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1
p. 163-182
Suite de la Séance publique de l'Académie de Chirurgie.
Début :
M. Pipelet fit la lecture d'une observation sur la cure d'une hernie ou descente [...]
Mots clefs :
Maladie, Malade, Urine, Urètre, Exostose, Pierres, Observations, Plaie, Incision, Tissu, Fistules, Tumeur, Opération, Académie royale de chirurgie
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texteReconnaissance textuelle : Suite de la Séance publique de l'Académie de Chirurgie.
CHIRURGIE.
Suite de la Séance publique de l'Académie
de Chirurgie.
M. Pipelet fit la lecture d'une obfervation
fur la cure d'une hernie ou deſcente
d'inteftins avec gangréne. La malade, âgée
de quarante - deux ans , fit en 1726 un
effort confidérable qui lui occafionna une
hernie crurale ; la tumeur devint en quinze
jours de tems du volume d'un oeuf de
poule , mais elle rentroit avec facilité. La
malade cacha fon état dont elle ne connoiffoit
pas le danger . Sa négligence donna
lieu à l'augmentation de la tumeur
qui fouffroit en 1738 un étranglement ,
avec tous les fymptomes qui l'accompa164
MERCURE DE FRANCE.
gnent , & les accidens qui en font les fuites
ordinaires . Les fecours que M. Pipelet
donna alors , fuivant les régles de l'art ,
difpenferent de l'opération . Il réduifit les
parties , & ordonna l'ufage continuel d'un
bandage pour les contenir. Au mois d'Ocbre
1740 l'hernie fe trouva étranglée de
nouveau. Les moyens les plus convénables
pour en procurer la réduction , ayant été
infructueux , la tenfion du ventre , la petiteffe
du poulx , & le vomiffement des
matieres ftercorales , exigeoient qu'on fit
promptement l'opération. M. Pipelet qui
n'étoit point encore membre du Collége
de Chirurgie , fit appeller en confultation
M. Guerin , & celui- ci fut choifi par les
perfonnes de qui la malade dépendoit , pour
faire l'opération . L'inteftin étoit gangréné .
L'épiploon & le fac herniaire étoient dans
une difpofition gangréneufe , & toutes ces
parties étoient confondues par des adhérences
intimes qu'il n'avoit pas été poffible
de détruire , quand on en auroit eu
l'intention . Auffi fe contenta -t- on de débrider
l'arcade crurale pour faire ceffer
l'étranglement , & mettre les parties à l'aife.
Il n'étoit ni poffible ni convenable d'en
faire la réduction. Le mauvais état de la
malade fit craindre pendant quelques jours
pour fa vie ; on la foutint par l'uſage
OCTOBRE. 1755 1657
d'une potion cordiale animée : enfin le
ventre fe relâcha , les efcarres gangréneufes
dont on avoit emporté une partie , fe
détâcherent , & l'onzième jour de l'opération
la portion d'inteftin qui faifoit l'ance
fous l'arcade crurale , fe détacha , elle
avoit environ cinq poulces de longueur.
Depuis ce moment , les matieres ftercorales
qui avoient coulé en partie par l'ouverture
de l'inteftin , & plus encore par le rectum ,
cefferent tout - à- coup de paffer par cette
derniere voie , & prirent abfolument leur
route par la plaie que M. Pipelet étoit
obligé de panfer dans le commencement
jufqu'à cinq & fix fois dans les vingt- quatre
heures. La plaie devint fimple , & au
bout de quatre mois fes parois furent rapprochées
au point de ne laiffer qu'une ouverture
large comme l'extrêmité du petit
doigt. Il y avoit tout lieu de préfumer
qu'après un fi long efpace de tems les matieres
fécales continueroient de fortir par
cet anus artificiel ; on ne pouvoit rien efpérer
ni prévoir de plus avantageux pour
la malade mais les chofes changerent fubitement
de face d'une maniere inopinée.
Cette femme qu'on avoit tenu à un régi
me affez févere , mangea indifcretement
des alimens qui lui donnerent la colique
& la fievre, M. Pipeler ayant jugé à pro166
MERCURE DE FRANCE.
pos de la purger avec un verre d'eau de
caffe & de manne , fut le témoin d'un
événement auffi fingulier qu'avantageux
pour la malade. Les matieres fécales , qui
depuis long- tems ne paffoient plus que par
la plaie , prirent dès ce jour leur route vers
le rectum , elles occafionnerent d'abord des
épreintes qui furent aifément calmées par
des lavemens adouciffans. On obferva ce
phénomène pendant quelques jours , l'indication
de travailler à la parfaite confolidation
de la plaie ne préfentoit plus aucun
inconvénient , & on y réuffit en douze
ou quinze jours. La malade qui a actuellement
foixante - onze ans , jouit depuis
quinze ans d'une bonne fanté. M. Pipelet
n'a eu pour le préfent d'autre objet
que de communiquer un fait auffi curieux
à l'Académie. Il remet à une autre occafion
les réflexions que la cure de cette ma->
ladie lui a fuggérées. Son attention à obferver
promet qu'elles feront judicieuſes
& utiles.
M. Houftet lut un mémoire fur les
exoftoſes bénignes des os cylindriques . On
entend par exoftofe une tuméfaction contre
nature , ou une excroiffance des os.
Cette maladie eft fouvent occafionnée par
le vice du fang. Le virus vénérien , le
OCTOBRE . 4755. 167
à
fcorbutique , le fcrophuleux , le cancereux
, font capables de gonfler les os dans
toute leur étendue , ou d'élever quelquesunes
de leurs parties au -deffus de la furface
naturelle. L'exoftole peut auffi être produite
par des cauſes extérieures. Un effort,
un coup , une chute , par lefquels le cours
de la lymphe & du fuc nourricier fera interrompu
dans le corps de l'os , & la fimple
contufion du périofte peuvent donner
lieu à l'extravafation des fucs qui occaſionnent
des protubérances capables d'accroiffement
au point de devenir monstrueuſes.
M. Houfter diftingue avec précifion les
différens ggeennrreess d'exoftofes
par rapport
leurs caufes , & les différentes efpeces que
chaque genre renferme. Les différences
accidentelles des exoftofes , ou ce qui en
conftitue l'efpece particuliere , fe tire de
la diverſe modification contre nature du
tiffu de l'os. Quand les fucs offeux s'amaffent
dans la grande cavité intérieure des
os cylindriques , ils étendent la fubftance
offeufe qui en forme les parois , lefquelles
diviennent minces , à proportion de
l'extenfion qu'elles ont fouffert. Ces fortes
d'exoftofes font fufceptibles d'acquerir un
volume confidérable , leur intérieur eft
toujours rempli des fucs épanchés , & on .
obferve communément qu'elles font bor168
MERCURE DE FRANCE
nées à une certaine étendue de l'os. Le
refte du canal qui n'a point de part à la
maladie conferve l'état naturel . M. Houftet
rapporte au fujet de cette efpece d'exoftofes
plufieurs obfervations particulieres
qu'il compare à celles que nous ont fourni
les grands maîtres. Ces faits rapprochés
fervent à déterminer ce premier caractere
d'exoftofe.
Quand l'engorgement des fucs fe fait
entre les lames qui compofent la fubſtance
de l'os , elle fe gonfle : de compacte.
qu'elle étoit naturellement , elle devient
fpongieufe & cellulaire . M. Houftet a
trouvé ces cellules remplies de fucs blancs
médiocrement épais . Lorfque ces fucs ne
font point viciés , & qu'ils ne contractent
aucune altération acrimonieufe dans le
tiffu de l'os qu'ils diftendent , ils peuvent
paffer de l'état de fluidité à celui d'une induration
parfaite. C'eft précisément le cas
de ce tibia fans cavité que Ruifck avoit
rangé parmi fes curiofités anatomiques ,
& dont il fit fabriquer des manches de
couteaux & de fourchettes. M. Houftet ,
dont les obfervations fur la formation de
ces fortes de tumeurs font très-fuivies , remarque
que des circonstances accidentel--
les peuvent changer la terminaiſon de ces :
exoftofes ; car leur folidité vient de l'endurciffement
OCTOBRE. 1755. 169
durciffement des fucs qui s'épanchoient
peu-à-peu , & par une efpece de fuintement
entre les lames offeufes. Un épanchement
plus copieux , le mêlange d'autres
liqueurs avec le fuc nourricier , une nouvelle
caufe d'épanchement , telle qu'un
coup , une chute , &c. qui raffembleroit
de nouveaux fucs encore fluides avec des
fucs durcis & épanchés depuis long-tems
feroit prendre à cette maladie une terminaifon
différente .
Enfin il y a des exoftofes qui n'affectent
que l'extérieur de l'os ; elles font produires
par l'épaiffiffement du périofte tumefié ,
ou par les fucs nourriciers qui fe répandent
fur la furface de l'os. Elles font ordinairement
d'un volume médiocre , & leur
maffe eft folide. M. Houftet a fait connoî.
tre une nouvelle efpece d'exoftofes différentes
de toutes celles dont on avoit parlé
jufqu'à préfent , en ce qu'elle eft d'un volume
confidérable & creufe , appliquée
feulement fur le corps de l'os qui étoit à
peu de choſe près dans l'état naturel , &
repréfentant en quelque forte un crâne
vuide qui feroit appliqué par fa baſe ſur
le cylindre de l'os. La defcription de toutes
les particularités de cette exoftofe finguliere
feroit déplacée dans un extrait.
