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3001
p. 825-826
BOUTS RIMEZ, Proposez dans le Mercure de Decembre dernier.
Début :
Le bon homme Lucas boira jusqu'à la Mort, [...]
Mots clefs :
Boire, Gobelets
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texteReconnaissance textuelle : BOUTS RIMEZ, Proposez dans le Mercure de Decembre dernier.
BOUTS RIMEZ,
Proposez dans le Mercure de Decembre
dernier.
Lebon homme Lucas boira jusqu'à la Mort¸´,
Il n'aime pas plus l'eau que l'aspect d'une Biere;`
Pour le vin seul il païe et l'entrée et le
1 vj
Port 7
Est
826 MERCURE DE FRANCE
Et sa cave est profonde autant qu'une Carrière.
Il y va tous les jours lorsque sa femme Sort ,
Jouer des Gobelets , sans sac ni Gibeciere ;
Aprés quoi notre ami chancele , tombe et Dort ,
D'un somme plus profond que ne faisoit Moliere
Sa Moitié quelquefois descend d'un air Hagard ,
Pour troubler le repos du fortuné Vieillard ,
Et de cent maudissons , lui fait longue Apostophe.
Mat ,
Mais Lucas de sa main , lui presentant le Plat,
Lui donne sur la jouë un rude échec et
Puis reboit et redort , sans autre Catastrophe.
Proposez dans le Mercure de Decembre
dernier.
Lebon homme Lucas boira jusqu'à la Mort¸´,
Il n'aime pas plus l'eau que l'aspect d'une Biere;`
Pour le vin seul il païe et l'entrée et le
1 vj
Port 7
Est
826 MERCURE DE FRANCE
Et sa cave est profonde autant qu'une Carrière.
Il y va tous les jours lorsque sa femme Sort ,
Jouer des Gobelets , sans sac ni Gibeciere ;
Aprés quoi notre ami chancele , tombe et Dort ,
D'un somme plus profond que ne faisoit Moliere
Sa Moitié quelquefois descend d'un air Hagard ,
Pour troubler le repos du fortuné Vieillard ,
Et de cent maudissons , lui fait longue Apostophe.
Mat ,
Mais Lucas de sa main , lui presentant le Plat,
Lui donne sur la jouë un rude échec et
Puis reboit et redort , sans autre Catastrophe.
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Résumé : BOUTS RIMEZ, Proposez dans le Mercure de Decembre dernier.
Lucas, passionné par le vin, boit jusqu'à l'ivresse quotidienne dans sa cave profonde. Il ne prend jamais d'argent avec lui. Sa femme le réveille parfois avec des reproches, mais il la frappe et continue de boire.
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3002
s. p.
LA JEUNESSE. ODE. A M. de Franay, Trésorier de France en la Generalité de Moulins.
Début :
Descends de la Voute azurée, [...]
Mots clefs :
Jeunesse, Hébé, Jeux, Bois
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texteReconnaissance textuelle : LA JEUNESSE. ODE. A M. de Franay, Trésorier de France en la Generalité de Moulins.
LA JEUNESSE,
O D E.
A M. de Franay , Trésorier de France
en la Generalité de Moulins.
D
Escends de la Voute azurée ,
Quitte , Hébé , le Buffet des Dieux;
Des Jeux , des Graces entourée ,
Viens te présenter à mes yeux.
Hebé , je vais , de ton Empire ,
Chanter les douceurs et les Loix ,
A ij Inspire
838 MERCURE DE FRANCE
Inspire-moi , touche ma Lire ;
Qui mieux que toi pourroit me dire
Ton rang, tes honneurs et tes droits ?
De quels transports , de quelle yvresse ,
Me sens-je tout à coup épris !
Est- ce toi , charmante Déesse ,
Qui viens animer mes esprits
Je la vois , un Zéphir la porte ,
Avec l'Amour , Momus la suit.
Le vieux Saturne qui l'escorte ,
Des heures forme une cohorte ,
Qui se renouvelle sans bruit.
M
Son Empire sur la Nature,
Renferme la terre et les Airs ;
Le Printemps lui doit sa verdure ,
Et les Oiseaux leurs Chants divers,
Si d'une Jeunesse immortelle,
Hebé possede les beaux jours ,
Elle en répand sur chaque Belle ,
Quelque rayon , quelque étincelle ,
Mais qui ne dure pas toûjours.
3123
Profitez , riante Jeunesse ,
Du temps de faire votre cour,
Dépêchez-
MAY. 1732. 83
Dépêchez-vous , l'heure vous presse ,
Le temps qui fuit est sans retour.
Il n'est qu'un Printemps dans l'année ,
La nuit suit de près le matin ;
Et Flore , dans une Journée ,
Des Roses dont elle est ornée ,
Commence et finit le destin.
M
En doux ébats , en Jeux , en Fêtes ,
Venez lui payer vos tributs .
Les plaisirs que Comus apprête ,
Forment d'Hebéles revenus.
Mais pour mériter à sa suite ,
La préference et sa faveur
Fuyez les fureurs du Lapithe ,
La molesse du Sybaritte ,
Le fiel du Satyre imposteur.
Quel bruit se répand dans les Plaines ?
Pan fait raisonner son Hautbois.
Les Nymphes quittent leurs Fontaines,
Les Sylvains sortent de leurs Bois.
Pendant qu'une danse legere ,
Vous marque , Hebé , leur dévouement?
La Dryade , sur la fougee ,
Pour exprimer sa joye entiere ,
Ecoute à l'écart son Amant.
f
A iij Mais
840 MERCURE DE FRANCE
Mais quel est ce Berger qui chante ;
Sa Flute rend les plus doux sons.
Il veut de l'objet qui l'enchante ,
Fléchir le cœur par ses Chansons.
Chanter pour vaincre une volage !
Berger , vous chanterez en vain ;
Poussez , pressez un cœur sauvage ,
L'Amant chantant , trace l'Ouvrage ,
L'Amant pressant , le met à fin.
M
Vous , dont la languissante veine ,
Fait souvent gémir la raison ,
En vain des Eaux de l'Hypocrêne ,
Vous enyvrez votre Apollon.
Si vous voulez de la science ,
Qu'Hebé vous ouvre le chemin.
*
Le don de plaire et l'éloquence ,
Sont à la Source de Jouvence ,
Et dans les ressorts de l'instinct.
Après neuf lustres , suis-je sage ?
Quoi : j'ose ébranler des ressorts ,
Qui sont trop vifs dans le bel âge ,
Dans le mien qui sont presque morts!
Je vois ce contraste sans peine ,
Je conseille et je n'agis pas,
Four
MA Y.. 17320 841
Pourvû, Franay , que mon halene ,
Ait , à ton gré , conduit ma veine ,
Je fais du reste peu de cas.
M. de Soultrait.
O D E.
A M. de Franay , Trésorier de France
en la Generalité de Moulins.
D
Escends de la Voute azurée ,
Quitte , Hébé , le Buffet des Dieux;
Des Jeux , des Graces entourée ,
Viens te présenter à mes yeux.
Hebé , je vais , de ton Empire ,
Chanter les douceurs et les Loix ,
A ij Inspire
838 MERCURE DE FRANCE
Inspire-moi , touche ma Lire ;
Qui mieux que toi pourroit me dire
Ton rang, tes honneurs et tes droits ?
De quels transports , de quelle yvresse ,
Me sens-je tout à coup épris !
Est- ce toi , charmante Déesse ,
Qui viens animer mes esprits
Je la vois , un Zéphir la porte ,
Avec l'Amour , Momus la suit.
Le vieux Saturne qui l'escorte ,
Des heures forme une cohorte ,
Qui se renouvelle sans bruit.
M
Son Empire sur la Nature,
Renferme la terre et les Airs ;
Le Printemps lui doit sa verdure ,
Et les Oiseaux leurs Chants divers,
Si d'une Jeunesse immortelle,
Hebé possede les beaux jours ,
Elle en répand sur chaque Belle ,
Quelque rayon , quelque étincelle ,
Mais qui ne dure pas toûjours.
3123
Profitez , riante Jeunesse ,
Du temps de faire votre cour,
Dépêchez-
MAY. 1732. 83
Dépêchez-vous , l'heure vous presse ,
Le temps qui fuit est sans retour.
Il n'est qu'un Printemps dans l'année ,
La nuit suit de près le matin ;
Et Flore , dans une Journée ,
Des Roses dont elle est ornée ,
Commence et finit le destin.
M
En doux ébats , en Jeux , en Fêtes ,
Venez lui payer vos tributs .
Les plaisirs que Comus apprête ,
Forment d'Hebéles revenus.
Mais pour mériter à sa suite ,
La préference et sa faveur
Fuyez les fureurs du Lapithe ,
La molesse du Sybaritte ,
Le fiel du Satyre imposteur.
Quel bruit se répand dans les Plaines ?
Pan fait raisonner son Hautbois.
Les Nymphes quittent leurs Fontaines,
Les Sylvains sortent de leurs Bois.
Pendant qu'une danse legere ,
Vous marque , Hebé , leur dévouement?
La Dryade , sur la fougee ,
Pour exprimer sa joye entiere ,
Ecoute à l'écart son Amant.
f
A iij Mais
840 MERCURE DE FRANCE
Mais quel est ce Berger qui chante ;
Sa Flute rend les plus doux sons.
Il veut de l'objet qui l'enchante ,
Fléchir le cœur par ses Chansons.
Chanter pour vaincre une volage !
Berger , vous chanterez en vain ;
Poussez , pressez un cœur sauvage ,
L'Amant chantant , trace l'Ouvrage ,
L'Amant pressant , le met à fin.
M
Vous , dont la languissante veine ,
Fait souvent gémir la raison ,
En vain des Eaux de l'Hypocrêne ,
Vous enyvrez votre Apollon.
Si vous voulez de la science ,
Qu'Hebé vous ouvre le chemin.
*
Le don de plaire et l'éloquence ,
Sont à la Source de Jouvence ,
Et dans les ressorts de l'instinct.
Après neuf lustres , suis-je sage ?
Quoi : j'ose ébranler des ressorts ,
Qui sont trop vifs dans le bel âge ,
Dans le mien qui sont presque morts!
Je vois ce contraste sans peine ,
Je conseille et je n'agis pas,
Four
MA Y.. 17320 841
Pourvû, Franay , que mon halene ,
Ait , à ton gré , conduit ma veine ,
Je fais du reste peu de cas.
M. de Soultrait.
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Résumé : LA JEUNESSE. ODE. A M. de Franay, Trésorier de France en la Generalité de Moulins.
Le poème est adressé à M. de Franay, Trésorier de France en la Généralité de Moulins. Il invoque Hébé, déesse de la jeunesse, pour célébrer ses douceurs et ses lois. Le poète exprime son enthousiasme et son inspiration divine. Hébé, portée par Zéphyr et accompagnée de l'Amour et de Momus, règne sur la nature, apportant verdure et chants aux oiseaux. Cependant, sa jeunesse immortelle ne dure pas éternellement pour les mortels. Le poème exhorte à profiter de la jeunesse, car le temps passe vite. Il recommande de savourer les plaisirs et les fêtes, tout en évitant les excès et les vices. Pan, les Nymphes et les Sylvains célèbrent Hébé par leurs danses et leurs chants. Un berger tente de séduire par ses chansons, mais le poète conseille de presser un cœur sauvage pour le conquérir. Le texte souligne que la science et l'éloquence proviennent de la jeunesse. Le poète reconnaît le contraste entre ses conseils et ses propres actions, avouant qu'il ne suit pas toujours ses recommandations. Il conclut en espérant que son inspiration ait plu à M. de Franay.
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3003
p. 856-857
SONNET Sur les Bouts-Rimez; proposez dans le second vol. du Mercure de Dec. 1731.
Début :
Je crains plus, cher ami, Cupidon que la Mort, [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Mort, Financier
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texteReconnaissance textuelle : SONNET Sur les Bouts-Rimez; proposez dans le second vol. du Mercure de Dec. 1731.
SONNET
Sur les Bouts - Rimez ; proposez dans le
fecond vol. du Mercure de Dec. 1731.
J
E crains plus , cher ami, Cupidon que la Mort ,
Port
Et ses traits dangereux, que les Clous d'une Biere,
En vain pour me tenter , il me montre le
Je ne veux point sous lui commencer de Carriere.
Du sexe, être la dupe, Amans , c'est votre Sort
La Coquete , de tout , remplit sa Gibeciere ,
Agnès , les yeux baissez , semblable à l'eau qui
Dort "
Estst plus trompeuse encor , si l'on en croit Mo- liere.
Fussiez- vous Adonis ; malgré son air Hagard ,
Sans cheveux , & sans dents un opulent Vieil- lard ,>
Fait au cœur de la belle une vive - Apostrophe ,
Fussiez-
MAY.
1732 857
Fassiez-vous Céladon ; un Faquin >
Devenu Financier , vous donne échec et
Et rit impunément de votre
un pied Plat
Mat ,
Catastrophe.
R ... Av... A Blois.
Sur les Bouts - Rimez ; proposez dans le
fecond vol. du Mercure de Dec. 1731.
J
E crains plus , cher ami, Cupidon que la Mort ,
Port
Et ses traits dangereux, que les Clous d'une Biere,
En vain pour me tenter , il me montre le
Je ne veux point sous lui commencer de Carriere.
Du sexe, être la dupe, Amans , c'est votre Sort
La Coquete , de tout , remplit sa Gibeciere ,
Agnès , les yeux baissez , semblable à l'eau qui
Dort "
Estst plus trompeuse encor , si l'on en croit Mo- liere.
Fussiez- vous Adonis ; malgré son air Hagard ,
Sans cheveux , & sans dents un opulent Vieil- lard ,>
Fait au cœur de la belle une vive - Apostrophe ,
Fussiez-
MAY.
1732 857
Fassiez-vous Céladon ; un Faquin >
Devenu Financier , vous donne échec et
Et rit impunément de votre
un pied Plat
Mat ,
Catastrophe.
R ... Av... A Blois.
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Résumé : SONNET Sur les Bouts-Rimez; proposez dans le second vol. du Mercure de Dec. 1731.
Le sonnet de 1732, signé 'MAY', exprime la crainte de l'amour et de Cupidon. L'auteur décrit les hommes comme les dupes des coquettes. Il cite Molière pour illustrer la tromperie des femmes. Le texte souligne que les femmes peuvent être séduites ou moquées, indépendamment de leur apparence ou richesse, par des individus de condition inférieure.
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3004
p. 875-882
PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
Début :
Seigneur, tous tant que nous sommes, [...]
Mots clefs :
Horace, Esprit, France, Estime, Cardinal de Fleury, Mécène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
PARODIE de la premiere Ode d'Horace
à S. E. M. le Cardinal de Fleury..
Espoir
des bons et le mien
Si ce n'est impertinence ,
De se mettre en concurrenceAvec tant de gens de bien. )
Cardinal , dont les épaules ,
A supporter un grand poids ,
Par son seul et digne choix ,
Aident au Maître des Gaules ;
Pour délasser un moment
L'Atlas que chargent nos Poles ,
De mes simples babioles ,
Prenez en gré l'enjoüment ,
Et souffrez que je vous trace
En traits marquez et suivis ,
De l'ingenieux Horace ,
Le Mecenas atavis.
ODE
$76 MERCURE DE FRANCE
Seigneur ,
O D E.
Eigneur tous tant que nous sommes
Chaque esprit a ses objets ;
Chaque cœur chez tous les hommes ,
Forme differens projets :
L'ambition dominante ,
Est des Grands qu'elle régente ,.
La fougueuse passion ,
Pendant que la Petitesse ,
Soupire après la Richesse,
Ou la réputation.,
L'un , qui d'un desir modeste ,
N'eut jamais le cœur atteint ,
Voudroit voir- briller sa veste
Du Portrait de l'Esprit Saint.
Une secrete amertume ,
Le devore et le consume ;
C'est sa tribulation ,
De voir cet honneur sublime ,
Orner des gens qu'il estime
D'une moindre extraction.
L'autre respire la guerre ;:
C'est son ébat , c'est son jeu;
Aux quatre coins de la Terre ,
IF
MAY.
1732. 877
I brule de voir le feu.
La longue Paix qui nous berce ,
Est une longue traverse ,
Pour son esprit martial ,
Qui ne méditant que Palmes ,
Se promet en temps moins calmes ,"
Un Bâton de: Maréchal..
Ce troisiéme qui s'adonne ,
A des desseins plus pieux ;
C'est un suppôt de Sorbonne ,
Beau parleur , air gracieux :-
Approuvé de l'Ordinaire
H se fourre dans la Chaire ,
Habile homme et prêchant mal ,
Et flatant sa suffisance ;
Pour sa moindre récompense ,
D'un riche Anneau Pastoral..
Vous , que les doctes Pucelles ,
N'ont point honte d'ennuyer ,
Leurs promesses infidelles ,
Ne tendent qu'à vous jouer ;
Montez sur vos grands Cothurnes ,
De vos fatigues nocturnes
Les fruits seront corrompus ;
Car malgré vos longues veilles ,
Des
178 MERCURE DE FRANCE
Des Racines , des Corneilles ,
Les grands moules sont rompus.
Celui-cy paroît plus sage,
Qui se picquant moins d'esprit
Ne donne qué sur bon gage,
Les sornettes qu'il écrit. ~
Tout coup vaille ; rien n'importe ;
Pourvû qu'on paye à la porte ,.
Tout lui semble indifferent ;.
Permis à de plus habiles ,
De fronder les Vaudevilles ,
De la Foire S. Laurent.
Tel d'une Idolé adorée ,
Fait tout son amusement ,-
Et des jeux de Cytherée ,
Son plaisir et son tourment.
Tel autre dans sa misere,
Croupit et se desespere ,
Pour entasser force écus
,
;
Pendant qu'un Beuveur se flatte ;
De trouver Perse et Surate
Dans la Tonne de Bacchus.
* Allusion à la maniere des Hollandois de
compter les richesses par Tonnes d'or. Surate est un
Port fameux du Mogol , où se fait le plus riche
Commerce de l'Orient.
J'aurois
MAY. 1732.
879
J'aurois , Seigneur , trop d'affaires ,
Si j'essayois d'imiter ,
Tous les divers caracteres,
Qu'Horace aime à debiter ;
Cette stérile abondance ,
Lasseroit la patience ,
Et me rendroit odieux,;
Pour acquerir quelque estime ,
Le sage Orateur supprime ,
Tout verbiage ennuyeux.
Oque j'aurois d'éloquence ,
S'il m'étoit permis un jour,
De détailler à la France ,
Votre zele et votre amour?
Mais quoi ! votre modestie ,
Prendroit ma Muse à partie ,
Et la feroit échouer.
Fiere vertu , qui s'offense
Et nous impose silence ,
Quand nous osons vous louer.
Mais tandis que je me tuë,
A rimer , tant bien que mal ,
Je sens que je perds de vuë ,
Mon charmant Original.
Notre Horace રેà son Mecens
Sou-
880 MERCURE DE FRANCE
Soutient que de l'hyppocrene ,
Le bien seul l'enrichira ,
Et qu'un homme qui s'applique ,
A devenir bon Lyrique ,
Aux Etoiles touchera.
Pour moi qui du cher Parnasse ,
Me suis toujours défié ,
Comme on fait d'un tas de glace ,
Où l'on affeoit mal son pié;
Mon Style le plus superbe ,
Fût-il Racan ou Malherbe ,
Mes plus pathétiques traits ,
N'ont jamais eu la puissance ,
D'augmenter mon opulence ,
D'une charge de Cotrets.
Souhaitons par compagnie,
Non pas,
illustre FLEURY ,
D'Euterpe ou de Polymnie ,
D'être estimé favori :
Ma Muse est bien plus discrete ;
Mais tout ce qu'elle souhaite ,
Son unique ambition ,
C'est , dans cette âpre froidure ,
D'obtenir une doublure ,
Pour ma mince Pension .
Que
MA Y.. 1732.
882
Que si vous m'êtes propice ,
LOUIS , le meilleur des Rois ,
Par faveur ou par justice,
Ecoutera votre voix ;
Remontrez- lui , grand Ministre ,
Que l'hyver sera sinistre ,
Pour les Vieillards.catherreux ;
Pour qui les severes Parques ,
Ont cotté sur leurs Remarques. ,
Huit fois dix et cinq fois deux.
DE SENECE.
à S. E. M. le Cardinal de Fleury..
Espoir
des bons et le mien
Si ce n'est impertinence ,
De se mettre en concurrenceAvec tant de gens de bien. )
Cardinal , dont les épaules ,
A supporter un grand poids ,
Par son seul et digne choix ,
Aident au Maître des Gaules ;
Pour délasser un moment
L'Atlas que chargent nos Poles ,
De mes simples babioles ,
Prenez en gré l'enjoüment ,
Et souffrez que je vous trace
En traits marquez et suivis ,
De l'ingenieux Horace ,
Le Mecenas atavis.
ODE
$76 MERCURE DE FRANCE
Seigneur ,
O D E.
Eigneur tous tant que nous sommes
Chaque esprit a ses objets ;
Chaque cœur chez tous les hommes ,
Forme differens projets :
L'ambition dominante ,
Est des Grands qu'elle régente ,.
La fougueuse passion ,
Pendant que la Petitesse ,
Soupire après la Richesse,
Ou la réputation.,
L'un , qui d'un desir modeste ,
N'eut jamais le cœur atteint ,
Voudroit voir- briller sa veste
Du Portrait de l'Esprit Saint.
Une secrete amertume ,
Le devore et le consume ;
C'est sa tribulation ,
De voir cet honneur sublime ,
Orner des gens qu'il estime
D'une moindre extraction.
L'autre respire la guerre ;:
C'est son ébat , c'est son jeu;
Aux quatre coins de la Terre ,
IF
MAY.
1732. 877
I brule de voir le feu.
La longue Paix qui nous berce ,
Est une longue traverse ,
Pour son esprit martial ,
Qui ne méditant que Palmes ,
Se promet en temps moins calmes ,"
Un Bâton de: Maréchal..
Ce troisiéme qui s'adonne ,
A des desseins plus pieux ;
C'est un suppôt de Sorbonne ,
Beau parleur , air gracieux :-
Approuvé de l'Ordinaire
H se fourre dans la Chaire ,
Habile homme et prêchant mal ,
Et flatant sa suffisance ;
Pour sa moindre récompense ,
D'un riche Anneau Pastoral..
Vous , que les doctes Pucelles ,
N'ont point honte d'ennuyer ,
Leurs promesses infidelles ,
Ne tendent qu'à vous jouer ;
Montez sur vos grands Cothurnes ,
De vos fatigues nocturnes
Les fruits seront corrompus ;
Car malgré vos longues veilles ,
Des
178 MERCURE DE FRANCE
Des Racines , des Corneilles ,
Les grands moules sont rompus.
Celui-cy paroît plus sage,
Qui se picquant moins d'esprit
Ne donne qué sur bon gage,
Les sornettes qu'il écrit. ~
Tout coup vaille ; rien n'importe ;
Pourvû qu'on paye à la porte ,.
Tout lui semble indifferent ;.
Permis à de plus habiles ,
De fronder les Vaudevilles ,
De la Foire S. Laurent.
Tel d'une Idolé adorée ,
Fait tout son amusement ,-
Et des jeux de Cytherée ,
Son plaisir et son tourment.
Tel autre dans sa misere,
Croupit et se desespere ,
Pour entasser force écus
,
;
Pendant qu'un Beuveur se flatte ;
De trouver Perse et Surate
Dans la Tonne de Bacchus.
* Allusion à la maniere des Hollandois de
compter les richesses par Tonnes d'or. Surate est un
Port fameux du Mogol , où se fait le plus riche
Commerce de l'Orient.
J'aurois
MAY. 1732.
879
J'aurois , Seigneur , trop d'affaires ,
Si j'essayois d'imiter ,
Tous les divers caracteres,
Qu'Horace aime à debiter ;
Cette stérile abondance ,
Lasseroit la patience ,
Et me rendroit odieux,;
Pour acquerir quelque estime ,
Le sage Orateur supprime ,
Tout verbiage ennuyeux.
Oque j'aurois d'éloquence ,
S'il m'étoit permis un jour,
De détailler à la France ,
Votre zele et votre amour?
Mais quoi ! votre modestie ,
Prendroit ma Muse à partie ,
Et la feroit échouer.
Fiere vertu , qui s'offense
Et nous impose silence ,
Quand nous osons vous louer.
Mais tandis que je me tuë,
A rimer , tant bien que mal ,
Je sens que je perds de vuë ,
Mon charmant Original.
Notre Horace રેà son Mecens
Sou-
880 MERCURE DE FRANCE
Soutient que de l'hyppocrene ,
Le bien seul l'enrichira ,
Et qu'un homme qui s'applique ,
A devenir bon Lyrique ,
Aux Etoiles touchera.
Pour moi qui du cher Parnasse ,
Me suis toujours défié ,
Comme on fait d'un tas de glace ,
Où l'on affeoit mal son pié;
Mon Style le plus superbe ,
Fût-il Racan ou Malherbe ,
Mes plus pathétiques traits ,
N'ont jamais eu la puissance ,
D'augmenter mon opulence ,
D'une charge de Cotrets.
Souhaitons par compagnie,
Non pas,
illustre FLEURY ,
D'Euterpe ou de Polymnie ,
D'être estimé favori :
Ma Muse est bien plus discrete ;
Mais tout ce qu'elle souhaite ,
Son unique ambition ,
C'est , dans cette âpre froidure ,
D'obtenir une doublure ,
Pour ma mince Pension .
Que
MA Y.. 1732.
882
Que si vous m'êtes propice ,
LOUIS , le meilleur des Rois ,
Par faveur ou par justice,
Ecoutera votre voix ;
Remontrez- lui , grand Ministre ,
Que l'hyver sera sinistre ,
Pour les Vieillards.catherreux ;
Pour qui les severes Parques ,
Ont cotté sur leurs Remarques. ,
Huit fois dix et cinq fois deux.
DE SENECE.
Fermer
Résumé : PARODIE de la premiere Ode d'Horace, à S. E. M. le Cardinal de Fleury. / Ode.
Le texte est une parodie de la première Ode d'Horace dédiée à S. E. M. le Cardinal de Fleury. L'auteur commence par exprimer son espoir de ne pas être impertinent en se comparant à des personnes de bien. Il loue ensuite le Cardinal pour son soutien au roi de France et lui offre une œuvre légère destinée à le divertir. L'auteur décrit diverses ambitions humaines, telles que l'ambition des grands, le désir de richesse, la quête de réputation, l'aspiration à des honneurs religieux, ou encore le goût pour la guerre et les distinctions militaires. Il critique également ceux qui se consacrent à des études doctes mais stériles. L'auteur conclut en exprimant son admiration pour Horace et son mécène, tout en soulignant modestement que ses propres écrits n'ont jamais enrichi leur auteur. Il souhaite simplement obtenir une augmentation de sa pension pour mieux affronter l'hiver.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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Fermer
3005
p. 887-890
L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
Début :
Tandis qu'au milieu des merveilles, [...]
Mots clefs :
Amour, Héros, Holocauste, Pays des fictions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
L'AMOUR,
ODE..
A. M. L. M. D. F.
Tandis qu'au milieu des merveilles ,
Dont Flore vient charmer nos yeux ;
Je puis affranchir mes oreilles ,
Des cris du Plaideur ennuyeux ;
Dieu de Paphos , mon premier Maître,
Approchez , faites disparoître ,
Ces Fantômes encor errans ,
Et vous , ô filles du Permesse ,
Portez-moi cette aimable yvresse
Qui s'empare de tous les sens.
Mais quoi , vos riantes images ,
M'environnent de toutes parts ,
Je vois fuir parmi les nuages ,
La Chicanne aux sombres regards,
Dieux ! quelle agréable chimere !
Je marche sur les pas d'Homere
2
Ciij Dans
888 MERCURE DE FRANCE
Dans le pays des fictions.
Ah ! j'entens sa Lire charmante ;
En peignant les Heros du Xante ,
Il excuse mes passions.
Je vois les Dieux dans cette guerre .
'A la honte de leurs Autels,
Quitter le séjour du Tonnerre ,
Pour combattre avec les Mortels.
Sous ses Tentes le grand Achille ;
Desormais guerrier inutile ,
Cede aux feux dont il est épris..
Ce Heros abattu , sans armes ,
Baignant son Casque de ses larmes ,
Est aussi foible que Pâris.
Je vois la Grece conjurée ,
Bravant et Neptune et les Vents,
Sous les ordres du fils d'Atrée
Faire marcher ses Combattans.
On poursuit Heleine fuyante ,
Une Nation menaçante ,
Ne respire que son retour ;
Le fer brille , je vois la flamme ;
Et l'embrasement de Pergame ,
Est un Holocauste à l'Amour.
2
Dans
MAY. 1732. 889
Dans ces Peintures magnifiques ,
Je trouve des consolateurs ;
J'apperçois dans les cœurs antiques ,
Les égaremens de nos cœurs ;
Je crois mes transports légitimes ,
Quand je vois des Héros sublimes,
De l'Amour éprouver les coups ;
Et lorsque mon ame est saisie ,
Des accès de la jalousie ,
Je sçais que les Dieux sont jaloux.
2
Nos cœurs instruits par la Nature ,
Dieu d'Amour te sont destinez ;
Ceux qui veulent te faire injure ,
En deviennent plus forcenez,
..
Un cœur orgueilleux et sauvage ,
Esclave en fuyant l'esclavage
Par son humeur est combattu ;
Al'aide d'un brutal caprice ,
11 devient l'azile du vice ,
Croyant l'être de la vertu.
Toutefois aux bords de Cythere ,
Nourri dès mes plus jeunes ans ,
J'abhorre une ame mercenaire ,
Qui fait trafic de sentimens ;
Ennemi des lâches souplesses ,
C iiij L'art
890 MERCURE DE FRANCE
L'art des Circez Enchanteresses ,
N'a point corrompu ma bonté ,
Vous le sçavez , sage Uranie,
Mes Vers même , enfans du génie
Ont le Sceau de la Verité.
Mais de l'Amour et de ses charmes
Que sert de vous entretenir !
C'est un malheureux que mes larmes ,
Près de vous n'ont pû retenir ,
Voyez ce Dieu l'aisle baissée ,
Tenant une Fleche émoussée ;
Le Temps déchire son Bandeau ,
Voyez les Graces gémissantes ,
Ranimant dans leurs mains tremblantes ,
Les vains restes de son flambeau.
A Grenoble le 15. Avril 1732.
ODE..
A. M. L. M. D. F.
Tandis qu'au milieu des merveilles ,
Dont Flore vient charmer nos yeux ;
Je puis affranchir mes oreilles ,
Des cris du Plaideur ennuyeux ;
Dieu de Paphos , mon premier Maître,
Approchez , faites disparoître ,
Ces Fantômes encor errans ,
Et vous , ô filles du Permesse ,
Portez-moi cette aimable yvresse
Qui s'empare de tous les sens.
Mais quoi , vos riantes images ,
M'environnent de toutes parts ,
Je vois fuir parmi les nuages ,
La Chicanne aux sombres regards,
Dieux ! quelle agréable chimere !
Je marche sur les pas d'Homere
2
Ciij Dans
888 MERCURE DE FRANCE
Dans le pays des fictions.
Ah ! j'entens sa Lire charmante ;
En peignant les Heros du Xante ,
Il excuse mes passions.
Je vois les Dieux dans cette guerre .
'A la honte de leurs Autels,
Quitter le séjour du Tonnerre ,
Pour combattre avec les Mortels.
Sous ses Tentes le grand Achille ;
Desormais guerrier inutile ,
Cede aux feux dont il est épris..
Ce Heros abattu , sans armes ,
Baignant son Casque de ses larmes ,
Est aussi foible que Pâris.
Je vois la Grece conjurée ,
Bravant et Neptune et les Vents,
Sous les ordres du fils d'Atrée
Faire marcher ses Combattans.
On poursuit Heleine fuyante ,
Une Nation menaçante ,
Ne respire que son retour ;
Le fer brille , je vois la flamme ;
Et l'embrasement de Pergame ,
Est un Holocauste à l'Amour.
2
Dans
MAY. 1732. 889
Dans ces Peintures magnifiques ,
Je trouve des consolateurs ;
J'apperçois dans les cœurs antiques ,
Les égaremens de nos cœurs ;
Je crois mes transports légitimes ,
Quand je vois des Héros sublimes,
De l'Amour éprouver les coups ;
Et lorsque mon ame est saisie ,
Des accès de la jalousie ,
Je sçais que les Dieux sont jaloux.
2
Nos cœurs instruits par la Nature ,
Dieu d'Amour te sont destinez ;
Ceux qui veulent te faire injure ,
En deviennent plus forcenez,
..
Un cœur orgueilleux et sauvage ,
Esclave en fuyant l'esclavage
Par son humeur est combattu ;
Al'aide d'un brutal caprice ,
11 devient l'azile du vice ,
Croyant l'être de la vertu.
Toutefois aux bords de Cythere ,
Nourri dès mes plus jeunes ans ,
J'abhorre une ame mercenaire ,
Qui fait trafic de sentimens ;
Ennemi des lâches souplesses ,
C iiij L'art
890 MERCURE DE FRANCE
L'art des Circez Enchanteresses ,
N'a point corrompu ma bonté ,
Vous le sçavez , sage Uranie,
Mes Vers même , enfans du génie
Ont le Sceau de la Verité.
Mais de l'Amour et de ses charmes
Que sert de vous entretenir !
C'est un malheureux que mes larmes ,
Près de vous n'ont pû retenir ,
Voyez ce Dieu l'aisle baissée ,
Tenant une Fleche émoussée ;
Le Temps déchire son Bandeau ,
Voyez les Graces gémissantes ,
Ranimant dans leurs mains tremblantes ,
Les vains restes de son flambeau.
A Grenoble le 15. Avril 1732.
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Résumé : L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
Le texte est une ode à l'amour adressée à une personne identifiée par les initiales A. M. L. M. D. F. Le poète exprime son désir de fuir les cris ennuyeux du monde pour se plonger dans les merveilles de l'amour. Il invoque les dieux de Paphos et les Muses pour l'inspirer. Il imagine des scènes épiques de l'Iliade, où les dieux descendent sur terre pour la guerre de Troie et où des héros comme Achille et Pâris sont soumis aux passions amoureuses. Ces récits lui offrent des consolations et des légitimations pour ses propres sentiments. Le poète affirme que les cœurs humains, instruits par la nature, sont destinés à l'amour, et que ceux qui résistent à cet amour deviennent fous ou esclaves de leurs vices. Il se déclare honnête et dégoûté par les âmes mercantiles qui trafiquent les sentiments. Il conclut en décrivant l'amour comme un dieu affaibli, ses flèches émoussées et son flambeau éteint, symbolisant la douleur et la tristesse de l'amour non partagé. Le texte est daté du 15 avril 1732 à Grenoble.
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3006
p. 899-902
HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
Début :
Filles cruellement fidelles, [...]
Mots clefs :
Époux, Père, Danaüs, Danaïdes, Hymen
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texteReconnaissance textuelle : HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
HIPERMNESTRE..
CANTATE.
Par Mile DE MALCRAIS DE LA VIGNE
du Croisic en Bretagne.
UNa de multis face nuptiali ,
Digna perjurum fuit in Parentem,
Splendide mendax , et in omne Virgo ,
Nobilis ovum.
Hor. liv. 3. Od. II.
Filles cruellement fidelles ,
A leur Pere , aveuglé d'un perfide couroux...
Les Danaïdes criminelles ,
Dans les bras du sommeil , immoloient leurs
Epoux.
La seule Amante de Lincée ,
Ecoutoit son amour , et consultoit sa foy ,'
Mais Danaus , Vengeur , s'offrant à sa pensée ,
En excitant son bras , la remplissoit d'effroi.
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar rare ,
Hymen , allumas- tu tes feux ? .
Qu'a
338173
900 MERCURE DE FRANCE
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare
Qui mérite un trépas affreux ?-
Soleil , demeure au sein de l'Onde ;
Frémis d'éclairer nos forfaits ;
Epargne ce spectable au monde ;
Eteins tes rayons pour jamais..
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar♣
tare ,
Hymen, allumas- tu tes feux ?.
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare,
Qui mérite un trépas affreux ?
Sa main pour le percer , trois fois est suspen duë ;
Trois fois ne sçachant où frapper ,
Sa main d'elle- même abbattuë ,
Laisse le Poignard s'échapper.
Pâle , tremblante , irrésoluë ,
Retombant sur son lit , qu'elle arrose de pleurs
Elle addresse ces mots à l'objet qui la tuë,
Auprès d'elle endormi , sans prévoir ses mal- heurs.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie
Quelle:
MA Y. 1732. 901
Quelle est la rigueur de mon sort ?
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort..
Ah ! plutôt , infléxible Pere ,
De cent coups , ouvre moi le flanc ;;
Que seule au moins je dégénere
De ta fureur, à t'abreuver de
>
sang.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie ,
Quelle est la rigueur de mon sort è;
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort.
Mais ôtransport , dit-elle , & discours inutile
Que je tarde à délibérer !
Ouvre les yeux , fuis , cours ,
quelque azyle ,
cherche au loin
Profite de la nuit tranquille ;
Nous nous perdons tous deux à différer ,
Devançant le retour de la rapide Aurore ,
Mon Pere furieux et mes parjures sœurs ,
Viendront des crimes que j'abhorre ;
Consommer dans ton sang les infames noir ceurs. 1
Qu'attens, tu , cher Epoux adieu , reçois en core
Cet
902 MERCURE DE FRANCE
Ces avides baisers. , ces trop courtes douceurs.››
Pars donc , et pour faveur derniere ,
Pour prix de t'avoir conservé ,
Souviens- toi d'une Epouse à toy seul toute end tiere ,
Qui s'expose au péril dont elle t'a sauvé.
Hymen , combien ta puissance
Produit de nobles effets ;
Quand l'Amour d'intelligence ,.,
Serre les noeuds que tu fais !
Mais quand dans tes nœuds coupa bles ,
Le cœur ne suit pas la main ,
A quels crimes effroiables
N'ouvres-tu pas le chemin !
Hymen , combien ta puissance ,
Produit de nobles effets ?
Quand l'Amour d'intelligence.
Serre les noeuds que tu fais
CANTATE.
Par Mile DE MALCRAIS DE LA VIGNE
du Croisic en Bretagne.
UNa de multis face nuptiali ,
Digna perjurum fuit in Parentem,
Splendide mendax , et in omne Virgo ,
Nobilis ovum.
Hor. liv. 3. Od. II.
Filles cruellement fidelles ,
A leur Pere , aveuglé d'un perfide couroux...
Les Danaïdes criminelles ,
Dans les bras du sommeil , immoloient leurs
Epoux.
La seule Amante de Lincée ,
Ecoutoit son amour , et consultoit sa foy ,'
Mais Danaus , Vengeur , s'offrant à sa pensée ,
En excitant son bras , la remplissoit d'effroi.
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar rare ,
Hymen , allumas- tu tes feux ? .
Qu'a
338173
900 MERCURE DE FRANCE
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare
Qui mérite un trépas affreux ?-
Soleil , demeure au sein de l'Onde ;
Frémis d'éclairer nos forfaits ;
Epargne ce spectable au monde ;
Eteins tes rayons pour jamais..
