Auteur du texte (6)
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Destinataire du texte (1)
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Résultats : 6 texte(s)
1
p. 210-212
Des Dardannelles le 15. Aoust 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Vous m'avez ordonné de vous écrire de tous [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Des Dardannelles le 15. Aoust 1714.
Des Dardannelles le 15. Aouſt
1714.
MONSEIGNEUR ,
Vous m'avez ordonné de
vous écrire de tous les endroits.
où je pourrois le faire. Quoyqu'iln'y
ait que quatre jours que
nousfommesfortis deConstantinople,
approuvez que je vous donne
parcetteLettre une marque de mon
attention àmon devoir.
HISTORIQUE. 211
Jeſuis arrivé à midy icy , &
jay auffitôt éré chezM. le Conful
àqui j'ay rendu voſtreLettre.
Dans le temps que nous conferions
de nos affaires , on est
venu le prier de lapart du Diezdarde
faire embarquer dans noftre
Bastiment un Tholkodar du Capitaine
Pacha pour le débarquer
à Chio. Il a répondu que cela ne
ſe pouvoit pas ,parce quele Capitaine
estoit chargéà l'avanture
pour s'en aller en France. S'il
nous venoit souvent de pareils
gens nous demander paſſage , la
neceffitéde les refuser tous ,&la
crainte de ce qui en pourroit ar
Sij
212 JOURNAL
river , ne laifferoit pas de nous
embarraffer. Quoyqu'il en foit je
vais profiter d'un ventfrais qui
Se leve,&continuer ma route.Je
fuis avec un profond respect ,
Monseigneur ,&c.
1714.
MONSEIGNEUR ,
Vous m'avez ordonné de
vous écrire de tous les endroits.
où je pourrois le faire. Quoyqu'iln'y
ait que quatre jours que
nousfommesfortis deConstantinople,
approuvez que je vous donne
parcetteLettre une marque de mon
attention àmon devoir.
HISTORIQUE. 211
Jeſuis arrivé à midy icy , &
jay auffitôt éré chezM. le Conful
àqui j'ay rendu voſtreLettre.
Dans le temps que nous conferions
de nos affaires , on est
venu le prier de lapart du Diezdarde
faire embarquer dans noftre
Bastiment un Tholkodar du Capitaine
Pacha pour le débarquer
à Chio. Il a répondu que cela ne
ſe pouvoit pas ,parce quele Capitaine
estoit chargéà l'avanture
pour s'en aller en France. S'il
nous venoit souvent de pareils
gens nous demander paſſage , la
neceffitéde les refuser tous ,&la
crainte de ce qui en pourroit ar
Sij
212 JOURNAL
river , ne laifferoit pas de nous
embarraffer. Quoyqu'il en foit je
vais profiter d'un ventfrais qui
Se leve,&continuer ma route.Je
fuis avec un profond respect ,
Monseigneur ,&c.
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2
p. 212-214
A Chypre, le 24. Aoust.
Début :
MONSEIGNEUR, J'ay eû l'honneur de vous écrire des [...]
Mots clefs :
Vent, Voile, Consul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Chypre, le 24. Aoust.
AChypre , le 24. Aouſt.
MONSEIGNEUR,
Fay cû l'honneur de vous
écrire des Dardannelles le 15. du
courant, qui fut le jour de noftre
partance. Le vent estoit bon lorfque
nous mêmes à la voile; mais
deux heures aprés il nous devint
HISTORIQUE. 213
!
fi contraire ,que nousfumes obligezle
lendemain de relâcher au
PortSigreàMitilin, le 17. &le
18. Nous avons remisà la voile
avec vent arriére ; mais nous
l'avons échappé belle , àla hauteur
de Chio. Nous avons rencontré
la Patrone du Grand-
Seigneur qui nous a tiré deux
coups de Canon pour nousfaire
aller à l'obedience. Cependant
levent estantfort ,j'ay jugéplus
àpropros de m'éloigner que de
m'approcher. Fay continué ma
route , & nous sommes , Dieu
mercy , arrivez icy aujourd'huy
àdix heures du matin. Fay d'a
214 JOURNAL
bord esté chez le Conful à qui
j'ay remis la Lettre dont vous
m'aviez chargé pour luy. Il nous
afaitbeaucoup d'offres defervice;
il amême faitgrace au Capitaine
Decuges des droits de l'Echelle.
Je vais partir préfentement ,
faire tous mes efforts pour me
rendre à Payas le plutôt qu'il
mefera poſſible.Jefuis , &c.
MONSEIGNEUR,
Fay cû l'honneur de vous
écrire des Dardannelles le 15. du
courant, qui fut le jour de noftre
partance. Le vent estoit bon lorfque
nous mêmes à la voile; mais
deux heures aprés il nous devint
HISTORIQUE. 213
!
fi contraire ,que nousfumes obligezle
lendemain de relâcher au
PortSigreàMitilin, le 17. &le
18. Nous avons remisà la voile
avec vent arriére ; mais nous
l'avons échappé belle , àla hauteur
de Chio. Nous avons rencontré
la Patrone du Grand-
Seigneur qui nous a tiré deux
coups de Canon pour nousfaire
aller à l'obedience. Cependant
levent estantfort ,j'ay jugéplus
àpropros de m'éloigner que de
m'approcher. Fay continué ma
route , & nous sommes , Dieu
mercy , arrivez icy aujourd'huy
àdix heures du matin. Fay d'a
214 JOURNAL
bord esté chez le Conful à qui
j'ay remis la Lettre dont vous
m'aviez chargé pour luy. Il nous
afaitbeaucoup d'offres defervice;
il amême faitgrace au Capitaine
Decuges des droits de l'Echelle.
Je vais partir préfentement ,
faire tous mes efforts pour me
rendre à Payas le plutôt qu'il
mefera poſſible.Jefuis , &c.
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3
p. 214-218
A Alexandrette le 13. Septembre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, je n'ay pas manqué de vous écrire de [...]
Mots clefs :
Payas, Marchandises, Consul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Alexandrette le 13. Septembre 1714.
A Alexandrette le 13. Septembre
1714.
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
HISTORIQUE. 218
4
écrire de Chypre le 24. du mois
paffé , au moment quej'allois en
partir pour me rendre au plûtôt
àPayas , où je fuis arrivé le 27 .
fur lefoir. Fay mis pied à terre
pour nous faire reconnoître pour
François , mais bien mal m'en a
pris ; carj'ay été obligé d'y dormir
par la malice du Doüanier , qui
m'a dit que puiſque nous n'avions
point de Marchandises ày décharger
, il avoit peur que nous
ne fuſſions Corfaires . Ila ajoûté
que jamais les Bâtimens n'alloient
à Payas , mais bien à Alexandrette
; je luy ay répondu que ce
n'avoit pas été mon intention d'y
216 JOURNAL
venir, que je m'étois égaré ,
que j'avois pris Payas pourAlexandrette.
