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Liste
351
p. 139-150
ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
Début :
Toy qui fis retentir le monde [...]
Mots clefs :
Paix, Roi, Monarque, Héros, Louis, Prince, Grand monarque, Bruit, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
ODE
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits
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Résumé : ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
L'ode célèbre les exploits du roi et la reconnaissance de la France pour la paix rétablie. Le poète invoque les muses pour louer le roi, soulignant que ses mérites dépassent ses victoires militaires. Il compare favorablement le roi à Alexandre le Grand, car il utilise sa puissance pour le bien-être de son peuple plutôt que pour la guerre. Le texte critique les princes cherchant uniquement la gloire militaire au détriment de leur peuple, les qualifiant de tyrans. Il loue les vertus du roi, sa sagesse et sa justice, ainsi que sa force militaire. La paix est présentée comme le couronnement de ses exploits, apportant joie et réunification des familles. Le poème se conclut par un vœu pour une longue vie au roi, entourée de paix et de bienfaits pour son peuple.
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352
p. 151-163
IDYLLE SUR LA PAIX.
Début :
Helas ! quand finiront mes maux ? [...]
Mots clefs :
Paix, Peuples, Climats, Louis, Victoire, Triomphe, Sujets, Roi, Maux, Eaux , Seine
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texteReconnaissance textuelle : IDYLLE SUR LA PAIX.
IDYLLE
SUR
LA PAIX.
HElAS!quandifniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrosèdefis
eaux,
N'yJerai-je plus rappellée?
Quellefureur!
Le tumulte des armes,
La guerre f5fis alarmes,
Ont-ils de quoy charmer
un coeur?
N'ai-jtpasplusde charmes?
Helas! quandfiniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
1
Des climats que la Seine
arrosedeses
eaux?
iVjferai-je plus rappellee
?
LOUIS
,
l'invincible, LOUIS
Veut-il voir à ses pieds
tous les peuples
fournis?
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes I[)oeux
toujours inexorable?
-
L'on ne voit par-tout
que feu,
Tout dépouvante frifsonne
;
L'airain meurtrier raisonne,
Tortant la mort en tout
lieu 5
Lesalpêtre en courroux
tonnt
Le plomb homicide
pleut
Mais maigretant d'horreursjeputsvaincre
Bellone,
Si LOUIS leveut.
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes voeux
toujours inexorable?
Mais quel mortelporte
versmoyses pas?
Cess LOUI S, je le
vois paroître.
C'cjl lui, je ne me trompe
pas.
Ah !qui pourvoit le méconnoître?
Quel cft ce Jubit changement
?
Les Ris, les eux flJ
les Grâces
Suivent fis aimables
traces.
Ciel!quel est mon étonnement?
Ce Hérosprés de moy
saVAnce;
Il parle: Vents,faites
silence.
ArimablePdix., ne PleureZj
plusrvos maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrose de Jes
eaux , - Dans ces heureux climats
vous êtes rap~
pellée.
Ne pleurons plus ttos
maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la 'Seine
arrose de ses
eaux
Dans ces heureux climats
je fuis donc
rappellée.?
Je triomphe donc de
Mars,
Sessanguinairesregards
Netroubleront doncplusi
les tranquiles rempars
?
C'est le Roy des Fran--
çois qui cause ma
victoire ; Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantez,peuples, chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Les fureurs des combats,
les troubles de
laguerre
N'ensànglanteront plus.
la terre.
Tous les peuples rai-*
Ilez,
Vont voirBellone à mes
pieds.
C'cjllc Roy des Fran
çois qui cause ma
victoire; Ilveutmerendre à ses
sujets.
Chantez,peuples chantez,
sagloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Vous qui ne me quittez
tez jamais
Aimable e fertile abondance
Partez> Juivez-moy
dans laFrance
Venez, la combler de
bienfaits
Venez en chasser la tris
tese
Qu'on riy respirequ'allegreffe
,
Qj£on ne vOJe en tous
lieux que guirlandes,
sestons
Quetoutsisentedevos
dons.
C'estle Roy des François
qui cause ma
victoire Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantezl.,peuples,chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Et vous 3
Dieux
3
prenezsoinduplusjuste
des Princes,
Qu'il gouverne longtempsses
tranquilles
Provinces.
Quelque longs quesoient
ses jours,
Ils seront toujours trop
courts.
Quil vive, quilvive, *quilvive, -
Ce Monarque amateur
de la paisible Olive,
Qu'ilvive,quilvive,
quilvive.
SUR
LA PAIX.
HElAS!quandifniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrosèdefis
eaux,
N'yJerai-je plus rappellée?
Quellefureur!
Le tumulte des armes,
La guerre f5fis alarmes,
Ont-ils de quoy charmer
un coeur?
N'ai-jtpasplusde charmes?
Helas! quandfiniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
1
Des climats que la Seine
arrosedeses
eaux?
iVjferai-je plus rappellee
?
LOUIS
,
l'invincible, LOUIS
Veut-il voir à ses pieds
tous les peuples
fournis?
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes I[)oeux
toujours inexorable?
-
L'on ne voit par-tout
que feu,
Tout dépouvante frifsonne
;
L'airain meurtrier raisonne,
Tortant la mort en tout
lieu 5
Lesalpêtre en courroux
tonnt
Le plomb homicide
pleut
Mais maigretant d'horreursjeputsvaincre
Bellone,
Si LOUIS leveut.
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes voeux
toujours inexorable?
Mais quel mortelporte
versmoyses pas?
Cess LOUI S, je le
vois paroître.
C'cjl lui, je ne me trompe
pas.
Ah !qui pourvoit le méconnoître?
Quel cft ce Jubit changement
?
Les Ris, les eux flJ
les Grâces
Suivent fis aimables
traces.
Ciel!quel est mon étonnement?
Ce Hérosprés de moy
saVAnce;
Il parle: Vents,faites
silence.
ArimablePdix., ne PleureZj
plusrvos maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrose de Jes
eaux , - Dans ces heureux climats
vous êtes rap~
pellée.
Ne pleurons plus ttos
maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la 'Seine
arrose de ses
eaux
Dans ces heureux climats
je fuis donc
rappellée.?
Je triomphe donc de
Mars,
Sessanguinairesregards
Netroubleront doncplusi
les tranquiles rempars
?
C'est le Roy des Fran--
çois qui cause ma
victoire ; Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantez,peuples, chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Les fureurs des combats,
les troubles de
laguerre
N'ensànglanteront plus.
la terre.
Tous les peuples rai-*
Ilez,
Vont voirBellone à mes
pieds.
C'cjllc Roy des Fran
çois qui cause ma
victoire; Ilveutmerendre à ses
sujets.
Chantez,peuples chantez,
sagloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Vous qui ne me quittez
tez jamais
Aimable e fertile abondance
Partez> Juivez-moy
dans laFrance
Venez, la combler de
bienfaits
Venez en chasser la tris
tese
Qu'on riy respirequ'allegreffe
,
Qj£on ne vOJe en tous
lieux que guirlandes,
sestons
Quetoutsisentedevos
dons.
C'estle Roy des François
qui cause ma
victoire Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantezl.,peuples,chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Et vous 3
Dieux
3
prenezsoinduplusjuste
des Princes,
Qu'il gouverne longtempsses
tranquilles
Provinces.
Quelque longs quesoient
ses jours,
Ils seront toujours trop
courts.
Quil vive, quilvive, *quilvive, -
Ce Monarque amateur
de la paisible Olive,
Qu'ilvive,quilvive,
quilvive.
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Résumé : IDYLLE SUR LA PAIX.
Le poème 'Idylle sur la paix' relate la douleur d'une personne exilée loin de la Seine, aspirant à la fin des souffrances causées par la guerre. La narratrice déplore la violence des combats et les alertes constantes, se demandant si Louis, le conquérant, restera implacable. Elle observe les ravages et la mort apportés par la guerre, mais espère vaincre Bellone, la déesse de la guerre, grâce à Louis. La narratrice reconnaît soudain Louis parmi les mortels et est émerveillée par sa présence. Louis annonce qu'elle est rappelée dans les régions heureuses arrosées par la Seine et qu'elle triomphera de Mars, le dieu de la guerre. Il souhaite la rendre à ses sujets et mettre fin aux conflits. La narratrice appelle alors à célébrer la gloire de Louis et le triomphe de la paix. Elle invite également l'abondance à revenir en France pour chasser la tristesse et apporter des bienfaits. Enfin, elle prie les dieux de protéger Louis, souhaitant qu'il gouverne longtemps ses provinces en paix et vive longtemps.
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353
p. 164-168
Reflexion politique de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Le projet que j'avois formé, & que vous allez [...]
Mots clefs :
Gazette, Nouvelles, Aventures, Ambassadeur de Perse, Nouvellistes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexion politique de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le projet que javois
formé, & que vousallez
lire, Meneurs, va sans
doute être condamné de
ces grands partisans des
nouvelles qui aiment à
relire dans les Journaux
Se dans les Gazettes tous
ces évenemens que les
raconteurs débitent les
uns aprés les autres, SC
qu'ils assaisonnent, pour
se donner* entr'eJ ux un
air de difference, ou de
circonstances suspectes,
ou de phcalesinutiles.
Pour moy qui ne pense
pas qu'il y ait aucune loy
qui m'engage à faire à la
fin de chaque mois une
récapitulation exatre de
ce que le Public a 1ft dans
les Gazettes dans le courant
du mois, je me fuis
crû dispensé de repeter
ses nouvelles, & je me
fuis mis en tête que je ne
devois dorénavant vous
coter quecelles que l'on
n'aura pas vûës chez elles.
Danscette vûëj'avois
rassemblé toutes les lettres
que j'aireçûësau sujet
de l'Ambassadeur de
Perse;j'avois fait une suite
des avantures de son
voyagequi sont venues
à ma connoissance) &C
j'alloisvousen faire part,
comme d'un article de
nouvelles rempli de particularitez
singuieres-,
s'ilavoit jugé à propos
d'arrivericiassez à tem ps
pour me donner le loisir
de m'informer de ses interprétés,
s'il n y a point
de dangerd'exposerà
vos yeux les choies que
l'on 1tes.CetAi-nbassadeurdonc,
qu'onattend
de jour en jour, &
dont le portraitestabsolumentnecessaire
à la tête
de son histoire, n'est
pas encore arrivé. Ainsi,
Messieurs ; ne vous en
prenez pas à moy, mais à
lui, sijenevousentretiés
de son voyage Se de ses
avantures, qu aprés avoir
vû sa personne. En
attendat,je vous promets
que ce que je vous en dirai
ne fera pas le plus indifferet
chapitredu mois--
prochain. Je sens neanmoins
quecetterai sonne
me dispense pas,à l'égard
des Nouvelists, du foin
de leurdônerdesnouvelles:
cela est vrai;& s'il y a
place pour elles dans la
suite de ce Journal
,
à la
bon ne heur; linon ils s'en
passeront.
formé, & que vousallez
lire, Meneurs, va sans
doute être condamné de
ces grands partisans des
nouvelles qui aiment à
relire dans les Journaux
Se dans les Gazettes tous
ces évenemens que les
raconteurs débitent les
uns aprés les autres, SC
qu'ils assaisonnent, pour
se donner* entr'eJ ux un
air de difference, ou de
circonstances suspectes,
ou de phcalesinutiles.
Pour moy qui ne pense
pas qu'il y ait aucune loy
qui m'engage à faire à la
fin de chaque mois une
récapitulation exatre de
ce que le Public a 1ft dans
les Gazettes dans le courant
du mois, je me fuis
crû dispensé de repeter
ses nouvelles, & je me
fuis mis en tête que je ne
devois dorénavant vous
coter quecelles que l'on
n'aura pas vûës chez elles.
Danscette vûëj'avois
rassemblé toutes les lettres
que j'aireçûësau sujet
de l'Ambassadeur de
Perse;j'avois fait une suite
des avantures de son
voyagequi sont venues
à ma connoissance) &C
j'alloisvousen faire part,
comme d'un article de
nouvelles rempli de particularitez
singuieres-,
s'ilavoit jugé à propos
d'arrivericiassez à tem ps
pour me donner le loisir
de m'informer de ses interprétés,
s'il n y a point
de dangerd'exposerà
vos yeux les choies que
l'on 1tes.CetAi-nbassadeurdonc,
qu'onattend
de jour en jour, &
dont le portraitestabsolumentnecessaire
à la tête
de son histoire, n'est
pas encore arrivé. Ainsi,
Messieurs ; ne vous en
prenez pas à moy, mais à
lui, sijenevousentretiés
de son voyage Se de ses
avantures, qu aprés avoir
vû sa personne. En
attendat,je vous promets
que ce que je vous en dirai
ne fera pas le plus indifferet
chapitredu mois--
prochain. Je sens neanmoins
quecetterai sonne
me dispense pas,à l'égard
des Nouvelists, du foin
de leurdônerdesnouvelles:
cela est vrai;& s'il y a
place pour elles dans la
suite de ce Journal
,
à la
bon ne heur; linon ils s'en
passeront.
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Résumé : Reflexion politique de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le texte annonce un projet de publication de nouvelles destiné aux 'Meneurs'. L'auteur précise qu'il évitera de reproduire des informations déjà parues dans les journaux mensuels, préférant se concentrer sur des contenus inédits. Il mentionne notamment les aventures de voyage d'un ambassadeur perse, dont la publication est retardée par son arrivée tardive. L'auteur assure que des détails sur cet ambassadeur seront fournis dès que possible. Entre-temps, il garantit que les futures publications ne manqueront pas d'intérêt. Toutefois, il reconnaît la nécessité de fournir des nouvelles aux nouvellistes, même si elles ne sont pas toujours intégrées au journal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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354
p. 169-194
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay promis le mois passé de reprendre l'article de [...]
Mots clefs :
Roi, Comte, Chevalier, Gouverneur, Morts, Dame, Chevalier, Maréchal, Lieutenant général, Cardinal, Comte de Grignan, Cardinal d'Estrées, Duc d'Estrées, Ordres du roi, Chevalier des Ordres du roi, Royaume, Ordre du Saint-Esprit
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texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Je vous ay promis le mois ,
passé de reprendre l'article de
Son Eminence Monteigneur
le Cardinal d'Estrées ; nous y
voicy ,
Messieurs, vos regrets
sur la perte de ce grand homme
, feroient peutêtre son
éloge, & suffiroient pour
m'engagerau silence,si jen'étois
pas obligé d'en dire ce
que tout le monde peut n'en
pas sçavoir.
Cesar d'Estrées, Cardinal
du Titre de la Trinité du
Mont, Camerlingue du Sa-i
cré College
y
Evêqued'Albano,
cy-devant Evêque&Duc
de Laon, Pair de France,Com-
mandeur de l'Ordre du Saint
Esprit,Protecteur du Royaume
de Portugal,Abbé de
Longpont, duMontS Eloy,
de S. Nicolas Aubois
,
d'Anchin
prés Doüay, deStaffarde
en Piémont,& de S.Germain
des Prez, cy devant aussi Abbé
de S. Claude en Franche-
Comte,Docteur de Sorbonne
,
Doyen de l'Académie
Françoise
3
& Protecteur de
celle de Soissons, mourut au
Palais Abbatial de S. Germain
des Prez le mardy au foir
1 8.
Décembre 1714. Ilestoitné
au mois de Février ié18. fut,,
nommé Evêque de Laon en.
1653. créé Cardinal par le
PapeClément X. en 1671.
,&, fût fait
-
l'un des Prélats
Commandeurs de l'Ordre du
S.Espriten1688.Ilavoitété
employé en plusieursnégociations.
importantes dans les
Cours de Rome, de Portugal,
de Savoye & d Espagne, où il
s'estoit fait generalement aimer
& estimer. Il avoit eu
pour frere aîné FrançoisAncubai
2. du nom,Duc d'Er..
trées, Pair de France, Gouverneur
de rMs de France,
mort Ambjujdcur Extraordinaireà
Rome le 30Janvier
1687 ayeul de M. le Duc
d'Estrées à present vivant, &
pour frere puîné feu Jean
Comte d'Estrées
,
Maréchal
& Vice-Amiral de France,
Chevalierdes Ordres du Roy,
pere de M. le Maréchal d'Estrées,
&deM.l'Abbéd'Estrées
, Abbé de S. Claude en
Franche Comté, PrélatCommandeur
de l'Ordre du S. Esprit,
cy- devant Ambassadeur
en Portugal,puis Ambassadeur
Extraordinaire en Espagnc.
Ils estoient tous trois fils
deFrançois- Annibal d'Estrées,
Duc d'Estrées, Pair,& Maréchal
de France,Chevalier des
Ordres du Roy, Gouverneur
de 1Ifl: de France, & de Marie
de Bcthune Selles sa premiere
femme, petit-fils d'Antoine
d'Estrées,Seigneur de
Coeuvres
)
Grand- Maistre de
l'Artillerie de France, Chevalier
des Ordres du Roy,Senéchal&
Gouverneur duBoulonnois,
& de Françoise Babou
de la Bourdefiere, & arriéré
petit fils de Jean d'EC
trées, Seigneur de Coeuvres,
& de Vallieu, Grand-Maistre
de l'Artillerie de France, Chevalier
de l'Ordre du Roy, Se
Sencchal du Boulonnois,&de
Catherine de Bourbon, fille de
Jacques bâtard de Vendôme.
La Maison d'Estrées est originaire
de Picardie; ellen'est pas
moins illustreparl'ancienneté
de sa noblesse
, que par les
grandes dignirez de la Couronne
donc elle a estédecorée
& pu ses grandes alliances.
La genéalogie en est rapportée
dans l'Histoire des Maréchaux
de France par le sieur
Dufourny
, au chapitre des
Maréchaux de France, & des
Grands Maistres de l'Artillerie.
Peu de jours avant sa mort,
une Demoiselle de 14, ans
avoir soutenu à Turin une
These Latine qu'elle avoit dediée
à Madame Royale; cette
Princesse l'avait envoyée à M.
le Cardinal. Il y a pluficurs
traits dans l'Epitre dédicatoire
de cette These que le Public
verroit avec plaisir, s'ils n'étoient
pas )
à le bien prendre,
de vrais Concetti. Chacun sçait
que Son AUefle Royale cft
niece de Son Eminence, donc
M. de la Monnoye a fait l'E..
pitaphe à la tête du Livre des
Hexaples d'Origenes donne
par Dom Bernard de Montfaucon
en 2. vol. in fol. En
voicy les Vers.
HieillcestCæfàrIAtiQ
decus additus ostro
Herj-a de gente satusnon
de-gener JleroJ
Quem Tiberis,Bcetifque
colunt, cuisequana
pl. udit:
ConsilisReges doctus,populosque
luvare,
Immensaque omnem complexus
mente Minervam
Et calamo, & lingua
magnus,sedpectoremajor.
Magiclaine de l'Espinay ,
veuve de Henry de Lorraine,
Comte de Brionne
,
Grand-
Ecuyer de France en survivance
de M. le Comte d'Armagnac
son pere,Chevalier des
Ordres du Roy, mourut le..
Décembre 1714. laissa nt pour
fils unique Louis de Lorraine,
dit le Prince de Lambe fc
, marié
depuis le it MiYt709.
avec J anne Henriette Marguerite
de Durfort de Duras>
fille aînéede feu M. le Duc de
buras. Madame la Comtesse
de Brionne qui vient de mourir
estoitfille unique & heritiere
de Louis d Espinay,Marquis
d'Espmay en Bretagne&,
de Broon,& de Dame Marie-
Françoise Coufin de saint Denis)
cH sortied'une des plus anciennes
Maisons de Bretagne,
oùelle subsiste encore à present
, & qui a pris son nom
duChasteaud'Espinay dans la
Senechaussée de Rennes.
Noël Bouton, Seigneurde
S. Leger,&de Dennevy,dit
le Marquis deChamilly, Maréchal
de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur
de Strasbourg
,
&cy devant
Commandant dans les
Provinces de Poitou,dAunis,
&.de la Rochelle,mourut à
Paris le 8 sans laiser d'enfans
de Dame Elisabeth du Bouchetde
~Vilfltx sonEpouse Il
estoie né le 6. Avril ic36. &
avoir commencé a servir dés
l'an 1656. s'estoit signalé en
Candie en 1668. & dans un
nombre infini d'autres actions
, sur tout dans ladeffense
de la Ville de Grave dont il
CaOlt Gouverneur, & dont il
sontint le siege pendant prés e mois en 1674. Il futfait
Maréchal de France le ^.Janvier
1703. & Chevalier des
Ordres du Roy le 2.. Février
1705.Ilétoit frere puîné d'Erard
Bouton, Comte de Chamilly
,
M aréchal de Camp
9
pere dl. FrançoisBoucon,Comte
de Chamilly, Lieutenant
General des Armées du Roy,
cy- devant Ambasssadeur Extraordinaireen
Dannemarck,
qui n'a que des 6,les de son
mariage avec D.¡me Catherine
Poncé de la Rivière. La
Maison de Bouton Chamilly
cft d'une noblesse ancienne &.
distinguée en Bourgogne.
L'Histoire en a esté donné au
Public par le sieur Pallio, Imprimeur
des Etats de Bourgogne
,
& elle se trouve encore
dans le premier tome de tHtC.
toire des Grands Officiers de la
Couronne.
Mcffire FrançoisdeSalignac
de la Mothe Fenclon,
Archevêque & Duc de Cambray
,
Prince de Cambresis,
l'un des 40. de l'Académie
Françoise
,
cy-devant Précepteur
des EnfansdeFrance,
mourut en son Archevêché
Je Janvier 1715.Ii etoit
fils dePonsde. Salignac,Comre
de Fenclon
,
& de Dame
Loüise de la Crope S. Asbre
sa seconde femme. Il avoit
pour frere aînéFrançois de
SalignacComte de Fenelon,
fils dumêmePons deSalignac,,
&de Dame I sabeau d'Esparbes
de Lussan sa première femme,
& ayeul de M. le Marquis
de Fenelon
,
Colonel du
Regiment de Bigore, & de
Messieurs les Abbez de Fenelon
, & de Salignac. La Maison
de Salignac l'une des
plus anciennes du Royaume,
est originaire de Perigord;elle
prend son nom de la Chhâ"cell--
lenie de Salignac située à deux
lieuësdelaVille de Sarlattes,
lxclles'efi: alliée detout tems *
avec les Maisons les plus considerables.
Messire François Adhemar
de Monteil de Castelanne
,
Comte de Grignan, Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General au Gouvernement
de Provence, mourut le
30. Decembre 1714. Ilestoit
fils de Louis Gaucher Adhemarde
Monteil
,
Comte de
Grignan,& de Marguerite
d'Ornano, & neveu de François
Adhemar de Montcil de
Grignan, Archevêque d'Arles
, l'un des Prelats Commandeurs
de l'Ordre du S. Esprit
mort en 1689. Le veritable
nom de M.le Comte de Grignan
étoit Castelanne, Maison
des plus anciennes, des
plusillustres,&des plus étenduës
de la Provence,& il ne
portoit le nom d'Adhemar de
Grignan qu'en vertu de la
substitution portée par leTestament
fait l'an lyo6. par
Gaucher Adhemar, Seigneur
& Baron de Grignan,de l'une
des
des plus puissantes Maisonsde
Provence, en faveur des ensans
sortis du mariage de Blanche
Adhemar sa fille avec Gaf.
pard de Castelanne, quatrième
ayeul de M. le Comte de
Grignan qui vient de mourir.
Messire Paul. Augusteton
de la Rochesoucault ;
Comte de Jarnac, Marquis de
Sourdam
,
&c. Brigadier des
Armées du Roy, & Colonel
du Régiment de Bearn, mourut
le 19. Décembre1714. Il
avoit épousé depuis peu Ma.
demoiselle dejarnac, heritiere
de la Comté de Jarnae du
nom deChabot,&demême
Maison que M le Duc de Rohan.
Il estoit frere puîné de
M. le Marquis de Montendre,
& fils de Messîre Louis Charles
de la Rochefoucault, Marquis
de Montendre, & de
Dame Magdelaine Pitou, donc
je vous ay appris la mort il y
a quelques mois. La Maison
de la Rochefoucault est une
des plUStllufires du Royaume;
ellc est originaire de l'Angoumois,
où ca situé le Château
de la Roche, qui luy a donné
son nom.
Louis, Chevalier Ecuyer
Seigneur de Bagnollet, Moeuvres,
de S.Hilaire, &c. Cohseiller-
Secretaire du Roy, &
cy devant Fermier General
,
mourut le 5. laissant entr'autres
enfans, Loüis Chevalier,
Président des Enquestes du
Parlement ;i) estoit fils de Nicolas
Chevalier sieur du Bochet,
Receveur des Tailles à
Nogent, & d'Anne Bonnet,
& petit fils de Claude Chevalier
sieurde S. Hilaire, & de
Moeuvres, Conseiller au Présidial
de Rheims, & Bailly de
cet Archevêché, & de Marguerite
Godé.
Dame Marie LoüiseChar.
lote Pot de Rhodes, seconde
femme de Gand Villain, Prince
d'Isenghien
, mourut en
couches le 8. Janvier;elleétoit
fiile de Charles Pot, Marquis
de Rhodes, cy-devant grand
Maistre des Cérémonies de
France, & de Dame Marie-
Therese de Simiane deGordcs;
la Maison dont elle sortoit est
une des plus anciennes & des
plusillustres du Berry, comme
on le peut voir par la Genealogie
qui en est rapponée dans
l'histoiie de cette Province,
pat le sieur de la Thomasiere,
Pour celle de Gand
- Villain,
d'Isenghien
,
elle est une des
plus anciennes & des plus illustres
du Comté de Flandres,
& forry des anciens Chastelains
de Gand, suivant le célebre
André Duchesne, qui
en a donné l'histoire avec ses
preuves a-la fuite de celle de
la Maison des anciens Comtes
de Guyenne.
Dame Marie-Marguerite-
Fran^ovfe del'Elées,épouse de
Mr Loüis Demoulins, Chevalier
Marquis de l'Isle, Brigadier
des Aimées du Roy,
Colonel du Regiment de la
Fere, mourut le 9 Janvier.
t Mr Jean du Faure de Valeille,
Maréchal des Camps
& Armées du Roy,Commandeur
de l'Or dre de S. Louis,
cy- devant Gouverneur de la
Ville & Citadelle de Nancy ,
mourut le 6 Janvier 1715.
Dame Cbai lore deCrequy,
épouse de MdTire Aymard
Louis
,
Marquis de Sailly
, Lieutenant General des Armées
du Roy, mourut le 2.
de ce mois; la Maison de
Crequy dont elle estoit, est
une des plus iliuftres du
Royaume, tant par son ancicnneté
que par la grandeur
de ses alliances; elle est originaire
de Picardie, où est situé
la Terre de ce nom; & 1* Genealogie
en est amplement
rapportée dans l'histoire des
grands Officiers de la Couronneau
Chapitredes Maréchaux
de France: Pour celle
de Sailly, elle est d'une Noblesse
distinguée de la même
Province de Picardie, & prend-
son nom dela Seigneurie de-
Sailly & ArrOÜalfe:
Dame Diane Gabrielle de
Damas Thianges, veuve de
Messire Philippes Julien Mazarini,
Mancini Duc de Nivernois
& Donziois,Pair de Fran.
ce,Chevalier des Ordres da
Roy, Gouverneur, & Lieutenant
General pour Sa Majesté
e fdi[s Pays, mourut le 12. Janvier
1715.laissant pour ensans
Mr le Prince de Vergagne,
Mr de Mancini, MadaDmOe la
Princesse de Chimay, & Madame
la Duchessed'Estrées:
Elleestoit sile deClaudLéonordDamasMarquis
deThianges,
&deGibriel de Rochechoürt,
Princesse de Tonnecharante
,
&;, petite fille de
Charles Damas Marquis da
hianges:)
Thianges, Chevalier de l'Ordre
du S. Esprit, Lieutenant
General au Gouvernement de
Bresse,Maréchal des Camps
& Armées du Roy, & Capitaine
de cent hommes d'armes
; la Maison de Damas est
originaire du Duché de Bourgogne,
& elle est une des plus
illustres du Royaume
, tant
par son ancienneté que par ses
grandes alliances. Pour celle
de Mancini, elle cO: originaire
dela Ville de Rome, & est
connuë en France depuis le
CardinalMazarin
,
dont feu
Mr le Duc de Nevers estoit
neveu par sa mere.
passé de reprendre l'article de
Son Eminence Monteigneur
le Cardinal d'Estrées ; nous y
voicy ,
Messieurs, vos regrets
sur la perte de ce grand homme
, feroient peutêtre son
éloge, & suffiroient pour
m'engagerau silence,si jen'étois
pas obligé d'en dire ce
que tout le monde peut n'en
pas sçavoir.
