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Détail
Liste
2601
p. 875-880
A LA REINE, SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. ODE.
Début :
Aimable fils de Calliope, [...]
Mots clefs :
Amour, Ciel, Reine
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texteReconnaissance textuelle : A LA REINE, SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. ODE.
A LA REINE ,
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
O DE.
Imable fils de Calliope ,
A qui fis admirer autrefois
Aux Chênes émus du Rhodape
Les divins charmes de ta voix ;
Prête-moi ton efprit fublime ;
L'orgueilleux projet qui m'anime
Veut les accords les plus touchans ;
Soutien ma mufe qui s'égare ,
Et dans l'yvreffe de Pindare
Infpire-moi de nobles chants,
鹚
Quel éclat foudain m'environne ?
Tout furprend , tout ravit mes yeux , '
Où fuis-je ? ... l'Univers s'étonne …….
Le Ciel s'ouvre ... je vois les Dieux !
Quelle pompe ! quelle harmonie !
La Cour celefte réunie
B iiij Deſerte
876 MERCURE DE FRANCE
Déferte l'Olympe jaloux ;
Apprenez-moi , chafte Lucine ,
Quelle illuftre & chere origine
Vous fait defcendre parmi nous.
France , fçais - tu ta deſtinée ?
Tes plus doux voeux font accomplis
Le fruit d'un auguſte Hymenée ,
En naiffant , les a tous remplis.
Ton Peuple impatient , avide ,
D'une feconde Adélaïde
Voit fortir l'amour des Humains
La Nature en fes yeux fe mire ,
Et furprife s'aime , s'admire ,
Dans le Chef-d'oeuvre de fes mains,
A
Si deux fois la Couche Royale
paru lente à te charmer ,
Le Ciel dans ce long intervale
Se préparoit à le former ;
Sans que le Peuple le fatigue ,
A chaque instant il lui prodigue
Mille vulgaires rejettons ,
Mais fa main qui nous donne l'être
Eft plus lente à faire renaître
L'Héroïque Sang des Bourbons.
Vous
MAY. 877 1730 .
Vous qui de la Grandeur fuprême
Faites le Trône des Vertus ,
Riche ornement du Diadême ,
Heureufe Epoufe d'un Titus ;
Qui tendre aux pleurs du miferable ;
D'une main promte & favorable ,
Arrêtez les triftes ſanglots ;
Pour prix d'un mérite fi rare ,
Forcez fouvent ce Ciel avare
A produire de tels Héros.
Les Faunes , les Nymphes folâtres
Refpectent cet Aftre nouveau ,
Et les Dieux mêmes idolâtres
L'e careffent dans fon Berceau ;
L'Amour , Venus offre fes graces ;
Minerve veut fuivre fes traces ;
Et dans leurs prophetiques Vers
Les Mufes annoncent fa Gloire ,
Mars lui confacre la Victoire ,
Neptune , l'Empire des mers. -
M
Quel Dieu de fon foufle m'agite
D'où naît cette fubite horreur ?
Je fens dans mon ame interdite
L'accès d'une fainte fureur
Apollon m'éclaire & m'enflame ;
By Elpris
878 MERCURE DE FRANCE
Epris de fa divine flamme,
Je lis dans le fombre Avenir ;
C'eft lui ; je le fens ; il s'avance ;
Loin , vulgaire , de fa préſence ;
Ton oeil ne peut la foûtenir.
Long- tems de la Terre exilées ;
Par l'injuftice des mortels ,
Thémis & fa foeur rappellées
Relevent leurs communs Autels.
L'homme à leur voix n'eft plus rebelle ;
L'innocence.Le renouvelle ;
Siecle admiré , je te revois.
Oui , dans une équité profonde
Janus aux Habitans du monde .
Fait encore adorer ſes Loix.
Eft-ce un vain fonge qui me flatte
Quelle longue Pofterité !
Dans le Sang dé Louis éclatte
Ce qu'eut de Grand l'Antiquité.
Sortez de vos fuperbes cendres.
Achilles , Céfars , Alexandres ,
Ce Roi va vous remettre au jour.`
Dans vos défauts loin de vous fuivre ,
Ses Fils dans eux feront revivre
Ce qui dans vous eut notre amour.
Vos
MAY. 1730. 879
Vos mains n'ont porté que la foudre ;
Vos coups vous rendirent fameux ;
Sans mettre l'Univers en poudre ,
Louis eft plus grand , plus heureux ;
Tout l'aime & le craint ; fans tonnere
Il fçait tranquilifer la Terre ,
Il fait le fort des Potențats ;
Et dans fa faine politique
Toûjours fa fageffe s'applique
Au feul bonheur de fes Etats.
沁
Mais quoi fans force & fans haleine
?
Où vais-je m'élever encor ;
Nouvel Icare , dans ma veine
J'ofe prendre un rapide effor ;
D'une aveugle & vague penſée
Arrête la courſe infenfée
Muſe , tes Vers font impuiffans ;
Réprime une ardeur teméraire ;
Et dans un refpect neceffaire
Laiffe murir ton foible encens
Vous , que la gloire ſeule inſpire
Honneur d'un Regne précieux ,
Cher objet des voeux de l'Empire ,
REINE , digne préfent des Cieux ,
Tendre , facile , bienfaiſantë , -
BL
Souffrez
880 MERCURE DE FRANCE
Souffrez d'une plume naiffante
L'hommage long-tems fufpendu ;
Je fçais quelle eft mon imprudence ;
Mais peut-on garder le filence
Lorſque l'on voit tant de vertu ?
Pyrrho de Varille.
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
O DE.
Imable fils de Calliope ,
A qui fis admirer autrefois
Aux Chênes émus du Rhodape
Les divins charmes de ta voix ;
Prête-moi ton efprit fublime ;
L'orgueilleux projet qui m'anime
Veut les accords les plus touchans ;
Soutien ma mufe qui s'égare ,
Et dans l'yvreffe de Pindare
Infpire-moi de nobles chants,
鹚
Quel éclat foudain m'environne ?
Tout furprend , tout ravit mes yeux , '
Où fuis-je ? ... l'Univers s'étonne …….
Le Ciel s'ouvre ... je vois les Dieux !
Quelle pompe ! quelle harmonie !
La Cour celefte réunie
B iiij Deſerte
876 MERCURE DE FRANCE
Déferte l'Olympe jaloux ;
Apprenez-moi , chafte Lucine ,
Quelle illuftre & chere origine
Vous fait defcendre parmi nous.
France , fçais - tu ta deſtinée ?
Tes plus doux voeux font accomplis
Le fruit d'un auguſte Hymenée ,
En naiffant , les a tous remplis.
Ton Peuple impatient , avide ,
D'une feconde Adélaïde
Voit fortir l'amour des Humains
La Nature en fes yeux fe mire ,
Et furprife s'aime , s'admire ,
Dans le Chef-d'oeuvre de fes mains,
A
Si deux fois la Couche Royale
paru lente à te charmer ,
Le Ciel dans ce long intervale
Se préparoit à le former ;
Sans que le Peuple le fatigue ,
A chaque instant il lui prodigue
Mille vulgaires rejettons ,
Mais fa main qui nous donne l'être
Eft plus lente à faire renaître
L'Héroïque Sang des Bourbons.
Vous
MAY. 877 1730 .
Vous qui de la Grandeur fuprême
Faites le Trône des Vertus ,
Riche ornement du Diadême ,
Heureufe Epoufe d'un Titus ;
Qui tendre aux pleurs du miferable ;
D'une main promte & favorable ,
Arrêtez les triftes ſanglots ;
Pour prix d'un mérite fi rare ,
Forcez fouvent ce Ciel avare
A produire de tels Héros.
Les Faunes , les Nymphes folâtres
Refpectent cet Aftre nouveau ,
Et les Dieux mêmes idolâtres
L'e careffent dans fon Berceau ;
L'Amour , Venus offre fes graces ;
Minerve veut fuivre fes traces ;
Et dans leurs prophetiques Vers
Les Mufes annoncent fa Gloire ,
Mars lui confacre la Victoire ,
Neptune , l'Empire des mers. -
M
Quel Dieu de fon foufle m'agite
D'où naît cette fubite horreur ?
Je fens dans mon ame interdite
L'accès d'une fainte fureur
Apollon m'éclaire & m'enflame ;
By Elpris
878 MERCURE DE FRANCE
Epris de fa divine flamme,
Je lis dans le fombre Avenir ;
C'eft lui ; je le fens ; il s'avance ;
Loin , vulgaire , de fa préſence ;
Ton oeil ne peut la foûtenir.
Long- tems de la Terre exilées ;
Par l'injuftice des mortels ,
Thémis & fa foeur rappellées
Relevent leurs communs Autels.
L'homme à leur voix n'eft plus rebelle ;
L'innocence.Le renouvelle ;
Siecle admiré , je te revois.
Oui , dans une équité profonde
Janus aux Habitans du monde .
Fait encore adorer ſes Loix.
Eft-ce un vain fonge qui me flatte
Quelle longue Pofterité !
Dans le Sang dé Louis éclatte
Ce qu'eut de Grand l'Antiquité.
Sortez de vos fuperbes cendres.
Achilles , Céfars , Alexandres ,
Ce Roi va vous remettre au jour.`
Dans vos défauts loin de vous fuivre ,
Ses Fils dans eux feront revivre
Ce qui dans vous eut notre amour.
Vos
MAY. 1730. 879
Vos mains n'ont porté que la foudre ;
Vos coups vous rendirent fameux ;
Sans mettre l'Univers en poudre ,
Louis eft plus grand , plus heureux ;
Tout l'aime & le craint ; fans tonnere
Il fçait tranquilifer la Terre ,
Il fait le fort des Potențats ;
Et dans fa faine politique
Toûjours fa fageffe s'applique
Au feul bonheur de fes Etats.
沁
Mais quoi fans force & fans haleine
?
Où vais-je m'élever encor ;
Nouvel Icare , dans ma veine
J'ofe prendre un rapide effor ;
D'une aveugle & vague penſée
Arrête la courſe infenfée
Muſe , tes Vers font impuiffans ;
Réprime une ardeur teméraire ;
Et dans un refpect neceffaire
Laiffe murir ton foible encens
Vous , que la gloire ſeule inſpire
Honneur d'un Regne précieux ,
Cher objet des voeux de l'Empire ,
REINE , digne préfent des Cieux ,
Tendre , facile , bienfaiſantë , -
BL
Souffrez
880 MERCURE DE FRANCE
Souffrez d'une plume naiffante
L'hommage long-tems fufpendu ;
Je fçais quelle eft mon imprudence ;
Mais peut-on garder le filence
Lorſque l'on voit tant de vertu ?
Pyrrho de Varille.
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Résumé : A LA REINE, SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. ODE.
Le poème célèbre la naissance du Dauphin, fils du roi de France. L'auteur invoque la muse Calliope pour obtenir l'inspiration nécessaire à la célébration de cet événement. Il décrit une vision grandiose où les dieux et la cour céleste se réunissent pour honorer la naissance. La France et son peuple expriment leur joie et leur admiration pour cet héritier tant attendu, fruit d'un mariage royal. Le texte met en avant la patience divine et la valeur du sang des Bourbons. La reine est louée pour ses vertus et sa bienveillance. Les dieux et les divinités offrent leurs grâces et prophétisent la gloire future du Dauphin. Le poème se conclut par une réflexion sur la grandeur du roi Louis et un hommage à la reine pour ses vertus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2602
p. 892-896
ODE. Composée pour le Prix du Palinod de Caën en l'honneur de la Sainte Vierge.
Début :
Rappelle tes charmes, ma Lyre, [...]
Mots clefs :
Onde, Flots, Mer
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texteReconnaissance textuelle : ODE. Composée pour le Prix du Palinod de Caën en l'honneur de la Sainte Vierge.
OD E.
*****
Compofée pour le Prix du Palinod deCaën
en l'honneur de la Sainte Vierge .
Le Sujet eft la Mer , qui ne souffre rien
d'immonde.
RAppelle tes charmes , ma Lyre ,
Je reffens de faintes fureurs ;
Qu'on refpecte l'heureux délire ,
Que verfent en moi les neuf Soeurs,
Favori
MAY. 1730. 893
¡
Favori de leur Sanctuaire ;
Ce n'eft point pour l'efprit vulgaire ,
Que je vais enfanter mes fons
Et qui ne peut fuivre de vûë ,
Pindare , quand il fend la nuë .
Va ſe perdre dans mes Chanſons.
La Terre vient de difparoître.
Quel changement de toutes parts !
Quel nouveau Monde vient de naître,
Pour le plaifir de mes regards ?
Où vais-je ? deux aîles rapides ,
Franchiffant les Aftres fluides ,
M'élevent au plus haut des Cieux ;
Mais, ô noble métamorphofe !
Qu'on faffe mon Apothéoſe ;
Je fuis placé parmi -les Dieux.
來
Je m'abuſe ; une aimable Idole ,
Flatte mes fens d'un vain appas.
Je fuis fur l'Empire d'Eole :
Et les flots coulent fous mes pas.
O Mer, bruyante Créature ,
Non ; des fecrets de ta Nature ,
Je nofe inftruire les Humains ;
Mon foible eſprit n'y peut atteindre ,
Et la gloire de te bien peindre ,
Eft réservée à d'autres`mains.
со
On
894 MERCURE DE FRANCE
Où mieux qu'en tes fources immenfes ,
Eclate le bras tout-puiffant
Pour fervir les juftes vengeances
Jadis tu fortis du néant.
De ton fein il fit un abîme ,
Qui s'ouvrit fous les pas du crime ,
Qui ſe renferme entre tes bords ;
Et l'infatiable avarice ,
Souvent y trouve fon fupplice,
Quand elle y cherche fes tréfors .
Ah ! de quelle idée étonnante ,
Me frappent tes émotions !
Je vois fur ta face inconftante
L'image de nos paffions.
A la paix que goute le Monde
Ainfi qu'à la paix de ton Onde ,
Succede le trouble & Phorreur.
On y fait de triftes nauffrages ;
Fruits ordinaires des orages ,
Qui s'élevent au fond du coeur .
Eft - ce encor d'une Ombre trompeufe ,
Que mon oeil émû fe remplit ?
Il femble que l'Onde orgueilleufe ,
Se fépare & quitte fon lit.
A fon cours préfidé Lucine ;
MAY.
895 1730.
Et je vois une main divine,
Qui calme fes combats fougueux .
Admirez les vagues captives ,
Vont baifer le fable des Rives ,
D'un pas lent & refpectueux.
Mais quelle effrayantè tempête ,
Vient femer l'horreur dans les Airs
L'Aquilon gronde fur ma tête:
Sous mes pieds mugiffent les Mers.
que de Victimes périfſent !
Ciel !
Que de flots les enfevelifſent !
Dans leur fein en larmes fécond !
Thétis abforbe avec audace ,
Ce qui couvre fa vafte face ,
Pour en parer fon lit profond.
Je chanté , & ma voix immortelle
Rend le calme aux flots mugiffants.
Les vents fufpendent leur querelle ,
Four écouter mes doux accens.
Les Tritons & les Néréides ,
Sortent de leurs Grotes humides ,
Charmez d'un fſi ſoudain repos ;
Et la monftrueuſe Baleine ,
Croyant entendre une Sirene
Pas à pas me fuit fur les flots.
L
Cij Mais
896 MERCURE DE FRANCE
Mais , ô Mer , de débris immondes ,
Remplis-tu tes flancs ſpacieux ?
Retraites vaftes & profondes ,
Daignez vous ouvrir à mes yeux.
Quels purs & brillans Tabernacles !
Je vois le plus beau des Spectacles .
Ce n'eft qu'argent , criſtal , azur ;
Et l'Onde claire & diafane >
Renvoye à la Terre profane ,
Tout ce qu'elle en reçoit d'impur.
ALLUSION.
Par quelle plus jufte figure ,
Vous peindre Mere du Sauveur ?
L'Onde eft exempte de fouillure :
Tel , & plus pur eft votre coeur.
La`Nature au crime eft ſoumiſe :
... Vous feule une fainte ſurpriſe ,
Sufpend ici mes doux Concerts ;
Ma main fuccombe
fous ma Lyre ;
Je me tais : c'eft affez en dire ,
Pour étonner tout l'Univers.
Faguet, de Cain.
*****
Compofée pour le Prix du Palinod deCaën
en l'honneur de la Sainte Vierge .
Le Sujet eft la Mer , qui ne souffre rien
d'immonde.
RAppelle tes charmes , ma Lyre ,
Je reffens de faintes fureurs ;
Qu'on refpecte l'heureux délire ,
Que verfent en moi les neuf Soeurs,
Favori
MAY. 1730. 893
¡
Favori de leur Sanctuaire ;
Ce n'eft point pour l'efprit vulgaire ,
Que je vais enfanter mes fons
Et qui ne peut fuivre de vûë ,
Pindare , quand il fend la nuë .
Va ſe perdre dans mes Chanſons.
La Terre vient de difparoître.
Quel changement de toutes parts !
Quel nouveau Monde vient de naître,
Pour le plaifir de mes regards ?
Où vais-je ? deux aîles rapides ,
Franchiffant les Aftres fluides ,
M'élevent au plus haut des Cieux ;
Mais, ô noble métamorphofe !
Qu'on faffe mon Apothéoſe ;
Je fuis placé parmi -les Dieux.
來
Je m'abuſe ; une aimable Idole ,
Flatte mes fens d'un vain appas.
Je fuis fur l'Empire d'Eole :
Et les flots coulent fous mes pas.
O Mer, bruyante Créature ,
Non ; des fecrets de ta Nature ,
Je nofe inftruire les Humains ;
Mon foible eſprit n'y peut atteindre ,
Et la gloire de te bien peindre ,
Eft réservée à d'autres`mains.
со
On
894 MERCURE DE FRANCE
Où mieux qu'en tes fources immenfes ,
Eclate le bras tout-puiffant
Pour fervir les juftes vengeances
Jadis tu fortis du néant.
De ton fein il fit un abîme ,
Qui s'ouvrit fous les pas du crime ,
Qui ſe renferme entre tes bords ;
Et l'infatiable avarice ,
Souvent y trouve fon fupplice,
Quand elle y cherche fes tréfors .
Ah ! de quelle idée étonnante ,
Me frappent tes émotions !
Je vois fur ta face inconftante
L'image de nos paffions.
A la paix que goute le Monde
Ainfi qu'à la paix de ton Onde ,
Succede le trouble & Phorreur.
On y fait de triftes nauffrages ;
Fruits ordinaires des orages ,
Qui s'élevent au fond du coeur .
Eft - ce encor d'une Ombre trompeufe ,
Que mon oeil émû fe remplit ?
Il femble que l'Onde orgueilleufe ,
Se fépare & quitte fon lit.
A fon cours préfidé Lucine ;
MAY.
895 1730.
Et je vois une main divine,
Qui calme fes combats fougueux .
Admirez les vagues captives ,
Vont baifer le fable des Rives ,
D'un pas lent & refpectueux.
Mais quelle effrayantè tempête ,
Vient femer l'horreur dans les Airs
L'Aquilon gronde fur ma tête:
Sous mes pieds mugiffent les Mers.
que de Victimes périfſent !
Ciel !
Que de flots les enfevelifſent !
Dans leur fein en larmes fécond !
Thétis abforbe avec audace ,
Ce qui couvre fa vafte face ,
Pour en parer fon lit profond.
Je chanté , & ma voix immortelle
Rend le calme aux flots mugiffants.
Les vents fufpendent leur querelle ,
Four écouter mes doux accens.
Les Tritons & les Néréides ,
Sortent de leurs Grotes humides ,
Charmez d'un fſi ſoudain repos ;
Et la monftrueuſe Baleine ,
Croyant entendre une Sirene
Pas à pas me fuit fur les flots.
L
Cij Mais
896 MERCURE DE FRANCE
Mais , ô Mer , de débris immondes ,
Remplis-tu tes flancs ſpacieux ?
Retraites vaftes & profondes ,
Daignez vous ouvrir à mes yeux.
Quels purs & brillans Tabernacles !
Je vois le plus beau des Spectacles .
Ce n'eft qu'argent , criſtal , azur ;
Et l'Onde claire & diafane >
Renvoye à la Terre profane ,
Tout ce qu'elle en reçoit d'impur.
ALLUSION.
Par quelle plus jufte figure ,
Vous peindre Mere du Sauveur ?
L'Onde eft exempte de fouillure :
Tel , & plus pur eft votre coeur.
La`Nature au crime eft ſoumiſe :
... Vous feule une fainte ſurpriſe ,
Sufpend ici mes doux Concerts ;
Ma main fuccombe
fous ma Lyre ;
Je me tais : c'eft affez en dire ,
Pour étonner tout l'Univers.
Faguet, de Cain.
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Résumé : ODE. Composée pour le Prix du Palinod de Caën en l'honneur de la Sainte Vierge.
Le poème, composé pour le Prix du Palinod de Caen en l'honneur de la Sainte Vierge, utilise la mer comme métaphore. La mer est décrite comme une entité noble et mystérieuse, exemptée de toute impureté. Elle est un lieu de justice divine où les crimes sont punis et où les passions humaines se reflètent. La mer est également admirée pour sa beauté et sa puissance, capable de calmer les tempêtes et de révéler des spectacles magnifiques. Le poète compare ensuite la mer à la Vierge Marie, soulignant sa pureté et son exemption de souillure. Le poème se conclut par une admiration pour la pureté de la Vierge, qui suscite une sainte surprise et met fin aux douces mélodies du poète.
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2603
p. 905-908
LE PRINTEMPS, Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Que Printemps est beau, tout rit dans la Nature. [...]
Mots clefs :
Amour, Printemps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PRINTEMPS, Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
LE PRINTEMPS,
Par M" de Malerais de la Vigne ,
du Croific en Bretagne .
Q
Ue le Printemps eft beau , tout rit dans la
Nature.
Nos Prez font verts, nos Bois ont repris leur pa
rure ,
Les Ruiffeaux dégelez fur un gravier d'argent ,
Promenent d'un pas diligent ,
Une Onde claire qui murmure.
Les Oifeaux amoureux fous les Rameaux fleuris
Vont chercher les plus frais ombrages ;
C'est là qu'ils font parler dans leurs tendres ra¬
mages
Les feux dont l'un pour l'autre ils ont le coeur
épris.
Amintas
906 MERCURE DE FRANCE.
Amintas , que l'Amour dévore ,
Ne pouvant fermer l'oeil , abandonne fon lit.
Il fort comme en délire , & court au lieu prefcrit,
Attendre Cloris , qu'il adore
Le jour ne paroît point encore ;
Mille foupçons jaloux agitent fon efprit.
Du pareffeux Tithon , l'Epoufe matinale , ›
S'arrête en le voyant , & le prend pour Céphale..
La beauté du Berger la charme & l'ébloüit ;
Mais découvrant l'erreur dont fon ame jouit ;;
Sur fon front rougiffant , fa honte fe fignale , ·
Et bientôt les regrets la rendant trifte & pâle ,
Dans les Airs blanchiffans elle s'évanouit.
Mille frilleufes Hirondeles ,
Traverfant les Mers à la fois ,
Ramenent Zéphire avec elles ,
Et fe repofent fur nos toits..
Se becquetant , battant des aîles ,
Volant & revolant , fe fuivant tour -à- tour ,
Leur caquet enjoüé réveille ,
La jeune Cloris qui fommeille ,
Et l'avertit d'aller où l'attend fon amour..
Le Soleil careffe la Terre ,
Il la confole de la guerre ,,
D'un long Hyver , armé de frimats , de glaçons..
La
MAY. 1730 .. 907
La Terre rajeunie ouvre fon fein fertile ,
Au doux écoulement des celeftes rayons ;
Et Flore , à leurs ordres docile ,,
S'apprête avec Pomone à répandre fes dons.
Nos Brigantins & nos Frégates ,
Fendent le liquide Element ,,
Et ne craignent que les Pirates ,,
Garantis de l'effroi de la Mer & du vent.
Les Poiffons fous un mur de glace ,
Depuis trop long-temps retenus,
Dans leur froide prifon ne fe captivent plus
Thétis les voit bondir fur fa verte furface..
L'Amour que nul effort n'a jamais arrêté ,
Prend fon vol & fe gliffe avec agilité ,
Dans leurs demeures tranfparentes
Ses flammes dans l'eau pétillantes ,
En penetrent l'humidité ,,
Et leurs écailles palpitantes ,,
Expriment le raviffement ,,
D.
Du plaifir dont ils font tourmentez doucement",
Le beau Mirtil fous la feuillée ,,
Danfe au clair de la Lune , au fon du Flageoler ,
Avec la blonde Iris , leftement habillée ;
Il voudroit dans un coin fecret ,
L'entretenir de fon martyre.
2
La
908 MERCURE DE FRANCE
Il a cent chofes à lui dire ;
Mais Corifque & Daphné , d'un regard inquiet ,
Semblent les obferver fans ceffe
Victime du reſpect humain ,
Mirtil lui dit tout bas , en lui ferrant la main ,
Adieu , l'unique objet de ma vive tendreffe ,
Trompons des yeux malins la curieuſe adreſſe ;
Nous nous retrouverons demain.
Jours charmans , faifon fortunée ,
Que vos beautez auroient d'appas !
Si, quand vous revenez, vous ne nous difiez pas ,
Qu'en nous vieilliffant d'une année ,
Vous nous faites marcher vers la nuit du trépas.
Par M" de Malerais de la Vigne ,
du Croific en Bretagne .
Q
Ue le Printemps eft beau , tout rit dans la
Nature.
Nos Prez font verts, nos Bois ont repris leur pa
rure ,
Les Ruiffeaux dégelez fur un gravier d'argent ,
Promenent d'un pas diligent ,
Une Onde claire qui murmure.
Les Oifeaux amoureux fous les Rameaux fleuris
Vont chercher les plus frais ombrages ;
C'est là qu'ils font parler dans leurs tendres ra¬
mages
Les feux dont l'un pour l'autre ils ont le coeur
épris.
Amintas
906 MERCURE DE FRANCE.
Amintas , que l'Amour dévore ,
Ne pouvant fermer l'oeil , abandonne fon lit.
Il fort comme en délire , & court au lieu prefcrit,
Attendre Cloris , qu'il adore
Le jour ne paroît point encore ;
Mille foupçons jaloux agitent fon efprit.
Du pareffeux Tithon , l'Epoufe matinale , ›
S'arrête en le voyant , & le prend pour Céphale..
La beauté du Berger la charme & l'ébloüit ;
Mais découvrant l'erreur dont fon ame jouit ;;
Sur fon front rougiffant , fa honte fe fignale , ·
Et bientôt les regrets la rendant trifte & pâle ,
Dans les Airs blanchiffans elle s'évanouit.
Mille frilleufes Hirondeles ,
Traverfant les Mers à la fois ,
Ramenent Zéphire avec elles ,
Et fe repofent fur nos toits..
Se becquetant , battant des aîles ,
Volant & revolant , fe fuivant tour -à- tour ,
Leur caquet enjoüé réveille ,
La jeune Cloris qui fommeille ,
Et l'avertit d'aller où l'attend fon amour..
Le Soleil careffe la Terre ,
Il la confole de la guerre ,,
D'un long Hyver , armé de frimats , de glaçons..
La
MAY. 1730 .. 907
La Terre rajeunie ouvre fon fein fertile ,
Au doux écoulement des celeftes rayons ;
Et Flore , à leurs ordres docile ,,
S'apprête avec Pomone à répandre fes dons.
Nos Brigantins & nos Frégates ,
Fendent le liquide Element ,,
Et ne craignent que les Pirates ,,
Garantis de l'effroi de la Mer & du vent.
Les Poiffons fous un mur de glace ,
Depuis trop long-temps retenus,
Dans leur froide prifon ne fe captivent plus
Thétis les voit bondir fur fa verte furface..
L'Amour que nul effort n'a jamais arrêté ,
Prend fon vol & fe gliffe avec agilité ,
Dans leurs demeures tranfparentes
Ses flammes dans l'eau pétillantes ,
En penetrent l'humidité ,,
Et leurs écailles palpitantes ,,
Expriment le raviffement ,,
D.
Du plaifir dont ils font tourmentez doucement",
Le beau Mirtil fous la feuillée ,,
Danfe au clair de la Lune , au fon du Flageoler ,
Avec la blonde Iris , leftement habillée ;
Il voudroit dans un coin fecret ,
L'entretenir de fon martyre.
2
La
908 MERCURE DE FRANCE
Il a cent chofes à lui dire ;
Mais Corifque & Daphné , d'un regard inquiet ,
Semblent les obferver fans ceffe
Victime du reſpect humain ,
Mirtil lui dit tout bas , en lui ferrant la main ,
Adieu , l'unique objet de ma vive tendreffe ,
Trompons des yeux malins la curieuſe adreſſe ;
Nous nous retrouverons demain.
Jours charmans , faifon fortunée ,
Que vos beautez auroient d'appas !
Si, quand vous revenez, vous ne nous difiez pas ,
Qu'en nous vieilliffant d'une année ,
Vous nous faites marcher vers la nuit du trépas.
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Résumé : LE PRINTEMPS, Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Le poème 'Le Printemps' de M. de Malerais de la Vigne célèbre la renaissance de la nature au printemps. Les prés verdissent, les bois reverdissent, et les ruisseaux dégèlent, murmurant sur des graviers argentés. Les oiseaux amoureux se réfugient sous les rameaux fleuris, exprimant leur passion. Amintas, consumé par l'amour, attend Cloris malgré ses soupçons jaloux. L'aurore, confondant Amintas avec Céphale, est charmée puis s'évanouit en découvrant son erreur. Les hirondelles ramènent le vent Zéphyr et réveillent Cloris pour qu'elle rejoigne Amintas. Le soleil réconforte la terre après un long hiver, permettant à la terre de renaître. Flore et Pomone se préparent à répandre leurs dons. Les navires naviguent sans crainte des pirates, et les poissons, libérés de la glace, bondissent à la surface. L'amour enflamme même les eaux. Mirtil danse avec Iris sous la lune, désirant lui parler en secret, mais ils sont observés par Corisque et Daphné. Mirtil doit se contenter de lui dire adieu jusqu'au lendemain, regrettant la brièveté des jours printaniers qui rappellent la marche vers la vieillesse et la mort.
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2604
p. 916-919
IDILLE HÉROIQUE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
Le Ciel est propice à vos voeux, [...]
Mots clefs :
Dauphin, Amour, Divin, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDILLE HÉROIQUE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
IDILLE HEROIQUE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
LE Ciel eft propice à vos voeux ,
Peuples , chantez ce jour qui vous rend tous heu
reux.
Le
MAY . 1730 .
917
Le Ciel eft propice à nos voeux ;
Chantons , chantons ce jour qui nous rend tous
heureux.
Quel plaifir pour nos coeurs ! quel bonheur
la France !
Nous voyons paroître enfin
L'objet de notre eſperance.
Quel plaifir pour nos coeurs ! quel bonheur
la France+
pour
pour
Ce jour , cet heureux jour a vû naître un Dauphin
.
Que tout fur la terre & fur l'onde.
Seconde les tranſports de nos coeurs amoureux ;'
C'eſt le don le plus précieux
Que les Dieux pouvoient faire au monde.
Le Ciel eft propice à nos voeux
Cantons , chantons ce jour qui nous rend tous
heureux.
Déja nous avions vû l'Aurore
De ce grand jour que celebrent nos airs.
Trois Aftres nouveau-nés avoient à l'Univers
Annoncé le Soleil que nous voyons éclore.
Le Ciel eft propice &c .
Mais d'où naît cet éclat nouveau ?
Quel Enfant les Jeux & les Graces
Courent en foule fur fes traces ,
D EtBE
918 MERCURE DE FRANCE
Et volent autour du Berceau,
La chafte Lucine
Vante fes attraits
Et ne vit jamais
Plus belle origine ;
Amour aujourd'hui
Paroît feul en peine ,
Et craint qu'on ne prenne
Cet enfant pour lui.
Croiffez , cher Rejetton du plus puiffant des Rois,
Et puifqu'Amour déja porte envie à vos charmes
Puiffe à fon tour le Dieu des Armes
Etre jaloux de vos exploits !
Que dans l'un & l'autre Hemiſphere
On vante vos faits inoüis ,
Que le fils imite le pere ,
s ;
Que le pere ne foit égalé que du fils.
Mais où fuis-je ? O Cicl ! puis - je croire
Le fpectacle enchanteur qui frappe mes eſprits ?
Le Temple du Deftin s'ouvre à mes yeux furpris;
Du Dauphin , à l'envi , tout m'annonce la gloire,
Je vois , je vois déja les neuf fçavantes Soeurs
Lui prodiguer leurs plus cheres faveurs :
Tout le Ciel pour lui s'intereffe ;
Jupiter le foûtient ; Mars au combat l'inftruit ;
Minerve dans fon coeur vient verfer la ſageſſe ,
Et le Dieu même du Permeffe
Se plaît à former fon efprit.
Qu'il
MAY.
1730 .
919
Qu'il fera grand ; que fon aimable Empire
Sera cheri de l'Univers ;
Tous les jours lui verront produire
Mille prodiges divers.
Eh ! ne feroit- il pas lui-même
Un prodige étonnant pour nos regards ſurpris ;
Si formé du fang de Louis ,
Tout ne retentiffoit de fa gloire fuprême ?
Et
Qu'il vive donc pour remplir fes deſtins
Qu'il apporte en tous lieux la joye & l'abondance
que ſemblable au Roi dont il a pris naiſſance
Il ſoit un jour l'arbitre & l'amour des humains.
Qu'il vive pour remplir ſes glorieux deſtins !
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Arbitre fouverain de la Terre & des Cieux ,
Pouviez-vous récompenfer mieux
Les vertus de LOUIS & celles de MARIE ?
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Ne ceffez de verſer ſur Louis & Marie
Vos bienfaits les plus précieux ;
Rendez l'Epouſe heureuſe & l'Epoux glorieux. }
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Pourfuivez , rempliffez nos voeux ;
Qu'ils vivent feulement , l'Univers eſt heureux.
Par M. l'Abbé Portes , de
Montpellier.
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
LE Ciel eft propice à vos voeux ,
Peuples , chantez ce jour qui vous rend tous heu
reux.
Le
MAY . 1730 .
917
Le Ciel eft propice à nos voeux ;
Chantons , chantons ce jour qui nous rend tous
heureux.
Quel plaifir pour nos coeurs ! quel bonheur
la France !
Nous voyons paroître enfin
L'objet de notre eſperance.
Quel plaifir pour nos coeurs ! quel bonheur
la France+
pour
pour
Ce jour , cet heureux jour a vû naître un Dauphin
.
Que tout fur la terre & fur l'onde.
Seconde les tranſports de nos coeurs amoureux ;'
C'eſt le don le plus précieux
Que les Dieux pouvoient faire au monde.
Le Ciel eft propice à nos voeux
Cantons , chantons ce jour qui nous rend tous
heureux.
Déja nous avions vû l'Aurore
De ce grand jour que celebrent nos airs.
Trois Aftres nouveau-nés avoient à l'Univers
Annoncé le Soleil que nous voyons éclore.
Le Ciel eft propice &c .
Mais d'où naît cet éclat nouveau ?
Quel Enfant les Jeux & les Graces
Courent en foule fur fes traces ,
D EtBE
918 MERCURE DE FRANCE
Et volent autour du Berceau,
La chafte Lucine
Vante fes attraits
Et ne vit jamais
Plus belle origine ;
Amour aujourd'hui
Paroît feul en peine ,
Et craint qu'on ne prenne
Cet enfant pour lui.
Croiffez , cher Rejetton du plus puiffant des Rois,
Et puifqu'Amour déja porte envie à vos charmes
Puiffe à fon tour le Dieu des Armes
Etre jaloux de vos exploits !
Que dans l'un & l'autre Hemiſphere
On vante vos faits inoüis ,
Que le fils imite le pere ,
s ;
Que le pere ne foit égalé que du fils.
Mais où fuis-je ? O Cicl ! puis - je croire
Le fpectacle enchanteur qui frappe mes eſprits ?
Le Temple du Deftin s'ouvre à mes yeux furpris;
Du Dauphin , à l'envi , tout m'annonce la gloire,
Je vois , je vois déja les neuf fçavantes Soeurs
Lui prodiguer leurs plus cheres faveurs :
Tout le Ciel pour lui s'intereffe ;
Jupiter le foûtient ; Mars au combat l'inftruit ;
Minerve dans fon coeur vient verfer la ſageſſe ,
Et le Dieu même du Permeffe
Se plaît à former fon efprit.
Qu'il
MAY.
1730 .
919
Qu'il fera grand ; que fon aimable Empire
Sera cheri de l'Univers ;
Tous les jours lui verront produire
Mille prodiges divers.
Eh ! ne feroit- il pas lui-même
Un prodige étonnant pour nos regards ſurpris ;
Si formé du fang de Louis ,
Tout ne retentiffoit de fa gloire fuprême ?
Et
Qu'il vive donc pour remplir fes deſtins
Qu'il apporte en tous lieux la joye & l'abondance
que ſemblable au Roi dont il a pris naiſſance
Il ſoit un jour l'arbitre & l'amour des humains.
Qu'il vive pour remplir ſes glorieux deſtins !
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Arbitre fouverain de la Terre & des Cieux ,
Pouviez-vous récompenfer mieux
Les vertus de LOUIS & celles de MARIE ?
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Ne ceffez de verſer ſur Louis & Marie
Vos bienfaits les plus précieux ;
Rendez l'Epouſe heureuſe & l'Epoux glorieux. }
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Pourfuivez , rempliffez nos voeux ;
Qu'ils vivent feulement , l'Univers eſt heureux.
Par M. l'Abbé Portes , de
Montpellier.
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Résumé : IDILLE HÉROIQUE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Le texte 'Idylle héroïque' célèbre la naissance du Dauphin en mai 1730, suscitant joie et bonheur parmi les peuples français. Le Dauphin est présenté comme un don divin, apportant espoir et félicité. Trois astres annoncent cette naissance, symbolisant l'aube d'un grand jour. La naissance est entourée de grâce et de beauté, avec des figures allégoriques comme les Jeux, les Grâces et Lucine vantant ses attraits. Amour lui-même est jaloux de ses charmes. Le poème prédit une vie glorieuse pour le Dauphin, soutenu par les dieux et destiné à accomplir des exploits remarquables. Il souhaite que le Dauphin imite son père et apporte joie et abondance à l'univers. Le texte se termine par une prière à l'Auteur divin pour bénir Louis et Marie, les parents du Dauphin, et pour que l'univers soit heureux grâce à leur existence.
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2605
p. 925-929
LES DESORDRES DE L'AMOUR DANS L'ISLE DE LA SAGESSE. IDILLE HEROIQUE. Qui a remporté cette année le Prix destiné à ce genre de Poësie par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouze. Cette Idille est de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a déja remporté trois Prix du Poëme dans la même Académie.
Début :
Minerve avoit jadis rassemblé des Mortels, [...]
Mots clefs :
Amour, Dieux, Minerve, Mortels
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texteReconnaissance textuelle : LES DESORDRES DE L'AMOUR DANS L'ISLE DE LA SAGESSE. IDILLE HEROIQUE. Qui a remporté cette année le Prix destiné à ce genre de Poësie par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouze. Cette Idille est de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a déja remporté trois Prix du Poëme dans la même Académie.
LES
DE
の
DESORDRES
L'AMOUR
DANS L'ISLE DE LA SAGESSE
IDILLE HEROIQUE.
Qui a remporté cette année le Prix destiné à
ce genre de Poefie par l'Académie des
Jeux Floraux à Toulouze . Cette Idille eft
de l'Abbé Ponci de Neuville , qui a déja
remporté trois Prix du Poëme dans la même
Académie..
M
Inerve avoit jadis raffemblé des Mortels ,
Qui fuyant de Venus le culté & les Autels,
Ne fuivoient que les loix de l'auftere fageffe ;
Des coupables plaifirs, ils ignoroient l'yvreffe ;
L'aveugle ambition , l'ardente ſoif de l'or
Soumis à la vertu , leur unique tréfor ,
Et que
Sur des bords écartés que des monts environnent
les Peupliers couronnent
de toutes parts
Où Thetis oppofoit aux Nochers hazardeux
De fes humides bras les replis tortueux ,
Ces fages habitans couloient des jours tranquilles; -
L'Amour , le traître Amour vint percer leurs ?
aziles ;
Dv
En
926 MERCURE DE FRANCE
En quels lieux l'impofteur ne penetre -t'il pas ?
Minerve doit quitter ces fortunés climats ;
On la rapelle aux Cieux , & l'Amour en profite
Pour tramer le projet que fon dépit médite ;
Il a foin d'écarter le curieux foupçon ;
Il conjure en fecret avec la trahiſon .
De la pitié fenfible il emprunte les larmes ;
L'artifice lui prête & fa voix & ſes armes.
La Déeffe tranquille ignore ces apprêts ;
Le deftin immuable en fes profonds decrets
Sçait éclairer les Dieux fur les deffeins des hommes
;
Mais entr'eux , il permet qu'ils foient ce que nous
fommes ,
Qu'ils ne puiffent avoir que des fignes douteux
Des projets differens que font les autres Dieux.
D'un devoir importun il faut que je m'acquite;
A regret , dit Minerve , aujoud'hui je vous quitte..
Cette Ifle vous a mis à l'abri des dangers ;
Gardez-vous d'y fouffrir des mortels étrangers.
Mon retour doit bientôt calmer votre triſteſſe ,
Puiffai-je vous revoir tels qu'ici je vous laiffe.
Ainfi parle Minerve , & foudain mille cris
Accompagnent fon char au celefte lambris ;
Mais helas ! fon abſence à l'Iſle fut fatale ,
On n'eut plus pour fon culte une ferveur égale;
La molle oifiveté dans fes honteux liens .
S'efforça d'arrêter ces actifs Citoyens ;;
Le fuccès la fuivit ; l'Amour d'intelligence
Saifit
MAY. 1730. 927
Saifit l'heureux moment d'exercer fa vengeance ;
Neptune en fa faveur a foulevé les mers.
Une profonde nuit que percent les éclairs
Couvre l'onde en fureur ; le tonerre & l'orage
Des vaiffeaux périffans acheve le naufrage ;
La curieuſe Eglé du haut d'un mont voiſin
Promenoit fur la mer fes regards fans deffein ;
L'ennui furprit fon coeur ; la longue folitude
Des Nymphes de quinze ans nourrit l'inquietude;
L'Amour frappe fes yeux fous les traits d'un enfant
Qu'un refte de vigueur contre la mort défend ;
Il n'avoit ni carquois , ni fes feux , ni ſes aîles ,
Mais il pouvoit encor charmer les plus rebelles.
Eglé qui fans douleur ne peut le voir périr ,
Infidelle à Pallas , ofe le fecourir ,
Lui jette un bois fragile où le traître s'attache ;
Il eft au port ; la Nimphe en fa Grotte le cache
Elle n'épargne rien pour lui fauver le jour ,
Et ne fçauroit penſer qu'elle fauve l'Amour.
Bientôt elle le montre à fes jeunes compagnes ;
Le féjour de leur Bois , l'afpect de leurs montagnes
Commence à devenir des objets odieux ,
Et pour le feul Amour ces Nymphes ont des yeux
Ce.Dieu va triompher ;Zephir , fans qu'on le voye,
Lui donnne fon flambeau dont il s'arme avec
joye.
L'Arc eft prêt, le Carquois refonne plein de dards;
D vj Dans
928 MERCURE DE FRANCE
Dans les Airs épurés brillent fes Etendarts..
Eglé veut fuir ; l'Amour la retient dans fes chaînes
,
Et montant fur fon char dont il faifit les rênes
Avec un fier fouris il lance pour adieux
Des traits empoifonnés & de finiftres feux.
Toute l'Ile en reffent les mortelles atteintes ;
Les foupçons , les fureurs, les dégouts & les crain¬
tes
Du coeur des Citoyens chaffent l'aimable Paix
Les plaifirs innocens n'ont plus pour eux d'attraits
;
Ils refpirent le crime , ils l'adorent , l'encenfent.
Minerve eft oubliée ; ou du moins s'ils y penfent,
C'eft pour charger fon nom de titres odieux.
On brife fes Autels ; on outrage les Dieux ;
Les amis font Rivaux ; l'Ile de fang eft . teinte ,
Les Vertus à Minerve ont adreffé leur plainte
Elle revient mais Ciel ! on méconnoît fes loix.
Voilà de Cupidon les illuftres exploits.›
Malheureux habitans ! ouvrez les yeux , dit-elle,
Qu'eft devenu pour moi votre amour votre zele??
Vous ne m'écoutez pas ! évitez mon couroux ; ,
Le Dieu qui vous féduit me vengera de vous,
Vos coeurs regretteront ces rives fortunées ;
Par le funefte Amour aujourd'hui profanées ,,
Elles ne m'offrent plus que d'indignes objets.
Ces lieux en me perdant vont perdre leurs attraits;
›
J'ai
M1AY. 1730. 929
J'ai fçu les élever ; je fçaurai les détruire.
Par là , puiffent du moins tous les mortels s'inftruire.
En vain pour fuir l'Amour on cherche les deferts::
La feule vigilance ofe braver fes fers ..
DE
の
DESORDRES
L'AMOUR
DANS L'ISLE DE LA SAGESSE
IDILLE HEROIQUE.
Qui a remporté cette année le Prix destiné à
ce genre de Poefie par l'Académie des
Jeux Floraux à Toulouze . Cette Idille eft
de l'Abbé Ponci de Neuville , qui a déja
remporté trois Prix du Poëme dans la même
Académie..
M
Inerve avoit jadis raffemblé des Mortels ,
Qui fuyant de Venus le culté & les Autels,
Ne fuivoient que les loix de l'auftere fageffe ;
Des coupables plaifirs, ils ignoroient l'yvreffe ;
L'aveugle ambition , l'ardente ſoif de l'or
Soumis à la vertu , leur unique tréfor ,
Et que
Sur des bords écartés que des monts environnent
les Peupliers couronnent
de toutes parts
Où Thetis oppofoit aux Nochers hazardeux
De fes humides bras les replis tortueux ,
Ces fages habitans couloient des jours tranquilles; -
L'Amour , le traître Amour vint percer leurs ?
aziles ;
Dv
En
926 MERCURE DE FRANCE
En quels lieux l'impofteur ne penetre -t'il pas ?
Minerve doit quitter ces fortunés climats ;
On la rapelle aux Cieux , & l'Amour en profite
Pour tramer le projet que fon dépit médite ;
Il a foin d'écarter le curieux foupçon ;
Il conjure en fecret avec la trahiſon .
De la pitié fenfible il emprunte les larmes ;
L'artifice lui prête & fa voix & ſes armes.
La Déeffe tranquille ignore ces apprêts ;
Le deftin immuable en fes profonds decrets
Sçait éclairer les Dieux fur les deffeins des hommes
;
Mais entr'eux , il permet qu'ils foient ce que nous
fommes ,
Qu'ils ne puiffent avoir que des fignes douteux
Des projets differens que font les autres Dieux.
D'un devoir importun il faut que je m'acquite;
A regret , dit Minerve , aujoud'hui je vous quitte..
Cette Ifle vous a mis à l'abri des dangers ;
Gardez-vous d'y fouffrir des mortels étrangers.