Enfin quelque chose
que je lluuyypuffe dire,malgré la
perruque , &le chapeau que j'avois,&
le titre de Capitaineque
je portois,il m'afait mettreàla
Tour. Le lendemain au matin il
m'a demandési j'avois un commandement
, puiſque je venois de
Constantinople , je luy ay fair
roir celuy que vous m'aviez
donné ; alors il n'a eu plus rien à
dire. Cependant il a voulu voir
fi nous n'étions pas chargé de
quelques Marchandises deffenduës
,àquoy je ne mesuis point
opposé
-
HISTORIQUE. 117
ficela
opposé , parce qu'il me retenoit
toûjours à terre : auffi-toft avec
deux Valets du Vaïvode il s'est
fait menerà bord;j'avois heureu-
Sementrecommandéla veillequ'on
lesfit bien boire,fi cela arrivoit,
( ce qu'on afait ; ) parce que les
Armeniens qui estoient dans
le Bâtiment , & pour lesquels
jay payé douze piastres , m'embarraffoient
plus que je ne peux
vousledire.
Sur ces entrefaites j'ay appris
que les Pelerins viendroient bientoft,
&fur le champj'ayfait appareiller,
aprés avoir feulement
acheté 300. citrons, des péches ,
Février 1715 . T
218 JOURNAL
>
&d'autres fruits ;jefuis arrivé
icy le 18 f'ay d'abord été chez le
Conful àquij'ay rendu la Lettre
que vous m'aviez donné pour
luy ,&celle que vous écrivez à
M. Pellerin , Conful d'Alep ,à
qui il l'a auffi-cost envoyéeparun
Expres
C'eſticy le meilleur endroit du
monae ; mais ce maudit Payas est
an vray coupe-gorge
qui
mete
ceux
vous ont proposé cet endroit ,
mele connoissaient assurémentpas.
AR
1714.
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
HISTORIQUE. 218
4
écrire de Chypre le 24. du mois
paffé , au moment quej'allois en
partir pour me rendre au plûtôt
àPayas , où je fuis arrivé le 27 .
fur lefoir. Fay mis pied à terre
pour nous faire reconnoître pour
François , mais bien mal m'en a
pris ; carj'ay été obligé d'y dormir
par la malice du Doüanier , qui
m'a dit que puiſque nous n'avions
point de Marchandises ày décharger
, il avoit peur que nous
ne fuſſions Corfaires . Ila ajoûté
que jamais les Bâtimens n'alloient
à Payas , mais bien à Alexandrette
; je luy ay répondu que ce
n'avoit pas été mon intention d'y
216 JOURNAL
venir, que je m'étois égaré ,
que j'avois pris Payas pourAlexandrette.
Enfin quelque chose
que je lluuyypuffe dire,malgré la
perruque , &le chapeau que j'avois,&
le titre de Capitaineque
je portois,il m'afait mettreàla
Tour. Le lendemain au matin il
m'a demandési j'avois un commandement
, puiſque je venois de
Constantinople , je luy ay fair
roir celuy que vous m'aviez
donné ; alors il n'a eu plus rien à
dire. Cependant il a voulu voir
fi nous n'étions pas chargé de
quelques Marchandises deffenduës
,àquoy je ne mesuis point
opposé
-
HISTORIQUE. 117
ficela
opposé , parce qu'il me retenoit
toûjours à terre : auffi-toft avec
deux Valets du Vaïvode il s'est
fait menerà bord;j'avois heureu-
Sementrecommandéla veillequ'on
lesfit bien boire,fi cela arrivoit,
( ce qu'on afait ; ) parce que les
Armeniens qui estoient dans
le Bâtiment , & pour lesquels
jay payé douze piastres , m'embarraffoient
plus que je ne peux
vousledire.
Sur ces entrefaites j'ay appris
que les Pelerins viendroient bientoft,
&fur le champj'ayfait appareiller,
aprés avoir feulement
acheté 300. citrons, des péches ,
Février 1715 . T
218 JOURNAL
>
&d'autres fruits ;jefuis arrivé
icy le 18 f'ay d'abord été chez le
Conful àquij'ay rendu la Lettre
que vous m'aviez donné pour
luy ,&celle que vous écrivez à
M. Pellerin , Conful d'Alep ,à
qui il l'a auffi-cost envoyéeparun
Expres
C'eſticy le meilleur endroit du
monae ; mais ce maudit Payas est
an vray coupe-gorge
qui
mete
ceux
vous ont proposé cet endroit ,
mele connoissaient assurémentpas.
AR
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4
p. 219-221
A Alexandrette, le 29. Septembre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Aprés avoir resté longtemps icy à attendre des nouvelles [...]
Mots clefs :
Dieu, Alexandrette, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Alexandrette, le 29. Septembre 1714.
AAlexandrette , le 29. Sep
tembre 1714.
MONSEIGNEUR,
Aprés avoir refté longtemps
icy à attendre des nouvelles , à la
fis nostre Meſſager est arrivé : il
m'a affeure que M. l'Ambaſſadeur
étoit tout à fait en liberté ,
ce que j'ay été ravy d'apprendre.
Hier à midy il me vint un
homme extraordinaire de ſa part
pour sçavoir ce qu'ily avoit à
faire ; je luy ay donné sur le
champ toutes les instructions ne-
Tij
120 JOURNAL
ceßaires , je luy ay fait voirl'endroit
de l'embarquement , qui est
àdemie lieuë d' Alexandrette; enfin
je l'ay renvoyé pour aller luy
dire que tout étoit preft , que je
l'attendois cette même nuit , &
que je lepriois deſe hater de partir
; ce qu'il afait heureusement ,
Dieu mercy , puiſque je viens de
le recevoir à bord avec tout fon
monde ;je mets à la voileàl'heure
mêmeſelon vos ordres que je ne
manqueraypas d'executer depoint
en point ; non ſeulement jusqu'à
que Dieu m'ait fait lagrace
d'arriver au lieu destiné
ce
mais
encore dans toutes les occafions où
HISTORIQUE. 221
je pourray vous marquer leprofond
reſpect avec lequel je ſuis
3
c.
tembre 1714.
MONSEIGNEUR,
Aprés avoir refté longtemps
icy à attendre des nouvelles , à la
fis nostre Meſſager est arrivé : il
m'a affeure que M. l'Ambaſſadeur
étoit tout à fait en liberté ,
ce que j'ay été ravy d'apprendre.
