Roi d'Espagne soutint le Cardinal, et aucune collégiale ni évêque ne fut établi à Oran. Le texte mentionne également des événements militaires et nominations. Une proposition est faite au Comte de Montemar d'engager 30 000 Maures pour le service du roi, avec des conditions spécifiques. À Madrid, des rumeurs circulent sur l'arrivée imminente du Prince Maure avec une suite importante. Un détachement dirigé par le Comte de Montemar, sous les ordres du Marquis de Villadarias, composé de 5 000 hommes d'infanterie et 2 000 de cavalerie, doit assiéger Mazagran, une ville située à 15 lieues d'Oran. Simultanément, deux vaisseaux de guerre et sept galères doivent attaquer Mazagran par mer. Le Marquis de Santa-Cruz a été nommé gouverneur des villes d'Oran et de Marsalquivir, reconnu pour ses compétences en fortification et défense.
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9062
p. 1969-1972
Enigmes, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le R. P. Mouchoux, Jésuite, Professeur de Rhétorique au Collége Royal de [...]
Mots clefs :
Énigme, Écoliers, Expliquer, Collège royal de Nîmes
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texteReconnaissance textuelle : Enigmes, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Le R. P. Mouchoux , Jésuite , Professeur de Rhétorique au Collège Royal de
Nismes,proposa et fit expliquer l'Enigme
qui suit , par des Ecoliers choisis , en présence d'une belle et nombreuse Assemblée , le 16 Aoust. Les Acteurs réussirent
parfaitement , et les Auditeurs se retirerent tres-satisfaits , soit de la Piéce , qui
étoit
1970 MERCURE DE FRANCE ·
étoit fort belle , soit de la maniere dont
les Rôles furent récitez. Les Magistrats
de Nismes qui étoient présens , firent
ensuite , selon leur liberalité ordinaire , la
distribution des Prix , au son des Trompettes , à ceux d'entre les Ecoliers de ce
Collége , qui s'étoient distinguez en toute sorte de compositions. Voici cette Enigme , dont nous donnerons l'explication
dans le prochain Mercure.
Fille , d'une ame Raisonnable,
Je n'en puis naître cependant ,
Que lorsque sa raison s'abandonne au penchant
Le moins sage et le plus coupable.
Sous mille habillemens divers
Je roule par tout l'Univers ;
Tantôt grande , tantôt petite ,
Je fais du mal , je fais du bien ,
J'attaque qui ne me dit rien ,
Mais je respecte le mérite.
Que les Sots soient petits ou grands ,"
Riches ou Gueux , il ne m'importe ;
Tout tombe , hors les grands talens ,
Sous les coups certains que je porte.
J'ha
SEPTEMBRE. 1732. 1971
J'habite sur la terre , et je vais jusqu'aux Cieux ,
Attaquer , sans crainte , les Dieux ;
Je suis esprit sans corps , et sans voix je m'exprime ,
Quelquefois je fais rire , et pleurer plus souvent ;
Je cours plus vîte que le vent ,
Quand c'est à l'aide de la rime.
Je n'ai ni pieds , ni dents , ni mains ,
Je déchire pourtant , je mords dans ma furie ;
J'ai d'un Dieu des Forêts le nom chez les humains ,
J'en ai même un peu le génie.
Mon seul aliment est le sel ,
Il se change portant en fiel
Si mal à propos l'on m'offense ;
Dieu vous garde que la vengeance
Pour arme me prenne jamais ,
Rien ne guérit alors les grands maux que je fais.
La Grece connut peu ma forme véritable ,
Rome me connut mieux , et bien- tôt m'exila ,
Mais d'un Crieur public le fils m'y rappella ,
Et je m'y rendis agréable.
Sous deux Bourbons , plus que jamais ;
Je
1972 MERCURE DE FRANCE
Je mefis icy bas connoître ;
Sous l'un , un Collet blanc sçut me faire re naître ,
Mais sous l'autre , un Greffier m'orna de tant
d'attraits ,
Qu'après lui , vainement peut- être ,
On voudra rendre plus parfaits ,
Les atours sous lesquels son Art me fit paroître.
Je fais rire ceux que je mords ,
Et pleurer qui je ne mords guére ;
Enfin pour ne pas trop découvrir un mystere ;
Assez digne de vos efforts ,
Par ces traits opposez , qui font mon caractëre
A travers les détours , par lesquels je vous fuis
Deyinés , Lecteurs , qui je suis
Nismes,proposa et fit expliquer l'Enigme
qui suit , par des Ecoliers choisis , en présence d'une belle et nombreuse Assemblée , le 16 Aoust. Les Acteurs réussirent
parfaitement , et les Auditeurs se retirerent tres-satisfaits , soit de la Piéce , qui
étoit
1970 MERCURE DE FRANCE ·
étoit fort belle , soit de la maniere dont
les Rôles furent récitez. Les Magistrats
de Nismes qui étoient présens , firent
ensuite , selon leur liberalité ordinaire , la
distribution des Prix , au son des Trompettes , à ceux d'entre les Ecoliers de ce
Collége , qui s'étoient distinguez en toute sorte de compositions. Voici cette Enigme , dont nous donnerons l'explication
dans le prochain Mercure.
Fille , d'une ame Raisonnable,
Je n'en puis naître cependant ,
Que lorsque sa raison s'abandonne au penchant
Le moins sage et le plus coupable.
Sous mille habillemens divers
Je roule par tout l'Univers ;
Tantôt grande , tantôt petite ,
Je fais du mal , je fais du bien ,
J'attaque qui ne me dit rien ,
Mais je respecte le mérite.
Que les Sots soient petits ou grands ,"
Riches ou Gueux , il ne m'importe ;
Tout tombe , hors les grands talens ,
Sous les coups certains que je porte.
J'ha
SEPTEMBRE. 1732. 1971
J'habite sur la terre , et je vais jusqu'aux Cieux ,
Attaquer , sans crainte , les Dieux ;
Je suis esprit sans corps , et sans voix je m'exprime ,
Quelquefois je fais rire , et pleurer plus souvent ;
Je cours plus vîte que le vent ,
Quand c'est à l'aide de la rime.
Je n'ai ni pieds , ni dents , ni mains ,
Je déchire pourtant , je mords dans ma furie ;
J'ai d'un Dieu des Forêts le nom chez les humains ,
J'en ai même un peu le génie.
Mon seul aliment est le sel ,
Il se change portant en fiel
Si mal à propos l'on m'offense ;
Dieu vous garde que la vengeance
Pour arme me prenne jamais ,
Rien ne guérit alors les grands maux que je fais.
La Grece connut peu ma forme véritable ,
Rome me connut mieux , et bien- tôt m'exila ,
Mais d'un Crieur public le fils m'y rappella ,
Et je m'y rendis agréable.
Sous deux Bourbons , plus que jamais ;
Je
1972 MERCURE DE FRANCE
Je mefis icy bas connoître ;
Sous l'un , un Collet blanc sçut me faire re naître ,
Mais sous l'autre , un Greffier m'orna de tant
d'attraits ,
Qu'après lui , vainement peut- être ,
On voudra rendre plus parfaits ,
Les atours sous lesquels son Art me fit paroître.
Je fais rire ceux que je mords ,
Et pleurer qui je ne mords guére ;
Enfin pour ne pas trop découvrir un mystere ;
Assez digne de vos efforts ,
Par ces traits opposez , qui font mon caractëre
A travers les détours , par lesquels je vous fuis
Deyinés , Lecteurs , qui je suis
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Résumé : Enigmes, Logogryphes, &c. [titre d'après la table]
Le 16 août, le R. P. Mouchoux, Jésuite et Professeur de Rhétorique au Collège Royal de Nismes, présenta une énigme à des écoliers sélectionnés devant une assemblée nombreuse. La représentation fut acclamée par les spectateurs, et les magistrats de Nismes remirent des prix aux écoliers méritants, accompagnés par le son des trompettes. L'énigme, dont la solution sera révélée dans le prochain Mercure, décrit un être né de la raison abandonnée au penchant le moins sage. Cet être traverse l'univers, fait du mal et du bien, attaque ceux qui ne lui disent rien mais respecte le mérite. Il habite sur terre et atteint les cieux, attaque les dieux sans crainte, est esprit sans corps et s'exprime sans voix. Il court plus vite que le vent grâce à la rime, n'a ni pieds, ni dents, ni mains, mais déchire et mord. Il porte le nom et le génie d'un dieu des forêts chez les humains, se nourrit de sel qui se change en fiel s'il est offensé. La Grèce connut peu sa forme véritable, Rome mieux, et un crieur public la rappela. Sous deux Bourbons, elle se fit connaître ; sous l'un, un collet blanc la fit renaître, et sous l'autre, un greffier l'orna de nombreux attraits. Elle fait rire ceux qu'elle mord et pleurer ceux qu'elle ne mord guère.
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9063
p. 1972-1973
ENIGME.
Début :
Enfant d'une vive chaleur, [...]
Mots clefs :
Fièvre
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
[ XX: XXXXXXXXXXXXX
ENIGM E.
ENfant Nfant d'une vive chaleur ,
Dans le froid je prens ma naissance
Du plus beau Vetmillon l'éclatante rougeur ,
Est l'ordinaire effet que produit ma presence ,
A ceux que le Destin range sous ma puissance
Je les traite si mal , ces malheureux sujets ,
Qu'ils tremblent de mes noirs projets.
Dès
SEPTEMBRE. 1732. 1973
Dès que j'entre chez eux , j'y porte le ravage ;
Mais de mon implacable rage ,
On s'empresse à les garantir ;
On m'y poursuit à coups d'épée ;
Et le sang dont j'y suis trempée ,
Me force bien-tôt d'en sortir.
ENIGM E.
ENfant Nfant d'une vive chaleur ,
Dans le froid je prens ma naissance
Du plus beau Vetmillon l'éclatante rougeur ,
Est l'ordinaire effet que produit ma presence ,
A ceux que le Destin range sous ma puissance
Je les traite si mal , ces malheureux sujets ,
Qu'ils tremblent de mes noirs projets.
Dès
SEPTEMBRE. 1732. 1973
Dès que j'entre chez eux , j'y porte le ravage ;
Mais de mon implacable rage ,
On s'empresse à les garantir ;
On m'y poursuit à coups d'épée ;
Et le sang dont j'y suis trempée ,
Me force bien-tôt d'en sortir.
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9064
p. 1973
LOGOGRYPHE.
Début :
Je cause aux mortels bien des maux ; [...]
Mots clefs :
Orgueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E cause aux mortels bien des maux ;
A ma tête est un des métaux.
Avec mes cinq lettres premieres ,
Je rend des sons mélodieux ;
Et qui n'a pas les trois dernieres ,
peut se servir des deux yeux. Ne
LAMOTTE TILLO Y
E cause aux mortels bien des maux ;
A ma tête est un des métaux.
Avec mes cinq lettres premieres ,
Je rend des sons mélodieux ;
Et qui n'a pas les trois dernieres ,
peut se servir des deux yeux. Ne
LAMOTTE TILLO Y
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9065
p. 1973-1974
AUTRE LOGOGRYPHE.
Début :
Mon nom indique un assemblage, [...]
Mots clefs :
Chiourme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRYPHE.
UTRE LOGOGRYP HE
Monnom indique un assemblage ;
De gens , nez en differens lieux ,
Qui s'accordent en dépit d'eux ,
Il a de l'Alphabet huit lettres en partage.
Quatre , ( si tour à tour on les tire des huit }
Désignent un Arbre , une Ville ,
Vn Saint , un Etranger , aux Confiseurs utile ,
Vac Amante afligée, une Riviere , un Fruit ,
Et
1974 MERCURE DE FRANCE
Et ce qu'on ne voit pas au milieu de la nuit ,
Mais qu'avec le Soleil , on peut voir à toute heure.
Cinq , une maladie , une Etoffe , un Poisson ,
į Une assez petite maison ,
Six , un des habitans , dont elle est la demeure ,
Lecteur , je vous attens à la combinaison.
Par M. de M..
Monnom indique un assemblage ;
De gens , nez en differens lieux ,
Qui s'accordent en dépit d'eux ,
Il a de l'Alphabet huit lettres en partage.
Quatre , ( si tour à tour on les tire des huit }
Désignent un Arbre , une Ville ,
Vn Saint , un Etranger , aux Confiseurs utile ,
Vac Amante afligée, une Riviere , un Fruit ,
Et
1974 MERCURE DE FRANCE
Et ce qu'on ne voit pas au milieu de la nuit ,
Mais qu'avec le Soleil , on peut voir à toute heure.
Cinq , une maladie , une Etoffe , un Poisson ,
į Une assez petite maison ,
Six , un des habitans , dont elle est la demeure ,
Lecteur , je vous attens à la combinaison.
Par M. de M..
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9066
p. 1974-1975
AUTRE.
Début :
Du vrai sage je fais le charme, le délice ; [...]
Mots clefs :
Oraison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
U vrai sage je fais le charme , le délice ;
Il n'a rien de plus cher que mon doux exercice ;
Avec mon chef tout seul je puis représenter ,
L'Infini , tout le Monde , et l'Univers entier.
Je puis marquer
tique ,
encore ,
en bonne ArithméRien , ou peu ; mais beaucoup , selon qu'on me
pratique.
De mes six pieds restans , point de combinaison.
Heureux qui m'a pour guide, il a toujours raison.
Si l'on veut à mon chef, ajouter le deuxième ,
On me poursuit , souvent avec ardeur extrême.
Du tout , ôté deux , trois , on voit facilement ,
En plume un animal , Symbole d'ignorant.
Chiffrez deux , quatre et cinq , je fournis par na- ture ,
En un Païs lointain , cominune nourriture.
Puis dans un autre sens , on cherché mes appas ,
Je
SEPTEMBRE. 1732. 1975
Je regne plus souvent aux Festins , aux Repas.
Pour tout dire en deux mots , je ne sçaurois pas roître ,
Que joïe et que plaisir ne m'ayent donné l'Etre :
Ma derniere syllabe enfin présente aux yeux ,
L'ame de la Musique, icy bas, comme aux Cieux.
U vrai sage je fais le charme , le délice ;
Il n'a rien de plus cher que mon doux exercice ;
Avec mon chef tout seul je puis représenter ,
L'Infini , tout le Monde , et l'Univers entier.
Je puis marquer
tique ,
encore ,
en bonne ArithméRien , ou peu ; mais beaucoup , selon qu'on me
pratique.
De mes six pieds restans , point de combinaison.
Heureux qui m'a pour guide, il a toujours raison.
Si l'on veut à mon chef, ajouter le deuxième ,
On me poursuit , souvent avec ardeur extrême.
Du tout , ôté deux , trois , on voit facilement ,
En plume un animal , Symbole d'ignorant.
Chiffrez deux , quatre et cinq , je fournis par na- ture ,
En un Païs lointain , cominune nourriture.
Puis dans un autre sens , on cherché mes appas ,
Je
SEPTEMBRE. 1732. 1975
Je regne plus souvent aux Festins , aux Repas.
Pour tout dire en deux mots , je ne sçaurois pas roître ,
Que joïe et que plaisir ne m'ayent donné l'Etre :
Ma derniere syllabe enfin présente aux yeux ,
L'ame de la Musique, icy bas, comme aux Cieux.
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9067
p. 1975
« LETTRES PASTORALES de M. l'Evêque de Londres, aux Fideles de son [...] »
Début :
LETTRES PASTORALES de M. l'Evêque de Londres, aux Fideles de son [...]
Mots clefs :
Lettres pastorales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES PASTORALES de M. l'Evêque de Londres, aux Fideles de son [...] »
Laurade PASTOR,ALEX die eles deven ر
Diocèse , contre les Libertins et les Incrédules , traduites de l'Anglois , par
Abrah. le Moine , Prêtre de l'Eglise Anglicane , et Chapelain du Duc de Portland. Ala Haye , chez Gosse et Neaulme,
1732. in 18. 1 Lettre, pag. 82. 2de Lettre,
pag. 108. 3 Lettre , avec un Appendix
aux Lettres Pastorales , pag. 158.
Diocèse , contre les Libertins et les Incrédules , traduites de l'Anglois , par
Abrah. le Moine , Prêtre de l'Eglise Anglicane , et Chapelain du Duc de Portland. Ala Haye , chez Gosse et Neaulme,
1732. in 18. 1 Lettre, pag. 82. 2de Lettre,
pag. 108. 3 Lettre , avec un Appendix
aux Lettres Pastorales , pag. 158.
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9068
p. *1975-1975
« On a dû expliquer l'Enigme du Mercure d'Aoust, par Coquette; et les deux [...] »
Début :
On a dû expliquer l'Enigme du Mercure d'Aoust, par Coquette; et les deux [...]
Mots clefs :
Coquette, Chien, Castor
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texteReconnaissance textuelle : « On a dû expliquer l'Enigme du Mercure d'Aoust, par Coquette; et les deux [...] »
On a dû expliquer l'Enigme du Mercure d'Aoust , par Coquette ; et les deux
Logogryphes , par Chien , et Castor.
88888
Logogryphes , par Chien , et Castor.
88888
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9069
p. 1975-1976
Bibliotheque raisonnée &c. [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE RAISONNÉE des Ouvrages des Sçavants de l'Europe, pour les mois [...]
Mots clefs :
Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants
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texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque raisonnée &c. [titre d'après la table]
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des Ouvrages des Sçavans de l'Europe, pour les mois
de Juillet, Aoust, Septembre, 1730. tom.
5.
1976 MERCURE DE FRANCE
5. e Partie d'Octobre , Novembre , et
Decembre. Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith , 1730. in 12. de 483. pag.
sans les Tables.
·
Le premier article de ce Recueil repre
sente TOUTES LES OEUVRES de François.
Bacon, Seigneur de Verulam, Vicomte de
S. Alban , et Grand Chancelier d'Angleterre ; en 7. vol. nouvelle Edition , à
laquelle on a ajouté ses Opuscules historiques et politiques , traduits depuis peu
de l'Anglois. A Amsterdam, chez les Wetsteins et Smith. 1730. Tout l'ouvrage est en Latin.
NOT
de Juillet, Aoust, Septembre, 1730. tom.
5.
1976 MERCURE DE FRANCE
5. e Partie d'Octobre , Novembre , et
Decembre. Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith , 1730. in 12. de 483. pag.
sans les Tables.
·
Le premier article de ce Recueil repre
sente TOUTES LES OEUVRES de François.
Bacon, Seigneur de Verulam, Vicomte de
S. Alban , et Grand Chancelier d'Angleterre ; en 7. vol. nouvelle Edition , à
laquelle on a ajouté ses Opuscules historiques et politiques , traduits depuis peu
de l'Anglois. A Amsterdam, chez les Wetsteins et Smith. 1730. Tout l'ouvrage est en Latin.
NOT
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Résumé : Bibliotheque raisonnée &c. [titre d'après la table]
Le document est un compte-rendu de la 'BIBLIOTHEQUE RAISONNEE des Ouvrages des Sçavans de l'Europe' pour juillet, août et septembre 1730, publié en octobre 1730. Il mentionne la publication du 'MERCURE DE FRANCE' pour octobre, novembre et décembre 1730, à Amsterdam, chez les Wetssteins et Smith. Le premier article présente les œuvres de François Bacon en sept volumes, incluant des opuscules historiques et politiques traduits de l'anglais.
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9070
p. 1976-1977
« NOTICE du Trésor d'Anciennes Médailles, qui appartiennent au Pr. Frederic II. [...] »
Début :
NOTICE du Trésor d'Anciennes Médailles, qui appartiennent au Pr. Frederic II. [...]
Mots clefs :
Anciennes médailles, Cyrus, Religion chrétienne
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texteReconnaissance textuelle : « NOTICE du Trésor d'Anciennes Médailles, qui appartiennent au Pr. Frederic II. [...] »
NOTICE du Trésor d'Anciennes Médail
les , qui appartiennent au Pr. Frederic II.
Duc de Saxe- Gotha. Par M. Chret. Sigism.
Liebe , qui y a ajouté un Extrait de l'Essai
d'Andre Morel, sur toutes les Antiquitez
de ce genres et trois Lettres de feu Mons.
Ezech. Spanbein , où sont expliquées les
Médailles les plus curieuses qui se trouvent dans ce Cabinet. A Amsterdam
1730. infol. pag. 26. pour la Préface , et
544. pour le Corps de l'Ouvrage , sans
parler de l'Epître dédicatoire , d'un court
Avis au Lecteur , et de deux Indices.
L'Ouvrage est en latin.
Dans l'article des Nouvelles Litteraires,
,
SEPTEMBR E. 1732. 1977.
res, on apprend que M. Lamotte a donné
en Anglois , à Londres : Essay sur la Poësie et surla Peinture , par rapport à l'Histoire Sacrée et Prophane. Avec un Appendice touchant les obscenitez , en écrit ou en
peinture , in 12.
Le Cyrus de M. Ramsay , paroît dans
la même Ville, en François et en Anglois,
in 4. On ajoute que l'Auteur a sçu profiter également des avis qu'on lui a
donnez , pour perfectionner cet ouvrage , tant pour les choses , que pour le
style.
LA RELIGION CHRETIENNE , aussi ancienne que la Création , ou Traité dans
lequel on montre que l'Evangile est une
nouvelle publication de la Religion naturelle. A Londres, 1730. in 4. de 432 pag.
Ce Livre est en Anglois
les , qui appartiennent au Pr. Frederic II.
Duc de Saxe- Gotha. Par M. Chret. Sigism.
Liebe , qui y a ajouté un Extrait de l'Essai
d'Andre Morel, sur toutes les Antiquitez
de ce genres et trois Lettres de feu Mons.
Ezech. Spanbein , où sont expliquées les
Médailles les plus curieuses qui se trouvent dans ce Cabinet. A Amsterdam
1730. infol. pag. 26. pour la Préface , et
544. pour le Corps de l'Ouvrage , sans
parler de l'Epître dédicatoire , d'un court
Avis au Lecteur , et de deux Indices.
L'Ouvrage est en latin.
Dans l'article des Nouvelles Litteraires,
,
SEPTEMBR E. 1732. 1977.
res, on apprend que M. Lamotte a donné
en Anglois , à Londres : Essay sur la Poësie et surla Peinture , par rapport à l'Histoire Sacrée et Prophane. Avec un Appendice touchant les obscenitez , en écrit ou en
peinture , in 12.
Le Cyrus de M. Ramsay , paroît dans
la même Ville, en François et en Anglois,
in 4. On ajoute que l'Auteur a sçu profiter également des avis qu'on lui a
donnez , pour perfectionner cet ouvrage , tant pour les choses , que pour le
style.
LA RELIGION CHRETIENNE , aussi ancienne que la Création , ou Traité dans
lequel on montre que l'Evangile est une
nouvelle publication de la Religion naturelle. A Londres, 1730. in 4. de 432 pag.
Ce Livre est en Anglois
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Résumé : « NOTICE du Trésor d'Anciennes Médailles, qui appartiennent au Pr. Frederic II. [...] »
La notice présente divers ouvrages historiques et littéraires. Elle commence par une notice sur le Trésor d'Anciennes Médail, appartenant au Duc Frédéric II de Saxe-Gotha, rédigée par M. Chretien Sigismond Liebe. Cet ouvrage, publié à Amsterdam en 1730 en latin, inclut un extrait de l'essai d'André Morel sur les antiquités et trois lettres d'Ezechiel Spanbein expliquant les médailles les plus curieuses du cabinet. Il comprend une préface de 26 pages, 544 pages de contenu principal, une épître dédicatoire, un court avis au lecteur, et deux indices. Les Nouvelles Littéraires de septembre 1732 rapportent la publication à Londres par M. Lamotte d'un essai sur la poésie et la peinture par rapport à l'histoire sacrée et profane, avec un appendice sur les obscénités en écriture ou en peinture, en format in-12. Le 'Cyrus' de M. Ramsay est également mentionné, paru à Londres en français et en anglais, en format in-4. L'auteur a amélioré cet ouvrage en tenant compte des avis reçus, tant pour le contenu que pour le style. Enfin, un livre intitulé 'LA RELIGION CHRETIENNE, aussi ancienne que la Création' est mentionné. Publié à Londres en 1730 en format in-4 et comptant 432 pages, il montre que l'Évangile est une nouvelle publication de la religion naturelle.
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9071
p. 1977-1980
Essai sur la Peinture et sur la Poësie, [titre d'après la table]
Début :
ESSAY SUR LA PEINTURE et sur la Poësie, relativement à l'Histoire Sacrée et [...]
Mots clefs :
Peinture, Poésie, Représenter, Tableau
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texteReconnaissance textuelle : Essai sur la Peinture et sur la Poësie, [titre d'après la table]
ESSAY SUR LA PEINTURE et sur la Poësie , relativement à l'Histoire Sacrée et
profane , avec un Appendice, concernant
l'obscenité chez les Ecrivains et chez les
Peintres. Par Charles Lamotte , Docteuren
Théologie,Membre de la Société Royale,
et de la Société des Antiquaires , &c. A
Londres , chez Fr. Fayrman , 1730. in 8 .
de 202 pag. en Anglois.
Cet Ouvrage est divisé en trois Lettres. Dans la seconde , l'Auteur remarque
ct
1978 MERCURE DE FRANCE
1
et blâme , dans un Tableau de la mort
d'Abel, la Machoire d'Asne,dont on prétend que Caïn se servit pour tuer son
frere; ce qui n'a pas , dit l'Auteur , le
moindre fondement dans l'Ecriture , ni
dans la Tradition. S. Jérôme prétend que
c'étoit une Epée. S. Irenée , une Faucille.
Prudence , un Rateau , &c.
Dans le Sacrifice d'Abraham, Isaac est
representé trop jeune, dit-il ; et c'est avec
un Couteau qu'il devoit être sacrifié , et
non pas avec un Sabre.
Job doit être représenté assis sur la Cendre , et non pas sur un Fumier,
Sur le Tableau de Suzanne il y a une
équivoque , dans le mot de Vieillard ou
d'Ancien ; c'étoit le nom de leur Charge ;
ce qui est encore en usage dans l'Orient.
Une Ecurie n'est pas le lieu dans lequel
vrai-semblablement les Mages rendirent
leurs hommages au Sauveur. Ils étoient
Philosophes , et ne doivent pas être representez en Rois avec des Couronnes
&c.
>
C'est une faute de ne pas représenter
JESUS-CHRIST plongé dans l'eau , comme
il le fut lors de son Baptême , et non
point arrosé.
Ce n'est pas le S. Esprit en forme de
Colombe , comme les Peintres s'opiniâtrent
SEPTEMBRE. 1732. 1979
trent à le représenter , dans la descente
du S. Esprit , &c. mais descendant , comme feroit une Colombe,
Dans un Tableau de la Cene , l'Agneau
Pascal ne devoit nullement être lardé, car
tout le monde doit sçavoir que le lard
étoit en abomination aux Juifs ; et J. C.
et les Apôtres ne devroient pas être assis
à notre maniere.
Dans le sujet de J. C. disputant dans
le Temple, c'est une faute contre la vraisemblance de le peindre dans une Chaire,
plutôt que sur un banc , parmi les autres
Disciples des Docteurs.
Raphaël a aussi fait une faute en peignant le Portique du Temple en Marbre,
car il est d'Airain ; il ne devoit pas non
plus orner les Colomnes de figures , puis- que les Juifs les abhorroient. C'est dans
le Miracle du Boiteux , guéri par S. Pierre
et S. Jean , à la belle Porte du Temple.
Dans le sujet de la Résurrection de J.C.
la Garde paroît dans un profond sommeil
autour du Sépulcre.. Quoique directement opposé au fait et contre le témoignage de l'Ecrivain Sacré , qui dit que ce sommeil des Soldats étoit une invention
des Prêtres Juifs , une imposture qu'ils
mirent dans la bouche des Soldats , pour
éluder et étoufer la Résurrection de J. C.
L'Au-
1980 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne peut concevoir quelle est la
raison d'une erreur, en effet, si grossiere. Il
remarque très judicieusement que ce n'est
pas pour l'avantage de la composition que
le Peintre choisit de représenter les Soldats endormis, puisqu'il seroit sans doute
plus avantageux de les représenter agitez
de passions différentes ; il donne une idée
très- pitoresque et pleine de feu d'un Tableau de ce sujet , &c.
C'est une erreur de mettre Hector à
Cheval. On doit le représenter sur un
Char.
Ganimede ne doit pas paroître assis sur
l'Aigle. La Tradition fabuleuse veut que l'Aigle de Jupiter l'enleva par les Che
veux.
L'Appendice , concernant l'obscenité ,
chez les Ecrivans, et chez les Peintres , ne
contient que 18. pag. Le Journaliste re- marque que l'Auteur y tombe tres-fort
dans le vice qu'il y condamne. Il me souvient , à ce sujet , dit-il , d'avoir assisté à
un Sermon , sur ces paroles de S. Paul :
Que ces choses ne soient pas seulement nomméesparmi vous dans lequel le Prédicateur faisoit une longue énumération des
choses qu'il ne falloit pas nommer. C'est
ainsi que le Discours et les Notes de l'Auteur ne s
profane , avec un Appendice, concernant
l'obscenité chez les Ecrivains et chez les
Peintres. Par Charles Lamotte , Docteuren
Théologie,Membre de la Société Royale,
et de la Société des Antiquaires , &c. A
Londres , chez Fr. Fayrman , 1730. in 8 .
de 202 pag. en Anglois.
Cet Ouvrage est divisé en trois Lettres. Dans la seconde , l'Auteur remarque
ct
1978 MERCURE DE FRANCE
1
et blâme , dans un Tableau de la mort
d'Abel, la Machoire d'Asne,dont on prétend que Caïn se servit pour tuer son
frere; ce qui n'a pas , dit l'Auteur , le
moindre fondement dans l'Ecriture , ni
dans la Tradition. S. Jérôme prétend que
c'étoit une Epée. S. Irenée , une Faucille.
Prudence , un Rateau , &c.
Dans le Sacrifice d'Abraham, Isaac est
representé trop jeune, dit-il ; et c'est avec
un Couteau qu'il devoit être sacrifié , et
non pas avec un Sabre.
Job doit être représenté assis sur la Cendre , et non pas sur un Fumier,
Sur le Tableau de Suzanne il y a une
équivoque , dans le mot de Vieillard ou
d'Ancien ; c'étoit le nom de leur Charge ;
ce qui est encore en usage dans l'Orient.
Une Ecurie n'est pas le lieu dans lequel
vrai-semblablement les Mages rendirent
leurs hommages au Sauveur. Ils étoient
Philosophes , et ne doivent pas être representez en Rois avec des Couronnes
&c.
>
C'est une faute de ne pas représenter
JESUS-CHRIST plongé dans l'eau , comme
il le fut lors de son Baptême , et non
point arrosé.
Ce n'est pas le S. Esprit en forme de
Colombe , comme les Peintres s'opiniâtrent
SEPTEMBRE. 1732. 1979
trent à le représenter , dans la descente
du S. Esprit , &c. mais descendant , comme feroit une Colombe,
Dans un Tableau de la Cene , l'Agneau
Pascal ne devoit nullement être lardé, car
tout le monde doit sçavoir que le lard
étoit en abomination aux Juifs ; et J. C.
et les Apôtres ne devroient pas être assis
à notre maniere.
Dans le sujet de J. C. disputant dans
le Temple, c'est une faute contre la vraisemblance de le peindre dans une Chaire,
plutôt que sur un banc , parmi les autres
Disciples des Docteurs.
Raphaël a aussi fait une faute en peignant le Portique du Temple en Marbre,
car il est d'Airain ; il ne devoit pas non
plus orner les Colomnes de figures , puis- que les Juifs les abhorroient. C'est dans
le Miracle du Boiteux , guéri par S. Pierre
et S. Jean , à la belle Porte du Temple.
Dans le sujet de la Résurrection de J.C.
la Garde paroît dans un profond sommeil
autour du Sépulcre.. Quoique directement opposé au fait et contre le témoignage de l'Ecrivain Sacré , qui dit que ce sommeil des Soldats étoit une invention
des Prêtres Juifs , une imposture qu'ils
mirent dans la bouche des Soldats , pour
éluder et étoufer la Résurrection de J. C.
L'Au-
1980 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne peut concevoir quelle est la
raison d'une erreur, en effet, si grossiere. Il
remarque très judicieusement que ce n'est
pas pour l'avantage de la composition que
le Peintre choisit de représenter les Soldats endormis, puisqu'il seroit sans doute
plus avantageux de les représenter agitez
de passions différentes ; il donne une idée
très- pitoresque et pleine de feu d'un Tableau de ce sujet , &c.
C'est une erreur de mettre Hector à
Cheval. On doit le représenter sur un
Char.
Ganimede ne doit pas paroître assis sur
l'Aigle. La Tradition fabuleuse veut que l'Aigle de Jupiter l'enleva par les Che
veux.
L'Appendice , concernant l'obscenité ,
chez les Ecrivans, et chez les Peintres , ne
contient que 18. pag. Le Journaliste re- marque que l'Auteur y tombe tres-fort
dans le vice qu'il y condamne. Il me souvient , à ce sujet , dit-il , d'avoir assisté à
un Sermon , sur ces paroles de S. Paul :
Que ces choses ne soient pas seulement nomméesparmi vous dans lequel le Prédicateur faisoit une longue énumération des
choses qu'il ne falloit pas nommer. C'est
ainsi que le Discours et les Notes de l'Auteur ne s
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Résumé : Essai sur la Peinture et sur la Poësie, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai sur la Peinture et sur la Poésie, relativement à l'Histoire Sacrée et profane' de Charles Lamotte, publié en 1730 à Londres, est structuré en trois lettres. Lamotte, docteur en théologie et membre de plusieurs sociétés savantes, critique diverses représentations artistiques de scènes bibliques et mythologiques. Il conteste l'utilisation d'une mâchoire d'âne dans le tableau de la mort d'Abel, préférant une épée ou une faucille. Il note des erreurs dans les représentations du sacrifice d'Isaac, de Job et de Suzanne. Lamotte critique également la représentation des mages comme des rois couronnés et la scène du baptême de Jésus-Christ, qui devrait le montrer plongé dans l'eau. Il reproche aux peintres de représenter le Saint-Esprit sous forme de colombe descendante. Dans le tableau de la Cène, il souligne que l'agneau pascal ne doit pas être lardé et que Jésus-Christ et les apôtres ne doivent pas être assis à la manière occidentale. Lamotte critique aussi la représentation de Jésus-Christ dans le Temple, assise sur une chaire plutôt que sur un banc, et la peinture du portique du Temple en marbre au lieu d'airain. Il mentionne également des erreurs dans les représentations de la résurrection de Jésus-Christ, d'Hector et de Ganymède. L'ouvrage inclut un appendice sur l'obscénité chez les écrivains et les peintres, mais le journaliste note que l'auteur y tombe dans le vice qu'il condamne.
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9072
p. 1981-1983
« LETTRES DE M. BAYLE, publiées sur les Originaux, avec des Remarques. Par [...] »
Début :
LETTRES DE M. BAYLE, publiées sur les Originaux, avec des Remarques. Par [...]
Mots clefs :
Bayle, Culture des Jardins, Imagination, Hottentots
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES DE M. BAYLE, publiées sur les Originaux, avec des Remarques. Par [...] »
LETTRES DE M. BAYLE , publiées sur les
Originaux , avec des Remarques. Par
M. des Meaux, Membre de la Société
Royale. A Amsterdam , 1729. 3 vol.in 12.
pag. 1125. sans la Dédicace , la Préface ,
la Table , &c.
NOUVELLES DECOUVERTES, Philosophiques et Pratiques , contenant la Culture
des Jardins , où on explique le mouvement de la Séve des Plantes , et leur Génération ; avec d'autres Découvertes qui
n'ont point été publiées touchant la maniere de cultiver avec succès les Forêts .
et les Parterres , et où on a joint la Des--
cription d'un Instrument par le moyen
duquel on peut trouver en une heure de
temps plus de Plans de Jardin , que n'en
contiennent tous les Livres ensemble, qui
traitent de cette mariere , et enfin plu
sieurs beaux Secrets tendant à perfectionner la Culture des Vergers , des Jardins
potagers et des Orangeries. se Edition.
Par R. Bradley , Membre de la Société
Royale , &c. A Londres , in 8. pag. 684.
sans compter 9 Tailles douces. L'Ouvrage
est en Anglois.
LE POUVOIR DE L'IMAGINATION DE LA
MERE sur le Fœtus, examiné, en réponse
E à
1982 MERCURE DE FRANCE
à un Livre de M. Turner , intitulé : Deffense du Chapiire XII.de la premiere Partie
d'un Ouvrage latin, sur les Maladies Cutanées. Par Jacq. Aug. Blondel , Doct. en
Medecine et Membre de la Faculté de
Médecine à Londres. A Londres , 1729.
in 8. pag. 11. pour l'Avertissement et
pour la Préface , et 143. pour le Corps
del'Ouvrage.
PENSE'ES SECRETTES, divisées en deux
Parties. Premiere Partie : Réfléxions sur la
Religion , avec des Résolutions pratiques
qui en sont tirées. Seconde Partie : Réflé
xions sur la vie chrétienne , par G.Beveridge , Doct, en Théologie , Evêque de
S. Asaph , traduit de l'Anglois , sur l'onziéme Edition, A Amsterdam , chez les
Wetsteins et Smith , 1731. 2. vol. in 12.
pag. 245. pour le 1 tom. et 280, pour
le 2d , sans les Préfaces.
er
Les Nouvelles Litteraires de Londres
marquent qu'on venoit d'y publier en
Anglois, l'Etat present du Cap de BonneEsperance , ou Relation des differentes
Nations des Hottentots , de leur Religion , leur Gouvernement , leurs Loix ,
&c. enrichi de Figures, &c. vol. 8.
