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4651
p. 208
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
Début :
Le Catalogue des Livres de la Bibliothèque de Feue Mde La Marquise [...]
Mots clefs :
Marquise de Pompadour, Imprimeur, Catalogue des livres de la bibliothèque
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
SUPPLEMENT à l'Annonce des Livres.
LE Catalogue des Livres de la Bibliothéque
de Feue Mde LA MARQUISE DE POMPADOUR ,
fe diftribuera dans le courant du mois prochain ,
chez M. HERISSANT , Imprimeur du Cabinet du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue de la
Parcheminerie.
LE Catalogue des Livres de la Bibliothéque
de Feue Mde LA MARQUISE DE POMPADOUR ,
fe diftribuera dans le courant du mois prochain ,
chez M. HERISSANT , Imprimeur du Cabinet du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue de la
Parcheminerie.
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4652
p. 208-209
SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
Début :
Le 3 Octobre dernier est décédé à Paris M. Pierre-Charles Roy, Chevalier de S. [...]
Mots clefs :
Chevalier, Théâtre lyrique, Ouvrages, Poète, Recueil de poésies, Rumeurs, Éloge
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre.
Mort de M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Poëte Lyrique.
LR 3 Octobre dernier eſt décédé à Paris M •
Pierre- Charles Ror , Chevalier de S. Michel,
DECEMBRE . 1764. 209
>
Callirrhoé & le Ballet des Elémens faffiroient à la
célébrité des talens de ce Poëte pour le Théâtre
Lyrique. On connoît de lui beaucoup d'autres
Ouvrages du même genre , qui ne font pas
moins d'honneur à fa Mufe. Le caractère particulier
du génie de ce Poëte étoit d'avoir tellement
étudié les Poëtes Latins & principale- .
ment Ovide , qu'il fe les étoit appropriés. Il a
fait paffer une grande quantité de leurs pentées ,
on pourroit dire prèfque de leurs vers dans les
fiens Il a compofé auffi un Recueil de Poéfies
diverfes , imprimé depuis long -temps , où l'on
trouve des chofes affez agréablement imaginées ,.
& far-tout fort correctement verfifiées . Il eft mort
à l'âge de 81 ans , ignoré du Monde & de la Société
depuis plus de dix ou douze ans.
Nous avions par erreur , & fur la foi d'une.
rumeur publique , annoncé la mort de cet Auteur
dès l'année précédente. Nous avons été ou prévenus
ou fuivis , dans cette erreur , par tous les Journaliſtes
& tous les Papiers publics : enforte que
l'Auteur du nouveau Nécrologe , en annonçant il
y a quelques mois celui du mois de Janvier prochain
, promettoit , entr'autres Eloges hiftoriques
de Perfonnes célèbres décédées dans le courant de
cette année , celui de M. Roy , qui n'étoit pas encore
mort alors. Que ceux qui condamnent les
erreurs trop fréquentes des Hiftoriographes du
Théâtre ou de la Littérature , fondées fur celles
des Ecrivains contemporains , apprennent par
cet exemple , que la plupart font dues à la négligence
impardonnable des familles ; lefquelles ,
comme en cette occafion , loin de prendre l'intérêt
convenable pour informer la Poftérité de ce qui
concerne les talens qui les ont honorées , ne,
daignent pas même faire conftater le temps & le
terme de leur exiſtence.
Mort de M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Poëte Lyrique.
LR 3 Octobre dernier eſt décédé à Paris M •
Pierre- Charles Ror , Chevalier de S. Michel,
DECEMBRE . 1764. 209
>
Callirrhoé & le Ballet des Elémens faffiroient à la
célébrité des talens de ce Poëte pour le Théâtre
Lyrique. On connoît de lui beaucoup d'autres
Ouvrages du même genre , qui ne font pas
moins d'honneur à fa Mufe. Le caractère particulier
du génie de ce Poëte étoit d'avoir tellement
étudié les Poëtes Latins & principale- .
ment Ovide , qu'il fe les étoit appropriés. Il a
fait paffer une grande quantité de leurs pentées ,
on pourroit dire prèfque de leurs vers dans les
fiens Il a compofé auffi un Recueil de Poéfies
diverfes , imprimé depuis long -temps , où l'on
trouve des chofes affez agréablement imaginées ,.
& far-tout fort correctement verfifiées . Il eft mort
à l'âge de 81 ans , ignoré du Monde & de la Société
depuis plus de dix ou douze ans.
Nous avions par erreur , & fur la foi d'une.
rumeur publique , annoncé la mort de cet Auteur
dès l'année précédente. Nous avons été ou prévenus
ou fuivis , dans cette erreur , par tous les Journaliſtes
& tous les Papiers publics : enforte que
l'Auteur du nouveau Nécrologe , en annonçant il
y a quelques mois celui du mois de Janvier prochain
, promettoit , entr'autres Eloges hiftoriques
de Perfonnes célèbres décédées dans le courant de
cette année , celui de M. Roy , qui n'étoit pas encore
mort alors. Que ceux qui condamnent les
erreurs trop fréquentes des Hiftoriographes du
Théâtre ou de la Littérature , fondées fur celles
des Ecrivains contemporains , apprennent par
cet exemple , que la plupart font dues à la négligence
impardonnable des familles ; lefquelles ,
comme en cette occafion , loin de prendre l'intérêt
convenable pour informer la Poftérité de ce qui
concerne les talens qui les ont honorées , ne,
daignent pas même faire conftater le temps & le
terme de leur exiſtence.
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Résumé : SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
Le 3 octobre 1764, à Paris, est décédé M. Pierre-Charles Roy, Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et poète lyrique. Ses œuvres les plus célèbres incluent 'Callirrhoé' et 'le Ballet des Éléments'. Roy a également écrit de nombreux ouvrages lyriques et un recueil de poésies diverses, imprimé depuis longtemps, contenant des textes imaginatifs et correctement versifiés. Son génie se caractérisait par une étude approfondie des poètes latins, notamment Ovide, dont il a adapté de nombreuses pensées et presque des vers entiers. Roy est mort à l'âge de 81 ans, après avoir été ignoré du monde et de la société pendant plus de dix ou douze ans. Une erreur avait été commise par divers journaux et publications, annonçant sa mort l'année précédente, alors qu'il était encore en vie. Cet exemple illustre la négligence des familles qui ne prennent pas l'intérêt convenable pour informer la postérité des talents de leurs membres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4653
p. 111-113
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
L'AMI des jeunes gens, avec cette épigraphe ; .... Petite [...]
Mots clefs :
Journée, Éducation, Jeunes gens
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
L'AMI des jeunes gens , avec cette
épigraphe :
•
Petite hinc , juvenefque , fenefque
Finem animo certum , miferifque viatica canis.
Perf. Satyr. V. vers 64. 65.
Par M. G *** ; A Lille , chez Jean-
Baptifte Henri , Imprimeur - Libraire
fur la grand place ; & fe vend à Paris ,
112 MERCURE DE FRANCE.
chez Duchefne , rue S. Jacques ; 1764 , "
avec approbation & privilege ; 2 parties :
in-1 2.
il
Depuis le célebre ouvrage de l'Ami des
hommes , on a vu paroître fucceflivement
lAmi des femmes , l'Ami des filles , l'Ami
des arts , l'Ami de la paix , l'Ani de la
fortune , l'Ami des mufes , & enfin l'Ami
des jeunes gens , que nous annonçons.
L'Auteur ne fe pique pas de dire des
chofes nouvelles fur l'éducation de la jeuneffe
, qui fait l'objet de fon ouvrage ;
n'a pas balancé de prendre par- tout ce qu'il
a cru de plus propre à perfectionner fon;
fujet. Il fe fert quelquefois des mêmes:
expreffions dont les autres fe font fervis.
Platon , Xenophon , Ciceron , Séneque
Quintillien , Plutarque , Bacon
Loke
,
Montaigne , Fleury , Fenelon , Crouzas
Rollin , La Chalotais , Rouſſeau , &c , lui²
ont fourni quantité de matériaux. Il a dònné
à fon Livre la forme d'entretien , & ill
l'a divifé par journées , dont la première
préfente des confidérations fur nos devoirs.
On fait voir dans la feconde journée
combien l'éducation ordinaire eft défectueufe
, & les foins qu'on doit avoir de
former le corps des enfans. La troifiéme
traite de ce qu'on doit faire pour former
le coeur des jeunes gens. La quatriéme eft
و
JANVIER. 1765. H
intitulée de la culture de l'efprit. Les interlocuteurs
font l'Auteur , un Chevalier ,
une Comteffe , &c. La Scène fe paffe à la
campagne.
L'AMI des jeunes gens , avec cette
épigraphe :
•
Petite hinc , juvenefque , fenefque
Finem animo certum , miferifque viatica canis.
Perf. Satyr. V. vers 64. 65.
Par M. G *** ; A Lille , chez Jean-
Baptifte Henri , Imprimeur - Libraire
fur la grand place ; & fe vend à Paris ,
112 MERCURE DE FRANCE.
chez Duchefne , rue S. Jacques ; 1764 , "
avec approbation & privilege ; 2 parties :
in-1 2.
il
Depuis le célebre ouvrage de l'Ami des
hommes , on a vu paroître fucceflivement
lAmi des femmes , l'Ami des filles , l'Ami
des arts , l'Ami de la paix , l'Ani de la
fortune , l'Ami des mufes , & enfin l'Ami
des jeunes gens , que nous annonçons.
L'Auteur ne fe pique pas de dire des
chofes nouvelles fur l'éducation de la jeuneffe
, qui fait l'objet de fon ouvrage ;
n'a pas balancé de prendre par- tout ce qu'il
a cru de plus propre à perfectionner fon;
fujet. Il fe fert quelquefois des mêmes:
expreffions dont les autres fe font fervis.
Platon , Xenophon , Ciceron , Séneque
Quintillien , Plutarque , Bacon
Loke
,
Montaigne , Fleury , Fenelon , Crouzas
Rollin , La Chalotais , Rouſſeau , &c , lui²
ont fourni quantité de matériaux. Il a dònné
à fon Livre la forme d'entretien , & ill
l'a divifé par journées , dont la première
préfente des confidérations fur nos devoirs.
On fait voir dans la feconde journée
combien l'éducation ordinaire eft défectueufe
, & les foins qu'on doit avoir de
former le corps des enfans. La troifiéme
traite de ce qu'on doit faire pour former
le coeur des jeunes gens. La quatriéme eft
و
JANVIER. 1765. H
intitulée de la culture de l'efprit. Les interlocuteurs
font l'Auteur , un Chevalier ,
une Comteffe , &c. La Scène fe paffe à la
campagne.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le texte présente une annonce pour le livre 'L'AMI des jeunes gens', publié en 1764. Disponible à Lille chez Jean-Baptiste Henri et à Paris chez Duchefne, cet ouvrage a obtenu une approbation et un privilège. Il s'inscrit dans une série de publications similaires comme 'L'Ami des hommes' et 'L'Ami des femmes'. L'auteur ne revendique pas d'originalité mais compile des éléments issus de divers auteurs classiques tels que Platon, Sénèque, Montaigne et Rousseau. Le livre est structuré en dialogues répartis sur quatre journées. La première journée traite des devoirs, la deuxième critique l'éducation ordinaire et souligne l'importance de former le corps des enfants, la troisième se concentre sur la formation du cœur des jeunes, et la quatrième aborde la culture de l'esprit. Les personnages principaux sont l'auteur, un chevalier et une comtesse, et l'action se déroule à la campagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4654
p. 115-116
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
Le déisme réfuté par lui-même, ou examen des principes d'incrédulité répandus [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Incrédulité, Déisme
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES,
-
LE déiſme réfuté par lui - même , ou
examen des principes d'incrédulité répandus
dans les divers ouvrages dé Monheur
Rouffeau ; en forme de lettres , par
M. Bergier , Docteur en Théologie
Curé dans le Diocèfe de Befançon ; à Paris
, chez Humblot , Libraire , rue S. Jac116
MERCURE DE FRANCE.
ques , entre la rue du Plâtre & la rue des
Noyers près de St.Yves ; 1765 ; avec approbation
& privilege du Roi , en deux parties
in-12 , qui forment enfemble environ
600 pages.
De toutes les critiques qui ont paru con
tre les écrits de M. Rouffeau , nous n'en
connoiffons pas de plus folide , & en même
temps de plus ingénieufe & de plus
élégante , que l'ouvrage que nous annonçons.
M. Bergier , déja connu par quelques
productions eftimables , rend juſtice
aux talens de fon adverfaire ; il respecte
les vertus dont il fait profeffion , il applaudit
à fon zèle pour les vérités de la religion
naturelle ; mais il n'a aucun ménagement
pour fes opinions , lorſqu'elles attaquent
les vérités révélées : il en démontre la fauffeté
avec toute la force , toute l'énergio
qu'inſpire un zèle ardent & éclairé.
-
LE déiſme réfuté par lui - même , ou
examen des principes d'incrédulité répandus
dans les divers ouvrages dé Monheur
Rouffeau ; en forme de lettres , par
M. Bergier , Docteur en Théologie
Curé dans le Diocèfe de Befançon ; à Paris
, chez Humblot , Libraire , rue S. Jac116
MERCURE DE FRANCE.
ques , entre la rue du Plâtre & la rue des
Noyers près de St.Yves ; 1765 ; avec approbation
& privilege du Roi , en deux parties
in-12 , qui forment enfemble environ
600 pages.
De toutes les critiques qui ont paru con
tre les écrits de M. Rouffeau , nous n'en
connoiffons pas de plus folide , & en même
temps de plus ingénieufe & de plus
élégante , que l'ouvrage que nous annonçons.
M. Bergier , déja connu par quelques
productions eftimables , rend juſtice
aux talens de fon adverfaire ; il respecte
les vertus dont il fait profeffion , il applaudit
à fon zèle pour les vérités de la religion
naturelle ; mais il n'a aucun ménagement
pour fes opinions , lorſqu'elles attaquent
les vérités révélées : il en démontre la fauffeté
avec toute la force , toute l'énergio
qu'inſpire un zèle ardent & éclairé.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
L'ouvrage 'Le déisme réfuté par lui-même, ou examen des principes d'incrédulité répandus dans les divers ouvrages de Jean-Jacques Rousseau' est une critique des écrits de Rousseau, rédigée par M. Bergier, docteur en théologie et curé du diocèse de Besançon. Publié en 1765 à Paris chez Humblot, ce livre compte environ 600 pages et se divise en deux parties. Bergier reconnaît les talents et les vertus de Rousseau ainsi que son engagement pour les vérités de la religion naturelle. Toutefois, il conteste fermement les opinions de Rousseau qui contestent les vérités révélées, en démontrant leur fausseté avec vigueur. Cet ouvrage est apprécié pour sa critique solide, ingénieuse et élégante parmi celles visant les écrits de Rousseau.
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4655
p. 191-192
CONCERTS SPIRITUELS. Du Jeudi, 16 Mai, fête de l'Ascencion.
Début :
Ce Concert commença par Diligam te Domine, Moret à grand Choeur de M. l'Abbé [...]
Mots clefs :
Musique, Motet
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS. Du Jeudi, 16 Mai, fête de l'Ascencion.
CONCERTS SPIRITUELS,
Du Jeudi , 16 Mai , fête de l'Aſcencion.
СЕ
E Concert commença par Diligam te
Domine , Motet à grand Choeur de M. l'Abbé
GOULET , ci - devant Maître de mufique de l'Eglife
de Paris. Ce Compofiteur & fes ouvrages font à
préfent connus de tous les amateurs du Concert ,
& en poffeffion d'y être applaudis. M. BALBATRE
exécuta fur l'orgue l'ouverturedes Fêtes de Paphos,
arrangée par lui avec beaucoup d'intelligence ,
de goût & de connoiffance des effets de l'inftrument.
On peut s'imaginer combien la brillante
exécution de cet Artifte fait valoir ce beau mor-.
ceau de mufique. Tous les auditeurs témoignèrent
leurs plaifirs par des appplaudiffemens univerfels
. Mlle SCHENCKER , de la Mufique de S.
A. S. Monfeigneur le PRINCE DE CONTI , exé
cuta des pièces de harpe charmantes , & du genre
de mufique le plus agréable. Cette Virtuofe dont
on admire l'exécution , eft âgée au plus de douze
ans. Mlle AVENAUX & M. DURAND chantèrent
Cantemus , Moter à deux voix de feu M. Mouret.
Mlle FEL chanta un nouveau Motet à voix feule ,
de M. J. J. ROUSSEAU , dont les fymphonies d'un .
goût agréable & nouveau , furent généralement
applaudies avec vivacité ; la vocale de ce morceau
, point ou très peu analogue aux paroles ,
n'a été goûtée que par les amateurs déclarés de
la manière Italienne , laquelle ne s'adopte pas
encore au genre du Motet , pour des oreilles trang
192 MERCURE DE FRANCE.
çoifes accoutumées à la majeſté & à la convenance
des images & des expreffions dans les bons morceaux
de notre mufique latine , qui , fans contredit
, eft plus riche de vraie fcience que la plû-
Fart des Motets d'Italie parvenus à notre connoiffance.
Ce Concert fut terminé par Deus nofter
refugium , nouveau Motet à grand Choeur de
M. GIRAUD , Ordinaire de la Mufique de Sa Majefté
& de l'Académie royale . Ce Moter a eu du
fuccès & les gens de l'art l'ont généralement trouvé
bien travaillé. M. GIRAUD s'étoit déja fait connoître
avantageufement dans plufieurs productions
de Mufique françoife , & même fur notre ſcène
lyrique.
M. le GROS & M. GELIN ont chanté dans les
grands Motets.
Du Jeudi , 16 Mai , fête de l'Aſcencion.
СЕ
E Concert commença par Diligam te
Domine , Motet à grand Choeur de M. l'Abbé
GOULET , ci - devant Maître de mufique de l'Eglife
de Paris. Ce Compofiteur & fes ouvrages font à
préfent connus de tous les amateurs du Concert ,
& en poffeffion d'y être applaudis. M. BALBATRE
exécuta fur l'orgue l'ouverturedes Fêtes de Paphos,
arrangée par lui avec beaucoup d'intelligence ,
de goût & de connoiffance des effets de l'inftrument.
On peut s'imaginer combien la brillante
exécution de cet Artifte fait valoir ce beau mor-.
ceau de mufique. Tous les auditeurs témoignèrent
leurs plaifirs par des appplaudiffemens univerfels
. Mlle SCHENCKER , de la Mufique de S.
A. S. Monfeigneur le PRINCE DE CONTI , exé
cuta des pièces de harpe charmantes , & du genre
de mufique le plus agréable. Cette Virtuofe dont
on admire l'exécution , eft âgée au plus de douze
ans. Mlle AVENAUX & M. DURAND chantèrent
Cantemus , Moter à deux voix de feu M. Mouret.
Mlle FEL chanta un nouveau Motet à voix feule ,
de M. J. J. ROUSSEAU , dont les fymphonies d'un .
goût agréable & nouveau , furent généralement
applaudies avec vivacité ; la vocale de ce morceau
, point ou très peu analogue aux paroles ,
n'a été goûtée que par les amateurs déclarés de
la manière Italienne , laquelle ne s'adopte pas
encore au genre du Motet , pour des oreilles trang
192 MERCURE DE FRANCE.
çoifes accoutumées à la majeſté & à la convenance
des images & des expreffions dans les bons morceaux
de notre mufique latine , qui , fans contredit
, eft plus riche de vraie fcience que la plû-
Fart des Motets d'Italie parvenus à notre connoiffance.
Ce Concert fut terminé par Deus nofter
refugium , nouveau Motet à grand Choeur de
M. GIRAUD , Ordinaire de la Mufique de Sa Majefté
& de l'Académie royale . Ce Moter a eu du
fuccès & les gens de l'art l'ont généralement trouvé
bien travaillé. M. GIRAUD s'étoit déja fait connoître
avantageufement dans plufieurs productions
de Mufique françoife , & même fur notre ſcène
lyrique.
M. le GROS & M. GELIN ont chanté dans les
grands Motets.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS. Du Jeudi, 16 Mai, fête de l'Ascencion.
Le concert spirituel du jeudi 16 mai, jour de l'Ascension, commença avec le motet 'Diligam te Domine' de l'abbé Goulet. L'organiste Balbastre interpréta l'ouverture des 'Fêtes de Paphos'. La harpiste Mlle Schencker, âgée de douze ans, joua des pièces charmantes. Mlle Avenaux et M. Durand chantèrent 'Cantemus' de Mouret. Mlle Fel interpréta un motet de Jean-Jacques Rousseau, apprécié pour ses symphonies mais jugé trop italien. Le concert se termina avec 'Deus noster refugium' de Giraud, bien accueilli. Les chanteurs Gros et Gelin participèrent également aux grands motets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4656
p. 192-195
Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Début :
Le Concert commença par une symphonie de M. BAMBINI. (I) Le premier Motet à grand Choeur [...]
Mots clefs :
Concert, Composition, Musique, Motet, Motet à grand choeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Du Dimanche de la Pentecôte , 26 Mai.
Le Concert commença par une fymphonie de
M. BAMBINI. ( 1 )Le premier Motet à grand Choeur
( 1 ) N. B. Pour éviter les répétitions inutiles ,
nousnefommes point dans l'ufage de faire mention
des fymphonies par lesquelles commencent tous les
Concerts , à moins que quelques circonstances particulières
n'y engagent. Nous en avions omis une
intére fante , en rendant compte des Concerts du
temps de Pâques. Nous ignorions alors qu'une
Symphonie , qui y fut exécutée & fort applaudie
annoncée fous le nom de Madame *** . avoit été
furprise par M. fon pere , amateur de Mufique
très-connu , à Madame de C... auffi diftinguée par
les talens qu'elle poffède que par la figure. Nous
faififfons cette occafion de rendre hommage à cette
Dame que nous n'ofons nommer fans fon aveu
mais que l'on reconnoitra aux traits fous lesquels
nous la défignons.
Confiteber
JUIN 1765 . 193
K
Confitebor tibi Domine , de la compofition de M.
BLAINVILLE. Plufieurs morceaux de ce nouveau
Motet furent diftingués par beaucoup d'aplaudiffemens.
M. HOSBRUKER, de la Mufique du Prince
LOUIS DE ROHAN , exécuta des Duo de harpe
& de violon avec M. CAPRON , & deux pièces de
harpe de fa compofition . M. HOSBRUCKER a foutenu
admirablement la réputation qu'il avoit déja
ici du premier talent de l'Europe fur cet inftrument.
Les plus beaux fons , le tact le plus fûr , le
plus adroit , & en même tems le plus moelleux :
tel eft le jeu de cet Artifte étranger : ce qui le diftingue
encore fingulièrement , eft l'art des cadences
que l'on n'avoit point entendu jufques-là fur cet
inftrument dans la même perfection . M. CAPRON
joua un nouveau Concerto de violon de fa compofition
, dans lequel il a fait entrer des airs du
chant le plus agréable & qu'il exécuta avec toutes les
grâces du goût, & tout l'art que pofféde cet habile
lymphonifte. Il dut s'appercevoir par les marques
éclatantes de la fatisfaction des auditeurs , de la
vérité & de l'utilité des avis réitérés que nous
avons donnés aux talens diftingués,fur le genre de
mufique le plus propre à plaire toujours au Public.
Mlle AVENEAUX , chanta Cantate Domino , Motet à
voix feule de feu M. MOURET . On commence à
s'appercevoir fenfiblement des progrès que fait
cette Cantatrice dans l'art du chant, & des avantages
qui en résultent pour faire valoir toutes les beautés
de fon organe. Mlle FEL répéta le Motet de
M. J. J. ROUSSEAU , exécuté dans le précédent
Concert. Celui- ci fut terminé par Benedic anima
mea, nouveau Motet à grand Choeur de M. BUÉE,
Maître de Musique de la Cathédrale de Dijon .
L'étonnement de voir l'Auteur de cet ouvrage ,
qui n'a pas encore vingt ans , auroit fuffi pour lui
I
194 MERCURE DE FRANCE.
procurer beaucoup d'applaudiffemens ; mais après
avoir entendu le Motet , tous les connoilleurs &
les maîtres de l'art font convenus unanimement
qu'il feroit honneur au Compofiteur de la réputation
la plus décidée. De deux grands Choeurs ; le
premier eft marqué au coin du plus beau génie &
de la plus grande expreffion ; le fecond eft d'un
travail muſical , mais fait , ſelon les gens de l'arr,
comme par le Muficien le plas confommé . La diftribution
des récits , le caractère des chants , font
du meilleur goût & du genre le plus vrai. En un
mot , nous ne craignons point , fi ce jeune Compofiteur
continue de travailler fur les mêmes principes
& avec le même génie , de nous glorifier
d'avoir annoncé des premiers à la nation , un
grand homme dans fon art . M. BUÉE fort de la
Maîtrise de la Sainte Chapelle de Paris , & eft
éleve de M. l'Abbé DORIOT , Maître de Mufique
de cette illuftre Collégiale. Rien ne pouvoit faire
plus d'honneur à cette école & à celui qui la dirige
qu'un pareil éleve . Ce jeune Maître va prendre
poffeffion de la Maîtriſe de Dijón , en emportant
les fuffrages & l'admiration du Public de
Paris.
On ne peut refuſer la juftice due aux foins &
aux frais qu'emploient les Directeurs du Concert,
pour varier les plaifir's des auditeurs & pour intéreffer
la curiofité du Public , en recherchant &
en raffemblant non- feulement ce que la France ,
mais ce que l'Europe entière peut fournir de talens
diftingués en divers genres. Les Concerts
d'été , autrefois abandonnés , font devenus beaucoup
plus fréquentés , & ce font ceux-là même
que les curieux qui restent à Paris , doivent fuivre .
le plus affiduement , parce que la faiſon favoriſe
alors les voyages des talens étrangers , & donne,
JUIN 1765 . 195
par-là aux Directeurs les moyens de remplir leurs
vies. Un amateur frappé des rifques confidérables
qu'on hafarde , pour foutenir l'éclat de ce
Concert & fur-tout dans les jours d'été , cherehe
à former une fociété d'abonnemens, dont les fonds
puiffent au moins faire affurance contre la perte
des frais. Il eft facile en jettant un coup d'oeilfur
le compte que l'on rend de chaque Concert , de
connoître par foi - même la fidélité du témoignage
que nous rendons ici à ceux qui dirigent ce fpectacle.
Le Concert commença par une fymphonie de
M. BAMBINI. ( 1 )Le premier Motet à grand Choeur
( 1 ) N. B. Pour éviter les répétitions inutiles ,
nousnefommes point dans l'ufage de faire mention
des fymphonies par lesquelles commencent tous les
Concerts , à moins que quelques circonstances particulières
n'y engagent. Nous en avions omis une
intére fante , en rendant compte des Concerts du
temps de Pâques. Nous ignorions alors qu'une
Symphonie , qui y fut exécutée & fort applaudie
annoncée fous le nom de Madame *** . avoit été
furprise par M. fon pere , amateur de Mufique
très-connu , à Madame de C... auffi diftinguée par
les talens qu'elle poffède que par la figure. Nous
faififfons cette occafion de rendre hommage à cette
Dame que nous n'ofons nommer fans fon aveu
mais que l'on reconnoitra aux traits fous lesquels
nous la défignons.