Cesar d'Estrées, Cardinal
du Titre de la Trinité du
Mont, Camerlingue du Sa-i
cré College
y
Evêqued'Albano,
cy-devant Evêque&Duc
de Laon, Pair de France,Com-
mandeur de l'Ordre du Saint
Esprit,Protecteur du Royaume
de Portugal,Abbé de
Longpont, duMontS Eloy,
de S. Nicolas Aubois
,
d'Anchin
prés Doüay, deStaffarde
en Piémont,& de S.Germain
des Prez, cy devant aussi Abbé
de S. Claude en Franche-
Comte,Docteur de Sorbonne
,
Doyen de l'Académie
Françoise
3
& Protecteur de
celle de Soissons, mourut au
Palais Abbatial de S. Germain
des Prez le mardy au foir
1 8.
Décembre 1714. Ilestoitné
au mois de Février ié18. fut,,
nommé Evêque de Laon en.
1653. créé Cardinal par le
PapeClément X. en 1671.
,&, fût fait
-
l'un des Prélats
Commandeurs de l'Ordre du
S.Espriten1688.Ilavoitété
employé en plusieursnégociations.
importantes dans les
Cours de Rome, de Portugal,
de Savoye & d Espagne, où il
s'estoit fait generalement aimer
& estimer. Il avoit eu
pour frere aîné FrançoisAncubai
2. du nom,Duc d'Er..
trées, Pair de France, Gouverneur
de rMs de France,
mort Ambjujdcur Extraordinaireà
Rome le 30Janvier
1687 ayeul de M. le Duc
d'Estrées à present vivant, &
pour frere puîné feu Jean
Comte d'Estrées
,
Maréchal
& Vice-Amiral de France,
Chevalierdes Ordres du Roy,
pere de M. le Maréchal d'Estrées,
&deM.l'Abbéd'Estrées
, Abbé de S. Claude en
Franche Comté, PrélatCommandeur
de l'Ordre du S. Esprit,
cy- devant Ambassadeur
en Portugal,puis Ambassadeur
Extraordinaire en Espagnc.
Ils estoient tous trois fils
deFrançois- Annibal d'Estrées,
Duc d'Estrées, Pair,& Maréchal
de France,Chevalier des
Ordres du Roy, Gouverneur
de 1Ifl: de France, & de Marie
de Bcthune Selles sa premiere
femme, petit-fils d'Antoine
d'Estrées,Seigneur de
Coeuvres
)
Grand- Maistre de
l'Artillerie de France, Chevalier
des Ordres du Roy,Senéchal&
Gouverneur duBoulonnois,
& de Françoise Babou
de la Bourdefiere, & arriéré
petit fils de Jean d'EC
trées, Seigneur de Coeuvres,
& de Vallieu, Grand-Maistre
de l'Artillerie de France, Chevalier
de l'Ordre du Roy, Se
Sencchal du Boulonnois,&de
Catherine de Bourbon, fille de
Jacques bâtard de Vendôme.
La Maison d'Estrées est originaire
de Picardie; ellen'est pas
moins illustreparl'ancienneté
de sa noblesse
, que par les
grandes dignirez de la Couronne
donc elle a estédecorée
& pu ses grandes alliances.
La genéalogie en est rapportée
dans l'Histoire des Maréchaux
de France par le sieur
Dufourny
, au chapitre des
Maréchaux de France, & des
Grands Maistres de l'Artillerie.
Peu de jours avant sa mort,
une Demoiselle de 14, ans
avoir soutenu à Turin une
These Latine qu'elle avoit dediée
à Madame Royale; cette
Princesse l'avait envoyée à M.
le Cardinal. Il y a pluficurs
traits dans l'Epitre dédicatoire
de cette These que le Public
verroit avec plaisir, s'ils n'étoient
pas )
à le bien prendre,
de vrais Concetti. Chacun sçait
que Son AUefle Royale cft
niece de Son Eminence, donc
M. de la Monnoye a fait l'E..
pitaphe à la tête du Livre des
Hexaples d'Origenes donne
par Dom Bernard de Montfaucon
en 2. vol. in fol. En
voicy les Vers.
HieillcestCæfàrIAtiQ
decus additus ostro
Herj-a de gente satusnon
de-gener JleroJ
Quem Tiberis,Bcetifque
colunt, cuisequana
pl. udit:
ConsilisReges doctus,populosque
luvare,
Immensaque omnem complexus
mente Minervam
Et calamo, & lingua
magnus,sedpectoremajor.
Magiclaine de l'Espinay ,
veuve de Henry de Lorraine,
Comte de Brionne
,
Grand-
Ecuyer de France en survivance
de M. le Comte d'Armagnac
son pere,Chevalier des
Ordres du Roy, mourut le..
Décembre 1714. laissa nt pour
fils unique Louis de Lorraine,
dit le Prince de Lambe fc
, marié
depuis le it MiYt709.
avec J anne Henriette Marguerite
de Durfort de Duras>
fille aînéede feu M. le Duc de
buras. Madame la Comtesse
de Brionne qui vient de mourir
estoitfille unique & heritiere
de Louis d Espinay,Marquis
d'Espmay en Bretagne&,
de Broon,& de Dame Marie-
Françoise Coufin de saint Denis)
cH sortied'une des plus anciennes
Maisons de Bretagne,
oùelle subsiste encore à present
, & qui a pris son nom
duChasteaud'Espinay dans la
Senechaussée de Rennes.
Noël Bouton, Seigneurde
S. Leger,&de Dennevy,dit
le Marquis deChamilly, Maréchal
de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur
de Strasbourg
,
&cy devant
Commandant dans les
Provinces de Poitou,dAunis,
&.de la Rochelle,mourut à
Paris le 8 sans laiser d'enfans
de Dame Elisabeth du Bouchetde
~Vilfltx sonEpouse Il
estoie né le 6. Avril ic36. &
avoir commencé a servir dés
l'an 1656. s'estoit signalé en
Candie en 1668. & dans un
nombre infini d'autres actions
, sur tout dans ladeffense
de la Ville de Grave dont il
CaOlt Gouverneur, & dont il
sontint le siege pendant prés e mois en 1674. Il futfait
Maréchal de France le ^.Janvier
1703. & Chevalier des
Ordres du Roy le 2.. Février
1705.Ilétoit frere puîné d'Erard
Bouton, Comte de Chamilly
,
M aréchal de Camp
9
pere dl. FrançoisBoucon,Comte
de Chamilly, Lieutenant
General des Armées du Roy,
cy- devant Ambasssadeur Extraordinaireen
Dannemarck,
qui n'a que des 6,les de son
mariage avec D.¡me Catherine
Poncé de la Rivière. La
Maison de Bouton Chamilly
cft d'une noblesse ancienne &.
distinguée en Bourgogne.
L'Histoire en a esté donné au
Public par le sieur Pallio, Imprimeur
des Etats de Bourgogne
,
& elle se trouve encore
dans le premier tome de tHtC.
toire des Grands Officiers de la
Couronne.
Mcffire FrançoisdeSalignac
de la Mothe Fenclon,
Archevêque & Duc de Cambray
,
Prince de Cambresis,
l'un des 40. de l'Académie
Françoise
,
cy-devant Précepteur
des EnfansdeFrance,
mourut en son Archevêché
Je Janvier 1715.Ii etoit
fils dePonsde. Salignac,Comre
de Fenclon
,
& de Dame
Loüise de la Crope S. Asbre
sa seconde femme. Il avoit
pour frere aînéFrançois de
SalignacComte de Fenelon,
fils dumêmePons deSalignac,,
&de Dame I sabeau d'Esparbes
de Lussan sa première femme,
& ayeul de M. le Marquis
de Fenelon
,
Colonel du
Regiment de Bigore, & de
Messieurs les Abbez de Fenelon
, & de Salignac. La Maison
de Salignac l'une des
plus anciennes du Royaume,
est originaire de Perigord;elle
prend son nom de la Chhâ"cell--
lenie de Salignac située à deux
lieuësdelaVille de Sarlattes,
lxclles'efi: alliée detout tems *
avec les Maisons les plus considerables.
Messire François Adhemar
de Monteil de Castelanne
,
Comte de Grignan, Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General au Gouvernement
de Provence, mourut le
30. Decembre 1714. Ilestoit
fils de Louis Gaucher Adhemarde
Monteil
,
Comte de
Grignan,& de Marguerite
d'Ornano, & neveu de François
Adhemar de Montcil de
Grignan, Archevêque d'Arles
, l'un des Prelats Commandeurs
de l'Ordre du S. Esprit
mort en 1689. Le veritable
nom de M.le Comte de Grignan
étoit Castelanne, Maison
des plus anciennes, des
plusillustres,&des plus étenduës
de la Provence,& il ne
portoit le nom d'Adhemar de
Grignan qu'en vertu de la
substitution portée par leTestament
fait l'an lyo6. par
Gaucher Adhemar, Seigneur
& Baron de Grignan,de l'une
des
des plus puissantes Maisonsde
Provence, en faveur des ensans
sortis du mariage de Blanche
Adhemar sa fille avec Gaf.
pard de Castelanne, quatrième
ayeul de M. le Comte de
Grignan qui vient de mourir.
Messire Paul. Augusteton
de la Rochesoucault ;
Comte de Jarnac, Marquis de
Sourdam
,
&c. Brigadier des
Armées du Roy, & Colonel
du Régiment de Bearn, mourut
le 19. Décembre1714. Il
avoit épousé depuis peu Ma.
demoiselle dejarnac, heritiere
de la Comté de Jarnae du
nom deChabot,&demême
Maison que M le Duc de Rohan.
Il estoit frere puîné de
M. le Marquis de Montendre,
& fils de Messîre Louis Charles
de la Rochefoucault, Marquis
de Montendre, & de
Dame Magdelaine Pitou, donc
je vous ay appris la mort il y
a quelques mois. La Maison
de la Rochefoucault est une
des plUStllufires du Royaume;
ellc est originaire de l'Angoumois,
où ca situé le Château
de la Roche, qui luy a donné
son nom.
Louis, Chevalier Ecuyer
Seigneur de Bagnollet, Moeuvres,
de S.Hilaire, &c. Cohseiller-
Secretaire du Roy, &
cy devant Fermier General
,
mourut le 5. laissant entr'autres
enfans, Loüis Chevalier,
Président des Enquestes du
Parlement ;i) estoit fils de Nicolas
Chevalier sieur du Bochet,
Receveur des Tailles à
Nogent, & d'Anne Bonnet,
& petit fils de Claude Chevalier
sieurde S. Hilaire, & de
Moeuvres, Conseiller au Présidial
de Rheims, & Bailly de
cet Archevêché, & de Marguerite
Godé.
Dame Marie LoüiseChar.
lote Pot de Rhodes, seconde
femme de Gand Villain, Prince
d'Isenghien
, mourut en
couches le 8. Janvier;elleétoit
fiile de Charles Pot, Marquis
de Rhodes, cy-devant grand
Maistre des Cérémonies de
France, & de Dame Marie-
Therese de Simiane deGordcs;
la Maison dont elle sortoit est
une des plus anciennes & des
plusillustres du Berry, comme
on le peut voir par la Genealogie
qui en est rapponée dans
l'histoiie de cette Province,
pat le sieur de la Thomasiere,
Pour celle de Gand
- Villain,
d'Isenghien
,
elle est une des
plus anciennes & des plus illustres
du Comté de Flandres,
& forry des anciens Chastelains
de Gand, suivant le célebre
André Duchesne, qui
en a donné l'histoire avec ses
preuves a-la fuite de celle de
la Maison des anciens Comtes
de Guyenne.
Dame Marie-Marguerite-
Fran^ovfe del'Elées,épouse de
Mr Loüis Demoulins, Chevalier
Marquis de l'Isle, Brigadier
des Aimées du Roy,
Colonel du Regiment de la
Fere, mourut le 9 Janvier.
t Mr Jean du Faure de Valeille,
Maréchal des Camps
& Armées du Roy,Commandeur
de l'Or dre de S. Louis,
cy- devant Gouverneur de la
Ville & Citadelle de Nancy ,
mourut le 6 Janvier 1715.
Dame Cbai lore deCrequy,
épouse de MdTire Aymard
Louis
,
Marquis de Sailly
, Lieutenant General des Armées
du Roy, mourut le 2.
de ce mois; la Maison de
Crequy dont elle estoit, est
une des plus iliuftres du
Royaume, tant par son ancicnneté
que par la grandeur
de ses alliances; elle est originaire
de Picardie, où est situé
la Terre de ce nom; & 1* Genealogie
en est amplement
rapportée dans l'histoire des
grands Officiers de la Couronneau
Chapitredes Maréchaux
de France: Pour celle
de Sailly, elle est d'une Noblesse
distinguée de la même
Province de Picardie, & prend-
son nom dela Seigneurie de-
Sailly & ArrOÜalfe:
Dame Diane Gabrielle de
Damas Thianges, veuve de
Messire Philippes Julien Mazarini,
Mancini Duc de Nivernois
& Donziois,Pair de Fran.
ce,Chevalier des Ordres da
Roy, Gouverneur, & Lieutenant
General pour Sa Majesté
e fdi[s Pays, mourut le 12. Janvier
1715.laissant pour ensans
Mr le Prince de Vergagne,
Mr de Mancini, MadaDmOe la
Princesse de Chimay, & Madame
la Duchessed'Estrées:
Elleestoit sile deClaudLéonordDamasMarquis
deThianges,
&deGibriel de Rochechoürt,
Princesse de Tonnecharante
,
&;, petite fille de
Charles Damas Marquis da
hianges:)
Thianges, Chevalier de l'Ordre
du S. Esprit, Lieutenant
General au Gouvernement de
Bresse,Maréchal des Camps
& Armées du Roy, & Capitaine
de cent hommes d'armes
; la Maison de Damas est
originaire du Duché de Bourgogne,
& elle est une des plus
illustres du Royaume
, tant
par son ancienneté que par ses
grandes alliances. Pour celle
de Mancini, elle cO: originaire
dela Ville de Rome, & est
connuë en France depuis le
CardinalMazarin
,
dont feu
Mr le Duc de Nevers estoit
neveu par sa mere.
Fermer
Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte présente plusieurs figures historiques et leurs réalisations. César d'Estrées, titulaire de multiples charges ecclésiastiques et nobles, est décédé le 18 décembre 1714. Il fut nommé Évêque de Laon en 1653, élevé au rang de Cardinal par le Pape Clément X en 1671, et devint Commandeur de l'Ordre du Saint-Esprit en 1688. Il participa à diverses négociations diplomatiques à Rome, au Portugal, en Savoie et en Espagne. Ses frères étaient François-Annibal d'Estrées, Duc d'Estrées et Gouverneur des Meaux, et Jean d'Estrées, Maréchal et Vice-Amiral de France. La Maison d'Estrées, originaire de Picardie, est renommée pour son ancienneté et ses hautes dignités. Le texte mentionne également plusieurs autres personnalités notables décédées en fin d'année 1714 et début 1715. Noël Bouton, Marquis de Chamilly et Maréchal de France, est mort le 8 février 1715. François de Salignac de La Mothe Fénelon, archevêque et duc de Cambrai, précepteur des enfants de France, est décédé le 1er janvier 1715. Parmi les autres décès figurent François Adhémar de Monteil de Castelanne, comte de Grignan et lieutenant général en Provence, mort le 30 décembre 1714, et Paul Auguste de La Rochefoucauld, comte de Jarnac et brigadier des armées du roi, mort le 19 décembre 1714. Le texte évoque également la famille Mancini, connue en France depuis le Cardinal Mazarin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
355
p. 194
« Aprés un article de morts illustres aussi long que celuy-cy [...] »
Début :
Aprés un article de morts illustres aussi long que celuy-cy [...]
Mots clefs :
Lecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés un article de morts illustres aussi long que celuy-cy [...] »
illustres aussi long que celuycy
,
& dont le détail n'a peurestre
servi qu'à ennuyer ou à
affliger bien du monde; je
croy que la Liste de ceux que
Sa Majesté a nomme pour
les remplacer, menera insensiblement
le Lecteur à des
Chapitresplusagréables.
,
& dont le détail n'a peurestre
servi qu'à ennuyer ou à
affliger bien du monde; je
croy que la Liste de ceux que
Sa Majesté a nomme pour
les remplacer, menera insensiblement
le Lecteur à des
Chapitresplusagréables.
Fermer
356
p. 194-207
DONS DU ROY.
Début :
Messire François Elie de Voyer d'Argenson, cy-devant Evêque de [...]
Mots clefs :
Dons, Roi, Abbaye, Évêque, Abbé, Archevêque, Évêché, Mort, Aumônier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DU ROY,
Messire François Elie de
Voyerd'Argenson,cy- devant:
Evêque de Dol,& auparavant.
Doyen de S. Germain de l'Au
xerrois, a este nomme par le
Roy à l'Archevêché d'Ambrun
: Il est frere de Mr d'Argenson
,
qui remplit aujourd'huy
si dignement les Charges
de Conseiller d'Etat&de
Lieutenant General de Police
à Paris, & forty de la Maison
de Voyer de Paulmy en Touraine,
distinguée par l'ancicnneté
de sa noblesse, & par ses
alliances avec les Maisons de
Laval, de Precigny
,
deThays.
de Frottier laMesseliére, de
TurpinCrissé ,de Beauvau
du Rivau, de la Rivière en
Bretagne, de Hurault-Chiverny
,
&c. L'Archevêché
d Ambrun cft en Dauphiné
,
& l'Archevêque s'en qualifie
Prince.
Messire Jean LoüisduBouchec
de Sourches, Abbé de S.
Martin de Trouart, & Aumônier
du Roy, a esté nommé
à 1 Evêché de Dol en Bretagne
par la promotion de M. d'Argenfon
à l'Archevêché d'Ambrun;
il est frere de M leComte
de Montsoreau, Lieutenant
General des Armées du Roy)
& Grand- Prevost de l'Hostel,
,&. fils de M. le Marquis de
Sourches
,
ci devant Grand-
Prevost de l'Hostel,&de Dame
Marie - Genevieve de
Chambes,Comtesse deMontsoreau,
& petit fils de Jean du
Bouchet, Marquis de Sourches,
Grand Prevostdel'Hôtel,
& Chevalier de 1 Ordre du
S. Efprir. La Maisondu Bouchet
est originaire du Maine
J
& d'une noblesse tres-distinguée
; elle possede la Terre de
Sourches depuis l'alliance contractée
en J459. par Guillaume
du Bouchet avec Jeanne
de Valsé Dame de Sourches :
eJh: s'est depuis alliée aux Maifons
de Thevale, de Broc,
du Plessîs Liancourt, de SauvestreClisson,&
c.
Missire. Languet de
Cergy, Aumônier de feu Madame
la Dauphine,aéténom.
mé à l' Evêché de Soissons,
vacant par la mort de Messire
Brulart de Sillery; il est frere
de M. Languet nommé à la
Cure desSulpicedepuisquel
ques mois
,
à l'occasion duquel
je vous entretins assez de
cette famille.
Messire. de Castelane a
esténommé à 1 Evéché de Frejus
par lademissionde Messire
Antoine Hercule de Fleury..
LaMaisonde Castelane donc
est ce nouvelEvêque
,
est; une
des plus anciennes, des plus illustres,
& des plus étendues
de Provence. L'Evêché de Frcjus
est en Provence. L Evêquc
en est haut Seigneur par la donation
d'isledefons, Comte de
Provence. Les Habits Pontisicaux
que porte l'Evêque à sa
premiere Entrée,font dûs au
Chapitre de laCathédrale ; &
ils ont esté apprêtiez par Ar..
rest dela Cour à 4800.liv.
Messïre Henry Pontus de
Thiard, Evêque de Meaux
b
,"
& cy devant Evêque de Toul
J
a esté nommé à l'Abbaye S.
Germain des Prez, vacante par
la moi t de M. le Cardinal d'E{:
trées :
Il elt fils de feu Claude
de Thiard, Seigneur de Bissy,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées
en Franche Comté; &
de Dame Angelicpe Eleonord
de Neufecheses. LaMaisonde
Thiard de Bissy, est originaire
de Bourgogne; & elle s'estalliée
aux Maisons de Busseuls.
Sernin, de Bouton Chamilly,
de Harocourt.
Chacun sçait, comme je
viens de le dirc que M. Thiard.,
de Bissy est Abbé de S. Germain
des Prez; mais on ignore
peut estre au sujet de cette
Abbaye que le Roy Childebert
ayant rapporté de Sarragosse,
l'an542. au retour de
de sonexpédition d Espagne
, **( l Etole de S. Vincent
,
bâcic
une Eglise auprès de la Ville
de Pans, pour y déposer cette
Religieuse dépouille. Il l'a
chorsie aussi pour le lieu de sa
sépulture ; & le jour de son
Enterrement, fut celuy auquel
l'Evêque S Germain dédia la
nouvelle Eglise, fous le Titre
r de la Sainte CIOIX.J & de S.
Vincent: à la fin de l'année
558. il y mit aussi tost des
Religieux, dont il donna la
conduite à son Disciple S.
Doctroné, qui enfut ainsi le
premier Abbé:CetteAbbaye
devint tres-celebre dans la
fuite; elle embrassa la Règle
de S. Benoist, & prit le nom
de S. Germain, dont le Corps
y fut enterré.
Mr de Meaux étant Evesque
de Tout,s'opposa avec fermeté
à la publication du Code-
Leopold, qu'il regarda comme
un attentat sur les droits & la
JuriC.üQ:lon de l'Eglise Cette
affaire fut portée à Rome) &
le S. Siège approuva fore la
conduite de ce Prélat, & loüa
cc zele & cette vigueur vrayment
Apostolique.
Le desinteressement de Me
de Meaux a paru dans le refus
qu'il fit de l'Archevêché de
Bordeaux; & pendant ces années
de famine
,
il a fait éclater
sa charité envers les Pauvres
de son Diocese, & principalement
envers deux fameuses
Communautez qu'il
nourrit depuis quatre ans. Sx
profonde érudition
,
& la purte
de sa doctrine se font fait
connoistre dans plusieurs occasions.
Mr l'Abbé de Guimenc
fils
-
de M. le Prince de Guimené,
de la Maison de Rohan,
l'une des plus anciennes) &
des plus illustres de Bretagne,
a esténomméà l'Abbaye du
Gard Ordre de Cisteaux, dans
le Diocése & à quatre lieuës
d'Amiens, vacante par la mort
de feu Mr de Sillery, Evêque
de Sorffons.
M. l'Abbé Defmaretz, fils
de Mr Desmaretz, Ministre
dEcac., Commandeur des Orores
du Roy,& Controlle0ur
General de ses Finances, a été
nommé à l'Abbaye de S. Nicolasau
Bois, Ordre de S. Benoist
, dans le Diocése de
Laon, vacante par la mort de
Mr leCardinal Estrées.
Messire Antoine Hercule
de Fleury, ci devant Evêque
deFrejusa éténommé àl'Abbaye
de S. Basle, de l'Ordre de
S, Benoist, dans JeDiocése de
Rheims, vacante par la more
M. Sillcry,Evêque de Soissons
Mr l'Abbéde Valence Aumonier
de Mr le Duc du Maine
, a .et,e nomme à l'Abbaye
de Sre Trinité) de Mauleon a
Ordre de S. Augustin
*,
Diocé(
e de Poitiers, vacante par la
mort de feu Mr l'Abbé Duchêne.
J
Mr l'AbbéPonrac Aumônier
de feu Madame la Dauphine
aété nommé à l'Abbaye
de la Palisse; la famille
de Pontac est originaire de la
VilledeBordeaux,
ViXedeBordeaux, &&: des pp)luuss
distinguées dans h Robe.
Le Roy a aussinommé à
l'Abbaye de S. Georges de
Rennes, Madame d'Alegre,
d'une ancienne Maisond'Auvergne,
dont le premier nom
étoit Tourzel.
Madame de Goe sbriand, à
l'Abbaye de Kerlot J.. vous
ay parlé dela Maisonde Goesbriand
dans mon det nier Journal,
à loccasion du Mariage
de Mr le Marquis de Goëbriand,
avec Mademoiselle de
Châtillon.
Madame de Mongon à
l'Abbaye des Echasses: Cette
nouvelle Abbesse est d)uneNo..
blese disntinguéé d' Auvergne,
dont le nom est Beauver ger,
& connuë anciennement fous
celuy de Cordebeuf.
Madame de Clerc à l'Abbaye
de S. Georges.
Messire François Elie de
Voyerd'Argenson,cy- devant:
Evêque de Dol,& auparavant.
Doyen de S. Germain de l'Au
xerrois, a este nomme par le
Roy à l'Archevêché d'Ambrun
: Il est frere de Mr d'Argenson
,
qui remplit aujourd'huy
si dignement les Charges
de Conseiller d'Etat&de
Lieutenant General de Police
à Paris, & forty de la Maison
de Voyer de Paulmy en Touraine,
distinguée par l'ancicnneté
de sa noblesse, & par ses
alliances avec les Maisons de
Laval, de Precigny
,
deThays.
de Frottier laMesseliére, de
TurpinCrissé ,de Beauvau
du Rivau, de la Rivière en
Bretagne, de Hurault-Chiverny
,
&c. L'Archevêché
d Ambrun cft en Dauphiné
,
& l'Archevêque s'en qualifie
Prince.
Messire Jean LoüisduBouchec
de Sourches, Abbé de S.
Martin de Trouart, & Aumônier
du Roy, a esté nommé
à 1 Evêché de Dol en Bretagne
par la promotion de M. d'Argenfon
à l'Archevêché d'Ambrun;
il est frere de M leComte
de Montsoreau, Lieutenant
General des Armées du Roy)
& Grand- Prevost de l'Hostel,
,&. fils de M. le Marquis de
Sourches
,
ci devant Grand-
Prevost de l'Hostel,&de Dame
Marie - Genevieve de
Chambes,Comtesse deMontsoreau,
& petit fils de Jean du
Bouchet, Marquis de Sourches,
Grand Prevostdel'Hôtel,
& Chevalier de 1 Ordre du
S. Efprir. La Maisondu Bouchet
est originaire du Maine
J
& d'une noblesse tres-distinguée
; elle possede la Terre de
Sourches depuis l'alliance contractée
en J459. par Guillaume
du Bouchet avec Jeanne
de Valsé Dame de Sourches :
eJh: s'est depuis alliée aux Maifons
de Thevale, de Broc,
du Plessîs Liancourt, de SauvestreClisson,&
c.
Missire. Languet de
Cergy, Aumônier de feu Madame
la Dauphine,aéténom.
mé à l' Evêché de Soissons,
vacant par la mort de Messire
Brulart de Sillery; il est frere
de M. Languet nommé à la
Cure desSulpicedepuisquel
ques mois
,
à l'occasion duquel
je vous entretins assez de
cette famille.
