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1
p. 32-42
EXPERIENCE sur un Chat enragé. Extrait d'une Lettre Angloise de Londres.
Début :
Monsieur, Un habile Chimiste de mes amis, qui ne veut [...]
Mots clefs :
Londres, Chat, Venin, Rage, Expérience, Chimiste, Baquet, Araignées, Musique, Remède
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texteReconnaissance textuelle : EXPERIENCE sur un Chat enragé. Extrait d'une Lettre Angloise de Londres.
EXPERIENCE
sur un Chat enragé.
Extrait d'une LettreAngloifc
de Londres.
MONSIEUR,
Un habile Chimiste de
mes amis,qui ne veut point
estre nomme avant que davoir verifiéencore par quelques expériences le remede qu'il croit avoir trouve
contre la rage, a
fait en
ma presencel'épreuve que
yoicy. Il a
choisi un Chat
tresfort,ôc la attaché par
deux coliers à boucles, l'un
au col,& l'autre au bas des
reins, & l,¡ ainsi suspendu
au bout d'un cordon de
soye passé dans une poulie
attachée au plafond d'une
chambre; ensuite illa laissé
sans boire quelques jours,
& la fouetté de coups de
baguettes menuës en fortnc de verges, &cela si
violemment à plusieurs reprises
, que jamais on 'n'a
veuunobjet si terrible que
ce Chat. Rien ne peut
donner l'idée d'une rage
plus violente; il a encore
mis au dessous de l'endroit
où le Chat estoit suspendit
un baquet d'eau tiede, dans
laquelle il a
jette environ
un demillier de sa distillation. On a
plongé leChat
deux fois dans ce baquet
en laschant le cordon, ôc
le retirantpresque dans le
mesmeinstant; ensutre ostant le baquet, on a
descendu le Chat jusques sur
le plancher, où on l'a veu
s'estendre & allonger les
pattes & le col comme un
Chat qui se reveille d'un
long sommeil
,
& il a paru
si tranquille que mon amy
s'en est approché avec un
peu de viande que le Chat
a pris avec toute la douceur
ôc toutes les carresses imaginables. Mon amy prerend que ce bain fera le
mesme effet sur les ani-
-,
maux & les hommes atteients d'une veritable râge ;
c'est ce qu'il veut éprouver avant que de rendre son remede public.
Cette distillation esttirée en partie de certaines
araignées à jambes courtes, que mon amy a
fait
venir d'Italie,&quisontà
peu près de l'especede celles qu'on nomme Tarentoles,
parce quelles font fort
communesdans le territoire de lavilledeTarente
*à Royaume de Naples;
Le venin que cet animal
communique par sa morfïl£C
,
produit des effets si
surprenants, & si contraires entre eux, qu'ils paroistroient incroyables s'ils
nestoient connus par une
infinité d'experiences. Entre ceux qui en sont piuez lesuns ne sçauroienc ormir,les
autres ne peu-
,vent estre éveillez,lesuns
forment de continuelles
plaintes, & les autres rient
tousjours, Quelques-uns
grincent les dents, & sont
agitez detransports derage:quelquesautresau contraires chantient & dansent sans cesse. Aux uns,
ce venin cause des vomissements, aux autres des
sueurs abondantes & pref-
que a tous une forte parnon pour les couleurs;
mais differemment.- Ainsi
le rouge plaist à l'un, le
verd contente l'autre
»
le
jaune en réjouit plusieurs
&c. Ce qu'il y a
de particulier en ce venin, c'est
que comme il est gluant,
n'estant que l'humeur salivaire de cette araignée,
il fixe d'abord l'imagination sur l'objet qui l'occupoit lorsqu'il est piqué, de
forte que si un homme s'imaginoit alors d'estreRoi,
cette agreable idée ne le
quitteroit qu'après l'entietiere dissipationdel'humeur insinuée par lamorsure de la Tarentole. Ce
venin, par la mesme raison
de viscosité, ne fait d'abord
ressentir auçun fascheux
symptosime
; mais dans la
suite, qui est quelquefois
d'une année entiere, après
estre demeuré long. temps
caché, il se subtilise ,&se
reveille par la chaleur du
Soleil. Il acquiert du mouvement & de l'action
,
&
produit différents effets,
selon les parties qu'il ixi-
secte. Si ce venin bouche
les nerfs dans leur concours
au cerveau, les esprits animaux ne pouvant dcfcendre aux organes, demeurent comme endormis. Au
contraire, il cause des veilles continuelles s'il tient
par son activité tousjours
ouverts les nerfs par où
ces mesmes esprits peuvent descendre sansdis
continuation. En corrompant la bile,ce venin cause
des fiévres ardentes, & en
se joignant avec lesesprits
à l'origine des nerfs,il picote
, cote extraordinairement
tes muscles & parce picotement porte le malade à
gesticuler &à danser, ce
qui arrive principalement
lorsque les esprits y
sont
excitez par quelquesairs
de Musique convenables
au temperamernt di}mala-.
de,& à la qualité diijvenku
C'est par cette raifq#r,que la,Mtifiquee/tTciniquç,&
souverain remecle<\pom;>cô
mal; car le malade dansant avec
violence au son
de l'instrument, & mesme
(
avec justêssequandîln'au-j
roit jamais appris à danfer,
fait sortir ce venin avec la
sueur. Que s'il en reste
quelque petite partie, c'est
un levain qui causse périodiquement les mesmes
symptosmes,& dela vient
que l'on voit des personnes qui en font incommodées des quarante & cinquante annees.
sur un Chat enragé.
Extrait d'une LettreAngloifc
de Londres.
MONSIEUR,
Un habile Chimiste de
mes amis,qui ne veut point
estre nomme avant que davoir verifiéencore par quelques expériences le remede qu'il croit avoir trouve
contre la rage, a
fait en
ma presencel'épreuve que
yoicy. Il a
choisi un Chat
tresfort,ôc la attaché par
deux coliers à boucles, l'un
au col,& l'autre au bas des
reins, & l,¡ ainsi suspendu
au bout d'un cordon de
soye passé dans une poulie
attachée au plafond d'une
chambre; ensuite illa laissé
sans boire quelques jours,
& la fouetté de coups de
baguettes menuës en fortnc de verges, &cela si
violemment à plusieurs reprises
, que jamais on 'n'a
veuunobjet si terrible que
ce Chat. Rien ne peut
donner l'idée d'une rage
plus violente; il a encore
mis au dessous de l'endroit
où le Chat estoit suspendit
un baquet d'eau tiede, dans
laquelle il a
jette environ
un demillier de sa distillation. On a
plongé leChat
deux fois dans ce baquet
en laschant le cordon, ôc
le retirantpresque dans le
mesmeinstant; ensutre ostant le baquet, on a
descendu le Chat jusques sur
le plancher, où on l'a veu
s'estendre & allonger les
pattes & le col comme un
Chat qui se reveille d'un
long sommeil
,
& il a paru
si tranquille que mon amy
s'en est approché avec un
peu de viande que le Chat
a pris avec toute la douceur
ôc toutes les carresses imaginables. Mon amy prerend que ce bain fera le
mesme effet sur les ani-
-,
maux & les hommes atteients d'une veritable râge ;
c'est ce qu'il veut éprouver avant que de rendre son remede public.