D'Amterdam. LesWetsteins et Smith don
neront bien-tôt une nouvelle Edition de
Thu-
SEPTEMBRE. 1732. 1983
Thucydide, Grec, Latin, fol. où le Texte
et le Scholiaste seront corrigez sur les
meilleurs manuscrits. On y trouveraune
infinité de Notes des plus curieuses pour
l'éclaircissement du Texte , de l'Histoire,
de la Géographie , et de la Chronologie
ancienne , &c. Par M. Jean Wasse , sçavant Anglois , qui a donné une belle Edition de Salluste , in 4. &c. avec de nouveaux Indices tres- interessans.
Originaux , avec des Remarques. Par
M. des Meaux, Membre de la Société
Royale. A Amsterdam , 1729. 3 vol.in 12.
pag. 1125. sans la Dédicace , la Préface ,
la Table , &c.
NOUVELLES DECOUVERTES, Philosophiques et Pratiques , contenant la Culture
des Jardins , où on explique le mouvement de la Séve des Plantes , et leur Génération ; avec d'autres Découvertes qui
n'ont point été publiées touchant la maniere de cultiver avec succès les Forêts .
et les Parterres , et où on a joint la Des--
cription d'un Instrument par le moyen
duquel on peut trouver en une heure de
temps plus de Plans de Jardin , que n'en
contiennent tous les Livres ensemble, qui
traitent de cette mariere , et enfin plu
sieurs beaux Secrets tendant à perfectionner la Culture des Vergers , des Jardins
potagers et des Orangeries. se Edition.
Par R. Bradley , Membre de la Société
Royale , &c. A Londres , in 8. pag. 684.
sans compter 9 Tailles douces. L'Ouvrage
est en Anglois.
LE POUVOIR DE L'IMAGINATION DE LA
MERE sur le Fœtus, examiné, en réponse
E à
1982 MERCURE DE FRANCE
à un Livre de M. Turner , intitulé : Deffense du Chapiire XII.de la premiere Partie
d'un Ouvrage latin, sur les Maladies Cutanées. Par Jacq. Aug. Blondel , Doct. en
Medecine et Membre de la Faculté de
Médecine à Londres. A Londres , 1729.
in 8. pag. 11. pour l'Avertissement et
pour la Préface , et 143. pour le Corps
del'Ouvrage.
PENSE'ES SECRETTES, divisées en deux
Parties. Premiere Partie : Réfléxions sur la
Religion , avec des Résolutions pratiques
qui en sont tirées. Seconde Partie : Réflé
xions sur la vie chrétienne , par G.Beveridge , Doct, en Théologie , Evêque de
S. Asaph , traduit de l'Anglois , sur l'onziéme Edition, A Amsterdam , chez les
Wetsteins et Smith , 1731. 2. vol. in 12.
pag. 245. pour le 1 tom. et 280, pour
le 2d , sans les Préfaces.
er
Les Nouvelles Litteraires de Londres
marquent qu'on venoit d'y publier en
Anglois, l'Etat present du Cap de BonneEsperance , ou Relation des differentes
Nations des Hottentots , de leur Religion , leur Gouvernement , leurs Loix ,
&c. enrichi de Figures, &c. vol. 8.
D'Amterdam. LesWetsteins et Smith don
neront bien-tôt une nouvelle Edition de
Thu-
SEPTEMBRE. 1732. 1983
Thucydide, Grec, Latin, fol. où le Texte
et le Scholiaste seront corrigez sur les
meilleurs manuscrits. On y trouveraune
infinité de Notes des plus curieuses pour
l'éclaircissement du Texte , de l'Histoire,
de la Géographie , et de la Chronologie
ancienne , &c. Par M. Jean Wasse , sçavant Anglois , qui a donné une belle Edition de Salluste , in 4. &c. avec de nouveaux Indices tres- interessans.
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Résumé : « LETTRES DE M. BAYLE, publiées sur les Originaux, avec des Remarques. Par [...] »
Le document recense diverses publications parues entre 1729 et 1732. Parmi elles, les 'Lettres de M. Bayle' ont été éditées par M. des Meaux en trois volumes à Amsterdam en 1729. R. Bradley, membre de la Société Royale, a publié 'Nouvelles Découvertes, Philosophiques et Pratiques', traitant de la culture des jardins et des instruments de planification. Jacq. Aug. Blondel a répondu à un ouvrage de M. Turner avec 'Le Pouvoir de l'Imagination de la Mère sur le Fœtus', publié à Londres en 1729. Les 'Pensées Secrètes' de G. Beveridge, évêque de S. Asaph, traduites de l'anglais, ont été divisées en deux parties : réflexions sur la religion et sur la vie chrétienne, publiées à Amsterdam en 1731. Les Nouvelles Littéraires de Londres signalent 'L'État présent du Cap de Bonne-Espérance', un ouvrage sur les Hottentots. Enfin, une nouvelle édition de Thucydide, en grec et latin, avec des notes et des indices, est annoncée par M. Jean Wasse pour septembre 1732 à Amsterdam.
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9073
p. 1983-1986
Le Spectacle de la Nature, Histoire naturelle, [titre d'après la table]
Début :
On commence à vendre, avec grand succès, chez la veuve Etienne, ruë S. Jacques, [...]
Mots clefs :
Spectacle de la nature, Histoire naturelle, Entretien, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : Le Spectacle de la Nature, Histoire naturelle, [titre d'après la table]
On commence à vendre , avec grand
succès , chez la veuve Etienne, ruë S. Jacques , et chez Jean Desaint , vis- à- vis le
College de Beauvais , un nouvel Ouvrage qui peut être fort utile.Il est intitulé:
LE SPECTACLE de la Nature , ou Entretien
sur les particularitez de l'Histoire naturelle,
qui ont paru les plus propres à rendre les
jeunesgens curieux , et à leurformer l'esprit,
vol. in 12. de 520 pages.
L'Auteur fait voir dans une courte Pré-
-face que de tous les moyens qu'on peut
employer pour former l'esprit , il n'y en
a point de plus sûr ni de plus efficace que
la curiosité. Pour la faire naître ou pour
l'augmenter , il employe en divers Entretiens ce que le Spectacle de la nature lui
offre de plus interessant. Il commence
par les plus petits objets, et parcourt successivement la plupart des choses qui
Eij nous
1984 MERCURE DE FRANCE
nous environnent , sans fatiguer l'esprit
de ses Lecteurs , par des recherches pénibles , sur les Principes et sur la Structure
intérieure de chaque objet ; il découvre
par tout dans les seuls dehors , de quoi
fatter les yeux , de quoi éclairer et nourrir l'esprit,de quoi remplir le cœur de reconnoissance et de religion,
Le premier Entretien roule sur les Insectes ; et pour amorcer le Lecteur à l'étude de choses , en apparence si méprisables , on lui fait entrevoir leurs parures ,
leurs armes offensives et deffensives, et les
divers Instrumens dont la nature les a
pourvûs pour les faire subsister. On examine ensuite leur origine , qui ne peut
être que la génération. Le 2 Entretien
roule sur les Chenilles , sur les Singes et
sur les Papillons. Le 3 , sur les Vers à
Soye. Le 4 , sur les Araignées. Le se, sur
les Guêpes. Le 6 et le 7 , sur les Abeil,
les.
Le 8 , contient ce qui regarde les Mou-
´ches communes et les Mouches luisantes ;
l'histoire des Moucherons, celles du Taupe grillon , de la Fourmi, du Fourmillon
et des Demoiselles. Le 9 Entretien contient l'histoire des Moules , des Pinnes
Marines , des Limaçons et des Coquillages. Le 10 passe à l'histoire generale des
Oyseaux
SEPTEMBRE. 1732. 1985
Oyseaux. Le 11 ° , descend dans l'histoire particuliere des Oyseaux les plus remarquables. Le 12° , traite des Animaux,
tant Domestiques que Sauvages. Le 13 ,
traite des Poissons. Le 14° et le 15 roulent
sur les Plantes. Ce premier Volume. qui
paroît devoir être suivi de quelques tres , finit par une Lettre , où l'on examine jusqu'à quel point il est permis d'être curieux dans la recherche de la vérité.
L'Auteur s'attache à faire voir quels sont
les justes droits et les bornes necessaires
de la raison, par où il regle aussi les droits et les bornes de la curiosité. .
Cet Ouvrage interessant par sa matiere est encore estimable par la propreté
des Gravures , et par la beauté de l'Impression.
n
Un tres habile homme a déja jugé du
sort de ce Livre, et nous ne risquons rien
de souscrire à son jugement. » Il va pa-
>> roître, dit- il , un Livre, qui a pour titre :
Spectacle de la Nature , &c. On y dévelope d'une maniere agréable et spiri
tuelle,ce qu'il y a de plus curieux dans
» la Nature , pour ce qui regarde les Ani-
»maux terrestres , les Oyseaux , les In-
»sectes , les Poissons. S'il m'étoit permis
» de juger du succès de ce Livre , par le
plaisir que la lecture m'en a fait ; je
"
E iij pour
1986 MERCURE DE FRANCE
pourrois assurer, par avance , qu'il sera
» grand. C'est à ma priere et sur mes vi-
>> ves sollicitations que l'Auteur a entre-
» pris cet Ouvrage , et qui peut être beau-
»coup augmenté , s'il se trouve au gout
» du Public. M. Rollin , dans l'Avertissement du Ive Tom. de l'Histoire ancienne.
succès , chez la veuve Etienne, ruë S. Jacques , et chez Jean Desaint , vis- à- vis le
College de Beauvais , un nouvel Ouvrage qui peut être fort utile.Il est intitulé:
LE SPECTACLE de la Nature , ou Entretien
sur les particularitez de l'Histoire naturelle,
qui ont paru les plus propres à rendre les
jeunesgens curieux , et à leurformer l'esprit,
vol. in 12. de 520 pages.
L'Auteur fait voir dans une courte Pré-
-face que de tous les moyens qu'on peut
employer pour former l'esprit , il n'y en
a point de plus sûr ni de plus efficace que
la curiosité. Pour la faire naître ou pour
l'augmenter , il employe en divers Entretiens ce que le Spectacle de la nature lui
offre de plus interessant. Il commence
par les plus petits objets, et parcourt successivement la plupart des choses qui
Eij nous
1984 MERCURE DE FRANCE
nous environnent , sans fatiguer l'esprit
de ses Lecteurs , par des recherches pénibles , sur les Principes et sur la Structure
intérieure de chaque objet ; il découvre
par tout dans les seuls dehors , de quoi
fatter les yeux , de quoi éclairer et nourrir l'esprit,de quoi remplir le cœur de reconnoissance et de religion,
Le premier Entretien roule sur les Insectes ; et pour amorcer le Lecteur à l'étude de choses , en apparence si méprisables , on lui fait entrevoir leurs parures ,
leurs armes offensives et deffensives, et les
divers Instrumens dont la nature les a
pourvûs pour les faire subsister. On examine ensuite leur origine , qui ne peut
être que la génération. Le 2 Entretien
roule sur les Chenilles , sur les Singes et
sur les Papillons. Le 3 , sur les Vers à
Soye. Le 4 , sur les Araignées. Le se, sur
les Guêpes. Le 6 et le 7 , sur les Abeil,
les.
Le 8 , contient ce qui regarde les Mou-
´ches communes et les Mouches luisantes ;
l'histoire des Moucherons, celles du Taupe grillon , de la Fourmi, du Fourmillon
et des Demoiselles. Le 9 Entretien contient l'histoire des Moules , des Pinnes
Marines , des Limaçons et des Coquillages. Le 10 passe à l'histoire generale des
Oyseaux
SEPTEMBRE. 1732. 1985
Oyseaux. Le 11 ° , descend dans l'histoire particuliere des Oyseaux les plus remarquables. Le 12° , traite des Animaux,
tant Domestiques que Sauvages. Le 13 ,
traite des Poissons. Le 14° et le 15 roulent
sur les Plantes. Ce premier Volume. qui
paroît devoir être suivi de quelques tres , finit par une Lettre , où l'on examine jusqu'à quel point il est permis d'être curieux dans la recherche de la vérité.
L'Auteur s'attache à faire voir quels sont
les justes droits et les bornes necessaires
de la raison, par où il regle aussi les droits et les bornes de la curiosité. .
Cet Ouvrage interessant par sa matiere est encore estimable par la propreté
des Gravures , et par la beauté de l'Impression.
n
Un tres habile homme a déja jugé du
sort de ce Livre, et nous ne risquons rien
de souscrire à son jugement. » Il va pa-
>> roître, dit- il , un Livre, qui a pour titre :
Spectacle de la Nature , &c. On y dévelope d'une maniere agréable et spiri
tuelle,ce qu'il y a de plus curieux dans
» la Nature , pour ce qui regarde les Ani-
»maux terrestres , les Oyseaux , les In-
»sectes , les Poissons. S'il m'étoit permis
» de juger du succès de ce Livre , par le
plaisir que la lecture m'en a fait ; je
"
E iij pour
1986 MERCURE DE FRANCE
pourrois assurer, par avance , qu'il sera
» grand. C'est à ma priere et sur mes vi-
>> ves sollicitations que l'Auteur a entre-
» pris cet Ouvrage , et qui peut être beau-
»coup augmenté , s'il se trouve au gout
» du Public. M. Rollin , dans l'Avertissement du Ive Tom. de l'Histoire ancienne.
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Résumé : Le Spectacle de la Nature, Histoire naturelle, [titre d'après la table]
Le texte présente un nouvel ouvrage intitulé 'Le Spectacle de la Nature, ou Entretien sur les particularités de l'Histoire naturelle', disponible chez la veuve Etienne et Jean Desaint. Cet ouvrage, en un volume in-12 de 520 pages, vise à stimuler la curiosité des jeunes lecteurs et à former leur esprit à travers des entretiens sur divers sujets de l'histoire naturelle. L'auteur commence par des objets simples et progresse vers des sujets plus complexes, sans entrer dans des détails techniques. Il explore les insectes, les chenilles, les singes, les papillons, les vers à soie, les araignées, les guêpes, les abeilles, les mouches, les moules, les oiseaux, les animaux domestiques et sauvages, les poissons, et les plantes. Le premier volume se conclut par une lettre discutant des limites de la curiosité dans la recherche de la vérité. L'ouvrage est également apprécié pour la qualité de ses gravures et de son impression. Un critique loue le livre pour son développement agréable et spirituel des sujets naturels, prédisant son succès. L'auteur pourrait augmenter l'ouvrage en fonction de l'accueil du public, à la demande de M. Rollin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9074
p. 1986-1991
« EXPOSITION ANATOMIQUE de la Structure du Corps humain; par Jacques-Begnine [...] »
Début :
EXPOSITION ANATOMIQUE de la Structure du Corps humain; par Jacques-Begnine [...]
Mots clefs :
Exposition anatomique, Matières bénéficiales, Providence, Charles XII, Exploits et saisies mobiliaires, Observations, Pères de l'Église, Dictionnaire, Arithmétique, Catholicité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXPOSITION ANATOMIQUE de la Structure du Corps humain; par Jacques-Begnine [...] »
EXPOSITION ANATOMIQUE de la Structure du Corps humain ; par Jacques- Benigne Winslow , de l'Academie Royale
des Sciences , Docteur , Regent de la Faculté de Médecine , en l'Université de
Paris , ancien Professeur en Anatomie et
en Chirurgie , dans la même Faculté
Interprete du Roy en Langue Teutonique , et de la Societé Royale de Berlin .
A Paris , chez Guill. Desprez, et Jean
Desessards , rue S. Jacques, 1732. in 4º.
de 739 pages.
>
RECUEIL des principales Décisions sur
les Matieres Beneficiales , extraites des
Canons, des Conciles, et des plus celebres
Auteurs , conformes aux Edits et Décla
rations du Roy, et à la Jurisprudence des
Parlemens du Royaume et du GrandConseil. Nouvelle Edition , revûë , corrigée et augmentée de plus de moitić. Par
M.R. Drapier, Avocat au Parlement. 2
vol,
SEPTEMBRE. 1732 1987
vol. in 12. prix s liv. relié. A Paris, chez
Nic. P. Armand, ruë S. Jacques , 1732.
CONDUITE DE LA PROVIDENCE , dans l'é
tablissement de la Congrégation de N.
Dame, qui a pour son Instituteur le Bienheureux Pere Pierre Fourier, dit vulgairement de Mataincourt , Superieur General
et Reformateur des Chanoines Reguliers
de la Congregation de N. Sauveur. Presentée à Nosseigneurs les Evêques , com
me premiers Superieurs de cette Congré
gation. Avec une Préface , en forme de
Discours , aux Filles de cer Institut. A
Toul , chezCl. Vincent , 1732. 2.vol.grand
in 89.
REMARQUES historiques et critiques sur
l'histoire de Charles XII. Roy de Suéde ;
par M. de Voltaire , pour servir de Supplément à cet Ouvrage. Par M.de la Motraye. Nouvelle Edition , corrigée et augmentée. A Londres , et se vend à Paris ,
chez Mich. Etienne David, Quai des Augustins , et Antoine Heuqueville , au coin
de la rue Gisle- Cœur. Broch. in 12. de 80
pag.On voit à la tête ie Portrait, en pied ,
de Charles XII. fort bien caractérisé.
RECUEIL DES REGLEMENS , concernant
E iiij le
1988 MERCURE DE FRANCE
le Contrôle des Exploits et Saisies mobi
liaires , rendus depuis leur établissement
jusqu'à present. Avec le précis de ce qu'ils
contiennent , et une Table Alphabétique des Matieres qui y ont rapport, pour
en faciliter l'intelligence et l'exécution .
Ouvrage utile et necessaire à tous les Officiers de Justice , aux Employez dans
toutes les Fermes et Droits de S. M.et aux
Parties. A Paris , chez P. Prault , Quai
de Gêvres , 1732. gros in 12 de 588 pag.
sans l'Avertissement , les Tables , et le
précis des Reglemens, concernant le Contrôle des Exploits et les Saisies mobiliaires d'environ so pag.
>
OBSERVATIONS MATHEMATIQUES , AStronomiques , Géographiques et Physiques , tirées des anciens livres Chinois
ou faites nouvellement aux Indes & ailleurs ; par les PP. de la Comp. de JESUS.
Rédigées et publiées par le P. Et. Souciet , de la même Compagnie. Tome 2.
contenant une Histoire de l'Astronomie
Chinoise , avec des Dissertations ; par le
P. Gaubil Jesuite. Tom. 3 contenant un
Traité de l'Astroromie Chinoise par le
même P Gaubil. A Paris, chez Rollin pere ,
Quai des Augustins , 1732. in 4. tom. 2.
pages 178. tome 3. pages 373.sans la Préface
SEPTEMBRE. 1732 1989
face du second Tome , et sans les Planches.
ABREGE' DE L'HISTOIRE de 24 Peres de
Eglise.Histoire abregée des Empereurs Romains , depuis Jules Cesar jusqu'à Constantin le Grand. Caracteres de 58 des meilleurs Historiens , Orateurs et Poëtes Grecs ,
Latins et François ; ouvrage tres-utile, sur
tout aux jeunes gens de l'un et de l'autre
sexe, qui pourront en tres- peu de temps
acquerir une connoissance générale des
matiéres annoncées cy- dessus. Chez Tautin , rue Judas , Montagne sainte Geneviéve, Morel le jeune, au Palais , et Musier fils , Quai des Augustins, 1732 . in 12.
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens ,
des Carthaginois , des Assyriens , des
Babiloniens , des Medes et des Perses , des
Macédoniens , des Grecs ; par M. Rollin,
Tome IV. Chez la Veuve Etienne , ruë
S. Facques, 1732. in 12.
APOLOGIE DES BESTES , ou leurs rafsonnemens et connoissances prouvez
contre le Systême des Cartesiens , qui
prétendent que les Bêtes ne sont que des
Machines Automates. Ouvrage en Vers.
Par M. Morfouace de Beaumont. Paris ,
E v Quay
1990 MERCURE DE FRANCE
Quay de Gevres , chez Prault , 1732. in 8,
>
DICTIONNAIRE des Arts et des Sciences , &c. P. M. D. C. de l'Académie
Françoise nouvelle Edition revûë
corrigée et augmentée par M... de l'Académie Royale des Sciences, 1732. infol.
2 vol. Chez Coignardpere et fils, Den. Mariette , J. B. Delespine , rue S. Jacques , et
Jacques Rollin , Quay des Augustins.
NOUVEAU TRAITE'
D'ARITHMETIQUE,
ou Description des proprietez er usages
d'un nouveau Tarif de réduction Arithmetique et Géometrique. Avec une Instruction familiere pour faire méchani- quement , par le moyen de ce Tarif, les
principales operations des Regles , tant
d'Arithmetique que deTrigonométrie rectiligne , comme aussi de Gnomonique et
de Navigation. Le tout par des exemples
simples qui facilitent la pratique de cet
Ins.rument , inventé et mis en lumiere
par M. J. B. de Mean , Ingenieur , qui
demeure chez M. Homet , Marchand Cartier et Paperier , ruë de Seine , Fauxbourg
S. Germain. In 8. 1732. Quay des Augustins , chez P. Martin , et Gab. Valeyre,
rue de la vieille Bouclerie.
Li
SEPTEMBRE. 1732. 1991
LE NOUVEAU Secretaire de la Cour ,
ou Lettres Familieres sur toutes sortes de
Sujets , avec des Réponses ; derniere Edition. A Paris , au Palais , chez Th. le
Gras , 1732. in 12. de 560. pages , so,
sols relié.
LE TRIOMPHE DE LA CATHOLICI
TE' , ou Réponse d'un Protestant nouvellement converti , aux difficultez que
lui propose sa Sœur , sur la Religion Prétendue Réformée , avec une Dissertation
sur la dispute que S. Paul cut avec Céphas. Par M. l'Abbé D ***. A Paris ,
ruë de la Harpe , au bon Pasteur , 1732.
in 12. de 250. pages.
OEUVRES DIVERSES , de M. Patru , contenant ses Plaidoyers , Harangues , Lettres et Vies de quelques- uns de ses Amis.
Quatrième Edition considerablement
augmentée. Chez N. Gosselin , au Palais ,
1732. 2, vol. in 4.
des Sciences , Docteur , Regent de la Faculté de Médecine , en l'Université de
Paris , ancien Professeur en Anatomie et
en Chirurgie , dans la même Faculté
Interprete du Roy en Langue Teutonique , et de la Societé Royale de Berlin .
A Paris , chez Guill. Desprez, et Jean
Desessards , rue S. Jacques, 1732. in 4º.
de 739 pages.
>
RECUEIL des principales Décisions sur
les Matieres Beneficiales , extraites des
Canons, des Conciles, et des plus celebres
Auteurs , conformes aux Edits et Décla
rations du Roy, et à la Jurisprudence des
Parlemens du Royaume et du GrandConseil. Nouvelle Edition , revûë , corrigée et augmentée de plus de moitić. Par
M.R. Drapier, Avocat au Parlement. 2
vol,
SEPTEMBRE. 1732 1987
vol. in 12. prix s liv. relié. A Paris, chez
Nic. P. Armand, ruë S. Jacques , 1732.
CONDUITE DE LA PROVIDENCE , dans l'é
tablissement de la Congrégation de N.
Dame, qui a pour son Instituteur le Bienheureux Pere Pierre Fourier, dit vulgairement de Mataincourt , Superieur General
et Reformateur des Chanoines Reguliers
de la Congregation de N. Sauveur. Presentée à Nosseigneurs les Evêques , com
me premiers Superieurs de cette Congré
gation. Avec une Préface , en forme de
Discours , aux Filles de cer Institut. A
Toul , chezCl. Vincent , 1732. 2.vol.grand
in 89.
REMARQUES historiques et critiques sur
l'histoire de Charles XII. Roy de Suéde ;
par M. de Voltaire , pour servir de Supplément à cet Ouvrage. Par M.de la Motraye. Nouvelle Edition , corrigée et augmentée. A Londres , et se vend à Paris ,
chez Mich. Etienne David, Quai des Augustins , et Antoine Heuqueville , au coin
de la rue Gisle- Cœur. Broch. in 12. de 80
pag.On voit à la tête ie Portrait, en pied ,
de Charles XII. fort bien caractérisé.
RECUEIL DES REGLEMENS , concernant
E iiij le
1988 MERCURE DE FRANCE
le Contrôle des Exploits et Saisies mobi
liaires , rendus depuis leur établissement
jusqu'à present. Avec le précis de ce qu'ils
contiennent , et une Table Alphabétique des Matieres qui y ont rapport, pour
en faciliter l'intelligence et l'exécution .
Ouvrage utile et necessaire à tous les Officiers de Justice , aux Employez dans
toutes les Fermes et Droits de S. M.et aux
Parties. A Paris , chez P. Prault , Quai
de Gêvres , 1732. gros in 12 de 588 pag.
sans l'Avertissement , les Tables , et le
précis des Reglemens, concernant le Contrôle des Exploits et les Saisies mobiliaires d'environ so pag.
>
OBSERVATIONS MATHEMATIQUES , AStronomiques , Géographiques et Physiques , tirées des anciens livres Chinois
ou faites nouvellement aux Indes & ailleurs ; par les PP. de la Comp. de JESUS.
Rédigées et publiées par le P. Et. Souciet , de la même Compagnie. Tome 2.
contenant une Histoire de l'Astronomie
Chinoise , avec des Dissertations ; par le
P. Gaubil Jesuite. Tom. 3 contenant un
Traité de l'Astroromie Chinoise par le
même P Gaubil. A Paris, chez Rollin pere ,
Quai des Augustins , 1732. in 4. tom. 2.
pages 178. tome 3. pages 373.sans la Préface
SEPTEMBRE. 1732 1989
face du second Tome , et sans les Planches.
ABREGE' DE L'HISTOIRE de 24 Peres de
Eglise.Histoire abregée des Empereurs Romains , depuis Jules Cesar jusqu'à Constantin le Grand. Caracteres de 58 des meilleurs Historiens , Orateurs et Poëtes Grecs ,
Latins et François ; ouvrage tres-utile, sur
tout aux jeunes gens de l'un et de l'autre
sexe, qui pourront en tres- peu de temps
acquerir une connoissance générale des
matiéres annoncées cy- dessus. Chez Tautin , rue Judas , Montagne sainte Geneviéve, Morel le jeune, au Palais , et Musier fils , Quai des Augustins, 1732 . in 12.
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens ,
des Carthaginois , des Assyriens , des
Babiloniens , des Medes et des Perses , des
Macédoniens , des Grecs ; par M. Rollin,
Tome IV. Chez la Veuve Etienne , ruë
S. Facques, 1732. in 12.
APOLOGIE DES BESTES , ou leurs rafsonnemens et connoissances prouvez
contre le Systême des Cartesiens , qui
prétendent que les Bêtes ne sont que des
Machines Automates. Ouvrage en Vers.
Par M. Morfouace de Beaumont. Paris ,
E v Quay
1990 MERCURE DE FRANCE
Quay de Gevres , chez Prault , 1732. in 8,
>
DICTIONNAIRE des Arts et des Sciences , &c. P. M. D. C. de l'Académie
Françoise nouvelle Edition revûë
corrigée et augmentée par M... de l'Académie Royale des Sciences, 1732. infol.
2 vol. Chez Coignardpere et fils, Den. Mariette , J. B. Delespine , rue S. Jacques , et
Jacques Rollin , Quay des Augustins.
NOUVEAU TRAITE'
D'ARITHMETIQUE,
ou Description des proprietez er usages
d'un nouveau Tarif de réduction Arithmetique et Géometrique. Avec une Instruction familiere pour faire méchani- quement , par le moyen de ce Tarif, les
principales operations des Regles , tant
d'Arithmetique que deTrigonométrie rectiligne , comme aussi de Gnomonique et
de Navigation. Le tout par des exemples
simples qui facilitent la pratique de cet
Ins.rument , inventé et mis en lumiere
par M. J. B. de Mean , Ingenieur , qui
demeure chez M. Homet , Marchand Cartier et Paperier , ruë de Seine , Fauxbourg
S. Germain. In 8. 1732. Quay des Augustins , chez P. Martin , et Gab. Valeyre,
rue de la vieille Bouclerie.
Li
SEPTEMBRE. 1732. 1991
LE NOUVEAU Secretaire de la Cour ,
ou Lettres Familieres sur toutes sortes de
Sujets , avec des Réponses ; derniere Edition. A Paris , au Palais , chez Th. le
Gras , 1732. in 12. de 560. pages , so,
sols relié.
LE TRIOMPHE DE LA CATHOLICI
TE' , ou Réponse d'un Protestant nouvellement converti , aux difficultez que
lui propose sa Sœur , sur la Religion Prétendue Réformée , avec une Dissertation
sur la dispute que S. Paul cut avec Céphas. Par M. l'Abbé D ***. A Paris ,
ruë de la Harpe , au bon Pasteur , 1732.
in 12. de 250. pages.
OEUVRES DIVERSES , de M. Patru , contenant ses Plaidoyers , Harangues , Lettres et Vies de quelques- uns de ses Amis.
Quatrième Edition considerablement
augmentée. Chez N. Gosselin , au Palais ,
1732. 2, vol. in 4.
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Résumé : « EXPOSITION ANATOMIQUE de la Structure du Corps humain; par Jacques-Begnine [...] »
En 1732, à Paris et dans d'autres villes, plusieurs publications ont été éditées, couvrant divers domaines tels que la science, l'histoire, le droit et la littérature. Parmi les ouvrages notables, Jacques-Bénigne Winslow, membre de l'Académie Royale des Sciences et docteur en médecine, a publié 'Exposition Anatomique de la Structure du Corps humain', un ouvrage de 739 pages. D'autres publications marquantes incluent 'Recueil des principales Décisions sur les Matieres Beneficiales' par M.R. Drapier, 'Conduite de la Providence' sur la Congrégation de Notre-Dame, et 'Remarques historiques et critiques sur l'histoire de Charles XII' par M. de Voltaire. Le texte mentionne également des recueils de règlements juridiques, des observations mathématiques et astronomiques, des histoires abrégées, des dictionnaires, et des traités d'arithmétique. Plusieurs de ces ouvrages sont des nouvelles éditions révisées et augmentées, reflétant une mise à jour des connaissances et des informations.
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9075
p. 1991-1993
Dictionnaire Economique, &c. [titre d'après la table]
Début :
DICTIONNAIRE ECONOMIQUE, contenant divers moyens d'augmenter son bien, [...]
Mots clefs :
Dictionnaire économique, Moyens, Augmenter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dictionnaire Economique, &c. [titre d'après la table]
DICTIONNAIRE ECONOMIQUE conte
nant divers moyens d'augmenter son bien
et de conserver sa santé , avec plusieurs
Remedes assurez et approuvez pour un
très-grand nombre de maladies , et de
beaux secrets pour parvenir à une lonE、 vj que
1992 MERCURE DE FRANCE
>
gue et heureuse vieillesse. Quantité de
moyens pour élever , nourrir , guerir et
faire profiter toutes sortes d'Animaux domestiques , comme Brebis , Moutons
Boeufs , Chevaux , Mulets , Abeilles et
Vers à Soye. Differen filets pour la Pêche,
de toutes sortes de Poissons et pour la
Chasse de toutes sortes d'Oiseaux et d'Animaux. Une infinité de secrets découverts dans le Jardinage , la Botanique ,
l'Agriculture , les Terres , les Vigne , les
Arbres ; comme aussi la connoissance des
Plantes des Pay Etrangers et leurs qualit z specifiques. Les moy ns de tirer tout
l'avantage des Fabriques de Savon , d'Amidon , filer le Coron , de faire à peu
de frais des Pierreries artificielles , fort
ressemblantes aux na urelles ; de peindre
en Miniature sans sçavoir le De sein , et
travailler Bayettes ou Eroffes établies nouvellement en ce Royaume , pour l'usage
de ce Pays et pour l'Espagne. Les moyens
dont se servent les Marchands pour faire
de gros établissemens ; ceux par lesquels
les Anglois et les Hollandois se sont enrichis , en trafiquant des Chevaux , des
Chevres et des Brebis. Tout ce que doi
vent faire les Artisans , Jardiniers , Vignerons , Marchands , Négocians , Banquiers , Commissionnaires , Magistrats ,
•
Officiers
SEPTEMBRE. 1732 1993
Officiers de Justice , Gentilshommes et
autres d'une qualité ou d'un emploi plus
relevé , pour s'enrichir. Chacun pourra
se convaincre de toutes ces veritez en
cherchant ce qui peut lui convenir , chaque chose étant rangée par ordre alphabetique , comme dans les autres Dictionnaires. Par M. Nel Chomel¸ Prêtre , Curé
de la Paroisse de S. Vincent de Lyon.
Troisiéme Edition , revûë , corrigée et
augmenté d'un très-grand nombre de
nouvelles Découvertes et Secrets utiles
à tout le monde. Par M Danjou , Prêtre ,
enrichie d'un grand nombre de figures.
A Lyon , et se vend à Paris , ruë S Jacques , chez Etienne Gineau , et ch z la
veuve Elienne. 2. vol. in folio . Prix 40.
livres relié.
nant divers moyens d'augmenter son bien
et de conserver sa santé , avec plusieurs
Remedes assurez et approuvez pour un
très-grand nombre de maladies , et de
beaux secrets pour parvenir à une lonE、 vj que
1992 MERCURE DE FRANCE
>
gue et heureuse vieillesse. Quantité de
moyens pour élever , nourrir , guerir et
faire profiter toutes sortes d'Animaux domestiques , comme Brebis , Moutons
Boeufs , Chevaux , Mulets , Abeilles et
Vers à Soye. Differen filets pour la Pêche,
de toutes sortes de Poissons et pour la
Chasse de toutes sortes d'Oiseaux et d'Animaux. Une infinité de secrets découverts dans le Jardinage , la Botanique ,
l'Agriculture , les Terres , les Vigne , les
Arbres ; comme aussi la connoissance des
Plantes des Pay Etrangers et leurs qualit z specifiques. Les moy ns de tirer tout
l'avantage des Fabriques de Savon , d'Amidon , filer le Coron , de faire à peu
de frais des Pierreries artificielles , fort
ressemblantes aux na urelles ; de peindre
en Miniature sans sçavoir le De sein , et
travailler Bayettes ou Eroffes établies nouvellement en ce Royaume , pour l'usage
de ce Pays et pour l'Espagne. Les moyens
dont se servent les Marchands pour faire
de gros établissemens ; ceux par lesquels
les Anglois et les Hollandois se sont enrichis , en trafiquant des Chevaux , des
Chevres et des Brebis. Tout ce que doi
vent faire les Artisans , Jardiniers , Vignerons , Marchands , Négocians , Banquiers , Commissionnaires , Magistrats ,
•
Officiers
SEPTEMBRE. 1732 1993
Officiers de Justice , Gentilshommes et
autres d'une qualité ou d'un emploi plus
relevé , pour s'enrichir. Chacun pourra
se convaincre de toutes ces veritez en
cherchant ce qui peut lui convenir , chaque chose étant rangée par ordre alphabetique , comme dans les autres Dictionnaires. Par M. Nel Chomel¸ Prêtre , Curé
de la Paroisse de S. Vincent de Lyon.
Troisiéme Edition , revûë , corrigée et
augmenté d'un très-grand nombre de
nouvelles Découvertes et Secrets utiles
à tout le monde. Par M Danjou , Prêtre ,
enrichie d'un grand nombre de figures.
A Lyon , et se vend à Paris , ruë S Jacques , chez Etienne Gineau , et ch z la
veuve Elienne. 2. vol. in folio . Prix 40.
livres relié.
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Résumé : Dictionnaire Economique, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit un dictionnaire économique intitulé 'Dictionnaire économique contenant divers moyens d'augmenter son bien et de conserver sa santé'. Cet ouvrage propose des remèdes pour traiter diverses maladies et des conseils pour une vieillesse longue et heureuse. Il inclut des méthodes pour élever, nourrir et soigner des animaux domestiques comme les brebis, moutons, bœufs, chevaux, mulets, abeilles et vers à soie. Le dictionnaire offre également des techniques de pêche et de chasse pour différentes espèces de poissons, oiseaux et animaux. Il explore les secrets du jardinage, de la botanique, de l'agriculture et les connaissances sur les plantes étrangères. Le texte mentionne des moyens de profit dans diverses fabriques, comme celles de savon, d'amidon, de filer le corail, de créer des pierreries artificielles, de peindre en miniature et de travailler des étoffes. Il détaille les stratégies des marchands et les méthodes des Anglais et Hollandais pour s'enrichir en trafiquant des animaux. Le dictionnaire s'adresse à divers professionnels, y compris artisans, jardiniers, vignerons, marchands, négociants, banquiers, magistrats, officiers de justice, gentilshommes et autres personnes de qualité. L'ouvrage est rédigé par M. Nel Chomel, prêtre et curé de la paroisse de Saint-Vincent de Lyon, et enrichi par M. Danjou, prêtre. La troisième édition, revue, corrigée et augmentée, est disponible en deux volumes in-folio au prix de 40 livres reliés.
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9076
p. 1993-1996
Gallia Christiana, &c. Tome V. [titre d'après la table]
Début :
GALLIA CHRISTIANA, in Provincias Ecclesiasticas distributa, &c. Tomus V. [...]
Mots clefs :
Gaule chrétienne, Diocèse, Malines, Constance
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texteReconnaissance textuelle : Gallia Christiana, &c. Tome V. [titre d'après la table]
GALLIA , CHRISTIANA in Provincias
Ecclesiasticas distributa , &c. Tomus V.
c'est- à- dire , LA GAULE CHRETIENNE ,
divisée en Provinces Ecclésiastiques , dans
laquelle on voit la suite et l'Histoire des
Archevêques , des Evêques , et des Abbez de tous les Pays compris dans l'ancienne Gaule , depuis l'origine des Eglises jusqu'à notre tems , avec des Preuves
tirées des Monumens autentiques ; par
des Religieux Bénédictins de la Congré
gation
1994 MERCURE DE FRANCE
gation de S. Maur. Tome V. A Paris , de
l'Imprimerie Royale 1731. Fol. de 1114.
pages , sans les Preuves et les Tables.