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar♣
tare ,
Hymen, allumas- tu tes feux ?.
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare,
Qui mérite un trépas affreux ?
Sa main pour le percer , trois fois est suspen duë ;
Trois fois ne sçachant où frapper ,
Sa main d'elle- même abbattuë ,
Laisse le Poignard s'échapper.
Pâle , tremblante , irrésoluë ,
Retombant sur son lit , qu'elle arrose de pleurs
Elle addresse ces mots à l'objet qui la tuë,
Auprès d'elle endormi , sans prévoir ses mal- heurs.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie
Quelle:
MA Y. 1732. 901
Quelle est la rigueur de mon sort ?
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort..
Ah ! plutôt , infléxible Pere ,
De cent coups , ouvre moi le flanc ;;
Que seule au moins je dégénere
De ta fureur, à t'abreuver de
>
sang.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie ,
Quelle est la rigueur de mon sort è;
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort.
Mais ôtransport , dit-elle , & discours inutile
Que je tarde à délibérer !
Ouvre les yeux , fuis , cours ,
quelque azyle ,
cherche au loin
Profite de la nuit tranquille ;
Nous nous perdons tous deux à différer ,
Devançant le retour de la rapide Aurore ,
Mon Pere furieux et mes parjures sœurs ,
Viendront des crimes que j'abhorre ;
Consommer dans ton sang les infames noir ceurs. 1
Qu'attens, tu , cher Epoux adieu , reçois en core
Cet
902 MERCURE DE FRANCE
Ces avides baisers. , ces trop courtes douceurs.››
Pars donc , et pour faveur derniere ,
Pour prix de t'avoir conservé ,
Souviens- toi d'une Epouse à toy seul toute end tiere ,
Qui s'expose au péril dont elle t'a sauvé.
Hymen , combien ta puissance
Produit de nobles effets ;
Quand l'Amour d'intelligence ,.,
Serre les noeuds que tu fais !
Mais quand dans tes nœuds coupa bles ,
Le cœur ne suit pas la main ,
A quels crimes effroiables
N'ouvres-tu pas le chemin !
Hymen , combien ta puissance ,
Produit de nobles effets ?
Quand l'Amour d'intelligence.
Serre les noeuds que tu fais
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Résumé : HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
La cantate 'HIPERMNESTRE' de Mile de Malcrais de La Vigne raconte l'histoire d'Hypermnestre, une Danaïde qui épargne son époux Lyncée contrairement à ses sœurs. Hypermnestre est confrontée à un dilemme : obéir à son père Danaus, qui ordonne de tuer son mari, ou suivre son cœur. Elle lutte entre son amour pour Lyncée et sa peur du père vengeur. Après réflexion, elle décide de sauver Lyncée et l'incite à fuir pour éviter la vengeance de Danaus et de ses sœurs. La cantate met en lumière la puissance de l'Hymen et de l'Amour, soulignant leurs effets nobles lorsqu'ils sont en harmonie et les crimes effroyables lorsqu'ils sont absents.
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3007
p. 909-912
LE RETOUR DU PRINTEMS. ODE
Début :
Quelle merveille imprévuë, [...]
Mots clefs :
Printemps, Amour, Onde, Vents, Beaux jours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE RETOUR DU PRINTEMS. ODE
LE RETOUR DU PRINTEMS.
Q
ODE
Uelle merveille imprévuë,
Frappe mes yeux étonnez ?
Flore , des Cieux descenduë ,
Foule nos champs fortunez ;
Zéphir vole sur ses traces ;
Les Amours , les Ris , les Graces ,
Suivent en foule ses pas
Et le frere de Bellonne ,
Dans la Fille de Dionne ,
Trouve beaucoup moins d'appas.
Al'aspect de la Déesse,
On voit fondre les frimats ;
Et sa prodigue largesse
Fertilise nos climats.
Tout renaît dans la nature ;
Nos Prez brillent de verdure
La Terre produit des fleurs ;
Et promettant l'abondance,
Cérês nourrit l'esperance
Des avides Laboureurs.
;
*D ij Une
10 MERCURE DE FRANCE
Une Onde tranquille et pure ,
D'où naissent mille ruisseaux
Tombe avec un doux murmure ,
De nos fertiles Côteaux.
L'Oiseau que l'amour engage ,
Dans son aimable esclavage,
Exprime ses tendres feux ,
Et la triste Philomèle
D'une race criminelle ,
Pleure le sort malheureux,
Loin des peines inquiètes ,
L'heureux retour du Printems ,
Fait naître dans nos retraites ,
Mille plaisirs innocens.
Icy la Biche tremblante ,
Du Chasseur qui l'épouvante ,
Fuit les redoutables traits ,
Et la Colombe plaintive ,
Laisse son aîle captive ,
Dans de funestes filets.
Commele Printems rappelle
Les Vents , amis des beaux jours ,
Ainsi la saison nouvelle
A ramené les amours.
Icy la jeune Bergere ,
De
MAY. 1732. 911
De l'Amant qui sçait lui plaire
Favorise les transports
Tandis que sa Bergerie
Eparse dans la Prairie ,
Broute l'herbe de ces bords.
C'est dans ce charmant azile
Que la pure volupté ,
Achoisi son domicile ,
Par l'innocence habité.
Icy Thémis adorée ,
Semble du siecle de Rhée ,
Nous ramener les beaux jours ,
Et la fortune ennemie
De notre paisible vie ,
Ne trouble point l'heureux cours.
Le Sage fuyant la Ville ,
Et ses charmes décevans ,
Vient jouir d'un sort tranquile;
Dans nos déserts innocens ;
Sous sa cabane rustique ,
Du Courtisan politique ,
Il dédaigne les plaisirs ;
Et dans son ame contente
L'Ambition dévorante ,
N'allume point de désirs.
Diij Si
912 MERCURE DE FRANCE
Si les dons de la nature ,
'Abondent dans nos réduits ,
La paix qui nous les procure ,
Est l'Ouvrage de LOUIS.
Loin de nous , l'affreuse guerre
Que font regner sur la terre ,
Ces Rois à vastes projets ;
Sourd aux cris de la Victoire,
LOUIS , met toute sa gloire ,
A nous assurer la Paix.
J. M GAULTIER.
Q
ODE
Uelle merveille imprévuë,
Frappe mes yeux étonnez ?
Flore , des Cieux descenduë ,
Foule nos champs fortunez ;
Zéphir vole sur ses traces ;
Les Amours , les Ris , les Graces ,
Suivent en foule ses pas
Et le frere de Bellonne ,
Dans la Fille de Dionne ,
Trouve beaucoup moins d'appas.
Al'aspect de la Déesse,
On voit fondre les frimats ;
Et sa prodigue largesse
Fertilise nos climats.
Tout renaît dans la nature ;
Nos Prez brillent de verdure
La Terre produit des fleurs ;
Et promettant l'abondance,
Cérês nourrit l'esperance
Des avides Laboureurs.
;
*D ij Une
10 MERCURE DE FRANCE
Une Onde tranquille et pure ,
D'où naissent mille ruisseaux
Tombe avec un doux murmure ,
De nos fertiles Côteaux.
L'Oiseau que l'amour engage ,
Dans son aimable esclavage,
Exprime ses tendres feux ,
Et la triste Philomèle
D'une race criminelle ,
Pleure le sort malheureux,
Loin des peines inquiètes ,
L'heureux retour du Printems ,
Fait naître dans nos retraites ,
Mille plaisirs innocens.
Icy la Biche tremblante ,
Du Chasseur qui l'épouvante ,
Fuit les redoutables traits ,
Et la Colombe plaintive ,
Laisse son aîle captive ,
Dans de funestes filets.
Commele Printems rappelle
Les Vents , amis des beaux jours ,
Ainsi la saison nouvelle
A ramené les amours.
Icy la jeune Bergere ,
De
MAY. 1732. 911
De l'Amant qui sçait lui plaire
Favorise les transports
Tandis que sa Bergerie
Eparse dans la Prairie ,
Broute l'herbe de ces bords.
C'est dans ce charmant azile
Que la pure volupté ,
Achoisi son domicile ,
Par l'innocence habité.
Icy Thémis adorée ,
Semble du siecle de Rhée ,
Nous ramener les beaux jours ,
Et la fortune ennemie
De notre paisible vie ,
Ne trouble point l'heureux cours.
Le Sage fuyant la Ville ,
Et ses charmes décevans ,
Vient jouir d'un sort tranquile;
Dans nos déserts innocens ;
Sous sa cabane rustique ,
Du Courtisan politique ,
Il dédaigne les plaisirs ;
Et dans son ame contente
L'Ambition dévorante ,
N'allume point de désirs.
Diij Si
912 MERCURE DE FRANCE
Si les dons de la nature ,
'Abondent dans nos réduits ,
La paix qui nous les procure ,
Est l'Ouvrage de LOUIS.
Loin de nous , l'affreuse guerre
Que font regner sur la terre ,
Ces Rois à vastes projets ;
Sourd aux cris de la Victoire,
LOUIS , met toute sa gloire ,
A nous assurer la Paix.
J. M GAULTIER.
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Résumé : LE RETOUR DU PRINTEMS. ODE
Le poème 'Le Retour du Printemps', publié dans le Mercure de France en mai 1732, célèbre l'arrivée du printemps, décrit comme une transformation imprévue de la nature. Flore, accompagnée de Zéphir, des Amours, des Rires et des Grâces, couvre les champs de fleurs et fait fondre la neige, permettant à la nature de renaître. Les prairies se couvrent de verdure et de fleurs, promettant abondance et nourrissant l'espérance des laboureurs. Les ruisseaux murmurent doucement, et les oiseaux expriment leurs sentiments amoureux. La saison ramène les amours et les vents favorables, influençant les animaux et les humains. Les bergères et leurs amants profitent de cette période pour exprimer leurs sentiments dans un cadre idyllique. Le printemps évoque également une époque de paix et de tranquillité, loin des charmes décevants de la ville. La paix, assurée par Louis, permet aux dons de la nature d'abonder, loin des affres de la guerre. Le roi met sa gloire à garantir la paix, sourd aux cris de la victoire.
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3008
p. 917-920
A MADEMOISELLE de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne. ODE
Début :
Dans l'enceinte des murs où la Marne serpente, [...]
Mots clefs :
Amour, Icare, Chanter, Lyre, Beaux vers
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne. ODE
A MADEMOISELLE de Malcrais
de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
ODE
Ans l'enceinte des murs où la Marne serà
pente ,
DA
Quand je lis tes Ecrits ,
Sçavante de Malcrais , leur force surprenante ?
Etonne mes esprits
Je me sens élevé sur la double Coline ;
Dans mes heureux transports,
De ta celeste voix , de ta Lyre divine ,
J'écoute les accords
Tu ravis , tu surprens les Filles de Memoire;
Dans le sacré Vallon ,
Dvj Jusqu'au
918 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'au faîte brillant du Temple de la Gloire,
L'Echo porte ton nom.
Que dis- je ? tes beaux Vers ont passé le Cocité ¿
Aux Champs Elisiens ,
L'Amante de Phaon tendrement les récite ,
Et les préfère aux siens.
On parle du Croisic comme on parle d'Astrée,
De Smirne , de Lesbos ,
Ta Muse de nos jours y montre Cyterée ,
Plus belle qu'à Paphos.
Les Graces font parler le Lut et la Musette;
Qu'accompagne ta voix :
Et tu peux animer au son de ta Trompette
Les Héros et les Rois.
Tu fais ce que tu veux ; si ton vaste génie,
T'inspire de grands airs ,
Apeine dans leurs Chants Calliope , Uranie
Egalent tes Concerts.
Si tu fais raisonner ou l'Eglogue ou l'Idile;
Tes accens sont si doux,
Que
MAY.. 17325 919
!
Que malgré leurs grands noms et Terence et Virgile ,
En deviennent jaloux.
Comme eux en t'attachant à rendre la Nature ,
Tu finis tes Portraits ;
Mais ton tendre Pinceau dans la vive peinture ,
Encherit sur leurs traits.
Un tour plus gracieux , plus de délicatesse ,
Fait briller tes couleurs.
Le trait dont tu te sers pour peindre laTendresse,
La porte dans les cœurs.
L'Amour vole par tout où ta plume fidelle ,
Fait voler tes Chansons.
Oui , l'Amour , s'il pouvoit subir la loi mortelle;
Renaîtroit de leurs sons.
Tu ranimes ses feux , tu lui forges des armes ,'
Et les yeux de Cypris ,
N'ontpas, de sonaveu, la douceur et les charmes,
Qu'on sent dans tes Ecrits.
L'Amour pleure avec toi quand le trépas d'uni Pere ,
T'arrache des soupirs
920 MERCURE DE FRANCE
Il rit quand des Oiseaux consacrez à sa Mere„
Tu décris les plaisirs.
L'Amour...mais je mé tais, il faut être un Pins dare ,
Pour oser te chanter
Et je suis menacé de la chute d'Icare ,
Si je veux le tenter.
de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
ODE
Ans l'enceinte des murs où la Marne serà
pente ,
DA
Quand je lis tes Ecrits ,
Sçavante de Malcrais , leur force surprenante ?
Etonne mes esprits
Je me sens élevé sur la double Coline ;
Dans mes heureux transports,
De ta celeste voix , de ta Lyre divine ,
J'écoute les accords
Tu ravis , tu surprens les Filles de Memoire;
Dans le sacré Vallon ,
Dvj Jusqu'au
918 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'au faîte brillant du Temple de la Gloire,
L'Echo porte ton nom.
Que dis- je ? tes beaux Vers ont passé le Cocité ¿
Aux Champs Elisiens ,
L'Amante de Phaon tendrement les récite ,
Et les préfère aux siens.
On parle du Croisic comme on parle d'Astrée,
De Smirne , de Lesbos ,
Ta Muse de nos jours y montre Cyterée ,
Plus belle qu'à Paphos.
Les Graces font parler le Lut et la Musette;
Qu'accompagne ta voix :
Et tu peux animer au son de ta Trompette
Les Héros et les Rois.
Tu fais ce que tu veux ; si ton vaste génie,
T'inspire de grands airs ,
Apeine dans leurs Chants Calliope , Uranie
Egalent tes Concerts.
Si tu fais raisonner ou l'Eglogue ou l'Idile;
Tes accens sont si doux,
Que
MAY.. 17325 919
!
Que malgré leurs grands noms et Terence et Virgile ,
En deviennent jaloux.
Comme eux en t'attachant à rendre la Nature ,
Tu finis tes Portraits ;
Mais ton tendre Pinceau dans la vive peinture ,
Encherit sur leurs traits.
Un tour plus gracieux , plus de délicatesse ,
Fait briller tes couleurs.
Le trait dont tu te sers pour peindre laTendresse,
La porte dans les cœurs.
L'Amour vole par tout où ta plume fidelle ,
Fait voler tes Chansons.
Oui , l'Amour , s'il pouvoit subir la loi mortelle;
Renaîtroit de leurs sons.
Tu ranimes ses feux , tu lui forges des armes ,'
Et les yeux de Cypris ,
N'ontpas, de sonaveu, la douceur et les charmes,
Qu'on sent dans tes Ecrits.
L'Amour pleure avec toi quand le trépas d'uni Pere ,
T'arrache des soupirs
920 MERCURE DE FRANCE
Il rit quand des Oiseaux consacrez à sa Mere„
Tu décris les plaisirs.
L'Amour...mais je mé tais, il faut être un Pins dare ,
Pour oser te chanter
Et je suis menacé de la chute d'Icare ,
Si je veux le tenter.
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Résumé : A MADEMOISELLE de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne. ODE
Le texte est une ode dédiée à Mademoiselle de Malcrais, originaire de la Vigne, au Croisic en Bretagne. L'auteur exprime son admiration pour ses écrits, soulignant leur force et leur capacité à l'élever spirituellement. Il compare ses œuvres à des voix célestes et divines, capables de ravir et de surprendre les Muses. L'écho de son nom résonne jusqu'au Temple de la Gloire, et ses vers sont récités dans les Champs Élyséens. Le Croisic est comparé à des lieux mythiques comme Astrée, Smirne et Lesbos, où sa Muse brille plus que jamais. Les Grâces accompagnent sa voix, et elle peut animer héros et rois par sa trompette. Son génie est comparé à celui des Muses Calliope et Uranie. Ses écrits surpassent ceux de Terence et Virgile en délicatesse et en tendresse, portant l'amour dans les cœurs. L'Amour lui-même reconnaît la douceur et les charmes de ses écrits. L'auteur conclut en admettant son incapacité à chanter dignement ses louanges, craignant de subir le sort d'Icare.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3009
p. 932-933
ENIGME.
Début :
Pour me donner le jour, chose étrange, mon pere [...]
Mots clefs :
Cloche
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
NIGM E.
Our me donner le jour , chose étrange
pourmon pere
Me fait rentrer dans le sein de ma
mere ,
Ou m'en tire , et bien-tôt dans certaine maison
On me met en prison.
C'est-là que toute nuë,
Innocente , Chrétienne , hélas ! je suis penduë Dans
MAY. 17323 933
Dans mes tourments , mon fils
Mon unique fils que j'embrasse ,
Se débat dans mon sein , et redouble mes cris :
Bien plus , pour comble de disgrace ,
Toujours la bouche ouverte et sans me déta- cher ,
A coups de pieds souvent on m'oblige à mar- cher.
Par fois enfin dans ma détresse ,
J'implore du secours , et cause la tristesse.
Our me donner le jour , chose étrange
pourmon pere
Me fait rentrer dans le sein de ma
mere ,
Ou m'en tire , et bien-tôt dans certaine maison
On me met en prison.
C'est-là que toute nuë,
Innocente , Chrétienne , hélas ! je suis penduë Dans
MAY. 17323 933
Dans mes tourments , mon fils
Mon unique fils que j'embrasse ,
Se débat dans mon sein , et redouble mes cris :
Bien plus , pour comble de disgrace ,
Toujours la bouche ouverte et sans me déta- cher ,
A coups de pieds souvent on m'oblige à mar- cher.
Par fois enfin dans ma détresse ,
J'implore du secours , et cause la tristesse.
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3010
p. 933-934
LOGOGRIPHE.
Début :
Je fus jadis une arme meurtriere, [...]
Mots clefs :
Fronde
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIP HE.
E fus jadis une arme meurtriere >
Et pourrois l'être encore dans un besoin ,
Mais ce n'est pas parmi la Gent guerriere ;
Je puis aussi , sans parler de si loin ,
Rappeller dans Paris sur certaine matiere
Une Epoque particuliere.
D
Mon chefà bas , les Disciples de Mars ,
Exactement me mettent en pratique,
Car pour conserver leurs remparts ,
Je suis une bonne rubrique.
Otez encor mon col , en poursuivant ,
<
Et par licence poëtique ,
Vous me verrez alors un grand département ,
En cet état , retranchez une lettre ,
Je deviens de l'esprit un digne enfantement ,
E ij Et.
934 MERCURE DE FRANCE
Et vous avez, Lecteur , peut être
Le talent de me donner l'être ; t "
Mon tout remis , rognez mes deux extrêmitez
Voyez-moy de tous les côtez :::
A moins que l'on ne me refonde
Je suis bâti comme le monde.
E fus jadis une arme meurtriere >
Et pourrois l'être encore dans un besoin ,
Mais ce n'est pas parmi la Gent guerriere ;
Je puis aussi , sans parler de si loin ,
Rappeller dans Paris sur certaine matiere
Une Epoque particuliere.
D
Mon chefà bas , les Disciples de Mars ,
Exactement me mettent en pratique,
Car pour conserver leurs remparts ,
Je suis une bonne rubrique.
Otez encor mon col , en poursuivant ,
<
Et par licence poëtique ,
Vous me verrez alors un grand département ,
En cet état , retranchez une lettre ,
Je deviens de l'esprit un digne enfantement ,
E ij Et.
934 MERCURE DE FRANCE
Et vous avez, Lecteur , peut être
Le talent de me donner l'être ; t "
Mon tout remis , rognez mes deux extrêmitez
Voyez-moy de tous les côtez :::
A moins que l'on ne me refonde
Je suis bâti comme le monde.
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3011
p. 934-935
AUTRE LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un mets des plus communs, [...]
Mots clefs :
Fève
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRYPHE.
UTRE LOGOGRYPHE,
JE
E suis un mets des plus communs
Saus être dédaigné du goût de quelques- uns
De plus, certain jour d'allégresse ;
Au début du repas ,je fais l'attention
De maint convive qui s'empresse
D'inspirer à l'envi la jubilation ;
Pris dans un autre sens , je suis toute autre ess
pece
Alors j'oblige le Cheval ,
D'avoir recours au Maréchal
Retranchez ma queuë et ma tête
Et vous verrez Ville et Comté
Mon dernier membre icy seul rapporté
L'on voit , sans aller à l'enquête ,
Fémelle de l'antiquité ,
De qui le nom par singularité ,
Quoique pris à rebours , reste toujours le même
De ma finale encor , faisant soustraction ,
Et de mon chef la restitution ,
Je vous avertis sans problême
Ne
MAY. 1732.
933
Ne m'approchez qu'avec précaution ,
Or de mon tout enfin , ôtez la pénultiéme' ,
Je tiens certains esprits en admiration ,
Et ne suis pourtant rien que pure fiction.
JE
E suis un mets des plus communs
Saus être dédaigné du goût de quelques- uns
De plus, certain jour d'allégresse ;
Au début du repas ,je fais l'attention
De maint convive qui s'empresse
D'inspirer à l'envi la jubilation ;
Pris dans un autre sens , je suis toute autre ess
pece
Alors j'oblige le Cheval ,
D'avoir recours au Maréchal
Retranchez ma queuë et ma tête
Et vous verrez Ville et Comté
Mon dernier membre icy seul rapporté
L'on voit , sans aller à l'enquête ,
Fémelle de l'antiquité ,
De qui le nom par singularité ,
Quoique pris à rebours , reste toujours le même
De ma finale encor , faisant soustraction ,
Et de mon chef la restitution ,
Je vous avertis sans problême
Ne
MAY. 1732.
933
Ne m'approchez qu'avec précaution ,
Or de mon tout enfin , ôtez la pénultiéme' ,
Je tiens certains esprits en admiration ,
Et ne suis pourtant rien que pure fiction.
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3012
p. 981
AIR.
Début :
Voulez-vous me donner la mort, [...]
Mots clefs :
Jalousie, Repos
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texteReconnaissance textuelle : AIR.
** ****
AIR.
VOulez-vous me donner la mort ,
Impitoyable jalousie ,
En troublant nuit etjour le repos de ma vie ?
Je sçaurai bien , sans vous , finir mon tristé sore
L'absence n'est que trop cruelle
Pour un Amant enflammé.
Je mourrai de langueur si j'aime une infidele,
Qu je mourrai d'ennui , quand je serois aimé.
AIR.
VOulez-vous me donner la mort ,
Impitoyable jalousie ,
En troublant nuit etjour le repos de ma vie ?
Je sçaurai bien , sans vous , finir mon tristé sore
L'absence n'est que trop cruelle
Pour un Amant enflammé.
Je mourrai de langueur si j'aime une infidele,
Qu je mourrai d'ennui , quand je serois aimé.
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3013
p. 1024-1027
A Mrs de l'Académie des Belles-Lettres de Marseille. ODE.
Début :
Est-ce un charme trompeur Mercure fend la nuë, [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Marseille, Hélicon, Mercure, Maréchal de Villars
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texteReconnaissance textuelle : A Mrs de l'Académie des Belles-Lettres de Marseille. ODE.
A Mrs de l'Académie des Belles- Lettres
de Marseille.
E
OD E.
St-ce un charme trompeur. Mercure (a) fend
la nuë ,
Apeine accessible à ma vuë ,
Une Guirlande en main , il coule dans les airs...
Il s'approche ... ozerai-je croire
Que j'ai surpris enfin un trait de cette gloire,
Dont ses favoris sont couverts ?
› C'en est fait ; ta présence accomplit mes présages ,
En ce jour , d'éclatans suffrages
De mes foibles travaux consacrent le succès
Et déja ta main immortelle ,
(a ) Mercure est comme on sçait , le Dien de
Eloquence.
M.A, Y. 1732. 1025
En m'offrant ces Rameaux , vient , pour prix de
mon zéle ,
M'offrir le prix de ses bienfaits.
Mon sort fut moins heureux , quand la Nymphe Lyrique ,
Me fit
M'embrazant d'un feu Poëtique ,
rompre ( ) une Lance au pied du double
Mont ;
La victoire fut incertaine ;
Mais , mon Rival vainqueur , je n'eus que Kom bre vaine ,
Du Laurier qui para son front.
Dèslors de l'Hélicon , dédaignant les trophées,
J'abjurai les sçavantes Fées ,
Pour chercher l'Eloquence en vos divins écrits :
Heureux (b ) Interpretes des graces ,
Pouvois-je m'égarer ? J'ai trouvé sur vos traces,
Le chemin de leurs favoris.
Sur ces doctes trésors établissant sa gloire
Marseille verra sa mémoire ,
Echaper aux efforts du temps er de l'oubli t
a ) L'Auteur avoit concouru l'année derniere¿
pour le prix de Poësie.
(b) Les 20 de l'Academie de Marseille,
Phébus
To26 MERCURE DE FRANCE
Phébus lui verse ses richesses ,
Et pour elle Plutus ( a ) épuisant ses largesses ,
Déja semble s'être appauvri.
Ainsi par vos ( a ) Aïeux , depuis long - temps illustre ,
Son nom va prendre un nouveau lustre ;
J'en crois de vos talens , le rapport glorieux ;
Si la tige a touché la nuë ,
Bien-tôt les rejettons échapez à la vue;"
N'auront de bornes que les Cieux.
Pour remplir cet Augure , achevez votre ouvrage ;
Formez un sçavant héritage ,
Digne du ( a ) Conquerant que célebrent vos
voix :
L'Envie au front ceint de Couleuvres ,
Suspend leurs siflemens , en voïant vos chefd'œuvres
Marquez au coin de ses Exploits.
Que pouvoit-il encor ajouter à sa gloire # 1
Déja P'ornement de l'histoire ,
(a )Le Commerce, source de richesses à Marseille.
(b ) L'ancienne Académie de Marseille.
(c) M. le Maréchal de Villars , Protecteur de
Académie.
Pouvoit-
MAY. 1732 1027
Pouvoit- il s'élever au dessus de son nom
Des beaux Arts il se rend le Pere ;
Puisse chacun de vous devenir son Homere,
Comme il devient votre Apollon.
Ainsi le vrai Héros qui fit le sort des Armes,
Des neuf Sœurs cultivant les charmes ,
Sçait encor dans la Paix , moissonner des Laus riers ;
Gloire doublement immortelle !
VILLARS , à l'avenir , tu fournis le modele ,
Et des Sçavans et des Guerriers.
Mais quelle ardeur m'entraîne ? Arrête, Muse;
arrête >
Quand leurs mains couronnent ma tête,
Achanter leur Mécene oses- tu te borner ?
Des cœurs interprete fidele ,
De ma reconnoissance exprime tout le zéle ,
Si tu suffis pour l'exprimer.
Quedis-je? L'équité dirige vos suffrages ;
Si le prix seul de nos ouvrages ,
Nous rend victorieux de nos jaloux Rivaux ,
Vos Lauriers sont-ils une grace ?
Non. La reconnoissance , arbitre du Parnasse,
· Est d'en mériter de nouveaux
de Marseille.
E
OD E.
St-ce un charme trompeur. Mercure (a) fend
la nuë ,
Apeine accessible à ma vuë ,
Une Guirlande en main , il coule dans les airs...
Il s'approche ... ozerai-je croire
Que j'ai surpris enfin un trait de cette gloire,
Dont ses favoris sont couverts ?
› C'en est fait ; ta présence accomplit mes présages ,
En ce jour , d'éclatans suffrages
De mes foibles travaux consacrent le succès
Et déja ta main immortelle ,
(a ) Mercure est comme on sçait , le Dien de
Eloquence.
M.A, Y. 1732. 1025
En m'offrant ces Rameaux , vient , pour prix de
mon zéle ,
M'offrir le prix de ses bienfaits.
Mon sort fut moins heureux , quand la Nymphe Lyrique ,
Me fit
M'embrazant d'un feu Poëtique ,
rompre ( ) une Lance au pied du double
Mont ;
La victoire fut incertaine ;
Mais , mon Rival vainqueur , je n'eus que Kom bre vaine ,
Du Laurier qui para son front.
Dèslors de l'Hélicon , dédaignant les trophées,
J'abjurai les sçavantes Fées ,
Pour chercher l'Eloquence en vos divins écrits :
Heureux (b ) Interpretes des graces ,
Pouvois-je m'égarer ? J'ai trouvé sur vos traces,
Le chemin de leurs favoris.
Sur ces doctes trésors établissant sa gloire
Marseille verra sa mémoire ,
Echaper aux efforts du temps er de l'oubli t
a ) L'Auteur avoit concouru l'année derniere¿
pour le prix de Poësie.
(b) Les 20 de l'Academie de Marseille,
Phébus
To26 MERCURE DE FRANCE
Phébus lui verse ses richesses ,
Et pour elle Plutus ( a ) épuisant ses largesses ,
Déja semble s'être appauvri.
Ainsi par vos ( a ) Aïeux , depuis long - temps illustre ,
Son nom va prendre un nouveau lustre ;
J'en crois de vos talens , le rapport glorieux ;
Si la tige a touché la nuë ,
Bien-tôt les rejettons échapez à la vue;"
N'auront de bornes que les Cieux.
Pour remplir cet Augure , achevez votre ouvrage ;
Formez un sçavant héritage ,
Digne du ( a ) Conquerant que célebrent vos
voix :
L'Envie au front ceint de Couleuvres ,
Suspend leurs siflemens , en voïant vos chefd'œuvres
Marquez au coin de ses Exploits.
Que pouvoit-il encor ajouter à sa gloire # 1
Déja P'ornement de l'histoire ,
(a )Le Commerce, source de richesses à Marseille.
(b ) L'ancienne Académie de Marseille.
(c) M. le Maréchal de Villars , Protecteur de
Académie.
Pouvoit-
MAY. 1732 1027
Pouvoit- il s'élever au dessus de son nom
Des beaux Arts il se rend le Pere ;
Puisse chacun de vous devenir son Homere,
Comme il devient votre Apollon.
Ainsi le vrai Héros qui fit le sort des Armes,
Des neuf Sœurs cultivant les charmes ,
Sçait encor dans la Paix , moissonner des Laus riers ;
Gloire doublement immortelle !
VILLARS , à l'avenir , tu fournis le modele ,
Et des Sçavans et des Guerriers.
Mais quelle ardeur m'entraîne ? Arrête, Muse;
arrête >
Quand leurs mains couronnent ma tête,
Achanter leur Mécene oses- tu te borner ?
Des cœurs interprete fidele ,
De ma reconnoissance exprime tout le zéle ,
Si tu suffis pour l'exprimer.
Quedis-je? L'équité dirige vos suffrages ;
Si le prix seul de nos ouvrages ,
Nous rend victorieux de nos jaloux Rivaux ,
Vos Lauriers sont-ils une grace ?
Non. La reconnoissance , arbitre du Parnasse,
· Est d'en mériter de nouveaux
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Résumé : A Mrs de l'Académie des Belles-Lettres de Marseille. ODE.
En mai 1732, l'auteur adresse une lettre à l'Académie des Belles-Lettres de Marseille pour exprimer sa gratitude après avoir reçu un prix littéraire, symbolisé par une guirlande apportée par Mercure. Il rappelle une précédente compétition poétique où il n'avait pas remporté la victoire, mais avait depuis cherché l'éloquence dans les écrits des membres de l'Académie. L'auteur célèbre Marseille et son commerce, source de richesses. Il mentionne également le soutien du maréchal de Villars, protecteur de l'Académie, et loue ses talents et ses exploits. La lettre se conclut par une expression de reconnaissance envers l'Académie et ses membres, soulignant que les lauriers reçus ne sont pas seulement une grâce, mais le fruit du mérite.
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3014
p. 1032-1036
EGLOGUE, Pour celebrer la Santé et le Retour du R. P. R. D. L. O.
Début :
Loin d'ici, noir chagrin, cherche un autre séjour; [...]
Mots clefs :
Bergers, Chants, Flore, Églogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE, Pour celebrer la Santé et le Retour du R. P. R. D. L. O.
EGLOGUE
Pour celebrer la Santé et le Retour
du R. P. R. D. L. O. .
L
Silvandre.
Oin d'ici , noir chagrin , cherche un autre
séjour ;
Dans ces heureux climats Daphnis est de tetour,
Il est de nos hameaux, l'ornement & la joye ,
Benissons , Bergers , le Ciel qui nous l'envoyez
En ce jour solemnel que nos jeunes agneaux
sensibles , fassent voir leur aise par des sauts ;
Hâtez-vous de venir , solitaires Dryades ;
Ac-
MAY. 1732. 1033
Accourez , joignez - vous aux humides Nayades
Foulez l'herbe naissante au gré de nos desirs ;
Flore , reparoissez , ramenez les Zephirs.
Les Nymphes quitteront leur rétraite rustique
Pour être les témoins d'une Fête publique.
Damon.
Cher Silvandre , tirons des chants de nos hau→
bois ,
Tels qu'un Chantre fameux en fit entendre aux
bois ;
Les Frênes , les Ormeaux descendant des montagnes ,
Nous suivront attentifs dans nos vastes campagnes ,
Commencez ; c'est à vous , celebrons tour
. tour ,
De l'illustre Daphnis l'agréable retour ,
Les maux & les soucis que causa son absence ,
Et les plaisirs qu'on sent de sa convalescence.
Silvandre.
Ce qu'un Loup ravissant est à notre bercail ,
Un mal contagieux au debile bétail ,
Un pâtre mercenaire aux tristes bergerics ,"
Un fougueux Aquilon à l'émail des prairies ,
L'absence des brebis à leurs tendres agneaux ,
La langueur de Daphnis l'étoit à nos troupeaux,
Damon.
Ce que sont aux Jardins les larmes de l'Aurore,
I iiij .. Les
1034 MERCURE DE FRANCEぶ
Les amoureux Zephirs aux dons brillants de Flore ,
La Plante la plus verte aux meres des chevreaux ,
Aux Moissonneurs lassez le cristal des ruisseaux ;
Ce qu'est pour les Bergers l'ombrage frais d'un hêtre,
La santé de Daphnis l'est au bétail , au Maître,
Silvandre.
Depuis le jour fatal qu'il partit de ces lieux ,
On n'a plus entendu de son mélodieux ;
Ma Flute étoit sans voix , et ma tendre Mu
setre
Tristement suspenduë étoit toûjours muette ;
Nul Berger n'avoit soin d'enfler ses chalumeaux
Nos soupirs étoient seuls repetez des échos.
Damon.
Dès l'instant que Daphnis reparut dans nos
plaines ,
On vit tarir nos pleurs , on vit cesser nos pei--
nes ;
Par tes Airs les plus doux nous chantons son
retour ;
Pour signaler au loin sa gloire & mon amour;
Tous les ans de ce Dieu qui daigne nous le
* rendre ,
J'arroserai l'Autel du sang d'un Agneau tendre.
Silvandre.
Pour son heureux retour les Nymphes de ces lieux
MAY. 17.32.
1035
Par "
des accens plaintifs importunoient les Cieux,
Sensible à son départ , presqu'autant que le maî- tre ,
Le bétail negligeoit et de boire et de paître ,
La douleur arracha des plaintes d'un rocher ;
Apollon & Palès coururent se cacher.
Damon.
Le Tigre calme enfin sa fureur homicide :
Du sang, de nos Agneaux le Loup n'est plus avide ;
Le Serpent a perdu son venin dangereux ;
Avoir les doux transports de nos Troupeaux nombreux ,
On diroit que Pallas est en cette Contrée ,
Ou que nous revoyons l'heureux siecle d'Astrée.
Silvandre.
Au lieu du pur Froment l'yvroie & les chardons
S'élevoient sous nos yeux , et couvroient nos sillons ;
Tranquilles nous voyions la Terre sans parure ;
Nos Vignes sans façon , nos Vergers sans cul- ture ;
Les Fleuves , les Rochers , les Pins , les Arbris
seaux >
Vous rapelloient , Daphnis , auprès de nos troupeaux..
Damon.
Nos Prez sont tapissez d'une aimable verdure ร
Les
1026 MERCURE DE FRANCE
Les Arbres ont repris leur verte chevelure ;
Le Printemps , les Zephirs , Flore et toute sa Cour ,
Annoncent de Daphnis la santé , le retour ;
Pendant les belles nuits , Diane en nos Campagnes
Foule à pas cadencez l'herbe avec ses compagnes.
Silvandre.
Daphnis aime mes Vers , il aprouve mes Chants,
Il m'a dit plusieurs fois qu'il les trouve tou- chants :
Mes Sons , à beaucoup près , de lui ne sont pas
dignes ;
Je fais , comme un Oison , du bruit entre les
Cignes ,
J'imite nos Bergers , mais ce qui plaît le plus ,
C'est l'effort que je fais pour chanter ses vertus.
Damon.
•
Sur le mont Helicon pour Poëte on l'avoue ;
Il peut le disputer au Pasteur de Mantouë ,
Muses , qui protegez vos doctes Nourrissons
Pour lui faites couler du parfum, des buissons ;
Vous , Parques , filez-lui des jours d'or & de soye
Et les Bergers alois nageront dans la joye.
M. Chabaud.
Pour celebrer la Santé et le Retour
du R. P. R. D. L. O. .
L
Silvandre.
Oin d'ici , noir chagrin , cherche un autre
séjour ;
Dans ces heureux climats Daphnis est de tetour,
Il est de nos hameaux, l'ornement & la joye ,
Benissons , Bergers , le Ciel qui nous l'envoyez
En ce jour solemnel que nos jeunes agneaux
sensibles , fassent voir leur aise par des sauts ;
Hâtez-vous de venir , solitaires Dryades ;
Ac-
MAY. 1732. 1033
Accourez , joignez - vous aux humides Nayades
Foulez l'herbe naissante au gré de nos desirs ;
Flore , reparoissez , ramenez les Zephirs.
Les Nymphes quitteront leur rétraite rustique
Pour être les témoins d'une Fête publique.
Damon.
Cher Silvandre , tirons des chants de nos hau→
bois ,
Tels qu'un Chantre fameux en fit entendre aux
bois ;
Les Frênes , les Ormeaux descendant des montagnes ,
Nous suivront attentifs dans nos vastes campagnes ,
Commencez ; c'est à vous , celebrons tour
. tour ,
De l'illustre Daphnis l'agréable retour ,
Les maux & les soucis que causa son absence ,
Et les plaisirs qu'on sent de sa convalescence.
Silvandre.
Ce qu'un Loup ravissant est à notre bercail ,
Un mal contagieux au debile bétail ,
Un pâtre mercenaire aux tristes bergerics ,"
Un fougueux Aquilon à l'émail des prairies ,
L'absence des brebis à leurs tendres agneaux ,
La langueur de Daphnis l'étoit à nos troupeaux,
Damon.
Ce que sont aux Jardins les larmes de l'Aurore,
I iiij .. Les
1034 MERCURE DE FRANCEぶ
Les amoureux Zephirs aux dons brillants de Flore ,
La Plante la plus verte aux meres des chevreaux ,
Aux Moissonneurs lassez le cristal des ruisseaux ;
Ce qu'est pour les Bergers l'ombrage frais d'un hêtre,
La santé de Daphnis l'est au bétail , au Maître,
Silvandre.