Messire. de Castelane a
esténommé à 1 Evéché de Frejus
par lademissionde Messire
Antoine Hercule de Fleury..
LaMaisonde Castelane donc
est ce nouvelEvêque
,
est; une
des plus anciennes, des plus illustres,
& des plus étendues
de Provence. L'Evêché de Frcjus
est en Provence. L Evêquc
en est haut Seigneur par la donation
d'isledefons, Comte de
Provence. Les Habits Pontisicaux
que porte l'Evêque à sa
premiere Entrée,font dûs au
Chapitre de laCathédrale ; &
ils ont esté apprêtiez par Ar..
rest dela Cour à 4800.liv.
Messïre Henry Pontus de
Thiard, Evêque de Meaux
b
,"
& cy devant Evêque de Toul
J
a esté nommé à l'Abbaye S.
Germain des Prez, vacante par
la moi t de M. le Cardinal d'E{:
trées :
Il elt fils de feu Claude
de Thiard, Seigneur de Bissy,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées
en Franche Comté; &
de Dame Angelicpe Eleonord
de Neufecheses. LaMaisonde
Thiard de Bissy, est originaire
de Bourgogne; & elle s'estalliée
aux Maisons de Busseuls.
Sernin, de Bouton Chamilly,
de Harocourt.
Chacun sçait, comme je
viens de le dirc que M. Thiard.,
de Bissy est Abbé de S. Germain
des Prez; mais on ignore
peut estre au sujet de cette
Abbaye que le Roy Childebert
ayant rapporté de Sarragosse,
l'an542. au retour de
de sonexpédition d Espagne
, **( l Etole de S. Vincent
,
bâcic
une Eglise auprès de la Ville
de Pans, pour y déposer cette
Religieuse dépouille. Il l'a
chorsie aussi pour le lieu de sa
sépulture ; & le jour de son
Enterrement, fut celuy auquel
l'Evêque S Germain dédia la
nouvelle Eglise, fous le Titre
r de la Sainte CIOIX.J & de S.
Vincent: à la fin de l'année
558. il y mit aussi tost des
Religieux, dont il donna la
conduite à son Disciple S.
Doctroné, qui enfut ainsi le
premier Abbé:CetteAbbaye
devint tres-celebre dans la
fuite; elle embrassa la Règle
de S. Benoist, & prit le nom
de S. Germain, dont le Corps
y fut enterré.
Mr de Meaux étant Evesque
de Tout,s'opposa avec fermeté
à la publication du Code-
Leopold, qu'il regarda comme
un attentat sur les droits & la
JuriC.üQ:lon de l'Eglise Cette
affaire fut portée à Rome) &
le S. Siège approuva fore la
conduite de ce Prélat, & loüa
cc zele & cette vigueur vrayment
Apostolique.
Le desinteressement de Me
de Meaux a paru dans le refus
qu'il fit de l'Archevêché de
Bordeaux; & pendant ces années
de famine
,
il a fait éclater
sa charité envers les Pauvres
de son Diocese, & principalement
envers deux fameuses
Communautez qu'il
nourrit depuis quatre ans. Sx
profonde érudition
,
& la purte
de sa doctrine se font fait
connoistre dans plusieurs occasions.
Mr l'Abbé de Guimenc
fils
-
de M. le Prince de Guimené,
de la Maison de Rohan,
l'une des plus anciennes) &
des plus illustres de Bretagne,
a esténomméà l'Abbaye du
Gard Ordre de Cisteaux, dans
le Diocése & à quatre lieuës
d'Amiens, vacante par la mort
de feu Mr de Sillery, Evêque
de Sorffons.
M. l'Abbé Defmaretz, fils
de Mr Desmaretz, Ministre
dEcac., Commandeur des Orores
du Roy,& Controlle0ur
General de ses Finances, a été
nommé à l'Abbaye de S. Nicolasau
Bois, Ordre de S. Benoist
, dans le Diocése de
Laon, vacante par la mort de
Mr leCardinal Estrées.
Messire Antoine Hercule
de Fleury, ci devant Evêque
deFrejusa éténommé àl'Abbaye
de S. Basle, de l'Ordre de
S, Benoist, dans JeDiocése de
Rheims, vacante par la more
M. Sillcry,Evêque de Soissons
Mr l'Abbéde Valence Aumonier
de Mr le Duc du Maine
, a .et,e nomme à l'Abbaye
de Sre Trinité) de Mauleon a
Ordre de S. Augustin
*,
Diocé(
e de Poitiers, vacante par la
mort de feu Mr l'Abbé Duchêne.
J
Mr l'AbbéPonrac Aumônier
de feu Madame la Dauphine
aété nommé à l'Abbaye
de la Palisse; la famille
de Pontac est originaire de la
VilledeBordeaux,
ViXedeBordeaux, &&: des pp)luuss
distinguées dans h Robe.
Le Roy a aussinommé à
l'Abbaye de S. Georges de
Rennes, Madame d'Alegre,
d'une ancienne Maisond'Auvergne,
dont le premier nom
étoit Tourzel.
Madame de Goe sbriand, à
l'Abbaye de Kerlot J.. vous
ay parlé dela Maisonde Goesbriand
dans mon det nier Journal,
à loccasion du Mariage
de Mr le Marquis de Goëbriand,
avec Mademoiselle de
Châtillon.
Madame de Mongon à
l'Abbaye des Echasses: Cette
nouvelle Abbesse est d)uneNo..
blese disntinguéé d' Auvergne,
dont le nom est Beauver ger,
& connuë anciennement fous
celuy de Cordebeuf.
Madame de Clerc à l'Abbaye
de S. Georges.
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Résumé : DONS DU ROY.
Le document décrit plusieurs nominations ecclésiastiques réalisées par le roi. François Elie de Voyerd'Argenson a été nommé archevêque d'Ambrun en Dauphiné. Jean Louis du Bouchet de Sourches a été désigné évêque de Dol en Bretagne. Messire Languet de Cergy a été nommé évêque de Soissons, et Messire de Castelane, issu d'une noble famille provençale, a été nommé évêque de Fréjus. Henry Pontus de Thiard a été nommé abbé de Saint-Germain-des-Prés. Monsieur de Meaux, ancien évêque de Toul, a refusé l'archevêché de Bordeaux, illustrant ainsi son désintéressement et sa charité pendant les années de famine. L'abbé de Guimenc, fils du prince de Guimenc de la maison de Rohan, a été nommé abbé de l'abbaye du Gard. L'abbé Desmarets, fils du ministre Desmarets, a été nommé abbé de l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois. Antoine Hercule de Fleury a été nommé abbé de Saint-Basle. L'abbé de Valence a été nommé abbé de la Sainte-Trinité de Mauléon, et l'abbé Ponrac a été nommé abbé de la Palisse. Le roi a également nommé Madame d'Alègre à l'abbaye de Saint-Georges de Rennes et Madame de Goesbriand à l'abbaye de Kerlot. Parmi les figures féminines notables, Madame d'Alègre, de la Maison d'Auvergne, anciennement nommée Tourzel, Madame de Mongon, nouvelle abbesse de l'Abbaye des Échasses, issue de la famille Beauverger, et Madame de Clerc, associée à l'Abbaye de Saint-Georges, sont mentionnées.
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357
p. 208-262
EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Début :
Les Sçavants ne me reprocheront plus maintenant le / Ce qu'on appelle une Tache du Soleil, est ordinairement [...]
Mots clefs :
Tâches, Facule, Soleil, Volcan, Noyau, Nuage, Nébulosité, Surface, Flamme, Mémoires, Facules du soleil, Corps noirs, Fournaise, Savants, Mercure galant, Dames, Journal, Astronomes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Les Sçavants ne mereprocheront
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
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Résumé : EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Le texte aborde les taches et facules solaires, des phénomènes observés à la surface du Soleil. Les taches solaires sont des zones sombres composées de corps noirs irréguliers entourés d'un nuage obscur, tandis que les facules sont des zones plus éclairées souvent associées aux taches. Ces phénomènes sont fixes et réapparaissent après plusieurs rotations solaires. Entre 1680 et 1710, des variations significatives dans la visibilité et la quantité des taches ont été notées, avec des périodes sans observation entre 1680-1685 et 1695-1700. Les taches solaires varient en apparence, forme et position, et peuvent se déplacer ou former des amas appelés taches totales. Leur temps de révolution apparent est d'environ 17 jours, 12 heures et 49 minutes, correspondant à une révolution absolue de 25 jours, 16 heures et 55 minutes en tenant compte du mouvement de la Terre. L'auteur compare les taches solaires à des îles flottantes créées par des volcans sous-marins, suggérant que sous la surface lumineuse du Soleil se trouvent des volcans produisant des flammes ou facules. Ces facules sont constituées de matière éthérée et de substances volatiles formant des écumes noires à la surface du Soleil. L'atmosphère des taches est composée de fumées volatiles qui s'échappent autour des écumes, apparaissant comme des couronnes de feu entourant les taches. Les facules peuvent subsister sans taches et les produire à mesure que leur force augmente, influençant leur mouvement et leur apparence. Le texte explore diverses théories sur la nature du Soleil et de ses taches, formulées par des astronomes et philosophes à travers l'histoire. Les anciens, comme Grégoire de Nazianze et Riccioli, voyaient le Soleil comme un corps liquide. Les modernes, tels que le Père Kircher, Kepler et Bouïllant, le décrivaient comme une boule de feu composée de matière éthérée. Riccioli observait le Soleil comme un océan de feu inégal et agité, couvert d'ondes et de tourbillons de flammes. Taquet notait que la surface solaire était hérissée de flots de feu, couverte d'ombres et de facules, changeant constamment d'apparence. Galilée, Kepler, Bouïlland, Scheiner et Blancan estimaient que les taches solaires étaient des fuliginosités ou vapeurs sortant de la fournaise solaire. Descartes, ses disciples et Newton comparaient le Soleil à un volcan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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358
p. 263-266
« Il est de certains ouvrages excellens, qui n'ont nullement [...] »
Début :
Il est de certains ouvrages excellens, qui n'ont nullement [...]
Mots clefs :
Libraires, Ouvrages, Auteurs, Livres, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il est de certains ouvrages excellens, qui n'ont nullement [...] »
Ilestdecertains ouvrages excellens,
qui n'ont nullement
besoin pour être estmez ce
qu'ilsvalent, dêtre vantez par
ces caballes d'cfprit ausquels
onn'ajoute souvent avec raison
pas plus de foi qu'àmoy;
& il en efl; de ces ouvrages
presque de mesme, que des
odes d'Horace que M. fait imprimer
actuellement en vers
François ; il m'avoit promis
il y a environ six semaines de
m'en choisir une couple dont
je me flattois de vous faire present
dans lejournal de ce mois;
mais il n'a pas été le maître de
me tenir parole; ilaétéobligé
d'avoir scrupuleusement recours
à Ton Libraire, & de lui
demander s'il approuveroit
qu'il me
fit le don qu'il m'avoir
promis. Comment,Monsieur
,
luy a répondu le Libraire
, vous mocquez vous?-
vos ouvrages s'annoncent
d'eux mcCnlcs., O* le bon 'Vin
n'aquefaire de bouchon. M. *. a
ploye humblement lecol à la
remontrance & ne m'a rien
donné, sur la foy de son Marchand
qui p étend queMcrcure
n'a aucun droit sur cet ouvrage
immortel; je disà cela
d'avance
d'avance que ce Libraire peut
avoir raison, & je le crois par
cette autre raison. ;'W,¡.lj..
La pluspart desLibraires
quiveulent s'enrichir des productions
des - bons v Auteurs;
croyent qu'il est de
leurinterest, que les meilleurs
livres qu'ils donnent ne parroment
dans leurs boutiques,
que comme un éclair, & ils
font persuadez que leurs feuillesne
sont pas plustôt sorties
de sous la presse,qu'avant
l'affiche;la renomméelesa
déjà annoncées à tout le monde
; d'ailleurs ils craignent
qu'un livre annoncé dans un
autre , ne paroisse moins bon
aux yeux des Lecteurs qui ne
manquent pas de croire d'abord
, que les Auteurs ont
choisiles plus beaux endroits
de leurs ouvrages, pour les
faire servir d'enseigne à leurs
livres. Ils peuvent fc tromper,
& ne pas se tromperlà-dessus;
qui n'ont nullement
besoin pour être estmez ce
qu'ilsvalent, dêtre vantez par
ces caballes d'cfprit ausquels
onn'ajoute souvent avec raison
pas plus de foi qu'àmoy;
& il en efl; de ces ouvrages
presque de mesme, que des
odes d'Horace que M. fait imprimer
actuellement en vers
François ; il m'avoit promis
il y a environ six semaines de
m'en choisir une couple dont
je me flattois de vous faire present
dans lejournal de ce mois;
mais il n'a pas été le maître de
me tenir parole; ilaétéobligé
d'avoir scrupuleusement recours
à Ton Libraire, & de lui
demander s'il approuveroit
qu'il me
fit le don qu'il m'avoir
promis. Comment,Monsieur
,
luy a répondu le Libraire
, vous mocquez vous?-
vos ouvrages s'annoncent
d'eux mcCnlcs., O* le bon 'Vin
n'aquefaire de bouchon. M. *. a
ploye humblement lecol à la
remontrance & ne m'a rien
donné, sur la foy de son Marchand
qui p étend queMcrcure
n'a aucun droit sur cet ouvrage
immortel; je disà cela
d'avance
d'avance que ce Libraire peut
avoir raison, & je le crois par
cette autre raison. ;'W,¡.lj..
La pluspart desLibraires
quiveulent s'enrichir des productions
des - bons v Auteurs;
croyent qu'il est de
leurinterest, que les meilleurs
livres qu'ils donnent ne parroment
dans leurs boutiques,
que comme un éclair, & ils
font persuadez que leurs feuillesne
sont pas plustôt sorties
de sous la presse,qu'avant
l'affiche;la renomméelesa
déjà annoncées à tout le monde
; d'ailleurs ils craignent
qu'un livre annoncé dans un
autre , ne paroisse moins bon
aux yeux des Lecteurs qui ne
manquent pas de croire d'abord
, que les Auteurs ont
choisiles plus beaux endroits
de leurs ouvrages, pour les
faire servir d'enseigne à leurs
livres. Ils peuvent fc tromper,
& ne pas se tromperlà-dessus;
Fermer
Résumé : « Il est de certains ouvrages excellens, qui n'ont nullement [...] »
Le texte aborde la valeur intrinsèque de certaines œuvres littéraires exceptionnelles qui n'ont pas besoin de promotion excessive pour être reconnues. Il mentionne les odes d'Horace traduites en français par un individu, qui avait promis d'en offrir quelques-unes au narrateur. Cet individu a toutefois dû consulter son libraire avant de tenir sa promesse. Le libraire a affirmé que les bonnes œuvres se vendent d'elles-mêmes, comparant cela à un bon vin qui n'a pas besoin de bouchon. Le narrateur partage cet avis, soulignant que nombreux sont les libraires qui préfèrent que les meilleurs livres soient rapidement disponibles pour maximiser leurs profits. Ils craignent aussi que la publication d'extraits dans un journal ne réduise l'intérêt des lecteurs, qui pourraient penser que les meilleurs passages ont déjà été révélés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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359
p. 266-309
Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Début :
Quoiqu'il en soit, je crois qu'il en est même d'excellents dont [...]
Mots clefs :
Harangues, Académie française, Hommes, Mérite, Public, Lettres, République des Lettres, Langue, Éloquence, Admiration, Roi, Discours, Cardinal de Richelieu, Esprit, Académie royale des médailles et inscriptions, Académie, Jean-Roland Mallet, Guillaume Massieu, Académie des sciences, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Quoiqu'il en soit,je crois qu'il
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
Fermer
Résumé : Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Lors de son discours d'admission à l'Académie Française le 29 décembre précédent, l'abbé Massieu exprime sa gratitude envers l'Académie et ses membres, soulignant la valeur des honneurs reçus. Il rend hommage à plusieurs figures influentes, telles que M. de Tourreil, l'Abbé Bignon, M. de Bercy et le ministre, qui ont soutenu sa carrière académique. Massieu évoque également son prédécesseur, l'abbé de Clerambault, reconnu pour son érudition. Le discours met en lumière les qualités exceptionnelles d'un théologien et érudit, admiré pour sa vaste connaissance en histoire, sciences et religion, ainsi que pour sa mémoire prodigieuse. L'orateur admire l'Académie française pour son rôle dans la préservation de la langue française contre les dégénérescences. Il compare les dangers de l'affectation et du raffinement excessif dans la langue à la vigilance de l'Académie pour maintenir la pureté et la simplicité de la langue française. M. Mallet, nouvellement élu, prononce un discours où il exprime son respect pour les grands hommes de l'Académie et pour M. de Tourreil, connu pour ses traductions et ses écrits. Il aborde la difficulté de juger équitablement les anciens et les modernes sans comprendre leurs contextes culturels. Il met en avant l'importance de préserver et de promouvoir les lettres et les arts, s'inspirant des modèles antiques d'Athènes et de Rome. Le texte souligne la contribution du Cardinal de Richelieu et du Chancelier Séguier à la fondation de l'Académie française, ainsi que la protection continue de l'Académie par le roi Louis XIV. Le discours compare le règne de Louis XIV à celui d'Auguste, soulignant les efforts pour maintenir la pureté du langage et la perfection des arts. Il mentionne l'élection de nouveaux membres, notamment l'Abbé Fleuriau, louant ses contributions aux lettres et ses dissertations érudites. Le nouvel académicien est encouragé à promouvoir les richesses et les beautés de la langue tout en cultivant la leur avec succès. Le discours se conclut par un éloge du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
360
p. 309-314
Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Début :
Des Extraits ne sont pas difficiles à faire, m'a dit un [...]
Mots clefs :
Extraits, Discours, Académie française, Donneau de Visé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Des Extraits ne font pas
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez
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Résumé : Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Le texte aborde les défis liés à la réalisation d'extraits de textes, soulignant que les préférences de l'auteur ne correspondent pas toujours à celles du public. L'auteur critique les extraits effectués par Monsieur Devizé et privilégie la publication des discours académiques dans leur intégralité pour éviter toute déformation. Il exprime des préoccupations concernant la présentation des harangues du Duc de la Force et de l'Abbé d'Estees à l'Académie. Le texte évoque également la réception mitigée des essais littéraires, citant la suppression de la tragédie 'Mahomet' par son auteur, contrairement à 'Caton', mieux accueillie malgré des comparaisons défavorables avec d'autres œuvres. L'auteur espère une meilleure réception future pour 'Caton' et prévoit d'en discuter les détails le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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361
p. 314-329
NOUVELLES.
Début :
En attendant, si vous aimez les Nouvelles, en voici / On mande de Strasbourg que les Troupes Bavaroises [...]
Mots clefs :
Troupes, Guerre, Prince, Vaisseaux, Roi, Roi de Suède, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES.
En attendant, si vous
aimez les Nouvelles, en voici
une reprise :
sinonbâillez en
les lisant, ou plutost, croyezmoy
,passez les, & chantez au
coin de vôtre feu, la Chanson
qui les suit, ou devinez mes
Enigmes; mais à boncompte,
puisque je l'ay dit,
NOUVELLES.
On mande de Strasbourg
que les Troupes Bavaroises
avoient achevé de passer le
Rhin ,une partie par cette
•Ville
,
& l'autre partie par le
Fort-Louis. On les croit à present
à portée de la Baviere,
elles tiennent un bon ordre
sur la route par ou elles pafsent,
payant comptant tout
ce qu'on leur fournit,&l'évacuation
de Fribourg, de Brifak,
& de Kell, doit estre faite
incessamment, & les Troupes
Allemandes qui en doivent
prendre possession sont à portée
d y entrer: on continue
de remplir les Magasins de
toutes sortes de munitions ;
on en fait autant à Landau.
Tous les avis qu'on reçoit
de Dantzich marquent que la
misere augmentoit tous les
jours en Pologne, par la disette
des grains; & qu'outre
cela, il y a un grand nombre
de Souris, qui ruinent les semailles,
particulierement dans
le Palatinat de Cracovie.
On mande de Hambourg
que le Prince de Hesse-Cassel
étoit allé àStralzund suivi de
cinq personnes. On y avoit
appris que le Roy de Suede
tenoit toujours de frequents
Conseils avec ses Generaux;
mais que ce Conseil estoit si
étroitement gardé que l'on
n'y pouvoir rien pénetrer de
ce qui s'y traittoit; on connolC
cependant aux préparatifs
qu'il fait faire,qu'il a dessein
de faire quelqu'entre prise
dans le Holstein, ou du côté
de Saxe.
Le Roy de Dannemarck
dont les Etats sont les plus
exposez
,
n'oublie rien pour
se mettre en dess:nÍc:lIl fait
fortifier tous les passages
gayables de la Treme
,
& tes
troupes ont ordre de marcher
au premier mouvement que
feront les Suédois; il faitaussi
tlneure en état une grosse Escadre
de Vaisseaux de guerre
pour veiller sur celles des
Suédois.
On mande de Venise que
le Sénat est occupé à chercher
de l'argent, & des troupes
pour survenir aux frais de la
guerre contre les Turcs, qui
se font déclarez ouvertement
contre la République;puisque
suivant des avis particu-
1Krs que l'on a eu de Constannnople,
le Grand Seigneur:
a fait mettre en arrest son Envoyé,&
a donné ord re à tous
les sujets de la République de
sortir des Etats de l'Empire
Orhoman;& pour trouver les
fonds necessaires dans cette
occasion, le Senat a resolu de
, créer de nouvelles Charges
& d'agregerà la Noblesseceux
qui le presenteront moyennant
le don ordinaire de trois
cens mille livres. On cherche
à soudoyer des Troupes des
Princes de l'Empire,& on eU
déja en traité avec quelquesuns.
On fait battrela caisse
dans tout l'Etat Venitien,&on
presse l'armement des Galeres
& des Vaisseaux qui font dans
l'Arsenal.
On a reçu des Lettres de
Roses qui portent, qu'onavoit
appris par un Bastiment arrivé
depuis deux jours de Barcelonne,
qu'on travailloit danscette
Capitale avec une extrême
diligence aux preparatifs pour
l'expedition de Majorque
qu'il y estoit arrivé beaucoup
de Bastimens tant des Ports
de France que de ceux d'Espagne,
qui estoient chargez de
toutes fortes de munitions de
guerre & de bouche, & qu'on
alloit commencer à faire la re-
"ûë des Troupes qui sont dans
cette Principauté, pour care,
en estat de marcher où elles3
feront commandées ;&quon
continuoit de dire que ce sera
pour letl. de Fevrier qu'on
entreprendra cette expedition,
êc qu'il y avoit dans cette Ca-
- pitale un amas prodigieux de
toutes sortes de munitions de
guerre & de bouche, & que
tout y estoit tranquille, ainsi
que dans tout le reste de la
Catalogne, comme s'il n'y
avoit point eu de guerre, depuis
que les Miquelets & les
Volontaires s'estoient retirez.
-
Les lettresde Londresportent
que l'armement des 3£.
Vaisseaux de guerre dont on a
parlé, destiné, disoit on, pour
la mer Baltique, ou pour secourirles
Maroquins, se réduità
12 Vaisseaux sur lesquels
le Vice AmiralWager, ira relever
le Vice- Amiral W¡,barc
qui luy laissera huit Vaisseaux,
&ramenera le reste ; le Roy
George voyant que les divisionsaugmentoient
entre les
deux partis,arésolu de lesfavori
ser tous deux, il aconfirmé
l'EvêqlJe deSnHal dans la
Charge de Grand Aumônier,
&le Comte Orvier dans celle
de sous Aumônier, les Comtesd'Anglelcy,&
de Rochester
dans les Charges deTrésoriers
d'Irlande, & quelques
autres, quoique déclarez pour
l'EgliseAnglicanne, & pour
le party des Torris; on le flattoit
que le General Stanhope
régleroit à Vienne routes les
affaires, particulièrement celles
dela BarriereaugrédesAnglois,
SeJes.Hollandais, ôc
mêmequ'il a porteroit le trai-
XZ sur.Se il arriva ces
jours passez,&quoiqu'il ait
demeuré quelques jnurs à la
Haye,on n'y a rien publié,ny
à Londres,ce qui fait soupçonner
qu'il n'a pas reüssy.
Onmandeaussi que la Comtesse
de Roye, Françoise refugiée,
yest morte âgée de 80.
ans, & qu'elle avoir été enterrée
dans l'Eglise saint Junes;
elle croit soeur du Duc de Duras,&
du feu Comte de Feversham,
Savoieepouse le
Comre de Royede la Maison
de la Rochefoucault, qui avoïc
fcrvi avec beaucoup de distinction
le Roy de France en.
qualité deLieutenant General
de ses Armées.
Les moyens de M. Daille
pour trouver les longitudes
étant fort naturels, & paroissant
également commodes,
ont été secrettement examinez
afin de luy procurer quelqu'avantage
chez les Nations interressées
àcette découverte;
mais les Juges ne les trouvent
pas assez précisement praticables
sur mer,quoique la Théorie
en soit demonstrative,&
l'Académie ayant examiné sa
machine, qu'il dit capable de
mouvement perpetuel
,
& de
plusieurs autres effets extraordinaires
, on en a remis la delibération
à une autre fceance.
On écrit de Nancy que le
Marquis de Lambercy y étoit
de rtour de son voyaye de
Londres) &avoir rendu compte
à S. A. R. de sa négociauon,
que le Chevalier de faine
George avoir été quinze jours à la Cour de Lorraine avec
leurs A. R. l'Electeur de
Treves, & le Prince François
de Lorraine; la Cour avoir été
nombreuse, & fort brillance,
& rien n'avoit éréoublié pour
les plaisirs, les divertissements,
& la bonne chere d'une
siillustre assemblée.
"••S Les Cantons Suisses Catholiques
parroissenttout-à-fait
disposez àrenouveller leurallianceavec
le Roycettenegotiation
dote être incessammentterminée.
On vient de recevoir des
avis de Cadis qui portent que
les Algériens ont pris prés du
Détroit un VaisseauAnglais,
où il y avoit 100000. livres
Sterlinen guinées) qui étoient
destinées pour payer la garnison
de Gibraltard.
Les Lettres d'Alsace portent
qu'on y batactuellement
lacaisse pour faire des levées
aunomdu Roy de Suede, &
que ce Prince pienoit à son
service beaucoup d'Officiers
François, parmy lesquels il y
a quelques Ingénieurs.
M. le Grand Prieur doit
partir pour Malthe, & l'on
tient qu'il y entretiendra un
bataillon à ses dépens.
M. le Marquis de Broglioa
étéfait Lieutenant General de
Provence à la place de feu M.
leComte de Grignan.
On mande d'Anvers que le
Comte de Kongseck y étoit
retourné pour reprendre les
Conférences de la Barriere, &
en conclure le Traitté suivant
le plan que le General Stanhope
hopeen a rapporté de Vienne
-
qui sont les dernieres résolutions
de l'Empereur.
- M. le Maréchald'Uxelles
a eû le gouvernement de
Strasbourgqu'avoir feu Monsieur
le Maréchal de Chamilly.
Le 18. de ce mois MonsieurleMaréchal
d'Estrées sut
esleu par les Messieurs de l'Académic
pourremplir la place
de feu Monseigneur le Cardinal
d'Estrées son Oncle,
aimez les Nouvelles, en voici
une reprise :
sinonbâillez en
les lisant, ou plutost, croyezmoy
,passez les, & chantez au
coin de vôtre feu, la Chanson
qui les suit, ou devinez mes
Enigmes; mais à boncompte,
puisque je l'ay dit,
NOUVELLES.
