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p. 75-80
L'AMOUR MEDECIN, POEME. Sur la Convalescence de Mlle de R..
Début :
AU premier bruit de votre maladie, [...]
Mots clefs :
Amour, Dieu, Jours, Amours, Beauté, Belle, Mort, Doux, Fièvre
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR MEDECIN, POEME. Sur la Convalescence de Mlle de R..
L'AMOUR MEDECIN,
POEM E.
Sur la Convalescence de Mile de R..
ΑνU premier bruit de votre maladie
On vit le Dieu qu'adore l'Idalie ,
Triste , rêveur , & dédaignant l'encens .
Qu'à ses Autels vont offrir les Amans
Pour se liver à son inquietude ,
2
>
Loin des Humains chercher la solitude.
Là , du péril qui menace vos jours
Cachant l'état même aux jeunes Amours ,
Quoi se dit -il à lui- même , sans honte
Je laisserai de cet Astre nouveau ,
Qui doit un jour éclairer Amatonte ,
A son lever s'éclipser le flambeau !
Je verrai donc l'ornement de la France
Une Beauté , la plus grande esperance
De mon Empire , au sortir du berceau ,
Porter les ris & les jeux au Tombeau !
Et dans Paphos , de mon dépit extrême ;
A des regrets je bornerois l'effort !
Non , dit- il , non , j'en jure par moi - même ,
Par tous les Dieux , témoins de mon transport ;
Si
76 MERCURE DE FRANCE
Si je ne sauve une si belle vie ,
Ou de la mort sous sa faulx ennemie
Quoi qu'immortel, je subirai le sort
Ou de mes traits je percerai la mort.
Il dit , soudain prenant un vol rapide ,
Il fend des Airs la Campagne liquide ,
Atteint bien- tôt cette antique maison ,
Qui de nos Rois , amis de vos Ancêtres ,
Fit si long-temps les délices Champêtres ;
Licux oùjadis la belle M.
Par l'ascendant de ses graces fatales ,
Du fier Amour , vainqueur de la raison ,
Dans tant de coeurs versa le doux poison ,
Et fit au loin trembler tant de Rivales.
Là , dans les bras de vos tendres Parens ,
Dont tous les soins deviennent impuissants ,
Parmi l'horreur de cent crises soudaines ,
Sur une couche interdite au repos ,
Du feu mortel qui coule dans vos veines ,
Par vos soupirs vous exhaliez les flots ;
Et sous l'effort des Aammes meurtrieres ,
Que par accès, redoublant ses assauts
La fievre étend jusqu'au vif de vos os ,
Vous adressiez à la mort vos prieres ;
Quand tout- à-coup l'Enfant Dieu de Paphos
S'offre à vos yeux, pour soulager vos maux,
Heureusement nul supot d'Hypocrate
2.
De
JANVIER 1749 78
•
De ces cantons ne se trouva voisin ;
A leur défaut devenu Médecin ,
Sans Kinkina , sans Bols , sans Opiate ;
Ni tant d'aprêts de leur Art assassin ,
L'Amour aproche , examine , voit , tâte ,
Et connoissant la Maladie à fond ,
Veut vous guérir , l'entreprend , en répond
D'abord au lieu de Lancete ordinaire ,
De son Carquois il tire sans myftere
Le premier Trait qui tombe sous sa main ;
Puis , éclairé de son flambeay divin ,
Vous pique au bras , & du levain contraire
Qui du pur sang gâtoit la masse entiere
Par la saignée affoiblit le venin ,
Et vous rapelle enfin à la lumiere.
De son bandeau , qu'il a déja mis bas ,
Pour diriger à coup sûr la piquûre ,
Dans le moment il fait , sans embarras ,
Tout à la fois compresse & ligature ;
Et sans délai refermant l'ouverture ,
Au doux sommeil , qui vous prend dans ses bras
Il vous confie & ne vous quitte pas.
Considerant alors votre visage
Sous la pâleur languissant , abattu ,
Ainsi qu'un Lys , que l'orage a battu ;
Pour réparer un si sensible outrage ,
Le jeune Dieu rassemble les Zéphirs
Qui
178 MERCURE DE FRANCE
Qui folâtroient , épars dans un boccage ;
Ces Confidens des amoureux désirs ,
Jusques à lui s'étant fait un passage ,
A leur haleine il mêle ses soupirs ,
Et de leur souffle , en les frapant de l'aîle ,
Hâtant l'essort , réveillant leur lenteur ,
Il leur imprime un degré de fraîcheur ,
Qui , pénetrant vos sens , qu'il renouvelle
Jusques au fond de l'intime moielle ,
Va de la fiévre éteindre la fureur ,
Et tempérant ainsi l'ardeur maligne
Qui ravageoit vos membres entrepris ,
Au juste point d'une chaleur benigne
Réduit l'excès de ces feux ralentis ;
Et des Liqueurs dans leurs divers conduits ,
Refait si bien par degrés l'équilibre ,
Qu'après un somme égal , profond , rassis ,
Le calme enfin regnant dans vos esprits ,
yous vous trouvez au réveil saine & libre.