Depuis le jour fatal qu'il partit de ces lieux ,
On n'a plus entendu de son mélodieux ;
Ma Flute étoit sans voix , et ma tendre Mu
setre
Tristement suspenduë étoit toûjours muette ;
Nul Berger n'avoit soin d'enfler ses chalumeaux
Nos soupirs étoient seuls repetez des échos.
Damon.
Dès l'instant que Daphnis reparut dans nos
plaines ,
On vit tarir nos pleurs , on vit cesser nos pei--
nes ;
Par tes Airs les plus doux nous chantons son
retour ;
Pour signaler au loin sa gloire & mon amour;
Tous les ans de ce Dieu qui daigne nous le
* rendre ,
J'arroserai l'Autel du sang d'un Agneau tendre.
Silvandre.
Pour son heureux retour les Nymphes de ces lieux
MAY. 17.32.
1035
Par "
des accens plaintifs importunoient les Cieux,
Sensible à son départ , presqu'autant que le maî- tre ,
Le bétail negligeoit et de boire et de paître ,
La douleur arracha des plaintes d'un rocher ;
Apollon & Palès coururent se cacher.
Damon.
Le Tigre calme enfin sa fureur homicide :
Du sang, de nos Agneaux le Loup n'est plus avide ;
Le Serpent a perdu son venin dangereux ;
Avoir les doux transports de nos Troupeaux nombreux ,
On diroit que Pallas est en cette Contrée ,
Ou que nous revoyons l'heureux siecle d'Astrée.
Silvandre.
Au lieu du pur Froment l'yvroie & les chardons
S'élevoient sous nos yeux , et couvroient nos sillons ;
Tranquilles nous voyions la Terre sans parure ;
Nos Vignes sans façon , nos Vergers sans cul- ture ;
Les Fleuves , les Rochers , les Pins , les Arbris
seaux >
Vous rapelloient , Daphnis , auprès de nos troupeaux..
Damon.
Nos Prez sont tapissez d'une aimable verdure ร
Les
1026 MERCURE DE FRANCE
Les Arbres ont repris leur verte chevelure ;
Le Printemps , les Zephirs , Flore et toute sa Cour ,
Annoncent de Daphnis la santé , le retour ;
Pendant les belles nuits , Diane en nos Campagnes
Foule à pas cadencez l'herbe avec ses compagnes.
Silvandre.
Daphnis aime mes Vers , il aprouve mes Chants,
Il m'a dit plusieurs fois qu'il les trouve tou- chants :
Mes Sons , à beaucoup près , de lui ne sont pas
dignes ;
Je fais , comme un Oison , du bruit entre les
Cignes ,
J'imite nos Bergers , mais ce qui plaît le plus ,
C'est l'effort que je fais pour chanter ses vertus.
Damon.
•
Sur le mont Helicon pour Poëte on l'avoue ;
Il peut le disputer au Pasteur de Mantouë ,
Muses , qui protegez vos doctes Nourrissons
Pour lui faites couler du parfum, des buissons ;
Vous , Parques , filez-lui des jours d'or & de soye
Et les Bergers alois nageront dans la joye.
M. Chabaud.
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Résumé : EGLOGUE, Pour celebrer la Santé et le Retour du R. P. R. D. L. O.
Le texte est une églogue célébrant le retour et la santé retrouvée du R. P. R. D. L. O., surnommé Daphnis. Deux bergers, Silvandre et Damon, expriment leur joie et leur soulagement à travers des dialogues poétiques. Silvandre invite à célébrer ce retour en conviant les Dryades et les Nayades à se joindre à la fête. Damon propose de chanter les maux causés par l'absence de Daphnis et les plaisirs de sa convalescence. Silvandre compare l'absence de Daphnis à divers maux affectant la nature et les bergers, tandis que Damon associe la santé de Daphnis à des éléments bénéfiques pour la nature et les bergers. Les deux bergers décrivent la tristesse et le silence qui ont régné pendant l'absence de Daphnis et la joie revenue avec son retour. Ils mentionnent également les transformations positives dans la nature, comme la verdure revenue et les animaux apaisés. Silvandre et Damon louent les talents poétiques de Daphnis et souhaitent qu'il soit protégé par les Muses et les Parques, afin que les bergers puissent vivre dans la joie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3015
p. 1040-1042
A MADEMOISELLE S***
Début :
Travailler à votre Portrait, [...]
Mots clefs :
Portrait, Peinture, Traits
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE S***
A MADEMOISELLE S ***
Travailler à votre Portrait ,
C'est , je Péprouve assez , une rude entreprise.
Mille difficultez s'offrent à mon projet ,
Mais le tendre amour l'authorise ;
Quoique ce Dieu s'en mêle , il pourroit arrivere
Que dans les Traits de ma peinture ,
On ne puisse pas retrouver
Tous les dons que vous fit la prodigue nature ;.
Mais qui pourroit , s'en étonner !
Il est plus glorieux de choisir un modele ,
Qu'eut manqué le Pinceau d'Apelle ,
Que d'étre obligé de l'orner.
Si mon cœur pouvoit par lui même ,
Exécuter votre Portrait ,
Je le garantirois , ressemblant trait pour trait ,
Mais l'esprit qui n'a pas , cette justesse extrême
Et que vous connoissez pour être un barbouil
leur ,
N'a rien pû faire de meilleur.
Heureux, si des apas que vous faites paroître ,
J'en pouvois representer un >
En vous il n'est rien de commun ,
On ne pourroit vous méconnoître.
PRO
MAY 17320 104T
PORTRAIT.
Quand la nature manque , on a recours
Part,
Et de toute beauté , la louange ordinaire ,
Est qu'elle effaceroit la Reine de Cithere' ;
Mon Pinceau ne tient point de fard ,
Il me suffit d'être sincere.
Sans avoir de Venus , la divine beauté,
S *** est aussi ravissante ;
L'exacte régularité ,
N'est pas toujours assez touchante.
Tous ses traits ne sont pas également finis
Mais ils sont si bien assortis ,,
Que leur ensemble nous enchante ;
Ses yeux , par qui le Dieu des cœurs
Semble nous dire des douceurs
Vailent ses cruautez d'une feinte tendresse ;
Un charme secret interesse
A tout ce qu'elle dit , et mon cœur malheureux,
S'étonne que l'amour assis dessus sa bouche,
Lui souffre de donner tant d'Arrêts rigoureux ;
En des objets communs, un rien peut être heu
reux ,
Mais en elle , ce rien nous touche
Je m'en rapporte à tous les yeux.
Ces
1042 MERCURE DE FRANCE
Ses Cheveux terniroient la couleur agréable ,
a
De ceux qui brillent dans les cieux , ( « )
Et leur arrangement simple, mais convenable
N'a rien à désirer des soins industrieux.
Sa tailie est libre , avantageuse ,
Elle a cet air enfin qui n'a rien d'imparfait
Et dont la nature est soigneuse
De cacher à l'art le secret.
Son sexe curieux de plaire ,
Demande aux Dieux ses graces , ses at¬ traits ;
Le nôtre , qui lui rend un tribut volontaire ,
Voudroit la voir toujours ou ne la voir jamais.
Pourtant quand on la quitte , après l'avoir con nuë ,
Le regret de ne la plus voir
Se tourneroit en désespoir ,
Si l'ame n'étoit soûtenuë
Par le tendre pla sir qu'on sent à l'avoir vuë.
Qui mieux que moi peut le savoir à
Elle dispute à Philomelle
Le charme délicat d'une brillante voix.
O vous qui de l'amour redoutez le Carquois
Ou qui ne voulez point devenir infidelle ,
Deffendez-vous d'entendre et de voir cette Belle
Ou bien di posez-vous à recevoir ses loix.
(a) La Chevelure de Berenice
Travailler à votre Portrait ,
C'est , je Péprouve assez , une rude entreprise.
Mille difficultez s'offrent à mon projet ,
Mais le tendre amour l'authorise ;
Quoique ce Dieu s'en mêle , il pourroit arrivere
Que dans les Traits de ma peinture ,
On ne puisse pas retrouver
Tous les dons que vous fit la prodigue nature ;.
Mais qui pourroit , s'en étonner !
Il est plus glorieux de choisir un modele ,
Qu'eut manqué le Pinceau d'Apelle ,
Que d'étre obligé de l'orner.
Si mon cœur pouvoit par lui même ,
Exécuter votre Portrait ,
Je le garantirois , ressemblant trait pour trait ,
Mais l'esprit qui n'a pas , cette justesse extrême
Et que vous connoissez pour être un barbouil
leur ,
N'a rien pû faire de meilleur.
Heureux, si des apas que vous faites paroître ,
J'en pouvois representer un >
En vous il n'est rien de commun ,
On ne pourroit vous méconnoître.
PRO
MAY 17320 104T
PORTRAIT.
Quand la nature manque , on a recours
Part,
Et de toute beauté , la louange ordinaire ,
Est qu'elle effaceroit la Reine de Cithere' ;
Mon Pinceau ne tient point de fard ,
Il me suffit d'être sincere.
Sans avoir de Venus , la divine beauté,
S *** est aussi ravissante ;
L'exacte régularité ,
N'est pas toujours assez touchante.
Tous ses traits ne sont pas également finis
Mais ils sont si bien assortis ,,
Que leur ensemble nous enchante ;
Ses yeux , par qui le Dieu des cœurs
Semble nous dire des douceurs
Vailent ses cruautez d'une feinte tendresse ;
Un charme secret interesse
A tout ce qu'elle dit , et mon cœur malheureux,
S'étonne que l'amour assis dessus sa bouche,
Lui souffre de donner tant d'Arrêts rigoureux ;
En des objets communs, un rien peut être heu
reux ,
Mais en elle , ce rien nous touche
Je m'en rapporte à tous les yeux.
Ces
1042 MERCURE DE FRANCE
Ses Cheveux terniroient la couleur agréable ,
a
De ceux qui brillent dans les cieux , ( « )
Et leur arrangement simple, mais convenable
N'a rien à désirer des soins industrieux.
Sa tailie est libre , avantageuse ,
Elle a cet air enfin qui n'a rien d'imparfait
Et dont la nature est soigneuse
De cacher à l'art le secret.
Son sexe curieux de plaire ,
Demande aux Dieux ses graces , ses at¬ traits ;
Le nôtre , qui lui rend un tribut volontaire ,
Voudroit la voir toujours ou ne la voir jamais.
Pourtant quand on la quitte , après l'avoir con nuë ,
Le regret de ne la plus voir
Se tourneroit en désespoir ,
Si l'ame n'étoit soûtenuë
Par le tendre pla sir qu'on sent à l'avoir vuë.
Qui mieux que moi peut le savoir à
Elle dispute à Philomelle
Le charme délicat d'une brillante voix.
O vous qui de l'amour redoutez le Carquois
Ou qui ne voulez point devenir infidelle ,
Deffendez-vous d'entendre et de voir cette Belle
Ou bien di posez-vous à recevoir ses loix.
(a) La Chevelure de Berenice
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Résumé : A MADEMOISELLE S***
L'auteur d'une lettre évoque les défis rencontrés en peignant le portrait d'une demoiselle. Il reconnaît que son œuvre ne pourra peut-être pas rendre justice à tous ses dons naturels, mais il choisit de rester fidèle à son modèle plutôt que d'ajouter des artifices. Il admire la beauté unique de la demoiselle, notant que ses traits, bien que non parfaitement réguliers, sont harmonieusement assortis et enchanteurs. Il met en avant ses yeux, sa voix et un charme secret qui touchent profondément. La lettre se conclut par un avertissement aux lecteurs de se méfier de l'amour que la demoiselle inspire, comparant sa voix à celle de Philomèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3016
s. p.
L'AMBITION. ODE.
Début :
Ambition, funeste Idole, [...]
Mots clefs :
Ambition, Trahison, Barbare, Héros, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : L'AMBITION. ODE.
L'AMBITION.
O D E.
Mbition , funeste Idole ,
Aux pieds de tes sanglans Autels ,
Esclavés d'un espoir frivole ,
Verra-t'on toûjours les Mortels ?
La Verité fût allarmée ;
Thémis aujourd'hui désarmée ,
Est en butte aux affronts des Grands.
Ciel ! j'en frémis ; les plus noirs crimes ,
1Vol. A ij Font
1050 MERCURE DE FRANCE
Font naître ces tristes Victimes ,
Que t'amenent ses Conquerans.
Ministre de leurs Sacrifices ,
La fureur leur prête ses traits ,
L'imposture ses artifices ,
La trahison tous ses forfaits,
L'innocence autrefois chérie ,
Succombe à tant de barbarie ;
Chaçun craint de la soutenir;
Et la malice triomphante,
Fiere des horreurs qu'elle enfante ,
Se rit d'un heureux avenir.
'Ainsi qu'un Torrent dans la Plaine ,
Grossi de plus de cent Ruisseaux ,
Perse, brise , renverse , entraîne ,
Tout ce qu'on oppose à ses Eaux,
Tels , et plus furieux encore ,
Ceux que l'ambition dévore ,
Ravagent tout par leurs fureurs,
Avec eux la guerre s'avance ,
La Paix fuit ; l'effroy la devance ,
L'homme en voit naître ses malheurs,
Que vois-je ! quel Spectacle horrible
Frappe mes regards effrayez !
I. Vol. Aux
JUIN. 17327 IOSI
1
Aux coups d'un instrument terrible ,
Mille Murs tombent foudroyez !
Ici des Rois portant la foudre ,
Détruisent tout pour mettre en poudre
Les Provinces de leurs voisins.
Là le frere poursuit le frere ,
Le fils dans le sang de son pere ,
Porte de parricides, mains,
Au sortir de tes mains sacrées ,
Grand Dieu ! que l'homme étoit heureux !
Il t'aimoit , tes Loix adorées ,
Remplissoient l'ardeur de ses vœux.
Fidele , il te loüoit sans cesse >
Dans ce séjour que ta sagessè ,
Avoit fait pour lui plein d'appas.
Fortuné temps ! où l'innocence ,
Partage aimable de l'enfance ,
Conduisoit seule tous ses pas.
Maîtres de la Paix , de la guerre ,
Ministres du divin pouvoir ,
Images des Dieux sur la Terre ;
Rois, vous qui faites tout mouvoir ,
Jusqu'à quand pleins de projets vastes ,
Ne voudrez-vous remplir vos Fastes ,
Que d'exploits cruels, odieux !
I. Vol. A iij Jusqu'à
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand sous votre Couronne ,
Sous l'éclat qui vous environne ,
Yerrons-nous des ambitieux ?
來
L'Ambition fait le Barbare ,
Le Héros naît de la Vertu.
Auguste la prenant pour Phare,
Rome vit le vice abbatu.
Par tout il mit fin à la plaintes
La nuit , chacun exempt de crainte,
Goutoit un tranquille sommeil.
Il étoit aux Loix méprisées ,
Ce que sont de douces rosées ,
Aux Champs brulez par le Soleil.
諾
Un Hydropique a beau se plaindre ,
On ne sçauroit le contenter ;
Sa soif ne peut jamais s'éteindre,
Et l'eau ne sert qu'à l'irriter ; -
Ainsi les Grands insatiables ,
En vain sont-ils si redoutables ,
Ils forment des projets divers.
Toute la Grece mise en cendre ,
Ne satisfait pas Alexandre ,
Il veut subjuguer l'Univers.
1. Vol. Qu'est-ce
JUIN. 1732. 1053
Qu'est- ce qu'un Roy qui n'a pour guide
Que vœux outrez , qu'ambition
Un furieux , un homicide ,
L'horreur de chaque Nation.
Un Tigre que la faim agite ,
Tantôt un Lion qui s'irrite ,
Ét que rien ne peut retenir.
Enfin un énorme assemblage ,
De vice , de crime , et de rage ,
Que Dieu produit pour nous punir .
B **. D **.
O D E.
Mbition , funeste Idole ,
Aux pieds de tes sanglans Autels ,
Esclavés d'un espoir frivole ,
Verra-t'on toûjours les Mortels ?
La Verité fût allarmée ;
Thémis aujourd'hui désarmée ,
Est en butte aux affronts des Grands.
Ciel ! j'en frémis ; les plus noirs crimes ,
1Vol. A ij Font
1050 MERCURE DE FRANCE
Font naître ces tristes Victimes ,
Que t'amenent ses Conquerans.
Ministre de leurs Sacrifices ,
La fureur leur prête ses traits ,
L'imposture ses artifices ,
La trahison tous ses forfaits,
L'innocence autrefois chérie ,
Succombe à tant de barbarie ;
Chaçun craint de la soutenir;
Et la malice triomphante,
Fiere des horreurs qu'elle enfante ,
Se rit d'un heureux avenir.
'Ainsi qu'un Torrent dans la Plaine ,
Grossi de plus de cent Ruisseaux ,
Perse, brise , renverse , entraîne ,
Tout ce qu'on oppose à ses Eaux,
Tels , et plus furieux encore ,
Ceux que l'ambition dévore ,
Ravagent tout par leurs fureurs,
Avec eux la guerre s'avance ,
La Paix fuit ; l'effroy la devance ,
L'homme en voit naître ses malheurs,
Que vois-je ! quel Spectacle horrible
Frappe mes regards effrayez !
I. Vol. Aux
JUIN. 17327 IOSI
1
Aux coups d'un instrument terrible ,
Mille Murs tombent foudroyez !
Ici des Rois portant la foudre ,
Détruisent tout pour mettre en poudre
Les Provinces de leurs voisins.
Là le frere poursuit le frere ,
Le fils dans le sang de son pere ,
Porte de parricides, mains,
Au sortir de tes mains sacrées ,
Grand Dieu ! que l'homme étoit heureux !
Il t'aimoit , tes Loix adorées ,
Remplissoient l'ardeur de ses vœux.
Fidele , il te loüoit sans cesse >
Dans ce séjour que ta sagessè ,
Avoit fait pour lui plein d'appas.
Fortuné temps ! où l'innocence ,
Partage aimable de l'enfance ,
Conduisoit seule tous ses pas.
Maîtres de la Paix , de la guerre ,
Ministres du divin pouvoir ,
Images des Dieux sur la Terre ;
Rois, vous qui faites tout mouvoir ,
Jusqu'à quand pleins de projets vastes ,
Ne voudrez-vous remplir vos Fastes ,
Que d'exploits cruels, odieux !
I. Vol. A iij Jusqu'à
1052 MERCURE DE FRANCE
Jusqu'à quand sous votre Couronne ,
Sous l'éclat qui vous environne ,
Yerrons-nous des ambitieux ?
來
L'Ambition fait le Barbare ,
Le Héros naît de la Vertu.
Auguste la prenant pour Phare,
Rome vit le vice abbatu.
Par tout il mit fin à la plaintes
La nuit , chacun exempt de crainte,
Goutoit un tranquille sommeil.
Il étoit aux Loix méprisées ,
Ce que sont de douces rosées ,
Aux Champs brulez par le Soleil.
諾
Un Hydropique a beau se plaindre ,
On ne sçauroit le contenter ;
Sa soif ne peut jamais s'éteindre,
Et l'eau ne sert qu'à l'irriter ; -
Ainsi les Grands insatiables ,
En vain sont-ils si redoutables ,
Ils forment des projets divers.
Toute la Grece mise en cendre ,
Ne satisfait pas Alexandre ,
Il veut subjuguer l'Univers.
1. Vol. Qu'est-ce
JUIN. 1732. 1053
Qu'est- ce qu'un Roy qui n'a pour guide
Que vœux outrez , qu'ambition
Un furieux , un homicide ,
L'horreur de chaque Nation.
Un Tigre que la faim agite ,
Tantôt un Lion qui s'irrite ,
Ét que rien ne peut retenir.
Enfin un énorme assemblage ,
De vice , de crime , et de rage ,
Que Dieu produit pour nous punir .
B **. D **.
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Résumé : L'AMBITION. ODE.
Le texte 'L'Ambition' critique les ravages de l'ambition dévorante. L'auteur dépeint des hommes esclaves d'un espoir futile, la vérité alarmée et Thémis désarmée face aux puissants. Les crimes les plus noirs engendrent des victimes tragiques, sacrifiées par la fureur, l'imposture et la trahison. L'innocence succombe à la barbarie, et la malice triomphante se moque d'un avenir heureux. L'ambition, comparée à un torrent dévastateur, ravage tout sur son passage, entraînant la guerre et les malheurs humains. Les rois, maîtres de la paix et de la guerre, sont accusés de remplir leurs fastes d'exploits cruels et odieux. L'auteur évoque un passé où l'homme était heureux, aimant Dieu et vivant en paix. Il critique les grands insatiables, comparés à un hydropique dont la soif ne peut être étanchée. Alexandre, par exemple, ne se contente pas de conquérir la Grèce mais veut soumettre l'univers entier. Un roi guidé par l'ambition est décrit comme un furieux, un homicide, l'horreur des nations, comparable à un tigre ou un lion enragé. L'ambition est présentée comme un assemblage monstrueux de vice, de crime et de rage, produit par Dieu pour punir les hommes.
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3017
p. 1077-1081
A MADAME la Princesse de Conti, premiere Douairiere.
Début :
Prophanes Nymphes du Permesse [...]
Mots clefs :
Princesse de Conti, Lyre, Faveurs, Respects, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME la Princesse de Conti, premiere Douairiere.
A MADAME la Princesse de Conti ,
premiere Douairiere.
ODE
PRophanes Nymphes du Permesse
Je ne veux plus suivre vos pas ,
Trop long-temps vos trompeurs app.
Ont séduit ma folle jeunesse ;
Plus j'approche du Monument ,
Plus je vois sans déguisement ,
Combien vos faveurs sont à craindre ,
Et ma maison est un flambeau ,
Dont l'éclat n'est jamais si beau ,
Que lorsqu'il est prêt de s'éteindre.
Tantôt sur un ton langoureux ,
Vous avez ajusté ma Lyre ,
Dont souvent mon tendre délire ,
Atiré des sons dangereux ,
Tantôt plus charmé pour Athénes ,
Des traits lancez par Démosthènes ,
Qu'intimidé par ses malheurs ,
Je n'ai pas craint sous vos auspices
De parcourir des, précipices ,
Que vous m'aviez semés de fleurs.
I. Vol.
Que Biiij
1078 MERCURE DE FRANCE
Que de jours remplis d'amertume ,
M'attira le couroux du Ciel ,
Quand je laissai couler le fiel ,
Où vous aviez trempé ma plume !
N'aurois-je pas perdu le jour ,
Dans l'horreur d'un affreux séjour ( a ) ,
Voisin de l'Empire des Manes >
Si mes vœux s'étoient reposez ,
Sus vos Hercules supposez ,
Qu sur vos feintes Arianes ?·
J'addressai mes humbles respects,
Au Dieu qu'adore une Princesse ,
Dont on prise autant la sagesse ,
Qu'on fut charmé de ses attraits ;
Alors , agréable surprise !
L'airain de mes Portes se brise ,
Ma fuite devance les vents ;
Et je vois la plaine liquide ,
M'ouvrir une route solide ,
A travers deux remparts mouvans.
粥
Compare , ô Chantre de la Grèce ,
A ces secrets miraculeux ,
Ceux que ton Héros fabuleux ,
Reçut d'une fausse Déesse ;
(a )Les Isles de fainte Marguerite.
1. Vol. Qui-
JUIN.
1732. 1079
Quiconque a Dieu pour son appui ,
Et ne met son espoir qu'en lui ,
Brave les fureurs de l'envie ;
Parmi les piéges des méchans ,
Au milieu des glaives tranchans ,
Ilne tremble point pour sa vie.
'Armé d'un si puissant secours
J'ai rendu ma course celebre ,
Depuis le Pô , le Tage et l'Ebre,
Jusqu'où Lamstel finit son cours ,
De l'Apennin aux Pirenées ,
J'ai vu des têtes couronnées ,'
Relever mon sort abbatu ;
Souvent les ames généreuses ;
Donnent aux fautes courageuses
Les Eloges de la vertu.
Sorti des Terres étrangeres ,
Od j'ai vû dix ans s'écouler ,
Qu'il m'est doux de ne plus fouler
Que l'héritage de mes Peres. !
Je vis sous leurs antiques toits ,
Qu'aux superbes Palais des Rois ,
Préfere mon ame charmée ,
Ou plus heureux , et plus Chrétien ,
1.Vol, By Mon
1080 MERCURE DE FRANCE.
1
Mon cœur ne se plaint plus de rien
Que d'un peu trop de Renommée.
M
C'est dans cet azyle assuré ,
Que souvent mes erreurs passées
Se sont en foule retracées ,
A mon esprit plus épuré.
C'est-là que ma Lyre profane ,
D'an Roy ( a ) que Dieu prit pour organe
Préferant les sacrez accords ,
J'ai cru que par de saintes rimes ,
Je devois réparer les crimes ;
De celles qui font mes remords.
Vous que vers lui par tant de graces ;
Le Seigneur s'est plû d'attirer ,
Vous qu'on peut bien plus admirer ,
Qu'on ne peut marcher sur vos traces.
Princesse , versez dans mon cœur ,
Pour en ranimer la vigueur ,
Ce feu divin qui vous éclaire ;
Et favorisez un projet ,
Qui peut-être a trop pour objet
Un nouveau désir de vous plaire..
M
Tandis qu'à l'Enfant de Cypris
( a) David.
1. Vol. Ma
JUIN. 1732. 1081
Majeunesse a rendu les armes,
J'ai de vous emprunté les charmes
Que j'ai dépeint dans mes Ecrits ;
'Aujourd'hui qu'ennemi des Fables ,
C'est aux veritez ineffables ,
Que mon Luth veut se consacrer ,
Je prens sur vos vertus augustes,
Celles que des rimes plus justes ,
Ont entrepris de célébrer.
M. D.B
Le 4 Mars 1732.
premiere Douairiere.
ODE
PRophanes Nymphes du Permesse
Je ne veux plus suivre vos pas ,
Trop long-temps vos trompeurs app.
Ont séduit ma folle jeunesse ;
Plus j'approche du Monument ,
Plus je vois sans déguisement ,
Combien vos faveurs sont à craindre ,
Et ma maison est un flambeau ,
Dont l'éclat n'est jamais si beau ,
Que lorsqu'il est prêt de s'éteindre.
Tantôt sur un ton langoureux ,
Vous avez ajusté ma Lyre ,
Dont souvent mon tendre délire ,
Atiré des sons dangereux ,
Tantôt plus charmé pour Athénes ,
Des traits lancez par Démosthènes ,
Qu'intimidé par ses malheurs ,
Je n'ai pas craint sous vos auspices
De parcourir des, précipices ,
Que vous m'aviez semés de fleurs.
I. Vol.
Que Biiij
1078 MERCURE DE FRANCE
Que de jours remplis d'amertume ,
M'attira le couroux du Ciel ,
Quand je laissai couler le fiel ,
Où vous aviez trempé ma plume !
N'aurois-je pas perdu le jour ,
Dans l'horreur d'un affreux séjour ( a ) ,
Voisin de l'Empire des Manes >
Si mes vœux s'étoient reposez ,
Sus vos Hercules supposez ,
Qu sur vos feintes Arianes ?·
J'addressai mes humbles respects,
Au Dieu qu'adore une Princesse ,
Dont on prise autant la sagesse ,
Qu'on fut charmé de ses attraits ;
Alors , agréable surprise !
L'airain de mes Portes se brise ,
Ma fuite devance les vents ;
Et je vois la plaine liquide ,
M'ouvrir une route solide ,
A travers deux remparts mouvans.
粥
Compare , ô Chantre de la Grèce ,
A ces secrets miraculeux ,
Ceux que ton Héros fabuleux ,
Reçut d'une fausse Déesse ;
(a )Les Isles de fainte Marguerite.
1. Vol. Qui-
JUIN.
1732. 1079
Quiconque a Dieu pour son appui ,
Et ne met son espoir qu'en lui ,
Brave les fureurs de l'envie ;
Parmi les piéges des méchans ,
Au milieu des glaives tranchans ,
Ilne tremble point pour sa vie.
'Armé d'un si puissant secours
J'ai rendu ma course celebre ,
Depuis le Pô , le Tage et l'Ebre,
Jusqu'où Lamstel finit son cours ,
De l'Apennin aux Pirenées ,
J'ai vu des têtes couronnées ,'
Relever mon sort abbatu ;
Souvent les ames généreuses ;
Donnent aux fautes courageuses
Les Eloges de la vertu.
Sorti des Terres étrangeres ,
Od j'ai vû dix ans s'écouler ,
Qu'il m'est doux de ne plus fouler
Que l'héritage de mes Peres. !
Je vis sous leurs antiques toits ,
Qu'aux superbes Palais des Rois ,
Préfere mon ame charmée ,
Ou plus heureux , et plus Chrétien ,
1.Vol, By Mon
1080 MERCURE DE FRANCE.
1
Mon cœur ne se plaint plus de rien
Que d'un peu trop de Renommée.
M
C'est dans cet azyle assuré ,
Que souvent mes erreurs passées
Se sont en foule retracées ,
A mon esprit plus épuré.
C'est-là que ma Lyre profane ,
D'an Roy ( a ) que Dieu prit pour organe
Préferant les sacrez accords ,
J'ai cru que par de saintes rimes ,
Je devois réparer les crimes ;
De celles qui font mes remords.
Vous que vers lui par tant de graces ;
Le Seigneur s'est plû d'attirer ,
Vous qu'on peut bien plus admirer ,
Qu'on ne peut marcher sur vos traces.
Princesse , versez dans mon cœur ,
Pour en ranimer la vigueur ,
Ce feu divin qui vous éclaire ;
Et favorisez un projet ,
Qui peut-être a trop pour objet
Un nouveau désir de vous plaire..
M
Tandis qu'à l'Enfant de Cypris
( a) David.
1. Vol. Ma
JUIN. 1732. 1081
Majeunesse a rendu les armes,
J'ai de vous emprunté les charmes
Que j'ai dépeint dans mes Ecrits ;
'Aujourd'hui qu'ennemi des Fables ,
C'est aux veritez ineffables ,
Que mon Luth veut se consacrer ,
Je prens sur vos vertus augustes,
Celles que des rimes plus justes ,
Ont entrepris de célébrer.
M. D.B
Le 4 Mars 1732.
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Résumé : A MADAME la Princesse de Conti, premiere Douairiere.
Le texte est une ode dédiée à Madame la Princesse de Conti. Le poète exprime son désir de se libérer des influences trompeuses des nymphes du Permesse, qui ont séduit sa jeunesse. Il reconnaît la dangerosité de ces influences et compare sa maison à un flambeau dont l'éclat est le plus beau lorsqu'il est prêt à s'éteindre. Le poète évoque les jours d'amertume causés par la colère divine, lorsqu'il a laissé couler le fiel dans ses écrits. Il remercie Dieu pour son soutien, qui lui a permis de surmonter les fureurs de l'envie et les pièges des méchants. Grâce à ce soutien, il a pu rendre sa course célèbre à travers diverses régions d'Europe et a vu des têtes couronnées relever son sort abattu. De retour dans son héritage ancestral, il se plaint seulement d'une trop grande renommée. Le poète souhaite réparer ses erreurs passées par des rimes saintes et demande à la Princesse de Conti de ranimer son cœur avec le feu divin qui l'éclaire. Il aspire à consacrer son luth aux vérités ineffables et à célébrer les vertus augustes de la Princesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3018
p. 1088-1092
LA FUITE DU MONDE. ODE.
Début :
Brillante Cour, funeste azile, [...]
Mots clefs :
Cour, Monde, Bergers, Riches, Lois
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texteReconnaissance textuelle : LA FUITE DU MONDE. ODE.
LA FUITE DU MONDE,
ODE.
Brillante Cour , funeste azile ,
Noir séjour de la trahison
Quand on a pris de ton poison ,
Peut-on être jamais tranquille !
Palais aussi beaux que les Cieux ,
Superbes Parcs , Bains merveilleux ,
Bois enchantez , riantes Plaines ,
Que mon cœur dans ce doux instant
Dégouté des grandeurs mondaines ,
Sent de plaisir en vous quittant !
M
Dans ces esperances trompeuses ,
Jouet d'une fatale erreur
L'homme remplit toûjours son cœur
De mille chimeres flateuses ,
1. Vol.
Mais
JUIN. 1732 1089
Mais bien-tôt trompé dans ses vœux
Il n'en est que plus malheureux ;
Tout lui présente de faux charmes ;
Ces biens dont l'éclat l'éblouit ,
Le comblent d'ennuis et d'allarmes ,
Dès le moment qu'il en joüit.
Cependant rempli de l'image ,
D'un bonheur qu'il ne trouve pas
Il vole d'Etats en Etats ,
Pourfinir son triste esclavage.
Mais ne goûtant nulles douceurs ,
Dans la gloire , dans les honneurs ,
Dans la pompe , dans la molesse
Enfin des faux biens dégoûté ,
Il voit que la seule sagesse ,
Procure la felicité.
Mes recherches étoient donc vaines .
Charmant repos , aimable paix ,
Puisqu'on ne vous trouve jamais ,
Dans les prosperitez mondaines.
Hélas ! je vous connois trop tard ,
Lieux pleins d'artifice et de fard ,
Lieux qu'un trouble éternel agite.
Mes vœux sont pourtant exaucez Mais I. Vol.
Togo MERCURE DE FRANCE
Mais faut-il que je ne vous quitte ,
Que quand mes beaux jours sont passezLa Cour a mille précipices ;
Que de pieges y sont tendus !
Les vices ysont des vertus •
Et les vertus y sont des vices ;
L'injustice l'ambition ,
L'orgueil et l'adulation ,
Y font éclatter leur puissancePendant que réduite aux abois,
Pour éviter leur violence ,
La vertu s'enfuit dans les bois.
老
Pour la suivre , sortons du monde ,
Où nous nous sommes égarez ;
Dans des lieux charmans retirez ,.,
Jouissons -d'une paix profonde.
Obiens qui nous fûtes`sï doux ,
Vous n'avez plus d'attraits pour nous ,~
N'attaqués plus notre foiblesse : -
Sages Maîtres de nos desirs,
Ce sera la seule sagesse ,
Qui reglera tous nos plaisirs.
Heureux , qui loin du bruit des Villes
Méprise les honneurs mondains !
I. Vol Exempt
JUIN. 1732. 10g1
Exempt d'ennuis et de chagrins ,
Il n'a plus que des jours tranquilles ,
Le sommeil , qui cherchant les Bois ,
Fuit les Palais brillans des Rois ,
N'abandonne jamais sa Hute ,
Aux tristes caprices du sort ,
Il ne seroit jamais en butte ,
Et sans crainte il attend la mort.
En vain les vents et les orages ,
Unis pour le combler de maux ,
Sur ses Moissons , sur ses Troupeaux,
Exercent mille affreux ravages.
Ainsi qu'un Rocher sourcilleux ,
Au milieu des flots écumeux ,
Subsiste et demeure immobile ,
Ainsi pressé de tous côtez,
Cet homme est d'un esprit tranquile,
Dans ces dures calamitez.
-Les Riches dans leur opulence ,
Jouissent- ils d'un sort si doux
Ils n'ont qu'ennuis et que dégoûts ,
Même au milieu de l'abondance ;
-En vain à la suite des Rois ,
Ils vont aux habitans des Bois, r
Livrer une cruelle gueire;
1. Vol.
Lo
1092 MERCURE DE FRANCE
*Le souci , ce tyran affreux ,
Plus prompt même que le Tonnerre ,
Monte en croupe et court avec eux.
Que dis-je sur le Trône même ;
Peut-on se flatter d'être heureux ?
Est-on au comble de ses vœux ,
Pour être assis au rang suprême ?
En vain les plus superbes Rois ,
Au Monde entier donnent des Loix ,,
Ils sont soumis aux Loix des Parques
Leurs biens sont des biens passagers >
Et la mort brävant les Monarques ,
Les confond avec les Bergers.
ODE.
Brillante Cour , funeste azile ,
Noir séjour de la trahison
Quand on a pris de ton poison ,
Peut-on être jamais tranquille !
Palais aussi beaux que les Cieux ,
Superbes Parcs , Bains merveilleux ,
Bois enchantez , riantes Plaines ,
Que mon cœur dans ce doux instant
Dégouté des grandeurs mondaines ,
Sent de plaisir en vous quittant !
M
Dans ces esperances trompeuses ,
Jouet d'une fatale erreur
L'homme remplit toûjours son cœur
De mille chimeres flateuses ,
1. Vol.
Mais
JUIN. 1732 1089
Mais bien-tôt trompé dans ses vœux
Il n'en est que plus malheureux ;
Tout lui présente de faux charmes ;
Ces biens dont l'éclat l'éblouit ,
Le comblent d'ennuis et d'allarmes ,
Dès le moment qu'il en joüit.
Cependant rempli de l'image ,
D'un bonheur qu'il ne trouve pas
Il vole d'Etats en Etats ,
Pourfinir son triste esclavage.
Mais ne goûtant nulles douceurs ,
Dans la gloire , dans les honneurs ,
Dans la pompe , dans la molesse
Enfin des faux biens dégoûté ,
Il voit que la seule sagesse ,
Procure la felicité.
Mes recherches étoient donc vaines .
Charmant repos , aimable paix ,
Puisqu'on ne vous trouve jamais ,
Dans les prosperitez mondaines.
Hélas ! je vous connois trop tard ,
Lieux pleins d'artifice et de fard ,
Lieux qu'un trouble éternel agite.
Mes vœux sont pourtant exaucez Mais I. Vol.
Togo MERCURE DE FRANCE
Mais faut-il que je ne vous quitte ,
Que quand mes beaux jours sont passezLa Cour a mille précipices ;
Que de pieges y sont tendus !
Les vices ysont des vertus •
Et les vertus y sont des vices ;
L'injustice l'ambition ,
L'orgueil et l'adulation ,
Y font éclatter leur puissancePendant que réduite aux abois,
Pour éviter leur violence ,
La vertu s'enfuit dans les bois.
老
Pour la suivre , sortons du monde ,
Où nous nous sommes égarez ;
Dans des lieux charmans retirez ,.,
Jouissons -d'une paix profonde.
Obiens qui nous fûtes`sï doux ,
Vous n'avez plus d'attraits pour nous ,~
N'attaqués plus notre foiblesse : -
Sages Maîtres de nos desirs,
Ce sera la seule sagesse ,
Qui reglera tous nos plaisirs.
Heureux , qui loin du bruit des Villes
Méprise les honneurs mondains !
I. Vol Exempt
JUIN. 1732. 10g1
Exempt d'ennuis et de chagrins ,
Il n'a plus que des jours tranquilles ,
Le sommeil , qui cherchant les Bois ,
Fuit les Palais brillans des Rois ,
N'abandonne jamais sa Hute ,
Aux tristes caprices du sort ,
Il ne seroit jamais en butte ,
Et sans crainte il attend la mort.
En vain les vents et les orages ,
Unis pour le combler de maux ,
Sur ses Moissons , sur ses Troupeaux,
Exercent mille affreux ravages.
Ainsi qu'un Rocher sourcilleux ,
Au milieu des flots écumeux ,
Subsiste et demeure immobile ,
Ainsi pressé de tous côtez,
Cet homme est d'un esprit tranquile,
Dans ces dures calamitez.