On mande de Strasbourg
que les Troupes Bavaroises
avoient achevé de passer le
Rhin ,une partie par cette
•Ville
,
& l'autre partie par le
Fort-Louis. On les croit à present
à portée de la Baviere,
elles tiennent un bon ordre
sur la route par ou elles pafsent,
payant comptant tout
ce qu'on leur fournit,&l'évacuation
de Fribourg, de Brifak,
& de Kell, doit estre faite
incessamment, & les Troupes
Allemandes qui en doivent
prendre possession sont à portée
d y entrer: on continue
de remplir les Magasins de
toutes sortes de munitions ;
on en fait autant à Landau.
Tous les avis qu'on reçoit
de Dantzich marquent que la
misere augmentoit tous les
jours en Pologne, par la disette
des grains; & qu'outre
cela, il y a un grand nombre
de Souris, qui ruinent les semailles,
particulierement dans
le Palatinat de Cracovie.
On mande de Hambourg
que le Prince de Hesse-Cassel
étoit allé àStralzund suivi de
cinq personnes. On y avoit
appris que le Roy de Suede
tenoit toujours de frequents
Conseils avec ses Generaux;
mais que ce Conseil estoit si
étroitement gardé que l'on
n'y pouvoir rien pénetrer de
ce qui s'y traittoit; on connolC
cependant aux préparatifs
qu'il fait faire,qu'il a dessein
de faire quelqu'entre prise
dans le Holstein, ou du côté
de Saxe.
Le Roy de Dannemarck
dont les Etats sont les plus
exposez
,
n'oublie rien pour
se mettre en dess:nÍc:lIl fait
fortifier tous les passages
gayables de la Treme
,
& tes
troupes ont ordre de marcher
au premier mouvement que
feront les Suédois; il faitaussi
tlneure en état une grosse Escadre
de Vaisseaux de guerre
pour veiller sur celles des
Suédois.
On mande de Venise que
le Sénat est occupé à chercher
de l'argent, & des troupes
pour survenir aux frais de la
guerre contre les Turcs, qui
se font déclarez ouvertement
contre la République;puisque
suivant des avis particu-
1Krs que l'on a eu de Constannnople,
le Grand Seigneur:
a fait mettre en arrest son Envoyé,&
a donné ord re à tous
les sujets de la République de
sortir des Etats de l'Empire
Orhoman;& pour trouver les
fonds necessaires dans cette
occasion, le Senat a resolu de
, créer de nouvelles Charges
& d'agregerà la Noblesseceux
qui le presenteront moyennant
le don ordinaire de trois
cens mille livres. On cherche
à soudoyer des Troupes des
Princes de l'Empire,& on eU
déja en traité avec quelquesuns.
On fait battrela caisse
dans tout l'Etat Venitien,&on
presse l'armement des Galeres
& des Vaisseaux qui font dans
l'Arsenal.
On a reçu des Lettres de
Roses qui portent, qu'onavoit
appris par un Bastiment arrivé
depuis deux jours de Barcelonne,
qu'on travailloit danscette
Capitale avec une extrême
diligence aux preparatifs pour
l'expedition de Majorque
qu'il y estoit arrivé beaucoup
de Bastimens tant des Ports
de France que de ceux d'Espagne,
qui estoient chargez de
toutes fortes de munitions de
guerre & de bouche, & qu'on
alloit commencer à faire la re-
"ûë des Troupes qui sont dans
cette Principauté, pour care,
en estat de marcher où elles3
feront commandées ;&quon
continuoit de dire que ce sera
pour letl. de Fevrier qu'on
entreprendra cette expedition,
êc qu'il y avoit dans cette Ca-
- pitale un amas prodigieux de
toutes sortes de munitions de
guerre & de bouche, & que
tout y estoit tranquille, ainsi
que dans tout le reste de la
Catalogne, comme s'il n'y
avoit point eu de guerre, depuis
que les Miquelets & les
Volontaires s'estoient retirez.
-
Les lettresde Londresportent
que l'armement des 3£.
Vaisseaux de guerre dont on a
parlé, destiné, disoit on, pour
la mer Baltique, ou pour secourirles
Maroquins, se réduità
12 Vaisseaux sur lesquels
le Vice AmiralWager, ira relever
le Vice- Amiral W¡,barc
qui luy laissera huit Vaisseaux,
&ramenera le reste ; le Roy
George voyant que les divisionsaugmentoient
entre les
deux partis,arésolu de lesfavori
ser tous deux, il aconfirmé
l'EvêqlJe deSnHal dans la
Charge de Grand Aumônier,
&le Comte Orvier dans celle
de sous Aumônier, les Comtesd'Anglelcy,&
de Rochester
dans les Charges deTrésoriers
d'Irlande, & quelques
autres, quoique déclarez pour
l'EgliseAnglicanne, & pour
le party des Torris; on le flattoit
que le General Stanhope
régleroit à Vienne routes les
affaires, particulièrement celles
dela BarriereaugrédesAnglois,
SeJes.Hollandais, ôc
mêmequ'il a porteroit le trai-
XZ sur.Se il arriva ces
jours passez,&quoiqu'il ait
demeuré quelques jnurs à la
Haye,on n'y a rien publié,ny
à Londres,ce qui fait soupçonner
qu'il n'a pas reüssy.
Onmandeaussi que la Comtesse
de Roye, Françoise refugiée,
yest morte âgée de 80.
ans, & qu'elle avoir été enterrée
dans l'Eglise saint Junes;
elle croit soeur du Duc de Duras,&
du feu Comte de Feversham,
Savoieepouse le
Comre de Royede la Maison
de la Rochefoucault, qui avoïc
fcrvi avec beaucoup de distinction
le Roy de France en.
qualité deLieutenant General
de ses Armées.
Les moyens de M. Daille
pour trouver les longitudes
étant fort naturels, & paroissant
également commodes,
ont été secrettement examinez
afin de luy procurer quelqu'avantage
chez les Nations interressées
àcette découverte;
mais les Juges ne les trouvent
pas assez précisement praticables
sur mer,quoique la Théorie
en soit demonstrative,&
l'Académie ayant examiné sa
machine, qu'il dit capable de
mouvement perpetuel
,
& de
plusieurs autres effets extraordinaires
, on en a remis la delibération
à une autre fceance.
On écrit de Nancy que le
Marquis de Lambercy y étoit
de rtour de son voyaye de
Londres) &avoir rendu compte
à S. A. R. de sa négociauon,
que le Chevalier de faine
George avoir été quinze jours à la Cour de Lorraine avec
leurs A. R. l'Electeur de
Treves, & le Prince François
de Lorraine; la Cour avoir été
nombreuse, & fort brillance,
& rien n'avoit éréoublié pour
les plaisirs, les divertissements,
& la bonne chere d'une
siillustre assemblée.
"••S Les Cantons Suisses Catholiques
parroissenttout-à-fait
disposez àrenouveller leurallianceavec
le Roycettenegotiation
dote être incessammentterminée.
On vient de recevoir des
avis de Cadis qui portent que
les Algériens ont pris prés du
Détroit un VaisseauAnglais,
où il y avoit 100000. livres
Sterlinen guinées) qui étoient
destinées pour payer la garnison
de Gibraltard.
Les Lettres d'Alsace portent
qu'on y batactuellement
lacaisse pour faire des levées
aunomdu Roy de Suede, &
que ce Prince pienoit à son
service beaucoup d'Officiers
François, parmy lesquels il y
a quelques Ingénieurs.
M. le Grand Prieur doit
partir pour Malthe, & l'on
tient qu'il y entretiendra un
bataillon à ses dépens.
M. le Marquis de Broglioa
étéfait Lieutenant General de
Provence à la place de feu M.
leComte de Grignan.
On mande d'Anvers que le
Comte de Kongseck y étoit
retourné pour reprendre les
Conférences de la Barriere, &
en conclure le Traitté suivant
le plan que le General Stanhope
hopeen a rapporté de Vienne
-
qui sont les dernieres résolutions
de l'Empereur.
- M. le Maréchald'Uxelles
a eû le gouvernement de
Strasbourgqu'avoir feu Monsieur
le Maréchal de Chamilly.
Le 18. de ce mois MonsieurleMaréchal
d'Estrées sut
esleu par les Messieurs de l'Académic
pourremplir la place
de feu Monseigneur le Cardinal
d'Estrées son Oncle,
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Résumé : NOUVELLES.
Le texte relate divers événements politiques et militaires en Europe. À Strasbourg, les troupes bavaroises traversent le Rhin et se préparent à occuper plusieurs villes après avoir payé comptant pour les provisions. En Pologne, la situation se dégrade en raison de la pénurie de grains et de l'infestation de souris. À Hambourg, le prince de Hesse-Cassel se rend à Stralsund, tandis que le roi de Suède prépare des actions militaires dans le Holstein ou la Saxe. Le Danemark renforce ses défenses et sa flotte face à une possible attaque suédoise. À Venise, le Sénat mobilise des fonds et des troupes contre les Turcs, créant de nouvelles charges et soudoyant des soldats. En Espagne, des préparatifs sont en cours pour une expédition à Majorque. À Londres, l'armement naval est réduit et le roi George soutient les deux principaux partis politiques. La comtesse de Roye, réfugiée française, est décédée à Londres. Les inventions de M. Daille pour déterminer les longitudes et créer un mouvement perpétuel sont jugées impraticables en mer par l'Académie. Le marquis de Lambercy revient à Nancy après une mission à Londres. Le chevalier de Faine séjourne à la cour de Lorraine avec des personnalités importantes. Les cantons suisses catholiques envisagent de renouveler leur alliance avec le roi. À Cadix, des Algériens capturent un vaisseau anglais transportant 100 000 livres sterling destinées à Gibraltar. En Alsace, des troupes sont levées au nom du roi de Suède, qui recrute également des officiers français. Le grand prieur part pour Malte. Le marquis de Broglie est nommé lieutenant général de Provence, succédant au comte de Grignan. À Anvers, le comte de Kongseck reprend les conférences de la Barrière. Le maréchal d'Uxelles obtient le gouvernement de Strasbourg, précédemment détenu par le maréchal de Chamilly. Enfin, le maréchal d'Estrées est élu à l'Académie pour remplacer son oncle, le cardinal d'Estrées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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362
p. 329-332
Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
Début :
O vous, Messieurs, qui n'étes peut-être pas plus graves [...]
Mots clefs :
Chevalier d'Aceilly, Mercure, Fortune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
O vous, Meisseurs, qui n'étes
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
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Résumé : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
L'auteur s'adresse à ses lecteurs, qu'il appelle 'Meilleurs', en présentant ses écrits comme un mélange de caprices de son imagination, de sentences et de plaisanteries, formant un tissu ridicule ou ornemental. Un personnage sage et éminent de France a complimenté l'auteur sur sa richesse, en référence au périodique 'Mercure'. L'auteur reconnaît la qualité du 'Mercure' tout en suggérant qu'il pourrait être encore amélioré. En réponse à ce compliment, l'auteur cite quatre vers du Chevalier d'Aceilly pour exprimer sa préférence personnelle. Le personnage trouve cette modestie difficile à croire, mais l'auteur reste convaincu de la valeur de ses propos. Malgré l'indifférence du personnage, l'auteur continue de partager ses réflexions et de proposer ses écrits.
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363
p. 332-333
CHANSON.
Début :
L'Hyver a glacé nos Fontaines, [...]
Mots clefs :
Hiver, Printemps, Berger
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
L'Hyver a glacénosFontaines>
On entend plus le murmure des
eaux,
Tont languit dans nos Bois, -éJ'
nos Prez&nos Plaines
N'ontplus de verdsgazons,ny
de^cou lans ruiseaux ;
Mais envain laSaison cruelle
M'empêche de garder mes moutons
dans les champs,
- Quandjevoy mon Bergerfide- lt
Je croytoûjours estre au Printemps.
L'Hyver a glacénosFontaines>
On entend plus le murmure des
eaux,
Tont languit dans nos Bois, -éJ'
nos Prez&nos Plaines
N'ontplus de verdsgazons,ny
de^cou lans ruiseaux ;
Mais envain laSaison cruelle
M'empêche de garder mes moutons
dans les champs,
- Quandjevoy mon Bergerfide- lt
Je croytoûjours estre au Printemps.
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364
p. 333-339
REPLIQUE.
Début :
Nous touchons maintenant, Messieurs, au plus joly / D'un jeu d'esprit à l'invective [...]
Mots clefs :
Réplique, Guerre, Énigmes
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texteReconnaissance textuelle : REPLIQUE.
Nous touchons - maintenant,
Messieurs, au plus joly
chapitre du Livre; cette épU
thete vous annonce assez que
c*ctt celuy des Enigmes, &
4
l'empressement que vous avez
pour elles, me le prouve encore
mieux. Ainsi ne vous
étonnez pas que la consideration
que j'ay pour vous m'ait
determiné à redoubler mes
foins, pour essayer sans effort
a vous le faire trouver meilleur
qua l'ordinaire. Di fort
habiles gens y ontmis bon ordre,&
vous n'en ferez cerraixnenr
pas quittes à si bon marché
ce mois cy, que le mois
passé. Je vous dis alors, &
peut-être qu'il vous en souvient,
que M. Anceau & M.
Desmoulins alloient sans don*
te se declarer la guerre : cela
n'est que trop vtay, Messieurs,
&je fuis bien trompé si Mercure
ne porte pas la folle enchere
de leur demêlé.Cependant
siquelque choseest capable
de me rassurer
y
c'est que
M. Anceau me paroist assez
humain, &qu'il ne m'envoye
cette replique, où il m'engage
de gayeté de coeur, que pour
ne plusrepliquer.
REPLI QJJE.
D'unjeud'espritàl'inveéïive
N'esperes pas que je te Juive,
L'aigreur ne fut jamais
mon fait:
Deust ma Musetromper
l'attente de Mercure
Et de tous mes amis exciter
lemurmure,
Je ne rendray point trait
pour trait.
Mail
Mais quO) ? me diraiton
, vous frondez,
deux Enigmes
Où le Public poursel ne
trouvaquedes rimes,
L'Auteur déconcerté repond
à contre-temps
Qu'ilfit exprés pour vous
l'une & l'autre facile:
Souffrirez-vous d'un air
il tranquille prenne encore le chan
ge en dépit du bonsens.
J'aime à voirsa Mujè
offensee
Mal interpréter ma pensee,
Ensaisir une fausse, en
fabriquer huit Vers;
Maissil'on veut que je
mexplique,
UHorace de nos jours
m'apprendque la Critique
Dédaigné tout esprit qui
pense de travers.
Au resset du Moulin,
de cette bagatelle
Mercure rvoudrott jawc
une guerre éternelle, Il
Rendons, si tu m'en crois,
ses desseinssuperflus:
Pour moy je te préviens&
le dis sanscolere,
Ayantfaitce quefaydâ
faire,
Ecris, ou riécrispas5 je ne
répliqué plus.
Messieurs, au plus joly
chapitre du Livre; cette épU
thete vous annonce assez que
c*ctt celuy des Enigmes, &
4
l'empressement que vous avez
pour elles, me le prouve encore
mieux. Ainsi ne vous
étonnez pas que la consideration
que j'ay pour vous m'ait
determiné à redoubler mes
foins, pour essayer sans effort
a vous le faire trouver meilleur
qua l'ordinaire. Di fort
habiles gens y ontmis bon ordre,&
vous n'en ferez cerraixnenr
pas quittes à si bon marché
ce mois cy, que le mois
passé. Je vous dis alors, &
peut-être qu'il vous en souvient,
que M. Anceau & M.
Desmoulins alloient sans don*
te se declarer la guerre : cela
n'est que trop vtay, Messieurs,
&je fuis bien trompé si Mercure
ne porte pas la folle enchere
de leur demêlé.Cependant
siquelque choseest capable
de me rassurer
y
c'est que
M. Anceau me paroist assez
humain, &qu'il ne m'envoye
cette replique, où il m'engage
de gayeté de coeur, que pour
ne plusrepliquer.
REPLI QJJE.
D'unjeud'espritàl'inveéïive
N'esperes pas que je te Juive,
L'aigreur ne fut jamais
mon fait:
Deust ma Musetromper
l'attente de Mercure
Et de tous mes amis exciter
lemurmure,
Je ne rendray point trait
pour trait.
Mais quO) ? me diraiton
, vous frondez,
deux Enigmes
Où le Public poursel ne
trouvaquedes rimes,
L'Auteur déconcerté repond
à contre-temps
Qu'ilfit exprés pour vous
l'une & l'autre facile:
Souffrirez-vous d'un air
il tranquille prenne encore le chan
ge en dépit du bonsens.
J'aime à voirsa Mujè
offensee
Mal interpréter ma pensee,
Ensaisir une fausse, en
fabriquer huit Vers;
Maissil'on veut que je
mexplique,
UHorace de nos jours
m'apprendque la Critique
Dédaigné tout esprit qui
pense de travers.
Au resset du Moulin,
de cette bagatelle
Mercure rvoudrott jawc
une guerre éternelle, Il
Rendons, si tu m'en crois,
ses desseinssuperflus:
Pour moy je te préviens&
le dis sanscolere,
Ayantfaitce quefaydâ
faire,
Ecris, ou riécrispas5 je ne
répliqué plus.
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Résumé : REPLIQUE.
La correspondance traite d'un chapitre intitulé 'Les Enigmes'. L'auteur exprime son enthousiasme à fournir un contenu de qualité et mentionne une dispute entre M. Anceau et M. Desmoulins, anticipant que Mercure en parlera. L'auteur espère que M. Anceau ne répliquera plus après sa réponse. M. Anceau réagit en affirmant qu'il ne souhaite pas répondre avec aigreur et refuse de rendre 'trait pour trait'. Il critique les énigmes proposées, les jugeant faciles et mal conçues, et cite Horace pour justifier son mépris envers la critique malveillante. Il conclut en déclarant qu'il ne répondra plus aux attaques pour éviter une 'guerre éternelle'.
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365
p. 339-341
« Mais de grace, Messieurs, revenons à nos Enigmes. Le mot [...] »
Début :
Mais de grace, Messieurs, revenons à nos Enigmes. Le mot [...]
Mots clefs :
Fève du gâteau, Peau du tambour
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texteReconnaissance textuelle : « Mais de grace, Messieurs, revenons à nos Enigmes. Le mot [...] »
Mais de grace, Messîeurs;
revenons à nos Enigmes.
Le mot de celles du mois
,
passé estou la Feue du (Jajl. au,
& la peau du Tambour. Les
noms de ceux qui les ont devinez,
sont : le Coureur du
Régiment de la Calotte : le
Goupil du Louvre :
la petite
Lo : Mlle Ricard.l'aimable
Claufier la jeune, & son voisin
deChavigny
,
M. de Barjolay
,
la belle~B.in.e d'cs
de S. Landry, labeaiuéciutiledelaruëS
Ce:mintle S s
de Rochermine)
le foM^ire
Quemine, le nlùsyjycùx M î
tre des Compres Je Roikn
„ l'aimable Mxireiredela ruë
neuveS. Honore,Us (, 1i";; ',.
, .)¡ - J .", -' o 1",
deSainte Agnés, l'amy fidele.
de la charmante Tailfert, &
le beau Chevreau de la grandecollation.
En voicy
revenons à nos Enigmes.
Le mot de celles du mois
,
passé estou la Feue du (Jajl. au,
& la peau du Tambour. Les
noms de ceux qui les ont devinez,
sont : le Coureur du
Régiment de la Calotte : le
Goupil du Louvre :
la petite
Lo : Mlle Ricard.l'aimable
Claufier la jeune, & son voisin
deChavigny
,
M. de Barjolay
,
la belle~B.in.e d'cs
de S. Landry, labeaiuéciutiledelaruëS
Ce:mintle S s
de Rochermine)
le foM^ire
Quemine, le nlùsyjycùx M î
tre des Compres Je Roikn
„ l'aimable Mxireiredela ruë
neuveS. Honore,Us (, 1i";; ',.
, .)¡ - J .", -' o 1",
deSainte Agnés, l'amy fidele.
de la charmante Tailfert, &
le beau Chevreau de la grandecollation.
En voicy
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Résumé : « Mais de grace, Messieurs, revenons à nos Enigmes. Le mot [...] »
Lors d'un événement social, plusieurs personnes ont résolu des énigmes intitulées 'la Feue du Jajl' et 'la peau du Tambour'. Parmi elles figurent le Coureur du Régiment de la Calotte, Mlle Ricard, M. de Chavigny, le bailli de la rue Saint-Sauveur, le sieur de Rocherpine, le musicien maître des Comptes du Roi, et le sieur de Sainte-Agnès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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366
p. 341-342
ENIGME.
Début :
En voicy d'autres, dont la premiere est de la façon du / J'occupe le sommet d'une belle Machine, [...]
Mots clefs :
Cerveau
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
En voicy d'autres, dont la
première est de la façon du
jeuneAnonyme, qui feroit fort
joliment des Vers,s'il vouloit
se donner la peine de les rendre
plus corrects. En attendant
cjuil veüille s'y resoudre
voyons son Enigme.
ENIGME.
J'occupe le sommet d'une bille
Machine
Donton nepeut aJlèz admirer 1er
ressorts.
Jesuis lasource & l'origine
De ce qui fait sa force, &fait
mouvoirson corps.
Mon naturel estphlegmatique,
Cependant ma sagesse est fort
problematique,
Aussiptourjouirsjs'haobitenune,forte
ote pourpeu que l'onme délivre3
Je ne fuis que tenebre, & que
confusion
,
Quoyquejefoissouvent plussçavant
qu'un bon Livre.
première est de la façon du
jeuneAnonyme, qui feroit fort
joliment des Vers,s'il vouloit
se donner la peine de les rendre
plus corrects. En attendant
cjuil veüille s'y resoudre
voyons son Enigme.
ENIGME.
J'occupe le sommet d'une bille
Machine
Donton nepeut aJlèz admirer 1er
ressorts.
Jesuis lasource & l'origine
De ce qui fait sa force, &fait
mouvoirson corps.
Mon naturel estphlegmatique,
Cependant ma sagesse est fort
problematique,
Aussiptourjouirsjs'haobitenune,forte
ote pourpeu que l'onme délivre3
Je ne fuis que tenebre, & que
confusion
,
Quoyquejefoissouvent plussçavant
qu'un bon Livre.
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367
p. 342-344
SONNET.
Début :
Celle-cy est de main de Maistre. / Qui ne me cherche pas me rencontre souvent. [...]
Mots clefs :
Arête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Maistre,
SONNET.
Qui ne me
cherche pas me rencontre
souvent.
Qui -l me veut éviter me
cherche
avec adnffiJ
Etje ne sçais comment je passi
pour trai(YfF
Faijan! pyofrIJion defrapper par
devant.
J) tendtpour m'tuxsurprendre3unappasdavutit.
0imded:ccoiivnroitsans un peu Farcise.
Mes COUPSfontdangereux, &
p
jamais je ne bùOè
Quîune cruelle mort n'arrive auparavant.
Quandle malheur m'y fouf:,
on grimace, on tempeste,
Leêliur vous trouvez quecçct
vous tlrreftJ
Je vous <*y dit mon nom ,
cherchezledans
ces Vers.
SONNET.
Qui ne me
cherche pas me rencontre
souvent.
Qui -l me veut éviter me
cherche
avec adnffiJ
Etje ne sçais comment je passi
pour trai(YfF
Faijan! pyofrIJion defrapper par
devant.
J) tendtpour m'tuxsurprendre3unappasdavutit.
0imded:ccoiivnroitsans un peu Farcise.
Mes COUPSfontdangereux, &
p
jamais je ne bùOè
Quîune cruelle mort n'arrive auparavant.
Quandle malheur m'y fouf:,
on grimace, on tempeste,
Leêliur vous trouvez quecçct
vous tlrreftJ
Je vous <*y dit mon nom ,
cherchezledans
ces Vers.
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368
p. 345
Modestie de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Que puis-je maintenant vous donner à la suite des bagatelles [...]
Mots clefs :
Plainte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Modestie de l'Auteur. [titre d'après la table]
donnerà la suite des bagatelles
que vous venez de lire ; vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire
plusieurs fois, Messieurs,que
je ne vous ennuyois pas,j'en fuis
vrayement fore aise. Cependant
je me lasse,&si jecontinuëàvous
entretenir, je sens, dans labelle
humeuroùje suis,qu'il m'estimpossible
de m'empêcher de mordre,
ou d'égratigner; mais il
vaut mieux que je me taise. Quel
effort de vertu quelle grandeur
d'Ame ! Je me dérobe pour ainsi
direàmoy même!jenesuis pourtant
pas le Maître de me renfermersi-
tôt dans les bornes du lilence.
Et j'ay avant de finir, une
plainte,mais une plainte importante
àvousétaler.
que vous venez de lire ; vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire
plusieurs fois, Messieurs,que
je ne vous ennuyois pas,j'en fuis
vrayement fore aise. Cependant
je me lasse,&si jecontinuëàvous
entretenir, je sens, dans labelle
humeuroùje suis,qu'il m'estimpossible
de m'empêcher de mordre,
ou d'égratigner; mais il
vaut mieux que je me taise. Quel
effort de vertu quelle grandeur
d'Ame ! Je me dérobe pour ainsi
direàmoy même!jenesuis pourtant
pas le Maître de me renfermersi-
tôt dans les bornes du lilence.
Et j'ay avant de finir, une
plainte,mais une plainte importante
àvousétaler.
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Résumé : Modestie de l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans une lettre, l'auteur apprécie les échanges précédents et craint de devenir désagréable en continuant d'écrire. Il exerce une maîtrise de soi pour éviter de blesser. Il annonce une plainte importante avant de conclure.
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369
p. 346
PLAINTE Sur la disette du bois.
Début :
On a mille fois oüi dire [...]
Mots clefs :
Disette, Disette du bois, Bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTE Sur la disette du bois.
PLAINTE
Sur la disette du bois.
On a millefois oüidire
Qu'Orphéeajadissurses pas
Fait marcher les forests sensibles
aux appas
Et desa voix& de sa lyre.
Moit bien loin d'esperer que 1114'
lyre & ma voix
Attirentpar leursfinsjamais tsmt
un bocage,
Même au sonde l'argentje nepuis9
dontj'enrage,
Attirer dans rna Cave une branche
de bois.
Sur la disette du bois.
On a millefois oüidire
Qu'Orphéeajadissurses pas
Fait marcher les forests sensibles
aux appas
Et desa voix& de sa lyre.
Moit bien loin d'esperer que 1114'
lyre & ma voix
Attirentpar leursfinsjamais tsmt
un bocage,
Même au sonde l'argentje nepuis9
dontj'enrage,
Attirer dans rna Cave une branche
de bois.
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370
p. 346-347
« Mais, aprés la pluye, comme on dit, vient le beau temps, [...] »
Début :
Mais, aprés la pluye, comme on dit, vient le beau temps, [...]
Mots clefs :
Bois, Miguel de Cervantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais, aprés la pluye, comme on dit, vient le beau temps, [...] »
Mais,apréslapluye, comme
on dit, vient le beau temps,
quodejlviolentum non cjl durabile
,& le diable n'estpas toûjours
à la porte d'un pauvre homme.
QuedeSancho,Messieurs!il n'importe
Avec le temps je vous en
donneray bien d'autres ; Miguel
Cervantes est mon maîrrejmai!» à
bon compte,revenonsànos moutons.
