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1951
p. 2057-2066
SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
Début :
Le 24. Juin, jour de S. Jean Baptiste, le Roi de Pologne voulut celebrer cette Fête avec [...]
Mots clefs :
Officiers, Chasse, Roi, Tables, Princes, Repas, Infanterie, Armée, Canon, Maréchal
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texteReconnaissance textuelle : SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
SUITE du Camp de Mulhberg
& Radwiz
E 24. Juin , jour de S. Jean Baptifte , le Roi
Lie
fa magnificence ordinaire. Elle commença à 6.
heures du foir par un grand fouper au Quar
tier du Roi , les Feux de joye enfuite , & à neuf
heures les Troupes fortirent de leurs lignes & fe
mirent en bataille à la tête du Camp. Après qu'on
leur cut donné le fignal du Quartier du Roi , on
fit
2058 MERCURE DE FRANCE
fit trois falves confécutives du Canon , fuivie
chaque fois d'un feu de toute la Moufqueterie.
Ce Feu marqua le temps pour allumer l'Illumination
préparée au-delà de l'Elbe , près du Village
de Riffa , vis -à-vis du Château de Premniz.
L. M. monterent auffi- tôt en Caroffe pour fe
rendre à ce Château . L. A. R. les Princes & la
Princeffe , les autres Princes & toutes les autres
perfonnes de diftinction , de l'un & l'autre fexe ,
les fuivirent.
Les deux Rois arrivez à Promniz , & dès qu'ils
parurent dans la Loge , on donna le premier fignal
par 60. pieces de Canon, au bruit des Trompettes
& Timballes. Entre ce premier fignal & le
fecond , qui fe fit de la même maniere , il ſe paſſa
un quart d'heure pour donner aux Spectateurs le
temps de confiderer les beautez de l'Illumination ,
qui , au dire des Connoiffeurs , étoit des mieux
entendues & des plus fuperbes qu'on eut vû en
Allemagne.
On avoit conftruit exprès un vafte Edifice de
charpente , long de 400. pieds , & au milieu où
étoit repréfenté le Temple de la Paix , un de 160.
piés de hauteur, une toile très-fine en couvroit toute
la façade .On y avoit peint l'Illumination & l'on
avoit appliqué fur la pemture un certain Vernis
qui en la rendant tranfparente , donnoit en même
temps aux couleurs une force & un éclat des
plus virs qui réjouiffoit infiniment l'oeil du Spectate
ur.
La Loge Royale étoit dreflée vis- à-vis & à
450. pas de ' Ilumination , compofée de 40000 .
millest ampes ,qui furent allumées en 15. minutes.
Le Temple de laPaix , d'ordre Ionique , en faifoit
le principal fujet. On y voyoit plufieurs Colom
nes & Pilaftres efpacez avec art & des Peintures
SEPTEMBRE. 1730. 2059
tures des mieux entenduûës , enrichies de Lapis ,
&c. avec des Trophées de Marbre blanc & autres
Ornemens ; les Chapiteaux étoient en Bronze , &
le tout enſemble faifoit un effet admirable ; les
autres parties & les dehors du Temple paroiffoient
conftruits de Marbre d'Egypte de differente couleur
, & tout l'Edifice étoit fi bien difpofé , fuivant
les Regles de l'Architecture & de la Perfpective
, qu'on avoit peine à décider lequel on
devoit le plus admirer , de la magnificence, ou de
la fymétrie.
Ďu milieu du Temple , au- deffus du Sanctuaire
s'élevoit une espece de Piedeltal , fur lequel on
voyoit la Déeffe de la Paix , figure gigantefque
de 22.
pieds de hauteur. Mars la tenoit entre
fes bras. Au-deffus de ces Divinitez , on lifoit fur
une table de bronze , l'Infcription fuivante : Sic
fulta manebit On voyoit au-deffus de l'Infcription
un Trophée pofé fur un Piédeſtal avec une
Lyre , deux Cornes d'abondance , des branches de
Palmier & d'Olivier liées enfemble pour reprefenter
l'affluence de tous les biens , fruits précieux
de la Paix.
Aux deux côtez du Sanctuaire étoient des Arcades
féparées par de doubles Pilaftres , ornez de
Trophées de Marbre blanc : au milieu de ces Arcades
on voyoit en perfpective de chaque côté
une Galerie , dont chacune conduifoit à un Salon.
Ces Salons paroiffoient être en deux Pavillons
foutenus par des Colones ifolées : au- deffus des
Corniches il y avoit plufieurs Trophées attachez
à des Palmiers , & de chaque côté des Renommées
fonnant de la Trompette. Enfin un grand Perron
au bas de l'Edifice , contribuoit becaucoup à en
relever la nobleffe.
Un quart d'heure après avoir donné le fecond
fignal & tiré 1100. coups de fufil , on alluma
τους
2060 MERCURE DE FRANCE
tout à la fois quinze Lettres , placées au bas
-de l'Illumination , formant la Devife dont on
vient de parler. Ces Lettres brillerent durant
plufieurs minutes d'un feu blanc & extrémement
vif. On alluma en même temps les feux courans
à terre , & on fit partir 6000. Fuſées jettées en
partie par des Caiffes , & en partie par des Girandoles
, 30. à la fois de chaque Caiffe & 100. de
chaque Girandole : toutes ces Fufées atteignirent
une hauteur très- confiderable , & firent tout l'ef
fet qu'on en pouvoit attendre.
Durant ce feu des Fufées , des Mortiers de 8.
16. 32. & 64. livres de bale , jetterent 100. Boëtes
remplies de feu de pluye, de Fufées à étoiles &
autres de chacune de 12. roues horifontales &
autant de perpendiculaires , fortirent 70. Fufées
d'une autre forte , & on mit le feu à 1200. Cartouches
& 200. Mortiers de nouvelle efpece , qui
n'ont point d'affut , mais pofez fur leur Trépié
: chaque Cartouche étoit rempli de 22. Fuſées
& chaque Mortier de 21. de deux onces chacune,
& d'une grande quantité d'autres Fufées à terre.
Ce fecond Spectacle dura une bonne demie heure
, après quoi on donna un nouveau ſignal , accompagné
de 2000. coups de Moufquets , & on
vit auffi -tôt le feu Gregeois : 200. Cartouches
chargez chacun de 22. Fufées , 200. Rejettons
fimples & doubles , remplis de 60. Fufées de 2. &
3. onces chacune,& 100. Tonneaux , dont les uns
étoient remplis de 60. Cones , & les autres de 30.
Fufées.Tout ce Feu Gregeois fut jetté dans l'eau
par 12. Bateaux fur terre on tira encore 2000.
Fufées de 6. 12. 25. 50. 75. & de 100. liv. pefant,
zo. Boëtes remplies de feu à étoiles & de pluye
chacune remplie d'autres Boetes , furent tirées ·par
des Mortiers de 45. 96. & 121. livres de bale. 24.
Girandes jetterent chacune 200. Fufées à la fois ,
:
&
SEPTEMBRE . 1730. 206 F
& cent Mortiers de la nouvelle invention dont on
a parlé , en jetterent 21. chacun.
Après ce Feu qui dura autant que le précedent
une nouvelle décharge de 60. Pieces de Canon, fut
donné le fignal pour une feconde efpece d'Illumination.
On vit auffi- tôt la Riviere couverte de 48.
Bâtimens éclairez & remplis de Mufique de guerre
; c'étoit des Chaloupes , des Brigantins , des
Frégates & de très -belles Gondoles parmi ces
Bâtimens brilloit principalement le Bucentaure ,
fuperbe & grand Bâtiment Royal , richement
meublé & illuminé par 30000.Lampions , qui attachez
artiſtement, & jufqu'aux Mats & aux Cordages
, formoient diverfes figures.
Après quelque temps on vit ces Bâtimens defcen-
'dre laRiviere les uns après les autres. Ils étoient précedez
par d'autres Bâtimens, dont quelques - uns repréfentant
des Dauphins,une autre une Baleine jettant
du feu , & c . & à mefure que chaque Batiment
paffa devant les deux Rois , il falua L. M. de fon
Canon & de fes Mortiers , & réïtera encore deux
fois ce falut ; l'un en paffant le Pont de Tonneaux
& l'autre en abordant près du Village de Bober-
Jen.Le Bucentaure s'arrêta devant la Loge Royale.'
L'Orchestre du Roy & les Chanteurs de l'Opera
Italien , qui y étoient , firent la clôture de cette
Fête par une très- belle Serenade . Cette Fête ne
finit que lorfque le jour commença à paroître ,
& il y eut abondance de toutes fortes de Rafraichiffemens
, & c.
Le 25. il n'y eut rien de remarquable , mais le
lendemain 26. jour deſtiné pour le Régal que le
Roi vouloit faire à toute l'armée , on fit diftribuer
la veille à tous les Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie les Boeufs , le Pain , le Vin & la Biere'
neceffaires : les Boeufs furent coupez & rôtis par
quartiers ; il y avoit outre cela des Repas particu
liers
2062 MERCURE DE FRANCE
liers que les Chefs de chaque Régiment ou Corps
avoient fait préparer pour régaler leurs Officiers .
Vers les 11. heures du matin , on donna le premier
fignal ; fur quoi toute l'Armée fortit du
Camp fur deux lignes & en bon ordre , fans armes
, les Officiers à là tête . On porta devant chaque
Régiment les Viandes rôties , le Pain , le Vin
& la Biere jufqu'à la grande Place d'Armes devant
le Camp , où chaque Régiment fe rangeoit
fur deux lignes , dans le même ordre qu'il étoit
campé ; chaque Compagnie rangeoit devant fon
front les Viandes rôties , &c. qui lui étoient deftinées
& tous s'étant affis par terre , fe mirent
en devoir de prendre un ample & joyeux Repas.
:
Derriere chaque Régiment on avoit creusé la
terre pour y pratiquer des bancs & une longue
table , à laquelle chaque Chef & Colonel fit fervir
à part de très -bons mets à tous fes Officiers
qui après le fignal donné fe mirent à table ; ces
tables étoient difpofées fur deux lignes , à la diftance
de 100. pas l'une de l'autre ; & les Soldats
étoient affis à une égale distance les uns des autres
, ce qui fit un fort beau Spectacle.
Les deux Rois , qui de la hauteur du Quartier
Royal , avoient pu découvrir cet arrange ment,
en partirent avec toute leur fuite & pafferent les
deux lignes devant les tables des Officiers , pour
les voir manger. L. M. furent faluées par les Officiers
, les verres à la main , & les Soldats firent
éclater leur joye par des acclâmations de Vivent
les Rois , jettant leurs chapeaux en l'air , au bruit
des Tambours & au fon de divers Inftrumens de
M ufique.
Pendant cette Promenade des deux Rois & de
leur Suite , on fit fervir au Quartier du Roi , trois
tables , dont l'une qui étoit ovale , au milieu de
deux autres , & fur une élevation , étoit de 20 .
CouSEPTEMBRE
. 1730. 2063
Couverts pour les deux Rois , leur Famille Roya
le & les Princes Etrangers. Les deux autres tables
qui étoient en long , bordoient tout le Parapet de
deux côtez ,èlles étoient de 100. Couverts chacune,
pour tous les Generaux de l'Armée & pour les
Officiers & autres Etrangers qui fe trouvoient au
Camp.
Derriere la table ovale du milieu , fous une
magnifique Tente Turque , on avoit fait dreffer
une quatriéme table , longue de 40. à so. pieds
& large de dix à couze , fur laquelle il Y avoit
un Gâteau de la même grandeur que la table , &
de 36. Quintaux de poids ; ce Gâteau fut diftri→
bué à la fin du Repas à quiconque en fouhaitoit.
Après que les deux Rois eurent paffé les deux
lignes & vû dîner l'Amée , L. M. retournerent
au Quartier Royal & fe mirent à table , de même
que le Velt- Maréchal , les Officiers Generaux ,
les Officiers Etrangers & autres perfonnes de dif
tinction. Pendant le Repas on but plufieurs fois
au bruit des Canons , qui , au nombre de 48.
étoient rangez fur les Terraffes aux deux côtez .
Vers la fin du Repas , le Velt - Maréchal fe leva
& prefenta au Roi de Pruffe une Lettre au nom
& de la part de toute l'Armée , par laquelle elle
remercoit S. M. Pr. de la bonté qu'elle avoit euë
de ſe trouver à ſes Exercices Militaires , en lui
demandant en même temps la grace de la vouloir
congedier. Le Roi de Pruffe y répondit par toutes
fortes d'expreffions de politeffe , & lui accorda
le congé demandé avec tous les témoignages
d'une entiere fatisfaction.
Là-deffus le Velt-Maréchal & tous les Gene
raux de l'Armée fortirent de table & fe rendirent
au Quartier du Velt -Maréchal , ils y trouverent
tous les Officiers de l'Armée affemblez & formez
en bataillon , dont l'Infanterie tenoit le milieu
avec
2064 MERCURE DE FRANCE
avec 12 pelotons à quatre de hauteur , ayant à
chaque afle neuf pelotons de la Cavalerie à trois
de hauteur. Les Capitaines formerent le premier
rang , les Lieutenans le fecond ; les Sous - Lieutenans
le troifiéme , & les Enfeignes le quatrième.
Les Majors fe rangerent comme Caporaux , aux
aîles de leurs pelotons ; les Lieutenans - Colonels ,
comme Sergens , derriere leurs pelotons , & les
Colonels , comme Officiers , devant les pelotons :
les Generaux fe rangerent devant le Bataillon ,
chacun à fa place , felon fon ancienneté , ayant le
Velt-Maréchal à la tête . Les Officiers de l'Infanterie
marchoient avec leurs Efpontons , & ceux
de la Cavalerie , l'épée haute.
Le Bataillon s'étant mis en marche dans cet
ordre , le Velt - Maréchal le mena aux deux Terraffes
devant le Quartier Royal , où il ſe mit en
deux lignes ; la Cavalerie forma la premiere , &
l'Infanterie la feconde : Ils faluerent tous enfemble
les deux Rois ; les deux lignes s'étant enfuite
remifes en marche par pelotons , elles pafferent
en revûë au pied de la premiere Terraffe , où les
deux Rois s'étoient poftez avec toute leur Cour
& faluerent de nouveau L. M.par pelotons.Le Roi
de Pruffe les remercia fort gracieuſement ; &
comme S. M. Pr. pour donner une marque de
fon entiere fatisfaction , buvoit à chaque General
& à chaque Colonel -Commandant des Régimens,
on fit donner à tous les Officiers , à mesure qu'ils
paffoient par pelotons , des verres qu'ils vuiderent
à la fanté du Roi de Pruffe , au bruit de tout
le Canon ; & après avoir jetté les verres , ils pafferent
de cette façon les uns après les autres , &
le Canon ne ceffa de tirer qu'aprés qu'ils furent
tous paffez. C'eft ainfi que l'Armée prit congé
du Roi de Pruffe , qui la congedia.
Les deux Rois avec toute leur Cour , s'embarquerent
SEPTEMBRE . 1730. 2065
querent
fur l'Elbe le 27. & arriverent au Château
de Lichtembourg , où ils coucherent . Le lendemain
28. L. M. accompagnées des Princes leurs
fils , partirent de Lichtembourg avec toute leur
fuite pour fe rendre à l'endroit de la Chauffée
près de Zulhtsdorff , elles y trouverent d'abord
des gens de la Chaffe en habits verds galonaez
d'argent, avec leurs Chiens, rangez en haye. L'endroit
de la Chaffe & fes avenues étoient embellis
par plufieurs grandes & magnifiques Loges ,
conftruites de verdure. On avoit pris toutes les
précautions pour empêcher qu'il n'arrivât aucun
accident par des coups tirez . Le grand Veneur
à la tête du Veneur de la Cour , des Grands - Maî
tres des Forêts , des Gentilshommes & de tous les
autres Officiers qui dépendent de la Chaffe, étoient
auffi en habits verds richement l'odez .
2
Ils reçurent L. M. en defcendant de leur Chaife
, au fon des Cors de Chaffe & des Hautbois .
Il fe préfenta d'abord une Chaife de Chaffe , tirée
par fix Cerfs apprivoifez , & menée avec beau
coup d'adreffe par deux Garçons de Chaffe , ce
que le Roi de Pruffe ne put s'empêcher d'admirer.
On fit enfuite les préparatifs pour commencer
la Chaffe: Les Chevaliers & autres de la fuite
des deux Rois à cheval & munis de Lances , fe
rangerent à droite & à gauche. L. M. & L. A. R.
avec toutes les perfonnes de diftinction de leur
fuite , s'étant partagez , fe pofterent aux deux côtez
pour tirer. Le Grand Veneur rangea en ordre
tous ceux qui dépendent de la Chaffe , & s'étant
mis à la tête , il paffa avec eux devant les
deux Rois , & alors la Chaffe commença au fon
des Cors & des Hautbois. Il fut tué un grand
nombre de toutes fortes de bêtes fauves & autre
gibier , partie avec des Lances & en forçant avec
des Chiens , & partie par des armes à feu. Il fe
trour
2066 MERCURE DE FRANCE
trouva en tout 1124. Pieces; fçavoir, 804. Cerfs,
203. Sangliers , 97. Chevreuils & Dains , 18.
Lievres & 2. Renards , le tout porté à une Place
& rangé en ordre par les Gens de la Chaffe. Ainfi
finit cette grande & fuperbe Chaffe qui fut faite
avec beaucoup d'ordre & fans aucun accident.
On ſe retira enfuite vers les Loges , où les Tables
étoient couvertes & fervies pour le dîner. Il
y avoit trois tables , dont la premiere deſtinée
pour L. M. L. A. R. les Princes & autres perfon-
Tonnes de diftinction , étoit de 24. Couverts ; &
les deux autres de 20. Couverts chacune , pour
les Miniftres & autres Officiers. Il y avoit outre
cela deux autres tables de 48. Couverts chacune
pour les Gens de la Chaffe. La joye generale &
les deux Rois parurent fort contens ; lorfqu'on
fut hors de table , les deux Rois pafferent encore
quelque temps en converfation , après quoi L. M.
s'embrafferent & fe féparerent avec toutes les
marques poffibles de tendreffe. Le Roi de Pruffe
partit pour Poftdam & le Roi de Pologne retourna
au Camp de Radewitz.
& Radwiz
E 24. Juin , jour de S. Jean Baptifte , le Roi
Lie
fa magnificence ordinaire. Elle commença à 6.
heures du foir par un grand fouper au Quar
tier du Roi , les Feux de joye enfuite , & à neuf
heures les Troupes fortirent de leurs lignes & fe
mirent en bataille à la tête du Camp. Après qu'on
leur cut donné le fignal du Quartier du Roi , on
fit
2058 MERCURE DE FRANCE
fit trois falves confécutives du Canon , fuivie
chaque fois d'un feu de toute la Moufqueterie.
Ce Feu marqua le temps pour allumer l'Illumination
préparée au-delà de l'Elbe , près du Village
de Riffa , vis -à-vis du Château de Premniz.
L. M. monterent auffi- tôt en Caroffe pour fe
rendre à ce Château . L. A. R. les Princes & la
Princeffe , les autres Princes & toutes les autres
perfonnes de diftinction , de l'un & l'autre fexe ,
les fuivirent.
Les deux Rois arrivez à Promniz , & dès qu'ils
parurent dans la Loge , on donna le premier fignal
par 60. pieces de Canon, au bruit des Trompettes
& Timballes. Entre ce premier fignal & le
fecond , qui fe fit de la même maniere , il ſe paſſa
un quart d'heure pour donner aux Spectateurs le
temps de confiderer les beautez de l'Illumination ,
qui , au dire des Connoiffeurs , étoit des mieux
entendues & des plus fuperbes qu'on eut vû en
Allemagne.
On avoit conftruit exprès un vafte Edifice de
charpente , long de 400. pieds , & au milieu où
étoit repréfenté le Temple de la Paix , un de 160.
piés de hauteur, une toile très-fine en couvroit toute
la façade .On y avoit peint l'Illumination & l'on
avoit appliqué fur la pemture un certain Vernis
qui en la rendant tranfparente , donnoit en même
temps aux couleurs une force & un éclat des
plus virs qui réjouiffoit infiniment l'oeil du Spectate
ur.
La Loge Royale étoit dreflée vis- à-vis & à
450. pas de ' Ilumination , compofée de 40000 .
millest ampes ,qui furent allumées en 15. minutes.
Le Temple de laPaix , d'ordre Ionique , en faifoit
le principal fujet. On y voyoit plufieurs Colom
nes & Pilaftres efpacez avec art & des Peintures
SEPTEMBRE. 1730. 2059
tures des mieux entenduûës , enrichies de Lapis ,
&c. avec des Trophées de Marbre blanc & autres
Ornemens ; les Chapiteaux étoient en Bronze , &
le tout enſemble faifoit un effet admirable ; les
autres parties & les dehors du Temple paroiffoient
conftruits de Marbre d'Egypte de differente couleur
, & tout l'Edifice étoit fi bien difpofé , fuivant
les Regles de l'Architecture & de la Perfpective
, qu'on avoit peine à décider lequel on
devoit le plus admirer , de la magnificence, ou de
la fymétrie.
Ďu milieu du Temple , au- deffus du Sanctuaire
s'élevoit une espece de Piedeltal , fur lequel on
voyoit la Déeffe de la Paix , figure gigantefque
de 22.
pieds de hauteur. Mars la tenoit entre
fes bras. Au-deffus de ces Divinitez , on lifoit fur
une table de bronze , l'Infcription fuivante : Sic
fulta manebit On voyoit au-deffus de l'Infcription
un Trophée pofé fur un Piédeſtal avec une
Lyre , deux Cornes d'abondance , des branches de
Palmier & d'Olivier liées enfemble pour reprefenter
l'affluence de tous les biens , fruits précieux
de la Paix.
Aux deux côtez du Sanctuaire étoient des Arcades
féparées par de doubles Pilaftres , ornez de
Trophées de Marbre blanc : au milieu de ces Arcades
on voyoit en perfpective de chaque côté
une Galerie , dont chacune conduifoit à un Salon.
Ces Salons paroiffoient être en deux Pavillons
foutenus par des Colones ifolées : au- deffus des
Corniches il y avoit plufieurs Trophées attachez
à des Palmiers , & de chaque côté des Renommées
fonnant de la Trompette. Enfin un grand Perron
au bas de l'Edifice , contribuoit becaucoup à en
relever la nobleffe.
Un quart d'heure après avoir donné le fecond
fignal & tiré 1100. coups de fufil , on alluma
τους
2060 MERCURE DE FRANCE
tout à la fois quinze Lettres , placées au bas
-de l'Illumination , formant la Devife dont on
vient de parler. Ces Lettres brillerent durant
plufieurs minutes d'un feu blanc & extrémement
vif. On alluma en même temps les feux courans
à terre , & on fit partir 6000. Fuſées jettées en
partie par des Caiffes , & en partie par des Girandoles
, 30. à la fois de chaque Caiffe & 100. de
chaque Girandole : toutes ces Fufées atteignirent
une hauteur très- confiderable , & firent tout l'ef
fet qu'on en pouvoit attendre.
Durant ce feu des Fufées , des Mortiers de 8.
16. 32. & 64. livres de bale , jetterent 100. Boëtes
remplies de feu de pluye, de Fufées à étoiles &
autres de chacune de 12. roues horifontales &
autant de perpendiculaires , fortirent 70. Fufées
d'une autre forte , & on mit le feu à 1200. Cartouches
& 200. Mortiers de nouvelle efpece , qui
n'ont point d'affut , mais pofez fur leur Trépié
: chaque Cartouche étoit rempli de 22. Fuſées
& chaque Mortier de 21. de deux onces chacune,
& d'une grande quantité d'autres Fufées à terre.
Ce fecond Spectacle dura une bonne demie heure
, après quoi on donna un nouveau ſignal , accompagné
de 2000. coups de Moufquets , & on
vit auffi -tôt le feu Gregeois : 200. Cartouches
chargez chacun de 22. Fufées , 200. Rejettons
fimples & doubles , remplis de 60. Fufées de 2. &
3. onces chacune,& 100. Tonneaux , dont les uns
étoient remplis de 60. Cones , & les autres de 30.
Fufées.Tout ce Feu Gregeois fut jetté dans l'eau
par 12. Bateaux fur terre on tira encore 2000.
Fufées de 6. 12. 25. 50. 75. & de 100. liv. pefant,
zo. Boëtes remplies de feu à étoiles & de pluye
chacune remplie d'autres Boetes , furent tirées ·par
des Mortiers de 45. 96. & 121. livres de bale. 24.
Girandes jetterent chacune 200. Fufées à la fois ,
:
&
SEPTEMBRE . 1730. 206 F
& cent Mortiers de la nouvelle invention dont on
a parlé , en jetterent 21. chacun.
Après ce Feu qui dura autant que le précedent
une nouvelle décharge de 60. Pieces de Canon, fut
donné le fignal pour une feconde efpece d'Illumination.
On vit auffi- tôt la Riviere couverte de 48.
Bâtimens éclairez & remplis de Mufique de guerre
; c'étoit des Chaloupes , des Brigantins , des
Frégates & de très -belles Gondoles parmi ces
Bâtimens brilloit principalement le Bucentaure ,
fuperbe & grand Bâtiment Royal , richement
meublé & illuminé par 30000.Lampions , qui attachez
artiſtement, & jufqu'aux Mats & aux Cordages
, formoient diverfes figures.
Après quelque temps on vit ces Bâtimens defcen-
'dre laRiviere les uns après les autres. Ils étoient précedez
par d'autres Bâtimens, dont quelques - uns repréfentant
des Dauphins,une autre une Baleine jettant
du feu , & c . & à mefure que chaque Batiment
paffa devant les deux Rois , il falua L. M. de fon
Canon & de fes Mortiers , & réïtera encore deux
fois ce falut ; l'un en paffant le Pont de Tonneaux
& l'autre en abordant près du Village de Bober-
Jen.Le Bucentaure s'arrêta devant la Loge Royale.'
L'Orchestre du Roy & les Chanteurs de l'Opera
Italien , qui y étoient , firent la clôture de cette
Fête par une très- belle Serenade . Cette Fête ne
finit que lorfque le jour commença à paroître ,
& il y eut abondance de toutes fortes de Rafraichiffemens
, & c.
Le 25. il n'y eut rien de remarquable , mais le
lendemain 26. jour deſtiné pour le Régal que le
Roi vouloit faire à toute l'armée , on fit diftribuer
la veille à tous les Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie les Boeufs , le Pain , le Vin & la Biere'
neceffaires : les Boeufs furent coupez & rôtis par
quartiers ; il y avoit outre cela des Repas particu
liers
2062 MERCURE DE FRANCE
liers que les Chefs de chaque Régiment ou Corps
avoient fait préparer pour régaler leurs Officiers .
Vers les 11. heures du matin , on donna le premier
fignal ; fur quoi toute l'Armée fortit du
Camp fur deux lignes & en bon ordre , fans armes
, les Officiers à là tête . On porta devant chaque
Régiment les Viandes rôties , le Pain , le Vin
& la Biere jufqu'à la grande Place d'Armes devant
le Camp , où chaque Régiment fe rangeoit
fur deux lignes , dans le même ordre qu'il étoit
campé ; chaque Compagnie rangeoit devant fon
front les Viandes rôties , &c. qui lui étoient deftinées
& tous s'étant affis par terre , fe mirent
en devoir de prendre un ample & joyeux Repas.
:
Derriere chaque Régiment on avoit creusé la
terre pour y pratiquer des bancs & une longue
table , à laquelle chaque Chef & Colonel fit fervir
à part de très -bons mets à tous fes Officiers
qui après le fignal donné fe mirent à table ; ces
tables étoient difpofées fur deux lignes , à la diftance
de 100. pas l'une de l'autre ; & les Soldats
étoient affis à une égale distance les uns des autres
, ce qui fit un fort beau Spectacle.
Les deux Rois , qui de la hauteur du Quartier
Royal , avoient pu découvrir cet arrange ment,
en partirent avec toute leur fuite & pafferent les
deux lignes devant les tables des Officiers , pour
les voir manger. L. M. furent faluées par les Officiers
, les verres à la main , & les Soldats firent
éclater leur joye par des acclâmations de Vivent
les Rois , jettant leurs chapeaux en l'air , au bruit
des Tambours & au fon de divers Inftrumens de
M ufique.
Pendant cette Promenade des deux Rois & de
leur Suite , on fit fervir au Quartier du Roi , trois
tables , dont l'une qui étoit ovale , au milieu de
deux autres , & fur une élevation , étoit de 20 .
CouSEPTEMBRE
. 1730. 2063
Couverts pour les deux Rois , leur Famille Roya
le & les Princes Etrangers. Les deux autres tables
qui étoient en long , bordoient tout le Parapet de
deux côtez ,èlles étoient de 100. Couverts chacune,
pour tous les Generaux de l'Armée & pour les
Officiers & autres Etrangers qui fe trouvoient au
Camp.
Derriere la table ovale du milieu , fous une
magnifique Tente Turque , on avoit fait dreffer
une quatriéme table , longue de 40. à so. pieds
& large de dix à couze , fur laquelle il Y avoit
un Gâteau de la même grandeur que la table , &
de 36. Quintaux de poids ; ce Gâteau fut diftri→
bué à la fin du Repas à quiconque en fouhaitoit.
Après que les deux Rois eurent paffé les deux
lignes & vû dîner l'Amée , L. M. retournerent
au Quartier Royal & fe mirent à table , de même
que le Velt- Maréchal , les Officiers Generaux ,
les Officiers Etrangers & autres perfonnes de dif
tinction. Pendant le Repas on but plufieurs fois
au bruit des Canons , qui , au nombre de 48.
étoient rangez fur les Terraffes aux deux côtez .
Vers la fin du Repas , le Velt - Maréchal fe leva
& prefenta au Roi de Pruffe une Lettre au nom
& de la part de toute l'Armée , par laquelle elle
remercoit S. M. Pr. de la bonté qu'elle avoit euë
de ſe trouver à ſes Exercices Militaires , en lui
demandant en même temps la grace de la vouloir
congedier. Le Roi de Pruffe y répondit par toutes
fortes d'expreffions de politeffe , & lui accorda
le congé demandé avec tous les témoignages
d'une entiere fatisfaction.
Là-deffus le Velt-Maréchal & tous les Gene
raux de l'Armée fortirent de table & fe rendirent
au Quartier du Velt -Maréchal , ils y trouverent
tous les Officiers de l'Armée affemblez & formez
en bataillon , dont l'Infanterie tenoit le milieu
avec
2064 MERCURE DE FRANCE
avec 12 pelotons à quatre de hauteur , ayant à
chaque afle neuf pelotons de la Cavalerie à trois
de hauteur. Les Capitaines formerent le premier
rang , les Lieutenans le fecond ; les Sous - Lieutenans
le troifiéme , & les Enfeignes le quatrième.
Les Majors fe rangerent comme Caporaux , aux
aîles de leurs pelotons ; les Lieutenans - Colonels ,
comme Sergens , derriere leurs pelotons , & les
Colonels , comme Officiers , devant les pelotons :
les Generaux fe rangerent devant le Bataillon ,
chacun à fa place , felon fon ancienneté , ayant le
Velt-Maréchal à la tête . Les Officiers de l'Infanterie
marchoient avec leurs Efpontons , & ceux
de la Cavalerie , l'épée haute.
Le Bataillon s'étant mis en marche dans cet
ordre , le Velt - Maréchal le mena aux deux Terraffes
devant le Quartier Royal , où il ſe mit en
deux lignes ; la Cavalerie forma la premiere , &
l'Infanterie la feconde : Ils faluerent tous enfemble
les deux Rois ; les deux lignes s'étant enfuite
remifes en marche par pelotons , elles pafferent
en revûë au pied de la premiere Terraffe , où les
deux Rois s'étoient poftez avec toute leur Cour
& faluerent de nouveau L. M.par pelotons.Le Roi
de Pruffe les remercia fort gracieuſement ; &
comme S. M. Pr. pour donner une marque de
fon entiere fatisfaction , buvoit à chaque General
& à chaque Colonel -Commandant des Régimens,
on fit donner à tous les Officiers , à mesure qu'ils
paffoient par pelotons , des verres qu'ils vuiderent
à la fanté du Roi de Pruffe , au bruit de tout
le Canon ; & après avoir jetté les verres , ils pafferent
de cette façon les uns après les autres , &
le Canon ne ceffa de tirer qu'aprés qu'ils furent
tous paffez. C'eft ainfi que l'Armée prit congé
du Roi de Pruffe , qui la congedia.
Les deux Rois avec toute leur Cour , s'embarquerent
SEPTEMBRE . 1730. 2065
querent
fur l'Elbe le 27. & arriverent au Château
de Lichtembourg , où ils coucherent . Le lendemain
28. L. M. accompagnées des Princes leurs
fils , partirent de Lichtembourg avec toute leur
fuite pour fe rendre à l'endroit de la Chauffée
près de Zulhtsdorff , elles y trouverent d'abord
des gens de la Chaffe en habits verds galonaez
d'argent, avec leurs Chiens, rangez en haye. L'endroit
de la Chaffe & fes avenues étoient embellis
par plufieurs grandes & magnifiques Loges ,
conftruites de verdure. On avoit pris toutes les
précautions pour empêcher qu'il n'arrivât aucun
accident par des coups tirez . Le grand Veneur
à la tête du Veneur de la Cour , des Grands - Maî
tres des Forêts , des Gentilshommes & de tous les
autres Officiers qui dépendent de la Chaffe, étoient
auffi en habits verds richement l'odez .
2
Ils reçurent L. M. en defcendant de leur Chaife
, au fon des Cors de Chaffe & des Hautbois .
Il fe préfenta d'abord une Chaife de Chaffe , tirée
par fix Cerfs apprivoifez , & menée avec beau
coup d'adreffe par deux Garçons de Chaffe , ce
que le Roi de Pruffe ne put s'empêcher d'admirer.
On fit enfuite les préparatifs pour commencer
la Chaffe: Les Chevaliers & autres de la fuite
des deux Rois à cheval & munis de Lances , fe
rangerent à droite & à gauche. L. M. & L. A. R.
avec toutes les perfonnes de diftinction de leur
fuite , s'étant partagez , fe pofterent aux deux côtez
pour tirer. Le Grand Veneur rangea en ordre
tous ceux qui dépendent de la Chaffe , & s'étant
mis à la tête , il paffa avec eux devant les
deux Rois , & alors la Chaffe commença au fon
des Cors & des Hautbois. Il fut tué un grand
nombre de toutes fortes de bêtes fauves & autre
gibier , partie avec des Lances & en forçant avec
des Chiens , & partie par des armes à feu. Il fe
trour
2066 MERCURE DE FRANCE
trouva en tout 1124. Pieces; fçavoir, 804. Cerfs,
203. Sangliers , 97. Chevreuils & Dains , 18.
Lievres & 2. Renards , le tout porté à une Place
& rangé en ordre par les Gens de la Chaffe. Ainfi
finit cette grande & fuperbe Chaffe qui fut faite
avec beaucoup d'ordre & fans aucun accident.
On ſe retira enfuite vers les Loges , où les Tables
étoient couvertes & fervies pour le dîner. Il
y avoit trois tables , dont la premiere deſtinée
pour L. M. L. A. R. les Princes & autres perfon-
Tonnes de diftinction , étoit de 24. Couverts ; &
les deux autres de 20. Couverts chacune , pour
les Miniftres & autres Officiers. Il y avoit outre
cela deux autres tables de 48. Couverts chacune
pour les Gens de la Chaffe. La joye generale &
les deux Rois parurent fort contens ; lorfqu'on
fut hors de table , les deux Rois pafferent encore
quelque temps en converfation , après quoi L. M.
s'embrafferent & fe féparerent avec toutes les
marques poffibles de tendreffe. Le Roi de Pruffe
partit pour Poftdam & le Roi de Pologne retourna
au Camp de Radewitz.
Fermer
Résumé : SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
Le 24 juin, à l'occasion de la Saint-Jean-Baptiste, le roi organisa une célébration à Mulhberg et Radwitz. La journée débuta par un grand souper au quartier du roi, suivi de feux de joie et d'une mise en bataille des troupes à 9 heures. Trois salves de canon et des feux de mousqueterie marquèrent le début d'une illumination près du village de Riffa, en face du château de Premniz. Le roi et les princes se rendirent au château où une illumination spectaculaire fut allumée, représentant un temple de la Paix de 400 pieds de long et 160 pieds de haut, orné de peintures et de trophées. L'illumination, composée de 40 000 millest ampes, fut allumée en 15 minutes. Le temple, de style ionique, était richement décoré de colonnes, de pilastres, et de peintures enrichies de lapis. Au centre du temple, une déesse de la Paix, tenue par Mars, surplombait une inscription en latin. Des arcades et des galeries complétaient la scène, avec des trophées et des renommées sonnant de la trompette. Après un quart d'heure, 15 lettres formant une devise furent allumées, accompagnées de feux courants à terre et de 6 000 fusées. Des mortiers tirèrent des boîtes remplies de feux d'artifice, et un feu grégeois fut allumé dans l'eau par des bateaux. Une seconde illumination vit la rivière couverte de 48 bâtiments éclairés et remplis de musique de guerre, incluant le Bucentaure, un grand bâtiment royal illuminé par 30 000 lampions. Le 26 juin, le roi offrit un repas à toute l'armée. Les régiments se rangèrent en ordre, et les viandes rôties, le pain, le vin et la bière furent distribués. Les rois passèrent en revue les troupes, qui les saluèrent avec des acclamations et des musiques. Après le repas, le maréchal présenta une lettre de remerciement au roi de Prusse, qui accorda le congé à l'armée. Les officiers, formés en bataillon, saluèrent les rois avant de se disperser. Les deux rois s'embarquèrent sur l'Elbe le 27 juin et arrivèrent au château de Lichtembourg, où ils passèrent la nuit. Le lendemain, ils se rendirent près de Zulhtsdorff. Le texte décrit également une grande chasse organisée avec une préparation minutieuse pour éviter les accidents. Les participants, vêtus de habits verts galonnés d'argent, incluaient des gens de la Chasse, des chiens, et divers officiers. L'endroit était embelli par des loges magnifiques construites de verdure. La chasse débuta avec une présentation d'une chaise tirée par six cerfs apprivoisés, admirée par le Roi de Prusse. Les préparatifs incluaient des chevaliers et autres cavaliers munis de lances, se rangeant de chaque côté. Les rois et les personnes de distinction se positionnèrent pour tirer. La chasse se déroula avec ordre, au son des cors et des hautbois, et un grand nombre de bêtes fauves et de gibier furent tuées, totalisant 1124 pièces. Après la chasse, un dîner fut servi dans les loges, avec trois tables pour les personnes de distinction et deux autres pour les gens de la Chasse. La joie générale et la satisfaction des rois furent notables. Après le dîner, les rois conversèrent brièvement avant que Leurs Majestés ne s'embrassent et se séparèrent avec tendresse. Le Roi de Prusse partit pour Potsdam, et le Roi de Pologne retourna au camp de Radewitz.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1952
p. 2066-2070
ITALIE.
Début :
Le 6. Août, le Cardinal Coscia fit élever sur la porte de son Palais les Armes de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Sénat, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 6. Août , le Cardinal Cofcia fit élever fur
la porte de fon Palais les Armes de l'Empereur
& de la Couronne de Boheme , & l'après
midi il reçut la vifite des Cardinaux Allemans qui
font à Rome.
Le 14. le Pape tint un Confiftoire fecret , dans
lequel le Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché de la Rochelle
pour l'Abbé de Menou de Charnifay , & celui
de Limoges pour l'Abbé de l'Iſle du Gaft. Le Cardinal
de Biffy remit fon Titre de fainte Quirice
& de fainte Julie, & opta celui de S. Bernard aux
Termes
3
SEPTEMBRE. 1730. 2067
Termes. A la fin du Conſiſtoire , le Papé déclara
qu'il avoit fait un Cardinal , mais qu'il le réſervoit
in petto .
L'Abbé Lanti eft prêt à partir pour aller en
France porter au Dauphin les Langes dont S. S.
fit la benediction le 27. de l'autre mois.
L'Abbé Ballarini , Lecteur en Théologie au
College de la Sapience , & en grande réputation
pour fa profonde doctrine , a ant demandé à la
Congrégation de Propaganda fide , la permiffion
d'a ler prêcher l'Evangile dans l'Orient , a été
nommé depuis peu Suffragant du Patriarche de
Conftantinople .
de-
Il s'eft tenu le 7. Août une Congrégation d'Etat
, dans laquelle on a examiné les Memoires
préfentez par les Fermiers du Savon , pour
mander qu'on leur faffe rendre les Preſens particuliers
qu'ils ont faits à diverfes perfonnes dans
le temps de l'Adjudication de cette Ferme , dont
les droits ont été fupprimez depuis peu.
On affure que le Pape a offert fa médiation
pour terminer les differens de l'Empereur avec le
Roi d'Efpagne , & on prétend qu'en cas qu'el
le foit acceptée , S. S. enverra des Nonces Extraordinaires
à Vienne , à la Cour de France &
en Elpagne.
Le Chevalier de S. George étant allé au Quirinal
, le Pape l'y reçut avec de grands témoignages
d'affection , & S. S. lui fit préſent d'une
Cédule de 10000. écus payables à vue par le Tréforier
de la Chambre Apoftolique .
Ce même jour après midi , l'Ambaffadeur de la
République de Venife eut Audience particuliere
du Pape , dans laquelle il lui fit part que les deux
Neveux de S. S. avoient été infcrits fur le Livre
d'or , & que le Prince Don Barthelemi Corfini
ayoit été élu Procurateur de S. Marc , avec rang
de Chevalier de l'Etoille d'Or
Par
5.
2068 MERCURE DE FRANCE
na ,
Par un Decret datté du 12. Août , le Pape a
établi une Congrégation particuliere , compofée
des Cardinaux Camerlingue , Imperiali , Colligola,
du Marquis Neri Corfini , de M. Sacripante,
Tréforier General de Mrs Rieci , Palaggi & La
& du Procureur Fifcal de la Chambre , pour
revoir & examiner les Conceffions & renouvellemens
de Baux & Fermes qui ont été faits au préjudice
de la Chambre & du Peuple , de méme que
les remifes de dettes en tout ou en partie ,
exemptions , les graces & les privileges onereux
accordez fous le dernier Pontificat , ordonnant
fingulierement à tours les Officiers de cette
Chambre qui ont obtenu pour eux quelques unes
de ces remifes , graces ou Privileges , de comparoître
devant cette Congrégation & d'y rendre
compte de leur conduite.
les
Le bruit court que M. Firrao , Nonce à Lif
bonne , fera rappellé , que M. Bichi retournera
Nonce à fa place , & que quelque temps après il
fera fait Cardinal,
Le Pape a ordonné à un de fes Valets de Chambre
qui le fervoit depuis quatre ans , de fe retirer
, parce que , contre la deffenfe , il avoit ofé
lui demander une Place de Cuiraflier , pour laquelle
on lui avoit promis une récompenfe.
Le Roi de Sardaigne a donné la riche Abbaye
de Staffarde , au Cardinal Alexandre Albani , qui
depuis peu eft Protecteur des Affaires de la ŝavoye
& du Piémont,
Le Procureur General de la Religion de Malte ,
s'étant oppofé par un Acte Juridique à la Prife
de Poffeffion que le Cardinal Cibo fit fur la fin
du mois dernier , du Grand - Prieuré de Rome
on ne doute pas qu'il n'y ait un grand Procès
fur cette affaire.
On a appris depuis que le Pape voulant éviter
toute
SEPTEMBRE . 1730. 2069
toute conteftation avec le Grand- Maître de Malthe
, au fujet du Prieuré de cette Ville , qu'il a
donné au Cardinal Cibo , a réfolu de déroger à
› fa nomination , à l'exemple de Pie V. & de créer
une Congrégation particuliere pour examiner
cette affaire.
On a reçû avis de Sicile , qu'une Compagnie
de Soldats Allemands étant allée par ordre du
Vice- Roi au Château de Palerme pour s'y mettre
en garnifon , les Bourgeois qui jufqu'alors avoient
monté la Garde dans ce Château , avoient refufé
de leur en ouvrir les portes ; que quelques Soldats
ayant tiré , les autres Habitans de la Ville avoient
pris les armes , & que le defordre avoit été
très - grand .
en
On a appris de Milan , que le Comte Flavius
Rezzonico & le Marquis Jules Brivio , s'y étoient
battus en duel hors de la porte Orientale ,
prefence des Marquis Fiorenza & Novari , qu'ils
avoient choifis pour leurs Parains , & que le premier
avoit été tué d'un coup d'épée dans la cuiffe
qui lui avoit coupé l'Artere.
>
On a appris auffi que le Tremblement de terre
qu'on reffentit il y a quelque temps à Milan
avoit été plus confiderable à Lufignano , où il
avoit fait tomber la Chapelle de N. Dame du
Mont fur le Varefe , & quelques Maiſons des
environs.
On mande de Genes , que M. Venerofo ,
que le Sénat avoit envoyé dans l'Ile de Corfe
avec des pouvoirs de la République pour traiter
avec les Rebelles de cette Ifle , s'étoit rendu à
leur Camp pour leur faire une derniere exhortation
; mais Pompiliani , leur Chef, lui rép ● udit
que la Nation Corfe voyoit avec douleur qu'une
perfonne auffi diftinguée que lui , voulut s'employer
dans cette affaire , qu'ils reſpectoient tous
H La
2070 MERCURE DE FRANCE
droiture & fon équité ; qu'ils n'oublieroient jamais
fon Gouvernement comme étant digne des
plus grands éloges ; que fa douceur & fa moderation
lui avoient acquis avec juftice le titre glorieux
de Pere de la Patrie , & qu'ils conferveroient
toute leur vie le fouvenir des bienfaits
qu'ils avoient reçûs de fa generofité ; qu'ils l'exhortoient
de prendre leur parti , de proteger un
peuple opprimé qu'on traite de Rebelles , parce
qu'il deffend fa liberté & fes Privileges ; & que fi
le feul interêt l'obligeoit de retourner à Genes
pour la confervation de fes biens , ils lui offroient
Ja Dignité Royale avec une foumiſſion & une
obéiffance aveugle pour les ordres , s'il acceptoir
Je Gouvernement,
?
Les Magiftrats de la Baftia , Ville Capitale de
de l'Ifle , ayant envoyé des Commiſſaires du côté
de la Partie Méridionale de l'Ile pour lever les
contributions annuelles , ils furent furpris par un
Détachement des Rebelles qui les menerent à leur
Camp. Pompiliani leur demanda leurs pouvoirs ;
& après les avoir lus publiquement , il les fit déchirer
avec mépris.
La République ne pouvant réduire ces Rebelles
fans faire de grandes dépenfes , a été obligée de
demander des contributions extraordinaires à fes
Sujets.
Ón vient d'apprendre que fur l'avis donné au
Sénat , que les Rebelles avoient inveſti Ajaccio ,
on a fait partir de Genes trois Barques chargées
de Munitions de guerre , avec 200. Şoldats pour
faire entrer dans la Place , & on apprend en dernier
lieu , qu'il eft arrivé à Genes des Députez de
divers endroits de l'Ifle de Corfe , qui travaillent
depuis quelques jours avec les Commiffaires nommez
par le Sénat , à chercher les moyens de faire
finir les troubles de cette Iſle,
E 6. Août , le Cardinal Cofcia fit élever fur
la porte de fon Palais les Armes de l'Empereur
& de la Couronne de Boheme , & l'après
midi il reçut la vifite des Cardinaux Allemans qui
font à Rome.
Le 14. le Pape tint un Confiftoire fecret , dans
lequel le Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché de la Rochelle
pour l'Abbé de Menou de Charnifay , & celui
de Limoges pour l'Abbé de l'Iſle du Gaft. Le Cardinal
de Biffy remit fon Titre de fainte Quirice
& de fainte Julie, & opta celui de S. Bernard aux
Termes
3
SEPTEMBRE. 1730. 2067
Termes. A la fin du Conſiſtoire , le Papé déclara
qu'il avoit fait un Cardinal , mais qu'il le réſervoit
in petto .
L'Abbé Lanti eft prêt à partir pour aller en
France porter au Dauphin les Langes dont S. S.
fit la benediction le 27. de l'autre mois.
L'Abbé Ballarini , Lecteur en Théologie au
College de la Sapience , & en grande réputation
pour fa profonde doctrine , a ant demandé à la
Congrégation de Propaganda fide , la permiffion
d'a ler prêcher l'Evangile dans l'Orient , a été
nommé depuis peu Suffragant du Patriarche de
Conftantinople .
de-
Il s'eft tenu le 7. Août une Congrégation d'Etat
, dans laquelle on a examiné les Memoires
préfentez par les Fermiers du Savon , pour
mander qu'on leur faffe rendre les Preſens particuliers
qu'ils ont faits à diverfes perfonnes dans
le temps de l'Adjudication de cette Ferme , dont
les droits ont été fupprimez depuis peu.
On affure que le Pape a offert fa médiation
pour terminer les differens de l'Empereur avec le
Roi d'Efpagne , & on prétend qu'en cas qu'el
le foit acceptée , S. S. enverra des Nonces Extraordinaires
à Vienne , à la Cour de France &
en Elpagne.
Le Chevalier de S. George étant allé au Quirinal
, le Pape l'y reçut avec de grands témoignages
d'affection , & S. S. lui fit préſent d'une
Cédule de 10000. écus payables à vue par le Tréforier
de la Chambre Apoftolique .
Ce même jour après midi , l'Ambaffadeur de la
République de Venife eut Audience particuliere
du Pape , dans laquelle il lui fit part que les deux
Neveux de S. S. avoient été infcrits fur le Livre
d'or , & que le Prince Don Barthelemi Corfini
ayoit été élu Procurateur de S. Marc , avec rang
de Chevalier de l'Etoille d'Or
Par
5.
2068 MERCURE DE FRANCE
na ,
Par un Decret datté du 12. Août , le Pape a
établi une Congrégation particuliere , compofée
des Cardinaux Camerlingue , Imperiali , Colligola,
du Marquis Neri Corfini , de M. Sacripante,
Tréforier General de Mrs Rieci , Palaggi & La
& du Procureur Fifcal de la Chambre , pour
revoir & examiner les Conceffions & renouvellemens
de Baux & Fermes qui ont été faits au préjudice
de la Chambre & du Peuple , de méme que
les remifes de dettes en tout ou en partie ,
exemptions , les graces & les privileges onereux
accordez fous le dernier Pontificat , ordonnant
fingulierement à tours les Officiers de cette
Chambre qui ont obtenu pour eux quelques unes
de ces remifes , graces ou Privileges , de comparoître
devant cette Congrégation & d'y rendre
compte de leur conduite.
les
Le bruit court que M. Firrao , Nonce à Lif
bonne , fera rappellé , que M. Bichi retournera
Nonce à fa place , & que quelque temps après il
fera fait Cardinal,
Le Pape a ordonné à un de fes Valets de Chambre
qui le fervoit depuis quatre ans , de fe retirer
, parce que , contre la deffenfe , il avoit ofé
lui demander une Place de Cuiraflier , pour laquelle
on lui avoit promis une récompenfe.
Le Roi de Sardaigne a donné la riche Abbaye
de Staffarde , au Cardinal Alexandre Albani , qui
depuis peu eft Protecteur des Affaires de la ŝavoye
& du Piémont,
Le Procureur General de la Religion de Malte ,
s'étant oppofé par un Acte Juridique à la Prife
de Poffeffion que le Cardinal Cibo fit fur la fin
du mois dernier , du Grand - Prieuré de Rome
on ne doute pas qu'il n'y ait un grand Procès
fur cette affaire.
On a appris depuis que le Pape voulant éviter
toute
SEPTEMBRE . 1730. 2069
toute conteftation avec le Grand- Maître de Malthe
, au fujet du Prieuré de cette Ville , qu'il a
donné au Cardinal Cibo , a réfolu de déroger à
› fa nomination , à l'exemple de Pie V. & de créer
une Congrégation particuliere pour examiner
cette affaire.
On a reçû avis de Sicile , qu'une Compagnie
de Soldats Allemands étant allée par ordre du
Vice- Roi au Château de Palerme pour s'y mettre
en garnifon , les Bourgeois qui jufqu'alors avoient
monté la Garde dans ce Château , avoient refufé
de leur en ouvrir les portes ; que quelques Soldats
ayant tiré , les autres Habitans de la Ville avoient
pris les armes , & que le defordre avoit été
très - grand .
en
On a appris de Milan , que le Comte Flavius
Rezzonico & le Marquis Jules Brivio , s'y étoient
battus en duel hors de la porte Orientale ,
prefence des Marquis Fiorenza & Novari , qu'ils
avoient choifis pour leurs Parains , & que le premier
avoit été tué d'un coup d'épée dans la cuiffe
qui lui avoit coupé l'Artere.
>
On a appris auffi que le Tremblement de terre
qu'on reffentit il y a quelque temps à Milan
avoit été plus confiderable à Lufignano , où il
avoit fait tomber la Chapelle de N. Dame du
Mont fur le Varefe , & quelques Maiſons des
environs.
On mande de Genes , que M. Venerofo ,
que le Sénat avoit envoyé dans l'Ile de Corfe
avec des pouvoirs de la République pour traiter
avec les Rebelles de cette Ifle , s'étoit rendu à
leur Camp pour leur faire une derniere exhortation
; mais Pompiliani , leur Chef, lui rép ● udit
que la Nation Corfe voyoit avec douleur qu'une
perfonne auffi diftinguée que lui , voulut s'employer
dans cette affaire , qu'ils reſpectoient tous
H La
2070 MERCURE DE FRANCE
droiture & fon équité ; qu'ils n'oublieroient jamais
fon Gouvernement comme étant digne des
plus grands éloges ; que fa douceur & fa moderation
lui avoient acquis avec juftice le titre glorieux
de Pere de la Patrie , & qu'ils conferveroient
toute leur vie le fouvenir des bienfaits
qu'ils avoient reçûs de fa generofité ; qu'ils l'exhortoient
de prendre leur parti , de proteger un
peuple opprimé qu'on traite de Rebelles , parce
qu'il deffend fa liberté & fes Privileges ; & que fi
le feul interêt l'obligeoit de retourner à Genes
pour la confervation de fes biens , ils lui offroient
Ja Dignité Royale avec une foumiſſion & une
obéiffance aveugle pour les ordres , s'il acceptoir
Je Gouvernement,
?
Les Magiftrats de la Baftia , Ville Capitale de
de l'Ifle , ayant envoyé des Commiſſaires du côté
de la Partie Méridionale de l'Ile pour lever les
contributions annuelles , ils furent furpris par un
Détachement des Rebelles qui les menerent à leur
Camp. Pompiliani leur demanda leurs pouvoirs ;
& après les avoir lus publiquement , il les fit déchirer
avec mépris.
La République ne pouvant réduire ces Rebelles
fans faire de grandes dépenfes , a été obligée de
demander des contributions extraordinaires à fes
Sujets.
Ón vient d'apprendre que fur l'avis donné au
Sénat , que les Rebelles avoient inveſti Ajaccio ,
on a fait partir de Genes trois Barques chargées
de Munitions de guerre , avec 200. Şoldats pour
faire entrer dans la Place , & on apprend en dernier
lieu , qu'il eft arrivé à Genes des Députez de
divers endroits de l'Ifle de Corfe , qui travaillent
depuis quelques jours avec les Commiffaires nommez
par le Sénat , à chercher les moyens de faire
finir les troubles de cette Iſle,
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Résumé : ITALIE.
En août 1730, le Cardinal Cofcia afficha les armes de l'Empereur et de la Couronne de Bohême sur la porte de son palais et reçut les cardinaux allemands à Rome. Le 14 août, le pape tint un consistoire secret où le Cardinal Ottoboni proposa les évêchés de La Rochelle et de Limoges pour les abbés de Menou de Charnisfay et de l'Isle du Gast. Le Cardinal de Bissy remit ses titres de saintes Quirice et Julie et opta pour celui de saint Bernard aux Terme. En septembre, le pape annonça la création d'un nouveau cardinal, qu'il réserva in petto. L'abbé Lanti se préparait à partir pour la France afin de porter au Dauphin les langes bénis par le pape. L'abbé Ballarini, réputé pour sa doctrine, fut nommé suffragant du patriarche de Constantinople après avoir demandé la permission de prêcher l'Évangile en Orient. Le 7 août, une congrégation d'État examina les mémoires des fermiers du savon, demandant la restitution des présents faits lors de l'adjudication de cette ferme. Le pape offrit sa médiation pour résoudre les différends entre l'Empereur et le roi d'Espagne, et envisagea d'envoyer des nonces extraordinaires à Vienne, en France et en Espagne. Le pape reçut le Chevalier de Saint-George avec affection et lui offrit une cédule de 10 000 écus. L'ambassadeur de Venise informa le pape de l'inscription de ses neveux sur le Livre d'or et de l'élection de Don Barthelemi Corsini comme procurateur de Saint-Marc. Par décret du 12 août, le pape établit une congrégation pour examiner les concessions et renouvellements de baux et fermes faits au préjudice de la Chambre et du peuple. Des rumeurs circulaient sur le rappel du nonce à Lisbonne et la nomination de M. Bichi comme cardinal. Le pape ordonna à un valet de chambre de se retirer pour avoir demandé une place de cuirassier. Le roi de Sardaigne attribua l'abbaye de Staffarde au Cardinal Albani, protecteur des affaires savoyardes et piémontaises. Un conflit juridique opposa le procureur général de Malte au Cardinal Cibo concernant le Grand-Prieuré de Rome, et le pape décida de déroger à cette nomination. En Sicile, des soldats allemands envoyés au château de Palerme rencontrèrent la résistance des bourgeois. À Milan, un duel entre le Comte Rezzonico et le Marquis Brivio se solda par la mort du premier. Un tremblement de terre à Lussignano causa des dégâts. À Gênes, M. Veneroso tenta de négocier avec les rebelles de Corse, mais ceux-ci refusèrent, respectant sa droiture mais rejetant son offre. Les magistrats de la Bastia furent capturés par les rebelles lors de la levée des contributions. La République de Gênes demanda des contributions extraordinaires à ses sujets pour réduire les rebelles corses. Des troupes et des munitions furent envoyées à Ajaccio pour renforcer la place.
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1953
p. 2071
LETTRE du Marquis de Neri Corsini, neveu du Pape, écrite de Rome le 22. Juillet, au Grand Duc de Toscane.
Début :
La Providence qui a daigné jetter les yeux sur le Cardinal Corsini, mon Oncle, entr'autres [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinal Corsini, Grand-duc de Toscane, Jean-Gaston de Médicis
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Marquis de Neri Corsini, neveu du Pape, écrite de Rome le 22. Juillet, au Grand Duc de Toscane.
LETTRE du Marquis de Neri Corfini
, neveu du Pape , écrite de Rome
le 22. Juillet , au Grand Duc de Tol
cane .
A Providence qui a daigné jetter les yeux
fur le Cardinal Corfini , mon Oncle , entr'autres
moyens des caufes fecondes , s'eft fervi
efficacement de la haute protection de
Votre Alteffe Royale pour l'élever au Trône
Pontifical. J'en conferverai toute ma vie dans
le plus profond de mon coeur les fentimens de
la plus humble reconnoiſſance ; & joignant cette
obligation fignalée à toutes celles que je tiens
déja de la generofité de V. A. R. je m'appliquerai
fans relâche à lui donner des preuves
éclatantes d'un fingulier dévouëment & d'une·
obéissance parfaite , implorant toujours la proy
tection & les ordres de V. A. R.
, neveu du Pape , écrite de Rome
le 22. Juillet , au Grand Duc de Tol
cane .
A Providence qui a daigné jetter les yeux
fur le Cardinal Corfini , mon Oncle , entr'autres
moyens des caufes fecondes , s'eft fervi
efficacement de la haute protection de
Votre Alteffe Royale pour l'élever au Trône
Pontifical. J'en conferverai toute ma vie dans
le plus profond de mon coeur les fentimens de
la plus humble reconnoiſſance ; & joignant cette
obligation fignalée à toutes celles que je tiens
déja de la generofité de V. A. R. je m'appliquerai
fans relâche à lui donner des preuves
éclatantes d'un fingulier dévouëment & d'une·
obéissance parfaite , implorant toujours la proy
tection & les ordres de V. A. R.
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Résumé : LETTRE du Marquis de Neri Corsini, neveu du Pape, écrite de Rome le 22. Juillet, au Grand Duc de Toscane.
Le Marquis de Neri Corfini, neveu du Pape, écrit au Grand Duc de Toscane le 22 juillet pour exprimer sa gratitude pour l'élévation de son oncle au trône pontifical. Il assure sa reconnaissance et son dévouement, et sollicite la protection et les ordres du Grand Duc.
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1954
p. 2071-181
RÉPONSE.
Début :
La politesse & la bonté avec laquelle Votre Excellence s'exprime en m'apprenant la nouvelle [...]
Mots clefs :
Cardinal Corsini, Trône pontifical
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE.
RE'PONSE.
La politeffe & la bonté avec laquelle Votre
Excellence s'exprime en m'apprenant la nouvelle
de l'élevation du Cardinal Corfini au Trône
Pontifical , augmentent de beaucoup la confolation
queje reffens , & qui fans contredit eft
la plus grande que j'aye éprouvée de ma vie
d'une élection fi defirée & fi generalement applaudie.
Après avoir rendu à Dieu les actions de gra
ees qui lui font dues par rapport à un avenement
fi heureux & fi important , dont la gloire
rejaillit fur la Patrie . & qui préfente de fi
grands avantages à tout le monde Chrétien ,
Hij je
2072 MERCURE DE FRANCE
je vous dirai que j'ai toujours étéfenfiblement
touché de la vertu du mérite distingué de
S. S.
Je me felicite done avec V. E. du fuccès de
cette élection , & je la remercie de la finguliere
attention qu'elle a bien voulu faire aux bons
offices que j'ai employés pour la faire réussir ,
fouhaitant avec paffion de trouver les occafions
de la fervir, l'afurant que je ferai toujours
une diftinction particuliere de votre perfonne
de fa famille &c.
La politeffe & la bonté avec laquelle Votre
Excellence s'exprime en m'apprenant la nouvelle
de l'élevation du Cardinal Corfini au Trône
Pontifical , augmentent de beaucoup la confolation
queje reffens , & qui fans contredit eft
la plus grande que j'aye éprouvée de ma vie
d'une élection fi defirée & fi generalement applaudie.
Après avoir rendu à Dieu les actions de gra
ees qui lui font dues par rapport à un avenement
fi heureux & fi important , dont la gloire
rejaillit fur la Patrie . & qui préfente de fi
grands avantages à tout le monde Chrétien ,
Hij je
2072 MERCURE DE FRANCE
je vous dirai que j'ai toujours étéfenfiblement
touché de la vertu du mérite distingué de
S. S.
Je me felicite done avec V. E. du fuccès de
cette élection , & je la remercie de la finguliere
attention qu'elle a bien voulu faire aux bons
offices que j'ai employés pour la faire réussir ,
fouhaitant avec paffion de trouver les occafions
de la fervir, l'afurant que je ferai toujours
une diftinction particuliere de votre perfonne
de fa famille &c.
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Résumé : RÉPONSE.
L'auteur exprime sa joie et sa gratitude suite à l'élection du Cardinal Corfini au trône pontifical. Il souligne la politesse et la bonté avec lesquelles il a appris cette nouvelle, qu'il considère comme la plus grande consolation de sa vie. Il rend grâce à Dieu pour cet événement heureux et important, bénéfique pour la patrie et l'ensemble du monde chrétien. L'auteur admire la vertu et le mérite distingué du nouveau pape. Il se félicite de l'élection et remercie l'excellence pour l'attention portée à ses efforts pour faire réussir cette élection. Il exprime son désir de servir et assure qu'il fera toujours une distinction particulière de la personne et de la famille de l'excellence.
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1955
p. 2072-2073
LETTRE du Grand Duc au Pape.
Début :
TRÉS-SAINT PERE, La trés digne & desirée Election de V. S. au [...]
Mots clefs :
Pape, Grand-duc de Toscane, Jean-Gaston de Médicis
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Grand Duc au Pape.
LETTRE du Grand Duc au Pape.
TRE'S RE'S SAINT PERE , ·
La trés digne & defirée Election de V. S. au
Suprême Pontificat eft pour moi l'une des plus
vives confolations que j'aye jamais éprouvées , à
caufe des grands avantages qu'elle annonce à
toute la Chrétienté & de l'honneur éclatant
qu'en reçoit la Patrie.
J'ai prié le Cardinal Salviati de témoigner à
V. S. le filial & infini refpect que j'ai pour elle ,
de la feliciter dans les termes les plus forts
furfon Avenement au Siege de S.Pierres comme
cette Eminence est parfaitement inftruite
de mes fentimens les plus finguliers à cet égard,
j'espere qu'Elle s'en fera dignement acquittée ,
conformément à mes intentions.