-Les Riches dans leur opulence ,
Jouissent- ils d'un sort si doux
Ils n'ont qu'ennuis et que dégoûts ,
Même au milieu de l'abondance ;
-En vain à la suite des Rois ,
Ils vont aux habitans des Bois, r
Livrer une cruelle gueire;
1. Vol.
Lo
1092 MERCURE DE FRANCE
*Le souci , ce tyran affreux ,
Plus prompt même que le Tonnerre ,
Monte en croupe et court avec eux.
Que dis-je sur le Trône même ;
Peut-on se flatter d'être heureux ?
Est-on au comble de ses vœux ,
Pour être assis au rang suprême ?
En vain les plus superbes Rois ,
Au Monde entier donnent des Loix ,,
Ils sont soumis aux Loix des Parques
Leurs biens sont des biens passagers >
Et la mort brävant les Monarques ,
Les confond avec les Bergers.
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Résumé : LA FUITE DU MONDE. ODE.
Le texte 'La fuite du monde, Ode' exprime un profond mépris pour les grandeurs mondaines et les artifices de la cour, décrite comme un lieu de trahison et de poison. Les plaisirs y sont éphémères et trompeurs, et les biens matériels et les honneurs apportent plus d'ennuis que de bonheur. L'auteur souligne que l'homme, trompé dans ses vœux, cherche vainement le bonheur à travers les États et les richesses, mais finit par comprendre que la véritable sagesse réside dans la simplicité et la paix. Il regrette de ne pas avoir découvert cette sagesse plus tôt, soulignant les dangers et les pièges de la cour, où les vertus sont perverties. Il aspire à une vie retirée, loin du bruit des villes et des honneurs mondains, pour jouir d'une paix profonde et d'un esprit tranquille. Même face aux calamités, cet homme reste serein, contrairement aux riches tourmentés par le souci et les ennuis. Le texte conclut en soulignant que les rois, malgré leur pouvoir, sont soumis aux lois des Parques et que la mort égalise tous les hommes.
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3019
p. 1109-114
IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
Début :
Heureux celui qui, sans affaires, [...]
Mots clefs :
Vie rustique, Champs, Plaisirs, Epodes, Horace
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
IMITATION de la seconde Ode
du Livre des Epodes d'Horace.
Louanges de la Vie rustique.
Heureux celui qui , sans affaires
Cultive ses guérets , ainsi qu'au siecle d'or ! !
Qui par des produits usuraires ,
N'a jamais enfié son trésor !
Il n'est point éveillé par le bruit des Trom--
pettes ,
Il n'entend près de lui que le son des · Muset- -
tes ;
Il fuit le Dédale des Loix
Il ne changeroit pas ses Retraites rustiques ,
Pour les Palais dorez , les superbes Portiques
Qui sont habitez par les Rois.
Ennemi d'un repos indigne ,
al marie aux Ormeaux , les rempans rejettons
Que produit sa fertile Vigne ;
Il mene paître ses Moutons7
.?
I.Vol.
Sur
TO MERCURE DE FRANCE
Sur le penchant Herbu , d'une vaste Colline
Il laisse errer ses Boeufs dans la plaine voisine.
Quel plaisir en tous lieux le suit ?
Va- t-il dans ses Vergers sa Serpete y retran
che ,
De quelque Arbre fruitier l'infructueuse bran◄
che ;
Greffée , elle porte du fruit.
Les industrieuses Abeilles ,-
Ont-elles achevé leurs utiles travaux !
Il leur enleve ces merveilles ;
Le miel coule dans ses Vaisseaux?
Au retour du Printems , de leurs Toisons char
gées ,
Ses fécondes Brebis sont par lui soulagées, -
Qu'un tel sort me paroît heureax !
Quand l'Eté disparoît , quand la riante Au
tomne
Embellit les Jardins , que Vertumne couronne
Ilcueille des fruits savoureux
Quel contentement le possede ,
Lorsqu'il voit de Bacchus les précieux rubis
A qui la Pourpre de Tyr cede
Pour le merveilleux Coloris !!
I. Vol.
En
JUIN. 1732. IIII
En ramassant les fruits qu'il a greffez lui
même,
Il reconnoît , & Dieux , votre bonté suprême;
Blonde Cérès , et toi Sylvain ',
Il vient sur vos Autels en offrir les prémices ;
Soyez lui pour toujours des Déïtez propices ;
Gardez ses Champs et son Jardin.
S'il se couche àl'ombre d'un Chêne ,
Ou bien sur le Gazon tendre et rafraîchissant ,
D'où l'on ne s'arrête qu'à peine ,
Il goute un plaisir innocent.
L'eau des Ruisseaux , voisins d'une Roche éles
vée ,.
S'y vient précipiter , et l'obligeant Morphée
Sur lui prodigue ses Pavots ;
Tout l'invite au sommeil , le bruit de ses Fon
taines ,
Qui vont en serpentant , fertiliser les Plaines ,
Et les Airs plaintifs des Oyseaux .
Lorsque l'Hyver par sa froidure ,
Tout armé de Glaçons , de Neiges , de Fri
mats ,
Attriste toute la nature ,
Lui seul ne s'en afflige pas ;
Apeine le Soleil dérobe les Etoiles ,
I. Vol. Qu'il
1112 MERCURE DE FRANCE
Qu'il chasse, ses Limiers font donner dans les
toiles
Quelque Sanglier vigoureux ;
Il s'amuse à dresser des Piéges à la Grive;
Lapassagere Grue est quelquefois captive
Dans ses Lacs artificieux.
Des maux d'une amoureuse flamme
Qui peut garder alors le souvenir affreux ?
Il lui faut une chaste femme ;
Il l'a , le voilà donc heureux.
'Ainsi qu'une Sabine , elle a soin du ménage ?
Elle enferme les Boeufs , sortans du labourage ,
La Vache est traite par sa main ;
Un repas composé de leurs fruits domestiques ,
S'apprête pour l'Epoux , las des Travaux rustiques ;
Elle lui sert le meilleur vin.
Je prise peu les Gélinotes ,
Les Huitres de nos Lacs , le Sarget ; le Turbot ,
Lorsque le hazard sur nos Côtes ,
En jette par des coups de Flot ;
Ce qui flatte mon goût , c'est l'Ozeille nais
sante
La Mauve si salubre et si rafraichissante ;
Et les Olives de mon plant ;
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1732. 1113
Qu'on ne me serve plus que le doux fruit champêtre ,
Qui naftra dans un Champ , dont je serai le
maître ;
C'est assez pour être content.
Un Chevreau que je sacrifie ,
Au Dieu Therme , qui veille aux Bornes de mes Champs ,
La moindre bête au Loup ravie ,
Me font des Festins excellents.
Quel plaisir ai-je à voir mes Brebis bien nour Ties
Pendant le doux Régal , revenir des Prairies !
Mes Boeufs fatiguez du Labour ,
Trainer d'un pas pesant , la tranchante Charruë ,
Aprês un long travail , à leur col suspenduë
Lorsque la nuit est de retour !
Quel Essain d'Esclaves fourmille ,
Autour de mon Foyer, net et resplendissant !
Dans une opulente famille ,
L'Essain n'est point embarrassant.
L'Usurier Alphius , usera les années ,
2
Que les Parques encor ont pour lui destinées ,
Aux Champs , dites- vous , dês demain.
Point du tout, il reçût tout son argent aux Ides ;
·I. Vol.
11
T114 MERCURE DE FRANCE
Il va recommencer ses Usures sordides ,
Aux Calendes du mois prochain.i
Par M. CHABAU D
du Livre des Epodes d'Horace.
Louanges de la Vie rustique.
Heureux celui qui , sans affaires
Cultive ses guérets , ainsi qu'au siecle d'or ! !
Qui par des produits usuraires ,
N'a jamais enfié son trésor !
Il n'est point éveillé par le bruit des Trom--
pettes ,
Il n'entend près de lui que le son des · Muset- -
tes ;
Il fuit le Dédale des Loix
Il ne changeroit pas ses Retraites rustiques ,
Pour les Palais dorez , les superbes Portiques
Qui sont habitez par les Rois.
Ennemi d'un repos indigne ,
al marie aux Ormeaux , les rempans rejettons
Que produit sa fertile Vigne ;
Il mene paître ses Moutons7
.?
I.Vol.
Sur
TO MERCURE DE FRANCE
Sur le penchant Herbu , d'une vaste Colline
Il laisse errer ses Boeufs dans la plaine voisine.
Quel plaisir en tous lieux le suit ?
Va- t-il dans ses Vergers sa Serpete y retran
che ,
De quelque Arbre fruitier l'infructueuse bran◄
che ;
Greffée , elle porte du fruit.
Les industrieuses Abeilles ,-
Ont-elles achevé leurs utiles travaux !
Il leur enleve ces merveilles ;
Le miel coule dans ses Vaisseaux?
Au retour du Printems , de leurs Toisons char
gées ,
Ses fécondes Brebis sont par lui soulagées, -
Qu'un tel sort me paroît heureax !
Quand l'Eté disparoît , quand la riante Au
tomne
Embellit les Jardins , que Vertumne couronne
Ilcueille des fruits savoureux
Quel contentement le possede ,
Lorsqu'il voit de Bacchus les précieux rubis
A qui la Pourpre de Tyr cede
Pour le merveilleux Coloris !!
I. Vol.
En
JUIN. 1732. IIII
En ramassant les fruits qu'il a greffez lui
même,
Il reconnoît , & Dieux , votre bonté suprême;
Blonde Cérès , et toi Sylvain ',
Il vient sur vos Autels en offrir les prémices ;
Soyez lui pour toujours des Déïtez propices ;
Gardez ses Champs et son Jardin.
S'il se couche àl'ombre d'un Chêne ,
Ou bien sur le Gazon tendre et rafraîchissant ,
D'où l'on ne s'arrête qu'à peine ,
Il goute un plaisir innocent.
L'eau des Ruisseaux , voisins d'une Roche éles
vée ,.
S'y vient précipiter , et l'obligeant Morphée
Sur lui prodigue ses Pavots ;
Tout l'invite au sommeil , le bruit de ses Fon
taines ,
Qui vont en serpentant , fertiliser les Plaines ,
Et les Airs plaintifs des Oyseaux .
Lorsque l'Hyver par sa froidure ,
Tout armé de Glaçons , de Neiges , de Fri
mats ,
Attriste toute la nature ,
Lui seul ne s'en afflige pas ;
Apeine le Soleil dérobe les Etoiles ,
I. Vol. Qu'il
1112 MERCURE DE FRANCE
Qu'il chasse, ses Limiers font donner dans les
toiles
Quelque Sanglier vigoureux ;
Il s'amuse à dresser des Piéges à la Grive;
Lapassagere Grue est quelquefois captive
Dans ses Lacs artificieux.
Des maux d'une amoureuse flamme
Qui peut garder alors le souvenir affreux ?
Il lui faut une chaste femme ;
Il l'a , le voilà donc heureux.
'Ainsi qu'une Sabine , elle a soin du ménage ?
Elle enferme les Boeufs , sortans du labourage ,
La Vache est traite par sa main ;
Un repas composé de leurs fruits domestiques ,
S'apprête pour l'Epoux , las des Travaux rustiques ;
Elle lui sert le meilleur vin.
Je prise peu les Gélinotes ,
Les Huitres de nos Lacs , le Sarget ; le Turbot ,
Lorsque le hazard sur nos Côtes ,
En jette par des coups de Flot ;
Ce qui flatte mon goût , c'est l'Ozeille nais
sante
La Mauve si salubre et si rafraichissante ;
Et les Olives de mon plant ;
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1732. 1113
Qu'on ne me serve plus que le doux fruit champêtre ,
Qui naftra dans un Champ , dont je serai le
maître ;
C'est assez pour être content.
Un Chevreau que je sacrifie ,
Au Dieu Therme , qui veille aux Bornes de mes Champs ,
La moindre bête au Loup ravie ,
Me font des Festins excellents.
Quel plaisir ai-je à voir mes Brebis bien nour Ties
Pendant le doux Régal , revenir des Prairies !
Mes Boeufs fatiguez du Labour ,
Trainer d'un pas pesant , la tranchante Charruë ,
Aprês un long travail , à leur col suspenduë
Lorsque la nuit est de retour !
Quel Essain d'Esclaves fourmille ,
Autour de mon Foyer, net et resplendissant !
Dans une opulente famille ,
L'Essain n'est point embarrassant.
L'Usurier Alphius , usera les années ,
2
Que les Parques encor ont pour lui destinées ,
Aux Champs , dites- vous , dês demain.
Point du tout, il reçût tout son argent aux Ides ;
·I. Vol.
11
T114 MERCURE DE FRANCE
Il va recommencer ses Usures sordides ,
Aux Calendes du mois prochain.i
Par M. CHABAU D
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Résumé : IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
Le texte imite la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace et célèbre les mérites de la vie rustique. Il met en scène un homme heureux qui cultive ses terres, évitant ainsi les tracas et les bruits de la ville. Cet homme vit en harmonie avec la nature, élevant des moutons et des bœufs, et profitant des fruits de son travail. Il prend plaisir à greffer des arbres, à récolter le miel des abeilles, et à soigner ses brebis. Selon les saisons, il trouve du contentement dans les activités agricoles et dans la simplicité de sa vie. En hiver, il chasse et pose des pièges pour se divertir. Il apprécie une vie modeste avec une épouse chaste qui s'occupe du ménage. Il préfère les aliments simples et sains, comme l'oseille et les olives, et se contente de peu pour être heureux. Il sacrifie un chevreau pour honorer les dieux et protège ses animaux des loups. Il se réjouit de voir ses animaux bien nourris et ses bœufs fatigués après le travail. Contrairement à l'usurier Alphius, il ne se laisse pas corrompre par l'argent et les affaires.
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3020
p. 1126-1128
PROSERPINE, ET LE FLEUVE D'OUBLI. CANTATE.
Début :
Loin des bords de Sicile et de sa tendre Mere, [...]
Mots clefs :
Fleuve, Oubli, Proserpine, Époux
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texteReconnaissance textuelle : PROSERPINE, ET LE FLEUVE D'OUBLI. CANTATE.
PROSERPINE,
ET LE FLEUVE D'OUBLI.
CANTATE.
Loin des bords de Sicile et de sa tendre Mere .
Proserpine entrainée au ténebreux séjour ,
Dans ces gouffres affreux où le Pere du jour ,
Ne fit percer jamais sa charmante Lumiere ,
Près du Fleuve d'Oubli , promenoit sa douleur.
A Combien de regrets s'abandonne son cœur !
Cette image opposée à celle des Prairies ,
Des Jardins enchantés , des Côteaux verdoyans ;
Où la suivoientjadis ses Compagnes chéries ,
Arrache à sa douleur ces lugubres accens.
Malheureux sort , cruelle destinée !
Le même instant me ravit mon honneur ;
M'ôte le jour , Cerès , et mon bonheur ;
Forme les nœuds d'un indigne Hymenée.
Unjeune cœur est fait pour les plaisirs ;
Le mien , helas ! se consume en soupirs .
Dieux tout-puissans , auteurs de mon supplice
Si mes forfaits arment votre courroux ;
Sans murmurer j'attens votre justice.
Tonnez , frappez , Mars , changez mon Epoux.
1. Vol.
Sur
JUIN. 1732 1127
Sur les bords du Lethé, les yeux baignez de larmes ,
Proserpine exprimoit son Martyre en ces mots ;
Le Dieu du Fleuve , ébloui de ses charmes ,
Laisse couler plus lentement ses flots ;
Sensible à ses regrets , doucement il l'appelle.
Venez, belle Déesse , approchez de mes Eaux ,
Elles peuvent calmer vos soucis et vos maux ;
Agréez aujourd'hui ce gage de mon zele ;
Cessez d'accuser les Destins ,
Buvez , oubliez vos chagrins.
Cette Liqueur puissante,
Dissipe les langueurs ,
Efface des malheurs ,
La memoire affligeante.
Le Tyran des Enfers ,
Aux Cieux , aux vastes Mers ,
Prêfera son empire ,
Dès qu'il en eut goûté.
Elle rend la gayeté ,
A tout cœur qui soupire.
Il dit , et l'Immortelle approchant de ses Bords ,
Boit à longs traits de cette Onde divine ,"
Mais Cieux ! quels changemens ! est- ce ici Pro
serpine
Elle n'abhorre plus la Région des Morts ,
I. Vol. D v Son
1128 MERCURE DE FRANCE
Son cœur aux plaisirs s'abandonne ;
Ses noirs soucis font place aux ris , auxjeux
Elle adore l'Epoux que le Destin lui donne
"
Et répond à ses tendres feux.
Epoux , si vos Belles ,
Font trop les rebelles ,
Au Fleuve Lethé ,
Menez ces cruelles ;;
Malgré sa fierté ,
L'austere Beauté ,
Bientôt sympatise ,,
Bientôt s'humanise,,
Perd sa cruauté.
ET LE FLEUVE D'OUBLI.
CANTATE.
Loin des bords de Sicile et de sa tendre Mere .
Proserpine entrainée au ténebreux séjour ,
Dans ces gouffres affreux où le Pere du jour ,
Ne fit percer jamais sa charmante Lumiere ,
Près du Fleuve d'Oubli , promenoit sa douleur.
A Combien de regrets s'abandonne son cœur !
Cette image opposée à celle des Prairies ,
Des Jardins enchantés , des Côteaux verdoyans ;
Où la suivoientjadis ses Compagnes chéries ,
Arrache à sa douleur ces lugubres accens.
Malheureux sort , cruelle destinée !
Le même instant me ravit mon honneur ;
M'ôte le jour , Cerès , et mon bonheur ;
Forme les nœuds d'un indigne Hymenée.
Unjeune cœur est fait pour les plaisirs ;
Le mien , helas ! se consume en soupirs .
Dieux tout-puissans , auteurs de mon supplice
Si mes forfaits arment votre courroux ;
Sans murmurer j'attens votre justice.
Tonnez , frappez , Mars , changez mon Epoux.
1. Vol.
Sur
JUIN. 1732 1127
Sur les bords du Lethé, les yeux baignez de larmes ,
Proserpine exprimoit son Martyre en ces mots ;
Le Dieu du Fleuve , ébloui de ses charmes ,
Laisse couler plus lentement ses flots ;
Sensible à ses regrets , doucement il l'appelle.
Venez, belle Déesse , approchez de mes Eaux ,
Elles peuvent calmer vos soucis et vos maux ;
Agréez aujourd'hui ce gage de mon zele ;
Cessez d'accuser les Destins ,
Buvez , oubliez vos chagrins.
Cette Liqueur puissante,
Dissipe les langueurs ,
Efface des malheurs ,
La memoire affligeante.
Le Tyran des Enfers ,
Aux Cieux , aux vastes Mers ,
Prêfera son empire ,
Dès qu'il en eut goûté.
Elle rend la gayeté ,
A tout cœur qui soupire.
Il dit , et l'Immortelle approchant de ses Bords ,
Boit à longs traits de cette Onde divine ,"
Mais Cieux ! quels changemens ! est- ce ici Pro
serpine
Elle n'abhorre plus la Région des Morts ,
I. Vol. D v Son
1128 MERCURE DE FRANCE
Son cœur aux plaisirs s'abandonne ;
Ses noirs soucis font place aux ris , auxjeux
Elle adore l'Epoux que le Destin lui donne
"
Et répond à ses tendres feux.
Epoux , si vos Belles ,
Font trop les rebelles ,
Au Fleuve Lethé ,
Menez ces cruelles ;;
Malgré sa fierté ,
L'austere Beauté ,
Bientôt sympatise ,,
Bientôt s'humanise,,
Perd sa cruauté.
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Résumé : PROSERPINE, ET LE FLEUVE D'OUBLI. CANTATE.
La cantate 'Proserpine, et le Fleuve d'Oubli' relate l'enlèvement de Proserpine en Enfer, loin de sa mère et de la Sicile. Proserpine exprime sa douleur près du Fleuve d'Oubli, regrettant les lieux où elle se promenait avec ses compagnes. Elle déplore son sort cruel, qui lui a ravi son honneur, la lumière et son bonheur, la forçant à un mariage indigne. Son cœur, fait pour les plaisirs, se consume en soupirs. Elle accepte la justice divine et implore les dieux de changer son époux. Sur les bords du Lethé, Proserpine pleure son martyre. Le dieu du Fleuve, charmé par ses larmes, lui offre de boire de ses eaux pour apaiser ses soucis. Proserpine accepte et, après avoir bu, elle oublie ses chagrins. Son cœur s'abandonne aux plaisirs, et elle adore l'époux que le destin lui a donné. Elle conseille de mener les femmes rebelles au Fleuve Lethé pour les rendre plus douces.
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3021
p. 1136-1137
PARAPHRASE sur le 1r Chapitre des Lamentations de Jeremie. Quomodo sedet sola civitas, &c.
Début :
Quel changement affreux à mes yeux se presente ! [...]
Mots clefs :
Paraphrase, Lamentations de Jérémie, Mort prématurée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE sur le 1r Chapitre des Lamentations de Jeremie. Quomodo sedet sola civitas, &c.
PARAPHRASE
Sur le 1 Chapitre des Lamentations de Jeremie. Quomodo sedet sola civitas, &c. ,
Uel changement affreux à mes yeux se preQusente !
Oui suis-je ? helas ! je vois une Ville puissante ,
Que redoutoient les Rois , qu'admiroit l'Univers,
Triste , deserte , esclave et sous le poids des fers,
Telle que nous voyons une veuve éplorée ,
Regretter d'un époux la mort prématurée.
En vain sur son visage on voit couler des pleurs
Trop fideles témoins de ses vives douleurs ;
En elle ses amis ne trouvant plus de charmes ,
Loin de la consoler , ont méprisé ses larmes ,
Et suivant sans frémir leurs transports inhu mains ,
Ont trempé dans son sang leurs criminelles mains.
La Judée au vainqueur en esclavage asservie ,
Endure les tourmens dûs à sa perfidie ,
Et n'a point d'autre espoir pour soulager ses maux ,
Que celui de chercher vainement le repos.
Sion livrée en proye au sort le plus funeste ,
De son premier éclat ne conserve aucun reste ,,
1. Kol Jusqu'à
JUIN. 1732. 1137
Jusqu'à l'herbe qui croît aux chemins désertez ,
Tout présage la fin de ses solemnitez.
Les orgueilleuses Tours , et les murs de la Ville,
Contre ses ennemis ne sont plus un azile ;
>
Et ses Prêtres honteux de la voir déchirer
S'occupent seulement du soin de la pleurer.
Ses Vierges ont perdu dans le printemps de l'âge
Tous les charmans attraits qu'étaloit leur visages -
Le desespoir enfin s'emparant de son cœur ,
Semble à chaque moment augmenter sa douleur.
Déja dans son courroux la justice éternellè
Lance tous ses carreaux sur ce peuple rebelle ;
Le Soldat dépouillé de sentimens humains ,
Vient ravir ses enfans de ses tremblantes mains,
Et l'on voit le vainqueur n'éterniser sa gloire ,
Que par des cruautez qu'on aura peine à croires
Presque tous , ne suivant qu'un indigne transport ,
Répandent en tous lieux les horreurs de la mort:
Ville ingrate , il est temps de rentrer en toi même,
Et d'implorer de Dieu la clémence suprême ;
Heureux si tu peux par un prompt repentir ,
Détourner loin de toi les traits prêts à partir.
Par le sieur Blanc, Prêtre de la Cathé
drale de Nîmes.
Sur le 1 Chapitre des Lamentations de Jeremie. Quomodo sedet sola civitas, &c. ,
Uel changement affreux à mes yeux se preQusente !
Oui suis-je ? helas ! je vois une Ville puissante ,
Que redoutoient les Rois , qu'admiroit l'Univers,
Triste , deserte , esclave et sous le poids des fers,
Telle que nous voyons une veuve éplorée ,
Regretter d'un époux la mort prématurée.
En vain sur son visage on voit couler des pleurs
Trop fideles témoins de ses vives douleurs ;
En elle ses amis ne trouvant plus de charmes ,
Loin de la consoler , ont méprisé ses larmes ,
Et suivant sans frémir leurs transports inhu mains ,
Ont trempé dans son sang leurs criminelles mains.
La Judée au vainqueur en esclavage asservie ,
Endure les tourmens dûs à sa perfidie ,
Et n'a point d'autre espoir pour soulager ses maux ,
Que celui de chercher vainement le repos.
Sion livrée en proye au sort le plus funeste ,
De son premier éclat ne conserve aucun reste ,,
1. Kol Jusqu'à
JUIN. 1732. 1137
Jusqu'à l'herbe qui croît aux chemins désertez ,
Tout présage la fin de ses solemnitez.
Les orgueilleuses Tours , et les murs de la Ville,
Contre ses ennemis ne sont plus un azile ;
>
Et ses Prêtres honteux de la voir déchirer
S'occupent seulement du soin de la pleurer.
Ses Vierges ont perdu dans le printemps de l'âge
Tous les charmans attraits qu'étaloit leur visages -
Le desespoir enfin s'emparant de son cœur ,
Semble à chaque moment augmenter sa douleur.
Déja dans son courroux la justice éternellè
Lance tous ses carreaux sur ce peuple rebelle ;
Le Soldat dépouillé de sentimens humains ,
Vient ravir ses enfans de ses tremblantes mains,
Et l'on voit le vainqueur n'éterniser sa gloire ,
Que par des cruautez qu'on aura peine à croires
Presque tous , ne suivant qu'un indigne transport ,
Répandent en tous lieux les horreurs de la mort:
Ville ingrate , il est temps de rentrer en toi même,
Et d'implorer de Dieu la clémence suprême ;
Heureux si tu peux par un prompt repentir ,
Détourner loin de toi les traits prêts à partir.
Par le sieur Blanc, Prêtre de la Cathé
drale de Nîmes.
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Résumé : PARAPHRASE sur le 1r Chapitre des Lamentations de Jeremie. Quomodo sedet sola civitas, &c.
Le texte paraphrase le premier chapitre des Lamentations de Jérémie, décrivant la désolation de Jérusalem après sa destruction. La ville, autrefois puissante, est désormais déserte et comparée à une veuve éplorée. Ses amis l'ont abandonnée, et elle endure des tourments en raison de sa perfidie. Sion a perdu tout éclat, ses tours et murs ne la protègent plus, et ses prêtres la pleurent. Les jeunes filles ont perdu leur beauté, et le désespoir accroit la douleur de la ville. La justice divine s'abat sur le peuple rebelle, et les soldats enlèvent les enfants avec cruauté. Le texte appelle Jérusalem à se repentir et à implorer la clémence divine pour éviter de nouvelles souffrances. Cette paraphrase est attribuée au sieur Blanc, prêtre de la cathédrale de Nîmes, et datée de juin 1732.
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3022
p. 1138-1140
IMITATION DE LA MESME FABLE.
Début :
Ecole de mauvais plaisants, [...]
Mots clefs :
Enfants, Grenouilles, Ricochets, Marais
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION DE LA MESME FABLE.
ΙΜΙΤΑΤΙΟΝ
DE LA MESME FABLE.
EColede mauvais plaisants ,
Suppôts du Dieu de la Calotte,
Vous dont la coupable marotte ,
Enfante ces Ecrits sanglants ,
Où la vertu , l'honneur , et l'innocence
D'un public insolent deviennent le jouet ,
De votre cynique licence
Sentez- vous l'énorme forfaît ?
Des sottises d'autruy l'on est en droit de rire ,
Me direz-vous d'accord ; mais riez en tout bas ,
I. Vol. Me
JUIN. 1732. 1139
Et n'allez point avec fracas
Dans une infamante Satyre
Annoncer à tout l'Univers
Des fragiles mortels les plus obscurs travers ,
Travestir en noirceurs de legeres foiblesses,
Sous de grotesques traits déguiser les vertus ,
Eriger le zele en abus
Et les ménagements en perfides souplesses.
O vous ! qui vous plaisez à ces jeux inhu
mains,
Apprenez que souvent votre noire manie
Surpasse en ses excès des cruels assassing
L'impitoyable barbarie.
S'ils abregent nos jours, vous ravissez l'hon
neur ;
›
L'honneur , ce bien plus cher que n'est encor la vie ;
Venez dans une simple & juste allegorie
De vos mordants Ecrits reconnoître l'horreur,
Certains Enfans , troupe volage,
Troupe fuyant les importuns soucis ,
Un jour au bord d'un marécage
Vinrent égayer leurs esprits,
La malice , qui dès cet âge ,
Est des humains l'ordinaire appanage ,
fades
D'un plaisir innocent ne connoît point le prix ,
Se divertir sans nuire est un plaisir trop
Ainsi nos jeunes Gars , après mainte gambade ,
I. Vel. Maints
140 MERCURE DE FRANCE
114
Maints sauts , maints tours , maints
ricochets
Poussez sur la face des ondes ,
Voyant sortir de leurs grottes pros
fondes
Quelques habitans du Marais ,
Quittent tout pour courir sur ce peuple aquatique,
Et contre luy lancer mille & mille Cailloux,
Tant qu'eussiez crû voit un Ost en
courroux
Combattre l'ennemi de la chose publique.
Tel est le jeu qui plaît à nos rustauts ;
Sous leurs coups redoublez mainte grenouille expire
Et les grimauts à chaque coup de rireg
L'une d'elles enfin blessée au fond des eaux
Prête à mourir ainsi s'exprime.
Enfans , qui n'écoutez qu'un folâtre transport ,
Songez que ces ébats dont je fuis la victime ,
S'ils sont unjeupour vous , pour moy sont une mort.
DE LA MESME FABLE.
EColede mauvais plaisants ,
Suppôts du Dieu de la Calotte,
Vous dont la coupable marotte ,
Enfante ces Ecrits sanglants ,
Où la vertu , l'honneur , et l'innocence
D'un public insolent deviennent le jouet ,
De votre cynique licence
Sentez- vous l'énorme forfaît ?
Des sottises d'autruy l'on est en droit de rire ,
Me direz-vous d'accord ; mais riez en tout bas ,
I. Vol. Me
JUIN. 1732. 1139
Et n'allez point avec fracas
Dans une infamante Satyre
Annoncer à tout l'Univers
Des fragiles mortels les plus obscurs travers ,
Travestir en noirceurs de legeres foiblesses,
Sous de grotesques traits déguiser les vertus ,
Eriger le zele en abus
Et les ménagements en perfides souplesses.
O vous ! qui vous plaisez à ces jeux inhu
mains,
Apprenez que souvent votre noire manie
Surpasse en ses excès des cruels assassing
L'impitoyable barbarie.
S'ils abregent nos jours, vous ravissez l'hon
neur ;
›
L'honneur , ce bien plus cher que n'est encor la vie ;
Venez dans une simple & juste allegorie
De vos mordants Ecrits reconnoître l'horreur,
Certains Enfans , troupe volage,
Troupe fuyant les importuns soucis ,
Un jour au bord d'un marécage
Vinrent égayer leurs esprits,
La malice , qui dès cet âge ,
Est des humains l'ordinaire appanage ,
fades
D'un plaisir innocent ne connoît point le prix ,
Se divertir sans nuire est un plaisir trop
Ainsi nos jeunes Gars , après mainte gambade ,
I. Vel. Maints
140 MERCURE DE FRANCE
114
Maints sauts , maints tours , maints
ricochets
Poussez sur la face des ondes ,
Voyant sortir de leurs grottes pros
fondes
Quelques habitans du Marais ,
Quittent tout pour courir sur ce peuple aquatique,
Et contre luy lancer mille & mille Cailloux,
Tant qu'eussiez crû voit un Ost en
courroux
Combattre l'ennemi de la chose publique.
Tel est le jeu qui plaît à nos rustauts ;
Sous leurs coups redoublez mainte grenouille expire
Et les grimauts à chaque coup de rireg
L'une d'elles enfin blessée au fond des eaux
Prête à mourir ainsi s'exprime.
Enfans , qui n'écoutez qu'un folâtre transport ,
Songez que ces ébats dont je fuis la victime ,
S'ils sont unjeupour vous , pour moy sont une mort.
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Résumé : IMITATION DE LA MESME FABLE.
Le texte critique les écrivains satiriques, les qualifiant de 'mauvais plaisants' et de 'suppôts du Dieu de la Calotte'. Ces auteurs sont accusés de produire des écrits sanglants où la vertu, l'honneur et l'innocence sont moqués. Le narrateur condamne leur licence cynique, estimant que, bien que l'on puisse rire des sottises des autres, il est inacceptable de le faire de manière fracassante et infamante. Il dénonce la transformation des faiblesses en noirceurs et des vertus en traits grotesques, ainsi que l'érection du zèle en abus. Le texte compare ces écrivains à des enfants malicieux lançant des cailloux sur des grenouilles, causant leur mort. Une grenouille blessée exprime sa douleur, soulignant que ce qui est un jeu pour les enfants est une mort pour elle. Cette allégorie vise à montrer l'horreur des écrits mordants de ces auteurs, qui ravissent l'honneur des individus, un bien plus précieux que la vie elle-même.
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3023
p. 1148-1151
LES CRITIQUES DU MERCURE. Par Mlle de Malcrais de la Vigne du Croisic, en Bretagne.
Début :
Non, loin des bords charmans, où la Loire écumeuse, [...]
Mots clefs :
Critiques du Mercure, Auteurs, Article des morts, Article des Arrêts
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texteReconnaissance textuelle : LES CRITIQUES DU MERCURE. Par Mlle de Malcrais de la Vigne du Croisic, en Bretagne.
LES CRITIQUES DU MERCURE.
Par Mlle de Malcrais de la Vigne du Croisie,
en Bretagne.
On , loin des bords charmans , où la Loire
S'enfile , et s'enorgueillit de porter des Vais seaux ,
S'éleve une Ville fameuse
Par les biens que chez elle ont apporté les eaux
Là ( comme on nous en fait l'histoire 】
Chez certain Imprimeur , aux sourcis rechignés ,
Fier de quelques Ecus , à la hâte gagnez ,
S'assemble un plaisant Consistoire.
Medecins Damoiseaux , Avocats bien peignez,
Auprès des Ignorans , s'en faisant fort à croire ,
A vingt-cinq ou trente ans , Docteurs interli→
gnez,
Tiennent dans sa Boutique un nombreux Audi- toire.
1
Là, se passent par le Tamis ,
Auteur moderne , Auteur antique ;
Tout à leur sentiment , sans appel est soûmis ;
Sur l'Etiquette on juge , on déclare Hérétique ,
Poëte , Prosateur ; et leur caprice inique ,
Veut regler à son gré , sans connoître le Marc ,
1.Vol.
La
A JUIN. 1732. 1149
.2 La Balance de la critique.
Un jour sur le Mercure ils exerçoient leur arc.
-Parlez-moi , s'écrioit un Batard d'Hypocrate ,"
S'addressant au Seigneur Pergen ,
Ce Livre , à votre avis , contient- il rien de bon
Y trouvez-vous rien qui vous flatte ?
Qui , moi ? Vous vous mocquez , lui répond
l'autre : Non.
Mais sur tout ce qui me chagrine ,"
Me fait monter la bile , en un mot m'assassine ;
C'est que dans l'article des Morts ,
2
On n'y met point la maladie ;
Qui du dernier hoquet , leur causa les efforts.
Si l'Auteur avoit du gémie ,
Il feroit un détail , dont la douce armonie
Surpasseroit la mélodie,
D'un Cigne réduit aux abois
Il nous diroit combien de fois ,
Le malade a passé par la Phlébotomie ;
Combien il eut d'accès et de redoublemens .
Combien il prit de Lavemens.
Oh ! le Mercure alors , grace à ces agrémens ,
Sesoûtiendroit , malgré l'en vie.
Pour moi , dit Cujaton , qui se tait au Palais ,
Mais grand parleur en compagnie ,
Le Mercure , à mon sens , auroit beaucoup d'at- traits ,
I. Vol.
E i Si
1150 MERCURE DE FRANCE
Si dans l'article des Arrêts
On déploïoit les Plaidoiries.
Il faudroit commencer , d'abord par les Exploits,
Les petites Ecorcheries he
Sommations viendroient gentiment trois à trois ;
Puis marchant à grands pas , de vieux papiers
chargées , ใน ป
Par ordre paroîtroient vastes Productions',
Incidens supposez , fines inductions..
Ainsi ces pieces arrangées ,
Feroient par tout valoir ce Livre recherché ,
M
En ces mots nos Messieurs expliquoient leurs
pensées
Quand quelqu'un , dans un coin caché
S'en tira tout à coup ; et d'un ton très- fâché ,
Ces paroles par lui leur furent addressées.
Allez vous purger le cerveau ,
Avortons de la Medecine ;
Et vous, Avocats sans doctrine ,
Allez moucher , tousser , et cracher au Bareau.
Terminez des discours qu'à bon droit je comparc
A ceux d'une Bigote Ignare ,"
Qui se trouve au Sermon du Roy ,
Puis étant de retour chez soi j
Blâme , approuve , examine et croit en sa cere velle ,
I.Vol. Mêlant
JUIN. 1732. 1Isr
Mêlant et le Dogme , et la Foy ,.
Que ce docte Sermon fut fait exprès pour elle.
fat tist:statate
Par Mlle de Malcrais de la Vigne du Croisie,
en Bretagne.
On , loin des bords charmans , où la Loire
S'enfile , et s'enorgueillit de porter des Vais seaux ,
S'éleve une Ville fameuse
Par les biens que chez elle ont apporté les eaux
Là ( comme on nous en fait l'histoire 】
Chez certain Imprimeur , aux sourcis rechignés ,
Fier de quelques Ecus , à la hâte gagnez ,
S'assemble un plaisant Consistoire.
Medecins Damoiseaux , Avocats bien peignez,
Auprès des Ignorans , s'en faisant fort à croire ,
A vingt-cinq ou trente ans , Docteurs interli→
gnez,
Tiennent dans sa Boutique un nombreux Audi- toire.
1
Là, se passent par le Tamis ,
Auteur moderne , Auteur antique ;
Tout à leur sentiment , sans appel est soûmis ;
Sur l'Etiquette on juge , on déclare Hérétique ,
Poëte , Prosateur ; et leur caprice inique ,
Veut regler à son gré , sans connoître le Marc ,
1.Vol.
La
A JUIN. 1732. 1149
.2 La Balance de la critique.
Un jour sur le Mercure ils exerçoient leur arc.
-Parlez-moi , s'écrioit un Batard d'Hypocrate ,"
S'addressant au Seigneur Pergen ,
Ce Livre , à votre avis , contient- il rien de bon
Y trouvez-vous rien qui vous flatte ?
Qui , moi ? Vous vous mocquez , lui répond
l'autre : Non.
Mais sur tout ce qui me chagrine ,"
Me fait monter la bile , en un mot m'assassine ;
C'est que dans l'article des Morts ,
2
On n'y met point la maladie ;
Qui du dernier hoquet , leur causa les efforts.
Si l'Auteur avoit du gémie ,
Il feroit un détail , dont la douce armonie
Surpasseroit la mélodie,
D'un Cigne réduit aux abois
Il nous diroit combien de fois ,
Le malade a passé par la Phlébotomie ;
Combien il eut d'accès et de redoublemens .
Combien il prit de Lavemens.
Oh ! le Mercure alors , grace à ces agrémens ,
Sesoûtiendroit , malgré l'en vie.