Cette distillation esttirée en partie de certaines
araignées à jambes courtes, que mon amy a
fait
venir d'Italie,&quisontà
peu près de l'especede celles qu'on nomme Tarentoles,
parce quelles font fort
communesdans le territoire de lavilledeTarente
*à Royaume de Naples;
Le venin que cet animal
communique par sa morfïl£C
,
produit des effets si
surprenants, & si contraires entre eux, qu'ils paroistroient incroyables s'ils
nestoient connus par une
infinité d'experiences. Entre ceux qui en sont piuez lesuns ne sçauroienc ormir,les
autres ne peu-
,vent estre éveillez,lesuns
forment de continuelles
plaintes, & les autres rient
tousjours, Quelques-uns
grincent les dents, & sont
agitez detransports derage:quelquesautresau contraires chantient & dansent sans cesse. Aux uns,
ce venin cause des vomissements, aux autres des
sueurs abondantes & pref-
que a tous une forte parnon pour les couleurs;
mais differemment.- Ainsi
le rouge plaist à l'un, le
verd contente l'autre
»
le
jaune en réjouit plusieurs
&c. Ce qu'il y a
de particulier en ce venin, c'est
que comme il est gluant,
n'estant que l'humeur salivaire de cette araignée,
il fixe d'abord l'imagination sur l'objet qui l'occupoit lorsqu'il est piqué, de
forte que si un homme s'imaginoit alors d'estreRoi,
cette agreable idée ne le
quitteroit qu'après l'entietiere dissipationdel'humeur insinuée par lamorsure de la Tarentole. Ce
venin, par la mesme raison
de viscosité, ne fait d'abord
ressentir auçun fascheux
symptosime
; mais dans la
suite, qui est quelquefois
d'une année entiere, après
estre demeuré long. temps
caché, il se subtilise ,&se
reveille par la chaleur du
Soleil. Il acquiert du mouvement & de l'action
,
&
produit différents effets,
selon les parties qu'il ixi-
secte. Si ce venin bouche
les nerfs dans leur concours
au cerveau, les esprits animaux ne pouvant dcfcendre aux organes, demeurent comme endormis. Au
contraire, il cause des veilles continuelles s'il tient
par son activité tousjours
ouverts les nerfs par où
ces mesmes esprits peuvent descendre sansdis
continuation. En corrompant la bile,ce venin cause
des fiévres ardentes, & en
se joignant avec lesesprits
à l'origine des nerfs,il picote
, cote extraordinairement
tes muscles & parce picotement porte le malade à
gesticuler &à danser, ce
qui arrive principalement
lorsque les esprits y
sont
excitez par quelquesairs
de Musique convenables
au temperamernt di}mala-.
de,& à la qualité diijvenku
C'est par cette raifq#r,que la,Mtifiquee/tTciniquç,&
souverain remecle<\pom;>cô
mal; car le malade dansant avec
violence au son
de l'instrument, & mesme
(
avec justêssequandîln'au-j
roit jamais appris à danfer,
fait sortir ce venin avec la
sueur. Que s'il en reste
quelque petite partie, c'est
un levain qui causse périodiquement les mesmes
symptosmes,& dela vient
que l'on voit des personnes qui en font incommodées des quarante & cinquante annees.
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Résumé : EXPERIENCE sur un Chat enragé. Extrait d'une Lettre Angloise de Londres.
Un chimiste a mené une expérience sur un chat enragé afin de tester un remède. Pour préserver son anonymat jusqu'à la vérification de son traitement, il a suspendu un chat robuste avec des cordes et l'a soumis à des coups violents pour provoquer une rage intense. Ensuite, le chat a été immergé dans un baquet d'eau tiède contenant une distillation préparée à partir d'araignées italiennes, similaires aux tarentules. Après ce traitement, le chat est devenu calme et a accepté de la nourriture avec douceur. Le texte décrit également les effets variés du venin de la tarentule, qui peuvent inclure l'incapacité à dormir, des plaintes continues, des rires incessants, des grincements de dents, ou des danses. Le venin affecte également la perception des couleurs et peut provoquer des vomissements ou des sueurs abondantes. La distillation utilisée dans l'expérience est dérivée de ce venin, connu pour ses effets surprenants et contraires. Le chimiste prévoit de tester son remède sur d'autres animaux et humains atteints de rage avant de le rendre public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2577-2580
ODE.
Début :
Ville, qu'après tant de conquêtes [...]
Mots clefs :
Venin, Soulager, Triomphes, Médecin, Coup funeste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
O D E.
VIlle, * qu'après tant de conquêtes ,
Le fier Anglois ne put dompter ,
Sortez de l'allarme où vous êtes ,
Et cessez de vous attrister ;
Le fils de votre auguste Prince ,
Seul espoir de cette Province ,
Survit au danger de ses maux ,
Un secours divin l'en préserve ,
* Les Anglois du temps de leur invasion ne pusentjamais prendre la Ville de Montargis.
I. Vol Cvj La
2578 MERCURE DE FRANCE
),
La Providence le conserve
Pour multiplier les Héros.
Par le venin le plus à craindre ,
Tous ses sens étoient affoiblis ;
Sa vie étoit prête à s'éteindre ,
Avant deux lustres accomplis;
Mais par une crise subite ,
Ce jeune Prince ressuscite ,
Sa beauté renaît avec lui.
Grand-Dieu , ce miracle s'opere }
Par les saintes vertus d'un Pere ,
Qui met en vous tout son appuy.
M
De la pompe qui l'environne ,
Il méprise les vains attraits ,
La ferveur que sa foi lui donne ,
Aspire à des biens plus parfaits :
Ennemi du plaisir frivole ,
Son cœur se dévouë et s'immole ,
Aux rigueurs de l'austerité ,
Et pour soulager l'indigence,
Une liberale dépense ,
Se regle sur sa charité.
Qu'il est rare de voir paroître ,
I. Vol. Uni
DECEMBRE. 1732. 2579
Un Prince qui dès son printemps ,
Des voluptez se rend le maître ,
Par des triomphes si constans !
Grands du monde , je vous appelle .
Ouvrez les yeux sur ce Modele ,
Exempt de toute passion ,
Et dont l'oreille favorable ,
N'est jamais sourde au miserable ,
Qui gémit dans l'oppression.
M
Mais qu'entends- je , quel coup funeste ,
Vient renouveller nos frayeurs !
Est-ce donc le courroux Celeste ,
Qui veut redoubler nos malheurs !
Ce Prince accablé de tristesse ,
Près d'un Fils souffrant qu'il caresse
Est frappé du même venin.
Seigneur , secourez l'un et l'autre
Pour votre gloire et pour la nôtre ;
Je crains tout autre Medecin.
M
Rassurons-nous , calmons nos craintes ,
Déja nos vœux sont exaucez ,
Ils sont tous deux hors des atteintes ,
Dont leurs jours étoient menacez.
Livrons donc nos cœurs à la joye ,
Il est temps qu'elle se déploye,
I, Vol. Que
2580 MERCURE DE FRANCE
Que nos feux brillent dans les airs ,
Et qu'une Ville si fidele ,
Témoigne du moins par son zele ,
Combien ses Princes lui sont chers.
VIlle, * qu'après tant de conquêtes ,
Le fier Anglois ne put dompter ,
Sortez de l'allarme où vous êtes ,
Et cessez de vous attrister ;
Le fils de votre auguste Prince ,
Seul espoir de cette Province ,
Survit au danger de ses maux ,
Un secours divin l'en préserve ,
* Les Anglois du temps de leur invasion ne pusentjamais prendre la Ville de Montargis.
I. Vol Cvj La
2578 MERCURE DE FRANCE
),
La Providence le conserve
Pour multiplier les Héros.
Par le venin le plus à craindre ,
Tous ses sens étoient affoiblis ;
Sa vie étoit prête à s'éteindre ,
Avant deux lustres accomplis;
Mais par une crise subite ,
Ce jeune Prince ressuscite ,
Sa beauté renaît avec lui.
Grand-Dieu , ce miracle s'opere }
Par les saintes vertus d'un Pere ,
Qui met en vous tout son appuy.