Je fupplie la clémence incomparable de V. S.
de recevoir avec fa bonté ordinaire ces premiers
témoignages de la veneration que je conferverai
toute ma vie pour Elle, de chérir d'un amour
Paternel les Etats que je gouverne ,
& de
employer dans toutes les occafions qu'elle
jugera
SEPTEMBRE . 1730. 2073
jugera propres à lui rendre mes fervices les plus
refpectueux , priant S. S. de m'honorer & toute
ma Maifon de fa Benedicton Apoftolique : &
m'inclinant profondément à fes pieds , elle aura
TRE'S RE'S SAINT PERE , ·
La trés digne & defirée Election de V. S. au
Suprême Pontificat eft pour moi l'une des plus
vives confolations que j'aye jamais éprouvées , à
caufe des grands avantages qu'elle annonce à
toute la Chrétienté & de l'honneur éclatant
qu'en reçoit la Patrie.
J'ai prié le Cardinal Salviati de témoigner à
V. S. le filial & infini refpect que j'ai pour elle ,
de la feliciter dans les termes les plus forts
furfon Avenement au Siege de S.Pierres comme
cette Eminence est parfaitement inftruite
de mes fentimens les plus finguliers à cet égard,
j'espere qu'Elle s'en fera dignement acquittée ,
conformément à mes intentions.
Je fupplie la clémence incomparable de V. S.
de recevoir avec fa bonté ordinaire ces premiers
témoignages de la veneration que je conferverai
toute ma vie pour Elle, de chérir d'un amour
Paternel les Etats que je gouverne ,
& de
employer dans toutes les occafions qu'elle
jugera
SEPTEMBRE . 1730. 2073
jugera propres à lui rendre mes fervices les plus
refpectueux , priant S. S. de m'honorer & toute
ma Maifon de fa Benedicton Apoftolique : &
m'inclinant profondément à fes pieds , elle aura
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Résumé : LETTRE du Grand Duc au Pape.
En septembre 1730, le Grand Duc adresse une lettre au Pape nouvellement élu pour lui présenter ses félicitations. Il exprime sa consolation et son honneur, soulignant les bénéfices de cette élection pour la Chrétienté. Le Grand Duc a mandaté le Cardinal Salviati pour transmettre son respect filial et ses sentiments sincères au Pape. Il supplie le Pape d'accepter ses témoignages de vénération et de gouverner ses États avec amour paternel. Il espère que le Pape saura saisir les occasions pour recevoir ses services respectueux. Enfin, il demande la bénédiction apostolique pour lui-même et sa maison.
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1956
p. 2073
ESPAGNE.
Début :
Le Roi & la Reine accompagnés du Prince & de la Princesse des Asturies, de l'Infant [...]
Mots clefs :
Roi d'Espagne, Reine d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
E Roi & la Reine accompagnés du Prince
& de la Princeffe des Afturies , de l'Infant
Don Carlos, & de l'Infant Don Philippe , partirent
de Cazalla le 20. du mois dernier pour retourner
Seville , où L. M. arriverent le 23. au
foir. L'Infant Don Louis & les Infantes Dona
. Marie Thereſe & Dona Marie Antoinette Ferdinande
, ne partirent de Cazalla que le 22. pour
aller joindre L. M.
Le Roi a nommé le Marquis de Caftellar , Secretaire
d'Etat au département de la Guerre ,
pour fon Ambaffadeur Extraordinaire à la Cour
du Roi T. Ch. & le premier Commis de ce département
fera les fonctions de Secretaire d'Etar
pendant l'Ambaffade de ce Miniftre.
La Flotte de la Nouvelle Efpagne qui partit du
Port de Cadix le 8. d'Août de l'année derniere ,
y arriva de la Vera- Cruz le 18. du mois dernier:
elle eft compofée de trois Vaiffeaux de Guerre &
de 8. Navires Marchands.
On apprend de Seville que L. M. & les Princes
& Princeffes de la Famille Royale jouiffoient
d'une parfaite fanté au Palais de l'Alcaçar , ou
l'Infant Don Louis & les Infantes Dona Marie
Therefe & Dona Marie Antoinette Ferdinande ,
étoient arrivés de Cazalla le 25. du mois dernier.
E Roi & la Reine accompagnés du Prince
& de la Princeffe des Afturies , de l'Infant
Don Carlos, & de l'Infant Don Philippe , partirent
de Cazalla le 20. du mois dernier pour retourner
Seville , où L. M. arriverent le 23. au
foir. L'Infant Don Louis & les Infantes Dona
. Marie Thereſe & Dona Marie Antoinette Ferdinande
, ne partirent de Cazalla que le 22. pour
aller joindre L. M.
Le Roi a nommé le Marquis de Caftellar , Secretaire
d'Etat au département de la Guerre ,
pour fon Ambaffadeur Extraordinaire à la Cour
du Roi T. Ch. & le premier Commis de ce département
fera les fonctions de Secretaire d'Etar
pendant l'Ambaffade de ce Miniftre.
La Flotte de la Nouvelle Efpagne qui partit du
Port de Cadix le 8. d'Août de l'année derniere ,
y arriva de la Vera- Cruz le 18. du mois dernier:
elle eft compofée de trois Vaiffeaux de Guerre &
de 8. Navires Marchands.
On apprend de Seville que L. M. & les Princes
& Princeffes de la Famille Royale jouiffoient
d'une parfaite fanté au Palais de l'Alcaçar , ou
l'Infant Don Louis & les Infantes Dona Marie
Therefe & Dona Marie Antoinette Ferdinande ,
étoient arrivés de Cazalla le 25. du mois dernier.
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Résumé : ESPAGNE.
Le Roi et la Reine d'Espagne, accompagnés du Prince et de la Princesse des Asturies, de l'Infant Don Carlos et de l'Infant Don Philippe, ont quitté Cazalla le 20 du mois précédent pour retourner à Séville, où ils sont arrivés le 23. L'Infant Don Louis et les Infantes Dona Marie Thérèse et Dona Marie Antoinette Ferdinande ont quitté Cazalla le 22 pour rejoindre le Roi et la Reine. Le Roi a nommé le Marquis de Castañar Secrétaire d'État au département de la Guerre et Ambassadeur Extraordinaire à la Cour du Roi Très Chrétien. Le premier commis de ce département assurera les fonctions de Secrétaire d'État pendant l'ambassade de ce ministre. La flotte de la Nouvelle-Espagne, partie du port de Cadix le 8 août de l'année précédente, est revenue à Vera-Cruz le 18 du mois précédent. Elle était composée de trois vaisseaux de guerre et de huit navires marchands. Le 25 du mois précédent, l'Infant Don Louis et les Infantes Dona Marie Thérèse et Dona Marie Antoinette Ferdinande sont arrivés au Palais de l'Alcázar à Séville. Leurs Majestés et les Princes et Princesses de la famille royale jouissaient d'une parfaite santé.
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1957
p. 2074-2075
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le Roi a nommé pour son Ambassadeur Ordinaire & Plenipotentiaire à la Cour de France [...]
Mots clefs :
Roi, Ambassadeur
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
E Roi a nommé pour fon Ambaffadeur Ordinaire
& Plenipotentiaire à la Cour de France
le Comte de Waldegrave , ci- devant fon Envoyé
Extraordinaire à la Cour de l'Empereur.
Le Comte de Carliſle a été nommé Capitaine
de l'Equipage du Roi pour la Chaffe du Renard
& du Lievre , Charge qui avoit été fupprimée
fous le Regne du Roi Guillaume.
Il y eut à Londres le 11. du mois dernier un
grand defordre dans l'Eglife Paroiffiale de Saint
Gilles , à l'occafion d'un filou que les Bedeaux
vouloient arrêter ; le bruit qu'ils firent en le pourfuivant
ayant fait croire à quelques Paroiffiens
que l'Eglife alloit tomber , le Ministre fauta de
la Chaire en bas pour fe fauver , & le Peuple
s'empreffant de fortir il y eut deux ou trois
perfonnes d'étouffées dans la preffe , & d'autres
dangereuſement bleffées .
›
Treize Vaiffeaux de la Compagnie de la Mer
du Sud , arrivés du Groenland n'ont apporté que
12. Baleines . Cette pêche n'a pas été meilleure
cette année pour les autres Nations ; car on apprend
que les Hollandois , les Hambourgois&
les Négocians de Breme qui y avoient envoyé
120. Bâtimens , n'ont pris que 26. Baleines. Les
François & les Biſcayens qui y avoient 36. Navires
n'en ont pris que quatre.
Le Roi a accordé au Comte de Waldgrave ,
fon Ambaffadeur Extraordinaire & Plenipotentiaire
auprès du Roi T. Ch. 1500. livres fterlin
pour fes équipages , & 100. livres fterlin par femaine
pour fa dépenfe ordinaire . On affure que
cet Ambaffadeur a ordre de faire une Entrée publique
à Paris.
Les
SEPTEMBRE . 1730. 2075
Les nouvelles qu'on reçoit de tous côtés d'une
très abondante recolte ont encore fait diminuer
le prix du pain. Hy a cependant quelques Cantons
dont les grains & les fruits ont été ravagés
par des chenilles inconnues jufqu'à préſent ,'
& qui ont huit à dix pouces de long.
Un Courrier depêché par M. Keene , Miniftre
Plenipotentiaire du Roi auprès de S. M. Cat. a
apporté aux Directeurs de la Compagnie de la
Mer du Sud la fcedule originale du Roi d'Eſpagne
pour le départ de leur Vaiffeau de l'Affiente.
On a reçu depuis peu des Lettres de Gibraltar
qui marquent que le Roi d'Efpagne avoit permis
que la Porte de terre fut ouverte , & que la Garnifon
eut communication avec les Espagnols
pour en acheter les provifions dont elle aura be
foin.
E Roi a nommé pour fon Ambaffadeur Ordinaire
& Plenipotentiaire à la Cour de France
le Comte de Waldegrave , ci- devant fon Envoyé
Extraordinaire à la Cour de l'Empereur.
Le Comte de Carliſle a été nommé Capitaine
de l'Equipage du Roi pour la Chaffe du Renard
& du Lievre , Charge qui avoit été fupprimée
fous le Regne du Roi Guillaume.
Il y eut à Londres le 11. du mois dernier un
grand defordre dans l'Eglife Paroiffiale de Saint
Gilles , à l'occafion d'un filou que les Bedeaux
vouloient arrêter ; le bruit qu'ils firent en le pourfuivant
ayant fait croire à quelques Paroiffiens
que l'Eglife alloit tomber , le Ministre fauta de
la Chaire en bas pour fe fauver , & le Peuple
s'empreffant de fortir il y eut deux ou trois
perfonnes d'étouffées dans la preffe , & d'autres
dangereuſement bleffées .
›
Treize Vaiffeaux de la Compagnie de la Mer
du Sud , arrivés du Groenland n'ont apporté que
12. Baleines . Cette pêche n'a pas été meilleure
cette année pour les autres Nations ; car on apprend
que les Hollandois , les Hambourgois&
les Négocians de Breme qui y avoient envoyé
120. Bâtimens , n'ont pris que 26. Baleines. Les
François & les Biſcayens qui y avoient 36. Navires
n'en ont pris que quatre.
Le Roi a accordé au Comte de Waldgrave ,
fon Ambaffadeur Extraordinaire & Plenipotentiaire
auprès du Roi T. Ch. 1500. livres fterlin
pour fes équipages , & 100. livres fterlin par femaine
pour fa dépenfe ordinaire . On affure que
cet Ambaffadeur a ordre de faire une Entrée publique
à Paris.
Les
SEPTEMBRE . 1730. 2075
Les nouvelles qu'on reçoit de tous côtés d'une
très abondante recolte ont encore fait diminuer
le prix du pain. Hy a cependant quelques Cantons
dont les grains & les fruits ont été ravagés
par des chenilles inconnues jufqu'à préſent ,'
& qui ont huit à dix pouces de long.
Un Courrier depêché par M. Keene , Miniftre
Plenipotentiaire du Roi auprès de S. M. Cat. a
apporté aux Directeurs de la Compagnie de la
Mer du Sud la fcedule originale du Roi d'Eſpagne
pour le départ de leur Vaiffeau de l'Affiente.
On a reçu depuis peu des Lettres de Gibraltar
qui marquent que le Roi d'Efpagne avoit permis
que la Porte de terre fut ouverte , & que la Garnifon
eut communication avec les Espagnols
pour en acheter les provifions dont elle aura be
foin.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En Grande-Bretagne, le roi a nommé le comte de Waldegrave ambassadeur ordinaire et plénipotentiaire à la cour de France, poste qu'il occupait précédemment à la cour de l'empereur. Le comte de Carlisle a été désigné capitaine de l'équipage royal pour la chasse au renard et au lièvre, une charge rétablie après avoir été supprimée sous le règne du roi Guillaume. À Londres, un désordre dans l'église paroissiale de Saint Gilles a causé la mort de plusieurs personnes étouffées et d'autres blessées lors de la poursuite d'un voleur. Treize vaisseaux de la Compagnie de la Mer du Sud, revenus du Groenland, ont rapporté seulement 12 baleines. La pêche a également été mauvaise pour les Hollandais, les Hambourgeois et les négociants de Brême, qui ont capturé 26 baleines malgré 120 bâtiments envoyés. Les Français et les Basques ont capturé quatre baleines avec 36 navires. Le roi a accordé au comte de Waldegrave 1500 livres sterling pour ses équipages et 100 livres sterling par semaine pour ses dépenses ordinaires. En septembre 1730, les nouvelles d'une récolte abondante ont fait baisser le prix du pain, mais certains cantons ont vu leurs grains et fruits ravagés par des chenilles inconnues. Un courrier de M. Keene, ministre plénipotentiaire du roi auprès du roi d'Espagne, a apporté aux directeurs de la Compagnie de la Mer du Sud la schedule originale du roi d'Espagne pour le départ de leur vaisseau de l'Assiente. Des lettres de Gibraltar indiquent que le roi d'Espagne a permis l'ouverture de la porte de terre, permettant à la garnison de communiquer avec les Espagnols pour acheter des provisions.
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1958
p. 2075-2076
« TRÉS CHERS, GRANDS AMIS, Alliés & Confederés : Nous ne doutons point que vous n'appreniez [...] »
Début :
TRÉS CHERS, GRANDS AMIS, Alliés & Confederés : Nous ne doutons point que vous n'appreniez [...]
Mots clefs :
Naissance du duc d'Anjou, Roi de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRÉS CHERS, GRANDS AMIS, Alliés & Confederés : Nous ne doutons point que vous n'appreniez [...] »
Les Etats Generaux ont reçû la Lettre ſuivante
du Roi de France.
TRE'S RE'S CHERS , GRANDS AMIS ;
Alliés & Confederés :
NOUS ne doutons point que vous n'appreniez
avec joye la Naiffance du Duc d'Anjou
que la Reine , notre très chere Epouse & Compagne
vient de mettre au monde ; & nous fommes
2076 MERCURE DE FRANCE
ن م
mes perfuadés que vous prendrez veritablement
part à un évenement auffi heureux ,
que
nous recevons comme une fuite des benedictions
que le Seigneur répand fur nous & fur notre
Maifon. Sur ce Nous prions Dieu qu'il vous
ait , Très Chers , Grands Amis , Alliés & Confederés
en fa fainte & digne garde . Ecrite à
Versailles le 30. Août 1730.
Votre bon Ami , Allié & Confederé , Signé
LOUIS. Plus bus , Chauvelin.
du Roi de France.
TRE'S RE'S CHERS , GRANDS AMIS ;
Alliés & Confederés :
NOUS ne doutons point que vous n'appreniez
avec joye la Naiffance du Duc d'Anjou
que la Reine , notre très chere Epouse & Compagne
vient de mettre au monde ; & nous fommes
2076 MERCURE DE FRANCE
ن م
mes perfuadés que vous prendrez veritablement
part à un évenement auffi heureux ,
que
nous recevons comme une fuite des benedictions
que le Seigneur répand fur nous & fur notre
Maifon. Sur ce Nous prions Dieu qu'il vous
ait , Très Chers , Grands Amis , Alliés & Confederés
en fa fainte & digne garde . Ecrite à
Versailles le 30. Août 1730.
Votre bon Ami , Allié & Confederé , Signé
LOUIS. Plus bus , Chauvelin.
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Résumé : « TRÉS CHERS, GRANDS AMIS, Alliés & Confederés : Nous ne doutons point que vous n'appreniez [...] »
Le roi de France informe les États Généraux de la naissance du Duc d'Anjou. Il exprime sa joie et considère cet événement comme une bénédiction divine. La lettre, datée du 30 août 1730, est signée par Louis et Chauvelin en tant que témoin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1959
p. 2077-2082
« Les Religieuses du Monastere de l'Ave Maria de Paris ont celebré pendant [...] »
Début :
Les Religieuses du Monastere de l'Ave Maria de Paris ont celebré pendant [...]
Mots clefs :
Roi, Audience, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Religieuses du Monastere de l'Ave Maria de Paris ont celebré pendant [...] »
Es Religieufes du Monaftere de l'Ave
Maria de Paris ont celebré pendant
huit jours avec beaucoup de folemnité la
Fête de la Canonifation de S. Jacques de
la Marche , & de S. François de Solano,
Religieux de l'Obfervance de S. François.
Le Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
alla y chanter la Meffe le 21. du mois.
dernier pour l'ouverture de l'Octave.
Le premier de ce mois , on celebra avec
les cerémonies accoutumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S.Denis le Service.
folemnel qui s'y fait tous les ans pour le
repos de l'ame du feu Roi Louis XIV .
L'Evêque de Grenoble y officia pontificalement
, & le Duc du Maine , le Prince
de Dombes & le Comte de Toulouſe Y
affifterent , ainfi que plufieurs Seigneurs
de la Cour.
Le 13. Août au foir , le Roi alla pofer
Hv
la
2078 MERCURE DE FRANCE
Ja premiere pierre du nouveau Pont qu'on
conftruit fur la Riviere d'Oyſe , vis-à-vis
le Château de Compiegne. M. Dubois
Directeur General des Fonts & Chauffées,
préfenta à S. M. un marteau & une truelle
d'argent & du mortier dans un baffin
pour cette cerémonie.
>
Le 2. Septembre , le Roi de Sardaigne
Victor Amedée II. fit avertir tous les
Princes , les Chevaliers de l'Ordre de
l'Annonciade , les Miniftres , les Secretaires
d'Etat , l'Archevêque de Turin , ›
le Grand Chancelier , les Premiers Préfi
dens , les Generaux & toutes les perfonnes
qui font dans les principaux Emplois
de la Cour , de la Guerre & de la
Juftice , de fe trouver le lendemain à
trois heures après midi au Château de Rivoli.
Le Roi tint un Confeil d'Etat à
l'heure qu'il avoit marquée ; il y déclara
qu'il faifoit une abdication generale de fon
Royaume & de fes Etats en faveur du
Prince du Piémont , fon fils , & ayant
fait entrer tous ceux qu'il avoit mandés ,
un Secretaire d'Etat lut à haute voix l'Acte
d'Abdication . Le Roi Victor fit enfuite
un Difcours auffi digne de la grandeur
d'ame de ce Prince que propre à attendrir
& à confoler tous ceux qui étoient
préfens. Il devoit partir de Rivoli le 4.
pour
1
SEPTEMBRE. 1730. 2079
pour fe retirer au Château de Chamberi ,
que ce Prince a choisi pour y faire fon
féjour.
Le 7. le Comte Maffei , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi de Sardaigne , eut
une audience particuliere du Roi , dans
dans laquelle il notifia à S. M. l'abdication
que le Roi Victor Amedée II . a faite le
3. de ce mois de fes Royaumes & Etats
& de l'avenement du Roi Charles Emanuel
, fon fils , à la Couronne.
Le s. de ce mois , M. Horace Walpool,
Ambaffadeur Extraordinaire du Roi
d'Angleterre , eut une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il donna part
à S. M. de la mort de la Princeffe Benedictine
Henriette Philippine , Ducheffe
Douairiere de Brunfwick Hanover. Il fut
conduit à cette audience par le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des Ambaffa
deurs.
Le ro . le Roi prit le deuil pour la mort
de cette Princeffe , que S. M. quitta le 18.
Le 8. Fête de la Nativité de la Vierge ,"
ily eut Concert Spirituel au Château des
Thuilleries. M. Mouret fit chanter le Motet
Exaltabo te, Deus, de M. de la Lande,
les S Blavet & Guignon executerent une
Sonnate fur le Violon & la Flute qui fut
très2080
MERCURE DE FRANCE :
très-applaudie. La Dle Petit- Pas chanta
un Motet à deux voix , de la compofition
de M. le Maire , avec autant de legereté
que de préciſion , les Sieurs Aubert
& Senaillé joüerent une Sonnate à
deux Violons , qui fut executée avec une
très-grande jufteffe , les Diler Erremens
& le Maure chanterent un Motet à
deux voix , qui fut très - applaudi . Le
fieur Guignon joüa feul un Concerto avec
cette vivacité que tout le monde lui :
connoît , & le Concert fut terminé
par
le Te Deum de M. de la Lande , avec Timbales
& Trompettes , précedé d'une Symphonie
de Violons , Hautbois , Timballes
, & Trompettes , de la compofition
de M. Mouret.
Le Roi a accordé le Gouvernement de
la Tour de Cordoüan , vacante par la
mort du fieur Defnaut , au fieur Binet
Meftre de Camp de Cavalerie , premier
Valet de la Garde- Robe de Sa Majefté.
Le Roi a donné le Régiment de la
Saarre , au Comte de Boimeux , Meſtre
de Camp du Régiment des Landes , &
S. M. a accordé celui des Landes au
Marquis de Brun.
Le 10. l'Abbé de Menou de Charnifay ,
nommé à l'Evêché de la Rochelle , fut
Sacre
SEPTEMBRE . 1730. 2081
Sacré dans la Cha pelle de l'Archevêché ;
par l'Archevêque de Bordeaux , affifté
des Evêques de Chartres & de Saintes , &
le 17. il prêta Serment de Fidelité entre
les mains du Roi.
L'Affemblée du Clergé ayant fini fes
Séances , les Prélats & autres Députez
qui la compofoient , fe rendirent à Verfailles
le 17 de ce mois , & ils curent
Audience du Roi avec les honneurs qu'on
rend au Clergé , quand il eft en Corps
& avec les Cerémonies obfervées lorfque
les mêmes Députez allerent rendre leurs
refpects à S. M. le 7 de Juin dernier. Le
Cardinal de Fleury , Miniftre d'Etat , &
Premier Président de l'Affemblée , étoit
à leur tête ; & l'Evêque de Nifmes porta
la parole.
Le 19 , le Lord Waldgrave , Ambaffadeur
Extraordinaire duRoi d'Angleterre,
arriva à Versailles avec M. Horace Walpool
, auffi Ambaffadeur Extraordinaire,
auquel il fuccede. Ils eurent Audience
particuliere du Roi , de la Reine , & de
Monfeigneur le Dauphin , étant conduits
par le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
t
Le 21 , l'Abbé de l'Ifle du Gaft , nommé
2082 MERCURE DE FRANCE
?
mé par le Roi à l'Evêché de Limoges
fut facré dans la Chapelle de l'Archevêché
,, pár l'Archevêque de Paris , affifſté
des Evêques de Marleille & de Chartres.
Il prêta Serment de fidelité entre les
mains du Roi le 24 .
Le même jour 21. l'Evêque de Bethléem
fit avec beaucoup de folemnité la
cerémonie de la Confécration & Dédicace
de l'Eglife des Recollets de Verfailles
fondée par le feu Roi Louis XIV. ils en
avoient obtenu auparavant la permiffiondu
Roi ; le Duc de Noailles , Capitaine
de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps , & Gouverneur de Verſailles
affifta à cette cerémonie de la part de
S. M.
Le 25. la Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, pour
le rembourſement
des
Actions
, fut
tirée
en la
maniere
accoutumée
à l'Hôtel
de
la
Compagnie
; on a
publié
la Lifte
des
numeros
des
Actions
&
dixièmes
d'Actions
qui
feront
rembourfez
, faifant
en tout
le nombre
de
300.
Actions
.
Maria de Paris ont celebré pendant
huit jours avec beaucoup de folemnité la
Fête de la Canonifation de S. Jacques de
la Marche , & de S. François de Solano,
Religieux de l'Obfervance de S. François.
Le Chapitre de l'Eglife Metropolitaine
alla y chanter la Meffe le 21. du mois.
dernier pour l'ouverture de l'Octave.
Le premier de ce mois , on celebra avec
les cerémonies accoutumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S.Denis le Service.
folemnel qui s'y fait tous les ans pour le
repos de l'ame du feu Roi Louis XIV .
L'Evêque de Grenoble y officia pontificalement
, & le Duc du Maine , le Prince
de Dombes & le Comte de Toulouſe Y
affifterent , ainfi que plufieurs Seigneurs
de la Cour.
Le 13. Août au foir , le Roi alla pofer
Hv
la
2078 MERCURE DE FRANCE
Ja premiere pierre du nouveau Pont qu'on
conftruit fur la Riviere d'Oyſe , vis-à-vis
le Château de Compiegne. M. Dubois
Directeur General des Fonts & Chauffées,
préfenta à S. M. un marteau & une truelle
d'argent & du mortier dans un baffin
pour cette cerémonie.
>
Le 2. Septembre , le Roi de Sardaigne
Victor Amedée II. fit avertir tous les
Princes , les Chevaliers de l'Ordre de
l'Annonciade , les Miniftres , les Secretaires
d'Etat , l'Archevêque de Turin , ›
le Grand Chancelier , les Premiers Préfi
dens , les Generaux & toutes les perfonnes
qui font dans les principaux Emplois
de la Cour , de la Guerre & de la
Juftice , de fe trouver le lendemain à
trois heures après midi au Château de Rivoli.
Le Roi tint un Confeil d'Etat à
l'heure qu'il avoit marquée ; il y déclara
qu'il faifoit une abdication generale de fon
Royaume & de fes Etats en faveur du
Prince du Piémont , fon fils , & ayant
fait entrer tous ceux qu'il avoit mandés ,
un Secretaire d'Etat lut à haute voix l'Acte
d'Abdication . Le Roi Victor fit enfuite
un Difcours auffi digne de la grandeur
d'ame de ce Prince que propre à attendrir
& à confoler tous ceux qui étoient
préfens. Il devoit partir de Rivoli le 4.
pour
1
SEPTEMBRE. 1730. 2079
pour fe retirer au Château de Chamberi ,
que ce Prince a choisi pour y faire fon
féjour.
Le 7. le Comte Maffei , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi de Sardaigne , eut
une audience particuliere du Roi , dans
dans laquelle il notifia à S. M. l'abdication
que le Roi Victor Amedée II . a faite le
3. de ce mois de fes Royaumes & Etats
& de l'avenement du Roi Charles Emanuel
, fon fils , à la Couronne.
Le s. de ce mois , M. Horace Walpool,
Ambaffadeur Extraordinaire du Roi
d'Angleterre , eut une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il donna part
à S. M. de la mort de la Princeffe Benedictine
Henriette Philippine , Ducheffe
Douairiere de Brunfwick Hanover. Il fut
conduit à cette audience par le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des Ambaffa
deurs.
Le ro . le Roi prit le deuil pour la mort
de cette Princeffe , que S. M. quitta le 18.
Le 8. Fête de la Nativité de la Vierge ,"
ily eut Concert Spirituel au Château des
Thuilleries. M. Mouret fit chanter le Motet
Exaltabo te, Deus, de M. de la Lande,
les S Blavet & Guignon executerent une
Sonnate fur le Violon & la Flute qui fut
très2080
MERCURE DE FRANCE :
très-applaudie. La Dle Petit- Pas chanta
un Motet à deux voix , de la compofition
de M. le Maire , avec autant de legereté
que de préciſion , les Sieurs Aubert
& Senaillé joüerent une Sonnate à
deux Violons , qui fut executée avec une
très-grande jufteffe , les Diler Erremens
& le Maure chanterent un Motet à
deux voix , qui fut très - applaudi . Le
fieur Guignon joüa feul un Concerto avec
cette vivacité que tout le monde lui :
connoît , & le Concert fut terminé
par
le Te Deum de M. de la Lande , avec Timbales
& Trompettes , précedé d'une Symphonie
de Violons , Hautbois , Timballes
, & Trompettes , de la compofition
de M. Mouret.
Le Roi a accordé le Gouvernement de
la Tour de Cordoüan , vacante par la
mort du fieur Defnaut , au fieur Binet
Meftre de Camp de Cavalerie , premier
Valet de la Garde- Robe de Sa Majefté.
Le Roi a donné le Régiment de la
Saarre , au Comte de Boimeux , Meſtre
de Camp du Régiment des Landes , &
S. M. a accordé celui des Landes au
Marquis de Brun.
Le 10. l'Abbé de Menou de Charnifay ,
nommé à l'Evêché de la Rochelle , fut
Sacre
SEPTEMBRE . 1730. 2081
Sacré dans la Cha pelle de l'Archevêché ;
par l'Archevêque de Bordeaux , affifté
des Evêques de Chartres & de Saintes , &
le 17. il prêta Serment de Fidelité entre
les mains du Roi.
L'Affemblée du Clergé ayant fini fes
Séances , les Prélats & autres Députez
qui la compofoient , fe rendirent à Verfailles
le 17 de ce mois , & ils curent
Audience du Roi avec les honneurs qu'on
rend au Clergé , quand il eft en Corps
& avec les Cerémonies obfervées lorfque
les mêmes Députez allerent rendre leurs
refpects à S. M. le 7 de Juin dernier. Le
Cardinal de Fleury , Miniftre d'Etat , &
Premier Président de l'Affemblée , étoit
à leur tête ; & l'Evêque de Nifmes porta
la parole.
Le 19 , le Lord Waldgrave , Ambaffadeur
Extraordinaire duRoi d'Angleterre,
arriva à Versailles avec M. Horace Walpool
, auffi Ambaffadeur Extraordinaire,
auquel il fuccede. Ils eurent Audience
particuliere du Roi , de la Reine , & de
Monfeigneur le Dauphin , étant conduits
par le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
t
Le 21 , l'Abbé de l'Ifle du Gaft , nommé
2082 MERCURE DE FRANCE
?
mé par le Roi à l'Evêché de Limoges
fut facré dans la Chapelle de l'Archevêché
,, pár l'Archevêque de Paris , affifſté
des Evêques de Marleille & de Chartres.
Il prêta Serment de fidelité entre les
mains du Roi le 24 .
Le même jour 21. l'Evêque de Bethléem
fit avec beaucoup de folemnité la
cerémonie de la Confécration & Dédicace
de l'Eglife des Recollets de Verfailles
fondée par le feu Roi Louis XIV. ils en
avoient obtenu auparavant la permiffiondu
Roi ; le Duc de Noailles , Capitaine
de la premiere Compagnie des Gardes
du Corps , & Gouverneur de Verſailles
affifta à cette cerémonie de la part de
S. M.
Le 25. la Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, pour
le rembourſement
des
Actions
, fut
tirée
en la
maniere
accoutumée
à l'Hôtel
de
la
Compagnie
; on a
publié
la Lifte
des
numeros
des
Actions
&
dixièmes
d'Actions
qui
feront
rembourfez
, faifant
en tout
le nombre
de
300.
Actions
.
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Résumé : « Les Religieuses du Monastere de l'Ave Maria de Paris ont celebré pendant [...] »
En août et septembre 1730, plusieurs événements historiques notables ont eu lieu. Les Religieuses du Monastère de l'Ave Maria de Paris ont célébré pendant huit jours la canonisation de Saint Jacques de la Marche et de Saint François de Solano. Le Chapitre de l'Église métropolitaine a ouvert l'octave le 21 août. Le 1er septembre, un service solennel a été organisé à l'Abbaye Royale de Saint-Denis pour le repos de l'âme du roi Louis XIV, en présence de l'évêque de Grenoble et de plusieurs nobles. Le 13 août, le roi a posé la première pierre d'un nouveau pont sur la rivière Oise, face au Château de Compiègne, en présence de M. Dubois, Directeur Général des Ponts et Chaussées. Le 2 septembre, le roi de Sardaigne, Victor-Amédée II, a annoncé son abdication en faveur de son fils, le Prince du Piémont, lors d'un conseil d'État au Château de Rivoli. Cette abdication a été notifiée au roi de France par l'ambassadeur du roi de Sardaigne le 7 septembre. Le même mois, l'ambassadeur d'Angleterre a informé le roi de la mort de la princesse Henriette Philippine, Duchesse douairière de Brunswick Hanover. Le 8 septembre, un concert spirituel a eu lieu au Château des Tuileries, avec des œuvres de M. de la Lande, Blavet, Guignon, et d'autres musiciens. Le roi a accordé divers gouvernements militaires et régiments à plusieurs nobles. L'abbé de Menou de Charnisay a été sacré évêque de La Rochelle et a prêté serment de fidélité au roi. L'Assemblée du Clergé a rendu hommage au roi à Versailles. Le 19 septembre, le Lord Waldgrave, nouvel ambassadeur d'Angleterre, a été reçu à Versailles. Le 21 septembre, l'abbé de l'Île du Gast a été sacré évêque de Limoges et a prêté serment de fidélité. La même journée, l'évêque de Bethléem a consacré l'église des Récollets de Versailles, fondée par le roi Louis XIV. Enfin, le 25 septembre, la loterie de la Compagnie des Indes a été tirée pour le remboursement des actions.
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1960
p. 2088-2089
« La Reine étant accouchée heureusement du Duc d'Anjou le 30. Août, à neuf [...] »
Début :
La Reine étant accouchée heureusement du Duc d'Anjou le 30. Août, à neuf [...]
Mots clefs :
Reine, Naissance du duc d'Anjou, Duc d'Anjou, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Reine étant accouchée heureusement du Duc d'Anjou le 30. Août, à neuf [...] »
La Reine étant accouchée heureufe
ment du Duc d'Anjou le 30. Août, à neuf
heures du matin , comme nous l'avons
déja dit , cette agréable nouvelle fut annoncée
à Paris une heure après par le
bruit du Canon de l'Hôtel Royal des
Invalides , du Château de la Baſtille , &
de la Ville , & par la Cloche de l'Horloge
du Palais & par celle de l'Hôtel de
Ville , qui fonnerent jufqu'à minuit.
Le même jour le Parlement & les au
tres Cours fuperieures , l'Affemblée du
Clergé , & c . firent chanter un Te Deum ,
en actions de graces . Le Lieutenant General
de Police rendit le même jour cette
Ordonnance.
Sur ce qui nous a été remontré par le Procu
reur du Roy , que la Naiffance du DUC D'ANJOU
, qui fuccede de fi prés à celle du Dauphin ,
( preuve bien éclatante de la benediction du Ciel
fur cet Etat ) répand dans les coeurs de tous les
François,& particulierement des habitans de cette
Ville , une joye d'autant plus fincere que la perpetuité
de cet Empire dans la famille du Souverain
qui nous gouverne fi heureufement , eft l'ob-
S. Louis, S. Staniflas.
jet
SEPTEMBRE. 1730. 2089
jet de leurs voeux les plus ardents,& que cette Augufte
Famille ne fçauroit s'accroître fans augmenter
leur fatisfaction ; comme dans les témoignages
publics que les Peuples en doivent
donner , il eft de notre miniftere de prévenir les
accidens qui quelquefois réfultent des démonſtrations
de joye qu'un zele fi jufte infpire , & qui ne
font pas toujours accompagnées des précautions
neceffaires à la feureté publique ; il a cru devoir
nous requerir de preferire aux Habitans de cette
Ville le temps & la maniere dont ils exprimeront
leur fenfibilité & ce qu'il eft convenable qu'ils
obfervent pour empêcher qu'il ne furvienne d'Incendie
. Sur quoi Nous ordonnons à tous Bourgeois
& Habitans de cette Ville , d'allumer des
Feux devant leurs Portes, & d'illuminer leurs Fenêtres
; & à tous Marchands de tenir leur Bouti
ques fermées aujourd'hui & le jour qui fera indiqué
pour le Te Deum.Enjoignons expreffement
à tous Proprietaires & Locataires des Maifons
de faire fermer & boucher exactement les Fenêtres
, Lucarnes & generalement toutes les ouvertures
des Greniers des Maifons & autres endroits
dans lefquels il y auroit de la Paille , du
Foin , du Bois , ou autres matieres combustibles ,
& c.
Autre Ordonnance de Police , du 1 Septembre ,
qui ordonne que tous les Bourgeois & Habitans
de la Ville , feront tenus d'allumer des Feux devant
leurs Portes & d'illuminer leurs Fenêtres le
Samedy 2 du prefent mois , jour choifi pour le
Te Deum, qui fera chanté à Notre- Dame, à l'oc
cafion de la Naiffance de Monfeigneur le Duc
D'ANJOU & que tous les Marchands tiendront
leuis Boutiques fermées , &c.
ment du Duc d'Anjou le 30. Août, à neuf
heures du matin , comme nous l'avons
déja dit , cette agréable nouvelle fut annoncée
à Paris une heure après par le
bruit du Canon de l'Hôtel Royal des
Invalides , du Château de la Baſtille , &
de la Ville , & par la Cloche de l'Horloge
du Palais & par celle de l'Hôtel de
Ville , qui fonnerent jufqu'à minuit.
Le même jour le Parlement & les au
tres Cours fuperieures , l'Affemblée du
Clergé , & c . firent chanter un Te Deum ,
en actions de graces . Le Lieutenant General
de Police rendit le même jour cette
Ordonnance.
Sur ce qui nous a été remontré par le Procu
reur du Roy , que la Naiffance du DUC D'ANJOU
, qui fuccede de fi prés à celle du Dauphin ,
( preuve bien éclatante de la benediction du Ciel
fur cet Etat ) répand dans les coeurs de tous les
François,& particulierement des habitans de cette
Ville , une joye d'autant plus fincere que la perpetuité
de cet Empire dans la famille du Souverain
qui nous gouverne fi heureufement , eft l'ob-
S. Louis, S. Staniflas.
jet
SEPTEMBRE. 1730. 2089
jet de leurs voeux les plus ardents,& que cette Augufte
Famille ne fçauroit s'accroître fans augmenter
leur fatisfaction ; comme dans les témoignages
publics que les Peuples en doivent
donner , il eft de notre miniftere de prévenir les
accidens qui quelquefois réfultent des démonſtrations
de joye qu'un zele fi jufte infpire , & qui ne
font pas toujours accompagnées des précautions
neceffaires à la feureté publique ; il a cru devoir
nous requerir de preferire aux Habitans de cette
Ville le temps & la maniere dont ils exprimeront
leur fenfibilité & ce qu'il eft convenable qu'ils
obfervent pour empêcher qu'il ne furvienne d'Incendie
. Sur quoi Nous ordonnons à tous Bourgeois
& Habitans de cette Ville , d'allumer des
Feux devant leurs Portes, & d'illuminer leurs Fenêtres
; & à tous Marchands de tenir leur Bouti
ques fermées aujourd'hui & le jour qui fera indiqué
pour le Te Deum.Enjoignons expreffement
à tous Proprietaires & Locataires des Maifons
de faire fermer & boucher exactement les Fenêtres
, Lucarnes & generalement toutes les ouvertures
des Greniers des Maifons & autres endroits
dans lefquels il y auroit de la Paille , du
Foin , du Bois , ou autres matieres combustibles ,
& c.
Autre Ordonnance de Police , du 1 Septembre ,
qui ordonne que tous les Bourgeois & Habitans
de la Ville , feront tenus d'allumer des Feux devant
leurs Portes & d'illuminer leurs Fenêtres le
Samedy 2 du prefent mois , jour choifi pour le
Te Deum, qui fera chanté à Notre- Dame, à l'oc
cafion de la Naiffance de Monfeigneur le Duc
D'ANJOU & que tous les Marchands tiendront
leuis Boutiques fermées , &c.
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Résumé : « La Reine étant accouchée heureusement du Duc d'Anjou le 30. Août, à neuf [...] »
Le 30 août, la reine donna naissance au Duc d'Anjou à neuf heures du matin. La nouvelle fut annoncée à Paris par des salves de canon et des cloches sonnant jusqu'à minuit. Le Parlement, les cours supérieures et l'Assemblée du Clergé chantèrent un Te Deum en actions de grâces. Le Lieutenant Général de Police publia des ordonnances pour organiser les célébrations. La naissance du Duc d'Anjou, après celle du Dauphin, suscita une grande joie parmi les Français, notamment à Paris, où l'on espérait la perpétuation de l'Empire dans la famille royale. Pour éviter les accidents, le Lieutenant Général de Police ordonna aux Parisiens d'allumer des feux et d'illuminer leurs fenêtres, et aux marchands de fermer leurs boutiques. Une autre ordonnance du 1er septembre confirma ces instructions pour le Te Deum prévu le 2 septembre à Notre-Dame.
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1961
p. 2090
Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris [titre d'après la table]
Début :
MON COUSIN, les tendres témoignages que je reçois en toute occasion de l'amour & du [...]
Mots clefs :
Roi, Archevêque de Paris, Naissance du duc d'Anjou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris [titre d'après la table]
La piété du Roy ne pût fouffrir aucun
délay ; le même jour de cette heureuſe
naiffance , S. M. écrivit la Lettre qui fuit
à M. l'Archevêque de Paris.
MON COUSIN , les tendres témoignages
que je reçois en toute occafion de l'amour & du
zele de mes Sujets , me rendent encore plus fenfible
aux Evenemens de mon Regne qui peuvent
contribuer à leur bonheur. Rien n'eft plus capable
d'en affurer la durée que la Naiffance d'un fecond
Fils , dont la Reine , ma très-chere Epouſe
& Compagne , vient d'être heureufement délivrée.
Cet Evenement eft une fuite des Bénédictions
qu'il plaît à Dieu de répandre fur moi &
fur mon Etat , il excite de plus en plus ma jufte
reconnoiffance envers la Providence Divine ; &
c'eft pour lui rendre les actions de graces qui lui
en font dues , & obtenir de fa bonté par les plus
ferventes Priéres , la confervation de fes préeieux
dons , que je vous fais cette Lettre , pour
vous dire que mon intention eft que vous faffiez
chanter le Te Deum en l'Eglife Métropolitaine de
ma bonne Ville de Paris , au jour & à l'heure que
le grand Maître ou le Maître des Cérémonies
vous dira de ma part. Sur ce, je prie Dieu qu'il
vous ait , mon Coufin , en fa fainte & digne garde.
Ecrite à Versailles le 30 Aouft 1730. Signé ,
LOUIS. Et plus bas , PHELYPEAUX . Et au dos
eft écrit : A mon Coufin l'Archevêque de Paris ,
Duc de S. Cloud , Pair de France , Commandeur
de mes Ordres.
délay ; le même jour de cette heureuſe
naiffance , S. M. écrivit la Lettre qui fuit
à M. l'Archevêque de Paris.
MON COUSIN , les tendres témoignages
que je reçois en toute occafion de l'amour & du
zele de mes Sujets , me rendent encore plus fenfible
aux Evenemens de mon Regne qui peuvent
contribuer à leur bonheur. Rien n'eft plus capable
d'en affurer la durée que la Naiffance d'un fecond
Fils , dont la Reine , ma très-chere Epouſe
& Compagne , vient d'être heureufement délivrée.
Cet Evenement eft une fuite des Bénédictions
qu'il plaît à Dieu de répandre fur moi &
fur mon Etat , il excite de plus en plus ma jufte
reconnoiffance envers la Providence Divine ; &
c'eft pour lui rendre les actions de graces qui lui
en font dues , & obtenir de fa bonté par les plus
ferventes Priéres , la confervation de fes préeieux
dons , que je vous fais cette Lettre , pour
vous dire que mon intention eft que vous faffiez
chanter le Te Deum en l'Eglife Métropolitaine de
ma bonne Ville de Paris , au jour & à l'heure que
le grand Maître ou le Maître des Cérémonies
vous dira de ma part. Sur ce, je prie Dieu qu'il
vous ait , mon Coufin , en fa fainte & digne garde.
Ecrite à Versailles le 30 Aouft 1730. Signé ,
LOUIS. Et plus bas , PHELYPEAUX . Et au dos
eft écrit : A mon Coufin l'Archevêque de Paris ,
Duc de S. Cloud , Pair de France , Commandeur
de mes Ordres.
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Résumé : Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris [titre d'après la table]
Le roi Louis XV exprime sa joie et sa piété à la suite de la naissance de son fils, le 30 août 1730. Il écrit une lettre à l'archevêque de Paris pour partager cet événement. Le roi souligne les témoignages d'amour et de zèle de ses sujets et voit la naissance de son fils comme une bénédiction divine. Il souhaite assurer la durée de son règne et le bonheur de ses sujets. Louis XV demande à l'archevêque de faire chanter le Te Deum dans l'église métropolitaine de Paris, à une date et une heure à déterminer par le grand maître ou le maître des cérémonies. La lettre est adressée à son cousin, l'archevêque de Paris, duc de Saint-Cloud, pair de France et commandeur de ses ordres. Elle est signée par Louis XV et Philippeaux.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1962
p. 2090-2092
Mandement [titre d'après la table]
Début :
CHARLES, &c. Salut & benediction. Dieu vient de répandre, mes très-chers Fréres, [...]
Mots clefs :
Mandement, Roi, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mandement [titre d'après la table]
En confequence de la Lettre du Roy ;
M. l'Archevêque donna , le 1 Septembre,
un
SEPTEMBRE. 1730. 2091
an Mandement qui fut reçu avec un applaudiffement
univerfel . En voici la teneur
:
CHARLES , &c. Salut & benediction.
Dieu vient de répandre, mes très- chers Fréres,
une nouvelle Bénédiction fur le Mariage du Roy
& de nous donner un gage éclatant de fa protec
tion fur ce grand Royaume,
Par la Naiffance d'un fecond Fils de France
le premier Trône de l'Europe, ce Trône que tant
de Rois , felon le coeur de Dieu , ont rempli &
dont l'irreligion & l'erreur n'ont jamais approché
, eft environné d'une nouvelle gloire ; le repos
de l'Etat & le bonheur des Peuples font pleinement
affurés .
Dans un évenement fi heureux , le Roy pénétré
de fentimens de Foy & de Religion , reconnoit
tout ce qu'il doit à celui de qui il tient fa Couronne
, qui difpoſe à ſon gré du fort des Rois
qui affermit ou qui renverfe , comme il lui plaît
les Royaumes & les Empires ; & c'eft pour donà
toute la France des preuves de fa reconnoiffance
envers Dieu, que M. veut aſſiſter aux
Actions folemnelles de graces que nous allons
rendre conformément à fes intentions .
ner
A l'exemple du Roy , que les bienfaits de Dieu,
foient pour nous un motif de ranimer notre fer <
veur. Nous fervons un Dieu jaloux , qui felon la
parole de ( 1 ) Jefus - Chrift , exige beaucoup de
ceux à qui il a beaucoup donné. Marquons- lui
notre reconnoiffance en obfervant fes faintes Loix
avec une nouvelle fidélité , & en confervant une
jufte horreur de tout ce qui peut lui déplaire .
Les faveurs qu'il nous accorde & les graces
dont il nous prévient , font autant de titres pour
( 1 ) Luc. 12. v. 48e
2092 MERCURE
DE FRANCE
en demander & pour en obtenir de nouvelles, Joignons donc aujourd'hui avec confiance , felon
le précepte de ( 2 ) S. Paul , aux Actions de graces
, des fupplications
& des Prieres pour la confervation
d'un Roy qui nous gouverne avec tant
de fagefle & de juftice ; profitons de la paix & de
la tranquillité dont nous jouiffons fous fon Empire,
pour vivre felon la parole du même Apôtre
avec toute forte de piété.
Prions pour la fanté d'une Reine dont l'heureufe
fécondité doit être regardé comme le fruit
de fes vertus.
pen-
Demandons avec ferveur , rendons- nous dignes
par notre conduite que Dieu nous conferve les
formez
que
Princes qu'il nous a donnez ,afin
par les
dant long -tems par les inftructions &
exemples de leur augufte pere , la Religion trouve
en eux le précieux avantage dont elle jouit fous le
Regne de S. M. d'avoir dans le Souverain uu fidéle
deffenfeur de fes Autels , & un zélé protecteur
de l'Eglife de Jeſus-Chriſt.
Que celui des Princes qui doit être un jour
l'héritier de la Couronne , le foit auffi des vertus
du Roy ; qu'à l'exemple de S. M. il foit encore
plus touché d'être aimé des Peuples , comme leur
Pere , que de tous les hommages qu'ils lui rendent
comme à leur Maître; & que felon la parole
du S. Efprit ( 3 ) , il regarde la Juftice & la clémence,
comme la veritable force du Trône & fon
plus ferme appui. A ces cauſes , &c.
M. l'Archevêque donna , le 1 Septembre,
un
SEPTEMBRE. 1730. 2091
an Mandement qui fut reçu avec un applaudiffement
univerfel . En voici la teneur
:
CHARLES , &c. Salut & benediction.
Dieu vient de répandre, mes très- chers Fréres,
une nouvelle Bénédiction fur le Mariage du Roy
& de nous donner un gage éclatant de fa protec
tion fur ce grand Royaume,
Par la Naiffance d'un fecond Fils de France
le premier Trône de l'Europe, ce Trône que tant
de Rois , felon le coeur de Dieu , ont rempli &
dont l'irreligion & l'erreur n'ont jamais approché
, eft environné d'une nouvelle gloire ; le repos
de l'Etat & le bonheur des Peuples font pleinement
affurés .
Dans un évenement fi heureux , le Roy pénétré
de fentimens de Foy & de Religion , reconnoit
tout ce qu'il doit à celui de qui il tient fa Couronne
, qui difpoſe à ſon gré du fort des Rois
qui affermit ou qui renverfe , comme il lui plaît
les Royaumes & les Empires ; & c'eft pour donà
toute la France des preuves de fa reconnoiffance
envers Dieu, que M. veut aſſiſter aux
Actions folemnelles de graces que nous allons
rendre conformément à fes intentions .
ner
A l'exemple du Roy , que les bienfaits de Dieu,
foient pour nous un motif de ranimer notre fer <
veur. Nous fervons un Dieu jaloux , qui felon la
parole de ( 1 ) Jefus - Chrift , exige beaucoup de
ceux à qui il a beaucoup donné. Marquons- lui
notre reconnoiffance en obfervant fes faintes Loix
avec une nouvelle fidélité , & en confervant une
jufte horreur de tout ce qui peut lui déplaire .
Les faveurs qu'il nous accorde & les graces
dont il nous prévient , font autant de titres pour
( 1 ) Luc. 12. v. 48e
2092 MERCURE
DE FRANCE
en demander & pour en obtenir de nouvelles, Joignons donc aujourd'hui avec confiance , felon
le précepte de ( 2 ) S. Paul , aux Actions de graces
, des fupplications
& des Prieres pour la confervation
d'un Roy qui nous gouverne avec tant
de fagefle & de juftice ; profitons de la paix & de
la tranquillité dont nous jouiffons fous fon Empire,
pour vivre felon la parole du même Apôtre
avec toute forte de piété.
Prions pour la fanté d'une Reine dont l'heureufe
fécondité doit être regardé comme le fruit
de fes vertus.
pen-
Demandons avec ferveur , rendons- nous dignes
par notre conduite que Dieu nous conferve les
formez
que
Princes qu'il nous a donnez ,afin
par les
dant long -tems par les inftructions &
exemples de leur augufte pere , la Religion trouve
en eux le précieux avantage dont elle jouit fous le
Regne de S. M. d'avoir dans le Souverain uu fidéle
deffenfeur de fes Autels , & un zélé protecteur
de l'Eglife de Jeſus-Chriſt.
Que celui des Princes qui doit être un jour
l'héritier de la Couronne , le foit auffi des vertus
du Roy ; qu'à l'exemple de S. M. il foit encore
plus touché d'être aimé des Peuples , comme leur
Pere , que de tous les hommages qu'ils lui rendent
comme à leur Maître; & que felon la parole
du S. Efprit ( 3 ) , il regarde la Juftice & la clémence,
comme la veritable force du Trône & fon
plus ferme appui. A ces cauſes , &c.
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Résumé : Mandement [titre d'après la table]
Le 1er septembre 1730, l'Archevêque publia un mandement en réponse à une lettre du Roi, acclamé par tous. Ce mandement célébrait la naissance du second fils du Roi, renforçant ainsi la gloire et la stabilité du royaume. Le Roi exprima sa gratitude envers Dieu et décida de participer aux actions de grâce. L'Archevêque exhorta les fidèles à imiter le Roi en renouvelant leur dévotion et en respectant les lois divines. Il encouragea également à prier pour la santé de la Reine et pour la préservation du Roi, loué pour sa sagesse et sa justice. Le mandement invita à profiter de la paix pour vivre pieusement et à prier pour que les princes, éduqués par leur père, deviennent des défenseurs de la religion et des protecteurs de l'Église. Enfin, il souhaita que l'héritier du trône hérite des vertus du Roi et gouverne avec justice et clémence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1963
p. 2092-2095
« Cette heureuse Naissance étant une suite des Benedictions que Dieu répand sur [...] »
Début :
Cette heureuse Naissance étant une suite des Benedictions que Dieu répand sur [...]
Mots clefs :
Dieu, Roi, Officiers, Archevêque, Naissance, Feux d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette heureuse Naissance étant une suite des Benedictions que Dieu répand sur [...] »
Cette heureufe Naiffance étant une fuite
des Benedictions que Dieu répand fur
la Perfonne du Roy & fur l'Etats le
-( 2 ) Ad Tim. c. 2. v. 3. & 2,
( 3 ) Prov. 20. v. 28.
premier
SEPTEMBRE. 1730. 2098
mier foin de S.M. dans cet heureux évenement
, a été d'en rendre à Dieu de folemnelles
actions de graces ; & le 2 de ce
mois , le Roy fe rendit à Paris , pour af
fifter au Te Deum , qui devoit y être chanté,
fuivant les Ordres que l'Archevêque de
Paris en avoit reçus de S. M.
Le Roy partit du Château de Verfailles
vers les trois heures après midi , accompagné
, dans fon Caroffe , du Comte de
Clermont , du Prince de Conti , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu & du
Comte de Toulouſe. Les trois autres Caroffes
étoient remplis par les principaux
Officiers de Sa Maifon , & par les Seigneurs
de la Cour. Les détachemens des
Gendarmes , des Chevaux - Legers & les
deux Compagnies des Moufquetaires de
la Garde du Roy , & le détachement des
Gardes du Corps précédoient & fuivoient
le Caroffe de S. M. & le Vol du Cabinet
étoit immédiatement devant le Caroffe de
fuite.
Le Roy arriva vers les cinq heures à la
Porte S. Honoré , d'où S. M. fe rendit à
l'Eglife Métropolitaine.Les Regimens des
Gardes Françoifes & Suiffes étoient rangez
en haye , & préfentoient leurs Armes,
dans toutes les rues par lefquelles le Roy
paffa en allant à l'Eglife Métropolitaine ,
& en retournant à Verfailles.
I Le
2094 MERCURE DE FRANCE
Le Roy fut reçu à la porte de l'Eglife
par le Chapitre , à la tête duquel l'Archevêque
de Paris complimenta S. M. & lui
prefenta l'Eau benite. Le Roy entra dans
f'Eglife au bruit des Trompettes & des
Hautbois de la Chambre , étant précédé
du Grand Maître & du Maître des Cérémonies
, devant lefquels marchoient le
-Roy & les Hérauts d'Armes , & S. M.
alla fe placer au milieu du Choeur , fur un
Prie - Dieu , au deffus duquel étoit un Dais .
Le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon ,
le Comte de Charolois, le Comte de Cletmont
, le Prince de Conti , le Prince de
Dombes , le Comte d'Eu & le Comte de
Toulouſe , le Cardinal de Fleury , les Officiers
de la Couronne, les Principaux Of
ficiers de S.M. & les Seigneurs de la Cour
étoient placez auprès du Roy' pendant le
Te Deum , auquel le Chancelier de France
& le Garde des Sceaux affifterent, étant I
accompagnez de plufieurs Confeillers d'Etat
& Maîtres des Requêtes.
C
>
Le Clergé , le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes & lo
Corps de Ville ayant été invitez en la maniére
accoutumée y affifterent en Robes
de Ceremonie & à leurs places ordinaires
. L'Archevêque de Paris officia pontificalement
au Te Deum , qui fut chanté au
bruit d'une Salve generale des Canons de
la Baftille & de ceux de la Ville.
Lcs
SEPTEMBRE. 1730. 2095
Les Regimens des Gardes Françoiles &
Suiffes y répondirent par trois décharges
de leur Moufqueterie.
Après le Te Deum , le Roy vint faire fa
Priére devant l'Autel de la fainte Vierge ,
d'où S.M.fut reconduite à la porte de l'Eglife
, avec les cérémonies qui avoient été
obfervées à fon arrivée. Et S. M. étant remontée
en caroffe , partit pour retourner
à Verfalles avec le même Cortege qui
l'avoit accompagnée en entrant dans Paris.
Pendant la Marche , les Officiers des Gardes
du Corps qui étoient auprès du carof
fe du Roy,jetterent de l'argent au peuple,
qui par fes acclamations cherchoit à don
ner à S. M. des preuves de fon amour ,de
fon zele & de fa joye.
Le même jour,les Prevot des Marchands
& Echevins qui la furveille avoient fait
'lluminer l'Hôtel de Ville avec beaucoup
de magnificence , firent couler des Fontaines
de vin dans la place , & le foir ils firent
tirer un tres-beau Feu d'artifice, qui
fut précédé d'une décharge de Boëtes &
de Canons de la Ville . Il y eut en même
temps chez le Duc de Gévres , chez les
Prevôt des Marchands & Echevins , ainfi
que dans toutes les rues , des Illuminations
, des Feux & toutes autres marques
de réjouiffance poffible.
des Benedictions que Dieu répand fur
la Perfonne du Roy & fur l'Etats le
-( 2 ) Ad Tim. c. 2. v. 3. & 2,
( 3 ) Prov. 20. v. 28.
premier
SEPTEMBRE. 1730. 2098
mier foin de S.M. dans cet heureux évenement
, a été d'en rendre à Dieu de folemnelles
actions de graces ; & le 2 de ce
mois , le Roy fe rendit à Paris , pour af
fifter au Te Deum , qui devoit y être chanté,
fuivant les Ordres que l'Archevêque de
Paris en avoit reçus de S. M.
Le Roy partit du Château de Verfailles
vers les trois heures après midi , accompagné
, dans fon Caroffe , du Comte de
Clermont , du Prince de Conti , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu & du
Comte de Toulouſe. Les trois autres Caroffes
étoient remplis par les principaux
Officiers de Sa Maifon , & par les Seigneurs
de la Cour. Les détachemens des
Gendarmes , des Chevaux - Legers & les
deux Compagnies des Moufquetaires de
la Garde du Roy , & le détachement des
Gardes du Corps précédoient & fuivoient
le Caroffe de S. M. & le Vol du Cabinet
étoit immédiatement devant le Caroffe de
fuite.
Le Roy arriva vers les cinq heures à la
Porte S. Honoré , d'où S. M. fe rendit à
l'Eglife Métropolitaine.Les Regimens des
Gardes Françoifes & Suiffes étoient rangez
en haye , & préfentoient leurs Armes,
dans toutes les rues par lefquelles le Roy
paffa en allant à l'Eglife Métropolitaine ,
& en retournant à Verfailles.
I Le
2094 MERCURE DE FRANCE
Le Roy fut reçu à la porte de l'Eglife
par le Chapitre , à la tête duquel l'Archevêque
de Paris complimenta S. M. & lui
prefenta l'Eau benite. Le Roy entra dans
f'Eglife au bruit des Trompettes & des
Hautbois de la Chambre , étant précédé
du Grand Maître & du Maître des Cérémonies
, devant lefquels marchoient le
-Roy & les Hérauts d'Armes , & S. M.
alla fe placer au milieu du Choeur , fur un
Prie - Dieu , au deffus duquel étoit un Dais .
Le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon ,
le Comte de Charolois, le Comte de Cletmont
, le Prince de Conti , le Prince de
Dombes , le Comte d'Eu & le Comte de
Toulouſe , le Cardinal de Fleury , les Officiers
de la Couronne, les Principaux Of
ficiers de S.M. & les Seigneurs de la Cour
étoient placez auprès du Roy' pendant le
Te Deum , auquel le Chancelier de France
& le Garde des Sceaux affifterent, étant I
accompagnez de plufieurs Confeillers d'Etat
& Maîtres des Requêtes.
C
>
Le Clergé , le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes & lo
Corps de Ville ayant été invitez en la maniére
accoutumée y affifterent en Robes
de Ceremonie & à leurs places ordinaires
. L'Archevêque de Paris officia pontificalement
au Te Deum , qui fut chanté au
bruit d'une Salve generale des Canons de
la Baftille & de ceux de la Ville.
Lcs
SEPTEMBRE. 1730. 2095
Les Regimens des Gardes Françoiles &
Suiffes y répondirent par trois décharges
de leur Moufqueterie.
Après le Te Deum , le Roy vint faire fa
Priére devant l'Autel de la fainte Vierge ,
d'où S.M.fut reconduite à la porte de l'Eglife
, avec les cérémonies qui avoient été
obfervées à fon arrivée. Et S. M. étant remontée
en caroffe , partit pour retourner
à Verfalles avec le même Cortege qui
l'avoit accompagnée en entrant dans Paris.
Pendant la Marche , les Officiers des Gardes
du Corps qui étoient auprès du carof
fe du Roy,jetterent de l'argent au peuple,
qui par fes acclamations cherchoit à don
ner à S. M. des preuves de fon amour ,de
fon zele & de fa joye.
Le même jour,les Prevot des Marchands
& Echevins qui la furveille avoient fait
'lluminer l'Hôtel de Ville avec beaucoup
de magnificence , firent couler des Fontaines
de vin dans la place , & le foir ils firent
tirer un tres-beau Feu d'artifice, qui
fut précédé d'une décharge de Boëtes &
de Canons de la Ville . Il y eut en même
temps chez le Duc de Gévres , chez les
Prevôt des Marchands & Echevins , ainfi
que dans toutes les rues , des Illuminations
, des Feux & toutes autres marques
de réjouiffance poffible.
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Résumé : « Cette heureuse Naissance étant une suite des Benedictions que Dieu répand sur [...] »
Le 1er septembre 1730, le roi exprima sa gratitude à Dieu pour un événement heureux. Le 2 septembre, il se rendit à Paris pour assister au Te Deum à l'église métropolitaine. Accompagné de nobles et d'officiers, le cortège royal comprenait des gendarmes, des chevau-légers, des mousquetaires et des gardes du corps. À la porte Saint-Honoré, le roi fut accueilli par le chapitre de l'église, dirigé par l'archevêque de Paris, qui lui présenta l'eau bénite. Le Te Deum fut chanté au son des canons de la Bastille et de la ville, et des régiments des gardes françaises et suisses répondirent par des salves de mousqueterie. Après la cérémonie, le roi pria devant l'autel de la sainte Vierge et fut reconduit à la porte de l'église avec les mêmes honneurs. Pendant le retour à Versailles, les officiers des gardes du corps distribuèrent de l'argent au peuple. À Paris, les prévôts des marchands et échevins illuminèrent l'hôtel de ville, firent couler des fontaines de vin et tirèrent un feu d'artifice. Des illuminations et des feux furent également allumés chez le duc de Guèvres, chez les prévôts des marchands et échevins, ainsi que dans toutes les rues.
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1964
p. 2096-2097
Autre Mandement, [titre d'après la table]
Début :
CLAUDE DU PRÉ, Grand-Prieur de l'Abbaye Royale de S. Germain des Prez, &c. [...]
Mots clefs :
Roi, Abbaye, Gloire, Mandement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Mandement, [titre d'après la table]
On chanta auffi un Te Deum, avec beaucoup
de folemnité
dans l'EglifeRoyale
de
P'Abbaye
de S. Germain , le Dimanche
3
du même mois , en conféquence
d'un
Mandement
conçu
en ces termes.
Grand -Prieur CLAUDE
DU PRE' , de l'Abbaye Royale de S. Germain des Prez , &c.
