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101
p. 296-297
M. le Marquis de Saillant achete celle de Seneschal du Limosin. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur le Marquis de Saillant Vicomte de Comborg, a acheté [...]
Mots clefs :
Marquis de Saillant, Sénéchal, Charge
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texteReconnaissance textuelle : M. le Marquis de Saillant achete celle de Seneschal du Limosin. [titre d'après la table]
MonfieurleMarquis de Sailさすっ て 。
210 LE MERCURE
lant Vicomte de Combourg, a
acheté de Monfieur le Ducde
Vantadour , la Charge de Senéchal de Limousin.
210 LE MERCURE
lant Vicomte de Combourg, a
acheté de Monfieur le Ducde
Vantadour , la Charge de Senéchal de Limousin.
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102
p. 297-300
Tout ce qui s'est passé dans l'Election des deux nouveaux Echevins. [titre d'après la table]
Début :
Il ne faut pas que j'oublie à vous parler des [...]
Mots clefs :
Échevins, Élection, Prévôt des marchands
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé dans l'Election des deux nouveaux Echevins. [titre d'après la table]
Il ne faut pas que j'oublie à
vous parler des deux nou- veaux Echevins qui ont eſté faits icy. Voicy dequellema- niere on procede à cette forte d'élection. Monfieur le Prevoſt
des Marchands , & Meffieurs
lesEchevins, s'aſſemblentdans l'Hoſtel de Ville avec tout ce
qui en compoſe le Corps. Ils font chacun un Diſcours , &
rendent compte de leur admi- niſtration ; aprés quoy ils ſe retirent, &l'on nomme quatre Scrutateurs pour examiner fi l'élection qui fe doit faire par le Scrutin , ſe fait dans toutes les formes. Les quatre qu'on nomma ces derniers jours fu
rent
GALANT. 211
les
rent Monfieur le Preſident de
la Falüére , appellé Grand Scrutateur , Monfieur Potel
pour Meſſieurs les Conſeillers
de Ville , Mª de la Porte pour Quarteniers ,& M² Levef que , Conſeiller au Chaſtelet,
pour la Bourgeoisie. Le choix de ces quatre Meſſieurs eſtant
fait , on travailla à celuy des Echevins par la voye du Scruz tin, comme il ſe pratique en- cor à Rome dans les grandes Elections. Mr Alexandre de
Veinx Conſeiller de Ville, &
qui arendude fort grands fer- vices dans cette Charge qu'il exercedepuis long-temps avec une approbation generale , fur éleu premier Echevin en la placede MrFavier ; &Monfieur Etienne Magueux Avo- cat en Parlement, dont le me
Tome VI. T
212 LE MERCVRE
rite eft affez connu , fut fait
fecond Echevin en la place de Monfieur Galiot. Monfieur de
Pomereüil Conſeiller d'Etat
ordinaire , Prefident au Grand
Confeil , & Prevoſt des Marchands , accompagné de tout le Corps de Ville , les mena en fuite l'un &l'autre à Ver.
failles , où ils prefſterent le Ser- ment entre les mains de Sa
Majesté , qui les reçeut d'une maniere tres-favorable. Monfieur le Prefident de la Faluere rendit compte au Roy de ce qui s'eſtoit paffé dans l'E- lection, & fit unDiſcours dont
Sa Majesté fut tres-fatisfaite.
Ces nouveaux Echevins vont
s'appliquer à l'embelliſſement de Paris , à l'exemple des pre- cedens; & fans qu'on ceſſede travailler au Rempart , ils doi-
GALANT. 213 vent faire élargir pluſieurs Ruës , &nous donnerde nouvelles Eaux.
vous parler des deux nou- veaux Echevins qui ont eſté faits icy. Voicy dequellema- niere on procede à cette forte d'élection. Monfieur le Prevoſt
des Marchands , & Meffieurs
lesEchevins, s'aſſemblentdans l'Hoſtel de Ville avec tout ce
qui en compoſe le Corps. Ils font chacun un Diſcours , &
rendent compte de leur admi- niſtration ; aprés quoy ils ſe retirent, &l'on nomme quatre Scrutateurs pour examiner fi l'élection qui fe doit faire par le Scrutin , ſe fait dans toutes les formes. Les quatre qu'on nomma ces derniers jours fu
rent
GALANT. 211
les
rent Monfieur le Preſident de
la Falüére , appellé Grand Scrutateur , Monfieur Potel
pour Meſſieurs les Conſeillers
de Ville , Mª de la Porte pour Quarteniers ,& M² Levef que , Conſeiller au Chaſtelet,
pour la Bourgeoisie. Le choix de ces quatre Meſſieurs eſtant
fait , on travailla à celuy des Echevins par la voye du Scruz tin, comme il ſe pratique en- cor à Rome dans les grandes Elections. Mr Alexandre de
Veinx Conſeiller de Ville, &
qui arendude fort grands fer- vices dans cette Charge qu'il exercedepuis long-temps avec une approbation generale , fur éleu premier Echevin en la placede MrFavier ; &Monfieur Etienne Magueux Avo- cat en Parlement, dont le me
Tome VI. T
212 LE MERCVRE
rite eft affez connu , fut fait
fecond Echevin en la place de Monfieur Galiot. Monfieur de
Pomereüil Conſeiller d'Etat
ordinaire , Prefident au Grand
Confeil , & Prevoſt des Marchands , accompagné de tout le Corps de Ville , les mena en fuite l'un &l'autre à Ver.
failles , où ils prefſterent le Ser- ment entre les mains de Sa
Majesté , qui les reçeut d'une maniere tres-favorable. Monfieur le Prefident de la Faluere rendit compte au Roy de ce qui s'eſtoit paffé dans l'E- lection, & fit unDiſcours dont
Sa Majesté fut tres-fatisfaite.
Ces nouveaux Echevins vont
s'appliquer à l'embelliſſement de Paris , à l'exemple des pre- cedens; & fans qu'on ceſſede travailler au Rempart , ils doi-
GALANT. 213 vent faire élargir pluſieurs Ruës , &nous donnerde nouvelles Eaux.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé dans l'Election des deux nouveaux Echevins. [titre d'après la table]
Le texte relate l'élection de deux nouveaux échevins à Paris. Les échevins sortants et le prévôt des marchands se réunissent à l'Hôtel de Ville, prononcent un discours sur leur administration, puis se retirent. Quatre scrutateurs, dont le président de la Falüère, M. Potel, M. de la Porte et M. Levef, supervisent l'élection par scrutin. M. Alexandre de Veinx est élu premier échevin, succédant à M. Favier, et M. Étienne Magueux devient second échevin, remplaçant M. Galiot. Les nouveaux échevins prêtent serment devant le roi, qui les accueille favorablement. Le président de la Falüère informe le roi du déroulement de l'élection. Les nouveaux échevins prévoient d'embellir Paris en élargissant des rues et en fournissant de nouvelles eaux, tout en poursuivant les travaux de rempart.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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103
p. 43-54
Le Roy donne à Monsieur le Marquis de Montanegre l'agréement de la Lieutenance de Roy de Languedoc. [titre d'après la table]
Début :
A propos de Languedoc, on vous a dit vray, Madame, [...]
Mots clefs :
Languedoc, Marquis de Montanègre, Lieutenance générale, Roi, Maison
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne à Monsieur le Marquis de Montanegre l'agréement de la Lieutenance de Roy de Languedoc. [titre d'après la table]
A propos de Languedoc , on vous a dit vray , Madame , en
vous apprenant que Monfieur le Marquis deMontanegre avoit eu l'agrément du Roy pour ſa Lieu- tenance Generale du Bas Lan- guedoc , & je ne ſçay comment j'oubliay la derniere fois que je vous écrivis , àvous faire part de cette nouvelle. Toute la Province en a témoigné de la joye , &
commeelleconnoîtfon zele pour la Religion , fa fidelité pourle fer- vicede fon Maiſtre , & fon defintéreſſement pour le bien pu- blic , elle ne doute point que fon Gouvernement ne luy procure toute forte d'avantages. Il n'y a
GALANT. 29
- rien de plus glorieux pour luy ,
que la maniere dont il a plû au Roy de le diftinguer entre un -grand nombre de Prétendans,
pour luy confier un Pofte auffi importantque celuy dont je vous parle. Aufſi faut- ildemeurerd'ac- cordqueMr le Marquis de Mon- tanegre s'eſtoit rendu digne de cette préferéce, par l'attachemet qu'il a toûjours eu pour le Sery ce. Apres ſes premieres Cam gnes , il fut Capitaine de Cava- lerie au Regiment de Monfieur dontil eut en ſuite l'honneur d'eſtre Meſtre de Camp pendant pluſieurs années , & meſme de
commander la Cavalerie en Ca.-
talogne. Il donna de tres- grandes marques de valeur &de coura- ge en foûtenant l'effort de celle des Ennemis , lors qu'ils entre- prirent de ſecourir Campedon
Biij
30 LE MERCVRE
que l'Armée du Royafſiegoit. Ils eftoient des deuxtiers plus forts que nous , & M² de Montanegre tout bleffé qu'il fut d'abord,
ne laiſſa pas de ſe jetter luy ſeul dans unde leurs Eſcadrons , pour tâcher par ſon exemple de rani- mer les Siens , que l'inégalité dur nombre avoit effrayez. Il mit cet Eſcadronendefordre , &s'eftant
relevé de deſſous ſon Cheval
qui fut tué , il ſe défendit long- temps l'Epée à la main, mais en- fin une nouvelle bleſſure qu'il reçeut dans le corps , le fit tom- ber par terre , &entre les mains de ceux qui n'en ſeroient pas ai- ſement venus à bout , s'il n'eut
eſté mis par là hors de combat.
Cette Action , &beaucoup d'au- tres, ayant fait bruit à la Cour,
il ſeroit parvenu fans-doute aux Commandemens dont le merite
GALANT. 31
S
-
et
t
1
S
t
de ceux qui luy reſſemblent eſt toûjours récompensé , fi la Paix des Pyrenées qui ſe fit peu de temps apres ne l'euſt forcé àſe retirer chez luy. Le Roy ne l'y voulut pas laiſſer inutile , & on connuſtl'eſtimeparticuliere dont Sa Majefté l'honoroit , par l'en- trée qu'Elle luy donna aux Etats GenerauxdeLanguedoc en qua- litédeBaron. Cethonneur eſtoit
grand , mais non pas au deſſus d'une Perſonne de ſa naiſſance.
Iln'y en aguére de plus illuſtre,
&je vay ſatiſfaire avec joye à
l'ordre que vous me donnez de vous apprendrece que j'en ſçay.
M' le Marquis de Montanegre prend ſon origine de la Maiſon d'Urre en Dauphinê , qui parta- gée en douzebranches il y a plus de deux cens ans , compte dans ſes Alliances les Maiſonsde Veſq,
Büj
32 LE MERCVRE
d'Ademar , de Berenger , de Cor-- nillon , & preſque tout ce qu'il yade grandes & anciennes Familles dans cette Province , où
Pon ſçait que la Nobleſſe eſt en poffeffion de ſe conſerver depuis long-temps dans toute ſa pureté.. On trouve parmy les Titres de cette Maiſon des Vaſſaux de la
Terre d'Urre annoblis il y a cinq cens ans , par unPrivilege parti- culier dont certaines Familles
confiderables du Dauphinéjoüif- foient en ce temps-là ; & ces meſmes Titres font connoiftre
que dés l'an 1266. il y avoit des Chevaliers de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem dans la Maiſon
d'Urre , &qu'un François d'Urre en prenoit la qualité. Je ne vous parle point d'un Aimé d'Urre ,
Seigneur des Teſſieres , Grand Maiſtre de la Maiſon duDucde
GALANT. 33 - Lorraine , &dans le rang & l'al- liance de l'ancienne Chevalerie
164
- de Lorraine ; ny d'un autre des plus proches de Mª de Montane- gre , qui fut Lieutenant de Roy en Provence , ſous le Regne de Henry II. Nous y avonsveu de nos jours commander par Com- miffion Monfieur le Marquis d'Ayguebonne de la meſme Mai- fon d'Urre , qui fut fait Cheva
her des Ordres duRoy en I
& que le Commandement des Armées du Roy en Italie , & le GouvernementdeCaſal , ont fait
aſſez connoiſtre par tout. Cen'eſt pas ſeulement de cette Illuſtre Maiſon que Mr le Marquis de Montanegretire les avantagesde ſa naiſſance ; il trouve encorde- quoy la relever par Meffire Pierre de Libertas ſon Ayeul maternel,
quiréduifit àl'obeiſſance duRoy
Y
Bv
34 LE MERCVRE
Henry IV. la Ville de Marseille,
que la perfidie de quelques Parti- culiers luy avoit attachée målgré elle, tandis que ce Grand Prince eſtoit occupé au Siege d'Amiens.
Son Action fi remarquable dans l'Hiſtoire ne s'effacera jamais de la memoire des Marſeillois , qui non contens de luy avoir érigé une Statuë , font celebrer tous les
ans un Service en Corps de Ville,
en reconnoiffance de ſa valeur &
de ſa fidelité.
vous apprenant que Monfieur le Marquis deMontanegre avoit eu l'agrément du Roy pour ſa Lieu- tenance Generale du Bas Lan- guedoc , & je ne ſçay comment j'oubliay la derniere fois que je vous écrivis , àvous faire part de cette nouvelle. Toute la Province en a témoigné de la joye , &
commeelleconnoîtfon zele pour la Religion , fa fidelité pourle fer- vicede fon Maiſtre , & fon defintéreſſement pour le bien pu- blic , elle ne doute point que fon Gouvernement ne luy procure toute forte d'avantages. Il n'y a
GALANT. 29
- rien de plus glorieux pour luy ,
que la maniere dont il a plû au Roy de le diftinguer entre un -grand nombre de Prétendans,
pour luy confier un Pofte auffi importantque celuy dont je vous parle. Aufſi faut- ildemeurerd'ac- cordqueMr le Marquis de Mon- tanegre s'eſtoit rendu digne de cette préferéce, par l'attachemet qu'il a toûjours eu pour le Sery ce. Apres ſes premieres Cam gnes , il fut Capitaine de Cava- lerie au Regiment de Monfieur dontil eut en ſuite l'honneur d'eſtre Meſtre de Camp pendant pluſieurs années , & meſme de
commander la Cavalerie en Ca.-
talogne. Il donna de tres- grandes marques de valeur &de coura- ge en foûtenant l'effort de celle des Ennemis , lors qu'ils entre- prirent de ſecourir Campedon
Biij
30 LE MERCVRE
que l'Armée du Royafſiegoit. Ils eftoient des deuxtiers plus forts que nous , & M² de Montanegre tout bleffé qu'il fut d'abord,
ne laiſſa pas de ſe jetter luy ſeul dans unde leurs Eſcadrons , pour tâcher par ſon exemple de rani- mer les Siens , que l'inégalité dur nombre avoit effrayez. Il mit cet Eſcadronendefordre , &s'eftant
relevé de deſſous ſon Cheval
qui fut tué , il ſe défendit long- temps l'Epée à la main, mais en- fin une nouvelle bleſſure qu'il reçeut dans le corps , le fit tom- ber par terre , &entre les mains de ceux qui n'en ſeroient pas ai- ſement venus à bout , s'il n'eut
eſté mis par là hors de combat.
Cette Action , &beaucoup d'au- tres, ayant fait bruit à la Cour,
il ſeroit parvenu fans-doute aux Commandemens dont le merite
GALANT. 31
S
-
et
t
1
S
t
de ceux qui luy reſſemblent eſt toûjours récompensé , fi la Paix des Pyrenées qui ſe fit peu de temps apres ne l'euſt forcé àſe retirer chez luy. Le Roy ne l'y voulut pas laiſſer inutile , & on connuſtl'eſtimeparticuliere dont Sa Majefté l'honoroit , par l'en- trée qu'Elle luy donna aux Etats GenerauxdeLanguedoc en qua- litédeBaron. Cethonneur eſtoit
grand , mais non pas au deſſus d'une Perſonne de ſa naiſſance.
Iln'y en aguére de plus illuſtre,
&je vay ſatiſfaire avec joye à
l'ordre que vous me donnez de vous apprendrece que j'en ſçay.
M' le Marquis de Montanegre prend ſon origine de la Maiſon d'Urre en Dauphinê , qui parta- gée en douzebranches il y a plus de deux cens ans , compte dans ſes Alliances les Maiſonsde Veſq,
Büj
32 LE MERCVRE
d'Ademar , de Berenger , de Cor-- nillon , & preſque tout ce qu'il yade grandes & anciennes Familles dans cette Province , où
Pon ſçait que la Nobleſſe eſt en poffeffion de ſe conſerver depuis long-temps dans toute ſa pureté.. On trouve parmy les Titres de cette Maiſon des Vaſſaux de la
Terre d'Urre annoblis il y a cinq cens ans , par unPrivilege parti- culier dont certaines Familles
confiderables du Dauphinéjoüif- foient en ce temps-là ; & ces meſmes Titres font connoiftre
que dés l'an 1266. il y avoit des Chevaliers de l'Ordre de S. Jean
de Jerufalem dans la Maiſon
d'Urre , &qu'un François d'Urre en prenoit la qualité. Je ne vous parle point d'un Aimé d'Urre ,
Seigneur des Teſſieres , Grand Maiſtre de la Maiſon duDucde
GALANT. 33 - Lorraine , &dans le rang & l'al- liance de l'ancienne Chevalerie
164
- de Lorraine ; ny d'un autre des plus proches de Mª de Montane- gre , qui fut Lieutenant de Roy en Provence , ſous le Regne de Henry II. Nous y avonsveu de nos jours commander par Com- miffion Monfieur le Marquis d'Ayguebonne de la meſme Mai- fon d'Urre , qui fut fait Cheva
her des Ordres duRoy en I
& que le Commandement des Armées du Roy en Italie , & le GouvernementdeCaſal , ont fait
aſſez connoiſtre par tout. Cen'eſt pas ſeulement de cette Illuſtre Maiſon que Mr le Marquis de Montanegretire les avantagesde ſa naiſſance ; il trouve encorde- quoy la relever par Meffire Pierre de Libertas ſon Ayeul maternel,
quiréduifit àl'obeiſſance duRoy
Y
Bv
34 LE MERCVRE
Henry IV. la Ville de Marseille,
que la perfidie de quelques Parti- culiers luy avoit attachée målgré elle, tandis que ce Grand Prince eſtoit occupé au Siege d'Amiens.
Son Action fi remarquable dans l'Hiſtoire ne s'effacera jamais de la memoire des Marſeillois , qui non contens de luy avoir érigé une Statuë , font celebrer tous les
ans un Service en Corps de Ville,
en reconnoiffance de ſa valeur &
de ſa fidelité.
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Résumé : Le Roy donne à Monsieur le Marquis de Montanegre l'agréement de la Lieutenance de Roy de Languedoc. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination du Marquis de Montanegre au poste de Lieutenant Général du Bas-Languedoc, une décision bien accueillie par la province. Le Marquis est apprécié pour son zèle religieux, sa fidélité au roi et son dévouement au bien public. Sa nomination est vue comme une reconnaissance parmi plusieurs candidats. Il a servi avec distinction, notamment en tant que capitaine de cavalerie et maître de camp. Lors de la bataille de Campedon, il a fait preuve de courage en affrontant des forces ennemies supérieures en nombre, malgré ses blessures. Sa carrière militaire a été interrompue par la Paix des Pyrénées, mais il a continué à être honoré par le roi, qui l'a admis aux États Généraux du Languedoc en qualité de baron. Le Marquis de Montanegre appartient à la Maison d'Urre en Dauphiné, une famille illustre avec des alliances prestigieuses. La Maison d'Urre possède des titres de noblesse remontant à cinq cents ans et des liens avec l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Parmi les membres notables de cette famille, on trouve Aimé d'Urre et le Marquis d'Ayguebonne. De plus, le Marquis bénéficie des avantages de sa naissance maternelle, son aïeul Pierre de Libertas ayant joué un rôle crucial en ramenant Marseille à l'obéissance du roi Henri IV.
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104
p. 100-104
Le nouveau Grand Visir veut introduire de nouvelles manieres de recevoir les Ambassadeurs, dont il ne peut venir à bout. [titre d'après la table]
Début :
Nous avons eu des nouvelles de Constantinople qui nous apprennent [...]
Mots clefs :
Grand vizir, Ambassadeur, Turcs
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texteReconnaissance textuelle : Le nouveau Grand Visir veut introduire de nouvelles manieres de recevoir les Ambassadeurs, dont il ne peut venir à bout. [titre d'après la table]
Nous avons eu des nouvelles
de Conſtantinople qui nous ap prennent que M le Marquis de Nointel noftre Ambaſſadeur à la
Porte , y avoit ſoûrenu comme il devoit la Dignité de ſon caracte- ke. Il s'apperçeut à ſa premiere Audiance du Grand Vifir , que le Siege qu'on luy donnoit, n'e ſtoit point àl'ordinaire vis-à-vis du ſien fur le Sofa , qui eſt un Tapis en façon d'Eſtrade. Il en voulut prendre un autre dont deuxTurcs ſe ſaifirent pour l'en empeſcher. Il le leur arracha des mains , &le mitſur le Sofa ,où il
64 LE MERCVRE
s'affit en attendant l'arrivée du
Grand Viſir qui estoit alors au Divan. On courut l'avertir de
l'action de M de Nointel , auquel il envoya dire par Mauro Cordato ſon premier Drogman,
qu'il ne luy donneroit point Au- dience,s'il n'eſtoit aſſis hors du
Sofa. Mr de Nointel répondit au Drogman que le Grand Viſir pouvoit ordonner de fon Siege,
mais non pasde fa Perſonne, &
s'en alla dans le mefme inſtant.
LeGrand Vifir luy afait direde- puis qu'il ne laiſſeroit pas de luy accorder comme auparavant tou tes les chofes qui regardoient le Commerce,fuivant les Capitu- lations qui en avoient eſté faites.
Il eſt certain que cette entrepriſe ne le fait point particulierement
contre laFrance. Les mefmes raifons ont empefched'autres Am-
GALANT. 6g baffadeurs d'aller à l'Audience.
C'eſt une innovation que veut faire le nouveau Grand Viſir qui cherche àſe diftinguerpar quel- que choſe de ceux qu'on a veus danslemeſme Employ. Il paroiſt fort fier , &l'on remarque qu'il ne donne point le Caffetan aux Ambaſfadeurs, ou pour m'expli- quermieux , qu'il ne leur donne
point de Veſte ,& qu'il ſe con- tente de leur faire preſenter le Caffé , le Sorbec & le Parfum,
ſans le prendre avec eux , à l'e- xemple de ſon Predeceffeur
de Conſtantinople qui nous ap prennent que M le Marquis de Nointel noftre Ambaſſadeur à la
Porte , y avoit ſoûrenu comme il devoit la Dignité de ſon caracte- ke. Il s'apperçeut à ſa premiere Audiance du Grand Vifir , que le Siege qu'on luy donnoit, n'e ſtoit point àl'ordinaire vis-à-vis du ſien fur le Sofa , qui eſt un Tapis en façon d'Eſtrade. Il en voulut prendre un autre dont deuxTurcs ſe ſaifirent pour l'en empeſcher. Il le leur arracha des mains , &le mitſur le Sofa ,où il
64 LE MERCVRE
s'affit en attendant l'arrivée du
Grand Viſir qui estoit alors au Divan. On courut l'avertir de
l'action de M de Nointel , auquel il envoya dire par Mauro Cordato ſon premier Drogman,
qu'il ne luy donneroit point Au- dience,s'il n'eſtoit aſſis hors du
Sofa. Mr de Nointel répondit au Drogman que le Grand Viſir pouvoit ordonner de fon Siege,
mais non pasde fa Perſonne, &
s'en alla dans le mefme inſtant.
LeGrand Vifir luy afait direde- puis qu'il ne laiſſeroit pas de luy accorder comme auparavant tou tes les chofes qui regardoient le Commerce,fuivant les Capitu- lations qui en avoient eſté faites.
Il eſt certain que cette entrepriſe ne le fait point particulierement
contre laFrance. Les mefmes raifons ont empefched'autres Am-
GALANT. 6g baffadeurs d'aller à l'Audience.
C'eſt une innovation que veut faire le nouveau Grand Viſir qui cherche àſe diftinguerpar quel- que choſe de ceux qu'on a veus danslemeſme Employ. Il paroiſt fort fier , &l'on remarque qu'il ne donne point le Caffetan aux Ambaſfadeurs, ou pour m'expli- quermieux , qu'il ne leur donne
point de Veſte ,& qu'il ſe con- tente de leur faire preſenter le Caffé , le Sorbec & le Parfum,
ſans le prendre avec eux , à l'e- xemple de ſon Predeceffeur
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Résumé : Le nouveau Grand Visir veut introduire de nouvelles manieres de recevoir les Ambassadeurs, dont il ne peut venir à bout. [titre d'après la table]
Le texte décrit un incident diplomatique impliquant le Marquis de Nointel, ambassadeur français à Constantinople. Lors de sa première audience avec le Grand Vizir, Nointel constata que son siège n'était pas à la même hauteur que celui du Grand Vizir sur le sofa. Il insista pour changer de place, mais deux Turcs tentèrent de l'en empêcher. Nointel s'assit malgré tout sur le sofa en attendant le Grand Vizir. Informé de cet incident, le Grand Vizir refusa de recevoir Nointel s'il ne s'asseyait pas hors du sofa. Nointel répliqua qu'il pouvait ordonner du siège mais pas de sa personne, et quitta les lieux. Par la suite, le Grand Vizir assura à Nointel que les questions commerciales seraient traitées selon les capitulations existantes. Cet incident n'était pas dirigé contre la France, mais résultait des nouvelles exigences du nouveau Grand Vizir, qui cherchait à se distinguer de ses prédécesseurs. Ce dernier se montrait fier et refusait de donner des vêtements aux ambassadeurs, se contentant de leur offrir du café, du sorbet et du parfum sans les accompagner.
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105
p. 149-165
Particularitez d'un Régal donné à Nimegue par M. le Comte d'Avaux Plenipotentiaire de France. [titre d'après la table]
Début :
Que de Conquestes que de Villes prises, & que de [...]
Mots clefs :
Nimègue, Ambassadeurs, Société pour le jeu, Maréchal d'Estrades, Comte d'Avaux, Dames, Confitures, Buffets, Compagnie, Vins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez d'un Régal donné à Nimegue par M. le Comte d'Avaux Plenipotentiaire de France. [titre d'après la table]
Que de Conqueſtes que de Villes priſes , & que deBatailles gagnéesdepuis ce temps-là:Tant d'avantages remportez fur les
GALANT. 95
!
Ennnemis , leur rendent la Paix
fort neceffaire. Elle dépend des Conférences qui ſe tiennent à
Nimegue , où depuis que l'Af- ſemblée est devenue confidérables , toutes les Ambaffadrices
qui ſe voyent familierement, &
fur tout celles dont les Maris font
demeurez en bonne intelligen- ce avec les Ambaſſadeurs de
France , ont formé une Societé pour le Jeú, qui leur fait paffer agreablement tous lesjours de la Semaine ,de forte qu'elle ſe trou- ve toute partagée entre les Am- baffadrices d'Angleterre,deFran- ce , d'Eſpagne , de Suede , de Dannemarc , & de Hollande.
Chacune reçoit la Compagnie chez elle àfon tour ,& la régale d'une Collation de Fruits & de
Confitures,avec des Vins&des
Liqueurs en abondance, .....
96 LE MERCVRE
Quoy que les Dames n'aillent pas régulierement chez les Am- baſſadeurs qui n'ont point de Femme, elles ne laiſſent pas de s'aſſembler quelquefois chez Monfieur le Mareſchal d'Eſtrades , &chez Monfieur le Comte
d'Avaux, quiparla maniere dont ils les reçoivent , leur font con- noiſtre que la magnificence eſt inſéparable de l'honneſtetéqu'ils ont pour le Sexe. Ce dernier leuradonnédepuis peuuneFeſte des mieux ordonnées , malgré le peu de temps qu'il eut às'y pré- parer. Il y avoit Aſſemblée àl'or- dinaire chez une des Ambaffadrices,&la correfpondance qui eſtpreſentement àNimegue en- tre les Ambaſſadeurs de France
& d'Eſpagne , ayant fait agréer àMadame laMarquiſedelosBal- baſes une Partie de Jeu pour le lendemain
GALANT. 97
lendemain chez Mr le Comte d'Avaux , toute la Compagnie s'y rendit , quoy que ce fuſt le jour de Madame Tempel Am- -baſſadrice d'Angleterre. Mon- ſieur l'Eveſque de Marseille, que cét Ambaſſadeur avoit reçeu chez luy àſon paſſage de Polo- gneenFrance, partagea le plaifir de cette Feſte. Elle parut avec tout l'éclat poſſible , & il ne s'en faut pas étonner , M² le Comte d'Avaux eſtant tres-commodement logé , meublé magnifique- ment, &fervy par les meilleurs Officiers qui ſoient à Nimegue.