Cette plainte sur la disette
du bois, dont comme vous (ça4
vez, (grace aux plus clairsvovans
) la moitié du monde effc
affamée à Paris aété veuë par
M. l'Abbé de la Grange Trianon,
il en a été couche
,
& en consequence,
ila fait present à son illustreAuteur
d'une voye de bois,
bien conditionnée, ce qui l'a
obligé à luy en faire le remerciement
suivant.
on dit, vient le beau temps,
quodejlviolentum non cjl durabile
,& le diable n'estpas toûjours
à la porte d'un pauvre homme.
QuedeSancho,Messieurs!il n'importe
Avec le temps je vous en
donneray bien d'autres ; Miguel
Cervantes est mon maîrrejmai!» à
bon compte,revenonsànos moutons.
Cette plainte sur la disette
du bois, dont comme vous (ça4
vez, (grace aux plus clairsvovans
) la moitié du monde effc
affamée à Paris aété veuë par
M. l'Abbé de la Grange Trianon,
il en a été couche
,
& en consequence,
ila fait present à son illustreAuteur
d'une voye de bois,
bien conditionnée, ce qui l'a
obligé à luy en faire le remerciement
suivant.
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Résumé : « Mais, aprés la pluye, comme on dit, vient le beau temps, [...] »
Le texte évoque les aléas de la vie et la possibilité de jours meilleurs après les épreuves. Il cite une expression populaire sur la misère. L'auteur mentionne Miguel Cervantes comme son maître et exprime sa gratitude à l'abbé de la Grange Trianon pour une provision de bois, face à la pénurie observée à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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371
p. 348
Remerciement du même à Mr l'Abbé de Trianon, qui luy avoit envoyé une belle & bonne voye de bois. [titre d'après la table]
Début :
Je croyois mon honneur perdu, [...]
Mots clefs :
Bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remerciement du même à Mr l'Abbé de Trianon, qui luy avoit envoyé une belle & bonne voye de bois. [titre d'après la table]
Je croyois mon honneurperdu,
: Abbé vous me l'avez rendu.
J'en dois par toutfairetrophée
Oüy,puisquepar leurs fotts & ma
lyre & ma voix
Aujourd'huy dans ma Cave tlttj
rent vôtre bois9
Jepuis hicfJ, grace à vous, map~
pellerun orphée.
: Abbé vous me l'avez rendu.
J'en dois par toutfairetrophée
Oüy,puisquepar leurs fotts & ma
lyre & ma voix
Aujourd'huy dans ma Cave tlttj
rent vôtre bois9
Jepuis hicfJ, grace à vous, map~
pellerun orphée.
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372
p. 348-351
Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais pourquoy, s'il vous plaît, ma verve s'échauffe-t-elle à présent [...]
Mots clefs :
Auteur, Mercure, Poètes, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Maispourquoy,s'il vous phit;
ma verve s'échauffe-t-elle à présent
? Cette extrême demangeaison
d'écrire qui mesaisit en cec
endroit, en-elle un vicede complaisance
,ou d'habitude. je vous
en fais Juges, Messieurs. Il est
naturelà un hommequi faittous
les mois.
*ZJnouvrage telquelemien,
^uonnommeen bon François , on
peu de chose, ou rien,
De représenter à son idée, autantqu'ille
peut, malgré la petitesse
de la chose, toute l'étenduë
de son travail, avant de
l'exposer à vos yeux.C'estceque
je fais. Et je considère avec beaucoup
d'inquietude pour vous, &
d'indulgence pour 4iioy , que j'ay
eu ce moiscy, comme les autres,
l'honneur de vous conter un
grand nombre dechosesinutiles;
mais il m'en reste une, avec un
scrupule& une réflexion qui ne
le font peut-êtrepas. Jesonge àme definir positivement
à moy-même ce que c'est
)
qu'on appelle dansle monde,
Vn Autheur. De grace songez-y
aussi, câpresavoir bien examiné
ma proposition, vous conviendrez,
sans qu'il soit besoin de
rapprochernos idées& nos susfrages,
qu'on ne doit presque
plus esperer maintenant de voir
naître dans la république des lettres
,des Sujets qui approchent
de ces grands modélesque nous
avons perdus,parce que desgens
nés avec les talens de l'éloquence
, ou dela Poësie
,
& qui pourroient
devenir excellents, languiront
dans l'indigence, ou se
verront meprisez fous les titres
de Poëtes ÔC d'Orateurs; mais
quand ces deux inconveniensn'y
feroient pas, oseroient-ils désormais
separer de ces mêmes titres,
tant qu'à: l'ombre des seules
richesses, l'ignorance heu
reuse usurpera peut-être des
honneurs qui nesont dûs qu'aux
Muses pourmoy.
Je fuis avec un trèsprofond
respect,
Messieurs,mesDames, &mes
Demoiselles,
Vôtre trés-humble &très
obéïssant ferviceur Mercur
ma verve s'échauffe-t-elle à présent
? Cette extrême demangeaison
d'écrire qui mesaisit en cec
endroit, en-elle un vicede complaisance
,ou d'habitude. je vous
en fais Juges, Messieurs. Il est
naturelà un hommequi faittous
les mois.
*ZJnouvrage telquelemien,
^uonnommeen bon François , on
peu de chose, ou rien,
De représenter à son idée, autantqu'ille
peut, malgré la petitesse
de la chose, toute l'étenduë
de son travail, avant de
l'exposer à vos yeux.C'estceque
je fais. Et je considère avec beaucoup
d'inquietude pour vous, &
d'indulgence pour 4iioy , que j'ay
eu ce moiscy, comme les autres,
l'honneur de vous conter un
grand nombre dechosesinutiles;
mais il m'en reste une, avec un
scrupule& une réflexion qui ne
le font peut-êtrepas. Jesonge àme definir positivement
à moy-même ce que c'est
)
qu'on appelle dansle monde,
Vn Autheur. De grace songez-y
aussi, câpresavoir bien examiné
ma proposition, vous conviendrez,
sans qu'il soit besoin de
rapprochernos idées& nos susfrages,
qu'on ne doit presque
plus esperer maintenant de voir
naître dans la république des lettres
,des Sujets qui approchent
de ces grands modélesque nous
avons perdus,parce que desgens
nés avec les talens de l'éloquence
, ou dela Poësie
,
& qui pourroient
devenir excellents, languiront
dans l'indigence, ou se
verront meprisez fous les titres
de Poëtes ÔC d'Orateurs; mais
quand ces deux inconveniensn'y
feroient pas, oseroient-ils désormais
separer de ces mêmes titres,
tant qu'à: l'ombre des seules
richesses, l'ignorance heu
reuse usurpera peut-être des
honneurs qui nesont dûs qu'aux
Muses pourmoy.
Je fuis avec un trèsprofond
respect,
Messieurs,mesDames, &mes
Demoiselles,
Vôtre trés-humble &très
obéïssant ferviceur Mercur
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Résumé : Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans une lettre destinée à un public distingué, l'auteur exprime son désir d'écrire et s'interroge sur la motivation derrière cet acte, se demandant s'il s'agit de complaisance ou d'habitude. Il justifie son œuvre en affirmant vouloir représenter au mieux ses idées, malgré la modestie du sujet traité. L'auteur reconnaît avoir partagé des informations inutiles par le passé et manifeste son inquiétude concernant la réception de son travail. Il réfléchit sur la définition d'un auteur et observe que les talents littéraires exceptionnels sont rares de nos jours. Les personnes douées pour l'éloquence ou la poésie risquent souvent la pauvreté ou le mépris, même lorsqu'elles portent les titres de poète ou d'orateur. De plus, même en l'absence de ces obstacles, l'ignorance pourrait usurper les honneurs dus aux Muses. L'auteur conclut en exprimant son profond respect envers ses lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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373
p. 351
APOSTILLE.
Début :
MESSIEURS, Je ne croyois pas qu'il me fut possible [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE.
MESSIEURS,
Je ne croyois pas qu'il me fut
possible devousriendirecemoiscy
de l'Ambassadeur de Perse-
Cependant j'ayheureufemenc
en mes mains un article qui le
concerne, & qui n'y vieillira asseurement
pas.
MESSIEURS,
Je ne croyois pas qu'il me fut
possible devousriendirecemoiscy
de l'Ambassadeur de Perse-
Cependant j'ayheureufemenc
en mes mains un article qui le
concerne, & qui n'y vieillira asseurement
pas.
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374
p. 352-356
Nouvelles de l'Ambassadeur de Perse, avec la copie du compliment que Mr le Baron de Breteüil, Introducteur des Ambassadeurs, luy a fait d la part du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Memeth Riza Beg, Intendant de la Province d'Irivan en Armenie [...]
Mots clefs :
Arménie, Ambassadeur, Roi de Perse, Ambassadeur du roi de Perse, Intendant, Erevan, Baron de Breteuil, Roi, Introducteur des ambassadeurs et princes étrangers
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de l'Ambassadeur de Perse, avec la copie du compliment que Mr le Baron de Breteüil, Introducteur des Ambassadeurs, luy a fait d la part du Roy. [titre d'après la table]
Memeth Riza Reg,Intendant
de la Province cClrtvan en Ar- imenie, Ambassadeur du Roy de
Perse en Frarce
,
arriva à ( harenton
le 16 de ce mois, & le
lundy 2.8. M.le Baron de BreteuilIntroducteur
des Ambassadeurs&
Princes Etrangers, yalla
luy faire un compliment dela
part du Roy, honneur que Sa
Majcfté ne fait quetrès rarement&
dans des occasionssingulieres.
Le dernier à qui pareil
honneur a été fait, fut le Connestablede
Castille lorsqu'il vint en
France au n011) de toutes les
Cortesd'Espagne
,
demander le
Duc d'Anjou pour êtreleur Roy.
L'Intendant de la Province d'lyi<
voen est la troisïéme personne
deceGouvernement qui est le
plus
plus considerable de toute la
Perse, & a de revenu trente deux
milleromansparanquifont prés
decinqcentsmille écus. La Ville
d'Irivan passe dans l'Orient
pour la plus ancienne peuplade
du monde. Les Arméniens ont
dans leurs traditions que l'Arche
deNoéestsur la pointe du Mont
* Macis qui est voisin de la Ville
d'Irivan. Onmontreencoreàpresent
aux environs de cette montagne
l'endroit où Noé plantala
Vigne. A deux lieuës d'lrivanest
le celebre Monastere des trois
Eglises, le sanctuaire des Chrétiens
Arméniens & le lieu pour
lequel ils ont leplus de dévotion.
Je m'étendray davantage le mois
prochain sur toutes ces choses
* jirArat dans la Genese,
dont je croy les circonstances
merveilleuses,dignes de lacuriosité
detoutlemonde;en attendant
Messieurs) il me reste à vous
faire part d'une piece originale,
ausujet del'Intendant dirivan.
C'estun ouvrage enrichi des plus
brillantes expressions qu'on puisse
lire dans les Contes Arabes &:
danslesmille &unenuit, c'est
enun mot un compliment tout
Oriental que M. le Baron deBreteuil
a fait de la part du Roy à
l'Ambassadeur de Persequi en a
paru très content. Jel'ay heureusementattrappé
,tel, mot pour
mot,que ses Interprètesl'onteu.
Le voicy.
L)EinperettTdeFranCt, mon Maître
j leplus grand~(jr lepluspieux
des Empereurs Chrétiens
5
leplus
magnifique des Roys de l'Europe, le
plusPaissantenguerre, tant sur
la Terre quesur la Mer,toujours invj¡¡
âble, l'amourdesesPeuples,~d*
le modeleparfaitde toutes les vertus
Royales) m'envoye
,
Monsieur
D *vousfaireun complimentdesapart,
~&fie réjouir de vostre arrivée auprés
de Paris, la Capitale de son
Empire,la plus riche ~cr u't plussuperbe
des Filles de la part du
monde que nous habitons IIfiçM?
quel'EmpereurvostreMaîtreest le
plusmagnifique&leplusPuissant
Empereur de l'Orient, & ilestpersuadé
qu'ayant àla Cour autant de
pufonndgts Illustres qu'il en a , HVOUA a choisi entre eux2 comme
un Sujet d'un mérité di-ie- &
capabled'etrt le lien de runion de
(Uuxsipuissants Monarques
njowào,-."era,.Jieur
, en touttes
occiij sydes marques del'efti»
ne cr at la co/ijideriitioa.quil u
fourunAxh.jj\ideurqui vient de
lu part à 'un si grandEmpereur.
Pour mOJ). Monsieurje regardecomme
un btnheurcCêtre le premiera,
qui il ait ordonné de vous venir
complimenterde sa part:Jir.1.J au
sortirdelette Conférence, luy rendre
compte de l'éx/atlion deses orIl
dtesy & en prendre de nouveaux
pour Vojlil entrée à Paris,(£ voflre
Audiance à la magnifique Cour de
Sa Majesté Impériale.
de la Province cClrtvan en Ar- imenie, Ambassadeur du Roy de
Perse en Frarce
,
arriva à ( harenton
le 16 de ce mois, & le
lundy 2.8. M.le Baron de BreteuilIntroducteur
des Ambassadeurs&
Princes Etrangers, yalla
luy faire un compliment dela
part du Roy, honneur que Sa
Majcfté ne fait quetrès rarement&
dans des occasionssingulieres.
Le dernier à qui pareil
honneur a été fait, fut le Connestablede
Castille lorsqu'il vint en
France au n011) de toutes les
Cortesd'Espagne
,
demander le
Duc d'Anjou pour êtreleur Roy.
L'Intendant de la Province d'lyi<
voen est la troisïéme personne
deceGouvernement qui est le
plus
plus considerable de toute la
Perse, & a de revenu trente deux
milleromansparanquifont prés
decinqcentsmille écus. La Ville
d'Irivan passe dans l'Orient
pour la plus ancienne peuplade
du monde. Les Arméniens ont
dans leurs traditions que l'Arche
deNoéestsur la pointe du Mont
* Macis qui est voisin de la Ville
d'Irivan. Onmontreencoreàpresent
aux environs de cette montagne
l'endroit où Noé plantala
Vigne. A deux lieuës d'lrivanest
le celebre Monastere des trois
Eglises, le sanctuaire des Chrétiens
Arméniens & le lieu pour
lequel ils ont leplus de dévotion.
Je m'étendray davantage le mois
prochain sur toutes ces choses
* jirArat dans la Genese,
dont je croy les circonstances
merveilleuses,dignes de lacuriosité
detoutlemonde;en attendant
Messieurs) il me reste à vous
faire part d'une piece originale,
ausujet del'Intendant dirivan.
C'estun ouvrage enrichi des plus
brillantes expressions qu'on puisse
lire dans les Contes Arabes &:
danslesmille &unenuit, c'est
enun mot un compliment tout
Oriental que M. le Baron deBreteuil
a fait de la part du Roy à
l'Ambassadeur de Persequi en a
paru très content. Jel'ay heureusementattrappé
,tel, mot pour
mot,que ses Interprètesl'onteu.
Le voicy.
L)EinperettTdeFranCt, mon Maître
j leplus grand~(jr lepluspieux
des Empereurs Chrétiens
5
leplus
magnifique des Roys de l'Europe, le
plusPaissantenguerre, tant sur
la Terre quesur la Mer,toujours invj¡¡
âble, l'amourdesesPeuples,~d*
le modeleparfaitde toutes les vertus
Royales) m'envoye
,
Monsieur
D *vousfaireun complimentdesapart,
~&fie réjouir de vostre arrivée auprés
de Paris, la Capitale de son
Empire,la plus riche ~cr u't plussuperbe
des Filles de la part du
monde que nous habitons IIfiçM?
quel'EmpereurvostreMaîtreest le
plusmagnifique&leplusPuissant
Empereur de l'Orient, & ilestpersuadé
qu'ayant àla Cour autant de
pufonndgts Illustres qu'il en a , HVOUA a choisi entre eux2 comme
un Sujet d'un mérité di-ie- &
capabled'etrt le lien de runion de
(Uuxsipuissants Monarques
njowào,-."era,.Jieur
, en touttes
occiij sydes marques del'efti»
ne cr at la co/ijideriitioa.quil u
fourunAxh.jj\ideurqui vient de
lu part à 'un si grandEmpereur.
Pour mOJ). Monsieurje regardecomme
un btnheurcCêtre le premiera,
qui il ait ordonné de vous venir
complimenterde sa part:Jir.1.J au
sortirdelette Conférence, luy rendre
compte de l'éx/atlion deses orIl
dtesy & en prendre de nouveaux
pour Vojlil entrée à Paris,(£ voflre
Audiance à la magnifique Cour de
Sa Majesté Impériale.
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Résumé : Nouvelles de l'Ambassadeur de Perse, avec la copie du compliment que Mr le Baron de Breteüil, Introducteur des Ambassadeurs, luy a fait d la part du Roy. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée de Memeth Riza Reg, Intendant de la Province d'Arménie et Ambassadeur du Roi de Perse, à Charenton le 16 du mois, suivie par une visite du Baron de Breteuil le 28 du même mois. Cet honneur avait précédemment été accordé au Connétable de Castille. L'Intendant de la Province d'Irvàn, troisième personnage important du gouvernement perse, dispose d'un revenu annuel de trente-deux mille rams, soit environ cinq cent mille écus. La ville d'Irvàn, l'une des plus anciennes du monde, est associée à la légende de l'Arche de Noé, qui se serait échouée sur le Mont Ararat. Près d'Irvàn se trouve le monastère des Trois Églises, un lieu de dévotion pour les chrétiens arméniens. Le Baron de Breteuil a rédigé un compliment oriental pour le Roi de France, adressé à l'Ambassadeur de Perse, soulignant les qualités du Roi de France et exprimant l'espoir de renforcer les relations entre les deux monarques.
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375
p. 356
« Si aprés tout ce que vous venez de lire, Messieurs, Mercure vous [...] »
Début :
Si aprés tout ce que vous venez de lire, Messieurs, Mercure vous [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Si aprés tout ce que vous venez de lire, Messieurs, Mercure vous [...] »
Si après toutce quevous tenez
de lire, M("cfieur$)yfercnre'ous
ennuye, il faut en veriré que vçug
de lire, M("cfieur$)yfercnre'ous
ennuye, il faut en veriré que vçug
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376
s. p.
TABLE.
Début :
Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
tement entrevoir la craintequi£
adenepas recevoir tes Etrennesqueses
devanciers qui ri
toientpas meilleursfaiseurs de
Mercure que luy, recevoient an
commencement de (haque annee.
Ses inquiétudes
,
ses exclamations
&ses propos interrompus
sont des situations interressantes
dans le préambule, dont 1,
resultatestunContedesFées* 3
Conte des Fées. )
Ebauche de quelques unes desprincipales
Nuits de Sceaux. 49
Discourssur l'origine duMois, yo
4vantmfwgulierc, 7r
Histoirebousonne gy
Réponse à l.i Critique d'un Distique
de Santeüil qui aparu dans le
Mercure de Septembre. 92,
Jàécijion dela dispute entre les chanoines
de la Cathedrale d'.Amiens
& les Religieux de J'A,bbaye
de S.Achetil.95
Nouvelles d'Espagne. 99
Noms des Seigneurs qui composent
l'Academiedesbeaux Esprits de
Castille. 100
Noms des Presidens & officiers des
Finances d'Espagne.104
Copie d'un Decret rendu le 8. Décembre
dernier,pour l'établissement
d'un Conseils pour l'Administration
des Finances d1Ef~ pagm,107 Smte du Voyage de la Reined'Espagne
jusqu'à son arrivé à Ma
drid. l:l[ :
Ode sur la Paix, i357
Idilesurla Paix.151
Reflexionpolitiquedel'Auteur. 164
Morts. 169
Dons du Roy, 194
Dissertation Fhtfique & tres cuneuse
,sur les Taches & Facules
duSoleil.210
Extrait des Harangues que Mrs
Massieuv Malerprononcerent le
29. du moispassé,à CAcademie
Françoise
,
où ils furent reçûs
dans les Places vacantes par la
mort de Mr l'Abbé de Cleramhllult)&
deMrdeTourreil. 162,
Dfè'Hrs peut-estreinutile. 309
SuitedesNovelles, 314.
EpigrammeduChevalierd'Accilly,
dont l'Auteurfait l'application
Illt Mercure. 331
Chanson, 332.
,
Replique de M.Anceau, aux Vers
EdneMirgdemsMoeulsin.,34.3136
Modestie de l'Auteur. 345-
Plaintesur la disette du bois de M.
D. L. M. 346
Remerciementdu même à Mr 'Ab..
béde Trianon, qui luy avoitenvoyé
une belle & bonne voye de
bois. 34S
Compliment de l'Auteur. 349
Apostille. 3-1
Nouvelles de l'AmhllJlddellr et
Ptrfe, ¡¡vec la copie du compliment
que Mr le Baron de Breteüil,
Introdufteftr des Ambajfa- •deurs,luy a fait d. la part dM
Roy. 352,
adenepas recevoir tes Etrennesqueses
devanciers qui ri
toientpas meilleursfaiseurs de
Mercure que luy, recevoient an
commencement de (haque annee.
Ses inquiétudes
,
ses exclamations
&ses propos interrompus
sont des situations interressantes
dans le préambule, dont 1,
resultatestunContedesFées* 3
Conte des Fées. )
Ebauche de quelques unes desprincipales
Nuits de Sceaux. 49
Discourssur l'origine duMois, yo
4vantmfwgulierc, 7r
Histoirebousonne gy
Réponse à l.i Critique d'un Distique
de Santeüil qui aparu dans le
Mercure de Septembre. 92,
Jàécijion dela dispute entre les chanoines
de la Cathedrale d'.Amiens
& les Religieux de J'A,bbaye
de S.Achetil.95
Nouvelles d'Espagne. 99
Noms des Seigneurs qui composent
l'Academiedesbeaux Esprits de
Castille. 100
Noms des Presidens & officiers des
Finances d'Espagne.104
Copie d'un Decret rendu le 8. Décembre
dernier,pour l'établissement
d'un Conseils pour l'Administration
des Finances d1Ef~ pagm,107 Smte du Voyage de la Reined'Espagne
jusqu'à son arrivé à Ma
drid. l:l[ :
Ode sur la Paix, i357
Idilesurla Paix.151
Reflexionpolitiquedel'Auteur. 164
Morts. 169
Dons du Roy, 194
Dissertation Fhtfique & tres cuneuse
,sur les Taches & Facules
duSoleil.210
Extrait des Harangues que Mrs
Massieuv Malerprononcerent le
29. du moispassé,à CAcademie
Françoise
,
où ils furent reçûs
dans les Places vacantes par la
mort de Mr l'Abbé de Cleramhllult)&
deMrdeTourreil. 162,
Dfè'Hrs peut-estreinutile. 309
SuitedesNovelles, 314.
EpigrammeduChevalierd'Accilly,
dont l'Auteurfait l'application
Illt Mercure. 331
Chanson, 332.
,
Replique de M.Anceau, aux Vers
EdneMirgdemsMoeulsin.,34.3136
Modestie de l'Auteur. 345-
Plaintesur la disette du bois de M.
D. L. M. 346
Remerciementdu même à Mr 'Ab..
béde Trianon, qui luy avoitenvoyé
une belle & bonne voye de
bois. 34S
Compliment de l'Auteur. 349
Apostille. 3-1
Nouvelles de l'AmhllJlddellr et
Ptrfe, ¡¡vec la copie du compliment
que Mr le Baron de Breteüil,
Introdufteftr des Ambajfa- •deurs,luy a fait d. la part dM
Roy. 352,
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Résumé : TABLE.
Le texte présente une compilation de divers écrits et sujets abordés dans une publication. Il commence par des réflexions personnelles sur la réception des étrennes comparée à celle des prédécesseurs. Plusieurs œuvres littéraires et historiques sont mentionnées, telles que 'Le Conte des Fées' et les 'Nuits de Sceaux'. Le texte inclut aussi des discours, des critiques littéraires, et des nouvelles d'Espagne. Il liste des personnalités notables, comme les membres de l'Académie des beaux-esprits de Castille et les officiers des finances d'Espagne. Des décrets et des voyages royaux sont évoqués, notamment le déplacement de la reine d'Espagne jusqu'à Madrid. Le texte aborde également des poèmes, des réflexions politiques, des avis de décès, des dons royaux, et des dissertations scientifiques sur les taches solaires. Il se conclut par des épigrammes, des chansons, des remerciements, et des compliments, ainsi que des nouvelles de l'ambassade d'Angleterre et de Prusse, incluant un compliment du baron de Breteuil au nom du roi.
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377
s. p.
« La Figure des Taches du Soleil, doit regarder la page 210 [...] »
Début :
La Figure des Taches du Soleil, doit regarder la page 210 [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Figure des Taches du Soleil, doit regarder la page 210 [...] »
Lit Figure des TAchesailSoleilJ
doitregarder la page 2.10 La Figure de la Chanson, doit
regarder la page 332
doitregarder la page 2.10 La Figure de la Chanson, doit
regarder la page 332
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378
p. 3-12
Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
Début :
Bienheureux le mortel dont la fertile plume [...]
Mots clefs :
Mercure, Larcins, Ordre du Mercure, Invention , Château en Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
MERCURE
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
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Résumé : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre discute de la publication d'un ouvrage intitulé 'Mercure'. Il exprime son admiration pour cet ouvrage tout en mettant en garde contre les apparences trompeuses, comparant Mercure au dieu des fourbes et des voleurs. L'ouvrage, bien que semblant coûteux, a été réalisé avec peu d'efforts et comprend deux volumes au lieu d'un, en raison de la fortune qui a incité cette décision. L'auteur reconnaît certaines négligences mais assure que le contenu des volumes est de qualité. Il note également que l'ordre habituel des publications est inversé ce mois-ci, soulignant son refus de suivre une méthode fixe. La lettre se conclut par un poème exprimant l'impatience et le désir de moments heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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379
p. 3-169
JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
Début :
Je vous entends, Messieurs, raisonner tous les jours les jours [...]
Mots clefs :
Journal historique, Roi, Ambassadeur de Perse, Enfant, Arméniens, Évêque, Seigneurs, Femmes, Logis, Roi de Perse, Fille, Mains, Corps, Hommes, Honneur, Cheval, Religion, Ambassadeur, Mort, Femme, Époux, Europe, Peuple, Qualité, Officiers, Cérémonie, Audience, Ville, Lettres, Empereur, Enfants, Baptême, Garçon, Constantinople, Marchands, Voyage, Yeux, Sultan, Commerce, Palais, Mahométans, Mosquée, Prince, Marbre, Vin, Discours, Chevaux, Arménie, Bruit, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
JOURNAL
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
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380
p. 12-13
« A voir l'air dont je vous ai présenté ces vers, vous [...] »
Début :
A voir l'air dont je vous ai présenté ces vers, vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A voir l'air dont je vous ai présenté ces vers, vous [...] »
A voir l'air dont je vous
ai presenté ces vers, vous
les avez d'abord pris pour
des vers de ma façon:mais
à Dieu ne plaise que je fasse
ce larcin à leur auteur. Si
j'étois le maître d'en dérober
en conscience au tiers
& au quart,je n'oserois pas
commencer par usurper les
meilleurs qu'on me presente;
j'adopterois plûtôt ceuxci,
qui m'appartiennent autant
que la PucelledeChapelain.
ai presenté ces vers, vous
les avez d'abord pris pour
des vers de ma façon:mais
à Dieu ne plaise que je fasse
ce larcin à leur auteur. Si
j'étois le maître d'en dérober
en conscience au tiers
& au quart,je n'oserois pas
commencer par usurper les
meilleurs qu'on me presente;
j'adopterois plûtôt ceuxci,
qui m'appartiennent autant
que la PucelledeChapelain.
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381
p. 13-22
EPISTRE AUX MUSES.
Début :
Non, je ne sçaurois plus douter de ma disgrace, [...]
Mots clefs :
Muses, Parnasse, Rime, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPISTRE AUX MUSES.