M
De la pompe qui l'environne ,
Il méprise les vains attraits ,
La ferveur que sa foi lui donne ,
Aspire à des biens plus parfaits :
Ennemi du plaisir frivole ,
Son cœur se dévouë et s'immole ,
Aux rigueurs de l'austerité ,
Et pour soulager l'indigence,
Une liberale dépense ,
Se regle sur sa charité.
Qu'il est rare de voir paroître ,
I. Vol. Uni
DECEMBRE. 1732. 2579
Un Prince qui dès son printemps ,
Des voluptez se rend le maître ,
Par des triomphes si constans !
Grands du monde , je vous appelle .
Ouvrez les yeux sur ce Modele ,
Exempt de toute passion ,
Et dont l'oreille favorable ,
N'est jamais sourde au miserable ,
Qui gémit dans l'oppression.
M
Mais qu'entends- je , quel coup funeste ,
Vient renouveller nos frayeurs !
Est-ce donc le courroux Celeste ,
Qui veut redoubler nos malheurs !
Ce Prince accablé de tristesse ,
Près d'un Fils souffrant qu'il caresse
Est frappé du même venin.
Seigneur , secourez l'un et l'autre
Pour votre gloire et pour la nôtre ;
Je crains tout autre Medecin.
M
Rassurons-nous , calmons nos craintes ,
Déja nos vœux sont exaucez ,
Ils sont tous deux hors des atteintes ,
Dont leurs jours étoient menacez.
Livrons donc nos cœurs à la joye ,
Il est temps qu'elle se déploye,
I, Vol. Que
2580 MERCURE DE FRANCE
Que nos feux brillent dans les airs ,
Et qu'une Ville si fidele ,
Témoigne du moins par son zele ,
Combien ses Princes lui sont chers.
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Résumé : ODE.
Le texte narre les événements impliquant un prince et son fils, tous deux victimes d'un venin. La ville de Montargis, jamais conquise par les Anglais, est en alarme. Le fils du prince, seul espoir de la province, survit grâce à un secours divin. Le prince, affaibli par le venin, renaît miraculeusement grâce aux vertus de son père. Ce dernier, malgré sa position, méprise les plaisirs frivoles et consacre sa vie à la charité et à l'aide des misérables. Le texte encourage les grands du monde à suivre cet exemple de vertu et de compassion. Cependant, une nouvelle frayeur survient lorsque le père est également frappé par le même venin. Les prières sont exaucées, et tous deux sont sauvés. La ville est invitée à se réjouir et à témoigner de son zèle et de son attachement à ses princes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 15-19
AVIS UTILE.
Début :
Vers le quarante-huitieme degré de latitude septentrionale, on a découvert [...]
Mots clefs :
Cacouacs, Venin, Hommes, Art, Poison, Barbares
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS UTILE.
AVIS UTILE.
VERS
ERS le quarante -huitieme degré dè
latitude feptentrionale , on a découvert
nouvellement une Nation de Sauvages ,
plus féroce & plus redoutable que les Caraïbes
ne l'ont jamais été. On les appelle
Caconacs (1 ) : ils ne portent ni fleches , ni
maſſues : leurs cheveux font rangés avec
art ; leurs vêtemens brillans d'or , d'argent
& de mille couleurs , les rendent femblables
aux fleurs les plus éclatantes , ou aux
oifeaux les plus richement pannachés : ils
femblent n'avoir d'autre foin que de fe
parer , de fe parfumer & de plaire : en les
voyant , on fent un penchant fecret qui
vous attire vers eux les
dont ils
graces
vous comblent , font le dernier piege qu'ils
emploient.
Toutes leurs armes confiftent dans un
venin caché fous leur langue ; à chaque
parole qu'ils prononcent , même du ton le
plus doux & le plus riant , ce venin coule ,
s'échappe & fe répand au loin. Par le fecours
de la magie qu'ils cultivent foigneu-
(1 ) Il eft à remarquer que le mot Grec xaos ,
qui reffemble à celui de Caconacs , fignifie mé
shant.
16 MERCURE DE FRANCE.
fement , ils ont l'art de le lancer à quelque
diſtance que ce foit. Comme ils ne font
pas moins lâches que méchans , ils n'attaquent
en face que ceux dont ils croient
n'avoir rien à craindre : le plus fouvent ils
lancent leur poifon parderriere.
Parmi les malheureux qui en font atteints
, il y en a qui périffent fubitement :
d'autres confervent la vie ; mais leurs
plaies font incurables , & ne fe referment
jamais ; tout l'art de la médecine ne peut
rien contr'elles d'ailleurs on les prend
fouvent pour être naturelles ; ceux qui en
font frappés deviennent des objets d'horreur
, de mépris , & le plus fouvent d'une
dérifion qui n'eft pas moins cruelle : tout
le monde les fuit ; leurs meilleurs amis
rougiffent de les connoître & de prendre
leur défenſe.
Les Cacouacs ne refpectent aucune liaifon
de fociété , de parenté , d'amitié , ni
même d'amour : ils traitent tous les hommes
avec la même perfidie ; on remarque
feulement en eux un plaifir un peu plus vif
à répandre leur poifon fur ceux dont ils
ont éprouvé l'amitié ou les bienfaits en
ce cas , ils ont pourtant foin de l'affaifonner
du fuc de quelques fleurs ; car , malgré
leur cruauté , ils ne perdent jamais de vue
l'envie de plaire , d'amufer & de féduire,
OCTOBRE. 1757. 17
Ils paroiffent d'abord les plus fociables
de tous les hommes ; ils les recherchent &
veulent en être recherchés : mais tout ce
qu'ils en font , n'eft que dans le deſſein
d'exercer leur méchanceté , qui ne peut
avoir aucune prife fur ceux qui ont le
bonheur de n'être pas connus d'eux . Plus
vous les voyez affecter de graces , de
gaieté , de vivacité , plus vous devez vous
en défier ; c'eft ordinairement- là l'inftant
qu'ils choififfent pour darder leur venin :
Vous vous livrez à l'enjouement qu'ils
vous infpirent , & vous êtes tout - étonnés
de l'abondance du poifon qui s'eft infinué
dans vos oreilles , & qui vous a porté à la
tête les idées les plus finiftres & les plus
cruelles. Malheur à ceux qui fe plaiſent à
les voir & à les entendre ! Quelques précautions
qu'ils prennent , quelques proteftations
que les Cacouacs leur faffent de
les épargner , ils n'ont pas plutôt le dos
tourné qu'ils éprouvent leur rage.
Cependant ces Barbares , tout barbares
qu'ils font, fe craignent mutuellement ,& ne
s'attaquent guere entr'eux : mais quand ils
rencontrent quelqu'un qui n'eft pas initié
dans les myfteres de leur magie , ils le
pourfaivent impitoyablement du refte ,
parce qu'ils déteftent toute vertu , ils n'en
admettent aucune fur la terre , & affectent
1S MERCURE DE FRANCE:
de croire tous les hommes pervers : il fuffic
d'être modefte , honnête , bienfaiſant pour
être en butte à leurs traits .
On exhorte ceux qui voyageront vers
cette contrée , à fe munir de bonnes armes
offenfives. On a obfervé que ces Sauvages
les craignent beaucoup : à leur fimple vue ,
ils ceffent de rire & de faire rire ; ce qui
eft un figne affuré qu'ils font forcés de
retenir leur venin : il reflue alors fur eux ,
même avec tant de violence , qu'ils périroient
bientôt , s'ils ne s'échappoient
promptement pour aller chercher des objets
fur lefquels ils puiffent le dégorger :
c'eft - là leur unique occupation . On les
voit courir ça & là , & roder fans ceffe
dans cette vue.