Mon retour doit bientôt calmer votre triſteſſe ,
Puiffai-je vous revoir tels qu'ici je vous laiffe.
Ainfi parle Minerve , & foudain mille cris
Accompagnent fon char au celefte lambris ;
Mais helas ! fon abſence à l'Iſle fut fatale ,
On n'eut plus pour fon culte une ferveur égale;
La molle oifiveté dans fes honteux liens .
S'efforça d'arrêter ces actifs Citoyens ;;
Le fuccès la fuivit ; l'Amour d'intelligence
Saifit
MAY. 1730. 927
Saifit l'heureux moment d'exercer fa vengeance ;
Neptune en fa faveur a foulevé les mers.
Une profonde nuit que percent les éclairs
Couvre l'onde en fureur ; le tonerre & l'orage
Des vaiffeaux périffans acheve le naufrage ;
La curieuſe Eglé du haut d'un mont voiſin
Promenoit fur la mer fes regards fans deffein ;
L'ennui furprit fon coeur ; la longue folitude
Des Nymphes de quinze ans nourrit l'inquietude;
L'Amour frappe fes yeux fous les traits d'un enfant
Qu'un refte de vigueur contre la mort défend ;
Il n'avoit ni carquois , ni fes feux , ni ſes aîles ,
Mais il pouvoit encor charmer les plus rebelles.
Eglé qui fans douleur ne peut le voir périr ,
Infidelle à Pallas , ofe le fecourir ,
Lui jette un bois fragile où le traître s'attache ;
Il eft au port ; la Nimphe en fa Grotte le cache
Elle n'épargne rien pour lui fauver le jour ,
Et ne fçauroit penſer qu'elle fauve l'Amour.
Bientôt elle le montre à fes jeunes compagnes ;
Le féjour de leur Bois , l'afpect de leurs montagnes
Commence à devenir des objets odieux ,
Et pour le feul Amour ces Nymphes ont des yeux
Ce.Dieu va triompher ;Zephir , fans qu'on le voye,
Lui donnne fon flambeau dont il s'arme avec
joye.
L'Arc eft prêt, le Carquois refonne plein de dards;
D vj Dans
928 MERCURE DE FRANCE
Dans les Airs épurés brillent fes Etendarts..
Eglé veut fuir ; l'Amour la retient dans fes chaînes
,
Et montant fur fon char dont il faifit les rênes
Avec un fier fouris il lance pour adieux
Des traits empoifonnés & de finiftres feux.
Toute l'Ile en reffent les mortelles atteintes ;
Les foupçons , les fureurs, les dégouts & les crain¬
tes
Du coeur des Citoyens chaffent l'aimable Paix
Les plaifirs innocens n'ont plus pour eux d'attraits
;
Ils refpirent le crime , ils l'adorent , l'encenfent.
Minerve eft oubliée ; ou du moins s'ils y penfent,
C'eft pour charger fon nom de titres odieux.
On brife fes Autels ; on outrage les Dieux ;
Les amis font Rivaux ; l'Ile de fang eft . teinte ,
Les Vertus à Minerve ont adreffé leur plainte
Elle revient mais Ciel ! on méconnoît fes loix.
Voilà de Cupidon les illuftres exploits.›
Malheureux habitans ! ouvrez les yeux , dit-elle,
Qu'eft devenu pour moi votre amour votre zele??
Vous ne m'écoutez pas ! évitez mon couroux ; ,
Le Dieu qui vous féduit me vengera de vous,
Vos coeurs regretteront ces rives fortunées ;
Par le funefte Amour aujourd'hui profanées ,,
Elles ne m'offrent plus que d'indignes objets.
Ces lieux en me perdant vont perdre leurs attraits;
›
J'ai
M1AY. 1730. 929
J'ai fçu les élever ; je fçaurai les détruire.
Par là , puiffent du moins tous les mortels s'inftruire.
En vain pour fuir l'Amour on cherche les deferts::
La feule vigilance ofe braver fes fers ..
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Résumé : LES DESORDRES DE L'AMOUR DANS L'ISLE DE LA SAGESSE. IDILLE HEROIQUE. Qui a remporté cette année le Prix destiné à ce genre de Poësie par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouze. Cette Idille est de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a déja remporté trois Prix du Poëme dans la même Académie.
Le texte présente 'L'Amour dans l'Isle de la Sagesse', une œuvre de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a remporté le Prix de l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse. L'auteur avait déjà été lauréat à trois reprises dans cette même académie. L'histoire se déroule sur une île où les habitants, protégés par Minerve, vivaient dans la sagesse et la vertu, à l'abri des plaisirs coupables et de l'ambition. Lorsque Minerve quitte l'île, l'Amour en profite pour semer la discorde. Il utilise la pitié et la trahison pour tromper les habitants. La déesse Eglé, en voyant un enfant en danger, le sauve sans se rendre compte qu'il s'agit de l'Amour déguisé. L'Amour récupère ses armes et ses pouvoirs, et commence à répandre la discorde parmi les habitants. Les vertus sont oubliées, et les habitants se tournent vers le crime et la rivalité. À son retour, Minerve constate avec tristesse que l'île a été corrompue. Elle menace les habitants de les détruire et de les laisser regretter leur perte de sagesse. Elle souligne que la seule manière de résister à l'Amour est la vigilance constante.
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2605
2606
p. 940
EPIGRAMME. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Début :
Certain Quidam, grand conteur de merveilles, [...]
Mots clefs :
Paris, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
EPIGRAMME.
Par Me de Malerais de la Vigne ,
du Croific , en Bretagne.
Certain Quidam, grand conteur de merveilles ,
Sçachant de tout , quoiqu'il n'eût rien appris ,
M'entretenoit des choſes non - pareilles ,
Que l'an dernier lui fit voir à Paris ,
» Mais , difoit- il , ce qui d'un plus haut prix ,
» M'y femble encor ; c'eft que l'efprit abonde ,
En ce Pays , plus qu'autre part du Monde:
Oh ! oh repris-je , avec un ton railleur,
De tels difcours , certes ne me furprennent ;
Je m'apperçois que ceux qui s'en reviennent.
Ont en ce lieu laiffé beaucoup du leur.
Par Me de Malerais de la Vigne ,
du Croific , en Bretagne.
Certain Quidam, grand conteur de merveilles ,
Sçachant de tout , quoiqu'il n'eût rien appris ,
M'entretenoit des choſes non - pareilles ,
Que l'an dernier lui fit voir à Paris ,
» Mais , difoit- il , ce qui d'un plus haut prix ,
» M'y femble encor ; c'eft que l'efprit abonde ,
En ce Pays , plus qu'autre part du Monde:
Oh ! oh repris-je , avec un ton railleur,
De tels difcours , certes ne me furprennent ;
Je m'apperçois que ceux qui s'en reviennent.
Ont en ce lieu laiffé beaucoup du leur.
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Résumé : EPIGRAMME. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
L'épigramme de Me de Malerais décrit un homme vantant ses expériences parisiennes, se prétendant omniscient. Le narrateur critique sa superficialité et son ignorance, suggérant qu'il a laissé son esprit à Paris.
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2607
p. 942-944
LETTRE écrite de Chambery, à l'Auteur du Mercure de France, le 26. Mars 1730.
Début :
Si vous continuez, Monsieur, à donner des Logogryphes pareils à celui qu'on lit dans votre [...]
Mots clefs :
Logogriphe, France, Interprète de logogriphe, Famille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Chambery, à l'Auteur du Mercure de France, le 26. Mars 1730.
LETTRE écrite de Chambery , à l'Auteur
du Mercure de France , le 26.
Mars 1730.
I vous continuez , Monfieur , à donner des
Logogryphes pareils à celui qu'on lit dans votre
Mercure de Fevrier , il faudra que je renonce
au plaifir de le faire venir , ou que je deſerte ma
maifon auffi-tôt qu'il y paroîtra. Je n'avois pas
encore éprouvé ce que peut une femme qui s'érige
en interprete de Logogryphe ; mais la mienne
vient de m'en faire faire une trifte experience,
malheureuſement pour moi , je n'ai pû par la fuite
éviter fa premiere impétuofité , étant retenu dans
mon fauteuil par la goute. Ma fille brochant fur
le tout , & raffinant fur les impertinences de fa
mere , foutenoit qu'il étoit ridicule que l'Auteur
du Logogryphe fe fût avifé d'en latinifer le mot
à fon 31 Vers , comme s'il vouloit le mettre par
ce moyen hors de la portée des Dames ; elles font
cependant , difoit ma fille , les juges naturels de
ces fortes d'Ouvrages ; & leur imagination plus
vive que celle des hommes , femble leur donner
un privilege exclufif pour dévoiler ces myſteres.
Ces raifonnemens m'alloient faire perdre patience
, lorfqu'un de mes amis eft furvenu , qui en
nous découvrant le mot cherché , a fini heureufment
la querelle ; il eft vrai que le3 1 Vers dont
je viens de parler , & qui femble n'avoir été mis
que pour troubler la paix de mon ménage , occafionna
encore mille fots difcours. Mon âne de
fils , qui eft en cinquiéme , ne s'avifa - t- il pas de
remarquer , je ne fçai comment , que le mot latin
Ancer , s'écrivant par une S , on ne pouvoit lui
C
appliquer
MAY. 1730.
943
appliquer ce Vers ; ma fille charmée de l'objection
, l'adopta de tout fon coeur , & mon ami eut
bien de la peine à la faire taire , en l'affurant que
c'étoit une licence permife.
Je vous ennuyerois , Monfieur , fi je vous dé~
taillois tout ce qui s'eft paffé chez moi à ce fujet,
mais je veux vous faire part d'une chofé qui vous
paroîtra finguliere ; toutes les differentes faces
que vous faites prendre au mot France ,
font appliquables
avec jufteſſe à ma famille , c'eſt ce qui
a donné lieu à l'Ouvrage que vous allez lire ; je
lui donne ce nom , faute de lui en fçavoir d'autre,
peut- être pourroit- on l'appeller des Bouts - donnez,
ils ont occafionné ces Vers fans rime , je conviens
que l'efpece eft profcrite depuis long-temps, & réfervée
au feul Pierrot de la Comédie Italienne ; je
doute donc fort que ceci foit du reffort de votre
Mercure ; ma femme foutient qu'il n'y a pas plus
de raifon que de rime , & que jamais vous ne vous
aviferez d'en faire part au Public , l'interêt qu'elle
y prend , la fait, fans doute, parler ainfi , mais je
ne ferois pas fâché qu'elle en eût le démenti , efperant
que ce feroit un moyen de l'indifpofer
contre les Logogryphes , de façon à ne fe plus
mêler de les e quer; il n'y auroit pas un grand
mal que je fuffele feul de ma maifon qui voulût
profiter de votre Livre ; cependant quelqu'ufage
que vous faffiez de ce que je vous envoye , je ferai
toûjours content , pourvû que vous foyez per-
Luadé que l'application que je fais de votre Logogryphe
à ma famille eft très -veritable , & que je
fuis , &c.
Jean fe croit plus heureux qu'aucun homme de
France ;
Vivant content du fort , l'efprit guai , le coeur
Franc.
E ij J'ai
944 MERCURE DE FRANCE
J'ai fept fils , une fille ayant teint de lard Rance,
Mon fecond fils eft fot comme un panier fans Ance
Le fixiéme eft un petit
Dont les doigts font toûjours teints d'
Le Cadet toûjours faute & s'appelle fan
Mon aîné fait fon Droit à
Le cinquiéme eft Moine à
Ane ,
Ancre ,
Fare .
Can
Fecan.
Le troifiéme eft allé voir fa tante à Nerac.
Le quatriéme ne peut rien fourer fous fon Cráne,
Et n'eft bon qu'à tirer de l'
Arc .
Ma femme eft d'une humeur revêche , mordante,
Sous fa protection elle a pris le mot
Acre ;
Car,
Elle doit au bon vin fa rubiconde
Face ;
Il eft vrai qu'elle peint prefque auffi-bien queRanc,
C'eft une veritable Farce ,
Que de voir ma fille d' Ancer ,
Ayant les pieds d'Oifon & fouple comme Fer.
Cerf,
Mon fils Fanfare , étourdi comme un
Vient de caffer Tabatiere de
Mais je l'ai régalé d'un bon coup de ma
Dont on dit qu'il tire le
Nacre ;
Cane,
Nerf.
A vingt ans je fus prêt à me noyer dans l'Arne .
Je me caffai la tête un jour contre une
Carne,
Je reviens à ma femme , elle me ruine en Nafre ;
On peut dire qu'elle eft auffi propre qu'un Cafre,
Affis auprès du feu , les pieds frottez de Canfre
J'écris ceci fur mon E
Cran
du Mercure de France , le 26.
Mars 1730.
I vous continuez , Monfieur , à donner des
Logogryphes pareils à celui qu'on lit dans votre
Mercure de Fevrier , il faudra que je renonce
au plaifir de le faire venir , ou que je deſerte ma
maifon auffi-tôt qu'il y paroîtra. Je n'avois pas
encore éprouvé ce que peut une femme qui s'érige
en interprete de Logogryphe ; mais la mienne
vient de m'en faire faire une trifte experience,
malheureuſement pour moi , je n'ai pû par la fuite
éviter fa premiere impétuofité , étant retenu dans
mon fauteuil par la goute. Ma fille brochant fur
le tout , & raffinant fur les impertinences de fa
mere , foutenoit qu'il étoit ridicule que l'Auteur
du Logogryphe fe fût avifé d'en latinifer le mot
à fon 31 Vers , comme s'il vouloit le mettre par
ce moyen hors de la portée des Dames ; elles font
cependant , difoit ma fille , les juges naturels de
ces fortes d'Ouvrages ; & leur imagination plus
vive que celle des hommes , femble leur donner
un privilege exclufif pour dévoiler ces myſteres.
Ces raifonnemens m'alloient faire perdre patience
, lorfqu'un de mes amis eft furvenu , qui en
nous découvrant le mot cherché , a fini heureufment
la querelle ; il eft vrai que le3 1 Vers dont
je viens de parler , & qui femble n'avoir été mis
que pour troubler la paix de mon ménage , occafionna
encore mille fots difcours. Mon âne de
fils , qui eft en cinquiéme , ne s'avifa - t- il pas de
remarquer , je ne fçai comment , que le mot latin
Ancer , s'écrivant par une S , on ne pouvoit lui
C
appliquer
MAY. 1730.
943
appliquer ce Vers ; ma fille charmée de l'objection
, l'adopta de tout fon coeur , & mon ami eut
bien de la peine à la faire taire , en l'affurant que
c'étoit une licence permife.
Je vous ennuyerois , Monfieur , fi je vous dé~
taillois tout ce qui s'eft paffé chez moi à ce fujet,
mais je veux vous faire part d'une chofé qui vous
paroîtra finguliere ; toutes les differentes faces
que vous faites prendre au mot France ,
font appliquables
avec jufteſſe à ma famille , c'eſt ce qui
a donné lieu à l'Ouvrage que vous allez lire ; je
lui donne ce nom , faute de lui en fçavoir d'autre,
peut- être pourroit- on l'appeller des Bouts - donnez,
ils ont occafionné ces Vers fans rime , je conviens
que l'efpece eft profcrite depuis long-temps, & réfervée
au feul Pierrot de la Comédie Italienne ; je
doute donc fort que ceci foit du reffort de votre
Mercure ; ma femme foutient qu'il n'y a pas plus
de raifon que de rime , & que jamais vous ne vous
aviferez d'en faire part au Public , l'interêt qu'elle
y prend , la fait, fans doute, parler ainfi , mais je
ne ferois pas fâché qu'elle en eût le démenti , efperant
que ce feroit un moyen de l'indifpofer
contre les Logogryphes , de façon à ne fe plus
mêler de les e quer; il n'y auroit pas un grand
mal que je fuffele feul de ma maifon qui voulût
profiter de votre Livre ; cependant quelqu'ufage
que vous faffiez de ce que je vous envoye , je ferai
toûjours content , pourvû que vous foyez per-
Luadé que l'application que je fais de votre Logogryphe
à ma famille eft très -veritable , & que je
fuis , &c.
Jean fe croit plus heureux qu'aucun homme de
France ;
Vivant content du fort , l'efprit guai , le coeur
Franc.
E ij J'ai
944 MERCURE DE FRANCE
J'ai fept fils , une fille ayant teint de lard Rance,
Mon fecond fils eft fot comme un panier fans Ance
Le fixiéme eft un petit
Dont les doigts font toûjours teints d'
Le Cadet toûjours faute & s'appelle fan
Mon aîné fait fon Droit à
Le cinquiéme eft Moine à
Ane ,
Ancre ,
Fare .
Can
Fecan.
Le troifiéme eft allé voir fa tante à Nerac.
Le quatriéme ne peut rien fourer fous fon Cráne,
Et n'eft bon qu'à tirer de l'
Arc .
Ma femme eft d'une humeur revêche , mordante,
Sous fa protection elle a pris le mot
Acre ;
Car,
Elle doit au bon vin fa rubiconde
Face ;
Il eft vrai qu'elle peint prefque auffi-bien queRanc,
C'eft une veritable Farce ,
Que de voir ma fille d' Ancer ,
Ayant les pieds d'Oifon & fouple comme Fer.
Cerf,
Mon fils Fanfare , étourdi comme un
Vient de caffer Tabatiere de
Mais je l'ai régalé d'un bon coup de ma
Dont on dit qu'il tire le
Nacre ;
Cane,
Nerf.
A vingt ans je fus prêt à me noyer dans l'Arne .
Je me caffai la tête un jour contre une
Carne,
Je reviens à ma femme , elle me ruine en Nafre ;
On peut dire qu'elle eft auffi propre qu'un Cafre,
Affis auprès du feu , les pieds frottez de Canfre
J'écris ceci fur mon E
Cran
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Résumé : LETTRE écrite de Chambery, à l'Auteur du Mercure de France, le 26. Mars 1730.
La lettre, datée du 26 mars 1730, est adressée à l'auteur du Mercure de France. L'auteur exprime son mécontentement face aux logogryphes publiés dans le Mercure de février, car ils provoquent des disputes au sein de sa famille. Sa femme et sa fille interprètent ces logogryphes, ce qui entraîne des discussions animées. Un ami révèle finalement le mot cherché, mettant fin à la querelle. La famille discute ensuite des vers latins et des licences poétiques. L'auteur mentionne que les différentes interprétations du mot 'France' dans les logogryphes s'appliquent à sa famille. Il envoie un ouvrage intitulé 'Les Bouts-donnés', composé de vers sans rime, qu'il doute de voir publié dans le Mercure. Sa femme est sceptique quant à la publication de cet ouvrage. L'auteur espère que la publication de cet ouvrage dissuadera sa famille de s'intéresser aux logogryphes. La lettre se conclut par une description humoristique de chaque membre de la famille, utilisant des jeux de mots et des allitérations. Par exemple, il décrit ses fils et sa fille avec des traits physiques ou des comportements spécifiques, et mentionne des incidents personnels, comme un accident où il s'est cogné la tête contre une 'Carne'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2608
p. 945
EXPLICATION du Logogryphe du Mercure d'Avril, sur les mêmes rimes.
Début :
La moitié de mon nom est Car, qui fut en butte [...]
Mots clefs :
Carmel
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure d'Avril, sur les mêmes rimes.
EXPLICATION du Logogryphe
du Mercure d'Avril , fur les mêmes rimes.
L
A moitié de mon nom eft Car , qui fut en
butte
Autrefois à bien des Sçavans ;
On ne parvint point à fa chute ,
Car on s'en fert depuis ce temps.
Mon tout eft le Carmel , où Jadis le Prophete
Elie étoit . Ótez ma ſeule extremité ,
Vous verrez un Anachorete ,
Ou bon Carme , vivant avec aufterité ,
Quoiqu'en cuifine toûjours prête .
Retranchant à prefent & la queue & la tête ,
On voit avec facilité ,
Que fansArme on ne peut
faire aucune conquête.
Par Mlle d'Orvilliers de Vernon .
du Mercure d'Avril , fur les mêmes rimes.
L
A moitié de mon nom eft Car , qui fut en
butte
Autrefois à bien des Sçavans ;
On ne parvint point à fa chute ,
Car on s'en fert depuis ce temps.
Mon tout eft le Carmel , où Jadis le Prophete
Elie étoit . Ótez ma ſeule extremité ,
Vous verrez un Anachorete ,
Ou bon Carme , vivant avec aufterité ,
Quoiqu'en cuifine toûjours prête .
Retranchant à prefent & la queue & la tête ,
On voit avec facilité ,
Que fansArme on ne peut
faire aucune conquête.
Par Mlle d'Orvilliers de Vernon .
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Résumé : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure d'Avril, sur les mêmes rimes.
Le texte explique un logogryphe sur le mot 'Carmel' publié dans le Mercure d'Avril. 'Car' évoque une figure résistante aux savants. 'Carmel' désigne le mont où séjourna Élie. 'Carme' désigne un ermite austère. 'Arme' souligne l'importance des armes pour la conquête. L'auteur est Mlle d'Orvilliers de Vernon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2609
p. 945
Explication de l'Enigme, Virelay.
Début :
La peste soit du Cordonnier ! [...]
Mots clefs :
Soulier
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texteReconnaissance textuelle : Explication de l'Enigme, Virelay.
Explication de l'Enigme . Virelay.
LA pefte foit du Cordonnier !
Je voudrois qu'il eût la pépie ;
Il m'a fait un maudit Soulier ,
Qui depuis deux jours m'eftropie.
LA pefte foit du Cordonnier !
Je voudrois qu'il eût la pépie ;
Il m'a fait un maudit Soulier ,
Qui depuis deux jours m'eftropie.
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2610
p. 946
PREMIERE ENIGME.
Début :
Un seul tout me fait naître & me met au tombeau, [...]
Mots clefs :
Poisson d'avril
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME .
IN feul tout me fait naître & me met au tom-
UN
beau ,
Contraire à ceux de mon eſpece ,
Je ne ſuis pas produit dans l'eau .
Quoiqu'ennemi de la triſteſſe ,
Je la fais naître cependant ;
Mais bientôt pour un mécontent ,
Je procure à pluſieurs une vive allegresse.
IN feul tout me fait naître & me met au tom-
UN
beau ,
Contraire à ceux de mon eſpece ,
Je ne ſuis pas produit dans l'eau .
Quoiqu'ennemi de la triſteſſe ,
Je la fais naître cependant ;
Mais bientôt pour un mécontent ,
Je procure à pluſieurs une vive allegresse.
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2611
p. 946
SECONDE ENIGME.
Début :
Je suis un Monstre invulnerable, [...]
Mots clefs :
Nuit
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
SECONDE ENIGME.
E fuis un Monftre invulnerable ,
Qui porte par tout la frayeur ,
A mon afpect inévitable ,
La Nature perd la vigueur.
Du fond d'une gueule béante ,
Lorfque j'exhale mes vapeurs ,
Tout friffonne , tout s'épouvente ,
Tout fe retire , jufqu'aux fleurs.
Dans ma courfe toûjours égale ,
Mon féjour n'eft jamais conſtant ,
Mais auprès d'une Ourſe hyvernale ,
Je me loge fix moix de l'an.
E fuis un Monftre invulnerable ,
Qui porte par tout la frayeur ,
A mon afpect inévitable ,
La Nature perd la vigueur.
Du fond d'une gueule béante ,
Lorfque j'exhale mes vapeurs ,
Tout friffonne , tout s'épouvente ,
Tout fe retire , jufqu'aux fleurs.
Dans ma courfe toûjours égale ,
Mon féjour n'eft jamais conſtant ,
Mais auprès d'une Ourſe hyvernale ,
Je me loge fix moix de l'an.
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2612
p. *947-947
LOGOGRYPHE.
Début :
Par moi je suis la douceur même ; [...]
Mots clefs :
Miel
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOG RYPHE .
PAr moi je fuis la douceur même ;
Si vous me dérangez , je fuis dur à l'extrême ,
Et le fer cede à mon effort.
Dans ma moitié je fers à la Mufique.
Diminué d'un quart , fans faire aucun tranfport ,
Je fuis nombre d'Arithmetique.
Si vous voulez un changement nouveau ,
Otez-moi feulement la tête.
Je ne vaux rien à faire fête ,
On me trouve au fond d'un tonneau.
PAr moi je fuis la douceur même ;
Si vous me dérangez , je fuis dur à l'extrême ,
Et le fer cede à mon effort.
Dans ma moitié je fers à la Mufique.
Diminué d'un quart , fans faire aucun tranfport ,
Je fuis nombre d'Arithmetique.
Si vous voulez un changement nouveau ,
Otez-moi feulement la tête.
Je ne vaux rien à faire fête ,
On me trouve au fond d'un tonneau.
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2613
p. 979-981
COUPLETS.
Début :
Vous êtes ma belle Amourette ; [...]
Mots clefs :
Amour, Amourette, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS.
COUPLETS.
Vous êtes ma belle Amourette ;
J'ai tout quitté pour être à vous.
Je
980 MERCURE DE FRANCE
Je fouffre , mais je ſuis jaloux ,
Du mal que vous me faites.
Un jour fi vous m'aimez , Lifette
Mon mal deviendra doux.
Rifquez une tendre avanture ;
L'Amour est un fi doux vainqueur ! .
Vous feule ignorez le bonheur ,
De toute la Nature.
De ce Dieu voyez la Peinture
Et plaignez votre erreur.
Un charme fecret le fait naître
Un tendre defir le retient ;
L'eſpoir l'anime & l'entretient ;
Les faveurs le font croître.
· Voila l'Amour tel qu'il doit être
Si mon coeur vous obtient.
Seul on fe plaît dans un Bocage ,
Le tendre Amour aime à rêver.
Un mal qu'on fent fait foupirer ,
Il enchante , il engage.
Il eft charmant quand fous l'ombrage ,
Deux coeurs vont l'éprouver.
Je crois tout voir dans ma Climene ;
Pour le refte je fuis fans yeux.
MAY. 981 1730.
Je croi tout avoir dans les lieux ,
Où l'Amour me l'amene.
Je ne quitterois pas ma chaîne ,
Pour être au rang des Dieux.
Vous êtes ma belle Amourette ;
J'ai tout quitté pour être à vous.
Je
980 MERCURE DE FRANCE
Je fouffre , mais je ſuis jaloux ,
Du mal que vous me faites.
Un jour fi vous m'aimez , Lifette
Mon mal deviendra doux.
Rifquez une tendre avanture ;
L'Amour est un fi doux vainqueur ! .
Vous feule ignorez le bonheur ,
De toute la Nature.
De ce Dieu voyez la Peinture
Et plaignez votre erreur.
Un charme fecret le fait naître
Un tendre defir le retient ;
L'eſpoir l'anime & l'entretient ;
Les faveurs le font croître.
· Voila l'Amour tel qu'il doit être
Si mon coeur vous obtient.
Seul on fe plaît dans un Bocage ,
Le tendre Amour aime à rêver.
Un mal qu'on fent fait foupirer ,
Il enchante , il engage.
Il eft charmant quand fous l'ombrage ,
Deux coeurs vont l'éprouver.
Je crois tout voir dans ma Climene ;
Pour le refte je fuis fans yeux.
MAY. 981 1730.
Je croi tout avoir dans les lieux ,
Où l'Amour me l'amene.
Je ne quitterois pas ma chaîne ,
Pour être au rang des Dieux.
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Résumé : COUPLETS.
Le texte est un recueil de couplets lyriques exprimant des sentiments amoureux envers Amourette. Le locuteur déclare sa jalousie et sa douleur face à un amour non réciproque, espérant que son mal deviendra doux si Amourette l'aime en retour. Il décrit l'amour comme un bonheur ignoré par Amourette et espère obtenir son cœur. Il exprime également sa dévotion envers Climène, préférant sa condition amoureuse à celle des dieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2614
p. [1059]-1063
POLYMNIE, ODE.
Début :
Quelle est cette fiere Déesse ? [...]
Mots clefs :
Académie des Jeux floraux, Poète
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texteReconnaissance textuelle : POLYMNIE, ODE.
POLY
MNIE ,
Quelle
O DE.
Uelle eft cette fiere Déeffe ?
Elle fuit fur un Char loin des terreftres lieux.
Les Graces animent fes yeux ;
Jupiter fur fon front imprima fa nobleſſe.
Cupidon l'arme de fes Traits ,
Venus lui prête fes attraits ,
Mars & Bellonne , leurs Trompettes.
A ij Le
1060 MERCURE DE FRANCE
Le Dieu des Vers , fa Lyre & les accords vainqueurs.
Euterpe , fes tendres Mulettes ,
Et le vainqueur du Gange , un Thyrfe orné de
fleurs.
C'eſt toi , fublime Polymnie ;
Tu me faifis , mais Ciel ! fur quels bords enchantez
,
Mes pas foudain font tranſportez !
Qu'entens je! quelle voix! quelle douce harmonic▸
O Dieuxquels magiques effets !
Ta Lyre enfante des Palais ;
Des Tigres adoucit la rage ;
Sufpend le cours des eaux ; attendrit les Enfers ,
Et s'attire un fecret hommage ,
Des Muets habitans de l'Empire des Mers.
Dans ces Vallons qu'embellit Flore ,
De tes vrais Nouriffons , les Airs mélodieux ,
Celebrent le culte des Dieux.
Ici j'entens Linus , Orphée & Steficore.
*
Là le galant Anacréon ,
Chante Bacchus & Cupidon.
Il n'a que le plaifir pour guide ,
Sous ces arbres Sapho déplorant fes malheurs ,
Près d'Alcée & de Simonide ,
Charme tout , hors l'ingrat qui fait couler fes
pleurs.
1. Vol,
QNC
U. IN. 1730. 1061
Que vois-je ? d'une aîle affurée ,
front ceint de Lauriers , un Mortel fend les
Leairs.
Imprudent , crains les vaftes Mers .
Mais , il penetre au fein de la Voute azurée.
C'eft Pindare ; lâches Rivaux ,
Voyez par
des chemins nouveaux ,
Cet Aigle au-deffus du Tonnerre.
Que peuvent contre lui vos cris audacieux ?
Sçachez , vils enfans de la Terre ,
Que Pindare peut feul s'élever jufqu'aux Cieux.
Ses vrais imitateurs font rares.
Le Ciel , de loin en loin fe plaît à les former ;
Mais il dédaigne d'animer ,
Mille avortons obfcurs , témeraires Icares
Efprits bornez & tenebreux ,
Vous ofez prendre pour des feux
Les lueurs de votre caprice ;
Quel en fera le fruit , présomptueux Rimeurs ;
Sous vos pas s'ouvre un précipice ,
Où vont vous entraîner ces perfides lueurs .
Le Poëte ami de Mecéne ,
Sçait réunir en lui tous les talens divers` ;
Il fçait par de fublimes Airs ,
Reffufciter les fons de la Lyre Thébaine.
L'affreux Hyver , le doux Printemps ,
I. Volv
A iij Les
1062 MERCURE DE FRANCE
Les Dieux , les Buveurs , les Amans ,
Exercent tour-à-tour fa Verve.
Il allie avec grace aux faveurs d'Apollon ;
Les dons précieux de Minerve.
Le génie & le gout , l'efprit & la raiſon.
Portés fur les ailes rapides ,
Trois "Auteurs en nos jours ont fignalé leur
nom.
Cheris du Dieu de l'Helicon ,
Is furpaffent fouvent ceux qu'ils prenoient pour
guides.
Des ornemens ambitieux ,
Ariftarques judicieux ,
Ils fçavent inftruire & nous plaire.
Ce jeune Conquerant fous qui tout a plié ,
S'ils fuffent nez avant Homere ,
Aux vainqueurs d'Illion ne l'eût pas envié.
Près de ces modeles celebres ,
J'apperçois un Effain de Liriques naiffans.
Phébus accepte leur encens ,
Et leurs noms de l'oubli perceront les tenebres.
La Lice s'ouvre devant eux.
Courez , Athletes genereux ,
Thémis tient la balance égale .
Le mérite décide & feul la fait pancher ;
* M" de Santeüil , Rouſſeau , la Mothe.
1. Vol.
MéJUIN.
1730. 1063
Mépriſez l'obſcure cabale ;
Du Trône de Thémis elle n'oſe approcher.
Si le deftin vous eft contraire ,
Vaincus , n'en croyez point un aveugle courroux ;
Vos traits retomberont fur vous ,
Et la honte fuivra votre douleur amere.
Vainqueurs , veillez fur vos Lauriers
Les Poëtes & les Guerriers ,
Dormem au ſein de la victoire.
De leurs bras languiffants elle s'échappe & fuit.
Songez que la folide gloire ,
Des travaux affidus eft le penible fruit,
Cette Ode eft de l'Abbé Poncy de Neuville
, & a remporté cette année 1730. à
Thouloufe un des Prix réservez de l'année
1729. par le jugement de l'Académie des
Feux Floraux.
MNIE ,
Quelle
O DE.
Uelle eft cette fiere Déeffe ?
Elle fuit fur un Char loin des terreftres lieux.
Les Graces animent fes yeux ;
Jupiter fur fon front imprima fa nobleſſe.
Cupidon l'arme de fes Traits ,
Venus lui prête fes attraits ,
Mars & Bellonne , leurs Trompettes.
A ij Le
1060 MERCURE DE FRANCE
Le Dieu des Vers , fa Lyre & les accords vainqueurs.
Euterpe , fes tendres Mulettes ,
Et le vainqueur du Gange , un Thyrfe orné de
fleurs.
C'eſt toi , fublime Polymnie ;
Tu me faifis , mais Ciel ! fur quels bords enchantez
,
Mes pas foudain font tranſportez !
Qu'entens je! quelle voix! quelle douce harmonic▸
O Dieuxquels magiques effets !
Ta Lyre enfante des Palais ;
Des Tigres adoucit la rage ;
Sufpend le cours des eaux ; attendrit les Enfers ,
Et s'attire un fecret hommage ,
Des Muets habitans de l'Empire des Mers.
Dans ces Vallons qu'embellit Flore ,
De tes vrais Nouriffons , les Airs mélodieux ,
Celebrent le culte des Dieux.
Ici j'entens Linus , Orphée & Steficore.
*
Là le galant Anacréon ,
Chante Bacchus & Cupidon.
Il n'a que le plaifir pour guide ,
Sous ces arbres Sapho déplorant fes malheurs ,
Près d'Alcée & de Simonide ,
Charme tout , hors l'ingrat qui fait couler fes
pleurs.
1. Vol,
QNC
U. IN. 1730. 1061
Que vois-je ? d'une aîle affurée ,
front ceint de Lauriers , un Mortel fend les
Leairs.
Imprudent , crains les vaftes Mers .
Mais , il penetre au fein de la Voute azurée.
C'eft Pindare ; lâches Rivaux ,
Voyez par
des chemins nouveaux ,
Cet Aigle au-deffus du Tonnerre.
Que peuvent contre lui vos cris audacieux ?
Sçachez , vils enfans de la Terre ,
Que Pindare peut feul s'élever jufqu'aux Cieux.
Ses vrais imitateurs font rares.
Le Ciel , de loin en loin fe plaît à les former ;
Mais il dédaigne d'animer ,
Mille avortons obfcurs , témeraires Icares
Efprits bornez & tenebreux ,
Vous ofez prendre pour des feux
Les lueurs de votre caprice ;
Quel en fera le fruit , présomptueux Rimeurs ;
Sous vos pas s'ouvre un précipice ,
Où vont vous entraîner ces perfides lueurs .
Le Poëte ami de Mecéne ,
Sçait réunir en lui tous les talens divers` ;
Il fçait par de fublimes Airs ,
Reffufciter les fons de la Lyre Thébaine.
L'affreux Hyver , le doux Printemps ,
I. Volv
A iij Les
1062 MERCURE DE FRANCE
Les Dieux , les Buveurs , les Amans ,
Exercent tour-à-tour fa Verve.
Il allie avec grace aux faveurs d'Apollon ;
Les dons précieux de Minerve.
Le génie & le gout , l'efprit & la raiſon.
Portés fur les ailes rapides ,
Trois "Auteurs en nos jours ont fignalé leur
nom.
Cheris du Dieu de l'Helicon ,
Is furpaffent fouvent ceux qu'ils prenoient pour
guides.
Des ornemens ambitieux ,
Ariftarques judicieux ,
Ils fçavent inftruire & nous plaire.
Ce jeune Conquerant fous qui tout a plié ,
S'ils fuffent nez avant Homere ,
Aux vainqueurs d'Illion ne l'eût pas envié.
Près de ces modeles celebres ,
J'apperçois un Effain de Liriques naiffans.
Phébus accepte leur encens ,
Et leurs noms de l'oubli perceront les tenebres.
La Lice s'ouvre devant eux.
Courez , Athletes genereux ,
Thémis tient la balance égale .
Le mérite décide & feul la fait pancher ;
* M" de Santeüil , Rouſſeau , la Mothe.
1. Vol.
MéJUIN.
1730. 1063
Mépriſez l'obſcure cabale ;
Du Trône de Thémis elle n'oſe approcher.
Si le deftin vous eft contraire ,
Vaincus , n'en croyez point un aveugle courroux ;
Vos traits retomberont fur vous ,
Et la honte fuivra votre douleur amere.
Vainqueurs , veillez fur vos Lauriers
Les Poëtes & les Guerriers ,
Dormem au ſein de la victoire.
De leurs bras languiffants elle s'échappe & fuit.
Songez que la folide gloire ,
Des travaux affidus eft le penible fruit,
Cette Ode eft de l'Abbé Poncy de Neuville
, & a remporté cette année 1730. à
Thouloufe un des Prix réservez de l'année
1729. par le jugement de l'Académie des
Feux Floraux.
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Résumé : POLYMNIE, ODE.
Le texte est une ode dédiée à Polymnie, la muse de la poésie lyrique. Polymnie est décrite comme une figure divine, animée par les Grâces, marquée par la noblesse de Jupiter, et armée par Cupidon et Vénus. Elle est accompagnée de divers dieux et figures mythologiques, tels que Mercure, Euterpe, et le vainqueur du Gange. La muse transporte le poète dans des lieux enchanteurs, où sa lyre produit des effets magiques, adoucissant les tigres, suspendant le cours des eaux, et attendrissant les Enfers. Le poème évoque ensuite Pindare, présenté comme un aigle s'élevant au-dessus du tonnerre, incapable d'être imité par ses rivaux. Les faux poètes sont mis en garde contre leur présomption, comparés à Icare. Le texte loue également les poètes amis de Mécène, capables de réunir divers talents et de charmer par leurs vers. Trois auteurs contemporains sont mentionnés comme ayant surpassé leurs guides et étant chéris par Phébus. Enfin, le poème encourage les jeunes poètes à courir vers la victoire dans la lice poétique, où Thémis tient la balance égale. Les vainqueurs sont invités à veiller sur leurs lauriers, car la gloire est le fruit de travaux assidus. Cette ode a remporté un prix de l'Académie des Jeux Floraux en 1730.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2615
p. 1074-1079
L'AMOUR DE LA PATRIE. ODE
Début :
Dans cet azile solitaire, [...]
Mots clefs :
Patrie, Amour, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR DE LA PATRIE. ODE
L'AMOUR DE LA PATRIE.
D
O DE
Ans cét azile folitaire ,
Prête ta voix à ma douleur ,
Mufe , unique dépofitaire
Des ennuis fecrets de mon coeur.
Aux ris , aux jeux quand tout conſpire ,
Pardonne-mei fi fur ta Lyre
Je n'exprime que des regrets' ;
Plus à craindre que Philomele ,
Je viens foupirer avec elle.
Dans le filence des Forêts.
En vain fur cette aimable rive
La jeune Flore eft de retour ;
En vain Cerès long- tems captive
Rouvre fon fein au Dieu du Jour ;
Ces bords chéris de la Nature
Pour charmer l'ennui que j'endure
N'ont point d'attraits affez flatteurs ,
Par le defir de ma Patrie
Mon ame toujours attendrie
EA peu fenfible à leurs douceurs.
Loin
U IN 1730 . 1075
Loin du féjour que je regrette
J'ai déja vû quatre Printems ;
Une inquiétude fecrette
En a marqué tous les inftans.
De cette demeure chérie
Une importune rêverie
Me rappelle l'éloignement ;
Faut-il qu'un fouvenir que j'aime
Loin d'adoucir ma peine extrême
En aigriffe le fentiment ?
Mais que dis -je , forçant l'obftacle:
Qui me fépare de ces lieux ,
Mon efprit fe donne un fpectacle
Dont ne peuvent jouir mes yeux.
Pourquoi m'en ferois -je une peine
La douce erreur qui me ramene
Vers les objets de mes foupirs
Eft le feul plaifir qui me refte
Dans la privation funefte
D'un bien qui manque à mes defirs.
Soit inftinct , foit reconnoiffance
L'homme par un penchant fecret
Cherit le lieu de fa Naiffance
Et ne le quitte qu'à regret ;
Les Regions Hyperborées
Les plus infertiles Contrées
1
I Fol Sont
1076 MERCURE DE FRANCE
Sont cheres à leurs Habitans ;
Tranſplantez fur nos doux rivages
Les Peuples nés aux lieux fauvages ;
Leurs coeurs y feront peu contens.
Sans ce penchant qui nous domine
Par un invifible reffort ,
Le Laboureur en fa chaumine
Vivroit-il content de fon fort ?
Helas ! au foyer de fes Peres ,
Trifte héritier de leurs miferes ,
Que pourroit- il trouver d'attraits
Si la naiffance & l'habitude.
Ne lui rendoient fa folitude
Plus charmante que les Palais ?
Ceux qu'un deftin libre & tranquile
Retient fous leurs propres lambris-
Jouiffent de ce bien facile
Sans en connoître tout le prix ;
Mais quand le Ciel moins favorable
Nous prive du Pays aimable
Où nous avons reçû le jour ,
La voix du coeur fe fait entendre ,
Et nous inſpire un défir tendre
De revoir cet heureux féjour.
I. Vol. Pour
JUIN. 1730. 1077
Pour fixer le volage Ulyffe
Par Neptune perſecuté ,
En vain Calypfo plus propice
Lui promet l'immortalité ;
Cette efperance fi flatteufe
Dans une Ile délicieuſe
Ne peut captiver le Heros ;
Sa chere Itaque le rappelle';
Il part , il brave encor pour elle
La fureur des vents & des flots .
來
Mais tandis que ce Roi d'Itaque
Fuit Calypfo malgré l'Amour ,
Je vois le jeune Telemaque
Aborder à la même Cour ;
Autre Ulyffe pour la Déeffe ,
Ce fils guidé par la Sageffe
Refufe des jours immortels ,
Fidele à ces Dieux domestiques ,
Il veut de leurs Temples antiques
Encenfer encor les Autels.
A ces traits , qui peut méconnoître
L'Amour genéreux & puiſſant
Que le climat qui nous yoit naître
Nous infpire à tous en naiffant ?
Ce noble Amour dans la difgrace
Nous arme d'une utile audace
I. Vol.
Contre
1078 MERCURE DE FRANCE
Contre le fort & le danger ;
Si par des routes peu connuës
*
Un Mortel vole au fein des Nuës ,
fuir un Cielé tranger.
C'est
pour
Quand cet Amour est notre guide
Pour nous la Mort a des appas ;
Par lui plus d'une ame intrépide
A fçû triompher du trépas.
Quel eft ce Guerrier magnanime
Qui dans un tenebreux abîme
Se précipite fans effroi ?
C'eft Curtius , reconnois , Rome ,
Le dévouement de ce grand homme
Il vient de périr ; c'eſt pour toi.
N'admirons plus l'humeur barbare
De ces Philofophes errans
Qu'on a vûs par un goût bizarre
Pour leur Patrie indifferens.
Orgueilleux Citoyens du monde
De votre fecte vagabonde
Ma raiſon ne peut faire cas ;
Je n'y vois que des coeurs fauvages ,
Des fous parés du nom de fages
Bien plus dignes du nom d'ingrats,
* Dédale .
I. Vol.
Bords
JUIN. 1730. 1079
Bords de la Somme , aimables Plaines ,
Dont m'éloigne un deftin jaloux ,
Que ne puis -je brifer les chaines
Qui me retiennent loin de vous !
Que ne puis-je , nouveau Dédale ,
un fi vafte intervale Franchir
Par un induftrieux effor ,
Et jouir enfin fans allarmes
D'un féjour où regnent les charmes
Et les vertus de l'Age d'Or.
Greffet.
Cette Ode venuë de Tours , auroit été
imprimée dans le Mercure de May , fi elle
fut arrivée à tems.
D
O DE
Ans cét azile folitaire ,
Prête ta voix à ma douleur ,
Mufe , unique dépofitaire
Des ennuis fecrets de mon coeur.
Aux ris , aux jeux quand tout conſpire ,
Pardonne-mei fi fur ta Lyre
Je n'exprime que des regrets' ;
Plus à craindre que Philomele ,
Je viens foupirer avec elle.
Dans le filence des Forêts.
En vain fur cette aimable rive
La jeune Flore eft de retour ;
En vain Cerès long- tems captive
Rouvre fon fein au Dieu du Jour ;
Ces bords chéris de la Nature
Pour charmer l'ennui que j'endure
N'ont point d'attraits affez flatteurs ,
Par le defir de ma Patrie
Mon ame toujours attendrie
EA peu fenfible à leurs douceurs.
Loin
U IN 1730 . 1075
Loin du féjour que je regrette
J'ai déja vû quatre Printems ;
Une inquiétude fecrette
En a marqué tous les inftans.
De cette demeure chérie
Une importune rêverie
Me rappelle l'éloignement ;
Faut-il qu'un fouvenir que j'aime
Loin d'adoucir ma peine extrême
En aigriffe le fentiment ?
Mais que dis -je , forçant l'obftacle:
Qui me fépare de ces lieux ,
Mon efprit fe donne un fpectacle
Dont ne peuvent jouir mes yeux.
Pourquoi m'en ferois -je une peine
La douce erreur qui me ramene
Vers les objets de mes foupirs
Eft le feul plaifir qui me refte
Dans la privation funefte
D'un bien qui manque à mes defirs.
Soit inftinct , foit reconnoiffance
L'homme par un penchant fecret
Cherit le lieu de fa Naiffance
Et ne le quitte qu'à regret ;
Les Regions Hyperborées
Les plus infertiles Contrées
1
I Fol Sont
1076 MERCURE DE FRANCE
Sont cheres à leurs Habitans ;
Tranſplantez fur nos doux rivages
Les Peuples nés aux lieux fauvages ;
Leurs coeurs y feront peu contens.
Sans ce penchant qui nous domine
Par un invifible reffort ,
Le Laboureur en fa chaumine
Vivroit-il content de fon fort ?
Helas ! au foyer de fes Peres ,
Trifte héritier de leurs miferes ,
Que pourroit- il trouver d'attraits
Si la naiffance & l'habitude.
Ne lui rendoient fa folitude
Plus charmante que les Palais ?
Ceux qu'un deftin libre & tranquile
Retient fous leurs propres lambris-
Jouiffent de ce bien facile
Sans en connoître tout le prix ;
Mais quand le Ciel moins favorable
Nous prive du Pays aimable
Où nous avons reçû le jour ,
La voix du coeur fe fait entendre ,
Et nous inſpire un défir tendre
De revoir cet heureux féjour.