Joignez à cela la joye qu'il ſe fait dene rienépargner pour lesDa- mes,quand il s'agit de les régaler.
Le Jeu commença à trois Tables dans la Chambre d'audiance qui eſt tres richement meublée.
Quelques Ambaſſadeurs y joue
Tome VII. E
98 LE MERCVRE rentaveclesDames. La Marquiſe de los Balbaſes Ambaſſadrice
d'Eſpagne,& Sœur du Conneſta- ble Colonna , s'y eſtoit renduë aveclaDucheffede S.Pedro& la
MarquiſeQuintanyfes deux Fil- les. LeMary de la premiere eſt à
Nimegue , & l'autre eſt mariée au Fils du Preſident de Caſtille
qu'elle n'a point encor veu. Le Marquis de los Balbafes ,de la Maifon de Spinola , y vint avec Dom Ronquillo ſon Collegue,
&apres qu'on eut allumé plu- fieurs grands Torcheres &Flam- beauxdevermeil, onapporta les Liqueurs, les Eaux glacées , les Fruits , & les Confitares. Le
Chocolat fut donné en fuite ,&
pendantque le Jeu continua, les Violonsde Meſſieurs les Ambar
fadeurs de France ſe firent entendre dansl'Antichambre éclai
a
GALAN T. 99 réede Luftres &d'un grand nom- bre de Bougies. Pluſieurs Per- ſonnes conſidérables de l'un &
de l'autre sexe , y danſoient en preſence des Excellences qui ne joüoient point. Le Jeu ayant eſté quité àdixheures du ſoir , toutes
les Dames entrerent dans une
Salle , où vis-à-vis du Bufet il
y avoitune Tableàdeux retours,
&vuide dans le milieu. Elle fut
ſervie avec une propreté mer- veilleuſe , & il n'y manqua rien de tout ce que lePaïs &la Saifon pûrent fournir de plus délicat &
de plus exquis. Une fi grande profufionde toutes choſes ſurprit d'autant plus , que la Partie n'a- voit eſté réſoluë que le ſoir pré- cedent. L'eclat d'un des plus beaux Bufets qu'on puiffe voir,
ne fatisfaiſoit pas moins la veuë par la richeffe & par le grand
Eij
100 LE MERCVRE
nombre de Baffins &de Vaſes
d'un tres-beau vermeil , que la délicateſſe des Mets contentoit la
diverſité des gouſts. Il n'y eut au- cunordrede préſeance. Les Da- mes & quelques Ambaſſadeurs s'affirent à table aux endroits où
chacun ſe trouva apres qu'on fuſt entré dans la Salle. M² le Comte
d'Avaux ſe tint preſque toûjours dansle vuidedela Table où per- ſonne n'eſtoit aſſis. Il voulut fervir les Dames , tandis que les Pa- ges portoient inceſſamment ſur des Soucoupes de vermeil , des meilleurs Vins de France & d'Italie , & des plus délicieuſes Li- queursde l'Europe.Apres le Sou pé , toute la Compagnie paſſa dans la premiere Antichambre,
oùpluſieus rangs deChaiſes pla- cées tout autourlaiſſoient dans le
milieu un vuideaffez grand pour
GALAN T. 101
,
ydanſer commodement. Tout le premier rang êtoit occupé par les Ambaſſadeurs &par les Da- mes , & les autres le furent par ungrandnombre de Demoifelles &de Gentils-homines François,
Allemans , Eſpagnols , Italiens &des autres principales Nations de l'Europe. Les Bourgeois vin- rent en foule regarder l'Aſſem- blée par les Feneſtres. Il leur eftoit nouveau d'en voir une
compoſée de tant de Perſonnes Illuftres. Les Ambaſſadriſſes , &
la plupart des Ambaſſadeurs,qui furent pris pour danſer,ne firent quedes réverences. Il ſeroit diffi- cile de s'en acquiter d'une ma- niere plus galante que fit leMar-- quisde los Balbaſes. LaMarquiſe Quintany ſa Fille ſe fit admirer dans le bon air &dans la juſteſſe de ſadanſe , ſans que ſa Coifure
Eij
102 LE MERCVRE
à l'Eſpagnole , ſes grandes Man- ches de tafetas couleur de feu
attachées au poignet,& fon vaſte Garde-Infant , diminuaſſent rien de la grace qui attira les loüan- gesde tout le monde. La Feſte dura juſqu'à une heure apres mi- nuit. Chacun ſortit également fatisfait de la magnificence &des manieres honneſtes deMonfieur
le Comte d'Avaux , qui avoit fi biendonné ſes ordres,qu'il trou- vamoyen d'empefcher la confu- ſion qui eft preſque toûjours inévitable en de pareilles occa- fions.
Je croy , Madame, que quand le Nom d'Avaux ne vous ſeroit
pas connu par les Grands Hom- mes qui l'ont rendu illuſtre , les Lettres de Voiture vous auroient
appris combien il eſt glorieux de le porter.C'eſt une tres-ancienne
GALAN T. 10.31 Famille; &dés le tempsdeChar- les IX. Henry de Meſmes Sei- gneur de Mallaſſiſe , eſtoit Am- baffadeur en Eſpagne. Il y a eu depuis, dans cette Maiſon des Maiſtres des Requeſtes, desCon- feillers d'Etat , un Lieutenant
Civil&Prevoſt des Marchands,
un Sur-Intendant des Finances & Secretaire de l'Ordre du Roy.
Le Comte d'Avaux Plenipoten- tiaire pourla Paix en l'Aſſem- ON
blée de Munster , s'eſt acquis beaucoupdegloire dans ſes Am- baſſades d'Italie , d'Allemagne,
de Pologne , de Suede &deDan- nemarc. Celuy qui a preſente- ment la meſme qualité dePleni- potentiaire à Nimegue eſt ſon Neveu. On voit aſſez qu'il eſt négalant par ce qu'il fait tous les jours. Il a du merite , de l'eſprit;
& quoy qu'il foit jeune encor, il E iv
104 LE MERCVRE
adéja eſté Ambaſſadeur à Veni- ſe. Il eft Fils de feu M deMefmes Seigneur d'Irval , Preſident à Mortier , & Frere de M de Meſmes qui remplit aujourd'huy cette grande Charge avec une approbation fi generale. Je ne vous dis rien de ce Preſident.
Vous ſçavez qu'il eſt Prevoſt des Ordres , & fort eſtimé du Roy.
Le choix que je vous ay déja mandé qu'on avoit fait de luy dans l'Académie Françoiſe pour fucceder à M. Des-Mareſts , fait
les éloges de fon Efprit. Cepen- dant je ne puis fortir de Nimegue fans vous dire que j'auray fou- vent de pareilles Nouvelles à
vous en donner. Vous ne ſerez
pas fâchée de voir que les Fran- çois s'y diftinguent par la magni- ficence&parla galanterie, come ils font àl'Arméepar la valeur
GALANT. 95
!
Ennnemis , leur rendent la Paix
fort neceffaire. Elle dépend des Conférences qui ſe tiennent à
Nimegue , où depuis que l'Af- ſemblée est devenue confidérables , toutes les Ambaffadrices
qui ſe voyent familierement, &
fur tout celles dont les Maris font
demeurez en bonne intelligen- ce avec les Ambaſſadeurs de
France , ont formé une Societé pour le Jeú, qui leur fait paffer agreablement tous lesjours de la Semaine ,de forte qu'elle ſe trou- ve toute partagée entre les Am- baffadrices d'Angleterre,deFran- ce , d'Eſpagne , de Suede , de Dannemarc , & de Hollande.
Chacune reçoit la Compagnie chez elle àfon tour ,& la régale d'une Collation de Fruits & de
Confitures,avec des Vins&des
Liqueurs en abondance, .....
96 LE MERCVRE
Quoy que les Dames n'aillent pas régulierement chez les Am- baſſadeurs qui n'ont point de Femme, elles ne laiſſent pas de s'aſſembler quelquefois chez Monfieur le Mareſchal d'Eſtrades , &chez Monfieur le Comte
d'Avaux, quiparla maniere dont ils les reçoivent , leur font con- noiſtre que la magnificence eſt inſéparable de l'honneſtetéqu'ils ont pour le Sexe. Ce dernier leuradonnédepuis peuuneFeſte des mieux ordonnées , malgré le peu de temps qu'il eut às'y pré- parer. Il y avoit Aſſemblée àl'or- dinaire chez une des Ambaffadrices,&la correfpondance qui eſtpreſentement àNimegue en- tre les Ambaſſadeurs de France
& d'Eſpagne , ayant fait agréer àMadame laMarquiſedelosBal- baſes une Partie de Jeu pour le lendemain
GALANT. 97
lendemain chez Mr le Comte d'Avaux , toute la Compagnie s'y rendit , quoy que ce fuſt le jour de Madame Tempel Am- -baſſadrice d'Angleterre. Mon- ſieur l'Eveſque de Marseille, que cét Ambaſſadeur avoit reçeu chez luy àſon paſſage de Polo- gneenFrance, partagea le plaifir de cette Feſte. Elle parut avec tout l'éclat poſſible , & il ne s'en faut pas étonner , M² le Comte d'Avaux eſtant tres-commodement logé , meublé magnifique- ment, &fervy par les meilleurs Officiers qui ſoient à Nimegue.
Joignez à cela la joye qu'il ſe fait dene rienépargner pour lesDa- mes,quand il s'agit de les régaler.
Le Jeu commença à trois Tables dans la Chambre d'audiance qui eſt tres richement meublée.
Quelques Ambaſſadeurs y joue
Tome VII. E
98 LE MERCVRE rentaveclesDames. La Marquiſe de los Balbaſes Ambaſſadrice
d'Eſpagne,& Sœur du Conneſta- ble Colonna , s'y eſtoit renduë aveclaDucheffede S.Pedro& la
MarquiſeQuintanyfes deux Fil- les. LeMary de la premiere eſt à
Nimegue , & l'autre eſt mariée au Fils du Preſident de Caſtille
qu'elle n'a point encor veu. Le Marquis de los Balbafes ,de la Maifon de Spinola , y vint avec Dom Ronquillo ſon Collegue,
&apres qu'on eut allumé plu- fieurs grands Torcheres &Flam- beauxdevermeil, onapporta les Liqueurs, les Eaux glacées , les Fruits , & les Confitares. Le
Chocolat fut donné en fuite ,&
pendantque le Jeu continua, les Violonsde Meſſieurs les Ambar
fadeurs de France ſe firent entendre dansl'Antichambre éclai
a
GALAN T. 99 réede Luftres &d'un grand nom- bre de Bougies. Pluſieurs Per- ſonnes conſidérables de l'un &
de l'autre sexe , y danſoient en preſence des Excellences qui ne joüoient point. Le Jeu ayant eſté quité àdixheures du ſoir , toutes
les Dames entrerent dans une
Salle , où vis-à-vis du Bufet il
y avoitune Tableàdeux retours,
&vuide dans le milieu. Elle fut
ſervie avec une propreté mer- veilleuſe , & il n'y manqua rien de tout ce que lePaïs &la Saifon pûrent fournir de plus délicat &
de plus exquis. Une fi grande profufionde toutes choſes ſurprit d'autant plus , que la Partie n'a- voit eſté réſoluë que le ſoir pré- cedent. L'eclat d'un des plus beaux Bufets qu'on puiffe voir,
ne fatisfaiſoit pas moins la veuë par la richeffe & par le grand
Eij
100 LE MERCVRE
nombre de Baffins &de Vaſes
d'un tres-beau vermeil , que la délicateſſe des Mets contentoit la
diverſité des gouſts. Il n'y eut au- cunordrede préſeance. Les Da- mes & quelques Ambaſſadeurs s'affirent à table aux endroits où
chacun ſe trouva apres qu'on fuſt entré dans la Salle. M² le Comte
d'Avaux ſe tint preſque toûjours dansle vuidedela Table où per- ſonne n'eſtoit aſſis. Il voulut fervir les Dames , tandis que les Pa- ges portoient inceſſamment ſur des Soucoupes de vermeil , des meilleurs Vins de France & d'Italie , & des plus délicieuſes Li- queursde l'Europe.Apres le Sou pé , toute la Compagnie paſſa dans la premiere Antichambre,
oùpluſieus rangs deChaiſes pla- cées tout autourlaiſſoient dans le
milieu un vuideaffez grand pour
GALAN T. 101
,
ydanſer commodement. Tout le premier rang êtoit occupé par les Ambaſſadeurs &par les Da- mes , & les autres le furent par ungrandnombre de Demoifelles &de Gentils-homines François,
Allemans , Eſpagnols , Italiens &des autres principales Nations de l'Europe. Les Bourgeois vin- rent en foule regarder l'Aſſem- blée par les Feneſtres. Il leur eftoit nouveau d'en voir une
compoſée de tant de Perſonnes Illuftres. Les Ambaſſadriſſes , &
la plupart des Ambaſſadeurs,qui furent pris pour danſer,ne firent quedes réverences. Il ſeroit diffi- cile de s'en acquiter d'une ma- niere plus galante que fit leMar-- quisde los Balbaſes. LaMarquiſe Quintany ſa Fille ſe fit admirer dans le bon air &dans la juſteſſe de ſadanſe , ſans que ſa Coifure
Eij
102 LE MERCVRE
à l'Eſpagnole , ſes grandes Man- ches de tafetas couleur de feu
attachées au poignet,& fon vaſte Garde-Infant , diminuaſſent rien de la grace qui attira les loüan- gesde tout le monde. La Feſte dura juſqu'à une heure apres mi- nuit. Chacun ſortit également fatisfait de la magnificence &des manieres honneſtes deMonfieur
le Comte d'Avaux , qui avoit fi biendonné ſes ordres,qu'il trou- vamoyen d'empefcher la confu- ſion qui eft preſque toûjours inévitable en de pareilles occa- fions.
Je croy , Madame, que quand le Nom d'Avaux ne vous ſeroit
pas connu par les Grands Hom- mes qui l'ont rendu illuſtre , les Lettres de Voiture vous auroient
appris combien il eſt glorieux de le porter.C'eſt une tres-ancienne
GALAN T. 10.31 Famille; &dés le tempsdeChar- les IX. Henry de Meſmes Sei- gneur de Mallaſſiſe , eſtoit Am- baffadeur en Eſpagne. Il y a eu depuis, dans cette Maiſon des Maiſtres des Requeſtes, desCon- feillers d'Etat , un Lieutenant
Civil&Prevoſt des Marchands,
un Sur-Intendant des Finances & Secretaire de l'Ordre du Roy.
Le Comte d'Avaux Plenipoten- tiaire pourla Paix en l'Aſſem- ON
blée de Munster , s'eſt acquis beaucoupdegloire dans ſes Am- baſſades d'Italie , d'Allemagne,
de Pologne , de Suede &deDan- nemarc. Celuy qui a preſente- ment la meſme qualité dePleni- potentiaire à Nimegue eſt ſon Neveu. On voit aſſez qu'il eſt négalant par ce qu'il fait tous les jours. Il a du merite , de l'eſprit;
& quoy qu'il foit jeune encor, il E iv
104 LE MERCVRE
adéja eſté Ambaſſadeur à Veni- ſe. Il eft Fils de feu M deMefmes Seigneur d'Irval , Preſident à Mortier , & Frere de M de Meſmes qui remplit aujourd'huy cette grande Charge avec une approbation fi generale. Je ne vous dis rien de ce Preſident.
Vous ſçavez qu'il eſt Prevoſt des Ordres , & fort eſtimé du Roy.
Le choix que je vous ay déja mandé qu'on avoit fait de luy dans l'Académie Françoiſe pour fucceder à M. Des-Mareſts , fait
les éloges de fon Efprit. Cepen- dant je ne puis fortir de Nimegue fans vous dire que j'auray fou- vent de pareilles Nouvelles à
vous en donner. Vous ne ſerez
pas fâchée de voir que les Fran- çois s'y diftinguent par la magni- ficence&parla galanterie, come ils font àl'Arméepar la valeur
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Résumé : Particularitez d'un Régal donné à Nimegue par M. le Comte d'Avaux Plenipotentiaire de France. [titre d'après la table]
Lors des conférences de paix à Nimègue, les ambassadeurs et leurs épouses se réunissent régulièrement pour des parties de jeu et des réceptions, créant une société cosmopolite entre les ambassades de l'Angleterre, la France, l'Espagne, la Suède, le Danemark et la Hollande. Chaque ambassadrice accueille à tour de rôle les invités, offrant des collations de fruits, confitures, vins et liqueurs. Les dames se rassemblent également chez des personnalités influentes comme le Maréchal d'Estrades et le Comte d'Avaux, qui les reçoivent avec magnificence. Le Comte d'Avaux organise une fête mémorable malgré un délai de préparation court. Cet événement inclut des jeux, des danses et un somptueux banquet, avec une profusion de mets délicats et de boissons. Les invités, parmi lesquels des ambassadeurs et des dames de haut rang, sont impressionnés par l'éclat et la générosité de la fête. Le Comte d'Avaux est décrit comme un hôte attentionné et un diplomate expérimenté. Il a déjà servi en tant qu'ambassadeur dans plusieurs pays et est actuellement plénipotentiaire à Nimègue. Sa famille possède une longue histoire de service diplomatique et administratif. La fête se termine tard dans la nuit, laissant tous les invités satisfaits de la magnificence et des manières honnêtes du Comte d'Avaux. Les Français se distinguent par leur magnificence et leur galanterie, qualités appréciées et remarquées, de la même manière qu'ils se distinguent à l'armée par leur valeur.
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106
p. 184-191
Le Roy donne au Fils de feu M. le Comte de Cossé la Charge de Grand Pannetier de France. [titre d'après la table]
Début :
Apres avoir parlé des Conquestes du Roy, passons à la [...]
Mots clefs :
Charge, Comte de Cossé, Grand Pannetier de France, Maison
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne au Fils de feu M. le Comte de Cossé la Charge de Grand Pannetier de France. [titre d'après la table]
Apres avoir parlé des Con- queſtes du Roy,paſſons à la bonté dece Prince, & diſonsqu'aimant àla faire paroiſtre pour toutes les Perſonnes confiderables de ſa
Cour, il a donné à Monfieur le
Comte de Coffe la Charge de
Grand Pannetier de France que poſſedoit feu M' le Comte de Coffé fonPere , dont je vous ay mandé la mort dans ma premiere Lettre de cetteAnnée. Ainfi,Ma-
GALANT. 117 dame , je ne vous repete point qu'il a eſté un des plus galans Hommes de ſon temps , que ſes belles qualitez luy avoient éga- lement attiré l'eſtime de l'un &
de l'autre Sexe , &qu'apres avoir donné des marques d'un grand courage &d'une extréme pru- dence, dans une infinité de Sieges & de Batailles dont il s'eſt toûjours glorieuſement tiré , il a conſerve juſqu'au dernier mo- THEO
mentde fa vie une fidelite inev
branlable pour fon Prince. Me le Comtede Coſſe ſon Fils , quoy qu'il n'ait pas encor dix ans , ſe montre déja preſt à marcher ſur les tracesde ſes Anceſtres , àqui une haute Naiſſance jointe aux ſignalez ſervices qu'ils ontde tout temps rendus à l'Etat , a fait ob- tenir les plus grandes Charges de la Maiſon de nos Roys. Celle
118 LE MERCVRE
de Grand Pannetier de France
eſt une des plus anciennes , &il yadeux cens ans qu'elle eſt dans laMaiſon de Coffe. Je ſerois trop long fije voulois nommertous les GrandsHommes qui en font for- tis ;jevayſeulement vous en fai- re connoiſtrequelques-uns. Jean deCoffé Senéchal de Provence,
eſtoit Favory de René d'Anjou,
Roy de Sicile & ComtedePro- vence, qui le fit ſon Ambaſſadeur aupres de Loüis XI. fon Ne- veu. Il eut l'adreſſe d'accorder
leurs Démeflez , & d'empefcher que la Comté de Provence ne fuft donnée au Duc de Bourgogne.
RenédeCoffeNeveudeJean,
Seigneur de Brifſac en Anjou,
Grand Pannetier & Fauconnier
de France accompagna Charles VII. à la Conqueſte de Naples,
E GALANT.
da
SC
ער
미
Ha
&ſe trouva aux Batailles d'Aignadel &de Marignan , oùil don- nade grandes marques de coura- ge&de valeur.
Charles de Coffe Mareſchal
deFrance , n'en fit pas moins pa- roiſtre en Italie à la Rencontre
des Impériaux& des Savoyards.
Il eſtoit Grand-Maistre de l'Ar
tillerie,Gouverneur de Paris &
de Picardie , & Lieutenant GeL
neral pour le Roy Henry I I. en Piemont. Je ne vous dis rien de
Timoleon de Coffe Grand Fauconnier de France ,& Colonel Generaldel'Infanterie Françoiſe.
Son tropd'ardeur luy coûtala vie au SiegedeMucidan. Il y fut tue,
pours'eftre trop avancé en vou- dant reconnoiſtre la Breche.
Charles deCoffe fon Frere, Duc
deBriſſac , Mareſchalde France,
&Chevalier des Ordres duRoy,
1-20 LE MERCVRE
a eu la gloire de remettre Paris ſous l'obeïſſance de Henry IV. &
c'eſt de lay que font deſcendus lesDucs deBriffac , & le Comte
deCoſſe d'aujourd'huy.
Cour, il a donné à Monfieur le
Comte de Coffe la Charge de
Grand Pannetier de France que poſſedoit feu M' le Comte de Coffé fonPere , dont je vous ay mandé la mort dans ma premiere Lettre de cetteAnnée. Ainfi,Ma-
GALANT. 117 dame , je ne vous repete point qu'il a eſté un des plus galans Hommes de ſon temps , que ſes belles qualitez luy avoient éga- lement attiré l'eſtime de l'un &
de l'autre Sexe , &qu'apres avoir donné des marques d'un grand courage &d'une extréme pru- dence, dans une infinité de Sieges & de Batailles dont il s'eſt toûjours glorieuſement tiré , il a conſerve juſqu'au dernier mo- THEO
mentde fa vie une fidelite inev
branlable pour fon Prince. Me le Comtede Coſſe ſon Fils , quoy qu'il n'ait pas encor dix ans , ſe montre déja preſt à marcher ſur les tracesde ſes Anceſtres , àqui une haute Naiſſance jointe aux ſignalez ſervices qu'ils ontde tout temps rendus à l'Etat , a fait ob- tenir les plus grandes Charges de la Maiſon de nos Roys. Celle
118 LE MERCVRE
de Grand Pannetier de France
eſt une des plus anciennes , &il yadeux cens ans qu'elle eſt dans laMaiſon de Coffe. Je ſerois trop long fije voulois nommertous les GrandsHommes qui en font for- tis ;jevayſeulement vous en fai- re connoiſtrequelques-uns. Jean deCoffé Senéchal de Provence,
eſtoit Favory de René d'Anjou,
Roy de Sicile & ComtedePro- vence, qui le fit ſon Ambaſſadeur aupres de Loüis XI. fon Ne- veu. Il eut l'adreſſe d'accorder
leurs Démeflez , & d'empefcher que la Comté de Provence ne fuft donnée au Duc de Bourgogne.
RenédeCoffeNeveudeJean,
Seigneur de Brifſac en Anjou,
Grand Pannetier & Fauconnier
de France accompagna Charles VII. à la Conqueſte de Naples,
E GALANT.
da
SC
ער
미
Ha
&ſe trouva aux Batailles d'Aignadel &de Marignan , oùil don- nade grandes marques de coura- ge&de valeur.
Charles de Coffe Mareſchal
deFrance , n'en fit pas moins pa- roiſtre en Italie à la Rencontre
des Impériaux& des Savoyards.
Il eſtoit Grand-Maistre de l'Ar
tillerie,Gouverneur de Paris &
de Picardie , & Lieutenant GeL
neral pour le Roy Henry I I. en Piemont. Je ne vous dis rien de
Timoleon de Coffe Grand Fauconnier de France ,& Colonel Generaldel'Infanterie Françoiſe.
Son tropd'ardeur luy coûtala vie au SiegedeMucidan. Il y fut tue,
pours'eftre trop avancé en vou- dant reconnoiſtre la Breche.
Charles deCoffe fon Frere, Duc
deBriſſac , Mareſchalde France,
&Chevalier des Ordres duRoy,
1-20 LE MERCVRE
a eu la gloire de remettre Paris ſous l'obeïſſance de Henry IV. &
c'eſt de lay que font deſcendus lesDucs deBriffac , & le Comte
deCoſſe d'aujourd'huy.
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Résumé : Le Roy donne au Fils de feu M. le Comte de Cossé la Charge de Grand Pannetier de France. [titre d'après la table]
Le texte évoque la bonté d'un roi et la nomination du comte de Cosse à la charge de Grand Pannetier de France, précédemment détenue par son père. Ce dernier, décrit comme galant et courageux, a servi fidèlement le roi jusqu'à sa mort. Son fils, bien que jeune, montre déjà des signes de suivre les traces de ses ancêtres, reconnus pour leurs services distingués à l'État. La charge de Grand Pannetier de France est l'une des plus anciennes et prestigieuses, détenue par la famille de Cosse depuis plus de deux cents ans. Plusieurs membres illustres de cette famille sont mentionnés, tels que Jean de Cosse, favori de René d'Anjou, et René de Cosse, qui participa aux batailles d'Agnadel et de Marignan. Charles de Cosse, maréchal de France, se distingua en Italie contre les Impériaux et les Savoyards. Timoléon de Cosse, colonel général de l'infanterie française, mourut héroïquement lors du siège de Mucidan. Enfin, Charles de Cosse, duc de Brissac, joua un rôle clé dans la soumission de Paris à Henri IV.
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107
p. 191-200
Monsieur le Marquis de Foix est reçu Chevalier d'Honneur de Madame. [titre d'après la table]
Début :
Puis que nous sommes sur le Chapitre des grandes Maisons [...]
Mots clefs :
Mr le Marquis de Foix, Maisons, Chevalier d'Honneur de Madame, Charge
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texteReconnaissance textuelle : Monsieur le Marquis de Foix est reçu Chevalier d'Honneur de Madame. [titre d'après la table]
Puis que nous ſommes fur le Chapitre des grandes Maiſons du Royaume , je doyvousentre- tenir encord'une autre.
