Reconnaissance textuelle : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, AU ROY
Je ne vous diray point que la let- tre de ce Duc à Sa Majesté fur ce ſujet , eſt ſi agreable- ment tournée,&fi pleine d'ef- prit,quellemerite l'aprobation quetoutle monde luyadõnée.
Salecture en fera mieux l'Eloge, que tout cequeie pourrois
GALANT. 85 vous en écrire à ſon avantage,
&ie ne veux pas retarder plus long-temps le plaifir que vous
en attendez.
LETTRE
DE MONSIEVR LE DVC
DE S. AIGNAN,
AV RO Υ.
S
IRE,
Ne pourrons - nous iamais
Bits mus abandonneràlajoye,ſans la trouver meſtée d'inquietude&de crainte? &nesçaurionsnous ap- prendrequeVOSTRE MAJESTE
emporte les meilleures Places l'épéeàlamainſansſçavoirau mê- me-temps combien elle s'y eft exposée?Bon Dieu, SIRE, nevous Lafferez-vous iamais defaire tre- blervos ferviteurs aussi bienque
86 LE MERCURE
vos ennemis ? Faut-il quemalgré
moy iose blamer VOSTRE MAJESTÉ dans un temps où elle reçoit de justes loüanges de toute la terre? Pardonnez, SIRE,
à l'ardeur de mon zele , ces pre
miers mouvemens qu'il ne m'est paspoſſiblede retenir, &permet- tez- moy de dire quefii'ay beau- coup de paſſion pour la gloire de
VOSTRE MAJESTE , ie n'aypas moins de respectueuseten- dreſſe pour sa Perſonne Sacrée.
Songez , au nomde Dieu, SIRE,
que plus vous eſtes grand &vi- Etorieux, plus cet Estat doitfou- haitervoſtre conſervation. Mes
vœux & mes souhaits seroient bien de voir VOSTRE MAjESTE ' Maiſtreſſe de tout l'Vnivers ; mais , en verité, j'aime- rois quasi mieux estre aſſurequ'el
GALANT. 87
le le pût estre de ſon grand courage. Si le Ciel accorde àmes prie- res, comme iete veux efperer, ce que ie luy demande tous les jours
avec ferveur, VOSTRE MAJESTE n'aura rien àdefirer en Sesprofperitez; &quandil nes'a- girapoury contribuer que de prodiguermonsang, &de hazarder
mavie , vousconnoistrez toûjours que iefuisfans reserve ,
SIRE,
DeVostre Majesté ,
:
Le tres-humble, tres- obeïffant &tres- fidelle Sujer.
LEDUCDES. AIGNAN.
Résumé : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, AU ROY
Le Duc de Saint-Aignan adresse une lettre à Sa Majesté, exprimant son admiration pour une lettre précédente du Duc, qualifiée d'agréable et pleine d'esprit. Il souhaite ne pas retarder davantage le plaisir attendu par Sa Majesté. Le Duc s'interroge sur la capacité à abandonner la joie sans inquiétude et crainte, et s'émerveille de la capacité de Sa Majesté à conquérir des places par l'épée sans connaître les dangers. Il souhaite que Sa Majesté traite ses serviteurs aussi bien que ses ennemis et reconnaît les louanges justes reçues par Sa Majesté à travers le monde. Le Duc demande pardon pour l'ardeur de son zèle et affirme sa passion pour la gloire de Sa Majesté, ainsi que son respect et sa soumission. Il prie pour la conservation de Sa Majesté, souhaitant la voir maîtresse de l'univers et assurée de son grand courage. Il espère que ses prières seront exaucées et que Sa Majesté n'aura rien à désirer en termes de prospérité. Le Duc conclut en affirmant sa fidélité et son humilité en tant que sujet de Sa Majesté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Reconnaissance textuelle : LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, à Son Altesse Royale.
Toute la France a pris part
àcette Victoire; &le jour même que Monfieur le Duc de S.Aignan l'aprit ,il en témoi- gnaſa joye à SonAlteſſeRoya- le par unelettre que voicy.
GALANT. 13.5
1
LETTRE DE MONSIEVR
le Duc de S.Aignan , à Son AlteſſeRoyale.
M°
ONSEIGNEVR,
Ien'oferois quasi mester mavoix au bruit des applaudiffemens & des loüanges qui vous font deues,&quevous recevezde
toutes parts. Mais , MONSEI- GNEVR,monprofond respectpour
VOSTRE ALTESSE ROYALE,
1
fijosey adjoûter ce mot, mon estime tres parfaite , me font prendre cette liberté. Voila
MONSEIGNEVR , deglorieuses fuites des premieres marques de cette valeur naiſſante dont j'avois esté témoin ily avingtansau
6
fiegedeMontmedy.le ne doutepas que dans une action fi glorieuse
136 LE MERCURE
-
vous nefoyez plus Satisfait d'a- voirvaincu pourle Roy, que d'avoir vaincu par vous même.