I. Vol. Pour
JUIN. 1730. 1077
Pour fixer le volage Ulyffe
Par Neptune perſecuté ,
En vain Calypfo plus propice
Lui promet l'immortalité ;
Cette efperance fi flatteufe
Dans une Ile délicieuſe
Ne peut captiver le Heros ;
Sa chere Itaque le rappelle';
Il part , il brave encor pour elle
La fureur des vents & des flots .
來
Mais tandis que ce Roi d'Itaque
Fuit Calypfo malgré l'Amour ,
Je vois le jeune Telemaque
Aborder à la même Cour ;
Autre Ulyffe pour la Déeffe ,
Ce fils guidé par la Sageffe
Refufe des jours immortels ,
Fidele à ces Dieux domestiques ,
Il veut de leurs Temples antiques
Encenfer encor les Autels.
A ces traits , qui peut méconnoître
L'Amour genéreux & puiſſant
Que le climat qui nous yoit naître
Nous infpire à tous en naiffant ?
Ce noble Amour dans la difgrace
Nous arme d'une utile audace
I. Vol.
Contre
1078 MERCURE DE FRANCE
Contre le fort & le danger ;
Si par des routes peu connuës
*
Un Mortel vole au fein des Nuës ,
fuir un Cielé tranger.
C'est
pour
Quand cet Amour est notre guide
Pour nous la Mort a des appas ;
Par lui plus d'une ame intrépide
A fçû triompher du trépas.
Quel eft ce Guerrier magnanime
Qui dans un tenebreux abîme
Se précipite fans effroi ?
C'eft Curtius , reconnois , Rome ,
Le dévouement de ce grand homme
Il vient de périr ; c'eſt pour toi.
N'admirons plus l'humeur barbare
De ces Philofophes errans
Qu'on a vûs par un goût bizarre
Pour leur Patrie indifferens.
Orgueilleux Citoyens du monde
De votre fecte vagabonde
Ma raiſon ne peut faire cas ;
Je n'y vois que des coeurs fauvages ,
Des fous parés du nom de fages
Bien plus dignes du nom d'ingrats,
* Dédale .
I. Vol.
Bords
JUIN. 1730. 1079
Bords de la Somme , aimables Plaines ,
Dont m'éloigne un deftin jaloux ,
Que ne puis -je brifer les chaines
Qui me retiennent loin de vous !
Que ne puis-je , nouveau Dédale ,
un fi vafte intervale Franchir
Par un induftrieux effor ,
Et jouir enfin fans allarmes
D'un féjour où regnent les charmes
Et les vertus de l'Age d'Or.
Greffet.
Cette Ode venuë de Tours , auroit été
imprimée dans le Mercure de May , fi elle
fut arrivée à tems.
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Résumé : L'AMOUR DE LA PATRIE. ODE
Le texte 'L'AMOUR DE LA PATRIE' est une ode qui exprime la douleur de l'exil et l'amour profond pour la patrie. Le poète, dans un lieu solitaire, confie ses regrets et ses souffrances à la muse. Malgré la beauté de la nature environnante, son cœur est tourmenté par la nostalgie de sa patrie. Il évoque les quatre printemps passés loin de son foyer, marqués par une inquiétude secrète. La douce erreur de se remémorer sa patrie est le seul plaisir qui lui reste dans l'absence de ce bien désiré. L'homme, par un penchant naturel, chérit le lieu de sa naissance et le quitte à regret. Même les régions les plus inhospitalières sont chères à leurs habitants. Le poète souligne que sans ce penchant, le laboureur ne trouverait pas de charme dans sa chaumine. Ceux qui restent chez eux ignorent la valeur de ce bien, mais ceux qui en sont privés ressentent un désir tendre de revoir leur foyer. L'exemple d'Ulysse, qui préfère retourner à Ithaque malgré les promesses de Calypso, illustre cet amour pour la patrie. De même, Télémaque refuse l'immortalité pour rester fidèle à ses dieux domestiques. Cet amour généreux et puissant inspire courage et audace face à l'adversité. Le poète admire le dévouement de Curtius, qui se sacrifie pour Rome, et critique les philosophes indifférents à leur patrie, les qualifiant d'ingrats. Enfin, le poète exprime son désir de revenir sur les bords de la Somme, comparant son souhait à celui de Dédale voulant franchir un vaste intervalle pour retrouver son foyer.
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2616
p. 1085-1096
ODE. Sur la Fête que les Ambassadeurs & Plenipotentiaires d'Espagne ont donnée à Paris le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa Majesté Catholique Philippe V. à l'occasion de la Naissance du Dauphin.
Début :
Est-ce un charme trompeur ? au pouvoir des prestiges [...]
Mots clefs :
Dauphin, Trésor, Coeur, Empire, Roi, Fête, Ambassadeurs d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. Sur la Fête que les Ambassadeurs & Plenipotentiaires d'Espagne ont donnée à Paris le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa Majesté Catholique Philippe V. à l'occasion de la Naissance du Dauphin.
Ode fuivante a perdu le mérite de ce
qu'on nomme l'à propos , la Fête celebre
qui en eft le fujet , ayant été donnée il y
a plus de quatre mois ; mais l'Auteur qui
avoit fait cette Piéce en même - tems eut des
raifons particulieres pour ne la pas foumettre
alors à la décifion du Public ; c'est à lui de
juger fi elle a d'ailleurs quelque mérite qui la
dédommage de celui qu'elle a perdu aujour
d'hui ; ce fera peut- être prévenir en fa faveur
que d'avertir qu'elle eft de M. Bouret , Lientenant
General de Gifors , qui a remporté les
deux années dernieres le Prix de Poëfie au
jugement de l'Académie Françoife .
I. Vol. Biij ODE
1
1086 MERCURE DE FRANCE
OD E.
Sur la Fête que les Ambaffadeurs & Plenipotentiaires
d'Espagne ont donnée à Paris
le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa
Majefte Catholique Philippe V. à l'occafion
de la Naiffance du Dauphin.
E St-ce un charme trompeur ? au pouvoir des
preftiges
M'a-t'on livré de toutes parts ?
Les merveilles & les prodiges
S'offrent en foule à mes regards f
Suivi de tous les Dieux , le Maître du Tonnere
Pour venir habiter la Terre
A-t'il abandonné les Cieux ?
C'eft lui- même , lui feul vainqueur de mille obftacles
Pouvoit enfanter les ſpectacles
Que nous étalent ces beaux lieux..
De l'Augufte Junon , brillante Meflagere ,
* Iris fur un Arc- en-Ciel feint devoit paroltrefur
la cime des Monts Pirennées que repréfentoit
ce Feu d'artifice tiré ſur la Riviere , ces
ornement qni eut été trés - brillant ne parut pas
manqua par la faute de l'Entrepreneur : mais
il eft deffiné tel qu'il devoit étre fur toutes les
Planches que l'on a jointes à la Defcription dis
Feu.
I. Vol. Quel
JUIN. 1730. 1087
Quel vif éclat peint tes habits ?
Et fur ton écharpe legere
A femé l'or & les rubis ?
De feux étincelans la Terre s'illumine ,
Daigne m'apprendre où fe termine
Tout l'appareil de ce grand jour ?
Jupiter dans les foins d'une Fête fi belle ,
De quelque Déeffe nouvelle
Veut-il encore orner fa Cour ?
Mais , non ; ce que j'entends , ce que je vois pa
roître
M'offre de plus grands interêts ;
Pourrois-je encore méconnoître
L'objet de ces pompeux apprêts ?
La France de fon Fils celebre la Naiffance ,
Et la Paix que fuit l'innocence
Ramene avec lui tous les biens ;
De fes fruits les plus doux,fource heureuſe & feconde
,
-
Des deux premiers Trônes du monde
Il éternife les liens.
Augufte Rejetton d'une Tige cherie !
Tout va s'unir en ta faveur ;
Déja la France & l'Iberic
N'ont plus qu'un langage & qu'un coeur.
PHILIPPE avec tranfport fur nos rives déploye
I. Vo!.
De
Biiij
1088 MERCURE DE FRANCE
De fa tendreffe & de fa joye
Les témoignages précieux ;
Je vois paroître ici , Théatre de ſa Fête ,
Ces Monts , dont l'orgueilleufe tête
Semble fe cacher dans les Cieux..
Mais quel enchantement fur les bords de la Seine
Les a tout à coup tranſportés ?
En vain par la puiffance humaine
De tels efforts feroient tentés ;
PHILIPPE , c'eſt des Dieux la merveille écla
tante ;
Minerve a rempli ton attente ;
Elle en fait fon plus doux emploi.
C'est ainsi que Neptune & le Dieu du Permeffe
Servoient , flattés par fa promeffe ,
Un Roi moins celebre que toi.
L'ordre des Elemens pour la Fête ordonnée
Va-t'il fe confondre à ta voix ?
Ici la Nature étonnée
Voit fufpendre ou changer fes loix ;
Avec tous fes Tréfors l'Amante de Zephire
S'établit fur l'humide Empire
Dans la plus âpre des Saifons ;
Laomedon , Roide Pergame , pour qui Neptune
Apollon travaillerent & bâtirent les
murailles de Troye , depuis Capitale de l'Afie.
1. Vol Borée
JUIN. 1730. 1089
Borée en frémiſſant voit détruire ſon Regne ,
Surpris que Flore le contraigne
A fuir au fond de fes prifons..
Mais que vois -je ! ces fleurs , fans perdre leur
figure ,
Ces Arbriffeaux font embrafés,
Vulcain veut -il venger l'injure
Des Aquilons tyrannifés ?
Nom , Flore , ta beauté que le jour feul revele
Emprunte une grace nouvelle
Du vif éclat de ces flambeaux ;
Tes fleurs en feux brillans tout-à-coup transformées
>
Sur leurs Terraffes enflammées
En font des fpectacles plus beaux..
Pour le Cocq déformais le Lion pert fa haine ,
Prodige aux fiecles à venir !
De l'Ebre enſemble & de la Seine:
On voit les flots ſe réunir.
La Nuit déploye en vain fes voiles les plus ſom→
bres ,
Comment peut fortir de fes ombres
Le jour qui frappe ici mes yeux ?.
Le fuperbe Palais élevé fur ces rives
Me peint à des clartés fi vives.
Celui du plus brillant des Dieux..
* Le Palais du Soleil tel qu'ovide le décrit
dans fes Métamorphojes,
BOUIL
1090 MERCURE DE FRANCE
* BOUILLON , fi dans ce jour d'éternelle mémoire
Tu fers le zele d'un grand Roi
Son coeur t'affocie à ſa gloire ;
L'éclat en rejaillit fur toi.
Le Chef- d'oeuvre des Cieux , ton illuftre Compagne
*
Préfide aux Fêtes que l'Eſpagne
Confacre à l'Empire François :
PHILIPPE , qu'en ces lieux remplace la
Princeffe ,
A tant de grace & de nobleſſe
A bien dû fon auguſte choix.
Qu'entens-je ? un feu foudain va nous réduire
en poudre ;
Quel bruit ! quel fracas dans les airs !
Les Cieux s'embrafent , & la foudre
Gronde au milieu de mille éclairs !
Mais quel effroi nouveau ! du centre de la terre
La flamme , aliment du tonnerre
S'échape en lumineux fillons .
Du Vefuve entr'ouvert vois - je les vaftes gouffres?
De feux , de falpêtres , de fouffres ,
Vomir au loin des tourbillons !
* M. le Duc de Bouillon a prêté fon Hôtel &
le Jardin pour la Fête .
* Madame la Ducheffe de Bouillon a été priée
par le Roi d'Espagne de faire en fon nom les
honneurs de laFêt e.
1. Vol . Dans
JUIN. 1730. 1091
Dans l'Empire des eaux , Dieu du fombre Rivage,
As-tu tranfporté les Enfers ?
Viens-tu détruire le partage
Du Souverain des flots amers ?
La flamme dans leur fein , les Nayades tremblantes
,
Cent fois de leurs Grottes brulantes
Ont redouté l'embraſement ;
Depuis quand ? par quel art ? l'onde au feu ſi contraire
,
Souffre-t'elle qu'un temeraire
L'ofe braver impunément ?
Mais d'un art féduiſant m'é garent les merveilles
Grands Dieux ! quelle étoit mon erreur !
Quoi ! pour mes yeux & mes oreilles
Le plaifir devenoit terreur !
Des Aftres , des éclairs , agréables images ,
LOUIS ! ces feux font des hommages
"Rendus à ton augufte fils.
Ainfi deux grands Etats dans leurs tendres com.
merces ,
Chantoient par cent bouches diverfes
L'heureux prefent que tu leur fis.
* Les Serpentaux ou Feux Gregeois qui brulent
dans l'eau ..
I, Vol. B v Tout
1092 MERCURE DE FRANCE
Tout retentit du fon des bruyantes trompettes
A qui fe mêlent les hautbois ;
Quels fons ! écho , tu les repetes ,
Pour les apprendre au Dieu des Bois..
Mais lui -même s'avance avec les doctes Fées ,
Des Arions & des Orphées
J'entends les fublimes travaux :
Plus promte que l'éclair,quelle main bienfaifante
*
+
A mes yeux enchantés préfente
Des objets des plaiſirs nouveaux.
Chere Euterpe ! c'eſt toi , ta divine harmonie
Charme le Maître que tu fers ;
Voix raviflantes , * Polymnie
Guide elle-même vos Concerts ;
Quels doux frémiffemens me faififfent encore !
Les Rivales de Terpficore *
Forment les pas les plus fçavans
*
Les Graces fur leur danfe ont verfé la Nobleffe ;
Oui , les traits dont l'amour nous bleffe
Ont des
appas
moins décevans.
Quel cercle éblouiffant ! quelle augufte Affemblée
*
* La Pastorale en Mufique.
Les Dalles Antier & Le Maure..
* Les Des Camargo & Salé..
Le Ballet..
* Le Feftin
da. Volo Orne
JUIN.
1093
1730.
Orne encor ce brillant Salon ;
La pompe en ces lieux étalée
Répond au féjour d'Apollon ;
Comus conduit ici l'abondance élegante ,
La délicateffe piquante
Et l'aimable diverfité :
D'un ſuperbe feſtin retraçant l'ordonnance ,
Avec les loix le Dieu difpenfe
Les tréfors de la volupté..
Vous , Reine , dont jadis la tendreffe idolâtre-
A fait la honte & les deftins ,
Maintenant , vaine Cleopatre ,
Vantez vos celebres feftins .
Pour celui que l'Espagne àla France prépare ,
Ce que la Terre a de plus rare ,
Les flots , les airs font épuifés :
Cent mets délicieux qu'un art fçavant déploye
Peignent l'objet de notre joye *
Sous fon emblême déguiſés.
Quel changement ſoudain m'ouvre un nouveaus
Théatre ?
Tous les Miniftres de Comus
Font place à la troupe folâtre .
*Plufieurs Ouvrages de Pâtisserie & defucre
où étoient représentés des auphins , des petits.
Amours , des Fleurs de Lys Co.
1 Voly Qu'a1094
MERCURE DE FRANCE
Qu'amene & qu'inſpire Momus.
Ici de mille objets l'aimable bigarrure
Reçoit les loix & la parure
Du Dieu qu'elle y vient honorer.
Le mafque féducteur,l'un chez l'autre, fait naître
Ou l'embarras de fe connoître ,
Ou le plaifir de s'ignorer.
Eft- ce la jeune Hebé par Jupiter choific
Pour verfer le Nectar aux Dieux ,
Qui nous prépare l'Ambroisie
Que l'on prodigue dans ces lieux ?
Par un gout plus charmant les trésors de l'Automne
Jamais n'ont vaincu d'Erigone**
La refiftance & les mépris :
Glaçons qu'en fruits divers l'art déguife & colore
Aux dons de Pomone & de Flore
Vous ajoutez un nouveau prix.
Ces fpectacles , PHILIPPE , à ta vaſte puiſ-
Lance ,
A ton grand coeur font affortis ;
Moins d'éclat , de magnificence
Parut aux nôces de Thétis.
Ce tranquile féjour aux charmes qu'il étale
* Bacchus féduifit la Nymphe Erigonefous la
figure d'un Raifin
1. Vol. N'offre
JUIN. 1730. 1895
N'offre point la pomme fatale
Qui caufa de fi grands revers.
Le DAUPHIN , cher objet d'une Fête éclatante
Nous garentit la Paix conftante
Qui va regner dans l'Univers,
Quel art , au choix heureux de ces galans ſpec
tacles
Unit encor la dignité
N'en doutons plus , à ces miracles
Préfide une Divinité.
Mais fouvent parmi nous de fublimes génies
Dans leurs lumieres infinies
Remplacent le pouvoir des Dieux.
J'aperçois deux Mortels favoris'de Minerve ,
A qui la Déeffe referve
Ses tréfors les plus précieux.
De PHILIPPE en leur fein l'àugufte confi
dence
A verfé les plus grands fecrets ;
L'Europe entiere à leur prudence
Remet fes plus chers interêts.
Leur zele ingénieux , attentif à ta gloire ,
Grand Prince , a gravé ta mémoire
Avec des traits dignes de toi.
Dans les apprêts divers d'une Fête pompeuſe ,
* Les Ambaſſadeurs Plenipotentiaires d'Eſpagne.
I. Vol. Dans
1096 MERCURE DE FRANCE
Dans fa fplendeur majestueufe
Le Miniftre a montré le Roi.
qu'on nomme l'à propos , la Fête celebre
qui en eft le fujet , ayant été donnée il y
a plus de quatre mois ; mais l'Auteur qui
avoit fait cette Piéce en même - tems eut des
raifons particulieres pour ne la pas foumettre
alors à la décifion du Public ; c'est à lui de
juger fi elle a d'ailleurs quelque mérite qui la
dédommage de celui qu'elle a perdu aujour
d'hui ; ce fera peut- être prévenir en fa faveur
que d'avertir qu'elle eft de M. Bouret , Lientenant
General de Gifors , qui a remporté les
deux années dernieres le Prix de Poëfie au
jugement de l'Académie Françoife .
I. Vol. Biij ODE
1
1086 MERCURE DE FRANCE
OD E.
Sur la Fête que les Ambaffadeurs & Plenipotentiaires
d'Espagne ont donnée à Paris
le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa
Majefte Catholique Philippe V. à l'occafion
de la Naiffance du Dauphin.
E St-ce un charme trompeur ? au pouvoir des
preftiges
M'a-t'on livré de toutes parts ?
Les merveilles & les prodiges
S'offrent en foule à mes regards f
Suivi de tous les Dieux , le Maître du Tonnere
Pour venir habiter la Terre
A-t'il abandonné les Cieux ?
C'eft lui- même , lui feul vainqueur de mille obftacles
Pouvoit enfanter les ſpectacles
Que nous étalent ces beaux lieux..
De l'Augufte Junon , brillante Meflagere ,
* Iris fur un Arc- en-Ciel feint devoit paroltrefur
la cime des Monts Pirennées que repréfentoit
ce Feu d'artifice tiré ſur la Riviere , ces
ornement qni eut été trés - brillant ne parut pas
manqua par la faute de l'Entrepreneur : mais
il eft deffiné tel qu'il devoit étre fur toutes les
Planches que l'on a jointes à la Defcription dis
Feu.
I. Vol. Quel
JUIN. 1730. 1087
Quel vif éclat peint tes habits ?
Et fur ton écharpe legere
A femé l'or & les rubis ?
De feux étincelans la Terre s'illumine ,
Daigne m'apprendre où fe termine
Tout l'appareil de ce grand jour ?
Jupiter dans les foins d'une Fête fi belle ,
De quelque Déeffe nouvelle
Veut-il encore orner fa Cour ?
Mais , non ; ce que j'entends , ce que je vois pa
roître
M'offre de plus grands interêts ;
Pourrois-je encore méconnoître
L'objet de ces pompeux apprêts ?
La France de fon Fils celebre la Naiffance ,
Et la Paix que fuit l'innocence
Ramene avec lui tous les biens ;
De fes fruits les plus doux,fource heureuſe & feconde
,
-
Des deux premiers Trônes du monde
Il éternife les liens.
Augufte Rejetton d'une Tige cherie !
Tout va s'unir en ta faveur ;
Déja la France & l'Iberic
N'ont plus qu'un langage & qu'un coeur.
PHILIPPE avec tranfport fur nos rives déploye
I. Vo!.
De
Biiij
1088 MERCURE DE FRANCE
De fa tendreffe & de fa joye
Les témoignages précieux ;
Je vois paroître ici , Théatre de ſa Fête ,
Ces Monts , dont l'orgueilleufe tête
Semble fe cacher dans les Cieux..
Mais quel enchantement fur les bords de la Seine
Les a tout à coup tranſportés ?
En vain par la puiffance humaine
De tels efforts feroient tentés ;
PHILIPPE , c'eſt des Dieux la merveille écla
tante ;
Minerve a rempli ton attente ;
Elle en fait fon plus doux emploi.
C'est ainsi que Neptune & le Dieu du Permeffe
Servoient , flattés par fa promeffe ,
Un Roi moins celebre que toi.
L'ordre des Elemens pour la Fête ordonnée
Va-t'il fe confondre à ta voix ?
Ici la Nature étonnée
Voit fufpendre ou changer fes loix ;
Avec tous fes Tréfors l'Amante de Zephire
S'établit fur l'humide Empire
Dans la plus âpre des Saifons ;
Laomedon , Roide Pergame , pour qui Neptune
Apollon travaillerent & bâtirent les
murailles de Troye , depuis Capitale de l'Afie.
1. Vol Borée
JUIN. 1730. 1089
Borée en frémiſſant voit détruire ſon Regne ,
Surpris que Flore le contraigne
A fuir au fond de fes prifons..
Mais que vois -je ! ces fleurs , fans perdre leur
figure ,
Ces Arbriffeaux font embrafés,
Vulcain veut -il venger l'injure
Des Aquilons tyrannifés ?
Nom , Flore , ta beauté que le jour feul revele
Emprunte une grace nouvelle
Du vif éclat de ces flambeaux ;
Tes fleurs en feux brillans tout-à-coup transformées
>
Sur leurs Terraffes enflammées
En font des fpectacles plus beaux..
Pour le Cocq déformais le Lion pert fa haine ,
Prodige aux fiecles à venir !
De l'Ebre enſemble & de la Seine:
On voit les flots ſe réunir.
La Nuit déploye en vain fes voiles les plus ſom→
bres ,
Comment peut fortir de fes ombres
Le jour qui frappe ici mes yeux ?.
Le fuperbe Palais élevé fur ces rives
Me peint à des clartés fi vives.
Celui du plus brillant des Dieux..
* Le Palais du Soleil tel qu'ovide le décrit
dans fes Métamorphojes,
BOUIL
1090 MERCURE DE FRANCE
* BOUILLON , fi dans ce jour d'éternelle mémoire
Tu fers le zele d'un grand Roi
Son coeur t'affocie à ſa gloire ;
L'éclat en rejaillit fur toi.
Le Chef- d'oeuvre des Cieux , ton illuftre Compagne
*
Préfide aux Fêtes que l'Eſpagne
Confacre à l'Empire François :
PHILIPPE , qu'en ces lieux remplace la
Princeffe ,
A tant de grace & de nobleſſe
A bien dû fon auguſte choix.
Qu'entens-je ? un feu foudain va nous réduire
en poudre ;
Quel bruit ! quel fracas dans les airs !
Les Cieux s'embrafent , & la foudre
Gronde au milieu de mille éclairs !
Mais quel effroi nouveau ! du centre de la terre
La flamme , aliment du tonnerre
S'échape en lumineux fillons .
Du Vefuve entr'ouvert vois - je les vaftes gouffres?
De feux , de falpêtres , de fouffres ,
Vomir au loin des tourbillons !
* M. le Duc de Bouillon a prêté fon Hôtel &
le Jardin pour la Fête .
* Madame la Ducheffe de Bouillon a été priée
par le Roi d'Espagne de faire en fon nom les
honneurs de laFêt e.
1. Vol . Dans
JUIN. 1730. 1091
Dans l'Empire des eaux , Dieu du fombre Rivage,
As-tu tranfporté les Enfers ?
Viens-tu détruire le partage
Du Souverain des flots amers ?
La flamme dans leur fein , les Nayades tremblantes
,
Cent fois de leurs Grottes brulantes
Ont redouté l'embraſement ;
Depuis quand ? par quel art ? l'onde au feu ſi contraire
,
Souffre-t'elle qu'un temeraire
L'ofe braver impunément ?
Mais d'un art féduiſant m'é garent les merveilles
Grands Dieux ! quelle étoit mon erreur !
Quoi ! pour mes yeux & mes oreilles
Le plaifir devenoit terreur !
Des Aftres , des éclairs , agréables images ,
LOUIS ! ces feux font des hommages
"Rendus à ton augufte fils.
Ainfi deux grands Etats dans leurs tendres com.
merces ,
Chantoient par cent bouches diverfes
L'heureux prefent que tu leur fis.
* Les Serpentaux ou Feux Gregeois qui brulent
dans l'eau ..
I, Vol. B v Tout
1092 MERCURE DE FRANCE
Tout retentit du fon des bruyantes trompettes
A qui fe mêlent les hautbois ;
Quels fons ! écho , tu les repetes ,
Pour les apprendre au Dieu des Bois..
Mais lui -même s'avance avec les doctes Fées ,
Des Arions & des Orphées
J'entends les fublimes travaux :
Plus promte que l'éclair,quelle main bienfaifante
*
+
A mes yeux enchantés préfente
Des objets des plaiſirs nouveaux.
Chere Euterpe ! c'eſt toi , ta divine harmonie
Charme le Maître que tu fers ;
Voix raviflantes , * Polymnie
Guide elle-même vos Concerts ;
Quels doux frémiffemens me faififfent encore !
Les Rivales de Terpficore *
Forment les pas les plus fçavans
*
Les Graces fur leur danfe ont verfé la Nobleffe ;
Oui , les traits dont l'amour nous bleffe
Ont des
appas
moins décevans.
Quel cercle éblouiffant ! quelle augufte Affemblée
*
* La Pastorale en Mufique.
Les Dalles Antier & Le Maure..
* Les Des Camargo & Salé..
Le Ballet..
* Le Feftin
da. Volo Orne
JUIN.
1093
1730.
Orne encor ce brillant Salon ;
La pompe en ces lieux étalée
Répond au féjour d'Apollon ;
Comus conduit ici l'abondance élegante ,
La délicateffe piquante
Et l'aimable diverfité :
D'un ſuperbe feſtin retraçant l'ordonnance ,
Avec les loix le Dieu difpenfe
Les tréfors de la volupté..
Vous , Reine , dont jadis la tendreffe idolâtre-
A fait la honte & les deftins ,
Maintenant , vaine Cleopatre ,
Vantez vos celebres feftins .
Pour celui que l'Espagne àla France prépare ,
Ce que la Terre a de plus rare ,
Les flots , les airs font épuifés :
Cent mets délicieux qu'un art fçavant déploye
Peignent l'objet de notre joye *
Sous fon emblême déguiſés.
Quel changement ſoudain m'ouvre un nouveaus
Théatre ?
Tous les Miniftres de Comus
Font place à la troupe folâtre .
*Plufieurs Ouvrages de Pâtisserie & defucre
où étoient représentés des auphins , des petits.
Amours , des Fleurs de Lys Co.
1 Voly Qu'a1094
MERCURE DE FRANCE
Qu'amene & qu'inſpire Momus.
Ici de mille objets l'aimable bigarrure
Reçoit les loix & la parure
Du Dieu qu'elle y vient honorer.
Le mafque féducteur,l'un chez l'autre, fait naître
Ou l'embarras de fe connoître ,
Ou le plaifir de s'ignorer.
Eft- ce la jeune Hebé par Jupiter choific
Pour verfer le Nectar aux Dieux ,
Qui nous prépare l'Ambroisie
Que l'on prodigue dans ces lieux ?
Par un gout plus charmant les trésors de l'Automne
Jamais n'ont vaincu d'Erigone**
La refiftance & les mépris :
Glaçons qu'en fruits divers l'art déguife & colore
Aux dons de Pomone & de Flore
Vous ajoutez un nouveau prix.
Ces fpectacles , PHILIPPE , à ta vaſte puiſ-
Lance ,
A ton grand coeur font affortis ;
Moins d'éclat , de magnificence
Parut aux nôces de Thétis.
Ce tranquile féjour aux charmes qu'il étale
* Bacchus féduifit la Nymphe Erigonefous la
figure d'un Raifin
1. Vol. N'offre
JUIN. 1730. 1895
N'offre point la pomme fatale
Qui caufa de fi grands revers.
Le DAUPHIN , cher objet d'une Fête éclatante
Nous garentit la Paix conftante
Qui va regner dans l'Univers,
Quel art , au choix heureux de ces galans ſpec
tacles
Unit encor la dignité
N'en doutons plus , à ces miracles
Préfide une Divinité.
Mais fouvent parmi nous de fublimes génies
Dans leurs lumieres infinies
Remplacent le pouvoir des Dieux.
J'aperçois deux Mortels favoris'de Minerve ,
A qui la Déeffe referve
Ses tréfors les plus précieux.
De PHILIPPE en leur fein l'àugufte confi
dence
A verfé les plus grands fecrets ;
L'Europe entiere à leur prudence
Remet fes plus chers interêts.
Leur zele ingénieux , attentif à ta gloire ,
Grand Prince , a gravé ta mémoire
Avec des traits dignes de toi.
Dans les apprêts divers d'une Fête pompeuſe ,
* Les Ambaſſadeurs Plenipotentiaires d'Eſpagne.
I. Vol. Dans
1096 MERCURE DE FRANCE
Dans fa fplendeur majestueufe
Le Miniftre a montré le Roi.
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Résumé : ODE. Sur la Fête que les Ambassadeurs & Plenipotentiaires d'Espagne ont donnée à Paris le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa Majesté Catholique Philippe V. à l'occasion de la Naissance du Dauphin.
Le texte présente une ode composée par M. Bouret, Lieutenant Général de Gifors, qui a remporté le prix de poésie de l'Académie Française les deux années précédentes. Cette ode célèbre la fête organisée par les ambassadeurs et plénipotentiaires d'Espagne à Paris le 24 janvier 1730, en l'honneur de la naissance du Dauphin, fils de Philippe V d'Espagne. L'auteur décrit les merveilles et les prodiges observés lors de cette fête, comparant les spectacles à des interventions divines. Il mentionne Jupiter, Junon, et Iris, ainsi que des feux d'artifice et des décorations somptueuses. L'ode met en avant l'union entre la France et l'Espagne, symbolisée par la naissance du Dauphin, et célèbre la paix et les biens qu'elle apporte. La fête est décrite comme un spectacle grandiose, avec des éléments naturels et divins, et se termine par des spectacles et des festins offerts par Comus, le dieu de l'abondance. L'auteur rend hommage aux ambassadeurs espagnols pour leur rôle dans l'organisation de cette fête mémorable.
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2617
p. 1100-1102
LE RHUME A LA MODE.
Début :
Dans le cours d'un Hyver plus doux qu'à l'ordinaire, [...]
Mots clefs :
Rhume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE RHUME A LA MODE.
LE RHUME A LA MODE.
Ans le cours d'un Hyver plus doux qu'à
Dans
Pordinaire ,
Survint un Rhume general.
L'enfant dans fon berceau , la grande foeur , l'a
mere ,
Tout fut atteint du même mal .
Ni régime , ni prévoyance ,
Ne purent empêcher que de l'Aftre pervers ,
L. Vol. O'n
JUIN. 1101 1730.
On ne fentit au loin la maligne influence.
Il enrhuma toute la France ,
Il enrhuma tout l'Univers.
Dans les Citez où l'on fe picque ,
De varier les doux amuſemens ,
Plus de plaifirs , plus de Mufique.
Pour y parler tendreffe ou politique ,
Plus on ne s'affembloit ; ou fi de temps en temps
Des cercles s'y formoient encore ,
C'étoit pitié d'y figurer.
Propos entrecoupez qui ne pouvoient éclore ,
Bruit à vous rendre fourd ; on n'y pouvoit durer,
L'Amant touffoit auprès de fa Maîtreffe ,
La femme au nez de fon mari ;
Il n'étoit égards ni tendreffe ,
Qui contint ce charivari.
Thémis fut fur le point d'abandonner fon'Temple,
Ses Oracles prefque muets ,
Articuloient à peine fes decrets.
Chofe inouie à fon exemple ,
La Chicane fe tut , pour foutenir les droits ,
Tous fes Supports furent fans voix .
Heureux fi d'une telle engeance ,
Ce Rhume pour jamais avoit purgé la France.
Enfin chacun tapi chez foi ,
Quoiqu'il pút arriver s'y tenoit clos & coy ;
Nul n'en mourut , hors ceux qui pleins d'impatience
,
A nos Purgons , pour s'être confiez ,
2. Vol. Par
1102 MERCURE DE FRANCE
Par de lourds quiproco , furent expediez .
Pardonnez , Enfans d'Efculape ,
Si malgré moi la verité m'échappe.
Ce ne fut tout , la Faculté
Au même temps s'avifa de répandre ,
Que du Rhume public , qui n'avoit point tâté ,
N'avoit rien perdu pour attendre.
Sur la fin du prochain Eté ,
Brufque accident devoit lui prendre ,
Dont il feroit furement emporté.
Le Ciel ainfi l'avoit dicté.
Tel pronoftic parut fi ridicule ,
Qu'aucun ne crut à ce difcours.
Une femme ( ce fexe eft par fois bien crédule )
Le tint pour veridique & trembla pour ces jours.
Quoi ! je mourrois, dit-elle , & cela par ma faute !
Non , ma foi , non , je ne fuis pas fi fotte.
Ca, vite , enrhumons-nous. Dire comme elle fit,
N'eft pas , je penſe , un point fort neceffaire ;
Quoiqu'il en foit , le Rhume la faifit ,
Puis la fievre. On prélude , on décoche un Cliftere,
Onfaigne au bras, au pied , on purge avec vigueur;
Bref, tant fut operé fur elle ,
Qu'au bout de trois jours la femelle
A fes ayeux fut conter fon malheur.
Aux decrets que le Ciel difpenfe ,
Foibles Mortels , foumettons -nous ,
Tel penfe détourner fes coups ,
Qui le plus fouvent les avance.
Ans le cours d'un Hyver plus doux qu'à
Dans
Pordinaire ,
Survint un Rhume general.
L'enfant dans fon berceau , la grande foeur , l'a
mere ,
Tout fut atteint du même mal .
Ni régime , ni prévoyance ,
Ne purent empêcher que de l'Aftre pervers ,
L. Vol. O'n
JUIN. 1101 1730.
On ne fentit au loin la maligne influence.
Il enrhuma toute la France ,
Il enrhuma tout l'Univers.
Dans les Citez où l'on fe picque ,
De varier les doux amuſemens ,
Plus de plaifirs , plus de Mufique.
Pour y parler tendreffe ou politique ,
Plus on ne s'affembloit ; ou fi de temps en temps
Des cercles s'y formoient encore ,
C'étoit pitié d'y figurer.
Propos entrecoupez qui ne pouvoient éclore ,
Bruit à vous rendre fourd ; on n'y pouvoit durer,
L'Amant touffoit auprès de fa Maîtreffe ,
La femme au nez de fon mari ;
Il n'étoit égards ni tendreffe ,
Qui contint ce charivari.
Thémis fut fur le point d'abandonner fon'Temple,
Ses Oracles prefque muets ,
Articuloient à peine fes decrets.
Chofe inouie à fon exemple ,
La Chicane fe tut , pour foutenir les droits ,
Tous fes Supports furent fans voix .
Heureux fi d'une telle engeance ,
Ce Rhume pour jamais avoit purgé la France.
Enfin chacun tapi chez foi ,
Quoiqu'il pút arriver s'y tenoit clos & coy ;
Nul n'en mourut , hors ceux qui pleins d'impatience
,
A nos Purgons , pour s'être confiez ,
2. Vol. Par
1102 MERCURE DE FRANCE
Par de lourds quiproco , furent expediez .
Pardonnez , Enfans d'Efculape ,
Si malgré moi la verité m'échappe.
Ce ne fut tout , la Faculté
Au même temps s'avifa de répandre ,
Que du Rhume public , qui n'avoit point tâté ,
N'avoit rien perdu pour attendre.
Sur la fin du prochain Eté ,
Brufque accident devoit lui prendre ,
Dont il feroit furement emporté.
Le Ciel ainfi l'avoit dicté.
Tel pronoftic parut fi ridicule ,
Qu'aucun ne crut à ce difcours.
Une femme ( ce fexe eft par fois bien crédule )
Le tint pour veridique & trembla pour ces jours.
Quoi ! je mourrois, dit-elle , & cela par ma faute !
Non , ma foi , non , je ne fuis pas fi fotte.
Ca, vite , enrhumons-nous. Dire comme elle fit,
N'eft pas , je penſe , un point fort neceffaire ;
Quoiqu'il en foit , le Rhume la faifit ,
Puis la fievre. On prélude , on décoche un Cliftere,
Onfaigne au bras, au pied , on purge avec vigueur;
Bref, tant fut operé fur elle ,
Qu'au bout de trois jours la femelle
A fes ayeux fut conter fon malheur.
Aux decrets que le Ciel difpenfe ,
Foibles Mortels , foumettons -nous ,
Tel penfe détourner fes coups ,
Qui le plus fouvent les avance.
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Résumé : LE RHUME A LA MODE.
Le texte relate une épidémie de rhume survenue durant un hiver doux, touchant toute la population, des enfants aux personnes âgées. Malgré les mesures de prévention, le rhume se propagea en France et à l'international, perturbant les activités quotidiennes et les divertissements. Les rassemblements sociaux diminuèrent et même les institutions judiciaires furent affectées. Les gens furent contraints de rester chez eux, et ceux qui tentèrent de se soigner avec des purgatifs en moururent. La Faculté de médecine prévoyait un sort fatal pour ceux n'ayant pas encore contracté le rhume, mais cette prédiction fut ignorée. Une femme, croyant à cette prédiction, s'enrhuma volontairement et fut soignée par des méthodes agressives comme des saignées et des purgatifs, ce qui la tua. Le texte conclut sur l'inutilité de tenter d'éviter les décrets du ciel.
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2618
p. 1109-1111
IMITATION D'une Piece en Vers Latins, de M. de la Monnoye.
Début :
L'Autre jour Lycoris Tapie, [...]
Mots clefs :
Papillon, Roses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION D'une Piece en Vers Latins, de M. de la Monnoye.
IMITATION
D'une Piece en Vers Latins , de M. de la
Monnoye.
L'Autre jour Lycoris Tapie ,
Sur un tendre Gazon , à l'abri du Soleil ,
En lifant s'étant affoupie,
Goutoit les douceurs du fommeil ,
Tout fe taifoit dans le Bocage ,
N
A peine on entendoit le fouffle des Zéphirs ,
Zo Volo
Les Cij
1110 MERCURE DE FRANCE
Les Oiseaux ,
ceffant leur ramage ,
Gazouilloient tout bas leurs foupirs.
Tout près un Ruiffeau , dont l'eau pure ,
Fat une fraîcheur douce invitoit au repos ,
Sembloit adoucir fon murmure ,
De concert avec les Echos ;
Voltigeant de Rofes en Rofes ,
Un Papillon trompé , fans doute , au coloris ,
Crut en voir fraîchement écloſes ,
Sur les levres de Lycoris..
M
Il profitoit de fa capture ,
Savourant à longs traits un fuc délicieux
Quand la douleur de la picquure ,
De cette Belle ouvrit les yeux..
Brulant d'un courroux inutile ,
C'eſt envain qu'elle cherche à punir l'inhumain ,
Elle voit fuir le Volatile ,
S'applaudiffant de ſon larcin .
A punir une telle offenſe ,
Cupidon , n'cft-tu pas toi - même intereffé
I. Vol. Si
JU I N. 1730 . 111E
Si tu la laiffois fans vengeance ,
Ton pouvoir en feroit bleffé.
Quoi donc , cette Beauté fi fiere
Voit fon repos troublé par un vain Papillon ,
Et ce que tes Traits n'ont pû faire ,
Eft l'ouvrage d'un Aiguillon.
Bordes de Malfart.
D'une Piece en Vers Latins , de M. de la
Monnoye.
L'Autre jour Lycoris Tapie ,
Sur un tendre Gazon , à l'abri du Soleil ,
En lifant s'étant affoupie,
Goutoit les douceurs du fommeil ,
Tout fe taifoit dans le Bocage ,
N
A peine on entendoit le fouffle des Zéphirs ,
Zo Volo
Les Cij
1110 MERCURE DE FRANCE
Les Oiseaux ,
ceffant leur ramage ,
Gazouilloient tout bas leurs foupirs.
Tout près un Ruiffeau , dont l'eau pure ,
Fat une fraîcheur douce invitoit au repos ,
Sembloit adoucir fon murmure ,
De concert avec les Echos ;
Voltigeant de Rofes en Rofes ,
Un Papillon trompé , fans doute , au coloris ,
Crut en voir fraîchement écloſes ,
Sur les levres de Lycoris..
M
Il profitoit de fa capture ,
Savourant à longs traits un fuc délicieux
Quand la douleur de la picquure ,
De cette Belle ouvrit les yeux..
Brulant d'un courroux inutile ,
C'eſt envain qu'elle cherche à punir l'inhumain ,
Elle voit fuir le Volatile ,
S'applaudiffant de ſon larcin .
A punir une telle offenſe ,
Cupidon , n'cft-tu pas toi - même intereffé
I. Vol. Si
JU I N. 1730 . 111E
Si tu la laiffois fans vengeance ,
Ton pouvoir en feroit bleffé.
Quoi donc , cette Beauté fi fiere
Voit fon repos troublé par un vain Papillon ,
Et ce que tes Traits n'ont pû faire ,
Eft l'ouvrage d'un Aiguillon.
Bordes de Malfart.
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Résumé : IMITATION D'une Piece en Vers Latins, de M. de la Monnoye.
Le texte imite une pièce en vers latins de M. de la Monnoye et décrit une scène paisible où Lycoris Tapie sommeille sur un gazon, à l'abri du soleil. Le cadre est apaisant, avec des zéphyrs légers, des oiseaux gazouillant et un ruisseau murmurant. Un papillon, attiré par les lèvres de Lycoris, la pique et la réveille brutalement. Furieuse, Lycoris tente de punir le papillon, mais celui-ci s'enfuit, se réjouissant de son acte. Le texte se conclut par une réflexion sur le pouvoir de Cupidon, suggérant que même une beauté fière comme Lycoris peut être troublée par un simple papillon, là où les flèches de Cupidon n'auraient pas réussi.
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2619
p. 1119-1122
LES FLECHES de l'amour perduës & recouvrées.
Début :
Dans un Bois embelli par la seule nature, [...]
Mots clefs :
Amour, Yeux, Armes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES FLECHES de l'amour perduës & recouvrées.
LES FLECHES de l'amour
perdues recouvrées.
Dans un Bois embelli par la feule nature
Azile impénetrable aux ardeurs du Soleil ;;
Cupidon étendu fur un lit de verdure ,
Goutoit les douceurs du fommeil.
Pour fervir les amours du maître du tonnere ,,
Mercure ce jour-là deſcendit ſur la terre ,
Il paffa dans ce Bois , mais il fut bien furpris ,
D'y trouver le fils de Cypris..
1. Vol. II
120 MERCURE DE FRANCE .
Il approche , il faifit ſes armes :
( Ce Dieu faifoit fouvent le métier de voleur. )
fuit , l'amour s'éveille , en voyant fon malheur
,
Il ne peut retenir ſes larmes.
Tout eft perdu , dit- il , on m'a pris mon Carquois
•
Ces Fléches qui rangeoient tant de coeurs fous
mes loix..
C'eſt ta juftice que j'implore ,,
Puiffant maître. des Dieux ! s'il te fouvient encorc
De ces heureux momens que tu dûs à l'Amour ,,
Daigne le vanger en ce jour.
On vient de l'infulter , Mercure a fait le crime ,,
Qu'il en foit au plutôt puni .
Pour un fujet moins légitime
Du celefte féjour Apollon fut banni..
En achevant ces mots , il s'envole à Cythere ,
Il y cherche , il trouve ſa mere :;
Abbatu , languiffant , les yeux baignez de pleurs ,,
Il lui tient ce trifte langage..
O Venus ! apprenez le plus grand des malheurs ;
Je paffois par hazard dans un fombre bocage ,
Je me fentis forcé de ceder au fomeil ,
Mais que fis-je, imprudent ! hélas ! à mon reveil ,,
I.Volg Je
JUIN. 1730. 1127
Je cherchai , mais en vain , ces armes redoutables
,
Ces traits à qui je dois tant d'exploits mémorables.
Qui faifoient reſpecter mon pouvoir en tous lieux.
Ces traits qui me rendoient le plus puiffant des
Dieux ,
On avoit ofé me les prendre.
Mercure avoit commis eet horrible attentat j
Conjurez Jupiter de me les faire rendre ;
Qu'il me vange de cet ingrat.
Il ne doit point fouffrir une telle infolence ;
L'Amour fans fon Carquois eft un Dieu fans
puiffance ;
Faut-il yoir les mortels m'accabler de mépris t
Ainfi parle l'Amour , mais l'aimable Cypris
Par ces mots calma fes allarmes.
Ceffe de répandre des larmes ,
Mon fils , la perte que tu fais
Peut fans peine être réparée ;
Cours , vole vers cette contrée ;
Que l'aimable Doris orne de fes attraits ,
Ses yeux te fourniront des traits ;
Avec ces armes agréables
Tu verrás tous les coeurs fe foûmettre à tes Loix,
Ces lieux retentiront du bruit de tes exploits ,
Ils feront plus fréquents , ils feront plus dura
bles..
I.Vol.
Du
1122 MERCURE DE FRANCE
Du confeil de Venus l'amour fçut profiter ,
Il vole auffi prompt que Zéphire
Cherche Doris , la voit , l'admire ,
Et forme le deffein de ne la plus quitter.
Eh ! que ne doit-il pas a l'aimable Mortelle !
Que d'exploits glorieux ! lui-même en eft fur
pris :
C'eſt en vain que Venus maintenant le rappelle
Il fe trouve trop bien dans les yeux de Doris.
Par M..... Aix.
perdues recouvrées.
Dans un Bois embelli par la feule nature
Azile impénetrable aux ardeurs du Soleil ;;
Cupidon étendu fur un lit de verdure ,
Goutoit les douceurs du fommeil.
Pour fervir les amours du maître du tonnere ,,
Mercure ce jour-là deſcendit ſur la terre ,
Il paffa dans ce Bois , mais il fut bien furpris ,
D'y trouver le fils de Cypris..
1. Vol. II
120 MERCURE DE FRANCE .
Il approche , il faifit ſes armes :
( Ce Dieu faifoit fouvent le métier de voleur. )
fuit , l'amour s'éveille , en voyant fon malheur
,
Il ne peut retenir ſes larmes.
Tout eft perdu , dit- il , on m'a pris mon Carquois
•
Ces Fléches qui rangeoient tant de coeurs fous
mes loix..
C'eſt ta juftice que j'implore ,,
Puiffant maître. des Dieux ! s'il te fouvient encorc
De ces heureux momens que tu dûs à l'Amour ,,
Daigne le vanger en ce jour.
On vient de l'infulter , Mercure a fait le crime ,,
Qu'il en foit au plutôt puni .
Pour un fujet moins légitime
Du celefte féjour Apollon fut banni..