Je vous appris il y a deux mois que Monfieur le Marquis deFoix s'eſtoit marié , Vous ap- prendrez aujourd'huy qu'il a eſté reçeu dans la Charge de Che- valier d'Honneur de Madame,
apres avoir eu l'agrément de Leurs Alteſſes Royales pour en traiter avec Monfieur le Comte
de Vaillac qui la poſſedoit ; &
commejeme ſouviens que vous ne fuſtes pas contente alors de
ce que je vous marquay ſeule- ment qu'il eſtoit d'une des plus
gran
GALANT. 121.
grandes Maiſons du Royaume,
je vay vous en dire quelque choſede plus particulier. Il eſt certain que celle de Foix eſt Illuſtre par tant d'avantages ,
qu'il s'en trouve peu qui aye paru avec plus d'éclat. Elle a
poſſedé les Comtez de Barcelo- ne , deCarcafſonne, deBeſiers,
deFoix , de Montcade, de Perigord,&deCaſtelbon;laVicom- té de Narbonne , la Duchéde
Nemours , la Principauté de Bearn,&le Royaume deNavar- re. Elle est fortiedes Rois d'Arragon , alliée de ceux de Ca- ſtille , de Hongrie , de Boheme , & de France; des Empe- reurs d'Allemagne , des Archi- ducs d'Auſtriche; des Comtes
de Toulouſe , d'Urgel , de Car- donne , d'Artois , de Commin- ges, d'Albret , de Mioffens &
Tome VI. F
122 LE MERCVRE
de Candale des Marquis de Levy & de Montferrat ; des Ducs de Bretagne , de Lorrai- ne, d'Orleans , de Bourbon , &
de tant d'autres , qu'il ne faut pas s'étonner fi les Grands Hommes qui en font fortis ont toûjours tâché derépondre à la gloirede leur naiſſance paricelle de leurs actions. Je laiſſe un Roger deFoix , qui eftant entre le premier dans Antioche quand elle fut priſe d'affaut par les Chreſtiens , la defendit contre
tous les Infidelles affemblez , &
ne ſe rendit pas moins fameux queGodefroy de Boüillon dans laConqueſtede la Terre-Sain
te : Un Raymond , qui ayant ſuivy Philippe Auguſtedans la Syrie , fit des choles incroya bles an Sieged'Acre , où il com- batit ſeul à feul le Neveu du
t
GALANT. 123
des*
Sultan , qu'il tuaàvouë dedeux grandes Armées , & des Rois de France , d'Angleterre &de ■ Jerufalem : Un Roger-Bernard,
dit le Grand; UnRoger-Rotfer qui fit trembler les Sarrafins en Egypte ; & enfin unGaſton ,
qui s'eſtant montré invincible
contre l'Angleterre , vangea 'Eſpagne de la tyrannie Mores , & tua de ſa main à la
teſte de leur Armée GuilhemRaimond , Fils d'un de leurs Rois. Je viens à Jean de Foix,
Gouverneur de Languedoc pour le Roy Charles VI. qui ménagea fi bien les eſprits des Peuples, qu'il affura le repos de cette grande Provincedans un temps où il y avoit du trouble detous coſtez dans l'Estat. Odet
de Foix , Vicomte de Lautrec,
furnommé le Preneur de Villes,
1893*7771
Fij
124 LE MERCVRE
L
vangea par le ſang & par le feu ladiſgrace qui estoit arrivéede- vant Pavie aFrançois I.Et avant lity Gaſton de Foix , Duc de Nemours , ayant eſté fait Gene- 'ral de l'Armée du Roy Loüis XII. ſon Oncleàl'âge de vingt- deuxans , avoitdonné des marquesde la plus haute Valeur en Italie , où il renverſa les Forces
desVenitiens, duRoy-de Caſtil- le, &du Pape , avec une vîteſſe qui ne ſe peut concevoir. Mais fi le grandNom de roix a tant faitdebruitdas lesArmées, il ne
s'eſt pas rendu moins confidera- ble dans l'Eglife. On a veuun PierreCardinal de Foix , Legat duPapeen France , qui délivra l'Egliſe du Schiſme dont elle eſtoit déchirée depuis long- temps. Onaveu un autre Pierre,auffi Cardinal de Foix , qui
GALANT. 125
par ſaprudencediffipa lesTrou bles du Milanois ;Un Paul de
FoixArcheveſquede Thoulou- ſe , qui ſe montra un des plus fermesappuis de la Religion &
de l'Estat , en Ecoſſe , en An- gleterre & en ſuite à Rome , où in fur envoyé Ambaſſadeur; Et de nos jours , Madame , avec combien de gloire Jean-Roger de Foix a-t-il commandé des
RegimensdeCavalerie &d'In- fanterie en Catalogne , ſous M
leMareſchalde laMothe-Hou- dancourt ? Ils s'eſt ſignalépar la
maniere vigoureuſe dont il l'a defenduë contre la tyrannie des Eſpagnols, &fes grandes actions font affez connues de tout le
monde. Il eſtoit Pere deMon7
fieur le Marquis de Foix d'au- jourd'huy,qui ayant appris dans cette derniere Guerre , que les
Füj
126 LE MERCVRE
Ennemis eſtoient fortis de Puy cedra pour ravager la Province de Foixdont il eſt Gouverneur,
vint à eux àla teſte de la Nobleffe , &leur en ayant fermé F'entrée , les repouſſa juſqu'au fonddu Rouffillon avec autant
de honte pour eux , qu'il s'ef toientpromisdeſuccésdansleur entrepriſe
Je vous appris il y a deux mois que Monfieur le Marquis deFoix s'eſtoit marié , Vous ap- prendrez aujourd'huy qu'il a eſté reçeu dans la Charge de Che- valier d'Honneur de Madame,
apres avoir eu l'agrément de Leurs Alteſſes Royales pour en traiter avec Monfieur le Comte
de Vaillac qui la poſſedoit ; &
commejeme ſouviens que vous ne fuſtes pas contente alors de
ce que je vous marquay ſeule- ment qu'il eſtoit d'une des plus
gran
GALANT. 121.
grandes Maiſons du Royaume,
je vay vous en dire quelque choſede plus particulier. Il eſt certain que celle de Foix eſt Illuſtre par tant d'avantages ,
qu'il s'en trouve peu qui aye paru avec plus d'éclat. Elle a
poſſedé les Comtez de Barcelo- ne , deCarcafſonne, deBeſiers,
deFoix , de Montcade, de Perigord,&deCaſtelbon;laVicom- té de Narbonne , la Duchéde
Nemours , la Principauté de Bearn,&le Royaume deNavar- re. Elle est fortiedes Rois d'Arragon , alliée de ceux de Ca- ſtille , de Hongrie , de Boheme , & de France; des Empe- reurs d'Allemagne , des Archi- ducs d'Auſtriche; des Comtes
de Toulouſe , d'Urgel , de Car- donne , d'Artois , de Commin- ges, d'Albret , de Mioffens &
Tome VI. F
122 LE MERCVRE
de Candale des Marquis de Levy & de Montferrat ; des Ducs de Bretagne , de Lorrai- ne, d'Orleans , de Bourbon , &
de tant d'autres , qu'il ne faut pas s'étonner fi les Grands Hommes qui en font fortis ont toûjours tâché derépondre à la gloirede leur naiſſance paricelle de leurs actions. Je laiſſe un Roger deFoix , qui eftant entre le premier dans Antioche quand elle fut priſe d'affaut par les Chreſtiens , la defendit contre
tous les Infidelles affemblez , &
ne ſe rendit pas moins fameux queGodefroy de Boüillon dans laConqueſtede la Terre-Sain
te : Un Raymond , qui ayant ſuivy Philippe Auguſtedans la Syrie , fit des choles incroya bles an Sieged'Acre , où il com- batit ſeul à feul le Neveu du
t
GALANT. 123
des*
Sultan , qu'il tuaàvouë dedeux grandes Armées , & des Rois de France , d'Angleterre &de ■ Jerufalem : Un Roger-Bernard,
dit le Grand; UnRoger-Rotfer qui fit trembler les Sarrafins en Egypte ; & enfin unGaſton ,
qui s'eſtant montré invincible
contre l'Angleterre , vangea 'Eſpagne de la tyrannie Mores , & tua de ſa main à la
teſte de leur Armée GuilhemRaimond , Fils d'un de leurs Rois. Je viens à Jean de Foix,
Gouverneur de Languedoc pour le Roy Charles VI. qui ménagea fi bien les eſprits des Peuples, qu'il affura le repos de cette grande Provincedans un temps où il y avoit du trouble detous coſtez dans l'Estat. Odet
de Foix , Vicomte de Lautrec,
furnommé le Preneur de Villes,
1893*7771
Fij
124 LE MERCVRE
L
vangea par le ſang & par le feu ladiſgrace qui estoit arrivéede- vant Pavie aFrançois I.Et avant lity Gaſton de Foix , Duc de Nemours , ayant eſté fait Gene- 'ral de l'Armée du Roy Loüis XII. ſon Oncleàl'âge de vingt- deuxans , avoitdonné des marquesde la plus haute Valeur en Italie , où il renverſa les Forces
desVenitiens, duRoy-de Caſtil- le, &du Pape , avec une vîteſſe qui ne ſe peut concevoir. Mais fi le grandNom de roix a tant faitdebruitdas lesArmées, il ne
s'eſt pas rendu moins confidera- ble dans l'Eglife. On a veuun PierreCardinal de Foix , Legat duPapeen France , qui délivra l'Egliſe du Schiſme dont elle eſtoit déchirée depuis long- temps. Onaveu un autre Pierre,auffi Cardinal de Foix , qui
GALANT. 125
par ſaprudencediffipa lesTrou bles du Milanois ;Un Paul de
FoixArcheveſquede Thoulou- ſe , qui ſe montra un des plus fermesappuis de la Religion &
de l'Estat , en Ecoſſe , en An- gleterre & en ſuite à Rome , où in fur envoyé Ambaſſadeur; Et de nos jours , Madame , avec combien de gloire Jean-Roger de Foix a-t-il commandé des
RegimensdeCavalerie &d'In- fanterie en Catalogne , ſous M
leMareſchalde laMothe-Hou- dancourt ? Ils s'eſt ſignalépar la
maniere vigoureuſe dont il l'a defenduë contre la tyrannie des Eſpagnols, &fes grandes actions font affez connues de tout le
monde. Il eſtoit Pere deMon7
fieur le Marquis de Foix d'au- jourd'huy,qui ayant appris dans cette derniere Guerre , que les
Füj
126 LE MERCVRE
Ennemis eſtoient fortis de Puy cedra pour ravager la Province de Foixdont il eſt Gouverneur,
vint à eux àla teſte de la Nobleffe , &leur en ayant fermé F'entrée , les repouſſa juſqu'au fonddu Rouffillon avec autant
de honte pour eux , qu'il s'ef toientpromisdeſuccésdansleur entrepriſe
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Résumé : Monsieur le Marquis de Foix est reçu Chevalier d'Honneur de Madame. [titre d'après la table]
Le texte présente la maison de Foix, une des grandes familles du Royaume. Le Marquis de Foix a récemment été nommé Chevalier d'Honneur de Madame, succédant au Comte de Vaillac après avoir obtenu l'agrément des Altesses Royales. La maison de Foix est renommée et a possédé divers titres et territoires, incluant les comtés de Barcelone, Carcassonne, Béziers, Foix, Montcade, Périgord et Castelbon, ainsi que la vicomté de Narbonne, le duché de Nemours, la principauté de Béarn et le royaume de Navarre. Elle est alliée à de nombreuses maisons royales et ducales européennes. Plusieurs membres notables de la famille sont mentionnés. Roger de Foix a défendu Antioche, Raymond de Foix s'est distingué lors du siège d'Acre, et Gaston de Foix a combattu les Anglais et les Maures. Jean de Foix, gouverneur de Languedoc, a assuré le repos de la province. Odet de Foix, vicomte de Lautrec, a vengé la disgrâce de François Ier. Gaston de Foix, duc de Nemours, s'est distingué en Italie sous Louis XII. La famille compte également des ecclésiastiques influents, comme Pierre Cardinal de Foix, légat du pape, et Paul de Foix, archevêque de Toulouse. Jean-Roger de Foix a commandé des régiments en Catalogne et s'est signalé contre les Espagnols. Son fils, le Marquis de Foix actuel, a repoussé les ennemis lors d'une récente guerre, fermant l'entrée de la province de Foix et les repoussant jusqu'au fond du Roussillon.
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108
p. 200-201
Monsieur de Matignon preste Serment entre les mains de Sa Majesté pour la Lieutenance de Roy de Normandie. [titre d'après la table]
Début :
Dans le moment que je vous écris cecy, on m'apprend [...]
Mots clefs :
Monsieur de Matignon, Serment, Lieutenance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Monsieur de Matignon preste Serment entre les mains de Sa Majesté pour la Lieutenance de Roy de Normandie. [titre d'après la table]
ans le momentque je vous écris cecy , on m'apprend que Monfieur de Matignon a prefté Serment entre les mainsde Sa
Majesté pour la Lieutenancede Roy de Normandie. Vous ſça- vez , Madame, la conſidération
où il eſt dans cette Province. Il
n'apas moins de naiſſance que de merite , eſtant de la Famille de feu M le Mareſchal de Matignon , qui fut un des plus grands Hommes de fon temps.
E GALANT. 127
N
H'eſt alliédes plus Illuſtres Mai- fons du Royaume ,je veux dire,
de celles mefmedes Princes.
Majesté pour la Lieutenancede Roy de Normandie. Vous ſça- vez , Madame, la conſidération
où il eſt dans cette Province. Il
n'apas moins de naiſſance que de merite , eſtant de la Famille de feu M le Mareſchal de Matignon , qui fut un des plus grands Hommes de fon temps.
E GALANT. 127
N
H'eſt alliédes plus Illuſtres Mai- fons du Royaume ,je veux dire,
de celles mefmedes Princes.
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109
p. 245-253
« Selon l'ordre des choses, vous devriez trouver icy un grand [...] »
Début :
Selon l'ordre des choses, vous devriez trouver icy un grand [...]
Mots clefs :
Victoires, Article de guerre, Ennemis, Campagne, Quatre armées, Attaquer, Conquêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Selon l'ordre des choses, vous devriez trouver icy un grand [...] »
Selon l'ordre des choſes, vous
devriez trouver icy un grand Article de Guerre; car qui au- roit crûqu'apres nousavoir laif- sé faire une fi glorieuſe Campa- gne, les Ennemis n'euffent ofé profiter de la fatigue de nos Troupes , & n'euffent fait tant d'appreſts & de fi puiſſantes jonctions ,que pour mieux re- * lever les avantages de la France,
en faiſant voir quatre Armées,
plus fortes à la verité que les noftres , mais trop foibles encor pour nous attaquer ,tous affoi-
GALANT. 157 blis que nous devions eſtre par nos Conqueſtes du Mois de
Mars ? C'eſtoit un Torrent capablede tout entraîner , fi trou- vant une Digue à l'épreuvede ſaplus redoutable furie , iln'euft eſté contraint de fe renfermer,,
& de confumer ſes inutiles efforts àbondircontre luy-mefme
par l'impoffibilité de s'étendre.. Voyez , je vous prie ,quelle eftoit leur Armée de Flandre..
Vous y trouverez les forces de huit ouneuf Puiffances Souveraines , dont quelques-unes ſe font autrefois défenduës ſeules:
contre la France, &dontles autres ont eſté affez fortes pour ſecoüer le joug de l'Eſpagne,, &la réduire apres plus de qua- rante années de guerre, à ceder àdes Sujets revoltez l'indépen dancequ'ils ufurpoient. Sivous
158 LE MERCVRE voulez reflechir ſur l'Armée
qu'ils avoient en Allemagne ,
quels progrés ne croirez-vous -point qu'elle ait dû faire ? Elle eſtoit compoſée de ces vieilles Troupes de l'Empereur qui ont fi ſouvent batu les Otomans;
de ces intrépides Cuiraſſiers dont le ſeul nom inſpire de la terreur; de ces Hommes fortis
de Famille qui n'ont jamais eu d'autre habitation que le milien d'un Camp , &qui nez au bruit de la guerre de Meres auſſi en- durcies au travail que leurs Pe- res , n'ont preſque point veu de Villes que pour les affieger ou les défendre , de Villages que pour les brûler apres les avoir pillez , nyd'Ennemis que pour les traiter auffi impitoyable- ment qu'ils traitent les Turcs,
pour qui l'habitude de verſer du
GALANT. 159 fang les a dépoüillez de toute forte d'humanité. Ils ne pou- voient eſtre plus avantageuſe- ment ſoûtenus que par les vieil- les Troupes de Lorraine , qui ayant appris leur Meſtier ſous leur defuntDuc , grand & rufé Capitaine s'il en fut jamais,
n'eſtoient pas moins accoûtu- mées qu'eux aux incendies &
aupillage. On ſçait meſme que c'eſtoit une neceffité pour elles dechercher à vivre de rapines,
puis qu'elles ont eu rarement une autre folde. Joignez à cela qu'ayant combatu partout ſous leur Prince, ou ayant eſté loüées par luy à divers Etat , elles ſça- vent tous les Païs , & qu'ainſi il leur eſtoit aiſe de ne faire
pointde fauffes Marches. Il ne Peſtoit pas moins à l'Armée des Cercles commandé par le
160 LE MERCVRE
Prince de Saxe - Eisenach , de
montrer que les forces de tant d'Etats qui la compoſoient ne s'eſtoient pas inutilement unies.
Elle paroiffoit redoutable , &
eſtant fur les bords de fon Païs,
elle ne devoit manquer de rien.
Pour celle de Catalogne , ma derniere Lettre vous a déja marqué l'état où elle ſe trou- voit , quand les Eſpagnols pré- tendants faire une grande di.
verſion de ce coſté-là , eurent
amaffé de nombreuſes Troupes,
d'autant plus confiderables ,
qu'elles eſtoient formées de la
plus grande partie de la No- bleffe de leurs Royaumes , qui avoit abondance de toutes chofes. Si vous me demandez ce
que ces quatre grandesArmées ont produit , apprenez -le de nosEnnemis , qui avoient eux-
GALANT. 161
meſmes qu'elles n'ont rien fait.
-Nous ſommes ſi accoûtumez à
leur voir perdre tout le temps de la Campagne , que nous commençons à n'en eſtre plus furpris , mais qui viendroit d'un nouveauMonde,&apprendroit tout d'un coup que tant de for- ces liguées de tous côtez contre leRoy, n'auroient ny empeſché ſes Conqueſtes , nyreparéleurs pertes par aucune entrepriſe avantageufe, on regarderoit ſes triomphes comme des triophes fabuleux,ou l'on feroit perfuadé que la Frace ſeule eft auſſi puif- ſante que le reſte de l'Europe enſemble. Nos grands ſuccés donnent affez ſujetdele croire ;
mais quel que ſoit le courage denosTroupes,&quelque pru- dence qui ait accompagné la valeur de nos Genéraux , il a
162 LE MERCVRE
fallu , pour les remporter , que le Prince dont les ordres font
tout mouvoir , n'en ait jamais donné que de bons ; que leMi- niſtre qui agit ſous luy , les ait toûjours fait executer à propos;
que la prévoyance n'ait man- qué en rien; que les vivres ,que l'argent , que tout ait eſté four- ny juſte ; &avec tous ces avan- tages, nous ſommes encor obli- gez de reconnoiſtre qu'il y a eu quelque choſe de plus qu'hu- main dans la conduite d'un
Prince , dont le Ciel benit les
armes,&dont il prendviſible- ment ſoin apres nous l'avoir donné. Cette verité vous fera
ſenſible , quand vous ayant ap- pris en peu de mots les rencontres des Partis , & les divers
mouvemens de toutes les Trou-
*pes ennemies depuis ce que je
GALANT. 163
vous en écrivis la derniere fois,
je vous auray fait remarquer que quatre grandes Armées ont moins fait pendant cette Campagne que la ſeule Gar- niſonde Maſtric. Voyez apres cela ſi on n'a pas lieu d'admirer la France , le grand Prince qui la gouverne , les Miniſtres qu'il employe , les Commandans de ſes Armées , ſes Officiers , ſes
Soldats ; & de dire que fi nous fouhaitons la Paix , ce ne peut eſtre que par bonté pour nos Ennemis , puis que la Guerre nous eft une continuelle ocсаfion de Victoires.
devriez trouver icy un grand Article de Guerre; car qui au- roit crûqu'apres nousavoir laif- sé faire une fi glorieuſe Campa- gne, les Ennemis n'euffent ofé profiter de la fatigue de nos Troupes , & n'euffent fait tant d'appreſts & de fi puiſſantes jonctions ,que pour mieux re- * lever les avantages de la France,
en faiſant voir quatre Armées,
plus fortes à la verité que les noftres , mais trop foibles encor pour nous attaquer ,tous affoi-
GALANT. 157 blis que nous devions eſtre par nos Conqueſtes du Mois de
Mars ? C'eſtoit un Torrent capablede tout entraîner , fi trou- vant une Digue à l'épreuvede ſaplus redoutable furie , iln'euft eſté contraint de fe renfermer,,
& de confumer ſes inutiles efforts àbondircontre luy-mefme
par l'impoffibilité de s'étendre.. Voyez , je vous prie ,quelle eftoit leur Armée de Flandre..
Vous y trouverez les forces de huit ouneuf Puiffances Souveraines , dont quelques-unes ſe font autrefois défenduës ſeules:
contre la France, &dontles autres ont eſté affez fortes pour ſecoüer le joug de l'Eſpagne,, &la réduire apres plus de qua- rante années de guerre, à ceder àdes Sujets revoltez l'indépen dancequ'ils ufurpoient. Sivous
158 LE MERCVRE voulez reflechir ſur l'Armée
qu'ils avoient en Allemagne ,
quels progrés ne croirez-vous -point qu'elle ait dû faire ? Elle eſtoit compoſée de ces vieilles Troupes de l'Empereur qui ont fi ſouvent batu les Otomans;
de ces intrépides Cuiraſſiers dont le ſeul nom inſpire de la terreur; de ces Hommes fortis
de Famille qui n'ont jamais eu d'autre habitation que le milien d'un Camp , &qui nez au bruit de la guerre de Meres auſſi en- durcies au travail que leurs Pe- res , n'ont preſque point veu de Villes que pour les affieger ou les défendre , de Villages que pour les brûler apres les avoir pillez , nyd'Ennemis que pour les traiter auffi impitoyable- ment qu'ils traitent les Turcs,
pour qui l'habitude de verſer du
GALANT. 159 fang les a dépoüillez de toute forte d'humanité. Ils ne pou- voient eſtre plus avantageuſe- ment ſoûtenus que par les vieil- les Troupes de Lorraine , qui ayant appris leur Meſtier ſous leur defuntDuc , grand & rufé Capitaine s'il en fut jamais,
n'eſtoient pas moins accoûtu- mées qu'eux aux incendies &
aupillage. On ſçait meſme que c'eſtoit une neceffité pour elles dechercher à vivre de rapines,
puis qu'elles ont eu rarement une autre folde. Joignez à cela qu'ayant combatu partout ſous leur Prince, ou ayant eſté loüées par luy à divers Etat , elles ſça- vent tous les Païs , & qu'ainſi il leur eſtoit aiſe de ne faire
pointde fauffes Marches. Il ne Peſtoit pas moins à l'Armée des Cercles commandé par le
160 LE MERCVRE
Prince de Saxe - Eisenach , de
montrer que les forces de tant d'Etats qui la compoſoient ne s'eſtoient pas inutilement unies.
Elle paroiffoit redoutable , &
eſtant fur les bords de fon Païs,
elle ne devoit manquer de rien.
Pour celle de Catalogne , ma derniere Lettre vous a déja marqué l'état où elle ſe trou- voit , quand les Eſpagnols pré- tendants faire une grande di.
verſion de ce coſté-là , eurent
amaffé de nombreuſes Troupes,
d'autant plus confiderables ,
qu'elles eſtoient formées de la
plus grande partie de la No- bleffe de leurs Royaumes , qui avoit abondance de toutes chofes. Si vous me demandez ce
que ces quatre grandesArmées ont produit , apprenez -le de nosEnnemis , qui avoient eux-
GALANT. 161
meſmes qu'elles n'ont rien fait.
-Nous ſommes ſi accoûtumez à
leur voir perdre tout le temps de la Campagne , que nous commençons à n'en eſtre plus furpris , mais qui viendroit d'un nouveauMonde,&apprendroit tout d'un coup que tant de for- ces liguées de tous côtez contre leRoy, n'auroient ny empeſché ſes Conqueſtes , nyreparéleurs pertes par aucune entrepriſe avantageufe, on regarderoit ſes triomphes comme des triophes fabuleux,ou l'on feroit perfuadé que la Frace ſeule eft auſſi puif- ſante que le reſte de l'Europe enſemble. Nos grands ſuccés donnent affez ſujetdele croire ;
mais quel que ſoit le courage denosTroupes,&quelque pru- dence qui ait accompagné la valeur de nos Genéraux , il a
162 LE MERCVRE
fallu , pour les remporter , que le Prince dont les ordres font
tout mouvoir , n'en ait jamais donné que de bons ; que leMi- niſtre qui agit ſous luy , les ait toûjours fait executer à propos;
que la prévoyance n'ait man- qué en rien; que les vivres ,que l'argent , que tout ait eſté four- ny juſte ; &avec tous ces avan- tages, nous ſommes encor obli- gez de reconnoiſtre qu'il y a eu quelque choſe de plus qu'hu- main dans la conduite d'un
Prince , dont le Ciel benit les
armes,&dont il prendviſible- ment ſoin apres nous l'avoir donné. Cette verité vous fera
ſenſible , quand vous ayant ap- pris en peu de mots les rencontres des Partis , & les divers
mouvemens de toutes les Trou-
*pes ennemies depuis ce que je
GALANT. 163
vous en écrivis la derniere fois,
je vous auray fait remarquer que quatre grandes Armées ont moins fait pendant cette Campagne que la ſeule Gar- niſonde Maſtric. Voyez apres cela ſi on n'a pas lieu d'admirer la France , le grand Prince qui la gouverne , les Miniſtres qu'il employe , les Commandans de ſes Armées , ſes Officiers , ſes
Soldats ; & de dire que fi nous fouhaitons la Paix , ce ne peut eſtre que par bonté pour nos Ennemis , puis que la Guerre nous eft une continuelle ocсаfion de Victoires.
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Résumé : « Selon l'ordre des choses, vous devriez trouver icy un grand [...] »
Le texte décrit la situation militaire en Europe, soulignant la supériorité des armées françaises malgré les efforts des forces ennemies. Quatre armées adverses, bien que puissantes, n'ont pas réussi à attaquer efficacement la France. L'armée de Flandre, composée de huit ou neuf puissances souveraines, était redoutable mais insuffisante pour vaincre les Français. L'armée d'Allemagne, formée de troupes impériales et lorraines expérimentées, était également impressionnante. L'armée des Cercles, commandée par le Prince de Saxe-Eisenach, et l'armée de Catalogne, composée de la noblesse espagnole, étaient toutes deux bien équipées et stratégiquement positionnées. Cependant, malgré leurs forces combinées, ces armées n'ont pas réussi à empêcher les conquêtes françaises ou à réparer leurs pertes. Le texte attribue ces succès à la bonne conduite du prince, à la prévoyance des ministres, et à la valeur des généraux et des troupes françaises. Il conclut en soulignant que la France et son prince sont bénis par le ciel, et que la guerre offre à la France une occasion continue de victoires.
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110
p. 253-274
Suite des Nouvelles de la Guerre. [titre d'après la table]
Début :
Je reprens la Levée du Siege de Charleroy, dont j'ay [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Charleroi, Prince d'Orange, Billet, Marquis de Montal, Duc de Villa-Hermosa, Campagne, Gand, Armée, Comte de Soissons, Hommes, Canon, Lieutenant, Place, Régiment, Chevaux
111
p. 276-278
« Je devrois vous parler icy des Armées de Monsieur le [...] »
Début :
Je devrois vous parler icy des Armées de Monsieur le [...]
Mots clefs :
Lettres, Récit, Armée de Catalogne, Zittard, Garnison de Maastricht
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je devrois vous parler icy des Armées de Monsieur le [...] »
Jedevrois vous parler icydes Armées de Monfieur le Baron
de Monclar , & de celle des
Cercles, à laquelle nous avons fait repaffer le Rhin ; mais comme je ne vous enay encor rien dit dans aucune de mes
Lettres , je referve à vous faire un Recit entier de cette Campagne dans ma premiere , afin que vous en appreniez en meſ- me temps le commencement &
la fin. Quant à l'Armée de Catalogne , le repos des Enne- mis vous fait mieux voir que
tout ce que je vous en pourrois dire , qu'il fautqu'ils ayent eſté bien batus , puis qu'apres avoir1
amaſſe tant de forces, ils n'ont
GALANT. 185 rien entrepris depuis l'avanra- geuſe Retraite de Monfieur le
Ducde Navailles, Voyez, Ma- dame, par ce détail , ſi je n'ay pas eu raiſon d'aſſurer que la ſeule Garniſon de Maſtric avoit
plus fait que tant de milliers d'Hommes. Elle a brûlé des.....
Villages dans le Païs d'Elfe,
appartenant au Duc de Neu- bourg. Elle en a brûlé dans celuy de Juliers , avec les Villes
de Zittard & de Tongres , en reprefailles de Moufon ; car ,
comme je vous l'ay fait remar- quer d'abord , les François re- pouffent, mais ne commencent jamais l'infulte. M de Melac Colonel de Cavalerie , a mis
auſſi le feu à trois Chaſteaux
des environs de Zittard , fans
que le Major General Spaën qui commandeunCorps d'AlLifez la Page folio 86. & 87. cy-contre.
