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4051
p. 198
De LONDRES, le 18 Octobre 1764.
Début :
Le Comte de Guerchy, Ambassadeur de France auprès de cette Cour, [...]
Mots clefs :
Comte, Ambassadeur de France, Arrivée, Palais St-James
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texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 18 Octobre 1764.
De LONDRES, le 18 Qétobre 1764.
Le Comte de Guerchy , Ambaffadeur de Franee
auprès de cette Cour , eft arrivé ici , & fat
préfenté hier au Roi , au Palais de S. James,
Le Comte de Guerchy , Ambaffadeur de Franee
auprès de cette Cour , eft arrivé ici , & fat
préfenté hier au Roi , au Palais de S. James,
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4052
p. 198-199
D'AMSTERDAM, le 9 Octobre 1764.
Début :
On a appris ici, par une Lettre écrite de Turin, [...]
Mots clefs :
Lettre, Différends, Cour de Suède, Régence, Liberté de navigation, Amitié
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texteReconnaissance textuelle : D'AMSTERDAM, le 9 Octobre 1764.
D'AMSTERDAM , le 9 Octobre 1764.
On a appris ici , par une Lettre écrite de Tunis
, en date du 7 Septembre dernier , que les
différends qui s'étoient élevés entre la Cour de
Suéde & cette Régence font entiérement terminés.
Tous les Bâtimens Suédois peuvent aЯuelleDECEMBRE.
1764.
199
ment naviguer librement , le Roi ayant ordonné
qu'on les traitât partout & en toute occafion comme
amis , & qu'on ne les moleftât en aucune manière
, fous peine d'encourir fa difgrace.
On a appris ici , par une Lettre écrite de Tunis
, en date du 7 Septembre dernier , que les
différends qui s'étoient élevés entre la Cour de
Suéde & cette Régence font entiérement terminés.
Tous les Bâtimens Suédois peuvent aЯuelleDECEMBRE.
1764.
199
ment naviguer librement , le Roi ayant ordonné
qu'on les traitât partout & en toute occafion comme
amis , & qu'on ne les moleftât en aucune manière
, fous peine d'encourir fa difgrace.
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4053
p. 199-201
De FONTAINEBLEAU, le 20 Novembre 1764.
Début :
Le Roi a accordé au sieur Hocquart, Conseiller d'Etat & [...]
Mots clefs :
Conseiller d'État, Nominations, Duc, Prince, Révérence, Marquis, Famille royale, Honneur, Audience du roi, Contrat de mariage, Évêché, Diocèse, Revenus, Députés, Serment, Sa Majesté
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texteReconnaissance textuelle : De FONTAINEBLEAU, le 20 Novembre 1764.
De FONTAINEBLEAU , le 20 Novembre 1764.
Le Roi a accordé au fieur Hocquart , Confeiller
d'Etat & Intendant de la Marine à Breft , la
Place d'Intendant de la Marine ayant l'inſpection
générale des Claffes des Matelots du Royaume
, & a nommé à l'Intendance de la Marine
à Breft le fieur de Clugny , ci devant Intendant
à S. Domingue.
Le 12 du mois dernier , le Duc de Duras , le
Duc d'Aumont , le Marquis de Duras , le Prince.
de Bournonville , le Duc de Mazarin , le Duc de
Villequier & le Marquis de Villeroi eurent l'hon
neur de faire leurs révérences à Leurs Majeſtés &
à la Famille Royale , à l'occafion de la mort de
la Maréchale de Duras.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le
feu Pape Benoît XIV , a été préfenté le même
jour , a Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par le Duc d'Aumont premier Gentilhomme
de la Chambre .
>
Le fieur d'Albertas , Premier Préſident de la
Cour des Comptes , Aides & Finances de Provence
, & trois Confeillers de cette Cout ont eu
F'honneur d'être admis à l'Audience du Roi &..
I iv
200, MERCURE DE FRANCE .
de lui remettre les remontrances qu'ils étoient
chargés par leur Compagnie de préſenter à Sa
Majefté.
Le Roi , a accordé les honneurs du Louvre au
Prince de Solre , fils du Prince de Croy ; leurs
Majeftés & la Famille Royale ont figné le 21 ſon
Contrat de mariage avec la Princefle Augufte de
Salm . Le même jour , le fieur de Clugny fut préfenté
au Roi en qualité d'Intendant de Breft , par
le Duc de Choileul.
Sa Majesté a nommé à l'Evêché de Coutances
l'Abbé de . Talaru de Chalmazel , Vicaire Géné •
ral du Diocèfe de Sens. Elle a donné l'Abbaye de
S. Victor , Diocèfe & Ville de Paris , à l'Arche
vêque de Lyon ; celle de Conches , Ordre de S.
Benoît , Diocèfe d'Evreux , à l'Evêque du Belley ;
celle de S. Alire de Clermont , Ordre de S. Benoît
, Diocèle de Clermont en Auvergne , à l'Abbé
de Monclar , Vicaire Général du Diocèſe d'Or.
léans , & celle de Molefme , Ordre de S. Benoît ,
Diocèle de Langres , à l'Abbé Terray , Confeiller-
Clerc au Parlement de Paris .
Le Roi , en nommant l'Archevêque de Lyon à
l'Abbaye de S. Victor , a accordé aux Chanoines
de cette Maifon fur les revenus de l'Abbaye , une
penſion de dix mille livres pendant feize ans , def
tinée à l'augmentation du bâtiment de leur Bibliothéque
publique. Les Chanoines ont établi , en
reconnoillance , une Meffe folemnelle dans leur
Eglife pour la confervation des jours de Sa Majefté
& de la Famille Royale. Ils ont eu l'honneur
à cette occafion , d'être préfentés au Roi & à la Famille
Royale le 25 ; Sa Majefté a agréé l'établi
fement de cette Meffe , & en a fixé la célébration
au 15 Février , jour de fa naiffance.
Le fieur d'Artigues , Exempt des Gardes du
DECEMBRE . 1764. 201
Corps dans la Compagnie de Villeroy , étant
mort ces jours derniers , fon bâton a été donné au
Chevalier de Kerguezec , Brigadier dans la même
Compagnie.
Le z de ce mois , les Députés des Etats de
Bretagne , qui ont été mandés par le Roi , ont eu
l'honneur d'être préfentés à Sa Majeflé, au nombre
de trois , par le Comte de Saint- Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , ayant le Département,
de certe Province . Sa Majefté a reçu les reprélentations
qu'ils étoient chargés de lui faire au nom,
des Etats.
Le 4 , le Marquis de Vérac prêta ferment entre,
les mains du Roi , pour la Lieutenance Générale
du Poitou , dont il a été pourvu à la mort da Marquis
de Verac ſon Père .
Le même jour , le fieur Chardon , Lieutenant
Particulier du Châtelet , & ci - devant Intendant
de Ste Lucie , qui a repaffé en France après la réunion
du Gouvernement de cette Ifle à celle de la
Martinique , eut l'honneur d'être préfenté au Roi ,
par le Duc de Choifeul .
Le Duc de la Valliere , grand Fauconnier de
France , préfenta au Roi le 8 , cinquante deux
Faucons , que le Roi de Dannemark envoye à Sa
Majeſté.
Le Roi a accordé au fieur Hocquart , Confeiller
d'Etat & Intendant de la Marine à Breft , la
Place d'Intendant de la Marine ayant l'inſpection
générale des Claffes des Matelots du Royaume
, & a nommé à l'Intendance de la Marine
à Breft le fieur de Clugny , ci devant Intendant
à S. Domingue.
Le 12 du mois dernier , le Duc de Duras , le
Duc d'Aumont , le Marquis de Duras , le Prince.
de Bournonville , le Duc de Mazarin , le Duc de
Villequier & le Marquis de Villeroi eurent l'hon
neur de faire leurs révérences à Leurs Majeſtés &
à la Famille Royale , à l'occafion de la mort de
la Maréchale de Duras.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le
feu Pape Benoît XIV , a été préfenté le même
jour , a Leurs Majeftés & à la Famille Royale
par le Duc d'Aumont premier Gentilhomme
de la Chambre .
>
Le fieur d'Albertas , Premier Préſident de la
Cour des Comptes , Aides & Finances de Provence
, & trois Confeillers de cette Cout ont eu
F'honneur d'être admis à l'Audience du Roi &..
I iv
200, MERCURE DE FRANCE .
de lui remettre les remontrances qu'ils étoient
chargés par leur Compagnie de préſenter à Sa
Majefté.
Le Roi , a accordé les honneurs du Louvre au
Prince de Solre , fils du Prince de Croy ; leurs
Majeftés & la Famille Royale ont figné le 21 ſon
Contrat de mariage avec la Princefle Augufte de
Salm . Le même jour , le fieur de Clugny fut préfenté
au Roi en qualité d'Intendant de Breft , par
le Duc de Choileul.
Sa Majesté a nommé à l'Evêché de Coutances
l'Abbé de . Talaru de Chalmazel , Vicaire Géné •
ral du Diocèfe de Sens. Elle a donné l'Abbaye de
S. Victor , Diocèfe & Ville de Paris , à l'Arche
vêque de Lyon ; celle de Conches , Ordre de S.
Benoît , Diocèfe d'Evreux , à l'Evêque du Belley ;
celle de S. Alire de Clermont , Ordre de S. Benoît
, Diocèle de Clermont en Auvergne , à l'Abbé
de Monclar , Vicaire Général du Diocèſe d'Or.
léans , & celle de Molefme , Ordre de S. Benoît ,
Diocèle de Langres , à l'Abbé Terray , Confeiller-
Clerc au Parlement de Paris .
Le Roi , en nommant l'Archevêque de Lyon à
l'Abbaye de S. Victor , a accordé aux Chanoines
de cette Maifon fur les revenus de l'Abbaye , une
penſion de dix mille livres pendant feize ans , def
tinée à l'augmentation du bâtiment de leur Bibliothéque
publique. Les Chanoines ont établi , en
reconnoillance , une Meffe folemnelle dans leur
Eglife pour la confervation des jours de Sa Majefté
& de la Famille Royale. Ils ont eu l'honneur
à cette occafion , d'être préfentés au Roi & à la Famille
Royale le 25 ; Sa Majefté a agréé l'établi
fement de cette Meffe , & en a fixé la célébration
au 15 Février , jour de fa naiffance.
Le fieur d'Artigues , Exempt des Gardes du
DECEMBRE . 1764. 201
Corps dans la Compagnie de Villeroy , étant
mort ces jours derniers , fon bâton a été donné au
Chevalier de Kerguezec , Brigadier dans la même
Compagnie.
Le z de ce mois , les Députés des Etats de
Bretagne , qui ont été mandés par le Roi , ont eu
l'honneur d'être préfentés à Sa Majeflé, au nombre
de trois , par le Comte de Saint- Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , ayant le Département,
de certe Province . Sa Majefté a reçu les reprélentations
qu'ils étoient chargés de lui faire au nom,
des Etats.
Le 4 , le Marquis de Vérac prêta ferment entre,
les mains du Roi , pour la Lieutenance Générale
du Poitou , dont il a été pourvu à la mort da Marquis
de Verac ſon Père .
Le même jour , le fieur Chardon , Lieutenant
Particulier du Châtelet , & ci - devant Intendant
de Ste Lucie , qui a repaffé en France après la réunion
du Gouvernement de cette Ifle à celle de la
Martinique , eut l'honneur d'être préfenté au Roi ,
par le Duc de Choifeul .
Le Duc de la Valliere , grand Fauconnier de
France , préfenta au Roi le 8 , cinquante deux
Faucons , que le Roi de Dannemark envoye à Sa
Majeſté.
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Résumé : De FONTAINEBLEAU, le 20 Novembre 1764.
Le 20 novembre 1764, le Roi a nommé Hocquart Intendant de la Marine avec l'inspection générale des classes des matelots du Royaume, et de Clugny Intendant de la Marine à Brest. Le 12 octobre précédent, plusieurs nobles, dont le Duc de Duras, le Duc d'Aumont et le Marquis de Villeroi, ont rendu hommage à la Famille Royale à l'occasion de la mort de la Maréchale de Duras. Le Marquis de Montpésat, créé Duc par le Pape Benoît XIV, a été présenté à Leurs Majestés par le Duc d'Aumont. Le sieur d'Albertas, Premier Président de la Cour des Comptes de Provence, et trois conseillers ont remis des remontrances au Roi. Le Roi a accordé les honneurs du Louvre au Prince de Solre et a signé le contrat de mariage de ce dernier avec la Princesse Auguste de Salm. De Clugny a été présenté au Roi en qualité d'Intendant de Brest par le Duc de Choiseul. Le Roi a nommé l'Abbé de Talaru de Chalmazel à l'Évêché de Coutances et attribué plusieurs abbayes à divers ecclésiastiques. Les Chanoines de l'Abbaye de Saint-Victor ont célébré une messe solennelle pour la conservation des jours du Roi et de la Famille Royale le 15 février. Le bâton de l'Exempt des Gardes du Corps a été donné au Chevalier de Kerguezec. Les Députés des États de Bretagne ont été présentés au Roi et ont remis leurs représentations. Le Marquis de Vérac a prêté serment pour la Lieutenance Générale du Poitou. Le sieur Chardon, ancien Intendant de Sainte-Lucie, a été présenté au Roi. Le Duc de la Vallière a offert au Roi cinquante-deux faucons du Roi de Danemark.
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4054
p. 201-203
De PARIS, le 9 Novembre 1764.
Début :
Le Roi étant informé qu'il se fabrique depuis plusieurs années [...]
Mots clefs :
Royaume, Bonnets, Bâtiments, Cérémonie, Messe, Ordonnance, Officiers de la marine, Composition, Compagnie des gardes, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 9 Novembre 1764.
De PARIS , le 9 Novembre 1764.
Le Roi étant informé qu'il fe fabrique depuis
plufieurs années dans le Royanme notamment
à Marseille , à Nay en Béarn & dans l'Orléanois ,
des Bonnets à l'imitation de ceux de Thunis , qui:
ont été bien reçus dans le Levant ; voulant témoigner
aux Entrepreneurs ou Fabriquans fa fatisfaction
de leur zéle & de leur intelligence , & les
encourager ainfi que ceux qui fe propoferoient de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
fuivre leur exemple , à étendre de plus en plas
cette Fabrication ; Sa Majefté a rendu un Arrêt
daté du 17 Septembre , par lequel Elle accorde
ane gratification de 10 fols par chaque douzaine
de Bonnets de cette espéce qui feront fabriqués
dans le Royaume.
Les bâtimens des Colléges de Louis- le - Grand ,
que le Roi a deſtinés à l'Univerfité. , s'étant trouvés
en état pour le 10 du mois dernier ,jour au
quel elle reprend le cours de fes Leçons , les Commilaires
députés par le Parlement, ont choifi ce
jour -là pour inftaler cette Compagnie dans ce
College ; la cérémonie s'en eſt faite avec beaucoup
d'appareil : on a chanté dans la Chapelle les
Te Deum , qui a été faivi de la Meffe du Saint
Efprits après quoi on s'eft rendu dans une des
Salles du Collège pour y entendre le Difcours .
Eatin qui le prononce , tous les ans à l'ouverture:
des Claffes.
Un Particulier anonyme ayant fait tenir à la
Faculté de Médecine une lomine de 300 liv. qu'il
deftinoit à former un prix pour quiconque, au
Jugement de la Compagnie auroit fait le meilleur
Hoge de Louis Durel , Médecin célébre fous les
Régnes de Charles IX & de Henri III ; les Com-.
millaires nommés pour examiner les Piéces qui
ons concouru , ont fait leur rapport , & en conĺéquence,
le prix a été adjugé au fieur Chomel ,
Médecin vétéran ordinaire du Roi , & ancien
Doyen de la Faculté.
1.Le Roi s'étant fait représenter l'Ordonnanceda
1 Janvier 1762 , portant Réglement ſur ap-.
pointemens des Officiers de la Marine , en a rendu
une autre datée du 14 Septembre , par laquelle ,
ndépendamment de plusieurs difpofitions nouvellee
, Sa Majesté rétablit l'emploi de Capitaine
DECEMBRE. 1764. 203
de Frégates pour en former un grade intermé
diaire entre celui de Capitaine de Vailleau & de
Lieutenant de Vaiffeau , & en fixe les appointemens
à la fomme de 2000 liv.
par an.
Sa Majesté a auffi rendu une Ordonnance datée
du même jour , par laquelle Elle a jugé à propos
de faire quelques changemens à la compofition
des Compagnies des Gardes de la Marine & du
Pavilion Amiral , & d'expliquer les intentions fur
Ge qui concerne leur inftruction .
Le Marquis de Paulmy , Protecteur de l'Acadé
mie de S. Luc , s'y eft tranfporté le 2 de ce mois ,
jour fixé pourjuger les modèles des Eléves qui ont
concouru au prix que le Protecteur y diftribue
tous les ans. Cet examen s'eſt fait en préſence du
fieur Moreau , Procureur du Roi au Châtelet , qui
le mêmê jour , a été reçu au nombre des Amaurs
de l'Académie.
Le Roi étant informé qu'il fe fabrique depuis
plufieurs années dans le Royanme notamment
à Marseille , à Nay en Béarn & dans l'Orléanois ,
des Bonnets à l'imitation de ceux de Thunis , qui:
ont été bien reçus dans le Levant ; voulant témoigner
aux Entrepreneurs ou Fabriquans fa fatisfaction
de leur zéle & de leur intelligence , & les
encourager ainfi que ceux qui fe propoferoient de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
fuivre leur exemple , à étendre de plus en plas
cette Fabrication ; Sa Majefté a rendu un Arrêt
daté du 17 Septembre , par lequel Elle accorde
ane gratification de 10 fols par chaque douzaine
de Bonnets de cette espéce qui feront fabriqués
dans le Royaume.
Les bâtimens des Colléges de Louis- le - Grand ,
que le Roi a deſtinés à l'Univerfité. , s'étant trouvés
en état pour le 10 du mois dernier ,jour au
quel elle reprend le cours de fes Leçons , les Commilaires
députés par le Parlement, ont choifi ce
jour -là pour inftaler cette Compagnie dans ce
College ; la cérémonie s'en eſt faite avec beaucoup
d'appareil : on a chanté dans la Chapelle les
Te Deum , qui a été faivi de la Meffe du Saint
Efprits après quoi on s'eft rendu dans une des
Salles du Collège pour y entendre le Difcours .
Eatin qui le prononce , tous les ans à l'ouverture:
des Claffes.
Un Particulier anonyme ayant fait tenir à la
Faculté de Médecine une lomine de 300 liv. qu'il
deftinoit à former un prix pour quiconque, au
Jugement de la Compagnie auroit fait le meilleur
Hoge de Louis Durel , Médecin célébre fous les
Régnes de Charles IX & de Henri III ; les Com-.
millaires nommés pour examiner les Piéces qui
ons concouru , ont fait leur rapport , & en conĺéquence,
le prix a été adjugé au fieur Chomel ,
Médecin vétéran ordinaire du Roi , & ancien
Doyen de la Faculté.
1.Le Roi s'étant fait représenter l'Ordonnanceda
1 Janvier 1762 , portant Réglement ſur ap-.
pointemens des Officiers de la Marine , en a rendu
une autre datée du 14 Septembre , par laquelle ,
ndépendamment de plusieurs difpofitions nouvellee
, Sa Majesté rétablit l'emploi de Capitaine
DECEMBRE. 1764. 203
de Frégates pour en former un grade intermé
diaire entre celui de Capitaine de Vailleau & de
Lieutenant de Vaiffeau , & en fixe les appointemens
à la fomme de 2000 liv.
par an.
Sa Majesté a auffi rendu une Ordonnance datée
du même jour , par laquelle Elle a jugé à propos
de faire quelques changemens à la compofition
des Compagnies des Gardes de la Marine & du
Pavilion Amiral , & d'expliquer les intentions fur
Ge qui concerne leur inftruction .
Le Marquis de Paulmy , Protecteur de l'Acadé
mie de S. Luc , s'y eft tranfporté le 2 de ce mois ,
jour fixé pourjuger les modèles des Eléves qui ont
concouru au prix que le Protecteur y diftribue
tous les ans. Cet examen s'eſt fait en préſence du
fieur Moreau , Procureur du Roi au Châtelet , qui
le mêmê jour , a été reçu au nombre des Amaurs
de l'Académie.
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Résumé : De PARIS, le 9 Novembre 1764.
En novembre 1764, le Roi a appris la fabrication de bonnets imitant ceux de Tunis dans plusieurs régions, dont Marseille, Nay en Béarn et l'Orléanois. Pour encourager cette activité, il a accordé une gratification de 10 sols par douzaine de bonnets fabriqués. Le 10 octobre, les bâtiments des Collèges de Louis-le-Grand, destinés à l'Université, ont été inaugurés lors d'une cérémonie solennelle incluant un Te Deum et un discours d'ouverture. Un donateur anonyme a offert 300 livres à la Faculté de Médecine pour un prix récompensant le meilleur éloge de Louis Durel, attribué au sieur Chomel. Le Roi a également rétabli l'emploi de Capitaine de Frégates avec un appointement annuel de 2000 livres et modifié la composition des Compagnies des Gardes de la Marine et du Pavillon Amiral. Le Marquis de Paulmy a jugé les modèles des élèves de l'Académie de Saint-Luc pour le prix annuel, et le sieur Moreau a été reçu comme Amateur de l'Académie.
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4055
p. 203
LOTTERIES.
Début :
Le quarante-sixiéme tirage de la Lotterie de l'Hôtel de Ville [...]
Mots clefs :
Tirage, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Numéros, Gains, Loterie de l'école royale militaire, Fortune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOTTERIES.
LOTTERLE S
Le quarante-fitiéme tirage de la Lotterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 25 Octobre , en las
manière accoutumée. Le Lot de cinquante millelivres
eft échu au numéro 68987 ; celui de vingt
mille livres au numéro 66418 , & les deux de dix
mille livres aux numéros 63330 & 76722 .
Les Novembre , on a tiré la Lotterie de l'E
cole Royale Militaire . Les numéros , fortis de la
roue defortune , font ,, 35 , 78, 7.66 , 3 .
Le quarante-fitiéme tirage de la Lotterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 25 Octobre , en las
manière accoutumée. Le Lot de cinquante millelivres
eft échu au numéro 68987 ; celui de vingt
mille livres au numéro 66418 , & les deux de dix
mille livres aux numéros 63330 & 76722 .
Les Novembre , on a tiré la Lotterie de l'E
cole Royale Militaire . Les numéros , fortis de la
roue defortune , font ,, 35 , 78, 7.66 , 3 .
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4056
p. 205
FONTAINEBLEAU.
Début :
Le 25 Octobre, le Comte de S. Exupery, Exempt des Gardes du Corps [...]
Mots clefs :
Comte, Honneur, Carosse du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FONTAINEBLEAU.
FONTAINEBLEAU.
4
3
Le 25 Octobre , le Comte de S. Exupery ,
Exempt des Gardes du Corps , a eu l'honneur de
monter dans les Carolles du Roi.
4
3
Le 25 Octobre , le Comte de S. Exupery ,
Exempt des Gardes du Corps , a eu l'honneur de
monter dans les Carolles du Roi.
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4057
p. 208
« La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...] »
Début :
La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes, Syndics et directeurs de la Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...] »
LA Compagnie des Indes , au cours du
procès qu'elle a eu avec M. le Marquis
DE BUSSY , ci - devant commandant les
troupes de cette même Compagnie dans
le Dekan , eft parvenue à fe procurer les
pièces concernant la gestion de cet Offcier
Général , ce qui a fait foupçonner
la fidélité des Secrétaires auxquels il
avoit accordé fa confiance. Le fieur BACHELIER
, l'un d'eux , croit devoir fe
juftifier de ces foupçons en rendant publique
la réponse que MM. les Syndics &
Directeurs de la Compagnie des Indes
ont faite à la lettre qu'il leur avoit écrite
le 29 août 1767 ; ainfi quela lettre qu'il a
adreffée en conféquence à M. le Marquis
DE BUSSY, & la réponse qu'il en a reçue.
procès qu'elle a eu avec M. le Marquis
DE BUSSY , ci - devant commandant les
troupes de cette même Compagnie dans
le Dekan , eft parvenue à fe procurer les
pièces concernant la gestion de cet Offcier
Général , ce qui a fait foupçonner
la fidélité des Secrétaires auxquels il
avoit accordé fa confiance. Le fieur BACHELIER
, l'un d'eux , croit devoir fe
juftifier de ces foupçons en rendant publique
la réponse que MM. les Syndics &
Directeurs de la Compagnie des Indes
ont faite à la lettre qu'il leur avoit écrite
le 29 août 1767 ; ainfi quela lettre qu'il a
adreffée en conféquence à M. le Marquis
DE BUSSY, & la réponse qu'il en a reçue.
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Résumé : « La Compagnie des Indes, au cours du procès qu'elle a eu avec M. le Marquis [...] »
Un procès opposant la Compagnie des Indes au Marquis de Bussy a révélé des documents sur la gestion de ce dernier. Des doutes sur la loyauté des secrétaires de Bussy ont émergé. Monsieur Bachelier, un secrétaire, a publié des correspondances pour se justifier, incluant une lettre des Syndics et Directeurs de la Compagnie des Indes datée du 29 août 1767, ainsi que ses échanges avec le Marquis de Bussy.
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4058
p. 208-209
Lettre de la Compagnie des Indes au sieur BACHELIER, en date du 27 décembre 1767
Début :
La Compagnie, Monsieur, a reçu la lettre que vous lui avez écrite le 29 août dernier, pour [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes, Syndics, Directeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de la Compagnie des Indes au sieur BACHELIER, en date du 27 décembre 1767
Lettre de la Compagnie des Indes au fieur B▲-
CHELIER , en date du 27 décembre 1767.
La Compagnie , Monfieur , a reçu la lettre
que vous lui avez écrite le 29 août dernier , pour
lui faire part de l'inquiétude où vous êtes que
votre qualité d'ancien Secrétaire de M.de Buffy
JUIN 1768. 209
ne donne lieu aux foupçons du public relativement
aux papiers de la correfpondance qui ont été
remis à la Compagnie ; & vous nous apprenez
qu'on dit auffi que vous avez été appellé auprès
d'elle pour lui donner des inftructions fur la
geftion de M. de Buffy dans le Dékan . Chacun
de nous , Monfieur , fera toujours prêt à attefter
qu'en aucun temps il n'a reçu , ni directement ,
ni indirectement , de votre part , aucune des
pièces qui font parvenues à la Compagnie que ,
de plus , l'adminiſtration ne vous a jamais fait
appeller pour lui donner des éclairciffemens , ni
fur la gestion de M. de Buffy , ni fur aucune
autre affaire en un mot , qu'elle n'a jamais eu
d'autres rapports avec vous que ceux que lui ont
donnés quelques liquidations qu'elle a faites pour
vous.
Nous fommes très - parfaitement , Monfieur ;
vos très -humbles & très - obéiflans ferviteurs.
Les Syndics & Directeurs de la Compagnie des
Indes . Signés , le Duc de Duras , Caftries ,
Saucé , de Clouard , de Bruny , de Leffart , du
Vaudier , Terray , Briffon , Behie , le Moine ,
de Méri-Darcy. A l'Orient , le premier janvier
-1768. Signés , Marion , Rifteau , Dérabec.
CHELIER , en date du 27 décembre 1767.
La Compagnie , Monfieur , a reçu la lettre
que vous lui avez écrite le 29 août dernier , pour
lui faire part de l'inquiétude où vous êtes que
votre qualité d'ancien Secrétaire de M.de Buffy
JUIN 1768. 209
ne donne lieu aux foupçons du public relativement
aux papiers de la correfpondance qui ont été
remis à la Compagnie ; & vous nous apprenez
qu'on dit auffi que vous avez été appellé auprès
d'elle pour lui donner des inftructions fur la
geftion de M. de Buffy dans le Dékan . Chacun
de nous , Monfieur , fera toujours prêt à attefter
qu'en aucun temps il n'a reçu , ni directement ,
ni indirectement , de votre part , aucune des
pièces qui font parvenues à la Compagnie que ,
de plus , l'adminiſtration ne vous a jamais fait
appeller pour lui donner des éclairciffemens , ni
fur la gestion de M. de Buffy , ni fur aucune
autre affaire en un mot , qu'elle n'a jamais eu
d'autres rapports avec vous que ceux que lui ont
donnés quelques liquidations qu'elle a faites pour
vous.
Nous fommes très - parfaitement , Monfieur ;
vos très -humbles & très - obéiflans ferviteurs.
Les Syndics & Directeurs de la Compagnie des
Indes . Signés , le Duc de Duras , Caftries ,
Saucé , de Clouard , de Bruny , de Leffart , du
Vaudier , Terray , Briffon , Behie , le Moine ,
de Méri-Darcy. A l'Orient , le premier janvier
-1768. Signés , Marion , Rifteau , Dérabec.
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Résumé : Lettre de la Compagnie des Indes au sieur BACHELIER, en date du 27 décembre 1767
Le 27 décembre 1767, la Compagnie des Indes répond à une lettre du sieur B▲, datée du 29 août 1767. Ce dernier avait exprimé ses préoccupations face aux soupçons publics concernant son rôle d'ancien secrétaire de M. de Buffy et la correspondance remise à la Compagnie. Il avait également mentionné des rumeurs selon lesquelles il aurait été sollicité pour donner des instructions sur la gestion de M. de Buffy au Dekan. La Compagnie des Indes dément catégoriquement avoir reçu des documents de sa part et affirme n'avoir jamais demandé ses éclaircissements ni entretenu d'autres relations avec lui, excepté pour certaines liquidations effectuées en sa faveur. La lettre est signée par les syndics et directeurs de la Compagnie des Indes, incluant le Duc de Duras, et datée du 1er janvier 1768.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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Le Duc de Duras, Castries, Saucé, De Clouard, De Bruny, De Lessart, du Vaudier, Terray, Brisson, Behie, Le Moine, De Méri-Darcy, Marion, Risteau, Dérabec, La Compagnie des Indes, Les syndics et directeurs de la Compagnie des Indes (Claude-Antoine Valdec de Lessart, Charles de La Croix Castries, Joseph-Marie Terray, Marc Joseph Marion-Dufresne, François Risteau)
4058
Le Duc de Duras, Castries, Saucé, De Clouard, De Bruny, De Lessart, du Vaudier, Terray, Brisson, Behie, Le Moine, De Méri-Darcy, Marion, Risteau, Dérabec, La Compagnie des Indes, Les syndics et directeurs de la Compagnie des Indes (Claude-Antoine Valdec de Lessart, Charles de La Croix Castries, Joseph-Marie Terray, Marc Joseph Marion-Dufresne, François Risteau)
4059
p. 210-211
LETTRE écrite par le sieur BACHELIER, à M. le Marquis DE BUSSY, en date du 19 janvier 1768.
Début :
MONSIEUR, J'ai l'honneur de vous adresser la copie de la [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par le sieur BACHELIER, à M. le Marquis DE BUSSY, en date du 19 janvier 1768.
LETTRE écrite par le fieur BACHELIER ,
à M. le Marquis DE BUSSY , en date
du 19 janvier 1768.
MONSIEUR ,
j'ai l'honneur de vous adreffer la copie de la
réponse que MM. de l'adminiſtration de la Compagnie
des Indes ont faite à la lettre que je leur
ai écrite , par laquelle vous verrez qu'ils me juf
tifient pleinement de toutes imputations relativement
aux papiers de votre correfpondance qui
ont été remis à cette Compagnie.
Quelque fenfible que j'aie été à l'opinion que
ces imputations ont pu donner contre moi , j'ai
été beaucoup plus peiné des humiliations, que vous
m'avez fait effuyer à ce fujet . Je n'aurois jamais,
cru que vous euffiez pu douter de ma probité &
de mon attachement , d'après les preuves que je
vous en avois données. Il eſt accablant pour l'innocence
d'avoir à fe juftifier , & quand elle y par
vient , on ne peut trop réparer le préjudice qu'on
lui a caufé. Vous n'avez qu'un moyen , Monfieur
, de le faire , c'eft de me rendre votre eſtime
avec autant de publicité que mon humiliation en
a eue , & les fentimens qui vous font connus me
font efpérer cette juſtice de vous.
Je fouhaite , Monfieur , que ceux qui , comme
moi , ont eu part à votre confiance , & qui par
ร
JUIN 1768. 211
conféquent fe trouvent dans le cas d'être foupçonnés
, foient aſſez jaloux de leur réputationpour
m'imiter dans mes démarches ; vous découvrirez
aifément le aralheureux qui vous a manqué de
fidélité .
Je ſuis , &c. Signé , Bachelier.
à M. le Marquis DE BUSSY , en date
du 19 janvier 1768.
MONSIEUR ,
j'ai l'honneur de vous adreffer la copie de la
réponse que MM. de l'adminiſtration de la Compagnie
des Indes ont faite à la lettre que je leur
ai écrite , par laquelle vous verrez qu'ils me juf
tifient pleinement de toutes imputations relativement
aux papiers de votre correfpondance qui
ont été remis à cette Compagnie.
Quelque fenfible que j'aie été à l'opinion que
ces imputations ont pu donner contre moi , j'ai
été beaucoup plus peiné des humiliations, que vous
m'avez fait effuyer à ce fujet . Je n'aurois jamais,
cru que vous euffiez pu douter de ma probité &
de mon attachement , d'après les preuves que je
vous en avois données. Il eſt accablant pour l'innocence
d'avoir à fe juftifier , & quand elle y par
vient , on ne peut trop réparer le préjudice qu'on
lui a caufé. Vous n'avez qu'un moyen , Monfieur
, de le faire , c'eft de me rendre votre eſtime
avec autant de publicité que mon humiliation en
a eue , & les fentimens qui vous font connus me
font efpérer cette juſtice de vous.
Je fouhaite , Monfieur , que ceux qui , comme
moi , ont eu part à votre confiance , & qui par
ร
JUIN 1768. 211
conféquent fe trouvent dans le cas d'être foupçonnés
, foient aſſez jaloux de leur réputationpour
m'imiter dans mes démarches ; vous découvrirez
aifément le aralheureux qui vous a manqué de
fidélité .
Je ſuis , &c. Signé , Bachelier.
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Résumé : LETTRE écrite par le sieur BACHELIER, à M. le Marquis DE BUSSY, en date du 19 janvier 1768.
Le 19 janvier 1768, Bachelier adresse une lettre au Marquis de Bussy pour lui transmettre une copie de la réponse de l'administration de la Compagnie des Indes concernant des accusations portées contre lui. Bachelier exprime sa douleur face aux humiliations subies et à la remise en question de sa probité et de son attachement, malgré les preuves fournies. Il souligne la difficulté de se justifier et le besoin de réparer le tort causé à son innocence. Pour restaurer son honneur, Bachelier demande au Marquis de Bussy de lui rendre publiquement son estime. Il espère également que ceux ayant partagé la confiance du Marquis et étant suspects suivront son exemple pour identifier le véritable traître. La lettre se termine par la signature de Bachelier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4060
p. 211
RÉPONSE de M. le Marquis DE BUSSY, datée du 15 mars suivant.
Début :
Comme vous étiez mon Secrétaire, Monsieur, quand on m'a volé ma correspondance générale, [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. le Marquis DE BUSSY, datée du 15 mars suivant.
RÉPONSE de M. le Marquis DE BUSSY ,
datée du 15 mars fuivant.
Comme vous étiez mon Secrétaire , Monfieur ,
quand on m'a volé ma correſpondance générale ,
il étoit tout naturel que les foupçons tombaſſent
fur vous , de même que fur les autres perſonnes
que j'employois dans mon fecrétariat. Mais votre
extrême ſenſibilité à ce fujet a commencé votre
juftification dans mon efprit , & vous l'avez achevée
par les démarches que vous avez faites auprès
des Adminiſtrateurs de la Compagnie des Indes
pour les déterminer à vous donner un témoignage
non équivoque que vous n'aviez aucune part
cette odieufe manoeuvre : d'ailleurs , je fais depuis
long-temps à quoi m'en tenir fur ce mystère d'ini
quité. Soyez donc bien perfuadé , Monfieur , qu'à
cet égard il ne me refte pas le moindre nuage , &
que dans toutes les occafions qui pourront ſe pré →
fenter je ferai charmé de vous obliger & de vous
convaincre que mes fentimens pour vous font
toujours les mêmes.
Je fuis , &c. Signé , DE BUSSY.
datée du 15 mars fuivant.
Comme vous étiez mon Secrétaire , Monfieur ,
quand on m'a volé ma correſpondance générale ,
il étoit tout naturel que les foupçons tombaſſent
fur vous , de même que fur les autres perſonnes
que j'employois dans mon fecrétariat. Mais votre
extrême ſenſibilité à ce fujet a commencé votre
juftification dans mon efprit , & vous l'avez achevée
par les démarches que vous avez faites auprès
des Adminiſtrateurs de la Compagnie des Indes
pour les déterminer à vous donner un témoignage
non équivoque que vous n'aviez aucune part
cette odieufe manoeuvre : d'ailleurs , je fais depuis
long-temps à quoi m'en tenir fur ce mystère d'ini
quité. Soyez donc bien perfuadé , Monfieur , qu'à
cet égard il ne me refte pas le moindre nuage , &
que dans toutes les occafions qui pourront ſe pré →
fenter je ferai charmé de vous obliger & de vous
convaincre que mes fentimens pour vous font
toujours les mêmes.
Je fuis , &c. Signé , DE BUSSY.
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Résumé : RÉPONSE de M. le Marquis DE BUSSY, datée du 15 mars suivant.
Le marquis de Bussy écrit à son ancien secrétaire le 15 mars pour lever les soupçons de vol de correspondance. Convaincu de son innocence grâce à ses démarches, il assure son soutien et son amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4061
p. 344-345
De VERSAILLES, le 20 Juillet.
Début :
Le Marquis d'Almodovar, Ambassadeur de S. M. C. à Londres, eut l'honneur d'être présenté le 3 [...]
Mots clefs :
Roi, Famille royale, Histoire, Remerciements, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 20 Juillet.
De VERSAILLES , le 20 Juillet.
,
Le Marquis d'Almodovar , Ambaſſadeur de S.
M. C. à Londres , eut l'honneur d'être préſenté le 3
de ce mois au Roi par le Ministre des affaires
étrangères. Les , la Marquiſe de la Meth fut préſentée
au Roi &à la famille Royale , par la Comteffe
de la Meth. Le 11 , M. De Pons , ci-devant Intendant
du Bourbonnois , qui à ſon retour ici avoit
été nommé à l'Intendance de Rouen , & qui vient de
( 345 )
P'être à celle de Metz , fut préſenté au Roi par le
Miniſtre de la Guerre , pour faire ſes remercimens
àS. M. ,& prendre congé d'elle. M. Joly de Fleury ,
Avocat-Général du Parlement de Paris , fut préſenté
le 12 au Roi par M. le Garde des Sceaux , pour lui
faire ſes remercimens de la furvivance de la charge
de Procureur-Général du même Parlement , que S.
M. lui a accordé.
:
Les , LL. MM. & la Famille Royale , ſignèrent
le contrat de mariage de M. Gravier de Vergennes ,
avec Demoifelle Bastard .
Le même jour , le Comte de Gerecourt préſenta à
LL. MM. & à Monfieur , un ouvrage de ſa compoſition
intitulé : Eſſai fur l'Histoire de la Maiſon
d'Autriche , dont la Reine avoit accepté la dédicace.
M. de Bordenave , de l'Académie Royale des Sciences
&de celle de Chirurgie , Profeſſeur Royal , Membre
des Académies, de Rouen , de Lyon & de celle de
Florence, préſenta le même jour au Roi un Effai en
deux volumes fur la Physiologie ou Physique du
Corps Humain. M. Moreau préſenta le 9 & le II
à LL. MM. & à la Famille Royale , les tomes V &
VI des Principes de Morale , de Politique & de
Droit Public , puisés dans l'Histoire de la Monarchie
, ou Discours ſur l'Histoire de France , dédiés
au Roi. Le 12 , M. Navier , Médecin de la Faculté
de Paris , préſenta à LL. MM. , un ouvrage de ſon
pere , Médecin à Châlon- fur- Marne , ſur les contrepoiſons
de l'Arſenic , du Sublimé-Corrofif , du
Verd-de-Gris & du plomb.
,
Le Marquis d'Almodovar , Ambaſſadeur de S.
M. C. à Londres , eut l'honneur d'être préſenté le 3
de ce mois au Roi par le Ministre des affaires
étrangères. Les , la Marquiſe de la Meth fut préſentée
au Roi &à la famille Royale , par la Comteffe
de la Meth. Le 11 , M. De Pons , ci-devant Intendant
du Bourbonnois , qui à ſon retour ici avoit
été nommé à l'Intendance de Rouen , & qui vient de
( 345 )
P'être à celle de Metz , fut préſenté au Roi par le
Miniſtre de la Guerre , pour faire ſes remercimens
àS. M. ,& prendre congé d'elle. M. Joly de Fleury ,
Avocat-Général du Parlement de Paris , fut préſenté
le 12 au Roi par M. le Garde des Sceaux , pour lui
faire ſes remercimens de la furvivance de la charge
de Procureur-Général du même Parlement , que S.
M. lui a accordé.
:
Les , LL. MM. & la Famille Royale , ſignèrent
le contrat de mariage de M. Gravier de Vergennes ,
avec Demoifelle Bastard .
Le même jour , le Comte de Gerecourt préſenta à
LL. MM. & à Monfieur , un ouvrage de ſa compoſition
intitulé : Eſſai fur l'Histoire de la Maiſon
d'Autriche , dont la Reine avoit accepté la dédicace.
M. de Bordenave , de l'Académie Royale des Sciences
&de celle de Chirurgie , Profeſſeur Royal , Membre
des Académies, de Rouen , de Lyon & de celle de
Florence, préſenta le même jour au Roi un Effai en
deux volumes fur la Physiologie ou Physique du
Corps Humain. M. Moreau préſenta le 9 & le II
à LL. MM. & à la Famille Royale , les tomes V &
VI des Principes de Morale , de Politique & de
Droit Public , puisés dans l'Histoire de la Monarchie
, ou Discours ſur l'Histoire de France , dédiés
au Roi. Le 12 , M. Navier , Médecin de la Faculté
de Paris , préſenta à LL. MM. , un ouvrage de ſon
pere , Médecin à Châlon- fur- Marne , ſur les contrepoiſons
de l'Arſenic , du Sublimé-Corrofif , du
Verd-de-Gris & du plomb.
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Résumé : De VERSAILLES, le 20 Juillet.
Le 20 juillet, plusieurs événements marquants ont eu lieu à Versailles. Le Marquis d'Almodovar, ambassadeur à Londres, a été présenté au Roi par le Ministre des affaires étrangères. La Marquise de la Meth a été présentée au Roi et à la famille royale par la Comtesse de la Meth. Le 11 juillet, M. De Pons, ancien Intendant du Bourbonnais, a été présenté au Roi par le Ministre de la Guerre avant de devenir Intendant de Metz. Le 12 juillet, M. Joly de Fleury, Avocat-Général du Parlement de Paris, a remercié le Roi pour la survivance de la charge de Procureur-Général du Parlement. Ce même jour, Leurs Majestés et la famille royale ont signé le contrat de mariage de M. Gravier de Vergennes avec Mademoiselle Bastard. Le Comte de Gerecourt a présenté un ouvrage sur l'histoire de la Maison d'Autriche. M. de Bordenave a offert un essai sur la physiologie humaine. M. Moreau a présenté les tomes V et VI des 'Principes de Morale, de Politique et de Droit Public'. Enfin, M. Navier a présenté un ouvrage sur les contrepoisons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4062
p. 345-357
De PARIS, le 20 Juillet.
Début :
La flotte de Brest a appareillé le 8 de ce mois ; on peut juger des dispositions des équipages, [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Roi, Canons, Frégates, Général, Comte, Officiers, Escadre, Équipages, Capitaine, Anglais, Frégate, Chef, Guerre, État, Navires, Prises, Armée, Canard-chat, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 20 Juillet.
De PARIS , le 20 Juillet .
La flotte de Breſt a appareillé le 8 de ce
mois ; on peut juger des diſpoſitions des équipages
, par cette lettre en date du 6 de ce mois ,
qu'elle étoit encore dans la rade. La flotte appareillera
au premier bon vent , & toutes les diſpon-
Ps
( 346 )
tions ſont faites en conféquence; les vents d'Ouest
qui ſoufflent depuis quelques jours , ne répondent
pas à l'empreſſement que nous avons de voir la
pleine mer , & nous faiſons des voeux bien ſincères
pour qu'ils changent. Le Vicomte d'Eſcars , commandant
la Prudente , mouilla hier ici. Le 26 du
mois paflé , il a vu 22 vaiſſeaux & quelques frégates ,
relâchant à Portsmouth ; c'eſt ſans doute l'Amiral
Keppel , & l'Amiral Byron ſera allé en Amérique.
Un paquebot Américain venant du Connecticut ,
relâcha ici le 3 ; le Capitaine charge de paquets
pour la Cour , doit les y avoir portés. Il a dit que
les Anglois étoient au moment d'évacuer Philadelphie
, qu'il y avoit une grande déſertion dans leur
armée ; que les Américains attendoient avec impatience
l'eſcadre de M. le Comte d'Estaing , & que
ce Général leur avoit été annoncé par deux frégates
Françoiſes « .
Ces nouvelles contrediſent pleinement celles que
les Anglois avoient répandues de la défaite du Général
Washington par le Général Clinton. Cette
nouvelle au reſte n'avoit pas fait grande fortune ,
puiſqu'au moment de ſa publication , on avoit fait
des paris de soo louis , que l'armée de Philadelphie
fubiroit le fort de celle du Général Burgoyne. 1
>>>Le Comte d'Orvilliers , Lieutenant- Général ,
commande en chef l'armée diviſée en trois eſcadres.
L'eſcadre blanche eſt ſous le pavillon du Général ;
la blanche & bleue , fous celui du Comte Duchaffault
, Lieutenant - Général ; & l'eſcadre bleue , ſous
Gelui du Duc de Chartres , Lieutenant-Général. Les
Commandans de la ſeconde & de la troiſième divifion
de chaque eſcadre , font , de la blanche , le
Comte de Guichen , chef d'eſcadre , & M. Hector
, Capitaine de vaiſſeau ; de la blanche & bleue ,
le Comte de Rochechouart , chef d'eſcadre , & le
Chevalier de Bauffet , Capitaine de vaiſſeau ; & de la
bleue , le Comte de Graffe , chef d'eſcadre , & le
( 347 )
Chevalier de Monteil , Capitaine de vaifſeau. Les.
Capitaines de Pavillon des trois Commandans d'efcadre,
font , du Général , M. Dupleſſis -Parfault;
du Comte Duchaffault , M. Huon de Kermadec ;
& du Duc de Chartres , M. de la Mothe-Piquet ,
chef d'eſcadre , & ſous cet Officier-Générať , M. de
Montpéroux , Capitaine de vaiſſeau .
>> Le 9 , l'armée étant ſur Oueſſant , la corvette la
Curieuse, de 10 canons de 4, commandée par le
Chevalier du Rumain , qui chaſſoit en avant , a
pourſuivi un bâtiment dont elle avoit fait la découverte.
Etant arrivée à portée de voix , elle lui a crié
de mettre en panne; le bâtiment que ſon pavillon annonçoit
être Anglois , n'a point exécuté la manoeuvre
àlaquelle il étoit invité. La frégate l'Iphigénie , commandée
par M. de Kerſaint , qui chaſſoit pareillement
en avant de l'armée , a joint le bâtiment à cet
inftant , & l'a hélé , en lui diſant qu'il falloit qu'il
vint parler au Général. Sur le refus formel qu'en a
fait ce Capitaine, M. de Kerſaint a ordonné qu'on
fit feu. Le bâtiment a amené ſon pavillon ; c'eſt
le Lively , frégate Angloiſe de 22 canons de 9 , &
de Iso hommes d'équipage commandée par
M. Biggs , Capitaine de vaiſſeau; la frégate du Roi
l'ayant amené au Général , le Comte d'Orvilliers a
penſé qu'il devoit la faire conduire à Breft , où elle
eſt arrivée le 10 , ſous l'eſcorte de l'Iphigénie «.
,
Aux détails que nous avons donnés du combat de
la Belle Poule & de ſes ſuites nous joindrons
ceux-ci que nous avons reçus de Breſt. » Le Chevalier
de Capellis , qui commandoit la batterie pendant
le combat , a tiré 850 coups de canons , &
l'activité de ce brave Officier , a ſervi d'exemple à
tout l'équipage. Auſſi à ſon arrivée dans le port ,
la Marquiſe d'Aubererre , épouſe du Cominandant
deBretagne , a été à la tête des Dames de la Ville ,
lui porter une cocarde. La valeur ne peut ambitionnerun
prix plus agréable ; elle en a cependant reçu
P6
(348 )
un autre bien cher à l'honneur François. Le Chevalier
de Capellis a reçu une lettre très-flatteuſe du
Miniſtre , qui lui marque que le Roi lui fait bon
gré de ſes ſervices , & qu'il ne l'oubliera pas. On
raconte qu'un des ſoldats de la frégate , qui avoir
été auparavant garde-chaffe , ajuſtoit fi bien fon
homme , que de ſes quatre premiers coups de fufil ,
il tua quatre Anglois ſur l'Arétuse. Ses camarades ,
témoins de ſon adreſſe , & regrettant le tems qu'il
perdoit à charger ſon fufil , lui proposèrent de lui
en fournir de tous chargés , ce qu'il accepta. L'intrépide
foldat , ſans quitter ſon poſte , tua 29 Anglois
de ſuite; il fut lui-même renverſé d'un coup , au
moment qu'il viſoit le trentième «.
En parlant de la bravoure & de l'adreſſe de nos
foldats , nous ne devons pas négliger de parler des
foins que l'humanité prépare à ceux qui expoſent
leurs jours; elle a produit une découverte intéreſfante.
M. Groſſier, Licentié en Médecine , ancien
Profeffeur & Démonstrateur d'Anatomie & de Chirurgie
au régiment du Roi infanterie ,& Chirurgien-
Major du vaiſſeau du Roi le Roland , commandé
par M. de Larchantel , vient d'imaginer une machine,
dont l'uſage deviendra utile aux bleſſés à
bord des vaiſſeaux de guerre , principalement dans
le cas de combat. Elle peut être auſſi employée avec
avantage dans les hopitaux , fur-tout dans ceux établis
à la ſuite des armées. Elle procure aux Chirurgiens
toute l'aiſance dont ils ont beſoin dans l'exercice
de leurs fonctions .
Cette machine , dont l'Auteur doit publier la defcription
, a été miſe en jeu le 20 Juin , à bord du
vaiſſeau le Roland , en préſence de M. le Duc de
Chartres , des Officiers Généraux de l'armée navale ,
& des premiers Médecins & Chirurgiens de la marine
au département de Breſt. L'effet a répondu à
l'attente . M. le Comte d'Orvilliers en a fait prendre
le modèle , & a ordonné d'en établir de femblables
( 349 )
furtous les vaiſſeaux . MM, les premiers Médecins
& Chirurgiens , en ont dreſſé procès-verbal , & ont
arrêté qu'elle ſeroit employée dans les hopitaux de
leur département.
: Depuis le combat des deux frégates , pluſieurs
corps de troupes ont été prévenus par le Miniſtre de
laGuerre, de ſe tenir prêts àmarcher. Celles qui
s'aſſembleront en Bretagne & en Normandie , le
ront très- confidérables. Le Duc de Croy , Commandant
en chef en Picardie , Boulonnois & Calaiſis , a
fait l'inſpection de toutes les places qui ſont à ſes
ordres , depuis la Normandie juſqu'à la Flandre ; il
les a trouvées dans le meilleur état poſſible pour la
défenſe des côtes. On aſſure qu'il ſe formera auſſi
un camp nombreux du côté de la Flandre , & il y
a, dit- on , pluſieurs régimens en route pour joindre
ceux qui s'y trouvent déja.
Le village de Saint-Ouen de Tardonne , Paroiffe
du Diocèſe & à une lieue de Beauvais en Picardie ,
compoſé des hameaux deWagicourt & de Tardonne ,
dont le premier eſſuya le 3 Avril 1768 , un incendie
qui réduifit en cendres 45 maiſons avec leurs dépen
dances , ainſi que tout ce qu'elles renfermoient, a
éprouvé encore le 6 de ce mois , un incendie qui a
confumé vingt-deux maiſons à Tardonne ; le feu
étoit ſi vif & fi actif , que les incendiés n'ont eu
que le tems de ſortir de leurs habitations ; ils ont
perdu généralement tous leurs meubles , grains ,
fourrages & autres proviſions : ſans le prompt ſecours
des Citoyens de Beauvais , qui s'y font portés
en foule, précédés de pluſieurs Magiſtrats &de nombre
de notables de la ville , tout le hameau auroit été
la proie des flammes. Parmi les derniers incendiés ,
il y en a pluſieurs qui avoient eſſuyé ce malheur en
1760, Ces infortunés ſe recommandent à la bien.
faiſance des ames charitables. Les ſecours peuvent
être adreſſés à M. le Curé de la Paroiſſe .
La Ville de Saint-Venant en Artois , ne produi(
350 )
,
fant que des eaux mal-faines , & dont l'uſage étoit
dangereux , le Pere Croquiſon , ci-devant Supérieur
de lamaiſon des Bons- Fils de cette Ville , après un
travail qui a duré quatre mois ſans relâche , a découvert
une ſource d'eau abondante de la meilleure
qualité ; les Médecins & Chirurgiens des environs
enordonnent l'uſage aux malades avec ſuccès. Cette
fontaine , qui a ſa ſource à 264 pieds de profondeur ,
donne 120 bouteilles par minute; ſon jet s'élève à 1s
pieds au-deſſus de la ſurface de la terre. Le PereCroquiſon
ayant inſtruit le Gouvernement du ſuccès de
ſes recherches , M. le Prince de Montbarrey , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat de la Guerre , a donné
ordre au Directeur du Génie , de faire conduire un
fil de cette eau pour la Ville & la garaiſon . L'ouvrage
a été exécuté ſous les ordres de M. de Lifle ,
Ingénieur en chef. Les habitans , reconnoitſans du
bien que cette fontaine procure à la Ville , en ont
marqué leur joie par des fêtes & divertiſſemens. Ils
n'oublieront jamais la découverte du Pere Croquifon
, & le bienfait du Roi , qui leur en a procuré la
jouiſſance.
On a beaucoup parlé de la production monstrueuſe
du canard- chat. On l'a dabord regardée comme un
effet fingulier des émanations du chat ſur les oeufs
qu'il a couvés ; on a prétendu enſuite, d'après des
obſervations de Réaumur , qu'il ne falloit attribuer
cette fingularité , qu'à la manière dont le chat dans
l'incubation , avoit remplacé la canne , qui ne lui.
avoit pas appris ſon ſecret; il ſe pourroit que ce ne
fût qu'un jeu de la nature , qui auroit été le même,
quand l'oeuf auroit éclos par toute autre chaleur que
celle du chat , qui s'eſt couché deſſus ; quoiqu'il en
foit , ce fait ou cette fable n'eſt pas une nouveauté.
On trouve une hiſtoriette ſemblable dans une hif
toire des chats , qui parut en Allemand en 1772. (1 ).
(2) Versuch einer Katzen geſchichte. Effai d'une hiſtoire
des Chats. A Francfort , & à Leipfick 1774. in -8 .
4
( 351 )
On ne ſerapeut-être pas faché de la voir rapprochée
de celle que vient de publier M. Vimon. » Une
canne avooiitt choifi un coindans un moulin , où elle
avoit pondu neuf oeufs qu'elle couvoit. Un chat qui
rôdoit aux environs , s'appropria le lieu , dépoſſéda
la canne , & ſe plaça ſur les oeufs , qu'il couva jour
& nuit , juſqu'a ce qu'il en fortit 9 jolis cannetons ,
qui tenoient du naturel du chat. Dès qu'ils purent
courir , ils allèrent à la chaſſe des ſouris , & quand
ils les attrapoient , ils les dévoroient. Devenus
grands , ils employerent toutes les ruſes du chat
contre les fouris , & fur- tout contre les ſouris aquatiques.
Ce qu'il y a de plus fingulier , c'eſt que ce
chat conduiſoit tous les matins ſa couvée à la campagne
, comme la canne auroit pu faire , la précé
doit , & quand elle ſe jettoit à l'eau , il couroit autour
du bord , comme une poule qui mene des canetons ;
fi on attaquoit les petits , il les défendoit avec fureur ,
&le ſoir il les ramenoit au gîte ". Il eſt inutile d'obſerver
que l'Auteur Allemand , qui a conſulté quelquefois
de bonnes ſources , n'a pas puiſé dans celleslà
le trait que nous venons de rapporter.
>> Depuis 4jours , écrit-on de Nantes en date du
6 de ce mois , il eſt arrivé ici 15 navires , preſque
tous de St-Domingue. L'un d'eux , le Marquis de
Lévi , a rencontré le 23 Juin l'Amiral Byron à 200
lieues dans l'Oueſt. Il étoit précédé par une frégate
Françoiſe , qui avoit 4 heures d'avance , & qui ſans
doute alloit avertir M. le Comte d'Estaing. Un petit
bâtiment Américain, parti de Baltimore le 9 Juin , rapporte
qu'à ſon départ les Anglois s'embarquoient ſur la
Delaware. La corvette Américaine qui a rapporté la
ratification du Traité entre la France & les Etats-
Unis par le Congrès , étoit parti de New-London , &
eſt arrivée à Breſt en 23 jours. On afſure que les
Etats -Unis ont ajouté une fleur de lys à leurs armes «.
Selon quelques lettres , 2 frégates Angloiſes ont été
encore priſes par les nôtres , & conduites dans nos
ports. Selond'autres,deNantes, le commerce de cette
( 352 )
ville vient d'ouvrir une ſouſcription pour armer en
courſe deux frégates de 26 canons de 12 liv. , les
actions ſont de 1000 liv. ; elle a été ouverte aufli-tôt
après l'arrivée d'une lettre de M. de Sartine , à la
Chambrede Commerce de cette ville ; elle eſt conçue
ainfi . >> Le Roi ſe propoſe MM. de faire publier inceſſamment
une Déclaration , par laquelle S. Μ.
fixera les encouragemens qu'elle eſt dans l'intention
d'accorder en cas de guerre pour les armemens en
courſe. La même loi déterminera d'une manière préciſe
les engagemens réciproques de ceux qui feront
chargés du détaildes armemens &des capitaliſtes qui
en fourniront les fonds ; & elle pourvoira à l'accélération
des procédures des priſes , au jugement des
ventes & des liquidations , de manière à affurer la
plus juſte , comme la plus prompte répartition du
profit. Pour mettre les Armateurs en état de régler
dès-à-préſent leurs ſpéculations , & de préparer leurs
entrepriſes , S. M. m'autoriſe àvous marquer qu'entr'autres
avantages qu'elle deſtine à la courſe , elle
fera fournir de ſes arſenaux les canons de 12 & de 8
de balle , pour les corſaires de 95 pieds de quille
coupée& au-deſſus , ſans ſe réſerver aucune portion
dans le produit des priſes ,& ſous la ſeule condition
que les canons qui ſe trouveront au débarquement ,
feront remis aux Commiſſaires des ports & arſenaux
delamarine. Comme les beſoinsdu fſeerrvicene permettent
pas de fournir ces canons en nature pour les
Corſaires qui pourront être expédiés dans le courant
de cette année , S. M. fera payer aux Armateurs ,
dans un mois du jour de l'expédition du rôle d'équi
page , la ſomme de 800 liv. pour tenir lieu de chaque
canon de 12 , & celle de 600 , pour chaque canon de
8. Je ne doute pas , au ſurplus , que les Armateurs
ne donnent , s'il ya lieu , des preuves de leur zèle pour
concourir aux vues de S. M.; vous voudrez bien leur
faire part de ce que je vous marque , & me rendre
comptede leurs difpofitions .
(353 )
La Déclaration annoncée dans cette lettre eſt du
24 Juin ,& a été enregiſtrée au Parlement le 14 de
ce mois. Outre les diſpoſitions , relativement aux
canons que le Roi fournira , S. M. exempte des
droits de traite pour les vivres , munitions , artillerie
& uftenciles de conſtruction , avitaillement , & armement
de navires , tous les Armateurs en courſe , à
compter du jour de l'enregiſtrement & publication
de la préſente ; elle donnera des marques particulières
& honorables de ſatisfaction à ceux qui ſe diſtingueront.
Les Corſaires , requis de ſe joindre aux
vaiſſeaux du Roi , auront part aux priſes faites par
ces derniers ; ils obtiendront des gratifications pour
les priſes particulières qu'ils feront , & qui ſeront
payées des deniers de la marine pour chaque canon
&chaque priſonnier des vaiſſeaux qu'ils auront pris .
Çes gratifications appartiendront en entier aux Officiers
& aux équipages des Corſaires vainqueurs. Les
Officiers & matelots bleſſés & hors d'état de fervir,
auront la demi-folde ; leurs veuves auront des pen-
Gons; les Capitaines & Officiers qui ſe diftingueront ,
aurontdes récompenfes &même des emplois dans la
marine Royale. La Déclaration règle les conditions
des ſociétés qui ſe formeront pour armer , leurs
droits , leurs parts , les ventes &c. On prélèvera 6
deniers pour livre pour les Invalides de la marine ,
mais ſur le produit net de la part des Armateurs feulement
, tous frais défalqués.
On apublié en même temps l'Ordonnance du Roi ,
concernant les priſes faites par les vaiſſeaux , frégates
&autres bâtimens de S. M. Elle attribue aux Officiers
&équipages la valeur entière des vaiſſeaux de guerre
&Corfaires pris ſur les ennemis ; les deux tiers leur
ſeront partagés , & l'autre tiers mis dans la caiſſe des
Invalides de la marine. Cette caiſſe payera aux Officiers
& équipages des vaiſſeaux preneurs , les vaiſ
ſeaux & frégates de guerre y compris celles de 20
canons , que leRoi jugera pouvoir être employés pour
( 354 )
ſon ſervice ſur le pied ſuivant , 5,000 liv. pour
chaque canon monté ſur affut des vaiſſeaux de 90
canons & au-deſſus ; 4,000 pour ceux de 80,74,70
& 68 canons , 3,500 pour ceux de 64 , 60 & so
canons , & 3,000 liv. pour ceux des frégates . Les
bâtimens deguerre , autres qquuee les vaiſſeaux&frégates
, ainſi que les Corſaires & les navires marchands
retenus pour le ſervice du Roi , feront eſtimés par
experts , & payés par S. M. On vendra tout le reſte.
Le Roi accordera des gratifications plus ou moins
fortes , felon le nombre des canons pour les vaiſſeaux
ennemis brûlés ou coulés bas. L'Ordonnance fixe les
parts des Officiers & équipages , accorde des gratifications
& demi- foldes aux Officiers & matelots blefſés
, des penſions à leurs veuves & à leurs enfans.
Le 10 de ce mois S. M. a écrit la lettre ſuivante
à M. le Duc de Penthievre , Amiral de France ,
pour faire délivrer des commiſſions en courſes.
Mon coufin , l'inſulte faite à mon pavillon par
une frégate du Roi d'Angleterre envers ma frégate
la Belle - Poule; la ſaiſie faite par une efcadre
Angloiſe , au mépris du droit des gens ,
de mes fregates la Licorne & la Pallas , & de mon
lougre le Coureur; la ſaiſie en mer & la confiſcation
des navires appartenant à mes ſujets , faites par
l'Angleterre contre la foi des Traités ; le trouble continu
& le dommage que cette Puiſſance apporte au
commerce maritime de mon Royaume & de mes
Colonies de l'Amérique , ſoit par ſes bâtimens de
guerre, ſoit par ſes Corſaires dont elle autoriſe &
excite les déprédations : tous ces procédés injurieux ,
& principalement l'inſulte faite à mon pavillon
m'ont forcé de mettre un terme à la modération que
je m'étois propoſée , & ne me permettent pas de
ſuſpendre plus long-temps les effets de mon reffentiment
: la dignité de ma Couronne & la protection
queje dois à mes ſujets , exigent que j'uſe enfin de
repréſailles , que j'agiſſe hoftilement contre l'Angle.
