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1
p. 88-90
Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Début :
Il me souvient que je vous parlay il y a quelques années [...]
Mots clefs :
Siam, Années, France, Soleil d'Orient, André Boureau-Deslandes, Frère, Compagnie orientale de France, Lettres, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Il me ſouvient que je vous
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Roy,
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Roy,
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Résumé : Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Le texte traite d'une correspondance relative aux ambassadeurs envoyés par le roi de Siam en France et à Rome, accompagnés de présents, dont deux éléphants blancs. Monsieur des Langalant mentionne Monsieur des Bourau, frère de Monsieur Bourau, ancien commissaire général de la Compagnie à Surate et chef du comptoir de la Compagnie Orientale de France à Siam. Des Bourau a traduit les lettres du roi de Siam adressées au roi de France et au pape, et les a transmises via un officier de la Compagnie. Ces lettres, ainsi que celles du ministre de Siam à la Compagnie, ont été partagées par l'auteur. Les ambassadeurs et les présents, surnommés le 'Soleil d'Orient', n'ont pas donné de nouvelles depuis près de trois ans, depuis leur embarquement à Bantam en juin 1684.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 292-332
Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres-certaines aux plus clairs-voyans.
Début :
Comme vous recevrez cette Lettre dans le commencement [...]
Mots clefs :
Paradoxes, Savants, Temps, Années, Jugement, Éternité, Soleil, Dieu, Proposition, Maux
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texteReconnaissance textuelle : Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres-certaines aux plus clairs-voyans.
Comme vous recevrez cette
Lettre dans le commencement
du Carefine , vous ferez peutcftre ravie d'y trouver des Articles capables d'entretenir vôtre devotion , & je crois même
que ceux que vous y avez déja
Jûs eftant tres- curieux & tresattachans vous auront fait >
plus de plaifir que ceux qui re-
GALANT 293
gardent les affaires du monde;
& en effet , ils font fi beaux ,
& d'une nouveauté fi fingulicre , qu'il eft difficile de les lire
fans verfer des larmes de joye ,
ou pour mieux dire de ces fortes de larmes qui font trouver
du plaifir à pleurer. L'Article
qui fuit n'eft pas tout à fait de
cette nature. Il frappera les
cœurs d'une autre maniere , &
il faudra le lire plus d'une fois
pourle bien concevoir. Ce n'eft
pas que les Sçavans ne le puiffent comprendre d'abord
eltant fait dans toutes les regles ; mais de quelque caractere
2
Bb iij
294 MERCURE
qu'on foit , & de quelque nature que foit l'efprit de ceux
qui le liront , ils ne le verront
pasfans uneespece d'effroy qui
leur fera faire une ferme refolution de fe corriger , & de tâ
cher de meriter d'eftre un jour
dans le Ciel , & de fe tenir tellement en garde contre euxmêmes qu'ils puiffent éviter de
fe voir un jour au nombre des
damnez. Enfin jamais Article
nevous auradonnélieu de faire
plus de refléxions &de plus férieufes , & fi la diverfité plaiſt
beaucoup dans mes Lettres &
eft caufe que les plus medio-
GALANT 295
cres n'ennuyent pas à cauſe de
la diverfité des matieres qui attachent tour à tour , je puis
dire que cette Lettre vous fera
beaucoup de plaifir, eftant remplie d'une infinité de chofes
differentes. Je dois vous avertir de vous mettre bien dans
l'efprit que ce n'eft pas moy
qui parle dans ce que vous allez lire. C'eſt un difcours fait
dans les formes par un Maiftre
de l'Art , & dans lequel d'au
tres perfonnes parlent auffi.
Vous devez faire attention à
toutes ces chofes en le lifant ,
& vous fouvenir fouvent penBb iiij
295 MERCURE
dant cette lecture , que ce n'eft
pas moy qui parle , ainfi que je
viens de vous le marquer. C'eft
un hommetout rempli de zele
pour le falut des ames , & qui
a bien approfondi fa matière
avant que de la traiter.
Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres- certaines aux plus clairs- voyans.
Premiere verité fous l'apparence
deparadoxe.
Le temps qui doit couler
d'icy jufqu'au jour du Juge
GALANT 297
ment paroît tres- court à ceux
qui font à prefent dans les Enfers , & paroîtra tel à tous ceux
qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde.
Deuxième verité fous la mefme
apparence deparadoxe.
Par un principe bien different , aprés le jour du Jugement , les centaines de millions
d'années , & tel autre temps
qu'il nous plaira, fi long qu'on
fe le puiffe imaginer , pourvû
que ce foit un veritable temps,
ne paroîtra pas long aux damnez.
298: MERCURE
"
Troifiéme veritéfous l'apparence
deparadoxe.
Par un autre principe different des premiers , aprés le
jour du Jugement , les mefmes
centaines de millions d'années,
dans les joyes ineffables du Paradis , ne paroîtront aux Bienheureux , ny plus courtes , ny
plus longues qu'elles font en
elles mefmes ; c'est- à- dire, qu'il
ne leur femblera pas qu'elles
s'écoulent avec trop de vitelle,
ny qu'elles paffent trop lentement.
GALANT 299
DELA
La crainte du mal &
titude ou l'affeurance du b
l'efperance d'eftre delivré de
fes maux, & le defeſpoir d'en
eftre jamais delivré , ou la certitude d'en eftre éternellement
accablé ; la difference infinie &
effentielle qui eft entre le temps
& l'éternité, font tout le dénouëment & la preuve de ces
propofitions , comme on le va
voir en peu de mots.
Celuy qui les a avancées dans
une nombreuſe Compagniede
gens doctes & fpirituels , ne
s'étonna pas que d'abord , &
fans autre explication elles fu-
300 MERCURE
rent prifes pour dés paradoxes ;
mais comme il avoit lû autrefois le principe & le folide fondement des deux premieres ,
dans l'Auteur inconnu fur les
Pfeaumes , il les foûtint fortement en leur prefence ; & commeil les croit tres dignes d'être
meurement pefées pour nous
entretenir dans la crainte des.
jugemens de Dieu , il s'eft cncore appliqué à les prouveren
trois autres Affemblées confiderables.
Or comme le fujet paroît
curieux , & d'une affez grande.
importance pour trouver pla-
GALANT 301
ce dans cette Lettre, j'ay crû
que vous ne feriez pas fâchée
d'y voir les preuves de l'Auteur , que je vais raporter en
abregé.
la
Lesdeux premierespropofitions,
dit-il , qui à les confidererfuperficiellementfemblent revolter l'ef
pritdes Fideles , l'affermiffent dans
croyance de l'Eglife , touchant
le déplorable état des damnez
quand on les approfondit ; car loin
d'adoucir les peines effroyables de
l'Enfer, elles en font connoître.
davantage la grieveté, en donnent plus d'horreur que celle qu'on
en croyoit ordinairement, & eftant
302 MERCURE
attentivement confiderées dans
leurs caufes , elles font capables de
ramener les plus égarez dans la
voye dufalut.
Quoy qu'onfoit accablé de
tres grands maux , fi l'on en
craint encore de plus grands
qu'on ne fçauroit éviter , le
temps qui doit couler juſqu'à
ce que ces derniers viennent
fondre fur ceux qui les craignent leur paroît tres court :
or ceux qui font à preſent dans
les Enfers , & tous ceux qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde , font à
la verité accablez de tres-
GALANT 303
grands maux, & tels qu'il n'eft
pas au pouvoir de l'éloquence
humaine de les exprimer ; mais
ils en craignent encore de plus
grands au jour du Jugement:
tirez-en la confequence.
La premiere propoſition eſt
tres- certaine , & peut eftre
prouvée par mille exemples. Je
n'en raporte qu'un feul qui me
vient dans l'efprit , &qui fuffira : ce n'eft pas celuy du commun proverbe , qui dit : Ayez
une dette à payer à Paſques &
vous trouverez le Carefme
court , ny l'exemple de ceux
qui cftant fort pauvres ont des
304 MERCURE
W
termes de loyer à payer à la
faint Jean ou à la faint Remy,
aufquels le temps femble paffer avec grande viteffe ; mais
c'eſt celuy d'un homme qui
feroit jetté dans un obfcur cachot , lié & garotté de groffes
chaînes , rongé des Rats & des
Souris , accablé de miferes ;
mais quifçauroit certainement
dans un an il doit fortit que
de ce cachot pour eltre brûlé
tout vif à petit feu devant une
grande foule de monde , auquel cette année qu'il a à refter
dans ce cachot en un fi pitoyable état , loin de luy paroître
GALANT 305
longue , luy paroît au contraire tres courte , par l'apprehenfion terrible qu'il a d'eſtre brûlé tout vif à petit feu devant
un grand monde, quand il for
tira de fa prifon.
La mineure de l'argument ,
à fçavoir que ceux qui font à
prefent dans les Enfers craignent de bien plus grands
maux au jour du Jugement que
ceux qu'ils endurent avant qu'il
arrive , eft inconteftable par
plufieurs raifons , du nombre
defquelles je choifis feulement
deuxprincipales, qu'on ne fçauroit nier. Lapremiere, qu'aprés
Fevrier 1710.
Cc
306 MERCURE
le jour du Jugement ils fouffriront en corps & en ame, au
lieu qu'à prefent ils ne fouffrent que dans leur ame , &
que les demons mefmes feront
plus tourmentez, paifqu'ils feront enchaînez dans les Enfers
à n'en jamais fortir. Mais une
feconde raifon tres effentielle
qui fait paroître aux damnez
que le temps qu'ils ont à eſtre
dans les Enfers jufqu'au jour du
Jugement paffe avec une extrême vîteffe , eft qu'ils fçavent
tres certainement qu'à ce jour
fi terrible pour eux, ils verront malgré qu'ils en ayent .
GALANT 307
1
celuy qui les doit juger , terriblement irrité contr'eux , & en
une fi grande colere , qu'ils ne
pourront en fupporter la vûë,
& que la confufion qu'ils auront de paroître en fa preſence , & en celle de tout l'Univers , où toutes leurs actions
feront manifeftées , les mettra
dans des tranſes effroyables ,
que la fureur & l'indignation
de cet Homme Dieu , fa Sentence foudroyante fur leurs
têtes leur paroît un poids qui
les accablera ; d'où vient que
pour l'éviter ils voudroient
pouvoir fe tenir cachez au plus
Cc ij
308 MERCURE
profond des Enfers ; & c'eft
cette terreur épouvantable qui
Leur fera prononcer à ce grand
jour ce que nous lifons dans.
faint Luc, qu'ils diront aux
montagnes de tomber ſur eux
pour les écrafer , & aux collines de les couvrir par leur chûte , pour les fouftraire à la vûë
de ce Juge irrité ; & quandmêmecette confufion & cette terreur ne devroit durer qu'autant de temps que Noftre Seigneur en mettra pour exercer
fon Jugement fur tous les
hommes , la crainte que les
damnez en ont eft fi terrible ,
1
GALANT 309
qu'il n'y a nul fujet de s'étonner que le temps qui doit couler jufqu'à ce qu'il arrive leur
paroiffe fi court. Mais il y a
tour lieu de croire que cette
confuſion fera éternelle ; que
par un effet admirable de la
toute- puiffance & de la juftice
de Dieu , tous les crimes de
chaque damné , non feulement
au dernier jour , mais durant
toute l'éternité , feront imprimez dans l'efprit des Bienheureux & des Hommes damnez,
des Anges & des Demons , &
qu'il fera au pouvoir des uns
& des autres de voir quand ils
310 MERCURE
le voudront le fujet de la damnation de chaque homme en
particulier , & de dire celuy cy
eft damné pour tels & tels cri
més , celuy là par d'autres ; de
forte que la confufion qu'ils
recevront au jour du Juge
ment , fera pour eux une confufion éternelle.
Preuves de la feconde propofition.
Si ceux qui font à preſent
dans l'Enfer ne trouvent pas
long le temps qu'ils ont à Y
eftre jufqu'au jour du Jugement, aprés ce mefmejour ces
GALANT 311
miferables ne trouveront pas
. non plus les jours , les mois
& les années longues ; mais à
leur plus grande damnation ,
par un principe bien different,
& qui loin de diminuer leurs
maux les accroîtra comme à
l'infiny.
Il n'y aura plus de temps
aprés ce jour terrible , ce qui
nous doit porter à bien employer celuy qui nous reſte à
faire penitence de nos pechez,
& à ne les plus commettre.
L'Ange que faint Jean vid en
fon Apocalypfe , qui eftoit debout fur la mer & fur la terre,
312 MERCURE
jura par celuy qui vit dans tous
les fiecles qu'il n'y auroit plus
de temps : Et juravit per viventem fæcula fæculorum......
Quia non erit tempus. ( Apoc.
chap. 10. La raiſon eſt que
ny le premier mobile, qui eft
la regle de tous les temps par
fon mouvement le plus égal
& le plus regulier de tous , ny
le Soleil ne feront plus leur
courſe , & n'auront plus de
mouvement , qui ne fera plus
neceffaire pour la generation
des Elûs , dont le nombrefera
accompli ; & ce que nous appellons Temps , n'elt autre chofe
GALANT 3T3
fe que la mefure & la durée du
mouvement du premier Mobile ou du Soleil ; fi ce n'eft que
nous difions que le temps eftant
auffi la mesure ou la durée des actions & despaffions , en un certain
fens ily auraun temps dans le Paradis dans l'Enfer , parce que
dans le Paradis les Bienheureux
pafferontfucceffivement d'unejoye
à une autre , & les damnez dans
l'Enfer d'un tourment à un autre
tourment ; comme il eft dit dans
Job, que d'un tres grandfroid ils
pafferont à une chaleur exc ffive :
AD NIMIUM CALOREM
TRANSIBUNT AB AQUIS
Février 1710. Dd
314 MERCURE
NIMIUM ; ( cap. 24. ) ce qui a
fait dire au Prophete Royal ,
qu'ils auront leur temps dans
tous les ficcles : Et erit tempus
eorum infæcula. ( PL. 80. ) Ce
temps neanmoins n'eft pas fi
proprement dit que celuy que
nous comptons par le mouvement du premier Mobile ou
du Soleil mais fi aprés le Jugement univerfel il n'y a plus
de temps en ce dernier fens par
le mouvement du premier Mobile , il pourroit y en avoir , fi
Dieu le vouloit ; ce qui feroit
fort indifferent à ceux qui auront paffé du Temps à l'Eter
GALANT 315
>
nité ; car que le Soleil ou le
premier Mobile tourne ου
qu'il ne tourne pas , ceux du
Ciel n'en feront ny moins heureux , ny ceux de l'Enfer moins
malheureux; & aprés que nous
ferons dans l'Eternité il arrivera enfuite , non une feule fois ,
mais un grand nombre de fois,
il arrivera que nous aurons eſté
les premiers dans les plaiſirs, les
autres dans les peines , autant
que le premier mobile auroit
pû faire de circulations pour
faire un auffi long temps que
le feroit d'enlever autant de
fables qu'il en pourroit conteDdij
316 MERCURE
nir dans tout l'Univers , quand
feulement on n'en enleveroit
qu'un feul grain à chaque centaine de millions d'années.