La joye répandue dans tous les Ordres du Royau- me , annonce la Naiffance d'un fecond Fils de
France. Don précieux , préfent inestimable
du
Ciel propice à nos Voeux , bienfait marqué au
fceau d'une Providence ſpéciale , augure certain
nouvel d'une félicité conftante ,
appuy du Trê
ne,témoignage éclatant de la protection du Toutpuiffant
fur les années floriffantes du Roy & de la
Reine , gage confolant du Monarque fuprême éternifer le bonheur de la Monarchie . Une
pour époque fi célébre, marquée par un évenement fi
efheureux
, devient le fondement folide de nos
perances , nous montre des fiécles de paix , de
gloire & d'abondance, Au milieu de tant de Profpéritez,
remontons à la fource , l'exemple du Roy
plus preffant encore que fes Ordres , gage. Béniffons l'Eternel,il nous donne des Princes
& des Princeffes dignes par leurs vertus héréditaires
, de faire un jour la gloire & le bonheur
des Monarchies les plus puiffantes. Arrêtons - nous au Prince qui attire aujourd'hui nos Voeux & nos Hommages. Mefurons la reconnoiffance
à la faveur
; régions l'étendue de notre gratitude fur le
prix & le mérite du bienfait. Charmez de l'excellence
du Don , faifons de fa poffeffion un motif
de louanges inimortelles, joignons aux applaudiffemens
les actions de graces. Que la jouiffance
nous eny
d'un
SEPTEMBRE. 1730. 209 %
d'un objet fi précieux nous faffe remonter au
principe que la fin de nos fêtes & de nos réjouiffances,
foit celle de nos retours vers la Main bienfaifante
qui les fait naître , ranimons nos Cantiques.
Il y eut le foir de grandes Démonftrations
de joye dans tout le Diſtrict de l'Abbaye
, des Illuminations , des Feux , des
Fufées , &c. & plufieurs Salves de Coule
vrines , placées dans le Jardin dés Religieux
, lefquelles avoient tiré à l'arrivée
du Roy & pendant le Te Deum .
de folemnité
dans l'EglifeRoyale
de
P'Abbaye
de S. Germain , le Dimanche
3
du même mois , en conféquence
d'un
Mandement
conçu
en ces termes.
Grand -Prieur CLAUDE
DU PRE' , de l'Abbaye Royale de S. Germain des Prez , &c.
La joye répandue dans tous les Ordres du Royau- me , annonce la Naiffance d'un fecond Fils de
France. Don précieux , préfent inestimable
du
Ciel propice à nos Voeux , bienfait marqué au
fceau d'une Providence ſpéciale , augure certain
nouvel d'une félicité conftante ,
appuy du Trê
ne,témoignage éclatant de la protection du Toutpuiffant
fur les années floriffantes du Roy & de la
Reine , gage confolant du Monarque fuprême éternifer le bonheur de la Monarchie . Une
pour époque fi célébre, marquée par un évenement fi
efheureux
, devient le fondement folide de nos
perances , nous montre des fiécles de paix , de
gloire & d'abondance, Au milieu de tant de Profpéritez,
remontons à la fource , l'exemple du Roy
plus preffant encore que fes Ordres , gage. Béniffons l'Eternel,il nous donne des Princes
& des Princeffes dignes par leurs vertus héréditaires
, de faire un jour la gloire & le bonheur
des Monarchies les plus puiffantes. Arrêtons - nous au Prince qui attire aujourd'hui nos Voeux & nos Hommages. Mefurons la reconnoiffance
à la faveur
; régions l'étendue de notre gratitude fur le
prix & le mérite du bienfait. Charmez de l'excellence
du Don , faifons de fa poffeffion un motif
de louanges inimortelles, joignons aux applaudiffemens
les actions de graces. Que la jouiffance
nous eny
d'un
SEPTEMBRE. 1730. 209 %
d'un objet fi précieux nous faffe remonter au
principe que la fin de nos fêtes & de nos réjouiffances,
foit celle de nos retours vers la Main bienfaifante
qui les fait naître , ranimons nos Cantiques.
Il y eut le foir de grandes Démonftrations
de joye dans tout le Diſtrict de l'Abbaye
, des Illuminations , des Feux , des
Fufées , &c. & plufieurs Salves de Coule
vrines , placées dans le Jardin dés Religieux
, lefquelles avoient tiré à l'arrivée
du Roy & pendant le Te Deum .
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Résumé : Autre Mandement, [titre d'après la table]
Le 3 septembre 1730, un Te Deum solennel fut chanté à l'Église Royale de l'Abbaye de Saint-Germain pour célébrer la naissance d'un second fils du roi de France. Cet événement fut organisé par le Grand-Prieur Claude Du Pré, qui souligna la joie et la gratitude des habitants du royaume. La naissance était vue comme un don divin et un signe de la providence, augurant des années de bonheur et de prospérité pour le roi et la reine. Elle était perçue comme un gage de bonheur éternel pour la monarchie et le fondement de siècles de paix, de gloire et d'abondance. Le mandement appelait à bénir l'Éternel pour les princes et princesses et à exprimer reconnaissance pour ce bienfait. Des démonstrations de joie, telles que des illuminations, des feux, des fusées et des salves de couleuvrines, eurent lieu dans tout le district de l'Abbaye, notamment à l'arrivée du roi et pendant le Te Deum.
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1965
p. 2100-2107
Illuminations ordonnées par les Prevôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris pour celébrer l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, sur les desseins, & sous la conduite du sieur Beausire le fils, Architecte de la Ville.
Début :
Le 30 Août le Prevôt des Marchands, ayant eu avis sur les sept heures du [...]
Mots clefs :
Illuminations, Naissance du duc d'Anjou, Paris, Lumières, Prévôt des marchands, Échevins, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Illuminations ordonnées par les Prevôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris pour celébrer l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, sur les desseins, & sous la conduite du sieur Beausire le fils, Architecte de la Ville.
Illuminations ordonnées par les Prevôt des
Marchands & Echevins de la Ville de,
Paris , pour celébrer l'heureufe Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , fur les
deffeins , & fous la conduite du fieur
Beaufire le fils , Architecte de la Ville.
LE
E 30 Août le Prevôt des Marchands ,
ayant eu avis fur les fept heures du
matin que la Reine étoit en travail , fe
rendit à l'inftant à l'Hôtel de Ville , où
Mr du Bureau arriverent peu de tems
après fur les deux heures arriva un
Page du Duc de Gêvres , Gouverneur
de Paris , lequel apprit que la Reine
avoit été heureufement accouchée à 9
heures 7 minutes. Le Corps de Ville a
fait préfent à ce Page d'une magnifique
Tabatiere d'or.
A 11 heures , M. le Chevalier de S. An
dré , Enfeigne des Gardes du Corps , arriva
en pofte , & remit à Mrs les Prevôt
des Marchands , Echevins , la Lettre de
Cachet dont il étoit chargé de la part du
Roy , pour annoncer à la Ville la Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
Mrs de Ville firent préſent à cet Officier
d'un Bijoux de prix.
Le Bureau fe tranſporta à l'inftant au
Parlement , & à fon retour vers le midy
il
SEPTEMBRE. 1730. 2101
il fut fait une décharge des Canons de la
Ville , & le Toxin fut fonné jufqu'à minuit.
Le foir , entre 7 & 8 heures , il y eut
une autre décharge des Canons , & un
feu qui fut allumé avec la cerémonie or
dinaire , il y eut deux fontaines de
vin dans la Place de Gréve , & il fut tiré
quantité de Fufées volantes . La face exterieure
de l'Hôtel de Ville fut illuminée
par grand nombre de Falots placez dans
la Lanterne , fur le comble , fur les corniches
& faillies , & par des Luftres garnis
de groffes lumieres , aux Arcades de
S. Jean & du S. Efprit : il y eut auffi quelques
Falots chez M. le Prevôr des Marchands
, fur le fronton de la Porte d'entrée
, & fur le mur de face.
Le Jeudy 31 Août , il y a eu une feconde
illumination à la face de l'Hôtel
de Ville, de,toutes fortes de lumieres . Il y
avoit de gros Falots fur la tête des po-
-teaux de la Banniere du Peron , & une
fuite de Falots fur la Corniche des piéd'eftaux
du premier ordre , & au bas de
l'appui des croifées , toutes les Colomnes
de cet ordre étoient illuminées , ainfi
leurs Chapiteaux. Entre ces Colomnes
il y avoit fix Luftres de fer blanc , fuſpendus
aux ceintres des fix croifées , garnies
de fortes lumieres ; & au- deffus de la
Iv princi
que
2102 MERCURE DE FRANCE
t.
principale Porte , des Falots fur la cori
niche.
Ce premier ordre étoit terminé par un
filet de gros Lampions fur la faillie de
PArchitrave , avec des Plaques qui refléchiffoient
la lumiere , & par une fuite de
Falots fur la corniche. Aux ceintres des
Arcades du S. Efprit & de S. Jean , deux
grands Luftres de fer blanc , portant chacun
75 lumieres.
Le fecond ordre étoit décoré par onze
Luftres de fer blanc , fufpendus au devant
des croifées , portant chacun 57 lumieres
; entre ces Luftres étoient des Falots
placez dans les Niches , & deux
gros Falots fur le fronton des Niches.
Le fecond étoit auffi terminé par un
cours de Falots fur la corniche de l'Entáblement.
d'
Le comble étoit illuminé par 3 grands
Luftres de fer blanc , portant plus de 60
lumieres placées au milieu, au- deffus & à"
côté du Cadran.LesLucarnes étoient illunées
chacune par un Luftre de fer blanc
de 57 lumieres , & par des Falots fur les
Corniches. Le Comble étoit profilé par
des Falots fur le Rempant & fur le Faite.
11
y avoit auffi deux grandes piramides
de lumieres fur les deux poinçons de l'exrêmité
du Faîte. Le Socle & le Pietal
de la Lanterne étoient garnis de
"
Falots ,
SEPTEMBRE. 1730. 2103
Falots , & les Portiques de la grande
& petite Lanterne , garnis de grand
nombre de lumieres fufpendues en dedans
.
Le Samedy , 2 de ce mois , il y eut
un grand Feu d'Artifice élevé dans la
Place de Grève , à quatre Faces & quatre
Portiques d'ordre ruftique ; au milieu des
Portiques étoient des Palmiers , & aux
quatre coins des Vafes enflammez : fur
la Corniche étoient des Groupes de Genies.
Le Socle du couronnement étoit
terminé par la Statuë de Junon . On
voyoit fur chacune des faces des Cartouches
aux Armes du Roi & de la Ville.
Les degrez au rez de-chauffées étoient gar
nis de grand nombre de lumieres. Il y
avoit auffi quatre Fontaines de vin , dif
tribuées aux quatre coins de la Plaçe.
A l'arrivée du Roi à Notre Dame , il
y eut une falve des Canons de la Ville ,
& une autre à fa fortie. Cette arrivée
avoit été annoncée dès les 5 heures du
matin par une décharge des Canons de
la Ville , & par le Toxin .
S
Le Corps de Ville étant de retour du
Te Deum de Notre Dame , & ayant reçû
vers les 7 heures & demie M. le Gouver
neur en la maniere ordinaire , au bas
du Peron de l'Hôtel de Ville , il fut fait
une décharge des Canons de la Ville , &
Ivj the
>
2104 MERCURE DE FRANCE
tiré grand nombré defufées volantes . Enfuite
Made de Trefies alluma l'Artifice ,
placé fur le corps du Feu , par le moyen
d'une Fufée de corde qui avoit communication
à la Loge de M. le Gouverneur.
Auffi - tôt on vit un nombre prodigieux
d'artifices en l'air , ce qui dura pendant une
demie heure , fous diverfes formes , avec
un tel fuccès , qu'on ofe dire qu'il n'y a
guére eu rien de plus complet en ce genre.
L'interieur de la cour de l'Hôtel de
Ville fut illuminé par des Falots fur la
corniche du premier ordre.
Le même jour il y eut des Illuminations
chez chacun de Mrs du Corps de
Ville , & des Fontaines de vin.
La façade de l'Hôtel du Prevôt des
Marchands , étoit illuminée par 6 grands
Ifs à huit pans , garnis de Falots , deux
de ces Ifs accompagnoient la Porte d'entrée
, & les quatre autres accompagnoient
les deux Pavillons en aifle . La principale
Porte étoit décorée par un Chambranle ,
dont les refans étoient de lumieres ; fur
la Corniche & le Fronton , des Falots ;
au devant de chaque Pavillon , en aifle ,
étoit un Portique de lumieres figuré,femblable
à celui de la principale Porte , au
centre duquel étoit un Luftre de fer blanc
de so lumieres. Entre les Ifs , aux côtez
de la Porte étoient des Chambranles de
lumieres ,
SEPTEMBRE . 1730. 2103
lumieres , avec des Luftres de fer blanc
fufpendus au ceintre , garnis de 50
lumieres
chacun. Toute cette illumination
étoit terminée par une fuite de Falots audevant
de la premiere pleinte.
L'Illumination de M. Meſnil , premier
Echevin , étoit compofée d'une fuite de
Falots au-devant de la premiere Pleinte
de la face de fa maiſon du côté des Halles,
au milieu étoit le Chiffre du Roi , accompagné
de deux Luftres de fer blanc &
d'un autre au- deſſus , & plus haut à l'aplomb
des Luftres , étoient trois Fleurs
de Lys de lumieres.
و
M. Befnier , fecond Echevin , avoit audevant
de la face de fa maifon fix Ifs de
figure pentagonne , portant plus de 700 .
lumieres , placez en forme d'Avenue.
*
Il y avoit fur l'appui du Balcon de la
maifon de M. Roffignol , troifiéme Echevin
, une fuitede Falots & ſept Girandoles
de fer blanc , portant chacune so. lumieres,
placées au -devant des Trumeaux.
Entre ces Girandoles étoient fix Luftres
de fer blanc , garnis de 57. lumieres cha
cun , fufpendus au- devant des fix Croifées
du premier étage. On voyoit auſſi à
cet étage deux M de lumieres repréfentant
le Chiffre de la Reine ; & au-deffus
étoient trois Fleurs de Lys , le Chiffre da
Roi en lozange lumineux.
.1
La
2106 MERCURE DE FRANCE
La face de la maifon de M. Lagneau,
quatriéme Echevin étoit illuminée au rezde-
chauffée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez , & deux Vafes . La
Porte d'entrée par un Chambranle & Corniche
à trois rangs de lumieres , avec um
Fronton triangulaire , au deffus duquel
étoit le Chiffre de la Reine, Aux deux Croifées
du premier & fecond étage , étoient
quatre Luftres de fer blanc , garnis de
$7. lumieres chacun , fufpendus aux Linteaux
des quatre Croifées ; au- devant des
Trumeaux entre ces 4. Luftres étoient 3 .
Fleurs de Lys & le Chiffre du Roi en
lozange.
La face de la maifon du Procureur du
Roi étoit illuminée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez ; au - deffus
de chaque Pilaftre defquels étoit une
Girandole de fer blanc , portant so. lua
mieres chacune ; au-deffus de ces deux
Portiques on voyoit le Chiffre du Roi
& trois Fleurs de Lys de lumieres,
,
La face de la maifon de M. Boucot
Receveur , étoit illuminée par un Portique
, dont les Pilaftres étoient en Confo
les & le Fronton contourné , au- deffus des
Pilaftres deux Girandoles de fer blanc, garnies
chacune de so.lumieres. Sous le Fronton
on voyoit le Chiffre du Roi , & au
deffus , entre les Girandoles , une Fleur
de Lys de lumieres II
SEPTEMBRE. 1730. 2107
Il y avoit auffi des Falots chez M. Remy
, ancien Echevin , dans fa cour , &
deux Ifs de lumieres au- devant de fa porte
, avec une Fontaine de vin , ainfi qu'à
tous les autres , comme auffi chez M. le
Roi , ancien Echevin .
Marchands & Echevins de la Ville de,
Paris , pour celébrer l'heureufe Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , fur les
deffeins , & fous la conduite du fieur
Beaufire le fils , Architecte de la Ville.
LE
E 30 Août le Prevôt des Marchands ,
ayant eu avis fur les fept heures du
matin que la Reine étoit en travail , fe
rendit à l'inftant à l'Hôtel de Ville , où
Mr du Bureau arriverent peu de tems
après fur les deux heures arriva un
Page du Duc de Gêvres , Gouverneur
de Paris , lequel apprit que la Reine
avoit été heureufement accouchée à 9
heures 7 minutes. Le Corps de Ville a
fait préfent à ce Page d'une magnifique
Tabatiere d'or.
A 11 heures , M. le Chevalier de S. An
dré , Enfeigne des Gardes du Corps , arriva
en pofte , & remit à Mrs les Prevôt
des Marchands , Echevins , la Lettre de
Cachet dont il étoit chargé de la part du
Roy , pour annoncer à la Ville la Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
Mrs de Ville firent préſent à cet Officier
d'un Bijoux de prix.
Le Bureau fe tranſporta à l'inftant au
Parlement , & à fon retour vers le midy
il
SEPTEMBRE. 1730. 2101
il fut fait une décharge des Canons de la
Ville , & le Toxin fut fonné jufqu'à minuit.
Le foir , entre 7 & 8 heures , il y eut
une autre décharge des Canons , & un
feu qui fut allumé avec la cerémonie or
dinaire , il y eut deux fontaines de
vin dans la Place de Gréve , & il fut tiré
quantité de Fufées volantes . La face exterieure
de l'Hôtel de Ville fut illuminée
par grand nombre de Falots placez dans
la Lanterne , fur le comble , fur les corniches
& faillies , & par des Luftres garnis
de groffes lumieres , aux Arcades de
S. Jean & du S. Efprit : il y eut auffi quelques
Falots chez M. le Prevôr des Marchands
, fur le fronton de la Porte d'entrée
, & fur le mur de face.
Le Jeudy 31 Août , il y a eu une feconde
illumination à la face de l'Hôtel
de Ville, de,toutes fortes de lumieres . Il y
avoit de gros Falots fur la tête des po-
-teaux de la Banniere du Peron , & une
fuite de Falots fur la Corniche des piéd'eftaux
du premier ordre , & au bas de
l'appui des croifées , toutes les Colomnes
de cet ordre étoient illuminées , ainfi
leurs Chapiteaux. Entre ces Colomnes
il y avoit fix Luftres de fer blanc , fuſpendus
aux ceintres des fix croifées , garnies
de fortes lumieres ; & au- deffus de la
Iv princi
que
2102 MERCURE DE FRANCE
t.
principale Porte , des Falots fur la cori
niche.
Ce premier ordre étoit terminé par un
filet de gros Lampions fur la faillie de
PArchitrave , avec des Plaques qui refléchiffoient
la lumiere , & par une fuite de
Falots fur la corniche. Aux ceintres des
Arcades du S. Efprit & de S. Jean , deux
grands Luftres de fer blanc , portant chacun
75 lumieres.
Le fecond ordre étoit décoré par onze
Luftres de fer blanc , fufpendus au devant
des croifées , portant chacun 57 lumieres
; entre ces Luftres étoient des Falots
placez dans les Niches , & deux
gros Falots fur le fronton des Niches.
Le fecond étoit auffi terminé par un
cours de Falots fur la corniche de l'Entáblement.
d'
Le comble étoit illuminé par 3 grands
Luftres de fer blanc , portant plus de 60
lumieres placées au milieu, au- deffus & à"
côté du Cadran.LesLucarnes étoient illunées
chacune par un Luftre de fer blanc
de 57 lumieres , & par des Falots fur les
Corniches. Le Comble étoit profilé par
des Falots fur le Rempant & fur le Faite.
11
y avoit auffi deux grandes piramides
de lumieres fur les deux poinçons de l'exrêmité
du Faîte. Le Socle & le Pietal
de la Lanterne étoient garnis de
"
Falots ,
SEPTEMBRE. 1730. 2103
Falots , & les Portiques de la grande
& petite Lanterne , garnis de grand
nombre de lumieres fufpendues en dedans
.
Le Samedy , 2 de ce mois , il y eut
un grand Feu d'Artifice élevé dans la
Place de Grève , à quatre Faces & quatre
Portiques d'ordre ruftique ; au milieu des
Portiques étoient des Palmiers , & aux
quatre coins des Vafes enflammez : fur
la Corniche étoient des Groupes de Genies.
Le Socle du couronnement étoit
terminé par la Statuë de Junon . On
voyoit fur chacune des faces des Cartouches
aux Armes du Roi & de la Ville.
Les degrez au rez de-chauffées étoient gar
nis de grand nombre de lumieres. Il y
avoit auffi quatre Fontaines de vin , dif
tribuées aux quatre coins de la Plaçe.
A l'arrivée du Roi à Notre Dame , il
y eut une falve des Canons de la Ville ,
& une autre à fa fortie. Cette arrivée
avoit été annoncée dès les 5 heures du
matin par une décharge des Canons de
la Ville , & par le Toxin .
S
Le Corps de Ville étant de retour du
Te Deum de Notre Dame , & ayant reçû
vers les 7 heures & demie M. le Gouver
neur en la maniere ordinaire , au bas
du Peron de l'Hôtel de Ville , il fut fait
une décharge des Canons de la Ville , &
Ivj the
>
2104 MERCURE DE FRANCE
tiré grand nombré defufées volantes . Enfuite
Made de Trefies alluma l'Artifice ,
placé fur le corps du Feu , par le moyen
d'une Fufée de corde qui avoit communication
à la Loge de M. le Gouverneur.
Auffi - tôt on vit un nombre prodigieux
d'artifices en l'air , ce qui dura pendant une
demie heure , fous diverfes formes , avec
un tel fuccès , qu'on ofe dire qu'il n'y a
guére eu rien de plus complet en ce genre.
L'interieur de la cour de l'Hôtel de
Ville fut illuminé par des Falots fur la
corniche du premier ordre.
Le même jour il y eut des Illuminations
chez chacun de Mrs du Corps de
Ville , & des Fontaines de vin.
La façade de l'Hôtel du Prevôt des
Marchands , étoit illuminée par 6 grands
Ifs à huit pans , garnis de Falots , deux
de ces Ifs accompagnoient la Porte d'entrée
, & les quatre autres accompagnoient
les deux Pavillons en aifle . La principale
Porte étoit décorée par un Chambranle ,
dont les refans étoient de lumieres ; fur
la Corniche & le Fronton , des Falots ;
au devant de chaque Pavillon , en aifle ,
étoit un Portique de lumieres figuré,femblable
à celui de la principale Porte , au
centre duquel étoit un Luftre de fer blanc
de so lumieres. Entre les Ifs , aux côtez
de la Porte étoient des Chambranles de
lumieres ,
SEPTEMBRE . 1730. 2103
lumieres , avec des Luftres de fer blanc
fufpendus au ceintre , garnis de 50
lumieres
chacun. Toute cette illumination
étoit terminée par une fuite de Falots audevant
de la premiere pleinte.
L'Illumination de M. Meſnil , premier
Echevin , étoit compofée d'une fuite de
Falots au-devant de la premiere Pleinte
de la face de fa maiſon du côté des Halles,
au milieu étoit le Chiffre du Roi , accompagné
de deux Luftres de fer blanc &
d'un autre au- deſſus , & plus haut à l'aplomb
des Luftres , étoient trois Fleurs
de Lys de lumieres.
و
M. Befnier , fecond Echevin , avoit audevant
de la face de fa maifon fix Ifs de
figure pentagonne , portant plus de 700 .
lumieres , placez en forme d'Avenue.
*
Il y avoit fur l'appui du Balcon de la
maifon de M. Roffignol , troifiéme Echevin
, une fuitede Falots & ſept Girandoles
de fer blanc , portant chacune so. lumieres,
placées au -devant des Trumeaux.
Entre ces Girandoles étoient fix Luftres
de fer blanc , garnis de 57. lumieres cha
cun , fufpendus au- devant des fix Croifées
du premier étage. On voyoit auſſi à
cet étage deux M de lumieres repréfentant
le Chiffre de la Reine ; & au-deffus
étoient trois Fleurs de Lys , le Chiffre da
Roi en lozange lumineux.
.1
La
2106 MERCURE DE FRANCE
La face de la maifon de M. Lagneau,
quatriéme Echevin étoit illuminée au rezde-
chauffée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez , & deux Vafes . La
Porte d'entrée par un Chambranle & Corniche
à trois rangs de lumieres , avec um
Fronton triangulaire , au deffus duquel
étoit le Chiffre de la Reine, Aux deux Croifées
du premier & fecond étage , étoient
quatre Luftres de fer blanc , garnis de
$7. lumieres chacun , fufpendus aux Linteaux
des quatre Croifées ; au- devant des
Trumeaux entre ces 4. Luftres étoient 3 .
Fleurs de Lys & le Chiffre du Roi en
lozange.
La face de la maifon du Procureur du
Roi étoit illuminée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez ; au - deffus
de chaque Pilaftre defquels étoit une
Girandole de fer blanc , portant so. lua
mieres chacune ; au-deffus de ces deux
Portiques on voyoit le Chiffre du Roi
& trois Fleurs de Lys de lumieres,
,
La face de la maifon de M. Boucot
Receveur , étoit illuminée par un Portique
, dont les Pilaftres étoient en Confo
les & le Fronton contourné , au- deffus des
Pilaftres deux Girandoles de fer blanc, garnies
chacune de so.lumieres. Sous le Fronton
on voyoit le Chiffre du Roi , & au
deffus , entre les Girandoles , une Fleur
de Lys de lumieres II
SEPTEMBRE. 1730. 2107
Il y avoit auffi des Falots chez M. Remy
, ancien Echevin , dans fa cour , &
deux Ifs de lumieres au- devant de fa porte
, avec une Fontaine de vin , ainfi qu'à
tous les autres , comme auffi chez M. le
Roi , ancien Echevin .
Fermer
Résumé : Illuminations ordonnées par les Prevôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris pour celébrer l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, sur les desseins, & sous la conduite du sieur Beausire le fils, Architecte de la Ville.
Le 30 août 1730, le Prévôt des Marchands de Paris fut informé à sept heures du matin que la Reine était en travail. Il se rendit à l'Hôtel de Ville, rejoint par les membres du Bureau. À deux heures, un page du Duc de Gêvres annonça la naissance du Duc d'Anjou à 9 heures 7 minutes. Le Corps de Ville offrit une tabatière d'or au page. À 11 heures, le Chevalier de Saint-André apporta une lettre de cachet du Roi annonçant la naissance, et le Corps de Ville offrit un bijou à cet officier. Le Bureau se rendit ensuite au Parlement et, à son retour vers midi, des canons furent tirés et le tocsin sonné jusqu'à minuit. Le lendemain, entre 7 et 8 heures, une nouvelle décharge de canons eut lieu, accompagnée d'un feu d'artifice et de fontaines de vin sur la Place de Grève. L'Hôtel de Ville fut illuminé avec des falots et des lustres. Le 31 août, une seconde illumination eut lieu à l'Hôtel de Ville, avec des lustres et des falots disposés sur les corniches et les colonnes. Le 2 septembre, un grand feu d'artifice fut tiré sur la Place de Grève, avec des fontaines de vin aux quatre coins. À l'arrivée du Roi à Notre-Dame, des salves de canons furent tirées. Le Corps de Ville, de retour du Te Deum, reçut le Gouverneur et fit tirer des fusées volantes. Un feu d'artifice fut allumé dans la cour de l'Hôtel de Ville. Les façades des maisons des membres du Corps de Ville furent également illuminées avec des falots, des lustres et des girandoles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1966
p. 2109-2110
« Le jour que la Reine accoucha du Duc d'Anjou, le Roi entendit à sa Messe [...] »
Début :
Le jour que la Reine accoucha du Duc d'Anjou, le Roi entendit à sa Messe [...]
Mots clefs :
Naissance du duc d'Anjou, Symphonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le jour que la Reine accoucha du Duc d'Anjou, le Roi entendit à sa Messe [...] »
Le jour que la Reine accoucha du
Duc d'Anjou , le Roi entendit à fa Meffe
le Te Deum de M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Mufique de Sa Majefté ; il fut accompagné
de Timbales & Trompettes , &
l'execution en fut admirable . Le foir le
Roi eut à fon grand couvert une Symphonie
de la compofition du même Auteur ;
elle fut executée par les Muficiens de la
Chambre & de la Chapelle de S. M. le 3 .
Sep2110
MERCURE DE FRANCE
Septembre , les Vingt - quatre jouerent la
mênte Symphonie pendant le dîné du
Roi , & S. M. en parut fatisfaite.
Duc d'Anjou , le Roi entendit à fa Meffe
le Te Deum de M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Mufique de Sa Majefté ; il fut accompagné
de Timbales & Trompettes , &
l'execution en fut admirable . Le foir le
Roi eut à fon grand couvert une Symphonie
de la compofition du même Auteur ;
elle fut executée par les Muficiens de la
Chambre & de la Chapelle de S. M. le 3 .
Sep2110
MERCURE DE FRANCE
Septembre , les Vingt - quatre jouerent la
mênte Symphonie pendant le dîné du
Roi , & S. M. en parut fatisfaite.
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Résumé : « Le jour que la Reine accoucha du Duc d'Anjou, le Roi entendit à sa Messe [...] »
Le texte décrit les célébrations de la naissance du Duc d'Anjou. Le Roi a entendu le Te Deum de M. de Blamont, Sur-Intendant de la Musique, accompagné de timbales et trompettes. Le soir suivant, une symphonie du même auteur a été jouée par les musiciens de la Chambre et de la Chapelle. En septembre, les Vingt-quatre musiciens ont interprété cette symphonie lors du dîner du Roi, qui en a été satisfait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1967
p. 2110-2111
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Châlons le 5. Septembre 1730.
Début :
Mr le Pelletier de Beaupré, notre Intendant, n'eut pas plutôt appris [...]
Mots clefs :
Naissance du duc d'Anjou, Repas, Bal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Châlons le 5. Septembre 1730.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Châlons
le 5. Septembre 1730.
Mintendant , n'eut pas plutôt
appris
le Pelletier de Beaupré , notre
la nouvelle de la Naiffance de M. le Duc
d'Anjou , qu'il donna une Fête brillante
& magnifique à tout ce qu'il y a de per
fonnes de confideration dans cette Ville
cette Fête commença Lundi dernier à
8. heures du foir par 2. Fontaines de vin
qui coulerent toute la nuit , fon Hôtel fut
tout illuminé ; le Jardin étoit rempli d'un
infinité de Lampions , de Pots à feu, rangez
avec beaucoup d'art , ce qui faifoit un
très-bel effet ; il y eut Baf, qui fut interrompu
pour voir tirer une quantité
confiderable de Fufées ; on fervit enfuite
un Ambigu avec une profufion , une délicateffe
& une propteté qui fit admirer
Le bon gout de M. l'Intendant , qui pendant
ce Repas ne fe mit à aucune des ,
tables , fe portant par tout pour que rien
ne manquât , répondant à toutes les fantez
qui lui furent portées avec une attention
& une politeffe qui
accompagne
toutes les actions. M. le Pelletier ayant
porté la fanté de S. Majefté , une quantité
dé
SEPTEMBRE. 1730. 2111
de Boëtes & de petits Canons firent trois
décharges ; après le Repas , qui dura
très-long- temps , le Bal recommença jufqu'au
jour ; on fervit toutes fortes de ra
fraîchiffemens & des Glaces en abondance
; tous les Convives fe retirerent avec
une parfaite fatisfaction .
le 5. Septembre 1730.
Mintendant , n'eut pas plutôt
appris
le Pelletier de Beaupré , notre
la nouvelle de la Naiffance de M. le Duc
d'Anjou , qu'il donna une Fête brillante
& magnifique à tout ce qu'il y a de per
fonnes de confideration dans cette Ville
cette Fête commença Lundi dernier à
8. heures du foir par 2. Fontaines de vin
qui coulerent toute la nuit , fon Hôtel fut
tout illuminé ; le Jardin étoit rempli d'un
infinité de Lampions , de Pots à feu, rangez
avec beaucoup d'art , ce qui faifoit un
très-bel effet ; il y eut Baf, qui fut interrompu
pour voir tirer une quantité
confiderable de Fufées ; on fervit enfuite
un Ambigu avec une profufion , une délicateffe
& une propteté qui fit admirer
Le bon gout de M. l'Intendant , qui pendant
ce Repas ne fe mit à aucune des ,
tables , fe portant par tout pour que rien
ne manquât , répondant à toutes les fantez
qui lui furent portées avec une attention
& une politeffe qui
accompagne
toutes les actions. M. le Pelletier ayant
porté la fanté de S. Majefté , une quantité
dé
SEPTEMBRE. 1730. 2111
de Boëtes & de petits Canons firent trois
décharges ; après le Repas , qui dura
très-long- temps , le Bal recommença jufqu'au
jour ; on fervit toutes fortes de ra
fraîchiffemens & des Glaces en abondance
; tous les Convives fe retirerent avec
une parfaite fatisfaction .
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Châlons le 5. Septembre 1730.
Le 5 septembre 1730, à Châlons, l'intendant Pelletier de Beaupré organisa une fête somptueuse pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. Les festivités commencèrent le lundi précédent à 20 heures avec deux fontaines de vin. L'hôtel de l'intendant fut illuminé et le jardin décoré de lampions et pots à feu. Un bal fut interrompu pour le tir de fusées. Un repas fut ensuite servi avec profusion et délicatesse. L'intendant circula parmi les convives pour s'assurer du bon déroulement de la soirée. Après un toast à la santé du roi, des salves furent tirées. Le bal reprit jusqu'au matin, avec des rafraîchissements et des glaces servis en abondance. Les invités quittèrent la fête pleinement satisfaits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1968
p. 2111-2112
RÉJOUISSANCES faites à Rennes pour la Naissance de M. le Duc d'Anjou.
Début :
Les ordres du Roi étant arrivés à Rennes, le Te Deum fut chanté à la [...]
Mots clefs :
Hôtel, Naissance du duc d'Anjou, Rennes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES faites à Rennes pour la Naissance de M. le Duc d'Anjou.
REJOUISSANCES faites à Ren
nes pour la Naiffance de M. le Duc
d'Anjou.
L
Es ordres du Roi étant arrivés à
Rennes , le Te Deum fut chanté à la
Cathedrale par la Mufique du Chapitre;
le Parlement y affifta en Robes rouges ,
& en grand nombre , quoiqu'il foit ent
vacance , ayant à fa tête M. le Préfident
de Caré. Il y eut un grand feu devant la
Maifon de Ville qui fut allumé par les
Maire & Echevins. Le Te Deum fini ,
tout ce qu'il y a de gens qualifiés , tant
du Parlement que de la Nobleffe , de l'un
& de l'autre fexe , fe rendirent à l'Hôtel
de M. le Préfident de Caré , qui les avoit
fait inviter. La Fête commença par un
Concert qui fut executé par les Muft
ciens de l'Académie de Mufique de Rennes.
Les Appartemens qui étoient trèsbien
ornés furent remplis des Dames de
la Ville fort parées , ce qui faifoit un fort
beau fpectacle. On commença par le Te
Deum
2112 MERCURE DE FRANCE
Deum de M. de la Lande , qui fut ſuivi
de plufieurs beaux morceaux de Muſique
qui revenoient au fujet , & qui furent
executés avec tout le gout imaginable ;
les Rafraîchiffemens y furent fervis abondament.
Le Concert étant fini à l'entrée de la
nuit , tout l'Hôtel parut en feu par une
Illumination auffi brillante que bien entendue
; on voyoit à toutes les fenêtres
des Repréſentations , des rochers embrafés
, ce qui faifoit un coup d'oeil charmant.
Au même moment , il fut allumé
un feu devant l'Hôtel de M. le Préfident
au bruit des Tambours & des Boëtes de
la Ville , ce qui fut accompagné d'un
nombre infini de fufées. Toute la nuit
des Fontaines de vin coulerent pour le
peuple qui s'y trouva dans une affluence
étonnante ; tout cela fut fuivi d'un magnifique
foupé , où la délicateffe , l'abondance
& le bon gout regnerent égale
ment ; on y but la fanté du Roi , de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de
Monfeigneur le Duc d'Ajou , de toute la
Maiſon Royale , de fon Alteffe Sereniffime
le Comte de Toulouſe & de M. le Maréchal
d'Eftrées ; chaque fanté fut fuivic
d'une falve de Boëtes .
nes pour la Naiffance de M. le Duc
d'Anjou.
L
Es ordres du Roi étant arrivés à
Rennes , le Te Deum fut chanté à la
Cathedrale par la Mufique du Chapitre;
le Parlement y affifta en Robes rouges ,
& en grand nombre , quoiqu'il foit ent
vacance , ayant à fa tête M. le Préfident
de Caré. Il y eut un grand feu devant la
Maifon de Ville qui fut allumé par les
Maire & Echevins. Le Te Deum fini ,
tout ce qu'il y a de gens qualifiés , tant
du Parlement que de la Nobleffe , de l'un
& de l'autre fexe , fe rendirent à l'Hôtel
de M. le Préfident de Caré , qui les avoit
fait inviter. La Fête commença par un
Concert qui fut executé par les Muft
ciens de l'Académie de Mufique de Rennes.
Les Appartemens qui étoient trèsbien
ornés furent remplis des Dames de
la Ville fort parées , ce qui faifoit un fort
beau fpectacle. On commença par le Te
Deum
2112 MERCURE DE FRANCE
Deum de M. de la Lande , qui fut ſuivi
de plufieurs beaux morceaux de Muſique
qui revenoient au fujet , & qui furent
executés avec tout le gout imaginable ;
les Rafraîchiffemens y furent fervis abondament.
Le Concert étant fini à l'entrée de la
nuit , tout l'Hôtel parut en feu par une
Illumination auffi brillante que bien entendue
; on voyoit à toutes les fenêtres
des Repréſentations , des rochers embrafés
, ce qui faifoit un coup d'oeil charmant.
Au même moment , il fut allumé
un feu devant l'Hôtel de M. le Préfident
au bruit des Tambours & des Boëtes de
la Ville , ce qui fut accompagné d'un
nombre infini de fufées. Toute la nuit
des Fontaines de vin coulerent pour le
peuple qui s'y trouva dans une affluence
étonnante ; tout cela fut fuivi d'un magnifique
foupé , où la délicateffe , l'abondance
& le bon gout regnerent égale
ment ; on y but la fanté du Roi , de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de
Monfeigneur le Duc d'Ajou , de toute la
Maiſon Royale , de fon Alteffe Sereniffime
le Comte de Toulouſe & de M. le Maréchal
d'Eftrées ; chaque fanté fut fuivic
d'une falve de Boëtes .
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Résumé : RÉJOUISSANCES faites à Rennes pour la Naissance de M. le Duc d'Anjou.
À Rennes, des festivités furent organisées pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. À l'annonce des ordres royaux, un Te Deum fut chanté à la cathédrale par la musique du Chapitre, en présence du Parlement en robes rouges, dirigé par M. le Président de Caré. Un grand feu fut allumé devant la Maison de Ville par le Maire et les Échevins. Après le Te Deum, des personnalités du Parlement, de la noblesse et des deux sexes se rendirent à l'Hôtel de M. le Président de Caré. La fête débuta par un concert exécuté par les musiciens de l'Académie de Musique de Rennes. Les appartements, ornés et remplis de dames élégamment parées, offraient un spectacle magnifique. Le concert, composé de morceaux appropriés, fut suivi de rafraîchissements abondants. À la nuit tombée, l'Hôtel fut illuminé, avec des représentations et des rochers enflammés aux fenêtres. Un feu fut également allumé devant l'Hôtel, accompagné de tambours et de salves d'artillerie. Toute la nuit, des fontaines de vin coulèrent pour le peuple, et un somptueux souper fut servi, au cours duquel des toasts furent portés à la santé du Roi, de la Reine, du Dauphin, du Duc d'Anjou, de la Maison Royale, du Comte de Toulouse et du Maréchal d'Estrées, chaque toast étant suivi de salves d'artillerie.
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1969
p. 2279-2280
DE TURQUIE, PERSE, ET AFRIQUE.
Début :
On écrit de Constantinople, qu'il avoit été résolu de payer aux Troupes du G. S. les [...]
Mots clefs :
Troupes, Constantinople, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE TURQUIE, PERSE, ET AFRIQUE.
DE TURQUIE , PERSE ,
ET AFRIQUE.
}
>
N écrit de Conftantinople , qu'il avoit été
réfolu de payer aux Troupes du G. S. les
trois mois échus de leur folde , de leur en avancer
trois autres , & de leur donner 1500 Rifdales
de gratification par Compagnie , pour les mettre
en état d'entrer en campagne. Que le 27. de
Juillet dernier , toutes les Troupes qui étoient
à Conftantinople , avoient reçu ordre de fe rendre
au Camp, qui avoit été tracé près de la Ville'
où l'on avoit envoyé les gros Bagages . Que toutes
ces Troupes avoient défilé vers les neuf heures du
matin , ayant à leur tête un Mufti , qui portoit
રે
l'Etendart verd de Mahomet ; que ce Mufti
étoit fuivi d'un Char , tiré par fix Chevaux ,
magnifiquement harnachez,& fur lequel on avoit
mis l'Alcoran . Que le G.S. accompagné des Princes
fes Fils, armez d'Arcs & de Fléches, & efcorté
de 300 Gardes , marchoit après l'Alcoran, étant
fuivi du G. Viz. de plufieurs Pachas , & des Prin
cipaux Officiers de l'Armée , que S. H. devoit
demeurer dans ce Camp , juſqu'à ce que les autres
2280 MERCURE DE FRANCE
tres Troupes qu'on attendoit de diverfes Provinces
fuiffent arrivées , & qu'Elle reviendroit au Sérail
auffi - tôt qu'Elle auroit vû partir cette Armée,
qu'Elle envoye contre le nouveau Roy de Perſe.
Les dernieres Lettres de Conftantinople portent
que le G. S. avoit fait déclarer la Guerre au
nouveau Roy de Perfe , & que l'Armée de S. H.
qui fera de près de 200 mille hommes , devoit
être commandée par le Prince , fon Fils aîné.
du
On a appris de Ternan , que le Roy de Maroc,
Muley Abdalah , avoit fait exécuter à mort plufieurs
Pachas & autres principaux Maures ,
parti de fon frere , ce qui lui a procuré des fommes
confidérables , ayant fait confifquer tous les
effets qui appartenoient à ces coupables .
ET AFRIQUE.
}
>
N écrit de Conftantinople , qu'il avoit été
réfolu de payer aux Troupes du G. S. les
trois mois échus de leur folde , de leur en avancer
trois autres , & de leur donner 1500 Rifdales
de gratification par Compagnie , pour les mettre
en état d'entrer en campagne. Que le 27. de
Juillet dernier , toutes les Troupes qui étoient
à Conftantinople , avoient reçu ordre de fe rendre
au Camp, qui avoit été tracé près de la Ville'
où l'on avoit envoyé les gros Bagages . Que toutes
ces Troupes avoient défilé vers les neuf heures du
matin , ayant à leur tête un Mufti , qui portoit
રે
l'Etendart verd de Mahomet ; que ce Mufti
étoit fuivi d'un Char , tiré par fix Chevaux ,
magnifiquement harnachez,& fur lequel on avoit
mis l'Alcoran . Que le G.S. accompagné des Princes
fes Fils, armez d'Arcs & de Fléches, & efcorté
de 300 Gardes , marchoit après l'Alcoran, étant
fuivi du G. Viz. de plufieurs Pachas , & des Prin
cipaux Officiers de l'Armée , que S. H. devoit
demeurer dans ce Camp , juſqu'à ce que les autres
2280 MERCURE DE FRANCE
tres Troupes qu'on attendoit de diverfes Provinces
fuiffent arrivées , & qu'Elle reviendroit au Sérail
auffi - tôt qu'Elle auroit vû partir cette Armée,
qu'Elle envoye contre le nouveau Roy de Perſe.
Les dernieres Lettres de Conftantinople portent
que le G. S. avoit fait déclarer la Guerre au
nouveau Roy de Perfe , & que l'Armée de S. H.
qui fera de près de 200 mille hommes , devoit
être commandée par le Prince , fon Fils aîné.
du
On a appris de Ternan , que le Roy de Maroc,
Muley Abdalah , avoit fait exécuter à mort plufieurs
Pachas & autres principaux Maures ,
parti de fon frere , ce qui lui a procuré des fommes
confidérables , ayant fait confifquer tous les
effets qui appartenoient à ces coupables .
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Résumé : DE TURQUIE, PERSE, ET AFRIQUE.
Le texte décrit des préparatifs militaires et politiques en Turquie, en Perse et en Afrique. À Constantinople, les troupes ont reçu trois mois de solde échus, trois mois d'avance et une gratification de 1500 rixdales par compagnie. Le 27 juillet, les troupes ont défilé vers un camp près de la ville, menées par un mufti portant l'étendard vert de Mahomet et suivies d'un char transportant l'Alcoran. Le Grand Seigneur, accompagné de ses fils et de 300 gardes, a suivi l'Alcoran, accompagné du Grand Vizir et de plusieurs pachas. Il devait rester au camp jusqu'à l'arrivée des troupes des provinces avant de revenir au sérail après le départ de l'armée envoyée contre le nouveau roi de Perse. La guerre a été déclarée au roi de Perse, et l'armée, composée de près de 200 000 hommes, serait commandée par le prince, fils aîné du Grand Seigneur. Par ailleurs, à Ternan, le roi du Maroc, Muley Abdallah, a fait exécuter plusieurs pachas et partisans de son frère pour confisquer leurs biens et s'approprier des sommes considérables.
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1970
p. 2280-2282
RUSSIE.
Début :
Les Troupes que le Roy de Perse fait marcher vers Tauris, dont il veut faire le Siége, faisant [...]
Mots clefs :
Tsarine, Moscou, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE
Es . Troupes que le Roy de Perfe fait marcher
vers Tauris , dont il veut faire le Siége , faifant
craindre que s'il prend cette Place , il ne fe
détermine à venir affiéger celles que le feu Czar
Pierre I. a conquife vers la Mer Cafpienne ; la
Czarine a pris la réfolution d'augmenter tous les
Regimens d'une Compagnie , & de lever encore
un Corps de 20000 hommes de nouvelles Troupes
, pour remplacer celles qu'on envoye fur les
Frontieres de Perfe , fous le commandement du
General Wicbach , qui partira avec le Baron de
Schaffirof , cy - devant Vice - Chancelier , qu'on a
nommé pour l'accompagner , & pour l'aider de
fes confeils en cas qu'on trouve une occafion favorable
pour renouveller les anciens Traitez .
Un Officier dépêché de Derbent par M.Roman- ·
zoff, Gouverneur General des Pays conquis fur
la Perfe , a rapporté que le Roy de Perfe avoit
raflemblé toutes fes Troupes pour en compofer
OCTOBRE . 1730 . 2231
un Corps d'Armée , avec lequel il puiffe être en
état de livrer le Combat à l'Armée du G.S. ayant
réfolu de rifquer une Bataille , pour être enfuite
paifible poffeffeur du Trône de fes Ancêtres.
On attend à Mofcou un Ambaffadeur du Gr.
Mogol , audevant duquel la Czarine a envoyé
un détachement de 50 Cavaliers , pour l'eſcorter
depuis Tobolskoy jufqu'à Moscou.
On a tranfporté à Mofcou la belle Bibliothe
que du Pr. Dolhoruski ; tous les autres effets
ont été vendus à l'enchere , & les deniers de la
vente remis entre les mains de la Czarine. A l'égard
de la Princeffe Dolhoruski, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , on continué de
lui payer regulierement fa penfion annuelle de
12000 Roubles , mais elle n'a pas la liberté de fortir
du Monaftere où elle s'eft retirée.
Il eft arrivé par le Wolga , des matieres d'argent,
de cuivre & d'autres métaux , qui proviennent
des Mines découvertes en Siberie , fous lo
Regne du Czar Pierre I. dont le Gouverneur de
Tobolskoy a la direction generale. La valeur de
ce premier envoi furpaffe de cent pour cent la dépenfe
qu'on a faite depuis près de trois ans, pour
mettre ces Mines en valeur.
Le Prince de Portugal partit de Mofcou pour
retourner en Allemagne le 17 Aouft, après avoir
pris congé de la Czarine , qui lui a fait prefent
d'une Epée d'or , enrichie de diamans , & d'une
Robe à la Moscovite , doublée de Martre Zibeline.
Ce Prince a donné differens Bijoux aux
Gentilshommes de Sa Majefté Czarienne
qui l'ont accompagné pendant fon féjour en
cette Cour. M. Bahr , Chambellan de la Czarine
, & Meff. Freyden & Purchkin , Gentilhommes
de la Chambre de S.M. Czarine ont été
choifis par Elle , pour le conduire à Petersbourg
D
H &
2282 MERCURE DE FRANCE
& à Mittau , avec ordre de le deffrayer jufqu'à
cette derniere Ville , & pour lui faire rendre les
honncurs dûs à un Prince de fon rang.
Es . Troupes que le Roy de Perfe fait marcher
vers Tauris , dont il veut faire le Siége , faifant
craindre que s'il prend cette Place , il ne fe
détermine à venir affiéger celles que le feu Czar
Pierre I. a conquife vers la Mer Cafpienne ; la
Czarine a pris la réfolution d'augmenter tous les
Regimens d'une Compagnie , & de lever encore
un Corps de 20000 hommes de nouvelles Troupes
, pour remplacer celles qu'on envoye fur les
Frontieres de Perfe , fous le commandement du
General Wicbach , qui partira avec le Baron de
Schaffirof , cy - devant Vice - Chancelier , qu'on a
nommé pour l'accompagner , & pour l'aider de
fes confeils en cas qu'on trouve une occafion favorable
pour renouveller les anciens Traitez .
Un Officier dépêché de Derbent par M.Roman- ·
zoff, Gouverneur General des Pays conquis fur
la Perfe , a rapporté que le Roy de Perfe avoit
raflemblé toutes fes Troupes pour en compofer
OCTOBRE . 1730 . 2231
un Corps d'Armée , avec lequel il puiffe être en
état de livrer le Combat à l'Armée du G.S. ayant
réfolu de rifquer une Bataille , pour être enfuite
paifible poffeffeur du Trône de fes Ancêtres.
On attend à Mofcou un Ambaffadeur du Gr.
Mogol , audevant duquel la Czarine a envoyé
un détachement de 50 Cavaliers , pour l'eſcorter
depuis Tobolskoy jufqu'à Moscou.
On a tranfporté à Mofcou la belle Bibliothe
que du Pr. Dolhoruski ; tous les autres effets
ont été vendus à l'enchere , & les deniers de la
vente remis entre les mains de la Czarine. A l'égard
de la Princeffe Dolhoruski, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , on continué de
lui payer regulierement fa penfion annuelle de
12000 Roubles , mais elle n'a pas la liberté de fortir
du Monaftere où elle s'eft retirée.
Il eft arrivé par le Wolga , des matieres d'argent,
de cuivre & d'autres métaux , qui proviennent
des Mines découvertes en Siberie , fous lo
Regne du Czar Pierre I. dont le Gouverneur de
Tobolskoy a la direction generale. La valeur de
ce premier envoi furpaffe de cent pour cent la dépenfe
qu'on a faite depuis près de trois ans, pour
mettre ces Mines en valeur.
Le Prince de Portugal partit de Mofcou pour
retourner en Allemagne le 17 Aouft, après avoir
pris congé de la Czarine , qui lui a fait prefent
d'une Epée d'or , enrichie de diamans , & d'une
Robe à la Moscovite , doublée de Martre Zibeline.
Ce Prince a donné differens Bijoux aux
Gentilshommes de Sa Majefté Czarienne
qui l'ont accompagné pendant fon féjour en
cette Cour. M. Bahr , Chambellan de la Czarine
, & Meff. Freyden & Purchkin , Gentilhommes
de la Chambre de S.M. Czarine ont été
choifis par Elle , pour le conduire à Petersbourg
D
H &
2282 MERCURE DE FRANCE
& à Mittau , avec ordre de le deffrayer jufqu'à
cette derniere Ville , & pour lui faire rendre les
honncurs dûs à un Prince de fon rang.
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Résumé : RUSSIE.
En octobre 1730, la Russie se prépare à renforcer ses défenses face à une menace perse. Le roi de Perse mobilise ses troupes vers Tauris, inquiétant la Russie qui craint pour ses places sur la mer Caspienne conquises par le czar Pierre I. En réponse, la czarine augmente chaque régiment d'une compagnie et lève 20 000 nouvelles troupes sous le commandement du général Wicbach et du baron de Schaffirof, envoyées aux frontières perses. Le gouverneur général des pays conquis, M. Romanzoff, signale que le roi de Perse rassemble une armée pour affronter les Russes. À Moscou, on attend l'ambassadeur du Grand Mogol escorté par 50 cavaliers. La bibliothèque du prince Dolhoruski est transportée à Moscou, tandis que ses autres biens sont vendus. La princesse Dolhoruski, fiancée au défunt czar, reçoit une pension annuelle de 12 000 roubles mais vit recluse dans un monastère. Des matières précieuses découvertes en Sibérie sont envoyées à Moscou, leur valeur dépassant les dépenses des trois dernières années. Le prince de Portugal quitte Moscou le 17 août, escorté par M. Bahr, Freyden et Purchkin, après avoir reçu des cadeaux de la czarine.
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1971
p. 2282
DANEMARCK.
Début :
Le Roy a fait publier à Copenhague une Ordonnance, par laquelle il est enjoint à tous les [...]
Mots clefs :
Ordonnance du roi, Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANEMARCK.
DANEMARCK.
E Roy a fait publier à Copenhague une Ordonnance
, par laquelle il eft enjoint à tous les
Négocians Danois , qui font le commerce d'Efpagne
& de Portugal , de n'y point envoyer de
Vaiffeaux au deffous de 18 Canons , & montez
d'un équipage proportionné pour les deffendre
contre les Corfaires des côtes de Barbarie , qui
font venus cette année jufqu'à l'entrée de la Manche.
Le feu a pris à la Forêt de Sammalcarleby en
Finlande , fans qu'on fçache par quel accident ,
& il y a eu 18 lieues de terrain , dont les bois
ont été confumez par cet incendie. C'eſt une perte
tres-confidérable , car il y avoit dans cette Forêt
des Arbres d'une groffeur extraordinaire & propres
pour les Chantiers de la Marine.Les Villages
qui fe font trouvez dans cette étendue , ont été
entierement détruits par les flammes.
E Roy a fait publier à Copenhague une Ordonnance
, par laquelle il eft enjoint à tous les
Négocians Danois , qui font le commerce d'Efpagne
& de Portugal , de n'y point envoyer de
Vaiffeaux au deffous de 18 Canons , & montez
d'un équipage proportionné pour les deffendre
contre les Corfaires des côtes de Barbarie , qui
font venus cette année jufqu'à l'entrée de la Manche.
Le feu a pris à la Forêt de Sammalcarleby en
Finlande , fans qu'on fçache par quel accident ,
& il y a eu 18 lieues de terrain , dont les bois
ont été confumez par cet incendie. C'eſt une perte
tres-confidérable , car il y avoit dans cette Forêt
des Arbres d'une groffeur extraordinaire & propres
pour les Chantiers de la Marine.Les Villages
qui fe font trouvez dans cette étendue , ont été
entierement détruits par les flammes.
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Résumé : DANEMARCK.
Le roi du Danemark a ordonné aux négociants danois de se protéger contre les corsaires barbaresques en utilisant des vaisseaux équipés d'au moins 18 canons. En Finlande, un incendie a détruit 18 lieues de la forêt de Sammalcarleby, essentielle pour la construction navale, ainsi que des villages voisins.
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1972
p. 2282-2284
ALLEMAGNE.
Début :
La cinquiéme Colonne des Troupes Imperiales qui doit aller en Italie, & qui sera composée [...]
Mots clefs :
Belgrade, Troupes, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
A cinquiéme Colonne des Troupes Imperiales
qui doit aller en Italie , & qui fera compofée
de cinq Regimens d'Infanterie , & de quatre
de Cavalerie , a reçû ordre de fe tenir prête à
marcher. Outre ces Troupes , on doit inceffamment
faire partir des Recrues pour les Régimens
qui font déja dans la Lombardie , lefquels ont
perdu beaucoup de Soldats par maladie. On y a
envoyé auffi des ordres de mettre ces Troupes en
quartiers de rafraichiffement , & de prendre les
précau
1
OCTOBRE . 1730. 2283.
précautions néceffaires pour empêcher qu'elles
ne foient à charge aux habitans.
Les Lettres de Temefwart & de Belgrade portent
que le G. S. avoit fait tirer des Garnifons
de Widin & de Nizza plufieurs Compagnies de
Janiffaires , & qu'elles étoient allées joindre l'Arée
que S. H. avoit fait affemoler à l'entrée de
l'Afie , & qui eft partie pour la Perfe.
Comme la maladie contagieufe fait beaucoup
de ravage à Conftantinople & aux environs , on
a envoyé ordre de mettre des Gardes à tous les
paffages pour prévenir la communication.
Le 4 Septembre , les Députez des Payfans dej
Moravie furent préfentez à S. M. Imp . à laquelle
ils porterent leurs plaintes, de ce qu'étant obligez
par les ufages de la Province , de travailler trois
jours de la Semaine pour les Seigneurs Eccleſiaſtiques
, & contraints depuis quelque temps d'em
ployer les autres jours à des ouvrages pub ics, ils
étoient hors d'état de faire fubfifter leur famille.
L'Empereur les a écoutez favorablement,& leur a
accordé deux jours par femaine
pres affaires.
pour leurs
pro
On mande de Schwerin que le Duc Charles
Léopold de Meckelbourg y avoit eu des dépêches
de Petersbourg , dont ce Prince n'avoit pas paru
fatisfait , & l'on ne croit pas qu'il reçoive fi -tôt
les fecours qu'il attendoit de la part de la Czarine
fa belle-four , parce que cette Princefle lui
.confeille de fe foumettre aux Decrets Impériaux.
On a appris de Belgrade , que le 14 du mois
dernier , on y avoit pofé , avec beaucoup de fodemnité
, la premiere Pierre à l'Eglife des Capu◄ .
cins. M.de Thurn,premier Evêque de cette Ville,
en fit la cérémonie , en prefence du Pr. Alexan
dre de Wirtemberg, Gouverneur du Royaume de
Servie , de la Princeffe fon époufe , du General , de
Hij Ma2284
MERCURE DE FRANCE
Marullli , Commandant de Belgrade , du Colonel
Duxat , Ingénieur en chef , du Magiftrat de
la Ville & de plufieurs autres perfonnes de dif
tinction . L'Eglife fut dédiée à S. Eugene , dont
le Prince Eugene de Savoye , qui a fait la conquête
de cette importante Place , porte le nom ;
on y mit à cette occafion le Chronographe fuivant:
EUgen II hoC DeXtra CUftoDJat DJUJ;
trJUMphantis qUoD OCCUpa Verat ensis
EUgenJJ.
Aprés la ceremonie , le Pr. Alexandre de Wir.
temberg donna un fomptueux Repas à quantité
de perfonnes de diftinction , & régala magnifiquement
les Peres Capucins.
A cinquiéme Colonne des Troupes Imperiales
qui doit aller en Italie , & qui fera compofée
de cinq Regimens d'Infanterie , & de quatre
de Cavalerie , a reçû ordre de fe tenir prête à
marcher. Outre ces Troupes , on doit inceffamment
faire partir des Recrues pour les Régimens
qui font déja dans la Lombardie , lefquels ont
perdu beaucoup de Soldats par maladie. On y a
envoyé auffi des ordres de mettre ces Troupes en
quartiers de rafraichiffement , & de prendre les
précau
1
OCTOBRE . 1730. 2283.
précautions néceffaires pour empêcher qu'elles
ne foient à charge aux habitans.
Les Lettres de Temefwart & de Belgrade portent
que le G. S. avoit fait tirer des Garnifons
de Widin & de Nizza plufieurs Compagnies de
Janiffaires , & qu'elles étoient allées joindre l'Arée
que S. H. avoit fait affemoler à l'entrée de
l'Afie , & qui eft partie pour la Perfe.
Comme la maladie contagieufe fait beaucoup
de ravage à Conftantinople & aux environs , on
a envoyé ordre de mettre des Gardes à tous les
paffages pour prévenir la communication.
Le 4 Septembre , les Députez des Payfans dej
Moravie furent préfentez à S. M. Imp . à laquelle
ils porterent leurs plaintes, de ce qu'étant obligez
par les ufages de la Province , de travailler trois
jours de la Semaine pour les Seigneurs Eccleſiaſtiques
, & contraints depuis quelque temps d'em
ployer les autres jours à des ouvrages pub ics, ils
étoient hors d'état de faire fubfifter leur famille.
L'Empereur les a écoutez favorablement,& leur a
accordé deux jours par femaine
pres affaires.
pour leurs
pro
On mande de Schwerin que le Duc Charles
Léopold de Meckelbourg y avoit eu des dépêches
de Petersbourg , dont ce Prince n'avoit pas paru
fatisfait , & l'on ne croit pas qu'il reçoive fi -tôt
les fecours qu'il attendoit de la part de la Czarine
fa belle-four , parce que cette Princefle lui
.confeille de fe foumettre aux Decrets Impériaux.
On a appris de Belgrade , que le 14 du mois
dernier , on y avoit pofé , avec beaucoup de fodemnité
, la premiere Pierre à l'Eglife des Capu◄ .
cins. M.de Thurn,premier Evêque de cette Ville,
en fit la cérémonie , en prefence du Pr. Alexan
dre de Wirtemberg, Gouverneur du Royaume de
Servie , de la Princeffe fon époufe , du General , de
Hij Ma2284
MERCURE DE FRANCE
Marullli , Commandant de Belgrade , du Colonel
Duxat , Ingénieur en chef , du Magiftrat de
la Ville & de plufieurs autres perfonnes de dif
tinction . L'Eglife fut dédiée à S. Eugene , dont
le Prince Eugene de Savoye , qui a fait la conquête
de cette importante Place , porte le nom ;
on y mit à cette occafion le Chronographe fuivant:
EUgen II hoC DeXtra CUftoDJat DJUJ;
trJUMphantis qUoD OCCUpa Verat ensis
EUgenJJ.
Aprés la ceremonie , le Pr. Alexandre de Wir.
temberg donna un fomptueux Repas à quantité
de perfonnes de diftinction , & régala magnifiquement
les Peres Capucins.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En octobre 1730, des préparatifs militaires étaient en cours en Allemagne et dans les régions voisines. Cinq régiments d'infanterie et quatre de cavalerie des troupes impériales allemandes se préparaient à partir pour l'Italie. Des recrues étaient envoyées renforcer les régiments en Lombardie, affectés par des maladies. Des ordres étaient donnés pour installer ces troupes dans des quartiers de rafraîchissement et éviter de peser sur les habitants. À Temesvart et Belgrade, plusieurs compagnies de janissaires ont rejoint l'armée à l'entrée de l'Asie, qui est ensuite partie pour la Perse. La peste à Constantinople a conduit à la mise en place de gardes pour prévenir la propagation de la maladie. Le 4 septembre, les députés des paysans de Moravie ont présenté leurs plaintes à l'empereur, se lamentant de devoir travailler trois jours par semaine pour les seigneurs ecclésiastiques et les autres jours pour des travaux publics. L'empereur a accordé deux jours par semaine pour leurs affaires personnelles. À Schwerin, le duc Charles Léopold de Mecklembourg a reçu des dépêches de Petersbourg, mais il n'était pas satisfait et il est peu probable qu'il reçoive bientôt les secours attendus de la part de la czarine. À Belgrade, le 14 du mois précédent, la première pierre de l'église des Capucins a été posée par M. de Thurn, premier évêque de la ville, en présence de plusieurs personnalités, dont le prince Alexandre de Wurtemberg. L'église a été dédiée à saint Eugène. Après la cérémonie, le prince Alexandre a offert un somptueux repas à de nombreuses personnes de distinction et a régalé les Pères Capucins.
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1973
p. 2284-2288
ITALIE.
Début :
Les Cardinaux Petra, Lambertini; Corradini & Falconnieri, ont été nommez par le [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Hommes, Duc, Rome, Troupes impériales
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Es Cardinaux Petra , Lambertini ; 'Corradini
& Falconnieri , ont été nomméz par le
Pape pour examiner en Congrégation les droits
du S. Siege & ceux du Grand Maître de Malte
fur le Patronage du Grand Prieuré de cette Ville
afin de terminer à l'amiable les differends qui
pourroient naître à cette occafion ,
Le 27 Août , le Pape fit la cérémonie de bénir
dans la Chapelle du Palais du Quirinal lesLanges
deftinez pour le Dauphin & qui doivent être
portez en France par l'Abbé Lanti , Camerier
d'honneur de Sa Sainteté , lequel partit de Rome
les Septembre pour Civita- Vechia , avec fon
neveu , le fils du Comte Soderini & plufieurs
autres Gentils-hommes Romains , pour s'embarquer
fur les Galeres du Pape, qui doivent le conduire
à Marſeille.
Le 3. Septembre au matin , le Sacriftain de
' Eglife dell'Anima de la nation Allemande ; fut
attaqué & maltraité pendant qu'il difoit la Meffe
OCTOBRE. 1730. 2285
par un Pelerin Allemand , fous prétexte qu'il
avoit fait retrancher une partie de l'aumône qu'on
lui faifoit tous les jours . Ĉe Pelerin fut arrêré &
conduit en prifon , & le 5. l'Eglife fut rebenite
par M. Baccari , Evêque de Boyano.