Les hommes les plus barbares que l'on
ait découverts jufqu'ici , ne font point
fans quelques qualités morales ; les infectes
les plus déplaifans , les reptiles les
plus venimeux , ont quelques propriétés
utiles. Il n'en eft pas de même des Cacouacs
: toute leur fubftance n'eft que venin
& corruption ; la fource en eft intariffable
& coule toujours . Ce font peut-être
les feuls êtres dans la nature qui faffent le
mal précisément pour le plaifir de faire
du mal.
On a des avis fürs que quelques- uns de
OCTOBRE . 1757. 19
ces monftres font venus en Europe ; ils
fe font appliqués à contrefaire le ton de la
bonne compagnie , pour s'y introduire &
s'y mieux cacher on les rencontre dans
les cercles les plus agréables. Ils recherchent
particulièrement la fociété des femmes
, qu'ils affectent d'aimer ; mais c'eft
contr'elles qu'ils exhalent leur venin de
préférence. Il feroit difficile de fixer des
indices certains pour les reconnoître : on
confeille feulement de fe défier des gens
qui plaifantent fur tout ; on découvre tôt
ou tard que ce font des Cacouacs.
VERS
ERS le quarante -huitieme degré dè
latitude feptentrionale , on a découvert
nouvellement une Nation de Sauvages ,
plus féroce & plus redoutable que les Caraïbes
ne l'ont jamais été. On les appelle
Caconacs (1 ) : ils ne portent ni fleches , ni
maſſues : leurs cheveux font rangés avec
art ; leurs vêtemens brillans d'or , d'argent
& de mille couleurs , les rendent femblables
aux fleurs les plus éclatantes , ou aux
oifeaux les plus richement pannachés : ils
femblent n'avoir d'autre foin que de fe
parer , de fe parfumer & de plaire : en les
voyant , on fent un penchant fecret qui
vous attire vers eux les
dont ils
graces
vous comblent , font le dernier piege qu'ils
emploient.
Toutes leurs armes confiftent dans un
venin caché fous leur langue ; à chaque
parole qu'ils prononcent , même du ton le
plus doux & le plus riant , ce venin coule ,
s'échappe & fe répand au loin. Par le fecours
de la magie qu'ils cultivent foigneu-
(1 ) Il eft à remarquer que le mot Grec xaos ,
qui reffemble à celui de Caconacs , fignifie mé
shant.
16 MERCURE DE FRANCE.
fement , ils ont l'art de le lancer à quelque
diſtance que ce foit. Comme ils ne font
pas moins lâches que méchans , ils n'attaquent
en face que ceux dont ils croient
n'avoir rien à craindre : le plus fouvent ils
lancent leur poifon parderriere.
Parmi les malheureux qui en font atteints
, il y en a qui périffent fubitement :
d'autres confervent la vie ; mais leurs
plaies font incurables , & ne fe referment
jamais ; tout l'art de la médecine ne peut
rien contr'elles d'ailleurs on les prend
fouvent pour être naturelles ; ceux qui en
font frappés deviennent des objets d'horreur
, de mépris , & le plus fouvent d'une
dérifion qui n'eft pas moins cruelle : tout
le monde les fuit ; leurs meilleurs amis
rougiffent de les connoître & de prendre
leur défenſe.
Les Cacouacs ne refpectent aucune liaifon
de fociété , de parenté , d'amitié , ni
même d'amour : ils traitent tous les hommes
avec la même perfidie ; on remarque
feulement en eux un plaifir un peu plus vif
à répandre leur poifon fur ceux dont ils
ont éprouvé l'amitié ou les bienfaits en
ce cas , ils ont pourtant foin de l'affaifonner
du fuc de quelques fleurs ; car , malgré
leur cruauté , ils ne perdent jamais de vue
l'envie de plaire , d'amufer & de féduire,
OCTOBRE. 1757. 17
Ils paroiffent d'abord les plus fociables
de tous les hommes ; ils les recherchent &
veulent en être recherchés : mais tout ce
qu'ils en font , n'eft que dans le deſſein
d'exercer leur méchanceté , qui ne peut
avoir aucune prife fur ceux qui ont le
bonheur de n'être pas connus d'eux . Plus
vous les voyez affecter de graces , de
gaieté , de vivacité , plus vous devez vous
en défier ; c'eft ordinairement- là l'inftant
qu'ils choififfent pour darder leur venin :
Vous vous livrez à l'enjouement qu'ils
vous infpirent , & vous êtes tout - étonnés
de l'abondance du poifon qui s'eft infinué
dans vos oreilles , & qui vous a porté à la
tête les idées les plus finiftres & les plus
cruelles. Malheur à ceux qui fe plaiſent à
les voir & à les entendre ! Quelques précautions
qu'ils prennent , quelques proteftations
que les Cacouacs leur faffent de
les épargner , ils n'ont pas plutôt le dos
tourné qu'ils éprouvent leur rage.
Cependant ces Barbares , tout barbares
qu'ils font, fe craignent mutuellement ,& ne
s'attaquent guere entr'eux : mais quand ils
rencontrent quelqu'un qui n'eft pas initié
dans les myfteres de leur magie , ils le
pourfaivent impitoyablement du refte ,
parce qu'ils déteftent toute vertu , ils n'en
admettent aucune fur la terre , & affectent
1S MERCURE DE FRANCE:
de croire tous les hommes pervers : il fuffic
d'être modefte , honnête , bienfaiſant pour
être en butte à leurs traits .
On exhorte ceux qui voyageront vers
cette contrée , à fe munir de bonnes armes
offenfives. On a obfervé que ces Sauvages
les craignent beaucoup : à leur fimple vue ,
ils ceffent de rire & de faire rire ; ce qui
eft un figne affuré qu'ils font forcés de
retenir leur venin : il reflue alors fur eux ,
même avec tant de violence , qu'ils périroient
bientôt , s'ils ne s'échappoient
promptement pour aller chercher des objets
fur lefquels ils puiffent le dégorger :
c'eft - là leur unique occupation . On les
voit courir ça & là , & roder fans ceffe
dans cette vue.
Les hommes les plus barbares que l'on
ait découverts jufqu'ici , ne font point
fans quelques qualités morales ; les infectes
les plus déplaifans , les reptiles les
plus venimeux , ont quelques propriétés
utiles. Il n'en eft pas de même des Cacouacs
: toute leur fubftance n'eft que venin
& corruption ; la fource en eft intariffable
& coule toujours . Ce font peut-être
les feuls êtres dans la nature qui faffent le
mal précisément pour le plaifir de faire
du mal.
On a des avis fürs que quelques- uns de
OCTOBRE . 1757. 19
ces monftres font venus en Europe ; ils
fe font appliqués à contrefaire le ton de la
bonne compagnie , pour s'y introduire &
s'y mieux cacher on les rencontre dans
les cercles les plus agréables. Ils recherchent
particulièrement la fociété des femmes
, qu'ils affectent d'aimer ; mais c'eft
contr'elles qu'ils exhalent leur venin de
préférence. Il feroit difficile de fixer des
indices certains pour les reconnoître : on
confeille feulement de fe défier des gens
qui plaifantent fur tout ; on découvre tôt
ou tard que ce font des Cacouacs.
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4
p. 124-136
SUITE de la Lettre en réponse de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Début :
CEUX* qui nous frappent ici décélent assurément une maladie inflammatoire, [...]
Mots clefs :
Venin, Éruption, Mouton, Saignée, Remède, Suppuration, Maladie, Caractère
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre en réponse de M. BOURGELAT à M. BOREL.
SUITE de la Lettre en réponfe de M.
BOURGELAT à M. BOREL.