Or cette grandeur fi demefurée qu'elle nous femble
paroiftre , ne paroiftra pas
longue aux damnez , & fuppofé qu'aprés le Jugement
univerfel le Soleil ou le premier Mobile dût encore fe
mouvoir, & qu'il y eut confequemmentdesjours, des mois ,
& des années , comme nous les
comptons à prefent ; ces jours ,
ces mois & ces années , ne leur
paroiftroient pas longues non
1
GALANT 317-
plus. Mais vous remarquerez,
s'il vous plaift, que je parle d'un
temps fini & limité , qui eft la
mefure des chofes qui ont leur
commencement & leur fin, qui
eft la propre notion du temps ,
& qui en ce fens eft diftingué ,
ou plutòft oppofé à l'Eternité ,
& que je ne parle point d'un
tems infini qui correfpondroit
àl'Erernité;car ce ne feroit plus
untemps , mais ce feroitla même chofe que l'Eternité. Ainfi
je dis qu'un temps fini & limité
d'un an , de deux ans , de mille
ans , decent millions d'années ,
ne paroiftront pas long à ces
Dd iij
318 MERCURE
miferables. Une raifon à la portée des moins intelligens , eft
qu'une chofe à laquelle on ne
penſe point du tout ne paroiſt
ne courte ny longue : les damnez ne penfent point du tout
à ce temps fini , comme vous
le verrez mais une autre raifon auffi évidente que la premiere , &encore plus fpirituel
le , eft que quand on n'a aucune efperance d'eftre jamais délivré d'un mal dont on eft op
primé , & qu'on fçait tres certainement que ce mal n'aura
jamais de fin , un an ,
deux
ans mille ans de fouffran- >
GALANT 319
ces , quoy que tres-es- penibles ,
ne paroiffent pas longues.
Qu'est ce donc qui eft long
aux damnez? Et pourquoy demander cela ? Ce feroit des
millions d'années qui leur feroient tres - longs , fi leurs
maux devoient finir , mais ces
millions d'années ne leur font
rien , parce que leurs maux ne
doivent pas finir !
C'est l'Eternité qui leur
paroift infiniment longue , &
qui eft telle en effet ; c'est
ce qui fait le comble & le
plus grand de tous leurs maux,
ce qui les accable épouvanDd iiij
320 MERCURE
tablement >
, & de telle maniere qu'ils ne fçauroient penfer à autre chofe ; & c'eft
ce qui les jette dans une horrible defefpoir, dans une rage
& une furcur forcenée au- def
fusde tout ce que nous en pouvons penfer. D'où vient que
les damnez ne s'amufent point.
à nombrer ce temps fini & limité , qui s'eft déja écoulé depuis qu'ils font dans les feux ,
& celuy qui s'écoulera dans la
fuite, parce que cela leur feroit
tout à fait inutile , puis qu'aprés y avoir efté cent millions
d'années , ils ne feront pas
GALANT 321
plus avancez qu'au commencement , & qu'ils auront auffi
long temps à fouffrir que s'ils
ne faifoient que d'y entrer.
Et voicy qu'elle eft l'horrible penfée d'un damné , il luy
eft prefque impoffible d'en avoir aucune autre , ou s'il en a,
celle cy eft la dominante : donnons- y toute l'attention poffible pour nous empêcher de
tomber dans une damnation
pareille à la fienne.
Un damné ne penſe à autre
chofe qu'à fe dire à luy même:
Me voilà au comble de tous
les maux, & ces maux ne fini
322 MERCURE
ront jamais : autant que Dieu
fera Dieu , je feray l'objet de
de fes vengeances : tout auffi
long temps je feray dans les
feux, & dans des feux dont
ceux de la terre ne font que la
fumée: j'auray toûjours les demons pour bourreaux : tous les
autres damnez me donneront
mille maledictions : cette horrible & épouvantable Sentence: Allez maudits au feu éternel, fera éternellement imprimée dans mon efprit , dans ma
memoire , dans mon imagination , & dans tous mes fens , &
me fera fouffrir prefque tout à
GALANT 323
la fois , & en un feul inftant ,
ce que j'auray à fouffrir continuellement durant toute l'éternité. Un damné, dis je , ne
penfe à autre chofe , & non à
nombrer les jours & les moisqu'il a déja paffé dans les feux;
& cette penfée le confterne ,
l'abat , le jette dans le defefpoir , la rage &la furie que j'ay
dit , & luy fait proferer de fi
énormes blafphêmes contreDieu principalement, & contre
les Saints , & tant d'imprecations contre fes bourreaux:
& contre luy-mefme , qu'on
mourroit de frayeur à les en-
224 MARCURE
tertendre fortir de fa bouche.
Ceuxqui font à prefent dans
l'Enfer ne trouvent pas long
le temps qu'ils ontà y eftre juf
qu'au jour du Jugement , par
la crainte & l'apprehenfion
rible qu'ils ont de ce jour ; &
aprés ce jour paffé , ils ne trouveront pas long un temps finy & limité de cent ans , de
mille ans , de cent millions
d'années , par un autre principe, par unhorrible defefpoir,
le plus grand de tous leurs
maux, le comble de tous ceux
dont ils font accablez , par la
durée immenfe & infinie de
GALANT 325
l'éternité , durant toute laquelle ils fçavent tres certainement qu'ils feront les victimes des feux , & les efclaves
des demons.
Mais d'une chofe fi veritable , ne tirez pas cette fauffe
confequence , untemps limité
de cent millions d'années ne
paroit pas long aux damnez ,
donc ils ne s'ennuyent point
dans l'Enfer.
Ce feroit tres mal raiſonner
de puifer les tenebres dans la
plus éclatante lumiere , parce
que l'éternité qui abforbe tous
les temps , leur caufe un en-
326 MERCURE
nuy qui ne fe peut exprimer,
qui eft au deffus de toute conception angelique & humaine;
&fi un temps finy ne leur
roît pas long , c'eſt le defefpoir qui en eft caufe , & qui
rend leur condition bien plus
miferable.
paCar en effet , fi ces malheureux avoient l'efperance de for
tir de ces feux aprés cent millions d'années , pour lors ce
temps finy &limité feroit l'unique occupation de leur efprit ; & tout au contraire de
ceux , remarquez bien s'il vous
plaift , & tout au contraire de
GALANT 327
ceux aufquels le defeſpoir ne
fait pas trouver longun cemps
limité , cette efperance feroit
qu'une feule heure dans ces
tourmens leur paroiftroit des
millions d'années , comme un
malade qui fouffre de grands
maux, dont il a efperance d'être délivré , trouve qu'une
nuit dans les fouffrances eft
auffi longue queplufieurs nuits
le paroiftroient à un homme
fain & difpos. On nous trompe (diroient ceux qui auroient
efperance de fortir de l'Enfer aprés des millions de fiecles , fi le defefpoir n'eftoit
328 MERCURE
le pas partage de tous ceux
qui entrent dans ce lieu d'horreur) on nous trompe de vouloir nous perfuader qu'il n'y
a qu'une heure que nous fommes dans les tourmens , pendant qu'ils nous femble qu'il
y a des millions d'années que
nous brûlons dans ces horribles feux.
Cependant celuy quiauroit
efperance de fortir des enfers
feroit fans doute de meilleure
condition que celuy qui deſeſpere d'en fortir , quoy qu'au
premier une heure dans les
feux paruft des millions d'an-
GALANT 329
nées , & que le fecond qui defd'en fortir ne penfe ny pere
B
à
la longueur ny à la brieveté de
cette même heure , voyant
bien , & il le voit malgré qu'il
en ait à fa tres grande damnation , qu'il luy est tout- à fait
inutile d'y penfer , puiſqu'aprés cette penfée il ne fera pas
plus avancé qu'au commencement , & qu'il reftera encore
une éternité toute entiere à
fouffrir.
Preuves de la troifiémepropofition.
Qu'il ne doive pas paroistre
Février 1
1710.
Ec
330 MERCURE
aux Bien- heureux que les centaines de millions d'années
dans les joyes du Paradis s'écoulent avec trop de vîteffe ,
cela eſt tout évident ; parceque
l'unique chofe qui pourroit
leur faire paroître qu'elles vont
à pas degeant, ce feroit la crainte qu'aprés que ce grand nom
bre d'années feroit écoulé ils fe--
roient privezde ces plaifirs inéfables ;car dans la fuppofition
que cela duft arriver , pour lors
des milliers d'années dans ces
delices ne leur paroîtroient pas
avoir duré plus d'un jour ; mais
comme ils fçavent tres- certai-
GALANT 331
nement qu'ils n'en feront jamais privez , qu'aprés qu'un
fi grand nombre de fiecles
fera pafle ils ne feront encore qu'au commencement de
leur bonheur , ils ne peuvent
avoir aucun fujet de fe perfuader que ces fiecles paffent
avec trop de précipitation.
Qu'il ne leur doive pas paroiltre non plus que ces centaines de milliers d'années s'écoulent trop lentement ,
eft encore tout évident ; car ce
qui fait qu'une choſe ſemble
longue à paffer ou à parcourir ;
cela
Ee ij
332 MERCURE
c'eft le dégouft , la peine , ou la
difficulté qui s'y trouve les
Bien heureux n'ont nul dégouft , nulle peine , & nulle difficulté à parcourir ce grand
nombre d'années , mais au contraire en les parcourant ils font
dans l'affluence de toutes fortes de plaifirs & de delices , &
par confequent il ne femblera
pas aux Bienheureux que cette
longueur , fi demefuréé qu'elle
nous paroiffe , fe paffe trop lentement.
Lettre dans le commencement
du Carefine , vous ferez peutcftre ravie d'y trouver des Articles capables d'entretenir vôtre devotion , & je crois même
que ceux que vous y avez déja
Jûs eftant tres- curieux & tresattachans vous auront fait >
plus de plaifir que ceux qui re-
GALANT 293
gardent les affaires du monde;
& en effet , ils font fi beaux ,
& d'une nouveauté fi fingulicre , qu'il eft difficile de les lire
fans verfer des larmes de joye ,
ou pour mieux dire de ces fortes de larmes qui font trouver
du plaifir à pleurer. L'Article
qui fuit n'eft pas tout à fait de
cette nature. Il frappera les
cœurs d'une autre maniere , &
il faudra le lire plus d'une fois
pourle bien concevoir. Ce n'eft
pas que les Sçavans ne le puiffent comprendre d'abord
eltant fait dans toutes les regles ; mais de quelque caractere
2
Bb iij
294 MERCURE
qu'on foit , & de quelque nature que foit l'efprit de ceux
qui le liront , ils ne le verront
pasfans uneespece d'effroy qui
leur fera faire une ferme refolution de fe corriger , & de tâ
cher de meriter d'eftre un jour
dans le Ciel , & de fe tenir tellement en garde contre euxmêmes qu'ils puiffent éviter de
fe voir un jour au nombre des
damnez. Enfin jamais Article
nevous auradonnélieu de faire
plus de refléxions &de plus férieufes , & fi la diverfité plaiſt
beaucoup dans mes Lettres &
eft caufe que les plus medio-
GALANT 295
cres n'ennuyent pas à cauſe de
la diverfité des matieres qui attachent tour à tour , je puis
dire que cette Lettre vous fera
beaucoup de plaifir, eftant remplie d'une infinité de chofes
differentes. Je dois vous avertir de vous mettre bien dans
l'efprit que ce n'eft pas moy
qui parle dans ce que vous allez lire. C'eſt un difcours fait
dans les formes par un Maiftre
de l'Art , & dans lequel d'au
tres perfonnes parlent auffi.
Vous devez faire attention à
toutes ces chofes en le lifant ,
& vous fouvenir fouvent penBb iiij
295 MERCURE
dant cette lecture , que ce n'eft
pas moy qui parle , ainfi que je
viens de vous le marquer. C'eft
un hommetout rempli de zele
pour le falut des ames , & qui
a bien approfondi fa matière
avant que de la traiter.
Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres- certaines aux plus clairs- voyans.
Premiere verité fous l'apparence
deparadoxe.
Le temps qui doit couler
d'icy jufqu'au jour du Juge
GALANT 297
ment paroît tres- court à ceux
qui font à prefent dans les Enfers , & paroîtra tel à tous ceux
qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde.
Deuxième verité fous la mefme
apparence deparadoxe.
Par un principe bien different , aprés le jour du Jugement , les centaines de millions
d'années , & tel autre temps
qu'il nous plaira, fi long qu'on
fe le puiffe imaginer , pourvû
que ce foit un veritable temps,
ne paroîtra pas long aux damnez.
298: MERCURE
"
Troifiéme veritéfous l'apparence
deparadoxe.
Par un autre principe different des premiers , aprés le
jour du Jugement , les mefmes
centaines de millions d'années,
dans les joyes ineffables du Paradis , ne paroîtront aux Bienheureux , ny plus courtes , ny
plus longues qu'elles font en
elles mefmes ; c'est- à- dire, qu'il
ne leur femblera pas qu'elles
s'écoulent avec trop de vitelle,
ny qu'elles paffent trop lentement.
GALANT 299
DELA
La crainte du mal &
titude ou l'affeurance du b
l'efperance d'eftre delivré de
fes maux, & le defeſpoir d'en
eftre jamais delivré , ou la certitude d'en eftre éternellement
accablé ; la difference infinie &
effentielle qui eft entre le temps
& l'éternité, font tout le dénouëment & la preuve de ces
propofitions , comme on le va
voir en peu de mots.
Celuy qui les a avancées dans
une nombreuſe Compagniede
gens doctes & fpirituels , ne
s'étonna pas que d'abord , &
fans autre explication elles fu-
300 MERCURE
rent prifes pour dés paradoxes ;
mais comme il avoit lû autrefois le principe & le folide fondement des deux premieres ,
dans l'Auteur inconnu fur les
Pfeaumes , il les foûtint fortement en leur prefence ; & commeil les croit tres dignes d'être
meurement pefées pour nous
entretenir dans la crainte des.
jugemens de Dieu , il s'eft cncore appliqué à les prouveren
trois autres Affemblées confiderables.