Hier à midy il me vint un
homme extraordinaire de ſa part
pour sçavoir ce qu'ily avoit à
faire ; je luy ay donné sur le
champ toutes les instructions ne-
Tij
120 JOURNAL
ceßaires , je luy ay fait voirl'endroit
de l'embarquement , qui est
àdemie lieuë d' Alexandrette; enfin
je l'ay renvoyé pour aller luy
dire que tout étoit preft , que je
l'attendois cette même nuit , &
que je lepriois deſe hater de partir
; ce qu'il afait heureusement ,
Dieu mercy , puiſque je viens de
le recevoir à bord avec tout fon
monde ;je mets à la voileàl'heure
mêmeſelon vos ordres que je ne
manqueraypas d'executer depoint
en point ; non ſeulement jusqu'à
que Dieu m'ait fait lagrace
d'arriver au lieu destiné
ce
mais
encore dans toutes les occafions où
HISTORIQUE. 221
je pourray vous marquer leprofond
reſpect avec lequel je ſuis
3
c.
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5
p. 221-229
De Modon, le 1. Octobre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Je n'ay pas manqué de vous écrire d'Alexandrette [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de France, Ambassadeur, Grand seigneur, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Modon, le 1. Octobre 1714.
De Modon, le 1. Octobre
1714
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
écrire d' Alexandrette le 19. du
mois passé ,je vous ay informé
dans ma Lettre de nos avantures ,
l'embarquement de de nostre
Ambaßadeur ; il me reſte à vous
dire que le 6. & le 7. de noftre
partance nous enmes une groffe
Tiij
222 JOURNAL
tempeste qui nous fatigua tous ,
particulierement l'Ambaſſa
deur. Le lendemain le temps ſe
mit au beau : il me dit qu'il
vouloit abfolument aller àterre,
je luy representay le danger qu'il
pourroity avoir , & que vous
m'aviez expreſſement deffendu
detoucher en aucun endroit des
Etatsdu Grand Seigneur ; mais
tous mes discours nefervirent de
vien , il ne voulut jamais entendre
raiſon & il fallut le débarquer
à la rade de la Fenizo en
Afie , oùnous moüillames le 29.
du passé à midy ; l'eau y étant
bonne ,j'en fis faire pour noftre
HISTORIQUE 223
équipage , I je me disposay
partir la même muit , parce que
j'appris que deux Vaisseaux dit
Grand Seigneur estorent fortis
depuis deux jours du même lieu.
Je fis mettre à la voile à deux
beures aprés minuit , le même
jour nousnous trouvâmes vis-àvis
du Cacama avec tres peu de
vent; vers le midy nous apperçûmes
quatre Kaiffeaux Tures
moüillez audit Cacamo. Je vous
baiffe à penser , Monseigneur ,
P'horrible embarras où nousjetta
cette découverte ,que lo vent qui
nous étoit contraire rendit encore
plus effrayante pour nous ; je tins
Tiiij
284 JOURNALH
alors un petit Conſeil entre le Capitaine,
lePilote ,le Maistre
moy ; & je conclus que pour leur
épargner la peine de nous envoyer
visiter , nous devions fairefemblant
de les vouloir approcherjufqu'à
ce que la nuit nous aidat à
nous tirer d'affaire. Vers les cinq
beures du foir ils reconnurent à
noftre manoeuvre que nous avions
enviede les tromper, auſſi toſt ils
nous tirerent uncoup de canon , un
moment aprés un ſecond , &un
troifiéme ; alors noſtre Capitaine
effrayé, dit que si nous n'allions
pas à eux , ils alloient venir à
nous,&que s'ils nous abordoient,
HISTORIQUE. 225
ils nous étrangleroient tous. Je
m'oppoſayfortement àfon avis
parce qu'il ne me convenoit nullement
de lefuiure ; je luy dis au
contraire qu'il n'avoit qu'à relacher
en plein Canal , que la nuit
étoit venuë,que levent étoitchangé,
que nous marchions bien , &
que le lendemain s'ils s'aviſoient
de nous ſuivre , ils nous auroient
perdu de venë ; ce qu'il fit , ne
pouvant faire autrement. Feus
dans cette occafion obligation de
noftrefalutàmafermeté.Levent
fe fortifia pendant la nuit ,&
continua fi favorablement que
nous reconnûmes au bout de trois
226 JOURNAL
nousmanjoursleRoyaumedeCandie.
Mais
comme nous avions un grand
Canal apaffer , &que nos proviſions
commençoient à
quer , nous avons éréabligez hier
de relâcher icy poury prendre tout
ce qui nous seroit neceſſaire , afin
de ne pointfaire pavirl Ambassa
deur nifon monde.Tousfes gens .
luy compris,font le nombre de 18 .
bommes ; ils mangent tous
ils ont bon appetit , &ne crai
gnentpoint la Mer.
bien
Fay acheté icy des moutons ,
des poulets , &autres rafraîchisfemens,&
fur tout de bellefarinepour
luyfairefaire des poupes
i
HISTORIQUE. 227
parses gens , car jusqu'aujourd'huy
il n'a pas gousté de nostre
pain ; il a mangé de celuy qu'il
avoit apportédefon Pays ,&il
m'a juré qu'il n'avoit pas non
plus goufté de celuy des Turcs.
Jeferay,Monseigneur, tout mon
poſſible pour le contenter juſques
àMarseille felon les ordres que
j'en ay receus de vous. Il
de fe voir embarqué , er tous les
jours il rend graces à Dieu , &à
vous des bons offres que vous luy
avez rendus. Je luy ay compté
tout ce que vous aviez fait pour
l'amourde luy lorſqu'il étoit en
eft ravi
priſon , &que vousn'aviez rien
228 JOURNAL
DO
oubliépour luy procurerfon élatgiffement
; il en tombe d'accord ,
&dix fois le jour il me dit : Je
n'oublieray jamais Monſicur
l'Ambaſladeur de France , ni
fes bienfaits , & la premiere
fois que je verray Sa Majesté ,
jene pourraypas m'empêcher
de parler de luy ,& de luy dire
qu'il n'appartient qu'à Sa Majeſté
l'Empereur de France ,
d'avoir des Sujets , & des Miniſtres
de la ſorte.
Il vous écrit en particulier ,
Monseigneur , une Lettre que
vous recevrez pour vous , avec
une autre pour l'envoyer en fon
HISTORIQUE . 229
855
Pays.F'adreſſe lesPreſentes à M.