CEUX EUX * qui nous frappent ici décélent
alurément une maladie inflammatoire ,
contagieufe & par conféquent compliquée
d'un venin fubtil dont les premiè
res impreffions font à- peu - près égales à
celles de tout corps Hétérogêne introduit
dans la maffe , & dont le féjour &
la marche dans les routes circulaires infectent
entièrement les liqueurs . Plus
ce venin dans l'homme éprouve d'obftacles
, plus il s'irrite. La force des
folides , l'état enflammé du fang affurent
, pour ainfi dire , fes ravages, & fon
activité eft en quelque façon mefurée au
degré de réfiftance qu'il rencontre. Je
ne fçais fi la fougue du virus variolique
dans le mouton eft en proportion de
l'âge , de la vigueur , ou de la délicateffe
de l'animal ; mais il faudroit néceffairement
pouvoir comparer la nature de
celui qui lui eft propre & de celui dont
nous fommes tributaires , pour expliquer
comment il ne s'amortit pas entièrement
dans un tempérament naturellement
lâche & humide , tel qu'on le fuppofe
Les
Symptomes.
OCTOBRE . 1763. 125
dans la brute dont il s'agit , tandis qu'il
femble s'éteindre pour ainfi dire , dans
des hommes d'un tempérament froid &
aqueux. Il faut , Monfieur , je le répéte ,
défefpérer de réfoudre une multitude
de points que nous voyons hors de notre
portée, & nous en tenir abfolument ici
à la confidération des fimples effets. Le
caractère inflammatoire de la maladie .
la néceffité indifpenfable de débaraffer
les fucs de la matière contagieufe qui
les envenime , voilà les deux objets qu'il
ne nous eft pas permis de perdre de vue ;
ainfi , d'une part féparation des particules
enflammées & venimeufes, & de l'autre,
expulfion de ces mêmes particules . L'agitation
excitée dans les fluides par la
préfence du venin même opérera la féparation
; quant à l'expulfion , on ne
peut l'attendre que de la fuppuration &
du defféchement des petites inflammations
locales , produites par la matière
que l'augmentation de mouvement détermine
& chaffe à l'extérieur. Prévenir
l'excès de violence ou de foibleffe de
ce mouvement & conduire les poftules à
une heureufe maturité , telles font les
indications à remplir , tel eft l'ouvrage
propofé au Médecin foigneux & capable
de fuivre & d'écouter la nature. Le
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
fuccès en effet dépendra toujours de l'at
tention la plus rigoureufe au temps , aux
circonftances , aux différens périodes du
mal. Cherchez indifféremment à précipiter
l'éruption par des remèdes agiffans ,
par des cordiaux , fouvent vous augmenterez
la malignité ; & fi malheureuſement
les particules morbifiques ne font
pas encore délayées & affez atténuées ,
elles ne pourront jamais atteindre à la fuperficie
, & leur reflux infectant toujours
les nouveaux fucs , vous occafionnerez
l'inflammation des vifcères & une foule
de défordres internes femblables à ceux
dont le cadavre que vous avez fait ouvri
vous laiffe entrevoir les traces. Attachez-
vous au contraire à diminuer le
mouvement tumultueux des liquides &
choififfez de préférence une méthode
purement antiphlogiltique , vous éteindrez
peut-être la force néceffaire ; vous
nuirez à la féparation & vous concentrerez
le venin. Il en fera de même de la
faignée , des lavemens , des évacuans ;
mettez-les en ufage , vous rifquerez d'interrompre
l'éruption ou la fuppuration
& de rappeller l'ennemi au-dedans : ainfi
Monfieur , nulle vue très-falutaire & très
bonne en elle - même qui ne foit meurfriere
& vicieufe dans de certains cas.
OCTOBRE. 1763. 127
Il eft dans la Médecine vétérinaire , comme
dans la Médecine humaine des variations
, des modifications indiquées par
le genre , par le moment , par les fymptômes
des maladies ; ces variations & ces
modifications à pratiquer & à faifir à
propos , demandent des lumières réelles
& feront toujours l'écueil contre lequel
l'empirisme échouera. A la bonne
heure que dans de légères indifpofitions
que le régime où certains petits remèdes
généraux adminiftrés dans le principe
peuvent réprimer, l'animal foit confié aux
foins & a l'attention du Berger , mais
on ne peut l'abandonner ainfi dans des
maladies graves & furtout lorfqu'il s'agit
de parer aux ravages d'un venin infidieux.
Pour découvrir les moyens de triompher
de celui- ci , il faudroit néceffairement fe
livrer d'abord à l'étude des moindres fignes
qui inanifeftent fon intromiffion &
fa préfence dans la maffe , ainfi que les
premiers rroubles qu'il fufcite auffitôt
dans le cours & infenfiblement dans la
fubftance des liqueurs. Il faudroit le confidérer
au moment précis où il fe dégage
des routes & des détours circulaires dans
lefquels il a erré , c'est-à-dire , dès les
premiers inftans de l'éruption ; il s'a-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
giroit d'apprécier les fymptômes dans cès
mêmes inftans ainfi que dans ceux qui
les fuivent ; il feroit effentiel d'examiner
encore tous ces petits dépôts inflammatoires
, leurs qualités , leur multiplicité ,
leur couleur , leur accroiffement , leur
maturité, leur défféchement,leur dégénération
, en un mot il importeroit de ne
laiffer échapper aucune circonftance de ,
la marche & des progrès du mal. Or ,
vous conviendrez , Monfieur , d'une
part , que toutes ces confidérations ne
pourroient d'abord être faites que fur des
moutons raffemblés dans des Hôpitaux ,
tels que ceux de l'Ecole Royale vétérinaire
, & vous avouerez de l'autre qu'on
ne pourroit les attendre que des hommes
inftruits. Je n'ai jamais eu l'occafion de
fuvre cette maladie ; fi elle fe préfentoit
à moi , c'eſt ainfi que je l'envifagerois
& que je la ferois envifager aux éléves ;
je ne vois pas de routes plus fûres pour
en faifir le caractère & le génie. Peutêtre
alors parviendrions- nous à la vaincre,
non que je puiffe me flatter de trouver
l'antidote d'un femblable venin
puifque cette découverte fi précieuſe à la
confervation des hommes a été conftamment
refufée aux travaux des Boerhaave
& des Sydenham , mais quelque
>
OCTOBRE . 1763. 129
refpect que jaye pour Columelle , la plupart
des maux placés dans l'art vétérinaire
au rang des maux incurables n'étant
tels que par l'ignorance de ceux qui
en font profeffion , je ne puis croire que
celui-ci foit indomptable.
En attendant qu'il me foir poffible de
vous parler avec plus d'affurance fur le
choix , fur l'adminiftration & fur les effets
des médicamens convenables &
indiqués , je vais vous propofer quelques
tentatives à faire.
Je fuppofe des moutons infectés du
claveau ; mon premier foin fera de garentir
& de préferver les autres ; & comle
venin peut leur être communiqué par
la fréquentation des premiers , il eft indifpenfable
de féparer ceux- ci fur le
champ du troupeau & d'empêcher abſolument
qu'ils ne le rejoignent. Cette
fage précaution ne fuffit pas. La conta
gion peut être un effet de l'air & d'une
conftitution épidémique. Il feroit donc
néceffaire de nétoyer exactement les
Bergeries & de les purifier par le moyen
de l'un ou de l'autre des parfums fuivans..
Pienez vinaigre de vin ordinaire fuffifante
quantité, mettez-le dans un pôt de
terre verniffé & évafé , placé fur des
charbons ardens & laiffez évaporer dans
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
la Bergerie fermée ; ou bien , prenez
Myrrhe , fleur de fouffre , de chacun une
once , faites une poudre groffière , jettez-
en quelques pincées fur des charbons
ardens.
La même raifon qui m'engageroit
à vouloir réprimer dans les Bergeries les
effets des exhalaifons à redouter , me
porteroit à éprouver fur quelques moutons
fains une méthode préfervative indiquée
d'ailleurs par le caractère inflammatoire
de la maladie à prévenir.