Pour moi , dit Cujaton , qui se tait au Palais ,
Mais grand parleur en compagnie ,
Le Mercure , à mon sens , auroit beaucoup d'at- traits ,
I. Vol.
E i Si
1150 MERCURE DE FRANCE
Si dans l'article des Arrêts
On déploïoit les Plaidoiries.
Il faudroit commencer , d'abord par les Exploits,
Les petites Ecorcheries he
Sommations viendroient gentiment trois à trois ;
Puis marchant à grands pas , de vieux papiers
chargées , ใน ป
Par ordre paroîtroient vastes Productions',
Incidens supposez , fines inductions..
Ainsi ces pieces arrangées ,
Feroient par tout valoir ce Livre recherché ,
M
En ces mots nos Messieurs expliquoient leurs
pensées
Quand quelqu'un , dans un coin caché
S'en tira tout à coup ; et d'un ton très- fâché ,
Ces paroles par lui leur furent addressées.
Allez vous purger le cerveau ,
Avortons de la Medecine ;
Et vous, Avocats sans doctrine ,
Allez moucher , tousser , et cracher au Bareau.
Terminez des discours qu'à bon droit je comparc
A ceux d'une Bigote Ignare ,"
Qui se trouve au Sermon du Roy ,
Puis étant de retour chez soi j
Blâme , approuve , examine et croit en sa cere velle ,
I.Vol. Mêlant
JUIN. 1732. 1Isr
Mêlant et le Dogme , et la Foy ,.
Que ce docte Sermon fut fait exprès pour elle.
fat tist:statate
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Résumé : LES CRITIQUES DU MERCURE. Par Mlle de Malcrais de la Vigne du Croisic, en Bretagne.
Le poème satirique 'Les Critiques du Mercure' est écrit par Mlle de Malcrais de la Vigne du Croisie en Bretagne. Il relate une réunion dans une ville connue pour ses eaux bénéfiques, où des médecins et des avocats se rassemblent chez un imprimeur. Ces individus, se prétendant docteurs, critiquent les auteurs modernes et antiques sans réelle connaissance. Ils jugent les œuvres littéraires uniquement sur leur apparence et déclarent hérétiques ceux qui ne correspondent pas à leurs goûts. Lors d'une réunion, ils critiquent le Mercure, une publication. Un médecin, s'adressant au Seigneur Pergen, regrette l'absence de détails médicaux dans les articles sur les décès, souhaitant des descriptions précises des maladies et des traitements. Un autre, Cujaton, propose que le Mercure inclue des détails sur les plaidoiries et les procédures judiciaires. Un observateur caché interrompt la réunion, critiquant les médecins et les avocats pour leur ignorance et leur manque de compétence. Il compare leurs discours à ceux d'une bigote ignorante analysant un sermon royal, mélangeant dogme et foi selon ses propres croyances.
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3024
p. 1155
ENIGME.
Début :
Je suis un Instrument utile, [...]
Mots clefs :
Soufflet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
NIGM E.
E suis un Instrument utile ,
Aux champs moins connu qu'à la Villes
Si je me repose l'Eté ,
B'Hyver-fait recourir à mon utilité ,
Dans les lieux Saints , les jours de Fêtes
Je fais mouvoir des doigts et tourner quelques têtes:
Je sers à des gens inhumains ,"
Qui du sang innocent teignent souvent leurs mains ;
Une profession du repos ennemie ,
Sans moi ne peut gagner sa vie ,
Ce qu'on me donne je le prens ,
Mais tout aussi-tôt je le rends.
Bris dans un autre sens , une main trop hardie ,
Par moi fait une injure , et n'est guere impunie
Et pris encor differemment ,
J'entre dans la cérémonie
D'un salutaire Sacrement.
E suis un Instrument utile ,
Aux champs moins connu qu'à la Villes
Si je me repose l'Eté ,
B'Hyver-fait recourir à mon utilité ,
Dans les lieux Saints , les jours de Fêtes
Je fais mouvoir des doigts et tourner quelques têtes:
Je sers à des gens inhumains ,"
Qui du sang innocent teignent souvent leurs mains ;
Une profession du repos ennemie ,
Sans moi ne peut gagner sa vie ,
Ce qu'on me donne je le prens ,
Mais tout aussi-tôt je le rends.
Bris dans un autre sens , une main trop hardie ,
Par moi fait une injure , et n'est guere impunie
Et pris encor differemment ,
J'entre dans la cérémonie
D'un salutaire Sacrement.
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3025
p. 1155-1157
LOGOGRYPHE.
Début :
Neuf lettres composent mon nom ; [...]
Mots clefs :
Chocolat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
OGOGRYP HE..
NEEuflettres composent mon nom3
Je suis bon à manger , à boire :
I.Vol Des
7156 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples étrangers ont seuls toute la gloire,
De mon invention.
En Europe déja je suis fort en usage .
Mais on m'aime sur tout chez une Nation ,
Dont la fierté fut toujours le Partage.
Ami, Lecteur , veux- tu me deviner ?
Prends de mon nom , un , deux, trois !
quatre ,
Je brice verre, cruche et je fais frissonner
Bon nombre de Guerriers qui craignent de se
battre ,
Un , trois , quatre , la nuit je trouble ton repos
Et quoique très-petit je fais prendre la fuite
Au Roy de tous les animaux.
Un , deux , sept , huit , je suis un hypo- crite ,
Qui prends plaisir à croquer ces Nigauds
Qui vouloient autrefois attacher des Grelots
Un, quatre , cinq et six de mes droles de Fréres ,
Pour pouvoir échapper à leurs dents sanguinaires,
Un , trois , quatre , cinq ; les dévots -
Empruntent mon secours pour dire leur Ro- saires ;
Je suis un fruit tiré des terres étrangères.
Un , sept , six , cinq, huit , neuf , les . Abbez.
Provençaux ,
Pour empêcher le froid de leur donner sur créte ,
L. Vol.
Ont
JUIN. 1732. 1157
Ont moins besoin qu'aucun de mon
secours ;
Mais j'ai l'honneur d'être à la tête
'un nouveau Régiment établi de nos jours.
Un, trois, quatre, deux , neuf, plus vite qu'Ar balête ,
Sans jambes et sans pieds je cours ,
Pour servir le public , je brave la tempête.
Neuf, quatre , deux er trois , sans raison je dis Cours ,
Sans langue je parle et m'explique ,
Je chante tous les Airs , sans sçavoir la Musi
que
Par M. de Mondragon..
NEEuflettres composent mon nom3
Je suis bon à manger , à boire :
I.Vol Des
7156 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples étrangers ont seuls toute la gloire,
De mon invention.
En Europe déja je suis fort en usage .
Mais on m'aime sur tout chez une Nation ,
Dont la fierté fut toujours le Partage.
Ami, Lecteur , veux- tu me deviner ?
Prends de mon nom , un , deux, trois !
quatre ,
Je brice verre, cruche et je fais frissonner
Bon nombre de Guerriers qui craignent de se
battre ,
Un , trois , quatre , la nuit je trouble ton repos
Et quoique très-petit je fais prendre la fuite
Au Roy de tous les animaux.
Un , deux , sept , huit , je suis un hypo- crite ,
Qui prends plaisir à croquer ces Nigauds
Qui vouloient autrefois attacher des Grelots
Un, quatre , cinq et six de mes droles de Fréres ,
Pour pouvoir échapper à leurs dents sanguinaires,
Un , trois , quatre , cinq ; les dévots -
Empruntent mon secours pour dire leur Ro- saires ;
Je suis un fruit tiré des terres étrangères.
Un , sept , six , cinq, huit , neuf , les . Abbez.
Provençaux ,
Pour empêcher le froid de leur donner sur créte ,
L. Vol.
Ont
JUIN. 1732. 1157
Ont moins besoin qu'aucun de mon
secours ;
Mais j'ai l'honneur d'être à la tête
'un nouveau Régiment établi de nos jours.
Un, trois, quatre, deux , neuf, plus vite qu'Ar balête ,
Sans jambes et sans pieds je cours ,
Pour servir le public , je brave la tempête.
Neuf, quatre , deux er trois , sans raison je dis Cours ,
Sans langue je parle et m'explique ,
Je chante tous les Airs , sans sçavoir la Musi
que
Par M. de Mondragon..
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3026
p. 1157-1158
AUTRE LOGOGRYPHE.
Début :
Sept lettres seulement font toute ma structure ; [...]
Mots clefs :
Cornard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRYPHE.
AUTRE LOGOGRYPHE.
Sept lettres seulement font toute ma structure;
Quand on se sert de moi, c'est pour dire une
injure
A deux sortes de gens bien différens entr'eux ;
Les prémiers méprisez et souvent méprisables ,.
Enragent de se voir membres d'un Corps nom❤ breux ,
Et les autres haïs , sans être haïssables ,
Avec tout leur crédit, n'en sont pas plus heureux.
Si vous me divisez ; ma premiere partie
Vous offre un Instrument , qui, quoiqu'harmo nieux >
I. Vol.
Fait
1158 MERCURE DE FRANCE
Fait trembler dans les Bois mainte Bête tapie ,
Leur fait prendre la fuite et les remplit d'effroi
En cet état , renversez-vous mon ordre
Ah ! cher Lecteur , que ferez-vous de moi?
'Avec toutes vos dents vous ne sçauriez me mor- dre.
Ma seconde partie est le nom d'un parfum ,
Dont il nous est parlé dans la sainte Ecriture.'
Quatre , deux , six , sept pris , retranchez, cinq trois , un ,
Je marque des Païs sujets à la froidure.
Arrangez un, cinq , six ; follement autrefois ,
On voulut me bannir du langage françois.
Prenez sept , deux, quatre , un , la gent ergoti
sante ,
Me fait sonner bien haut dans son humeur
bouillante.
Mon anagrame enfin est un nom d'Empereur
Mais c'en est déja trop pour le subtil Lecteur.
Par M. de S. Nazaire.
Sept lettres seulement font toute ma structure;
Quand on se sert de moi, c'est pour dire une
injure
A deux sortes de gens bien différens entr'eux ;
Les prémiers méprisez et souvent méprisables ,.
Enragent de se voir membres d'un Corps nom❤ breux ,
Et les autres haïs , sans être haïssables ,
Avec tout leur crédit, n'en sont pas plus heureux.
Si vous me divisez ; ma premiere partie
Vous offre un Instrument , qui, quoiqu'harmo nieux >
I. Vol.
Fait
1158 MERCURE DE FRANCE
Fait trembler dans les Bois mainte Bête tapie ,
Leur fait prendre la fuite et les remplit d'effroi
En cet état , renversez-vous mon ordre
Ah ! cher Lecteur , que ferez-vous de moi?
'Avec toutes vos dents vous ne sçauriez me mor- dre.
Ma seconde partie est le nom d'un parfum ,
Dont il nous est parlé dans la sainte Ecriture.'
Quatre , deux , six , sept pris , retranchez, cinq trois , un ,
Je marque des Païs sujets à la froidure.
Arrangez un, cinq , six ; follement autrefois ,
On voulut me bannir du langage françois.
Prenez sept , deux, quatre , un , la gent ergoti
sante ,
Me fait sonner bien haut dans son humeur
bouillante.
Mon anagrame enfin est un nom d'Empereur
Mais c'en est déja trop pour le subtil Lecteur.
Par M. de S. Nazaire.
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3027
p. 1192
LA FILEUSE.
Début :
Que mon adorable Bergere, [...]
Mots clefs :
Fuseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FILEUSE.
LA FILEUSE.
Ue mon adorable Bergere ,
Sçait bien faire aller le Fuseau ;
Elle le tient d'un goût nouveau ,
En filant elle a sçu me plaire :
Filez , Cloris , filez toûjours ,
• Vous filez mes beaux jours.
Quand sous quelque charmant feüillage ,
Du Soleil nous fuyons l'ardeur ,
Sûr que je possede son cœur ,
Je lui tiens ce tendre langage :
Filez , Cloris , filez toûjours ,
Vous filez mes beaux jours.
P. M.l'Affichard.
Ue mon adorable Bergere ,
Sçait bien faire aller le Fuseau ;
Elle le tient d'un goût nouveau ,
En filant elle a sçu me plaire :
Filez , Cloris , filez toûjours ,
• Vous filez mes beaux jours.
Quand sous quelque charmant feüillage ,
Du Soleil nous fuyons l'ardeur ,
Sûr que je possede son cœur ,
Je lui tiens ce tendre langage :
Filez , Cloris , filez toûjours ,
Vous filez mes beaux jours.
P. M.l'Affichard.
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3028
p. 1192-1193
AIR.
Début :
Vous troublez les humides Plaines, [...]
Mots clefs :
Tyrans des airs, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : AIR.
AIR.
Vous troublez les humides Plaines ,
Fiers et fougueux Tyrans des Airs ;
Et par vos bruyantes haleines ,
Vous ravagez tout l'Univers.
Quand vous grondez sur nous , vous effrayez
mon ame ;
Vous , pour armer le Ciel , que la Terre produit ,
Vous, Foudres, Aquilons , qui faites tant de bruit,
Vous en faites moins que ma femme.
Ces Paroles et la Musique sont de E.
M. J. D. L.
Vous troublez les humides Plaines ,
Fiers et fougueux Tyrans des Airs ;
Et par vos bruyantes haleines ,
Vous ravagez tout l'Univers.
Quand vous grondez sur nous , vous effrayez
mon ame ;
Vous , pour armer le Ciel , que la Terre produit ,
Vous, Foudres, Aquilons , qui faites tant de bruit,
Vous en faites moins que ma femme.
Ces Paroles et la Musique sont de E.
M. J. D. L.
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3029
p. 1242
BOUQUET, A Mlle...... qui ne sçauroit souffrir l'odeur des Fleurs.
Début :
Aimbale Iris, c'est demain votre Fête, [...]
Mots clefs :
Amour, Bouquet, Fleurs, Iris
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texteReconnaissance textuelle : BOUQUET, A Mlle...... qui ne sçauroit souffrir l'odeur des Fleurs.
A Mile
Ne dites
BOUQUET,
qui ne sçauroit souffrir
l'odeur des Fleurs.
AImable Iris , c'est demain votre Fête ,
Je veux vous donner un Bouquet ;
pas : les Fleurs me font mal à la tête ,
Je n'en veux point ; voyez dequoi le mien est fait.
Ce n'est point un Bouquet dont l'odeur s'évas
pore,
Iris , ce sont des Fleurs du Dieu qu'on nomme Amour ,
C'est vous qui les faites éclore ,
C'est moi qui leur donne le jour.
Que dis-je qu'ai- je fait ? cet avèu vous offense ,
Amour , fatal Amour , pourquoi me trahis- tu
Eh , ne pouvois- tu donc rester dans le silence ,
Ou faire que d'Iris , tu fusses mieux reçu ?
Mais je vois un souris qui dissipe mes craintes ,
Allez, mes Vers , produisez-vous ,
Dites-lui que mon cœur sent les vives atteintes
D'un feu ..paix ! gardez-vous d'alllumer son couroux.
Ne dites
BOUQUET,
qui ne sçauroit souffrir
l'odeur des Fleurs.
AImable Iris , c'est demain votre Fête ,
Je veux vous donner un Bouquet ;
pas : les Fleurs me font mal à la tête ,
Je n'en veux point ; voyez dequoi le mien est fait.
Ce n'est point un Bouquet dont l'odeur s'évas
pore,
Iris , ce sont des Fleurs du Dieu qu'on nomme Amour ,
C'est vous qui les faites éclore ,
C'est moi qui leur donne le jour.
Que dis-je qu'ai- je fait ? cet avèu vous offense ,
Amour , fatal Amour , pourquoi me trahis- tu
Eh , ne pouvois- tu donc rester dans le silence ,
Ou faire que d'Iris , tu fusses mieux reçu ?
Mais je vois un souris qui dissipe mes craintes ,
Allez, mes Vers , produisez-vous ,
Dites-lui que mon cœur sent les vives atteintes
D'un feu ..paix ! gardez-vous d'alllumer son couroux.
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Résumé : BOUQUET, A Mlle...... qui ne sçauroit souffrir l'odeur des Fleurs.
Le locuteur adresse un poème à Iris pour sa fête, exprimant son aversion pour les fleurs mais offrant un bouquet symbolisant l'amour. Il craint d'offenser Iris mais voit son sourire dissiper ses craintes. Il met en garde les vers de ne pas révéler ses sentiments.
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3030
p. 1244-1245
BOUQUET, A M. Antoine ***
Début :
Quelle saison pour votre Fête ! [...]
Mots clefs :
Fleurs, Bouquets, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET, A M. Antoine ***
B OU QUET,
A M. Antoine *
Quelle Uelle saison pour votre
*
Fête!
J'ai beau chercher des fleurs pour orner votre
sête,
Je ne trouve que des glaçons ;
Quel présent , pour prouver à quel point je vous aime ;
La promte violette même ;
N'oseroit naître encore à l'abri des Buissons.
La nature gemit de se voir déparée
I. Vol.
Da
J'UIN. 1732. 1243
De tous ses plus beaux ornemens ;
Ce qu'elle avoit produit est détruit par Borée ,
Et la Cohorte des Autans ;
Les Zéphirs , Flore , et ses Compagnes
Ont abandonné nos Campagnes.
Je vais , faute de fleurs , former pour vous dés vœux ,
Puissent vos jours couler dans un repos heu
reux !
Qu'à Lachesis leur trame échape ,
Sans les remedes d'Esculape.
Que l'Astre qui fait les saisons ,
Fasse cent fois le tour de ses douze Maisons ;
Avant que la chaleur vous quitte ;..
Avant que vous passiez le fabuleux Cocyte.
M.CHABAUD.”
A M. Antoine *
Quelle Uelle saison pour votre
*
Fête!
J'ai beau chercher des fleurs pour orner votre
sête,
Je ne trouve que des glaçons ;
Quel présent , pour prouver à quel point je vous aime ;
La promte violette même ;
N'oseroit naître encore à l'abri des Buissons.
La nature gemit de se voir déparée
I. Vol.
Da
J'UIN. 1732. 1243
De tous ses plus beaux ornemens ;
Ce qu'elle avoit produit est détruit par Borée ,
Et la Cohorte des Autans ;
Les Zéphirs , Flore , et ses Compagnes
Ont abandonné nos Campagnes.
Je vais , faute de fleurs , former pour vous dés vœux ,
Puissent vos jours couler dans un repos heu
reux !
Qu'à Lachesis leur trame échape ,
Sans les remedes d'Esculape.
Que l'Astre qui fait les saisons ,
Fasse cent fois le tour de ses douze Maisons ;
Avant que la chaleur vous quitte ;..
Avant que vous passiez le fabuleux Cocyte.
M.CHABAUD.”
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Résumé : BOUQUET, A M. Antoine ***
L'auteur écrit à M. Antoine pour une fête hivernale, regrettant l'absence de fleurs. Il souhaite à M. Antoine un repos heureux et une longue vie. La lettre est signée M. Chabaud et datée de juin 1732.
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3031
p. 1247-1248
A M. LE CHEVALIER DE LA T...
Début :
Dans l'étude de la sagesse, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Fuite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. LE CHEVALIER DE LA T...
A M. LE CHEVALIER DE LA T....
*
D Ans l'étude de la sagesse ,
Vous avez jusqu'icy passé votre jeunesse
Quelquefois par délassement ;
Dans un esprit de badinage ,
Vous exerciez plus d'un talent ,
Dont vous ne faites plus un si fréquent usage ::
Vous vous plaisiez sur tout à peindre élégam- ment ,
Le redoutable Amour , ce Dieu si plein de char mes ,
Hélas ! vous ignoriez le pouvoit de ses armes !!
Vous ne l'aviez alors , guéres vû qu'en Tablèau ,,
Sorti de votre plume , ou de votre pinceau,
Mais aujourd'hui , dans les yeux de Silvie
Vous le bravez à tout moment.
Minerve qui se plût à régler votre vie ,
En murmure assez hautement.
Alle apprend qu'on ne peut vaincre que par las fuite ,
Si le vertueux Hypolite ,
Que l'on compte entre les Héros ,
Abandonna pour Aricie,
Son Char , son Arc, ses Javelots ,
Ah ! je crains bien que pour Silvie .
1. Vol.
I v Vous
1248 MERCURE DE FRANCE
Vous ne perdiez votre repos ,
Avec votre Philosophie
Par M. de Sommevesle , de Châlons
en Champagne.
*
D Ans l'étude de la sagesse ,
Vous avez jusqu'icy passé votre jeunesse
Quelquefois par délassement ;
Dans un esprit de badinage ,
Vous exerciez plus d'un talent ,
Dont vous ne faites plus un si fréquent usage ::
Vous vous plaisiez sur tout à peindre élégam- ment ,
Le redoutable Amour , ce Dieu si plein de char mes ,
Hélas ! vous ignoriez le pouvoit de ses armes !!
Vous ne l'aviez alors , guéres vû qu'en Tablèau ,,
Sorti de votre plume , ou de votre pinceau,
Mais aujourd'hui , dans les yeux de Silvie
Vous le bravez à tout moment.
Minerve qui se plût à régler votre vie ,
En murmure assez hautement.
Alle apprend qu'on ne peut vaincre que par las fuite ,
Si le vertueux Hypolite ,
Que l'on compte entre les Héros ,
Abandonna pour Aricie,
Son Char , son Arc, ses Javelots ,
Ah ! je crains bien que pour Silvie .
1. Vol.
I v Vous
1248 MERCURE DE FRANCE
Vous ne perdiez votre repos ,
Avec votre Philosophie
Par M. de Sommevesle , de Châlons
en Champagne.
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Résumé : A M. LE CHEVALIER DE LA T...
M. de Sommevesle écrit au Chevalier de La T... pour évoquer sa jeunesse dédiée à la sagesse et aux arts. Il mentionne l'amour ignoré alors, mais aujourd'hui présent dans les yeux de Silvie. Minerve conseille la fuite, citant Hypolite. L'auteur craint que Silvie ne perturbe le repos et la philosophie du destinataire.
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3032
p. 1251-1253
SUR LE MOIS D'AVRIL.
Début :
Dans une Cabane champêtre, [...]
Mots clefs :
Avril, Saison, Retraites
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texteReconnaissance textuelle : SUR LE MOIS D'AVRIL.
SUR LE MOIS D'AVRIL.
Dansune Cabane champêtre ,
Doux Avril , agréable mois ,
1. Vol.
Ton
1252 MERCURE DE FRANCE
Ton huitiéme jour me vit naître
L'an de Grace mil sept cens trois.
O que le temps s'écoule vite !
Qu'il sert peu de le regretter !.
Que rarement on en profite ,
Comme on devroit en profiter,!
Pour rajeunir Vertumne et Flore ,
Enfin , je te vois revenir ;
Beau Mois, n'aurois- tu point encore ,
Le pouvoir de me rajeunir ?
Tun'as point ce pouvoir , sans doute ,
Et mes desirs sont superflus ;
Je me trouve au bout d'une route
Par où je ne passerai plus.
M
Adieu , florissante Jeunesse
Adieu, Saison pleine d'attraits.
Que n'a-t'on assez de sagessé ,
Pour t'abandonner sans regrets ?
Mille disgraces sont voisines ,
De tes passageres faveurs
Si l'on connoissoit tes épines
On cueilliroit peu de tes fleurs.
M
Cependant l'aimable Zephire,
Rappelle la Mere d'Ļtis. --- ་་
ᏗᏤ . Déja
JUIN 1732% 1253
Déja plus d'un riche Navire ,
Fend l'Onde calme de Thétis ;..
Deja Cerès couvrant la Terre ,
Fait esperer d'amples moissons ;
Bientôt par une feinte guerre ,
Mars instruira ses. Nourrissons.
Sfc
Dans nos Retraites bocageres ,
Les jeux de Márs sont étrangers.
Chanter , danser , plaire aux Bergeres ,.
C'est la Milice des Bergers, .
Jadis , comme eux , j'aimois à suivre z
Mes tendres inclinations ;
Aujourd'hui mon ame se livre ,
A de tristes refléxions.
Charmes séduisans de la vie ,
Dis-je , Plaisirs , Jeux, Ris , Amours ,
Vous me donnez bien quelque envie ,
Mais helas? vous êtes trop courts.
Dela pus longue jouissance ,
En vain l'espoir vient, me flåter ;
Je renonce à tout quand je pense ,
Qu'un jour il faudra tout quitter.
F. M. F
Dansune Cabane champêtre ,
Doux Avril , agréable mois ,
1. Vol.
Ton
1252 MERCURE DE FRANCE
Ton huitiéme jour me vit naître
L'an de Grace mil sept cens trois.
O que le temps s'écoule vite !
Qu'il sert peu de le regretter !.
Que rarement on en profite ,
Comme on devroit en profiter,!
Pour rajeunir Vertumne et Flore ,
Enfin , je te vois revenir ;
Beau Mois, n'aurois- tu point encore ,
Le pouvoir de me rajeunir ?
Tun'as point ce pouvoir , sans doute ,
Et mes desirs sont superflus ;
Je me trouve au bout d'une route
Par où je ne passerai plus.
M
Adieu , florissante Jeunesse
Adieu, Saison pleine d'attraits.
Que n'a-t'on assez de sagessé ,
Pour t'abandonner sans regrets ?
Mille disgraces sont voisines ,
De tes passageres faveurs
Si l'on connoissoit tes épines
On cueilliroit peu de tes fleurs.
M
Cependant l'aimable Zephire,
Rappelle la Mere d'Ļtis. --- ་་
ᏗᏤ . Déja
JUIN 1732% 1253
Déja plus d'un riche Navire ,
Fend l'Onde calme de Thétis ;..
Deja Cerès couvrant la Terre ,
Fait esperer d'amples moissons ;
Bientôt par une feinte guerre ,
Mars instruira ses. Nourrissons.
Sfc
Dans nos Retraites bocageres ,
Les jeux de Márs sont étrangers.
Chanter , danser , plaire aux Bergeres ,.
C'est la Milice des Bergers, .
Jadis , comme eux , j'aimois à suivre z
Mes tendres inclinations ;
Aujourd'hui mon ame se livre ,
A de tristes refléxions.
Charmes séduisans de la vie ,
Dis-je , Plaisirs , Jeux, Ris , Amours ,
Vous me donnez bien quelque envie ,
Mais helas? vous êtes trop courts.
Dela pus longue jouissance ,
En vain l'espoir vient, me flåter ;
Je renonce à tout quand je pense ,
Qu'un jour il faudra tout quitter.
F. M. F
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Résumé : SUR LE MOIS D'AVRIL.
Le poème 'Sur le mois d'avril', publié dans le Mercure de France en 1732, est écrit par un auteur né le 8 avril 1703. Il exprime sa nostalgie face à la fugacité de la jeunesse et regrette de n'avoir pas su en profiter pleinement. Le poète accueille le retour du mois d'avril, mais reconnaît que celui-ci ne peut le rajeunir. Il admet être au bout d'une route qu'il ne parcourra plus et dit adieu à la jeunesse et à ses attraits. Il met en garde contre les disgrâces accompagnant les faveurs passagères de la jeunesse. Le poème évoque également l'arrivée du printemps, avec Zephir rappelant Thétis, et la reprise des activités agricoles et militaires. Dans les retraites champêtres, les bergers chantent, dansent et plaisent aux bergères. L'auteur contraste son passé, où il suivait ses inclinations, avec son présent marqué par des réflexions tristes. Il trouve les charmes de la vie séduisants mais éphémères et renonce à toute jouissance durable en pensant à l'inévitable départ.
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3033
p. 1259-1264
L'INDISCRETION. ODE.
Début :
Toi, qu'adore un peuple idolâtre, [...]
Mots clefs :
Indiscrétion, Amour, Temple, Triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INDISCRETION. ODE.
L'INDISCRETION.
T
ODE.
OY qu'adore un peuple idolky
tre ,
Dans le Temple qu'habite Isis ,
Loin , Dieu ( a ) muet ; je vais combatre ,
Les Sacrileges de Memphis.
Jamais cette rive féconde ,
(a) Harpocrate , Dieu du Silence,
II. Vol Quc A ij
1250 MERCURE DE FRANCE
Que le Nil moüille de son Onde,
Ne t'auroit prodigué l'encens ;
Si l'Egypte ainsi que la Flandre , ( a)
Eût eut l'avantage d'entendre ,
La douceur libre de mes chants.
M
Digne de nos tendres hommages,
La charmante Indiscretion ,
Sçait de nos cœurs , dans tous les âges
Bannir la froide passion ;
Du seul vrai fidelle Interprete ,
Les sons qu'enfante sa Trompette ,
Mettent le prix à nos travaux ;
Sa hardiesse à nous apprendre ,
Les plaisirs que l'amour fait prendre
En forme des plaisirs nouveaux.
粥
Quel est à l'ombre de ce hestre ,
Cet homme inquiet et réveur ?
C'est , je ne puis le méconnoître
Un Amant qui tait son bonheur.
De la même main qui le blesse
L'amour couronne sa tendresse ,
A
(a )L'Auteur composa cette Ode à Lille en
Flandre.
II.Vol.
Qu'a
JUIN. 17320 1261
Qu'a-t-il encore à désirer !
Son silence fait son martyrė ;
Malheureux , s'il n'ose le dire ,
Je le condamne à soupirer
Ecoutons l'Amant de Julie ,
Chanter son triomphe secret ,
Il craint que s'il ne le public ,
Son bonheur ne soit pas parfait.
Auguste en vain parmi le gette ,
Relegue sa Muse indiscrete.
Ovide n'est point abbatu ,
Ses douleurs , ses larmes sont feintes à
Et je lis à travers ses plaintes ,
Qu'il ne voudroit point s'être tu
潞
Quoi! parmi la foule importune ;
De mille Rivaux obstinez ,
Sans leur annoncer ma fortune ;
Je verrai mes vœux courronnez !
Témoin de l'espoir qui les flate ,
Ma stupidité délicate
Rougira de les détromper !
Et leurs cœurs qu'enivre la gloire ;
Loin de celebrer ma victoire ,
S'efforceront de l'usurper !
II.Vol. A iij Non,
1262 MERCURE DE FRANCE
Non. Dans le dépit que leur causent
Mes vers , garants de leur affront ,'
Je veux que leurs larmes arrosent
Le Myste , dont je ceints mon front.
Un Char que`décore leur honte ,
Mieux que les faveurs d'Amatonte.
Illustrent nos tendres combats ;
Pâris n'eût dans les bras d'Héléne ,..
Goûté qu'une joïe incertaine ,
Sans la douleur de Ménélas.
Loin que de ma bruïante Lire ,
S'allarme une jeune beauté ,
Aux Chansons que l'amour m'inspire
Souvent elle doit sa fierté.
Telle que l'on eût ignorée ,
Fut par mille voix célébrée.
Dès qu'elle eût adouci mes fers ;
Catulle , ta plume hardie ,
Des charmes , du nom de Lesbie
Instruisit Rome , et l'Univers.
Sombre nourrisson de l'Ibere ,
Ne me vante plus tes plaisirs ;
Me rends-je esclave du mystere ?
Je le deviens de mes soupirs.
II. Vol. Jeune
JUIN. 1732 1263
Jeune , du respect qui l'opprime ,
Comme toy , je fus la victime.
L'amour en affranchit mon cœur
Quand la vérité la dénouë ,
Ma langue ne craint point la roue ,"
Où Junon lie un Imposteur. ( a)
Mais qu'entens-je ? l'Etna résone ;
Quel dessein allume ces feux ?
Sous le Marteau qui le façone,
L'Airain disparoît à mes yeux.
Sage fruit de la politique !
Dans ces Vers que ta main fabrique.
Mars et Venus vont se jetter ,
Vulcain , publier ta disgrace ,
N'est-ce pas au Dieu de la Thrace ,
Ravir l'honneur de s'en vanter ?
C'est d'une vanité si chere ,
Que l'amour emprunté ses traits ;
A quoi me serviroit de plaire ,
Si l'on ignoroit que je plais ?
Le secret aigrit ma constance ;
Sous le joug honteux du silence.
Veut-on asservir mes transports ?
( a ) Ixion.
II. Volá A iiij ' rai ,
1264 MERCURE DE FRANCE
J'irai , nouveau Chantre d'Ismare ,
Faire encore aux eaux du Ténare ,
Entendre d'amoureux accords.
De Sens , par M.DE BROGLIO ,
Provençal.
T
ODE.
OY qu'adore un peuple idolky
tre ,
Dans le Temple qu'habite Isis ,
Loin , Dieu ( a ) muet ; je vais combatre ,
Les Sacrileges de Memphis.
Jamais cette rive féconde ,
(a) Harpocrate , Dieu du Silence,
II. Vol Quc A ij
1250 MERCURE DE FRANCE
Que le Nil moüille de son Onde,
Ne t'auroit prodigué l'encens ;
Si l'Egypte ainsi que la Flandre , ( a)
Eût eut l'avantage d'entendre ,
La douceur libre de mes chants.
M
Digne de nos tendres hommages,
La charmante Indiscretion ,
Sçait de nos cœurs , dans tous les âges
Bannir la froide passion ;
Du seul vrai fidelle Interprete ,
Les sons qu'enfante sa Trompette ,
Mettent le prix à nos travaux ;
Sa hardiesse à nous apprendre ,
Les plaisirs que l'amour fait prendre
En forme des plaisirs nouveaux.
粥
Quel est à l'ombre de ce hestre ,
Cet homme inquiet et réveur ?
C'est , je ne puis le méconnoître
Un Amant qui tait son bonheur.
De la même main qui le blesse
L'amour couronne sa tendresse ,
A
(a )L'Auteur composa cette Ode à Lille en
Flandre.
II.Vol.
Qu'a
JUIN. 17320 1261
Qu'a-t-il encore à désirer !
Son silence fait son martyrė ;
Malheureux , s'il n'ose le dire ,
Je le condamne à soupirer
Ecoutons l'Amant de Julie ,
Chanter son triomphe secret ,
Il craint que s'il ne le public ,
Son bonheur ne soit pas parfait.
Auguste en vain parmi le gette ,
Relegue sa Muse indiscrete.
Ovide n'est point abbatu ,
Ses douleurs , ses larmes sont feintes à
Et je lis à travers ses plaintes ,
Qu'il ne voudroit point s'être tu
潞
Quoi! parmi la foule importune ;
De mille Rivaux obstinez ,
Sans leur annoncer ma fortune ;
Je verrai mes vœux courronnez !
Témoin de l'espoir qui les flate ,
Ma stupidité délicate
Rougira de les détromper !
Et leurs cœurs qu'enivre la gloire ;
Loin de celebrer ma victoire ,
S'efforceront de l'usurper !
II.Vol. A iij Non,
1262 MERCURE DE FRANCE
Non. Dans le dépit que leur causent
Mes vers , garants de leur affront ,'
Je veux que leurs larmes arrosent
Le Myste , dont je ceints mon front.
Un Char que`décore leur honte ,
Mieux que les faveurs d'Amatonte.
Illustrent nos tendres combats ;
Pâris n'eût dans les bras d'Héléne ,..
Goûté qu'une joïe incertaine ,
Sans la douleur de Ménélas.
Loin que de ma bruïante Lire ,
S'allarme une jeune beauté ,
Aux Chansons que l'amour m'inspire
Souvent elle doit sa fierté.
Telle que l'on eût ignorée ,
Fut par mille voix célébrée.
Dès qu'elle eût adouci mes fers ;
Catulle , ta plume hardie ,
Des charmes , du nom de Lesbie
Instruisit Rome , et l'Univers.
Sombre nourrisson de l'Ibere ,
Ne me vante plus tes plaisirs ;
Me rends-je esclave du mystere ?
Je le deviens de mes soupirs.
II. Vol. Jeune
JUIN. 1732 1263
Jeune , du respect qui l'opprime ,
Comme toy , je fus la victime.
L'amour en affranchit mon cœur
Quand la vérité la dénouë ,
Ma langue ne craint point la roue ,"
Où Junon lie un Imposteur. ( a)
Mais qu'entens-je ? l'Etna résone ;
Quel dessein allume ces feux ?
Sous le Marteau qui le façone,
L'Airain disparoît à mes yeux.
Sage fruit de la politique !
Dans ces Vers que ta main fabrique.
Mars et Venus vont se jetter ,
Vulcain , publier ta disgrace ,
N'est-ce pas au Dieu de la Thrace ,
Ravir l'honneur de s'en vanter ?
C'est d'une vanité si chere ,
Que l'amour emprunté ses traits ;
A quoi me serviroit de plaire ,
Si l'on ignoroit que je plais ?
Le secret aigrit ma constance ;
Sous le joug honteux du silence.
Veut-on asservir mes transports ?
( a ) Ixion.
II. Volá A iiij ' rai ,
1264 MERCURE DE FRANCE
J'irai , nouveau Chantre d'Ismare ,
Faire encore aux eaux du Ténare ,
Entendre d'amoureux accords.
De Sens , par M.DE BROGLIO ,
Provençal.
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Résumé : L'INDISCRETION. ODE.
En juin 1732, à Lille en Flandre, un auteur compose une ode intitulée 'L'INDISCRETION'. Cette œuvre célèbre l'indiscrétion comme une qualité charmante qui écarte les passions froides et dévoile les plaisirs de l'amour. L'auteur se compare à Ovide et exprime son désir de ne pas cacher ses succès amoureux. Il souhaite que ses rivaux soient informés de sa fortune et de sa victoire, même si cela doit les attrister. L'ode évoque des figures mythologiques telles que Pâris, Hélène et Ménélas, ainsi que des poètes comme Catulle. L'auteur refuse de taire ses amours, se comparant à Ixion. Il conclut en déclarant qu'il ira chanter ses amours aux eaux du Ténare, se présentant comme un nouveau chantre d'Ismare.
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3034
p. 1291-1294
LA FAUSSE INCONSTANCE, mise en Musique, par M. de Brie. CANTATE, à voix seule.
Début :
Le Berger Palemon en proïe à sa douleur, [...]
Mots clefs :
Tristes, Berger, Palemon, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FAUSSE INCONSTANCE, mise en Musique, par M. de Brie. CANTATE, à voix seule.
LA FAUSSE INCONSTANCE,
mise en Musique , par M. de Brie.
CANTATE, à voix seule.
LE Berger Palemon en proïe à sadouleur ,
Par ses Discours plaintifs , exprimoit son mal- heur.
Ovous à qui mes cris pourront se faire entendre ,
Apprenez , apprenez , trop crédules amantes
Que mes tristes regrets et mes gemissemens›
Sont les fruits d'un amour trop tendre
H. Vol. Bvj, Que
1292 MERCURE DE FRANCE
Que l'exemple d'un malheureux
Puisse vous garentir des tourmens amoureux !
Amants , amants, brisez vos chaînes ,
Eteignez de folles ardeurs ;
De l'amour les fausses douceurs ,
Causent de veritables peines,
粥
C'est pour enflammer nos cœurs
Qu'avec vous il badine ;
De lui n'attendez point de fleurs ,
Qui ne vous cachent quelque épine :
De lui n'attendez point de fleurs ,
Que vous n'arrosiez de vos pleurs.
M
Par son mérite et sa tendresse ,
La jeune Amarillis avoit sçu me charmer
Mais cette infidele maîtresse ,
S'est lassée enfin de m'aimer.