M. Houftet l'a fait d'une maniere fa-
'H
170 MERCURE DE FRANCE.
tisfaifante, & la démonſtration des parties
n'a rien laillé à defirer fur ce cas. L'exofto .
fe dont il s'agit étoit à la cuiffe . M. Houftet
donnoit fes foins à la perfonne qui en
étoit attaquée. C'étoit M. le Chevalier
de... Le commencement & le progrès de
la tumeur , les différens remedes qui furent
adminiftrés , tant par les perfonnes
de l'art que par des empiriques , & furtout
la différence des opinions qu'on a
eues fur cette maladie , rendent fort intéreffante
la relation que l'auteur en a
donné . L'examen judicieux des fignes qui
caractérisent les maladies avec lefquelles
on auroit pû confondre celle- ci , feront
des régles pour éviter de pareilles méprifes
. M. Houftet établiffant d'après plufieurs
obfervations de nouveaux fignes capables .
de fe conduire furement en pareil cas dans
la pratique , cette doctrine fera , dit- il , le
fruit des travaux de l'Académie , fi le
goût de la bonne obfervation , & l'efprit
d'émulation , & de recherche continuent
d'y fubfifter. M. Houftet a l'avantage de
donner en même tems le confeil &
l'exemple.
M. Ruffet fecond a fait part de deux
obfervations fur l'utilité des cauteres dans
la cure de l'épilepfie. Une Demoifelle de
dix- huit ans , qui avoit bien réguliéreOCTOBRE
. 1755. 171
ment fes évacuations périodiques , cut
une attaque d'épilepfie. Les faignées , les
purgations , les bains , les eaux de Balaruc
, n'empêcherent point une feconde attaque
environ un mois après la premiere ,
& la malade en eut de mois en mois
pendant deux ans, malgré tous les remédes
que l'on mit en ufage. M. Ruffet propofa
un cautere à la nuque. La malade confentit
à le porter au bras. Le premier accès reculé
de quatre mois fut moins violent que
ceux qui avoient précédé, & il ne fe forma
point d'écume autour de la bouche. Un
effet fi marqué fit demander l'application
d'un fecond cautere à l'autre bras , & la
malade a paffé neuf mois fans le moindre
reffentiment de fon mal . Surpriſe enfin
par une nouvelle attaque , plus légere
encore que les autres , elle fut foumife à
un troifiéme cautere , qu'on mit à une
jambe , & depuis ce tems il n'y a plus eu
d'accès d'épilepfie . Le bon effet des cauteres
multipliés eft prouvé par cette obfervation
. M. Ruffet en rapporte une autre
qui montre le danger de les fupprimer.
Un homme de foixante ans eut une
violente attaque d'épilepfie , qui fut fuivie
d'une autre quinze jours après , malgré
les remédes généraux dont on fit ufage
dans cet intervalle. L'application d'un
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
cautere retarda le troifiéme accès , & en
diminua les fymptomes . L'établiſſement
d'un fecond cautere ôta toute inquiétude
fur la récidive . Au bout de huit mois , le
malade fe croyant radicalement guéri, laiffa
fermer un de ces ulceres. Cette imprudence
fut marquée par le retour de l'épilepfie.
Dès le lendemain de cette dernière
attaque , M. Ruffet rétablit l'égoût dont
la fuppreffion avoit été nuifible ; & le malade
à vécu depuis fept années fans aucune
rechûte .
M. Louis fit enfuite la lecture d'un mémoire
fur les pierres urinaires formées
hors des voies naturelles de l'urine . Ce
cas préfente des circonstances affez variées,
dont il eft important d'être inftruit. Pour
la formation de ces pierres , il faut que
l'urine s'infiltre d'une maniere particuliere
dans les cellules du tiffu graiffeux qui
avoifine les réfervoirs & les conduits naturels
de cette liqueur. Un enfant de dix
ans avoit une tumeur douloureufe au périnée,
M. Louis dans l'examen qu'il en fit ,
trouva qu'elle étoit fituée fous une cicatrice
folide , veftige de l'opération de la
taille que cet enfant avoit foufferte deux
ans auparavant pour une pierre dans la
veffie. Cette tumeur fe termina par une
OCTOBRE. 1755. 173
ouverture à la peau , dans laquelle fe préfentoit
une concrétion pierreufe , & qui
permettoit la fortie de l'urine. M. Louis fit
l'extraction de cette pierre , qui étoit du
volume d'une groffe aveline. Il fentit avec
l'extrêmité boutonnée d'une fonde , que
toute la circonférence de l'efpace qu'avoit
occupé cette pierre , étoit fort dure , &
dans un des points la fonde portoit à nud
fur une concrétion calculeufe ; il fit en
conféquence mettre le malade en fituation
convénable. Il fit une incifion longitudinale
fur toute l'étendue de la tumeur jufqu'au
corps étranger , & il tira fucceffivement
fix petites pierres , dont la réunion
formeroit un corps du volume d'un noyau
de pêche. La cure ne fut point longue , les
panfemens étoient très-fimples , & ne tendoient
qu'à obtenir promptement la confolidation
de cette plaie. Il s'offrit cependant
quelques difficultés toutes les fois
que le malade rendoit fes urines , il en
paffoit une partie par la plaie. M. Louis
étoit bien für de n'avoir pas intéreffé le
canal de l'uretre dans fon opération ; &
la connoiffance de la caufe de la maladie
montroit affez que l'aretre étoit percé ,
l'infiltration de l'urine pour la formation
de ces pierres n'auroit pas eu lieu , s'il n'étoit
resté une fiftule intérieure au canal
Häj
174 MERCURE DE FRANCE .
de l'uretre. A la fuite de l'opération de la
taille faite deux ans auparavant , les bougies
avec les emplâtres fondans exciterent
de la fuppuration à l'orifice de cette filtule
, par la fonte des callofités , & procurerent
la confolidation intérieure .
Cette obfervation montre une maladie
nouvelle facile à prévenir , & contre laquelle
on n'a pris jufqu'ici aucune méfure :
l'on a toujours craint que les plaies faites
à l'uretre pour l'extraction de la pierre
ne reftaffent fiftuleufes , & cet accident
n'eft que trop commun dans la méthode
ancienne du grand appareil. M. Louis en
donne les raifons ; mais voici une espece
particuliere de fiſtule, une fiftule incomplette
, qu'on pourroit appeller borgne & interne
, en fe fervant de la dénomination ufitée
pour les fiftules de l'anus , qui ont une
ouverture dans le rectum fans iffue extérieure.
Cette obfervation eft de confé- .
quence dans la pratique , puifqu'elle prouve
évidemment que la parfaite confolidation
de la plaie des tégumens , après l'opération
de la taille , n'eft point une marque
certaine que l'intérieur de l'uretre foit
bien cicatrifé . On pourroit obtenir facilement
cette cicatrice parfaite par le moyen
des bougies , leur ufage en affurant une
guérifon folide empêcheroit cette infiltraOCTOBRE
. 1755. 175
tion lente de l'urine , qui pénétre en petite
quantité à la fois dans le tiffu cellulaire
, & qui en fe décompofant y produit
par la réunion de fes parties terref
tres & falines des concrétions pierrenfes ,
fufceptibles d'un accroisement confidérable.
Quoique les Auteurs n'ayent pas fait
une mention expreffe de ces fortes de cas ,
on trouve dans leurs écrits des faits ifolés ,
qui peuvent y être rapportés , & qui font
manifeftement de la même efpece. M.
Louis n'a pas négligé d'en faire la recher
che , & d'en faire ufage à propos dans fon
mémoire,pour prouver d'une maniere convaincante
que la formation des pierres
dans le tiffu cellulaire eft un accident confécutif
de l'opération de la taille . Une
obfervation communiquée à l'Académie ,
par M. le Gaigneau , Chirurgien à Coulanges
- la- Vineufe , près d'Auxerre , montre
qu'une pierre formée dans le tiffu cellulaire
a pu acquerir un volume monftrueux
& le poids de dix onces & demie.
Le malade l'a portée plus de trente ans , &
elle eft fortie d'elle-même , après avoir ufé
par fon poids les tégumens qui la recouvroient.
Après avoir levé par des faits incontef
tables tous les doutes qu'on pourroit avoir
Hiy
176 MERCURE DE FRANCE.
fur la fiftule incomplette & interne , que
M. Louis établit pour la caufe de l'infiltration
de l'urine , il recherche comment
cette fiftule peut fe former , & il en trouve
la caufe dans la maniere dont le fait
l'incifion dans le grand appareil ; il eft meme
furprenant , dit- il , que cette fiftule
intérieure n'arrive pas plus fouvent , ou
du moins que les faits qui la prouvent ne
foient pas plus connus . En effet , fuivant
la pratique reçue , l'incifion dans le grand
appareil , eft perpendiculaire , & fe fait à
côté du raphé parallelement. Cette incifion
ne peut être prolongée autant qu'on
le défireroit par rapport au rectum : il
faut donc pour pouvoir procurer la fortie
d'une pierre même médiocre , gagner par
en-haut pour la coupe des tégumens & de
l'uretre ; la peau du périnée eft tendue
& tirée vers l'os pubis par l'aide qui foutient
le fcrotum. Lorfque cette action.
ceffe , l'angle fupérieur de l'incifion des
tégumens fe rabbat , & couvre une partie
de l'incifion de l'uretre ; delà un accident
primitif affez commun , c'eft l'échymofe
du fcrotum. Il eſt donc démontré
que dans cette maniere d'opérer l'angle
fupérieur de l'incifion des tégumens ne
correfpond point à la partie fupérieure de
Pincifion de l'uretre ; celle - ci est tou
OCTOBRE. 1755. 177
jours plus haute ; c'eft pourquoi la cicatrice
du haut de la plaie des tégumens ne
confolide point l'angle fupérieur de l'inci
fion faite à l'urethre : Ainfi , lorfqu'on
croit la plaie parfaitement guérie , il refte
une folution de continuité intérieure .