Au même instant l'heureux fils de Cypris ,
Des prompts effets du Remede surpris ,
Voit dans vos yeux reparoître les Graces ,
Les tendres Jeux , avec les Ris badins ,
Şur votre front se disputer leurs places
Et voltiger à l'envi , par essains ,
?
Au tour de vous mille Amours enfantins,
Tel un Muguet desseché par le hâle ,
Qu'en
JANVIER.
1740.
Qu'en son dépit l'Amante de Céphale ,
Au point du jour arrose de ses pleurs ,
Reprend bien- tôt sá force , ses couleurs ,
Au doux apas du parfum qu'il exhale ;
Déja l'Abeille y puise son Nectar ;
Déja vers lui fondent de toute part
Maints Papillons des mêmes feux complices ;
A ses faveurs en amour peu novices ,
Faisant semblant de ne point prendre part ,
Au tour de lui chacun erre au hazard ,
Er chacun vise à ravir les prémices.
Ainsi vous fut avec votre beauté ,
Restituée en trois jours la santé ,.
Ou bien plutôt en vous, toujours charmante ,
Ainsi se sont succedés dans trois jours ,
Et ces attraits d'une langueur touchante ;
Et ces traits vifs, d'une Beauté piquante ,
Qu'en elle seule à la fois & toujours
Peut réunir la Mere des Amours.
Vivez ; aimez ; ces jours qu'on vous conserve
( Vous dit alors l'Enfant aîlé , ) songez
Que c'est pour moi qu'ils vous sont prolongés i
Que cet avis pour l'avenir vous serve ;
Je vous les laisse , avec cette réserve ,
Et m'en frustrer , seroit me faire un vol.
Adieu , je pars, ravi de ma conquête
Aux bords de Gnide en ordonner la Fête ;
L K
30 MERCURE DE FRANCE
Il dit , trois fois s'agite & prend son vol.
Pour moi , qui dois mieux penser à mon âge,
Que cet Enfant, tout Dieu que l'on le fait ,
Je vous dirai : profitez du bienfait ,
Mais gardez-vous d'un conseil si peu sage ;
Du même trait dont il sçut vous guérir ,
Il peut, s'il veut , vous faire aussi périr ;
Souvenez -vous que cette fievre même ,
Dont vous avez si fort craint le retour
N'est rien au prix de celle que l'Amour
Fait tôt ou tard sentir à quiconque aime,
Pour être heureuse avec tous ces apas
Qu'on sçait chez vous être un bien de famille
De votre Mere il faut suivre les pas ;
Soyez comme elle ( en tout sa digne fille )
Aimable , belle , aimée , & n'aimez pas.
Par L. D. V
POEM E.
Sur la Convalescence de Mile de R..
ΑνU premier bruit de votre maladie
On vit le Dieu qu'adore l'Idalie ,
Triste , rêveur , & dédaignant l'encens .
Qu'à ses Autels vont offrir les Amans
Pour se liver à son inquietude ,
2
>
Loin des Humains chercher la solitude.
Là , du péril qui menace vos jours
Cachant l'état même aux jeunes Amours ,
Quoi se dit -il à lui- même , sans honte
Je laisserai de cet Astre nouveau ,
Qui doit un jour éclairer Amatonte ,
A son lever s'éclipser le flambeau !
Je verrai donc l'ornement de la France
Une Beauté , la plus grande esperance
De mon Empire , au sortir du berceau ,
Porter les ris & les jeux au Tombeau !
Et dans Paphos , de mon dépit extrême ;
A des regrets je bornerois l'effort !
Non , dit- il , non , j'en jure par moi - même ,
Par tous les Dieux , témoins de mon transport ;
Si
76 MERCURE DE FRANCE
Si je ne sauve une si belle vie ,
Ou de la mort sous sa faulx ennemie
Quoi qu'immortel, je subirai le sort
Ou de mes traits je percerai la mort.
Il dit , soudain prenant un vol rapide ,
Il fend des Airs la Campagne liquide ,
Atteint bien- tôt cette antique maison ,
Qui de nos Rois , amis de vos Ancêtres ,
Fit si long-temps les délices Champêtres ;
Licux oùjadis la belle M.
Par l'ascendant de ses graces fatales ,
Du fier Amour , vainqueur de la raison ,
Dans tant de coeurs versa le doux poison ,
Et fit au loin trembler tant de Rivales.
Là , dans les bras de vos tendres Parens ,
Dont tous les soins deviennent impuissants ,
Parmi l'horreur de cent crises soudaines ,
Sur une couche interdite au repos ,
Du feu mortel qui coule dans vos veines ,
Par vos soupirs vous exhaliez les flots ;
Et sous l'effort des Aammes meurtrieres ,
Que par accès, redoublant ses assauts
La fievre étend jusqu'au vif de vos os ,
Vous adressiez à la mort vos prieres ;
Quand tout- à-coup l'Enfant Dieu de Paphos
S'offre à vos yeux, pour soulager vos maux,
Heureusement nul supot d'Hypocrate
2.