En achevant ces mots , il s'envole à Cythere ,
Il y cherche , il trouve ſa mere :;
Abbatu , languiffant , les yeux baignez de pleurs ,,
Il lui tient ce trifte langage..
O Venus ! apprenez le plus grand des malheurs ;
Je paffois par hazard dans un fombre bocage ,
Je me fentis forcé de ceder au fomeil ,
Mais que fis-je, imprudent ! hélas ! à mon reveil ,,
I.Volg Je
JUIN. 1730. 1127
Je cherchai , mais en vain , ces armes redoutables
,
Ces traits à qui je dois tant d'exploits mémorables.
Qui faifoient reſpecter mon pouvoir en tous lieux.
Ces traits qui me rendoient le plus puiffant des
Dieux ,
On avoit ofé me les prendre.
Mercure avoit commis eet horrible attentat j
Conjurez Jupiter de me les faire rendre ;
Qu'il me vange de cet ingrat.
Il ne doit point fouffrir une telle infolence ;
L'Amour fans fon Carquois eft un Dieu fans
puiffance ;
Faut-il yoir les mortels m'accabler de mépris t
Ainfi parle l'Amour , mais l'aimable Cypris
Par ces mots calma fes allarmes.
Ceffe de répandre des larmes ,
Mon fils , la perte que tu fais
Peut fans peine être réparée ;
Cours , vole vers cette contrée ;
Que l'aimable Doris orne de fes attraits ,
Ses yeux te fourniront des traits ;
Avec ces armes agréables
Tu verrás tous les coeurs fe foûmettre à tes Loix,
Ces lieux retentiront du bruit de tes exploits ,
Ils feront plus fréquents , ils feront plus dura
bles..
I.Vol.
Du
1122 MERCURE DE FRANCE
Du confeil de Venus l'amour fçut profiter ,
Il vole auffi prompt que Zéphire
Cherche Doris , la voit , l'admire ,
Et forme le deffein de ne la plus quitter.
Eh ! que ne doit-il pas a l'aimable Mortelle !
Que d'exploits glorieux ! lui-même en eft fur
pris :
C'eſt en vain que Venus maintenant le rappelle
Il fe trouve trop bien dans les yeux de Doris.
Par M..... Aix.
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Résumé : LES FLECHES de l'amour perduës & recouvrées.
Le texte décrit un épisode mythologique impliquant Cupidon et Mercure. Cupidon, endormi dans un bois, se réveille pour constater que son carquois, contenant des flèches capables de faire tomber amoureux, a été dérobé par Mercure. Désespéré, Cupidon demande à Jupiter de le venger. Il se rend ensuite à Cythère pour informer sa mère, Vénus, de son malheur. Vénus le rassure et lui conseille de se rendre auprès de Doris, une mortelle aux yeux enchanteurs, pour obtenir de nouvelles flèches. Cupidon suit ce conseil et, ébloui par la beauté de Doris, décide de rester auprès d'elle, oubliant même les appels de Vénus.
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2620
p. 1132-1133
REMERCIEMENT A MADAME DE B***
Début :
Digne Sapho, dont le mérite [...]
Mots clefs :
Muse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMERCIEMENT A MADAME DE B***
REMERCIEMENT
A MADAME DE B ***
DIgne Sapho , dont le mérite
Rend ma parfaite eftime égale à ta vertu ,
D'un aimable devoir permets que je m'acquite ,
Et ne dédaigne pas un encens qui t'eft dû.
I. Vol.
Dans
JUIN. 1133 1730 .
Dans ton accueil , fans me connoître
Tu me fis voir tant de bonté ,
Que j'efperai depuis que je ferois peut- être
Plus cheri qu'autrefois de la Divinité.
Puifque fa plus parfaite image
Veut m'honorer de fon fecours ,
C'est un infaillible préfage .
Que j'aurai de plus heureux jours .
Quel plus aimable caractere
Peut affaifonner tes bienfaits
Tu prends pour toi , pour tout falaire ,
Le plaifir de les avoir faits.
Mais que fais-je ? j'oublie ici mon impuiffance ,
Dieux ! par quelle fatalité
Faut-il en cette circonftance
Que tant de generofité
Me force à garder le filence !
Oui , dans certaine occafion
La plus fenfible expreffion
Eft toujours au- deffous de la reconnoiffance.
D'une Muſe fans agrémens,
Je ne t'offre qu'un foible hommage
Puifqu'il n'exprime en ce langage
Que l'ombre de mes fentimens.
D'Hautefeuille.
A MADAME DE B ***
DIgne Sapho , dont le mérite
Rend ma parfaite eftime égale à ta vertu ,
D'un aimable devoir permets que je m'acquite ,
Et ne dédaigne pas un encens qui t'eft dû.
I. Vol.
Dans
JUIN. 1133 1730 .
Dans ton accueil , fans me connoître
Tu me fis voir tant de bonté ,
Que j'efperai depuis que je ferois peut- être
Plus cheri qu'autrefois de la Divinité.
Puifque fa plus parfaite image
Veut m'honorer de fon fecours ,
C'est un infaillible préfage .
Que j'aurai de plus heureux jours .
Quel plus aimable caractere
Peut affaifonner tes bienfaits
Tu prends pour toi , pour tout falaire ,
Le plaifir de les avoir faits.
Mais que fais-je ? j'oublie ici mon impuiffance ,
Dieux ! par quelle fatalité
Faut-il en cette circonftance
Que tant de generofité
Me force à garder le filence !
Oui , dans certaine occafion
La plus fenfible expreffion
Eft toujours au- deffous de la reconnoiffance.
D'une Muſe fans agrémens,
Je ne t'offre qu'un foible hommage
Puifqu'il n'exprime en ce langage
Que l'ombre de mes fentimens.
D'Hautefeuille.
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Résumé : REMERCIEMENT A MADAME DE B***
Le poème est un remerciement adressé à Madame de B***. L'auteur exprime sa gratitude pour la bonté et l'accueil chaleureux qu'il a reçus, bien qu'il ne la connaissait pas auparavant. Il considère cet accueil comme une faveur divine et espère qu'il lui apportera des jours plus heureux. L'auteur admire le caractère aimable de Madame de B***, notant qu'elle prend plaisir à faire le bien. Cependant, il se sent impuissant à exprimer pleinement sa reconnaissance, estimant que même la plus sensible expression est insuffisante. Il conclut en offrant un humble hommage, conscient que ses mots ne peuvent pleinement traduire ses sentiments. Le poème est signé 'D'Hautefeuille' et daté de juin 1730.
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2621
p. 1147-1149
STANCES A Monsieur ....
Début :
Eole en ses antres afreux, [...]
Mots clefs :
Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES A Monsieur ....
STANCES
E ole
A Monfieur....
Ole en fes antres afreux ,
Retient des Aquilons les bruïantes haleines ;
Et déja les fleurs dans les plaines ,
Reçoivent le tribut des Zéphirs amoureux.
Déja les frilleufes Driades ,
Quittant avec plaifir l'écorce des Ormeaux ,
Iront bien-tôt fous leurs Roſeaux ,
Pour fuir l'ardeur du jour, rechercher les Naya
des.
Là , fur un Gafon verdoyant ,
Venus de quelques fleurs négligemment parée ,
A danfer paffe la foirée ;
Et fon fils d'un coup d'aîle applaudit en riant.
*
Ami , laiffe à la feule Aurole ,
Pour Cephale , en ce jour , verfer encor de
pleurs.
Aux plaifirs , ces doux enchanteurs
Devrois-tu préférer le foin qui te dévore.
I. Vel. Profite
1148 MERCURE DE FRANCE
Profite de l'inftant prefent ,
Et ne confume pas les jours de ta jeuneffe
A rechercher pour ta vieilleffe ,
Des plaifirs que tu peus goûter en ce moment.
Que nos jours ne foient pas ftériles :
Ils ne font compofez que de momens tres- courts,
Des ans compofez de ces jours ,
Les uns font trop douteux , les autres inutiles .
Ami , cherchons le feul repos ;
A fe s plaifirs heureux , icy tout nous invite
Demain peut-être du Cocite ,
Boirai-je chez Pluton les infernales eaux.
F
Livrée aux plus legers caprices ,
La mort n'a pas toujours de noirs avant-coureurs
:
Souvent l'on reffent fes fureurs ,
Au milieu des feftins & parmi les délices.
Quelquefois malgré fon couroux
Elle marche à pas lents , & fa main parricide
Remet à la langueur timide
Son poifon & fa faulx , pour nous porter fes
coups..
: I. Vol. Tout
JUIN.
I 149 1730.
Tout te craint , infléxible Parque ,
Sous les ruftiques toicts , au milieu des Forêts ,
Et dans fes fuperbes Palais ,
Tu frappes le Berger ainfi que le Monarque,
Laiffons tout frivole défir ;
Ne nous, repaiffons pas de nos vaines chimeres
Le temps fur fes aîles légeres
Fuit fans ceffe & nous laiffe un trifte repentir.
L'Abbé BoNNOT DE MABLY,
E ole
A Monfieur....
Ole en fes antres afreux ,
Retient des Aquilons les bruïantes haleines ;
Et déja les fleurs dans les plaines ,
Reçoivent le tribut des Zéphirs amoureux.
Déja les frilleufes Driades ,
Quittant avec plaifir l'écorce des Ormeaux ,
Iront bien-tôt fous leurs Roſeaux ,
Pour fuir l'ardeur du jour, rechercher les Naya
des.
Là , fur un Gafon verdoyant ,
Venus de quelques fleurs négligemment parée ,
A danfer paffe la foirée ;
Et fon fils d'un coup d'aîle applaudit en riant.
*
Ami , laiffe à la feule Aurole ,
Pour Cephale , en ce jour , verfer encor de
pleurs.
Aux plaifirs , ces doux enchanteurs
Devrois-tu préférer le foin qui te dévore.
I. Vel. Profite
1148 MERCURE DE FRANCE
Profite de l'inftant prefent ,
Et ne confume pas les jours de ta jeuneffe
A rechercher pour ta vieilleffe ,
Des plaifirs que tu peus goûter en ce moment.
Que nos jours ne foient pas ftériles :
Ils ne font compofez que de momens tres- courts,
Des ans compofez de ces jours ,
Les uns font trop douteux , les autres inutiles .
Ami , cherchons le feul repos ;
A fe s plaifirs heureux , icy tout nous invite
Demain peut-être du Cocite ,
Boirai-je chez Pluton les infernales eaux.
F
Livrée aux plus legers caprices ,
La mort n'a pas toujours de noirs avant-coureurs
:
Souvent l'on reffent fes fureurs ,
Au milieu des feftins & parmi les délices.
Quelquefois malgré fon couroux
Elle marche à pas lents , & fa main parricide
Remet à la langueur timide
Son poifon & fa faulx , pour nous porter fes
coups..
: I. Vol. Tout
JUIN.
I 149 1730.
Tout te craint , infléxible Parque ,
Sous les ruftiques toicts , au milieu des Forêts ,
Et dans fes fuperbes Palais ,
Tu frappes le Berger ainfi que le Monarque,
Laiffons tout frivole défir ;
Ne nous, repaiffons pas de nos vaines chimeres
Le temps fur fes aîles légeres
Fuit fans ceffe & nous laiffe un trifte repentir.
L'Abbé BoNNOT DE MABLY,
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Résumé : STANCES A Monsieur ....
Le texte présente des stances poétiques qui célèbrent la beauté de la nature et la fugacité du temps. Il commence par une description du printemps, avec les vents, les fleurs et les nymphes se réfugiant dans les roseaux. Vénus et Cupidon y dansent sur un gazon verdoyant. Le poète conseille à un ami de ne pas pleurer pour Céphale et de savourer les plaisirs présents, car les jours sont courts et les années éphémères. Il met en garde contre la mort, qui peut survenir à tout moment, même au milieu des festins. L'auteur invite à chercher le repos et les plaisirs heureux, car demain pourrait apporter des malheurs. La mort est décrite comme implacable, frappant indifféremment le berger et le monarque. Il exhorte à ne pas se reposer sur des désirs futiles et à profiter du temps qui passe rapidement, laissant peu de place au repentir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2622
p. 1154
EXPLICATION de la premiere Enigme du mois dernier.
Début :
C'est donc ainsi que tu te ris, Mercure ! [...]
Mots clefs :
Poisson d'avril
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION de la premiere Enigme du mois dernier.
EXPLICATION de la premiere
Enigme du mois dernier.
C'Eft donc ainfique tu te ris , Mercure !
Le détour eft vraiment fubtil ,
Tu crois , pour une Enigme obfcure ,
Nous donner un Poiffon d'Avril.
Enigme du mois dernier.
C'Eft donc ainfique tu te ris , Mercure !
Le détour eft vraiment fubtil ,
Tu crois , pour une Enigme obfcure ,
Nous donner un Poiffon d'Avril.
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2623
p. 1154-1155
ENIGME.
Début :
Parcourez & la Terre & l'Onde, [...]
Mots clefs :
Bonnet carré
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
A rcourez & la Terre & l'Onde ,
J'y regne avec diftinction ,
Et fuis dans chaque coin du monde ,
En grande veneration .
I. Kol.
J'aime
JUIN. 1730.
J'aime tant la Robe & l'Eglife ,
Que fouvent ils font avec moi :
Bien des cherchent mon emploi , gens
Je fers l'un & l'autre à ſa guiſe.
Il eft une rude faiſon ,
Ou , rentrant dans mon Hermitage ,
Je prends congé de l'horizon ,
Et je ceffe d'être en ufage.
A Noël comme à la faint Jean ,
Pour obferver Dame Rubrique ,
Dans mainte & mainte République ,
On me garde pendant tout l'an.
Je donne , avec juſte raiſon ,
Au Lecteur , ample tablature ,
Car , s'il ne connoit ma figure ,
Il nepeut deviner mon nom.
A rcourez & la Terre & l'Onde ,
J'y regne avec diftinction ,
Et fuis dans chaque coin du monde ,
En grande veneration .
I. Kol.
J'aime
JUIN. 1730.
J'aime tant la Robe & l'Eglife ,
Que fouvent ils font avec moi :
Bien des cherchent mon emploi , gens
Je fers l'un & l'autre à ſa guiſe.
Il eft une rude faiſon ,
Ou , rentrant dans mon Hermitage ,
Je prends congé de l'horizon ,
Et je ceffe d'être en ufage.
A Noël comme à la faint Jean ,
Pour obferver Dame Rubrique ,
Dans mainte & mainte République ,
On me garde pendant tout l'an.
Je donne , avec juſte raiſon ,
Au Lecteur , ample tablature ,
Car , s'il ne connoit ma figure ,
Il nepeut deviner mon nom.
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2624
p. 1155-1156
LOGOGRIPHE.
Début :
De ma nature, haïssable, [...]
Mots clefs :
Amer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP HE.
DE
E ma nature , haïfſable ;
Souvent parunehabile main ,
Je deviens pourtant délectable ,
Retranchez ma tête & foudain
Je fuis dans plus d'un fens , utile au genre humain
.
• Otés mon col , un mot étranger refte
Et fans ce qu'il exprime , il n'eft grand , ni petit ,
Qui n'éprouvât un fort funefte ,
I. Vol.
Sans
E ij
1156 MERCURE DE FRANCE
Sans dernier pied , j'ai beaucoup de credit
Je fers à la Mufique , aux hommes , à la bête ,
Et de plufieurs façons , on me peut attacher,
Mettez ma queuë après ma tête ,
Malheur à qui par moi ſe laiffe trop toucher.
Faites mon chef de ma lettre derniere ,
Funefte aux uns , aux autres neceffaire ,
Je fais gémir ceux - là , je fais rire ceux- ci ,
Qui malgré mes efforts , peuvent être en fouci
Ma premiere part renversée ;
Et mes membres fuivant aprés ,
Selon le même ordre rangez ,
Je deviens une choſe & fale & mépriſée ,
Qui fût , à ce que dit , un Poëte chrétien ,
Sur la foy d'un hiftorien ,
Par une Belle convoitée.
Alors coupant mon col , & pour le remplacer ,
Si l'on emprunte un pied à mon dernier femblable
,
L'on trouvera que je fuis fort aimable ,
Et
que fans crainte on peut me careffer.
DE
E ma nature , haïfſable ;
Souvent parunehabile main ,
Je deviens pourtant délectable ,
Retranchez ma tête & foudain
Je fuis dans plus d'un fens , utile au genre humain
.
• Otés mon col , un mot étranger refte
Et fans ce qu'il exprime , il n'eft grand , ni petit ,
Qui n'éprouvât un fort funefte ,
I. Vol.
Sans
E ij
1156 MERCURE DE FRANCE
Sans dernier pied , j'ai beaucoup de credit
Je fers à la Mufique , aux hommes , à la bête ,
Et de plufieurs façons , on me peut attacher,
Mettez ma queuë après ma tête ,
Malheur à qui par moi ſe laiffe trop toucher.
Faites mon chef de ma lettre derniere ,
Funefte aux uns , aux autres neceffaire ,
Je fais gémir ceux - là , je fais rire ceux- ci ,
Qui malgré mes efforts , peuvent être en fouci
Ma premiere part renversée ;
Et mes membres fuivant aprés ,
Selon le même ordre rangez ,
Je deviens une choſe & fale & mépriſée ,
Qui fût , à ce que dit , un Poëte chrétien ,
Sur la foy d'un hiftorien ,
Par une Belle convoitée.
Alors coupant mon col , & pour le remplacer ,
Si l'on emprunte un pied à mon dernier femblable
,
L'on trouvera que je fuis fort aimable ,
Et
que fans crainte on peut me careffer.
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2625
p. 1179-1184
Tableau fait pour le Roi, Chasse du Cerf, &c. [titre d'après la table]
Début :
Au mois de Janvier 1728. le Roy ordonna au Sr Oudry, son Peintre ordinaire, [...]
Mots clefs :
Jean-Baptiste Oudry, Roi, Tableau, Chasse du cerf
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableau fait pour le Roi, Chasse du Cerf, &c. [titre d'après la table]
U mois de Janvier 1728.le Roy ordonna
au S'Oudry ,fonPeintre ordi-
-naire , de le fuivre à la chaffe pour reprefenter
une Chaffe de Cerf dans l'eau.
Le fieur Oudry en fit un Deffein qui fut
agréé , fur lequel le Roy lui demanda un
Tableau de 12 pieds de large ,fur 6 pieds
& demi de haut , pour placer dans le Ca- .
binet de Sa Majesté à Marly.
Les Figures ont à peu près 13 à 14 pouces
de hauteur . Il y a treize Portraits reffemblants.
Le Roy dans le milieu , fur un
Cheval blanc , nommé le Braffeur. A la
I. Vel. Fij droite
1180 MERCURE DE FRANCE
droite du Roy , M. le Prince Charles ,
monté fur l'Eclair. A la gauche , M. le
Premier , monté fur un Cheval , nommé
Aigle.
Sur le devant du Tableau , M.le Comte
de Toulouſe,à qui Sa Majefté parle , & lui
montre la Chaffe. Ce Prince eft monté fur
le Cheval nommé l'Arpenteur. Derriere le
Roy , M. le Duc de Retz , monté fur le
Royal.
A la droite de ce principal Groupe , M.
de Sourcy , Commandant de l'Equi page
du Cerf, monté fur le Cheval nommé
Poifeau ; & à côté , M. de Lanfmath:
Gentilhomme de la Vennerie , monté fur
l'Infinuant.
Devant le Roy , à gauche , M. de Neſtier
, Commandant de la grande Ecurie
monté fur l'Effronté , monture du Roy ;
à côté , M. de Dampierre , fur le Cheval
le Galant , auffi monture du Roy. A l'extrémité
du Tableau , à gauche , le nommé
Bonnet,coureur de vin , monté fur fa Mulle
, avec fa Cantine & tout fon équipage.
Près de lui un valet de Limier , nommé
la Bretêche , tenant fon chien , tirant fur
le trait.
Sur le devant & du même côté un Bateau
de Pêcheur , dans lequel il y a un
homme de l'Equipage & le Marinier , qui
vont au devant du Cerf.
I. Vol.
De
JUIN. 1730 113F
De l'autre bout, à la droite du Tableau ,
un Valet de Chiens , nommé Jean, tenant
une garde de huit jeunes Chiens fur le
bord de l'Etang .
A côté , le Portrait de l'Auteur , avec
un Porte-Feuillé & le Crayon à la main
deffinant l'action.
Le Cerf eft dans l'eau , affailli par une
grande quantité de Chiens , d'autres qui
arrivent fur la voye , & plufieurs autres
dans des Rofeaux qui paroiffent aboyer ;
ce qui fait un fracas & une action tresvive.
Tous ces Chiens font les plus beaux
de la Meutte, que Sa Majefté a choifis pour
cette Chaffe, qu'Elle a fouhaité être peints ,
& dont quelques- uns l'ont été en la préfence.
On voit dans le lointain , la Ville de
S. Germain & la partie du Bois , faite d'après
nature . Le Roy & tous les Seigneurs
font en habit de l'Equipage deftiné pour
la Chaffe du Cerf.
Le tout eft peint avec un foin extrême ;
& fait beaucoup d'honneur à l'Auteur.
C'est dans ce genre le premier Tableau
qui ait été fait. Le Roy en a été tres-fatisfait
, & toute la Cour a rendu juftice à ce
bel Ouvrage qu'on ne fe laffe point de
voir. Ce Tableau a donné lieu aux Vers
qu'on va lire.
I. Vol.
Fiij AU
1182 MERCURE DE FRANCE
A U ROY
PRINCE, dont les vertus aimables ,
Font le bonheur de l'Empire des Lys ,
ROY , modele parfait des Rois les plus affa
bles >
Sous ton regne charmant , fous tes yeux favorables
;
Par de nouveaux progrès les Arts font einbellis
,
La paix les fait fleurir fous ton paiſible Empire ;
Mars ne les trouble plus par fes fanglans Exploits .
Heureux le peuple qui reſpire
Dans les Climats où tu donnes des Loix !
Far les foins affidus d'un Miniſtre fidele
Nous goútons un profond repos.
Il ne veut pour prix de fon zéle
Que ce doux fruit de ſes travaux.
Déja le Ciel comble notre efperance ,
rend à fes défirs le calme & l'abondance ;
Nos fertiles Guérets étalent à nos yeux
Leurs tréfors les plus précieux .
La fageffe toujours fut ton plus cher partage ,
Du Ciel en ta perfonne on admire l'ouvrage ;
Que de vertus il couronne en un jour !
Il te fait un prefent par les mains de l'Amour.
Par un Héros naiffant il affure a la France ,
Le comble de fon efperance.
Les plaifirs & les jeux entourent fon berceau.
1. Vol. Tout
JUI N. 1730 .
1183
Tout lui promet le deftin le plus beau .
On voit croître avec toi ce rejetton aimable ,
Quels aimables objets te frappent tour à tour !
Tu vois avec plaifir l'affemblage adorable ,
Des trois Graces & de l'Amour.
Orné de la douceut de fon augufte Mere ,
Il porte dans fes yeux la grandeur de fon Perei
Il aura les vertus d'un couple fi charmant.
Le Ciel qui des vertus eft le dépofitaire ,
Dans l'ame des Bourbons les verſe abondam
ment.
Tu formeras bien-tôt fon illuftre courage ;
;
>
La paix loin de ses yeux écarte les combats ;
Mais la chaffe od Diane accompagne tés pas
Des plus fameux exploits lui tracera l'image.
Un mortel dont la France admirè le Pinceau ,
Qui fçait tout animer par fa vive peinture ;
Vient de s'éternifer par un fuccès nouveau
Son Art ingénieux , rival de la nature
De tes nobles plaiſirs nous a fait un Tableau.
J'y reconnois LOUIS , fon courage le guide ;
Les Graces , les Amours lui prêtent leurs apas ;
Il vole , il eft vainqueur , le Cerf las & timide ,
Semble à nos yeux émus , déplorer fon trépas.
Et le Chien de fa proye avide
Pour l'arrêter , précipite fes pas.
Cet illuftre fujet a fçû plaire à fon Maître ;
LOUIS veut à fon Art affurer fes biensfaits.
1. Vol. Fij Louis
1184 MERCURE DE FRANCE.
LOUIS à tout ſçait ſe connoître
Tous les Arts feront fatisfaits.
au S'Oudry ,fonPeintre ordi-
-naire , de le fuivre à la chaffe pour reprefenter
une Chaffe de Cerf dans l'eau.
Le fieur Oudry en fit un Deffein qui fut
agréé , fur lequel le Roy lui demanda un
Tableau de 12 pieds de large ,fur 6 pieds
& demi de haut , pour placer dans le Ca- .
binet de Sa Majesté à Marly.
Les Figures ont à peu près 13 à 14 pouces
de hauteur . Il y a treize Portraits reffemblants.
Le Roy dans le milieu , fur un
Cheval blanc , nommé le Braffeur. A la
I. Vel. Fij droite
1180 MERCURE DE FRANCE
droite du Roy , M. le Prince Charles ,
monté fur l'Eclair. A la gauche , M. le
Premier , monté fur un Cheval , nommé
Aigle.
Sur le devant du Tableau , M.le Comte
de Toulouſe,à qui Sa Majefté parle , & lui
montre la Chaffe. Ce Prince eft monté fur
le Cheval nommé l'Arpenteur. Derriere le
Roy , M. le Duc de Retz , monté fur le
Royal.
A la droite de ce principal Groupe , M.
de Sourcy , Commandant de l'Equi page
du Cerf, monté fur le Cheval nommé
Poifeau ; & à côté , M. de Lanfmath:
Gentilhomme de la Vennerie , monté fur
l'Infinuant.
Devant le Roy , à gauche , M. de Neſtier
, Commandant de la grande Ecurie
monté fur l'Effronté , monture du Roy ;
à côté , M. de Dampierre , fur le Cheval
le Galant , auffi monture du Roy. A l'extrémité
du Tableau , à gauche , le nommé
Bonnet,coureur de vin , monté fur fa Mulle
, avec fa Cantine & tout fon équipage.
Près de lui un valet de Limier , nommé
la Bretêche , tenant fon chien , tirant fur
le trait.
Sur le devant & du même côté un Bateau
de Pêcheur , dans lequel il y a un
homme de l'Equipage & le Marinier , qui
vont au devant du Cerf.
I. Vol.
De
JUIN. 1730 113F
De l'autre bout, à la droite du Tableau ,
un Valet de Chiens , nommé Jean, tenant
une garde de huit jeunes Chiens fur le
bord de l'Etang .
A côté , le Portrait de l'Auteur , avec
un Porte-Feuillé & le Crayon à la main
deffinant l'action.
Le Cerf eft dans l'eau , affailli par une
grande quantité de Chiens , d'autres qui
arrivent fur la voye , & plufieurs autres
dans des Rofeaux qui paroiffent aboyer ;
ce qui fait un fracas & une action tresvive.
Tous ces Chiens font les plus beaux
de la Meutte, que Sa Majefté a choifis pour
cette Chaffe, qu'Elle a fouhaité être peints ,
& dont quelques- uns l'ont été en la préfence.
On voit dans le lointain , la Ville de
S. Germain & la partie du Bois , faite d'après
nature . Le Roy & tous les Seigneurs
font en habit de l'Equipage deftiné pour
la Chaffe du Cerf.
Le tout eft peint avec un foin extrême ;
& fait beaucoup d'honneur à l'Auteur.
C'est dans ce genre le premier Tableau
qui ait été fait. Le Roy en a été tres-fatisfait
, & toute la Cour a rendu juftice à ce
bel Ouvrage qu'on ne fe laffe point de
voir. Ce Tableau a donné lieu aux Vers
qu'on va lire.
I. Vol.
Fiij AU
1182 MERCURE DE FRANCE
A U ROY
PRINCE, dont les vertus aimables ,
Font le bonheur de l'Empire des Lys ,
ROY , modele parfait des Rois les plus affa
bles >
Sous ton regne charmant , fous tes yeux favorables
;
Par de nouveaux progrès les Arts font einbellis
,
La paix les fait fleurir fous ton paiſible Empire ;
Mars ne les trouble plus par fes fanglans Exploits .
Heureux le peuple qui reſpire
Dans les Climats où tu donnes des Loix !
Far les foins affidus d'un Miniſtre fidele
Nous goútons un profond repos.
Il ne veut pour prix de fon zéle
Que ce doux fruit de ſes travaux.
Déja le Ciel comble notre efperance ,
rend à fes défirs le calme & l'abondance ;
Nos fertiles Guérets étalent à nos yeux
Leurs tréfors les plus précieux .
La fageffe toujours fut ton plus cher partage ,
Du Ciel en ta perfonne on admire l'ouvrage ;
Que de vertus il couronne en un jour !
Il te fait un prefent par les mains de l'Amour.
Par un Héros naiffant il affure a la France ,
Le comble de fon efperance.
Les plaifirs & les jeux entourent fon berceau.
1. Vol. Tout
JUI N. 1730 .
1183
Tout lui promet le deftin le plus beau .
On voit croître avec toi ce rejetton aimable ,
Quels aimables objets te frappent tour à tour !
Tu vois avec plaifir l'affemblage adorable ,
Des trois Graces & de l'Amour.
Orné de la douceut de fon augufte Mere ,
Il porte dans fes yeux la grandeur de fon Perei
Il aura les vertus d'un couple fi charmant.
Le Ciel qui des vertus eft le dépofitaire ,
Dans l'ame des Bourbons les verſe abondam
ment.
Tu formeras bien-tôt fon illuftre courage ;
;
>
La paix loin de ses yeux écarte les combats ;
Mais la chaffe od Diane accompagne tés pas
Des plus fameux exploits lui tracera l'image.
Un mortel dont la France admirè le Pinceau ,
Qui fçait tout animer par fa vive peinture ;
Vient de s'éternifer par un fuccès nouveau
Son Art ingénieux , rival de la nature
De tes nobles plaiſirs nous a fait un Tableau.
J'y reconnois LOUIS , fon courage le guide ;
Les Graces , les Amours lui prêtent leurs apas ;
Il vole , il eft vainqueur , le Cerf las & timide ,
Semble à nos yeux émus , déplorer fon trépas.
Et le Chien de fa proye avide
Pour l'arrêter , précipite fes pas.
Cet illuftre fujet a fçû plaire à fon Maître ;
LOUIS veut à fon Art affurer fes biensfaits.
1. Vol. Fij Louis
1184 MERCURE DE FRANCE.
LOUIS à tout ſçait ſe connoître
Tous les Arts feront fatisfaits.
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Résumé : Tableau fait pour le Roi, Chasse du Cerf, &c. [titre d'après la table]
En janvier 1728, le roi ordonna à Jean-Baptiste Oudry, peintre ordinaire, de l'accompagner lors d'une chasse pour représenter une chasse au cerf dans l'eau. Oudry réalisa un dessin approuvé par le roi, qui lui commanda ensuite un tableau de 12 pieds de large sur 6 pieds et demi de haut pour le cabinet de Sa Majesté à Marly. Les figures mesuraient environ 13 à 14 pouces de hauteur, et le tableau incluait treize portraits ressemblants. Le roi était représenté au centre, monté sur un cheval blanc nommé le Braffeur. À sa droite se trouvait le Prince Charles sur l'Éclair, et à sa gauche, le Premier sur un cheval nommé l'Aigle. Devant le roi, le Comte de Toulouse était en conversation avec lui, monté sur l'Arpenteur. Derrière le roi, le Duc de Retz était sur le Royal. D'autres personnages, comme le Comte de Sourcy et le Marquis de Lanfmath, étaient également présents, chacun monté sur un cheval spécifique. Le tableau montrait également des personnages secondaires, comme Bonnet, un coureur de vin, et des valets de chiens. Le cerf, affaibli par les chiens, était représenté dans l'eau, entouré de chiens aboyant. Le tableau incluait des détails naturels, comme la ville de Saint-Germain et une partie du bois, peints d'après nature. Le roi et les seigneurs étaient en habit de chasse. Le tableau fut très apprécié par le roi et la cour, et il fut considéré comme le premier de ce genre. Il inspira également des vers en l'honneur du roi et de l'artiste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2626
p. 1187
CHANSON A BOIRE.
Début :
Non, l'amour est trop dangereux ; [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON A BOIRE.
CHANSON
A BOIRE .
Non , l'amour eft trop dangereux ;
On s'y livre fans le connoître :
Prenons plutôt Bacchus pour Maître
En aimant on peut être heureux ;
En buvant on eft für de l'être.
A BOIRE .
Non , l'amour eft trop dangereux ;
On s'y livre fans le connoître :
Prenons plutôt Bacchus pour Maître
En aimant on peut être heureux ;
En buvant on eft für de l'être.
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2627
p. 1188-1200
Opera d'Alcione, [titre d'après la table]
Début :
Le mardi 9. May, l'Académie Royale de Musique donna la premiere [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Alcione, Théâtre, Dieux, Coeur, Époux, Palais, Enfers, Musiciens, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Opera d'Alcione, [titre d'après la table]
E mardi 9. May , l'Académie Roya
le de Mufique donna la premiere
Repréſentation d'Alcione , Tragédie de
M. de La Mothe & de M. Marais. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois
le 18. Fevrier 1706. le fuccès qu'il eut engagea
à le remettre au Théatre le 17.
Avril 1719. la repriſe ne répondit pas aux
efperances qu'on en avoit conçues dans
fa naiffance ; mais on vient de rendre à
cet Ouvrage la juftice qui lui eft dûë . Le
Poëte & le Muficien ont partagé les applaudiffemens
; & fi quelques Critiques
fe font élevés contre le Poëme , M. de
La Mothe n'y a donné lieu que pour
s'être un peu trop fcrupuleufement attaché
à la maniere dont Ovide a traité ce
ſujet ; tant il eſt vrai que dans les Ou
vrages de Théatre , le vrai -femblable doit
être préferé au vrai. Au refte , le Public
trouve ce Poëme très bien écrit , & rempli
d'efprit & de fentimens on en va juger
par quelques morceaux.
Le Theatre représente au Prologue le Mont
Tmole ; des Fleuves & des Nayades appuyés
fur leurs urnes occupent la Montagne , &
I. Vol. forJUIN
1730. 1189
Forment une efpecè de cafcade.
Tmole fait connoître qu'Apollon &
Pan l'ont chiofi pour Arbitre de leurs
Chants. Pan choifit la guerre pour fujet.
Voici comment il s'exprime :
Fuyez , Mortels , fuyez un indigne repos ;
Non , ne vous plaignez plus des horreurs de la
guerre ; 1
Elle vous donne les Héros ;
Elle fait les Dieux de la Terre.
Courez affronter le trépas ;
Allez jouir de la victoire .
Sur fon front couronné , qu'elle étale d'appas §
L'affreufe mort qui vole au devant de ſes pas
Fait naître l'immortelle gloire.
Apollon celebre les avantages de la
Paix en ces termes :
Aimable Paix , c'eft toi que celebrent mes chants;
Defcends , vien triompher du fier Dieu de la
Thrace.
Tout rit à ton retour tout brille dans nos
champs ;
Dès que tu difparois , tout l'éclat s'en efface.
Regne , Fille du Ciel , mets la Difcorde aux fers;
Que le bruit des tambours dont la terre s'allarme
Ne trouble plus nos doux Concerts.
I. Vol.
Que
1196 MERCURE DE FRANCÉ
Heureux , heureux cent fois le vainqueur qui aè
s'arme
Que pour te rendre à l'Univers.
Le Chaur repete trois Vers de ce qu'Apollon
a chanté ; ce qui peut être ne contribuë
pas peu à déterminer Tmole en
faveur d'Apollon ; il couronne le Dieu '
des Vers , & Pan fe retire , non ſans ſe
plaindre de fon Juge . Le Prologue finit
par des danfes en l'honneur d'Apollon
& de l'Amour. Apollon annonce la Paix
à l'Univers , & ordonne aux Mufes derenouveller
l'Hiftoire des Alcions qui font
regner le calme fur les flots.
Au premier Acte , le Théatre repréſente
une Galerie du Palais de Ceix , terminée par
un endroit du Palais confacré aux Dieux.
Cet Acte n'eft pas chargé de beaucoup
d'action. Pelée amoureux d'Alcione , que
Ceix , Roi de Trachines , & fon ami ,
va époufer , témoigne fon defefpoir à
Phorbas , Magicien , dont les Ayeux ont
occupé le Trône de Ceix ; Phorbas lui
promet le fecours des Enfers pour troubler
un Hymen fi fatal à fon amour ; la
vertu de Pelée s'oppofe à cette perfidie ;
il le fait connoître par ces Vers :
Amour , cede à mes pleurs , & refpecte ma
gloire ;
Ah ! laiffe-moi brifer mes fers.
I. Vol. C'eft
I JUIN. 1730. 1191
C'est trop à la vertu difputer la victoire ,
Contente-toi , cruel , des maux que j'ai foufferts
Amour &c.
Phorbas le veut fervir malgré lui , &
lui dit :
Iſmene & moi , nous allons par nos charmes
Secourir votre amour contre votre vertu.
Pelée ne donne qu'un demi confentement
, exprimé par ce Vers :
}
Arrête ... on vient , ô Ciel , à quoi me réduis-tu?” ,
Ceix vient avec Alcione ; ils font fuivis
de leurs Sujets qui font le divertiffement.
Le Grand Prêtre invite ces deux Amans
à s'approcher de l'Autel. Ils n'achevent
pas le facré ferment qui doit les unir ; le
tonnerre gronde ; des Furies fortent des
Enfers ; elles faififfent en volant les flambeaux
des Prêtres , & embrafent tout le
Palais. Pelée témoigne fes remords par
ces Vers :
-Cet Autel , ce Palais devoré par la flamme
Malgré moi flatte mon ardeur ;
Mais je ne fens qu'avec horreur
Le perfide plaifir qui renaît dans mon ame.
Dieux , juftes Dieux , vengez- les-, vengez vous ;
Lancez vos traits ; je me livre à vos coups .
I
I. Vol.
Le
1192 MERCURE DE FRANCE
Le fecond Acte où le Théatré repréſente
une folitude affreuse & l'entrée de l'antre de
Phorbas & d'Ifmene , n'eft gueres plus
chargé d'action que le précedent. Phorbas
& Ilmene le préparent à fervir Pelée
malgré lui même . Ceix accufe les Dieux
de fon malheur , & les irrite par ces blafphêmes
:
Dieux cruels ! puniffez ma rage & mes murmu
res ;
Frappor , Dieux inhumains , comblez votre ri
gueur ;
Vous plaiſez vous à voir dans mes injures
L'excès du defefpoir où vous livrer mon coeur.
Dans la croyance où il eft que les Dieux
font armés contre lui , il fe réfoud à armer
les Enfers contre eux . Phorbas & If
mene feignent de le fervir malgré eux ;
ils confultent les Enfers. Voici l'oracle
que Phorbas lui prononce , en lifant fon
fort dans les Enfers qu'il a tranfportés en
ces lieux
par fes enchantemens , où dont
il leur fait voir la terrible, apparence.
Que vois-je ? où fuis-je ? ô Ciel ! quels effroyables
cris !
Infortuné tu perds l'objet que tú chéris
Od t'entraine l'amour arrête ; tu péris.
Quoique cet oracle paroiffe d'abord ab-.
I. Vol.
ܝ
folu
JUIN. 1730. 1193
folu , Phorbas le rend conditionel
Vers qu'il ajoûte :
par
ces
Hâte toi ; cours chercher du fecours à Claros
Apollon à ton fort peut encor mettre obftacle ;
Il n'eft permis qu'à lui d'affurer ton repos.
Pour le déterminer à partir , Phorbas
lui fait entendre que les jours de fa Princeffe
dépendent de ce voyage. Jufques là
on croit que Phorbas a inventé ce qu'il
vient d'annoncer ; mais il ne laiffe plus
douter qu'il n'ait vû le fort de Ceix
quand il dit en confidence à Ifmene , fon
Ecoliere en Magie :
J'ai vu fon fort ; fon départ va hâter
Les malheurs qu'il croit éviter.
Le Port de Trachines & un Vaiffeau
prêt à partir font la décoration du troifiéme
Acte . Pelée continue à fe livrer à fes
remords ; mais par malheur ils font infruc
tueux. Phorbas le flatte d'un plus heureux
fuccès dans fon amour par le départ de
Ceix ; il lui répond :
L'abfence d'un Rival flatte peu mes defirs
Rien ne rendra mon fort moins déplorable ;
Les maux de ce Rival m'arrachent des foupirs
Je ne puis à la fois être heureux & coupable.
Non , pour un coeur que le remors accable,
I. Vol.
Les
1194 MERCURE DE FRANCE
Les faveurs de l'amour ne font plus des plaifirs .
>
Les Matelots qui doivent conduire Ceix
à Claros viennent témoigner la joye
qu'ils ont de fervir leur Roi . Cette Fête
eft très guaye & très brillante ; elle eft
fuivie des adieux de Ceix & d'Alcione.
Cette Scene eft des plus intereffantes ;
en voici quelques fragmens.
Alcione
Mon coeur à chaque inftant vous croira la victime
t
Des flots & des vents en courroux ;
Je connois l'ardeur qui m'anime ;
Je mourrai des dangers que je craindrai pour
Yous.
Ceix.
Ah ! plus dans cet amour mon coeur trouve de
charmes ,
Et plus je fens pour vous redoubler mes frayeurs.
Laiffez moi fur vos jours diffiper mes allarmes ,
Et ne craignez pour moi que vos propres malheurs
, &c.
Alcione.
Vous partez donc, cruels ! Dieux ! je frémis ; je
tremble ;
Eft-ce ainfi qu'à mes pleurs s'attendrit un Epoux
Laiffez- moi par pitié m'expoſer avec vous ;
Du moins , s'il faut fouffrir , nous fouffrirons enfemble,
&c.
Ceix
JUIN. 1730. 1195
Ceix part après avoir recommandé Alcione
à Pelée ; Alcione fuit le Vaiffeau des
yeux ; & ceffant de voir Ceix , elle s'évanouit
; elle reprend fes fens en prononçant
le nom de Ceix . L'Acte finit
duo entre Alcione & Pelée.
Que j'éprouve un fupplice horrible !
Ciel , ne nous donnez -vous ,
Un coeur tendre & fenfible ,
par ce
Que pour le mieux percer de vos funeftes coups
Alcione commence le 4 Acte par ce
beau Monologue . Le Théatre reprefente
le Temple de Junon ,
Amour, cruel Amour , fois touché de mes peines,
Ecoute mes foupirs & voi couler mes pleurs.
Depuis que je fuis dans tes chaînes ,
Tu m'as fait éprouver les plus affreux malheurs ,
Le départ d'un Amant a comblé mes douleurs ;
Mais malgré tant de maux, fi tu me le ramenes,
Je te pardonne tes rigueurs.
Amour , &c.
La Grande Prêtreffe de Junon & fa fuite
viennent implorer la Déeffe en faveur de
Ceix & d'Alcione , ce qui forme le Divertiffement.
Alcione s'endort par un
pouvoir auquel elle ne peut refifter . Le
Dieu du fommeil ordonne qu'on la laiffe
I. Vol.
feule
1196 MERCURE DE FRANCE
feule , après avoir fait entendre qu'il va
executer les ordres fouverains de Junona
Voici ce qui donne lieu à cette fameuſe
tempête d'Alcione , fi connuë & fi admirée
:
Le Sommeil.
Volez , fonges , volez ; faites lui voir l'orage
Qui dans ce même inftant lui ravit fon Epoux ;
De l'onde foulevée imitez le courroux ',
Et des vents déchaînés l'impitoyable rage.
Toi qui fçais des Mortels emprunter tous les
traits ,
Morphée , à fes efprits offre une vaine image ;
Préfente lui Ceix dans l'horreur du naufrage ,
Et qu'elle entende fes regrets. &c.
Les fonges executent les ordres de Jus
non & du Dieu du fommeil. Alcione à
fon réveil ne peut mieux remercier Junon
que par ces Vers :
Déeffe, c'eft donc toi qui m'offres cette image
Tu viens m'avertir de mon fort ;
Eh bien pour prix de mon hommage ,
Acheve & donne moi la mort.
'Au cinquième Acte , Le Théatre repré .
fente un endroit des Jardins de Ceix Le
commencement de la Scene fe paffe dans la
nuit .
I. Vol. Les
JUIN, 1730, 1197
Les remors de Pelée vont toûjours en
augmentant ; l'ombre de Ceix les a re
doublez : il le fait connoître par ces Vers
L'ombre de mon ami s'éleve contre moi ;
Je vois couler les pleurs , j'entends fes cris funes
bres &c.
Alcione reproche à fes Suivantes la
cruauté qu'elles ont eue de lui arracherle
fer & le poifon ; Pelée la preffe de vivre
pour venger Ceix ; il lui promet de
lui livrer l'Auteur du crime , pourvû
qu'elle lui jure de lui percer le coeur. Al
cione fait le ferment que Pelée lui demande
; Pelée lui donne fon épée , &lui montre
fon coeur à fraper, Alcione faifie d'horreur
veut ſe frapper elle- même , après
avoir dit çe Vers ; се
Eh bien , fi vous m'aimez , ma mort va vous
punir.
Ses Suivantes lui , retiennent le bras
Phofphore vient calmer fon defefpoir par
ces Vers :
Ce que le fort m'apprend doit calmer tes allar
mes ;
Alcione , le Ciel va te rendre mon Fils
Aujourd'hui , pour prix de tes larmes ,
Vous devez fur ces bords être à jamais unis,
I. Vol. Pelée
1198 MERCURE DE FRANCE
Pelée reçoit ce nouvel Oracle avec beau
de moderation; il quitte pour jamais
Alcione , en lui diſant :
Coup
Pardonnez-moi le feu qui me dévore,
Je vais loin de vos yeux expier mes défirs ;
Je vais percer ce coeur qui vous adore
Et je meurs trop heureux encore ,
Si le Ciel à mes maux égale vos plaiſirs,
Alcione lui rend générofité pour générofité
; elle dit :
C'eft l'ami de Ceix ; ciel , pour lui je t'implore.
Le bonheur que Phoſphore a annoncé à
Alcione eft acheté par de mortelles allarmes;
elle apperçoit un corps pouffé par les
vagues fur le rivage ; elle approche & reconnoît
que c'est celui de fon Amant; elle
prend l'épée de fon cher Ceix, & s'en frappe.
Neptune pour réparer les maux qu'il
leur a faits , les reffufcite tous deux & les
rend immortels. Les Peuples celebrent
leur Apothéose.
On ne fçauroit difconvenir qu'il n'y ait
d'excellentes chofes dans la Mufique &
dans le Poëme de cet Opéra, Le Muficien
a eu moins de contradicteurs que le Poëte
; mais toutes les Critiques qu'on a faites
contre M. de la Mothe retombent fur
Qvide. Il n'a jamais tant fignalé fon ref-
I. Vol.
pect
JUIN. 1739. 1199
pect pour les anciens que dans cet ouvrage.
On a beau dire que Ceix joue bien de
malheur d'être noyé après avoir épousé
la fille du Dieu des Vents , d'autant plus
qu'il eft lui- même protégé de Neptune .