Voilà , dit M. Louis , le point par où l'urine
s'infinue dans les cellules du tiffu qui
avoifine l'uretre ; c'eft là la caufe de la
fiftule intérieure & des concrétions calculeufes
, qui fe forment confécutivement
hors des voies naturelles de l'urine . Pour
prévenir cet accident , il fuffiroit , dir
l'auteur , d'avoir recours aux bougies après
la guérifon apparente des taillés , afin de
la rendre radicale par la parfaite confolidation
de la plaie intérieure .
Après avoir expliqué comment la méthode
du grand appareil donne lieu aux
fiftules complettes , M. Louis dit que cette
opération devroit être entierement abandonnée
, fes réflexions découvrent dans
cette maniere d'opérer des inconvéniens
lefquels mis en parallele avec les avantages
de la taille latérale , donnent à celleci
la prééminence qu'elle mérite.
Quoique l'objet principal de l'auteur
ait été de parler des pierres formées hors
des voies naturelles de l'urine , comme
accident confécutif de l'opération de la
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
taille , il traite de la production de pareilles
pierres en des perfonnes qui n'avoient
point été foumifes à la lithotomie.
On fçait que l'urine peut fe frayer des
routes extraordinaires par différentes caufes
, & que par-tout où elle peut féjourner
, elle eft très- difpofée à former des
concrétions , fur- tout lorfqu'elle charrie
des parties graveleufes : cela fe voit dans
les fiftules urinaires. M. Louis en rapporte
plufieurs exemples , & il en tire des
conféquences utiles pour la pratique. Les
pierres font des corps étrangers dont il
faut faire l'extraction ; c'eft un principe général
, mais dans un cas où il y a des fiftules
, M. Louis penfe que ce n'eft pas cette
indication qu'il importe de fuivre en premier
lieu. Il lui paroît plus avantageux de
procurer d'abord un cours libre à l'urine
par une feule iffue , foit en rétabliffant le
conduit naturel dans fes fonctions par l'ufage
méthodique des bougies appropriées
au cas , foit en faifant une incifion au périnée
pour porter une canulle dans la veffie
, afin que l'urine forte directement &
ceffe de fe porter dans tous les finus fiftuleux.
Le premier parti eft le plus doux , &
par conféquent il eft préférable , s'il peut
avoir du fuccès. Quelque parti qu'on prenne
, ce ne fera qu'après avoir procuré une
OCTOBRE . 1755. 179
voie unique pour la fortie de l'urine qu'on
doit penfer à faire l'extraction des concrétions
calculeufes. Leur fituation peut
exiger beaucoup d'habileté de la part du
Chirurgien , & une grande préfence des
connoiffances anatomiques pour pénétrer
dans le fond de ces fiftules à travers des
parties délicates qu'il faut ménager : c'eft
dans ces cas que l'habitude ne peut conduire
la main. Les opérations qui y conviennent
n'ont aucune place ni aucune
étendue fixée par les préceptes. Les fecours
de la main doivent être déterminés par la
néceffité des circonftances dont on ne peut
exprimer les variations . On peut conclure
de tout ceci que dans l'exercice de la Chirurgie
il ne fuffit pas d'avoir des hommes
qui ne fçavent marcher que dans les routes
qui leur ont été frayées. On voit auſſi
combien s'abufent ceux qui , fans avoir
égard à la diverfité prefque infinie des
circonftances , s'arrêtent dans leurs recherches
par la confiance qu'ils ont en un
inftrument ou invention particuliere , par
laquelle ils croient que toutes les difficultés
d'une opération font applanies ; comme
s'il étoit poffible de fe perfuader qu'on
peur à fi peu de frais rendre court & facile
un art que les plus grands génies ont
trouvé long & difficile.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. Dubertrand a terminé la féance
par
la lecture d'une obfervation fur un coup
d'épée qui a percé le diaphragme & l'eftomach.
Tout le monde connoît le danger
des bleffures des parties intérieures ; celles
de l'eftomach ont toujours été mifes au
nombre des plaies mortelles , quoiqu'elles
ne le foient pas néceffairement. Les foins.
d'un habile Chirurgien peuvent être efficaces
pour combattre les fymptomes de ces
fortes de plaies , & prévenir les accidens.
fâcheux qui pourroient en résulter.
Un homme de quarante ans, échauffé par
le vin , reçut un coup d'épée entre la derniere
des vraies côtes & la premiere des.
fauffes près de leurs portions cartilagineufes
du côté gauche ; il fit environ deux.
cens pas à la pourfuite de fon ennemi &
tomba fans connoiffance. Tranfporté chez
lui , il eut des convulfions violentes qui
ne cefferent qu'après lui avoir ferré le ventre
avec une ferviete , fecours qu'il avoit
demandé de lui -même avec inftance . M. Dubertrand
qui vit le malade une heure après
l'accident , le trouva couvert d'une fueur.
froide avec un pouls petit , concentré &
intermittent. La refpiration étoit laborieufe
; un hoquet affez fréquent , le vifage:
tiré & les yeux éteints menaçoient d'une
mort prochaine. Le ventre étoit extraordiOCTOBRE.
1755. 181
nairement dur & élevé. Pour vifiter la
plaie , on ôta la ferviete qui comprimoit
le ventre. Les mouvemens convulfifs fe renouvellerent
avec force. M. Dubertrand
fit prendre au malade quelques grains de
tartre émétique. Le vomiffement que ce
remede procura , fit rendre avec des alimens
non digérés plufieurs caillots de fang,
dont on eftima le poids de vingt onces , &
le malade en rendit environ dix onces par
en bas. La convulfion ceffa après cette évacuation
. La fituation de la plaie , fa direction
& les divers fymptomes qui fe manifeftoient
, firent juger que le diaphragme
avoit été bleffé auffi-bien que l'eftomach.
Le pouls s'étant un peu relevé , le malade
fur faigné quatorze fois pendant les deux
premiers jours chaque faignée n'étoit
que de deux paletes. La prudence ne permettoit
pas de plus grandes évacuations ,
parce que le malade tomboit en fyncope.
Les fomentations émollientes fur le basventre
, en relâcherent les parties. Une
boiffon rendue aigrelette par l'effence de
Rabel appaifoit la foif du bleffé , qui ne
prenoit par la bouche que quelques cueillerées
de cette tifanne & d'une eau de
poulet très- légere. Le troifiéme jour après
la feizieme faignée le malade tomba en
foibleffe , & rendit par les felles une gran
182 MERCURE DE FRANCE.
de quantité de matieres féreufes & foetides.
Quelques gouttes de Lilium dans de l'eau
de plantain , foutenoient artificiellement .
les forces du malade , qu'on tâchoit de réparer
en même tems par des lavemens
nourriffans. La nuit du au 10 le malade ,
fans confulter perfonne , mangea une petite
foupe dont il fut fort incommodé , &
qu'il vomit avec un peu de fang. Le lendemain
matin la fievre revint , ce qui fit
recourir encore à la faignée. Cet orage
étant calmé , on mit le malade par dégrés
aux bouillons nourriffans , à là gelée de
viande , & à la crême de ris. I prenoit
fenfiblement des forces , lorfque fans caufe
manifefte , il lui furvint le 17 une fievre
confidérable , des hoquets fréquens , une
toux violente & une espece de phrénéfie.
Deux faignées & des potions antifpafmodiques
calmerent ces accidens. Depuis , le
malade parut chaque jour fe rétablir ; il
prit des alimens folides par degrés , & le
33° jour il vacqua à fes exercices ordinaires
fans aucune incommodité.
Suite de la Séance publique de l'Académie
de Chirurgie.
M. Pipelet fit la lecture d'une obfervation
fur la cure d'une hernie ou deſcente
d'inteftins avec gangréne. La malade, âgée
de quarante - deux ans , fit en 1726 un
effort confidérable qui lui occafionna une
hernie crurale ; la tumeur devint en quinze
jours de tems du volume d'un oeuf de
poule , mais elle rentroit avec facilité. La
malade cacha fon état dont elle ne connoiffoit
pas le danger . Sa négligence donna
lieu à l'augmentation de la tumeur
qui fouffroit en 1738 un étranglement ,
avec tous les fymptomes qui l'accompa164
MERCURE DE FRANCE.
gnent , & les accidens qui en font les fuites
ordinaires . Les fecours que M. Pipelet
donna alors , fuivant les régles de l'art ,
difpenferent de l'opération . Il réduifit les
parties , & ordonna l'ufage continuel d'un
bandage pour les contenir. Au mois d'Ocbre
1740 l'hernie fe trouva étranglée de
nouveau. Les moyens les plus convénables
pour en procurer la réduction , ayant été
infructueux , la tenfion du ventre , la petiteffe
du poulx , & le vomiffement des
matieres ftercorales , exigeoient qu'on fit
promptement l'opération. M. Pipelet qui
n'étoit point encore membre du Collége
de Chirurgie , fit appeller en confultation
M. Guerin , & celui- ci fut choifi par les
perfonnes de qui la malade dépendoit , pour
faire l'opération . L'inteftin étoit gangréné .
L'épiploon & le fac herniaire étoient dans
une difpofition gangréneufe , & toutes ces
parties étoient confondues par des adhérences
intimes qu'il n'avoit pas été poffible
de détruire , quand on en auroit eu
l'intention . Auffi fe contenta -t- on de débrider
l'arcade crurale pour faire ceffer
l'étranglement , & mettre les parties à l'aife.
Il n'étoit ni poffible ni convenable d'en
faire la réduction. Le mauvais état de la
malade fit craindre pendant quelques jours
pour fa vie ; on la foutint par l'uſage
OCTOBRE. 1755 1657
d'une potion cordiale animée : enfin le
ventre fe relâcha , les efcarres gangréneufes
dont on avoit emporté une partie , fe
détâcherent , & l'onzième jour de l'opération
la portion d'inteftin qui faifoit l'ance
fous l'arcade crurale , fe détacha , elle
avoit environ cinq poulces de longueur.