Goujon , Conful de France à Napolyy
1714
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
écrire d' Alexandrette le 19. du
mois passé ,je vous ay informé
dans ma Lettre de nos avantures ,
l'embarquement de de nostre
Ambaßadeur ; il me reſte à vous
dire que le 6. & le 7. de noftre
partance nous enmes une groffe
Tiij
222 JOURNAL
tempeste qui nous fatigua tous ,
particulierement l'Ambaſſa
deur. Le lendemain le temps ſe
mit au beau : il me dit qu'il
vouloit abfolument aller àterre,
je luy representay le danger qu'il
pourroity avoir , & que vous
m'aviez expreſſement deffendu
detoucher en aucun endroit des
Etatsdu Grand Seigneur ; mais
tous mes discours nefervirent de
vien , il ne voulut jamais entendre
raiſon & il fallut le débarquer
à la rade de la Fenizo en
Afie , oùnous moüillames le 29.
du passé à midy ; l'eau y étant
bonne ,j'en fis faire pour noftre
HISTORIQUE 223
équipage , I je me disposay
partir la même muit , parce que
j'appris que deux Vaisseaux dit
Grand Seigneur estorent fortis
depuis deux jours du même lieu.
Je fis mettre à la voile à deux
beures aprés minuit , le même
jour nousnous trouvâmes vis-àvis
du Cacama avec tres peu de
vent; vers le midy nous apperçûmes
quatre Kaiffeaux Tures
moüillez audit Cacamo. Je vous
baiffe à penser , Monseigneur ,
P'horrible embarras où nousjetta
cette découverte ,que lo vent qui
nous étoit contraire rendit encore
plus effrayante pour nous ; je tins
Tiiij
284 JOURNALH
alors un petit Conſeil entre le Capitaine,
lePilote ,le Maistre
moy ; & je conclus que pour leur
épargner la peine de nous envoyer
visiter , nous devions fairefemblant
de les vouloir approcherjufqu'à
ce que la nuit nous aidat à
nous tirer d'affaire. Vers les cinq
beures du foir ils reconnurent à
noftre manoeuvre que nous avions
enviede les tromper, auſſi toſt ils
nous tirerent uncoup de canon , un
moment aprés un ſecond , &un
troifiéme ; alors noſtre Capitaine
effrayé, dit que si nous n'allions
pas à eux , ils alloient venir à
nous,&que s'ils nous abordoient,
HISTORIQUE. 225
ils nous étrangleroient tous. Je
m'oppoſayfortement àfon avis
parce qu'il ne me convenoit nullement
de lefuiure ; je luy dis au
contraire qu'il n'avoit qu'à relacher
en plein Canal , que la nuit
étoit venuë,que levent étoitchangé,
que nous marchions bien , &
que le lendemain s'ils s'aviſoient
de nous ſuivre , ils nous auroient
perdu de venë ; ce qu'il fit , ne
pouvant faire autrement. Feus
dans cette occafion obligation de
noftrefalutàmafermeté.Levent
fe fortifia pendant la nuit ,&
continua fi favorablement que
nous reconnûmes au bout de trois
226 JOURNAL
nousmanjoursleRoyaumedeCandie.
Mais
comme nous avions un grand
Canal apaffer , &que nos proviſions
commençoient à
quer , nous avons éréabligez hier
de relâcher icy poury prendre tout
ce qui nous seroit neceſſaire , afin
de ne pointfaire pavirl Ambassa
deur nifon monde.Tousfes gens .
luy compris,font le nombre de 18 .
bommes ; ils mangent tous
ils ont bon appetit , &ne crai
gnentpoint la Mer.
bien
Fay acheté icy des moutons ,
des poulets , &autres rafraîchisfemens,&
fur tout de bellefarinepour
luyfairefaire des poupes
i
HISTORIQUE. 227
parses gens , car jusqu'aujourd'huy
il n'a pas gousté de nostre
pain ; il a mangé de celuy qu'il
avoit apportédefon Pays ,&il
m'a juré qu'il n'avoit pas non
plus goufté de celuy des Turcs.
Jeferay,Monseigneur, tout mon
poſſible pour le contenter juſques
àMarseille felon les ordres que
j'en ay receus de vous. Il
de fe voir embarqué , er tous les
jours il rend graces à Dieu , &à
vous des bons offres que vous luy
avez rendus. Je luy ay compté
tout ce que vous aviez fait pour
l'amourde luy lorſqu'il étoit en
eft ravi
priſon , &que vousn'aviez rien
228 JOURNAL
DO
oubliépour luy procurerfon élatgiffement
; il en tombe d'accord ,
&dix fois le jour il me dit : Je
n'oublieray jamais Monſicur
l'Ambaſladeur de France , ni
fes bienfaits , & la premiere
fois que je verray Sa Majesté ,
jene pourraypas m'empêcher
de parler de luy ,& de luy dire
qu'il n'appartient qu'à Sa Majeſté
l'Empereur de France ,
d'avoir des Sujets , & des Miniſtres
de la ſorte.
Il vous écrit en particulier ,
Monseigneur , une Lettre que
vous recevrez pour vous , avec
une autre pour l'envoyer en fon
HISTORIQUE . 229
855
Pays.F'adreſſe lesPreſentes à M.
Goujon , Conful de France à Napolyy
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6
p. 229-241
De Marseille, le 10. Novembre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Je continuë à vous écrire suivant vos ordres, que [...]
Mots clefs :
Arménien, Ambassadeur, Officiers, Intendant, Coffre, Présents, Mains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Marseille, le 10. Novembre 1714.
De Marſeille,le 10. Novembre
(
1714.
MONSEIGNEUR,
Je continuë à vous écrire fuivant
vos ordres, que nous arrivâmes
le huit d'Octobre à
Malthe , où le vent contraire
nous obligea de rélâcher ; que
nous en partimes le 12. aprésy
avoir esté tres- bien receus , y
avoir pris des rafraîchiſſements
230 JOURNAL
pour continuer noſtre route , qu'à
cent cinquante millede Marseille
le vent nous obligea encore une
fois de relâcher à la coſte de Sardaigne
, que nous moüillâmes à
Portoconté , où je pris de nouvelles
proviſions auffi bien qu'à
Malthe pourM. Ambaßadeur.
Le 21. nous partimes dudit
Portoconté , & nous arrivâmes
iry,graces àDieu, le 23. Le même
jour aprés que j'eus envoyéàM.
Arnoul la Lettre que vous m'aviz
donné pour luy, M. l'Ambaſſadeur
débarqua aux Infirme
ries ; auſfuôt M. l'Intendant envoya
deux de ſes Officiers luy
HISTORIQUE. 231
faire compliment de ſa part ,
ordonna en même temps qu'on
poriat aux Infirmeries tout ce qui
feroit neceßaire pour luy , &
pour fon monde. Deux jours
aprés Miffieurs les Confuls furent
le voir , & luy porterent le
Present accoutumé ; le 28. ilfit
fon entrée dans laVille :le mesme
jour M. l'Intendant luy envoya
le Prevost aveo ſes Officiers &
Archers acheval, trois Carroffes,
un àfix chevaux, er deux àquatre
, avec lesquels M. de Beauvais
Commiffaire des Galeresfut
le recevoir au Port ; il n'avoit
alors avec lay que moy,&deux
M
L
J
23 JOURNALH
de ſes Officiers , dont l'un portoit
Son Epée l'autre fa grande
Pipe ; nous paſſames fous leBalcon
où estoit la Reyne d'Espagne
qui fut bien aiſe de voir unAmbaſſadeur
Perfan en France. Il
estoit magnifiquement habillé àla
Perfienne , ilfut loger à la maifon
deM. de Cartigny ,oùquatre
Archers montent tous les jours la
garde àſa porte . Le 31. nousfûmesprendre
les Prefens qui étoient
dans la maiſon où demeuroit l'Armenien
qui les avoit apportez. Ils
estoient dans un coffre defer ce
coffre estoit enfermé dans un cabi
net dont l'Armenien avoit les
も
clefs. M.