Or comme le fujet paroît
curieux , & d'une affez grande.
importance pour trouver pla-
GALANT 301
ce dans cette Lettre, j'ay crû
que vous ne feriez pas fâchée
d'y voir les preuves de l'Auteur , que je vais raporter en
abregé.
la
Lesdeux premierespropofitions,
dit-il , qui à les confidererfuperficiellementfemblent revolter l'ef
pritdes Fideles , l'affermiffent dans
croyance de l'Eglife , touchant
le déplorable état des damnez
quand on les approfondit ; car loin
d'adoucir les peines effroyables de
l'Enfer, elles en font connoître.
davantage la grieveté, en donnent plus d'horreur que celle qu'on
en croyoit ordinairement, & eftant
302 MERCURE
attentivement confiderées dans
leurs caufes , elles font capables de
ramener les plus égarez dans la
voye dufalut.
Quoy qu'onfoit accablé de
tres grands maux , fi l'on en
craint encore de plus grands
qu'on ne fçauroit éviter , le
temps qui doit couler juſqu'à
ce que ces derniers viennent
fondre fur ceux qui les craignent leur paroît tres court :
or ceux qui font à preſent dans
les Enfers , & tous ceux qui auront le malheur d'y entrer avant la fin du monde , font à
la verité accablez de tres-
GALANT 303
grands maux, & tels qu'il n'eft
pas au pouvoir de l'éloquence
humaine de les exprimer ; mais
ils en craignent encore de plus
grands au jour du Jugement:
tirez-en la confequence.
La premiere propoſition eſt
tres- certaine , & peut eftre
prouvée par mille exemples. Je
n'en raporte qu'un feul qui me
vient dans l'efprit , &qui fuffira : ce n'eft pas celuy du commun proverbe , qui dit : Ayez
une dette à payer à Paſques &
vous trouverez le Carefme
court , ny l'exemple de ceux
qui cftant fort pauvres ont des
304 MERCURE
W
termes de loyer à payer à la
faint Jean ou à la faint Remy,
aufquels le temps femble paffer avec grande viteffe ; mais
c'eſt celuy d'un homme qui
feroit jetté dans un obfcur cachot , lié & garotté de groffes
chaînes , rongé des Rats & des
Souris , accablé de miferes ;
mais quifçauroit certainement
dans un an il doit fortit que
de ce cachot pour eltre brûlé
tout vif à petit feu devant une
grande foule de monde , auquel cette année qu'il a à refter
dans ce cachot en un fi pitoyable état , loin de luy paroître
GALANT 305
longue , luy paroît au contraire tres courte , par l'apprehenfion terrible qu'il a d'eſtre brûlé tout vif à petit feu devant
un grand monde, quand il for
tira de fa prifon.
La mineure de l'argument ,
à fçavoir que ceux qui font à
prefent dans les Enfers craignent de bien plus grands
maux au jour du Jugement que
ceux qu'ils endurent avant qu'il
arrive , eft inconteftable par
plufieurs raifons , du nombre
defquelles je choifis feulement
deuxprincipales, qu'on ne fçauroit nier. Lapremiere, qu'aprés
Fevrier 1710.
Cc
306 MERCURE
le jour du Jugement ils fouffriront en corps & en ame, au
lieu qu'à prefent ils ne fouffrent que dans leur ame , &
que les demons mefmes feront
plus tourmentez, paifqu'ils feront enchaînez dans les Enfers
à n'en jamais fortir. Mais une
feconde raifon tres effentielle
qui fait paroître aux damnez
que le temps qu'ils ont à eſtre
dans les Enfers jufqu'au jour du
Jugement paffe avec une extrême vîteffe , eft qu'ils fçavent
tres certainement qu'à ce jour
fi terrible pour eux, ils verront malgré qu'ils en ayent .
GALANT 307
1
celuy qui les doit juger , terriblement irrité contr'eux , & en
une fi grande colere , qu'ils ne
pourront en fupporter la vûë,
& que la confufion qu'ils auront de paroître en fa preſence , & en celle de tout l'Univers , où toutes leurs actions
feront manifeftées , les mettra
dans des tranſes effroyables ,
que la fureur & l'indignation
de cet Homme Dieu , fa Sentence foudroyante fur leurs
têtes leur paroît un poids qui
les accablera ; d'où vient que
pour l'éviter ils voudroient
pouvoir fe tenir cachez au plus
Cc ij
308 MERCURE
profond des Enfers ; & c'eft
cette terreur épouvantable qui
Leur fera prononcer à ce grand
jour ce que nous lifons dans.
faint Luc, qu'ils diront aux
montagnes de tomber ſur eux
pour les écrafer , & aux collines de les couvrir par leur chûte , pour les fouftraire à la vûë
de ce Juge irrité ; & quandmêmecette confufion & cette terreur ne devroit durer qu'autant de temps que Noftre Seigneur en mettra pour exercer
fon Jugement fur tous les
hommes , la crainte que les
damnez en ont eft fi terrible ,
1
GALANT 309
qu'il n'y a nul fujet de s'étonner que le temps qui doit couler jufqu'à ce qu'il arrive leur
paroiffe fi court. Mais il y a
tour lieu de croire que cette
confuſion fera éternelle ; que
par un effet admirable de la
toute- puiffance & de la juftice
de Dieu , tous les crimes de
chaque damné , non feulement
au dernier jour , mais durant
toute l'éternité , feront imprimez dans l'efprit des Bienheureux & des Hommes damnez,
des Anges & des Demons , &
qu'il fera au pouvoir des uns
& des autres de voir quand ils
310 MERCURE
le voudront le fujet de la damnation de chaque homme en
particulier , & de dire celuy cy
eft damné pour tels & tels cri
més , celuy là par d'autres ; de
forte que la confufion qu'ils
recevront au jour du Juge
ment , fera pour eux une confufion éternelle.
Preuves de la feconde propofition.
Si ceux qui font à preſent
dans l'Enfer ne trouvent pas
long le temps qu'ils ont à Y
eftre jufqu'au jour du Jugement, aprés ce mefmejour ces
GALANT 311
miferables ne trouveront pas
. non plus les jours , les mois
& les années longues ; mais à
leur plus grande damnation ,
par un principe bien different,
& qui loin de diminuer leurs
maux les accroîtra comme à
l'infiny.
Il n'y aura plus de temps
aprés ce jour terrible , ce qui
nous doit porter à bien employer celuy qui nous reſte à
faire penitence de nos pechez,
& à ne les plus commettre.
L'Ange que faint Jean vid en
fon Apocalypfe , qui eftoit debout fur la mer & fur la terre,
312 MERCURE
jura par celuy qui vit dans tous
les fiecles qu'il n'y auroit plus
de temps : Et juravit per viventem fæcula fæculorum......
Quia non erit tempus. ( Apoc.
chap. 10. La raiſon eſt que
ny le premier mobile, qui eft
la regle de tous les temps par
fon mouvement le plus égal
& le plus regulier de tous , ny
le Soleil ne feront plus leur
courſe , & n'auront plus de
mouvement , qui ne fera plus
neceffaire pour la generation
des Elûs , dont le nombrefera
accompli ; & ce que nous appellons Temps , n'elt autre chofe
GALANT 3T3
fe que la mefure & la durée du
mouvement du premier Mobile ou du Soleil ; fi ce n'eft que
nous difions que le temps eftant
auffi la mesure ou la durée des actions & despaffions , en un certain
fens ily auraun temps dans le Paradis dans l'Enfer , parce que
dans le Paradis les Bienheureux
pafferontfucceffivement d'unejoye
à une autre , & les damnez dans
l'Enfer d'un tourment à un autre
tourment ; comme il eft dit dans
Job, que d'un tres grandfroid ils
pafferont à une chaleur exc ffive :
AD NIMIUM CALOREM
TRANSIBUNT AB AQUIS
Février 1710. Dd
314 MERCURE
NIMIUM ; ( cap. 24. ) ce qui a
fait dire au Prophete Royal ,
qu'ils auront leur temps dans
tous les ficcles : Et erit tempus
eorum infæcula. ( PL. 80. ) Ce
temps neanmoins n'eft pas fi
proprement dit que celuy que
nous comptons par le mouvement du premier Mobile ou
du Soleil mais fi aprés le Jugement univerfel il n'y a plus
de temps en ce dernier fens par
le mouvement du premier Mobile , il pourroit y en avoir , fi
Dieu le vouloit ; ce qui feroit
fort indifferent à ceux qui auront paffé du Temps à l'Eter
GALANT 315
>
nité ; car que le Soleil ou le
premier Mobile tourne ου
qu'il ne tourne pas , ceux du
Ciel n'en feront ny moins heureux , ny ceux de l'Enfer moins
malheureux; & aprés que nous
ferons dans l'Eternité il arrivera enfuite , non une feule fois ,
mais un grand nombre de fois,
il arrivera que nous aurons eſté
les premiers dans les plaiſirs, les
autres dans les peines , autant
que le premier mobile auroit
pû faire de circulations pour
faire un auffi long temps que
le feroit d'enlever autant de
fables qu'il en pourroit conteDdij
316 MERCURE
nir dans tout l'Univers , quand
feulement on n'en enleveroit
qu'un feul grain à chaque centaine de millions d'années.
Or cette grandeur fi demefurée qu'elle nous femble
paroiftre , ne paroiftra pas
longue aux damnez , & fuppofé qu'aprés le Jugement
univerfel le Soleil ou le premier Mobile dût encore fe
mouvoir, & qu'il y eut confequemmentdesjours, des mois ,
& des années , comme nous les
comptons à prefent ; ces jours ,
ces mois & ces années , ne leur
paroiftroient pas longues non
1
GALANT 317-
plus. Mais vous remarquerez,
s'il vous plaift, que je parle d'un
temps fini & limité , qui eft la
mefure des chofes qui ont leur
commencement & leur fin, qui
eft la propre notion du temps ,
& qui en ce fens eft diftingué ,
ou plutòft oppofé à l'Eternité ,
& que je ne parle point d'un
tems infini qui correfpondroit
àl'Erernité;car ce ne feroit plus
untemps , mais ce feroitla même chofe que l'Eternité. Ainfi
je dis qu'un temps fini & limité
d'un an , de deux ans , de mille
ans , decent millions d'années ,
ne paroiftront pas long à ces
Dd iij
318 MERCURE
miferables. Une raifon à la portée des moins intelligens , eft
qu'une chofe à laquelle on ne
penſe point du tout ne paroiſt
ne courte ny longue : les damnez ne penfent point du tout
à ce temps fini , comme vous
le verrez mais une autre raifon auffi évidente que la premiere , &encore plus fpirituel
le , eft que quand on n'a aucune efperance d'eftre jamais délivré d'un mal dont on eft op
primé , & qu'on fçait tres certainement que ce mal n'aura
jamais de fin , un an ,
deux
ans mille ans de fouffran- >
GALANT 319
ces , quoy que tres-es- penibles ,
ne paroiffent pas longues.
Qu'est ce donc qui eft long
aux damnez? Et pourquoy demander cela ? Ce feroit des
millions d'années qui leur feroient tres - longs , fi leurs
maux devoient finir , mais ces
millions d'années ne leur font
rien , parce que leurs maux ne
doivent pas finir !
C'est l'Eternité qui leur
paroift infiniment longue , &
qui eft telle en effet ; c'est
ce qui fait le comble & le
plus grand de tous leurs maux,
ce qui les accable épouvanDd iiij
320 MERCURE
tablement >
, & de telle maniere qu'ils ne fçauroient penfer à autre chofe ; & c'eft
ce qui les jette dans une horrible defefpoir, dans une rage
& une furcur forcenée au- def
fusde tout ce que nous en pouvons penfer. D'où vient que
les damnez ne s'amufent point.
à nombrer ce temps fini & limité , qui s'eft déja écoulé depuis qu'ils font dans les feux ,
& celuy qui s'écoulera dans la
fuite, parce que cela leur feroit
tout à fait inutile , puis qu'aprés y avoir efté cent millions
d'années , ils ne feront pas
GALANT 321
plus avancez qu'au commencement , & qu'ils auront auffi
long temps à fouffrir que s'ils
ne faifoient que d'y entrer.
Et voicy qu'elle eft l'horrible penfée d'un damné , il luy
eft prefque impoffible d'en avoir aucune autre , ou s'il en a,
celle cy eft la dominante : donnons- y toute l'attention poffible pour nous empêcher de
tomber dans une damnation
pareille à la fienne.
Un damné ne penſe à autre
chofe qu'à fe dire à luy même:
Me voilà au comble de tous
les maux, & ces maux ne fini
322 MERCURE
ront jamais : autant que Dieu
fera Dieu , je feray l'objet de
de fes vengeances : tout auffi
long temps je feray dans les
feux, & dans des feux dont
ceux de la terre ne font que la
fumée: j'auray toûjours les demons pour bourreaux : tous les
autres damnez me donneront
mille maledictions : cette horrible & épouvantable Sentence: Allez maudits au feu éternel, fera éternellement imprimée dans mon efprit , dans ma
memoire , dans mon imagination , & dans tous mes fens , &
me fera fouffrir prefque tout à
GALANT 323
la fois , & en un feul inftant ,
ce que j'auray à fouffrir continuellement durant toute l'éternité. Un damné, dis je , ne
penfe à autre chofe , & non à
nombrer les jours & les moisqu'il a déja paffé dans les feux;
& cette penfée le confterne ,
l'abat , le jette dans le defefpoir , la rage &la furie que j'ay
dit , & luy fait proferer de fi
énormes blafphêmes contreDieu principalement, & contre
les Saints , & tant d'imprecations contre fes bourreaux:
& contre luy-mefme , qu'on
mourroit de frayeur à les en-
224 MARCURE
tertendre fortir de fa bouche.
Ceuxqui font à prefent dans
l'Enfer ne trouvent pas long
le temps qu'ils ontà y eftre juf
qu'au jour du Jugement , par
la crainte & l'apprehenfion
rible qu'ils ont de ce jour ; &
aprés ce jour paffé , ils ne trouveront pas long un temps finy & limité de cent ans , de
mille ans , de cent millions
d'années , par un autre principe, par unhorrible defefpoir,
le plus grand de tous leurs
maux, le comble de tous ceux
dont ils font accablez , par la
durée immenfe & infinie de
GALANT 325
l'éternité , durant toute laquelle ils fçavent tres certainement qu'ils feront les victimes des feux , & les efclaves
des demons.
Mais d'une chofe fi veritable , ne tirez pas cette fauffe
confequence , untemps limité
de cent millions d'années ne
paroit pas long aux damnez ,
donc ils ne s'ennuyent point
dans l'Enfer.