Les grands Diocèses de Malines et de
Mayence , et ceux de leurs Suffragants ,
font la matiere de ce cinquiéme Volume
de la Gaule Chrétienne. Cette matiere est
des plus abondantes , puisqu'elle embrasse presque toute la Flandre généralement
prise , et une partie considerable de l'Allemagne. Malines , qui d'abord fut du
Diocèse de Liege , attachée pour le spirituel à l'Evêché de Cambray , fut érigée
en Archevêché en 1559. et a pour Suffragants les Evêques d'Anvers , de Bois - leDuc , de Gand , de Bruges , d'Ipres , et
de Ruremond , qui est dans la Gueldre.
Le premier Archevêq e de Malines fut
le Cardinal Perrenot de Granvelle , fort
connu dans l'Histoire. On trouve quelques Sçavans parmi les Suffragants de
cette Métropole , entr'autres Sonnius
Evêque d'Anvers , qui publia en 1556.
des Dimonstrations tirées de la parole de
Dieu sur les VI. Sacremens , et des Staturs Synodaux ; et Corneille Jansen
Evêque de Gand Auteur de quantité
d'Ouvrages , dont le plus estimé est la
Concorde Evangelique , &c.
>
Mayence peut se vanter d'avoir été éclaiτές
SEPTEMBRE. 1732 1995
rée dès les premiers tems des lumieres de
la Foi , s'il est vrai, commeon le prétend ,
que S. Crescent , Disciple de S. Paul , air
été son premier Evêque. Du moins la
Mission de Crescent dans les Gaules , ou
dans la Germanie , vers l'an 8o. de J. C.
ne sçauroit être contestée après le témoignage d'Eusebe , qui assure que ce Disciple souffrit le martyre à Mayence , où il comme le marque aussi
S. Jerôme dans son Catalogue des Hommes Illustres.
fût inhumé
3
?
Carloman et Pepin firent ériger Mayence en Métropole Le Pape Zacharie soumit à ce te Eglise Tongres , Cologne
Wormes , Spire , Utrech , et toutes les
autres parties de la Germanie dont
S. Boniface avoit été l'Apôtre. Le premier
des Archevêques de Mayence qui porta
le titre d'Electeur fut , selon nos Auteurs,
Sillegi e , d'une condition basse , mais extrêmement relevé par sa science et par
ses vertus. Sa modestie alla jusqu'à prendre pour armoiries une Rouc , en mémoire de la profession de son pere qui étoit
Charron , ou Charpentier. Les Archevêques de Mayence ont depuis conservé les
mêmes Armoiries.
La Ville de Constance , qui tire son
nom de Constant , pere de Constantin
est
و
1996 MERCURE DE FRANCE
est aussi un Evêché suffragant de Mayence. Elle est située dans la Souabe. Ce Diocèse étoit autrefois le plus étendu de toute l'Allemagne , et malgré la P. Réformation il contient encore aujourd'hui un
très-grand nombre deParroisses.L'Evêque
possesseur de plusieurs grandes Seigneuries dans l'Empire , est Directeur du cercle de Souabe , avec le Duc de Wittemberg ; et les Barons de Zeweyer , sont ses
Echansons héréditaires.
Il y a lieu de croire que ce dernier Volume era aussi favorablement reçû que les
précédens. L'ordre alphaberique , suivi
par les sçavans Auteurs de cet Ouvrage ,
promet dans le Tome suivant les Métropoles de Narbonne et de Paris
Ecclesiasticas distributa , &c. Tomus V.
c'est- à- dire , LA GAULE CHRETIENNE ,
divisée en Provinces Ecclésiastiques , dans
laquelle on voit la suite et l'Histoire des
Archevêques , des Evêques , et des Abbez de tous les Pays compris dans l'ancienne Gaule , depuis l'origine des Eglises jusqu'à notre tems , avec des Preuves
tirées des Monumens autentiques ; par
des Religieux Bénédictins de la Congré
gation
1994 MERCURE DE FRANCE
gation de S. Maur. Tome V. A Paris , de
l'Imprimerie Royale 1731. Fol. de 1114.
pages , sans les Preuves et les Tables.
Les grands Diocèses de Malines et de
Mayence , et ceux de leurs Suffragants ,
font la matiere de ce cinquiéme Volume
de la Gaule Chrétienne. Cette matiere est
des plus abondantes , puisqu'elle embrasse presque toute la Flandre généralement
prise , et une partie considerable de l'Allemagne. Malines , qui d'abord fut du
Diocèse de Liege , attachée pour le spirituel à l'Evêché de Cambray , fut érigée
en Archevêché en 1559. et a pour Suffragants les Evêques d'Anvers , de Bois - leDuc , de Gand , de Bruges , d'Ipres , et
de Ruremond , qui est dans la Gueldre.
Le premier Archevêq e de Malines fut
le Cardinal Perrenot de Granvelle , fort
connu dans l'Histoire. On trouve quelques Sçavans parmi les Suffragants de
cette Métropole , entr'autres Sonnius
Evêque d'Anvers , qui publia en 1556.
des Dimonstrations tirées de la parole de
Dieu sur les VI. Sacremens , et des Staturs Synodaux ; et Corneille Jansen
Evêque de Gand Auteur de quantité
d'Ouvrages , dont le plus estimé est la
Concorde Evangelique , &c.
>
Mayence peut se vanter d'avoir été éclaiτές
SEPTEMBRE. 1732 1995
rée dès les premiers tems des lumieres de
la Foi , s'il est vrai, commeon le prétend ,
que S. Crescent , Disciple de S. Paul , air
été son premier Evêque. Du moins la
Mission de Crescent dans les Gaules , ou
dans la Germanie , vers l'an 8o. de J. C.
ne sçauroit être contestée après le témoignage d'Eusebe , qui assure que ce Disciple souffrit le martyre à Mayence , où il comme le marque aussi
S. Jerôme dans son Catalogue des Hommes Illustres.
fût inhumé
3
?
Carloman et Pepin firent ériger Mayence en Métropole Le Pape Zacharie soumit à ce te Eglise Tongres , Cologne
Wormes , Spire , Utrech , et toutes les
autres parties de la Germanie dont
S. Boniface avoit été l'Apôtre. Le premier
des Archevêques de Mayence qui porta
le titre d'Electeur fut , selon nos Auteurs,
Sillegi e , d'une condition basse , mais extrêmement relevé par sa science et par
ses vertus. Sa modestie alla jusqu'à prendre pour armoiries une Rouc , en mémoire de la profession de son pere qui étoit
Charron , ou Charpentier. Les Archevêques de Mayence ont depuis conservé les
mêmes Armoiries.
La Ville de Constance , qui tire son
nom de Constant , pere de Constantin
est
و
1996 MERCURE DE FRANCE
est aussi un Evêché suffragant de Mayence. Elle est située dans la Souabe. Ce Diocèse étoit autrefois le plus étendu de toute l'Allemagne , et malgré la P. Réformation il contient encore aujourd'hui un
très-grand nombre deParroisses.L'Evêque
possesseur de plusieurs grandes Seigneuries dans l'Empire , est Directeur du cercle de Souabe , avec le Duc de Wittemberg ; et les Barons de Zeweyer , sont ses
Echansons héréditaires.
Il y a lieu de croire que ce dernier Volume era aussi favorablement reçû que les
précédens. L'ordre alphaberique , suivi
par les sçavans Auteurs de cet Ouvrage ,
promet dans le Tome suivant les Métropoles de Narbonne et de Paris
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Résumé : Gallia Christiana, &c. Tome V. [titre d'après la table]
Le cinquième tome de 'Gallia Christiana' ou 'La Gaule Chrétienne', publié en 1731, relate l'histoire des archevêques, évêques et abbés des régions de l'ancienne Gaule. Ce volume de 1114 pages se concentre sur les diocèses de Malines et de Mayence, ainsi que sur leurs diocèses suffragants. Malines, érigée en archevêché en 1559, compte parmi ses suffragants les évêques d'Anvers, de Bois-le-Duc, de Gand, de Bruges, d'Ipres et de Ruremond. Le premier archevêque de Malines fut le Cardinal Perrenot de Granvelle. Mayence, éclairée dès les premiers temps par la foi, aurait eu pour premier évêque Saint Crescent. Carloman et Pepin érigèrent Mayence en métropole, et le pape Zacharie soumit plusieurs régions de la Germanie à cette église. Sillegi fut le premier archevêque de Mayence à porter le titre d'électeur. Le diocèse de Constance, suffragant de Mayence, est situé en Souabe et contient encore de nombreuses paroisses malgré la Réforme. L'évêque de Constance possède plusieurs seigneuries et est directeur du cercle de Souabe. Le tome suivant traitera des métropoles de Narbonne et de Paris.
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9077
p. 1996-1997
« M. de Merville, ancien Avocat au Parlement de Paris, vient de donner un nouvel Ouvrage de [...] »
Début :
M. de Merville, ancien Avocat au Parlement de Paris, vient de donner un nouvel Ouvrage de [...]
Mots clefs :
Traité des Matières Criminelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. de Merville, ancien Avocat au Parlement de Paris, vient de donner un nouvel Ouvrage de [...] »
M. de Merville , ancien Avocat au Parlement
de Paris , vient de donner un nouvel Ouvrage de
Jurisprudence au Public , qui a pour titre Traité
des Matieres Criminelles , à l'usage de tous les
Tribunaux du Royaume , tant inferieurs que superieurs. On sçait qu'il n'y a rien de plus important que cette matière , à cause des conséquences
sur les accusations , et dont la connoissance soit
plus nécessaire dans l'ordre judiciaire pour l'instruction et le jugement des Procès criminels ; les
régles que l'Auteur propose dans son Ouvrage ,
sont d'autant plus à suivre qu'elles sont du droit
positif , c'est à dire , tirées des Ordonnances
Arrêts et Réglemens , avec un ordre et une netteté qui fera plaisir au Lecteur , & portera le Public
SEPTEMBRÈ. 1732. 1997
Public à donner à cet Ouvrage l'approbation qu'il mérite. Ce Livre se vend à Paris , chez
Théodore Le Gras , Libraire au Palais.
de Paris , vient de donner un nouvel Ouvrage de
Jurisprudence au Public , qui a pour titre Traité
des Matieres Criminelles , à l'usage de tous les
Tribunaux du Royaume , tant inferieurs que superieurs. On sçait qu'il n'y a rien de plus important que cette matière , à cause des conséquences
sur les accusations , et dont la connoissance soit
plus nécessaire dans l'ordre judiciaire pour l'instruction et le jugement des Procès criminels ; les
régles que l'Auteur propose dans son Ouvrage ,
sont d'autant plus à suivre qu'elles sont du droit
positif , c'est à dire , tirées des Ordonnances
Arrêts et Réglemens , avec un ordre et une netteté qui fera plaisir au Lecteur , & portera le Public
SEPTEMBRÈ. 1732. 1997
Public à donner à cet Ouvrage l'approbation qu'il mérite. Ce Livre se vend à Paris , chez
Théodore Le Gras , Libraire au Palais.
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Résumé : « M. de Merville, ancien Avocat au Parlement de Paris, vient de donner un nouvel Ouvrage de [...] »
M. de Merville, ancien avocat, a publié 'Traité des Matieres Criminelles', destiné à tous les tribunaux du royaume. Cet ouvrage traite de la jurisprudence criminelle, essentielle pour les accusations et les procès. Il propose des règles basées sur le droit positif, présentées clairement. Le livre est disponible à Paris chez Théodore Le Gras.
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9078
p. 1997-1999
« L'attention continuelle & particuliere que nous avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts, [...] »
Début :
L'attention continuelle & particuliere que nous avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts, [...]
Mots clefs :
Beaux Arts, Buste, Sculpture, Chapelle, Tableau, Assomption
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texteReconnaissance textuelle : « L'attention continuelle & particuliere que nous avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts, [...] »
L'attention continuelle & particuliere que nous
avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts ,
nous oblige à ne pas garder le silence sur un Ouvrage public et singulier. On le voit à Paris dans
la Chapelle de la Vierge de l'Eglise Paroissiale
de S. Sauveur , où l'on a fait un heureux alliage
de la Peinture , de la Sculpture et de l'Architecture.
Cette Chapelle est peinte par M. Noël- Nico-
1998 MERCURE DE FRANCE
las Coypel , Peintre ordinaire du Roi , et Adjoint-Professeur en son Académie. L'Architecture de l'Autel est de M. Blondel , Architecte du
Roi , d'un ordre composite. Il est adossé contre
le mur des bas côtez de l'Eglise ; on le découvre
aisément par trois grandes arcades par où l'on
entre dans la Chapelle. Quatre pilliers dans les
encoigneures reçoivent la retombée de quatre
pendentifs qui rachetent le tambour d'une coupole de 22 pieds de diametre.
Le Tableau represente l'Assomption de la sainte Vierge. Elle paroît dans un ravissement de
joye convenable au Sujet ; plusieurs Anges l'en- vironnent dans différentes actions d'admiration
et de respect ; ce morceau comme sujet principal
occupe la partie qui eft précisément au- dessus de
P'Autel , & attire les premiers regards. Plusieurs
Groupes d'Anges , les uns peints , les autres en
sculpture de relief , sont representés dans les
pendentifs et sur le couronnement de l'Autel ;
quelques-uns forment des concerts , et la plus
grande partie pour honorer le Triomphe de la
Vierge , exposent à la vûë l'Arche d'Alliance ' et
ses autres symboles. Toutes ces Peintures et
Sculptures sont au- dessous de la Corniche , c'està- dire , à 19 ou 20 pieds de haut.
Le Plafond represente un Ciel qui s'ouvre pour
recevoir la sainte Vierge , le S. Esprit descend
au devant d'elle , le Pere Eternel est assis , ayant
J. C. à sa droite ; il est environné d'Anges et de
Saints Patriarches , et de quelques Saints du
nouveau Testament , n'y ayant introduit que
ceux qui y étoient placez lorsque la sainte Vierge y fut reçûe.
Cette voûte est presque platte , et n'a que sept
pouces de bombement. Les Sculptures que l'on voit
SEPTEMBR E. 1732. 1999
Voit dans cet Ouvrage sont de M. Jean- Baptiste
le Moine , le fils , Sculpteur de l'Académie Roya
le , qui dans une grande jeunesse a déja tout le
mérite d'un homme consommé dans son Art ,
& qui a sçû traiter sa Sculpture avec toute l'intelligence possible, pour qu'elle se liât avec la Peinture , M. Coypel ne s'étant servi de sculpture que dans les endroits où les saillies de l'Architecture
ne lui permettoient pas d'introduire la Peinture
et en même tems pour lier toute sa composition ;
ensorte que cela pût produire un même tout , et
donner plus de mouvement à tout le Sujet. Les
Curieux qui ont été voir cet Ouvrage , l'unique
que nous ayons en France de cette espece , ont
trouvé que les liaisons étoient justes , et que l'habile Peintre avoit heureusement rempli ce qu'on
attendoit de lui pour l'effet de cet Ouvrage singulier.
>
M. le Moine , dont nous venons de parler est
le même qui a fait depuis peu le Portrait du Roi
en Buste , d'une ressemblance parfaite , où l'on trouve toutes les finesses de l'Art. Ce Buste doit
servir de modele pour la Statue Equestre en bronze , à laquelle M. le Moine travaille actuellement pour la Ville de Bordeaux. On en voit
avec grand plaisir le modele dans son Attelier au Roule.
avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts ,
nous oblige à ne pas garder le silence sur un Ouvrage public et singulier. On le voit à Paris dans
la Chapelle de la Vierge de l'Eglise Paroissiale
de S. Sauveur , où l'on a fait un heureux alliage
de la Peinture , de la Sculpture et de l'Architecture.
Cette Chapelle est peinte par M. Noël- Nico-
1998 MERCURE DE FRANCE
las Coypel , Peintre ordinaire du Roi , et Adjoint-Professeur en son Académie. L'Architecture de l'Autel est de M. Blondel , Architecte du
Roi , d'un ordre composite. Il est adossé contre
le mur des bas côtez de l'Eglise ; on le découvre
aisément par trois grandes arcades par où l'on
entre dans la Chapelle. Quatre pilliers dans les
encoigneures reçoivent la retombée de quatre
pendentifs qui rachetent le tambour d'une coupole de 22 pieds de diametre.
Le Tableau represente l'Assomption de la sainte Vierge. Elle paroît dans un ravissement de
joye convenable au Sujet ; plusieurs Anges l'en- vironnent dans différentes actions d'admiration
et de respect ; ce morceau comme sujet principal
occupe la partie qui eft précisément au- dessus de
P'Autel , & attire les premiers regards. Plusieurs
Groupes d'Anges , les uns peints , les autres en
sculpture de relief , sont representés dans les
pendentifs et sur le couronnement de l'Autel ;
quelques-uns forment des concerts , et la plus
grande partie pour honorer le Triomphe de la
Vierge , exposent à la vûë l'Arche d'Alliance ' et
ses autres symboles. Toutes ces Peintures et
Sculptures sont au- dessous de la Corniche , c'està- dire , à 19 ou 20 pieds de haut.
Le Plafond represente un Ciel qui s'ouvre pour
recevoir la sainte Vierge , le S. Esprit descend
au devant d'elle , le Pere Eternel est assis , ayant
J. C. à sa droite ; il est environné d'Anges et de
Saints Patriarches , et de quelques Saints du
nouveau Testament , n'y ayant introduit que
ceux qui y étoient placez lorsque la sainte Vierge y fut reçûe.
Cette voûte est presque platte , et n'a que sept
pouces de bombement. Les Sculptures que l'on voit
SEPTEMBR E. 1732. 1999
Voit dans cet Ouvrage sont de M. Jean- Baptiste
le Moine , le fils , Sculpteur de l'Académie Roya
le , qui dans une grande jeunesse a déja tout le
mérite d'un homme consommé dans son Art ,
& qui a sçû traiter sa Sculpture avec toute l'intelligence possible, pour qu'elle se liât avec la Peinture , M. Coypel ne s'étant servi de sculpture que dans les endroits où les saillies de l'Architecture
ne lui permettoient pas d'introduire la Peinture
et en même tems pour lier toute sa composition ;
ensorte que cela pût produire un même tout , et
donner plus de mouvement à tout le Sujet. Les
Curieux qui ont été voir cet Ouvrage , l'unique
que nous ayons en France de cette espece , ont
trouvé que les liaisons étoient justes , et que l'habile Peintre avoit heureusement rempli ce qu'on
attendoit de lui pour l'effet de cet Ouvrage singulier.
>
M. le Moine , dont nous venons de parler est
le même qui a fait depuis peu le Portrait du Roi
en Buste , d'une ressemblance parfaite , où l'on trouve toutes les finesses de l'Art. Ce Buste doit
servir de modele pour la Statue Equestre en bronze , à laquelle M. le Moine travaille actuellement pour la Ville de Bordeaux. On en voit
avec grand plaisir le modele dans son Attelier au Roule.
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Résumé : « L'attention continuelle & particuliere que nous avons sur tout ce qui regarde les beaux Arts, [...] »
La chapelle de l'église paroissiale de Saint-Sauveur à Paris présente une œuvre publique remarquable combinant peinture, sculpture et architecture. Noël Nicolas Coypel, peintre du roi et adjoint-professeur à l'Académie royale de peinture et de sculpture, a peint la chapelle. L'architecture de l'autel, de style composite, est conçue par Jacques-François Blondel, architecte du roi. L'autel est adossé au mur des bas-côtés de l'église et accessible par trois grandes arcades. Quatre piliers supportent des pendentifs qui soutiennent une coupole de 22 pieds de diamètre. Le tableau principal représente l'Assomption de la Vierge Marie, entourée d'anges en diverses attitudes d'admiration et de respect. Des groupes d'anges, peints et sculptés en relief, sont présents dans les pendentifs et sur le couronnement de l'autel. Le plafond illustre le ciel s'ouvrant pour recevoir la Vierge, avec le Saint-Esprit descendant à sa rencontre, le Père Éternel assis avec Jésus-Christ à sa droite, et des anges ainsi que des saints patriarches et saints du Nouveau Testament. Les sculptures sont réalisées par Jean-Baptiste le Moine, sculpteur de l'Académie royale, qui a su intégrer harmonieusement la sculpture et la peinture. Les visiteurs ont apprécié la justesse des liaisons entre les différents éléments artistiques. Le Moine a également réalisé un buste du roi, servant de modèle pour une statue équestre en bronze pour la ville de Bordeaux, visible dans son atelier au Roule.
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9079
p. 2000-2002
DELIBERATION de l'Académie Royale de la Danse, du 10. Août 1732. pour le maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
Début :
La perfection que l'on doit chercher dans la pratique des beaux Arts, doit aussi engager [...]
Mots clefs :
Académie royale de la danse, Chorégraphie, Danser, Rameau
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texteReconnaissance textuelle : DELIBERATION de l'Académie Royale de la Danse, du 10. Août 1732. pour le maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
DELIBERATION de l Académie Royale de Danse , du 10. Août 1731. pour le
maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
L
A perfection que l'on doit chercher dans la
pratique des beaux Arts , doit aussi engager ne souffrir aucune sorte d'abus ou de relachement dans cette pratique. C'est dans cet esprit que M. Hardouin , habile Maître à Danser de
Paris résident dans la Ville de Caen , s'étant
apperçû qu'un de ses Confreres avoit détruit dans
un Ouvrage de sa façon , la Choregraphie ancienne , en y substituant d'autres caracteres , ce
qui ruine entierement l'art de la Danse dans tous
les Pays où cet usage s'est introduit , il s'est rendu à Paris , et s'est donné tous les soins possibles pour soutenir la perfection de son Art , et
pour prouver son zele à tous ses Confreres qui
pensent comme lui sur ce sujet. Sur quoi l'Aca
démie Royale de Danse a fait un Réglement en
connoissance de cause après une meure déliberation , en vertu duquel on ne distribuera rien à
l'avenir concernant la Danse , qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode , et à la Coregraphicde M. Feuillet. La Déliberation est écrite en ces
germes :
Aujourd'hui 10. Août 1732. P'Académie de
Danse s'est assemblée à la réquisition duficur Hardouin , Maitre à Danser de Paris , demeurant à
Caën en Normandie , deputé de la part de tous les
Maîtres à Danser , tant du Royaume que des au
ges Pays, comme étant très-experimenté dans l'Art
de
SEPTEMBRE. 1737. 2001
de la Choregraphie , comme aussi étant le seul qui
reste des Eleves de M. Feuillet , Maitre à Danser
de Paris , et Auteur de la Danse écrite , pour representer à l'Academie.
Que M. Rameau, seul Privilegié du Roi pour
vendre et débiter les danses écrites , a entierement
détruit la Choregraphie ancienne , en y substituant
des Caracteres ausquels il est impossible de rien connoitre , ce qui fait un tort considerable à tous les
Maitres éloignez de Paris , et à tous les amateurs
de la danse; qu'il demandoit à entrer en lice en
notre présence avec le sieur Rameau , pour lui démontrer l'absurdité et la fausseté de son nouveau
système , ne voulant pour preuve que le Livre même
des Principes dudit fieur Rameau ; à quoi ledit sieur
Hardouin a entierement satisfait. Il a prouvé en
pleine Académie que l'ancienne Choregraphie étoit
si conforme à la Musique , que c'est pour ainsi dire,
la Musique même , que toutes ses dérivations étoient
sensibles , que safaçon de tourner étoit tout-à -fait
géometrique, qu'on y remarquoit le vraisemblable à
chaque pas , qu'elle étoitfacile , claire et expressive ,
que tous les Etrangers la sçavent et la suivent >
et que d'ailleurs le Dictionnaire de M. Feuillet est traduit en toutes les Langues.
Surquoi , Nous soussignez , Membres de ladite
Académie de danse , après avoir entendu les raisons
depart & d'autre , nous nous sommes trouvez indispensablement obligez d'accorder audit sieur Hardouin et à tous les intereffez dans sa réquisition , le
rétablissement de l'ancienne Choregraphie ; nous
avons même allegué les raisons qui nous ont déterminez enfaveur dudit sieur Hardouin , aufquelles
Ledit fieur Rameau a volontairement acquiescé, conwenant lui-même de la justesse des reflexions que
dit sieur Hardouin faites sur ses Ouvrages. Et
le.
4.20
2002 MERCURE DE FRANCE
en conséquence de tout ce que dessus , ledit sieur
Rameau nous apromis et est demeuré d'accord qu'à
l'avenir il ne vendra ni distribuera rien concernant
la danse qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode.
En foi de quoi nous avons delivré audit fieur
Hardouin la présente Expedition , afin de le mettre en état de certifier à tous les Maîtres à danser et
autres, au nom desquels il a parlé , que l'Académie
a bien voulu avoir égard à leurs remontrances , comme nous ayant paru très -justes et intereffantes.
Nous permettons de plus audit sieur Hardouin
d'éxaminer à l'avenir les Ouvrages dudit sieur Rameau, et de nous adresser ses plaintes en cas qu'il y
trouve quelque chose de non conforme à notre intention et aux promesses dudit sieur Rameau Fait à
Paris , dans notre Académie , et enregistré le 14.
Août 1732. Signé , Balon , Blondy , Lestang
Germain, Malter pere , Javillier , Dangeville ,
Laval, Desmoulins , Malter l'ainé , Syndic , Mal- ter cadet , Desmoulins , et Marcel.
Le parallele qu'on va lire peut trouver ici heureusement sa place , d'autant plus que M. Har douin en est l'Auteur.
maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
L
A perfection que l'on doit chercher dans la
pratique des beaux Arts , doit aussi engager ne souffrir aucune sorte d'abus ou de relachement dans cette pratique. C'est dans cet esprit que M. Hardouin , habile Maître à Danser de
Paris résident dans la Ville de Caen , s'étant
apperçû qu'un de ses Confreres avoit détruit dans
un Ouvrage de sa façon , la Choregraphie ancienne , en y substituant d'autres caracteres , ce
qui ruine entierement l'art de la Danse dans tous
les Pays où cet usage s'est introduit , il s'est rendu à Paris , et s'est donné tous les soins possibles pour soutenir la perfection de son Art , et
pour prouver son zele à tous ses Confreres qui
pensent comme lui sur ce sujet. Sur quoi l'Aca
démie Royale de Danse a fait un Réglement en
connoissance de cause après une meure déliberation , en vertu duquel on ne distribuera rien à
l'avenir concernant la Danse , qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode , et à la Coregraphicde M. Feuillet. La Déliberation est écrite en ces
germes :
Aujourd'hui 10. Août 1732. P'Académie de
Danse s'est assemblée à la réquisition duficur Hardouin , Maitre à Danser de Paris , demeurant à
Caën en Normandie , deputé de la part de tous les
Maîtres à Danser , tant du Royaume que des au
ges Pays, comme étant très-experimenté dans l'Art
de
SEPTEMBRE. 1737. 2001
de la Choregraphie , comme aussi étant le seul qui
reste des Eleves de M. Feuillet , Maitre à Danser
de Paris , et Auteur de la Danse écrite , pour representer à l'Academie.
Que M. Rameau, seul Privilegié du Roi pour
vendre et débiter les danses écrites , a entierement
détruit la Choregraphie ancienne , en y substituant
des Caracteres ausquels il est impossible de rien connoitre , ce qui fait un tort considerable à tous les
Maitres éloignez de Paris , et à tous les amateurs
de la danse; qu'il demandoit à entrer en lice en
notre présence avec le sieur Rameau , pour lui démontrer l'absurdité et la fausseté de son nouveau
système , ne voulant pour preuve que le Livre même
des Principes dudit fieur Rameau ; à quoi ledit sieur
Hardouin a entierement satisfait. Il a prouvé en
pleine Académie que l'ancienne Choregraphie étoit
si conforme à la Musique , que c'est pour ainsi dire,
la Musique même , que toutes ses dérivations étoient
sensibles , que safaçon de tourner étoit tout-à -fait
géometrique, qu'on y remarquoit le vraisemblable à
chaque pas , qu'elle étoitfacile , claire et expressive ,
que tous les Etrangers la sçavent et la suivent >
et que d'ailleurs le Dictionnaire de M. Feuillet est traduit en toutes les Langues.
Surquoi , Nous soussignez , Membres de ladite
Académie de danse , après avoir entendu les raisons
depart & d'autre , nous nous sommes trouvez indispensablement obligez d'accorder audit sieur Hardouin et à tous les intereffez dans sa réquisition , le
rétablissement de l'ancienne Choregraphie ; nous
avons même allegué les raisons qui nous ont déterminez enfaveur dudit sieur Hardouin , aufquelles
Ledit fieur Rameau a volontairement acquiescé, conwenant lui-même de la justesse des reflexions que
dit sieur Hardouin faites sur ses Ouvrages. Et
le.
4.20
2002 MERCURE DE FRANCE
en conséquence de tout ce que dessus , ledit sieur
Rameau nous apromis et est demeuré d'accord qu'à
l'avenir il ne vendra ni distribuera rien concernant
la danse qui ne soit conforme à l'ancienne Méthode.
En foi de quoi nous avons delivré audit fieur
Hardouin la présente Expedition , afin de le mettre en état de certifier à tous les Maîtres à danser et
autres, au nom desquels il a parlé , que l'Académie
a bien voulu avoir égard à leurs remontrances , comme nous ayant paru très -justes et intereffantes.
Nous permettons de plus audit sieur Hardouin
d'éxaminer à l'avenir les Ouvrages dudit sieur Rameau, et de nous adresser ses plaintes en cas qu'il y
trouve quelque chose de non conforme à notre intention et aux promesses dudit sieur Rameau Fait à
Paris , dans notre Académie , et enregistré le 14.
Août 1732. Signé , Balon , Blondy , Lestang
Germain, Malter pere , Javillier , Dangeville ,
Laval, Desmoulins , Malter l'ainé , Syndic , Mal- ter cadet , Desmoulins , et Marcel.
Le parallele qu'on va lire peut trouver ici heureusement sa place , d'autant plus que M. Har douin en est l'Auteur.
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Résumé : DELIBERATION de l'Académie Royale de la Danse, du 10. Août 1732. pour le maintien de l'ancienne et vraye Choregraphie.
En août 1731, l'Académie Royale de Danse a examiné la question du maintien de l'ancienne chorégraphie. M. Hardouin, maître à danser de Paris résidant à Caen, a signalé qu'un confrère avait modifié les caractères de la chorégraphie traditionnelle, compromettant ainsi l'art de la danse. Hardouin s'est déplacé à Paris pour défendre la méthode traditionnelle et a obtenu le soutien de l'Académie. Cette dernière a alors édicté un règlement imposant que toute future publication sur la danse doit respecter l'ancienne méthode et la chorégraphie de M. Feuillet. En septembre 1737, Hardouin a accusé M. Rameau, privilégié du Roi pour vendre des danses écrites, d'avoir détruit la chorégraphie ancienne. Lors d'une confrontation à l'Académie, Hardouin a démontré la supériorité de l'ancienne chorégraphie, soulignant qu'elle est conforme à la musique, géométrique, et suivie par les étrangers. Rameau a finalement accepté de se conformer à l'ancienne méthode. L'Académie a délivré un document à Hardouin pour certifier que ses remontrances étaient justes et pour permettre l'examen futur des ouvrages de Rameau.
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9080
p. 2002-2003
RONDEAU.
Début :
De Camargo, de Salé, de Roland, [...]
Mots clefs :
Camargo, Salé, Roland, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
RONDEAU.
DECamargo , de Salé, de Roland ,
Maint Connoisseur exalte le talent.
Salé , dit l'un , l'emporte par la grace ;
Roland , dit l'autre , excelle en enjoüment;
Et chacun voit avec étonnement
Les pas hardis , la noble et vive audace
De Camargo.
Entre
SEPTEMBRE. 1732. 2003
Entre les trois , la Victoire balance
Mais , si j'étois le Berger fabuleux ,
Je ne sçais quoi de grand , de merveilleux
Me forceroit à couronner la Danse
De Camargo,
DECamargo , de Salé, de Roland ,
Maint Connoisseur exalte le talent.
Salé , dit l'un , l'emporte par la grace ;
Roland , dit l'autre , excelle en enjoüment;
Et chacun voit avec étonnement
Les pas hardis , la noble et vive audace
De Camargo.
Entre
SEPTEMBRE. 1732. 2003
Entre les trois , la Victoire balance
Mais , si j'étois le Berger fabuleux ,
Je ne sçais quoi de grand , de merveilleux
Me forceroit à couronner la Danse
De Camargo,
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9081
p. 2003-200[4]
Hérissons vivans rendus par une Vache, [titre d'après la table]
Début :
M. le Marquis de Courtenvaux, qu'on ose nommer ici, étant allé à son Régiment il y a [...]
Mots clefs :
Vache, Mettre bas, Serprents, Hérissons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hérissons vivans rendus par une Vache, [titre d'après la table]
M. le Marquis de Courtenvaux , qu'on ose
nommer ici , étant allé à son Régiment il y a
quelques mois , on lui raconta à S. Pourçain , ou
étoit son quartier , un fait arrivé depuis peu , qui
lui parut aussi extraordinaire que singulier le
voici. Une Vache prête à mettre bas son Veau ,
a rendu en même- tems la quantité de deux boisseaux d'Hérissons vivans et deux espéces de
Serpens. Le Marquis de Courtenvaux , qui a raconté ce fait à des personnes de la plus grande
considération , l'apuye d'un certificat dont voici
la teneur.
Je,subdelegué au département de la Ville de Saint
Pourcain , souffigné , certifie que les nommez Guilmins et Mer , Laboureurs d'un Domaine que j'ai
en la Paroisse de Montord , près S. Pourçain , m'ont
dit avoir eu ces jours derniers , dans ledit Domaine
une Vache , laquelle en faisant son Veau a rendus
par la Nature nombre d'Herissons tous vivans , en- viron deux boisseaux , mesure de Paris , avec deux
especes de Serpens d'une demie toise de longueur, qui
étoient enveloppez dans leurs toilles particulieres ;
ee que le nommé Antoine Boudignon , mon valetdomestique m'a aussi assûré avoir vû ; ladite Vache a été très-malade , mais elle se porte beaucoup
mieux et son veau aussi , semblable choſe est arrivée A4-
2001 MERCURE DE FRANCE
autrefois dans ledit Domaine , et arrive assez com- munément dans la Province. Fait audit S. Pourçain
le 6. Juin 1732. Signé , DELACODRE.
Nous soussignez certifions avoir vu plusieurs fois arriver le cas ci- dessus énoncé. Fait à Saint
Pourçain , ce 6. Juin 1732 Signé, DELYONNE ,
Capitaine au Régiment Royal Roussillon CHERIEUX.
nommer ici , étant allé à son Régiment il y a
quelques mois , on lui raconta à S. Pourçain , ou
étoit son quartier , un fait arrivé depuis peu , qui
lui parut aussi extraordinaire que singulier le
voici. Une Vache prête à mettre bas son Veau ,
a rendu en même- tems la quantité de deux boisseaux d'Hérissons vivans et deux espéces de
Serpens. Le Marquis de Courtenvaux , qui a raconté ce fait à des personnes de la plus grande
considération , l'apuye d'un certificat dont voici
la teneur.
Je,subdelegué au département de la Ville de Saint
Pourcain , souffigné , certifie que les nommez Guilmins et Mer , Laboureurs d'un Domaine que j'ai
en la Paroisse de Montord , près S. Pourçain , m'ont
dit avoir eu ces jours derniers , dans ledit Domaine
une Vache , laquelle en faisant son Veau a rendus
par la Nature nombre d'Herissons tous vivans , en- viron deux boisseaux , mesure de Paris , avec deux
especes de Serpens d'une demie toise de longueur, qui
étoient enveloppez dans leurs toilles particulieres ;
ee que le nommé Antoine Boudignon , mon valetdomestique m'a aussi assûré avoir vû ; ladite Vache a été très-malade , mais elle se porte beaucoup
mieux et son veau aussi , semblable choſe est arrivée A4-
2001 MERCURE DE FRANCE
autrefois dans ledit Domaine , et arrive assez com- munément dans la Province. Fait audit S. Pourçain
le 6. Juin 1732. Signé , DELACODRE.
Nous soussignez certifions avoir vu plusieurs fois arriver le cas ci- dessus énoncé. Fait à Saint
Pourçain , ce 6. Juin 1732 Signé, DELYONNE ,
Capitaine au Régiment Royal Roussillon CHERIEUX.
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Résumé : Hérissons vivans rendus par une Vache, [titre d'après la table]
Le Marquis de Courtenvaux a été informé d'un événement inhabituel à Saint-Pourçain, où son régiment était en quartier. Une vache sur le point de mettre bas a expulsé environ deux boisseaux d'hérissons vivants et deux espèces de serpents d'une demi-toise de longueur. Le Marquis a obtenu un certificat du subdélégué de Saint-Pourçain, Delacodre, confirmant que les laboureurs Guilmins et Mer ont témoigné de cet incident. Le valet domestique du subdélégué, Antoine Boudignon, a également attesté avoir vu la vache, qui était malade mais se portait mieux ainsi que son veau. Delacodre a mentionné que des événements similaires se sont produits dans le domaine et sont relativement courants dans la province. Le certificat est daté du 6 juin 1732. De plus, le capitaine Delyonne et le lieutenant Cherieux du Régiment Royal Roussillon ont également certifié avoir observé ce phénomène.
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9082
p. 200[4]
« On a appris de Rome, que le 17 Août, les Pensionnaires du College Clementin célebrerent [...] »
Début :
On a appris de Rome, que le 17 Août, les Pensionnaires du College Clementin célebrerent [...]