187 LE MERCVRE Capitaine d'Ohier de Dieppe,
appartenant à divers Particu- liers, &fur tout au Sieur Rouxel
de la meſme Ville. On l'avoit
deſtiné pour les Indes. Sa char- ge montoit à cinquante mille écus , & le Baſtiment en vaut trente mille. Sonbonheur vouIut qu'il vint échoüer devant le petit Fort , & que cinquante jeunes Hommes qui s'y jette- rent auffitoſt , ſe joignirent à
ceux de l'Equipage. M³ le Duc de S. Aignan avoit donné le commandement de ces cinquante Hommes de Fécam à
M' Godefroy , qui eſt un tres- brave Soldat, &qui fit des mer- veilles en cette occafion. Cependantles cinq-Frégates ayant le Pavillon François , tirerent
environ cent coups de Canon àce Vaiſſeau , & comme c'ef-
GALANT. 186
1
4.
liez formé ſeulement pour s'o- poſer àla Garniſon de Maſtric,
ait pû l'empeſcher ny rompre ſes Partis qui reviennent tous les jours chargez de butin.
Tout le Païs de Juliers & de
Gueldres l'appréhende , & ce- luy de Cologne eſt d'accord avec elle pour les Contribu.
tions.
de Monclar , & de celle des
Cercles, à laquelle nous avons fait repaffer le Rhin ; mais comme je ne vous enay encor rien dit dans aucune de mes
Lettres , je referve à vous faire un Recit entier de cette Campagne dans ma premiere , afin que vous en appreniez en meſ- me temps le commencement &
la fin. Quant à l'Armée de Catalogne , le repos des Enne- mis vous fait mieux voir que
tout ce que je vous en pourrois dire , qu'il fautqu'ils ayent eſté bien batus , puis qu'apres avoir1
amaſſe tant de forces, ils n'ont
GALANT. 185 rien entrepris depuis l'avanra- geuſe Retraite de Monfieur le
Ducde Navailles, Voyez, Ma- dame, par ce détail , ſi je n'ay pas eu raiſon d'aſſurer que la ſeule Garniſon de Maſtric avoit
plus fait que tant de milliers d'Hommes. Elle a brûlé des.....
Villages dans le Païs d'Elfe,
appartenant au Duc de Neu- bourg. Elle en a brûlé dans celuy de Juliers , avec les Villes
de Zittard & de Tongres , en reprefailles de Moufon ; car ,
comme je vous l'ay fait remar- quer d'abord , les François re- pouffent, mais ne commencent jamais l'infulte. M de Melac Colonel de Cavalerie , a mis
auſſi le feu à trois Chaſteaux
des environs de Zittard , fans
que le Major General Spaën qui commandeunCorps d'AlLifez la Page folio 86. & 87. cy-contre.
187 LE MERCVRE Capitaine d'Ohier de Dieppe,
appartenant à divers Particu- liers, &fur tout au Sieur Rouxel
de la meſme Ville. On l'avoit
deſtiné pour les Indes. Sa char- ge montoit à cinquante mille écus , & le Baſtiment en vaut trente mille. Sonbonheur vouIut qu'il vint échoüer devant le petit Fort , & que cinquante jeunes Hommes qui s'y jette- rent auffitoſt , ſe joignirent à
ceux de l'Equipage. M³ le Duc de S. Aignan avoit donné le commandement de ces cinquante Hommes de Fécam à
M' Godefroy , qui eſt un tres- brave Soldat, &qui fit des mer- veilles en cette occafion. Cependantles cinq-Frégates ayant le Pavillon François , tirerent
environ cent coups de Canon àce Vaiſſeau , & comme c'ef-
GALANT. 186
1
4.
liez formé ſeulement pour s'o- poſer àla Garniſon de Maſtric,
ait pû l'empeſcher ny rompre ſes Partis qui reviennent tous les jours chargez de butin.
Tout le Païs de Juliers & de
Gueldres l'appréhende , & ce- luy de Cologne eſt d'accord avec elle pour les Contribu.
tions.
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Résumé : « Je devrois vous parler icy des Armées de Monsieur le [...] »
Le texte décrit les opérations militaires des armées du Baron de Monclar et des Cercles, qui ont repoussé le Rhin. Un récit détaillé de cette campagne sera fourni ultérieurement. L'armée de Catalogne, après avoir été sévèrement battue, n'a entrepris aucune action significative depuis la retraite du Duc de Navailles. La garnison de Mastricht mène des actions de représailles, brûlant des villages dans les pays d'Elfe et de Juliers, ainsi que les villes de Zittard et de Tongres. Les Français réagissent aux attaques mais n'initient jamais les hostilités. Le Colonel de Cavalerie Melac a incendié trois châteaux près de Zittard malgré la présence du Major General Spaën. Un navire destiné aux Indes, chargé de marchandises valant quatre-vingt mille écus, a échoué devant un fort et a été sauvé par cinquante jeunes hommes rejoints par l'équipage. Le Duc de Saint-Aignan avait confié le commandement de ces hommes à Godefroy, un soldat brave. Cinq frégates françaises ont tiré environ cent coups de canon sur ce vaisseau sans empêcher la garnison de Mastricht de continuer ses raids quotidiens pour piller la région. Les pays de Juliers, de Gueldres et de Cologne craignent ces actions et collaborent pour les contributions.
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112
p. 278-285
Une Escadre de 5. Fregates Ostendoises attaque devant Fécam un Vaisseau Marchand estimé quatre-vingt mille escus. Il est sauvé par les bons ordres de M. le Duc de S. Aignan. [titre d'après la table]
Début :
Les Rencontres de Mer ne nous sont pas moins glorieuses [...]
Mots clefs :
Frégates, Rencontres de mer, Fécam, Vaisseau, Combat, Equipage, Monsieur de S. Aignan
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texteReconnaissance textuelle : Une Escadre de 5. Fregates Ostendoises attaque devant Fécam un Vaisseau Marchand estimé quatre-vingt mille escus. Il est sauvé par les bons ordres de M. le Duc de S. Aignan. [titre d'après la table]
Les Rencontres de Mer ne
nous font pas moins glorieuſes que les Attaques de terre. Il y a dix ou douze jours qu'une Eſcadre d'Ennemis parut de- vant Fécam, compoſée de cinq Frégates Oftendoiſes de 36. de 34.de 28.de 24. &de 18. Pieces de Canon. Elles chafſoient un
Vaiſſeau nommmé le S. George,
de 200. Tonneaux,de 22. Pieces
de Canon , & de 120. Hommes d'équipage , commandé par le
188 LE MERCVRE
toient tous Boulets à deux tê
tes , ils couperent force corda- ges ; & force Maneuvres avec P'Echelle, donnerent huit coups dans le corps duBaſtiment, em- porterent lacuiſſe àunMatelor,
& percerent quelques Maiſons des coups qui échaperent. Ces Frégates tinrent en ſuite une eſpece de Conſeil , apres lequel remettant le Pavillon d'Espa- gne , elles revinrent furieuſe- ment à la charge , & quafi à la portée du Piſtolet. Le combat dura cinq heures , & elles tire- rentdu moins cinq cens coups de Canon , & deux mille de
Moufquet , pendant que ceux du Vaiſſeau les attendoient à
l'abordage , le Sabre à la main,
&que deux pieces de Canon,
feules en état de cinq qui font dans le Fort , leur tirerent cent
GALAN T. 189 cinquante coups. Leur Amirale & l'autre grande de 34. furent percées de cinq ou fix coups à
l'eau, cequi les obligea dequi- ter le Combat l'une apres l'au- tre , & d'eſtre longtemps ſur le coſté pour reparer leur dom- mage. Tout le monde fit ſon devoir par les ordres de M. de Longueil , qui , quoy que ma- lade, fit tres-bien de faire défendre le Vaiſſeau avant l'arrivée de M. de S. Aignan , lequel ayant appris cette nouvelle , &
jugeant par le lieu où les Fré- gates demeuroient , qu'elles ne manqueroient point de revenir avec lamarée, partit duHavre,
gagna Fécam toute la nuit , &
eny arrivant le matin, apper- çeut les deux grandes Fregates fous voile qui revenoient vers le Vaiſſeau. Comme le péril
2
190 LE MERCVRE nel'a jamais étonné , il y monta par les cordes du dehors , & les Ennemis s'eſtant approchez peu à peu , ils ſe tinrent encor quelque temps à la veuë de Fécam , & diſparurent tout-à- faiten fuite. Alors M de S. Aignan,qui vouloit braver lesEn-:
nemis dans leur retraite , opina à remettre le Vaiſſeau à flot, &
àne leur pointcacher ſa route.
Apres qu'il eut tiré tout ſon Canon par fon ordre , il mit à
la voile fur les huit heures du
foir , & ce Duc ayant repris le chemin le longde la Coſte , ar- riva au pointdujour auHavre en meſme temps que le Vaif- ſeau. Jugez, Madame, dela joye des Intereſſez , &du Capitaine qui le croyoient perdu ſans re- fource. Tous ceux qui ont eu part à cette Action , en ont re
GALANT. 191 ceu beaucoup de loüanges ,
Me l'Abbé de Coffe , Gentilhomme de Marseille , &Frere
d'un Capitaine de Cavalerie du meſme nom , entra dés le ſoir dans le Vaiſſeau pour partager le plaifir & la gloire de cette défenſe. On a ſceu d'un Capitaine Anglois arrivé depuis cette Attaque , qu'il avoit ren- contré les cinq Frégates avec leurs Maneuvres en granddef- ordre , ſur tout l'Amirale , qui avoit pluſieurs coups à l'eau,
tout ſon Arriere briſe , & force
Gens hors de combat. Les Ennemis luy ont dit que ce qui leur avoit fait conclure leur retour, eſtoit qu'ils avoient connu les Gardes de M. de S. Aignan,
& que s'eſtant apperçeus avec,
leurlongue veuë , qu'il montoit luy-meſme dans le Vaiſſeau , ils
192 LE MERCVRE s'eſtoient bien imaginez qu'on n'oublieroit rien pour ſa dé- fenſe. Ce témoignage eſt bien glorieux pour ce Duc , qui joi- gnant la liberalité à tant d'au- tres vertus qui l'accompagnent,
ne ſe contenta pas de recom- penfer ceux de l'Equipage par des loüanges , mais leur donna de l'argent pour s'eſtre ſi di- gnement acquitez de leur de- voir. Ce fut là -deſſus qu'un agreable Eſprit deFécam fit ces deux Vers , en parlantde luy à
luy-mefme.
Il les mit enétatde ne craindre
plusrien,
Etlesrécompensad'avoirſauvé leurBien,
Les principaux Intereſſez ont eſté ravis de la maniere dont
ce Duc s'eſt pris pour ſauver Ieur Vaiſſeau contre toute apparence,
GALANT. 193 parence , & mefme contre leur
attente.
nous font pas moins glorieuſes que les Attaques de terre. Il y a dix ou douze jours qu'une Eſcadre d'Ennemis parut de- vant Fécam, compoſée de cinq Frégates Oftendoiſes de 36. de 34.de 28.de 24. &de 18. Pieces de Canon. Elles chafſoient un
Vaiſſeau nommmé le S. George,
de 200. Tonneaux,de 22. Pieces
de Canon , & de 120. Hommes d'équipage , commandé par le
188 LE MERCVRE
toient tous Boulets à deux tê
tes , ils couperent force corda- ges ; & force Maneuvres avec P'Echelle, donnerent huit coups dans le corps duBaſtiment, em- porterent lacuiſſe àunMatelor,
& percerent quelques Maiſons des coups qui échaperent. Ces Frégates tinrent en ſuite une eſpece de Conſeil , apres lequel remettant le Pavillon d'Espa- gne , elles revinrent furieuſe- ment à la charge , & quafi à la portée du Piſtolet. Le combat dura cinq heures , & elles tire- rentdu moins cinq cens coups de Canon , & deux mille de
Moufquet , pendant que ceux du Vaiſſeau les attendoient à
l'abordage , le Sabre à la main,
&que deux pieces de Canon,
feules en état de cinq qui font dans le Fort , leur tirerent cent
GALAN T. 189 cinquante coups. Leur Amirale & l'autre grande de 34. furent percées de cinq ou fix coups à
l'eau, cequi les obligea dequi- ter le Combat l'une apres l'au- tre , & d'eſtre longtemps ſur le coſté pour reparer leur dom- mage. Tout le monde fit ſon devoir par les ordres de M. de Longueil , qui , quoy que ma- lade, fit tres-bien de faire défendre le Vaiſſeau avant l'arrivée de M. de S. Aignan , lequel ayant appris cette nouvelle , &
jugeant par le lieu où les Fré- gates demeuroient , qu'elles ne manqueroient point de revenir avec lamarée, partit duHavre,
gagna Fécam toute la nuit , &
eny arrivant le matin, apper- çeut les deux grandes Fregates fous voile qui revenoient vers le Vaiſſeau. Comme le péril
2
190 LE MERCVRE nel'a jamais étonné , il y monta par les cordes du dehors , & les Ennemis s'eſtant approchez peu à peu , ils ſe tinrent encor quelque temps à la veuë de Fécam , & diſparurent tout-à- faiten fuite. Alors M de S. Aignan,qui vouloit braver lesEn-:
nemis dans leur retraite , opina à remettre le Vaiſſeau à flot, &
àne leur pointcacher ſa route.
Apres qu'il eut tiré tout ſon Canon par fon ordre , il mit à
la voile fur les huit heures du
foir , & ce Duc ayant repris le chemin le longde la Coſte , ar- riva au pointdujour auHavre en meſme temps que le Vaif- ſeau. Jugez, Madame, dela joye des Intereſſez , &du Capitaine qui le croyoient perdu ſans re- fource. Tous ceux qui ont eu part à cette Action , en ont re
GALANT. 191 ceu beaucoup de loüanges ,
Me l'Abbé de Coffe , Gentilhomme de Marseille , &Frere
d'un Capitaine de Cavalerie du meſme nom , entra dés le ſoir dans le Vaiſſeau pour partager le plaifir & la gloire de cette défenſe. On a ſceu d'un Capitaine Anglois arrivé depuis cette Attaque , qu'il avoit ren- contré les cinq Frégates avec leurs Maneuvres en granddef- ordre , ſur tout l'Amirale , qui avoit pluſieurs coups à l'eau,
tout ſon Arriere briſe , & force
Gens hors de combat. Les Ennemis luy ont dit que ce qui leur avoit fait conclure leur retour, eſtoit qu'ils avoient connu les Gardes de M. de S. Aignan,
& que s'eſtant apperçeus avec,
leurlongue veuë , qu'il montoit luy-meſme dans le Vaiſſeau , ils
192 LE MERCVRE s'eſtoient bien imaginez qu'on n'oublieroit rien pour ſa dé- fenſe. Ce témoignage eſt bien glorieux pour ce Duc , qui joi- gnant la liberalité à tant d'au- tres vertus qui l'accompagnent,
ne ſe contenta pas de recom- penfer ceux de l'Equipage par des loüanges , mais leur donna de l'argent pour s'eſtre ſi di- gnement acquitez de leur de- voir. Ce fut là -deſſus qu'un agreable Eſprit deFécam fit ces deux Vers , en parlantde luy à
luy-mefme.
Il les mit enétatde ne craindre
plusrien,
Etlesrécompensad'avoirſauvé leurBien,
Les principaux Intereſſez ont eſté ravis de la maniere dont
ce Duc s'eſt pris pour ſauver Ieur Vaiſſeau contre toute apparence,
GALANT. 193 parence , & mefme contre leur
attente.
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Résumé : Une Escadre de 5. Fregates Ostendoises attaque devant Fécam un Vaisseau Marchand estimé quatre-vingt mille escus. Il est sauvé par les bons ordres de M. le Duc de S. Aignan. [titre d'après la table]
Le texte décrit une bataille navale près de Fécam entre le vaisseau français Saint George et une escadre ennemie de cinq frégates. Le Saint George, commandé par M. de Longueil, fut attaqué par des boulets à deux têtes, subissant des dommages et blessant un matelot. Malgré une résistance acharnée, les frégates ennemies se retirèrent après avoir subi des pertes. M. de Saint Aignan, informé de l'attaque, partit du Havre pour secourir le Saint George. À son arrivée, il affronta les ennemis, qui finirent par fuir. Saint Aignan décida de remettre le vaisseau à flot et de poursuivre les ennemis. Le vaisseau et Saint Aignan arrivèrent au Havre en même temps, suscitant la joie des intéressés et du capitaine. Un abbé de Coffe rejoignit l'équipage pour partager leur gloire. Un capitaine anglais confirma les dommages subis par les frégates ennemies, soulignant l'impact de la présence de Saint Aignan. Saint Aignan récompensa l'équipage pour leur courage. Un habitant de Fécam composa des vers en l'honneur de Saint Aignan, célébrant sa bravoure et sa générosité. Les intéressés furent ravis de la manière dont Saint Aignan avait sauvé le vaisseau.
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113
p. 293
Opéra representé à Nimegue par les Filles de M. le Marquis de Spinola. [titre d'après la table]
Début :
De Condé je retourne encor à Nimégue, où mille plaisirs [...]
Mots clefs :
Opéra en italien, Nimègue, Ambassadeurs, Ambassadrices
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texteReconnaissance textuelle : Opéra representé à Nimegue par les Filles de M. le Marquis de Spinola. [titre d'après la table]
DeCondé jeretourne encor à Nimegue , où mille plaifirs nouveaux délaſſent tous les
jours ceux qui prennent le ſoin desgrandes Affaires qui s'y trai- tent. Les Filles de м³ le marquis de Spinola, avec les Dames de leur ſuite , y reciterent dernie- rement un Opéra en Italien.
I iiij
200 LE MERCVRE
Tous les Ambaſſadeurs , les
Ambaſſadrices , & tous ceux
qui ont caractere de miniſtre,
s'y trouverent, à la reſerve des Ambaſſadeurs de Brandebourg
&deHollande. Sij'apprens des particularitez de ce Divertiſſfement , je ne manqueray pas de vous en faire part.
jours ceux qui prennent le ſoin desgrandes Affaires qui s'y trai- tent. Les Filles de м³ le marquis de Spinola, avec les Dames de leur ſuite , y reciterent dernie- rement un Opéra en Italien.
I iiij
200 LE MERCVRE
Tous les Ambaſſadeurs , les
Ambaſſadrices , & tous ceux
qui ont caractere de miniſtre,
s'y trouverent, à la reſerve des Ambaſſadeurs de Brandebourg
&deHollande. Sij'apprens des particularitez de ce Divertiſſfement , je ne manqueray pas de vous en faire part.
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Résumé : Opéra representé à Nimegue par les Filles de M. le Marquis de Spinola. [titre d'après la table]
À Nimègue, les filles du marquis de Spinola ont interprété un opéra en italien. Tous les ambassadeurs, ambassadrices et ministres étaient présents, sauf ceux de Brandebourg et de Hollande. L'auteur promet plus de détails si nécessaire.
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114
p. 41-43
Divers Détachemens de l'Armée de Flandre. [titre d'après la table]
Début :
Apres vous avoir entretenuë de tant de choses où l'Amour [...]
Mots clefs :
Guerre, Flandre, Duc de Luxembourg, M. de la Cardonnière
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texteReconnaissance textuelle : Divers Détachemens de l'Armée de Flandre. [titre d'après la table]
Apres vous avoir entretenuë detant de choſes où l'Amour a
part , trouvez bon que je vous parle unmoment de cequi re- garde laGuerre. Envous man- dant la derniere fois la vigou
GALANT. 27 - reuſe Actionde M de Roſamel
Lieutenant des Gendarmes de
Flandre , j'oubliay de vous mar- = quer que Monfieur le Duc de Luxembourg qui estoit venu camper à Veſer ſur le grand Eſcaut entre Gand&Dendermonde, avoit fait partir enmeſ- me temps trois Détachemens,
l'un ſous les ordres de Mde la
Cardonniere Lieutenant General , pour aller aux Portes de cette derniere Ville ; &les deux
autres ſous ceux de M Dau--
ger Brigadier de Cavalerie , &
de M' le Marquis d'Uxel Briga- dier d'Infanterie. Celuy de M
de la Cardonniere n'avoit rien
àexecuter. Il eſtoit fait feulementpour couvrir les deuxder
niers.
M' le Marquis d'Uxel alla juf- qu'au Village de S. Jean Stien ,
Bij
28 LE MERCVRE
aux Portes de Hulſt , où ilbrûla
quelques lieuësde Païs , & em- mena quantité de Chevaux &
de Beſtiaux , les Habitans s'eſtans retirez .
Je n'ajoûteray rien à ce queje vous aydéja dit deM deRofa- mel , qui fut détaché par M
Dauger , &qui s'eſtant fait ou- vrir la Barriere du Pont d'Anvers , s'en rendit maiſtre avec
une bravoure qu'on ne ſçauroit
part , trouvez bon que je vous parle unmoment de cequi re- garde laGuerre. Envous man- dant la derniere fois la vigou
GALANT. 27 - reuſe Actionde M de Roſamel
Lieutenant des Gendarmes de
Flandre , j'oubliay de vous mar- = quer que Monfieur le Duc de Luxembourg qui estoit venu camper à Veſer ſur le grand Eſcaut entre Gand&Dendermonde, avoit fait partir enmeſ- me temps trois Détachemens,
l'un ſous les ordres de Mde la
Cardonniere Lieutenant General , pour aller aux Portes de cette derniere Ville ; &les deux
autres ſous ceux de M Dau--
ger Brigadier de Cavalerie , &
de M' le Marquis d'Uxel Briga- dier d'Infanterie. Celuy de M
de la Cardonniere n'avoit rien
àexecuter. Il eſtoit fait feulementpour couvrir les deuxder
niers.
M' le Marquis d'Uxel alla juf- qu'au Village de S. Jean Stien ,
Bij
28 LE MERCVRE
aux Portes de Hulſt , où ilbrûla
quelques lieuësde Païs , & em- mena quantité de Chevaux &
de Beſtiaux , les Habitans s'eſtans retirez .
Je n'ajoûteray rien à ce queje vous aydéja dit deM deRofa- mel , qui fut détaché par M
Dauger , &qui s'eſtant fait ou- vrir la Barriere du Pont d'Anvers , s'en rendit maiſtre avec
une bravoure qu'on ne ſçauroit
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Résumé : Divers Détachemens de l'Armée de Flandre. [titre d'après la table]
Le Duc de Luxembourg a établi son camp à Veser sur le grand Escaut, entre Gand et Dendermonde. Il a envoyé trois détachements. Le premier, dirigé par M. de la Cardonniere, avait pour mission de couvrir les deux autres. Le deuxième détachement, sous les ordres de M. Dauger, et le troisième, commandé par le Marquis d'Uxel, avaient des missions spécifiques. Le Marquis d'Uxel a atteint le village de S. Jean Stien, près de Hulst, où il a incendié plusieurs lieux et capturé des chevaux et du bétail, les habitants ayant fui. Par ailleurs, M. de Rosamel, sous les ordres de M. Dauger, a mené une action courageuse en s'emparant du Pont d'Anvers après avoir forcé la barrière.
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115
p. 57-62
Augmentation d'un Lieutenant & d'un Enseigne dans les quatre Compagnies des Gardes du Corps. [titre d'après la table]
Début :
Il est certain que Mr de Montal n'a pas esté [...]
Mots clefs :
Prince d'Orange, Louis, Compagnies des gardes du corps, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Augmentation d'un Lieutenant & d'un Enseigne dans les quatre Compagnies des Gardes du Corps. [titre d'après la table]
Il eſt certainqueM' deMon- tal n'a pas eſté le feul quiaitveu avec chagrin la prompte Re- traite de l'Armée du Prince
d'Orange. Tous ceuxqui étoient enfermez avec luy dans Char- leroy, brûloient d'envie de ſe ſi- gnaler. C'eſt ce que nos Enne- mis meſmes croiront aisément
L
GALANT. 39
apres les marques de courage qu'ils voyent tous les jours que donnent les Noſtres en toute
forte de rencontres. Ils font afſez convaincus de la justice qu'ils leur doivent rendre , par les continuels avantages que nousavons remportez ſur eux ;
mais quoyque la valeur ſemble avoir eſté de tout temps une -vertu particuliere aux François,
on peut dire qu'elle n'a jamais tant paruque ſous leRegnede LOUIS LE GRAND. On ne s'en
étonnepas. Son exemple, &les promptes récompenſes qu'il do- ne au veritables Braves ,ſontde
puiſſans motifs pour leur faire tout entreprendre , dans l'em- preſſementdeſediftinguer.Co- me ce Grand Prince ſe plaiſt toûjours à chercher quelques nouveaux moyensde reconnoî
40 LE MERCVRE
tre les ſervices qu'on luy rend,
il a augmenté ſes quatre Com- pagnies des Gardes du Corps,
d'un Lieutenant,d'un Enſeigne,
& de quelques Gardes. Meffieurs de Saint Ruth, Marin, Lignery, du Mefnil,SaintGermain d'Achon,&du Repaire, ont eſté faits Lieutenans ; & Meffieurs
de Reneville , de Gaſſion , de
Vignau, de la Grange, de Quie- ry, de Vilemon , de Monpipaux,
deBagé, de la Cafe,&de Leffay,
font en meſme temps devenus Enſeignes. Meſſieurs de Seri- gnan & de Vandeüil en auront
les Brevets , le rang , & le com- mandement,& ne laifferont pas de faire toûjours leurs fonctions d'Aydes - Majors. Je ne doute
point , Madame , que je ne vous fiffe un fortgrand plaiſir de vous -parler ſeparément de tous ceux
GALAN T. 41
que je viens de vous nommer;
mais outre que j'attens desMe- moires de leurs Amis pour ce qui les regarde chacun en par- ticulier ,j'ay tant de choſes à
vousdire dans cette Lettre , que
pour ne me laiſſer point acca- bler de la matiere , tout ce que j'ajoûteray'aujourd'huy à cet Article, c'eſt qu'on n'entre point dans le Corps où ils ont l'avan- tage d'eſtre reçeus , qu'on ne ſe ſoit fait remarquer dans les plus importantes occafions , & qu'il n'y a point de commandement dont tous ceux qui en ſont Offi- ciers ne foient eſtimez capa- bles. Ils ont l'honneur d'eſtre
toûjours aupres de la Perſonne du Roy, on leur en confie la garde , &vous pouvez bien ju- ger qu'un ſi glorieux employ demande des Gensdontle cou
42 LE MERCVRE rage ſoit auffi connu que le mes rite.
d'Orange. Tous ceuxqui étoient enfermez avec luy dans Char- leroy, brûloient d'envie de ſe ſi- gnaler. C'eſt ce que nos Enne- mis meſmes croiront aisément
L
GALANT. 39
apres les marques de courage qu'ils voyent tous les jours que donnent les Noſtres en toute
forte de rencontres. Ils font afſez convaincus de la justice qu'ils leur doivent rendre , par les continuels avantages que nousavons remportez ſur eux ;
mais quoyque la valeur ſemble avoir eſté de tout temps une -vertu particuliere aux François,
on peut dire qu'elle n'a jamais tant paruque ſous leRegnede LOUIS LE GRAND. On ne s'en
étonnepas. Son exemple, &les promptes récompenſes qu'il do- ne au veritables Braves ,ſontde
puiſſans motifs pour leur faire tout entreprendre , dans l'em- preſſementdeſediftinguer.Co- me ce Grand Prince ſe plaiſt toûjours à chercher quelques nouveaux moyensde reconnoî
40 LE MERCVRE
tre les ſervices qu'on luy rend,
il a augmenté ſes quatre Com- pagnies des Gardes du Corps,
d'un Lieutenant,d'un Enſeigne,
& de quelques Gardes. Meffieurs de Saint Ruth, Marin, Lignery, du Mefnil,SaintGermain d'Achon,&du Repaire, ont eſté faits Lieutenans ; & Meffieurs
de Reneville , de Gaſſion , de
Vignau, de la Grange, de Quie- ry, de Vilemon , de Monpipaux,
deBagé, de la Cafe,&de Leffay,
font en meſme temps devenus Enſeignes. Meſſieurs de Seri- gnan & de Vandeüil en auront
les Brevets , le rang , & le com- mandement,& ne laifferont pas de faire toûjours leurs fonctions d'Aydes - Majors. Je ne doute
point , Madame , que je ne vous fiffe un fortgrand plaiſir de vous -parler ſeparément de tous ceux
GALAN T. 41
que je viens de vous nommer;
mais outre que j'attens desMe- moires de leurs Amis pour ce qui les regarde chacun en par- ticulier ,j'ay tant de choſes à
vousdire dans cette Lettre , que
pour ne me laiſſer point acca- bler de la matiere , tout ce que j'ajoûteray'aujourd'huy à cet Article, c'eſt qu'on n'entre point dans le Corps où ils ont l'avan- tage d'eſtre reçeus , qu'on ne ſe ſoit fait remarquer dans les plus importantes occafions , & qu'il n'y a point de commandement dont tous ceux qui en ſont Offi- ciers ne foient eſtimez capa- bles. Ils ont l'honneur d'eſtre
toûjours aupres de la Perſonne du Roy, on leur en confie la garde , &vous pouvez bien ju- ger qu'un ſi glorieux employ demande des Gensdontle cou
42 LE MERCVRE rage ſoit auffi connu que le mes rite.
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Résumé : Augmentation d'un Lieutenant & d'un Enseigne dans les quatre Compagnies des Gardes du Corps. [titre d'après la table]
Le texte décrit la réaction des soldats français, notamment ceux à Charleroy avec le duc de Montausier, face au retrait rapide de l'armée du prince d'Orange. Les ennemis admirent le courage des Français, illustré par leurs victoires successives. La valeur des Français sous le règne de Louis XIV est particulièrement mise en avant. Pour récompenser les braves, le roi a augmenté ses compagnies des Gardes du Corps en ajoutant des lieutenants, des enseignes et des gardes. Plusieurs officiers, comme les messieurs de Saint Ruth, Marin et Lignery, ont été promus lieutenants ou enseignes. Les messieurs de Sérignan et de Vandeuil conservent leurs postes d'aides-majors. Les promotions sont accordées à ceux qui se sont distingués dans des situations importantes et jugés aptes à commander. Ces officiers ont l'honneur de servir près du roi et de garantir sa sécurité.