( 355 )
terre , & que mes vaiſſeaux attaquent & tâchent de
s'emparer ou de détruire tous les vaiſſeaux , frégates
, ou autres bâtimens appartenans au Roi d'Angleterre
, & qu'ils arrêtent & ſe ſaiſiſſent pareillement
de tous navires marchands Anglois dont ils
pourront avoir occaſion de s'emparer. Je vous fais
donc cette lettre pour vous dire , qu'ayant ordonné
en conféquence aux Commandans de mes eſcadres
&de mes ports , de preſcrire aux Capitaines de
mes vaiſſeaux de courre-ſus à ceux du Roi d'Angleterre
, ainſi qu'aux navires appartenant à mes
ſujets , de s'en emparer , &de les conduire dans les
ports de mon Royaume ; mon intention eſt qu'en
repréſailles des priſes faites ſur mes ſujets par les
corfairesAnglois,,vous faſſiez délivrer des commiffions
, ſur-tout à ceux de meſdits ſujets qui en demanderont
, & qui feront dans le cas d'en obtenir ,
en propoſant d'armer des navires en guerre avec des
forces affez conſidérables pour ne pas compromettre
les équipages qui ſeront employés ſur ces bâtimens ;
je ſuis aſſuréde trouver dans la justice de ma cauſe ,
dans la valeur de mes Officiers , & des équipages de
mes vaiſſeaux , dans l'amour de tous mes ſujets ,
les reſſources que j'ai toujours éprouvé de leur part ,
& je compte principalement ſur la protection du
Dieu des armées ; & la préſente n'étant à autre fin ,
je prie Dieu qu'il vous ait , mon Couſin , en ſa ſainte
&digne garde. Ecrit à Verſailles le 10 Juillet 1778.
Signé , Louis , & plus bas , De Sartine " .
Le 2 de ce mois , dans l'après- midi , J. J. Roufſeau
eſt mort à Ermenonville , près de Montmorenci.
On s'apperçut le matin , qu'il étoit fort abattu ,
on lui conſeilla de ne pas fortir. Je vais toujours ,
répondit- il , quoiqu'il n'y eût rien d'étonnant , ſi l'on
me trouvoit mort dans une heure. Entre 9 & 10 , il
fut ſaifi d'une violente colique , dont il mourut. On
ouvrit ſon corps le 3 , & on l'enterra dans une petite
ifle en face du château ; il étoit né en 1706.
( 356 )
On lit dans le Journal de Paris , l'extrait d'un
Mémoire écrit en entier de fa main , & daté du
mois de Février 1777 ; on ſera peut être bien-aiſe
de le trouver ici .
>>Ma femme eſt malade depuis long-tems , & le
progrès de fon mal qui la met hors d'état de ſoigner
fon petit ménage , lui rend les ſoins d'autrui néceffaires
à elle-même , quand elle eſt forcée à garder ſon
lit. Je l'ai juſqu'ici gardée & ſoignée dans toutes ſes
maladies ; la vieilleſſe ne me permet plus le même
ſervice. D'ailleurs le ménage , tout petit qu'il eſt ,
ne ſe fait plus tout ſeul ; il faut ſe pourvoir audehors
des choſes néceſſaires à la ſubſiſtance & les
préparer ; il faut maintenir la propreté ( 1 )
dans la maiſon. Ne pouvant remplir ſeul tous ces
ſoins , j'ai été forcé , pour y pourvoir , d'eſſayer de
donner une ſervante à ma femme. Dix mois d'expérience
m'ont fait ſentir l'infuffiſance & les inconvéniens
inévitables& intolérables de cette reffource
dans une poſition pareille à la nôtre. Réduits à vivre
abſolument ſeuls ,& néanmoins hors d'état de nous
paſſer du ſervice d'autrui , il ne nous reſte dans l'infirmité
& l'abandon qu'un ſeul moyen de ſoutenir
-nos vieux jours : c'eſt de trouver quelqu'aſyle où
nous puiſſions ſubſiſter à nos frais , mais exempts
d'un travail qui déſormais paſſe nos forces , & des
détails&des ſoins dont nous ne ſommes plus capables.
Du reſte , de quelque façon qu'on me traite ,
qu'on me tienne en clôture formelle ou en apparente
liberté ; dans un hopital ou dans un déſert , avec des
gens doux ou durs , faux ou francs , ( fi de ceux- ci il
en eſt encore ) , je conſens à tout , pourvu qu'on
rende àma femme les ſoins que ſon état exige , &
qu'on me donne le couvert , le vêtement le plus
fimple & la nourriture la plus ſobre juſqu'à la fin
(1) Il eſt écrit en note en cet endroit : >>>Mon incon-
>>cevable ſituation , dont perſonne n'a d'idée , pas
>> mêmeceux qui m'y ont réduit , me force d'entrerdans
>> ces détails «
( 357 )
de mes jours , ſans que je ne fois plus obligé de me
mêler de rien. Nous donnerons pour cela ce que
nous pouvons avoir d'argent , d'effets & de rentes ,
& j'ai lieu d'eſpérer que cela pourra ſuffire dans
des Provinces où les denrées ſont à bon marché ,
&dans des maiſons deſtinées à cet uſage où les refſources
de l'économie ſont connues & pratiquées ,
fur-tout en me ſoumettant , comme je fais de bon
coeur , à un régime proportionné à mes moyens «.
Lesnuméros ſortis au tirage de la loterie Royale
de France , font : 18 , 12 , 71 , 52 & 38 .
Les lots au-deſſus de 100 liv. fortis au tirage du
3 de ce mois , de la loterie Royale créée par Arrêt
du 7 Décembre 1777 , font les ſuivans :
Nos . Lots. Nos. Lots. Nos. Lots..
liv. liv. liv.
835 1200 8823 1200 18073 1200
1684 1200 8826 1200 18253 1200
1991 1200 8828 1200 19002 1200
2187 1200 9064 1200 19971 1200
3291 1200 9346 1200 19976 1200
3533 1200
10351 1200 20073 1200
3783 1200 10582 1200 28282 1200
13786 1500 10771 1200 20778 1200
4760 1200 11025 3000
21202 1200
5468 1200 12612 1200
21234
1200
5710 3000
12860 1200 21559 1200
A
5925 1200 13390 1200 21793 1200
6024
1200 14231
1200 22276 1200
6051 1200 14768 1200
23023 (200
6540 1200 14909 1200 23423 1200
6889 1200 14944 1200 23998 1200
7174 1500 16281 1200
24258 1200
7368 1200 17127 3000 24391 1200
7861
1200 17286 1200 24763 1200
8512
1200 17391 1200 24816 1200
8688 1200 17623 1200
La flotte de Breſt a appareillé le 8 de ce
mois ; on peut juger des diſpoſitions des équipages
, par cette lettre en date du 6 de ce mois ,
qu'elle étoit encore dans la rade. La flotte appareillera
au premier bon vent , & toutes les diſpon-
Ps
( 346 )
tions ſont faites en conféquence; les vents d'Ouest
qui ſoufflent depuis quelques jours , ne répondent
pas à l'empreſſement que nous avons de voir la
pleine mer , & nous faiſons des voeux bien ſincères
pour qu'ils changent. Le Vicomte d'Eſcars , commandant
la Prudente , mouilla hier ici. Le 26 du
mois paflé , il a vu 22 vaiſſeaux & quelques frégates ,
relâchant à Portsmouth ; c'eſt ſans doute l'Amiral
Keppel , & l'Amiral Byron ſera allé en Amérique.
Un paquebot Américain venant du Connecticut ,
relâcha ici le 3 ; le Capitaine charge de paquets
pour la Cour , doit les y avoir portés. Il a dit que
les Anglois étoient au moment d'évacuer Philadelphie
, qu'il y avoit une grande déſertion dans leur
armée ; que les Américains attendoient avec impatience
l'eſcadre de M. le Comte d'Estaing , & que
ce Général leur avoit été annoncé par deux frégates
Françoiſes « .
Ces nouvelles contrediſent pleinement celles que
les Anglois avoient répandues de la défaite du Général
Washington par le Général Clinton. Cette
nouvelle au reſte n'avoit pas fait grande fortune ,
puiſqu'au moment de ſa publication , on avoit fait
des paris de soo louis , que l'armée de Philadelphie
fubiroit le fort de celle du Général Burgoyne. 1
>>>Le Comte d'Orvilliers , Lieutenant- Général ,
commande en chef l'armée diviſée en trois eſcadres.
L'eſcadre blanche eſt ſous le pavillon du Général ;
la blanche & bleue , fous celui du Comte Duchaffault
, Lieutenant - Général ; & l'eſcadre bleue , ſous
Gelui du Duc de Chartres , Lieutenant-Général. Les
Commandans de la ſeconde & de la troiſième divifion
de chaque eſcadre , font , de la blanche , le
Comte de Guichen , chef d'eſcadre , & M. Hector
, Capitaine de vaiſſeau ; de la blanche & bleue ,
le Comte de Rochechouart , chef d'eſcadre , & le
Chevalier de Bauffet , Capitaine de vaiſſeau ; & de la
bleue , le Comte de Graffe , chef d'eſcadre , & le
( 347 )
Chevalier de Monteil , Capitaine de vaifſeau. Les.
Capitaines de Pavillon des trois Commandans d'efcadre,
font , du Général , M. Dupleſſis -Parfault;
du Comte Duchaffault , M. Huon de Kermadec ;
& du Duc de Chartres , M. de la Mothe-Piquet ,
chef d'eſcadre , & ſous cet Officier-Générať , M. de
Montpéroux , Capitaine de vaiſſeau .
>> Le 9 , l'armée étant ſur Oueſſant , la corvette la
Curieuse, de 10 canons de 4, commandée par le
Chevalier du Rumain , qui chaſſoit en avant , a
pourſuivi un bâtiment dont elle avoit fait la découverte.
Etant arrivée à portée de voix , elle lui a crié
de mettre en panne; le bâtiment que ſon pavillon annonçoit
être Anglois , n'a point exécuté la manoeuvre
àlaquelle il étoit invité. La frégate l'Iphigénie , commandée
par M. de Kerſaint , qui chaſſoit pareillement
en avant de l'armée , a joint le bâtiment à cet
inftant , & l'a hélé , en lui diſant qu'il falloit qu'il
vint parler au Général. Sur le refus formel qu'en a
fait ce Capitaine, M. de Kerſaint a ordonné qu'on
fit feu. Le bâtiment a amené ſon pavillon ; c'eſt
le Lively , frégate Angloiſe de 22 canons de 9 , &
de Iso hommes d'équipage commandée par
M. Biggs , Capitaine de vaiſſeau; la frégate du Roi
l'ayant amené au Général , le Comte d'Orvilliers a
penſé qu'il devoit la faire conduire à Breft , où elle
eſt arrivée le 10 , ſous l'eſcorte de l'Iphigénie «.
,
Aux détails que nous avons donnés du combat de
la Belle Poule & de ſes ſuites nous joindrons
ceux-ci que nous avons reçus de Breſt. » Le Chevalier
de Capellis , qui commandoit la batterie pendant
le combat , a tiré 850 coups de canons , &
l'activité de ce brave Officier , a ſervi d'exemple à
tout l'équipage. Auſſi à ſon arrivée dans le port ,
la Marquiſe d'Aubererre , épouſe du Cominandant
deBretagne , a été à la tête des Dames de la Ville ,
lui porter une cocarde. La valeur ne peut ambitionnerun
prix plus agréable ; elle en a cependant reçu
P6
(348 )
un autre bien cher à l'honneur François. Le Chevalier
de Capellis a reçu une lettre très-flatteuſe du
Miniſtre , qui lui marque que le Roi lui fait bon
gré de ſes ſervices , & qu'il ne l'oubliera pas. On
raconte qu'un des ſoldats de la frégate , qui avoir
été auparavant garde-chaffe , ajuſtoit fi bien fon
homme , que de ſes quatre premiers coups de fufil ,
il tua quatre Anglois ſur l'Arétuse. Ses camarades ,
témoins de ſon adreſſe , & regrettant le tems qu'il
perdoit à charger ſon fufil , lui proposèrent de lui
en fournir de tous chargés , ce qu'il accepta. L'intrépide
foldat , ſans quitter ſon poſte , tua 29 Anglois
de ſuite; il fut lui-même renverſé d'un coup , au
moment qu'il viſoit le trentième «.
En parlant de la bravoure & de l'adreſſe de nos
foldats , nous ne devons pas négliger de parler des
foins que l'humanité prépare à ceux qui expoſent
leurs jours; elle a produit une découverte intéreſfante.
M. Groſſier, Licentié en Médecine , ancien
Profeffeur & Démonstrateur d'Anatomie & de Chirurgie
au régiment du Roi infanterie ,& Chirurgien-
Major du vaiſſeau du Roi le Roland , commandé
par M. de Larchantel , vient d'imaginer une machine,
dont l'uſage deviendra utile aux bleſſés à
bord des vaiſſeaux de guerre , principalement dans
le cas de combat. Elle peut être auſſi employée avec
avantage dans les hopitaux , fur-tout dans ceux établis
à la ſuite des armées. Elle procure aux Chirurgiens
toute l'aiſance dont ils ont beſoin dans l'exercice
de leurs fonctions .
Cette machine , dont l'Auteur doit publier la defcription
, a été miſe en jeu le 20 Juin , à bord du
vaiſſeau le Roland , en préſence de M. le Duc de
Chartres , des Officiers Généraux de l'armée navale ,
& des premiers Médecins & Chirurgiens de la marine
au département de Breſt. L'effet a répondu à
l'attente . M. le Comte d'Orvilliers en a fait prendre
le modèle , & a ordonné d'en établir de femblables
( 349 )
furtous les vaiſſeaux . MM, les premiers Médecins
& Chirurgiens , en ont dreſſé procès-verbal , & ont
arrêté qu'elle ſeroit employée dans les hopitaux de
leur département.
: Depuis le combat des deux frégates , pluſieurs
corps de troupes ont été prévenus par le Miniſtre de
laGuerre, de ſe tenir prêts àmarcher. Celles qui
s'aſſembleront en Bretagne & en Normandie , le
ront très- confidérables. Le Duc de Croy , Commandant
en chef en Picardie , Boulonnois & Calaiſis , a
fait l'inſpection de toutes les places qui ſont à ſes
ordres , depuis la Normandie juſqu'à la Flandre ; il
les a trouvées dans le meilleur état poſſible pour la
défenſe des côtes. On aſſure qu'il ſe formera auſſi
un camp nombreux du côté de la Flandre , & il y
a, dit- on , pluſieurs régimens en route pour joindre
ceux qui s'y trouvent déja.
Le village de Saint-Ouen de Tardonne , Paroiffe
du Diocèſe & à une lieue de Beauvais en Picardie ,
compoſé des hameaux deWagicourt & de Tardonne ,
dont le premier eſſuya le 3 Avril 1768 , un incendie
qui réduifit en cendres 45 maiſons avec leurs dépen
dances , ainſi que tout ce qu'elles renfermoient, a
éprouvé encore le 6 de ce mois , un incendie qui a
confumé vingt-deux maiſons à Tardonne ; le feu
étoit ſi vif & fi actif , que les incendiés n'ont eu
que le tems de ſortir de leurs habitations ; ils ont
perdu généralement tous leurs meubles , grains ,
fourrages & autres proviſions : ſans le prompt ſecours
des Citoyens de Beauvais , qui s'y font portés
en foule, précédés de pluſieurs Magiſtrats &de nombre
de notables de la ville , tout le hameau auroit été
la proie des flammes. Parmi les derniers incendiés ,
il y en a pluſieurs qui avoient eſſuyé ce malheur en
1760, Ces infortunés ſe recommandent à la bien.
faiſance des ames charitables. Les ſecours peuvent
être adreſſés à M. le Curé de la Paroiſſe .
La Ville de Saint-Venant en Artois , ne produi(
350 )
,
fant que des eaux mal-faines , & dont l'uſage étoit
dangereux , le Pere Croquiſon , ci-devant Supérieur
de lamaiſon des Bons- Fils de cette Ville , après un
travail qui a duré quatre mois ſans relâche , a découvert
une ſource d'eau abondante de la meilleure
qualité ; les Médecins & Chirurgiens des environs
enordonnent l'uſage aux malades avec ſuccès. Cette
fontaine , qui a ſa ſource à 264 pieds de profondeur ,
donne 120 bouteilles par minute; ſon jet s'élève à 1s
pieds au-deſſus de la ſurface de la terre. Le PereCroquiſon
ayant inſtruit le Gouvernement du ſuccès de
ſes recherches , M. le Prince de Montbarrey , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat de la Guerre , a donné
ordre au Directeur du Génie , de faire conduire un
fil de cette eau pour la Ville & la garaiſon . L'ouvrage
a été exécuté ſous les ordres de M. de Lifle ,
Ingénieur en chef. Les habitans , reconnoitſans du
bien que cette fontaine procure à la Ville , en ont
marqué leur joie par des fêtes & divertiſſemens. Ils
n'oublieront jamais la découverte du Pere Croquifon
, & le bienfait du Roi , qui leur en a procuré la
jouiſſance.
On a beaucoup parlé de la production monstrueuſe
du canard- chat. On l'a dabord regardée comme un
effet fingulier des émanations du chat ſur les oeufs
qu'il a couvés ; on a prétendu enſuite, d'après des
obſervations de Réaumur , qu'il ne falloit attribuer
cette fingularité , qu'à la manière dont le chat dans
l'incubation , avoit remplacé la canne , qui ne lui.
avoit pas appris ſon ſecret; il ſe pourroit que ce ne
fût qu'un jeu de la nature , qui auroit été le même,
quand l'oeuf auroit éclos par toute autre chaleur que
celle du chat , qui s'eſt couché deſſus ; quoiqu'il en
foit , ce fait ou cette fable n'eſt pas une nouveauté.
On trouve une hiſtoriette ſemblable dans une hif
toire des chats , qui parut en Allemand en 1772. (1 ).
(2) Versuch einer Katzen geſchichte. Effai d'une hiſtoire
des Chats. A Francfort , & à Leipfick 1774. in -8 .
4
( 351 )
On ne ſerapeut-être pas faché de la voir rapprochée
de celle que vient de publier M. Vimon. » Une
canne avooiitt choifi un coindans un moulin , où elle
avoit pondu neuf oeufs qu'elle couvoit. Un chat qui
rôdoit aux environs , s'appropria le lieu , dépoſſéda
la canne , & ſe plaça ſur les oeufs , qu'il couva jour
& nuit , juſqu'a ce qu'il en fortit 9 jolis cannetons ,
qui tenoient du naturel du chat. Dès qu'ils purent
courir , ils allèrent à la chaſſe des ſouris , & quand
ils les attrapoient , ils les dévoroient. Devenus
grands , ils employerent toutes les ruſes du chat
contre les fouris , & fur- tout contre les ſouris aquatiques.
Ce qu'il y a de plus fingulier , c'eſt que ce
chat conduiſoit tous les matins ſa couvée à la campagne
, comme la canne auroit pu faire , la précé
doit , & quand elle ſe jettoit à l'eau , il couroit autour
du bord , comme une poule qui mene des canetons ;
fi on attaquoit les petits , il les défendoit avec fureur ,
&le ſoir il les ramenoit au gîte ". Il eſt inutile d'obſerver
que l'Auteur Allemand , qui a conſulté quelquefois
de bonnes ſources , n'a pas puiſé dans celleslà
le trait que nous venons de rapporter.
>> Depuis 4jours , écrit-on de Nantes en date du
6 de ce mois , il eſt arrivé ici 15 navires , preſque
tous de St-Domingue. L'un d'eux , le Marquis de
Lévi , a rencontré le 23 Juin l'Amiral Byron à 200
lieues dans l'Oueſt. Il étoit précédé par une frégate
Françoiſe , qui avoit 4 heures d'avance , & qui ſans
doute alloit avertir M. le Comte d'Estaing. Un petit
bâtiment Américain, parti de Baltimore le 9 Juin , rapporte
qu'à ſon départ les Anglois s'embarquoient ſur la
Delaware. La corvette Américaine qui a rapporté la
ratification du Traité entre la France & les Etats-
Unis par le Congrès , étoit parti de New-London , &
eſt arrivée à Breſt en 23 jours. On afſure que les
Etats -Unis ont ajouté une fleur de lys à leurs armes «.
Selon quelques lettres , 2 frégates Angloiſes ont été
encore priſes par les nôtres , & conduites dans nos
ports. Selond'autres,deNantes, le commerce de cette
( 352 )
ville vient d'ouvrir une ſouſcription pour armer en
courſe deux frégates de 26 canons de 12 liv. , les
actions ſont de 1000 liv. ; elle a été ouverte aufli-tôt
après l'arrivée d'une lettre de M. de Sartine , à la
Chambrede Commerce de cette ville ; elle eſt conçue
ainfi . >> Le Roi ſe propoſe MM. de faire publier inceſſamment
une Déclaration , par laquelle S. Μ.
fixera les encouragemens qu'elle eſt dans l'intention
d'accorder en cas de guerre pour les armemens en
courſe. La même loi déterminera d'une manière préciſe
les engagemens réciproques de ceux qui feront
chargés du détaildes armemens &des capitaliſtes qui
en fourniront les fonds ; & elle pourvoira à l'accélération
des procédures des priſes , au jugement des
ventes & des liquidations , de manière à affurer la
plus juſte , comme la plus prompte répartition du
profit. Pour mettre les Armateurs en état de régler
dès-à-préſent leurs ſpéculations , & de préparer leurs
entrepriſes , S. M. m'autoriſe àvous marquer qu'entr'autres
avantages qu'elle deſtine à la courſe , elle
fera fournir de ſes arſenaux les canons de 12 & de 8
de balle , pour les corſaires de 95 pieds de quille
coupée& au-deſſus , ſans ſe réſerver aucune portion
dans le produit des priſes ,& ſous la ſeule condition
que les canons qui ſe trouveront au débarquement ,
feront remis aux Commiſſaires des ports & arſenaux
delamarine. Comme les beſoinsdu fſeerrvicene permettent
pas de fournir ces canons en nature pour les
Corſaires qui pourront être expédiés dans le courant
de cette année , S. M. fera payer aux Armateurs ,
dans un mois du jour de l'expédition du rôle d'équi
page , la ſomme de 800 liv. pour tenir lieu de chaque
canon de 12 , & celle de 600 , pour chaque canon de
8. Je ne doute pas , au ſurplus , que les Armateurs
ne donnent , s'il ya lieu , des preuves de leur zèle pour
concourir aux vues de S. M.; vous voudrez bien leur
faire part de ce que je vous marque , & me rendre
comptede leurs difpofitions .
(353 )
La Déclaration annoncée dans cette lettre eſt du
24 Juin ,& a été enregiſtrée au Parlement le 14 de
ce mois. Outre les diſpoſitions , relativement aux
canons que le Roi fournira , S. M. exempte des
droits de traite pour les vivres , munitions , artillerie
& uftenciles de conſtruction , avitaillement , & armement
de navires , tous les Armateurs en courſe , à
compter du jour de l'enregiſtrement & publication
de la préſente ; elle donnera des marques particulières
& honorables de ſatisfaction à ceux qui ſe diſtingueront.
Les Corſaires , requis de ſe joindre aux
vaiſſeaux du Roi , auront part aux priſes faites par
ces derniers ; ils obtiendront des gratifications pour
les priſes particulières qu'ils feront , & qui ſeront
payées des deniers de la marine pour chaque canon
&chaque priſonnier des vaiſſeaux qu'ils auront pris .
Çes gratifications appartiendront en entier aux Officiers
& aux équipages des Corſaires vainqueurs. Les
Officiers & matelots bleſſés & hors d'état de fervir,
auront la demi-folde ; leurs veuves auront des pen-
Gons; les Capitaines & Officiers qui ſe diftingueront ,
aurontdes récompenfes &même des emplois dans la
marine Royale. La Déclaration règle les conditions
des ſociétés qui ſe formeront pour armer , leurs
droits , leurs parts , les ventes &c. On prélèvera 6
deniers pour livre pour les Invalides de la marine ,
mais ſur le produit net de la part des Armateurs feulement
, tous frais défalqués.
On apublié en même temps l'Ordonnance du Roi ,
concernant les priſes faites par les vaiſſeaux , frégates
&autres bâtimens de S. M. Elle attribue aux Officiers
&équipages la valeur entière des vaiſſeaux de guerre
&Corfaires pris ſur les ennemis ; les deux tiers leur
ſeront partagés , & l'autre tiers mis dans la caiſſe des
Invalides de la marine. Cette caiſſe payera aux Officiers
& équipages des vaiſſeaux preneurs , les vaiſ
ſeaux & frégates de guerre y compris celles de 20
canons , que leRoi jugera pouvoir être employés pour
( 354 )
ſon ſervice ſur le pied ſuivant , 5,000 liv. pour
chaque canon monté ſur affut des vaiſſeaux de 90
canons & au-deſſus ; 4,000 pour ceux de 80,74,70
& 68 canons , 3,500 pour ceux de 64 , 60 & so
canons , & 3,000 liv. pour ceux des frégates . Les
bâtimens deguerre , autres qquuee les vaiſſeaux&frégates
, ainſi que les Corſaires & les navires marchands
retenus pour le ſervice du Roi , feront eſtimés par
experts , & payés par S. M. On vendra tout le reſte.
Le Roi accordera des gratifications plus ou moins
fortes , felon le nombre des canons pour les vaiſſeaux
ennemis brûlés ou coulés bas. L'Ordonnance fixe les
parts des Officiers & équipages , accorde des gratifications
& demi- foldes aux Officiers & matelots blefſés
, des penſions à leurs veuves & à leurs enfans.
Le 10 de ce mois S. M. a écrit la lettre ſuivante
à M. le Duc de Penthievre , Amiral de France ,
pour faire délivrer des commiſſions en courſes.
Mon coufin , l'inſulte faite à mon pavillon par
une frégate du Roi d'Angleterre envers ma frégate
la Belle - Poule; la ſaiſie faite par une efcadre
Angloiſe , au mépris du droit des gens ,
de mes fregates la Licorne & la Pallas , & de mon
lougre le Coureur; la ſaiſie en mer & la confiſcation
des navires appartenant à mes ſujets , faites par
l'Angleterre contre la foi des Traités ; le trouble continu
& le dommage que cette Puiſſance apporte au
commerce maritime de mon Royaume & de mes
Colonies de l'Amérique , ſoit par ſes bâtimens de
guerre, ſoit par ſes Corſaires dont elle autoriſe &
excite les déprédations : tous ces procédés injurieux ,
& principalement l'inſulte faite à mon pavillon
m'ont forcé de mettre un terme à la modération que
je m'étois propoſée , & ne me permettent pas de
ſuſpendre plus long-temps les effets de mon reffentiment
: la dignité de ma Couronne & la protection
queje dois à mes ſujets , exigent que j'uſe enfin de
repréſailles , que j'agiſſe hoftilement contre l'Angle.
( 355 )
terre , & que mes vaiſſeaux attaquent & tâchent de
s'emparer ou de détruire tous les vaiſſeaux , frégates
, ou autres bâtimens appartenans au Roi d'Angleterre
, & qu'ils arrêtent & ſe ſaiſiſſent pareillement
de tous navires marchands Anglois dont ils
pourront avoir occaſion de s'emparer. Je vous fais
donc cette lettre pour vous dire , qu'ayant ordonné
en conféquence aux Commandans de mes eſcadres
&de mes ports , de preſcrire aux Capitaines de
mes vaiſſeaux de courre-ſus à ceux du Roi d'Angleterre
, ainſi qu'aux navires appartenant à mes
ſujets , de s'en emparer , &de les conduire dans les
ports de mon Royaume ; mon intention eſt qu'en
repréſailles des priſes faites ſur mes ſujets par les
corfairesAnglois,,vous faſſiez délivrer des commiffions
, ſur-tout à ceux de meſdits ſujets qui en demanderont
, & qui feront dans le cas d'en obtenir ,
en propoſant d'armer des navires en guerre avec des
forces affez conſidérables pour ne pas compromettre
les équipages qui ſeront employés ſur ces bâtimens ;
je ſuis aſſuréde trouver dans la justice de ma cauſe ,
dans la valeur de mes Officiers , & des équipages de
mes vaiſſeaux , dans l'amour de tous mes ſujets ,
les reſſources que j'ai toujours éprouvé de leur part ,
& je compte principalement ſur la protection du
Dieu des armées ; & la préſente n'étant à autre fin ,
je prie Dieu qu'il vous ait , mon Couſin , en ſa ſainte
&digne garde. Ecrit à Verſailles le 10 Juillet 1778.
Signé , Louis , & plus bas , De Sartine " .
Le 2 de ce mois , dans l'après- midi , J. J. Roufſeau
eſt mort à Ermenonville , près de Montmorenci.
On s'apperçut le matin , qu'il étoit fort abattu ,
on lui conſeilla de ne pas fortir. Je vais toujours ,
répondit- il , quoiqu'il n'y eût rien d'étonnant , ſi l'on
me trouvoit mort dans une heure. Entre 9 & 10 , il
fut ſaifi d'une violente colique , dont il mourut. On
ouvrit ſon corps le 3 , & on l'enterra dans une petite
ifle en face du château ; il étoit né en 1706.
( 356 )
On lit dans le Journal de Paris , l'extrait d'un
Mémoire écrit en entier de fa main , & daté du
mois de Février 1777 ; on ſera peut être bien-aiſe
de le trouver ici .
>>Ma femme eſt malade depuis long-tems , & le
progrès de fon mal qui la met hors d'état de ſoigner
fon petit ménage , lui rend les ſoins d'autrui néceffaires
à elle-même , quand elle eſt forcée à garder ſon
lit. Je l'ai juſqu'ici gardée & ſoignée dans toutes ſes
maladies ; la vieilleſſe ne me permet plus le même
ſervice. D'ailleurs le ménage , tout petit qu'il eſt ,
ne ſe fait plus tout ſeul ; il faut ſe pourvoir audehors
des choſes néceſſaires à la ſubſiſtance & les
préparer ; il faut maintenir la propreté ( 1 )
dans la maiſon. Ne pouvant remplir ſeul tous ces
ſoins , j'ai été forcé , pour y pourvoir , d'eſſayer de
donner une ſervante à ma femme. Dix mois d'expérience
m'ont fait ſentir l'infuffiſance & les inconvéniens
inévitables& intolérables de cette reffource
dans une poſition pareille à la nôtre. Réduits à vivre
abſolument ſeuls ,& néanmoins hors d'état de nous
paſſer du ſervice d'autrui , il ne nous reſte dans l'infirmité
& l'abandon qu'un ſeul moyen de ſoutenir
-nos vieux jours : c'eſt de trouver quelqu'aſyle où
nous puiſſions ſubſiſter à nos frais , mais exempts
d'un travail qui déſormais paſſe nos forces , & des
détails&des ſoins dont nous ne ſommes plus capables.
Du reſte , de quelque façon qu'on me traite ,
qu'on me tienne en clôture formelle ou en apparente
liberté ; dans un hopital ou dans un déſert , avec des
gens doux ou durs , faux ou francs , ( fi de ceux- ci il
en eſt encore ) , je conſens à tout , pourvu qu'on
rende àma femme les ſoins que ſon état exige , &
qu'on me donne le couvert , le vêtement le plus
fimple & la nourriture la plus ſobre juſqu'à la fin
(1) Il eſt écrit en note en cet endroit : >>>Mon incon-
>>cevable ſituation , dont perſonne n'a d'idée , pas
>> mêmeceux qui m'y ont réduit , me force d'entrerdans
>> ces détails «
( 357 )
de mes jours , ſans que je ne fois plus obligé de me
mêler de rien. Nous donnerons pour cela ce que
nous pouvons avoir d'argent , d'effets & de rentes ,
& j'ai lieu d'eſpérer que cela pourra ſuffire dans
des Provinces où les denrées ſont à bon marché ,
&dans des maiſons deſtinées à cet uſage où les refſources
de l'économie ſont connues & pratiquées ,
fur-tout en me ſoumettant , comme je fais de bon
coeur , à un régime proportionné à mes moyens «.
Lesnuméros ſortis au tirage de la loterie Royale
de France , font : 18 , 12 , 71 , 52 & 38 .
Les lots au-deſſus de 100 liv. fortis au tirage du
3 de ce mois , de la loterie Royale créée par Arrêt
du 7 Décembre 1777 , font les ſuivans :
Nos . Lots. Nos. Lots. Nos. Lots..
liv. liv. liv.
835 1200 8823 1200 18073 1200
1684 1200 8826 1200 18253 1200
1991 1200 8828 1200 19002 1200
2187 1200 9064 1200 19971 1200
3291 1200 9346 1200 19976 1200
3533 1200
10351 1200 20073 1200
3783 1200 10582 1200 28282 1200
13786 1500 10771 1200 20778 1200
4760 1200 11025 3000
21202 1200
5468 1200 12612 1200
21234
1200
5710 3000
12860 1200 21559 1200
A
5925 1200 13390 1200 21793 1200
6024
1200 14231
1200 22276 1200
6051 1200 14768 1200
23023 (200
6540 1200 14909 1200 23423 1200
6889 1200 14944 1200 23998 1200
7174 1500 16281 1200
24258 1200
7368 1200 17127 3000 24391 1200
7861
1200 17286 1200 24763 1200
8512
1200 17391 1200 24816 1200
8688 1200 17623 1200
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Résumé : De PARIS, le 20 Juillet.
Le 20 juillet, la flotte de Brest a appareillé avec retard en raison des vents d'ouest. Le vicomte d'Escars a repéré 22 vaisseaux et quelques frégates britanniques à Portsmouth, probablement sous le commandement de l'amiral Keppel, tandis que l'amiral Byron se dirigeait vers l'Amérique. Des informations indiquaient que les Britanniques évacuaient Philadelphie et que les Américains attendaient l'escadre du comte d'Estaing, contredisant les rumeurs de défaite du général Washington. La flotte française, dirigée par le comte d'Orvilliers, était divisée en trois escadres : la blanche sous le comte d'Orvilliers, la blanche et bleue sous le comte Duchaffault, et la bleue sous le duc de Chartres. Le 9 juillet, la corvette la Curieuse et la frégate l'Iphigénie ont capturé la frégate britannique Lively près d'Ouessant. La frégate a été escortée à Brest par l'Iphigénie. De plus, M. Grossier a inventé une machine pour soigner les blessés à bord des vaisseaux, testée avec succès le 20 juin. En France, les médecins de la marine ont adopté un nouveau dispositif médical approuvé par le comte d'Orvilliers. Plusieurs corps de troupes en Bretagne et en Normandie se préparaient à marcher, tandis que le duc de Croy inspectait les places en Picardie, Boulonnais et Calaisis. Un village en Picardie a subi deux incendies en avril 1768, détruisant de nombreuses maisons. À Saint-Venant en Artois, le Père Croquison a découvert une source d'eau potable bénéfique pour les malades. À Nantes, 15 navires, principalement de Saint-Domingue, sont arrivés récemment. Une corvette américaine a rapporté la ratification du traité entre la France et les États-Unis, ajoutant une fleur de lys à leurs armes. Deux frégates anglaises ont été capturées par les forces françaises. Le roi de France a ordonné de publier une déclaration encourageant les armements en course et a prévu des gratifications pour les corsaires. Une ordonnance royale attribue aux officiers et équipages la valeur des vaisseaux ennemis capturés, avec une partie des gains allant à la caisse des Invalides de la marine. Le roi Louis a annoncé des représailles contre l'Angleterre, ordonnant la capture des navires anglais et la délivrance de commissions pour armer des navires en guerre. Jean-Jacques Rousseau est décédé le 2 juillet 1778 à Ermenonville après avoir souffert d'une violente colique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4063
p. 106-107
De VERSAILLES, le 30 Juillet.
Début :
Le 19, la Marquise de Vergennes a eu l'honneur d'être présentée à LL. MM. & à la Famille Royale, [...]
Mots clefs :
Marquise de Vergennes, Comtesse de Vergennes, Famille royale, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 30 Juillet.
De VERSAILLES , le 30 Juillet.
LE 19, la Marquife de Vergennes a eu l'honneur
d'être préfentée à LL. MM. & à la Famille Royale ,
par la Comteffe de Vergennes. Le même jour , le
Comte de Mouftiers & le Baron de Grofchlag , Miniftres
plénipotentiaires du Roi , l'un auprès de
l'Electeur de Trêves , & l'autre près le Cercle du
Haut- Rhin , furent préfentés à S. M. par le Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département des affaires
étrangères , & de prendre congé pour ſe rendre à
leurs deftinations .
3
Le 19 , LL. MM. & la Famille Royale , fignèrent
le contrat de mariage du Marquis d'Agueffeau ,
( 107 )
Meftre de Camp de Cavalerie , & Lieutenant des
Gardes du Corps du Roi, avec Demoiſelle Branet
d'Ivry.
Le 18 , M. de Treffeol eut l'honneur de préfenter
au Roi l'éloge du Maréchal du’Muy .
LE 19, la Marquife de Vergennes a eu l'honneur
d'être préfentée à LL. MM. & à la Famille Royale ,
par la Comteffe de Vergennes. Le même jour , le
Comte de Mouftiers & le Baron de Grofchlag , Miniftres
plénipotentiaires du Roi , l'un auprès de
l'Electeur de Trêves , & l'autre près le Cercle du
Haut- Rhin , furent préfentés à S. M. par le Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département des affaires
étrangères , & de prendre congé pour ſe rendre à
leurs deftinations .
3
Le 19 , LL. MM. & la Famille Royale , fignèrent
le contrat de mariage du Marquis d'Agueffeau ,
( 107 )
Meftre de Camp de Cavalerie , & Lieutenant des
Gardes du Corps du Roi, avec Demoiſelle Branet
d'Ivry.
Le 18 , M. de Treffeol eut l'honneur de préfenter
au Roi l'éloge du Maréchal du’Muy .
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Résumé : De VERSAILLES, le 30 Juillet.
Le 19 juillet, la marquise de Vergennes fut présentée à la famille royale par la comtesse de Vergennes. Les ministres Moustier et Grotchlag furent présentés au roi avant leur départ pour Trèves et le Cercle du Haut-Rhin. Le même jour, le roi et sa famille signèrent le contrat de mariage entre le marquis d'Augéfeau et demoiselle Branet d'Ivry. Le 18 juillet, M. de Tresséol présenta l'éloge du maréchal du Muy au roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4064
p. 107-114
De PARIS, le 30 Juillet.
Début :
L'attention générale est fixée sur les affaires maritimes, depuis le départ de l'escadre de [...]
Mots clefs :
Frégate, Escadre, Brest, Bord, Vaisseau, Vaisseaux, Assemblée, Armand de Kersaint, Augustus Keppel, Ordres, Officiers, Assemblée, Administration, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 30 Juillet.
De PARIS , le 30 Juillet.
L'ATTENTION générale eft fixée fur les affaires
maritimes , depuis le départ de l'efcadre de
Breft ; en attendant qu'on reçoive des Louvelles de
La campagne , on lit avec curiofité & avec intérêt ,
toutes les lettres qui viennent de nos côtes. On écrit
de Guincamp en Bretagne , en date du 18 Juillet :
La frégate l'Iphigénie , commandée par M. de
Kerfaint , a pris une frégate Angloife , qui étoit la
frégate d'obfervation de la flotte de l'Amiral Keppel.
Le combat n'a pas été long ; on prétend que l'équi
page s'eft jetté à fond de cale. M. de Kerlaint a
pris à fon bord l'Etat- Major de l'Anglois ; le Capi
taine Y a monté de fort bonne grace. Il a été étonné ,
de la propofition que lui a faite M. de Kerfaint
de le mener à bord de M. d'Orvilliers , pour rece
voir fes ordres. Il a paffé au milieu de la flotte ; il
a été furpris de fa beauté , & du nombre de hos
vaiffeaux; ilen a pâli , & a penſé fe trouver mal. I
a avoué qu'il croyoit que l'on avoit exagéré dans
les Papiers Publics le nombre de nos vaiffeaux &
de nos équipages. M. de Kerfaint a conduit la fré,
gate Angloife a Breft. On a envoyé ici dix Officiers
qui ont la ville pour prifon ; MM. les Officiers du
régiment de Condé , dragons , ont été les voir , &
leur faire des offres de fervice . Ils leur donnèrent à
dîner avant-hier , ils ne mangèrent pas ; ils font très
triftes. Il n'y a qu'un garde de la marine qui parle
François. On dit que le Capitaine n'a pas jetté fes
paquets à la mer M. de Kerfaint s'en eft
faifi , & qu'on y a trouvé tous les fignaux de fon
efcadre. Si le fait eft vrai , comme on l'affure , cela
2
, que
E. 6.
( ' ro8 )
eft bien fuffifant pour le rendre trifte. A l'arrivée
de cette frégate à Breft , on a envoyé un courier à
la Cour. Ce courier a apporté l'ordre de faire partir
la frégate l'Oiseau , de 32 canons , commandée par
M. le Chevalier de Kergaris , qui partitier. Ses
ordres portent , de n'attaquer ni frégate , ni aucun
bâtiment , quand il auroit la certitude de le prendre ,
de ne point s'arrêter en route , & d'aller joindre
l'efcadre.
Le Prothée , vaiffeau de 64 canons , commandé
par M. le Chevalier d'Ampierre , qui étoit à Saint- Domingue
il y a plus d'un an , en revenant en France
a rencontré , dit-on , notre eſcadre. Il a propofé à
M. d'Orvilliers de l'accompagner , & de le joindre
à la flotte ; comme il lui manquoit 40 hommes ,
il les a demandés , en difant qu'en prenant un matelot
fur chaque vaiffeau , aucun ne s'en reffentiroit. Il
avoit auffi befoin de vivres , chaque vaiffeau lui en
a fourni auffi. Au moyen de cet arrangement, fon
vaiffeau fait le 33 ° de l'efcadre.
» Il vient d'arriver ici , écrit-on de Breft en date
du 17 , un vaiffeau de Rouen qui avoit été arrêté
par les Anglois & conduit à Plimouth. Il a été res
lâché , & fes expéditions lui ont été rendues , fcellées
par l'Amirauté , ce qui l'a empêché d'être pris par
d'autres vaiffeaux de guerre de cette nation , dont il
a encore fait la rencontre en fe rendant ici . Il eſt
chargé pour plufieurs particuliers de cette ville ; il
dit que Keppel a mis à la voile le 9 de ce mois . Nous
armons la prife appellée la Lively ; le Comman.
dant de la Marine en a reçu l'ordre «.
La même lettre en a apporté une écrite le 12 ,
par un Officier à bord d'un des vaiffeaux de l'ef
cadre , pár 47 dégrés 51 minutes de latitude , & 9 d.
& 17 min. de longitude , comptée de Paris . » Nous.
ne doutons pas que notre Commandant n'ait ordre
d'attaquer. Nous le defirons trop vivement pour ne
pas le croire , & nous jurons contre les vents de
nord- nord- eft , qui nous jettent dans le fud & dans
( 109 )
Poueft , pendant que nous avons que Keppel eft &
l'entrée de la Manche. L'Iphigénie a conduit à Breft
une frégate Angloife , qui s'eft rendue fans ripofter,
celle-ci a eu 10 hommes tués , & 20 bleffés. Nous
avons eu de fort belles mers , & du beau tems. Depuis
le départ de Breft , il n'eft arrivé aucun évènement.
La publication de l'Ordonnance des priſes ,
produit le meilleur effet. Nos équipages font pleins
d'ardeur , & nous voudrions bien être à portée d'en
profiter «.
Une autre lettre de Breft , en date du 20 de ce mois ,
contient les détails fuivans : » La frégate la Junon,
vient d'amener en ce port le cutter Anglois qui
pris notre lougre. C'est un petit bâtiment du Roi
d'Angleterre , d'une marche fupérieure , doublé de
cuivre , & qui étoit monté de 14 canons. Le Capitaine
eft encore tout étourdi d'avoir été pris ; il ne
peut concevoir comment il n'a pas pu éviter notre
frégate ; il a jetté fes canons à l'eau . Il prétend
que c'étoit pour s'alléger ; mais il en a été jetté après
qu'il a eu amené , & qu'il étoit lui- même à bord de
la frégate ; ce procédé n'eft pas honnête. Le 120de
ce mois , notre efcadre étoit à 43 lieues au fud-oueft
d'Queffant , & l'Amiral Keppel eft actuellement à la
hauteur de cette ifle «.
On doit tout attendre du foldat François ; parmi
le grand nombre de traits qui caractérilent fa bravoure
& fon efprit , en voici un qui mérite d'être
recueilli . Deux Officiers réformés , allèrent prier M.
le Duc de Chartres , peu de jours avant le départ de
l'efcadre , de leur permettre de fervir fur fon bord
ou fur la divifion en qualité de volontaires. Il ne
put leur accorder cette faveur , parce que tous les
équipages étoient complets , & il témoigna à ces
braves gens toute l'eftime qu'ils méritoient , & le
regret qu'il avoit de ne pouvoir les fatisfaire . Le
lendemain , ils allèrent trouver deux grenadiers qui
étoient embarqués avec leurs corps ; mes amis , leur
dirent-ils , il y a long- tems que vous fervez ; les
( ITO))
braves ont besoin de repos ; voici votre congé , nous
prendrons votre place : les grenadiers les refuserent.
On pourroit demander s'il y a plus d'héroïfme du
côté des Officiers ou des foldats ; nous nous contenterons
d'admirer la conduite des uns & des
autres.
Ces difpofitions font générales fur toute la fottes
on raconte que M. de la Mothe- Piquet , en recevant
M. le Duc de Chartres fur fon bord , lui dit •
» J'ai coutume de me battre comme un diable ; mais
à vos côtés , Monſeigneur , je me battrai comme
quatre c
Selon les lettres de Toulon , l'efcadre qu'on y a
armée eft en rade & prête à partir au premier ordres
on croit que fa deftination eft pour quelque licu
éloigné ; on en juge ainfi par les provifions qu'elle
a embarquées. M. le Prince de Monbazon , arrivé
de 9 dans ce port , a vifité tous les jours les différens
vaiffeaux de l'efcadre. M. de la Marthonie , Capi
taine de vaiffeau , & directeur de l'artillerie , a été
nommé directeur général de l'arfenal , pendant l'ab
fenfe du Chevalier de Fabry , qui s'eft démis le 12
du commandement de la marine , entre les mains
de M de Saint -Aignan. On arme la frégate l'Aurore,
qui étoit en radonb , & fon commandement a été
donné à M. de Bompar , Lieutenant de vailleau. Les
deux frégares , la Magicienne & la Précieuſe , doi
vent être lancées à l'eau dans le courant de ce
mois , & armées tout de fuite ; les trois vaiſſeaux
de ligne en conftruction , avancent plus qu'on ne
Paroit cru , & on efpère de les mettre en état d'être
armés à la fin de l'année
1
On connoît les Ordonnances rendues depuis quel
que tems fur le fait des carrières , les précautions que
Je Gouvernement a prifes, & les dépenfes confidé
rables qu'il ne ceffe de faire pour prévenir les acci¹
dens & pour y remédier. Il en eft arrivé quelquesuns
, qui ont juftifié fa prévoyance & fes foins , fans
lefquels ils feroient bien plus fréquens . On vient
( 111 )
d'en voir un nouveau , qui fait dans ce moment la
plus grande fenfation , par le nombre des per
fonnes qui ont eu le malheur de périr. Le 27 de ce
mois , à 11 heures du matin , une carrière peu éloignée
du chemin de Ménil Montant , vis - à- vis la
maifon dite du Bel- Air , s'eft écroulée tout- a-coup
Lept perfonnes qui fe promenoient fur le bord de
cette carrière , ont été englouties fous les terres qui
fe font éboulées dans un efpace affez confidérable ;
ces perfonnes font , dit on , MM. Favier , frères ,
l'un Architecte , l'autre Procureur , M. & Mme. le
Gris , Mme. Desprez , qui étoit enceinte de 7 mois ,
& fa petite fille de 9 ans avec la mere. 200 ouvriers
accourus auffi- tôt , u'ont ceflé depuis ce tems
de travailler pour débarraffer ce gouffre , & on leur
a diftribué des vivres & du vin , pour qu'ils ne
quittent pas un inftant l'ouvrage. Ils n'étoient pas
encore parvenus hier à déblayer les décombres , &
retrouver les infortunés qui y ont été ensevelis
On a fait defcendre des Ingénieurs dans les vaftes
carrières de ce canton , pour les examiner , s'affu ,
rer de leur état , & faire faire à celles qui en au
ront befoin , tous les travaux néceffaires
pour pré
venir de femblables accidens , & railurer le public.
La mort de J. J. Rouſſeau , attribuée généra
lement dans prefque tous les Papiers Publics à une
violente colique , a eu une autre caufe ; on lit dans
le procès-verbal de l'ouverture de fon corps , en
préſence de M. Louis Blondel , Lieutenant du Bail
liage & Vicomté d'Ermenonville , affifté du Procu
reur-Fifcal & d'un Huitlier , que les Chirurgiens qui
y ont procédé , après vifité faite du corps & l'a
voir vu & examiné dans fon entier , ont tous
deux rapporté d'une commune voix , que ledit fieur
Rouffeau eft mort d'une appoplexie féreufe , ce qu'ils
ont affirmé véritable. Le public , empreffé de jouir
des ouvrages qu'il peut avoir laifiés dans fon portefeuille
, craint qu'ils ne s'y retrouvent pas tous , fur
tout depuis qu'on dit qu'il a brûlé plufieurs papiers
( 112 )
quelque tems avant fa mort. Parmi les manuſcrits
qu'on fait qu'il avoit laiffés , on compte le JuifIbrahim,
ou les Benjamites , poëme ; la Législature
de Pologne , l'Opéra des Mufes , qui n'a jamais
été joué ; le Devin du Village , dont il avoit refait
la mufique ; plufieurs recueils de romances
avec la mufique , qu'on dit être charmante ; une
fuite à l'Emile en deux volumes , & les Mémoires
de fa Vie. Ce dernier ouvrage eft celui qui pique
le plus la curiofité. On nous affure qu'il commence
par le morceau fuivant , que nous nous empreffons de
tranfcrire, en regrettant qu'il n'ait pas plus d'étendue.
Je forme une entrepriſe qui n'eut jamais d'exemple
, & dont l'exécution n'aura point d'imitateurs
; je vais montrer à mes ſemblables , un homme
dans toute la vérité de la nature ; & cet homme
c'est moi.
» Moi feul , je fens mon coeur , & je connois les
hommes ; je ne fuis fait comme aucun de ceux que
j'ai vus ; j'ofe croire n'être fait comme aucun de
ceux qui exiftent ; je ne vaux pas mieux ou moins ,
je fuis autre. Si la Nature a bien ou mal fait de briſer
le moule dans lequel elle m'a jetré , c'eſt ce dont on
ne peut juger qu'après m'avoir lu . Que la trompette
du Jugement dernier fonne quand elle voudra , je
viendrai , ce livre à la main , me préſenter devant
le fouverain Juge. Je dirai hautement. Voilà ce que
j'ai fait , ce que j'ai pensé , ce que je fuis ; j'ai dit le
bien & le mal avec la même franchiſe ; je n'ai rien
tu , rien déguifé , rien pallié ; je me ſuis montré coupable
& vil quand je l'ai été; j'ai montré mon intérieur
, comme tu l'as vu toi- même , être éternel !
Raffemble autour de moi , l'innombrable foule de
mes femblables ; qu'ils écoutent mes confeffions ,
qu'ils rougiffent de mes indignités , qu'ils gémiffent
de mes miferes ; que chacun dévoile à fon tour fon
coeur aux pieds de ton trône , & qu'un feul te dife
enfuite , s'il l'ofe : je fus meilleur que cet homme-là «e.
Arrêt du Confeil d'Etat du 12 Juillet , portant
( 113 )
établiffement d'une Adminiſtration Provinciale dans
le Berry.
*
Le Roi , au milieu des évènemens politiques les
plus dignes de fon attention , ne perd point de vue:
les grands objets d'adminiſtration intérieure qui
peuvent concourir au bonheur de fes Sujets ; & fi
des dépenses extraordinaires , dont S. M. ne peut encore
affigner le terme , ne permettent pas de dimi
nuer la fomme des impofitions ; Elle defire du moins
préparer dès à préfent les moyens propres à en adou
cir le fardeau , foit par les modifications raisonnables
dont elles font fufceptibles , foit plus particulièrement
par la fagefle & l'égalité des répartitions . Sa
M. , en examinant les avantages qui pourroient réful
ter pour les Sujets de l'établiffement des adminiftra
tions provinciales , a vu avec ſatisfaction que fi les
befoins de l'Etat écartoient pour un tems plufieurs
projets falutaires , il étoit au moins un genre de
bienfaits envers fes Peuples , auquel les circonftances
les plus difficiles n'apporteroient aucun obftacle......
Elle a obfervé que la diverfité des fols , des caractères
& des habitudes , devant nuire à l'exécution
& quelquefois même à l'utilité des meilleures Loix
d'impofition , lar qu'elles font uniformes & géné
rales , Elle pourroit mieux connoître ce qui convient
à chaque province , à l'aide du zèle éclairé d'admis
niftrations partielles , & parvenir airfi par dégré ,
aux améliorations générales dont Elle eft occupée....
Voulant d'ailleurs réferver dans tous les tems à fes
Commiffaires départis , l'importante fonction d'éclairer
le Confeil fur les projets & les délibérations
des Affemblées , & la furveillance étant remiſe entre
des mains différentes de celles de l'exécution , S. M.
procurera des garans multipliés du bonheur & de
la confiance de fes Peuples . Parmi ces diverfes confidérations
, & autres qui ont toutes la félicité publique
pour objet , S. M. defirant être éclairée par l'expé- .
rience, a réfolu de n'établir cette adminiſtration pro
fe
N
(/ 114 )*
vinciale que dans une feule Généralité; & le Berry
depuis long-tems dans un état de langueur , quoiqu'avec
des moyens naturels de profpérité , lui a paru
mériter la préférence de l'effai qu'elle veut faire d'une
adminiftration qui forme depuis long- tems l'objet
des voeux de fes Provinces , & dont tous les avantages
tourneront en entier à leur foulagement.
&
S. M. règle , 1º. le nombre & la qualité des Membres
des trois Ordres qui compoferont l'Affemblée ,
qui fous fon bon plaifir répartira les impofitions , ent
fera la levée , dirigera la confection des grands chemins
, &c.; 20. l'Affemblée n'aura lieu que tous les
deux ans , & durera un mois : on comptera les fuf
frages par tête , & non par diftinction d'ordre ,
S. M. fera connoître fes volontés par un ou deux.
Commiffaires chargés de fes inftructions : 30. Il y
aura un bureau d'adminiftration dans l'intervalle des
Affemblées ; 40. & 5o . , il ne fera verfé au Tréſor-
Royal ,, que la même fomme qui y entre maintenant.
Toute dépenfe déterminée par les Affemblées , devra
être autorisée par S. M. , fauf les frais ordinaires de
l'Adminiſtration , dont le montant fera fixé . 69. l'AG
femblée & le Bureau intermédiaire, pourront faire des
repréſentations , & propofer des Règlemens juftes
& utiles , fans que , fous prétexte de ces repréſen
tations , la répartition & le recouvrement des impofitions
, puiffent éprouver le moindre délai. 70. Le
Commiffaire départi de S. M. , prendra connoiffance
des délibérations de l'Affemblée & du Bureau d'adminiftration
, lorfqu'il le croira convenable pour le
fervice de S. M. & le bien de fes Peuples. 80. La
forme des élections & nominations , fera réglée après
la première Affemblée. 90. Pour la compofer , 16
propriétaires s'affembleront à Bourges les Octobre ,
ils en indiqueront 2 autres , pour former enſemble
Ja première Affemblée à l'époque qui fera fixée par
S. M.
L'ATTENTION générale eft fixée fur les affaires
maritimes , depuis le départ de l'efcadre de
Breft ; en attendant qu'on reçoive des Louvelles de
La campagne , on lit avec curiofité & avec intérêt ,
toutes les lettres qui viennent de nos côtes. On écrit
de Guincamp en Bretagne , en date du 18 Juillet :
La frégate l'Iphigénie , commandée par M. de
Kerfaint , a pris une frégate Angloife , qui étoit la
frégate d'obfervation de la flotte de l'Amiral Keppel.
Le combat n'a pas été long ; on prétend que l'équi
page s'eft jetté à fond de cale. M. de Kerlaint a
pris à fon bord l'Etat- Major de l'Anglois ; le Capi
taine Y a monté de fort bonne grace. Il a été étonné ,
de la propofition que lui a faite M. de Kerfaint
de le mener à bord de M. d'Orvilliers , pour rece
voir fes ordres. Il a paffé au milieu de la flotte ; il
a été furpris de fa beauté , & du nombre de hos
vaiffeaux; ilen a pâli , & a penſé fe trouver mal. I
a avoué qu'il croyoit que l'on avoit exagéré dans
les Papiers Publics le nombre de nos vaiffeaux &
de nos équipages. M. de Kerfaint a conduit la fré,
gate Angloife a Breft. On a envoyé ici dix Officiers
qui ont la ville pour prifon ; MM. les Officiers du
régiment de Condé , dragons , ont été les voir , &
leur faire des offres de fervice . Ils leur donnèrent à
dîner avant-hier , ils ne mangèrent pas ; ils font très
triftes. Il n'y a qu'un garde de la marine qui parle
François. On dit que le Capitaine n'a pas jetté fes
paquets à la mer M. de Kerfaint s'en eft
faifi , & qu'on y a trouvé tous les fignaux de fon
efcadre. Si le fait eft vrai , comme on l'affure , cela
2
, que
E. 6.
( ' ro8 )
eft bien fuffifant pour le rendre trifte. A l'arrivée
de cette frégate à Breft , on a envoyé un courier à
la Cour. Ce courier a apporté l'ordre de faire partir
la frégate l'Oiseau , de 32 canons , commandée par
M. le Chevalier de Kergaris , qui partitier. Ses
ordres portent , de n'attaquer ni frégate , ni aucun
bâtiment , quand il auroit la certitude de le prendre ,
de ne point s'arrêter en route , & d'aller joindre
l'efcadre.
Le Prothée , vaiffeau de 64 canons , commandé
par M. le Chevalier d'Ampierre , qui étoit à Saint- Domingue
il y a plus d'un an , en revenant en France
a rencontré , dit-on , notre eſcadre. Il a propofé à
M. d'Orvilliers de l'accompagner , & de le joindre
à la flotte ; comme il lui manquoit 40 hommes ,
il les a demandés , en difant qu'en prenant un matelot
fur chaque vaiffeau , aucun ne s'en reffentiroit. Il
avoit auffi befoin de vivres , chaque vaiffeau lui en
a fourni auffi. Au moyen de cet arrangement, fon
vaiffeau fait le 33 ° de l'efcadre.
» Il vient d'arriver ici , écrit-on de Breft en date
du 17 , un vaiffeau de Rouen qui avoit été arrêté
par les Anglois & conduit à Plimouth. Il a été res
lâché , & fes expéditions lui ont été rendues , fcellées
par l'Amirauté , ce qui l'a empêché d'être pris par
d'autres vaiffeaux de guerre de cette nation , dont il
a encore fait la rencontre en fe rendant ici . Il eſt
chargé pour plufieurs particuliers de cette ville ; il
dit que Keppel a mis à la voile le 9 de ce mois . Nous
armons la prife appellée la Lively ; le Comman.
dant de la Marine en a reçu l'ordre «.
La même lettre en a apporté une écrite le 12 ,
par un Officier à bord d'un des vaiffeaux de l'ef
cadre , pár 47 dégrés 51 minutes de latitude , & 9 d.
& 17 min. de longitude , comptée de Paris . » Nous.
ne doutons pas que notre Commandant n'ait ordre
d'attaquer. Nous le defirons trop vivement pour ne
pas le croire , & nous jurons contre les vents de
nord- nord- eft , qui nous jettent dans le fud & dans
( 109 )
Poueft , pendant que nous avons que Keppel eft &
l'entrée de la Manche. L'Iphigénie a conduit à Breft
une frégate Angloife , qui s'eft rendue fans ripofter,
celle-ci a eu 10 hommes tués , & 20 bleffés. Nous
avons eu de fort belles mers , & du beau tems. Depuis
le départ de Breft , il n'eft arrivé aucun évènement.
La publication de l'Ordonnance des priſes ,
produit le meilleur effet. Nos équipages font pleins
d'ardeur , & nous voudrions bien être à portée d'en
profiter «.
Une autre lettre de Breft , en date du 20 de ce mois ,
contient les détails fuivans : » La frégate la Junon,
vient d'amener en ce port le cutter Anglois qui
pris notre lougre. C'est un petit bâtiment du Roi
d'Angleterre , d'une marche fupérieure , doublé de
cuivre , & qui étoit monté de 14 canons. Le Capitaine
eft encore tout étourdi d'avoir été pris ; il ne
peut concevoir comment il n'a pas pu éviter notre
frégate ; il a jetté fes canons à l'eau . Il prétend
que c'étoit pour s'alléger ; mais il en a été jetté après
qu'il a eu amené , & qu'il étoit lui- même à bord de
la frégate ; ce procédé n'eft pas honnête. Le 120de
ce mois , notre efcadre étoit à 43 lieues au fud-oueft
d'Queffant , & l'Amiral Keppel eft actuellement à la
hauteur de cette ifle «.
On doit tout attendre du foldat François ; parmi
le grand nombre de traits qui caractérilent fa bravoure
& fon efprit , en voici un qui mérite d'être
recueilli . Deux Officiers réformés , allèrent prier M.
le Duc de Chartres , peu de jours avant le départ de
l'efcadre , de leur permettre de fervir fur fon bord
ou fur la divifion en qualité de volontaires. Il ne
put leur accorder cette faveur , parce que tous les
équipages étoient complets , & il témoigna à ces
braves gens toute l'eftime qu'ils méritoient , & le
regret qu'il avoit de ne pouvoir les fatisfaire . Le
lendemain , ils allèrent trouver deux grenadiers qui
étoient embarqués avec leurs corps ; mes amis , leur
dirent-ils , il y a long- tems que vous fervez ; les
( ITO))
braves ont besoin de repos ; voici votre congé , nous
prendrons votre place : les grenadiers les refuserent.
On pourroit demander s'il y a plus d'héroïfme du
côté des Officiers ou des foldats ; nous nous contenterons
d'admirer la conduite des uns & des
autres.
Ces difpofitions font générales fur toute la fottes
on raconte que M. de la Mothe- Piquet , en recevant
M. le Duc de Chartres fur fon bord , lui dit •
» J'ai coutume de me battre comme un diable ; mais
à vos côtés , Monſeigneur , je me battrai comme
quatre c
Selon les lettres de Toulon , l'efcadre qu'on y a
armée eft en rade & prête à partir au premier ordres
on croit que fa deftination eft pour quelque licu
éloigné ; on en juge ainfi par les provifions qu'elle
a embarquées. M. le Prince de Monbazon , arrivé
de 9 dans ce port , a vifité tous les jours les différens
vaiffeaux de l'efcadre. M. de la Marthonie , Capi
taine de vaiffeau , & directeur de l'artillerie , a été
nommé directeur général de l'arfenal , pendant l'ab
fenfe du Chevalier de Fabry , qui s'eft démis le 12
du commandement de la marine , entre les mains
de M de Saint -Aignan. On arme la frégate l'Aurore,
qui étoit en radonb , & fon commandement a été
donné à M. de Bompar , Lieutenant de vailleau. Les
deux frégares , la Magicienne & la Précieuſe , doi
vent être lancées à l'eau dans le courant de ce
mois , & armées tout de fuite ; les trois vaiſſeaux
de ligne en conftruction , avancent plus qu'on ne
Paroit cru , & on efpère de les mettre en état d'être
armés à la fin de l'année
1
On connoît les Ordonnances rendues depuis quel
que tems fur le fait des carrières , les précautions que
Je Gouvernement a prifes, & les dépenfes confidé
rables qu'il ne ceffe de faire pour prévenir les acci¹
dens & pour y remédier. Il en eft arrivé quelquesuns
, qui ont juftifié fa prévoyance & fes foins , fans
lefquels ils feroient bien plus fréquens . On vient
( 111 )
d'en voir un nouveau , qui fait dans ce moment la
plus grande fenfation , par le nombre des per
fonnes qui ont eu le malheur de périr. Le 27 de ce
mois , à 11 heures du matin , une carrière peu éloignée
du chemin de Ménil Montant , vis - à- vis la
maifon dite du Bel- Air , s'eft écroulée tout- a-coup
Lept perfonnes qui fe promenoient fur le bord de
cette carrière , ont été englouties fous les terres qui
fe font éboulées dans un efpace affez confidérable ;
ces perfonnes font , dit on , MM. Favier , frères ,
l'un Architecte , l'autre Procureur , M. & Mme. le
Gris , Mme. Desprez , qui étoit enceinte de 7 mois ,
& fa petite fille de 9 ans avec la mere. 200 ouvriers
accourus auffi- tôt , u'ont ceflé depuis ce tems
de travailler pour débarraffer ce gouffre , & on leur
a diftribué des vivres & du vin , pour qu'ils ne
quittent pas un inftant l'ouvrage. Ils n'étoient pas
encore parvenus hier à déblayer les décombres , &
retrouver les infortunés qui y ont été ensevelis
On a fait defcendre des Ingénieurs dans les vaftes
carrières de ce canton , pour les examiner , s'affu ,
rer de leur état , & faire faire à celles qui en au
ront befoin , tous les travaux néceffaires
pour pré
venir de femblables accidens , & railurer le public.