HISTORIQUE. 235
M. l'Intendantpourfaire hon
neur aux Preſents du Roy de
Perſe , envoya les mêmes trois
Carroffes avec une Chaise magnifique,
le Prevoſt, ſes Officiers,
fes Archers , deux Principaux
Officiers de l'Ambassadeur, l'Ar
menien , & moy , pour les appor
ter en Cérémonie dans la maison
deM. de Cartigny. Pour cet effet
, nous tirâmes le coffre dela
maison de l'Armenien ; nous montâmes
dans un grandCarroffe,
le mîmes sur nos genoux. M.
l'Ambassadeur vint le recevoir
bors de la porte : dés qu'il vit ce
coffre , il se proſterna les mains
Février 1715 . V
234 JOURNAL
croisées devant ce dépost qui luy
avoit été confiéde la partde l'Empereurfon
Maistre ; il pleura de
joye en leconfiderant , &enfin il
s'écria qu'il étoit trop content de
Sonfort , & qu'il oublioit tous
les perils où il avoit été expoſez ,
puiſque Dieu luy avoit fait la
grace
grace de revoir les Presents de
l'Empereur ſon Maistre , & de
les remettre enſes mains pour les
porter au grand Empereur de
France , qui reluit fur la terre ,
comme le Soleil reluit au monde :
De plus , dit- il, au Prevoſt , &
aux Affiſtans , ſçachez , Meſ
fieurs , que je n'ay l'obligation
HISTORIQUE. 235
de ce bonheur qu'à M. l'Ambaſſadeur
qui eft à Conſtantinople;
qu'il m'a tiré des mains
des Turcs ; qu'il m'a donné
routes fortes de ſecours ; qu'il
m'a procuré le Bâtiment qui
m'a amené icy ; qu'il m'a don
néle * Drogment que voila ;
& qu'il avoit chargé de fes ordres
, qu'il a bien executez ,
puiſqu'il m'a enlevé au milieu
de dix mille hommes, & qu'il
m'a enfin amené icy. Il entra
alors enſa chambre avecſonPrefent
, &auffitôt il fit jetter au
peuple 30. ou 40. piastres en
Drogment veut dire Interprete.
A
Vij
236 JOURNAL
monnoye par les fenestres de fon
Appartemental
F'oubliois à vous dire ,Mon-
Seigneur , que lorſque nous fûmes
aux Infirmeries , ilfit venir
Agoubebant, l'Armenien qui avoit
étéchargé desPresentsàEri.
wan ,&qui étoit arrivéunmois
avant nousà Marseille; il le traitade
traître d'infidele ,&luy
fit les mauvais traitemens qu'il
jugea àpropos de luy fairefurdes
Soupçons bien ou mal fondez .
dont le détail vous eftinutile ; il
luy ordonna enfuite de luy apporter
cingpaquets qui luy appartenoient
,&qu'il luy avoit remis
HISTORIQUE. 237
!
bien
cachetez. L'Armenien les fit apporter
en effetfur lechamp ,mais
ouverts; de plus ily manquoit
des choses; ildemanda à l'Armenien
,d'où venoit ce defordre ,
qui les avoit décachetez, l'Armenienluy
répondit,que c'estoientles
Intendants de la Santé.Comment,
dit- il , alors , transportéde colere,
on ouvre donc icy les hardes des
Ambassadeurs , &se tournant
du coſté de quelques François qui
estorent là, il leur dit : Lorſque
ivos Envoyez , quels qu'ils
foient , viennent en Perfe
chargez de toutes fortes de
Marchandises , s'aviſe-t- on
238 JOURNAL .
jamais de les viſiter ; j'ay per
du toutmon équipage; j'ay ex
pofé ma vie cent fois pour
m'acquitter d'une commiffion
aufli dangereuſe : il ne merefte
plus que cinq petits paquets
qu'on a encore bien de la peine
à apporter icy , & on les.
ouvre ! on aura ſans doute ou
vert les Preſents auffi , je veux
les voir; en un mot je veux
qu'on me les apporte.
Le Prevêt qui étoit prefent ,
fut chargé du ſoin de rapporter
toutes ces choses à M. l'Intendant
, qui luy enuoïa dire qu'il
étoitfurpris de ce qu'il avoittrouHISTORIQUE.
239
.
véſes hardes ouvertes, qu'iln'en
avoit aucune connoiſſance , qu'il
alloit s'informer s'il étoit vray
qu'on eût cu cette audace
qu'auffitoft il luy rendroit juſtice ;
qu'à l'égard des Preſents il neju--
geoit pas à propos de les luy envoyer
; mais que dés qu'il auroit
faitfon entrée dans la Ville , il
en ſeroit le maître. Ilfut content
de cette réponse.
Cependant M. Arnoul envoïa
chercher les Intendants de la Santé
qui lui demanderent àſe justifier
de la calomnie qu'on leur imputoit.
Il les envoya en même temps
à l'Ambaßadeur , àqui ils dirent
240 JOURNALH
en presence de l'Armenien qu'ils
n'avoient jamais fongéà visiter
fes paquets. L'Armenien déconcerté
avoiña alors que c'étoit luy
quiles avoitdecachetezde peurdes
vers. L'Ambaßadeur futfatisfait
de ces Meffieurs , leurfit
compliment ; mais l'Armenien
n'en fut pas quirie au mêmeprix.
Je continuëray ,Monseigneur ,
àvous écrire tout ce qui se paffera
en France au sujet de noftre
Ambaßadeur.Feprofiteray de toutes
les iccaſions quife preſenteront
pour vous en donnerdes nouvelles,
c'est la ſeule marque que je puiffe
vous donner demon attachement
نم
HISTORIQUE. 248
&da profond respect avec lequel
jefuis , concatalog
(
1714.
MONSEIGNEUR,
Je continuë à vous écrire fuivant
vos ordres, que nous arrivâmes
le huit d'Octobre à
Malthe , où le vent contraire
nous obligea de rélâcher ; que
nous en partimes le 12. aprésy
avoir esté tres- bien receus , y
avoir pris des rafraîchiſſements
230 JOURNAL
pour continuer noſtre route , qu'à
cent cinquante millede Marseille
le vent nous obligea encore une
fois de relâcher à la coſte de Sardaigne
, que nous moüillâmes à
Portoconté , où je pris de nouvelles
proviſions auffi bien qu'à
Malthe pourM. Ambaßadeur.