Cette méthode fe borneroit a une légére
faignée & à des Boiffons acidules &
nitrées.
Je ferois pratiquer la faignée à la jugulaire
avec une lancette ordinaire , ſauf à
fermer la playe avec une épingle comme
dans la faignée des Boeufs & des Chevaux
. L'ouverture de cette veine , dans
tous les cas où l'évacuation produite par
cette opération eft néceffaire , doit être
préferée a toutes les fections que l'on fait
ordinairement aux oreilles.
La boiffon à laquelle je mettrois ces
animaux , feroit un boiffon blanche .
- Prenez du fon de froment , ce que
les deux mains uniés peuvent en contenir.
Trempez alors vos deux mains dans
OCTOBRE . 1763. 131
l'eau , laiffez bien imbiber le fon , retirezles
, comprimez le fon fortement en laiffant
tomber dans l'auge ou dans le fceau
l'eau blanche qui en découle , & blanchiffez
ainfi à plufieurs repriſes & fuffifamment
toute l'eau . Laiffez enfuite aller
le fon au fond du vafe & ajoutez du vinaigre
juſques à une certaine acidité , &
du nître à la dofe d'une dragme fur chaque
livre d'eau.
Vous comprenez , Monfieur , que cette
expérience peut être faite aifément fur
un petit nombre des animaux dont il s'agit.
Elle m'eft fuggérée par l'idée qu'avoit
eu l'immortel Boerhaave d'étouffer
par de femblables moyens dans les hommes
la petite vérole dès fa naiffance ; &
quand ces moyens mis en ufage dans
des temps de petites véroles épidémiques
n'auroient pas comme il le dit , fait averter
le venin & préfervé de l'éruption des
malades qui avoient eu tous les fympto
mes qui la précédent , il eſt toujours certain
& prouvé qu'ils en ont amorti les
coups de manière que le plus fouvent
les puftules qui ont paru étoient d'une
nature difcrette & bénigue & en très- petite
quantité,
J'oferois donc enconféquence les tenter
encore fur d'autre , moutons dès le
F
VI
132 MERCURE DE FRANCE .
moment où j'appercevrois le moindre figne
du mal , c'est-à-dire , dès fon commencement
& je ne m'en rapporterois
qu'à moi - même pour l'obferver. Je
joindrois de plus à la faignée & aux boiffons
dont j'ai parlé l'adminiftration fréquente
de lavemens émolliens , enfin je
tempérerois , je délayerois autant qu'il
me feroit poffible & j'attendrois l'événes
ment.
L'éruption auroit- elle lieu dans ces
moutons ou dans d'autres , j'en examinerois
le caractère . Le claveau me paroîtroit-
il d'un genre difcret ? dans les
uns je l'abandonnerois à lui - même
dans les autres j'aiderois la nature , fi je
m'appercevois qu'elle fut en défaut , par
des décoctions de bois & de genièvre ,
par des infufions de faffran à la doſe
d'un quart d'once dans une livre d'eau ,
par la thériaque même. A l'égard du
claveau d'un genre confluent , je me défierois
de la perfidie du venin' ; je croirois ,
Monfieur , en ce qui concerne celui- ci
devoir effayer l'effet du quinquina . Il
eft démontré par nombre d'expériences
confirmées, que cette écorce eft une des
fubftances les plus capables de prévenir
la grangréne & même de la détruire.
On peur la regarder encore cómme un
remède tonique , elle favorife en géné
OCTOBRE . 1763 . 133
C
tal la fuppuration & la rend louable ;
toutes ces vertus me détermineroient donc
à y avoir recours de la manière fuivante ..
Prenez racine de ferpentaire de virginie
ou de dompte venin demi once, faites
bouillir dans eau commune une livre ,
coulez , mettez dans la colature quinquina
enpoudre , une dragme ; faites bouillir
de nouveau & donnez avec le marc au
mouton par le moyen d'une corne tous
les jours , foir & matin.
Je continuerois ainfi jufqu'à ce que
la fuppuration des dépôts inflammatoires
fùt terminée.
Je mettrois encore le camphre à l'épreuve
fur d'autres moutons infectés pareillement
d'un claveau malin .
Prenez camphre , trente grains : délayés
avec un jaune d'oeuf mêlés dans la
valeur d'une corne de décoction de racine
de contrayerva & donnez à l'animal ce
breuvage le matin & un femblable le foir.
Il feroit encore bon de fonder la nature
fur ces deux remèdes réunis & l'on pourroît
les adminiftrer à quelques heures de
diftance de l'un de l'autre , de façon que
.dans la matinée on donneroit un breuvage
de quinquina & un breuvage de
camphre & autant après midi.
L'événement d'un refoulement ou d'un
}
134 MERCURE DE FRANCE.
reflux des puftules varioliques dans la
maffe eft d'un danger évident. Je recourrois
alors aux aléxiteres.
Prenez poudre de Vipères une dragme
, mêlés dans une corne de décoction
de bayes de Génicore ou de racine d'Afclepias
ou dompte venin , donnez- en une
le matin & une le foir.
Un procédé qui me paroîtroit encore
très-convenable & très- falutaire dans
cette circonftance , comme dans celle
d'une éruption difficile , feroit de paffer
un feton au col , ou à l'avant - bras , ce
feton équivaudroit à un cautere , & je le
préférerois parce que fon action feroit
-plus prompte.
Quant aux atteintes funeftes du claveau
fur les yeux , j'employerois ie collyre
fuivant.
Prenez feuilles de Coings demie poignée
, écorce de grenade deux dragmes ,
faites infufer le tout dans de l'eau commune
tiéde une livre pendant quelques
-heures : faites bouillir enfuite légèrement
& filtrez.
Prenez de cette décoction huit onces ,
faffran commun en poudre huit grains ,
camphre deux grains ; fomentez les yeux
du mouton .
Pendant icè traitement , Monfieur ,
OCTOBRE. 1763 . 135
quelques-uns des animaux entrepris ne
fortiroient pas de la Bergerie ; j'en expoferois
d'autres à l'air & je les tiendrois
tous à une diette févère ; c'eft -à- dire à
l'eau blanche. La rumination eft une
fonction qui eft en défaut dès la moindre
indifpofition des animaux en qui elle eſt
naturelle , de là la dépravation de la digeftion
& par conféquent tous les autres
accidens que cette dépravation entraîne
& qu'il importe d'éviter.
Nous devons nous attendre au furplus
l'un & l'autre à deux objections , la premiere
fera fondée fur la cherté des remèdes
que je confeille ; la feconde fur
l'impoffibilité d'un pareil traitement à
faire dans un troupeau nombreux . Ma
réponſe eft bien fimple. Guériffez à
moins de frais foit du côté des médicamens
, foit du côté des foins ; & loin dé
vous attacher à la confidération de la valeur
d'un feul mouton fauvé , calculez la
dépenfe des remèdes & la perte d'un
quart ou d'un quinziéme de plufieurs
troupeaux confidérables , & comparez .
D'ailleurs , je penfe qu'il faut d'abord
s'efforcer de vaincre,fauf à employer dans
la fuite , s'il eft poffible , des armes moins
couteufes & à fimplifier la méthode .
Mais devint- elle plus fùre encore que
136 MERCURE DE FRANCE .
toutes celles que la Médecine humaine
& la Médecine Vétérinaire , peuvent
mettre en ufage dans des circonstances
dont elles triomphent toujours , je doute
confiée à des mains ignorantes ,
fort
que
ou pût en conftater les fuccès.
Je fuis avec refpect.
BOURGELAT à M. BOREL.