Mots clefs :
Rome, Naples, Londres
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texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Rome, que le 17 Août, les Pensionnaires du College Clementin célebrerent [...] »
On a appris de Rome , que le 17 Août , les
Pensionnaires du College Clementin céicbrerent
selon l'usage , la Fête de l'Assomption de la Sainte Vierge par plusieurs Poemes et Discours d'Eloquence faits à son honneur , et qui furent récitez par Don Jean- Charles Boschi , Don NicolasAntoine de Genaro , de la Famille des Princes de
S. Martin, et par Don Joseph Spinelli , en présence de 13 Cardinaux et d'un grand nombre de
Prélats.
On a fait à Naples l'ouverture d'un nouveau
College, établi pour apprendre les Langues des
Indes Orientales à de jeunes Ecclésiastiques qu'on
a dessein d'envoyer ensuite en Mission dans les
Indes , afin de les opposer aux progrès que pourroient faire dans le pays les Missionnaires Lutheriens ou Calvinistes que les Anglois et les Danois y envoyent.
On écrit de Londres que la Reine a fait cons- truire une Grotte magnifique à Richmond , ou
elle fera placer les Bustes de feu M. Locke , du Chevalier Isaac Nevvton , de M. Vvolston, Auteur du Livre intitulé : La Religion de Nature
démontrée , et du feu Docteur Clarck.
Pensionnaires du College Clementin céicbrerent
selon l'usage , la Fête de l'Assomption de la Sainte Vierge par plusieurs Poemes et Discours d'Eloquence faits à son honneur , et qui furent récitez par Don Jean- Charles Boschi , Don NicolasAntoine de Genaro , de la Famille des Princes de
S. Martin, et par Don Joseph Spinelli , en présence de 13 Cardinaux et d'un grand nombre de
Prélats.
On a fait à Naples l'ouverture d'un nouveau
College, établi pour apprendre les Langues des
Indes Orientales à de jeunes Ecclésiastiques qu'on
a dessein d'envoyer ensuite en Mission dans les
Indes , afin de les opposer aux progrès que pourroient faire dans le pays les Missionnaires Lutheriens ou Calvinistes que les Anglois et les Danois y envoyent.
On écrit de Londres que la Reine a fait cons- truire une Grotte magnifique à Richmond , ou
elle fera placer les Bustes de feu M. Locke , du Chevalier Isaac Nevvton , de M. Vvolston, Auteur du Livre intitulé : La Religion de Nature
démontrée , et du feu Docteur Clarck.
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Résumé : « On a appris de Rome, que le 17 Août, les Pensionnaires du College Clementin célebrerent [...] »
Le 17 août, les élèves du Collège Clémentin à Rome ont célébré la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge avec des poèmes et des discours. Les orateurs étaient Don Jean-Charles Boschi, Don Nicolas-Antoine de Genaro, de la famille des Princes de Saint-Martin, et Don Joseph Spinelli. La cérémonie s'est déroulée en présence de 13 cardinaux et de nombreux prélats. À Naples, un nouveau collège a été inauguré pour enseigner les langues des Indes orientales à de jeunes ecclésiastiques destinés à des missions dans ces régions. Cette initiative vise à contrer l'influence des missionnaires luthériens ou calvinistes envoyés par les Anglais et les Danois. À Londres, la reine a fait construire une grotte à Richmond, où elle prévoit d'installer les bustes de John Locke, Isaac Newton, John Toland, auteur de 'La Religion de Nature démontrée', et du docteur Samuel Clarke.
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9083
p. 2005
Inscription latine proposée à faire, [titre d'après la table]
Début :
On a recommandé aux Sçavans des deux Colleges d'Eaton et de Westminster, de faire des Inscriptions [...]
Mots clefs :
Eaton, Westminster, Inscriptions latines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Inscription latine proposée à faire, [titre d'après la table]
Ona recommandé aux Sçavans des deux Colle
ges d'Eaton et de Westminster, de faire des InsCriptions Latines, convenables à la situation de ce
lieu de Retraite,à la Reine qui l'a fait bâtir, et aux
quatre Philosophes Angiois qu'on vient de nom
mer. Ceux qui réussiront auront une récompen
se , et S. M. les honorera de sa protection.
ges d'Eaton et de Westminster, de faire des InsCriptions Latines, convenables à la situation de ce
lieu de Retraite,à la Reine qui l'a fait bâtir, et aux
quatre Philosophes Angiois qu'on vient de nom
mer. Ceux qui réussiront auront une récompen
se , et S. M. les honorera de sa protection.
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9084
p. 2005
Nouvel Ordre de Chevalerie en Dannemarck, [titre d'après la table]
Début :
On apprend de Copenhague, que le Roy de Dannemarck, à l'occasion de l'anniversaire de [...]
Mots clefs :
Danemark, Ordre de chevalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvel Ordre de Chevalerie en Dannemarck, [titre d'après la table]
On apprend de Copenhague , que le Roy de
Dannemarck , à l'occasion de l'anniversaire de
son Mariage , qui fut celebré le 7 d'Aoust , a
institué un nouvel Ordre de Chevalerie , en faveur des Seigneurs et Dames de sa Cour, dont la
Reine est la Grande Maîtresse. Les Comtes de
Plessen , de Rosencrantz et de Blohm , Conseillers au Conseil Privé; le Baron de Plessen, Grand
Chambellan ; le Comte de Gramm , Grand Veneur ; les Comtesses de Hardegg, de Witzleben
et de Raaben , et la Baronne de Sohlendahl ont
été honorés de ce nouvel Ordre , qu'on nomme
l'Ordre de la Fidelité. La marque d'honneur est
une Croix coupée , d'or , émaillée de blanc , ate
tachée à un Cordon large , de Soye bleu-turquin ondé,tissu d'argent aux extrémitez , au milieu de cette Croix est d'un côté à droite en
champ de gueule , le Lion du Nord , au dessus
d'un Aigle , et à gauche , un Aigle et le Lion au
dessous ; le tout chargé du Chiffre de L. M. en
champ d'azur.Au revers de la Croix, on lit cette
Légende: Infœlicissima unionis memoriam.
Dannemarck , à l'occasion de l'anniversaire de
son Mariage , qui fut celebré le 7 d'Aoust , a
institué un nouvel Ordre de Chevalerie , en faveur des Seigneurs et Dames de sa Cour, dont la
Reine est la Grande Maîtresse. Les Comtes de
Plessen , de Rosencrantz et de Blohm , Conseillers au Conseil Privé; le Baron de Plessen, Grand
Chambellan ; le Comte de Gramm , Grand Veneur ; les Comtesses de Hardegg, de Witzleben
et de Raaben , et la Baronne de Sohlendahl ont
été honorés de ce nouvel Ordre , qu'on nomme
l'Ordre de la Fidelité. La marque d'honneur est
une Croix coupée , d'or , émaillée de blanc , ate
tachée à un Cordon large , de Soye bleu-turquin ondé,tissu d'argent aux extrémitez , au milieu de cette Croix est d'un côté à droite en
champ de gueule , le Lion du Nord , au dessus
d'un Aigle , et à gauche , un Aigle et le Lion au
dessous ; le tout chargé du Chiffre de L. M. en
champ d'azur.Au revers de la Croix, on lit cette
Légende: Infœlicissima unionis memoriam.
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Résumé : Nouvel Ordre de Chevalerie en Dannemarck, [titre d'après la table]
Le roi de Dannemarck a créé un nouvel Ordre de Chevalerie, l'Ordre de la Fidelité, à l'occasion du 7 août, anniversaire de son mariage. Cet Ordre est destiné aux seigneurs et dames de sa cour, avec la Reine comme Grande Maîtresse. Les premiers récipiendaires incluent les comtes de Plessen, de Rosencrantz et de Blohm, conseillers au Conseil Privé, le baron de Plessen, Grand Chambellan, le comte de Gramm, Grand Veneur, les comtesses de Hardegg, de Witzleben et de Raaben, ainsi que la baronne de Sohlendahl. La marque distinctive de cet Ordre est une Croix coupée d'or émaillée de blanc, attachée à un cordon de soie bleu-turquin ondé, tissé d'argent aux extrémités. La Croix porte, d'un côté, le Lion du Nord au-dessus d'un Aigle, et de l'autre, un Aigle et le Lion au-dessous, tous chargés du chiffre de L. M. en champ d'azur. Au revers de la Croix, on lit la légende 'Infœlicissima unionis memoriam'.
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9085
p. 2005-2006
« On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de Breslaw un Officier Suedois, avec une Hyene. [...] »
Début :
On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de Breslaw un Officier Suedois, avec une Hyene. [...]
Mots clefs :
Hyène, Rennes, Laponie, Daim, Cerf, Joseph de la Fontaine de la Boissière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de Breslaw un Officier Suedois, avec une Hyene. [...] »
On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de
Breslaw un Officier Suedois , avec une Hyene ,
et plusieurs Rennes de Laponie , dont le Ray de
Suede fait present à l'Empereur , pour sa Ménagerie, Peu de gens ignorent que la Hyene est un F ani-
1006 MERCURE DE FRANCE
animal dont le corps est aussi grand que celui
d'un Loup , excepté que les jambes ne sont pas si
hautes ; son poil est plus rude , et sa peau mouchetée de diverses couleurs.
La Renne , que quelques- uns appellent Ranne,
et Rangier , est une bête de somme qui ne se trouve et ne peut vivre que dans les Pais froids.
Elle ressemble au Cerf , plus grande toutefois ,
mais moindre que l'Elan , qui est ordinairement
de la taille d'un Cheval. Elle a 3 rangs de Cor
nes,deux sur le devant , et un sur le derriere de la
tête.Chaque rang a deux Perches chevillées sur le
devant, comme celles du Cerf, et quelquefois chacune est de 25 Cors ; et sur le derriere elle porte la figure d'une tête de Daim, avec Cornichons
et Perches plattes et larges . Elle se rend domestique et traitable, et sert aux Lapons à tirer leurs
Traineaux sur la glace , avec une grande vitesse,
jusqu'à faire 30 lieues par jour. Elle leur sert
aussi de nourriture , et c'est leur principale richesse ; mais elle est de courte vie , et ne passe
pas quinze ans.
Le R. P. Joseph de la Fontaine de la Boissiere,
Prêtre de l'Oratoire , mourut le 18 Aoust , dans
la Maison de la rue S. Honoré , âgé d'environ
84 ans. Il s'étoit acquis la réputation d'un celebre Prédicateur. Ses Sermons et ses Panégyriques ont été imprimez en 6 vol. in 12. et se
trouvent chez Henri , rue S. Jacques , vis- à- vis
' S. Yves
Breslaw un Officier Suedois , avec une Hyene ,
et plusieurs Rennes de Laponie , dont le Ray de
Suede fait present à l'Empereur , pour sa Ménagerie, Peu de gens ignorent que la Hyene est un F ani-
1006 MERCURE DE FRANCE
animal dont le corps est aussi grand que celui
d'un Loup , excepté que les jambes ne sont pas si
hautes ; son poil est plus rude , et sa peau mouchetée de diverses couleurs.
La Renne , que quelques- uns appellent Ranne,
et Rangier , est une bête de somme qui ne se trouve et ne peut vivre que dans les Pais froids.
Elle ressemble au Cerf , plus grande toutefois ,
mais moindre que l'Elan , qui est ordinairement
de la taille d'un Cheval. Elle a 3 rangs de Cor
nes,deux sur le devant , et un sur le derriere de la
tête.Chaque rang a deux Perches chevillées sur le
devant, comme celles du Cerf, et quelquefois chacune est de 25 Cors ; et sur le derriere elle porte la figure d'une tête de Daim, avec Cornichons
et Perches plattes et larges . Elle se rend domestique et traitable, et sert aux Lapons à tirer leurs
Traineaux sur la glace , avec une grande vitesse,
jusqu'à faire 30 lieues par jour. Elle leur sert
aussi de nourriture , et c'est leur principale richesse ; mais elle est de courte vie , et ne passe
pas quinze ans.
Le R. P. Joseph de la Fontaine de la Boissiere,
Prêtre de l'Oratoire , mourut le 18 Aoust , dans
la Maison de la rue S. Honoré , âgé d'environ
84 ans. Il s'étoit acquis la réputation d'un celebre Prédicateur. Ses Sermons et ses Panégyriques ont été imprimez en 6 vol. in 12. et se
trouvent chez Henri , rue S. Jacques , vis- à- vis
' S. Yves
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Résumé : « On mande de Vienne qu'il y étoit arrivé de Breslaw un Officier Suedois, avec une Hyene. [...] »
Un officier suédois est arrivé à Vienne avec une hyène et des rennes de Laponie, offerts par le roi de Suède à l'empereur pour sa ménagerie. La hyène est décrite comme un animal de la taille d'un loup, avec un poil rude et une peau mouchetée. Le renne, ou rangifer, est une bête de somme adaptée aux climats froids, ressemblant au cerf mais plus grand, avec trois rangs de cornes. Les Lapons domestiquent les rennes pour tirer leurs traîneaux sur la glace et comme source de nourriture. Leur espérance de vie ne dépasse pas quinze ans. Par ailleurs, le Père Joseph de la Fontaine de la Boissière, célèbre prédicateur de l'Oratoire, est décédé le 18 août à l'âge d'environ 84 ans. Ses sermons et panégyriques ont été publiés en six volumes.
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9086
p. 2006-2007
Avis qu'on nous prie d'inserer.
Début :
M. Chicoyneau, premier Médecin du Roy, sur la connoissance qu'il a des bons effets de la Poudre [...]
Mots clefs :
Médecin du roi, Chicoyneau, Poudre spécifique, Guérison, Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis qu'on nous prie d'inserer.
Avis qu'on nous prie d'inserer.
M. Chicoyneau , premier Médecin du Roy,su
la connoissance qu'il a des bons effets de la Poudre
dre Spécifique , pour la guérison radicale des
Hémoroides , de quelque nature qu'elles soient ,
a confirmé le Privilege accordé par M. Chirac ,
son Prédecesseur.
Cette Poudre purifie le sang , appaise les inflammations , gonflemens et douleurs , ordinairement en à 6 prises ; facilite les Selles et les
Urines , n'a point de mauvais goût , et ne fait
aucune révolution. On peut vivre à son ordinai- re , vaquer à ses affaires , elle se conserve , et on
peut l'envoyer par tout,
Ilfaut s'addresser à Paris , au sieur de la Coste,
rue du Petit-Lyon , Fauxbourg S. Germain , chez
Mad. Frontier. Il donne les Frises cachetées , avec
un Paraphe et la maniere de les prendre. Il est le´
seul qui en a la distribusion. 3 liv. la Prise.
M. Chicoyneau , premier Médecin du Roy,su
la connoissance qu'il a des bons effets de la Poudre
dre Spécifique , pour la guérison radicale des
Hémoroides , de quelque nature qu'elles soient ,
a confirmé le Privilege accordé par M. Chirac ,
son Prédecesseur.
Cette Poudre purifie le sang , appaise les inflammations , gonflemens et douleurs , ordinairement en à 6 prises ; facilite les Selles et les
Urines , n'a point de mauvais goût , et ne fait
aucune révolution. On peut vivre à son ordinai- re , vaquer à ses affaires , elle se conserve , et on
peut l'envoyer par tout,
Ilfaut s'addresser à Paris , au sieur de la Coste,
rue du Petit-Lyon , Fauxbourg S. Germain , chez
Mad. Frontier. Il donne les Frises cachetées , avec
un Paraphe et la maniere de les prendre. Il est le´
seul qui en a la distribusion. 3 liv. la Prise.
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Résumé : Avis qu'on nous prie d'inserer.
M. Chicoyneau, Médecin du Roi, confirme l'efficacité de la Poudre Spécifique pour traiter les hémorroïdes. Elle purifie le sang, apaise les inflammations et facilite les selles et les urines. Six prises suffisent. La poudre est disponible à Paris chez le sieur de la Coste, rue du Petit-Lyon, Faubourg Saint-Germain, chez Madame Frontier. Prix : trois livres la prise.
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9087
p. 2007-2008
LE PERE SIROT. Vaudeville Bachique.
Début :
A cette joïeuse table, [...]
Mots clefs :
Père Sirot, Verre de vin, Joyeuse table
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PERE SIROT. Vaudeville Bachique.
LE PERE SIROT.
A
Vaudeville Bachique.
Cette joïeuse table ,
Chantons le Pere Sirot ,
Il a l'esprit agréable ,
L'enjoûment est son vrai lot ;
Comme il sifle la Linote !
Admirez comme il sirote !
Oh! oh oh ! oh ! oh ! oh ! oh ! oh !
Vive le Pere Sirot.
Quand des meilleurs Vins du monde ,
Il a bû quinze oy vingt coups,
Fij La
2008 MERCURE DE FRANCE
La joye éclate à la ronde,
Les Convives chantent tous ,`
Comme il, &c.
Le venerable Silene
Qui buvoit si largement ,
N'auroit imité qu'à peine ,
Notre Siroteur charmant,
Comme il, &c.
" L'Histoire par tout nous vante
Mille et mille grands Vainqueurs ,
Mais le Héros que je chante,
Est le plus grand des Buveurs,
Comme il , &c.
Desormais à chaque Table ,
Où le bon vin coulera ,
Chacun d'une voix aimable ,
Avec transport
Comme il , &c.
chantera.
Qu'on lui dresse une Statue ,
Buvant un Verre de Vin ,
Et qu'au bas brille à la vûë ,
Pour devise ce refrain.
Comme il, &c
A
Vaudeville Bachique.
Cette joïeuse table ,
Chantons le Pere Sirot ,
Il a l'esprit agréable ,
L'enjoûment est son vrai lot ;
Comme il sifle la Linote !
Admirez comme il sirote !
Oh! oh oh ! oh ! oh ! oh ! oh ! oh !
Vive le Pere Sirot.
Quand des meilleurs Vins du monde ,
Il a bû quinze oy vingt coups,
Fij La
2008 MERCURE DE FRANCE
La joye éclate à la ronde,
Les Convives chantent tous ,`
Comme il, &c.
Le venerable Silene
Qui buvoit si largement ,
N'auroit imité qu'à peine ,
Notre Siroteur charmant,
Comme il, &c.
" L'Histoire par tout nous vante
Mille et mille grands Vainqueurs ,
Mais le Héros que je chante,
Est le plus grand des Buveurs,
Comme il , &c.
Desormais à chaque Table ,
Où le bon vin coulera ,
Chacun d'une voix aimable ,
Avec transport
Comme il , &c.
chantera.
Qu'on lui dresse une Statue ,
Buvant un Verre de Vin ,
Et qu'au bas brille à la vûë ,
Pour devise ce refrain.
Comme il, &c
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Résumé : LE PERE SIROT. Vaudeville Bachique.
Le vaudeville 'Le Père Sirot' célèbre les talents de buveur du personnage éponyme, connu pour son esprit agréable et sa capacité à consommer de grandes quantités de vin. Les convives chantent ses louanges, le comparant à Silène. Le texte suggère d'ériger une statue en son honneur, avec une devise rappelant son talent pour la boisson.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9088
p. 2009-2017
Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredy 6 Aoust, on representa au College de LOUIS LE GRAND, la Tragédie [...]
Mots clefs :
Danse, Collège de Louis le Grand, Sennacherib, Tragédie, Ballet, Danse, Décoration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
SPECTACLE S.
E Mercredy 6 Aoust, on representa au
LE ›
gédie de Sennacherib , Roy des Assiriens ,
pour la distribution des Prix. En voici le
sujet.
SENNACHERIB ayant perdu devant Jerusalemi
18f000 hommes, tuez dans une nuit, par la main
d'un Ange , retourna à Ninive plein de fureur et
de confusion. Il crut que ce malheur lui étoit are
rivé , parce que son Dieu tutelaire étoit irrité.
Tandis qu'il songeoit à se le rendre favorable , il
fut immolé au pied de son Idole , par ses deux
fils aînez , Adramelech et Sarasar, 45 jours après
la défaite de fon Armée. Liv. 4. des Rois. c . 19.
Tob. c. I.
Ainsi s'accomplit la Prophetie faite par Isaic
au Roy Ezechias , environ deux mois auparavant. Ifa. c. 37.
La Tradition des Hébreux rapportée par S.Jerôme , est que Sennacherib vouloit immoler ses deux fils pour fléchir son Dieu par ce Sacrifice ,
que ceux- ci le prévinrent et lui porterent les coupsqu'il leur destinoit.
. On suppose , comme il est vrai- semblable
que Sennacherib vouloit fléchir son Dieu pour tenter une seconde fois la conquête de Jeru- salem,
La Scene est à Ninive , dans le Palais
du Roy.
Fiij La
2010 MERCURE DE FRANCE
*
Le Ballet qui fut dansé après la Tragé
'die , porte pour titre : Histoire de la Danse. Voici le dessein et la division de ce
Ballet.
Comme on ne sçauroit donner dans un
seul Ballet tout ce qui concerne la Danse,
`on se borne icy à en exposer la naissance
et les quatres âges.
›
te
La Danse , selon le sentiment de la
plupart des Auteurs , doit son origine
aux Egyptiens ; on croit qu'elle est née
de l'observation des Planettes ; comme
elle. sert à exprimer les differentes passions des hommes , et sur tout celles qui
ont la joye pour principe , on la suppose
presqu'aussi ancienne que le monde , parce que les passions attachées à l'humanité
ont existé plus ou moins dans tous les
temps.
Dans la premiere Entrée , des Bergers ,
forment des pas sur le mouvement des
Airs champêtres,avant même que les Ins
trumens de Musique soient inventez.Dans
la seconde , des Personnes de différentes
conditions dansent plus méthodiquement,
au son des Instrumens, nouvellement inventez. De la naissance de la Danse on
passe à ses quatre différens âges.
Pre-
SEPTEMBR E. 1732. 2013
Premier âge de la Danse.
Les Egyptiens sont les Peuples chez qui
la Danse ait fait de plus grands progrès
l'Histoire leur donne l'honneur de l'avoir
inventée , et de l'avoir employée à plu sieurs différens usages.
"
Danse Astronomique.
Des Astronomes Egyptiens , après avoir
rendu hommage au Soleil , observent le
cours des Astres et leurs Eclipses , avec
des Tubes ; ce qui est exprimé par leurs
Danses.
Danse Magique.
Des Magiciens évoquent les ombres dos
Morts,
Danse Idolatrique.
Dans cette Danse, les habitans des Villes et des Champs adorent les Divinitez
de leurs Païs , sous la figure de divers animaux.
Second âge de la Danse.
Les Grecs ont la gloire d'avoir inven
té , ou du moins perfectionné tous les
beaux Arts , et sur tout la Danse.
Fiiij Danse
2012 MERCURE DE FRANCE
Danse Politique et Militaire.
Licurgue établit une Danse politique
dans Lacédémone , pour concilier tous les
Membres de l'Etat ; les Citoyens de differens âges et de differentes conditions ,
se mêlent ensemble. Les Lacédémoniens
avoient déja introduit chez eux la Danse
Militaire , pour se représenter l'image des
combats comme un jeu.
Danse de Fête solemnelle.
La Danse faisoit une des principales Fêtes des Thébains ; on represente
dans cette Entrée les Orgies ; on en retranche toute image de licence , à la fureur près.
Danse Théatrale.
Les Poëtes Athéniens introduisirent la
Danse dans leurs Pieces ; on donne dans
cette Entrée l'idée d'une Scene Tragique
et d'une Scene Comique , dans le gout
d'Euripide et d'Aristophane.
Troisiéme âge de la Danse.
Les Romains n'eurent pas beaucoup
d'estime pour la Danse ; l'Art Militaire
leur fit long-temps oublier tous les Arts
pacifiques , et ce ne fut que sous les Empercurs
SEPTEMBRE. 1752. 2013:
pereurs que la Danse occupa un Peuple
oisif et amolli , à qui on vouloit faire
oublier son ancienne liberté.
Danse Triomphale:
Les Saliens , Prêtres de Mars , furent
admis dans les Marches de Triomphes ;
c'est cette Danse guerriere qu'on exprime dans cette premiere Entrée.
Danse Italique. s *
Les Pantomimes , Sérieux et Comiques,
furent inventez sous Auguste; on en donne icy.une légere idée; pour rendre cette
Danse plus intelligible aux Spectateurs
on a choisi les Caracteres Comiques ,
qui leur sont les plus connus , préférablement à ceux des Comédies Romaines.
Danse d'Animaux.
On prend pour modeles de cette Danse
les Sibarites , Peuples de la basse Italie ,
qui eurent tant de passion pour la Danse,
qu'ils y firent entrer leurs Chevaux , et
d'autres animaux.
Quatrième âge de la Danse, sous les Nations
modernes, et principalement sous
lés François.
On appelle Nations modernes , celles
Fy qui
2014 MERCURE DE FRANCE
qui ont été démembrées de l'Empire
Romain, Elles ont toutes cultivé la Dan-'
> chacune selon son génie ; aucun de
ces Peuples ne s'y est tant distingué que
les François.
Bal de Ceremonie. abs
Un Prince donne un Bal aux Seigneurs
de sa Cour , ou à des Etrangers de dis
tinction , arrivez de divers Païs.
Bal de Spectacle.
La France, qui a reçu de l'Italie les Ballets avec Machines , a beaucoup encheri
sur elle dans ce genre de Spectacle ; c'est
ce qu'on représente dans cette Entrée.
Bal Bourgeois.
Des Bourgeois et des Artisans forment
une espece de Mascarade , où chacun est
admis , sans distinction .
La Danse des Academies Litteraires.
Les Danses figurées ont été introduites
dans plusieurs Académies littéraires. On
y represente des Ballets nouveaux ou historiques , pour relever la solemnité d'un
Spectacle établi et souvent fondé par des
Rois , pour distribuer avec éclat des Prix
à la jeunesse qu'on y éleve dans l'étude
des Belles Lettres,
Apollon
SEPTEMBRE. 1732. 2015
Apollon , Minerve et Mercure distri- buent des Couronnes de Laurier aux Eleves qui se sont distinguez dans les Exercices Litteraires.
La jeunesse couronnée , exprime par la
Danse , le plaisir qu'elle ressent du Prix
glorieux qu'elle a remporté.
Des Bergers ont chanté des Vers dans
la premiere Entrée de l'ouverture; nous en
donnerons une légere idée par ceux qu'on
va voir.
Bergers , qu'un doux repos assemble ,
Venez sous ces tendres Ormeaux
Nous y devons former ensemble
Des jeux innocens et nouveaux..
C'est icy que la Danse ,
Va prendre sa naissance.
Sur mes chants composez vos pas ;
Que tous les mouvemens de vos pieds, de vosbras
D'accord avec ma voix , en suivent la cadance.
Que sans voltiger ,
Les naïves Graces ,
Marchent sur vos traces,
D'un pas coulant et leger , &c.
La Décoration de ce grand et pompeux Spec
tacle , representoit une grande Cour exterieure
d'un Palais magnifique,d'Ordre composite , for- mant un plan circulaire de cent pieds de face , et:
faisant par la Perspective 150 pieds de circonfe- F vj rence
2016 MERCURE DE FRANCE
rence sur 35 pieds d'élévation. Au milieu est un
corps avancé , soutenu par des Colonnes et Pilastres de breche violette; les Chapiteaux et Bases
en or. Dans les entre-Colonnes sont placez des Grouppes de Figures de Marbre blanc sur des
piedestaux de forme ronde : sçavoir , à la droite,
MédéeJason; à la gauche le Sacrifice d'Iphigenie.
Sur les devants de la partie circulaire,à la droite
Oedipe qui se perce les yeux ; à la gauche , Her- rule sur le bucher ; sur le devant de ces deux extrêmitez sont des Amphitheatres terminés par une Balustrade , en forme de demi-fer à cheval ,
au bas de laquelle on voit les Statues des deux
plus fameux Poëtes Grecs ; sçavoir , à la droite
Sophocle; à la gauche Euripide. ?
Au milieu de la Décoration est une grande et magnifique Arcade surmontée des Armes de
France , soutenues par des Génies , au travers
de laquelle on apperçoit un grand Salon cintré ,
soutenu par des colonnes couplées , et dans les
deux passages , aux côtez des Galeries ingénieusement percées d'une Architecture noble et simple , ornée de Bustes sur des scabellons ; au- dessus des quatre Groupes de colonnes , sont dea
trophées de Guerre , et sur les corps avancez qui terminent les côtez de la Décoration des Trophées de Poësie en or , ainsi que les Armes du
Roi et les autres Trophées et Consolles qui sont
sous la Corniche , sur laquelle est une Balustrade
qui régne au pourtour de cette magnifique Ordonnance.
ges
M. Le Maire , déja connu par plusieurs ouvrade cette espece qui ont eu l'applaudissement
du Public . est Auteur de celui- ci , qui a été fort
approuvé. L'Estampe qu'il en a fait graver avec soin
SEPTEMBRE. 1732. 2017
soin , se vend chez lui dans la Cour des Quinze
Vingts.
E Mercredy 6 Aoust, on representa au
LE ›
gédie de Sennacherib , Roy des Assiriens ,
pour la distribution des Prix. En voici le
sujet.
SENNACHERIB ayant perdu devant Jerusalemi
18f000 hommes, tuez dans une nuit, par la main
d'un Ange , retourna à Ninive plein de fureur et
de confusion. Il crut que ce malheur lui étoit are
rivé , parce que son Dieu tutelaire étoit irrité.
Tandis qu'il songeoit à se le rendre favorable , il
fut immolé au pied de son Idole , par ses deux
fils aînez , Adramelech et Sarasar, 45 jours après
la défaite de fon Armée. Liv. 4. des Rois. c . 19.
Tob. c. I.
Ainsi s'accomplit la Prophetie faite par Isaic
au Roy Ezechias , environ deux mois auparavant. Ifa. c. 37.
La Tradition des Hébreux rapportée par S.Jerôme , est que Sennacherib vouloit immoler ses deux fils pour fléchir son Dieu par ce Sacrifice ,
que ceux- ci le prévinrent et lui porterent les coupsqu'il leur destinoit.
. On suppose , comme il est vrai- semblable
que Sennacherib vouloit fléchir son Dieu pour tenter une seconde fois la conquête de Jeru- salem,
La Scene est à Ninive , dans le Palais
du Roy.
Fiij La
2010 MERCURE DE FRANCE
*
Le Ballet qui fut dansé après la Tragé
'die , porte pour titre : Histoire de la Danse. Voici le dessein et la division de ce
Ballet.
Comme on ne sçauroit donner dans un
seul Ballet tout ce qui concerne la Danse,
`on se borne icy à en exposer la naissance
et les quatres âges.
›
te
La Danse , selon le sentiment de la
plupart des Auteurs , doit son origine
aux Egyptiens ; on croit qu'elle est née
de l'observation des Planettes ; comme
elle. sert à exprimer les differentes passions des hommes , et sur tout celles qui
ont la joye pour principe , on la suppose
presqu'aussi ancienne que le monde , parce que les passions attachées à l'humanité
ont existé plus ou moins dans tous les
temps.
Dans la premiere Entrée , des Bergers ,
forment des pas sur le mouvement des
Airs champêtres,avant même que les Ins
trumens de Musique soient inventez.Dans
la seconde , des Personnes de différentes
conditions dansent plus méthodiquement,
au son des Instrumens, nouvellement inventez. De la naissance de la Danse on
passe à ses quatre différens âges.
Pre-
SEPTEMBR E. 1732. 2013
Premier âge de la Danse.
Les Egyptiens sont les Peuples chez qui
la Danse ait fait de plus grands progrès
l'Histoire leur donne l'honneur de l'avoir
inventée , et de l'avoir employée à plu sieurs différens usages.
"
Danse Astronomique.
Des Astronomes Egyptiens , après avoir
rendu hommage au Soleil , observent le
cours des Astres et leurs Eclipses , avec
des Tubes ; ce qui est exprimé par leurs
Danses.
Danse Magique.
Des Magiciens évoquent les ombres dos
Morts,
Danse Idolatrique.
Dans cette Danse, les habitans des Villes et des Champs adorent les Divinitez
de leurs Païs , sous la figure de divers animaux.
Second âge de la Danse.
Les Grecs ont la gloire d'avoir inven
té , ou du moins perfectionné tous les
beaux Arts , et sur tout la Danse.
Fiiij Danse
2012 MERCURE DE FRANCE
Danse Politique et Militaire.
Licurgue établit une Danse politique
dans Lacédémone , pour concilier tous les
Membres de l'Etat ; les Citoyens de differens âges et de differentes conditions ,
se mêlent ensemble. Les Lacédémoniens
avoient déja introduit chez eux la Danse
Militaire , pour se représenter l'image des
combats comme un jeu.
Danse de Fête solemnelle.
La Danse faisoit une des principales Fêtes des Thébains ; on represente
dans cette Entrée les Orgies ; on en retranche toute image de licence , à la fureur près.
Danse Théatrale.
Les Poëtes Athéniens introduisirent la
Danse dans leurs Pieces ; on donne dans
cette Entrée l'idée d'une Scene Tragique
et d'une Scene Comique , dans le gout
d'Euripide et d'Aristophane.
Troisiéme âge de la Danse.
Les Romains n'eurent pas beaucoup
d'estime pour la Danse ; l'Art Militaire
leur fit long-temps oublier tous les Arts
pacifiques , et ce ne fut que sous les Empercurs
SEPTEMBRE. 1752. 2013:
pereurs que la Danse occupa un Peuple
oisif et amolli , à qui on vouloit faire
oublier son ancienne liberté.
Danse Triomphale:
Les Saliens , Prêtres de Mars , furent
admis dans les Marches de Triomphes ;
c'est cette Danse guerriere qu'on exprime dans cette premiere Entrée.
Danse Italique. s *
Les Pantomimes , Sérieux et Comiques,
furent inventez sous Auguste; on en donne icy.une légere idée; pour rendre cette
Danse plus intelligible aux Spectateurs
on a choisi les Caracteres Comiques ,
qui leur sont les plus connus , préférablement à ceux des Comédies Romaines.
Danse d'Animaux.
On prend pour modeles de cette Danse
les Sibarites , Peuples de la basse Italie ,
qui eurent tant de passion pour la Danse,
qu'ils y firent entrer leurs Chevaux , et
d'autres animaux.
Quatrième âge de la Danse, sous les Nations
modernes, et principalement sous
lés François.
On appelle Nations modernes , celles
Fy qui
2014 MERCURE DE FRANCE
qui ont été démembrées de l'Empire
Romain, Elles ont toutes cultivé la Dan-'
> chacune selon son génie ; aucun de
ces Peuples ne s'y est tant distingué que
les François.
Bal de Ceremonie. abs
Un Prince donne un Bal aux Seigneurs
de sa Cour , ou à des Etrangers de dis
tinction , arrivez de divers Païs.
Bal de Spectacle.
La France, qui a reçu de l'Italie les Ballets avec Machines , a beaucoup encheri
sur elle dans ce genre de Spectacle ; c'est
ce qu'on représente dans cette Entrée.
Bal Bourgeois.
Des Bourgeois et des Artisans forment
une espece de Mascarade , où chacun est
admis , sans distinction .
La Danse des Academies Litteraires.
Les Danses figurées ont été introduites
dans plusieurs Académies littéraires. On
y represente des Ballets nouveaux ou historiques , pour relever la solemnité d'un
Spectacle établi et souvent fondé par des
Rois , pour distribuer avec éclat des Prix
à la jeunesse qu'on y éleve dans l'étude
des Belles Lettres,
Apollon
SEPTEMBRE. 1732. 2015
Apollon , Minerve et Mercure distri- buent des Couronnes de Laurier aux Eleves qui se sont distinguez dans les Exercices Litteraires.
La jeunesse couronnée , exprime par la
Danse , le plaisir qu'elle ressent du Prix
glorieux qu'elle a remporté.
Des Bergers ont chanté des Vers dans
la premiere Entrée de l'ouverture; nous en
donnerons une légere idée par ceux qu'on
va voir.
Bergers , qu'un doux repos assemble ,
Venez sous ces tendres Ormeaux
Nous y devons former ensemble
Des jeux innocens et nouveaux..
C'est icy que la Danse ,
Va prendre sa naissance.
Sur mes chants composez vos pas ;
Que tous les mouvemens de vos pieds, de vosbras
D'accord avec ma voix , en suivent la cadance.
Que sans voltiger ,
Les naïves Graces ,
Marchent sur vos traces,
D'un pas coulant et leger , &c.
La Décoration de ce grand et pompeux Spec
tacle , representoit une grande Cour exterieure
d'un Palais magnifique,d'Ordre composite , for- mant un plan circulaire de cent pieds de face , et:
faisant par la Perspective 150 pieds de circonfe- F vj rence
2016 MERCURE DE FRANCE
rence sur 35 pieds d'élévation. Au milieu est un
corps avancé , soutenu par des Colonnes et Pilastres de breche violette; les Chapiteaux et Bases
en or. Dans les entre-Colonnes sont placez des Grouppes de Figures de Marbre blanc sur des
piedestaux de forme ronde : sçavoir , à la droite,
MédéeJason; à la gauche le Sacrifice d'Iphigenie.
Sur les devants de la partie circulaire,à la droite
Oedipe qui se perce les yeux ; à la gauche , Her- rule sur le bucher ; sur le devant de ces deux extrêmitez sont des Amphitheatres terminés par une Balustrade , en forme de demi-fer à cheval ,
au bas de laquelle on voit les Statues des deux
plus fameux Poëtes Grecs ; sçavoir , à la droite
Sophocle; à la gauche Euripide. ?
Au milieu de la Décoration est une grande et magnifique Arcade surmontée des Armes de
France , soutenues par des Génies , au travers
de laquelle on apperçoit un grand Salon cintré ,
soutenu par des colonnes couplées , et dans les
deux passages , aux côtez des Galeries ingénieusement percées d'une Architecture noble et simple , ornée de Bustes sur des scabellons ; au- dessus des quatre Groupes de colonnes , sont dea
trophées de Guerre , et sur les corps avancez qui terminent les côtez de la Décoration des Trophées de Poësie en or , ainsi que les Armes du
Roi et les autres Trophées et Consolles qui sont
sous la Corniche , sur laquelle est une Balustrade
qui régne au pourtour de cette magnifique Ordonnance.
ges
M. Le Maire , déja connu par plusieurs ouvrade cette espece qui ont eu l'applaudissement
du Public . est Auteur de celui- ci , qui a été fort
approuvé. L'Estampe qu'il en a fait graver avec soin
SEPTEMBRE. 1732. 2017
soin , se vend chez lui dans la Cour des Quinze
Vingts.