Depuis ce moment , les matieres ftercorales
qui avoient coulé en partie par l'ouverture
de l'inteftin , & plus encore par le rectum ,
cefferent tout - à- coup de paffer par cette
derniere voie , & prirent abfolument leur
route par la plaie que M. Pipelet étoit
obligé de panfer dans le commencement
jufqu'à cinq & fix fois dans les vingt- quatre
heures. La plaie devint fimple , & au
bout de quatre mois fes parois furent rapprochées
au point de ne laiffer qu'une ouverture
large comme l'extrêmité du petit
doigt. Il y avoit tout lieu de préfumer
qu'après un fi long efpace de tems les matieres
fécales continueroient de fortir par
cet anus artificiel ; on ne pouvoit rien efpérer
ni prévoir de plus avantageux pour
la malade mais les chofes changerent fubitement
de face d'une maniere inopinée.
Cette femme qu'on avoit tenu à un régi
me affez févere , mangea indifcretement
des alimens qui lui donnerent la colique
& la fievre, M. Pipeler ayant jugé à pro166
MERCURE DE FRANCE.
pos de la purger avec un verre d'eau de
caffe & de manne , fut le témoin d'un
événement auffi fingulier qu'avantageux
pour la malade. Les matieres fécales , qui
depuis long- tems ne paffoient plus que par
la plaie , prirent dès ce jour leur route vers
le rectum , elles occafionnerent d'abord des
épreintes qui furent aifément calmées par
des lavemens adouciffans. On obferva ce
phénomène pendant quelques jours , l'indication
de travailler à la parfaite confolidation
de la plaie ne préfentoit plus aucun
inconvénient , & on y réuffit en douze
ou quinze jours. La malade qui a actuellement
foixante - onze ans , jouit depuis
quinze ans d'une bonne fanté. M. Pipelet
n'a eu pour le préfent d'autre objet
que de communiquer un fait auffi curieux
à l'Académie. Il remet à une autre occafion
les réflexions que la cure de cette ma->
ladie lui a fuggérées. Son attention à obferver
promet qu'elles feront judicieuſes
& utiles.
M. Houftet lut un mémoire fur les
exoftoſes bénignes des os cylindriques . On
entend par exoftofe une tuméfaction contre
nature , ou une excroiffance des os.
Cette maladie eft fouvent occafionnée par
le vice du fang. Le virus vénérien , le
OCTOBRE . 4755. 167
à
fcorbutique , le fcrophuleux , le cancereux
, font capables de gonfler les os dans
toute leur étendue , ou d'élever quelquesunes
de leurs parties au -deffus de la furface
naturelle. L'exoftole peut auffi être produite
par des cauſes extérieures. Un effort,
un coup , une chute , par lefquels le cours
de la lymphe & du fuc nourricier fera interrompu
dans le corps de l'os , & la fimple
contufion du périofte peuvent donner
lieu à l'extravafation des fucs qui occaſionnent
des protubérances capables d'accroiffement
au point de devenir monstrueuſes.
M. Houfter diftingue avec précifion les
différens ggeennrreess d'exoftofes
par rapport
leurs caufes , & les différentes efpeces que
chaque genre renferme. Les différences
accidentelles des exoftofes , ou ce qui en
conftitue l'efpece particuliere , fe tire de
la diverſe modification contre nature du
tiffu de l'os. Quand les fucs offeux s'amaffent
dans la grande cavité intérieure des
os cylindriques , ils étendent la fubftance
offeufe qui en forme les parois , lefquelles
diviennent minces , à proportion de
l'extenfion qu'elles ont fouffert. Ces fortes
d'exoftofes font fufceptibles d'acquerir un
volume confidérable , leur intérieur eft
toujours rempli des fucs épanchés , & on .
obferve communément qu'elles font bor168
MERCURE DE FRANCE
nées à une certaine étendue de l'os. Le
refte du canal qui n'a point de part à la
maladie conferve l'état naturel . M. Houftet
rapporte au fujet de cette efpece d'exoftofes
plufieurs obfervations particulieres
qu'il compare à celles que nous ont fourni
les grands maîtres. Ces faits rapprochés
fervent à déterminer ce premier caractere
d'exoftofe.
Quand l'engorgement des fucs fe fait
entre les lames qui compofent la fubſtance
de l'os , elle fe gonfle : de compacte.
qu'elle étoit naturellement , elle devient
fpongieufe & cellulaire . M. Houftet a
trouvé ces cellules remplies de fucs blancs
médiocrement épais . Lorfque ces fucs ne
font point viciés , & qu'ils ne contractent
aucune altération acrimonieufe dans le
tiffu de l'os qu'ils diftendent , ils peuvent
paffer de l'état de fluidité à celui d'une induration
parfaite. C'eft précisément le cas
de ce tibia fans cavité que Ruifck avoit
rangé parmi fes curiofités anatomiques ,
& dont il fit fabriquer des manches de
couteaux & de fourchettes. M. Houftet ,
dont les obfervations fur la formation de
ces fortes de tumeurs font très-fuivies , remarque
que des circonstances accidentel--
les peuvent changer la terminaiſon de ces :
exoftofes ; car leur folidité vient de l'endurciffement
OCTOBRE. 1755. 169
durciffement des fucs qui s'épanchoient
peu-à-peu , & par une efpece de fuintement
entre les lames offeufes. Un épanchement
plus copieux , le mêlange d'autres
liqueurs avec le fuc nourricier , une nouvelle
caufe d'épanchement , telle qu'un
coup , une chute , &c. qui raffembleroit
de nouveaux fucs encore fluides avec des
fucs durcis & épanchés depuis long-tems
feroit prendre à cette maladie une terminaifon
différente .
Enfin il y a des exoftofes qui n'affectent
que l'extérieur de l'os ; elles font produires
par l'épaiffiffement du périofte tumefié ,
ou par les fucs nourriciers qui fe répandent
fur la furface de l'os. Elles font ordinairement
d'un volume médiocre , & leur
maffe eft folide. M. Houftet a fait connoî.
tre une nouvelle efpece d'exoftofes différentes
de toutes celles dont on avoit parlé
jufqu'à préfent , en ce qu'elle eft d'un volume
confidérable & creufe , appliquée
feulement fur le corps de l'os qui étoit à
peu de choſe près dans l'état naturel , &
repréfentant en quelque forte un crâne
vuide qui feroit appliqué par fa baſe ſur
le cylindre de l'os. La defcription de toutes
les particularités de cette exoftofe finguliere
feroit déplacée dans un extrait.
M. Houftet l'a fait d'une maniere fa-
'H
170 MERCURE DE FRANCE.
tisfaifante, & la démonſtration des parties
n'a rien laillé à defirer fur ce cas. L'exofto .
fe dont il s'agit étoit à la cuiffe . M. Houftet
donnoit fes foins à la perfonne qui en
étoit attaquée. C'étoit M. le Chevalier
de... Le commencement & le progrès de
la tumeur , les différens remedes qui furent
adminiftrés , tant par les perfonnes
de l'art que par des empiriques , & furtout
la différence des opinions qu'on a
eues fur cette maladie , rendent fort intéreffante
la relation que l'auteur en a
donné . L'examen judicieux des fignes qui
caractérisent les maladies avec lefquelles
on auroit pû confondre celle- ci , feront
des régles pour éviter de pareilles méprifes
. M. Houftet établiffant d'après plufieurs
obfervations de nouveaux fignes capables .
de fe conduire furement en pareil cas dans
la pratique , cette doctrine fera , dit- il , le
fruit des travaux de l'Académie , fi le
goût de la bonne obfervation , & l'efprit
d'émulation , & de recherche continuent
d'y fubfifter. M. Houftet a l'avantage de
donner en même tems le confeil &
l'exemple.
M. Ruffet fecond a fait part de deux
obfervations fur l'utilité des cauteres dans
la cure de l'épilepfie. Une Demoifelle de
dix- huit ans , qui avoit bien réguliéreOCTOBRE
. 1755. 171
ment fes évacuations périodiques , cut
une attaque d'épilepfie. Les faignées , les
purgations , les bains , les eaux de Balaruc
, n'empêcherent point une feconde attaque
environ un mois après la premiere ,
& la malade en eut de mois en mois
pendant deux ans, malgré tous les remédes
que l'on mit en ufage. M. Ruffet propofa
un cautere à la nuque. La malade confentit
à le porter au bras. Le premier accès reculé
de quatre mois fut moins violent que
ceux qui avoient précédé, & il ne fe forma
point d'écume autour de la bouche. Un
effet fi marqué fit demander l'application
d'un fecond cautere à l'autre bras , & la
malade a paffé neuf mois fans le moindre
reffentiment de fon mal . Surpriſe enfin
par une nouvelle attaque , plus légere
encore que les autres , elle fut foumife à
un troifiéme cautere , qu'on mit à une
jambe , & depuis ce tems il n'y a plus eu
d'accès d'épilepfie . Le bon effet des cauteres
multipliés eft prouvé par cette obfervation
. M. Ruffet en rapporte une autre
qui montre le danger de les fupprimer.
Un homme de foixante ans eut une
violente attaque d'épilepfie , qui fut fuivie
d'une autre quinze jours après , malgré
les remédes généraux dont on fit ufage
dans cet intervalle. L'application d'un
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
cautere retarda le troifiéme accès , & en
diminua les fymptomes . L'établiſſement
d'un fecond cautere ôta toute inquiétude
fur la récidive . Au bout de huit mois , le
malade fe croyant radicalement guéri, laiffa
fermer un de ces ulceres. Cette imprudence
fut marquée par le retour de l'épilepfie.