Le 21. nous partimes dudit
Portoconté , & nous arrivâmes
iry,graces àDieu, le 23. Le même
jour aprés que j'eus envoyéàM.
Arnoul la Lettre que vous m'aviz
donné pour luy, M. l'Ambaſſadeur
débarqua aux Infirme
ries ; auſfuôt M. l'Intendant envoya
deux de ſes Officiers luy
HISTORIQUE. 231
faire compliment de ſa part ,
ordonna en même temps qu'on
poriat aux Infirmeries tout ce qui
feroit neceßaire pour luy , &
pour fon monde. Deux jours
aprés Miffieurs les Confuls furent
le voir , & luy porterent le
Present accoutumé ; le 28. ilfit
fon entrée dans laVille :le mesme
jour M. l'Intendant luy envoya
le Prevost aveo ſes Officiers &
Archers acheval, trois Carroffes,
un àfix chevaux, er deux àquatre
, avec lesquels M. de Beauvais
Commiffaire des Galeresfut
le recevoir au Port ; il n'avoit
alors avec lay que moy,&deux
M
L
J
23 JOURNALH
de ſes Officiers , dont l'un portoit
Son Epée l'autre fa grande
Pipe ; nous paſſames fous leBalcon
où estoit la Reyne d'Espagne
qui fut bien aiſe de voir unAmbaſſadeur
Perfan en France. Il
estoit magnifiquement habillé àla
Perfienne , ilfut loger à la maifon
deM. de Cartigny ,oùquatre
Archers montent tous les jours la
garde àſa porte . Le 31. nousfûmesprendre
les Prefens qui étoient
dans la maiſon où demeuroit l'Armenien
qui les avoit apportez. Ils
estoient dans un coffre defer ce
coffre estoit enfermé dans un cabi
net dont l'Armenien avoit les
も
clefs. M.
HISTORIQUE. 235
M. l'Intendantpourfaire hon
neur aux Preſents du Roy de
Perſe , envoya les mêmes trois
Carroffes avec une Chaise magnifique,
le Prevoſt, ſes Officiers,
fes Archers , deux Principaux
Officiers de l'Ambassadeur, l'Ar
menien , & moy , pour les appor
ter en Cérémonie dans la maison
deM. de Cartigny. Pour cet effet
, nous tirâmes le coffre dela
maison de l'Armenien ; nous montâmes
dans un grandCarroffe,
le mîmes sur nos genoux. M.
l'Ambassadeur vint le recevoir
bors de la porte : dés qu'il vit ce
coffre , il se proſterna les mains
Février 1715 . V
234 JOURNAL
croisées devant ce dépost qui luy
avoit été confiéde la partde l'Empereurfon
Maistre ; il pleura de
joye en leconfiderant , &enfin il
s'écria qu'il étoit trop content de
Sonfort , & qu'il oublioit tous
les perils où il avoit été expoſez ,
puiſque Dieu luy avoit fait la
grace
grace de revoir les Presents de
l'Empereur ſon Maistre , & de
les remettre enſes mains pour les
porter au grand Empereur de
France , qui reluit fur la terre ,
comme le Soleil reluit au monde :
De plus , dit- il, au Prevoſt , &
aux Affiſtans , ſçachez , Meſ
fieurs , que je n'ay l'obligation
HISTORIQUE. 235
de ce bonheur qu'à M. l'Ambaſſadeur
qui eft à Conſtantinople;
qu'il m'a tiré des mains
des Turcs ; qu'il m'a donné
routes fortes de ſecours ; qu'il
m'a procuré le Bâtiment qui
m'a amené icy ; qu'il m'a don
néle * Drogment que voila ;
& qu'il avoit chargé de fes ordres
, qu'il a bien executez ,
puiſqu'il m'a enlevé au milieu
de dix mille hommes, & qu'il
m'a enfin amené icy. Il entra
alors enſa chambre avecſonPrefent
, &auffitôt il fit jetter au
peuple 30. ou 40. piastres en
Drogment veut dire Interprete.
A
Vij
236 JOURNAL
monnoye par les fenestres de fon
Appartemental
F'oubliois à vous dire ,Mon-
Seigneur , que lorſque nous fûmes
aux Infirmeries , ilfit venir
Agoubebant, l'Armenien qui avoit
étéchargé desPresentsàEri.
wan ,&qui étoit arrivéunmois
avant nousà Marseille; il le traitade
traître d'infidele ,&luy
fit les mauvais traitemens qu'il
jugea àpropos de luy fairefurdes
Soupçons bien ou mal fondez .
dont le détail vous eftinutile ; il
luy ordonna enfuite de luy apporter
cingpaquets qui luy appartenoient
,&qu'il luy avoit remis
HISTORIQUE. 237
!
bien
cachetez. L'Armenien les fit apporter
en effetfur lechamp ,mais
ouverts; de plus ily manquoit
des choses; ildemanda à l'Armenien
,d'où venoit ce defordre ,
qui les avoit décachetez, l'Armenienluy
répondit,que c'estoientles
Intendants de la Santé.Comment,
dit- il , alors , transportéde colere,
on ouvre donc icy les hardes des
Ambassadeurs , &se tournant
du coſté de quelques François qui
estorent là, il leur dit : Lorſque
ivos Envoyez , quels qu'ils
foient , viennent en Perfe
chargez de toutes fortes de
Marchandises , s'aviſe-t- on
238 JOURNAL .
jamais de les viſiter ; j'ay per
du toutmon équipage; j'ay ex
pofé ma vie cent fois pour
m'acquitter d'une commiffion
aufli dangereuſe : il ne merefte
plus que cinq petits paquets
qu'on a encore bien de la peine
à apporter icy , & on les.
ouvre ! on aura ſans doute ou
vert les Preſents auffi , je veux
les voir; en un mot je veux
qu'on me les apporte.
Le Prevêt qui étoit prefent ,
fut chargé du ſoin de rapporter
toutes ces choses à M. l'Intendant
, qui luy enuoïa dire qu'il
étoitfurpris de ce qu'il avoittrouHISTORIQUE.
239
.
véſes hardes ouvertes, qu'iln'en
avoit aucune connoiſſance , qu'il
alloit s'informer s'il étoit vray
qu'on eût cu cette audace
qu'auffitoft il luy rendroit juſtice ;
qu'à l'égard des Preſents il neju--
geoit pas à propos de les luy envoyer
; mais que dés qu'il auroit
faitfon entrée dans la Ville , il
en ſeroit le maître. Ilfut content
de cette réponse.