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116
p. 65-70
Régal donné à son Altesse Royale. [titre d'après la table]
Début :
Vous avez veu le Louvre, vous en avez admiré la [...]
Mots clefs :
Maison, Mr du Broussin, Repas, Altesse royale, Famille
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texteReconnaissance textuelle : Régal donné à son Altesse Royale. [titre d'après la table]
Vous avez veu le Louvre,vous en avez admiré lamagnificence,
mais vous n'avez peut-eſtre ja- mais veu une Maiſon qui quoy qu'elle ne ſoit que le logement d'un Particulier , merite bien que je vous en parle. C'eſt celle
44 LE MERCVRE
de M' du Brouffin, ſi entendu en toutes chofes , & qui a trouvé l'art d'y renfermer non ſeulement toutes les commoditez ,
mais les agrémens qui ſemblent ne devoir eftre que dans les Palais. Ce qu'ondit de la beau- té de cette Maiſon ayant fait naître à Monfieur quelque cu- rioſité de la voir, ce Grand Prince luy fit l'honneur ces jours paſſez d'allerchez luy , & dene deſapprouverpas la liberté qu'il prit de luy donner à manger. Il n'y eut rien de ſi propre que ce Repas , rien de fi exquis que tout ce qu'on y fervit, &S. Al- teſſe Royale s'en montra ſi ſa- tisfaite , qu'on avoia ,que la ré- putation qu'à M² du Broufſfin de ſe connoiſtre ſi bien à tout , ne s'eſt pas répanduë fans fonde- ment. Je ne vous diray rien de
GALANT. 45
1
a
-
,
-
ſa Perſonne, ny deſa Famille. Il s'appelle Brulart, & mes dernie- res Lettres vous ont appris aſſez de choſes du fameux Chancelier de Sillery quiportoit cemé- me Nom, pour vous faire con- noiſtre le ſang dont il eſt forty.
C'eſt unHommedes plus éclai- rez que nous ayons , & on ne ſe raporte pas moins à luy de ce qui regarde les productions de l'Eſprit, que des Ouvrages où la ſeule induſtrie ſe trouve à conſiderer. Il ſeroit à ſouhaiter que tous ceux qui ont comme luy quelques talens extraordinaires,
fuſſent exempts de mourir , ou du moins qu'ils vécuſſent auſſi long-temps qu'a fait M Char- pentier Doyen du GrandCon- feil , qui mourut ſur la fin de l'autre mois âgé de quatre-vingt
46 LE MERCVRE dix-huit ans. Il en avoit paſſé foixante& treize dans les Charges,&on le pouvoit dire le plus encienMagiſtrat de France. Les divers Emplois qu'il a eus dans la fonction de celle de Conſeiller auGrand Conſeil, l'on rendu recommandable. Il fut envoyé par le Roy en la Ville de Villeneuve lez Avignon , pour regler la Jurisdiction & les
Droits de Sa Majesté avec le Vice-Legat , & il s'acquitta de cette Commiſſion avec autant
de fidelité & d'exactitude , qu'il a toûjours fait paroiſtre de pro- bité en exerçantſa Charge avec une affiduité exemplaire , juf- qu'à ſon extréme caducité. Il eftoit de bonne & tres- ancienne Famille ; & comme il avoit
vécu avec beaucoupd'honneur,
GALANT. 47 il a finy avec une fort grande pieté
mais vous n'avez peut-eſtre ja- mais veu une Maiſon qui quoy qu'elle ne ſoit que le logement d'un Particulier , merite bien que je vous en parle. C'eſt celle
44 LE MERCVRE
de M' du Brouffin, ſi entendu en toutes chofes , & qui a trouvé l'art d'y renfermer non ſeulement toutes les commoditez ,
mais les agrémens qui ſemblent ne devoir eftre que dans les Palais. Ce qu'ondit de la beau- té de cette Maiſon ayant fait naître à Monfieur quelque cu- rioſité de la voir, ce Grand Prince luy fit l'honneur ces jours paſſez d'allerchez luy , & dene deſapprouverpas la liberté qu'il prit de luy donner à manger. Il n'y eut rien de ſi propre que ce Repas , rien de fi exquis que tout ce qu'on y fervit, &S. Al- teſſe Royale s'en montra ſi ſa- tisfaite , qu'on avoia ,que la ré- putation qu'à M² du Broufſfin de ſe connoiſtre ſi bien à tout , ne s'eſt pas répanduë fans fonde- ment. Je ne vous diray rien de
GALANT. 45
1
a
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,
-
ſa Perſonne, ny deſa Famille. Il s'appelle Brulart, & mes dernie- res Lettres vous ont appris aſſez de choſes du fameux Chancelier de Sillery quiportoit cemé- me Nom, pour vous faire con- noiſtre le ſang dont il eſt forty.
C'eſt unHommedes plus éclai- rez que nous ayons , & on ne ſe raporte pas moins à luy de ce qui regarde les productions de l'Eſprit, que des Ouvrages où la ſeule induſtrie ſe trouve à conſiderer. Il ſeroit à ſouhaiter que tous ceux qui ont comme luy quelques talens extraordinaires,
fuſſent exempts de mourir , ou du moins qu'ils vécuſſent auſſi long-temps qu'a fait M Char- pentier Doyen du GrandCon- feil , qui mourut ſur la fin de l'autre mois âgé de quatre-vingt
46 LE MERCVRE dix-huit ans. Il en avoit paſſé foixante& treize dans les Charges,&on le pouvoit dire le plus encienMagiſtrat de France. Les divers Emplois qu'il a eus dans la fonction de celle de Conſeiller auGrand Conſeil, l'on rendu recommandable. Il fut envoyé par le Roy en la Ville de Villeneuve lez Avignon , pour regler la Jurisdiction & les
Droits de Sa Majesté avec le Vice-Legat , & il s'acquitta de cette Commiſſion avec autant
de fidelité & d'exactitude , qu'il a toûjours fait paroiſtre de pro- bité en exerçantſa Charge avec une affiduité exemplaire , juf- qu'à ſon extréme caducité. Il eftoit de bonne & tres- ancienne Famille ; & comme il avoit
vécu avec beaucoupd'honneur,
GALANT. 47 il a finy avec une fort grande pieté
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Résumé : Régal donné à son Altesse Royale. [titre d'après la table]
Le texte présente Monsieur du Brouffin, également connu sous le nom de Brulart, issu d'une famille illustre comme le chancelier de Sillery. Sa maison, bien que modeste, est comparée à un palais en raison de ses nombreuses commodités. Le prince de Conti a récemment visité cette demeure et a apprécié un repas exceptionnel, confirmant ainsi la réputation de son hôte. Monsieur du Brouffin est décrit comme l'un des hommes les plus éclairés de son temps, respecté pour ses productions intellectuelles et ses œuvres d'industrie. Le texte exprime le souhait que les personnes talentueuses comme lui soient exemptes de la mort ou vivent longtemps, citant l'exemple de M. Charpentier. Ce dernier, doyen du Grand Conseil, est décédé à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans après soixante-treize années de service. Charpentier était connu pour sa probité et son assiduité exemplaire dans ses fonctions de conseiller au Grand Conseil et dans diverses missions royales.
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117
p. 150-153
« J'apprens dans cet endroit de ma Lettre, qu'on vient [...] »
Début :
J'apprens dans cet endroit de ma Lettre, qu'on vient [...]
Mots clefs :
Lettre, Paquet, Bataille
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texteReconnaissance textuelle : « J'apprens dans cet endroit de ma Lettre, qu'on vient [...] »
l'apprens dans cet endroitde ma Lettre , qu'on vient de ſe batre vigoureuſement en Alle- magne , que la Maiſon duRoyy
a glorieuſement foûtenu la ré- putation où elle eſtde ne pou- voir faireque des miracles , &
que Monfieur le Mareſchal de Créquy a fait paroiſtre dans cette occafion , comme il a déja fait enpluſieurs autres , toute la prudence d'un General con- ſommé. Je ne fermeray point mon Paquet ſans vous en écrire ledétail ; mais en attendantque j'en aye appris les particulari- tez ,je ne puis m'empefcher de vous dire qu'on ne peut affez admirer la France qui abonde
Tome VIII. E
98 LE MERCVRE
tellement en Braves , que comme elle en a toûjours de reſte,les Mouſquetaires arrivoient à Pa- ris dans le temps meſme qu'on eſtoit aux mains avec les plus fortes Troupes de l'Empereur.
Qu'euffent fait les Ennemis , fi
outre les Gardes du Corps &
les Gens d'armesqui les ontba- tus , ils euffent eu en teſte ces
Preneurs de Villes & ces Gagneurs deBatailles, qui ſont en- trez par affaut dans Valencien- nes ,&qui ont tant contribué à
la fameufe Victoire que Son Al- teſſe Royale a remportéeàCaf- fel ? Vous vous en ſouvenez ,
Madame , mes Lettres vous en
ont inſtruite,&je croy que vous avez leu avec plaifir les mar- ques d'intrépidité qu'ils y ont données.
a glorieuſement foûtenu la ré- putation où elle eſtde ne pou- voir faireque des miracles , &
que Monfieur le Mareſchal de Créquy a fait paroiſtre dans cette occafion , comme il a déja fait enpluſieurs autres , toute la prudence d'un General con- ſommé. Je ne fermeray point mon Paquet ſans vous en écrire ledétail ; mais en attendantque j'en aye appris les particulari- tez ,je ne puis m'empefcher de vous dire qu'on ne peut affez admirer la France qui abonde
Tome VIII. E
98 LE MERCVRE
tellement en Braves , que comme elle en a toûjours de reſte,les Mouſquetaires arrivoient à Pa- ris dans le temps meſme qu'on eſtoit aux mains avec les plus fortes Troupes de l'Empereur.
Qu'euffent fait les Ennemis , fi
outre les Gardes du Corps &
les Gens d'armesqui les ontba- tus , ils euffent eu en teſte ces
Preneurs de Villes & ces Gagneurs deBatailles, qui ſont en- trez par affaut dans Valencien- nes ,&qui ont tant contribué à
la fameufe Victoire que Son Al- teſſe Royale a remportéeàCaf- fel ? Vous vous en ſouvenez ,
Madame , mes Lettres vous en
ont inſtruite,&je croy que vous avez leu avec plaifir les mar- ques d'intrépidité qu'ils y ont données.
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Résumé : « J'apprens dans cet endroit de ma Lettre, qu'on vient [...] »
Le texte décrit une bataille récente en Allemagne où la Maison du Roi a maintenu sa réputation grâce à des exploits remarquables. Le Maréchal de Créquy a montré sa prudence et son habileté en tant que général expérimenté. L'auteur exprime son admiration pour la France et ses braves soldats. Il mentionne l'arrivée des Mousquetaires à Paris au moment où les combats contre les troupes de l'Empereur étaient intenses. L'auteur se demande ce qu'il serait advenu des ennemis s'ils avaient dû affronter non seulement les Gardes du Corps et les Gens d'armes, mais aussi les Mousquetaires, célèbres pour leurs exploits comme la prise de Valenciennes et la victoire à Cassel. Il rappelle à Madame les lettres précédentes détaillant l'intrépidité des Mousquetaires lors de cette victoire.
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118
p. 153-159
Madame va voir prendre un Fort attaqué & defendu par Messieurs les Academistes de l'Academie de Bernardy. [titre d'après la table]
Début :
Il n'y avoit autrefois que le temps qui pust faire [...]
Mots clefs :
Académies, Armée, M. de Bernardi, Madame, Académistes, Attaque du fort, Place, Défendre
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texteReconnaissance textuelle : Madame va voir prendre un Fort attaqué & defendu par Messieurs les Academistes de l'Academie de Bernardy. [titre d'après la table]
Il n'y avoit autrefois que le temps qui puſt faire de
GALANT. 99 veritables Guerriers, les premie- res occaſions ne ſervoient en
quelque façon que d'eſſay à l'a- dreſſe &àla valeur , & il eſtoit
rare qu'on montraſt tout d'un coup ce qu'on eſtoit. On pré- vient aujourd'huy les années; &
la manieredontles Gentilshommes ſont élevez dans les Académies , a quelque choſe de ſi martial , qu'on peut dire qu'ils y
font leurs premieres Campa- gnes. Du moins ils en ſortent tellement aguerris , que dés qu'ils paroiffent à l'Armée, tous jeunes qu'ils font, on diroit qu'ils n'ont fait toute leur vie autre
choſe que de combatre. Il eſt vray que l'exactitude avec la- quelle M.de Bernardy leurdon- ne ſes ſoins , contribuë beaucoup aux avantages qu'ils en re- çoivent. Onne luy en peutdon Eij
100 LE MERCVRE
ner trop de loüanges. Il ne ſe contente pas de leur enſeigner leurs Exercices; il leurfait pren- dre dans tout ce qu'ils font un air noble,qui perfuade aiſément de leur naiſſance, & c'eſt ce qui luy attire non ſeulement tout ce qu'il y a de grand &d'illuſtre en France , mais auſſi quantité de jeunes Seigneurs qui luy font envoyez des Royaumes étran- gers. La maniere d'attaquer &
de défendre les Places, eſt une
Leçonqu'il n'oublie point à leur donner. C'eſt pour cela qu'il fit bâtiril y a quelques années un Fort au boutdu Palais de Luxembourg. LesAcademiſtes s'y vontexercer tous les Samedis; &
le bruit de leur adreſſe qui a
ſouvent pour témoin ungrand nombre de Perſonnes de quali- té, s'eſt tellement répandu, que
GALANT. ΙΟΙ
Madame n'a pas dédaigné de les honorer de ſa preſence. Elle avoit choiſy un jour extraordi- naire pour leur venir voir faire l'attaquedu Fort. Ils s'y prépa- rerent avec joye. Monfieur le Duc de Valentinois , Fils de Monfieur le Prince de Monaco,
l'attaqua avec beaucoup de vi gueur; & la maniere dont il fut ſecondé,eut un je-ne-ſçay quel air de bravoure qui plut fi fort à Son Alteſſe Royale, qu'elle en congratula Monfieur de Bernardy, &luy ditobligeamment,
qu'elle viendroit admirerplus d'u ne fois les jeunes Guerriers qu'il avoitfaits. Elle estoit ſuivie d'une partie de ſa Cour ; & leur bonne mine jointe àl'air relevé qui accompagna tout ce qu'ils firent , leur ayant acquis des Maiſtreſſes , donna lieu à quel
E iij
102 LE MERCVRE
ques Avantures galantes dont je vous entretiendray le Mois prochain. Je tâcheray de me trouver moy - meſme à l'at- taque de leur Fort , afin de vous en mander quelque cho- ſe de plus particulier , & je vous feray ſçavoir en meſme temps les Noms de ces Braves Fortunez, qui ſçaventde ſibon- ne heure conquérir des Places
& gagner des Cœurs.
GALANT. 99 veritables Guerriers, les premie- res occaſions ne ſervoient en
quelque façon que d'eſſay à l'a- dreſſe &àla valeur , & il eſtoit
rare qu'on montraſt tout d'un coup ce qu'on eſtoit. On pré- vient aujourd'huy les années; &
la manieredontles Gentilshommes ſont élevez dans les Académies , a quelque choſe de ſi martial , qu'on peut dire qu'ils y
font leurs premieres Campa- gnes. Du moins ils en ſortent tellement aguerris , que dés qu'ils paroiffent à l'Armée, tous jeunes qu'ils font, on diroit qu'ils n'ont fait toute leur vie autre
choſe que de combatre. Il eſt vray que l'exactitude avec la- quelle M.de Bernardy leurdon- ne ſes ſoins , contribuë beaucoup aux avantages qu'ils en re- çoivent. Onne luy en peutdon Eij
100 LE MERCVRE
ner trop de loüanges. Il ne ſe contente pas de leur enſeigner leurs Exercices; il leurfait pren- dre dans tout ce qu'ils font un air noble,qui perfuade aiſément de leur naiſſance, & c'eſt ce qui luy attire non ſeulement tout ce qu'il y a de grand &d'illuſtre en France , mais auſſi quantité de jeunes Seigneurs qui luy font envoyez des Royaumes étran- gers. La maniere d'attaquer &
de défendre les Places, eſt une
Leçonqu'il n'oublie point à leur donner. C'eſt pour cela qu'il fit bâtiril y a quelques années un Fort au boutdu Palais de Luxembourg. LesAcademiſtes s'y vontexercer tous les Samedis; &
le bruit de leur adreſſe qui a
ſouvent pour témoin ungrand nombre de Perſonnes de quali- té, s'eſt tellement répandu, que
GALANT. ΙΟΙ
Madame n'a pas dédaigné de les honorer de ſa preſence. Elle avoit choiſy un jour extraordi- naire pour leur venir voir faire l'attaquedu Fort. Ils s'y prépa- rerent avec joye. Monfieur le Duc de Valentinois , Fils de Monfieur le Prince de Monaco,
l'attaqua avec beaucoup de vi gueur; & la maniere dont il fut ſecondé,eut un je-ne-ſçay quel air de bravoure qui plut fi fort à Son Alteſſe Royale, qu'elle en congratula Monfieur de Bernardy, &luy ditobligeamment,
qu'elle viendroit admirerplus d'u ne fois les jeunes Guerriers qu'il avoitfaits. Elle estoit ſuivie d'une partie de ſa Cour ; & leur bonne mine jointe àl'air relevé qui accompagna tout ce qu'ils firent , leur ayant acquis des Maiſtreſſes , donna lieu à quel
E iij
102 LE MERCVRE
ques Avantures galantes dont je vous entretiendray le Mois prochain. Je tâcheray de me trouver moy - meſme à l'at- taque de leur Fort , afin de vous en mander quelque cho- ſe de plus particulier , & je vous feray ſçavoir en meſme temps les Noms de ces Braves Fortunez, qui ſçaventde ſibon- ne heure conquérir des Places
& gagner des Cœurs.
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Résumé : Madame va voir prendre un Fort attaqué & defendu par Messieurs les Academistes de l'Academie de Bernardy. [titre d'après la table]
Le texte relate l'évolution de la formation des guerriers en France. Autrefois, les premiers combats servaient de tests pour évaluer l'adresse et la valeur des combattants. Aujourd'hui, les jeunes gentilshommes sont formés dans des académies, où ils acquièrent une expérience martiale telle qu'ils semblent vétérans dès leur arrivée à l'armée. Cette formation est supervisée par M. de Bernardy, dont les soins et l'exactitude contribuent aux succès des élèves. Il leur enseigne les exercices militaires ainsi qu'une noblesse d'attitude révélant leur naissance. Cette réputation attire des jeunes seigneurs de France et de royaumes étrangers. L'académie inclut des leçons sur l'attaque et la défense des places fortes. Un fort a été construit au bout du Palais du Luxembourg pour les exercices des académistes, qui se déroulent chaque samedi. Leur adresse a été remarquée par Madame, qui a assisté à une attaque du fort. Le Duc de Valentinois, fils du Prince de Monaco, a mené l'attaque avec vigueur, impressionnant Madame. Elle a félicité M. de Bernardy et exprimé son désir de revenir admirer les jeunes guerriers. La bonne mine et l'air relevé des académistes leur ont valu des maîtresses et des aventures galantes. L'auteur prévoit de se rendre à l'attaque du fort pour en rapporter des détails et les noms des braves fortunés.
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119
p. 189-191
Le Roy donne à M. Faucon de Ris l'Intendance du Bourbonnois. [titre d'après la table]
Début :
Le merite en a eu beaucoup au choix que le [...]
Mots clefs :
Monsieur de Faucon de Ris, Maître des requêtes, Intendance du Bourbonnois, Sceau
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne à M. Faucon de Ris l'Intendance du Bourbonnois. [titre d'après la table]
Le merite en a eu beaucoup au choix que le Roy a fait deMon- fieur de Faucon de Ris , MaiAredes Requeſtes,pour l'Inten- dance du Bourbonnois à laquel- le il a eſté nommé. Il eſt tresentendu dans les Affaires ,&
Fon nedouta point qu'on ne le deſtinaſt aux grands Emplois ,
quand le Roy diferant à faire un Garde des Sceaux apres la mortde M' le Chancelier ,il fur
un des Six que Sa Majeſté vou- lut qui affiſtaſſent au Sceau. Sa capacité eſt accompagnée d'une
probi probite fort reconnue ,, & il y
joint une honneſteté qui ne pent eftre affez eſtimée, Je ne
GALANT. 123 vous dis rien de ſon Eſprit, il l'a tres - éclairé & tres-agreable ,
mais on n'en doit pas eſtre ſur- pris, puisqu'il fortd'une Famil- pris, P
le qui est tout Eſprit. Mª de Charleval, & M² l'Abbé deMareüil , ſes Oncles , qui en ont infiniment , ſont affez connus
pourjuſtifier ceque je dis. Il eſt Fils de feu M² de Ris , quieſt mort Premier Preſidentdu Parlement de Normandie , & dont
l'oncle & le Pere avoient pof- ſedé avant luy cette grande Charge avec autant de gloire qu'ilafait
Fon nedouta point qu'on ne le deſtinaſt aux grands Emplois ,
quand le Roy diferant à faire un Garde des Sceaux apres la mortde M' le Chancelier ,il fur
un des Six que Sa Majeſté vou- lut qui affiſtaſſent au Sceau. Sa capacité eſt accompagnée d'une
probi probite fort reconnue ,, & il y
joint une honneſteté qui ne pent eftre affez eſtimée, Je ne
GALANT. 123 vous dis rien de ſon Eſprit, il l'a tres - éclairé & tres-agreable ,
mais on n'en doit pas eſtre ſur- pris, puisqu'il fortd'une Famil- pris, P
le qui est tout Eſprit. Mª de Charleval, & M² l'Abbé deMareüil , ſes Oncles , qui en ont infiniment , ſont affez connus
pourjuſtifier ceque je dis. Il eſt Fils de feu M² de Ris , quieſt mort Premier Preſidentdu Parlement de Normandie , & dont
l'oncle & le Pere avoient pof- ſedé avant luy cette grande Charge avec autant de gloire qu'ilafait
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Résumé : Le Roy donne à M. Faucon de Ris l'Intendance du Bourbonnois. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination de Monsieur de Faucon de Ris, Maire des Requestes, au poste d'Intendant du Bourbonnais par le Roi. Sa compétence et son intégrité sont particulièrement mises en avant. Il a été sélectionné parmi six candidats pour assister au Sceau après le décès du Chancelier. Sa probité et son honnêteté sont largement reconnues. Monsieur de Faucon de Ris possède également un esprit éclairé et agréable, hérité de sa famille, notamment de ses oncles, Madame de Charleval et l'Abbé de Mareuil, connus pour leur intelligence. Il est le fils de feu Monsieur de Ris, ancien Premier Président du Parlement de Normandie, une charge que son oncle et son père avaient également occupée avec distinction.
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120
p. 193-243
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, je passe à un Article dont je n'aurois [...]
Mots clefs :
Pierreries, Fontainebleau, Plaisirs, Cour, Habits, Roi, Château, Comédie, Hôtel de Bourgogone, Opéra, Musique, Reine, Habillement, Dames, Bals, Divertissement, Dauphin, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Enfin , Madame , je paſſe à
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
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redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Le texte relate le séjour prolongé du roi à Fontainebleau, initialement prévu pour quinze jours et étendu jusqu'au 30 septembre. Le château, vaste et somptueux, impressionne par ses nombreuses cours, appartements, galeries et jardins. Après des conquêtes hivernales et des décisions stratégiques, le roi cherchait à se détendre. Son séjour fut marqué par divers divertissements préparés avec magnificence. Le Prince de Marillac, Grand Maître de la Garderobe, fit confectionner des habits extraordinaires pour le roi, qui les apprécia. Les divertissements incluaient des représentations théâtrales et des opéras à l'Hôtel de Bourgogne, avec des pièces comme 'Iphigénie', 'Le Menteur' et 'L'Avare'. La musique du roi, augmentée de nouvelles voix, fut particulièrement applaudie. Les danseurs reçurent des gratifications pour leurs performances. Des mascarades et des spectacles comiques, comme celui de M. Philibert, ajoutèrent à l'ambiance festive. Deux bals magnifiques furent organisés, où la cour apparut dans des tenues somptueuses ornées de pierreries. Le roi, la reine, le Dauphin, Monseigneur, Madame et Mademoiselle portèrent des habits richement décorés. Les dames se parèrent de nattes, de boucles et de pierreries, avec des habits gris brodés. Les bals furent l'occasion de montrer l'éclat et la magnificence de la cour, avec une participation libre pour ceux de qualité considérable. Le roi se distingua par son air et sa grâce. La collation du premier bal à Fontainebleau fut particulièrement somptueuse, soulignant la magnificence croissante de la France. La table était ornée de fruits frais et de confitures, avec des flambeaux et des girandoles illuminant l'ensemble. Les convives, y compris le roi et quarante dames, étaient parés de pierreries, et les hommes en justaucorps brodé admiraient la broderie. M. Bigot, contrôleur ordinaire de la Maison du Roi, est loué pour son intelligence et son savoir-faire dans l'organisation de ces événements. Pendant le séjour à Fontainebleau, les plaisirs étaient nombreux, avec des bals jusqu'à minuit et diverses chasses, notamment celles du lièvre, du cerf et du sanglier. Le roi et plusieurs nobles, dont le Dauphin et Madame, participèrent activement à ces activités. La présence de Madame la Duchesse de Toscane et de Monsieur le Prince de Conti, ainsi que la vigueur de Monsieur le Duc de Monmouth, furent notées. La Duchesse de Bouillon et Mademoiselle de Grancey se distinguèrent par leur adresse et leur esprit. Le Te Deum de Monsieur Lully, composé pour l'occasion, fut particulièrement apprécié par le roi.
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121
p. 243-250
M. l'Evesque de Marseille saluë le Roy apres son retour de Pologne. [titre d'après la table]
Début :
Avant qu'on quitast Fontainebleau, Monsieur l'Evesque de Marseille [...]