Le 6. le Cardinal Cibo fit préfent au Pape d'un
Calice & d'une Patene d'or enrichis de Pierreies
, qu'on eftime 13000 écus : quelques jours
après le Cardinal Cienfuegos envoya au marquis
Neri Corfini le ſervice d'or dont le comte de
Colalto lui a fait préfent , le priant de l'offrir
au Pape de la part de ce Cardinal & de l'engager
à l'accepter.
Le11. après un Confiftoire fecret , Sa Sainteté
fit publier la Bulle du Jubilé univerfel , accordé
à l'occafion de fon Elevation au Pontificat , l'ouverture
s'en fit à Rome le 17. par une Proceffion
folemnelle qui alla de l'Eglife de N. D. des Anges
, où le Pape avoit celebré la Meffe , à celle
de S. Jean de Latran . Les Cardinaux au nombre
de 32. les Archevêques , les Evêques , le Sénat
Romain , le Connêtable Colonne , l'Ambaffadeur
de la ville de Bologne , le Clergé féculier & régulier
& la principale Nobleffe, affifterent à cette
Proceffion.
Dans ce Confiftoire du 11. Septembre, le Car
dinal Otthoboni, Protecteur des affaires de France ,
Propofa l'Evêché de Digne pour le Pere Antoine-
Amable Feydeau, General de l'Ordre des Carmes
lequel fut lacré le 24. par le Cardinal de Polignac ;
affifté du Pere Fouquet,Evêque titulaire d'Eleute
ropolis , & par M. de la Baume, Evêque titulaire
d'Halicarnaffe.
On a appris en dernier lieu , que le 2 de ce mois
le Pape avoit tenu un Confiftoire , dans lequel Sa
Sainteté avoit fait Cardinaux M.GrimaldiGenois,
Archevêque d'Edeffe ; Nonce ordinaire à Vienne ,
Hij M.
2286 MERCURE DE FRANCE
M. Banther Mafcei , de Montepulciano , Arche
vêque d'Athênes , ci- devant Nonce ordinaire en
France , M. Alexandre Aldobrandini , Florentin ,
Archevêque de Rhodes ,Nonce ordinaire en Efpagne
& l'Abbé Barthelemi Rufpoli , fils du Prince
de ce nom , & Secretaire de la Congrégation
de Propaganda Fide.
On affure que le Pape a fait expedier des Lettres
circulaires à tous les Evêques qui ont été élevez
à cette Dignité par le feu Pape Benoît XIII .
avec ordre de fe rendre à Rome dans deux mois
pour rendre compte de la maniere qu'ils ont ob
genu leurs Evêchez.
Le nouveau Vicaire Apoftolique que le Pape
a nommé pour gouverner le Diocele de Benevent
eft parti pour s'y rendre avec un Receveur , auffi
nommé par Sa Sainteté pour recevoir les revenus
de cet Archevêché.
On apprend de Benevent que le 14. du mois
dernier M. Bondelmonte , Commiffaire Apoftolique
, avoit fait convoquer le Chapitre de
PEglife Metropolitaine ; qu'en vertu du Bref du
Pape dont il avoit fait la lecture , il avoit inſtalé
M. de Nicaftro , en qualité de Vicaire Apoftolique
, & que ce choix avoit été univerfellement
approuvé.
Le Pape ayant fait infinuer au Cardinal Cofcia,
qu'il devoit donner fa démiffion pure & fimple
' de fon Archevêché de Benevent , & ce Cardinal
ayant demandé confeil depuis au Cardinal Falconieri
, on croit qu'il fe déterminera à donner
cette fatisfaction à Sa Sainteté.
1 Le 15. Le Chevalier de S. George accompagné
de fes deux fils , alla au Palais du Quirinal , où
il cut une longue Audience du Pape qui fit préfent
à chacun de fes fils d'un très-beau Reliquaire
d'or , orné de diamans & de rubis.
Le
OCTOBRE. 1730. 2287
Le Pape a fait au Comte de Collato , Ambaffadeur
de L'Empereur , le préfent ordinaire d'un
Corps faint & quelques autres Reliques de dévotion
, & d'un Tableau du fameux Peintre
Penelli.
Il y a une fi grande quantité de Sauterelles
dans la campagne de Rome , que les biens de la
terre en ont fouffert confiderablement ; on a
tenu à ce fujet une Congrégation extraordinaire ,
dans laquelle il a été refolu d'ordonner des
Prieres publiques,
On a apris de Lunigiano que le 26 Aouft , la
premiere Colomne des Troupes imperiales qui
ont ordre de fe rendre en ce pays , dont une
partie eft poffedée par la République de Gênes ,
& l'autre par le Duc de Maſſa-di - Carrara, arriva
à Terra-Roffa. Elle eft compofée de 2500. hommes
d'Infanterie qui camperent dans la prairie
voifine , en préfence du General Comte de Staremberg
qui avoit fait tracer le Camp. Le 27
la feconde colonne auffi de 2500. hommes arriva
vers le foir ; mais la Prairie n'étant pas affez
grande pour contenir tant de monde" on en
détacha deux Bataillons pour les envoyer à Barbarafco
, Marquifat qui appartient au Prince
Don Barthelemi Corfini , neveu du Pape. La
troifiéme Colonne qu'on attend fera de sooo.
hommes d'Infanterie & de 1600. chevaux •
comme les Officiers Generaux qui font au Camp :
veulent être pourvus de tout ce qui leur eft neceffaire
, & que les vivres & particulierement lesfourages
ne font pas abondans , le pays eft fort
incommodé du féiour de ces Troupes
›
On prétend que le Grand Duc de Florence a
fait affurer le Miniftre de l'Empereur , qu'il ne
recevroit des Troupes Imperiales dans fes Etats ,
qu'en cas qu'il fut attaqué par les Espagnols , &
Hij que
2288 MERCURE DE FRANCE
que le Duc de Parme ayant refufé de traiter avec
le Comte Arconati , qui étoit allé le trouver de
part de S. M. I. le Gouverneur du Milanez
avoit refufé pareillement d'entrer en conference
au fujet des affaires préfentes avec le Marquis
Carali qui réfide à Milan , de la part du Duc de
la
Parme.
L
Par les Lettres d'Ajaccio dans l'Iſle de Corfe
on apprend que les rébelles avoient fait encore de
très grands dégats aux environs de cette ville ; qu'ils
en a oient arraché toutes les vignes & enlevé les
.beftiaux .
Es Cardinaux Petra , Lambertini ; 'Corradini
& Falconnieri , ont été nomméz par le
Pape pour examiner en Congrégation les droits
du S. Siege & ceux du Grand Maître de Malte
fur le Patronage du Grand Prieuré de cette Ville
afin de terminer à l'amiable les differends qui
pourroient naître à cette occafion ,
Le 27 Août , le Pape fit la cérémonie de bénir
dans la Chapelle du Palais du Quirinal lesLanges
deftinez pour le Dauphin & qui doivent être
portez en France par l'Abbé Lanti , Camerier
d'honneur de Sa Sainteté , lequel partit de Rome
les Septembre pour Civita- Vechia , avec fon
neveu , le fils du Comte Soderini & plufieurs
autres Gentils-hommes Romains , pour s'embarquer
fur les Galeres du Pape, qui doivent le conduire
à Marſeille.
Le 3. Septembre au matin , le Sacriftain de
' Eglife dell'Anima de la nation Allemande ; fut
attaqué & maltraité pendant qu'il difoit la Meffe
OCTOBRE. 1730. 2285
par un Pelerin Allemand , fous prétexte qu'il
avoit fait retrancher une partie de l'aumône qu'on
lui faifoit tous les jours . Ĉe Pelerin fut arrêré &
conduit en prifon , & le 5. l'Eglife fut rebenite
par M. Baccari , Evêque de Boyano.
Le 6. le Cardinal Cibo fit préfent au Pape d'un
Calice & d'une Patene d'or enrichis de Pierreies
, qu'on eftime 13000 écus : quelques jours
après le Cardinal Cienfuegos envoya au marquis
Neri Corfini le ſervice d'or dont le comte de
Colalto lui a fait préfent , le priant de l'offrir
au Pape de la part de ce Cardinal & de l'engager
à l'accepter.
Le11. après un Confiftoire fecret , Sa Sainteté
fit publier la Bulle du Jubilé univerfel , accordé
à l'occafion de fon Elevation au Pontificat , l'ouverture
s'en fit à Rome le 17. par une Proceffion
folemnelle qui alla de l'Eglife de N. D. des Anges
, où le Pape avoit celebré la Meffe , à celle
de S. Jean de Latran . Les Cardinaux au nombre
de 32. les Archevêques , les Evêques , le Sénat
Romain , le Connêtable Colonne , l'Ambaffadeur
de la ville de Bologne , le Clergé féculier & régulier
& la principale Nobleffe, affifterent à cette
Proceffion.
Dans ce Confiftoire du 11. Septembre, le Car
dinal Otthoboni, Protecteur des affaires de France ,
Propofa l'Evêché de Digne pour le Pere Antoine-
Amable Feydeau, General de l'Ordre des Carmes
lequel fut lacré le 24. par le Cardinal de Polignac ;
affifté du Pere Fouquet,Evêque titulaire d'Eleute
ropolis , & par M. de la Baume, Evêque titulaire
d'Halicarnaffe.
On a appris en dernier lieu , que le 2 de ce mois
le Pape avoit tenu un Confiftoire , dans lequel Sa
Sainteté avoit fait Cardinaux M.GrimaldiGenois,
Archevêque d'Edeffe ; Nonce ordinaire à Vienne ,
Hij M.
2286 MERCURE DE FRANCE
M. Banther Mafcei , de Montepulciano , Arche
vêque d'Athênes , ci- devant Nonce ordinaire en
France , M. Alexandre Aldobrandini , Florentin ,
Archevêque de Rhodes ,Nonce ordinaire en Efpagne
& l'Abbé Barthelemi Rufpoli , fils du Prince
de ce nom , & Secretaire de la Congrégation
de Propaganda Fide.
On affure que le Pape a fait expedier des Lettres
circulaires à tous les Evêques qui ont été élevez
à cette Dignité par le feu Pape Benoît XIII .
avec ordre de fe rendre à Rome dans deux mois
pour rendre compte de la maniere qu'ils ont ob
genu leurs Evêchez.
Le nouveau Vicaire Apoftolique que le Pape
a nommé pour gouverner le Diocele de Benevent
eft parti pour s'y rendre avec un Receveur , auffi
nommé par Sa Sainteté pour recevoir les revenus
de cet Archevêché.
On apprend de Benevent que le 14. du mois
dernier M. Bondelmonte , Commiffaire Apoftolique
, avoit fait convoquer le Chapitre de
PEglife Metropolitaine ; qu'en vertu du Bref du
Pape dont il avoit fait la lecture , il avoit inſtalé
M. de Nicaftro , en qualité de Vicaire Apoftolique
, & que ce choix avoit été univerfellement
approuvé.
Le Pape ayant fait infinuer au Cardinal Cofcia,
qu'il devoit donner fa démiffion pure & fimple
' de fon Archevêché de Benevent , & ce Cardinal
ayant demandé confeil depuis au Cardinal Falconieri
, on croit qu'il fe déterminera à donner
cette fatisfaction à Sa Sainteté.
1 Le 15. Le Chevalier de S. George accompagné
de fes deux fils , alla au Palais du Quirinal , où
il cut une longue Audience du Pape qui fit préfent
à chacun de fes fils d'un très-beau Reliquaire
d'or , orné de diamans & de rubis.
Le
OCTOBRE. 1730. 2287
Le Pape a fait au Comte de Collato , Ambaffadeur
de L'Empereur , le préfent ordinaire d'un
Corps faint & quelques autres Reliques de dévotion
, & d'un Tableau du fameux Peintre
Penelli.
Il y a une fi grande quantité de Sauterelles
dans la campagne de Rome , que les biens de la
terre en ont fouffert confiderablement ; on a
tenu à ce fujet une Congrégation extraordinaire ,
dans laquelle il a été refolu d'ordonner des
Prieres publiques,
On a apris de Lunigiano que le 26 Aouft , la
premiere Colomne des Troupes imperiales qui
ont ordre de fe rendre en ce pays , dont une
partie eft poffedée par la République de Gênes ,
& l'autre par le Duc de Maſſa-di - Carrara, arriva
à Terra-Roffa. Elle eft compofée de 2500. hommes
d'Infanterie qui camperent dans la prairie
voifine , en préfence du General Comte de Staremberg
qui avoit fait tracer le Camp. Le 27
la feconde colonne auffi de 2500. hommes arriva
vers le foir ; mais la Prairie n'étant pas affez
grande pour contenir tant de monde" on en
détacha deux Bataillons pour les envoyer à Barbarafco
, Marquifat qui appartient au Prince
Don Barthelemi Corfini , neveu du Pape. La
troifiéme Colonne qu'on attend fera de sooo.
hommes d'Infanterie & de 1600. chevaux •
comme les Officiers Generaux qui font au Camp :
veulent être pourvus de tout ce qui leur eft neceffaire
, & que les vivres & particulierement lesfourages
ne font pas abondans , le pays eft fort
incommodé du féiour de ces Troupes
›
On prétend que le Grand Duc de Florence a
fait affurer le Miniftre de l'Empereur , qu'il ne
recevroit des Troupes Imperiales dans fes Etats ,
qu'en cas qu'il fut attaqué par les Espagnols , &
Hij que
2288 MERCURE DE FRANCE
que le Duc de Parme ayant refufé de traiter avec
le Comte Arconati , qui étoit allé le trouver de
part de S. M. I. le Gouverneur du Milanez
avoit refufé pareillement d'entrer en conference
au fujet des affaires préfentes avec le Marquis
Carali qui réfide à Milan , de la part du Duc de
la
Parme.
L
Par les Lettres d'Ajaccio dans l'Iſle de Corfe
on apprend que les rébelles avoient fait encore de
très grands dégats aux environs de cette ville ; qu'ils
en a oient arraché toutes les vignes & enlevé les
.beftiaux .
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Résumé : ITALIE.
En août 1730, le Pape nomma les cardinaux Petra, Lambertini, Corradini et Falconieri pour examiner les droits du Saint-Siège et ceux du Grand Maître de Malte concernant le patronage du Grand Prieuré de Rome, afin de résoudre les différends de manière amiable. Le 27 août, le Pape bénit les langes destinés au Dauphin de France, qui furent transportés par l'Abbé Lanti à Marseille via Civita-Vecchia. Le 3 septembre, le sacristain de l'église dell'Anima fut attaqué par un pèlerin allemand et arrêté. L'église fut reconsacrée le 5 septembre par l'évêque de Boyano. Le 6 septembre, le cardinal Cibo offrit au Pape un calice et une patène en or, suivis par un service en or du cardinal Cienfuegos. Le 11 septembre, après un consistoire secret, le Pape publia la bulle du Jubilé universel, célébré le 17 septembre par une procession solennelle. Le cardinal Ottoboni proposa l'évêché de Digne pour le père Antoine-Amable Feydeau, qui fut sacré le 24 septembre. Le 2 octobre, le Pape nomma plusieurs nouveaux cardinaux, dont M. Grimaldi, archevêque d'Edesse, et M. Banther Mascei, archevêque d'Athènes. Il envoya également des lettres circulaires aux évêques nommés par le pape Benoît XIII, leur ordonnant de se rendre à Rome pour rendre compte de leur gestion. Le nouveau vicaire apostolique pour le diocèse de Benevento fut nommé et installé par M. Bondelmonte. Le cardinal Coscia reçut l'ordre de démissionner de son archevêché de Benevento. Le 15 octobre, le chevalier de Saint-George et ses fils furent reçus par le Pape, qui leur offrit des reliquaires en or. Le Pape fit également un présent à l'ambassadeur de l'Empereur, le comte de Collalto. Une invasion de sauterelles dans la campagne romaine causa des dommages aux cultures, conduisant à l'organisation de prières publiques. Des troupes impériales arrivèrent à Terra-Rossa, composées de 2500 hommes d'infanterie, avec d'autres colonnes attendues. Le Grand-Duc de Florence et le Duc de Parme refusèrent d'accueillir les troupes impériales dans leurs États, sauf en cas d'attaque espagnole. En Corse, des rébellions causèrent des dégâts importants aux environs d'Ajaccio.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1974
p. 2288-2291
ORDONNANCE du Pape pour l'établissement d'une Congrégation, pour rechercher & punir tous ceux qui ont malversé dans le maniment des affaires sous le dernier Pontificat.
Début :
Comme nous avons appris par des personnes dignes de foi, & par les bruits publics, [...]
Mots clefs :
Pape, Intégrité, Justice, Pouvoir, Ordonnance, Pape Clément XII, Congrégation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ORDONNANCE du Pape pour l'établissement d'une Congrégation, pour rechercher & punir tous ceux qui ont malversé dans le maniment des affaires sous le dernier Pontificat.
ORDONNANCE du Pape pour l'établiffement
d'une Congrégation ,pour
rechercher & punir tous ceux qui ont
malverfé dans le maniment des affaires
fous le dernier Pontificat .
C
Omme nous avons appris par des perfonnes
dignes de foi , & par les bruits publics
lors méme que nous n'étions encore que Cardinal
, que certaines gens employez dans les affaires
fous le precédent Pontificat , ont nonfeulement
malverfé impudemment & injurieu-
Sement
nt dans tout
Ggee qui a été eommis à leurs
foins , tant par rapport aux graces qu'ils ont
accordées , qu'à la justice qu'ils ont fait rendre
aux expéditions qu'ils ont ordonnées smais
auffi qu'au préjudice de l'integrité de cette
Cour , & au mépris de la droiture de Benoît
KIII. notre Predéeeffeur , ils ont tâché de fur
prendre fa Religion par de malignes & fausse
infinuations , de le détourner de l'amour qu'i
a toujours eu pour la Justice , de corrompre fe
bonnes intentions par des artifices trompeurs,>
OCTOBRE . 1730. 2289
& d'empêcher que fa probité & fa vertu ne produififfent
les fruits qu'on en devoit attendre . Et
comme nous nous ferions propofez dé venger avec
éclat l'integrité l'honneur de notre Prédeceffeur
de toutes les embuches qui lui ont été tendues,
des fautes qu'il a ,pour ainsi dire , com
mifes innocemment , Nous croyons qu'à préfent
que nous fommes élevez fur le Trône fuprême
de la Justice , fans aucnn mérite de notre part ,
Nous ne pouvons mieux faire que de mettre en
exécution le pouvoir que nous avons en main s
afin d'effacer les injures atroces qui rejailliffent
fur la droiture & l'integrité d'unfi faint Pontife
, de rendre à notre chere ville & à la
Cour de Rome les degrez d'estime qu'elles fe font
asquifes , de peur que l'Innocent ne souffre
pour le coupable.
Pour cet effet nous créons une nouvelle Con
grégation particuliere , compofée des CardinauxJean
René Imperiali , Louis Pico , Pierre
Marcellin Corradini , Léandre de Porzia
Aufone Bancheri , leur donnant pour Secretaire
Dominique Céfar Florelli , Réferendaire dans
l'une & l'autre fignature : Nous donnons aufdits
Cardinaux pouvoir & ordre de rechercher
tous ceux qui feront coupables de pareils excès ,
crimes délits , ou qui contre tout droit , &
au préjudice du bien public & particulier
auront injuftement prévariqué , tant dans le
Spirituel que dans le temporel : & nous leur ordonnons
par les préfentes , de proceder , foit
par eux- mêmes , foit pardevant tels Tribunaux
Ecclefiafiques & Laïques de cette ville , far
les accufations des Parties , dénonciations , ou
fur ce qu'ils pourront découvrir eux- mêmes , coptre
ceux qui fe trouveront dans les cas fufdits :
voulant en vertu de notre autorité Apofloliy
Hv que
2290 MERCURE DE FRANCE
que , que tous les Tribunaux & Congrégations
de Cardinaux leur tendent la main , à cette
accafion , qu'il leur foit permis d'y prendre toutes
les informations neceffaires , & d'inftruire
des Procès par eux , ou par d'autres Juges qu'ils
pourront commettre pour cet effet , afin d'agir
contre toute chaque perfonne Eccléfiaftique ,
réguliere & féculiere , de quelque qualité ;
condition , ou dignité qu'elles puiffent être ,
Sans excepter aucun Ordre ou Congrégation , pas
même la Societé de Jefus , l'Ordre militaire
de S. Jeand Jeruzalem , Miniftres , Officiers de
Pinquifition, ou autres perfonnes privilegiées ..
Nous ordonnons à nofdits Commiffaires , lorfque
les crimes ci-deſſus énoncez , ou quelque
chofe d'approchant , feront averez engenéral os
en particulier , de les faire punir , foit par euxmêmes,
fort pardes Juges deleguez , dans la perfonne
des coupables , des complices , desfauteurs
& des Confeillers Nous leur permettons pour cet
effet de faire entendré les Témoins requis ; ou en
relles perfonnes que cepuiffe être , Eccléfiaftiques,
réguliers &féculiers ; privilegiés ou non s
d'évoquer enJugement , citer ou faire citer quiconque
fe trouvera dans le cas, de recevoir leurs
difpofitions par écrit , & d'obliger tous les Tribunaux
de cette Cour & de l'Etat Eccléfiaftique
même les Officiers de notre Chambre Apoftolique ,
de leur fournir tous les Actes dont ils pourron
avoir befoin , avec pouvoir de poursuivre les défobeiffans
par amendes pécuniaires , s'il eft befoin
par corps ou par les cenfures fpirituelles , ainfi
que cette Congrégation le jugera convenable.
Et afin qu'elle puiſſe d'autant mieux exécuer
nos ordres
nous lui conferons parces Pré-
Jintes, toute l'autorité , jurifdiction & plenisude
de notre pouvoir , tant par rapport à l'or
dre
OCTOBRE. 1730. 2291
dre de proceder , à la maniere de prouver, & à
la forme dejuger de faire exécuter leurs ju
gemens ; dérogeant pour cet effet à toutes Conftitutions
apoftoliques & regles de notre Chancellerie
, aux Droits & Ordonnances des Conciles
genéraux , Provinciaux & Synodaux , & aux
autres décrets particuliers à ce contraires
quoi qu'on n'en faffe pas-ici mention de mot à
mot , ou felon leurs claufes generales , co-
Donné au Quirinal le 8. Août 1750. Ainfi Nous
plaît , ainfi nous commettons & ordonnons de
notre mouvement . Etoit figné CLEMENT
XII.
d'une Congrégation ,pour
rechercher & punir tous ceux qui ont
malverfé dans le maniment des affaires
fous le dernier Pontificat .
C
Omme nous avons appris par des perfonnes
dignes de foi , & par les bruits publics
lors méme que nous n'étions encore que Cardinal
, que certaines gens employez dans les affaires
fous le precédent Pontificat , ont nonfeulement
malverfé impudemment & injurieu-
Sement
nt dans tout
Ggee qui a été eommis à leurs
foins , tant par rapport aux graces qu'ils ont
accordées , qu'à la justice qu'ils ont fait rendre
aux expéditions qu'ils ont ordonnées smais
auffi qu'au préjudice de l'integrité de cette
Cour , & au mépris de la droiture de Benoît
KIII. notre Predéeeffeur , ils ont tâché de fur
prendre fa Religion par de malignes & fausse
infinuations , de le détourner de l'amour qu'i
a toujours eu pour la Justice , de corrompre fe
bonnes intentions par des artifices trompeurs,>
OCTOBRE . 1730. 2289
& d'empêcher que fa probité & fa vertu ne produififfent
les fruits qu'on en devoit attendre . Et
comme nous nous ferions propofez dé venger avec
éclat l'integrité l'honneur de notre Prédeceffeur
de toutes les embuches qui lui ont été tendues,
des fautes qu'il a ,pour ainsi dire , com
mifes innocemment , Nous croyons qu'à préfent
que nous fommes élevez fur le Trône fuprême
de la Justice , fans aucnn mérite de notre part ,
Nous ne pouvons mieux faire que de mettre en
exécution le pouvoir que nous avons en main s
afin d'effacer les injures atroces qui rejailliffent
fur la droiture & l'integrité d'unfi faint Pontife
, de rendre à notre chere ville & à la
Cour de Rome les degrez d'estime qu'elles fe font
asquifes , de peur que l'Innocent ne souffre
pour le coupable.
Pour cet effet nous créons une nouvelle Con
grégation particuliere , compofée des CardinauxJean
René Imperiali , Louis Pico , Pierre
Marcellin Corradini , Léandre de Porzia
Aufone Bancheri , leur donnant pour Secretaire
Dominique Céfar Florelli , Réferendaire dans
l'une & l'autre fignature : Nous donnons aufdits
Cardinaux pouvoir & ordre de rechercher
tous ceux qui feront coupables de pareils excès ,
crimes délits , ou qui contre tout droit , &
au préjudice du bien public & particulier
auront injuftement prévariqué , tant dans le
Spirituel que dans le temporel : & nous leur ordonnons
par les préfentes , de proceder , foit
par eux- mêmes , foit pardevant tels Tribunaux
Ecclefiafiques & Laïques de cette ville , far
les accufations des Parties , dénonciations , ou
fur ce qu'ils pourront découvrir eux- mêmes , coptre
ceux qui fe trouveront dans les cas fufdits :
voulant en vertu de notre autorité Apofloliy
Hv que
2290 MERCURE DE FRANCE
que , que tous les Tribunaux & Congrégations
de Cardinaux leur tendent la main , à cette
accafion , qu'il leur foit permis d'y prendre toutes
les informations neceffaires , & d'inftruire
des Procès par eux , ou par d'autres Juges qu'ils
pourront commettre pour cet effet , afin d'agir
contre toute chaque perfonne Eccléfiaftique ,
réguliere & féculiere , de quelque qualité ;
condition , ou dignité qu'elles puiffent être ,
Sans excepter aucun Ordre ou Congrégation , pas
même la Societé de Jefus , l'Ordre militaire
de S. Jeand Jeruzalem , Miniftres , Officiers de
Pinquifition, ou autres perfonnes privilegiées ..
Nous ordonnons à nofdits Commiffaires , lorfque
les crimes ci-deſſus énoncez , ou quelque
chofe d'approchant , feront averez engenéral os
en particulier , de les faire punir , foit par euxmêmes,
fort pardes Juges deleguez , dans la perfonne
des coupables , des complices , desfauteurs
& des Confeillers Nous leur permettons pour cet
effet de faire entendré les Témoins requis ; ou en
relles perfonnes que cepuiffe être , Eccléfiaftiques,
réguliers &féculiers ; privilegiés ou non s
d'évoquer enJugement , citer ou faire citer quiconque
fe trouvera dans le cas, de recevoir leurs
difpofitions par écrit , & d'obliger tous les Tribunaux
de cette Cour & de l'Etat Eccléfiaftique
même les Officiers de notre Chambre Apoftolique ,
de leur fournir tous les Actes dont ils pourron
avoir befoin , avec pouvoir de poursuivre les défobeiffans
par amendes pécuniaires , s'il eft befoin
par corps ou par les cenfures fpirituelles , ainfi
que cette Congrégation le jugera convenable.
Et afin qu'elle puiſſe d'autant mieux exécuer
nos ordres
nous lui conferons parces Pré-
Jintes, toute l'autorité , jurifdiction & plenisude
de notre pouvoir , tant par rapport à l'or
dre
OCTOBRE. 1730. 2291
dre de proceder , à la maniere de prouver, & à
la forme dejuger de faire exécuter leurs ju
gemens ; dérogeant pour cet effet à toutes Conftitutions
apoftoliques & regles de notre Chancellerie
, aux Droits & Ordonnances des Conciles
genéraux , Provinciaux & Synodaux , & aux
autres décrets particuliers à ce contraires
quoi qu'on n'en faffe pas-ici mention de mot à
mot , ou felon leurs claufes generales , co-
Donné au Quirinal le 8. Août 1750. Ainfi Nous
plaît , ainfi nous commettons & ordonnons de
notre mouvement . Etoit figné CLEMENT
XII.
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Résumé : ORDONNANCE du Pape pour l'établissement d'une Congrégation, pour rechercher & punir tous ceux qui ont malversé dans le maniment des affaires sous le dernier Pontificat.
En octobre 1730, le Pape émit une ordonnance pour créer une congrégation chargée de rechercher et punir les malversations commises durant le pontificat précédent. Informé par des sources fiables et des rumeurs publiques, le Pape accusait certains individus d'avoir malversé dans la gestion des affaires, accordé des grâces de manière injurieuse, et rendu une justice partiale. Ces individus étaient également accusés d'avoir tenté de corrompre Benoît XIII, le prédécesseur, et d'entraver ses bonnes intentions. Pour restaurer l'intégrité et l'honneur de Benoît XIII et éviter que l'innocent ne souffre pour le coupable, le Pape institua une congrégation composée des cardinaux Jean René Imperiali, Louis Pico, Pierre Marcellin Corradini, Léandre de Porzia et Ausone Bancheri, avec Dominique César Florelli comme secrétaire. Cette congrégation avait pour mission de rechercher et punir les coupables de délits, tant dans le spirituel que dans le temporel, sans exception pour aucun ordre ou congrégation, y compris la Société de Jésus et l'Ordre militaire de Saint-Jean de Jérusalem. Les cardinaux étaient autorisés à procéder par eux-mêmes ou devant des tribunaux ecclésiastiques et laïques, et à recueillir toutes les informations nécessaires. Ils pouvaient également évoquer en jugement, citer ou faire citer toute personne impliquée, et obliger les tribunaux à leur fournir les actes nécessaires. Le Pape leur conféra toute l'autorité et la juridiction nécessaires pour exécuter leurs jugements, dérogeant à toutes les constitutions et règles contraires. Cette ordonnance fut signée au Quirinal le 8 août 1750 par Clément XII.
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1975
p. 2291-2292
AU ROY.
Début :
Une grande perte, une grande acquisition, une douleur profonde, une extrême consolation [...]
Mots clefs :
Roi de Sardaigne, Souverain, Sa Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voici la Traduction des Harangues qui ont
té prononcées en Piemontois par le Premien
Préfident de Turin.
U
A U ROY.
Ne grande perte , une grande acquifition,
une douleur profonde , une extrême con--
folation font les fentimens , SIRE , qui ont
partagé nos affections fans divifer nos coeurs
Le Roi Vidor Amedée n'ayant plus rien
defirer pour ſa gloire & pour notre bonheur
met le comble à fon amour pour nous , en nous
donnant un Rot formé de fon auguste main
un Roi femblable à lui- même , moins par l'éclat
de fa Couronne que par la grandeur de fon*
ame.
Les vertus de V. M. l'ont déterminé à las
placer fur le Trône avant le tems ; il regnerois
encore fi V. M avoit donné des preuves moins
éclatantes de fes talens pour le Gouvernements
il auroit confommé en faveur de fes pew
H- vj, ples
2292 MERCURE DE FRANCE
ples le facrifice de fa propre vie , s'il n'avoir
trouvé en V. M. un fils digne d'être son fucceffeur
avant que d'être fon heritier.
Nous avons deux grands Rois , l'un vit fan's
vouloir regner plus long- tems ,
l'autre regne
fans lui avoir survêcu ; l'un moins glorieux
pour avoir porté la Couronne que pour l'avoir
quittée , l'autre auffi grand par fa fenfibilité
à la féparation de fon pere que par fon indifference
à l'acquifition d'un Royaume .
Nous respectons dans la perfonne du fils le
Jouvenir du pere , & dans le fouvenir du pere
nous retrouvons la perfonne du fils , fa vive
image. Auffi nous ftattons - nous SIRE de
retrouver dans CHARLES EMANUEL
an Souverain , un Protecteur un Pere tel
que nous l'avions dans Victor Amedée.
,
Nous fupplions V. M. de recevoir avec bonté
les témoignages de notre amour
hommages.
té prononcées en Piemontois par le Premien
Préfident de Turin.
U
A U ROY.
Ne grande perte , une grande acquifition,
une douleur profonde , une extrême con--
folation font les fentimens , SIRE , qui ont
partagé nos affections fans divifer nos coeurs
Le Roi Vidor Amedée n'ayant plus rien
defirer pour ſa gloire & pour notre bonheur
met le comble à fon amour pour nous , en nous
donnant un Rot formé de fon auguste main
un Roi femblable à lui- même , moins par l'éclat
de fa Couronne que par la grandeur de fon*
ame.
Les vertus de V. M. l'ont déterminé à las
placer fur le Trône avant le tems ; il regnerois
encore fi V. M avoit donné des preuves moins
éclatantes de fes talens pour le Gouvernements
il auroit confommé en faveur de fes pew
H- vj, ples
2292 MERCURE DE FRANCE
ples le facrifice de fa propre vie , s'il n'avoir
trouvé en V. M. un fils digne d'être son fucceffeur
avant que d'être fon heritier.
Nous avons deux grands Rois , l'un vit fan's
vouloir regner plus long- tems ,
l'autre regne
fans lui avoir survêcu ; l'un moins glorieux
pour avoir porté la Couronne que pour l'avoir
quittée , l'autre auffi grand par fa fenfibilité
à la féparation de fon pere que par fon indifference
à l'acquifition d'un Royaume .
Nous respectons dans la perfonne du fils le
Jouvenir du pere , & dans le fouvenir du pere
nous retrouvons la perfonne du fils , fa vive
image. Auffi nous ftattons - nous SIRE de
retrouver dans CHARLES EMANUEL
an Souverain , un Protecteur un Pere tel
que nous l'avions dans Victor Amedée.
,
Nous fupplions V. M. de recevoir avec bonté
les témoignages de notre amour
hommages.
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Résumé : AU ROY.
Le texte est une harangue traduite en français, exprimant les sentiments de la population de Turin face à la succession royale après la mort du roi Victor-Amédée. Cette perte est vue comme une acquisition précieuse avec l'avènement de son fils, Charles-Emmanuel. Le nouveau roi est décrit comme un digne successeur, partageant les vertus et la grandeur d'âme de son père. Victor-Amédée avait reconnu les talents de son fils pour le gouvernement et l'avait placé sur le trône avant l'heure. La population respecte le souvenir du père à travers le fils et espère retrouver en Charles-Emmanuel un souverain protecteur et paternel, à l'image de Victor-Amédée. La harangue se conclut par une supplique au nouveau roi pour qu'il accepte les témoignages d'amour et d'hommages du peuple.
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1976
p. 2292-2293
A LA REINE.
Début :
A un grand Roi succede un grand Roi à une Reine d'une auguste memoire, succede [...]
Mots clefs :
Reine de Sardaigne, Succession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LA REINE.
A LA REINE.
de nos
Un grand Roi fuccede un grand Rois
à une Reine d'une auguste memoire , fuccede
une Reine ornée des plus rares vertus. U
feul jour répare toutes nos pertes , & nous
woyons rempli avec gloire un Trône , au pied
duquel nos coeurs font toujours profternés.
Nous devons au Roi Victor Amedée la grandeur
de nos deftinées , mais nous devons à V.M.
une partie de notre felicité ; s'il nous a donné
un Roi qui eft l'objet de notre confolation , V. M.
a donné un fucceffeur à ce Royaume qui eft le
gage facré de nos esperances .
Le Ciel confervera un Prince dans les yeux
duquel
OCTOBRE. 1730 2293
duquel nous voyons déja briller une de ces
grandes ames que Dieu a destinées à remplir
Sa place fur la terre ; ce même Dieu rendra
toujours V. M. plus féconde , tandis que nos
Souverains regneront pour la gloire de cette
Royale Maifon , V. M. regnera pour rendre fon
nom immortel à fes fucceffeurs.
de nos
Un grand Roi fuccede un grand Rois
à une Reine d'une auguste memoire , fuccede
une Reine ornée des plus rares vertus. U
feul jour répare toutes nos pertes , & nous
woyons rempli avec gloire un Trône , au pied
duquel nos coeurs font toujours profternés.
Nous devons au Roi Victor Amedée la grandeur
de nos deftinées , mais nous devons à V.M.
une partie de notre felicité ; s'il nous a donné
un Roi qui eft l'objet de notre confolation , V. M.
a donné un fucceffeur à ce Royaume qui eft le
gage facré de nos esperances .
Le Ciel confervera un Prince dans les yeux
duquel
OCTOBRE. 1730 2293
duquel nous voyons déja briller une de ces
grandes ames que Dieu a destinées à remplir
Sa place fur la terre ; ce même Dieu rendra
toujours V. M. plus féconde , tandis que nos
Souverains regneront pour la gloire de cette
Royale Maifon , V. M. regnera pour rendre fon
nom immortel à fes fucceffeurs.
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Résumé : A LA REINE.
Le texte célèbre la succession dynastique d'une reine en octobre 1730, soulignant ses vertus et celles de sa prédécesseure. Il exprime gratitude envers le roi Victor Amédée et la reine pour la continuité du royaume. Il espère que la reine aura de nombreux successeurs et que les souverains régneront pour la gloire de la maison royale.
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1977
p. 2293
AU DUC DE SAVOYE.
Début :
Le Grand Ayeul de Votre Altesse Royale a agrandi ses Etats par la Guerre, il les a [...]
Mots clefs :
Duc de Savoie
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texteReconnaissance textuelle : AU DUC DE SAVOYE.
AU DUC DE SAVOYE.
E Grand Ayeul de Votre Alteffe Royale a
Lagrandifes Etats par la Guerre , illes a
affermis dans la Paix , il les quitte enfuite avec
une grandeur d'ame Jans égale ; les vertus fewles
de votre augufte Pere le placent fur le Trâne
le droit de fucceffion n'a aucune part à
cette poffeffion anticipée ; V. A R. est née d'un
Sang & dans une Maison où la vertu eft hereditaire.
Quelle heureuse esperance pour ses peuples
que ne doivent- ils pas fe promettre de cette
ame majestueuse qui brille déja ſur ſon visage
, de ce fang de tant de Heros qui coule dans
fes veines , de cette éducation qui forme à toutes
les vertus V. A. R. pour notre felicité.
Nous adreffons fans ceffe au Ciel nos voeux
les plus ardens pour la confervation de V. A. R.
vivez long tems , MONSEIGNEUR , mais
regnez tard.
On a appris en dernier lieu de Turin que le
Roi & la Reine de Sardaigne en étoient partis
pour la Foire d'Alexandrie de la Paille , & que
le Roi Victor Amedée vivoit à Chamberi dans
une grande retraite , n'ayant auprès de lui qu'un
très petit nombre d'Officiers & de Domeftiques.
E Grand Ayeul de Votre Alteffe Royale a
Lagrandifes Etats par la Guerre , illes a
affermis dans la Paix , il les quitte enfuite avec
une grandeur d'ame Jans égale ; les vertus fewles
de votre augufte Pere le placent fur le Trâne
le droit de fucceffion n'a aucune part à
cette poffeffion anticipée ; V. A R. est née d'un
Sang & dans une Maison où la vertu eft hereditaire.
Quelle heureuse esperance pour ses peuples
que ne doivent- ils pas fe promettre de cette
ame majestueuse qui brille déja ſur ſon visage
, de ce fang de tant de Heros qui coule dans
fes veines , de cette éducation qui forme à toutes
les vertus V. A. R. pour notre felicité.
Nous adreffons fans ceffe au Ciel nos voeux
les plus ardens pour la confervation de V. A. R.
vivez long tems , MONSEIGNEUR , mais
regnez tard.
On a appris en dernier lieu de Turin que le
Roi & la Reine de Sardaigne en étoient partis
pour la Foire d'Alexandrie de la Paille , & que
le Roi Victor Amedée vivoit à Chamberi dans
une grande retraite , n'ayant auprès de lui qu'un
très petit nombre d'Officiers & de Domeftiques.
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Résumé : AU DUC DE SAVOYE.
La lettre est adressée au Duc de Savoie, également connu sous le nom de Roi Victor Amédée de Sardaigne. Elle commence par louer la grandeur et les vertus des ancêtres du Duc, en particulier son grand-père, qui a acquis et consolidé les États par la guerre et la paix. La lettre souligne les qualités héréditaires de vertu et de majesté du Duc, né dans une famille où la vertu est transmise de génération en génération. Elle exprime l'espoir que les peuples du Duc peuvent nourrir grâce à ses qualités et à son éducation, qui le forment à toutes les vertus. La lettre se termine par des vœux pour la longue vie du Duc, tout en souhaitant qu'il ne règne pas trop tôt. Elle mentionne également que le Roi et la Reine de Sardaigne ont quitté Turin pour la Foire d'Alexandrie de la Paille, et que le Roi Victor Amédée vit en retraite à Chambéry, entouré d'un petit nombre d'officiers et de domestiques.
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1978
p. 2294-2295
ESPAGNE
Début :
La Flote de la Nouvelle Espagne qui entra le 18. Août dans le Port de Cadix sous l'escorte [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Cadix, Guerre, Roi
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE
ESPAGNE
A Flote de la Nouvelle Efpagne qui entra le
18. Août dans le Port de Cadix fous l'efcorte
de trois Vaiffeaux de guerre , commandés
par le Marquis de Mari , étoit chargée de
968898. pieces de huit pour le Roi , & de
10481872. pour le compte des Négocians , de
121804. Piaftres en vaiffelle d'argent , de
48671 Piaftres en lingots d'argent , de 135 574
en or monnoyé , & 29152 en lingots d'or. Elle
avoit à bord, outre les matieres d'or & d'argent,
beaucoup de Cochenille , de Vanille , de Cacao ,
de bois de Campeche , de baume , de fucre , de
drogues & racines des Indes Occidentales &
Orientales , d'yvoire, d'écailles & de porcelaines.
Toutes ces Marchandiſes ont été portées dans
lés Magazins pour être diftribuées aux Particuliers
, ainfi que les matieres d'or & d'argent ;
mais on ne fçait pas encore quel fera l'indult
que le Roi retiendra fur ces effets.
Le 10. du mois dernier , le Roi , la Reine , le
Prince & la Princeffe des Afturies , & les Infants
Don Carlos & Don Philippe partirent du Palais
de l'Alcaçar de Seville , & s'embarquerent
fur les Galeres de S.-M. pour fe rendre par le=
Guadalquivir au Port de Sainte . Marie , où l'Infant
Don Louis & les Infantes Dona Marie Therefe
& Dona Marie Antoinette Ferdinande doi
vent fe rendre par terre. On a appris depuis que
L. M. n'étoient arrivées que le 19. à Saint Lucas,
ayant été retenues fur la Riviere par les vents
contraires , & que le lendemain elles étoient allées
par terre au Port de Sainte Marie , où l'Infant
Don Louis & les Lafantes étoient arrivés
dés- le- 171-
On
OCTOBRE . 1730. 229 *
On a embarqué une grande quantité de munitions
de guerre fur les Batimens de tranfport
qui font à la rade de Barcelone. Cependant des
Lettres qu'on a reçues depuis de la même Ville,
portent que l'expedition d'Italie a été fufpendue
, & que les Vaiffeaux de Guerre du Roi qui
étoient à la rade avoient ordre de retourner
à Cadix.
A Flote de la Nouvelle Efpagne qui entra le
18. Août dans le Port de Cadix fous l'efcorte
de trois Vaiffeaux de guerre , commandés
par le Marquis de Mari , étoit chargée de
968898. pieces de huit pour le Roi , & de
10481872. pour le compte des Négocians , de
121804. Piaftres en vaiffelle d'argent , de
48671 Piaftres en lingots d'argent , de 135 574
en or monnoyé , & 29152 en lingots d'or. Elle
avoit à bord, outre les matieres d'or & d'argent,
beaucoup de Cochenille , de Vanille , de Cacao ,
de bois de Campeche , de baume , de fucre , de
drogues & racines des Indes Occidentales &
Orientales , d'yvoire, d'écailles & de porcelaines.
Toutes ces Marchandiſes ont été portées dans
lés Magazins pour être diftribuées aux Particuliers
, ainfi que les matieres d'or & d'argent ;
mais on ne fçait pas encore quel fera l'indult
que le Roi retiendra fur ces effets.
Le 10. du mois dernier , le Roi , la Reine , le
Prince & la Princeffe des Afturies , & les Infants
Don Carlos & Don Philippe partirent du Palais
de l'Alcaçar de Seville , & s'embarquerent
fur les Galeres de S.-M. pour fe rendre par le=
Guadalquivir au Port de Sainte . Marie , où l'Infant
Don Louis & les Infantes Dona Marie Therefe
& Dona Marie Antoinette Ferdinande doi
vent fe rendre par terre. On a appris depuis que
L. M. n'étoient arrivées que le 19. à Saint Lucas,
ayant été retenues fur la Riviere par les vents
contraires , & que le lendemain elles étoient allées
par terre au Port de Sainte Marie , où l'Infant
Don Louis & les Lafantes étoient arrivés
dés- le- 171-
On
OCTOBRE . 1730. 229 *
On a embarqué une grande quantité de munitions
de guerre fur les Batimens de tranfport
qui font à la rade de Barcelone. Cependant des
Lettres qu'on a reçues depuis de la même Ville,
portent que l'expedition d'Italie a été fufpendue
, & que les Vaiffeaux de Guerre du Roi qui
étoient à la rade avoient ordre de retourner
à Cadix.
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Résumé : ESPAGNE
En août 1730, une flotte de la Nouvelle-Espagne est arrivée à Cadix, escortée par trois vaisseaux de guerre commandés par le Marquis de Mari. Elle transportait des marchandises précieuses, dont 968 898 pièces de huit pour le roi, 10 481 872 pièces pour les négociants, 121 804 piastres en vaisselle d'argent, 48 671 piastres en lingots d'argent, 135 574 en or monnayé et 29 152 en lingots d'or. La flotte contenait également des produits variés comme de la cochenille, de la vanille, du cacao, du bois de Campeche, du baume, du sucre, des drogues et racines des Indes Occidentales et Orientales, de l'ivoire, des écailles et des porcelaines. Ces marchandises ont été stockées dans les magasins en attendant leur distribution. Le 10 septembre 1730, le roi, la reine, le prince et la princesse des Asturies, ainsi que les infants Don Carlos et Don Philippe, ont quitté le palais de l'Alcázar de Séville pour s'embarquer sur les galères royales. Ils ont navigué sur le Guadalquivir jusqu'au port de Sainte-Marie, où l'infant Don Louis et les infantes Dona Marie Thérèse et Dona Marie Antoinette Ferdinande les ont rejoints par terre. Leur arrivée à Saint-Lucas a été retardée par des vents contraires. En octobre 1730, une grande quantité de munitions de guerre a été embarquée à Barcelone. Cependant, des lettres ultérieures ont indiqué que l'expédition en Italie avait été suspendue et que les vaisseaux de guerre du roi à la rade avaient reçu l'ordre de retourner à Cadix.
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1979
p. 2295-2296
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On mande de Londres, que la Male de Bristol ayant été volée le 10. Septembre [...]
Mots clefs :
Compagnie de la Mer du Sud
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
ON mande de Londres , que - la Male de Brif--
tol ayant été volée le io . de Septembre au
foir , près de Muydenhein , par un homme qui
monta fur le cheval du Poftillon pour ſe fauver ,
on a publié une Proclamation , promettant la
grace à ce Voleur s'il vient avouer fon crime , &
une récompenfe de 20. livres fterling à ceux qui
le feront arrêter.
M. de Beaufort , Gentilhomme François , que¨
Te Roi d'Eſpagne a nommé fon Agent en cette
Cour , alla le 17. Septembre avec les Directeurs de
la Compagnie de la Mer du Sud , à bord du Vaiffeau
le Prince Guillaume , qui partira dans
peu pour Cartagene & Porto - Bello , pour être
prefent au Jaugeage qui en fut fait ce jour- là ; il
fut reçu par M. Cleland , Capitaine de ce Bâtiment
, au bruit de neuf Canons , des Timbales &
des Trompettes. Après quoi les mêmes Directeurs
le conduifirent à Graveſend , où ils lui donnerent
un repas magnifique. On a donné au Capitaine
de ce Vaiffeau , une Commiffion de l'Amirauté ,
pour attaquer les Forbans & les Corfaires qu'il
pourra rencontrer dans fa route. M. de Beaufort
délivra le 6.de ce mois,aux Directeurs de la Compagnie
de la Mer du Sud , le Certificat du Jau
geage de ce Nayire.……
Tous
2296 MERCURE DE FRANCE
Tous les Vaiffeaux de la Compagnie de la Mer
du Sud , qui étoient allez dans les Mers du Nord,
font rentrez dans les Ports : la Péche qu'ils ont
faite cette année . ne fera pas d'un grand produit
pour la Compagnie , parce qu'ils n'ont pris que
douze Baleines à eux tous.
Le Duc de Riperda , cy -devant Premier Minitre
du Roi d'efpagne, & qui depuis fon évafion
du Château de Ségovie , a paffé près deux ans à
Londres , incognito , fut prefenté au Roi d'Angleterre
le 14. par le Duc de Newcaſtle ,
taire d'Etat.
Secre-
On apprend de Blackftonne , dans le Comte de
Lancaftre , qu'on y a vu un Animal de la figure
d'un Serpent , lequel a fix Verges de long & près
de deux de tour. Comme les Payfans des environs
ont perdu depuis quelque temps plufieurs de leurs
Moutons , ils croyent qu'ils ont été dévorez par
cet Animal.
ON mande de Londres , que - la Male de Brif--
tol ayant été volée le io . de Septembre au
foir , près de Muydenhein , par un homme qui
monta fur le cheval du Poftillon pour ſe fauver ,
on a publié une Proclamation , promettant la
grace à ce Voleur s'il vient avouer fon crime , &
une récompenfe de 20. livres fterling à ceux qui
le feront arrêter.
M. de Beaufort , Gentilhomme François , que¨
Te Roi d'Eſpagne a nommé fon Agent en cette
Cour , alla le 17. Septembre avec les Directeurs de
la Compagnie de la Mer du Sud , à bord du Vaiffeau
le Prince Guillaume , qui partira dans
peu pour Cartagene & Porto - Bello , pour être
prefent au Jaugeage qui en fut fait ce jour- là ; il
fut reçu par M. Cleland , Capitaine de ce Bâtiment
, au bruit de neuf Canons , des Timbales &
des Trompettes. Après quoi les mêmes Directeurs
le conduifirent à Graveſend , où ils lui donnerent
un repas magnifique. On a donné au Capitaine
de ce Vaiffeau , une Commiffion de l'Amirauté ,
pour attaquer les Forbans & les Corfaires qu'il
pourra rencontrer dans fa route. M. de Beaufort
délivra le 6.de ce mois,aux Directeurs de la Compagnie
de la Mer du Sud , le Certificat du Jau
geage de ce Nayire.……
Tous
2296 MERCURE DE FRANCE
Tous les Vaiffeaux de la Compagnie de la Mer
du Sud , qui étoient allez dans les Mers du Nord,
font rentrez dans les Ports : la Péche qu'ils ont
faite cette année . ne fera pas d'un grand produit
pour la Compagnie , parce qu'ils n'ont pris que
douze Baleines à eux tous.
Le Duc de Riperda , cy -devant Premier Minitre
du Roi d'efpagne, & qui depuis fon évafion
du Château de Ségovie , a paffé près deux ans à
Londres , incognito , fut prefenté au Roi d'Angleterre
le 14. par le Duc de Newcaſtle ,
taire d'Etat.
Secre-
On apprend de Blackftonne , dans le Comte de
Lancaftre , qu'on y a vu un Animal de la figure
d'un Serpent , lequel a fix Verges de long & près
de deux de tour. Comme les Payfans des environs
ont perdu depuis quelque temps plufieurs de leurs
Moutons , ils croyent qu'ils ont été dévorez par
cet Animal.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En Grande-Bretagne, une proclamation du 10 septembre offre la grâce au voleur de la mule du poste de Muydenhein s'il avoue son crime, ou une récompense de 20 livres sterling pour son arrestation. Le 17 septembre, M. de Beaufort, agent du roi d'Espagne, a assisté au jaugeage du vaisseau le Prince Guillaume en présence des directeurs de la Compagnie de la Mer du Sud. Il a été accueilli par le capitaine Cleland avec des salves de canons et des fanfares, puis invité à un repas somptueux à Gravesend. Le capitaine a reçu une commission de l'Amirauté pour attaquer les forbans et les corsaires. M. de Beaufort a remis aux directeurs le certificat de jaugeage du navire. Les vaisseaux de la Compagnie de la Mer du Sud, ayant pêché dans les mers du Nord, sont rentrés avec seulement douze baleines, limitant ainsi les bénéfices. Le duc de Riperda, ancien Premier ministre du roi d'Espagne, a été présenté au roi d'Angleterre le 14 septembre par le duc de Newcastle. À Blackstone, dans le comté de Lancastre, un animal ressemblant à un serpent, mesurant six verges de long et deux de tour, a été aperçu, et les paysans pensent qu'il a dévoré plusieurs moutons.
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1980
p. 2297-2299
« Le Marquis de Souvré, Maître de la Garderobbe du Roi, a été nommé [...] »
Début :
Le Marquis de Souvré, Maître de la Garderobbe du Roi, a été nommé [...]
Mots clefs :
Roi, Marquis, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Marquis de Souvré, Maître de la Garderobbe du Roi, a été nommé [...] »
E Marquis de Souvré , Maître de la
Garderobbe du Roi , à été nommé
par S. M. Meftre de Camp d'un Regiment
d'Infanterie , vacant par la démiflion volontaire
du Marquis de la Chenelaye ,
Brigadier des Armées du Roi..
Le Marquis de Lanmari à obtenu la
Compagnie de Gendarmerie , vacante par
la mort de M. Trudaine. Le Marquis de
Bouville a été nommé Sous-Lieutenant
de Gendarmerie , le Marquis de Marignane
,
2298 MERCURE DE FRANCE 1
ne , Enſeigne , & le fils de M. Trudaine ,
Guidon ,
M. de Beaucaire , Meftre de Camp réformé,
a été nommé par le Roi Meftre de
Camp d'un Régiment deCavalerie, vacant
par la démiffion volontaire du Prince de
Lambefc.
Le Roi a donné l'Evêché d'Angers à
Abbé de Vaugiraud , Grand - Vicaire de
çe Diocèfe ; & S. M. a donné l'Abbaye de
Noaillé , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Poitiers , à l'Abbé Poncet de la Riviere .
Le Marquis de Creil , Brigadier des
Armées du Roi , & Meftre de Camp du
Régiment de Baffigny , a été nommé par
S. M. Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à Cheval de fa Maifon
, & le Roi a accordé au fils de M. de
Villemur, Lieutenant General des Armées
de S. M. qui commandoit cette Compa
gnie , le Regiment de Baffigny.
Le Roi a nommé le Comte de Rottembourg
, fon Ambaffadeur Extraordinaire
auprès du Roi d'Eſpagne,
Le zo. de ce mois , la Reine fe rendit
à la Chapelle du Château de Versailles ,
où S.M. aprés avoir entendu la Meffe, qui
fut dite par l'Abbé de S. Aulaire, fon Aumônier
en quartier , fut relevée de fes-
Couches , avec les ceremonies accoûtumées
OCTOBRE. 1730. 2299
, par le Cardinal de Fleury , fon
Grand- Aumônier.
mées
Le 21. l'Abbé Lanti , Nonce Extraor
dinaire du Pape , s'étant rendu à Verſailles
, eut la premiere Audience particuliere'
du Roi. Il eut enfuite Audience de la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin .
Le Roi Staniflas & la Reine fon Epoufe,
qui font venus incognito , pour paffer quelques
jours à Verfailles avec la Reine leur
Fille , font retournez à Chambord. Pendant
leur féjour à la Cour , le Roi les a
vûs plufieurs fois chez la Reine.
Garderobbe du Roi , à été nommé
par S. M. Meftre de Camp d'un Regiment
d'Infanterie , vacant par la démiflion volontaire
du Marquis de la Chenelaye ,
Brigadier des Armées du Roi..
Le Marquis de Lanmari à obtenu la
Compagnie de Gendarmerie , vacante par
la mort de M. Trudaine. Le Marquis de
Bouville a été nommé Sous-Lieutenant
de Gendarmerie , le Marquis de Marignane
,
2298 MERCURE DE FRANCE 1
ne , Enſeigne , & le fils de M. Trudaine ,
Guidon ,
M. de Beaucaire , Meftre de Camp réformé,
a été nommé par le Roi Meftre de
Camp d'un Régiment deCavalerie, vacant
par la démiffion volontaire du Prince de
Lambefc.
Le Roi a donné l'Evêché d'Angers à
Abbé de Vaugiraud , Grand - Vicaire de
çe Diocèfe ; & S. M. a donné l'Abbaye de
Noaillé , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Poitiers , à l'Abbé Poncet de la Riviere .
Le Marquis de Creil , Brigadier des
Armées du Roi , & Meftre de Camp du
Régiment de Baffigny , a été nommé par
S. M. Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à Cheval de fa Maifon
, & le Roi a accordé au fils de M. de
Villemur, Lieutenant General des Armées
de S. M. qui commandoit cette Compa
gnie , le Regiment de Baffigny.
Le Roi a nommé le Comte de Rottembourg
, fon Ambaffadeur Extraordinaire
auprès du Roi d'Eſpagne,
Le zo. de ce mois , la Reine fe rendit
à la Chapelle du Château de Versailles ,
où S.M. aprés avoir entendu la Meffe, qui
fut dite par l'Abbé de S. Aulaire, fon Aumônier
en quartier , fut relevée de fes-
Couches , avec les ceremonies accoûtumées
OCTOBRE. 1730. 2299
, par le Cardinal de Fleury , fon
Grand- Aumônier.
mées
Le 21. l'Abbé Lanti , Nonce Extraor
dinaire du Pape , s'étant rendu à Verſailles
, eut la premiere Audience particuliere'
du Roi. Il eut enfuite Audience de la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin .
Le Roi Staniflas & la Reine fon Epoufe,
qui font venus incognito , pour paffer quelques
jours à Verfailles avec la Reine leur
Fille , font retournez à Chambord. Pendant
leur féjour à la Cour , le Roi les a
vûs plufieurs fois chez la Reine.
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Résumé : « Le Marquis de Souvré, Maître de la Garderobbe du Roi, a été nommé [...] »
En octobre 1730, plusieurs nominations ont eu lieu à la cour de France. Le Marquis de Souvré a été nommé Maître de Camp d'un régiment d'infanterie, succédant au Marquis de la Chenelaye. Le Marquis de Lanmari a obtenu la Compagnie de Gendarmerie, vacante après le décès de M. Trudaine. Le Marquis de Bouville a été nommé Sous-Lieutenant de Gendarmerie, le Marquis de Marignane Enseigne, et le fils de M. Trudaine Guidon. M. de Beaucaire a été nommé Maître de Camp d'un régiment de cavalerie, poste laissé vacant par la démission du Prince de Lambesc. Le Roi a attribué l'Évêché d'Angers à l'Abbé de Vaugiraud et l'Abbaye de Noaillé à l'Abbé Poncet de la Rivière. Le Marquis de Creil a été nommé Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des Grenadiers à Cheval de la Maison du Roi, et le fils de M. de Villemur a reçu le Régiment de Baffigny. Le Comte de Rottembourg a été désigné Ambassadeur Extraordinaire auprès du Roi d'Espagne. Le 20 octobre, la Reine s'est rendue à la Chapelle du Château de Versailles pour être relevée de ses couches par le Cardinal de Fleury. Le 21 octobre, l'Abbé Lanti, Nonce Extraordinaire du Pape, a eu sa première audience privée avec le Roi, suivie d'audiences avec la Reine et le Dauphin. Le Roi Stanislas et la Reine son épouse, venus incognito à Versailles avec la Reine leur fille, sont retournés à Chambord.
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1981
p. 2301-2303
Réjouissance sur la Naissance du Duc d'Anjou, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Régiment d'Anjou, Infanterie, sensible à l'honneur qu'il a d'avoir pour Colonel M. le [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Naissance du duc d'Anjou
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texteReconnaissance textuelle : Réjouissance sur la Naissance du Duc d'Anjou, &c. [titre d'après la table]
Le Régiment d'Anjou , Infanterie , fenfible à
'honneus
2302 MERCURE DE FRANCE
l'honneur qu'il a d'avoir pour Colonel M. le
Duc d'Anjou , a donné des marques éclatantes
de la joye qu'a caufé fon heureuſe Naiffance. Ce
Régiment eft campé fous Thionville ; les Dames
de la Ville & des environs ayant été invitées ,
ainfi que la plupart des Officiers Generaux & particuliers
du Camp & de la Ville de Mets , fe rendirent
le 18 Septembre au Camp, où tout étoit préparé
pour les recevoir, ce qui forma une très- brillante
Affemblée . La Fête commença par un grand
Bal , où l'on fervit toutes fortes de Rafraîchiffemens
. A l'entrée de la nuit tout le Camp fut illuminé
avec beaucoup de fimetrie ; la façade du
Camp formoit une fuite de Portiques d'un trèsbon
gout. On avoit élevé au milieu de deux Bataillons
, un Arc- de- Triomphe de 50. pieds de
haut , orné de Filaftres , de Corniches & de Confoles
; les Armes d'Anjou étoient placées en grand
dans le milieu, & celles de France dans les côtez.
Les Troupes étant en bataille , firent trois décharges
generales ; on fit dans l'intervale de chaun
feu continuel de Boetes & de Fufées . Ce
cune,
qui fut terminé par deux groffes Gerbes de Fu- fées qui partirent toutes à la fois . Enfuite on fervit
un très grand foupé , ou , pour mieux dire , plufieurs en même temps , pour toute l'Affemblée
. Après minuit le Bal recommença
jufqu'à l'ouver- ture des Portes de la Ville , que chacun fe fépara fatisfait de la Fête & du fujet qui y avoit donné
lieu. On fit auffi diftribuer beaucoup
de vin aux Soldats & aux Habitans que la curiofité y attira
La Ville de Troye , Capitale de la Province del
Champagne , s'eft toûjours diftinguée par fon
zele & fon attachement pour le Roi & pour la
Famille Royale L'année derniere tous les Ordres
de cette Ville firent éclater leur joye à l'occafion
de
OCTOBRE. 1730. 2303
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , &
P'Academie de Mufique fe fignala par une Fête
dont on a donné la defcription. Les marques de
ce même zele ont été renouvellées cette année au
fujet de la Naiffance de Monfeigneur le Duc d'An
jou. M. Morel , Chevalier de l'Ordre de S Michel
& Lieutenant General au Bailliage & Siege
Préfidial de cette Ville , qui exerce depuis environ
un an cette Charge avec diftinétion , a donné une
Fête très-galante. Lors des premieres Réjouiflances
Madame la Lieutenante Generale , chez laquelle
fe raffemble ordinairement la meilleure
Compagnie de la Ville , ayant été priée par les
Dames de leur donner un Bal , elle leur répondit
qu'elle leur offriroit volontiers ce plaifir auffi-tôt
que M. l'Intendant feroit en cette Ville , où il devoit
inceffamment faire la tournée. A fon arrivée
le jour ayant été pris au 10. d'Octobre , M. &
Mad. la Lieutenante Generale inviterent la Nobleffe
des environs & les principales perfonnes de
la Ville; la Fête commença à 5. heures par le jeu
dans differens Appartemens , on vit paroître à 7.
heures une Illumination bien entendue au dehors
& au- dedans de la Maiſon , 9. heures on fervit
deux Tables de 25. Couverts chacune , où ſe réünirent
l'abondance ,la délicateffe & le bon gout.Le
Repas fut terminé par une Symphonie qui fur
fuivie du Bal dans deux grandes Sales très éclai
rées , qui dura toute la nuit avec un grand concours
de Mafques. Pendant le Bal on diftribua
toutes fortes de Rafraîchiffemens , & la Compa
gnie fe retira fort fatisfaite. Le Jeudi fuivant l'Academie
de Mufique donna un Concert à M. l'Intendant
, où l'Affemblée fut nombreufe & brillan
ge , & le Concert fut très-bien executé.
'honneus
2302 MERCURE DE FRANCE
l'honneur qu'il a d'avoir pour Colonel M. le
Duc d'Anjou , a donné des marques éclatantes
de la joye qu'a caufé fon heureuſe Naiffance. Ce
Régiment eft campé fous Thionville ; les Dames
de la Ville & des environs ayant été invitées ,
ainfi que la plupart des Officiers Generaux & particuliers
du Camp & de la Ville de Mets , fe rendirent
le 18 Septembre au Camp, où tout étoit préparé
pour les recevoir, ce qui forma une très- brillante
Affemblée . La Fête commença par un grand
Bal , où l'on fervit toutes fortes de Rafraîchiffemens
. A l'entrée de la nuit tout le Camp fut illuminé
avec beaucoup de fimetrie ; la façade du
Camp formoit une fuite de Portiques d'un trèsbon
gout. On avoit élevé au milieu de deux Bataillons
, un Arc- de- Triomphe de 50. pieds de
haut , orné de Filaftres , de Corniches & de Confoles
; les Armes d'Anjou étoient placées en grand
dans le milieu, & celles de France dans les côtez.