Depuis son changement , je languis , je m'af
flige ,
Et mon troupeau que je néglige
N'entend plus mes tendres Chansons :
Je dors bien moins que je ne veille ;
Et ma Musette à mon oreille ,
Ne rend plus que de tristes , sons..
II.Vol. No
JUIN. 1732. 1293
Ne vous plaignez plus que vos belles
Refusent de vous soulager ;
Ha ! ne vaut - il pas mieux les éprouver cruelles ,
Que de les voir changer.
Vous avez au moins l'esperance ,
De les attendrir quelque jour ;
Mais j'ai perdu toute assurance
De recouvrer jamais l'objet de mon amou
M
Tandis que par ces tristes plaintes ,
Le Berger Palemon aux Bergers d'alentour ,
Du Dieu que l'on appelle Amour
Inspire les plus vives craintes ,
Quel objet vient s'offrir à ses regards surpris
C'est la charmante Amarillis.
Il reconnoit cette Bergere ·
Qu'il accusoit d'être legere :
Mais elle n'avoit feint un si prompt changement ,
Que pour éprouver son amant,
De Palémon elle couronne
La rare fidelité.
Bien-tôt le Berger lui pardonne ,
Et consent d'oublier son infidelité.
C'est une galante industrie
11. Köl. Que
1294 MERCURE DE FRANCE
De sçavoir à propos irriter un Amant :
Une petite broüillerie ,
Procure le plaisir du racommodement.
P .... r.
mise en Musique , par M. de Brie.
CANTATE, à voix seule.
LE Berger Palemon en proïe à sadouleur ,
Par ses Discours plaintifs , exprimoit son mal- heur.
Ovous à qui mes cris pourront se faire entendre ,
Apprenez , apprenez , trop crédules amantes
Que mes tristes regrets et mes gemissemens›
Sont les fruits d'un amour trop tendre
H. Vol. Bvj, Que
1292 MERCURE DE FRANCE
Que l'exemple d'un malheureux
Puisse vous garentir des tourmens amoureux !
Amants , amants, brisez vos chaînes ,
Eteignez de folles ardeurs ;
De l'amour les fausses douceurs ,
Causent de veritables peines,
粥
C'est pour enflammer nos cœurs
Qu'avec vous il badine ;
De lui n'attendez point de fleurs ,
Qui ne vous cachent quelque épine :
De lui n'attendez point de fleurs ,
Que vous n'arrosiez de vos pleurs.
M
Par son mérite et sa tendresse ,
La jeune Amarillis avoit sçu me charmer
Mais cette infidele maîtresse ,
S'est lassée enfin de m'aimer.
Depuis son changement , je languis , je m'af
flige ,
Et mon troupeau que je néglige
N'entend plus mes tendres Chansons :
Je dors bien moins que je ne veille ;
Et ma Musette à mon oreille ,
Ne rend plus que de tristes , sons..
II.Vol. No
JUIN. 1732. 1293
Ne vous plaignez plus que vos belles
Refusent de vous soulager ;
Ha ! ne vaut - il pas mieux les éprouver cruelles ,
Que de les voir changer.
Vous avez au moins l'esperance ,
De les attendrir quelque jour ;
Mais j'ai perdu toute assurance
De recouvrer jamais l'objet de mon amou
M
Tandis que par ces tristes plaintes ,
Le Berger Palemon aux Bergers d'alentour ,
Du Dieu que l'on appelle Amour
Inspire les plus vives craintes ,
Quel objet vient s'offrir à ses regards surpris
C'est la charmante Amarillis.
Il reconnoit cette Bergere ·
Qu'il accusoit d'être legere :
Mais elle n'avoit feint un si prompt changement ,
Que pour éprouver son amant,
De Palémon elle couronne
La rare fidelité.
Bien-tôt le Berger lui pardonne ,
Et consent d'oublier son infidelité.
C'est une galante industrie
11. Köl. Que
1294 MERCURE DE FRANCE
De sçavoir à propos irriter un Amant :
Une petite broüillerie ,
Procure le plaisir du racommodement.
P .... r.
Fermer
Résumé : LA FAUSSE INCONSTANCE, mise en Musique, par M. de Brie. CANTATE, à voix seule.
La cantate 'La Fausse Inconstance' de M. de Brie narre l'histoire de Palémon, un berger qui exprime sa douleur et son malheur face à l'infidélité apparente de sa bien-aimée, Amarillis. Palémon met en garde contre les tourments de l'amour et exhorte les amantes crédules à briser leurs chaînes. Charmé par le mérite et la tendresse d'Amarillis, il souffre de son infidélité supposée, négligeant son troupeau et trouvant plus de réconfort dans sa musette. Il partage sa douleur avec les bergers alentour, inspirant la crainte de l'amour. Amarillis réapparaît et révèle qu'elle avait feint son infidélité pour tester la fidélité de Palémon. Reconnaissant sa fidélité, elle le couronne et lui pardonne. Palémon pardonne à son tour son infidélité. La cantate conclut que provoquer une petite brouille peut procurer le plaisir du raccommodement.
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3035
p. 1306-1312
SONGE. ODE.
Début :
O toy, dont l'aimbale puissance, [...]
Mots clefs :
Songe, Sommeil, Chimères, Félicité, Lointaines plages
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texteReconnaissance textuelle : SONGE. ODE.
SONG E.
O D E.
Toy, dont l'aimable puissance
Egale le sort des humains ,
Doux sommeil , viens par ta présence
Bannir mes maux et mes chagrins ;
Offre moi sous ces verts feuillages' ,
II.Vol Tos
JUIN.
1732 1307 Tes plus séduisantes images ,
Sois favorable à mes désirs ;
Puisqu'icy bas tout est mensonge,
Qu'importe que ce soit en songe
Que mon cœur goute des plaisirs ?
C'en est fait , d'aimables chimeres,
M'ont enyvré de leur poison ;
Loin de moi donc , Regles séveres ,
Que nous impose la raison.
Mon cœur sans trouble et sans allarmes ,
Va s'abandonner aux doux charmes ,
Que le sommeil offre à mes yeux.
Je cede , au beau feu qui m'embrase ;
Monté sur l'agile Pégaze ,.
Je parcours la terre et les cieux.
M
Où suis je ! mais qui pourra croire¿
Qu'au ciel j'aye été transporté
Les Dieux avec toute leur gloire .
S'offrent à mon œil enchanté ;
Jupiter , cet être immuable ,
Tenant son Sceptre redoutable ;
De ses regards parcourt les airs ;
Viens , Mortel , viens dans mon empire
II. Vol.
Cij M
1308 MERCURE DE FRANCE
Me dit-il , avec un sourire ,
Qui fait tressaillir l'Univers.
M
C'est dans ces beaux lieux que réside
L'agréable félicité;
Le monde n'a rien de solide
Loin de moi tout est vanité.
;
C'est en vain que dans la richesse ,
Dans la gloire , dans la molesse ,
L'homme cherche de vrais plaisirs
Ces biens ne sont qu'une chimere ;
Et bien loin de me satisfaire ,
Ne font qu'augmenter mes désirs.
M
Que la terre qui dans l'air roble
Paroft méprisable à mes yeux !
Ce n'est qu'une petite Boule ,
Quej'apperçois du haut des Cieux.
Ces Riches , ces vastes Royaumes,
combattent de vains fantômes
fin que tout leur soit soumis ,
Me paroissent un peu de sable ,
Ou pour un Rien qui les accable
Disputent des viles fourmis.
9
II. Vel ye
JUIN. 1732 1309
Je sors du séjour du tonnerré
Plein de l'éclat des immortels ,
Pour aller encor sur la terre
Visiter les foibles Mortels.
Je vous vois campagnes cheries
Où brillent mille Pierreries
Trésor que le Soleil produit ;
Je vais jusques dans l'Hémisphere ,
Où du jour regne la lumiere ,
Lorsque sur nous régné la nuit.
021.
Lorsqu'en cherchant de nouveaux mondes ,
Je vole sur le sein des Mers ,
Neptune souleve ses Ondes;
La Tempête trouble les airs ;
Le jour se dérobe à ma vûëling
Les éclairs seuls fendant la nueodd
M'apprennent quels sont mes dangers ,
Mais la main d'un Dieu juste et sage,
Me fait survivre à mon naufrage;
J'arrive en des bords étrangers.
6
20
Quels lieux , l'horreur de la nature
S'offrent à mes tristes regards !
Comment en tracer la peinture
L'effroi regne de toutes parts.
ALL II, Vol.
Errant Ciij
310 MERCURE DE FRANCE
Errant dans ces lointaines plages ,
J'apperçois encor des Sauvages ,
Plus affreux même que les lieux ,
Je les rends à ma voix dociles
At bien- tôt dans ces champs tranquiles,
Je fais naître des jours heureux..
•
Aux sons éclatans de ma Lyre ,
J'entraîne les Rochers, les Bois ;
Je vois mille murs se construire ,
La Pierre s'arrange à mon choix
Par tout regne la politesse ;
Ce peuple rempli d'allegresse
Me prend pour un des immortels ,
Les Dieux avec l'aimable Astrée,
Vont quitter la voute ašurée ,
Jaloux du bonheur des mortels.
Que vois-je ? la Mere des Graces ;
Junon , Pallas s'offre à mes yeux
Mercure vole sur leurs traces ,
Et me donne un fruit précieux.
Juge cette Troupe immortelle ,
Prononce quelle est la plus belle ,
Me dit-il , aimable Berger ;
Viens- en combler une de gloire
II. Vol. Sois
JUIN. 1732. 1321
Sois l'arbitre d'une victoire,
Dont les Dieux ne peuvent juger.
#
Que ne puis-je , aimables Déesses ;
Vous faire vaincre toutes trois
Par vos beautez enchanteresses,
Vous merités toutes ma voix:
Charmé de vos yeux que j'adore ,
Plus je regarde , plus j'ignore"
Aqui je dois donner le prix ;
Mais enfin Venus vous surpasse ;
Peut-on voir sa riante face >
Sans en être d'abort épris ?
Que de plaisirs , que de délices ;
Déja s'emparent de mon cœur !
Venus , par des regards propices ,
Me reconnoit pour son vainqueur,
Quelquefois avec la Déesse ;
Caché sous une Nuë épaisse ,
O Dieux , vous en êtes jaloux';
Je quitte l'amour pour la guerre
Maintenant armé d'un tonnérre
Je fais redouter mon courroux.
Fier vainqueur , nouvel Alexandre , '
II. Vola Ciiij Je
1312 MERCURE DE FRANCE
Je répands en tous lieux l'horreur ;
Les Etats , les Villes en cendre ,
Aux Humains vantent ma valeur ;
L'Univers ,... helas ! la lumiere ,
Me forçant d'ouvrir la paupiere ,
Me rejette en un trouble affreux
Je retombe dans ma tristesse :
Que ne puis-je dormir sans cesse ,
Puisqu'en dormant je suis heureux !
;
B. L. de Pailleres.
O D E.
Toy, dont l'aimable puissance
Egale le sort des humains ,
Doux sommeil , viens par ta présence
Bannir mes maux et mes chagrins ;
Offre moi sous ces verts feuillages' ,
II.Vol Tos
JUIN.
1732 1307 Tes plus séduisantes images ,
Sois favorable à mes désirs ;
Puisqu'icy bas tout est mensonge,
Qu'importe que ce soit en songe
Que mon cœur goute des plaisirs ?
C'en est fait , d'aimables chimeres,
M'ont enyvré de leur poison ;
Loin de moi donc , Regles séveres ,
Que nous impose la raison.
Mon cœur sans trouble et sans allarmes ,
Va s'abandonner aux doux charmes ,
Que le sommeil offre à mes yeux.
Je cede , au beau feu qui m'embrase ;
Monté sur l'agile Pégaze ,.
Je parcours la terre et les cieux.
M
Où suis je ! mais qui pourra croire¿
Qu'au ciel j'aye été transporté
Les Dieux avec toute leur gloire .
S'offrent à mon œil enchanté ;
Jupiter , cet être immuable ,
Tenant son Sceptre redoutable ;
De ses regards parcourt les airs ;
Viens , Mortel , viens dans mon empire
II. Vol.
Cij M
1308 MERCURE DE FRANCE
Me dit-il , avec un sourire ,
Qui fait tressaillir l'Univers.
M
C'est dans ces beaux lieux que réside
L'agréable félicité;
Le monde n'a rien de solide
Loin de moi tout est vanité.
;
C'est en vain que dans la richesse ,
Dans la gloire , dans la molesse ,
L'homme cherche de vrais plaisirs
Ces biens ne sont qu'une chimere ;
Et bien loin de me satisfaire ,
Ne font qu'augmenter mes désirs.
M
Que la terre qui dans l'air roble
Paroft méprisable à mes yeux !
Ce n'est qu'une petite Boule ,
Quej'apperçois du haut des Cieux.
Ces Riches , ces vastes Royaumes,
combattent de vains fantômes
fin que tout leur soit soumis ,
Me paroissent un peu de sable ,
Ou pour un Rien qui les accable
Disputent des viles fourmis.
9
II. Vel ye
JUIN. 1732 1309
Je sors du séjour du tonnerré
Plein de l'éclat des immortels ,
Pour aller encor sur la terre
Visiter les foibles Mortels.
Je vous vois campagnes cheries
Où brillent mille Pierreries
Trésor que le Soleil produit ;
Je vais jusques dans l'Hémisphere ,
Où du jour regne la lumiere ,
Lorsque sur nous régné la nuit.
021.
Lorsqu'en cherchant de nouveaux mondes ,
Je vole sur le sein des Mers ,
Neptune souleve ses Ondes;
La Tempête trouble les airs ;
Le jour se dérobe à ma vûëling
Les éclairs seuls fendant la nueodd
M'apprennent quels sont mes dangers ,
Mais la main d'un Dieu juste et sage,
Me fait survivre à mon naufrage;
J'arrive en des bords étrangers.
6
20
Quels lieux , l'horreur de la nature
S'offrent à mes tristes regards !
Comment en tracer la peinture
L'effroi regne de toutes parts.
ALL II, Vol.
Errant Ciij
310 MERCURE DE FRANCE
Errant dans ces lointaines plages ,
J'apperçois encor des Sauvages ,
Plus affreux même que les lieux ,
Je les rends à ma voix dociles
At bien- tôt dans ces champs tranquiles,
Je fais naître des jours heureux..
•
Aux sons éclatans de ma Lyre ,
J'entraîne les Rochers, les Bois ;
Je vois mille murs se construire ,
La Pierre s'arrange à mon choix
Par tout regne la politesse ;
Ce peuple rempli d'allegresse
Me prend pour un des immortels ,
Les Dieux avec l'aimable Astrée,
Vont quitter la voute ašurée ,
Jaloux du bonheur des mortels.
Que vois-je ? la Mere des Graces ;
Junon , Pallas s'offre à mes yeux
Mercure vole sur leurs traces ,
Et me donne un fruit précieux.
Juge cette Troupe immortelle ,
Prononce quelle est la plus belle ,
Me dit-il , aimable Berger ;
Viens- en combler une de gloire
II. Vol. Sois
JUIN. 1732. 1321
Sois l'arbitre d'une victoire,
Dont les Dieux ne peuvent juger.
#
Que ne puis-je , aimables Déesses ;
Vous faire vaincre toutes trois
Par vos beautez enchanteresses,
Vous merités toutes ma voix:
Charmé de vos yeux que j'adore ,
Plus je regarde , plus j'ignore"
Aqui je dois donner le prix ;
Mais enfin Venus vous surpasse ;
Peut-on voir sa riante face >
Sans en être d'abort épris ?
Que de plaisirs , que de délices ;
Déja s'emparent de mon cœur !
Venus , par des regards propices ,
Me reconnoit pour son vainqueur,
Quelquefois avec la Déesse ;
Caché sous une Nuë épaisse ,
O Dieux , vous en êtes jaloux';
Je quitte l'amour pour la guerre
Maintenant armé d'un tonnérre
Je fais redouter mon courroux.
Fier vainqueur , nouvel Alexandre , '
II. Vola Ciiij Je
1312 MERCURE DE FRANCE
Je répands en tous lieux l'horreur ;
Les Etats , les Villes en cendre ,
Aux Humains vantent ma valeur ;
L'Univers ,... helas ! la lumiere ,
Me forçant d'ouvrir la paupiere ,
Me rejette en un trouble affreux
Je retombe dans ma tristesse :
Que ne puis-je dormir sans cesse ,
Puisqu'en dormant je suis heureux !
;
B. L. de Pailleres.
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Résumé : SONGE. ODE.
Le poème 'SONG E. O D E.' a été écrit en juin 1732. Le narrateur y invoque le sommeil pour échapper à ses maux et chagrins, espérant voir ses désirs réalisés en rêve. Il souhaite s'abandonner aux charmes du sommeil, monté sur Pégase, pour explorer la terre et les cieux. Dans son rêve, il est transporté au ciel où il rencontre les dieux, dont Jupiter. Ce dernier lui parle de la vanité des biens terrestres et de la véritable félicité. Le narrateur contemple ensuite la terre depuis les cieux, méprisant les richesses et les royaumes. Il visite diverses régions, affrontant des tempêtes et des dangers, mais survit grâce à la protection divine. Il rencontre des sauvages qu'il apaise avec sa lyre, construisant des villes et apportant la civilisation. Les dieux, jaloux du bonheur des mortels, lui demandent de juger de leur beauté. Le narrateur choisit Vénus, mais est ensuite forcé de quitter l'amour pour la guerre, devenant un conquérant redouté. Finalement, il se réveille, regrettant de ne pouvoir dormir éternellement pour rester heureux.
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3036
p. 1326-1331
LES DOUCEURS DE LA VIE CHAMPÊTRE. ODE.
Début :
Sejour qu'habitent les Ombres [...]
Mots clefs :
Vie champêtre, Nature, Fleurs, Horace, Hiver, Lyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DOUCEURS DE LA VIE CHAMPÊTRE. ODE.
LES DOUCEURS
DE LA VIE CHAMPÊTRE,
O D E.
SEjour qu'habitent les Ombres ,
Doux climats , paisibles lieux ,
Calmez de mes ennuis sombres ,
Le tumulte audacieux.
11. Vol Sus-
JUIN. 1732. 1327
Suspendez .... mais quelle flamme,
Se développe en mon ame?
Elle appaise mes desirs.
Ah! tranquille solitude ,
Déja mon inquiétude ,
S'appaise dans tes plaisirs.
Qu'ici la Nature- est belle !
Que ce coup d'œil est charmant!
Chaque objet s'y renouvelle ,
Au gré de l'éloignement.
Malgré leurs affreuses pentes ,
Ces Collines verdoyantes ,
N'ont que des aspects heureux :
Oh! que de Métamorphoses !
Je vois éclore les Roses ,
Des Buissons infructueux.
Là, sous de sacrez Bocages ,
Où je charme le Destin ,
Les Zephirs et les ombrages,
Semblent se donner la main.
Ornemens de la Nature ,
Gazons , Tapis de verdure ,
Bigarrez de mille fleurs :
C'est en vain que par ses veilles ,
11. Vol. L'Art
328 MERCURE DE FRANCE
L'Art imite vos merveilles .
S'il n'exprime vos odeurs.
O vous , aimables Prairies ,
Qu'arrosent tant de Ruisseaux ,
Creux Vallons , Plaines fleuries ,
Plantez de Chênes, ou d'Ormeaux ,
Que j'aime à voir vos Allées ,
Alongue file égalées ,3.
Deffendre l'entrée au jour !
Vous sauvez de fleurs sans nombre;
Qui veulent mourir à l'ombre ;
J'y mourrai de même un jour.
M
Arbrisseaux que la Nature
A semez confusément ,
Mais qui d'une eau toûjours pure ,
Vous baignez heureusement ;
Vous craignez peu la tempête ,
Qui s'éleve sur le faîte ,
Des orgueilleuses Forêts.
Vous aimerez le Zephire ,
Lui qui sur vous ne respire ,
Que pour augmenter le frais.
M
Sur le bord d'une Fontaine,
Ou Narcisse s'est miré ,
II. Vol. Jtetins
JUIN.
17320 1329
- J'éteins la brulante haleine ,
D'un poulmon trop alteré.
Là, sur une couche verte ,
De Violettes couverte ,
Je me livre au doux sommeil.
La vapeur qui me surmonte ,
Avec ordre m'y raconte ,
Les plaisirs de mon réveil.
Mais que vois-je sur ces Rives,
Où s'enflamment les regards
Des voix tendres et plaintives ,
Y naissent de toutes parts.
Transposé sur le Méandre ,
Oiseaux , je crois vous entendre ,
Sur ses bords toûjours rians ,
Ou sur les Rives d'Alphée ,
Où jadis le Docte Orphée ,
Forma vos Airs ravissans.
諾
Ici chaque objet in'amuse ,
Et m'instruit tout à la fois ;
Ma Lyre ailleurs trop confuse ,
S'explique mieux dans ces Bois.
Ainsi quand la Tourterelle ,
De sa Compagne fidelle ,
Pleure la mort en ce lieu ;
11. Vol. D Elle
1330 MERCURE DE FRANCE
Elle me dit , miserable ,
Tu dois être inconsolable ,
Si tu perds jamais ton Dieu.
粥
Déja le feuillage vole,
La Nature s'affoiblit ;
L'hyver glacé la desole,
Le Printemps la rétablit.
O Nature inanimée ,
Sous les fleurs , sous la ramée ,
Tu rajeunis tous les ans ;
Mais , pour l'humaine Nature ,
Quand elle perd sa verdure ,
Il n'est plus d'autre Printemps.
La nuit de ses sombres voiles,
Enveloppant l'Univers ,
Produit mille et mille Etoiles ,
Pour éclairer ces Deserts.
Là, dans un humble silence ,
Je contemple l'ordonnance
De ce Globle éblouissant
Sous ses feux où je respire
Deserts , vous m'y faites lire
La route du Firmament *
(a) La voyelactés.
>
:
II. Vob Ecucil
JUIN.
1732 1331 Ecueil de notre innocence ,
Monde du Monde adoré,
Je veux loin de ta puissance ,
Vivre et mourir ignoré.
Loin de tes affreux orages ,
Sur ces paisibles Rivages ,
S'écouleront mes beaux jours..
Heureux ! si dans ma foiblesse ,
Solitude , à ma promesse ,
Je consacre tes amours.
Orus , quando te aspiciam ! quandoque licebit ,
Nunc veterum libris , nunc somno et inertibus horis,
Ducere sollicita jucunda oblivia vita ! Horace.
Par M. DAY , en Marsan
DE LA VIE CHAMPÊTRE,
O D E.
SEjour qu'habitent les Ombres ,
Doux climats , paisibles lieux ,
Calmez de mes ennuis sombres ,
Le tumulte audacieux.
11. Vol Sus-
JUIN. 1732. 1327
Suspendez .... mais quelle flamme,
Se développe en mon ame?
Elle appaise mes desirs.
Ah! tranquille solitude ,
Déja mon inquiétude ,
S'appaise dans tes plaisirs.
Qu'ici la Nature- est belle !
Que ce coup d'œil est charmant!
Chaque objet s'y renouvelle ,
Au gré de l'éloignement.
Malgré leurs affreuses pentes ,
Ces Collines verdoyantes ,
N'ont que des aspects heureux :
Oh! que de Métamorphoses !
Je vois éclore les Roses ,
Des Buissons infructueux.
Là, sous de sacrez Bocages ,
Où je charme le Destin ,
Les Zephirs et les ombrages,
Semblent se donner la main.
Ornemens de la Nature ,
Gazons , Tapis de verdure ,
Bigarrez de mille fleurs :
C'est en vain que par ses veilles ,
11. Vol. L'Art
328 MERCURE DE FRANCE
L'Art imite vos merveilles .
S'il n'exprime vos odeurs.
O vous , aimables Prairies ,
Qu'arrosent tant de Ruisseaux ,
Creux Vallons , Plaines fleuries ,
Plantez de Chênes, ou d'Ormeaux ,
Que j'aime à voir vos Allées ,
Alongue file égalées ,3.
Deffendre l'entrée au jour !
Vous sauvez de fleurs sans nombre;
Qui veulent mourir à l'ombre ;
J'y mourrai de même un jour.
M
Arbrisseaux que la Nature
A semez confusément ,
Mais qui d'une eau toûjours pure ,
Vous baignez heureusement ;
Vous craignez peu la tempête ,
Qui s'éleve sur le faîte ,
Des orgueilleuses Forêts.
Vous aimerez le Zephire ,
Lui qui sur vous ne respire ,
Que pour augmenter le frais.
M
Sur le bord d'une Fontaine,
Ou Narcisse s'est miré ,
II. Vol. Jtetins
JUIN.
17320 1329
- J'éteins la brulante haleine ,
D'un poulmon trop alteré.
Là, sur une couche verte ,
De Violettes couverte ,
Je me livre au doux sommeil.
La vapeur qui me surmonte ,
Avec ordre m'y raconte ,
Les plaisirs de mon réveil.
Mais que vois-je sur ces Rives,
Où s'enflamment les regards
Des voix tendres et plaintives ,
Y naissent de toutes parts.
Transposé sur le Méandre ,
Oiseaux , je crois vous entendre ,
Sur ses bords toûjours rians ,
Ou sur les Rives d'Alphée ,
Où jadis le Docte Orphée ,
Forma vos Airs ravissans.
諾
Ici chaque objet in'amuse ,
Et m'instruit tout à la fois ;
Ma Lyre ailleurs trop confuse ,
S'explique mieux dans ces Bois.
Ainsi quand la Tourterelle ,
De sa Compagne fidelle ,
Pleure la mort en ce lieu ;
11. Vol. D Elle
1330 MERCURE DE FRANCE
Elle me dit , miserable ,
Tu dois être inconsolable ,
Si tu perds jamais ton Dieu.
粥
Déja le feuillage vole,
La Nature s'affoiblit ;
L'hyver glacé la desole,
Le Printemps la rétablit.
O Nature inanimée ,
Sous les fleurs , sous la ramée ,
Tu rajeunis tous les ans ;
Mais , pour l'humaine Nature ,
Quand elle perd sa verdure ,
Il n'est plus d'autre Printemps.
La nuit de ses sombres voiles,
Enveloppant l'Univers ,
Produit mille et mille Etoiles ,
Pour éclairer ces Deserts.
Là, dans un humble silence ,
Je contemple l'ordonnance
De ce Globle éblouissant
Sous ses feux où je respire
Deserts , vous m'y faites lire
La route du Firmament *
(a) La voyelactés.
>
:
II. Vob Ecucil
JUIN.
1732 1331 Ecueil de notre innocence ,
Monde du Monde adoré,
Je veux loin de ta puissance ,
Vivre et mourir ignoré.
Loin de tes affreux orages ,
Sur ces paisibles Rivages ,
S'écouleront mes beaux jours..
Heureux ! si dans ma foiblesse ,
Solitude , à ma promesse ,
Je consacre tes amours.
Orus , quando te aspiciam ! quandoque licebit ,
Nunc veterum libris , nunc somno et inertibus horis,
Ducere sollicita jucunda oblivia vita ! Horace.
Par M. DAY , en Marsan
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Résumé : LES DOUCEURS DE LA VIE CHAMPÊTRE. ODE.
Le texte 'Les Douceurs de la vie champêtre' exalte la beauté et la tranquillité de la nature. L'auteur admire les paysages champêtres, les collines verdoyantes, les prairies fleuries et les ruisseaux. Il apprécie les transformations saisonnières, notamment l'éclosion des roses et la renaissance du printemps après l'hiver. La nature est perçue comme un refuge contre les tumultes de la vie urbaine. L'auteur y trouve des prairies arrosées, des vallons, des allées bordées d'arbres et des arbrisseaux résistants aux tempêtes. Les fontaines offrent des lieux de repos et de sommeil. La nuit étoilée inspire contemplation et réflexion. L'auteur aspire à vivre et mourir dans cette solitude paisible, loin des tumultes du monde. Il conclut en citant Horace, exprimant son désir de trouver des moments de repos et d'oubli dans les livres et le sommeil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3037
p. 1337-13[4]4
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume 113, In Exitu Israël, &c.
Début :
Irrité par la barbarie, [...]
Mots clefs :
Dieu, Seigneur, Psaume, Israël, Voeux
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texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume 113, In Exitu Israël, &c.
DE SA CREE,
Tirée du Pseaume 113 , In Exitu Israël, &c.
IRrité Rrité par la barbarie ,
D'un Peuple idolâtre et cruel ,
Le Seigneur , aux Fils d'Israël ,
Promit leur ancienne Patrie.
Alors , sous un Chef redouté ,
De Jacob la féconde Race ,
Brisa par une sainte audace ,
Les fers de sa Captivité.
Heureuses Plaines de Judée ,
Le Ciel daigna vous confier ,
La gloire de sanctifier ,
La Troupe qu'il avoit guidée ;
Votre bonheur fut résolu ,
Quand l'Etre par qui tout respire ,
Soumit vos guerets à l'Empire ,
Du Peuple qu'il avoit élû.
Mais en la présence terrible ,
Du Dieu qui créa l'Univers ,
Combien de prodiges divers !
La Mer même y parut sensible ;;
IL Vol. D V Son
1338 MERCURE DE FRANCESon vaste sein s'épouventa ;
Ses flots fuyoient d'un cours rapide,
Tandis que le Jourdain timide ,
Jusqu'à sa source remonta.
On vous vit , superbes Montagnes
On vous vit , steriles Côteaux ,
Aussi legers que les Troupeaux ,
Qui bondissent dans les Campagnes.
O! Mer, qui te fit reculer 2
O! Jourdain , pourquoi sur tes Rives ,
Vit- on les ondes fugitives ,
Vers leur origine couler ?.
Monts sacrez , Collines tranquiles ,,
Apprenez -nous quel changement s
Vous imprime le mouvement ,.
Des animaux les plus agiles ;,
L'Etre Eternel se découvroit ;
La Terre cessa d'être stable ,
A l'aspect du Dieu redoutable ,
Du Dieu que Jacob adoroit.
C'est lui dont la bonté presente ,
Aux cœurs qui sçavent le chercher ,
Change le sterile Rocher ,
En une Source bienfaisante ;
La pierre obéit à sa voix;'
II Vol. M
༣ JUIN 1732 1339 .
Il parle et soudain l'Onde coule ,
'Au gré de cette ingrate foule ,
Qui murmure contre ses Loix.
Seigneur, aux yeux des foibles hommes ;
Quand tu fais briller ta splendeur ,
L'immensité de ta grandeur ,
Nous instruit du peu que nous sommes :
Sage Auteur de notre raison "
Inspire-nous toûjours de croire
Qu'il ne nous est point dû de gloire ;
Qu'il n'en appartient qu'à ton Nom.
Fais que malgré leur arrogance
Les Humains puissent concevoir ,
La verité de ton pouvoir "
Et les trésors de ta clémence ;
Que les. Infideles privez ,
Des avantages de ton culte
N'osent plus dire avec insulte 9
Quel est le Dieu que vous servez ?
Le Dieu qui reçoit notre hommage ,
'Assis sur la Voute des cieux ,
'Attache ŝans cesse ses yeux ,
1
Sur l'homme , son plus cher ouvrage ;
Aux tendres soins de sa bonté ,
Le Monde entier doit sa naissance ,
IL. Vol Et D vj
1340 MERCURE DE FRANCE
Et, pour limite , sa puissance ,
Ne connoît que sa volonté.
Flatez d'esperances frivoles ,
Chaque jour on voit des Mortels,
Dresser, à l'envi , des Autels ,
A de chimeriques Idoles ;
Quelle honte pour les Humains
D'adorer un Métail sordide !
De fléchir un genoüil timide ,
Devant l'ouvrage de leurs mains.
Vainement l'Ouvrier habile,
Prête une bouche à ces faux Dieux
En vain le ciseau sur leurs yeux ,
Taille une paupiere immobile ;
On ne verra point à des sons
Ceder leurs levres inflexibles ,
Ni leurs yeux devenir sensibles ,
Au Soleil dont nous jouissons.
Tel qui veut chanter les merveilles ,
Des Dieux qu'il se fait à son choix,
Ose-t'il penser que sa voix ,
Percera leurs sourdes oreilles ?
Ces vains fantômes de l'erreur ,
Honorez d'un Peuple crédule ,
Dans le moment que l'encens brule ,
Ignorent quelle en est l'odeur.
II. Vol. Sans
JUIN. 1732. 1347
Sans cesse ma raison demande ,
Si jamais leurs pieds agiront ,
Ou si leurs mains discerneront ,
Le prix d'une riche Guirlande ;
Ont-ils quelques droits sur nos jours.
Quand leur silence opiniâtre ,
Résiste aux cris de l'Idolâtre,
Qui les appelle à son secours.
•
Malheur à l'aveugle qui compte,
Sur un Métail inanimé ;
Puisse celui qui l'a forme,
De son Dieu partager la honte!
Puissent tous ceux de qui l'encens,
Indignement se prostituë ,
Devant une froide Statuë,
Perdre l'usage de leurs sens !
Aux pieds du vrai Dieu prosternée,
La sage Maison d'Israël ,
Fonda sur son bras immortel ,
Tout l'espoir de sa destinée.
Par quel secours , par quel appui ,
Le Seigneur , prodigue pour elle ,
A-t'il récompensé le zele ,
Des cœurs qui n'invoquoient que lui ?
Avec la même confiance ,
II.Vol.
Les
1342 MERCURE DE FRANCE
Les Fils illustres d'Aaron ,
En la grandeur de son saint nom ,
Mettant leur plus ferme esperance ;
Par mille bienfaits répandus ,
A chaque instant Dieu se déclare
Le Protecteur de la Thiare ,
Dontil couronne leurs vertus,
Qu'ils sont forts , malgré leur foiblesse
Ceux qui porte au fond du cœur ,
Cette humble crainte du Seigneur
D'où naît la plus haute sagesse ;
Tous ces illustres Combattans ,
Pour prix d'une fidelle attente
Reçoivent la grace constante ,
Qui les soutient dans tous les temps.
".
Mais dans notre triste carriere ,
Nous-mêmes n'éprouvons nous pas
Que le Seigneur à tous nos pas
Prête sa divine lumiere ?
Loin que nos vœux soient oubliez
Tout nous apprend que sa Justice ,
Abeni l'ardent SacrificeDe nos desirs humilicz.
Ainsi d'un secours efficace ,
Israël mérita le don…
II. Vale Ainsi
JUIN. 173.20 7343 Ainsi le Pontife Aaron ,
L'obtint pour son Auguste Race;
Ainsi le Dieu de Verité ,
Soutient par les graces qu'il donne ,
Et la Houlette et la Couronne
De qui craint sa Divinité.
Puisse-t'il, ce Dieu favorable
A qui vous adressez vos vœux
Et sur vous et sur vos neveux
Répandre sa grace ineffable !
Soyez tous benis, du Seigneur,
Dont la voix commande au Tannerre,
Er #
que le Ciel avec la Terre,
Reconnoît pour son Créateur.
Lorsqu'il se proposa lui- même ,
De regler le Monde à son gré,
Au-dessus du Ciel azuré ,
Il plaça son. Trône suprême.
Le Firmament fut son séjour ,
Et la Terre obscure où nous sommes
Devint le partage des hommes,
Qu'avoit enfantez son amour.
Dieu puissant , Souverain des Anges,.
Les Humains plongez par le sort ,
Dans les tenebres de la mort ,
Ne publieront point tes louanges ;
IL. Vob Tom
1334 MERCURE DE FRANCE 4
Ton nom ne sera point chanté ,
Par ces ames infortunées ,
Que tajustice a condamnées ,
Agémir loin de ta clarté,
Mais nous , qui jouissons encore
Du Soleil , que tu fais mouvoir ,
Seigneur , pour benir ton pouvoir ,
Nous sçavons devancer l'Aurore :
Tous nos vœux seront satisfaits,
Des jours que ta bonté nous laisse
Si nous les consacrons sans cesse ,
Au souvenir de tes bienfaits
Tirée du Pseaume 113 , In Exitu Israël, &c.
IRrité Rrité par la barbarie ,
D'un Peuple idolâtre et cruel ,
Le Seigneur , aux Fils d'Israël ,
Promit leur ancienne Patrie.
Alors , sous un Chef redouté ,
De Jacob la féconde Race ,
Brisa par une sainte audace ,
Les fers de sa Captivité.
Heureuses Plaines de Judée ,
Le Ciel daigna vous confier ,
La gloire de sanctifier ,
La Troupe qu'il avoit guidée ;
Votre bonheur fut résolu ,
Quand l'Etre par qui tout respire ,
Soumit vos guerets à l'Empire ,
Du Peuple qu'il avoit élû.
Mais en la présence terrible ,
Du Dieu qui créa l'Univers ,
Combien de prodiges divers !
La Mer même y parut sensible ;;
IL Vol. D V Son
1338 MERCURE DE FRANCESon vaste sein s'épouventa ;
Ses flots fuyoient d'un cours rapide,
Tandis que le Jourdain timide ,
Jusqu'à sa source remonta.
On vous vit , superbes Montagnes
On vous vit , steriles Côteaux ,
Aussi legers que les Troupeaux ,
Qui bondissent dans les Campagnes.
O! Mer, qui te fit reculer 2
O! Jourdain , pourquoi sur tes Rives ,
Vit- on les ondes fugitives ,
Vers leur origine couler ?.
Monts sacrez , Collines tranquiles ,,
Apprenez -nous quel changement s
Vous imprime le mouvement ,.
Des animaux les plus agiles ;,
L'Etre Eternel se découvroit ;
La Terre cessa d'être stable ,
A l'aspect du Dieu redoutable ,
Du Dieu que Jacob adoroit.
C'est lui dont la bonté presente ,
Aux cœurs qui sçavent le chercher ,
Change le sterile Rocher ,
En une Source bienfaisante ;
La pierre obéit à sa voix;'
II Vol. M
༣ JUIN 1732 1339 .
Il parle et soudain l'Onde coule ,
'Au gré de cette ingrate foule ,
Qui murmure contre ses Loix.
Seigneur, aux yeux des foibles hommes ;
Quand tu fais briller ta splendeur ,
L'immensité de ta grandeur ,
Nous instruit du peu que nous sommes :
Sage Auteur de notre raison "
Inspire-nous toûjours de croire
Qu'il ne nous est point dû de gloire ;
Qu'il n'en appartient qu'à ton Nom.
Fais que malgré leur arrogance
Les Humains puissent concevoir ,
La verité de ton pouvoir "
Et les trésors de ta clémence ;
Que les. Infideles privez ,
Des avantages de ton culte
N'osent plus dire avec insulte 9
Quel est le Dieu que vous servez ?
Le Dieu qui reçoit notre hommage ,
'Assis sur la Voute des cieux ,
'Attache ŝans cesse ses yeux ,
1
Sur l'homme , son plus cher ouvrage ;
Aux tendres soins de sa bonté ,
Le Monde entier doit sa naissance ,
IL. Vol Et D vj
1340 MERCURE DE FRANCE
Et, pour limite , sa puissance ,
Ne connoît que sa volonté.
Flatez d'esperances frivoles ,
Chaque jour on voit des Mortels,
Dresser, à l'envi , des Autels ,
A de chimeriques Idoles ;
Quelle honte pour les Humains
D'adorer un Métail sordide !
De fléchir un genoüil timide ,
Devant l'ouvrage de leurs mains.