CEUX EUX * qui nous frappent ici décélent
alurément une maladie inflammatoire ,
contagieufe & par conféquent compliquée
d'un venin fubtil dont les premiè
res impreffions font à- peu - près égales à
celles de tout corps Hétérogêne introduit
dans la maffe , & dont le féjour &
la marche dans les routes circulaires infectent
entièrement les liqueurs . Plus
ce venin dans l'homme éprouve d'obftacles
, plus il s'irrite. La force des
folides , l'état enflammé du fang affurent
, pour ainfi dire , fes ravages, & fon
activité eft en quelque façon mefurée au
degré de réfiftance qu'il rencontre. Je
ne fçais fi la fougue du virus variolique
dans le mouton eft en proportion de
l'âge , de la vigueur , ou de la délicateffe
de l'animal ; mais il faudroit néceffairement
pouvoir comparer la nature de
celui qui lui eft propre & de celui dont
nous fommes tributaires , pour expliquer
comment il ne s'amortit pas entièrement
dans un tempérament naturellement
lâche & humide , tel qu'on le fuppofe
Les
Symptomes.
OCTOBRE . 1763. 125
dans la brute dont il s'agit , tandis qu'il
femble s'éteindre pour ainfi dire , dans
des hommes d'un tempérament froid &
aqueux. Il faut , Monfieur , je le répéte ,
défefpérer de réfoudre une multitude
de points que nous voyons hors de notre
portée, & nous en tenir abfolument ici
à la confidération des fimples effets. Le
caractère inflammatoire de la maladie .
la néceffité indifpenfable de débaraffer
les fucs de la matière contagieufe qui
les envenime , voilà les deux objets qu'il
ne nous eft pas permis de perdre de vue ;
ainfi , d'une part féparation des particules
enflammées & venimeufes, & de l'autre,
expulfion de ces mêmes particules . L'agitation
excitée dans les fluides par la
préfence du venin même opérera la féparation
; quant à l'expulfion , on ne
peut l'attendre que de la fuppuration &
du defféchement des petites inflammations
locales , produites par la matière
que l'augmentation de mouvement détermine
& chaffe à l'extérieur. Prévenir
l'excès de violence ou de foibleffe de
ce mouvement & conduire les poftules à
une heureufe maturité , telles font les
indications à remplir , tel eft l'ouvrage
propofé au Médecin foigneux & capable
de fuivre & d'écouter la nature. Le
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
fuccès en effet dépendra toujours de l'at
tention la plus rigoureufe au temps , aux
circonftances , aux différens périodes du
mal. Cherchez indifféremment à précipiter
l'éruption par des remèdes agiffans ,
par des cordiaux , fouvent vous augmenterez
la malignité ; & fi malheureuſement
les particules morbifiques ne font
pas encore délayées & affez atténuées ,
elles ne pourront jamais atteindre à la fuperficie
, & leur reflux infectant toujours
les nouveaux fucs , vous occafionnerez
l'inflammation des vifcères & une foule
de défordres internes femblables à ceux
dont le cadavre que vous avez fait ouvri
vous laiffe entrevoir les traces. Attachez-
vous au contraire à diminuer le
mouvement tumultueux des liquides &
choififfez de préférence une méthode
purement antiphlogiltique , vous éteindrez
peut-être la force néceffaire ; vous
nuirez à la féparation & vous concentrerez
le venin. Il en fera de même de la
faignée , des lavemens , des évacuans ;
mettez-les en ufage , vous rifquerez d'interrompre
l'éruption ou la fuppuration
& de rappeller l'ennemi au-dedans : ainfi
Monfieur , nulle vue très-falutaire & très
bonne en elle - même qui ne foit meurfriere
& vicieufe dans de certains cas.
OCTOBRE. 1763. 127
Il eft dans la Médecine vétérinaire , comme
dans la Médecine humaine des variations
, des modifications indiquées par
le genre , par le moment , par les fymptômes
des maladies ; ces variations & ces
modifications à pratiquer & à faifir à
propos , demandent des lumières réelles
& feront toujours l'écueil contre lequel
l'empirisme échouera. A la bonne
heure que dans de légères indifpofitions
que le régime où certains petits remèdes
généraux adminiftrés dans le principe
peuvent réprimer, l'animal foit confié aux
foins & a l'attention du Berger , mais
on ne peut l'abandonner ainfi dans des
maladies graves & furtout lorfqu'il s'agit
de parer aux ravages d'un venin infidieux.
Pour découvrir les moyens de triompher
de celui- ci , il faudroit néceffairement fe
livrer d'abord à l'étude des moindres fignes
qui inanifeftent fon intromiffion &
fa préfence dans la maffe , ainfi que les
premiers rroubles qu'il fufcite auffitôt
dans le cours & infenfiblement dans la
fubftance des liqueurs. Il faudroit le confidérer
au moment précis où il fe dégage
des routes & des détours circulaires dans
lefquels il a erré , c'est-à-dire , dès les
premiers inftans de l'éruption ; il s'a-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
giroit d'apprécier les fymptômes dans cès
mêmes inftans ainfi que dans ceux qui
les fuivent ; il feroit effentiel d'examiner
encore tous ces petits dépôts inflammatoires
, leurs qualités , leur multiplicité ,
leur couleur , leur accroiffement , leur
maturité, leur défféchement,leur dégénération
, en un mot il importeroit de ne
laiffer échapper aucune circonftance de ,
la marche & des progrès du mal. Or ,
vous conviendrez , Monfieur , d'une
part , que toutes ces confidérations ne
pourroient d'abord être faites que fur des
moutons raffemblés dans des Hôpitaux ,
tels que ceux de l'Ecole Royale vétérinaire
, & vous avouerez de l'autre qu'on
ne pourroit les attendre que des hommes
inftruits. Je n'ai jamais eu l'occafion de
fuvre cette maladie ; fi elle fe préfentoit
à moi , c'eſt ainfi que je l'envifagerois
& que je la ferois envifager aux éléves ;
je ne vois pas de routes plus fûres pour
en faifir le caractère & le génie. Peutêtre
alors parviendrions- nous à la vaincre,
non que je puiffe me flatter de trouver
l'antidote d'un femblable venin
puifque cette découverte fi précieuſe à la
confervation des hommes a été conftamment
refufée aux travaux des Boerhaave
& des Sydenham , mais quelque
>
OCTOBRE . 1763. 129
refpect que jaye pour Columelle , la plupart
des maux placés dans l'art vétérinaire
au rang des maux incurables n'étant
tels que par l'ignorance de ceux qui
en font profeffion , je ne puis croire que
celui-ci foit indomptable.
En attendant qu'il me foir poffible de
vous parler avec plus d'affurance fur le
choix , fur l'adminiftration & fur les effets
des médicamens convenables &
indiqués , je vais vous propofer quelques
tentatives à faire.
Je fuppofe des moutons infectés du
claveau ; mon premier foin fera de garentir
& de préferver les autres ; & comle
venin peut leur être communiqué par
la fréquentation des premiers , il eft indifpenfable
de féparer ceux- ci fur le
champ du troupeau & d'empêcher abſolument
qu'ils ne le rejoignent. Cette
fage précaution ne fuffit pas. La conta
gion peut être un effet de l'air & d'une
conftitution épidémique. Il feroit donc
néceffaire de nétoyer exactement les
Bergeries & de les purifier par le moyen
de l'un ou de l'autre des parfums fuivans..
Pienez vinaigre de vin ordinaire fuffifante
quantité, mettez-le dans un pôt de
terre verniffé & évafé , placé fur des
charbons ardens & laiffez évaporer dans
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
la Bergerie fermée ; ou bien , prenez
Myrrhe , fleur de fouffre , de chacun une
once , faites une poudre groffière , jettez-
en quelques pincées fur des charbons
ardens.