La mort de J. J. Rouſſeau , attribuée généra
lement dans prefque tous les Papiers Publics à une
violente colique , a eu une autre caufe ; on lit dans
le procès-verbal de l'ouverture de fon corps , en
préſence de M. Louis Blondel , Lieutenant du Bail
liage & Vicomté d'Ermenonville , affifté du Procu
reur-Fifcal & d'un Huitlier , que les Chirurgiens qui
y ont procédé , après vifité faite du corps & l'a
voir vu & examiné dans fon entier , ont tous
deux rapporté d'une commune voix , que ledit fieur
Rouffeau eft mort d'une appoplexie féreufe , ce qu'ils
ont affirmé véritable. Le public , empreffé de jouir
des ouvrages qu'il peut avoir laifiés dans fon portefeuille
, craint qu'ils ne s'y retrouvent pas tous , fur
tout depuis qu'on dit qu'il a brûlé plufieurs papiers
( 112 )
quelque tems avant fa mort. Parmi les manuſcrits
qu'on fait qu'il avoit laiffés , on compte le JuifIbrahim,
ou les Benjamites , poëme ; la Législature
de Pologne , l'Opéra des Mufes , qui n'a jamais
été joué ; le Devin du Village , dont il avoit refait
la mufique ; plufieurs recueils de romances
avec la mufique , qu'on dit être charmante ; une
fuite à l'Emile en deux volumes , & les Mémoires
de fa Vie. Ce dernier ouvrage eft celui qui pique
le plus la curiofité. On nous affure qu'il commence
par le morceau fuivant , que nous nous empreffons de
tranfcrire, en regrettant qu'il n'ait pas plus d'étendue.
Je forme une entrepriſe qui n'eut jamais d'exemple
, & dont l'exécution n'aura point d'imitateurs
; je vais montrer à mes ſemblables , un homme
dans toute la vérité de la nature ; & cet homme
c'est moi.
» Moi feul , je fens mon coeur , & je connois les
hommes ; je ne fuis fait comme aucun de ceux que
j'ai vus ; j'ofe croire n'être fait comme aucun de
ceux qui exiftent ; je ne vaux pas mieux ou moins ,
je fuis autre. Si la Nature a bien ou mal fait de briſer
le moule dans lequel elle m'a jetré , c'eſt ce dont on
ne peut juger qu'après m'avoir lu . Que la trompette
du Jugement dernier fonne quand elle voudra , je
viendrai , ce livre à la main , me préſenter devant
le fouverain Juge. Je dirai hautement. Voilà ce que
j'ai fait , ce que j'ai pensé , ce que je fuis ; j'ai dit le
bien & le mal avec la même franchiſe ; je n'ai rien
tu , rien déguifé , rien pallié ; je me ſuis montré coupable
& vil quand je l'ai été; j'ai montré mon intérieur
, comme tu l'as vu toi- même , être éternel !
Raffemble autour de moi , l'innombrable foule de
mes femblables ; qu'ils écoutent mes confeffions ,
qu'ils rougiffent de mes indignités , qu'ils gémiffent
de mes miferes ; que chacun dévoile à fon tour fon
coeur aux pieds de ton trône , & qu'un feul te dife
enfuite , s'il l'ofe : je fus meilleur que cet homme-là «e.
Arrêt du Confeil d'Etat du 12 Juillet , portant
( 113 )
établiffement d'une Adminiſtration Provinciale dans
le Berry.
*
Le Roi , au milieu des évènemens politiques les
plus dignes de fon attention , ne perd point de vue:
les grands objets d'adminiſtration intérieure qui
peuvent concourir au bonheur de fes Sujets ; & fi
des dépenses extraordinaires , dont S. M. ne peut encore
affigner le terme , ne permettent pas de dimi
nuer la fomme des impofitions ; Elle defire du moins
préparer dès à préfent les moyens propres à en adou
cir le fardeau , foit par les modifications raisonnables
dont elles font fufceptibles , foit plus particulièrement
par la fagefle & l'égalité des répartitions . Sa
M. , en examinant les avantages qui pourroient réful
ter pour les Sujets de l'établiffement des adminiftra
tions provinciales , a vu avec ſatisfaction que fi les
befoins de l'Etat écartoient pour un tems plufieurs
projets falutaires , il étoit au moins un genre de
bienfaits envers fes Peuples , auquel les circonftances
les plus difficiles n'apporteroient aucun obftacle......
Elle a obfervé que la diverfité des fols , des caractères
& des habitudes , devant nuire à l'exécution
& quelquefois même à l'utilité des meilleures Loix
d'impofition , lar qu'elles font uniformes & géné
rales , Elle pourroit mieux connoître ce qui convient
à chaque province , à l'aide du zèle éclairé d'admis
niftrations partielles , & parvenir airfi par dégré ,
aux améliorations générales dont Elle eft occupée....
Voulant d'ailleurs réferver dans tous les tems à fes
Commiffaires départis , l'importante fonction d'éclairer
le Confeil fur les projets & les délibérations
des Affemblées , & la furveillance étant remiſe entre
des mains différentes de celles de l'exécution , S. M.
procurera des garans multipliés du bonheur & de
la confiance de fes Peuples . Parmi ces diverfes confidérations
, & autres qui ont toutes la félicité publique
pour objet , S. M. defirant être éclairée par l'expé- .
rience, a réfolu de n'établir cette adminiſtration pro
fe
N
(/ 114 )*
vinciale que dans une feule Généralité; & le Berry
depuis long-tems dans un état de langueur , quoiqu'avec
des moyens naturels de profpérité , lui a paru
mériter la préférence de l'effai qu'elle veut faire d'une
adminiftration qui forme depuis long- tems l'objet
des voeux de fes Provinces , & dont tous les avantages
tourneront en entier à leur foulagement.
&
S. M. règle , 1º. le nombre & la qualité des Membres
des trois Ordres qui compoferont l'Affemblée ,
qui fous fon bon plaifir répartira les impofitions , ent
fera la levée , dirigera la confection des grands chemins
, &c.; 20. l'Affemblée n'aura lieu que tous les
deux ans , & durera un mois : on comptera les fuf
frages par tête , & non par diftinction d'ordre ,
S. M. fera connoître fes volontés par un ou deux.
Commiffaires chargés de fes inftructions : 30. Il y
aura un bureau d'adminiftration dans l'intervalle des
Affemblées ; 40. & 5o . , il ne fera verfé au Tréſor-
Royal ,, que la même fomme qui y entre maintenant.
Toute dépenfe déterminée par les Affemblées , devra
être autorisée par S. M. , fauf les frais ordinaires de
l'Adminiſtration , dont le montant fera fixé . 69. l'AG
femblée & le Bureau intermédiaire, pourront faire des
repréſentations , & propofer des Règlemens juftes
& utiles , fans que , fous prétexte de ces repréſen
tations , la répartition & le recouvrement des impofitions
, puiffent éprouver le moindre délai. 70. Le
Commiffaire départi de S. M. , prendra connoiffance
des délibérations de l'Affemblée & du Bureau d'adminiftration
, lorfqu'il le croira convenable pour le
fervice de S. M. & le bien de fes Peuples. 80. La
forme des élections & nominations , fera réglée après
la première Affemblée. 90. Pour la compofer , 16
propriétaires s'affembleront à Bourges les Octobre ,
ils en indiqueront 2 autres , pour former enſemble
Ja première Affemblée à l'époque qui fera fixée par
S. M.
Fermer
Résumé : De PARIS, le 30 Juillet.
Le 30 juillet, l'attention publique se porte sur les affaires maritimes suite au départ de l'escadre de Brest. Une lettre de Guincamp datée du 18 juillet rapporte que la frégate française 'l'Iphigénie', sous le commandement de M. de Kerfaint, a capturé une frégate anglaise servant d'observateur pour la flotte de l'amiral Keppel. Le combat a été rapide, et l'équipage anglais s'est réfugié à fond de cale. M. de Kerfaint a capturé l'état-major anglais, et le capitaine anglais a été impressionné par la taille et la puissance de la flotte française. La frégate anglaise a été conduite à Brest, et dix officiers ont été envoyés à Paris en tant que prisonniers. Un vaisseau de Rouen, précédemment arrêté par les Anglais, a été relâché et a continué son voyage jusqu'à Brest, rapportant que Keppel avait mis à la voile le 9 juillet. La frégate 'Prothée', commandée par M. le Chevalier d'Ampierre, a rejoint l'escadre après avoir demandé des hommes et des vivres. Une lettre de Brest du 17 juillet mentionne également la capture d'un cutter anglais par la frégate 'la Junon'. L'escadre française était positionnée à 43 lieues au sud-ouest de Quessant, tandis que Keppel se trouvait à la hauteur de cette île. Par ailleurs, l'escadre à Toulon se prépare à partir pour une destination éloignée. M. de la Mothe-Piquet exprime sa détermination à se battre aux côtés du Duc de Chartres. Plusieurs navires sont en cours de construction ou de réparation, et des mesures sont prises pour renforcer la sécurité des carrières après un accident mortel. Jean-Jacques Rousseau est décédé d'une apoplexie foudroyante, laissant des manuscrits incluant des poèmes, des opéras, des recueils de romances, et des mémoires de sa vie. Enfin, un arrêt du Conseil d'État du 12 juillet établit une administration provinciale dans le Berry, soulignant l'attention du roi aux affaires intérieures malgré les événements politiques.
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4065
p. 187-189
LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
Début :
Il est juste, Monsieur, de démontrer la fausseté de tous les bruits répandus dans plusieurs Feuilles périodiques, [...]
Mots clefs :
Jacques de Boutier de La Cardonnie, Feuilles, Personnes, Bruits, Vérité, Marine
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
LETTRE à M. de La HARPE. 62
De Rochefort , ce 26 Aout 1778.
IL eft jufte , Monfieur , de démontrer la fauffeté
de tous les bruits répandus dans plufieurs Feuilles périodiques,&
particuliérement dans le Courier de l'Europe
, au fujet de M. de la Cardonie , Commandant
le Vaiffeau le Diadême. Senfible au malheur d'un brave
Militaire , victime de la plus noire calomnie ,
c'eft à ce titre que je vous adreffe la note fuivante.
On convient généralement que M. de la Cardonie
n'a pu voir les fignaux ; il n'y a point eu de
Confeil de guerre , ce qui prouve affez que fa conduite
étoit irréprochable dans l'affaire de notre Efeadre.
La réponse que M. le Duc de Chartres lui a faite
198 MERCURE
lors de fon départ pour Paris , dément toutes celles
qu'on lui attribuoit , & qui ne partoient que de perfonnes
intéreffées à les répandre. M. de la Cardonie
eft forti avec fon Vaiffeau , & l'on ne doute pas qu'il
ne réponde à l'idée qu'on a toujours eue de fes talens
& de fa bravoure.
J'efpère , Monfieur , que ce que je viens de dire
fuffira pour détromper les perfonnes qui s'étoient laiffées
prévenir , & qu'elles reconnoîtront aifément
la fource de tous les bruits qui ont coúru dans une
cabale ennemie du vrai mérite.
1
J'espère aufli que vous ne refuferez pas une place
dans votre Journal , que l'honnêteté & l'impartialité
ont toujours caractérisé , à ce peu de mots dictés
la vérité & la juftice.
par
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec toute l'eftime
qui vous eft dûe , votre très- humble &
très-obéiffant ferviteur ,
Le Chevalier de *** Officier de la Marine.
P. S. Je crois , Monfieur , qu'il eft bon d'avertir
ici , que tout ce qui regarde la Marine dans le Courier
de l'Europe , n'eft qu'un tiffu de menfonges &
d'abfurdités *.
On y lit que les Commandants du Conquérant &
du Solitaire avoient réfufé de fortir avec M. de la
Cardonie ; il n'y a pas-là un mot de vrai. Nous fom-
* N. B. Nous pouvons ajouter que cette feuille , qui n'a
d'autre avantage que de donner la traduction des Papiers
Anglois , eft , d'ailleurs , un répertoire ouvert à toutes les
haines cachées qui le rempliffent de diffamations anonymes ,
facilement adoptées par le Rédacteur , qui n'eft pas fâché de
pouvoir donner impunément cet attrait à la malignité
publique. Il n'y a pas de femaine où quelqu'un n'ait à s'en
plaindre ; & tel eft l'abus de toutes les feuilles de cette nature
, dont les Auteurs ne font foumis à aucune difcipline..
Note du Rédacteur.
DE FRANCE. 189
>
។
mes dans le cas de prouver qu'il n'y a rien de plus
faux. D'ailleurs ces deux Officiers penfent trop bien
pour avoir tenu un propos auffi imprudent. Il eſt
donc bien fingulier qu'un Gazetier le leur prête dans
des Papiers publics , fans citer aucune preuve de ce
qu'il avance.
Autre abfurdité : il dit que M. du Paty , comman
dant une Frégate , a été caffé & enfermé au Château
de Pierre- Encife , pour n'avoir pas voulu recevoir à
fon bord des Auxiliaires. Il eft faux que M. du Paty
commande une Frégate ; à quoi donc fe réduit ce
fait !
Je crois qu'il feroit fort intéreffant de connoître
les fources où ce Gazetier puiſe des menſonges auffi
avérés , & qui ne pourroient que faire tort aux perfonnes
les plus eftimées , fi l'expérience n'avoit appris
à fe méfier de tous les faits rapportés dans ces
Feuilles où la vérité eſt toujours facrifiée à unc foule
d'intérêts particuliers,
De Rochefort , ce 26 Aout 1778.
IL eft jufte , Monfieur , de démontrer la fauffeté
de tous les bruits répandus dans plufieurs Feuilles périodiques,&
particuliérement dans le Courier de l'Europe
, au fujet de M. de la Cardonie , Commandant
le Vaiffeau le Diadême. Senfible au malheur d'un brave
Militaire , victime de la plus noire calomnie ,
c'eft à ce titre que je vous adreffe la note fuivante.
On convient généralement que M. de la Cardonie
n'a pu voir les fignaux ; il n'y a point eu de
Confeil de guerre , ce qui prouve affez que fa conduite
étoit irréprochable dans l'affaire de notre Efeadre.
La réponse que M. le Duc de Chartres lui a faite
198 MERCURE
lors de fon départ pour Paris , dément toutes celles
qu'on lui attribuoit , & qui ne partoient que de perfonnes
intéreffées à les répandre. M. de la Cardonie
eft forti avec fon Vaiffeau , & l'on ne doute pas qu'il
ne réponde à l'idée qu'on a toujours eue de fes talens
& de fa bravoure.
J'efpère , Monfieur , que ce que je viens de dire
fuffira pour détromper les perfonnes qui s'étoient laiffées
prévenir , & qu'elles reconnoîtront aifément
la fource de tous les bruits qui ont coúru dans une
cabale ennemie du vrai mérite.
1
J'espère aufli que vous ne refuferez pas une place
dans votre Journal , que l'honnêteté & l'impartialité
ont toujours caractérisé , à ce peu de mots dictés
la vérité & la juftice.
par
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec toute l'eftime
qui vous eft dûe , votre très- humble &
très-obéiffant ferviteur ,
Le Chevalier de *** Officier de la Marine.
P. S. Je crois , Monfieur , qu'il eft bon d'avertir
ici , que tout ce qui regarde la Marine dans le Courier
de l'Europe , n'eft qu'un tiffu de menfonges &
d'abfurdités *.
On y lit que les Commandants du Conquérant &
du Solitaire avoient réfufé de fortir avec M. de la
Cardonie ; il n'y a pas-là un mot de vrai. Nous fom-
* N. B. Nous pouvons ajouter que cette feuille , qui n'a
d'autre avantage que de donner la traduction des Papiers
Anglois , eft , d'ailleurs , un répertoire ouvert à toutes les
haines cachées qui le rempliffent de diffamations anonymes ,
facilement adoptées par le Rédacteur , qui n'eft pas fâché de
pouvoir donner impunément cet attrait à la malignité
publique. Il n'y a pas de femaine où quelqu'un n'ait à s'en
plaindre ; & tel eft l'abus de toutes les feuilles de cette nature
, dont les Auteurs ne font foumis à aucune difcipline..
Note du Rédacteur.
DE FRANCE. 189
>
។
mes dans le cas de prouver qu'il n'y a rien de plus
faux. D'ailleurs ces deux Officiers penfent trop bien
pour avoir tenu un propos auffi imprudent. Il eſt
donc bien fingulier qu'un Gazetier le leur prête dans
des Papiers publics , fans citer aucune preuve de ce
qu'il avance.
Autre abfurdité : il dit que M. du Paty , comman
dant une Frégate , a été caffé & enfermé au Château
de Pierre- Encife , pour n'avoir pas voulu recevoir à
fon bord des Auxiliaires. Il eft faux que M. du Paty
commande une Frégate ; à quoi donc fe réduit ce
fait !
Je crois qu'il feroit fort intéreffant de connoître
les fources où ce Gazetier puiſe des menſonges auffi
avérés , & qui ne pourroient que faire tort aux perfonnes
les plus eftimées , fi l'expérience n'avoit appris
à fe méfier de tous les faits rapportés dans ces
Feuilles où la vérité eſt toujours facrifiée à unc foule
d'intérêts particuliers,
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Résumé : LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
Un officier de marine écrit à M. de La Harpe pour contester des rumeurs publiées dans divers journaux, dont le Courrier de l'Europe, concernant M. de la Cardonie, commandant du vaisseau le Diadème. L'auteur nie que M. de la Cardonie ait pu voir les signaux ou qu'un conseil de guerre ait eu lieu, affirmant ainsi son innocence. La réponse du Duc de Chartres à M. de la Cardonie lors de son départ pour Paris confirme cette innocence. L'auteur espère que ces explications dissiperont les erreurs propagées par une cabale hostile au mérite de M. de la Cardonie. Il sollicite la publication de cette note dans le journal de M. de La Harpe, réputé pour son honnêteté et son impartialité. En post-scriptum, l'auteur dénonce les fausses informations du Courrier de l'Europe sur les commandants du Conquérant et du Solitaire, ainsi que sur M. du Paty, soulignant les diffamations anonymes et les abus fréquents dans ce journal.
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4066
p. 193-194
De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
Début :
On a reçu successivement le 2 & le 3 de ce mois deux exprès du Capitan-Bacha ; ils nous ont appris [...]
Mots clefs :
Constantinople, Capitan pacha, Flotte, Ville, Canons, Troupes
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texteReconnaissance textuelle : De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
De CONSTANTINOPLE le 7 Juillet.
ON a reçu fucceffivement le z & le 3 de ce mois
deux exprès du Capitan- Bacha ; ils nous ont appris
que le 25 du mois dernier , il étoit arrivé à Sinope
avec toute fa flotte , à l'exception d'un vailfeau
de 74 canons qui n'a pu le fuivre , & qui eft
rentré dans le canal pour réparer quelques dommages.
Les troupes raflemblées à Sinope & deftinées
à diverfes expéditions dans la Crimée & dans
ie Kuban , commençoient à s'embarquer au départ
du dernier courier . Le Capitan - Bacha avoit reçu
des nouvelles de la Péninfule où la Porte a toujours
un parti qui ne demande que d'être foutenu , & qui a
remporté dernièrement un avantage confidérable
dans le Kuban , & a chaffé de Taman tous les Tartares
qui tenoient pour Sahin Guéray. On fe propofe
de le feconder plus efficacement qu'on ne l'a
Fait jufqu'à préfent , & une petite flotte n'attend que
le vent favorable pour aller renforcer le Capitan-
Bacha ; elle eft compofée du vaiffeau de 74 canons
refté en arrière , de 2 frégates de 40 chacune , de 6
chébecs de 12 à 16 , & de 20 bâtimens de tranfport
chargés de vivres & de munitions de guerre. La pefte
continue fes ravages fur la flotte ; & nous apprenons
que l'Officier qui commande fous les ordres du Capitan
-Bacha , en a été la victime.
15 Septembre 1778.
I
( 194 )
La Crimée ne fera pas le feul théâtre des hoftilités
; on voit paffer journellement par cette Capitale
des corps de cavalerie & d'infanterie qui fe rendent
à Ifaccia & à Ifmaël : les chemins depuis cette
ville jufqu'à Ruffug font couverts de nos foldats
qui s'avançent du côté de Bender & de l'embouchure
du Danube : on ne porte pas à moins de 300 mille
hommes les troupes raffemblées fur nos frontières.
Elles laiffent par- tout fur leur paffage des marques
de leur barbarie que leurs chefs ne peuvent réprimer.
On mande de Ruffug que trois compagnies fè font
foulevées contre leur commandant qu'elles ont maffacré
& coupé en morceaux ; après cet acte d'atrocité
, elles le font divifées en plufieurs bandes &
infeftent les chemins. Comme la pefte eft parmi ces
brigands , ils la portent par- tout où ils s'étendent .
•
» Depuis la mort d'Abdulah , Bacha , écrit -on de
Bagdad , deux partis d'environ 5000 hommes préten
dent gouverner cette ville jufqu'à l'arrivée de Huffein
, Bacha de Mouffol & de Kerkout , nommé pour
remplacer ce Vifir ; l'un s'eft emparé de la citadelle
l'autre de la ville ; après quelques bombes , quelques
coups de canon tirés de part & d'autre , & divers
combats , chaque parti eft convenu de refter
tranquille jufqu'à ce que Huffein , Bacha , ſoit arrivé.
Baffora eft toujours au pouvoir des Perfans . Cette ville
autrefois floriffante , défolée par des maladies contagieufes
& par un long fiége , n'offre plus aujourd'hui
qu'un amas confus de maſures & de décombres , entouré
de marais fangeux & d'eaux croupiffantes « .
ON a reçu fucceffivement le z & le 3 de ce mois
deux exprès du Capitan- Bacha ; ils nous ont appris
que le 25 du mois dernier , il étoit arrivé à Sinope
avec toute fa flotte , à l'exception d'un vailfeau
de 74 canons qui n'a pu le fuivre , & qui eft
rentré dans le canal pour réparer quelques dommages.
Les troupes raflemblées à Sinope & deftinées
à diverfes expéditions dans la Crimée & dans
ie Kuban , commençoient à s'embarquer au départ
du dernier courier . Le Capitan - Bacha avoit reçu
des nouvelles de la Péninfule où la Porte a toujours
un parti qui ne demande que d'être foutenu , & qui a
remporté dernièrement un avantage confidérable
dans le Kuban , & a chaffé de Taman tous les Tartares
qui tenoient pour Sahin Guéray. On fe propofe
de le feconder plus efficacement qu'on ne l'a
Fait jufqu'à préfent , & une petite flotte n'attend que
le vent favorable pour aller renforcer le Capitan-
Bacha ; elle eft compofée du vaiffeau de 74 canons
refté en arrière , de 2 frégates de 40 chacune , de 6
chébecs de 12 à 16 , & de 20 bâtimens de tranfport
chargés de vivres & de munitions de guerre. La pefte
continue fes ravages fur la flotte ; & nous apprenons
que l'Officier qui commande fous les ordres du Capitan
-Bacha , en a été la victime.
15 Septembre 1778.
I
( 194 )
La Crimée ne fera pas le feul théâtre des hoftilités
; on voit paffer journellement par cette Capitale
des corps de cavalerie & d'infanterie qui fe rendent
à Ifaccia & à Ifmaël : les chemins depuis cette
ville jufqu'à Ruffug font couverts de nos foldats
qui s'avançent du côté de Bender & de l'embouchure
du Danube : on ne porte pas à moins de 300 mille
hommes les troupes raffemblées fur nos frontières.
Elles laiffent par- tout fur leur paffage des marques
de leur barbarie que leurs chefs ne peuvent réprimer.
On mande de Ruffug que trois compagnies fè font
foulevées contre leur commandant qu'elles ont maffacré
& coupé en morceaux ; après cet acte d'atrocité
, elles le font divifées en plufieurs bandes &
infeftent les chemins. Comme la pefte eft parmi ces
brigands , ils la portent par- tout où ils s'étendent .
•
» Depuis la mort d'Abdulah , Bacha , écrit -on de
Bagdad , deux partis d'environ 5000 hommes préten
dent gouverner cette ville jufqu'à l'arrivée de Huffein
, Bacha de Mouffol & de Kerkout , nommé pour
remplacer ce Vifir ; l'un s'eft emparé de la citadelle
l'autre de la ville ; après quelques bombes , quelques
coups de canon tirés de part & d'autre , & divers
combats , chaque parti eft convenu de refter
tranquille jufqu'à ce que Huffein , Bacha , ſoit arrivé.
Baffora eft toujours au pouvoir des Perfans . Cette ville
autrefois floriffante , défolée par des maladies contagieufes
& par un long fiége , n'offre plus aujourd'hui
qu'un amas confus de maſures & de décombres , entouré
de marais fangeux & d'eaux croupiffantes « .
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Résumé : De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
Le 7 juillet, le Capitan-Bacha arrive à Sinope avec sa flotte, sauf un vaisseau de 74 canons en réparation. Les troupes se préparent à des expéditions en Crimée et dans le Kouban. Une victoire loyale à la Porte a été remportée dans le Kouban contre les Tartares de Sahin Guéray. Une petite flotte, incluant le vaisseau réparé, deux frégates, six chébecs et vingt bâtiments de transport, attend un vent favorable pour rejoindre le Capitan-Bacha. La peste continue de sévir, notamment parmi les officiers. Le 15 septembre 1778, des troupes se déplacent vers Iffaca et Ismaïl, avec des soldats sécurisant les chemins jusqu'à Roussé et avançant vers Bender et l'embouchure du Danube. Environ 300 000 hommes montrent des comportements barbares. À Roussé, trois compagnies se révoltent, tuant leur commandant et se dispersant, propageant ainsi la peste. À Bagdad, après la mort d'Abdullah Bacha, deux factions de 5000 hommes chacune se disputent le pouvoir jusqu'à l'arrivée de Husein Bacha. Après des combats, elles acceptent de rester tranquilles. Bassora, sous contrôle persan, est dévastée par des maladies et un long siège, apparaissant comme un amas de ruines et de marais.
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4067
p. 194-196
De PÉTERSBOURG, le 31 Juillet.
Début :
Le 29 de ce mois l'Impératrice s'est rendue en iacht de Péterhoff à l'escadre qui croise entre Constadt & [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Eau de vie, Liqueur, Couronne, Roubles, Consommation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 31 Juillet.
De PETERSBOURG , le 31 Juillet.
¡ LE 29 de ce mois l'Impératrice s'eft rendue en iacht
de Péterhoff à l'efcadre qui croife entre Cronstadt &
Krefna-Gorka. Cette efcadre compofée de 4 vaiſ(
195 )
feaux de guerre & de 3 frégates , eft fous les ordres
du Vice-Amiral Barſch ; elle fit pluſieurs évolutions
en préfence de S. M. I. qui en parut très-ſatisfaite ;
le foir elle retourna à Péterhoff.
On n'a point déclaré la nouvelle groffeffe de la
Grande-Ducheffe ; mais l'Empire eft perfuadé qu'elle
eft réelle on affure qu'elle eft entrée dans le troifième
mois.
La confommation des eaux-de-vie eft immenſe
dans le nord ; c'eft la boiffon favorite des peuples
feptentrionaux ; l'habitude & peut - être le climat en
ont fait un des objets de première néceffité . Cette
liqueur eft une partie importante de notre commerce
intérieur , & des revenus de la Couronne. »> On dif
tingue ici trois eſpèces d'eau-de-vie , celle de grains ,
celle de Dantzick & celle de France & d'Espagne ; le
peuple ne fait ufage que de la première : tous les propriétaires
ont droit de diftiller ; mais ils ne peuvent
vendre eux-mêmes leurs eaux-de-vie parce que la Couronne
s'en est réſervé le privilége exclufif. La confommation
annuelle de cette première forte de liqueur
dans l'Empire monte à 12 millions de vedros , le
vedro contient 13 pintes de Paris ; la Couronne
devroit gagner fur cette partie feule 24 millions de
roubles , fouftraction faite de ce qu'elle paye pour
l'achat ; & elle n'en gagne que 5 , favoir , 3 provenant
du département de Pétersbourg & de Mofcou
, & 2 de la Sibérie & des autres Provinces. Un
homme au fait de nos Finances attribue cette différence
aux fraudes des fermiers ; & il en remarque
quelques-unes. Le peuple ne fait aucun ufage de l'eaude-
vie de Dantzick ; ce font les étrangers & la nobleffe
qui la confomment ainfi que celle de France &
d'Espagne , qui eft préférée. Le prix du bail de la
ferme de cette dernière qui a expiré en 1774 montoit
à 116 mille roubles par an , & les fermiers en gagnoient
760 mille . Leur privilége ne leur permettoit
d'en faire venir que 10,000 ancres par an ; au lieu
I &
( 196 )
d'eau-de- vie , ils faifoient venir de l'efprit - de -vin ;
avec lequel ils compofoient le double de la première
liqueur. Non contents de ce gain , ils engageoient
des négocians à en faire venir , & les droits d'entrée
qu'ils percevoient fur ces importations ont monté
fouvent à 200 mille roubles «<,
¡ LE 29 de ce mois l'Impératrice s'eft rendue en iacht
de Péterhoff à l'efcadre qui croife entre Cronstadt &
Krefna-Gorka. Cette efcadre compofée de 4 vaiſ(
195 )
feaux de guerre & de 3 frégates , eft fous les ordres
du Vice-Amiral Barſch ; elle fit pluſieurs évolutions
en préfence de S. M. I. qui en parut très-ſatisfaite ;
le foir elle retourna à Péterhoff.
On n'a point déclaré la nouvelle groffeffe de la
Grande-Ducheffe ; mais l'Empire eft perfuadé qu'elle
eft réelle on affure qu'elle eft entrée dans le troifième
mois.
La confommation des eaux-de-vie eft immenſe
dans le nord ; c'eft la boiffon favorite des peuples
feptentrionaux ; l'habitude & peut - être le climat en
ont fait un des objets de première néceffité . Cette
liqueur eft une partie importante de notre commerce
intérieur , & des revenus de la Couronne. »> On dif
tingue ici trois eſpèces d'eau-de-vie , celle de grains ,
celle de Dantzick & celle de France & d'Espagne ; le
peuple ne fait ufage que de la première : tous les propriétaires
ont droit de diftiller ; mais ils ne peuvent
vendre eux-mêmes leurs eaux-de-vie parce que la Couronne
s'en est réſervé le privilége exclufif. La confommation
annuelle de cette première forte de liqueur
dans l'Empire monte à 12 millions de vedros , le
vedro contient 13 pintes de Paris ; la Couronne
devroit gagner fur cette partie feule 24 millions de
roubles , fouftraction faite de ce qu'elle paye pour
l'achat ; & elle n'en gagne que 5 , favoir , 3 provenant
du département de Pétersbourg & de Mofcou
, & 2 de la Sibérie & des autres Provinces. Un
homme au fait de nos Finances attribue cette différence
aux fraudes des fermiers ; & il en remarque
quelques-unes. Le peuple ne fait aucun ufage de l'eaude-
vie de Dantzick ; ce font les étrangers & la nobleffe
qui la confomment ainfi que celle de France &
d'Espagne , qui eft préférée. Le prix du bail de la
ferme de cette dernière qui a expiré en 1774 montoit
à 116 mille roubles par an , & les fermiers en gagnoient
760 mille . Leur privilége ne leur permettoit
d'en faire venir que 10,000 ancres par an ; au lieu
I &
( 196 )
d'eau-de- vie , ils faifoient venir de l'efprit - de -vin ;
avec lequel ils compofoient le double de la première
liqueur. Non contents de ce gain , ils engageoient
des négocians à en faire venir , & les droits d'entrée
qu'ils percevoient fur ces importations ont monté
fouvent à 200 mille roubles «<,
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 31 Juillet.
Le 29 juillet, l'impératrice visita une escadre navale composée de quatre vaisseaux de guerre et trois frégates commandée par le vice-amiral Barsch. L'escadre réalisa plusieurs manœuvres devant elle, la satisfaisant grandement. L'escadre retourna ensuite à Peterhof. La grossesse de la Grande-Duchesse, bien que non officielle, est confirmée comme étant dans son troisième mois. Dans le nord, la consommation d'eaux-de-vie est élevée, étant la boisson préférée des peuples septentrionaux. Cette liqueur joue un rôle crucial dans le commerce intérieur et les revenus de la Couronne. Trois types d'eaux-de-vie sont distingués : celle de grains, celle de Dantzick et celle de France et d'Espagne. La population consomme principalement celle de grains. La distillation est permise à tous, mais la vente est réservée à la Couronne. La consommation annuelle atteint 12 millions de vedros, chaque vedro contenant 13 pintes de Paris. Les revenus attendus sont de 24 millions de roubles, mais seulement 5 millions sont réellement perçus, en raison des fraudes des fermiers. L'eau-de-vie de Dantzick et celles de France et d'Espagne sont consommées par les étrangers et la noblesse. Le bail de la ferme de cette dernière, expiré en 1774, coûtait 116 000 roubles par an, tandis que les fermiers en gagnaient 760 000.
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4068
p. *196-196
De COPENHAGUE, le 10 Août.
Début :
La permission que le Roi a accordée depuis peu à 9 Officiers de sa marine d'aller servir sur l'escadre [...]
Mots clefs :
Copenhague, Officiers de marine, Indes occidentales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPENHAGUE, le 10 Août.
De COPENHAGUE , le 10 Août.
LA permiffion que le Roi a accordée depuis peu
à 9 Officiers de fa marine d'aller fervir fur l'efcadre
Françoile en qualité de volontaires , a excité , dit- on ,
quelques plaintes de la part de l'Ambaffadeur d'Angle
terre. S. M. , par une fuite du fyftême impartial
qu'elle a adopté , a bien voulu , fur la réquifition
de la Cour de Londres , permettre à quelques autres
de fes Officiers du même corps ' , d'aller fervir de
même fur la flotte Angloiſe,
-Quelques vaiffeaux arrivés des Indes occidentales
nous ont appris que la frégate le Chriftiansbourg
de la Compagnie Royale de Guinée , y a mouillé
le 24 Mai dernier ; mais que le Capitaine de ce bâtiment
eft mort fur la côte d'Afrique où il avoit
touché avant de fe rendre aux Indes occidentales.
LA permiffion que le Roi a accordée depuis peu
à 9 Officiers de fa marine d'aller fervir fur l'efcadre
Françoile en qualité de volontaires , a excité , dit- on ,
quelques plaintes de la part de l'Ambaffadeur d'Angle
terre. S. M. , par une fuite du fyftême impartial
qu'elle a adopté , a bien voulu , fur la réquifition
de la Cour de Londres , permettre à quelques autres
de fes Officiers du même corps ' , d'aller fervir de
même fur la flotte Angloiſe,
-Quelques vaiffeaux arrivés des Indes occidentales
nous ont appris que la frégate le Chriftiansbourg
de la Compagnie Royale de Guinée , y a mouillé
le 24 Mai dernier ; mais que le Capitaine de ce bâtiment
eft mort fur la côte d'Afrique où il avoit
touché avant de fe rendre aux Indes occidentales.
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Résumé : De COPENHAGUE, le 10 Août.
Le roi a autorisé neuf officiers français à servir sur l'escadre française, provoquant des plaintes de l'ambassadeur anglais. Il a aussi permis à des officiers anglais de servir sur la flotte anglaise. La frégate 'Christiansbourg' a accosté le 24 mai, mais son capitaine est mort en Afrique avant d'atteindre les Indes occidentales.
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4069
p. 196-197
De VARSOVIE, le 10 Août.
Début :
Les séances du Conseil-Permanent sont très-fréquentes & très-longues depuis qu'il les a reprises ; [...]
Mots clefs :
Varsovie, Conseil permanent, Prince, Diète, République, Roi de Prusse
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texteReconnaissance textuelle : De VARSOVIE, le 10 Août.
De VAR SVO I E , le 10 Août.
؟
LES féances du Confeil - Permanent font trèsfréquentes
& très - longues depuis qu'il les a reprifes s
les dernières n'ont pas duré moins de 5 à 6 heures ,
les affaires intérieures & celles du dehors deviennent
tous les jours plus intéreflantes fur l'objet de fes délibérations.
Les fraudes qu'on a découvertes dans le
change ont donné lieu à une loi qu'on préſentera à la
( 197 )
›
Diète prochaine. On fe propofoit auffi de rétablir les
mines d'Olkas ; mais l'exécution de ce projet entraîneroit
des dépenfes confidérables , qu'il cft impoffible
de faire dans un moment où la République a befoin
de tous les fonds . Les armées nombreuſes qui font
répandues fur nos frontières exigent notre attention
& nous font fentir la néceffité d'augmenter nos troupes
; cet objet fera fans doute le premier qu'on mettra
fous les yeux de la Diète. La guerre allumée entre
l'Empereur & le Roi de Pruffe , celle qui doit éclater
bientôt entre la Ruffie & la Porte , & qui paroît à
préfent décidée , peuvent avoir des effets funeftes
pour nous , même fans y prendre part , & nous ne
devons négliger aucune précaution pour nous mettre
à l'abri de toute entreprife étrangère.
Le corps de troupes que le Prince de Repnin raf
femble près du Dniefter fera , dit- on , de 30 à 40,0co
hommes . On affure que le Lieutenant - Général d'Igelftrom
eft nommé pour commander fous lui . Beaucoup.
de Seigneurs Polonois entrent au ſervice de la
Ruffie; on nomme principalement parmi eux , le Sta
rofte de Samogitie , le Comte de Solohub & le Prince
Jofeph Lubormirski , il y en a auffi plufieurs qui
paffent à celui du Roi de Pruffe , qui a des agens char
gés de lever ici des recrues , & qui enrôlent un grand
nombre d'hommes . Le Miniftre à la Cour de Vienne
en a porté des plaintes au Roi & à la République , &
exige qu'on renvoye au plutôt les enrôleurs Pruffiens ;
on ignore encore ce qui lui a été répondu. Par une
claufe expreffe du traité de ceffion , il a été ſtipulé
qu'aucune des Puiffances contractantes ne pourra
faire recruter fur les terres de l'autre. 嘴597
Le Prince Sulkowski eft de retour de la Grande-
Pologne : on dit qu'il a été voir l'Ambaſſadeur Ruffe
à Nieporow , terre à cinq lieues de cette Capitale ,
qui appartient au Prince de Radziwill , Palatin de
Wilna . Ce Prince au moment où la Diète s'affemblera
ici , doit fe rendre en Lithuanie,
؟
LES féances du Confeil - Permanent font trèsfréquentes
& très - longues depuis qu'il les a reprifes s
les dernières n'ont pas duré moins de 5 à 6 heures ,
les affaires intérieures & celles du dehors deviennent
tous les jours plus intéreflantes fur l'objet de fes délibérations.
Les fraudes qu'on a découvertes dans le
change ont donné lieu à une loi qu'on préſentera à la
( 197 )
›
Diète prochaine. On fe propofoit auffi de rétablir les
mines d'Olkas ; mais l'exécution de ce projet entraîneroit
des dépenfes confidérables , qu'il cft impoffible
de faire dans un moment où la République a befoin
de tous les fonds . Les armées nombreuſes qui font
répandues fur nos frontières exigent notre attention
& nous font fentir la néceffité d'augmenter nos troupes
; cet objet fera fans doute le premier qu'on mettra
fous les yeux de la Diète. La guerre allumée entre
l'Empereur & le Roi de Pruffe , celle qui doit éclater
bientôt entre la Ruffie & la Porte , & qui paroît à
préfent décidée , peuvent avoir des effets funeftes
pour nous , même fans y prendre part , & nous ne
devons négliger aucune précaution pour nous mettre
à l'abri de toute entreprife étrangère.
Le corps de troupes que le Prince de Repnin raf
femble près du Dniefter fera , dit- on , de 30 à 40,0co
hommes . On affure que le Lieutenant - Général d'Igelftrom
eft nommé pour commander fous lui . Beaucoup.
de Seigneurs Polonois entrent au ſervice de la
Ruffie; on nomme principalement parmi eux , le Sta
rofte de Samogitie , le Comte de Solohub & le Prince
Jofeph Lubormirski , il y en a auffi plufieurs qui
paffent à celui du Roi de Pruffe , qui a des agens char
gés de lever ici des recrues , & qui enrôlent un grand
nombre d'hommes . Le Miniftre à la Cour de Vienne
en a porté des plaintes au Roi & à la République , &
exige qu'on renvoye au plutôt les enrôleurs Pruffiens ;
on ignore encore ce qui lui a été répondu. Par une
claufe expreffe du traité de ceffion , il a été ſtipulé
qu'aucune des Puiffances contractantes ne pourra
faire recruter fur les terres de l'autre. 嘴597
Le Prince Sulkowski eft de retour de la Grande-
Pologne : on dit qu'il a été voir l'Ambaſſadeur Ruffe
à Nieporow , terre à cinq lieues de cette Capitale ,
qui appartient au Prince de Radziwill , Palatin de
Wilna . Ce Prince au moment où la Diète s'affemblera
ici , doit fe rendre en Lithuanie,
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Résumé : De VARSOVIE, le 10 Août.
Le document du 10 août décrit les activités récentes du Conseil Permanent, qui tient des réunions fréquentes et prolongées sur des affaires intérieures et extérieures cruciales. Des fraudes dans le change ont motivé la préparation d'une loi pour la prochaine Diète. Un projet de réhabilitation des mines d'Olkusz est envisagé, mais les dépenses sont jugées excessives en raison des besoins financiers urgents de la République. L'augmentation des troupes est également discutée en raison des armées massées aux frontières. Les conflits en cours, tels que la guerre entre l'Empereur et le Roi de Prusse, et la guerre imminente entre la Russie et l'Empire ottoman, pourraient avoir des répercussions négatives. Des précautions sont donc nécessaires pour éviter toute ingérence étrangère. Le Prince de Repnin rassemble un corps de troupes de 30 à 40 000 hommes près du Dniepr, sous le commandement du Lieutenant-Général d'Igelstrom. Plusieurs nobles polonais, comme le Staroste de Samogitie, le Comte de Solohub et le Prince Joseph Lubomirski, rejoignent l'armée russe, tandis que d'autres s'enrôlent dans l'armée prussienne. Le ministre à la cour de Vienne a protesté contre ces recrutements, mais la réponse reste inconnue. Le Prince Sulkowski est de retour de Grande-Pologne et a rencontré l'ambassadeur russe à Nieporow, domaine du Prince Radziwill, Palatin de Vilna, qui doit se rendre en Lituanie lors de l'assemblée de la Diète.
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4070
p. 198-201
De VIENNE, le 15 Août.
Début :
Les perquisitions que M. le Chancelier, Prince de Kaunitz Riethberg, a fait faire pour retrouver la [...]
Mots clefs :
Vienne, Cour de Berlin, Déclaration, Bavière, Mémoire, Autriche, Peste, Joseph Nikolaus De Vins
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texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 15 Août.
De VIENNE , le 15 Août.
LES perquifitions que M. le Chancelier , Prince
de Kaunitz Riethberg , a fait faire pour retrouver la
malle du Courier ordinaire de Conftantinople , du
17 Juillet , n'ont produit encore aucun effet ; on croit
que les brigands qui ont commis ce crime font partie
des troupes Afiatiques , qui font en marche pour
Choczim , & qui le font rendus auffi coupables du
meurtre de leur propre Bacha. On dit qu'il fe trouve
parmi ces fcélérats , un grand nombre de Moldaves ,
qui ont commis pareillement beaucoup de dégats ,
depuis Bender , jufques fur les frontières de la Tranfilvanie.
On redouble d'activité & de précautions fur toutes
nos frontières , pour faire fubir la plus rigoureuſe
quarantaine à tout ce qui vient de la Turquie. Les
lettres de Triefte nous ont donné des allarmes , qui
rendent ces précautions indifpenfables ; s'il faut les
en croire , la pefte fait toujours de grands ravages
dans Conftantinople ; elle s'eft auffi manifeftée dans
quelques diftricts de la Natolie & de la Romélie , &
prefque tous les bâtimens Vénitiens & Ragufiens qui
fe trouvent dans le Levant , en font infectés .
Les prières extraordinaires pour le ſuccès de nos
armes devant être continuées , une fois par mois ,
pendant la guerre , elles ont eu lieu , le 9 de ce mois ,
dans la Cathédrale de Saint-Etienne ; elles fe feront
fucceffivement le 6 Septembre , le 4 Octobre , le 8
Novembre & le 6 Décembre.
L'entrée du Prince Henri en Bohême a fait ici
beaucoup de fenfation ; on a voulu faire un crime au
Général Major de Vins de l'échec qu'il a effuyé près
de Gabel , où il avoit été envoyé avec un détachement
pour s'oppoſer , autant qu'il étoit poffible , aux
( 199 )
progrès ultérieurs des Pruffiens & des Saxons. Cet
Officier dont le zèle & les talens militaires font connus
, s'eft pleinement juſtifié. On dit aujourd'hui
que la perte qu'il a effuyée doit être attribuée d'un
côté à un Major qui avoit été détaché en avant , &
qui avoit été fait prifonnier de guerre ; & de l'autre
à la trahifon des payfans. L'Empereur voulant examiner
cette affaire à fond , a voulu ravoir ce Major, &
a offert en échange un Colonel des Gardes Saxonnes ;
mais les Pruffiens ont refufé d'y confentir. On eſt
inftruit qu'un bataillon de Gaifrugg , un de Caprara ,
un de Kinski & un de Croates , ainfi que deux divifions
de Chevaux- Légers , qui occupoient un bois fur
la route que tenoit la première colonne ennemie , ont
beaucoup fouffert après s'être long-tems & bien défendus.
On avoit d'abord évalué notre perte à plus
de 2000 hommes ; mais il a paru qu'elle ne montoit
qu'à 1000 ou 1200 , parmi lesquels fe trouvent plufieurs
Officiers de l'Etat - Major ; en attendant le mémoire
que la Cour annonce depuis quelque tenis
elle a fait publier l'article fuivant dans la Gazette
d'aujourd'hui.
Il a été fait mention dans ces feuilles , tant du
manifefte que la Cour de Berlin a fait publier au
commencement de Juillet dernier , lors de la nouvelle
invafion en Bohéme , fous le titre d'Expofé des
Motifs , qui ont engagé S. M. Pruffienne à s'opposer
au démembrement de la Bavière , que de la Déclaration
du même Monarque aux hauts Co-Etats du
Saint-Empire , datée du 3 Juillet. Tous ceux qui
ont lu , avec quelqu'attention , certains Ouvrages
d'Auteurs particuliers , qui font fucceffivement fortis
des preffes de cette ville , fur-tout celui qui a pour
titre Réflexions impartiales fur plufieurs Queftions
, concernant la fucceffion des États du défunt
Electeur Maximilien- Jofeph ; & un autre intitulé
: Réponse aux Confidérations concernant la
fucceffion de Bavière , qui ont paru à Berlin , ver-
:
I 4
( 200 )
ront aifément que les principes établis dans l'Exposé
des Motifs & dans la Déclaration aux Co-Etats
font apocryphes ; que les conféquences que l'on a
voulu en tirer font fauffes ; & que les principaux argumens
ont déja été réfutés par les Ouvrages mentionnés
, puifque l'effentiel de l'Expofé & de la
Déclaration ne confifte qu'en pures répétitions de ce
qu'on lit dans les Confidérations . Cependant il va paroître
de la part de la Cour Impériale & Royale une
réfutation détaillée du Manifefte de Berlin & de la
Déclaration qui y est analogue.
» La Cour de Berlin' a encore donné au public un
Mémoire , daté du 14 Juillet dernier , pour fervir
de fuite , tant à l'Expofé , qu'à la Déclaration .
C'est à ce Mémoire que l'on à trouvé à propos de
joindre , comme une foi-difante Pièce Juftificative ,
un Acte du Duc Albert d'Autriche , par lequel il re--
nonce à toute prétention fur la Baffe- Bavière , fait
à Ratisbonne le jour de Saint- André 1429. On prétend
en avoir reçu à Berlin une copie authentique ,
qui doit avoir été vidimée dès l'an 1569 , par un Confeiller
Bavarois & Notaire - public , & l'on ajoute :
que l'original de cette Chartre décifive fe trouvera
fans doute dans les archives de Bavière , s'il n'a
pas été perdu dans les tems malheureux de la Bavière
«. Cette prétendue renonciation doit achever
d'anéantir toutes les prétentions de l'augufte maifon
d'Autriche. Mais , quoiqu'on puiffe fans héfiter s'en
remettre fimplement au jugement de tout homme
expert , verfé dans l'art Diplomatique , & s'affurer
qu'il la reconnoîtra au premier coup d'oeil pour un acte
contrefait , la fauffeté en fera démontrée au premier
jour par les preuves les plus convaincantes. Le public
aura lui-même obſervé , que la Cour de Berlin renverfe
elle-même , par cette prétendue Chartre , les
principes qu'elle avoit établis auparavant , pour met
tre en conteftation les droits de la maifon d'Autriche
fur la Balfe Bavière ; favoir , que l'inveftiture accor(
201 )
dée au Duc Albert avoit été nulle ou du moins
caffée dans la fuite par une Sentence de l'Empereur
Sigifmond; & que d'ailleurs les Agnats du Duc
Albert n'avoient eu aucune part à cette prétention.
Il eft auffi remarquable que la Cour de Berlin n'a
produit cette pièce qu'après avoir pris les armes ,
quoiqu'on cût déja dit publiquement , depuis plus de
trois mois , qu'elle ne pouvoit être que fuppofée «.
LES perquifitions que M. le Chancelier , Prince
de Kaunitz Riethberg , a fait faire pour retrouver la
malle du Courier ordinaire de Conftantinople , du
17 Juillet , n'ont produit encore aucun effet ; on croit
que les brigands qui ont commis ce crime font partie
des troupes Afiatiques , qui font en marche pour
Choczim , & qui le font rendus auffi coupables du
meurtre de leur propre Bacha. On dit qu'il fe trouve
parmi ces fcélérats , un grand nombre de Moldaves ,
qui ont commis pareillement beaucoup de dégats ,
depuis Bender , jufques fur les frontières de la Tranfilvanie.
On redouble d'activité & de précautions fur toutes
nos frontières , pour faire fubir la plus rigoureuſe
quarantaine à tout ce qui vient de la Turquie. Les
lettres de Triefte nous ont donné des allarmes , qui
rendent ces précautions indifpenfables ; s'il faut les
en croire , la pefte fait toujours de grands ravages
dans Conftantinople ; elle s'eft auffi manifeftée dans
quelques diftricts de la Natolie & de la Romélie , &
prefque tous les bâtimens Vénitiens & Ragufiens qui
fe trouvent dans le Levant , en font infectés .
Les prières extraordinaires pour le ſuccès de nos
armes devant être continuées , une fois par mois ,
pendant la guerre , elles ont eu lieu , le 9 de ce mois ,
dans la Cathédrale de Saint-Etienne ; elles fe feront
fucceffivement le 6 Septembre , le 4 Octobre , le 8
Novembre & le 6 Décembre.
L'entrée du Prince Henri en Bohême a fait ici
beaucoup de fenfation ; on a voulu faire un crime au
Général Major de Vins de l'échec qu'il a effuyé près
de Gabel , où il avoit été envoyé avec un détachement
pour s'oppoſer , autant qu'il étoit poffible , aux
( 199 )
progrès ultérieurs des Pruffiens & des Saxons. Cet
Officier dont le zèle & les talens militaires font connus
, s'eft pleinement juſtifié. On dit aujourd'hui
que la perte qu'il a effuyée doit être attribuée d'un
côté à un Major qui avoit été détaché en avant , &
qui avoit été fait prifonnier de guerre ; & de l'autre
à la trahifon des payfans. L'Empereur voulant examiner
cette affaire à fond , a voulu ravoir ce Major, &
a offert en échange un Colonel des Gardes Saxonnes ;
mais les Pruffiens ont refufé d'y confentir. On eſt
inftruit qu'un bataillon de Gaifrugg , un de Caprara ,
un de Kinski & un de Croates , ainfi que deux divifions
de Chevaux- Légers , qui occupoient un bois fur
la route que tenoit la première colonne ennemie , ont
beaucoup fouffert après s'être long-tems & bien défendus.
On avoit d'abord évalué notre perte à plus
de 2000 hommes ; mais il a paru qu'elle ne montoit
qu'à 1000 ou 1200 , parmi lesquels fe trouvent plufieurs
Officiers de l'Etat - Major ; en attendant le mémoire
que la Cour annonce depuis quelque tenis
elle a fait publier l'article fuivant dans la Gazette
d'aujourd'hui.
Il a été fait mention dans ces feuilles , tant du
manifefte que la Cour de Berlin a fait publier au
commencement de Juillet dernier , lors de la nouvelle
invafion en Bohéme , fous le titre d'Expofé des
Motifs , qui ont engagé S. M. Pruffienne à s'opposer
au démembrement de la Bavière , que de la Déclaration
du même Monarque aux hauts Co-Etats du
Saint-Empire , datée du 3 Juillet. Tous ceux qui
ont lu , avec quelqu'attention , certains Ouvrages
d'Auteurs particuliers , qui font fucceffivement fortis
des preffes de cette ville , fur-tout celui qui a pour
titre Réflexions impartiales fur plufieurs Queftions
, concernant la fucceffion des États du défunt
Electeur Maximilien- Jofeph ; & un autre intitulé
: Réponse aux Confidérations concernant la
fucceffion de Bavière , qui ont paru à Berlin , ver-
:
I 4
( 200 )
ront aifément que les principes établis dans l'Exposé
des Motifs & dans la Déclaration aux Co-Etats
font apocryphes ; que les conféquences que l'on a
voulu en tirer font fauffes ; & que les principaux argumens
ont déja été réfutés par les Ouvrages mentionnés
, puifque l'effentiel de l'Expofé & de la
Déclaration ne confifte qu'en pures répétitions de ce
qu'on lit dans les Confidérations . Cependant il va paroître
de la part de la Cour Impériale & Royale une
réfutation détaillée du Manifefte de Berlin & de la
Déclaration qui y est analogue.
» La Cour de Berlin' a encore donné au public un
Mémoire , daté du 14 Juillet dernier , pour fervir
de fuite , tant à l'Expofé , qu'à la Déclaration .
C'est à ce Mémoire que l'on à trouvé à propos de
joindre , comme une foi-difante Pièce Juftificative ,
un Acte du Duc Albert d'Autriche , par lequel il re--
nonce à toute prétention fur la Baffe- Bavière , fait
à Ratisbonne le jour de Saint- André 1429. On prétend
en avoir reçu à Berlin une copie authentique ,
qui doit avoir été vidimée dès l'an 1569 , par un Confeiller
Bavarois & Notaire - public , & l'on ajoute :
que l'original de cette Chartre décifive fe trouvera
fans doute dans les archives de Bavière , s'il n'a
pas été perdu dans les tems malheureux de la Bavière
«. Cette prétendue renonciation doit achever
d'anéantir toutes les prétentions de l'augufte maifon
d'Autriche. Mais , quoiqu'on puiffe fans héfiter s'en
remettre fimplement au jugement de tout homme
expert , verfé dans l'art Diplomatique , & s'affurer
qu'il la reconnoîtra au premier coup d'oeil pour un acte
contrefait , la fauffeté en fera démontrée au premier
jour par les preuves les plus convaincantes. Le public
aura lui-même obſervé , que la Cour de Berlin renverfe
elle-même , par cette prétendue Chartre , les
principes qu'elle avoit établis auparavant , pour met
tre en conteftation les droits de la maifon d'Autriche
fur la Balfe Bavière ; favoir , que l'inveftiture accor(
201 )
dée au Duc Albert avoit été nulle ou du moins
caffée dans la fuite par une Sentence de l'Empereur
Sigifmond; & que d'ailleurs les Agnats du Duc
Albert n'avoient eu aucune part à cette prétention.
Il eft auffi remarquable que la Cour de Berlin n'a
produit cette pièce qu'après avoir pris les armes ,
quoiqu'on cût déja dit publiquement , depuis plus de
trois mois , qu'elle ne pouvoit être que fuppofée «.
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Résumé : De VIENNE, le 15 Août.
Le 15 août à Vienne, les efforts pour localiser la malle du courrier de Constantinople du 17 juillet ont échoué. Des troupes asiatiques en route vers Choczim et des Moldaves sont suspectées d'être impliquées. En raison de la peste à Constantinople et dans certaines régions de l'Anatolie et de la Romélie, des mesures de quarantaine strictes sont renforcées aux frontières, affectant également des navires vénitiens et ragusiens. Des prières extraordinaires pour le succès des armées sont organisées mensuellement, la dernière ayant eu lieu le 9 août à la cathédrale Saint-Étienne. L'arrivée du Prince Henri en Bohême a suscité diverses émotions. Le Général Major de Vins, après une défaite près de Gabel contre les Prussiens et Saxons, s'est justifié en accusant un major capturé et la trahison des paysans. Les pertes militaires sont réévaluées à environ 1000 ou 1200 hommes, incluant plusieurs officiers d'état-major. L'empereur a tenté sans succès d'échanger un colonel saxon contre le major prisonnier. La Cour impériale prépare une réfutation du manifeste et de la déclaration de Berlin concernant la succession en Bavière. Berlin a publié un mémoire incluant un acte du Duc Albert d'Autriche, renonçant à ses prétentions sur la Basse-Bavière, daté de 1429. Cet acte est jugé contrefait et contradictoire avec les principes établis par Berlin. Le texte mentionne que certains acteurs n'ont pas été associés à cette prétention et que Berlin a présenté cette pièce après avoir pris les armes, bien qu'il ait été affirmé publiquement depuis plus de trois mois que cette pièce ne pouvait être que supposée.
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4071
p. 201-206
De HAMBOURG, le 20 Août.
Début :
Les nouvelles des armées Autrichienne & Prussienne ne présentent jusqu'à présent que des affaires [...]
Mots clefs :
Hambourg, Hussards, Armée, Dragons, Camp, Général, Roi de Prusse, Régiment, Hommes, Autrichiens
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texteReconnaissance textuelle : De HAMBOURG, le 20 Août.
De HAMBO U R G le 20 Août. ,
LES nouvelles des armées Autrichienne & Pruf.
fienne ne préfentent jufqu'à préfent que des affaires
de pofte : la plus confidérable , après celle de Gabel ,
eft celle de Mladenke dans la Siléfie fupérieure ;
le régiment des dragons Impériaux de Wurtemberg ,
fort de 800 hommes , & une divifion de celui de
Modène auffi dragons , étoient venus fe camper à
un mille & un quart du camp Pruffien , près de Creutzendorf;
le 11 Août , à une heure de nuit , les Lieutenans
Généraux de Werner & de Stutterheim fe mirent
en marche pour les furprendre , avec une partie
des huffards de Werner & des dragons de Finkenftein
& d'Apenbourg , trois bataillons de grenadiers
& quatre canons ; après plufieurs détours , ils arriverent
vers les heures : les Autrichiens avoient tenu
toute la nuit leurs chevaux fellés , & à l'arrivée des
Pruffiens , ils étoient occupés à les défeller pour les
mener à l'eau ; ceux- ci avoient devant eux un défilé
fort profond & fort large , par lequel le canon ne
pouvoit être conduit , ce qui empêcha l'infanterie
& l'artillerie d'agir ; les huffards & les dragons s'avancèrent
feuls , & donnèrent avec tant de courage ,
qu'ils tuèrent 75 hommes , firent 391 prifonniers ,
dont 6 officiers , 24 bas- officiers & 2 trompettes ;
ils prirent 488 chevaux , tous les équipages , la caiſſe
des régimens & tout le camp. Le Général Autrichien
, Baron de Knebel , fe fauva en chemife , & au-
Is
( 202 )
toit été fait prifonnier fi fon valet- de- chambre n'avoit
trompé les Pruffiens , en s'annonçant lui -même pour
le Général. Les Pruffiens ont eu 12 huffards & 6 dra
gons tués, 30 huffards & 6 dragons bleflés. » Pendant
que l'action dura , ajoute la relation Pruſſienne , le
Major Born , du régiment de Werner , à la tête de
200 chevaux , harcela les huffards de Barco qui
étoient campés à trois quarts de mille de- là , afin de
les empêcher de ſe réunir au régiment de Wurtem
berg ; ils firent un feu terrible qui ne tua cependant
aucun homme; nous fimes encore s prifonniers outre
le refte des deux régimens de Wurtemberg & de Modène
; les Autrichiens ont encore en Moravie 2 régimens
de huffards , 3 d'infanterie au- delà du Mora ,
& 6000 Croates près de Hartau. Le gué du Mora eft
défendu par un bataillon couvert de deux redoutes ,
& Randenberg eft fortifié & garni de leurs troupes.
Le 16 , nous avons été reconnoître leur camp près de
Heydeplitfch , & malgré le grand feu qu'ils ont fait ,
nous n'avons eu qu'un homme tué & 4 bleffés « .
Les lettres de l'armée Autrichienne rendent compte
de cette furpriſe avec quelques légères différences ;
mais il paroît qu'on convient des circonftances effentielles
, puifque l'Empereur a ordonné qu'on examinera
à quel point les troupes , qui ont été obligées de
plier à ce pofte , fe font rendues coupables par leur
négligence.
Les grandes armées après s'être obfervées réciproquement
, fans en venir à une action que le Roi de
Pruffe paroiffoit défires , & que tous les mouvemens
qu'il a faits fembloient avoir le but d'amener , viennent
de quitter leur pofition. S. M. Pruffienne ayant
vainement tenté de faire fortir l'arméeAutrichienne de
fès retranchemens , a pris le parti d'abandonner fon
camp près de Nachod ; lorfque les chemins qu'il
avoit fait ouvrir du côté de Trautenau ont été prêts ,
il a fait défiler les chariots de l'armée par le défilé de
Kowakolwitz vers Burkersdorff ; ils prirent cette
( 203 )
route le 14 ; le 15 , il préfenta fon armée en ordre
de bataille : les Autrichiens firent les mêmes difpofitions
; mais pendant que leurs yeux étoient fixés ſur
le premier rang de l'avant-garde Pruffienne , toute
l'armée fe mettoit en marche fur 4 colonnes ; la première
, commandée par le Prince héréditaire de Brunfwick
, par Kladern , Koken & Nimmersatt , alloit
camper à Burkersdorff ; la 2º . commandée par le Roi
en perfonne , s'y rendit pareillement par Welfdorf ,
Horfitzka & Prausnitz ; la 3e. & la 4e. fous les ordres
du Lieutenant Général de Ranim & du Général
Tauenzien , fe réunirent au défilé de Kowalkowitz &
marchèrent à Burkerfdorffpar Praufnitz; l'avant-garde
les fuivit bientôt après , fans que l'ennemi fît aucun
mouvement pour la fuivre. Malgré la proximité de
l'ennemi , les défilés qu'une auffi grande armée avoit
à franchir , & où les troupes légères auroient pu
harceler au moins l'arrière-garde , cette marche s'eft
faite avec beaucoup de tranquillité , & il n'y a pas,
eu un coup de tiré. L'aîle droite de l'armée Pruffienne
a formé 2 lignes fur la hauteur de Burkersdorff, &
on croit que la gauche prendra une pofition favorable
pour former un camp près de Staudenz .