EP1STKE
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
AUX MUSES.
NOn, je ne fçaurois plus
-
douter de ma disgrace,
Mufes, vous m'enviez les
honneurs du Parnasse;
J'avois beau me compter
parmi vos nourriçons,
, Me promettre un concert
des plus belles chansons,
Je ne sens plus en moy,lorfque
je veux écrire, ]
Cette divine ardeur que le
c
Permesse inspire
;
Et si vous m'écoutez, vos
plus rares presens
Se bornent à des vers, ou
forcez, ou pesans.
L'un contraint par les loix
d'une étroite mesure,
Semble avoir été mis cent
fois à latorture;
L'autre ne connoissant ni
rime ni raison,
Sans sel & sans vigueur languit
dans sa prison;
Le meilleur en un mottombe
toûjours sans grace,
Et je n'en écris point qu'r
aussitôt je n'efface,
Pour éviter le sort d'un malheureux
rimeur
Qui n'est 'en paroissantlû
que de l'Imprimeur,
Ou de ces partisans de tout
mauvais ouvrage
Dont un
espritsensé craint
toujours le suffrage.
Quand je voulois jadis exer
'r cer mon talent,
Vous me faisiez parler, en
Poëte excellent;
Les termes élegans, la cadence,
la rime
Prêtoient à ma penséeun
ornement sublime,
Et mon esprit goûtant le
fruit de les travaux,
Sçavoit par ce plaisir adou
- cir tous mes maux.
Si le fort contre moy signaloit
Ion caprice,
Par des vers aussitôtje m'en
faisois justice,
Tt me traçant sur tout de
charmantes leçons,
J'oppofois à ses coups la
douceur de vos sons.
Muses,
Muses, ne dois-je pas vous
-
traiter d'inhumaines?
Me frustrant du moyen de
soulager mes peines,
Pourquoy m'accoûtumer à
desi doux plaisirs,
Si vous deviez sitôt en feT
vrer mes desirs?
Craigniez-vous que ma
main abusant de la rime,
Neût contre la vertu pris
l'interêt ducrime?
Je fuis trop ennemi de ces
lâches auteurs
Dont les vers sont par tout
les écüeils des Icacurs.,,
Et qui des dons reçus de
Fillessi pudiques
Vont faire à la pudeur des
insultes publiques.
Rendez-moy donc cet arc
justement élevé
Sur tout ce que le monde
a de plus achevé:
Que le pinceau d'Appelle
imite la nature;
Que Phidias paroisse animer
sa figure;
Que Dedale faisant jrpuflïr
ses efforts,
Enchante les efprirs par de
nouveaux ressorts,
Vulgaires artisans, ils dpir
vent leur Greffe
Aux preceptes de l'artdont
l'étude les dresse :
Mais du Dieu du P,atttffç
un genieinspiré l
CPA)me sortant qij.': Ciel
paît tQûjourséçJirti;
]/çJprit paroît coutPlJf dans
_io/i 4ivm lang>ifp , Et ne doir qu'à lui seul la
c - matjere ôç lo^vragc.
r Qij'çhi flousV^nfe la Pfçfe
& fous fç? pfnçriîfns,
Jpn I}p trouve qiiWx vpfp
un yséfix,4'sgHfjHens; L'aç&efkclvoi«'df$mois0
leur jthij.ç hjwroonoeufe
Font sentir à l'esprit leur
force gracieuse.
De là vient que, les Dieux,
du fond de leurs autels,
Ne répondoient qu'en vers
répondant aux mortels;
Que les amans pour plaire;
instruits par la tendresse,
Veulent toûjours en vers
parler à leur maîtresse;
Que pour rendre célébré un
nom dans l'univers,
L'éloquence choisit le langaggaegdeedsevsevresrs;
:L ; Et que pourexciter ou nos
risounos larmes,
De la rime toujours on emprunte
les charmes.
Mais j'aigris mes chagrins,
quand je vante le prix
Du bien que vous m'avez
injustement repris.
Quel discours cependant
me flate en ma tristeife?
Vous avez, me dit-on, de- ferté lePermesse.
Une Princesse illustre imitant
vos accords,
Vous a fait preferer son Pa-
: lais à vos bords,
,:Et du foin des beaux arts
où sonesprit excelle
Vous voulez désormais
vous reposer sur elle.
Ah! que je fuis heureux à'& voir enfin appris
Quel nom peut d'un beau
feu réchauffer mes
esprits.
Mais quel rayçft deja me
ranime 6ç m'éclaire?
Plein de l'esprit de Sceaux:
que ne vais-je pas faire?
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Résumé : EPISTRE AUX MUSES.
Dans sa plainte aux Muses, l'auteur exprime son désarroi face à la perte de son inspiration poétique. Il regrette l'absence des Muses, qui autrefois lui inspiraient des vers élégants et sublimes. Désormais, ses écrits lui semblent forcés ou pesants, et il craint de produire des œuvres médiocres. Il souligne la difficulté de créer des vers ni contraints par la métrique ni dénués de sens. L'auteur se remémore les moments où les Muses lui permettaient de surmonter ses maux par la beauté de ses poèmes. Il accuse les Muses de cruauté, se demandant pourquoi elles l'ont habitué à des plaisirs doux avant de le priver de cette joie. Il affirme n'abuser jamais de la poésie pour des fins immorales. Le texte met en lumière l'importance de la poésie dans divers aspects de la vie, comme les communications divines, les déclarations amoureuses et les éloges célèbres. Enfin, l'auteur apprend que les Muses ont accordé leur faveur à une princesse illustre, ce qui le ravit et l'inspire à nouveau, notamment par l'esprit de Sceaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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382
p. 22-26
« Mais malgré tous ces beaux vers, je sens souvent qu'il [...] »
Début :
Mais malgré tous ces beaux vers, je sens souvent qu'il [...]
Mots clefs :
Satire, Éloge, Bouts-rimés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais malgré tous ces beaux vers, je sens souvent qu'il [...] »
Mais malgre teus ces
beaux vers je sens souvent
qu'ilest honteux à moy de
;»le foûjmçttre, comme je
faig quelquefois,aux* volontez
deceux qui me les
adressent. Pardonnezmoy
ce défaut
,.
Meilleurs
; on
me tend despieges flateurs,
on m'amorce de l'appas des
protéctions
) on me fait esperer
bien des belles choles:
devez-vous vous étonner
sije fais bien des sottises,
& des sottises inutiles?
Ah !c'en cft trop ;ache
vons donc nôtre tâche,
Mercure,&ne flatons personne.
Ceux qui s'interessent à
mon fort tremblent pour
moy ) je vais sans doute
m'émanciper & me perdre.
Mais est-il possible qu'ils
ne soient pas accoutumez
encore à voir
Mon pourpoint percé par le
coude?
Cependant ces alarmes
font fort obligeantes: mais
elles ne me font, gueres
d'honneur, & il faudroit
que je susjè bien de mon ruil
lage, pour m'aviser ici d'offenser
personne. Il ne tiendra
pourtant qu'àvous,
Meilleurs
>
que nous animions
desormais davantage
, nos
nos conversations
: ce que
je vais vous proposer pour
cela me paraît fait pour
nous aider; c'est un article
dans lequel peuvent
aisément entrer l'éloge &
la satyre. C'est une matiere
propre à tout; enfin
ce sont des bouts. rimez
à remplir. Au reste, gardez
vous bien de me laisser
ce soin, vous pourriez n'en
être pas contens, & si je
me trouvois trop embarassé
aL cet ouvrage, une mauvaise
plaisanterie de Panurge,
dont je me souviens,
& dont vous voussouvenez
peut-être,m'aideroitassurement
à me tirer d'affaire.
A bon compte les voici.
beaux vers je sens souvent
qu'ilest honteux à moy de
;»le foûjmçttre, comme je
faig quelquefois,aux* volontez
deceux qui me les
adressent. Pardonnezmoy
ce défaut
,.
Meilleurs
; on
me tend despieges flateurs,
on m'amorce de l'appas des
protéctions
) on me fait esperer
bien des belles choles:
devez-vous vous étonner
sije fais bien des sottises,
& des sottises inutiles?
Ah !c'en cft trop ;ache
vons donc nôtre tâche,
Mercure,&ne flatons personne.
Ceux qui s'interessent à
mon fort tremblent pour
moy ) je vais sans doute
m'émanciper & me perdre.
Mais est-il possible qu'ils
ne soient pas accoutumez
encore à voir
Mon pourpoint percé par le
coude?
Cependant ces alarmes
font fort obligeantes: mais
elles ne me font, gueres
d'honneur, & il faudroit
que je susjè bien de mon ruil
lage, pour m'aviser ici d'offenser
personne. Il ne tiendra
pourtant qu'àvous,
Meilleurs
>
que nous animions
desormais davantage
, nos
nos conversations
: ce que
je vais vous proposer pour
cela me paraît fait pour
nous aider; c'est un article
dans lequel peuvent
aisément entrer l'éloge &
la satyre. C'est une matiere
propre à tout; enfin
ce sont des bouts. rimez
à remplir. Au reste, gardez
vous bien de me laisser
ce soin, vous pourriez n'en
être pas contens, & si je
me trouvois trop embarassé
aL cet ouvrage, une mauvaise
plaisanterie de Panurge,
dont je me souviens,
& dont vous voussouvenez
peut-être,m'aideroitassurement
à me tirer d'affaire.
A bon compte les voici.
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Résumé : « Mais malgré tous ces beaux vers, je sens souvent qu'il [...] »
L'auteur réfléchit sur les défis de répondre aux attentes de ses lecteurs et admet commettre des erreurs dues aux pièges et flatteries. Il décide de se concentrer sur sa tâche et mentionne les inquiétudes de ceux qui se soucient de lui, tout en assurant qu'il ne souhaite offenser personne. Pour améliorer leurs échanges, il propose un article combinant éloge et satire, adapté à divers sujets. Cependant, il délègue la rédaction de cet article, craignant de ne pas être à la hauteur. Il conclut en évoquant une plaisanterie de Panurge pour illustrer son embarras face à cette tâche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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383
p. 26
Bouts rimez en qui l'Auteur espere. [titre d'après la table]
Début :
herce. bain, sein. traverse. commerce. Vulcain. lointain. Perse. razibus. Venus. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bouts rimez en qui l'Auteur espere. [titre d'après la table]
herce.
bain.
sein.
traverse.
commerce.
Vulcain.
lointain.
Perse.
razibus.
Venus.
Origene.
Laïs.
Pâris
Helene.
bain.
sein.
traverse.
commerce.
Vulcain.
lointain.
Perse.
razibus.
Venus.
Origene.
Laïs.
Pâris
Helene.
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384
p. 27-28
« Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...] »
Début :
Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...]
Mots clefs :
Audience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...] »
Mais comme tout ce
qu'on appelle vers est fouvent
autant fatiguant pour
celui qui les fait, que desa
greable à celui qui les lit,
voulez- vous, Messieurs,
que, pour ne pas braver
ceux qui prennent la peine
de remplir cesbouts-rimez,
nous fassions une petite partie
de nous ennuyer ? Cela
est juste ; & pour rendre
cette parrie égale
,
je ne
vous demande au plus quun
quart-d'heure d'audience
, pour le détail de plusieurschoses
que vous ne
trouverez peut -
être pas
plus amusantes que moy.
Mais je me trompe, & l'origine
du mois de Fevrier,
qui me tombe par hazard
entre les mains, en selon
moy un des plus curieux &
des plus utiles articles du
Livre. Jugez-en, s'il vous
plaît, par ce que vous en
allez lire.
qu'on appelle vers est fouvent
autant fatiguant pour
celui qui les fait, que desa
greable à celui qui les lit,
voulez- vous, Messieurs,
que, pour ne pas braver
ceux qui prennent la peine
de remplir cesbouts-rimez,
nous fassions une petite partie
de nous ennuyer ? Cela
est juste ; & pour rendre
cette parrie égale
,
je ne
vous demande au plus quun
quart-d'heure d'audience
, pour le détail de plusieurschoses
que vous ne
trouverez peut -
être pas
plus amusantes que moy.
Mais je me trompe, & l'origine
du mois de Fevrier,
qui me tombe par hazard
entre les mains, en selon
moy un des plus curieux &
des plus utiles articles du
Livre. Jugez-en, s'il vous
plaît, par ce que vous en
allez lire.
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Résumé : « Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...] »
Le texte discute de la poésie et de son origine. L'auteur trouve la création de vers épuisante mais intéressante. Il propose d'explorer l'origine du mois de février, qu'il juge curieuse et utile. Il invite les lecteurs à évaluer cet intérêt en poursuivant la lecture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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385
p. 28-33
Discours important sur l'Origine du Mois. [titre d'après la table]
Début :
Fevrier, en Latin Februarius, est formé de l'ancien verbe [...]
Mots clefs :
Mois de février, Rome
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours important sur l'Origine du Mois. [titre d'après la table]
Fevrier, en Latin Februar/
as, est formé de l'ancien
verbe februare,purifier, expier,
à ferveo
, parce que
chez les Romains ce mois
étant le dernier de l'année,
ilsallumoient des torches
& des feux autour des tombeaux
de leurs parens &
amis, & prioient lesDieux
pour le repos de leurs Mânes.
Macrobe & Isidoreremarquent
que comme l'on
donnoit le nom de Februus
à Pluton, & qu'on lui faisoit
des sacrifices, c'est d'où
ce mois a été nomméFebruarius.
On celebroit aussî le 15.
de Février les Fêtes des Lupercales,
qui se faisoient
en l'honneur de Pan Dieu
des Pasteurs, pendant lesquelles
les Prêtres de cette
Divinité courans la ville
comme des insensez, frapoient
avec une peau de
bouc la paume des mains
& le sein des femmes
,
qui
avoient la superstition de
croire quelles deviendroientenceintes,&
enac-
1 coucheroient» avec moins
de risque
,
se croyant februai*
you purifiées par cette
ceremonie.
Suidas pretend donner
une autre origine à ce mois.
Il rapporte que Camille
ayant été obligéde le retirer
de Rome par les brigues
d'un certain Februarius,
son collegue dans le
Consulat, après que ce
grand homme eut délivré
sa patrie par la defaite des
Gaulois, il exposa au Peuple
Romain tous les torts
de son collegue, qui dans
le moment fut chassé de la
ville à coups de foüec)ayaru:
pour habillement un vêtement
de jonc, pour plus
grande ignominie; & comme
il reçut ce traitement
dans le present mois, apparemment
que l'on se fit dans
la suite une coutume de dire
qu'un nommé Februarius
avoit été puni dans ce mois.
Autre Epoque très -remarquable.
Un Mercredi 26. Février,
de l'an747.avantN.S.de
l'an 7. de Rome, de l'an u
de la huitième Olympiade,
de la premiere année du
Regne d'Ezechias à Jerusa.
lem, Nabonassar, que l'E
- criture sainte appelle Baladan
le pere, 4. Rois,20.
12. & if 39.1. entra en triomphe
dans Baby lone.
Là commence cetteErre
fameuse qui est laréglé ia*
faillible pour la chronologie
jusquaN. S. ;
Tous les ans Nabonasareens
sont de 365. jours pre,
cifément
; au lieu que les
ans Juliens étant de six heures
de plus, donnent 366
jours à chaque quatrième
année. Ainsiau bout de i
ans l'an Julien ne commence
que trois jours apres
l'an Babylonien; de sorte
qu'au bout de 1460. ans Juliens
, les deux sortes d'années
recommencent au nieme
jour. Mais alors Babylone
compte1461.
as, est formé de l'ancien
verbe februare,purifier, expier,
à ferveo
, parce que
chez les Romains ce mois
étant le dernier de l'année,
ilsallumoient des torches
& des feux autour des tombeaux
de leurs parens &
amis, & prioient lesDieux
pour le repos de leurs Mânes.
Macrobe & Isidoreremarquent
que comme l'on
donnoit le nom de Februus
à Pluton, & qu'on lui faisoit
des sacrifices, c'est d'où
ce mois a été nomméFebruarius.
On celebroit aussî le 15.
de Février les Fêtes des Lupercales,
qui se faisoient
en l'honneur de Pan Dieu
des Pasteurs, pendant lesquelles
les Prêtres de cette
Divinité courans la ville
comme des insensez, frapoient
avec une peau de
bouc la paume des mains
& le sein des femmes
,
qui
avoient la superstition de
croire quelles deviendroientenceintes,&
enac-
1 coucheroient» avec moins
de risque
,
se croyant februai*
you purifiées par cette
ceremonie.
Suidas pretend donner
une autre origine à ce mois.
Il rapporte que Camille
ayant été obligéde le retirer
de Rome par les brigues
d'un certain Februarius,
son collegue dans le
Consulat, après que ce
grand homme eut délivré
sa patrie par la defaite des
Gaulois, il exposa au Peuple
Romain tous les torts
de son collegue, qui dans
le moment fut chassé de la
ville à coups de foüec)ayaru:
pour habillement un vêtement
de jonc, pour plus
grande ignominie; & comme
il reçut ce traitement
dans le present mois, apparemment
que l'on se fit dans
la suite une coutume de dire
qu'un nommé Februarius
avoit été puni dans ce mois.
Autre Epoque très -remarquable.
Un Mercredi 26. Février,
de l'an747.avantN.S.de
l'an 7. de Rome, de l'an u
de la huitième Olympiade,
de la premiere année du
Regne d'Ezechias à Jerusa.
lem, Nabonassar, que l'E
- criture sainte appelle Baladan
le pere, 4. Rois,20.
12. & if 39.1. entra en triomphe
dans Baby lone.
Là commence cetteErre
fameuse qui est laréglé ia*
faillible pour la chronologie
jusquaN. S. ;
Tous les ans Nabonasareens
sont de 365. jours pre,
cifément
; au lieu que les
ans Juliens étant de six heures
de plus, donnent 366
jours à chaque quatrième
année. Ainsiau bout de i
ans l'an Julien ne commence
que trois jours apres
l'an Babylonien; de sorte
qu'au bout de 1460. ans Juliens
, les deux sortes d'années
recommencent au nieme
jour. Mais alors Babylone
compte1461.
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Résumé : Discours important sur l'Origine du Mois. [titre d'après la table]
Le mois de février tire son nom du verbe latin 'februare', signifiant purifier ou expier. Chez les Romains, février était le dernier mois de l'année et comportait des rituels de purification, tels que l'allumage de torches et de feux autour des tombeaux, ainsi que des prières pour les âmes des défunts. Macrobe et Isidore associent également février à Februus, une autre désignation de Pluton, auquel des sacrifices étaient offerts. Les Lupercales, célébrées le 15 février, honoraient Pan, le dieu des pasteurs, et incluaient des rites de purification et de fertilité. Selon Suidas, février porte aussi le nom de Februarius en mémoire de la punition infligée à un certain Februarius, collègue de Camille au consulat. Le 26 février 747 avant notre ère marque l'entrée triomphale de Nabonassar à Babylone, point de départ de la chronologie babylonienne, qui compte 365 jours par an, contrairement aux années juliennes qui ajoutent un jour tous les quatre ans, créant un décalage de trois jours tous les 1460 ans.
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386
p. 34-37
« Cet article de chronologie, qui est vraiment aussi sçavant qu'utile [...] »
Début :
Cet article de chronologie, qui est vraiment aussi sçavant qu'utile [...]
Mots clefs :
Réprimande, Soleil, Sciences, Philosophes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cet article de chronologie, qui est vraiment aussi sçavant qu'utile [...] »
Cet article de chronologie
,
qui est vraiment aufIt
sçavant qu'utile à sçavoir,
me jette insensiblement
dans des matieres de sciences,
quej'abregerai le plus
que je pourrai, pour ne pas
m'attirer des lettres comme
celles quej'ai reçûës de differens
endroitsà loccafion
des taches & facules du Soleil
, que je vous ai données
le mois dernier. Le titre de
cette dissertation a tellement
étonné ceux qui l'ont
vue à la suite d'une douzaine
de fadaises de ma coirr
position,qui les avoienr apparemment
divertis, qu'ils
mont fait l'honneur de
m'écrire que JerOIS un ridicule
& un impertinent;
que ces maudites facules,
ou je n'entends rien moymême,
les avoient révoltez
contre ma personne &
mon livre; que ce n'était
pas pour devenirPhilosophes
qu'ils m'achetoient:
ôc qu'en un mot si je contiiuois
mal à propos sur ce ton-là, ils neme liroienc
Das plus que mon devancier.
Je n'ai pas été trop fâche
de la réprimande ; ail
contraire j'ai regardé, Met
sieurs
,
& je regarde encore
ces véritables chefsd'oeuvre
de l'imagination êc
du raisonnement des Physiciens,
comme des chapitres
uniquement propres a
grossir mon volume, faute
d'être fidelement informé
des avantures qui vous arriventtous
les jours, & que
je vous conterai avec ma
liberté ordinaire, à mesure
qu'elles me tomberont errtre
les mains. En attendant
fai des longitudes, Met
lieurs, à vous offrir. Je croy
que cette piece, qui eH:
bien écrite, 4 dont l'auteur
est homme d'esprit,
fera de vôtre goût. Jugezen
par la copie entiere dr,
la lettre que j'ai reçûe de
lui,& que je vous donne
telle qu'il me l'a envoyée.
,
qui est vraiment aufIt
sçavant qu'utile à sçavoir,
me jette insensiblement
dans des matieres de sciences,
quej'abregerai le plus
que je pourrai, pour ne pas
m'attirer des lettres comme
celles quej'ai reçûës de differens
endroitsà loccafion
des taches & facules du Soleil
, que je vous ai données
le mois dernier. Le titre de
cette dissertation a tellement
étonné ceux qui l'ont
vue à la suite d'une douzaine
de fadaises de ma coirr
position,qui les avoienr apparemment
divertis, qu'ils
mont fait l'honneur de
m'écrire que JerOIS un ridicule
& un impertinent;
que ces maudites facules,
ou je n'entends rien moymême,
les avoient révoltez
contre ma personne &
mon livre; que ce n'était
pas pour devenirPhilosophes
qu'ils m'achetoient:
ôc qu'en un mot si je contiiuois
mal à propos sur ce ton-là, ils neme liroienc
Das plus que mon devancier.
Je n'ai pas été trop fâche
de la réprimande ; ail
contraire j'ai regardé, Met
sieurs
,
& je regarde encore
ces véritables chefsd'oeuvre
de l'imagination êc
du raisonnement des Physiciens,
comme des chapitres
uniquement propres a
grossir mon volume, faute
d'être fidelement informé
des avantures qui vous arriventtous
les jours, & que
je vous conterai avec ma
liberté ordinaire, à mesure
qu'elles me tomberont errtre
les mains. En attendant
fai des longitudes, Met
lieurs, à vous offrir. Je croy
que cette piece, qui eH:
bien écrite, 4 dont l'auteur
est homme d'esprit,
fera de vôtre goût. Jugezen
par la copie entiere dr,
la lettre que j'ai reçûe de
lui,& que je vous donne
telle qu'il me l'a envoyée.
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Résumé : « Cet article de chronologie, qui est vraiment aussi sçavant qu'utile [...] »
L'auteur présente une chronologie détaillée mais abrège ses discussions scientifiques pour éviter des critiques similaires à celles reçues sur les taches et facules solaires. Ces critiques l'ont qualifié de ridicule et d'impertinent, jugeant certains sujets inappropriés. L'auteur accueille ces critiques comme des contributions à son ouvrage, faute de nouvelles plus intéressantes. Il annonce la publication prochaine d'un texte sur les longitudes, rédigé par un auteur spirituel, espérant qu'il plaira aux lecteurs. Il inclut également une lettre reçue de cet auteur, telle qu'elle lui a été envoyée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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387
p. 37-50
Copie d'une Lettre instructive & curieuse sur les Longitudes. [titre d'après la table]
Début :
J'eus autrefois beaucoup de goût pour les voyages & la [...]
Mots clefs :
Longitudes, Mathématiques, Sciences, Marins, Levant, Couchant, Pilotes, Voyages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre instructive & curieuse sur les Longitudes. [titre d'après la table]
Jesu autrefois beaucoup de
goût pour les voyages & la
navigation ; je n'ai pu le faussaire
que peu & en la feule
Europe. Je fuis mainttnant
sequestré du monde &perclus.
Je n'ai aucun mérité an choix
des plaisirs, C'Tje fuis réduit
a ceux de mediter. J'aipeu de
lettres, &fuis peine initié
dans quelquesprincipes ¬ions
des termes des klathematiques.
C'eflune temritéde
diéler ce qui peut être public;
d'ailleurs, cette crainte ne doit
pas faire ensevelir les recher-t
ches qui peuvent être utiles.
Pour éviter ces écüeils, j'ai
écrit quandfai pû, & déposé
l'annéederniere un teflament
qui contient des motifsdȎ-q
multttion, pouranimer lesfça*
vans a certaines découvertes.
Celle des longitudes en efl
,
nombre, en la pouffant plus
loin quelleness ici; &jj ai
fournis a Mcjfieurs de tAcademie
des Sciences les traÙ(Z
quon pourra faire a ce sujet
&autres. Je doute cependant
qu'on doive attendre ce secret
de la profondeur des Mathématiques.
La Sphere celefle &
les aflres fèmb/ent à pareilles
heures & degre^ de latitude
presenter des afpetts & conjonctions
semblables à tout le
tour du globe du Levant au
Couchant. Les opérations de
cettescience,& toutes les
gares formées par règle &
compas peuvent-elles dijferer
comme les degrez ? Mais la
nature recelle de grands tresôrs,
que les temps ou le hasarddécouvrent,
&que l'art
ou la science mettent à profit,
On peut donc de ces accords
esperer la perfection de cette
connoijjance.L'exemple de l'aigmuatnltleedfletolaucbhoaunjtJ,
ôqluloei[qouietlf'aui--
f~/ /f *~-
jette à plusieurs variations
qu on attribue a diverfcscau-
Jes. Le Journal circonflancié
du Cours rapportésur les cartes
marines redrejje, & celui
qu'on doit tenir des longitu-
- - des,
desi donnera la preuve de
l'autre & de plujieurs courant
; car il me paroît dés à
present que la connoijjance des
longitudesejlpresque autant
certaine pour les voyages de
long cours que celle despôles.
Les Marins & Pilotes que fai connus dans ma jeunesse
sçavoient prendre les hauteurs
ou élévations de latitude, &
ne jugeoient ausurplus de l'en- r
- droit ou étoit leur bâtiment,
que par eslime du cours de U
navigation faite, rapportée
*sur lescartes &portlands par
experience ou connot(Tance des
cotes. Je me fouvicns même
qu'ils regloient journellement
leurs montres, quands ils en
auoient. Cela est conzmunaux
voyageursparterre, & d'accusèr
ces montres de dereglement,
quand elles leurparois
<fent avancer ou reculer, sans
faire attention que la justesse
de cette machine exige que son
,aiguille paroisse diligente ou parejJèujè de quatre minutes
des soixante à heure parchacun
degré, que le tout efl transporté
du côté du Levant &
du Couchant, & proportionnellement
depuis la fubdivi*
Jion jufquà 12. heures un tour
du quadran, qui donneroit 180.
degre de changement & le
demi cercle du globe; de meme
les 2.4. heures, ou deuxfois le
tour duquadran donneroient
la preuve du cercle entier parcouru,
& d'unjour & d'une
nuit de difference. On entend
affik que la montre enquef
tion paroitra letarder a proportion
qu'elle fera portée du
çoté de tEst ou Levant
, 0*
queparoissant avancer, ilfera
évidentqu'onfera alléàl'Ouest
pu Ponent. Voici donc deux
Aiguillespresqueégalement SÛ
res. Ilfautpour celle-ci le choix
de l'ouvrier & de l'ouvrage, o & desfoinsattentifspourprévenirJon
repos) fon desordre
ou changement. Ces précautionsfont
au-dessous de l'habiletédes
artsmechaniques. On
peut encore, pour lafacilitéde
ceux que tout calcul embarajJè,
joindre des tables & chiffres
quidonneroient au premier
coup d'oeil,par les dtclinaifons
desfécondés, minutes & heures,
les diflances de longitude
du degréconnu & quitté, sur
lequel la montre auroitétéseulement
régléeaumidi du lieu.