Confiteber
JUIN 1765 . 193
K
Confitebor tibi Domine , de la compofition de M.
BLAINVILLE. Plufieurs morceaux de ce nouveau
Motet furent diftingués par beaucoup d'aplaudiffemens.
M. HOSBRUKER, de la Mufique du Prince
LOUIS DE ROHAN , exécuta des Duo de harpe
& de violon avec M. CAPRON , & deux pièces de
harpe de fa compofition . M. HOSBRUCKER a foutenu
admirablement la réputation qu'il avoit déja
ici du premier talent de l'Europe fur cet inftrument.
Les plus beaux fons , le tact le plus fûr , le
plus adroit , & en même tems le plus moelleux :
tel eft le jeu de cet Artifte étranger : ce qui le diftingue
encore fingulièrement , eft l'art des cadences
que l'on n'avoit point entendu jufques-là fur cet
inftrument dans la même perfection . M. CAPRON
joua un nouveau Concerto de violon de fa compofition
, dans lequel il a fait entrer des airs du
chant le plus agréable & qu'il exécuta avec toutes les
grâces du goût, & tout l'art que pofféde cet habile
lymphonifte. Il dut s'appercevoir par les marques
éclatantes de la fatisfaction des auditeurs , de la
vérité & de l'utilité des avis réitérés que nous
avons donnés aux talens diftingués,fur le genre de
mufique le plus propre à plaire toujours au Public.
Mlle AVENEAUX , chanta Cantate Domino , Motet à
voix feule de feu M. MOURET . On commence à
s'appercevoir fenfiblement des progrès que fait
cette Cantatrice dans l'art du chant, & des avantages
qui en résultent pour faire valoir toutes les beautés
de fon organe. Mlle FEL répéta le Motet de
M. J. J. ROUSSEAU , exécuté dans le précédent
Concert. Celui- ci fut terminé par Benedic anima
mea, nouveau Motet à grand Choeur de M. BUÉE,
Maître de Musique de la Cathédrale de Dijon .
L'étonnement de voir l'Auteur de cet ouvrage ,
qui n'a pas encore vingt ans , auroit fuffi pour lui
I
194 MERCURE DE FRANCE.
procurer beaucoup d'applaudiffemens ; mais après
avoir entendu le Motet , tous les connoilleurs &
les maîtres de l'art font convenus unanimement
qu'il feroit honneur au Compofiteur de la réputation
la plus décidée. De deux grands Choeurs ; le
premier eft marqué au coin du plus beau génie &
de la plus grande expreffion ; le fecond eft d'un
travail muſical , mais fait , ſelon les gens de l'arr,
comme par le Muficien le plas confommé . La diftribution
des récits , le caractère des chants , font
du meilleur goût & du genre le plus vrai. En un
mot , nous ne craignons point , fi ce jeune Compofiteur
continue de travailler fur les mêmes principes
& avec le même génie , de nous glorifier
d'avoir annoncé des premiers à la nation , un
grand homme dans fon art . M. BUÉE fort de la
Maîtrise de la Sainte Chapelle de Paris , & eft
éleve de M. l'Abbé DORIOT , Maître de Mufique
de cette illuftre Collégiale. Rien ne pouvoit faire
plus d'honneur à cette école & à celui qui la dirige
qu'un pareil éleve . Ce jeune Maître va prendre
poffeffion de la Maîtriſe de Dijón , en emportant
les fuffrages & l'admiration du Public de
Paris.
On ne peut refuſer la juftice due aux foins &
aux frais qu'emploient les Directeurs du Concert,
pour varier les plaifir's des auditeurs & pour intéreffer
la curiofité du Public , en recherchant &
en raffemblant non- feulement ce que la France ,
mais ce que l'Europe entière peut fournir de talens
diftingués en divers genres. Les Concerts
d'été , autrefois abandonnés , font devenus beaucoup
plus fréquentés , & ce font ceux-là même
que les curieux qui restent à Paris , doivent fuivre .
le plus affiduement , parce que la faiſon favoriſe
alors les voyages des talens étrangers , & donne,
JUIN 1765 . 195
par-là aux Directeurs les moyens de remplir leurs
vies. Un amateur frappé des rifques confidérables
qu'on hafarde , pour foutenir l'éclat de ce
Concert & fur-tout dans les jours d'été , cherehe
à former une fociété d'abonnemens, dont les fonds
puiffent au moins faire affurance contre la perte
des frais. Il eft facile en jettant un coup d'oeilfur
le compte que l'on rend de chaque Concert , de
connoître par foi - même la fidélité du témoignage
que nous rendons ici à ceux qui dirigent ce fpectacle.
Fermer
Résumé : Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Le 26 mai, un concert a été organisé, débutant par une symphonie de M. Bambini. Le motet 'Confitebor' de M. Blainville a reçu de nombreux applaudissements. M. Hosbrücker, membre de la musique du Prince Louis de Rohan, a joué des duos de harpe et de violon avec M. Capron, ainsi que deux pièces de sa composition. M. Hosbrücker a été particulièrement salué pour son talent exceptionnel sur la harpe, notamment pour ses cadences parfaites. M. Capron a interprété un nouveau concerto de violon, apprécié pour ses airs agréables et son exécution gracieuse. Mlle Aveneaux a chanté 'Cantate Domino', un motet de feu M. Mouret, démontrant des progrès notables dans l'art du chant. Mlle Fel a répété un motet de J.J. Rousseau. Le concert s'est terminé par 'Benedic anima mea', un nouveau motet à grand chœur de M. Buée, maître de musique de la cathédrale de Dijon. Âgé de moins de vingt ans, M. Buée a été acclamé pour son œuvre, jugée digne des plus grands compositeurs. Élève de l'Abbé Doriot, M. Buée est destiné à prendre prochainement la maîtrise de la Sainte-Chapelle de Paris et celle de Dijon. Les directeurs des concerts ont été loués pour leurs efforts visant à varier les plaisirs des auditeurs et à attirer des talents européens. Un amateur a proposé de créer une société d'abonnements pour soutenir financièrement ces concerts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4657
p. 5-6
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
J'AI l'honneur de vous envoyer, Monsieur, [...]
Mots clefs :
Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
' AI l'honneur de vous envoyer , Monfieur,
quelques lettres fort intéreffantes dans leur
genre , & que vous pouvez regarder comme
manufcrites , parce que c'eft le feul exemplaire
qui foit à Paris , & peut-être qui y
fera . Je les crois dignes de la curiofité du
Public , & je ferai toujours charmé de
A iij
MERCURE DE FRANCE.
trouver les occafions de vous donner des
preuves des fentimens avec lefquels , &c.
A Paris , le 26 May 1765.
du Mercure.
' AI l'honneur de vous envoyer , Monfieur,
quelques lettres fort intéreffantes dans leur
genre , & que vous pouvez regarder comme
manufcrites , parce que c'eft le feul exemplaire
qui foit à Paris , & peut-être qui y
fera . Je les crois dignes de la curiofité du
Public , & je ferai toujours charmé de
A iij
MERCURE DE FRANCE.
trouver les occafions de vous donner des
preuves des fentimens avec lefquels , &c.
A Paris , le 26 May 1765.
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4658
p. 6-10
LETTRES de M. le Pasteur VERNES à M. J. J. ROUSSEAU, avec les réponses, 1765.
Début :
AVERTISSEMENT. Il parut, il y a quelque temps une brochure [...]
Mots clefs :
Lettre, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRES de M. le Pasteur VERNES à M. J. J. ROUSSEAU, avec les réponses, 1765.
LETTRES de M. le Pafteur VERrnes à
M. J. J. ROUSSEAU , avec les réponſes
1765.
AVERTISSEMENT.
IL
parut ,
il
y
a quelque
temps
, une
brochure
anonyme
intitulée
, Sentimens
des
Citoyens
. C'eſt
un
libelle
ſcandaleux
,
où
l'on
fait
dire
à M.
J.
J.
Rouffeau
des
abfurdités
qu'il
n'a
jamais
dites
, &
l'on
lui
impute
des
horreurs
dont
je
n'aurois
pas
même
ofé
foupçonner
qu'il
fe
fût
rendu
coupable
. Cette
piéce
infâme
excita
tellement
mon
indignation
, que
je
ne
voulus
pas
en
fouiller
ma
bibliothéque
. On
jugera
par
-là de
ma
furprife
, lorfque
j'appris
que
M.
Rouffeau
me
l'attribuoit
dans
une
lettre
imprimée
&
publiée
à Paris
. Je
lus
cette
lettre
; elle
me
parut
fi mal
écrite
, le
fondement
de
l'accufation
qu'elle
renfermoit
me
fembla
fi
abfurde
, &
j'accordois
fi peu
JUILLET 1765. ཉ
1
l'accufation elle - même avec le caractère
de M. Rouffeau , que je ne doutai point
que ce ne fût quelqu'un , plus encore de
fes ennemis que des miens , qui , fous fon
nom , nous attaquoit l'un & l'autre. Cependant
quelques phrafes des notes dont le
libelle eft accompagné , & les injures par
lefquelles M. Rouffeau a répondu dans fon
dernier ouvrage , à la manière honnête
dont j'avois parlé de lui , me donnant lieu
de croire qu'il pouvoit être l'auteur de
cette lettre , je pris le parti de lui écrire ,
convaincu que fi , dans un de ces inftans
où la paffion maîtrife l'homme le plus fage ,
il s'étoit laiffé aller à une action , dont un
méchant même auroit de la peine à ne pas
rougir , il fe hâteroit de donner une rétractation
auffi publique que l'injure l'avoit
été . Je n'ignorois pas , il eft vrai , qu'il n'eft
que trop de gens qui fe plaifent & ſe forcent
à demeurer en fufpens fur un jugement
téméraire , dont ils s'avouent intérieurement
la fauffeté , & qu'une juſte
rigueur , exercée fur foi-même, eft au- def
fus des âmes ordinaires , qui ne foupçonnent
pas feulement qu'après l'innocence
il n'eft rien de plus beau que l'aveu de fes
fautes ; mais comment fe perfuader que
M. Rouffeau ne fût pas capable d'un effort
au- deffus des petites âmes ? On verra que
A iv
MERCURE DE FRANCE.
je me fuis trompé fur fon compte , & cependant
je me fais gré de mon erreur.
Puifque j'ai parlé dans cet avertiffement
des injures que m'a dit M. Rouffeau dans
fes lettres de la Montagne , je fuis tenté de
rompre le filence que j'avois deffein de
garder fur cet article. Je n'ai pas dû m'offenfer
de ce qu'il m'appelle un barbouilleur
de papier ; il faut que , felon lui , cette
épithète foit honorable , puiſqu'il ſe l'eft
donnée à lui- même. « On ne vit de la vie
» un pauvre barbouilleur de papier devenir
» pour fon malheur un homme auffi impor-
» tant " . ( 1 ) Quand il m'a accufé d'avoir
abjuré mon chriftianifme en attaquant le
fien , ( 2 ) je me fuis rappellé que lorsqu'il
avoit parlé plus férieufement & avec plus
de fang-froid , il avoit dit : « Ceux quijugentpubliquement
mon chriftianifme, mon-
» trent feulement l'efpéce du leur ; & la
»feule chofe qu'ils ontprouvée, eft qu'eux &
» moi n'avons pas la même religion ( 3 ) ».
Il y auroit eu de l'injuftice à le prendre
dans fes plus grands accès d'humeur pour
connoître la vraie manière de penfer. Il
nous a lui-même averti que « l'homme le
( 1 ) Lettres de la Montagne , page 290 , édit,
d'Amft. in- 8°.
( 2 ) Ibid. page 82.
( 3 ) Ibid. pag. 25.
JUILLET 1765. 9
و ر »plusjufte,quandileftulcéré,voitrare-
» ment les chofes comme elles font. ( 4 ) ».
Enfin , lorfqu'il m'a traité de calomniateur
public ( 5 ) , j'aurois été vivement
affecté de cette injure , fi je n'avois pas
vu clairement qu'il falloit la mettre fur le
compte de fa mémoire , qui ne lui a pas
rappellé ces mots du troifiéme tome d'Emile
, page 116 ( 6 ) , « je m'attendris aux
» bienfaits de Dien , je le bénis de fes
dons , mais je ne le prie pas ; que lui
demanderois- je ? &c. » ? Ce qui prouve
que fa mémoire le fert très - mal , c'eſt
qu'en faifant la note , où il m'accufe de
l'avoir calomnié , il ne s'eſt pas fouvenu
que ce qu'il difoit dans le texte même
donneroit lieu à lui faire le reproche dont
ور
(4 ) Lettres de la Montagne , pag. 3 .
( 5 ) Ibid , pag. 171 la note.
( 6 ) Edit. d'Amft. in - 12 . J'avois cité ce paffage
mot pour mot dans mes lettres fur le chrif
tianifme de M. Rouſſeau , édit . de Genève , p . 81 ,
& je prie que l'on fafle attention que tout ce que
j'ai dit a ce fujet porte uniquement fur la partie
i de la prière , qui a pour objet les demandes que
l'on doit faire à Dieu . Je n'ai rien reproché à
M. Rouffeau fur les autres actes de la prière , tels
que l'adoration , l'action de graces , la réfignation
à la volonté de Dieu , &c . Ne ferois - ce point , au
moyen de cette équivoque , qu'il fe feroit cru en
droit de crier à la calomnie ?
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
2)
ور
il paroît fcandalifé , s'il ne lui avoit pas
encore été fait. En général fur toutes ces
injures je m'en fuis tenu à cette décifion
de M. Rouffeau lui - même. « Monfeigneur ,
je me plains que vous m'accabliez d'injures
, qui , fans nuire à ma caufe , atta-
» quent mon honneur , ou plutôt le vôtre ;
» c'est ainsi qu'on fe tire d'affaire , quand
» on veut quereller & qu'on a tort » ( 7)
Et dans l'avertiffement de fes lettres de
la Montagne , « M'échauffer eût été m'a-
» vilir ( 8 ) »
M. J. J. ROUSSEAU , avec les réponſes
1765.
AVERTISSEMENT.
IL
parut ,
il
y
a quelque
temps
, une
brochure
anonyme
intitulée
, Sentimens
des
Citoyens
. C'eſt
un
libelle
ſcandaleux
,
où
l'on
fait
dire
à M.
J.
J.
Rouffeau
des
abfurdités
qu'il
n'a
jamais
dites
, &
l'on
lui
impute
des
horreurs
dont
je
n'aurois
pas
même
ofé
foupçonner
qu'il
fe
fût
rendu
coupable
. Cette
piéce
infâme
excita
tellement
mon
indignation
, que
je
ne
voulus
pas
en
fouiller
ma
bibliothéque
. On
jugera
par
-là de
ma
furprife
, lorfque
j'appris
que
M.
Rouffeau
me
l'attribuoit
dans
une
lettre
imprimée
&
publiée
à Paris
. Je
lus
cette
lettre
; elle
me
parut
fi mal
écrite
, le
fondement
de
l'accufation
qu'elle
renfermoit
me
fembla
fi
abfurde
, &
j'accordois
fi peu
JUILLET 1765. ཉ
1
l'accufation elle - même avec le caractère
de M. Rouffeau , que je ne doutai point
que ce ne fût quelqu'un , plus encore de
fes ennemis que des miens , qui , fous fon
nom , nous attaquoit l'un & l'autre. Cependant
quelques phrafes des notes dont le
libelle eft accompagné , & les injures par
lefquelles M. Rouffeau a répondu dans fon
dernier ouvrage , à la manière honnête
dont j'avois parlé de lui , me donnant lieu
de croire qu'il pouvoit être l'auteur de
cette lettre , je pris le parti de lui écrire ,
convaincu que fi , dans un de ces inftans
où la paffion maîtrife l'homme le plus fage ,
il s'étoit laiffé aller à une action , dont un
méchant même auroit de la peine à ne pas
rougir , il fe hâteroit de donner une rétractation
auffi publique que l'injure l'avoit
été . Je n'ignorois pas , il eft vrai , qu'il n'eft
que trop de gens qui fe plaifent & ſe forcent
à demeurer en fufpens fur un jugement
téméraire , dont ils s'avouent intérieurement
la fauffeté , & qu'une juſte
rigueur , exercée fur foi-même, eft au- def
fus des âmes ordinaires , qui ne foupçonnent
pas feulement qu'après l'innocence
il n'eft rien de plus beau que l'aveu de fes
fautes ; mais comment fe perfuader que
M. Rouffeau ne fût pas capable d'un effort
au- deffus des petites âmes ? On verra que
A iv
MERCURE DE FRANCE.
je me fuis trompé fur fon compte , & cependant
je me fais gré de mon erreur.
Puifque j'ai parlé dans cet avertiffement
des injures que m'a dit M. Rouffeau dans
fes lettres de la Montagne , je fuis tenté de
rompre le filence que j'avois deffein de
garder fur cet article. Je n'ai pas dû m'offenfer
de ce qu'il m'appelle un barbouilleur
de papier ; il faut que , felon lui , cette
épithète foit honorable , puiſqu'il ſe l'eft
donnée à lui- même. « On ne vit de la vie
» un pauvre barbouilleur de papier devenir
» pour fon malheur un homme auffi impor-
» tant " . ( 1 ) Quand il m'a accufé d'avoir
abjuré mon chriftianifme en attaquant le
fien , ( 2 ) je me fuis rappellé que lorsqu'il
avoit parlé plus férieufement & avec plus
de fang-froid , il avoit dit : « Ceux quijugentpubliquement
mon chriftianifme, mon-
» trent feulement l'efpéce du leur ; & la
»feule chofe qu'ils ontprouvée, eft qu'eux &
» moi n'avons pas la même religion ( 3 ) ».
Il y auroit eu de l'injuftice à le prendre
dans fes plus grands accès d'humeur pour
connoître la vraie manière de penfer. Il
nous a lui-même averti que « l'homme le
( 1 ) Lettres de la Montagne , page 290 , édit,
d'Amft. in- 8°.
( 2 ) Ibid. page 82.
( 3 ) Ibid. pag. 25.
JUILLET 1765. 9
و ر »plusjufte,quandileftulcéré,voitrare-
» ment les chofes comme elles font. ( 4 ) ».
Enfin , lorfqu'il m'a traité de calomniateur
public ( 5 ) , j'aurois été vivement
affecté de cette injure , fi je n'avois pas
vu clairement qu'il falloit la mettre fur le
compte de fa mémoire , qui ne lui a pas
rappellé ces mots du troifiéme tome d'Emile
, page 116 ( 6 ) , « je m'attendris aux
» bienfaits de Dien , je le bénis de fes
dons , mais je ne le prie pas ; que lui
demanderois- je ? &c. » ? Ce qui prouve
que fa mémoire le fert très - mal , c'eſt
qu'en faifant la note , où il m'accufe de
l'avoir calomnié , il ne s'eſt pas fouvenu
que ce qu'il difoit dans le texte même
donneroit lieu à lui faire le reproche dont
ور
(4 ) Lettres de la Montagne , pag. 3 .
( 5 ) Ibid , pag. 171 la note.
( 6 ) Edit. d'Amft. in - 12 . J'avois cité ce paffage
mot pour mot dans mes lettres fur le chrif
tianifme de M. Rouſſeau , édit . de Genève , p . 81 ,
& je prie que l'on fafle attention que tout ce que
j'ai dit a ce fujet porte uniquement fur la partie
i de la prière , qui a pour objet les demandes que
l'on doit faire à Dieu . Je n'ai rien reproché à
M. Rouffeau fur les autres actes de la prière , tels
que l'adoration , l'action de graces , la réfignation
à la volonté de Dieu , &c . Ne ferois - ce point , au
moyen de cette équivoque , qu'il fe feroit cru en
droit de crier à la calomnie ?
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
2)
ور
il paroît fcandalifé , s'il ne lui avoit pas
encore été fait. En général fur toutes ces
injures je m'en fuis tenu à cette décifion
de M. Rouffeau lui - même. « Monfeigneur ,
je me plains que vous m'accabliez d'injures
, qui , fans nuire à ma caufe , atta-
» quent mon honneur , ou plutôt le vôtre ;
» c'est ainsi qu'on fe tire d'affaire , quand
» on veut quereller & qu'on a tort » ( 7)
Et dans l'avertiffement de fes lettres de
la Montagne , « M'échauffer eût été m'a-
» vilir ( 8 ) »
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4659
p. 10-11
LETTRE de J. J. ROUSSEAU au Libraire DUCHESNE à Paris. A Motiers, le 6 Janvier 1765.
Début :
Je vous envoie, Monsieur, une piéce imprimée & publiée à Genève, & que je [...]
Mots clefs :
Public, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de J. J. ROUSSEAU au Libraire DUCHESNE à Paris. A Motiers, le 6 Janvier 1765.
LETTRE de J. J. ROUSSEAU au Libraire
DUCHESNE à Paris.
A Motiers , le 6 Janvier 1769%
JE vous envoie , Monſieur , une piéce
imprimée & publiée à Genève , & que je
vous prie d'imprimer & publier à Paris ,
pour mettre le Public en état d'entendre
les deux Parties , en attendant les autres
réponfes plus foudroyantes qu'on prépare
à Genève contre moi. Celle - ci eft de
M. Verues, Miniftre du faint Evangile &
(7 ) Rép. à M. l'Arch. p. 94
( 8 ) Avera, des teu , de la Mont. p. 3-
JUILLET 1765 If
pafteur à Céligny : je l'ai reconnu d'abord
à fon ftyle paftoral. Si toutefois je me
trompe , il ne faut qu'attendre pour s'en
éclaircir ; car s'il en eft l'auteur , il ne
manquera pas de la reconnoître hautement,
felon le devoir d'un homme d'honneur &
d'un bon chrétien ; s'il ne l'eft pas , il la
défavouera de même , & le Public faura
bientôt à quoi s'en tenir.
Je vous connois trop , Monfieur
, pour
croire que vous vouluffiez imprimer une
piéce pareille , fi elle vous venoit d'une
autre main ; mais puifque c'eft moi qui
vous en prie , vous ne devez vous en faireaucun
fcrupule. Je vous falue de tout mon
coeur.
ROUSSEAU .
DUCHESNE à Paris.
A Motiers , le 6 Janvier 1769%
JE vous envoie , Monſieur , une piéce
imprimée & publiée à Genève , & que je
vous prie d'imprimer & publier à Paris ,
pour mettre le Public en état d'entendre
les deux Parties , en attendant les autres
réponfes plus foudroyantes qu'on prépare
à Genève contre moi. Celle - ci eft de
M. Verues, Miniftre du faint Evangile &
(7 ) Rép. à M. l'Arch. p. 94
( 8 ) Avera, des teu , de la Mont. p. 3-
JUILLET 1765 If
pafteur à Céligny : je l'ai reconnu d'abord
à fon ftyle paftoral. Si toutefois je me
trompe , il ne faut qu'attendre pour s'en
éclaircir ; car s'il en eft l'auteur , il ne
manquera pas de la reconnoître hautement,
felon le devoir d'un homme d'honneur &
d'un bon chrétien ; s'il ne l'eft pas , il la
défavouera de même , & le Public faura
bientôt à quoi s'en tenir.
Je vous connois trop , Monfieur
, pour
croire que vous vouluffiez imprimer une
piéce pareille , fi elle vous venoit d'une
autre main ; mais puifque c'eft moi qui
vous en prie , vous ne devez vous en faireaucun
fcrupule. Je vous falue de tout mon
coeur.
ROUSSEAU .
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4660
p. 11-13
PREMIERE lettre de M. le Pasteur VERNES à M. J. J. ROUSSEAU.
Début :
MONSIEUR, On a imprimé une lettre signée Rousseau, dans laquelle [...]
Mots clefs :
Lettre, Brochure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE lettre de M. le Pasteur VERNES à M. J. J. ROUSSEAU.
PREMIERE lettre de M. le Pafteur VER
NES à M. J. J. ROUSSEAU.
MONSIE ONSIEUR ,
On a imprimé une lettre fignée Rouf
feau , dans laquelle on me fomme en
quelque manière , de dire publiquement
A vi
32 MERCURE DE FRANCE.
fi je fuis l'auteur d'une brochure intitulée ,
Sentimens des Citoyens : quoique je doute
fort que cette lettre foit de vous , Monfieur
, je fuis cependant tellement indigné
du foupçon même qu'il paroît qu'ont quelques
perfonnes , relativement au libelle
dont il y eft queftion , que j'ai cru devoir
vous déclarer que non- feulement je n'ai
aucune part à cette infame brochure , mais
que j'ai par tout témoigné l'horreur qu'elle
ne peut qu'infpirer à tout honnête homme.
Quoique vous m'ayez dit des injures dans
vos lettres écrites de la Montagne parce que
je vous ai dit fans aigreur & fans fiel. que
je ne pense pas comme vous fur le chriftianifme
, je me garderai bien de m'avilir
réellement par une vengeance auffi baſſe
qué celle dont des gens , qui ne me connoiffent
pas fans doute , ont pu me croire
capable. J'ai fatisfait à ma confcience en
foutenant la caufe de l'évangile , qui m'a
paru attaqué dans quelques - uns de vos
ouvrages ; j'attendois une réponſe qui fût
digne de vous , & je me fuis contenté de
dire , en vous lifant , je ne reconnois pas- là
M. Rouffeau. Voilà , Monfieur , ce que
j'ai cru devoir vous déclarer ; & pour vous
épargner dans la fuite de nouvelles lettres
de ma part , s'il paroît quelque ouvrage
JUILLET 1765. 13
anonyme où il y ait de l'humeur , de la
bile , de la méchanceté , je vous préviens
pas là mon cachet.
que ce n'eft
J'ai l'honneur d'être ,
MONSIEUR ,
Votre très-humble & très-obéiffant
ferviteur , J. VERNES.
Genève , le 2 de Février 1765 .
NES à M. J. J. ROUSSEAU.
MONSIE ONSIEUR ,
On a imprimé une lettre fignée Rouf
feau , dans laquelle on me fomme en
quelque manière , de dire publiquement
A vi
32 MERCURE DE FRANCE.
fi je fuis l'auteur d'une brochure intitulée ,
Sentimens des Citoyens : quoique je doute
fort que cette lettre foit de vous , Monfieur
, je fuis cependant tellement indigné
du foupçon même qu'il paroît qu'ont quelques
perfonnes , relativement au libelle
dont il y eft queftion , que j'ai cru devoir
vous déclarer que non- feulement je n'ai
aucune part à cette infame brochure , mais
que j'ai par tout témoigné l'horreur qu'elle
ne peut qu'infpirer à tout honnête homme.
Quoique vous m'ayez dit des injures dans
vos lettres écrites de la Montagne parce que
je vous ai dit fans aigreur & fans fiel. que
je ne pense pas comme vous fur le chriftianifme
, je me garderai bien de m'avilir
réellement par une vengeance auffi baſſe
qué celle dont des gens , qui ne me connoiffent
pas fans doute , ont pu me croire
capable. J'ai fatisfait à ma confcience en
foutenant la caufe de l'évangile , qui m'a
paru attaqué dans quelques - uns de vos
ouvrages ; j'attendois une réponſe qui fût
digne de vous , & je me fuis contenté de
dire , en vous lifant , je ne reconnois pas- là
M. Rouffeau. Voilà , Monfieur , ce que
j'ai cru devoir vous déclarer ; & pour vous
épargner dans la fuite de nouvelles lettres
de ma part , s'il paroît quelque ouvrage
JUILLET 1765. 13
anonyme où il y ait de l'humeur , de la
bile , de la méchanceté , je vous préviens
pas là mon cachet.
que ce n'eft
J'ai l'honneur d'être ,
MONSIEUR ,
Votre très-humble & très-obéiffant
ferviteur , J. VERNES.