Triomphez , MONSEIGNEVR,
de reſte des ennemisdont vousvenez defurmonterunfi grand nom- bre; &foyez,s'il vous plaiſt,bien persuadé que personne ne s'inte- reffe plus que reſuis en voſtre con- Servation , nynepeut eftre avec
plus de respect que moy ,
MONSEIGNEUR,
DeVostreAlteffe Royale,
Letres humble, tres-obeïffant &tres- ſoûmisServiteur,
LEDUCDES.AIGNAN
DeParis le 13, d'Avril 1677
Résumé : LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, à Son Altesse Royale.
Le Duc de Saint-Aignan adresse une lettre à Son Altesse Royale le 13 avril 1677, exprimant sa joie et son admiration pour une récente victoire. Il souligne que toute la France a contribué à cette victoire et rappelle avoir observé la valeur naissante de Son Altesse Royale lors du siège de Montmédy, vingt ans plus tôt. Le Duc espère que Son Altesse Royale sera satisfait d'avoir combattu pour le roi et par lui-même. Il encourage Son Altesse Royale à triompher des ennemis restants et assure de son intérêt pour la conservation de Son Altesse Royale. La lettre se conclut par des marques de respect et de soumission.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Reconnaissance textuelle : LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, au Roy.
LETTRE DE MONSIEVR
YON
le Duc de S.Aignan , auRoyson
IRE,
*
1993
ien'im- L'ofemeflaterque portuneraypointV. MAJESTE en me donnant l'honneurde luy écrire fur les grandes &signalées Vi- Etoires qu'elle remporté tous les iours. Sera- t'ellefatiguée par les marques du zele d'un fidelle Serviteur,au milieu des acclamations
publiques?Et pourquoy triomphe- roit-elle , si elle vouloit qu'on ne luy dist rienſurſes Conquestes ?
D'ailleurs, SIRE, en veritévoſtre Gloire m'ébloüit, voſtre épée laſſe
ma plume , &le bruit éclatant quefait laRepomméeenpubliant vos loüanges , empêchera peut- estreque je nefois écouté. Mais Tome 2. H
i
170 LE MERCURE
quelmoyen depouvoirſe taire, &
comment pouvoir éviter que ma Satisfaction neparoiſſe envoyant mon Auguste Maistre en estat de dele devenirde tant de Nations?
len'ofeplusparler , SIRE , fur cette valeur intrepide mais incorrigible , qui a fait encore pis à
Cambray qu'elle n'avoit fait à
Valenciennes, &ie voy bien que ie Suis destinéàpaſſer avecde cruel- les inquietudes dans la paix tous les jours que V.MAJESTE paffera dans la guerre. Pluſt à Dieu ,
SIRE , que vous fuffiez de retour à Versailles , vous n'y feriez pas moins le Vainqueurdela Flandre,
que vous leferéz à lateſte devos
Armées ; &sansportervous-même la terreur&la mort àvos ennemis, voſtre invincible Nom,fuf firoit pour lesſurmonter. Cepen
GALANT. 171
dant , SIRE , ienesçais quasipar onloüer V.MAJESTE' : Forcerde
toutes parts les meilleures Places,
gagner des batailles, vaincrepar
tout n'eſtrejamais vaincu , &se
voir enfin la crainte ou l'admiration de tout l'Univers,quepeut on
jamais defirer davantage?&quel
bonheurpourra s'égaler aumien fi vous me faites l'honneur de me croire aupoint où ieleſuis toûjours
SIRE,
DeVostreMajesté,
,
Letres humble, tres- obeïſlant,&
tres- fidelle Sujet & Serviteur,
LEDUCDES, AIGNAN.
DeParis le 13 d'Avril 1677.
Résumé : LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, au Roy.
Dans une lettre datée du 13 avril 1677, le Duc de S.Aignan exprime son admiration et sa loyauté envers le Roi de France. Il célèbre les victoires continues du souverain et reconnaît que sa gloire éblouit. Le Duc mentionne les récentes conquêtes de Cambrai et Valenciennes, tout en espérant le retour du Roi à Versailles. Il loue l'invincibilité du nom du Roi, qui inspire la terreur aux ennemis. Le Duc se demande comment louer davantage le Roi, qui force les meilleures places et gagne des batailles. Il conclut en affirmant sa loyauté et son dévouement au souverain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
ELEGI Ε.