Ce feroit tres mal raiſonner
de puifer les tenebres dans la
plus éclatante lumiere , parce
que l'éternité qui abforbe tous
les temps , leur caufe un en-
326 MERCURE
nuy qui ne fe peut exprimer,
qui eft au deffus de toute conception angelique & humaine;
&fi un temps finy ne leur
roît pas long , c'eſt le defefpoir qui en eft caufe , & qui
rend leur condition bien plus
miferable.
paCar en effet , fi ces malheureux avoient l'efperance de for
tir de ces feux aprés cent millions d'années , pour lors ce
temps finy &limité feroit l'unique occupation de leur efprit ; & tout au contraire de
ceux , remarquez bien s'il vous
plaift , & tout au contraire de
GALANT 327
ceux aufquels le defeſpoir ne
fait pas trouver longun cemps
limité , cette efperance feroit
qu'une feule heure dans ces
tourmens leur paroiftroit des
millions d'années , comme un
malade qui fouffre de grands
maux, dont il a efperance d'être délivré , trouve qu'une
nuit dans les fouffrances eft
auffi longue queplufieurs nuits
le paroiftroient à un homme
fain & difpos. On nous trompe (diroient ceux qui auroient
efperance de fortir de l'Enfer aprés des millions de fiecles , fi le defefpoir n'eftoit
328 MERCURE
le pas partage de tous ceux
qui entrent dans ce lieu d'horreur) on nous trompe de vouloir nous perfuader qu'il n'y
a qu'une heure que nous fommes dans les tourmens , pendant qu'ils nous femble qu'il
y a des millions d'années que
nous brûlons dans ces horribles feux.
Cependant celuy quiauroit
efperance de fortir des enfers
feroit fans doute de meilleure
condition que celuy qui deſeſpere d'en fortir , quoy qu'au
premier une heure dans les
feux paruft des millions d'an-
GALANT 329
nées , & que le fecond qui defd'en fortir ne penfe ny pere
B
à
la longueur ny à la brieveté de
cette même heure , voyant
bien , & il le voit malgré qu'il
en ait à fa tres grande damnation , qu'il luy est tout- à fait
inutile d'y penfer , puiſqu'aprés cette penfée il ne fera pas
plus avancé qu'au commencement , & qu'il reftera encore
une éternité toute entiere à
fouffrir.
Preuves de la troifiémepropofition.
Qu'il ne doive pas paroistre
Février 1
1710.
Ec
330 MERCURE
aux Bien- heureux que les centaines de millions d'années
dans les joyes du Paradis s'écoulent avec trop de vîteffe ,
cela eſt tout évident ; parceque
l'unique chofe qui pourroit
leur faire paroître qu'elles vont
à pas degeant, ce feroit la crainte qu'aprés que ce grand nom
bre d'années feroit écoulé ils fe--
roient privezde ces plaifirs inéfables ;car dans la fuppofition
que cela duft arriver , pour lors
des milliers d'années dans ces
delices ne leur paroîtroient pas
avoir duré plus d'un jour ; mais
comme ils fçavent tres- certai-
GALANT 331
nement qu'ils n'en feront jamais privez , qu'aprés qu'un
fi grand nombre de fiecles
fera pafle ils ne feront encore qu'au commencement de
leur bonheur , ils ne peuvent
avoir aucun fujet de fe perfuader que ces fiecles paffent
avec trop de précipitation.
Qu'il ne leur doive pas paroiltre non plus que ces centaines de milliers d'années s'écoulent trop lentement ,
eft encore tout évident ; car ce
qui fait qu'une choſe ſemble
longue à paffer ou à parcourir ;
cela
Ee ij
332 MERCURE
c'eft le dégouft , la peine , ou la
difficulté qui s'y trouve les
Bien heureux n'ont nul dégouft , nulle peine , & nulle difficulté à parcourir ce grand
nombre d'années , mais au contraire en les parcourant ils font
dans l'affluence de toutes fortes de plaifirs & de delices , &
par confequent il ne femblera
pas aux Bienheureux que cette
longueur , fi demefuréé qu'elle
nous paroiffe , fe paffe trop lentement.
Fermer
Résumé : Paradoxes aux moins intelligens; mais veritez tres-certaines aux plus clairs-voyans.
La lettre traite de la dévotion et des articles spirituels, soulignant que les articles précédents étaient émouvants et capables de susciter des larmes de joie. L'article actuel, en revanche, vise à provoquer une réflexion sérieuse et à inciter les lecteurs à se corriger pour mériter le Ciel. L'auteur présente trois vérités sous forme de paradoxes, mais qui sont des certitudes pour les esprits éclairés. Premièrement, le temps jusqu'au Jugement dernier semble court aux damnés actuels et à ceux qui le seront avant la fin du monde. Deuxièmement, après le Jugement, les damnés ne trouveront pas le temps long, malgré sa durée. Troisièmement, dans le Paradis, les Bienheureux ne percevront pas le temps comme long ou court. L'auteur explique que ces propositions, bien que paradoxales en apparence, renforcent la croyance en l'état déplorable des damnés et leur font connaître l'horreur de l'Enfer. Il illustre cela par l'exemple d'un homme dans un cachot, accablé de maux et craignant des souffrances futures, pour montrer comment le temps peut sembler court face à une peur intense. Pour les damnés, un temps fini, même de plusieurs millions d'années, ne semble pas long car ils sont accablés par le désespoir de souffrances éternelles. L'éternité leur apparaît infiniment longue et est la source de leur plus grand malheur. Ils ne s'amusent pas à compter le temps écoulé ou à venir, car cela leur semble inutile. Leur pensée dominante est la souffrance éternelle et la rage contre Dieu et leurs bourreaux. En revanche, les bienheureux au paradis ne trouvent pas que les siècles passent trop vite ou trop lentement. Ils savent qu'ils ne seront jamais privés de leurs plaisirs ineffables, ce qui rend leur bonheur constant et sans crainte. Ils ne ressentent ni peine ni difficulté dans leur état de béatitude, ce qui fait que le temps leur semble passer de manière appropriée. La lettre se conclut par une réflexion sur l'importance de bien employer le temps présent pour faire pénitence et éviter les péchés, car après le Jugement, il n'y aura plus de temps tel que nous le connaissons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 16-53
DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
Début :
On y fait une querelle à la Lune ; les uns veulent qu'elle / Dans l'opinion où l'on est que Pasques doit toûjours se [...]
Mots clefs :
Pâques, Lune, Mars, Équinoxe, Années, Célébration, Janvier, Grecs, Mois surnuméraire, Printemps, Fête, Mois solaire, Cycle, Dimanche, Jour, Lunes, Église, Concile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
On y fait une querelle
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
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4
p. 2435-2438
Systême tiré de l'Ecriture Sainte sur la durée du Monde &c. [titre d'après la table]
Début :
SYSTEME tiré de l'Ecriture Sainte, sur la Durée du Monde, depuis le premier [...]
Mots clefs :
Semaines, Années, Monde, Avènement de Jésus-Christ, Repos, Durée, Fin du monde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Systême tiré de l'Ecriture Sainte sur la durée du Monde &c. [titre d'après la table]
SYSTEME tiré dell'Ecriture Sainte
sur la Durée du Monde , depuis le preşiler
Avénement de J. C. -jusqu'à là fin
Brj dés
2436 MERCURE DE FRANCE
des siècles. A Paris chez Huart , rue
S. Jacques in 12. 1733 .
Le dessein de l'Auteur est de nous
apprendre combien d'années le Monde
doit encore durer d'ici au Jugement
dernier. Avant que d'entrer en matiere
il examine une difficulté qu'il prévoit
que le titre de son Livre pourra faire
naître dans l'esprit des Lecteurs. Comment
entreprendre de fixer le nombre des années
de la Durée du Monde , après que J. C.
a prononcé que personne , si ce n'est le Pere
Céleste , ne sçait ni le jour ni l'heure de son
dernier Avénement ? Il fait voir que cette
parole exclut seulement une connoissance
absolument certaine du dernier jour ,
et qu'elle n'ôte à personne la liberté des
conjectures , fondées sur le Texte Sacré ;
et il prouve par l'exemple de plusieurs
Peres , qu'il a toujours été permis dans
l'Eglise d'user de cette liberté.
Il propose ensuite son Systême qui
'donne au Monde 2401. ans de durée
depuis le premier Avénement de J. C.
jusqu'au second. Voici comme il raisonne
pour appuyer cette conjecture. » La
» fin du Monde est le commencement
>> du grand repos dans lequel Dieu doït
>> entrer et faire entrer ses Elûs par le
ia second Avénement de J. C. et ce repos
NOVEMBRE. 1733 2437
celui
que
que
le pre-
» pos , aussi bien
» mier Avénement
a procuré aux ames
» fidelles dans la Loy de grace , étoit
» figuré par les différents Sabbats , ou
» repos des Juifs. Or ces repos , dont
» l'observance
étoit plus rigoureusement
» commandée
aux Juifs , terminoient
» pour la plupart le nombre septénai-
» re , soit de jours , soit de semaines ,
>> soit de mois , soit d'années , soit de » semaines d'années . Il faut donc
que
ce nombre mystérieux
de sept se retrouve
dans la chose figurée , comme
dans la figure ; c'est -à- dire , que le repos
et du premier et du second Avéhement
de J. C. vienne à la suite d'une
révolution
d'années , formé par le nombre
septénaire , depuis une certaine époque
et cette révolution
doit être égale
pour le , premier et pour le second Avés
nement. L'Auteur
prend pour premiere
époque le Déluge , ou plutôt la seconde
année après le Déluge , et comptant
delà jusqu'à la 37. année de J. C. inclusivement
, cet espace lui donne selón
le calcul de quelques Chronologistes
,
2401 ans, qui fone 343 semaines d'années.
Il réduit ces 343 semaines en d'au»
tres semaines , dont chacune est de sepa
semaines d'années. Sept semaines d'années.
2438 MERCURE DE FRANCE
nées font 49. ans. Ainsi une Semaine
composée de sept de ces semaines , fera
343. ans. Il fait ensuite sept semaines
de 343. ans chacune , ce qui lui donne
2401. ans. De toutes ces suppositions il
conclut qu'à compter depuis la 37. an
née de J. C. exclusivement jusqu'au
grand et éternel repos , qui doit commencer
à son second Avenement
doit y avoir 2401. ans. A ce compte,
la fin du Monde n'arrivera que d'ici à
700. ans .
sur la Durée du Monde , depuis le preşiler
Avénement de J. C. -jusqu'à là fin
Brj dés
2436 MERCURE DE FRANCE
des siècles. A Paris chez Huart , rue
S. Jacques in 12. 1733 .
Le dessein de l'Auteur est de nous
apprendre combien d'années le Monde
doit encore durer d'ici au Jugement
dernier. Avant que d'entrer en matiere
il examine une difficulté qu'il prévoit
que le titre de son Livre pourra faire
naître dans l'esprit des Lecteurs. Comment
entreprendre de fixer le nombre des années
de la Durée du Monde , après que J. C.
a prononcé que personne , si ce n'est le Pere
Céleste , ne sçait ni le jour ni l'heure de son
dernier Avénement ? Il fait voir que cette
parole exclut seulement une connoissance
absolument certaine du dernier jour ,
et qu'elle n'ôte à personne la liberté des
conjectures , fondées sur le Texte Sacré ;
et il prouve par l'exemple de plusieurs
Peres , qu'il a toujours été permis dans
l'Eglise d'user de cette liberté.
Il propose ensuite son Systême qui
'donne au Monde 2401. ans de durée
depuis le premier Avénement de J. C.
jusqu'au second. Voici comme il raisonne
pour appuyer cette conjecture. » La
» fin du Monde est le commencement
>> du grand repos dans lequel Dieu doït
>> entrer et faire entrer ses Elûs par le
ia second Avénement de J. C. et ce repos
NOVEMBRE. 1733 2437
celui
que
que
le pre-
» pos , aussi bien
» mier Avénement
a procuré aux ames
» fidelles dans la Loy de grace , étoit
» figuré par les différents Sabbats , ou
» repos des Juifs. Or ces repos , dont
» l'observance
étoit plus rigoureusement
» commandée
aux Juifs , terminoient
» pour la plupart le nombre septénai-
» re , soit de jours , soit de semaines ,
>> soit de mois , soit d'années , soit de » semaines d'années . Il faut donc
que
ce nombre mystérieux
de sept se retrouve
dans la chose figurée , comme
dans la figure ; c'est -à- dire , que le repos
et du premier et du second Avéhement
de J. C. vienne à la suite d'une
révolution
d'années , formé par le nombre
septénaire , depuis une certaine époque
et cette révolution
doit être égale
pour le , premier et pour le second Avés
nement. L'Auteur
prend pour premiere
époque le Déluge , ou plutôt la seconde
année après le Déluge , et comptant
delà jusqu'à la 37. année de J. C. inclusivement
, cet espace lui donne selón
le calcul de quelques Chronologistes
,
2401 ans, qui fone 343 semaines d'années.
Il réduit ces 343 semaines en d'au»
tres semaines , dont chacune est de sepa
semaines d'années. Sept semaines d'années.
2438 MERCURE DE FRANCE
nées font 49. ans. Ainsi une Semaine
composée de sept de ces semaines , fera
343. ans. Il fait ensuite sept semaines
de 343. ans chacune , ce qui lui donne
2401. ans. De toutes ces suppositions il
conclut qu'à compter depuis la 37. an
née de J. C. exclusivement jusqu'au
grand et éternel repos , qui doit commencer
à son second Avenement
doit y avoir 2401. ans. A ce compte,
la fin du Monde n'arrivera que d'ici à
700. ans .
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Résumé : Systême tiré de l'Ecriture Sainte sur la durée du Monde &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'ouvrage 'SYSTEME tiré dell'Ecriture Sainte' publié en 1733 à Paris. L'auteur y développe sa théorie sur la durée du monde depuis la première venue du Christ jusqu'à la fin des siècles. Il aborde la difficulté posée par la parole de Jésus-Christ, qui affirme que seul le Père connaît le jour et l'heure du Jugement dernier. L'auteur soutient que cette parole n'exclut pas les conjectures basées sur les textes sacrés, citant des exemples de Pères de l'Église ayant utilisé cette liberté. L'auteur propose que le monde doit durer 2401 ans depuis la première venue du Christ jusqu'à la seconde. Il associe cette durée à la fin du monde et au commencement du grand repos divin et des élus, symbolisé par les sabbats juifs. Ces sabbats, souvent terminés après des périodes de sept jours, semaines, mois ou années, suggèrent une révolution septénaire. L'auteur choisit comme point de départ la seconde année après le Déluge et compte jusqu'à la 37ème année du Christ, totalisant 2401 ans selon certains chronologistes. Il divise ces années en semaines d'années et conclut que la fin du monde surviendra dans environ 700 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 903-910
DISSERTATION dans laquelle on expose les differences et les raisons des differences des trois Systêmes Chronologiques de Caton, de Verrius-Flaccus, ou des Fastes ou Marbres Capitolins, et de Varron, tant par rapport aux années de la Fondation de Rome, que par rapport à celles d'avant J. C. et où l'on démontre la verité du Systême de Caton.
Début :
PREMIERE PARTIE. Exposition des trois Systêmes. La véritable cause des [...]