Genève , le 2 de Février 1765 .
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4661
p. 13
RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU.
Début :
J'AI reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2 de [...]
Mots clefs :
Pièce, Lettre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU.
RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU .
J'AI ' A 1 reçu , Monfieur , la lettre que vous
m'avez fait l'honneur
de m'écrire le 2 de
ce mois , & par laquelle vous défavouez
la piéce intitulée
Sentimens des Citoyens.
J'ai écrit à Paris pour que l'on y fupprimât
l'édition que j'y ai fait faire de cette pièce.
Si je puis contribuer
en quelqu'autre
manière
à conftater votre défaveu , vous n'avez
qu'à ordonner. Je vous falue , Monfieur
, très-humblement
.
J. J. ROUSSEAU.
A Motiers , le 4 Février 1765.
J'AI ' A 1 reçu , Monfieur , la lettre que vous
m'avez fait l'honneur
de m'écrire le 2 de
ce mois , & par laquelle vous défavouez
la piéce intitulée
Sentimens des Citoyens.
J'ai écrit à Paris pour que l'on y fupprimât
l'édition que j'y ai fait faire de cette pièce.
Si je puis contribuer
en quelqu'autre
manière
à conftater votre défaveu , vous n'avez
qu'à ordonner. Je vous falue , Monfieur
, très-humblement
.
J. J. ROUSSEAU.
A Motiers , le 4 Février 1765.
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4662
p. 14-15
SECONDE lettre de M. le Pasteur VERNES.
Début :
J'AVOUE, Monsieur, que je ne reviens point de ma surprise. Quoi ! vous êtes [...]
Mots clefs :
Lettre, Désaveu, Honneur, Estime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE lettre de M. le Pasteur VERNES.
SECONDE lettre de M. le Paſteur
VERNES.
J'AVOUE , Monfieur , que je ne reviens
point de ma furprife. Quoi vous êtes
réellement l'auteur de la lettre qui précéde
le libelle , & des notes qui l'accompagnent
? Quoi ! c'eft vous de qui j'ai été
particuliérement connu , & qui m'alfurâtes
fi fouvent de toute votre eftime , c'eſt vous
qui non - feulement m'avez foupçonné
capable de l'action la plus baffe , mais qui
avez fait imprimer cet odieux foupçon !
C'est vous qui n'avez point craint de me
diffamer dans les pays étrangers , & , s'il
eût été poffible , aux yeux de mes concitoyens
, dont vous favez combien l'eftime
doit m'être précieufe ! Et vous me dites ,
après cela , avec la froideur d'un homme
qui auroit fait l'action la plus indifférente ,
j'ai écrit à Paris pour que l'on yfupprimât
l'édition que j'y ai fait faire de cette pièce.
Si je puis contribuer en quelque autre manière
à conftater votre défaveu , vous n'avez
qu'à ordonner. Vous parlez fans doute ,
Monfieur , d'une feconde édition , car la
première eft épuifée . Et par rapport au
JUILLET 1765.
défaveu , ce n'eſt pas le mien qu'il s'agit
de conftater ; je l'ai rendu public , comme
vous m'y invitiez dans votre lettre au Libraire
de Paris : j'ai fait imprimer celle
que j'ai eu l'honneur de vous écrire. Mon
devoir eft rempli ; c'eſt à vous maintenant
à voir quel eft le vôtre : vous devriez regarder
comme une injure fi je vous indiquois
ce qu'en pareil cas feroit un honnête
homme. Je n'exige rien de vous , Monfieur
,fi vous n'en exigez rien vous-même.
J'ai l'honneur d'être , & c,
Genève , le 8 de Février 176 5.
VERNES.
J'AVOUE , Monfieur , que je ne reviens
point de ma furprife. Quoi vous êtes
réellement l'auteur de la lettre qui précéde
le libelle , & des notes qui l'accompagnent
? Quoi ! c'eft vous de qui j'ai été
particuliérement connu , & qui m'alfurâtes
fi fouvent de toute votre eftime , c'eſt vous
qui non - feulement m'avez foupçonné
capable de l'action la plus baffe , mais qui
avez fait imprimer cet odieux foupçon !
C'est vous qui n'avez point craint de me
diffamer dans les pays étrangers , & , s'il
eût été poffible , aux yeux de mes concitoyens
, dont vous favez combien l'eftime
doit m'être précieufe ! Et vous me dites ,
après cela , avec la froideur d'un homme
qui auroit fait l'action la plus indifférente ,
j'ai écrit à Paris pour que l'on yfupprimât
l'édition que j'y ai fait faire de cette pièce.
Si je puis contribuer en quelque autre manière
à conftater votre défaveu , vous n'avez
qu'à ordonner. Vous parlez fans doute ,
Monfieur , d'une feconde édition , car la
première eft épuifée . Et par rapport au
JUILLET 1765.
défaveu , ce n'eſt pas le mien qu'il s'agit
de conftater ; je l'ai rendu public , comme
vous m'y invitiez dans votre lettre au Libraire
de Paris : j'ai fait imprimer celle
que j'ai eu l'honneur de vous écrire. Mon
devoir eft rempli ; c'eſt à vous maintenant
à voir quel eft le vôtre : vous devriez regarder
comme une injure fi je vous indiquois
ce qu'en pareil cas feroit un honnête
homme. Je n'exige rien de vous , Monfieur
,fi vous n'en exigez rien vous-même.
J'ai l'honneur d'être , & c,
Genève , le 8 de Février 176 5.
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4663
p. 15
RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU.
Début :
De peur, Monsieur, qu'une vaine attente ne vous tienne en suspens, je vous [...]
Mots clefs :
Correspondance, Déclaration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU.
REPONSE de M. J. J. ROUSSEAU.
DE peur , Monfieur , qu'une vaine
attente ne vous tienne en fufpens , je vous
préviens que je ne ferai point la déclaration
que vous paroiffez efpérer ou defirer
de moi. Je n'ai pas befoin de vous dire la
raifon qui m'en empêche : perfonne au
monde ne le fait mieux que vous.
Comme nous ne devons plus rien avoir
à nous dire , vous permettrez que notre
correfpondance finiffe ici . Je vous falue,
Monfieur , très -humblement.
A Motiers ,le 15 Février 1765o
DE peur , Monfieur , qu'une vaine
attente ne vous tienne en fufpens , je vous
préviens que je ne ferai point la déclaration
que vous paroiffez efpérer ou defirer
de moi. Je n'ai pas befoin de vous dire la
raifon qui m'en empêche : perfonne au
monde ne le fait mieux que vous.
Comme nous ne devons plus rien avoir
à nous dire , vous permettrez que notre
correfpondance finiffe ici . Je vous falue,
Monfieur , très -humblement.
A Motiers ,le 15 Février 1765o
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4664
p. 16-17
TROISIEME lettre de M. le Pasteur VERNES.
Début :
Je terminerois volontiers une correspondance qui n'est pas plus de mon goût que [...]
Mots clefs :
Honneur, Correspondance, Tour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIEME lettre de M. le Pasteur VERNES.
TROISIEME lettre de M. le Pafteur
VERNES.
JE terminerois volontiers une correfpondance
qui n'eft pas plus de mon goût que
du vôtre, fi vous ne m'aviez pas mis dans
l'impoffibilité de garder le filence. Le tour
que vous avez pris pour ne pas donner
une déclaration qui me paroiffoit un fimple
acte de juftice la plus étroite , & que
par- là même je ne croyois pas devoir exiger
de vous ; ce tour , dis -je , eft fans doute
fufceptible d'un grand nombre d'explications
: mais il en eft une qui touche trop
à mon honneur pour que je ne doive pas
vous demander de me déclarer pofitivement
fi vous foupçonneriez encore que je
fois l'auteur du libelle , malgré le défaveu
formel que je vous en ai fait publiquement
? Je n'ofe me livrer à cette interprétation
, qui vous feroit plus injurieu fe
qu'à moi ; mais il fuffit qu'elle foit poffible
pour que je ne doute pas de votre empreffement
à me dire fi je dois l'éloigner
abfolument de votre penfée . C'eft- là tout
ce que je vous demande , Monfieur ; ce
fera enfuite à vous à juger s'il vous conJUILLET
1765 . 17
vient de laiffer à la phrafe dont vous vous
êtes fervi , une apparence de faux-fuyant ,
ou de marquer nettement dans quel fens
elle doit être entendue. Ce qu'il y a de
certain , c'eft que je ne crains point de
vous voir fortir du nuage où vous ſemblez
vous cacher.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Genève , le zo de Février 1765.
VERNES.
JE terminerois volontiers une correfpondance
qui n'eft pas plus de mon goût que
du vôtre, fi vous ne m'aviez pas mis dans
l'impoffibilité de garder le filence. Le tour
que vous avez pris pour ne pas donner
une déclaration qui me paroiffoit un fimple
acte de juftice la plus étroite , & que
par- là même je ne croyois pas devoir exiger
de vous ; ce tour , dis -je , eft fans doute
fufceptible d'un grand nombre d'explications
: mais il en eft une qui touche trop
à mon honneur pour que je ne doive pas
vous demander de me déclarer pofitivement
fi vous foupçonneriez encore que je
fois l'auteur du libelle , malgré le défaveu
formel que je vous en ai fait publiquement
? Je n'ofe me livrer à cette interprétation
, qui vous feroit plus injurieu fe
qu'à moi ; mais il fuffit qu'elle foit poffible
pour que je ne doute pas de votre empreffement
à me dire fi je dois l'éloigner
abfolument de votre penfée . C'eft- là tout
ce que je vous demande , Monfieur ; ce
fera enfuite à vous à juger s'il vous conJUILLET
1765 . 17
vient de laiffer à la phrafe dont vous vous
êtes fervi , une apparence de faux-fuyant ,
ou de marquer nettement dans quel fens
elle doit être entendue. Ce qu'il y a de
certain , c'eft que je ne crains point de
vous voir fortir du nuage où vous ſemblez
vous cacher.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Genève , le zo de Février 1765.
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4665
p. 17
RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU.
Début :
La phrase dont vous me demandez l'explication, Monsieur, ne me paroît pas [...]
Mots clefs :
Mensonge, Déclaration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU.
RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU .
LAphrafe dont vous me demandez l'explication
, Monfieur , ne me paroît pas
avoir deux fens. J'ai voulu dire , le plus
clairement & le moins durement qu'il eft
poffible , que , nonobftant un défaveu auquel
je m'étois attendu , je ne pouvois
attribuer qu'à vous feul l'écrit défavoué ,
ni par conféquent faire une déclaration
qui , de ma part , feroit un menfonge. Si
celle- ci n'eft pas claire , ce n'eft affûrément
pas ma faute , & je ferois fort embarraffé
de m'expliquer plus pofitivement. Recevez
, Monfieur , je vous fupplie , mes trèshumbles
falutations.
J. J. ROUSSEAU.
A Motiers , le 24 Février 1765.
LAphrafe dont vous me demandez l'explication
, Monfieur , ne me paroît pas
avoir deux fens. J'ai voulu dire , le plus
clairement & le moins durement qu'il eft
poffible , que , nonobftant un défaveu auquel
je m'étois attendu , je ne pouvois
attribuer qu'à vous feul l'écrit défavoué ,
ni par conféquent faire une déclaration
qui , de ma part , feroit un menfonge. Si
celle- ci n'eft pas claire , ce n'eft affûrément
pas ma faute , & je ferois fort embarraffé
de m'expliquer plus pofitivement. Recevez
, Monfieur , je vous fupplie , mes trèshumbles
falutations.
J. J. ROUSSEAU.
A Motiers , le 24 Février 1765.
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4666
p. 18-21
QUATRIEME lettre de M. le Pasteur VERNES.
Début :
MONSIEUR, La lumière n'est assûrément pas plus claire que [...]
Mots clefs :
Lettre, Raison, Rousseau, Libraire de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRIEME lettre de M. le Pasteur VERNES.
QUATRIEME lettre de M. le Pafteur
VERNES.
ONSIEUR ,
La lumière n'eft affûrément pas plus
claire que l'explication que vous me donnez.
Si c'eſt par ménagement que vous
aviez employé la phrafe équivoque de votre
précédente lettre , c'eft par la même raifon
que j'avois écarté le fens dans lequel vous
me déclarez qu'elle doit être prife. Il reſte
à préfent d'autres ténèbres que vous pouvez
feul diffiper. Si , comme il paroît par
votre dernière lettre , vous étiez fermement
réfolu de me croire l'auteur du libelle ; fi
Vous entreteniez au dedans de vous cette
perfuafion avec une forte de complaifance ,
pourquoi m'aviez- vous invité vous- même
à reconnoître hautement cette pièce ou à
la défavouer ? Pourquoi aviez-vous laiffe
croire qu'il étoit poffible que vous fuffiez
dans l'erreur à cet égard ? Pourquoi aviezvous
dit ,fije me trompe , il ne faut qu'attendrepours'en
éclaircir ? Pourquoi aviez- vous
ajouté que lorfque j'aurois parlé , le Public
fauroit à quoi s'entenir ? Tout cela n'étoit- it
JUILLET 1765. 19
qu'un jeu de votre part ? ou bien auriezvous
été capable de former le noir projet
d'ajouter une nouvelle injure à celle que
vous n'aviez pas craint de me faire par
une odieufe imputation ? C'eft à regret ,
Monfieur , que je me livre à une conjecture
qui vous deshonoreroit fi elle étoir
fondée ; je ne me réfoudrai jamais à penfer
mal de vous qu'autant que vous m'y forcerez
vous-même . Ce n'eft pas tout. Si mon
défaveu n'a fait fur vous aucune impreffion
, pourquoi donc avez- vous ordonné
au Libraire de Paris de fupprimer votre
édition du libelle ? Pourquoi , comme je
l'ai fça de bonne part , avez vous écrit à
un homme d'un rang diftingué , qu'ayant
été mieux inftruit , vous ne m'attribuiezplus
cette piéce ? Je vous le demande ; eft- il
poffible de vous trouver en cela d'accord
avec vous-même ? Si de nouvelles raifons ,
plus décifives que celle que vous avoit fournie
mon prétendu fty le paftoral , qui eft la
feule que vous ayez alléguée , & dont le
ridicule vous auroit frappé fans fon air de
farcafme qui a pu vous féduire ; fi , dis-je ,
de nouvelles raifons ont arrêté ces premiers
mouvemens de juftice , que la droiture
naturelle de votre coeur avoit fait naître
pourquoi ne m'expofez - vous pas ces raifons
avec cette franchiſe & cette candeur
20
MERCURE
DE FRANCE
.
qu'annonce en vous votre belle déviſe ,
vitam impendere vero ? Ce filence ne donnera-
t-il point lieu de croire qu'il eft des
cas où vous aimez à mettre un bandeau
fur vos yeux ; où la découverte de la vérité
coûteroit trop à certain fentiment , fouvent
plus fort
que l'amour que l'on l'on a pour elle ?
Voyez donc , Monfieur , quel eft le parti
qu'il vous convient de prendre. Pour moi ,
loin de redouter l'expofition des motifs qui
vous empêchent de vous rendre à mon
défaveu ,je fuis très - curieux de les apprendre
, ne pouvant pas en imaginer un feul.
Je vous demande de vous expliquer à cet
égard avec toute la clarté poffible & fans
aucun ménagement , tant je fuis convaincu
que vous ne ferez par- là que confirmer le
jugement de toutes les perfonnes dont je
fuis connu , qui dirent , en lifant ma première
lettre , que j'aurois dû me taire fur
une imputation qui tomboit d'elle -même &
ne pouvoit faire tort qu'à fon auteur . Je
reçois bien volontiers , Monfieur , vos
falutations , & je vous prie d'agréer les
miennes.
Céligny , le premier de Mars 176 5.
N.B. M. Rouffeau n'a pas cru fans doute
qu'il lui convît de répondre à cette
dernière lettre , il n'eft pas difficile
JUILLET 1765. 21
d'en imaginer la raifon . Je ne caractériſe
point fon procédé à mon égard , mais
qu'il me foit permis d'ajouter un mot.
Lorfque M. Rouffeau , dans une lettre qui
parut il y a quelques jours , a défavoué
l'ouvrage intitulé des Princes , a- t- il penſé
avoir acquis le droit d'être cru fur fa parole
, en refufant aux autres la juftice qu'il
demande pour lui-même ?
VERNES.
ONSIEUR ,
La lumière n'eft affûrément pas plus
claire que l'explication que vous me donnez.
Si c'eſt par ménagement que vous
aviez employé la phrafe équivoque de votre
précédente lettre , c'eft par la même raifon
que j'avois écarté le fens dans lequel vous
me déclarez qu'elle doit être prife. Il reſte
à préfent d'autres ténèbres que vous pouvez
feul diffiper. Si , comme il paroît par
votre dernière lettre , vous étiez fermement
réfolu de me croire l'auteur du libelle ; fi
Vous entreteniez au dedans de vous cette
perfuafion avec une forte de complaifance ,
pourquoi m'aviez- vous invité vous- même
à reconnoître hautement cette pièce ou à
la défavouer ? Pourquoi aviez-vous laiffe
croire qu'il étoit poffible que vous fuffiez
dans l'erreur à cet égard ? Pourquoi aviezvous
dit ,fije me trompe , il ne faut qu'attendrepours'en
éclaircir ? Pourquoi aviez- vous
ajouté que lorfque j'aurois parlé , le Public
fauroit à quoi s'entenir ? Tout cela n'étoit- it
JUILLET 1765. 19
qu'un jeu de votre part ? ou bien auriezvous
été capable de former le noir projet
d'ajouter une nouvelle injure à celle que
vous n'aviez pas craint de me faire par
une odieufe imputation ? C'eft à regret ,
Monfieur , que je me livre à une conjecture
qui vous deshonoreroit fi elle étoir
fondée ; je ne me réfoudrai jamais à penfer
mal de vous qu'autant que vous m'y forcerez
vous-même . Ce n'eft pas tout. Si mon
défaveu n'a fait fur vous aucune impreffion
, pourquoi donc avez- vous ordonné
au Libraire de Paris de fupprimer votre
édition du libelle ? Pourquoi , comme je
l'ai fça de bonne part , avez vous écrit à
un homme d'un rang diftingué , qu'ayant
été mieux inftruit , vous ne m'attribuiezplus
cette piéce ? Je vous le demande ; eft- il
poffible de vous trouver en cela d'accord
avec vous-même ? Si de nouvelles raifons ,
plus décifives que celle que vous avoit fournie
mon prétendu fty le paftoral , qui eft la
feule que vous ayez alléguée , & dont le
ridicule vous auroit frappé fans fon air de
farcafme qui a pu vous féduire ; fi , dis-je ,
de nouvelles raifons ont arrêté ces premiers
mouvemens de juftice , que la droiture
naturelle de votre coeur avoit fait naître
pourquoi ne m'expofez - vous pas ces raifons
avec cette franchiſe & cette candeur
20
MERCURE
DE FRANCE
.
qu'annonce en vous votre belle déviſe ,
vitam impendere vero ? Ce filence ne donnera-
t-il point lieu de croire qu'il eft des
cas où vous aimez à mettre un bandeau
fur vos yeux ; où la découverte de la vérité
coûteroit trop à certain fentiment , fouvent
plus fort
que l'amour que l'on l'on a pour elle ?
Voyez donc , Monfieur , quel eft le parti
qu'il vous convient de prendre. Pour moi ,
loin de redouter l'expofition des motifs qui
vous empêchent de vous rendre à mon
défaveu ,je fuis très - curieux de les apprendre
, ne pouvant pas en imaginer un feul.
Je vous demande de vous expliquer à cet
égard avec toute la clarté poffible & fans
aucun ménagement , tant je fuis convaincu
que vous ne ferez par- là que confirmer le
jugement de toutes les perfonnes dont je
fuis connu , qui dirent , en lifant ma première
lettre , que j'aurois dû me taire fur
une imputation qui tomboit d'elle -même &
ne pouvoit faire tort qu'à fon auteur . Je
reçois bien volontiers , Monfieur , vos
falutations , & je vous prie d'agréer les
miennes.
Céligny , le premier de Mars 176 5.
N.B. M. Rouffeau n'a pas cru fans doute
qu'il lui convît de répondre à cette
dernière lettre , il n'eft pas difficile
JUILLET 1765. 21
d'en imaginer la raifon . Je ne caractériſe
point fon procédé à mon égard , mais
qu'il me foit permis d'ajouter un mot.
Lorfque M. Rouffeau , dans une lettre qui
parut il y a quelques jours , a défavoué
l'ouvrage intitulé des Princes , a- t- il penſé
avoir acquis le droit d'être cru fur fa parole
, en refufant aux autres la juftice qu'il
demande pour lui-même ?
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4667
p. 165-171
OPERA.
Début :
L'ACADEMIE royale de Musique donna sur son théâtre le 13 Août, la première [...]
Mots clefs :
Musique, Ballet, Théâtre, Prologue, Intermède, Public, Dieu, Voix, Entrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADEM
'ACADEMIE royale de Mufique donna
fur fon théâtre le 13 Août , la première
repréſentation de Fragemens compofés
du Prologue des Fêtes de Thalie , de l'acte
de la Femme , troifième entrée du même
ballet (paroles de feuM . de la Fond , Mufique
de M. Mouret ) & du Devin du Vil-
Lage , interméde en un acte ; paroles &
mufique de M. J. J. Rouffeau. Cet Intermede
fut exécuté pour la première fois à
Fontainebleau , devant le Roi , les 18 &
24 Octobre 1752 , & à Paris fur le théâtre
de l'Opéra le premier Mars 1753. Il a
été repris depuis & joué plufieurs fois.
Dans le prologue des Fêtes de Thalie ,
le rôle de Melpomène a été fort bien chanté
& avec une très - belle voix , dès le premier
jour , par Mlle DUPLAN , en l'abfence
de Mlle RIVIERE . La premiere a
continué de chanter dans ce prologue tant
qu'il a été au théâtre , elle y a toujouts
été applaudie avec juftice . Le grand volume
de voix de Mlle DUPLAN a été d'autant
plus agréable au Public dans cet Opéra ,
qu'elle y a perpétuellement fait remar
166 MERCURE DE FRANCE .
quer une jufteffe dans le chant , dont elle
n'avoit pas encore acquis l'habitude auparavant.
Mlle DuBois chantoit le rôle
de Thalie ; il feroit fuperflu de répéter ici
les éloges dus à fa voix & à fes talens. Le
rôle d'Appollon étoit exécuté par M. Du-
RAND.
Dans le ballet de ce prologue , Mlle
PESLIN danfoit les pas feuls. Nous faififfons
cette occafion pour rendre juftice
aux talens & à la légèreté de cette danſeuſe,
que le Public voit de plus en plus avec
plaifir . Mlle JUSTINE (connue fous le
nom de Mlle ROBE ) danfoit avec M. LEGER
dans ce même ballet.
M. & Mlle LARRIVE'E ont fort bien
joué , & avec beaucoup de mérite , dans
l'acte de la femme , le rôles de Dorante
& de Callifte , mari & femme. Celui de
Dorine , fuivante de Callifte , a été fort
agréablement rendu par Mlle DURANCI.
Le rôle de Zerbin , par M. DURAND.
Beaucoup de fpectateurs font fort aifes
de retrouver dans le ballet de cet acte
les anciens caractères des maſques qui faifoient
autrefois l'agrément & la gaieté de
nos Bals. Nous donnons , pour nos lecteurs
abfens de la ville , une lifte de ceux qui
'exécutent ces divers caractères.
1
SEPTEMBRE 1765. 167
POLICHINELLE , M. Faɣ.
DAME GIGOGNE , Mlle PAGÈS.
PERTALON , M. TRUPTI.
VÉNILIENE , Mlle SAINT- MARTIN.
ARLEQUIN , M. BEATE.
ARLEQUINE , Mlle VERNIER.
MEZETIN , M. ALLARD.
MEZETINE , Mlle ADELAIDE.
SCARAMOUCHE , M. RIVIERE.
SCARAMOUCHETTE , Mlle GODOT .
PIERROT , M. Léger.
PIERRETTE , Mlle PETITOT.
n
ESPAGNOLS , M. LANI 1 , M. LANI 2 .
ESPAGNOLETTES, Mlles SI ANE & DOROTHÉE.
FRANÇOIS en Dominos , MM. HENRI & Rivet.
FRANÇOISES , Miles JULIE & MIMI.
Cette entrée de maſques eft confidérablement
embellie par les pas feuls qu'exécute
Mlle LANI ( époufe du fieur GELIN) ,
en habit oriental . M. VESTRIS , à la françoife
, danfe le ménuet dans la même entrée
. Mile GUIMARD a danfé avec M.
VESTRIS dans les premières repréfentations
à la place de Mlle VESTRIS , abfente
par indifpofition .
On connoît fi généralement combien
tous les rôles du Devin du Village font
168 MERCURE DE FRACNE.
agréables , qu'on fe fera aifément une idée
de la manière dont ils font rendus par les
genres de talent de chaque Acteur . Le
mérite de la voix de M. LE GROS eft actuellement
affez répandu pour laiffer préfumer
l'effet qu'elle produit dans le rôle
de Colin ; cet Acteur , fur - tout , ayant acquis,
pour ainfi dire , à chaque repréfentatjon
, de nouveaux moyens pour le rendre
du côté du jeu avec l'agrément dont
il eft fufceptible.Mlle DURANCI , habituellement
bonne Comédienne dans plufieurs
genres , remplit parfaitement le rôle de
Colette . Toutes les graces de la naïveté paftorale
font exprimées par elle dans un
point deprécifion qui ne laiffe rien à défirer
, fans donner lieu aux reproches de la
moindre caricature. Le rôle du Devin eft
rendu avec la même perfection par M.
GELIN , qui a fait voir avec quelque furprife
qu'une belle & grande voix & l'habitude
journalière du genre héroïque , ne
font pas toujours obftacle à la fineffe d'une
forte de comique, peut -être difficile à faifir
auffi bien , par ceux qui font le plus fréquemment
exercés dans ce genre.
Le divertiffement de cet intermède
qui étoit très-foible en mufique , d'un genre
infipide , & qui ne fourniffoit rien aux
ballets , a été ingénieufement refait & arrangé
.
SEPTEMBRE 1765. 165
rangé . Les ballets font devenus charmans ,
d'une gaieté piquante & dirigée avec beaucoup
de goût. M. GARDEL & Mlle Gui-
MARDY danfent avec diftinction. Rien ne
préfente un enſemble auffi vif , auffi brillant
, & ne réunit tant de talens aimables
qu'en Pas de quatre Paftres , exécutés par
MM. LANI & D'AUBERVAL
, par Miles
ALLARD
& PESLIN.