On ajoute en vain que Junon auroit
bien pû fe paffet de faire offrir à Alcione
qui l'implore , le cruel ſpectacle du naufrage
de fon époux . Tout cela fe trouve
à la lettre dans la Fable fur laquelle on a
compofé cet Opera. Il eft vrai que l'Auteur
n'a pas mis Pelée en fituation de
briller ; mais ce vertueux époux de Thétis
s'eft trouvé pour fon malheur dans la
Cour de Céix , & M. de la Mothe n'a pas
cru devoir chercher ailleurs un Rival de
ce Roy de Trachines , lieu de la Scene ;
s'il ne lui donne pas de la vertu , il lui
donne au moins des remors. Il ne lui
auroit pas été difficile , dit- on , de jetter
tout l'odieux de fa Tragedie fur fon perfonnage
épifodique.
Phorbas animé par fes droits au Trône,
& par l'amour, qu'on auroit pû y ajoûter
pour Alcione , auroit agi d'une maniere
moins indécife , & on auroit vû en lui.
plus de crimes que de remors. Quelques
Critiques trop feyeres ont encore reproché
à M. de la Mothe , l'amour que Pelée
reffent pour Alcione , tout uni qu'il eft
avec Thétis par des noeuds immortels ;
I. Vol.
mais
1200 MERCURE DE FRANCE .
mais M, de la Mothe peut aifément réfuter
cette objection , en difant qu'il fuppofe
que Pélée n'a pas encore époufé
Thétis; quoiqu'Ovide le faffe pere d'Achille
avant fon arrivée à la Cour de Céix;
un auteur de Tragédie n'eft pas efclave
des temps jufqu'à n'ofer en faire la moin,
dre tranfpofition, quand le fujet qu'il trai
te en a befoin. 1
Cet Opera n'a jamais été fi-bien exécuté
qu'à cette feconde repriſe , les rôles de
Céix & d'Alcione y font rendus d'une
maniere tres-pathetique par le fieur Triboult,
& par la DePeliffier, le S'Chaffe prête
au fien tout l'interêt dont il eft fufceptible.
Le fieur du Moulin , & les Dlles Camargo
& Salé brillent chacune dans leur
genre. Tous les autres Acteurs chantans
& dançants fe diftinguent auffi , & contribuent
, à l'envi , au fuccès.
le de Mufique donna la premiere
Repréſentation d'Alcione , Tragédie de
M. de La Mothe & de M. Marais. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois
le 18. Fevrier 1706. le fuccès qu'il eut engagea
à le remettre au Théatre le 17.
Avril 1719. la repriſe ne répondit pas aux
efperances qu'on en avoit conçues dans
fa naiffance ; mais on vient de rendre à
cet Ouvrage la juftice qui lui eft dûë . Le
Poëte & le Muficien ont partagé les applaudiffemens
; & fi quelques Critiques
fe font élevés contre le Poëme , M. de
La Mothe n'y a donné lieu que pour
s'être un peu trop fcrupuleufement attaché
à la maniere dont Ovide a traité ce
ſujet ; tant il eſt vrai que dans les Ou
vrages de Théatre , le vrai -femblable doit
être préferé au vrai. Au refte , le Public
trouve ce Poëme très bien écrit , & rempli
d'efprit & de fentimens on en va juger
par quelques morceaux.
Le Theatre représente au Prologue le Mont
Tmole ; des Fleuves & des Nayades appuyés
fur leurs urnes occupent la Montagne , &
I. Vol. forJUIN
1730. 1189
Forment une efpecè de cafcade.
Tmole fait connoître qu'Apollon &
Pan l'ont chiofi pour Arbitre de leurs
Chants. Pan choifit la guerre pour fujet.
Voici comment il s'exprime :
Fuyez , Mortels , fuyez un indigne repos ;
Non , ne vous plaignez plus des horreurs de la
guerre ; 1
Elle vous donne les Héros ;
Elle fait les Dieux de la Terre.
Courez affronter le trépas ;
Allez jouir de la victoire .
Sur fon front couronné , qu'elle étale d'appas §
L'affreufe mort qui vole au devant de ſes pas
Fait naître l'immortelle gloire.
Apollon celebre les avantages de la
Paix en ces termes :
Aimable Paix , c'eft toi que celebrent mes chants;
Defcends , vien triompher du fier Dieu de la
Thrace.
Tout rit à ton retour tout brille dans nos
champs ;
Dès que tu difparois , tout l'éclat s'en efface.
Regne , Fille du Ciel , mets la Difcorde aux fers;
Que le bruit des tambours dont la terre s'allarme
Ne trouble plus nos doux Concerts.
I. Vol.
Que
1196 MERCURE DE FRANCÉ
Heureux , heureux cent fois le vainqueur qui aè
s'arme
Que pour te rendre à l'Univers.
Le Chaur repete trois Vers de ce qu'Apollon
a chanté ; ce qui peut être ne contribuë
pas peu à déterminer Tmole en
faveur d'Apollon ; il couronne le Dieu '
des Vers , & Pan fe retire , non ſans ſe
plaindre de fon Juge . Le Prologue finit
par des danfes en l'honneur d'Apollon
& de l'Amour. Apollon annonce la Paix
à l'Univers , & ordonne aux Mufes derenouveller
l'Hiftoire des Alcions qui font
regner le calme fur les flots.
Au premier Acte , le Théatre repréſente
une Galerie du Palais de Ceix , terminée par
un endroit du Palais confacré aux Dieux.
Cet Acte n'eft pas chargé de beaucoup
d'action. Pelée amoureux d'Alcione , que
Ceix , Roi de Trachines , & fon ami ,
va époufer , témoigne fon defefpoir à
Phorbas , Magicien , dont les Ayeux ont
occupé le Trône de Ceix ; Phorbas lui
promet le fecours des Enfers pour troubler
un Hymen fi fatal à fon amour ; la
vertu de Pelée s'oppofe à cette perfidie ;
il le fait connoître par ces Vers :
Amour , cede à mes pleurs , & refpecte ma
gloire ;
Ah ! laiffe-moi brifer mes fers.
I. Vol. C'eft
I JUIN. 1730. 1191
C'est trop à la vertu difputer la victoire ,
Contente-toi , cruel , des maux que j'ai foufferts
Amour &c.
Phorbas le veut fervir malgré lui , &
lui dit :
Iſmene & moi , nous allons par nos charmes
Secourir votre amour contre votre vertu.
Pelée ne donne qu'un demi confentement
, exprimé par ce Vers :
}
Arrête ... on vient , ô Ciel , à quoi me réduis-tu?” ,
Ceix vient avec Alcione ; ils font fuivis
de leurs Sujets qui font le divertiffement.
Le Grand Prêtre invite ces deux Amans
à s'approcher de l'Autel. Ils n'achevent
pas le facré ferment qui doit les unir ; le
tonnerre gronde ; des Furies fortent des
Enfers ; elles faififfent en volant les flambeaux
des Prêtres , & embrafent tout le
Palais. Pelée témoigne fes remords par
ces Vers :
-Cet Autel , ce Palais devoré par la flamme
Malgré moi flatte mon ardeur ;
Mais je ne fens qu'avec horreur
Le perfide plaifir qui renaît dans mon ame.
Dieux , juftes Dieux , vengez- les-, vengez vous ;
Lancez vos traits ; je me livre à vos coups .
I
I. Vol.
Le
1192 MERCURE DE FRANCE
Le fecond Acte où le Théatré repréſente
une folitude affreuse & l'entrée de l'antre de
Phorbas & d'Ifmene , n'eft gueres plus
chargé d'action que le précedent. Phorbas
& Ilmene le préparent à fervir Pelée
malgré lui même . Ceix accufe les Dieux
de fon malheur , & les irrite par ces blafphêmes
:
Dieux cruels ! puniffez ma rage & mes murmu
res ;
Frappor , Dieux inhumains , comblez votre ri
gueur ;
Vous plaiſez vous à voir dans mes injures
L'excès du defefpoir où vous livrer mon coeur.
Dans la croyance où il eft que les Dieux
font armés contre lui , il fe réfoud à armer
les Enfers contre eux . Phorbas & If
mene feignent de le fervir malgré eux ;
ils confultent les Enfers. Voici l'oracle
que Phorbas lui prononce , en lifant fon
fort dans les Enfers qu'il a tranfportés en
ces lieux
par fes enchantemens , où dont
il leur fait voir la terrible, apparence.
Que vois-je ? où fuis-je ? ô Ciel ! quels effroyables
cris !
Infortuné tu perds l'objet que tú chéris
Od t'entraine l'amour arrête ; tu péris.
Quoique cet oracle paroiffe d'abord ab-.
I. Vol.
ܝ
folu
JUIN. 1730. 1193
folu , Phorbas le rend conditionel
Vers qu'il ajoûte :
par
ces
Hâte toi ; cours chercher du fecours à Claros
Apollon à ton fort peut encor mettre obftacle ;
Il n'eft permis qu'à lui d'affurer ton repos.
Pour le déterminer à partir , Phorbas
lui fait entendre que les jours de fa Princeffe
dépendent de ce voyage. Jufques là
on croit que Phorbas a inventé ce qu'il
vient d'annoncer ; mais il ne laiffe plus
douter qu'il n'ait vû le fort de Ceix
quand il dit en confidence à Ifmene , fon
Ecoliere en Magie :
J'ai vu fon fort ; fon départ va hâter
Les malheurs qu'il croit éviter.
Le Port de Trachines & un Vaiffeau
prêt à partir font la décoration du troifiéme
Acte . Pelée continue à fe livrer à fes
remords ; mais par malheur ils font infruc
tueux. Phorbas le flatte d'un plus heureux
fuccès dans fon amour par le départ de
Ceix ; il lui répond :
L'abfence d'un Rival flatte peu mes defirs
Rien ne rendra mon fort moins déplorable ;
Les maux de ce Rival m'arrachent des foupirs
Je ne puis à la fois être heureux & coupable.
Non , pour un coeur que le remors accable,
I. Vol.
Les
1194 MERCURE DE FRANCE
Les faveurs de l'amour ne font plus des plaifirs .
>
Les Matelots qui doivent conduire Ceix
à Claros viennent témoigner la joye
qu'ils ont de fervir leur Roi . Cette Fête
eft très guaye & très brillante ; elle eft
fuivie des adieux de Ceix & d'Alcione.
Cette Scene eft des plus intereffantes ;
en voici quelques fragmens.
Alcione
Mon coeur à chaque inftant vous croira la victime
t
Des flots & des vents en courroux ;
Je connois l'ardeur qui m'anime ;
Je mourrai des dangers que je craindrai pour
Yous.
Ceix.
Ah ! plus dans cet amour mon coeur trouve de
charmes ,
Et plus je fens pour vous redoubler mes frayeurs.
Laiffez moi fur vos jours diffiper mes allarmes ,
Et ne craignez pour moi que vos propres malheurs
, &c.
Alcione.
Vous partez donc, cruels ! Dieux ! je frémis ; je
tremble ;
Eft-ce ainfi qu'à mes pleurs s'attendrit un Epoux
Laiffez- moi par pitié m'expoſer avec vous ;
Du moins , s'il faut fouffrir , nous fouffrirons enfemble,
&c.
Ceix
JUIN. 1730. 1195
Ceix part après avoir recommandé Alcione
à Pelée ; Alcione fuit le Vaiffeau des
yeux ; & ceffant de voir Ceix , elle s'évanouit
; elle reprend fes fens en prononçant
le nom de Ceix . L'Acte finit
duo entre Alcione & Pelée.
Que j'éprouve un fupplice horrible !
Ciel , ne nous donnez -vous ,
Un coeur tendre & fenfible ,
par ce
Que pour le mieux percer de vos funeftes coups
Alcione commence le 4 Acte par ce
beau Monologue . Le Théatre reprefente
le Temple de Junon ,
Amour, cruel Amour , fois touché de mes peines,
Ecoute mes foupirs & voi couler mes pleurs.
Depuis que je fuis dans tes chaînes ,
Tu m'as fait éprouver les plus affreux malheurs ,
Le départ d'un Amant a comblé mes douleurs ;
Mais malgré tant de maux, fi tu me le ramenes,
Je te pardonne tes rigueurs.
Amour , &c.
La Grande Prêtreffe de Junon & fa fuite
viennent implorer la Déeffe en faveur de
Ceix & d'Alcione , ce qui forme le Divertiffement.
Alcione s'endort par un
pouvoir auquel elle ne peut refifter . Le
Dieu du fommeil ordonne qu'on la laiffe
I. Vol.
feule
1196 MERCURE DE FRANCE
feule , après avoir fait entendre qu'il va
executer les ordres fouverains de Junona
Voici ce qui donne lieu à cette fameuſe
tempête d'Alcione , fi connuë & fi admirée
:
Le Sommeil.
Volez , fonges , volez ; faites lui voir l'orage
Qui dans ce même inftant lui ravit fon Epoux ;
De l'onde foulevée imitez le courroux ',
Et des vents déchaînés l'impitoyable rage.
Toi qui fçais des Mortels emprunter tous les
traits ,
Morphée , à fes efprits offre une vaine image ;
Préfente lui Ceix dans l'horreur du naufrage ,
Et qu'elle entende fes regrets. &c.
Les fonges executent les ordres de Jus
non & du Dieu du fommeil. Alcione à
fon réveil ne peut mieux remercier Junon
que par ces Vers :
Déeffe, c'eft donc toi qui m'offres cette image
Tu viens m'avertir de mon fort ;
Eh bien pour prix de mon hommage ,
Acheve & donne moi la mort.
'Au cinquième Acte , Le Théatre repré .
fente un endroit des Jardins de Ceix Le
commencement de la Scene fe paffe dans la
nuit .
I. Vol. Les
JUIN, 1730, 1197
Les remors de Pelée vont toûjours en
augmentant ; l'ombre de Ceix les a re
doublez : il le fait connoître par ces Vers
L'ombre de mon ami s'éleve contre moi ;
Je vois couler les pleurs , j'entends fes cris funes
bres &c.
Alcione reproche à fes Suivantes la
cruauté qu'elles ont eue de lui arracherle
fer & le poifon ; Pelée la preffe de vivre
pour venger Ceix ; il lui promet de
lui livrer l'Auteur du crime , pourvû
qu'elle lui jure de lui percer le coeur. Al
cione fait le ferment que Pelée lui demande
; Pelée lui donne fon épée , &lui montre
fon coeur à fraper, Alcione faifie d'horreur
veut ſe frapper elle- même , après
avoir dit çe Vers ; се
Eh bien , fi vous m'aimez , ma mort va vous
punir.
Ses Suivantes lui , retiennent le bras
Phofphore vient calmer fon defefpoir par
ces Vers :
Ce que le fort m'apprend doit calmer tes allar
mes ;
Alcione , le Ciel va te rendre mon Fils
Aujourd'hui , pour prix de tes larmes ,
Vous devez fur ces bords être à jamais unis,
I. Vol. Pelée
1198 MERCURE DE FRANCE
Pelée reçoit ce nouvel Oracle avec beau
de moderation; il quitte pour jamais
Alcione , en lui diſant :
Coup
Pardonnez-moi le feu qui me dévore,
Je vais loin de vos yeux expier mes défirs ;
Je vais percer ce coeur qui vous adore
Et je meurs trop heureux encore ,
Si le Ciel à mes maux égale vos plaiſirs,
Alcione lui rend générofité pour générofité
; elle dit :
C'eft l'ami de Ceix ; ciel , pour lui je t'implore.
Le bonheur que Phoſphore a annoncé à
Alcione eft acheté par de mortelles allarmes;
elle apperçoit un corps pouffé par les
vagues fur le rivage ; elle approche & reconnoît
que c'est celui de fon Amant; elle
prend l'épée de fon cher Ceix, & s'en frappe.
Neptune pour réparer les maux qu'il
leur a faits , les reffufcite tous deux & les
rend immortels. Les Peuples celebrent
leur Apothéose.
On ne fçauroit difconvenir qu'il n'y ait
d'excellentes chofes dans la Mufique &
dans le Poëme de cet Opéra, Le Muficien
a eu moins de contradicteurs que le Poëte
; mais toutes les Critiques qu'on a faites
contre M. de la Mothe retombent fur
Qvide. Il n'a jamais tant fignalé fon ref-
I. Vol.
pect
JUIN. 1739. 1199
pect pour les anciens que dans cet ouvrage.
On a beau dire que Ceix joue bien de
malheur d'être noyé après avoir épousé
la fille du Dieu des Vents , d'autant plus
qu'il eft lui- même protégé de Neptune .
On ajoute en vain que Junon auroit
bien pû fe paffet de faire offrir à Alcione
qui l'implore , le cruel ſpectacle du naufrage
de fon époux . Tout cela fe trouve
à la lettre dans la Fable fur laquelle on a
compofé cet Opera. Il eft vrai que l'Auteur
n'a pas mis Pelée en fituation de
briller ; mais ce vertueux époux de Thétis
s'eft trouvé pour fon malheur dans la
Cour de Céix , & M. de la Mothe n'a pas
cru devoir chercher ailleurs un Rival de
ce Roy de Trachines , lieu de la Scene ;
s'il ne lui donne pas de la vertu , il lui
donne au moins des remors. Il ne lui
auroit pas été difficile , dit- on , de jetter
tout l'odieux de fa Tragedie fur fon perfonnage
épifodique.
Phorbas animé par fes droits au Trône,
& par l'amour, qu'on auroit pû y ajoûter
pour Alcione , auroit agi d'une maniere
moins indécife , & on auroit vû en lui.
plus de crimes que de remors. Quelques
Critiques trop feyeres ont encore reproché
à M. de la Mothe , l'amour que Pelée
reffent pour Alcione , tout uni qu'il eft
avec Thétis par des noeuds immortels ;
I. Vol.
mais
1200 MERCURE DE FRANCE .
mais M, de la Mothe peut aifément réfuter
cette objection , en difant qu'il fuppofe
que Pélée n'a pas encore époufé
Thétis; quoiqu'Ovide le faffe pere d'Achille
avant fon arrivée à la Cour de Céix;
un auteur de Tragédie n'eft pas efclave
des temps jufqu'à n'ofer en faire la moin,
dre tranfpofition, quand le fujet qu'il trai
te en a befoin. 1
Cet Opera n'a jamais été fi-bien exécuté
qu'à cette feconde repriſe , les rôles de
Céix & d'Alcione y font rendus d'une
maniere tres-pathetique par le fieur Triboult,
& par la DePeliffier, le S'Chaffe prête
au fien tout l'interêt dont il eft fufceptible.
Le fieur du Moulin , & les Dlles Camargo
& Salé brillent chacune dans leur
genre. Tous les autres Acteurs chantans
& dançants fe diftinguent auffi , & contribuent
, à l'envi , au fuccès.
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Résumé : Opera d'Alcione, [titre d'après la table]
Le 9 mai, l'Académie Royale de Musique présenta 'Alcione', une tragédie en musique de M. de La Mothe et M. Marais. Cet opéra avait déjà été joué en 1706 et repris en 1719, mais sans le succès attendu. La dernière représentation a été acclamée, partageant les applaudissements entre le poète et le musicien. Certaines critiques ont été formulées contre le poème, M. de La Mothe étant reproché d'avoir trop fidèlement suivi Ovide. L'opéra commence par un prologue où le mont Tmole arbitre entre Apollon et Pan, qui chantent respectivement les mérites de la paix et de la guerre. Apollon est couronné, et le prologue se termine par des danses en l'honneur d'Apollon et de l'Amour. Dans le premier acte, Pelée, amoureux d'Alcione, exprime son désespoir à Phorbas, un magicien. Phorbas propose d'utiliser la magie pour troubler le mariage entre Alcione et Ceix, roi de Trachines et ami de Pelée. Pelée refuse initialement, mais Phorbas insiste. Lors de la cérémonie de mariage, un tonnerre interrompt la célébration, et des furies mettent le feu au palais. Dans le second acte, Phorbas et Ismène préparent un oracle pour Ceix, qui accuse les dieux de son malheur. L'oracle lui conseille de se rendre à Claros pour consulter Apollon. Ceix part, laissant Alcione en larmes. Le troisième acte se déroule au port de Trachines, où Ceix et Alcione échangent des adieux poignants avant le départ de Ceix. Alcione s'évanouit après avoir perdu de vue Ceix. Dans le quatrième acte, Alcione, désespérée, implore Junon en rêve. Junon lui montre la mort de Ceix dans une tempête. À son réveil, Alcione est dévastée. Le cinquième acte commence dans les jardins de Ceix. Pelée, tourmenté par les remords, rencontre Alcione. Ils décident de se venger mutuellement, mais Phosphore annonce que Ceix est vivant. Alcione trouve le corps de Ceix sur le rivage et se suicide. Neptune les ressuscite et les rend immortels, célébrant leur apothéose. La représentation a été particulièrement bien exécutée, avec des interprétations émotives des rôles principaux par le sieur Triboult et la demoiselle Delpissier. Le sieur Chasse, ainsi que les demoiselles Camargo et Salé, se sont également distingués. Tous les acteurs, qu'ils chantent ou dansent, ont contribué au succès de la représentation.
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2628
p. 1236-1237
Vers à la Duchesse de Vantadour, [titre d'après la table]
Début :
Vous, qui nous élevez des Rois, [...]
Mots clefs :
Dauphin, Duchesse de Vantadour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers à la Duchesse de Vantadour, [titre d'après la table]
Un grand nombre de Penfionnaires du
College de Louis le Grand , étant allé
à Verfailles le jour du Landy , la Ducheffe
de Ventadour eut , non-feulement la bonté
de les prefenter à Monfeigneur le Dau :
phin , mais elle voulut bien écrire ellemême
une Lettre , où elle marqua que
Monfeigneur le Dauphin , à qui ils étoient
venus faire leur cour , vouloit pour premiere
grace , leur donner un congé . C'eft
ce qui a donné occafion au Remerciement
fuivant.
I. Vol.
Vous
JUIN. 1237
% 1730.
Vous , qui nous élevez des Rois ,
Moins en Gouvernante qu'en Mere ,
Et qui formant le Fils après l'augufte Pere ,
Faites fi bien parler un Dauphin de dix mois ,'
Illuftre Ventadour , malgré fon âge tendre ,
S'il parle par vos foins, il peut bien vous entendre
Daignez donc un moment lui faire notre cour.
Pour un fi doux congé que pouvons - nous lui
rendre ?
Dites-lui que le Ciel fe chargeant du retour ,
Lui promet comme àvous un fiecle pour unjour
College de Louis le Grand , étant allé
à Verfailles le jour du Landy , la Ducheffe
de Ventadour eut , non-feulement la bonté
de les prefenter à Monfeigneur le Dau :
phin , mais elle voulut bien écrire ellemême
une Lettre , où elle marqua que
Monfeigneur le Dauphin , à qui ils étoient
venus faire leur cour , vouloit pour premiere
grace , leur donner un congé . C'eft
ce qui a donné occafion au Remerciement
fuivant.
I. Vol.
Vous
JUIN. 1237
% 1730.
Vous , qui nous élevez des Rois ,
Moins en Gouvernante qu'en Mere ,
Et qui formant le Fils après l'augufte Pere ,
Faites fi bien parler un Dauphin de dix mois ,'
Illuftre Ventadour , malgré fon âge tendre ,
S'il parle par vos foins, il peut bien vous entendre
Daignez donc un moment lui faire notre cour.
Pour un fi doux congé que pouvons - nous lui
rendre ?
Dites-lui que le Ciel fe chargeant du retour ,
Lui promet comme àvous un fiecle pour unjour
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Résumé : Vers à la Duchesse de Vantadour, [titre d'après la table]
Le 12 juin 1730, des pensionnaires du Collège de Louis le Grand visitèrent Versailles et furent présentés au Dauphin par la Duchesse de Ventadour. Cette dernière accorda un congé aux élèves. Un poème remercia la Duchesse, la comparant à une mère élevant des rois, et souligna l'éducation exceptionnelle prodiguée. Les élèves exprimèrent leur gratitude et souhaitèrent une longue vie à la Duchesse et au Dauphin.
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2629
p. 1251-1252
LE BANDEAU EPIGRAMME.
Début :
Celimene a Philis fait present d'un bandeau, [...]
Mots clefs :
Bandeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BANDEAU EPIGRAMME.
LE BANDEAU
EPIGRAMME.
Elimene a Philis falt prefent d'un bandeau
Qui déridant le front lui donne un teint plus
beau ;
Elle en eft par Philis foudain recompenfée ,
Et reçoit une fleur qu'on appelle Pensée.
C'est préfent pour préfent ; mais le nom de la
fleur
Sur fon front agité fait monter la rougeur ;
JI. Vol.
Iij Quoi
1252 MERCURE DE FRANCE
Quoi , dit -elle , à mon tour elle veut que je
penfe
» Contre l'affront des ans à me mettre en deffenfe
!
» C'eſt m'infulter ; mais quoi , fuis-je dans mon
Printems ?
» Auffi bien que Philis n'ai-je pas cinquante ans ?
>> C'eft affront pour affront
; chút ! il vaut mieux
fe taire ,
Qu'étaler en Public fon Extrait Babtiftaire,
Ce Bandeau n'eft point une fiction ; il eft
bon d'en avertir les fronts rides ; on le trouve
rue S. Honoré , au Berceau d'or , chez M.
Dulac , Parfumeur du Roi.
EPIGRAMME.
Elimene a Philis falt prefent d'un bandeau
Qui déridant le front lui donne un teint plus
beau ;
Elle en eft par Philis foudain recompenfée ,
Et reçoit une fleur qu'on appelle Pensée.
C'est préfent pour préfent ; mais le nom de la
fleur
Sur fon front agité fait monter la rougeur ;
JI. Vol.
Iij Quoi
1252 MERCURE DE FRANCE
Quoi , dit -elle , à mon tour elle veut que je
penfe
» Contre l'affront des ans à me mettre en deffenfe
!
» C'eſt m'infulter ; mais quoi , fuis-je dans mon
Printems ?
» Auffi bien que Philis n'ai-je pas cinquante ans ?
>> C'eft affront pour affront
; chút ! il vaut mieux
fe taire ,
Qu'étaler en Public fon Extrait Babtiftaire,
Ce Bandeau n'eft point une fiction ; il eft
bon d'en avertir les fronts rides ; on le trouve
rue S. Honoré , au Berceau d'or , chez M.
Dulac , Parfumeur du Roi.
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Résumé : LE BANDEAU EPIGRAMME.
Le poème 'Le Bandeau' relate l'échange entre Élimène et Philis. Élimène porte un bandeau améliorant son apparence. Philis lui offre une Pensée, rappelant à Élimène la lutte contre le vieillissement. Elle choisit de taire son âge. Le bandeau est réel et disponible chez M. Dulac, parfumeur du Roi, rue Saint-Honoré.
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2630
p. [1263]-1267
LA BEAUTÉ ODE.
Début :
Quel spectacle s'offre à ma vûë ? [...]
Mots clefs :
Beauté, Attraits, Dieux, Traits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BEAUTÉ ODE.
LA BEAUTE
O DE.
Uel fpectacle s'offre à ma vie ?
Quel objet vient flatter mes fens !
Mon ame paroît toute émuë ;
D'où naît le trouble que je fens ?
Mon efprit étonné s'égare ;
Un charme inconnu s'en empare ,
Confus , inquiet , agité ,
II. Vol.
A ij Quelle
1264 MERCURE DE FRANCE
Quelle Divinité puiſſante
Me frappe , me ravit , m'enchante ?
Eft-ce toi , charmante Beauté ? ´
Mais qui pourroit te méconnoître.
Qui peut fe méprendre à ces traits ?
Déeffe , tu n'as qu'à paroître ,
Tout cede à tes divins attraits ;
Oui , l'Univers te rend hommage ;
On admire en toi i'affemblage
Des plus rares préfens des Dieux ,
Tout eft fous leur obéiffance ;
Mais tout l'éclat de leur puiffance
Cede à celui de deux beaux yeux,
Autrefois épris de tes charmes
On vit ces Maîtres des mortels
Te rendant à l'envi les armes
Venir encenſer tes Autels.-
›
En Satyre pour Antiope , *
En Taureau pour la belle Europe
On vit Jupiter fe changer ;
Bacchus d'un Raifin prend la forme ,
Neptune en Dauphin fe transforme
,
Le beau Phoebus devient Berger.
* Métamorphofe
d'Ovide . Liv. 7.
Mais II. Vol
JUIN. 1730 .
1265
Mais c'eft pea , du plus infenfible
Tu peux diffiper la froideur ;
De l'ennemi le plus terrible
Tu fçais défarmer la fureur ;
En calme tu changes l'orage ;
·Tu domptes le plus fier courage ;
Tu changes la haine en amour ;
Tu furmontes tous les obftacles;
Et pour enfanter des miracles ,
Tu n'as qu'à te montrer au jour.
L'Amour , ce fier Tyran qui brave
Le pouvoir des Dieux & des Rois ,
Devient lui-même ton Eſclave ;
Pfiché l'a foumis à tes Loix; '
Si tu ne lui prêtois des charmes
Ses traits feroient de vaines armes
Ils ne pourroient rien enflamer
Il faut du moins ton apparence
Pour faire pancher la balance
Vers l'objet dont il veut charmer.
De même qu'une fleur nouvelle
Qu'un Printems voit naître & mourir ,
On apperçoit dans la plus belle
Ton brillant éclat ſe flétrir .
Le tems qui n'épargne perfonne
II. Vol. A iij De
1266 MERCURE DE FRANCE
De fa cruelle faux moiffonne
Sans égard , tes Roſes , tes Lys ;
Mais fon inexorable rage
En penfant te faire un outrage
De tes dons augmente le prix.
Les Ris , les Graces , la Jeuneffe
Accompagnent par tout tes pas ;
Les plaifirs te fuivent ſans ceffe ,
Il n'en eft point où tu n'es pas ;
De fes Héros , Déeffe aimable ,
Tout l'Univers t'eft redevable ,
Il te doit leurs faits glorieux ;
Hercule eut Jupiter pour pere ;
Mais fans les attraits de fa mere
Auroit- il merité les Cieux ?
Grands Dieux ! quels cris fe font entendre !
Qu'apperçois -je de toutes parts !
Une Ville réduite en cendre
Vient de s'offrir à mes regards ;
Je frémis ! qui le pourroit croire
Décffe , on l'immole à ta gloire ,
C'est pour poffeder tes appas :
Oui l'on voit la fuperbe Troye
A la fureur des Grecs en proye
Pour l'Epoufe de Menelas.
I I. Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1267
Mais infenfe , qu'ofai - je faire ?
Quel vain eſpoir peut me flater ?
Beauté , quelle ardeur temeraire
M'engage à vouloir te chanter ?
Ta vûë en dit plus que ma Lyre ,
Et malgré le feu qui m'infpire
Je peins mal tes divins attraits.
Heureux , pour prix d'un foible hommage ,
Si tu daignois fur mòn Ouvrage
Répandre quelqu'un de tes traits.
ParM. Richa rd de Ruffey , de Dijon.
O DE.
Uel fpectacle s'offre à ma vie ?
Quel objet vient flatter mes fens !
Mon ame paroît toute émuë ;
D'où naît le trouble que je fens ?
Mon efprit étonné s'égare ;
Un charme inconnu s'en empare ,
Confus , inquiet , agité ,
II. Vol.
A ij Quelle
1264 MERCURE DE FRANCE
Quelle Divinité puiſſante
Me frappe , me ravit , m'enchante ?
Eft-ce toi , charmante Beauté ? ´
Mais qui pourroit te méconnoître.
Qui peut fe méprendre à ces traits ?
Déeffe , tu n'as qu'à paroître ,
Tout cede à tes divins attraits ;
Oui , l'Univers te rend hommage ;
On admire en toi i'affemblage
Des plus rares préfens des Dieux ,
Tout eft fous leur obéiffance ;
Mais tout l'éclat de leur puiffance
Cede à celui de deux beaux yeux,
Autrefois épris de tes charmes
On vit ces Maîtres des mortels
Te rendant à l'envi les armes
Venir encenſer tes Autels.-
›
En Satyre pour Antiope , *
En Taureau pour la belle Europe
On vit Jupiter fe changer ;
Bacchus d'un Raifin prend la forme ,
Neptune en Dauphin fe transforme
,
Le beau Phoebus devient Berger.
* Métamorphofe
d'Ovide . Liv. 7.
Mais II. Vol
JUIN. 1730 .
1265
Mais c'eft pea , du plus infenfible
Tu peux diffiper la froideur ;
De l'ennemi le plus terrible
Tu fçais défarmer la fureur ;
En calme tu changes l'orage ;
·Tu domptes le plus fier courage ;
Tu changes la haine en amour ;
Tu furmontes tous les obftacles;
Et pour enfanter des miracles ,
Tu n'as qu'à te montrer au jour.
L'Amour , ce fier Tyran qui brave
Le pouvoir des Dieux & des Rois ,
Devient lui-même ton Eſclave ;
Pfiché l'a foumis à tes Loix; '
Si tu ne lui prêtois des charmes
Ses traits feroient de vaines armes
Ils ne pourroient rien enflamer
Il faut du moins ton apparence
Pour faire pancher la balance
Vers l'objet dont il veut charmer.
De même qu'une fleur nouvelle
Qu'un Printems voit naître & mourir ,
On apperçoit dans la plus belle
Ton brillant éclat ſe flétrir .
Le tems qui n'épargne perfonne
II. Vol. A iij De
1266 MERCURE DE FRANCE
De fa cruelle faux moiffonne
Sans égard , tes Roſes , tes Lys ;
Mais fon inexorable rage
En penfant te faire un outrage
De tes dons augmente le prix.
Les Ris , les Graces , la Jeuneffe
Accompagnent par tout tes pas ;
Les plaifirs te fuivent ſans ceffe ,
Il n'en eft point où tu n'es pas ;
De fes Héros , Déeffe aimable ,
Tout l'Univers t'eft redevable ,
Il te doit leurs faits glorieux ;
Hercule eut Jupiter pour pere ;
Mais fans les attraits de fa mere
Auroit- il merité les Cieux ?
Grands Dieux ! quels cris fe font entendre !
Qu'apperçois -je de toutes parts !
Une Ville réduite en cendre
Vient de s'offrir à mes regards ;
Je frémis ! qui le pourroit croire
Décffe , on l'immole à ta gloire ,
C'est pour poffeder tes appas :
Oui l'on voit la fuperbe Troye
A la fureur des Grecs en proye
Pour l'Epoufe de Menelas.
I I. Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1267
Mais infenfe , qu'ofai - je faire ?
Quel vain eſpoir peut me flater ?
Beauté , quelle ardeur temeraire
M'engage à vouloir te chanter ?
Ta vûë en dit plus que ma Lyre ,
Et malgré le feu qui m'infpire
Je peins mal tes divins attraits.
Heureux , pour prix d'un foible hommage ,
Si tu daignois fur mòn Ouvrage
Répandre quelqu'un de tes traits.
ParM. Richa rd de Ruffey , de Dijon.
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Résumé : LA BEAUTÉ ODE.
Le poème 'La Beauté', publié dans le Mercure de France en juin 1730, exalte la beauté, personnifiée et divinisée par l'auteur. La beauté est décrite comme une puissance capable de charmer et de dominer tous les êtres, y compris les dieux. Jupiter, Bacchus, Neptune et Apollon se transforment pour séduire des mortels, illustrant ainsi son pouvoir irrésistible. La beauté peut apaiser la colère, transformer la haine en amour et surmonter tous les obstacles. Cependant, elle est éphémère, comparable à une fleur printanière. Malgré sa fugacité, elle est associée à des rires, des grâces et à la jeunesse, et inspire des plaisirs constants. L'auteur mentionne la destruction de Troie pour Hélène, soulignant que même les villes peuvent être sacrifiées pour la beauté. Il conclut en exprimant son admiration et son désir de chanter la beauté, tout en reconnaissant l'impuissance de ses mots à capturer pleinement ses charmes divins.
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2631
p. 1286-1292
LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Début :
Tandis qu'au Temple de Mémoire, [...]
Mots clefs :
Duc de Villars, Conquêtes, Gloire, Victoire, Ardeur , Prudence
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texteReconnaissance textuelle : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
LES CONQUESTES
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
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Résumé : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Le texte célèbre les conquêtes du Maréchal Duc de Villars, protecteur de l'Académie des Belles Lettres de Marseille. Il commence par louer les exploits militaires de Villars, soulignant son courage et son leadership sur le champ de bataille. Le poète décrit les victoires de Villars, notamment contre les forces allemandes, et son habileté à surmonter les obstacles, comme les fortifications ennemies et les conditions climatiques difficiles. Les succès de Villars sont marqués par des batailles décisives, telles que celle de Denain, où son intervention rapide et stratégique a retourné le cours des combats. Le texte met également en avant la terreur et l'admiration que les ennemis éprouvaient face à Villars, ainsi que les tributs et les richesses obtenus après les victoires. La campagne militaire de Villars se conclut par une paix glorieuse, apportant à la France à la fois la victoire et la tranquillité. Enfin, le poème exalte l'amour de Villars pour les arts et les lettres, soulignant son soutien à l'Académie des Belles Lettres et son désir de voir son nom immortalisé dans les chansons et les écrits des muses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2632
p. 1310-1319
TRADUCTION Du Poëme de Petrone, sur la Guerre civile.
Début :
Les Pays éclairez par le flambeau du monde, [...]
Mots clefs :
Guerre civile, Rome, Sang, Fortune, Romains
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION Du Poëme de Petrone, sur la Guerre civile.
TRADUCTION
Du Poëme de Petrone ,fur la Guerre civile..
LEs Pays éclairez par le flambeau du monde
Ce vafte compofé de la Terre & de l'Onde
Rome poffedoit tout , & fouhaitoit encor ,
Quelque abîme au- delà ; recele- t'il de l'or ?
C'eft Pays ennemi ; bien- tôt pour fa conquête
On arme des vaiffeaux , une flote s'apprête ,
On cherche , on veur de Por ; les Dieux trop
inhumains
Par ce prefent cruel , divifent les Romains ;
Les plaifirs prodiguez à l'uſage ordinaire ,
Sont à peine goûtez par le fimple vulgaire ;
La perle d'Affyrie eft en proye au foldat ;
La pourpre trop commune a perdu ſon éclat ;
La nouveauté l'efface , à peine en Arabie ,
Trouve- t'on des parfums , du marbre eu Numidie
;
Le Sere eft dépouillé de fes rares toiſons .
Rome réunit tout dans fes vaftes maiſons.
Que je prévoi de maux ! une fecrete rage ,
Au milieu de la paix , infpire le carnage,
Le Maure eft étonné de voir fur des vaiffeaux
Tranfporter avec foin de cruels animaux ;
Les Tigres arrachez des forefts de l'Afrique ,
11, Vol ,
Viennens
JUI N. 1730. 1311
Viennent donner dans Rome une ſcene tragique
Du fang des Citoyens les theatres fumans ;
D'un peuple furieux font les amuſemens ;
Dirai -je, en quels excès cette Rome s'abîme ?
On va chercher en Perfe un exemple de crime .
J'en parle avec horreur , au fortir de berceau
Les hommes mutilez font un fexe nouveau.
Ces lâches inftrumens , d'une flâme impudique ,
Malgré l'effort du tems & fa Loi tyranique ,
Confervent par le fer , leurs criminels appas ;
La nature fe cherche , & ne fe trouve pas ;
L'excès regne par tout , on bannit la tendreſſe.
Pour faire triompher ces fils de la moleffe ;
Leur indolent maintien , leurs cheveux ajustez,
Ces divers noms d'habits par le luxe inventez
Tous ces attraits nouveaux qui défigurent l'hom
me ,
Sont autant d'hameçons où l'on voit courir Rog
me ;
Le Maure en efclavage arrive par troupeaux ;
Les cedres transformez en des meubles nou
yeaux ,
S'applaniffent en table ; où leur couleur dorée
D'un mélange de Pourpre artiftement parée ,
Semble combattre l'or, par un éclat trompeur
Couchez fur ces Autels , les Romains en fureur
Immolent , à l'envi , la raifon trop fevere';
Les fens font leur Idole , & pour les failsfaire ,
L'on voit de toutes parts le foldat furieux "
II.Vol. Cij Ravir
1312 MERCURE DE FRANCE
Ravir ce que la terre offre de précieux ;
En vain deffous les flots qui baignent la Sicile
Le Scare pourfuivi va chercher un azile ,
On l'amene vivant ; dans l'huitre du Lucrin
On trouve le fecret de repater la faim ;
Le ventre ingenieux fçait rendre tout facile
Du Phaſe dépeuplé , le rivage eft tranquille
Et fes arbres jadis fi chargez d'Habitans
Ne font plus agitez que dú fouffle des vents .
Jufques au champ de Mars Rome dans l'efclavage
,
Au gré de l'intereft dirige fon fuffrage ;
Le Peuple , le Senat , marchands de leur faveur
Vendent publiquement le pouvoir & l'honneur ' ;
Même dans les veillards cette vertu févere ,
La liberté Romaine aujourd'hui dégenere ;
Le merite eft l'argent , les charges font à prix
La majefté par- là tombe dans le mépris ;
Caton par-là fuccombe , ou plutôt pour fa
gloire ,
Le Peuple on le bravant rougit de la victoire ;
Caton injuftement privé du Confulat ,
Fait la honte de Rome , il en ternit l'éclat ,
Il entraîne avec lui l'honneur & la puiffance ;
1
Les moeurs fans gouvernail rappellent la licence;
Rome , de fes forfaits le prix & l'artiſan ,
Sans efpoir de vengeur eft fon propre tyran ;
Par le luxe & l'ufure également vaincuë ,
Dans deux gouffres affreux elle reste abatue , 11. Vol.
JUIN. 1730. 1313 .
Sur tous fes Citoyens , fur leurs poffeffions ,
L'hypoteque a par tout gravé fes actions ;
Cet air contagieux , courant de veine en veine
Jufques aux inteftins a porté la gangrene :
Fout refpire la guerre ; on efpere en fes coups ;
On croit dans les hafards trouver un fort plus
doux ;
L'audace fans reffource , ofe tout entreprendre ;
Des remèdes communs on ne doit rien attendre
La guerre , la fureur , eft le feul déformais
Qui puiffe ôter à Rome un fang auffi mauvais.
La fortune avoit mis les Cohortes Romaines ,
Dans trois partis divers , fous trois grands Ca
pitaines ;
Bellone à ces trois Chefs gardant un mêmë fort,
Leur porte en trois endroits une femblable mort.
Chez le Parthe Craffus va terminer fa vie ;
Pompée eft égorgé fur les flots de Lybie ;
Jules au Capitole en proye à des Romains ,
De fes enfans ingrats , enfanglante les mains
Raffembler ces grands Morts , étoit trop entre
prendre ,
S
On diroit que la terre a divifé leur cendre ,
Ne pouvant dans un lieu foûtenir leurs tom
beaux
C'eft ainfi que la gloire honnore ces Heros.
Entre Naple & ces champs où regnoit la Juftice
11. Vol. IL
Cij
1314 MERCURE DE FRANCE
L
Il eſt un lieu borné d'un affreux précipice
Le Cocyte l'arrofe , & dans les environs ,
Répand l'efprit mortel de fes exhalaiſons.
Là , jamais le printemps ne porta la verdure
Jamais un feul gazon n'y para la nature ;
Jamais on n'entendit les tendres arbriffeaux
Y mêler leur murmure aux accens des oiſeaux ;
Les Roches dans la mouffe au hazard entaffées
Parmi quelques cyprès affreufement placées ,
En font tout l'ornement , & dans ce noir cahos
Paroiffent aux regards comme autant de tom
beaux .
Là , le Dieu des Enfers, d'une tête enflâmée ;
Perçant un tourbillon de feux & de fumée
་
y
Parut , & découvrant la fortune en fon cours
Il l'appelle , l'arrête & lui tient ce difcours :
» Décffe , dont les loix par toi feule bornées 33
Des hommes & des Dieux , reglent les deftif
nées "
» Et qui courant toûjours après la nouveauté
Ne peus dans aucun bien laiffer de fûreté ,
" Quoi donc! l'unique Rome ignore ton Empire!
Tu formas fa grandeur , ne peus- tu la détruire
?
» Voi ces lâches Romains , d'eux- mêmes ennemis
,
Profaner ce haut rang où ta main les a mis
Ces dépouilles , ces biens entaffez par la guer-
***
Ces
JUI N. 1730 . 1315
1
Ces prefens infinis que leur produit la terre ,
→ Tout devient l'inftrument d'un demon furieux,
Qui leur ronge le coeur , en leur charmant les
yeux ;
Ils font des maiſons d'or ; jufques dans les
nuées ,
» De cens nouveaux Palais les faces font pouf
fées ,
30
Ils repouffent les eaux , ils traverfent les airs ;
Dans le milieu des champs ils font naître des
mers ;
Enfin l'on voit par tout d'un mouvement red
belle ;
Les élemens changer leur forme naturelle
Jufques dans mon Palais , j'ai fenti leurs ef
forts ;
La terre dans fon fein cache en vain fes tré
fors ,
Perçans en mille endroits les folides campa
gnes ,
Des autres gemiffans , ils tirent des monta
gnes ;
Et tandis qu'épuisée en uſages divers ,
La pierre par leurs mains s'entaffe dans les
airs "
→ Phebus de mes états échauffant la frontiere
Fait aux fombres enfers efperer la lumiere ;
Va donc , Fortune , va ; la guerre eft dans tes
mains ,
» Va¸ cours chaffer la paix , cours armer les
Romains
R
11, Vol. Coe
1316 MERCURE DE FRANCE
Qu'on ne voye en tous lieux que fáng , que
funerailles ;
Redouble mes fujets par cent & cent batailles,
Mon fceptre dès long- temps n'eft plus enfan
glanté:
De ma chere Alecton voi le flanc agité ;
€ » Rien n'a calmé fa foif depuis cette journée ,
Ou du brave Sylla la fureur couronnée ,
Fit naître dans les champs & des bleds & des
fruits ,
» Teints encore du fang dont ils furent nourris
I dit , puis écartant la terre qui le preffe ,
Il joint avec fa main , la main de la Déeffe..
La Fortune auffi-tôt d'une legere voix ,
Commença ce diſcouts : Prince, dont les Loir,
Retiennent pour toujours dans une nuit profonde
,
Tous ceux que leCocyte a portés fur fon onde,
Si je puis en ce jour , fans bleffer mon pouvoir
N
➡ annoncer fûrement ce qu'on va bien - tôt voir,
Tes voeux font exaucez ; mon coeur plein de
< colere ,
S'accorde avec le tien ; il faut les fatisfaire :
Je haï ce que j'ai fait pour ces Peuples ingrats;
Mon bras va renverfer l'ouvrage de mon bras;
C'en eft fait , il est temps de contenter ma
rage ;
11, Vol. Mêlons
JUIN. 1730. 1317
Melons par tout les cris, les feux & le carnage;
Mais quoi je voi déja le Tage épouvanté
Par un double combat , Pharfale
enfanglanté,
Je voi trembler le Nil , & fremir la Lybie ,
Je voi fur les buchers perir la Theffalie ;
Déja dans Actium , les coups d'un Dieu ven→
geur ,
Font entendre des cris
d'épouvante & d'hor
reurs.
➡Va donc ; de tes Etats , ouvre tous les palla
ges ;.
»Du Cocyte alteré prépare les Rivages ;
☛ Pour paffer les mortels qui courent au trépas
» Caron , le feul Caron ne te fuffira pas ;
te faut une flotte ; & toi , pâle Déeſſe
Alecton , que la foif , depuis fi long - tems
preffe ,
» Du fang qui va couler ,,fais cens ragoûts divers
;
Le monde par morceaux và tomber aux En
fers.