Mots clefs :
Evêque de Marseille, Pologne, Roi, Cardinalat, Maison
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texteReconnaissance textuelle : M. l'Evesque de Marseille saluë le Roy apres son retour de Pologne. [titre d'après la table]
Avant qu'on quitaſt Fontai nebleau , Monfieur l'Evefque de Marſeille qui arrivoit de Po- logne, y vint ſalüer Sa Majesté ,
&en fut reçeu avec des témoi- gnages d'eftime & de fatisfa- dion , dignes des importans fer- vicesqu'il luy a rendus dans cet- te Cour. Il y avoit eſté envo ye Ambaſfadeur Extraordinaire pouraffilter à la Diete qui ſete
GALANT. 157
noit à Varſovie pour l'Election de celuy qui devoit remplir la place du Roy Michel , mort en 1673. &il tourna fi bien les Eſprits par ſa prudence & par fon habileté , que malgré les engagemens que toute la. No- bleffe du Grand Duché de Lithuanie , & la plus grande par- tie de celle de Pologne, avoient pris avec la Maiſon d'Autriche,
le Grand Mareſchal Sobieski
fut proclamé Roy d'un confen- tement unanime, ſous le nomde
Jean III . Comme on ne peut- douter que le merite de ce nou- veau Prince n'ait contribué à le
faire élever au Trône , on ne
peut douter auffi que la confi- dération du plus Grand Mo->
narque du monde qui luy don- noit fa protection , & la fage &
vigilanteconduite de fon Mini
158 LE MERCVRE ſtre , n'ayent eu la plus grande part en cette Election fi glorieu- ſe à la France , fi neceſſaire àla
Pologne , & fi avantageuſe à
toute la Chrétienté. C'eſt une
verité dont ce nouveau Roy,
incontinent apres qu'il fut éleu,
fit gloire de demeurer d'accord luy-meſme, en donnant à M' de Marſeille ſa Nomination au Cardinalat , comme une premiere marque de ſa reconnoiffance envers le Roy, &de ſon eſtime envers fon Miniſtre. Ce n'eſt
pas le ſeul ſervice que cet Illu- ſtre Prélat ait rendu alors à Sa
Majesté. Le Roy qu'on venoit d'élire avoitune cruelle Guerre
fur les bras. Toutes les forces
de l'Empire Otoman eſtoient jointes contre luy à celles des Tartares , & la Paix ne devenoit pas ſeulement neceſſaire à
GALANT. 159 la Pologne , elle ne pouvoit qu'eſtre avantageuſe à la Fran- ce & à ſes Alliez. M de Marfeille ydonna toute fon applica- tion pendant trois ans, &le fuc- cés fit connoiftre qu'il ne l'avoit pas inutilement donnée. Il eſt difficile de ne pas réüffir quand on a autant d'intelligence &de penétration qu'il ena dans les Affaires. Il foûtient fon rang &les Emplois qu'on luy donne,
parune magnificence qui en eft digne ; & ce qui eft remarqua- ble, il apporte par ſes ſoins au- tant d'ordre dans ſon Dioceſe
pendant ſon abſence , que s'il demeuroit toûjours préſent. Je ne vous parle pointde fa Mai- fon , qui eft grande , illuftre , &
fort ancienne , & dont il y a des choſes tres-glorieuſes àdire. Le temps me preſſe ,&lemeritede
TON
160 LE MERCVRE
M. de Marseille me donnera fi
fouvent occaſion de vous entretenir de tout ce qui le regarde ,
que ie ne vous en laiſſeray rien ignorer. Je vousdiray ſeulement aujourd'huy qu'il eſt de la Mai-- fon de Fourbin , & de la Branchedes marquis de Janſon.
&en fut reçeu avec des témoi- gnages d'eftime & de fatisfa- dion , dignes des importans fer- vicesqu'il luy a rendus dans cet- te Cour. Il y avoit eſté envo ye Ambaſfadeur Extraordinaire pouraffilter à la Diete qui ſete
GALANT. 157
noit à Varſovie pour l'Election de celuy qui devoit remplir la place du Roy Michel , mort en 1673. &il tourna fi bien les Eſprits par ſa prudence & par fon habileté , que malgré les engagemens que toute la. No- bleffe du Grand Duché de Lithuanie , & la plus grande par- tie de celle de Pologne, avoient pris avec la Maiſon d'Autriche,
le Grand Mareſchal Sobieski
fut proclamé Roy d'un confen- tement unanime, ſous le nomde
Jean III . Comme on ne peut- douter que le merite de ce nou- veau Prince n'ait contribué à le
faire élever au Trône , on ne
peut douter auffi que la confi- dération du plus Grand Mo->
narque du monde qui luy don- noit fa protection , & la fage &
vigilanteconduite de fon Mini
158 LE MERCVRE ſtre , n'ayent eu la plus grande part en cette Election fi glorieu- ſe à la France , fi neceſſaire àla
Pologne , & fi avantageuſe à
toute la Chrétienté. C'eſt une
verité dont ce nouveau Roy,
incontinent apres qu'il fut éleu,
fit gloire de demeurer d'accord luy-meſme, en donnant à M' de Marſeille ſa Nomination au Cardinalat , comme une premiere marque de ſa reconnoiffance envers le Roy, &de ſon eſtime envers fon Miniſtre. Ce n'eſt
pas le ſeul ſervice que cet Illu- ſtre Prélat ait rendu alors à Sa
Majesté. Le Roy qu'on venoit d'élire avoitune cruelle Guerre
fur les bras. Toutes les forces
de l'Empire Otoman eſtoient jointes contre luy à celles des Tartares , & la Paix ne devenoit pas ſeulement neceſſaire à
GALANT. 159 la Pologne , elle ne pouvoit qu'eſtre avantageuſe à la Fran- ce & à ſes Alliez. M de Marfeille ydonna toute fon applica- tion pendant trois ans, &le fuc- cés fit connoiftre qu'il ne l'avoit pas inutilement donnée. Il eſt difficile de ne pas réüffir quand on a autant d'intelligence &de penétration qu'il ena dans les Affaires. Il foûtient fon rang &les Emplois qu'on luy donne,
parune magnificence qui en eft digne ; & ce qui eft remarqua- ble, il apporte par ſes ſoins au- tant d'ordre dans ſon Dioceſe
pendant ſon abſence , que s'il demeuroit toûjours préſent. Je ne vous parle pointde fa Mai- fon , qui eft grande , illuftre , &
fort ancienne , & dont il y a des choſes tres-glorieuſes àdire. Le temps me preſſe ,&lemeritede
TON
160 LE MERCVRE
M. de Marseille me donnera fi
fouvent occaſion de vous entretenir de tout ce qui le regarde ,
que ie ne vous en laiſſeray rien ignorer. Je vousdiray ſeulement aujourd'huy qu'il eſt de la Mai-- fon de Fourbin , & de la Branchedes marquis de Janſon.
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Résumé : M. l'Evesque de Marseille saluë le Roy apres son retour de Pologne. [titre d'après la table]
L'évêque de Marseille se rendit à Fontainebleau pour saluer le roi après une mission en Pologne. En 1673, il participa à la Diète de Varsovie pour l'élection du nouveau roi de Pologne, suite au décès du roi Michel. Grâce à sa prudence et son habileté, il contribua à l'élection de Jean III Sobieski, malgré les engagements de la noblesse polonaise et lituanienne avec la Maison d'Autriche. Le soutien du roi de France, via l'évêque, fut déterminant. En reconnaissance, Sobieski nomma l'évêque au cardinalat. L'évêque joua également un rôle crucial dans la négociation de la paix entre la Pologne, l'Empire ottoman et les Tartares pendant trois ans. Il est reconnu pour sa magnificence et l'ordre qu'il maintient dans son diocèse, même en son absence. L'évêque est issu de la maison de Fourbin et de la branche des marquis de Janson.
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122
p. 250-254
Reception faite à Essone à Monsieur le Duc de Vermandois, & à Mademoiselle de Blois, par M. du Pin. [titre d'après la table]
Début :
Enfin le Mois de Septembre s'écoula, & apres avoir gousté [...]
Mots clefs :
Duc de Vermandois, Divertissements, Fontainebleau, Dames, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception faite à Essone à Monsieur le Duc de Vermandois, & à Mademoiselle de Blois, par M. du Pin. [titre d'après la table]
Enfin le Mois de Septembre s'écoula , & apres avoir gouſté tantde diférens Plaiſirs , &joüy de la Promenade dans quelques
Maiſons de plaisance des en- virons de Fontainebleau , la
Couren partitauffi groſſe que fi leRoyn'euſt pas eu quatre Ar- mees fur terre , &une cinquiéme fur mer. Mile Duc de Ver
mandois , & Mademoiſelle de
Blois , qui retournoient à Ver- failles , s'arreſterent à Effone,&
difnerent dans la Maiſon de M
duPin. C'eſt cette belle Maifon
GALANT. 161
२
qui estoit à feu Mr.Heſſelin , &
dont on ne peut trop admirer les Avenuës , les Caſcades , &
les Jets d'eauquiyfont preſque infinis. Les Dames que les Ven- danges y avoient attirées ,fe rendirent dans le Jardin , où el les falüerent ces deux jeunes &
Illuftres Perſonnes , qui furent
reçeuës par Me du Pin à la def cente du Carroſſe. Il avoit eu
l'ordre de M Colbert , &il l'e
xecuta avec tout l'empreſſement & toute la joye que luy devoit cauſer un honneur auffi
grand que celuy qu'il recevoit.
Ondiſna dans la Salle Italienne. Le Prince & la Princeſſe ſe
mirent à table avec Madame
Colbert; & pendant le Repas,
les Violons & les Hautbois de
Paris joüerent les plus beaux Airs de l'Opéra.Apresqu'on cut
161 LE MERCVRE
diſne , les Divertiſſemens ne
manquerent pas. Le jeune Prin- ce voulut prendre celuy d'aller à l'Eſcarpolete ſur l'eau,&il en obtint la permiffion de Me Gé- doüin ſon Gouverneur , qui connoiffant fon adreſſe , fut af- ſuré qu'il n'avoit aucun péril à
courir. Tout le monde fut charmé de ſa hardieſſe , &de la gra- çe avec laquelle il ſoûtint l'é- branlement de l'Eſcarpolete.
D'autres qui crûrent la choſe aiſée , s'y hazarderent apres luy,
&divertirent la Compagnie en tombant dans l'eau. L'heure du
depart approchoit, &pour der- nier Divertiſſement , M. le Duc
de Vermandois , & Mademoi- ſelle de Blois', allerent voir la Court des Machines , d'où ils
furent enlevez dans un Aparte- ment ſurprenant. Ils n'en forti-
E GALANT 1
. 163
7
rent que pour ſe remettre en Carroffe, apres que M. du Pin leur eut preſentéde tres-beaux Fruits pourla Colation pendant ( le chemin.
Vous ſça
Maiſons de plaisance des en- virons de Fontainebleau , la
Couren partitauffi groſſe que fi leRoyn'euſt pas eu quatre Ar- mees fur terre , &une cinquiéme fur mer. Mile Duc de Ver
mandois , & Mademoiſelle de
Blois , qui retournoient à Ver- failles , s'arreſterent à Effone,&
difnerent dans la Maiſon de M
duPin. C'eſt cette belle Maifon
GALANT. 161
२
qui estoit à feu Mr.Heſſelin , &
dont on ne peut trop admirer les Avenuës , les Caſcades , &
les Jets d'eauquiyfont preſque infinis. Les Dames que les Ven- danges y avoient attirées ,fe rendirent dans le Jardin , où el les falüerent ces deux jeunes &
Illuftres Perſonnes , qui furent
reçeuës par Me du Pin à la def cente du Carroſſe. Il avoit eu
l'ordre de M Colbert , &il l'e
xecuta avec tout l'empreſſement & toute la joye que luy devoit cauſer un honneur auffi
grand que celuy qu'il recevoit.
Ondiſna dans la Salle Italienne. Le Prince & la Princeſſe ſe
mirent à table avec Madame
Colbert; & pendant le Repas,
les Violons & les Hautbois de
Paris joüerent les plus beaux Airs de l'Opéra.Apresqu'on cut
161 LE MERCVRE
diſne , les Divertiſſemens ne
manquerent pas. Le jeune Prin- ce voulut prendre celuy d'aller à l'Eſcarpolete ſur l'eau,&il en obtint la permiffion de Me Gé- doüin ſon Gouverneur , qui connoiffant fon adreſſe , fut af- ſuré qu'il n'avoit aucun péril à
courir. Tout le monde fut charmé de ſa hardieſſe , &de la gra- çe avec laquelle il ſoûtint l'é- branlement de l'Eſcarpolete.
D'autres qui crûrent la choſe aiſée , s'y hazarderent apres luy,
&divertirent la Compagnie en tombant dans l'eau. L'heure du
depart approchoit, &pour der- nier Divertiſſement , M. le Duc
de Vermandois , & Mademoi- ſelle de Blois', allerent voir la Court des Machines , d'où ils
furent enlevez dans un Aparte- ment ſurprenant. Ils n'en forti-
E GALANT 1
. 163
7
rent que pour ſe remettre en Carroffe, apres que M. du Pin leur eut preſentéde tres-beaux Fruits pourla Colation pendant ( le chemin.
Vous ſça
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Résumé : Reception faite à Essone à Monsieur le Duc de Vermandois, & à Mademoiselle de Blois, par M. du Pin. [titre d'après la table]
En septembre, la cour quitta Fontainebleau pour Versailles, escortée par une nombreuse troupe. Le duc de Vermandois et Mademoiselle de Blois s'arrêtèrent à Effone, où ils dînèrent chez M. du Pin dans une maison célèbre pour ses avenues, cascades et jets d'eau. Les dames présentes se rendirent dans le jardin pour saluer les jeunes invités. Le dîner se déroula dans la Salle Italienne, accompagné par des musiciens jouant des airs d'opéra. Après le repas, les divertissements continuèrent. Le duc de Vermandois, autorisé par son gouverneur, tenta une escarpolette sur l'eau, impressionnant l'assemblée par sa hardiesse et sa grâce. D'autres tentèrent l'expérience et tombèrent à l'eau, amusant ainsi la compagnie. Avant de partir, les invités visitèrent la cour des Machines et un appartement surprenant, puis reprirent leur route après avoir reçu des fruits offerts par M. du Pin.
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123
p. 254-255
Retour de M. Courtin de son Ambassade d'Angleterre. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez sans doute, Madame, que Monsieur Courtin est de [...]
Mots clefs :
Monsieur Courtin, Ambassade d'Angleterre, Retour
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texteReconnaissance textuelle : Retour de M. Courtin de son Ambassade d'Angleterre. [titre d'après la table]
ous ſçavez ſans-doute,Ma- dame , que M. Courtin eſt de
retourde fon Ambaſſade d'Anterre. Sa Majesté Britannique ne s'eſt pas contentée de luy marquer l'estime qu'elle faifoit de luy , il en a reçeuunPréſent beaucoupplus confidérable que ceux que l'on donne ordinaire- ment aux Ambaſſadeurs apres leur AudiancedeCongé.
retourde fon Ambaſſade d'Anterre. Sa Majesté Britannique ne s'eſt pas contentée de luy marquer l'estime qu'elle faifoit de luy , il en a reçeuunPréſent beaucoupplus confidérable que ceux que l'on donne ordinaire- ment aux Ambaſſadeurs apres leur AudiancedeCongé.
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124
p. 255-257
M. le Cardinal d'Estrées est envoyé Ambassadeur Extraordinaire à Rome. [titre d'après la table]
Début :
Ceux qui sont choisi pour ces grands Emplois, comme ils [...]
Mots clefs :
Cardinal d'Estrées, Ambassadeur, Rome
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texteReconnaissance textuelle : M. le Cardinal d'Estrées est envoyé Ambassadeur Extraordinaire à Rome. [titre d'après la table]
Ceux qui font choiſis pour ces grands Emplois , comme ils le font par un Roy qui connoît parfaitement le vray mérite ont biendequoy s'applaudir de cet avantage, &c'eſt ce qui re- double la gloire de M. le Cardi2
164 LE MERCVRE nal d'Eſtrées , qu'on envoye Ambaſſadeur Extraordinaire à
Rome. Il a l'eſprit profond ,
beaucoup de doctrine , & tout ce qui eft neceffaire auxGrands Hommes pour bien conduire les plus importantes Affaires. II fortd'une Maiſon fr conſidéra
ble , que pour vous en marquer la grandeur , il ſuffir de vous dire qu'il eſt allié de deux Sou- veraines moins illuftres encor
par le haut Rang qu'elles tien- nent , que par leur merite &
par leur efprit.
164 LE MERCVRE nal d'Eſtrées , qu'on envoye Ambaſſadeur Extraordinaire à
Rome. Il a l'eſprit profond ,
beaucoup de doctrine , & tout ce qui eft neceffaire auxGrands Hommes pour bien conduire les plus importantes Affaires. II fortd'une Maiſon fr conſidéra
ble , que pour vous en marquer la grandeur , il ſuffir de vous dire qu'il eſt allié de deux Sou- veraines moins illuftres encor
par le haut Rang qu'elles tien- nent , que par leur merite &
par leur efprit.
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Résumé : M. le Cardinal d'Estrées est envoyé Ambassadeur Extraordinaire à Rome. [titre d'après la table]
Le Cardinal d'Estrées est nommé Ambassadeur Extraordinaire à Rome. Cette nomination est vue comme un honneur, soulignant son esprit profond et sa vaste connaissance. Il appartient à une famille noble alliée à deux souveraines remarquables par leur rang et leur mérite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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125
p. 257-274
Mariage de M. le Marquis de Beringhen, & de Mademoiselle d'Aumont. [titre d'après la table]
Début :
Je quite la Cour pour la Cour. En effet, Madame, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle d'Aumont, Marquis de Beringhen, Cour, Mariage, Ordre, Chevalier de Malthe, Maison, Boulogne, Parure, Souper, Table, Dames, Opéra, Monsieur Le Tellier
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texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Beringhen, & de Mademoiselle d'Aumont. [titre d'après la table]
Je quite la Cour pour la Cour.. En effet , Madame , je croy ne m'en éloigner pas , en vous par- lant d'un Mariage qui a donné lieu icy depuis peu à une Feſte tres-magnifique. M. le Marquis de Beringhen a épousé Made- moifelled'Aumont. Je croy,Ma
GALANT. 165 dame , que vous ne demanderez pas d'autres preuves de ſa No- bleſſe , que celles qu'il a don- nées en ſe faiſant recevoir Chevalier de Malte; elles font affez
rigoureuſes pour tenir lieu de Titre de Nobleſſe. Peut- eftre
ferez-vous ſurpriſe qu'un Che- valier de Malte ſe marie ; mais
les Chevaliers de cet Ordre ne
font leurs Vœux qu'à vingt- cinq ans , & il ne les avoit pas.
Ce Marquis eſt d'une des plus anciennes Familles des Païs- Bas .
Son Grand-Pere eſtoit fort conſideré de Henry I V. qui l'em- -ploya en pluſieurs Négotiations .importantes aupres des Princes d'Allemagne. M. le Comte de Beringhen ſon Pereeſt Premier Ecuyer du Roy ( dont ilala fur- vivance)Gouverneur des Citadelles de Marseille, & Chevalier
166 LE MERCVRE
د
une
des Ordres du Roy. C'eſt un parfaitement honneſte - Hom- me , à qui une grande modeſtie en toutes chofes , une fidelité éprouvée , une exactitude de probité qui ne ſe rencontre pas en tout le monde prudence reconnuë , &une fa- geſſe qu'on admire , ont acquis l'eſtime de toute la Cour. Madame de Beringhen ſa Fem- me eſtoit Fille de feu Monfieur
le marquis d'Uxelles , Gouver- neurde Châlons. Cette Famille
originaire de Bourgogne , eſt affez connuë par ſes ſervices &
fon ancienneté. Le nomd'Uxelles afaitbruit dansles Armées.
Pluſieurs qui le portoient , en ont commandé , &pluſieurs y
font morts l'Epée àlamain pour le ſervice de leur Prince. Le
Marié eſt bien fait , de belle
GALAN T. 167
taille , il a de l'eſprit & du me- rite ;&dans pluſieurs rencon-- tres qui ont fait paroiſtre ſon courage, il s'eſt montré digne Heritierde celuy de feu M. le Marquisde Beringhen fon Fre- re , qui fut tué devant Beſan- çon. Comme il eſt demeuré Chefde ſa Famille , le Roy qui le confidere , luy a défendu de s'expoſer davantage , & par cet- te marque d'eſtime il a voulu faire connoiſtre à Monfieur le
Premier la bienveillance parti- culiere dont il l'honore. La Mariée eſt Fillede M. le Ducd'Aumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre , Gouverneur
de Boulogne & du Païs Boulo- nois. Il avoit épousé enpremie- res Nopces une Fille de Mon- fieur le Tellier , Chevalier &
Tréſorier des Ordres duRoy,
168 LE MERCVRE
Marquis de Louvois , Seigneur de Chaville , Miniſtre & Secretaire d'Etat ; & c'eſt de ce Mariage qu'eſt mademoiselled'Au- mont dont je vous parle. Elle
eſt bien faite , a une fortgran- de jeuneſſe , &c'eſt un Charme qu'elle ſoûtient par beaucoup d'autres qui la rendent toute ai- mable. J'aurois beaucoup àvous
dire , madame , fur ce qui regar- de la Maiſon d'Aumont. Elle eſt
remplie d'un nombre infiny de grands Perſonnages , Cheva- liers des Ordres , mareſchaux
de France , Gouverneurs de
Provinces , & autres qui ont *poffedé les plus belles Charges del'Etat. Avant l'an 1381.Pier- re d'Aumont fut Chambellan
des Roys Jean & CharlesV. Et Pierre II. fi renommé dans l'Hiſtoire , le fut de Charles VI. &
Garde
GALANT. 169
Garde de l'Oriflame de France.
Jean Sire d'Aumont , qui vivoit - avant l'an 1595. reçeut le Ba- ſton de Mareſchal , qu'il merita par quantité degrandes Actions qu'il fit à une infinité de Sieges &de Batailles. Je ne vousdiray
rien de celles de feu M. le Ма-
_reſchal d'Aumont , Pere du
Duc qui porte aujourd'huy ce nom. Comme ila veſcu de nos
jours , il n'y a perſonne qui ne les ſcache. Il eſt mort Gouver neurde Paris , & l'eſtoit encor
de Boulogne &du Païs Boulonois. C'eſt un Gouvernement
attaché des lõgtemps à leur Fa- mille , qui eſt entrée dans les plusgrandes Alliaces.Vous n'en douterez pas , quand je vous ✓ auray dit que Jean VI. d'Au- mont avoit épousé Antoinette Chabot ſeconde Fille de Philip- Tome VIII. H
170 LE MERCVRE
pe Chabot Comte de Garny &
de Buzançois , Sieur de Brion ,
Admiral de France , & Gouverneur de Bourgogne , & de Françoiſe LonguyDamedePai- gny , Sœur aifnée de Jaqueline de Longuy Ducheſſe de Mont- penfier , Trifayeule maternelle d'Anne Marie Loüiſe d'Orleans,
Souveraine de Dombes , Princeffe de la Roche-fur-Yon, &
Ducheſſe de Montpenfier. Le jourdu mariage eſtant arreſté ,
on prit les ordres de Monfieur le
Ducd'Aumont. Comme il s'entend admirablement àtout, c'eſt
un des premiers Hommes du monde à n'en donner quede ju- ſtes ſur les grandes choſes. Sa prévoyance en facilite l'execu- tion , &il explique toûjours ſi.
bien ce qu'il penſe , qu'on entre ans peinedans tout ce qu'ils'eſt
GALAN T. 171
imaginé. La Nopce ſe fit dans fon Hoſtel. Il eſt d'une beauté
ſurprenante ; rien n'égale celle des Apartemens, ils font &di- féremment conſtruits , & diféremment ornez. Touty eſt d'u- ne magnificence achevée ; la propreté ſemble y difputer de prix avec la ſomptuoſité des Meubles ; Raretez partout , par tout Tableaux admirables &des
plusgrands maiſtres ; & ce qui frape furtoutes choſes, ce font pluſieurs Portraits antiques des Deſcendans de cette maiſon,qui marquentje ne-ſçay-quoy de fi noble &de fi grand , qu'il fuf- firoient preſque pour en perfua- derl'ancienneté.Vousvous imaginez aſſez la joyequiéclata fur le viſage detous les Intereſſez ſans que je m'arreſte à vous la dépeindre. Le marié parut l'air
د
Hij
172 LE MERCVRE
content , d'une parure magnifi- que, propre&bien entenduë ,
&foûtint cettegrade feſte avec un agrément toutparticulier.La Mariéequi demeuroit chezM
leTellierdepuis qu'elle eſt for- tiedu Convent, & qui a beau- coup profité de l'exemple de Madamele Tellier,dont chacun connoiſt le bon ſens &la piete,
arriva ſur les huit heures du
foir. Quoyqu'elle brillaſt d'une infinité de Pierreries, ſa Perſon- ne la paroit encor plus que tou- te autre chofe. Ellevint avecun
petit air ſérieux&nonchalant,
qui luy donnoitune gracemer- veilleufe , & jamais à quatorze ans onne s'eſt mieux tiré d'une
illuftre & grande Compagnie affembléepourelle feule, &das unjour où les Filles font le plus ſeverement critiquées. La Salle
2
GALAN T. 173 du Souper eſtoit éclairée d'un nombre infiny de Luftres. Il y
en avoitſur la Table de toutes
fortesde manieres, c'eſtoit commeun Theatrequi regnoitdans le milieu, maisdont la longueur ne caufoit aucunembarras.Tout
futfervy avec une propreté &
aune magnificence inconceva- ble. De chaque coſté de laTa- ble il y avoit deux rangs de vingt - cinq Plats chacun , qui faiſoiet centPlats en tout,& ces
centPlats furent relevez quatre fois. Le Fruit , & tout ce qu'il y a deplus delicat &de plus dé- licieux pour compoſer le plus ſuperbe Deſſert , eſtoit ſervy aumilieu de toute la longueur de la Table , dans des Baffins
de vermeil cizelé de diferentes
formes , &garnis en Pyramides tres-hautes de tout cequ'on ſe
Hiij
174 LE MERCVRE
peut imaginer de propre à ſatiſ- faire le gouft ; le tout dans des Porcelaines fines qui estoient là de toutes les fortes. Cette efpe- cede Montagne queformoit ce magnifique Deſſert , &qui fut trouvéeſur la Table en s'y met- tant , ne fatisfaifoit pas moins
les yeux. Quoyqu'il euſt de la fimetrie , il y avoit des endroits irréguliers , la juſteſſe ſe trou- voitdans leur inégalité , &on voyoit partout une agreabledi- verſité de couleurs. A chaque coſté du Fruit il y avoit des Flambeaux de vermeil du haut
de la Tablejuſqu'au bas,& com- me il eſtoit difficile qu'on pût ſervirfans confufion les quatre cens Plats quifurent mis àdou- ble rang des deux coſtez en quatre diférens Services , le Maistre -d'Hoſtel ſe ſervit de
GALANT. 175
aquelqu'un AUE DE LAVILL
1893
précaution. Il ranga tous ceux qui portoient leurs Plats, vis-à- vis des endroits où ils devoient
eſtreplacez , de forte qu'enpaf- fant entre leurs rangs , il les po- foit en unmoment ſur la Table
fans aucundeſordre. Cela fitdiz
re agreablement cauſe des rangs , qu'il croyoit voin N
un Exercice de Gens de Guerre. Si
la ſuite n'en eſtoit pas plus dan gereuſe , les Recruës ſe feroient facilement. Laricheſſe du Buffet ſurpaſſe l'imagination ; il eſtoit toutdevermeil , & on ne
vitjamais une ſi grande quanti- téde Vaſes cizelez. Pendant le
Souper,les Violons du Royjoüe- rent dans un grand Sallon qui répondoit à la Salle. Les Dames qui en furent eſtoient ( ſouvenez- vous je vous prie que je ne leurdonne aucun rang )Mefda Hiiij
176 LE MERCVRE
mes le Tellier , d'Aumont , de
Louvois , de Flez , dela Mote ,
dUxelles, de Frontenac,de Soubiſe , de Foix , de Coaquin , de Chaſteauneuf , de la Ferté , &
Mademoiselle d'Aumont, Fille
du feu Marquis de ce nom. Ces
dernieres eſtoient magnifique- mentparées. Au fortir de laTa- ble , on montadans des Aparte- mens enchantez. Les belles
Voix del'Opéra s'y trouverents Ia Symphonie les ſeconda , & à
minuit le Mariage fut celebré.
Je ne vous parle pointdes riches & brillans Préfens qui ont eſté faits à la Mariće parMonfieur le Tellier & Mr le Premier, je vous diray ſeulement que ceux de M'le Marquis de Louvois , &de M. l'Archeveſque de Rheims ,
fes Oncles, ont fort paru. Jugez ſi luy ayant donné unAmeuble
GALANT. 177
ment de Chambre d'argent , &
tout ce qui peut ſervir à l'orner,
il peut y avoir eu rien de plus magnifique.Je tiens ces Particu- laritez d'une belle Damequi a
plus de part que moy à cette Deſcription. Comme elle a infiniment de l'eſprit , je n'ay fait que ſuivre fidellementſes idées.
GALANT. 165 dame , que vous ne demanderez pas d'autres preuves de ſa No- bleſſe , que celles qu'il a don- nées en ſe faiſant recevoir Chevalier de Malte; elles font affez
rigoureuſes pour tenir lieu de Titre de Nobleſſe. Peut- eftre
ferez-vous ſurpriſe qu'un Che- valier de Malte ſe marie ; mais
les Chevaliers de cet Ordre ne
font leurs Vœux qu'à vingt- cinq ans , & il ne les avoit pas.