Le fuccès de ces fragmens parut
chanceler en quelques parties à la première
repréſentation. Il y avoit une mauvaife
volonté marquée dans une petite
portion du Public , qui excitoit du tumulte
& du bruit fous les plus légers prétextes ;
abus encore trop fréquent dans les fpectacles
d'une nation policée , & dans un
fiécle qui prétend aux fublimes clartés du
goût & de la philofophie . Malgré les frivoles
efforts de cette cabale , le fecond acte
reçut des applaudiffemens en beaucoup
d'endroits qui le méritoient , & l'intermède
du Devin du Village fit l'effet qu'il
devoit faire , c'est- à - dire , un très - grand
plaifir. A la feconde repréfentation , les
applaudiffemens furent univerfels , & ils
fe font foutenus depuis , ainfi que le concours
des fpectateurs ; ce qui prouve mieux
que toute autre chofe , que ce fpectacle a
éré goûté.
H
$70 MERCURE DE FRANCE.
Comme on s'eſt
apperçu que le prologue
des Fêtes de Thalie plaifoit moins que
les autres actes à un grand nombre de
fpectateurs , on s'eft hâté d'y fubftituer
l'acte de Bacchus & Hégémone, Entrée des
Amours de Tempé ; il vient d'être remis au
théâtre pour la première fois le 23 Août. La
Mufique de cet acte eft de M. DAU VERGNE
, Surintendant de la Mufique du Roi.
On a donné dans le temps l'extrait du
poëme des Amours de Tempé ; nous nous
contenterons de rappeller fuccinctement le
fujet de l'acte qu'on vient de joindre aux
nouveaux fragmens.
Bacchus voit Hégémone, Prêtreffe de l'Amour
, dans la vallée de Tempé. Ce Dieu ,
enchanté des attraits de cette Prêtrefle ,
ordonne à fa fuite de quitter les armes ,
& d'annoncer fes bienfaits par la voix des
plaifirs. Hégémone , en chantant une espéce
d'hymne à l'Amonr , lui demande d'épargner
fon coeur ; elle ne peut cependant
fe déguifer fes fecrets fentimens pour un
jeune étranger , perfonnage fous lequel
s'eft caché le Vainqueur de l'Inde . Bacchus
vient & s'annonce par une fête
vive & brillante que formentles Egypans ,
les Satyres & les Bacchantes de fa fuite.
Hégémone ne peut réfifter aux tranſports
& aux troubles qu'excitent en elle les myf-
>
SEPTEMBRE 1765. 171
tères du Dieu . Il céde à fes volontés , &
après avoir fait retirer fa fuite , il déclare
fa paffion à la belle Prêtreffe. Elle lui reproche
de s'expliquer en vainqueur , plus.
jaloux de plaire que difpofé à aimer . Bacchus
protefte qu'il feroit prêt à lui facrifier
fa liberté , s'il dépendoit encore de lui de
la reprendre. La Prêtreffe , qui n'a vu aux
autels de fon Dieu que des amans en pleurs
& qui n'a entendu que des murmures ,
étonnée de la différence qu'elle remarque
dans la façon d'aimer de Bacchus , lui demande
, qui de lui ou de ces amans aiment
fincéremement ? Bacchus , par des
images agréables prifes dans la nature ,
prouve à fon amante , déja perfuadée par
fon coeur , que la joie & les plaifirs font
inféparables de l'amour. Hégémone fe rend ,
& le Dieu fe manifefte en faifant changer
le lieu de la fcène en côteaux fertils
chargés de fes dons les plus précieux . La
fuité de Bacchus , réunie aux habitans de
Tempé , termine cet agréable divertiffement
par un ballet général . M. LE GROS
chante dans cet acte le rôle de Bacchus
à la grande fatisfaction du Public , & fans
doute à la fienne , puifqu'il y plait généralement
, & que tout l'éclat & le charme
de fa voix ont occafion de fe developper
dans les morceaux agréables & brillans
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dont ce rôle eft rempli . Mlle L'ARRIVÉE
eft très-bien anffi dans le rôle d'Hégémone
& fort applaudie . M. DURAND chante le
rôle de Silene,
Les ballets , de la compofition de M.
LAVAL , font du plus agréable effet. M.
LEGER , Mlle JUSTINE , M. ROGIER danfent
dans la première entrée des Egypans
& des Bacchantes , fur des airs marqués
au coin de l'Auteur des Bacchanales de
Lavinie. Il y a un Pas de deux entre
M. D'AUBERVAL & Mlle ALLARD,
La mufique de ce Pas , le brillant de
fon exécution , le rendent charmant ;
chaque jour on l'applaudit avec une efpéce
de fureur , & l'on croit toujours ne l'avoir
pas affez applaudi .
Cet acte eut dès la premiere fois un fuc
cès décidé ; il foutient fort bien celui de
tout le fpectacle des Fragmens , & fair
honneur à l'Auteur de la mufique.
Depuis qu'on a mis Bacchus & Hégémone
à la place du prologue , Mlle Du-
BOIS a pris le rôle de Callifte dans l'acte du
bal, qu'elle chante fort bien , & où elle
reçoit beaucoup d'applaudiffemens , quoi-
Mile L'ARRIVE'E l'eût très-bien rem →
que
pli auparavant,
L'ACADEM
'ACADEMIE royale de Mufique donna
fur fon théâtre le 13 Août , la première
repréſentation de Fragemens compofés
du Prologue des Fêtes de Thalie , de l'acte
de la Femme , troifième entrée du même
ballet (paroles de feuM . de la Fond , Mufique
de M. Mouret ) & du Devin du Vil-
Lage , interméde en un acte ; paroles &
mufique de M. J. J. Rouffeau. Cet Intermede
fut exécuté pour la première fois à
Fontainebleau , devant le Roi , les 18 &
24 Octobre 1752 , & à Paris fur le théâtre
de l'Opéra le premier Mars 1753. Il a
été repris depuis & joué plufieurs fois.
Dans le prologue des Fêtes de Thalie ,
le rôle de Melpomène a été fort bien chanté
& avec une très - belle voix , dès le premier
jour , par Mlle DUPLAN , en l'abfence
de Mlle RIVIERE . La premiere a
continué de chanter dans ce prologue tant
qu'il a été au théâtre , elle y a toujouts
été applaudie avec juftice . Le grand volume
de voix de Mlle DUPLAN a été d'autant
plus agréable au Public dans cet Opéra ,
qu'elle y a perpétuellement fait remar
166 MERCURE DE FRANCE .
quer une jufteffe dans le chant , dont elle
n'avoit pas encore acquis l'habitude auparavant.
Mlle DuBois chantoit le rôle
de Thalie ; il feroit fuperflu de répéter ici
les éloges dus à fa voix & à fes talens. Le
rôle d'Appollon étoit exécuté par M. Du-
RAND.
Dans le ballet de ce prologue , Mlle
PESLIN danfoit les pas feuls. Nous faififfons
cette occafion pour rendre juftice
aux talens & à la légèreté de cette danſeuſe,
que le Public voit de plus en plus avec
plaifir . Mlle JUSTINE (connue fous le
nom de Mlle ROBE ) danfoit avec M. LEGER
dans ce même ballet.
M. & Mlle LARRIVE'E ont fort bien
joué , & avec beaucoup de mérite , dans
l'acte de la femme , le rôles de Dorante
& de Callifte , mari & femme. Celui de
Dorine , fuivante de Callifte , a été fort
agréablement rendu par Mlle DURANCI.
Le rôle de Zerbin , par M. DURAND.
Beaucoup de fpectateurs font fort aifes
de retrouver dans le ballet de cet acte
les anciens caractères des maſques qui faifoient
autrefois l'agrément & la gaieté de
nos Bals. Nous donnons , pour nos lecteurs
abfens de la ville , une lifte de ceux qui
'exécutent ces divers caractères.
1
SEPTEMBRE 1765. 167
POLICHINELLE , M. Faɣ.
DAME GIGOGNE , Mlle PAGÈS.
PERTALON , M. TRUPTI.
VÉNILIENE , Mlle SAINT- MARTIN.
ARLEQUIN , M. BEATE.
ARLEQUINE , Mlle VERNIER.
MEZETIN , M. ALLARD.
MEZETINE , Mlle ADELAIDE.
SCARAMOUCHE , M. RIVIERE.
SCARAMOUCHETTE , Mlle GODOT .
PIERROT , M. Léger.
PIERRETTE , Mlle PETITOT.
n
ESPAGNOLS , M. LANI 1 , M. LANI 2 .
ESPAGNOLETTES, Mlles SI ANE & DOROTHÉE.
FRANÇOIS en Dominos , MM. HENRI & Rivet.
FRANÇOISES , Miles JULIE & MIMI.
Cette entrée de maſques eft confidérablement
embellie par les pas feuls qu'exécute
Mlle LANI ( époufe du fieur GELIN) ,
en habit oriental . M. VESTRIS , à la françoife
, danfe le ménuet dans la même entrée
. Mile GUIMARD a danfé avec M.
VESTRIS dans les premières repréfentations
à la place de Mlle VESTRIS , abfente
par indifpofition .
On connoît fi généralement combien
tous les rôles du Devin du Village font
168 MERCURE DE FRACNE.
agréables , qu'on fe fera aifément une idée
de la manière dont ils font rendus par les
genres de talent de chaque Acteur . Le
mérite de la voix de M. LE GROS eft actuellement
affez répandu pour laiffer préfumer
l'effet qu'elle produit dans le rôle
de Colin ; cet Acteur , fur - tout , ayant acquis,
pour ainfi dire , à chaque repréfentatjon
, de nouveaux moyens pour le rendre
du côté du jeu avec l'agrément dont
il eft fufceptible.Mlle DURANCI , habituellement
bonne Comédienne dans plufieurs
genres , remplit parfaitement le rôle de
Colette . Toutes les graces de la naïveté paftorale
font exprimées par elle dans un
point deprécifion qui ne laiffe rien à défirer
, fans donner lieu aux reproches de la
moindre caricature. Le rôle du Devin eft
rendu avec la même perfection par M.
GELIN , qui a fait voir avec quelque furprife
qu'une belle & grande voix & l'habitude
journalière du genre héroïque , ne
font pas toujours obftacle à la fineffe d'une
forte de comique, peut -être difficile à faifir
auffi bien , par ceux qui font le plus fréquemment
exercés dans ce genre.
Le divertiffement de cet intermède
qui étoit très-foible en mufique , d'un genre
infipide , & qui ne fourniffoit rien aux
ballets , a été ingénieufement refait & arrangé
.
SEPTEMBRE 1765. 165
rangé . Les ballets font devenus charmans ,
d'une gaieté piquante & dirigée avec beaucoup
de goût. M. GARDEL & Mlle Gui-
MARDY danfent avec diftinction. Rien ne
préfente un enſemble auffi vif , auffi brillant
, & ne réunit tant de talens aimables
qu'en Pas de quatre Paftres , exécutés par
MM. LANI & D'AUBERVAL
, par Miles
ALLARD
& PESLIN.
Le fuccès de ces fragmens parut
chanceler en quelques parties à la première
repréſentation. Il y avoit une mauvaife
volonté marquée dans une petite
portion du Public , qui excitoit du tumulte
& du bruit fous les plus légers prétextes ;
abus encore trop fréquent dans les fpectacles
d'une nation policée , & dans un
fiécle qui prétend aux fublimes clartés du
goût & de la philofophie . Malgré les frivoles
efforts de cette cabale , le fecond acte
reçut des applaudiffemens en beaucoup
d'endroits qui le méritoient , & l'intermède
du Devin du Village fit l'effet qu'il
devoit faire , c'est- à - dire , un très - grand
plaifir. A la feconde repréfentation , les
applaudiffemens furent univerfels , & ils
fe font foutenus depuis , ainfi que le concours
des fpectateurs ; ce qui prouve mieux
que toute autre chofe , que ce fpectacle a
éré goûté.
H
$70 MERCURE DE FRANCE.
Comme on s'eſt
apperçu que le prologue
des Fêtes de Thalie plaifoit moins que
les autres actes à un grand nombre de
fpectateurs , on s'eft hâté d'y fubftituer
l'acte de Bacchus & Hégémone, Entrée des
Amours de Tempé ; il vient d'être remis au
théâtre pour la première fois le 23 Août. La
Mufique de cet acte eft de M. DAU VERGNE
, Surintendant de la Mufique du Roi.
On a donné dans le temps l'extrait du
poëme des Amours de Tempé ; nous nous
contenterons de rappeller fuccinctement le
fujet de l'acte qu'on vient de joindre aux
nouveaux fragmens.
Bacchus voit Hégémone, Prêtreffe de l'Amour
, dans la vallée de Tempé. Ce Dieu ,
enchanté des attraits de cette Prêtrefle ,
ordonne à fa fuite de quitter les armes ,
& d'annoncer fes bienfaits par la voix des
plaifirs. Hégémone , en chantant une espéce
d'hymne à l'Amonr , lui demande d'épargner
fon coeur ; elle ne peut cependant
fe déguifer fes fecrets fentimens pour un
jeune étranger , perfonnage fous lequel
s'eft caché le Vainqueur de l'Inde . Bacchus
vient & s'annonce par une fête
vive & brillante que formentles Egypans ,
les Satyres & les Bacchantes de fa fuite.
Hégémone ne peut réfifter aux tranſports
& aux troubles qu'excitent en elle les myf-
>
SEPTEMBRE 1765. 171
tères du Dieu . Il céde à fes volontés , &
après avoir fait retirer fa fuite , il déclare
fa paffion à la belle Prêtreffe. Elle lui reproche
de s'expliquer en vainqueur , plus.
jaloux de plaire que difpofé à aimer . Bacchus
protefte qu'il feroit prêt à lui facrifier
fa liberté , s'il dépendoit encore de lui de
la reprendre. La Prêtreffe , qui n'a vu aux
autels de fon Dieu que des amans en pleurs
& qui n'a entendu que des murmures ,
étonnée de la différence qu'elle remarque
dans la façon d'aimer de Bacchus , lui demande
, qui de lui ou de ces amans aiment
fincéremement ? Bacchus , par des
images agréables prifes dans la nature ,
prouve à fon amante , déja perfuadée par
fon coeur , que la joie & les plaifirs font
inféparables de l'amour. Hégémone fe rend ,
& le Dieu fe manifefte en faifant changer
le lieu de la fcène en côteaux fertils
chargés de fes dons les plus précieux . La
fuité de Bacchus , réunie aux habitans de
Tempé , termine cet agréable divertiffement
par un ballet général . M. LE GROS
chante dans cet acte le rôle de Bacchus
à la grande fatisfaction du Public , & fans
doute à la fienne , puifqu'il y plait généralement
, & que tout l'éclat & le charme
de fa voix ont occafion de fe developper
dans les morceaux agréables & brillans
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dont ce rôle eft rempli . Mlle L'ARRIVÉE
eft très-bien anffi dans le rôle d'Hégémone
& fort applaudie . M. DURAND chante le
rôle de Silene,
Les ballets , de la compofition de M.
LAVAL , font du plus agréable effet. M.
LEGER , Mlle JUSTINE , M. ROGIER danfent
dans la première entrée des Egypans
& des Bacchantes , fur des airs marqués
au coin de l'Auteur des Bacchanales de
Lavinie. Il y a un Pas de deux entre
M. D'AUBERVAL & Mlle ALLARD,
La mufique de ce Pas , le brillant de
fon exécution , le rendent charmant ;
chaque jour on l'applaudit avec une efpéce
de fureur , & l'on croit toujours ne l'avoir
pas affez applaudi .
Cet acte eut dès la premiere fois un fuc
cès décidé ; il foutient fort bien celui de
tout le fpectacle des Fragmens , & fair
honneur à l'Auteur de la mufique.
Depuis qu'on a mis Bacchus & Hégémone
à la place du prologue , Mlle Du-
BOIS a pris le rôle de Callifte dans l'acte du
bal, qu'elle chante fort bien , & où elle
reçoit beaucoup d'applaudiffemens , quoi-
Mile L'ARRIVE'E l'eût très-bien rem →
que
pli auparavant,
Fermer
Résumé : OPERA.
Le 13 août, l'Académie Royale de Musique présenta plusieurs fragments d'œuvres musicales, dont le prologue des 'Fêtes de Thalie', un acte intitulé 'La Femme' et un intermède appelé 'Le Devin du Village'. Ce dernier avait déjà été joué à Fontainebleau en octobre 1752 et à Paris en mars 1753. Lors de cette représentation, Mlle Duplan interpréta Melpomène, Mlle Dubois chanta Thalie, et M. Durand joua Apollon dans le prologue des 'Fêtes de Thalie'. Dans 'La Femme', M. et Mlle Larrivée incarnèrent Dorante et Calliste, et Mlle Duranci joua Dorine. Le 'Devin du Village' reçut des éloges pour les performances de M. Le Gros, Mlle Duranci et M. Gelin. Le 23 août, le programme changea : le prologue des 'Fêtes de Thalie' fut remplacé par l'acte 'Bacchus et Hégémone' et l'entrée des 'Amours de Tempé', avec une musique composée par M. Dauvergne. Cet acte raconte la rencontre entre Bacchus et Hégémone, prêtresse de l'Amour, dans la vallée de Tempé. Bacchus, charmé par Hégémone, lui ordonne de quitter les armes et d'annoncer ses bienfaits par la voix des plaisirs. Après une fête, Hégémone cède aux avances de Bacchus. Les rôles principaux furent interprétés par M. Le Gros, Mlle L'Arrivée et M. Durand. Les ballets, composés par M. Laval, furent particulièrement appréciés. L'acte rencontra un grand succès dès sa première représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4668
p. 39-44
A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
Début :
MONSIEUR, DEPUIS que le célébre M. Rameau mon compatriote a [...]
Mots clefs :
Musique, Auteur, Gloire, Lyrique, Académie de Dijon, Sciences, M. Rousseau, Patrie, Ouvrage, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
A M. DE LA PLACE , en lui envoyant
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
Fermer
Résumé : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
La lettre, datée du 31 août 1765, est adressée à M. de La Place par un avocat nommé Beguillet. Elle aborde principalement la musique française et la réputation de Jean-Jacques Rousseau. Beguillet conteste les affirmations de Rousseau selon lesquelles la langue française ne serait pas lyrique et que la France manquerait de musique. Il cite la pièce 'Le Devin du Village' de Rousseau comme contre-exemple. Beguillet suggère que Rousseau pourrait avoir adopté ses propres paradoxes après leur succès initial. La lettre reconnaît également les contributions de Rousseau sur l'inégalité des conditions, l'éducation et le contrat social, tout en soulignant son humanité et son amour pour ses semblables. L'auteur exprime sa satisfaction de voir la France honorer les savants et les artistes, tels que Newton, Crébillon et Rameau. Il regrette que la patrie de Rameau n'ait pas érigé de mausolée en son honneur et encourage la promotion des sciences, des arts et des talents. Beguillet partage également une lettre de Rameau sur les effets de la musique des anciens et son système musical. Il mentionne avoir reçu des correspondances agréables mais craint d'importuner le destinataire. Il attend une réponse concernant ce sujet et se présente comme avocat au Parlement et premier notaire de la province de Bourgogne, résidant place Saint-Étienne à Dijon.
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4669
p. 95
« LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
Début :
LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Conseil de Genève, Syndics
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
LETTRES écrites de la campagne ; proi
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
che Genève ; 1765.
C'eft là le feul titre d'une brochure in- 8 °.
de 117 pag. qui fe trouve chez Ventes , &
dans laquelle on traite quatre queſtions prin
cipales : favoir , le jugement du Confeil de
Genève fur les livres de M. Rouſſeau , &
le décret fur fa perfonne. On demande
fi l'un & l'autre font réguliers ? On demande
en fecond lieu , fi un Citoyen de
Genève peut être emprifonné , fans avoir
été auparavant interrogé par les Syndics ?
Troifiémement : en matière criminelle ,
un tribunal qui n'a point un Syndic pour
Préfident , eft - il un tribunal legal ? Enfin ,
s'il y a du doute dans cette légalité , ainſi
que fur la forme des emprifonnemens ,
n'eft-ce pas au Confeil Général à en décider
? Ceux qui prennent encore quelque
part à cette ancienne querelle des Génevois
avec leur compatriote M. Rouffeau ,
pourront lire cette brochure avec intérêt.
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Résumé : « LETTRES écrites de la campagne ; proche de Genève ; 1765. C'est [...] »
La brochure 'Lettres écrites de la campagne; près de Genève', publiée en 1765, explore quatre questions sur Jean-Jacques Rousseau et Genève. Elle traite de la régularité du jugement du Conseil de Genève sur les œuvres de Rousseau, de la possibilité d'emprisonner un citoyen sans interrogatoire préalable, de la légalité d'un tribunal criminel sans Syndic, et du rôle du Conseil Général en cas de doute sur la légalité des tribunaux ou des emprisonnements.
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4670
p. 75
LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
Début :
Me trouvant, Monsieur, il y a quelques jours dans une assemblée où on s'amusoit [...]
Mots clefs :
Logogriphes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
LETTRE à M. DE LA PLACE , auteur
du Mercure de France.
ME trouvant , Monfieur , il y a quelques
jours dans une affemblée où on s'amufoit
à deviner les Logogryphes du
Mercure de Juillet , on me défia d'en
faire fix autres fous les mêmes conditions
que celles qui furent impofées à M. Fabre.
Je joins ici ceux que je fis. Je ne fais fi
vous les trouverez dignes de trouver place
dans votre Journal.
Permettez moi , Monfieur , de faifir
cette occafion pour vous renouveller les
affurances , &c.
A Amiens 1765 .
LAGACHE fils.
du Mercure de France.
ME trouvant , Monfieur , il y a quelques
jours dans une affemblée où on s'amufoit
à deviner les Logogryphes du
Mercure de Juillet , on me défia d'en
faire fix autres fous les mêmes conditions
que celles qui furent impofées à M. Fabre.
Je joins ici ceux que je fis. Je ne fais fi
vous les trouverez dignes de trouver place
dans votre Journal.
Permettez moi , Monfieur , de faifir
cette occafion pour vous renouveller les
affurances , &c.
A Amiens 1765 .
LAGACHE fils.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, auteur du Mercure de France.
Lagache fils écrit à M. de La Place pour partager six logogriphes créés lors d'une assemblée où l'on résolvait ceux du Mercure de Juillet. Il espère leur publication dans le Mercure de France et renouvelle ses salutations respectueuses. La lettre est datée d'Amiens, 1765.
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4671
p. 121-122
« LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...] »
Début :
LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...]
Mots clefs :
Pensées, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...] »
LES Penfées de Jean- Jacques Rouffeau ,
citoyen de Genève ; à Amfterdam , & fe
trouvent à Paris , chez Prault , petit - fils ,
Libraire , Quai des Auguftins , à l'Immortalité
: 1766 ; 2 vol. in- 12.
« Ces Penfées font tirées de mes écrits ,
difoit M. Rouffeau , après avoir lu ce livre ,
» mais ce ne font pas mes penfées ». Quoi
qu'il en foit , il eft certain que ces deux
volumes , dont on donne une édition
nouvelle , font bien inférieurs pour
choix des penfées , pour l'ordre des matières
, pour le foin qu'on a employé à
l'impreffion , pour le caractère même , pour
le papier , enfin pour tous les ornemens
Vol. I. F
le
122 MERCURE DE FRANCE.
typographiques , à un autre ouvrage intitulé
Efprit , Maximes & Principes de M.
Rouffeau , qui fe vend chez la veuve Duchefne
, rue Saint Jacques , au temple du
goût. Non - feulement M. Rouffeau ne l'a
point défavoué , mais il permet qu'il faſſe
partie de la collection de fes OEuvres . Il
eft vrai que ce volume de l'Eſprit , Maximes,
&c. de M. Rouffeau , eft fait avec autant
de goût que d'intelligence ; deux chofes
que nous défirerions trouver également
que
dans les deux volumes de ces Penfées.
citoyen de Genève ; à Amfterdam , & fe
trouvent à Paris , chez Prault , petit - fils ,
Libraire , Quai des Auguftins , à l'Immortalité
: 1766 ; 2 vol. in- 12.
« Ces Penfées font tirées de mes écrits ,
difoit M. Rouffeau , après avoir lu ce livre ,
» mais ce ne font pas mes penfées ». Quoi
qu'il en foit , il eft certain que ces deux
volumes , dont on donne une édition
nouvelle , font bien inférieurs pour
choix des penfées , pour l'ordre des matières
, pour le foin qu'on a employé à
l'impreffion , pour le caractère même , pour
le papier , enfin pour tous les ornemens
Vol. I. F
le
122 MERCURE DE FRANCE.
typographiques , à un autre ouvrage intitulé
Efprit , Maximes & Principes de M.
Rouffeau , qui fe vend chez la veuve Duchefne
, rue Saint Jacques , au temple du
goût. Non - feulement M. Rouffeau ne l'a
point défavoué , mais il permet qu'il faſſe
partie de la collection de fes OEuvres . Il
eft vrai que ce volume de l'Eſprit , Maximes,
&c. de M. Rouffeau , eft fait avec autant
de goût que d'intelligence ; deux chofes
que nous défirerions trouver également
que
dans les deux volumes de ces Penfées.
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Résumé : « LES Pensées de Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève ; à Amsterdam, & se [...] »
En 1766, à Paris, deux ouvrages de Jean-Jacques Rousseau sont publiés. Le premier, 'Les Pensées de Jean-Jacques Rousseau', édité par Prault, est jugé inférieur à un autre ouvrage, 'Esprit, Maximes & Principes', publié chez la veuve Duchesne. Ce dernier est particulièrement apprécié pour le choix des pensées, l'organisation des matières, la qualité de l'impression, le caractère typographique, le papier et les ornements. Rousseau n'a pas contesté cet ouvrage et accepte qu'il soit inclus dans ses œuvres complètes. 'Esprit, Maximes & Principes' est salué pour son goût et son intelligence, des qualités que les lecteurs aimeraient également retrouver dans 'Les Pensées'.
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4672
p. 128-129
« LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
Début :
LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...]
Mots clefs :
Éducation, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
LES Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genêve
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
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Résumé : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
En 1766, une publication accuse Jean-Jacques Rousseau, dit le 'Philosophe de Genève', de plagiat. Les accusations, jugées vagues et générales, proviennent de 'Les Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genève'. Le texte reconnaît cependant le style et l'éloquence distinctifs de Rousseau.
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4673
p. 183
LETTRE de M. DANZEL, à M. DE LA PLACE.
Début :
C'est dans la crainte, Monsieur, que l'on ne fasse une mauvaise copie d'un portrait [...]
Mots clefs :
Portrait, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DANZEL, à M. DE LA PLACE.
GRAVURE.
LETTRE de M. DANZEL , à M. DE LA
PLACE .
C'EST dans la crainte , Monfieur , que
l'on ne faffe une mauvaiſe copie d'un portrait
que je viens de faire de M. de Voltaire
, que je permets à mon Doreur de
le mettre au jour. Il n'a d'autre mérite que
celui d'une parfaite reffemblance , & l'approbation
de ce grand homme. Vous le
verrez par les jolis vers qu'il a bien voulu
faire à ce fujet , & que je prens la liberté
de vous envoyer . Vous jugez combien
l'amour-propre d'un jeune homme eft comblé
de pareil louanges !
J'ai l'honneur d'être , & c.
N. B. Le fieur Auvray , rue Saint Jaeques
, vis-à-vis Saint Yves , eft le feul dé- '
pofitaire de cette eftampe , dont le prix eft
de 3 liv.