Mots clefs :
Caton, Verrius Flaccus, Varron, Systèmes chronologiques, Années, Fastes, Rome, Fondation de Rome, Compte, Systèmes, Consulat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION dans laquelle on expose les differences et les raisons des differences des trois Systêmes Chronologiques de Caton, de Verrius-Flaccus, ou des Fastes ou Marbres Capitolins, et de Varron, tant par rapport aux années de la Fondation de Rome, que par rapport à celles d'avant J. C. et où l'on démontre la verité du Systême de Caton.
DISSERTATION dans laquelle
on expose les differences et les raisons des
differences des trois Systêmes Chronolo➡
giques de Calon , de Verrius-Flaccus , on
des Fastes on Marbres Capitolins , et de
Varron , tant par rapport aux années de
la Fondation de Rome , que par rapport
à celles d'avant J. G. et où l'on démontre
La verité du Systême de Caton,
L
PREMIERE PARTIE .
Exposition des trois Systêmes.
A véritable cause des differences qui
se trouvent entre Caton , Verrius
et Varron , tant par rapport aux années
de la Fondation de Rome , que par rap
port à celles de la Période Julienne
des
904 MERCURE DE FRANCE
des Olympiades , ou d'avant J. C. vient
1º. de ce que les Fastes ne donnent aux
sept Rois de Rome que 243. ans de durée
jusqu'au premier Consulat , qu'ils
mettent l'an de Rome 244. au lieu que
Caton et Varron , faisant durer ces Rois
244. ans pleins , placent par conséquent
le Consulat de Brutus et de Collatinus
l'an 245-
2º. Varron et les Fastes confondent
la troisième année du Decemvirat 305.
de Rome avec le Consulat de Valerius
et d'Horatius , que Caton distingue et
sépare de cette troisiéme année , et qu'il
met l'année suivante 306. R.
3°. Le même Varron et lesdits Fastes
inserent use premiere dictature de Papirius-
Cursor entre le Consulat de Camillus
et de Brutus Scéva 430. R. et celui
de Sulpicius Longus , et d'Æmilius-
Céretanus; une seconde dictature du même
Papirius , entre les Consulats de Mareius-
Rutilus et de Fabius - Rullianus. 2 ° .
444. R. et de Fabius Rullianus , 3 ° . et
Decius-Mus 445. enfin encore une dictature
de Valerius , entre les Consuls Livius-
Denter ou Dento et Æmilius -Paulus
451. et les Consuls Valerius- Corvus
ou Corvinus et Apuleius - Pansa 452.
De-là plusieurs contrarietez entre Var
ron
MA Y. 1734 . 909
ton , les Fastes et Caton , par rapport à
la supputation des années , quand on les
compte , soit depuis la Fondation de Rome
, soit dans la Période Julienne ou
avant J. C.
Et d'abord jusqu'à 243. de Rome inclusivement
, les trois Systêmes s'accordent ,
ou plutôt ne sont qu'un seul et même
Systême pour les années depuis la Fondation
de Rome ; mais les Fastes ont un
an et Varon deux ans plus que Caton
pour les années avant J. C. de sorte , par
exemple , que la premiere année de cette
Fondation étant , selon Caton , la 751.
elle est , selon les Fastes , la 752. et selon
Varron , le 753. La 243. étant la 509.
selon le même Caton , elle est la 510. ou
511. selon les deux autres Auteurs .
Mais en second lieu , la 2 44. derniere
de ces Rois ou de Tarquin le Superbe ,
selon Caton et Varron , est supprimée
par les Fastes ; ce qui est cause que jusqu'à
la 305. derniere année des Decemvirs
les Fastes comptent une année
de la Ville de Rome moins que Caton et
Varron , et des années avant J. C. deux
plus que Caton et tout autant que Varron
. Ainsi la 245. qui est celle de l'établissement
du Consulat , étant la 507.
avant J. C. selon Caton , est aussi la 245 .
D selon
306 MERCURE DE FRANCE
selon Varron ; la 244. seulement selon les
Fastes , mais elle est la 509. avant J. C.
tant selon les Fastes que selon Varron. La
même diversité entre les trois calculs subsiste
jusqu'à l'an 305. de Rome , ou la
suppression du Consulat de Valerius et
d'Horatius ( que les Fastes et Varron mettent
dans la même année 305. avec la
3. année du Decemvirat ) fait naître une
nouvelle difference .
Troisiémement donc , Varron à cette
année 305. perd uncannée de la Ville de
Rome , et les Fastes en perdent une seconde
année , mais ils gagnent chacun
une année avant J. C. je veux dire que
Varron compte un an moins que Caton
de la Fondation de Rome et trois ans
avant J. C. plus que lui , les Fastes
comptent des années depuis la Fondation,
deux moins que Caton et une moins
que Varrons et des années avant J. C.
trois toutes entieres comme Varron .
de plus que Caton . Par consequent voici
comme on doit arranger et calculer les
125. années suivantes jusqu'à la 430 .
,
Caton. Varron. Fastes.
R. A.C. R. A.C. R. A.C.
306. 446.
3.07. 445.
305. 449.
306. 448 .
304. 449.
305. 448;
Les
MAY. 1734 907
7
}
Les trois dictatures de 430. 444.´
451. supprimées par Caton , ou identifiées
avec les Consulats précedens , font
d'un côté croître les années de Rome >
et de l'autre diminuer les années avant
J. C. de trois années entieres dans la
Chronologie de Varron , et dans celle des
Fastes , ensorte qu'après cette augmentation
et cette diminution , tous les trois
Systêmes ont les mêmes années avant J.C.
et ne different que d'une ou deux années
pour celles de la Fondation de Rome depuis
cette année 451. au lieu qu'avan
l'année 244. ils étoient les mêmes quant
aux années de Rome et differoient sculemena
d'un ou deux ans , quant à celles
d'avant J. C.
En un mot , pour reprendre en abregé
tout ce que nous venons de dire , les trois
calculs de Varron , des Fastes et de Caton ,
sont, pour ainsi parler, accordants, quant
aux années de Rome , et discordants d'un
ou deux ans quant aux années d'avant
J. C. et cela depuis la premiere année de
Rome jusqu'à la 243. inclusivement ; ils
sont au contraire discordants d'un ou
deux ans , quant aux années de Rome
et accordants quant aux années d'avant
J. C. et cela depuis la 451. de Rome , selon
Caton , 452. années selon les Fastes ,
Dij es
908 MERCURE DE FRANCE
er 453. selon Varron , 301. avant J. C.
selon tous les trois , jusqu'à Auguste et
jusqu'à la fin des Consulats.
Depuis l'année 244. jusqu'à la 305.
inclusivement , Caton continuë à s'accorder
avec Varron pour le calcul des années
de Rome , et à differer de lui de
deux ans pour les années d'avant J. C.
mais il commence à compter un an de
plus que les Fastes , quant aux premieres ,
et deux ans de moins , quant aux dernic.
res. Les Fastes s'accordent aussi avec Varron
, quant à celles - cy , et ont un an de
inoins lui que quant à celle- là.
Depuis l'an 306. jusqu'à la 430. inclusivement
, Caton compte un an de plus
que Varron et deux plus que les Fastes
pour les années de Rome , mais il compte
trois ans moins que l'un et l'autre par
années d'avant J. C.
les
Depuis l'an 430. inclusivement jusqu'à
l'an 444. aussi inclusivement , Caton
compte autant d'années que Varron , et
une seulement plus que les Fastes pour
les années de Rome , et deux de moins
que l'un et l'autre pour les années d'a
vant J. C.
Depuis l'an 444. jusqu'à l'an 451. il
compte une année de moins que Varron
et autant que les Fastes , par rapport aux
années
MAY. 1734 909
années de Rome , et il compte aussi une
année de moins qu'eux deux par rapport.
aux années d'avant J. C.
Enfin depuis l'an 45 I. on voit regner
la même difference pour toute la suite ,
c'est- à- dire que , selon les trois Systêmes,
on compte toujours les mêmes années
avant J. C. et que Caton compte toujours
d'une maniere uniforme un an de Rome
moins que les Fastes et deux moins que
Varron.
Je n'ai si fort insisté sur cette explication
longue et détaillée des trois Systêmes
Chronologiques des années de la
Fondation deRome , que parce que les plus
Cavans, commeLenglet etDodwel même,
(qui nous a donné si au long et année par
année , une Table de Chronologie Romaine
dans le Denis d'Halicarnasse de Londres)
se sont trompez très -lourdement en
appliquant aux 45o. premieres années de
Rome la même difference qui se trouve
entre les 300. dernieres. Dans une matiere
aussi épineuse et aussi nécessaire pour
ceux qui se mêlent de Chronologie et
d'Histoire Komaine , j'ai pensé que la
longueur et la répétition étoient une vertu
plutôt qu'un deffaut , quand elles servoient
, comme ici , à éviter l'obscurité ,
la confusion et l'erreur .
Diij Afin
910 MERCURE DE FRANCE
Afin donc qu'on n'y retombe plus , je
ne ferai point difficulté de mettre sous les
yeux du dans la Table suivante , ce
que dans les Refléxions précedentes j'ai
exposé aux yeux de l'esprit.
corps
TABLE des Années de Rome ( R ) es
d'avant Jesus- Christ ( J. C. ) selon les
trois differentes supputations , de Caton ;
des Fastes et de Varron.
Caton .
R. J.C.
Fastes .
R. J. C.
Varron .
R. J.C.
I.
751 .
I.
752.
I. 753.
101. 651 .
ΙΟΙ IOI. 652. 101. 653.
201.
SSI .
201. 552. 201. 553.
243. 509. 243. Sio. 243. SII.
244. 508. 243 * SIO. 244. SIO.
305. 447. 304. 449. 305. 449.
306. 446.
406. 346.
304 449. 305 * 449:
404. 349. 405. 349.
430. 322. 428. 325. 429. 325.
430 * 322 . 429. 324. 430. 324.
444. 308. 443 . 310. 444 310.
444 * 308.
444. 309 . 445. 309.
451. 301. 45 !. 302. 452. 302.
451
*
301. 452 . 301. 453. 301.
551.
201 .
552.
201 . $53. 201 .
651 . ICI . 652. ΙΟΙ . 653. 101.
751 . I.
752.
I. 753. I.
752. 1.
753. I. 754.
La suite pout le prochain Mercure.
on expose les differences et les raisons des
differences des trois Systêmes Chronolo➡
giques de Calon , de Verrius-Flaccus , on
des Fastes on Marbres Capitolins , et de
Varron , tant par rapport aux années de
la Fondation de Rome , que par rapport
à celles d'avant J. G. et où l'on démontre
La verité du Systême de Caton,
L
PREMIERE PARTIE .
Exposition des trois Systêmes.
A véritable cause des differences qui
se trouvent entre Caton , Verrius
et Varron , tant par rapport aux années
de la Fondation de Rome , que par rap
port à celles de la Période Julienne
des
904 MERCURE DE FRANCE
des Olympiades , ou d'avant J. C. vient
1º. de ce que les Fastes ne donnent aux
sept Rois de Rome que 243. ans de durée
jusqu'au premier Consulat , qu'ils
mettent l'an de Rome 244. au lieu que
Caton et Varron , faisant durer ces Rois
244. ans pleins , placent par conséquent
le Consulat de Brutus et de Collatinus
l'an 245-
2º. Varron et les Fastes confondent
la troisième année du Decemvirat 305.
de Rome avec le Consulat de Valerius
et d'Horatius , que Caton distingue et
sépare de cette troisiéme année , et qu'il
met l'année suivante 306. R.
3°. Le même Varron et lesdits Fastes
inserent use premiere dictature de Papirius-
Cursor entre le Consulat de Camillus
et de Brutus Scéva 430. R. et celui
de Sulpicius Longus , et d'Æmilius-
Céretanus; une seconde dictature du même
Papirius , entre les Consulats de Mareius-
Rutilus et de Fabius - Rullianus. 2 ° .
444. R. et de Fabius Rullianus , 3 ° . et
Decius-Mus 445. enfin encore une dictature
de Valerius , entre les Consuls Livius-
Denter ou Dento et Æmilius -Paulus
451. et les Consuls Valerius- Corvus
ou Corvinus et Apuleius - Pansa 452.
De-là plusieurs contrarietez entre Var
ron
MA Y. 1734 . 909
ton , les Fastes et Caton , par rapport à
la supputation des années , quand on les
compte , soit depuis la Fondation de Rome
, soit dans la Période Julienne ou
avant J. C.
Et d'abord jusqu'à 243. de Rome inclusivement
, les trois Systêmes s'accordent ,
ou plutôt ne sont qu'un seul et même
Systême pour les années depuis la Fondation
de Rome ; mais les Fastes ont un
an et Varon deux ans plus que Caton
pour les années avant J. C. de sorte , par
exemple , que la premiere année de cette
Fondation étant , selon Caton , la 751.
elle est , selon les Fastes , la 752. et selon
Varron , le 753. La 243. étant la 509.
selon le même Caton , elle est la 510. ou
511. selon les deux autres Auteurs .
Mais en second lieu , la 2 44. derniere
de ces Rois ou de Tarquin le Superbe ,
selon Caton et Varron , est supprimée
par les Fastes ; ce qui est cause que jusqu'à
la 305. derniere année des Decemvirs
les Fastes comptent une année
de la Ville de Rome moins que Caton et
Varron , et des années avant J. C. deux
plus que Caton et tout autant que Varron
. Ainsi la 245. qui est celle de l'établissement
du Consulat , étant la 507.
avant J. C. selon Caton , est aussi la 245 .
D selon
306 MERCURE DE FRANCE
selon Varron ; la 244. seulement selon les
Fastes , mais elle est la 509. avant J. C.
tant selon les Fastes que selon Varron. La
même diversité entre les trois calculs subsiste
jusqu'à l'an 305. de Rome , ou la
suppression du Consulat de Valerius et
d'Horatius ( que les Fastes et Varron mettent
dans la même année 305. avec la
3. année du Decemvirat ) fait naître une
nouvelle difference .
Troisiémement donc , Varron à cette
année 305. perd uncannée de la Ville de
Rome , et les Fastes en perdent une seconde
année , mais ils gagnent chacun
une année avant J. C. je veux dire que
Varron compte un an moins que Caton
de la Fondation de Rome et trois ans
avant J. C. plus que lui , les Fastes
comptent des années depuis la Fondation,
deux moins que Caton et une moins
que Varrons et des années avant J. C.
trois toutes entieres comme Varron .
de plus que Caton . Par consequent voici
comme on doit arranger et calculer les
125. années suivantes jusqu'à la 430 .
,
Caton. Varron. Fastes.
R. A.C. R. A.C. R. A.C.
306. 446.
3.07. 445.
305. 449.
306. 448 .
304. 449.