Dès le lendemain de cette dernière
attaque , M. Ruffet rétablit l'égoût dont
la fuppreffion avoit été nuifible ; & le malade
à vécu depuis fept années fans aucune
rechûte .
M. Louis fit enfuite la lecture d'un mémoire
fur les pierres urinaires formées
hors des voies naturelles de l'urine . Ce
cas préfente des circonstances affez variées,
dont il eft important d'être inftruit. Pour
la formation de ces pierres , il faut que
l'urine s'infiltre d'une maniere particuliere
dans les cellules du tiffu graiffeux qui
avoifine les réfervoirs & les conduits naturels
de cette liqueur. Un enfant de dix
ans avoit une tumeur douloureufe au périnée,
M. Louis dans l'examen qu'il en fit ,
trouva qu'elle étoit fituée fous une cicatrice
folide , veftige de l'opération de la
taille que cet enfant avoit foufferte deux
ans auparavant pour une pierre dans la
veffie. Cette tumeur fe termina par une
OCTOBRE. 1755. 173
ouverture à la peau , dans laquelle fe préfentoit
une concrétion pierreufe , & qui
permettoit la fortie de l'urine. M. Louis fit
l'extraction de cette pierre , qui étoit du
volume d'une groffe aveline. Il fentit avec
l'extrêmité boutonnée d'une fonde , que
toute la circonférence de l'efpace qu'avoit
occupé cette pierre , étoit fort dure , &
dans un des points la fonde portoit à nud
fur une concrétion calculeufe ; il fit en
conféquence mettre le malade en fituation
convénable. Il fit une incifion longitudinale
fur toute l'étendue de la tumeur jufqu'au
corps étranger , & il tira fucceffivement
fix petites pierres , dont la réunion
formeroit un corps du volume d'un noyau
de pêche. La cure ne fut point longue , les
panfemens étoient très-fimples , & ne tendoient
qu'à obtenir promptement la confolidation
de cette plaie. Il s'offrit cependant
quelques difficultés toutes les fois
que le malade rendoit fes urines , il en
paffoit une partie par la plaie. M. Louis
étoit bien für de n'avoir pas intéreffé le
canal de l'uretre dans fon opération ; &
la connoiffance de la caufe de la maladie
montroit affez que l'aretre étoit percé ,
l'infiltration de l'urine pour la formation
de ces pierres n'auroit pas eu lieu , s'il n'étoit
resté une fiftule intérieure au canal
Häj
174 MERCURE DE FRANCE .
de l'uretre. A la fuite de l'opération de la
taille faite deux ans auparavant , les bougies
avec les emplâtres fondans exciterent
de la fuppuration à l'orifice de cette filtule
, par la fonte des callofités , & procurerent
la confolidation intérieure .
Cette obfervation montre une maladie
nouvelle facile à prévenir , & contre laquelle
on n'a pris jufqu'ici aucune méfure :
l'on a toujours craint que les plaies faites
à l'uretre pour l'extraction de la pierre
ne reftaffent fiftuleufes , & cet accident
n'eft que trop commun dans la méthode
ancienne du grand appareil. M. Louis en
donne les raifons ; mais voici une espece
particuliere de fiſtule, une fiftule incomplette
, qu'on pourroit appeller borgne & interne
, en fe fervant de la dénomination ufitée
pour les fiftules de l'anus , qui ont une
ouverture dans le rectum fans iffue extérieure.
Cette obfervation eft de confé- .
quence dans la pratique , puifqu'elle prouve
évidemment que la parfaite confolidation
de la plaie des tégumens , après l'opération
de la taille , n'eft point une marque
certaine que l'intérieur de l'uretre foit
bien cicatrifé . On pourroit obtenir facilement
cette cicatrice parfaite par le moyen
des bougies , leur ufage en affurant une
guérifon folide empêcheroit cette infiltraOCTOBRE
. 1755. 175
tion lente de l'urine , qui pénétre en petite
quantité à la fois dans le tiffu cellulaire
, & qui en fe décompofant y produit
par la réunion de fes parties terref
tres & falines des concrétions pierrenfes ,
fufceptibles d'un accroisement confidérable.
Quoique les Auteurs n'ayent pas fait
une mention expreffe de ces fortes de cas ,
on trouve dans leurs écrits des faits ifolés ,
qui peuvent y être rapportés , & qui font
manifeftement de la même efpece. M.
Louis n'a pas négligé d'en faire la recher
che , & d'en faire ufage à propos dans fon
mémoire,pour prouver d'une maniere convaincante
que la formation des pierres
dans le tiffu cellulaire eft un accident confécutif
de l'opération de la taille . Une
obfervation communiquée à l'Académie ,
par M. le Gaigneau , Chirurgien à Coulanges
- la- Vineufe , près d'Auxerre , montre
qu'une pierre formée dans le tiffu cellulaire
a pu acquerir un volume monftrueux
& le poids de dix onces & demie.
Le malade l'a portée plus de trente ans , &
elle eft fortie d'elle-même , après avoir ufé
par fon poids les tégumens qui la recouvroient.
Après avoir levé par des faits incontef
tables tous les doutes qu'on pourroit avoir
Hiy
176 MERCURE DE FRANCE.
fur la fiftule incomplette & interne , que
M. Louis établit pour la caufe de l'infiltration
de l'urine , il recherche comment
cette fiftule peut fe former , & il en trouve
la caufe dans la maniere dont le fait
l'incifion dans le grand appareil ; il eft meme
furprenant , dit- il , que cette fiftule
intérieure n'arrive pas plus fouvent , ou
du moins que les faits qui la prouvent ne
foient pas plus connus . En effet , fuivant
la pratique reçue , l'incifion dans le grand
appareil , eft perpendiculaire , & fe fait à
côté du raphé parallelement. Cette incifion
ne peut être prolongée autant qu'on
le défireroit par rapport au rectum : il
faut donc pour pouvoir procurer la fortie
d'une pierre même médiocre , gagner par
en-haut pour la coupe des tégumens & de
l'uretre ; la peau du périnée eft tendue
& tirée vers l'os pubis par l'aide qui foutient
le fcrotum. Lorfque cette action.
ceffe , l'angle fupérieur de l'incifion des
tégumens fe rabbat , & couvre une partie
de l'incifion de l'uretre ; delà un accident
primitif affez commun , c'eft l'échymofe
du fcrotum. Il eſt donc démontré
que dans cette maniere d'opérer l'angle
fupérieur de l'incifion des tégumens ne
correfpond point à la partie fupérieure de
Pincifion de l'uretre ; celle - ci est tou
OCTOBRE. 1755. 177
jours plus haute ; c'eft pourquoi la cicatrice
du haut de la plaie des tégumens ne
confolide point l'angle fupérieur de l'inci
fion faite à l'urethre : Ainfi , lorfqu'on
croit la plaie parfaitement guérie , il refte
une folution de continuité intérieure .
Voilà , dit M. Louis , le point par où l'urine
s'infinue dans les cellules du tiffu qui
avoifine l'uretre ; c'eft là la caufe de la
fiftule intérieure & des concrétions calculeufes
, qui fe forment confécutivement
hors des voies naturelles de l'urine . Pour
prévenir cet accident , il fuffiroit , dir
l'auteur , d'avoir recours aux bougies après
la guérifon apparente des taillés , afin de
la rendre radicale par la parfaite confolidation
de la plaie intérieure .
Après avoir expliqué comment la méthode
du grand appareil donne lieu aux
fiftules complettes , M. Louis dit que cette
opération devroit être entierement abandonnée
, fes réflexions découvrent dans
cette maniere d'opérer des inconvéniens
lefquels mis en parallele avec les avantages
de la taille latérale , donnent à celleci
la prééminence qu'elle mérite.
Quoique l'objet principal de l'auteur
ait été de parler des pierres formées hors
des voies naturelles de l'urine , comme
accident confécutif de l'opération de la
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
taille , il traite de la production de pareilles
pierres en des perfonnes qui n'avoient
point été foumifes à la lithotomie.
On fçait que l'urine peut fe frayer des
routes extraordinaires par différentes caufes
, & que par-tout où elle peut féjourner
, elle eft très- difpofée à former des
concrétions , fur- tout lorfqu'elle charrie
des parties graveleufes : cela fe voit dans
les fiftules urinaires. M. Louis en rapporte
plufieurs exemples , & il en tire des
conféquences utiles pour la pratique. Les
pierres font des corps étrangers dont il
faut faire l'extraction ; c'eft un principe général
, mais dans un cas où il y a des fiftules
, M. Louis penfe que ce n'eft pas cette
indication qu'il importe de fuivre en premier
lieu. Il lui paroît plus avantageux de
procurer d'abord un cours libre à l'urine
par une feule iffue , foit en rétabliffant le
conduit naturel dans fes fonctions par l'ufage
méthodique des bougies appropriées
au cas , foit en faifant une incifion au périnée
pour porter une canulle dans la veffie
, afin que l'urine forte directement &
ceffe de fe porter dans tous les finus fiftuleux.