LETTRE de M. DANZEL , à M. DE LA
PLACE .
C'EST dans la crainte , Monfieur , que
l'on ne faffe une mauvaiſe copie d'un portrait
que je viens de faire de M. de Voltaire
, que je permets à mon Doreur de
le mettre au jour. Il n'a d'autre mérite que
celui d'une parfaite reffemblance , & l'approbation
de ce grand homme. Vous le
verrez par les jolis vers qu'il a bien voulu
faire à ce fujet , & que je prens la liberté
de vous envoyer . Vous jugez combien
l'amour-propre d'un jeune homme eft comblé
de pareil louanges !
J'ai l'honneur d'être , & c.
N. B. Le fieur Auvray , rue Saint Jaeques
, vis-à-vis Saint Yves , eft le feul dé- '
pofitaire de cette eftampe , dont le prix eft
de 3 liv.
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Résumé : LETTRE de M. DANZEL, à M. DE LA PLACE.
M. Danzel informe M. de La Place de la publication d'une gravure de Voltaire, soulignant sa ressemblance parfaite, approuvée par Voltaire. Ce dernier a écrit des vers à ce sujet. L'estampe est disponible chez le sieur Auvray, rue Saint-Jacques, au prix de trois livres.
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4674
p. 184-185
EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE, à M. le Marquis DE VILLETTE. A Ferney, le 11 Décembre 1765.
Début :
J'ouvre une caisse, Monsieur ; j'y vois, quoi ? moi-même en personne, dessiné [...]
Mots clefs :
Dessiner, Voltaire, Pierre-Antoine Danzel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE, à M. le Marquis DE VILLETTE. A Ferney, le 11 Décembre 1765.
EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE,
à M. le Marquis DE VILLette.
A Ferney , le 11 Décembre 1765 .
J'OUVRE
' OUVRE une caiffe , Monfieur ; j'y vois ,
quoi ??
moi - même en perfonne , deffiné
d'une belle main.
Je me fouviens très - bien que ,
CE Danzel , beau comme le jour ,
Soutien de l'amoureux empire ,
A dans mon champêtre séjour
Deffiné le maigre contour
D'un vieux vifage à faire rire.
En vérité c'étoit l'amour ,
S'amufant à peindre un Satyre
Avec les crayons de La Tour.
Il eft vrai
que dans l'eftampe on me fait
terriblement montrer les dents ; cela feroit
foupçonner que j'en ai encore. Je dois au
moins en avoir une contre vous , de ce
que vous avez paffez tant de temps fans
m'écrire.
Bérénice difoit à Titus :
Voyez-moi plus fouvent , & ne me donnez rien.
JANVIER 1766. 185
Je pourrois vous dire :
Ecrivez-moi fouvent , & ne me peignez point.
Mais fi je fuis flatté de votre galanterie ,
je ne peux me plaindre du burin . Je remercie
le Peintre , & je pardonne au Graveur.
On prétend que vous avez des affaires
& des procès. Qui terre n'a pas, ſouvent a
guerre ; à plus forte raifon qui terre a.
Dii tibi formam,
Dii tibi divitias dederunt , artemque fruendi.
Ajoutez-y fur- tout la fanté , & ayez la
bonté de m'en dire des nouvelles quand
vous n'aurez rien à faire . L'abfence ne
m'empêchera jamais de m'intéreffer à votre
bien-être & à vos plaifirs. Si vous êtes dans
le tourbillon , vous me négligerez ; fi vous
en êtes dehors , vous vous fouviendrez ,
Monfieur , d'un des plus vrais amis que
vous ayez. Vous l'avez dit dans vos vers ,
& je ne vous démentirai jamais.
Votre très-humble , & c.
à M. le Marquis DE VILLette.
A Ferney , le 11 Décembre 1765 .
J'OUVRE
' OUVRE une caiffe , Monfieur ; j'y vois ,
quoi ??
moi - même en perfonne , deffiné
d'une belle main.
Je me fouviens très - bien que ,
CE Danzel , beau comme le jour ,
Soutien de l'amoureux empire ,
A dans mon champêtre séjour
Deffiné le maigre contour
D'un vieux vifage à faire rire.
En vérité c'étoit l'amour ,
S'amufant à peindre un Satyre
Avec les crayons de La Tour.
Il eft vrai
que dans l'eftampe on me fait
terriblement montrer les dents ; cela feroit
foupçonner que j'en ai encore. Je dois au
moins en avoir une contre vous , de ce
que vous avez paffez tant de temps fans
m'écrire.
Bérénice difoit à Titus :
Voyez-moi plus fouvent , & ne me donnez rien.
JANVIER 1766. 185
Je pourrois vous dire :
Ecrivez-moi fouvent , & ne me peignez point.
Mais fi je fuis flatté de votre galanterie ,
je ne peux me plaindre du burin . Je remercie
le Peintre , & je pardonne au Graveur.
On prétend que vous avez des affaires
& des procès. Qui terre n'a pas, ſouvent a
guerre ; à plus forte raifon qui terre a.
Dii tibi formam,
Dii tibi divitias dederunt , artemque fruendi.
Ajoutez-y fur- tout la fanté , & ayez la
bonté de m'en dire des nouvelles quand
vous n'aurez rien à faire . L'abfence ne
m'empêchera jamais de m'intéreffer à votre
bien-être & à vos plaifirs. Si vous êtes dans
le tourbillon , vous me négligerez ; fi vous
en êtes dehors , vous vous fouviendrez ,
Monfieur , d'un des plus vrais amis que
vous ayez. Vous l'avez dit dans vos vers ,
& je ne vous démentirai jamais.
Votre très-humble , & c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE, à M. le Marquis DE VILLETTE. A Ferney, le 11 Décembre 1765.
Dans une lettre du 11 décembre 1765, Voltaire écrit au Marquis de Villette. Il mentionne une caricature le représentant avec un visage ridé et des dents proéminentes, qu'il trouve amusante. Voltaire remercie le peintre et pardonne au graveur. Il aborde ensuite les affaires et les procès du Marquis, notant que les problèmes sont inévitables. Il souhaite au Marquis beauté, richesse et la capacité de jouir de ces biens, ajoutant l'humour à cette liste. Voltaire assure le Marquis de son intérêt constant pour son bien-être et ses plaisirs, même en cas d'absence ou de négligence due à des occupations. Il conclut en rappelant leur amitié sincère, confirmée par les vers du Marquis.
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4675
p. 186
« Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...] »
Début :
Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...]
Mots clefs :
Graveur, Anne-Philibert Coulet, Claude Joseph Vernet, Pêcheurs florentins, Bresson de Maillard, Étrennes, Jeunesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...] »
LES Pefcheurs Florentins , eftampe gravée
par Anne-Philibert Coulet , d'après le
tableau original de Jofeph Vernet , avec un
burin très-gracieux & digne du fujet , fe
vend chez Lempereur , Graveur du Roi ,
rue & porte Saint Jacques , au - deffus du
Petit- Marché .
LE fieur Breffon de Maillard , Graveur
& Marchand d'Eftampes , rue Saint Jacques
, près celle des Mathurins à Paris .
continue de vendre fes petites Etrennes à
la jeuneffe , gravées & coloriées ; comme
auffi d'autres nouveautés relatives aux
étrennes , emblèmes en vélin d'Allemagne,
& autres , bouquets , complimens , &c.
par Anne-Philibert Coulet , d'après le
tableau original de Jofeph Vernet , avec un
burin très-gracieux & digne du fujet , fe
vend chez Lempereur , Graveur du Roi ,
rue & porte Saint Jacques , au - deffus du
Petit- Marché .
LE fieur Breffon de Maillard , Graveur
& Marchand d'Eftampes , rue Saint Jacques
, près celle des Mathurins à Paris .
continue de vendre fes petites Etrennes à
la jeuneffe , gravées & coloriées ; comme
auffi d'autres nouveautés relatives aux
étrennes , emblèmes en vélin d'Allemagne,
& autres , bouquets , complimens , &c.
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Résumé : « Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...] »
L'estampe 'Les Pêcheurs Florentins', gravée par Anne-Philibert Coulet d'après Joseph Vernet, est disponible chez Lempereur, graveur du roi, rue Saint-Jacques. Le sieur Breffon de Maillard, graveur et marchand, propose aussi des étrennes gravées et colorées, ainsi que des emblèmes, bouquets et compliments.
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4676
p. 154-183
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
Début :
MONSIEUR le Cat, Secrétaire pour les Sciences, ouvrit la séance par l'extrait des [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Prix, Mémoire, Génie, Gloire, Ouvrages, Hommes, Amour, Amitié, Chirurgie, Sculpteur, Observations, Sciences, Nature, Voyage, Théorie de la musique, Séance publique, Belles-lettres, Poète, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
ASSEMBLEE publique de l'Académie des
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Fermer
Résumé : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
L'Assemblée publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de Rouen s'est tenue le 7 août 1765. Le secrétaire, Monsieur le Cat, a présenté les travaux de l'année académique, incluant des études sur la transpiration due aux piqûres de pucerons, les pieux et pilotis, la chute des corps, et diverses observations scientifiques. Les auteurs comprenaient M. Neveu, M. Baronnet, M. le Cat, M. Pinard, M. Hubert, M. Balliere, M. Chandelier, et l'Abbé Jaquin. Des prix ont été attribués en anatomie, chirurgie, mathématiques, botanique, et accouchements. Le Grand Prix de la Classe des Sciences a été décerné à M. David pour son mémoire sur la respiration. M. Maillet du Boullay a rendu compte des travaux littéraires, incluant des drames et des mémoires sur divers sujets. En janvier 1766, plusieurs travaux ont été présentés, tels qu'une dissertation sur l'origine de l'Université de Paris par l'abbé des Houffayes, des portraits par M. Dupont, un traité de peinture par M. Dandré, et une histoire de la ville de Montdidier par le Père Daire. M. Dornay a présenté des observations sur l'utilité des voyages. Les prix en peinture et sculpture ont été attribués à M. Jean-Martin Paulet, Jacques, Mlle Dorothée Jacques, et M. François Asselin. En architecture, M. Louis-Auguste Hardi a remporté le prix pour la construction d'une manufacture. En littérature, M. de la Harpe a été couronné pour son poème sur la délivrance de Salerne. Le texte mentionne également M. de Luxembourg, respecté pour sa bienveillance et son exactitude, décédé le 18 mai 1764, ainsi que les frères Slodtz, sculpteurs renommés. M. Dornay a présenté un mémoire sur les moyens de rendre les voyages utiles, distinguant trois parties : l'utilité pour les voyageurs, pour la patrie, et pour l'humanité. M. du Boullay a lu une traduction en vers réguliers de la première pythique de Pindare, réalisée par l'abbé Fontaine, visant à restituer l'enthousiasme lyrique de Pindare. M. de Couronne a présenté des mémoires sur la vie de François du Quesnoy, sculpteur né à Bruxelles en 1592. Ces mémoires clarifient une confusion entre François et son frère Jérôme. François du Quesnoy a dédié sa vie à son art, surmontant divers obstacles. Il réalisa plusieurs œuvres remarquables, dont une statue de Saint André pour l'église Saint-Pierre de Rome, considérée comme son chef-d'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4677
p. 92-101
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Début :
C'EST ici la première édition complette du théâtre de M. Guyot de Merville. [...]
Mots clefs :
Comédie, Voltaire, Auteur, Théâtre, Genève, Succès, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
33
" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
ور
ور
و د
و د
» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
و د
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ود
"
pas ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ور
ور
20
"
ود
"
و د
و ر
*
» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
39
و ر
و و
30
»
FEVRIER 1766. ΙΟΙ
» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
ور
ور
appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
MERVILLE. A Paris , chez la veuve
DUCHESNE , rue Saint Jacques ,
temple du goût ; 1766 : avec approbation
& privilége du Roi : 3 vol. in- 12 .
C'EST ici la première édition complette
du théâtre de M. Guyot de Merville.
Il ne manque à ce recueil que trois tragédies
, qui n'ont été ni repréſentées ni
imprimées , & qui en effet ne méritoient
point de l'être. On les a trouvées dans
les papiers de l'Auteur après fa mort ,
ainfi que quelques poéfies fugitives que
l'ou n'a pas cru devoir inférer dans la
collection de fon théâtre ; elles ne répondent
ni à fa réputation , ni au mérite
de fes autres ouvrages . Ces trois tragédies
font Achille à Troyes , Manlius Torquatus
, & Sallufte. L'Auteur les compofa
dans fa jeuneffe ; & le refus qu'elles ef
fuyèrent de la part des Comédiens , fut
la première fource des querelles qu'il eut
avec plufieurs Acteurs de la Comédie
Françoife. Ces querelles , toujours trèsFEVRIER
1766: 93
vives de fa part , le dégoûtèrent enfin du
théâtre , & peut-être même de fa patrie ,
qu'il quitta pour fe livrer à fon goût pour
les voyages
.
Michel Guyot de Merville étoit né à
Verfailles , le premier de Février de l'année
1696. Il donna fa première comédie
les Mafcarades amoureufes , au théâtre
Italien , le 4 Août 1736 ; & elle y fut
reçue avec applaudiffement. C'eft la première
pièce dans le goût de Molière , qui
ait paru fur ce théâtre. Elle eft bien conduite
; l'intrigue nous en paroît fimple
& ingénieufe , les caractères vrais & foutenus
, les fentimens bien placés , & fur
le ton de la bonne comédie. :
L'Editeur n'a point trouvé dans les
manufcrits de M. de Merville , une pièce
jouée fous fon nom à la Comédie Italienne
, le 3 Décembre de la même année
en voici le fujet. Elle eft intitulée
les Amans affortis fans le favoir. Deux
amis , dont l'un a un fils & l'autre, une
fille , ont formé la réfolution de marier
enfemble ces jeunes gens , lorfqu'ils au
ront atteint l'âge convenable. Différens
accidens font que ces enfans fe trouvent
perdus. Le hafard les réunit dans le même
lieu ils deviennent amoureux l'un de
l'autre ; & enfin ils font reconnus de leurs
94 MERCURE DE FRANCE .
parens , qui accompliffent le mariage projetté.
Cette pièce n'eut point de fuccès ;
'Auteur la retira à la feconde repréfentation
, & ne la fit point imprimer.
L'année fuivante , 9 Février , il donna
fur le même théâtre les Impromptus de
l'Amour , dont le fuccès le confola de
la chûte des Amans affortis ; & à la
Comédie Françoife , le io Octobre , la
comédie héroïque d'Achille à Scyros , où
les connoiffeurs trouvèrent beaucoup d'ef
prit , des fituations bien imaginées , du
jeu de théâtre , un tragique intéreſſant
joint à un comique décent , & en général
, une affez belle verfification. L'Auteur
rend compte , dans fa préface , de
la nature de ce poëme , qui tient un milieu
entre la tragédie & la comédie , c'eſtà-
dire , qui eft dans le genre tragi- comique.
Le Confentementforce , pièce jouée pour
la première fois , par les Comédiens François
, le 13 Août 1738 , eft , à próprement
parler , le triomphe de M. de Merville.
Cette petite comédie , qui eft reſtée
eut dans fa nouveauté le fuccès le plus
Alatteur.
Elle fut fuivie la même année , 3 I
Octobre, fur le même théâtre , des Epoux
réunis comédie en cinq actes , On y
FEVRIER 1766. 95
trouva , dans le temps , une gradation
d'intérêt bien ménagée , d'où naît le plaifir
de la furprife , qui ne fauroit être étouffé ,
parce que le dénouement a été prévu
d'une manière incertaine & vague. Cette
pièce n'eut cependant pas un grand fuccès
dans fa nouveauté , parce qu'elle fut
donnée pendant le voyage de Fontainebleau
, temps auquel les bons Acteurs
jouent rarement à Paris. Heureuſement
la preffe redreffa les torts du parterre , autant
que les préjugés femés dans le Public
peuvent être réformés.
L'Auteur travailloit indiftinctement
pour les François ou pour les Italiens. II
fit jouer par ces derniers , le 11 Juin 1742 ,
la comédie du Dédit inutile ou les
Vieillards intérelés. Il eft vrai qu'elle
fut refufée au théâtre François ; & c'eſt
encore une des caufes de cette haine
éternelle de M. de Merville contre les
Acteurs principaux de ce fpectacle , auxquels
il n'offrit plus aucune de fes pièces .
11 fe dévoua uniquement à la Comédie
Italienne , & fit paroître deux mois après ,
le 2 Août , les Dieux traveftis , ou l'exil
d'Apollon, Cette petite pièce , en un acte ,
envers , précédée d'un prologue , fut trèsapplaudie
, & n'a cependant été imprimée
pour la première fois , que dans cette
édition.
96 MERCURE DE FRANCE.
Quoique la comédie intitulée , le Roman
, ne paroiffe ici que fous le nom de
M. Guyot de Merville , il eft conſtant
néanmoins que M. Procope y a eu beaucoup
de part. Ce dernier l'avoit composée
en profe il la communiqua à M. de
Merville , qui y fit des changemens dans
l'intrigue & dans l'arrangement des fcènes.
Elle fut repréfentée le 22 Mai 1743 , &
reçue avec affez d'applaudiffement , quoiqu'on
en défapprouvât le dénouement.
L'Apparence trompeufe , donnée l'année
fuivante , le 2 Mars , eft , fans contredit ,
la meilleure pièce que M. de Merville
ait donnée à la Comédie Italienne . Quelques-
uns la préfèrent au Confentement
forcé, fi accueilli au théâtre François . Rien
n'eft plus naturel & plus heureux que
cette petite comédie en un acte. Le dialogue
eft par-tout vif & agréable , &
lé plan bien trace & bien rempli . On en
a condamné le dénouement , qui s'annonce
dé lui- même.
Le 20 Août de la même année , l'Auteur
fitjouer avec fuccès les Talens déplacés,
qui le brouillèrent avec les Italiens . Depuis
cette époque aucune de fes pièces n'a
été repréſentée , ni même imprimée . On
les trouve pour la première fois dans cette
édition ; & nous croyons qu'elles pourroient
FEVRIER 1766. 97
roient être bien reçues du Public , fi les
Comédiens entreprenoient de les mettre
au théâtre. Elles font intitulées , le Jugement
téméraire , les Tracafferies ou le
Mariage fuppofé , le Triomphe de l'Amour
& du Hazard , la Coquette punie. Nous
n'en portons aucun jugement , pour ne
point prévenir celui du parterre , s'il arrive
qu'elles foient repréfentées .
On a joint aux ouvrages de théâtre
de M. Guyot de Merville , quelques pièces
fugitives , qui font l'élite de celles qu'il
a laiffées en mourant , & qui euffent ai
fément formé un volume. On a cru ne
devoir faire ufage que de ce qu'il auroit
publié lui-même , s'il n'eût confulté que
fa réputation . On lui attribue une comédie
jouée au théâtre François en 1739 , fous
le titre du Médecin de l'efprit , & qui
ne fut repréfentée qu'une fois. On le dit
auffi auteur de l'Hiftoire, littéraire de l'Europe
, publiée en 1726 , & d'un Voyage
d'Italie , en deux volumes .
Après avoir parlé des ouvrages qui ont
mérité à M. de Merville une place diftinguée
dans l'hiftoire de notre théâtre , nous
croyons ne pouvoir mieux faire connoître
fon caractère , qu'en terminant cette analyfe
par une lettre d'un Gentilhomme
Suiffe de fes amis , avec qui M. de Mer-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ville a paffé les dernières années de fa vie ;
elle eft écrite d'un ftyle fi intéreffant , que
nous ne nous permettons pas d'y faire de
changement.
93
« M. de Merville , dit l'Auteur de
» cette lettre , vint en Suiffe vers l'an
" 1750 ou 1751 ; le hafard me procura
» fa connoiffance : il me fit une vifite ici
» dans ma campagne : il y revint enfuite
plufieurs fois paffer quelques jours &
quelques femaines. Nos liaifons fe for-
» mèrent infenfiblement. Son efprit , fes
" talens , fon caractère , fes malheurs m'af-
» fectèrent. Je m'apperçus qu'il avoit dans
» l'âme de cuifans chagrins qui l'oceupoient
beaucoup, quoiqu'il en parlât affez
» peu. Sa femme , & une fille qu'il ai-
» moit très-tendrement , en étoient les
ود
"
principaux objets . Il en avoit fait le
» fujet d'une de fes comédies , qu'il ne
» lifoit jamais fans répandre des larmes :
» c'eft , fi je me le rappelle bien , le Confentement
forcé. Sa fortune , fans doute
» dérangée , y contribuoit ; l'interruption
" des fonctions des Cours de juftice de
Paris , lors des derniers troubles , met-
粉
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" toit obftacle à la perception de fes petites
rentes. Les Comédiens l'avoient
» traversé
pour la repréſentation de plufieurs
pièces de théâtre , & par-là lui
FEVRIER 1766. 99
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» avoient êté , fes reffources. Une gou-
» vernante infidelle avoit abufé de fa
» confiance ; & ces revers réunis formoient
» un tout qui ne le mettoit point dans
» une affiette tranquille. Agité & inquiet
» à la fuite de tant de traverſes , il chercha
» à faire diverfion à fon ennui . Il alla
» à Francfort, en Hollande , en Provence ,
» à Lyon ; revint enfin à Genève dans
» le deffein de s'y fixer , & m'écrivit de
» tous ces différens lieux. Il fut , à fon
paffage à Lyon , que M. de Voltaire ,
» qui y étoit en même temps , vencit
» auffi s'établir à Genève. Il s'étoit brouillé
» avec lui au fujet d'une pièce que Rouffeau
» & l'Abbé des Fontaines lui avoient fuggérée
. Il craignit que M. de Voltaire
» n'en eût confervé du reffentiment , &
» que leur commun féjour dans cette
» Ville ne donnât lieu à quelques défagrémens.
Il fe détermina donc à faire
»les avances de la réconciliation , & lui
» envoya dans cette vue , avant fon dé-
» part de Lyon , des vers que le porteur
» ne put lui remettre , parce qu'il le trouva
parti . M. de Merville les lui adreffa
» à Genève : mais cette démarche fut fans
» effet ; & quoique M. de Voltaire ne
» lui eût point répondu , il ne laiffa
deux ou trois jours après fon arrivée
"9
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pas ,
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100 MERCURE DE FRANCE.
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» à Genève , de lui faire une vifite . Il
» en fut reçu poliment , mais froidement .
» De là il vint paffer huit ou dix jours
» chez moi . Quand il fut de retour à
Genève , il mit ordre à fes affaires , fit
» le bilan de fes dettes & de fes meubles :
» l'un compenfoit & acquittoit l'autre . Il
» mit ce bilan fur fa table , fortit de la
», maifon qu'il habitoit , le vendredi 23
» Mai 1755 , n'emporta avec lui qu'une
mauvaiſe capotte , laiffa fes habits , fon
épée & tous les effets pour le paiement
de fes créanciers , écrivit plufieurs let-
» tres ; une , entre autres , à un Magiftrat
» pour l'exécution de fes volontés ; &
il fortit en difant qu'on ne l'attendît
» pas pour le lendemain . Quelques jours
», s'écoulèrent fans qu'il reparût. Son hôte
» en fut furpris. Il m'écrivit pour favoir
» s'il ne feroit pas revenu chez moi. Vers
» ce même temps on trouva un homme
» mort au bord du lac de Genève fur
,, les terres de Savoie . La réunion de ces
» circonftanees fit dire que c'étoit lui ;
» voilà l'origine du bruit qui fe répandit
» que M. de Merville s'étoit noyé . Sur
» ces entrefaites je reçus fa lettre d'adieu .
» Je m'informai de fon fort fans en rien
apprendre de pofitif. Les uns l'ont dit
mort ; d'autres ont affuré qu'il s'étoit
39
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FEVRIER 1766. ΙΟΙ
» retiré dans un couvent au pays de Gex
» à deux ou trois lieues de Genève. J'ai
ور
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appris depuis qu'il étoit mort , & qu'on
» le favoit par M. le Réfident de France ,
» avec qui il avoit été en relation. On a
» vendu fes effets , comme il l'avoit or-
» donné ; & par ce moyen fes dettes ont
» été acquittées. Vous voyez dans toute
fa conduite la candeur , la droiture &
» la probité d'un honnête homme , digne
» affùrément d'être regretté ; & en mon
particulier , j'ai pris une part bien fincère
à fes infortunes. Il avoit fait une
critique des oeuvres de M. de Voltaire ,
» que j'ai parcourue ; un autre ouvrage
qu'il appelloit l'Esprit d'Horace , & un
» troisième intitulé les Veillées de Vénus » .
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Résumé : OEUVRES de Théâtre de M. GUYOT DE MERVILLE. A Paris, chez la veuve DUCHESNE, rue Saint Jacques, au temple du goût ; 1766 : avec approbation & privilége du Roi : 3 vol. in-12.
Michel Guyot de Merville, né à Versailles en 1696, est un auteur dramatique dont les œuvres théâtrales ont été publiées en 1766 à Paris. Cette édition comprend la majorité de ses pièces, à l'exception de trois tragédies non représentées ni imprimées : 'Achille à Troyes', 'Manlius Torquatus' et 'Salluste'. Ces œuvres, écrites durant sa jeunesse, ont suscité des conflits avec des acteurs de la Comédie Française, poussant Merville à abandonner le théâtre et à quitter la France pour voyager. Merville a débuté sa carrière théâtrale en 1736 avec 'Les Mascarades amoureuses', saluée pour son style moliéresque. Suivirent 'Les Amans affrontés sans le savoir', retirée après une seule représentation, et 'Les Impromptus de l'Amour', qui connurent un succès modéré. La même année, il présenta 'Achille à Scyros', une tragédie comique bien accueillie. En 1738, 'Le Consentement forcé' fut un triomphe, suivi de 'Les Époux réunis', appréciée par la presse malgré un accueil mitigé lors de sa première représentation. Merville a également écrit pour le théâtre Italien, avec des pièces comme 'Le Dédit inutile' et 'Les Dieux travestis'. Sa collaboration avec Procope sur 'Le Roman' et 'L'Apparence trompeuse' fut notable, cette dernière étant particulièrement bien reçue. Cependant, 'Les Talens déplacés' en 1744 provoqua une rupture avec les acteurs italiens, mettant fin à ses représentations et publications jusqu'à l'édition de 1766. Parmi ses autres œuvres, on trouve plusieurs comédies telles que 'Le Jugement téméraire', 'Les Tracafferies ou le Mariage supposé', 'Le Triomphe de l'Amour & du Hazard', et 'La Coquette punie'. Il a également écrit 'Le Médecin de l'esprit', joué une seule fois au théâtre Français en 1739, ainsi que 'L'Histoire littéraire de l'Europe' publiée en 1726 et un 'Voyage d'Italie' en deux volumes. Merville a rencontré un gentilhomme suisse vers 1750 ou 1751, renforçant leur amitié au fil des visites. Il a été marqué par des chagrins personnels et des difficultés financières. Il a voyagé en Europe, rencontrant Voltaire à Lyon, avec qui il eut une querelle littéraire. Après avoir réglé ses affaires et ses dettes à Genève, Merville disparut mystérieusement. Des rumeurs parlèrent de sa mort par noyade, mais il est possible qu'il se soit retiré dans un couvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4678
p. 164
« Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...] »
Début :
Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...]