On raconte une anecdote intéreffante qui a précédé
ce mouvement hardi. » Pendant que le Roi de Pruffe
préparoit en filence le départ de fon armée , il voulut
un jour aller à la découverte : il s'étoit fait précéder
par un détachement de huffards peu nombreux ;
ceux- ci entrèrent dans un chemin creux & le traver.
sèrent tout entier fans appercevoir aucun ennemi ;
cependant le Roi s'y trouva à peine engagé , qu'il
parut tout - à - coup plufieurs croates qui ne furent
apperçus qu'au moment où S. M. fe trouva précisément
au- deffous d'eux . S. M. fans s'émouvoir , tourna fon
cheval , & revint fur fes pas avec fa fuite ; les croates
immobiles , appuyés fur leurs armes , & frappés d'un
étonnement refpectueux, regardèrent ce Prince s'éloigner
fans lui tirer un coup de fufil, Tant il eſt vrai
I 6
( 204 )
que la préfence d'efprit & le caractère impofant imprimé
fur la perfonne des Souverains , ont un pouvoir
irréfiftible fur le refte des hommes «<.
ou
L'armée du Prince Henri a quitté fon camp de
Schwoika pour en occuper un près de Nimes ,
il entra le 9 ; le Général- Major de Platen fe tranfporta
de celui qu'il occupoit à Gamig à celui de
Linay , où il s'établit le 11 ; & le 12 , le Général-
Major Podjurfky fe porta derrière les défilés de Catharinenberg
pour couvrir le flanc gauche de l'armée ,
tandis que le corps Saxon fe plaça derrière les défilés
d'Olfchwitz & de Mertzdorf ; c'eft un détachement
du corps du Général de Platen , qui , fous les ordres
du Général-Major de Sobeck s'eft emparé de Leutmeritz
; les Autrichiens y avoient un magafin où if
trouva 1976 quintaux de farine , 2943 boiffeaux
d'orge , 193 d'avoine , 1307 quintaux de foin &
35 cordes de bois. On a auffi trouvé des provifions
dans Nimes & dansWartenberg. Le Général de Platen
s'eft avancé enfuite , avec un corps , de Linay par
Lofowitz jufqu'à Kinetz , au- delà de l'Elbe , & a
entièrement débarraffé ce fleuve , qu'il a rendu navigable.
Le Maréchal de Laudolin a , dit- on , changé fa pofition
en abandonnant Jungbuntzlau & en paffant
F'Elbe ; il s'eft pofté entre Welwarn, & Budin , à
Poppofite de l'aile droite de l'armée combinée de
Pruffe & de Saxe ; il renfort de 12
a reçu un
à 15000
hommes : il agit de concert avec l'armée Impériale
pour empêcher la réunion de l'armée du Prince Henri
à celle du Roi ; & il a fait fucceffivement plufieurs
mouvemens pour engager ce Prince à une action :
mais jufqu'à ce moment , il a évité toutes les occafions
qui lui ont été préfentées : il ne faifira , fans
doute , que celles qui lui offriront une victoire certaine
on fe rappelle que ce Prince a eu la gloire peu
commune de n'avoir reçu encore aucun échec depuis
qu'il commande des armées.
:
( 205 )
Toutes les nouvelles préparent , cependant , à une
action prochaine. Le Roi de Pruffe a renvoyé tous
les bagages embarraflans & tous les équipages fuperflus
de fon armée : cette précaution eft ordinai
rement le figne avant- coureur d'une bataille. L'Empereur
pour feconder le Maréchal de Laudohn eft ,
dit -on , forti de fon camp de Jaromirfz , & c'eſt un
des buts que paroît s'être propofé le Roi de Pruffe ,
qui , pendant que le Maréchal s'oppose à fa jonction
avec fon frère , fe prépare à arrêter l'Empereur ,
s'il a deffein de fe joindre auffi à M. de Laudohn.
Quatre grandes armées prêtes à en venir aux mains
dans la Bohême , fixent l'attention de l'Europe , qui ,
voit , d'un autre côté , la France & l'Angleterre au
moment de s'attaquer avec fureur , & à la veille de
fe mefurer encore fur mer ; la Grande Bretagne qui
y a dominé fi long- tems , ne fe flatte plus de conferver
fon empire fans quelque diverfion qu'elle cherche
à fe procurer , & pour laquelle elle prépare des
armemens confidérables à Hanovre , prêts à feconder
la puiffance qui entrera dans fes vues , pour engager
la France dans une guerre de terre ; elle cherche
auffi des fecours , & les yeux fe tournent vers le nord
où l'on croit qu'elle a des efpérances ; on affure
même déjà qu'une efcadre Ruffe , compofée de 6
vaiffeaux de guerre , a paru devant Helfingor , &
qu'elle a remis immédiatement après à la voile ; on
ne dit point la route qu'elle a prife , & on veut qu'elle
foit deftinée à feconder les Anglois ; mais il femble
que dans ce moment la Ruffie a de trop grandes
affaires fur les bras pour leur prêter des fecours. La
Porte paroît enfin décidée à la guerre ; une des
plus nombreuſes flottes qui foient forties des ports
Ottomans a pris la route de la Crimée ; des armées
confidérables s'avancent vers Choczim , Bender &
les rives du Danube , & nous fommes peut-être à
à la veille de recevoir la nouvelle de trois actions qui
fe feront données fur différens points de l'Europe ,
( 206 )
tant fur terre que fur mer " & dont les effets ne
fauroient être plus intéreffans , parce qu'on efpère
encore qu'ils rameneront promptement la paix.
LES nouvelles des armées Autrichienne & Pruf.
fienne ne préfentent jufqu'à préfent que des affaires
de pofte : la plus confidérable , après celle de Gabel ,
eft celle de Mladenke dans la Siléfie fupérieure ;
le régiment des dragons Impériaux de Wurtemberg ,
fort de 800 hommes , & une divifion de celui de
Modène auffi dragons , étoient venus fe camper à
un mille & un quart du camp Pruffien , près de Creutzendorf;
le 11 Août , à une heure de nuit , les Lieutenans
Généraux de Werner & de Stutterheim fe mirent
en marche pour les furprendre , avec une partie
des huffards de Werner & des dragons de Finkenftein
& d'Apenbourg , trois bataillons de grenadiers
& quatre canons ; après plufieurs détours , ils arriverent
vers les heures : les Autrichiens avoient tenu
toute la nuit leurs chevaux fellés , & à l'arrivée des
Pruffiens , ils étoient occupés à les défeller pour les
mener à l'eau ; ceux- ci avoient devant eux un défilé
fort profond & fort large , par lequel le canon ne
pouvoit être conduit , ce qui empêcha l'infanterie
& l'artillerie d'agir ; les huffards & les dragons s'avancèrent
feuls , & donnèrent avec tant de courage ,
qu'ils tuèrent 75 hommes , firent 391 prifonniers ,
dont 6 officiers , 24 bas- officiers & 2 trompettes ;
ils prirent 488 chevaux , tous les équipages , la caiſſe
des régimens & tout le camp. Le Général Autrichien
, Baron de Knebel , fe fauva en chemife , & au-
Is
( 202 )
toit été fait prifonnier fi fon valet- de- chambre n'avoit
trompé les Pruffiens , en s'annonçant lui -même pour
le Général. Les Pruffiens ont eu 12 huffards & 6 dra
gons tués, 30 huffards & 6 dragons bleflés. » Pendant
que l'action dura , ajoute la relation Pruſſienne , le
Major Born , du régiment de Werner , à la tête de
200 chevaux , harcela les huffards de Barco qui
étoient campés à trois quarts de mille de- là , afin de
les empêcher de ſe réunir au régiment de Wurtem
berg ; ils firent un feu terrible qui ne tua cependant
aucun homme; nous fimes encore s prifonniers outre
le refte des deux régimens de Wurtemberg & de Modène
; les Autrichiens ont encore en Moravie 2 régimens
de huffards , 3 d'infanterie au- delà du Mora ,
& 6000 Croates près de Hartau. Le gué du Mora eft
défendu par un bataillon couvert de deux redoutes ,
& Randenberg eft fortifié & garni de leurs troupes.
Le 16 , nous avons été reconnoître leur camp près de
Heydeplitfch , & malgré le grand feu qu'ils ont fait ,
nous n'avons eu qu'un homme tué & 4 bleffés « .
Les lettres de l'armée Autrichienne rendent compte
de cette furpriſe avec quelques légères différences ;
mais il paroît qu'on convient des circonftances effentielles
, puifque l'Empereur a ordonné qu'on examinera
à quel point les troupes , qui ont été obligées de
plier à ce pofte , fe font rendues coupables par leur
négligence.
Les grandes armées après s'être obfervées réciproquement
, fans en venir à une action que le Roi de
Pruffe paroiffoit défires , & que tous les mouvemens
qu'il a faits fembloient avoir le but d'amener , viennent
de quitter leur pofition. S. M. Pruffienne ayant
vainement tenté de faire fortir l'arméeAutrichienne de
fès retranchemens , a pris le parti d'abandonner fon
camp près de Nachod ; lorfque les chemins qu'il
avoit fait ouvrir du côté de Trautenau ont été prêts ,
il a fait défiler les chariots de l'armée par le défilé de
Kowakolwitz vers Burkersdorff ; ils prirent cette
( 203 )
route le 14 ; le 15 , il préfenta fon armée en ordre
de bataille : les Autrichiens firent les mêmes difpofitions
; mais pendant que leurs yeux étoient fixés ſur
le premier rang de l'avant-garde Pruffienne , toute
l'armée fe mettoit en marche fur 4 colonnes ; la première
, commandée par le Prince héréditaire de Brunfwick
, par Kladern , Koken & Nimmersatt , alloit
camper à Burkersdorff ; la 2º . commandée par le Roi
en perfonne , s'y rendit pareillement par Welfdorf ,
Horfitzka & Prausnitz ; la 3e. & la 4e. fous les ordres
du Lieutenant Général de Ranim & du Général
Tauenzien , fe réunirent au défilé de Kowalkowitz &
marchèrent à Burkerfdorffpar Praufnitz; l'avant-garde
les fuivit bientôt après , fans que l'ennemi fît aucun
mouvement pour la fuivre. Malgré la proximité de
l'ennemi , les défilés qu'une auffi grande armée avoit
à franchir , & où les troupes légères auroient pu
harceler au moins l'arrière-garde , cette marche s'eft
faite avec beaucoup de tranquillité , & il n'y a pas,
eu un coup de tiré. L'aîle droite de l'armée Pruffienne
a formé 2 lignes fur la hauteur de Burkersdorff, &
on croit que la gauche prendra une pofition favorable
pour former un camp près de Staudenz .
On raconte une anecdote intéreffante qui a précédé
ce mouvement hardi. » Pendant que le Roi de Pruffe
préparoit en filence le départ de fon armée , il voulut
un jour aller à la découverte : il s'étoit fait précéder
par un détachement de huffards peu nombreux ;
ceux- ci entrèrent dans un chemin creux & le traver.
sèrent tout entier fans appercevoir aucun ennemi ;
cependant le Roi s'y trouva à peine engagé , qu'il
parut tout - à - coup plufieurs croates qui ne furent
apperçus qu'au moment où S. M. fe trouva précisément
au- deffous d'eux . S. M. fans s'émouvoir , tourna fon
cheval , & revint fur fes pas avec fa fuite ; les croates
immobiles , appuyés fur leurs armes , & frappés d'un
étonnement refpectueux, regardèrent ce Prince s'éloigner
fans lui tirer un coup de fufil, Tant il eſt vrai
I 6
( 204 )
que la préfence d'efprit & le caractère impofant imprimé
fur la perfonne des Souverains , ont un pouvoir
irréfiftible fur le refte des hommes «<.
ou
L'armée du Prince Henri a quitté fon camp de
Schwoika pour en occuper un près de Nimes ,
il entra le 9 ; le Général- Major de Platen fe tranfporta
de celui qu'il occupoit à Gamig à celui de
Linay , où il s'établit le 11 ; & le 12 , le Général-
Major Podjurfky fe porta derrière les défilés de Catharinenberg
pour couvrir le flanc gauche de l'armée ,
tandis que le corps Saxon fe plaça derrière les défilés
d'Olfchwitz & de Mertzdorf ; c'eft un détachement
du corps du Général de Platen , qui , fous les ordres
du Général-Major de Sobeck s'eft emparé de Leutmeritz
; les Autrichiens y avoient un magafin où if
trouva 1976 quintaux de farine , 2943 boiffeaux
d'orge , 193 d'avoine , 1307 quintaux de foin &
35 cordes de bois. On a auffi trouvé des provifions
dans Nimes & dansWartenberg. Le Général de Platen
s'eft avancé enfuite , avec un corps , de Linay par
Lofowitz jufqu'à Kinetz , au- delà de l'Elbe , & a
entièrement débarraffé ce fleuve , qu'il a rendu navigable.
Le Maréchal de Laudolin a , dit- on , changé fa pofition
en abandonnant Jungbuntzlau & en paffant
F'Elbe ; il s'eft pofté entre Welwarn, & Budin , à
Poppofite de l'aile droite de l'armée combinée de
Pruffe & de Saxe ; il renfort de 12
a reçu un
à 15000
hommes : il agit de concert avec l'armée Impériale
pour empêcher la réunion de l'armée du Prince Henri
à celle du Roi ; & il a fait fucceffivement plufieurs
mouvemens pour engager ce Prince à une action :
mais jufqu'à ce moment , il a évité toutes les occafions
qui lui ont été préfentées : il ne faifira , fans
doute , que celles qui lui offriront une victoire certaine
on fe rappelle que ce Prince a eu la gloire peu
commune de n'avoir reçu encore aucun échec depuis
qu'il commande des armées.
:
( 205 )
Toutes les nouvelles préparent , cependant , à une
action prochaine. Le Roi de Pruffe a renvoyé tous
les bagages embarraflans & tous les équipages fuperflus
de fon armée : cette précaution eft ordinai
rement le figne avant- coureur d'une bataille. L'Empereur
pour feconder le Maréchal de Laudohn eft ,
dit -on , forti de fon camp de Jaromirfz , & c'eſt un
des buts que paroît s'être propofé le Roi de Pruffe ,
qui , pendant que le Maréchal s'oppose à fa jonction
avec fon frère , fe prépare à arrêter l'Empereur ,
s'il a deffein de fe joindre auffi à M. de Laudohn.
Quatre grandes armées prêtes à en venir aux mains
dans la Bohême , fixent l'attention de l'Europe , qui ,
voit , d'un autre côté , la France & l'Angleterre au
moment de s'attaquer avec fureur , & à la veille de
fe mefurer encore fur mer ; la Grande Bretagne qui
y a dominé fi long- tems , ne fe flatte plus de conferver
fon empire fans quelque diverfion qu'elle cherche
à fe procurer , & pour laquelle elle prépare des
armemens confidérables à Hanovre , prêts à feconder
la puiffance qui entrera dans fes vues , pour engager
la France dans une guerre de terre ; elle cherche
auffi des fecours , & les yeux fe tournent vers le nord
où l'on croit qu'elle a des efpérances ; on affure
même déjà qu'une efcadre Ruffe , compofée de 6
vaiffeaux de guerre , a paru devant Helfingor , &
qu'elle a remis immédiatement après à la voile ; on
ne dit point la route qu'elle a prife , & on veut qu'elle
foit deftinée à feconder les Anglois ; mais il femble
que dans ce moment la Ruffie a de trop grandes
affaires fur les bras pour leur prêter des fecours. La
Porte paroît enfin décidée à la guerre ; une des
plus nombreuſes flottes qui foient forties des ports
Ottomans a pris la route de la Crimée ; des armées
confidérables s'avancent vers Choczim , Bender &
les rives du Danube , & nous fommes peut-être à
à la veille de recevoir la nouvelle de trois actions qui
fe feront données fur différens points de l'Europe ,
( 206 )
tant fur terre que fur mer " & dont les effets ne
fauroient être plus intéreffans , parce qu'on efpère
encore qu'ils rameneront promptement la paix.
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Résumé : De HAMBOURG, le 20 Août.
Le document relate des opérations militaires entre les armées autrichienne et prussienne. En Silésie supérieure, à Mladenke, les Prussiens, sous les ordres des lieutenants généraux Werner et Stutterheim, ont attaqué un camp autrichien. Cette attaque a résulté en la mort de 75 hommes, la capture de 391 prisonniers, dont 6 officiers, ainsi que de 488 chevaux et divers équipements. Le général autrichien Baron de Knebel a échappé à la capture grâce à une ruse. Les pertes prussiennes se sont élevées à 18 morts et 36 blessés. Pendant cette opération, le major Born a harcelé les hussards de Barco pour les empêcher de rejoindre le régiment de Wurtemberg. Les Autrichiens maintenaient des forces significatives en Moravie et près de Hartau. Les Prussiens ont également effectué une reconnaissance près de Heydeplitsch sans subir de pertes importantes. Les grandes armées, après une période d'observation, ont quitté leurs positions. Le roi de Prusse, n'ayant pas réussi à faire sortir l'armée autrichienne de ses retranchements, a abandonné son camp près de Nachod. Les Prussiens ont déplacé leur armée via le défilé de Kowakolwitz vers Burkersdorff sans rencontrer de résistance. L'armée prussienne s'est formée en deux lignes sur la hauteur de Burkersdorff, tandis que l'aile gauche cherchait une position favorable près de Staudenz. Parallèlement, des mouvements stratégiques ont été observés. Le général-major Podjurfky s'est positionné derrière les défilés de Catharinenberg pour protéger le flanc gauche de l'armée, tandis que le corps saxon s'est placé derrière les défilés d'Olfchwitz et de Mertzdorf. Un détachement du général de Platen a pris Leutmeritz, où des provisions étaient stockées. Le général de Platen a avancé de Linay à Kinetz, rendant l'Elbe navigable. Le maréchal de Laudohn a changé de position, renforcé de 12 000 à 15 000 hommes, pour coopérer avec l'armée impériale et empêcher la jonction de l'armée du prince Henri avec celle du roi de Prusse. L'empereur se fortifiait à Jaromirsz, et quatre grandes armées en Bohême se préparaient à l'affrontement. La France et l'Angleterre se préparaient également à une confrontation terrestre et maritime, tandis que la Porte ottomane se préparait à la guerre en dirigeant des flottes et des armées vers la Crimée et le Danube.
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4072
p. 206-207
De RATISBONNE, le 24 Août.
Début :
La Cour de Vienne se donnne tous les mouvemens imaginables pour informer la validité de l'acte [...]
Mots clefs :
Ratisbonne, Empire, Ville, Empereur, Écus, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 24 Août.
De RATISBON NE , le 24 Août.
LA Cour de Vienne fe doune tous les mouvemens
imaginables pour infirmer la validité de l'acte
de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron
de Borie vient de faire une démarche remarquable ,
qui tend au même but ; il a requis , par une lettre cir
culaire , les Monaftères de cette ville de faire dans
leurs archives , les recherches les plus exactes pour
conftater l'authenticité du ferment que l'Archiduc
doit avoir prêté en 1429 ; on a répandu depuis , que
ces perquifitions ont fervi à prouver que ce Prince
n'a point été à Ratisbonne dans l'année indiquée .
Quel que foit l'effet de cette découverte , plus ou
moins fondée , il eft certain que jufqu'ici la réfutation
qui avoit été annoncée par la Cour Impériale,
n'a pas encore été portée à la Diète , & vraiſemblablement
elle ne le fera pas de fi -tôt , puifque les
vacances caniculaires ont déjà commencé.
Le Miniftre Electoral de Mayence remit , le r
de ce mois , à la Diète , une lettre du Prince Evêque
de Spire. Il réclame la propriété de la ville & fortereffe
de Philipsbourg , dont le droit de défenſe &
de garnifon avoit été accordé à la France & enfuite
à l'Empereur & à l'Empire par tous les Traités , &
particulièrement par ceux de Munſter & de Rifwick.
Il forme auffi une prétention qu'il fait monter à
80,000 florins , pour des dépenfes que lui & fes prédéceffeurs
ont faites depuis 1710 , tant pour l'entretien
des fortifications que pour l'approvifionnement
de la garnifon , dépenfes qui , devant être faites
par l'Empereur & l'Empire , ne peuvent refter à fa
charge . En reprenant cette place , l'Empereur &
l'Empire feront déchargés des frais de fon entretien.
( 207 )
On mande de Drefde que les Etats de cet Electorat,
convoqués pour le 23 de ce mois , doivent délibérer
fur les points fuivans : 10. D'accorder pour les frais
de la guerre , à compter du 1 Octobre prochain, outre
les impôts actuels , 100,000 écus par mois . 2 ° . D'impofer
cette nouvelle charge , non- feulement fur les
bourgeois & les cultivateurs , mais auffi en grande
partie fur l'ordre équeftre , d'autant mieux que cet.
ordre étoit ci-devant tenu de fervir fous la bannière
de fon Seigneur . 3 ° . De continuer les fournitures néceffaires
& la levée des recrues. 4°. Au cas qu'il fût
abfolument impoffible de contribuer les 100,000 écus
par mois , de fufpendre provifionnellement , & pendant
la durée de la guerre , le tirage & le rembourſement
de la caifle de la fteuer & de celle de la
Chambre de crédit , tant à Leipfick qu'à Dreſde , &
d'en payer feulement les intérêts.
Le Cercle de Franconie vient de convoquer la tenue
de fa Dière à Nuremberg. On dit que fon objet eft
de confulter fur le parti que les Etats de ce Cercle
prendront aux affaires actuelles de l'Empire.
" Lorfque les 31 Officiers & 1160 foldats Autri
chiens faits prifonniers , arrivèrent ici le 19 , écriton
de Berlin , on s'eft empreffé de leur prodiguer ,
& fur- tout aux malades & aux bleffés , tous les fecours
poffibles. Les Officiers fe promènent librement
, fur leur parole , dans tous les quartiers de
la ville , & notre Commandant les a invités à la table;
les bourgeois ont fait une quête pour les foldats , &
ont rainaffé 2000 écus ; à leur arrivée , nos Braffeurs
leur envoyèrent plufieurs tonnes de bière ; d'autres
leur fournirent abondamment des rafraîchiffemens .
Plufieurs de ces prifonniers, touchés de ces bons trai
temens , ont pris parti volontairement dans les trou,
pes du Roi «.
LA Cour de Vienne fe doune tous les mouvemens
imaginables pour infirmer la validité de l'acte
de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron
de Borie vient de faire une démarche remarquable ,
qui tend au même but ; il a requis , par une lettre cir
culaire , les Monaftères de cette ville de faire dans
leurs archives , les recherches les plus exactes pour
conftater l'authenticité du ferment que l'Archiduc
doit avoir prêté en 1429 ; on a répandu depuis , que
ces perquifitions ont fervi à prouver que ce Prince
n'a point été à Ratisbonne dans l'année indiquée .
Quel que foit l'effet de cette découverte , plus ou
moins fondée , il eft certain que jufqu'ici la réfutation
qui avoit été annoncée par la Cour Impériale,
n'a pas encore été portée à la Diète , & vraiſemblablement
elle ne le fera pas de fi -tôt , puifque les
vacances caniculaires ont déjà commencé.
Le Miniftre Electoral de Mayence remit , le r
de ce mois , à la Diète , une lettre du Prince Evêque
de Spire. Il réclame la propriété de la ville & fortereffe
de Philipsbourg , dont le droit de défenſe &
de garnifon avoit été accordé à la France & enfuite
à l'Empereur & à l'Empire par tous les Traités , &
particulièrement par ceux de Munſter & de Rifwick.
Il forme auffi une prétention qu'il fait monter à
80,000 florins , pour des dépenfes que lui & fes prédéceffeurs
ont faites depuis 1710 , tant pour l'entretien
des fortifications que pour l'approvifionnement
de la garnifon , dépenfes qui , devant être faites
par l'Empereur & l'Empire , ne peuvent refter à fa
charge . En reprenant cette place , l'Empereur &
l'Empire feront déchargés des frais de fon entretien.
( 207 )
On mande de Drefde que les Etats de cet Electorat,
convoqués pour le 23 de ce mois , doivent délibérer
fur les points fuivans : 10. D'accorder pour les frais
de la guerre , à compter du 1 Octobre prochain, outre
les impôts actuels , 100,000 écus par mois . 2 ° . D'impofer
cette nouvelle charge , non- feulement fur les
bourgeois & les cultivateurs , mais auffi en grande
partie fur l'ordre équeftre , d'autant mieux que cet.
ordre étoit ci-devant tenu de fervir fous la bannière
de fon Seigneur . 3 ° . De continuer les fournitures néceffaires
& la levée des recrues. 4°. Au cas qu'il fût
abfolument impoffible de contribuer les 100,000 écus
par mois , de fufpendre provifionnellement , & pendant
la durée de la guerre , le tirage & le rembourſement
de la caifle de la fteuer & de celle de la
Chambre de crédit , tant à Leipfick qu'à Dreſde , &
d'en payer feulement les intérêts.
Le Cercle de Franconie vient de convoquer la tenue
de fa Dière à Nuremberg. On dit que fon objet eft
de confulter fur le parti que les Etats de ce Cercle
prendront aux affaires actuelles de l'Empire.
" Lorfque les 31 Officiers & 1160 foldats Autri
chiens faits prifonniers , arrivèrent ici le 19 , écriton
de Berlin , on s'eft empreffé de leur prodiguer ,
& fur- tout aux malades & aux bleffés , tous les fecours
poffibles. Les Officiers fe promènent librement
, fur leur parole , dans tous les quartiers de
la ville , & notre Commandant les a invités à la table;
les bourgeois ont fait une quête pour les foldats , &
ont rainaffé 2000 écus ; à leur arrivée , nos Braffeurs
leur envoyèrent plufieurs tonnes de bière ; d'autres
leur fournirent abondamment des rafraîchiffemens .
Plufieurs de ces prifonniers, touchés de ces bons trai
temens , ont pris parti volontairement dans les trou,
pes du Roi «.
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Résumé : De RATISBONNE, le 24 Août.
Le 24 août, la cour de Vienne conteste la validité de l'acte de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron de Borie a sollicité les monastères de Ratisbonne pour vérifier un serment prêté par l'Archiduc en 1429, mais les résultats ne sont pas encore présentés à la Diète en raison des vacances estivales. Le Ministre Electoral de Mayence a soumis à la Diète une lettre du Prince Évêque de Spire réclamant la propriété de la ville et forteresse de Philipsbourg et le remboursement de 80 000 florins. À Dresde, les États de l'Électorat doivent délibérer sur l'octroi de 100 000 écus mensuels pour les frais de guerre, leur imposition sur divers ordres sociaux, et la continuation des fournitures nécessaires. Le Cercle de Franconie a convoqué une assemblée à Nuremberg pour discuter des affaires actuelles de l'Empire. À Berlin, les prisonniers autrichiens, y compris les officiers et soldats, reçoivent des soins et des secours, certains soldats rejoignant même les troupes du Roi.
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4073
p. 208-209
De LIVOURNE, le 15 Août.
Début :
Le paquebot le Berborough, qui a été canonné en revenant de Minorque par une frégate Françoise, [...]
Mots clefs :
Livourne, Île de Minorque, Constantinople, Corses
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texteReconnaissance textuelle : De LIVOURNE, le 15 Août.
De LIVOURNE , le 15 Août.
LE paquebot le Berborough , qui a été canonné en
revenant de Minorque par une frégate Françoife ,
qui s'en feroit emparé fi elle n'avoit pas préféré de
ne point s'écarter de fon convoi , a été tellement endommagé
, qu'il eft hors d'état de remettre en mer ;
on travaille actuellement à le réparer .
On mande de Majorque que l'on y équipe en guerre
plufieurs petits bâtimens , & qu'on y enrôle tous les
matelots pour le fervice de la marine Eſpagnole ; il
fe confirme auffi que les Anglois femblent craindre
pour l'ifle de Minorque , car ils y font paller journellement
de Gibraltar & même de Londres , des troupes
& toutes fortes de munitions de guerre .
Nos lettres du Levant portent que la peſte ſembloit
diminuer à Conftantinople ; mais que la mortalité
règne toujours dans les environs , d'où elle peut y
repaffer de nouveau . C'eſt par cette raison que le
noble André Memmo , Ambaffadeur de la République
de Venife , refte dans l'ifle de Tenedos , où il attend
la ceffation entière de ce fléau , pour ſe rendre à Conftantinople
fans danger.
On mande de Baſtia , qu'on y a publié à la fin du
mois dernier des lettres - patentes du Roi de France ,
par lesquelles S. M. voulant traiter fes fujets de l'ifle
de Corfe , comme fes fujets François , envers lefquels
, à l'occafion de fon avènement au trône , elle
avoit ufé d'indulgence pour des crimes dont le pardon
auroit été refufé en d'autres circonftances , permet
à ceux des Corfes actuellement hors de l'ifle , qui ne
s'étant rendu coupables d'aucun crime contre leſquels
la Juftice auroit févi , & qui fe préfenteront pour
y rentrer dans le délai de fix mois , de jouir de
T'amniftie générale accordée en 1769 & 1772. Les
( 209 )
Corfes fugitifs , coupables des troubles furvenus en
1774 dans la partie du Niolo , ceux même qui pour
raifon de ces troubles feroient détenus fur les galères
ou dans la groffe tour de Toulon , jouiront de cette
amniftie. S. M. remet & pardonne auffi le crime de
conjuration formée contre fes troupes & leurs Officiers
en 1769 au village d'Oletta.
LE paquebot le Berborough , qui a été canonné en
revenant de Minorque par une frégate Françoife ,
qui s'en feroit emparé fi elle n'avoit pas préféré de
ne point s'écarter de fon convoi , a été tellement endommagé
, qu'il eft hors d'état de remettre en mer ;
on travaille actuellement à le réparer .
On mande de Majorque que l'on y équipe en guerre
plufieurs petits bâtimens , & qu'on y enrôle tous les
matelots pour le fervice de la marine Eſpagnole ; il
fe confirme auffi que les Anglois femblent craindre
pour l'ifle de Minorque , car ils y font paller journellement
de Gibraltar & même de Londres , des troupes
& toutes fortes de munitions de guerre .
Nos lettres du Levant portent que la peſte ſembloit
diminuer à Conftantinople ; mais que la mortalité
règne toujours dans les environs , d'où elle peut y
repaffer de nouveau . C'eſt par cette raison que le
noble André Memmo , Ambaffadeur de la République
de Venife , refte dans l'ifle de Tenedos , où il attend
la ceffation entière de ce fléau , pour ſe rendre à Conftantinople
fans danger.
On mande de Baſtia , qu'on y a publié à la fin du
mois dernier des lettres - patentes du Roi de France ,
par lesquelles S. M. voulant traiter fes fujets de l'ifle
de Corfe , comme fes fujets François , envers lefquels
, à l'occafion de fon avènement au trône , elle
avoit ufé d'indulgence pour des crimes dont le pardon
auroit été refufé en d'autres circonftances , permet
à ceux des Corfes actuellement hors de l'ifle , qui ne
s'étant rendu coupables d'aucun crime contre leſquels
la Juftice auroit févi , & qui fe préfenteront pour
y rentrer dans le délai de fix mois , de jouir de
T'amniftie générale accordée en 1769 & 1772. Les
( 209 )
Corfes fugitifs , coupables des troubles furvenus en
1774 dans la partie du Niolo , ceux même qui pour
raifon de ces troubles feroient détenus fur les galères
ou dans la groffe tour de Toulon , jouiront de cette
amniftie. S. M. remet & pardonne auffi le crime de
conjuration formée contre fes troupes & leurs Officiers
en 1769 au village d'Oletta.
Fermer
Résumé : De LIVOURNE, le 15 Août.
Le 15 août, à Livourne, le paquebot Berborough, attaqué par une frégate française lors de son retour de Minorque, est trop endommagé pour reprendre la mer et des réparations sont en cours. À Majorque, des petits bâtiments sont équipés pour la guerre et des matelots sont enrôlés pour la marine espagnole. Les Britanniques renforcent les troupes et les munitions à Minorque, craignant pour la sécurité de l'île. En Turquie, la peste diminue à Constantinople, mais la mortalité persiste dans les environs, poussant l'ambassadeur vénitien André Memmo à rester à Ténédos. À Bastia, des lettres patentes du roi de France offrent une amnistie aux Corses hors de l'île, à condition qu'ils n'aient pas commis de crimes punissables et qu'ils reviennent dans un délai de six mois. Cette amnistie concerne aussi les Corses impliqués dans les troubles de 1774 et ceux détenus pour des troubles en 1769, y compris la conjuration d'Oletta.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4074
p. 209-216
De LONDRES, le premier Septembre.
Début :
Ce n'est pas sans étonnement que l'on a appris que la flotte Françoise de Brest avoit remis à la voile le 17 [...]
Mots clefs :
Londres, France, Amiral, Paix, Amérique, Nation, Ministres, Guerre, Papiers, Nouvelle
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texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le premier Septembre.
De LONDRES , le premier Septembre.
17
Ce n'eft pas fans étonnement que l'on a appris que
la flotte Françoife de Breft avoit remis à la voile le
du mois dernier , tandis que celle de l'Amiral Keppel
n'a pu partir que le 22 & le 23 ; encore a- t- il été
obligé de laiffer beaucoup de vaiffeaux qu'on a remplacés
par de nouveaux , fur lefquels on a fait paffer
les équipages de ceux qui étoient hors d'état de fervir.
Peut - être fans l'arrivée de la flotte des ifles qui
nous a amené des matelots dont on s'eft emparé fur-lechamppour
la marine Royale , fon féjour à Portf
mouth auroit- il été encore plus long La fortie de
l'efcadre Françoife paroît aux yeux de ceux qui en
doutoient encore , une preuve qu'elle a eu dans le
combat d'Oueflant l'avantage que nous nous attribuons
, & qui l'encourage à tenter d'en obtenir un
fecond. S'il faut en croire quelques- uns de nos papiers
, la Cour qui a publié notre prétendue victoire ,
n'ofant témoigner ouvertement fon mécontentement
qui auroit averti la Nation de ſe défier de fon récit , a
examiné en fecret la conduite de l'Amiral Keppel
dans l'inconcevable affaire d'Oueffant ; cet Officier
n'eft pas juftifié à fes yeux , mais la crainte de ſe
démafquer , l'a déterminée à lui fournir l'occafion de
prendre fa revanche. Les deux premières divifions de
fon efcadre , commandées par les Amiraux Harland
& Pallifer , fortes de 9 vaiffeaux de ligne chacune ,
a
( 210 )
font partis le 22 , & il les a fuivies avec la troiſième ,
forte de 12 , le 23. On n'en a point encore reçu de
nouvelles , & on eſt à préſent dans l'attente d'une ac
tion plus décifive que la première , & dont on fe
flatte auffi d'avoir une relation plus claire .
La feconde fortie de l'Amiral Keppel n'a point fait
taire les bruits de paix qui fe font répandus ici depuis
l'arrivée du Marquis d'Almodovar ; on les répète
avec plus d'affurance ; on dit qu'il y a une négociation
fecrette entre la France & la Grande-Bretagne
& on ajoute feulement qu'elle eft l'ouvrage du Lord
Mansfield. On rappelle à cette occafion , pour infpirer
plus de confiance aux talens de ce Négociateur ,
qu'il ménagea en 1757 un accommodement entre
deux partis qui divifoient le Ministère , & il paffe
pour avoir eu auffi beaucoup de part à la paix de
Verſailles , & au traité fait avec l'Eſpagne au fujet
des ifles de Falkland. Tous ces rêves ne prouvent
autre chofe , finon que nous défirons la paix , & que
nous ne cherchons qu'un prétexte pour la faire avec
honneur. C'est pour le trouver que nos Miniftres ont
fait tant d'accueil à l'Ambaffadeur Eſpagnol ; mais il
paroît jufqu'à préfent qu'il eft plus chargé des affaires
de Verfailles que de celles de Madrid ; on affure qu'il
a commencé à faire entendre , en parlant au nom de
cette dernière Cour , que fi on veut qu'elle refte neutre
& qu'elle fe rende médiatrice , il faut qu'on lui
rende Gibraltar. On a obfervé qu'il reçut la nouvelle
du combat d'Oueffant qui lui fut envoyée de France ,
4 heures avant que notre Cour l'eût reçue de l'Amiral
Keppel. On prétend qu'avant fon départ de Paris , it
dîna la veille avec le Comte d'Aranda , le Ministre de
Lisbonne & le Docteur Franklin , qui lui dit : » Malgré
le grand befoin qu'auroient les Miniftres Anglois
de voir réuffir vos négociations , je crois pouvoir
vous affurer qu'ils vous oppoferont bien des diffi
cultés ; en tout cas , fouvenez-vous que la France a
promis de ne rien faire fans les Etats -Unis , & les
Etats-Unis de ne rien faire ſans la France «.
( 211 )
Sans chercher à examiner le degré de vérité de ces
détails , nous nous contenterons d'obſerver , que fi
les auteurs de nos papiers publics tendent à éclairer
notre Ministère qui ne leur demande pas leurs lumières
fur tout ce qu'ils favent ou ce qu'ils rêvent ,
ils cherchent auffi à infpirer à l'Espagne des dé
fiances qu'elle n'écoutera pas . » Un Prêtre Catholique
Irlandois , difent-ils , qui eft aujourd'hui ici & qui
a quitté la Nouvelle - Efpagne , il y a environ un an ,
rapporte que dans plufieurs parties de l'Amérique
Méridionale , & particulièrement dans les Provinces
contigues de nos Colonies du nord , le peuple commençoit
à murmurer de fa fituation , & témoignoit
du penchant à fuivre l'exemple de nos Colonies , qui
ufent de tous les moyens poffibles pour répandre
leur nouvelle doctrine. Ce Prêtre ajoute qu'il a lu
dans ce pays la brochure du Docteur Price , traduite
en Efpagnol , & imprimée dans la Caroline Méri,
dionale par ordre du Congrès. Ces circonstances ont
fait conjecturer à l'Efpagne ce qu'elle pouvoit attendre
d'un traité avec l'Amérique ".
Quoiqu'il en foitde ces réflexions , il paroît qu'elles
ne font pas beaucoup d'impreffion fur l'Espagne ; &
on prétend que par fa médiation on fera une triple
paix , par laquelle on lui cédera , a elle-même Gibraltar
, le Canada à la France , & l'Indépendance à
l'Amérique. Notre Ministère paroît décidé à accorder
cette dernière ; il voit enfin qu'il eft inutile de fonger
à la refufer ; mais le Roi , dit- on , ne peut s'y réfoudre;
on prétend même qu'il a déclaré qu'il aimeroit
mieux mourir fur le champ de bataille , que de voir
P'Amérique triompher & l'emporter fur fon Souverain
& fur la Métropole , jadis fi brillante & fi puif
fante. On lui répond dans nos Gazettes , qu'on permet
ce qu'on ne peut empêcher , & qu'on ne meurt
point. Les lettres de nos Commiſſaires annoncent
qu'ils ont reçu le dernier mot des Américains ; celles
du Général Clinton nous ont appris combien il avoit
( 212 )
été harcelé dans fa retraite de Philadelphie à New-
Yorck ; & felon plufieurs lettres particulières , il eſt
actuellement enfermé dans cette place , tandis que
l'Amiral Howe , en dedans de la baye de Shandy-
Hook , eft bloqué par l'efcadre du Comte d'Estaing
qui l'empêche d'en fortir ; quelques avis parlent
même d'un combat dans lequel il a eu le deffous ; &
quand il ne feroit pas vrai qu'il y cút eu un combat ,
que peut faire notre flotte ainfi reflerrée ? comment
fortiroit-elle ? L'efcadre de l'Amiral Byron , difperfée
par la tempête , quand elle arriveroit en Amérique , lui
feroit- elle d'un grand fecours avec quelques vaiffeaux
endommagés , & qui ont plus befoin d'être réparés
que de combattre. Les relations Américaines de
l'affaire du 28 Juin font bien différentes de celles du
Général Clinton ; il n'a eu qu'avec peine le foible
avantage de fe retirer devant un ennemi victorieux
& de lui échapper par des marches forcées ; le papier
qu'il a laiffé fur le champ de bataille , par lequel il
recommandoit fes bleflés à l'humanité du Général
Washington , prouve que le nombre en eft plus
grand qu'il ne l'a préfenté ; il n'a compté que ceux
qu'il a pu emmener avec lui , & qu'il n'avoit pas
befoin de récommander à fon ennemi ; c'eſt à ceux
qu'il a laiffés fur le champ de bataille que cette recom
mandation étoit néceflaire.
Malgré ces bruits défefpérans , & qui ne font que
trop fondés , on prétend que les Commiffaires ont
reçu ordre de revenir , fi les Américains infiftent fur
l'indépendance ; on débite , pour autorifer cette hauteur
, qu'on a des partifans parmi eux , & qu'on
compte fur leurs foins pour former un nouveau Congrès
, qui fera plus traitable que celui - ci . Toutes ces
nouvelles n'ont pas d'autre but que de fonder la Nation
qui n'y croit point , & l'engager à demander
elle-même une paix dont les Miniftres fentent la
néceffité , & qu'ils n'ofent pas faire fans y être autorifés.
Cette politique paroît leur réuffir en partie ; il
paffe pour conftant que les marchands de cette ville ,
#
( 213 )
excités par les intrigues de quelques agens fecrets ,
vont s'affembler pour demander au Roi d'affembler
le Parlement , afin qu'il délibère fur les moyens de
faire la paix avec l'Amérique. Nos plaifans demandent
pourquoi on ne délibèrera pas auffi fur ceux de
la faire avec la France ; » car pourquoi avoir la
guerre avec cette Puiffance pour une caufe qui regarde
l'Amérique , tandis que nous cherchons à
faire la paix avec celle- ci «. On fent bien que nos
Miniftres n'ofent pas en demander tant à la fois ; ce
dernier objet aura fon tour ; il s'agit à préfent de fe
délivrer d'une partie de leurs embarras ; ils efpèrent
qu'en tournant toutes leurs forces contre la France ,
la partie fera plus égale , & ils oublient que l'Amé
rique eft obligée de prendre le parti de la France ; ils
cherchent auffi à empêcher l'Eſpagne de fe réunir à
leurs ennemis ; pour cela ils s'empreffent de publier
qu'ils ont des alliés sûrs dans les Hollandois ; le
Chevalier Yorke , difent-ils , eft attendu inceffamment
avec les préliminaires d'un traité avec cette
République. Ils font auffi beaucoup de bruit des fecours
qu'ils attendent de la Ruffie , & qui font inévi
tables fi les Cours de Verfailles & de Madrid agif
fent de concert ; une forte eſcadre fous les ordres de
l'Amiral Gregg , eft prête à partir de Cronstadt ; mais
la guerre , dont cette Puiffance eft menacée de la
part des Turcs , ne lui rendra- t - elle pas cette flotte
néceffaire pour poufler fes propres opérations ?
A ces raiſons & à une infinité d'autres qui rabattent
beaucoup de ces brillantes espérances , on peut
ajouter que toute la Nation connoît l'état de fes
finances ; qu'elle ne pourroit fournir aux dépenfes de
la guerre pendant deux ans , & c'eft ce que le cabinet
de Verfailles fait comme nous. Il a porté à notre
commerce un coup fatal par l'encouragement qu'il a
donné à fes Armateurs ; en le ruinant , il nous ôte
les moyens de faire la guerre ; il nous réduira peutêtre
à faire une paix honteufe , & à avoir une marine
( 214 )
limitée. Nous pouvions l'imiter en donnant à notre
tour plutôt nos lettres de marque. Nous les avons
fufpendues pendant quelque tems , & nos plaifans
n'ont pas manqué de dire : » Que les Jurifconfultes
confultés , ont répondu que la loi n'autoriſoit pas à
en donner avant la déclaration formelle de guerre,
qu'en conféquence nos Miniftres fages & circonfpects
, avoient jugé à propos de différer ; mais
comme on leur a fait enfin obferver que plufieurs
Armateurs avoient fait de groffes avances , ils s'étoient
déterminés à s'écarter des règles exactes de la juftice ,
fauf à difcuter par la fuite cette matière de droit «
Le prix de ces lettres de marque eft de 12 liv . ſterl.
y compris les frais de bureau. » Tout ceque nous
voyons aujourd'hui depuis la tête jufqu'aux pieds de
la Nation , dit un de nos papiers , prouve la jufteffe
de ce mot du Comte de Chefterfield mourant. On lui
demandoit ce qu'il penfoit de l'état de la Grande-
Bretagne. Les hommes ont perdu tout leur courage ,
répondit-il , & les femmes toute leur modeftie a.
Si , comme on le dit ici , la déclaration de guerre
n'a lieu qu'après l'affemblée du Parlement , elle eſt
encore reculée d'un mois , car le Roi vient de la
proroger au 10 Octobre prochain . En attendant , on
continue de tenir aſſemblés les camps qu'on a formés
pour avoir des troupes prêtes en cas d'invafion de la
part de la France. Nos papiers publics nous avertif
fent férieufement de nous y préparer pour le 10 de
ce mois , ou pour le 25 ; ils ajoutent en même-tems
que fi elle n'a pas lieu à l'une ou à l'autre de ces époques
, ils ne la feront pas cette année. Quelques- uns
de ces hommes , qu'on appelle ici patriotes , le font
empreflés de répondre à cet avis par la plaifanterie
fuivante. » Il y a quelques jours que des perfonnes
de diftinction s'entretenoient enfemble de l'état de
foibleffe où eft la Nation , & de l'impuiffance où nous
fommes de réfifter aux François , dans le cas où ils
méditeroient une invafion. Le Lord Littleton qui
( 215 )
étoit préfent , fit le plus grand éloge des talens du
fea Comte de Chatham , en diſant que fi les Miniftres
vouloient faire retirer ce grand homme du tombeau ,
l'habiller & le placer ainfi fur les rochers de Douvres
, les François n'oferoient jamais approcher de
nos côtes «. Le général de la Nation ne croit pas les
François fi fufceptibles d'être effrayés par des revenans.
Pendant que dans la plupart de nos papiers on
épuife les injures & les mauvaiſes plaifanteries contre
eux , on vient de rendre dans un , hommage à la nobleffe
& à la générofité du Maréchal de Broglie ;
felon d'autres du Marchal d'Eftrées ; quel que
foit l'auteur du trait que nous allons traduire , il eft
digne de l'un & de l'autre. » Le Maréchal étoit intimement
lié avec l'Amiral Rodney , qui a paffé quelque-
tems en France. Lorfque le Lord Stormont fur
rappellé , l'Amiral qui avoit fait quelques dettes qu'il
vouloit payer avant de partir auffi , alla prier l'Ambaffadeur
de lui prêter fon crédit pour une fomme.
Le Lord Stormont ne le put pas. L'Amiral reftoit en
conféquence en France , lorfque le Maréchal le fit
prier de venir chez lui . J'ai appris , lui dit- il , que
quelques dettes vous forçoient à prolonger votre féjour
ici ; je fais combien un homme comme vous
peut être utile à la patrie dans les circonstances préfentes
; je m'eftimerai trop heureux de pouvoir faciliter
votre départ ; mon banquier a mes ordres ; vous
pouvez tirer fur lui les fommes qui vous ſont néceffaires
".
Le Duc de Glocefter eft parti le 27 du mois dernier
pour
fe rendre à l'armée du Roi de Pruffe en Bohême.
On lit ici des copies de la lettre ſuivante de Dantzick.
» On vient d'apprendre une nouvelle qui
donne lieu à beaucoup de conjectures ; c'eft l'ordre
que le Roi de Pruffe a envoyé à fes Officiers de
Douane à Wefterdeep , de ne plus laiffer pafler à
l'avenir aucuns mâts deftinés pour certaines Puiffances
de l'Europe. Le Conful de France a dépêché
( 216 )
fur-le-champ un Courier à Paris , avec cette nouvelle
qui eft très-intéreffante pour toutes les Puiffances
maritimes ",
17
Ce n'eft pas fans étonnement que l'on a appris que
la flotte Françoife de Breft avoit remis à la voile le
du mois dernier , tandis que celle de l'Amiral Keppel
n'a pu partir que le 22 & le 23 ; encore a- t- il été
obligé de laiffer beaucoup de vaiffeaux qu'on a remplacés
par de nouveaux , fur lefquels on a fait paffer
les équipages de ceux qui étoient hors d'état de fervir.
Peut - être fans l'arrivée de la flotte des ifles qui
nous a amené des matelots dont on s'eft emparé fur-lechamppour
la marine Royale , fon féjour à Portf
mouth auroit- il été encore plus long La fortie de
l'efcadre Françoife paroît aux yeux de ceux qui en
doutoient encore , une preuve qu'elle a eu dans le
combat d'Oueflant l'avantage que nous nous attribuons
, & qui l'encourage à tenter d'en obtenir un
fecond. S'il faut en croire quelques- uns de nos papiers
, la Cour qui a publié notre prétendue victoire ,
n'ofant témoigner ouvertement fon mécontentement
qui auroit averti la Nation de ſe défier de fon récit , a
examiné en fecret la conduite de l'Amiral Keppel
dans l'inconcevable affaire d'Oueffant ; cet Officier
n'eft pas juftifié à fes yeux , mais la crainte de ſe
démafquer , l'a déterminée à lui fournir l'occafion de
prendre fa revanche. Les deux premières divifions de
fon efcadre , commandées par les Amiraux Harland
& Pallifer , fortes de 9 vaiffeaux de ligne chacune ,
a
( 210 )
font partis le 22 , & il les a fuivies avec la troiſième ,
forte de 12 , le 23. On n'en a point encore reçu de
nouvelles , & on eſt à préſent dans l'attente d'une ac
tion plus décifive que la première , & dont on fe
flatte auffi d'avoir une relation plus claire .
La feconde fortie de l'Amiral Keppel n'a point fait
taire les bruits de paix qui fe font répandus ici depuis
l'arrivée du Marquis d'Almodovar ; on les répète
avec plus d'affurance ; on dit qu'il y a une négociation
fecrette entre la France & la Grande-Bretagne
& on ajoute feulement qu'elle eft l'ouvrage du Lord
Mansfield. On rappelle à cette occafion , pour infpirer
plus de confiance aux talens de ce Négociateur ,
qu'il ménagea en 1757 un accommodement entre
deux partis qui divifoient le Ministère , & il paffe
pour avoir eu auffi beaucoup de part à la paix de
Verſailles , & au traité fait avec l'Eſpagne au fujet
des ifles de Falkland. Tous ces rêves ne prouvent
autre chofe , finon que nous défirons la paix , & que
nous ne cherchons qu'un prétexte pour la faire avec
honneur. C'est pour le trouver que nos Miniftres ont
fait tant d'accueil à l'Ambaffadeur Eſpagnol ; mais il
paroît jufqu'à préfent qu'il eft plus chargé des affaires
de Verfailles que de celles de Madrid ; on affure qu'il
a commencé à faire entendre , en parlant au nom de
cette dernière Cour , que fi on veut qu'elle refte neutre
& qu'elle fe rende médiatrice , il faut qu'on lui
rende Gibraltar. On a obfervé qu'il reçut la nouvelle
du combat d'Oueffant qui lui fut envoyée de France ,
4 heures avant que notre Cour l'eût reçue de l'Amiral
Keppel. On prétend qu'avant fon départ de Paris , it
dîna la veille avec le Comte d'Aranda , le Ministre de
Lisbonne & le Docteur Franklin , qui lui dit : » Malgré
le grand befoin qu'auroient les Miniftres Anglois
de voir réuffir vos négociations , je crois pouvoir
vous affurer qu'ils vous oppoferont bien des diffi
cultés ; en tout cas , fouvenez-vous que la France a
promis de ne rien faire fans les Etats -Unis , & les
Etats-Unis de ne rien faire ſans la France «.
( 211 )
Sans chercher à examiner le degré de vérité de ces
détails , nous nous contenterons d'obſerver , que fi
les auteurs de nos papiers publics tendent à éclairer
notre Ministère qui ne leur demande pas leurs lumières
fur tout ce qu'ils favent ou ce qu'ils rêvent ,
ils cherchent auffi à infpirer à l'Espagne des dé
fiances qu'elle n'écoutera pas . » Un Prêtre Catholique
Irlandois , difent-ils , qui eft aujourd'hui ici & qui
a quitté la Nouvelle - Efpagne , il y a environ un an ,
rapporte que dans plufieurs parties de l'Amérique
Méridionale , & particulièrement dans les Provinces
contigues de nos Colonies du nord , le peuple commençoit
à murmurer de fa fituation , & témoignoit
du penchant à fuivre l'exemple de nos Colonies , qui
ufent de tous les moyens poffibles pour répandre
leur nouvelle doctrine. Ce Prêtre ajoute qu'il a lu
dans ce pays la brochure du Docteur Price , traduite
en Efpagnol , & imprimée dans la Caroline Méri,
dionale par ordre du Congrès. Ces circonstances ont
fait conjecturer à l'Efpagne ce qu'elle pouvoit attendre
d'un traité avec l'Amérique ".
Quoiqu'il en foitde ces réflexions , il paroît qu'elles
ne font pas beaucoup d'impreffion fur l'Espagne ; &
on prétend que par fa médiation on fera une triple
paix , par laquelle on lui cédera , a elle-même Gibraltar
, le Canada à la France , & l'Indépendance à
l'Amérique. Notre Ministère paroît décidé à accorder
cette dernière ; il voit enfin qu'il eft inutile de fonger
à la refufer ; mais le Roi , dit- on , ne peut s'y réfoudre;
on prétend même qu'il a déclaré qu'il aimeroit
mieux mourir fur le champ de bataille , que de voir
P'Amérique triompher & l'emporter fur fon Souverain
& fur la Métropole , jadis fi brillante & fi puif
fante. On lui répond dans nos Gazettes , qu'on permet
ce qu'on ne peut empêcher , & qu'on ne meurt
point. Les lettres de nos Commiſſaires annoncent
qu'ils ont reçu le dernier mot des Américains ; celles
du Général Clinton nous ont appris combien il avoit
( 212 )
été harcelé dans fa retraite de Philadelphie à New-
Yorck ; & felon plufieurs lettres particulières , il eſt
actuellement enfermé dans cette place , tandis que
l'Amiral Howe , en dedans de la baye de Shandy-
Hook , eft bloqué par l'efcadre du Comte d'Estaing
qui l'empêche d'en fortir ; quelques avis parlent
même d'un combat dans lequel il a eu le deffous ; &
quand il ne feroit pas vrai qu'il y cút eu un combat ,
que peut faire notre flotte ainfi reflerrée ? comment
fortiroit-elle ? L'efcadre de l'Amiral Byron , difperfée
par la tempête , quand elle arriveroit en Amérique , lui
feroit- elle d'un grand fecours avec quelques vaiffeaux
endommagés , & qui ont plus befoin d'être réparés
que de combattre. Les relations Américaines de
l'affaire du 28 Juin font bien différentes de celles du
Général Clinton ; il n'a eu qu'avec peine le foible
avantage de fe retirer devant un ennemi victorieux
& de lui échapper par des marches forcées ; le papier
qu'il a laiffé fur le champ de bataille , par lequel il
recommandoit fes bleflés à l'humanité du Général
Washington , prouve que le nombre en eft plus
grand qu'il ne l'a préfenté ; il n'a compté que ceux
qu'il a pu emmener avec lui , & qu'il n'avoit pas
befoin de récommander à fon ennemi ; c'eſt à ceux
qu'il a laiffés fur le champ de bataille que cette recom
mandation étoit néceflaire.
Malgré ces bruits défefpérans , & qui ne font que
trop fondés , on prétend que les Commiffaires ont
reçu ordre de revenir , fi les Américains infiftent fur
l'indépendance ; on débite , pour autorifer cette hauteur
, qu'on a des partifans parmi eux , & qu'on
compte fur leurs foins pour former un nouveau Congrès
, qui fera plus traitable que celui - ci . Toutes ces
nouvelles n'ont pas d'autre but que de fonder la Nation
qui n'y croit point , & l'engager à demander
elle-même une paix dont les Miniftres fentent la
néceffité , & qu'ils n'ofent pas faire fans y être autorifés.
Cette politique paroît leur réuffir en partie ; il
paffe pour conftant que les marchands de cette ville ,
#
( 213 )
excités par les intrigues de quelques agens fecrets ,
vont s'affembler pour demander au Roi d'affembler
le Parlement , afin qu'il délibère fur les moyens de
faire la paix avec l'Amérique. Nos plaifans demandent
pourquoi on ne délibèrera pas auffi fur ceux de
la faire avec la France ; » car pourquoi avoir la
guerre avec cette Puiffance pour une caufe qui regarde
l'Amérique , tandis que nous cherchons à
faire la paix avec celle- ci «. On fent bien que nos
Miniftres n'ofent pas en demander tant à la fois ; ce
dernier objet aura fon tour ; il s'agit à préfent de fe
délivrer d'une partie de leurs embarras ; ils efpèrent
qu'en tournant toutes leurs forces contre la France ,
la partie fera plus égale , & ils oublient que l'Amé
rique eft obligée de prendre le parti de la France ; ils
cherchent auffi à empêcher l'Eſpagne de fe réunir à
leurs ennemis ; pour cela ils s'empreffent de publier
qu'ils ont des alliés sûrs dans les Hollandois ; le
Chevalier Yorke , difent-ils , eft attendu inceffamment
avec les préliminaires d'un traité avec cette
République. Ils font auffi beaucoup de bruit des fecours
qu'ils attendent de la Ruffie , & qui font inévi
tables fi les Cours de Verfailles & de Madrid agif
fent de concert ; une forte eſcadre fous les ordres de
l'Amiral Gregg , eft prête à partir de Cronstadt ; mais
la guerre , dont cette Puiffance eft menacée de la
part des Turcs , ne lui rendra- t - elle pas cette flotte
néceffaire pour poufler fes propres opérations ?
A ces raiſons & à une infinité d'autres qui rabattent
beaucoup de ces brillantes espérances , on peut
ajouter que toute la Nation connoît l'état de fes
finances ; qu'elle ne pourroit fournir aux dépenfes de
la guerre pendant deux ans , & c'eft ce que le cabinet
de Verfailles fait comme nous. Il a porté à notre
commerce un coup fatal par l'encouragement qu'il a
donné à fes Armateurs ; en le ruinant , il nous ôte
les moyens de faire la guerre ; il nous réduira peutêtre
à faire une paix honteufe , & à avoir une marine
( 214 )
limitée. Nous pouvions l'imiter en donnant à notre
tour plutôt nos lettres de marque. Nous les avons
fufpendues pendant quelque tems , & nos plaifans
n'ont pas manqué de dire : » Que les Jurifconfultes
confultés , ont répondu que la loi n'autoriſoit pas à
en donner avant la déclaration formelle de guerre,
qu'en conféquence nos Miniftres fages & circonfpects
, avoient jugé à propos de différer ; mais
comme on leur a fait enfin obferver que plufieurs
Armateurs avoient fait de groffes avances , ils s'étoient
déterminés à s'écarter des règles exactes de la juftice ,
fauf à difcuter par la fuite cette matière de droit «
Le prix de ces lettres de marque eft de 12 liv . ſterl.
y compris les frais de bureau. » Tout ceque nous
voyons aujourd'hui depuis la tête jufqu'aux pieds de
la Nation , dit un de nos papiers , prouve la jufteffe
de ce mot du Comte de Chefterfield mourant. On lui
demandoit ce qu'il penfoit de l'état de la Grande-
Bretagne. Les hommes ont perdu tout leur courage ,
répondit-il , & les femmes toute leur modeftie a.
Si , comme on le dit ici , la déclaration de guerre
n'a lieu qu'après l'affemblée du Parlement , elle eſt
encore reculée d'un mois , car le Roi vient de la
proroger au 10 Octobre prochain . En attendant , on
continue de tenir aſſemblés les camps qu'on a formés
pour avoir des troupes prêtes en cas d'invafion de la
part de la France. Nos papiers publics nous avertif
fent férieufement de nous y préparer pour le 10 de
ce mois , ou pour le 25 ; ils ajoutent en même-tems
que fi elle n'a pas lieu à l'une ou à l'autre de ces époques
, ils ne la feront pas cette année. Quelques- uns
de ces hommes , qu'on appelle ici patriotes , le font
empreflés de répondre à cet avis par la plaifanterie
fuivante. » Il y a quelques jours que des perfonnes
de diftinction s'entretenoient enfemble de l'état de
foibleffe où eft la Nation , & de l'impuiffance où nous
fommes de réfifter aux François , dans le cas où ils
méditeroient une invafion. Le Lord Littleton qui
( 215 )
étoit préfent , fit le plus grand éloge des talens du
fea Comte de Chatham , en diſant que fi les Miniftres
vouloient faire retirer ce grand homme du tombeau ,
l'habiller & le placer ainfi fur les rochers de Douvres
, les François n'oferoient jamais approcher de
nos côtes «. Le général de la Nation ne croit pas les
François fi fufceptibles d'être effrayés par des revenans.
Pendant que dans la plupart de nos papiers on
épuife les injures & les mauvaiſes plaifanteries contre
eux , on vient de rendre dans un , hommage à la nobleffe
& à la générofité du Maréchal de Broglie ;
felon d'autres du Marchal d'Eftrées ; quel que
foit l'auteur du trait que nous allons traduire , il eft
digne de l'un & de l'autre. » Le Maréchal étoit intimement
lié avec l'Amiral Rodney , qui a paffé quelque-
tems en France. Lorfque le Lord Stormont fur
rappellé , l'Amiral qui avoit fait quelques dettes qu'il
vouloit payer avant de partir auffi , alla prier l'Ambaffadeur
de lui prêter fon crédit pour une fomme.
Le Lord Stormont ne le put pas. L'Amiral reftoit en
conféquence en France , lorfque le Maréchal le fit
prier de venir chez lui . J'ai appris , lui dit- il , que
quelques dettes vous forçoient à prolonger votre féjour
ici ; je fais combien un homme comme vous
peut être utile à la patrie dans les circonstances préfentes
; je m'eftimerai trop heureux de pouvoir faciliter
votre départ ; mon banquier a mes ordres ; vous
pouvez tirer fur lui les fommes qui vous ſont néceffaires
".
Le Duc de Glocefter eft parti le 27 du mois dernier
pour
fe rendre à l'armée du Roi de Pruffe en Bohême.
On lit ici des copies de la lettre ſuivante de Dantzick.
» On vient d'apprendre une nouvelle qui
donne lieu à beaucoup de conjectures ; c'eft l'ordre
que le Roi de Pruffe a envoyé à fes Officiers de
Douane à Wefterdeep , de ne plus laiffer pafler à
l'avenir aucuns mâts deftinés pour certaines Puiffances
de l'Europe. Le Conful de France a dépêché
( 216 )
fur-le-champ un Courier à Paris , avec cette nouvelle
qui eft très-intéreffante pour toutes les Puiffances
maritimes ",
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Résumé : De LONDRES, le premier Septembre.
Le 17 août, la flotte française de Brest a pris la mer, suivie par la flotte britannique de l'amiral Keppel les 22 et 23 août. Keppel a dû laisser plusieurs vaisseaux en mauvais état et les remplacer par de nouveaux. La victoire française lors du combat d'Ouessant a incité les Français à rechercher une nouvelle confrontation. Des rumeurs indiquent que la cour britannique offre à Keppel une chance de se racheter. Les divisions de Keppel, sous les ordres des amiraux Harland et Palliser, ont navigué sans nouvelles de leurs actions. Des négociations secrètes pour la paix entre la France et la Grande-Bretagne sont en cours, orchestrées par le Lord Mansfield, avec la participation de l'ambassadeur espagnol, le Marquis d'Almodovar. L'Espagne envisage de rester neutre et médiatrice si Gibraltar est rendu. Des rumeurs évoquent une triple paix incluant la cession de Gibraltar à l'Espagne, du Canada à la France, et l'indépendance des États-Unis. Le roi britannique est réticent à accorder cette indépendance, mais le ministère semble prêt à l'accepter. Sur le plan militaire, l'amiral Howe est bloqué par la flotte du comte d'Estaing dans la baie de Sandy Hook. Des rumeurs parlent d'un possible combat impliquant l'amiral Byron, dont la flotte nécessite des réparations. Les rapports américains de la bataille du 28 juin diffèrent de ceux du général Clinton. Les commissaires britanniques envisagent de revenir si les Américains insistent sur l'indépendance, espérant influencer un nouveau Congrès. En Grande-Bretagne, des marchands demandent au roi de convoquer le Parlement pour discuter de la paix avec l'Amérique. Les ministres britanniques cherchent à éviter une guerre simultanée avec la France et l'Amérique, espérant que l'Espagne ne s'alliera pas à leurs ennemis. La déclaration de guerre contre la France est reportée à octobre, et des préparatifs sont en cours pour repousser une éventuelle invasion française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4075
p. 216-222
États-Unis de l'Amériq. Septentrionale, [titre d'après la table]
Début :
Trenton du 4 Juillet. La retraite de l'ennemi de Philadelphie à New-Yorck, a été troublée par nos [...]