Elle parloit encor , lorfqu'un affreux nuage ,
Percé de mille feux , à grand bruit fe partage ;
Pluton connoît la voix du Souverain des Dieux
Difparoît & s'enfuit loin du jour & des Cieux .
annoncée
Par des fignes divers , la terre menacée ,
Auffi- tôt dans le Ciel , voit fa perte
Le Soleil obfcurci retire les rayons ;
H. VOL CY Le
1318 MERCURE DE FRANCE
On croit voir dans les airs marcher des legions
Diane , avec regret fourniffant fa carriere ,
Aux crimes des humains refuſe ſa lumiere ;
Les Rochers avec bruit quittant le haut des
monts ,
Vont par bonds éclatant foudroyer les valons ,
Les fleuves ne font plus bornez par leurs rivages>
En des lieux inconnus ils s'ouvrent des paffages
Ethna jufques au Ciel , élevanr fes torrens ,
Semble contre les Dieux feconder les Titans ;
D'un vain bruit de combats , les Echos retentiffent
;
Les morts font ranimez ; les fepulchres gemif
fent ;
On voit errer par tout des Phantômes affreux a
D'un aftre menaçant les flamboyans cheveux ,
Sement déja par tout l'horreur & l'incendie ;
Le fang enfin , le fang tombe en forme de
pluye...
Ces préfages bien - tôt font fuivis des effets :
Cefar de fa vengeance écoutant les projets ,
Et laiffant des climats en conquêtes fertiles ,
Quitte le fer gaulois pour les armes civiles.
Dans cet enchaînement de monts audacieux
Qui femblent attacher la Terre avec les Cieux ,
On découvre un Rocher , ou plutôt dans la nuë ,
Son front trop élevé diſparoît à la vûë ,
Les Alpes dans ce lieu confervent un Autel
11. Vol.
D'Alci
JUIN. 1319
1730 .
D'Alcide de fes faits , monument éternel ;
De neige & de glaçons les roches revêtues
De cet affreux féjour ferinent les avenuës ;
Le Soleil n'en a pû bannir les aquilons ,
L'hyver y regne feul de toutes les faifons.
Le refte fera dans le prochain Mercure
Du Poëme de Petrone ,fur la Guerre civile..
LEs Pays éclairez par le flambeau du monde
Ce vafte compofé de la Terre & de l'Onde
Rome poffedoit tout , & fouhaitoit encor ,
Quelque abîme au- delà ; recele- t'il de l'or ?
C'eft Pays ennemi ; bien- tôt pour fa conquête
On arme des vaiffeaux , une flote s'apprête ,
On cherche , on veur de Por ; les Dieux trop
inhumains
Par ce prefent cruel , divifent les Romains ;
Les plaifirs prodiguez à l'uſage ordinaire ,
Sont à peine goûtez par le fimple vulgaire ;
La perle d'Affyrie eft en proye au foldat ;
La pourpre trop commune a perdu ſon éclat ;
La nouveauté l'efface , à peine en Arabie ,
Trouve- t'on des parfums , du marbre eu Numidie
;
Le Sere eft dépouillé de fes rares toiſons .
Rome réunit tout dans fes vaftes maiſons.
Que je prévoi de maux ! une fecrete rage ,
Au milieu de la paix , infpire le carnage,
Le Maure eft étonné de voir fur des vaiffeaux
Tranfporter avec foin de cruels animaux ;
Les Tigres arrachez des forefts de l'Afrique ,
11, Vol ,
Viennens
JUI N. 1730. 1311
Viennent donner dans Rome une ſcene tragique
Du fang des Citoyens les theatres fumans ;
D'un peuple furieux font les amuſemens ;
Dirai -je, en quels excès cette Rome s'abîme ?
On va chercher en Perfe un exemple de crime .
J'en parle avec horreur , au fortir de berceau
Les hommes mutilez font un fexe nouveau.
Ces lâches inftrumens , d'une flâme impudique ,
Malgré l'effort du tems & fa Loi tyranique ,
Confervent par le fer , leurs criminels appas ;
La nature fe cherche , & ne fe trouve pas ;
L'excès regne par tout , on bannit la tendreſſe.
Pour faire triompher ces fils de la moleffe ;
Leur indolent maintien , leurs cheveux ajustez,
Ces divers noms d'habits par le luxe inventez
Tous ces attraits nouveaux qui défigurent l'hom
me ,
Sont autant d'hameçons où l'on voit courir Rog
me ;
Le Maure en efclavage arrive par troupeaux ;
Les cedres transformez en des meubles nou
yeaux ,
S'applaniffent en table ; où leur couleur dorée
D'un mélange de Pourpre artiftement parée ,
Semble combattre l'or, par un éclat trompeur
Couchez fur ces Autels , les Romains en fureur
Immolent , à l'envi , la raifon trop fevere';
Les fens font leur Idole , & pour les failsfaire ,
L'on voit de toutes parts le foldat furieux "
II.Vol. Cij Ravir
1312 MERCURE DE FRANCE
Ravir ce que la terre offre de précieux ;
En vain deffous les flots qui baignent la Sicile
Le Scare pourfuivi va chercher un azile ,
On l'amene vivant ; dans l'huitre du Lucrin
On trouve le fecret de repater la faim ;
Le ventre ingenieux fçait rendre tout facile
Du Phaſe dépeuplé , le rivage eft tranquille
Et fes arbres jadis fi chargez d'Habitans
Ne font plus agitez que dú fouffle des vents .
Jufques au champ de Mars Rome dans l'efclavage
,
Au gré de l'intereft dirige fon fuffrage ;
Le Peuple , le Senat , marchands de leur faveur
Vendent publiquement le pouvoir & l'honneur ' ;
Même dans les veillards cette vertu févere ,
La liberté Romaine aujourd'hui dégenere ;
Le merite eft l'argent , les charges font à prix
La majefté par- là tombe dans le mépris ;
Caton par-là fuccombe , ou plutôt pour fa
gloire ,
Le Peuple on le bravant rougit de la victoire ;
Caton injuftement privé du Confulat ,
Fait la honte de Rome , il en ternit l'éclat ,
Il entraîne avec lui l'honneur & la puiffance ;
1
Les moeurs fans gouvernail rappellent la licence;
Rome , de fes forfaits le prix & l'artiſan ,
Sans efpoir de vengeur eft fon propre tyran ;
Par le luxe & l'ufure également vaincuë ,
Dans deux gouffres affreux elle reste abatue , 11. Vol.
JUIN. 1730. 1313 .
Sur tous fes Citoyens , fur leurs poffeffions ,
L'hypoteque a par tout gravé fes actions ;
Cet air contagieux , courant de veine en veine
Jufques aux inteftins a porté la gangrene :
Fout refpire la guerre ; on efpere en fes coups ;
On croit dans les hafards trouver un fort plus
doux ;
L'audace fans reffource , ofe tout entreprendre ;
Des remèdes communs on ne doit rien attendre
La guerre , la fureur , eft le feul déformais
Qui puiffe ôter à Rome un fang auffi mauvais.
La fortune avoit mis les Cohortes Romaines ,
Dans trois partis divers , fous trois grands Ca
pitaines ;
Bellone à ces trois Chefs gardant un mêmë fort,
Leur porte en trois endroits une femblable mort.
Chez le Parthe Craffus va terminer fa vie ;
Pompée eft égorgé fur les flots de Lybie ;
Jules au Capitole en proye à des Romains ,
De fes enfans ingrats , enfanglante les mains
Raffembler ces grands Morts , étoit trop entre
prendre ,
S
On diroit que la terre a divifé leur cendre ,
Ne pouvant dans un lieu foûtenir leurs tom
beaux
C'eft ainfi que la gloire honnore ces Heros.
Entre Naple & ces champs où regnoit la Juftice
11. Vol. IL
Cij
1314 MERCURE DE FRANCE
L
Il eſt un lieu borné d'un affreux précipice
Le Cocyte l'arrofe , & dans les environs ,
Répand l'efprit mortel de fes exhalaiſons.
Là , jamais le printemps ne porta la verdure
Jamais un feul gazon n'y para la nature ;
Jamais on n'entendit les tendres arbriffeaux
Y mêler leur murmure aux accens des oiſeaux ;
Les Roches dans la mouffe au hazard entaffées
Parmi quelques cyprès affreufement placées ,
En font tout l'ornement , & dans ce noir cahos
Paroiffent aux regards comme autant de tom
beaux .
Là , le Dieu des Enfers, d'une tête enflâmée ;
Perçant un tourbillon de feux & de fumée
་
y
Parut , & découvrant la fortune en fon cours
Il l'appelle , l'arrête & lui tient ce difcours :
» Décffe , dont les loix par toi feule bornées 33
Des hommes & des Dieux , reglent les deftif
nées "
» Et qui courant toûjours après la nouveauté
Ne peus dans aucun bien laiffer de fûreté ,
" Quoi donc! l'unique Rome ignore ton Empire!
Tu formas fa grandeur , ne peus- tu la détruire
?
» Voi ces lâches Romains , d'eux- mêmes ennemis
,
Profaner ce haut rang où ta main les a mis
Ces dépouilles , ces biens entaffez par la guer-
***
Ces
JUI N. 1730 . 1315
1
Ces prefens infinis que leur produit la terre ,
→ Tout devient l'inftrument d'un demon furieux,
Qui leur ronge le coeur , en leur charmant les
yeux ;
Ils font des maiſons d'or ; jufques dans les
nuées ,
» De cens nouveaux Palais les faces font pouf
fées ,
30
Ils repouffent les eaux , ils traverfent les airs ;
Dans le milieu des champs ils font naître des
mers ;
Enfin l'on voit par tout d'un mouvement red
belle ;
Les élemens changer leur forme naturelle
Jufques dans mon Palais , j'ai fenti leurs ef
forts ;
La terre dans fon fein cache en vain fes tré
fors ,
Perçans en mille endroits les folides campa
gnes ,
Des autres gemiffans , ils tirent des monta
gnes ;
Et tandis qu'épuisée en uſages divers ,
La pierre par leurs mains s'entaffe dans les
airs "
→ Phebus de mes états échauffant la frontiere
Fait aux fombres enfers efperer la lumiere ;
Va donc , Fortune , va ; la guerre eft dans tes
mains ,
» Va¸ cours chaffer la paix , cours armer les
Romains
R
11, Vol. Coe
1316 MERCURE DE FRANCE
Qu'on ne voye en tous lieux que fáng , que
funerailles ;
Redouble mes fujets par cent & cent batailles,
Mon fceptre dès long- temps n'eft plus enfan
glanté:
De ma chere Alecton voi le flanc agité ;
€ » Rien n'a calmé fa foif depuis cette journée ,
Ou du brave Sylla la fureur couronnée ,
Fit naître dans les champs & des bleds & des
fruits ,
» Teints encore du fang dont ils furent nourris
I dit , puis écartant la terre qui le preffe ,
Il joint avec fa main , la main de la Déeffe..
La Fortune auffi-tôt d'une legere voix ,
Commença ce diſcouts : Prince, dont les Loir,
Retiennent pour toujours dans une nuit profonde
,
Tous ceux que leCocyte a portés fur fon onde,
Si je puis en ce jour , fans bleffer mon pouvoir
N
➡ annoncer fûrement ce qu'on va bien - tôt voir,
Tes voeux font exaucez ; mon coeur plein de
< colere ,
S'accorde avec le tien ; il faut les fatisfaire :
Je haï ce que j'ai fait pour ces Peuples ingrats;
Mon bras va renverfer l'ouvrage de mon bras;
C'en eft fait , il est temps de contenter ma
rage ;
11, Vol. Mêlons
JUIN. 1730. 1317
Melons par tout les cris, les feux & le carnage;
Mais quoi je voi déja le Tage épouvanté
Par un double combat , Pharfale
enfanglanté,
Je voi trembler le Nil , & fremir la Lybie ,
Je voi fur les buchers perir la Theffalie ;
Déja dans Actium , les coups d'un Dieu ven→
geur ,
Font entendre des cris
d'épouvante & d'hor
reurs.
➡Va donc ; de tes Etats , ouvre tous les palla
ges ;.
»Du Cocyte alteré prépare les Rivages ;
☛ Pour paffer les mortels qui courent au trépas
» Caron , le feul Caron ne te fuffira pas ;
te faut une flotte ; & toi , pâle Déeſſe
Alecton , que la foif , depuis fi long - tems
preffe ,
» Du fang qui va couler ,,fais cens ragoûts divers
;
Le monde par morceaux và tomber aux En
fers.
Elle parloit encor , lorfqu'un affreux nuage ,
Percé de mille feux , à grand bruit fe partage ;
Pluton connoît la voix du Souverain des Dieux
Difparoît & s'enfuit loin du jour & des Cieux .
annoncée
Par des fignes divers , la terre menacée ,
Auffi- tôt dans le Ciel , voit fa perte
Le Soleil obfcurci retire les rayons ;
H. VOL CY Le
1318 MERCURE DE FRANCE
On croit voir dans les airs marcher des legions
Diane , avec regret fourniffant fa carriere ,
Aux crimes des humains refuſe ſa lumiere ;
Les Rochers avec bruit quittant le haut des
monts ,
Vont par bonds éclatant foudroyer les valons ,
Les fleuves ne font plus bornez par leurs rivages>
En des lieux inconnus ils s'ouvrent des paffages
Ethna jufques au Ciel , élevanr fes torrens ,
Semble contre les Dieux feconder les Titans ;
D'un vain bruit de combats , les Echos retentiffent
;
Les morts font ranimez ; les fepulchres gemif
fent ;
On voit errer par tout des Phantômes affreux a
D'un aftre menaçant les flamboyans cheveux ,
Sement déja par tout l'horreur & l'incendie ;
Le fang enfin , le fang tombe en forme de
pluye...
Ces préfages bien - tôt font fuivis des effets :
Cefar de fa vengeance écoutant les projets ,
Et laiffant des climats en conquêtes fertiles ,
Quitte le fer gaulois pour les armes civiles.
Dans cet enchaînement de monts audacieux
Qui femblent attacher la Terre avec les Cieux ,
On découvre un Rocher , ou plutôt dans la nuë ,
Son front trop élevé diſparoît à la vûë ,
Les Alpes dans ce lieu confervent un Autel
11. Vol.
D'Alci
JUIN. 1319
1730 .
D'Alcide de fes faits , monument éternel ;
De neige & de glaçons les roches revêtues
De cet affreux féjour ferinent les avenuës ;
Le Soleil n'en a pû bannir les aquilons ,
L'hyver y regne feul de toutes les faifons.
Le refte fera dans le prochain Mercure
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Résumé : TRADUCTION Du Poëme de Petrone, sur la Guerre civile.
Le poème de Pétrone décrit la situation de Rome après ses conquêtes, où la ville aspire à de nouvelles victoires et prépare une flotte pour envahir un pays ennemi. La société romaine est marquée par l'excès et la décadence. Les plaisirs sont abondants, les ressources rares sont accaparées, et les mœurs se dégradent. Rome est comparée à un tyran sans espoir de vengeur, vaincue par le luxe et l'usure. Les citoyens sont endettés, et la guerre semble inévitable pour purifier Rome de ses maux. La Fortune, invoquée par Pluton, décide de détruire Rome en raison de l'ingratitude de ses habitants. Elle décrit la décadence romaine, où les éléments naturels sont altérés par l'ambition humaine. La Fortune et Pluton préparent une guerre dévastatrice, annonçant des signes de catastrophe imminente : obscurcissement du soleil, tremblements de terre, éruptions volcaniques, et apparitions de spectres. Ces présages sont suivis d'effets concrets : César, cherchant vengeance, quitte les conquêtes fertiles pour se tourner vers les armes civiles. Le texte se termine par la description d'un rocher élevé dans les Alpes, où un autel dédié à Alcide (Hercule) est conservé, symbolisant la grandeur passée de Rome.
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2633
p. 1330-1333
ODE Présentée à Madame la Princesse de Conti, par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pazenas, lorsque la Princesse passa par cette Ville avec M. le Prince de Conti son fils, le 4 du mois de Juin 1730.
Début :
Scavantes Nimphes du Permesse, [...]
Mots clefs :
Princesse de Conti, Coeur, Héros
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texteReconnaissance textuelle : ODE Présentée à Madame la Princesse de Conti, par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pazenas, lorsque la Princesse passa par cette Ville avec M. le Prince de Conti son fils, le 4 du mois de Juin 1730.
ODE
Préfentée à Madame la Princeffe de Conti ,
par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire
de Pezenas , lorfque la Princeffe paffa par
cette Villle avec M. le Prince de Conti
fon fils , le 4 du mois de fuin 1730 ,
S Cavantes Nimphes du Permeffe ,
Dans vos Concerts harmonieux ,
Celebrez l'Augufte Princeffe
Qui vient de s'offrir à mes yeux.
Par vous plus d'une fois conduite
Ma Lyre a chanté le mérite
Des demi dieux & des Héros ;
II. Vol. Epris
JUI N. 1739. 1331
.
Epris d'une fureur divine ,
Je vais chanter une Héroïne ,
Infpirez-moi des tours nouveaux.
Quels charmes éclatent en elle
Son afpect ravit mes efprits ;
Telle parut cette immortelle
Qui ravit le coeur de Paris .
Mais où tend ton vol témeraire
Mufe , fi tu prétens lui plaire
Laiffe tous ces frêles attraits ;
Son coeur que la fageffe guide
D'un éloge bien plus folide
Te fournira les plus beaux traits.
?
Des doux charmes que la nature
Nous accorde au gré du deſtin
L'éclat trop fragile ne dure ,
Comme la rofe , qu'un matin.
Et s'ils méritent quelque éloge ,
Plus d'une Mortelle s'arroge
Les hommages qui leur font dûs :
Princeffe , fi tu les furpaffes ,
Tu fçais unir avec les graces
L'éclat des plus rares vertus .
Ces vertus , plus que la Naiffance ,
Font que tu regnes fur le coeur
J
I'I, Vol.
D#
1332 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples dont par ta prudence
Tu ſçais afſurer le bonheur .
Lorfque la Parque meurtriere
Vint borner l'illuftre carriere
Du Héros l'objet de tes feux ,
Quelle reffource à nos diſgraces ! ( a )
Si ton grand coeur fuivant les traces
Ne l'eut fait revivre à nos yeux.
Mais que fais-tu , Mufe imprudente ?
Faut - il par tes triftes accens
D'une playe encore fanglante
Renouveller les traits perçans ?
Banniffons ces mornes penfées ,
Pourquoi de nos pertes paffées
Garder encor le fouvenir ?
CONTI reproduit de fa cendre
Un Héros qui nous fait attendre
Le plus gracieux avenir.
Conduit par fon augufte Mere
Dans le fentier de la vertu,
Il regarde d'un oeil fevere
A fes pieds le vice abbatu :
Exemt d'une indigne moleffe ,
Il fait les jeux de fa jeuneffe
Des deffeins les plus glorieux ;
( a ) Pezenas dépend de la Maiſon de Conti.
II. Vol. On
JUIN. 1333 1730.
On le voit courir pour s'inftruire
Des moyens de les rendre heureux.
Ainfi , lorfqu'un foudain orage
Vient renverfer par La fureur
Un Arbre dont l'épais feuillage.
Servoit d'azile au Laboureur
Trifte , il detefte la tempête,
Qui met à découvert la tête
;
En proye au trait du Chien brulant
Mais tandis qu'il murmure encore
Un Rejetton qu'il voit éclore
Ranime fon coeur languiffant.
O vous ! dont la main bienfaiſante
Cultive ce tendre Rameau ,
Préſervez de l'ardeur brulante
Un fi précieux Arbriffeau.
Qu'à fes pieds l'Onde toujours pure
Coulant avec un doux murmure
L'arrofe dans les jeunes ans
Qu'ainfi de fa tige féconde
Naiffent les plus beaux fruits du monde ;
Qu'il nous promet dès fon Printems
Préfentée à Madame la Princeffe de Conti ,
par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire
de Pezenas , lorfque la Princeffe paffa par
cette Villle avec M. le Prince de Conti
fon fils , le 4 du mois de fuin 1730 ,
S Cavantes Nimphes du Permeffe ,
Dans vos Concerts harmonieux ,
Celebrez l'Augufte Princeffe
Qui vient de s'offrir à mes yeux.
Par vous plus d'une fois conduite
Ma Lyre a chanté le mérite
Des demi dieux & des Héros ;
II. Vol. Epris
JUI N. 1739. 1331
.
Epris d'une fureur divine ,
Je vais chanter une Héroïne ,
Infpirez-moi des tours nouveaux.
Quels charmes éclatent en elle
Son afpect ravit mes efprits ;
Telle parut cette immortelle
Qui ravit le coeur de Paris .
Mais où tend ton vol témeraire
Mufe , fi tu prétens lui plaire
Laiffe tous ces frêles attraits ;
Son coeur que la fageffe guide
D'un éloge bien plus folide
Te fournira les plus beaux traits.
?
Des doux charmes que la nature
Nous accorde au gré du deſtin
L'éclat trop fragile ne dure ,
Comme la rofe , qu'un matin.
Et s'ils méritent quelque éloge ,
Plus d'une Mortelle s'arroge
Les hommages qui leur font dûs :
Princeffe , fi tu les furpaffes ,
Tu fçais unir avec les graces
L'éclat des plus rares vertus .
Ces vertus , plus que la Naiffance ,
Font que tu regnes fur le coeur
J
I'I, Vol.
D#
1332 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples dont par ta prudence
Tu ſçais afſurer le bonheur .
Lorfque la Parque meurtriere
Vint borner l'illuftre carriere
Du Héros l'objet de tes feux ,
Quelle reffource à nos diſgraces ! ( a )
Si ton grand coeur fuivant les traces
Ne l'eut fait revivre à nos yeux.
Mais que fais-tu , Mufe imprudente ?
Faut - il par tes triftes accens
D'une playe encore fanglante
Renouveller les traits perçans ?
Banniffons ces mornes penfées ,
Pourquoi de nos pertes paffées
Garder encor le fouvenir ?
CONTI reproduit de fa cendre
Un Héros qui nous fait attendre
Le plus gracieux avenir.
Conduit par fon augufte Mere
Dans le fentier de la vertu,
Il regarde d'un oeil fevere
A fes pieds le vice abbatu :
Exemt d'une indigne moleffe ,
Il fait les jeux de fa jeuneffe
Des deffeins les plus glorieux ;
( a ) Pezenas dépend de la Maiſon de Conti.
II. Vol. On
JUIN. 1333 1730.
On le voit courir pour s'inftruire
Des moyens de les rendre heureux.
Ainfi , lorfqu'un foudain orage
Vient renverfer par La fureur
Un Arbre dont l'épais feuillage.
Servoit d'azile au Laboureur
Trifte , il detefte la tempête,
Qui met à découvert la tête
;
En proye au trait du Chien brulant
Mais tandis qu'il murmure encore
Un Rejetton qu'il voit éclore
Ranime fon coeur languiffant.
O vous ! dont la main bienfaiſante
Cultive ce tendre Rameau ,
Préſervez de l'ardeur brulante
Un fi précieux Arbriffeau.
Qu'à fes pieds l'Onde toujours pure
Coulant avec un doux murmure
L'arrofe dans les jeunes ans
Qu'ainfi de fa tige féconde
Naiffent les plus beaux fruits du monde ;
Qu'il nous promet dès fon Printems
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Résumé : ODE Présentée à Madame la Princesse de Conti, par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pazenas, lorsque la Princesse passa par cette Ville avec M. le Prince de Conti son fils, le 4 du mois de Juin 1730.
Le 4 juin 1730, les écoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pezenas ont présenté une ode à la Princesse de Conti lors de son passage avec son fils, le Prince de Conti. L'ode célèbre les mérites de la Princesse, comparée à une héroïne dont les charmes et les vertus surpassent les attraits physiques éphémères. Elle est louée pour ses vertus qui lui permettent de régner sur le cœur des peuples et d'assurer leur bonheur par sa prudence. Le poème évoque également la mort du héros aimé par la Princesse et la consolation apportée par la continuité de son héritage à travers son fils. Le Prince de Conti est décrit comme un jeune homme vertueux, exempt de mollesse, et dévoué au bien-être des autres. Le texte se termine par une prière pour que le Prince, comparé à un jeune arbre, soit protégé et cultivé afin de produire les plus beaux fruits.
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2634
p. 1334-1335
VERS LIBRES Présentés à Monseigneur le Prince de Conti par les mêmes Ecoliers.
Début :
La Déesse Minerve en Mentor déguisée, [...]
Mots clefs :
Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS LIBRES Présentés à Monseigneur le Prince de Conti par les mêmes Ecoliers.
VERS LIBRES
Préfentés à Monseigneur le Prince de Conti
par les mêmes Ecoliers.
LA Déeffe Minerve en Mentor déguifée ,
Du jeune fils d'Uliffe accompagnoit les pas ;
S'il faut croire, au rapport d'Homere en l'Odiffée;
Pour moi , Conti , je ne m'y trompe pas
Et voici quelle eft ma penſée :"
Cet habile Poëte infpiré par les Dieux ,
Sous un fimbole ingénieux
Sans doute voulut nous dépeindre
Ce qui devoit un jour fe paffer fous nos yeux,
Oui , pofe le dire , fans craindre >
Les frivoles difcours d'un Cenfeur odieux
Du jeune Voyageur d'Homere
Vous avez tous les traits , le port , la majefté ,
La naiffance , les moeurs & la docilité
Pour la vertu la plus fevere.
Entre Minerve & votre augufte Mere
Les rapports font trop reflemblans
Pour que l'on puiffe s'y méprendre ;
Tout le monde à la voir peut ailément compren
dre
Qu'Homere en écrivant l'eut préfente à les fens.
De Mentor elle a la ſcience ,
L'efprit , le coeur & la douce éloquence
Qui fçait charmer en inftruifant ;
II. Vel Jufques
JUIN. 1730.
1337
Jufques- là le portrait eft en tout reffemblant
Entre vous & le fils du Monarque d'Ithaque ;
Mais au lieu que Pallas pour fuivre Telemaque
Se revêtit des traits d'un fourcilleux vieillard ;
Plus favorable à votre égard ,
Pour vous fuivre en votre voyage ,
De votre augufte Mere elle a pris le vifage ,
La démarche , la voix , le port majestueux
Pour n'en dire pas davantage ,
Elle a voulu fe montrer à vos yeux
Telle qu'elle paroît dans le Confeil des Dieux.
Préfentés à Monseigneur le Prince de Conti
par les mêmes Ecoliers.
LA Déeffe Minerve en Mentor déguifée ,
Du jeune fils d'Uliffe accompagnoit les pas ;
S'il faut croire, au rapport d'Homere en l'Odiffée;
Pour moi , Conti , je ne m'y trompe pas
Et voici quelle eft ma penſée :"
Cet habile Poëte infpiré par les Dieux ,
Sous un fimbole ingénieux
Sans doute voulut nous dépeindre
Ce qui devoit un jour fe paffer fous nos yeux,
Oui , pofe le dire , fans craindre >
Les frivoles difcours d'un Cenfeur odieux
Du jeune Voyageur d'Homere
Vous avez tous les traits , le port , la majefté ,
La naiffance , les moeurs & la docilité
Pour la vertu la plus fevere.
Entre Minerve & votre augufte Mere
Les rapports font trop reflemblans
Pour que l'on puiffe s'y méprendre ;
Tout le monde à la voir peut ailément compren
dre
Qu'Homere en écrivant l'eut préfente à les fens.
De Mentor elle a la ſcience ,
L'efprit , le coeur & la douce éloquence
Qui fçait charmer en inftruifant ;
II. Vel Jufques
JUIN. 1730.
1337
Jufques- là le portrait eft en tout reffemblant
Entre vous & le fils du Monarque d'Ithaque ;
Mais au lieu que Pallas pour fuivre Telemaque
Se revêtit des traits d'un fourcilleux vieillard ;
Plus favorable à votre égard ,
Pour vous fuivre en votre voyage ,
De votre augufte Mere elle a pris le vifage ,
La démarche , la voix , le port majestueux
Pour n'en dire pas davantage ,
Elle a voulu fe montrer à vos yeux
Telle qu'elle paroît dans le Confeil des Dieux.
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Résumé : VERS LIBRES Présentés à Monseigneur le Prince de Conti par les mêmes Ecoliers.
Le texte compare le Prince de Conti à Télémaque, le fils d'Ulysse, à travers une allégorie homérique. Minerve, déguisée en Mentor, accompagne le jeune prince comme elle le fait avec Télémaque. Conti possède les traits, la majesté, la naïveté, les mœurs et la docilité nécessaires pour la vertu la plus sévère. Les rapports entre Minerve et la mère du prince sont trop similaires pour être confondus, permettant de comprendre qu'Homère aurait présenté Minerve ainsi. La mère du prince incarne la science, l'esprit, le cœur et l'éloquence de Mentor, charmant tout en instruisant. Contrairement à Pallas qui se déguise en vieillard pour suivre Télémaque, Minerve prend l'apparence de la mère du prince pour l'accompagner dans son voyage, se montrant telle qu'elle apparaît dans le Conseil des Dieux.
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2635
p. 1335-1336
VERS déclamés par les mêmes, & adressés à Madame la Princesse de Conti.
Début :
Bon compliment est Marchandise rare, [...]
Mots clefs :
Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS déclamés par les mêmes, & adressés à Madame la Princesse de Conti.
VERS déclamés
par
les mêmes , & ad
dreffés à Madame la Princeffe de Conti.
Bon compliment eft Marchandiſe rare
Maint bel efprit crut égaler Pindare ,
Qui ne fut onc qu'un diſeur ennuyeux,
Vous autres Grands vous le fçavez trop mieux
Sans recourir à l'Art de Negromance ,
Bien gagerois qu'en traverfant la France ,
Maint harangueur copiant Moreri ,
Par long propos qu'il cuidoit bien fleuri ,
Vous a prouvé qu'étiez de haut Lignage ,
D'eftoc Royal & de grand Parentage ,
Et le conteur fe fera crâ difcret
S'il ne l'a pris que de Hugues Capet,
Dans fon difcours , & qu'il vous ait fait grace
De vos Majeurs de la feconde Race,
1
II. Vot Pis
Dij
7336 MERCURE DE FRANCE
Pis cut été fi du fac d'Ilion
Ayant tiré Monfeigneur Francion ,
De pere en fils , ennuyeux Annaliſte ,
De tent d'Ayeux il eur fourni la Lifte.
Aucuns ont crû qu'en un fujet fi grand
Point ne falloit Cloyis ni Childebrand ;
Que vos vertus , l'ornement de votre âge ,
Bien méritoient particulier hommage ;
Que ne louer que dévancier défunt
Sentoit par trop le mérite d'emprunt ;
Que ce grand coeur digne de la Couronne
Elprit charmant ou lumiere foiſonne
Grande lumiere affortie à bonté ,
Si doux acueil , fi ferme pieté ,
Bref tant de dons dont nature eft avare
Sont les grands traits dont éloge fe pare.
Or bien faudroit l'Homerique talent ,
Pour foutenir un fujet fi brillant.
Tel fe jettant fur matiere ſi vaſte
Trop a fenti le bizare contrafte
Du grapd fujet & du mince Orateur .
Pour moi cheif, qui ne fus onc Auteur
Qui ne paroits que pour montrer mon zele
Et quant & quant celui de ma fequelle ;
Je dois laifler à plus doctes Esprits
De
Car je reprens
mon
texte
, & quoiqu'on
dife ;
celebrer vos noms dans leurs Ecrits ,
Bon compliment eft rare Marchandiſe.
par
les mêmes , & ad
dreffés à Madame la Princeffe de Conti.
Bon compliment eft Marchandiſe rare
Maint bel efprit crut égaler Pindare ,
Qui ne fut onc qu'un diſeur ennuyeux,
Vous autres Grands vous le fçavez trop mieux
Sans recourir à l'Art de Negromance ,
Bien gagerois qu'en traverfant la France ,
Maint harangueur copiant Moreri ,
Par long propos qu'il cuidoit bien fleuri ,
Vous a prouvé qu'étiez de haut Lignage ,
D'eftoc Royal & de grand Parentage ,
Et le conteur fe fera crâ difcret
S'il ne l'a pris que de Hugues Capet,
Dans fon difcours , & qu'il vous ait fait grace
De vos Majeurs de la feconde Race,
1
II. Vot Pis
Dij
7336 MERCURE DE FRANCE
Pis cut été fi du fac d'Ilion
Ayant tiré Monfeigneur Francion ,
De pere en fils , ennuyeux Annaliſte ,
De tent d'Ayeux il eur fourni la Lifte.
Aucuns ont crû qu'en un fujet fi grand
Point ne falloit Cloyis ni Childebrand ;
Que vos vertus , l'ornement de votre âge ,
Bien méritoient particulier hommage ;
Que ne louer que dévancier défunt
Sentoit par trop le mérite d'emprunt ;
Que ce grand coeur digne de la Couronne
Elprit charmant ou lumiere foiſonne
Grande lumiere affortie à bonté ,
Si doux acueil , fi ferme pieté ,
Bref tant de dons dont nature eft avare
Sont les grands traits dont éloge fe pare.
Or bien faudroit l'Homerique talent ,
Pour foutenir un fujet fi brillant.
Tel fe jettant fur matiere ſi vaſte
Trop a fenti le bizare contrafte
Du grapd fujet & du mince Orateur .
Pour moi cheif, qui ne fus onc Auteur
Qui ne paroits que pour montrer mon zele
Et quant & quant celui de ma fequelle ;
Je dois laifler à plus doctes Esprits
De
Car je reprens
mon
texte
, & quoiqu'on
dife ;
celebrer vos noms dans leurs Ecrits ,
Bon compliment eft rare Marchandiſe.
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Résumé : VERS déclamés par les mêmes, & adressés à Madame la Princesse de Conti.
Le poème est adressé à Madame la Princesse de Conti et souligne la rareté des compliments sincères. Il contraste avec les nombreux esprits ayant tenté d'imiter Pindare sans succès. Les grands savent reconnaître la valeur sans artifices. Le poème mentionne des harangueurs traversant la France, prouvant la haute lignée et la royauté de la Princesse en citant ses ancêtres, y compris Hugues Capet et les rois de la seconde race. La Princesse est comparée à Pis, fille de Priam, et ses vertus personnelles sont mises en avant. Le poète loue son esprit charmant, sa bonté, son accueil doux et sa piété ferme, qualifiant ces traits de 'grands dons' rares. Il reconnaît que décrire un tel sujet brillant nécessiterait un talent homérique, mais avoue ne pas être à la hauteur. Il conclut en laissant la célébration de ses noms à des esprits plus doctes, tout en affirmant son zèle et celui de sa famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2636
p. 1344-1349
SUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA SANTÉ DE MAD...
Début :
Cessez, cessez, mes yeux, de répandre des pleurs, [...]
Mots clefs :
Amour, Yeux, Bonheur, Mort, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA SANTÉ DE MAD...
SUR LE RETABLISSEMENT
DE LA SANTE DE MAD ...
C Effez , ceffez , mes yeux , de répandre des
>
- pleurs ,
Il eft tems de calmer ma crainte , & mes douleurs
:
Des portes du trépas mon Iris revenuë ,
Plus belle que jamais va paroître à ma vûë ,
Des horreurs de la mort fes yeux déja cou
verts ,
'A la clarté du jour fe font enfin ouverts .
O vous qui refpirez l'air tendre de Cythere ,
Vous , fideles fujets du Dieu qu'on y revére ,
Venez , accourez tous , que vos plus doux concerts
,
En ce jour fortuné raiſonnent dans les airs ;
Qu'aux jeux les plus charmans fuccede la tendreffe
;
Vous ne fçauriez trop loin pouffer votre allegreffe
;
11. Vol. C'eft
JUIN. 1730. 1345..
C'eft votre aimable Dieu qui triomphe du fort ,
Il a ſçû déſarmer l'inéxorable mort.
A ma voix, attentifs , apprenez fa victoire ,
Et chantez avec moi , fon triomphe & ſa gloire .
A peine les dangers d'Iris me font connus ,
Que mes triftes fanglots ne font plus retenus ;
Une fombre pâleur , fur mon vifage empreinte
Marque le noir chagrin dont mon ame eft
atteinte,
Et du jour qui me luit , déteftant, le flambeau ,-
Déja je me prépare à la fuivre au tombeau,
Mais enfin au milieu de mes plus vives craintes ,
Addreffant à l'Amour ma priere , & mes plaintes
Dieu puiffant , m'écriai- je , ô toi , qui de mon
coeur ,
Fis toujours le plaifir , la joye & le bonheur ,
Toi , que je connoiffois avant de me connoître,
Toi , de mes fentimens , feul , & fouverain
maître
Amour , daigne , pour moi , t'employer aujour
d'hui ,
;
Signale ta puiffance , & deviens mon appui.
La mort impunément ofe attaquer la vie ,
De l'adorable objet dont mon ame eſt ravie
Pour terminer des jours fi précieux , fi beaux ,
Je la vois éguifer fon implacable Faux :
Verras - tu fans courroux cette horrible injuftice
?
JI.Vol Souffriras- tu
1346 MERCURE DE FRANCE
Souffriras- tu , grand Dieu ! ce cruel facrifice ! ~
Laifferas-tu périr cette jeune beauté ?
Réferves- tu ce prix à ma fidelité
Iris feule , à tes loix , fçut affervir mon ame ;
Elle feule , en mon coeur , fçut allumer ta flme.
Et depuis le moment que les traits de fes yeux
M'ont caufé des tranfports qui m'égaloient aux
Dieux.
Toujours conftant , toujours plus charmé de ma
chaîne ,
J'en ai porté le poids fans murmure & fans
peine ,
Je n'ai jamais tenté de brifer un lien ,
Trop doux , puifqu'il unit mon coeur avec le
fien.
Depuis cet heureux jour que j'adore ſes char—
mes J
Mon coeur n'a reffenti que ces douces allarmes
و ت
Que l'amour fait fentir aux coeurs les plus heureux
,
Et dont nul n'eft exempt dans l'empire amoureux
.
Mais faut - il que la mort , plus que jamais
cruelle ,
Ofe couper les noeuds d'une union fi belle !
Veut-elle , la barbare , enlever à mon coeur
D'un fi parfait amour la charmante douceur
>
Mon Iris n'étant plus , quel objet dans mon
ame ,
11, Vol.
Eft
T JUIN. 1730. 1347
Eft digne d'allumer une nouvelle flâme ?
Si , d'Orphée autrefois animant les Concerts ,
Tu fçus fléchir , pour lui , le fier Dieu des en
fers ,
Tente un nouvel effort , dans ce péril extrême ,
Entreprens tout, grand Dieu !
j'aime.
Si ce n'eft
pour
fauver ce que
pas affez , pour attendrir ton coeur
De mon interêt feul , & de mon feul bonheur
Ne regarde que toi , c'est toi que l'on outrage ;
Voy tout ce que tu perds, & quel affreux ravage ,
Dans ton empire heureux va caufer cette mort.
Que de coeurs dégagez , & maîtres de leur fort !
Iris n'avoit fur eux remporté la victoire ,
Que pour faire éclater ta puiſſance & ta gloire .
Ah ! ne balance pas , cours arrêter le trait ,
Qui menace les jours de cet aimable objet !
Touché de mes regrets , fenfible à ma priere ,
L'amour part auffi - tôt du temple de Cythere ,. !
Et d'un effor hardi s'elevant dans les airs ,
Traverfe d'un coup d'aile , & la terre & les
mers ;
Il pénétre bien- tôt dans la demeure affreufe
Qu'enceint neuf fois , du Stix , l'Onde noire &
bourbeufe.
Tout tremble à fon afpect , Pluton faifi d'ef
froi ,
Craint qu'à tout fon Empire il ne donne la loy
JJ. Vel L'Amor
$348 MERCURE DE FRANCE
L'Amour vole au milieu du tenebreux Aver
ne ;
Sous un Roc, va fe perdre une horrible caverne,
L'aftre brillant du jour n'y pénétra jamais ,
Nul mortel , en ce lieu , ne peut avoir d'accès :
Ceft - là que dans l'horreur d'un éternel filence ,
Minos tient dans fes mains la terrible balance
Là , roule inceffamment l'Urne ou de chaque
humain ,
Eft renfermé le nom tracé par le Deſtin
Là , de rage écumant , la Parque inéxorable
Coupe le fil des jours du Mortel déplorable ,›
Dont le nom malheureux eft tiré par le fort.
L'amour découvre enfin ce féjour de la mort
Il y court , quelle horreur ! le fort impitoya
ble
$
Avoit déja d'Iris , tiré le nom aimable ;
Déja pour la plonger dans la nuit du Tombeau ,,
La cruelle Atropos apprêtoit fon Cizeau ;
Mais retenant ce bras armé de barbarie ,
Arrêté , dit l'Amour , implacable furie ;
Quoi , peux-tu , fans pitié , trancher de fi beauxjours
?
Et détruire par là l'empire des Amours ?
Porte tes coups ailleurs , & change de victime
Ou je vais , par mes traits , te punir de ton
crime.
Pour te dédommager , dans peu tu me verras , ›
11-Voli Porter
JUIN. 1730. 1349
Porter dans mille coeurs de funeftes trépas ;
Pour en venir à bout , Iris me doit fuffire ,
Ses yeux fçauront peupler le tenebreux empire :
Il dit , des mains du fort arrachant le billet
Dans le Vaſe fatal , lui même il le remet
La Parque n'ofe alors s'oppoſer à fon zele ,
Et cachant fon dépit , je me rends , lui dit - elle
Le plus barbare coeur s'adoucit à ta voix ,
Dans les Cieux , aux Enfers , tes défirs font des
Loix ;
Mais garde ta promeffe , & prends foin de ma
gloire.
Charmé de ce triomphe , & fier de fa victoire.
Le Dieu fuit auffi - tôt ce féjour odieux ,
Et revient m'annoncer ce fuccès glorieux.
Séche , féche , dit- il , la fource de tes larmes ,
Calme , Berger heureux , de fi juftes allarmes,
Ton -Iris va revoir la lumiere du jour ,
Et ce parfait bonheur tu le dois à l'Amour.
A vivre fous mes Loix fois toujours plus fidele ,
Tu vois comme je fers la conftance & le zéle.
Il me laiffe à ces mots , & depuis mon Iris ,
Recouvre tous les jours , fa force , & ſes efprits.
Elle reprend ce feu , doux vainqueur de mor
ame
>
Et par qui de l'Amour tout fent la vive flamme.
Que la plus vive joye éclate dans mon coeur ,
Que les plus doux tranſports annoncent mon
bonheur.
DE LA SANTE DE MAD ...
C Effez , ceffez , mes yeux , de répandre des
>
- pleurs ,
Il eft tems de calmer ma crainte , & mes douleurs
:
Des portes du trépas mon Iris revenuë ,
Plus belle que jamais va paroître à ma vûë ,
Des horreurs de la mort fes yeux déja cou
verts ,
'A la clarté du jour fe font enfin ouverts .
O vous qui refpirez l'air tendre de Cythere ,
Vous , fideles fujets du Dieu qu'on y revére ,
Venez , accourez tous , que vos plus doux concerts
,
En ce jour fortuné raiſonnent dans les airs ;
Qu'aux jeux les plus charmans fuccede la tendreffe
;
Vous ne fçauriez trop loin pouffer votre allegreffe
;
11. Vol. C'eft
JUIN. 1730. 1345..
C'eft votre aimable Dieu qui triomphe du fort ,
Il a ſçû déſarmer l'inéxorable mort.
A ma voix, attentifs , apprenez fa victoire ,
Et chantez avec moi , fon triomphe & ſa gloire .
A peine les dangers d'Iris me font connus ,
Que mes triftes fanglots ne font plus retenus ;
Une fombre pâleur , fur mon vifage empreinte
Marque le noir chagrin dont mon ame eft
atteinte,
Et du jour qui me luit , déteftant, le flambeau ,-
Déja je me prépare à la fuivre au tombeau,
Mais enfin au milieu de mes plus vives craintes ,
Addreffant à l'Amour ma priere , & mes plaintes
Dieu puiffant , m'écriai- je , ô toi , qui de mon
coeur ,
Fis toujours le plaifir , la joye & le bonheur ,
Toi , que je connoiffois avant de me connoître,
Toi , de mes fentimens , feul , & fouverain
maître
Amour , daigne , pour moi , t'employer aujour
d'hui ,
;
Signale ta puiffance , & deviens mon appui.
La mort impunément ofe attaquer la vie ,
De l'adorable objet dont mon ame eſt ravie
Pour terminer des jours fi précieux , fi beaux ,
Je la vois éguifer fon implacable Faux :
Verras - tu fans courroux cette horrible injuftice
?
JI.Vol Souffriras- tu
1346 MERCURE DE FRANCE
Souffriras- tu , grand Dieu ! ce cruel facrifice ! ~
Laifferas-tu périr cette jeune beauté ?
Réferves- tu ce prix à ma fidelité
Iris feule , à tes loix , fçut affervir mon ame ;
Elle feule , en mon coeur , fçut allumer ta flme.
Et depuis le moment que les traits de fes yeux
M'ont caufé des tranfports qui m'égaloient aux
Dieux.
Toujours conftant , toujours plus charmé de ma
chaîne ,
J'en ai porté le poids fans murmure & fans
peine ,
Je n'ai jamais tenté de brifer un lien ,
Trop doux , puifqu'il unit mon coeur avec le
fien.
Depuis cet heureux jour que j'adore ſes char—
mes J
Mon coeur n'a reffenti que ces douces allarmes
و ت
Que l'amour fait fentir aux coeurs les plus heureux
,
Et dont nul n'eft exempt dans l'empire amoureux
.
Mais faut - il que la mort , plus que jamais
cruelle ,
Ofe couper les noeuds d'une union fi belle !
Veut-elle , la barbare , enlever à mon coeur
D'un fi parfait amour la charmante douceur
>
Mon Iris n'étant plus , quel objet dans mon
ame ,
11, Vol.
Eft
T JUIN. 1730. 1347
Eft digne d'allumer une nouvelle flâme ?
Si , d'Orphée autrefois animant les Concerts ,
Tu fçus fléchir , pour lui , le fier Dieu des en
fers ,
Tente un nouvel effort , dans ce péril extrême ,
Entreprens tout, grand Dieu !
j'aime.
Si ce n'eft
pour
fauver ce que
pas affez , pour attendrir ton coeur
De mon interêt feul , & de mon feul bonheur
Ne regarde que toi , c'est toi que l'on outrage ;
Voy tout ce que tu perds, & quel affreux ravage ,
Dans ton empire heureux va caufer cette mort.
Que de coeurs dégagez , & maîtres de leur fort !
Iris n'avoit fur eux remporté la victoire ,
Que pour faire éclater ta puiſſance & ta gloire .
Ah ! ne balance pas , cours arrêter le trait ,
Qui menace les jours de cet aimable objet !
Touché de mes regrets , fenfible à ma priere ,
L'amour part auffi - tôt du temple de Cythere ,. !
Et d'un effor hardi s'elevant dans les airs ,
Traverfe d'un coup d'aile , & la terre & les
mers ;
Il pénétre bien- tôt dans la demeure affreufe
Qu'enceint neuf fois , du Stix , l'Onde noire &
bourbeufe.