Mots clefs :
Portrait, M. de Voltaire, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...] »
Le portrait de M. de Voltaire a été li
bien reçu du Public que cela a engagé un
Artifte , qui avoit defiiné depuis peu celui
de M. Rouffeau, à le mettre au jour , en
le faifant graver pour pendant de celui de
M. de Voltaire. On le trouvera , comme
l'autre , chez Auvray , Doreur , rue Saint
Jacques , vis - à - vis Saint Yves , & il ſe
vendra le même prix , 3 liv . en feuille .
bien reçu du Public que cela a engagé un
Artifte , qui avoit defiiné depuis peu celui
de M. Rouffeau, à le mettre au jour , en
le faifant graver pour pendant de celui de
M. de Voltaire. On le trouvera , comme
l'autre , chez Auvray , Doreur , rue Saint
Jacques , vis - à - vis Saint Yves , & il ſe
vendra le même prix , 3 liv . en feuille .
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4679
p. 170-171
« Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...] »
Début :
Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...]
Mots clefs :
Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...] »
Le Portrait de M. Jean-Jacques Rouffeau ,
deffiné à Neuf- Châtel en 1765 , gravé par
AVRIL 1766. 171
J. B. Michel , fe vend à Paris , chez Auvray
, rue Saint Jacques , vis-à- vis Saint
Yves. Cette eftampe , de bonne main , eſt
de même format que celle de M. de Voltaire
, annoncée dans le premier volume de
Janvier, & nous paroît avoir de quoi plaireaux
connoiffeurs autant que la première
deffiné à Neuf- Châtel en 1765 , gravé par
AVRIL 1766. 171
J. B. Michel , fe vend à Paris , chez Auvray
, rue Saint Jacques , vis-à- vis Saint
Yves. Cette eftampe , de bonne main , eſt
de même format que celle de M. de Voltaire
, annoncée dans le premier volume de
Janvier, & nous paroît avoir de quoi plaireaux
connoiffeurs autant que la première
Fermer
4680
p. 118-131
LES SENS POEME. SECOND EXTRAIT.
Début :
DANS l'extrait que nous avons donné de cet ouvrage dans le Mercure d'Avril [...]
Mots clefs :
Poème, Âme, Goût, Plaisir, Amour, Chant, Vers, Fleurs, Bosquets, Auteur, Sens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SENS POEME. SECOND EXTRAIT.
LES SENS POEM E.
SECOND EXTRAIT.
DANS l'extrait que nous avons donné
de cet ouvrage dans le Mercure d'Avril
nous nous fommes contentés d'en rendre
un compte exact , en laiffant à nos lecteurs
le plaifir de porter un jugement , réglé par
le plus ou le moins de plaifir qu'ils auroient
reffenti. Nous fuivrons la même méthode
dans ce nouvel extrait.
Le Goût , chant quatrième du Poëme ,
eft celui auquel nous nous fommes arrêtés.
Il est peut- être de tous les chants de cet
ouvrage celui qui doit plaire le plus aux
âmes fenfibles. Tout y eft naturel , mais
délicat , mais bien fenti.
It eft dans les âmes fenfibles
Des tranfports délicats , de fecrets mouvemens ,
Qu'à l'afpect du vrai beau leurs fens plus fufceptibles
Expriment par d'heureux élans.
Ces fentimens fubtils , ces rapports invisibles ,
En font des juges infaillibles ,
Et des cenfeurs intelligens.
JUILLET 1766. 119
Connoilleurs fans étude , & favans fans fcience ,
Ce qu'au fer eft l'aimant , le beau l'eft pour
leurs fens :
Mille riens délicats font pour eux importans.
Leur vigilante intelligence
Sait connoître & jouir de tout :
Hélas dans chaque jouillance
L'effet c'eft le plaiûr , la caufe c'eſt le goût.
Ce fens heureux , à lui- même infidelle ,
Par une double effence agit différemment :
Cette effence fouvent n'eft qu'intellectuelle .
Et quelquefois fenfible feulement.
Il élève , il conduit l'effor de la penſée :
Par lui de l'ignorance ayant brifé les fers ,
Vers les cieux notre âme élancée ,
Sur des aîles de feu plane dans l'univers ,
Quand ce germe premier dont tout naît & s'enfante
,
Par le fouffle de l'Eternel ,
Reçut une chaleur active & fécondante ,
Tout jufques à l'efprit étoit matériel.
L'homme vécut long -temps fans ofer ſe connoître :
Ainfi que la nature il étoit au berceau.
Enfin au flambeau du génie
Le goût vivifia les âmes des héros.
Bientôt une auguſte harmonie
Affervit tout à fes heureuſes loix :
120 MERCURE DE FRANCE.
D'un Maître Créateur l'homme acquit tous les
droits ,
Et l'univers foumis à fa noble magie
Fut le temple des arts & le palais des Rois.
Ce goût du beau , ce fens métaphyfique ,
Eft un fixième fens dont l'ineffable prix ,
Pour tant de vulgaires efprits ,
N'eft qu'un être problématique .
C'eſt à la fois un fens particulier ,
Dont l'existence & phyfique & morale ,
Ne connut jamais de rivale
Dans l'art de tout apprécier ;
Et c'est un fens dont le pouvoir fuprême
Agit fur tous les autres fens ;
Ils ne font jamais bien que ce qu'il eft lui-même :
Tous allervis à fes heureux penchans ,
Connoiffent par les connoiffances ,
Jouillent de fes jouiſſances ,
Se meuvent par les mouvemens.
De tels vers font plus difficiles à faire
que les jolis madrigaux qui brillent dans
les ouvrages de mode. Quelques vers plus
bas l'Auteur ajoute ceux- ci , qui réfument
fon fyftême , qui l'expliquent , & que leur
vérité rend . fublimes.
La prudente nature a pour premier mystère
De ne tout varier qu'en fimplifiant tout :
Chaque fens eft un tact , chaque fens a fon goût.
Le
JUILLET 1766. 121
Le phyfique des fens eft un tact plein de flamme :
Et leur méthaphyfique eft le goût des penchans :
L'âme , dans le premier , doit fes plaifirs aux fens ;
Les fens , dans le fecond , doivent les leurs à l'âme.
L'Auteur , pour varier fon ouvrage
paffe enfuite à des peintures délicates , qui
échappent à ces hommes
Dont la vie est un fommeil léthargique ,
Dont l'existence méchanique
A pour fens des refforts & pour difcours des fons.
Il ajoute enfuite ces vers précieux par
·les vérités qu'ils contiennent,
Et- il quelques objets que fon pouvoir n'embraſſe ›
C'est par lui que chante
Apollon
,
C'eſt par lui que charme une Grâce.
A Cythère , au facré vallon ,
It couronne Greffet , avec Chaulieu foupire ;
Il chauffe le cothurne , il accorde la lyre
De Bernis & d'Anacreon.
C'eft dans les bras que compofoient Molière ,
Et le gentil Bernard , & la nerveux Piron.
11 infpiroit le mâle Crébillon ,
L'élégant Marmontel , & le docte Buffon.
Il a taillé la plume de Voltaire :
Racine fut fon nourriffon ;
Mais de Corneille il fut le père.
Vol. I. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Ces aigles , voifins du tonnerre ,
Rivaux des Dieux pour la grandeur ,
Les deux Rouffeaux , ces maîtres de la terre ,
Doivent à fes leçons l'art de charmer le coeur.
Mais comme fous la main , par l'heureux don de
plaire ,
Tout s'annoblit , & tout devient faveur ;
C'eſt auffi lui qui place & dérobe une fleur
Dans le corfet de la fimple bergère.
O goût , tréfor de l'âme & de l'efprit ,
C'eſt par toi qu'il eft deux nobleffes ;
L'une , dûe au hafard , ou le prix des richelles ,
Qui fans illuftrer annoblit :
L'autre des potentats & des Princes rivale
S'élève & voit ramper leur précaire hauteur ;
Et des rangs éloignés rempliffant l'intervale ,
Donne au fang le pouvoir , aux talens la grandeur.
Après ces morceaux de raifonnement
fuit l'épifode des compagnons d'Ulyſſe
changés par Circé en différens animaux.
Les images y font vives & les contraftes
adroits. L'Auteur rappelle finement l'épifode
du chant de l'ouïe , où l'adreffe d'Ulyffe
a préfervé fes Compagnons du danger
d'entendre les Syrenes.
Aux accens de la volupté
Les Compagnons d'Ulyffe oppofoient la fierté.
Le goût les a vaincus. Quel bonheur eft le vôtre ,
Tendres bergers toujours un fens n'a réfifté
JUILLET 1766. 123
Que pour mieux illuftrer la défaite de l'autre.
Entrez tous avec moi dans un bocage frais ,
·
Temple de la volupté pure
Où l'amour fait la guerre , & le plaifir la paix.
Peinture anacréontique de ce bofquet.
Là , d'un repas charmant Glycère & fon Lycas
Goûtofent la volupté champêtre :
Le fafte eft apprêté , le plaifir ne l'eft pas .
Pour un coeur délicat, dont l'amour eſt le maître ,
Le Louvre est bien moins qu'un bosquet ;
Et le plaifir le plus parfait ,
Le plus durable enfin , eft le plus prompt à naître .
Leçon pour ces Créfus qui croient que
For donne un prix à tout : ils vantent leurs
poffeffions ;
Mais trop d'art vous trahit , vous m'en montrez
l'apprêt ;
Je pense à ce qu'il vous en coûte ,
Je calcule , & mon coeur fe tait.
Je veux plus de défordre & bien moins d'élégances
Des rameaux trop unis , contraints par la ſcience ,
Ne m'offrent point l'image d'un bofquet.
Glycère , dans le tien , la douce jouillance
Naît du défordre heureux qui pare chaque objets
Qu'une fimple noblefle a de magnificence !
Oui , ce féjour délicieux ,
Simple comme Lycas , comme fon innocence ,
Seroit moins bien s'il étoit mieux..
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Defcription du repas des deux amans,
Ils preffurent le jus de la treille ; Lycas
chante une chanfon , dont ce couplet eft
charmant.
D'une fleur fous les pas éclofe
Une Eglé chérit la fraîcheur :
Elle effeuille à deffein fa rofe
Chaque feuille vaut une fleur.
Dans les biens qu'amour nous propofe
Le coeur doit tour apprécier ;
Celui qui mieux les décompofe
Sait par- là les multiplier.
Lycas , toujours délicat , différe fon
bonheur & refpecte l'obftacle que la nature
a mis à fes tranfports. Nos lecteurs
nous pardonneront cette dernière citation
à laquelle nous ne pouvons nous refuſer.
Cet obftacle imprévu que reſpecte leur flamme
Eft un charme de plus , chef- d'oeuvre du defir ;
Et ce qu'en eux les fens ont perdu de plaifir ,
S'ajoute au bonheur de leur âme.
Leçon de goût , nouvelle pour les coeurs !
Notre âme quelquefois s'arrête & le captive
Pour irriter les preffantes ardeurs .
Pour elle - même fugitive ,
Elle s'ôte fon bien , s'échappe , fe pourfuit ;
Se prive alors qu'elle jouit ,
Jouit alors qu'elle fe prive,
JUILLET 1766. 125
Rien ne doit être indifférent :
Ni le ruiffeau qui près de nous s'écoule ,
Ni ce lit de cailloux fur lequel il ſe roule ,
Ni le rideau du feuillage naiffant ,
Ni le moindre zéphir , ni le gafon qu'on foule,
Ni le bouton de fleurs , ni le jour , ni l'inſtant.
Un rien nous prive , un rien nous enrichit peutêtre
:
C'eft pour parler au coeur que tout parle à nos
yeux ;
Il ne fuffit point d'être heureux ,
Il faut fentir , il faut connoître
Pour quoi , pour qui , comment , & combien on
va l'être :
Tout importe , le choix de l'objet & des lieux.
L'Auteur termine ce chant en vantant
les plaifirs délicats & la beauté qui peutdire
fans menfonge ,
Je n'ai point de defics quand je n'ai point d'amant.
Les citations multipliées étoient néceffaires
dans un chant où tout eft fentiment .
L'odorat forme le fujet du cinquième
chant. On reconnoît toujours la même
touche ; c'est toujours le métaphyfique
des fens contrafté avec le phyfique. Voici
comme l'Auteur définit celui- ci :
Ce n'étoit point affez , pour l'augufte puiſſance ,
Qui ne nous fait jouir que pour mieux l'imiter ,
Fiij
726 MERCURE DE FRANCE.
De donner une intelligence
Au fens qui pour jouir nous apprend à goûter.
Comme dans tous les biens
tance ,
, par qui notre ſubſ-
En les décompofant , répare fa vigueur
Des fucs la volatile effence
De parfums délicats répand la douce odeur ;
Il nous fit un fens propre à cette jouiffance.
Avec ces corps fubtils , atômes fublimés
La volupté dans les airs fe balance ;
Comme il eft des cailloux dont les veines fidelles
Récèlent des feux inconnus ;
En les heurtant mille éclats imprévus
Cherchent où réunir leurs foibles étincelles .
Ces corps ignés naiffent en pétillant ,
Sans échauffer comme la flamme:
Comme elle dans les airs ils volent en brillant ,
La font naître & lui donnent l'âme.
Ainfi dans ces chocs violens
Qui naiffent dans un coeur timide , mais ſenſible ,
Du combat de l'âme & des fens ;
Sous les corps attractifs d'un pouvoir invifible
Des efprits animaux la brûlante vapeur
Se répand , fe fublime ; & fon tact infaillible
Cherche fans fe tromper l'objet de ſon ardeur .
Le fyftême de l'Auteur eft que les preffentimens
fecrets , les fympathies fubites
naiffent de cettte force attractive des efprits
animaux émanés de nos corps. Si ce n'eft
JUILLET 1766. 127
qu'un fyftême , au moins eft- il ingénieux.
L'Auteur paffe à une defcription de la différence
des fenfations qu'on éprouve en
refpirant l'air du matin , celui de midi ,
celui du foir. ·
Ainfi refpirer même eft un piége enchanteur !
Souvent d'une Nymphe fauvage
Un fimple cuillet a fléchi la rigueur ,
Qu payé les fers d'un volage ;
Le fceptre de l'amour n'eft fouvent qu'une fleur.
Deſcription d'une fête de village qui
amène naturellement l'épifode de ce chant,
toute de fiction. L'Auteur fuppofe que
deux amans ayant été un modèle de fidélité
pendant leur vie , leur chien s'eſt fixé
fur leur tombeau ; & que l'Amour a fait
de ce chien un oracle. Toutes les bergères ,
fuivies de leurs mères , venoient jetter
leur bouquet devant le chien ;
Et jamais , jamais une mère
Ne vit fon bouquet rapporté.
Tous les détails de cette épifode font
agréables.
Ce fut pendant long-temps un triomphe fuprême
D'avoir un für garant d'un tréfor confervé :
L'or craint- il le creufet ; Un coeur fûr de luimême
Gagne toujours quand il eft éprouvé.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
D'autres temps , d'autres moeurs. Jouir devint
baffeffe !
L'abus de la beauté fut un crime commun ;
Dès qu'on mit tout à prix , & plaifirs & tendreffe ,
Tout ceffa d'en mériter un ,
L'oracle devient importun . Le poifon
en délivre .
Le vice après la mort défiant la vertu ,
Des pertes de l'honneur enrichit la décence :
Comme s'il fuffifoit , pour preuve d'innocence ,
De n'être jamais conyainca .
Du mafque de la bienséance
La Phryné fut cacher l'oeil de fon impudence ,
Et de fon manteau fe couvrit ;
Dans ce fiècle trompeur votre vertu commence ,
Sexe volage , où l'épreuve finit .
Glycère n'a pas befoin de garant. Chaque
inftant développe fes fenfations &
celle de fon amant. L'Auteur décrit , d'une
manière curieuſe , les progrès de l'odorat ,
qui eft le plus tardif des fens. Il peint un
homme qui interroge fon être , qui effaye
fes forces par degrés ; il foupire , il eſt
inquiet.
Un jeune objet paroît... & déja ſa beauté
Par un charme fecret l'attire.
Il la pourfuit avec rapidité ;
Pour le foir elie cherche un bofquet écarté.
JUILLET 1766. 329
Dans ce bofquet Flore tient fon Empire ,
Ce qui n'étoit qu'un trouble eft bientôt un délire !
Sur ces tapis rians on tombe en fûreté ;
Mille naifantes fleurs , fur leur tige orgueilleufe ,
Soutiennent en tombant la bergère amoureuſe
Que fa fuite n'a pu fauver.
Cette chûte , peu dangereufe ,
Ne feroit- elle douloureuſe
Qu'à l'inftant de fe relever ?
Qu'ai- je dit qu'ai - je peint ? ... Ce boſquet ;
cette fuite ,
Cette yvrelle , cette pourfuite ,
Je ne les ai chantés que pour chanter Lycas.
Glycère , le foir de la fête du village ,
fuyoit vers fon bofquet chéri. Lycas l'y
pourfuit ; & l'Auteur raconte que Flore ,
alarmée de l'inconftance de Zéphire , avoit
ce jour même demandé à l'Amour un trait
für de fes coups. L'amour lui avoit accordé
fa demande , à condition qu'elle lui donneroit
en échange toutes les fleurs nées
dans fon Empire pendant le même jour.
Flore y avoit confenti , & en effayant le
trait , s'étoit bleffée elle-même.
Le petit Dieu , maître de la nature ,
Prodigue à Glycère les fleurs
Que Flore lui donna , pour fléchir fes rigueurs
Mais ne prêtant rien fans ufure ,
Fy
130
MERCURE DE FRANCE.
C
Pour les fleurs comme pour le trait ,
Il va dans ce fombre bolquer
Se payer par une bleſſure .
L'Auteur paffe enfin au chant de la
jouiffance. Nous n'en citerons aucun morceau
; & M. de Rofoi , qui fait que notre
Journal peut tomber entre les mains des
jeunes perfonnes , à qui il ne faut offrir
que des images modeftes , nous pardonnera
cette omiffion .
Plaiſirs des deux amans , leçons de délicateffe
, réunion de tous les fens , peinture
de la défaite d'un jeune coeur ; cris
de l'âme ; voilà ce que l'Auteur exprime
avec toute la chaleur de la Poéfie.
Par une tranfition naturelle il amène
l'epifode. Le Phoenix enfuite. Le fujet de
cette idée eft embelli par - tout de détails
intéreffans ; nous laiffons à nos lecteurs le
plaifir de les lire dans le Poëme. l'Auteur
termine en appliquant l'épifode aux deux
amans qu'il a célébrés , & finit en adreffant
l'ouvrage à Zélis, jeune beauté à qui
il donne des leçons analogues au fujet
qu'il a traité. Elles font écrites avec fineffe ,
avec fentiment. La difficulté du choix
empêche d'en rapporter des morceaux . Il
eft impoffible d'en adopter un à l'exclufion
de l'autre. Nous renvoyons donc encore à
l'ouvrage même.
JUILLET 1766. 131
Si nous nous fommes étendus fur cette
production , plus que nous n'avons coutume
de faire , nous croyons que le public
nous en faura gré. On y trouve pourtant
quelques inverfions forcées , des expreffions
quelques fois foibles ou peu propres,
mais il prouve du génie , de la combinafon
dans les idées. La marche en eft rapide ,
les images brillantes quoique fages , &
inultipliées fans être confufes ; la Poéfie
en eft naturelle : point trop d'efprit , point
de jeux de mots ; beaucoup de fentiment,
& fur-tout une belle ordonnance ; voilà
de quoi confoler l'Auteur des mauvaiſes
chicanes que la critique pourroit lui faire .
M. de Rozoi a les plus grands droits à la
bienveillance du public , & cet ouvrage eft
un engagement pour lui à faire de nouveaux
efforts pour mériter de nouveaux éloges.
SECOND EXTRAIT.
DANS l'extrait que nous avons donné
de cet ouvrage dans le Mercure d'Avril
nous nous fommes contentés d'en rendre
un compte exact , en laiffant à nos lecteurs
le plaifir de porter un jugement , réglé par
le plus ou le moins de plaifir qu'ils auroient
reffenti. Nous fuivrons la même méthode
dans ce nouvel extrait.
Le Goût , chant quatrième du Poëme ,
eft celui auquel nous nous fommes arrêtés.
Il est peut- être de tous les chants de cet
ouvrage celui qui doit plaire le plus aux
âmes fenfibles. Tout y eft naturel , mais
délicat , mais bien fenti.
It eft dans les âmes fenfibles
Des tranfports délicats , de fecrets mouvemens ,
Qu'à l'afpect du vrai beau leurs fens plus fufceptibles
Expriment par d'heureux élans.
Ces fentimens fubtils , ces rapports invisibles ,
En font des juges infaillibles ,
Et des cenfeurs intelligens.
JUILLET 1766. 119
Connoilleurs fans étude , & favans fans fcience ,
Ce qu'au fer eft l'aimant , le beau l'eft pour
leurs fens :
Mille riens délicats font pour eux importans.
Leur vigilante intelligence
Sait connoître & jouir de tout :
Hélas dans chaque jouillance
L'effet c'eft le plaiûr , la caufe c'eſt le goût.
Ce fens heureux , à lui- même infidelle ,
Par une double effence agit différemment :
Cette effence fouvent n'eft qu'intellectuelle .
Et quelquefois fenfible feulement.
Il élève , il conduit l'effor de la penſée :
Par lui de l'ignorance ayant brifé les fers ,
Vers les cieux notre âme élancée ,
Sur des aîles de feu plane dans l'univers ,
Quand ce germe premier dont tout naît & s'enfante
,
Par le fouffle de l'Eternel ,
Reçut une chaleur active & fécondante ,
Tout jufques à l'efprit étoit matériel.
L'homme vécut long -temps fans ofer ſe connoître :
Ainfi que la nature il étoit au berceau.
Enfin au flambeau du génie
Le goût vivifia les âmes des héros.
Bientôt une auguſte harmonie
Affervit tout à fes heureuſes loix :
120 MERCURE DE FRANCE.
D'un Maître Créateur l'homme acquit tous les
droits ,
Et l'univers foumis à fa noble magie
Fut le temple des arts & le palais des Rois.
Ce goût du beau , ce fens métaphyfique ,
Eft un fixième fens dont l'ineffable prix ,
Pour tant de vulgaires efprits ,
N'eft qu'un être problématique .
C'eſt à la fois un fens particulier ,
Dont l'existence & phyfique & morale ,
Ne connut jamais de rivale
Dans l'art de tout apprécier ;
Et c'est un fens dont le pouvoir fuprême
Agit fur tous les autres fens ;
Ils ne font jamais bien que ce qu'il eft lui-même :
Tous allervis à fes heureux penchans ,
Connoiffent par les connoiffances ,
Jouillent de fes jouiſſances ,
Se meuvent par les mouvemens.
De tels vers font plus difficiles à faire
que les jolis madrigaux qui brillent dans
les ouvrages de mode. Quelques vers plus
bas l'Auteur ajoute ceux- ci , qui réfument
fon fyftême , qui l'expliquent , & que leur
vérité rend . fublimes.
La prudente nature a pour premier mystère
De ne tout varier qu'en fimplifiant tout :
Chaque fens eft un tact , chaque fens a fon goût.
Le
JUILLET 1766. 121
Le phyfique des fens eft un tact plein de flamme :
Et leur méthaphyfique eft le goût des penchans :
L'âme , dans le premier , doit fes plaifirs aux fens ;
Les fens , dans le fecond , doivent les leurs à l'âme.
L'Auteur , pour varier fon ouvrage
paffe enfuite à des peintures délicates , qui
échappent à ces hommes
Dont la vie est un fommeil léthargique ,
Dont l'existence méchanique
A pour fens des refforts & pour difcours des fons.
Il ajoute enfuite ces vers précieux par
·les vérités qu'ils contiennent,
Et- il quelques objets que fon pouvoir n'embraſſe ›
C'est par lui que chante
Apollon
,
C'eſt par lui que charme une Grâce.
A Cythère , au facré vallon ,
It couronne Greffet , avec Chaulieu foupire ;
Il chauffe le cothurne , il accorde la lyre
De Bernis & d'Anacreon.
C'eft dans les bras que compofoient Molière ,
Et le gentil Bernard , & la nerveux Piron.
11 infpiroit le mâle Crébillon ,
L'élégant Marmontel , & le docte Buffon.
Il a taillé la plume de Voltaire :
Racine fut fon nourriffon ;
Mais de Corneille il fut le père.
Vol. I. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Ces aigles , voifins du tonnerre ,
Rivaux des Dieux pour la grandeur ,
Les deux Rouffeaux , ces maîtres de la terre ,
Doivent à fes leçons l'art de charmer le coeur.
Mais comme fous la main , par l'heureux don de
plaire ,
Tout s'annoblit , & tout devient faveur ;
C'eſt auffi lui qui place & dérobe une fleur
Dans le corfet de la fimple bergère.
O goût , tréfor de l'âme & de l'efprit ,
C'eſt par toi qu'il eft deux nobleffes ;
L'une , dûe au hafard , ou le prix des richelles ,
Qui fans illuftrer annoblit :
L'autre des potentats & des Princes rivale
S'élève & voit ramper leur précaire hauteur ;
Et des rangs éloignés rempliffant l'intervale ,
Donne au fang le pouvoir , aux talens la grandeur.
Après ces morceaux de raifonnement
fuit l'épifode des compagnons d'Ulyſſe
changés par Circé en différens animaux.
Les images y font vives & les contraftes
adroits. L'Auteur rappelle finement l'épifode
du chant de l'ouïe , où l'adreffe d'Ulyffe
a préfervé fes Compagnons du danger
d'entendre les Syrenes.
Aux accens de la volupté
Les Compagnons d'Ulyffe oppofoient la fierté.
Le goût les a vaincus. Quel bonheur eft le vôtre ,
Tendres bergers toujours un fens n'a réfifté
JUILLET 1766. 123
Que pour mieux illuftrer la défaite de l'autre.
Entrez tous avec moi dans un bocage frais ,
·
Temple de la volupté pure
Où l'amour fait la guerre , & le plaifir la paix.
Peinture anacréontique de ce bofquet.
Là , d'un repas charmant Glycère & fon Lycas
Goûtofent la volupté champêtre :
Le fafte eft apprêté , le plaifir ne l'eft pas .
Pour un coeur délicat, dont l'amour eſt le maître ,
Le Louvre est bien moins qu'un bosquet ;
Et le plaifir le plus parfait ,
Le plus durable enfin , eft le plus prompt à naître .
Leçon pour ces Créfus qui croient que
For donne un prix à tout : ils vantent leurs
poffeffions ;
Mais trop d'art vous trahit , vous m'en montrez
l'apprêt ;
Je pense à ce qu'il vous en coûte ,
Je calcule , & mon coeur fe tait.
Je veux plus de défordre & bien moins d'élégances
Des rameaux trop unis , contraints par la ſcience ,
Ne m'offrent point l'image d'un bofquet.
Glycère , dans le tien , la douce jouillance
Naît du défordre heureux qui pare chaque objets
Qu'une fimple noblefle a de magnificence !
Oui , ce féjour délicieux ,
Simple comme Lycas , comme fon innocence ,
Seroit moins bien s'il étoit mieux..