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Résumé : Tragédie et Ballet, et Décoration du College de Louis Le Grand, [titre d'après la table]
Le spectacle 'La Tragédie de Sennacherib, Roy des Assiriens' a été représenté le mercredi 6 août pour la distribution des prix. L'histoire met en scène la défaite de Sennacherib devant Jérusalem, où il perdit 18 000 hommes en une nuit. De retour à Ninive, il fut assassiné par ses deux fils aînés, Adramelech et Sarasar, 45 jours après la défaite. Cette tragédie accomplissait une prophétie d'Isaïe au roi Ézéchias. Selon la tradition hébraïque rapportée par Saint Jérôme, Sennacherib voulait sacrifier ses fils pour apaiser son dieu, mais ceux-ci le tuèrent avant. Le spectacle se déroulait à Ninive, dans le palais du roi. Après la tragédie, un ballet intitulé 'Histoire de la Danse' fut présenté. Ce ballet retraçait la naissance et les quatre âges de la danse. Les Égyptiens sont crédités de l'origine de la danse, qui servait à exprimer les passions humaines. Le ballet se divisait en plusieurs entrées représentant différents âges et styles de danse, des bergers aux danses modernes en France. La décoration du spectacle représentait une cour extérieure d'un palais magnifique, avec diverses statues et trophées. L'auteur de la décoration, M. Le Maire, est connu pour ses œuvres appréciées du public. Une estampe de la décoration était disponible à la vente.
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9089
p. 2017-2025
EXTRAIT de l'Ecole des Meres, Comédie en Prose, en un Acte, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois sur le Théatre Italien. le 26 Juillet 1732.
Début :
Cette intrigue se passe entre Mme Argante, Angelique, sa fille, Lizette, [...]
Mots clefs :
Ecole des Mères, Marivaux, Théâtre italien, Lisette, Angélique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Ecole des Meres, Comédie en Prose, en un Acte, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois sur le Théatre Italien. le 26 Juillet 1732.
EXTRAITde l'Ecole des Meres , Comédie en Prose , en un Acte , de M. de
Marivaux , representée pour la premiere
fois sur le Théatre Italien , le 26 Juilles
1732.
CErre
intrigue.se
Ette intrigue se passe entre Mme Argante , Angelique , sa fille , Lizette ,
sa Suivante , Eraste, Amant d'Angelique,
sous le nom de la Ramée , Damis , pere
d'Eraste est aussi Amant d'Angelique ,
Frontin et Champagne , Valets de Mme Argante et de Damis, La Scene est dans l'Appartement de Mme Argante.
Eraste travesti en Valet commence la
Piece avec Lisette , laquelle veut lui menager un entretien avec Angelique, dont
il est autant aimé qu'il l'aime. Frontin
Valet de Me Argante , arrive et se défie
du prêtendu parantage du faux la Ramée avec Lizette , dont il est amoureux
et le prend sur un ton qui oblige Lisette
à le mettre dans la confidence ; il se charge de l'entrevûë qu'il s'agit de ménager
à Eraste , qui veut parer le mariage qu'on
est prêt à conclure entre son Amante et
le vieux Damis , c'est un nom que le peré d'Eraste a pris pour dérober la connoissance
H
2018 MERCURE DE FRANCE
noissance de son futur Hymen à tout le
monde , et sur tout à son fils , quoiqu'il
ne sçache pas encore qu'il est son Rival
et Rival aimé.
Mme Argante vient ; le faux la Ramée
ne pouvant se retirer sans se rendre suspect , Frontin le fait passer pourun Cousin qui cherche condirion ; Mme Argante
le trouvant bien fait, lui ordonne de rester dans la maison , et lui promet de le
mettre au service de M. Damis. Mme Argante demande à Lisette dans quelles dispositions elle trouve sa fille Angelique ;
Lisette lui répond d'une maniere à ne répondre de rien : voici la fin de la Scene:
entre la Maîtresse et la Suivante..
Md. Argante.
M. Damis est un peu vieux , à la verité ,
mais doux, complaisant , attentif, aimable.
Lisette.
Aimable ! prenez donc garde , Madame ; il a
soixante ans,
Mad. Argante.
Il est bien question de l'âge d'un mari avec une fille élevée comme la mienne.
Lisette.
Oh! s'il n'en est pas question avec Mademoi selle
SEPTEMBRE. 1732. 2619
selle votre fille , il n'y aura guere eu de prodige de cette force-là.
Mad. Argante.
Qu'entendez-vous avec votre prodige ?
Lisette.
J'entends qu'il faut le plus qu'on peut , mettre la vertu des gens son aise , et que celle d'Ange
lique ne le sera pas sans fatigue.
Mad.
Argante.
Vous avez de sottes idées , Lisette ; les inspi- rez-vous à ma fillers
Lisette.
Oh que non , Madame ; elle les trouvera bien,
sans que je m'en mêle.
Mad, Argante.
Hé pourquoi , de l'humeur dont elle est ,
seroit- elle pas heureuse ?
Lisette,
1
ne
C'est qu'elle ne sera point de l'humeur dont
yous dites ; cette humeur- là n'est nulle part.
Mad. Aviante.
Il faudroit qu'elle l'eût bien difficile , si elle
ne s'accommodoit pas d'un homme qui l'a dorera ,
Lisette.
On adore mal à son âge.
Mad.
2020 MERCURE DE FRANCE
Mad. Argante.
Qui ira audevant de tous ses desirs.
Lisette.
Ils seront donc bien modestes , &c.
>
L'arrivée d'Angelique interrompt la
suite de cette conversation ; ce rôle est
joué par la Dule Sylvia avec une grace et
une intelligence qu'on ne sauroit trop
admirer ; comme c'est un rôle d'Agnés
elle y met une ingenuité qui enchante les
Spectateurs ; et cette ingenuité est accompagnée, coup sur coup, de profondes
révérences qui la caracterisent d'une maniere à n'y reconnoître que la simple nature , quoique ce ne soit pas sans y mettre un art infini. Voici quelques morceaux
de la Scene qui se passe entr'elle et sa mere.
Mad. Argante.
Vous voyez , ma fille , ce que je fais aujour
d'hui pour vous ; ne tenez-vous pas compte
ma tendresse du mariage que je vous procure &
Angelique faisant la réverence.
Je ferai tout ce qui vous plaira , ma mere.
Ma . Argante.
Je vous demande si vous me sçavez gré da
parti
SEPTEMBRE. 1732 2021
parti que je vous donne , &c. allons ; répondez ,
ma fille.
Angelique.
Vous mel'ordonnez donc ?
Mad. Argante.
Qui, sans doute. Voyons ; n'êtes-vous pas satisfaite de votre sort ?
Angelique.
Mais.
Mad. Argante.
Quoi ? mais ! je veux qu'on me réponde raisonnablement ; je m'attendois à votre reconnoissance , et non pas à des mais...
Angelique saluant.
Je n'en dirai plus , ma mere.
Mad. Argante.
Je vous dispense des révérences ; dites-moi ce
que vous pensez.
Ce queje pense
Angelique.
Mad. Argante.
Oui , comment regardez-vous le mariage en
question ?
! Mais,
Angelique.
Mad. Argante.
Toujours des mais !
Am
2022 MERCURE DE FRANCE
Angelique.
Je vous demande pardon ; je n'y songeois pas ,
ma Mere , &c.
Toute cette Scene , qui est à peu près
sur le même ton, fait beaucoup de plaisir ,
tant de la part de l'Auteur , que de l'Actrice. La De Sylvia ne parle pas toujours
avec la même innocence dans le reste de
cette Piéce ; elle est très hardie quand elle
s'entretient avec Lisette , le Lecteur en
pourra aisément juger par ce commencement de Scene.
Lisette.
Eh bien? Mademoiselle , à quoi en êtes - vous ?
Angelique.
J'en suis à m'affliger , comme tu vois,
Lisette.
Qu'avez-vous dit à votre Mere !
Angelique.
Hé tout ce qu'elle a voulu.
4
Lisette.
Vous épouserez donc Monsieur Damis
Angelique.
Moi , l'épouser ! je t'assûre que non c'est
bien assez qu'il m'épouse.
Lisette,
SEPTEMBRE. 1732. 2023
>
Lisette.
Oui mais vous n'en serez pas moins sa femme.
sant "
Angelique.
Hé bien; ma Mere n'a qu'à l'aimer pour nous
deux ; car pour moi je n'aimerai jamais qu'Eraste , &c, c'est lui qui est aimable , qui est complai
et non pas ce Monsieur Damis , que ma
mere a été prendre je ne sçai où , qui feroit bien
mieux d'être mon grand pere , que mon mari ,
qui me glace quand il me parle , et qui m'appelle
toujours ma belle personne , comme si on s'embarassoit beaucoup d'être belle ou laide avec lui ;
au lieu que tout ce que me dit Eraste est si touchant ; on voit que c'est du fond du cœur qu'il parle ; et j'aimerois mieux être sa femme huit
jours , que de l'être toute ma vie de l'autre
&c.
On vient annoncer à Angelique qu'un
Laquais d'Eraste a une Lettre à lui rendrę
de la part de cet Amant si tendrement ai
mé ; elle marque un tendre empressement;
mais son activité éclate bien plus quand
elle voit Eraste même à ses pieds après la
lecture de sa Lettre , &c. Comme cet Extrait commence à devenir un peu trop
long pour une Piéce en un Acte , nous ne
parlerons plus que de ce qui concerne l'action théatrale.
Le faux Damis , pere de Léandre vient
pour
2024 MERCURE DE FRANCE
pour épouser Angelique ; il prie Mad.
Argante de lui permettre un moment
d'entretien avec sa future Epouse. C'est
dans cet entretien qu'Angelique lui avoüc.
avecsa naïveté ordinaire qu'elle ne l'aime,
pas ; il apprend même,qu'elle en aime un
autre , et à la faveur d'un rendez- vous
nocturne , il reconnoît cet Amant aimé
pour son fils. Cette nuit donne lieu à
beaucoup de méprises , qui finissent par
des lumieres que Madame Argante fait
apporter. Le pere se rendant justice , et
d'ailleurs attendri pour son fils , conseille
àMad. Argante de rendre ces deux Amans
heureux , elle y consent. On commence
une Fête que Damis avoit fait préparer
pour lui-même ; il consent qu'elle serve
pour le mariage de son fils avec Angelique ; Lisette est aussi récompensée pour
avoir contribué au mariage d'Eraste ;
Mad: Argante consent qu'elle épouse son
cher Frontin ; la Piéce finit par des Danses et des Divertissemens , dont la Musi
que , qui a été goûtée , est de M. Mouret : voici deux Couplets du Vaudeville
qui termine le Divertissement.
Si mes soins pouvoient t'engager
Me dit un jour le beau Sylvandre,
D'un air tendre
Que
SEPTEMBRE, 1732 2025
Que ferois-tu ? dis-je au Berger?
Il demeura comme un Idole ,
Et ne répondit pas un mot.
Le grand sot !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
L'autre jour à Nicole il prit ,
Une vapeur auprès de Blaise ,
Sur sa chaise :
La pauvre enfant s'évanouit ;
Blaise , pour secourir Nicole ,
Fut chercher du monde aussi- tôt ;
Le nigaut !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
La Dile Roland et le sieur Lelio ont
dansé dans ce Divertissement un Pas de
Deux, composé d'une Loure et d'un Tambourin , avec toute la justesse et la vivacité possible , et ont été généralement ap
plaudis ; cette nouvelle Danseuse est de
plus en plus goûtée du Public.
Marivaux , representée pour la premiere
fois sur le Théatre Italien , le 26 Juilles
1732.
CErre
intrigue.se
Ette intrigue se passe entre Mme Argante , Angelique , sa fille , Lizette ,
sa Suivante , Eraste, Amant d'Angelique,
sous le nom de la Ramée , Damis , pere
d'Eraste est aussi Amant d'Angelique ,
Frontin et Champagne , Valets de Mme Argante et de Damis, La Scene est dans l'Appartement de Mme Argante.
Eraste travesti en Valet commence la
Piece avec Lisette , laquelle veut lui menager un entretien avec Angelique, dont
il est autant aimé qu'il l'aime. Frontin
Valet de Me Argante , arrive et se défie
du prêtendu parantage du faux la Ramée avec Lizette , dont il est amoureux
et le prend sur un ton qui oblige Lisette
à le mettre dans la confidence ; il se charge de l'entrevûë qu'il s'agit de ménager
à Eraste , qui veut parer le mariage qu'on
est prêt à conclure entre son Amante et
le vieux Damis , c'est un nom que le peré d'Eraste a pris pour dérober la connoissance
H
2018 MERCURE DE FRANCE
noissance de son futur Hymen à tout le
monde , et sur tout à son fils , quoiqu'il
ne sçache pas encore qu'il est son Rival
et Rival aimé.
Mme Argante vient ; le faux la Ramée
ne pouvant se retirer sans se rendre suspect , Frontin le fait passer pourun Cousin qui cherche condirion ; Mme Argante
le trouvant bien fait, lui ordonne de rester dans la maison , et lui promet de le
mettre au service de M. Damis. Mme Argante demande à Lisette dans quelles dispositions elle trouve sa fille Angelique ;
Lisette lui répond d'une maniere à ne répondre de rien : voici la fin de la Scene:
entre la Maîtresse et la Suivante..
Md. Argante.
M. Damis est un peu vieux , à la verité ,
mais doux, complaisant , attentif, aimable.
Lisette.
Aimable ! prenez donc garde , Madame ; il a
soixante ans,
Mad. Argante.
Il est bien question de l'âge d'un mari avec une fille élevée comme la mienne.
Lisette.
Oh! s'il n'en est pas question avec Mademoi selle
SEPTEMBRE. 1732. 2619
selle votre fille , il n'y aura guere eu de prodige de cette force-là.
Mad. Argante.
Qu'entendez-vous avec votre prodige ?
Lisette.
J'entends qu'il faut le plus qu'on peut , mettre la vertu des gens son aise , et que celle d'Ange
lique ne le sera pas sans fatigue.
Mad.
Argante.
Vous avez de sottes idées , Lisette ; les inspi- rez-vous à ma fillers
Lisette.
Oh que non , Madame ; elle les trouvera bien,
sans que je m'en mêle.
Mad, Argante.
Hé pourquoi , de l'humeur dont elle est ,
seroit- elle pas heureuse ?
Lisette,
1
ne
C'est qu'elle ne sera point de l'humeur dont
yous dites ; cette humeur- là n'est nulle part.
Mad. Aviante.
Il faudroit qu'elle l'eût bien difficile , si elle
ne s'accommodoit pas d'un homme qui l'a dorera ,
Lisette.
On adore mal à son âge.
Mad.
2020 MERCURE DE FRANCE
Mad. Argante.
Qui ira audevant de tous ses desirs.
Lisette.
Ils seront donc bien modestes , &c.
>
L'arrivée d'Angelique interrompt la
suite de cette conversation ; ce rôle est
joué par la Dule Sylvia avec une grace et
une intelligence qu'on ne sauroit trop
admirer ; comme c'est un rôle d'Agnés
elle y met une ingenuité qui enchante les
Spectateurs ; et cette ingenuité est accompagnée, coup sur coup, de profondes
révérences qui la caracterisent d'une maniere à n'y reconnoître que la simple nature , quoique ce ne soit pas sans y mettre un art infini. Voici quelques morceaux
de la Scene qui se passe entr'elle et sa mere.
Mad. Argante.
Vous voyez , ma fille , ce que je fais aujour
d'hui pour vous ; ne tenez-vous pas compte
ma tendresse du mariage que je vous procure &
Angelique faisant la réverence.
Je ferai tout ce qui vous plaira , ma mere.
Ma . Argante.
Je vous demande si vous me sçavez gré da
parti
SEPTEMBRE. 1732 2021
parti que je vous donne , &c. allons ; répondez ,
ma fille.
Angelique.
Vous mel'ordonnez donc ?
Mad. Argante.
Qui, sans doute. Voyons ; n'êtes-vous pas satisfaite de votre sort ?
Angelique.
Mais.
Mad. Argante.
Quoi ? mais ! je veux qu'on me réponde raisonnablement ; je m'attendois à votre reconnoissance , et non pas à des mais...
Angelique saluant.
Je n'en dirai plus , ma mere.
Mad. Argante.
Je vous dispense des révérences ; dites-moi ce
que vous pensez.
Ce queje pense
Angelique.
Mad. Argante.
Oui , comment regardez-vous le mariage en
question ?
! Mais,
Angelique.
Mad. Argante.
Toujours des mais !
Am
2022 MERCURE DE FRANCE
Angelique.
Je vous demande pardon ; je n'y songeois pas ,
ma Mere , &c.
Toute cette Scene , qui est à peu près
sur le même ton, fait beaucoup de plaisir ,
tant de la part de l'Auteur , que de l'Actrice. La De Sylvia ne parle pas toujours
avec la même innocence dans le reste de
cette Piéce ; elle est très hardie quand elle
s'entretient avec Lisette , le Lecteur en
pourra aisément juger par ce commencement de Scene.
Lisette.
Eh bien? Mademoiselle , à quoi en êtes - vous ?
Angelique.
J'en suis à m'affliger , comme tu vois,
Lisette.
Qu'avez-vous dit à votre Mere !
Angelique.
Hé tout ce qu'elle a voulu.
4
Lisette.
Vous épouserez donc Monsieur Damis
Angelique.
Moi , l'épouser ! je t'assûre que non c'est
bien assez qu'il m'épouse.
Lisette,
SEPTEMBRE. 1732. 2023
>
Lisette.
Oui mais vous n'en serez pas moins sa femme.
sant "
Angelique.
Hé bien; ma Mere n'a qu'à l'aimer pour nous
deux ; car pour moi je n'aimerai jamais qu'Eraste , &c, c'est lui qui est aimable , qui est complai
et non pas ce Monsieur Damis , que ma
mere a été prendre je ne sçai où , qui feroit bien
mieux d'être mon grand pere , que mon mari ,
qui me glace quand il me parle , et qui m'appelle
toujours ma belle personne , comme si on s'embarassoit beaucoup d'être belle ou laide avec lui ;
au lieu que tout ce que me dit Eraste est si touchant ; on voit que c'est du fond du cœur qu'il parle ; et j'aimerois mieux être sa femme huit
jours , que de l'être toute ma vie de l'autre
&c.
On vient annoncer à Angelique qu'un
Laquais d'Eraste a une Lettre à lui rendrę
de la part de cet Amant si tendrement ai
mé ; elle marque un tendre empressement;
mais son activité éclate bien plus quand
elle voit Eraste même à ses pieds après la
lecture de sa Lettre , &c. Comme cet Extrait commence à devenir un peu trop
long pour une Piéce en un Acte , nous ne
parlerons plus que de ce qui concerne l'action théatrale.
Le faux Damis , pere de Léandre vient
pour
2024 MERCURE DE FRANCE
pour épouser Angelique ; il prie Mad.
Argante de lui permettre un moment
d'entretien avec sa future Epouse. C'est
dans cet entretien qu'Angelique lui avoüc.
avecsa naïveté ordinaire qu'elle ne l'aime,
pas ; il apprend même,qu'elle en aime un
autre , et à la faveur d'un rendez- vous
nocturne , il reconnoît cet Amant aimé
pour son fils. Cette nuit donne lieu à
beaucoup de méprises , qui finissent par
des lumieres que Madame Argante fait
apporter. Le pere se rendant justice , et
d'ailleurs attendri pour son fils , conseille
àMad. Argante de rendre ces deux Amans
heureux , elle y consent. On commence
une Fête que Damis avoit fait préparer
pour lui-même ; il consent qu'elle serve
pour le mariage de son fils avec Angelique ; Lisette est aussi récompensée pour
avoir contribué au mariage d'Eraste ;
Mad: Argante consent qu'elle épouse son
cher Frontin ; la Piéce finit par des Danses et des Divertissemens , dont la Musi
que , qui a été goûtée , est de M. Mouret : voici deux Couplets du Vaudeville
qui termine le Divertissement.
Si mes soins pouvoient t'engager
Me dit un jour le beau Sylvandre,
D'un air tendre
Que
SEPTEMBRE, 1732 2025
Que ferois-tu ? dis-je au Berger?
Il demeura comme un Idole ,
Et ne répondit pas un mot.
Le grand sot !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
L'autre jour à Nicole il prit ,
Une vapeur auprès de Blaise ,
Sur sa chaise :
La pauvre enfant s'évanouit ;
Blaise , pour secourir Nicole ,
Fut chercher du monde aussi- tôt ;
Le nigaut !
Il faut l'envoyer à l'Ecole,
La Dile Roland et le sieur Lelio ont
dansé dans ce Divertissement un Pas de
Deux, composé d'une Loure et d'un Tambourin , avec toute la justesse et la vivacité possible , et ont été généralement ap
plaudis ; cette nouvelle Danseuse est de
plus en plus goûtée du Public.
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Résumé : EXTRAIT de l'Ecole des Meres, Comédie en Prose, en un Acte, de M. de Marivaux, representée pour la premiere fois sur le Théatre Italien. le 26 Juillet 1732.
L'intrigue de 'L'École des Mères' de Marivaux se déroule dans l'appartement de Mme Argante, impliquant plusieurs personnages clés : Mme Argante, Angelique, sa fille, Lizette, la suivante d'Angelique, Eraste, l'amant d'Angelique déguisé en valet sous le nom de la Ramée, et Damis, le père d'Eraste également amoureux d'Angelique sous un faux nom. Frontin et Champagne, valets respectifs de Mme Argante et de Damis, jouent également des rôles importants. Eraste, déguisé, cherche à rencontrer Angelique avec l'aide de Lizette. Frontin découvre la supercherie et aide Eraste à organiser une entrevue. Eraste souhaite empêcher le mariage entre Angelique et Damis, qui se fait passer pour un homme plus jeune. Mme Argante arrive et prend Eraste pour un cousin, décidé de le garder à son service. Une conversation entre Mme Argante et Lizette révèle les réticences d'Angelique à épouser Damis en raison de son âge. Angelique exprime son amour pour Eraste et son refus d'épouser Damis. Damis, sous son faux nom, demande à rencontrer Angelique et découvre qu'elle aime Eraste. Lors d'un rendez-vous nocturne, il reconnaît Eraste comme son fils. Après des malentendus, Mme Argante accepte de rendre les deux amants heureux. La pièce se termine par une fête où Eraste et Angelique se marient, et Lizette épouse Frontin. La musique et les danses concluent la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9090
p. 2026-2033
EXTRAIT des Piéces représentées à l'Opéra Comique le 19 Août, elles sont de la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra Comique.
Début :
Le Théatre représente une Guinguette. Les Acteurs paroissent au fond [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Carolet, Symphonie extravagante, Danse, Prologue, Air
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Piéces représentées à l'Opéra Comique le 19 Août, elles sont de la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra Comique.
EXTRAIT des Piéces représentées à l'Opéra Comique le 19 Août , elles sont de
la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra
Comique.
LE
E Théatre représente une Guinguette. Les Acteurs paroissent au fond
du Théatre endormis sur les Tables , de
même que Colombine et l'Opéra Comique
personnifié. Ils se réveillent au bruit d'u
ne Symphonie extravagante. La premiere Scene est une Parodie du Prologue d'Amadis de Gaule. L'Opéra Comique , Colombine chantent ensemble.
Ah! j'entends un bruit qui nous presse
De nous rassembler tous ;
Le charme cesse ,
Eveillons-nous.
Esprits empressés à nous nuire ,
Vous , qui nous avez mis dans cet état af- freux ,
Votre soin pourroit nous réduire
A fermer désormais la porte de nos Jeux.
Que Momus annonce au Parterre ,
La fin de notre accablement i
Brûlez
SEPTEMBR E. 1732. 2027
Brillez Eclairs , grondez Tonnere ,
Sappez ce Cabaret jusques au fondement.
Le Tonnere tombe et réduit en poudre toute la Guinguette ; le Théatre' s'éclaire , les Danseurs se réjouissent à leur
réveil : la Folie arrive; la Sagesse qui sur
vient , prétend l'emporter sur elle , mais
on la chasse. Une jeune personne paroît
et se plaint a l'Opéra Comique qu'elle à
perdu la Sagesse en entrant à la Foire ;
cette Scene occasionne une morale plaisante ; la Folie la console de cette perte ,
et la reçoit Actrice. Ce Prologue finit par
une Danse de Fous et de Poctes , et par
un Vaudeville dont voici quelques Couplets.
Loin de nous l'Amant ennuyeux ,
Qui de grands mots remplit l'oreille ;
L'Amant badin réussit mieux ;›
Le sage endort , le fou réveille.
Dans l'époux tout est sérieux ,
Fut-il la plus rare merveille ;
Dans l'Amant tout est gracieux,
Le sage cadort , &c.
La Lanterne véridique , Piéce en un
Acte, est dans un goût métaphysique.
Le
7
2028 MERCURE DE FRANCE
Le Théâtre represente le Parnasse et
ses avenues ; Apollon est surpris d'y trouver Mercure , il lui déclare qu'il a résolu
de confondre les faux Sçavans et de
leur faire connoître la portée de leur génie. Il charge Mercure de leur ordonner
de se rendre au Parnasse. Mercure obéit
comme Messager des Dieux ; la Fortune
personifiée paroît , Apollon en est sur
pris , elle lui dit qu'elle ne vient au Parnasse que par hazard , puisque le Parnasse n'est point le lieu de sa résidence , elle
témoigne à Apollon son mépris pour la
Science. Diogene paroît ensuite avec sa
Lanterne , il l'offre à Apollon pour lui
aider à connoître à fond les génies subal
ternes dont il se plaint. Apollon la reçoit ;
Diogene fait une Scene comique , &c.
Mercure arrive , et dit à Apollon qu'il
a trouvé dans certains Caffés de Paris les
Sçavans en question . Apollon le charge
de donner audience pour lui , en lui remettant la Lanterne de Diogene , et après
lui en avoirappris les proprietez merveil
leuses.
Les faux Sçavans arrivent entr'autres
une jeune fille qui se croit Poëte , et qui
ne fait des Vers que parce qu'elle est
amoureuse. Un Auteur qui croit exceller
en tout , et qui n'est que plagiaire. Ceste Scene
SEPTEMBRE. 1732. 2029
Scene est parfaitement renduë par le
sieur Droin , habile Acteur. Un petit Maî
tre , soi- disant bel esprit , et qui n'est
qu'un fat. Une femme qui se pique de
posseder la Satyre , et qui n'est que médisante. Ensuite paroît le Suisse de la Troupe , qui croit en cette qualité avoir la
quintessence de l'esprit. Mercure , qui au
nom d'Apollon a confondu tous les faux
Sçavans , donne la Palme au Suisse ; il
trouvé en lui un bon sens naturel qui le
charme. La Scene du Suisse à été joüée
par le sieur Duperier avec applaudissement. L'Acte finit par un Divertissement
composé de Suisses et de François , et par
ún Vaudeville dans ces goûts- là , que le
Suisse dit être de sa composition : on en
va juger.
Le Suisse.
On blâme à tort notre façon ;
Nous ne suivons pas le caprice,
Un Suisse entend toujours raison ,
Puisque la raison est un Suisse.
1 Tel Plumet courtise un tendron
En vrai fat dans une coulisse ,
Qui souvent n'a pas le teston
our graisser la patte du Suisse.
G Si
2030 MERCURE DE FRANCE
Si Bacchus n'inspire Apollon,
Une Piéce est toujours trop grave,
Pour briller au sacré Vallon ,
Il faut descendre dans la cave,
On trouvera l'Airgravé de ce Vaudeville,
an bas de la Chanson.
Le Parterre merveilleux sert de Prologue
à l'Acte des petits Comédiens..
Le Théatre représente les Jardins d'un
Serrail; une jeune Esclaye ouvre la Scene ;
elle se plaint à sa Suivante de l'absence de
son Amant, qui est un Cavalier François;
l'Amant paroît ; le Bostangy qui écoute
leur conversation les effraye ; mais il les
rassûre , et déclare à la Suivante qu'il l'ai-,
me. Il offre à la jeune Esclave de favoriser
son évasion ; et pour lui prouver qu'il
peut même quelque chose de plus , il fait
sortir sur le champ de la terre six grands
Pots de fleurs , qui disparoissent aussi- tôt,'
et font voir à leur place six enfans qui représentent une Piece en Vers , intitulée
le Rival de lui-même dont voici le
sujet.
د
Orgon a une fille unique nommée Julie
promise à Eraste. Le mariage doit se conclure le jour même ; mais Orgon reçoit
une Lettre du pere d'Eraste , crû mor
depuis
SEPTEMBRE. 17 32. 2031
•
depuis très - long- tems. Orgon qui veut
éprouver l'amour d'Eraste pour sa fille
feint de vouloir changer de résolution ;
il montre cette Lettre à Eraste , qui y
celui de son voyant un autre nom que
pere , fulmine contre Orgon , lequel s'excuse sur un ancien engagement contracté
entre ce vieillard et lui au sujet de leurs
enfans. Eraste qui apprend par cette Lettre que Julie voit tous les jours le fils de
Pamphile , nom du prétendu vieillard signé dans la Lettre , et que Loüison , Suivante de Julie , conduit cette intrigue
déplore sa malheureuse situation ; Crispin,
son valet , se livre à l'exemple de son
Maître , à des excès de jalousie contre
Loüison. Julie et Loüison sont surprises
de se voir traiter d'infidéles par deux
Amans qu'elles aiment tendrement. Eraste qui a appris par Orgon que son prétendu rival doit arriver le soir même et épouser Julie , l'attend de picd ferme pour
l'immoler à sa rage ; au moment qu'il
menace,le pere , qui avoit pris le nom de
Pamphile au lieu de celui d'Orgon , paroît , embrasse son fils , lui conte l'artifice innocent dont il s'est servi pour le
surprendre , et lui assurer de gros biens
avec la possession de Julie. Crispin rassuré de son côté dit à son Maître qu'il doit
Gij 1 se
1631 MERCURE DE FRANCE
se tranquilliser , et qu'il n'a point d'autre
Rival que lui-même. La Piéce finit par
un Divertissement , aussi éxécuté par les
petits Comédiens qui ont representé la
Piéce d'une maniere à se faire applaudir,
Voici quelques Couplets.
Crispin.
Je suis petit Comédien ,
A mon jeu vous le voyez bien
Mais près de l'aimable Lutine ,
Dont l'œil fripon , me porte au cœur
Tirelironfa , tourelontontine ,
deviendrois un grand Acteur,
Fulie.
L'Amour est un Comédien
Qui nous façonne en moins d'un rien ;
Envain notre cœur se mutine ,
Contre cet aimable Vainqueur ;
Tirelironfa , tourelontontine ;
L'Amour en fait un grand Acteur,
Eraste.
L'Amour , à mes tendres desirs ,
Prépare les plus doux plaisirs ;
A présent rien ne me chagrine ,
Charmé du don de votre cœur ,
Tire
SEPTEMBRE. 1732; 2033
Tirelironfa , tourelontontine ;
Je promets d'être un grandActeur.
Loüison au Public.
Messieurs , je connois à vos yeux ,
Que d'ici vous sortez joyeux ;
Faites-nous toujours bonne mine.
Ah ! quel plaisir pour un Auteur ,
Tirelironfa , tourelontontine ,
Quand il entend claquer l'Acteur.
Le 5. le même Opéra Comique donna
la premiere Représentation d'une petite
Piéce en un Acte , avec des Divertissemens , qui a pour titre les Vandanges de
Champagne , qui a été goûtée.
la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra
Comique.
LE
E Théatre représente une Guinguette. Les Acteurs paroissent au fond
du Théatre endormis sur les Tables , de
même que Colombine et l'Opéra Comique
personnifié. Ils se réveillent au bruit d'u
ne Symphonie extravagante. La premiere Scene est une Parodie du Prologue d'Amadis de Gaule. L'Opéra Comique , Colombine chantent ensemble.
Ah! j'entends un bruit qui nous presse
De nous rassembler tous ;
Le charme cesse ,
Eveillons-nous.
Esprits empressés à nous nuire ,
Vous , qui nous avez mis dans cet état af- freux ,
Votre soin pourroit nous réduire
A fermer désormais la porte de nos Jeux.
Que Momus annonce au Parterre ,
La fin de notre accablement i
Brûlez
SEPTEMBR E. 1732. 2027
Brillez Eclairs , grondez Tonnere ,
Sappez ce Cabaret jusques au fondement.
Le Tonnere tombe et réduit en poudre toute la Guinguette ; le Théatre' s'éclaire , les Danseurs se réjouissent à leur
réveil : la Folie arrive; la Sagesse qui sur
vient , prétend l'emporter sur elle , mais
on la chasse. Une jeune personne paroît
et se plaint a l'Opéra Comique qu'elle à
perdu la Sagesse en entrant à la Foire ;
cette Scene occasionne une morale plaisante ; la Folie la console de cette perte ,
et la reçoit Actrice. Ce Prologue finit par
une Danse de Fous et de Poctes , et par
un Vaudeville dont voici quelques Couplets.
Loin de nous l'Amant ennuyeux ,
Qui de grands mots remplit l'oreille ;
L'Amant badin réussit mieux ;›
Le sage endort , le fou réveille.
Dans l'époux tout est sérieux ,
Fut-il la plus rare merveille ;
Dans l'Amant tout est gracieux,
Le sage cadort , &c.
La Lanterne véridique , Piéce en un
Acte, est dans un goût métaphysique.
Le
7
2028 MERCURE DE FRANCE
Le Théâtre represente le Parnasse et
ses avenues ; Apollon est surpris d'y trouver Mercure , il lui déclare qu'il a résolu
de confondre les faux Sçavans et de
leur faire connoître la portée de leur génie. Il charge Mercure de leur ordonner
de se rendre au Parnasse. Mercure obéit
comme Messager des Dieux ; la Fortune
personifiée paroît , Apollon en est sur
pris , elle lui dit qu'elle ne vient au Parnasse que par hazard , puisque le Parnasse n'est point le lieu de sa résidence , elle
témoigne à Apollon son mépris pour la
Science. Diogene paroît ensuite avec sa
Lanterne , il l'offre à Apollon pour lui
aider à connoître à fond les génies subal
ternes dont il se plaint. Apollon la reçoit ;
Diogene fait une Scene comique , &c.
Mercure arrive , et dit à Apollon qu'il
a trouvé dans certains Caffés de Paris les
Sçavans en question . Apollon le charge
de donner audience pour lui , en lui remettant la Lanterne de Diogene , et après
lui en avoirappris les proprietez merveil
leuses.
Les faux Sçavans arrivent entr'autres
une jeune fille qui se croit Poëte , et qui
ne fait des Vers que parce qu'elle est
amoureuse. Un Auteur qui croit exceller
en tout , et qui n'est que plagiaire. Ceste Scene
SEPTEMBRE. 1732. 2029
Scene est parfaitement renduë par le
sieur Droin , habile Acteur. Un petit Maî
tre , soi- disant bel esprit , et qui n'est
qu'un fat. Une femme qui se pique de
posseder la Satyre , et qui n'est que médisante. Ensuite paroît le Suisse de la Troupe , qui croit en cette qualité avoir la
quintessence de l'esprit. Mercure , qui au
nom d'Apollon a confondu tous les faux
Sçavans , donne la Palme au Suisse ; il
trouvé en lui un bon sens naturel qui le
charme. La Scene du Suisse à été joüée
par le sieur Duperier avec applaudissement. L'Acte finit par un Divertissement
composé de Suisses et de François , et par
ún Vaudeville dans ces goûts- là , que le
Suisse dit être de sa composition : on en
va juger.
Le Suisse.
On blâme à tort notre façon ;
Nous ne suivons pas le caprice,
Un Suisse entend toujours raison ,
Puisque la raison est un Suisse.
1 Tel Plumet courtise un tendron
En vrai fat dans une coulisse ,
Qui souvent n'a pas le teston
our graisser la patte du Suisse.
G Si
2030 MERCURE DE FRANCE
Si Bacchus n'inspire Apollon,
Une Piéce est toujours trop grave,
Pour briller au sacré Vallon ,
Il faut descendre dans la cave,
On trouvera l'Airgravé de ce Vaudeville,
an bas de la Chanson.
Le Parterre merveilleux sert de Prologue
à l'Acte des petits Comédiens..
Le Théatre représente les Jardins d'un
Serrail; une jeune Esclaye ouvre la Scene ;
elle se plaint à sa Suivante de l'absence de
son Amant, qui est un Cavalier François;
l'Amant paroît ; le Bostangy qui écoute
leur conversation les effraye ; mais il les
rassûre , et déclare à la Suivante qu'il l'ai-,
me. Il offre à la jeune Esclave de favoriser
son évasion ; et pour lui prouver qu'il
peut même quelque chose de plus , il fait
sortir sur le champ de la terre six grands
Pots de fleurs , qui disparoissent aussi- tôt,'
et font voir à leur place six enfans qui représentent une Piece en Vers , intitulée
le Rival de lui-même dont voici le
sujet.