305. 448;
Les
MAY. 1734 907
7
}
Les trois dictatures de 430. 444.´
451. supprimées par Caton , ou identifiées
avec les Consulats précedens , font
d'un côté croître les années de Rome >
et de l'autre diminuer les années avant
J. C. de trois années entieres dans la
Chronologie de Varron , et dans celle des
Fastes , ensorte qu'après cette augmentation
et cette diminution , tous les trois
Systêmes ont les mêmes années avant J.C.
et ne different que d'une ou deux années
pour celles de la Fondation de Rome depuis
cette année 451. au lieu qu'avan
l'année 244. ils étoient les mêmes quant
aux années de Rome et differoient sculemena
d'un ou deux ans , quant à celles
d'avant J. C.
En un mot , pour reprendre en abregé
tout ce que nous venons de dire , les trois
calculs de Varron , des Fastes et de Caton ,
sont, pour ainsi parler, accordants, quant
aux années de Rome , et discordants d'un
ou deux ans quant aux années d'avant
J. C. et cela depuis la premiere année de
Rome jusqu'à la 243. inclusivement ; ils
sont au contraire discordants d'un ou
deux ans , quant aux années de Rome
et accordants quant aux années d'avant
J. C. et cela depuis la 451. de Rome , selon
Caton , 452. années selon les Fastes ,
Dij es
908 MERCURE DE FRANCE
er 453. selon Varron , 301. avant J. C.
selon tous les trois , jusqu'à Auguste et
jusqu'à la fin des Consulats.
Depuis l'année 244. jusqu'à la 305.
inclusivement , Caton continuë à s'accorder
avec Varron pour le calcul des années
de Rome , et à differer de lui de
deux ans pour les années d'avant J. C.
mais il commence à compter un an de
plus que les Fastes , quant aux premieres ,
et deux ans de moins , quant aux dernic.
res. Les Fastes s'accordent aussi avec Varron
, quant à celles - cy , et ont un an de
inoins lui que quant à celle- là.
Depuis l'an 306. jusqu'à la 430. inclusivement
, Caton compte un an de plus
que Varron et deux plus que les Fastes
pour les années de Rome , mais il compte
trois ans moins que l'un et l'autre par
années d'avant J. C.
les
Depuis l'an 430. inclusivement jusqu'à
l'an 444. aussi inclusivement , Caton
compte autant d'années que Varron , et
une seulement plus que les Fastes pour
les années de Rome , et deux de moins
que l'un et l'autre pour les années d'a
vant J. C.
Depuis l'an 444. jusqu'à l'an 451. il
compte une année de moins que Varron
et autant que les Fastes , par rapport aux
années
MAY. 1734 909
années de Rome , et il compte aussi une
année de moins qu'eux deux par rapport.
aux années d'avant J. C.
Enfin depuis l'an 45 I. on voit regner
la même difference pour toute la suite ,
c'est- à- dire que , selon les trois Systêmes,
on compte toujours les mêmes années
avant J. C. et que Caton compte toujours
d'une maniere uniforme un an de Rome
moins que les Fastes et deux moins que
Varron.
Je n'ai si fort insisté sur cette explication
longue et détaillée des trois Systêmes
Chronologiques des années de la
Fondation deRome , que parce que les plus
Cavans, commeLenglet etDodwel même,
(qui nous a donné si au long et année par
année , une Table de Chronologie Romaine
dans le Denis d'Halicarnasse de Londres)
se sont trompez très -lourdement en
appliquant aux 45o. premieres années de
Rome la même difference qui se trouve
entre les 300. dernieres. Dans une matiere
aussi épineuse et aussi nécessaire pour
ceux qui se mêlent de Chronologie et
d'Histoire Komaine , j'ai pensé que la
longueur et la répétition étoient une vertu
plutôt qu'un deffaut , quand elles servoient
, comme ici , à éviter l'obscurité ,
la confusion et l'erreur .
Diij Afin
910 MERCURE DE FRANCE
Afin donc qu'on n'y retombe plus , je
ne ferai point difficulté de mettre sous les
yeux du dans la Table suivante , ce
que dans les Refléxions précedentes j'ai
exposé aux yeux de l'esprit.
corps
TABLE des Années de Rome ( R ) es
d'avant Jesus- Christ ( J. C. ) selon les
trois differentes supputations , de Caton ;
des Fastes et de Varron.
Caton .
R. J.C.
Fastes .
R. J. C.
Varron .
R. J.C.
I.
751 .
I.
752.
I. 753.
101. 651 .
ΙΟΙ IOI. 652. 101. 653.
201.
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201. 552. 201. 553.
243. 509. 243. Sio. 243. SII.
244. 508. 243 * SIO. 244. SIO.
305. 447. 304. 449. 305. 449.
306. 446.
406. 346.
304 449. 305 * 449:
404. 349. 405. 349.
430. 322. 428. 325. 429. 325.
430 * 322 . 429. 324. 430. 324.
444. 308. 443 . 310. 444 310.
444 * 308.
444. 309 . 445. 309.
451. 301. 45 !. 302. 452. 302.
451
*
301. 452 . 301. 453. 301.
551.
201 .
552.
201 . $53. 201 .
651 . ICI . 652. ΙΟΙ . 653. 101.
751 . I.
752.
I. 753. I.
752. 1.
753. I. 754.
La suite pout le prochain Mercure.
Fermer
Résumé : DISSERTATION dans laquelle on expose les differences et les raisons des differences des trois Systêmes Chronologiques de Caton, de Verrius-Flaccus, ou des Fastes ou Marbres Capitolins, et de Varron, tant par rapport aux années de la Fondation de Rome, que par rapport à celles d'avant J. C. et où l'on démontre la verité du Systême de Caton.
La dissertation compare les systèmes chronologiques de Caton, Verrius-Flaccus (les Fastes des Marbres Capitolins) et Varron, en se concentrant sur les différences concernant les années de la Fondation de Rome et celles avant J.-C. Les divergences principales sont les suivantes : Les Fastes attribuent 243 ans aux sept rois de Rome jusqu'au premier consulat, tandis que Caton et Varron leur attribuent 244 ans, plaçant ainsi le consulat de Brutus et Collatinus à l'année 245 de Rome. Varron et les Fastes confondent la troisième année du décemvirat avec le consulat de Valerius et Horatius, alors que Caton les distingue. Varron et les Fastes insèrent des dictatures supplémentaires entre certains consulats, ce qui crée des contradictions avec Caton. Jusqu'à l'année 243 de Rome, les trois systèmes s'accordent sur les années depuis la Fondation de Rome mais diffèrent d'un ou deux ans pour les années avant J.-C. Par exemple, la première année de la Fondation est 751 selon Caton, 752 selon les Fastes, et 753 selon Varron. Après l'année 244, les Fastes suppriment une année, ce qui modifie les calculs pour les années suivantes. Varron et les Fastes insèrent des dictatures supplémentaires, ce qui augmente les années de Rome et diminue les années avant J.-C. Après l'année 451, les trois systèmes s'accordent sur les années avant J.-C. mais diffèrent d'une ou deux années pour celles de la Fondation de Rome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
DISSERTATION dans laquelle on expose les differences et les raisons des differences des trois Systêmes Chronologiques de Caton, de Verrius-Flaccus, ou des Fastes ou Marbres Capitolins, et de Varron, tant par rapport aux années de la Fondation de Rome, que par rapport à celles d'avant J. C. et où l'on démontre la verité du Systême de Caton.
6
p. 1053-1065
SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
Début :
Je dis donc d'abord que l'autorité de Caton, en cette matiere de Chronologie [...]
Mots clefs :
Système chronologique, Dissertation, Année, Rome, Varron, Caton, Années, Nombre, Raison, Fastes, Romulus, Erreur, Fondation, Polybe, Denys d'Halicarnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
SUITE de la Dissersation sur les trois
Systêmes Chronologiques &c.
SECONDE PARTIE.
Preuves de la verité du Systême de Caton :
E dis donc d'abord que l'autorité de
Caton , en cette matiere de Chronologie
Romaine , me paroît de beaucoup
préferable à celle de Varron , soit parce
que Caton est de plus de cent ans plus
ancien que Varron , soit parce qu'au raport
de Cornelius - Nepos , il avoit composé
des Livres d'Histoires , où il recherchoit
soigneusement et en détail l'Antiquité
et les origines de chaque Républi-
J en catre
: Varron au contraire étoit plus moderne
, et par conséquent plus éloigné
des sources , où l'on peut puiser ces sortes
de connoissances ; et s'il étoit le plus
Sçavant desRomains,c'étoit dans un autre
genre, comme dans la Grammaire et dans
IVol A v la
1054 MERCURE DE FRANCE
la Philosophie , plutôt que dans l'Histoire;
et les 50 volumes qu'on dit avoir été
composez par lui sur ces Sciences , ne forment
pas un trop heureux préjugé en faveur
de son exactitude.
Ajoutez pour seconde raison que l'au
torité de Caton est suivie , appuyée et
extrémement fortifiée par celle de Tite-
Live , de Polybe qui étoit à peu près du
même tems que Caton et de celle de Denis
d'Halicarnasse , qui passe avec raison pour
le plus judicieux , le plus exact Ecrivain ,
et pour le plus curieux , le plus fidele et
le plus détailléChronologiste de l'Histoire
Romaine.
Une troisiéme raison , c'est que les Auteurs
qui ont suivi Varron , l'ont fait par
la bonne opinion et la grande idée qu'ils
s'étoient formée de lui et de sa science ,
plutôt que par aucune raison solide. Le
P. Petau , qu'on regarde comme le Prince
des Chronologistes modernes , ne dir- il
pas , ( Rat. part. 3. 3. 2. ) qu'il est difficile
de décider laquelle des deux opinions
deVarron ou de Vesrius est la plus véritable
? et néanmoins sans séulement mettre
celle deCaton en parallele avec elles , etsans
apporter la moindre raison , ne se déclaret-
il
pas ouvertement pour Varronensuite
par une manifeste petition de prin-
I Vol.
cipe ,
JUIN. 1734. - 1055
pe , et en supposant par tout que cet
Auteur qu'il lui a plu d'adopter , est infaillible
, ne fait- il pas le procès aux plus
grands Historiens de l'Antiquité , aux
Polybes et aux Denis d'Halicarnasse , et
ne les condamne- t- il pas , comme on dit,
sur l'étiquette du sac , et se contentant de
mettre à la marge ( part. 3.11 . 3. ) erreur
de Polybe et de Denis d'Halicarnasse ,
sans se soucier de le prouver dans le texte?
Une quatrième preuve de la verité du
calcul de Caton , et par conséquent de la
fausseté de celui de Varron , preuve qui
ne me paroît pas à rejetter , c'est que
Caton ne suppose que des faits certains
et attestez par tous les Auteurs , quand
il marque les années de Rome par les
Consuls , les Tribuns consulaires & c :
Varron au contraire est le premier des
Anciens qui ait ainsi compté des Dictatures
pour desannées séparées : il en est le seul
créateur , elles sont de sa pure invention,
et il les a controuvées au besoin pour appuyer
le sentiment de son bon ami , le
faiseur d'Horoscopes, TarritiusFitmianus,
qu'il avoit chargé et prié de rechercher
exactement le jour précis où Rome fut
fondée . Celui - ci , plutôt que de demeurer
court en si beau chemin , d'avouer
l'insuffisance et la vanité de son Art , sur
1. Vol. A vj tout
1056 MERCURE DE FRANCE
tout pour une pareille recherche, crut au
contraire devoir saisir l'occasion de se distinguer
et de se faire valoir en s'élevant
au- dessus de tous les autres Sçavans qui
l'avoient precedé.
Il tira donc l'horoscope de Rome , et
assura que l'année de sa fondation répondoit
à la troisième année de la sixième
Olympiade ; et pour jetter du merveilleux
dans cette époque , non content de l'éclipse
de Soleil , que plusieurs Auteurs
très dignes de foi rapportent être arrivée
vers le temps de la mort de Romulus
et qu'on trouve dans les Tables Astronomiques
, il en marque encore deux autres
de son autorité privée , l'une au moment
de la naissance de Romulus , l'autre à
celui de la fondation de Rome et apparemment
lorsqu'on mettoit la premiere
pierre. Mais comme il étoit plus Astrologue
qu'Astronome il n'a pas eu le
bonheur de rencontrer juste ; et le calcul
Astronomique n'a point encore fait découvrir
ces deux éclipses de la création
de Tarrutius.
"
C'est pourtant pour donner la vogue
à cette opinion , que Varron s'est vû oblid'ajoûter
deux années au nombre de
celles que comptoit Caton. Mais Varron
voyant qu'il étoit regardé comme un Sça-
I. Vol. vant
JUIN. 1734.
1057
vant du premier ordre,n'a pas voulu faire
regner Romulus ou quelqu'un des autres
Rois deux ans de plus qu'ils n'ont regné :
il auroit été refuté trop facilement par le
témoignage constant et unanime des Historiens.
Il s'est aussi bien donné de garde
d'augmenter de deux Consulats la liste des
Consuls : cette supercherie eut été grossiere
et n'auroit induit personne en erreur .
Taillant donc en pleine étoffe , pour ainsi
parler , et espérant se cacher dans l'obscurité
des années chargées d'évenemens
il a choisi la 305º de Rome , la 3 * du Décemvirat
et les 430 , 444 et 451 : et comme
il ne lui falloit que deux ans pour remplir
son systême , chose assez singuliere ,
et qui fait peu d'honneur à son jugement!
dans la même année 305 la plus remplie
de faits , il a confondu le Consulat d'Horatius
et de Valerius avec le Décemvirat
d'Appius et des neuf autres Décemvirs
et n'a ainsi donné à ces deux illustres
Protecteurs du peuple opprimé qu'un petit
reste d'année contre toute verité et
toute vraisemblance , tandis qu'il a libéralement
accordé des années entieres à des
Dictateurs qu'on ne créoit souvent que
pour un tems très- court et jamais pour
plus de six mois.
La Dictature même étoit une Magistra-
1. Vol. ture
1058 MERCURE DE FRANCE
ture extraordinaire , qui bien que supérieure
aux autres ne les anéantissoit pas,
et n'empêchoit pas la création des autres
Magistratures annuelles et ordinaires
comme il paroît évidemment par lesDictatures
de Sylla et de César , pendant la
durée desquelles il y eut toujours à Rome
des Consuls nommés même dans lesFastes
Capitolins.
Je conclus donc cette preuve , sur laquelle
j'ai cru devoir m'étendre un peu
plus que sur les autres , et je dis que Varron
,sans exemple , et contre toutes les coutumes
des Romains et le témoignage de
tous les Historiens qui assurent le con-
,traire , a placé de son chef trois Dictatures
entre des Consulats , dont il les a séparées
sans aucune raison .