Mots clefs :
Trenton, Yorktown, Boston, Général, Ennemi, Armée, Troupes, George Washington, Philadelphie, Harceler, Bataille, Morts, Affaire, Retraite
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texteReconnaissance textuelle : États-Unis de l'Amériq. Septentrionale, [titre d'après la table]
Trenton du 4 Juillet. La retraite de l'ennemi de
Philadelphie à New -Yorck , a été troublée par nos
troupes ; le Général - Major Maxwell , à la tête d'un
corps de troupes Continentales , avoit pris les devans
, & l'attendoit dans le nouveau Jerſey , avec la
milice commandée par les Généraux Dickinſon &
Herd . Le Général Lée partit de bonne- heure pour les
foutenir ; leur objet étoit de harceler l'ennemi & de
l'arrêter jufqu'à ce que le Général Washington pût
arriver avec le gros de l'armée ; il arriva le 27 à
Monmouth Court Houfe ; on fit les difpofitions
pour l'attaque , qui commença le lendemain par 1 500
volontaires conduits par le Général Lée , pendant
que le gros de l'armée fuivoit ; il chaffa pendant
quelque tems l'ennemi ; mais celui- ci ayant reçu des
renforts , il fut obligé de fe retirer fur le Général
Washington , dont l'armée qui avançoit fe forma
fur le premier terrain avantageux. Il y eut une canonnade
dont on n'avoit point eu d'exemple en Amérique
; pendant ce tems , de forts détachemens attaquèrent
l'ennemi à l'arme blanche , avec différens
fuccès à la vérité , mais le forcèrent enfin à fe retirer ,
& nos troupes prirent poffeffion du chaimp de bataille
couvert de morts & de bleflés . L'exceffive chaleur
qu'il faifoit ce jour - là , força les troupes à fe repofer
pour reprendre haleine ; le Général Washington commanda
à deux brigades d'avancer fur chacun de leurs
flancs , fe propofant de les fuivre ; mais la nuit furvint
avant qu'elles parvinffent à leur deſtination , &
tout mouvement ultérieur devint impraticable. On
n'avoit point affez de cavalerie ; la nôtre avoit été
tellement employée à harceler l'ennemi au fortir de
Philadelphie ,
( 217 )
Philadelphie , & fi difperfée , que cela avoit donné
une grande fupériorité en nombre aux Anglois. On
aflure que les Heffois on refufé de donner , parce qu'il
faifoit trop chaud. Tout le chemin , dans leur marche
depuis Court-Houfe , étoit jonché de morts. La
perte des Anglois eft confidérable , puifque le Général
Washington a fait enterrer 240 de leurs morts .
Pour effectuer la retraite dans les Jerfey avec plus
de sûreté , le Général Clinton a eu recours à une manoeuvie
, qui probablement a ſauvé la majeure partie
de fon armée ; ce fut de mettre fon armée en bataille
comme s'il eût eu envie d'engager le combat ;
le Général Lée n'a pas jugé à propos d'en courir les
rifques , préférant avec raifon d'attendre au lendemain
, & de harceler l'arrière garde ennemie avec
plus d'avantage. Ce jour - là le Général Clinton
ayant fait une marche forcée , avoit trop d'avance
pour qu'on pût le joindre.
La relation de cette affaire , publiée dans la Gazette
de cette ville , contenoit quelques expreffions
dont le Général Lée s'eft plaint. Comme elles le
chargoient du reproche de n'avoir ordonné qu'une
décharge, il a voulu que fa conduite für examinée par
un Confeil de guerre. Il s'eft affemblé en conféquence
, & l'a juftifié de la manière la plus honorable.
Voici comme il rend compte lui- même de cette
action : >> Appeller l'affaire du 28 une victoire complette
, feroit une gafconnade déshonorante ; dans le
fait , c'eft un échec qu'a reçu l'ennemi & qui fait honneur
aux Américains ; ils n'ont point encore eu
d'affaire qui ait auffi bien prouvé ce qu'ils font capables
de foutenir ou d'entreprendre ; une manoeuvre
rétrograde dans l'efpace d'environ 4 milles , a été
faite fans que l'on pût remarquer la moindre confufion
, excepté celle qui naiffoit & qui naîtra toujours
d'un abus monftrueux qui fera quelque jour
fatal fi on le tolère ; je parle de la liberté que prennent
les particuliers , dénués d'autorité , de donner
15 Septembre 1778.
K
( 218 )
leur avis & d'indiquer ce qu'il faut faire . La conduite
des Officiers & des foldats a été fi également bonne ,
qu'il feroit injufte de faire des diftinctions ; j'avouerai
cependant qu'il eft difficile de paffer fous filence les
éloges dûs au corps d'artillerie , en y comprenant depuis
le Général Know & le Colonel Ofwald , jufqu'aux
conducteurs même ; il n'eft pas aifé de dire
quel a été le point ou le moment décifif ; c'étoit une
bataille en parcelles : à force de combattre en quantité
de lieux différens , dans la plaine & dans les bois ,
en avançant & en reculant , on eft enfin venu à bout
de repouffer honorablement l'ennemi «<.
Yorck-Town du 12 Juillet. Nous apprenons que
les Généraux Gates & Parfon avec MM . Dowgall &
plufieurs Officiers Généraux font arrivés aux plaines
blanches le 2 de ce mois , où ils occupent le terrain
fur lequel le Général Washington & le Général Howe
ont combattu en 1776. Leurs forces confiftent en 9
régimens. Le nom du Général Gates à la tête de ces
troupes qui doivent avoir été jointes par un nombre
d'autres plus confidérables , nous rappelle la convention
de Saratoga , & nous eft un augure favorable
pour quelqu'évènement de ce genre . L'armée Angloife
dans New-Yorck , après l'exceffive fatigue
d'une marche de près de 3 femaines par une chaleur 3
où le thermomètre étoit à 92 ; après une action auffi
vive & aufli meutrière que celle du 28 Juin , doit
être réduite à l'état le plus déplorable . Depuis près
d'un an & fur-tout pendant tout l'hiver , cette
armée n'a vécu que de falaifons ; elle a traversé les
Jerfeys par une chaleur exceffive , dans des fables brûlans
, manquant de tout & buvant les plus mauvaiſes
eaux ; fon état de foibleffe ne lui permettra pas de
faire une longue défenſe , fi elle ne reçoit point de
fecours ni de provifions ; & dans ce moment il feroit
impoffible qu'aucun tranfport lui arrivât d'Angleterre.
Le Comte d'Estaing , dont on attendoit l'arrivée
depuis long-tems , a enfin paru dans nos para-
>
( 219 )
22,
ges ; on l'a vu dans les bayes de Chéfapeak & Delaware
; & on apprend que le 8 de ce mois il a
mouillé devant New-Yorck. Il doit y être joint par
12 vaiffeaux de Boſton , dont 3 de 32 canons , un de
3 de 20, un de 16 , 3 de 14 & un de 10.
Bofton du 16 Juillet. Nous attendons inceffamment
des nouvelles des opérations de la flotte
Françoife ; nous apprenons que le 11 Août elle
étoit en dehors de Shandy-Hook , & bloquoit les
6 vaiffeaux de ligne de l'Amiral Howe qui font en
dedans. Le Général Clinton eft retferré dans New-
Yorck par le Général Washington , dont l'armée eft
poftée fur les hauteurs de Kingsbridge & bien retranchée.
On fait qu'il médite une attaque fur Long-
Inland , & on préfume qu'il la conduira en perfonne.
Nous fommes à la veille de voir terminer
cette grande & longue querelle ; nous avons obtenu
des triomphes flatteurs , celui de voir nos fiers ennemis
qui nous vouloient réduire en fervitude
nous faire des propofitions de paix ; nous rechercher
après nous avoir outragés. Nous avons
eu la fatisfaction de voir le Congrès rendre aux
Commiffaires Britanniques , la réponse que leur
Souverain fit à la pétition de l'Amérique , préfentée
par le Gouverneur Penn , le Roi neferá point
de réponſe.
n
Plufieurs Indiens ont embraffé notre caufe ; employés
dans nos armées , ils fe conduiront en guerriers
braves & humains ; on peut en juger par le difcours
fuivant , adreffé par leurs chefs ou Sachems ,
aux jeunes gens qui font partis fous la conduite du
Major Toufard . Neveux , guerriers , ouvrez vos
oreilles . Vous allez vous féparer des Sachems vos
oncles ; en pareille occafion il eft d'ufage de dire
quelques mots : fouvent un jeune guerrier a befoin
de confeils , vous allez entreprendre un long voyage ;
vous allez être expofés à la fatigue & à beaucoup
de
tentations : vous trouverez beaucoup d'obferva
K 2
( 220 )
teurs , non-feulement Américains , mais parmi, quelques
guerriers principaux de notre pere le Roi de
France : gravez profondément dans votre efprit que
les guerriers ont un rôle important à foutenir ; ils
peuvent faire beaucoup de bien ou fe livrer à d'affreu
fes énormités ; ils peuvent faire du bien en écartant les
maux qui menacent la paix du pays : c'eft fous ce
point de vue qu'ils développent le caractère du hé̟-
ros , mais il faut éviter avec foin tout ce qui tient à
la vengeance perfonnelle privée ; il eft au-deffous , il
eft indigne du guerrier , d'infulter , de piller une famille
dénuée de fecours , & qui peut être innocente.
Neveux , fouvenez-vous que vous allez fervir dans
la grande armée d'Amérique ; que vous ferez préfentés
au Général Washington , guerrier en chef , ainſi
qu'à un éminent Officier de notre pere le Roi de
France , le Marquis de la Fayette , à la demande particulière
duquel vous allez joindre l'armée ; le moindre
écart de votre part , quelque léger qu'il puiffe
être , fera de la plus fâcheufe conféquence , il fera
difficile d'en laver la tache : formez-vous donc un
plan de conduite digne de la profeffion des guerriers ;
que la bonne intelligence règne toujours parmi vous ,
n'ayez tous qu'un même efprit , n'ayez qu'un feul &
même objet en vue ; que chacun de vous n'aille pas
croire qu'il eft un chef, & qu'il peut fe permettre
ces petites libertés que l'indulgence tolère auprès de
nos foyers , mais que tous & chacun obéiffent implicitement
au Major de Toufard , qui marchera à votre
tête & combattra avec vous . Défiez - vous des
liqueurs fortes , leur ufage eft le féducteur commun
des Indiens. Neveux , fi vous obfervez le bon ordre ,
fi vous êtes fobres , fi vous jouez le perfonnage qui
convient à l'homme , votre conduite fera appréciée ,
exaltée par l'armée Américaine ; le Général Washington
, guerrier en chef, la remarquera avec diftinction :
le rapport en viendra un jour aux oreilles de notre
pere le Roi de France , & nous , Sachems , nous nous
réjouirons en entendant parler de vous c .
( 221 )
Tels font les fentimens que nous cherchons à infpirer
aux Sauvages nos alliés . Nos ennemis n'ont
pas fuivi cet exemple.
On a ici des copies de la traduction d'une lettre
écrite en latin par M. de la F *** , à un de fes amis
en France ; elle est en date de Walleyforge le 13
Avril , & conçue ainfi :
:
:
Je l'avoue , mon cher ami , j'ai oublié le latin : and
les expreffions Angloiſes ſe préfentent à moi lorfque
j'en cherche de latines : cependant lorsqu'il s'agit
d'exprimer mes fentimens à mon ami chéri , je me
fens capable d'écrire quelques lignes : mais auffi je
vous prie de me paffer les fautes que je pourrai faire ,
les folécifmes , les barbarifmes & toutes les monftruofités
de langage qui fentent l'ignorance & l'ânerie.
Je n'ai pas eu le tems de cultiver les Auteurs latins :
j'ai donné mes foins à des ouvrages Anglois . J'ai la
avec attention le Spectateur & Pope : j'ai fait échange
de mon ancien travail , de mes occupations paffées
pour de nouvelles veilles. En mettant les pieds dans
le camp des Américains , j'ai laiffé là l'étude & tous
les livres dans cet oubli des Belles - Lettres , j'ai
cherché à me former dans un art cruel & barbare
je me fuis totalement abandonné aux occupations militaires
, tant je fuis poffédé du démon de la guerre .
Enfin , ayant renoncé à la douce fociété des femmes ,
je trouve mon plaifir dans les horribles voluptés de
Bellone. Mon cher ami , des mois entiers s'écoulent
fans que je reçoive de nouvelles. J'attends toujours
mes lettres dans une incertitude mêlée de crainte . Je
fouhaite que la mer engloutiffe les vaiffeaux ennemis
dans fes flots orageux. Ecrivez donc à un malheureux
exilé , faites naître la paix dans un coeur troublé ,
& adouciffez des penfées amères par des nouvelles -
agréables. J'imagine que de grands mouvemens s'élèvent
en Europe. L'Angleterre nous offre la paix :
mais , fans l'indépendance , une telle paix eft un opprobre.
Je vois la France toucher à des jours heu-
K 3
( 222 )
reux ; & dans cette brillante eſpérance , je vois d'ici
ma très-chère patrie porter les armes chez l'ennemi :
je vois enfin cette Nation .... fi fuperbe , fi injufte ,
fi enflée de fes anciennes profpérités , je la vois
dis-je , foulée aux pieds des ..... Amen . J'ai écrit
à mon épouse. Je ne puis prédire le tems de mon retour
; j'attends des nouvelles d'Europe. Adieu , mon
cher ami , aimez- moi toujours . Adieu , adieu " .
Philadelphie à New -Yorck , a été troublée par nos
troupes ; le Général - Major Maxwell , à la tête d'un
corps de troupes Continentales , avoit pris les devans
, & l'attendoit dans le nouveau Jerſey , avec la
milice commandée par les Généraux Dickinſon &
Herd . Le Général Lée partit de bonne- heure pour les
foutenir ; leur objet étoit de harceler l'ennemi & de
l'arrêter jufqu'à ce que le Général Washington pût
arriver avec le gros de l'armée ; il arriva le 27 à
Monmouth Court Houfe ; on fit les difpofitions
pour l'attaque , qui commença le lendemain par 1 500
volontaires conduits par le Général Lée , pendant
que le gros de l'armée fuivoit ; il chaffa pendant
quelque tems l'ennemi ; mais celui- ci ayant reçu des
renforts , il fut obligé de fe retirer fur le Général
Washington , dont l'armée qui avançoit fe forma
fur le premier terrain avantageux. Il y eut une canonnade
dont on n'avoit point eu d'exemple en Amérique
; pendant ce tems , de forts détachemens attaquèrent
l'ennemi à l'arme blanche , avec différens
fuccès à la vérité , mais le forcèrent enfin à fe retirer ,
& nos troupes prirent poffeffion du chaimp de bataille
couvert de morts & de bleflés . L'exceffive chaleur
qu'il faifoit ce jour - là , força les troupes à fe repofer
pour reprendre haleine ; le Général Washington commanda
à deux brigades d'avancer fur chacun de leurs
flancs , fe propofant de les fuivre ; mais la nuit furvint
avant qu'elles parvinffent à leur deſtination , &
tout mouvement ultérieur devint impraticable. On
n'avoit point affez de cavalerie ; la nôtre avoit été
tellement employée à harceler l'ennemi au fortir de
Philadelphie ,
( 217 )
Philadelphie , & fi difperfée , que cela avoit donné
une grande fupériorité en nombre aux Anglois. On
aflure que les Heffois on refufé de donner , parce qu'il
faifoit trop chaud. Tout le chemin , dans leur marche
depuis Court-Houfe , étoit jonché de morts. La
perte des Anglois eft confidérable , puifque le Général
Washington a fait enterrer 240 de leurs morts .
Pour effectuer la retraite dans les Jerfey avec plus
de sûreté , le Général Clinton a eu recours à une manoeuvie
, qui probablement a ſauvé la majeure partie
de fon armée ; ce fut de mettre fon armée en bataille
comme s'il eût eu envie d'engager le combat ;
le Général Lée n'a pas jugé à propos d'en courir les
rifques , préférant avec raifon d'attendre au lendemain
, & de harceler l'arrière garde ennemie avec
plus d'avantage. Ce jour - là le Général Clinton
ayant fait une marche forcée , avoit trop d'avance
pour qu'on pût le joindre.
La relation de cette affaire , publiée dans la Gazette
de cette ville , contenoit quelques expreffions
dont le Général Lée s'eft plaint. Comme elles le
chargoient du reproche de n'avoir ordonné qu'une
décharge, il a voulu que fa conduite für examinée par
un Confeil de guerre. Il s'eft affemblé en conféquence
, & l'a juftifié de la manière la plus honorable.
Voici comme il rend compte lui- même de cette
action : >> Appeller l'affaire du 28 une victoire complette
, feroit une gafconnade déshonorante ; dans le
fait , c'eft un échec qu'a reçu l'ennemi & qui fait honneur
aux Américains ; ils n'ont point encore eu
d'affaire qui ait auffi bien prouvé ce qu'ils font capables
de foutenir ou d'entreprendre ; une manoeuvre
rétrograde dans l'efpace d'environ 4 milles , a été
faite fans que l'on pût remarquer la moindre confufion
, excepté celle qui naiffoit & qui naîtra toujours
d'un abus monftrueux qui fera quelque jour
fatal fi on le tolère ; je parle de la liberté que prennent
les particuliers , dénués d'autorité , de donner
15 Septembre 1778.
K
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leur avis & d'indiquer ce qu'il faut faire . La conduite
des Officiers & des foldats a été fi également bonne ,
qu'il feroit injufte de faire des diftinctions ; j'avouerai
cependant qu'il eft difficile de paffer fous filence les
éloges dûs au corps d'artillerie , en y comprenant depuis
le Général Know & le Colonel Ofwald , jufqu'aux
conducteurs même ; il n'eft pas aifé de dire
quel a été le point ou le moment décifif ; c'étoit une
bataille en parcelles : à force de combattre en quantité
de lieux différens , dans la plaine & dans les bois ,
en avançant & en reculant , on eft enfin venu à bout
de repouffer honorablement l'ennemi «<.
Yorck-Town du 12 Juillet. Nous apprenons que
les Généraux Gates & Parfon avec MM . Dowgall &
plufieurs Officiers Généraux font arrivés aux plaines
blanches le 2 de ce mois , où ils occupent le terrain
fur lequel le Général Washington & le Général Howe
ont combattu en 1776. Leurs forces confiftent en 9
régimens. Le nom du Général Gates à la tête de ces
troupes qui doivent avoir été jointes par un nombre
d'autres plus confidérables , nous rappelle la convention
de Saratoga , & nous eft un augure favorable
pour quelqu'évènement de ce genre . L'armée Angloife
dans New-Yorck , après l'exceffive fatigue
d'une marche de près de 3 femaines par une chaleur 3
où le thermomètre étoit à 92 ; après une action auffi
vive & aufli meutrière que celle du 28 Juin , doit
être réduite à l'état le plus déplorable . Depuis près
d'un an & fur-tout pendant tout l'hiver , cette
armée n'a vécu que de falaifons ; elle a traversé les
Jerfeys par une chaleur exceffive , dans des fables brûlans
, manquant de tout & buvant les plus mauvaiſes
eaux ; fon état de foibleffe ne lui permettra pas de
faire une longue défenſe , fi elle ne reçoit point de
fecours ni de provifions ; & dans ce moment il feroit
impoffible qu'aucun tranfport lui arrivât d'Angleterre.
Le Comte d'Estaing , dont on attendoit l'arrivée
depuis long-tems , a enfin paru dans nos para-
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ges ; on l'a vu dans les bayes de Chéfapeak & Delaware
; & on apprend que le 8 de ce mois il a
mouillé devant New-Yorck. Il doit y être joint par
12 vaiffeaux de Boſton , dont 3 de 32 canons , un de
3 de 20, un de 16 , 3 de 14 & un de 10.
Bofton du 16 Juillet. Nous attendons inceffamment
des nouvelles des opérations de la flotte
Françoife ; nous apprenons que le 11 Août elle
étoit en dehors de Shandy-Hook , & bloquoit les
6 vaiffeaux de ligne de l'Amiral Howe qui font en
dedans. Le Général Clinton eft retferré dans New-
Yorck par le Général Washington , dont l'armée eft
poftée fur les hauteurs de Kingsbridge & bien retranchée.
On fait qu'il médite une attaque fur Long-
Inland , & on préfume qu'il la conduira en perfonne.
Nous fommes à la veille de voir terminer
cette grande & longue querelle ; nous avons obtenu
des triomphes flatteurs , celui de voir nos fiers ennemis
qui nous vouloient réduire en fervitude
nous faire des propofitions de paix ; nous rechercher
après nous avoir outragés. Nous avons
eu la fatisfaction de voir le Congrès rendre aux
Commiffaires Britanniques , la réponse que leur
Souverain fit à la pétition de l'Amérique , préfentée
par le Gouverneur Penn , le Roi neferá point
de réponſe.
n
Plufieurs Indiens ont embraffé notre caufe ; employés
dans nos armées , ils fe conduiront en guerriers
braves & humains ; on peut en juger par le difcours
fuivant , adreffé par leurs chefs ou Sachems ,
aux jeunes gens qui font partis fous la conduite du
Major Toufard . Neveux , guerriers , ouvrez vos
oreilles . Vous allez vous féparer des Sachems vos
oncles ; en pareille occafion il eft d'ufage de dire
quelques mots : fouvent un jeune guerrier a befoin
de confeils , vous allez entreprendre un long voyage ;
vous allez être expofés à la fatigue & à beaucoup
de
tentations : vous trouverez beaucoup d'obferva
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teurs , non-feulement Américains , mais parmi, quelques
guerriers principaux de notre pere le Roi de
France : gravez profondément dans votre efprit que
les guerriers ont un rôle important à foutenir ; ils
peuvent faire beaucoup de bien ou fe livrer à d'affreu
fes énormités ; ils peuvent faire du bien en écartant les
maux qui menacent la paix du pays : c'eft fous ce
point de vue qu'ils développent le caractère du hé̟-
ros , mais il faut éviter avec foin tout ce qui tient à
la vengeance perfonnelle privée ; il eft au-deffous , il
eft indigne du guerrier , d'infulter , de piller une famille
dénuée de fecours , & qui peut être innocente.
Neveux , fouvenez-vous que vous allez fervir dans
la grande armée d'Amérique ; que vous ferez préfentés
au Général Washington , guerrier en chef , ainſi
qu'à un éminent Officier de notre pere le Roi de
France , le Marquis de la Fayette , à la demande particulière
duquel vous allez joindre l'armée ; le moindre
écart de votre part , quelque léger qu'il puiffe
être , fera de la plus fâcheufe conféquence , il fera
difficile d'en laver la tache : formez-vous donc un
plan de conduite digne de la profeffion des guerriers ;
que la bonne intelligence règne toujours parmi vous ,
n'ayez tous qu'un même efprit , n'ayez qu'un feul &
même objet en vue ; que chacun de vous n'aille pas
croire qu'il eft un chef, & qu'il peut fe permettre
ces petites libertés que l'indulgence tolère auprès de
nos foyers , mais que tous & chacun obéiffent implicitement
au Major de Toufard , qui marchera à votre
tête & combattra avec vous . Défiez - vous des
liqueurs fortes , leur ufage eft le féducteur commun
des Indiens. Neveux , fi vous obfervez le bon ordre ,
fi vous êtes fobres , fi vous jouez le perfonnage qui
convient à l'homme , votre conduite fera appréciée ,
exaltée par l'armée Américaine ; le Général Washington
, guerrier en chef, la remarquera avec diftinction :
le rapport en viendra un jour aux oreilles de notre
pere le Roi de France , & nous , Sachems , nous nous
réjouirons en entendant parler de vous c .
( 221 )
Tels font les fentimens que nous cherchons à infpirer
aux Sauvages nos alliés . Nos ennemis n'ont
pas fuivi cet exemple.
On a ici des copies de la traduction d'une lettre
écrite en latin par M. de la F *** , à un de fes amis
en France ; elle est en date de Walleyforge le 13
Avril , & conçue ainfi :
:
:
Je l'avoue , mon cher ami , j'ai oublié le latin : and
les expreffions Angloiſes ſe préfentent à moi lorfque
j'en cherche de latines : cependant lorsqu'il s'agit
d'exprimer mes fentimens à mon ami chéri , je me
fens capable d'écrire quelques lignes : mais auffi je
vous prie de me paffer les fautes que je pourrai faire ,
les folécifmes , les barbarifmes & toutes les monftruofités
de langage qui fentent l'ignorance & l'ânerie.
Je n'ai pas eu le tems de cultiver les Auteurs latins :
j'ai donné mes foins à des ouvrages Anglois . J'ai la
avec attention le Spectateur & Pope : j'ai fait échange
de mon ancien travail , de mes occupations paffées
pour de nouvelles veilles. En mettant les pieds dans
le camp des Américains , j'ai laiffé là l'étude & tous
les livres dans cet oubli des Belles - Lettres , j'ai
cherché à me former dans un art cruel & barbare
je me fuis totalement abandonné aux occupations militaires
, tant je fuis poffédé du démon de la guerre .
Enfin , ayant renoncé à la douce fociété des femmes ,
je trouve mon plaifir dans les horribles voluptés de
Bellone. Mon cher ami , des mois entiers s'écoulent
fans que je reçoive de nouvelles. J'attends toujours
mes lettres dans une incertitude mêlée de crainte . Je
fouhaite que la mer engloutiffe les vaiffeaux ennemis
dans fes flots orageux. Ecrivez donc à un malheureux
exilé , faites naître la paix dans un coeur troublé ,
& adouciffez des penfées amères par des nouvelles -
agréables. J'imagine que de grands mouvemens s'élèvent
en Europe. L'Angleterre nous offre la paix :
mais , fans l'indépendance , une telle paix eft un opprobre.
Je vois la France toucher à des jours heu-
K 3
( 222 )
reux ; & dans cette brillante eſpérance , je vois d'ici
ma très-chère patrie porter les armes chez l'ennemi :
je vois enfin cette Nation .... fi fuperbe , fi injufte ,
fi enflée de fes anciennes profpérités , je la vois
dis-je , foulée aux pieds des ..... Amen . J'ai écrit
à mon épouse. Je ne puis prédire le tems de mon retour
; j'attends des nouvelles d'Europe. Adieu , mon
cher ami , aimez- moi toujours . Adieu , adieu " .
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Résumé : États-Unis de l'Amériq. Septentrionale, [titre d'après la table]
Du 4 juillet au 28 juin, les troupes américaines ont perturbé la retraite britannique de Philadelphie à New York. Le général Maxwell, soutenu par les milices des généraux Dickinson et Herd, a harcelé les Britanniques dans le New Jersey. La bataille de Monmouth Court House a commencé par une forte résistance américaine, mais les Britanniques, renforcés, ont pris l'avantage grâce à leur supériorité en cavalerie. Cette bataille a été marquée par une intense canonnade et des combats à l'arme blanche, entraînant de nombreuses pertes des deux côtés. Les Britanniques ont sécurisé leur retraite grâce à une manœuvre du général Clinton, évitant ainsi une défaite majeure. Les pertes britanniques s'élèvent à 240 morts enterrés par les Américains. Le 12 juillet, les généraux Gates et Parsons ont rejoint les plaines blanches, rappelant la victoire de Saratoga. L'armée britannique, épuisée et mal ravitaillée, est en mauvaise condition. Sur le plan naval, le comte d'Estaing est arrivé avec sa flotte devant New York, renforcée par des vaisseaux de Boston. Six vaisseaux britanniques ont été bloqués par une flotte française près de Shandy-Hook. Sur le front terrestre, le général Clinton est assiégé à New York par le général Washington. Des rumeurs évoquent une possible attaque sur Long Island dirigée par Washington. Les Américains ont rejeté des propositions de paix britanniques. Plusieurs tribus indiennes ont rejoint la cause américaine, intégrées dans les armées sous la conduite du Major Toussard. Les chefs indiens ont exhorté les jeunes guerriers à faire preuve de bravoure et d'humanité, servant sous les ordres du général Washington et du marquis de La Fayette. Une lettre en latin exprime le désir de recevoir des nouvelles de France et mentionne les mouvements politiques en Europe. L'auteur espère que la France soutiendra les Américains dans leur lutte pour l'indépendance. La lettre se termine par des adieux affectueux à un ami.
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4076
p. 222-223
De VERSAILLES, le 10 Septembre.
Début :
La Reine qui avance très-heureusement dans sa grossesse, a été saignée le 5 de ce mois. [...]
Mots clefs :
Versailles, Reine, Grossesse, Ministre, Honneur, Roi, Prix de dessin
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 10 Septembre.
De VERSAILLES , le 10 Septembre.
La Reine qui avance très- heureuſement dans fa
groffelle , a été faignée le 5 de ce mois.
Le 25 du mois dernier , fête de Saint -Louis , S. M.
reçut le ferment de M. Lefevre de Caumartin , Maître
des Requêtes ordinaires , ci- devant Intendant de
Flandres , en la nouvelle qualité de Prevôt des Marchands
de la Ville de Paris , & celui de MM . Cauchat
& Incelin , nouveaux Echevins . Le 28 , l'Evêque
de Viviers prêta , pendant la Meffe , ferment de
fidélité entre les mains du Roi.
La veille de Saint-Louis , M. Deslandes de Lancelot
, Penfionnaire au Collège Royal & Militaire
de Beaumont , préfenta à Monfieur , fon Parrain , un
deffin à l'Encre de la Chine , repréfentant la vue
du College & de fes dépendances , & lui fit
hommage du Prix de Deffin qu'il a remporté cette
année.
-
Le 27 , le Baron de Tott , Brigadier des Armées
du Roi , Infpecteur Général des Etabliffements
François dans les Echelles du Levant & de Barbarie ,
eut à fon arrivée ici , l'honneur d'être préfenté au
Roi par le Miniftre de la Marine. Le 30 M. Hocquart
de Cueilly , Préfident de la feconde Chambre
de la Cour des Aides de Paris , nommé Procureur.
Général de cette Cour , fur la demiffion de M. Terray
de Rofieres , eut l'honneur de faire fes remerciements
au Roi , préfenté par M. le Garde des
( 223 )
Sceaux. Le même jour le Vicomte de Vibraye , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi , près le Duc de Wirtemberg
, & fon Miniftré près le Cercle de Souabe
qui étoit ici par congé , eut l'honneur d'être préfenté
à S. M. par le Miniftre des affaires Etrangères , & de
prendre congé pour fe rendre à fa deftination.
La Reine qui avance très- heureuſement dans fa
groffelle , a été faignée le 5 de ce mois.
Le 25 du mois dernier , fête de Saint -Louis , S. M.
reçut le ferment de M. Lefevre de Caumartin , Maître
des Requêtes ordinaires , ci- devant Intendant de
Flandres , en la nouvelle qualité de Prevôt des Marchands
de la Ville de Paris , & celui de MM . Cauchat
& Incelin , nouveaux Echevins . Le 28 , l'Evêque
de Viviers prêta , pendant la Meffe , ferment de
fidélité entre les mains du Roi.
La veille de Saint-Louis , M. Deslandes de Lancelot
, Penfionnaire au Collège Royal & Militaire
de Beaumont , préfenta à Monfieur , fon Parrain , un
deffin à l'Encre de la Chine , repréfentant la vue
du College & de fes dépendances , & lui fit
hommage du Prix de Deffin qu'il a remporté cette
année.
-
Le 27 , le Baron de Tott , Brigadier des Armées
du Roi , Infpecteur Général des Etabliffements
François dans les Echelles du Levant & de Barbarie ,
eut à fon arrivée ici , l'honneur d'être préfenté au
Roi par le Miniftre de la Marine. Le 30 M. Hocquart
de Cueilly , Préfident de la feconde Chambre
de la Cour des Aides de Paris , nommé Procureur.
Général de cette Cour , fur la demiffion de M. Terray
de Rofieres , eut l'honneur de faire fes remerciements
au Roi , préfenté par M. le Garde des
( 223 )
Sceaux. Le même jour le Vicomte de Vibraye , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi , près le Duc de Wirtemberg
, & fon Miniftré près le Cercle de Souabe
qui étoit ici par congé , eut l'honneur d'être préfenté
à S. M. par le Miniftre des affaires Etrangères , & de
prendre congé pour fe rendre à fa deftination.
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Résumé : De VERSAILLES, le 10 Septembre.
Le 10 septembre, la reine a donné naissance à un enfant. Le 25 août, le roi a reçu les serments de M. Lefèvre de Caumartin, nouveau Prévôt des Marchands de Paris, ainsi que ceux des échevins MM. Cauchat et Incelin. Le 28 août, l'évêque de Viviers a prêté serment de fidélité au roi. La veille de la fête de Saint-Louis, M. Deslandes de Lancelot a offert à son parrain un dessin du Collège Royal et Militaire de Beaumont et lui a remis son prix de dessin. Le 27 août, le baron de Tott, brigadier des armées du roi et inspecteur général des établissements français dans les Échelles du Levant et de Barbarie, a été présenté au roi par le ministre de la Marine. Le 30 août, M. Hocquart de Cueilly a été nommé procureur général à la place de M. Terray de Rosières et a exprimé sa gratitude au roi, présenté par le Garde des Sceaux. Le même jour, le vicomte de Vibraye, ministre plénipotentiaire auprès du duc de Wurtemberg et du Cercle de Souabe, a été présenté au roi par le ministre des Affaires étrangères avant de partir pour sa destination.
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4077
p. 223-232
De PARIS, le 10 Septembre.
Début :
On attend avec impatience des nouvelles de la seconde sortie de M. le Comte d'Orvilliers ; « il a actuellement [...]
Mots clefs :
Paris, Anglais, Comte d'Orvilliers, Étienne Calveyrac, Canons, Général, Jacques Jouy, Procureur, Gérard, Enfant, M. de Longpré, Brest, Frégate, Régiment, Géométrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 10 Septembre.
De PARIS , le 10 Septembre.
ON attend avec impatience des nouvelles de la feconde
fortie de M. le Comte d'Orvilliers ; » il a actuellement
30 vaitſeaux de ligne , écrit-on de Breft
en date du 4 de ce mois . Il en aura 31 quand le Neptune
l'aura joint. Ce vaiſſeau a été mâté hier , & fera.
prêt en peu de jours , l'Etat -Major ne veut aucun
emménagement de commodité. La Ville de Paris
entrera dans le baffin dans 2 ou 3 jours . Il y a des
ordres pour la conftruction d'un vaiffeau de 100
canons , & pour la refonte du Sceptre , du Minotaure
& du Northumberland.
Les Camps projettés commencent à s'affembler ;
on doit y exécuter le règlement preferit fur le fervice
de l'Infanterie en Campagne. Voici le préambule
de ce règlement , qui a 229 pages in -folio .
" La nouvelle conftitution des Troupes exigeant
une nouvelle Ordonnance de Service de Campagne ,
S. M. a fait rédiger provifoirement le préfent règlement
, afin qu'étant mis à l'épreuve dans les Camps
qu'elle fe propofe de faire aflembler , on puiffe profiter
de toutes les obfervations de l'expérience , pour
lui donner enfuite fous la forme d'Ordonnance toute
la perfection dont cet important ouvrage eft fufceptible
".
» M. le Maréchal de Broglie , écrit - on de Breft ,
a paffé ici 8 jours avant le départ de M. le Comte
d'Orvilliers ; comme ils ont eu de fréquentes conférences
enfemble , on ne manque pas de conjecturer
qu'ils ont concerté enfemble quelque opération ; les
fpéculatifs qui veulent tout deviner , & qui peut- être
K 4
( 224 )
n'y ont pas mieux réuffi cette fois , irrités des outrages
que les Corfaires de Jerfey & de Guernefay
ont fait à nos bâtiments Marchands , leur fuppofent
le projet de les venger. Ils préfument en conféquence
qu'on pourroit bien faire une defcente dans ces Ifles .
Comme les gros vaiffeaux ne peuvent paffer dans
l'une ni dans l'autre , les troupes qu'on y employeroit
, feroient tranfportées fur des frégates & des
bâtimens de St-Malo & de Coutances. Cependant ,
comme ces Ifles font fituées dans la Manche, l'entre->
prife feroit hafardée fi M. le Comte d'Orvilliers ne ;
s'affaroit pas une fupériorité abfolue fur les Anglois
; on dit qu'il fera renforcé par l'Efcadre du Che .
valier de Fabry. On nomme M le Marquis de Caftries
, pour commander cette expédition que l'on
défire en général , mais qui n'eft peut-être pas à la
veille d'être exécutée ".
Les Anglois le réjouiffent du retour de 10 vaif-.
feaux de leur Compagnie des Indes Orientales , dont
ils eftiment la cargallon 1,500,000 liv. ſterl . , fi ces
vaiſſeaux ont trouvé la mer libre , les nôtres ont
eu le même avantage. Il en eft arrivé deux à l'Orient ,
le Terray , venant de Pondicheri , & les Quatre- .
Amis venant de Bengale , la cargaison de ce dernier
feul , monte à plus de 4 millions. Outre ces vailfeaux
, il en eft arrivé 54 des Indes Occidentales ,
qui font entrés dans les Ports de Nantes & de Bordeaux,
& qu'on évalue à plus de 20 millions . Il en arrive
journellement d'autres dans nos différents Ports.
Nos Armateurs répandus fur toutes les mers de
l'Europe , font fouvent des prifes confidérables. On
les voit jufques fur les côtes d'Angleterre , y gêner.
le commerce , & conduire fréquemment des prifes
à Oftende. » Deux Armateurs de Dunkerque , dont
un de 22 canons , commandés par MM. de Pers ,
pere & fils , écrit-on de ce Port , fe font emparés
d'un Corfaire Anglois de 24 canons , convoyant deux
vaiffeaux Marchands de fa nation ; il les ont con
( 225 )
duits ici , où ils ont été accueillis avec des démonstrations
d'une joie générale «.
» La frégate la Sultane , mande-t- on de Toulon ,
qui faifoit partie de l'Efcadre du Chevalier de Fabry ,
qui avoit été détachée avec le chebec le Renard , &
la corvette la Sardine , pour aller croifer entre Gênes
& le Cap Corfe , a fait différentes prifes qu'elle
a amenées dans ce Port ; elle a dû repartir le 18 du
mois dernier , pour eſcorter les bâtiments qui vont
pafler des troupes en Corfe , & en ramener celles
qui y font.
" La frégate l'Aurore , écrit-on de Breft , commandée
par M. de Préville , & la corvette le Roffignol
, par M. de la Touche , ont conduit dans ce.
Port 2 frégates Angloifes l'une de 20 canons & l'autre
de 16 ; cette dernière avoit été faite par la corvette
, qui avoit été prise enfuite elle-même par un
Corfaire Anglois de 20 canons , auquel elle n'avoit
pu réfifter , parce qu'elle avoit mis une partie de
fon équipage fur fa prife . Sa captivité n'a pas été
longue , puifque le lendemain , la frégate l'Aurore
l'a délivrée en s'emparant des deux Anglois « .
Un Pêcheur de ce Port , écrit-on de S. Jean - de- Luz ,
vient de faire une prife qui lui procurera une fortune
brillante pour un homme de fon état ; c'eſt un bâtiment
chargé de 4000 quintaux de morue , eftimé
50,000 écus . La manière dont il s'en eft rendu
maître eft allez fingulière «. Ce Pêcheur étant en
mer découvrit le bâtiment Anglois . Le Capitaine -
qui ne connoiffoit point ces parages , & qui s'eftimoit
à la hauteur de St.- Sebaftien , Port d'Espagne ,
voifin de celui de St.- Jean-de Luz , ayant découvert
la barque du pêcheur courut fur elle , & pria le patron
de le piloter jufqu'à St- Sebaſtien ; celui -ci qui
parloit Efpagnol , le remorqua en effet , & le pilota
bien qu'il le mena dans le Port de St. -Jean -de-
Luz ; quand il fut entré affez avant pour être fous
le canon du Fort , & à l'abri d'une révolte de la part
K s
( 226 )
des Anglois , il leur déclara qu'ils étoient ſes priſonniers
. Le Capitaine Anglois jura beaucoup contre la
furprife , & voulut fe facher ; mais il fut forcé de s'en
tenir là,& il fut conduit dans le Fort avec fon mondec
Ces fuccès multipliés animent les Armateurs dont
le nombre augmente tous les jours ; felon des lettres
de différents Ports , on arme à Marſeille 4 Corfaires
, dont 2 de 20 canons , un de 18 , & un de 10.
A Breft on arme pour la courfe 2 frégates de 26 canons
, & 2 goëlettes , l'une de 10 & l'autre de 6.
La frégate l'Iphigénie , a envoyé , le 31 du mois dernier
, dans ce Port , une prife chargée de vin , d'eaude-
vie & de taffia , & quelques jours après un corfaire
Anglois de 12 canons & 18 pierriers .
On dit que Madame la Ducheſſe de Chartres ayant
envoyé à M. Deftouches , Capitaine de Vaiffeau , qui
commandoit l'Artéfien , au combat d'Oueflant, & qui
dégagea le St- Efprit , attaqué par plufieurs vailleaux
Anglois , une fuperbe boîte d'or ; ce brave Officier a remercié
cette Princeffe avec beaucoup de ſenſibilité ,
en difant qu'il ne croyoit pas mériter une récompenfe
fi grande pour avoir fait fon devoir & exécuté
les ordres de fon Général.
On croit que la Légion de Marine , que M. le Duc
de Lauzun vient d'obtenir l'agrément de lever , eft
deftinée pour les Grandes Indes ; elle fera , dit- on ,
de 4 à 5000 hommes ; il en eft Colonel - Général ,
& il aura fous lui 4 Colonels. Plufieurs Officiers du
Régiment Royal Dragons , dont il étoit Meftre-de-
Camp , auront la permiffion de le fuivre ; c'eft M. de
Gontault , qui , dit-on , commandera à fa place le
Régiment Royal Dragons.
Les affiches de Reims nous fourniffent le trait fuivant
, que nous nous empreffons de rapporter , il a le
mérite de l'intérêt , s'il n'a pas celui de la nouveauté .
Le Prince de Rohan , Colonel du régiment de fon
nom , fe trouvant feul à pied fur le champ de ba
taille , à Rosbach , en 1757 , fut fecouru par un dragon
du régiment d'Apchon , qui le reçut fur fon
( 227)
cheval & le mit en sûreté ; le Prince , après avoir foupé
avec les dragons , donna fix louis à fon libérateur
, & partagea le refte de fon argent entre les
autres. Il recommanda au premier de le venir voir ,
& lui promit de l'obliger . En 1771 , le dragon fe
trouvant dans le cas de quitter le fervice , écrivit au
Prince , qui lui fit la réponſe fuivante , le 6 Mars :
J'ai reçu , mon cher Gerard , votre lettre avec un
grand plaifir , & je vous prie d'en être perfuadé . L'étendue
de la reconnoiffance que je vous deis ne peut
être comparée qu'à la feule envie que j'ai toujours eu
de vous en pouvoir , dans tout le cours de ma vie ,
donner des preuves convaincantes. J'ai eu jufqu'au moment
où j'ai reçu votre lettre , l'inquiétude la plus
grande , vous ayant perdu de vue , & ne fachant où
vous retrouver pour vous faire part du defir qu'a mon
coeur de pouvoir vous être utile au moment que vous
ferez dans l'intention de vous retirer du fervice . Oui ,
mon cher Gerard , vous pouvez demander votre
congé ; vous devez être affuré que vous aurez toujours
une retraite chez moi , fi vous voulez l'accepter.
Je vous prie de recevoir 400 liv . de penfion que
je vous continuerai à votre arrivée ici , mais aux conditions
que vous ne ferez chez moi que fur le pied
d'un brave & honnête militaire auquel je dois la vie :
fi à votre arrivée le pays ne vous convient pas , mon
coeur facrifiera toujours fa fatisfaction à votre bonheur
, & vous jouirez de votre penfion par - tout où
vous irez. Adieu , mon cher Gerard , foyez perfuadé
que vous aurez toujours en moi un ami bien reconnoiffant.
P. S. Accufez-moi , je vous prie , la réception
de ma lettre , & adreffez-moi la vôtre au Château de
Coufière , près Monbazon «. L'Auteur des affiches
de Reims affure qu'il tient le fait du fieur Gerard ,
qui lui a remis copie de la lettre du Prince . Le
brave dragon , qui fe nomme Gerard Gaillard , eft
né à Biermes , près Rethe , & s'eft retiré à Reims depuis
quelques années .
K 6
( 228 )
On lit dans le Journal de Patis , le trait fuivant ,
un enfant de 12 à 13 ans , fe baignant il y a quelques
jours , fut entraîné par le courant dans un lieu
profond , ou il fe feroit infailliblement noyé , fi un
chien qu'il avoit , n'étoit venu à fon fecours ; cet
animal a plongé après lui 14 ou is fois de fuite , &
l'a ramené autant de fois à la furface de l'eau , en le
prenant , tantôt par le bras , tantôt par les cheveux ;
il a donné le tems de venir au fecours de l'enfant ,
mais l'animal extenué de fatigue , & ne pouvant être
affez-tôt fecouru , a péri en fauvant fon maître.
» C'est dans le choc varié des paffions , & dans la
peinture des moeurs des particuliers , qu'on peut connoître
le coeur humain , & tirer des leçons de morale .
& de conduite pour toutes les claffes de la fociété . Ce
motif détermine à donner ici le précis d'une affaire
remarquable par fa fingularité . Jacques Jouy , de
Cuxac , Diocèfe de Carcaffonne , inconftant par caractère
, changeoit fouvent de demeure ; la fituation
du lieu d'Efcale , au Diocèfe de Narbonne , lui ayant
plu , il crut pouvoir s'y fixer ; il convint , verbalement
, avec Etienne Calveyrac de lui acheter , au prix
de 150 liv. , un champ , & fans en prendre poffeflion
il lui compta cette fomme. Dégoûté , bientôt après ,
du féjour d'Efcale , il la réclama ; mais Calveyrac
étoit alors hors d'état de la lui remettre. Un procureur
leur fit faire un accord , felon lequel Calveyrac
devoit compter à Jouy , dans un an , la moitié de la
fomme , & l'autre moitié l'année ſuivante. Les parties
ne fachant pas écrire , ne le figuerent pas. Après
l'échéance du dernier terme , le Procureur ayant ren
contré , par hazard , à Efcale , Calveyrac , il lui demanda
s'il avoit fatisfait au payement de ce qu'il devoit
à Jouy. Cette demande fait aflez fentir qu'il n'étoit
pas chargé de la fuite de cette affaire. La réponse
de Calveyrac , dictée par l'ingénuité , fut , qu'au
moyen de fes travaux & de fes fueurs , il étoit parà
ramaſſer la fomme due , qu'il étoit prêt à la venu
( 229 )
compter à celui qui lui remettroit la quittance de
Jouy , & que comme ce dernier n'étoit pas venu la
retirer , il y avoit lieu de croire qu'il étoit mort. Le
Procureur , profitant de cette ouverture , fit affigner
Calveyrac , le 27 Août 1777 , & malgré les pro-
'meffes qu'il lui fit de ne pas continuer les pourfuites
d'après fon offre réitérée de payer la fomme due , il
obtint un jugement de condamnation qu'il fit rendre ,
le 15 Septembre fuivant , par un poſtulant , qui n'étoit
pas le Juge naturel des parties . Par une précipitation
remarquable , il envoya le lendemain , 16 , à Eſcale ;
des Huifliers & des Records pour fignifier le Jugement
à Calveyrac , & pour lui faifir & enlever, en préfence
de fa famille infortunée , le peu d'effets que recéloit
fa chaumière. Pour fe mettre à l'abri de cette cruelle
expoliation , Calveyrac n'eut d'autre parti à prendre
que de remettre aux Huiffiers la fomme demandée &
le montant des frais des pourfuites. Comme la quittance
qui lui avoit été délivrée ne le déchargeoit pas
valablement , il réfolut de fe procurer celle de Jouy
fon véritable céancier. Mais quelle ne fut pas fa
furprife , lorfque , conduit par fes recherches , il découvrit
que Jouy étoit décédé , le 16 Septembre 1776,
un an avant l'affignation ; d'où il fuit que le Procureur
l'avoit affigné , pourfuivi , faifi , au nom d'un mort ,
& conféquemment fans en avoir le droit ni la miſſion .
C'étoit faire un ufage merveilleux de la fameufe maxime
le mortfaifit le vif. Touché de ce défordre &
des vexations exercées contre un de fes vaffaux , M,
de Marcorelle , Seigneur & Baron d'Eſcale , vint à
fan fecours , & réclama les bontés & la juftice de M.
de Noé , Procureur- Général au Parlement de Touloufe
. Ce Magiftrat , après avoir fait vérifier fur les
lieux les faits , & en avoir reconnu la vérité , obligea
le Procureur de reftituer , aux héritiers de Jouy , la
fomme qu'il avoit inducment reçue , & de rembourfer
à Calveyrac les frais fi cruellement exigés . La reftitution
fut faite , le 9 Décembre 1777 , par acte paſſé
( 230 )
devant Notaire , & le remboursement a été opéré le
13 Août de l'année courante 1778. C'eſt ainſi qu'a fini
cette affaire , fingulière par fa nature , & intéreffante
par fes effets . Elle renferme une leçon qui apprend
quelques-uns des moyens dont fe fert l'impofture
pour ufurper le bien d'autrui , & ceux qu'on doit employer
pour la démafquer & la punir «< .
L'école de Mathématiques , de Deffin , de Géographie
& d'Hiftoire , établie à Paris , rue & vis -à- vis
l'Abbaye Saint-Victor , & dirigée par M. de Longpré ,
Profeffeur de Mathématiques , jouit d'une réputation'
méritée ; l'éducation des enfans deſtinés à la Marine ,
à l'Artillerie ou au Génie , eft particulièrement dirigée
vers ce but. Il eft forti de cette Ecole un grand
nombre d'élèves , actuellement ingénieurs ordinaires
du Roi , dont le mérite & les talens font honneur à
ceux de M. de Longpré. Exciter la curiofité des enfans
, proportionner les leçons à leur fagacité , diſcoufir
fouvent avec eux par forme d'amuſement , former
leur ame par des inftructions de morale miles à
leur portée , échauffer leur coeur par les traits de
l'Hiftoire qui infpirent l'amour de la vertu ; voilà le
plan d'éducation de M. de Longpré , qui le développe
avec plaifir , en donnant aux parens intéreffés à les
connoître tous les détails qu'ils peuvent defirer . L'expérience
& la raifon prouvent qu'un enfant apprend
plus aifément la Géométrie élémentaire , que les principes
fecs & abftraits de la Grammaire. La Géométrie
en l'accoutumant à ne raifonner que jufte , rend trèssûrs
& très-rapides fes progrès dans les autres fciences .
Le Deffin amufe & occupe utilement les enfans portés
à l'imitation ; la Géographie eft une ſcience de leur
âge ; en deflinant eux-mêmes la carte , les noms
des lieux & leur pofition refpective , fe fixent fans
peine dans leur tête , & les difpofent à l'étude de
T'hiftoire. Les exercices publics que M. de Longpré fait
foutenir à ſes élèves viennent à l'appui de ce qu'on
avance ici. Les progrès prodigieux de ces élèves éton
1
( 231 )
nent , tous les ans , les Membres de l'Académie
Royale des Sciences , qui s'empreffent d'affifter à ces
exercices. Dans ceux qui ont été foutenus les 17 , 18 ,
19 , 20 & 21 du mois dernier , on a vu un enfant de
TI ans , M. Antoine - Romain- Coquebert de Montbret
, répondre avec netteté , affurance & précifion
fur l'Arithmétique , la Géométrie , la Trigonométrie
rectiligue & fphérique , l'Algèbre , jufqu'aux équations
du quatrième degré inclufivement ; l'applica
tion de l'Algèbre à la Géométrie , les Sections coniques
, les principes du Calcul différentiel & intégral ,
la Statique , la Dinamique , la Géographie & l'Hif
toire. Un enfant de 11 ans capable de répondre avec
intelligence & netteté fur toutes ces parties , eft fans
doute un phénomène intéreffant , & le public à qui
M. de Longpré en préfente de pareils , prefque tous
les ans ne fort point encore de fon étonnement.
Ces faits prouvent plus en faveur de fa méthode que
tout ce que nous pourrions ajouter .
A l'annonce que nous avons faite dernièrement du
taffetas gommé , impénétrable à l'eau , nous devons
ajouter que le public peut voir au Magaſin général
tous les différents ouvrages que l'Auteur en fait faire ,
& le tarif des prix différents de chacun . Ce Magafin
eft aux Quinze-Vingts , vis-à-vis le Cimetière, efcalier
n°. 8. Mlle. Guerin , qui le tient , fatisfera
à toutes les demandes qui lui feront faites , même
par lettres , pourvu qu'on les lui adreffe franches de
port.
Pierre- Charles de Beaufort - Montboiffier , Mar.
quis de Canillac , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , eft mort le 10 du mois dernier , en fon
Château de Chaffaigne en Auvergne.
Le Comte de Montefquiou - Fezenffac , Brigadier
des Armées du Roi , chef d'une Brigade de Carabiniers
, eft mort le 19 dans fon Château d'Algens ,
près Lavaur.
Pierre-Aimé de Guiffrey de Monteynard , Comte
( 232 )
de Marcieu , Chevalier , Grand- Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de St. Louis , Commandant de
celui de St. Lazare , de Jérufalem , & de Notre-
Dame du Mont Carmel , Doyen des Lieutenants-
Généraux des armées du Roi , Gouverneur en furvivance
des Villes & Citadelle de Valence , ancien
Infpecteur- Général d'Infanterie , & ci- devant Commandant
en chef en Dauphiné , eſt mort à Grenoble
le 26 , âgé de 91 ans .
Charles de la Michaudiere , Confeiller d'Honneur
au Parlement , eft mort ici le 31 Août , âgé de 89 ans.
Les Numeros fortis au Tirage du premier de ce
mois , de la Loterie Royale de France , font : 76 ,
44 , 85 , 52 , 60.
ON attend avec impatience des nouvelles de la feconde
fortie de M. le Comte d'Orvilliers ; » il a actuellement
30 vaitſeaux de ligne , écrit-on de Breft
en date du 4 de ce mois . Il en aura 31 quand le Neptune
l'aura joint. Ce vaiſſeau a été mâté hier , & fera.
prêt en peu de jours , l'Etat -Major ne veut aucun
emménagement de commodité. La Ville de Paris
entrera dans le baffin dans 2 ou 3 jours . Il y a des
ordres pour la conftruction d'un vaiffeau de 100
canons , & pour la refonte du Sceptre , du Minotaure
& du Northumberland.
Les Camps projettés commencent à s'affembler ;
on doit y exécuter le règlement preferit fur le fervice
de l'Infanterie en Campagne. Voici le préambule
de ce règlement , qui a 229 pages in -folio .
" La nouvelle conftitution des Troupes exigeant
une nouvelle Ordonnance de Service de Campagne ,
S. M. a fait rédiger provifoirement le préfent règlement
, afin qu'étant mis à l'épreuve dans les Camps
qu'elle fe propofe de faire aflembler , on puiffe profiter
de toutes les obfervations de l'expérience , pour
lui donner enfuite fous la forme d'Ordonnance toute
la perfection dont cet important ouvrage eft fufceptible
".
» M. le Maréchal de Broglie , écrit - on de Breft ,
a paffé ici 8 jours avant le départ de M. le Comte
d'Orvilliers ; comme ils ont eu de fréquentes conférences
enfemble , on ne manque pas de conjecturer
qu'ils ont concerté enfemble quelque opération ; les
fpéculatifs qui veulent tout deviner , & qui peut- être
K 4
( 224 )
n'y ont pas mieux réuffi cette fois , irrités des outrages
que les Corfaires de Jerfey & de Guernefay
ont fait à nos bâtiments Marchands , leur fuppofent
le projet de les venger. Ils préfument en conféquence
qu'on pourroit bien faire une defcente dans ces Ifles .
Comme les gros vaiffeaux ne peuvent paffer dans
l'une ni dans l'autre , les troupes qu'on y employeroit
, feroient tranfportées fur des frégates & des
bâtimens de St-Malo & de Coutances. Cependant ,
comme ces Ifles font fituées dans la Manche, l'entre->
prife feroit hafardée fi M. le Comte d'Orvilliers ne ;
s'affaroit pas une fupériorité abfolue fur les Anglois
; on dit qu'il fera renforcé par l'Efcadre du Che .
valier de Fabry. On nomme M le Marquis de Caftries
, pour commander cette expédition que l'on
défire en général , mais qui n'eft peut-être pas à la
veille d'être exécutée ".
Les Anglois le réjouiffent du retour de 10 vaif-.
feaux de leur Compagnie des Indes Orientales , dont
ils eftiment la cargallon 1,500,000 liv. ſterl . , fi ces
vaiſſeaux ont trouvé la mer libre , les nôtres ont
eu le même avantage. Il en eft arrivé deux à l'Orient ,
le Terray , venant de Pondicheri , & les Quatre- .
Amis venant de Bengale , la cargaison de ce dernier
feul , monte à plus de 4 millions. Outre ces vailfeaux
, il en eft arrivé 54 des Indes Occidentales ,
qui font entrés dans les Ports de Nantes & de Bordeaux,
& qu'on évalue à plus de 20 millions . Il en arrive
journellement d'autres dans nos différents Ports.
Nos Armateurs répandus fur toutes les mers de
l'Europe , font fouvent des prifes confidérables. On
les voit jufques fur les côtes d'Angleterre , y gêner.
le commerce , & conduire fréquemment des prifes
à Oftende. » Deux Armateurs de Dunkerque , dont
un de 22 canons , commandés par MM. de Pers ,
pere & fils , écrit-on de ce Port , fe font emparés
d'un Corfaire Anglois de 24 canons , convoyant deux
vaiffeaux Marchands de fa nation ; il les ont con
( 225 )
duits ici , où ils ont été accueillis avec des démonstrations
d'une joie générale «.
» La frégate la Sultane , mande-t- on de Toulon ,
qui faifoit partie de l'Efcadre du Chevalier de Fabry ,
qui avoit été détachée avec le chebec le Renard , &
la corvette la Sardine , pour aller croifer entre Gênes
& le Cap Corfe , a fait différentes prifes qu'elle
a amenées dans ce Port ; elle a dû repartir le 18 du
mois dernier , pour eſcorter les bâtiments qui vont
pafler des troupes en Corfe , & en ramener celles
qui y font.
" La frégate l'Aurore , écrit-on de Breft , commandée
par M. de Préville , & la corvette le Roffignol
, par M. de la Touche , ont conduit dans ce.
Port 2 frégates Angloifes l'une de 20 canons & l'autre
de 16 ; cette dernière avoit été faite par la corvette
, qui avoit été prise enfuite elle-même par un
Corfaire Anglois de 20 canons , auquel elle n'avoit
pu réfifter , parce qu'elle avoit mis une partie de
fon équipage fur fa prife . Sa captivité n'a pas été
longue , puifque le lendemain , la frégate l'Aurore
l'a délivrée en s'emparant des deux Anglois « .
Un Pêcheur de ce Port , écrit-on de S. Jean - de- Luz ,
vient de faire une prife qui lui procurera une fortune
brillante pour un homme de fon état ; c'eſt un bâtiment
chargé de 4000 quintaux de morue , eftimé
50,000 écus . La manière dont il s'en eft rendu
maître eft allez fingulière «. Ce Pêcheur étant en
mer découvrit le bâtiment Anglois . Le Capitaine -
qui ne connoiffoit point ces parages , & qui s'eftimoit
à la hauteur de St.- Sebaftien , Port d'Espagne ,
voifin de celui de St.- Jean-de Luz , ayant découvert
la barque du pêcheur courut fur elle , & pria le patron
de le piloter jufqu'à St- Sebaſtien ; celui -ci qui
parloit Efpagnol , le remorqua en effet , & le pilota
bien qu'il le mena dans le Port de St. -Jean -de-
Luz ; quand il fut entré affez avant pour être fous
le canon du Fort , & à l'abri d'une révolte de la part
K s
( 226 )
des Anglois , il leur déclara qu'ils étoient ſes priſonniers
. Le Capitaine Anglois jura beaucoup contre la
furprife , & voulut fe facher ; mais il fut forcé de s'en
tenir là,& il fut conduit dans le Fort avec fon mondec
Ces fuccès multipliés animent les Armateurs dont
le nombre augmente tous les jours ; felon des lettres
de différents Ports , on arme à Marſeille 4 Corfaires
, dont 2 de 20 canons , un de 18 , & un de 10.
A Breft on arme pour la courfe 2 frégates de 26 canons
, & 2 goëlettes , l'une de 10 & l'autre de 6.
La frégate l'Iphigénie , a envoyé , le 31 du mois dernier
, dans ce Port , une prife chargée de vin , d'eaude-
vie & de taffia , & quelques jours après un corfaire
Anglois de 12 canons & 18 pierriers .
On dit que Madame la Ducheſſe de Chartres ayant
envoyé à M. Deftouches , Capitaine de Vaiffeau , qui
commandoit l'Artéfien , au combat d'Oueflant, & qui
dégagea le St- Efprit , attaqué par plufieurs vailleaux
Anglois , une fuperbe boîte d'or ; ce brave Officier a remercié
cette Princeffe avec beaucoup de ſenſibilité ,
en difant qu'il ne croyoit pas mériter une récompenfe
fi grande pour avoir fait fon devoir & exécuté
les ordres de fon Général.
On croit que la Légion de Marine , que M. le Duc
de Lauzun vient d'obtenir l'agrément de lever , eft
deftinée pour les Grandes Indes ; elle fera , dit- on ,
de 4 à 5000 hommes ; il en eft Colonel - Général ,
& il aura fous lui 4 Colonels. Plufieurs Officiers du
Régiment Royal Dragons , dont il étoit Meftre-de-
Camp , auront la permiffion de le fuivre ; c'eft M. de
Gontault , qui , dit-on , commandera à fa place le
Régiment Royal Dragons.
Les affiches de Reims nous fourniffent le trait fuivant
, que nous nous empreffons de rapporter , il a le
mérite de l'intérêt , s'il n'a pas celui de la nouveauté .
Le Prince de Rohan , Colonel du régiment de fon
nom , fe trouvant feul à pied fur le champ de ba
taille , à Rosbach , en 1757 , fut fecouru par un dragon
du régiment d'Apchon , qui le reçut fur fon
( 227)
cheval & le mit en sûreté ; le Prince , après avoir foupé
avec les dragons , donna fix louis à fon libérateur
, & partagea le refte de fon argent entre les
autres. Il recommanda au premier de le venir voir ,
& lui promit de l'obliger . En 1771 , le dragon fe
trouvant dans le cas de quitter le fervice , écrivit au
Prince , qui lui fit la réponſe fuivante , le 6 Mars :
J'ai reçu , mon cher Gerard , votre lettre avec un
grand plaifir , & je vous prie d'en être perfuadé . L'étendue
de la reconnoiffance que je vous deis ne peut
être comparée qu'à la feule envie que j'ai toujours eu
de vous en pouvoir , dans tout le cours de ma vie ,
donner des preuves convaincantes. J'ai eu jufqu'au moment
où j'ai reçu votre lettre , l'inquiétude la plus
grande , vous ayant perdu de vue , & ne fachant où
vous retrouver pour vous faire part du defir qu'a mon
coeur de pouvoir vous être utile au moment que vous
ferez dans l'intention de vous retirer du fervice . Oui ,
mon cher Gerard , vous pouvez demander votre
congé ; vous devez être affuré que vous aurez toujours
une retraite chez moi , fi vous voulez l'accepter.
Je vous prie de recevoir 400 liv . de penfion que
je vous continuerai à votre arrivée ici , mais aux conditions
que vous ne ferez chez moi que fur le pied
d'un brave & honnête militaire auquel je dois la vie :
fi à votre arrivée le pays ne vous convient pas , mon
coeur facrifiera toujours fa fatisfaction à votre bonheur
, & vous jouirez de votre penfion par - tout où
vous irez. Adieu , mon cher Gerard , foyez perfuadé
que vous aurez toujours en moi un ami bien reconnoiffant.
P. S. Accufez-moi , je vous prie , la réception
de ma lettre , & adreffez-moi la vôtre au Château de
Coufière , près Monbazon «. L'Auteur des affiches
de Reims affure qu'il tient le fait du fieur Gerard ,
qui lui a remis copie de la lettre du Prince . Le
brave dragon , qui fe nomme Gerard Gaillard , eft
né à Biermes , près Rethe , & s'eft retiré à Reims depuis
quelques années .