د
Orgon a une fille unique nommée Julie
promise à Eraste. Le mariage doit se conclure le jour même ; mais Orgon reçoit
une Lettre du pere d'Eraste , crû mor
depuis
SEPTEMBRE. 17 32. 2031
•
depuis très - long- tems. Orgon qui veut
éprouver l'amour d'Eraste pour sa fille
feint de vouloir changer de résolution ;
il montre cette Lettre à Eraste , qui y
celui de son voyant un autre nom que
pere , fulmine contre Orgon , lequel s'excuse sur un ancien engagement contracté
entre ce vieillard et lui au sujet de leurs
enfans. Eraste qui apprend par cette Lettre que Julie voit tous les jours le fils de
Pamphile , nom du prétendu vieillard signé dans la Lettre , et que Loüison , Suivante de Julie , conduit cette intrigue
déplore sa malheureuse situation ; Crispin,
son valet , se livre à l'exemple de son
Maître , à des excès de jalousie contre
Loüison. Julie et Loüison sont surprises
de se voir traiter d'infidéles par deux
Amans qu'elles aiment tendrement. Eraste qui a appris par Orgon que son prétendu rival doit arriver le soir même et épouser Julie , l'attend de picd ferme pour
l'immoler à sa rage ; au moment qu'il
menace,le pere , qui avoit pris le nom de
Pamphile au lieu de celui d'Orgon , paroît , embrasse son fils , lui conte l'artifice innocent dont il s'est servi pour le
surprendre , et lui assurer de gros biens
avec la possession de Julie. Crispin rassuré de son côté dit à son Maître qu'il doit
Gij 1 se
1631 MERCURE DE FRANCE
se tranquilliser , et qu'il n'a point d'autre
Rival que lui-même. La Piéce finit par
un Divertissement , aussi éxécuté par les
petits Comédiens qui ont representé la
Piéce d'une maniere à se faire applaudir,
Voici quelques Couplets.
Crispin.
Je suis petit Comédien ,
A mon jeu vous le voyez bien
Mais près de l'aimable Lutine ,
Dont l'œil fripon , me porte au cœur
Tirelironfa , tourelontontine ,
deviendrois un grand Acteur,
Fulie.
L'Amour est un Comédien
Qui nous façonne en moins d'un rien ;
Envain notre cœur se mutine ,
Contre cet aimable Vainqueur ;
Tirelironfa , tourelontontine ;
L'Amour en fait un grand Acteur,
Eraste.
L'Amour , à mes tendres desirs ,
Prépare les plus doux plaisirs ;
A présent rien ne me chagrine ,
Charmé du don de votre cœur ,
Tire
SEPTEMBRE. 1732; 2033
Tirelironfa , tourelontontine ;
Je promets d'être un grandActeur.
Loüison au Public.
Messieurs , je connois à vos yeux ,
Que d'ici vous sortez joyeux ;
Faites-nous toujours bonne mine.
Ah ! quel plaisir pour un Auteur ,
Tirelironfa , tourelontontine ,
Quand il entend claquer l'Acteur.
Le 5. le même Opéra Comique donna
la premiere Représentation d'une petite
Piéce en un Acte , avec des Divertissemens , qui a pour titre les Vandanges de
Champagne , qui a été goûtée.
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Résumé : EXTRAIT des Piéces représentées à l'Opéra Comique le 19 Août, elles sont de la composition de M. Carolet. Le Prologue a pour titre le Réveil de l'Opéra Comique.
Le 19 août, l'Opéra Comique a présenté des pièces composées par M. Carolet. Le prologue, intitulé 'Le Réveil de l'Opéra Comique', se déroule dans une guinguette où les acteurs, Colombine et l'Opéra Comique personnifié, se réveillent au son d'une symphonie extravagante. La première scène est une parodie du prologue d'Amadis de Gaule, avec des chants et des dialogues entre l'Opéra Comique et Colombine. Une tempête détruit la guinguette, et la Folie apparaît, chassant la Sagesse. Une jeune personne se plaint d'avoir perdu la Sagesse à la foire, et la Folie la console en la recevant comme actrice. Le prologue se termine par une danse de fous et de poètes, et un vaudeville. La pièce 'La Lanterne véridique' se déroule au Parnasse, où Apollon, surpris par la présence de Mercure, lui demande de confondre les faux savants. La Fortune et Diogène apparaissent, offrant leur aide à Apollon. Mercure trouve les faux savants dans des cafés parisiens et les confond grâce à la lanterne de Diogène. Parmi les faux savants, on trouve une jeune fille amoureuse, un plagiaire, un fat, une médisante, et un Suisse. Mercure donne la palme au Suisse pour son bon sens naturel. La pièce se termine par un divertissement et un vaudeville. Le prologue 'Le Parterre merveilleux' représente les jardins d'un sérail. Une esclave se plaint de l'absence de son amant français, qui apparaît ensuite. Le bostangy, après les avoir rassurés, offre à l'esclave de favoriser son évasion et fait apparaître six enfants qui représentent une pièce en vers intitulée 'Le Rival de lui-même'. Cette pièce raconte l'histoire d'Orgon, de sa fille Julie, et d'Eraste, dont le père feint d'être mort pour tester l'amour d'Eraste. Après des malentendus et des révélations, la pièce se termine par un divertissement exécuté par les petits comédiens.
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9091
p. 2033-2034
« Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...] »
Début :
Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, La Parisienne, Dancourt, L'Indiscret, Voltaire, Montfleury
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...] »
Les Comédiens François ont remis au
Théatre la Parisienne , petite Comédie de
feu M. Dancourt , que le Public revoit
avec plaisir. Nous en avons parlé au mois
d'Août 1725. p. 1869. tems auquel on
l'a repris.
Ils ont aussi remis l'Indiscret , Comédie
de M. de Voltaire , dont nous avons donné l'Extrait dans le second Volume du
Mercure de Septembre 1725. p. 2276.
Le Lundi 15 de ce mois , les mêmes
Comédiens donnerent la premicre ReGiij pré
2034 MERCURE DE FRANCE
présentation de la Fausse Inconstance
Comédie en trois Actes , et en Vers
dont nous parlerons plus au long.
Ils vont donner la Sœur Ridicule , Comédie en quatre Actes , de Montfleury.
Il y a plus de 25 ans que cette Piéce n'a
été representée , on la connoissoit sous le
titre du Comédien Poëte , en quatre Actes
et un Prologue. A la place de ce Prologue qu'on a retranché , on donnera un
nouveau Prologue en Vers , dont les principaux Personnages sont la Ressource et
le Caprice personnifiez.
Théatre la Parisienne , petite Comédie de
feu M. Dancourt , que le Public revoit
avec plaisir. Nous en avons parlé au mois
d'Août 1725. p. 1869. tems auquel on
l'a repris.
Ils ont aussi remis l'Indiscret , Comédie
de M. de Voltaire , dont nous avons donné l'Extrait dans le second Volume du
Mercure de Septembre 1725. p. 2276.
Le Lundi 15 de ce mois , les mêmes
Comédiens donnerent la premicre ReGiij pré
2034 MERCURE DE FRANCE
présentation de la Fausse Inconstance
Comédie en trois Actes , et en Vers
dont nous parlerons plus au long.
Ils vont donner la Sœur Ridicule , Comédie en quatre Actes , de Montfleury.
Il y a plus de 25 ans que cette Piéce n'a
été representée , on la connoissoit sous le
titre du Comédien Poëte , en quatre Actes
et un Prologue. A la place de ce Prologue qu'on a retranché , on donnera un
nouveau Prologue en Vers , dont les principaux Personnages sont la Ressource et
le Caprice personnifiez.
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Résumé : « Les Comédiens François ont remis au Théatre la Parisienne, petite Comédie de [...] »
Les Comédiens François ont repris 'La Parisienne' de Dancourt et 'L'Indiscret' de Voltaire au Théâtre la Parisienne. Ils ont présenté 'La Fausse Inconstance' le 15 du mois et prévoient 'La Sœur Ridicule' de Montfleury, avec un nouveau prologue en vers.
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9092
p. 2034-2035
Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudi 11 de ce mois, l'Académie Royale de Musique remit au Théâtre Scylla, [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Ballet, Scylla, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Le Jeudi 11 de ce mois > l'Académie
Royale de Musique remit au Théatre Scylla , Tragédie representée dans sa nouveauté au mois de Septembre 1701. et reprise en Octobre 1720. Le Poëme et la
Musique sont de M. Duché et de M.Theobalde.Nous en donnerons l'Extrait en parlant de l'xécution. Nous ajoûterons seulement ici que cet Opéra est très bien remis , bien habillé et bien décoré. Un
morceau sur tout , cssentiel à caracteriser
le lieu de la Scene , a été trouvé admirable ; c'est la représentation du Tombeau
de Tiresie , d'une Architecture rustique ,
simple , noble et vraie. Les gens du meilleur goût n'y désirent rien pour le colo- ris
SEPTEMBRE. 1732. 2035
ris , pour la juste distribution des lumieres
et des ombres , pour le relief des différentesparties , et pour l'effet du tout ensemble.
,
Le Balet est très- bien composé par le
sieur Blondi , et très - varié. Les airs de
Violons y sont harmonieux , dansans
d'une très- grande beauté , et caracterisez
au mieux principalement la fameuse
Passacaille du second Acte , qui est un
morceau au- dessus de tout ce que nous
avons vû en ce genre. La Musique en général est fort goûtée et mérite de l'être ,
le Poëme ne l'est pas tant.
Royale de Musique remit au Théatre Scylla , Tragédie representée dans sa nouveauté au mois de Septembre 1701. et reprise en Octobre 1720. Le Poëme et la
Musique sont de M. Duché et de M.Theobalde.Nous en donnerons l'Extrait en parlant de l'xécution. Nous ajoûterons seulement ici que cet Opéra est très bien remis , bien habillé et bien décoré. Un
morceau sur tout , cssentiel à caracteriser
le lieu de la Scene , a été trouvé admirable ; c'est la représentation du Tombeau
de Tiresie , d'une Architecture rustique ,
simple , noble et vraie. Les gens du meilleur goût n'y désirent rien pour le colo- ris
SEPTEMBRE. 1732. 2035
ris , pour la juste distribution des lumieres
et des ombres , pour le relief des différentesparties , et pour l'effet du tout ensemble.
,
Le Balet est très- bien composé par le
sieur Blondi , et très - varié. Les airs de
Violons y sont harmonieux , dansans
d'une très- grande beauté , et caracterisez
au mieux principalement la fameuse
Passacaille du second Acte , qui est un
morceau au- dessus de tout ce que nous
avons vû en ce genre. La Musique en général est fort goûtée et mérite de l'être ,
le Poëme ne l'est pas tant.
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Résumé : Scylla, Tragédie en musique, [titre d'après la table]
Le 11 octobre 1732, l'Académie Royale de Musique a présenté la tragédie 'Scylla' au Théâtre. Cette œuvre, initialement créée en septembre 1701 et reprise en octobre 1720, est le fruit du poème de M. Duché et de la musique de M. Théobalde. La production est saluée pour sa mise en scène, ses costumes et ses décors. Le Tombeau de Tirésias est particulièrement remarqué pour son architecture rustique, simple, noble et vraie. Les experts apprécient la distribution des couleurs, des lumières et des ombres, ainsi que le relief et l'effet global. Le ballet, composé par le sieur Blondi, est varié et les airs de violons sont harmonieux et dansants. La passacaille du second acte est particulièrement remarquable. La musique est globalement très appréciée, bien que le poème le soit moins.
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9093
p. 2035
« On apprend d'Allemagne qu'on représenta à la Cour Impériale à Lintz, le 28. [...] »
Début :
On apprend d'Allemagne qu'on représenta à la Cour Impériale à Lintz, le 28. [...]
Mots clefs :
Asile de l'amour, Caldara, Allemagne, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : « On apprend d'Allemagne qu'on représenta à la Cour Impériale à Lintz, le 28. [...] »
On apprend d'Allemagne qu'on représenta à la Cour Impériale à Lintz , le 28. du mois dernier , à l'occasion de l'Anniversaire de la Naissance de l'Impératrice, un Opéra qui a pour titre l'Azile de l'Amour , de la composition du sieur Antoine Caldara , Sous- Maître de la Chapelle de Musique de l'Empereur.
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9094
p. 2036-2037
DE TURQUIE ET DE PERSE.
Début :
On a appris que toutes les Provinces de la Perse avoient envoyé des Députés à Ispahan [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Roi de Perse, Ispahan, Mer Caspienne
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texteReconnaissance textuelle : DE TURQUIE ET DE PERSE.
NOUVELLES ETRANGERES
DE TURQUIE ET DE PERSE.
O
Na appris que toutes les Provinces de la
Perse avoient envoyé des Députés à Ispa- han pour feliciter le Roi de Perse sur la résolution qu'il a prise de ne point éxécuter le dernier
Traité conclu avec le Grand Seigneur , et pour
l'assurer qu'elles lui fourniront tous les secours
nécessaires pour reprendre les Villes que la situa tion de ses affaires l'avoit obligé de ceder ; que
chaque Province lui avoit envoyé un état des
Troupes qu'elle pouvoit lui fournir , avec offre
de les payer et entretenir pendant deux ans ; que le Roi de Perse avoit actuellement une Armée de
soooo, hommes en Georgie ; une autre de
60000. hommes qui s'étoit emparée des passages
par lesquelles les Turcs sont entrés dans le Pays
pendant la guerre précédente ; et une troisiéme
avec laquelle le Roi de Perse faisoit le Siege d'Erivan. Cette Place n'est point prise comme le
bruit en a couru , mais on ne doute pas qu'elle
ne le soit bien- tôt , les vivres et les munitions de
guerre y manquant.
Les Lettres reçues depuis portent , que les
Troupes Persanes qui avoient leurs quartiers le
long de la Mer Caspienne , en étoient parties
pour se rendre en Armenie , que le Roi de Perse
avoit déja repris plusieurs petites Places de la
Georgie
SEPTEM BR E. 1732. 2037
Georgie qui avoient été cedées au 6. S. par le dernier Traité qu'une autre armée étoit en
marche vers Tauris , que la Ville de Bagdat
étoit bloquée , et qu'on attendoit un renfort de Isoon. hommes pour ouvrir la tranchée.
Les dernieres Lettres de Constantinople portent , que la maladie contagieuse continuoit de
faire de grands ravages , tant dans la Ville que
dans les environs ; qu'on recevoit très-souvent
de mauvaises nouvelles de Perse ; que le peuple
paroissoit toujours disposé à se soulever ; que le
Divan étoit divisé et ne prenoit aucune résolution
pour prévenir les maux dont l'Empire Ottoman
est menacé , que le Gr. Viz. ayant eu quelque
differend avec l'Aga des Janissaires , avoit obtenu
du G. S. sa déposition , dont les Troupes paroissoient mécontentes ; qu'on avoit eu des preuves
que le feu avoit été mis par des mal-intentionnés
aux maisons qui furent brûlées il y a quelque
tems près de l'Arsenal , et que le G. V. avoit fait
arrêter huit de ces Incendiaires , qui avec plusieurs autres séditieux avoient formé le dessein
de mettre le feu à dix ou douze endroits de la
Ville.
LET
DE TURQUIE ET DE PERSE.
O
Na appris que toutes les Provinces de la
Perse avoient envoyé des Députés à Ispa- han pour feliciter le Roi de Perse sur la résolution qu'il a prise de ne point éxécuter le dernier
Traité conclu avec le Grand Seigneur , et pour
l'assurer qu'elles lui fourniront tous les secours
nécessaires pour reprendre les Villes que la situa tion de ses affaires l'avoit obligé de ceder ; que
chaque Province lui avoit envoyé un état des
Troupes qu'elle pouvoit lui fournir , avec offre
de les payer et entretenir pendant deux ans ; que le Roi de Perse avoit actuellement une Armée de
soooo, hommes en Georgie ; une autre de
60000. hommes qui s'étoit emparée des passages
par lesquelles les Turcs sont entrés dans le Pays
pendant la guerre précédente ; et une troisiéme
avec laquelle le Roi de Perse faisoit le Siege d'Erivan. Cette Place n'est point prise comme le
bruit en a couru , mais on ne doute pas qu'elle
ne le soit bien- tôt , les vivres et les munitions de
guerre y manquant.
Les Lettres reçues depuis portent , que les
Troupes Persanes qui avoient leurs quartiers le
long de la Mer Caspienne , en étoient parties
pour se rendre en Armenie , que le Roi de Perse
avoit déja repris plusieurs petites Places de la
Georgie
SEPTEM BR E. 1732. 2037
Georgie qui avoient été cedées au 6. S. par le dernier Traité qu'une autre armée étoit en
marche vers Tauris , que la Ville de Bagdat
étoit bloquée , et qu'on attendoit un renfort de Isoon. hommes pour ouvrir la tranchée.
Les dernieres Lettres de Constantinople portent , que la maladie contagieuse continuoit de
faire de grands ravages , tant dans la Ville que
dans les environs ; qu'on recevoit très-souvent
de mauvaises nouvelles de Perse ; que le peuple
paroissoit toujours disposé à se soulever ; que le
Divan étoit divisé et ne prenoit aucune résolution
pour prévenir les maux dont l'Empire Ottoman
est menacé , que le Gr. Viz. ayant eu quelque
differend avec l'Aga des Janissaires , avoit obtenu
du G. S. sa déposition , dont les Troupes paroissoient mécontentes ; qu'on avoit eu des preuves
que le feu avoit été mis par des mal-intentionnés
aux maisons qui furent brûlées il y a quelque
tems près de l'Arsenal , et que le G. V. avoit fait
arrêter huit de ces Incendiaires , qui avec plusieurs autres séditieux avoient formé le dessein
de mettre le feu à dix ou douze endroits de la
Ville.
LET
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Résumé : DE TURQUIE ET DE PERSE.
En Turquie et en Perse, des délégués des provinces persanes se sont rendus à Ispahan pour féliciter le roi de Perse de sa décision de ne pas exécuter le dernier traité avec le sultan ottoman. Ils ont proposé de fournir des troupes et des ressources pour reprendre les villes cédées. Le roi de Perse dispose de trois armées : une de 50 000 hommes en Géorgie, une autre de 60 000 hommes contrôlant les passages utilisés par les Turcs, et une troisième assiégeant Erivan. Les troupes persanes avancent en Arménie et reprennent des places en Géorgie. Une autre armée marche vers Tauris, et Bagdad est bloquée en attendant des renforts. À Constantinople, une maladie contagieuse continue de faire des ravages, et le peuple est prêt à se soulever. Le Divan est divisé et ne prend aucune mesure pour prévenir les menaces pesant sur l'Empire ottoman. Le grand vizir a déposé l'Aga des Janissaires après un différend, mécontentant ainsi les troupes. Des incendiaires ont été arrêtés après avoir mis le feu à plusieurs maisons près de l'arsenal.
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9095
p. 2037-2045
LETTRE écrite de Constantinople le 12. Juillet 1732. Suite des affaires de Perse et de Turquie.
Début :
Précisément le même jour, Monsieur, c'est-à-dire, le huit du mois passé, que je vous [...]
Mots clefs :
Pacha , Constantinople, Perse, Turquie, Lettre, Sérasker
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople le 12. Juillet 1732. Suite des affaires de Perse et de Turquie.
LETTRE écrite de Constantinople le 12 .
Juillet 1732. Suite des affaires
de Perse et de Turquie.
Récisément le même jour , Monsieur , c'estPadise,etle du mois passé ,que je vous envoyai la Relation desConferences tenues àAmadan , au mois de Janvier dernier , entre les Plénipotentiaires de Perse et de Turquie , et dont le GV Résul-
2038 MERCURE DE FRANCE
Résultat servit de base au Traité de Paix qu'ils
signerent quelque- tems après , un Chokadar
d'Achmet , Pacha de Babilonne , arriva ici en
douze jours seulement , diligence extrême , qui
répondoit à l'importance des dépêches dont son
Maître l'avoit chargé , et par lesquelles ce Pacha
informoit la Porte , que Thamas Kouli- Khan
Eatemad- Doulet , ou premier Ministre du Roi
de Perse , après avoir remporté plusieurs victoires sur les Efghans ou Aghuans , qu'il avoit rencognez dans leurs Montagnes du Candahar, étoit
revenu en triomphe à Ispaham , qu'enflé de ses heureux succès , et se prévalant de ce qu'il a mis
en quelque façon Chah- Thamas sur le Trône de
ses Ancêtres , il avoit déclaré avec hauteur on arrivant , qu'il ne vouloit absolument point ratifier Traité honteux qu'on venoit de faire avec
les Turcs sans sa participation , prétendant qu'il
étoit en état d'en obtenir un plus honorable et
plus avantageux à la Perse , et qu'en conséquence ce Ministre lui avoit écrit , à lui Achmet , une
Lettre conçue à peu près en ces termes :
Vous qui êtes Pacha de Babilonné , nous vous
faisons sçavoir en premier lieu , que nous voulons
et prétendons être les maîtres d'aller en pleine liberté
et toutes les fois qu'il nous plaira , visiter les Tom- beaux de ⋆ l'Imam- Ali , de Gherbelai-Mahaladé,
de Mousa et d'Hussein. Secondement , que pour
faire nos pélerinages à ces faints Lieux avec la déAli , Gendre de Mahomet , Gherbelaï , fils de la fille de ce dernier ; Mousa et Hussein , fils
d'Ali , ont chacun leur Sépulture aux environs
de Babilonne , et tous ces Tombeaux font l'objet
de la plus profonde véneration des Persans.
cence
SEPTEMBRE. 1732. 2039
il tence , et les dispositions que notre Loi demande ,
faut auparavant que tous les Persans , qui ont été
pris dans la derniere guerre soient délivrez de leur
esclavage , et que comme le sang de nos autres freres, qui y ont peri fume encore , et crie vangeance
à leur Souverain , il faut aussi qu'il y en ait autant
de répandu des Sujets du G. S. que ceux-ci en ont
fait couler des Sujets du Roi de Perse. Nous sommes
bien-aises de vous faire part de nos sentimens , afin
que vous ne puissiez pas nous accuser de vous avoir
surpris,et que vous vous teniez sur vos gardes, Quant
à nous,nous nous préparons à aller bien- tôt à la tête de uotre Armée goûter la douceur de l'air que l'on respire dans les belles plaines de Bagdat , etfaire repaser nos Troupes fatiguées à l'ombre de ses murs.
A cette extraordinaire Lettre du premier Ministre de Perse , Achmet-Pacha en avoit joint
une autre de Baki- Pacha , Gouverneur de Kirman-cha , par laquelle ce dernier se plaignoit que contre la foi du Traité on avoit voulu le dépoüiller de son Gouvernement. Il faut sçavoir
pour entendre ceci , que depuis longues années ce Gouvernement est dans la famille de BakiPacha , et qu'à la sollicitation d'Achmet- Pacha
son Protecteur , on étoit convenu par un article
du dernier Traité de Paix , qu'il resteroit en place , quoiqu'il fut Turc et Sujet du G. S. et quoi
que Kirmancha rentrât sous la domination Per- mais que l'Edatemad- Donlet s'étant recrié
avec quelque raison contre cet article , dont l'exécution pourroit être pernicieuse à la Perse , et
ne voulant point garder de mesures avec les´
Turcs , avoit déposé de son autorité ce Gouver- neur , et lui avoit fait ordonner de remettre le
Commandement à un Persan qu'il envoyoit pour G vi
sane ,
le
2040 MERCURE DE FRANCE
le relever. Baki- Pacha écrivoit donc tout cela au
Seraskier- Achmet , et ajoûtoit , que non- seule- ment il avoit refusé l'entrée de la Ville au Successeur qu'on lui avoit envoyé , mais qu'il en
avoit fait fermer les portes , et qu'il étoit résolu
de s'y deffendre jusqu'à la derniere extrémité
avant que de ceder son poste à personne , que
d'ailleurs il pouvoit l'assurer qu'il y avoit plus
de 20000. hommes dans le Kirman , qui lui
étoient entierement dévoüez , et qu'il attendoit
ses ordres pour sçavoir de quelle maniere il devoit se comporter ; surquoi Acmet- Pacha lui *
avoit répondu , qu'il ne pouvoit lui en donner
aucun qu'il n'en eut reçû lui-même de la Porte
où il alloit mander tout ce qui se passoit.
La Porte aussi surprise qu'indignée des faux
prétextes et de l'air de fierté que prenoit ThamasKouli- Khan pour rompre une paix recente , que
les Persans avoient demandée , pour ainsi - dire à
genoux , et cela dans le tems qu'elle venoit de licencier une partie de ses Troupes , et de retirer
l'autre des Frontieres , la Porte , dis-je , se trouva comme elle se trouve encore dans un grand
embarras Cependant le Grand-Visir ayant convoqué pendant plusieurs jours des Assemblées
générales au Serrail pour décider sur le partî
qu'il y avoit à prendre dans une conjoncture si
délicate , et celui de la guerre ayant parû d'une
nécessité inévitable , l'opinion génerale fut de la
recommencer avec plus de . vigueur que jamais
et de ne la finir que pour la destruction des Persans , de la part desquels il ne falloit plus écouter aucune proposition.
On expédia en même- tems des Courriers à Topal- Osman , Pacha de Trebisonde , ci-devant Grand
>
SEPTEMBRE. 1732. 2041
Grand Vizir , et a d'autres Pachas pour leur
porter des ordres d'assembler à la hâte le plus
de Troupes qu'ils pourroient , et de passer en
toute diligence en Géorgie , afin de mettre à
couvert , s'il étoit possible , Ghendge , Tiflis
Erivan , &c. des entreprises du premier Minis- tre Persan ; et le G. S. donna le Commandement
de la nouvelle Armée à ce même Topal - Osman ,
comme le plus capable de faire tête à l'en- nemi.
En effet , tout le monde convient que le Sultan
ne pouvoit en cette occasion honorer personne
de sa confiance qui en fut plus digne que TopalOsman : outre que ce Pacha est d'une bravoure
et d'une expérience éprouvée par un grand nombre de campagnes et de belles actions , il doit
être animé de la plus terrible vangeance contre
les violateurs de la derniere paix , proprement
son ouvrage , et pour la conclusion de laquelle
on peut dire , qu'il s'étoit comme sacrifié luimême ; sans compter que , s'il y a jour à la renoüer , il sera encore plus propre que personne
à profiter des moyens que les circonstances pour- ront lui en offrir.
-La Porte appréhendant d'un autre côté , que
Thamas Kouli Khan ne tombe sur Bagdad avec
son Armée , que l'on dit être de 60000. hommes , et qu'il ne sempare de cette importante
Place , quoiqu'Achmet- Pacha ait mandé en s'y
renfermant , qu'il étoit en état de tenir trois
mois , des ordres ont été expédiez par tout l'Empire , pour envoyer à ce Gouverneur des secours
d'hommes et de munitions ; et afin de vaincre la
répugnance que les Soldats témoignent de retourner en Perse , on leur a augmenté à tous.
leur paye de quelques aspres.
Од
2042 MERCURE DE FRANCE
On ne peut pas encore sçavoir de quel succès
aura été suivi ce renouvellement de guerre ,
soit
pour les Turcs , soit pour les Persans ; mais un
bruit se répandit ici le même jour qu'on y
apprit la rupture de la paix , sçavoir que ChahThamas n'y avoit aucune part , ce bruit vient
de se confirmer par les dernieres dépêches
d'Achmet- Pacha , qu'un Tartare a remises à la Porte le 4. de ce mois.
Ce Seraskier en envoyant une Lettre que le
Roi de Perse lui avoit adressée pour le G. S.
mande que ce Prince lui en avoit aussi écrit une
par laquelle il l'assuroit qu'il étoit dans la ferme
intention d'éxécuter de sa part tous les articles
du Traité conclu depuis peu ; qu'il désavoüoit
en tout son premier Ministre , et que le regar- dant comme un Sajet qui s'étoit soustrait à l'obéissance de son Roi , il alloit non- seulement le
poursuivre , mais que dans l'incertitude , si le
sort favoriseroit ses armes , il prioit le G. S. de
se joindre à lui , pour employer leurs forces de
concert à réduire ce rebelle , et à faire rentrer
dans leur devoir les Troupes qu'il commande ;
ajoutant que l'histoire fournissoit assez d'éxemples que des Pachas avoient désolé l'Empire Ottoman par des révoltes contre leurs Empereurs que l'Eatemad- Doulet les imitoit aujourd'hui
mais qu'il esperoit que Sa Hautesse ayant égard à la malheureuse situation des affaires de Perse
maintiendroit dans son entier le dernier Traité
de Paix qu'ils avoient conclu ensemble par leurs
Plénipotentia.res respectifs , et duquel il protes- toit de nouveauqu'il ne vouloit s'écarter en rien.
Malgré ces belles assûrances , et quoique d'autres avis portent , qu'effectivement Thamas-
>
Koali
SEPTEMBRE. 1732 2043 Kouli-Khan enorgueilli d'avoir subjugué le Candahar , fait mourir Acheraf , et extermine jusqu'au dernier de la race de ce fameux usurpateur,
abusoit du crédit qu'il s'étoit acquis en Perse , et
donnoit lieu de soupçonner par son humeur al- tiere et ambitieuse , qu'il songeoit à usurper la
Couronne de son Maître ; inalgré tout cela , dis-je , la bonne-foi des Persans est si fort
décriée , que bien des gens pensent ici , que c'est
un nouvel artifice , et que ce Prince d'intelligence avec son premier Ministre et avec quelques
Puissances voisines , ne cherche qu'à amuser les
Turcs , au moins à ralentir l'activite des mouvemens qu'ils se donnent , afin d'avoir le tems de
reprendre sur eux les pays qu'il leur a cedez par
la derniere paix , avant qu'ils ayent assemblé des forces suffisantes pour s'y opposer , ou pour se
préparer des voyes de raccommodement avec la
Porte , supposé qu'il échoue dans ses desseins
en rejettant sur l'Eatemaddoullet toute l'iniquité
de l'infraction du Traité. Je passe sous silence
beaucoup d'autres raisonnemens qui se font ici
sur les causes de cette infraction , en attendanţ
que le tems nous en ait dévoilé le mistere.
Bekir- Pacha , qui étoit Gouverneur de Cutaya,
ayant été nommé Capitan - Pacha , arriva ici
le 13 du mois passé , et fut instalé dans cette dignité avec les cérémonies ordinaires , Marabou ·
son Prédécesseur fut renvoyé chez lui. Le lendemain , ce nouveau Général de la Mer , épousa une
Sultane , sœur du G. S. régnant , et veuve du
G. V. Numan. Pacha , de la Famille des Cuperlis.
Les nouveaux mariez furent un peu troublez la
premiere nuit de leurs nôces par un incendie qui
arriva au Fauxbourg de Cassum-Pacha , et qui étant
2041 MERCURE DE FRANCE
étant dans le voisinage de l'Arcenal , obligea le
Pacha-Bekir , à quitter la couche nuptiale pour
aller donner du secours ; mais sa présence , ni
celle du G. V. ni même le G. S. qui vint jus
qu'au bord de la Mer , ne pûrent empêcher que
le feu ne consummât en peu de tems une centaine de maisons ou de boutiques , dont la plupart
étoient à peine rebâties depuis l'embrasement qui
détruisit une partie de ce Fauxbourg l'année
passée.
La nuit du 19 au 16. il y eut encore un autre
incendie aux environs : le feu prit dans l'Arcenal
même , chez le Tersana-Emini , ou Intendant
de la Marine ; son vaste Palais fut réduit en cendres avec tous ses meubles ; les Archives ; les
Registres , et les autres papiers de la Marine
dont on ne pût rien sauver du tout encore ce fut un grand bonheur que l'air se trouva calme: pour peu qu'il eut fait de vent , il auroit été
presqu'impossible de garantir des flammes tour
P'Arsenal , et les Vaisseaux du G. S. qui sont auprès.
Quoique Marabou , Capitan-Pacha déposé ,
soit généralement reconnu pour un bon homme,
ces deux incendies arrivez coup sur coup , firent
soupçonner que pour se vanger de sa déposition ,
il étoit complice des incendiaires ; car on trouva,
dit on , des matieres combustibles en plusieurs
endroits , mais on n'a pû découvrir aucun incendiaire. Quoiqu'il en soit , la Porte l'avoit éxilé
à Lemnos , et il y fut embarqué pour cet effer
sur une Galere ; cependant ses amis ayant intercedé fortement pour lui , et prouvé son innocence, on le renvoya dans sa maison pour la seconde fois , au bout de huit ou dix jours.
La
SEPTEMBRE. 1732. 2045
La peste , qui a fait beaucoup de ravages en
Sirie cette année- ci , s'est manifestée à Constantinople depuis le commencement de ce mois ,
d'où elle s'est répanduë à Galata , à Pera , et dans
les autres Fauxbourgs , et s'il en faut juger par
la Saison où elle commence , il est à craindre
qu'elle ne fasse de terribles progrès. Je suis , &c.
L
P. V. D.
Juillet 1732. Suite des affaires
de Perse et de Turquie.
Récisément le même jour , Monsieur , c'estPadise,etle du mois passé ,que je vous envoyai la Relation desConferences tenues àAmadan , au mois de Janvier dernier , entre les Plénipotentiaires de Perse et de Turquie , et dont le GV Résul-
2038 MERCURE DE FRANCE
Résultat servit de base au Traité de Paix qu'ils
signerent quelque- tems après , un Chokadar
d'Achmet , Pacha de Babilonne , arriva ici en
douze jours seulement , diligence extrême , qui
répondoit à l'importance des dépêches dont son
Maître l'avoit chargé , et par lesquelles ce Pacha
informoit la Porte , que Thamas Kouli- Khan
Eatemad- Doulet , ou premier Ministre du Roi
de Perse , après avoir remporté plusieurs victoires sur les Efghans ou Aghuans , qu'il avoit rencognez dans leurs Montagnes du Candahar, étoit
revenu en triomphe à Ispaham , qu'enflé de ses heureux succès , et se prévalant de ce qu'il a mis
en quelque façon Chah- Thamas sur le Trône de
ses Ancêtres , il avoit déclaré avec hauteur on arrivant , qu'il ne vouloit absolument point ratifier Traité honteux qu'on venoit de faire avec
les Turcs sans sa participation , prétendant qu'il
étoit en état d'en obtenir un plus honorable et
plus avantageux à la Perse , et qu'en conséquence ce Ministre lui avoit écrit , à lui Achmet , une
Lettre conçue à peu près en ces termes :
Vous qui êtes Pacha de Babilonné , nous vous
faisons sçavoir en premier lieu , que nous voulons
et prétendons être les maîtres d'aller en pleine liberté
et toutes les fois qu'il nous plaira , visiter les Tom- beaux de ⋆ l'Imam- Ali , de Gherbelai-Mahaladé,
de Mousa et d'Hussein. Secondement , que pour
faire nos pélerinages à ces faints Lieux avec la déAli , Gendre de Mahomet , Gherbelaï , fils de la fille de ce dernier ; Mousa et Hussein , fils
d'Ali , ont chacun leur Sépulture aux environs
de Babilonne , et tous ces Tombeaux font l'objet
de la plus profonde véneration des Persans.
cence
SEPTEMBRE. 1732. 2039
il tence , et les dispositions que notre Loi demande ,
faut auparavant que tous les Persans , qui ont été
pris dans la derniere guerre soient délivrez de leur
esclavage , et que comme le sang de nos autres freres, qui y ont peri fume encore , et crie vangeance
à leur Souverain , il faut aussi qu'il y en ait autant
de répandu des Sujets du G. S. que ceux-ci en ont
fait couler des Sujets du Roi de Perse. Nous sommes
bien-aises de vous faire part de nos sentimens , afin
que vous ne puissiez pas nous accuser de vous avoir
surpris,et que vous vous teniez sur vos gardes, Quant
à nous,nous nous préparons à aller bien- tôt à la tête de uotre Armée goûter la douceur de l'air que l'on respire dans les belles plaines de Bagdat , etfaire repaser nos Troupes fatiguées à l'ombre de ses murs.
A cette extraordinaire Lettre du premier Ministre de Perse , Achmet-Pacha en avoit joint
une autre de Baki- Pacha , Gouverneur de Kirman-cha , par laquelle ce dernier se plaignoit que contre la foi du Traité on avoit voulu le dépoüiller de son Gouvernement. Il faut sçavoir
pour entendre ceci , que depuis longues années ce Gouvernement est dans la famille de BakiPacha , et qu'à la sollicitation d'Achmet- Pacha
son Protecteur , on étoit convenu par un article
du dernier Traité de Paix , qu'il resteroit en place , quoiqu'il fut Turc et Sujet du G. S. et quoi
que Kirmancha rentrât sous la domination Per- mais que l'Edatemad- Donlet s'étant recrié
avec quelque raison contre cet article , dont l'exécution pourroit être pernicieuse à la Perse , et
ne voulant point garder de mesures avec les´
Turcs , avoit déposé de son autorité ce Gouver- neur , et lui avoit fait ordonner de remettre le
Commandement à un Persan qu'il envoyoit pour G vi
sane ,
le
2040 MERCURE DE FRANCE
le relever. Baki- Pacha écrivoit donc tout cela au
Seraskier- Achmet , et ajoûtoit , que non- seule- ment il avoit refusé l'entrée de la Ville au Successeur qu'on lui avoit envoyé , mais qu'il en
avoit fait fermer les portes , et qu'il étoit résolu
de s'y deffendre jusqu'à la derniere extrémité
avant que de ceder son poste à personne , que
d'ailleurs il pouvoit l'assurer qu'il y avoit plus
de 20000. hommes dans le Kirman , qui lui
étoient entierement dévoüez , et qu'il attendoit
ses ordres pour sçavoir de quelle maniere il devoit se comporter ; surquoi Acmet- Pacha lui *
avoit répondu , qu'il ne pouvoit lui en donner
aucun qu'il n'en eut reçû lui-même de la Porte
où il alloit mander tout ce qui se passoit.