Ilconvient aujji avoir d'autires
montres pour (ervir de
preuve & comparaison
,
&
pour lufage jou,'nalier, lesquelles
doivent être reglées ,, chaquejour:mais nullement
celles qui feront dessinées pour
les longitudes, qu'a certaine
heure notable d'un degré connu.
Ilsemble quejoignantcette
methodeJtmple&facile àl'ef
time, ony trouvera ajje^de
jufteffi) sans renoncer à quelquesecretplus
infaillibley qu'il
ne m'eflpaspermis de prévoir,
& que le bonheur reserve
peut - être à quelque rustre,
quoique pltttÓt dû aux Jcd-
'Vans. J'ai cru devoir hasarder
un avis important a tant
de nations; s'il n'est pas devenucommun,
ceprincipepeut
Juppléer au défautd'étude
}
de
flyle & d'arrangèment. S'il
efl utile aux hommes3 cefl le
prix que j'en attends ; ils ne
peuvent me donner la jànté,
je n'ai bejoin d'aucune autre
chos, &je quitterais volontiers
un Juperflu contraire au
repos. En tout cas j'acquitte
une ré,pPaarraattioonn dd'honneur duuç
à de grands Horologeurs,&
a des chefs-d'oe/t''Vrc Jpwvent
-!zccufez.. a tort, au moins par
.nos terrejlres.Mapeinture est
commune à dautres, elle ne
_me découvrepoint, & disculpera
mon zele s'il efl indiferet.
Au rejleonfeait que
les degre^ de longitude accourcijjentens'éloignant
de la
lignejainsipour garder une
regle generale dans la connoif-
.sànce quon recherche, on ne
doitpasdiuifer ces deg,rezpar
rlieues, par mille, ni par autre
mesùre, mais par une quote
partie du degréplus ou moins
longi Si fon veut le diviser en
360> chacune de ses parties
fera bien courte, sur-tout en
approchant des pales. A l'égard
des pendules ou montres
devinées a cet ujage Cr methode,
ilfaudroityfaire joindre
une troisiémeaiguille, laquelle
dans chaque minute feroit
le tour du quadran, comme
celle des minutes le fait
'dans une heure.Parcemoyen
on compterott aisément juf
ques aux sîmples vibrations,
dont le mouvement & la vitejjè
étant égaux, le nombre en
feroit determiné pour chaque
mtnute : ce qui etant rapporte
aux diiifions du degré de longitude)
gitude3 donneroit une position
a/ftz précise, & une preuve apeuprésjuste des autres operations.
Ceci rieji qu'utieesquisse,
l'usâgeajoute aisément,
polit &perfectionne: mais il
me paroit que ces avis quej'ai
fait brocher devroient être devenus
vulgaires. Cesecret,si
cen ejl un, me paroîttrivial
ily a long-temps:mais ilfèm.
ble qu'jldoiesuppléer au besoin,
en attendant quun lieureux
concoursfournisse unfpe~>
cifque de proprleté,quipuissè
direélement donner teffet quon
cherche, au lieu que ceci ne.
le donne que par rapport.
goût pour les voyages & la
navigation ; je n'ai pu le faussaire
que peu & en la feule
Europe. Je fuis mainttnant
sequestré du monde &perclus.
Je n'ai aucun mérité an choix
des plaisirs, C'Tje fuis réduit
a ceux de mediter. J'aipeu de
lettres, &fuis peine initié
dans quelquesprincipes ¬ions
des termes des klathematiques.
C'eflune temritéde
diéler ce qui peut être public;
d'ailleurs, cette crainte ne doit
pas faire ensevelir les recher-t
ches qui peuvent être utiles.
Pour éviter ces écüeils, j'ai
écrit quandfai pû, & déposé
l'annéederniere un teflament
qui contient des motifsdȎ-q
multttion, pouranimer lesfça*
vans a certaines découvertes.
Celle des longitudes en efl
,
nombre, en la pouffant plus
loin quelleness ici; &jj ai
fournis a Mcjfieurs de tAcademie
des Sciences les traÙ(Z
quon pourra faire a ce sujet
&autres. Je doute cependant
qu'on doive attendre ce secret
de la profondeur des Mathématiques.
La Sphere celefle &
les aflres fèmb/ent à pareilles
heures & degre^ de latitude
presenter des afpetts & conjonctions
semblables à tout le
tour du globe du Levant au
Couchant. Les opérations de
cettescience,& toutes les
gares formées par règle &
compas peuvent-elles dijferer
comme les degrez ? Mais la
nature recelle de grands tresôrs,
que les temps ou le hasarddécouvrent,
&que l'art
ou la science mettent à profit,
On peut donc de ces accords
esperer la perfection de cette
connoijjance.L'exemple de l'aigmuatnltleedfletolaucbhoaunjtJ,
ôqluloei[qouietlf'aui--
f~/ /f *~-
jette à plusieurs variations
qu on attribue a diverfcscau-
Jes. Le Journal circonflancié
du Cours rapportésur les cartes
marines redrejje, & celui
qu'on doit tenir des longitu-
- - des,
desi donnera la preuve de
l'autre & de plujieurs courant
; car il me paroît dés à
present que la connoijjance des
longitudesejlpresque autant
certaine pour les voyages de
long cours que celle despôles.
Les Marins & Pilotes que fai connus dans ma jeunesse
sçavoient prendre les hauteurs
ou élévations de latitude, &
ne jugeoient ausurplus de l'en- r
- droit ou étoit leur bâtiment,
que par eslime du cours de U
navigation faite, rapportée
*sur lescartes &portlands par
experience ou connot(Tance des
cotes. Je me fouvicns même
qu'ils regloient journellement
leurs montres, quands ils en
auoient. Cela est conzmunaux
voyageursparterre, & d'accusèr
ces montres de dereglement,
quand elles leurparois
<fent avancer ou reculer, sans
faire attention que la justesse
de cette machine exige que son
,aiguille paroisse diligente ou parejJèujè de quatre minutes
des soixante à heure parchacun
degré, que le tout efl transporté
du côté du Levant &
du Couchant, & proportionnellement
depuis la fubdivi*
Jion jufquà 12. heures un tour
du quadran, qui donneroit 180.
degre de changement & le
demi cercle du globe; de meme
les 2.4. heures, ou deuxfois le
tour duquadran donneroient
la preuve du cercle entier parcouru,
& d'unjour & d'une
nuit de difference. On entend
affik que la montre enquef
tion paroitra letarder a proportion
qu'elle fera portée du
çoté de tEst ou Levant
, 0*
queparoissant avancer, ilfera
évidentqu'onfera alléàl'Ouest
pu Ponent. Voici donc deux
Aiguillespresqueégalement SÛ
res. Ilfautpour celle-ci le choix
de l'ouvrier & de l'ouvrage, o & desfoinsattentifspourprévenirJon
repos) fon desordre
ou changement. Ces précautionsfont
au-dessous de l'habiletédes
artsmechaniques. On
peut encore, pour lafacilitéde
ceux que tout calcul embarajJè,
joindre des tables & chiffres
quidonneroient au premier
coup d'oeil,par les dtclinaifons
desfécondés, minutes & heures,
les diflances de longitude
du degréconnu & quitté, sur
lequel la montre auroitétéseulement
régléeaumidi du lieu.
Ilconvient aujji avoir d'autires
montres pour (ervir de
preuve & comparaison
,
&
pour lufage jou,'nalier, lesquelles
doivent être reglées ,, chaquejour:mais nullement
celles qui feront dessinées pour
les longitudes, qu'a certaine
heure notable d'un degré connu.
Ilsemble quejoignantcette
methodeJtmple&facile àl'ef
time, ony trouvera ajje^de
jufteffi) sans renoncer à quelquesecretplus
infaillibley qu'il
ne m'eflpaspermis de prévoir,
& que le bonheur reserve
peut - être à quelque rustre,
quoique pltttÓt dû aux Jcd-
'Vans. J'ai cru devoir hasarder
un avis important a tant
de nations; s'il n'est pas devenucommun,
ceprincipepeut
Juppléer au défautd'étude
}
de
flyle & d'arrangèment. S'il
efl utile aux hommes3 cefl le
prix que j'en attends ; ils ne
peuvent me donner la jànté,
je n'ai bejoin d'aucune autre
chos, &je quitterais volontiers
un Juperflu contraire au
repos. En tout cas j'acquitte
une ré,pPaarraattioonn dd'honneur duuç
à de grands Horologeurs,&
a des chefs-d'oe/t''Vrc Jpwvent
-!zccufez.. a tort, au moins par
.nos terrejlres.Mapeinture est
commune à dautres, elle ne
_me découvrepoint, & disculpera
mon zele s'il efl indiferet.
Au rejleonfeait que
les degre^ de longitude accourcijjentens'éloignant
de la
lignejainsipour garder une
regle generale dans la connoif-
.sànce quon recherche, on ne
doitpasdiuifer ces deg,rezpar
rlieues, par mille, ni par autre
mesùre, mais par une quote
partie du degréplus ou moins
longi Si fon veut le diviser en
360> chacune de ses parties
fera bien courte, sur-tout en
approchant des pales. A l'égard
des pendules ou montres
devinées a cet ujage Cr methode,
ilfaudroityfaire joindre
une troisiémeaiguille, laquelle
dans chaque minute feroit
le tour du quadran, comme
celle des minutes le fait
'dans une heure.Parcemoyen
on compterott aisément juf
ques aux sîmples vibrations,
dont le mouvement & la vitejjè
étant égaux, le nombre en
feroit determiné pour chaque
mtnute : ce qui etant rapporte
aux diiifions du degré de longitude)
gitude3 donneroit une position
a/ftz précise, & une preuve apeuprésjuste des autres operations.
Ceci rieji qu'utieesquisse,
l'usâgeajoute aisément,
polit &perfectionne: mais il
me paroit que ces avis quej'ai
fait brocher devroient être devenus
vulgaires. Cesecret,si
cen ejl un, me paroîttrivial
ily a long-temps:mais ilfèm.
ble qu'jldoiesuppléer au besoin,
en attendant quun lieureux
concoursfournisse unfpe~>
cifque de proprleté,quipuissè
direélement donner teffet quon
cherche, au lieu que ceci ne.
le donne que par rapport.
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Résumé : Copie d'une Lettre instructive & curieuse sur les Longitudes. [titre d'après la table]
Le texte présente les réflexions d'un individu passionné par les voyages et la navigation, mais limité par des contraintes personnelles. Il manifeste un vif intérêt pour les mathématiques et les découvertes scientifiques, notamment la détermination des longitudes. L'auteur a rédigé un testament encourageant les recherches dans ce domaine. Il estime que la précision des longitudes pourrait égaler celle des latitudes, en s'appuyant sur des outils comme l'aiguille aimantée et les journaux de bord. Il propose une méthode pour améliorer la précision des montres et pendules en navigation, suggérant l'ajout d'une troisième aiguille pour mesurer les vibrations. L'auteur espère que ses idées, bien que simples, puissent être perfectionnées et appliquées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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388
p. 50-56
Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
L'univers est moins vaste que l'imagination des hommes [...]
Mots clefs :
Livre, Spectacles, Mercure, Variété, Désordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Lunivers est moins vaste
que 1 imagination des hommes
; le faux & le vrai les
occupent, la raison les conseille
, les demonstrations
les convainquent, l'éloquence
les persuade, la verité
les scandalise, la louange
les enyvre, & toûjours
le mensonge & les choses
les plus frivoles les amusent.
Ces remarques, dignes
d'un Auteur aussi grave
que le Mercure, ne paroîtroient
point ici, si les
jugemens que vous avez
portez de lui navoient don-
.né lieu à ses reflexions. Ce
font elles, Messieurs, qui
lui ont appris que ce qu'il
pourroit vous dire de plus
étudié & de mieux raisonné,
seroit ce qu'ordinairement
vous recevriez le plus
mal; & qu'enfin aussi difficiles
à sixer que lui, la varieté,
ou plutôt le defordre
de ses idées, devoit
faire le plaisir de vos lectures.
Si cela est, comme
il n'y a pas lieu d'en douter,
ne le chicannez donc pas
comme vous faites tous les
jours, sur les spectacles que
sa legereté vous presente.
Pardonnez-moy la liberté
que je vais prendre
de dire ici deux mots pour
mon apologie, au sujet des
reproches qu'on m'a faits.
Si je débité malheureu
sement quelque nouvelle
fausse, peut on me faire un
crime de cet accident?Oui
&non,selon l'occasio. Mais
non.vous dis-je
>
&je ne me
pardonnerois pas de j semblables
fautes, si je pouvois
être responsable de la vérité
de tout ce qu'on mecrit.
Cependant il n'importer
si ce malheur m'arrive,
je fuis coupable, parce que
c'est l'être en effet, que
l'être par malheur.
Dans un certain endroit
du Mercure du meis passé
mon respect & !e timide Se
juste éloge d'un des plus respectables
objets du monde,
ont révolté contre moy la
douceur & la vertu même
, parce que j'ai osé offrir à
vos yeux une foible image
de quelques spectacles,
dont j'ai fait le meilleur &
le plus interessant article
de mon Livre. Que puisse
donc vous direct les grands
traitent de profanation l'usage
innocent que le Mercure
fait de leurs fortunes
ôc de leurs plaisirs,dequoy
sera t-il désormais permis
de vousentretenir? Irai- je
dans le peuple ou dans la
fable puiser de quoy faire
tous les mois un Livre, uniquement
à l'usage du peuple
? Merenfermerai-je
étroitement dans les bornes
de la médisance & de
la critique? parlerai je mal
de tout le lnonde) pour
animer la conversation ?
& ne dirai- je du bien de
personne ? Me souleverai je
enfin contre les loix auitéres
qu'on veut me prescrire
? ôc pour me dédommager
de cette rigueur, dirai-
je sur les nouvelles generales
tout ce que la bien:
seance ôc mon devoir me
défendent d'en dire?Je ne
tomberois pas deux fois
dans cet inconvénient.
Soyez moy donc plus favorables
,
Meilleurs, & jugez
de mon attention à éviter
de justes reproches, par la
discretion que vous allez
trouver dans les articles qui
suivent ces reflexions.
que 1 imagination des hommes
; le faux & le vrai les
occupent, la raison les conseille
, les demonstrations
les convainquent, l'éloquence
les persuade, la verité
les scandalise, la louange
les enyvre, & toûjours
le mensonge & les choses
les plus frivoles les amusent.
Ces remarques, dignes
d'un Auteur aussi grave
que le Mercure, ne paroîtroient
point ici, si les
jugemens que vous avez
portez de lui navoient don-
.né lieu à ses reflexions. Ce
font elles, Messieurs, qui
lui ont appris que ce qu'il
pourroit vous dire de plus
étudié & de mieux raisonné,
seroit ce qu'ordinairement
vous recevriez le plus
mal; & qu'enfin aussi difficiles
à sixer que lui, la varieté,
ou plutôt le defordre
de ses idées, devoit
faire le plaisir de vos lectures.
Si cela est, comme
il n'y a pas lieu d'en douter,
ne le chicannez donc pas
comme vous faites tous les
jours, sur les spectacles que
sa legereté vous presente.
Pardonnez-moy la liberté
que je vais prendre
de dire ici deux mots pour
mon apologie, au sujet des
reproches qu'on m'a faits.
Si je débité malheureu
sement quelque nouvelle
fausse, peut on me faire un
crime de cet accident?Oui
&non,selon l'occasio. Mais
non.vous dis-je
>
&je ne me
pardonnerois pas de j semblables
fautes, si je pouvois
être responsable de la vérité
de tout ce qu'on mecrit.
Cependant il n'importer
si ce malheur m'arrive,
je fuis coupable, parce que
c'est l'être en effet, que
l'être par malheur.
Dans un certain endroit
du Mercure du meis passé
mon respect & !e timide Se
juste éloge d'un des plus respectables
objets du monde,
ont révolté contre moy la
douceur & la vertu même
, parce que j'ai osé offrir à
vos yeux une foible image
de quelques spectacles,
dont j'ai fait le meilleur &
le plus interessant article
de mon Livre. Que puisse
donc vous direct les grands
traitent de profanation l'usage
innocent que le Mercure
fait de leurs fortunes
ôc de leurs plaisirs,dequoy
sera t-il désormais permis
de vousentretenir? Irai- je
dans le peuple ou dans la
fable puiser de quoy faire
tous les mois un Livre, uniquement
à l'usage du peuple
? Merenfermerai-je
étroitement dans les bornes
de la médisance & de
la critique? parlerai je mal
de tout le lnonde) pour
animer la conversation ?
& ne dirai- je du bien de
personne ? Me souleverai je
enfin contre les loix auitéres
qu'on veut me prescrire
? ôc pour me dédommager
de cette rigueur, dirai-
je sur les nouvelles generales
tout ce que la bien:
seance ôc mon devoir me
défendent d'en dire?Je ne
tomberois pas deux fois
dans cet inconvénient.
Soyez moy donc plus favorables
,
Meilleurs, & jugez
de mon attention à éviter
de justes reproches, par la
discretion que vous allez
trouver dans les articles qui
suivent ces reflexions.
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Résumé : Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le texte traite des perceptions et des jugements des lecteurs concernant un auteur, probablement celui du 'Mercure'. L'auteur observe que les lecteurs sont facilement influencés par divers éléments tels que le faux, le vrai, la raison, l'éloquence, la vérité, la louange et les mensonges. Il note que ses idées variées et parfois désordonnées semblent plaire aux lecteurs. L'auteur se défend contre les reproches liés à la publication de fausses nouvelles, affirmant ne pas être responsable de la véracité de tout ce qui lui est écrit. Il exprime son regret d'avoir offensé certaines personnes en décrivant des spectacles dans son livre. Il se questionne sur les sujets qu'il peut aborder sans être critiqué, se demandant s'il doit se limiter à la médisance ou à la critique, ou éviter de parler favorablement de quiconque. Il conclut en espérant que les lecteurs trouveront ses articles futurs discrets et exempts de reproches justifiés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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389
p. 56-57
Distique Latin à la loüange du Roy, traduit en quatre Vers François. [titre d'après la table]
Début :
Le 12. de ce mois, le Sieur Crin, natif de Compiegne, [...]
Mots clefs :
Roi, Estampe
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texteReconnaissance textuelle : Distique Latin à la loüange du Roy, traduit en quatre Vers François. [titre d'après la table]
Le I2. de ce mois,le Sieur
Crin,natif de Compiegne,
âgéd'environ25. ans, étant
a Versailles, eut l'honneur
(de l'agrément de M.le Duc
de Noailles, Pair de France,
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy) de preienter
à Sa Majelté3 à l'issuë de sa
Kieffw, l'histoire entierede,
loaRegne jusqua present
ôc sa louange ktr la paix,
renfermées en deux vers
Latins,jqu'il a traduits en 4.
vers François, & placez en
formfc d'inscription au bas
d'une estampe du Portrait
du Roy, qui les a très bkn
reçus. Les voici.
GeJJit Jceptra puer, crcjcentis
fama voLvît,
Vir njkit
>
gmdet denique
pace senex.
Ce Roy des son enf-ance a
porcé la couronne; La gloire en sa jeunessea.
marché sur ses pas; A
En son âge viril-vainqueur
dans les combats;
Blanchi fous les lauriers le
repos l'environne.
Crin,natif de Compiegne,
âgéd'environ25. ans, étant
a Versailles, eut l'honneur
(de l'agrément de M.le Duc
de Noailles, Pair de France,
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy) de preienter
à Sa Majelté3 à l'issuë de sa
Kieffw, l'histoire entierede,
loaRegne jusqua present
ôc sa louange ktr la paix,
renfermées en deux vers
Latins,jqu'il a traduits en 4.
vers François, & placez en
formfc d'inscription au bas
d'une estampe du Portrait
du Roy, qui les a très bkn
reçus. Les voici.
GeJJit Jceptra puer, crcjcentis
fama voLvît,
Vir njkit
>
gmdet denique
pace senex.
Ce Roy des son enf-ance a
porcé la couronne; La gloire en sa jeunessea.
marché sur ses pas; A
En son âge viril-vainqueur
dans les combats;
Blanchi fous les lauriers le
repos l'environne.
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Résumé : Distique Latin à la loüange du Roy, traduit en quatre Vers François. [titre d'après la table]
Le 12 du mois, le Sieur Crin, natif de Compiègne, obtint l'agrément du Duc de Noailles pour offrir au roi une histoire de son règne et une louange pour la paix. Cette histoire était résumée en deux vers latins traduits en quatre vers français. Les vers furent placés sur une estampe du portrait du roi, qui fut bien accueillie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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390
p. 58-59
« Cet ouvrage & ces vers font assez l'éloge de leur [...] »
Début :
Cet ouvrage & ces vers font assez l'éloge de leur [...]
Mots clefs :
Éloge, Héros
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texteReconnaissance textuelle : « Cet ouvrage & ces vers font assez l'éloge de leur [...] »
Cet ouvrage & ces vers
font assez l'élogedleur
auteur. Le sujetdelui-même
fournit d'ailleurs tant
de grandes idées, qu'on
doir moins s'éronner des
merveilles qu'il produit,
que de l'audace de ceux
qui le chanrenr; puisque,
quelque succés qu'ayenc
leurs entreprises
, tous les
chefs d'oeuvre de leur imagination
n'ajoutent rien ici
à la gloire du Héros.
Tout ce qui s'offre à
l'esprit semble nous en parler
& sur quelque chapitre
que tombent les conversations
les plus generales, &
même les plus indifférentes,
tout nous retrace d'abord
le mérité de ses actions
& l'éclat de ses vertus.
Il est, par exemple,
impossible de se souvenir
de Barcelonne, sans songer
qu'elle est la derniere conquête
qu'il ait faite pour
son PetitFils. Mais, Messieurs,
puisque le hazard a
mis ce sujet sur le tapis,
daignez en lire les dernieres
nouvelles.
font assez l'élogedleur
auteur. Le sujetdelui-même
fournit d'ailleurs tant
de grandes idées, qu'on
doir moins s'éronner des
merveilles qu'il produit,
que de l'audace de ceux
qui le chanrenr; puisque,
quelque succés qu'ayenc
leurs entreprises
, tous les
chefs d'oeuvre de leur imagination
n'ajoutent rien ici
à la gloire du Héros.
Tout ce qui s'offre à
l'esprit semble nous en parler
& sur quelque chapitre
que tombent les conversations
les plus generales, &
même les plus indifférentes,
tout nous retrace d'abord
le mérité de ses actions
& l'éclat de ses vertus.
Il est, par exemple,
impossible de se souvenir
de Barcelonne, sans songer
qu'elle est la derniere conquête
qu'il ait faite pour
son PetitFils. Mais, Messieurs,
puisque le hazard a
mis ce sujet sur le tapis,
daignez en lire les dernieres
nouvelles.
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Résumé : « Cet ouvrage & ces vers font assez l'éloge de leur [...] »
Le texte célèbre un héros dont les exploits suscitent de nombreux éloges. Ses actions et vertus brillent déjà, rendant toute œuvre d'imagination superflue. Même des sujets généraux rappellent ses mérites, comme Barcelone, liée à sa dernière conquête pour son petit-fils. Le texte invite à lire les dernières nouvelles sur ce sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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391
p. 59-66
Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Les lettres de Barcelonne portent que sur l'avis qu'on [...]
Mots clefs :
Guerre, Munitions, Majorque, Barcelone
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles. [titre d'après la table]
Les lettres deBarcelonne
portent quesur l'avis qu'on
avoit eu de l'arrivée de la
Reine à Madrid, les peuples
en avoient fait de grandes
réjoüiances pendant
trois jours. & même ils ont
nomme des deputez pour
aller la complimenter ;
qu'on continuoit les preparatifs
pour l'expedition de
Majorque,qu'on devoit
entreprendre vers la fin de
ce mois; & qu'il étoit arrivé
d'A licante en ce port un
gros convoy de toutes sorres
de munitions, & même
des habits & des armes
pour les troupes; qu'on y
conftruifoit douze galeres,
& beaucoup de bâtimens
plats pour le transport des
troupes; & qu'on avoit arrêté
divers particuliers, que
l'on a soupçonnez d'avoir
porté les armes pendant la
rebellion. Ces lettresajoûtent
qu'on avoit appris par
des transfuges venus de
Majorque sur un petit bâtiment,
que les peuples de
cette islen'étaient aucunement
resolus de se défendre
; qu'il n'y avoit que le
Viccroy & les principaux
OSciers qui persistoient à
le vouloir, se flatant d'avoir
de secours
; qu'ils continu
ientà se fortifier, & à
remplir leurs magasins de
vivres & de munitions de
< guerre, qu'ils font venir de
Cagliary & de Naples. On
n'avoit pas encore commencé
à reparer les fortifications
de la ville qui ont
été ruïnées pendant le siesdere,;
& on attendoit des orde
la Cour: mais les
Ca:>ucins& lesCordeliers
rétbliflent leursConvents.
On mande de Perpignan,
qu'on yavoit eu avis de Gironne
, qu'il étoit arrivé
beaucoup de chevaux à
Barcelonne & aux environs,
& qu'il étoit entré
dans le port de cette ville
plusieurs bâtimens venant
d'Alicante, dont les uns
Soient chargez de muni,
tions de guerre & de bou
£he, & les autres de selles,
de pistolets, de mousquetons,
de Cabres, de buffles,
& autres équipages pour U
cavalerie; que l'on travailloit
à Barcelonne avec une
diligence extraordinaire à
mettre en état toutes choses
pour l'attaque de Majorque.
Ces lettresajoutent
qu'il etoit arrivé dans cette
cap rale un grand nombre
de canonniers de marine,
& des charpentiers pour
faire des affuts de canons
marins d'une nouvelle invention.
On a même appris de
Toulon, qu'on pressoit l'armement
des vaisseauxciui
doivent être employez à
l'expedition de Majorque; qu',on .avoit commence, à,
charger des munitions de
guerre
guerre pour l'artillerie, ôc
tout devoit être prêt pour
le
1 5. de ce mois. Nous,ai.
vons déja plusieurs bâtimens
qui croisent devant
le port pour empêcher que
rien n'entre dans l'Isle. Ces
lettres ajoûtent qu'il étoit
péri le 16. sur nos côtes un
bâtiment Genois qui aété
jette par un coup de vent;
& de tout l'équipage
,
il
nhe os'enmestmsauvéeqsue.dix
< Le Grand Maître de Malthe
a fait freterdans ceport
des vaisse aux pour servir au
transport des Chevaliers de
Ma'the qui doivent passer
par Toulon pour y aller, &
où ils doivent se rendre le
15 de Mars. Un vaisseau de
Livourne arrivé dans ce
port a rapporte que deux
Corsaires d'Alger ont attaqué
un vaisseau Hollandois,
qui s'est si bien déf,
ndu, qu'il en a coulé un
à fond, & a donnéla chasse
à l'autre pendant plus de
quarre heures.