Vgrandmonde&dubruit l'ame
penSatisfaire,
Pourtrouverdurepos je cherche une re- traite ,
GALANT. 149 Etfortant dela Ville apres cent maux Soufferts,
Ie viens chercher du Bec les aimables
Deserts..
CeSéjour agréable encor qu'ilfoit champestre,
Ne fert que rarement à son illustre
Maistre,
Et l'obligeant Emire en tous lieux reveré
AmaBarque agitéeoffre un Portaſſuré.
Trompeuse ambition ! Grandeur imagi- naire!
Qu'en vous lebien est rare &le mal
ordinaire!
Queleplus inſenſible &le mieux pre- paré,
Boit chez vous de Poison dans un Vase doré !
Qu'unefoule importune auſeul gain at- tachée ,
Sous un fasteapparent tient de fraude cachée!
Que les fermes Amisfe trouvent peu Souvent !
Qu'on barit des projets sur un fable mouvant!
Gij
igo LE MERCVRE Etqu'heureux est celuy , dont l'adroite
Science
Sçaitjoindre leſecret avecladéfiance Apeu de vrais Amis qui ſçait se re- trancher ,
Qui garde bien te nombre &n'en va point chercher,
Et qui ſur l'apparence enfin iamais ne -fonde
La folle opinion de plaire àtout le monde!
Onferoit unprodige en vertus achevé.
Qu'onseroit vicieux, pour un goust dépravé,
L'onavencomparer l'honneur à l'arti fice,
Les liberalitezàl'infame avarice,
La douceur à l'aigreur , l'orgueil àla bonté,
Aux laſches actions la generosité,
Lemodeste à celuy, qui fait le necef
faire,
Et l'ame laplusfourbe, au cœur leplus:
fincere.
Cependantdumensonge, infamesArti- fans VnMonstre vous devore , &fait des Partisans,
GALANT. 15.4
k
Voit dans ſes interests ceux qu'il rend miserables ,
Etdesplus oppreſſez fait les plusfavo rables.
On vanteſa conduite , on vanteſon efprit,
On n'oſe contredire àtout ce qu'il écrit,
L'Amour ar tout des
efolavesde l'interest faitpar to
Et regnequelquefois dans les cœurs les
plusbraves.
Al'éclat de la gloire on prefere lebien,
Et pour en acquerir les Crimes nefont
rien.
Quels divers embarras ne m'a-t-on pointfait naiſtre !
Combien , où je commande ay-je ven plusd'unMaistre ?
D'un Roy victorieux la iuste autorités
Apeineapûfléchir un Suiet irrité;
Ceux que i'aimois le mieux , emportez par la brigue,
Ont- ils à ce Torrent opposé quelque Digue!
LaGloirequi m'afait un grand Corps
effembler .... Giij
152 LE MERCVRE Contre les Ennemis qui voudroient nous troubler,
Mapreste des Lauriers dans une vaste Plaine,
Etjevois dansla Ville une Palme incertaine.
Vn indigne Ennemy , qui fort de fon devoir,
Songeàme faire teste , &nesefait pas
voir,
Devient l'injuste Chefd'une infameCabale ,
Trouvedes Courtiſans ſans partirdeſa Salle ,
Etdansſes noirs deſſeins doit estre sa- tisfait D'avoir ofé combatre , encor qu'il soit
défait.
Ilme force àrougir lors que je le furmonte ,
Au plus fort de ma gloire il me couvre
dehonte,
Et donne par caprice en cette occafion,
Au Vainqueur & Vaincu mesme con- fusion.
Ab ! que de mon dépit la juste vian lence .D
GALAN T. 153 Maisle Roy nous l'ordonne,imposons- nousfilence ,
Mon cœur,ilfaut donner encesfacheux
momens,
Au plus grand des Mortels tous nos reffentimens.
Opaisible retraite ? aimable folitude ?
Qui des plus fortunez charmez l'in- quietude , :
M'arrachantauxplaiſirs que vouspou- vezdonner:
Ah! que j'ay de regret de vous aban- donner,
De preferer au mien l'avantage des
autres ,
Etnevoirde long-temps des lieux com- meles vostres! ..
Mais deux jours fans agir mefont à regretter,
4
Etce temps, àmon gré ,nese peut ra- chetera
Pourrons- nous bien changer dans ma plainte inutile,
L'innocence des Champs aux fracas de.
la Ville ?