La même raifon qui m'engageroit
à vouloir réprimer dans les Bergeries les
effets des exhalaifons à redouter , me
porteroit à éprouver fur quelques moutons
fains une méthode préfervative indiquée
d'ailleurs par le caractère inflammatoire
de la maladie à prévenir.
Cette méthode fe borneroit a une légére
faignée & à des Boiffons acidules &
nitrées.
Je ferois pratiquer la faignée à la jugulaire
avec une lancette ordinaire , ſauf à
fermer la playe avec une épingle comme
dans la faignée des Boeufs & des Chevaux
. L'ouverture de cette veine , dans
tous les cas où l'évacuation produite par
cette opération eft néceffaire , doit être
préferée a toutes les fections que l'on fait
ordinairement aux oreilles.
La boiffon à laquelle je mettrois ces
animaux , feroit un boiffon blanche .
- Prenez du fon de froment , ce que
les deux mains uniés peuvent en contenir.
Trempez alors vos deux mains dans
OCTOBRE . 1763. 131
l'eau , laiffez bien imbiber le fon , retirezles
, comprimez le fon fortement en laiffant
tomber dans l'auge ou dans le fceau
l'eau blanche qui en découle , & blanchiffez
ainfi à plufieurs repriſes & fuffifamment
toute l'eau . Laiffez enfuite aller
le fon au fond du vafe & ajoutez du vinaigre
juſques à une certaine acidité , &
du nître à la dofe d'une dragme fur chaque
livre d'eau.
Vous comprenez , Monfieur , que cette
expérience peut être faite aifément fur
un petit nombre des animaux dont il s'agit.
Elle m'eft fuggérée par l'idée qu'avoit
eu l'immortel Boerhaave d'étouffer
par de femblables moyens dans les hommes
la petite vérole dès fa naiffance ; &
quand ces moyens mis en ufage dans
des temps de petites véroles épidémiques
n'auroient pas comme il le dit , fait averter
le venin & préfervé de l'éruption des
malades qui avoient eu tous les fympto
mes qui la précédent , il eſt toujours certain
& prouvé qu'ils en ont amorti les
coups de manière que le plus fouvent
les puftules qui ont paru étoient d'une
nature difcrette & bénigue & en très- petite
quantité,
J'oferois donc enconféquence les tenter
encore fur d'autre , moutons dès le
F
VI
132 MERCURE DE FRANCE .
moment où j'appercevrois le moindre figne
du mal , c'est-à-dire , dès fon commencement
& je ne m'en rapporterois
qu'à moi - même pour l'obferver. Je
joindrois de plus à la faignée & aux boiffons
dont j'ai parlé l'adminiftration fréquente
de lavemens émolliens , enfin je
tempérerois , je délayerois autant qu'il
me feroit poffible & j'attendrois l'événes
ment.
L'éruption auroit- elle lieu dans ces
moutons ou dans d'autres , j'en examinerois
le caractère . Le claveau me paroîtroit-
il d'un genre difcret ? dans les
uns je l'abandonnerois à lui - même
dans les autres j'aiderois la nature , fi je
m'appercevois qu'elle fut en défaut , par
des décoctions de bois & de genièvre ,
par des infufions de faffran à la doſe
d'un quart d'once dans une livre d'eau ,
par la thériaque même. A l'égard du
claveau d'un genre confluent , je me défierois
de la perfidie du venin' ; je croirois ,
Monfieur , en ce qui concerne celui- ci
devoir effayer l'effet du quinquina . Il
eft démontré par nombre d'expériences
confirmées, que cette écorce eft une des
fubftances les plus capables de prévenir
la grangréne & même de la détruire.
On peur la regarder encore cómme un
remède tonique , elle favorife en géné
OCTOBRE . 1763 . 133
C
tal la fuppuration & la rend louable ;
toutes ces vertus me détermineroient donc
à y avoir recours de la manière fuivante ..
Prenez racine de ferpentaire de virginie
ou de dompte venin demi once, faites
bouillir dans eau commune une livre ,
coulez , mettez dans la colature quinquina
enpoudre , une dragme ; faites bouillir
de nouveau & donnez avec le marc au
mouton par le moyen d'une corne tous
les jours , foir & matin.
Je continuerois ainfi jufqu'à ce que
la fuppuration des dépôts inflammatoires
fùt terminée.
Je mettrois encore le camphre à l'épreuve
fur d'autres moutons infectés pareillement
d'un claveau malin .
Prenez camphre , trente grains : délayés
avec un jaune d'oeuf mêlés dans la
valeur d'une corne de décoction de racine
de contrayerva & donnez à l'animal ce
breuvage le matin & un femblable le foir.
Il feroit encore bon de fonder la nature
fur ces deux remèdes réunis & l'on pourroît
les adminiftrer à quelques heures de
diftance de l'un de l'autre , de façon que
.dans la matinée on donneroit un breuvage
de quinquina & un breuvage de
camphre & autant après midi.
L'événement d'un refoulement ou d'un
}
134 MERCURE DE FRANCE.
reflux des puftules varioliques dans la
maffe eft d'un danger évident. Je recourrois
alors aux aléxiteres.
Prenez poudre de Vipères une dragme
, mêlés dans une corne de décoction
de bayes de Génicore ou de racine d'Afclepias
ou dompte venin , donnez- en une
le matin & une le foir.
Un procédé qui me paroîtroit encore
très-convenable & très- falutaire dans
cette circonftance , comme dans celle
d'une éruption difficile , feroit de paffer
un feton au col , ou à l'avant - bras , ce
feton équivaudroit à un cautere , & je le
préférerois parce que fon action feroit
-plus prompte.
Quant aux atteintes funeftes du claveau
fur les yeux , j'employerois ie collyre
fuivant.
Prenez feuilles de Coings demie poignée
, écorce de grenade deux dragmes ,
faites infufer le tout dans de l'eau commune
tiéde une livre pendant quelques
-heures : faites bouillir enfuite légèrement
& filtrez.
Prenez de cette décoction huit onces ,
faffran commun en poudre huit grains ,
camphre deux grains ; fomentez les yeux
du mouton .
Pendant icè traitement , Monfieur ,
OCTOBRE. 1763 . 135
quelques-uns des animaux entrepris ne
fortiroient pas de la Bergerie ; j'en expoferois
d'autres à l'air & je les tiendrois
tous à une diette févère ; c'eft -à- dire à
l'eau blanche. La rumination eft une
fonction qui eft en défaut dès la moindre
indifpofition des animaux en qui elle eſt
naturelle , de là la dépravation de la digeftion
& par conféquent tous les autres
accidens que cette dépravation entraîne
& qu'il importe d'éviter.
Nous devons nous attendre au furplus
l'un & l'autre à deux objections , la premiere
fera fondée fur la cherté des remèdes
que je confeille ; la feconde fur
l'impoffibilité d'un pareil traitement à
faire dans un troupeau nombreux . Ma
réponſe eft bien fimple. Guériffez à
moins de frais foit du côté des médicamens
, foit du côté des foins ; & loin dé
vous attacher à la confidération de la valeur
d'un feul mouton fauvé , calculez la
dépenfe des remèdes & la perte d'un
quart ou d'un quinziéme de plufieurs
troupeaux confidérables , & comparez .
D'ailleurs , je penfe qu'il faut d'abord
s'efforcer de vaincre,fauf à employer dans
la fuite , s'il eft poffible , des armes moins
couteufes & à fimplifier la méthode .
Mais devint- elle plus fùre encore que
136 MERCURE DE FRANCE .
toutes celles que la Médecine humaine
& la Médecine Vétérinaire , peuvent
mettre en ufage dans des circonstances
dont elles triomphent toujours , je doute
confiée à des mains ignorantes ,
fort
que
ou pût en conftater les fuccès.
Je fuis avec refpect.
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