De
JANVIER 1749 78
•
De ces cantons ne se trouva voisin ;
A leur défaut devenu Médecin ,
Sans Kinkina , sans Bols , sans Opiate ;
Ni tant d'aprêts de leur Art assassin ,
L'Amour aproche , examine , voit , tâte ,
Et connoissant la Maladie à fond ,
Veut vous guérir , l'entreprend , en répond
D'abord au lieu de Lancete ordinaire ,
De son Carquois il tire sans myftere
Le premier Trait qui tombe sous sa main ;
Puis , éclairé de son flambeay divin ,
Vous pique au bras , & du levain contraire
Qui du pur sang gâtoit la masse entiere
Par la saignée affoiblit le venin ,
Et vous rapelle enfin à la lumiere.
De son bandeau , qu'il a déja mis bas ,
Pour diriger à coup sûr la piquûre ,
Dans le moment il fait , sans embarras ,
Tout à la fois compresse & ligature ;
Et sans délai refermant l'ouverture ,
Au doux sommeil , qui vous prend dans ses bras
Il vous confie & ne vous quitte pas.
Considerant alors votre visage
Sous la pâleur languissant , abattu ,
Ainsi qu'un Lys , que l'orage a battu ;
Pour réparer un si sensible outrage ,
Le jeune Dieu rassemble les Zéphirs
Qui
178 MERCURE DE FRANCE
Qui folâtroient , épars dans un boccage ;
Ces Confidens des amoureux désirs ,
Jusques à lui s'étant fait un passage ,
A leur haleine il mêle ses soupirs ,
Et de leur souffle , en les frapant de l'aîle ,
Hâtant l'essort , réveillant leur lenteur ,
Il leur imprime un degré de fraîcheur ,
Qui , pénetrant vos sens , qu'il renouvelle
Jusques au fond de l'intime moielle ,
Va de la fiévre éteindre la fureur ,
Et tempérant ainsi l'ardeur maligne
Qui ravageoit vos membres entrepris ,
Au juste point d'une chaleur benigne
Réduit l'excès de ces feux ralentis ;
Et des Liqueurs dans leurs divers conduits ,
Refait si bien par degrés l'équilibre ,
Qu'après un somme égal , profond , rassis ,
Le calme enfin regnant dans vos esprits ,
yous vous trouvez au réveil saine & libre.
Au même instant l'heureux fils de Cypris ,
Des prompts effets du Remede surpris ,
Voit dans vos yeux reparoître les Graces ,
Les tendres Jeux , avec les Ris badins ,
Şur votre front se disputer leurs places
Et voltiger à l'envi , par essains ,
?
Au tour de vous mille Amours enfantins,
Tel un Muguet desseché par le hâle ,
Qu'en
JANVIER.
1740.
Qu'en son dépit l'Amante de Céphale ,
Au point du jour arrose de ses pleurs ,
Reprend bien- tôt sá force , ses couleurs ,
Au doux apas du parfum qu'il exhale ;
Déja l'Abeille y puise son Nectar ;
Déja vers lui fondent de toute part
Maints Papillons des mêmes feux complices ;
A ses faveurs en amour peu novices ,
Faisant semblant de ne point prendre part ,
Au tour de lui chacun erre au hazard ,
Er chacun vise à ravir les prémices.
Ainsi vous fut avec votre beauté ,
Restituée en trois jours la santé ,.
Ou bien plutôt en vous, toujours charmante ,
Ainsi se sont succedés dans trois jours ,
Et ces attraits d'une langueur touchante ;
Et ces traits vifs, d'une Beauté piquante ,
Qu'en elle seule à la fois & toujours
Peut réunir la Mere des Amours.
Vivez ; aimez ; ces jours qu'on vous conserve
( Vous dit alors l'Enfant aîlé , ) songez
Que c'est pour moi qu'ils vous sont prolongés i
Que cet avis pour l'avenir vous serve ;
Je vous les laisse , avec cette réserve ,
Et m'en frustrer , seroit me faire un vol.
Adieu , je pars, ravi de ma conquête
Aux bords de Gnide en ordonner la Fête ;
L K
30 MERCURE DE FRANCE
Il dit , trois fois s'agite & prend son vol.
Pour moi , qui dois mieux penser à mon âge,
Que cet Enfant, tout Dieu que l'on le fait ,
Je vous dirai : profitez du bienfait ,
Mais gardez-vous d'un conseil si peu sage ;
Du même trait dont il sçut vous guérir ,
Il peut, s'il veut , vous faire aussi périr ;
Souvenez -vous que cette fievre même ,
Dont vous avez si fort craint le retour
N'est rien au prix de celle que l'Amour
Fait tôt ou tard sentir à quiconque aime,
Pour être heureuse avec tous ces apas
Qu'on sçait chez vous être un bien de famille
De votre Mere il faut suivre les pas ;
Soyez comme elle ( en tout sa digne fille )
Aimable , belle , aimée , & n'aimez pas.
Par L. D. V
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