Vainement l'Ouvrier habile,
Prête une bouche à ces faux Dieux
En vain le ciseau sur leurs yeux ,
Taille une paupiere immobile ;
On ne verra point à des sons
Ceder leurs levres inflexibles ,
Ni leurs yeux devenir sensibles ,
Au Soleil dont nous jouissons.
Tel qui veut chanter les merveilles ,
Des Dieux qu'il se fait à son choix,
Ose-t'il penser que sa voix ,
Percera leurs sourdes oreilles ?
Ces vains fantômes de l'erreur ,
Honorez d'un Peuple crédule ,
Dans le moment que l'encens brule ,
Ignorent quelle en est l'odeur.
II. Vol. Sans
JUIN. 1732. 1347
Sans cesse ma raison demande ,
Si jamais leurs pieds agiront ,
Ou si leurs mains discerneront ,
Le prix d'une riche Guirlande ;
Ont-ils quelques droits sur nos jours.
Quand leur silence opiniâtre ,
Résiste aux cris de l'Idolâtre,
Qui les appelle à son secours.
•
Malheur à l'aveugle qui compte,
Sur un Métail inanimé ;
Puisse celui qui l'a forme,
De son Dieu partager la honte!
Puissent tous ceux de qui l'encens,
Indignement se prostituë ,
Devant une froide Statuë,
Perdre l'usage de leurs sens !
Aux pieds du vrai Dieu prosternée,
La sage Maison d'Israël ,
Fonda sur son bras immortel ,
Tout l'espoir de sa destinée.
Par quel secours , par quel appui ,
Le Seigneur , prodigue pour elle ,
A-t'il récompensé le zele ,
Des cœurs qui n'invoquoient que lui ?
Avec la même confiance ,
II.Vol.
Les
1342 MERCURE DE FRANCE
Les Fils illustres d'Aaron ,
En la grandeur de son saint nom ,
Mettant leur plus ferme esperance ;
Par mille bienfaits répandus ,
A chaque instant Dieu se déclare
Le Protecteur de la Thiare ,
Dontil couronne leurs vertus,
Qu'ils sont forts , malgré leur foiblesse
Ceux qui porte au fond du cœur ,
Cette humble crainte du Seigneur
D'où naît la plus haute sagesse ;
Tous ces illustres Combattans ,
Pour prix d'une fidelle attente
Reçoivent la grace constante ,
Qui les soutient dans tous les temps.
".
Mais dans notre triste carriere ,
Nous-mêmes n'éprouvons nous pas
Que le Seigneur à tous nos pas
Prête sa divine lumiere ?
Loin que nos vœux soient oubliez
Tout nous apprend que sa Justice ,
Abeni l'ardent SacrificeDe nos desirs humilicz.
Ainsi d'un secours efficace ,
Israël mérita le don…
II. Vale Ainsi
JUIN. 173.20 7343 Ainsi le Pontife Aaron ,
L'obtint pour son Auguste Race;
Ainsi le Dieu de Verité ,
Soutient par les graces qu'il donne ,
Et la Houlette et la Couronne
De qui craint sa Divinité.
Puisse-t'il, ce Dieu favorable
A qui vous adressez vos vœux
Et sur vous et sur vos neveux
Répandre sa grace ineffable !
Soyez tous benis, du Seigneur,
Dont la voix commande au Tannerre,
Er #
que le Ciel avec la Terre,
Reconnoît pour son Créateur.
Lorsqu'il se proposa lui- même ,
De regler le Monde à son gré,
Au-dessus du Ciel azuré ,
Il plaça son. Trône suprême.
Le Firmament fut son séjour ,
Et la Terre obscure où nous sommes
Devint le partage des hommes,
Qu'avoit enfantez son amour.
Dieu puissant , Souverain des Anges,.
Les Humains plongez par le sort ,
Dans les tenebres de la mort ,
Ne publieront point tes louanges ;
IL. Vob Tom
1334 MERCURE DE FRANCE 4
Ton nom ne sera point chanté ,
Par ces ames infortunées ,
Que tajustice a condamnées ,
Agémir loin de ta clarté,
Mais nous , qui jouissons encore
Du Soleil , que tu fais mouvoir ,
Seigneur , pour benir ton pouvoir ,
Nous sçavons devancer l'Aurore :
Tous nos vœux seront satisfaits,
Des jours que ta bonté nous laisse
Si nous les consacrons sans cesse ,
Au souvenir de tes bienfaits
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume 113, In Exitu Israël, &c.
Le poème relate l'exode des Israélites hors d'Égypte et leur traversée miraculeuse de la mer Rouge. Dieu, irrité par la barbarie d'un peuple idolâtre et cruel, promet aux Israélites leur ancienne patrie. Sous la conduite d'un chef redouté, les Israélites brisent les fers de leur captivité par une sainte audace. Les plaines de Judée sont confiées à la gloire de sanctifier le peuple guidé par Dieu. La mer Rouge et le Jourdain accomplissent des prodiges, comme reculer et remonter à leur source, tandis que les montagnes et les collines se comportent comme des troupeaux légers. Ces événements miraculeux montrent la puissance de Dieu, qui change les rochers en sources bienfaisantes et fait couler l'eau au gré d'une foule ingrate. Le poème exalte la grandeur de Dieu, qui surveille constamment l'homme, son ouvrage le plus cher. Il critique l'adoration des idoles et des faux dieux, incapables de réagir ou d'agir. La Maison d'Israël, prosternée devant le vrai Dieu, fonde son espoir sur son bras immortel. Les fils d'Aaron mettent leur confiance en Dieu, qui les récompense par mille bienfaits. Le texte se conclut par une prière pour que Dieu répande sa grâce sur les fidèles et leurs descendants, reconnaissant son pouvoir sur le ciel et la terre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3038
p. 1367-1368
ENIGME.
Début :
Tres-petit habitant d'un humide terroir, [...]
Mots clefs :
Limaçon
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
TRes-petit habitant d'un humide terroir
Où la bienfaisante nature ,
Me fait naitre avec mon Manoir ,
Et me fournit ma nourriture ,
J'en sors plusieurs fois tous les ans ,
Et quoique mes pas soient fort_lents ,
J'en laisse la trace à mesure ,
Que je promene dans les champs
Mon corps à grotesque figure.
On m'aime assez pourtant ; je sers à des repass
Fort souvent on m'en trouve digne. , -
Sur tout quand je viens d'une vigne ;
De moi , le Gascon fait grand cas.
audessus de ma tête . Je porte
Lecteurs en cet endroit , il faut que je m'arrête ;
II. Vol.
car
1358 MERCURE DE FRANCE
Car j'aurois le malheur de ne vous plaire pas ;
Mais seroit-ce un grand mal que de vous l'oser
dire ?
Si vous me ressemblez, vous ne devez qu'en rire.
TRes-petit habitant d'un humide terroir
Où la bienfaisante nature ,
Me fait naitre avec mon Manoir ,
Et me fournit ma nourriture ,
J'en sors plusieurs fois tous les ans ,
Et quoique mes pas soient fort_lents ,
J'en laisse la trace à mesure ,
Que je promene dans les champs
Mon corps à grotesque figure.
On m'aime assez pourtant ; je sers à des repass
Fort souvent on m'en trouve digne. , -
Sur tout quand je viens d'une vigne ;
De moi , le Gascon fait grand cas.
audessus de ma tête . Je porte
Lecteurs en cet endroit , il faut que je m'arrête ;
II. Vol.
car
1358 MERCURE DE FRANCE
Car j'aurois le malheur de ne vous plaire pas ;
Mais seroit-ce un grand mal que de vous l'oser
dire ?
Si vous me ressemblez, vous ne devez qu'en rire.
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3039
p. 1368-1369
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un tout, composé de six pieces [...]
Mots clefs :
Procès
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
OGOGRYPHE.
E suis un tour , composé de six pieces»
Mais un tout des plus déplaisans ,
Mon Pere le souci , ma mere la tristesse ,
M'ont enfanté pour tourmenter les gens.
Ami Lecteur , si tu n'as rien à faire ,
Tu peux me retourner et me mettre en mor¬~
ceaux ,
3.
Tu trouveras dequoi te satisfaire ,
En combinant avec choix mes Lambeaux..
2. 4. forme un animal immonde ,
4. 3. 2. aux Cerfs je cause grande peur ,
2. 3. 6. §. je suis une agréable fleur.
2. 3. 4. un corps dur qui résiste à la sonde.
6. 3. 4. on me voit tantôt dans un plein champ ,
Pour maltraiter sa mere , être utile à l'enfant.
Tantôt sous une autre figure ,
D'un gris vétu , j'exhausse la Stature ,
3. 2. je suis un Métal précieux.
4. 3. 2. 2. 6. je suis tantôt aux Cieux.
II. Vol. Tantôt
JUIN. 1732. 13
Tantôt en Terre ; icy je suis terrestre
Et dans les Cieux je suis celeste. (
Tu peux encore en plus d'une façon
Diviser, rassembler , arranger mes parties.
Je vais finir ce détail ennuyeux ,
Mais reçois en passant cette utile.Leçon :
Ami Lecteur , pour vivre en homme sage ,
Evite-moi , mais si tu ne le peux ,
Deffend moi de ton mieux , me perdre , c'est
dommage
Non. Fuis-moi, tu seras mille fois plus heureux
F. R. M.
E suis un tour , composé de six pieces»
Mais un tout des plus déplaisans ,
Mon Pere le souci , ma mere la tristesse ,
M'ont enfanté pour tourmenter les gens.
Ami Lecteur , si tu n'as rien à faire ,
Tu peux me retourner et me mettre en mor¬~
ceaux ,
3.
Tu trouveras dequoi te satisfaire ,
En combinant avec choix mes Lambeaux..
2. 4. forme un animal immonde ,
4. 3. 2. aux Cerfs je cause grande peur ,
2. 3. 6. §. je suis une agréable fleur.
2. 3. 4. un corps dur qui résiste à la sonde.
6. 3. 4. on me voit tantôt dans un plein champ ,
Pour maltraiter sa mere , être utile à l'enfant.
Tantôt sous une autre figure ,
D'un gris vétu , j'exhausse la Stature ,
3. 2. je suis un Métal précieux.
4. 3. 2. 2. 6. je suis tantôt aux Cieux.
II. Vol. Tantôt
JUIN. 1732. 13
Tantôt en Terre ; icy je suis terrestre
Et dans les Cieux je suis celeste. (
Tu peux encore en plus d'une façon
Diviser, rassembler , arranger mes parties.
Je vais finir ce détail ennuyeux ,
Mais reçois en passant cette utile.Leçon :
Ami Lecteur , pour vivre en homme sage ,
Evite-moi , mais si tu ne le peux ,
Deffend moi de ton mieux , me perdre , c'est
dommage
Non. Fuis-moi, tu seras mille fois plus heureux
F. R. M.
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3040
p. 1369-1370
AUTRE LOGOGRIPHE.
Début :
Mon nom sous six Lettres compris, [...]
Mots clefs :
Clovis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LOGOGRIPHE.
UTRE LOGOGRIPHE
Monnom sous six Lettres compris,
Se peut diversement combiner et construire ;
On y trouve mieux qu'en LOUISA
(Soit dit , sans prétendre détruireCe qu'un Auteur disoit jadis , )
L'Instrument dont la Mécanique
Se sert bien pour les presser corps.
4. 3. 2. humain , qui me mets. en pratique
Si l'on te prend tremble pour lors ,
Voici ce queje pronostique ;
Tu mourras sur la rouë , ou seras étranglé ;
2. 3. 5. ainsi l'a réglé ;
2
II. Vol. Dans
1370 MERCURE DE FRANCE
Dans 1. 2. 3. et 6. contre ma violence
Le fruit n'est pas toûjours en assurauce.
De 2. 5. 6. un Ecusson orné ,
N'annonce pas une valeur commune.
Alorgner l'1. 3. 2. d'une piquante Brune ,
Mon plaisir n'est jamais borné..
3. 6. nourrit un animal fidele.
Le Monde au vrai Chrétien paroît 4. 5.
deux.
3. 1. adieux à l'homme de Ruelle ,
Occupa très-souvent un Romain belliqueux.
6. 3. 2.6.ct 5. sont connus en Musique ,
Et bien ailleurs en sens très - different.
5. 2. ou 6. 3. §. à Thersite s'applique ,
Comme il se dit d'Achille et du Dieu son parent.
4
P. D. F.
Monnom sous six Lettres compris,
Se peut diversement combiner et construire ;
On y trouve mieux qu'en LOUISA
(Soit dit , sans prétendre détruireCe qu'un Auteur disoit jadis , )
L'Instrument dont la Mécanique
Se sert bien pour les presser corps.
4. 3. 2. humain , qui me mets. en pratique
Si l'on te prend tremble pour lors ,
Voici ce queje pronostique ;
Tu mourras sur la rouë , ou seras étranglé ;
2. 3. 5. ainsi l'a réglé ;
2
II. Vol. Dans
1370 MERCURE DE FRANCE
Dans 1. 2. 3. et 6. contre ma violence
Le fruit n'est pas toûjours en assurauce.
De 2. 5. 6. un Ecusson orné ,
N'annonce pas une valeur commune.
Alorgner l'1. 3. 2. d'une piquante Brune ,
Mon plaisir n'est jamais borné..
3. 6. nourrit un animal fidele.
Le Monde au vrai Chrétien paroît 4. 5.
deux.
3. 1. adieux à l'homme de Ruelle ,
Occupa très-souvent un Romain belliqueux.
6. 3. 2.6.ct 5. sont connus en Musique ,
Et bien ailleurs en sens très - different.
5. 2. ou 6. 3. §. à Thersite s'applique ,
Comme il se dit d'Achille et du Dieu son parent.
4
P. D. F.
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3041
p. 1370
LOGOGRYPHUS.
Début :
Incubuit terris per me genus omne malorum, [...]
Mots clefs :
Eva
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHUS.
LOGOGRYPHUS.
I Ncubuit terrisper me genus omne malorum,
Ex
me, si vertas , omnibus orta salus.
I Ncubuit terrisper me genus omne malorum,
Ex
me, si vertas , omnibus orta salus.
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3042
p. 1436-1440
L'HOROSCOPE, STANCES. A Mademoiselle Rose de B... pour le jour de sa Naissance.
Début :
Vous que l'esprit et la raison [...]
Mots clefs :
Horoscope, Jeune rose, Jeunesse, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOROSCOPE, STANCES. A Mademoiselle Rose de B... pour le jour de sa Naissance.
L'HOROSCOPE,
STANCES.
AMademoiselle Rose de B... pour le jour
de sa Naissance.
Vousque l'espritet la raison
Eclairent , même dès l'enfance
Rosette , vous traitez d'Oison
Un devin avec sa science,
Pour les Mortels , vous le sçavez 3
L'avenir est impénétrable ;
II. Vol.
C'est
JUIN. 1732 1437
C'est pour leur Maître redoutable :
Que ces secrets sont réservez.
Laissons à cet Etre suprêine
Le soin de régler nos destins è
Nous sommes des Enfans qu'il aime}
Notre sort est bien dans ses mains.
Constellation , influencé ,
Théme , aspect et position ,
Grands mots qu'adopte l'ignorance ,
Vous n'êtes qu'an fade jargon."
Në
J'abandonne le Télescope:,
pouvant life dans les Cieux g
Et pour dresser votre horoscope
Je ne consulte quevosyeux.:
Jeune Rose , je conjecture
Par vos regards vifs et brillans
Que vous naissiez * quand la Nature
Voyoit renaître le Printems.
Cette Vivacité charmante
Dont la vertu réglé le cours
2
* Mademoiselle de B... est néele 27 Mars 1716 *
11. Vol Soumet
1438 MERCURE DE FRANCE
Soumet nos cœurs et les enchante,
Sûre de les ravir toujours.
De vos Parens qui vous cherissent
Vous ferez long- tems les plaisirs :
S'ils sont comptez par nos désirs
Ne craignez jamais qu'ils finissent,
La Jeunesse s'envolera :)
C'est le sort commun des Mortelles ,
Vous verrez ce temsqui fuira ,´
Sans vous en affliger comme elles.
Vous perdrez cet éclat vantél: -
Il n'est rien que le tems n'efface
Mais vous aurez toujours la grace ,
Plus belle encor que la beauté.
Iriez-vous dans un Monastere:
Ensevelissant vos appas
Percer le sein de votre mere a
L'Horoscope ne le dit pas.
་ Surce point je voudrois bien lire
Dans le secret de votre cœur !
Mais si je détruis mon bonheur
Pour avoir trop voulu prédire
II. Vol. Vous
JUIN. 17320 1439
1
Vous aurez un jour un Epour ,
Puis-je vous dire ma pensée?
Vous ne seriez point mariée
S'il le falloit digne de vous.
Helas ! j'en ai trop dit peut être
L'Amour mal aisément se tait,
S'il vous faut un Epoux parfait ,
Damon désespere de l'être.
Quandyotre cœur ressentira
Pour l'Amour moins de répugnance
Alors il se repentira
Desatrop longue indifférence...
Voilà l'unique changement
Que de Rosete on doive attendre :
Et pour la part que j'y veux prendre,,
Buissai- je en marquer le moment L
Un Astrologue ne s'explique .
Que par des termes ambigus ::
Ne me demandez rien de plus ,
Je suis sincere et je m'enpique.
L'ame belle , l'esprit bien fait 7 .
L'humeur égale , l'art de plaire ,
LI. Vol.
Rendront
1440 MERCURE DE FRANCE
Rendront l'Horoscope parfait...
Mais vous m'ordonnez de me taire.
MA
ΕΝΤΟΥ.
A Muse à vous plaire enhardie ,
A tâché dans ces Vers de chanter le retour,
Jeune Rose,de ce beau jour ,
Jour heureux! le premier de votre belle vie ;
Daignez leur accorder un regard`graçièux 3
Si le zele pouvoit , se joignant à l'hommage,
Leur attirer votre suffrage ,
Quels Vers le mériteroient mieux?
M. Daurat , Capitaine de Cavalerie.
STANCES.
AMademoiselle Rose de B... pour le jour
de sa Naissance.
Vousque l'espritet la raison
Eclairent , même dès l'enfance
Rosette , vous traitez d'Oison
Un devin avec sa science,
Pour les Mortels , vous le sçavez 3
L'avenir est impénétrable ;
II. Vol.
C'est
JUIN. 1732 1437
C'est pour leur Maître redoutable :
Que ces secrets sont réservez.
Laissons à cet Etre suprêine
Le soin de régler nos destins è
Nous sommes des Enfans qu'il aime}
Notre sort est bien dans ses mains.
Constellation , influencé ,
Théme , aspect et position ,
Grands mots qu'adopte l'ignorance ,
Vous n'êtes qu'an fade jargon."
Në
J'abandonne le Télescope:,
pouvant life dans les Cieux g
Et pour dresser votre horoscope
Je ne consulte quevosyeux.:
Jeune Rose , je conjecture
Par vos regards vifs et brillans
Que vous naissiez * quand la Nature
Voyoit renaître le Printems.
Cette Vivacité charmante
Dont la vertu réglé le cours
2
* Mademoiselle de B... est néele 27 Mars 1716 *
11. Vol Soumet
1438 MERCURE DE FRANCE
Soumet nos cœurs et les enchante,
Sûre de les ravir toujours.
De vos Parens qui vous cherissent
Vous ferez long- tems les plaisirs :
S'ils sont comptez par nos désirs
Ne craignez jamais qu'ils finissent,
La Jeunesse s'envolera :)
C'est le sort commun des Mortelles ,
Vous verrez ce temsqui fuira ,´
Sans vous en affliger comme elles.
Vous perdrez cet éclat vantél: -
Il n'est rien que le tems n'efface
Mais vous aurez toujours la grace ,
Plus belle encor que la beauté.
Iriez-vous dans un Monastere:
Ensevelissant vos appas
Percer le sein de votre mere a
L'Horoscope ne le dit pas.
་ Surce point je voudrois bien lire
Dans le secret de votre cœur !
Mais si je détruis mon bonheur
Pour avoir trop voulu prédire
II. Vol. Vous
JUIN. 17320 1439
1
Vous aurez un jour un Epour ,
Puis-je vous dire ma pensée?
Vous ne seriez point mariée
S'il le falloit digne de vous.
Helas ! j'en ai trop dit peut être
L'Amour mal aisément se tait,
S'il vous faut un Epoux parfait ,
Damon désespere de l'être.
Quandyotre cœur ressentira
Pour l'Amour moins de répugnance
Alors il se repentira
Desatrop longue indifférence...
Voilà l'unique changement
Que de Rosete on doive attendre :
Et pour la part que j'y veux prendre,,
Buissai- je en marquer le moment L
Un Astrologue ne s'explique .
Que par des termes ambigus ::
Ne me demandez rien de plus ,
Je suis sincere et je m'enpique.
L'ame belle , l'esprit bien fait 7 .
L'humeur égale , l'art de plaire ,
LI. Vol.
Rendront
1440 MERCURE DE FRANCE
Rendront l'Horoscope parfait...
Mais vous m'ordonnez de me taire.
MA
ΕΝΤΟΥ.
A Muse à vous plaire enhardie ,
A tâché dans ces Vers de chanter le retour,
Jeune Rose,de ce beau jour ,
Jour heureux! le premier de votre belle vie ;
Daignez leur accorder un regard`graçièux 3
Si le zele pouvoit , se joignant à l'hommage,
Leur attirer votre suffrage ,
Quels Vers le mériteroient mieux?
M. Daurat , Capitaine de Cavalerie.
Fermer
Résumé : L'HOROSCOPE, STANCES. A Mademoiselle Rose de B... pour le jour de sa Naissance.
Le texte est un horoscope dédié à Mademoiselle Rose de B..., née le 27 mars 1716, rédigé par M. Daurat, Capitaine de Cavalerie. L'auteur affirme que l'avenir est impénétrable et rejette les termes astrologiques comme des jargons vides. Il se base uniquement sur les yeux de Rose pour dresser son horoscope, déduisant de son regard vif et brillant qu'elle est née au printemps. Rose est décrite comme ayant une vivacité charmante qui enchante les cœurs et apportera longtemps des plaisirs à ses parents. Bien qu'elle verra la jeunesse s'envoler, elle ne s'en affligera pas comme les autres. L'horoscope ne prédit pas si elle entrera dans un monastère. L'auteur exprime son désir de connaître ses sentiments, mais craint de détruire son bonheur en prédisant trop. Il suggère qu'elle trouvera un époux digne d'elle et que son cœur changera avec le temps. L'horoscope se conclut en soulignant que l'âme belle, l'esprit bien fait, l'humeur égale et l'art de plaire rendront l'horoscope parfait. L'auteur termine en espérant que Rose accorde un regard gracieux à ses vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3043
p. 1435-1436
A MADEMOISELLE Claudon Nagent, le jour de sa Fête. BOUQUET.
Début :
Pour t'offrir un Bouquet, Claudon, j'ai vainement [...]
Mots clefs :
Bouquet, Fête, Offrir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE Claudon Nagent, le jour de sa Fête. BOUQUET.
A MADEMOISELLE Claudon
Nagent , lejour de sa Fête.
BOUQUET.
Our t'offrir un Bouquet , Claudon , j'ai vais pournement,
En ce matin recours à Flore ,
Comment parer , dit- elle , un objet si charmant.?
41. Vol. J'eme
1416 MERCURE DE FRANCE
J'employrois à ma honte, et les pleurs de l'Aurore ,
Et les soupirs de mon Amant.
que Cláudon n'a pas besoin. ma main la décore ,
Les plus vives couleurs dont mon Trône se peint,
Cedent à l'éclat de son teint;
Si tu veux, poursuit l'Immortelle ,
Lui marquer en ce jour quelle est ta vive ardeur
Nagent préferera l'hommage de ton.cœur ,
ว
Aux fleurs que tes Rivaux viendront cueillir
pour elle.
Le Martegal de Sens.
Nagent , lejour de sa Fête.
BOUQUET.
Our t'offrir un Bouquet , Claudon , j'ai vais pournement,
En ce matin recours à Flore ,
Comment parer , dit- elle , un objet si charmant.?
41. Vol. J'eme
1416 MERCURE DE FRANCE
J'employrois à ma honte, et les pleurs de l'Aurore ,
Et les soupirs de mon Amant.
que Cláudon n'a pas besoin. ma main la décore ,
Les plus vives couleurs dont mon Trône se peint,
Cedent à l'éclat de son teint;
Si tu veux, poursuit l'Immortelle ,
Lui marquer en ce jour quelle est ta vive ardeur
Nagent préferera l'hommage de ton.cœur ,
ว
Aux fleurs que tes Rivaux viendront cueillir
pour elle.
Le Martegal de Sens.
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Résumé : A MADEMOISELLE Claudon Nagent, le jour de sa Fête. BOUQUET.
L'auteur adresse une lettre poétique à Mademoiselle Claudon pour sa fête, souhaitant lui offrir un bouquet. Il évoque Flore, qui se demande comment embellir Claudon. Il mentionne les pleurs de l'Aurore et les soupirs de son amant, bien que Claudon n'en ait pas besoin. Il conseille à Claudon de préférer l'hommage sincère du cœur aux fleurs de ses rivaux. Le texte se conclut par une référence au 'Martegal de Sens'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3044
s. p.
L'INGRATITUDE. ODE.
Début :
Quelle Furie au teint livide, [...]
Mots clefs :
Ingratitude, Furie, Lethé, Amitié, Gloire, Libérateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INGRATITUDE. ODE.
L'INGRATITUDE.
ODE.
Uelle Furie au teint livide ,
S'avance ici d'un air vainqueur !
Dans ses mains luit ce fer perfide ,
Qui d'Agrippine ouvrit le cœur
L'insensible Oubli , l'Insolence ,
Les sourdes Haînes en silence ,
Entourent ce Monstre effronté ,
Tandis qu'il boit dans une Coupe ,
A ij Que
1464 MERCURE DE FRANCE
Que remplit l'infernale Troupe ,
Des froides eaux du noir Lethé.
Ingratitude , à de tels signes ,
Kisément on te reconnoît ;
Comment sur tes fureurs insignes,
Phébus est-il resté muet ?
It'a trop long- temps épargnées
Sur toi , de ma Muse indignée ,
Je vais lancer les premiers traits
Heureux , même en souillant mes rimes,
Du récit honteux de tes crimes ,
Si j'en arrête le progrès.
;
Naissons-nous injustes et traitres ?
L'homme est ingrat dès le berceau;
Jeune, sçait-il aimer ses Maîtres
Leurs bienfaits lui sont un fardeau
Homme fait , il se plaît , il s'aime
Il rapporte tout à lui- même,
Présomptueux dans tout état ;
Vieux enfin , rendez- iui service ,
Selon lui , c'est une justice ;
11 vit superbe ; il meurt ingrat.
་
Parmi l'énorme multitude ,
Des vices qu'on aime , et qu'on suit,
Pourquoi
JUILLET. 1732 1465
Pourquoi garder l'Ingratitude ,
Vice sans douceur et sans fruit ?
Reconnoissance officieuse
Pour garder ta Loi précieuse ,
En coûte- t-il tant à nos cœurs?
Est- tu de ces Vertus severes ,
Qui par des reglės trop austeres ,
Tyrannisent leurs Sectateurs ?
Sans doute il est une autre cause,
De ce lâche oubli des bienfaits :
L'Amour- propre en secret s'oppose ,
A de reconnoissans effets ;
Par un ambitieux délire',
Croyant lui-même se sûffire ;
Voulant ne rien devoir qu'à lui ,
II craint dans la reconnoissance ,
Un témoin de son impuissance ,
Et du besoin qu'il eut d'autrui.
Pour rendre ta main bienfaisante ,
Et t'émouvoir à la pitié ,
L'ingrat à tes yeux se présente ,
Sous le manteau de l'Amitié
Il rampe , adulateur servile ;
Ases vœux deviens - tu facile ?
Ne crois pas en faire un ami ;
F
A iij Tristo
1466 MERCURE DE FRANCE
Triste retour d'un noble zele ,
Tu n'en as fait qu'un infidele ,
Peut être même un ennemi.
榮
Déja son œil fuit ton approche ,
Et ta presence est son bourreau ,
Pour être exempt de ce reproche ,
Il voudroit t'ouvrir le Tombeau ;
Monstre des Bois , Race farouche ,
On peut vous gagner , on vous touche
Vous sentez le bien qu'on vous fait ;
Seul , des Monstres le plus sauvage ,
L'Ingrat trouve un sujet de rage ,
Dans le souvenir d'un bienfait.
M
Mais n'est-ce point une chimere
Un phantôme que je combats ?
Fut-il jamais un caractere,
Marqué par des crimes si bas?
Oh Ciel! que n'est-ce une imposture !
A la honte de la Nature ,
Je vois que je n'ai rien outré ,
Je connois des cœurs que j'abhorré ,
Dont la noirceur surpasse encore ,
Ce que mes traits en ont montré.
Foibles, indigens que nous sommes ,
Chacun
JUILLET. 1732. 1467
Chacun seul ne se suffit point ;
Les bienfaits soutiennent les hommes ,
Par eux la Nature nous joint :
Elle forme des bons offices ,
Et des réciproques services ,.
Les nœuds de la Societé ;
Tout dépend de ce doux commerce.
L'ingratitude le renverse ;
C'est renverser l'humanité.
來
Pour prévenir ces ames viles ,
Faudra- t'il , Mortels bienfaisants
Que vos mains désormais stériles ,
Ne répandent plus de présens ?
Non ; leur dureté la plus noire ,
N'enleve rien à votre gloire ;
Il vaut mieux d'un soin génereux ,
Servir une foule coupable ,
Que de manquer un miserable ,
Dont vous pouvez faire un
M
heureux.
Des Dieux imitez les exemples
Dans vos dons desinteressez ;
Aucun n'est exclus de leurs Temples ;
Leurs bienfaits sur tous sont versez.
Le Soleil , qui dans sa carriere ,
Prête au vertueux sa lumiere ,
A iiij Le
1468 MERCURE DE FRANCE
Luit aussi pour le Scelerat ;
Le Ciel . cesseroit de répandre ,.
Les biens que l'homme en doit attendre ,
S'il en excluoit l'homme ingrat.
潞
Juste Thémis, contre un tel crime.,.
N'as-tu plus ni glaive ni voix ?
Que l'Ingrat n'est-il ta victime ,
Ainsi qu'il le fut autrefois !
Que ne reprens-tu dans notre âge ,
De ton antique Aréopage ,
L'équitable séverité !
L'Ingratitude étoit flétrie ,
Et souffroit loin de la Patrie,
Unexil trop bien mérité.
粥
Mais pourquoi te vantai- je , Athènes ,
Sur la justice de tes Loix ;
Quand par des rigueurs inhumaines .
Ta République en rompt les droits
Que de proscriptions ingrates !
Tes Miltiades , tes Socrates >
Sont livrez au plus triste sort ;
La méconnoissance et l'envie ,
Leur font de leur illustre vie ,
Un crime digne de la mort.
Ains
JUILLET. 1732. 1469
Ainsi parloit , fuyant sa Ville ,
Thémistocle aux Athéniens ;
» Tel qu'un Palmier qui sert d'azile ,
n
J'en sers à mes Concitoyens ;
»Pendant le Tonnerre et l'Orage ,
Sous mon impénetrable ombrage ,
»La peur des Foudres les conduit ;
"
»L'Orage cesse , on m'abandonne ,
»Et long- temps avant mon Automne ,
LaFoule ingrate abbat mon fruit.
讚
D'un cœur né droit , noble et sensible ,
Rien n'enflamme tant le courroux ,
Que l'Ingratitude infléxible ,
D'un traître qui se doit à nous ;
Sous vingt Poignards ( fin trop fatale ! }
Le Triomphateur de Pharsale ,
Voit ses jours vainqueurs abatus ;
Mais de tant de coups , le plus rude ;
Fut celui que l'Ingratitude ,
Porta par la main de Brutus,
讚
Mortels ingrats , ames féroces ,
Que mes sons puissent vous fléchir ;
Ou si de vos forfaits atroces ,
L'homme ne peut vous affranchir ; *
5
A v Que
1470 MERCURE DE FRANCE
Que les Animaux soient vos maîtres ;
O honte! ces stupides EstresSçavent-ils mieux l'Art des Humains
Oui , que Seneque vous apprenne ,
Ce qu'il admira dans l'Arêne
Des Amphithéatres Romains.
#
On lance un Lion , on l'anime ,
Contre un Esclave condamné ;
Mais à l'aspect de sa Victime
L'Animal recule étonné ;
Sa cruauté se change en joye ...
On déchaine sur cette Proye ,
D'autres Lions plus en courtoux :
Le premier , d'un cœur indomptable ,
Se met du parti du coupable ,
Et seul le deffend contre tous.
Autrefois , du Rivage More ,
Cet Esclave avoit fui les fers ;
Trouvant ce Lion jeune encore ,
Abandonné dans les Deserts ,
Il avoit nourri sa jeunesse ;
L'Animal , touché de tendresse ,
Reconnut son cher Bienfaicteur ;
Un instinct de reconnoissance ,
L'arma
JUILLET. I 1732.
147
L'arma si bien pour sa deffense ,
Qu'il sauva son Liberateur.
GRESSET.
A Tours , ce 26. Juin 1732.
ODE.
Uelle Furie au teint livide ,
S'avance ici d'un air vainqueur !
Dans ses mains luit ce fer perfide ,
Qui d'Agrippine ouvrit le cœur
L'insensible Oubli , l'Insolence ,
Les sourdes Haînes en silence ,
Entourent ce Monstre effronté ,
Tandis qu'il boit dans une Coupe ,
A ij Que
1464 MERCURE DE FRANCE
Que remplit l'infernale Troupe ,
Des froides eaux du noir Lethé.
Ingratitude , à de tels signes ,
Kisément on te reconnoît ;
Comment sur tes fureurs insignes,
Phébus est-il resté muet ?
It'a trop long- temps épargnées
Sur toi , de ma Muse indignée ,
Je vais lancer les premiers traits
Heureux , même en souillant mes rimes,
Du récit honteux de tes crimes ,
Si j'en arrête le progrès.
;
Naissons-nous injustes et traitres ?
L'homme est ingrat dès le berceau;
Jeune, sçait-il aimer ses Maîtres
Leurs bienfaits lui sont un fardeau
Homme fait , il se plaît , il s'aime
Il rapporte tout à lui- même,
Présomptueux dans tout état ;
Vieux enfin , rendez- iui service ,
Selon lui , c'est une justice ;
11 vit superbe ; il meurt ingrat.
་
Parmi l'énorme multitude ,
Des vices qu'on aime , et qu'on suit,
Pourquoi
JUILLET. 1732 1465
Pourquoi garder l'Ingratitude ,
Vice sans douceur et sans fruit ?
Reconnoissance officieuse
Pour garder ta Loi précieuse ,
En coûte- t-il tant à nos cœurs?
Est- tu de ces Vertus severes ,
Qui par des reglės trop austeres ,
Tyrannisent leurs Sectateurs ?
Sans doute il est une autre cause,
De ce lâche oubli des bienfaits :
L'Amour- propre en secret s'oppose ,
A de reconnoissans effets ;
Par un ambitieux délire',
Croyant lui-même se sûffire ;
Voulant ne rien devoir qu'à lui ,
II craint dans la reconnoissance ,
Un témoin de son impuissance ,
Et du besoin qu'il eut d'autrui.
Pour rendre ta main bienfaisante ,
Et t'émouvoir à la pitié ,
L'ingrat à tes yeux se présente ,
Sous le manteau de l'Amitié
Il rampe , adulateur servile ;
Ases vœux deviens - tu facile ?
Ne crois pas en faire un ami ;
F
A iij Tristo
1466 MERCURE DE FRANCE
Triste retour d'un noble zele ,
Tu n'en as fait qu'un infidele ,
Peut être même un ennemi.
榮
Déja son œil fuit ton approche ,
Et ta presence est son bourreau ,
Pour être exempt de ce reproche ,
Il voudroit t'ouvrir le Tombeau ;
Monstre des Bois , Race farouche ,
On peut vous gagner , on vous touche
Vous sentez le bien qu'on vous fait ;
Seul , des Monstres le plus sauvage ,
L'Ingrat trouve un sujet de rage ,
Dans le souvenir d'un bienfait.
M
Mais n'est-ce point une chimere
Un phantôme que je combats ?
Fut-il jamais un caractere,
Marqué par des crimes si bas?
Oh Ciel! que n'est-ce une imposture !
A la honte de la Nature ,
Je vois que je n'ai rien outré ,
Je connois des cœurs que j'abhorré ,
Dont la noirceur surpasse encore ,
Ce que mes traits en ont montré.
Foibles, indigens que nous sommes ,
Chacun
JUILLET. 1732. 1467
Chacun seul ne se suffit point ;
Les bienfaits soutiennent les hommes ,
Par eux la Nature nous joint :
Elle forme des bons offices ,
Et des réciproques services ,.
Les nœuds de la Societé ;
Tout dépend de ce doux commerce.
L'ingratitude le renverse ;
C'est renverser l'humanité.
來
Pour prévenir ces ames viles ,
Faudra- t'il , Mortels bienfaisants
Que vos mains désormais stériles ,
Ne répandent plus de présens ?
Non ; leur dureté la plus noire ,
N'enleve rien à votre gloire ;
Il vaut mieux d'un soin génereux ,
Servir une foule coupable ,
Que de manquer un miserable ,
Dont vous pouvez faire un
M
heureux.
Des Dieux imitez les exemples
Dans vos dons desinteressez ;
Aucun n'est exclus de leurs Temples ;
Leurs bienfaits sur tous sont versez.
Le Soleil , qui dans sa carriere ,
Prête au vertueux sa lumiere ,
A iiij Le
1468 MERCURE DE FRANCE
Luit aussi pour le Scelerat ;
Le Ciel . cesseroit de répandre ,.
Les biens que l'homme en doit attendre ,
S'il en excluoit l'homme ingrat.
潞
Juste Thémis, contre un tel crime.,.
N'as-tu plus ni glaive ni voix ?
Que l'Ingrat n'est-il ta victime ,
Ainsi qu'il le fut autrefois !
Que ne reprens-tu dans notre âge ,
De ton antique Aréopage ,
L'équitable séverité !
L'Ingratitude étoit flétrie ,
Et souffroit loin de la Patrie,
Unexil trop bien mérité.
粥
Mais pourquoi te vantai- je , Athènes ,
Sur la justice de tes Loix ;
Quand par des rigueurs inhumaines .
Ta République en rompt les droits
Que de proscriptions ingrates !
Tes Miltiades , tes Socrates >
Sont livrez au plus triste sort ;
La méconnoissance et l'envie ,
Leur font de leur illustre vie ,
Un crime digne de la mort.
Ains
JUILLET. 1732. 1469
Ainsi parloit , fuyant sa Ville ,
Thémistocle aux Athéniens ;
» Tel qu'un Palmier qui sert d'azile ,
n
J'en sers à mes Concitoyens ;
»Pendant le Tonnerre et l'Orage ,
Sous mon impénetrable ombrage ,
»La peur des Foudres les conduit ;
"
»L'Orage cesse , on m'abandonne ,
»Et long- temps avant mon Automne ,
LaFoule ingrate abbat mon fruit.