Cependant M. Arnoul envoïa
chercher les Intendants de la Santé
qui lui demanderent àſe justifier
de la calomnie qu'on leur imputoit.
Il les envoya en même temps
à l'Ambaßadeur , àqui ils dirent
240 JOURNALH
en presence de l'Armenien qu'ils
n'avoient jamais fongéà visiter
fes paquets. L'Armenien déconcerté
avoiña alors que c'étoit luy
quiles avoitdecachetezde peurdes
vers. L'Ambaßadeur futfatisfait
de ces Meffieurs , leurfit
compliment ; mais l'Armenien
n'en fut pas quirie au mêmeprix.
Je continuëray ,Monseigneur ,
àvous écrire tout ce qui se paffera
en France au sujet de noftre
Ambaßadeur.Feprofiteray de toutes
les iccaſions quife preſenteront
pour vous en donnerdes nouvelles,
c'est la ſeule marque que je puiffe
vous donner demon attachement
نم
HISTORIQUE. 248
&da profond respect avec lequel
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Résultats : 1 texte(s)
1
p. 182-191
INSTRUCTION pour le Sieur Paderi que j'ay chargé du soin de conduire en France l'Ambassadeur que le Sephi de Perse envoye au Roy.
Début :
Il s'embarquera à Constantinople sur la Barque appellée la [...]
Mots clefs :
Étienne Padery, Ambassadeur, Marseille, Lettres, Caravane, Alexandrette, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSTRUCTION pour le Sieur Paderi que j'ay chargé du soin de conduire en France l'Ambassadeur que le Sephi de Perse envoye au Roy.
INSTRUCTION
pour le Sieur Paderi que j'ay
chargé duſoin de conduire en
France l'Ambaßadeur que le
Sephi de Perſe envoye auRoy.
Il s'embarquera à Conſtantinople
ſur la Barque appellée
la Vierge de Grace commandée
par le Capitaine Eſtienne
Decuges. A
Lors qu'il ſera arrivéà Payas
proche d'Alexandrette , il en
verra ou ira luy même trouHISTORIQUE.
183
:
ver le Vice-Conful d'Alexandrette
auquel il rendra la Lettre
que je luy écris , & ils confereront
enſemble ſur les
moyens les plus convenables
pour embarquer ledit Ambaſfadeur
avec ſa ſuite , & le
pourvoir de rafraichiſſemens
pour ſon voyage.
Le Sieur Paderi fera toute
la diligence poſſible pour ſe
rendre à Alexandrette avant
la Caravanne qui eſt partie de
Conſtantinople le 7. de ce
mois, & qui doit arriver à
Alexandrette 25, ou 26. jours
aprés fon départ.
A
184 JOURNAL
Ledit Paderi , ledit Vice
Conful ,&le Capitaine gar
deront un ſecretprofond pour
ôter aux Turcs de la Caravanne
, & àceux du lieu de l'embarquement
, la connoiſſance
de ce que l'Ambaſſadeur ſera
devenu , puiſqu'il ne faut pas
douter qu'on ne faſſe de grandes
perquiſitions quand on
s'appercevra qu'il s'eſt évadé ,
ainſi il faudra mettre à la voi
le auffitôt qu'il ſera embarqué.
Lorſque la Caravanne fera
arrivée au rendez-vous general
des Pelerins qui eſt aux environs
d'Alexandrette , l'Ambaſſadeur
7
HISTORIQUE. 185
baſſadeur ne manquera pas de
donner de ſes nouvelles au S
Paderi & fi c'eſt à Alexan
drette ou à Seyde qu'il pourra
s'embarquer ; mais en quelque
endroit que ce ſoit,il faut que
leBaſument mette à la voile ,
auffitôt que l'Ambaſſadeur
fera dédans .
Le Sieur Paderi envoira
auffi vers la Caravanne l'homme
que j'ay deſtiné pour la
fuivre , qui doit arriver quelques
jours avant elleàAlexandrette
, afin qu'il prenne de
juſtes mefures avec l'Ambaf.
fadeur , foit pour s'embarquer
Février 171.5.
1861 JOURNALH
à Payas , ou vers Damas , ou
Barut Si c'eſt en ce dernier
licu , il prendra de concert les
précautions neceffaires avec le
Sieur Poulard , Conſul de
• Seyde , auquel il remettra la
Lettre que je luy écris pour ce
ſujet , enſuite de quoy il fera
route pour Marſeille fans toucher
en aucun Port Turc , à
moins qu'une neceſſité indif
penſable n'y obligeât le Bâtiment.
Le Sieur Padery ſe remettra
fans ceffe devant les yeux que
la diligence , & le ſecret font
les principales choſes qu'ilfaut
HISTORIQUE. 187
obſerver pour parvenir au but
quel'on ſe propoſe.
Les Lettres de créance de
l'Ambaſſadeur , de même que
les Preſents du Sephi pour Sa
Majesté , ayant eſté envoyez
à M. Arnoul , Intendant des
Galeres , & du Commerce ,
par le Sieur de Fontenu,Con
ful à Smyrne , il ya apparence
que M Arnoul ſera chargé
des ordres de Sa Majefté au
fujer de cet Ambaffadeur ;
ainſi le premier ſoin du Sieur
Padery , quand il ſera arrivé à
Marseille,doit eſtre de donner
part de ſon arrivée à mondít
A
Qij
288 JOURNAUH
(
Sieur Arnoul , afin de fuivre
les ordres qu'il luy preferira
pour conduire l'Ambaſſadeur
àla Cour , où ledit Sieur Padery
remettra les Lettres dont
il eſt chargé pour les Miniſtres
de Sa Majefté.
Enfin fi l'Ambaſſadeur ne
pouvoit s'embarquer ny à
Payas , ny à Damas , le Sicur
Paderyprendrades Lettres des
Confuls d'Alexandrette & de
Seyde ,par leſquelles ils rendront
compte de l'impoffibilité
qu'il y aura eu de réülfir à
embarquer cet Ambaſſadeur ;
Iedit Sieur Padery ſo rendra
HISTORIQUE. 189
avec la Barque , & les fix ou
fept Domeſtiques de l'Ambaſfadeur
à Marseille , où il informera
M. Arnoul de co
qu'on aura fait ,&le priera de
faire payer la fomme detsoo.
écus au Capitaine Decuges, de
laquelle je ſuis convenu avec
luy pour le fret de fon Bâtiment.
225 Le Sieur Padery pourvoira
dans la route , autant qu'il luy
ſera poſſible , à faire avoir de
petits rafraîchiſiemens à l'Am .
bafladeur. +
Dans toutes les Echelles où
le Sicur Padery touchera , files
190 JOURNAL
Marchands François , ou autres
, luy demandent ce qu'il
va faire à Alexandrette, il faut
que luy,&le Capitaine diſent
qu'ils y vont pour faire un
chargement pour le compte
d'un Marchand de Conſtantinople
,&le porter à Marseille,
&quand il partira d'Alexandrette
, ils diront que n'ayant
pû faire ce chargement , ils
vont ailleurs pour tâcher de le
faire.