Le premier parti eft le plus doux , &
par conféquent il eft préférable , s'il peut
avoir du fuccès. Quelque parti qu'on prenne
, ce ne fera qu'après avoir procuré une
OCTOBRE . 1755. 179
voie unique pour la fortie de l'urine qu'on
doit penfer à faire l'extraction des concrétions
calculeufes. Leur fituation peut
exiger beaucoup d'habileté de la part du
Chirurgien , & une grande préfence des
connoiffances anatomiques pour pénétrer
dans le fond de ces fiftules à travers des
parties délicates qu'il faut ménager : c'eft
dans ces cas que l'habitude ne peut conduire
la main. Les opérations qui y conviennent
n'ont aucune place ni aucune
étendue fixée par les préceptes. Les fecours
de la main doivent être déterminés par la
néceffité des circonftances dont on ne peut
exprimer les variations . On peut conclure
de tout ceci que dans l'exercice de la Chirurgie
il ne fuffit pas d'avoir des hommes
qui ne fçavent marcher que dans les routes
qui leur ont été frayées. On voit auſſi
combien s'abufent ceux qui , fans avoir
égard à la diverfité prefque infinie des
circonftances , s'arrêtent dans leurs recherches
par la confiance qu'ils ont en un
inftrument ou invention particuliere , par
laquelle ils croient que toutes les difficultés
d'une opération font applanies ; comme
s'il étoit poffible de fe perfuader qu'on
peur à fi peu de frais rendre court & facile
un art que les plus grands génies ont
trouvé long & difficile.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. Dubertrand a terminé la féance
par
la lecture d'une obfervation fur un coup
d'épée qui a percé le diaphragme & l'eftomach.
Tout le monde connoît le danger
des bleffures des parties intérieures ; celles
de l'eftomach ont toujours été mifes au
nombre des plaies mortelles , quoiqu'elles
ne le foient pas néceffairement. Les foins.
d'un habile Chirurgien peuvent être efficaces
pour combattre les fymptomes de ces
fortes de plaies , & prévenir les accidens.
fâcheux qui pourroient en résulter.
Un homme de quarante ans, échauffé par
le vin , reçut un coup d'épée entre la derniere
des vraies côtes & la premiere des.
fauffes près de leurs portions cartilagineufes
du côté gauche ; il fit environ deux.
cens pas à la pourfuite de fon ennemi &
tomba fans connoiffance. Tranfporté chez
lui , il eut des convulfions violentes qui
ne cefferent qu'après lui avoir ferré le ventre
avec une ferviete , fecours qu'il avoit
demandé de lui -même avec inftance . M. Dubertrand
qui vit le malade une heure après
l'accident , le trouva couvert d'une fueur.
froide avec un pouls petit , concentré &
intermittent. La refpiration étoit laborieufe
; un hoquet affez fréquent , le vifage:
tiré & les yeux éteints menaçoient d'une
mort prochaine. Le ventre étoit extraordiOCTOBRE.
1755. 181
nairement dur & élevé. Pour vifiter la
plaie , on ôta la ferviete qui comprimoit
le ventre. Les mouvemens convulfifs fe renouvellerent
avec force. M. Dubertrand
fit prendre au malade quelques grains de
tartre émétique. Le vomiffement que ce
remede procura , fit rendre avec des alimens
non digérés plufieurs caillots de fang,
dont on eftima le poids de vingt onces , &
le malade en rendit environ dix onces par
en bas. La convulfion ceffa après cette évacuation
. La fituation de la plaie , fa direction
& les divers fymptomes qui fe manifeftoient
, firent juger que le diaphragme
avoit été bleffé auffi-bien que l'eftomach.
Le pouls s'étant un peu relevé , le malade
fur faigné quatorze fois pendant les deux
premiers jours chaque faignée n'étoit
que de deux paletes. La prudence ne permettoit
pas de plus grandes évacuations ,
parce que le malade tomboit en fyncope.
Les fomentations émollientes fur le basventre
, en relâcherent les parties. Une
boiffon rendue aigrelette par l'effence de
Rabel appaifoit la foif du bleffé , qui ne
prenoit par la bouche que quelques cueillerées
de cette tifanne & d'une eau de
poulet très- légere. Le troifiéme jour après
la feizieme faignée le malade tomba en
foibleffe , & rendit par les felles une gran
182 MERCURE DE FRANCE.
de quantité de matieres féreufes & foetides.
Quelques gouttes de Lilium dans de l'eau
de plantain , foutenoient artificiellement .
les forces du malade , qu'on tâchoit de réparer
en même tems par des lavemens
nourriffans. La nuit du au 10 le malade ,
fans confulter perfonne , mangea une petite
foupe dont il fut fort incommodé , &
qu'il vomit avec un peu de fang. Le lendemain
matin la fievre revint , ce qui fit
recourir encore à la faignée. Cet orage
étant calmé , on mit le malade par dégrés
aux bouillons nourriffans , à là gelée de
viande , & à la crême de ris. I prenoit
fenfiblement des forces , lorfque fans caufe
manifefte , il lui furvint le 17 une fievre
confidérable , des hoquets fréquens , une
toux violente & une espece de phrénéfie.
Deux faignées & des potions antifpafmodiques
calmerent ces accidens. Depuis , le
malade parut chaque jour fe rétablir ; il
prit des alimens folides par degrés , & le
33° jour il vacqua à fes exercices ordinaires
fans aucune incommodité.
Fermer
Résumé : Suite de la Séance publique de l'Académie de Chirurgie.
Lors d'une séance publique de l'Académie de Chirurgie, plusieurs observations médicales ont été présentées. M. Pipelet a rapporté la cure d'une hernie crurale avec gangrène chez une patiente de 42 ans en 1726. La hernie, apparue après un effort physique, s'était étranglée en 1738, nécessitant une intervention chirurgicale. M. Pipelet et M. Guerin ont débridé l'arcade crurale pour soulager l'étranglement. La patiente a survécu et, après une convalescence, a retrouvé un trajet naturel pour les matières fécales. Quinze ans plus tard, elle jouissait d'une bonne santé. M. Houftet a lu un mémoire sur les exostoses bénignes des os cylindriques, des excroissances osseuses causées par diverses maladies ou traumatismes. Il a distingué plusieurs types d'exostoses en fonction de leur localisation et de leur origine, illustrant ses propos par des observations cliniques. M. Ruffet a partagé deux observations sur l'utilisation des cautères dans le traitement de l'épilepsie. Dans le premier cas, une jeune fille de 18 ans a vu ses crises épileptiques diminuer et cesser après l'application de cautères. Dans le second cas, un homme de 60 ans a connu une rémission de son épilepsie grâce à des cautères, mais a rechuté après avoir cessé leur utilisation. M. Louis a discuté des pierres urinaires formées en dehors des voies naturelles, souvent consécutives à une opération de la taille. La cause identifiée est une fistule intérieure dans l'urètre, résultant d'une cicatrisation incomplète. Cette fistule permet l'infiltration lente de l'urine dans les tissus cellulaires, favorisant la formation de concrétions calculeuses. M. Louis critique la méthode ancienne du grand appareil, qui ne permet pas une cicatrisation parfaite de l'urètre, et recommande l'utilisation de bougies pour assurer une consolidation intérieure après l'opération. Il propose également la taille latérale pour éviter ces complications et insiste sur l'importance de rétablir un cours libre à l'urine avant d'envisager l'extraction des concrétions. Enfin, M. Dubertrand a rapporté un cas de coup d'épée ayant percé le diaphragme et l'estomac, soulignant les soins nécessaires pour traiter de telles blessures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 224-227
SUPPLEMENT A L'ARTICLE CHIRURGIE.
Début :
Nous avons annoncé le mois dernier l'établissement de l'hôpital de [...]
Mots clefs :
Duc de Biron, Registres de l'hôpital, États de santé, Guérison, Maux de tête, Urètre, Engorgement, Pustules, Traitement, Sortie des malades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT A L'ARTICLE CHIRURGIE.
SUPPLEMENT
A L'ARTICLE CHIRURGIE.
1
NOUouSs avons annoncé le mois dernier l'établifſement
de l'hôpital de M. le Duc de Biron , &
promis de rendre au Public le compte le plus
exact & le plus fidele des maladies & traitemens
par les dragées du ſieur Keyfer. En conféquence
voici le compte du premier traitement fait fous
les yeux de MM. Morand , Guerin , Faget , du
Fouard, & autres..
:
EXTRAIT des Regiſtres de l'hôpital de M.
le Duc de Biron.
Le 18 Novembre 1756 , il entra dans ledit hôpital
douze ſoldats du Régiment desGardes. Nous
croyons en devoir rapporter les noms , l'état où
FEVRIER . 1757 . 225
ils étoient lors de leur entrée & leur guérifon
, le tout atteſté par MM. les Chirurgiens
ci-deſſus , ſuivant leurs certificats déposés dans les
archives dudit hôpital.
Premier malade. Le nommé Briſſon avoit une
ch. .... depuis trois mois & pluſieurs ch.....
& un engorgement conſidérable aux glandes inguinales
des deux côtés , eſt ſorti le 28 Décembre
1756 entiérement guéri , & ne reſſent plus
aucune incommodité.
Deuxieme malade. Le nommé Bellerofe avoit
des puſtules répandues ſur toutes les parties du
corps , à la ſuite de pluſieurs accidens vénériens ,
eft forti le même jour entiérement guéri.
Troisieme malade. Le nommé S. Julien avoit
un ch... conſidérable qui rongeoit le filet , eft
forti le même jour entiérement guéri.
Quatrieme malade. Le nommé Piot avoit des
douleurs conſidérables à la tête , un aſſoupiſſement
continuel , des bouffiſſures , une ſurdité furvenue
à la ſuite d'un bubon rentré, eſt ſorti le
même jour entiérement guéri , & a recouvré l'entendement.
Cinquieme malade. Le nommé d'Amour avoit
un phim... & pluſieurs ch... , eſt ſorti le même
jour entiérement guéri.
Sixieme malade. Le nommé Vermenton avoit
deux p... fuppurant , une ch...depuis 4 ans ,& un
engorgementdans le canal de l'uretre , qui empêchoit
la libre iſſue desurines , entiérement guéri de
la maladie vénerienne & des accidens ci-deſſus ;
mais a reſté quelques jours de plus que les autres
, pour prendre encore quelques dragées.