Tout tremble à fon afpect , Pluton faifi d'ef
froi ,
Craint qu'à tout fon Empire il ne donne la loy
JJ. Vel L'Amor
$348 MERCURE DE FRANCE
L'Amour vole au milieu du tenebreux Aver
ne ;
Sous un Roc, va fe perdre une horrible caverne,
L'aftre brillant du jour n'y pénétra jamais ,
Nul mortel , en ce lieu , ne peut avoir d'accès :
Ceft - là que dans l'horreur d'un éternel filence ,
Minos tient dans fes mains la terrible balance
Là , roule inceffamment l'Urne ou de chaque
humain ,
Eft renfermé le nom tracé par le Deſtin
Là , de rage écumant , la Parque inéxorable
Coupe le fil des jours du Mortel déplorable ,›
Dont le nom malheureux eft tiré par le fort.
L'amour découvre enfin ce féjour de la mort
Il y court , quelle horreur ! le fort impitoya
ble
$
Avoit déja d'Iris , tiré le nom aimable ;
Déja pour la plonger dans la nuit du Tombeau ,,
La cruelle Atropos apprêtoit fon Cizeau ;
Mais retenant ce bras armé de barbarie ,
Arrêté , dit l'Amour , implacable furie ;
Quoi , peux-tu , fans pitié , trancher de fi beauxjours
?
Et détruire par là l'empire des Amours ?
Porte tes coups ailleurs , & change de victime
Ou je vais , par mes traits , te punir de ton
crime.
Pour te dédommager , dans peu tu me verras , ›
11-Voli Porter
JUIN. 1730. 1349
Porter dans mille coeurs de funeftes trépas ;
Pour en venir à bout , Iris me doit fuffire ,
Ses yeux fçauront peupler le tenebreux empire :
Il dit , des mains du fort arrachant le billet
Dans le Vaſe fatal , lui même il le remet
La Parque n'ofe alors s'oppoſer à fon zele ,
Et cachant fon dépit , je me rends , lui dit - elle
Le plus barbare coeur s'adoucit à ta voix ,
Dans les Cieux , aux Enfers , tes défirs font des
Loix ;
Mais garde ta promeffe , & prends foin de ma
gloire.
Charmé de ce triomphe , & fier de fa victoire.
Le Dieu fuit auffi - tôt ce féjour odieux ,
Et revient m'annoncer ce fuccès glorieux.
Séche , féche , dit- il , la fource de tes larmes ,
Calme , Berger heureux , de fi juftes allarmes,
Ton -Iris va revoir la lumiere du jour ,
Et ce parfait bonheur tu le dois à l'Amour.
A vivre fous mes Loix fois toujours plus fidele ,
Tu vois comme je fers la conftance & le zéle.
Il me laiffe à ces mots , & depuis mon Iris ,
Recouvre tous les jours , fa force , & ſes efprits.
Elle reprend ce feu , doux vainqueur de mor
ame
>
Et par qui de l'Amour tout fent la vive flamme.
Que la plus vive joye éclate dans mon coeur ,
Que les plus doux tranſports annoncent mon
bonheur.
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Résumé : SUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA SANTÉ DE MAD...
Le texte décrit la joie et le soulagement du narrateur face au rétablissement de la santé d'Iris, une femme qu'il aime profondément. Initialement, il exprime sa douleur et sa crainte de la perdre, décrivant les dangers qu'elle a affrontés et les moments de désespoir qu'il a vécus. Le narrateur invoque l'amour et le pouvoir de l'Amour, le dieu, pour sauver Iris de la mort. Il se remémore sa fidélité et son amour constant pour Iris, soulignant que leur union est précieuse et belle. Il implore l'Amour de sauver Iris, comparant la situation à celle d'Orphée qui avait sauvé Eurydice. Touché par ses prières, l'Amour se rend aux Enfers, affrontant Pluton et les Parques pour empêcher la mort d'Iris. Grâce à cette intervention divine, Iris est sauvée et retrouve sa santé. Le narrateur exprime alors sa joie et son bonheur, reconnaissant la puissance de l'Amour qui a triomphé de la mort.
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2637
p. 1354-1355
POUR CORINE, Chienne de Madlle Pasquier.
Début :
Je veux peindre en mes Vers la charmante Corine, [...]
Mots clefs :
Chienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR CORINE, Chienne de Madlle Pasquier.
POUR CORINE ,
Chienne de Maa Pafquier,
E veux peindre en mes Vers la charmante
Corine ,
Amour , tu fçais pour qui ; dirige mon Pinceau,
Elle n'eft pas ce que l'on s'imagine ,
Et dans fon efpecé canine
Vit-on jamais rien de fi beau.
Quels yeux plus vifs ! quelle plus riche
Elle peut en beauté difputer à l'Hermine
Eft-il un plus joli muſeau ;
Sa phifionomie eft tant foit peu mutine ,
Et ce défaut chez elle eft gracieux.
Une noble fierté marque notre origine.
On connoît à l'air de Corine
peau t
Qu'elle defcend du Chien qui brille dans les
Cieux
Mais ce qui rend pour moi fon fort digne d'envic
,
C'eftqu'elle plaît à deux beaux yeux ,
LI. Vol. Deux
JUIN. 1730. 1355
Beux yeux qui feroient feuls le bonheur de ma
vie
Si l'on me permettoit de foupirer pour eux.
Le Solitaire.
Chienne de Maa Pafquier,
E veux peindre en mes Vers la charmante
Corine ,
Amour , tu fçais pour qui ; dirige mon Pinceau,
Elle n'eft pas ce que l'on s'imagine ,
Et dans fon efpecé canine
Vit-on jamais rien de fi beau.
Quels yeux plus vifs ! quelle plus riche
Elle peut en beauté difputer à l'Hermine
Eft-il un plus joli muſeau ;
Sa phifionomie eft tant foit peu mutine ,
Et ce défaut chez elle eft gracieux.
Une noble fierté marque notre origine.
On connoît à l'air de Corine
peau t
Qu'elle defcend du Chien qui brille dans les
Cieux
Mais ce qui rend pour moi fon fort digne d'envic
,
C'eftqu'elle plaît à deux beaux yeux ,
LI. Vol. Deux
JUIN. 1730. 1355
Beux yeux qui feroient feuls le bonheur de ma
vie
Si l'on me permettoit de foupirer pour eux.
Le Solitaire.
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Résumé : POUR CORINE, Chienne de Madlle Pasquier.
Le poème de juin 1730, signé 'Le Solitaire', célèbre Corine, la chienne de Maa Pafquier. L'auteur admire ses yeux vifs, son museau joli et sa physionomie mutine. Il la compare à un chien céleste et note qu'elle plaît à la personne aimée, dont il souhaite attirer l'attention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2638
p. 1359
ENIGME.
Début :
Je puis dire qu'en ma figure [...]
Mots clefs :
Perruque
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E puis dire qu'en ma figure
L'Art a pris foin d'imiter la nature ;
Et c'eft par lui que je fuis en faveur .
Mon corps eft compofé de mille & mille freres
Avec ordre rangés , d'une égale grandeur ,
Et felon les befoins differens en couleur ,
Dont on voit en tous lieux les peres & les meres
Dès que l'âge ou le tems ont flétri ma beauté ,
Pour me la rendre alors , des mains trop ménaj
geres
Me viennent de liens charger de tout côté.
On me vit en naiffant , fans paroître bizarre ,
Paffer du Prince au Peuple , & devenir moins rared
Aux jeunes comme aux vieux je donne des appas
Chez cent Peuples divers on ne me connoît pas.
E puis dire qu'en ma figure
L'Art a pris foin d'imiter la nature ;
Et c'eft par lui que je fuis en faveur .
Mon corps eft compofé de mille & mille freres
Avec ordre rangés , d'une égale grandeur ,
Et felon les befoins differens en couleur ,
Dont on voit en tous lieux les peres & les meres
Dès que l'âge ou le tems ont flétri ma beauté ,
Pour me la rendre alors , des mains trop ménaj
geres
Me viennent de liens charger de tout côté.
On me vit en naiffant , fans paroître bizarre ,
Paffer du Prince au Peuple , & devenir moins rared
Aux jeunes comme aux vieux je donne des appas
Chez cent Peuples divers on ne me connoît pas.
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2639
p. 1359-1362
LOGOGRIPHE.
Début :
Je puis, quoique Latin, passer pour francisé, [...]
Mots clefs :
Orémus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP HE.
JE puis,quoique Latin, paffer pour francifé ;
Puifqu'en ftile François l'on me met en uſage ,
Mais fi mon corps en deux eft divifé ,
Deux mots vraiment Latins font alors mon par
tage ;
L'un défigne un endroit inférieur aux yeux ,
II. Vol. Eij Et .
1360 MERCURE DE FRANCE
AS
Et l'autre un animal vil , abject , odieux ;
Mais laiffons le Latin , parlons Langue connue.
Regardez moi dans mon entier ;
Si vous ôtez mon chef , je vous expoſe en vûë
Le frere d'un Romain , Prince & fameux Guerrier
,
Dont l'Hiftoire eft fi merveilleufe
Qu'elle peut bien paffer pour fabuleuſe.
Remettez ma tête en fon lieu ,
Et ne laiffez auprés que ma feconde Lettre
Tout mortel me doit un aveu
Des defirs qu'en lui je fais naître.
Etes-vous curieux de mes varietés
Vous aurez du fil à retordre.
Remettez mon tout en fon ordre ;
Puis joignez fans rien plus mes deux extremités
Je fuis un mets pour certaine mâchoire
Renvoyez mon membre dernier
Du quatre faites le premier ,
Et pour ajufter ce grimoire ,
← Mettez le trois au quatrième rang ,
Que ce foit tout ; alors je differe du blanc.
Voulez-vous me donner une nouvelle face
Sans déroger à l'ordre , où me voici :
Prenez ma penultiéme , & qu'en ladite place
Elle foit inftallée ici,
Je fuis chez les humains une forte d'ordure ;
Chez certains animaux un mal très - dangereux ,
Prife differemment , poiffon bon en faumure ,
II. Vol.
JUIN. 1730 . 1361
Si l'on me mange frais , encor plus favoureux
En cet état , fi vous ôtez mon ventre ,
Ou la Lettre qui fait directement mon centre ,
J'affecte une grimace ou bien un air boudeux;
Mais j'ai tant de Métamorphofes ,
Que ce feroit un penible travail
D'en continuer le détail.
Par chiffre , à moins de frais , j'indiquerai les
chofes
Que renferme mon corps formé de fix morceaux;
Comptez , tournez , virez , voici mes numeros :
Deux , un , quatre & puis trois , j'offre une Ville.
antique ;
Quatre , trois , deux , un terrible élement ;
Deux , trois , je tiens mon coin dans la Mufique;"
Cinq , trois & deux , je vais rampant ;
Deux , cinq , fix , trois tour fubtil ou d'adreffe
;
Quatre , cinq , fix & trois , j'ai droit fur le Permeffe
;
Six , trois & quatre , on voit un des fils de Noë
Un & deux , quatre & trois , Arbre d'un grand
ufage ,
Et qui par fon touffu branchage
Aidoit aux doux propos de Daphnis & Cloč.
Deux , cinq & trois , plante odoriferante ,
Qui dans la Médecine a plus d'une vertu ,
Ou dans un autre fens , chemin libre & battu ;
Cinq , trois , deux , fix
qu'on chante ,
foit qu'on parle ou'
H. Vol.
Quand iij
1362 MERCURE DE FRANCE
Quand je fuis bon , je plais également ;
Deux & cinq,quatre & trois ,maladie,& fréquente,
Quatre , cinq , deux & trois , fruit de couleur
tachante ,
Qui du mal précedent adoucit le tourment.
Six , cinq , trois , deux , acte de canicule
( Soit dit pour éluder un plus long préambule ).
Deux , un , fix , trois , je deviens une fleur
Suave à l'odorat , & brillante en couleur ;
Deux , un, cinq , trois , voyez une autre ef
pece ,
Je fuis le marchepied d'une aveugle Déeſſe.
Quatre , un , deux , fix , je ne fers qu'au Che
val ;
Quatre , cinq , deux , je fuis formé par la truelle:
Un , cinq , deux , fix , un féroce animal § .
Joignez y trois , vous verrez fa femelle
Et grace au Ciel , la fin de cette kirielle.
JE puis,quoique Latin, paffer pour francifé ;
Puifqu'en ftile François l'on me met en uſage ,
Mais fi mon corps en deux eft divifé ,
Deux mots vraiment Latins font alors mon par
tage ;
L'un défigne un endroit inférieur aux yeux ,
II. Vol. Eij Et .
1360 MERCURE DE FRANCE
AS
Et l'autre un animal vil , abject , odieux ;
Mais laiffons le Latin , parlons Langue connue.
Regardez moi dans mon entier ;
Si vous ôtez mon chef , je vous expoſe en vûë
Le frere d'un Romain , Prince & fameux Guerrier
,
Dont l'Hiftoire eft fi merveilleufe
Qu'elle peut bien paffer pour fabuleuſe.
Remettez ma tête en fon lieu ,
Et ne laiffez auprés que ma feconde Lettre
Tout mortel me doit un aveu
Des defirs qu'en lui je fais naître.
Etes-vous curieux de mes varietés
Vous aurez du fil à retordre.
Remettez mon tout en fon ordre ;
Puis joignez fans rien plus mes deux extremités
Je fuis un mets pour certaine mâchoire
Renvoyez mon membre dernier
Du quatre faites le premier ,
Et pour ajufter ce grimoire ,
← Mettez le trois au quatrième rang ,
Que ce foit tout ; alors je differe du blanc.
Voulez-vous me donner une nouvelle face
Sans déroger à l'ordre , où me voici :
Prenez ma penultiéme , & qu'en ladite place
Elle foit inftallée ici,
Je fuis chez les humains une forte d'ordure ;
Chez certains animaux un mal très - dangereux ,
Prife differemment , poiffon bon en faumure ,
II. Vol.
JUIN. 1730 . 1361
Si l'on me mange frais , encor plus favoureux
En cet état , fi vous ôtez mon ventre ,
Ou la Lettre qui fait directement mon centre ,
J'affecte une grimace ou bien un air boudeux;
Mais j'ai tant de Métamorphofes ,
Que ce feroit un penible travail
D'en continuer le détail.
Par chiffre , à moins de frais , j'indiquerai les
chofes
Que renferme mon corps formé de fix morceaux;
Comptez , tournez , virez , voici mes numeros :
Deux , un , quatre & puis trois , j'offre une Ville.
antique ;
Quatre , trois , deux , un terrible élement ;
Deux , trois , je tiens mon coin dans la Mufique;"
Cinq , trois & deux , je vais rampant ;
Deux , cinq , fix , trois tour fubtil ou d'adreffe
;
Quatre , cinq , fix & trois , j'ai droit fur le Permeffe
;
Six , trois & quatre , on voit un des fils de Noë
Un & deux , quatre & trois , Arbre d'un grand
ufage ,
Et qui par fon touffu branchage
Aidoit aux doux propos de Daphnis & Cloč.
Deux , cinq & trois , plante odoriferante ,
Qui dans la Médecine a plus d'une vertu ,
Ou dans un autre fens , chemin libre & battu ;
Cinq , trois , deux , fix
qu'on chante ,
foit qu'on parle ou'
H. Vol.
Quand iij
1362 MERCURE DE FRANCE
Quand je fuis bon , je plais également ;
Deux & cinq,quatre & trois ,maladie,& fréquente,
Quatre , cinq , deux & trois , fruit de couleur
tachante ,
Qui du mal précedent adoucit le tourment.
Six , cinq , trois , deux , acte de canicule
( Soit dit pour éluder un plus long préambule ).
Deux , un , fix , trois , je deviens une fleur
Suave à l'odorat , & brillante en couleur ;
Deux , un, cinq , trois , voyez une autre ef
pece ,
Je fuis le marchepied d'une aveugle Déeſſe.
Quatre , un , deux , fix , je ne fers qu'au Che
val ;
Quatre , cinq , deux , je fuis formé par la truelle:
Un , cinq , deux , fix , un féroce animal § .
Joignez y trois , vous verrez fa femelle
Et grace au Ciel , la fin de cette kirielle.
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2640
p. [1479]-1484
LA DOUCEUR, ODE.
Début :
Vertu que l'Arbitre du Monde, [...]
Mots clefs :
Douceur, Coeurs, Prince, Bourbons, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA DOUCEUR, ODE.
LA DOUCEUR,
O DE.
Ertu que l'Arbitre du Monde ,
Préfere à tant d'autres vertus
>
Qui tiens dans une paix profonde ,
Les coeurs par des Traits abbatus ,
Fille du Ciel , Douceur charmante
Aux Chanfons , que pour toi j'enfante ,
Viens mêler tes charmes puiffants :
A ij
Que
+480 MERCURE DE FRANCE
Que fur ma Lyre harmonieuſe ,
Une tendreffe précieuſe ,
Immortalife mes accens.
L'Efperance par toi conduite ,
Rentre chez les triftes Humains :
Quels biens n'as- tu pas à ta fuite ?
Tu les répands à pleines mains.
Tu nous donnes les récompenfes ,
Et quand tu punis les offenſes ,
On aime ta féverité.
Parmi les bienfaits que tu places ,
Les refus tiennent lieu de graces ;
Tout part de la même bonté.
Ainfi lorfqu'au Printems de l'âge ,
Par d'inévitables attraits ,
Une Beauté brillante & fage ,
Aux jeunes coeurs lance fes Traits
De fa candeur infinuante ,
Ses Amans , Troupe impatiente ,
Refpectent l'accueil gracieux :
A l'Amour fon ame rebelle ,
Vers l'Amitié tendre & fidele ,
Tourne la douceur de ſes yeux.
Loin de moi , Fierté fourcilleufe ;
Qui des plus intimes amis.
JUILLET. 1730. 148 *
Par une hauteur pointilleuſe ,
Fais d'implacables ennemis :
Je laiffe à des ames vulgaires
Tes faveurs toujours mercenaires
C'eſt un appas trop dangereux :
Avec dédain , je les néglige ,
Les refpects que ton fafte exige ,
Me font un tribut onereux.
Dans une puiffance modefte ;
Qui craint d'étaler ſon pouvoir ,
Je reconnoîs l'Eſprit celefte ;
Tout m'avertit de mon devoir.
Mais d'une humeur fiere & hautaine
Je hais l'affectation vaine ,
Qui me refuſe ſes regards :
Je ris d'une grandeur farouche ,
Qui dédaigne d'ouvrir la bouche ,
Pour applaudir à mes égards.
Mortels , devenez plus traitables ,
Et nous tombons à vos genoux :
Oui , vous nous êtes fecourables ,
Mais , vous , que feriez - vous fans nous ?
Ecartez ces fombres nuages ,
Qui de vos auguftes viſages ,
Banniffent la férenité ;
A iij
Et
1482 MERCURE DE FRANCE
Et par des hommages finceres ,
Vous verrez nos coeurs moins féveres ,
Reprendre leur vivacité ,
A ceux mêmes qu'un fort fantafque
'Affervit à nos volontez ,
Epargnons du moins la bourrafque ,
De nos caprices indomptez.
Que notre bras , qui les châtie ,
Dans le temps qu'il les humilie
Les traite comme nos égaux :
Fuyons ces aigreurs offençantes
Et ces paroles foudroyantes ,
Qui ne font qu'irriter leurs maux.
Non , rien n'arrofe mieux la terre ,
Que l'eau qui coule fans fracas :
L'Onde qu'enfante le Tonnerre ,
Caufe toûjours d'affreux dégats ;
Tout cede au caprice terrible ,
Tout hait la rigueur inflexible ,
D'un furieux , d'un emporté :
Mais les coeurs avec confiance ,
Suivent l'aimable violence ,
D'une paiſible autorité.
Qu'apperçois-je ? Mars & Bellone ,
Egorgent
JUILLET. 1730. 1483
"
gorgent les Romains tremblans :
Les Lauriers qu'Augufte moiffonne ,
Ne font que des Lauriers fanglants ;
Sous fon bras , les Villes rangées ,
Pleurent , dans le fang fubmergées ,
Leurs plus fideles deffenfeurs ,
Et fon triomphe imaginaire ,
N'eft qu'un fpectacle fanguinaire
Où je vois d'affreufes couleurs.
C'eft toi , Douceur compatiffante
Qui viens arrêter tant d'excès : -
De la victoire menaçante ,
Tu bornes les cruels fuccès :
Par tes foins l'Abondance heureufe
Bientôt de l'ardeur belliqueufe ,
Va réparer les vains exploits :
Déja le Vainqueur redoutable ,
Prête ſa main infatigable ,
Pour foufcrire à tes faintes Loix
Ah ! pour la veritable gloire ,
Ne ceffons jamais d'être ardens
Et ne vivons pas dans l'Hiftoire ,
Pour effrayer nos deſcendans .
Ceft là que , devant tous les hommes ,
Nous paroîtrons tels que nous fommes ,
A iiij Affables
1484 MERCURE DE FRANCE
'Affables , durs , mauvais ou bons ;
Que dans cet avenir immenſe ,
Par des actions de clemence ,
Les Humains connoiffent nos nóms.
FRANCE, c'eft par là que l'on vante ,
L'augufte Sang de tes BOURBONS :
L'aimable Vertu que je chante ,
Eft l'ame de leurs actions.
Que cette bonté magnanime ,
Pour ton PRINCE à jamais anime ;
La tendreffe de fes Sujets ;
Et que les Filles de Mémoire ,
Forment , pour celebrer ſa gloire ;
Tous les jours de nouveaux projets .
DE LA RUE , ancien Profeffeur de
Rhéthorique.
O DE.
Ertu que l'Arbitre du Monde ,
Préfere à tant d'autres vertus
>
Qui tiens dans une paix profonde ,
Les coeurs par des Traits abbatus ,
Fille du Ciel , Douceur charmante
Aux Chanfons , que pour toi j'enfante ,
Viens mêler tes charmes puiffants :
A ij
Que
+480 MERCURE DE FRANCE
Que fur ma Lyre harmonieuſe ,
Une tendreffe précieuſe ,
Immortalife mes accens.
L'Efperance par toi conduite ,
Rentre chez les triftes Humains :
Quels biens n'as- tu pas à ta fuite ?
Tu les répands à pleines mains.
Tu nous donnes les récompenfes ,
Et quand tu punis les offenſes ,
On aime ta féverité.
Parmi les bienfaits que tu places ,
Les refus tiennent lieu de graces ;
Tout part de la même bonté.
Ainfi lorfqu'au Printems de l'âge ,
Par d'inévitables attraits ,
Une Beauté brillante & fage ,
Aux jeunes coeurs lance fes Traits
De fa candeur infinuante ,
Ses Amans , Troupe impatiente ,
Refpectent l'accueil gracieux :
A l'Amour fon ame rebelle ,
Vers l'Amitié tendre & fidele ,
Tourne la douceur de ſes yeux.
Loin de moi , Fierté fourcilleufe ;
Qui des plus intimes amis.
JUILLET. 1730. 148 *
Par une hauteur pointilleuſe ,
Fais d'implacables ennemis :
Je laiffe à des ames vulgaires
Tes faveurs toujours mercenaires
C'eſt un appas trop dangereux :
Avec dédain , je les néglige ,
Les refpects que ton fafte exige ,
Me font un tribut onereux.
Dans une puiffance modefte ;
Qui craint d'étaler ſon pouvoir ,
Je reconnoîs l'Eſprit celefte ;
Tout m'avertit de mon devoir.
Mais d'une humeur fiere & hautaine
Je hais l'affectation vaine ,
Qui me refuſe ſes regards :
Je ris d'une grandeur farouche ,
Qui dédaigne d'ouvrir la bouche ,
Pour applaudir à mes égards.
Mortels , devenez plus traitables ,
Et nous tombons à vos genoux :
Oui , vous nous êtes fecourables ,
Mais , vous , que feriez - vous fans nous ?
Ecartez ces fombres nuages ,
Qui de vos auguftes viſages ,
Banniffent la férenité ;
A iij
Et
1482 MERCURE DE FRANCE
Et par des hommages finceres ,
Vous verrez nos coeurs moins féveres ,
Reprendre leur vivacité ,
A ceux mêmes qu'un fort fantafque
'Affervit à nos volontez ,
Epargnons du moins la bourrafque ,
De nos caprices indomptez.
Que notre bras , qui les châtie ,
Dans le temps qu'il les humilie
Les traite comme nos égaux :
Fuyons ces aigreurs offençantes
Et ces paroles foudroyantes ,
Qui ne font qu'irriter leurs maux.
Non , rien n'arrofe mieux la terre ,
Que l'eau qui coule fans fracas :
L'Onde qu'enfante le Tonnerre ,
Caufe toûjours d'affreux dégats ;
Tout cede au caprice terrible ,
Tout hait la rigueur inflexible ,
D'un furieux , d'un emporté :
Mais les coeurs avec confiance ,
Suivent l'aimable violence ,
D'une paiſible autorité.
Qu'apperçois-je ? Mars & Bellone ,
Egorgent
JUILLET. 1730. 1483
"
gorgent les Romains tremblans :
Les Lauriers qu'Augufte moiffonne ,
Ne font que des Lauriers fanglants ;
Sous fon bras , les Villes rangées ,
Pleurent , dans le fang fubmergées ,
Leurs plus fideles deffenfeurs ,
Et fon triomphe imaginaire ,
N'eft qu'un fpectacle fanguinaire
Où je vois d'affreufes couleurs.
C'eft toi , Douceur compatiffante
Qui viens arrêter tant d'excès : -
De la victoire menaçante ,
Tu bornes les cruels fuccès :
Par tes foins l'Abondance heureufe
Bientôt de l'ardeur belliqueufe ,
Va réparer les vains exploits :
Déja le Vainqueur redoutable ,
Prête ſa main infatigable ,
Pour foufcrire à tes faintes Loix
Ah ! pour la veritable gloire ,
Ne ceffons jamais d'être ardens
Et ne vivons pas dans l'Hiftoire ,
Pour effrayer nos deſcendans .
Ceft là que , devant tous les hommes ,
Nous paroîtrons tels que nous fommes ,
A iiij Affables
1484 MERCURE DE FRANCE
'Affables , durs , mauvais ou bons ;
Que dans cet avenir immenſe ,
Par des actions de clemence ,
Les Humains connoiffent nos nóms.
FRANCE, c'eft par là que l'on vante ,
L'augufte Sang de tes BOURBONS :
L'aimable Vertu que je chante ,
Eft l'ame de leurs actions.
Que cette bonté magnanime ,
Pour ton PRINCE à jamais anime ;
La tendreffe de fes Sujets ;
Et que les Filles de Mémoire ,
Forment , pour celebrer ſa gloire ;
Tous les jours de nouveaux projets .
DE LA RUE , ancien Profeffeur de
Rhéthorique.
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Résumé : LA DOUCEUR, ODE.
Le poème 'La Douceur', publié dans le Mercure de France en juillet 1730, célèbre la vertu de la douceur. Cette qualité est présentée comme une fille du ciel, capable de charmer les cœurs et de répandre des bienfaits. La douceur est décrite comme une force qui guide l'espérance et qui, même en punissant, est aimée pour sa sévérité juste. Elle s'oppose à la fierté et à l'affectation vaine, et est associée à une puissance modeste et céleste. Le poème encourage les mortels à être plus conciliants et à éviter les aigreurs offensantes. La douceur est comparée à une eau qui arrose la terre sans fracas, contrairement à la violence destructrice. Elle est également capable d'arrêter les excès de la guerre et de promouvoir la véritable gloire à travers des actions de clémence. Le texte se conclut par une louange à la vertu des Bourbons, dont la bonté et la tendresse envers leurs sujets sont célébrées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2641
p. 1494-1503
SUITE de la Traduction du Poëme de Petrone, sur la Guerre Civile.
Début :
L'Ame du grand César de rien n'est alarmée ; [...]
Mots clefs :
Pétrone, Paix, Guerre civile, Cieux, Gloire, Romains, César
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Traduction du Poëme de Petrone, sur la Guerre Civile.
SUITE de la Traduction du Poëme
de Petrone ,fur la Guerre Civile.
L
' Ame du grand Céfar de rien n'eft alarmée
;
Rien ne peut arrêter l'ardeur de fon armée :
Parmi les cris de joye , il monte dans ces lieux
Il y campe , & delà , jettant au loin les yeux
H découvre les Champs de l'injufte Hefperic ;
Il fent à cet objet redoubler fa furie.
;
Et levant vers les Cieux & les mains & la voix ,
JUILLET. 1730. 1498
O Dieux, dit- il, ô Terre , où mon bras autrefois
,
Par de fanglans combats , captiva la Victoire
» O Pays , dont j'ai fait & la joye & la gloire .
» Un refte de bonté me parle encor pour toy ;;
Je cours à la vengeance , & j'y cours malgré
moy.
La Guerre qui s'apprête, ô Rome , eft ton ou
vrage :
Toy feule , tes mépris ont formé cet Orage.
Quoy ? tandis que volant de combats en
combats ,
Je t'affervis le Rhin , j'augmente tes Etats ,
» Tandis que t'immolant le débris de la Gaule
J'affermis de nouveau la paix du Capitole ,
L'Exil de tant d'Exploits fera Pindigne prix ,"
» As-tu donc crû Céfar , infenfible au mépris
Chaque fuccès nouveau me fait un nouveau "
crime !
» Des Romains que je fers , ferai - je la victime a
Efclaves malheureux , d'un fordide interêt ,
» Bien plus que mon pouvoir , ma gloire vous
déplaît .
> En vain la paix convient au bien de la patrie
» La Guerre contre moi , fert mieux la jaloufie
.
Qu'ils ne fe flattent pas que ce bras , fans vengeur
,
Puiffe tomber aux fers d'un indigne vain
queur..
J
» Non
1496 MERCURE DE FRANCE
}
Non , non , je ne crains point leur injufte ca
price ,
Allons , le fer en main , leur demander juf
tice.
Mon crime , chers amis , eft un crime commun
,
Rome , en me menaçant , vous menace cha
cun.
Je n'ay pas vaincu feul , je vous en dois la
gloire ,
Nous devons partager le fruit de la victoire.
» Marchons à Rome, allons, prevenons le dan
ger ,
Il faut , chers compagnons , périr ou fe ven
ger.
Pour moy , graces à vous , je ne fuis point
plaindre ,
Avec de tels Guerriers , Cefar ne fçait ries
craindre.
A peine achevoit -il , que par un vol heureu
Un Aigle l'affura du fuccès de fes voeux .
Sur la gauche du Camp , les Forêts retentirent
On entendit des voix , que les flammes fuivirent.
Phébus , d'un or plus pur , rehaufſa ſes cheveux
Et fit fur l'Horifon fentir de nouveaux feux.
Cefar , fortifié par tant d'heureux préfages ,
Au
JUILLET. 1730. 1497
Au travers des dangers , va s'ouvrir des paffages.
Il marche le premier ; la neige & les glaçons
Réfiftent quelque temps au poids des Eſcadrons
Mais bientôt , de la terre , échauffant la furface
,?
La foule fous fes pas , fait diffoudre la glace,
La Neige difparoît , fous les Chevaux tremblans
,
On voit de toutes parts , fe former des Torrens
Dont les Flots tout à coup rafermis & folides
S'arrêtent au milieu de leurs chûtes rapides .
On diroit , à l'aſpect d'un fi prompt change
ment
Qu'un invifible frein , retient cet Element.
En vain fur le penchant de ces routes gliffan
7 tes ,
S'avancent pas à pas , les Légions tremblantes.
Armes , Hommes , Chevaux , Bagages , Eten
darts ,
Pêle , inêle , emportez , tombent de toutes parts,
Pour furcroît de Terreur , il furvient un Orage
L'Aquilon déchaîné fait éclater ſa rage;
Dans un Nuage horrible , il amene la nuit¸
Et la Grêle auffi-tôt ſe répand à grand bruit .
Il femble qu'une Mer au haut des Cieux for
mée ,
Defous fes Flots glacez , veut engloutir l'Armée,
LA
1498 MERCURE DE FRANCE.
Le Ciel , la Terre & l'Onde enfemble confondus
,
Sous l'effort de l'Hyver font unis & vaincus.
Cefar réfifte feul , appuyé ſur ſa Lance ,
Il brave le péril , il deſcend , il s'avance.
Tel Alcide autrefois , d'un pas victorieux ,
Marchoit fur le Caucafe , & tel au haut des
Cieux ;
Paroiffoit Jupiter , lorfqu'armé du Tonnerre ,
Il confondoit l'orgueil des enfans de la Terre.
Mais tandis que l'Armée aprés tant de Travaux
Aux pieds de ces Rochers , fe range à fes Drapeaux.
La Décffe aux cent voix , part d'une aîle tremblante
,
Vole au Mont - Palatin ; là , femant l'épouvante ,
Elle apprend aux Romains , que Cefar en fureur
,
Arrive & va bien-tôt leur parler en vainqueur.
Leur fait voir fes Vaiffeaux , fur les Mers d'Au-
/ fonie,
Ses Soldats tout couverts du fang de Germanie.
L'Incendie & le fang , les dangers , les hazards ,
La Guerre & fes horreurs s'offrent de toutes
parts.
Rome aux premiers éclairs de ce funefte orage
E differens projets , s'agite & fe partage.
L'un
JUILLET. 1730. 1499
L'un par terre s'enfuit , l'autre fur des Vaif
feaux ;
La Patrie eft déja moins feure que les caux .
Il en eft dont le coeur moins fenfible aux allar
mes >
Attend que le deftin s'explique par les armes.
Plus on craint , plus on fuit ; le peuple épouventé
Ne croit plus dans fes Murs trouver de sûreté ,
Il s'éloigne , & tenant une route incertaine ,
Alfe porte au hazard ou fa frayeur l'entraîne .
Rome fe plaît à fuir , les Romains de concert
De ces Murs fi fameux font un affreux défert.
Le fils tremblant gémit entre les bras du Pere ;
Celui- cy tient les Dieux que fa Maiſon revere ,
Er maudiffant cent fois les ennemis abfens ,
Les accable de loin , fous des voeux impuiffans,
L'Epoufe avec l'Epoux , l'Enfance & la Vieil
leffe.
Dans leurs embrafemens confonde leur trifteffe ,
La jeuneſſe , au hazard , fans confulter le poids,
Court au premier objet qui peut fixer fon choix.
L'Avare , fur fes bras , charge fon équipage ,
Et voulant tout fauver , porte tout au pillage .
Ainfi quand l'Aquilon , troublant la paix des
Flots ,
Par un fouffle imprévu furprend les Matelots.
L'Art & le Gouvernail , tout devient inutile ,
Aux travers des Ecueils , l'un fe cherche un azy,
le Celui- cy
385162
1 500 MERCURE DE FRANCE
Celui -cy jette l'anchre & deffend ſon Vaífſeau ;
L'autre attend fon falut & du fort & de l'eau.
Mais que dis-je , là Mer & les Vents & POrage
,
Des Romains effrayez , font une foible image.
Le croira-t-on ? Tout fuit en ce trouble honteux
;
Le Senat , les Confuls , & Pompée avec eux.
Oui , ce Héros vainqueur , du Pont , de Mithri
dates ,
La Terreur de l'Hydafpe , & l'Ecueil des Py
rates,
Lui , que Rome en un jour , vit triompher trois
fois ,
Lui , qui fit aux Dieux même , envier fes Exploits
,
Enfin , lui dont le nom redouté du Boſphore ,
Vole de Mer en Mer , du Couchant à l'Aurore ;
Il fuit ; le fort cruel lui fait tourner le dos ,
Et traite également le Peuple & le Héros.
Le dirai - je le Ciel en ce défordre extrême ,'
Le Ciel a vú trembler , a vû fuir les Dieux
même.
En vain deffus la Terre il refte des Autels ;
Toutes les Déitez s'éloignent des mortels.
La Paix , la douce Paix , les quitte la premiere ;
Ses bras blancs font flétris d'une main meurtrie
re.
Ses yeux baignez de pleurs d'un voile font couyerts
.
JUILLET. 1730. 1501
Et dans ce trifte état elle vole aux Enfers .
La foy court fur les pas , en compagne fidelle
Et les Cheveux épars , Thémis fuit avec elle.
La Concorde les fuit , déchirant ſes habits ,
Et quitte avec regret des peuples trop chéris.
En échange , Pluton fait fortir fur la Terre ,
Les Monftres que l'Enfer dans les gouffres en
ferre.
La cruelle Erinnis , Megere , fes flambeaux ,
Et tout ce qu'en la Guerre on éprouve de maur,
Rempliffent l'Horifon de funeftes images ,
On voit par tout des feux , des meurtres , des
ravages.
Sur ce nouveau Théatre arrive la Fureur ,
Comme un Courfier fans frein , qu'éguillonne
la peur.
Dans un Cafque fanglant , elle montre un vilage,
Dù cent coups imprimez,font témoins de fa rage.
Son bras gauche eft couvert d'un Bouclier épais
Dont le cuir eſt chargé d'une gerbe de traits.
D'un infernal Tifon , fa main droite enflam
mée ,
Répand des Tourbillons de feux & de fumée.
La Terre s'apperçoit qu'elle a changé de Dieur
Le même changement fe fait fentir aux Cieux.
En differens projets , l'Olimpe fe divife ,
Dione de Cefar protege l'entrepriſe.
Minerve eft pour Cefar , & l'invincible Mars
Veut lui fervir de Guide , au milieu des hazards.
B Pour
1502 MERCURE DE FRANCE
Pour Pompée , Apollon & fa foeur fe déclarent ,
Acle fervir , Mercure , Alcide fe préparent .
L'égalité des faits , des Lauriers , des Travaux
La gloire unit ensemble , Alcide & ce Héros.
Déja par les Clairons , la Difcorde animée ,
Eleye dans les Airs fa tête envenimée.
Dans fa bouche croupit un fang épais & noir
Où fa Langue preffée , a peine à fe mouvoir.
On y voit les débris de quelques dents gluantes ,
Ses Cheveux font autant de Couleuvres fifflantes
Ses habits déchirez , fes yeux brillants de pleurs
Et fon flambeau fatal annoncent les fureurs.
Elle fort des Enfers , & d'une marche prompte ,
Vers le Mont-Apennin , elle avance , elle y montc..
Et , delà , découvrant les Terres & les Mers ,
Et s'écriant d'un ton , dont frémit l'Univers :
Allez , Peuples , dit - elle , allez , courez aux
( .. Armes ,
50 Répandez à la fois , les feux & les alarmes,
Qui fe cache périt & le fexe & les ans ,
30 Sont d'un foible fecours , femmes , vieillards
enfans.
Tout doit prendre parti , tout doit parler de
guerre,
» Tout doit être agité jufqu'au fein de la Terre
» Toy , Marcellus , foutiens , anime le Senat,
Excite, Lentulus , les Romains au combat.
Le Peuple , Curion , à te fuivre s'aprête ;
» Qui
JUILLET. 1730. 1503
Qui t'arrête , Cefar acheve ta conquête.
» En vain Rome prétend repouffer tes efforts ,
» Viens forcer des Remparts , viens piller des
Tréfors.
1
» Et toy , Pompée , & toy , va fauver ta patric
Va , cours enfanglanter les Mers de Theffalien
» Epidaure t'attend , va d'un pas glorieux ,
Entre Cefar & toy faire expliquer les Dieux.
Elle dit , & foudain la Terre obéiffante ,
Par un prompt mouvement répond à ſon attente,
de Petrone ,fur la Guerre Civile.
L
' Ame du grand Céfar de rien n'eft alarmée
;
Rien ne peut arrêter l'ardeur de fon armée :
Parmi les cris de joye , il monte dans ces lieux
Il y campe , & delà , jettant au loin les yeux
H découvre les Champs de l'injufte Hefperic ;
Il fent à cet objet redoubler fa furie.
;
Et levant vers les Cieux & les mains & la voix ,
JUILLET. 1730. 1498
O Dieux, dit- il, ô Terre , où mon bras autrefois
,
Par de fanglans combats , captiva la Victoire
» O Pays , dont j'ai fait & la joye & la gloire .
» Un refte de bonté me parle encor pour toy ;;
Je cours à la vengeance , & j'y cours malgré
moy.
La Guerre qui s'apprête, ô Rome , eft ton ou
vrage :
Toy feule , tes mépris ont formé cet Orage.
Quoy ? tandis que volant de combats en
combats ,
Je t'affervis le Rhin , j'augmente tes Etats ,
» Tandis que t'immolant le débris de la Gaule
J'affermis de nouveau la paix du Capitole ,
L'Exil de tant d'Exploits fera Pindigne prix ,"
» As-tu donc crû Céfar , infenfible au mépris
Chaque fuccès nouveau me fait un nouveau "
crime !
» Des Romains que je fers , ferai - je la victime a
Efclaves malheureux , d'un fordide interêt ,
» Bien plus que mon pouvoir , ma gloire vous
déplaît .
> En vain la paix convient au bien de la patrie
» La Guerre contre moi , fert mieux la jaloufie
.
Qu'ils ne fe flattent pas que ce bras , fans vengeur
,
Puiffe tomber aux fers d'un indigne vain
queur..
J
» Non
1496 MERCURE DE FRANCE
}
Non , non , je ne crains point leur injufte ca
price ,
Allons , le fer en main , leur demander juf
tice.
Mon crime , chers amis , eft un crime commun
,
Rome , en me menaçant , vous menace cha
cun.
Je n'ay pas vaincu feul , je vous en dois la
gloire ,
Nous devons partager le fruit de la victoire.
» Marchons à Rome, allons, prevenons le dan
ger ,
Il faut , chers compagnons , périr ou fe ven
ger.
Pour moy , graces à vous , je ne fuis point
plaindre ,
Avec de tels Guerriers , Cefar ne fçait ries
craindre.
A peine achevoit -il , que par un vol heureu
Un Aigle l'affura du fuccès de fes voeux .
Sur la gauche du Camp , les Forêts retentirent
On entendit des voix , que les flammes fuivirent.
Phébus , d'un or plus pur , rehaufſa ſes cheveux
Et fit fur l'Horifon fentir de nouveaux feux.
Cefar , fortifié par tant d'heureux préfages ,
Au
JUILLET. 1730. 1497
Au travers des dangers , va s'ouvrir des paffages.
Il marche le premier ; la neige & les glaçons
Réfiftent quelque temps au poids des Eſcadrons
Mais bientôt , de la terre , échauffant la furface
,?
La foule fous fes pas , fait diffoudre la glace,
La Neige difparoît , fous les Chevaux tremblans
,
On voit de toutes parts , fe former des Torrens
Dont les Flots tout à coup rafermis & folides
S'arrêtent au milieu de leurs chûtes rapides .
On diroit , à l'aſpect d'un fi prompt change
ment
Qu'un invifible frein , retient cet Element.
En vain fur le penchant de ces routes gliffan
7 tes ,
S'avancent pas à pas , les Légions tremblantes.
Armes , Hommes , Chevaux , Bagages , Eten
darts ,
Pêle , inêle , emportez , tombent de toutes parts,
Pour furcroît de Terreur , il furvient un Orage
L'Aquilon déchaîné fait éclater ſa rage;
Dans un Nuage horrible , il amene la nuit¸
Et la Grêle auffi-tôt ſe répand à grand bruit .
Il femble qu'une Mer au haut des Cieux for
mée ,
Defous fes Flots glacez , veut engloutir l'Armée,
LA
1498 MERCURE DE FRANCE.
Le Ciel , la Terre & l'Onde enfemble confondus
,
Sous l'effort de l'Hyver font unis & vaincus.
Cefar réfifte feul , appuyé ſur ſa Lance ,
Il brave le péril , il deſcend , il s'avance.
Tel Alcide autrefois , d'un pas victorieux ,
Marchoit fur le Caucafe , & tel au haut des
Cieux ;
Paroiffoit Jupiter , lorfqu'armé du Tonnerre ,
Il confondoit l'orgueil des enfans de la Terre.
Mais tandis que l'Armée aprés tant de Travaux
Aux pieds de ces Rochers , fe range à fes Drapeaux.
La Décffe aux cent voix , part d'une aîle tremblante
,
Vole au Mont - Palatin ; là , femant l'épouvante ,
Elle apprend aux Romains , que Cefar en fureur
,
Arrive & va bien-tôt leur parler en vainqueur.
Leur fait voir fes Vaiffeaux , fur les Mers d'Au-
/ fonie,
Ses Soldats tout couverts du fang de Germanie.
L'Incendie & le fang , les dangers , les hazards ,
La Guerre & fes horreurs s'offrent de toutes
parts.
Rome aux premiers éclairs de ce funefte orage
E differens projets , s'agite & fe partage.
L'un
JUILLET. 1730. 1499
L'un par terre s'enfuit , l'autre fur des Vaif
feaux ;
La Patrie eft déja moins feure que les caux .
Il en eft dont le coeur moins fenfible aux allar
mes >
Attend que le deftin s'explique par les armes.
Plus on craint , plus on fuit ; le peuple épouventé
Ne croit plus dans fes Murs trouver de sûreté ,
Il s'éloigne , & tenant une route incertaine ,
Alfe porte au hazard ou fa frayeur l'entraîne .
Rome fe plaît à fuir , les Romains de concert
De ces Murs fi fameux font un affreux défert.
Le fils tremblant gémit entre les bras du Pere ;
Celui- cy tient les Dieux que fa Maiſon revere ,
Er maudiffant cent fois les ennemis abfens ,
Les accable de loin , fous des voeux impuiffans,
L'Epoufe avec l'Epoux , l'Enfance & la Vieil
leffe.
Dans leurs embrafemens confonde leur trifteffe ,
La jeuneſſe , au hazard , fans confulter le poids,
Court au premier objet qui peut fixer fon choix.
L'Avare , fur fes bras , charge fon équipage ,
Et voulant tout fauver , porte tout au pillage .
Ainfi quand l'Aquilon , troublant la paix des
Flots ,
Par un fouffle imprévu furprend les Matelots.
L'Art & le Gouvernail , tout devient inutile ,
Aux travers des Ecueils , l'un fe cherche un azy,
le Celui- cy
385162
1 500 MERCURE DE FRANCE
Celui -cy jette l'anchre & deffend ſon Vaífſeau ;
L'autre attend fon falut & du fort & de l'eau.
Mais que dis-je , là Mer & les Vents & POrage
,
Des Romains effrayez , font une foible image.
Le croira-t-on ? Tout fuit en ce trouble honteux
;
Le Senat , les Confuls , & Pompée avec eux.
Oui , ce Héros vainqueur , du Pont , de Mithri
dates ,
La Terreur de l'Hydafpe , & l'Ecueil des Py
rates,
Lui , que Rome en un jour , vit triompher trois
fois ,
Lui , qui fit aux Dieux même , envier fes Exploits
,
Enfin , lui dont le nom redouté du Boſphore ,
Vole de Mer en Mer , du Couchant à l'Aurore ;
Il fuit ; le fort cruel lui fait tourner le dos ,
Et traite également le Peuple & le Héros.
Le dirai - je le Ciel en ce défordre extrême ,'
Le Ciel a vú trembler , a vû fuir les Dieux
même.
En vain deffus la Terre il refte des Autels ;
Toutes les Déitez s'éloignent des mortels.
La Paix , la douce Paix , les quitte la premiere ;
Ses bras blancs font flétris d'une main meurtrie
re.
Ses yeux baignez de pleurs d'un voile font couyerts
.
JUILLET. 1730. 1501
Et dans ce trifte état elle vole aux Enfers .