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Defcription du repas des deux amans,
Ils preffurent le jus de la treille ; Lycas
chante une chanfon , dont ce couplet eft
charmant.
D'une fleur fous les pas éclofe
Une Eglé chérit la fraîcheur :
Elle effeuille à deffein fa rofe
Chaque feuille vaut une fleur.
Dans les biens qu'amour nous propofe
Le coeur doit tour apprécier ;
Celui qui mieux les décompofe
Sait par- là les multiplier.
Lycas , toujours délicat , différe fon
bonheur & refpecte l'obftacle que la nature
a mis à fes tranfports. Nos lecteurs
nous pardonneront cette dernière citation
à laquelle nous ne pouvons nous refuſer.
Cet obftacle imprévu que reſpecte leur flamme
Eft un charme de plus , chef- d'oeuvre du defir ;
Et ce qu'en eux les fens ont perdu de plaifir ,
S'ajoute au bonheur de leur âme.
Leçon de goût , nouvelle pour les coeurs !
Notre âme quelquefois s'arrête & le captive
Pour irriter les preffantes ardeurs .
Pour elle - même fugitive ,
Elle s'ôte fon bien , s'échappe , fe pourfuit ;
Se prive alors qu'elle jouit ,
Jouit alors qu'elle fe prive,
JUILLET 1766. 125
Rien ne doit être indifférent :
Ni le ruiffeau qui près de nous s'écoule ,
Ni ce lit de cailloux fur lequel il ſe roule ,
Ni le rideau du feuillage naiffant ,
Ni le moindre zéphir , ni le gafon qu'on foule,
Ni le bouton de fleurs , ni le jour , ni l'inſtant.
Un rien nous prive , un rien nous enrichit peutêtre
:
C'eft pour parler au coeur que tout parle à nos
yeux ;
Il ne fuffit point d'être heureux ,
Il faut fentir , il faut connoître
Pour quoi , pour qui , comment , & combien on
va l'être :
Tout importe , le choix de l'objet & des lieux.
L'Auteur termine ce chant en vantant
les plaifirs délicats & la beauté qui peutdire
fans menfonge ,
Je n'ai point de defics quand je n'ai point d'amant.
Les citations multipliées étoient néceffaires
dans un chant où tout eft fentiment .
L'odorat forme le fujet du cinquième
chant. On reconnoît toujours la même
touche ; c'est toujours le métaphyfique
des fens contrafté avec le phyfique. Voici
comme l'Auteur définit celui- ci :
Ce n'étoit point affez , pour l'augufte puiſſance ,
Qui ne nous fait jouir que pour mieux l'imiter ,
Fiij
726 MERCURE DE FRANCE.
De donner une intelligence
Au fens qui pour jouir nous apprend à goûter.
Comme dans tous les biens
tance ,
, par qui notre ſubſ-
En les décompofant , répare fa vigueur
Des fucs la volatile effence
De parfums délicats répand la douce odeur ;
Il nous fit un fens propre à cette jouiffance.
Avec ces corps fubtils , atômes fublimés
La volupté dans les airs fe balance ;
Comme il eft des cailloux dont les veines fidelles
Récèlent des feux inconnus ;
En les heurtant mille éclats imprévus
Cherchent où réunir leurs foibles étincelles .
Ces corps ignés naiffent en pétillant ,
Sans échauffer comme la flamme:
Comme elle dans les airs ils volent en brillant ,
La font naître & lui donnent l'âme.
Ainfi dans ces chocs violens
Qui naiffent dans un coeur timide , mais ſenſible ,
Du combat de l'âme & des fens ;
Sous les corps attractifs d'un pouvoir invifible
Des efprits animaux la brûlante vapeur
Se répand , fe fublime ; & fon tact infaillible
Cherche fans fe tromper l'objet de ſon ardeur .
Le fyftême de l'Auteur eft que les preffentimens
fecrets , les fympathies fubites
naiffent de cettte force attractive des efprits
animaux émanés de nos corps. Si ce n'eft
JUILLET 1766. 127
qu'un fyftême , au moins eft- il ingénieux.
L'Auteur paffe à une defcription de la différence
des fenfations qu'on éprouve en
refpirant l'air du matin , celui de midi ,
celui du foir. ·
Ainfi refpirer même eft un piége enchanteur !
Souvent d'une Nymphe fauvage
Un fimple cuillet a fléchi la rigueur ,
Qu payé les fers d'un volage ;
Le fceptre de l'amour n'eft fouvent qu'une fleur.
Deſcription d'une fête de village qui
amène naturellement l'épifode de ce chant,
toute de fiction. L'Auteur fuppofe que
deux amans ayant été un modèle de fidélité
pendant leur vie , leur chien s'eſt fixé
fur leur tombeau ; & que l'Amour a fait
de ce chien un oracle. Toutes les bergères ,
fuivies de leurs mères , venoient jetter
leur bouquet devant le chien ;
Et jamais , jamais une mère
Ne vit fon bouquet rapporté.
Tous les détails de cette épifode font
agréables.
Ce fut pendant long-temps un triomphe fuprême
D'avoir un für garant d'un tréfor confervé :
L'or craint- il le creufet ; Un coeur fûr de luimême
Gagne toujours quand il eft éprouvé.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
D'autres temps , d'autres moeurs. Jouir devint
baffeffe !
L'abus de la beauté fut un crime commun ;
Dès qu'on mit tout à prix , & plaifirs & tendreffe ,
Tout ceffa d'en mériter un ,
L'oracle devient importun . Le poifon
en délivre .
Le vice après la mort défiant la vertu ,
Des pertes de l'honneur enrichit la décence :
Comme s'il fuffifoit , pour preuve d'innocence ,
De n'être jamais conyainca .
Du mafque de la bienséance
La Phryné fut cacher l'oeil de fon impudence ,
Et de fon manteau fe couvrit ;
Dans ce fiècle trompeur votre vertu commence ,
Sexe volage , où l'épreuve finit .
Glycère n'a pas befoin de garant. Chaque
inftant développe fes fenfations &
celle de fon amant. L'Auteur décrit , d'une
manière curieuſe , les progrès de l'odorat ,
qui eft le plus tardif des fens. Il peint un
homme qui interroge fon être , qui effaye
fes forces par degrés ; il foupire , il eſt
inquiet.
Un jeune objet paroît... & déja ſa beauté
Par un charme fecret l'attire.
Il la pourfuit avec rapidité ;
Pour le foir elie cherche un bofquet écarté.
JUILLET 1766. 329
Dans ce bofquet Flore tient fon Empire ,
Ce qui n'étoit qu'un trouble eft bientôt un délire !
Sur ces tapis rians on tombe en fûreté ;
Mille naifantes fleurs , fur leur tige orgueilleufe ,
Soutiennent en tombant la bergère amoureuſe
Que fa fuite n'a pu fauver.
Cette chûte , peu dangereufe ,
Ne feroit- elle douloureuſe
Qu'à l'inftant de fe relever ?
Qu'ai- je dit qu'ai - je peint ? ... Ce boſquet ;
cette fuite ,
Cette yvrelle , cette pourfuite ,
Je ne les ai chantés que pour chanter Lycas.
Glycère , le foir de la fête du village ,
fuyoit vers fon bofquet chéri. Lycas l'y
pourfuit ; & l'Auteur raconte que Flore ,
alarmée de l'inconftance de Zéphire , avoit
ce jour même demandé à l'Amour un trait
für de fes coups. L'amour lui avoit accordé
fa demande , à condition qu'elle lui donneroit
en échange toutes les fleurs nées
dans fon Empire pendant le même jour.
Flore y avoit confenti , & en effayant le
trait , s'étoit bleffée elle-même.
Le petit Dieu , maître de la nature ,
Prodigue à Glycère les fleurs
Que Flore lui donna , pour fléchir fes rigueurs
Mais ne prêtant rien fans ufure ,
Fy
130
MERCURE DE FRANCE.
C
Pour les fleurs comme pour le trait ,
Il va dans ce fombre bolquer
Se payer par une bleſſure .
L'Auteur paffe enfin au chant de la
jouiffance. Nous n'en citerons aucun morceau
; & M. de Rofoi , qui fait que notre
Journal peut tomber entre les mains des
jeunes perfonnes , à qui il ne faut offrir
que des images modeftes , nous pardonnera
cette omiffion .
Plaiſirs des deux amans , leçons de délicateffe
, réunion de tous les fens , peinture
de la défaite d'un jeune coeur ; cris
de l'âme ; voilà ce que l'Auteur exprime
avec toute la chaleur de la Poéfie.
Par une tranfition naturelle il amène
l'epifode. Le Phoenix enfuite. Le fujet de
cette idée eft embelli par - tout de détails
intéreffans ; nous laiffons à nos lecteurs le
plaifir de les lire dans le Poëme. l'Auteur
termine en appliquant l'épifode aux deux
amans qu'il a célébrés , & finit en adreffant
l'ouvrage à Zélis, jeune beauté à qui
il donne des leçons analogues au fujet
qu'il a traité. Elles font écrites avec fineffe ,
avec fentiment. La difficulté du choix
empêche d'en rapporter des morceaux . Il
eft impoffible d'en adopter un à l'exclufion
de l'autre. Nous renvoyons donc encore à
l'ouvrage même.
JUILLET 1766. 131
Si nous nous fommes étendus fur cette
production , plus que nous n'avons coutume
de faire , nous croyons que le public
nous en faura gré. On y trouve pourtant
quelques inverfions forcées , des expreffions
quelques fois foibles ou peu propres,
mais il prouve du génie , de la combinafon
dans les idées. La marche en eft rapide ,
les images brillantes quoique fages , &
inultipliées fans être confufes ; la Poéfie
en eft naturelle : point trop d'efprit , point
de jeux de mots ; beaucoup de fentiment,
& fur-tout une belle ordonnance ; voilà
de quoi confoler l'Auteur des mauvaiſes
chicanes que la critique pourroit lui faire .
M. de Rozoi a les plus grands droits à la
bienveillance du public , & cet ouvrage eft
un engagement pour lui à faire de nouveaux
efforts pour mériter de nouveaux éloges.
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Résumé : LES SENS POEME. SECOND EXTRAIT.
Le texte présente un extrait du 'Poème E' publié dans le Mercure de Juillet 1766, se concentrant sur le quatrième chant intitulé 'Le Goût'. Ce chant est apprécié pour sa nature délicate et bien sentie. Le goût est décrit comme un sens subtil et invisible permettant de juger et d'apprécier le beau. Les connaisseurs reconnaissent instinctivement le beau, sans besoin d'étude. Le goût est un sens métaphysique guidant et élevant l'esprit, essentiel pour apprécier les arts et les plaisirs. Il a inspiré des figures littéraires telles que Molière, Racine, Corneille et Voltaire. Le poème distingue deux types de noblesse : celle due au hasard ou à la richesse, et celle acquise par le talent et les compétences. Le texte explore également la simplicité et la sincérité dans les relations amoureuses, critiquant ceux qui valorisent les apparences. Il loue Glycère et Lycas pour leur amour authentique et respectueux. L'auteur souligne l'importance de la conscience et de la perception des plaisirs, affirmant que tout élément de l'environnement peut influencer l'expérience amoureuse. Le poème se conclut par une réflexion sur les changements de mœurs et la perte de valeur des véritables sentiments. L'odorat est décrit comme le sens le plus tardif à se développer. Le poème narre l'histoire de Glycère, poursuivie par Lycas, et l'intervention de Flore et de l'Amour. L'auteur termine par une épiphrase sur le Phénix, appliquée aux deux amants, et adresse l'ouvrage à Zélis. Le texte souligne le génie et la combinaison des idées de l'auteur, malgré quelques inversions forcées et expressions faibles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4681
p. 123-128
LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Début :
NOUS avons promis, dans un de nos Mercures précédens, de faire voir, par des [...]
Mots clefs :
Musique, Talents, Jean-Philippe Rameau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
LA RAMÉIDE , poëme , par M. RAMEAU;
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
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Résumé : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Jean-François Rameau, neveu du célèbre compositeur Jean-Philippe Rameau, est reconnu pour ses talents en poésie et en musique. Ses compositions musicales, notamment des airs en Bourgogne et dans d'autres régions françaises, ainsi que des pièces pour clavecin, lui ont valu une certaine notoriété. Cependant, il exprime son mécontentement face à l'absence de reconnaissance et de soutien financier malgré ses succès. Dans son poème 'La Raméide', Jean-François Rameau aborde plusieurs thèmes. Il y exprime ses objections concernant sa situation financière difficile. Il défend également son goût musical contre les critiques de Jean-Jacques Rousseau. Le poème rend hommage à ses protecteurs et propose diverses solutions pour obtenir une aide de l'État, telles que des pensions ou des bénéfices ecclésiastiques. Le texte se conclut par l'espoir que les vœux de Rameau soient exaucés, en faisant référence à un précédent favorable pour un parent de Pierre Corneille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4682
p. 135
« LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
Début :
LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...]
Mots clefs :
Religion chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
LA Religion Chrétienne prouvée par
un feul fait , ou Differtation où l'on démontre
que des Catholiques à qui Hunneric
, Roi des Vendales , fit couper la langue ,
parlèrent miraculeufement le refte de leur
vie ; & où l'on déduit les conféquences
de ce miracle contre les Ariens , les Sociniens
& les Déiftes , & en particulier contre
l'Auteur d'Emile , en répondant à leurs
principales difficultés . A Paris , chez Barbou,
rue & vis-à-vis de la grille des Mathurins
, & à Villefranche - de- Rouergue , chez
Pierre Videlhié , Imprimeur ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; in 12.
Le titre de cet ouvrage fera fentir de
quelle importance peut être un pareil écrit ,
& l'impreffion qu'il doit faire fur l'efprit
des lecteurs. Le miracle dont il eft ici
queftion eft appuyé de toutes les preuves
qu'il a été poffible de raffembler ; & il eft
difficile de fe refufer aux témoignages des
plus graves hiftoriens.
un feul fait , ou Differtation où l'on démontre
que des Catholiques à qui Hunneric
, Roi des Vendales , fit couper la langue ,
parlèrent miraculeufement le refte de leur
vie ; & où l'on déduit les conféquences
de ce miracle contre les Ariens , les Sociniens
& les Déiftes , & en particulier contre
l'Auteur d'Emile , en répondant à leurs
principales difficultés . A Paris , chez Barbou,
rue & vis-à-vis de la grille des Mathurins
, & à Villefranche - de- Rouergue , chez
Pierre Videlhié , Imprimeur ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; in 12.
Le titre de cet ouvrage fera fentir de
quelle importance peut être un pareil écrit ,
& l'impreffion qu'il doit faire fur l'efprit
des lecteurs. Le miracle dont il eft ici
queftion eft appuyé de toutes les preuves
qu'il a été poffible de raffembler ; & il eft
difficile de fe refufer aux témoignages des
plus graves hiftoriens.
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Résumé : « LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
L'ouvrage 'La Religion Chrétienne prouvée par un seul fait', publié en 1766, relate un miracle où des catholiques persécutés par Hunneric, roi des Vandales, conservèrent miraculeusement leur capacité à parler après avoir eu la langue coupée. L'auteur utilise ce miracle pour réfuter les Ariens, Sociniens et Déistes, et répondre aux objections de l'auteur d'Émile. Le livre compile des preuves et témoignages d'historiens sérieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4683
p. 181-182
AUTRES GRAVURES.
Début :
L'APPROCHE du Camp, & les Soldats en repos, estampes très-bien gravées d'après [...]
Mots clefs :
Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES GRAVURES.
AUTRES GRAVURES.
L'APPROCHE du Camp , & les Soldats
en repos , eſtampes très- bien gravées d'après
Dietricy , par C. le Vaffeur ; fe trouvent
chez l'Auteur , rue des Mathurins
vis-à- vis celle des Maçons.
>
LE Bacha en promenade promenade , d'après P.
Metay & gravée par l'Empereur ; ainfi
que le Petit Napolitain de M. Greuze
gravé par F. P. Ingout , fe vendent chez
L'Empereur , Graveur du Roi , rue & porte
Saint Jacques , au- deffus du petit Marché,
LE Public eft averti que le portrait de
M. de Voltaire & celui de M. Rouſſeau
182 MERCURE DE FRANCE .
de Genève qui fert de pendant au premier
, gravés tous les deux par M. Michel ,
d'après les deffeins qui font dans le cabinet
de M. le Marquis de Villette , font
préfentement entre les mains de M. Duret ,
Graveur , rue du Fouare , qui , pour en
procurer plus facilement l'acquifition , a
réduit le prix de ces deux portraits à 15
fols pièce , qui , auparavant fe vendoient
chacun 3 livres.
L'APPROCHE du Camp , & les Soldats
en repos , eſtampes très- bien gravées d'après
Dietricy , par C. le Vaffeur ; fe trouvent
chez l'Auteur , rue des Mathurins
vis-à- vis celle des Maçons.
>
LE Bacha en promenade promenade , d'après P.
Metay & gravée par l'Empereur ; ainfi
que le Petit Napolitain de M. Greuze
gravé par F. P. Ingout , fe vendent chez
L'Empereur , Graveur du Roi , rue & porte
Saint Jacques , au- deffus du petit Marché,
LE Public eft averti que le portrait de
M. de Voltaire & celui de M. Rouſſeau
182 MERCURE DE FRANCE .
de Genève qui fert de pendant au premier
, gravés tous les deux par M. Michel ,
d'après les deffeins qui font dans le cabinet
de M. le Marquis de Villette , font
préfentement entre les mains de M. Duret ,
Graveur , rue du Fouare , qui , pour en
procurer plus facilement l'acquifition , a
réduit le prix de ces deux portraits à 15
fols pièce , qui , auparavant fe vendoient
chacun 3 livres.
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Résumé : AUTRES GRAVURES.
Le texte décrit plusieurs gravures à vendre. 'L'APPROCHE du Camp' par C. le Vaffeur est disponible chez l'auteur, rue des Mathurins. 'LE Bacha en promenade' et 'le Petit Napolitain' sont vendus chez l'Empereur, rue Saint-Jacques. Les portraits de Voltaire et Rousseau, gravés par M. Michel, sont chez M. Duret, rue du Four, à 15 sols chacun.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4684
p. 90-95
TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
Début :
Le goût du siècle, dit M. la Cassagne, dans un prospectus qui se distribue [...]
Mots clefs :
Chant, Leçons, Musique, Méthode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
TRAITÉ général des Elémens du Chant ,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
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Résumé : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
L'Abbé La Cassagne publie en 1766 le 'Traité général des Éléments du Chant', dédié au Dauphin. Ce traité répond à une demande accrue de méthodes d'apprentissage musical accessibles et critique les approches existantes, jugées soit trop simples, soit trop complexes. La Cassagne propose une méthode équilibrée qui commence par des notions fondamentales telles que la gamme et les clefs, illustrées par des questions-réponses et des exemples pratiques. Les leçons de chant sont structurées en deux parties, incluant des exercices progressifs et des variations pour différents tons, clefs et mesures. Inspirée par Rameau et Rousseau, cette méthode vise à simplifier l'apprentissage en réduisant les mesures et en unifiant les clefs. Le traité comprend également des réflexions, des observations, des définitions et un abrégé des principes d'accompagnement. Pour ceux n'ayant pas accès à un maître, notamment en campagne, La Cassagne suggère d'utiliser un instrument toujours accordé et un balancier pour assurer la justesse des mesures. Il recommande de contacter un mécanicien pour construire l'appareil nécessaire et fournit une instruction écrite pour son utilisation. Le livre est disponible en grand in-octavo, au prix de 11 livres pour la version brochée et 12 livres pour la version reliée. Il est en vente à Paris et Versailles, notamment chez la veuve Duchesne et chez l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4684
4685
p. 134
« Le Docteur Pansophe, ou Lettres de M. de Voltaire. A Londres, & se trouve [...] »
Début :
Le Docteur Pansophe, ou Lettres de M. de Voltaire. A Londres, & se trouve [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, David Hume, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Docteur Pansophe, ou Lettres de M. de Voltaire. A Londres, & se trouve [...] »
Le Docteur Panfophe , ou Lettres de
M. de Voltaire. A Londres , & fe trouve
à Paris , chez les Libraires qui diftribuent
les nouveautés ; brochure in- 12 de quarante
-quatre pages ; 1766.
La querelle de M. Rouffeau & de M.
Hume font le fujet principal de ces lettres ,
dans lesquelles M. de Voltaire ne diffimule
pas quelques fujets de mécontentement
que lui a donnés M. Rouffeau.
M. de Voltaire. A Londres , & fe trouve
à Paris , chez les Libraires qui diftribuent
les nouveautés ; brochure in- 12 de quarante
-quatre pages ; 1766.
La querelle de M. Rouffeau & de M.
Hume font le fujet principal de ces lettres ,
dans lesquelles M. de Voltaire ne diffimule
pas quelques fujets de mécontentement
que lui a donnés M. Rouffeau.
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4686
p. 170-171
« Les portraits des hommes illustres, gravés par M. Ficquet, sont aussi connus [...] »
Début :
Les portraits des hommes illustres, gravés par M. Ficquet, sont aussi connus [...]
Mots clefs :
Portraits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les portraits des hommes illustres, gravés par M. Ficquet, sont aussi connus [...] »
LES portraits des hommes illuftres .
gravés par M. Ficquet , font auffi connus
que généralement eftimés . Il vient de
joindre à ceux de Corneille , Rouffeau ,
la Fontaine , Voltaire , &c. celui de René
Defcartes , d'après Franc-Hales ,
une bordure deffinée avec foin par M.
avec
JANVIER 1767. 171
Choffard. On la trouve chez tous les principaux
marchands d'eftampes , & chez
Mde la veuve Duchefne , rue S. Jacques.
gravés par M. Ficquet , font auffi connus
que généralement eftimés . Il vient de
joindre à ceux de Corneille , Rouffeau ,
la Fontaine , Voltaire , &c. celui de René
Defcartes , d'après Franc-Hales ,
une bordure deffinée avec foin par M.
avec
JANVIER 1767. 171
Choffard. On la trouve chez tous les principaux
marchands d'eftampes , & chez
Mde la veuve Duchefne , rue S. Jacques.
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4687
p. 78-79
« PRÉCIS pour M. J. J. Rousseau, en réponse à l'exposé succinct de M. Hume : [...] »
Début :
PRÉCIS pour M. J. J. Rousseau, en réponse à l'exposé succinct de M. Hume : [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, David Hume, Procès, Affaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PRÉCIS pour M. J. J. Rousseau, en réponse à l'exposé succinct de M. Hume : [...] »
PRÉCIS pour M. J. J. Rouffeau , en
réponse à l'expofé fuccinct de M. Hume :
fuivi d'une lettre de Madame D. à l'auteur
de la juftification de M. Rouffeau ; 1767 :
in- 12 de 120 pages.
Plufieurs perfonnes defirent de connoîJANVIER
1767 . 79
tre à fond le fujet de la querelle entre
M. Rouffeau & M. Hume. Pour cet effet
il faut fe procurer toutes les pièces du
procès ; & celles que nous annonçons
pourront donner quelques notions, quelques
connoiffances qui contribueront à mettre
le lecteur en état de prononcer fur cette
grande affaire. On en trouve des exemplaires
chez la veuve Duchefne , rue S.
Jacques , au temple du Goût.
réponse à l'expofé fuccinct de M. Hume :
fuivi d'une lettre de Madame D. à l'auteur
de la juftification de M. Rouffeau ; 1767 :
in- 12 de 120 pages.
Plufieurs perfonnes defirent de connoîJANVIER
1767 . 79
tre à fond le fujet de la querelle entre
M. Rouffeau & M. Hume. Pour cet effet
il faut fe procurer toutes les pièces du
procès ; & celles que nous annonçons
pourront donner quelques notions, quelques
connoiffances qui contribueront à mettre
le lecteur en état de prononcer fur cette
grande affaire. On en trouve des exemplaires
chez la veuve Duchefne , rue S.
Jacques , au temple du Goût.
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Résumé : « PRÉCIS pour M. J. J. Rousseau, en réponse à l'exposé succinct de M. Hume : [...] »
Ce document, publié en janvier 1767, est un précis destiné à M. Jean-Jacques Rousseau en réponse à M. Hume. Il inclut une lettre de Madame D. et vise à éclaircir leur controverse. Pour comprendre cette querelle, il est recommandé de consulter toutes les pièces du procès. Des exemplaires sont disponibles chez la veuve Duchefne, rue Saint-Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4688
p. 79
« Les Orphelins ; conte morale [sic], mis en action en forme de pièce dramatique, en [...] »
Début :
Les Orphelins ; conte morale [sic], mis en action en forme de pièce dramatique, en [...]
Mots clefs :
Orphelins, Conte moral, Bienfaisance, Probité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Orphelins ; conte morale [sic], mis en action en forme de pièce dramatique, en [...] »
LES Orphelins ; conte morale , mis en
action en forme de pièce dramatique , en
cinq actes & en profe ; par M. D. C. A
Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1767 in- 8 ° . de 120 pages.
Ce n'eft point ici une comédie ; l'auteur
paroît n'avoir eu d'autre but , en compofant
cet ouvrage , que de raffembler
fous un même point de vue , différens
traits de bienfaifance & de probité. Pour
éviter les longueurs trop fouvent inféparables
d'une fimple narration , il a cru devoir
mettre la fienne en dialogue , & fous
la forme d'une pièce dramatique.
action en forme de pièce dramatique , en
cinq actes & en profe ; par M. D. C. A
Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1767 in- 8 ° . de 120 pages.
Ce n'eft point ici une comédie ; l'auteur
paroît n'avoir eu d'autre but , en compofant
cet ouvrage , que de raffembler
fous un même point de vue , différens
traits de bienfaifance & de probité. Pour
éviter les longueurs trop fouvent inféparables
d'une fimple narration , il a cru devoir
mettre la fienne en dialogue , & fous
la forme d'une pièce dramatique.
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Résumé : « Les Orphelins ; conte morale [sic], mis en action en forme de pièce dramatique, en [...] »
'Les Orphelins' est une œuvre morale en cinq actes et en prose, écrite par M. D. C. A., publiée à Paris en 1767. Cette pièce de 120 pages vise à illustrer la bienveillance et la probité à travers des dialogues dramatiques, évitant ainsi les longueurs d'une simple narration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4689
p. 79-80
« NOTES sur la lettre de M. de Voltaire à M. Hume ; par M. L.... On en trouve [...] »
Début :
NOTES sur la lettre de M. de Voltaire à M. Hume ; par M. L.... On en trouve [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, David Hume, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOTES sur la lettre de M. de Voltaire à M. Hume ; par M. L.... On en trouve [...] »
NOTES fur la lettre de M. de Voltaire
à M. Hume ; par M. L.... On en trouve
quelques exemplaires chez Lacombe , Libraire
, quai de Conti ; 1767 : in- 12 de
32 pages.
Div
MERCURE DE FRANCE.
Ces notes ne font pas plus favorables
à M. Rouffeau , que le texte même ; &
nous les croyons de la même main .
à M. Hume ; par M. L.... On en trouve
quelques exemplaires chez Lacombe , Libraire
, quai de Conti ; 1767 : in- 12 de
32 pages.
Div
MERCURE DE FRANCE.
Ces notes ne font pas plus favorables
à M. Rouffeau , que le texte même ; &
nous les croyons de la même main .