Septieme malade. Le nommé Bavoyau avoit
des ch.... & des pustules ſuppurantes aux cuiffes
& dans diverſes autres parties de ſon corps ,
226 MERCURE DE FRANCE.
eſt ſorti le même jour entiérement gueri.
Huitieme malade. Le nommé Robert avoit
un bubon ou p... chancreux au prépuce , &un
autre plus conſidérable à la racine de la V...
avec des pustules aux parties ſupérieures de la
cuiffe , eſt ſorti le mêmejour entiérement guéri.
Neuvieme malade. Le nommé la Vertu avoit
des ch... repandus en diverſes parties , des porreaux
& des crêtes , eſt ſorti le même jour entierément
guéri.
Dixieme malade. Le nommé Simon avoit des
douleurs vagues par tout le corps , pour leſquelles
il avoit été traité inutilement par les remedes
ordinaires , eſt ſorti le mêmejour , & ne reffent
plus aucune douleur.
Onzieme malade. Le nommé Blondin avoit
des ulceres & des pustules en diverſes parties du
corps , eſt ſorti le même jour entiérement guéri .
Douzieme malade. Le nommé Julien avoit un
phim... & quantité de pustules ſur toutes les parties
, eſt ſorti le même jour entiérement guéri.
Tous les états ci-deſſus ont été vérifiés , les
traitemens ſuivis , & les guériſons conftatées&
certifiées par MM. Faget , du Fouard , Morand,
Guerin& pluſieurs autres Docteurs en Médecine
& Maîtres en Chirurgie , qui ont voulu voir.
Il eſt aiſé d'ailleurs d'examiner les ſoldats qui
ſont ſortis &que l'on nomme, & après des faits
auſſi vrais , auffi authentiquement reconnus , &
expoſés au plus grand jour , il ſeroit bien difficile
, & il y auroit bien de l'entêtement de ſe
refufer à la vérité.
Il faut obſerver auſſi queles foldatsci-deſſusen
trés dans l'hôpital dans laſaiſon laplus rude , n'ont
eu ni bains , ni diette , qu'ilsyont vécu de viande ,
&bu du vin pendant tout le traitement , & qu'ils
FEVRIER. 1757. 227
:
Tont fortis avec l'embonpoint le meilleur , fans
reſſentir aucune eſpece d'incommodité , & ont
pu aller faire leur ſervice le même jour.
Il eſt entré le 28 Décembre 1756 , jour de
lafortie de ces malades , onze autres ſoldats dont
nous rendrons pareillement le mois prochain un
compte auſſi fidele.
A L'ARTICLE CHIRURGIE.
1
NOUouSs avons annoncé le mois dernier l'établifſement
de l'hôpital de M. le Duc de Biron , &
promis de rendre au Public le compte le plus
exact & le plus fidele des maladies & traitemens
par les dragées du ſieur Keyfer. En conféquence
voici le compte du premier traitement fait fous
les yeux de MM. Morand , Guerin , Faget , du
Fouard, & autres..
:
EXTRAIT des Regiſtres de l'hôpital de M.
le Duc de Biron.
Le 18 Novembre 1756 , il entra dans ledit hôpital
douze ſoldats du Régiment desGardes. Nous
croyons en devoir rapporter les noms , l'état où
FEVRIER . 1757 . 225
ils étoient lors de leur entrée & leur guérifon
, le tout atteſté par MM. les Chirurgiens
ci-deſſus , ſuivant leurs certificats déposés dans les
archives dudit hôpital.
Premier malade. Le nommé Briſſon avoit une
ch. .... depuis trois mois & pluſieurs ch.....
& un engorgement conſidérable aux glandes inguinales
des deux côtés , eſt ſorti le 28 Décembre
1756 entiérement guéri , & ne reſſent plus
aucune incommodité.
Deuxieme malade. Le nommé Bellerofe avoit
des puſtules répandues ſur toutes les parties du
corps , à la ſuite de pluſieurs accidens vénériens ,
eft forti le même jour entiérement guéri.
Troisieme malade. Le nommé S. Julien avoit
un ch... conſidérable qui rongeoit le filet , eft
forti le même jour entiérement guéri.
Quatrieme malade. Le nommé Piot avoit des
douleurs conſidérables à la tête , un aſſoupiſſement
continuel , des bouffiſſures , une ſurdité furvenue
à la ſuite d'un bubon rentré, eſt ſorti le
même jour entiérement guéri , & a recouvré l'entendement.
Cinquieme malade. Le nommé d'Amour avoit
un phim... & pluſieurs ch... , eſt ſorti le même
jour entiérement guéri.
Sixieme malade. Le nommé Vermenton avoit
deux p... fuppurant , une ch...depuis 4 ans ,& un
engorgementdans le canal de l'uretre , qui empêchoit
la libre iſſue desurines , entiérement guéri de
la maladie vénerienne & des accidens ci-deſſus ;
mais a reſté quelques jours de plus que les autres
, pour prendre encore quelques dragées.
Septieme malade. Le nommé Bavoyau avoit
des ch.... & des pustules ſuppurantes aux cuiffes
& dans diverſes autres parties de ſon corps ,
226 MERCURE DE FRANCE.
eſt ſorti le même jour entiérement gueri.
Huitieme malade. Le nommé Robert avoit
un bubon ou p... chancreux au prépuce , &un
autre plus conſidérable à la racine de la V...
avec des pustules aux parties ſupérieures de la
cuiffe , eſt ſorti le mêmejour entiérement guéri.
Neuvieme malade. Le nommé la Vertu avoit
des ch... repandus en diverſes parties , des porreaux
& des crêtes , eſt ſorti le même jour entierément
guéri.
Dixieme malade. Le nommé Simon avoit des
douleurs vagues par tout le corps , pour leſquelles
il avoit été traité inutilement par les remedes
ordinaires , eſt ſorti le mêmejour , & ne reffent
plus aucune douleur.
Onzieme malade. Le nommé Blondin avoit
des ulceres & des pustules en diverſes parties du
corps , eſt ſorti le même jour entiérement guéri .
Douzieme malade. Le nommé Julien avoit un
phim... & quantité de pustules ſur toutes les parties
, eſt ſorti le même jour entiérement guéri.
Tous les états ci-deſſus ont été vérifiés , les
traitemens ſuivis , & les guériſons conftatées&
certifiées par MM. Faget , du Fouard , Morand,
Guerin& pluſieurs autres Docteurs en Médecine
& Maîtres en Chirurgie , qui ont voulu voir.
Il eſt aiſé d'ailleurs d'examiner les ſoldats qui
ſont ſortis &que l'on nomme, & après des faits
auſſi vrais , auffi authentiquement reconnus , &
expoſés au plus grand jour , il ſeroit bien difficile
, & il y auroit bien de l'entêtement de ſe
refufer à la vérité.
Il faut obſerver auſſi queles foldatsci-deſſusen
trés dans l'hôpital dans laſaiſon laplus rude , n'ont
eu ni bains , ni diette , qu'ilsyont vécu de viande ,
&bu du vin pendant tout le traitement , & qu'ils
FEVRIER. 1757. 227
:
Tont fortis avec l'embonpoint le meilleur , fans
reſſentir aucune eſpece d'incommodité , & ont
pu aller faire leur ſervice le même jour.
Il eſt entré le 28 Décembre 1756 , jour de
lafortie de ces malades , onze autres ſoldats dont
nous rendrons pareillement le mois prochain un
compte auſſi fidele.
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Résumé : SUPPLEMENT A L'ARTICLE CHIRURGIE.
Le document est un supplément à un article sur la chirurgie, annonçant la création de l'hôpital du Duc de Biron et promettant un compte précis des traitements effectués par les dragées du sieur Keyfer. Le 18 novembre 1756, douze soldats du Régiment des Gardes ont été admis à cet hôpital. Les noms des malades, leurs états de santé à l'entrée et leur guérison ont été attestés par plusieurs chirurgiens. Les soldats présentaient divers maux, notamment des chancres, des pustules, des engorgements, des douleurs, des bouffissures et des maladies vénériennes. Tous ont été guéris et ont quitté l'hôpital le 28 décembre 1756, sans ressentir d'inconvénients. Les traitements et les guérisons ont été vérifiés et certifiés par plusieurs docteurs en médecine et maîtres en chirurgie. Les soldats ont été traités pendant la saison la plus rude sans bénéficier de bains ou de régimes spécifiques, vivant de viande et de vin. Malgré cela, ils ont récupéré avec un bon embonpoint et ont pu reprendre leur service immédiatement après leur sortie. Le 28 décembre 1756, onze autres soldats ont été admis à l'hôpital, et un compte fidèle de leur traitement sera rendu le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 147-151
CHIRURGIE. LETTRE de M. FLURANT, Chirurgien à Lyon, à M. DEJEAN, Me en Chirurgie à Paris.
Début :
MONSIEUR, Vous avez promis au Public par la voie du Mercure de Février de cette [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Opération de la taille, Instrument, Vessie, Urètre, Inflammation
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. LETTRE de M. FLURANT, Chirurgien à Lyon, à M. DEJEAN, Me en Chirurgie à Paris.
CHIRURGIE.
LETTRE de M. FLURANT , Chirur
gien à Lyon , à M. DEJEAN , M
en Chirurgie à Paris.
MONSIEUR ,
Vous avez promis au Public par la
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
voie du Mercure de Février de cette
année , un inftrument nouveau , utile à
l'opération de la Taille , lorfque la pierre
de nature friable , ſe réduit en ſable ,
& échappe aux autres inftrumens. La
deſcription fuccinte que vous faites de
cet inftrument , annonce une forme
de curette qui doit être en effet fort
utile , & dont j'aurois voulu avoir la
poffeffion dans une opération que je
fis il y a quelques mois : le détail de
cette opération fera connoître que
votre inftrument peut fervir dans d'autres
cas , même dans ceux d'une pierre
brifée le fait eft affez particulier pour
que je puiffe me flatter que le récit
ne vous en déplaira point.