K 6
( 228 )
On lit dans le Journal de Patis , le trait fuivant ,
un enfant de 12 à 13 ans , fe baignant il y a quelques
jours , fut entraîné par le courant dans un lieu
profond , ou il fe feroit infailliblement noyé , fi un
chien qu'il avoit , n'étoit venu à fon fecours ; cet
animal a plongé après lui 14 ou is fois de fuite , &
l'a ramené autant de fois à la furface de l'eau , en le
prenant , tantôt par le bras , tantôt par les cheveux ;
il a donné le tems de venir au fecours de l'enfant ,
mais l'animal extenué de fatigue , & ne pouvant être
affez-tôt fecouru , a péri en fauvant fon maître.
» C'est dans le choc varié des paffions , & dans la
peinture des moeurs des particuliers , qu'on peut connoître
le coeur humain , & tirer des leçons de morale .
& de conduite pour toutes les claffes de la fociété . Ce
motif détermine à donner ici le précis d'une affaire
remarquable par fa fingularité . Jacques Jouy , de
Cuxac , Diocèfe de Carcaffonne , inconftant par caractère
, changeoit fouvent de demeure ; la fituation
du lieu d'Efcale , au Diocèfe de Narbonne , lui ayant
plu , il crut pouvoir s'y fixer ; il convint , verbalement
, avec Etienne Calveyrac de lui acheter , au prix
de 150 liv. , un champ , & fans en prendre poffeflion
il lui compta cette fomme. Dégoûté , bientôt après ,
du féjour d'Efcale , il la réclama ; mais Calveyrac
étoit alors hors d'état de la lui remettre. Un procureur
leur fit faire un accord , felon lequel Calveyrac
devoit compter à Jouy , dans un an , la moitié de la
fomme , & l'autre moitié l'année ſuivante. Les parties
ne fachant pas écrire , ne le figuerent pas. Après
l'échéance du dernier terme , le Procureur ayant ren
contré , par hazard , à Efcale , Calveyrac , il lui demanda
s'il avoit fatisfait au payement de ce qu'il devoit
à Jouy. Cette demande fait aflez fentir qu'il n'étoit
pas chargé de la fuite de cette affaire. La réponse
de Calveyrac , dictée par l'ingénuité , fut , qu'au
moyen de fes travaux & de fes fueurs , il étoit parà
ramaſſer la fomme due , qu'il étoit prêt à la venu
( 229 )
compter à celui qui lui remettroit la quittance de
Jouy , & que comme ce dernier n'étoit pas venu la
retirer , il y avoit lieu de croire qu'il étoit mort. Le
Procureur , profitant de cette ouverture , fit affigner
Calveyrac , le 27 Août 1777 , & malgré les pro-
'meffes qu'il lui fit de ne pas continuer les pourfuites
d'après fon offre réitérée de payer la fomme due , il
obtint un jugement de condamnation qu'il fit rendre ,
le 15 Septembre fuivant , par un poſtulant , qui n'étoit
pas le Juge naturel des parties . Par une précipitation
remarquable , il envoya le lendemain , 16 , à Eſcale ;
des Huifliers & des Records pour fignifier le Jugement
à Calveyrac , & pour lui faifir & enlever, en préfence
de fa famille infortunée , le peu d'effets que recéloit
fa chaumière. Pour fe mettre à l'abri de cette cruelle
expoliation , Calveyrac n'eut d'autre parti à prendre
que de remettre aux Huiffiers la fomme demandée &
le montant des frais des pourfuites. Comme la quittance
qui lui avoit été délivrée ne le déchargeoit pas
valablement , il réfolut de fe procurer celle de Jouy
fon véritable céancier. Mais quelle ne fut pas fa
furprife , lorfque , conduit par fes recherches , il découvrit
que Jouy étoit décédé , le 16 Septembre 1776,
un an avant l'affignation ; d'où il fuit que le Procureur
l'avoit affigné , pourfuivi , faifi , au nom d'un mort ,
& conféquemment fans en avoir le droit ni la miſſion .
C'étoit faire un ufage merveilleux de la fameufe maxime
le mortfaifit le vif. Touché de ce défordre &
des vexations exercées contre un de fes vaffaux , M,
de Marcorelle , Seigneur & Baron d'Eſcale , vint à
fan fecours , & réclama les bontés & la juftice de M.
de Noé , Procureur- Général au Parlement de Touloufe
. Ce Magiftrat , après avoir fait vérifier fur les
lieux les faits , & en avoir reconnu la vérité , obligea
le Procureur de reftituer , aux héritiers de Jouy , la
fomme qu'il avoit inducment reçue , & de rembourfer
à Calveyrac les frais fi cruellement exigés . La reftitution
fut faite , le 9 Décembre 1777 , par acte paſſé
( 230 )
devant Notaire , & le remboursement a été opéré le
13 Août de l'année courante 1778. C'eſt ainſi qu'a fini
cette affaire , fingulière par fa nature , & intéreffante
par fes effets . Elle renferme une leçon qui apprend
quelques-uns des moyens dont fe fert l'impofture
pour ufurper le bien d'autrui , & ceux qu'on doit employer
pour la démafquer & la punir «< .
L'école de Mathématiques , de Deffin , de Géographie
& d'Hiftoire , établie à Paris , rue & vis -à- vis
l'Abbaye Saint-Victor , & dirigée par M. de Longpré ,
Profeffeur de Mathématiques , jouit d'une réputation'
méritée ; l'éducation des enfans deſtinés à la Marine ,
à l'Artillerie ou au Génie , eft particulièrement dirigée
vers ce but. Il eft forti de cette Ecole un grand
nombre d'élèves , actuellement ingénieurs ordinaires
du Roi , dont le mérite & les talens font honneur à
ceux de M. de Longpré. Exciter la curiofité des enfans
, proportionner les leçons à leur fagacité , diſcoufir
fouvent avec eux par forme d'amuſement , former
leur ame par des inftructions de morale miles à
leur portée , échauffer leur coeur par les traits de
l'Hiftoire qui infpirent l'amour de la vertu ; voilà le
plan d'éducation de M. de Longpré , qui le développe
avec plaifir , en donnant aux parens intéreffés à les
connoître tous les détails qu'ils peuvent defirer . L'expérience
& la raifon prouvent qu'un enfant apprend
plus aifément la Géométrie élémentaire , que les principes
fecs & abftraits de la Grammaire. La Géométrie
en l'accoutumant à ne raifonner que jufte , rend trèssûrs
& très-rapides fes progrès dans les autres fciences .
Le Deffin amufe & occupe utilement les enfans portés
à l'imitation ; la Géographie eft une ſcience de leur
âge ; en deflinant eux-mêmes la carte , les noms
des lieux & leur pofition refpective , fe fixent fans
peine dans leur tête , & les difpofent à l'étude de
T'hiftoire. Les exercices publics que M. de Longpré fait
foutenir à ſes élèves viennent à l'appui de ce qu'on
avance ici. Les progrès prodigieux de ces élèves éton
1
( 231 )
nent , tous les ans , les Membres de l'Académie
Royale des Sciences , qui s'empreffent d'affifter à ces
exercices. Dans ceux qui ont été foutenus les 17 , 18 ,
19 , 20 & 21 du mois dernier , on a vu un enfant de
TI ans , M. Antoine - Romain- Coquebert de Montbret
, répondre avec netteté , affurance & précifion
fur l'Arithmétique , la Géométrie , la Trigonométrie
rectiligue & fphérique , l'Algèbre , jufqu'aux équations
du quatrième degré inclufivement ; l'applica
tion de l'Algèbre à la Géométrie , les Sections coniques
, les principes du Calcul différentiel & intégral ,
la Statique , la Dinamique , la Géographie & l'Hif
toire. Un enfant de 11 ans capable de répondre avec
intelligence & netteté fur toutes ces parties , eft fans
doute un phénomène intéreffant , & le public à qui
M. de Longpré en préfente de pareils , prefque tous
les ans ne fort point encore de fon étonnement.
Ces faits prouvent plus en faveur de fa méthode que
tout ce que nous pourrions ajouter .
A l'annonce que nous avons faite dernièrement du
taffetas gommé , impénétrable à l'eau , nous devons
ajouter que le public peut voir au Magaſin général
tous les différents ouvrages que l'Auteur en fait faire ,
& le tarif des prix différents de chacun . Ce Magafin
eft aux Quinze-Vingts , vis-à-vis le Cimetière, efcalier
n°. 8. Mlle. Guerin , qui le tient , fatisfera
à toutes les demandes qui lui feront faites , même
par lettres , pourvu qu'on les lui adreffe franches de
port.
Pierre- Charles de Beaufort - Montboiffier , Mar.
quis de Canillac , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , eft mort le 10 du mois dernier , en fon
Château de Chaffaigne en Auvergne.
Le Comte de Montefquiou - Fezenffac , Brigadier
des Armées du Roi , chef d'une Brigade de Carabiniers
, eft mort le 19 dans fon Château d'Algens ,
près Lavaur.
Pierre-Aimé de Guiffrey de Monteynard , Comte
( 232 )
de Marcieu , Chevalier , Grand- Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de St. Louis , Commandant de
celui de St. Lazare , de Jérufalem , & de Notre-
Dame du Mont Carmel , Doyen des Lieutenants-
Généraux des armées du Roi , Gouverneur en furvivance
des Villes & Citadelle de Valence , ancien
Infpecteur- Général d'Infanterie , & ci- devant Commandant
en chef en Dauphiné , eſt mort à Grenoble
le 26 , âgé de 91 ans .
Charles de la Michaudiere , Confeiller d'Honneur
au Parlement , eft mort ici le 31 Août , âgé de 89 ans.
Les Numeros fortis au Tirage du premier de ce
mois , de la Loterie Royale de France , font : 76 ,
44 , 85 , 52 , 60.
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Résumé : De PARIS, le 10 Septembre.
Le document du 10 septembre à Paris détaille divers événements militaires et maritimes. La flotte du Comte d'Orvilliers, composée de 30 vaisseaux de ligne, attend le Neptune pour atteindre 31 unités. La Ville de Paris se prépare à entrer en bassin, et des ordres sont donnés pour construire un vaisseau de 100 canons et refondre trois autres. Le Maréchal de Broglie rencontre le Comte d'Orvilliers pour planifier une opération concertée contre les Anglais. Les Anglais célèbrent le retour de vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales, tandis que la France reçoit des vaisseaux des Indes Orientales et Occidentales chargés de marchandises précieuses. Les armateurs français réalisent des prises importantes, notamment sur les côtes anglaises. À Toulon, la frégate la Sultane escorte des troupes en Corse après plusieurs prises. À Brest, les frégates l'Aurore et le Rossignol capturent des navires anglais. Un pêcheur de Saint-Jean-de-Luz capture un navire anglais chargé de morue. Les succès maritimes encouragent les armateurs à armer de nouveaux navires à Marseille et Brest. À Marseille, quatre corvettes sont armées, et à Brest, deux frégates et deux goélettes sont préparées. La frégate l'Iphigénie capture un navire anglais après une prise chargée de vin et d'eau-de-vie. Madame la Duchesse de Chartres récompense M. Deftouches pour son courage lors du combat d'Ouessant. La Légion de Marine, approuvée par le Duc de Lauzun, est destinée aux Grandes Indes et comptera 4 000 à 5 000 hommes. Plusieurs officiers du Régiment Royal Dragons suivront Lauzun, et M. de Gontault prendra le commandement du régiment. Le texte mentionne des anecdotes, comme l'histoire du Prince de Rohan aidant un dragon sauvé lors de la bataille de Rossbach, et celle d'un chien sauvant un enfant de la noyade. Une affaire juridique implique Jacques Jouy et Étienne Calveyrac, aboutissant à la restitution de sommes indûment perçues. L'école de Mathématiques, de Dessin, de Géographie et d'Histoire dirigée par M. de Longpré à Paris forme des élèves pour la Marine, l'Artillerie ou le Génie. Un élève de 11 ans, Antoine-Romain Coquebert de Montbret, se distingue par ses compétences en sciences et mathématiques. Le document annonce le décès de plusieurs personnalités militaires, dont Pierre-Charles de Beaufort-Montboissier, le Comte de Montesquiou-Fezensac, Pierre-Aimé de Guiffrey, Marcieu et Charles de la Michaudiere.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4078
p. 232-240
De BRUXELLES, le 10 Septembre.
Début :
Toutes les lettres d'Espagne ne présentent que des détails préparatifs formidables que l'on y [...]
Mots clefs :
Bruxelles, Vent, Vaisseaux, Français, Combat, Amiral, Ligne, Bataille, Roi, Lettre, Anglais, Manche, Mademoiselle Raucourt, Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BRUXELLES, le 10 Septembre.
De BRUXELLES le 10 Septembre.
,
TOUTES les lettres d'Efpagne ne préfentent que
des détails des préparatifs formidables que l'on y
fait.. On écrit d'Utrera , à 4 lieues de Séville , qu'on
va y former un Camp de 20 mille hommes, & que;
tous les Grenadiers Provinciaux du Royaume ont
ordre de fe raffembler au Camp de St. - Roch , devant
Gibraltar . La Marine eft maintenant fur le pied
le plus refpectable ; les Matelots néceffaires à tant
de vaiffeaux , n'auroient pu être levés dans le
Royaume , fans interrompre le fervice du Commerce
& de la Pêche ; les Etrangers en ont fourni ;
il en eft arrivé 10,000 de Naples , dont 3000 Napolitains
, & 7000 Grecs de Lipari . Ils ont mis
en état d'en renvoyer un pareil nombre de Nationaux .
au Commerce ; dans deux ans , ils reviendront fur la
Marine du Roi , prendre la place de 10,000 autres .
Nationaux qu'on renverra pour fervir à leur tour
le Commerce . Tant de mouvements & de préparatifs
font toujours penfer qu'on a en vue des projets d'une
grande importance ; on ne tardera pas à les pénétrer ,
ce qu'on lit dans la lettre fuivante de Madrid , eft
し
( 233 )
לכ vrai. » Le Roi a fait demander à l'Ambaffadeur d'Angleterre
, raifon de l'infulte faite à fon pavillon dans
le Miffiffipi. On peut le rappeller qu'un Capitaine
Anglois fit des menaces au Gouverneur de la Nouvelle
-Orléans , pour avoir donné afyle dans ce Port
à deux Corfaires Américains , qui avoient pris 2
bâtiments Anglois dans ces parages , & que ce Capitaine
n'ayant pu intimider le Gouverneur Efpagnol
, retourna à la Jamaïque pour y demander un
renfort dans la vue de fe faire lui -même juftice . La
demarche actuelle de l'Espagne femble prouver
qu'elle foutient les Américains , comme fes alliés ,
& qu'elle ne tardera pas à faire cauſe commune avec
la France , aux termes du pacte de famille. On dit
même ici très -publiquement , que deux Députés des
Etats - Unis ont conclu fecrètement un Traité avec
cette Cour ; & qu'enfuite ils font parcis pour la Corogne
, où ils fe font embarqués de nuit , fur les
Paquebots dont on a tant parlé le mois paflé «.
On fe rappelle le bruit calomnicux qui s'étoit répandu
au fujet de Mlle . Raucourt , célèbre Actrice
Françoife , fur la foi d'une Gazette Allemande ; cette
Actrice empreffée de le détruire , écrivit de Heffe-
Caffel , où elle fe trouvoit , à M. le Baron de la
Houze , Miniftre Plenipotentiaire du Roi , près les
Princes & Etats du Cercle de la Baffe - Saxe , Réfident
à Hambourg , qui lui répondit fur- le-champ : » J'allois
partir pour aller dîner à la campagne , Mlle. ,
quand l'Eftafette que vous m'avez dépêché le 4 de
ce mois , m'a apporté ce matin à 11 h . & demie , la
lettre par laquelle vous réclamez la juftice qui vous
eft due , relativement au féjour que vous avez fait à
Hambourg. J'ai tout quitté pour vous la procurer;
je me fuis cmpreffé de recourir à M. le Syndic Schuback
, pour détruire par un Certificat ce que la plus
noire calomnie a inventé . J'adreffe au Ministre du
Roi ce Certificat que j'ai légalifé , & qui ſera ſuivi
d'un hommage rendu en votre faveur à la vérité ,
( 234 )
dans les Gazettes de Hambourg que je vous feraf
paller par le premier ordinaire. Je defire qu'il puiffe
contribuer à votre fatisfaction . Je ſuis Mile. Signé.
Le Baron de la Houze.
Le Certificat de M. Schuback eft conçu ainfi :
»Mlle Raucourt, célèbre actrice Françoile , a féjourné
quelques femaines ici au commencement de cet été
avec Mlle . de Souque , qui y avoir un procès ; &'
comme j'ai été nommé Commiffaire par le Sénat
dans ce procès , j'ai été à même de connoître Mile.
Raucourt & tout le tems quelle a été ici , elle a
mené une vie & une conduite irréprochables en tout
point ; il eft faux qu'elle ait fait une fauffe lettre de
change & ait été obligée de quitter la ville après
une punition publique. En foi de quoi , je donne le
préfent certificat «. Signé Schuback , Syndic.
M. le Baron de la Houze a donné la légalifation
fuivante à cette pièce , « Nous Mathieu de Baſquiat
Chevalier , Baron de la Houze , & Miniftré plénipotentiaire
de S. M. T. C. près les Princes & Etats du
Cercle de baffe Saxe , certifions & atteftons à tous
qu'il appartiendra , que le certificat & la fignature
ci- deffus font véritablement de M. Schuback , Syndic
de la République de Hambourg , & que foi doit y
être ajoutée tant en jugement que dehors ; en foi de
quoi avons délivré le préfent , figné de notre main ,
contrefigné par notre Secrétaire , & fcellé du cachet
de nos armes. A Hambourg ce 6 Août 1778. La
Houze. Et plus bas , Saint- Paul.
Mile Rancourt a fait faire plufieurs copies de
ces pièces , que le Miniftre du Roi à Heffe- Ċaffel , a
auffi légalifées , & qu'elle a envoyées par- tout . Nous
fouffigné , Miniftre plénipotentiaire de S. M. T. C.
auprès du Landgrave règnant de Heffe- Caffèl , certifions
que les copies ci-deffus font en tout conformes
aux originaux que nous en avons lus , & qui font
reftés aux mains de Mlle. Raucourt . Fait à Caffel ,
le 30 Avril 1778. Ce font certainement les ennemis
( 235 )
de Mlle. Raucourt qui l'ont auffi cruellement calomniée
dans les différens bulletins qui circulent dans
Paris. Le Comte de Grais «.
Les flottes Françoife & Angloife font à la veille
de fe mefurer une feconde fois ; on fait que la première
eft bien déterminée à ne laiffer à la feconde
aucun prétexte d'effayer d'en impofer à fa Nation
& à l'Europe , qui n'ont point été trompées fur l'iffue
du combat. En attendant que l'Amiral Keppel parvienne
, s'il le peut , à réparer l'échec qu'il a reçu
dans celui d'Oueffant , les Gazetiers Anglois ne ceffent
de répéter des relations de fon prétendu triomphe.
Un Officier de l'armée navale de France vient
d'adreffer une lettre à l'Amiral Anglois , à bord de
l'efcadre Françoife près d'Oueffant le 9 Août ; c'eft
une réponse à celle que la Gazette de Londres , a
imprimée fous le nom de M. Keppel , à qui perfonne
en France n'a fait l'injure de croire qu'elle fût de
lui ; cette réponſe en conféquence s'adreffe à l'Auteur
inconnu de cette lettre. Après avoir obſervé l'attention
de l'Auteur à vanter les fuccès des Généraux Anglois
en Amérique pendant qu'ils y éprouvoient des revers
continuels ; la relation du combat de la Belle
Poule , de la priſe de 2 frégates par 21 vaiffeaux
Anglois qui tenoient la mer , tandis que les François
étoient dans leurs rades ; on admire , avec raifon ,
fon entrepriſe hardie , de préfenter comme victorieufe
une flotte battue , & qui avoit pris la fuite 24
heures avant que les vainqueurs entraflent dans Breft.
" Vous dites qu'avant le 27 Juillet les François
avoient fui l'occafion de combattre & pourquoi
donc vous étiez -vous réfugiés dans la Manche , dont
ils gardoient l'entrée , où vous faviez qu'ils n'iroient
pas , où vous aviez des Ports , où ils n'en ont aucup ,
* Cette lettre imprimée avec le plan figuré des principales
évolutions des deux armées navales , fe trouve à Paris , chez
Fournier , Libraire , rue du Hurepoix .
( 236 )
où un feul coup de
auroit difperfé leur
23 au 24,
vent , tel que celui du
armée & jetté leurs vaiſſeaux à la côte Avant cette époque du 23 , vous étiez donc réduits vous-mêmes à des croiſières sûres & renfermées
, en nous abandonnant
le golfe de Gascogne & les grandes mers qui y communiquent
. L'éloignement
des François , à l'époque du coup de vent du 23 , n'eut que l'objet indifpenfable
de leur sûreté ; & c'est ce même vent forcé de nord- oueft qui les mit au large & vous fit fortir de la Manche , égale- ment pour votre sûreté , & lorfque vous faviez bien que les François ne pouvoient plus être à portée de vous en défendre la fortie. Du 24 au 27 , vous fûtes
à la vue les uns des autres ; les François s'étoient rapprochés
de vous dès qu'il l'avoient pu ; ils n'a- voient donc pas évité le combat : il ne vous le livrè- rent point , parce que vous l'évitiez vous- mêmes , & qu'ils attendoient d'être joints par le Duc de Bour gogne & l'Alexandre
, que la tempête avoit écartés : ils évitoient fi peu le combat , qu'ils ne manoeuvroient
que pour l'engager le 27 , quoique ces deux vaif- feaux n'euffent pas rejoints. Ils vous y forcèrent
lorfque les deux armées faifant la même route , nôtre revira par la contremarche
. Cette manoeuvre
, qui trompoit votre Amiral , mit bientôt l'avant-garde & le centre des François hors de mefure. Vous revi- râtes alors vent devant , & vous forçâtes de voiles pour attaquer & féparer , avec l'avantage du nombre, l'arrière-garde de vos ennemis ; alors , par leur ma noeuvre , & non par les vôrres , vous vous trouvâtes
pour la première fois à la portée de leur canon. Auffi- tôt ils revirèrent
de nouveau, vent devant , tous à la
fois ; & prolongeant
leur ligne en fens contraire. chacun de vos vailleaux fut obligé de recevoir le feu de tous les vaiffeaux François
, & réciproquement
de le leur rendre.
la
» Pendant certe promenade militaire de 30 de vos
vaiffeaux contre 27 ( M. le Comte d'Orvilliers en
( 237 )
avoit mis en réferve ) , vous aviez l'avantage du
nombre , des calibres , de l'échantillon de la force
& du rang , puifque vous aviez s vaiíleaux de 3 ponts ,
& que les François n'en avoit que 2 ; vous aviez la
fupériorité de 300 canons ; panchés par le vent , vous
aviez la facilité de vous fervir de tout votre feu quand
l'armée de France ne pouvoit pas faire ufage de fes
premières batteries : & malgré ces avantages , vous
favez que quand les deux lignes fe furent dépaffées ,
tous les vaiffeaux François furent en état de manoeuvrer
& de combattre. Vous convenez auffi que vous
aviez beaucoup fouffert; plufieurs de vos vaiffeaux
étoient démâtés & fans voiles ; vous en aviez au
moins 7 de défemparés . Les François , malgré la
grande inégalité de leurs forces , vous avoient donc
battus autant que le genre
de combat , qui venoit de
Le donner , avoit pu le leur permettre.
"Vous ne craignez pas de dire que
dans cette fituation
les François fe formèrent en bataille , & enfuite
qu'ils le refufèrent à un fecond combat. Cette contradiction
eft manifefte : fe former en bataille , c'eſt
au moins ne pas refufer le combat , c'eſt au contraire
s'y difpofer & le préfenter de nouveau. Et pourquoi
s'y feroient -ils refufés , puifque , par vos propres
aveux , ils avoient moins fouffert que vous ?
Les deux lignes s'étant dépallées & fuivant un- cours
oppofé , il falloit , de toute néceffité , que l'une des
deux , au moins , revirât de bord pour vous remettre
en préfence. Ce furent les François qui revirèrent par
la contre-marche ; ils ne craignirent point defe former
en bataille fous le vent pour avoir la poffibilité d'engager
une nouvelle action. Vous mîtes à profit cet
avantage du vent pour vous foutenir loin d'eux , &
ce n'étoit pas à l'approche de la nuit , comme vous le
dites : il vous reftoit plufieurs heures de jour , dont
on préfume que votre Amiral aurcit fait , s'il l'avoit
pu , un plus glorieux ufage. Le Général François
fous le vent ne pouvant pas vous approcher , quand
( 238 )
vous ne le vouliez point , vous provoqua en vain à
un combat qui ne dépendoit que de vous ; & lorſque
la nuit fut venue , maître du champ de bataille , allumant
fes feux pour que vous n'euffiez pas l'excufe
de l'avoir perdu de vue , ne vous difcernant plus dans
la profonde obfcurité dont vous vous étiez prudemment
enveloppés , vous vous remîtes dans la Manche
auffi promptement que le défordre de quelques - uns
de vos vailleaux traîneurs pouvoit le comporter.
» C'eft après avoir cédé le champ de bataille , après
avoir été forcés à un premier combat de ligne , quand
vous n'aviez cherché qu'une ſurpriſe d'arrière -garde
après avoir évité une feconde action , après avoir fui
toute une nuit fans fanaux vers Plymouth , & enfuite
plus avant jufqu'à Portſmouth , pour y réparer vos
vailleaux délabrés , que vous dites aux 20,000 compagnons
de cette fuite , & à l'Europe entière , que les
François n'ont pas voulu combattre ! Le Général
François refta toute la journée du 28 dans les mêmes
eaux où il avoit combattu ; il vous fit fuivre par fes
frégates , & vous étiez déja bien loin quand il profita
de la proximité de fon port pour y débarquer fes
bléffés & réparer des dommages , fuites inévitables
d'un combat. Dès le lendemain trois de fes vaiſſeaux
reparurent à l'entrée de la Manche.
» J'étois occupé , faites -vous dire à M. l'Amiral ,
de la pourfuite d'une flotte nombreuſe de vaiffeaux
de guerre François. Quoi ! dans la Manche , où ils
n'étoient pas entrés , d'où vous n'êtes fortis que par
les mêmes vents qui les avoient éloignés , & pour
éviter les mêmes dangers de la côte ? Vous ne les
avez pas pourſuivis dans la Manche : dans quel efpace
les avez-vous donc pourfuivis ? La flotte Françoife
étant toujours au vent & gagnant le large , j'employai
tous les moyens poffibles de la ferrer de
près... Cette précaution étoit devenue néceſſaire à
raifon de la manière circonfpecte avec laquelle les
François manoeuvroient. Ils fuyoient & manoeu
( 239 )
vroient ! Ils gagnoient le large , & fe trouvoient au
plus près fur Oueffant ! La vérité eft qu'ils vous ferroient
de près eux mêmes , & fur la ligne la plus
avancée dont ils vouloient vous défendre l'approche.
>
» Les François , ajoutez-vous , commencèrent à
faire feufur celui des vaiffeaux de la Divifion du
Vice - Amiral Sir Robert Harland. Les François devant
Queffant fur la ligne qu'ils ne vouloient ni ne
devoient pas dépaffer , font feu les premiers ; ils
avoient le vent & pouvoient vous éviter ; eft- ce ainfi
qu'ils vous fuyoient ? C'eft le premier vaiffeau de la di
vifion de votre Vice-Amiral qui tira fa première bordée
fur le Saint-Esprit , quand la manoeuvre preflante &
hardie du Général François , en ordonnant qu'on vi
rât ENSEMBLE Vent devant , eut déconcerté vos projets
& vous eut obligé de combattre , non pas une
arrière-garde , mais une ligne entière. Vous voudriez
bien que l'on crût que , par le premier feu , les Fran
çois ont été les aggreffeurs . Eh ! qu'importe ce premier
feu ? dès qu'ils avoient été fi bien poursuivis, fi
bien ferrés de près , vous vous étiez déclarés leurs
ennemis , & la défenfe , au moins , leur étoit permife.
Il paroit , dites vous , pour M. l'Amiral , que l'objet
des François a étéde défemparer les vaiffeaux du Roi
de leurs mâts & de leurs voiles , projet dans lequel
ILS ONT SI BIEN RÉUSSI , qu'ils ont mis plufieurs
vaiffeaux de ma flotte HORS D'ÉTAT DE ME SUIVRE
, lorfqueje virai vent arrière à l'effet de porter
vers la flotte Françoife ; je me vis donc obligé de
virer encore pour joindre les vaiffeaux , &c. Les
François avoient donc bien réuffi à défemparer plufieurs
vaiffeaux , & fi bien réuffi , que plufieurs ne
pouvoient pas vous fuivre , & c. Et qu'auriez - vous
voulu que les François euffent fait de mieux ? Ils
avoient mis une partie de votre armée hors de combat
, & obligé l'autre de manoeuvrer pour la joindre ,
c'eft à -dire , de ceffer de combattre , de refter dans
l'impoffibilité , non-feulement de nous attaquer , mais
( 240 )
même de fe défendre . Si l'aveu de votre embarras &
de votre impuiflance étoit moins clair , moins précis ,
je vous dirois que votre ligne étoit dans le plus grand
défordre ; que plufieurs de vos vaiffeaux étoient démâtés
; quelques-uns fans voiles & fans vergues ;
qu'un de ceux à trois ponts , qui porroit pavil
bleu à fa milaine , étoit démâté de fon grand mât .
qu'un autre des vôtres fit ridiculement feu de fes deux
bords hors de toute portée ; que votre vaiſſeau Amiral
, après avoir effuyé la bordée de la Bretagne & de
la Ville de Paris , arriva tast qu'il le put , & ceifa
tout fon feu ; que celui des François fut fi prompt &
fi terrible , que la Bretagne feule , en longeant votre
ligne , tira 1400 coups de canon ; que la Ville de
Paris , dérivant par défaut de conftruction , affaillie
de basbord & de ftribord par votre Amiral de 100
canons , & le Formidable de 90 , les combattit tous
deux à la fois , & les força de fe retirer ; qu'enfin , en
terminant le premier combat , nous avions fi bien
réuffi à vous défemparer , que d'après votre propre
conviction , & dans peu de momens , notre victoire
auroit été complette fi notre pofition nous avoit permis
de regagner le vent... Vous avouez que les
François , vers le déclin du jour , eurent le tems de
rallier leurflotte & de la former en ligne de bataille
fous le vent de la vôtre ; ils pouvoient donc ce que
vous ne pouviez plus , former une ligne de tous leurs
vaiffeaux ; donc aucun d'eux n'étoit défemparé : s'ils
fe mirent en bataille , ils vous offrirent le combat ,
que vous n'acceptâtes point , quoiqu'ayant le vent ,
vous fuffiez libre de l'accepter. Ils ofèrent vous défier
fous le vent ; mais comment auroient- ils pu vous
rejoindre , quand vous aviez reviré pour joindre en
arrière vos vaiffeaux défemparés ? Ce fut l'avantage
du vent & non le déclin , fuppofé , du jour qui , pendant
plufieurs heures , vous fit éviter une feconde action
, que vous n'étiez plus en état de foutenir.
La fuite à l'ordinaire prochain.
,
TOUTES les lettres d'Efpagne ne préfentent que
des détails des préparatifs formidables que l'on y
fait.. On écrit d'Utrera , à 4 lieues de Séville , qu'on
va y former un Camp de 20 mille hommes, & que;
tous les Grenadiers Provinciaux du Royaume ont
ordre de fe raffembler au Camp de St. - Roch , devant
Gibraltar . La Marine eft maintenant fur le pied
le plus refpectable ; les Matelots néceffaires à tant
de vaiffeaux , n'auroient pu être levés dans le
Royaume , fans interrompre le fervice du Commerce
& de la Pêche ; les Etrangers en ont fourni ;
il en eft arrivé 10,000 de Naples , dont 3000 Napolitains
, & 7000 Grecs de Lipari . Ils ont mis
en état d'en renvoyer un pareil nombre de Nationaux .
au Commerce ; dans deux ans , ils reviendront fur la
Marine du Roi , prendre la place de 10,000 autres .
Nationaux qu'on renverra pour fervir à leur tour
le Commerce . Tant de mouvements & de préparatifs
font toujours penfer qu'on a en vue des projets d'une
grande importance ; on ne tardera pas à les pénétrer ,
ce qu'on lit dans la lettre fuivante de Madrid , eft
し
( 233 )
לכ vrai. » Le Roi a fait demander à l'Ambaffadeur d'Angleterre
, raifon de l'infulte faite à fon pavillon dans
le Miffiffipi. On peut le rappeller qu'un Capitaine
Anglois fit des menaces au Gouverneur de la Nouvelle
-Orléans , pour avoir donné afyle dans ce Port
à deux Corfaires Américains , qui avoient pris 2
bâtiments Anglois dans ces parages , & que ce Capitaine
n'ayant pu intimider le Gouverneur Efpagnol
, retourna à la Jamaïque pour y demander un
renfort dans la vue de fe faire lui -même juftice . La
demarche actuelle de l'Espagne femble prouver
qu'elle foutient les Américains , comme fes alliés ,
& qu'elle ne tardera pas à faire cauſe commune avec
la France , aux termes du pacte de famille. On dit
même ici très -publiquement , que deux Députés des
Etats - Unis ont conclu fecrètement un Traité avec
cette Cour ; & qu'enfuite ils font parcis pour la Corogne
, où ils fe font embarqués de nuit , fur les
Paquebots dont on a tant parlé le mois paflé «.
On fe rappelle le bruit calomnicux qui s'étoit répandu
au fujet de Mlle . Raucourt , célèbre Actrice
Françoife , fur la foi d'une Gazette Allemande ; cette
Actrice empreffée de le détruire , écrivit de Heffe-
Caffel , où elle fe trouvoit , à M. le Baron de la
Houze , Miniftre Plenipotentiaire du Roi , près les
Princes & Etats du Cercle de la Baffe - Saxe , Réfident
à Hambourg , qui lui répondit fur- le-champ : » J'allois
partir pour aller dîner à la campagne , Mlle. ,
quand l'Eftafette que vous m'avez dépêché le 4 de
ce mois , m'a apporté ce matin à 11 h . & demie , la
lettre par laquelle vous réclamez la juftice qui vous
eft due , relativement au féjour que vous avez fait à
Hambourg. J'ai tout quitté pour vous la procurer;
je me fuis cmpreffé de recourir à M. le Syndic Schuback
, pour détruire par un Certificat ce que la plus
noire calomnie a inventé . J'adreffe au Ministre du
Roi ce Certificat que j'ai légalifé , & qui ſera ſuivi
d'un hommage rendu en votre faveur à la vérité ,
( 234 )
dans les Gazettes de Hambourg que je vous feraf
paller par le premier ordinaire. Je defire qu'il puiffe
contribuer à votre fatisfaction . Je ſuis Mile. Signé.
Le Baron de la Houze.
Le Certificat de M. Schuback eft conçu ainfi :
»Mlle Raucourt, célèbre actrice Françoile , a féjourné
quelques femaines ici au commencement de cet été
avec Mlle . de Souque , qui y avoir un procès ; &'
comme j'ai été nommé Commiffaire par le Sénat
dans ce procès , j'ai été à même de connoître Mile.
Raucourt & tout le tems quelle a été ici , elle a
mené une vie & une conduite irréprochables en tout
point ; il eft faux qu'elle ait fait une fauffe lettre de
change & ait été obligée de quitter la ville après
une punition publique. En foi de quoi , je donne le
préfent certificat «. Signé Schuback , Syndic.
M. le Baron de la Houze a donné la légalifation
fuivante à cette pièce , « Nous Mathieu de Baſquiat
Chevalier , Baron de la Houze , & Miniftré plénipotentiaire
de S. M. T. C. près les Princes & Etats du
Cercle de baffe Saxe , certifions & atteftons à tous
qu'il appartiendra , que le certificat & la fignature
ci- deffus font véritablement de M. Schuback , Syndic
de la République de Hambourg , & que foi doit y
être ajoutée tant en jugement que dehors ; en foi de
quoi avons délivré le préfent , figné de notre main ,
contrefigné par notre Secrétaire , & fcellé du cachet
de nos armes. A Hambourg ce 6 Août 1778. La
Houze. Et plus bas , Saint- Paul.
Mile Rancourt a fait faire plufieurs copies de
ces pièces , que le Miniftre du Roi à Heffe- Ċaffel , a
auffi légalifées , & qu'elle a envoyées par- tout . Nous
fouffigné , Miniftre plénipotentiaire de S. M. T. C.
auprès du Landgrave règnant de Heffe- Caffèl , certifions
que les copies ci-deffus font en tout conformes
aux originaux que nous en avons lus , & qui font
reftés aux mains de Mlle. Raucourt . Fait à Caffel ,
le 30 Avril 1778. Ce font certainement les ennemis
( 235 )
de Mlle. Raucourt qui l'ont auffi cruellement calomniée
dans les différens bulletins qui circulent dans
Paris. Le Comte de Grais «.
Les flottes Françoife & Angloife font à la veille
de fe mefurer une feconde fois ; on fait que la première
eft bien déterminée à ne laiffer à la feconde
aucun prétexte d'effayer d'en impofer à fa Nation
& à l'Europe , qui n'ont point été trompées fur l'iffue
du combat. En attendant que l'Amiral Keppel parvienne
, s'il le peut , à réparer l'échec qu'il a reçu
dans celui d'Oueffant , les Gazetiers Anglois ne ceffent
de répéter des relations de fon prétendu triomphe.
Un Officier de l'armée navale de France vient
d'adreffer une lettre à l'Amiral Anglois , à bord de
l'efcadre Françoife près d'Oueffant le 9 Août ; c'eft
une réponse à celle que la Gazette de Londres , a
imprimée fous le nom de M. Keppel , à qui perfonne
en France n'a fait l'injure de croire qu'elle fût de
lui ; cette réponſe en conféquence s'adreffe à l'Auteur
inconnu de cette lettre. Après avoir obſervé l'attention
de l'Auteur à vanter les fuccès des Généraux Anglois
en Amérique pendant qu'ils y éprouvoient des revers
continuels ; la relation du combat de la Belle
Poule , de la priſe de 2 frégates par 21 vaiffeaux
Anglois qui tenoient la mer , tandis que les François
étoient dans leurs rades ; on admire , avec raifon ,
fon entrepriſe hardie , de préfenter comme victorieufe
une flotte battue , & qui avoit pris la fuite 24
heures avant que les vainqueurs entraflent dans Breft.
" Vous dites qu'avant le 27 Juillet les François
avoient fui l'occafion de combattre & pourquoi
donc vous étiez -vous réfugiés dans la Manche , dont
ils gardoient l'entrée , où vous faviez qu'ils n'iroient
pas , où vous aviez des Ports , où ils n'en ont aucup ,
* Cette lettre imprimée avec le plan figuré des principales
évolutions des deux armées navales , fe trouve à Paris , chez
Fournier , Libraire , rue du Hurepoix .
( 236 )
où un feul coup de
auroit difperfé leur
23 au 24,
vent , tel que celui du
armée & jetté leurs vaiſſeaux à la côte Avant cette époque du 23 , vous étiez donc réduits vous-mêmes à des croiſières sûres & renfermées
, en nous abandonnant
le golfe de Gascogne & les grandes mers qui y communiquent
. L'éloignement
des François , à l'époque du coup de vent du 23 , n'eut que l'objet indifpenfable
de leur sûreté ; & c'est ce même vent forcé de nord- oueft qui les mit au large & vous fit fortir de la Manche , égale- ment pour votre sûreté , & lorfque vous faviez bien que les François ne pouvoient plus être à portée de vous en défendre la fortie. Du 24 au 27 , vous fûtes
à la vue les uns des autres ; les François s'étoient rapprochés
de vous dès qu'il l'avoient pu ; ils n'a- voient donc pas évité le combat : il ne vous le livrè- rent point , parce que vous l'évitiez vous- mêmes , & qu'ils attendoient d'être joints par le Duc de Bour gogne & l'Alexandre
, que la tempête avoit écartés : ils évitoient fi peu le combat , qu'ils ne manoeuvroient
que pour l'engager le 27 , quoique ces deux vaif- feaux n'euffent pas rejoints. Ils vous y forcèrent
lorfque les deux armées faifant la même route , nôtre revira par la contremarche
. Cette manoeuvre
, qui trompoit votre Amiral , mit bientôt l'avant-garde & le centre des François hors de mefure. Vous revi- râtes alors vent devant , & vous forçâtes de voiles pour attaquer & féparer , avec l'avantage du nombre, l'arrière-garde de vos ennemis ; alors , par leur ma noeuvre , & non par les vôrres , vous vous trouvâtes
pour la première fois à la portée de leur canon. Auffi- tôt ils revirèrent
de nouveau, vent devant , tous à la
fois ; & prolongeant
leur ligne en fens contraire. chacun de vos vailleaux fut obligé de recevoir le feu de tous les vaiffeaux François
, & réciproquement
de le leur rendre.
la
» Pendant certe promenade militaire de 30 de vos
vaiffeaux contre 27 ( M. le Comte d'Orvilliers en
( 237 )
avoit mis en réferve ) , vous aviez l'avantage du
nombre , des calibres , de l'échantillon de la force
& du rang , puifque vous aviez s vaiíleaux de 3 ponts ,
& que les François n'en avoit que 2 ; vous aviez la
fupériorité de 300 canons ; panchés par le vent , vous
aviez la facilité de vous fervir de tout votre feu quand
l'armée de France ne pouvoit pas faire ufage de fes
premières batteries : & malgré ces avantages , vous
favez que quand les deux lignes fe furent dépaffées ,
tous les vaiffeaux François furent en état de manoeuvrer
& de combattre. Vous convenez auffi que vous
aviez beaucoup fouffert; plufieurs de vos vaiffeaux
étoient démâtés & fans voiles ; vous en aviez au
moins 7 de défemparés . Les François , malgré la
grande inégalité de leurs forces , vous avoient donc
battus autant que le genre
de combat , qui venoit de
Le donner , avoit pu le leur permettre.
"Vous ne craignez pas de dire que
dans cette fituation
les François fe formèrent en bataille , & enfuite
qu'ils le refufèrent à un fecond combat. Cette contradiction
eft manifefte : fe former en bataille , c'eſt
au moins ne pas refufer le combat , c'eſt au contraire
s'y difpofer & le préfenter de nouveau. Et pourquoi
s'y feroient -ils refufés , puifque , par vos propres
aveux , ils avoient moins fouffert que vous ?
Les deux lignes s'étant dépallées & fuivant un- cours
oppofé , il falloit , de toute néceffité , que l'une des
deux , au moins , revirât de bord pour vous remettre
en préfence. Ce furent les François qui revirèrent par
la contre-marche ; ils ne craignirent point defe former
en bataille fous le vent pour avoir la poffibilité d'engager
une nouvelle action. Vous mîtes à profit cet
avantage du vent pour vous foutenir loin d'eux , &
ce n'étoit pas à l'approche de la nuit , comme vous le
dites : il vous reftoit plufieurs heures de jour , dont
on préfume que votre Amiral aurcit fait , s'il l'avoit
pu , un plus glorieux ufage. Le Général François
fous le vent ne pouvant pas vous approcher , quand
( 238 )
vous ne le vouliez point , vous provoqua en vain à
un combat qui ne dépendoit que de vous ; & lorſque
la nuit fut venue , maître du champ de bataille , allumant
fes feux pour que vous n'euffiez pas l'excufe
de l'avoir perdu de vue , ne vous difcernant plus dans
la profonde obfcurité dont vous vous étiez prudemment
enveloppés , vous vous remîtes dans la Manche
auffi promptement que le défordre de quelques - uns
de vos vailleaux traîneurs pouvoit le comporter.
» C'eft après avoir cédé le champ de bataille , après
avoir été forcés à un premier combat de ligne , quand
vous n'aviez cherché qu'une ſurpriſe d'arrière -garde
après avoir évité une feconde action , après avoir fui
toute une nuit fans fanaux vers Plymouth , & enfuite
plus avant jufqu'à Portſmouth , pour y réparer vos
vailleaux délabrés , que vous dites aux 20,000 compagnons
de cette fuite , & à l'Europe entière , que les
François n'ont pas voulu combattre ! Le Général
François refta toute la journée du 28 dans les mêmes
eaux où il avoit combattu ; il vous fit fuivre par fes
frégates , & vous étiez déja bien loin quand il profita
de la proximité de fon port pour y débarquer fes
bléffés & réparer des dommages , fuites inévitables
d'un combat. Dès le lendemain trois de fes vaiſſeaux
reparurent à l'entrée de la Manche.
» J'étois occupé , faites -vous dire à M. l'Amiral ,
de la pourfuite d'une flotte nombreuſe de vaiffeaux
de guerre François. Quoi ! dans la Manche , où ils
n'étoient pas entrés , d'où vous n'êtes fortis que par
les mêmes vents qui les avoient éloignés , & pour
éviter les mêmes dangers de la côte ? Vous ne les
avez pas pourſuivis dans la Manche : dans quel efpace
les avez-vous donc pourfuivis ? La flotte Françoife
étant toujours au vent & gagnant le large , j'employai
tous les moyens poffibles de la ferrer de
près... Cette précaution étoit devenue néceſſaire à
raifon de la manière circonfpecte avec laquelle les
François manoeuvroient. Ils fuyoient & manoeu
( 239 )
vroient ! Ils gagnoient le large , & fe trouvoient au
plus près fur Oueffant ! La vérité eft qu'ils vous ferroient
de près eux mêmes , & fur la ligne la plus
avancée dont ils vouloient vous défendre l'approche.
>
» Les François , ajoutez-vous , commencèrent à
faire feufur celui des vaiffeaux de la Divifion du
Vice - Amiral Sir Robert Harland. Les François devant
Queffant fur la ligne qu'ils ne vouloient ni ne
devoient pas dépaffer , font feu les premiers ; ils
avoient le vent & pouvoient vous éviter ; eft- ce ainfi
qu'ils vous fuyoient ? C'eft le premier vaiffeau de la di
vifion de votre Vice-Amiral qui tira fa première bordée
fur le Saint-Esprit , quand la manoeuvre preflante &
hardie du Général François , en ordonnant qu'on vi
rât ENSEMBLE Vent devant , eut déconcerté vos projets
& vous eut obligé de combattre , non pas une
arrière-garde , mais une ligne entière. Vous voudriez
bien que l'on crût que , par le premier feu , les Fran
çois ont été les aggreffeurs . Eh ! qu'importe ce premier
feu ? dès qu'ils avoient été fi bien poursuivis, fi
bien ferrés de près , vous vous étiez déclarés leurs
ennemis , & la défenfe , au moins , leur étoit permife.
Il paroit , dites vous , pour M. l'Amiral , que l'objet
des François a étéde défemparer les vaiffeaux du Roi
de leurs mâts & de leurs voiles , projet dans lequel
ILS ONT SI BIEN RÉUSSI , qu'ils ont mis plufieurs
vaiffeaux de ma flotte HORS D'ÉTAT DE ME SUIVRE
, lorfqueje virai vent arrière à l'effet de porter
vers la flotte Françoife ; je me vis donc obligé de
virer encore pour joindre les vaiffeaux , &c. Les
François avoient donc bien réuffi à défemparer plufieurs
vaiffeaux , & fi bien réuffi , que plufieurs ne
pouvoient pas vous fuivre , & c. Et qu'auriez - vous
voulu que les François euffent fait de mieux ? Ils
avoient mis une partie de votre armée hors de combat
, & obligé l'autre de manoeuvrer pour la joindre ,
c'eft à -dire , de ceffer de combattre , de refter dans
l'impoffibilité , non-feulement de nous attaquer , mais
( 240 )
même de fe défendre . Si l'aveu de votre embarras &
de votre impuiflance étoit moins clair , moins précis ,
je vous dirois que votre ligne étoit dans le plus grand
défordre ; que plufieurs de vos vaiffeaux étoient démâtés
; quelques-uns fans voiles & fans vergues ;
qu'un de ceux à trois ponts , qui porroit pavil
bleu à fa milaine , étoit démâté de fon grand mât .
qu'un autre des vôtres fit ridiculement feu de fes deux
bords hors de toute portée ; que votre vaiſſeau Amiral
, après avoir effuyé la bordée de la Bretagne & de
la Ville de Paris , arriva tast qu'il le put , & ceifa
tout fon feu ; que celui des François fut fi prompt &
fi terrible , que la Bretagne feule , en longeant votre
ligne , tira 1400 coups de canon ; que la Ville de
Paris , dérivant par défaut de conftruction , affaillie
de basbord & de ftribord par votre Amiral de 100
canons , & le Formidable de 90 , les combattit tous
deux à la fois , & les força de fe retirer ; qu'enfin , en
terminant le premier combat , nous avions fi bien
réuffi à vous défemparer , que d'après votre propre
conviction , & dans peu de momens , notre victoire
auroit été complette fi notre pofition nous avoit permis
de regagner le vent... Vous avouez que les
François , vers le déclin du jour , eurent le tems de
rallier leurflotte & de la former en ligne de bataille
fous le vent de la vôtre ; ils pouvoient donc ce que
vous ne pouviez plus , former une ligne de tous leurs
vaiffeaux ; donc aucun d'eux n'étoit défemparé : s'ils
fe mirent en bataille , ils vous offrirent le combat ,
que vous n'acceptâtes point , quoiqu'ayant le vent ,
vous fuffiez libre de l'accepter. Ils ofèrent vous défier
fous le vent ; mais comment auroient- ils pu vous
rejoindre , quand vous aviez reviré pour joindre en
arrière vos vaiffeaux défemparés ? Ce fut l'avantage
du vent & non le déclin , fuppofé , du jour qui , pendant
plufieurs heures , vous fit éviter une feconde action
, que vous n'étiez plus en état de foutenir.
La fuite à l'ordinaire prochain.
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Résumé : De BRUXELLES, le 10 Septembre.
Le document du 10 septembre détaille les préparatifs militaires en Espagne, notamment la création d'un camp de 20 000 hommes près de Séville et le regroupement des grenadiers provinciaux. La marine espagnole est renforcée par des matelots étrangers, permettant aux marins nationaux de se consacrer au commerce et à la pêche. Ces actions laissent présager des projets significatifs, possiblement une alliance avec la France contre l'Angleterre. L'Espagne a également protesté auprès de l'ambassadeur anglais après une insulte faite à son pavillon sur le Mississippi. Des rumeurs parlent d'un traité secret entre l'Espagne et les États-Unis. Le texte défend également Mlle Raucourt, une actrice française, contre des calomnies publiées dans une gazette allemande, confirmant son innocence grâce à des certificats et légalisations. En réponse à une lettre de la Gazette de Londres attribuée à tort à M. Keppel, le document critique le parti pris en faveur des généraux anglais en Amérique malgré leurs revers. Il mentionne la bataille de la Belle Poule et la prise de deux frégates françaises par 21 vaisseaux anglais. La réponse conteste les accusations de fuite des Français avant le 27 juillet, expliquant que leurs mouvements étaient dictés par des considérations de sécurité face à des conditions météorologiques défavorables. Entre le 24 et le 27 juillet, les deux flottes étaient en vue l'une de l'autre, mais les Français attendaient des renforts avant d'engager le combat. Lors de l'affrontement naval, les Anglais bénéficiaient d'un avantage numérique en vaisseaux et en canons. Les Français ont maintenu leur capacité de manœuvre et de combat. Les Anglais accusent les Français d'avoir refusé un second combat, ce que la réponse réfute en soulignant que se former en bataille signifie se préparer au combat. Après la bataille, les Anglais se sont éloignés pour réparer leurs vaisseaux endommagés. Les Français accusent les Britanniques de ne pas avoir voulu combattre, soulignant leur supériorité du vent et leur prudence. Les Français ont réussi à désemparer plusieurs vaisseaux britanniques, évitant ainsi une seconde confrontation.
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4079
p. 97-98
De PÉTERSBOURG, le 12 Novembre.
Début :
SA MAJESTÉ IMPÉRIALE qui, le 23 du mois dernier, avoit fait une promotion [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Prince Potemkin, Ordre de Saint-Vladimir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 12 Novembre.
De PETERSBOURG , le 12 Novembre.
SAA MAJESTÉ IMPÉRIALE qui , le 23 du
mois dernier , avoir fait une promotion
nombreufe dans le nouvel Ordre de Saint-
Wolodimir , qu'elle a inftitué , a fait au
commencement de celui - ci , la cérémonie
de revêtir de la Grand Croix le Feld - Maréchal
Prince de Gallitzin , le Procureur-
Général Prince Wafemski , les Généraux
Prince Potemkin , Prince Nicolas Repnin ,
& MM. de Bedskoy & Bedboroka . Elle
envoya par le Grand Maître des Cérémonies
cette décoration au Comte de Panin
au Comte Iwan Czernicheff & à M. Iwans
Iwanowitz de Schuwalow , auxquels l'état
de leur fanté ne permettoit pas de fe trouver
à la Cour : elle a été expédiée par des
"Couriers au Comte Czagar de Czernichew ,
Gouverneur Général de Mofcou , au Feld-
21 Décembre 1782 a
( 98 )
Maréchal Comte de Romanzow & au Comte
Grégoire Orlow.
Le Prince Potemkin , à fon retour du
voyage qu'il a fait à Cherfon , nous a donné
les détails les plus fatisfaiſans fur l'état de
cette nouvelle Ville , que S. M. I. a élevée
fur la mer noire. Elle approche de plus en
plus de fa dernière perfection. Les fortifications
font très-étendues ; fa garniſon confiſte
en 7 régimens , fes magafins font roujours
remplis de munitions de bouche &
de guerre ; on y conftruit des vaiffeaux ; le
trajet de cette Ville à Conftantinople n'eft
que de 3 jours,
SAA MAJESTÉ IMPÉRIALE qui , le 23 du
mois dernier , avoir fait une promotion
nombreufe dans le nouvel Ordre de Saint-
Wolodimir , qu'elle a inftitué , a fait au
commencement de celui - ci , la cérémonie
de revêtir de la Grand Croix le Feld - Maréchal
Prince de Gallitzin , le Procureur-
Général Prince Wafemski , les Généraux
Prince Potemkin , Prince Nicolas Repnin ,
& MM. de Bedskoy & Bedboroka . Elle
envoya par le Grand Maître des Cérémonies
cette décoration au Comte de Panin
au Comte Iwan Czernicheff & à M. Iwans
Iwanowitz de Schuwalow , auxquels l'état
de leur fanté ne permettoit pas de fe trouver
à la Cour : elle a été expédiée par des
"Couriers au Comte Czagar de Czernichew ,
Gouverneur Général de Mofcou , au Feld-
21 Décembre 1782 a
( 98 )
Maréchal Comte de Romanzow & au Comte
Grégoire Orlow.
Le Prince Potemkin , à fon retour du
voyage qu'il a fait à Cherfon , nous a donné
les détails les plus fatisfaiſans fur l'état de
cette nouvelle Ville , que S. M. I. a élevée
fur la mer noire. Elle approche de plus en
plus de fa dernière perfection. Les fortifications
font très-étendues ; fa garniſon confiſte
en 7 régimens , fes magafins font roujours
remplis de munitions de bouche &
de guerre ; on y conftruit des vaiffeaux ; le
trajet de cette Ville à Conftantinople n'eft
que de 3 jours,
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 12 Novembre.
Le 12 novembre, Sa Majesté Impériale a promu plusieurs personnalités dans le nouvel Ordre de Saint-Wolodimir. Parmi les récipiendaires de la Grand Croix figurent le Feld-Maréchal Prince de Gallitzin, le Procureur-Général Prince Wasemski, les Généraux Prince Potemkin et Prince Nicolas Repnin, ainsi que MM. de Bedskoy et Bedboroka. Les décorations ont également été envoyées à plusieurs absents pour raisons de santé : le Comte de Panin, le Comte Iwan Czernicheff, M. Iwans Iwanowitz de Schuwalow, le Comte Czagar de Czernichew, Gouverneur Général de Moscou, le Feld-Maréchal Comte de Romanzow et le Comte Grégoire Orlow. Le Prince Potemkin, de retour de Cherfon, a décrit cette nouvelle ville sur la mer Noire, mentionnant ses fortifications étendues, une garnison de sept régiments, des magasins bien approvisionnés et la construction de vaisseaux. Cherfon est située à trois jours de trajet de Constantinople.
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4080
p. 98-100
De COPENHAGUE, le 19 Novembre.
Début :
Le corps de la Princesse Charlotte-Amélie a été transporté hier & inhumé dans la [...]
Mots clefs :
Copenhague, Commandant, Vaisseau, Importations, Seigle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPENHAGUE, le 19 Novembre.
De COPENHAGUE , le 19 Novembre.
LE Le corps de la Princeffe Charlotte- Amélie
a été tranfporté hier & inhumé dans la
Chapelle Royale de Rothschil , fépulture
de la Famille Royale.
Par un placard publié le 11 de ce mois ,
le Roi a permis jufqu'au rer. Juillet de
l'année prochaine l'importation du feigle
étranger dans les Duchés de Shlefwick &
de Holftein , la Seigneurie de Pinneberg ,
Altona , & le Comté de Rantzau.
Deux bâtimens chargés pour le compte
de particuliers , font partis au commencement
de ce mois pour les Indes occidentales
, & 4 autres bâtimens ont fait voile
( 99 )
pour les Illes de l'Amérique , avec des cargaifons
de provifions .
On a ici des copies d'une lettre du Capi-
` taine Hatingercan , Commandant du vailleau
'de guerre Hollandois le Zierickzee , qui a péri
près de Schagen : elle préfente les détails fuivans
de ce défaftre .
Erant le 31 Octobre à la faite de l'efcadre &
du convoi , commandés par le Capitaine Van-der-
Beers , nous nous trouvâmes le 2 Novembre au
matin , un peu avant 5 heures , le Commandant
à environ un point au lof, & en avant de nous ,
le convoi tout près , ayant , depuis les 3 heures
du matin , continuellement fondé à notre bord , &
étant prêts à virer ; le Commandant en donna le
fignal que je fis répéter : mais dans le moment ,
le vaiffeau toucha le fond à la côte feptentrionale
du Jutland , entre Heifels & la pointe de Schagen ,
quoiqu'un moment avant cet accident malheureux ,
Te Pilote , placé à l'avant du vaislean , fût occupé
à fonder , & annonçât une profonder de 20 braffes
, ce qui m'avoit fait croire que nos étions
éloignés de terre. Nous fimes auffi- tôt nos efforts
pour remettre le vaifeau à flot , tant en retournant
les voiles, qu'autrement ; mais fans pouvoir y
réuflir , puifque dans le même moment le vaiffeau
fe brifa en-deffous & fe remplit d'eau. Je fis tout
ce qui étoit en mon pouvoir pour fauver l'équipage.
Une partie tâchant de fuir dans les chaloupes
& fur des radeaux , s'eft noyée . Il eft cependant
impoffible d'en marquer au jufte le nombre , car
mon monde eft difperfé en grande partie dans ce
pays aride. J'ai fourni & je fournis encore à ceux
qui fe préfentent fucceffivement quelqu'argent &
des paffeports pour qu'ils puiffent retourner dans
leur patrie , & y être employés à fon fervice.
Malgré le peu d'apparence d'y réuffir , je ferai
C 2
( 100 )
mon poffible pour repêcher les canons prefque tous
fubmergés , & pour retirer les débris . Je reste encore
ici à cet effet avec mes Officiers. Une petite prife
Angloife , dont notre efcadre s'étoit emparée ,
a lubi le même fort . Dès que mes affaires feront
tant foit peu arrangées ici , & que j'aurai employé
tous mes foins pour la confervation des effets ,
je partirai avec mes Officiers « .
LE Le corps de la Princeffe Charlotte- Amélie
a été tranfporté hier & inhumé dans la
Chapelle Royale de Rothschil , fépulture
de la Famille Royale.
Par un placard publié le 11 de ce mois ,
le Roi a permis jufqu'au rer. Juillet de
l'année prochaine l'importation du feigle
étranger dans les Duchés de Shlefwick &
de Holftein , la Seigneurie de Pinneberg ,
Altona , & le Comté de Rantzau.
Deux bâtimens chargés pour le compte
de particuliers , font partis au commencement
de ce mois pour les Indes occidentales
, & 4 autres bâtimens ont fait voile
( 99 )
pour les Illes de l'Amérique , avec des cargaifons
de provifions .
On a ici des copies d'une lettre du Capi-
` taine Hatingercan , Commandant du vailleau
'de guerre Hollandois le Zierickzee , qui a péri
près de Schagen : elle préfente les détails fuivans
de ce défaftre .
Erant le 31 Octobre à la faite de l'efcadre &
du convoi , commandés par le Capitaine Van-der-
Beers , nous nous trouvâmes le 2 Novembre au
matin , un peu avant 5 heures , le Commandant
à environ un point au lof, & en avant de nous ,
le convoi tout près , ayant , depuis les 3 heures
du matin , continuellement fondé à notre bord , &
étant prêts à virer ; le Commandant en donna le
fignal que je fis répéter : mais dans le moment ,
le vaiffeau toucha le fond à la côte feptentrionale
du Jutland , entre Heifels & la pointe de Schagen ,
quoiqu'un moment avant cet accident malheureux ,
Te Pilote , placé à l'avant du vaislean , fût occupé
à fonder , & annonçât une profonder de 20 braffes
, ce qui m'avoit fait croire que nos étions
éloignés de terre. Nous fimes auffi- tôt nos efforts
pour remettre le vaifeau à flot , tant en retournant
les voiles, qu'autrement ; mais fans pouvoir y
réuflir , puifque dans le même moment le vaiffeau
fe brifa en-deffous & fe remplit d'eau. Je fis tout
ce qui étoit en mon pouvoir pour fauver l'équipage.
Une partie tâchant de fuir dans les chaloupes
& fur des radeaux , s'eft noyée . Il eft cependant
impoffible d'en marquer au jufte le nombre , car
mon monde eft difperfé en grande partie dans ce
pays aride. J'ai fourni & je fournis encore à ceux
qui fe préfentent fucceffivement quelqu'argent &
des paffeports pour qu'ils puiffent retourner dans
leur patrie , & y être employés à fon fervice.
Malgré le peu d'apparence d'y réuffir , je ferai
C 2
( 100 )
mon poffible pour repêcher les canons prefque tous
fubmergés , & pour retirer les débris . Je reste encore
ici à cet effet avec mes Officiers. Une petite prife
Angloife , dont notre efcadre s'étoit emparée ,
a lubi le même fort . Dès que mes affaires feront
tant foit peu arrangées ici , & que j'aurai employé
tous mes foins pour la confervation des effets ,
je partirai avec mes Officiers « .
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Résumé : De COPENHAGUE, le 19 Novembre.
Le 19 novembre, la princesse Charlotte-Amélie a été inhumée dans la Chapelle Royale de Roskilde. Le roi a permis l'importation de seigle étranger dans les Duchés de Schleswig et Holstein, ainsi que dans la Seigneurie de Pinneberg, Altona et le Comté de Rantzau, jusqu'au 1er juillet suivant. Six navires ont quitté le port au début du mois, deux pour les Indes occidentales et quatre vers les îles d'Amérique avec des cargaisons de provisions. Le capitaine Hatingercan a relaté le naufrage du vaisseau de guerre hollandais Zierickzee près de Schagen. Le 31 octobre, le navire, sous le commandement du capitaine Van-der-Beers, s'est échoué au large du Jutland. Malgré les tentatives de sauvetage, le navire s'est brisé et a coulé. De nombreux membres de l'équipage se sont noyés, tandis que certains ont survécu grâce à l'aide du capitaine Hatingercan, qui leur a fourni de l'argent et des passeports. Une petite prise anglaise capturée par l'escadron a également sombré. Le capitaine prévoit de partir une fois ses affaires réglées.
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4081
p. 100
De VARSOVIE, le 19 Novembre.
Début :
Le nouveau Conseil Permanent établi par la dernière Diète est déja en pleine activité ; [...]
Mots clefs :
Conseil permanent, Diète, Éducation, Commission, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VARSOVIE, le 19 Novembre.
De VARSOVIE , le 19 Novembre.