Les Troupes étant en bataille , firent trois décharges
generales ; on fit dans l'intervale de chaun
feu continuel de Boetes & de Fufées . Ce
cune,
qui fut terminé par deux groffes Gerbes de Fu- fées qui partirent toutes à la fois . Enfuite on fervit
un très grand foupé , ou , pour mieux dire , plufieurs en même temps , pour toute l'Affemblée
. Après minuit le Bal recommença
jufqu'à l'ouver- ture des Portes de la Ville , que chacun fe fépara fatisfait de la Fête & du fujet qui y avoit donné
lieu. On fit auffi diftribuer beaucoup
de vin aux Soldats & aux Habitans que la curiofité y attira
La Ville de Troye , Capitale de la Province del
Champagne , s'eft toûjours diftinguée par fon
zele & fon attachement pour le Roi & pour la
Famille Royale L'année derniere tous les Ordres
de cette Ville firent éclater leur joye à l'occafion
de
OCTOBRE. 1730. 2303
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin , &
P'Academie de Mufique fe fignala par une Fête
dont on a donné la defcription. Les marques de
ce même zele ont été renouvellées cette année au
fujet de la Naiffance de Monfeigneur le Duc d'An
jou. M. Morel , Chevalier de l'Ordre de S Michel
& Lieutenant General au Bailliage & Siege
Préfidial de cette Ville , qui exerce depuis environ
un an cette Charge avec diftinétion , a donné une
Fête très-galante. Lors des premieres Réjouiflances
Madame la Lieutenante Generale , chez laquelle
fe raffemble ordinairement la meilleure
Compagnie de la Ville , ayant été priée par les
Dames de leur donner un Bal , elle leur répondit
qu'elle leur offriroit volontiers ce plaifir auffi-tôt
que M. l'Intendant feroit en cette Ville , où il devoit
inceffamment faire la tournée. A fon arrivée
le jour ayant été pris au 10. d'Octobre , M. &
Mad. la Lieutenante Generale inviterent la Nobleffe
des environs & les principales perfonnes de
la Ville; la Fête commença à 5. heures par le jeu
dans differens Appartemens , on vit paroître à 7.
heures une Illumination bien entendue au dehors
& au- dedans de la Maiſon , 9. heures on fervit
deux Tables de 25. Couverts chacune , où ſe réünirent
l'abondance ,la délicateffe & le bon gout.Le
Repas fut terminé par une Symphonie qui fur
fuivie du Bal dans deux grandes Sales très éclai
rées , qui dura toute la nuit avec un grand concours
de Mafques. Pendant le Bal on diftribua
toutes fortes de Rafraîchiffemens , & la Compa
gnie fe retira fort fatisfaite. Le Jeudi fuivant l'Academie
de Mufique donna un Concert à M. l'Intendant
, où l'Affemblée fut nombreufe & brillan
ge , & le Concert fut très-bien executé.
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Résumé : Réjouissance sur la Naissance du Duc d'Anjou, &c. [titre d'après la table]
Le Régiment d'Anjou a célébré la naissance du Duc d'Anjou, son colonel, à Thionville le 18 septembre. La fête a réuni les dames de la ville et des environs, ainsi que les officiers généraux et particuliers du camp et de Metz. Les festivités ont commencé par un grand bal, suivi d'illuminations et de feux d'artifice. Un arc de triomphe orné des armes d'Anjou et de France a été érigé, et les troupes ont tiré trois salves entrecoupées de pétards et de fusées. Un grand souper a été servi, et le bal a repris après minuit jusqu'à l'ouverture des portes de la ville. Parallèlement, la ville de Troyes a manifesté son attachement à la famille royale en organisant une fête en 1730 pour la naissance du Duc d'Anjou. M. Morel, Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et Lieutenant Général au Bailliage de Troyes, a orchestré une fête galante le 10 octobre. Madame la Lieutenante Générale a offert un bal après l'arrivée de l'Intendant, accompagné de jeux, d'une illumination et d'un repas somptueux. Un concert de l'Académie de Musique a également été donné en l'honneur de l'Intendant.
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1982
p. 2303-2306
Jeu de l'Anguille sur la Seine, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 10. Septembre, les Mariniers de la Pelleterie, joints avec quelques autres pour [...]
Mots clefs :
Jeu de l'Anguille, Naissance du duc d'Anjou, Fête, Spectateurs
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texteReconnaissance textuelle : Jeu de l'Anguille sur la Seine, &c. [titre d'après la table]
Le Dimanche 10. Septembre , les Mariniers de
la
27
2304 MERCURE DE FRANCE
la Pelleterie , joints avec quelques autres pour
témoigner leur joye au fujet de la naiffance de
Monfeigneur le Duc d'Anjou , voulurent fe
ignaler par une Fête qu'ils donnerent fur la
Seine , après en avoir obtenu la permiffion de
Meffieurs les Prevôt des Marchands & Echevins.
Ils tirerent l'anguille dans l'efpace de la
riviere qui fe trouve entre le Pont au Change
& le Pont Notre-Dame , la place étant fort convenable
pour ces fortes d'exercices , parce qu'elle
forme un quarré parfait & que les Spectateurs
s'y trouvent placez de tous côtez à une diſtance
raifonnable.
En conféquence des ordres du Prevôt des Marchands
& Echevins , on fit retirer tous les Batteaux
des Teinturiers & autres, pour rendre le caaal
entierement libre , & fur la permiffion qui
leur en fut accordée , ils arrangerent de grands
Batteaux de fel remplis de chaifes qu'ils louerent
au public & dont le produit leur fut accordé
pour fournir en quelque façon aux frais qu'ils
étoient obligez de faire pour cette Fête ; ils boucherent
toutes les arches des deux Ponts, & tout ce
grand quarré fut bordé par des Batteaux remplis
de Spectateurs , qui étoient en très-grand nombre
, auffi-bien qu'aux Balcons & aux fenêtres
des deux Ponts & des deux Quais .
On avoit orné très- proprement un grand Batteau
deftiné pour Mrs les Prévôt des Marchands ,
Echevins & autres Officiers de la Ville , & dans
lequel il fe trouva auffi beaucoup de Dames : aufſitôt
qu'on le vit approcher , les Mariniers , au fon
des Timbales & des Trompettes , commencerent
vers les 3. heures après midi , le jeu de la Lance
qui devint très - divertiffant les differentes manieres
dont ils tomboient dans l'eau & les differentes
culbutes qu'ils faifoient malgré eux ,
par
Les
OCTOBRE. 1730. 2305
Les combatans de la Lutte étoient montez fur
fix petits Batteaux , à chacun defquels il y avoit
5 Rames. 3. de ces Batteaux étoient peints en
fouge , & les 3. autres en bleu , auffi bien que
les Rames & les Lances; les Rameurs, comme les
Tireurs de Lance, étoient tous habillez de blanc
& avoient des Cocardes, dont la couleur répondoit
à celle des Batteaux où ils étoient . Par les
mouvemens de leurs Rames , ils faifoient revirer
leurs Batteaux à leur gré & s'entendoient fi - bien,
que quand ils fe rencontroient , ils fe touchoient
fi vivement avec leurs Lances , qu'il étoit rare
qu'il n'en tomba quelqu'un dans l'eau , & même
affez fouvent ils étoient renverfez tous les deux .
ce qui réjouiffoit infiniment , & formoit un petit
combat tres-divertiffant.Il y en eut deux, fur tout,
plus fermes que les autres , qui ne furent renver→
fez qu'à la fin. Ce divertiffement dura plus d'une
heure ; en finiffant les Mariniers fe jetterent tous
enſemble dans l'eau , qui fe trouva dans l'inſtant
couverte de Nageurs , dont les divers mouvemens
, joints à l'agitation de l'eau , donnerent
un fpectacle des plus agréables . Ils gagnerent le
Batteau , pour tirer l'Anguille ; & enfuite y étant
arrivez , ils tirerent au fort le rang qui devoit leur
échoir , & furent attacher l'Anguille à une corde,
qui étoit placée au milieu du Quay de Gêvres , à
la hauteur au moins d'un fecond étage , & qui
répondoit à un Tourniquet , du côté de la Pelleterie.
Ordinairement on reconnoît pour Roy celui
qui fans agir des mains , peut avec fes dents arracher
les entrailles de l'Anguille ; mais afin que
le plaifir dura plus long- temps , ils étoient convenus
enſemble que ce feroit celui qui emporteroit
le dernier morceau . Le Plaiſant de ce fpec
tacle fut que dans le temps qu'ils y penfoient le
I moins
2306 MERCURE DE FRANCE
moins , on lâchoit le Tourniquet , ce qui les faifoit
tomber & enfoncer fi avant dans l'eau, qu'ils
étoient tres - long - tems fans reparoître , & fouvent
ils fe trouvoient fi éloignez de l'Anguille
qu'ils ne pouvoient point la ratraper ; ce qui
donnoit lieu à un autre de prendre la place . Il
s'en trouva quelques - uns qui marquoient tant
de courage & de force , qu'ils fe laiffoient enlever,
en tenant la corde feulement des mains , & reftoient
dans cette fituation un temps tres-confiderable
, & quelquefois avoient encore affez de
vigueur pour s'élever & s'y attacher par les pieds.
La Fête fut interrompue pour un moment ,
par la chute d'un Echafaut trop foible , qu'on
avoit élevé fur le Batteau , qui fervoit pour monter
à la corde où l'Anguille étoit attachée. Ce qui
divertit beaucoup le public, dautant qu'ils étoient
tous montez deffus.
Tout le pafla avec beaucoup d'ordre & fans accident
, malgré la grande affluence de peuples qui
y accoururent, attirés la rareté de ces fortes de
fpectacles , dont on n'avoit point vu de pareils
depuis 37 ans.
par
Cela finit fur les fix heures du foir , avec de
grands applaudiffemens de la part des Spectateurs
, pour le Vainqueur que l'on conduifit au
Batteau de Meffieurs les Prevôt des Marchands
& Echevins , où il reçût la récompenfe de fa vic-
Loire.
M. le Cocq , Commis pour le paffage des Ponts,
homme fort entendu , s'eft donné bien des foins
pour conduire cette Fête.
la
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2304 MERCURE DE FRANCE
la Pelleterie , joints avec quelques autres pour
témoigner leur joye au fujet de la naiffance de
Monfeigneur le Duc d'Anjou , voulurent fe
ignaler par une Fête qu'ils donnerent fur la
Seine , après en avoir obtenu la permiffion de
Meffieurs les Prevôt des Marchands & Echevins.
Ils tirerent l'anguille dans l'efpace de la
riviere qui fe trouve entre le Pont au Change
& le Pont Notre-Dame , la place étant fort convenable
pour ces fortes d'exercices , parce qu'elle
forme un quarré parfait & que les Spectateurs
s'y trouvent placez de tous côtez à une diſtance
raifonnable.
En conféquence des ordres du Prevôt des Marchands
& Echevins , on fit retirer tous les Batteaux
des Teinturiers & autres, pour rendre le caaal
entierement libre , & fur la permiffion qui
leur en fut accordée , ils arrangerent de grands
Batteaux de fel remplis de chaifes qu'ils louerent
au public & dont le produit leur fut accordé
pour fournir en quelque façon aux frais qu'ils
étoient obligez de faire pour cette Fête ; ils boucherent
toutes les arches des deux Ponts, & tout ce
grand quarré fut bordé par des Batteaux remplis
de Spectateurs , qui étoient en très-grand nombre
, auffi-bien qu'aux Balcons & aux fenêtres
des deux Ponts & des deux Quais .
On avoit orné très- proprement un grand Batteau
deftiné pour Mrs les Prévôt des Marchands ,
Echevins & autres Officiers de la Ville , & dans
lequel il fe trouva auffi beaucoup de Dames : aufſitôt
qu'on le vit approcher , les Mariniers , au fon
des Timbales & des Trompettes , commencerent
vers les 3. heures après midi , le jeu de la Lance
qui devint très - divertiffant les differentes manieres
dont ils tomboient dans l'eau & les differentes
culbutes qu'ils faifoient malgré eux ,
par
Les
OCTOBRE. 1730. 2305
Les combatans de la Lutte étoient montez fur
fix petits Batteaux , à chacun defquels il y avoit
5 Rames. 3. de ces Batteaux étoient peints en
fouge , & les 3. autres en bleu , auffi bien que
les Rames & les Lances; les Rameurs, comme les
Tireurs de Lance, étoient tous habillez de blanc
& avoient des Cocardes, dont la couleur répondoit
à celle des Batteaux où ils étoient . Par les
mouvemens de leurs Rames , ils faifoient revirer
leurs Batteaux à leur gré & s'entendoient fi - bien,
que quand ils fe rencontroient , ils fe touchoient
fi vivement avec leurs Lances , qu'il étoit rare
qu'il n'en tomba quelqu'un dans l'eau , & même
affez fouvent ils étoient renverfez tous les deux .
ce qui réjouiffoit infiniment , & formoit un petit
combat tres-divertiffant.Il y en eut deux, fur tout,
plus fermes que les autres , qui ne furent renver→
fez qu'à la fin. Ce divertiffement dura plus d'une
heure ; en finiffant les Mariniers fe jetterent tous
enſemble dans l'eau , qui fe trouva dans l'inſtant
couverte de Nageurs , dont les divers mouvemens
, joints à l'agitation de l'eau , donnerent
un fpectacle des plus agréables . Ils gagnerent le
Batteau , pour tirer l'Anguille ; & enfuite y étant
arrivez , ils tirerent au fort le rang qui devoit leur
échoir , & furent attacher l'Anguille à une corde,
qui étoit placée au milieu du Quay de Gêvres , à
la hauteur au moins d'un fecond étage , & qui
répondoit à un Tourniquet , du côté de la Pelleterie.
Ordinairement on reconnoît pour Roy celui
qui fans agir des mains , peut avec fes dents arracher
les entrailles de l'Anguille ; mais afin que
le plaifir dura plus long- temps , ils étoient convenus
enſemble que ce feroit celui qui emporteroit
le dernier morceau . Le Plaiſant de ce fpec
tacle fut que dans le temps qu'ils y penfoient le
I moins
2306 MERCURE DE FRANCE
moins , on lâchoit le Tourniquet , ce qui les faifoit
tomber & enfoncer fi avant dans l'eau, qu'ils
étoient tres - long - tems fans reparoître , & fouvent
ils fe trouvoient fi éloignez de l'Anguille
qu'ils ne pouvoient point la ratraper ; ce qui
donnoit lieu à un autre de prendre la place . Il
s'en trouva quelques - uns qui marquoient tant
de courage & de force , qu'ils fe laiffoient enlever,
en tenant la corde feulement des mains , & reftoient
dans cette fituation un temps tres-confiderable
, & quelquefois avoient encore affez de
vigueur pour s'élever & s'y attacher par les pieds.
La Fête fut interrompue pour un moment ,
par la chute d'un Echafaut trop foible , qu'on
avoit élevé fur le Batteau , qui fervoit pour monter
à la corde où l'Anguille étoit attachée. Ce qui
divertit beaucoup le public, dautant qu'ils étoient
tous montez deffus.
Tout le pafla avec beaucoup d'ordre & fans accident
, malgré la grande affluence de peuples qui
y accoururent, attirés la rareté de ces fortes de
fpectacles , dont on n'avoit point vu de pareils
depuis 37 ans.
par
Cela finit fur les fix heures du foir , avec de
grands applaudiffemens de la part des Spectateurs
, pour le Vainqueur que l'on conduifit au
Batteau de Meffieurs les Prevôt des Marchands
& Echevins , où il reçût la récompenfe de fa vic-
Loire.
M. le Cocq , Commis pour le paffage des Ponts,
homme fort entendu , s'eft donné bien des foins
pour conduire cette Fête.
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Résumé : Jeu de l'Anguille sur la Seine, &c. [titre d'après la table]
Le 10 septembre, les mariniers de la Pelleterie, rejoints par d'autres, organisèrent une fête sur la Seine pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. Cette fête se déroula entre le Pont au Change et le Pont Notre-Dame, un espace approprié pour les exercices nautiques. Les autorités firent retirer les bateaux des teinturiers pour libérer le canal. Les mariniers louèrent de grands bateaux remplis de chaises pour le public, dont les recettes couvrirent une partie des frais. Les arches des deux ponts furent bouchées, formant un grand carré bordé par des bateaux de spectateurs, ainsi que par les balcons et fenêtres des ponts et quais. Un grand bateau orné accueillit les Prévôt des Marchands, Échevins et autres officiers de la ville, ainsi que de nombreuses dames. Vers 15 heures, les mariniers commencèrent le jeu de la lance, divertissant les spectateurs par leurs différentes chutes dans l'eau. Les combattants de la lutte étaient sur de petits bateaux peints en rouge et bleu, avec des rameurs et tireurs de lance habillés de blanc et portant des cocardes assorties. Ils manœuvraient habilement leurs bateaux, se touchant vivement avec leurs lances, ce qui provoquait souvent des chutes. Deux combattants se distinguèrent par leur fermeté. Après plus d'une heure de divertissement, les mariniers se jetèrent dans l'eau, couvrant la surface de nageurs. Ils tirèrent ensuite au sort pour déterminer l'ordre de l'épreuve de l'anguille, attachée à une corde sur le quai de Gêvres. Le but était de saisir les entrailles de l'anguille avec les dents, le vainqueur étant celui qui emporterait le dernier morceau. La fête fut brièvement interrompue par la chute d'un échafaud trop faible. La fête se termina vers 18 heures avec des applaudissements pour le vainqueur, qui reçut sa récompense sur le bateau des Prévôt des Marchands et Échevins. M. le Cocq, commis pour le passage des ponts, joua un rôle clé dans l'organisation de cette fête, qui n'avait pas eu de pareille depuis 37 ans.
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1983
p. 2496-2506
LETTRE écrite de Constantinople le 15. Septembre 1730. sur l'état present des affaires de Perse.
Début :
Schah Thamas, Roi de Perse, fils & successeur de Schah Hussein, ayant rassemblé une armée [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Ambassadeur, Constantinople, Armée, Troupes, Prince, Ministre, Schah
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople le 15. Septembre 1730. sur l'état present des affaires de Perse.
LETTRE écrite de Conftantinople le 15 .
Septembre 1730. fur l'état prefent
des affaires de Perfe
Chah Thamas , Roi de Perfe , fils & fucceffeur
de Schah Huffein , ayant raffemblé une armée
de 40. mille hommes & livré plufieurs combats
à l'Ufurpateur Acheraf , toujours avec quelque
avantage , s'avança enfin vers Iſpaham , ou
Acheraf fe trouvant extrêmement refferré & hors
d'état de fe deffendre , manquant de vivres & de
troupes,fans efpoir d'aucun fecours, fe fauva enfin
dans une Fortereffe auprès de la Ville de Schiras.
Schab
NOVEMBRE . 1730. 2497
Schah Thamas entra en triomphe dans Iſpaham
avec une partie de fon armée , & l'autre
partie pourfuivit Acheraf , qui fut affiegé dans
la Fortereffe où il s'étoit réfugié, & obligé de fe
rendre & ſe livrer entre les mains du Vainqueur :
de- là les Troupes Perfanes allerent affieger Schi
ras, & expoferent Acheraf chargé de chaînes à la
vue des habitans. Quoique les Affiegez fuflent
épouventez de cet objet , ils ne voulurent cependant
écouter aucunes propofitions , & ils aimerent
mieux s'expoſer à la mort que de capituler , enforte
que les Affiegeans furent obligez d'emporter
cette Place de force ; ils s'en rendirent les maîtres
en peu de jours , & ce fut dans cette Ville
que le Rebelle Acheraf reçut le châtiment de fa
révolte & de fon ufurpation. Il fut conduit dans
la Place publique , nud , chargé de chaînes , & fut
expofé à la vue du Peuple fur un échaffaut. Là on
fit la lecture du Procés qui lui avoit été fait ,
du jugement que le Roi avoit prononcé contre
lui , par lequel il étoit condamné à être écorché
vif avec des Etrilles de cheval . L'éxecution de cer
Arrêt fut terrible , les Bourreaux lui déchirerent
la peau & la chair jufqu'à ce qu'il eut rendu le dernier
foupir. Après la mort on lui coupa la tête
qui fut portée à Ifpaham à Schah Thamas. Son
corps fut dépecé, jetté dans la campagne & aban ,
donné aux bêtes féroces.
fie
&
Après cette expedition l'Armée de Perfe, grofpar
de nouvelles troupes , pourfuivit le cours
de fes victoires , & reprit fans obſtacle toute la
Province de Chirvan , & les Villes de Couchon ,
Caffan , Sava , Cafbin , Ternan & Bender , avec
tous les Pays & toutes les Places ufurpées par
Acheraf , & plufieurs autres qui appartenoient à
ce Rebelle , comme Schiras , le Fort de Cafchan,
Kalafy , & plufieurs autres Places . Les autres
H Pays
2498 MERCURE DE FRANCE
Pays & Villes de la Perfe , comme la Georgie
qui en étoit tributaire , occupez par le Grand Seigneur
, font demeurez jufques à preſent ſous l'obéiffance
de Sa Hauteffe.
Chah Sefy , frere du Roi de Perſe , fut fait
prifonnier dans le temps que le Roi fon pere vivoit
encore ; ce fut Schah Thamas, fon frère , qui
regne aujourd'hui , qui le fit empriſonner par jaloufie
, Chah Sefy trouva moyen de fe fauver &
de fe réfugier dans la maifon d'un Armenien en
qui il avoit une entiere confiance ; il y demeura
caché pendant quelque tems ; mais dans la fuite
cet Armenien craignant qu'on ne le découvrît ,
& voulant mettre Chah Sefy en fureté , s'adrefla
à un autre Arménien fon ami , qui demeuroit
dans la Province de l'Arabiſtan ; il lui confia fon
fecret , lui fit connoître le Prince qu'il tenoit caché
chez lui , le defir qu'il avoit de le fouftraire
aux recherches qu'on en faifoit & pria en même
temps cet ami de le recevoir chez lui. L'Armé--
nien d'Arabistan confentit à la propofition & celui
d'Ifpaham ayant fait traveftir Chah Sefy en
Muletier , il le fit fortir fecretement de la Ville
accompagné d'un Valet affidé qui fe mit à la fuite
des Mulets qu'il avoit coûtume d'envoyer dans
les Villages circonvoifins pour fes proviſions de
bois & de paille. Ce Prince étant paffé par ce
moyen dans l'Arabiſtan, y fut reçu, comme on le
lui avoit fait efperer , par celui à qui il avoit été
recommandé , & fon arrivée ayant été fçûë des
principaux habitans de cette Province , ' ils lui
rendirent les honneurs dûs à fon le
rang > reçurent
comme fils de Roi , & le mirent à la tête de
12 mille hommes pour deffendre leur Province
de l'invafion dont elle étoit menacée de la part
d'Acheraf. La confiance que ces Peuples témoi
gnerent d'abord à Chah Sefy ne fut pas de lon-
*
gue
>
NOVEMBRE. 1730. 2499
gue durée , ils le foupçonnerent bien - tôt de vouloir
fe rendre maître de leur Pays , à la faveur
des troupes qu'ils lui avoient données , au lieu
de fonger à le deffendre contre Acheraf , & dans
cette penfée ils réfolurent de l'affaffiner; ce Prince
fut averti de leur deffein ; & pour garantir la vie
du danger dont elle étoit menacée , il réfolut de
prendre la fuite , déguifé fous les habits d'un de
fes domeftiques , à qui il dit qu'il avoit des affaires
très importantes à ménager à la faveur de ce
déguiſement , lui ordonnant de refter dans fon
Appartement fans fe montrer , & lui promettant
qu'il feroit de retour le foir même. Le Prince fe
fauva ainfi fans être reconnu , & peu de temps
après ceux qui vinrent dans fon Appartement
pour le tuer,affaffinerent cruellement fon Domef
tique, craignant qu'il ne les découvrît.
Chah Sefy étant ainfi forti de la Province de
l'Arabiſtan , & n'ofant pas fe confier à ſon frere
qui étoit déja monté fur le Trône , forma le deffein
de recourir à la protection du G. S. il alla
à Bagdat ou Babilone , & s'étant fait connoître
au l'acha, il en fut reçû très-honorablement, avec
promeffe qu'il lui donneroit une entiere affiftance,
& qu'il ménageroit fes interêts auprès de Sa Hau
teffe. Cependant il lui fournit de l'argent & tout
• ce qui lui étoit néceffaire fuivant fon rang;en même
tems ce Pacha en'donna' avis à la Porte , &
demanda des ordres pour faire transferer ce Prince
à Conftantinople.
Le G. S. fit une réponſe favorable, & en confequence
Chah Sefy fut conduit à Conftantinople.
où il eft actuellement très - honoré , & où il reçoit
des fecours confiderables pour fon entretien
& pour celui de 60. perfonnes qui font à ſa ſuite.
Il à un Tain , * pour 100. perfonnes par jour ,
* Tain, certaine ſomme aſſignée par jour.
Hi
ds
2500 MERCURE DE FRANCE
outre tous les vivres neceffaires pour l'entretien
de fa Table & de fa Maifon , pour fon Ecurie &
pour fix Caiques ou Felouques , fon logement
lui fut affigné à Calcedoine , où il est toujours
avec une Garde de 20. Janniffaires , commandez
par un Officier. Il eut dernierement une Audiance
du G.V.qui lui donna des Veſtes & des Peliffes magnifiques
, & plufieurs autres prefens , entre auties
un très- beau Cheval de l'Ecurie du G. S. avec de
riches harnois de la valeur d'environ 30. Bourfes.
L'Ambaffadeur de Schah Thamas, Roi de Perfe,
étant arrivé à Scutari , la Porte lui envoya le 18.
Juin 2. Galeres fur lesquelles s'étant embarqué
avec toute fa fuite , elles entrerent dans le Port
au bruit d'une quantité prodigieufe de Canon, &
allerent débarquer l'Ambaffadeur à l'Echelle de
la Doüanne , où s'étant repofé pendant quelque
tenips , le Chaoux Bachy y arriva pour le conduire
au logement qui lui étoit préparé , & pour
regler la Marche de fon Entrée qui fut faite dans
l'ordre fuivant :
On voyoit d'abord un grand nombre de Janniflaires
marchant fur deux lignes avec leurs Bonnets
de ceremonie ; ils étoient fuivis d'un grand
nombre de perfonnes de la Maiſon du G. V.
toutes vétues fort proprement : 120. Chaoux
à cheval venoient enfuite avec plufieurs Agas ; 12.
Perfans à pied avec des Cottes d'émail , portant
de longues Lances qu'ils manioient avec beaucoup
d'agilité , fervoient comme d'avant-garde à
l'Ambaffadeur qui marchoit d'abord aprés eux à
la gauche du Chaoux Bachy. Il avoit une Robbe
de drap d'or doublée de Marthe zibeline, unTurban
à la mode de Perfe , d'une Etoffe d'or à fleurs
de diverfes couleurs , parmi lesquelles le blanc
dominoit. C'eſt un homme d'environ 40. ans ,
ayant une barbe noire & un afpect affez gravé ,
30.
NOVEMBRE. 1730. 2501.
30. Perfans à cheval , tous jeunes & bien vêtus ,
marchoient après lui , & la Marche étoit fermé
par plus de 300. perfonnes de fa fuite ; les uns
armez d'armes à feu & les autres de Sabres &
d'Arcs , de Fleches & de Lances , & au milieu de
cette foule marchoient 10. Chevaux chargez de
Caiffes fort belles en dehors , dans lesquelles on
prétend qu'étoient contenus les Prefens deſtinez
pour le G. S. le G. V. & les autres Miniftres de
la Porte.
Le 3. Juillet il alla rendre au G. V. une vifite
privée , c'eſt-à - dire , avec très -peu de fuite , mais
la Chambre d'Audiance dans laquelle il fut reçû ,
étoit beaucoup plus parée qu'à l'ordinaire ; on y
voyoit fur les Couffins & fur les Sophas beaucoup
de Montres d'or , des Sabres & des Poignards de
grande valeur , prefque tous couverts de Pierreries
, outre 14. Pendules magnifiques par la beauté
de l'Ouvrage & la richeffe des ornemens,
Après le Compliment ordinaire , il rendit au
Vifir une Lettre de fon Maître , & lui expofa le
fujet de fa Miffion ; il lui dit que le Roi de Perfe
fouhaitoit d'avoir avec la Porte une Paix ferme
& durable , mais qu'il falloit que l'on commençât
par lui rendre toutes les Places dont le G. S.
s'étoit emparé en Perfe , & tous les Perfans qui
avoient été faits Efclaves dans la derniere guerre ;
cette vifite fe termina par des réponſes vagues &
generales.
Quelques jours après la Porte ayant reçû avis
que les Perfans avoient commencé des Actes
d'hoftilité & qu'ils s'étoient rendus maîtres d'Amadan,
Le G.V.qui avoit déja tenu deux Confeils
avec les principaux Miniftres dans le Serrail du
Capitan Pacha, en fit convoquer un autre à Fondukly
( lieu fitué en Europe , à l'entrée du Canal
de la Mer noire) il y fit appeller l'Ambaffadeur de
Hij Perfe
2502 MERCURE DE FRANCE
Perfe , auquel il dit , que puifque Schah Thamás
avoit commencé les hoftilitez dans le tems même
qu'il avoit envoyé un Ambaffadeur pour négocier
la Faix , il ne pouvoit plus écouter aucune
propofition , & qu'il falloit au contraire fe préparer
à la guerre , puifqu'il n'avoit point les pouvoirs
néceffaires pour traiter & conclure un accommodement
fur les propofitions qu'il avoit faites
à fon arrivée.L'Ambaffadeur répondit qu'il ne
pouvoit pas fe perfuader que ces nouvelles fuffent
veritables; mais qu'en fuppofant même qu'elles le
fuffent , il étoit certain que les hoftilitez n'avoient
point été commencées par l'ordre de fon Maître;
mais que c'étoit peut- être un foulevement imprévu
du Peuple irrité par le fouvenir des tyrannies
& des cruautez qui avoient été exercées dans
la derniere guerre ; que pour lui il n'avoit d'autre
pouvoir & d'autre commiffion que ce qu'il avoit
expofé dans fa premiere vifite , & dont il ne pouvoit
pas s'éloigner ; que tout ce qu'il pouvoit
fuggerer à la Porte , c'étoit d'expedier fur le
champ quelque perfonne de confiance avec des
pouvoirs de traiter avec le Roi de Perfe ; qu'il
s'offroit lui-même d'envoyer une perfonne de fa
part avec des Lettres pour tâcher de parvenir à la
Paix , efperant que dans 60. jours on pourroit
recevoir les Réponſes , ce qui fut ainfi réſolu.
L'Ambaffadeur étant retourné chez lui , il fut
mis d'abord fous la garde de 4. Compagnies de
Janniffaires , fans avoir la liberté de fortir , nonplus
que les perfonnes de fa fuite , excepté quelques-
uns de fes plus bas Officiers. Quelques jours
après la guerre fut publiée , & on déclara publiquement
les prétentions du Roi de Perfe ; on ajouta
que le G. V. iroit hyverner à Alep , le Janniffaire
Aga , à Erzeron , & le Topigi Bachy , ou
Grand - Maître d'Artillerie à Ardebil ; on expeNOVEMBRE
. 1730. 2503
pedia en même-temps un grand nombre d'Ouvriers
à Coigny pour réparer le Serrail de cette
Ville , éloigné de feize journées de Conftan
tinople , où le G. S. iroit paffer l'hyver : le
Capitan Pacha fut nommé Caimacan de Conftantinople
, & les Pavillons des principaux Commandans
furent expofez à la Place de l'Hyppodrome
& aux autres endroits accoûtumez . Le Reys
Effendi fit fçavoir aux Ambaffadeurs de France ,
d'Angleterre & de Hollande , que fuivant l'ufage
ordinaire ils pourroient faire préparer chacun un
de leurs Drogmans pour fuivre le G. V. on fit
faire la même déclaration aux Réfidens de Mofcovie
, aufquels le Reys Effendy déclara de plus
qu'ils devoient fuivre perfonnellement le G. S.
On tira des Magazins de Top- hana 150. Canons
de campagne & 80. Canons de batterie , &
on en fit l'épreuve les 20. 21. & 22. Juin . On
voyoit dans toutes les rues de Conftantinople
vendre en grande quantité des Armes à feu &
de toutes autres fortes d'Armes , on y travailla à
des Pavillons neufs , & on y prépara, en un mot ,
tout ce qui eft neceffaire pour une armée . On a
depuis publié des ordres pour faire lever fur les
Arts & Métiers la taxe qu'ils ont accoûtumé de
payer en tems de guerre.
On prépare en toute diligence deux Vaiffeaux
de guerre pour les envoyer à Alexandrette,
chargez de Poudre , de Balles , de Canons , de
Boulets & de toutes fortes de munitions de guerre,
pour être tranſportez dans tous les endroits où
on en aura befoin , & on prépare auffi pour le
même fujet plufieurs Saiques pour aller faire le
même tranſport dans la Mer Noire à Trébiſonde.
On dit ici publiquement, que la vafte Province
de Candahar , Pays des Aghuans , d'où Acheraf
tiroit fon origine , s'eft volontairement foumis
H iiij કે
2504 MERCURE DE FRANCE
à Schah Thamas après la défaite d'Aſcheraf.
>
L'Ambaffadeur de Perfe eut le 25. une Audiance
du G. S. qui outre le Caftan ordinaire ,
lui fit prefent d'une Vefte fourrée de Marthe
Zibeline . On diftribua 16 Caftans aux principales
perfonnes de fa fuite ; & l'Ambaſſadeur préfenta
de la part de Schah Thamas , au G. S. un
Bouclier , & un Candgiar ou Poignard de grande
valeur , une Bourfe de drap d'or cachetée , dont
on ne fçait pas le contenu & plufieurs piéces
d'Etoffe d'or , d'argent & de foye , d'un travail
recherché & curieux.
x
Le matin du 27. les Queues de Cheval furent
expofées dans les lieux ordinaires , comme au dehors
de la porte du Serrail du G.S. & de celui du
G. V. & des autres Pachas , deftinez pour aller à
cette guerre ; ces Queues qui font les Etendarts
des Turcs , confiftent en une longue Perche
plantée en terre , au haut de laquelle eft un
Pommeau doré,duquel pend une queue de Cheval.
Le 31 Juillet , les Queues de Cheval furent
portées publiquement & avec ceremonie , du Serrail
à l'Echelle de Baktche Kapouci, fur une Galere
que remorquoient plufieurs Mahones. La
marche fut réglée dans l'ordre fuivant. 40. Spahis
ou Cavaliers marchoient à la tête avec des Plumets,
portant des Armes à feu & des Sabres . 50. Tartares
venoient enfuite à Cheval , armez d'Arcs & de
Fléches ; 200 jeunes gens à Cheval marchoient
enfuite , portant des Piques , au haut defquelles
étoient des Banderolles un Officier des Janiffaires
, à pied , venoit après , portant une Queuë
de Cheval. Il étoit fuivi de 19 autres à Cheval
portant chacun une Queue , mais plus petites
que celle qui étoit portée par l'Officier à pied .
80. hommes marchoient enfuite , armez differemment
; ils compofoient la garde du G.V. qui
;
>
eft
NOVEMBRE . 1730. 2509.
eft Pacha à 3.Queues. On voyoit après 10.Chevaux
de main , tres -richement harnachez.
Le Kiaya ou Lieutenant duVifir , faivoit à Cheval
, entouré de plus de 40 Tchohadas ; il étoit
fuivi de 100 Itch Alagars , richement habillez ,
venoient enfuite 36 perfonnes à Cheval, fonnant
de la Trompette , & joüant du Timpanon , du
Tambour & d'autres Inftrumens Turcs . La Marche
étoit terminée par 40 Chameaux , chargez
des Pavillons des principaux Commandans . ,
Quand ils furent arrivez à l'Echelle de Baktche
Kapouci , le Kiaya s'étant embarqué fur la Galere
avec la garde du Vifir , les Queues de Cheval
, les Joueurs d'Inftrumens qui ne difcontinuoient
pas leur fanfarre , & les Tchohadais , il
paffa à Scurary , & fut falué à fon pailage de
plufieurs coups de Canons ; tout le refte de fa
fuite s'embarqua fur les Mahones.
Dans les journées précédentes on avoit ap
plani quelques Campagnes & brûlé quelques Vi
gnes entre Scutary & Calcedoine , pour y faire
camper l'armée. Le 2 du mois d'Aouft , on vit
pendant toute la journée un grand nombre de
Mahones,de Barqués & d'autres Bâtimens ,tranf
porter de Conftantinople au Camp de Scutari utk
grand nombre de Troupes , & le Camp fe forma
au delà du Serrail du G. S. à Calcedoine ,
heure de chemin de Scutary .
à une
Le G. S. étant arrivé au Camp le 3. du mois
d'Aouft , defcendit de Cheval à fon Pavillon Impérial
& pafla fur le foir dans fon Serrail , o
il avait été précédé de fon Harem ou Maifons
des Daines , qui y avoit été porté par 11.
Caïques , couverts de drap touge. On permit à
Ambaffadeur de Perfe d'aller voir cette marche
Scutary , d'où il retourna fur le champ dans
l'endroit où il eſt logé , toujours avec la même
Hy garde
2 506 MERCURE DE FRANCE
garde de Janiffaires ; quelques- uns des Miniftres
Etrangers allerent à Scutary , dans des maifons
particulieres pour voir paffer le G.S. & fon Cortege.
La Cour du G. S. fe tient dans le Camp
où font tous les Miniftres.
Le Caïmacam a déja commencé d'exercer fon
autorité à Conftantinople , & le Capitan Pacha
a fubftitué le Terfana Eminy pour exercer fon
autorité dans l'Arfenal. Les Miniftres des Princes
Etrangers ont fait faire compliment au G.V.
au Kiaya, au Reys Effendi, & ont fait auffi complimenter
le Capitan Pacha fur fa Charge de
Caimacan .
Le 8 d'Aouft , les Ambaffadeurs de Ragufe
avec une fuite de 8 perfonnes , allerent au Camp
baifer la Vefte au G. V. comme Rayas ou Tributaires
de la Porte , & en rapporterent trois
Caftans.
Le 12 , un des deux Vaiffeaux dont on a parlé,
destiné pour Alexandrette , partit de ce Port ,
chargé de munitions de guerre. L'Armée groffit
tous les jours , & il y arrive journellement une
grande quantité de Chameaux , de Chevaux & de
Mulets.
Nous fommes aujourd'hui au 15 du mois de
Sept. fans que l'on fçache encore fi l'Armée partira.
Le G.S. continue fon féjour dans le Serrail
du Scutary , & toute la Cour demeure au Camp.
Septembre 1730. fur l'état prefent
des affaires de Perfe
Chah Thamas , Roi de Perfe , fils & fucceffeur
de Schah Huffein , ayant raffemblé une armée
de 40. mille hommes & livré plufieurs combats
à l'Ufurpateur Acheraf , toujours avec quelque
avantage , s'avança enfin vers Iſpaham , ou
Acheraf fe trouvant extrêmement refferré & hors
d'état de fe deffendre , manquant de vivres & de
troupes,fans efpoir d'aucun fecours, fe fauva enfin
dans une Fortereffe auprès de la Ville de Schiras.
Schab
NOVEMBRE . 1730. 2497
Schah Thamas entra en triomphe dans Iſpaham
avec une partie de fon armée , & l'autre
partie pourfuivit Acheraf , qui fut affiegé dans
la Fortereffe où il s'étoit réfugié, & obligé de fe
rendre & ſe livrer entre les mains du Vainqueur :
de- là les Troupes Perfanes allerent affieger Schi
ras, & expoferent Acheraf chargé de chaînes à la
vue des habitans. Quoique les Affiegez fuflent
épouventez de cet objet , ils ne voulurent cependant
écouter aucunes propofitions , & ils aimerent
mieux s'expoſer à la mort que de capituler , enforte
que les Affiegeans furent obligez d'emporter
cette Place de force ; ils s'en rendirent les maîtres
en peu de jours , & ce fut dans cette Ville
que le Rebelle Acheraf reçut le châtiment de fa
révolte & de fon ufurpation. Il fut conduit dans
la Place publique , nud , chargé de chaînes , & fut
expofé à la vue du Peuple fur un échaffaut. Là on
fit la lecture du Procés qui lui avoit été fait ,
du jugement que le Roi avoit prononcé contre
lui , par lequel il étoit condamné à être écorché
vif avec des Etrilles de cheval . L'éxecution de cer
Arrêt fut terrible , les Bourreaux lui déchirerent
la peau & la chair jufqu'à ce qu'il eut rendu le dernier
foupir. Après la mort on lui coupa la tête
qui fut portée à Ifpaham à Schah Thamas. Son
corps fut dépecé, jetté dans la campagne & aban ,
donné aux bêtes féroces.
fie
&
Après cette expedition l'Armée de Perfe, grofpar
de nouvelles troupes , pourfuivit le cours
de fes victoires , & reprit fans obſtacle toute la
Province de Chirvan , & les Villes de Couchon ,
Caffan , Sava , Cafbin , Ternan & Bender , avec
tous les Pays & toutes les Places ufurpées par
Acheraf , & plufieurs autres qui appartenoient à
ce Rebelle , comme Schiras , le Fort de Cafchan,
Kalafy , & plufieurs autres Places . Les autres
H Pays
2498 MERCURE DE FRANCE
Pays & Villes de la Perfe , comme la Georgie
qui en étoit tributaire , occupez par le Grand Seigneur
, font demeurez jufques à preſent ſous l'obéiffance
de Sa Hauteffe.
Chah Sefy , frere du Roi de Perſe , fut fait
prifonnier dans le temps que le Roi fon pere vivoit
encore ; ce fut Schah Thamas, fon frère , qui
regne aujourd'hui , qui le fit empriſonner par jaloufie
, Chah Sefy trouva moyen de fe fauver &
de fe réfugier dans la maifon d'un Armenien en
qui il avoit une entiere confiance ; il y demeura
caché pendant quelque tems ; mais dans la fuite
cet Armenien craignant qu'on ne le découvrît ,
& voulant mettre Chah Sefy en fureté , s'adrefla
à un autre Arménien fon ami , qui demeuroit
dans la Province de l'Arabiſtan ; il lui confia fon
fecret , lui fit connoître le Prince qu'il tenoit caché
chez lui , le defir qu'il avoit de le fouftraire
aux recherches qu'on en faifoit & pria en même
temps cet ami de le recevoir chez lui. L'Armé--
nien d'Arabistan confentit à la propofition & celui
d'Ifpaham ayant fait traveftir Chah Sefy en
Muletier , il le fit fortir fecretement de la Ville
accompagné d'un Valet affidé qui fe mit à la fuite
des Mulets qu'il avoit coûtume d'envoyer dans
les Villages circonvoifins pour fes proviſions de
bois & de paille. Ce Prince étant paffé par ce
moyen dans l'Arabiſtan, y fut reçu, comme on le
lui avoit fait efperer , par celui à qui il avoit été
recommandé , & fon arrivée ayant été fçûë des
principaux habitans de cette Province , ' ils lui
rendirent les honneurs dûs à fon le
rang > reçurent
comme fils de Roi , & le mirent à la tête de
12 mille hommes pour deffendre leur Province
de l'invafion dont elle étoit menacée de la part
d'Acheraf. La confiance que ces Peuples témoi
gnerent d'abord à Chah Sefy ne fut pas de lon-
*
gue
>
NOVEMBRE. 1730. 2499
gue durée , ils le foupçonnerent bien - tôt de vouloir
fe rendre maître de leur Pays , à la faveur
des troupes qu'ils lui avoient données , au lieu
de fonger à le deffendre contre Acheraf , & dans
cette penfée ils réfolurent de l'affaffiner; ce Prince
fut averti de leur deffein ; & pour garantir la vie
du danger dont elle étoit menacée , il réfolut de
prendre la fuite , déguifé fous les habits d'un de
fes domeftiques , à qui il dit qu'il avoit des affaires
très importantes à ménager à la faveur de ce
déguiſement , lui ordonnant de refter dans fon
Appartement fans fe montrer , & lui promettant
qu'il feroit de retour le foir même. Le Prince fe
fauva ainfi fans être reconnu , & peu de temps
après ceux qui vinrent dans fon Appartement
pour le tuer,affaffinerent cruellement fon Domef
tique, craignant qu'il ne les découvrît.
Chah Sefy étant ainfi forti de la Province de
l'Arabiſtan , & n'ofant pas fe confier à ſon frere
qui étoit déja monté fur le Trône , forma le deffein
de recourir à la protection du G. S. il alla
à Bagdat ou Babilone , & s'étant fait connoître
au l'acha, il en fut reçû très-honorablement, avec
promeffe qu'il lui donneroit une entiere affiftance,
& qu'il ménageroit fes interêts auprès de Sa Hau
teffe. Cependant il lui fournit de l'argent & tout
• ce qui lui étoit néceffaire fuivant fon rang;en même
tems ce Pacha en'donna' avis à la Porte , &
demanda des ordres pour faire transferer ce Prince
à Conftantinople.
Le G. S. fit une réponſe favorable, & en confequence
Chah Sefy fut conduit à Conftantinople.
où il eft actuellement très - honoré , & où il reçoit
des fecours confiderables pour fon entretien
& pour celui de 60. perfonnes qui font à ſa ſuite.
Il à un Tain , * pour 100. perfonnes par jour ,
* Tain, certaine ſomme aſſignée par jour.
Hi
ds
2500 MERCURE DE FRANCE
outre tous les vivres neceffaires pour l'entretien
de fa Table & de fa Maifon , pour fon Ecurie &
pour fix Caiques ou Felouques , fon logement
lui fut affigné à Calcedoine , où il est toujours
avec une Garde de 20. Janniffaires , commandez
par un Officier. Il eut dernierement une Audiance
du G.V.qui lui donna des Veſtes & des Peliffes magnifiques
, & plufieurs autres prefens , entre auties
un très- beau Cheval de l'Ecurie du G. S. avec de
riches harnois de la valeur d'environ 30. Bourfes.
L'Ambaffadeur de Schah Thamas, Roi de Perfe,
étant arrivé à Scutari , la Porte lui envoya le 18.
Juin 2. Galeres fur lesquelles s'étant embarqué
avec toute fa fuite , elles entrerent dans le Port
au bruit d'une quantité prodigieufe de Canon, &
allerent débarquer l'Ambaffadeur à l'Echelle de
la Doüanne , où s'étant repofé pendant quelque
tenips , le Chaoux Bachy y arriva pour le conduire
au logement qui lui étoit préparé , & pour
regler la Marche de fon Entrée qui fut faite dans
l'ordre fuivant :
On voyoit d'abord un grand nombre de Janniflaires
marchant fur deux lignes avec leurs Bonnets
de ceremonie ; ils étoient fuivis d'un grand
nombre de perfonnes de la Maiſon du G. V.
toutes vétues fort proprement : 120. Chaoux
à cheval venoient enfuite avec plufieurs Agas ; 12.
Perfans à pied avec des Cottes d'émail , portant
de longues Lances qu'ils manioient avec beaucoup
d'agilité , fervoient comme d'avant-garde à
l'Ambaffadeur qui marchoit d'abord aprés eux à
la gauche du Chaoux Bachy. Il avoit une Robbe
de drap d'or doublée de Marthe zibeline, unTurban
à la mode de Perfe , d'une Etoffe d'or à fleurs
de diverfes couleurs , parmi lesquelles le blanc
dominoit. C'eſt un homme d'environ 40. ans ,
ayant une barbe noire & un afpect affez gravé ,
30.
NOVEMBRE. 1730. 2501.
30. Perfans à cheval , tous jeunes & bien vêtus ,
marchoient après lui , & la Marche étoit fermé
par plus de 300. perfonnes de fa fuite ; les uns
armez d'armes à feu & les autres de Sabres &
d'Arcs , de Fleches & de Lances , & au milieu de
cette foule marchoient 10. Chevaux chargez de
Caiffes fort belles en dehors , dans lesquelles on
prétend qu'étoient contenus les Prefens deſtinez
pour le G. S. le G. V. & les autres Miniftres de
la Porte.
Le 3. Juillet il alla rendre au G. V. une vifite
privée , c'eſt-à - dire , avec très -peu de fuite , mais
la Chambre d'Audiance dans laquelle il fut reçû ,
étoit beaucoup plus parée qu'à l'ordinaire ; on y
voyoit fur les Couffins & fur les Sophas beaucoup
de Montres d'or , des Sabres & des Poignards de
grande valeur , prefque tous couverts de Pierreries
, outre 14. Pendules magnifiques par la beauté
de l'Ouvrage & la richeffe des ornemens,
Après le Compliment ordinaire , il rendit au
Vifir une Lettre de fon Maître , & lui expofa le
fujet de fa Miffion ; il lui dit que le Roi de Perfe
fouhaitoit d'avoir avec la Porte une Paix ferme
& durable , mais qu'il falloit que l'on commençât
par lui rendre toutes les Places dont le G. S.
s'étoit emparé en Perfe , & tous les Perfans qui
avoient été faits Efclaves dans la derniere guerre ;
cette vifite fe termina par des réponſes vagues &
generales.
Quelques jours après la Porte ayant reçû avis
que les Perfans avoient commencé des Actes
d'hoftilité & qu'ils s'étoient rendus maîtres d'Amadan,
Le G.V.qui avoit déja tenu deux Confeils
avec les principaux Miniftres dans le Serrail du
Capitan Pacha, en fit convoquer un autre à Fondukly
( lieu fitué en Europe , à l'entrée du Canal
de la Mer noire) il y fit appeller l'Ambaffadeur de
Hij Perfe
2502 MERCURE DE FRANCE
Perfe , auquel il dit , que puifque Schah Thamás
avoit commencé les hoftilitez dans le tems même
qu'il avoit envoyé un Ambaffadeur pour négocier
la Faix , il ne pouvoit plus écouter aucune
propofition , & qu'il falloit au contraire fe préparer
à la guerre , puifqu'il n'avoit point les pouvoirs
néceffaires pour traiter & conclure un accommodement
fur les propofitions qu'il avoit faites
à fon arrivée.L'Ambaffadeur répondit qu'il ne
pouvoit pas fe perfuader que ces nouvelles fuffent
veritables; mais qu'en fuppofant même qu'elles le
fuffent , il étoit certain que les hoftilitez n'avoient
point été commencées par l'ordre de fon Maître;
mais que c'étoit peut- être un foulevement imprévu
du Peuple irrité par le fouvenir des tyrannies
& des cruautez qui avoient été exercées dans
la derniere guerre ; que pour lui il n'avoit d'autre
pouvoir & d'autre commiffion que ce qu'il avoit
expofé dans fa premiere vifite , & dont il ne pouvoit
pas s'éloigner ; que tout ce qu'il pouvoit
fuggerer à la Porte , c'étoit d'expedier fur le
champ quelque perfonne de confiance avec des
pouvoirs de traiter avec le Roi de Perfe ; qu'il
s'offroit lui-même d'envoyer une perfonne de fa
part avec des Lettres pour tâcher de parvenir à la
Paix , efperant que dans 60. jours on pourroit
recevoir les Réponſes , ce qui fut ainfi réſolu.
L'Ambaffadeur étant retourné chez lui , il fut
mis d'abord fous la garde de 4. Compagnies de
Janniffaires , fans avoir la liberté de fortir , nonplus
que les perfonnes de fa fuite , excepté quelques-
uns de fes plus bas Officiers. Quelques jours
après la guerre fut publiée , & on déclara publiquement
les prétentions du Roi de Perfe ; on ajouta
que le G. V. iroit hyverner à Alep , le Janniffaire
Aga , à Erzeron , & le Topigi Bachy , ou
Grand - Maître d'Artillerie à Ardebil ; on expeNOVEMBRE
. 1730. 2503
pedia en même-temps un grand nombre d'Ouvriers
à Coigny pour réparer le Serrail de cette
Ville , éloigné de feize journées de Conftan
tinople , où le G. S. iroit paffer l'hyver : le
Capitan Pacha fut nommé Caimacan de Conftantinople
, & les Pavillons des principaux Commandans
furent expofez à la Place de l'Hyppodrome
& aux autres endroits accoûtumez . Le Reys
Effendi fit fçavoir aux Ambaffadeurs de France ,
d'Angleterre & de Hollande , que fuivant l'ufage
ordinaire ils pourroient faire préparer chacun un
de leurs Drogmans pour fuivre le G. V. on fit
faire la même déclaration aux Réfidens de Mofcovie
, aufquels le Reys Effendy déclara de plus
qu'ils devoient fuivre perfonnellement le G. S.
On tira des Magazins de Top- hana 150. Canons
de campagne & 80. Canons de batterie , &
on en fit l'épreuve les 20. 21. & 22. Juin . On
voyoit dans toutes les rues de Conftantinople
vendre en grande quantité des Armes à feu &
de toutes autres fortes d'Armes , on y travailla à
des Pavillons neufs , & on y prépara, en un mot ,
tout ce qui eft neceffaire pour une armée . On a
depuis publié des ordres pour faire lever fur les
Arts & Métiers la taxe qu'ils ont accoûtumé de
payer en tems de guerre.
On prépare en toute diligence deux Vaiffeaux
de guerre pour les envoyer à Alexandrette,
chargez de Poudre , de Balles , de Canons , de
Boulets & de toutes fortes de munitions de guerre,
pour être tranſportez dans tous les endroits où
on en aura befoin , & on prépare auffi pour le
même fujet plufieurs Saiques pour aller faire le
même tranſport dans la Mer Noire à Trébiſonde.
On dit ici publiquement, que la vafte Province
de Candahar , Pays des Aghuans , d'où Acheraf
tiroit fon origine , s'eft volontairement foumis
H iiij કે
2504 MERCURE DE FRANCE
à Schah Thamas après la défaite d'Aſcheraf.
>
L'Ambaffadeur de Perfe eut le 25. une Audiance
du G. S. qui outre le Caftan ordinaire ,
lui fit prefent d'une Vefte fourrée de Marthe
Zibeline . On diftribua 16 Caftans aux principales
perfonnes de fa fuite ; & l'Ambaſſadeur préfenta
de la part de Schah Thamas , au G. S. un
Bouclier , & un Candgiar ou Poignard de grande
valeur , une Bourfe de drap d'or cachetée , dont
on ne fçait pas le contenu & plufieurs piéces
d'Etoffe d'or , d'argent & de foye , d'un travail
recherché & curieux.
x
Le matin du 27. les Queues de Cheval furent
expofées dans les lieux ordinaires , comme au dehors
de la porte du Serrail du G.S. & de celui du
G. V. & des autres Pachas , deftinez pour aller à
cette guerre ; ces Queues qui font les Etendarts
des Turcs , confiftent en une longue Perche
plantée en terre , au haut de laquelle eft un
Pommeau doré,duquel pend une queue de Cheval.
Le 31 Juillet , les Queues de Cheval furent
portées publiquement & avec ceremonie , du Serrail
à l'Echelle de Baktche Kapouci, fur une Galere
que remorquoient plufieurs Mahones. La
marche fut réglée dans l'ordre fuivant. 40. Spahis
ou Cavaliers marchoient à la tête avec des Plumets,
portant des Armes à feu & des Sabres . 50. Tartares
venoient enfuite à Cheval , armez d'Arcs & de
Fléches ; 200 jeunes gens à Cheval marchoient
enfuite , portant des Piques , au haut defquelles
étoient des Banderolles un Officier des Janiffaires
, à pied , venoit après , portant une Queuë
de Cheval. Il étoit fuivi de 19 autres à Cheval
portant chacun une Queue , mais plus petites
que celle qui étoit portée par l'Officier à pied .
80. hommes marchoient enfuite , armez differemment
; ils compofoient la garde du G.V. qui
;
>
eft
NOVEMBRE . 1730. 2509.
eft Pacha à 3.Queues. On voyoit après 10.Chevaux
de main , tres -richement harnachez.
Le Kiaya ou Lieutenant duVifir , faivoit à Cheval
, entouré de plus de 40 Tchohadas ; il étoit
fuivi de 100 Itch Alagars , richement habillez ,
venoient enfuite 36 perfonnes à Cheval, fonnant
de la Trompette , & joüant du Timpanon , du
Tambour & d'autres Inftrumens Turcs . La Marche
étoit terminée par 40 Chameaux , chargez
des Pavillons des principaux Commandans . ,
Quand ils furent arrivez à l'Echelle de Baktche
Kapouci , le Kiaya s'étant embarqué fur la Galere
avec la garde du Vifir , les Queues de Cheval
, les Joueurs d'Inftrumens qui ne difcontinuoient
pas leur fanfarre , & les Tchohadais , il
paffa à Scurary , & fut falué à fon pailage de
plufieurs coups de Canons ; tout le refte de fa
fuite s'embarqua fur les Mahones.
Dans les journées précédentes on avoit ap
plani quelques Campagnes & brûlé quelques Vi
gnes entre Scutary & Calcedoine , pour y faire
camper l'armée. Le 2 du mois d'Aouft , on vit
pendant toute la journée un grand nombre de
Mahones,de Barqués & d'autres Bâtimens ,tranf
porter de Conftantinople au Camp de Scutari utk
grand nombre de Troupes , & le Camp fe forma
au delà du Serrail du G. S. à Calcedoine ,
heure de chemin de Scutary .
à une
Le G. S. étant arrivé au Camp le 3. du mois
d'Aouft , defcendit de Cheval à fon Pavillon Impérial
& pafla fur le foir dans fon Serrail , o
il avait été précédé de fon Harem ou Maifons
des Daines , qui y avoit été porté par 11.
Caïques , couverts de drap touge. On permit à
Ambaffadeur de Perfe d'aller voir cette marche
Scutary , d'où il retourna fur le champ dans
l'endroit où il eſt logé , toujours avec la même
Hy garde
2 506 MERCURE DE FRANCE
garde de Janiffaires ; quelques- uns des Miniftres
Etrangers allerent à Scutary , dans des maifons
particulieres pour voir paffer le G.S. & fon Cortege.
La Cour du G. S. fe tient dans le Camp
où font tous les Miniftres.
Le Caïmacam a déja commencé d'exercer fon
autorité à Conftantinople , & le Capitan Pacha
a fubftitué le Terfana Eminy pour exercer fon
autorité dans l'Arfenal. Les Miniftres des Princes
Etrangers ont fait faire compliment au G.V.
au Kiaya, au Reys Effendi, & ont fait auffi complimenter
le Capitan Pacha fur fa Charge de
Caimacan .
Le 8 d'Aouft , les Ambaffadeurs de Ragufe
avec une fuite de 8 perfonnes , allerent au Camp
baifer la Vefte au G. V. comme Rayas ou Tributaires
de la Porte , & en rapporterent trois
Caftans.
Le 12 , un des deux Vaiffeaux dont on a parlé,
destiné pour Alexandrette , partit de ce Port ,
chargé de munitions de guerre. L'Armée groffit
tous les jours , & il y arrive journellement une
grande quantité de Chameaux , de Chevaux & de
Mulets.
Nous fommes aujourd'hui au 15 du mois de
Sept. fans que l'on fçache encore fi l'Armée partira.
Le G.S. continue fon féjour dans le Serrail
du Scutary , & toute la Cour demeure au Camp.
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Résumé : LETTRE écrite de Constantinople le 15. Septembre 1730. sur l'état present des affaires de Perse.
En septembre 1730, Chah Thamas, roi de Perse et fils de Schah Huffein, rassembla une armée de 40 000 hommes pour affronter l'usurpateur Acheraf. Après plusieurs victoires, Acheraf, manquant de vivres et de troupes, se réfugia dans une forteresse près de Schiras. Chah Thamas entra triomphalement à Ispahan et captura Acheraf, qui fut exécuté à Schiras. L'armée perse reprit ensuite plusieurs provinces et villes, dont Chirvan, Couchon, Cassan, Sava, Cafbin, Ternan et Bender. Chah Sefy, frère de Chah Thamas, s'était évadé de prison et avait trouvé refuge chez un Arménien. Déguisé en muletier, il se rendit en Arabistan où il reçut le soutien des habitants pour défendre la province contre Acheraf. Soupçonné de vouloir s'emparer du pouvoir, Chah Sefy dut fuir et se réfugia à Bagdad, puis à Constantinople, où il reçut une pension et une garde. L'ambassadeur de Chah Thamas arriva à Scutari et fut conduit à Constantinople avec une escorte solennelle. Il rencontra le Grand Vizir et demanda la restitution des places et des esclaves perses. La Porte ottomane, informée des hostilités perses, se prépara à la guerre. L'ambassadeur fut placé sous garde et des préparatifs militaires furent entrepris à Constantinople, incluant la préparation de canons, de munitions et de navires de guerre. Le 25, l'ambassadeur de Perse fut reçu en audience par le Grand Seigneur (G.S.), qui lui offrit une veste fourrée de martre zibeline et distribua 16 caftans à des personnalités importantes. L'ambassadeur présenta au G.S. divers objets précieux. Le 27 et le 31 juillet, des cérémonies militaires eurent lieu à Constantinople, incluant des processions et des expositions d'étendards turcs. Des campagnes furent planifiées et des troupes furent transportées à Scutari. Le G.S. arriva au camp de Scutari le 3 août, précédé par son harem. L'ambassadeur de Perse observa la marche et retourna à son logement sous escorte. Des visites diplomatiques et des préparatifs militaires continuèrent, avec l'arrivée de nouveaux soldats et de munitions.
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1984
p. 2506-2508
AUTRE Lettre, du 17. Septembre.
Début :
Le Grand Seigneur a pris la résolution de quitter cette Capitale, & de former un [...]
Mots clefs :
Perse, Camp, Schah
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE Lettre, du 17. Septembre.
AUTRE Lettre , du 17. Septembre.
E Grand Seigneur a pris la réfolution
I de Guiner Capitale, is de
que
Camp à Scutary , ne doutant point que dès
Schah Tamas , Roy de Perfe, auroit avis que Sa
Hauteffle avoit réfolu de fe tranfporter en Perfonne
fur les Frontieres , cela ne l'intimidat.
La
NOVEMBRE. 1730. 2507
La Cour fe rendit pour cela à Scutary le 4 du
mois paffé , avec toute la pompe, la magnificence
& le faſte Ottoman que vous connoiffez. Ce qu'il
y eut de curieux dans cette Cavalcade, & qui n'avoit
encore jamais été pratiqué en femblable occafion
, fut que tous les Gens de Loy eurent ordre
d'y paroître armez : de forte qu'il n'y avoit
rien de plus extraordinaire que de voir un Mufti
& des Kadileskers , avec des Sabres , des Piftolets
, des Arcs & des Fléches , entourez chacund'eux
de plus de cent perfonnes , avec des Moufquets.
Toutes les Maifons des Pachas , des principaux
Miniftres & des Grands de cet Empire y
étoient dans une magnificence furprenante. Le
G. S. y parut en perfonne , accompagné de fept
Princes , fes enfans , armez d'Arcs & de Fléches.
Il étoit précedé de plus de tent Chevaux de
`main, tout couverts d'or & de pierreries. Sa
Maiſon confiftoit en plus de erois mille perfonnes
, la plufpart en Cotte de Maille , armez
d'Arcs , de Fléches , de Lances , de Sabres , & de
Moufquets ; leurs Boucliers étoient garnis de
Pierres précieufes . Enfin les richeffes qui furent .
étalées ce jour- là , font ineftimables.
Le G. S. fe rendit , en traverfant les rues de
Scutary, en fort bon ordre , au Camp , entre cette
Ville & le Fanal de Calcedoine , où après avoir
refté environ deux heures à l'examiner, il remon- .
ta à Cheval & vint dans fon Serrail , fcitué à la
pointe de Scutary , qu'on lui avoit fait préparer ,
& où il eft encore actuellement avec toutes fes,
femmes.
Le G. V. employa les premiers jours à faire les
prefens accoutumez en femblables occafions , à la
Milice,& la congédia quelques jours après; parce
que ne devant pas encore partir, elle feroit beaucoup
mieux & plus commodement à Conftanti-
H vj nople
2508 MERCURE DE FRANCE
nople & aux environs , dans leurs maiſons , que
dans le Camp. Et après leur départ les Tentes ne
furent plus gardées que par des Valets ; les Miniftres
& la plupart des Grands , ayant coutume
de fe retirer tous les foirs dans les Maifons qu'ils
ont du côté de l'Afie.
Cependant on apprend de Perfe que Schah
Tamas eft entierement tranquille du côté du Candabar
, où tout lui eft foumis , de même que le
refte de la Perfe ; il a le bonheur d'avoir pour
premier Miniftre & fon General en même - tems ,
l'homme du monde le plus intrépide & le plus
fage ; c'eft un homme de fortune , originaire du
Daguiftan ; il eft connu fous le nom de Tamas
Kouli Kan , qu'il a pris depuis qu'il s'eft attaché
au fervice de Schah Tamas. Ce nom fignifie , le
Kan , Efclave du Prince Tamas. C'eſt lui qui a
défait entierement le parti d'Achéraf , & qui l'a
fait mourir. Les Perfâns l'appellent avec raiſon
le Reftaurateur de la Perfe.