Voilà assez de preuves tirées de l'autorité
et du témoignage des Auteurs dignes
de toute créance : il est temps présente
ment de passer aux démonstrations puisées
dans les principes de l'Astronomie . Elles
prouvent avec encore plus d'évidence et
de certitude , que Caton et ceux qui le
suivent ont raison et qu'au contraire
Varron et ses Sectateurs ont tort. Pour
ne pas ennuyer et accabler mes Lecteurs,
je réduirai à un petit nombre ces sortes
de démonstrations.
و
1. Vol.
La
14. 1754° 1039
"
La premiete qui se présente et qui est
des plus simples et des plus claires , se prend
de l'année de la mort de Romulus marquée
par une éclipse de Soleil ,que le Pere
Petau ( 3. 3. 186. ) rapporte au 26 May
715. avant J. C. or selon tous les Historiens
et selon Varon même et les Fastes
ainsi que nous l'avons démontré dans la
premiere partie de cette Dissertation , l'année
de cette mort de Romulus est la 37
de la fondation de Rome : car il n'y a
personne qui ne fasse commencer le regne
de Romulus au moment de cette fonda-
-
tion , et qui le prolonge au delà de 37
ans. Tout le monde convient donc que
l'année 37. de Rome est la derniere de
Romulus on dispute seulement si la
premiere année de cette fondation est la
3 de la 6 Olympiade , 753 avant . J. C.
comme le veut Varron , ou la 4 de cette
6 Olympiade , 752 avant J. C. comme
le marquent les Fastes ou les Marbres
Capitolins et Verrius Flaccus ; ou enfin
si elle est la premiere année de la 7Olympiade
, 751 avant J. C. comme le soutiennent
Caton , Polybe , Titc- Live Tite- Live ,
Denis d'Halicarnasse et nous aussi avec
ces illustres Auteurs. Une petite addition
qui est de toutes les opérations d'Arithmétique
la plus facile et la moins composée ,
I. Vol.
va
1060 MERCURE DE FRANCE
va vuider la question et terminer cette
importante dispute. Ajoûtez 36 à l'an
715 avant J. C. qui correspond à la 37.
de la fondation de Rome , et vous aurez
pour la premiere année de Rome non pas
753 avant J. C. comme Varron , ni 752
comme les Fastes , mais 751 comme Caton.
Une seconde preuve de même genre
que celle-ci , se tire de la comparaison de
deux éclipses , l'une de Soleil dont on
vient de parler , arrivée le 26 May 715.
avant J. C. l'autre de Lune marquée aussi
par le même Pere Petau , ( 3. 2. 175. ) et
arrivée le 22 Juin 168. la veille du jour
de la Bataille , où le Consul Paul Emile
défit Persée dernier Roy de Macédoine.
Cette année 168. avant J. C. est selon
Caton 84 de Rome , selon les Fastes
585 et selon Varron 586 : de sorte que
de l'une à l'autre éclipse , c'est-à- dire depuis
168. jusqu'à 715. avant J. C. il y a
547 ans. Mais selon Varron depuis l'année
37 de Rome jusqu'à la 586. il y a 549
ans , deux de trop selon les Fastes , jusqu'à
l'an 585. il y en a 548. un plus qu'il
ne faut ; selon Caton jusqu'à la 584. il y
en a 547 tout juste. C'est donc le systême
de Caton qui est le seul véritable , puisqu'il
s'accorde parfaitement avec le cal-
I. Vol. cul
JUIN. 1734 1061
cul Astronomique qui est sûr et invariable
3 et tous les autres systêmes sont faux
puisqu'ils sont contraires au mouvement
des Astres si certain , si reglé et si familier
à nos Astronomes , qu'à une minute
près ils nous prédisent d'avance les éclipses
de Soleil et de Lune pour tous les siecles
suivans , et que pour tous les précédens
ils nous les calculent avec une entiere
exactitude en rétrogradant.
:
Je pourrois,si je n'appréhendois d'être
trop long , me servir encore des éclipses
tant de Soleil que de Lune des années 217.
190. 104. 63. 51. 5o . et autres années
avant J. C. et en former des démonstrations
pareilles à celles que je viens d'apporter
mais je finis et je me contente de
tirer de tous les principes que j'ai établis
quelques conséquences de pratique , qui
serviront à ne se point tromper en lisant
les Auteurs qui ont suivi les faux systêmes
de Varron et des Fastes ou d'autres encore
plus mauvais , et à trouver sans peine
f'année véritable avant J. C. à laquelle
répondent les différentes supputations des
années de Rome.
,
Premiere conséquence ' ; le systême de
Caton étant le seul vrai ainsi que nous
l'avons démontré , il est clair que pour
avoir l'année véritable avant J. C. qui
I. Vol. ré1062.
MERCURE DE FRANCE
répond à la Catonienne , il ne faut que
prendre le nombre , qui ajouté à celui de
Caton fasse la somme de 752. Je veux
sçavoir, par exemple , combien d'années
avant J. C. est la 245. de Rome , pre-
- miere année du Consulat, je prends 507.
qui ajouté à 245. fait 752. ainsi ce nombre
507. marque l'année d'avant J. C.
qui répond à la 245 de Rome.
La deuxième conséquence qui est encore
plus importante que la premiere
c'est que pour rectifier les années Varroniennes
et avoir l'année d'avant J. C.
qui leur réponde dans la verité , on doit
leur ajouter un nombre , qui depuis la
premiere jusqu'à la 305. fasse 752. depuis
la même année 305. jusqu'à la 429. fasse
751. depuis la 430. jusqu'à la 444. fasse
752. depuis la 445 jusqu'à la 452. fasse
753. enfin depuis la 453. jusqu'à la fin
fasse 754. Voilà pour les années de Varron
. Quant à celles des Fastes , ajoutez un
nombre , qui jusqu'à 243. donne 752.
depuis 243. donne 751. depuis 304 donne
750. depuis 429. donne 751. depuis 444 .
donne 752. enfin depuis 452. donne 753 .
Je rends ceci sensible et palpable par
quelques exemples.
On demande la véritable année d'avant
J. C. qui réponde à la 364. de Rome
I Vol. qui
JUIN. 1734.
1063
qui est celle de la prise de Rome selon
Varron . Comme cette année 364. est entre
305. et 429. je n'ajoute que 387. qui
avec 364. fait 751. et ce nombre 387.
marque l'année juste et précise avant J.
C. où Rome a été prise . La raison de ceci
est évidente , puisque Varron ayant manqué
mal - à-propos de compter l'année
306. qui est celle du Consulat d'Horace
et Valere , et n'en ayant fait qu'une même
année avec la 3. du Décemvirat , il doit
avoir dans la suite sur les années de la
fondation de Rome une unité de moins
que Caton , jusqu'à ce qu'en 430. en insérant
la Dictature de Papirius , et corrigeant
cette erreur par une autre erreur
contraire , il revienne à l'égalité du nombre
des années de Rome avec Caton . Dans
cc: entre-deux il faut donc , pour corriger
l'expression des années Varroniennes ,
leur ajouter , 1 ° . Cette unité qu'elles ont
de moins que les Catoniennes, afin de les
leur égaler ; 2 ° .. Un nombre qui avec
elles augmentées ainsi de l'unité , fasse
752. ou , ce qui revient au même , ajouter
seulement un nombre , qui joint à
elles ne donne que 751.
·
Par cette regle on trouve que Varron
met la prise de Rome par les Gaulois trois
ans plûtôt qu'il ne faut, en la plaçant l'an
I Vol. 364.
1664 MERCURE DE FRANCE
>
364. de Rome , qui selon lui est la 390
avant J. C. Polybe au contraire qui
étoit cent ans environ plus proche de ce
temps- là que Varron , qui d'ailleurs est
un Ecrivain tout autrement exact et bien
plus croyable que lui en matiere d'Histoire
, et dont enfin le poids et le témoignage
mis dans une juste balance , l'em-,
porte de beaucoup sur celui de Varron ;
Polybe , dis-je , marque cette année de la
prise de Rome par des caractéres si précis
et si distinctifs , ( la 22. année de la
98. Olympiade ; la 19. après la défaite des
Athéniens par Lysandre , 405. avant J.
C. la 16 avant la Bataille de Leuctres
371. avant J. C. ) qu'il faut absolument
vouloir se tromper et ne voir goute en
plein midi , pour ne pas reconnoître ici
l'an 387. avant J. C. A la marge donc de
l'endroit du Rationarium, cité plus haut à
la fin de la troisiéme preuve , mettez en
lettres italiques ce titre- ci : Erreur de Varron
et du Pere Petau , au lieu de celui - ci
qu'on y trouve ; Erreur de Polybe et de
Denis d'Halicarnasse. Cette remarque peut
très - bien être placée au nombre des preuves
du premier ou du second genre que
nous avons alleguées plus haut.
Encore un exemple et je finis . A quelle
année avant J.C. doit-on rapporter la 243
1Vol. de
JUIN. 1734 1965
de Rome selon les Fastes ? il faut distinguer
si c'est la 143 et derniere des Rois ,
elle a rapport à la 509. avant J. C. qui
avec elle fait 752. mais si c'est la 243 et
premiere du Consulat , elle ne se rapporte
qu'à la 508.qui jointe à 243. ne donne
751.Voïez.en la régle et la raison plushaut.
Systêmes Chronologiques &c.
SECONDE PARTIE.
Preuves de la verité du Systême de Caton :
E dis donc d'abord que l'autorité de
Caton , en cette matiere de Chronologie
Romaine , me paroît de beaucoup
préferable à celle de Varron , soit parce
que Caton est de plus de cent ans plus
ancien que Varron , soit parce qu'au raport
de Cornelius - Nepos , il avoit composé
des Livres d'Histoires , où il recherchoit
soigneusement et en détail l'Antiquité
et les origines de chaque Républi-
J en catre
: Varron au contraire étoit plus moderne
, et par conséquent plus éloigné
des sources , où l'on peut puiser ces sortes
de connoissances ; et s'il étoit le plus
Sçavant desRomains,c'étoit dans un autre
genre, comme dans la Grammaire et dans
IVol A v la
1054 MERCURE DE FRANCE
la Philosophie , plutôt que dans l'Histoire;
et les 50 volumes qu'on dit avoir été
composez par lui sur ces Sciences , ne forment
pas un trop heureux préjugé en faveur
de son exactitude.
Ajoutez pour seconde raison que l'au
torité de Caton est suivie , appuyée et
extrémement fortifiée par celle de Tite-
Live , de Polybe qui étoit à peu près du
même tems que Caton et de celle de Denis
d'Halicarnasse , qui passe avec raison pour
le plus judicieux , le plus exact Ecrivain ,
et pour le plus curieux , le plus fidele et
le plus détailléChronologiste de l'Histoire
Romaine.
Une troisiéme raison , c'est que les Auteurs
qui ont suivi Varron , l'ont fait par
la bonne opinion et la grande idée qu'ils
s'étoient formée de lui et de sa science ,
plutôt que par aucune raison solide. Le
P. Petau , qu'on regarde comme le Prince
des Chronologistes modernes , ne dir- il
pas , ( Rat. part. 3. 3. 2. ) qu'il est difficile
de décider laquelle des deux opinions
deVarron ou de Vesrius est la plus véritable
? et néanmoins sans séulement mettre
celle deCaton en parallele avec elles , etsans
apporter la moindre raison , ne se déclaret-
il
pas ouvertement pour Varronensuite
par une manifeste petition de prin-
I Vol.
cipe ,
JUIN. 1734. - 1055
pe , et en supposant par tout que cet
Auteur qu'il lui a plu d'adopter , est infaillible
, ne fait- il pas le procès aux plus
grands Historiens de l'Antiquité , aux
Polybes et aux Denis d'Halicarnasse , et
ne les condamne- t- il pas , comme on dit,
sur l'étiquette du sac , et se contentant de
mettre à la marge ( part. 3.11 . 3. ) erreur
de Polybe et de Denis d'Halicarnasse ,
sans se soucier de le prouver dans le texte?
Une quatrième preuve de la verité du
calcul de Caton , et par conséquent de la
fausseté de celui de Varron , preuve qui
ne me paroît pas à rejetter , c'est que
Caton ne suppose que des faits certains
et attestez par tous les Auteurs , quand
il marque les années de Rome par les
Consuls , les Tribuns consulaires & c :
Varron au contraire est le premier des
Anciens qui ait ainsi compté des Dictatures
pour desannées séparées : il en est le seul
créateur , elles sont de sa pure invention,
et il les a controuvées au besoin pour appuyer
le sentiment de son bon ami , le
faiseur d'Horoscopes, TarritiusFitmianus,
qu'il avoit chargé et prié de rechercher
exactement le jour précis où Rome fut
fondée . Celui - ci , plutôt que de demeurer
court en si beau chemin , d'avouer
l'insuffisance et la vanité de son Art , sur
1. Vol. A vj tout
1056 MERCURE DE FRANCE
tout pour une pareille recherche, crut au
contraire devoir saisir l'occasion de se distinguer
et de se faire valoir en s'élevant
au- dessus de tous les autres Sçavans qui
l'avoient precedé.
Il tira donc l'horoscope de Rome , et
assura que l'année de sa fondation répondoit
à la troisième année de la sixième
Olympiade ; et pour jetter du merveilleux
dans cette époque , non content de l'éclipse
de Soleil , que plusieurs Auteurs
très dignes de foi rapportent être arrivée
vers le temps de la mort de Romulus
et qu'on trouve dans les Tables Astronomiques
, il en marque encore deux autres
de son autorité privée , l'une au moment
de la naissance de Romulus , l'autre à
celui de la fondation de Rome et apparemment
lorsqu'on mettoit la premiere
pierre. Mais comme il étoit plus Astrologue
qu'Astronome il n'a pas eu le
bonheur de rencontrer juste ; et le calcul
Astronomique n'a point encore fait découvrir
ces deux éclipses de la création
de Tarrutius.
"
C'est pourtant pour donner la vogue
à cette opinion , que Varron s'est vû oblid'ajoûter
deux années au nombre de
celles que comptoit Caton. Mais Varron
voyant qu'il étoit regardé comme un Sça-
I. Vol. vant
JUIN. 1734.
1057
vant du premier ordre,n'a pas voulu faire
regner Romulus ou quelqu'un des autres
Rois deux ans de plus qu'ils n'ont regné :
il auroit été refuté trop facilement par le
témoignage constant et unanime des Historiens.
Il s'est aussi bien donné de garde
d'augmenter de deux Consulats la liste des
Consuls : cette supercherie eut été grossiere
et n'auroit induit personne en erreur .