Le nouveau Confeil Permanent établi par
la dernière Diète eft déja en pleine activité ;
il a ouvert fes premières féances , & réglé
les différens départemens. Comme la Diète
n'a pas acquitté les quatre Dicaftéres comptables
& les deux Commiffions du Tréfor
& de l'Education , la nouvelle Commiffion
du Confeil a mis fous le fcellé tout
l'argent qu'elle a trouvé en caiffe , & elle
fe propole de ne faire ufage que, des revenus
qu'elle touche actuellement. Quant à
celle de l'Education publique , on ignore ce
qu'elle fera.
Le Comte & la Comteffe du Nord arrivèrent
le 9 de ce mois à Byaliſtock , &
defcendirent chez la Caftellane Douairière
de Cracovie , foeur du Roi. Ils ont paffé
trois jours dans cette Ville , où s'étoient
affemblées un grand nombre de perfonnes
de la première diftinction , & ont pris en
partant la route de Pétersbourg , où ils fe
rendent directement.
Le nouveau Confeil Permanent établi par
la dernière Diète eft déja en pleine activité ;
il a ouvert fes premières féances , & réglé
les différens départemens. Comme la Diète
n'a pas acquitté les quatre Dicaftéres comptables
& les deux Commiffions du Tréfor
& de l'Education , la nouvelle Commiffion
du Confeil a mis fous le fcellé tout
l'argent qu'elle a trouvé en caiffe , & elle
fe propole de ne faire ufage que, des revenus
qu'elle touche actuellement. Quant à
celle de l'Education publique , on ignore ce
qu'elle fera.
Le Comte & la Comteffe du Nord arrivèrent
le 9 de ce mois à Byaliſtock , &
defcendirent chez la Caftellane Douairière
de Cracovie , foeur du Roi. Ils ont paffé
trois jours dans cette Ville , où s'étoient
affemblées un grand nombre de perfonnes
de la première diftinction , & ont pris en
partant la route de Pétersbourg , où ils fe
rendent directement.
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Résumé : De VARSOVIE, le 19 Novembre.
Le Conseil Permanent, instauré par la dernière Diète, a débuté ses travaux et structuré ses départements. La Diète n'a pas validé certains dicastères et commissions, poussant la nouvelle Commission à utiliser seulement les revenus actuels. La Commission de l'Éducation publique est incertaine. Le Comte et la Comtesse du Nord ont visité Białystok, rencontrant des personnalités influentes avant de partir pour Saint-Pétersbourg.
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4082
p. 101
De VIENNE, le 27 Novembre.
Début :
On a commencé depuis quelques jours les enrôlemens qui se font annuellement [...]
Mots clefs :
Vienne, Enrôlements, Orage, Hongrois, Héritages
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texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 27 Novembre.
De VIENNE , le 27 Novembre.
ON a commencé depuis quelques jours
les enrôlemens qui fe font annuellement
à cette époque ; ils formeront cette année
une levée de 30.000 hommes , dont 10,000
refteront au fervice , les autres 20,000 auront
des congés , quelques uns pour un tems
limité , d'autre pour un tems illimité.
On mande de Presbourg que le 9 de ce
mois on y a éprouvé un orage terrible qui
a duré près de 24 heures avec la même
violence , & que le jour fuivant il y eft
tombé une quantité fi prodigieufe de neige ,
que les perfonnes les plus âgées ne fe fouviennent
pas d'en avoir vu autant à la fois.
Une ancienne Loi ne permettoit pas aux
Hongrois de prendre poffeffion des héritages
qui venoient à leur écheoir dans les Etats
héréditaires d'Allemagne , fans payer des
droits au fifc ; l'Empereur vient de les leur
remettre , & d'ordonner qu'ils ne foient plus
perçus à l'avenir.
ON a commencé depuis quelques jours
les enrôlemens qui fe font annuellement
à cette époque ; ils formeront cette année
une levée de 30.000 hommes , dont 10,000
refteront au fervice , les autres 20,000 auront
des congés , quelques uns pour un tems
limité , d'autre pour un tems illimité.
On mande de Presbourg que le 9 de ce
mois on y a éprouvé un orage terrible qui
a duré près de 24 heures avec la même
violence , & que le jour fuivant il y eft
tombé une quantité fi prodigieufe de neige ,
que les perfonnes les plus âgées ne fe fouviennent
pas d'en avoir vu autant à la fois.
Une ancienne Loi ne permettoit pas aux
Hongrois de prendre poffeffion des héritages
qui venoient à leur écheoir dans les Etats
héréditaires d'Allemagne , fans payer des
droits au fifc ; l'Empereur vient de les leur
remettre , & d'ordonner qu'ils ne foient plus
perçus à l'avenir.
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Résumé : De VIENNE, le 27 Novembre.
À Vienne, les enrôlements annuels ont commencé le 27 novembre avec 30 000 hommes recrutés. Parmi eux, 10 000 resteront en service et 20 000 recevront des congés. À Presbourg, un orage violent a duré 24 heures le 9 novembre, suivi de neige abondante. L'empereur a abrogé une loi imposant des droits fiscaux aux Hongrois pour les héritages en Allemagne. Ces droits ne seront plus perçus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4083
p. 101-105
De HAMBOURG, le 30 Novembre.
Début :
La plupart de nos papiers ne présentent aujourd'hui que des observations & des faits [...]
Mots clefs :
Hambourg, Femmes, Religion, Porte, Russie, Crimée, Forteresse, Esprit, Filles, Messie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De HAMBOURG, le 30 Novembre.
De HAMBOURG , le 30 Novembre.
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
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Résumé : De HAMBOURG, le 30 Novembre.
Le document du 30 novembre à Hambourg rapporte plusieurs événements politiques et sociaux. À Constantinople, un incendie survenu le 21 octobre a été contrôlé par le Capitan Bacha. La population locale exprime son désir de déclarer la guerre à la Russie, mais cette demande est contrecarrée par le Divan. Des mesures de défense sont mises en place aux frontières de la Hongrie et des États autrichiens. En Autriche, un navire impérial a été attaqué par un corsaire algérien, ce qui a conduit à la rupture de la paix avec les régences barbaresques. L'empereur exige l'application du traité de Belgrade de 1735. À Ratisbonne, le Prince-Évêque de Spire a pris possession de la forteresse de Philipsbourg après le retrait des troupes impériales. À Berlin, Jean-Paul-Philippe Rosenfeld, ancien garde-bois, a été arrêté pour avoir fondé une secte et perpétré divers crimes, notamment des abus sexuels et des discours séditieux. Rosenfeld a abusé de plusieurs jeunes filles, même en détention, et les a soumises à des conditions de vie extrêmement dures, entraînant probablement leur décès. Il vivait aux dépens de ses disciples et a été condamné à être fouetté publiquement et emprisonné à perpétuité pour ses crimes, incluant des actes contre la religion, le blasphème et le lèse-majesté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4084
p. 106-107
De LIVOURNE, le 20 Novembre.
Début :
La Foire franche & annuelle de Corail qui se tient dans cette saison pour la vente [...]
Mots clefs :
Livourne, Foire, Corail, Commerce, Peine, Dettes, Engagements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LIVOURNE, le 20 Novembre.
De LIVOURNE , le 20 Novembre.
LA Foire franche & annuelle de Corail
qui fe tient dans cette faifon pour la vente
de cette pêche , vient de fe renouveller avec
tant de fuccès qu'elle à produit cette année
100,000 fequins .
Le Grand-Duc , la Grande- Ducheffe & les
Archiducheffes font partis pour Pife , où ils
fe propofent de paffer l'hiver.
» Il a été publié un Edit qui défend aux Tribunaux
de prononcer la peine de prison pour dettes civiles ,
contre les débiteurs infolvables , & contre ceux que
la misère a jettés entre les mains de préteu s avides.
On n'excepte de cette faveur que les dépofiraires
infidèles , & les dettes contractées pour fait de
commerce. La raifon de ces deux exceptions eft
fentible . Dans le premier cas , le dol eft manifefte ,
& dans le fecond , la Jurifprudence univerfelle dụ
commerce , veut que le débiteur foit foumis à la
peine de la frifon. Or , fi entre deux pays qui ont
des rapports de commerce , l'un ne donnoit pas aux
créanciers de l'autre une sûreté égale à celle qu'il en
reçoit relativement aux engagemens des Commercans
, il s'établiroit nécellairement une ulure conti
nuelle contre celui des deux qui offriroit à l'autre
une moindre fécurité pour la tenue des engagemens « .
Le bruit court qu'au mois de Décembre
prochain l'Empereur fera un voyage dans
ce grand Duché , & que delà il ira à Rome
rendre fa vifite au Souverain Pontife.
29
Les Repréfentans de cette République en Dalmatie
& dans les Ifles du Levant , écrit- on de Venice ,
ont informé le Gouvernement , qu'il étoit preſqu'im
( 107 )
poffible d'obvier à l'émigration des habitans , qui
augmentoit tous les jours , & qui étoit déterminée
par la cherté des vivres , dont le prix n'eft pas
encore prêt à baiffer . Ces avis ajoutent que plufieurs
milliers de perfonnes , & même des familles entières ,
font allées s'établir fur le territoire de la maiton
d'Autriche , & même dans les Etats Ottomans «.
LA Foire franche & annuelle de Corail
qui fe tient dans cette faifon pour la vente
de cette pêche , vient de fe renouveller avec
tant de fuccès qu'elle à produit cette année
100,000 fequins .
Le Grand-Duc , la Grande- Ducheffe & les
Archiducheffes font partis pour Pife , où ils
fe propofent de paffer l'hiver.
» Il a été publié un Edit qui défend aux Tribunaux
de prononcer la peine de prison pour dettes civiles ,
contre les débiteurs infolvables , & contre ceux que
la misère a jettés entre les mains de préteu s avides.
On n'excepte de cette faveur que les dépofiraires
infidèles , & les dettes contractées pour fait de
commerce. La raifon de ces deux exceptions eft
fentible . Dans le premier cas , le dol eft manifefte ,
& dans le fecond , la Jurifprudence univerfelle dụ
commerce , veut que le débiteur foit foumis à la
peine de la frifon. Or , fi entre deux pays qui ont
des rapports de commerce , l'un ne donnoit pas aux
créanciers de l'autre une sûreté égale à celle qu'il en
reçoit relativement aux engagemens des Commercans
, il s'établiroit nécellairement une ulure conti
nuelle contre celui des deux qui offriroit à l'autre
une moindre fécurité pour la tenue des engagemens « .
Le bruit court qu'au mois de Décembre
prochain l'Empereur fera un voyage dans
ce grand Duché , & que delà il ira à Rome
rendre fa vifite au Souverain Pontife.
29
Les Repréfentans de cette République en Dalmatie
& dans les Ifles du Levant , écrit- on de Venice ,
ont informé le Gouvernement , qu'il étoit preſqu'im
( 107 )
poffible d'obvier à l'émigration des habitans , qui
augmentoit tous les jours , & qui étoit déterminée
par la cherté des vivres , dont le prix n'eft pas
encore prêt à baiffer . Ces avis ajoutent que plufieurs
milliers de perfonnes , & même des familles entières ,
font allées s'établir fur le territoire de la maiton
d'Autriche , & même dans les Etats Ottomans «.
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Résumé : De LIVOURNE, le 20 Novembre.
La foire annuelle du corail à Livourne a généré 100 000 sequins cette année. Le Grand-Duc, la Grande-Duchesse et les Archiduchesses ont quitté Livourne pour Pise afin d'y passer l'hiver. Un édit a été publié interdisant aux tribunaux de prononcer des peines de prison pour dettes civiles contre les débiteurs insolvables ou accablés par la misère, sauf pour les dépositaires infidèles et les dettes commerciales. Cette mesure vise à prévenir une injustice commerciale entre pays. L'Empereur pourrait visiter le grand-duché en décembre avant de se rendre à Rome. Les représentants de la République en Dalmatie et dans les îles du Levant signalent une émigration croissante due à la cherté des vivres, avec des milliers de personnes s'installant sur les territoires autrichiens ou ottomans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4085
p. 107-128
De LONDRES, le 10 Novembre.
Début :
On n'a point de nouvelles de New-Yorck, depuis celles qui nous ont appris le départ [...]
Mots clefs :
Londres, New York, Discours, Amérique, Paix, Chambre, Indépendance américaine, Parlement, Adresse, Roi, Nation, Ministres, Moment, Traité, Guerre, Edmund Burke, William Pitt, Partie, Ennemis, État, Américains, Événement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 10 Novembre.
De LONDRES , le 10 Novembre.
Onn'a point de nouvelles de New-Yorck,
depuis celles qui nous ont appris le départ
de l'Amiral Pigot avec une partie de fes vailfeaux
& des troupes pour les Illes , où l'on
préfumoit qu'il feroit bientôt fuivi par l'Amiral
Hood avec le reſte de la flotte . Tout
eft fur le Continent dans le même état d'inaction
, qui a été celui de toute cette campagne
dans ces contrées , tant de notre part que de
celle des Américains. Quant à l'évacuation
de Charles Town , on a vu par les pièces
publiées des négociations faites par les principaux
habitans de cette place avec le Gouvernement
Américain de la Caroline , que
fon évacuation étoit alors réfolue , mais à
préfent fon exécution paroît incertaine.
Nous n'avons aucune nouvelle des Illes
depuis l'arrivée des dépêches de M. Archibald
Campbell , Gouverneur de la Jamaïque , qui
nons fait part de fon expédition contre les
Espagnols , dont le but étoit de faire échouer
l'attaque qu'ils méditoient contre nos établiffemens
de Mufquito au Cap Gracias à
€ G
( 108 )
Dio , & qui a été rempli. Le fort fitué à Blakriver-
Bluff où il y avoit une garniſon Efpagnole
, a capitulé le 31 Août. Dans toutes ces
opérations nous n'avons pas fait beaucoup
de mal à nos ennemis ; mais nous les
avons empêché de nous en faire...
Ces dépêches de la Jamaïque font du 10
Octobre & à cette époque on ne favoit rien
encore au fujet des vaifleaux de l'escorte de
la flotte de cette Ifle dont le fort nous
inquiète encore. Quelques papiers prétendoient
que par un navire arrivé de St - Thomas
à Cork , on avoit appris que la Villede
Paris & le Glorieux étoient entrés -le 4
Octobre à Antigues. Mais il y a long- tems
qu'on a répandu le bruit que ces vaiffeaux
étoient arrivés à cette deftination fans que
cette nouvelle fe foit confirmée , & il eft en
effet bien à craindre qu'elle ne le foit pas davantage.
La Refource qui n'a quitté les Ifles
que le 16 , n'a point entendu parler de cet
évènement , & il eft très- douteux que nous
ayons véritablement conquis une feconde
fois ces vaiffeaux fur les mers & les tempêtes.
Quant à l'Hector , il eft certainement perdu
pour nous .
Maintenant l'attention générale eſt tournée
fur des objets plus importans ; les bruits
de paix qui fe font répandus à la fin du mois
dernier , que la prorogation du Parlement ,
la lettre de M. Towshend au Lord-Maire &
aux Direct urs de la Banque avoit fortifiés ,
commencent à baiffer ; le difcours du Roi
( 109 )
au Parlement n'a pas détruit toutes les
espérances ; mais il paroît que la Nation
qui la defiroit ne penfe plus de même ,
ou du moins que le fuccès du ravitaillement
de Gibraltar , qui a rappellé la victoire
inutile de l'Amiral Rodney , l'a ramenée
au deffein de continuer la guerre , pour
obtenir des conditions plus avantageufes ;
c'eft dans les premiers débats du Parlement
que l'on trouve cette révolution dans les
opinions , & qu'on peut découvrir à préfent
la marche que va fuivre le parti de
l'Oppofition. C'est une raifon pour donner
ici quelques détails aux féances.
-
Les , après que le Roi fe fut retiré , le Marquis
de Carmarthen fir , dans la Chambre haute , la
motion d'une adreſſe à S. M. - » Je n'ai pas befoin
dit- il , de vous faire fentir la néceffité de l'unanimité
dans le moment actuel , le plus critique où l'Angleteire
fe foit jamais trouvée. Le monde vient d'éprouver
une révolution ; l'Amérique fe fépare des
Domaines Britanniques & forme un Erat indépendant.
La conformité de langue , de religion , d'ufage & de
caractère , rétablira , fans doute , & confervera longtems
l'affection & la correfpondance entre les
Colonies & la Mère- Patrie . J'e père que l'Amérique
ne fera pas entièrement perdue pour la G B. Mais
s'il arrivoit que les négociations actuelles pour la
paix fflent rompues par quelqu'accident imprévu ,
je ne doute point que l'efprit public de ce pays ne
mette les Miniftres de S. M. en éta de poursuivre la
guerre avec vigueur. La Marine eft dans un état de
force & de gloire qui nous promet des fuccès , fi
c'est encore aux armes à décider la queftion. Mais
comme dans ce cas la fituation de notre marine nous
donne des efpérances , c'eft un encouragement de
( 110 )
-
plus pour négocier la paix . Quel moment plus fa
vorable pourroit - on cheifir pour remplir un objet f
defiré que celui où nos ames ont été victorieufes
fur mer & fur terre ? Le Lord Sandwich ne s'oppofa
point à l'adreffe propofée , heureux , dit- il , de
donner cette marque de fa fidélité & de fa reconnoiffance.
Ce moment critique , ajouta- t- il , exige
de l'unanimité Nos ennemis profiteroient de nos
divifions , fi elles éclatoient à l'infant d'une négo
ciation d'où dépend en grande partie le falut du
Royaume. Cependant , en appuyant l'adreſſe , je ne
prétends pas m'interdire le droit d'expofer mon
opinion fur les objets qu'elle renferme , lorsqu'ils
feront difcutés en forme par les Pairs. Quelqu'importante
que fuiffe paroître la conjoncture préfente ,
ce n'eft pas là l'inftant de fe décourager. La dernière
campagne a été glorieufe pour nous . La maison de
Bourbon a échoué abfolument dans fes grands projets
. L'ennemi a été repouffé de Gibraltar par les
efforts vigoureux & conftants d'un brave & habile
Officier. Cette place a été trouvée imprenable.
L'activité fans exemple & les brillans fuccès d'un
Amiral expérimenté , ont empêché nos ennemis
d'attaquer la Jamaïque. Ces évènemens ont relevé
les efprits abattus de la Nation , & l'autorisent à
prétendie aux termes de paix les plus honorables.
Quelqu'épuifé que puiffe paroître le Royaume aux
yeux de ceux qui voient tout en noir , il a toujours
d'affez grandes reffources pour continuer une guerre
dont je me flatte que l'iffue feroit glorieufe pour la
Nation . Nous avons donc des droits à une paix
honorable , jute & égale , & c'eft à une paix de
cette nature que je donnerai mon confentement. Les
Négociateurs employés aujourd'hui , doivent éviter
de fe lier par des reftrictions auifibles aux intérêts
du Royaume , s'il arrivoit quelque nouvel évènement.
Je me fais trouvé dans une pofition ſemblable à la
leur j'ai appris à connoître le caractère des pere
( 111)
:
fonnes avec lesquelles ils ont à traiter , & je ne
doute point un inftant que fi nos ennemis avoient ,
dans le cours de la négociation , quelques fuccès
inattendus , ils porteroient aufi - tôt leurs demandes
au plus haut degré ; & je crois qu'il eft de la prudence
de nous réferver le même droit. Le Lord
Radcor obferva que dans le projet d'adreſſe on avoit
paflé fous filence la phrafe importante où S. M. die
qu'en offrant l'indépendance aux Américains , elle a facrifié
toutes les confidérations particulières au vaa
& aux defirs de fon Parlement & de fon Peuple ,
& il propofa un amendemert que le Lord Shelburne
ayant la , approuva par un figne de tête . Le Lord
Storment prit alors la parole : Je ne m'oppofe point,
dit-il , à l'adreile . Dans la circonftance actuelle nos
ennemis ont les yeux fixés fur nous is épient le
moment de la défunion & du mécontentement , &
fe tiennent toujours prêts à fomenter ces divifions
domeftiques qui ont fi long- tems déchiré la Conftitution
de ce pays dans l'intérieur , & arrêté le fuccès
de fes armes au- dehors. Mais je n'entends point parlà
renoncer au frivilége de combattre dans le cours
des débats futurs les articles du plan de pacification
générale qui me paroîtront contraires aux intérêts
de la Netion. Le confentement donné à une adreffe
en réponse au difcours de S. M. à l'ouverture d'une
feffion , ne peut être un obftacle à la liberté d'ofinion
, qui fait un des droits les plus précieux des
Pairs de la G. B. On ne deit point inférer de mon
aveu que j'a , prouve dans toute leur étendue les vues
& les principes contenus dans cette adreffe . Le
Marquis de Carmarthen obferve que le moment
actuel est une époque de gloire & de victoire.
» Jamais , dit- il , les forces navales de la G. B.
n'ont été fi redoutables à hos ennemis «. J'en
félicite bien fincèrement la Chambre & la Nation' ,
& j'espère que des fuccès fi éclatans influeront fur
la pais , qui ne fera conclue qu'aux conditions les
(112 )
plus juftes & les plus honorables . Suivant le dif
cours émané du Trône , les offres de paix faites par
S. M. ont deux motifs , le voeu de fon Parlement &
l'opinion de fes Peuples . Mais la vérité de l'une &
l'autre de ces propofitions n'eft rien moins que démontrée.
Je conviens qu'on a obtenu de la Chambre
des Communes une décifion favorable au projet d'ac
corder l'indépendance de l'Amérique ; mais cette approbation
n'a point eu lieu dans celle- ci , où la queſtion
n'a pas même été agitée . On ne peut donc pas dire que.
le Parlement ait favorisé ce projet par fon aveu ; & je
ne crois point que l'opinion particulière d'un Corps
ait autorisé un facrifice qui intéreffe fi vivement la
Nation. Je me fuis répandu parmi les differentes
claffes de citoyens , pour obferver leurs opinions ,
connoître celles qui font les plus populaires. Il s'en
faut de beaucoup que le public en général approuve
de parti que nous prenons de reconnoître l'indépen
dance de l'Amérique ; c'eft une confidération de la
dernière importance pour la G. B. & je doute fort
que la Nation foit difpofée à l'admettre dans toute
fon étendue. Auffi les raifons d'après lefquelles le
Roi s'eft déterminé à l'offrir aux Etats d'Amérique ,
ne font ni folides ni admiffibles dans les circonstan
ces actuelles. Je n'ignore pas les moyens que l'on
a employés pour confoler la Nation aux yeux de
Jaquelle l'indépendance de l'Amérique étoit une
perspective douloureuſe , & pour détourner fes
idées d'un objet auffi important . Pour moi je n'ai
l'efprit ni affez délié ni affez pénétran: pour comprendre
les péculations raffinées que l'on fait aujourd'hui
. Le commerce de l'Amérique a toujours
été reconnu effentiel - au bien- être de l'Angleterre.
Nul fophifme ne fauroit détruire l'importance de
cette confidération ; & prétendre que l'indépendance
nous affure la continuation de ce commerce , c'eft
avo er en probléme que tous les calculs poffib'es
ne peuvent réfoudre. La perte d'un objet auf pié
71739ད
cieux fe fait fentir doublement forfque l'on confi
dère qu'il n'y a encore en évidence rien de ftipulé
pour empêcher ce commerce de tomber eatre les
mains de nos ennemis & de contribuer à augmenter
leurs forces . Je rappellerai aux Miniftres l'obfervation
folide du Lord Sandwich , qui connoît parfaitement
le plan d'une régociation de paix . Je les
exhorte à faivre ſon confeil , parce que l'offie dindépendance
faire aux Américains , paroît définitivement
aflurée en cas de paix , foit dans le moment
préfent , foit dans toute époqre à venir. Les
treize Etats unis doivent la recevoir , & leurs Alliés
participer à fes avantages , en quelq e tems que la
paix foit concle . Sous ce point de vue les deffeins
des ennemis naturels du Royaume font complettemet
remplis , & leur premier objet eft dicifivement
affré en continuant la guerre . Nous ne pou
vons plus revenir fur un article préliminaire auffi
important dans le fyftême général de pacifi ation .
Une autre circonftance s'offie encore , le difcours
de S. M. annonce que dans la négociation de la
paix , les Miniftres n'ont pas l'intention de ftipuler
pour faire rentrer dans leurs propriétés les malheureux
qui ont exposé leurs vies & facrifié leurs
fortunes par un principe de loya ité & d'attachement
envers leur Souverain & leur Pays. Comment
excufer ce procédé inhumain ? La fituation des Catalans
lorfqu'ils furent réduits fous la domination
Efpagnole , fut même préférable à celle où fe trouvent
maintenant les Américains loyaux , fuivant les
termes de la négociation actuelle . Les Catalans quoique
rébelles à leur fouverain légitime ' , quoiqu'armés
contre lui , & réduits à la néceflité de fe mettre à la
merci da vainqueur , obtinrent de rentrer dans la
jouiffance de leurs biens , qui cependant pouvoient
être confifqués felon le droit des gens . Si ces Catalans
ont été traités avec tant de douceur , les Américains
loyaux , qui fe font facrifiés pour la G. B. ,
( 114 )
n'ont- ils pas les droits les plus facrés à la commifération
& à la protection , dans tous les traités de paix
quelle peut négocier ? —En entrant dans la Chambre,
je ne m'étois point propofé , dit alors le Lord
Shelburne , d'expliquer mes fentimens avec étendue ,
fur le difcours de S. M. , & je m'étois flatté que ma
concurrence facile à l'a treffe propotée auroit fuff
dans les circonstances actuelles ; mais ce que vient
de dire le Noble Lord , m'oblige à parler. Ma poff
tion délicate m'empêche toute réponſe directe ; le fe
cret eft abfolument néceffaire dans une négociation
de paix , & il m'eft impofible d'éclaircir par des fans
les remarques du Noble Lord. Cependant , je ne faurois
cacher mon étonnement de ce qu'il a établi tous
fes argumens fur un paffage mal-entendu du difcours
de S. M. , pour aller au-devant des objections ; je
vais lire ce paffage. » Je n'ai point hésité à me fervir
dans toute leur étendue des pouvoirs dont je fuis
revêtu , ayant reconnu qu'il eft impoffible d'obtenir
autrement une réconciliation cordiale & entière avec
les Colonies de l'Amérique Septentrionale , & j'ai
offert de les déclarer Eats libres & indépendans ,
par un article qui fera inféré dans le traité de Paix,
On eft convenu d'articles provifoires , qui auront
leur effet quand on aura définitivement réglé des
termes de paix , avec la cour de France Le fens
de ce paffage eft fi clair que , je ne conçois pas cemment
il a été mal- entendu o tourné de manière à
faire croire que , par cet article inféré auffi dans le
traité de Paix , l'indépendance de l'Amérique étoit à
tout évènement, définitivement reconnue . Je fuis également
étonné de voir que la voix du Parlement & de
la Nation , n'a point favorifé l'indépendance de l'Amérique.
Sur quel fondement l'ancien Miniſtère s'eftil
donc démis de fes fonctions ? Sur quel fondement
le Ministère actuel a- t- il donc pris les rênes du Gou
vernement ? Une décifion précife de la Chambre des
Communes n'a- t- elle point fait connoître l'avis de ce
·
( 115 )
Corps & lorfque la même queftion fut propofée'
aux Pairs , n'ai - je point entendu dans la place où je
me trouve aujourd'hui , que les Miniftres recon
noifoient que la voix de la Nation étoit contr'eux , '
& qu'ils étoient déterminés à fe retirer ? Ce fut là
l'évènement qui fa va à la dernière Adminiſtration la
douleur & la hon e de voir les opinions de leurs Seigneuries
fe récrier contr'ens. Le Noble Lord a amplifié
fur notre fituation reſpectable , & fur la baffelle
qu'il y auroit dans un moment auffi brillant
d'accepter une paix humiliante . Quoique je ne voye
point de raison pour craindre , quoique je fente tous
les motifs qui pourroient déterminer à faire des
efforts vigoureux ; je ne fuis en aucune manière
porté à envifaget les affaires fous le même point
de vue que lui . Je connois combien ma pofition
eft difficile & importante ; les fervices feuls que
je devois à l'Etat ont pu me déterminer à pren
dre un polte dont les devoirs , felon les apparences
, devoient réfléchir auffi peu d'honneur
fur mei que fur ma Patrie : mais puifque je
retrace ces triftes réflexions , je dois rappeller
que je n'ai point attiré fur la Nation les malheurs
dont elle fe fent accablée ; c'eft l'Antenr de l'Acte
du Thé qui a femé le germe de la guerre Américaine
! c'est lui qui eft la caufe de notre humiliation
& de la douleur que j'éprouve dans ce moment.
Le noble Lord a parlé des Miniftres & des
Confeils Efpagnols ; je n'aime ni à choifir , ni à
imiter des modèles femblables ; je crois n'avoir oublié
aucune démarche pour mettre à l'abri les intérêts
de toutes les parties liées avec ce pays , ou
qui fe font dévouées avec loyauté à fervir fes intérêts.
Cependant je n'ai point réffi dans mon
entreprife ; fi j'ai échoué , ce n'eft point par négli
gence , mais par néceffité . Le Lord Shelburne termina
modeftement fon Difcours , en proteftant que
s'il parvenoit à être utile à la Patrie , il ne devroit
fes fuccès qu'aux talens diftingués avec lesquels
-
( 116 )
--
fes Collègues dans le Ministère rempliffent leurs
importantes fonctions . L'adreffe & l'amendement
ayant pallé à la pluralité des voix , la Chambre
s'ajourna à huit heu.es & demie .
Cette féance intéreflante éclaircit quelques
obfcurités que le difcours du Roi
n'avoir pas levées , & confirma quelques
articles du traité qu'on avoit commencé à
prévoir ; elle montre auffi l'opinion du
Minifère fur la véritable fituation de la
Grande Bretagne , fur lembarras où il eft de
continuer la guerre , fur l'idée qu'on doit
fe former de cette campagne , que la Nition
trouve fi glorieufe , & qui nous laiffe
cependant dans le même état cù nous nous
trouvames à la fin de la précédente , quis
fut fi déf ftreufe pour nous. Les débats
de la Chambre des Communes offrent à
peu près les mêmes réſultats avec quelques
réflexions curieufes fur la campagne du
Lord Howe .
و
Ce fut M. Yorck qui propofa l'adreffe de
remercîment ; elle eft comme toutes les
pièces de ce genre , la répétition du difcours
du Roi , & la plus grande approbation de
fa conduite, M. Fox ouvrit les débats par le
difcours fuivant.
Je ne puis paffer fous filence , dit- il , un oubli ou
une négligence d'expreffion dans le difcours du Roi ,
que je puis , à plus jufte titre , appeller le difcours
da Miniftre. Il y eft dit que S. M. , depuis la
clôture de la dernière feffion , a cu grand foin
d'empêcher toutes hoftilités offer.fives en Amérique,
Il elt certain que cette réfolution ne peut pas être
( 117 )
datée de l'époque mentionnée dans le Difcours . Si
cette opinion s'accréditoit , elle jetteroit une tache
indelebile fur ma ré utation , ai fi que fur celle
des Pairs & des perfonnages honorables qui compofoient
alors le Minitère. ( Ici M. Pit , Chancelier
de l'Echiq ier , obferva qu'il paroilloit que
l'on n'avoit pas donné une attention fuffifante au
difcours , qui certainement n'impliquoit pas une
pareille infinuation ; fur quoi cette partie du dif
cours fut lue une feconde fois ) . Alors M.
Fox reprit la parole : la fingularité des expreffions
de cet article m'a fait defirer une explication ,
& je fuis heureux d'apprendre que la liberté vient
de trouver un nouvel afyle , pifque 1 Amérique
eft déclarée libre & indépendante. Mais pourquoi
l'appelle- t-on fimplement les Etats d'Amérique , au
lieu de dire les Etats - Unis d Amérique , ainfi qu'elle
eft qualifiée dans la lettre de M Townshend ,
Secrétaire d'Etat , au Lord Maire de Londres ? Je
vois avec la plus grande fatisfaction que l'indépen
dance de l'Amérique eft établie fur la bafe la plus
permanente, Nous lui accordons aujourd'hui , de
la manière la moins équivoque , une liberté, pour
laquelle elle a combattu co irageufement. Mais le
Ministère actuel n'a point de part à cet évènement
qui comble les voeux de la Nation. La G. B. &
l'Amérique doivent à une autre adminiftration cet
acte de bienfaisance & de juftice . Je fuis bien éloigné
cependant de blâmer le Lord Shelburne d'avoir
adopté des mefures fages & prudentes . Les amis de
l'humanité applaudiront à ce témoignage de fagefe ,
quoique le projet n'émane pas de lui ou de fes Col
lègues , & je puis l'affurer , ainfi que les amis
qu'il ne fera jamais obligé de fe juftifier devant
la Nation d'avoir acquiefcé à des conditions d'indépendance
& de pacification avec l'Amérique.
Exifte-t-il un homme affez borné pour defirer la
continuation d'une guerre préjudiciable aux intérêts
( 118 )
des deux pays Exifte - t-il un être affez vil pour
continuer d'afurer , à l'exemple de certaines perfonnes
, que l'Amérique , devenue indépendante ,
éclipferoit pour toujours le foleil de la G. B. Je
fuis certain que les Américains & les Anglois ne
tarderont pas à s'unir étroitement par les noeuds
de l'amitié & du commerce. Que Dieu me préferve
de ne point concourir au glorieux traité adopté par
le Lord Shelburne , fi avantageux pour la Mère- Patric
& pour les Colonies . Jamais l'Amérique ne fera
indifférente aux intérêts de la G. B. Les Citoyens
des deux Nations feront amis d'âge en âge , leur
moeurs font les mêmes. C'eſt le même lang qui
coule dans leurs veines .... Notre également nous
a reiné. Il eft tems d'ouvrir les yeux , & de renoncer
à de vains pojets. Il y a des gens qui parlent de
l'évènement d'aujourd'hui , comme d'une conceffion
faite à la liberté ; mais ils fe trompent ; c'est la
néceffité qui nous guide ; nous fommes forcés de
donner ce que notre orgueil combattoit depuis fi
long- tems pour accorder ... Combien n'eft- il ppas ma
heureux qu'en démembrant une partie de l'Empire
nous ne donnions pas ànos Colonies une preuve de no.
tre bienveillance ; la reconnoiffance del in Jépendance
de l'Amérique nous a été arrachée par la force de les
armes , par celles de fes alliés , Les premières ouver
tures du traité actuel viennent d'une lettre que S. M.
m'a fait écrire à M. Grenville à Paris . Pareille lettre
a été envoyée au Chevalier Guy Carleton à New-
Yorck. Aucune de ces lettres n'a été dictée par le
Ministère actuel. C'eft au public à connoître à qui
il eft redevable de cet exemple trop tardif de la fageffe
des Miniftres de la G. B. Exemple cependant
qui fera admiré dans les fiècles les plus reculés par
tous les philofophes & par tous les amis de l'homme.
Après cela M. Fox traça un tableau rapide
des opérations de la dernière campagne. I!
fit l'éloge le plus pompeux du Général Elliot qu'il
appelle le Héros des Héros , il rendit auffi le tribut
( 119 )
d'hommages & de reconnoillance que la Nation doit
au Lord Howe & au Lord Keppel ; mais il ne dit pas
un mot de l'Amiral Rodney .
:
Le Gouverneur Johnfton , loin d'approuver le dif
cours de M. Fox , témoigna fon mécontentement
de l'article de la harangue de S. M. , fur lequel
cet honorable Membre venoit de déployer toute fa
rhétorique. Je n'aurois jamais imaginé , dit-il , qu'une
affaire auf importante que celle de la reconociffance
de l'indépendance de l'Amérique , pût être
terminée avant d'avoir préalablement pris l'avis
du Parlement. Il paffa enfuite au ravitaillement de
Gibraltar , & il déclara hautement que notre efcadre
s'étoit honteufement retirée devant celle de
l'ennemi. Il cita particulièrement l'avant - garde ,
commandée par l'Amiral Barington , qu'il affura
s'être éloignée , le lendemain du combat , de quatre
lieues à l'eft de l'armée combinée. Je ne prétends
point dire , ajouta-t- il , à qui nous devons attribuer
une pareille conduite mais ce n'eſt point la feule
faute ; on en a fait plufeurs autres encore moins
excufables. En conféquence , je ne donnerai point
mon confentement à cette partie de l'adreffe où
l'on fait tant d'éloges d'un Commandant dont je
je ne puis approuver la conduite. Le Lord North
témoigna fa fatisfaction de voir l'adreffe paffer fans
amendement. Dans la circonftance préfente , dit-il ,
il est du devoir d'un bon patriote de fignaler fon
zèle en foutenant le Gouvernement ; & je n'aurois
point moi - même importané la Chambre de mes
obfervations , fans quelques articles de l'adreffe ,
fur lefquels je prendrai la liberté de faire une ou
deux remarques . Malgré mon attachement à feconder
les Miniftres actuels dans toutes les mesures
raifonnables qu'ils prendront , foit pour la paix ,
foit pour la guerre , je ne pais m'empêcher , pour
le moment , de m'élever contre cette partie de
l'adreffe qui approuve le traité proviſoire , conclu
avec l'Amérique , avant de faire connoître les con120
)
--
ditions. Je crois devoir confeiller aux Miniftres de
ne point mettre trop de précipitation à terminer
l'ouvrage de la paix . La G. B. eft dans une fituation
qui lui donne le droit de prétendre à des
conditions honorables. Il entra alors dans des
détails fur l'étendue de nos reffources , comparées
avec celles de nos ennemis , & démontra que notre
pofition étoit bien loin d'être défefpérée . - M. le
Chancelier Pitt répondit qu'il recueilloit , avec le
plus grand plaifir , toutes les obfervations des
Membres de la Chambre , & qu'il ne doutoit point
que le réſultat de ces diverfes opinions ne fervit
à diriger la conduite de l'Adminiftration. J'espère ,
ajouta t-il , ête , fous peu de jours , en état d'informer
la Chambre des conditions auxquelles on
fera convenu d'un traité de paix générale. Il y
auroit , pour le moment , la plus grande impru
dence à en dire davantage. Après quelques autres
difcours de M. Burke , du Chancelier Mawbey &
de M. Smith , la motion pour l'adrefle palla , &
la féance fut terminée «.
-
L'affaire du difcours du Roi & de l'adreffe
en réponſe ne fut pas irrévocablement terminée
dans cette féance ; les débats fe renouvellèrent
le lendemain , 6 , dans la Chambre
des Communes.
Après quelques difcuffions fur des objets qui ne
fixent point encore toute l'attention du public , M.
Fox fe leva & dit : » Je fuis fâché qu'on me croie
partifan de l'indépendance Américaine . Rien n'eft
plus faux. Dès le commencement de la querelle , je
me fuis conftamment oppofé à toutes les mefures
que je prévoyois devoir produire cette indépendance
que je regarde comme une grande calamité , que
perfonne ne déplore plus fincèrement que moi. Mais
aufli- tôt que j'ai vu qu'elle feroit pour la G. B. une
calamité moindre que la continuation d'une guerre
ruineufe
( 121 )
Tuinenfe , j'ai pensé que la feule reffource qui reftât
à cet Empire , à la veille de fa deftruction , étoit de
reconnoître l'indépendance de l'Amérique . Mais le
principal motif de mon difcours , eft de favoir ce
qu'on peut répondre à une queftion que je vais faire
aux Miniftres. Il eft d'autant plus néceffaire qu'ils
s'expliquent fur la difficulté qui m'arrête , que ce
font eux qui y ont donné lieu. J'ai appris que l'indépendance
de l'Amérique avoit été reconnue par le
premier article du traité provifoire . Or je voudrois
favoir fi elle a été reconnue de manière qu'aucun
évènement à venir ne puiffe changer notre réfolution
fur cet objet , s'il eft encore en notre pouvoir
de revenir fur cette reconnoiffance , & fi le traité
provifoire aura fon effet auffi-tôt que la paix fera
conclue avec la France quelque chofe qui puiffe
arriver ? J'aime à croire que l'indépendance eft
irrévocablement reconnue , car quoique plufieurs
perfonnes penfent que l'Amérique feroit alors au
pouvoir de la France , je fuis au contraire fermement
perfuadé que la France feroit au pouvoir de
l'Amérique. En effet lorfque l'on faura dans les
Colonies que le grand objet pour lequel elles ont
pris les armes eft complettement rempli , & qu'il ne
inanque plus rien , pour mettre fin aux hoftilités ,
que le confentement de la France à des termes de
paix juftes & raiſonnables , je ne doute pas que les
Américains , voyant que ce n'eft plus pour leur
caufe mais pour celle de la France qu'ils combattent ,
n'infiftent auprès de la Cour de Verfailles pour la
déterminer à accepter ces conditios , de manière
que felon toutes les apparences ce moyen nous fera
obtenir une paix plus avantageufe que celle que
nous pourrions conclure , en ne reconnoiffant que
conditionnellement cette indépendance. MM .
Townshend & Pitt entrèrent alors dans des détails
d'où il femble réfulter qu'en effet l'indépendance eft
reconnue fans condition . M. Burke fe leva alors ,
21 Décembre 1782.
f
( 122 )
tenant à fa main le difcours imprimé dont il fit la
critique la plus détaillée & la plus févère. » Je regarde
, dit-il , le Miniftre comme coupable du délit
le plus grave , pour avoir ofé mettre dans la bouche
du Roi des expreffions par lesquelles S. M. rejette
fur le Parlement tout le blâme de la réſolution prife
de reconnoître l'indépendance de l'Amérique. La
preuve de ce que j'avance , exiſte dans la répugnance
apparente avec laquelle S. M. déclare qu'elle l'a
reconnue par égard pour le voeu de fon Parlement.
Cette phrafe implique une cenfure du Parlement ,
fur-tout quand on voit le Miniftre faire tomber le
Roi à genoux après cette déclaration , pour prier le
Tout-puiffant de détourner les maux qui pourroient
réfulter d'un fi grand démembrement de l'Empire.
J'ai fouvent entendu des formules de prieres dans
les Eglifes , mais c'eft la premiere fois que j'en
trouve une dans un difcours du Roi à fon Parlement
, c'est un tour d'hypocrifie joué aux dépens de
cette Affemblée. La conftruction grammaticale , le
fens de la phrafe, rien dans le difcours ne prouve que
l'indépendance ait été reconnue fous condition par
les articles provifoires. Or , comme on fait qu'un
des Miniftres du Roi a donné ailleurs un fens tout
différent à la manière dont elle a été reconnue dans
les articles provifoires ; qu'il y a des divifions dans
le Cabinet , & que les Miniftres qui ont dit une
choſe dans un endroit , en diſent une toute différente
dans un autre , la Chambre a lieu de craindre qu'on
ne veuille la furprendre & l'induire en erreur dans
une circonftance auffi importante & auffi critique.
Si le doute ne partoit que fur M. Pitt , dont je
connois l'honneur & l'intégrité , la déclaration
qu'il vient de faire ne me laifferoit aucune inquiétude
; mais quand on penfe à l'auteur du difcours ,
on fent que la Chambre n'a que trop de raifons de
s'allarmer des engagemens qu'elle a pris par fon
adieffe en réponse au difeours , d'autant plus que
( 123 )
לכ
toutes les conféquences qui pourront en réfulter ;
font mifes ouvertement à fa charge. M. Burke lut
enfuite un paffage du difcours où le Roi déclare
qu'il a facrifié toutes les confidérations perfonnelles
au vou de fon peuple. Il s'arrêta affez long- tems
fur le mot confidération , & demanda ce que le
Miniftre entend en faifant dire à S. M. qu'elle
avoit des confidérations différentes du vou de fes
Peuples. » Cette idée , dit - il , eſt également nouvelle
, anti-conftitutionnelle & impropre. Reprenant
enfuite l'examen du Difcours , il lut un autre
paffage , J'attribue , fous la bénédiction de Dieu ,
cet Etat refpectable à l'entière confiance qui fubfifte
entre moi & mon Peuple , & à la promptitude
avec laquelle les habitans de Londres & des autres
parties de mcn Royanme fe font montrés pour
veiller à la sûreté commune . Des Particuliers ont
dernièrement donné des preuves de patriotisme
qui feroient honneur à tous les âges & à tous les
Pays . M. Burke prétendit que tout cela n'étoit
qu'une chatlatanerie pour tromper la Nation , que
le Chevalier Lowther étoit la feule perfonne à
laquelle cette dernière phrafe pût faire allufion
mais que la poli ique miniftérielle multiplie fauf
fement un facrifice dans la vue d'engager en effet
d'autres citoyens à les réitérer . Au furplus l'encouragement
donné à ces contributions volontaires
eft , felon lui , auffi illegal que ridicule , puifqu'il
ne pourroit produire aucun fecours intéreffant
& que d'ailleurs il étoit déshonorant pour un grand
Empire comme la G. B. que le Gouvernement allât
en quelque forte demander l'aumône de ville en
ville , tandis que la Chambre votoit généreusement
des millions pour le foutien de l'Etat . M. Burke ne
fut pas plus indulgent pour la fin du diſcours ; felon
lui , les Miniftres y font eux-mêmes leur éloge de
la manière la plus révoltante , puifqu'il eft clair
qu'en parlant des hommes dont les talent & les ferf
2
(
124
vices méritent des récompenfes ; c'eft eux- mêmes
qu'ils ont en vue .
Si je pouvois , continue - t - il , à l'exemple de
quelques-uns qui font actuellement en place , & qui
étoient autrefois rangés dans le parti de l'Oppofition,
me permettre un tel langage , j'appellerois ce difcours
, un tiffu de platitudes & d'argumens fpécieux.
N'étoit- ce pas mettre la patience du Parlement à
l'épreuve la plus forte , que de l'obliger à l'entendre ,
à en devenir l'écho ? Et cependant il a foutenu cette
épreuve fans témoigner fon humeur. Les Miniftres
nous recommandent la prudence ; mais peut- on l'attirer
dans cette enceinte avec la même facilité qu'on
y fait accouir certains Membres , par l'appât d'un
billet de la Tréforerie ? La prudence ne s'inculque
pas d'un coup de baguette , & la partie du difcours
qui nous recommande le défintéreffement , eft un
outrage fait au Parlement , en laiffant douter de fes
principes. M. Burke s'étendit prodigieufement
fur ce fujet ; & recoenoiffant lui-même combien il
devenoit prolixe , il pria la Chambre de lui pardonner
fes lengueurs , alléguant pour fon excufe
qu'un long texte exigeoit un long commentaire.
-
Le Chancelier de l'Echiquier fe leva enfuite ; &
l'Orateur lui ayant rappellé qu'il avoit parlé : mon
motif, repliqua M. Pitt , eft fi défagréable , & lat
tâche qui m'eft impofée eft fi pénible , que je confentirois
volontiers à ne point reprendre la parole ,
fi certains paffages du difcours de M. Burke ne me
mettoient dans la néceffité indiſpenſable de fixer de
nouveau l'attention de la Chambre fur l'importance
du fujet qui l'occupe actuellement , de lui rappeller
qu'elle doit approfondir le fens du difcours prononcé
par le Roi , & y répondre par une adreffe également
férieufe & réfléchie. Ce n'eft pas le moment de plaifanter
: l'adreffe dont il s'agit , n'admet pas non plus
de pareils écarts ; ce n'eft pas le moment de donner
carrière à une imagination brillante & féconde.
Nous devons effayer de rompre la baguette ma-
2
( 125 )
gique , & montrer les chofes telles qu'elles font.
Notre devoir eft d'examiner mûrement la crife dans
laquelle fe trouve la Patrie , & de nous efforcer ,
en adoptant des mefures fages , bien combinées &
conformes à la faine politique , de détourner le
danger qui la menace , de la délivrer des dépenfes
& des embarras de la guerre , & de lui procurer
une paix honorable. Le Membre qui a parlé , s'eſt
livré tellement à fon imagination , que j'ignore s'il
a eu le deffein de parler férieuſement. Il m'eft d'autant
plas difficile de comprendre fon but , qu'hier
il a femblé approuver l'adreffe , à chaque partie de
laquelle la Chambre a donné unanimement fon
fuffrage. ( M. Fox & plufieurs autres Membres s'écrièrent
, cela n'eft pas , cela n'eft pas ) . Au moins ,
dit M. Pitt , puifqu'elle a paffé nemine contradicente ,
je dois penfer que l'honorable Membre a conclu
que l'examen férieux du difcours ayant été terminé
hier , il ne reftoit aujourd'hui qu'à s'égayer. Je ne
faurois autrement rendre raifon de la manière dont
il a traité l'objet férieux qui occupe la Chambre :
on pourroit lui reprocher d'avoir débité des bonf
fonneries ; mais les graces qu'il fait prêter à fes
penfées , ne permettent pas d'employer cette expreffion
. Le difcours de S. M. ne contient rien qui puifle
autorifer à le tourner en ridicule . Le langage en eft
fimple , clair , plein de franchife , & adapté aux
circonftances . L'adreffe de la Chambre eft également
conçue dans les termes convenables . Je prie
donc la Chambre de difcuter férieufement cette
matière , afin que les Miniftres de S. M. fachent
quelle eft la partie de ce difcours contre laquelle on
peut former des objections. L'honorable Membre
révoque en doute ma fincérité relativement àl'explication
que j'ai donnée des articles provifoires .
Je ne fais s'il veut infinuer que je fuis capable d'avancer
des chofes à double entente , au moment où
je prends la parole comme Miniftre , & où je réf
3
( 126 )
-
:
ponds explicitement à une queftion claire . Je me
Alatte que mon intégrité , qui n'a reçu juſqu'à préſent
aucune atteinte , me conciliera la bienveillance de la
Chambre , & qu'elle ne me foupçonnera point d'être
capable d'une duplicité auffi-baffe & auffi fcandaleuſe.
Si j'ai laiffé pafler l'adreffe , dit alors M. Fox ,
ce fit après avoir fait connoître les articles que je
défapprouvois. Il prit enfuite la défenſe de fon ami
M. Burke , appuya fes raifons fur l'adreffe même ,
& ajouta Le Miniftre , effrayé de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , a rejetté fur le
Parlement ce pefant fardeai ; & le montrant avec
effronterie dans l'arêne , il a pouffé l'audace au
point de faire blâmer par le Roi la conduite du
Parlement , qui le forçoit à la reconnoître. Ce trait
de politique a dévoilé les projets du Miniftère
actuel ; nous en voyons la trame ourdie dans le
fein de la fauffeté . Anglois , on veut vous priver
de votre liberté , en vous faifant haïr vos Repréfentans
! Après cette apoftrophe , M. Fox reprocha
à M. Pitt de s'être étayé fur fon caractère privé ,
pour donner encore plus de poids à fa déclaration
miniftérielle. Il fe déchaîna enfuite contre l'article
du difcours , par lequel la Couronne demande au
Parlement , avec le mafque de l'ingénuité & la fubtilité
d'un ferpent , de déployer la fermeté , fa prudence
, fon défiatérelement : ce paffage feul , dit- il ,
bouleverse toute notre conflitution . Le Miniftre
répond de fa conduite ; il eft fajet à fa cenfure &
à fes jugemens. Aujourd'hui il veut commander à
fes maîtres , & nous enlever nos droits pour en
couvrir la tête couronnée qu'il fait agir . Si la
Chambre a befoin de principes de défintér ffement
, ce n'eft pas dans l'antre obfcur de la corruption
& du vice qu'elle ira les chercher ; la
Trésorerie ne lui fervira point de modèle. M. Fox
reprit fur le même ton tout le difcours du Roi
& finit par affirmer , avec cette confiance fi ratu- .
relle à un Orateur tel que lui , que le difcours de
( 127 )
M. Burke avoit été auffi éloquent que perfuafif ,
& que M. Pitt avoit choifi avec adreffe les points
de fa critique , rien n'étant plus aifé que d'attaquer
l'efprit de M. Burke , & plus difficile que de
répondre à fes argumens . Ici M. Fox s'adreffant
au Général Conway , le pria de déclarer s'il éntendoit
que la reconnoiffance de l'indépendance de
l'Amérique , dans les articles provifoires , étoit fans
conditions. Le Général , Conway répondit brièvement
: Il est évident que la reconnoiffance eft fans
conditions , & je ne vois point pourquoi on auroit
employé la rufe , puifque le traité lui - même ſera
foumis au Parlement fous peu de jours. A fept
heures l'adreffe fut lue une feconde fois , & la
Chambre fe fépara «.
Ces premiers débats nous préparent à
de vives oppofitions ; celles qu'éprouvera
la paix font craindre qu'elle ne foit pas
auffi prochaine qu'on avoit lieu de l'efpérer ,
& que la campagne prochaine n'ait lieu ;
elle peut nous être moins avantageufe , &
nous donner enfuite de vifs regrets de na
voir pas traité dès à préfent.
" Le floop de guerre le Swallow , écrit- on de
Portsmouth , a appareillé pour l'Oueft avec des dépêches.
Le 7 au matin , le Commodore Elliot a levé
l'ancre , & a mis à la mer de Spithéad , avec les vaiffeaux
le Romney , l'Ariane , l'Anſon & deux curters.
Il a ordre de croifer devant Oueffant avec les
2 premiets , pour obferver les mouvemens de l'efcadre
Françoife actuellement dans le port de Brest
l'Anfon doit aller à Sainte -Lucie «<.
Les bâtimens de tranfport qui arrivent de
Gibraltar ont ordre de faire une quarantaine
de 14 jours au Mother - Bank.
£
4
( 128 )
Tous les régimens , dit un de nos papiers , an
deffous du 60e , feront réformés auffi- tôt que le
traité de paix fera figné , & les Officiers de ces régimens
, qui feront mis à la demi - paye , pafferont
fuivant leur rang d'ancienneté dans les anciens
régimens pour la défenſe de la G. B. , dès qu'il
vaquera des places , foit par mort , foit par promotion
. Cette réforme devient indifpenfable , puifque
nous n'aurons plus de troupes à Boſton , à New-
Yorck , à Philadelphie , à Charles -Town , à Savanah
, à St- Auguftis , à Minorque & peut-être à
Gibraltar «.
Onn'a point de nouvelles de New-Yorck,
depuis celles qui nous ont appris le départ
de l'Amiral Pigot avec une partie de fes vailfeaux
& des troupes pour les Illes , où l'on
préfumoit qu'il feroit bientôt fuivi par l'Amiral
Hood avec le reſte de la flotte . Tout
eft fur le Continent dans le même état d'inaction
, qui a été celui de toute cette campagne
dans ces contrées , tant de notre part que de
celle des Américains. Quant à l'évacuation
de Charles Town , on a vu par les pièces
publiées des négociations faites par les principaux
habitans de cette place avec le Gouvernement
Américain de la Caroline , que
fon évacuation étoit alors réfolue , mais à
préfent fon exécution paroît incertaine.
Nous n'avons aucune nouvelle des Illes
depuis l'arrivée des dépêches de M. Archibald
Campbell , Gouverneur de la Jamaïque , qui
nons fait part de fon expédition contre les
Espagnols , dont le but étoit de faire échouer
l'attaque qu'ils méditoient contre nos établiffemens
de Mufquito au Cap Gracias à
€ G
( 108 )
Dio , & qui a été rempli. Le fort fitué à Blakriver-
Bluff où il y avoit une garniſon Efpagnole
, a capitulé le 31 Août. Dans toutes ces
opérations nous n'avons pas fait beaucoup
de mal à nos ennemis ; mais nous les
avons empêché de nous en faire...
Ces dépêches de la Jamaïque font du 10
Octobre & à cette époque on ne favoit rien
encore au fujet des vaifleaux de l'escorte de
la flotte de cette Ifle dont le fort nous
inquiète encore. Quelques papiers prétendoient
que par un navire arrivé de St - Thomas
à Cork , on avoit appris que la Villede
Paris & le Glorieux étoient entrés -le 4
Octobre à Antigues. Mais il y a long- tems
qu'on a répandu le bruit que ces vaiffeaux
étoient arrivés à cette deftination fans que
cette nouvelle fe foit confirmée , & il eft en
effet bien à craindre qu'elle ne le foit pas davantage.
La Refource qui n'a quitté les Ifles
que le 16 , n'a point entendu parler de cet
évènement , & il eft très- douteux que nous
ayons véritablement conquis une feconde
fois ces vaiffeaux fur les mers & les tempêtes.
Quant à l'Hector , il eft certainement perdu
pour nous .
Maintenant l'attention générale eſt tournée
fur des objets plus importans ; les bruits
de paix qui fe font répandus à la fin du mois
dernier , que la prorogation du Parlement ,
la lettre de M. Towshend au Lord-Maire &
aux Direct urs de la Banque avoit fortifiés ,
commencent à baiffer ; le difcours du Roi
( 109 )
au Parlement n'a pas détruit toutes les
espérances ; mais il paroît que la Nation
qui la defiroit ne penfe plus de même ,
ou du moins que le fuccès du ravitaillement
de Gibraltar , qui a rappellé la victoire
inutile de l'Amiral Rodney , l'a ramenée
au deffein de continuer la guerre , pour
obtenir des conditions plus avantageufes ;
c'eft dans les premiers débats du Parlement
que l'on trouve cette révolution dans les
opinions , & qu'on peut découvrir à préfent
la marche que va fuivre le parti de
l'Oppofition. C'est une raifon pour donner
ici quelques détails aux féances.
-
Les , après que le Roi fe fut retiré , le Marquis
de Carmarthen fir , dans la Chambre haute , la
motion d'une adreſſe à S. M. - » Je n'ai pas befoin
dit- il , de vous faire fentir la néceffité de l'unanimité
dans le moment actuel , le plus critique où l'Angleteire
fe foit jamais trouvée. Le monde vient d'éprouver
une révolution ; l'Amérique fe fépare des
Domaines Britanniques & forme un Erat indépendant.
La conformité de langue , de religion , d'ufage & de
caractère , rétablira , fans doute , & confervera longtems
l'affection & la correfpondance entre les
Colonies & la Mère- Patrie . J'e père que l'Amérique
ne fera pas entièrement perdue pour la G B. Mais
s'il arrivoit que les négociations actuelles pour la
paix fflent rompues par quelqu'accident imprévu ,
je ne doute point que l'efprit public de ce pays ne
mette les Miniftres de S. M. en éta de poursuivre la
guerre avec vigueur. La Marine eft dans un état de
force & de gloire qui nous promet des fuccès , fi
c'est encore aux armes à décider la queftion. Mais
comme dans ce cas la fituation de notre marine nous
donne des efpérances , c'eft un encouragement de
( 110 )
-
plus pour négocier la paix . Quel moment plus fa
vorable pourroit - on cheifir pour remplir un objet f
defiré que celui où nos ames ont été victorieufes
fur mer & fur terre ? Le Lord Sandwich ne s'oppofa
point à l'adreffe propofée , heureux , dit- il , de
donner cette marque de fa fidélité & de fa reconnoiffance.
Ce moment critique , ajouta- t- il , exige
de l'unanimité Nos ennemis profiteroient de nos
divifions , fi elles éclatoient à l'infant d'une négo
ciation d'où dépend en grande partie le falut du
Royaume. Cependant , en appuyant l'adreſſe , je ne
prétends pas m'interdire le droit d'expofer mon
opinion fur les objets qu'elle renferme , lorsqu'ils
feront difcutés en forme par les Pairs. Quelqu'importante
que fuiffe paroître la conjoncture préfente ,
ce n'eft pas là l'inftant de fe décourager. La dernière
campagne a été glorieufe pour nous . La maison de
Bourbon a échoué abfolument dans fes grands projets
. L'ennemi a été repouffé de Gibraltar par les
efforts vigoureux & conftants d'un brave & habile
Officier. Cette place a été trouvée imprenable.
L'activité fans exemple & les brillans fuccès d'un
Amiral expérimenté , ont empêché nos ennemis
d'attaquer la Jamaïque. Ces évènemens ont relevé
les efprits abattus de la Nation , & l'autorisent à
prétendie aux termes de paix les plus honorables.
Quelqu'épuifé que puiffe paroître le Royaume aux
yeux de ceux qui voient tout en noir , il a toujours
d'affez grandes reffources pour continuer une guerre
dont je me flatte que l'iffue feroit glorieufe pour la
Nation . Nous avons donc des droits à une paix
honorable , jute & égale , & c'eft à une paix de
cette nature que je donnerai mon confentement. Les
Négociateurs employés aujourd'hui , doivent éviter
de fe lier par des reftrictions auifibles aux intérêts
du Royaume , s'il arrivoit quelque nouvel évènement.
Je me fais trouvé dans une pofition ſemblable à la
leur j'ai appris à connoître le caractère des pere
( 111)
:
fonnes avec lesquelles ils ont à traiter , & je ne
doute point un inftant que fi nos ennemis avoient ,
dans le cours de la négociation , quelques fuccès
inattendus , ils porteroient aufi - tôt leurs demandes
au plus haut degré ; & je crois qu'il eft de la prudence
de nous réferver le même droit. Le Lord
Radcor obferva que dans le projet d'adreſſe on avoit
paflé fous filence la phrafe importante où S. M. die
qu'en offrant l'indépendance aux Américains , elle a facrifié
toutes les confidérations particulières au vaa
& aux defirs de fon Parlement & de fon Peuple ,
& il propofa un amendemert que le Lord Shelburne
ayant la , approuva par un figne de tête . Le Lord
Storment prit alors la parole : Je ne m'oppofe point,
dit-il , à l'adreile . Dans la circonftance actuelle nos
ennemis ont les yeux fixés fur nous is épient le
moment de la défunion & du mécontentement , &
fe tiennent toujours prêts à fomenter ces divifions
domeftiques qui ont fi long- tems déchiré la Conftitution
de ce pays dans l'intérieur , & arrêté le fuccès
de fes armes au- dehors. Mais je n'entends point parlà
renoncer au frivilége de combattre dans le cours
des débats futurs les articles du plan de pacification
générale qui me paroîtront contraires aux intérêts
de la Netion. Le confentement donné à une adreffe
en réponse au difcours de S. M. à l'ouverture d'une
feffion , ne peut être un obftacle à la liberté d'ofinion
, qui fait un des droits les plus précieux des
Pairs de la G. B. On ne deit point inférer de mon
aveu que j'a , prouve dans toute leur étendue les vues
& les principes contenus dans cette adreffe . Le
Marquis de Carmarthen obferve que le moment
actuel est une époque de gloire & de victoire.
» Jamais , dit- il , les forces navales de la G. B.
n'ont été fi redoutables à hos ennemis «. J'en
félicite bien fincèrement la Chambre & la Nation' ,
& j'espère que des fuccès fi éclatans influeront fur
la pais , qui ne fera conclue qu'aux conditions les
(112 )
plus juftes & les plus honorables . Suivant le dif
cours émané du Trône , les offres de paix faites par
S. M. ont deux motifs , le voeu de fon Parlement &
l'opinion de fes Peuples . Mais la vérité de l'une &
l'autre de ces propofitions n'eft rien moins que démontrée.
Je conviens qu'on a obtenu de la Chambre
des Communes une décifion favorable au projet d'ac
corder l'indépendance de l'Amérique ; mais cette approbation
n'a point eu lieu dans celle- ci , où la queſtion
n'a pas même été agitée . On ne peut donc pas dire que.
le Parlement ait favorisé ce projet par fon aveu ; & je
ne crois point que l'opinion particulière d'un Corps
ait autorisé un facrifice qui intéreffe fi vivement la
Nation. Je me fuis répandu parmi les differentes
claffes de citoyens , pour obferver leurs opinions ,
connoître celles qui font les plus populaires. Il s'en
faut de beaucoup que le public en général approuve
de parti que nous prenons de reconnoître l'indépen
dance de l'Amérique ; c'eft une confidération de la
dernière importance pour la G. B. & je doute fort
que la Nation foit difpofée à l'admettre dans toute
fon étendue. Auffi les raifons d'après lefquelles le
Roi s'eft déterminé à l'offrir aux Etats d'Amérique ,
ne font ni folides ni admiffibles dans les circonstan
ces actuelles. Je n'ignore pas les moyens que l'on
a employés pour confoler la Nation aux yeux de
Jaquelle l'indépendance de l'Amérique étoit une
perspective douloureuſe , & pour détourner fes
idées d'un objet auffi important . Pour moi je n'ai
l'efprit ni affez délié ni affez pénétran: pour comprendre
les péculations raffinées que l'on fait aujourd'hui
. Le commerce de l'Amérique a toujours
été reconnu effentiel - au bien- être de l'Angleterre.