讚
D'un cœur né droit , noble et sensible ,
Rien n'enflamme tant le courroux ,
Que l'Ingratitude infléxible ,
D'un traître qui se doit à nous ;
Sous vingt Poignards ( fin trop fatale ! }
Le Triomphateur de Pharsale ,
Voit ses jours vainqueurs abatus ;
Mais de tant de coups , le plus rude ;
Fut celui que l'Ingratitude ,
Porta par la main de Brutus,
讚
Mortels ingrats , ames féroces ,
Que mes sons puissent vous fléchir ;
Ou si de vos forfaits atroces ,
L'homme ne peut vous affranchir ; *
5
A v Que
1470 MERCURE DE FRANCE
Que les Animaux soient vos maîtres ;
O honte! ces stupides EstresSçavent-ils mieux l'Art des Humains
Oui , que Seneque vous apprenne ,
Ce qu'il admira dans l'Arêne
Des Amphithéatres Romains.
#
On lance un Lion , on l'anime ,
Contre un Esclave condamné ;
Mais à l'aspect de sa Victime
L'Animal recule étonné ;
Sa cruauté se change en joye ...
On déchaine sur cette Proye ,
D'autres Lions plus en courtoux :
Le premier , d'un cœur indomptable ,
Se met du parti du coupable ,
Et seul le deffend contre tous.
Autrefois , du Rivage More ,
Cet Esclave avoit fui les fers ;
Trouvant ce Lion jeune encore ,
Abandonné dans les Deserts ,
Il avoit nourri sa jeunesse ;
L'Animal , touché de tendresse ,
Reconnut son cher Bienfaicteur ;
Un instinct de reconnoissance ,
L'arma
JUILLET. I 1732.
147
L'arma si bien pour sa deffense ,
Qu'il sauva son Liberateur.
GRESSET.
A Tours , ce 26. Juin 1732.
Fermer
Résumé : L'INGRATITUDE. ODE.
L'ode 'L'Ingratitude', publiée dans le Mercure de France en juillet 1732, décrit l'ingratitude comme une furie livide, entourée de l'oubli, de l'insolence et des haines sourdes, symbolisée par un monstre effronté buvant les eaux du Lethé. L'auteur exprime son indignation face à ce vice et explore la nature humaine, soulignant que l'homme est ingrat dès le berceau, jeune, adulte et vieillard. L'ingratitude est présentée comme un vice sans douceur ni fruit, contraire à la reconnaissance. L'amour-propre et l'ambition empêchent souvent les gens de reconnaître les bienfaits reçus. L'ode met en garde contre les faux amis qui, sous le manteau de l'amitié, cherchent à tirer profit des bienfaits sans reconnaissance. L'ingratitude est comparée à un monstre sauvage qui trouve de la rage dans le souvenir des bienfaits. Le texte aborde également la nécessité des bienfaits pour soutenir les hommes et former les liens de la société. L'ingratitude renverse l'humanité et menace la solidarité. Malgré les dangers de l'ingratitude, il est recommandé de continuer à faire le bien, imitant les exemples des dieux et de la nature. L'ode critique les injustices passées, comme les proscriptions ingrates à Athènes, et les trahisons, comme celle de Brutus envers César. Elle se termine par un appel à la reconnaissance et à la justice, illustré par l'exemple d'un lion reconnaissant envers son bienfaiteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3045
p. 1496-1501
ODE Sur le Mariage de M. le Prince de Conty.
Début :
N'est-ce point une image vaine, [...]
Mots clefs :
Mariage, Prince de Conti, Cérémonie, Bourbon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur le Mariage de M. le Prince de Conty.
ODE
Sur le Mariage de M. le Prince de Conty
NE'Est-ce point une image vaine ?
Les Plaisirs sont-ils de retour ?
Se peut-il qu'au bord de la Seine ,
Tout ne respire que l'Amour ?
Dans l'affreuse saison des glaces ,
On y voit folâtrer les Graces ;
Amour y lance mille Traits :
On diroit que la jeune Flore ,
Devant Zephire qui l'adore ,
Etale déja ses attraits.
M
>
Mais , & l'agreable surprise !
Sont-ce deux Amans que je vois ,
Dont l'ame tendrement éprise ,
Du Dieu vainqueur reçoit les Loix ?
Que ces jeunes cœurs sont aimables ;
Tendres, gracieux , respectables !
Les Lys renaissent sous leurs pas :
Petit Dieu par qui tout respire ,
Vis-ta jamais sous ton Empire
Plus de grandeur et plus d'appas ?
粥 Non
JUILLET. 1732.
1497
Non , non , rien ne me peut séduire ;
Car ce Tableau n'a rien d'obscur :
Dans leurs yeux je le vois reluire ,
C'est de Bourbon le Sang très-pur :
Accourez donc, Nymphes fidelles
Cueillez des Palmes immortelles ,
Mêlez-y le Myrthe et les fleurs ;
Si la saison ne les ramene
Phebus à la féconde haleine ,
Hâte-les nous par tes douceurs«
Suivons , suivons ce Couple auguste;
Au Temple il va porter ses pas :
Rien ne sçauroit être plus justez
Des Dieux tout releve ici - bas ;
Sero. ce qu'en cette journée ,
Pour un doux et chaste Hymenée ;
Ces tendres cœurs fissent des vœux ?
Et que d'une foi mutuelle,
Aux yeux de la Troupe immortelle,
Ils allassent former des nœuds ?
Entrons dans ce Temple adorable ;
Aa ! que vois-je , sont- ce les Cieux ?
Majesté , splendeur ineffable ,
Jupiter réside en ces lieux
Q l'auguste Ceremonic !
;
Amans
1498 MERCURE DE FRANCE
Amans , sa puissance infinie ,
Vous unit aux pieds des Autels :
Quel bonheur , quelle préference ..
D'être honorez de la présence ,
Du plus puissant des Immortels!!
受
Fille du Ciel , chaste Diane ,
Secourable Divinité ,
Dont je vois , Mortel et Prophane ,
Briller la celeste Beauté ;
Flatez , comblez notre esperance ,
Par votre divine assistance ;
Départez vos dons précieux ;
Procurez , faites naître au monde
Une posterité féconde ,
De Bourbons et de demi Dieux.
O Ciel ! quel mouvement rapide !
'Apollon , où m'entraînes-tu ?
Soutiens- moi , m'assiste et me guide ;
Ah ! que mon cœur est abattu!
Où suis je è quelle nuit obscure ? *-
Non, non , jamais dans la Nature ,,
Il ne fut rien de plus affreux ;
Tel est ... Ah ! je vois l'Antre sombre
Prudens futuri temporis exitum ,
Caliginosa nocte premit Deus.
ой
JUILLET. 173.2. 1499,
Où du fier Destin l'épaisse ombre ,
Couvre l'avenir tenebreux.
讚
Beau rayon , charmante lumiere ,.
Qu'Apollon fait naître en ces lieux ,
Quels jours , quelle illustre carriere ,.
Viens-tu dévoiler à mes yeux !·
Que de valeur , que de prudence !
D'intrépidité , de constance !
De prodiges , d'exploits guerriers ?
Quels faits sur la Terre et sur l'Onde ; .
Dignes du plus beau Sang du monde !
Que de gloire ! que de Lauriers !
$12
Dans cette Terre heureuse et franche ,
Où la justice regnera ;
Du tronc de Capet , une Branche ,
Jusqu'aux Astres s'élevera ;
Du Monde elle aura le bel âge ;
L'éclat de son divin feuillage
Eblouira tout l'Univers ;
Des Rois , des Nations sans nombre ; ,
Cherchant le repos sous son ombre ,
Viendront de cent climats divers
L'outrage des ans si sensible
Ne ternira pas sa beauté ¿
Plus
835174
1500 MERCURE DE FRANCE
Plus que le Cedre incorruptible ,
Elle verra l'Eternité ?
En vain , Nations orgueilleuses •
De vos Pins , les têtes pompeuses ,
Se mêleront à ses Rameaux ;
La beauté d'un arbre est extrême ,
Lorsqu'étant greffé sur lui - même ,
Il fait des rejettons nouveaux.
Du Destin , telle est l'Ordonnance ;
Tels sont ses Decrets éternels ;
Telle est l'immuable assurance ,
Que nous donnent les Immortels :
Amans qu'un heureux Hymenée,
Même cœur , même destinée ,
Même nom , même sang unit :
Livrez , abandonnez votre ame,
Aux traits d'une innocente flâme ,
Tout est propice , tout vous rit.
Toi , que Bellone et la Victoire ;
Suivront bien- tôt au Champ de Mars ;
Qui vois au Temple de la Gloire,
Tes Ayeux au rang des Cesars ;
Trace-nous leur Portrait fidele ,
Forme un Prince sur leur modele ;
Du Ciel tu seras secondé ;
Donne-
JUILLET. ISO 1732.
Donne-lui leur guerriere audace ;
Si des traits le choix t'embarrasse ,
Fais qu'il ressemble au grand Condé.
Par M.Julien, Juge Royal de Monblanc:
Sur le Mariage de M. le Prince de Conty
NE'Est-ce point une image vaine ?
Les Plaisirs sont-ils de retour ?
Se peut-il qu'au bord de la Seine ,
Tout ne respire que l'Amour ?
Dans l'affreuse saison des glaces ,
On y voit folâtrer les Graces ;
Amour y lance mille Traits :
On diroit que la jeune Flore ,
Devant Zephire qui l'adore ,
Etale déja ses attraits.
M
>
Mais , & l'agreable surprise !
Sont-ce deux Amans que je vois ,
Dont l'ame tendrement éprise ,
Du Dieu vainqueur reçoit les Loix ?
Que ces jeunes cœurs sont aimables ;
Tendres, gracieux , respectables !
Les Lys renaissent sous leurs pas :
Petit Dieu par qui tout respire ,
Vis-ta jamais sous ton Empire
Plus de grandeur et plus d'appas ?
粥 Non
JUILLET. 1732.
1497
Non , non , rien ne me peut séduire ;
Car ce Tableau n'a rien d'obscur :
Dans leurs yeux je le vois reluire ,
C'est de Bourbon le Sang très-pur :
Accourez donc, Nymphes fidelles
Cueillez des Palmes immortelles ,
Mêlez-y le Myrthe et les fleurs ;
Si la saison ne les ramene
Phebus à la féconde haleine ,
Hâte-les nous par tes douceurs«
Suivons , suivons ce Couple auguste;
Au Temple il va porter ses pas :
Rien ne sçauroit être plus justez
Des Dieux tout releve ici - bas ;
Sero. ce qu'en cette journée ,
Pour un doux et chaste Hymenée ;
Ces tendres cœurs fissent des vœux ?
Et que d'une foi mutuelle,
Aux yeux de la Troupe immortelle,
Ils allassent former des nœuds ?
Entrons dans ce Temple adorable ;
Aa ! que vois-je , sont- ce les Cieux ?
Majesté , splendeur ineffable ,
Jupiter réside en ces lieux
Q l'auguste Ceremonic !
;
Amans
1498 MERCURE DE FRANCE
Amans , sa puissance infinie ,
Vous unit aux pieds des Autels :
Quel bonheur , quelle préference ..
D'être honorez de la présence ,
Du plus puissant des Immortels!!
受
Fille du Ciel , chaste Diane ,
Secourable Divinité ,
Dont je vois , Mortel et Prophane ,
Briller la celeste Beauté ;
Flatez , comblez notre esperance ,
Par votre divine assistance ;
Départez vos dons précieux ;
Procurez , faites naître au monde
Une posterité féconde ,
De Bourbons et de demi Dieux.
O Ciel ! quel mouvement rapide !
'Apollon , où m'entraînes-tu ?
Soutiens- moi , m'assiste et me guide ;
Ah ! que mon cœur est abattu!
Où suis je è quelle nuit obscure ? *-
Non, non , jamais dans la Nature ,,
Il ne fut rien de plus affreux ;
Tel est ... Ah ! je vois l'Antre sombre
Prudens futuri temporis exitum ,
Caliginosa nocte premit Deus.
ой
JUILLET. 173.2. 1499,
Où du fier Destin l'épaisse ombre ,
Couvre l'avenir tenebreux.
讚
Beau rayon , charmante lumiere ,.
Qu'Apollon fait naître en ces lieux ,
Quels jours , quelle illustre carriere ,.
Viens-tu dévoiler à mes yeux !·
Que de valeur , que de prudence !
D'intrépidité , de constance !
De prodiges , d'exploits guerriers ?
Quels faits sur la Terre et sur l'Onde ; .
Dignes du plus beau Sang du monde !
Que de gloire ! que de Lauriers !
$12
Dans cette Terre heureuse et franche ,
Où la justice regnera ;
Du tronc de Capet , une Branche ,
Jusqu'aux Astres s'élevera ;
Du Monde elle aura le bel âge ;
L'éclat de son divin feuillage
Eblouira tout l'Univers ;
Des Rois , des Nations sans nombre ; ,
Cherchant le repos sous son ombre ,
Viendront de cent climats divers
L'outrage des ans si sensible
Ne ternira pas sa beauté ¿
Plus
835174
1500 MERCURE DE FRANCE
Plus que le Cedre incorruptible ,
Elle verra l'Eternité ?
En vain , Nations orgueilleuses •
De vos Pins , les têtes pompeuses ,
Se mêleront à ses Rameaux ;
La beauté d'un arbre est extrême ,
Lorsqu'étant greffé sur lui - même ,
Il fait des rejettons nouveaux.
Du Destin , telle est l'Ordonnance ;
Tels sont ses Decrets éternels ;
Telle est l'immuable assurance ,
Que nous donnent les Immortels :
Amans qu'un heureux Hymenée,
Même cœur , même destinée ,
Même nom , même sang unit :
Livrez , abandonnez votre ame,
Aux traits d'une innocente flâme ,
Tout est propice , tout vous rit.
Toi , que Bellone et la Victoire ;
Suivront bien- tôt au Champ de Mars ;
Qui vois au Temple de la Gloire,
Tes Ayeux au rang des Cesars ;
Trace-nous leur Portrait fidele ,
Forme un Prince sur leur modele ;
Du Ciel tu seras secondé ;
Donne-
JUILLET. ISO 1732.
Donne-lui leur guerriere audace ;
Si des traits le choix t'embarrasse ,
Fais qu'il ressemble au grand Condé.
Par M.Julien, Juge Royal de Monblanc:
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Résumé : ODE Sur le Mariage de M. le Prince de Conty.
Le poème célèbre le mariage du Prince de Conty en juillet 1732. Il commence par une description idyllique de la saison, où les plaisirs et l'amour renaissent malgré le froid. Le poète exprime sa surprise en voyant un couple amoureux dont les cœurs purs rappellent la pureté du sang Bourbon. Il invite les nymphes à cueillir des palmes immortelles et des fleurs pour honorer ce couple auguste se dirigeant vers le temple pour leur mariage. Dans le temple, le poète admire la majesté et la splendeur des lieux, où réside Jupiter. Il prie les dieux, notamment Diane, pour qu'ils bénissent l'union et procurent une postérité féconde de Bourbons et de demi-dieux. Le texte évoque ensuite une vision sombre et obscure, contrastant avec les promesses de gloire et de valeur pour le couple. Le poète voit un rayon lumineux révélant une carrière illustre et des exploits guerriers dignes du plus beau sang du monde. Il prophétise qu'une branche du tronc de Capet s'élèvera jusqu'aux astres, apportant justice et éclat à l'univers. Les nations chercheront refuge sous son ombre, et sa beauté ne sera jamais ternie. Le poème conclut en affirmant que le destin unit les amants par un hymen heureux, leur donnant une même âme, destinée, nom et sang. Il les encourage à abandonner leur âme aux traits d'une flamme innocente, car tout leur est propice. Le poète prie Bellone et la Victoire de suivre le prince au champ de Mars et de lui donner l'audace guerrière du grand Condé.
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3046
p. 1511-1512
A M. Aroüet de Voltaire, sur son Poëme Epique de Henry le Grand, et sur la vie de Charles XII. Roi de Suede, qu'il vient de donner au Public. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Début :
Charles, nommé l'Alexandre du Nord, [...]
Mots clefs :
Voltaire, Charles XII, Henry Le Grand, Henry IV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. Aroüet de Voltaire, sur son Poëme Epique de Henry le Grand, et sur la vie de Charles XII. Roi de Suede, qu'il vient de donner au Public. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
AM. Arouet de Voltaire , sur son Poëme
Epique de Henry le Grand , et sur la vie
de Charles XII. Roi de Suede , qu'il
vient de donner au Public. Par Mlle de
Malcrais de la Vigne , du Croisic , en
Bretagne.
Charles , nommé l'Alexandre du Nord¸
Le grand Henri , le César de la France ,
Ont repassé , dit - on , le sombre bord ,
Pour assûrer de leur reconnoissance
Notre Voltaire, Auteur par excellence,
Les deux Heros lui conterent d'abord ,
Comment par tout dans les Champs Elisées
Avec éclat leurs Ombres sont prisées ,
Depuis qu'on lit , et sa Prose et ses Vers ,
Où sont moulez leurs faits d'armes divers
Où leurs vertus sont immortalisées.
Mais , dit Henri , comme au séjour des Morts
D'or ni d'argent ne se fabrique espéce ,
De nous n'auras ces périlleux trésors ,
Après qui l'Homme au cœur bas court sans cesse.
Ce n'onobstant voulant à tes travaux
Ainsi qu'il duit , donner loyer insigne ,
Nous apportons présent cent fois plus digne
C ₁j D'être
12 MERCURE
DE FRANCE
Ce sont ,
D'être estimé , que tous les mineraux .
Tien , le voilà, déja ton ceil s'empresse ;
ami , les titres de Noblesse ,
Non par extrait , ains par originaux ,
Dont autrefois , en dépit des Rivaux ,
Le bon Auguste honora son Virgile ,
Virgile épris des beautez de ton stile ,
Car il entend le François aujourd'hui ,
T'en fait préſent , pour charmer ton ennui.
Ton nom , mon cher , joint au sien s'y fair
line ;
A cettui don Auguste a consenti ,
Lui-même encore a voulu les souscrire ,
Et Charle , et moi , qui prenons ton parti
Contre quiconque opposant au contraire ,
De nos deux sceaux , avons , fameux- Voltaire
Le tout muni dûment et garanti.
Adieu; n'avons nulle autre récompense
Pour te payer de tes doctes bienfaits ;
Mais bien jugeons qu'au Païs des François,
Tant fier soit-il , n'est Humain qui s'offense ,
Qu'à son côté tu marches désormais.
Epique de Henry le Grand , et sur la vie
de Charles XII. Roi de Suede , qu'il
vient de donner au Public. Par Mlle de
Malcrais de la Vigne , du Croisic , en
Bretagne.
Charles , nommé l'Alexandre du Nord¸
Le grand Henri , le César de la France ,
Ont repassé , dit - on , le sombre bord ,
Pour assûrer de leur reconnoissance
Notre Voltaire, Auteur par excellence,
Les deux Heros lui conterent d'abord ,
Comment par tout dans les Champs Elisées
Avec éclat leurs Ombres sont prisées ,
Depuis qu'on lit , et sa Prose et ses Vers ,
Où sont moulez leurs faits d'armes divers
Où leurs vertus sont immortalisées.
Mais , dit Henri , comme au séjour des Morts
D'or ni d'argent ne se fabrique espéce ,
De nous n'auras ces périlleux trésors ,
Après qui l'Homme au cœur bas court sans cesse.
Ce n'onobstant voulant à tes travaux
Ainsi qu'il duit , donner loyer insigne ,
Nous apportons présent cent fois plus digne
C ₁j D'être
12 MERCURE
DE FRANCE
Ce sont ,
D'être estimé , que tous les mineraux .
Tien , le voilà, déja ton ceil s'empresse ;
ami , les titres de Noblesse ,
Non par extrait , ains par originaux ,
Dont autrefois , en dépit des Rivaux ,
Le bon Auguste honora son Virgile ,
Virgile épris des beautez de ton stile ,
Car il entend le François aujourd'hui ,
T'en fait préſent , pour charmer ton ennui.
Ton nom , mon cher , joint au sien s'y fair
line ;
A cettui don Auguste a consenti ,
Lui-même encore a voulu les souscrire ,
Et Charle , et moi , qui prenons ton parti
Contre quiconque opposant au contraire ,
De nos deux sceaux , avons , fameux- Voltaire
Le tout muni dûment et garanti.
Adieu; n'avons nulle autre récompense
Pour te payer de tes doctes bienfaits ;
Mais bien jugeons qu'au Païs des François,
Tant fier soit-il , n'est Humain qui s'offense ,
Qu'à son côté tu marches désormais.
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Résumé : A M. Aroüet de Voltaire, sur son Poëme Epique de Henry le Grand, et sur la vie de Charles XII. Roi de Suede, qu'il vient de donner au Public. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Mlle de Malcrais de la Vigne décrit une rencontre imaginaire entre Voltaire et les esprits de Henri IV, roi de France, et Charles XII, roi de Suède, dans les Champs-Élysées. Ces souverains félicitent Voltaire pour son poème épique dédié à Henri IV et pour sa biographie de Charles XII. Ils lui expliquent qu'ils ne peuvent lui offrir des trésors matériels, mais lui accordent une récompense plus précieuse : des titres de noblesse originaux, similaires à ceux qu'Auguste avait offerts à Virgile. Ces titres sont cosignés par Auguste, Charles XII et Henri IV, assurant ainsi la noblesse et la reconnaissance de Voltaire. La lettre se conclut en affirmant que Voltaire marchera désormais aux côtés des plus grands écrivains français, sans que quiconque puisse s'en offenser.
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3047
p. 1515-1517
APOLLON. A M. le Chevalier de Romieu, sur le dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
Début :
Sur le Mont Helicon les Filles de Mémoire [...]
Mots clefs :
Apollon, Mont Hélicon, Académie d'Arles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOLLON. A M. le Chevalier de Romieu, sur le dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
APOLLON.
A M. le Chevalier de Romieu , sur le
dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
SurUr le Mont Helicon les Filles de Mémoire
Se livrent aux plus doux transports ,
Ciiij Depuis
1516 MERCURE DE FRANCE
Depuis que tu parois , pour accroître leur.
gloire
Faire de genereux efforts,
Dans Arles autrefois , aux neuf sçavantes Fées ,
Plusieurs brûlerent de l'Encens ;
Aux Nymphes , aux Tritons , ces célebres Or
phées
Faisoient admirer leurs accens
Elles voyoient alors dans un loisir tranquille
Leurs Autels toujours fréquentez ;
On étoit occupé dans cet aimable azile
Du soin d'étaler leurs beautez.
De leurs Lyres bien- tôt , tremblantes , allax mées ;
Elles emportent les débris :
Et le débordement des barbares armées
Fait percer le Ciel de leurs cris.
Tes soins ont pû calmer cette Troupe sçavante ,.
Tu vaux toi seul vingt nourrissons ,
Tu veux encor former une école brillante
Qui soit docile à leurs leçons.
Les Muses ont promis d'inspirer les Poëtes ,
Qu'en leur Temple on rassemblera : .
Euter-
>
JUILLET. 1732. 1514
terpe à quelques - uns présentant ses Mu- settes
A Segrais les égalera.-
Calliope prétend que sa charmante LyreRésonne seule sous vos doigts.
Polymnie ajuré qu'en un fougueux délireSes favoris suivront ses Loix.
Melpomene en ces lieux étalerá ses charmes ,
Ses nobles Vers nous toucheront ,
Si Sophocle ; Euripide ont fait verser des lar
mes ,
Les Morands en arracheront,
Comme on vit autrefois un Lyriqué célebre ·
Arrêter la course des eaux ,
Lorsque vous chanterez , le Rône ainsi que l'Ebre ,
Ecoutera des sons nouveaux.
Par M.Chaband.
A M. le Chevalier de Romieu , sur le
dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
SurUr le Mont Helicon les Filles de Mémoire
Se livrent aux plus doux transports ,
Ciiij Depuis
1516 MERCURE DE FRANCE
Depuis que tu parois , pour accroître leur.
gloire
Faire de genereux efforts,
Dans Arles autrefois , aux neuf sçavantes Fées ,
Plusieurs brûlerent de l'Encens ;
Aux Nymphes , aux Tritons , ces célebres Or
phées
Faisoient admirer leurs accens
Elles voyoient alors dans un loisir tranquille
Leurs Autels toujours fréquentez ;
On étoit occupé dans cet aimable azile
Du soin d'étaler leurs beautez.
De leurs Lyres bien- tôt , tremblantes , allax mées ;
Elles emportent les débris :
Et le débordement des barbares armées
Fait percer le Ciel de leurs cris.
Tes soins ont pû calmer cette Troupe sçavante ,.
Tu vaux toi seul vingt nourrissons ,
Tu veux encor former une école brillante
Qui soit docile à leurs leçons.
Les Muses ont promis d'inspirer les Poëtes ,
Qu'en leur Temple on rassemblera : .
Euter-
>
JUILLET. 1732. 1514
terpe à quelques - uns présentant ses Mu- settes
A Segrais les égalera.-
Calliope prétend que sa charmante LyreRésonne seule sous vos doigts.
Polymnie ajuré qu'en un fougueux délireSes favoris suivront ses Loix.
Melpomene en ces lieux étalerá ses charmes ,
Ses nobles Vers nous toucheront ,
Si Sophocle ; Euripide ont fait verser des lar
mes ,
Les Morands en arracheront,
Comme on vit autrefois un Lyriqué célebre ·
Arrêter la course des eaux ,
Lorsque vous chanterez , le Rône ainsi que l'Ebre ,
Ecoutera des sons nouveaux.
Par M.Chaband.
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Résumé : APOLLON. A M. le Chevalier de Romieu, sur le dessein qu'il a de rétablir l'Académie d'Arles.
Le poème de M. Chaband, daté de juillet 1732, est dédié au Chevalier de Romieu, qui souhaite rétablir l'Académie d'Arles. Il commence par une évocation des Muses sur le Mont Helicon, célébrant les efforts passés pour honorer les arts et les lettres. Depuis 1516, des savants et des poètes ont rendu hommage aux Muses et aux divinités marines. Cependant, les troubles et les invasions barbares ont perturbé cette paix culturelle. Le Chevalier de Romieu est loué pour ses efforts à apaiser et à rassembler à nouveau les savants. Les Muses promettent d'inspirer les poètes qui se rassembleront dans le temple de l'Académie. Chaque Muse exprime son soutien : Euterpe pour la musique, Calliope pour la poésie épique, Polymnie pour la poésie lyrique, et Melpomène pour la tragédie. Le poème se termine par une comparaison avec les grands tragédiens grecs et une vision où les fleuves Rhône et Èbre écouteraient les nouveaux chants des poètes.
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3048
p. 1526-1528
LA DISGRACE D'HÉBÉ. CANTATE A mettre en Musique.
Début :
Récitatif. Dans le Palais charmant, de la voute celeste, [...]
Mots clefs :
Disgrâce d'Hébé, Amour, Musique, Voûte céleste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA DISGRACE D'HÉBÉ. CANTATE A mettre en Musique.
LA DISGRACE D'HE' BE'.
CANTATE
Amettre en Musique.
Récitatif.
D
Ans le Palais charmant
Voute celeste ,
> de la
Sous ces lambris sacrez , où Jupint tient sa Cour,
La jeune Hébé , plus brillante, et plus leste ,
Que la Messagere du jour ,
Enyvroit tous les Dieux de Nectar , et d'amour.
Chaque jour lui donnoit quelque grace nouvelle,
Tout cedoit au pouvoir de ses attraits naissants
Et
JUILLET. 1732. 1527
Et Venus à regret , auprès de cette Belle ,
Voyoit ses charmes impuissants.
Air. Quelle douceur , quelle victoire ,
De charger ainsi de fers ,
Les Maîtres de l'Univers ?
C'est des Héros de l'histoire,
Egaler les travaux divers.
Quel triomphe , quelle gloire
De ravir de tendres cœurs ,
A leurs premiers vainqueurs !
C'est voler au Temple demémoire ,
Par les plaisirs les plus flateurs.
Recitatif. Mais du destin leger, le caprice volage,
De la jeune Déesse abbatit les autels ,
Dans le moment qu'aux immortels
Elle offroit le divin breuvage.
Le pied glisse à la Belle, et malgré tous ses soins
Devant ces augustes témoins
Elle chancelle , elle tombe par terre !
"
Funeste chute , évenement fatal ,
Qui dégageant le Maître du tonnerre
En la place d'Hébé , éleve son rival.
Air. Que vos faveurs soient mesurées ,
Beautez, ne les prodiguez pas ,
2
Il
r528 MERCURE DE FRANCE
Il ne faut souvent qu'un faux pas ,
Pour renverser tous les Trophées ,
Qu'on érigeoit à vos appas.
Que vos faveurs soient mesurées ,
Beautez , ne les prodiguez pas..
Récitatif. Quel spectacle cruel ! l'orgueilloux Ga
nimede ,
Triomphe insolemment de la faveur des Dieux !
Eclatez , vains.soupirs , volez , percez les Cieux. -
Eternisez d'Hébé les malheurs sans remede.
Et vous,
Air.
Jeunes Beautez , fieres de notre encens
Justruisez vous à ses dépens,
L'Amour est un Dieu sauvage
Que nourrissent les soupirs.
Qui sçait picquer ses desirs
Sçait l'enflammer davantage.
Se promet-il des plaisirs ?
Il chérit son esclavage.
Les goûte-t'il il se dégage ,..
Plus leger que les Zéphirs ;
Et inalgré son doux langage,
C'est au port qu'il fait nauffrage,
CANTATE
Amettre en Musique.
Récitatif.
D
Ans le Palais charmant
Voute celeste ,
> de la
Sous ces lambris sacrez , où Jupint tient sa Cour,
La jeune Hébé , plus brillante, et plus leste ,
Que la Messagere du jour ,
Enyvroit tous les Dieux de Nectar , et d'amour.
Chaque jour lui donnoit quelque grace nouvelle,
Tout cedoit au pouvoir de ses attraits naissants
Et
JUILLET. 1732. 1527
Et Venus à regret , auprès de cette Belle ,
Voyoit ses charmes impuissants.
Air. Quelle douceur , quelle victoire ,
De charger ainsi de fers ,
Les Maîtres de l'Univers ?
C'est des Héros de l'histoire,
Egaler les travaux divers.
Quel triomphe , quelle gloire
De ravir de tendres cœurs ,
A leurs premiers vainqueurs !
C'est voler au Temple demémoire ,
Par les plaisirs les plus flateurs.
Recitatif. Mais du destin leger, le caprice volage,
De la jeune Déesse abbatit les autels ,
Dans le moment qu'aux immortels
Elle offroit le divin breuvage.
Le pied glisse à la Belle, et malgré tous ses soins
Devant ces augustes témoins
Elle chancelle , elle tombe par terre !
"
Funeste chute , évenement fatal ,
Qui dégageant le Maître du tonnerre
En la place d'Hébé , éleve son rival.
Air. Que vos faveurs soient mesurées ,
Beautez, ne les prodiguez pas ,
2
Il
r528 MERCURE DE FRANCE
Il ne faut souvent qu'un faux pas ,
Pour renverser tous les Trophées ,
Qu'on érigeoit à vos appas.
Que vos faveurs soient mesurées ,
Beautez , ne les prodiguez pas..
Récitatif. Quel spectacle cruel ! l'orgueilloux Ga
nimede ,
Triomphe insolemment de la faveur des Dieux !
Eclatez , vains.soupirs , volez , percez les Cieux. -
Eternisez d'Hébé les malheurs sans remede.
Et vous,
Air.
Jeunes Beautez , fieres de notre encens
Justruisez vous à ses dépens,
L'Amour est un Dieu sauvage
Que nourrissent les soupirs.
Qui sçait picquer ses desirs
Sçait l'enflammer davantage.
Se promet-il des plaisirs ?
Il chérit son esclavage.
Les goûte-t'il il se dégage ,..
Plus leger que les Zéphirs ;
Et inalgré son doux langage,
C'est au port qu'il fait nauffrage,
Fermer
Résumé : LA DISGRACE D'HÉBÉ. CANTATE A mettre en Musique.
La cantate 'La Disgrâce d'Hébé' relate la chute d'Hébé, la déesse chargée de servir le nectar aux dieux sur l'Olympe. Initialement admirée pour sa beauté et ses grâces, Hébé est reconnue même par Vénus. Cependant, une chute accidentelle lors du service entraîne sa disgrâce, permettant à Ganymède de prendre sa place auprès de Jupiter. La cantate met en garde contre l'arrogance et l'excès de confiance, soulignant la fragilité des faveurs divines. Ganymède, profitant de la situation, triomphe insolemment, tandis que les jeunes beautés sont invitées à tirer des leçons de la déchéance d'Hébé. La cantate se conclut par une réflexion sur la nature capricieuse de l'amour, qui peut à la fois enchaîner et libérer ceux qui en sont les esclaves.
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3049
p. 1552-1554
ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
Début :
Heureux celui, qui dans sa vie, [...]
Mots clefs :
Psaume, Impie, Sagesse éternelle, Jugement de l'Univers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
O DE SACRE' E,
Tirée du Premier Pseaume , Beatus vir
qui non abiit , &c.
Heureux celui , qui dans sa vie ;
Ne risqua jamais d'écouter
Les traitres conseils dont l'Impie ,
'A voulu cent fois le flater !
Qui toûjours ennemi du vice ,
Sçut découvrir le précipice ,
Caché sous ses trompeurs appas !
Et qui refusa sa présence ,
A la Chaire de Pestilence ,
Od le Pecheur guidoit ses pase
C'est
JUILLET. 17320 1553
Cest ta Loy , Sagesse éternelle ,
Qui regla ses chastes plaisirs ;
Il ne connut et ne vit qu'elle
Digne de remplir ses désirs :
En renouvellant sa carriere ,
Le jour lui préta sa lumiere ,
Pour la méditer avec fruit ;
Il se fit même une habitude ,
De continuer cette étude ,
Jusques dans l'ombre de la nuit.
〃
Tel est dans un Verger champêtre,
L'arbre planté près d'un Ruisseau ,
Il est les délices du Maître ,
Dont il embellit le Hameau ;
Malgré l'ordre de la Nature >,
L'éclat naissant de sa verdure ,
Ne l'abandonnera jamais ;
Et les beaux fruits qu'il fait éclore,
Un jour surpasseront encore ,
Son esperance et ses souhaits.
Ce n'est point ainsi que l'Impie ,
Réüssira dans ses projets ;
Non, non, qu'il n'ait point la folic ,
De se flatter de tels succès ;
Battu , frappé de la tempête,
Il ne peut soustraire sa tête ,
1554 MERCURE DE FRANCE
Au coup qui doit le renverser
Mais que dis-je ? foible matiere,
Un souffle le met en poussiere,
Et suffit pour le disperser.
Confus il n'osera paroître ,
Au jugement de l'Univers ;
Nous ne le verrons point renaître
Pour entrer dans nos saints Concerts.
Dieu qui connoît la difference ,
Et du crime de l'innocence ,
De tous temps a fixé leur sort ;
Pendant que l'un fera nauffrage ,
L'autre n'aura senti l'orage >
Que pour mieux arriver au Por
Tirée du Premier Pseaume , Beatus vir
qui non abiit , &c.
Heureux celui , qui dans sa vie ;
Ne risqua jamais d'écouter
Les traitres conseils dont l'Impie ,
'A voulu cent fois le flater !
Qui toûjours ennemi du vice ,
Sçut découvrir le précipice ,
Caché sous ses trompeurs appas !
Et qui refusa sa présence ,
A la Chaire de Pestilence ,
Od le Pecheur guidoit ses pase
C'est
JUILLET. 17320 1553
Cest ta Loy , Sagesse éternelle ,
Qui regla ses chastes plaisirs ;
Il ne connut et ne vit qu'elle
Digne de remplir ses désirs :
En renouvellant sa carriere ,
Le jour lui préta sa lumiere ,
Pour la méditer avec fruit ;
Il se fit même une habitude ,
De continuer cette étude ,
Jusques dans l'ombre de la nuit.
〃
Tel est dans un Verger champêtre,
L'arbre planté près d'un Ruisseau ,
Il est les délices du Maître ,
Dont il embellit le Hameau ;
Malgré l'ordre de la Nature >,
L'éclat naissant de sa verdure ,
Ne l'abandonnera jamais ;
Et les beaux fruits qu'il fait éclore,
Un jour surpasseront encore ,
Son esperance et ses souhaits.
Ce n'est point ainsi que l'Impie ,
Réüssira dans ses projets ;
Non, non, qu'il n'ait point la folic ,
De se flatter de tels succès ;
Battu , frappé de la tempête,
Il ne peut soustraire sa tête ,
1554 MERCURE DE FRANCE
Au coup qui doit le renverser
Mais que dis-je ? foible matiere,
Un souffle le met en poussiere,
Et suffit pour le disperser.
Confus il n'osera paroître ,
Au jugement de l'Univers ;
Nous ne le verrons point renaître
Pour entrer dans nos saints Concerts.
Dieu qui connoît la difference ,
Et du crime de l'innocence ,
De tous temps a fixé leur sort ;
Pendant que l'un fera nauffrage ,
L'autre n'aura senti l'orage >
Que pour mieux arriver au Por
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Premier Pseaume, Beatus vir qui non abiit, &c.
Le poème 'O DE SACRE' E,' extrait du Premier Psaume 'Beatus vir,' oppose le juste et l'impie. Le juste est heureux car il évite les conseils trompeurs de l'impie et reste fidèle à la sagesse éternelle. Il médite la loi divine jour et nuit, comparé à un arbre planté près d'un ruisseau, qui embellit le hameau de son maître et produit des fruits abondants. L'impie, en revanche, échoue dans ses projets et est comparé à une matière faible, dispersée par un souffle. Il ne peut échapper à la tempête qui le renversera et ne pourra pas renaître pour entrer dans les saints concerts. Dieu connaît la différence entre le crime et l'innocence et a fixé leur sort depuis toujours. Ainsi, tandis que l'impie fait naufrage, le juste surmonte l'orage pour atteindre le port.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3050
p. 1568
ENIGME.
Début :
En Robe de satin quelque peu déchirée, [...]
Mots clefs :
Oignon
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
NIG ME.
EN Robe de satin quelque peu déchirée ,
En bottes à cheval j'ai donc fait mon entrée
Dans. Paris où l'on m'attendoit ,
Que m'en arrive-t'il sur moi le pauvre a
droit ,
Le riche m'admet à sa table ;
Pour lui souvent insupportable ,
Je lui plais seulement quand je suis dérobé ,
Mais avant qu'il me voye , helas ! souvent tombé
Dans les barbares mains d'une gent très- bra- tale ,
De mes douces prisons voulant me délivrer ,
Tel me coupe la tête , ou me brule , et m'empale ,
Qui ne sçauroit par fois s'empêcher de pleurer.
EN Robe de satin quelque peu déchirée ,
En bottes à cheval j'ai donc fait mon entrée
Dans. Paris où l'on m'attendoit ,
Que m'en arrive-t'il sur moi le pauvre a
droit ,
Le riche m'admet à sa table ;
Pour lui souvent insupportable ,
Je lui plais seulement quand je suis dérobé ,
Mais avant qu'il me voye , helas ! souvent tombé
Dans les barbares mains d'une gent très- bra- tale ,
De mes douces prisons voulant me délivrer ,
Tel me coupe la tête , ou me brule , et m'empale ,
Qui ne sçauroit par fois s'empêcher de pleurer.
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