&
Les Réfidens de Mofcovie fe rendent fouvent
au Camp , expedient & reçoivent fréquemment.
des nouvelles de leur Cour. Les Turcs ne font
pas contens de cette Nation , car ils prétendent
qu'ils donnent du fecours à Schah Tamas contr'eux
, ceux- ci le nient ; mais ce qu'il y a de
bieu feur , c'eft qu'il y a quantité d'Etrangers
dans les Troupes de Schah Tamas , parmi lefquelles
l'on obferve- aujourd'hui une espece de
difcipline comme en Chrétienté , qui étoit in-
Contue jufques icy aux Turcs & aux Perfans..
E Grand Seigneur a pris la réfolution
I de Guiner Capitale, is de
que
Camp à Scutary , ne doutant point que dès
Schah Tamas , Roy de Perfe, auroit avis que Sa
Hauteffle avoit réfolu de fe tranfporter en Perfonne
fur les Frontieres , cela ne l'intimidat.
La
NOVEMBRE. 1730. 2507
La Cour fe rendit pour cela à Scutary le 4 du
mois paffé , avec toute la pompe, la magnificence
& le faſte Ottoman que vous connoiffez. Ce qu'il
y eut de curieux dans cette Cavalcade, & qui n'avoit
encore jamais été pratiqué en femblable occafion
, fut que tous les Gens de Loy eurent ordre
d'y paroître armez : de forte qu'il n'y avoit
rien de plus extraordinaire que de voir un Mufti
& des Kadileskers , avec des Sabres , des Piftolets
, des Arcs & des Fléches , entourez chacund'eux
de plus de cent perfonnes , avec des Moufquets.
Toutes les Maifons des Pachas , des principaux
Miniftres & des Grands de cet Empire y
étoient dans une magnificence furprenante. Le
G. S. y parut en perfonne , accompagné de fept
Princes , fes enfans , armez d'Arcs & de Fléches.
Il étoit précedé de plus de tent Chevaux de
`main, tout couverts d'or & de pierreries. Sa
Maiſon confiftoit en plus de erois mille perfonnes
, la plufpart en Cotte de Maille , armez
d'Arcs , de Fléches , de Lances , de Sabres , & de
Moufquets ; leurs Boucliers étoient garnis de
Pierres précieufes . Enfin les richeffes qui furent .
étalées ce jour- là , font ineftimables.
Le G. S. fe rendit , en traverfant les rues de
Scutary, en fort bon ordre , au Camp , entre cette
Ville & le Fanal de Calcedoine , où après avoir
refté environ deux heures à l'examiner, il remon- .
ta à Cheval & vint dans fon Serrail , fcitué à la
pointe de Scutary , qu'on lui avoit fait préparer ,
& où il eft encore actuellement avec toutes fes,
femmes.
Le G. V. employa les premiers jours à faire les
prefens accoutumez en femblables occafions , à la
Milice,& la congédia quelques jours après; parce
que ne devant pas encore partir, elle feroit beaucoup
mieux & plus commodement à Conftanti-
H vj nople
2508 MERCURE DE FRANCE
nople & aux environs , dans leurs maiſons , que
dans le Camp. Et après leur départ les Tentes ne
furent plus gardées que par des Valets ; les Miniftres
& la plupart des Grands , ayant coutume
de fe retirer tous les foirs dans les Maifons qu'ils
ont du côté de l'Afie.
Cependant on apprend de Perfe que Schah
Tamas eft entierement tranquille du côté du Candabar
, où tout lui eft foumis , de même que le
refte de la Perfe ; il a le bonheur d'avoir pour
premier Miniftre & fon General en même - tems ,
l'homme du monde le plus intrépide & le plus
fage ; c'eft un homme de fortune , originaire du
Daguiftan ; il eft connu fous le nom de Tamas
Kouli Kan , qu'il a pris depuis qu'il s'eft attaché
au fervice de Schah Tamas. Ce nom fignifie , le
Kan , Efclave du Prince Tamas. C'eſt lui qui a
défait entierement le parti d'Achéraf , & qui l'a
fait mourir. Les Perfâns l'appellent avec raiſon
le Reftaurateur de la Perfe.
&
Les Réfidens de Mofcovie fe rendent fouvent
au Camp , expedient & reçoivent fréquemment.
des nouvelles de leur Cour. Les Turcs ne font
pas contens de cette Nation , car ils prétendent
qu'ils donnent du fecours à Schah Tamas contr'eux
, ceux- ci le nient ; mais ce qu'il y a de
bieu feur , c'eft qu'il y a quantité d'Etrangers
dans les Troupes de Schah Tamas , parmi lefquelles
l'on obferve- aujourd'hui une espece de
difcipline comme en Chrétienté , qui étoit in-
Contue jufques icy aux Turcs & aux Perfans..
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Résumé : AUTRE Lettre, du 17. Septembre.
Le 17 septembre, le Grand Seigneur ottoman décide de se rendre à Scutary, sans crainte de l'intimidation du roi de Perse, Schah Tamas. Le 4 novembre 1730, la cour ottomane se déplace à Scutary avec grande pompe. Lors de cette cavalcade, les gens de loi apparaissent armés, et les résidences des dignitaires sont magnifiquement décorées. Le Grand Seigneur, accompagné de sept princes armés, est précédé de plus de cent chevaux richement ornés et suivi de trois mille personnes, principalement armées. Le Grand Seigneur traverse Scutary en bon ordre pour rejoindre son camp entre la ville et le phare de Calcédoine. Après avoir examiné le camp, il retourne à son sérail. Il passe les premiers jours à accomplir les présences habituelles auprès de la milice, qu'il congédie ensuite. Les tentes sont gardées par des valets, tandis que les ministres se retirent en Asie. En Perse, Schah Tamas est tranquille après avoir soumis le Candahar et le reste du pays. Son premier ministre, Tamas Kouli Kan, est un homme intrépide et sage, originaire du Daguistan. Les résidents de Moscovie fréquentent régulièrement le camp pour expédier et recevoir des nouvelles de leur cour. Les Turcs accusent les Moscovites de soutenir Schah Tamas, ce que ces derniers nient. Les troupes de Schah Tamas comptent de nombreux étrangers et une discipline similaire à celle de la chrétienté.
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1985
p. 2509-2510
EXTRAIT d'une autre Lettre de Constantinople, du 20 Septembre 1730. sur les affaires de Perse.
Début :
Les Ordres ayant été envoyez de toutes parts pour rassembler & fortifier les Troupes, on [...]
Mots clefs :
Constantinople, Perse, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une autre Lettre de Constantinople, du 20 Septembre 1730. sur les affaires de Perse.
EXTRAIT d'une autre Lettre de
Conftantinople , du 20 Septembre 1730 .
fur les affaires de Perfe.
Es Ordres ayant été envoyez de toutes parts
Lpour affembler & fortifier les Troupes , on
forma un Camp à Scutary. Le G. S. s'y rendit.
avec une pompe & une magnificence extraordinaire
; l'armée qui fe formoit dans ce Camp
devoit prendre la route d'Alep , fe fortifier en
chemin , & fe pofter fur la Frontiere de Perfe ,
du côté de Babilonne ; mais après avoir murement
confideré, qu'en prenant cette route on au.
roit à traverser depuis Urfa jufques à Ninive
ou Moffoul , un défert de vingt journées de
marche ; on varia fur cette premiere réſolution .
& on y renonça ; enfuite fur les nouvelles qu'on
eut que les Perfans s'étoient tournez du côté
de Tauris , qu'ils avoient enlevé cette place , de
même que celle de Kermanchah & ¿Ardebil ;
cela fit déterminer à préferer le chemin d'Erzerom
. On réfolut donc que le G. V. s'avanceroit
jufques à Tokat , prefque à moitié chemin de
Conftantinople à Erzeron ; qu'on feroit trans--
porter par la Mer Noire les Provifions de Guerre
& de Bouche à Samfon , Port de la Mer Noire
entre Frebizonde & Sinope..
20
Les chofes étant dans cette fituation , il arriva.
un Exprès de Perfe , qui rapportoit , comme on
l'affuroit,la ratification faite par Schah Tamas
du Traité conclu avec fon Ambaffadeur. Cette
nouvelle calma un peu les efprits , fans établir
pourtant une entiere confiance ; ce qui fit qu'on
réfolut d'envoyer dix mille Janiffaires du côté
d'Erzeron , fous le commandement du Zagardgi
Bachi , avec. ordre de prendre d'autres Trou-
2
pes
2510 MERCURE DE FRANCE
pes en chemin , pour fortifier les Garniſons de
Guendgé , d'Erivan , & de Tiflis , qui eft la
place la plus avancée , & la plus importante
pour les Turcs. Pendant qu'on prenoit ces réfolutions
à Conftantinople , les Troupes échapées
à la fureur du Perfan , après la Bataille de
Tauris , s'étoient raffemblées & avoient fait un
Chef , appellé Kutchuk Aly , lequel méditoit , à
ce qu'on crut, de fomenter une révolte générale ;
mais le Pacha d'Erzeron en ayant eu avis
marcha contre ces Troupes , les batit & les diffipa
. Le refte s'eft répandu en diverfes parties de
PAfie , où ils achevent de ruiner le peuple & de
détruire le pays par leurs brigandages. Quoique
ces gens là foient en quelque maniere diffipez , &
leur Chef tué , on ne laiffe pas de craindre dans
Conftantinople un fi dangereux exemple , & on a
exilé plufieurs Effendis , ou Gens de Loy , pour
avoir parlé avec trop de liberté fur l'état des affaires
préfentes.
Conftantinople , du 20 Septembre 1730 .
fur les affaires de Perfe.
Es Ordres ayant été envoyez de toutes parts
Lpour affembler & fortifier les Troupes , on
forma un Camp à Scutary. Le G. S. s'y rendit.
avec une pompe & une magnificence extraordinaire
; l'armée qui fe formoit dans ce Camp
devoit prendre la route d'Alep , fe fortifier en
chemin , & fe pofter fur la Frontiere de Perfe ,
du côté de Babilonne ; mais après avoir murement
confideré, qu'en prenant cette route on au.
roit à traverser depuis Urfa jufques à Ninive
ou Moffoul , un défert de vingt journées de
marche ; on varia fur cette premiere réſolution .
& on y renonça ; enfuite fur les nouvelles qu'on
eut que les Perfans s'étoient tournez du côté
de Tauris , qu'ils avoient enlevé cette place , de
même que celle de Kermanchah & ¿Ardebil ;
cela fit déterminer à préferer le chemin d'Erzerom
. On réfolut donc que le G. V. s'avanceroit
jufques à Tokat , prefque à moitié chemin de
Conftantinople à Erzeron ; qu'on feroit trans--
porter par la Mer Noire les Provifions de Guerre
& de Bouche à Samfon , Port de la Mer Noire
entre Frebizonde & Sinope..
20
Les chofes étant dans cette fituation , il arriva.
un Exprès de Perfe , qui rapportoit , comme on
l'affuroit,la ratification faite par Schah Tamas
du Traité conclu avec fon Ambaffadeur. Cette
nouvelle calma un peu les efprits , fans établir
pourtant une entiere confiance ; ce qui fit qu'on
réfolut d'envoyer dix mille Janiffaires du côté
d'Erzeron , fous le commandement du Zagardgi
Bachi , avec. ordre de prendre d'autres Trou-
2
pes
2510 MERCURE DE FRANCE
pes en chemin , pour fortifier les Garniſons de
Guendgé , d'Erivan , & de Tiflis , qui eft la
place la plus avancée , & la plus importante
pour les Turcs. Pendant qu'on prenoit ces réfolutions
à Conftantinople , les Troupes échapées
à la fureur du Perfan , après la Bataille de
Tauris , s'étoient raffemblées & avoient fait un
Chef , appellé Kutchuk Aly , lequel méditoit , à
ce qu'on crut, de fomenter une révolte générale ;
mais le Pacha d'Erzeron en ayant eu avis
marcha contre ces Troupes , les batit & les diffipa
. Le refte s'eft répandu en diverfes parties de
PAfie , où ils achevent de ruiner le peuple & de
détruire le pays par leurs brigandages. Quoique
ces gens là foient en quelque maniere diffipez , &
leur Chef tué , on ne laiffe pas de craindre dans
Conftantinople un fi dangereux exemple , & on a
exilé plufieurs Effendis , ou Gens de Loy , pour
avoir parlé avec trop de liberté fur l'état des affaires
préfentes.
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Résumé : EXTRAIT d'une autre Lettre de Constantinople, du 20 Septembre 1730. sur les affaires de Perse.
En septembre 1730, des ordres furent envoyés pour rassembler et renforcer les troupes à Scutary, où le Grand Sultan se rendit avec une grande pompe. L'armée devait initialement se diriger vers Alep, puis vers la frontière perse du côté de Babylone. Cependant, en raison d'un désert de vingt journées de marche entre Urfa et Mossoul, cette décision fut révisée. Les nouvelles de la prise des places de Tauris, Kermanchah et Ardabil par les Perses conduisirent à préférer la route d'Erzerum. Le Grand Vizir devait avancer jusqu'à Tokat, tandis que les provisions seraient transportées par la mer Noire à Samsun. La ratification par le Shah Tamas du traité conclu avec son ambassadeur calma légèrement les esprits à Constantinople, mais sans établir une confiance totale. Dix mille janissaires furent envoyés vers Erzerum sous le commandement du Zagardgi Bachi pour renforcer les garnisons de Guendgé, Erivan et Tiflis. Les troupes échappées après la bataille de Tauris se rassemblèrent sous la direction de Kutchuk Aly, qui envisageait une révolte. Le pacha d'Erzerum les battit et les dispersa. Les survivants se répandirent en diverses parties de l'Asie, continuant à ruiner le peuple et à détruire le pays. Malgré la dispersion de ces troupes, la crainte d'un exemple dangereux persista à Constantinople, entraînant l'exil de plusieurs effendis pour avoir parlé librement de l'état des affaires.
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1986
p. 2510-2513
SUITE des nouvelles de Perse, Turquie & Afrique.
Début :
Quelques avis des Frontieres de Perse portent que les Géorgiens & quelques Kams de [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Perse, Constantinople, Hommes, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des nouvelles de Perse, Turquie & Afrique.
SUITE des nouvelles de Perfe, Turquie
& Afrique.
Quelques avis
Uelques avis des Frontieres de Perfe portent
que les Géorgiens & quelques Kams de
Tartares , avoient formé en fe réuniffant , un
Corps de dix à 12000 hommes , qui étoit venu
joindre l'armée du Roy de Perfe , auquel on
prétend que le Grand Mogol a fait offrir encore
depuis peu des fecours confidérables de Troupes
& d'argent.
On a reçû la confirmation des premiers avis
qu'on avoit eus de la défaite d'un Corps de
Troupes Ottomanes , près de Tauris ; de l'arrivée
du Roy de Perfe devant cette Place , & de la
retraite du Seraskier , qui commande l'armée du
G. S. dans un pofte avantageux , d'où il pouv i
G.
NOVEMBRE. 1730. 2511
inquiéter l'armée du Roy de Perfe , en attendant
qu'il eut reçû de Conftantinople les fecours confiderables
qu'il en attendoit.
Les dernieres Lettres portent que Schah Thamas
, après avoir pris la Ville de Tauris & prefque
toutes les autres Places conquifes par les
Turcs , pendant la derniere révolution de Perfe
avoit marché vers Bagdad , à la tête de fon armée
, pour y livrer Bataille à celle du G. S. qui
s'étoit retranchée fous les Fortifications de cette
Place; mais que n'ayant pû l'engager au combat,
il s'étoit retiré , en ravageant & brûlant tout le
païs des environs , afin qu'elle ne pût pas trouver
de quoi fubfifter.
Les premieres Lettres qu'on a reçûës de Conftantinople
, par Vienne , fur la dépofition du
G.S.fouverain Chef de l'Empire & de la Religion
Mufulmane , portent que le 28 du mois de Septembre
dernier , un homme de la lie du peuple
déploya dans la Place , dite des Graces , un Enfeigne
déchiré , en invitant tout Muſulman à le
fuivre. En un inftant le peuple fut en confuſion ,
les Boutiques furent fermées ; & cet homme s'étant
rendu dans la Place ", dite l'Atmeidan , ordinairement
la Scene des Révoltes . Il s'y trouva
vers le foir près de 600 hommes.
On porta la nouvelle de cet évenement au Gr.
Seig. & au G. V. qui étoient au Camp de Scutari.
Ils pafferent fur le champ le Canal & revinrent
au Serrail . Ils y furent long - temps à déliberer
fur le parti qu'ils avoient à prendre, & ils
perdirent le moment d'appaifer le premier feu
de cette Rebellion , en faisant marcher des Troupes
contre les Soulevez , qui le 29 au foir ne
montoient pas à plus de 2000 hommes. Les Janiflaires
voyant que leur Souverain demeuroit
dans l'inaction , fe rangerent du côté des Rebellc
2312 MERCURE DE FRANCE
les ; & toute la Ville ayant fuivi leur exemple ,
les Soulevez demanderent au Gr. Seigneur la
tête de plufieurs Miniftres. Sa Hauteffe croyant
devoir les contenter , fit étrangler le 1 Octobre ,
le G. V. le Kiaya , & le Capitan Pacha , dont les
corps furent portez dans un Chariot , au Camp
des Révoltez , qui bien loin de quitter les armes,
déclarerent qu'ils vouloient mettre fur le Trône le
Sultan Mamouth , neveu du G. S. Cela fut executé
le 2. Les Révoltez ayant tiré ce Prince de
la Priſon où il étoit , & y ayant conduit à fa
place Achmet III.. Le nouveau Sultan a nommé
pour G. V. Achmet Pacha , jeune homme élevé
dans le Serrail, & Gendre du Sultan dépofé ; pour
Reys Effendi , ou Grand Tréforier , un ancien
Kadileskier, qui a la réputation d'avoir des connoiffances
& de la prudence ; pour Capitan Pacha,
ou Grand Amiral, Abdikap , jeune homme ,
âgé de 26 ans, & aufli Gendre du Sultan dépofé.
D'autres Lettres reçûës , ajoutent que le nombre
des Révoltez étoit augmenté jufqu'à près de
cent mille hommes , qui obfervoient une exacte
difcipline ; qu'ils ne faifoient aucun tort à qui
que ce foit ; qu'ils avoient fait déchirer en piéces
& jetter aux chiens les Corps du Kiaya & du
Capitan Pacha ; que celui du G. V. avoit été racheté
par fa Famille ; que les Révoltez s'étoient
faifis du Mufti , & l'avoient jetté à la Mer ; que
le nouveau Sultan avoit fait partir des gens affidez
pour arrêter le fils du Sultan dépofé qui eft à
la tête de l'armée , affemblée depuis peu à l'entrée
de l'Afie ; & que Sa Hauteffe avoit été obligée
de promettre aux Janiffaires de les rêtablir
fur le pied de 80000 hommes , comme ils l'étoient
aurrefois.
Les mêmes Lettres portent que le 11 Octobre;
le feu avoit confumé près de 2000 maiſons , ац-
près
NOVEMBRE . 1730. 251 3
près de Topana , & que M.Ange Emo , nouveau
Bayle de la République de Venife , qui étoit arrivé
à Conftantinople la veille de la dépofition
d'Achmet III . avoit eu la liberté de fe rendre à
fon Palais du Faubourg de Péra , fans être infulté
par qui que ce foit.
Les nouvelles d'Afrique portent que le Roy de
Maroc , Mulley Abdalah , avoit détruit depuis
peu le parti des Rebelles qui s'étoient retirez
dans les Montagnes ; que la Ville de Fez dont il
s'étoit rendu Maître , avoit été condamnée pour
fa rebellion , à lui payer 200000 ducats , & celle
de Salé , à lui fournir 200 quintaux de poudre.
On a auffi appris par les Lettres de Ceuta ,
que vers la fin du mois de Septembre dernier , le
Roy de Maroc avoit attaqué dans une Plaine ,
l'armée des Rebelles , dont plus de 7000. étoient
demeurez fur la place , & le reste avoit pris la
fuite ; que les Noirs les pourfuivoient dans les
Montagnes ; que toute leur Artillerie, leur argent
& leurs Beftiaux avoient été pris , & que Je Roy
avoit eu pour fa part du butin 4000 Vaches &
200 Chameaux .
& Afrique.
Quelques avis
Uelques avis des Frontieres de Perfe portent
que les Géorgiens & quelques Kams de
Tartares , avoient formé en fe réuniffant , un
Corps de dix à 12000 hommes , qui étoit venu
joindre l'armée du Roy de Perfe , auquel on
prétend que le Grand Mogol a fait offrir encore
depuis peu des fecours confidérables de Troupes
& d'argent.
On a reçû la confirmation des premiers avis
qu'on avoit eus de la défaite d'un Corps de
Troupes Ottomanes , près de Tauris ; de l'arrivée
du Roy de Perfe devant cette Place , & de la
retraite du Seraskier , qui commande l'armée du
G. S. dans un pofte avantageux , d'où il pouv i
G.
NOVEMBRE. 1730. 2511
inquiéter l'armée du Roy de Perfe , en attendant
qu'il eut reçû de Conftantinople les fecours confiderables
qu'il en attendoit.
Les dernieres Lettres portent que Schah Thamas
, après avoir pris la Ville de Tauris & prefque
toutes les autres Places conquifes par les
Turcs , pendant la derniere révolution de Perfe
avoit marché vers Bagdad , à la tête de fon armée
, pour y livrer Bataille à celle du G. S. qui
s'étoit retranchée fous les Fortifications de cette
Place; mais que n'ayant pû l'engager au combat,
il s'étoit retiré , en ravageant & brûlant tout le
païs des environs , afin qu'elle ne pût pas trouver
de quoi fubfifter.
Les premieres Lettres qu'on a reçûës de Conftantinople
, par Vienne , fur la dépofition du
G.S.fouverain Chef de l'Empire & de la Religion
Mufulmane , portent que le 28 du mois de Septembre
dernier , un homme de la lie du peuple
déploya dans la Place , dite des Graces , un Enfeigne
déchiré , en invitant tout Muſulman à le
fuivre. En un inftant le peuple fut en confuſion ,
les Boutiques furent fermées ; & cet homme s'étant
rendu dans la Place ", dite l'Atmeidan , ordinairement
la Scene des Révoltes . Il s'y trouva
vers le foir près de 600 hommes.
On porta la nouvelle de cet évenement au Gr.
Seig. & au G. V. qui étoient au Camp de Scutari.
Ils pafferent fur le champ le Canal & revinrent
au Serrail . Ils y furent long - temps à déliberer
fur le parti qu'ils avoient à prendre, & ils
perdirent le moment d'appaifer le premier feu
de cette Rebellion , en faisant marcher des Troupes
contre les Soulevez , qui le 29 au foir ne
montoient pas à plus de 2000 hommes. Les Janiflaires
voyant que leur Souverain demeuroit
dans l'inaction , fe rangerent du côté des Rebellc
2312 MERCURE DE FRANCE
les ; & toute la Ville ayant fuivi leur exemple ,
les Soulevez demanderent au Gr. Seigneur la
tête de plufieurs Miniftres. Sa Hauteffe croyant
devoir les contenter , fit étrangler le 1 Octobre ,
le G. V. le Kiaya , & le Capitan Pacha , dont les
corps furent portez dans un Chariot , au Camp
des Révoltez , qui bien loin de quitter les armes,
déclarerent qu'ils vouloient mettre fur le Trône le
Sultan Mamouth , neveu du G. S. Cela fut executé
le 2. Les Révoltez ayant tiré ce Prince de
la Priſon où il étoit , & y ayant conduit à fa
place Achmet III.. Le nouveau Sultan a nommé
pour G. V. Achmet Pacha , jeune homme élevé
dans le Serrail, & Gendre du Sultan dépofé ; pour
Reys Effendi , ou Grand Tréforier , un ancien
Kadileskier, qui a la réputation d'avoir des connoiffances
& de la prudence ; pour Capitan Pacha,
ou Grand Amiral, Abdikap , jeune homme ,
âgé de 26 ans, & aufli Gendre du Sultan dépofé.
D'autres Lettres reçûës , ajoutent que le nombre
des Révoltez étoit augmenté jufqu'à près de
cent mille hommes , qui obfervoient une exacte
difcipline ; qu'ils ne faifoient aucun tort à qui
que ce foit ; qu'ils avoient fait déchirer en piéces
& jetter aux chiens les Corps du Kiaya & du
Capitan Pacha ; que celui du G. V. avoit été racheté
par fa Famille ; que les Révoltez s'étoient
faifis du Mufti , & l'avoient jetté à la Mer ; que
le nouveau Sultan avoit fait partir des gens affidez
pour arrêter le fils du Sultan dépofé qui eft à
la tête de l'armée , affemblée depuis peu à l'entrée
de l'Afie ; & que Sa Hauteffe avoit été obligée
de promettre aux Janiffaires de les rêtablir
fur le pied de 80000 hommes , comme ils l'étoient
aurrefois.
Les mêmes Lettres portent que le 11 Octobre;
le feu avoit confumé près de 2000 maiſons , ац-
près
NOVEMBRE . 1730. 251 3
près de Topana , & que M.Ange Emo , nouveau
Bayle de la République de Venife , qui étoit arrivé
à Conftantinople la veille de la dépofition
d'Achmet III . avoit eu la liberté de fe rendre à
fon Palais du Faubourg de Péra , fans être infulté
par qui que ce foit.
Les nouvelles d'Afrique portent que le Roy de
Maroc , Mulley Abdalah , avoit détruit depuis
peu le parti des Rebelles qui s'étoient retirez
dans les Montagnes ; que la Ville de Fez dont il
s'étoit rendu Maître , avoit été condamnée pour
fa rebellion , à lui payer 200000 ducats , & celle
de Salé , à lui fournir 200 quintaux de poudre.
On a auffi appris par les Lettres de Ceuta ,
que vers la fin du mois de Septembre dernier , le
Roy de Maroc avoit attaqué dans une Plaine ,
l'armée des Rebelles , dont plus de 7000. étoient
demeurez fur la place , & le reste avoit pris la
fuite ; que les Noirs les pourfuivoient dans les
Montagnes ; que toute leur Artillerie, leur argent
& leurs Beftiaux avoient été pris , & que Je Roy
avoit eu pour fa part du butin 4000 Vaches &
200 Chameaux .
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Résumé : SUITE des nouvelles de Perse, Turquie & Afrique.
En novembre 1730, des informations provenant des frontières de Perse signalent la formation d'une armée de 10 à 12 000 hommes, composée de Géorgiens et de certains clans tartares, qui se sont alliés aux forces du roi de Perse. Le Grand Mogol a également proposé des renforts en troupes et en argent. Les Ottomans ont subi une défaite près de Tauris, où le roi de Perse a pris la ville et d'autres places conquises par les Turcs. Le Seraskier, commandant de l'armée ottomane, a dû se retirer en attendant des renforts de Constantinople. Le chah Thamas a ensuite marché vers Bagdad pour affronter l'armée ottomane, mais n'a pas pu l'engager au combat. Il s'est retiré en ravageant les environs pour empêcher l'ennemi de se ravitailler. À Constantinople, le 28 septembre, une rébellion a été déclenchée par un homme du peuple brandissant un étendard déchiré. Le soulèvement a rapidement gagné en ampleur avec le soutien des janissaires. Le sultan a dû exécuter plusieurs ministres pour apaiser les rebelles, qui ont proclamé le sultan Mamouth comme nouveau souverain. Achmet III a été remplacé, et de nouveaux dignitaires ont été nommés. Les rebelles, disciplinés et nombreux, ont continué à exercer leur pression sur le nouveau sultan. En Afrique, le roi du Maroc, Mulley Abdalah, a réprimé une rébellion dans les montagnes et imposé des amendes aux villes de Fez et de Salé. Il a également vaincu une armée rebelle, capturant une grande quantité de butin.
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1987
p. 2513
RUSSIE.
Début :
Il est arrivé à Petersbourg deux Vaisseaux Espagnols richement chargés, dont toutes les [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
Left arrivé à Petersbourg deux Vaiffeaux Efpagnols
richement chargés , dont toutes les
marchandiſes ont été mifes fur le canal de Ladoga
pour les tranfporter á Mofcou .
On affure que le General Wiesbach , qui eft
actuellement auprès du Roi de Pologne , a été
chargé dans fes Inftructions d'afflurer la République
de Pologne que la Czarine ne ſouffriroit
jamais qu'on portât aucune atteinte aux Privileges
des Etats du Duché de Curlande.
Left arrivé à Petersbourg deux Vaiffeaux Efpagnols
richement chargés , dont toutes les
marchandiſes ont été mifes fur le canal de Ladoga
pour les tranfporter á Mofcou .
On affure que le General Wiesbach , qui eft
actuellement auprès du Roi de Pologne , a été
chargé dans fes Inftructions d'afflurer la République
de Pologne que la Czarine ne ſouffriroit
jamais qu'on portât aucune atteinte aux Privileges
des Etats du Duché de Curlande.
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1988
p. 2514-2515
POLOGNE.
Début :
Le Roi étant parti de Warsovie le 23. Septembre, arriva à Grodno le 30. du même [...]
Mots clefs :
Varsovie, Élection, Protestation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
E Roi étant parti de Warfovie le 23 . Sep-
Lembre ,arriva àGrodno le so. du même
mois. Le premier Octobre S. M. reçut les complimens
des Sénateurs , des Miniftres & des Nonces.
Le 2. jour indiqué pour l'ouverture de la
Diette , les Nonces fe rendirent à leur Chambre;
le Prince de Lubomirski Starofte de Spiski , qui
eft le premier d'entre les Nonces , préfidera en
cette qualité jufqu'à l'élection d'un Maréchal de
la Diette. Cette élection ayant fait naître diverfes
conteftations , la feffion a été remiſe de
jour en jour jufqu'au 6. fans qu'on ait pû déterminer
les Nonces de Lithuanie & le Nonce de
Pofnanie à lever les oppofitions qu'ils ont formées
à cette élection , prétendant que celles de
quelques Nonces n'ayant pas été legitimement faites
, on devoit les confirmer ou les caffer avant
que de proceder à toute autre affaire.
On a appris depuis que le Prince Lubomirski,
qui préfide dans la Chambre des Nonces jufqu'à
l'élection du Maréchal de la Diette , n'ayant pú
déterminer le Nonce Marcinkiewits à lever fon
oppofition dans aucune des féances depuis le 7.
jufqu'au 11. d'Octobre , a été obligé de remettre
encore la feffion au 13. dans l'efperance de faire
revenir ce Nonce qui s'eft abfenté apres avoir
laiffé une copie de fa proteftation au Greffe de
cette Ville , fans cependant avoir exigé qu'elle
y fut enregistrée ; mais comme on appréhende
qu'il n'y ait encore quelque Nonce qui ait d'autres
oppofitions à former pour retarder l'élection
du Maréchal , on commence à craindre que
Diette ne fe fépare comme celle de l'année derniere.
la
Le 12. Octobre , le Prince Lubomirski nomma
des Députés pour aller folliciter le Nonce
NOVEMBRE . 1730. 2515
ee Marcinkiewitz à revenir prendre féance & à
lever fon oppofition ; mais comme ils n'ont pû
Py déterminer , ce Nonce partit le 13. après avoir
fait enregistrer la proteftation contre tout ce qui
pourroit être décidé pendant fon abſence. Le
principal motifde fa proteftation eft le peu d'attention
qu'on a euë d'engager le Comte Maurice
de Saxe à rendre le Diplome d'Election éventuelle
donné en fa faveur par les Etats du Duché
de Curlande , quoique cela eut été expreffément
ftipulé dans une des Conftitutions de la
Diette genérale de 1726.
Le 14. le Préfident de la Chambre mit en déliberation
s'il devoit congédier l'Affemblée , ou
s'il renvoyeroit la feffion au Lundi fuivant : cette
feconde propofition ayant été approuvée , les
Nonces s'affemblerent encore le 16. Le Prince
Lubomirski ayant fait connoître à l'Affemblée
que fuivant les Loix du Royaume la retraite &
la proteftation du Nonce Marcinkiewits empêchoit
la Diette de déliberer , il prit congé des
Sénateurs , fortit de la Chambre , & rompit la
Diette.
>
Le 20. les Sénateurs & les Miniftres s'affemblerent
dans l'appartement du Château pour le
Confeil qui fe tint le cinquiéme jour aprés la
Diette. Le Roi en fit l'ouverture par un difcours
dans lequel il leur repréfenta les fatigues qu'il
avoit fouffertes , même au préjudice de fa fanté
pour contribuer autant qu'il le pouvoit au bien
& à l'avantage du Royaume ; il ajoûta qu'il étoit
perfuadé de leurs bonnes intentions pour le bien
de la Patrie ; mais que quelques perfonnes s'y
oppofant , il efperoit qu'on prendroit des mefures
pour empêcher que fes fideles ſujets n'en puſfent
recevoir aucun préjudice.
Le 27. le Roi arriva à Warfovie de Grodno.
E Roi étant parti de Warfovie le 23 . Sep-
Lembre ,arriva àGrodno le so. du même
mois. Le premier Octobre S. M. reçut les complimens
des Sénateurs , des Miniftres & des Nonces.
Le 2. jour indiqué pour l'ouverture de la
Diette , les Nonces fe rendirent à leur Chambre;
le Prince de Lubomirski Starofte de Spiski , qui
eft le premier d'entre les Nonces , préfidera en
cette qualité jufqu'à l'élection d'un Maréchal de
la Diette. Cette élection ayant fait naître diverfes
conteftations , la feffion a été remiſe de
jour en jour jufqu'au 6. fans qu'on ait pû déterminer
les Nonces de Lithuanie & le Nonce de
Pofnanie à lever les oppofitions qu'ils ont formées
à cette élection , prétendant que celles de
quelques Nonces n'ayant pas été legitimement faites
, on devoit les confirmer ou les caffer avant
que de proceder à toute autre affaire.
On a appris depuis que le Prince Lubomirski,
qui préfide dans la Chambre des Nonces jufqu'à
l'élection du Maréchal de la Diette , n'ayant pú
déterminer le Nonce Marcinkiewits à lever fon
oppofition dans aucune des féances depuis le 7.
jufqu'au 11. d'Octobre , a été obligé de remettre
encore la feffion au 13. dans l'efperance de faire
revenir ce Nonce qui s'eft abfenté apres avoir
laiffé une copie de fa proteftation au Greffe de
cette Ville , fans cependant avoir exigé qu'elle
y fut enregistrée ; mais comme on appréhende
qu'il n'y ait encore quelque Nonce qui ait d'autres
oppofitions à former pour retarder l'élection
du Maréchal , on commence à craindre que
Diette ne fe fépare comme celle de l'année derniere.
la
Le 12. Octobre , le Prince Lubomirski nomma
des Députés pour aller folliciter le Nonce
NOVEMBRE . 1730. 2515
ee Marcinkiewitz à revenir prendre féance & à
lever fon oppofition ; mais comme ils n'ont pû
Py déterminer , ce Nonce partit le 13. après avoir
fait enregistrer la proteftation contre tout ce qui
pourroit être décidé pendant fon abſence. Le
principal motifde fa proteftation eft le peu d'attention
qu'on a euë d'engager le Comte Maurice
de Saxe à rendre le Diplome d'Election éventuelle
donné en fa faveur par les Etats du Duché
de Curlande , quoique cela eut été expreffément
ftipulé dans une des Conftitutions de la
Diette genérale de 1726.
Le 14. le Préfident de la Chambre mit en déliberation
s'il devoit congédier l'Affemblée , ou
s'il renvoyeroit la feffion au Lundi fuivant : cette
feconde propofition ayant été approuvée , les
Nonces s'affemblerent encore le 16. Le Prince
Lubomirski ayant fait connoître à l'Affemblée
que fuivant les Loix du Royaume la retraite &
la proteftation du Nonce Marcinkiewits empêchoit
la Diette de déliberer , il prit congé des
Sénateurs , fortit de la Chambre , & rompit la
Diette.
>
Le 20. les Sénateurs & les Miniftres s'affemblerent
dans l'appartement du Château pour le
Confeil qui fe tint le cinquiéme jour aprés la
Diette. Le Roi en fit l'ouverture par un difcours
dans lequel il leur repréfenta les fatigues qu'il
avoit fouffertes , même au préjudice de fa fanté
pour contribuer autant qu'il le pouvoit au bien
& à l'avantage du Royaume ; il ajoûta qu'il étoit
perfuadé de leurs bonnes intentions pour le bien
de la Patrie ; mais que quelques perfonnes s'y
oppofant , il efperoit qu'on prendroit des mefures
pour empêcher que fes fideles ſujets n'en puſfent
recevoir aucun préjudice.
Le 27. le Roi arriva à Warfovie de Grodno.
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Résumé : POLOGNE.
Le roi de Pologne quitta Varsovie le 23 septembre pour Grodno. Le 1er octobre, il reçut les compliments des sénateurs, ministres et nonces. L'ouverture de la Diète, prévue le 2 octobre, fut retardée par des contestations sur l'élection du maréchal jusqu'au 6 octobre. Les nonces de Lituanie et de Podlachie contestèrent la légitimité de certaines élections. Le prince Lubomirski, président des nonces, ne put lever l'opposition de Marcinkiewicz, qui quitta la Diète après avoir enregistré sa protestation le 13 octobre. Marcinkiewicz protestait contre le manque d'attention portée à l'engagement du comte Maurice de Saxe concernant un diplôme d'élection. Le 14 octobre, la Diète délibéra sur la possibilité de se séparer ou de reporter la séance. La seconde proposition fut approuvée, mais Lubomirski rompit la Diète le 16 octobre. Le 20 octobre, les sénateurs et ministres se réunirent pour un conseil. Le roi exprima l'espoir que des mesures seraient prises pour éviter des préjudices à ses sujets. Il retourna à Varsovie le 27 octobre.
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1989
p. 2516
DANEMARCK.
Début :
Mr. de Plessen, Conseiller Privé & Gentilhomme de la Chambre du Roi, & M. de [...]
Mots clefs :
Roi, Mort du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANEMARCK.
DANEMARCK.
R. de Pleffen , Confeiller Privé & Gentil-
Mhomme de la Chambre du Roi , & M. de
>
Roſencrantz, auffi Confeiller Privé, étant arrivés
d'Odenfée à Copenhague le 13. du mois dernier ,
firent fermer toutes les portes de la Ville , & double.
rent les gardes ; enfuite ayant fait affembler au
Palais le Confeil , les Chefs des Tribunaux de
la Milice , du Clergé & le Corps de Vilie , ils leur
annoncerent la mort du Roi , après quoi M. de
Pleffen alla fur le Balcon du Palais crier à haute
voix Vive le Roi Chriftian VI. Cette proclamation
fut faité enfuite dans toutes les Places de la
Ville par deux Hérauts d'armes au bruit de plufieurs
décharges du Canon des Remparts , & au
fon de toutes les Cloches. La Reine Douairicre
qui s'eft retirée à Bamftrup à une lieuë d'Odenfée
, y eft malade.
R. de Pleffen , Confeiller Privé & Gentil-
Mhomme de la Chambre du Roi , & M. de
>
Roſencrantz, auffi Confeiller Privé, étant arrivés
d'Odenfée à Copenhague le 13. du mois dernier ,
firent fermer toutes les portes de la Ville , & double.
rent les gardes ; enfuite ayant fait affembler au
Palais le Confeil , les Chefs des Tribunaux de
la Milice , du Clergé & le Corps de Vilie , ils leur
annoncerent la mort du Roi , après quoi M. de
Pleffen alla fur le Balcon du Palais crier à haute
voix Vive le Roi Chriftian VI. Cette proclamation
fut faité enfuite dans toutes les Places de la
Ville par deux Hérauts d'armes au bruit de plufieurs
décharges du Canon des Remparts , & au
fon de toutes les Cloches. La Reine Douairicre
qui s'eft retirée à Bamftrup à une lieuë d'Odenfée
, y eft malade.
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Résumé : DANEMARCK.
Après la mort du roi au Danemark, M. de Pleffen et M. de Rosencrantz ont sécurisé Copenhague et annoncé la nouvelle au conseil et aux notables. M. de Pleffen a proclamé 'Vive le Roi Christian VI'. La reine douairière s'est retirée à Bamstrup.
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1990
p. 2516
ALLEMAGNE.
Début :
On a reçû avis du Duché de Meckelbourg, qu'une Compagnie d'Infanterie des Troupes [...]
Mots clefs :
Troupes, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLE MAGNE.
Na reçû avis du Duché de Meckelbourg ,
qu'une Compagnie d'Infanterie des Troupes
de la Commiffion Impériale étoit entrée dans la
Ville de Buzow , dont elle avoit enlevé plufieurs
des principaux Habitans pour les conduire prifonniers
à Rostock , parce que les principaux
d'entr'eux avoient déclaré hautement qu'ils répandroient
leur fang pour la défenſe de leur Souverain.
Outre cette exécution , on a arrêté dans
les Villes de Gadebuſch , de Crivitz , de Stemberg
& de Grabau la plupart de ceux qui paroiffoient
affectionnés à ce Prince.
Na reçû avis du Duché de Meckelbourg ,
qu'une Compagnie d'Infanterie des Troupes
de la Commiffion Impériale étoit entrée dans la
Ville de Buzow , dont elle avoit enlevé plufieurs
des principaux Habitans pour les conduire prifonniers
à Rostock , parce que les principaux
d'entr'eux avoient déclaré hautement qu'ils répandroient
leur fang pour la défenſe de leur Souverain.
Outre cette exécution , on a arrêté dans
les Villes de Gadebuſch , de Crivitz , de Stemberg
& de Grabau la plupart de ceux qui paroiffoient
affectionnés à ce Prince.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Dans le Duché de Meckelbourg, des troupes de la Commission Impériale ont arrêté des habitants influents à Buzow, Gadebusch, Crivitz, Stemberg et Grabau. Ces arrestations visaient des personnes loyales à leur souverain, suite à leurs déclarations publiques en sa faveur. Les prisonniers ont été conduits à Rostock.
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1991
p. 2516-2518
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire du 2. Octobre, le Cardinal Ottoboni, Protecteur des affaires de [...]
Mots clefs :
Cardinal, Diocèse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Dans le du zcteur des affaires de
Ans le Confiftoire du 2. Octobre , le Car-
France , propofa l'Evêché de Tarbes pour
M.
NOVEMBRE . 1730. 2517
M. Charles Antoine de la Rocheaymon , qui
étoit Evêque de Sarepte , l'Abbaye de Notre Dame
de Silly , Ordre de Prémontré , Diocèfe de
Seez pour M. Louis François Neele , & celle de
Notre Dame de Jofaphat , Ordre de S. Benoît ,
Diocéfe de Chartres pour l'Abbé de la Baſtie. Il
préconifa enfuite l'Abbé de Choiſeuil pour l'Abbaye
de Bolbonne , Ordre de Citeaux , Diocèfe
de Mirepoix.
La République de Luques ayant appris que le
Chanoine Fatinelli , fon Agent à la Cour de Rome
, ne pouvoit obtenir d'audience du Pape , a
fait dire au Cardinal Secretaire d'Etat , qu'elle
confentiroit à admettre M. Cervioni , nommé à
P'Archevêché de Luques , auffi - tôt que le Pape
l'ordonneroit , pourvû qu'on lui permit de faire
les proteftations & de prendre les mesures neceffaires
pour conferver les privileges de la Ville à
ce fujet.
Le Pape a nommé M. Dominique Paffionei de
Foffombrone , Archevêque d'Ephefe , actuellement
Nonce Apoftolique auprès de Cantons
Suiffes Catholiques , Nonce à Vienne ; M. Delci
de Sienne , Vice- Legat d'Avignon , Nonce en
France , où l'Abbé Rota continuera à être chargé
des affaires de S.S. jufqu'à l'arrivée de ce nouveau
Nonce ; M. Jean Baptifte Barni , de Lodi ,
Gouverneur de Macerata , Nonce auprés des Cantons
Suiffes Catholiques.
Le bruit court que M. Firrao , ci -devant Nonce
en Suiffe, qui étoit allé à Lisbonne, pour y être
Nonce à la place de M. Bichi , retournera à Rome
; que M. Bichi exercera de nouveau la Nonciature
pendant quelques mois , & qu'enfuite il
fera fait Cardinal.
Le bruit court auffi que le Cardinal Coſcia
a promis de donner ſa démiſſion de fon Archevê
2518 MERCURE DE FRANCE
vêché de Benevent , que le Cardinal Petra fera
nommé à cet Archevêché ; que fa Charge de
Grand- Penitencier fera donnée au Cardinal Sal- ~
viati ; celle de Préfet de la Signature , au Cardinal
de fainte Agnès , & celle de Préfet du College
de Propaganda Fide, au Cardinal Rufpoli.
Les Rebelles de l'Ile de Corfe, continuent leurs
pillages , & la République de Genes , n'efperant
plus de les ramener à leur devoir par la voye de
la douceur , prend actuellement des meſures
les foumettre par la force.
Dans le du zcteur des affaires de
Ans le Confiftoire du 2. Octobre , le Car-
France , propofa l'Evêché de Tarbes pour
M.
NOVEMBRE . 1730. 2517
M. Charles Antoine de la Rocheaymon , qui
étoit Evêque de Sarepte , l'Abbaye de Notre Dame
de Silly , Ordre de Prémontré , Diocèfe de
Seez pour M. Louis François Neele , & celle de
Notre Dame de Jofaphat , Ordre de S. Benoît ,
Diocéfe de Chartres pour l'Abbé de la Baſtie. Il
préconifa enfuite l'Abbé de Choiſeuil pour l'Abbaye
de Bolbonne , Ordre de Citeaux , Diocèfe
de Mirepoix.
La République de Luques ayant appris que le
Chanoine Fatinelli , fon Agent à la Cour de Rome
, ne pouvoit obtenir d'audience du Pape , a
fait dire au Cardinal Secretaire d'Etat , qu'elle
confentiroit à admettre M. Cervioni , nommé à
P'Archevêché de Luques , auffi - tôt que le Pape
l'ordonneroit , pourvû qu'on lui permit de faire
les proteftations & de prendre les mesures neceffaires
pour conferver les privileges de la Ville à
ce fujet.
Le Pape a nommé M. Dominique Paffionei de
Foffombrone , Archevêque d'Ephefe , actuellement
Nonce Apoftolique auprès de Cantons
Suiffes Catholiques , Nonce à Vienne ; M. Delci
de Sienne , Vice- Legat d'Avignon , Nonce en
France , où l'Abbé Rota continuera à être chargé
des affaires de S.S. jufqu'à l'arrivée de ce nouveau
Nonce ; M. Jean Baptifte Barni , de Lodi ,
Gouverneur de Macerata , Nonce auprés des Cantons
Suiffes Catholiques.
Le bruit court que M. Firrao , ci -devant Nonce
en Suiffe, qui étoit allé à Lisbonne, pour y être
Nonce à la place de M. Bichi , retournera à Rome
; que M. Bichi exercera de nouveau la Nonciature
pendant quelques mois , & qu'enfuite il
fera fait Cardinal.
Le bruit court auffi que le Cardinal Coſcia
a promis de donner ſa démiſſion de fon Archevê
2518 MERCURE DE FRANCE
vêché de Benevent , que le Cardinal Petra fera
nommé à cet Archevêché ; que fa Charge de
Grand- Penitencier fera donnée au Cardinal Sal- ~
viati ; celle de Préfet de la Signature , au Cardinal
de fainte Agnès , & celle de Préfet du College
de Propaganda Fide, au Cardinal Rufpoli.
Les Rebelles de l'Ile de Corfe, continuent leurs
pillages , & la République de Genes , n'efperant
plus de les ramener à leur devoir par la voye de
la douceur , prend actuellement des meſures
les foumettre par la force.
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Résumé : ITALIE.
En novembre 1730, plusieurs nominations ecclésiastiques ont été annoncées. M. Charles Antoine de la Rocheaymon a été proposé pour l'Évêché de Tarbes. L'Abbaye de Notre Dame de Silly a été attribuée à M. Louis François Neele, et l'Abbaye de Notre Dame de Josaphat à l'Abbé de la Bastie. L'Abbé de Choiseuil a été préconisé pour l'Abbaye de Boulbonne. La République de Lucques a accepté M. Cervioni pour l'Archevêché de Lucques, sous réserve de conserver les privilèges de la ville. Le Pape a nommé plusieurs nonces apostoliques : M. Dominique Passionei de Fossombrone et M. Jean Baptiste Barni auprès des Cantons Suisses Catholiques, M. Delci comme Vice-Légat d'Avignon et Nonce en France. Des rumeurs évoquent des changements dans les nonciatures, notamment le retour de M. Firrao à Rome et la possible nomination de M. Bichi comme cardinal. Par ailleurs, la République de Gênes prépare des mesures militaires contre les rebelles corses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1992
p. 2518
ESPAGNE
Début :
Le 18. Octobre, le Roi & la Reine accompagnez du Prince, de la Princesse des Asturies & [...]
Mots clefs :
Roi d'Espagne, Reine d'Espagne, Vaisseau, Japon, Tremblement de terre
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE
ESPAGNE
pour
E 18. Octobre , le Roi & la Reine accompa
Lgnez du Prince , de la Princeffe des Afturies &
des Infants, arriverent du Port de fainte Mariè au
Palais de l'Alcaçar de Seville , après avoir été retenus
quelques jours fur le Guadalquivir par les
vents contraires . Les Infantes Dona Marie- Therefe
& Dona Marie- Antoinette Ferdinande qui
y vont par terre , n'y font pas encore arrivées.
Tous les Vaiffeaux de tranfport qu'on avoit
fretez l'été dernier , ont été renvoyez dans leurs
Ports , à la réſerve de ceux qui étoient deſtinez à
tranſporter de la Cavalerie " qu'on a retenuë
une nouvelle convention.
par
On a appris par un Vaiffeau arrivé à Cadix ,
qu'on avoit conduit à Carthagene 16 millions de
pieces de huit , pour les employer à l'achat des
Marchandifes d'Europe qu'on doit vendre à la
prochaine Foire , & qu'on y attendoit encore 8.
à 10. millions .
On a appris par des Lettres de Lisbonne de la
fin du mois dernier , qu'il y avoit eu au Japon un
Tremblement de terre des plus terribles ; que la
Ville de Macao , qui en eft la Capitale , avoit été
entierement détruite , & qu'il y avoit péri plus
d'un million d'habitans .
pour
E 18. Octobre , le Roi & la Reine accompa
Lgnez du Prince , de la Princeffe des Afturies &
des Infants, arriverent du Port de fainte Mariè au
Palais de l'Alcaçar de Seville , après avoir été retenus
quelques jours fur le Guadalquivir par les
vents contraires . Les Infantes Dona Marie- Therefe
& Dona Marie- Antoinette Ferdinande qui
y vont par terre , n'y font pas encore arrivées.
Tous les Vaiffeaux de tranfport qu'on avoit
fretez l'été dernier , ont été renvoyez dans leurs
Ports , à la réſerve de ceux qui étoient deſtinez à
tranſporter de la Cavalerie " qu'on a retenuë
une nouvelle convention.
par
On a appris par un Vaiffeau arrivé à Cadix ,
qu'on avoit conduit à Carthagene 16 millions de
pieces de huit , pour les employer à l'achat des
Marchandifes d'Europe qu'on doit vendre à la
prochaine Foire , & qu'on y attendoit encore 8.
à 10. millions .
On a appris par des Lettres de Lisbonne de la
fin du mois dernier , qu'il y avoit eu au Japon un
Tremblement de terre des plus terribles ; que la
Ville de Macao , qui en eft la Capitale , avoit été
entierement détruite , & qu'il y avoit péri plus
d'un million d'habitans .
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Résumé : ESPAGNE
Le 18 octobre, le Roi et la Reine d'Espagne, accompagnés du Prince, de la Princesse des Asturies et des Infants, sont arrivés au Palais de l'Alcázar de Séville après un retard causé par des vents contraires sur le Guadalquivir. Les Infantes Dona Marie-Thérèse et Dona Marie-Antoinette Ferdinande, qui voyageaient par terre, n'étaient pas encore arrivées. Tous les vaisseaux de transport loués l'été précédent ont été renvoyés, sauf ceux destinés à la cavalerie, retenus par une nouvelle convention. Un vaisseau à Cadix a rapporté que 16 millions de pièces de huit avaient été conduits à Carthagène pour acheter des marchandises d'Europe à la prochaine foire, avec 8 à 10 millions supplémentaires attendus. Des lettres de Lisbonne ont annoncé un tremblement de terre au Japon, détruisant Macao et causant la mort de plus d'un million d'habitants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1993
p. 2519
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le Duc de Riperda, qui étoit à Londres depuis environ deux ans, en est parti sur la fin [...]
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
E Duc de Riperda , qui étoit à Londres de-
Louisenviron deux ans , en eft parti fur la fin >
du mois dernier pour la Hollande.
On mande de Dublin , qu'il y étoit arrivé le
24. Octobre , un Colonel & d'autres Officiers au
fervice du Roi Tr. Chr. pour y engager , avec
permiffion du Roi , 750. Soldats qui doivent fervir
de recrue aux Régimens Irlandois qui font
en France.
E Duc de Riperda , qui étoit à Londres de-
Louisenviron deux ans , en eft parti fur la fin >
du mois dernier pour la Hollande.
On mande de Dublin , qu'il y étoit arrivé le
24. Octobre , un Colonel & d'autres Officiers au
fervice du Roi Tr. Chr. pour y engager , avec
permiffion du Roi , 750. Soldats qui doivent fervir
de recrue aux Régimens Irlandois qui font
en France.
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1994
p. 2521-2528
« Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...] »
Début :
Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...]
Mots clefs :
Reine, Église, Roi, Messe, Musique, Princesse, Palais, Opéra, Cérémonies, Ambassadeurs, Jésuites, Église
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texteReconnaissance textuelle : « Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...] »
E 23. Octobre , la Ducheffe d'Orleans donna '
une petite Fête à Bagnolet pour le Divertiffe
ment des deux Princeffes fes filles , à laquelle toutès
les Dames du Palais Royal & plufieurs autres
attachées à S. A. R. & aux Princeffes , fe trouverent
, de même que plufieurs Seigneurs attachés
à la Maifon d'Orleans . S. A. R. fit donner aux
Princeffes & aux Dames qui étoient du Souper ,
à chacune un habit de Satin gaufré , d'une nouvelle
fabrique établie depuis peu au Village de
Bagnolet. Les Seigneurs qui étoient de la danfe ,
eurent auffi des habits & des veftes de même . Le
tout fut trouvé très - galant & d'un très - bon gout;il
y eut plufieurs danfes & contre- danfes qui furent
parfaitement bien executées par les jeunes Princeffes
& par les Dames & les Seigneurs qui eurent
l'honneur de danfer avec elles.
Le 25. du même mois , la jeune Princeſſe de
Bade , Niece du Duc d'Orleans , fe rendit au Palais
Royal pour rendre vifite à S. A. R. qui la
reçut très-gracieufement , & lui fit prefent d'une
magnifique Poupée, de la grandeur de cette jeune
Princeffe, ornée de Boucles d'oreilles de diamans,
de Papillons & autres ornemens de tête auffi en
brillans,avec plufieurs habits magnifiques pour la
Poupée. Les Princeffes d'Orleans ajoûterent à ce
Prefent plufieurs Bijoux très-galans , qui furent
mis dans les poches de la Poupée , laquelle étoit
accompagnée d'une Figure de Crocheteur en
I carton
2522 MERCURE DE FRANCE
carton , portant une Valife qui renfermoit diffe
rens habits & nipes pour l'ufage de la Poupée .
Le 7. le Marquis de Caftellar , nouvel Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne, fe rendit aux Carmelites,
où il eut Audiance de la Reine Douairiere d'Efpagne
, qui le reçut très gracieufement . Ce Miniftre
témoigna à S. M. C. les affurances d'amitié
qu'il venoit lui faire de la part du Roi & de la
Reine d'Espagne.
Le 8.de ce mois , Madame d'Orleans , Abbeffe
de Chelles , alla à la Magdeleine de Trenel dîner
avec la Ducheffe d'Orleans fa mere & avec les
Princeffes fes Soeurs. L'après dîné , la Reine d'Eſpagne
s'y rendit auffi , & quelque tems après M. le.
Duc d'Orleans , accompagné du Duc de Chartres,
fon Fils , y arriva. Deforte que S. A. R. eut le
plaifir de voir dans la même journée preſque toure
fon augufte Famille raffemblée.
Le 25. Octobre , la jeune Princeffe de Bade ,
fille duMargrave de Bade Baden, & Niece du Duc
d'Orleans , partit de Paris pour s'en retourner
à Raftalt , en parfaite fanté. M. Petit , Chirurgien
Juré , Démonftrateur Royal & Membre
des Académies des Sciences de Paris & de Londres,
lui avoit extirpé à la joue une loupe d'une groffeur
prodigieufe, & avec tant de fuccès, que cette
Princeffe n'en fera pas même marquée ; auffi ar'elle
récompenfé noblement l'habile main qui a
fi bien operé, & a de plus fait preſent à M. Petit
d'un Neceffaire , c'est - à-dire , d'un affortiment
de tout ce qu'il convient pour faire & fervir du
Caffé , du Thé & du Chocolat , contenant differentes
pieces , comme Aiguére , Soucoupe , plufreurs
Pots , Taffes , Drageoires , Cuilliers , & c.
le tout en Vermeil doré , & Porcelaines de Drefde,
d'un prix confiderable & d'un travail exquis.
Cette Princeffe a donné à la Sacriſtie du Conyent
NOVEMBRE. 1730. 2523
went des Petites Cordelieres , où elle a occupé un
Appartement pendant fon féjour à Paris , un Baffin
& une Aiguiere d'argent , & a fait des préfens
à toutes les Religieafes , pour leur marquer fa
Latisfaction fur leurs foins & fur leurs attentions,
Le Roi a nommé le Duc de Saint- Aignan, Chevalier
des Ordres de S. M. Ambaffadeur à Rome.
Le 29. du mois dernier , le Marquis de Caſte-
Jar , Ambaffadeur Extraordinaire & Plenipotentiaire
du Roi d'Efpagne , eut fa premiere Audience
particuliere du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , étant conduit par le Chevalier
de Sainctot, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le 31. Octobre , veille de la Fête de tous les
Saints , le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Verſailles , où S. M. entendit la Meffe
& communia par les mains de l'Abbé de Choifeul
, fon Aumônier en quartier enfuite le Roi
toucha un grand nombre de Malades.
L'aprés midi , S. M. affifta dans la même Chapelle
aux premieres Vêpres chantées par la Mufique,
aufquelles l'Evêque d'Aire officla pontificalement.
Le premier de ce mois, jour de la Fête , le
Roi entendit la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Evêque d'Aire,& chantée par la Mufique.
L'aprés midi S. M. entendit le Sermon du
Pere Cotoner de la Compagnie de Jefus ; enfuite
les fecondes Vêpres qui furent chantéesS par la
Mufique , aufquelles le même Prélat officia. Le
Roi affitta aufli aux Vêpres des Morts.
Le même jour, la Reine entendit la Meffe dans la
même Chapelle, & S. M. communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand- Aumônier .
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la Reine entendirent
1 ij
2524 MERCURE DE FRANCE
tendirent la Meffe de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique. Aprés
la Meffe , le Roi partit pour Rambouillet.
La Reine ayant voulu rendre à Dieu fes actions
de graces particulieres , de fon heureux
accouchement, & de la naiffarce de Monfeigneur
le Duc d'Anjou, S.M. vint le 6 de ce mois à l'Eglife
Métropolitaine de Paris . La Reine accompagnée
de Mademoiſelle de Clermont , Sur - Intendante
de Sa Maiſon , des Dames de fa Cour & de
fes principaux Officiers , arriva à midi à l'Eglife
Métropolitaine , où les détachemens des Régimens
des Gardes Françoifes & Suifles étoient en
haye & fous les armes. L'Archevêque de Paris ,
revêtu de fes habits Pontificaux & à la tête des
Chanoines , reçut la Reine à la porte de l'Eglife ,
avec les cérémonies accoutumées ; & après avoir
complimenté Sa Majefté , il la conduifit dans le
Choeur. La Reine y fit fa priere , & alla enfuite
à l'Autel de la Vierge entendre la Meffe , qui
fut dite par un de fes Chapelains.La Reine ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife , avec les
mêmes cérémonies qui avoient été observées à
fon arrivée , S. M. partit pour retourner à Verfailles,
Le fi Novembre aprés midi, les RR.PP. de la
Compagnie de JESUS , firent avec beaucoup de
folemnité , dans leur Eglife de la Maiſon Profeffe
de Paris , qui étoit éclairée par un grand
nombre de lumieres , l'ouverture de l'Octave de
fa Fête de la Canonifation de S. Louis de Gonzague
& de S. Staniflas Koftka , de leur Compagnie.
Le lendemain l'Archevêque de Paris , à la
tête du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine , fe
rendit à cette Eglife, & y célebra pontificalement
la Meffe , qui fut chantée à plufieurs choeurs de
mufique
NOVEMBRE . 1730. 2525
mufique. L'après midi , l'Evêque de Cifteron
prononça le Panegyrique de ces deux Saints avec
beaucoup d'éloquence , & l'Abbé de Gontault ,
Doyen du Chapitre , officia au Salut .
Les jours fuivans , differens Evêques y ont cé
lébré pontificalement la Meffe , & ont officié aux
Saluts .
Le 12 de ce mois , le Comte de Seefted , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy de Danemarc ,
eut , en long Manteau de deuil , une Audience
particuliere du Roy , dans laquelle il donna part
a S. M. de la mort du Roy de Danemarc , Frederic.
IV . Il fut conduit à cette Audience par le
Chevalier de Sainctot , Introducteur des Ambaf
fadeurs , qui le conduifit enfuite à l'Audience de
Ia Reine , & à celle de Monfeigneur le Dauphin.
Le 16. le Roy prit le deuil pour cette mort.
Le 19. le Roy & la Reine partirent de Verfailles
pour aller paffer quelques jours au Château
de Marly.
Le 13 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
céremonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, célébrée pontificalement dans la Grand'-
Salle du Palais , par l'Archevêque de Bourges , à
laquelle M. Portail , Pr. Préfident , & les Chambres
affifterent.
A la rentrée du Parlement de Dijon , à la faint
Martin , M. le Prefident de la Marche , qui eft
un jeune Magiftrat , né Orateur , s'étoit chargé
de faire le Difcours des Mercuriales & de l'Audience
publique , & il s'en acquitta parfaitement."
Le Difcours aux Chambres affemblées , fut pour
apprendre aux Officiers à ne pas juger par hu-
I. iij meur.
2526 MERCURE DE FRANCE
meur. Ce fujet parut nouveau & fut traité avec
toute la politeffe , la nobleffe & l'éloquence poffible,
ainfi que celui pour les Avocats , fur l'amour
de la verité ; & il finit par un éloge magnifique
du Roy & du Miniftere,
Le 14 , la Reine vint à Paris , & alla entendre
la Meffe dans l'Eglife de la Maiſon Profeffe des
Jefuites,à l'occafion de la Fête qu'on y célébroit.
S. M. accompagnée de Mademoiſelle de Clermont,
Sur- Intendante de Sa Maiſon , des Dames
de fa Cour , du Cardinal de Fleury , fon Grand
Aumônier , & de fes principaux Officiers , fut
reçûë à la porte de l'Eglife par le Pere Supérieur,
accompagné des Jefuites de la Maiſon , de ceux
du College de LoUIS LE GRAND , & de ceux du
Noviciat. Après que le P. Supérieur eut compli
menté la Reine par un Difcours auffi éloquent
que convenable à la piété de S. M. la Reine fut
Conduite dans le Sanctuaire , & elle y entendit la
Meffe , qui fut dite par un de fes Chapelains ;
pendant laquelle on chanta un Motet. S.M.ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife avec les ceremonies
obfervées à ſon arrivée, elle ſe rendit au
Monaftere des Religieufes de l'Ave Maria , d'où
S. M. alla dîner au Palais des Thuilleries , après
avoir paflé par la Place Royale. La Reine trouva,
à l'Eglife des Jéfuites , à celle de l'Ave Maria
& au Palais des Thuilleries , les Gardes Françoifes
& Suiffes en haye & fous les Armes. L'après
midi , S. M. partit de Paris vers les quatre
heures , pour retourner à Verſailles , & s'arrêta
quelque temps au Couvent des Religieufes de
Sainte Marie de Chaillot.
> Le 22. de ce mois , la Fête de Sainte Cecile
fut celebrée avec éclat dans l'Eglife des Enfans.
Rouges
NOVEMBRE 1730. 2527
Rouges ; on y chanta une grande Meffe & les
Vêpres en Mufique & à grand choeur , de la.
compofition de l'Abbé Senefchal , qui fut genéralement
applaudie..
Le 25. là Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le remboursement des Actions fut tirée en
la maniere accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
On a publié la Lifte des Numero des Actions
& dixièmes d'Actions qui feront rembourfées
, failant en tout le nombre de 3.00. Actions..