Il faut que le Baftiment
touche à Chipres pour y remettre
les Lettres qu'on adreſſo
au Confulde cette Iſle.
HISTORIQUE.
Le Sieur Paderi me donne
rade ſes nouvelles de toutes
les Echelles , & des autres
lieux où il paſſera s'il le peut
faire...
Fait au Palais de France à
Pera lez Conſtantinople le 10.
Aouſt 1714. Signé DESALLEURS
.
PIERRE DESALLEURS , &c .
pour le Sieur Paderi que j'ay
chargé duſoin de conduire en
France l'Ambaßadeur que le
Sephi de Perſe envoye auRoy.
Il s'embarquera à Conſtantinople
ſur la Barque appellée
la Vierge de Grace commandée
par le Capitaine Eſtienne
Decuges. A
Lors qu'il ſera arrivéà Payas
proche d'Alexandrette , il en
verra ou ira luy même trouHISTORIQUE.
183
:
ver le Vice-Conful d'Alexandrette
auquel il rendra la Lettre
que je luy écris , & ils confereront
enſemble ſur les
moyens les plus convenables
pour embarquer ledit Ambaſfadeur
avec ſa ſuite , & le
pourvoir de rafraichiſſemens
pour ſon voyage.
Le Sieur Paderi fera toute
la diligence poſſible pour ſe
rendre à Alexandrette avant
la Caravanne qui eſt partie de
Conſtantinople le 7. de ce
mois, & qui doit arriver à
Alexandrette 25, ou 26. jours
aprés fon départ.
A
184 JOURNAL
Ledit Paderi , ledit Vice
Conful ,&le Capitaine gar
deront un ſecretprofond pour
ôter aux Turcs de la Caravanne
, & àceux du lieu de l'embarquement
, la connoiſſance
de ce que l'Ambaſſadeur ſera
devenu , puiſqu'il ne faut pas
douter qu'on ne faſſe de grandes
perquiſitions quand on
s'appercevra qu'il s'eſt évadé ,
ainſi il faudra mettre à la voi
le auffitôt qu'il ſera embarqué.
Lorſque la Caravanne fera
arrivée au rendez-vous general
des Pelerins qui eſt aux environs
d'Alexandrette , l'Ambaſſadeur
7
HISTORIQUE. 185
baſſadeur ne manquera pas de
donner de ſes nouvelles au S
Paderi & fi c'eſt à Alexan
drette ou à Seyde qu'il pourra
s'embarquer ; mais en quelque
endroit que ce ſoit,il faut que
leBaſument mette à la voile ,
auffitôt que l'Ambaſſadeur
fera dédans .
Le Sieur Paderi envoira
auffi vers la Caravanne l'homme
que j'ay deſtiné pour la
fuivre , qui doit arriver quelques
jours avant elleàAlexandrette
, afin qu'il prenne de
juſtes mefures avec l'Ambaf.
fadeur , foit pour s'embarquer
Février 171.5.
1861 JOURNALH
à Payas , ou vers Damas , ou
Barut Si c'eſt en ce dernier
licu , il prendra de concert les
précautions neceffaires avec le
Sieur Poulard , Conſul de
• Seyde , auquel il remettra la
Lettre que je luy écris pour ce
ſujet , enſuite de quoy il fera
route pour Marſeille fans toucher
en aucun Port Turc , à
moins qu'une neceſſité indif
penſable n'y obligeât le Bâtiment.
Le Sieur Padery ſe remettra
fans ceffe devant les yeux que
la diligence , & le ſecret font
les principales choſes qu'ilfaut
HISTORIQUE. 187
obſerver pour parvenir au but
quel'on ſe propoſe.
Les Lettres de créance de
l'Ambaſſadeur , de même que
les Preſents du Sephi pour Sa
Majesté , ayant eſté envoyez
à M. Arnoul , Intendant des
Galeres , & du Commerce ,
par le Sieur de Fontenu,Con
ful à Smyrne , il ya apparence
que M Arnoul ſera chargé
des ordres de Sa Majefté au
fujer de cet Ambaffadeur ;
ainſi le premier ſoin du Sieur
Padery , quand il ſera arrivé à
Marseille,doit eſtre de donner
part de ſon arrivée à mondít
A
Qij
288 JOURNAUH
(
Sieur Arnoul , afin de fuivre
les ordres qu'il luy preferira
pour conduire l'Ambaſſadeur
àla Cour , où ledit Sieur Padery
remettra les Lettres dont
il eſt chargé pour les Miniſtres
de Sa Majefté.
Enfin fi l'Ambaſſadeur ne
pouvoit s'embarquer ny à
Payas , ny à Damas , le Sicur
Paderyprendrades Lettres des
Confuls d'Alexandrette & de
Seyde ,par leſquelles ils rendront
compte de l'impoffibilité
qu'il y aura eu de réülfir à
embarquer cet Ambaſſadeur ;
Iedit Sieur Padery ſo rendra
HISTORIQUE. 189
avec la Barque , & les fix ou
fept Domeſtiques de l'Ambaſfadeur
à Marseille , où il informera
M. Arnoul de co
qu'on aura fait ,&le priera de
faire payer la fomme detsoo.
écus au Capitaine Decuges, de
laquelle je ſuis convenu avec
luy pour le fret de fon Bâtiment.
225 Le Sieur Padery pourvoira
dans la route , autant qu'il luy
ſera poſſible , à faire avoir de
petits rafraîchiſiemens à l'Am .
bafladeur. +
Dans toutes les Echelles où
le Sicur Padery touchera , files
190 JOURNAL
Marchands François , ou autres
, luy demandent ce qu'il
va faire à Alexandrette, il faut
que luy,&le Capitaine diſent
qu'ils y vont pour faire un
chargement pour le compte
d'un Marchand de Conſtantinople
,&le porter à Marseille,
&quand il partira d'Alexandrette
, ils diront que n'ayant
pû faire ce chargement , ils
vont ailleurs pour tâcher de le
faire.
Il faut que le Baftiment
touche à Chipres pour y remettre
les Lettres qu'on adreſſo
au Confulde cette Iſle.
HISTORIQUE.
Le Sieur Paderi me donne
rade ſes nouvelles de toutes
les Echelles , & des autres
lieux où il paſſera s'il le peut
faire...
Fait au Palais de France à
Pera lez Conſtantinople le 10.
Aouſt 1714. Signé DESALLEURS
.
PIERRE DESALLEURS , &c .
Fermer
Pas de résultat.