Nul fophifme ne fauroit détruire l'importance de
cette confidération ; & prétendre que l'indépendance
nous affure la continuation de ce commerce , c'eft
avo er en probléme que tous les calculs poffib'es
ne peuvent réfoudre. La perte d'un objet auf pié
71739ད
cieux fe fait fentir doublement forfque l'on confi
dère qu'il n'y a encore en évidence rien de ftipulé
pour empêcher ce commerce de tomber eatre les
mains de nos ennemis & de contribuer à augmenter
leurs forces . Je rappellerai aux Miniftres l'obfervation
folide du Lord Sandwich , qui connoît parfaitement
le plan d'une régociation de paix . Je les
exhorte à faivre ſon confeil , parce que l'offie dindépendance
faire aux Américains , paroît définitivement
aflurée en cas de paix , foit dans le moment
préfent , foit dans toute époqre à venir. Les
treize Etats unis doivent la recevoir , & leurs Alliés
participer à fes avantages , en quelq e tems que la
paix foit concle . Sous ce point de vue les deffeins
des ennemis naturels du Royaume font complettemet
remplis , & leur premier objet eft dicifivement
affré en continuant la guerre . Nous ne pou
vons plus revenir fur un article préliminaire auffi
important dans le fyftême général de pacifi ation .
Une autre circonftance s'offie encore , le difcours
de S. M. annonce que dans la négociation de la
paix , les Miniftres n'ont pas l'intention de ftipuler
pour faire rentrer dans leurs propriétés les malheureux
qui ont exposé leurs vies & facrifié leurs
fortunes par un principe de loya ité & d'attachement
envers leur Souverain & leur Pays. Comment
excufer ce procédé inhumain ? La fituation des Catalans
lorfqu'ils furent réduits fous la domination
Efpagnole , fut même préférable à celle où fe trouvent
maintenant les Américains loyaux , fuivant les
termes de la négociation actuelle . Les Catalans quoique
rébelles à leur fouverain légitime ' , quoiqu'armés
contre lui , & réduits à la néceflité de fe mettre à la
merci da vainqueur , obtinrent de rentrer dans la
jouiffance de leurs biens , qui cependant pouvoient
être confifqués felon le droit des gens . Si ces Catalans
ont été traités avec tant de douceur , les Américains
loyaux , qui fe font facrifiés pour la G. B. ,
( 114 )
n'ont- ils pas les droits les plus facrés à la commifération
& à la protection , dans tous les traités de paix
quelle peut négocier ? —En entrant dans la Chambre,
je ne m'étois point propofé , dit alors le Lord
Shelburne , d'expliquer mes fentimens avec étendue ,
fur le difcours de S. M. , & je m'étois flatté que ma
concurrence facile à l'a treffe propotée auroit fuff
dans les circonstances actuelles ; mais ce que vient
de dire le Noble Lord , m'oblige à parler. Ma poff
tion délicate m'empêche toute réponſe directe ; le fe
cret eft abfolument néceffaire dans une négociation
de paix , & il m'eft impofible d'éclaircir par des fans
les remarques du Noble Lord. Cependant , je ne faurois
cacher mon étonnement de ce qu'il a établi tous
fes argumens fur un paffage mal-entendu du difcours
de S. M. , pour aller au-devant des objections ; je
vais lire ce paffage. » Je n'ai point hésité à me fervir
dans toute leur étendue des pouvoirs dont je fuis
revêtu , ayant reconnu qu'il eft impoffible d'obtenir
autrement une réconciliation cordiale & entière avec
les Colonies de l'Amérique Septentrionale , & j'ai
offert de les déclarer Eats libres & indépendans ,
par un article qui fera inféré dans le traité de Paix,
On eft convenu d'articles provifoires , qui auront
leur effet quand on aura définitivement réglé des
termes de paix , avec la cour de France Le fens
de ce paffage eft fi clair que , je ne conçois pas cemment
il a été mal- entendu o tourné de manière à
faire croire que , par cet article inféré auffi dans le
traité de Paix , l'indépendance de l'Amérique étoit à
tout évènement, définitivement reconnue . Je fuis également
étonné de voir que la voix du Parlement & de
la Nation , n'a point favorifé l'indépendance de l'Amérique.
Sur quel fondement l'ancien Miniſtère s'eftil
donc démis de fes fonctions ? Sur quel fondement
le Ministère actuel a- t- il donc pris les rênes du Gou
vernement ? Une décifion précife de la Chambre des
Communes n'a- t- elle point fait connoître l'avis de ce
·
( 115 )
Corps & lorfque la même queftion fut propofée'
aux Pairs , n'ai - je point entendu dans la place où je
me trouve aujourd'hui , que les Miniftres recon
noifoient que la voix de la Nation étoit contr'eux , '
& qu'ils étoient déterminés à fe retirer ? Ce fut là
l'évènement qui fa va à la dernière Adminiſtration la
douleur & la hon e de voir les opinions de leurs Seigneuries
fe récrier contr'ens. Le Noble Lord a amplifié
fur notre fituation reſpectable , & fur la baffelle
qu'il y auroit dans un moment auffi brillant
d'accepter une paix humiliante . Quoique je ne voye
point de raison pour craindre , quoique je fente tous
les motifs qui pourroient déterminer à faire des
efforts vigoureux ; je ne fuis en aucune manière
porté à envifaget les affaires fous le même point
de vue que lui . Je connois combien ma pofition
eft difficile & importante ; les fervices feuls que
je devois à l'Etat ont pu me déterminer à pren
dre un polte dont les devoirs , felon les apparences
, devoient réfléchir auffi peu d'honneur
fur mei que fur ma Patrie : mais puifque je
retrace ces triftes réflexions , je dois rappeller
que je n'ai point attiré fur la Nation les malheurs
dont elle fe fent accablée ; c'eft l'Antenr de l'Acte
du Thé qui a femé le germe de la guerre Américaine
! c'est lui qui eft la caufe de notre humiliation
& de la douleur que j'éprouve dans ce moment.
Le noble Lord a parlé des Miniftres & des
Confeils Efpagnols ; je n'aime ni à choifir , ni à
imiter des modèles femblables ; je crois n'avoir oublié
aucune démarche pour mettre à l'abri les intérêts
de toutes les parties liées avec ce pays , ou
qui fe font dévouées avec loyauté à fervir fes intérêts.
Cependant je n'ai point réffi dans mon
entreprife ; fi j'ai échoué , ce n'eft point par négli
gence , mais par néceffité . Le Lord Shelburne termina
modeftement fon Difcours , en proteftant que
s'il parvenoit à être utile à la Patrie , il ne devroit
fes fuccès qu'aux talens diftingués avec lesquels
-
( 116 )
--
fes Collègues dans le Ministère rempliffent leurs
importantes fonctions . L'adreffe & l'amendement
ayant pallé à la pluralité des voix , la Chambre
s'ajourna à huit heu.es & demie .
Cette féance intéreflante éclaircit quelques
obfcurités que le difcours du Roi
n'avoir pas levées , & confirma quelques
articles du traité qu'on avoit commencé à
prévoir ; elle montre auffi l'opinion du
Minifère fur la véritable fituation de la
Grande Bretagne , fur lembarras où il eft de
continuer la guerre , fur l'idée qu'on doit
fe former de cette campagne , que la Nition
trouve fi glorieufe , & qui nous laiffe
cependant dans le même état cù nous nous
trouvames à la fin de la précédente , quis
fut fi déf ftreufe pour nous. Les débats
de la Chambre des Communes offrent à
peu près les mêmes réſultats avec quelques
réflexions curieufes fur la campagne du
Lord Howe .
و
Ce fut M. Yorck qui propofa l'adreffe de
remercîment ; elle eft comme toutes les
pièces de ce genre , la répétition du difcours
du Roi , & la plus grande approbation de
fa conduite, M. Fox ouvrit les débats par le
difcours fuivant.
Je ne puis paffer fous filence , dit- il , un oubli ou
une négligence d'expreffion dans le difcours du Roi ,
que je puis , à plus jufte titre , appeller le difcours
da Miniftre. Il y eft dit que S. M. , depuis la
clôture de la dernière feffion , a cu grand foin
d'empêcher toutes hoftilités offer.fives en Amérique,
Il elt certain que cette réfolution ne peut pas être
( 117 )
datée de l'époque mentionnée dans le Difcours . Si
cette opinion s'accréditoit , elle jetteroit une tache
indelebile fur ma ré utation , ai fi que fur celle
des Pairs & des perfonnages honorables qui compofoient
alors le Minitère. ( Ici M. Pit , Chancelier
de l'Echiq ier , obferva qu'il paroilloit que
l'on n'avoit pas donné une attention fuffifante au
difcours , qui certainement n'impliquoit pas une
pareille infinuation ; fur quoi cette partie du dif
cours fut lue une feconde fois ) . Alors M.
Fox reprit la parole : la fingularité des expreffions
de cet article m'a fait defirer une explication ,
& je fuis heureux d'apprendre que la liberté vient
de trouver un nouvel afyle , pifque 1 Amérique
eft déclarée libre & indépendante. Mais pourquoi
l'appelle- t-on fimplement les Etats d'Amérique , au
lieu de dire les Etats - Unis d Amérique , ainfi qu'elle
eft qualifiée dans la lettre de M Townshend ,
Secrétaire d'Etat , au Lord Maire de Londres ? Je
vois avec la plus grande fatisfaction que l'indépen
dance de l'Amérique eft établie fur la bafe la plus
permanente, Nous lui accordons aujourd'hui , de
la manière la moins équivoque , une liberté, pour
laquelle elle a combattu co irageufement. Mais le
Ministère actuel n'a point de part à cet évènement
qui comble les voeux de la Nation. La G. B. &
l'Amérique doivent à une autre adminiftration cet
acte de bienfaisance & de juftice . Je fuis bien éloigné
cependant de blâmer le Lord Shelburne d'avoir
adopté des mefures fages & prudentes . Les amis de
l'humanité applaudiront à ce témoignage de fagefe ,
quoique le projet n'émane pas de lui ou de fes Col
lègues , & je puis l'affurer , ainfi que les amis
qu'il ne fera jamais obligé de fe juftifier devant
la Nation d'avoir acquiefcé à des conditions d'indépendance
& de pacification avec l'Amérique.
Exifte-t-il un homme affez borné pour defirer la
continuation d'une guerre préjudiciable aux intérêts
( 118 )
des deux pays Exifte - t-il un être affez vil pour
continuer d'afurer , à l'exemple de certaines perfonnes
, que l'Amérique , devenue indépendante ,
éclipferoit pour toujours le foleil de la G. B. Je
fuis certain que les Américains & les Anglois ne
tarderont pas à s'unir étroitement par les noeuds
de l'amitié & du commerce. Que Dieu me préferve
de ne point concourir au glorieux traité adopté par
le Lord Shelburne , fi avantageux pour la Mère- Patric
& pour les Colonies . Jamais l'Amérique ne fera
indifférente aux intérêts de la G. B. Les Citoyens
des deux Nations feront amis d'âge en âge , leur
moeurs font les mêmes. C'eſt le même lang qui
coule dans leurs veines .... Notre également nous
a reiné. Il eft tems d'ouvrir les yeux , & de renoncer
à de vains pojets. Il y a des gens qui parlent de
l'évènement d'aujourd'hui , comme d'une conceffion
faite à la liberté ; mais ils fe trompent ; c'est la
néceffité qui nous guide ; nous fommes forcés de
donner ce que notre orgueil combattoit depuis fi
long- tems pour accorder ... Combien n'eft- il ppas ma
heureux qu'en démembrant une partie de l'Empire
nous ne donnions pas ànos Colonies une preuve de no.
tre bienveillance ; la reconnoiffance del in Jépendance
de l'Amérique nous a été arrachée par la force de les
armes , par celles de fes alliés , Les premières ouver
tures du traité actuel viennent d'une lettre que S. M.
m'a fait écrire à M. Grenville à Paris . Pareille lettre
a été envoyée au Chevalier Guy Carleton à New-
Yorck. Aucune de ces lettres n'a été dictée par le
Ministère actuel. C'eft au public à connoître à qui
il eft redevable de cet exemple trop tardif de la fageffe
des Miniftres de la G. B. Exemple cependant
qui fera admiré dans les fiècles les plus reculés par
tous les philofophes & par tous les amis de l'homme.
Après cela M. Fox traça un tableau rapide
des opérations de la dernière campagne. I!
fit l'éloge le plus pompeux du Général Elliot qu'il
appelle le Héros des Héros , il rendit auffi le tribut
( 119 )
d'hommages & de reconnoillance que la Nation doit
au Lord Howe & au Lord Keppel ; mais il ne dit pas
un mot de l'Amiral Rodney .
:
Le Gouverneur Johnfton , loin d'approuver le dif
cours de M. Fox , témoigna fon mécontentement
de l'article de la harangue de S. M. , fur lequel
cet honorable Membre venoit de déployer toute fa
rhétorique. Je n'aurois jamais imaginé , dit-il , qu'une
affaire auf importante que celle de la reconociffance
de l'indépendance de l'Amérique , pût être
terminée avant d'avoir préalablement pris l'avis
du Parlement. Il paffa enfuite au ravitaillement de
Gibraltar , & il déclara hautement que notre efcadre
s'étoit honteufement retirée devant celle de
l'ennemi. Il cita particulièrement l'avant - garde ,
commandée par l'Amiral Barington , qu'il affura
s'être éloignée , le lendemain du combat , de quatre
lieues à l'eft de l'armée combinée. Je ne prétends
point dire , ajouta-t- il , à qui nous devons attribuer
une pareille conduite mais ce n'eſt point la feule
faute ; on en a fait plufeurs autres encore moins
excufables. En conféquence , je ne donnerai point
mon confentement à cette partie de l'adreffe où
l'on fait tant d'éloges d'un Commandant dont je
je ne puis approuver la conduite. Le Lord North
témoigna fa fatisfaction de voir l'adreffe paffer fans
amendement. Dans la circonftance préfente , dit-il ,
il est du devoir d'un bon patriote de fignaler fon
zèle en foutenant le Gouvernement ; & je n'aurois
point moi - même importané la Chambre de mes
obfervations , fans quelques articles de l'adreffe ,
fur lefquels je prendrai la liberté de faire une ou
deux remarques . Malgré mon attachement à feconder
les Miniftres actuels dans toutes les mesures
raifonnables qu'ils prendront , foit pour la paix ,
foit pour la guerre , je ne pais m'empêcher , pour
le moment , de m'élever contre cette partie de
l'adreffe qui approuve le traité proviſoire , conclu
avec l'Amérique , avant de faire connoître les con120
)
--
ditions. Je crois devoir confeiller aux Miniftres de
ne point mettre trop de précipitation à terminer
l'ouvrage de la paix . La G. B. eft dans une fituation
qui lui donne le droit de prétendre à des
conditions honorables. Il entra alors dans des
détails fur l'étendue de nos reffources , comparées
avec celles de nos ennemis , & démontra que notre
pofition étoit bien loin d'être défefpérée . - M. le
Chancelier Pitt répondit qu'il recueilloit , avec le
plus grand plaifir , toutes les obfervations des
Membres de la Chambre , & qu'il ne doutoit point
que le réſultat de ces diverfes opinions ne fervit
à diriger la conduite de l'Adminiftration. J'espère ,
ajouta t-il , ête , fous peu de jours , en état d'informer
la Chambre des conditions auxquelles on
fera convenu d'un traité de paix générale. Il y
auroit , pour le moment , la plus grande impru
dence à en dire davantage. Après quelques autres
difcours de M. Burke , du Chancelier Mawbey &
de M. Smith , la motion pour l'adrefle palla , &
la féance fut terminée «.
-
L'affaire du difcours du Roi & de l'adreffe
en réponſe ne fut pas irrévocablement terminée
dans cette féance ; les débats fe renouvellèrent
le lendemain , 6 , dans la Chambre
des Communes.
Après quelques difcuffions fur des objets qui ne
fixent point encore toute l'attention du public , M.
Fox fe leva & dit : » Je fuis fâché qu'on me croie
partifan de l'indépendance Américaine . Rien n'eft
plus faux. Dès le commencement de la querelle , je
me fuis conftamment oppofé à toutes les mefures
que je prévoyois devoir produire cette indépendance
que je regarde comme une grande calamité , que
perfonne ne déplore plus fincèrement que moi. Mais
aufli- tôt que j'ai vu qu'elle feroit pour la G. B. une
calamité moindre que la continuation d'une guerre
ruineufe
( 121 )
Tuinenfe , j'ai pensé que la feule reffource qui reftât
à cet Empire , à la veille de fa deftruction , étoit de
reconnoître l'indépendance de l'Amérique . Mais le
principal motif de mon difcours , eft de favoir ce
qu'on peut répondre à une queftion que je vais faire
aux Miniftres. Il eft d'autant plus néceffaire qu'ils
s'expliquent fur la difficulté qui m'arrête , que ce
font eux qui y ont donné lieu. J'ai appris que l'indépendance
de l'Amérique avoit été reconnue par le
premier article du traité provifoire . Or je voudrois
favoir fi elle a été reconnue de manière qu'aucun
évènement à venir ne puiffe changer notre réfolution
fur cet objet , s'il eft encore en notre pouvoir
de revenir fur cette reconnoiffance , & fi le traité
provifoire aura fon effet auffi-tôt que la paix fera
conclue avec la France quelque chofe qui puiffe
arriver ? J'aime à croire que l'indépendance eft
irrévocablement reconnue , car quoique plufieurs
perfonnes penfent que l'Amérique feroit alors au
pouvoir de la France , je fuis au contraire fermement
perfuadé que la France feroit au pouvoir de
l'Amérique. En effet lorfque l'on faura dans les
Colonies que le grand objet pour lequel elles ont
pris les armes eft complettement rempli , & qu'il ne
inanque plus rien , pour mettre fin aux hoftilités ,
que le confentement de la France à des termes de
paix juftes & raiſonnables , je ne doute pas que les
Américains , voyant que ce n'eft plus pour leur
caufe mais pour celle de la France qu'ils combattent ,
n'infiftent auprès de la Cour de Verfailles pour la
déterminer à accepter ces conditios , de manière
que felon toutes les apparences ce moyen nous fera
obtenir une paix plus avantageufe que celle que
nous pourrions conclure , en ne reconnoiffant que
conditionnellement cette indépendance. MM .
Townshend & Pitt entrèrent alors dans des détails
d'où il femble réfulter qu'en effet l'indépendance eft
reconnue fans condition . M. Burke fe leva alors ,
21 Décembre 1782.
f
( 122 )
tenant à fa main le difcours imprimé dont il fit la
critique la plus détaillée & la plus févère. » Je regarde
, dit-il , le Miniftre comme coupable du délit
le plus grave , pour avoir ofé mettre dans la bouche
du Roi des expreffions par lesquelles S. M. rejette
fur le Parlement tout le blâme de la réſolution prife
de reconnoître l'indépendance de l'Amérique. La
preuve de ce que j'avance , exiſte dans la répugnance
apparente avec laquelle S. M. déclare qu'elle l'a
reconnue par égard pour le voeu de fon Parlement.
Cette phrafe implique une cenfure du Parlement ,
fur-tout quand on voit le Miniftre faire tomber le
Roi à genoux après cette déclaration , pour prier le
Tout-puiffant de détourner les maux qui pourroient
réfulter d'un fi grand démembrement de l'Empire.
J'ai fouvent entendu des formules de prieres dans
les Eglifes , mais c'eft la premiere fois que j'en
trouve une dans un difcours du Roi à fon Parlement
, c'est un tour d'hypocrifie joué aux dépens de
cette Affemblée. La conftruction grammaticale , le
fens de la phrafe, rien dans le difcours ne prouve que
l'indépendance ait été reconnue fous condition par
les articles provifoires. Or , comme on fait qu'un
des Miniftres du Roi a donné ailleurs un fens tout
différent à la manière dont elle a été reconnue dans
les articles provifoires ; qu'il y a des divifions dans
le Cabinet , & que les Miniftres qui ont dit une
choſe dans un endroit , en diſent une toute différente
dans un autre , la Chambre a lieu de craindre qu'on
ne veuille la furprendre & l'induire en erreur dans
une circonftance auffi importante & auffi critique.
Si le doute ne partoit que fur M. Pitt , dont je
connois l'honneur & l'intégrité , la déclaration
qu'il vient de faire ne me laifferoit aucune inquiétude
; mais quand on penfe à l'auteur du difcours ,
on fent que la Chambre n'a que trop de raifons de
s'allarmer des engagemens qu'elle a pris par fon
adieffe en réponse au difeours , d'autant plus que
( 123 )
לכ
toutes les conféquences qui pourront en réfulter ;
font mifes ouvertement à fa charge. M. Burke lut
enfuite un paffage du difcours où le Roi déclare
qu'il a facrifié toutes les confidérations perfonnelles
au vou de fon peuple. Il s'arrêta affez long- tems
fur le mot confidération , & demanda ce que le
Miniftre entend en faifant dire à S. M. qu'elle
avoit des confidérations différentes du vou de fes
Peuples. » Cette idée , dit - il , eſt également nouvelle
, anti-conftitutionnelle & impropre. Reprenant
enfuite l'examen du Difcours , il lut un autre
paffage , J'attribue , fous la bénédiction de Dieu ,
cet Etat refpectable à l'entière confiance qui fubfifte
entre moi & mon Peuple , & à la promptitude
avec laquelle les habitans de Londres & des autres
parties de mcn Royanme fe font montrés pour
veiller à la sûreté commune . Des Particuliers ont
dernièrement donné des preuves de patriotisme
qui feroient honneur à tous les âges & à tous les
Pays . M. Burke prétendit que tout cela n'étoit
qu'une chatlatanerie pour tromper la Nation , que
le Chevalier Lowther étoit la feule perfonne à
laquelle cette dernière phrafe pût faire allufion
mais que la poli ique miniftérielle multiplie fauf
fement un facrifice dans la vue d'engager en effet
d'autres citoyens à les réitérer . Au furplus l'encouragement
donné à ces contributions volontaires
eft , felon lui , auffi illegal que ridicule , puifqu'il
ne pourroit produire aucun fecours intéreffant
& que d'ailleurs il étoit déshonorant pour un grand
Empire comme la G. B. que le Gouvernement allât
en quelque forte demander l'aumône de ville en
ville , tandis que la Chambre votoit généreusement
des millions pour le foutien de l'Etat . M. Burke ne
fut pas plus indulgent pour la fin du diſcours ; felon
lui , les Miniftres y font eux-mêmes leur éloge de
la manière la plus révoltante , puifqu'il eft clair
qu'en parlant des hommes dont les talent & les ferf
2
(
124
vices méritent des récompenfes ; c'eft eux- mêmes
qu'ils ont en vue .
Si je pouvois , continue - t - il , à l'exemple de
quelques-uns qui font actuellement en place , & qui
étoient autrefois rangés dans le parti de l'Oppofition,
me permettre un tel langage , j'appellerois ce difcours
, un tiffu de platitudes & d'argumens fpécieux.
N'étoit- ce pas mettre la patience du Parlement à
l'épreuve la plus forte , que de l'obliger à l'entendre ,
à en devenir l'écho ? Et cependant il a foutenu cette
épreuve fans témoigner fon humeur. Les Miniftres
nous recommandent la prudence ; mais peut- on l'attirer
dans cette enceinte avec la même facilité qu'on
y fait accouir certains Membres , par l'appât d'un
billet de la Tréforerie ? La prudence ne s'inculque
pas d'un coup de baguette , & la partie du difcours
qui nous recommande le défintéreffement , eft un
outrage fait au Parlement , en laiffant douter de fes
principes. M. Burke s'étendit prodigieufement
fur ce fujet ; & recoenoiffant lui-même combien il
devenoit prolixe , il pria la Chambre de lui pardonner
fes lengueurs , alléguant pour fon excufe
qu'un long texte exigeoit un long commentaire.
-
Le Chancelier de l'Echiquier fe leva enfuite ; &
l'Orateur lui ayant rappellé qu'il avoit parlé : mon
motif, repliqua M. Pitt , eft fi défagréable , & lat
tâche qui m'eft impofée eft fi pénible , que je confentirois
volontiers à ne point reprendre la parole ,
fi certains paffages du difcours de M. Burke ne me
mettoient dans la néceffité indiſpenſable de fixer de
nouveau l'attention de la Chambre fur l'importance
du fujet qui l'occupe actuellement , de lui rappeller
qu'elle doit approfondir le fens du difcours prononcé
par le Roi , & y répondre par une adreffe également
férieufe & réfléchie. Ce n'eft pas le moment de plaifanter
: l'adreffe dont il s'agit , n'admet pas non plus
de pareils écarts ; ce n'eft pas le moment de donner
carrière à une imagination brillante & féconde.
Nous devons effayer de rompre la baguette ma-
2
( 125 )
gique , & montrer les chofes telles qu'elles font.
Notre devoir eft d'examiner mûrement la crife dans
laquelle fe trouve la Patrie , & de nous efforcer ,
en adoptant des mefures fages , bien combinées &
conformes à la faine politique , de détourner le
danger qui la menace , de la délivrer des dépenfes
& des embarras de la guerre , & de lui procurer
une paix honorable. Le Membre qui a parlé , s'eſt
livré tellement à fon imagination , que j'ignore s'il
a eu le deffein de parler férieuſement. Il m'eft d'autant
plas difficile de comprendre fon but , qu'hier
il a femblé approuver l'adreffe , à chaque partie de
laquelle la Chambre a donné unanimement fon
fuffrage. ( M. Fox & plufieurs autres Membres s'écrièrent
, cela n'eft pas , cela n'eft pas ) . Au moins ,
dit M. Pitt , puifqu'elle a paffé nemine contradicente ,
je dois penfer que l'honorable Membre a conclu
que l'examen férieux du difcours ayant été terminé
hier , il ne reftoit aujourd'hui qu'à s'égayer. Je ne
faurois autrement rendre raifon de la manière dont
il a traité l'objet férieux qui occupe la Chambre :
on pourroit lui reprocher d'avoir débité des bonf
fonneries ; mais les graces qu'il fait prêter à fes
penfées , ne permettent pas d'employer cette expreffion
. Le difcours de S. M. ne contient rien qui puifle
autorifer à le tourner en ridicule . Le langage en eft
fimple , clair , plein de franchife , & adapté aux
circonftances . L'adreffe de la Chambre eft également
conçue dans les termes convenables . Je prie
donc la Chambre de difcuter férieufement cette
matière , afin que les Miniftres de S. M. fachent
quelle eft la partie de ce difcours contre laquelle on
peut former des objections. L'honorable Membre
révoque en doute ma fincérité relativement àl'explication
que j'ai donnée des articles provifoires .
Je ne fais s'il veut infinuer que je fuis capable d'avancer
des chofes à double entente , au moment où
je prends la parole comme Miniftre , & où je réf
3
( 126 )
-
:
ponds explicitement à une queftion claire . Je me
Alatte que mon intégrité , qui n'a reçu juſqu'à préſent
aucune atteinte , me conciliera la bienveillance de la
Chambre , & qu'elle ne me foupçonnera point d'être
capable d'une duplicité auffi-baffe & auffi fcandaleuſe.
Si j'ai laiffé pafler l'adreffe , dit alors M. Fox ,
ce fit après avoir fait connoître les articles que je
défapprouvois. Il prit enfuite la défenſe de fon ami
M. Burke , appuya fes raifons fur l'adreffe même ,
& ajouta Le Miniftre , effrayé de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , a rejetté fur le
Parlement ce pefant fardeai ; & le montrant avec
effronterie dans l'arêne , il a pouffé l'audace au
point de faire blâmer par le Roi la conduite du
Parlement , qui le forçoit à la reconnoître. Ce trait
de politique a dévoilé les projets du Miniftère
actuel ; nous en voyons la trame ourdie dans le
fein de la fauffeté . Anglois , on veut vous priver
de votre liberté , en vous faifant haïr vos Repréfentans
! Après cette apoftrophe , M. Fox reprocha
à M. Pitt de s'être étayé fur fon caractère privé ,
pour donner encore plus de poids à fa déclaration
miniftérielle. Il fe déchaîna enfuite contre l'article
du difcours , par lequel la Couronne demande au
Parlement , avec le mafque de l'ingénuité & la fubtilité
d'un ferpent , de déployer la fermeté , fa prudence
, fon défiatérelement : ce paffage feul , dit- il ,
bouleverse toute notre conflitution . Le Miniftre
répond de fa conduite ; il eft fajet à fa cenfure &
à fes jugemens. Aujourd'hui il veut commander à
fes maîtres , & nous enlever nos droits pour en
couvrir la tête couronnée qu'il fait agir . Si la
Chambre a befoin de principes de défintér ffement
, ce n'eft pas dans l'antre obfcur de la corruption
& du vice qu'elle ira les chercher ; la
Trésorerie ne lui fervira point de modèle. M. Fox
reprit fur le même ton tout le difcours du Roi
& finit par affirmer , avec cette confiance fi ratu- .
relle à un Orateur tel que lui , que le difcours de
( 127 )
M. Burke avoit été auffi éloquent que perfuafif ,
& que M. Pitt avoit choifi avec adreffe les points
de fa critique , rien n'étant plus aifé que d'attaquer
l'efprit de M. Burke , & plus difficile que de
répondre à fes argumens . Ici M. Fox s'adreffant
au Général Conway , le pria de déclarer s'il éntendoit
que la reconnoiffance de l'indépendance de
l'Amérique , dans les articles provifoires , étoit fans
conditions. Le Général , Conway répondit brièvement
: Il est évident que la reconnoiffance eft fans
conditions , & je ne vois point pourquoi on auroit
employé la rufe , puifque le traité lui - même ſera
foumis au Parlement fous peu de jours. A fept
heures l'adreffe fut lue une feconde fois , & la
Chambre fe fépara «.
Ces premiers débats nous préparent à
de vives oppofitions ; celles qu'éprouvera
la paix font craindre qu'elle ne foit pas
auffi prochaine qu'on avoit lieu de l'efpérer ,
& que la campagne prochaine n'ait lieu ;
elle peut nous être moins avantageufe , &
nous donner enfuite de vifs regrets de na
voir pas traité dès à préfent.
" Le floop de guerre le Swallow , écrit- on de
Portsmouth , a appareillé pour l'Oueft avec des dépêches.
Le 7 au matin , le Commodore Elliot a levé
l'ancre , & a mis à la mer de Spithéad , avec les vaiffeaux
le Romney , l'Ariane , l'Anſon & deux curters.
Il a ordre de croifer devant Oueffant avec les
2 premiets , pour obferver les mouvemens de l'efcadre
Françoife actuellement dans le port de Brest
l'Anfon doit aller à Sainte -Lucie «<.
Les bâtimens de tranfport qui arrivent de
Gibraltar ont ordre de faire une quarantaine
de 14 jours au Mother - Bank.
£
4
( 128 )
Tous les régimens , dit un de nos papiers , an
deffous du 60e , feront réformés auffi- tôt que le
traité de paix fera figné , & les Officiers de ces régimens
, qui feront mis à la demi - paye , pafferont
fuivant leur rang d'ancienneté dans les anciens
régimens pour la défenſe de la G. B. , dès qu'il
vaquera des places , foit par mort , foit par promotion
. Cette réforme devient indifpenfable , puifque
nous n'aurons plus de troupes à Boſton , à New-
Yorck , à Philadelphie , à Charles -Town , à Savanah
, à St- Auguftis , à Minorque & peut-être à
Gibraltar «.
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Résumé : De LONDRES, le 10 Novembre.
Le document du 10 novembre à Londres rapporte divers événements militaires et politiques. L'amiral Pigot et une partie de la flotte ont quitté New York, suivis par l'amiral Hood. La situation en Amérique reste calme, mais l'évacuation de Charles Town est incertaine. Le gouverneur Archibald Campbell a capturé le fort de Blackriver-Bluff à Musquito le 31 août. Les dépêches de Jamaïque du 10 octobre ne mentionnent pas les vaisseaux de l'escorte de la flotte, et des rumeurs sur la capture de navires restent non confirmées. Au Parlement, les discussions se concentrent sur les négociations de paix avec les États-Unis. Le marquis de Carmarthen souligne la nécessité d'unanimité et exprime des doutes sur l'approbation de l'indépendance américaine. Lord Shelburne défend les décisions passées et rejette la responsabilité des malheurs actuels sur l'Ancien Régime. Charles James Fox critique le ministère pour n'avoir pas reconnu plus tôt l'indépendance américaine et prédit une future amitié entre les deux nations. Le gouverneur Johnston conteste Fox, estimant que la reconnaissance aurait dû être soumise au Parlement. Lord North approuve l'adresse parlementaire avec quelques réserves. Lors d'une séance parlementaire, des membres discutèrent d'un traité provisoire avec l'Amérique. Un orateur s'opposa à son approbation avant la connaissance des conditions. Le chancelier Pitt promit de révéler bientôt les conditions du traité de paix générale. La motion fut adoptée. Le lendemain, Fox exprima sa préférence pour l'indépendance américaine et demanda des clarifications. Les ministres Townshend et Pitt confirmèrent la reconnaissance sans condition de l'indépendance américaine. M. Burke critiqua le discours du roi, le jugeant trompeur, tandis que Pitt le défendit. Fox soutint Burke et accusa le ministère de vouloir priver les Anglais de leur liberté. Le général Conway confirma la reconnaissance sans condition de l'indépendance américaine. Des préparatifs militaires et une réforme des régiments sont prévus après la signature du traité de paix.
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4086
p. 128-129
De VERSAILLES, le 17 Décembre.
Début :
Le 6 de ce mois l'assemblée du Clergé, composée de Cardinaux, d'Archevêques, [...]
Mots clefs :
Versailles, Ordre, Ordre de Cîteaux, Abbé, Dame, Diocèse, Vicaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 17 Décembre.
De VERSAILLES , le 17 Décembre.
LE 6 de ce mois l'affemblée du Clergé ,
compofée de Cardinaux , d'Archevêques ,
d'Evêques , & de Députés du fecond Ordre ,
fe rendit ici & fut préfentée à l'Audience du
Roi par M. Amelot , Secrétaire d'Etat . L'Evêque
d'Auxerre , au nom de l'Affemblée
porta la parole à S. M. , après quoi les
Députés du premier & du fecond Ordre
furent préfentés & nommés au Roi
Cardinal de la Rochefoucault.
par
le
Le Roi a nommé à l'Abbaye des Clairets ,
Ordre Cîteaux , Diocèle de Chartres , la
Dame de Galad- Bearn , Religieufe de l'Abbaye
de St-Julien d'Auxerre , fur la nomination
& préfentation de Monfieur en
vertu de fon Apanage ; à celle de St- Crépinle-
Grand , Ordre de St-Benoît , Diocèfe de
Soiffons , l'Abbé d'Argens , Vicaire-Général
de Paris ; à celle de Montolieu , même Ordre,
( 129 )
Diocèle de Carcaffonne , l'Abbé d'Alais de
Montales , Vicaire- Général de Cambray ; à
celle de Beaulieu , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Langres , l'Abbé de Montefquieu ,
Vicaire Général d'Aix ; à celle de Lanvaux ,
même Ordre , Diocèfe de Vannes , l'Abbé
de la Villeon , Vicaire de St- Euſtache ; à
celle de St -Lo , Ordre de St- Auguſtin , Diocèfe
de Coutances , l'Abbé de Brandés ; à
l'Abbaye régulière de Notre - Dame de Prorection
, même Diocèfe ,' la Dame Millo , Religieufe
Profeffe de l'Ordre de Cîteaux ; à
celle des Ifles , Ordre de Cîteaux , Diocèle
d'Auxerre , la dame de Prioreau , Religieufe
Profeffe du même Ordre .
LE 6 de ce mois l'affemblée du Clergé ,
compofée de Cardinaux , d'Archevêques ,
d'Evêques , & de Députés du fecond Ordre ,
fe rendit ici & fut préfentée à l'Audience du
Roi par M. Amelot , Secrétaire d'Etat . L'Evêque
d'Auxerre , au nom de l'Affemblée
porta la parole à S. M. , après quoi les
Députés du premier & du fecond Ordre
furent préfentés & nommés au Roi
Cardinal de la Rochefoucault.
par
le
Le Roi a nommé à l'Abbaye des Clairets ,
Ordre Cîteaux , Diocèle de Chartres , la
Dame de Galad- Bearn , Religieufe de l'Abbaye
de St-Julien d'Auxerre , fur la nomination
& préfentation de Monfieur en
vertu de fon Apanage ; à celle de St- Crépinle-
Grand , Ordre de St-Benoît , Diocèfe de
Soiffons , l'Abbé d'Argens , Vicaire-Général
de Paris ; à celle de Montolieu , même Ordre,
( 129 )
Diocèle de Carcaffonne , l'Abbé d'Alais de
Montales , Vicaire- Général de Cambray ; à
celle de Beaulieu , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Langres , l'Abbé de Montefquieu ,
Vicaire Général d'Aix ; à celle de Lanvaux ,
même Ordre , Diocèfe de Vannes , l'Abbé
de la Villeon , Vicaire de St- Euſtache ; à
celle de St -Lo , Ordre de St- Auguſtin , Diocèfe
de Coutances , l'Abbé de Brandés ; à
l'Abbaye régulière de Notre - Dame de Prorection
, même Diocèfe ,' la Dame Millo , Religieufe
Profeffe de l'Ordre de Cîteaux ; à
celle des Ifles , Ordre de Cîteaux , Diocèle
d'Auxerre , la dame de Prioreau , Religieufe
Profeffe du même Ordre .
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Résumé : De VERSAILLES, le 17 Décembre.
Le 6 décembre, l'assemblée du Clergé, incluant des cardinaux, archevêques, évêques et députés du second ordre, s'est réunie à Versailles et a été présentée au roi par M. Amelot, secrétaire d'État. L'évêque d'Auxerre a pris la parole au nom de l'assemblée. Les députés du premier et du second ordre ont ensuite été présentés et nommés au roi par le cardinal de la Rochefoucauld. Le roi a procédé à plusieurs nominations pour diverses abbayes : Dame de Galad-Bearn à l'abbaye des Clairets, diocèse de Chartres ; Abbé d'Argens à l'abbaye de Saint-Crépin-le-Grand, diocèse de Soissons ; Abbé d'Alais de Montals à l'abbaye de Montolieu, diocèse de Carcassonne ; Abbé de Montescieu à l'abbaye de Beaulieu, diocèse de Langres ; Abbé de la Villeon à l'abbaye de Lanvaux, diocèse de Vannes ; Abbé de Brandés à l'abbaye de Saint-Lô, diocèse de Coutances ; Dame Millo à l'abbaye régulière de Notre-Dame de Protection, diocèse de Coutances ; et Dame de Prioreau à l'abbaye des Isles, diocèse d'Auxerre.
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4087
p. 129-139
De PARIS, le 17 Décembre.
Début :
Les bruits de paix prochaine se soutiennent & se fortifient encore par les expressions [...]
Mots clefs :
Paris, Bureau, Nouvelles, Ville, Pauvres, Roi, Général, Anglais, Écrit, Jean-Michel Moreau, Vent, Marseille
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 17 Décembre.
De PARIS , le 17 Décembre.
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
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Résumé : De PARIS, le 17 Décembre.
Le document du 17 décembre à Paris mentionne des rumeurs de paix entre l'Angleterre et les États-Unis, confirmées par le roi d'Angleterre. Les négociations avec les États-Unis sont conditionnées par un accord préalable avec la France. En Inde, M. de Suffren semble avoir l'avantage. Sa flotte pourrait être en mer, tandis que le comte de Buffy est en mission de négociation. Les Anglais, grâce à leurs établissements dans le Malabar, reçoivent des nouvelles plus rapidement. Une corvette royale a accosté en France avec le maréchal de camp Du Chilleau, et la frégate La Joséphine rapporte des préparatifs pour une expédition au Cap. Un bâtiment parlementaire avec des prisonniers français est arrivé à Saint-Malo depuis New York. Les dernières troupes pour l'Amérique ont quitté Brest le 8 décembre, et le comte d'Estaing est arrivé à Madrid le 22 novembre. À Paris, on espère une paix prochaine, mais les préparatifs militaires continuent à Cadix. Un officier, Gourgue, a résisté aux chaloupes anglaises et doit recevoir la Croix de Saint-Louis. À Amiens, des mesures ont été prises pour lutter contre la mendicité, réduisant ainsi le nombre de mendiants. À Marseille, un prix est offert pour le meilleur plan d'éducation. Une aurore boréale a été observée à La Rochelle le 7 novembre. En Provence, le vent de Mistral a causé des dégâts en octobre. Un édit royal de décembre 1782 crée dix millions de rentes perpétuelles pour financer les dépenses de guerre. Le document détaille également les modalités de délivrance et de gestion des titres financiers.
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4088
p. 139-142
De BRUXELLES, le 17 Décembre.
Début :
Les Etats de Frise ont écrit aux Etats-Généraux assemblés à la Haye, pour demander [...]
Mots clefs :
Bruxelles, États de Frise, Villes, La Haye, République, Province, Provinces, Résolution
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texteReconnaissance textuelle : De BRUXELLES, le 17 Décembre.
De BRUXELLES , le 17 Décembre.
LES Etats de Frife ont écrit aux Etats-
Généraux affemblés à la Haye , pour demander
une diminution du contingent qu'ils
doivent fournir dans les dépenfes de la
République . Cette lettre a été envoyée par
la Généralité aux Etats de chaque Province ;
ceux de Hollande ont déclaré fur-le- champ
que le tems actuel n'étoit pas celui de fonger
à une nouvelle répartition , vu que la République
étoit agitée par une guerre audehors
& des troubles au- dedans ; mais que
les repréfentations de la Frife paroiffant
juftes , ils vouloient bien fe charger de
fournir un demi-million de florins pour completter
le déficit de cette Province , comme
ils l'avoient déja fait pour la Zélande , juſqu'à
( 140 )
ce qu'on pût convenir d'une nouvelle répartition
; celle qui a lieu actuellement peut
donner une idée de l'importance & de la
confiftance respective des 7 Provinces - Unies ;
c'eft ainfi qu'une Gazette Hollandoife en
préfente le tableau.
33 Sur chaque centaine de florins à fournir par la
Généralité , les Provinces contribuent de la manière
fuivante.
La Gueldre pour
La Hollande
La Zélande
Utrecht .
La Frife
Ovéryffel .
SA. 12 13 .
58 6 4
9 3
4 16 7 .
• II
3 S.
3
11 " 5.
Groninge S IS
110 A.
Les divifions règnent toujours dans la
République , qui , dans le moment préfent
, auroit plus befoin que jamais de fe
réunir.
La Chambre des 11 villes , écrit-on de Leuwarde
, qui forme le Quatrième quartier des Etats de la
Province de Frife , s'eft conftamment oppofée aux
réfolutions des 3 autres Chambres , compofées par
les Députés , tant Nobles que Francs- Tenanciers des
trois quartiers du plat pays , & on fait que cette
conduite , fi contraire au vou du peuple , n'eft attribuće
qu'à l'influence qu'un feul individu exerce daus
chacune de ces villes , fous le nom de premier
Bourgmestre , & à la coutume qui s'étoit introduite
de rendre la nomination à toutes les charges Municipales
dépendante de la Cour Stadhoudérienne.
L'excès de cet abus a caufé , de la part du Magiftrat
de Dockum , une démarche vigoureuſe ; il a
réfola unanimement ( à l'exception du premier
( 141 )
-
Bourguemeftre ) de rendre , aux Membres de
fa Régence , l'ancienne liberté de difpofer des
Charges Provinciales qui vaqueront , d'en informer
les dix autres Villes par lettres circulaires
en les exhortant à fuivre fon exemple , & d'en prévenir
également le Prince ; ce qui a été fait par une
lettre en date du 29 Novembre. Le Magiftrat , dans
la réfolution prife le 26 , donne les motifs fuivans
de fa démarche. Qu'étonné & mécontent des avis
donnés par le Quartier des Villes dans les délibé
rations d'Etats contre le fentiment des trois autres
Quartiers , quoique tendant évidemment à avancer
le bien public dans les affaires les plus effentielles ,
il ne pouvoit attribuer un procédé fi étrange qu'aux
obligations que les principaux Députés de ce Quartier
( les premiers Bourguemeftres font conftamment
du nombre ) ont au Stathouder & à la dépendance
où ils font à fon égard : il n'a pris cette réfolution
que pour prévenir les effets de cette influence .
-
Cette réfolution a été mise à exécution fur- lechamp
, en nommant à deux places qui ont vaqué
dans le Confeil Municipal. La lettre circulaire , expédiée
aux dix autres Villes , y a été déja miſe en
délibération ,
Pendant ces difcuffions , qui annoncent
néceffairement du mécontentemenr les
Bourgeois de la Haye , à la fuite d'une fête
qu'ils font dans l'ufage de donner au Stathouder
, avoient projetté de lui offrir une
adreffe , pour le remercier des ouvertures
franches & fatisfaifantes , & des foins paternels
qu'il a montrés dans la direction des
affaires maritimes. Cette pièce , qui a paru
dans la Gazette de la Haye , a femblé bleffer
les Etats de plufieurs Provinces , qui demandent
des éclairciffemens fur cette direction
. Le Stadhouder a paru defirer lui(
142 )
même qu'on ne lui offrit point cette
adreffe , & il en a été rédigé une autre ,
où les Bourgeois fe contentent de complimenter
le Prince , fans entrer dans aucune
difcuffion d'objets qui n'appartiennent qu'aux
Etats Souverains.
LES Etats de Frife ont écrit aux Etats-
Généraux affemblés à la Haye , pour demander
une diminution du contingent qu'ils
doivent fournir dans les dépenfes de la
République . Cette lettre a été envoyée par
la Généralité aux Etats de chaque Province ;
ceux de Hollande ont déclaré fur-le- champ
que le tems actuel n'étoit pas celui de fonger
à une nouvelle répartition , vu que la République
étoit agitée par une guerre audehors
& des troubles au- dedans ; mais que
les repréfentations de la Frife paroiffant
juftes , ils vouloient bien fe charger de
fournir un demi-million de florins pour completter
le déficit de cette Province , comme
ils l'avoient déja fait pour la Zélande , juſqu'à
( 140 )
ce qu'on pût convenir d'une nouvelle répartition
; celle qui a lieu actuellement peut
donner une idée de l'importance & de la
confiftance respective des 7 Provinces - Unies ;
c'eft ainfi qu'une Gazette Hollandoife en
préfente le tableau.
33 Sur chaque centaine de florins à fournir par la
Généralité , les Provinces contribuent de la manière
fuivante.
La Gueldre pour
La Hollande
La Zélande
Utrecht .
La Frife
Ovéryffel .
SA. 12 13 .
58 6 4
9 3
4 16 7 .
• II
3 S.
3
11 " 5.
Groninge S IS
110 A.
Les divifions règnent toujours dans la
République , qui , dans le moment préfent
, auroit plus befoin que jamais de fe
réunir.
La Chambre des 11 villes , écrit-on de Leuwarde
, qui forme le Quatrième quartier des Etats de la
Province de Frife , s'eft conftamment oppofée aux
réfolutions des 3 autres Chambres , compofées par
les Députés , tant Nobles que Francs- Tenanciers des
trois quartiers du plat pays , & on fait que cette
conduite , fi contraire au vou du peuple , n'eft attribuće
qu'à l'influence qu'un feul individu exerce daus
chacune de ces villes , fous le nom de premier
Bourgmestre , & à la coutume qui s'étoit introduite
de rendre la nomination à toutes les charges Municipales
dépendante de la Cour Stadhoudérienne.
L'excès de cet abus a caufé , de la part du Magiftrat
de Dockum , une démarche vigoureuſe ; il a
réfola unanimement ( à l'exception du premier
( 141 )
-
Bourguemeftre ) de rendre , aux Membres de
fa Régence , l'ancienne liberté de difpofer des
Charges Provinciales qui vaqueront , d'en informer
les dix autres Villes par lettres circulaires
en les exhortant à fuivre fon exemple , & d'en prévenir
également le Prince ; ce qui a été fait par une
lettre en date du 29 Novembre. Le Magiftrat , dans
la réfolution prife le 26 , donne les motifs fuivans
de fa démarche. Qu'étonné & mécontent des avis
donnés par le Quartier des Villes dans les délibé
rations d'Etats contre le fentiment des trois autres
Quartiers , quoique tendant évidemment à avancer
le bien public dans les affaires les plus effentielles ,
il ne pouvoit attribuer un procédé fi étrange qu'aux
obligations que les principaux Députés de ce Quartier
( les premiers Bourguemeftres font conftamment
du nombre ) ont au Stathouder & à la dépendance
où ils font à fon égard : il n'a pris cette réfolution
que pour prévenir les effets de cette influence .
-
Cette réfolution a été mise à exécution fur- lechamp
, en nommant à deux places qui ont vaqué
dans le Confeil Municipal. La lettre circulaire , expédiée
aux dix autres Villes , y a été déja miſe en
délibération ,
Pendant ces difcuffions , qui annoncent
néceffairement du mécontentemenr les
Bourgeois de la Haye , à la fuite d'une fête
qu'ils font dans l'ufage de donner au Stathouder
, avoient projetté de lui offrir une
adreffe , pour le remercier des ouvertures
franches & fatisfaifantes , & des foins paternels
qu'il a montrés dans la direction des
affaires maritimes. Cette pièce , qui a paru
dans la Gazette de la Haye , a femblé bleffer
les Etats de plufieurs Provinces , qui demandent
des éclairciffemens fur cette direction
. Le Stadhouder a paru defirer lui(
142 )
même qu'on ne lui offrit point cette
adreffe , & il en a été rédigé une autre ,
où les Bourgeois fe contentent de complimenter
le Prince , fans entrer dans aucune
difcuffion d'objets qui n'appartiennent qu'aux
Etats Souverains.
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Résumé : De BRUXELLES, le 17 Décembre.
Le 17 décembre, les États de Frise ont sollicité une réduction de leur contribution financière aux dépenses de la République auprès des États-Généraux réunis à La Haye. Cette requête a été relayée par la Généralité aux États de chaque province. Les États de Hollande ont refusé de reconsidérer la répartition des charges financières en raison des troubles internes et de la guerre extérieure. Cependant, ils ont accepté de fournir un demi-million de florins pour combler le déficit de la Frise, comme ils l'avaient déjà fait pour la Zélande, en attendant une nouvelle répartition. Des divisions persistent au sein de la République, nécessitant une réunion. En Frise, la Chambre des 11 villes, représentant le quatrième quartier des États, s'oppose régulièrement aux décisions des trois autres chambres. Cette opposition est attribuée à l'influence d'un individu occupant le poste de premier bourgmestre dans chaque ville et à la pratique de nomination des charges municipales sous l'influence de la Cour Stadhoudérienne. Le magistrat de Dokkum a pris une mesure décisive en rétablissant l'ancienne liberté de disposer des charges provinciales vacantes et a encouragé les dix autres villes à suivre cet exemple. Cette décision a été immédiatement appliquée avec la nomination de membres pour deux postes vacants dans le conseil municipal. Par ailleurs, les bourgeois de La Haye prévoyaient d'adresser une lettre de remerciement au Stathouder pour ses actions dans les affaires maritimes. Cette initiative a suscité des réactions variées parmi les États de plusieurs provinces, qui ont demandé des clarifications. Le Stathouder a opté pour une adresse plus neutre, évitant ainsi toute discussion sur des sujets relevant des États souverains.
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4089
p. 142-144
Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
Début :
Quel jugement portera la direction de la Marine, en considérant ce qui s'est passé à l'égard [...]
Mots clefs :
États de Frise, Résolution, Lettre, Sortir, Brest, Ordre, Vaisseaux, Délibérations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frife.
Quel jugement portera la direction de la
Marine , en confidérant ce qui s'eft paffé à l'égard
du vaiffeau la Gueldre , qui arriva le 8
Octobre de deffous le Vlierer au Texel , & qui fat
défigné par S. A. pour fortir avec l'eſcadre ; le
Vice-Amiral Harifinck avertit S. A. , par une lettre
du 13 Octobre , qu'il s'en falloit de beaucoup que
l'équipage de ce vaiffeaa fût complet ; que les
canons de fa première batterie avoient été mis à
terre à Medembik , & qu'ainfi il étoit hors d'état
de remplir les intentions de S. A. pour la fortie.
Enfin , pourra-t - on fe faire une idée nette de la
direction des affaires de la Marine , fi l'on confidère
que lorfque L. H. P. , renonçant le 9 Octobre à
l'expédition de Breft prirent le même jour la
réfolution de faire fortir une efcadre , pour aller
prendre le convoi de Drontheim mouillé à Bergen ,
S. A. avoit déjà envoyé le 7 Octobre précédent
au Vice Amiral Hartfinck l'ordre de faire d'abord
fortir les vaiffeaux prêts à appareiller , & cela
( comme il appert par l'ordre donné ) pour faire
une courfe dans la mer du Nord ? Comment cet
ordre anticipé de S. A. , tandis que LL. HH. PP.
n'avoient pas encore terminé leurs délibérations
fur l'envoi de l'efcadre , fur le tems de fa fortie
& fur fa deftination , peut-il ſe juſtifier ? En effet ,
deux chofes font certaines : Ou , au cas que LL.
HH. PP. , en ordonnant promptement de remédier
aux difficultés propofées & de pourvoir les vaiffeaux
( 143 )
du néceffaire , euffent cru ce nonobftant devoir ſe
déterminer à l'expédition de Breft , leur réfolution
fur ce point important auroit été rendue illufoire
& abfolument impraticable contre leur attente &
durant le cours de leurs délibérations : Ou , fi LL..
HH. PP. euffent écouté les avertiffemens férieux
qui , felon la lettre du Vice- Amiral du 5 Octobre ,
ont été donnés par les Pilotes - côtiers ; favoir , que
les vaiffeaux ne pouvoient plus être conduits dehors
fans dangers , & que , la bonne faifon étant paffée',
il falloit bien plutôt leur faire quitter la rade & les
faire entrer au mouillage d hiver ; fi fuivant ce
confeil ( puifque le voyage de Breft avoit échoué )
elles euffent jugé à propos de prendre une réfolution
en conféquence , la fuite en auroit été , que les
ordres préalables de S. A. , qui avoient fi évidemment
anticipé fur les délibérations de LL. HH . PP. ,
auroient rendu l'exécution de la réfolution impoffible
& l'auroient anéantie dans le fait. Si nous faisons
donc réflexion fur toutes ces circonftances , & fi
nous confidérons en même-tems , comment S. A. S.
femble éviter , d'une façon inconcevable , de s'intéreſler
le moins du monde à tout ce qui concerne
une affaire , qui a caufé tant de furprife & d'éclat ,
tandis que LL. HH . PP. ont renvoyé tout ce qui
n'eſt pallé , quant aux rapports reçus , à délibération
ultérieure , fans rien de plus . Nous nous
perdons dans un abîme de perplexité . C'eft par ces
motifs , N. & P. S. , que d'une part le fentiment
douloureux des embarras dont nous nous voyons
environnés de tous côtés , & le defir de nous raffurer
au fujet des difficultés fus - mentionnées , ( qui ne font
qu'une partie de la conduite incompréhensible tenue
à tous égards ) puifque nous ne faurions nous procurer
aucunes lumières ni éclairciffemens ; d'autre
part , la perception affligeante de la fituation de
notre chère patrie , dont le danger s'accroît tous
les jours , nous excitent à nous adreffer de nou
-
( 144 )
veau à V. N. P. , à les exhorter & exciter par tout
ce qui nous cft, cher, & de, la manière la plus
folemnelle , à ne plus refter fanière
う
, mais a concourir
fans perte de tems , en mettant de côté
tous intérêts particuliers , pour faire de concert les
efforts les plus extrêmes , & pour nous réunir tous enfemble
avec franchife & un patriotifme ardent , dans
la vue d'effectuer un prompt redreffement dans les
affaires , de façon qu'on concerte avec une intention
Pure & avec promptitude les moyens les plus falutaires
& les plus efficaces pour cette fin , qui fait
aujourd'hui l'objet principal de nos devoirs.
La fuite à l'ordinaire prochain.
Quel jugement portera la direction de la
Marine , en confidérant ce qui s'eft paffé à l'égard
du vaiffeau la Gueldre , qui arriva le 8
Octobre de deffous le Vlierer au Texel , & qui fat
défigné par S. A. pour fortir avec l'eſcadre ; le
Vice-Amiral Harifinck avertit S. A. , par une lettre
du 13 Octobre , qu'il s'en falloit de beaucoup que
l'équipage de ce vaiffeaa fût complet ; que les
canons de fa première batterie avoient été mis à
terre à Medembik , & qu'ainfi il étoit hors d'état
de remplir les intentions de S. A. pour la fortie.
Enfin , pourra-t - on fe faire une idée nette de la
direction des affaires de la Marine , fi l'on confidère
que lorfque L. H. P. , renonçant le 9 Octobre à
l'expédition de Breft prirent le même jour la
réfolution de faire fortir une efcadre , pour aller
prendre le convoi de Drontheim mouillé à Bergen ,
S. A. avoit déjà envoyé le 7 Octobre précédent
au Vice Amiral Hartfinck l'ordre de faire d'abord
fortir les vaiffeaux prêts à appareiller , & cela
( comme il appert par l'ordre donné ) pour faire
une courfe dans la mer du Nord ? Comment cet
ordre anticipé de S. A. , tandis que LL. HH. PP.
n'avoient pas encore terminé leurs délibérations
fur l'envoi de l'efcadre , fur le tems de fa fortie
& fur fa deftination , peut-il ſe juſtifier ? En effet ,
deux chofes font certaines : Ou , au cas que LL.
HH. PP. , en ordonnant promptement de remédier
aux difficultés propofées & de pourvoir les vaiffeaux
( 143 )
du néceffaire , euffent cru ce nonobftant devoir ſe
déterminer à l'expédition de Breft , leur réfolution
fur ce point important auroit été rendue illufoire
& abfolument impraticable contre leur attente &
durant le cours de leurs délibérations : Ou , fi LL..
HH. PP. euffent écouté les avertiffemens férieux
qui , felon la lettre du Vice- Amiral du 5 Octobre ,
ont été donnés par les Pilotes - côtiers ; favoir , que
les vaiffeaux ne pouvoient plus être conduits dehors
fans dangers , & que , la bonne faifon étant paffée',
il falloit bien plutôt leur faire quitter la rade & les
faire entrer au mouillage d hiver ; fi fuivant ce
confeil ( puifque le voyage de Breft avoit échoué )
elles euffent jugé à propos de prendre une réfolution
en conféquence , la fuite en auroit été , que les
ordres préalables de S. A. , qui avoient fi évidemment
anticipé fur les délibérations de LL. HH . PP. ,
auroient rendu l'exécution de la réfolution impoffible
& l'auroient anéantie dans le fait. Si nous faisons
donc réflexion fur toutes ces circonftances , & fi
nous confidérons en même-tems , comment S. A. S.
femble éviter , d'une façon inconcevable , de s'intéreſler
le moins du monde à tout ce qui concerne
une affaire , qui a caufé tant de furprife & d'éclat ,
tandis que LL. HH . PP. ont renvoyé tout ce qui
n'eſt pallé , quant aux rapports reçus , à délibération
ultérieure , fans rien de plus . Nous nous
perdons dans un abîme de perplexité . C'eft par ces
motifs , N. & P. S. , que d'une part le fentiment
douloureux des embarras dont nous nous voyons
environnés de tous côtés , & le defir de nous raffurer
au fujet des difficultés fus - mentionnées , ( qui ne font
qu'une partie de la conduite incompréhensible tenue
à tous égards ) puifque nous ne faurions nous procurer
aucunes lumières ni éclairciffemens ; d'autre
part , la perception affligeante de la fituation de
notre chère patrie , dont le danger s'accroît tous
les jours , nous excitent à nous adreffer de nou
-
( 144 )
veau à V. N. P. , à les exhorter & exciter par tout
ce qui nous cft, cher, & de, la manière la plus
folemnelle , à ne plus refter fanière
う
, mais a concourir
fans perte de tems , en mettant de côté
tous intérêts particuliers , pour faire de concert les
efforts les plus extrêmes , & pour nous réunir tous enfemble
avec franchife & un patriotifme ardent , dans
la vue d'effectuer un prompt redreffement dans les
affaires , de façon qu'on concerte avec une intention
Pure & avec promptitude les moyens les plus falutaires
& les plus efficaces pour cette fin , qui fait
aujourd'hui l'objet principal de nos devoirs.
La fuite à l'ordinaire prochain.
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Résumé : Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
La Lettre circulaire des États de Frise aborde divers problèmes affectant la Marine. Le vaisseau 'la Gueldre', arrivé le 8 octobre, ne pouvait pas partir en raison d'un équipage incomplet et de canons démontés. Le Vice-Amiral Harffinck en informa Son Altesse le 13 octobre. Les Hautes Puissances Prussiennes annulèrent l'expédition de Brest le 9 octobre et décidèrent d'envoyer une escadre à Bergen. Cependant, Son Altesse avait déjà ordonné le 7 octobre la sortie des vaisseaux prêts à appareiller pour une course en mer du Nord. Cet ordre anticipé pose des questions sur sa justification, car il pourrait compromettre l'exécution des décisions ultérieures des Hautes Puissances. De plus, les pilotes côtiers avaient signalé des dangers pour les vaisseaux. La situation est marquée par une confusion administrative : Son Altesse semble éviter toute implication directe, tandis que les Hautes Puissances reportent les rapports à une délibération ultérieure. Face à cette confusion et aux dangers croissants pour la patrie, les auteurs exhortent les destinataires à agir rapidement et de concert pour redresser la situation.
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4090
p. 144
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
Début :
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinsale en 27 jours, a rapporté que Lord Hood, sur la [...]
Mots clefs :
Samuel Hood, Prises, Anglais, Français, Terre-Neuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
¿ PRÉCIS DES GAZETTES ANGL . du 11 Décembre,
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinfale en
27 jours , a rapporté que le Lord Hood , ' fur la
demande des Royaliſtes de cette ville , a conſenti
à y refter avec une divifion , jufqu'à ce qu'on eur
pris quelques mefures pour les garantir de l'oppreſe
fion du Congrès.
7870
( 5
lory & 1oret net
PRISES fur les Anglois par les François. - Le
Dave de Terre-neuve , pour Briſtol , envoyé en
France ; le Chriftopher de Londres , pour Water
Ford , envoyé en France par les Hollandois.
La Marie-Anne de Nerva pour Hull , la Rofe de
Mont-Serrat pour Oftende ; prife & perdue fur les
côtes de Hollande , l'Amphitrite de Guernefay pour
Londres , envoyée à Cherbourg. Par les Américains,
La Polly de la Barbade , pour Hallifax ,
envoyée à Boston ; la Venus de Saint-Thomas
Terre- neuve , envoyée à Salein .
pour
207
PRISES par les Anglois fur les François
2 bâtimens de Saint-Domingue pour la France , envoyés
à Weymouth.
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinfale en
27 jours , a rapporté que le Lord Hood , ' fur la
demande des Royaliſtes de cette ville , a conſenti
à y refter avec une divifion , jufqu'à ce qu'on eur
pris quelques mefures pour les garantir de l'oppreſe
fion du Congrès.
7870
( 5
lory & 1oret net
PRISES fur les Anglois par les François. - Le
Dave de Terre-neuve , pour Briſtol , envoyé en
France ; le Chriftopher de Londres , pour Water
Ford , envoyé en France par les Hollandois.
La Marie-Anne de Nerva pour Hull , la Rofe de
Mont-Serrat pour Oftende ; prife & perdue fur les
côtes de Hollande , l'Amphitrite de Guernefay pour
Londres , envoyée à Cherbourg. Par les Américains,
La Polly de la Barbade , pour Hallifax ,
envoyée à Boston ; la Venus de Saint-Thomas
Terre- neuve , envoyée à Salein .
pour
207
PRISES par les Anglois fur les François
2 bâtimens de Saint-Domingue pour la France , envoyés
à Weymouth.
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Résumé : PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
Le 11 décembre, un navire de New York arrive à Kinfale. Le Lord Hood accepte de protéger les royalistes de la ville contre le Congrès. Plusieurs prises maritimes sont signalées : les Français capturent des navires pour Bristol, Waterford, Hull et Ostende, envoyés à Cherbourg. Les Américains capturent des navires pour Halifax et Terre-Neuve, envoyés à Boston et Salem. Les Anglais capturent deux bâtiments de Saint-Domingue pour Weymouth.
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