Le premier de ce mois , Fête de la Touffaint ,
il y eut Concert fpirituel au Château des Thuil--
leries. M. Mouret fit chanter Exultate jufti ,
Motet de M. de la Lande , fuivi d'un autre Motet
à deux Baffes - Tailles qui fut très gouté. Les
Dile, Erremens & . Petitpas chanterent avec applaudiffement
un petit Motet nouveau à deux
Deffus , de la compofiiion de M. Le Máire. La
Dile le Maure chanta Ufquequò , petit Moter
de M. Mouret , avec une grande préciſion. Le
Concert fut terminé par le Dixit Dominus de
M. de la Lande.
Le 2. jour des Morts , on exécuta le Divertiffement
de la Chaffe du Cerf . & plufieurs
Piéces de fimphonie , après lefquelles on chanta
le De profundis de M. de la Lande.
Il y a eu Concert François tous les Mercredis
de ce mois , dans lefquels on a chanté plufieurs
Divertiffemens de différens Maîtres , & tous les
Concerts ont toujours été terminés par un Mo.
tet à grands choeurs , de M. de la Lânde.
Le 4. de ce mois , M. de Blamont, Sur- Intendant
de la Mufique du Roi , fit chanter chez la
Reine le 4 & 5e Acte de l'Opera d'Amadis de
L. iiij Gaule;
2528 MERCURE DE FRANCE
Gaule ; La Dile Pitron chanta le Rôle d'Arcabonne
la Dle Lenner celui d'Oriane , le St
d'Angerville celui d'Archelaus & le Sr Guedon
remplit celui d'Amadis .
>
Le 12. on chanta un Divertiffement intitulé
Les Plaisirs de l'Hyver , de la compofition de
M. Capuce , Maître de Mufique de l'Académie
de Dijon , qui fut fort applaudi. Cet Auteur vient
de donner au Public un Livre de Piéces de Viole
qui eft fort goûté .
Le 15. on chanta un Divertiffement de M. de
Blamont qui a pour titre Le Retour des Dieux.
fur la Terre , lequel avoit été chanté devant
L. M. le jour de leur mariage à Fontainebleau.
Le 20. on chanta à Marli le Prologue & le
premier Acte du Balet des Fêtes Grecques &
Romaines de M. de Blamont ; les Dies Antier &
Le Maure chanterent les Rôles de Clio & d'Erato
, & le S d'Angerville celui d'Apollon , &
dans la Piéce les Diles Le Maure , Barbier & le
Noir remplirent les principaux les . La D'e
Pitron chanta enfuite un Air détaché .
Le 22. on chanta la fuite du fecond & du troifiéme
Acte , dans lefquels les Diles Antier , Lenner
& Barbier chanterent les principaux Rôles ,
& le S le Prince fit celui de Tibule.
une petite Fête à Bagnolet pour le Divertiffe
ment des deux Princeffes fes filles , à laquelle toutès
les Dames du Palais Royal & plufieurs autres
attachées à S. A. R. & aux Princeffes , fe trouverent
, de même que plufieurs Seigneurs attachés
à la Maifon d'Orleans . S. A. R. fit donner aux
Princeffes & aux Dames qui étoient du Souper ,
à chacune un habit de Satin gaufré , d'une nouvelle
fabrique établie depuis peu au Village de
Bagnolet. Les Seigneurs qui étoient de la danfe ,
eurent auffi des habits & des veftes de même . Le
tout fut trouvé très - galant & d'un très - bon gout;il
y eut plufieurs danfes & contre- danfes qui furent
parfaitement bien executées par les jeunes Princeffes
& par les Dames & les Seigneurs qui eurent
l'honneur de danfer avec elles.
Le 25. du même mois , la jeune Princeſſe de
Bade , Niece du Duc d'Orleans , fe rendit au Palais
Royal pour rendre vifite à S. A. R. qui la
reçut très-gracieufement , & lui fit prefent d'une
magnifique Poupée, de la grandeur de cette jeune
Princeffe, ornée de Boucles d'oreilles de diamans,
de Papillons & autres ornemens de tête auffi en
brillans,avec plufieurs habits magnifiques pour la
Poupée. Les Princeffes d'Orleans ajoûterent à ce
Prefent plufieurs Bijoux très-galans , qui furent
mis dans les poches de la Poupée , laquelle étoit
accompagnée d'une Figure de Crocheteur en
I carton
2522 MERCURE DE FRANCE
carton , portant une Valife qui renfermoit diffe
rens habits & nipes pour l'ufage de la Poupée .
Le 7. le Marquis de Caftellar , nouvel Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne, fe rendit aux Carmelites,
où il eut Audiance de la Reine Douairiere d'Efpagne
, qui le reçut très gracieufement . Ce Miniftre
témoigna à S. M. C. les affurances d'amitié
qu'il venoit lui faire de la part du Roi & de la
Reine d'Espagne.
Le 8.de ce mois , Madame d'Orleans , Abbeffe
de Chelles , alla à la Magdeleine de Trenel dîner
avec la Ducheffe d'Orleans fa mere & avec les
Princeffes fes Soeurs. L'après dîné , la Reine d'Eſpagne
s'y rendit auffi , & quelque tems après M. le.
Duc d'Orleans , accompagné du Duc de Chartres,
fon Fils , y arriva. Deforte que S. A. R. eut le
plaifir de voir dans la même journée preſque toure
fon augufte Famille raffemblée.
Le 25. Octobre , la jeune Princeffe de Bade ,
fille duMargrave de Bade Baden, & Niece du Duc
d'Orleans , partit de Paris pour s'en retourner
à Raftalt , en parfaite fanté. M. Petit , Chirurgien
Juré , Démonftrateur Royal & Membre
des Académies des Sciences de Paris & de Londres,
lui avoit extirpé à la joue une loupe d'une groffeur
prodigieufe, & avec tant de fuccès, que cette
Princeffe n'en fera pas même marquée ; auffi ar'elle
récompenfé noblement l'habile main qui a
fi bien operé, & a de plus fait preſent à M. Petit
d'un Neceffaire , c'est - à-dire , d'un affortiment
de tout ce qu'il convient pour faire & fervir du
Caffé , du Thé & du Chocolat , contenant differentes
pieces , comme Aiguére , Soucoupe , plufreurs
Pots , Taffes , Drageoires , Cuilliers , & c.
le tout en Vermeil doré , & Porcelaines de Drefde,
d'un prix confiderable & d'un travail exquis.
Cette Princeffe a donné à la Sacriſtie du Conyent
NOVEMBRE. 1730. 2523
went des Petites Cordelieres , où elle a occupé un
Appartement pendant fon féjour à Paris , un Baffin
& une Aiguiere d'argent , & a fait des préfens
à toutes les Religieafes , pour leur marquer fa
Latisfaction fur leurs foins & fur leurs attentions,
Le Roi a nommé le Duc de Saint- Aignan, Chevalier
des Ordres de S. M. Ambaffadeur à Rome.
Le 29. du mois dernier , le Marquis de Caſte-
Jar , Ambaffadeur Extraordinaire & Plenipotentiaire
du Roi d'Efpagne , eut fa premiere Audience
particuliere du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , étant conduit par le Chevalier
de Sainctot, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le 31. Octobre , veille de la Fête de tous les
Saints , le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Verſailles , où S. M. entendit la Meffe
& communia par les mains de l'Abbé de Choifeul
, fon Aumônier en quartier enfuite le Roi
toucha un grand nombre de Malades.
L'aprés midi , S. M. affifta dans la même Chapelle
aux premieres Vêpres chantées par la Mufique,
aufquelles l'Evêque d'Aire officla pontificalement.
Le premier de ce mois, jour de la Fête , le
Roi entendit la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Evêque d'Aire,& chantée par la Mufique.
L'aprés midi S. M. entendit le Sermon du
Pere Cotoner de la Compagnie de Jefus ; enfuite
les fecondes Vêpres qui furent chantéesS par la
Mufique , aufquelles le même Prélat officia. Le
Roi affitta aufli aux Vêpres des Morts.
Le même jour, la Reine entendit la Meffe dans la
même Chapelle, & S. M. communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand- Aumônier .
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la Reine entendirent
1 ij
2524 MERCURE DE FRANCE
tendirent la Meffe de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique. Aprés
la Meffe , le Roi partit pour Rambouillet.
La Reine ayant voulu rendre à Dieu fes actions
de graces particulieres , de fon heureux
accouchement, & de la naiffarce de Monfeigneur
le Duc d'Anjou, S.M. vint le 6 de ce mois à l'Eglife
Métropolitaine de Paris . La Reine accompagnée
de Mademoiſelle de Clermont , Sur - Intendante
de Sa Maiſon , des Dames de fa Cour & de
fes principaux Officiers , arriva à midi à l'Eglife
Métropolitaine , où les détachemens des Régimens
des Gardes Françoifes & Suifles étoient en
haye & fous les armes. L'Archevêque de Paris ,
revêtu de fes habits Pontificaux & à la tête des
Chanoines , reçut la Reine à la porte de l'Eglife ,
avec les cérémonies accoutumées ; & après avoir
complimenté Sa Majefté , il la conduifit dans le
Choeur. La Reine y fit fa priere , & alla enfuite
à l'Autel de la Vierge entendre la Meffe , qui
fut dite par un de fes Chapelains.La Reine ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife , avec les
mêmes cérémonies qui avoient été observées à
fon arrivée , S. M. partit pour retourner à Verfailles,
Le fi Novembre aprés midi, les RR.PP. de la
Compagnie de JESUS , firent avec beaucoup de
folemnité , dans leur Eglife de la Maiſon Profeffe
de Paris , qui étoit éclairée par un grand
nombre de lumieres , l'ouverture de l'Octave de
fa Fête de la Canonifation de S. Louis de Gonzague
& de S. Staniflas Koftka , de leur Compagnie.
Le lendemain l'Archevêque de Paris , à la
tête du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine , fe
rendit à cette Eglife, & y célebra pontificalement
la Meffe , qui fut chantée à plufieurs choeurs de
mufique
NOVEMBRE . 1730. 2525
mufique. L'après midi , l'Evêque de Cifteron
prononça le Panegyrique de ces deux Saints avec
beaucoup d'éloquence , & l'Abbé de Gontault ,
Doyen du Chapitre , officia au Salut .
Les jours fuivans , differens Evêques y ont cé
lébré pontificalement la Meffe , & ont officié aux
Saluts .
Le 12 de ce mois , le Comte de Seefted , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy de Danemarc ,
eut , en long Manteau de deuil , une Audience
particuliere du Roy , dans laquelle il donna part
a S. M. de la mort du Roy de Danemarc , Frederic.
IV . Il fut conduit à cette Audience par le
Chevalier de Sainctot , Introducteur des Ambaf
fadeurs , qui le conduifit enfuite à l'Audience de
Ia Reine , & à celle de Monfeigneur le Dauphin.
Le 16. le Roy prit le deuil pour cette mort.
Le 19. le Roy & la Reine partirent de Verfailles
pour aller paffer quelques jours au Château
de Marly.
Le 13 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
céremonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, célébrée pontificalement dans la Grand'-
Salle du Palais , par l'Archevêque de Bourges , à
laquelle M. Portail , Pr. Préfident , & les Chambres
affifterent.
A la rentrée du Parlement de Dijon , à la faint
Martin , M. le Prefident de la Marche , qui eft
un jeune Magiftrat , né Orateur , s'étoit chargé
de faire le Difcours des Mercuriales & de l'Audience
publique , & il s'en acquitta parfaitement."
Le Difcours aux Chambres affemblées , fut pour
apprendre aux Officiers à ne pas juger par hu-
I. iij meur.
2526 MERCURE DE FRANCE
meur. Ce fujet parut nouveau & fut traité avec
toute la politeffe , la nobleffe & l'éloquence poffible,
ainfi que celui pour les Avocats , fur l'amour
de la verité ; & il finit par un éloge magnifique
du Roy & du Miniftere,
Le 14 , la Reine vint à Paris , & alla entendre
la Meffe dans l'Eglife de la Maiſon Profeffe des
Jefuites,à l'occafion de la Fête qu'on y célébroit.
S. M. accompagnée de Mademoiſelle de Clermont,
Sur- Intendante de Sa Maiſon , des Dames
de fa Cour , du Cardinal de Fleury , fon Grand
Aumônier , & de fes principaux Officiers , fut
reçûë à la porte de l'Eglife par le Pere Supérieur,
accompagné des Jefuites de la Maiſon , de ceux
du College de LoUIS LE GRAND , & de ceux du
Noviciat. Après que le P. Supérieur eut compli
menté la Reine par un Difcours auffi éloquent
que convenable à la piété de S. M. la Reine fut
Conduite dans le Sanctuaire , & elle y entendit la
Meffe , qui fut dite par un de fes Chapelains ;
pendant laquelle on chanta un Motet. S.M.ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife avec les ceremonies
obfervées à ſon arrivée, elle ſe rendit au
Monaftere des Religieufes de l'Ave Maria , d'où
S. M. alla dîner au Palais des Thuilleries , après
avoir paflé par la Place Royale. La Reine trouva,
à l'Eglife des Jéfuites , à celle de l'Ave Maria
& au Palais des Thuilleries , les Gardes Françoifes
& Suiffes en haye & fous les Armes. L'après
midi , S. M. partit de Paris vers les quatre
heures , pour retourner à Verſailles , & s'arrêta
quelque temps au Couvent des Religieufes de
Sainte Marie de Chaillot.
> Le 22. de ce mois , la Fête de Sainte Cecile
fut celebrée avec éclat dans l'Eglife des Enfans.
Rouges
NOVEMBRE 1730. 2527
Rouges ; on y chanta une grande Meffe & les
Vêpres en Mufique & à grand choeur , de la.
compofition de l'Abbé Senefchal , qui fut genéralement
applaudie..
Le 25. là Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le remboursement des Actions fut tirée en
la maniere accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
On a publié la Lifte des Numero des Actions
& dixièmes d'Actions qui feront rembourfées
, failant en tout le nombre de 3.00. Actions..
Le premier de ce mois , Fête de la Touffaint ,
il y eut Concert fpirituel au Château des Thuil--
leries. M. Mouret fit chanter Exultate jufti ,
Motet de M. de la Lande , fuivi d'un autre Motet
à deux Baffes - Tailles qui fut très gouté. Les
Dile, Erremens & . Petitpas chanterent avec applaudiffement
un petit Motet nouveau à deux
Deffus , de la compofiiion de M. Le Máire. La
Dile le Maure chanta Ufquequò , petit Moter
de M. Mouret , avec une grande préciſion. Le
Concert fut terminé par le Dixit Dominus de
M. de la Lande.
Le 2. jour des Morts , on exécuta le Divertiffement
de la Chaffe du Cerf . & plufieurs
Piéces de fimphonie , après lefquelles on chanta
le De profundis de M. de la Lande.
Il y a eu Concert François tous les Mercredis
de ce mois , dans lefquels on a chanté plufieurs
Divertiffemens de différens Maîtres , & tous les
Concerts ont toujours été terminés par un Mo.
tet à grands choeurs , de M. de la Lânde.
Le 4. de ce mois , M. de Blamont, Sur- Intendant
de la Mufique du Roi , fit chanter chez la
Reine le 4 & 5e Acte de l'Opera d'Amadis de
L. iiij Gaule;
2528 MERCURE DE FRANCE
Gaule ; La Dile Pitron chanta le Rôle d'Arcabonne
la Dle Lenner celui d'Oriane , le St
d'Angerville celui d'Archelaus & le Sr Guedon
remplit celui d'Amadis .
>
Le 12. on chanta un Divertiffement intitulé
Les Plaisirs de l'Hyver , de la compofition de
M. Capuce , Maître de Mufique de l'Académie
de Dijon , qui fut fort applaudi. Cet Auteur vient
de donner au Public un Livre de Piéces de Viole
qui eft fort goûté .
Le 15. on chanta un Divertiffement de M. de
Blamont qui a pour titre Le Retour des Dieux.
fur la Terre , lequel avoit été chanté devant
L. M. le jour de leur mariage à Fontainebleau.
Le 20. on chanta à Marli le Prologue & le
premier Acte du Balet des Fêtes Grecques &
Romaines de M. de Blamont ; les Dies Antier &
Le Maure chanterent les Rôles de Clio & d'Erato
, & le S d'Angerville celui d'Apollon , &
dans la Piéce les Diles Le Maure , Barbier & le
Noir remplirent les principaux les . La D'e
Pitron chanta enfuite un Air détaché .
Le 22. on chanta la fuite du fecond & du troifiéme
Acte , dans lefquels les Diles Antier , Lenner
& Barbier chanterent les principaux Rôles ,
& le S le Prince fit celui de Tibule.
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Résumé : « Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...] »
En octobre 1730, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour de France. Le 7 octobre, le Marquis de Castellar, nouvel ambassadeur d'Espagne, fut reçu par la Reine douairière d'Espagne. Le 8 octobre, Madame d'Orléans, Abbesse de Chelles, dîna avec la Duchesse d'Orléans et les Princesses, rejointes plus tard par la Reine d'Espagne et le Duc d'Orléans. Le 25 octobre, la Princesse de Bade, nièce du Duc d'Orléans, rendit visite au Palais Royal et reçut une poupée ornée en cadeau. La même journée, elle quitta Paris pour Rastatt après une opération réussie pour enlever une loupe à sa joue, récompensant le chirurgien avec un nécessaire en vermeil doré et porcelaine de Dresde. Le Roi nomma le Duc de Saint-Aignan ambassadeur à Rome. Le 29 octobre, le Marquis de Castellar eut sa première audience privée avec le Roi, la Reine et le Dauphin. Le 31 octobre, le Roi assista à la messe et communia à Versailles, touchant ensuite un grand nombre de malades. Les 1er et 2 novembre, le Roi et la Reine assistèrent à des messes et sermons à Versailles, incluant une messe de Requiem. Le 6 novembre, la Reine rendit grâce pour son accouchement à l'église métropolitaine de Paris. Le 11 novembre, les Jésuites célébrèrent la canonisation de Saint Louis de Gonzague et Saint Stanislas Kostka. Le 12 novembre, l'ambassadeur du Danemark informa le Roi de la mort du Roi Frédéric IV. Le 16 novembre, le Roi prit le deuil. Le 19 novembre, le Roi et la Reine se rendirent au Château de Marly. Le 13 novembre, le Parlement ouvrit avec une messe solennelle à Dijon, où un jeune magistrat prononça un discours sur l'humilité des juges. Le 14 novembre, la Reine assista à une messe chez les Jésuites et visita le monastère des Religieuses de l'Ave Maria avant de retourner à Versailles. Le 22 novembre, la fête de Sainte Cécile fut célébrée avec une grande messe et des vêpres. Le 25 novembre, la loterie de la Compagnie des Indes eut lieu. Divers concerts et divertissements musicaux furent organisés au Château des Tuileries et à Marly, incluant des motets et des opéras.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1995
p. 2528-2529
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën le 21. Novembre 1730, sur la Fête celebrée dans l'Eglise des R R. P P. Jesuites.
Début :
Tout le monde sçait avec quel zele les R R. P P. Jesuites font éclater leur joye [...]
Mots clefs :
Église, Jésuites, Caen, Naissance du Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën le 21. Novembre 1730, sur la Fête celebrée dans l'Eglise des R R. P P. Jesuites.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën
le 21. Novembre 1730. fur la Fête celebrée
dans l'Eglife des RR. P P. Jeft ites .
TR
Out le monde fçait avec quel zele les
R R. P P. Jefuites font éclater leur joye
orfqu'il s'agit de l'interêt de la Religion & de
a gloire du Roi. , On vit à Caen l'année paffée
les Réjouiffances publiques qu'ils firent pour
la
NOVEMBRE. 1730. 2520
la Naiffance du Dauphin ; elles furent unanimement
applaudies.
Ils ont cette année fignalé leur piété par la
Fête de la Canonifation des Bienheureux S S.
Louis de Gonzague & Staniſlas Koſtka , de leur
Compagnie. L'ouverture s'en fit le Dimanche 12.
. Novembre. La veille de cette folemnité M. de
Luynes , Evêque de Bayeux , fulmina les Balles
de la Canonifation , & le Te Deum fut enfuite
chanté au bruit de l'Artillerie , laquelle fut placée
fur les Remparts qui donnent fur la Cour de
P'Eglife des Jeunes. On fit le Salut le foir ,
cette Eglife fut illuminée de plus de 6000. Lam
pions & de quantité de cierges & de bougies , Illumination
qui a été continuée pendant l'Octave
entiere.
&ta
Le lendemain Dimanche la Melle fut celebrée
par M. l'Evêque après une Proceffion genérale..
Les Vêpres furent dites de la même maniere , &
la même folemn. a été continuée pendant toute
l'Octave , avec un éclat & un concours extraor
dinaire ..
Le Dimanche 19. jour de l'Octave , on entene
dit dès le matin une falve des mêmes Canons.
M. Vicaire , Curé de S. Michel de Vaucelles
prononça le Panegyrique des deux Saints avec :
beaucoup d'éloquence & d'applaudiffement. Suc
fe foir on entendit encore le bruit du Canon ;:
c'étoit le fignal d'une illumination magnifique
& d'un feu d'artifice qui fut tiré avec un grand
fuccès devant l'Eglife des Jefuites..
le 21. Novembre 1730. fur la Fête celebrée
dans l'Eglife des RR. P P. Jeft ites .
TR
Out le monde fçait avec quel zele les
R R. P P. Jefuites font éclater leur joye
orfqu'il s'agit de l'interêt de la Religion & de
a gloire du Roi. , On vit à Caen l'année paffée
les Réjouiffances publiques qu'ils firent pour
la
NOVEMBRE. 1730. 2520
la Naiffance du Dauphin ; elles furent unanimement
applaudies.
Ils ont cette année fignalé leur piété par la
Fête de la Canonifation des Bienheureux S S.
Louis de Gonzague & Staniſlas Koſtka , de leur
Compagnie. L'ouverture s'en fit le Dimanche 12.
. Novembre. La veille de cette folemnité M. de
Luynes , Evêque de Bayeux , fulmina les Balles
de la Canonifation , & le Te Deum fut enfuite
chanté au bruit de l'Artillerie , laquelle fut placée
fur les Remparts qui donnent fur la Cour de
P'Eglife des Jeunes. On fit le Salut le foir ,
cette Eglife fut illuminée de plus de 6000. Lam
pions & de quantité de cierges & de bougies , Illumination
qui a été continuée pendant l'Octave
entiere.
&ta
Le lendemain Dimanche la Melle fut celebrée
par M. l'Evêque après une Proceffion genérale..
Les Vêpres furent dites de la même maniere , &
la même folemn. a été continuée pendant toute
l'Octave , avec un éclat & un concours extraor
dinaire ..
Le Dimanche 19. jour de l'Octave , on entene
dit dès le matin une falve des mêmes Canons.
M. Vicaire , Curé de S. Michel de Vaucelles
prononça le Panegyrique des deux Saints avec :
beaucoup d'éloquence & d'applaudiffement. Suc
fe foir on entendit encore le bruit du Canon ;:
c'étoit le fignal d'une illumination magnifique
& d'un feu d'artifice qui fut tiré avec un grand
fuccès devant l'Eglife des Jefuites..
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën le 21. Novembre 1730, sur la Fête celebrée dans l'Eglise des R R. P P. Jesuites.
Le 21 novembre 1730, une fête fut organisée dans l'église des Jésuites de Caen pour célébrer la canonisation des bienheureux Louis de Gonzague et Stanislas Kostka. Les festivités débutèrent le 12 novembre avec la publication des bulles de canonisation par l'évêque de Bayeux, M. de Luynes, et le chant du Te Deum, accompagné par l'artillerie. L'église fut illuminée avec plus de 6000 lampes, cierges et bougies, illumination maintenue durant toute l'octave. Le dimanche suivant, l'évêque célébra la messe après une procession générale, suivie de vêpres solennelles. Les célébrations se poursuivirent avec éclat et une grande affluence pendant toute l'octave. Le 19 novembre, une salve de canons annonça le panégyrique des deux saints, prononcé par M. Vicaire, curé de Saint-Michel de Vaucelles. La journée se conclut par une illumination et un feu d'artifice devant l'église des Jésuites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1996
p. 2530-2532
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Chambort, le 30. Octobre 1730.
Début :
Le mariage de M. le Duc de Chastelleraud avec Mademoiselle la Palatine de Russie fut hier [...]
Mots clefs :
Reine, Roi, Mariage, Table
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Chambort, le 30. Octobre 1730.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Cham- ]
bort , le 30. Octobre 1730 .
E mariage de M. le Duc de Chaftelleraud avec
Mademoiſelie la Palatine de Ruffie fut bier
celebré ici avec une magnificence digne de la majefté
des Perfonnes Royales qui honorerent la
Cerémonie de leur préfence.
Toute la Cour nombreufe & magnifiquement
parée affifta à la Meffe du Roi Stanillas , pendant
Laquelle on chanta un très beau motet. Quelque
tems après le diné fut fervi , & le Roi fe mit à
une Table de 30. Couverts. On y avoit invité les
parens des mariés , quelques amis & plufieurs
perfonnes de diftinction de la Province.” Mademoiſelle
la Palatine n'y dîna pas.
A trois heures les Fiançailles fe firent dans le
Cabinet de la Reine , Epoufe du Roi Staniſlas..
La Mariée étoit en habit de Cour , & M. le Duc
de Chaftelleraud étoit auffi magnifiquement vêtu
On fe fepara immédiatement après cette Cerémonie
, & on fe rejoignit à quatre heures dans
la Chapelle ; la Mariée y fut conduite par le Roi
& M. l'Evêque de Blois commença la benediction
Nuptiale par le Difcours qui fuit.
Le mariage dans la nouvelle alliance est
élevé à la dignité du Sacrement ; il eſt le type
la figure , il doit être l'expreffion & l'image
de l'union de Jesus- Chrift avec fon Eglife . Dé
tournons donc nos regards de tout l'éclat mondain
qui accompagne cette augufte Cerémonies.
La jeuneſſe & la beauté font de foibles avanta
ges que le tems emporte & détruit. La Naiſſance
la plus éclatante eft peu de chofe pour de
véritables Chrétiens qui ne connoiffent rien de
pl.s
NOVEMBRE. 1730. 2531
plus-grand que la qualité d'Enfans de Dieu &
de coheritiers de Jefus - Christ . Qu'est - ce que les
biens , les Titres & les rangs ? les Trônes meme
& les Couronnes font dans la main de Dien
qui les donne felon fon bon plaifir ; mais vous
devez connoitre qu'une foi vive , une Religion
éclairée animée par la charité , fondée fur
des principes , entretenus par des pratiques>
qu'une estime & une confiance réciproque ,
fruits & fondemens d'une conftante fidelité
conjugale , font le véritable bonheur de l'état
où vous allez entrer . Pendant que tous les Rois
Reines de la terre , depuis le midi jufqu'aw¨
Septentrion , prennent part à l'alliance que
vous contractez , nous demandons à Dieu qu'il
vous falle profiter des exemples que vous avez
devant les yeux dans ceux à qui vous êtesattachez
par tant de titres , du fang de reconnoiffance
de devoir , & nous esperons:
qu'il fera naître de vous une pofterité diguer
des Chevaliers ( a ) fans peur & fans reproche
des Héros (b) qui dans le fiecle dernier
ont deffendu l'Europe contre Pinvafion der
l'Ennemi des Chrétiens.
un
Le Veni Creator fut chanté enfuite par la Mu
fique qui eft excellente ; de la Chapelle on fe
rendit à la Salle de la Mufique ; on y chanta
Divertiffement fait exprès pour la fête du jour ,
après quoi on alla chez la Reine , où l'on trouva
plufieurs Tables de jeux. Le fouper fut fervi farune
Table de 30. Couverts , du milieu de laquelle
en fortoit une autre fans être féparée de la grande..
Le Roi & la Reine fe mirent à cette petite Tabl
du côté qui regardoit la Compagnie. M. le Duc
( a ) Louis de la Trimouille fut furnommé le
Chevalier fans peur & fans reproche.
(b) M. Jablonoufrio
Je vj
2532 MERCURE DE FRANCE
de Chaftelleraud fur le côté à la droite du Roi
& M la Ducheffe de Chaftelleraud fur le côté à
gauche de la Reine.
Le Roi fit l'honneur aux Mariés de boire leur
fanté debout ; il la porta à M. le Prince de Talmond
, & elle fut buë à la ronde . Quoique le
foupé fut affez long , il n'en fut pas moins gay..
En fortant de table , le Roi mena M. le Duc de
Chaftelleraud dans la Chambre où étoit ſa toilette
, & lui fit l'honneur de lui donner la chemife.
La Reine en ufa de même pour Made la.
Ducheffe de Chatelleraud.
bort , le 30. Octobre 1730 .
E mariage de M. le Duc de Chaftelleraud avec
Mademoiſelie la Palatine de Ruffie fut bier
celebré ici avec une magnificence digne de la majefté
des Perfonnes Royales qui honorerent la
Cerémonie de leur préfence.
Toute la Cour nombreufe & magnifiquement
parée affifta à la Meffe du Roi Stanillas , pendant
Laquelle on chanta un très beau motet. Quelque
tems après le diné fut fervi , & le Roi fe mit à
une Table de 30. Couverts. On y avoit invité les
parens des mariés , quelques amis & plufieurs
perfonnes de diftinction de la Province.” Mademoiſelle
la Palatine n'y dîna pas.
A trois heures les Fiançailles fe firent dans le
Cabinet de la Reine , Epoufe du Roi Staniſlas..
La Mariée étoit en habit de Cour , & M. le Duc
de Chaftelleraud étoit auffi magnifiquement vêtu
On fe fepara immédiatement après cette Cerémonie
, & on fe rejoignit à quatre heures dans
la Chapelle ; la Mariée y fut conduite par le Roi
& M. l'Evêque de Blois commença la benediction
Nuptiale par le Difcours qui fuit.
Le mariage dans la nouvelle alliance est
élevé à la dignité du Sacrement ; il eſt le type
la figure , il doit être l'expreffion & l'image
de l'union de Jesus- Chrift avec fon Eglife . Dé
tournons donc nos regards de tout l'éclat mondain
qui accompagne cette augufte Cerémonies.
La jeuneſſe & la beauté font de foibles avanta
ges que le tems emporte & détruit. La Naiſſance
la plus éclatante eft peu de chofe pour de
véritables Chrétiens qui ne connoiffent rien de
pl.s
NOVEMBRE. 1730. 2531
plus-grand que la qualité d'Enfans de Dieu &
de coheritiers de Jefus - Christ . Qu'est - ce que les
biens , les Titres & les rangs ? les Trônes meme
& les Couronnes font dans la main de Dien
qui les donne felon fon bon plaifir ; mais vous
devez connoitre qu'une foi vive , une Religion
éclairée animée par la charité , fondée fur
des principes , entretenus par des pratiques>
qu'une estime & une confiance réciproque ,
fruits & fondemens d'une conftante fidelité
conjugale , font le véritable bonheur de l'état
où vous allez entrer . Pendant que tous les Rois
Reines de la terre , depuis le midi jufqu'aw¨
Septentrion , prennent part à l'alliance que
vous contractez , nous demandons à Dieu qu'il
vous falle profiter des exemples que vous avez
devant les yeux dans ceux à qui vous êtesattachez
par tant de titres , du fang de reconnoiffance
de devoir , & nous esperons:
qu'il fera naître de vous une pofterité diguer
des Chevaliers ( a ) fans peur & fans reproche
des Héros (b) qui dans le fiecle dernier
ont deffendu l'Europe contre Pinvafion der
l'Ennemi des Chrétiens.
un
Le Veni Creator fut chanté enfuite par la Mu
fique qui eft excellente ; de la Chapelle on fe
rendit à la Salle de la Mufique ; on y chanta
Divertiffement fait exprès pour la fête du jour ,
après quoi on alla chez la Reine , où l'on trouva
plufieurs Tables de jeux. Le fouper fut fervi farune
Table de 30. Couverts , du milieu de laquelle
en fortoit une autre fans être féparée de la grande..
Le Roi & la Reine fe mirent à cette petite Tabl
du côté qui regardoit la Compagnie. M. le Duc
( a ) Louis de la Trimouille fut furnommé le
Chevalier fans peur & fans reproche.
(b) M. Jablonoufrio
Je vj
2532 MERCURE DE FRANCE
de Chaftelleraud fur le côté à la droite du Roi
& M la Ducheffe de Chaftelleraud fur le côté à
gauche de la Reine.
Le Roi fit l'honneur aux Mariés de boire leur
fanté debout ; il la porta à M. le Prince de Talmond
, & elle fut buë à la ronde . Quoique le
foupé fut affez long , il n'en fut pas moins gay..
En fortant de table , le Roi mena M. le Duc de
Chaftelleraud dans la Chambre où étoit ſa toilette
, & lui fit l'honneur de lui donner la chemife.
La Reine en ufa de même pour Made la.
Ducheffe de Chatelleraud.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Chambort, le 30. Octobre 1730.
Le 30 octobre 1730, le mariage de M. le Duc de Châtellerault et Mademoiselle la Palatine de Ruffie fut célébré à Chambort avec une grande magnificence, en présence de personnes royales. La Cour assista à la messe du Roi Stanislas, suivie d'un dîner où le Roi se joignit à une table de 30 couverts, invitant les parents des mariés et des personnes de distinction. Les fiançailles eurent lieu dans le cabinet de la Reine, après quoi la bénédiction nuptiale fut donnée par l'évêque de Blois. Le mariage fut élevé au rang de sacrement, symbolisant l'union de Jésus-Christ avec son Église. La cérémonie fut marquée par des discours sur la foi et la charité. Après la bénédiction, un Veni Creator fut chanté, suivi de divertissements musicaux. Le souper fut servi à une table de 30 couverts, avec le Roi et la Reine honorant les mariés. Le Roi mena ensuite M. le Duc de Châtellerault dans sa chambre pour l'aider à se préparer, imité par la Reine avec la Duchesse de Châtellerault.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1997
p. 2740-2741
Prise de possession de S. Jean de Latran.
Début :
Le 19. Novembre, le Pape se rendit le matin du Palais du Quirinal à celui du Vatican [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinaux, Cérémonie, Officiers, Chevaux, Trône, Vatican
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prise de possession de S. Jean de Latran.
Prife de poffeffion de S. Jean de Latran.
L
E 19. Novembre , le Pape fe rendit le matin
du Palais du Quirinal à celui du Vatican,
où fa S. dîna. L'après midi , les Cardinaux , les
Prélats & les Seigneurs Romains qui avoient rang
dans la Cerémonie , s'y étant rendus , la marche
fe fit dans l'ordre fuivant, Un détachement des.
chevaux Legers de la Garde , habillés de drap
écarlatte galonné d'or , fortit du Palais , ayant à
fa tête le Marquis Caponi , Grand - Maréchal
des Logis du Pape . Il fut fuivi des Officiers de
la Chambre & de la livrée des Cardinaux , de
leurs Maffiers à cheval , de leurs Gentilshommes
& de la principale Nobleffe à cheval , ayant
livriée à fes cûtés .
fa
A quelque distance marchoient les bas Officiers
du Palais Apoftolique , la Haquenée du Pape couverte
d'un magnifique caparaçon , les litières de
S. S. fon Grand-Ecuyer , les Trompettes des Cheyaux
Legers de la Garde , les Cameriers extraor-
1. Vol dinaires
DECEMBRE. 1730 : 2741
dinaires , les Adjudans de la Chambre , les Avocats
Confiftoriaux , les Chapelains ordinaires , les
Chapelains Secrets , les Cameriers d'honneur de
Cape & d'Epée , les Cameriers d'honneur Ecclefiaftiques
, les Cameriers fecrets de Cape &
d'Epée , les Cameriers fecrets Écclefiaftiques , les
Abreviateurs , les Votans de la fignature 2. les
Clercs de la Chambre , les Auditeurs de Rote , le
Religieux Dominicain qui eft Maître du Palais
-Apoftolique, l'Ambaffadeur de laVille de Bologne,
le Prieur & les Confervateurs des Privileges du
Peuple Romain , le Connétable Colonne , Prince
du Soglio , le Gouverneur de Rome , les Maîtres
des Cerémonies Pontificales , M. Befonico , qui
étant le dernier des Auditeurs de Rote, portoit la
Croix au milieu de deux Acolites & marchoit
-immediatement devant le Pape , lequel étoit dans
un fauteuil de velours cramoifi , galonné d'or
porté fur un brancart par deux chevaux blancs ,
magnifiquement caparaçonnés . S.S. étoit entourée
de la Garde Suiffe , du refte de fa Compagnie,des
Chevaux Legers , de fes Pages , Coureurs, Palfre-
-niers , de deux Officiers portant des Ombrelles
-ou Parafols & de fes deux Maffiers à cheval. M.
Doria , Archevêque de Patraffo , Maître de la
Chambre du Pape , marchoit après S. S. au mi-
-lieu de deux Cameriers Secrets Affiftans. Il étoit
fuivi du Medecin , du Caudataire & du Maître de
la Garderobe du Pape , de deux Officiers de la
-bouche , avec leurs Cantines , du cheval que le
-Pape devoit monter , d'une chaife à porteurs , & de la Litière du Corps. Après ce Cortege marchoient
les Cardinaux
Barberin , Sous - Doyen du
Sacré College , Albani de S. Clement , Zondodari
, Belluga de S. Mathieu , Querini , Lercari , Caraffe , Borghefe , Cibo , Altieri , Alexandre
Albani, del Giudice & Rufpoli ; ils étoient fuivis
1. Vol.
I dés
2742 MERCURE DE FRANCE
des Patriarches, Archevêques &Evêques affiftans du
Trône, de l'Auditeur de S. S. & du Tréforier de
la Chambre Apoftolique. M.NeriCorfini, neveu du
Pape , marchoit au milieu des deux plus anciens
Protonotaires Apoftoliques , qui étoient fuivis des
autres Protonotaires , des Evêques non affiftans
des Referendaires des deux fignatures , des chevaux
de main & du Caroffe de S. S. devant lequel
étoient deux Trompettes de la Garde , de la Com.
pagnie des Cuiraffiers , de huit Compagnies d'Infanterie
, Enfeignes déployées , qui fe rangerent
en bataille dans la Place de S. Jean de Latran.
Le Pape étant arrivé au Capitole qui étoit tapiffé
de Velours cramoifi , avec des Crépines &
Galons d'or , le Marquis Marie Franchipani ,
en longue robbe de Sénateur , de toile d'or , accompagné
de fes Collegues , des Officiers du Capitole
, & affifté de deux Maîtres de cérémonies,
vint recevoir le Pape & lui rendre l'obédience au
nom du Sénat & du Peuple Romain. Son Difcours
fut reçû tres - favorablement de S. S. qui y
répondit en peu de mots.
>
Elle continua fa marche vers l'Arc de Triomphe
de Septime Severe, & quand on fût à une petite
diftance de celui de Tité, on trouva un autre
Arc de Triomphe , nouvellement érigé , fuivant
qu'il fe pratique en pareille cérémonie, par les Ordres
du Sereniff. Duc de Parme & de Plaiſance.
Cet Arc dont l'élevation, le gout, les riches ornemens
attirerent les regards de tous les connoiffeurs
, fut applaudi du Pape même , qui en marqua
une particuliere fatisfaction. On voyoit fur
la principale face deux grandes Statues dans des
Niches , l'une à droite, reprefentant la Charité
avec cette Infcription : Videant Pauperes &
latentur ; l'autre à gauche , fymbole de la Juftice
, avec ces mots : Juftitia ejus manet . Sur le
>
1. Velo milieu
DECEMBRE. 1730. 2743
milieu du comble de tout l'Edifice étoit pofé
entre deux Renommées , un grand Cartouche ,
contenant les Armes du Pape : avec cette Infcri
ption : CLEMENTI XII . P. O. M. genere virtutibus
praftantiffimo , Magno, Chriftiana Reipublica
bono & gaudio. Antonius Farnefius
Parma & Plac, Dux P. On lifoit cette autre Inf
cription fur la face oppofée , où les Armes du
Pape , foutenues par deux Renommées , étoient
encore répétées : AD ECCLESIAM OMNIUM
MATREM exoptatiffimi Principis iter , urbe
borbe plaudentibus , obfequentiffimè veneratur
Antonius Farnefius Parma & Plac. Dux. Il
feroit trop long de rapporter icy les autres Emblêmes
& Devifes qui ornoient toutes les parties
de ce Monument. Elles étoient toutes d'une heureufe
application & tirées pour la plupart de l'E
criture.Nous fommes auffi obligez de paffer fous
filence les autres magnificences du Duc de Parme
dans cette grande Fête. Elles brillerent fur tout
à la Façade du Jardin Farneſe , qui étoit fur la
même route , ainfi que l'Arc de Tite , à travers
duquel le Pape paffa,& le quartier des Juifs .L'Arc
de Tite étoit décoré de plufieurs Emblêmes, Devifes
, Infcriptions , &c. & on y lifoit fur divers
Rouleaux des Elegies latines à la gloire de S. S.
Le Pape fut reçû à l'entrée du Portail de l'Eglife
de S. Jean de Latran par le Card. Ottoboni
qui en eft Archiprêtre, à la tête du Chapitre.Etant
entré dans l'Eglife , ce Cardinal lui apporta la
Croix à baifer ; après quoi S. S. alla s'affeoir
fur fon Trône , préparé fous le Portique , qui
étoit tapiffé de brocard d'or & de damas. Elle y
prit les habits Pontificaux blancs & fa Mitre; alors
le Card. Ottoboni lui prefenta dans un Baffin
d'or deux Cefs , l'une d'or & l'autre d'argent.
Cette Cérémonie fut fuivie d'un Difcours latin
1. Vol. I ij très2744
MERCURE DE FRANCE
tres - éloquent que lui fit le même Cardinal ; après.
lequel les Cardinaux , les Patriarches , les Archevêques
& les Evêques qui s'étoient revêtus de
leurs habits Pontificaux dans une Salle à côté dụ
Portique , vinrent baifer les pieds du Pape ; cérémonie
qui fut enfuite obfervée par tous les Chanoines
, à chacun defquels le Tréforier de la
Chambre Apoftolique donna une Médaille d'argent.
Le Pape defcendit de fon Trône , précédé
de la Croix , des Cardinaux & des differens Or- .
dres de Prélature . Il entra dans l'Eglife donnant
l'Eau-benite à tous les affiftans. On lifoit deux
Infcriptions , l'une en dedans de la principale
Porte , & l'autre en dehors. La premiere contenoit
ce qui fuit , Ingredere, Sanctiffime Pater ,
exultantem adventu tuo comple&ere fponfam
Ecclefiarum Matrem que virtutis tua fulgoribus
illuftrata depofuit viduitatis infigne ut
novo tuorum latetur meritorum triumpho . Induit
fe veftimentis jucunditatis fua , Clementia
tua prafidio fulta nullos post hac fecura
pavebit incurfus . Pontifex pietate &munificentia
Optime , Maxime , diù vivas foelix aterno
Ecclefia decori , Corfinorum gloria perpe ,
tuo augmento. Publicè Urbis & Orbis Patri.
L'autre Infcription étoit en ces termes : Vox po
puli de Civitate , vox de Templo . Ecce venit defideratus
Gentibus fructus honoris quem dede-.
runtflores. CLEMENS XII. PONT. MAX.
occurrere latanti & facienti juftitiam . Lateranenfis
Ecclefia exultans clama magnum principium
, femita jufti recta eft , ofculate pedes ;
attolle portas ingredietur cuftodiens veritatem;
implebit Templum Majeftate nova. Parafii folium
, videbis Regem in decore fuc. Lorfque S.S.
fut arrivée dans le Choeur , elle y entonna le Te
Deum , après lequel elle fe rendit à fon Trône
I. Vol. élevé
DECEMBRE . 1730. 2743
élevé à côté du Grand Autel , où elle reçut l'obé
dience des Cardinaux qui lui baiferent la main, &
qui reçurent chacun une Médaille d'or & une
d'argent. Enfuite le Pape fut porté proceffionellement
à la grande Loge du Portail , où il donna
fa Benediction au peuple au fon des Timbales &
des Trompettes & au bruit d'une décharge gene
tale des Boëtes qui étoient rangées dans la Place.
Après la cérémonie , le Pape retourna en Chaife
à Porteurs au Palais du Quirinal.
Le foir , toute la Façade du Capitole fut ma
gnifiquement illuminée , ainfi que tous les Palais
de la Ville, & Pon fit plufieurs décharges de l'Ar
tillerie du Château S. Ange. A l'occafion de cette
cérémonie , le Pape a fait diftribuer du pain
toutes les pauvres familles , & diminuer confidérablement
le prix de la viande .
L
E 19. Novembre , le Pape fe rendit le matin
du Palais du Quirinal à celui du Vatican,
où fa S. dîna. L'après midi , les Cardinaux , les
Prélats & les Seigneurs Romains qui avoient rang
dans la Cerémonie , s'y étant rendus , la marche
fe fit dans l'ordre fuivant, Un détachement des.
chevaux Legers de la Garde , habillés de drap
écarlatte galonné d'or , fortit du Palais , ayant à
fa tête le Marquis Caponi , Grand - Maréchal
des Logis du Pape . Il fut fuivi des Officiers de
la Chambre & de la livrée des Cardinaux , de
leurs Maffiers à cheval , de leurs Gentilshommes
& de la principale Nobleffe à cheval , ayant
livriée à fes cûtés .
fa
A quelque distance marchoient les bas Officiers
du Palais Apoftolique , la Haquenée du Pape couverte
d'un magnifique caparaçon , les litières de
S. S. fon Grand-Ecuyer , les Trompettes des Cheyaux
Legers de la Garde , les Cameriers extraor-
1. Vol dinaires
DECEMBRE. 1730 : 2741
dinaires , les Adjudans de la Chambre , les Avocats
Confiftoriaux , les Chapelains ordinaires , les
Chapelains Secrets , les Cameriers d'honneur de
Cape & d'Epée , les Cameriers d'honneur Ecclefiaftiques
, les Cameriers fecrets de Cape &
d'Epée , les Cameriers fecrets Écclefiaftiques , les
Abreviateurs , les Votans de la fignature 2. les
Clercs de la Chambre , les Auditeurs de Rote , le
Religieux Dominicain qui eft Maître du Palais
-Apoftolique, l'Ambaffadeur de laVille de Bologne,
le Prieur & les Confervateurs des Privileges du
Peuple Romain , le Connétable Colonne , Prince
du Soglio , le Gouverneur de Rome , les Maîtres
des Cerémonies Pontificales , M. Befonico , qui
étant le dernier des Auditeurs de Rote, portoit la
Croix au milieu de deux Acolites & marchoit
-immediatement devant le Pape , lequel étoit dans
un fauteuil de velours cramoifi , galonné d'or
porté fur un brancart par deux chevaux blancs ,
magnifiquement caparaçonnés . S.S. étoit entourée
de la Garde Suiffe , du refte de fa Compagnie,des
Chevaux Legers , de fes Pages , Coureurs, Palfre-
-niers , de deux Officiers portant des Ombrelles
-ou Parafols & de fes deux Maffiers à cheval. M.
Doria , Archevêque de Patraffo , Maître de la
Chambre du Pape , marchoit après S. S. au mi-
-lieu de deux Cameriers Secrets Affiftans. Il étoit
fuivi du Medecin , du Caudataire & du Maître de
la Garderobe du Pape , de deux Officiers de la
-bouche , avec leurs Cantines , du cheval que le
-Pape devoit monter , d'une chaife à porteurs , & de la Litière du Corps. Après ce Cortege marchoient
les Cardinaux
Barberin , Sous - Doyen du
Sacré College , Albani de S. Clement , Zondodari
, Belluga de S. Mathieu , Querini , Lercari , Caraffe , Borghefe , Cibo , Altieri , Alexandre
Albani, del Giudice & Rufpoli ; ils étoient fuivis
1. Vol.
I dés
2742 MERCURE DE FRANCE
des Patriarches, Archevêques &Evêques affiftans du
Trône, de l'Auditeur de S. S. & du Tréforier de
la Chambre Apoftolique. M.NeriCorfini, neveu du
Pape , marchoit au milieu des deux plus anciens
Protonotaires Apoftoliques , qui étoient fuivis des
autres Protonotaires , des Evêques non affiftans
des Referendaires des deux fignatures , des chevaux
de main & du Caroffe de S. S. devant lequel
étoient deux Trompettes de la Garde , de la Com.
pagnie des Cuiraffiers , de huit Compagnies d'Infanterie
, Enfeignes déployées , qui fe rangerent
en bataille dans la Place de S. Jean de Latran.
Le Pape étant arrivé au Capitole qui étoit tapiffé
de Velours cramoifi , avec des Crépines &
Galons d'or , le Marquis Marie Franchipani ,
en longue robbe de Sénateur , de toile d'or , accompagné
de fes Collegues , des Officiers du Capitole
, & affifté de deux Maîtres de cérémonies,
vint recevoir le Pape & lui rendre l'obédience au
nom du Sénat & du Peuple Romain. Son Difcours
fut reçû tres - favorablement de S. S. qui y
répondit en peu de mots.
>
Elle continua fa marche vers l'Arc de Triomphe
de Septime Severe, & quand on fût à une petite
diftance de celui de Tité, on trouva un autre
Arc de Triomphe , nouvellement érigé , fuivant
qu'il fe pratique en pareille cérémonie, par les Ordres
du Sereniff. Duc de Parme & de Plaiſance.
Cet Arc dont l'élevation, le gout, les riches ornemens
attirerent les regards de tous les connoiffeurs
, fut applaudi du Pape même , qui en marqua
une particuliere fatisfaction. On voyoit fur
la principale face deux grandes Statues dans des
Niches , l'une à droite, reprefentant la Charité
avec cette Infcription : Videant Pauperes &
latentur ; l'autre à gauche , fymbole de la Juftice
, avec ces mots : Juftitia ejus manet . Sur le
>
1. Velo milieu
DECEMBRE. 1730. 2743
milieu du comble de tout l'Edifice étoit pofé
entre deux Renommées , un grand Cartouche ,
contenant les Armes du Pape : avec cette Infcri
ption : CLEMENTI XII . P. O. M. genere virtutibus
praftantiffimo , Magno, Chriftiana Reipublica
bono & gaudio. Antonius Farnefius
Parma & Plac, Dux P. On lifoit cette autre Inf
cription fur la face oppofée , où les Armes du
Pape , foutenues par deux Renommées , étoient
encore répétées : AD ECCLESIAM OMNIUM
MATREM exoptatiffimi Principis iter , urbe
borbe plaudentibus , obfequentiffimè veneratur
Antonius Farnefius Parma & Plac. Dux. Il
feroit trop long de rapporter icy les autres Emblêmes
& Devifes qui ornoient toutes les parties
de ce Monument. Elles étoient toutes d'une heureufe
application & tirées pour la plupart de l'E
criture.Nous fommes auffi obligez de paffer fous
filence les autres magnificences du Duc de Parme
dans cette grande Fête. Elles brillerent fur tout
à la Façade du Jardin Farneſe , qui étoit fur la
même route , ainfi que l'Arc de Tite , à travers
duquel le Pape paffa,& le quartier des Juifs .L'Arc
de Tite étoit décoré de plufieurs Emblêmes, Devifes
, Infcriptions , &c. & on y lifoit fur divers
Rouleaux des Elegies latines à la gloire de S. S.
Le Pape fut reçû à l'entrée du Portail de l'Eglife
de S. Jean de Latran par le Card. Ottoboni
qui en eft Archiprêtre, à la tête du Chapitre.Etant
entré dans l'Eglife , ce Cardinal lui apporta la
Croix à baifer ; après quoi S. S. alla s'affeoir
fur fon Trône , préparé fous le Portique , qui
étoit tapiffé de brocard d'or & de damas. Elle y
prit les habits Pontificaux blancs & fa Mitre; alors
le Card. Ottoboni lui prefenta dans un Baffin
d'or deux Cefs , l'une d'or & l'autre d'argent.
Cette Cérémonie fut fuivie d'un Difcours latin
1. Vol. I ij très2744
MERCURE DE FRANCE
tres - éloquent que lui fit le même Cardinal ; après.
lequel les Cardinaux , les Patriarches , les Archevêques
& les Evêques qui s'étoient revêtus de
leurs habits Pontificaux dans une Salle à côté dụ
Portique , vinrent baifer les pieds du Pape ; cérémonie
qui fut enfuite obfervée par tous les Chanoines
, à chacun defquels le Tréforier de la
Chambre Apoftolique donna une Médaille d'argent.
Le Pape defcendit de fon Trône , précédé
de la Croix , des Cardinaux & des differens Or- .
dres de Prélature . Il entra dans l'Eglife donnant
l'Eau-benite à tous les affiftans. On lifoit deux
Infcriptions , l'une en dedans de la principale
Porte , & l'autre en dehors. La premiere contenoit
ce qui fuit , Ingredere, Sanctiffime Pater ,
exultantem adventu tuo comple&ere fponfam
Ecclefiarum Matrem que virtutis tua fulgoribus
illuftrata depofuit viduitatis infigne ut
novo tuorum latetur meritorum triumpho . Induit
fe veftimentis jucunditatis fua , Clementia
tua prafidio fulta nullos post hac fecura
pavebit incurfus . Pontifex pietate &munificentia
Optime , Maxime , diù vivas foelix aterno
Ecclefia decori , Corfinorum gloria perpe ,
tuo augmento. Publicè Urbis & Orbis Patri.
L'autre Infcription étoit en ces termes : Vox po
puli de Civitate , vox de Templo . Ecce venit defideratus
Gentibus fructus honoris quem dede-.
runtflores. CLEMENS XII. PONT. MAX.
occurrere latanti & facienti juftitiam . Lateranenfis
Ecclefia exultans clama magnum principium
, femita jufti recta eft , ofculate pedes ;
attolle portas ingredietur cuftodiens veritatem;
implebit Templum Majeftate nova. Parafii folium
, videbis Regem in decore fuc. Lorfque S.S.
fut arrivée dans le Choeur , elle y entonna le Te
Deum , après lequel elle fe rendit à fon Trône
I. Vol. élevé
DECEMBRE . 1730. 2743
élevé à côté du Grand Autel , où elle reçut l'obé
dience des Cardinaux qui lui baiferent la main, &
qui reçurent chacun une Médaille d'or & une
d'argent. Enfuite le Pape fut porté proceffionellement
à la grande Loge du Portail , où il donna
fa Benediction au peuple au fon des Timbales &
des Trompettes & au bruit d'une décharge gene
tale des Boëtes qui étoient rangées dans la Place.
Après la cérémonie , le Pape retourna en Chaife
à Porteurs au Palais du Quirinal.
Le foir , toute la Façade du Capitole fut ma
gnifiquement illuminée , ainfi que tous les Palais
de la Ville, & Pon fit plufieurs décharges de l'Ar
tillerie du Château S. Ange. A l'occafion de cette
cérémonie , le Pape a fait diftribuer du pain
toutes les pauvres familles , & diminuer confidérablement
le prix de la viande .
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Résumé : Prise de possession de S. Jean de Latran.
Le 19 novembre, le Pape effectua un déplacement du Palais du Quirinal au Palais du Vatican. L'après-midi, une procession cérémonielle fut organisée, incluant divers dignitaires et membres de la cour pontificale. Le cortège comprenait des détachements de la Garde, des officiers de la Chambre, des gentilshommes et des nobles. Le Pape était transporté dans un fauteuil de velours cramoisi sur un brancard tiré par deux chevaux blancs, entouré par la Garde suisse, des pages et des trompettes. Les cardinaux, patriarches, archevêques et évêques suivaient derrière. La procession traversa plusieurs arcs de triomphe, dont un nouvellement érigé par le Duc de Parme, orné de statues et d'inscriptions. Au Capitole, le Pape fut accueilli par le Marquis Franchipani, qui lui rendit hommage au nom du Sénat et du peuple romain. La procession continua jusqu'à l'église Saint-Jean-de-Latran, où le Pape fut reçu par le Cardinal Ottoboni. Après avoir revêtu les habits pontificaux et écouté un discours en latin, le Pape donna la bénédiction au peuple. La cérémonie se conclut par des illuminations et des salves d'artillerie. Le lendemain, le Pape distribua du pain aux pauvres familles et réduisit le prix de la viande.
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1998
p. 2720-2733
ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
Début :
Le résultat de plusieurs Conseils tenus à la Porte, depuis l'arrivée de l'Ambassadeur de [...]
Mots clefs :
Constantinople, Cheval, Chevaux, Argent, Armes, Chef, Officiers, Sultan, Lieutenant, Compagnie, Trésorier, Cavalier, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
ORDRE de la Marche du Grand Seigneur,
de Conftantinople à Scutary ,
·le 3. Août 1730.
E réſultat de plufieurs Confeils tenus à la
9
Pambaffadeur
Chah - Thamas , ayant été de continuer la guerre
contre les Perfans , le Grand Seigneur fe détermina
à paffer en Afie , & à faire marcher le G. Vizir
à la tête de fes Troupes. Pour cet effet on
marqua le lieu d'affemblée dans la Campagne
entre Calcedoine & Scutary , derriere un Serrail
du Sultan : fes Tentes y furent dreffées & les Etendarts
à queue de Cheval, au nombre de 20. portez
& arborez avec beaucoup de pompe & de ceremonie
, fuivant l'ufage en pareille occafion.
*
Le 3. Août , le G. S. accompagné du G. V. du
Mufty , des Pachas & de fes autres principaux
Miniftres & Officiers , alla à 8. heures du matin
faire fa priere à la Mofquée d'Ajoub, dans le fond
du Port où le Mufty lui çeignit l'épée de la mê-
* L'Etendart à queue de Cheval ou le Toug,
comme les Turcs l'appellent , efl formé par une
groffe longue Pique , pour ceux qui le portent
à pied , par une plus petite pour ceux
qui le portent à cheval , au haut de laquelle eft
une boule de vermeil , & au- dessous un peu
plus bas , tout autour d'un bourrelet de bois doré
font attachez les crins d'une queuë de Cheval,
ordinairement teints de differentes couleurs,
I. Vol. me
DECEMBRE. 1730. 2721
me maniere qu'il fe pratique à l'avenement d'un
Sultan à l'Empire , ce qui tient lieu de Couronnement.
Cette cerémonie achevée , le G. S. revint
au Serrail , d'où peu après il s'embarqua avec les
Princes fes fils , le G. V. les Pachas & autres Miniftres
, fur la Galere du Capitan Pacha , dite la
Patrone Imperiale , magnifique ment pavoifée ;
il arriva à Scutary , vers le midi , au bruit du
Canon de la Galere qu'il montoit , & d'une autre
fur laquelle étoient les Pages & quelques -uns de
fes Officiers. Dès qu'il eut mis pied à terre , il
alla à une des principales Mofquées de la Ville où
il demeura plus d'une demie heure à prier Dieu
fur le Tombeau de fa mere qui y eft inhumée ;
enfuite montant à cheval il pourfuivit fa route
jufqu'à fon Serrail de Calcedoine , où il a toûjours
demeuré depuis avec fes Sultanes favorites
qui l'y vinrent joindre le même jour , n'étant
allé fous fes Tentes que quand il y a eu Grand-
Divan ou Confeil extraordinaire .
Quoique tous ceux qui devoient accompagner
le Sultan , fe fuffent mis en marche de grand
matin , les derniers cependant n'arriverent au
Camp qu'à plus de quatre heures après midi ; ce
n'eft pas que le Cortege de Sa Hauteffe , tout
nombreux qu'il étoit , n'eût du employer beaumoins
de temps à faire ce chemin qui n'eft
que d'environ une lieuë & demie , mais c'eſt que
faute d'âffez de terrain à la Marine , & de bon or -
dre pour mettre à propos chacun en mouvement,
à quoi les Turcs ne paroiffent gueres s'entendre ,
la Marche étoit fouvent interrompuë ; de forte
coup
* On remarque que c'est la premiere fois de
fa vie qu'il est venu à ce Serrail , quoique le
lieu foit fort agréable , & qu'il n'y ait pas une
demie heure de trajet de Mer à paffer.
Hiij qu'il 1. Vol.
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il s'écouloit quelquefois une demie heure fans
que perfonne bougeât , à cela près il n'y eut ni
foule ni confufion furtout de la part des Spectateurs
, quoiqu'en très- grand nombre , & il n'arriva
pas le moindre defordre , & depuis l'Echelle
où l'on débarque à Scutary jufqu'aux Pavillons
du G. S. les rues & la Campagne étoient bordées
de part & d'autre d'une haye de gens fous les armes,
fçavoir , de Janniffaires à droit & de Topdgis
& Gebedgis ou Canoniers &Armuriers à
che.
gau
Un peu avant que la Marche s'ouvrit , so . Chiaoux
des Janniffaires , pafferent , & après eux en differens
temps , la plus grande partie des principaux
Officiers de cette Milice , comme des Tchorbadgis
ou Capitaines , le Bach- Chiaoux ou le
Sergent Major, Le Sanffoudgi - Bachi. Chef
de ceux qui ont le foin des Levriers ou grands
Chiens du Sultan . Le Zagardgi - Bachi , à qui font
confiez les Dogues , les Epagneuls & autres
Chiens pour la Chaffe du fufil. Le Bach - Yazidgi
ou premier Secretaire des Janiffaires. L'Affas- Bachi
, qui a le foin de la Police , & le Sou- Bachi ,
qui eft le Prévôt de Conftantinople . Le Kiaya-
Bey , autrement nommé le Koul- Kiayaffy , ou le
Lieutenant General de ce Corps. Le Janiffaire,
Aga , ou le General des Janniffaires , & plufieurs
lefquels prirent tous les devants
cevoir Sa Hauteffe au Camp , ou parce que quelques
fonctions particulieres les empêchoient de
fe trouver à la Marche.
autres , pour
re-
Maiſon & Suite du G. V. fçavoir , 70. Tartares
à cheval , marchant deux à deux , ayant leur
Tartar- Agaffy ou Commandant à leur tête , leur
Drapeau blanc déployé , & armez chacun d'un
Sabie, de Piftolets d'Arçon , d'Arcs & de Fleches
Les Tartares font les Couriers du G. V.
I. Vol. Les
DECEMBRE. 1730. 2723
Les 4 Chefs des Gnululis & des Delis , qui
font des efpeces de Cavaliers ou Dragons volontaires
, tirez la plupart de l'Albanie & de la Bofnie
, & qui font une partie de la Garde à Cheval
du G. V.
Une Compagnie de Gnunulis , marchant fur
une ligne à la droite & une de Delis , marchant
´de même à la gauche ; il y avoit encore quelques
Dragons d'une autre forte , mêlez parmi ces deux
Compagnies.
Beaucoup de Divans Tchaoux ou Huiffiers du
Confeil à cheval fur deux lignes , & en Muderedgé,
c'eft- à-dire en grand Bonnet de ceremonie
, étroit par en bas , fort large au fommet
, haut d'un pied & demi , & tout couvert
d'une Mouffeline pliée autour.
Deux Tougilars ou Officiers portant chacun un
Etendart 2à queue de Cheval , fuivi de 4. Sangiactars
ou Porte- Enfeignes , portant les Sangiaks
ou Drapeaux des Pachas ; celui du G. V.
étoit verd , les autres de diverfes couleurs , & ils
étoient pliez tous quatre.
100. tant Vizirs- Agaffy , que Tcheknegirs ou
Mutaferikas , fort bien vétus & montez ; ils
avoient pour armes l'Arc & des Fleches dorées
dans des Carquois de cuivre ou couverts de ve→
lours , le tout relevé d'une riche broderie .
Les Ghedikluzaims , forte d'Officiers de Cavaferie
, qui poffedent les plus confiderables Ziamets
ou Fiefs de l'Empire.
Les Muderris ou Profeffeurs qui enfeignent
P'Alcoran , la Medecine , les Langues Arabe &
Perfane , & qui afpirent aux Charges de Judicature.
Les Moullahs , Grands -Juges ou Juges Souverains
dans les Provinces , en Turban rond , d'une
grofleur démefurée.
I. Vole
Hiiij 300.
2724 MERCURE DE FRANCE
300. Yazidgis du Kalem , Effendis ou Codgeas;
ee font differentes efpeces de Commis & d'Ecrivains
du Divan de la Chancellerie & des Tréſors.
Une Compagnie de Janniffaires en habit de
guerre , le fufil fur l'épaule.
L'Imbrohor , ou Grand- Ecuyer.
36. Chevaux de main , dont 7. entre autres
plus beaux & plus fuperbement harnachez que le
refte , portoient des Boucliers d'airain argenté
chargez d'ornemens d'or,& attachez à la Selle du
côté hors du montoir.
Le Capidgilar- Buluk- Bachi , ou Chef de Brigade
des Capidgis ou Portiers , entouré de beaucoup
de Choadars , ou -Porte - Manteau , le Moufquet
fur l'épaule.