Ce Marquis eſt d'une des plus anciennes Familles des Païs- Bas .
Son Grand-Pere eſtoit fort conſideré de Henry I V. qui l'em- -ploya en pluſieurs Négotiations .importantes aupres des Princes d'Allemagne. M. le Comte de Beringhen ſon Pereeſt Premier Ecuyer du Roy ( dont ilala fur- vivance)Gouverneur des Citadelles de Marseille, & Chevalier
166 LE MERCVRE
د
une
des Ordres du Roy. C'eſt un parfaitement honneſte - Hom- me , à qui une grande modeſtie en toutes chofes , une fidelité éprouvée , une exactitude de probité qui ne ſe rencontre pas en tout le monde prudence reconnuë , &une fa- geſſe qu'on admire , ont acquis l'eſtime de toute la Cour. Madame de Beringhen ſa Fem- me eſtoit Fille de feu Monfieur
le marquis d'Uxelles , Gouver- neurde Châlons. Cette Famille
originaire de Bourgogne , eſt affez connuë par ſes ſervices &
fon ancienneté. Le nomd'Uxelles afaitbruit dansles Armées.
Pluſieurs qui le portoient , en ont commandé , &pluſieurs y
font morts l'Epée àlamain pour le ſervice de leur Prince. Le
Marié eſt bien fait , de belle
GALAN T. 167
taille , il a de l'eſprit & du me- rite ;&dans pluſieurs rencon-- tres qui ont fait paroiſtre ſon courage, il s'eſt montré digne Heritierde celuy de feu M. le Marquisde Beringhen fon Fre- re , qui fut tué devant Beſan- çon. Comme il eſt demeuré Chefde ſa Famille , le Roy qui le confidere , luy a défendu de s'expoſer davantage , & par cet- te marque d'eſtime il a voulu faire connoiſtre à Monfieur le
Premier la bienveillance parti- culiere dont il l'honore. La Mariée eſt Fillede M. le Ducd'Aumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre , Gouverneur
de Boulogne & du Païs Boulo- nois. Il avoit épousé enpremie- res Nopces une Fille de Mon- fieur le Tellier , Chevalier &
Tréſorier des Ordres duRoy,
168 LE MERCVRE
Marquis de Louvois , Seigneur de Chaville , Miniſtre & Secretaire d'Etat ; & c'eſt de ce Mariage qu'eſt mademoiselled'Au- mont dont je vous parle. Elle
eſt bien faite , a une fortgran- de jeuneſſe , &c'eſt un Charme qu'elle ſoûtient par beaucoup d'autres qui la rendent toute ai- mable. J'aurois beaucoup àvous
dire , madame , fur ce qui regar- de la Maiſon d'Aumont. Elle eſt
remplie d'un nombre infiny de grands Perſonnages , Cheva- liers des Ordres , mareſchaux
de France , Gouverneurs de
Provinces , & autres qui ont *poffedé les plus belles Charges del'Etat. Avant l'an 1381.Pier- re d'Aumont fut Chambellan
des Roys Jean & CharlesV. Et Pierre II. fi renommé dans l'Hiſtoire , le fut de Charles VI. &
Garde
GALANT. 169
Garde de l'Oriflame de France.
Jean Sire d'Aumont , qui vivoit - avant l'an 1595. reçeut le Ba- ſton de Mareſchal , qu'il merita par quantité degrandes Actions qu'il fit à une infinité de Sieges &de Batailles. Je ne vousdiray
rien de celles de feu M. le Ма-
_reſchal d'Aumont , Pere du
Duc qui porte aujourd'huy ce nom. Comme ila veſcu de nos
jours , il n'y a perſonne qui ne les ſcache. Il eſt mort Gouver neurde Paris , & l'eſtoit encor
de Boulogne &du Païs Boulonois. C'eſt un Gouvernement
attaché des lõgtemps à leur Fa- mille , qui eſt entrée dans les plusgrandes Alliaces.Vous n'en douterez pas , quand je vous ✓ auray dit que Jean VI. d'Au- mont avoit épousé Antoinette Chabot ſeconde Fille de Philip- Tome VIII. H
170 LE MERCVRE
pe Chabot Comte de Garny &
de Buzançois , Sieur de Brion ,
Admiral de France , & Gouverneur de Bourgogne , & de Françoiſe LonguyDamedePai- gny , Sœur aifnée de Jaqueline de Longuy Ducheſſe de Mont- penfier , Trifayeule maternelle d'Anne Marie Loüiſe d'Orleans,
Souveraine de Dombes , Princeffe de la Roche-fur-Yon, &
Ducheſſe de Montpenfier. Le jourdu mariage eſtant arreſté ,
on prit les ordres de Monfieur le
Ducd'Aumont. Comme il s'entend admirablement àtout, c'eſt
un des premiers Hommes du monde à n'en donner quede ju- ſtes ſur les grandes choſes. Sa prévoyance en facilite l'execu- tion , &il explique toûjours ſi.
bien ce qu'il penſe , qu'on entre ans peinedans tout ce qu'ils'eſt
GALAN T. 171
imaginé. La Nopce ſe fit dans fon Hoſtel. Il eſt d'une beauté
ſurprenante ; rien n'égale celle des Apartemens, ils font &di- féremment conſtruits , & diféremment ornez. Touty eſt d'u- ne magnificence achevée ; la propreté ſemble y difputer de prix avec la ſomptuoſité des Meubles ; Raretez partout , par tout Tableaux admirables &des
plusgrands maiſtres ; & ce qui frape furtoutes choſes, ce font pluſieurs Portraits antiques des Deſcendans de cette maiſon,qui marquentje ne-ſçay-quoy de fi noble &de fi grand , qu'il fuf- firoient preſque pour en perfua- derl'ancienneté.Vousvous imaginez aſſez la joyequiéclata fur le viſage detous les Intereſſez ſans que je m'arreſte à vous la dépeindre. Le marié parut l'air
د
Hij
172 LE MERCVRE
content , d'une parure magnifi- que, propre&bien entenduë ,
&foûtint cettegrade feſte avec un agrément toutparticulier.La Mariéequi demeuroit chezM
leTellierdepuis qu'elle eſt for- tiedu Convent, & qui a beau- coup profité de l'exemple de Madamele Tellier,dont chacun connoiſt le bon ſens &la piete,
arriva ſur les huit heures du
foir. Quoyqu'elle brillaſt d'une infinité de Pierreries, ſa Perſon- ne la paroit encor plus que tou- te autre chofe. Ellevint avecun
petit air ſérieux&nonchalant,
qui luy donnoitune gracemer- veilleufe , & jamais à quatorze ans onne s'eſt mieux tiré d'une
illuftre & grande Compagnie affembléepourelle feule, &das unjour où les Filles font le plus ſeverement critiquées. La Salle
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GALAN T. 173 du Souper eſtoit éclairée d'un nombre infiny de Luftres. Il y
en avoitſur la Table de toutes
fortesde manieres, c'eſtoit commeun Theatrequi regnoitdans le milieu, maisdont la longueur ne caufoit aucunembarras.Tout
futfervy avec une propreté &
aune magnificence inconceva- ble. De chaque coſté de laTa- ble il y avoit deux rangs de vingt - cinq Plats chacun , qui faiſoiet centPlats en tout,& ces
centPlats furent relevez quatre fois. Le Fruit , & tout ce qu'il y a deplus delicat &de plus dé- licieux pour compoſer le plus ſuperbe Deſſert , eſtoit ſervy aumilieu de toute la longueur de la Table , dans des Baffins
de vermeil cizelé de diferentes
formes , &garnis en Pyramides tres-hautes de tout cequ'on ſe
Hiij
174 LE MERCVRE
peut imaginer de propre à ſatiſ- faire le gouft ; le tout dans des Porcelaines fines qui estoient là de toutes les fortes. Cette efpe- cede Montagne queformoit ce magnifique Deſſert , &qui fut trouvéeſur la Table en s'y met- tant , ne fatisfaifoit pas moins
les yeux. Quoyqu'il euſt de la fimetrie , il y avoit des endroits irréguliers , la juſteſſe ſe trou- voitdans leur inégalité , &on voyoit partout une agreabledi- verſité de couleurs. A chaque coſté du Fruit il y avoit des Flambeaux de vermeil du haut
de la Tablejuſqu'au bas,& com- me il eſtoit difficile qu'on pût ſervirfans confufion les quatre cens Plats quifurent mis àdou- ble rang des deux coſtez en quatre diférens Services , le Maistre -d'Hoſtel ſe ſervit de
GALANT. 175
aquelqu'un AUE DE LAVILL
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précaution. Il ranga tous ceux qui portoient leurs Plats, vis-à- vis des endroits où ils devoient
eſtreplacez , de forte qu'enpaf- fant entre leurs rangs , il les po- foit en unmoment ſur la Table
fans aucundeſordre. Cela fitdiz
re agreablement cauſe des rangs , qu'il croyoit voin N
un Exercice de Gens de Guerre. Si
la ſuite n'en eſtoit pas plus dan gereuſe , les Recruës ſe feroient facilement. Laricheſſe du Buffet ſurpaſſe l'imagination ; il eſtoit toutdevermeil , & on ne
vitjamais une ſi grande quanti- téde Vaſes cizelez. Pendant le
Souper,les Violons du Royjoüe- rent dans un grand Sallon qui répondoit à la Salle. Les Dames qui en furent eſtoient ( ſouvenez- vous je vous prie que je ne leurdonne aucun rang )Mefda Hiiij
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mes le Tellier , d'Aumont , de
Louvois , de Flez , dela Mote ,
dUxelles, de Frontenac,de Soubiſe , de Foix , de Coaquin , de Chaſteauneuf , de la Ferté , &
Mademoiselle d'Aumont, Fille
du feu Marquis de ce nom. Ces
dernieres eſtoient magnifique- mentparées. Au fortir de laTa- ble , on montadans des Aparte- mens enchantez. Les belles
Voix del'Opéra s'y trouverents Ia Symphonie les ſeconda , & à
minuit le Mariage fut celebré.
Je ne vous parle pointdes riches & brillans Préfens qui ont eſté faits à la Mariće parMonfieur le Tellier & Mr le Premier, je vous diray ſeulement que ceux de M'le Marquis de Louvois , &de M. l'Archeveſque de Rheims ,
fes Oncles, ont fort paru. Jugez ſi luy ayant donné unAmeuble
GALANT. 177
ment de Chambre d'argent , &
tout ce qui peut ſervir à l'orner,
il peut y avoir eu rien de plus magnifique.Je tiens ces Particu- laritez d'une belle Damequi a
plus de part que moy à cette Deſcription. Comme elle a infiniment de l'eſprit , je n'ay fait que ſuivre fidellementſes idées.
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Beringhen, & de Mademoiselle d'Aumont. [titre d'après la table]
Le texte relate le mariage récent entre le Marquis de Beringhen et Mademoiselle d'Aumont. Le Marquis de Beringhen provient d'une des plus anciennes familles des Pays-Bas et a été reçu Chevalier de Malte, bien qu'il n'ait pas encore prononcé ses vœux. Son grand-père était considéré par Henri IV, et son père était Premier Écuyer du Roi et Gouverneur des citadelles de Marseille. La mariée, Mademoiselle d'Aumont, est la fille du Duc d'Aumont, Premier Gentilhomme de la Chambre et Gouverneur de Boulogne. La famille d'Aumont est connue pour ses services militaires et ses hautes charges à la cour. Le mariage a été célébré avec une grande magnificence. La fête s'est déroulée dans l'hôtel du Duc d'Aumont, décoré somptueusement avec des meubles rares et des tableaux de maîtres. La mariée, âgée de quatorze ans, a impressionné par sa grâce et son aisance. Le souper était somptueux, avec cent plats relevés quatre fois et un dessert luxueux. La soirée a été animée par les violons du Roi et des voix de l'Opéra. Des présents magnifiques ont été offerts à la mariée, notamment un ameublement de chambre en argent par le Marquis de Louvois et l'Archevêque de Reims.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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126
p. 274-299
Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
Début :
J'en aurois de grandes pour m'étendre sur la Campagne [...]
Mots clefs :
Baron de Monclar, Troupes, Cercles, Saxe, Maréchal de Créquy, Officiers allemands, Ennemis, Bataille, Armée, Strasbourg, Camp, Campagne, Eisenach, Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
J'en auroisde grades pour m'é- tendre ſur la Campagne de M. le Baron de Monclar, fi l'accablementde la matiere qui m'a fait attendre juſqu'à aujour- d'huy à vous en parler , nem'o- bligeoit à la reſſerrer en peu de mots. Vousſcavez que l'Armée qu'il commande eſtoit oppoſée à celle Cercles , compoſée des Troupes de tantd'Etats , qu'elle
pourroit ſeule tenir teſte à un Roy moins puiſſant que celuy deFrance. Il y a plufieursCer-
-
Hv
178 LE MERCVRE
cles , comme ceux de la Baffe
Saxe , de Franconie , de Suabe,
de Baviere , juſqu'au nombre de dix, &pluſieurs Provinces font
ſous chaque Cercle. Le Prince
de Bade-Dourlach fut leurdernier General. Apres ſa mort il
en falut nommer un nouveau.
L'Affaire fut miſe en déliberation àla Diete de Ratiſbonne..
Pluſieurs grands Generauxdes plus Illuftres Maiſons d'Alle- magne y pretendoient ; mais enfin le choix tomba fur le
Prince de Saxe-Eyfenach, de la Maiſon de Saxe. Le voilà donc
ſaiſi du Commandement de
cette Armée. Le ſeul Nom en
prometbeaucoup. Lesuns l'ap- pellent l'Armée des Cercles de 'Empire ,les autres l'Armée de l'Empire , &la plupart l'Armée des Cercles duHautRhin.Pl
Y
GALANT. 179
fieurs Officiers Generaux , en
grande confideration chez les
Allemands , font nommez pour y fervir. Le Comte de Dune- vald , Officier d'un fort grand merite , eſt du nombre. Ondeſtine fon Regiment pour groffir les Troupes de cette Armée ,
auſquelles pour reconnoiſſance du Generalat , le Prince d'Eyſe- nach en joint beaucoup , auffi bien que les Ducs de Saxe- Gotha, & de Vveïmar. Toutes
ces Troupes ſe mettent en mar- che vers Strasbourg. A leur
approche le Magiſtrat proteſte qu'il ne les laiſſera point paſſer fur fon Pont ; mais on reconnoît l'intelligence fi -toſt qu'el- les font en veuë , il feint qu'il ne peut refifter , &leurpermet le paſſage. Cette Armée étant au delà du Rhin , & ayant eu
Hvj
180 LE MERCVRE
grande peine à y ſubſiſter quel- que temps , elle prenddu Pain pour dix jours, s'avance vers les Montagnes , vient juſqu'à une lieuë de Scheleftat ; & appre- nant qu'il eſt fortifié , qu'il y a
onze Redoutes de pierre,&que Mle Baronde Monclareft derriere avec des Troupes , elle noſe prendre la réſolution de l'attaquer. Dans cet embarras,
le Prince d'Eyfenach marche vers Colmar , où le bon ordre
que les François mettent par tout à leurs affaires le réduit à
faire demander une ſomme aux
Etats de Suabe pour la fubfi- ſtance de ſes Troupes. Il eſt contraint de tirer des Munitions de Philifbourg que le Ma- giſtrat de Strasbourg luienvoye querir avec une Eſcorte.Pendat
se tempsMr de Monclar couvre
GALANT. 181
fi bien toutes ſes Places , qu'à peine les Ennemis voyent - ils jour à ſurprendre le moindre Chaſteau. Ils veulent prendre celuyde Sainte Croix auprés de Colmar. M' du Fay Comman- dantde Briſac y envoyequatre- vingt-hommes. Ils le font ſommer , le Gouverneur ne veut
point ſe rendre. M de Vifſac Lieutenant de Roy de Briſac,
trouve moyen de ſe jetter de- dans avec quatre cens hommes,
malgré toute l'Armée ennemie,
& ce Chaſteau n'eſt point pris.
Enfin le Prince d'Eyſenach voyant qu'il n'avoit encor pû réüffir de ce coſté ,fait venir de
Fribourg dequoy faire un Pont de Bateaux vers Bafle. M. de
Monclar paſſe dans le Briſgau pour obſerver ſes mouvemens,
&apprend qu'il s'eſt allé cam
182 LE MERCVRE
per pres de Bafle , apres avoir fait ravager les Bleds des envi- rons de Colmar, contre ce qu'il avoit promis aux Habitans qui luy avoient donné de l'argent pour s'en garantir. C'eſt le ſeul Exploit deſa Campagne , encor ne l'auroit-il pas fait s'il n'euſt manqué de parole. Il campe ſous Bafle à Hunninguen, fait achever fon Pont de Bateaux ,
&ſe retire à Bafle ſurpris d'une Fiévre-tierce que ſes mauvais fuccés ont pûluy cauſer. M.de Monclar reçoit un renfort qui luy eſt envoyé par M. le maref- chal deCréquy, &fait repentir ceux qui ont fourny quelque ſubſiſtance aux Ennemis. Ils
font travailler àdes Retranchemens aux deux coſtez de leur
Pont. Les Noſtres favoriſent
un Convoy d'argent qui va à
GALANT. 183 Brifac, fans qu'un Détachement du Prince d'Eyſenach entre- prennede s'y oppoſer. CePrin- ce fait baſtir une Redoute dans
une Iſle pour maintenir ſon Pont, &perſonne n'oſe ſortirde fon Camp, On leur rend dans leBriſgau les violences qu'ils ont exercé autour de Ruffac.
M. de monclar avance à trois
lieuës d'eux; ils ſont venus nous
chercher , & on les cherche.
Les Païfans ſont employez àdes Redoutes pour couvrir leur Pont. Onvoit par là qu'ils fu- yent le Combat. On ſe retran- che auſſi . Cependant les Gene- raux & les Offciers ſe traitent
les uns les autres àBafle. мебſieurs les marquis de Lambert,
de Nefle & de Feuquiere, y ré- galent le Baron de Noſtits- Schirein , & d'autres Officiers
184 LE MERCVRE Allemans. En ſortant de la
Ville les Partis s'entrechargent les uns les autres. Pendant
qu'on a ainſi occafion de ſe voir
àBafle, le Comte deDunevald
pratique un Officier François nommé M de la Madelaine ,
Major du Chaſteau de Lanf- cron, qui luy doit livrer la Place moyennantdix mille eſcus. Ce Major en avertit M. de Siffredy quiy commandoit. Le Comte de Dunevald vient à l'heure
marquée avec le Neveu du Prince de Saxe,le Colonel Rofe,&des Troupes. Il s'apper- çoit qu'il eſt découvert , prend la fuite , & reçoit un coup de Mouſquet qui luy emporte fon Chapeau & fa Perruque. Plu- ſieurs y perdent la vie. Ceux qui ontpaffe la Herſe ſont faits Pri- fonniers , & il en couſte dix
GALANT. 185 mille eſcus aux Allemans. Le
Prince d'Eyſenach comméçant à ſe mieux porter, &les Trou- pes des Cercles &celles que j'ay marquées ne luy fuffiſant pas , trois nouveaux Regimens le viennent joindre. Il eſt har- celé de la Garniſon de Brifac.
Apres unemarche de huit heu- res Me deMonclar ſurprend un des Quartiers des Ennemis ,
fait quatre cens Priſonniers,
prend cinq cens Chevaux, fe rend maiſtre du Chaſteau de
Plotzeim , ſe poſte avantageu- ſement pour obſerverles Enne- mis, ſe ſaiſit d'une Hauteur, fait travailler à une Redoute qui
voit dans leur Camp & y met duCanon. Monfieur le Comte
de la Mote- Moudancourt Meftre de Camp de Cavalerie ,Ne- veu du Marefchal de ce nom,
186 LE MERCVRE
ayant l'avantgarde compoſée de quatre cens Chevaux , ren- contre un pareil nombre des Ennemis qui en couvroient un fort grand de Fourrageurs fans avoir eſté avertis de fa marche.
Il les défait, &prend ſept à huit cens Fourrageurs ou Cavaliers.
Le reſte fuit. On leur envoye huit censChevaux pourles foû- tenir. M. le Comte de la Mote
avec une vigueur incroyable ,
pouffe & défait encor ces huit
cens Chevaux, &demeure fer- me fur le champ de Bataille ,
éloigné feulement d'une demy lieuë duCampdes Ennemisfans qu'il en forte depuis aucun ſe- cours , c'eſt à dire qu'avec qua- tre cens Chevaux ilen renverſe
douze cens , ſans compter les Fourrageurs. Ce font d'illuftres commencemens , & ce jeune
GALAN T. 187 Comte ne ſçauroit marcher plus dignement ſur les pas du fameux Mareſchal dont il eſt
Neveu. Depuis cette Action on a toûjours coupé tous les Fourrages aux Ennemis , pour les obliger à repaffer tout-à-fait le Rhin, ou àſebattre. Onleur attaque en ſuite une Redoute paliſſadée &un Logement dont on ſe rend maiſtre , & on les
oblige à fe refferrer dans leur Camp. M. le Marquis de Noailles Colonel de Cavalerie
défait leur grande Garde. II fait conftruire une Redoute
pour les incommoder , & foû- tient les Travailleurs. M. de
Monclar en fait élever deux autres. M. de Caumont major de Cavalerie bat deux de leurs
Eſcadrons aux enviros deBafle.
Les Ennemis commencent à
188 LE MERCVRE
fonger à leur Retraite. Noftre Arméeeſt à la portéedu Canon de la leur. On voit tout cequi ſe paſſe dans leur Camp, fans quils puiffent voir ce qui ſe fait dans le noftre. On les
oblige de tirer du Fourrage par leur Pont, noftreCanon les defole. Onpouſſe leur Garde , on leur tuë beaucoup de monde,
&on fait quartier au Baronde Noſtits. Ils prennent toutes les précautions imaginables pour nous cacher leur Retraite. Ils
font d'abord repaſſer leur gros Bagage,& repaffent eux-mémes quelque temps apres à la faveur d'un grand Brouillard qui les empeſche d'eſtre apperceus.
Ondécouvre le matin qu'ils ont abandonné leur Redoute ; &
comme on les voit qui ſe reti- rent encor , favoriſez d'un Ca
GALAN T. 189
non qu'ils ont poſté de l'autre coſte du Rhin , M² de Monclar enfait poſter du fien ,&les oblige par là à ſe retirer avec une précipitation qui eſt cauſe que beaucoup d'entr'eux ſont noyez. Ils nous laiſſent tout les Bateaux du gros bras du Rhin ,
&s'échapent apres avoir brûlé tous ceux qui estoient par delà- 1 Ifle , auffi-bien que quelques piles de Foin , mais nous profi- tons du Fourrage qui eſt dans leur Champ. Les Ennemis ne repaſſent chez eux que pour y
eſtre battus , & c'eſt par ce Combatque finit la Campagne de l'Armée des Cercles , avant
que d'eſtre incorporée à celle du Prince Charles. Le Pont
qu'avoit fait conſtruire le Prin- ced'Eyfenach ne luy ayant fer- vy qu'aſe retirer apres enavoir
190 LE MERCVRE perdu la moitié , Monfieur de Monclar paſſe ſur celuy de Bri- fac , & entre dans le Briſgau.
M.le Marquis de la Valette le joint auſſi-toſt apres avec ſa Bri- gade. leGeneral ennemy en eſt • furpris , &plus encor d'apren- dre queM' le MareſchaldeCréquy fait conſtruire un Pont à
Rhenau pour paſſer le Rhin. II réſout de s'y oppoſer. M. de Monclar qui obferve ſes mou- vemens,envoye M.de Caumont,
Capitaine & major du Regi.. ment de Belport, avecdeux Ef- cadrons , pourſe ſaiſir d'unPaf- ſage. Ils font pouſſez par ſept des Ennemis , &ſe tirent pour- tant d'affaires ſans perdre qu'un ſeul Capitaine. Le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Poſte de Capelqui eſt vis-à-vis de Rhe- nau ,mais il eſt embaraſſé par
GALANT. 191
L
un nouveau General. Il croit
que M. de monclar fonge à ſe faifir d'Offembourg. Cette pen- ſée luy fait diviſer ſes forces. Il y
envoye du monde , & à Fribourg ; & pendant ce temps ,
Monfieur de Créquy ſe rend maiſtre du Poſte que le Prince d'Eyſenach avoit eu deſſein d'occuper. C'eſt ce que beau- coup de Relations n'ont pas aſſez ny marqué , ny éclaircy.
M. de Créquy voulant donner de l'inquietude au Ennemis ,
- laiſſe ſes Ordres à Monfieur le
Comtede Maulevrier - Colbert
- Lieutenant General , pour faire paffer l'Armée ſur le Pont du Rhin,&fait marcher les Briga- - des de la Valete & de Dugas ,
avec les Regimens de Dragons de Liſtenay & de Theſſe, entre Strafbourg & Offembourg. Il
192 LE MERCVRE
s'avance pres de Vilſtet. Il ap- prend que les Ennemis y vien- nent camper , & juge à propos d'y attendre un plus grand CorpsdeTroupes pour paſſerla Riviere devant eux. Il n'a pas le temps de le faire. Un Party lui rapporte que le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Fort de Kill , ce qui luy eſt bien-toſt apres confirmé par une grande pouffiere. Il croit qu'il faut ten- ter le Paſſage par des guez,quoy que difficiles, m' le marquis de Genlis fait les Détachemens de
la premiere Colomne , Monfieur le Comte de Roye ceux de la
ſeconde , & M. de monclar ſoûtient ces deux Lignes. м. lе маг- quis de Riverolles ſe met à la
teſte des Gens detachez , paffe l'eau , & tâche d'ébranler les Ennemis. Ils font grand feu fur
luy ,
Y
GALANT. 193 193
4
luy , il retourne à la charge , il eſt bleſſé ,&M. de Monteſquiou Capitainedans ſon Regiment ,
tué. Les Dragons de Liſtenay s'aprochent des hayes , mettent pied à terre , & rendent les abords de la Riviere plus faciles. M'les marquis de Ranes
de Lambert , & de Bouflairs ,
pouffent quelques Troupes , &
apres les premieres eſcarmou- ches , ébranlent les Ennemis ,
qui à la faveurd'une Digue ſe placent aſſez prés des Noſtres.
Monfieur le mareſchal de Créquy fait auſſitôt avancerlesRe- gimensde la Valete, deCayeux,
&de Villars. Le marquis de ce nom , qui en eſt Colonel , ſe met àla teſte des premiersEſca- drons , montre une vigueur ex- traordinaire , & les anime par ſon exemple. IldéfaitunegranTome VIII. I
194 LE MERCVRE deGarde des Ennemis , &pouf- ſe pluſieurs Efcadrons deCui- raffiers. M les marquis deRa- nes , de Lambert , & de Bouflairs , placent les Dragons de Theſſe & de Liſtenay le long de la Digue. Ils font voir une activité ſurprenante , & char- gent les Enriemis avec tant de vigueur&de courage , que les ayant mis en deſordre , ils les auroient entierement défaits ,
ſansl'arrivée de la nuitqui fa- voriſa leur Retraite. Pluſieurs
de leursOfficies furent tuez ,&
ils laiſſferent plus de fix cens Hommesſur la place , ſans plus de fix- vingt Chariots qu'ils abandonnerent. Cette occafion
nenouscouſtapas vingtHom- mes. M. de Roquefeüille Corne- te desGardes de M. le marefchal deCréquy ,&M. deBriail
GALANT. 195 le l'un de ſes Pages , y furent bleſſez , le dernier à la jambe ,
&l'autre au bras d'un coup de Piſtolet qu'il y reçeut. Avant le Combat , M. deGaſſion cher- chantàreconnoiſtre les Ennemis , tomba dans la Colomne de
leur premiere Ligne , &foûtint toute leur Cavalerie qui le pouſſa.Il neperditque fixHom- mes , & s'en eſtant glorieuſe- ment retiré , on peut dire que c'eſt preſque contre toute une Armée qu'il acombatu. On n'a peut-eſtre pas reflechy ſur une choſe qui fait en deux mots I'Eloge de M. le Mareſchal de Créquy. L'Armée de l'Empe- reur eftant venuë juſqu'àMou- zon ,a eſté obligée de s'en re- tourner ſans avoir rien fait ; &
M.de Créquy faitune fi extra- ordinaire diligence , qu'il eſt I ij
196 LE MERCVRE
dans les Terres de l'Empire plûtoſt qu'elle , &bat l'Armée des Cercles avantqu'aucune de ſes Troupes ſoit arrivée. C'eſt
tout ceque peutfaire &la plus ſage conduite ,& la plus exacte prévoyance. Cette déroute fut doublement ſenſible au Prince
deSaxe-Eyfenach. Meſſieurs de Strasbourg qui craignent &
cherchent àménager les Vain- queurs qui ne font pas éloi- nez n'oferent recevoir des
Troupes batuës, &celles- cy fu- rent contraintes de ſe refugier dans une Iſle appellée l'Iſle du Pont de Strasbourg. Elles s'y trouverent fort incommodées.