Un homme de trente - cinq ans s’introduifit
l'année dernière dans l'urètre
une féve d'haricot vulgairement appellée
fajeole , & la pouffa affez avant
pour qu'elle gliffât juſques dans la veſſie.
Je paffe fur la bifarrerie d'un tel amufement
; cet homme d'ailleurs ne
m'ayant rendu aucune réponſe ſatiſfaifante
fur fon intention.
Je fus appellé aux premières douleur
que caufa la préfence du corps
étranger , qui fe préfentant fans doute ,
à l'entrée de la veffie empêchoit fouvent
MA I. 1763. 149
la fortie des urines. Il en arriva même
des accidens finguliers ; il furvint un engorgement
inflammatoire & douloureux
au tefticule droit , qui ne l'abandonna
que pour paffer à celui du côté oppofé ;
le bas-ventre devint tendu & douloureux
; la fonde feule foulageoit le malade
en le faiſant uriner librement ; les
remédes duement adminiftrés firent bien
ceffer l'inflammation , mais non les douleurs
en urinant.
Le malade toujours fatigué par les
retours fréquens de dyfurie , demandoit
du foulagement ; je l'engageai à temporifer
, dans l'efpoir que les urines pourroient
entraîner le corps étranger que je
foupçonnois s'être divifé ; toutes femences
de cette eſpèce fe féparant aifément
en deux lobes dès qu'elles font
humectées mais enfin plufieurs mois
s'étant écoulés dans cette alternative de
douleurs & de légers foulagemens , &
ayant été obligé de fonder le malade ,
je reconnus par le choc de la fonde
que le corps étranger commençoit à
Le recouvrir d'une incruftation pierreuſe
je propofai alors au malade l'opération
de la taille & elle fut déterminée
pour le lendemain .
J'opérai comme je le fais toujours
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
-
felon la méthode de M. mon Pontau
Confrère , qui approche de celle de la
Taille latérale ; méthode par laquelle
nous avons les fuccès les
plus heureux la tenette introduite , il
me fut impoffible de fentir & de charger
ces deux fragmens : leur petiteffe ,
la conformation de la veffie qui faifoit
un fond confidérable au - deffous du
Sphincter , & plus encore le peu de
folidité des parties de cette féve qui
m'empêchoit de les appercevoir avec
la tenette , tout me rendit les inftrumens
ordinaires infuffifans ; je pris le
parti de les retirer l'une après l'autre
avec le doigt en forme de crochet , ce
qui me réuffit : or il n'eft pas douteux
& c'eft où j'en voulois venir , que l'inf
trument dont vous avez parlé , Monfieur
, ne m'eût été très- néceffaire en
cette occafion . I eft vrai que les cas
de cette espéce paroiffent rares ; celui
que je cite néanmoins n'eft pas le feul ;
outre bien des obfervations à-peu-près
femblables , que l'on trouve dans les
Auteurs , j'ai vu extraire par le même
M. Pontau , à un malade à l'Hôtel- Dieu ,
une pierre qui s'étant brifée , laiffa voir
une femblable féve qui en avoit été
le noyau. Les fragmens que j'ai tirés
M A I. 1763. 151
dans mon opération n'étoient encore
recouverts que d'une couche de tertre
très légère , mais il n'eft pas douteux
qu'elle n'ait augmenté en peu de tems.
Il fe préfente enfin dans la pratique
chirurgicale des faits fi variés, que
d'autres
circonftances pourroient éxiger également
le fecours de votre nouvelle curette.
C'est d'après ces réfléxions queje me
fuis cru autorifé à vous folliciter , Monfieur
, de nous donner plus précisément
la forme ou la defcription de votre inftrument
; le même motif du bien public
vous y excitera fans doute &
m'excufera auprès de vous de la liberté
que j'ai pris de vous en faire la demande.
J'ai l'honneur d'être , & c .
Lyon , ce 1 Avril 1763.
,
FLURANT.
LETTRE de M. FLURANT , Chirur
gien à Lyon , à M. DEJEAN , M
en Chirurgie à Paris.
MONSIEUR ,
Vous avez promis au Public par la
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
voie du Mercure de Février de cette
année , un inftrument nouveau , utile à
l'opération de la Taille , lorfque la pierre
de nature friable , ſe réduit en ſable ,
& échappe aux autres inftrumens. La
deſcription fuccinte que vous faites de
cet inftrument , annonce une forme
de curette qui doit être en effet fort
utile , & dont j'aurois voulu avoir la
poffeffion dans une opération que je
fis il y a quelques mois : le détail de
cette opération fera connoître que
votre inftrument peut fervir dans d'autres
cas , même dans ceux d'une pierre
brifée le fait eft affez particulier pour
que je puiffe me flatter que le récit
ne vous en déplaira point.
Un homme de trente - cinq ans s’introduifit
l'année dernière dans l'urètre
une féve d'haricot vulgairement appellée
fajeole , & la pouffa affez avant
pour qu'elle gliffât juſques dans la veſſie.
Je paffe fur la bifarrerie d'un tel amufement
; cet homme d'ailleurs ne
m'ayant rendu aucune réponſe ſatiſfaifante
fur fon intention.
Je fus appellé aux premières douleur
que caufa la préfence du corps
étranger , qui fe préfentant fans doute ,
à l'entrée de la veffie empêchoit fouvent
MA I. 1763. 149
la fortie des urines. Il en arriva même
des accidens finguliers ; il furvint un engorgement
inflammatoire & douloureux
au tefticule droit , qui ne l'abandonna
que pour paffer à celui du côté oppofé ;
le bas-ventre devint tendu & douloureux
; la fonde feule foulageoit le malade
en le faiſant uriner librement ; les
remédes duement adminiftrés firent bien
ceffer l'inflammation , mais non les douleurs
en urinant.
Le malade toujours fatigué par les
retours fréquens de dyfurie , demandoit
du foulagement ; je l'engageai à temporifer
, dans l'efpoir que les urines pourroient
entraîner le corps étranger que je
foupçonnois s'être divifé ; toutes femences
de cette eſpèce fe féparant aifément
en deux lobes dès qu'elles font
humectées mais enfin plufieurs mois
s'étant écoulés dans cette alternative de
douleurs & de légers foulagemens , &
ayant été obligé de fonder le malade ,
je reconnus par le choc de la fonde
que le corps étranger commençoit à
Le recouvrir d'une incruftation pierreuſe
je propofai alors au malade l'opération
de la taille & elle fut déterminée
pour le lendemain .
J'opérai comme je le fais toujours
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
-
felon la méthode de M. mon Pontau
Confrère , qui approche de celle de la
Taille latérale ; méthode par laquelle
nous avons les fuccès les
plus heureux la tenette introduite , il
me fut impoffible de fentir & de charger
ces deux fragmens : leur petiteffe ,
la conformation de la veffie qui faifoit
un fond confidérable au - deffous du
Sphincter , & plus encore le peu de
folidité des parties de cette féve qui
m'empêchoit de les appercevoir avec
la tenette , tout me rendit les inftrumens
ordinaires infuffifans ; je pris le
parti de les retirer l'une après l'autre
avec le doigt en forme de crochet , ce
qui me réuffit : or il n'eft pas douteux
& c'eft où j'en voulois venir , que l'inf
trument dont vous avez parlé , Monfieur
, ne m'eût été très- néceffaire en
cette occafion . I eft vrai que les cas
de cette espéce paroiffent rares ; celui
que je cite néanmoins n'eft pas le feul ;
outre bien des obfervations à-peu-près
femblables , que l'on trouve dans les
Auteurs , j'ai vu extraire par le même
M. Pontau , à un malade à l'Hôtel- Dieu ,
une pierre qui s'étant brifée , laiffa voir
une femblable féve qui en avoit été
le noyau. Les fragmens que j'ai tirés
M A I. 1763. 151
dans mon opération n'étoient encore
recouverts que d'une couche de tertre
très légère , mais il n'eft pas douteux
qu'elle n'ait augmenté en peu de tems.
Il fe préfente enfin dans la pratique
chirurgicale des faits fi variés, que
d'autres
circonftances pourroient éxiger également
le fecours de votre nouvelle curette.
C'est d'après ces réfléxions queje me
fuis cru autorifé à vous folliciter , Monfieur
, de nous donner plus précisément
la forme ou la defcription de votre inftrument
; le même motif du bien public
vous y excitera fans doute &
m'excufera auprès de vous de la liberté
que j'ai pris de vous en faire la demande.
J'ai l'honneur d'être , & c .
Lyon , ce 1 Avril 1763.
,
FLURANT.
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Résumé : CHIRURGIE. LETTRE de M. FLURANT, Chirurgien à Lyon, à M. DEJEAN, Me en Chirurgie à Paris.
Dans sa lettre à M. Dejean, M. Flurant, chirurgien à Lyon, décrit un nouvel instrument chirurgical destiné aux opérations de la taille, particulièrement utile lorsque la pierre est friable et se réduit en sable. Flurant relate une opération récente sur un homme de 35 ans qui avait introduit une fève d'haricot dans son urètre, provoquant des douleurs et des complications inflammatoires. Malgré les traitements administrés, les douleurs persistaient, et plusieurs mois plus tard, Flurant décida d'intervenir chirurgicalement. Lors de l'opération, il découvrit que la fève était recouverte d'une incrustation pierreuse. Les instruments traditionnels s'avérèrent inefficaces, obligeant Flurant à retirer les fragments manuellement. Il souligne que l'instrument décrit par Dejean aurait été très utile dans cette situation. Flurant conclut en demandant à Dejean de fournir une description plus détaillée de cet instrument afin de contribuer au bien public.
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