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4690
p. 142-143
« EPÎTRE à une Dame qui allaite son enfant, pièce qui a concouru pour le prix [...] »
Début :
EPÎTRE à une Dame qui allaite son enfant, pièce qui a concouru pour le prix [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EPÎTRE à une Dame qui allaite son enfant, pièce qui a concouru pour le prix [...] »
EPÎTRE à une Dame qui allaite fon
enfant , pièce qui a concouru pour le prix
de l'Académie Françoife en 1766 ; par
M *** ; avec cette épigraphe :
Où j'ai trouvé les foins d'une mère , ne dois -je
pas l'attachement d'un fils ? J. J. Rouffeau.
A Paris , chez Regnard , Imprimeur de
l'Académie Françoife , grand'falle du Palais
, à la providence , & rue baffe des
Urfins ; 1766 : in- 8 ° .
MARS 1767 . 143
Nous avons remarqué dans cette épître
quelques vers de fentiment.
enfant , pièce qui a concouru pour le prix
de l'Académie Françoife en 1766 ; par
M *** ; avec cette épigraphe :
Où j'ai trouvé les foins d'une mère , ne dois -je
pas l'attachement d'un fils ? J. J. Rouffeau.
A Paris , chez Regnard , Imprimeur de
l'Académie Françoife , grand'falle du Palais
, à la providence , & rue baffe des
Urfins ; 1766 : in- 8 ° .
MARS 1767 . 143
Nous avons remarqué dans cette épître
quelques vers de fentiment.
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4691
p. 143
« ETRENNES nantoises, ecclésiastiques, civiles & nautiques pour l'année commune [...] »
Début :
ETRENNES nantoises, ecclésiastiques, civiles & nautiques pour l'année commune [...]
Mots clefs :
Étrennes nantaises, Bretagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ETRENNES nantoises, ecclésiastiques, civiles & nautiques pour l'année commune [...] »
ETRENNES nantoifes , eccléfiaftiques ,
civiles & nautiques pour l'année commune
1767 , calculées au méridien de Nantes,
A Nantes , chez la veuve de Jofeph Vatar
Imprimeur du Roi & de Mgr l'Evêque ;
avec privilége du Roi. A Paris , chez Gueffier
, Libraire , quai des Auguftins ; prix
18 fols.
Les perfonnes qui defirent de connoître
la Bretagne & les habitans notables de
cette province trouveront ici de quoi fa
tisfaire leur curiofité .
civiles & nautiques pour l'année commune
1767 , calculées au méridien de Nantes,
A Nantes , chez la veuve de Jofeph Vatar
Imprimeur du Roi & de Mgr l'Evêque ;
avec privilége du Roi. A Paris , chez Gueffier
, Libraire , quai des Auguftins ; prix
18 fols.
Les perfonnes qui defirent de connoître
la Bretagne & les habitans notables de
cette province trouveront ici de quoi fa
tisfaire leur curiofité .
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4692
p. 143-144
« SUITE des bagatelles anonymes recueillies par un amateur, in-8o. grand papier, [...] »
Début :
SUITE des bagatelles anonymes recueillies par un amateur, in-8o. grand papier, [...]
Mots clefs :
Bagatelles, Libraire, Nicolas-Augustin Delalain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SUITE des bagatelles anonymes recueillies par un amateur, in-8o. grand papier, [...] »
SUITE des bagatelles anonymes recueillies
par un amateur , in- 8 °. grand papier ,
avec vignette & cul- de- lampe en taille
douce : le trouve à Paris , chez Delalain ,
Libraire , rue Saint Jacques , près la fontaine
Saint Severin. Prix 1 livre 4 fols
broché.
Le même Libraire vient d'acquérir les
livres fuivans que nous avons annoncés
dans le temps avec l'éloge qu'ils méritenr.
量
Les LES après foupers de la campagne , ou
- recueil d'hiftoires amufantes & intéreffantes
; 4 parties en 2 vol. in- 12 : 6 liv,
relié.
44 MERCURE DE FRANCE.
LETTRES de Mademoiſelle Juffy , contenant
fon hiftoire , nouvelle édition , in-
12 , 1 liv . 10 fols broché.
Le nouveau fpectateur & le monde ,
fuite de cet ouvrage ; 12 vol. in - 12 , 301.
reliés. Les volumes fe vendent féparément.
PROJET de paix perpétuelle ; par J. J.
Rouffeau , de Genève ; in - 12 , avec une
eftampe de M. Cochin, 1 liv. 4 fols.
AVENTURES de Victoire Ponty, 2 parties
petit in- 12 , 1 liv. 4 fols broché.
1-
DISSERTATION fur la petite vérole &
l'inoculation ; par M. P. D. M. Docteur
de la Faculté de Médecine de Paris ; feconde
édition augmentée , in- 12 , 15 fols
•
broché.
par un amateur , in- 8 °. grand papier ,
avec vignette & cul- de- lampe en taille
douce : le trouve à Paris , chez Delalain ,
Libraire , rue Saint Jacques , près la fontaine
Saint Severin. Prix 1 livre 4 fols
broché.
Le même Libraire vient d'acquérir les
livres fuivans que nous avons annoncés
dans le temps avec l'éloge qu'ils méritenr.
量
Les LES après foupers de la campagne , ou
- recueil d'hiftoires amufantes & intéreffantes
; 4 parties en 2 vol. in- 12 : 6 liv,
relié.
44 MERCURE DE FRANCE.
LETTRES de Mademoiſelle Juffy , contenant
fon hiftoire , nouvelle édition , in-
12 , 1 liv . 10 fols broché.
Le nouveau fpectateur & le monde ,
fuite de cet ouvrage ; 12 vol. in - 12 , 301.
reliés. Les volumes fe vendent féparément.
PROJET de paix perpétuelle ; par J. J.
Rouffeau , de Genève ; in - 12 , avec une
eftampe de M. Cochin, 1 liv. 4 fols.
AVENTURES de Victoire Ponty, 2 parties
petit in- 12 , 1 liv. 4 fols broché.
1-
DISSERTATION fur la petite vérole &
l'inoculation ; par M. P. D. M. Docteur
de la Faculté de Médecine de Paris ; feconde
édition augmentée , in- 12 , 15 fols
•
broché.
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Résumé : « SUITE des bagatelles anonymes recueillies par un amateur, in-8o. grand papier, [...] »
Le document énumère les publications disponibles chez le libraire Delalain, situé rue Saint-Jacques près de la fontaine Saint-Severin à Paris. Les ouvrages mentionnés incluent 'Suite des bagatelles anonymes recueillies' au prix de 1 livre 4 sols broché, 'Les après-soupers de la campagne', un recueil d'histoires amusantes et intéressantes en deux volumes in-12 au prix de 6 livres relié, 'Lettres de Mademoiselle Juffy' en nouvelle édition in-12 au prix de 1 livre 10 sols broché, 'Le nouveau spectateur & le monde' en douze volumes in-12 au prix de 30 livres reliés, 'Projet de paix perpétuelle' de Jean-Jacques Rousseau avec une estampe de M. Cochin in-12 au prix de 1 livre 4 sols, 'Aventures de Victoire Ponty' en deux parties petit in-12 au prix de 1 livre 4 sols broché, et 'Dissertation sur la petite vérole & l'inoculation' par un docteur de la Faculté de Médecine de Paris en seconde édition augmentée in-12 au prix de 15 sols broché.
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4693
p. 73-75
EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
Début :
CET ouvrage est nécessaire à un chrétien qui veut s'affermir dans les vrais principes [...]
Mots clefs :
Chrétien, Religion chrétienne, Preuves, Homme, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
EXAMEN des faits qui fervent de fondement
à la Religion Chrétienne , précédée
d'un court traité contre les athées , les
matérialistes & les fatalistes ; par M.
Abbé François . A Paris , chez
LACOMBE , Libraire : quai de Conti
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 liv.
10fols .
CET ET ouvrage eſt néceſſaire àun chrétien
qui veut s'affermir dans les vrais principesde
la religion , qui veut ſe prémunir
contre les attaques de l'impiété , & s'armer
pour combattre l'incrédulité.
M. l'Abbé François a rempli avec fuccès
le plan d'un traité complet de la religion.
Il commence par expofer les preuves
les plus fimples & les plus faciles de l'exifrence
deDieu. Il fait enſuite des réflexions
fur les attributs eſſentiels de la Divinité. II
défend la liberté de l'homme contre les chicanes
des fataliſtes , de même que l'iminorcalité
de l'âme contre les doutes des matérialiſtes
. L'auteur fait enfuite fentir la
Vol. I. D
74 MERCURE DE FRANCE.
*
néceſſité d'une religion révélée. Il indique
les caractères de cette religion , les
preuves dont elle doit être appuyée , la
•certitude que doivent avoir ces preuves ,
les moyens pour les eſprits capables de
réflexions , de parvenir à cette certitude ;
puis il expoſe en général les preuves de la
religion chrétienne : mais , comme la plupart
de ces preuves font des faits conſignés
dans les livres ſacrés des Juifs & des
Chrétiens , M. l'Abbé François s'eſt attaché
d'abord à démontrer l'authenticité &
l'inſpiration de ces livres. Les preuves ſe
préſentent alors d'elles - mêmes. Jéſus-
Chriſt promis au premier homme après ſa
chûte , comme libérateur dugenre humain ,
figuré par la loi donnée au peuple Juif ,
annoncé par les prophétes de la même
nation , ſes miracles , ſes prophéties , ou
plutôt ſes promeſſes touchant les Juifs &
les Gentils , les miracles de ſes apôtres &
de ſes diſciples , les lumières & la ſageſſe
qu'il a répandues ſur la terre , les moyens
qu'il a établis pour les ſimples & pour les
favants de s'inſtruire &de ſe ſanctifier. Ces
preuves forment un tout fi lié , ſi convaincant,
que l'eſprit le plus rebelle à la vérité,
ne peut s'y refuſer.
M. l'Abbé François ne s'eſt pas diſſimulé
les objections les plus fortes & les plus
AVRIL 1767. 75
nombreuſes des incrédules contre les faits
qui fervent de fondement à la religion
chrétienne , perfuadés que ces faits ne
peuvent paroître dans tout leur jour que
par cette voie ; & c'eſt la raiſon du titre
donné à cet ouvrage.
M. l'Abbé François répond avec avantage
aux difficultés que M. Jean- Jacques
Rouffeau a propoſées dans ſon Emile ;
au Cathéchisme de l'honnête homme , à la
critique des preuves employées par les apologistes
de la religion chrétienne , à la lettre
deTraſibule à Leucippe, à l'auteur du Defpotiſme
Oriental , &c. & c. Il ne diſſimule
aucunes des objections qui lui ont été
connues ; & il les réfute d'une manière
claire , préciſe , lumineuſe , & avec les
preuves que la religion fournit elle-même,
Il fait voirque c'eſt faute de l'avoir étudiée
& de la connoître , que l'on peut ſe laiffer
furprendre par les piéges de l'incrédulité.
Nous nous promettons de donner des
extraits particuliers de cet excellent traité ,
biencapable d'aſſurer & d'étendre le triomphe
de la vérité & de la religion chrétienne.
à la Religion Chrétienne , précédée
d'un court traité contre les athées , les
matérialistes & les fatalistes ; par M.
Abbé François . A Paris , chez
LACOMBE , Libraire : quai de Conti
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 liv.
10fols .
CET ET ouvrage eſt néceſſaire àun chrétien
qui veut s'affermir dans les vrais principesde
la religion , qui veut ſe prémunir
contre les attaques de l'impiété , & s'armer
pour combattre l'incrédulité.
M. l'Abbé François a rempli avec fuccès
le plan d'un traité complet de la religion.
Il commence par expofer les preuves
les plus fimples & les plus faciles de l'exifrence
deDieu. Il fait enſuite des réflexions
fur les attributs eſſentiels de la Divinité. II
défend la liberté de l'homme contre les chicanes
des fataliſtes , de même que l'iminorcalité
de l'âme contre les doutes des matérialiſtes
. L'auteur fait enfuite fentir la
Vol. I. D
74 MERCURE DE FRANCE.
*
néceſſité d'une religion révélée. Il indique
les caractères de cette religion , les
preuves dont elle doit être appuyée , la
•certitude que doivent avoir ces preuves ,
les moyens pour les eſprits capables de
réflexions , de parvenir à cette certitude ;
puis il expoſe en général les preuves de la
religion chrétienne : mais , comme la plupart
de ces preuves font des faits conſignés
dans les livres ſacrés des Juifs & des
Chrétiens , M. l'Abbé François s'eſt attaché
d'abord à démontrer l'authenticité &
l'inſpiration de ces livres. Les preuves ſe
préſentent alors d'elles - mêmes. Jéſus-
Chriſt promis au premier homme après ſa
chûte , comme libérateur dugenre humain ,
figuré par la loi donnée au peuple Juif ,
annoncé par les prophétes de la même
nation , ſes miracles , ſes prophéties , ou
plutôt ſes promeſſes touchant les Juifs &
les Gentils , les miracles de ſes apôtres &
de ſes diſciples , les lumières & la ſageſſe
qu'il a répandues ſur la terre , les moyens
qu'il a établis pour les ſimples & pour les
favants de s'inſtruire &de ſe ſanctifier. Ces
preuves forment un tout fi lié , ſi convaincant,
que l'eſprit le plus rebelle à la vérité,
ne peut s'y refuſer.
M. l'Abbé François ne s'eſt pas diſſimulé
les objections les plus fortes & les plus
AVRIL 1767. 75
nombreuſes des incrédules contre les faits
qui fervent de fondement à la religion
chrétienne , perfuadés que ces faits ne
peuvent paroître dans tout leur jour que
par cette voie ; & c'eſt la raiſon du titre
donné à cet ouvrage.
M. l'Abbé François répond avec avantage
aux difficultés que M. Jean- Jacques
Rouffeau a propoſées dans ſon Emile ;
au Cathéchisme de l'honnête homme , à la
critique des preuves employées par les apologistes
de la religion chrétienne , à la lettre
deTraſibule à Leucippe, à l'auteur du Defpotiſme
Oriental , &c. & c. Il ne diſſimule
aucunes des objections qui lui ont été
connues ; & il les réfute d'une manière
claire , préciſe , lumineuſe , & avec les
preuves que la religion fournit elle-même,
Il fait voirque c'eſt faute de l'avoir étudiée
& de la connoître , que l'on peut ſe laiffer
furprendre par les piéges de l'incrédulité.
Nous nous promettons de donner des
extraits particuliers de cet excellent traité ,
biencapable d'aſſurer & d'étendre le triomphe
de la vérité & de la religion chrétienne.
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Résumé : EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
L'ouvrage 'Examen des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne' de l'Abbé François, publié en 1767, a pour but de fortifier la foi chrétienne face aux critiques de l'impiété et de l'incrédulité. L'auteur commence par présenter des preuves de l'existence de Dieu, puis traite des attributs divins, de la liberté humaine contre le fatalisme, et de l'immortalité de l'âme contre le matérialisme. Il insiste sur la nécessité d'une religion révélée et expose les caractéristiques et les preuves de la religion chrétienne. Pour cela, il démontre l'authenticité et l'inspiration des livres sacrés juifs et chrétiens, et présente les preuves de la religion chrétienne, telles que les promesses messianiques, les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples, ainsi que les enseignements et les moyens de sanctification établis par Jésus. L'Abbé François répond également aux objections des incrédules, notamment celles de Jean-Jacques Rousseau, en utilisant les preuves fournies par la religion elle-même. Il conclut que l'incrédulité découle souvent d'une méconnaissance de la religion. L'ouvrage est apprécié pour sa clarté et son efficacité à renforcer la foi chrétienne.
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4693
EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
4694
p. 100-101
« LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...] »
Début :
LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...]
Mots clefs :
Religion chrétienne, Réfutation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...] »
La certitude des preuves du Chriftiq-
L
AVRIL 1767 . JOI
niſme , ou réfutation de l'examen critique
des apologistes de la religion chrétienne ;
par M. Bergier , Docteur en Théologie ,
Principal du collège de Besançon , affocié
à l'académie des ſciences , belles - lettres &
arts de la même ville. AParis, chez Humblot
, Libraire , rue Saint Jacques , entre la
rue du Plâtre & celle des Noyers , près Saint
Yves ; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi ; 2 vol. in- 12 .
La réfutation de M. J. J. Rouſſeau , intitulée
le déïsme réfuté par lui même , a été
ſi généralement bien accueillie , qu'on ne
peut que tirer un augure très-avantageux ,
en faveur de cette nouvelle production du
même auteur. L'ouvrage qu'il combat étoit
connu en manufcrit depuis long- temps ;
& peu d'écrits étoient plus capables de féduire
les lecteurs. L'honneur& le bien de
la religion exigeoit qu'un livre fi dangereux
ne demeurât pas long-temps fans
réponſe. Celle de M. Bergier a tous les
caractères propres pour opérer une entière
& parfaite conviction.
L
AVRIL 1767 . JOI
niſme , ou réfutation de l'examen critique
des apologistes de la religion chrétienne ;
par M. Bergier , Docteur en Théologie ,
Principal du collège de Besançon , affocié
à l'académie des ſciences , belles - lettres &
arts de la même ville. AParis, chez Humblot
, Libraire , rue Saint Jacques , entre la
rue du Plâtre & celle des Noyers , près Saint
Yves ; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi ; 2 vol. in- 12 .
La réfutation de M. J. J. Rouſſeau , intitulée
le déïsme réfuté par lui même , a été
ſi généralement bien accueillie , qu'on ne
peut que tirer un augure très-avantageux ,
en faveur de cette nouvelle production du
même auteur. L'ouvrage qu'il combat étoit
connu en manufcrit depuis long- temps ;
& peu d'écrits étoient plus capables de féduire
les lecteurs. L'honneur& le bien de
la religion exigeoit qu'un livre fi dangereux
ne demeurât pas long-temps fans
réponſe. Celle de M. Bergier a tous les
caractères propres pour opérer une entière
& parfaite conviction.
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Résumé : « LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...] »
Le texte présente 'La certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique des apologistes de la religion chrétienne', un ouvrage en deux volumes écrit par M. Bergier, Docteur en Théologie et Principal du collège de Besançon, ainsi qu'associé à l'académie des sciences, belles-lettres et arts de cette ville. Publié à Paris en 1767 par Humblot, cet ouvrage répond à 'Le déisme réfuté par lui-même' de Jean-Jacques Rousseau. Ce dernier texte avait été favorablement reçu, mais Bergier juge nécessaire de le contrer en raison de son influence dangereuse pour la religion. L'objectif de Bergier est de fournir une réfutation convaincante pour les lecteurs.
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4695
p. 155-156
« ESSAIS sur différens sujets de philosophie ; par M. Duval, Professeur de philosophie [...] »
Début :
ESSAIS sur différens sujets de philosophie ; par M. Duval, Professeur de philosophie [...]
Mots clefs :
Philosophie, Georges-Louis Leclerc de Buffon, Jean Le Rond d'Alembert, J. J. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ESSAIS sur différens sujets de philosophie ; par M. Duval, Professeur de philosophie [...] »
ESSAIS fur differens ſujets de philofophie
; par M. Duval , Profeſſeur de philofophie
en l'Univerſité de Paris au collége
d'Harcourt. A Paris , chez Paul- Denis
Brocas , Libraire , rue Saint Jacques , au
chef Saint Jean ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; vol. in- 12.
Pluſieurs hommes célèbres , tels que
MM. de Buffon , d'Alembert , J. J. Rouf
Seau, Montesquieu , &c. font atraqués dans
cet ouvrage. On s'élève contre le ſyſtême
fur le développement des ſens de M. de
Buffon ; contre la ſolution donnée par
M. d'Alembert , d'un problêmepropofé par
l'Académie de Berlin fur le mouvement
& ſes loix ; contre le ſentiment de M.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Rouffeau , &de M. de Montesquieu fur
le ſuicide . C'eſt aux philoſophes à décider
de quel côté eſt l'avantage.
; par M. Duval , Profeſſeur de philofophie
en l'Univerſité de Paris au collége
d'Harcourt. A Paris , chez Paul- Denis
Brocas , Libraire , rue Saint Jacques , au
chef Saint Jean ; 1767 : avec approbation
& privilége du Roi ; vol. in- 12.
Pluſieurs hommes célèbres , tels que
MM. de Buffon , d'Alembert , J. J. Rouf
Seau, Montesquieu , &c. font atraqués dans
cet ouvrage. On s'élève contre le ſyſtême
fur le développement des ſens de M. de
Buffon ; contre la ſolution donnée par
M. d'Alembert , d'un problêmepropofé par
l'Académie de Berlin fur le mouvement
& ſes loix ; contre le ſentiment de M.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Rouffeau , &de M. de Montesquieu fur
le ſuicide . C'eſt aux philoſophes à décider
de quel côté eſt l'avantage.
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Résumé : « ESSAIS sur différens sujets de philosophie ; par M. Duval, Professeur de philosophie [...] »
L'ouvrage 'Essais sur différents sujets de philosophie' a été écrit par M. Duval, professeur à l'Université de Paris. Publié en 1767 par Paul-Denis Brocas, il critique Buffon, d'Alembert, Rousseau et Montesquieu. Les sujets abordés incluent le développement des sens, le mouvement et ses lois, ainsi que le suicide. Le texte appelle les philosophes à se prononcer sur ces arguments.
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4696
p. 134-135
« DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
Début :
DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...]
Mots clefs :
J. J. Rousseau, Musique, Dictionnaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
DICTIONNAIRE de Mufique ; par J. J.
Rouffeau. A Paris , chez la veuve Duchefne,
Libraire , rue Saint Jacques , au temple
du goût ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 4°.
Le public jouit enfin d'un livre utile
& piquant , après lequel il afpire depuis
DECEMBRE 1767. 135
>
long- temps. Nous croyons qu'il eft inutile
de faire obferver combien un ouvrage fur
la mufique , compofé par M. Rouffeau
doit être recherché. Mais , ce qui en augmente
le mérite , ce font différens traits
de critique fine & ingénieufe , répandus
dans le corps du dictionnaire. Nous donnerons
de temps en temps , dans les Mercures
fuivans , quelques- uns de ces morceaux
; en attendant nous confeillons à
nos lecteurs de lire les articles acteur
duo , expreffion , goût , licence , opéra
orcheftre , plain- chant , récitatif, fi , fon
unité de mélodie , voix ; ils y trouveront
de quoi s'inftruire & s'égayer en même
temps.
Rouffeau. A Paris , chez la veuve Duchefne,
Libraire , rue Saint Jacques , au temple
du goût ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 4°.
Le public jouit enfin d'un livre utile
& piquant , après lequel il afpire depuis
DECEMBRE 1767. 135
>
long- temps. Nous croyons qu'il eft inutile
de faire obferver combien un ouvrage fur
la mufique , compofé par M. Rouffeau
doit être recherché. Mais , ce qui en augmente
le mérite , ce font différens traits
de critique fine & ingénieufe , répandus
dans le corps du dictionnaire. Nous donnerons
de temps en temps , dans les Mercures
fuivans , quelques- uns de ces morceaux
; en attendant nous confeillons à
nos lecteurs de lire les articles acteur
duo , expreffion , goût , licence , opéra
orcheftre , plain- chant , récitatif, fi , fon
unité de mélodie , voix ; ils y trouveront
de quoi s'inftruire & s'égayer en même
temps.
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Résumé : « DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
Le dictionnaire de musique de J. J. Rouffeau, publié à Paris en 1768 chez la veuve Duchefne, est loué pour sa critique fine et ingénieuse. Il est recommandé pour des articles tels que 'acteur duo', 'expression', 'goût', 'licence', 'opéra orchestre', 'plain-chant', 'récitatif', 'si', 'son' et 'unité de mélodie'.
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4697
p. 130
« RÉFUTATION de Bélisaire & de ses oracles, MM. J. J. Rousseau, de Voltaire, [...] »
Début :
RÉFUTATION de Bélisaire & de ses oracles, MM. J. J. Rousseau, de Voltaire, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « RÉFUTATION de Bélisaire & de ses oracles, MM. J. J. Rousseau, de Voltaire, [...] »
REFUTATION de Bélifaire & de fes
oracles , MM. J. J. Rouffeau , de Voltaire
, &c. A Bafle , & fe trouve à Paris ,
chez Antoine Boudet , rue Saint-Jacques ;
1768 : vol. in- 12.
oracles , MM. J. J. Rouffeau , de Voltaire
, &c. A Bafle , & fe trouve à Paris ,
chez Antoine Boudet , rue Saint-Jacques ;
1768 : vol. in- 12.
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4698
p. 132
« PROJET de paix perpétuelle ; par M. Rousseau, de Genève, in-12, avec une [...] »
Début :
PROJET de paix perpétuelle ; par M. Rousseau, de Genève, in-12, avec une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROJET de paix perpétuelle ; par M. Rousseau, de Genève, in-12, avec une [...] »
PROJET de paix perpétuelle ; par M.
Rouffeau ,de Genève , in - 12 , avec une
belle planche de M. Cochin .
Rouffeau ,de Genève , in - 12 , avec une
belle planche de M. Cochin .
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4699
p. 140
« HENRIETTE de Volmar, ou la mère jalouse de la fille, histoire véritable, pour [...] »
Début :
HENRIETTE de Volmar, ou la mère jalouse de la fille, histoire véritable, pour [...]
Mots clefs :
Henriette de Wolmar, Mère, Héloïse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HENRIETTE de Volmar, ou la mère jalouse de la fille, histoire véritable, pour [...] »
HENRIETTE de Volmar , ou la mère
jalouſede ſa fille , hiſtoire véritable , pour
ſervir de ſuite à la nouvelle Héloïse , par
J. J. R. A Genève , & ſe trouve à Paris ,
chez Delalain , Libraire , rue Saint-Jacques
; & Valade , Libraire , rue de la Parcheminerie
; 1768 : in- 12 .
On juge bien que cette ſuite prétendue
de la célebre Héloïse de M. Rouffeau ,
eſt infiniment au-deſſous du premier roman
, & qu'Henriette de Volmar , est bien
inférieure à ſa mère en beauté & en
mérite.
jalouſede ſa fille , hiſtoire véritable , pour
ſervir de ſuite à la nouvelle Héloïse , par
J. J. R. A Genève , & ſe trouve à Paris ,
chez Delalain , Libraire , rue Saint-Jacques
; & Valade , Libraire , rue de la Parcheminerie
; 1768 : in- 12 .
On juge bien que cette ſuite prétendue
de la célebre Héloïse de M. Rouffeau ,
eſt infiniment au-deſſous du premier roman
, & qu'Henriette de Volmar , est bien
inférieure à ſa mère en beauté & en
mérite.
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4700
p. 179
« Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Début :
Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...]
Mots clefs :
Sonates, Musique, Ouvrage, Genre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Six Sonates à violon feul avec la baffe ,
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
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Résumé : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
L'ouvrage 'Six Sonates à violon seul avec la basse' de M. J. Avolio, dédié à M. de Saint George, est le quatrième de l'auteur. Il est vendu à Paris pour sept livres et quatre sols. La gravure est réalisée par Mme Deluffe, connue pour ses travaux de qualité. L'ouvrage est présumé être bien accueilli par les connaisseurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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