La Porte aussi surprise qu'indignée des faux
prétextes et de l'air de fierté que prenoit ThamasKouli- Khan pour rompre une paix recente , que
les Persans avoient demandée , pour ainsi - dire à
genoux , et cela dans le tems qu'elle venoit de licencier une partie de ses Troupes , et de retirer
l'autre des Frontieres , la Porte , dis-je , se trouva comme elle se trouve encore dans un grand
embarras Cependant le Grand-Visir ayant convoqué pendant plusieurs jours des Assemblées
générales au Serrail pour décider sur le partî
qu'il y avoit à prendre dans une conjoncture si
délicate , et celui de la guerre ayant parû d'une
nécessité inévitable , l'opinion génerale fut de la
recommencer avec plus de . vigueur que jamais
et de ne la finir que pour la destruction des Persans , de la part desquels il ne falloit plus écouter aucune proposition.
On expédia en même- tems des Courriers à Topal- Osman , Pacha de Trebisonde , ci-devant Grand
>
SEPTEMBRE. 1732. 2041
Grand Vizir , et a d'autres Pachas pour leur
porter des ordres d'assembler à la hâte le plus
de Troupes qu'ils pourroient , et de passer en
toute diligence en Géorgie , afin de mettre à
couvert , s'il étoit possible , Ghendge , Tiflis
Erivan , &c. des entreprises du premier Minis- tre Persan ; et le G. S. donna le Commandement
de la nouvelle Armée à ce même Topal - Osman ,
comme le plus capable de faire tête à l'en- nemi.
En effet , tout le monde convient que le Sultan
ne pouvoit en cette occasion honorer personne
de sa confiance qui en fut plus digne que TopalOsman : outre que ce Pacha est d'une bravoure
et d'une expérience éprouvée par un grand nombre de campagnes et de belles actions , il doit
être animé de la plus terrible vangeance contre
les violateurs de la derniere paix , proprement
son ouvrage , et pour la conclusion de laquelle
on peut dire , qu'il s'étoit comme sacrifié luimême ; sans compter que , s'il y a jour à la renoüer , il sera encore plus propre que personne
à profiter des moyens que les circonstances pour- ront lui en offrir.
-La Porte appréhendant d'un autre côté , que
Thamas Kouli Khan ne tombe sur Bagdad avec
son Armée , que l'on dit être de 60000. hommes , et qu'il ne sempare de cette importante
Place , quoiqu'Achmet- Pacha ait mandé en s'y
renfermant , qu'il étoit en état de tenir trois
mois , des ordres ont été expédiez par tout l'Empire , pour envoyer à ce Gouverneur des secours
d'hommes et de munitions ; et afin de vaincre la
répugnance que les Soldats témoignent de retourner en Perse , on leur a augmenté à tous.
leur paye de quelques aspres.
Од
2042 MERCURE DE FRANCE
On ne peut pas encore sçavoir de quel succès
aura été suivi ce renouvellement de guerre ,
soit
pour les Turcs , soit pour les Persans ; mais un
bruit se répandit ici le même jour qu'on y
apprit la rupture de la paix , sçavoir que ChahThamas n'y avoit aucune part , ce bruit vient
de se confirmer par les dernieres dépêches
d'Achmet- Pacha , qu'un Tartare a remises à la Porte le 4. de ce mois.
Ce Seraskier en envoyant une Lettre que le
Roi de Perse lui avoit adressée pour le G. S.
mande que ce Prince lui en avoit aussi écrit une
par laquelle il l'assuroit qu'il étoit dans la ferme
intention d'éxécuter de sa part tous les articles
du Traité conclu depuis peu ; qu'il désavoüoit
en tout son premier Ministre , et que le regar- dant comme un Sajet qui s'étoit soustrait à l'obéissance de son Roi , il alloit non- seulement le
poursuivre , mais que dans l'incertitude , si le
sort favoriseroit ses armes , il prioit le G. S. de
se joindre à lui , pour employer leurs forces de
concert à réduire ce rebelle , et à faire rentrer
dans leur devoir les Troupes qu'il commande ;
ajoutant que l'histoire fournissoit assez d'éxemples que des Pachas avoient désolé l'Empire Ottoman par des révoltes contre leurs Empereurs que l'Eatemad- Doulet les imitoit aujourd'hui
mais qu'il esperoit que Sa Hautesse ayant égard à la malheureuse situation des affaires de Perse
maintiendroit dans son entier le dernier Traité
de Paix qu'ils avoient conclu ensemble par leurs
Plénipotentia.res respectifs , et duquel il protes- toit de nouveauqu'il ne vouloit s'écarter en rien.
Malgré ces belles assûrances , et quoique d'autres avis portent , qu'effectivement Thamas-
>
Koali
SEPTEMBRE. 1732 2043 Kouli-Khan enorgueilli d'avoir subjugué le Candahar , fait mourir Acheraf , et extermine jusqu'au dernier de la race de ce fameux usurpateur,
abusoit du crédit qu'il s'étoit acquis en Perse , et
donnoit lieu de soupçonner par son humeur al- tiere et ambitieuse , qu'il songeoit à usurper la
Couronne de son Maître ; inalgré tout cela , dis-je , la bonne-foi des Persans est si fort
décriée , que bien des gens pensent ici , que c'est
un nouvel artifice , et que ce Prince d'intelligence avec son premier Ministre et avec quelques
Puissances voisines , ne cherche qu'à amuser les
Turcs , au moins à ralentir l'activite des mouvemens qu'ils se donnent , afin d'avoir le tems de
reprendre sur eux les pays qu'il leur a cedez par
la derniere paix , avant qu'ils ayent assemblé des forces suffisantes pour s'y opposer , ou pour se
préparer des voyes de raccommodement avec la
Porte , supposé qu'il échoue dans ses desseins
en rejettant sur l'Eatemaddoullet toute l'iniquité
de l'infraction du Traité. Je passe sous silence
beaucoup d'autres raisonnemens qui se font ici
sur les causes de cette infraction , en attendanţ
que le tems nous en ait dévoilé le mistere.
Bekir- Pacha , qui étoit Gouverneur de Cutaya,
ayant été nommé Capitan - Pacha , arriva ici
le 13 du mois passé , et fut instalé dans cette dignité avec les cérémonies ordinaires , Marabou ·
son Prédécesseur fut renvoyé chez lui. Le lendemain , ce nouveau Général de la Mer , épousa une
Sultane , sœur du G. S. régnant , et veuve du
G. V. Numan. Pacha , de la Famille des Cuperlis.
Les nouveaux mariez furent un peu troublez la
premiere nuit de leurs nôces par un incendie qui
arriva au Fauxbourg de Cassum-Pacha , et qui étant
2041 MERCURE DE FRANCE
étant dans le voisinage de l'Arcenal , obligea le
Pacha-Bekir , à quitter la couche nuptiale pour
aller donner du secours ; mais sa présence , ni
celle du G. V. ni même le G. S. qui vint jus
qu'au bord de la Mer , ne pûrent empêcher que
le feu ne consummât en peu de tems une centaine de maisons ou de boutiques , dont la plupart
étoient à peine rebâties depuis l'embrasement qui
détruisit une partie de ce Fauxbourg l'année
passée.
La nuit du 19 au 16. il y eut encore un autre
incendie aux environs : le feu prit dans l'Arcenal
même , chez le Tersana-Emini , ou Intendant
de la Marine ; son vaste Palais fut réduit en cendres avec tous ses meubles ; les Archives ; les
Registres , et les autres papiers de la Marine
dont on ne pût rien sauver du tout encore ce fut un grand bonheur que l'air se trouva calme: pour peu qu'il eut fait de vent , il auroit été
presqu'impossible de garantir des flammes tour
P'Arsenal , et les Vaisseaux du G. S. qui sont auprès.
Quoique Marabou , Capitan-Pacha déposé ,
soit généralement reconnu pour un bon homme,
ces deux incendies arrivez coup sur coup , firent
soupçonner que pour se vanger de sa déposition ,
il étoit complice des incendiaires ; car on trouva,
dit on , des matieres combustibles en plusieurs
endroits , mais on n'a pû découvrir aucun incendiaire. Quoiqu'il en soit , la Porte l'avoit éxilé
à Lemnos , et il y fut embarqué pour cet effer
sur une Galere ; cependant ses amis ayant intercedé fortement pour lui , et prouvé son innocence, on le renvoya dans sa maison pour la seconde fois , au bout de huit ou dix jours.
La
SEPTEMBRE. 1732. 2045
La peste , qui a fait beaucoup de ravages en
Sirie cette année- ci , s'est manifestée à Constantinople depuis le commencement de ce mois ,
d'où elle s'est répanduë à Galata , à Pera , et dans
les autres Fauxbourgs , et s'il en faut juger par
la Saison où elle commence , il est à craindre
qu'elle ne fasse de terribles progrès. Je suis , &c.
L
P. V. D.
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Résumé : LETTRE écrite de Constantinople le 12. Juillet 1732. Suite des affaires de Perse et de Turquie.
En juillet 1732, des tensions émergent entre la Perse et la Turquie. Le 12 juillet, un messager informe la Porte ottomane que Thamas Kouli Khan, premier ministre du roi de Perse, refuse de ratifier le traité de paix récemment signé avec les Turcs après avoir vaincu les Efghans. Il exige la liberté de visite des tombeaux sacrés des imams Ali, Gherbelai, Mousa et Hussein, la libération des Persans capturés, et des représailles pour les pertes subies. Parallèlement, Baki Pacha, gouverneur de Kirmancha, se plaint d'avoir été déposé malgré les accords de paix. La Porte ottomane, surprise et indignée, décide de reprendre les hostilités. Topal Osman est nommé commandant de la nouvelle armée pour défendre les territoires menacés. Des renforts sont envoyés à Bagdad pour contrer une éventuelle attaque perse. Cependant, des rumeurs circulent que le roi de Perse désavoue son ministre et souhaite maintenir le traité de paix, bien que la bonne foi des Persans soit mise en doute. Par ailleurs, Bekir Pacha est nommé Capitan Pacha et épouse une sultane. Deux incendies surviennent à Constantinople, mais les responsables ne sont pas identifiés. La peste, qui a ravagé la Syrie, apparaît à Constantinople et menace de se propager.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9096
p. 2045-2054
POLOGNE. / Du Camp de Villa-Nova. Suite du Journal.
Début :
Le bruit est commun à Warsovie, que les Maisons de Saxe et de Baviere avoient signé [...]
Mots clefs :
Pologne, Camp de Villanova, Mousquetaires, Armée, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE. / Du Camp de Villa-Nova. Suite du Journal.
POLOGNE.
E bruit est commun à Warsovie , que les
Maisons de Saxe et de Baviere avoient signé
depuis peu un nouveau Traité d'amitié pour la sûreté de leurs interêts communs.
Du Camp de Villa - Nova.
Suite du Journal.
'Armée n'ayant fait aucun mouvement le s
L'Armée, fain ufu 1 pairel'exercice
à la Cavalerie. Les grands Mousquetaires étant
venus se ranger au front du Centre de l'Armée
et la Cavalerie des 2 aîles s'étant mise en Bataille par Compagnie , à la tête de son Camp , alla
se joindre aux grands Mousquetaires par une
contre-marche , à droite et à gauche. Le Regiment de Nassau , qui formoit la gauche de Paîle
droite , prit la gauche de toute la Cavalerie , et
fut remplacé par 4 Escadrons détachez.
Tout étant en ordre, le Regimentaire en donna
le signal par 2 coups de Canon; sur quoi le Roy
en fit tirer un, qui donna le signal pour l'exercice de la Cavalerie , rangée par Compagnies.
Celles qui étoient impaires , ayant marché 100
pas en avant , la Cavalerie parut sur 2 lignes , et ! les
2016 MERCURE DE FRANCE
les Compagnies paires ayant passé dans les in
tervalles de la premiere Ligne , formerent la leur
110 pas devant celle- ci. Chaque Ligne ayant fait
3 fois ce mouvement , la 2 Ligne remplit au
3e mouvement ; les intervalles de la premiere , et
les Compagnies paires ayant fait demi- tour à
droite , sur le même terrain , formerent la premiere ligne en retournant vers le Camp.
Les Compagnies impaires firent le même demitour à droite , passant dans les intervalles de la
premiere Ligne ; en sorte que les deux Lignes
s'entrepasserent , comme elles avoient fait , en
venant vers le Pavillon , et à chaque fois qu'elfes s'arrêterent , elles firent demi - tour à droite
sur la Place, pour faire face au Pavillon du Roy, "
qui est scitué sur une Butte , dite des Lapins ; il
est occupé par S. M. depuis que ce Camp est formé.
Les Compagnies impaires de la 2e Ligne , ne passerent en retournant que 2 fois dans les Intervalles , afia de rester derricre les Compagnies
paires , qui alors formoient la premiere Ligne
laquelle ayant fait demi- tour à droite , rentra
dans le Pavillon ; et par ce dernier mouvement ,
la Cavalerie se retrouva sur une Ligne , comme
elle avoit été au commencement.
Les 8 Escadrons de la droite ayant ensuite fait
un mouvement à droite par Compagnies , & les
8 Escadrons de la gauche en ayant fait un autre
à gauche , ils marcherent quelques pas ; après
quoi la droite fit la conversion à gauche , et la
gauche à droite, pour venir en 2 colones vers le
Pavillon. Les grands Mousquetaires resterent à
leur place , et y furent dans l'inaction jusqu'au mouvement du centre. Les 2 Colones étant arrivées à une certaine distance , par une conversion
SEPTEMBRE. 1732. 2047
sion à droite et à gauche , formerent deux Lignes
qui se faisoient face et avoient le Flanc au Pavillon. Les Compagnies impaires de chaque Ligne ayant marché 80 pas en avant , chaque Ligne se partagea en 2 Lignes.
Les Trompettes ayant sonné la Charge , les 2
premieres Lignes marcheient l'une contre l'autres
elles s'entrepasserent dans les Intervalles , firent
demi tour à droite, se rechargerent une seconde
fois , et passerent dans les Intervalles des secondes I ignes, qui étoient déja en mouvement pour
se charger , et qui firent la même manœuvre
que ces premieres. Cette manoeuvre fut répétée
une seconde fois par l'une et l'autre Ligne. Les
secondes rentrerent ensuite dans les premieres ,
et par une conversion de chaque Ligne sur le
centre , elle se joignirent aux grands Mousque
taires , qui avoient marché en même temps en
avant ; en sorte que toute la Cavalerie se retrouva sur une même Ligne,faisant face au Pavillon.
·
Toute la Cavalerie , excepté les Mousquetaires qui resterent en place , ayant ensuite fait la
conversion à gauche par 4 Escadrons , où huit
Compagnies,forma 4 Lignes , qui marcherent en
avant , ayant le Pavillon à droite , qu'elles pas- serent, et ayant fait une conversion à droite elles
marcherent encore en avant jusqu'à une certaine
distance , où ces 4 Lignes ayant fait une autre
conversion à droite par Compagnies , formefent
4 Colones qui marcherent en avant , ayant le
Pavillon à gauche , et par une conversion par
Compagnie, formerent de nouveau 4 Lignes vis- à- vis du Pavillon. Les grands Mousquetaires
s'étoient avancez avant la marche des Colones
à une distance marquée pour se trouver au centre
des 4 Colones et des 4 Lignes.
Leg
2048 MERCURE DE FRANCE
Les 4 Lignes par un mouvement formerent un
Quarré, au Centre duquel étoient les Mousquetaires , et par une conversion à droite et à gau- che par Compagnie, les Troupes qui formoient le
Quarré se remirent en ordre pour le rompre , ce
qui se fit par une marche des Mousquetaires dans
Fenceinte. Ils furent suivis par le Regiment de Gog
tha, qui le fut du reste de la Cavalerie , et par plu
sieurs Marches en Coloñes faites dans l'enceinte ;
ils donnerent le temps au Quarté de se développer
et en sortirent pour passer devant le Pavillon.
Les Officiers saluerent le Roy et reconduisirent
leurs Troupes au Camp.
Le 8 , jour destiné pour l'exercice des Grenadiers , les deux Compagnies de Rutowki et ide
Promnitz, qui pendant tout l'exercice demeurerent unies , furent jointes à droite et à gauche
par les 8 Compagnies des deux Bataillons des
Grenadiers , et chaque Corps détacha ses Char
pentiers qui se rangerent à trois de hauteur , et formerent 4 Pelotons , 20 pas devant les Compagnies de Rutowki et de Promnitz.Les 10 Com,
pagnies de Grenadiers se rangerent sur 2 Lignes;
4 de ces Compagnies ; sçavoir , 3 des Cardes de
la Couronne , et une de celles de Lithuanie , s'ésant jointes à la droite et à la gauche de celles
de Rutowki et de Promnitz , firent la premiere
Ligne' ; et les 4 autres ; sçavoir , celles de Flemming, de Lublin , de Campenhausen et de Denhoff , formerent la seconde. Ce Corps étoit com mandé par le Major General le Prince de Czartoriski.
Au premier signal ordinaire , pour avertir le
Roy que tout étoit rangé , S. M. donna le sien
pour former la Phalange sur la droite. Les Charpentiers qui faisoient la pointe de la Phalange ,
ayant
SEPTEMBRE. 1732. 2049
Ayant marché en avant , les Compagnies de Rutowki et de Promnitz formerent la premiere
Ligne de la Phalange,celles de Lublin et de Campenhausen la seconde ; celles du second et du
troisiéme Bataillon des Gardes de la Couronne
la troisiéme , celles de Denhoff et de Flemining
la 4 , et celle du premier Bataillon des Gardes
de la Couronne avec celle des Gardes de Lithuanie la cinquième. La Phalange ainsi formée , elle
marcha dans cet ordre , vers le Pavillon , jusqu'à
une certaine distance,
Par un second signal , la Phalange se forma en
triangle par un demi-quart de conversion à gau- che et à droite des Corps qui la composoient, et
les Charpentiers passerent en même- temps à la
droite et à la gauche des Compagnies de Rutowki et de Promnitz qui marcherent en avant pour
prendre leur terrain. On fit ensuite le feu coulant
qui commença par l'Angle de la droite , et fut
répété par l'Angle de la gauche.
Par le troisiéme signal , les Troupes se remirent en Phalange , et chaque ligne fit une Salve
P'une après l'autre.
Au quatriéme signal , la Phalange se rompit
pour former 2 Lignes , ce qui s'exécuta ainsi.Les
4 Compagnies des Gardes marcherent en avant ,
et vinrent s'alligner avec celles de Rutowki et de
Promnitz , ce qui forma la premiere Ligne. Les
4 autres Compagnies marcherent aussi en avant
pour s'alligner avec les Charpentiers, ce qui forma la seconde Ligne ; et par une contre- imarche
à droite et à gauche , vers le Centre , les Compa
gnies qui formoient cette seconde Ligne, se trou- verent vis à- vis les Intervalles de la premiere, qui
cominença ensuite son feu par demi Compa
gnies , dont 2 rangs tirerent à la fois , ce qui se
Tépeta trois fois.
En
2050 MERCURE DE FRANCE
En même-temps que la premiere Ligne commençoit son feu , la seconde avança pas pas , et
ayant passé dans les Intervalles de la premiere
elle fit , 30 pas en avant , le même feu qu'avoit
fait la premiere Ligne ; celle- cy ayant repassé dans les Intervalles de la seconde Ligne , 30 pas
en avant , elle se prépara pour jetter les Grenanades , ce qui se fit par pelotons. Pendant cette
manœuvre , la seconde Ligue passa dans les Intervalles de la premiere , 20 pas en avant , et
jetta les Grenades de la même maniere.
Par le cinquiéme signal , les deux lignes formerent trois Brigades ; ce qui s'executa ainsi. La
Compagnie de la droite de la premiere Ligne
vint remplir l'Intervalle des deux Compagnies
de la droite de la seconde , ce qui forma la Brigade de la droite, La Compagnie de la droite de
la seconde ligne fit la même chose à l'égard de
la premiere , et forma ainsi la Brigade de la gauche ; ces 2 Brigades marcherent 40 pas en avant.
Les 2 autres Compagnies de la seconde ligne ,
joignirent la droite et la gauche de celles de Rutowki et de Promnitz , ce qui forma la Brigade
du Centre , qui passa dans l'Intervalle des deux
autres , 30 pas en avant , et les trois Brigades
s'étant mises sur une même ligne , toutes les
Compagnies jetterent en même-temps leurs Grenades , les Charpentiers s'étant placez à la droite
et à la gauche de ligne,
Au sixiéme signal , la ligne forma un zig-zag
à dix faces , avec un Drapeau sur chaque Angle.
Les Grenadiers ainsi rangez , firent le feu de
Haye , qui fut suivi d'une décharge generale ;
enfin les dix Compagnies s'étant remises sur une ligne par une conversion à droite par pelotons ,
se mirent en marche pour passer devant le Pavillon , et retourner au Camp.
LS
I
C
10
SEPTEMBRE. 1732. 2051
Le 9 , il n'y eut point de mouvement dans
l'Armée , et le 10 , jour destiné à l'exercice des
Piquiers,l'Infanterie ayant formé 9 Bataillons de
256 chacun , avec un Drapeau , un Officier de
P'Etat Major, 2 Capitaines , 6 Subalternes , 16
bas Officiers et 8 Tambours , chaque Bataillon se
rangea à la tête du Camp , en 8 pelotons , à 4 de
hauteur , de 32 hommes chacun. Les 2 Pelotons
du centre étoient de Piquiers. Ensuite chaque
Bataillon forma un Quarré plein , à 16 de hauteur et 16 de front , de sorte que les 64 Piquiers
formoient un Quarré dans le centre de celui du
Bataillon ,
par le
Les neuf Bataillons s'étant joints , se range,
rent à trois de hauteur et 8 de front ; ce qui forma un Quarré plein de 48 hommes de hauteur
et de 48 de front , chaque Bataillon ayant ses Piquiers au centre , et chaque file et chaque rang
étant à 3 pas de distance . Outre les Officiers
commandez à chaque Bataillon, il y avoit 4 Majors et 4 Ajudans. Les Majors se placerent aux
Angles du Quarré , qui étoit commandé
Major Ceneral Campenhausen.
Au signal donné du Quartier du Roy,le Quar
ré marcha dans cet ordre vers le Pavillon , jusqu'à une certaine distance , où le General Com- mandant ordonna les feux autour dn Quarré ,
qui se firent par les quatre premiers rangs , dont
le quatrième , qui s'étoit doublé dans le premier,
commença le feu ; s'étant retiré, il fut remplacé
par le troisiéme Rang; ensuite par le second , et puis par le premier ; ce qui se répeta trois fois
Après ce feu , le General fit occuper les 2 premiers Rangs autour du Quarré par les Piquiers
des coins et des faces des 8 Bataillons ; ce qui se
fir par une contre- marche de ceux- cy, et par unede
2052 MERCURE DE FRANCE
de ceux qui occuperent ces deux Rangs , et qui vinrent se ranger à la place des Piquiers. Le rèste de ces Piquiers , par une autre contre- marche
qui se fit en même-temps , formerent 2 Rangs
autour du Bataillon du Centre , celui cy gardant
ses Piquiers ne fit aucun mouvement.
Les Piquiers ainsi rangez , le General ordonna
le feu qui se fit par les 12 premiers Kangs , dont
doublerent dans les Rangs des Piquiers du tour
du Quarré , qui pendant les Salves , baisserent
tous leurs Piques , excepté ceux qui étoient dans
le centre ; ce feu se repeta 3 fois , et après le feu
des Rangs , on commanda la Salve generale de
tout le Quarré; ensuite on fit remettre les Piquiers
leur premiere place par les mêmes contie
marches qui la leur avoient fait quitter.
Par un second signal du Pavillon , le Quarré
se rompit en cette maniere ; Les 4 Bataillons des
coins ayant fait une contre- marche à droite et à
gauche , marcherent sur la ligne de la face qui
regardoit le Pavillon , et celle qui lui étoit op÷
posée , jusqu'à ce que leurs dernieres files fussent
3 pas hors du Quarre.
Au troisiéme signal , les deux Bataillons qui
étoient à droite et à gauche de celui du Centre ,
sortirent du Quarré par une contre - marche à
droite et à gauche , et marcherent jusqu'à ce que
leurs dernieers Files fussent 3 pas au delà des premieres Files des Bataillons des coins ; les 3 autres
Bataillons resterent en place , et après chaque
mouvement , les Bataillons faisoient face au Pavillon.
Au quatriéme signal , les 2 Bataillons des coins
qui faisoient face au Pavillon , ayant fait une
contre marche à droite et à gauche , marcherent
de nouveau sur la même ligne, jusqu'à ce que leurs
SEPTEMBRE. 1732. 2053
leurs dernieres Files fussent 3 pas au delà des 2
Bataillons , qui avoienr fait le dernier mouve ment.
Au cinquiéme signal , les 2 autres Bataillons
des Coins ayant marché en avant , jusqu'à ce
qu'ils fussent sur la ligne, qui faisoit face au Pa- villon , et le Batalllon du Centre , avec celui qui
étoit derriere , étant venu par une contre- marche se placer derriere les Intervalles de la droite
et de la gauche du Bataillon du Centre de la premiere ligne , en formerent une seconde avec les
deux autres Bataillons qui étoient demeurez cn
place.
Par un sixième signal , les 9 Bataillons se préparerent à se mettre à 8 de hauteur , ce qui se fit
ainsi : Les 4 Bataillons des aîles de la premiere
ligne , et les 4 qui formoient la seconde , gagne- rent , par une contre- marche à droite et à gauche,le terrain necessaire pour faire un plus grand
front , observant de garder toujours leurs trois
pas de distance ; après quoi , tous les Pelotons de
chaque Bataillon qui avoient doublé , se rangerent sur les Angles de leur Bataillon , et ceux de derriere ayant marché pour se joindre au Corps
dePiquiers, ils se trouverent à 8 de hauteur, ayant
ensuite doublé leurs rangs en avant , ils se trouverent à quatre de hauteur , les Officiers étant
à leurs places ordinaires. Au septiéme signal, les
4 Bataillons de la seconde ligne , ayant rempli
les Intervalles de la premiere , paiurent sur une
ligne, et le General ayant fait mettre les Piquiers
dans le quatrième rang , on commença les feux
qui finirent par une décharge geaerale ; les Piquiers présenterent leurs Piques pendant le feu.
Ces derniers étant ensuite rentrés dans le Centre,
toute la ligne fit la conversion à droite par PeloH tons
"
2054 MERCURE DE FRANCE
tons pour venir passer devant le Pavillon du
Roy, et s'enretourna au Camp , par la ligne da Centre.
E bruit est commun à Warsovie , que les
Maisons de Saxe et de Baviere avoient signé
depuis peu un nouveau Traité d'amitié pour la sûreté de leurs interêts communs.
Du Camp de Villa - Nova.
Suite du Journal.
'Armée n'ayant fait aucun mouvement le s
L'Armée, fain ufu 1 pairel'exercice
à la Cavalerie. Les grands Mousquetaires étant
venus se ranger au front du Centre de l'Armée
et la Cavalerie des 2 aîles s'étant mise en Bataille par Compagnie , à la tête de son Camp , alla
se joindre aux grands Mousquetaires par une
contre-marche , à droite et à gauche. Le Regiment de Nassau , qui formoit la gauche de Paîle
droite , prit la gauche de toute la Cavalerie , et
fut remplacé par 4 Escadrons détachez.
Tout étant en ordre, le Regimentaire en donna
le signal par 2 coups de Canon; sur quoi le Roy
en fit tirer un, qui donna le signal pour l'exercice de la Cavalerie , rangée par Compagnies.
Celles qui étoient impaires , ayant marché 100
pas en avant , la Cavalerie parut sur 2 lignes , et ! les
2016 MERCURE DE FRANCE
les Compagnies paires ayant passé dans les in
tervalles de la premiere Ligne , formerent la leur
110 pas devant celle- ci. Chaque Ligne ayant fait
3 fois ce mouvement , la 2 Ligne remplit au
3e mouvement ; les intervalles de la premiere , et
les Compagnies paires ayant fait demi- tour à
droite , sur le même terrain , formerent la premiere ligne en retournant vers le Camp.
Les Compagnies impaires firent le même demitour à droite , passant dans les intervalles de la
premiere Ligne ; en sorte que les deux Lignes
s'entrepasserent , comme elles avoient fait , en
venant vers le Pavillon , et à chaque fois qu'elfes s'arrêterent , elles firent demi - tour à droite
sur la Place, pour faire face au Pavillon du Roy, "
qui est scitué sur une Butte , dite des Lapins ; il
est occupé par S. M. depuis que ce Camp est formé.
Les Compagnies impaires de la 2e Ligne , ne passerent en retournant que 2 fois dans les Intervalles , afia de rester derricre les Compagnies
paires , qui alors formoient la premiere Ligne
laquelle ayant fait demi- tour à droite , rentra
dans le Pavillon ; et par ce dernier mouvement ,
la Cavalerie se retrouva sur une Ligne , comme
elle avoit été au commencement.
Les 8 Escadrons de la droite ayant ensuite fait
un mouvement à droite par Compagnies , & les
8 Escadrons de la gauche en ayant fait un autre
à gauche , ils marcherent quelques pas ; après
quoi la droite fit la conversion à gauche , et la
gauche à droite, pour venir en 2 colones vers le
Pavillon. Les grands Mousquetaires resterent à
leur place , et y furent dans l'inaction jusqu'au mouvement du centre. Les 2 Colones étant arrivées à une certaine distance , par une conversion
SEPTEMBRE. 1732. 2047
sion à droite et à gauche , formerent deux Lignes
qui se faisoient face et avoient le Flanc au Pavillon. Les Compagnies impaires de chaque Ligne ayant marché 80 pas en avant , chaque Ligne se partagea en 2 Lignes.
Les Trompettes ayant sonné la Charge , les 2
premieres Lignes marcheient l'une contre l'autres
elles s'entrepasserent dans les Intervalles , firent
demi tour à droite, se rechargerent une seconde
fois , et passerent dans les Intervalles des secondes I ignes, qui étoient déja en mouvement pour
se charger , et qui firent la même manœuvre
que ces premieres. Cette manoeuvre fut répétée
une seconde fois par l'une et l'autre Ligne. Les
secondes rentrerent ensuite dans les premieres ,
et par une conversion de chaque Ligne sur le
centre , elle se joignirent aux grands Mousque
taires , qui avoient marché en même temps en
avant ; en sorte que toute la Cavalerie se retrouva sur une même Ligne,faisant face au Pavillon.
·
Toute la Cavalerie , excepté les Mousquetaires qui resterent en place , ayant ensuite fait la
conversion à gauche par 4 Escadrons , où huit
Compagnies,forma 4 Lignes , qui marcherent en
avant , ayant le Pavillon à droite , qu'elles pas- serent, et ayant fait une conversion à droite elles
marcherent encore en avant jusqu'à une certaine
distance , où ces 4 Lignes ayant fait une autre
conversion à droite par Compagnies , formefent
4 Colones qui marcherent en avant , ayant le
Pavillon à gauche , et par une conversion par
Compagnie, formerent de nouveau 4 Lignes vis- à- vis du Pavillon. Les grands Mousquetaires
s'étoient avancez avant la marche des Colones
à une distance marquée pour se trouver au centre
des 4 Colones et des 4 Lignes.
Leg
2048 MERCURE DE FRANCE
Les 4 Lignes par un mouvement formerent un
Quarré, au Centre duquel étoient les Mousquetaires , et par une conversion à droite et à gau- che par Compagnie, les Troupes qui formoient le
Quarré se remirent en ordre pour le rompre , ce
qui se fit par une marche des Mousquetaires dans
Fenceinte. Ils furent suivis par le Regiment de Gog
tha, qui le fut du reste de la Cavalerie , et par plu
sieurs Marches en Coloñes faites dans l'enceinte ;
ils donnerent le temps au Quarté de se développer
et en sortirent pour passer devant le Pavillon.
Les Officiers saluerent le Roy et reconduisirent
leurs Troupes au Camp.
Le 8 , jour destiné pour l'exercice des Grenadiers , les deux Compagnies de Rutowki et ide
Promnitz, qui pendant tout l'exercice demeurerent unies , furent jointes à droite et à gauche
par les 8 Compagnies des deux Bataillons des
Grenadiers , et chaque Corps détacha ses Char
pentiers qui se rangerent à trois de hauteur , et formerent 4 Pelotons , 20 pas devant les Compagnies de Rutowki et de Promnitz.Les 10 Com,
pagnies de Grenadiers se rangerent sur 2 Lignes;
4 de ces Compagnies ; sçavoir , 3 des Cardes de
la Couronne , et une de celles de Lithuanie , s'ésant jointes à la droite et à la gauche de celles
de Rutowki et de Promnitz , firent la premiere
Ligne' ; et les 4 autres ; sçavoir , celles de Flemming, de Lublin , de Campenhausen et de Denhoff , formerent la seconde. Ce Corps étoit com mandé par le Major General le Prince de Czartoriski.
Au premier signal ordinaire , pour avertir le
Roy que tout étoit rangé , S. M. donna le sien
pour former la Phalange sur la droite. Les Charpentiers qui faisoient la pointe de la Phalange ,
ayant
SEPTEMBRE. 1732. 2049
Ayant marché en avant , les Compagnies de Rutowki et de Promnitz formerent la premiere
Ligne de la Phalange,celles de Lublin et de Campenhausen la seconde ; celles du second et du
troisiéme Bataillon des Gardes de la Couronne
la troisiéme , celles de Denhoff et de Flemining
la 4 , et celle du premier Bataillon des Gardes
de la Couronne avec celle des Gardes de Lithuanie la cinquième. La Phalange ainsi formée , elle
marcha dans cet ordre , vers le Pavillon , jusqu'à
une certaine distance,
Par un second signal , la Phalange se forma en
triangle par un demi-quart de conversion à gau- che et à droite des Corps qui la composoient, et
les Charpentiers passerent en même- temps à la
droite et à la gauche des Compagnies de Rutowki et de Promnitz qui marcherent en avant pour
prendre leur terrain. On fit ensuite le feu coulant
qui commença par l'Angle de la droite , et fut
répété par l'Angle de la gauche.
Par le troisiéme signal , les Troupes se remirent en Phalange , et chaque ligne fit une Salve
P'une après l'autre.
Au quatriéme signal , la Phalange se rompit
pour former 2 Lignes , ce qui s'exécuta ainsi.Les
4 Compagnies des Gardes marcherent en avant ,
et vinrent s'alligner avec celles de Rutowki et de
Promnitz , ce qui forma la premiere Ligne. Les
4 autres Compagnies marcherent aussi en avant
pour s'alligner avec les Charpentiers, ce qui forma la seconde Ligne ; et par une contre- imarche
à droite et à gauche , vers le Centre , les Compa
gnies qui formoient cette seconde Ligne, se trou- verent vis à- vis les Intervalles de la premiere, qui
cominença ensuite son feu par demi Compa
gnies , dont 2 rangs tirerent à la fois , ce qui se
Tépeta trois fois.
En
2050 MERCURE DE FRANCE
En même-temps que la premiere Ligne commençoit son feu , la seconde avança pas pas , et
ayant passé dans les Intervalles de la premiere
elle fit , 30 pas en avant , le même feu qu'avoit
fait la premiere Ligne ; celle- cy ayant repassé dans les Intervalles de la seconde Ligne , 30 pas
en avant , elle se prépara pour jetter les Grenanades , ce qui se fit par pelotons. Pendant cette
manœuvre , la seconde Ligue passa dans les Intervalles de la premiere , 20 pas en avant , et
jetta les Grenades de la même maniere.
Par le cinquiéme signal , les deux lignes formerent trois Brigades ; ce qui s'executa ainsi. La
Compagnie de la droite de la premiere Ligne
vint remplir l'Intervalle des deux Compagnies
de la droite de la seconde , ce qui forma la Brigade de la droite, La Compagnie de la droite de
la seconde ligne fit la même chose à l'égard de
la premiere , et forma ainsi la Brigade de la gauche ; ces 2 Brigades marcherent 40 pas en avant.
Les 2 autres Compagnies de la seconde ligne ,
joignirent la droite et la gauche de celles de Rutowki et de Promnitz , ce qui forma la Brigade
du Centre , qui passa dans l'Intervalle des deux
autres , 30 pas en avant , et les trois Brigades
s'étant mises sur une même ligne , toutes les
Compagnies jetterent en même-temps leurs Grenades , les Charpentiers s'étant placez à la droite
et à la gauche de ligne,
Au sixiéme signal , la ligne forma un zig-zag
à dix faces , avec un Drapeau sur chaque Angle.
Les Grenadiers ainsi rangez , firent le feu de
Haye , qui fut suivi d'une décharge generale ;
enfin les dix Compagnies s'étant remises sur une ligne par une conversion à droite par pelotons ,
se mirent en marche pour passer devant le Pavillon , et retourner au Camp.
LS
I
C
10
SEPTEMBRE. 1732. 2051
Le 9 , il n'y eut point de mouvement dans
l'Armée , et le 10 , jour destiné à l'exercice des
Piquiers,l'Infanterie ayant formé 9 Bataillons de
256 chacun , avec un Drapeau , un Officier de
P'Etat Major, 2 Capitaines , 6 Subalternes , 16
bas Officiers et 8 Tambours , chaque Bataillon se
rangea à la tête du Camp , en 8 pelotons , à 4 de
hauteur , de 32 hommes chacun. Les 2 Pelotons
du centre étoient de Piquiers. Ensuite chaque
Bataillon forma un Quarré plein , à 16 de hauteur et 16 de front , de sorte que les 64 Piquiers
formoient un Quarré dans le centre de celui du
Bataillon ,
par le
Les neuf Bataillons s'étant joints , se range,
rent à trois de hauteur et 8 de front ; ce qui forma un Quarré plein de 48 hommes de hauteur
et de 48 de front , chaque Bataillon ayant ses Piquiers au centre , et chaque file et chaque rang
étant à 3 pas de distance . Outre les Officiers
commandez à chaque Bataillon, il y avoit 4 Majors et 4 Ajudans. Les Majors se placerent aux
Angles du Quarré , qui étoit commandé
Major Ceneral Campenhausen.