Suivons, Me/ïîeurs, l'ar
ticle des nouvelles, pendant
que nous y sommes.
portent quesur l'avis qu'on
avoit eu de l'arrivée de la
Reine à Madrid, les peuples
en avoient fait de grandes
réjoüiances pendant
trois jours. & même ils ont
nomme des deputez pour
aller la complimenter ;
qu'on continuoit les preparatifs
pour l'expedition de
Majorque,qu'on devoit
entreprendre vers la fin de
ce mois; & qu'il étoit arrivé
d'A licante en ce port un
gros convoy de toutes sorres
de munitions, & même
des habits & des armes
pour les troupes; qu'on y
conftruifoit douze galeres,
& beaucoup de bâtimens
plats pour le transport des
troupes; & qu'on avoit arrêté
divers particuliers, que
l'on a soupçonnez d'avoir
porté les armes pendant la
rebellion. Ces lettresajoûtent
qu'on avoit appris par
des transfuges venus de
Majorque sur un petit bâtiment,
que les peuples de
cette islen'étaient aucunement
resolus de se défendre
; qu'il n'y avoit que le
Viccroy & les principaux
OSciers qui persistoient à
le vouloir, se flatant d'avoir
de secours
; qu'ils continu
ientà se fortifier, & à
remplir leurs magasins de
vivres & de munitions de
< guerre, qu'ils font venir de
Cagliary & de Naples. On
n'avoit pas encore commencé
à reparer les fortifications
de la ville qui ont
été ruïnées pendant le siesdere,;
& on attendoit des orde
la Cour: mais les
Ca:>ucins& lesCordeliers
rétbliflent leursConvents.
On mande de Perpignan,
qu'on yavoit eu avis de Gironne
, qu'il étoit arrivé
beaucoup de chevaux à
Barcelonne & aux environs,
& qu'il étoit entré
dans le port de cette ville
plusieurs bâtimens venant
d'Alicante, dont les uns
Soient chargez de muni,
tions de guerre & de bou
£he, & les autres de selles,
de pistolets, de mousquetons,
de Cabres, de buffles,
& autres équipages pour U
cavalerie; que l'on travailloit
à Barcelonne avec une
diligence extraordinaire à
mettre en état toutes choses
pour l'attaque de Majorque.
Ces lettresajoutent
qu'il etoit arrivé dans cette
cap rale un grand nombre
de canonniers de marine,
& des charpentiers pour
faire des affuts de canons
marins d'une nouvelle invention.
On a même appris de
Toulon, qu'on pressoit l'armement
des vaisseauxciui
doivent être employez à
l'expedition de Majorque; qu',on .avoit commence, à,
charger des munitions de
guerre
guerre pour l'artillerie, ôc
tout devoit être prêt pour
le
1 5. de ce mois. Nous,ai.
vons déja plusieurs bâtimens
qui croisent devant
le port pour empêcher que
rien n'entre dans l'Isle. Ces
lettres ajoûtent qu'il étoit
péri le 16. sur nos côtes un
bâtiment Genois qui aété
jette par un coup de vent;
& de tout l'équipage
,
il
nhe os'enmestmsauvéeqsue.dix
< Le Grand Maître de Malthe
a fait freterdans ceport
des vaisse aux pour servir au
transport des Chevaliers de
Ma'the qui doivent passer
par Toulon pour y aller, &
où ils doivent se rendre le
15 de Mars. Un vaisseau de
Livourne arrivé dans ce
port a rapporte que deux
Corsaires d'Alger ont attaqué
un vaisseau Hollandois,
qui s'est si bien déf,
ndu, qu'il en a coulé un
à fond, & a donnéla chasse
à l'autre pendant plus de
quarre heures.
Suivons, Me/ïîeurs, l'ar
ticle des nouvelles, pendant
que nous y sommes.
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Résumé : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le texte décrit les préparatifs de l'expédition de Majorque. À Madrid, l'arrivée de la Reine a été célébrée par des festivités populaires et des députés ont été désignés pour la féliciter. À Barcelone, des munitions, habits et armes sont acheminés, et douze galères ainsi que plusieurs bâtiments plats pour le transport des troupes sont en construction. Des individus suspects de rébellion ont été arrêtés. Des transfuges de Majorque signalent une population locale peu disposée à se défendre, bien que le vice-roi et les officiers principaux espèrent des renforts. Les fortifications de la ville, endommagées lors du siège, restent non réparées, mais les couvents des Capucins et des Cordeliers sont rétablis. À Perpignan, des nouvelles de Gérone mentionnent l'arrivée de nombreux chevaux et de bâtiments chargés de munitions à Barcelone. Des canonniers et charpentiers préparent l'attaque de Majorque. À Toulon, l'armement des vaisseaux est en cours, avec des bâtiments surveillant le port pour empêcher toute entrée sur l'île. Un vaisseau génois a fait naufrage sur les côtes, et le Grand Maître de Malte a affrété des vaisseaux pour transporter les Chevaliers de Malte à Toulon. Un vaisseau de Livourne a rapporté une attaque de corsaires algériens contre un vaisseau hollandais, qui a coulé un des corsaires.
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392
p. 67-71
De Londres.
Début :
On mande que le Roy continuë d'aller souper tantôt [...]
Mots clefs :
Roi, Imprimeur, Livre, Membres du Parlement, Artificier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres.
DeLondres.
On mande que le Roy
continue d'aller souper tantôt
chez un Seigneur, tantôt
chez un autre. On asçu
par des lettres d'Allemagne,
que le General Stanhope
ayant remontré à
l'Empereur de la part du
Roy son mairre, que la
France faisoit des infracrions
à la paix d'Urrecht,
en faisantconstruire un ca- nal&un port à Mardick,
l'Empereur lui avaitrépondu
qu'il étoit libre à un chacun
de construire & de démolir
sur les terres; par consequens
qu'elle ne contrevenoit
en rien au traité.
D'autres lettres portent
qu'on avoit publiéuneproclamation,
par laquelle on
promet 1000. livres sterlin
de recompense à celui qui
découvrira l'auteur d'un li.
bele intitulé, ArvisflUX Anglois
pour les élections des
MembresduParlement, &
500. livres pour arrêter
l'Imprimeur. Outre que ce
libele fait grand bruit, cçft
qu'il contient de fortes re..
flexions contre le Roy,disant
qu'il n'a aucun droit à
la couronne, & prouve
qu'elle appartient au Pretendant,
& porte les peuples
à se soûlever contre le
gouvernement. Il y en a
beaucoup d'exemplaires répandus
dans le Royaume.
Plusieurs Seigneurs, entr'autres
le Duc de Sommerfet,
sont partis pour aller
à leurs maisons de campagne
, afin d'être plus à
portéedesolliciter les électeurs
à donner leurs voix
dans les élections desMem
bres du Parlement en faveur
de leurs amis. On
craint fort que lors qu'elles
se feront il n'arrive du desordre,
tant l'esprit des peuples
estanimé contre le
gouvernement. On a encore
eu avis que le feu prit
prés dela Douanne chez
un Artificier, dans le temps
lu'on faisoit des artifices ôc
que l'on chargeoit des
bombes. La boutique de
cet Artificier éroit remplie
d'huile, de gaudron) de
poix, & de quantité de raquettes
pour jetter des fusées
en l'air; & le feu prit
par un baril de poudre, qui
fit sauter la maison & deux
autres voisines. Il y eut cent
personnes de ruées. Les flâmes
s'étant communiquées
aux autres maisons
5
le feu
y prit avec d'autant plus de
violence,qu'ilfaisoit grand
vent, que plus de cent cinquante
maisons ou magasins
remplis de beaucoup
de marchandises, furent
consommez. La Douanne
fut fort en danger, mais
elle a été sauvée.
On mande que le Roy
continue d'aller souper tantôt
chez un Seigneur, tantôt
chez un autre. On asçu
par des lettres d'Allemagne,
que le General Stanhope
ayant remontré à
l'Empereur de la part du
Roy son mairre, que la
France faisoit des infracrions
à la paix d'Urrecht,
en faisantconstruire un ca- nal&un port à Mardick,
l'Empereur lui avaitrépondu
qu'il étoit libre à un chacun
de construire & de démolir
sur les terres; par consequens
qu'elle ne contrevenoit
en rien au traité.
D'autres lettres portent
qu'on avoit publiéuneproclamation,
par laquelle on
promet 1000. livres sterlin
de recompense à celui qui
découvrira l'auteur d'un li.
bele intitulé, ArvisflUX Anglois
pour les élections des
MembresduParlement, &
500. livres pour arrêter
l'Imprimeur. Outre que ce
libele fait grand bruit, cçft
qu'il contient de fortes re..
flexions contre le Roy,disant
qu'il n'a aucun droit à
la couronne, & prouve
qu'elle appartient au Pretendant,
& porte les peuples
à se soûlever contre le
gouvernement. Il y en a
beaucoup d'exemplaires répandus
dans le Royaume.
Plusieurs Seigneurs, entr'autres
le Duc de Sommerfet,
sont partis pour aller
à leurs maisons de campagne
, afin d'être plus à
portéedesolliciter les électeurs
à donner leurs voix
dans les élections desMem
bres du Parlement en faveur
de leurs amis. On
craint fort que lors qu'elles
se feront il n'arrive du desordre,
tant l'esprit des peuples
estanimé contre le
gouvernement. On a encore
eu avis que le feu prit
prés dela Douanne chez
un Artificier, dans le temps
lu'on faisoit des artifices ôc
que l'on chargeoit des
bombes. La boutique de
cet Artificier éroit remplie
d'huile, de gaudron) de
poix, & de quantité de raquettes
pour jetter des fusées
en l'air; & le feu prit
par un baril de poudre, qui
fit sauter la maison & deux
autres voisines. Il y eut cent
personnes de ruées. Les flâmes
s'étant communiquées
aux autres maisons
5
le feu
y prit avec d'autant plus de
violence,qu'ilfaisoit grand
vent, que plus de cent cinquante
maisons ou magasins
remplis de beaucoup
de marchandises, furent
consommez. La Douanne
fut fort en danger, mais
elle a été sauvée.
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Résumé : De Londres.
Le roi continue de dîner chez divers seigneurs. Des lettres d'Allemagne signalent que le général Stanhope a informé l'empereur des infractions françaises à la paix d'Utrecht concernant la construction d'un canal et d'un port à Mardick. L'empereur a répondu que chaque nation est libre de construire sur ses terres, donc la France ne viole pas le traité. Une proclamation offre une récompense de 1000 livres sterling pour identifier l'auteur d'un libelle intitulé 'ArvisflUX Anglois' et 500 livres pour arrêter l'imprimeur. Ce libelle, largement diffusé, critique sévèrement le roi, affirmant qu'il n'a aucun droit à la couronne et que celle-ci appartient au prétendant, incitant ainsi à la rébellion. Plusieurs seigneurs, dont le duc de Somerset, se rendent à leurs maisons de campagne pour influencer les électeurs lors des élections parlementaires. Des troubles sont craints en raison de l'animosité du peuple envers le gouvernement. Un incendie a également détruit plusieurs maisons et magasins près de la douane chez un artificier, bien que la douane ait été sauvée.
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393
p. 72-75
De Marseille.
Début :
Une lettre de Marseille nous apprend, qu'aprés que [...]
Mots clefs :
Marseille, Grand vizir, Ambassadeur de France, Ambassadeur
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texteReconnaissance textuelle : De Marseille.
De Alarjeille.
Une lettre de Marseille
nous apprend, qu'après que
le Grand Visir eut reproché
au Bayle de Venise,
fous differens pretextesque
la République avoir contrevenu
à la bonne foy,il
le renvoya. Il fut sifflé&
insulté par le peuple de
Conltantinople, ôc mis enfuite
aux arrêts: mais le Secreraire
de l'ambassade, le
frere du Bayle, & un aucre
NobleappelleRiva,se sont
sauvez.,
sauvez, fous la protection
de l'Ambassadeur de France
; que les Turcs étoient
entrez dans la Morée: ce
qui cause une grande confternation
à Venile, & on
travaille avec toute ladiligence
possible à envoyée
des secours en Levant ôc
en Dalmatie. Les dernieres
lettres de Venise portent
qu'on y étoit fore inquiet
d'apprendre des nouvelles
du Chevalier Emo, Ambassadeur
de la République
à Constantinople. il y a des
avis qui portent qu'ila écc
mis dans les sept Tours, &:
d'autres qu'il s'est embarqué.
Les lettres de Napolie
de Romanie ne confîrment
pas que les Turcs ayent fait
une irruprion en Morée,
comme le bruit en a couru:
mais bien que le Seraskier
de Negrepont savançoic
vers risthme de Corinche
y
pour y entrer avec le corps
destroupes qu'il avoit af
semblées à Thebes,;que la
flote. Othomane s'ailembloit
à Castel-Rosle, ou. il
y avoic déjà 31. sultanes, II¡
galeasses & 8. brûlots
, &
qu'on y attendoit 10. navires
de Barbarie avec les galeres.
On doit faire parrir à
la Unde ce mois le grand
convoy qu'on prepare pour
le Levant, avec des troupes
,des vivre) de l'argent,
Ôc même desgeriieurs
que la Republique a pris à
sa solde. Onse flatoit encore
que le grand armement
des Turcsn'étoitdés
tinéni contre la lie'publique
, ni contre Malthe,
mais contre le Czar, qui
leuramanqué de parole.
Une lettre de Marseille
nous apprend, qu'après que
le Grand Visir eut reproché
au Bayle de Venise,
fous differens pretextesque
la République avoir contrevenu
à la bonne foy,il
le renvoya. Il fut sifflé&
insulté par le peuple de
Conltantinople, ôc mis enfuite
aux arrêts: mais le Secreraire
de l'ambassade, le
frere du Bayle, & un aucre
NobleappelleRiva,se sont
sauvez.,
sauvez, fous la protection
de l'Ambassadeur de France
; que les Turcs étoient
entrez dans la Morée: ce
qui cause une grande confternation
à Venile, & on
travaille avec toute ladiligence
possible à envoyée
des secours en Levant ôc
en Dalmatie. Les dernieres
lettres de Venise portent
qu'on y étoit fore inquiet
d'apprendre des nouvelles
du Chevalier Emo, Ambassadeur
de la République
à Constantinople. il y a des
avis qui portent qu'ila écc
mis dans les sept Tours, &:
d'autres qu'il s'est embarqué.
Les lettres de Napolie
de Romanie ne confîrment
pas que les Turcs ayent fait
une irruprion en Morée,
comme le bruit en a couru:
mais bien que le Seraskier
de Negrepont savançoic
vers risthme de Corinche
y
pour y entrer avec le corps
destroupes qu'il avoit af
semblées à Thebes,;que la
flote. Othomane s'ailembloit
à Castel-Rosle, ou. il
y avoic déjà 31. sultanes, II¡
galeasses & 8. brûlots
, &
qu'on y attendoit 10. navires
de Barbarie avec les galeres.
On doit faire parrir à
la Unde ce mois le grand
convoy qu'on prepare pour
le Levant, avec des troupes
,des vivre) de l'argent,
Ôc même desgeriieurs
que la Republique a pris à
sa solde. Onse flatoit encore
que le grand armement
des Turcsn'étoitdés
tinéni contre la lie'publique
, ni contre Malthe,
mais contre le Czar, qui
leuramanqué de parole.
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Résumé : De Marseille.
Le texte décrit des tensions diplomatiques et militaires entre la République de Venise et l'Empire ottoman. Le Grand Visir a accusé le bailli de Venise de mauvaise foi et l'a renvoyé. Ce dernier a été insulté par la population de Constantinople et placé aux arrêts, tandis que son frère et un noble, Riva, ont cherché refuge auprès de l'ambassadeur de France. Les Turcs ont envahi la Morée, suscitant une grande inquiétude à Venise, qui prépare des secours pour le Levant et la Dalmatie. L'ambassadeur vénitien à Constantinople, le Chevalier Emo, est porté disparu, peut-être emprisonné ou en fuite. Les rapports de Naples et de Roumanie ne confirment pas l'invasion de la Morée mais signalent des mouvements de troupes turques vers l'isthme de Corinthe. La flotte ottomane se rassemble à Castel-Rosso en attendant des renforts. Venise prépare un grand convoi pour le Levant, comprenant troupes, vivres, argent et mercenaires. Des rumeurs évoquent une possible attaque turque contre le tsar, accusé de trahison.
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394
p. 76-77
De Lille en Flandres.
Début :
On mande que l'on n'a pas encore commencé à [...]
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texteReconnaissance textuelle : De Lille en Flandres.
DeLilleenFland( res.
On mande que l'on n'a
pas encore commence à
travaillerau règlement des
limites. M. le Blanc, qui
étoit venu encette ville au
sujet de Dunkerque, y
est
retourné; on croit même
qu'on n'y travaillera pas
que le traité de la Barriere
entre l'Empereur& les Hollandois
ne soit terminé. On
mande d'Anvers qu'il y sijs:
venoic tous les jours denonvelles
difficultez, par l'arrivée
de divers Ministres
des Princes qui pretendent
y avoir intérêt ; & le Chevalier
de Roussy y est allé
de la part de la France.
On mande que l'on n'a
pas encore commence à
travaillerau règlement des
limites. M. le Blanc, qui
étoit venu encette ville au
sujet de Dunkerque, y
est
retourné; on croit même
qu'on n'y travaillera pas
que le traité de la Barriere
entre l'Empereur& les Hollandois
ne soit terminé. On
mande d'Anvers qu'il y sijs:
venoic tous les jours denonvelles
difficultez, par l'arrivée
de divers Ministres
des Princes qui pretendent
y avoir intérêt ; & le Chevalier
de Roussy y est allé
de la part de la France.
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Résumé : De Lille en Flandres.
Les travaux de délimitation des frontières à Lille sont suspendus en attendant la conclusion du traité de la Barrière entre l'Empereur et les Hollandais. À Anvers, des difficultés surgissent avec l'arrivée de ministres de princes. Le Chevalier de Roussy représente la France dans ces négociations.
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395
p. 77-78
De Turin.
Début :
On a eu avis que Son Altesse Royale étoit encore [...]
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texteReconnaissance textuelle : De Turin.
De Turin.
On a eu avis que Son AItesseRoyale
étoit encore
incommodée de son rhume
; & comme il n'est pas
sans fievre, on apprehendoit
qu'il ne se tournât en
fluxion de poitrine.Le gouvernement
de la citadelle
de cetre ville a étédonné
au Comte de la Garde. Le
regimenc de Savoye qui va
en Sicile, doit être à present
embarqué, puisque
tous les bâtimens pour (on
transport étoient prêcs, ôc
quonavoit eu avis qu'il
avoir passé leCol de Tende
avec beaucoup de difficulté,
à causè de la grande
quantité de neiges qui étoient
tembées pendant sa
marche
On a eu avis que Son AItesseRoyale
étoit encore
incommodée de son rhume
; & comme il n'est pas
sans fievre, on apprehendoit
qu'il ne se tournât en
fluxion de poitrine.Le gouvernement
de la citadelle
de cetre ville a étédonné
au Comte de la Garde. Le
regimenc de Savoye qui va
en Sicile, doit être à present
embarqué, puisque
tous les bâtimens pour (on
transport étoient prêcs, ôc
quonavoit eu avis qu'il
avoir passé leCol de Tende
avec beaucoup de difficulté,
à causè de la grande
quantité de neiges qui étoient
tembées pendant sa
marche
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Résumé : De Turin.
La personne royale à Turin est souffrante d'un rhume avec fièvre, inquiétant pour une possible fluxion de poitrine. Le Comte de la Garde dirige la citadelle de Turin. Le régiment de Savoie, en route pour la Sicile, s'embarque après avoir traversé difficilement le col de Tende enneigé.
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396
p. 78-80
De Paris.
Début :
Le Baron d'Espar, General Suedois, est arrivé ici depuis [...]
Mots clefs :
Chevalier de Malthe, Lyon, Roi, Piédestal
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texteReconnaissance textuelle : De Paris.
De Paris.
LeBarond'Espar,General
Suedois) est arrivé ici
depuis quelques jours;dépêché
par le Roy sonmaître
pour quelque négociation
, & on veut qu'il ait
engagé le Duché de Deux-
Ponts au Roy de France
',
pour plusieurssommes d'argent
qu'il lui a envoyées.
-"Unegrande partieMes
Officiers François vent servir
dans la Républiquede
Venise contre les Turcs.. T
Le Comte d'Estaires,
Ambassadeur d'Angleterre,
est arrivé en cetteville
pour remplacer M. Prior,
qui s'en retournera dans
peu. G iiij
Il est arrivé à Lyon pliîsieurs
barques chargées de
marbre de Genes, pour erre
employé à l'ornement du
pié d'estal de la Figure du
Roy,mise dans la Place de
Louis le Grand, ci- devant
Bellecour.
Les Chevaliers de Malthe
ont reçu un dernier ordre
du Grand Maître de se
rendre à Malrhe pour le 15.
de Mars. Il partent aduellement.
LeBarond'Espar,General
Suedois) est arrivé ici
depuis quelques jours;dépêché
par le Roy sonmaître
pour quelque négociation
, & on veut qu'il ait
engagé le Duché de Deux-
Ponts au Roy de France
',
pour plusieurssommes d'argent
qu'il lui a envoyées.
-"Unegrande partieMes
Officiers François vent servir
dans la Républiquede
Venise contre les Turcs.. T
Le Comte d'Estaires,
Ambassadeur d'Angleterre,
est arrivé en cetteville
pour remplacer M. Prior,
qui s'en retournera dans
peu. G iiij
Il est arrivé à Lyon pliîsieurs
barques chargées de
marbre de Genes, pour erre
employé à l'ornement du
pié d'estal de la Figure du
Roy,mise dans la Place de
Louis le Grand, ci- devant
Bellecour.
Les Chevaliers de Malthe
ont reçu un dernier ordre
du Grand Maître de se
rendre à Malrhe pour le 15.
de Mars. Il partent aduellement.
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Résumé : De Paris.
Le baron d'Espar, général suédois, est à Paris pour négocier avec le roi de France concernant le Duché de Deux-Ponts. Plusieurs officiers français se préparent à aider la République de Venise contre les Turcs. Le comte d'Estaires remplace M. Prior comme ambassadeur d'Angleterre. À Lyon, du marbre de Gênes arrive pour la statue royale. Les Chevaliers de Malte doivent rejoindre Malte avant le 15 mars.
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397
p. 80-81
De Turin.
Début :
Les dernieres lettres portent que le Roy de Sicile joüissoit [...]
Mots clefs :
Roi de Sicile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Turin.
DeTurin.
Lesdernieres lettres portenc
que le Roy de Sicile
jouissoit à present d'une parfaire
lance, & que S. M. S.
avoit donné ordre de reparer
tous les forts des Valées
quionc étéruinéespendant
les dernieres guerres. en
rétablie aussi les places du
Monferrat. On dit que fou
accommodemét avec rEln.
pereur cn: fort avancé, au
moyen duquel le Prince de
Piémont épouserois une
Archiduchesse
,
& qu'il aura
pour appanage le Milanois.
Lesdernieres lettres portenc
que le Roy de Sicile
jouissoit à present d'une parfaire
lance, & que S. M. S.
avoit donné ordre de reparer
tous les forts des Valées
quionc étéruinéespendant
les dernieres guerres. en
rétablie aussi les places du
Monferrat. On dit que fou
accommodemét avec rEln.
pereur cn: fort avancé, au
moyen duquel le Prince de
Piémont épouserois une
Archiduchesse
,
& qu'il aura
pour appanage le Milanois.
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398
p. 82-83
De Paris.
Début :
L'Electeur de Treves, frere du Duc de Lorraine, & [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris.
DeParis.
L'Eleveur de Treves,
frere du Duc de Lorraine,
& rand Commandeur de
Cai)tille, a donné deux années
de revenu de sa Commanderie
à l'Ordre de Malthe
qui lin sont dues. Cette
C .) manvierie vaut plus de
ico.oo écus de rente. On
regarde cette libéralité
comme une des plus grandes,
& digne dun Prince
de son rang.
Le grand Maître des
Eaux & Forêts du Déparre.
ment de Normandie efl
parti pour aller faire abattre
les bois qui sont aux environs
de Rouen, pour les
faire voiturer à Paris.
L'Eleveur de Treves,
frere du Duc de Lorraine,
& rand Commandeur de
Cai)tille, a donné deux années
de revenu de sa Commanderie
à l'Ordre de Malthe
qui lin sont dues. Cette
C .) manvierie vaut plus de
ico.oo écus de rente. On
regarde cette libéralité
comme une des plus grandes,
& digne dun Prince
de son rang.
Le grand Maître des
Eaux & Forêts du Déparre.
ment de Normandie efl
parti pour aller faire abattre
les bois qui sont aux environs
de Rouen, pour les
faire voiturer à Paris.
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Résumé : De Paris.
L'Éleveur de Trèves, frère du Duc de Lorraine et grand Commandeur de Caïtille, a donné deux années de revenus de sa commanderie à l'Ordre de Malte, soit plus de 1 000 écus. Par ailleurs, le grand Maître des Eaux et Forêts de Normandie a supervisé l'abattage des bois près de Rouen pour leur transport à Paris.
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399
p. 83-84
De Vienne.
Début :
On mande que le gros armement des Turcs, & l'empressement [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne.
DeVienne.
On mande que le gros
armement des Turcs, &
l'empressement avec lequel
ils remplirentJeurs magafins
de toutes sortes de munitions
donnorent en cette
ville beaucoup dinquietude
r ce qui obligeoit le Con.
seil d'Etat de continuer a
deliberer sur les moyens de
trouver les fonds necessaires
pour soûtenir la guerre;
en cas que les Infideles voirsussent
entreprendre sur la
Hongrie, La Cour en a déja
écrit aux Princes, afin qu'ils
tinssentprêts leurs contingens
, non feulement en
troupes, mais en argent.
On mande que le gros
armement des Turcs, &
l'empressement avec lequel
ils remplirentJeurs magafins
de toutes sortes de munitions
donnorent en cette
ville beaucoup dinquietude
r ce qui obligeoit le Con.
seil d'Etat de continuer a
deliberer sur les moyens de
trouver les fonds necessaires
pour soûtenir la guerre;
en cas que les Infideles voirsussent
entreprendre sur la
Hongrie, La Cour en a déja
écrit aux Princes, afin qu'ils
tinssentprêts leurs contingens
, non feulement en
troupes, mais en argent.
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Résumé : De Vienne.
La tension croissante due à l'armement turc et à leur préparation rapide inquiète Vienne. Le Conseil d'État explore des solutions de financement en cas d'attaque sur la Hongrie. La Cour a informé les princes de tenir prêts leurs contingents militaires et financiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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400
p. 84-85
De Lisbonne.
Début :
On a eu avis que le Sieur de Vignory y étoit arrivé [...]
Mots clefs :
Roi d'Espagne, Ambassadeur de France
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texteReconnaissance textuelle : De Lisbonne.
De Lisbonne.
,
On a eu avis que le Sieur
de Vignory y ecoit arrivé
;
en poile de Madrid. Il est
chargé) dit-on, d'une commission
du Roy d'Espagne
pour la conclusion de la
paix entre les deux Couronnes.
Il eut le lendemain matin
une longue conference
avec les Ministres Portugais,
& l'aprésmidi avec le
Roy, & renditvisite aprés
à rAmbassadeur de France.
Ainsi on compte que le premier
exprés qui arrivera
d'Utrecht apportera le traite
de paix signé entre les
deux Princes.
,
On a eu avis que le Sieur
de Vignory y ecoit arrivé
;
en poile de Madrid. Il est
chargé) dit-on, d'une commission
du Roy d'Espagne
pour la conclusion de la
paix entre les deux Couronnes.
Il eut le lendemain matin
une longue conference
avec les Ministres Portugais,
& l'aprésmidi avec le
Roy, & renditvisite aprés
à rAmbassadeur de France.
Ainsi on compte que le premier
exprés qui arrivera
d'Utrecht apportera le traite
de paix signé entre les
deux Princes.
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