De cent Beautez en vain on vante les
appas,
Gv
154 LE MERCVRE Moncœur nepeut aimer ce qu'il n'estin
me pas:
Commeil ne fut jamais capable de foi- bleffe ,
Un effort genereux rompt le trait qui le bleffe ,
Etpenchant vers la Gloire
plusqu'àiny.
n'estant
Ilpeuthairdemain, ce qu'il aime aujourd'huy ;
Mais pour vos beaux Deferts , iln'en
estpas demefme,
Pastre repos flateur donne un plaifir extrême
Sans Iris,fans mon Maistre, ô Sejour fortuné.
Vous auriez tout le cœurque je leur ay donné
Le quitte donc l'émail de vos vertes.
Prairies,
Et tout. ce qui flatoit mes douces ré
veries:
Allons tendre les bras à nos illustres
fers,
Allons-nous redonner au Grand Roy que je fers
GALANT Obſerverles proiets d'une fouleimportune,
Ettrouver des plaisirs dans ma noble infortune int Maisil faut bienpenser àce que nous ferons,
Regler nos sentimens par ce que nous Sçaurons , 5
Et fuivant les conseils que la raison
inspire,
Koir,écouterbeaucoup , agir&nevien dire
L
Le poème 'ELEGI Ε.' explore les réflexions d'un individu sur la vie à la cour et le désir de retraite. L'auteur aspire à un repos loin de la ville et de ses maux, mais reconnaît que même les lieux déserts ne conviennent pas toujours à son maître. Il critique l'ambition trompeuse et la grandeur imaginaire, soulignant que le bien est rare et le mal ordinaire dans ce contexte. L'auteur déplore la rareté des amis sincères et la fréquente présence de projets éphémères. Il admire celui qui sait allier la science et la défiance, et qui ne cherche pas à plaire à tout le monde. Le poème condamne les vices et les artifices, préférant l'honneur, la générosité et la sincérité. Il décrit également les intrigues et les manipulations à la cour, où les intérêts personnels dominent souvent. L'auteur exprime son regret de devoir abandonner une retraite paisible pour obéir aux ordres du roi, malgré son désir de rester dans un lieu tranquille. Il conclut en exprimant son intention de suivre les conseils de la raison et de rester prudent dans ses actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
e voudrois qu'il n'en coûtaſt pas davantage pour avoir ce que fait Monfieurle Duc.
de S.Aignan ; mais comme il n'en garde point de Copies , on n'a de luy que ce que le hazard fait re- couvrer de ceux à qui il peut l'a- voir adreſſé. C'eſt par cemoyen
GALANT. 55 que laBallade qui fuit m'eſt tom- bée entre les mains.
1.13
2.
BALLADE
AUROY
Harmant & glorieux Vainqueur CQuimetteztous sous vostre Empire,
Cequiſepaſſedans mon cœur Vous voulez donc l'aprendre , SIRE ?
Helas!àtouteheure il ſoupire ,
Etdit accablé de travaux ,
Que brûler &ne l'ofer dire ,
Eftleplusgranddetous les manx.
泰
Monesprit n'aplus de vigueur,
Rienn'estpareil àmonmartyre ,
Etdans l'excésdema langueur
Lenesçay ce que je defire.
Achaque instantmonmal empire Iay des laloux,j'ay des Rivaux;
Mais brûler ne l'ofer dire ,
Est le plus granddetous mesmaux.
Civ
36 LE MERCVRE
Onvoit ma trifte conleur STUNG SA Vnchangement que l'on admire.
L'excés dema vive douleur
Tous lesplaiſirs vient m'interdire.
Lenesçaysi l'onpeutdécrire Des tourmensqui n'ont point d'égauxz Mais brûler &ne l'ofer dire
Eft leplus granddetous les maux.
ENVOY.
Ah!GrandRoy,voit-on rien depire,
Entre lesplus fiers Animaux,
Quel'Hominefujet àmédire;
Et brûler &l'ofer dire,
N'est-cepas leplus grand des maux ?
Le texte présente une ballade adressée à un souverain, probablement le roi de France. La ballade a été retrouvée par hasard, car son auteur, Monsieur le Duc, ne conserve pas de copies de ses œuvres. Le poète exprime sa douleur et sa langueur, se sentant accablé par des travaux et des désirs inavouables. Il mentionne ses rivaux et la tristesse de sa condition, soulignant que la pire de ses souffrances est de brûler de dire ce qu'il ne peut avouer. Le poète compare également la condition humaine à celle des animaux, se demandant si l'homme est le plus sujet à la médisance. La ballade se conclut par une interrogation sur la pire des souffrances humaines, qui serait de brûler de dire ce qu'on ne peut avouer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Reconnaissance textuelle : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN A l'Autheur du Mercure.