Au signal donné du Quartier du Roy,le Quar
ré marcha dans cet ordre vers le Pavillon , jusqu'à une certaine distance , où le General Com- mandant ordonna les feux autour dn Quarré ,
qui se firent par les quatre premiers rangs , dont
le quatrième , qui s'étoit doublé dans le premier,
commença le feu ; s'étant retiré, il fut remplacé
par le troisiéme Rang; ensuite par le second , et puis par le premier ; ce qui se répeta trois fois
Après ce feu , le General fit occuper les 2 premiers Rangs autour du Quarré par les Piquiers
des coins et des faces des 8 Bataillons ; ce qui se
fir par une contre- marche de ceux- cy, et par unede
2052 MERCURE DE FRANCE
de ceux qui occuperent ces deux Rangs , et qui vinrent se ranger à la place des Piquiers. Le rèste de ces Piquiers , par une autre contre- marche
qui se fit en même-temps , formerent 2 Rangs
autour du Bataillon du Centre , celui cy gardant
ses Piquiers ne fit aucun mouvement.
Les Piquiers ainsi rangez , le General ordonna
le feu qui se fit par les 12 premiers Kangs , dont
doublerent dans les Rangs des Piquiers du tour
du Quarré , qui pendant les Salves , baisserent
tous leurs Piques , excepté ceux qui étoient dans
le centre ; ce feu se repeta 3 fois , et après le feu
des Rangs , on commanda la Salve generale de
tout le Quarré; ensuite on fit remettre les Piquiers
leur premiere place par les mêmes contie
marches qui la leur avoient fait quitter.
Par un second signal du Pavillon , le Quarré
se rompit en cette maniere ; Les 4 Bataillons des
coins ayant fait une contre- marche à droite et à
gauche , marcherent sur la ligne de la face qui
regardoit le Pavillon , et celle qui lui étoit op÷
posée , jusqu'à ce que leurs dernieres files fussent
3 pas hors du Quarre.
Au troisiéme signal , les deux Bataillons qui
étoient à droite et à gauche de celui du Centre ,
sortirent du Quarré par une contre - marche à
droite et à gauche , et marcherent jusqu'à ce que
leurs dernieers Files fussent 3 pas au delà des premieres Files des Bataillons des coins ; les 3 autres
Bataillons resterent en place , et après chaque
mouvement , les Bataillons faisoient face au Pavillon.
Au quatriéme signal , les 2 Bataillons des coins
qui faisoient face au Pavillon , ayant fait une
contre marche à droite et à gauche , marcherent
de nouveau sur la même ligne, jusqu'à ce que leurs
SEPTEMBRE. 1732. 2053
leurs dernieres Files fussent 3 pas au delà des 2
Bataillons , qui avoienr fait le dernier mouve ment.
Au cinquiéme signal , les 2 autres Bataillons
des Coins ayant marché en avant , jusqu'à ce
qu'ils fussent sur la ligne, qui faisoit face au Pa- villon , et le Batalllon du Centre , avec celui qui
étoit derriere , étant venu par une contre- marche se placer derriere les Intervalles de la droite
et de la gauche du Bataillon du Centre de la premiere ligne , en formerent une seconde avec les
deux autres Bataillons qui étoient demeurez cn
place.
Par un sixième signal , les 9 Bataillons se préparerent à se mettre à 8 de hauteur , ce qui se fit
ainsi : Les 4 Bataillons des aîles de la premiere
ligne , et les 4 qui formoient la seconde , gagne- rent , par une contre- marche à droite et à gauche,le terrain necessaire pour faire un plus grand
front , observant de garder toujours leurs trois
pas de distance ; après quoi , tous les Pelotons de
chaque Bataillon qui avoient doublé , se rangerent sur les Angles de leur Bataillon , et ceux de derriere ayant marché pour se joindre au Corps
dePiquiers, ils se trouverent à 8 de hauteur, ayant
ensuite doublé leurs rangs en avant , ils se trouverent à quatre de hauteur , les Officiers étant
à leurs places ordinaires. Au septiéme signal, les
4 Bataillons de la seconde ligne , ayant rempli
les Intervalles de la premiere , paiurent sur une
ligne, et le General ayant fait mettre les Piquiers
dans le quatrième rang , on commença les feux
qui finirent par une décharge geaerale ; les Piquiers présenterent leurs Piques pendant le feu.
Ces derniers étant ensuite rentrés dans le Centre,
toute la ligne fit la conversion à droite par PeloH tons
"
2054 MERCURE DE FRANCE
tons pour venir passer devant le Pavillon du
Roy, et s'enretourna au Camp , par la ligne da Centre.
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Résumé : POLOGNE. / Du Camp de Villa-Nova. Suite du Journal.
En septembre 1732, des événements militaires significatifs se déroulent en Pologne, notamment à Varsovie, où circulent des rumeurs concernant un nouveau traité d'amitié entre les Maisons de Saxe et de Bavière. L'armée, stationnée au camp de Villa Nova, effectue divers exercices militaires sous la supervision du roi. Les manœuvres impliquent plusieurs unités, dont la cavalerie dirigée par les grands Mousquetaires. La cavalerie exécute des formations en lignes et en colonnes, des charges simulées et des conversions. Les grenadiers, sous le commandement du Prince de Czartoryski, pratiquent des formations en phalange et en triangle, ainsi que des tirs de salve et des lancers de grenades. Les piquiers, organisés en bataillons, forment des carrés et exécutent des feux autour du carré. Les exercices sont minutieusement supervisés par le roi depuis un pavillon situé sur une butte. Les mouvements sont précis et coordonnés, avec des signaux donnés par le roi pour indiquer les changements de formation. Les manœuvres impliquent neuf bataillons. Initialement, deux bataillons avancent jusqu'à une ligne face au pavillon, tandis que deux autres effectuent une contre-marche pour se placer derrière les intervalles des bataillons de la première ligne, formant ainsi une seconde ligne. À un sixième signal, les neuf bataillons se préparent à former une ligne de huit de hauteur. Les bataillons des ailes de la première ligne et ceux de la seconde ligne gagnent du terrain par une contre-marche pour élargir le front tout en conservant une distance de trois pas. Les pelotons doublent ensuite leurs rangs, se rangeant sur les angles de leur bataillon, et se joignent aux piquiers pour atteindre une hauteur de huit. Après avoir doublé leurs rangs en avant, ils se trouvent à quatre de hauteur, avec les officiers à leurs places. Au septième signal, les quatre bataillons de la seconde ligne comblent les intervalles de la première ligne et se mettent en ligne. Les piquiers, placés dans le quatrième rang, présentent leurs piques pendant les feux, qui se terminent par une décharge générale. Les piquiers rentrent ensuite au centre, et toute la ligne effectue une conversion à droite par pelotons pour passer devant le pavillon du roi et retourne au camp par la ligne du centre.
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9097
p. 2054-2055
ALLEMAGNE.
Début :
On a appris de Ratisbonne, qu'on y avoit communiqué à la Dictature, une Lettre du [...]
Mots clefs :
Allemagne, Tempête, Forteresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Naappris de Ratisbonne , qu'on y avoit la Dictature,qu'e Lettredit communiqué à la Dictature , une Lettre du
Commandant de Kehl,par laquelle il donne avis,
que si on ne lui envoye incessamment une certaine somme pour achepter les Matériaux necessaires , et faire travailler aux Fortifications de la
Place , il ne falloit pas esperer de sauver cette
Forteresse , qui étoit sur le point d'être emportée par les eaux ; et qu'en attendant, il avoit résolu d'en sortir avec la Garnison , l'Artillerie, les
Vivres et les Munitions , pour se retirer à Offenbourg , et de ne laisser à Kehl qu'un Capitaine ,
avec cent Soldats , qu'on pourra toujours retirer
avec des Bâteaux.
Ces Lettres ajoutent que les Ministres des Prin
ces Protestans de l'Empire avoient reçu des au- mônes considérables de plusieurs endroits , pour
Jes Fugitifs du Diocèse de Saltzbourg , et qu'ils
en avoient fait remettre 3000 Florins à Meinmingen , 2000 à Ausbourg , 1000 à Ottingen ,
1000 à Norlingue, et 1500 à Kauf-Heure , pour leur être distribuez en passant.
On assure que les Etats d'Hongrie ont résolu d'accorder au Duc de Lorraine un don gratuit
de oo mille Florins par an , outre les sommes
fixées pour l'entretien de ce Prince , en qualité
de Viceroy de ce Royaume.
N
S
On mande de Milan, qu'en vertu d'un Brefdu
Pape, le Cardinal , Archevêque de cette Ville
avoit fait pnblier un Mandement qui ordonne à
fous les Prêtres de son Diocèse de réciter pen- danc
SEPTEMBRE. 1732 2055
ན
dant une année la Collecte pour obtenir du Ciel
un héritier mâle à la Maison d'Autriche. Cette
Collecte se rêcite actuellement dans toutes les
Eglises du Royaume de Naples et dans la plupart de celles de la Haute et de la Basse- Autriche.
Le 25 Aoust , on essuya à Hambourg une
Tempête terrible qui causa beaucoup de domma
ge , tant dans la Ville , qu'à la Campagne. Plusieurs Navires qui étoient à l'Ancre dans l'Elbe ,
firent naufrage , et entre autres un sur lequel il y
avoit 28 personnes qui furent toutes noyées.
Les dernieres Lettres du Duché de Meckelbourg
portent que les Commissaires subdélégués de la
Commission Impériale étoient dans la disposition de faire le Siége de Domitz , pour obliger
le Duc Charles Léopold , à se soumettre aux Decrets du Conseil Aulique , et qu'on n'attendoit
que le consentement du Roy de Prusse , pour
Commencer ce Siége
Naappris de Ratisbonne , qu'on y avoit la Dictature,qu'e Lettredit communiqué à la Dictature , une Lettre du
Commandant de Kehl,par laquelle il donne avis,
que si on ne lui envoye incessamment une certaine somme pour achepter les Matériaux necessaires , et faire travailler aux Fortifications de la
Place , il ne falloit pas esperer de sauver cette
Forteresse , qui étoit sur le point d'être emportée par les eaux ; et qu'en attendant, il avoit résolu d'en sortir avec la Garnison , l'Artillerie, les
Vivres et les Munitions , pour se retirer à Offenbourg , et de ne laisser à Kehl qu'un Capitaine ,
avec cent Soldats , qu'on pourra toujours retirer
avec des Bâteaux.
Ces Lettres ajoutent que les Ministres des Prin
ces Protestans de l'Empire avoient reçu des au- mônes considérables de plusieurs endroits , pour
Jes Fugitifs du Diocèse de Saltzbourg , et qu'ils
en avoient fait remettre 3000 Florins à Meinmingen , 2000 à Ausbourg , 1000 à Ottingen ,
1000 à Norlingue, et 1500 à Kauf-Heure , pour leur être distribuez en passant.
On assure que les Etats d'Hongrie ont résolu d'accorder au Duc de Lorraine un don gratuit
de oo mille Florins par an , outre les sommes
fixées pour l'entretien de ce Prince , en qualité
de Viceroy de ce Royaume.
N
S
On mande de Milan, qu'en vertu d'un Brefdu
Pape, le Cardinal , Archevêque de cette Ville
avoit fait pnblier un Mandement qui ordonne à
fous les Prêtres de son Diocèse de réciter pen- danc
SEPTEMBRE. 1732 2055
ན
dant une année la Collecte pour obtenir du Ciel
un héritier mâle à la Maison d'Autriche. Cette
Collecte se rêcite actuellement dans toutes les
Eglises du Royaume de Naples et dans la plupart de celles de la Haute et de la Basse- Autriche.
Le 25 Aoust , on essuya à Hambourg une
Tempête terrible qui causa beaucoup de domma
ge , tant dans la Ville , qu'à la Campagne. Plusieurs Navires qui étoient à l'Ancre dans l'Elbe ,
firent naufrage , et entre autres un sur lequel il y
avoit 28 personnes qui furent toutes noyées.
Les dernieres Lettres du Duché de Meckelbourg
portent que les Commissaires subdélégués de la
Commission Impériale étoient dans la disposition de faire le Siége de Domitz , pour obliger
le Duc Charles Léopold , à se soumettre aux Decrets du Conseil Aulique , et qu'on n'attendoit
que le consentement du Roy de Prusse , pour
Commencer ce Siége
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Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne, le commandant de Kehl alerte la dictature sur la nécessité d'envoyer des fonds pour renforcer les fortifications de Kehl, menacées par les eaux. Il prévoit de se retirer à Offenburg avec la garnison, l'artillerie, les vivres et les munitions, laissant un capitaine et cent soldats à Kehl. Les ministres des princes protestants de l'Empire ont reçu des aumônes pour les fugitifs du diocèse de Salzbourg, distribuées dans plusieurs villes. Les États d'Hongrie accordent au duc de Lorraine un don annuel de 60 000 florins, en plus des sommes pour son entretien en tant que vice-roi. À Milan, le cardinal-archevêque ordonne aux prêtres de réciter une collecte pour un héritier mâle à la maison d'Autriche, déjà en cours dans les églises du royaume de Naples et de l'Autriche. Le 25 août, une tempête à Hambourg a causé des dommages importants, entraînant le naufrage de plusieurs navires et la noyade de 28 personnes. Dans le duché de Mecklembourg, les commissaires de la Commission impériale se préparent à assiéger Domitz pour forcer le duc Charles Léopold à se soumettre aux décrets du Conseil Aulique, en attendant le consentement du roi de Prusse.
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9098
p. 2055-2057
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire secret que le Pape tint au Quirinal, le 12 du mois dernier, le Cardinal [...]
Mots clefs :
Italie, Cardinal, Pape
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Ans le Consistoire secret que le Pape tint
au Quirinal , le r2 du mois dernier, le Cardinal Otthoboni proposa l'Evêché d'Autun, pour l'Abbé de la Valette.
Le 13 du même mois , on tira le Canon du
Chateau S. Ange , par ordre du Pape , on sonna toutes les Cloches de la Ville , et le soir il y cut
des Feux et des Illuminations dans toutes les rues.
à l'occasion de la prise d'Oran , par l'Armée du
Roy d'Espagne.
Le15, Fête de l'Assomption , le Pape accompagné dans son Carosse des Cardinaux Banchieti , Secretaire d'Etat , et Corsini , neveu de S. S.
se rendit en Cortege à l'Eglise de fainte Marie Hij Ma
2056 MERCURE DE FRANCE
Majeure , où il tint Chapelle Pontificale, à laquel
le lesCardinaux fe trouverent au nombre de 29.La
Messe y fut célébrée par le Cardinal Pie de la Mirandole , Archiprêtre de cette Eglise. Après la
Messe on chania le Te Deum à plusieurs Choeurs
de Musique , pour rendre graces à Dieu de la
prise d'Oran sur les Infideles , et on fit une seconde décharge générale de l'Artillerie du Châ
teau S. Ange,
t
Le bruit court à Rome que pour dédommager
le Roy d'Espagne des grandes dépenses qu'il a
été obligé de faire pour l'Expedition d'Oran , le
Pape a promis de proroger pour 3 ans la levée
des Décimes Ecclesiastiques dans toute l'étenduë des Etats de S. M. Cat.
Le Cardinal Camerlingue a fait arrêter l'Anti
quaire Ficarone , auquel on croit qu'il veut faire
faire le Procès , pour avoir vendu plusieurs Mé- dailles et Statues antiques , sans le consentement
de ce Cardinal.
Le 24 Aoust , le Cardinal Coscia fut interrogé
pour la quatorziéme fois , et l'après midi , le
Prieur du Couvent de Sainte Praxede , où il est
logé , ayant demandé à lui parler , l'Officier qui
commande la Garde qu'on a mise auprès de ce
Cardinal , refusa de le laisser entrer dans son appartement. Cette Eminence subit le 26 un quinziéme interrogatoire , et un seizième et dix- sep
tiéme le 28 et 31 du mois dernier,
On a appris que le Roy de Sardaigne a fait
saisir les revenus de l'Abbaye de Ste Agathe en
Savoye , qui possedes Fiefs , qu'on a cru jusqu'à
present relever du S. Siege , et que ce Prince pré- tend relever de son Domaine.
On mande de la Marche d'Ancone, que les Villes d'Imola , de Forly et de Faenza , avoient été fore
SEPTEMBRE. 1732. 2057
fort incommodées pár trois secousses violentes
d'un tremblement de terre qu'on y ressentit la
nuit du 9 au 1 Aoust.
On apprend des côtes d'Italie que quelques Capitaines de Bâtimens Genois ayant appris en
Mer que sur une grosse Barque qui venoit de Smirme , il étoit mort 13 personnes en deux
jours ; le Magistrat de la Santé en a fait donner avis à tous les Gouverneurs des Places Maritimes
de la République , avec ordre de faire canoner
ce Bâtiment s'il se présentoit pour entrer dans leurs Ports.
On écrit de Gênes qu'il s'y est tenu trois
Conseils à l'occasion du Traité fait avec les Rebelles de l'ifle de Corse sous la garantie de l'Empereur ; et comme ce Traité paroît trop onéreux
à la République , on a dépêché un Courier à
Lintz pour proposer quelques changemens à
S. M. Imp. Le Général Wachtendonc a reçû ordre de rester à Gênes jusqu'à ce que cette affaire
soit entierement terminée , et qu'on ait rendu la
liberté aux quatre Chefs des Rebelles.
Ans le Consistoire secret que le Pape tint
au Quirinal , le r2 du mois dernier, le Cardinal Otthoboni proposa l'Evêché d'Autun, pour l'Abbé de la Valette.
Le 13 du même mois , on tira le Canon du
Chateau S. Ange , par ordre du Pape , on sonna toutes les Cloches de la Ville , et le soir il y cut
des Feux et des Illuminations dans toutes les rues.
à l'occasion de la prise d'Oran , par l'Armée du
Roy d'Espagne.
Le15, Fête de l'Assomption , le Pape accompagné dans son Carosse des Cardinaux Banchieti , Secretaire d'Etat , et Corsini , neveu de S. S.
se rendit en Cortege à l'Eglise de fainte Marie Hij Ma
2056 MERCURE DE FRANCE
Majeure , où il tint Chapelle Pontificale, à laquel
le lesCardinaux fe trouverent au nombre de 29.La
Messe y fut célébrée par le Cardinal Pie de la Mirandole , Archiprêtre de cette Eglise. Après la
Messe on chania le Te Deum à plusieurs Choeurs
de Musique , pour rendre graces à Dieu de la
prise d'Oran sur les Infideles , et on fit une seconde décharge générale de l'Artillerie du Châ
teau S. Ange,
t
Le bruit court à Rome que pour dédommager
le Roy d'Espagne des grandes dépenses qu'il a
été obligé de faire pour l'Expedition d'Oran , le
Pape a promis de proroger pour 3 ans la levée
des Décimes Ecclesiastiques dans toute l'étenduë des Etats de S. M. Cat.
Le Cardinal Camerlingue a fait arrêter l'Anti
quaire Ficarone , auquel on croit qu'il veut faire
faire le Procès , pour avoir vendu plusieurs Mé- dailles et Statues antiques , sans le consentement
de ce Cardinal.
Le 24 Aoust , le Cardinal Coscia fut interrogé
pour la quatorziéme fois , et l'après midi , le
Prieur du Couvent de Sainte Praxede , où il est
logé , ayant demandé à lui parler , l'Officier qui
commande la Garde qu'on a mise auprès de ce
Cardinal , refusa de le laisser entrer dans son appartement. Cette Eminence subit le 26 un quinziéme interrogatoire , et un seizième et dix- sep
tiéme le 28 et 31 du mois dernier,
On a appris que le Roy de Sardaigne a fait
saisir les revenus de l'Abbaye de Ste Agathe en
Savoye , qui possedes Fiefs , qu'on a cru jusqu'à
present relever du S. Siege , et que ce Prince pré- tend relever de son Domaine.
On mande de la Marche d'Ancone, que les Villes d'Imola , de Forly et de Faenza , avoient été fore
SEPTEMBRE. 1732. 2057
fort incommodées pár trois secousses violentes
d'un tremblement de terre qu'on y ressentit la
nuit du 9 au 1 Aoust.
On apprend des côtes d'Italie que quelques Capitaines de Bâtimens Genois ayant appris en
Mer que sur une grosse Barque qui venoit de Smirme , il étoit mort 13 personnes en deux
jours ; le Magistrat de la Santé en a fait donner avis à tous les Gouverneurs des Places Maritimes
de la République , avec ordre de faire canoner
ce Bâtiment s'il se présentoit pour entrer dans leurs Ports.
On écrit de Gênes qu'il s'y est tenu trois
Conseils à l'occasion du Traité fait avec les Rebelles de l'ifle de Corse sous la garantie de l'Empereur ; et comme ce Traité paroît trop onéreux
à la République , on a dépêché un Courier à
Lintz pour proposer quelques changemens à
S. M. Imp. Le Général Wachtendonc a reçû ordre de rester à Gênes jusqu'à ce que cette affaire
soit entierement terminée , et qu'on ait rendu la
liberté aux quatre Chefs des Rebelles.
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Résumé : ITALIE.
En Italie, le cardinal Otthoboni a proposé l'Évêché d'Autun à l'Abbé de la Valette lors d'un Consistoire secret au Quirinal le 2 du mois dernier. Le 13 du même mois, Rome a célébré la prise d'Oran par l'armée espagnole avec des tirs de canon, des sonneries de cloches et des illuminations. Le 15, à la fête de l'Assomption, le Pape a assisté à une chapelle pontificale à Sainte-Marie Majeure, où le cardinal Pie de la Mirandole a célébré la messe, suivie du chant du Te Deum et d'une décharge d'artillerie. Des rumeurs indiquent que le Pape pourrait proroger pour trois ans la levée des décimes ecclésiastiques pour compenser le roi d'Espagne. Le cardinal Camerlingue a arrêté l'antiquaire Ficarone pour vente illégale de médailles et statues antiques. Le cardinal Coscia a été interrogé à plusieurs reprises en août. Le roi de Sardaigne a saisi les revenus de l'abbaye de Sainte-Agathe en Savoie, invoquant la souveraineté sur les fiefs. Des tremblements de terre ont frappé Imola, Forlì et Faenza en août. Des mesures sanitaires ont été prises après des décès à bord d'une barque venant de Smyrne. À Gênes, des conseils ont discuté d'un traité avec les rebelles corses, jugé trop coûteux, et un courrier a été envoyé à l'empereur pour proposer des modifications.
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9099
p. 2057-2060
ESPAGNE.
Début :
Des Lettres d'Oran du 19 Août portent que le onziéme du même mois, les Maures au [...]
Mots clefs :
Espagne, Oran, Marquis de Santa Cruz
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DEs Lettres d'Oran du 19 Août portent que le onzième du même mois , les Maures au
nombre de seize mille , s'étoient présentez devant le Fort S. Philippe , l'un de ceux qui défendent et soutiennent la Ville : qu'ils y étoient venus avec tant d'impetuosité , qu'ils avoient fait
la descente du Fossé avant que le Commandant
de la Place pût mettre en deffense les cinquante
Espagnols qui sont dans ce Fort ; mais dès
qu'ils furent apperçus on chargea toute l'Artille Hij rie
2058 MERCURE DE FRANCE rie à cartouche : elle fut servie si à propos que
4500. Maures resterent étendus dans le Fossé..
Le reste qui fut extrêmement maltraité fut obligé de se retirer avec beaucoup de précipita
fion.
Les mêmes Lettres portent que le 18 du même mois le Marquis de Santa- Cruz , Gouverneur
et Capitaine Général de la Côte de Barbarie
étoit sorti de cette Place avec 500. Grenadiers
et 300. Dragons. Il étoit accompagné du Comte Mariani , Maréchal de Camp , et de Don
Philippe Ramirez , Brigadier. Ils poursuivirent
et mirent en fuïte un corps de Cavallerie Mauses de deux mille Chevaux , qui s'étoient approchez d'Oran. Les Espagnols n'ont perdu en tout.
que trois Chevaux , et quelques Soldats blessez.
M. Keene , Ministre Plénipotentiaire du Roi
d'Angleterre , ayant representé au Roi d'Espagne -
que la Garnison de Gibraltar ne pouvoit qu'avec de grandes difficultez tirer des provisions des
côtes voisines de cette Place , S. M. a donné or- dre aux Gouverneurs et Commandans des côtes.
de l'Andalousie et des Royaumes de Grenade et
de Murcie , de faire livrer à cette Garnison tous
les vivres et provisions dont elle pourra avoir
besoin , à condition qu'elle ne pourra les faire
transporter qu'avec des Passeports des Gouverneurs, et que ces provisions ne lui seront livrées
que dans les Ports oùil y a des Bureaux de Doüa- Re établis.
Les Lettres de Seville portent , que confor
mément aux intentions du Roi , le Comte de
Montemar avoit donné ordre au Marquis de
Villadarias qui étoit allé avec 7000. hommesfai
re le Siege de la petite Ville de Mazagran , de re- venir
SEPTEMBRE. 1732. 2099
venir au Camp avec ses Troupes , et que depuis
ce Général faisoit tous les préparatifs nécessaires ™
pour faire rembarquer toutes les Troupes du Roi,
à l'exception de 7 à 8000. hommes qui doivent
rester en Garnison à Orán et à Marzaquibir
pour la deffense de ces deux Places , dont le Roi
a donné le Gouvernement au Marquis de SantaCruz , ci-devant Plénipotentiaire d'Espagne auCongrès de Soissons.
S. M. a fait Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'Or , Don Joseph Patinho , son Ministre de la »
Marine , et le Comte de Montemar , Lieutenant
- Général de ses Armées.
On a reçû avis que le Comte de Montemar
étoit retourné à Alicante avec la Flotte d'Espa
gne , et qu'on avoit congedié tous les Bâtimens
de transport . On a appris depuis que ce Général
qui a commandé en chef l'Armée en Afrique ,
arriva à Seville le 18 du mois dernier , et qu'il
eut une Audience très- favorable du Roi et de la
Reine , et lui marquerent leur satisfaction sur
l'heureuse expédition d'Oran.
>
On augmente par ordre du Roi les Régimens d'Infanterie , de Cavalerie et de Dragons de
cinq hommes par Compagnie , et le bruit courtqu'on fera au Printems prochain un nouvel armement plus considérable que le dernier ; mais
on ne dit pas encore à quelle expédition il est destiné.
Le nommé Jacob , Ingénieur , et fils naturel
du Duc de Riperda , qu'on avoit arrêté il y a
quelque tems à Ceuta où il étoit allé pour lever
le plan de cette Place , et pour séduire quelques
Officiers de la Garnison , a eu la question à Seville , et on assure qu'il a déclaré des choses trèsimportantes.
Hiiij Less
vi
2060 MERCURE DE FRANCE
Les Lettres de Miquenez portent que le Roi
Muley- Abdallah avoit fait couper la tête à plu
sieurs Chefs de l'Armée des Noirs , qui depuis
les Victoires remportées sur les Arabes et autres
Sujets rebelles à ce Prince , étoient devenus si
insolens , qu'ils vouloient imposer des loix au
Roi même , et qu'ils refusoient d'obéïr à ses ordres ; que les Deputez de Sainte Croix avoient obtenu de ce Prince une diminution considerable des impositions exorbitantes qu'on faisoit
payer à cette Ville depuis la Guerre civile , et
qu'au commencement du mois de Juillet dernier , le Roi de Maroc avoit donné ordre au
Gouverneur de Tetuan d'assembler des Troupes
qu'on croyoit destinées à faire le Siege de Ceuta ;
qu'on publioit que ce Prince se mettroit à leur
tête , et que le Duc de Riperda auroit la direc
tion du Siege.
DEs Lettres d'Oran du 19 Août portent que le onzième du même mois , les Maures au
nombre de seize mille , s'étoient présentez devant le Fort S. Philippe , l'un de ceux qui défendent et soutiennent la Ville : qu'ils y étoient venus avec tant d'impetuosité , qu'ils avoient fait
la descente du Fossé avant que le Commandant
de la Place pût mettre en deffense les cinquante
Espagnols qui sont dans ce Fort ; mais dès
qu'ils furent apperçus on chargea toute l'Artille Hij rie
2058 MERCURE DE FRANCE rie à cartouche : elle fut servie si à propos que
4500. Maures resterent étendus dans le Fossé..
Le reste qui fut extrêmement maltraité fut obligé de se retirer avec beaucoup de précipita
fion.
Les mêmes Lettres portent que le 18 du même mois le Marquis de Santa- Cruz , Gouverneur
et Capitaine Général de la Côte de Barbarie
étoit sorti de cette Place avec 500. Grenadiers
et 300. Dragons. Il étoit accompagné du Comte Mariani , Maréchal de Camp , et de Don
Philippe Ramirez , Brigadier. Ils poursuivirent
et mirent en fuïte un corps de Cavallerie Mauses de deux mille Chevaux , qui s'étoient approchez d'Oran. Les Espagnols n'ont perdu en tout.
que trois Chevaux , et quelques Soldats blessez.
M. Keene , Ministre Plénipotentiaire du Roi
d'Angleterre , ayant representé au Roi d'Espagne -
que la Garnison de Gibraltar ne pouvoit qu'avec de grandes difficultez tirer des provisions des
côtes voisines de cette Place , S. M. a donné or- dre aux Gouverneurs et Commandans des côtes.
de l'Andalousie et des Royaumes de Grenade et
de Murcie , de faire livrer à cette Garnison tous
les vivres et provisions dont elle pourra avoir
besoin , à condition qu'elle ne pourra les faire
transporter qu'avec des Passeports des Gouverneurs, et que ces provisions ne lui seront livrées
que dans les Ports oùil y a des Bureaux de Doüa- Re établis.
Les Lettres de Seville portent , que confor
mément aux intentions du Roi , le Comte de
Montemar avoit donné ordre au Marquis de
Villadarias qui étoit allé avec 7000. hommesfai
re le Siege de la petite Ville de Mazagran , de re- venir
SEPTEMBRE. 1732. 2099
venir au Camp avec ses Troupes , et que depuis
ce Général faisoit tous les préparatifs nécessaires ™
pour faire rembarquer toutes les Troupes du Roi,
à l'exception de 7 à 8000. hommes qui doivent
rester en Garnison à Orán et à Marzaquibir
pour la deffense de ces deux Places , dont le Roi
a donné le Gouvernement au Marquis de SantaCruz , ci-devant Plénipotentiaire d'Espagne auCongrès de Soissons.
S. M. a fait Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'Or , Don Joseph Patinho , son Ministre de la »
Marine , et le Comte de Montemar , Lieutenant
- Général de ses Armées.
On a reçû avis que le Comte de Montemar
étoit retourné à Alicante avec la Flotte d'Espa
gne , et qu'on avoit congedié tous les Bâtimens
de transport . On a appris depuis que ce Général
qui a commandé en chef l'Armée en Afrique ,
arriva à Seville le 18 du mois dernier , et qu'il
eut une Audience très- favorable du Roi et de la
Reine , et lui marquerent leur satisfaction sur
l'heureuse expédition d'Oran.
>
On augmente par ordre du Roi les Régimens d'Infanterie , de Cavalerie et de Dragons de
cinq hommes par Compagnie , et le bruit courtqu'on fera au Printems prochain un nouvel armement plus considérable que le dernier ; mais
on ne dit pas encore à quelle expédition il est destiné.
Le nommé Jacob , Ingénieur , et fils naturel
du Duc de Riperda , qu'on avoit arrêté il y a
quelque tems à Ceuta où il étoit allé pour lever
le plan de cette Place , et pour séduire quelques
Officiers de la Garnison , a eu la question à Seville , et on assure qu'il a déclaré des choses trèsimportantes.
Hiiij Less
vi
2060 MERCURE DE FRANCE
Les Lettres de Miquenez portent que le Roi
Muley- Abdallah avoit fait couper la tête à plu
sieurs Chefs de l'Armée des Noirs , qui depuis
les Victoires remportées sur les Arabes et autres
Sujets rebelles à ce Prince , étoient devenus si
insolens , qu'ils vouloient imposer des loix au
Roi même , et qu'ils refusoient d'obéïr à ses ordres ; que les Deputez de Sainte Croix avoient obtenu de ce Prince une diminution considerable des impositions exorbitantes qu'on faisoit
payer à cette Ville depuis la Guerre civile , et
qu'au commencement du mois de Juillet dernier , le Roi de Maroc avoit donné ordre au
Gouverneur de Tetuan d'assembler des Troupes
qu'on croyoit destinées à faire le Siege de Ceuta ;
qu'on publioit que ce Prince se mettroit à leur
tête , et que le Duc de Riperda auroit la direc
tion du Siege.
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Résumé : ESPAGNE.
En août 1732, seize mille Maures lancèrent une attaque contre le Fort Saint-Philippe à Oran, mais furent repoussés par l'artillerie espagnole, subissant 4500 pertes. Le Marquis de Santa-Cruz, Gouverneur de la Côte de Barbarie, repoussa également un corps de cavalerie maure près d'Oran. Parallèlement, M. Keene, Ministre Plénipotentiaire du Roi d'Angleterre, sollicita l'aide du Roi d'Espagne pour ravitailler la garnison de Gibraltar, ce que le Roi accepta sous certaines conditions. Le Comte de Montemar, qui assiégeait Mazagran, fut rappelé pour organiser le rembarquement des troupes espagnoles, à l'exception de celles restant à Oran et Marzaquivir sous le commandement du Marquis de Santa-Cruz. Le Roi d'Espagne décerna l'Ordre de la Toison d'Or à Don Joseph Patinho et au Comte de Montemar. Ce dernier retourna à Alicante et obtint une audience favorable du Roi et de la Reine. Des rumeurs évoquaient un nouvel armement prévu pour le printemps. Jacob, ingénieur et fils naturel du Duc de Riperda, fut interrogé à Séville après son arrestation à Ceuta. Au Maroc, le Roi Muley-Abdallah exécuta des chefs rebelles et négocia une réduction des impôts pour Sainte-Croix. Des troupes furent rassemblées à Tetuan en vue d'un possible siège de Ceuta, dirigé par le Duc de Riperda.
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9100
p. 2060-2061
« Le 17 Juillet, la Reine se rendit vers les 10 heures du matin de Marly à [...] »
Début :
Le 17 Juillet, la Reine se rendit vers les 10 heures du matin de Marly à [...]
Mots clefs :
Roi, Concert, Musique
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texteReconnaissance textuelle : « Le 17 Juillet, la Reine se rendit vers les 10 heures du matin de Marly à [...] »
E 27 Juillet , la Reine se rendit vers
Lesto heures du matin de Marly à
la Maison Royale de S. Cyr: S. M. y donna le voile de Profession et le voile de Religion à deux Demoiselles de cette Maison et elle entendit le Sermon de l'Abbé de la Pause , Prédicateur ordinaire du
Roi.
,
Le
SEPTEMBRE. 17327 2061
Le 8 de ce mois , Fête de la Nativité de
la Sainte Vierge , le Roi revêtu du grand
Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la Chapelle du Château de Versailles , où S. M. entendit la Messe et com
munia par les mains de l'Abbé de Brancas , Aumônier du Roi en quartier. Pendant la Messe , l'Abbé de Vaureal , Evêque de Rennes , prêta Serment de fidelité
entre les mains de S. M. Il avoit été Sacré
le 24 Août dans l'Eglise Cathedrale de
Meaux , par le Cardinal de Bissy , assisté
des Evêques de Nantes et de Bayeux.
3
Le même jour il y eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries où
l'on chanta l'Exurgat Deus , Motet de
M. de la Lande , dont l'éxécution fit beaucoup de plaisir ; il fut suivi d'un autre
Motet nouveau à deux voix , chanté par
la De Petitpas , et par le sieur Ducros
de la Musique du Roi , qui futtrès-goûté,
et après plusieurs Piéces de simphonies ,
le Concert fut terminé par le Dominus regnavit
Lesto heures du matin de Marly à
la Maison Royale de S. Cyr: S. M. y donna le voile de Profession et le voile de Religion à deux Demoiselles de cette Maison et elle entendit le Sermon de l'Abbé de la Pause , Prédicateur ordinaire du
Roi.
,
Le
SEPTEMBRE. 17327 2061
Le 8 de ce mois , Fête de la Nativité de
la Sainte Vierge , le Roi revêtu du grand
Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la Chapelle du Château de Versailles , où S. M. entendit la Messe et com
munia par les mains de l'Abbé de Brancas , Aumônier du Roi en quartier. Pendant la Messe , l'Abbé de Vaureal , Evêque de Rennes , prêta Serment de fidelité
entre les mains de S. M. Il avoit été Sacré
le 24 Août dans l'Eglise Cathedrale de
Meaux , par le Cardinal de Bissy , assisté
des Evêques de Nantes et de Bayeux.
3
Le même jour il y eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries où
l'on chanta l'Exurgat Deus , Motet de
M. de la Lande , dont l'éxécution fit beaucoup de plaisir ; il fut suivi d'un autre
Motet nouveau à deux voix , chanté par
la De Petitpas , et par le sieur Ducros
de la Musique du Roi , qui futtrès-goûté,
et après plusieurs Piéces de simphonies ,
le Concert fut terminé par le Dominus regnavit
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Résumé : « Le 17 Juillet, la Reine se rendit vers les 10 heures du matin de Marly à [...] »
Le 27 juillet, la Reine se rendit à la Maison Royale de Saint-Cyr pour donner le voile de profession et de religion à deux demoiselles et écouter un sermon de l'Abbé de la Pause. Le 8 septembre 1732, à l'occasion de la fête de la Nativité de la Sainte Vierge, le Roi, portant le grand collier de l'Ordre du Saint-Esprit, assista à la messe au Château de Versailles. Il communia par les mains de l'Abbé de Brancas et reçut le serment de fidélité de l'Abbé de Vaureal, nouvellement sacré évêque de Rennes. Le même jour, un concert spirituel eut lieu au Château des Tuileries, incluant des motets de M. de la Lande et une interprétation de la demoiselle Petitpas et du sieur Ducros. Le concert se conclut par le « Dominus regnavit ».
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