La foy court fur les pas , en compagne fidelle
Et les Cheveux épars , Thémis fuit avec elle.
La Concorde les fuit , déchirant ſes habits ,
Et quitte avec regret des peuples trop chéris.
En échange , Pluton fait fortir fur la Terre ,
Les Monftres que l'Enfer dans les gouffres en
ferre.
La cruelle Erinnis , Megere , fes flambeaux ,
Et tout ce qu'en la Guerre on éprouve de maur,
Rempliffent l'Horifon de funeftes images ,
On voit par tout des feux , des meurtres , des
ravages.
Sur ce nouveau Théatre arrive la Fureur ,
Comme un Courfier fans frein , qu'éguillonne
la peur.
Dans un Cafque fanglant , elle montre un vilage,
Dù cent coups imprimez,font témoins de fa rage.
Son bras gauche eft couvert d'un Bouclier épais
Dont le cuir eſt chargé d'une gerbe de traits.
D'un infernal Tifon , fa main droite enflam
mée ,
Répand des Tourbillons de feux & de fumée.
La Terre s'apperçoit qu'elle a changé de Dieur
Le même changement fe fait fentir aux Cieux.
En differens projets , l'Olimpe fe divife ,
Dione de Cefar protege l'entrepriſe.
Minerve eft pour Cefar , & l'invincible Mars
Veut lui fervir de Guide , au milieu des hazards.
B Pour
1502 MERCURE DE FRANCE
Pour Pompée , Apollon & fa foeur fe déclarent ,
Acle fervir , Mercure , Alcide fe préparent .
L'égalité des faits , des Lauriers , des Travaux
La gloire unit ensemble , Alcide & ce Héros.
Déja par les Clairons , la Difcorde animée ,
Eleye dans les Airs fa tête envenimée.
Dans fa bouche croupit un fang épais & noir
Où fa Langue preffée , a peine à fe mouvoir.
On y voit les débris de quelques dents gluantes ,
Ses Cheveux font autant de Couleuvres fifflantes
Ses habits déchirez , fes yeux brillants de pleurs
Et fon flambeau fatal annoncent les fureurs.
Elle fort des Enfers , & d'une marche prompte ,
Vers le Mont-Apennin , elle avance , elle y montc..
Et , delà , découvrant les Terres & les Mers ,
Et s'écriant d'un ton , dont frémit l'Univers :
Allez , Peuples , dit - elle , allez , courez aux
( .. Armes ,
50 Répandez à la fois , les feux & les alarmes,
Qui fe cache périt & le fexe & les ans ,
30 Sont d'un foible fecours , femmes , vieillards
enfans.
Tout doit prendre parti , tout doit parler de
guerre,
» Tout doit être agité jufqu'au fein de la Terre
» Toy , Marcellus , foutiens , anime le Senat,
Excite, Lentulus , les Romains au combat.
Le Peuple , Curion , à te fuivre s'aprête ;
» Qui
JUILLET. 1730. 1503
Qui t'arrête , Cefar acheve ta conquête.
» En vain Rome prétend repouffer tes efforts ,
» Viens forcer des Remparts , viens piller des
Tréfors.
1
» Et toy , Pompée , & toy , va fauver ta patric
Va , cours enfanglanter les Mers de Theffalien
» Epidaure t'attend , va d'un pas glorieux ,
Entre Cefar & toy faire expliquer les Dieux.
Elle dit , & foudain la Terre obéiffante ,
Par un prompt mouvement répond à ſon attente,
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Résumé : SUITE de la Traduction du Poëme de Petrone, sur la Guerre Civile.
Le texte décrit une scène de la guerre civile entre César et Pompée. César, animé par la détermination et la fureur, se prépare à marcher sur Rome, accusant la ville de l'avoir poussé à la vengeance. Il appelle ses soldats à le suivre, justifiant la guerre par la nécessité de défendre leur honneur et leur gloire commune. Malgré les obstacles naturels tels que la neige et les tempêtes, César et son armée avancent, encouragés par des présages favorables. À Rome, la peur s'installe parmi les habitants, qui fuient la ville. Le Sénat et Pompée, malgré ses exploits passés, prennent également la fuite. Les dieux semblent abandonner Rome, laissant place à la discorde et à la fureur. La Discordance, personnifiée, incite les peuples à prendre les armes, annonçant une guerre totale où chacun doit participer.
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2642
p. 1518-1521
EPITRE A Madame la Comtesse de B ... qui demandoit des Logogryphes qu'elle se plaît à deviner.
Début :
Que vous sçavez du Sphinx braver les griffes [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Logogriphe
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Madame la Comtesse de B ... qui demandoit des Logogryphes qu'elle se plaît à deviner.
EPITRE
A Madame la Comteffe de B ... qui des
mandoit des Logogryphes qu'elle fe plaît
àd eviner.
QUe vous fçavez du Sphinx braver les griffes
Subtilement ! Enigmes , Logogryphes
Ne font pour vous qu'artifices d'enfant
Qu'un feul regard diffipe en un inſtant :
En vain cent fois dans une fombre Nuë ,
La verité , pour vous en impofer ,
Sous faux appas voulut fe déguifer ;
Foible projet vous l'avez reconnuë.
Prétendre donc pour vous dépaïfer
Rimer encor , c'eſt en vain s'épuifer ,
C'eft être fol , un Poëte eft peu fage
Me direz-vous , & fuivant cet uſage ,
Vous concluez que je puis tout ofer.
C,à ; je le veux ; c'eſt à toi , mon génie ,
A feconder un témeraire effort ;
Inſpire moi la plus fombre harmonie ;
Forgeons des Vers que l'habile Uranie
Life , relife , & maudiffe fon fort ,
De ne pouvoir , malgré fon induftrie
En penetrer l'Enigmatique accord
Qu'au
JUILLET. 1730. 1519
Qu'au même inftant le plus fimple vulgaire
D'un feul coup d'oeil devine le miſftere
Pour tel labeur , qu'au Permeffe étonné
D'un Laurier vert mon chef foit couronné.
Or , commençons , je connois dans le monde
Certain Pays du Détroit de la Sonde ,
Très- éloigné , là l'on voit rarement
La probité , la vertu , l'innocence ;
Tendre amitié , coeur fidele & conftant
Prefque jamais n'y font leur réfidence.
Là , cependant la divine Pallas
Rend fous nos yeux la vertu praticable ,
La fait aimer , lui donne des appas.
Des Malheureux azile favorable ,
Elle leur tend une main fecourable ;
A fes bienfaits que ne doivent- ils pas ▾
Compatiffante , affable, magnanime ,
De tous les coeurs elle emporte l'eſtime.
Goût délicat , exquis difcernement
Lui font choisir des amis dignes d'elle ,
Et ces amis par un retour charmant
Trouvent en elle un coeur tendre & fidele ,
Un coeur formé par les mains de l'Amour ;
Non par l'Amour , Idole d'Amathonte ,
Affreux Démon qu'accompagne la honte
Il ne fçauroit fe montrer au grand jour ;
Mais par l'Amour qui connoît pour
fa mere
Pure vertu ; fans crainte , fans miftere
Il
1520 MERCURE DE FRANCE
Il laiffe voir fes plus fecrets appas ,
Et la Vertu ne s'en allarme pas.
C'eft cet Amour qui regle fa tendreffe ;
C'eft cet Amour que regle fa fageffe.
De fon efprit les charmes amuſans
Rendent les jours plus courts que les momens.
A l'écouter on s'inſtruit , on s'oublie ,
Et Pon diroit que Pallas , de Thalie
Vient d'emprunter de nouveaux agrémens.
Dans fon Palais l'indolente pareffe
N'habite pas , fouvent avec adreffe
Sur un métier , en nous entretenant ,
Ses belles mains qu'une indigne moleffe
N'engourdit pas , forment à chaque inftant
Charmans Bouquets au coloris brillant
Vit-on jamais l'induftrieufe Flore
Dans fes Jardins en faire plus éclore ,
Et s'occuper plus agréablement ?
Des Appellés Pallas eft la Rivale ;
En s'amufant elle leur eft égale ,
Quand par le choix de diverfes couleurs
Elle marie à la fimple gravure
L'éclat brillant d'une vive peinture ;
Sous fes cifeaux je vois naître des fleurs ,
De hauts Rochers , d'où fortent des Fontaines
Qui vont couler dans de fertiles Plaines :
Arbres & fruits, perfonages, Oiſeaux
Semblent tomber des magiques Cifeaux.
Sur
JUILLET . 1739, 1521
Sur un Ecran gentille découpure
Y forme aprés un fi parfait tableau
Que l'on diroit que l'Art & la Nature
N'ont jamais fait un Ouvrage plus beau.
C'en eft affez , devinez Uranie ,
Qu'ai-je dépeint fous cette Allegorie .
Je l'ai bien dit , c'eft Enigme pour vous ,
Et cependant évidence pour nous.
L'Abbé de W. de B.
A Madame la Comteffe de B ... qui des
mandoit des Logogryphes qu'elle fe plaît
àd eviner.
QUe vous fçavez du Sphinx braver les griffes
Subtilement ! Enigmes , Logogryphes
Ne font pour vous qu'artifices d'enfant
Qu'un feul regard diffipe en un inſtant :
En vain cent fois dans une fombre Nuë ,
La verité , pour vous en impofer ,
Sous faux appas voulut fe déguifer ;
Foible projet vous l'avez reconnuë.
Prétendre donc pour vous dépaïfer
Rimer encor , c'eſt en vain s'épuifer ,
C'eft être fol , un Poëte eft peu fage
Me direz-vous , & fuivant cet uſage ,
Vous concluez que je puis tout ofer.
C,à ; je le veux ; c'eſt à toi , mon génie ,
A feconder un témeraire effort ;
Inſpire moi la plus fombre harmonie ;
Forgeons des Vers que l'habile Uranie
Life , relife , & maudiffe fon fort ,
De ne pouvoir , malgré fon induftrie
En penetrer l'Enigmatique accord
Qu'au
JUILLET. 1730. 1519
Qu'au même inftant le plus fimple vulgaire
D'un feul coup d'oeil devine le miſftere
Pour tel labeur , qu'au Permeffe étonné
D'un Laurier vert mon chef foit couronné.
Or , commençons , je connois dans le monde
Certain Pays du Détroit de la Sonde ,
Très- éloigné , là l'on voit rarement
La probité , la vertu , l'innocence ;
Tendre amitié , coeur fidele & conftant
Prefque jamais n'y font leur réfidence.
Là , cependant la divine Pallas
Rend fous nos yeux la vertu praticable ,
La fait aimer , lui donne des appas.
Des Malheureux azile favorable ,
Elle leur tend une main fecourable ;
A fes bienfaits que ne doivent- ils pas ▾
Compatiffante , affable, magnanime ,
De tous les coeurs elle emporte l'eſtime.
Goût délicat , exquis difcernement
Lui font choisir des amis dignes d'elle ,
Et ces amis par un retour charmant
Trouvent en elle un coeur tendre & fidele ,
Un coeur formé par les mains de l'Amour ;
Non par l'Amour , Idole d'Amathonte ,
Affreux Démon qu'accompagne la honte
Il ne fçauroit fe montrer au grand jour ;
Mais par l'Amour qui connoît pour
fa mere
Pure vertu ; fans crainte , fans miftere
Il
1520 MERCURE DE FRANCE
Il laiffe voir fes plus fecrets appas ,
Et la Vertu ne s'en allarme pas.
C'eft cet Amour qui regle fa tendreffe ;
C'eft cet Amour que regle fa fageffe.
De fon efprit les charmes amuſans
Rendent les jours plus courts que les momens.
A l'écouter on s'inſtruit , on s'oublie ,
Et Pon diroit que Pallas , de Thalie
Vient d'emprunter de nouveaux agrémens.
Dans fon Palais l'indolente pareffe
N'habite pas , fouvent avec adreffe
Sur un métier , en nous entretenant ,
Ses belles mains qu'une indigne moleffe
N'engourdit pas , forment à chaque inftant
Charmans Bouquets au coloris brillant
Vit-on jamais l'induftrieufe Flore
Dans fes Jardins en faire plus éclore ,
Et s'occuper plus agréablement ?
Des Appellés Pallas eft la Rivale ;
En s'amufant elle leur eft égale ,
Quand par le choix de diverfes couleurs
Elle marie à la fimple gravure
L'éclat brillant d'une vive peinture ;
Sous fes cifeaux je vois naître des fleurs ,
De hauts Rochers , d'où fortent des Fontaines
Qui vont couler dans de fertiles Plaines :
Arbres & fruits, perfonages, Oiſeaux
Semblent tomber des magiques Cifeaux.
Sur
JUILLET . 1739, 1521
Sur un Ecran gentille découpure
Y forme aprés un fi parfait tableau
Que l'on diroit que l'Art & la Nature
N'ont jamais fait un Ouvrage plus beau.
C'en eft affez , devinez Uranie ,
Qu'ai-je dépeint fous cette Allegorie .
Je l'ai bien dit , c'eft Enigme pour vous ,
Et cependant évidence pour nous.
L'Abbé de W. de B.
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Résumé : EPITRE A Madame la Comtesse de B ... qui demandoit des Logogryphes qu'elle se plaît à deviner.
L'épître est adressée à Madame la Comtesse de B..., reconnue pour son talent dans la résolution d'énigmes et de logogryphes. L'auteur admire sa capacité à dévoiler la vérité même lorsqu'elle est cachée et souhaite lui offrir un poème, espérant qu'elle en tirera une harmonie obscure accessible au vulgaire. L'auteur évoque un pays lointain près du Détroit de la Sonde, où la probité, la vertu et l'innocence sont rares. Cependant, la divine Pallas y rend la vertu praticable et aimable. Elle offre un refuge aux malheureux et est appréciée pour sa compassion, son affabilité et sa magnanimité. Pallas choisit des amis dignes d'elle, trouvant en eux des cœurs tendres et fidèles, régis par un amour pur et vertueux. L'auteur décrit Pallas comme active et industrieuse, créant des bouquets colorés et des tableaux vivants avec son métier à broder. Ses œuvres rivalisent avec celles de la nature et de l'art, formant des paysages et des scènes animées. L'épître se conclut par une invitation à deviner l'allégorie décrite.
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2643
p. 1538-1540
LE CORBEAU ET LE PIGEON. FABLE. A M. l'Abbé Desfontaines. Par M. Richer.
Début :
Le passé nous instruit à prévoir l'avenir. [...]
Mots clefs :
Corbeau, Pigeon
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texteReconnaissance textuelle : LE CORBEAU ET LE PIGEON. FABLE. A M. l'Abbé Desfontaines. Par M. Richer.
LE CORBEAU ET LE PIGEON.
FABLE.
A M.Abbé Desfontaines.Par M. Richer:
LE
E paffé nous inftruit à prévoir l'avenir.-
C'est ce qui rend l'hiftoire utile ;
It ce fameux Théatre en accidens fertile ,
Nous enfeigne à les prévenir.
Je fçai bien que la multitude ,
Du paffé méprifant l'étude ,
Re
JUILLET . 1730. 1539
Regarde feulement ce qu'on fait aujourd'hui.
Auffi voit-on cet ignorant Vulgaire ,
#
ว
Aveugle en fa conduite , infenfé , temeraire.
Par l'Hiftoire on devient fage aux dépens d'au
trui ;
C'eft l'Ecole de la prudence.
Les Petits & les Grands y lifent leur devoir ;
Et qui s'applique à la fçavoir ,
Jeune , du vieux Neftor fait voir l'experience.
Qui n'en reconnoîtra le prix ,.
En lifant les fages Ecrits
2
Des grands Hiftoriens & de Rome & d'Athenes
A leur exemple , Desfontaines ,
Orné de grace & de préciſion ,
Aux faits puifés chez eux joint la refléxion . -
Ce crayon fçavant & fidele ,
Qui des Vainqueurs de l'Univers
Peint fi bien les vertus & les vices divers ,
Pour rendre l'homme fage offre plus d'un mo✈
dele
Ma Fable va le dire encor mieux que ces Vers.-
Un Corbeau , jeune encor , fçavoit déja l'hiftoire
De tous les Oifeaux differens ;
De plus , il prédiſoit la pluye & le beau tems,
Iffu de en pere fils (le fait eft bien notoire ) .
Du vieux Corbeaù dè Corvinus..
Le fçavoir dans fa Race étoit héreditaire.
Notre
1540 MERCURE DE FRANCE
Notre Docteur diſoit à l'Oiſeau de Venus ,
Oifeau fort neuf dont la tête legere
Se gouvernoit au gré du vent )
Fayons au plutôt , mon enfant
Ne vois-tu pas avec ſon arbalête ,
S'avancer vers nous ce pié plat ?
Quoique je ne fois pas un mets fort délicat ,
Je pars. Le voilà qui s'apprête
A décocher´un trait qui me fait peut ;
Et par tradition je fçai que tes 'femblables '
Ont péri maintefois par ces traits redoutables:™-
Comme moi , préviens le malheur.
Notre Pigeoneau peu docile ,
Malgré l'avis , refta tranquile."
Tai toi , répliqua t'il , je võis clair , Dieu merci.
Le Manant que tu crains , eft encor loin d'ici ;
Il ne nous cherche pas ; demeurons . Bagatelle ,
Repartit le Corbeau , fuyant à tire d'afle.
Cependant l'homme approche ; alors le Pigeonpart
;
Mais il s'en avifa trop tard.
IF eft percé dans l'air d'une fleche mortelle ;
Tandis que le Corbeau de fageffe pourvûe 57
Evite le danger prévů.
FABLE.
A M.Abbé Desfontaines.Par M. Richer:
LE
E paffé nous inftruit à prévoir l'avenir.-
C'est ce qui rend l'hiftoire utile ;
It ce fameux Théatre en accidens fertile ,
Nous enfeigne à les prévenir.
Je fçai bien que la multitude ,
Du paffé méprifant l'étude ,
Re
JUILLET . 1730. 1539
Regarde feulement ce qu'on fait aujourd'hui.
Auffi voit-on cet ignorant Vulgaire ,
#
ว
Aveugle en fa conduite , infenfé , temeraire.
Par l'Hiftoire on devient fage aux dépens d'au
trui ;
C'eft l'Ecole de la prudence.
Les Petits & les Grands y lifent leur devoir ;
Et qui s'applique à la fçavoir ,
Jeune , du vieux Neftor fait voir l'experience.
Qui n'en reconnoîtra le prix ,.
En lifant les fages Ecrits
2
Des grands Hiftoriens & de Rome & d'Athenes
A leur exemple , Desfontaines ,
Orné de grace & de préciſion ,
Aux faits puifés chez eux joint la refléxion . -
Ce crayon fçavant & fidele ,
Qui des Vainqueurs de l'Univers
Peint fi bien les vertus & les vices divers ,
Pour rendre l'homme fage offre plus d'un mo✈
dele
Ma Fable va le dire encor mieux que ces Vers.-
Un Corbeau , jeune encor , fçavoit déja l'hiftoire
De tous les Oifeaux differens ;
De plus , il prédiſoit la pluye & le beau tems,
Iffu de en pere fils (le fait eft bien notoire ) .
Du vieux Corbeaù dè Corvinus..
Le fçavoir dans fa Race étoit héreditaire.
Notre
1540 MERCURE DE FRANCE
Notre Docteur diſoit à l'Oiſeau de Venus ,
Oifeau fort neuf dont la tête legere
Se gouvernoit au gré du vent )
Fayons au plutôt , mon enfant
Ne vois-tu pas avec ſon arbalête ,
S'avancer vers nous ce pié plat ?
Quoique je ne fois pas un mets fort délicat ,
Je pars. Le voilà qui s'apprête
A décocher´un trait qui me fait peut ;
Et par tradition je fçai que tes 'femblables '
Ont péri maintefois par ces traits redoutables:™-
Comme moi , préviens le malheur.
Notre Pigeoneau peu docile ,
Malgré l'avis , refta tranquile."
Tai toi , répliqua t'il , je võis clair , Dieu merci.
Le Manant que tu crains , eft encor loin d'ici ;
Il ne nous cherche pas ; demeurons . Bagatelle ,
Repartit le Corbeau , fuyant à tire d'afle.
Cependant l'homme approche ; alors le Pigeonpart
;
Mais il s'en avifa trop tard.
IF eft percé dans l'air d'une fleche mortelle ;
Tandis que le Corbeau de fageffe pourvûe 57
Evite le danger prévů.
Fermer
Résumé : LE CORBEAU ET LE PIGEON. FABLE. A M. l'Abbé Desfontaines. Par M. Richer.
La fable 'Le Corbeau et le Pigeon' de M. Richer, dédiée à l'Abbé Desfontaines, souligne l'importance de l'histoire pour anticiper et éviter les dangers futurs. Elle met en avant l'utilité de l'étude du passé, accessible à tous, y compris aux ignorants et aux téméraires. L'histoire est présentée comme une école de prudence pour les jeunes et les vieux. La fable raconte l'histoire d'un jeune corbeau, fils du vieux Corvinus, qui connaît l'histoire des oiseaux et peut prédire le temps. Un jour, il avertit un pigeonneau de l'approche d'un homme armé d'une arbalète. Le pigeonneau, confiant, reste tranquille. Le corbeau, prévenant, s'enfuit à temps, tandis que le pigeonneau est touché par une flèche mortelle. Cette fable illustre comment la connaissance historique et la prudence permettent d'éviter les dangers.
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2644
p. 1549-1551
ODE A. M. D. C.
Début :
Ami, pourquoi dans la tempête, [...]
Mots clefs :
Dieux, Philosophie
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texteReconnaissance textuelle : ODE A. M. D. C.
ODE
A. M. D. C.
AMi ,
pourquoi dans la tempête 7
Murmurer contre les Deſtins ,
D Bien
1550 MERCURE DE FRANCE
Bientôt tu verras ſur ta tête ,
Briller les Jours les plus fereins.
La fortune folle & volage ,
Aime à troubler notre plaifir ,
Mais un homme prudent & fage
Doit voir fes revers fans pâlir.
M
Pour arrêter tous les caprices ,
C'eft en vain que tu fais des voeux.
Gémir contre les injuftices ,
C'eft être deux fois malheureux.
M
- Les Dieux deviendront plus fenfibles
Les vents ne foufflent pas toujours ;
Souvent les nuits les plus terribles
Nous amenent les plus beaux jours.
Nos Jardins , après la froidure ,
Reprennent leurs vives couleurs ;
Tel eft le cours de la Nature ;
Aux glaçons fuccedent les fleurs.
De l'utile Philofophic ,
N'écoutes - tu plus la leçon ?
JUILLET. 1730. 1551
A porter les maux de la vie ,
Elle a dû former ta raiſon.
Finis donc ta mortelle peine.
Voi des lieux autrefois cheris ;
Reviens fur les bords de la Seine ,
Chercher les Graces & les Ris.
L'Abbé B .::
A. M. D. C.
AMi ,
pourquoi dans la tempête 7
Murmurer contre les Deſtins ,
D Bien
1550 MERCURE DE FRANCE
Bientôt tu verras ſur ta tête ,
Briller les Jours les plus fereins.
La fortune folle & volage ,
Aime à troubler notre plaifir ,
Mais un homme prudent & fage
Doit voir fes revers fans pâlir.
M
Pour arrêter tous les caprices ,
C'eft en vain que tu fais des voeux.
Gémir contre les injuftices ,
C'eft être deux fois malheureux.
M
- Les Dieux deviendront plus fenfibles
Les vents ne foufflent pas toujours ;
Souvent les nuits les plus terribles
Nous amenent les plus beaux jours.
Nos Jardins , après la froidure ,
Reprennent leurs vives couleurs ;
Tel eft le cours de la Nature ;
Aux glaçons fuccedent les fleurs.
De l'utile Philofophic ,
N'écoutes - tu plus la leçon ?
JUILLET. 1730. 1551
A porter les maux de la vie ,
Elle a dû former ta raiſon.
Finis donc ta mortelle peine.
Voi des lieux autrefois cheris ;
Reviens fur les bords de la Seine ,
Chercher les Graces & les Ris.
L'Abbé B .::
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Résumé : ODE A. M. D. C.
L'ode, datée de juillet 1730, est un poème adressé à un ami (A.M.D.C.) par l'Abbé B. L'auteur y exhorte son ami à ne pas se plaindre des difficultés de la vie et à accepter les revers avec sagesse. Il souligne que la fortune est capricieuse et que se lamenter contre les injustices ne fait qu'aggraver le malheur. Le poème met en avant l'idée que les périodes sombres sont souvent suivies de jours meilleurs, comparant cela aux saisons qui se succèdent. Il encourage l'ami à tirer des leçons de la philosophie pour supporter les maux de la vie. L'auteur suggère également de revenir aux lieux chéris, notamment les bords de la Seine, pour retrouver la grâce et le rire.
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2645
p. 1553-1555
ODE ANACREONTIQUE.
Début :
Sors de ton Isle de Cythere, [...]
Mots clefs :
Coeur, Plaisirs
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texteReconnaissance textuelle : ODE ANACREONTIQUE.
ODE ANACREONTIQUE.
Sors de ton Ifle de Cythere ,
Puiffant Dieu qui fais les heureux ;
Viens dans ce fejour folitaire ,
Suivi des Graces & des Jeux
M
Amour , c'est toi qui d'Epicure
Autrefois empruntant le nom",
Appris à fuivre la Nature ,
Méprisant l'altiere Raiſon.
M
1
Diij Viens
1554 MERCURE DE FRANCE
Vien , je t'ai confacré ma vie ,
Sous tes Loix range tous les coeurs ;
Je vois que la Philoſophie ,
N'offre que des plaifirs
trompeurs.
M
Il vaut bien mieux de fa Maîtreffe ,
Adorer les divins appas ,
Que courir après la Sagefſe ,
Qu'on cherche & qu'on ne trouve pas
Que fert que mon efprit avide ,
Parle , fi mon coeur le dément :
Oui , le coeur doit être mon guide ;
Il n'en eft point de plus charmant.
La fombre Morale , du Sage-
Fait le chimerique Portrait ,
Mais que vois-je dans cette image
Sinon que je fuis imparfait..
M
Pourquoi réfifter avec peine ,
A ce qu'infpirent nos defirs ?
Si l'on doit porter une chaîne ,
Que ce foit celle des plaifirs.
Cupidon , c'eft dans ton Ecole ,
Que
JUILLET. 1730. 1555
Que j'ay reçû ces doux avis ;
Acheve mon bonheur , cours , vole ,
Les redonner à ma Cloris.
D.C.
Sors de ton Ifle de Cythere ,
Puiffant Dieu qui fais les heureux ;
Viens dans ce fejour folitaire ,
Suivi des Graces & des Jeux
M
Amour , c'est toi qui d'Epicure
Autrefois empruntant le nom",
Appris à fuivre la Nature ,
Méprisant l'altiere Raiſon.
M
1
Diij Viens
1554 MERCURE DE FRANCE
Vien , je t'ai confacré ma vie ,
Sous tes Loix range tous les coeurs ;
Je vois que la Philoſophie ,
N'offre que des plaifirs
trompeurs.
M
Il vaut bien mieux de fa Maîtreffe ,
Adorer les divins appas ,
Que courir après la Sagefſe ,
Qu'on cherche & qu'on ne trouve pas
Que fert que mon efprit avide ,
Parle , fi mon coeur le dément :
Oui , le coeur doit être mon guide ;
Il n'en eft point de plus charmant.
La fombre Morale , du Sage-
Fait le chimerique Portrait ,
Mais que vois-je dans cette image
Sinon que je fuis imparfait..
M
Pourquoi réfifter avec peine ,
A ce qu'infpirent nos defirs ?
Si l'on doit porter une chaîne ,
Que ce foit celle des plaifirs.
Cupidon , c'eft dans ton Ecole ,
Que
JUILLET. 1730. 1555
Que j'ay reçû ces doux avis ;
Acheve mon bonheur , cours , vole ,
Les redonner à ma Cloris.
D.C.
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Résumé : ODE ANACREONTIQUE.
L''Ode Anacréontique' est un poème dédié à l'amour, incarné par le dieu Cupidon. Le poète invite Cupidon à quitter son île de Cythère pour un lieu solitaire, accompagné des Grâces et des jeux. Il voit en Cupidon l'incarnation des enseignements d'Épicure, qui prônent le suivi de la nature et le mépris de la raison. Le poète affirme avoir consacré sa vie à l'amour et souhaite que tous les cœurs soient soumis à ses lois, car la philosophie offre des plaisirs trompeurs. Il préfère adorer les charmes de l'amour plutôt que de chercher une sagesse inaccessible. Le cœur est présenté comme le guide le plus charmant, contrairement à la morale du sage, jugée chimérique et imparfaite. Le poète accepte de suivre ses désirs et de porter la chaîne des plaisirs. Il exprime son désir de redonner les doux avis reçus dans l'école de Cupidon à sa bien-aimée, Cloris.
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2646
p. 1559
MADRIGAL.
Début :
L'Amour dormoit couché près de sa mere, [...]
Mots clefs :
Amour
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL
L'Amour
' Amour dormoit couché près de fa mere,
Iris furvient , & faifit fon Carquois ;
Elle fuyoit quand le Dieu de Cythere ,
Se reveilla : fes cris percent les bois ;
Une Mortelle ofer prendre ma place !
Lancer mes Traits ! Non, dit-il, point de grace
Venus repart ; mon fils , feche tes pleurs ;
Bien-tôt Iris rapportera tes Armes ;
Sans leur fecours, fes yeux bleffent les coeurs
Va ,vates Traits fontmoins
furs
que fes charmes.
L'Amour
' Amour dormoit couché près de fa mere,
Iris furvient , & faifit fon Carquois ;
Elle fuyoit quand le Dieu de Cythere ,
Se reveilla : fes cris percent les bois ;
Une Mortelle ofer prendre ma place !
Lancer mes Traits ! Non, dit-il, point de grace
Venus repart ; mon fils , feche tes pleurs ;
Bien-tôt Iris rapportera tes Armes ;
Sans leur fecours, fes yeux bleffent les coeurs
Va ,vates Traits fontmoins
furs
que fes charmes.
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2647
p. 1565-1568
A MONSIEUR L'ABBÉ DE ... EPITRE.
Début :
Abbé, dont la Lyre résonne [...]
Mots clefs :
Ami, Dieu, Dieux
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR L'ABBÉ DE ... EPITRE.
A MONSIEUR L'ABBE DE ..
EPITRE ..
A Bbé , dont la Lyre réfonne
Sur un ton fi doux & fi beau ,
Que le Dieu du double Côteau
Penfa plus d'une fois te donner la Couronne
Ami , ton talent merveilleux
Chaque jour fait pâlir l'envie ,
Et moi - même je fens que mon coeur orgueilleux
En eft bleffé de jalouſie.
Bien fouvent j'en perds le repos ;
Mais pour furcroît de maladie ,
Quand Morphée à fur moi répandu fes pavots ,
Songes
1 566 MERCURE DE FRANCE
Songes pires que l'infomnie
M'agitent fort mal à propos:
Au fameux Temple de memoire ,
En bufte d'un marbre très blanc ,
Je te vis l'autre nuit tout rayonant de gloire
Avec Pindare , occuper même rang ;
C'eft alors qu'accablé fous le poids de ma peine
De l'ingrat Apollon je deteftai la haine.
A mon réveil , l'efprit plein de ſouci ,›
Fatigué de fouffrir ainfi ,
Je refolus de faire un nouveau Rôle ,
Et d'effayer fi fous un autre Pôle ,
Je pourrois d'autres Dieux être confideré.
Je quitte donc ( Ami ) le Mont facré ;
Je démenage du Parnaffe
Et dès demain ( cher Abbé ) fans retour ,
En attendant qu'ailleurs je puiffe trouver place ,
Par interim , il me faut un féjour.
Il eft un endroit de plaifance
Dont le Maître avec goût fçait placer la dépenſe;
On y voit Boulingrins , Terraffes & Berceaux , →
La Marne au pied vient promener les eaux :
En facé , à diverſe diſtance ,
Ormes , Chênes , Tilleuls forment plufieurs ri
deaux ,
Que Vertumne embellit avec magnificence.
Entre la Riviere & ces Bois ,
Nature a mis une Prairie ;
La
JUILLET. 1730. 1567
Là , couché fur l'herbe feurie ,.
Fantôt de la Mufette , & tantôt du Hautbois ,
Damon forme une aimable & douce mélodie ; ›
Là, fur un vert tapis des plus vives couleurs ,
Jeune Berger , jeune Bergere
Danfent parés de guirlandes de fleurs ;
Plus loin bondit l'Agneau fur la verte fougere
Au chant de mille & mille Oiſeaux ,
Pan affis à l'ombre d'un Hêtre
Mêle les tendres fons de fa Flute champêtre ;
Pour l'entendre on accourt des plus lointains Ha
meaux ;
Le Faune quitte le Bocage ;
La Nymphe eft attentive au travers des rofeaux.
Cet admirable Payſage
Forme l'afpect de Bauregard ;
C'eft ce charmant réduit où je veux fans retard³
Pour un jour feulement faire mon domicile
Peut-on fi pour tems court refufer un azile ?
Tu fus Auteur du mal dont je me fens bleffé
Tu m'en dois fournir le remede ;
Un jour fera bientôt paffé.
Ton Belveder auquel tout autre cede ,
Me convient mieux que l'Helicon.
Je veux pour braver Apollon
A qui je déclare la guerre ,
Dans ton champêtre apartement
Sacrifier au Dieu du Verre ;.
IE
1568 MERCURE DE FRANCE
Il me rendra bientôt le calme & l'enjoument.
C'eft à toi , cher ami , pour la cerémonie ,
De mettre le comble à mes voeux ;
De peu d'amis choifis affembler compagnie
Et j'attens cette courtoifie
De ton coeur noble & genéreux .
Sommevefle.
EPITRE ..
A Bbé , dont la Lyre réfonne
Sur un ton fi doux & fi beau ,
Que le Dieu du double Côteau
Penfa plus d'une fois te donner la Couronne
Ami , ton talent merveilleux
Chaque jour fait pâlir l'envie ,
Et moi - même je fens que mon coeur orgueilleux
En eft bleffé de jalouſie.
Bien fouvent j'en perds le repos ;
Mais pour furcroît de maladie ,
Quand Morphée à fur moi répandu fes pavots ,
Songes
1 566 MERCURE DE FRANCE
Songes pires que l'infomnie
M'agitent fort mal à propos:
Au fameux Temple de memoire ,
En bufte d'un marbre très blanc ,
Je te vis l'autre nuit tout rayonant de gloire
Avec Pindare , occuper même rang ;
C'eft alors qu'accablé fous le poids de ma peine
De l'ingrat Apollon je deteftai la haine.
A mon réveil , l'efprit plein de ſouci ,›
Fatigué de fouffrir ainfi ,
Je refolus de faire un nouveau Rôle ,
Et d'effayer fi fous un autre Pôle ,
Je pourrois d'autres Dieux être confideré.
Je quitte donc ( Ami ) le Mont facré ;
Je démenage du Parnaffe
Et dès demain ( cher Abbé ) fans retour ,
En attendant qu'ailleurs je puiffe trouver place ,
Par interim , il me faut un féjour.
Il eft un endroit de plaifance
Dont le Maître avec goût fçait placer la dépenſe;
On y voit Boulingrins , Terraffes & Berceaux , →
La Marne au pied vient promener les eaux :
En facé , à diverſe diſtance ,
Ormes , Chênes , Tilleuls forment plufieurs ri
deaux ,
Que Vertumne embellit avec magnificence.
Entre la Riviere & ces Bois ,
Nature a mis une Prairie ;
La
JUILLET. 1730. 1567
Là , couché fur l'herbe feurie ,.
Fantôt de la Mufette , & tantôt du Hautbois ,
Damon forme une aimable & douce mélodie ; ›
Là, fur un vert tapis des plus vives couleurs ,
Jeune Berger , jeune Bergere
Danfent parés de guirlandes de fleurs ;
Plus loin bondit l'Agneau fur la verte fougere
Au chant de mille & mille Oiſeaux ,
Pan affis à l'ombre d'un Hêtre
Mêle les tendres fons de fa Flute champêtre ;
Pour l'entendre on accourt des plus lointains Ha
meaux ;
Le Faune quitte le Bocage ;
La Nymphe eft attentive au travers des rofeaux.
Cet admirable Payſage
Forme l'afpect de Bauregard ;
C'eft ce charmant réduit où je veux fans retard³
Pour un jour feulement faire mon domicile
Peut-on fi pour tems court refufer un azile ?
Tu fus Auteur du mal dont je me fens bleffé
Tu m'en dois fournir le remede ;
Un jour fera bientôt paffé.
Ton Belveder auquel tout autre cede ,
Me convient mieux que l'Helicon.
Je veux pour braver Apollon
A qui je déclare la guerre ,
Dans ton champêtre apartement
Sacrifier au Dieu du Verre ;.
IE
1568 MERCURE DE FRANCE
Il me rendra bientôt le calme & l'enjoument.
C'eft à toi , cher ami , pour la cerémonie ,
De mettre le comble à mes voeux ;
De peu d'amis choifis affembler compagnie
Et j'attens cette courtoifie
De ton coeur noble & genéreux .
Sommevefle.
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Résumé : A MONSIEUR L'ABBÉ DE ... EPITRE.
L'auteur adresse une épître à un abbé pour louer son talent poétique et exprimer son admiration. Il avoue ressentir de la jalousie face au succès de l'abbé, au point de troubler son sommeil. Dans un rêve, il voit l'abbé glorifié aux côtés de Pindare, ce qui accentue son sentiment d'infériorité. À son réveil, il décide de quitter le Mont Parnasse, symbole de la poésie. Il envisage de se retirer temporairement à Bauregard, un lieu de plaisance avec des boulingrins, terrasses, berceaux et une rivière. Ce lieu est habité par des bergers, des agneaux et des divinités pastorales comme Pan et les Nymphes. L'auteur demande à l'abbé de l'accueillir à Bauregard, où il espère retrouver la paix et l'enjouement en sacrifiant au Dieu du Verre. Il sollicite également la compagnie de quelques amis choisis pour une cérémonie en son honneur.
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2648
p. 1570-1571
A Madame la Marquise de G... qui s'étoit brûlé le pied. Par M. de *** d'Arles.
Début :
Oui, je la sçais, votre avanture, [...]
Mots clefs :
Coeur, Pied, Brûlure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame la Marquise de G... qui s'étoit brûlé le pied. Par M. de *** d'Arles.
Madame la Marquise de G ... qui
s'étoit brûlé le pied. Par M. de * **
d'Arles.
Ovi, Ui , je la fçais , votre avanture
Et voici d'où vient la brûlure.
L'Amour piqué que votre coeur
Bravât fi long- tems fa puiffance,
Vouloit abfolument s'en rendre le vainqueur,
Et le punir de tant d'indifference.
4
Pour un exploit fi grand il forme un trait nouveau
,
Et plus fort & plus invincible
Qu'aucun qui fut dans fon carquois terrible.
Mais comme il craint que fon Bandeau
Ne rende fes efforts fteriles ,
Et , lui cachant l'endroit qu'il veut percer
Ne lui faffe au hazard lancer,
Des coups qui feroient inutiles ,
Il le quitte , & dès lors du triomphe affuré ,
Par un fouris moqueur applaudit à ſa gloire.
Déja tous les Amours celebrent fa victoire ,
Et ce fuccés fi long- tems defiré ;
Déja dans mille Amans naît la douce efperance
De voir bientôt la fin de leur tourment.
Moi
JUILLET . 1730. 1574
Moi-même je fentis dans cet heureux moment
Moi , qui toujours pour vous brule dans le filen
ce ,
4
Je fentis un contentement
>
Que je n'éprouve point depuis qu'à tant de charmes
J'ai malgré moi rendu les armes.
Tremblez , tremblez , cruelle , il va partir le trait,
Grands Dieux ! que mon bonheur feroit digne
d'envie ,
Si je pouvois être l'objet
Pour lequel vous allez être enfin attendrie !
Mais quel Démon combat pour vous :
Au moment que l'Amour animé de courroux
Alloit lancer cette fleche invincible ,
Par malice , il vous porte un regard curieux ;
Ebloui tout à coup par l'éclat de vos yeux ,
Il manque votre coeur , & ce trait fi terrible
Qui devoit le remplir d'allarmes & de feux ,
Ce trait que j'attendois dans l'efpoir & la crainte
Ne porte à votre pied. qu'une legere atteinte.
s'étoit brûlé le pied. Par M. de * **
d'Arles.
Ovi, Ui , je la fçais , votre avanture
Et voici d'où vient la brûlure.
L'Amour piqué que votre coeur
Bravât fi long- tems fa puiffance,
Vouloit abfolument s'en rendre le vainqueur,
Et le punir de tant d'indifference.
4
Pour un exploit fi grand il forme un trait nouveau
,
Et plus fort & plus invincible
Qu'aucun qui fut dans fon carquois terrible.
Mais comme il craint que fon Bandeau
Ne rende fes efforts fteriles ,
Et , lui cachant l'endroit qu'il veut percer
Ne lui faffe au hazard lancer,
Des coups qui feroient inutiles ,
Il le quitte , & dès lors du triomphe affuré ,
Par un fouris moqueur applaudit à ſa gloire.
Déja tous les Amours celebrent fa victoire ,
Et ce fuccés fi long- tems defiré ;
Déja dans mille Amans naît la douce efperance
De voir bientôt la fin de leur tourment.
Moi
JUILLET . 1730. 1574
Moi-même je fentis dans cet heureux moment
Moi , qui toujours pour vous brule dans le filen
ce ,
4
Je fentis un contentement
>
Que je n'éprouve point depuis qu'à tant de charmes
J'ai malgré moi rendu les armes.
Tremblez , tremblez , cruelle , il va partir le trait,
Grands Dieux ! que mon bonheur feroit digne
d'envie ,
Si je pouvois être l'objet
Pour lequel vous allez être enfin attendrie !
Mais quel Démon combat pour vous :
Au moment que l'Amour animé de courroux
Alloit lancer cette fleche invincible ,
Par malice , il vous porte un regard curieux ;
Ebloui tout à coup par l'éclat de vos yeux ,
Il manque votre coeur , & ce trait fi terrible
Qui devoit le remplir d'allarmes & de feux ,
Ce trait que j'attendois dans l'efpoir & la crainte
Ne porte à votre pied. qu'une legere atteinte.
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Résumé : A Madame la Marquise de G... qui s'étoit brûlé le pied. Par M. de *** d'Arles.
Le poème 'Madame la Marquise de G...' de M. de * ** d'Arles relate une anecdote où la Marquise de G... se brûle le pied. Cette blessure est métaphorique et provient de l'Amour, qui punit la Marquise pour son indifférence. L'Amour, craignant de manquer sa cible, retire son bandeau pour s'assurer de son triomphe. Le narrateur exprime sa satisfaction face à cet événement, mais regrette que la Marquise n'ait pas été touchée au cœur. Il décrit comment l'Amour, ébloui par les yeux de la Marquise, a manqué son cœur et blessé son pied par erreur. Le poème souligne ainsi l'échec de l'Amour à atteindre son objectif initial.
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2649
p. 1572
ENIGME.
Début :
Les soupirs, les pleurs & les larmes [...]
Mots clefs :
Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Es foupirs , les pleurs & les larmes
Tantôt accompagnent mes pas ,
Tantôt les plaifirs & leurs charmes
Font briller mes plus beaux appas
En faifant couler dans mon ame
Les attraits de leur douce flamme,
Souvent je parois fur la fin
De quelque fuperbe feftin
Dans le plaifir & l'allegreffe ,
Et quelquefois rempli de deuil
Dans les cris & dans la trifteffe
Je conduis les morts au cercueil.
J'ai fait redouter ma puiſſance
A plufieurs Princes de renom ,
Qui revencient pleins d'efperance
De l'embrafement d'Ilion.
Je fuis à la faveur du corps que l'on me donne
Plus folide qu'auparavant ;
Mais à mon libre effor dès que l'on m'abandonne
Autant en emporte le vent.
Par M. l'Abbé Riviere
Es foupirs , les pleurs & les larmes
Tantôt accompagnent mes pas ,
Tantôt les plaifirs & leurs charmes
Font briller mes plus beaux appas
En faifant couler dans mon ame
Les attraits de leur douce flamme,
Souvent je parois fur la fin
De quelque fuperbe feftin
Dans le plaifir & l'allegreffe ,
Et quelquefois rempli de deuil
Dans les cris & dans la trifteffe
Je conduis les morts au cercueil.
J'ai fait redouter ma puiſſance
A plufieurs Princes de renom ,
Qui revencient pleins d'efperance
De l'embrafement d'Ilion.
Je fuis à la faveur du corps que l'on me donne
Plus folide qu'auparavant ;
Mais à mon libre effor dès que l'on m'abandonne
Autant en emporte le vent.
Par M. l'Abbé Riviere
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2650
p. 1573
LOGOGRIPHE.
Début :
Sept lettres composent mon nom : [...]
Mots clefs :
Tombeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP HE.
SEpt lettres compofent mon nom :
On peut en ôter deux de ma terminaiſon
Je n'en fignifirai pas moins la même choſe.
Ce n'eft plus aux paffans qu'aujourd'hui je m'ex
poſe ;
" On ne me trouve plus au bord des grands che
mias ;
Ma vûë en d'autres lieux étonne les Humains.
Je fuis pour quelques-uns un vain fujet de gloire ;
Mais , ô Ciel ! qu'elle eft illufoire !
Peuvent-ils tirer vanité
D'un vrai fujet d'humilité ? -
Si vous me partagez , la plus groffe partie
N'offre rien qui ne plaiſe à l'eſprit comme aux
yeux ;
Otez-en le furplus , vous verrez qu'à la vie
C'eft chofe neceffaire , ainfi qu'à certains lieux,
L'autre priſe à rebours auffi-tôt vous préſente
Ce que vous trouverez fi vous me devinez .
Remettez tout enſemble , enfuite combinez ,
Votre efprit trouvera pour peu qu'il ſe tourmente
Ce qui s'unit par fois avec univerfel.
Si de mes Lettres on compoſe
Ce qui termine mainte chofe ,
On pourra du reftant faire un être immortel.
R ....
SEpt lettres compofent mon nom :
On peut en ôter deux de ma terminaiſon
Je n'en fignifirai pas moins la même choſe.
Ce n'eft plus aux paffans qu'aujourd'hui je m'ex
poſe ;
" On ne me trouve plus au bord des grands che
mias ;
Ma vûë en d'autres lieux étonne les Humains.
Je fuis pour quelques-uns un vain fujet de gloire ;
Mais , ô Ciel ! qu'elle eft illufoire !
Peuvent-ils tirer vanité
D'un vrai fujet d'humilité ? -
Si vous me partagez , la plus groffe partie
N'offre rien qui ne plaiſe à l'eſprit comme aux
yeux ;
Otez-en le furplus , vous verrez qu'à la vie
C'eft chofe neceffaire , ainfi qu'à certains lieux,
L'autre priſe à rebours auffi-tôt vous préſente
Ce que vous trouverez fi vous me devinez .
Remettez tout enſemble , enfuite combinez ,
Votre efprit trouvera pour peu qu'il ſe tourmente
Ce qui s'unit par fois avec univerfel.
Si de mes Lettres on compoſe
Ce qui termine mainte chofe ,
On pourra du reftant faire un être immortel.
R ....
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