Je tenois le veritable afſſez
difficile à trouver , pour croire que vous ne l'apprendriez que de moy , ce- pendant vous l'apprendrez de Mon- Tieur le Duc de S.Aignan , qui connut ce que je cachois , incontinent apres que ma derniere Lettre eut paru. Ce qu'il m'a fait l'honneurde m'en écrire vous dévelopera les obſcuritez qui ont embaraffé vos Amies.
GALANT. 155
033333333
LETTRE DE MONSIEVR
LE DUC DE S.AIGNAN.
A l'Autheur du Mercure.
Enesçay ,Monsieur ,fi j'ay trouve
le veritable sens devostre Enigme,
maisje nepuis eſtre le maistre d'unpre- mier mouvement qui me porte d'abord à
vous annoncer une Victoire que je ne tiens pas encor trop aſſurée. S'il est vray quej'aye effectivement deviné cetteEni- gme,je dois en estre plus fierque vous ne pensez ,car je crois avoir découvert qu'elle est de vous , & par conséquent qu'elle ne pouvoit estre quefort fubtile.
Enfin , Monsieur, c'est àmonsens non Seulement l'Armée, mais celledes Con- federez ,puiſque je trouve tant decho- ſes qui conviennent à cela, qu'il nefe peut pas davantage.
Ce Corps est composé de plusieurs Princes inégaux en pouvoir. Avantque
Gvj
156 LE MERCVRE
1
lesTroupes dechacun d'euxfuſſentjoin tes , elles avoient estélevéesſeparément.
Iln'est animéquedeces meſimes Troupes qui ne laiſſoient pas d'estre avant que leur jonctionformaſt un Corps.
Il n'a point de Teste , c'est àdire point de Chef entierement abſolu. Les Bras font aifez à trouver dansle grand nombre de Soldats qui font dans ces Troupes , &qui eſtant d'une naiſſance fort éloignée de celle des Commandans,
font l'illustre &baffe Famille dont il eft parlé.
Quelque grandque foit ce Corps , au lien de se rendre formidable par le nombre , il afait voir quelquefois qu'il n'estoit pas fans appréhenſion de nos
armes.
LesnouveauxMembresqui luy vien- nent , font les nouvelles Troupes des Alliez , qu'onſepare bien souvent pour les faire agir en divers lieux ; & l'heu- re du repos estant venue , c'est àdire te temps des Quartiers d'Hyver ,
Troupesfont obligées quelquefois en les cherchant d'en venir aux mains avec
ces
GALANT. 157 ceux de leur Party qui ne les veulent pas recevoir,parcequ'ellesfont maldif- ciplinées.
Ce grand Corps doit afſfurément ex.
pirer un jour , l'Alliance des Princes qui le compoſent n'eſtant que pour un temps;mais s'ils la renouveltent avant qu'elle vienne à expirer tout- à-fait , ils lefont revivre.
Quelques soins que prennent tant d'Alliez pour maintenir cette Union,
ilsfebroüillent quelquefois, &blâment
la conduite les uns des autres ,comme
ont fait depuis pendeuxdesplus confi- derables d'entr'eux.
Enfin le grand éclat qui bleſſe ce Corps, vient du Roy ,& ce vaillant Monarque est le Soleil dont les brillans
rayons ſe dardant contre luy ,le font tantfouffrir. f
:
Confeffex, Monsieur ,que j'ay de- vine, ou tout au moinsque vostre Enigme a tant de raport avec ceſens , que difficilement en pourroit- on trouver un autrequi y convinst mieux. Maisfi ce n'est pas une chose facile , c'en est une
138 LE MERCURE impoſſible de trouver perſonne quiſoit plus que moyvoſtre ,&c..
Résumé : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN A l'Autheur du Mercure.
Le Duc de S.Aignan a découvert le sens d'une énigme qu'il attribue à l'auteur. Selon lui, l'énigme représente une armée alliée composée de plusieurs princes inégaux en pouvoir, dont les troupes ont été levées séparément avant de se joindre. Cette armée n'a pas de chef absolu et est constituée de soldats de diverses origines. Malgré sa taille, elle peut éprouver des appréhensions face aux armes adverses. Les nouveaux membres de cette armée sont des troupes alliées souvent séparées pour agir en divers lieux. Pendant les quartiers d'hiver, ces troupes peuvent entrer en conflit avec celles de leur propre parti en raison de leur manque de discipline. L'alliance des princes est temporaire et peut être renouvelée avant son expiration. Les alliés prennent soin de maintenir cette union, mais des conflits internes peuvent survenir. Enfin, le roi, comparé au soleil, est la source principale des difficultés pour cette armée. Le Duc conclut que son interprétation de l'énigme est la plus probable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.