Taillant donc en pleine étoffe , pour ainsi
parler , et espérant se cacher dans l'obscurité
des années chargées d'évenemens
il a choisi la 305º de Rome , la 3 * du Décemvirat
et les 430 , 444 et 451 : et comme
il ne lui falloit que deux ans pour remplir
son systême , chose assez singuliere ,
et qui fait peu d'honneur à son jugement!
dans la même année 305 la plus remplie
de faits , il a confondu le Consulat d'Horatius
et de Valerius avec le Décemvirat
d'Appius et des neuf autres Décemvirs
et n'a ainsi donné à ces deux illustres
Protecteurs du peuple opprimé qu'un petit
reste d'année contre toute verité et
toute vraisemblance , tandis qu'il a libéralement
accordé des années entieres à des
Dictateurs qu'on ne créoit souvent que
pour un tems très- court et jamais pour
plus de six mois.
La Dictature même étoit une Magistra-
1. Vol. ture
1058 MERCURE DE FRANCE
ture extraordinaire , qui bien que supérieure
aux autres ne les anéantissoit pas,
et n'empêchoit pas la création des autres
Magistratures annuelles et ordinaires
comme il paroît évidemment par lesDictatures
de Sylla et de César , pendant la
durée desquelles il y eut toujours à Rome
des Consuls nommés même dans lesFastes
Capitolins.
Je conclus donc cette preuve , sur laquelle
j'ai cru devoir m'étendre un peu
plus que sur les autres , et je dis que Varron
,sans exemple , et contre toutes les coutumes
des Romains et le témoignage de
tous les Historiens qui assurent le con-
,traire , a placé de son chef trois Dictatures
entre des Consulats , dont il les a séparées
sans aucune raison .
Voilà assez de preuves tirées de l'autorité
et du témoignage des Auteurs dignes
de toute créance : il est temps présente
ment de passer aux démonstrations puisées
dans les principes de l'Astronomie . Elles
prouvent avec encore plus d'évidence et
de certitude , que Caton et ceux qui le
suivent ont raison et qu'au contraire
Varron et ses Sectateurs ont tort. Pour
ne pas ennuyer et accabler mes Lecteurs,
je réduirai à un petit nombre ces sortes
de démonstrations.
و
1. Vol.
La
14. 1754° 1039
"
La premiete qui se présente et qui est
des plus simples et des plus claires , se prend
de l'année de la mort de Romulus marquée
par une éclipse de Soleil ,que le Pere
Petau ( 3. 3. 186. ) rapporte au 26 May
715. avant J. C. or selon tous les Historiens
et selon Varon même et les Fastes
ainsi que nous l'avons démontré dans la
premiere partie de cette Dissertation , l'année
de cette mort de Romulus est la 37
de la fondation de Rome : car il n'y a
personne qui ne fasse commencer le regne
de Romulus au moment de cette fonda-
-
tion , et qui le prolonge au delà de 37
ans. Tout le monde convient donc que
l'année 37. de Rome est la derniere de
Romulus on dispute seulement si la
premiere année de cette fondation est la
3 de la 6 Olympiade , 753 avant . J. C.
comme le veut Varron , ou la 4 de cette
6 Olympiade , 752 avant J. C. comme
le marquent les Fastes ou les Marbres
Capitolins et Verrius Flaccus ; ou enfin
si elle est la premiere année de la 7Olympiade
, 751 avant J. C. comme le soutiennent
Caton , Polybe , Titc- Live Tite- Live ,
Denis d'Halicarnasse et nous aussi avec
ces illustres Auteurs. Une petite addition
qui est de toutes les opérations d'Arithmétique
la plus facile et la moins composée ,
I. Vol.
va
1060 MERCURE DE FRANCE
va vuider la question et terminer cette
importante dispute. Ajoûtez 36 à l'an
715 avant J. C. qui correspond à la 37.
de la fondation de Rome , et vous aurez
pour la premiere année de Rome non pas
753 avant J. C. comme Varron , ni 752
comme les Fastes , mais 751 comme Caton.
Une seconde preuve de même genre
que celle-ci , se tire de la comparaison de
deux éclipses , l'une de Soleil dont on
vient de parler , arrivée le 26 May 715.
avant J. C. l'autre de Lune marquée aussi
par le même Pere Petau , ( 3. 2. 175. ) et
arrivée le 22 Juin 168. la veille du jour
de la Bataille , où le Consul Paul Emile
défit Persée dernier Roy de Macédoine.
Cette année 168. avant J. C. est selon
Caton 84 de Rome , selon les Fastes
585 et selon Varron 586 : de sorte que
de l'une à l'autre éclipse , c'est-à- dire depuis
168. jusqu'à 715. avant J. C. il y a
547 ans. Mais selon Varron depuis l'année
37 de Rome jusqu'à la 586. il y a 549
ans , deux de trop selon les Fastes , jusqu'à
l'an 585. il y en a 548. un plus qu'il
ne faut ; selon Caton jusqu'à la 584. il y
en a 547 tout juste. C'est donc le systême
de Caton qui est le seul véritable , puisqu'il
s'accorde parfaitement avec le cal-
I. Vol. cul
JUIN. 1734 1061
cul Astronomique qui est sûr et invariable
3 et tous les autres systêmes sont faux
puisqu'ils sont contraires au mouvement
des Astres si certain , si reglé et si familier
à nos Astronomes , qu'à une minute
près ils nous prédisent d'avance les éclipses
de Soleil et de Lune pour tous les siecles
suivans , et que pour tous les précédens
ils nous les calculent avec une entiere
exactitude en rétrogradant.
:
Je pourrois,si je n'appréhendois d'être
trop long , me servir encore des éclipses
tant de Soleil que de Lune des années 217.
190. 104. 63. 51. 5o . et autres années
avant J. C. et en former des démonstrations
pareilles à celles que je viens d'apporter
mais je finis et je me contente de
tirer de tous les principes que j'ai établis
quelques conséquences de pratique , qui
serviront à ne se point tromper en lisant
les Auteurs qui ont suivi les faux systêmes
de Varron et des Fastes ou d'autres encore
plus mauvais , et à trouver sans peine
f'année véritable avant J. C. à laquelle
répondent les différentes supputations des
années de Rome.
,
Premiere conséquence ' ; le systême de
Caton étant le seul vrai ainsi que nous
l'avons démontré , il est clair que pour
avoir l'année véritable avant J. C. qui
I. Vol. ré1062.
MERCURE DE FRANCE
répond à la Catonienne , il ne faut que
prendre le nombre , qui ajouté à celui de
Caton fasse la somme de 752. Je veux
sçavoir, par exemple , combien d'années
avant J. C. est la 245. de Rome , pre-
- miere année du Consulat, je prends 507.
qui ajouté à 245. fait 752. ainsi ce nombre
507. marque l'année d'avant J. C.
qui répond à la 245 de Rome.
La deuxième conséquence qui est encore
plus importante que la premiere
c'est que pour rectifier les années Varroniennes
et avoir l'année d'avant J. C.
qui leur réponde dans la verité , on doit
leur ajouter un nombre , qui depuis la
premiere jusqu'à la 305. fasse 752. depuis
la même année 305. jusqu'à la 429. fasse
751. depuis la 430. jusqu'à la 444. fasse
752. depuis la 445 jusqu'à la 452. fasse
753. enfin depuis la 453. jusqu'à la fin
fasse 754. Voilà pour les années de Varron
. Quant à celles des Fastes , ajoutez un
nombre , qui jusqu'à 243. donne 752.
depuis 243. donne 751. depuis 304 donne
750. depuis 429. donne 751. depuis 444 .
donne 752. enfin depuis 452. donne 753 .
Je rends ceci sensible et palpable par
quelques exemples.
On demande la véritable année d'avant
J. C. qui réponde à la 364. de Rome
I Vol. qui
JUIN. 1734.
1063
qui est celle de la prise de Rome selon
Varron . Comme cette année 364. est entre
305. et 429. je n'ajoute que 387. qui
avec 364. fait 751. et ce nombre 387.
marque l'année juste et précise avant J.
C. où Rome a été prise . La raison de ceci
est évidente , puisque Varron ayant manqué
mal - à-propos de compter l'année
306. qui est celle du Consulat d'Horace
et Valere , et n'en ayant fait qu'une même
année avec la 3. du Décemvirat , il doit
avoir dans la suite sur les années de la
fondation de Rome une unité de moins
que Caton , jusqu'à ce qu'en 430. en insérant
la Dictature de Papirius , et corrigeant
cette erreur par une autre erreur
contraire , il revienne à l'égalité du nombre
des années de Rome avec Caton . Dans
cc: entre-deux il faut donc , pour corriger
l'expression des années Varroniennes ,
leur ajouter , 1 ° . Cette unité qu'elles ont
de moins que les Catoniennes, afin de les
leur égaler ; 2 ° .. Un nombre qui avec
elles augmentées ainsi de l'unité , fasse
752. ou , ce qui revient au même , ajouter
seulement un nombre , qui joint à
elles ne donne que 751.
·
Par cette regle on trouve que Varron
met la prise de Rome par les Gaulois trois
ans plûtôt qu'il ne faut, en la plaçant l'an
I Vol. 364.
1664 MERCURE DE FRANCE
>
364. de Rome , qui selon lui est la 390
avant J. C. Polybe au contraire qui
étoit cent ans environ plus proche de ce
temps- là que Varron , qui d'ailleurs est
un Ecrivain tout autrement exact et bien
plus croyable que lui en matiere d'Histoire
, et dont enfin le poids et le témoignage
mis dans une juste balance , l'em-,
porte de beaucoup sur celui de Varron ;
Polybe , dis-je , marque cette année de la
prise de Rome par des caractéres si précis
et si distinctifs , ( la 22. année de la
98. Olympiade ; la 19. après la défaite des
Athéniens par Lysandre , 405. avant J.
C. la 16 avant la Bataille de Leuctres
371. avant J. C. ) qu'il faut absolument
vouloir se tromper et ne voir goute en
plein midi , pour ne pas reconnoître ici
l'an 387. avant J. C. A la marge donc de
l'endroit du Rationarium, cité plus haut à
la fin de la troisiéme preuve , mettez en
lettres italiques ce titre- ci : Erreur de Varron
et du Pere Petau , au lieu de celui - ci
qu'on y trouve ; Erreur de Polybe et de
Denis d'Halicarnasse. Cette remarque peut
très - bien être placée au nombre des preuves
du premier ou du second genre que
nous avons alleguées plus haut.
Encore un exemple et je finis . A quelle
année avant J.C. doit-on rapporter la 243
1Vol. de
JUIN. 1734 1965
de Rome selon les Fastes ? il faut distinguer
si c'est la 143 et derniere des Rois ,
elle a rapport à la 509. avant J. C. qui
avec elle fait 752. mais si c'est la 243 et
premiere du Consulat , elle ne se rapporte
qu'à la 508.qui jointe à 243. ne donne
751.Voïez.en la régle et la raison plushaut.
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Résumé : SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
Le texte compare les systèmes chronologiques romains de Caton et de Varron. L'auteur privilégie le système de Caton pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Caton est antérieur à Varron et a rédigé des ouvrages historiques en recherchant minutieusement l'antiquité et les origines de la République romaine. Varron, bien que savant en grammaire et philosophie, est jugé moins fiable en matière d'histoire. Ensuite, l'autorité de Caton est soutenue par des historiens tels que Tite-Live, Polybe et Denis d'Halicarnasse. De plus, les auteurs qui suivent Varron le font par admiration plutôt que par des raisons solides. Enfin, Caton se base uniquement sur des faits certains, tandis que Varron a inventé des dictatures pour appuyer l'horoscope d'un ami astrologue. L'auteur critique Varron pour avoir ajouté deux années au calcul de Caton afin de correspondre à cet horoscope. Varron a placé des dictatures entre des consulats sans raison valable, ce qui contredit les coutumes romaines et les témoignages historiques. L'auteur conclut que le système de Caton est plus fiable, appuyé par des preuves astronomiques et des éclipses historiques. Il fournit des méthodes pour convertir les années de Rome selon les systèmes de Caton et de Varron en années avant J.-C. Le texte aborde également la datation de la prise de Rome par les Gaulois, en comparant les opinions de Varron et de Polybe. Varron situe cet événement trois ans trop tôt, en 364 avant J.-C. Polybe, considéré comme plus fiable, place la prise de Rome en 387 avant J.-C., en se basant sur des références précises telles que la 22e année de la 98e Olympiade et la 19e année après la défaite des Athéniens par Lysandre. Le texte recommande de corriger une note marginale pour indiquer l'erreur de Varron et du Père Petau, plutôt que celle de Polybe et de Denis d'Halicarnasse. De plus, il distingue entre la 143e et dernière année des rois, correspondant à 509 avant J.-C., et la 243e et première année du consulat, correspondant à 508 avant J.-C.
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p. 1158-1159
« EPHEMERIES DES MOUVEMENS CELESTES, pour les années 1735. jusqu'en [...] »
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EPHEMERIES DES MOUVEMENS CELESTES, pour les années 1735. jusqu'en [...]
Mots clefs :
Éphémérides, Années
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texteReconnaissance textuelle : « EPHEMERIES DES MOUVEMENS CELESTES, pour les années 1735. jusqu'en [...] »
EPHEMERIDES DES MOUVEMENS
CELESTES
pour les années 1735 .
jusqu'en 1745. où l'on trouve les mouvements
diurnes des Planétes en longitudes
, leurs latitudes , aspects et média-
I. Vol.
tions
JUIN. 1734.
1199
" tions ; celles des Etoiles , leur lever
coucher , apparitions et occultations ;
les immersions et émersions du premier
Satellite de Jupiter pour les mêmes années.
Avec la situation de plusieurs lieux
dont la longitude et la latitude ont été
observées par plusieurs habiles Astronomes
et plusieurs problêmes Geographiques.
Pour le Méridien de la Ville de
Paris. Par M. Desplaces. Tom. III, ch.
Jacques Colombat , rue S. Jacques 1734.
in 4.
CELESTES
pour les années 1735 .
jusqu'en 1745. où l'on trouve les mouvements
diurnes des Planétes en longitudes
, leurs latitudes , aspects et média-
I. Vol.
tions
JUIN. 1734.
1199
" tions ; celles des Etoiles , leur lever
coucher , apparitions et occultations ;
les immersions et émersions du premier
Satellite de Jupiter pour les mêmes années.
Avec la situation de plusieurs lieux
dont la longitude et la latitude ont été
observées par plusieurs habiles Astronomes
et plusieurs problêmes Geographiques.
Pour le Méridien de la Ville de
Paris. Par M. Desplaces. Tom. III, ch.
Jacques Colombat , rue S. Jacques 1734.
in 4.
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Résumé : « EPHEMERIES DES MOUVEMENS CELESTES, pour les années 1735. jusqu'en [...] »
Le document 'Éphémérides des Mouvemens Célestes' couvre les années 1735 à 1745. Il détaille les mouvements des planètes, des étoiles et du premier satellite de Jupiter. Il inclut des observations de divers astronomes et aborde des problèmes géographiques. Rédigé pour le méridien de Paris par M. Desplaces, il est publié par Jacques Colombat en 1734.
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