Le Telkitchi , efpece de Meffager qui porte les
Billets & dans de certaines occafions les Avis de
bouche du G. V. au G. S.
Le Mectupchi ou Secretaire du Cabinet du G.V.
Le Buyuk & le Cutchuk- Teskeredgi , ou le
Grand & le Petit Greffier , qui expedient les ordres
du G. V. au Divan , & écoutent , accompagnez
du Chiaoux - Bachi , les plaintes & les Procès
des Particuliers.
La Compagnie du Muzur- Aga , ou d'Halebardiers
du G. V. marchant deux à deux, & fuivis
de leur Capitaine. Ils ont pour arme une demi
pique de bois noir ornée d'une bande
d'argent d'un pouce de large, qui tourne tout autour
en Spirale du bas en haut.
>
Le Kiaya du G. V. autrement dit le Vizir
Kiayaffi , il avoit un Arc & un Carquois fuperbes
, une petite Garde de Janniffaires & environ
100. Choadars à pied , le Moufquet fur l'épaule
& le Sabre au coté.
Le Hafnadar ou Tréforier , & l'Imam ou Aumônier
, avec l'Arc & le Carquois , & beaucoup
de Valets armez.
DECEMBRE . 1730. 2725
100. Itch Agalars ou Pages , marchant deux à
deux en fort bon ordre , & montez fur des Chevaux
d'une grande beauté , magnifiquement harnachez
& caparaçonnez à la Romaine; ils avoient
pour armes offenfives, le Sabre , les Piſtolets d'Arçon
, l'Arc & la Mildrac ou Lance Hongroife ,
qui n'eft qu'une demi Pique , & pour armes deffenfives
, une Cotte de Mailles à demi manches ,
qui leur defcendoit jufqu'aux genoux ; des Braſfarts
d'acier poli & damafquiné , dont leur avant
bras étoit couvert en dehors jufqu'au conde , &
de Mail.es en dedans ; une Calotte du même acier
leur tenoit lieu de Turban ; il en pendoit un petit
Raiſeau de Mailles pour leur garantir le cou &
& les joues & autour de cette Calotte une longue
Seffe ou écharpe de Soye de differentes couleurs ,
étoit entortillée & ajustée avec beaucoup de grace
; ils portoient outre cela un Kerekié au Manteau
long d'étoffe de Soye leger , à fleurs d'or &
d'argent, qui leur paffoit en écharpe de deffus l'épaule
gauche fous le bras droit , & dont les bouts
toient nouez par derriere à un Carquois de velours
en broderie , rempli de Fleches dorées .
Il y avoit un grand nombre de gens très - bien
faits , tant parmi ces Cavaliers , que parmi ceux
dont on va parler , & le tout enfemble for moit
une Troupe d'un air auffi lefte que martial.
100. autres Itch- Agalars en pareil équipage
que les précedens , excepté qu'au lieu de la Lance,
ils portoient la Carabine haute, dont la monture,
quoique d'un travail fort imparfait, ne laiffoit pas
de produire un effet très - brillant par la riche
marqueterie d'or , d'argent , de Nacre de Perle ,
de Corail & d'autres Joyaux dont elle étoit toute
couverte .
de
La Mufique guerriere du G. V. compofée de
40. Muficiens à cheval , tant Trompettes,
I. Vel.
plus
Hv Haut
2726 MERCURE DE FRANCE
Hautbois , Cimbales, que Tabours , petites Timbales
& autres Inftrumens du Pays. Marchoit
après la Maiſon & Sunte du Vizir Kiayaffy , fça.
voir , 22. Agas , Gentils - hommes Courtifans ou
Servans, bien montez, fort leftes & en bon ordre..
L'Imbrohor ou Ecuyer.
7. Chevaux de main , auffi beaux & auffi fu
perbement harnachez que ceux du G. V. à l'exception
qu'ils n'avoient ni peaux de Tigre , ni
Boucliers à la Selle . Il n'a pas droit de faire mener
un plus grand nombre de Chevaux, non- plus
que les Pachas. Le G. V. en fait mener tant qu'il
yeut.
avec la Carabine.
30. Itch-Agalars , avec l'Arc & le Carquois..
30. autres avec la Lance Hongroife. Et 30. autres
Le Kiaya ou l'Intendant du Vizir Kiayaffy &
le Kiatib ou Secretaire du Kiaya.
Le Hafnadar ou Tréforier & beaucoup d'au
tres Officiers & Domestiques..
Maifon & Suite particuliere du G. S.
200. Zaims ou Cavaliers rentez , c'eft- à- dire
qui poffedent des Ziamets ou Fiefs , entourez de
leurs Domestiques à pied armez.
60. Tant Effendis que Kiatibleri , Secretaires ,
Ecrivains ou Commis de la Chancellerie & du
Tréfor , en même équipage que les Zaims.
130. Eulemas ou Docteurs , coeffez de prodigieux
Turbans , & portant la Peliffe à longues.
manches fendues & pendantes
4. heiks ou Chefs d'Ordres Religieux..
4. Toygilars ou Porte- Ltendarts à queue de
Cheval, fuivis de 7. Bairactars ou Porte - Enfeignes,
portant chacun un Drapeau plié de diverfes couleurs.
Le G. S. a fix de ces Queues , mais on n'en
portoit que 4. les autres étoient au Camp pour
I. Vol.
marDECEMBRE
. 1730. 2727
marquer les Tentes de Sa Hauteffe.
6. Longs Sacqs de cuir rouge , pliffez & liez en
bourfe par en bas & par en haut à une grande
Pique qui les traverſe , renfermant des Bâtons pour
donner la baftonade , fupplice fort ordinaire &
qu'on inflge pour peu de chofe chez les Turcs .
Ces Sacqs portez font des marques d'autorité &
de fouveraineté .
&
Le fecond Hafnadar ou fecond Tréforier ,
le Tefter Eminy ou Controlleur . Le Hafnadar
Aga ou premier Tréforier du Serrail , qui eft un
Eunuque noir , étoit abſent.
Le Hekim- Bachi ou Premier Medecin , & le
Dgeack- Bachi ou Premier Chirurgien.
L'Ordi - Cadiffy , ou l'Intendant & le Juge des
Corps de Métiers & des Marchands . Il fait les
fonctions de Grand Prévôt à l'armée .
2. Anciens Iftambol- Effendy ou Lieutenans Ge
neraux de l'olice de Conftantinople.
Le Defterdar ou le Grand - Tréforier , qui après
le G. V. eft . auffi Sur - Intendant des Finances
marchant à la droite , & le Reys Effendi , Secretaire
d'Etat , marchant à la gauche. La Charge de
Reys- Effendi répond à peu près à celle de Chanceliér
en France.
Le Bach- Baki Koulon ou Chef des Receveurs
qui pourfuivent le payement des fommes dues au
Tréfor.
L'Iftambol- Effendy ou le Lieutenant General
de Police actuel , & le Nakib- Echeref, ou le Chef
des Emirs , defcendans de Mahomet.
20. Anciens Kadileskers ou Juges fuprêmes
d'Anatolie & de Komelie , en gros Turban , à la
tête defquels marchoient les deux Unkiar- Imams,"
ou le premier & le fecond Aumônier du G. Ş .
Les deux Kadileskiers qui font actuellement en
charge ; celui d'Anatolie marchant à la droite &
I. Vol.
H vj celui
2728 MERCURE DE FRANCE
celui de Romelie à la gauche ; ils étoient armez
d'Arcs & de Fleches & environnez de beaucoup
de Choadars.
4.Pachas ouVizirs à trois queues,marchant deux
deux précedez de leurs Eftafiers , ils portoient le
Turban nommé Calevi , fait à 4. coins ronds .
comme le font communément nos Mortiers à
piler ; ils étoient fuperbes en tout , & avoient
chacun plus de 4. Choadars , fort proprement
vétus & bien armez .
Le Mufti ou le premier Miniſtre de la Loy &
l'Oracle de la Religion parmi les Turcs en habit
blanc de Camelot , armé d'un Sabre , d'un
Arc & d'un Carquois , comme accompagnant le
G. S. à la guerre contre des Heretiques. Il marchoit
feul , entouré d'une vingtaine de Valets de
Pied , le Moufquet fur l'épaule.
*
Le G. V. appellé par les Turcs Vizir- Azem ,
qui fignifie le Chef du Confeil , & Muhur- Sahibi,
qui veut dire le Maître du Sceau , fon Cheval
étoit couvert de harnois d'argent , enrichis de
Pierres précieuſes. Ses Tufekchis ou Moufquetaires
& fes 8 Eftafiers le précedoient à pied, il étoit
entouré d'un grand nombre d'autres Domestiques
à pied, & fuivi de 4.Tchorbadgis de Janiffaires avec
le Bonnet de Ceremonie en grand plumage , il regardoit
de côté & d'autre affablement & jettoit de
temps en temps des Sequins au Peuple , fur tout
où il appercevoit des Etrangers.
24. Capidgis- Bachis , ou Chefs des Portiers du
Serrail ; ce font des Gentilshommes de la Chambre
, il y en a toûjours un de garde à la porte
des Appartemens de S. H. Ils introduifent à fon
* Cachet d'or où le nom du G. S. éft gravé.
S.H. le donne à celui qu'elle fait G. V. & le lui
ête quand il est tombé dans fa disgrace.
I, Vol. AuDECEMBRE.
1730. 2729
D
Audience les Ambaffadeurs & tous ceux qu'on y
admet en les prenant fous les bras ; ils ne paffent
jamais à de plus grandes Charges, & n'ont que
3.1. 15. .. par jour , mais on les envoye porter les.
ordres du Sultan au Vizir & Pachas dont ils font
quelquefois chargez d'apporter la tête , & ces fortes
de commiflions les dédommagent de la modicité
de leurs appointemens.
Le Buyuk Imbrohor , ou Grand-Ecuyer , & le
Kutchub Imbrohor , ou petit Ecuyer ; le premier
a l'inſpection fur tous les Chevaux , Chameaux,
Mulets &c. & le fecond qui eft le Lieutenant du
premier , fur les Coches , Caroffes , Litieres &c.
& marche devant la Sultane Valité , ou mere du
G. S. quand elle monte en Carroffe.
48. Chevaux de main ; fçavoir , 14. couverts
de houffes trainantes , les unes de drap , les autres
d'etoffes de foye relevées en broderie d'or &
d'argent.
10. autres auffi en houffes de drap trainantes
mais chargées d'ornemens faits de petites plaques.
en boffe d'argent ou d'or maffif , appliquées fur
le drap.
15. autres à houffes courtes de velours cramoifi
, brodées d'or & d'argent , avec un riche
bouclier attaché à la felle.
9. autres dont les houffes , les harnois & les
boucliers étoient couverts de perles & de pierres
précieuſes.
30. de ces Chevaux portoient des bouquets de
plumes fur la tête accompagnés d'enfeignes de
pierres précieufes , & de deffous la gorge , ik
pendoit un toupet de crin blanc , ou teint de diverfes
couleurs , avec une boule de vermeil au
bout. Une écharpe de gaze , de moire ou d'autre
étoffe de foye , mêlée d'or & d'argent s'entortiloít
legerement autour de ce toupet , & for-
1. Vel mang
2730 MERCURE DE FRANCE
mant une espece de fefton , fe retrouffoit à la
*felle qui avoit l'accompagnement ordinaire d'une
Maffe , d'une hache d'Armes , & d'un grand fabre
, le tout bien garni de pierreries. Il eft certain
qu'on ne peut gueres rien voir de plus fuperbe
en ce genre que ces 48. Chevaux de main
& leurs harnois .
Quelques Salabors , ou Ecuyers Cavalcadours,
fuivis par des redekchis , des Saratches & des
Seis , trois claffes differentes de Palfreniers.
6. Dogues & 6. autres Chiens pour la Chaffe
au fufil , peints en differens endroits de leur corps
& menés chacun en leffe par deux Boftandgis.
·Le Selam Agaffy , ou le Chef des Selam-
Chiaoux , ou Chiaoux du falut , & le Capidgilar
Kiayaffy , ou le Lieutenant des Portiers , qui fait
les fonctions de Maître des Cerémonies , & d'Introducteur
de tous ceux qui vont à l'audience du
Sultan.
Le Sandgiak Cherif , ou l'Etendart verd que
Mahomet donna lui-même aux Muſulmans ; il
étoit plié & enveloppé dans une longue bourfe
de taffetas verd ; un Emir , qui eft l'Alemdar , out
le Lieutenant du Nakib Echref , ou Chef des
Emirs , le portoit , entouré de beaucoup d'au
tres Emirs , tous , foi - difant , de la famille du
Prophete , & fuivis de plufieurs Dervichs ou Religieux
, ainfi que d'autres perfonnes qui deffervent
les Mofquées , chantant tous des Hymnes
pour la profperité des Armes du Sultan , la propagation
de la Foi Mufulmane Orthodoxe , &
la deftruction des Perfans Herétiques Sectateurs
d'Aly.
Un grand Caroffe fort bien doré par tout >
tant en dedans qu'en dehors , tiré par fix Chevaux
blancs dont les houffes & les harnois
étoient de velours cramoifi , brodé d'or ; il por-
2.
J. Vol.
toir
DECEMBRE. 1730. 2731
toit une petite caffette d'argent doré qui renfermoit
un Manufcrit de l'Alcoran & une boëte
d'argent ovale , dans laquelle étoit le Manteau
de Mahomet. C'est pour la premiere fois qu'on
a vû un Caroffe dans une Marche du G. S.
Le Solak- Bachi & le Peik Bachi ,
i, oules Commandans
des Solaks & des Peiks , ou petits Valets
de S. H. en habits magnifiques & en bonnets
de vermeils d'un pied de haut.
+6
& une 200. Selaks marchant deux à deux
Compagnie de Peiks , marchant de même dans.
l'interieur des deux lignes que formoient les Solaks
.
Le G. S entouré de s . Solaks à pied , portant
le Bonnet à haut & grand pannache , pour empêcher
, dit- on , qu'il ne foit va fi facilement du
peuple , & fuivi de 200. Chateirs , Boftandgis
Baltadgis & autres fortes de Domestiques à pied.
& bien armés . Le G. S. n'avoit pour tout orne→
ment guerrier qu'un Arc & un Carquois .
Les 6. Chah Jade , ou fils du G. S. armés
d'Arcs & de Carquois , marchant deux à deux
& environnés de leurs Gouverneurs , Officiers &
Domeftiques.
و
Le Selictar Aga , ou Porte- Epée de S. H. le.
Sabre du Sultan qu'il portoit éclatoit de pierreries
, & lui pendoit d'un Ceinturon paffé un baudrier.
Le Tehohadar Aga , ou Maître de la Garde
Robe , & Porte -Manteau du Sultan ; il portoir
fa Maffe d'Armes , & jettoit de fa part des poignées
de Paras au Peuple. Ce font de petites .
Piéces qui ne valent que 18. deniers.
2. Dulbent Agalar , ou Porte-Turban ; cha
cun d'eux en tenoit un dans fes mains , enveloppé
d'un taffetas verd fort clair , au travers du
quel brilloient de belles Enfeignes de diamans...
I. Vol.
2732 MERCURE DE FRANCE
4. Pages de l'Hafoda portant le Tabouret , l'Aiguiere
, le Sorbet & la Caffoletre de S. H.
Le Kiaya , ou Lieutenant du Kiflar- Aga , où
Second Chef des Eunuques Noirs , & le Capon-
Aga , ou Chef des Eunuques Blancs.
"
Une partie des Eunuques Noirs & des Eunuques
Blancs en cotte de mailles , le Pot en tête
avec le Sabre , l'Arc & le Carquois . Cette Troupe
n'étoit pas la moins curieufe de la Marche.
La Mufique Guerriere du G. S. composée de
plus de 60. perfonnes à cheval , excepté les Timbaliers
, montés fur des Chameaux.
2. Eunuques Blancs , à la tête de 30. Itch-
Agalars , ou Pages de l'Haf- oda , montés fur
des Chevaux Arabes ; ils étoient équipés comme
ceux dont on a ci- devant parlé , mais avec encore
plus de magnificence. Ils avoient un Kerckie
d'étoffe de foye jaune , une Echarpe ou Seſſe
rouge autour de leur calotte de fer , & pour armes
l'Arc & le Carquois.
2. Eunuques Blancs , fuivis de 30. Pages d'une
autre Chambre en Kerckie rouge , coeffure
blanche , & la lance ou demi- pique à la main .
Idem , fi ce n'eft que le Kerckté étoit verd &
la coëffure aurore.
Idem , en Kerckie couleur de rofe & coëffure
bleuë .
Idem , en Kerckie bleu , coëffure verd de mer ,
& portant la Carabine haute.
idem , en Kerckie verd celadon & coëffure
cramoifi .
>
2. Eunuques Blancs , & 20. Pages feulement ,
en Kerckie couleur de cerife , coëffure couleur
de citron , & avec la Carabine comme les deux
Brigades précedentes.
Et enfin quelques bas Officiers & Valets du
Sérail en foule qui fermoient la Marche.
I Vol Les
DECEMBRE. 1730. 2733
3
Les 6. Brigades d'Itch - Agalar dont on vient
de parler , formoient une Troupe veritablement
digne d'un grand Souverain , par la bonne mine
de la plupart des Cavaliers , la beauté des Chevaux
, la riche varieté , & le bon gout des habits
& des Equipages.
de Conftantinople à Scutary ,
·le 3. Août 1730.
E réſultat de plufieurs Confeils tenus à la
9
Pambaffadeur
Chah - Thamas , ayant été de continuer la guerre
contre les Perfans , le Grand Seigneur fe détermina
à paffer en Afie , & à faire marcher le G. Vizir
à la tête de fes Troupes. Pour cet effet on
marqua le lieu d'affemblée dans la Campagne
entre Calcedoine & Scutary , derriere un Serrail
du Sultan : fes Tentes y furent dreffées & les Etendarts
à queue de Cheval, au nombre de 20. portez
& arborez avec beaucoup de pompe & de ceremonie
, fuivant l'ufage en pareille occafion.
*
Le 3. Août , le G. S. accompagné du G. V. du
Mufty , des Pachas & de fes autres principaux
Miniftres & Officiers , alla à 8. heures du matin
faire fa priere à la Mofquée d'Ajoub, dans le fond
du Port où le Mufty lui çeignit l'épée de la mê-
* L'Etendart à queue de Cheval ou le Toug,
comme les Turcs l'appellent , efl formé par une
groffe longue Pique , pour ceux qui le portent
à pied , par une plus petite pour ceux
qui le portent à cheval , au haut de laquelle eft
une boule de vermeil , & au- dessous un peu
plus bas , tout autour d'un bourrelet de bois doré
font attachez les crins d'une queuë de Cheval,
ordinairement teints de differentes couleurs,
I. Vol. me
DECEMBRE. 1730. 2721
me maniere qu'il fe pratique à l'avenement d'un
Sultan à l'Empire , ce qui tient lieu de Couronnement.
Cette cerémonie achevée , le G. S. revint
au Serrail , d'où peu après il s'embarqua avec les
Princes fes fils , le G. V. les Pachas & autres Miniftres
, fur la Galere du Capitan Pacha , dite la
Patrone Imperiale , magnifique ment pavoifée ;
il arriva à Scutary , vers le midi , au bruit du
Canon de la Galere qu'il montoit , & d'une autre
fur laquelle étoient les Pages & quelques -uns de
fes Officiers. Dès qu'il eut mis pied à terre , il
alla à une des principales Mofquées de la Ville où
il demeura plus d'une demie heure à prier Dieu
fur le Tombeau de fa mere qui y eft inhumée ;
enfuite montant à cheval il pourfuivit fa route
jufqu'à fon Serrail de Calcedoine , où il a toûjours
demeuré depuis avec fes Sultanes favorites
qui l'y vinrent joindre le même jour , n'étant
allé fous fes Tentes que quand il y a eu Grand-
Divan ou Confeil extraordinaire .
Quoique tous ceux qui devoient accompagner
le Sultan , fe fuffent mis en marche de grand
matin , les derniers cependant n'arriverent au
Camp qu'à plus de quatre heures après midi ; ce
n'eft pas que le Cortege de Sa Hauteffe , tout
nombreux qu'il étoit , n'eût du employer beaumoins
de temps à faire ce chemin qui n'eft
que d'environ une lieuë & demie , mais c'eſt que
faute d'âffez de terrain à la Marine , & de bon or -
dre pour mettre à propos chacun en mouvement,
à quoi les Turcs ne paroiffent gueres s'entendre ,
la Marche étoit fouvent interrompuë ; de forte
coup
* On remarque que c'est la premiere fois de
fa vie qu'il est venu à ce Serrail , quoique le
lieu foit fort agréable , & qu'il n'y ait pas une
demie heure de trajet de Mer à paffer.
Hiij qu'il 1. Vol.
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il s'écouloit quelquefois une demie heure fans
que perfonne bougeât , à cela près il n'y eut ni
foule ni confufion furtout de la part des Spectateurs
, quoiqu'en très- grand nombre , & il n'arriva
pas le moindre defordre , & depuis l'Echelle
où l'on débarque à Scutary jufqu'aux Pavillons
du G. S. les rues & la Campagne étoient bordées
de part & d'autre d'une haye de gens fous les armes,
fçavoir , de Janniffaires à droit & de Topdgis
& Gebedgis ou Canoniers &Armuriers à
che.
gau
Un peu avant que la Marche s'ouvrit , so . Chiaoux
des Janniffaires , pafferent , & après eux en differens
temps , la plus grande partie des principaux
Officiers de cette Milice , comme des Tchorbadgis
ou Capitaines , le Bach- Chiaoux ou le
Sergent Major, Le Sanffoudgi - Bachi. Chef
de ceux qui ont le foin des Levriers ou grands
Chiens du Sultan . Le Zagardgi - Bachi , à qui font
confiez les Dogues , les Epagneuls & autres
Chiens pour la Chaffe du fufil. Le Bach - Yazidgi
ou premier Secretaire des Janiffaires. L'Affas- Bachi
, qui a le foin de la Police , & le Sou- Bachi ,
qui eft le Prévôt de Conftantinople . Le Kiaya-
Bey , autrement nommé le Koul- Kiayaffy , ou le
Lieutenant General de ce Corps. Le Janiffaire,
Aga , ou le General des Janniffaires , & plufieurs
lefquels prirent tous les devants
cevoir Sa Hauteffe au Camp , ou parce que quelques
fonctions particulieres les empêchoient de
fe trouver à la Marche.
autres , pour
re-
Maiſon & Suite du G. V. fçavoir , 70. Tartares
à cheval , marchant deux à deux , ayant leur
Tartar- Agaffy ou Commandant à leur tête , leur
Drapeau blanc déployé , & armez chacun d'un
Sabie, de Piftolets d'Arçon , d'Arcs & de Fleches
Les Tartares font les Couriers du G. V.
I. Vol. Les
DECEMBRE. 1730. 2723
Les 4 Chefs des Gnululis & des Delis , qui
font des efpeces de Cavaliers ou Dragons volontaires
, tirez la plupart de l'Albanie & de la Bofnie
, & qui font une partie de la Garde à Cheval
du G. V.
Une Compagnie de Gnunulis , marchant fur
une ligne à la droite & une de Delis , marchant
´de même à la gauche ; il y avoit encore quelques
Dragons d'une autre forte , mêlez parmi ces deux
Compagnies.
Beaucoup de Divans Tchaoux ou Huiffiers du
Confeil à cheval fur deux lignes , & en Muderedgé,
c'eft- à-dire en grand Bonnet de ceremonie
, étroit par en bas , fort large au fommet
, haut d'un pied & demi , & tout couvert
d'une Mouffeline pliée autour.
Deux Tougilars ou Officiers portant chacun un
Etendart 2à queue de Cheval , fuivi de 4. Sangiactars
ou Porte- Enfeignes , portant les Sangiaks
ou Drapeaux des Pachas ; celui du G. V.
étoit verd , les autres de diverfes couleurs , & ils
étoient pliez tous quatre.
100. tant Vizirs- Agaffy , que Tcheknegirs ou
Mutaferikas , fort bien vétus & montez ; ils
avoient pour armes l'Arc & des Fleches dorées
dans des Carquois de cuivre ou couverts de ve→
lours , le tout relevé d'une riche broderie .
Les Ghedikluzaims , forte d'Officiers de Cavaferie
, qui poffedent les plus confiderables Ziamets
ou Fiefs de l'Empire.
Les Muderris ou Profeffeurs qui enfeignent
P'Alcoran , la Medecine , les Langues Arabe &
Perfane , & qui afpirent aux Charges de Judicature.
Les Moullahs , Grands -Juges ou Juges Souverains
dans les Provinces , en Turban rond , d'une
grofleur démefurée.
I. Vole
Hiiij 300.
2724 MERCURE DE FRANCE
300. Yazidgis du Kalem , Effendis ou Codgeas;
ee font differentes efpeces de Commis & d'Ecrivains
du Divan de la Chancellerie & des Tréſors.
Une Compagnie de Janniffaires en habit de
guerre , le fufil fur l'épaule.
L'Imbrohor , ou Grand- Ecuyer.
36. Chevaux de main , dont 7. entre autres
plus beaux & plus fuperbement harnachez que le
refte , portoient des Boucliers d'airain argenté
chargez d'ornemens d'or,& attachez à la Selle du
côté hors du montoir.
Le Capidgilar- Buluk- Bachi , ou Chef de Brigade
des Capidgis ou Portiers , entouré de beaucoup
de Choadars , ou -Porte - Manteau , le Moufquet
fur l'épaule.
Le Telkitchi , efpece de Meffager qui porte les
Billets & dans de certaines occafions les Avis de
bouche du G. V. au G. S.
Le Mectupchi ou Secretaire du Cabinet du G.V.
Le Buyuk & le Cutchuk- Teskeredgi , ou le
Grand & le Petit Greffier , qui expedient les ordres
du G. V. au Divan , & écoutent , accompagnez
du Chiaoux - Bachi , les plaintes & les Procès
des Particuliers.
La Compagnie du Muzur- Aga , ou d'Halebardiers
du G. V. marchant deux à deux, & fuivis
de leur Capitaine. Ils ont pour arme une demi
pique de bois noir ornée d'une bande
d'argent d'un pouce de large, qui tourne tout autour
en Spirale du bas en haut.
>
Le Kiaya du G. V. autrement dit le Vizir
Kiayaffi , il avoit un Arc & un Carquois fuperbes
, une petite Garde de Janniffaires & environ
100. Choadars à pied , le Moufquet fur l'épaule
& le Sabre au coté.
Le Hafnadar ou Tréforier , & l'Imam ou Aumônier
, avec l'Arc & le Carquois , & beaucoup
de Valets armez.
DECEMBRE . 1730. 2725
100. Itch Agalars ou Pages , marchant deux à
deux en fort bon ordre , & montez fur des Chevaux
d'une grande beauté , magnifiquement harnachez
& caparaçonnez à la Romaine; ils avoient
pour armes offenfives, le Sabre , les Piſtolets d'Arçon
, l'Arc & la Mildrac ou Lance Hongroife ,
qui n'eft qu'une demi Pique , & pour armes deffenfives
, une Cotte de Mailles à demi manches ,
qui leur defcendoit jufqu'aux genoux ; des Braſfarts
d'acier poli & damafquiné , dont leur avant
bras étoit couvert en dehors jufqu'au conde , &
de Mail.es en dedans ; une Calotte du même acier
leur tenoit lieu de Turban ; il en pendoit un petit
Raiſeau de Mailles pour leur garantir le cou &
& les joues & autour de cette Calotte une longue
Seffe ou écharpe de Soye de differentes couleurs ,
étoit entortillée & ajustée avec beaucoup de grace
; ils portoient outre cela un Kerekié au Manteau
long d'étoffe de Soye leger , à fleurs d'or &
d'argent, qui leur paffoit en écharpe de deffus l'épaule
gauche fous le bras droit , & dont les bouts
toient nouez par derriere à un Carquois de velours
en broderie , rempli de Fleches dorées .
Il y avoit un grand nombre de gens très - bien
faits , tant parmi ces Cavaliers , que parmi ceux
dont on va parler , & le tout enfemble for moit
une Troupe d'un air auffi lefte que martial.
100. autres Itch- Agalars en pareil équipage
que les précedens , excepté qu'au lieu de la Lance,
ils portoient la Carabine haute, dont la monture,
quoique d'un travail fort imparfait, ne laiffoit pas
de produire un effet très - brillant par la riche
marqueterie d'or , d'argent , de Nacre de Perle ,
de Corail & d'autres Joyaux dont elle étoit toute
couverte .
de
La Mufique guerriere du G. V. compofée de
40. Muficiens à cheval , tant Trompettes,
I. Vel.
plus
Hv Haut
2726 MERCURE DE FRANCE
Hautbois , Cimbales, que Tabours , petites Timbales
& autres Inftrumens du Pays. Marchoit
après la Maiſon & Sunte du Vizir Kiayaffy , fça.
voir , 22. Agas , Gentils - hommes Courtifans ou
Servans, bien montez, fort leftes & en bon ordre..
L'Imbrohor ou Ecuyer.
7. Chevaux de main , auffi beaux & auffi fu
perbement harnachez que ceux du G. V. à l'exception
qu'ils n'avoient ni peaux de Tigre , ni
Boucliers à la Selle . Il n'a pas droit de faire mener
un plus grand nombre de Chevaux, non- plus
que les Pachas. Le G. V. en fait mener tant qu'il
yeut.
avec la Carabine.
30. Itch-Agalars , avec l'Arc & le Carquois..
30. autres avec la Lance Hongroife. Et 30. autres
Le Kiaya ou l'Intendant du Vizir Kiayaffy &
le Kiatib ou Secretaire du Kiaya.
Le Hafnadar ou Tréforier & beaucoup d'au
tres Officiers & Domestiques..
Maifon & Suite particuliere du G. S.
200. Zaims ou Cavaliers rentez , c'eft- à- dire
qui poffedent des Ziamets ou Fiefs , entourez de
leurs Domestiques à pied armez.
60. Tant Effendis que Kiatibleri , Secretaires ,
Ecrivains ou Commis de la Chancellerie & du
Tréfor , en même équipage que les Zaims.
130. Eulemas ou Docteurs , coeffez de prodigieux
Turbans , & portant la Peliffe à longues.
manches fendues & pendantes
4. heiks ou Chefs d'Ordres Religieux..
4. Toygilars ou Porte- Ltendarts à queue de
Cheval, fuivis de 7. Bairactars ou Porte - Enfeignes,
portant chacun un Drapeau plié de diverfes couleurs.
Le G. S. a fix de ces Queues , mais on n'en
portoit que 4. les autres étoient au Camp pour
I. Vol.
marDECEMBRE
. 1730. 2727
marquer les Tentes de Sa Hauteffe.
6. Longs Sacqs de cuir rouge , pliffez & liez en
bourfe par en bas & par en haut à une grande
Pique qui les traverſe , renfermant des Bâtons pour
donner la baftonade , fupplice fort ordinaire &
qu'on inflge pour peu de chofe chez les Turcs .
Ces Sacqs portez font des marques d'autorité &
de fouveraineté .
&
Le fecond Hafnadar ou fecond Tréforier ,
le Tefter Eminy ou Controlleur . Le Hafnadar
Aga ou premier Tréforier du Serrail , qui eft un
Eunuque noir , étoit abſent.
Le Hekim- Bachi ou Premier Medecin , & le
Dgeack- Bachi ou Premier Chirurgien.
L'Ordi - Cadiffy , ou l'Intendant & le Juge des
Corps de Métiers & des Marchands . Il fait les
fonctions de Grand Prévôt à l'armée .
2. Anciens Iftambol- Effendy ou Lieutenans Ge
neraux de l'olice de Conftantinople.
Le Defterdar ou le Grand - Tréforier , qui après
le G. V. eft . auffi Sur - Intendant des Finances
marchant à la droite , & le Reys Effendi , Secretaire
d'Etat , marchant à la gauche. La Charge de
Reys- Effendi répond à peu près à celle de Chanceliér
en France.
Le Bach- Baki Koulon ou Chef des Receveurs
qui pourfuivent le payement des fommes dues au
Tréfor.
L'Iftambol- Effendy ou le Lieutenant General
de Police actuel , & le Nakib- Echeref, ou le Chef
des Emirs , defcendans de Mahomet.
20. Anciens Kadileskers ou Juges fuprêmes
d'Anatolie & de Komelie , en gros Turban , à la
tête defquels marchoient les deux Unkiar- Imams,"
ou le premier & le fecond Aumônier du G. Ş .
Les deux Kadileskiers qui font actuellement en
charge ; celui d'Anatolie marchant à la droite &
I. Vol.
H vj celui
2728 MERCURE DE FRANCE
celui de Romelie à la gauche ; ils étoient armez
d'Arcs & de Fleches & environnez de beaucoup
de Choadars.
4.Pachas ouVizirs à trois queues,marchant deux
deux précedez de leurs Eftafiers , ils portoient le
Turban nommé Calevi , fait à 4. coins ronds .
comme le font communément nos Mortiers à
piler ; ils étoient fuperbes en tout , & avoient
chacun plus de 4. Choadars , fort proprement
vétus & bien armez .
Le Mufti ou le premier Miniſtre de la Loy &
l'Oracle de la Religion parmi les Turcs en habit
blanc de Camelot , armé d'un Sabre , d'un
Arc & d'un Carquois , comme accompagnant le
G. S. à la guerre contre des Heretiques. Il marchoit
feul , entouré d'une vingtaine de Valets de
Pied , le Moufquet fur l'épaule.
*
Le G. V. appellé par les Turcs Vizir- Azem ,
qui fignifie le Chef du Confeil , & Muhur- Sahibi,
qui veut dire le Maître du Sceau , fon Cheval
étoit couvert de harnois d'argent , enrichis de
Pierres précieuſes. Ses Tufekchis ou Moufquetaires
& fes 8 Eftafiers le précedoient à pied, il étoit
entouré d'un grand nombre d'autres Domestiques
à pied, & fuivi de 4.Tchorbadgis de Janiffaires avec
le Bonnet de Ceremonie en grand plumage , il regardoit
de côté & d'autre affablement & jettoit de
temps en temps des Sequins au Peuple , fur tout
où il appercevoit des Etrangers.
24. Capidgis- Bachis , ou Chefs des Portiers du
Serrail ; ce font des Gentilshommes de la Chambre
, il y en a toûjours un de garde à la porte
des Appartemens de S. H. Ils introduifent à fon
* Cachet d'or où le nom du G. S. éft gravé.
S.H. le donne à celui qu'elle fait G. V. & le lui
ête quand il est tombé dans fa disgrace.
I, Vol. AuDECEMBRE.
1730. 2729
D
Audience les Ambaffadeurs & tous ceux qu'on y
admet en les prenant fous les bras ; ils ne paffent
jamais à de plus grandes Charges, & n'ont que
3.1. 15. .. par jour , mais on les envoye porter les.
ordres du Sultan au Vizir & Pachas dont ils font
quelquefois chargez d'apporter la tête , & ces fortes
de commiflions les dédommagent de la modicité
de leurs appointemens.
Le Buyuk Imbrohor , ou Grand-Ecuyer , & le
Kutchub Imbrohor , ou petit Ecuyer ; le premier
a l'inſpection fur tous les Chevaux , Chameaux,
Mulets &c. & le fecond qui eft le Lieutenant du
premier , fur les Coches , Caroffes , Litieres &c.
& marche devant la Sultane Valité , ou mere du
G. S. quand elle monte en Carroffe.
48. Chevaux de main ; fçavoir , 14. couverts
de houffes trainantes , les unes de drap , les autres
d'etoffes de foye relevées en broderie d'or &
d'argent.
10. autres auffi en houffes de drap trainantes
mais chargées d'ornemens faits de petites plaques.
en boffe d'argent ou d'or maffif , appliquées fur
le drap.
15. autres à houffes courtes de velours cramoifi
, brodées d'or & d'argent , avec un riche
bouclier attaché à la felle.
9. autres dont les houffes , les harnois & les
boucliers étoient couverts de perles & de pierres
précieuſes.
30. de ces Chevaux portoient des bouquets de
plumes fur la tête accompagnés d'enfeignes de
pierres précieufes , & de deffous la gorge , ik
pendoit un toupet de crin blanc , ou teint de diverfes
couleurs , avec une boule de vermeil au
bout. Une écharpe de gaze , de moire ou d'autre
étoffe de foye , mêlée d'or & d'argent s'entortiloít
legerement autour de ce toupet , & for-
1. Vel mang
2730 MERCURE DE FRANCE
mant une espece de fefton , fe retrouffoit à la
*felle qui avoit l'accompagnement ordinaire d'une
Maffe , d'une hache d'Armes , & d'un grand fabre
, le tout bien garni de pierreries. Il eft certain
qu'on ne peut gueres rien voir de plus fuperbe
en ce genre que ces 48. Chevaux de main
& leurs harnois .
Quelques Salabors , ou Ecuyers Cavalcadours,
fuivis par des redekchis , des Saratches & des
Seis , trois claffes differentes de Palfreniers.
6. Dogues & 6. autres Chiens pour la Chaffe
au fufil , peints en differens endroits de leur corps
& menés chacun en leffe par deux Boftandgis.
·Le Selam Agaffy , ou le Chef des Selam-
Chiaoux , ou Chiaoux du falut , & le Capidgilar
Kiayaffy , ou le Lieutenant des Portiers , qui fait
les fonctions de Maître des Cerémonies , & d'Introducteur
de tous ceux qui vont à l'audience du
Sultan.
Le Sandgiak Cherif , ou l'Etendart verd que
Mahomet donna lui-même aux Muſulmans ; il
étoit plié & enveloppé dans une longue bourfe
de taffetas verd ; un Emir , qui eft l'Alemdar , out
le Lieutenant du Nakib Echref , ou Chef des
Emirs , le portoit , entouré de beaucoup d'au
tres Emirs , tous , foi - difant , de la famille du
Prophete , & fuivis de plufieurs Dervichs ou Religieux
, ainfi que d'autres perfonnes qui deffervent
les Mofquées , chantant tous des Hymnes
pour la profperité des Armes du Sultan , la propagation
de la Foi Mufulmane Orthodoxe , &
la deftruction des Perfans Herétiques Sectateurs
d'Aly.
Un grand Caroffe fort bien doré par tout >
tant en dedans qu'en dehors , tiré par fix Chevaux
blancs dont les houffes & les harnois
étoient de velours cramoifi , brodé d'or ; il por-
2.
J. Vol.
toir
DECEMBRE. 1730. 2731
toit une petite caffette d'argent doré qui renfermoit
un Manufcrit de l'Alcoran & une boëte
d'argent ovale , dans laquelle étoit le Manteau
de Mahomet. C'est pour la premiere fois qu'on
a vû un Caroffe dans une Marche du G. S.
Le Solak- Bachi & le Peik Bachi ,
i, oules Commandans
des Solaks & des Peiks , ou petits Valets
de S. H. en habits magnifiques & en bonnets
de vermeils d'un pied de haut.
+6
& une 200. Selaks marchant deux à deux
Compagnie de Peiks , marchant de même dans.
l'interieur des deux lignes que formoient les Solaks
.
Le G. S entouré de s . Solaks à pied , portant
le Bonnet à haut & grand pannache , pour empêcher
, dit- on , qu'il ne foit va fi facilement du
peuple , & fuivi de 200. Chateirs , Boftandgis
Baltadgis & autres fortes de Domestiques à pied.
& bien armés . Le G. S. n'avoit pour tout orne→
ment guerrier qu'un Arc & un Carquois .
Les 6. Chah Jade , ou fils du G. S. armés
d'Arcs & de Carquois , marchant deux à deux
& environnés de leurs Gouverneurs , Officiers &
Domeftiques.
و
Le Selictar Aga , ou Porte- Epée de S. H. le.
Sabre du Sultan qu'il portoit éclatoit de pierreries
, & lui pendoit d'un Ceinturon paffé un baudrier.
Le Tehohadar Aga , ou Maître de la Garde
Robe , & Porte -Manteau du Sultan ; il portoir
fa Maffe d'Armes , & jettoit de fa part des poignées
de Paras au Peuple. Ce font de petites .
Piéces qui ne valent que 18. deniers.
2. Dulbent Agalar , ou Porte-Turban ; cha
cun d'eux en tenoit un dans fes mains , enveloppé
d'un taffetas verd fort clair , au travers du
quel brilloient de belles Enfeignes de diamans...
I. Vol.
2732 MERCURE DE FRANCE
4. Pages de l'Hafoda portant le Tabouret , l'Aiguiere
, le Sorbet & la Caffoletre de S. H.
Le Kiaya , ou Lieutenant du Kiflar- Aga , où
Second Chef des Eunuques Noirs , & le Capon-
Aga , ou Chef des Eunuques Blancs.
"
Une partie des Eunuques Noirs & des Eunuques
Blancs en cotte de mailles , le Pot en tête
avec le Sabre , l'Arc & le Carquois . Cette Troupe
n'étoit pas la moins curieufe de la Marche.
La Mufique Guerriere du G. S. composée de
plus de 60. perfonnes à cheval , excepté les Timbaliers
, montés fur des Chameaux.
2. Eunuques Blancs , à la tête de 30. Itch-
Agalars , ou Pages de l'Haf- oda , montés fur
des Chevaux Arabes ; ils étoient équipés comme
ceux dont on a ci- devant parlé , mais avec encore
plus de magnificence. Ils avoient un Kerckie
d'étoffe de foye jaune , une Echarpe ou Seſſe
rouge autour de leur calotte de fer , & pour armes
l'Arc & le Carquois.
2. Eunuques Blancs , fuivis de 30. Pages d'une
autre Chambre en Kerckie rouge , coeffure
blanche , & la lance ou demi- pique à la main .
Idem , fi ce n'eft que le Kerckté étoit verd &
la coëffure aurore.
Idem , en Kerckie couleur de rofe & coëffure
bleuë .
Idem , en Kerckie bleu , coëffure verd de mer ,
& portant la Carabine haute.
idem , en Kerckie verd celadon & coëffure
cramoifi .
>
2. Eunuques Blancs , & 20. Pages feulement ,
en Kerckie couleur de cerife , coëffure couleur
de citron , & avec la Carabine comme les deux
Brigades précedentes.
Et enfin quelques bas Officiers & Valets du
Sérail en foule qui fermoient la Marche.
I Vol Les
DECEMBRE. 1730. 2733
3
Les 6. Brigades d'Itch - Agalar dont on vient
de parler , formoient une Troupe veritablement
digne d'un grand Souverain , par la bonne mine
de la plupart des Cavaliers , la beauté des Chevaux
, la riche varieté , & le bon gout des habits
& des Equipages.
Fermer
Résumé : ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
Le 3 août 1730, le Grand Seigneur de Constantinople décida de poursuivre la guerre contre les Persans et se prépara à partir en Asie, envoyant le Grand Vizir à la tête des troupes. Le lieu de rassemblement fut fixé entre Calcedoine et Scutary. Vingt étendards à queue de cheval furent dressés avec pompe et cérémonie. Le même jour, le Grand Seigneur, accompagné de dignitaires, se rendit à la mosquée d'Ajoub pour une prière. Le Mufty ceignit l'épée du Grand Seigneur, marquant ainsi son couronnement. Après cette cérémonie, le Grand Seigneur revint au serrail, s'embarqua sur la galère du Capitan Pacha et arriva à Scutary vers midi. Il pria ensuite sur le tombeau de sa mère et se dirigea vers son serrail de Calcedoine, où il resta avec ses sultanes favorites. La procession du Sultan, bien que nombreuse, rencontra des interruptions en raison du manque de terrain et de l'absence d'ordre. Malgré cela, il n'y eut ni foule ni confusion parmi les spectateurs. La marche fut organisée avec divers groupes, incluant des Jannissaires, des Tartares, des Gnululis et des Delis, des huissiers du conseil, des officiers de cavalerie, des professeurs, des juges, des écrivains du Divan, et des pages. Chaque groupe avait des rôles spécifiques et des équipements distincts. La procession comprenait également divers dignitaires, chacun reconnaissable par ses attributs et sa suite. Les Pachas ou Vizirs marchaient précédés de leurs Eftafiers. Le Mufti, premier ministre religieux, portait un habit blanc et des armes. Le Grand Vizir, appelé Vizir-Azem et Muhur-Sahibi, chevauchait un cheval richement harnaché. Le Sandgiak Cherif, étendard vert de Mahomet, était porté par un Emir, suivi de Derviches chantant des hymnes. Un carrosse doré transportait un manuscrit du Coran et le manteau de Mahomet. Le Sultan, entouré de Solaks et de domestiques, portait un arc et un carquois. Ses fils, les Chah Jade, étaient également armés et entourés de leurs gouvernants. La musique guerrière du Sultan, composée de plus de soixante personnes à cheval, fermait la marche, accompagnée de pages et d'eunuques richement vêtus. La procession se terminait par divers officiers et valets du Sérail. Après plusieurs heures de marche, le Grand Seigneur et sa suite arrivèrent au camp, marquant le début de la campagne militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1999
p. 2733-2736
Suite des Nouvelles de Turquie.
Début :
Les Lettres de Syrie portent que le Pacha de Damas continuant de piller la Province, les [...]
Mots clefs :
Constantinople, Révolution, Sultan, Janissaires, Officiers
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Turquie.
Suite des Nouvelles de Turquie.
› Lamascondunt depiller la Province ,les
Es Lettres de Syrie portent que le Pacha de
Payfans s'étoient affemblés fous les ordres du
nommé Alayon , Chef d'une Troupe d'Arabes,
qu'ils avoient attaqué les Troupes du Pacha , les
avoient battuës , & les avoient forcées de fe retirer.
On mande de Conftantinople que le nouveau
Sultan Mamouth , fils de Muftapha , frere du
Sultan dépofé , étoit un Prince âgé de 34. ans ;
que les Janiffaires du Camp de Scutari ayant
appris le commencement de la révolution dont
on a parlé , & la nouvelle de la mort du G. V .:
en avoient fait de grandes réjouiflances ; qu'ils
avoient écrit à ceux de Conftantinople pour les
déterminer à la dépofition du Sultan Achmet
III. que ces Lettres ayant été luës dans la Place
d'Atmeidam avoient animé le Peuple qui paroiffoit
d'abord ne pas approuver la révolte , & qui
s'y porta enfuite avec fureur.
Des Lettres particulieres portent que le nouveau
Sultan avoit envoyé ordre aux Pachas de
la Morée , de la Dalmatie & de l'Albanie , de
fournir à Sa Hauteffe 12000. hommes pour le
mois de Mars prochain ; que les Hofpodars de
Valachie & de Moldavie devoient auf fournir
6000. chevaux.
On a appris par la
1.Vol.
voye de Venife que 4i
Octobre
le
2734 MERCURE DE FRANCÈ
Octobre dernier les Soulevés s'étant affemblés de
nouveau devant le Sérail , avoient demandé les
têtes du Mufti & de l'Aga des Janiffaires ; que
le nouveau Sultan ayant promis de les fatisfaire,
avoit envoyé fur le champ des Eunuques pour"
les étrangler dans leurs Maifons ; mais qu'ayant
eu le tems de s'échaper , ils avoient traversé le
Canal dans une Barque Etrangere ; que le Mufti
avoit été pourfuivi jufqu'au rivage par la populace
: que le même jour après midi les Soulevez
s'étoient rendus en grand nombre aux Priſons
communes qu'ils avoient fait ouvrir , & avoient
donné la liberté à tous les prifonniers : qu'ils
s'etoient tranfportés enfuite à l'Arfenal , & qu'ils
avoient mis en liberté les Forçats de cinq Galeres
qui étoient la plupart étrangers que te
foir ils avoient tiré du vieux Sérail la mere du
nouveau Sultan qui y avoit été renfermée lorfque
le Sultan Mustapha avoit été dépofé ; qu'ils
Pavoient conduite en triomphe au nouveau Sérail
, & l'avoient déclarée Sultane mere : que les
Soulevés de Conftantinople quitterent les armes
les . qu'ils cefferent de s'affembler tumultueufement
, & commencerent à travailler aux préparatifs
du Couronnement dù G. S. on rouvrit
ce jour là les Boutiques , & le calme fut entie
rement rétabli dans toute la Ville ; que le même
jour S. H. fit une promotion de fes Grands Officiers
, ayant caffé tous ceux qui étoient en place
fous le Sultan dépofé , & renouvellé entierement
le Divan , dont il n'y a eu que quatre ou cinq
Membres qui ayent été confervés.
au
Le 6. jour deftiné à la Cerémonie du Couronnement
, les Grands Officiers s'étant rendus
nouveau Sérail , les Ruës & les Places de la
Ville furent occupées par les Janiffaires , dont la
plus grande partie fut poftée fur le chemin qui
Is Vol.
conduit
DÉCEMBRE . 1730. 2735
sonduit du Sérail à la grande Mofquée ; ils y
formerent une double haye , & le Peuple étoit
rangé derriere eux . Au fignal donné par un coup
de Canon, le G.S.monta à Cheval, & fon Cortege
fe mit en marche ; S. H. étoit revêtue d'une Robe
&la tête couverte d'un Turban prefque entierement
couverts de pierreries. Ce Prince étant arrivé à la
Mofquée , le Mufti que le Sultan avoit nommé
fa veille , lui ceignit le Cimeterre & falua enfuite
le G. S. avec les cerémonies accoutumées.
S. H. à fon retour au Sérail fit de grandes largeffes
au peuple , & envoya des aumônes confiderables
aux Efclaves Chrétiens qui font fur
les Galeres.
•
Le 7. le G. S. reçut les refpects & le ferment
de fidelité des Grands Officiers de l'Empire , du
nouvel Aga & des autres Officiers des Janiffaires,
du Capitan Pacha & autres Officiers de Marine,
& des principaux Officiers du Camp de Scutari
qui étoient venus pour recevoir les ordres de
S. H. fur le départ de l'Armée. L'après - midi , le
G. S. tint un grand Divan , dans lequel il fut
réfolu , à ce qu'on affure , de faire la paix avec
les Perfans , & d'envoyer des pleins pouvoirs au
Pacha de Babilone pour traiter avec le Roi de
Perfe
Le 8. il y eut comme les deux jours précedens
des réjouiffances publiques dans toute la
Ville.
Le 9. le G. V. reçut les vifites des Miniftres
Etrangers , aufquels il offrit de faire reparer tout
le dommage qu'on pourroit leur avoir fait
pendant le foulevement. L'après- midi il y eut encore
un grand Divan , dans lequel on acheva de
regler les principales affaires de l'interieur de
l'Empire.
Le 10. il y eut un petit Divan pour nommer
I. Vol.
2736 MERCURE DE FRANCE
à divers Emplois qui n'avoient pas été remplis
les jours précedens , & que le G. S. donna par
préference à ceux qui fe font diftingués dans
les Troupes.
Le 11. le Corps des Janiffaires qui fe trouve
à Conftantinople , & qui n'auroit dû être que
de 40000. s'affembla fur la grande Place , & ſe
trouva monter à 70000. hommes , pour demander
une augmentation de paye que le G. S.
leur a fait promettre , ainfi qu'aux Topigis ou
Canoniers qui s'étoient auſſi aſſemblez au nombre
de près de 20000.
Le bruit court qu'on a trouvé dans l'Appartement
du Sultan dépofé 28000000. en efpeces
d'or , & près de 6000000. en efpeces d'argent ,
10000000. chez le G. V. & des fommes trèsconfiderables
chez le Mufti , le Capitan Pacha
le Capigi Aga & l'Aga des Janiffaires. On attend
la confirmation de toutes ces Nouvelles , qui
pourroient n'être pas exactes , par des Lettres de
Conftantinople.
› Lamascondunt depiller la Province ,les
Es Lettres de Syrie portent que le Pacha de
Payfans s'étoient affemblés fous les ordres du
nommé Alayon , Chef d'une Troupe d'Arabes,
qu'ils avoient attaqué les Troupes du Pacha , les
avoient battuës , & les avoient forcées de fe retirer.
On mande de Conftantinople que le nouveau
Sultan Mamouth , fils de Muftapha , frere du
Sultan dépofé , étoit un Prince âgé de 34. ans ;
que les Janiffaires du Camp de Scutari ayant
appris le commencement de la révolution dont
on a parlé , & la nouvelle de la mort du G. V .:
en avoient fait de grandes réjouiflances ; qu'ils
avoient écrit à ceux de Conftantinople pour les
déterminer à la dépofition du Sultan Achmet
III. que ces Lettres ayant été luës dans la Place
d'Atmeidam avoient animé le Peuple qui paroiffoit
d'abord ne pas approuver la révolte , & qui
s'y porta enfuite avec fureur.
Des Lettres particulieres portent que le nouveau
Sultan avoit envoyé ordre aux Pachas de
la Morée , de la Dalmatie & de l'Albanie , de
fournir à Sa Hauteffe 12000. hommes pour le
mois de Mars prochain ; que les Hofpodars de
Valachie & de Moldavie devoient auf fournir
6000. chevaux.
On a appris par la
1.Vol.
voye de Venife que 4i
Octobre
le
2734 MERCURE DE FRANCÈ
Octobre dernier les Soulevés s'étant affemblés de
nouveau devant le Sérail , avoient demandé les
têtes du Mufti & de l'Aga des Janiffaires ; que
le nouveau Sultan ayant promis de les fatisfaire,
avoit envoyé fur le champ des Eunuques pour"
les étrangler dans leurs Maifons ; mais qu'ayant
eu le tems de s'échaper , ils avoient traversé le
Canal dans une Barque Etrangere ; que le Mufti
avoit été pourfuivi jufqu'au rivage par la populace
: que le même jour après midi les Soulevez
s'étoient rendus en grand nombre aux Priſons
communes qu'ils avoient fait ouvrir , & avoient
donné la liberté à tous les prifonniers : qu'ils
s'etoient tranfportés enfuite à l'Arfenal , & qu'ils
avoient mis en liberté les Forçats de cinq Galeres
qui étoient la plupart étrangers que te
foir ils avoient tiré du vieux Sérail la mere du
nouveau Sultan qui y avoit été renfermée lorfque
le Sultan Mustapha avoit été dépofé ; qu'ils
Pavoient conduite en triomphe au nouveau Sérail
, & l'avoient déclarée Sultane mere : que les
Soulevés de Conftantinople quitterent les armes
les . qu'ils cefferent de s'affembler tumultueufement
, & commencerent à travailler aux préparatifs
du Couronnement dù G. S. on rouvrit
ce jour là les Boutiques , & le calme fut entie
rement rétabli dans toute la Ville ; que le même
jour S. H. fit une promotion de fes Grands Officiers
, ayant caffé tous ceux qui étoient en place
fous le Sultan dépofé , & renouvellé entierement
le Divan , dont il n'y a eu que quatre ou cinq
Membres qui ayent été confervés.
au
Le 6. jour deftiné à la Cerémonie du Couronnement
, les Grands Officiers s'étant rendus
nouveau Sérail , les Ruës & les Places de la
Ville furent occupées par les Janiffaires , dont la
plus grande partie fut poftée fur le chemin qui
Is Vol.
conduit
DÉCEMBRE . 1730. 2735
sonduit du Sérail à la grande Mofquée ; ils y
formerent une double haye , & le Peuple étoit
rangé derriere eux . Au fignal donné par un coup
de Canon, le G.S.monta à Cheval, & fon Cortege
fe mit en marche ; S. H. étoit revêtue d'une Robe
&la tête couverte d'un Turban prefque entierement
couverts de pierreries. Ce Prince étant arrivé à la
Mofquée , le Mufti que le Sultan avoit nommé
fa veille , lui ceignit le Cimeterre & falua enfuite
le G. S. avec les cerémonies accoutumées.
S. H. à fon retour au Sérail fit de grandes largeffes
au peuple , & envoya des aumônes confiderables
aux Efclaves Chrétiens qui font fur
les Galeres.
•
Le 7. le G. S. reçut les refpects & le ferment
de fidelité des Grands Officiers de l'Empire , du
nouvel Aga & des autres Officiers des Janiffaires,
du Capitan Pacha & autres Officiers de Marine,
& des principaux Officiers du Camp de Scutari
qui étoient venus pour recevoir les ordres de
S. H. fur le départ de l'Armée. L'après - midi , le
G. S. tint un grand Divan , dans lequel il fut
réfolu , à ce qu'on affure , de faire la paix avec
les Perfans , & d'envoyer des pleins pouvoirs au
Pacha de Babilone pour traiter avec le Roi de
Perfe
Le 8. il y eut comme les deux jours précedens
des réjouiffances publiques dans toute la
Ville.
Le 9. le G. V. reçut les vifites des Miniftres
Etrangers , aufquels il offrit de faire reparer tout
le dommage qu'on pourroit leur avoir fait
pendant le foulevement. L'après- midi il y eut encore
un grand Divan , dans lequel on acheva de
regler les principales affaires de l'interieur de
l'Empire.
Le 10. il y eut un petit Divan pour nommer
I. Vol.
2736 MERCURE DE FRANCE
à divers Emplois qui n'avoient pas été remplis
les jours précedens , & que le G. S. donna par
préference à ceux qui fe font diftingués dans
les Troupes.
Le 11. le Corps des Janiffaires qui fe trouve
à Conftantinople , & qui n'auroit dû être que
de 40000. s'affembla fur la grande Place , & ſe
trouva monter à 70000. hommes , pour demander
une augmentation de paye que le G. S.
leur a fait promettre , ainfi qu'aux Topigis ou
Canoniers qui s'étoient auſſi aſſemblez au nombre
de près de 20000.
Le bruit court qu'on a trouvé dans l'Appartement
du Sultan dépofé 28000000. en efpeces
d'or , & près de 6000000. en efpeces d'argent ,
10000000. chez le G. V. & des fommes trèsconfiderables
chez le Mufti , le Capitan Pacha
le Capigi Aga & l'Aga des Janiffaires. On attend
la confirmation de toutes ces Nouvelles , qui
pourroient n'être pas exactes , par des Lettres de
Conftantinople.
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Résumé : Suite des Nouvelles de Turquie.
Le texte décrit des événements politiques et militaires en Turquie et dans les provinces voisines. En Syrie, les troupes du Pacha ont été défaites par des Arabes dirigés par Alayon. À Constantinople, Mamouth, fils de Muftapha et frère du Sultan déchu, a pris le pouvoir à l'âge de 34 ans. Les Janissaires, après avoir appris la révolution et la mort du Grand Vizir, ont incité le peuple à se révolter contre le Sultan Achmet III. Le nouveau Sultan a ordonné aux Pachas de la Morée, de la Dalmatie et de l'Albanie de fournir 12 000 hommes, et aux Hospodars de Valachie et de Moldavie de fournir 6 000 chevaux. Le 27 octobre, les révoltés ont demandé les têtes du Mufti et de l'Aga des Janissaires, mais ceux-ci ont réussi à s'échapper. Les révoltés ont libéré les prisonniers et les forçats des galères, et ont déclaré la mère du nouveau Sultan comme Sultane mère. Le calme est revenu à Constantinople, et le nouveau Sultan a renouvelé le Divan et promu ses Grands Officiers. Le 6 décembre, la cérémonie du couronnement a eu lieu, suivie de largesses et d'aumônes. Les jours suivants, le Sultan a reçu les serments de fidélité des officiers et a tenu des Divans pour régler les affaires de l'Empire et nommer de nouveaux employés. Les Janissaires et les Topigis ont obtenu une augmentation de paie. Des rumeurs parlent de sommes importantes trouvées dans les appartements du Sultan déchu et de hauts dignitaires.
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2000
p. 2736-2737
RUSSIE.
Début :
Les Lettres de Derbent portent que le Roi de Perse avoit fait dire aux Commandans des [...]
Mots clefs :
Tsarine, Commandant
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
LEs Roide
Es Lettres de Derbent portent que le Roi de
Troupes Mofcovites en Perfe qu'il obferveroit
exactement les Traités qu'il a conclus avec le
feu Czar Pierre I. & que fi les Marchands, Sujets
de la Czarine , vouloient aller négocier dans
fes Etats , il leur accorderoit tous les Paffeports
qu'ils demanderoient.
>
Les Ouvriers qu'on avoit envoyés dans les
Montagnes de la Georgie pour y travailler aux
Mines d'or & d'argent qu'on y a découvertes
n'en étoient pas encore revenus à Aftracant au
mois de Septembre dernier , & l'on a fçû que
I. Vel. n'étant
DECEMBRE. 1730. 2737
:
n'étant pas en affez grand nombre , ils n'avoient
pú faire fauter les Rochers qui couvrent ces
Mines comme on eft perfuadé qu'elles feront
d'un grand produit , parceque les fources qui
coulent de ces Montagnes entraînent un fable
très -chargé de paillittes d'or , on a réſolu de ne
point abandonner cette entrepriſe & d'y envoyer
encore deux cens homines , avec des provifions
en abondance,
Les Chefs des Cofaques venus à Moscou pour
fervir d'otages de la fidelité de leur Nation , ont
été renvoyés chez eux après avoir promis , avec
ferment, de ne prendre les armes qu'en faveur de
la Czarine , & de lui fournir 100000. hommes
en cas qu'elle fut obligée d'entrer en guerre avec
le Grand- Seigneur.
Le Commandant de Pultowa a écrit depuis que
les Cofaques , tant ceux qui font fous la protection
du G. S. que ceux qui fe font mis fous
celle de S. M. Cz. avoient eu ordre , fous peine
de mort , de prêter ferment de fidelité à S. H.
& d'envoyer à Conftantinople les arrerages échus
de leur tribut ordinaire.
â
On a dépeché un Courier au Commandant
dans l'Ukraine pour lui porter ordre d'empêcher
les Cofaques foumis à la Czarine d'executer les
ordres de la Porte , & de leur promettre toutes
fortes de fecours , en cas qu'on voulut les forcer
à prêter le ferment qu'on leur demande.
LEs Roide
Es Lettres de Derbent portent que le Roi de
Troupes Mofcovites en Perfe qu'il obferveroit
exactement les Traités qu'il a conclus avec le
feu Czar Pierre I. & que fi les Marchands, Sujets
de la Czarine , vouloient aller négocier dans
fes Etats , il leur accorderoit tous les Paffeports
qu'ils demanderoient.
>
Les Ouvriers qu'on avoit envoyés dans les
Montagnes de la Georgie pour y travailler aux
Mines d'or & d'argent qu'on y a découvertes
n'en étoient pas encore revenus à Aftracant au
mois de Septembre dernier , & l'on a fçû que
I. Vel. n'étant
DECEMBRE. 1730. 2737
:
n'étant pas en affez grand nombre , ils n'avoient
pú faire fauter les Rochers qui couvrent ces
Mines comme on eft perfuadé qu'elles feront
d'un grand produit , parceque les fources qui
coulent de ces Montagnes entraînent un fable
très -chargé de paillittes d'or , on a réſolu de ne
point abandonner cette entrepriſe & d'y envoyer
encore deux cens homines , avec des provifions
en abondance,
Les Chefs des Cofaques venus à Moscou pour
fervir d'otages de la fidelité de leur Nation , ont
été renvoyés chez eux après avoir promis , avec
ferment, de ne prendre les armes qu'en faveur de
la Czarine , & de lui fournir 100000. hommes
en cas qu'elle fut obligée d'entrer en guerre avec
le Grand- Seigneur.
Le Commandant de Pultowa a écrit depuis que
les Cofaques , tant ceux qui font fous la protection
du G. S. que ceux qui fe font mis fous
celle de S. M. Cz. avoient eu ordre , fous peine
de mort , de prêter ferment de fidelité à S. H.
& d'envoyer à Conftantinople les arrerages échus
de leur tribut ordinaire.
â
On a dépeché un Courier au Commandant
dans l'Ukraine pour lui porter ordre d'empêcher
les Cofaques foumis à la Czarine d'executer les
ordres de la Porte , & de leur promettre toutes
fortes de fecours , en cas qu'on voulut les forcer
à prêter le ferment qu'on leur demande.
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Résumé : RUSSIE.
En décembre 1730, plusieurs affaires politiques et économiques sont rapportées en Russie. Le roi de Perse s'engage à respecter les traités avec le tsar Pierre Ier et à délivrer des passeports aux marchands russes. En Géorgie, des ouvriers envoyés exploiter des mines d'or et d'argent n'étaient pas revenus à Astracan en septembre. En raison de leur faible nombre, ils n'avaient pas pu dégager les mines, mais 200 hommes supplémentaires avec des provisions abondantes doivent être envoyés. Les chefs cosaques à Moscou ont offert des otages pour prouver leur fidélité à la czarine et ont promis 100 000 hommes en cas de guerre avec le Grand Seigneur. Le commandant de Pultowa a signalé que les Cosaques, qu'ils soient sous la protection du Grand Seigneur ou de la czarine, avaient reçu l'ordre de prêter serment à la Sublime Porte et de payer les arriérés de leur tribut. Un courrier a été envoyé en Ukraine pour empêcher les Cosaques soumis à la czarine d'exécuter les ordres de la Porte et pour leur offrir des secours en cas de pression.
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