Elles nepouvoient aller au fou- rage, & elles eſtoient encor ſi épouvantéesdela manieredont elles avoient veu combatre les
François, qu'elles nevouloient
,
GALANT. 197 point fortir de cette Ifle ſans Sauf - conduit. Le ſeul expe- dient que le Prince d'Eyſenach trouva pourſe dégager, fut de prier M'de Strasbourg d'aller enCorps chez le Refident du
Roy, &de l'engager à joindre K
-ſes prieres aux leurs pour obte -nir unPaſſeport de Monfieurle Mareſchal de Créquy. L'ex- pedient eft nouveau , &ne pa- roiſtroit pas croyable dans un Roman. Monfieurdu Pré Réſident de France écrivit. La Lettre fut envoyée par un Trom- pete au nom de la Republique de Strasbourg , & ce qu'onde- mandoit fut accordé. Les François ſont auffi honneſtes que braves , & ne refuſent rien
quand on ſe ſoûmet. Vous avez veu lePaſſeport , il eſt imprimé dans la Gazete. Le lendemain
4
I iij
198 LE MERCVRE
du Combat , Monfieur de Créquy ſçachant que les Ennemis ayoient fait un grand amas de Fourrages dans Vilſtet , crût qu'il eſtoit de conſequence d'envoyer brûler les Magaſins & toutes les Maiſons dans lefquelles il y en avoir. M le Comte de la mothe fut détaché avec trois cens Chevaux
pour faire cette Expédition.
Apres avoir pouffé quelques Troupes qu'il rencontra en chemin , il ſe rendit à Vilſtet & fut fupris de trouver Gar- niſon dans le Chafteau. C'eſt
une Tour de grandes pierres quarrés , & environnées d'un bon Foffe. Il envoya un Trom- pete fommer laGarniſon de ſe rendre , & fur le refus qu'elle en fit, il donna ordre qu'ondiſt au Commandant , que s'il ſe
6
GALANT. 199 défendoit , il le feroit pendre à
la Porte , fans aucun quartier pour les Soldats. Ils voulurent
compofer , &ayant inutilement demandé à fortir avec armes &
bagages, ils ne furét reçeus qu'à difcretion. Il avoit fait mettre
pied àterre à ſes Cavaliers , &
quand ils le virent en reſolution de les attaquer , ils ſe rendirent.
Il envoya la Garniſon à M. de Créquy , fit mettre le feu au Chaſteau , & àtoutes les maіſons oùil y avoit du Fourrage ,
& enſuite aux magaſins de Foin qui estoient fort conſidérables.
C'eſt l'uſage de la Guerre , &
il n'y a point de voye plus prompte pour chaffer un En- nemy , quede luy oſterles mo- yens de fubfifter. Cette raiſon a
obligé Monfieur le mareſchal de Créquy à faire brûler beau I iij
200 LE MERCVRE
coup de Fourrages &de mou- linsen deçadu Rhin , & M. de Monclar a fait la meſme choſe
dans le marquiſat de Bade ,
dans les Bourgs du Briſgau, &
dans tous les Lieux où les Ennemis pouvoient prendre des Quartiers d'Hyver. C'eſt par où il a finy la Campagne , l'Ar- mée qu'il commandoit en Chef ayant eu ordre de ſe joindre à
celle de M. de Créquy , pour n'en plus compoſer qu'une fous le Commandement de се ма
refchal.
pourroit ſeule tenir teſte à un Roy moins puiſſant que celuy deFrance. Il y a plufieursCer-
-
Hv
178 LE MERCVRE
cles , comme ceux de la Baffe
Saxe , de Franconie , de Suabe,
de Baviere , juſqu'au nombre de dix, &pluſieurs Provinces font
ſous chaque Cercle. Le Prince
de Bade-Dourlach fut leurdernier General. Apres ſa mort il
en falut nommer un nouveau.
L'Affaire fut miſe en déliberation àla Diete de Ratiſbonne..
Pluſieurs grands Generauxdes plus Illuftres Maiſons d'Alle- magne y pretendoient ; mais enfin le choix tomba fur le
Prince de Saxe-Eyfenach, de la Maiſon de Saxe. Le voilà donc
ſaiſi du Commandement de
cette Armée. Le ſeul Nom en
prometbeaucoup. Lesuns l'ap- pellent l'Armée des Cercles de 'Empire ,les autres l'Armée de l'Empire , &la plupart l'Armée des Cercles duHautRhin.Pl
Y
GALANT. 179
fieurs Officiers Generaux , en
grande confideration chez les
Allemands , font nommez pour y fervir. Le Comte de Dune- vald , Officier d'un fort grand merite , eſt du nombre. Ondeſtine fon Regiment pour groffir les Troupes de cette Armée ,
auſquelles pour reconnoiſſance du Generalat , le Prince d'Eyſe- nach en joint beaucoup , auffi bien que les Ducs de Saxe- Gotha, & de Vveïmar. Toutes
ces Troupes ſe mettent en mar- che vers Strasbourg. A leur
approche le Magiſtrat proteſte qu'il ne les laiſſera point paſſer fur fon Pont ; mais on reconnoît l'intelligence fi -toſt qu'el- les font en veuë , il feint qu'il ne peut refifter , &leurpermet le paſſage. Cette Armée étant au delà du Rhin , & ayant eu
Hvj
180 LE MERCVRE
grande peine à y ſubſiſter quel- que temps , elle prenddu Pain pour dix jours, s'avance vers les Montagnes , vient juſqu'à une lieuë de Scheleftat ; & appre- nant qu'il eſt fortifié , qu'il y a
onze Redoutes de pierre,&que Mle Baronde Monclareft derriere avec des Troupes , elle noſe prendre la réſolution de l'attaquer. Dans cet embarras,
le Prince d'Eyfenach marche vers Colmar , où le bon ordre
que les François mettent par tout à leurs affaires le réduit à
faire demander une ſomme aux
Etats de Suabe pour la fubfi- ſtance de ſes Troupes. Il eſt contraint de tirer des Munitions de Philifbourg que le Ma- giſtrat de Strasbourg luienvoye querir avec une Eſcorte.Pendat
se tempsMr de Monclar couvre
GALANT. 181
fi bien toutes ſes Places , qu'à peine les Ennemis voyent - ils jour à ſurprendre le moindre Chaſteau. Ils veulent prendre celuyde Sainte Croix auprés de Colmar. M' du Fay Comman- dantde Briſac y envoyequatre- vingt-hommes. Ils le font ſommer , le Gouverneur ne veut
point ſe rendre. M de Vifſac Lieutenant de Roy de Briſac,
trouve moyen de ſe jetter de- dans avec quatre cens hommes,
malgré toute l'Armée ennemie,
& ce Chaſteau n'eſt point pris.
Enfin le Prince d'Eyſenach voyant qu'il n'avoit encor pû réüffir de ce coſté ,fait venir de
Fribourg dequoy faire un Pont de Bateaux vers Bafle. M. de
Monclar paſſe dans le Briſgau pour obſerver ſes mouvemens,
&apprend qu'il s'eſt allé cam
182 LE MERCVRE
per pres de Bafle , apres avoir fait ravager les Bleds des envi- rons de Colmar, contre ce qu'il avoit promis aux Habitans qui luy avoient donné de l'argent pour s'en garantir. C'eſt le ſeul Exploit deſa Campagne , encor ne l'auroit-il pas fait s'il n'euſt manqué de parole. Il campe ſous Bafle à Hunninguen, fait achever fon Pont de Bateaux ,
&ſe retire à Bafle ſurpris d'une Fiévre-tierce que ſes mauvais fuccés ont pûluy cauſer. M.de Monclar reçoit un renfort qui luy eſt envoyé par M. le maref- chal deCréquy, &fait repentir ceux qui ont fourny quelque ſubſiſtance aux Ennemis. Ils
font travailler àdes Retranchemens aux deux coſtez de leur
Pont. Les Noſtres favoriſent
un Convoy d'argent qui va à
GALANT. 183 Brifac, fans qu'un Détachement du Prince d'Eyſenach entre- prennede s'y oppoſer. CePrin- ce fait baſtir une Redoute dans
une Iſle pour maintenir ſon Pont, &perſonne n'oſe ſortirde fon Camp, On leur rend dans leBriſgau les violences qu'ils ont exercé autour de Ruffac.
M. de monclar avance à trois
lieuës d'eux; ils ſont venus nous
chercher , & on les cherche.
Les Païfans ſont employez àdes Redoutes pour couvrir leur Pont. Onvoit par là qu'ils fu- yent le Combat. On ſe retran- che auſſi . Cependant les Gene- raux & les Offciers ſe traitent
les uns les autres àBafle. мебſieurs les marquis de Lambert,
de Nefle & de Feuquiere, y ré- galent le Baron de Noſtits- Schirein , & d'autres Officiers
184 LE MERCVRE Allemans. En ſortant de la
Ville les Partis s'entrechargent les uns les autres. Pendant
qu'on a ainſi occafion de ſe voir
àBafle, le Comte deDunevald
pratique un Officier François nommé M de la Madelaine ,
Major du Chaſteau de Lanf- cron, qui luy doit livrer la Place moyennantdix mille eſcus. Ce Major en avertit M. de Siffredy quiy commandoit. Le Comte de Dunevald vient à l'heure
marquée avec le Neveu du Prince de Saxe,le Colonel Rofe,&des Troupes. Il s'apper- çoit qu'il eſt découvert , prend la fuite , & reçoit un coup de Mouſquet qui luy emporte fon Chapeau & fa Perruque. Plu- ſieurs y perdent la vie. Ceux qui ontpaffe la Herſe ſont faits Pri- fonniers , & il en couſte dix
GALANT. 185 mille eſcus aux Allemans. Le
Prince d'Eyſenach comméçant à ſe mieux porter, &les Trou- pes des Cercles &celles que j'ay marquées ne luy fuffiſant pas , trois nouveaux Regimens le viennent joindre. Il eſt har- celé de la Garniſon de Brifac.
Apres unemarche de huit heu- res Me deMonclar ſurprend un des Quartiers des Ennemis ,
fait quatre cens Priſonniers,
prend cinq cens Chevaux, fe rend maiſtre du Chaſteau de
Plotzeim , ſe poſte avantageu- ſement pour obſerverles Enne- mis, ſe ſaiſit d'une Hauteur, fait travailler à une Redoute qui
voit dans leur Camp & y met duCanon. Monfieur le Comte
de la Mote- Moudancourt Meftre de Camp de Cavalerie ,Ne- veu du Marefchal de ce nom,
186 LE MERCVRE
ayant l'avantgarde compoſée de quatre cens Chevaux , ren- contre un pareil nombre des Ennemis qui en couvroient un fort grand de Fourrageurs fans avoir eſté avertis de fa marche.
Il les défait, &prend ſept à huit cens Fourrageurs ou Cavaliers.
Le reſte fuit. On leur envoye huit censChevaux pourles foû- tenir. M. le Comte de la Mote
avec une vigueur incroyable ,
pouffe & défait encor ces huit
cens Chevaux, &demeure fer- me fur le champ de Bataille ,
éloigné feulement d'une demy lieuë duCampdes Ennemisfans qu'il en forte depuis aucun ſe- cours , c'eſt à dire qu'avec qua- tre cens Chevaux ilen renverſe
douze cens , ſans compter les Fourrageurs. Ce font d'illuftres commencemens , & ce jeune
GALAN T. 187 Comte ne ſçauroit marcher plus dignement ſur les pas du fameux Mareſchal dont il eſt
Neveu. Depuis cette Action on a toûjours coupé tous les Fourrages aux Ennemis , pour les obliger à repaffer tout-à-fait le Rhin, ou àſebattre. Onleur attaque en ſuite une Redoute paliſſadée &un Logement dont on ſe rend maiſtre , & on les
oblige à fe refferrer dans leur Camp. M. le Marquis de Noailles Colonel de Cavalerie
défait leur grande Garde. II fait conftruire une Redoute
pour les incommoder , & foû- tient les Travailleurs. M. de
Monclar en fait élever deux autres. M. de Caumont major de Cavalerie bat deux de leurs
Eſcadrons aux enviros deBafle.
Les Ennemis commencent à
188 LE MERCVRE
fonger à leur Retraite. Noftre Arméeeſt à la portéedu Canon de la leur. On voit tout cequi ſe paſſe dans leur Camp, fans quils puiffent voir ce qui ſe fait dans le noftre. On les
oblige de tirer du Fourrage par leur Pont, noftreCanon les defole. Onpouſſe leur Garde , on leur tuë beaucoup de monde,
&on fait quartier au Baronde Noſtits. Ils prennent toutes les précautions imaginables pour nous cacher leur Retraite. Ils
font d'abord repaſſer leur gros Bagage,& repaffent eux-mémes quelque temps apres à la faveur d'un grand Brouillard qui les empeſche d'eſtre apperceus.
Ondécouvre le matin qu'ils ont abandonné leur Redoute ; &
comme on les voit qui ſe reti- rent encor , favoriſez d'un Ca
GALAN T. 189
non qu'ils ont poſté de l'autre coſte du Rhin , M² de Monclar enfait poſter du fien ,&les oblige par là à ſe retirer avec une précipitation qui eſt cauſe que beaucoup d'entr'eux ſont noyez. Ils nous laiſſent tout les Bateaux du gros bras du Rhin ,
&s'échapent apres avoir brûlé tous ceux qui estoient par delà- 1 Ifle , auffi-bien que quelques piles de Foin , mais nous profi- tons du Fourrage qui eſt dans leur Champ. Les Ennemis ne repaſſent chez eux que pour y
eſtre battus , & c'eſt par ce Combatque finit la Campagne de l'Armée des Cercles , avant
que d'eſtre incorporée à celle du Prince Charles. Le Pont
qu'avoit fait conſtruire le Prin- ced'Eyfenach ne luy ayant fer- vy qu'aſe retirer apres enavoir
190 LE MERCVRE perdu la moitié , Monfieur de Monclar paſſe ſur celuy de Bri- fac , & entre dans le Briſgau.
M.le Marquis de la Valette le joint auſſi-toſt apres avec ſa Bri- gade. leGeneral ennemy en eſt • furpris , &plus encor d'apren- dre queM' le MareſchaldeCréquy fait conſtruire un Pont à
Rhenau pour paſſer le Rhin. II réſout de s'y oppoſer. M. de Monclar qui obferve ſes mou- vemens,envoye M.de Caumont,
Capitaine & major du Regi.. ment de Belport, avecdeux Ef- cadrons , pourſe ſaiſir d'unPaf- ſage. Ils font pouſſez par ſept des Ennemis , &ſe tirent pour- tant d'affaires ſans perdre qu'un ſeul Capitaine. Le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Poſte de Capelqui eſt vis-à-vis de Rhe- nau ,mais il eſt embaraſſé par
GALANT. 191
L
un nouveau General. Il croit
que M. de monclar fonge à ſe faifir d'Offembourg. Cette pen- ſée luy fait diviſer ſes forces. Il y
envoye du monde , & à Fribourg ; & pendant ce temps ,
Monfieur de Créquy ſe rend maiſtre du Poſte que le Prince d'Eyſenach avoit eu deſſein d'occuper. C'eſt ce que beau- coup de Relations n'ont pas aſſez ny marqué , ny éclaircy.
M. de Créquy voulant donner de l'inquietude au Ennemis ,
- laiſſe ſes Ordres à Monfieur le
Comtede Maulevrier - Colbert
- Lieutenant General , pour faire paffer l'Armée ſur le Pont du Rhin,&fait marcher les Briga- - des de la Valete & de Dugas ,
avec les Regimens de Dragons de Liſtenay & de Theſſe, entre Strafbourg & Offembourg. Il
192 LE MERCVRE
s'avance pres de Vilſtet. Il ap- prend que les Ennemis y vien- nent camper , & juge à propos d'y attendre un plus grand CorpsdeTroupes pour paſſerla Riviere devant eux. Il n'a pas le temps de le faire. Un Party lui rapporte que le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Fort de Kill , ce qui luy eſt bien-toſt apres confirmé par une grande pouffiere. Il croit qu'il faut ten- ter le Paſſage par des guez,quoy que difficiles, m' le marquis de Genlis fait les Détachemens de
la premiere Colomne , Monfieur le Comte de Roye ceux de la
ſeconde , & M. de monclar ſoûtient ces deux Lignes. м. lе маг- quis de Riverolles ſe met à la
teſte des Gens detachez , paffe l'eau , & tâche d'ébranler les Ennemis. Ils font grand feu fur
luy ,
Y
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luy , il retourne à la charge , il eſt bleſſé ,&M. de Monteſquiou Capitainedans ſon Regiment ,
tué. Les Dragons de Liſtenay s'aprochent des hayes , mettent pied à terre , & rendent les abords de la Riviere plus faciles. M'les marquis de Ranes
de Lambert , & de Bouflairs ,
pouffent quelques Troupes , &
apres les premieres eſcarmou- ches , ébranlent les Ennemis ,
qui à la faveurd'une Digue ſe placent aſſez prés des Noſtres.
Monfieur le mareſchal de Créquy fait auſſitôt avancerlesRe- gimensde la Valete, deCayeux,
&de Villars. Le marquis de ce nom , qui en eſt Colonel , ſe met àla teſte des premiersEſca- drons , montre une vigueur ex- traordinaire , & les anime par ſon exemple. IldéfaitunegranTome VIII. I
194 LE MERCVRE deGarde des Ennemis , &pouf- ſe pluſieurs Efcadrons deCui- raffiers. M les marquis deRa- nes , de Lambert , & de Bouflairs , placent les Dragons de Theſſe & de Liſtenay le long de la Digue. Ils font voir une activité ſurprenante , & char- gent les Enriemis avec tant de vigueur&de courage , que les ayant mis en deſordre , ils les auroient entierement défaits ,
ſansl'arrivée de la nuitqui fa- voriſa leur Retraite. Pluſieurs
de leursOfficies furent tuez ,&
ils laiſſferent plus de fix cens Hommesſur la place , ſans plus de fix- vingt Chariots qu'ils abandonnerent. Cette occafion
nenouscouſtapas vingtHom- mes. M. de Roquefeüille Corne- te desGardes de M. le marefchal deCréquy ,&M. deBriail
GALANT. 195 le l'un de ſes Pages , y furent bleſſez , le dernier à la jambe ,
&l'autre au bras d'un coup de Piſtolet qu'il y reçeut. Avant le Combat , M. deGaſſion cher- chantàreconnoiſtre les Ennemis , tomba dans la Colomne de
leur premiere Ligne , &foûtint toute leur Cavalerie qui le pouſſa.Il neperditque fixHom- mes , & s'en eſtant glorieuſe- ment retiré , on peut dire que c'eſt preſque contre toute une Armée qu'il acombatu. On n'a peut-eſtre pas reflechy ſur une choſe qui fait en deux mots I'Eloge de M. le Mareſchal de Créquy. L'Armée de l'Empe- reur eftant venuë juſqu'àMou- zon ,a eſté obligée de s'en re- tourner ſans avoir rien fait ; &
M.de Créquy faitune fi extra- ordinaire diligence , qu'il eſt I ij
196 LE MERCVRE
dans les Terres de l'Empire plûtoſt qu'elle , &bat l'Armée des Cercles avantqu'aucune de ſes Troupes ſoit arrivée. C'eſt
tout ceque peutfaire &la plus ſage conduite ,& la plus exacte prévoyance. Cette déroute fut doublement ſenſible au Prince
deSaxe-Eyfenach. Meſſieurs de Strasbourg qui craignent &
cherchent àménager les Vain- queurs qui ne font pas éloi- nez n'oferent recevoir des
Troupes batuës, &celles- cy fu- rent contraintes de ſe refugier dans une Iſle appellée l'Iſle du Pont de Strasbourg. Elles s'y trouverent fort incommodées.
Elles nepouvoient aller au fou- rage, & elles eſtoient encor ſi épouvantéesdela manieredont elles avoient veu combatre les
François, qu'elles nevouloient
,
GALANT. 197 point fortir de cette Ifle ſans Sauf - conduit. Le ſeul expe- dient que le Prince d'Eyſenach trouva pourſe dégager, fut de prier M'de Strasbourg d'aller enCorps chez le Refident du
Roy, &de l'engager à joindre K
-ſes prieres aux leurs pour obte -nir unPaſſeport de Monfieurle Mareſchal de Créquy. L'ex- pedient eft nouveau , &ne pa- roiſtroit pas croyable dans un Roman. Monfieurdu Pré Réſident de France écrivit. La Lettre fut envoyée par un Trom- pete au nom de la Republique de Strasbourg , & ce qu'onde- mandoit fut accordé. Les François ſont auffi honneſtes que braves , & ne refuſent rien
quand on ſe ſoûmet. Vous avez veu lePaſſeport , il eſt imprimé dans la Gazete. Le lendemain
4
I iij
198 LE MERCVRE
du Combat , Monfieur de Créquy ſçachant que les Ennemis ayoient fait un grand amas de Fourrages dans Vilſtet , crût qu'il eſtoit de conſequence d'envoyer brûler les Magaſins & toutes les Maiſons dans lefquelles il y en avoir. M le Comte de la mothe fut détaché avec trois cens Chevaux
pour faire cette Expédition.
Apres avoir pouffé quelques Troupes qu'il rencontra en chemin , il ſe rendit à Vilſtet & fut fupris de trouver Gar- niſon dans le Chafteau. C'eſt
une Tour de grandes pierres quarrés , & environnées d'un bon Foffe. Il envoya un Trom- pete fommer laGarniſon de ſe rendre , & fur le refus qu'elle en fit, il donna ordre qu'ondiſt au Commandant , que s'il ſe
6
GALANT. 199 défendoit , il le feroit pendre à
la Porte , fans aucun quartier pour les Soldats. Ils voulurent
compofer , &ayant inutilement demandé à fortir avec armes &
bagages, ils ne furét reçeus qu'à difcretion. Il avoit fait mettre
pied àterre à ſes Cavaliers , &
quand ils le virent en reſolution de les attaquer , ils ſe rendirent.
Il envoya la Garniſon à M. de Créquy , fit mettre le feu au Chaſteau , & àtoutes les maіſons oùil y avoit du Fourrage ,
& enſuite aux magaſins de Foin qui estoient fort conſidérables.
C'eſt l'uſage de la Guerre , &
il n'y a point de voye plus prompte pour chaffer un En- nemy , quede luy oſterles mo- yens de fubfifter. Cette raiſon a
obligé Monfieur le mareſchal de Créquy à faire brûler beau I iij
200 LE MERCVRE
coup de Fourrages &de mou- linsen deçadu Rhin , & M. de Monclar a fait la meſme choſe
dans le marquiſat de Bade ,
dans les Bourgs du Briſgau, &
dans tous les Lieux où les Ennemis pouvoient prendre des Quartiers d'Hyver. C'eſt par où il a finy la Campagne , l'Ar- mée qu'il commandoit en Chef ayant eu ordre de ſe joindre à
celle de M. de Créquy , pour n'en plus compoſer qu'une fous le Commandement de се ма
refchal.
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Résumé : Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
Le texte relate la campagne militaire du Baron de Monclar contre l'Armée des Cercles, composée de troupes de divers États allemands. Cette armée, initialement dirigée par le Prince de Bade-Dourlach, est ensuite commandée par le Prince de Saxe-Eyfenach après la mort du premier. L'Armée des Cercles, également appelée Armée de l'Empire ou Armée des Cercles du Haut-Rhin, se dirige vers Strasbourg mais est empêchée de traverser le Rhin par le magistrat local. Après avoir traversé, elle se dirige vers Schelestat mais recule face aux fortifications. Le Prince de Saxe-Eyfenach se rend ensuite à Colmar, où il demande des fonds aux États de Suabe pour subvenir aux besoins de ses troupes. Pendant ce temps, le Baron de Monclar défend efficacement les places françaises, empêchant les ennemis de prendre des châteaux stratégiques comme celui de Sainte-Croix près de Colmar. L'armée des Cercles, après avoir ravagé les environs de Colmar, se retire à Bâle en raison de la maladie du Prince de Saxe-Eyfenach. Les deux armées s'affrontent près de Bâle, avec des escarmouches et des constructions de retranchements. Plusieurs officiers français et allemands se rencontrent à Bâle, mais les combats continuent. Une tentative de trahison par un officier français est déjouée. Les troupes françaises, sous le commandement du Baron de Monclar et du Maréchal de Créquy, harcèlent et battent les ennemis, les forçant à se retirer. Les Français construisent des redoutes et harcèlent les ennemis, les obligeant à se retirer précipitamment et à abandonner leurs positions. Le texte décrit également plusieurs affrontements où les troupes françaises, dirigées par des officiers comme le Marquis de Noailles et le Comte de la Mote, infligent des pertes significatives aux ennemis. La campagne se conclut par la retraite des troupes des Cercles, qui repassent le Rhin en laissant derrière eux des pertes humaines et matérielles. Par ailleurs, l'Armée de l'Empereur, arrivée à Mouzon, dut se retirer sans action notable. Le maréchal de Créquy, par une diligence exceptionnelle, battit l'Armée des Cercles avant l'arrivée de ses propres troupes. Cette défaite fut particulièrement dure pour le Prince de Saxe-Eyfenach. Les habitants de Strasbourg, craignant les vainqueurs, refusèrent d'accueillir les troupes battues, qui se réfugièrent sur l'Île du Pont de Strasbourg, où elles furent très inconfortables et refusèrent de quitter l'île sans sauf-conduit. Le Prince d'Eysenach demanda au représentant de France à Strasbourg d'obtenir un passeport du maréchal de Créquy, ce qui fut accordé. Le lendemain de la bataille, le maréchal de Créquy envoya le comte de la Mothe brûler les magasins de fourrage et les maisons à Vilstet. Après avoir repoussé quelques troupes ennemies, le comte de la Mothe surprit une garnison dans le château de Vilstet. Après une négociation, la garnison se rendit et fut envoyée au maréchal de Créquy. Le château et les magasins de fourrage furent incendiés. Cette stratégie, visant à priver l'ennemi des moyens de subsistance, fut également appliquée par le maréchal de Créquy et le marquis de Monclar dans diverses régions. La campagne se termina par la jonction des armées sous le commandement du maréchal de Créquy.
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127
p. 299-304
Tout ce qui s'est fait en Flandre depuis le Mois dernier. [titre d'après la table]
Début :
Je la quite pour vous entretenir de ce qui s'est [...]
Mots clefs :
Flandre, Longueval, Guerre, Prince d'Orange, Prisonniers
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est fait en Flandre depuis le Mois dernier. [titre d'après la table]
Je la quite pour vous entretenirde ce qui s'eſt paffe dans celle de Flandre depuis
ma derniere Lettre. Les Ennemis n'ont fongé qu'à s'y éta- plir une communication libre entre Bruxelles & Mons , & à
faire des Redoutes. Il ne nous
faudra qu'un moment pour de-
GALANT. 201
truire leurs Ouvrages. Qui prend Valenciennes d'affaut ,
&force Cambray àſe rendre ,
forcera des Redoutes quand il voudra. Aufſi les avons - nous
laiſſe faire. Puis qu'ils fongent à ſe defendre, ils ne ſe croyent plus en état de nous attaquer.
Cependant toutes leurs pré- cautions ne les peuvent mettre à couvert de nos entrepriſes.
On a étably des Contribu- tions ; & comme la Guerre a
ſes Loix pour faire payer ceux quionttrop de lenteur à y fa- tisfaire , Monfieur le mareſchal
deHumieres a puny ce retar- dementpar quelques vifites un peu chagrinantes pour les né- gligens. Outre le Camp volant de Monfieur le Baron de Quin- cy il eſtoit accompagné de Meſſieurs de Joyeufe &d'Al
i i
202 LE MERCVRE
bret , qui commandoient de grands Détachemens. Ils ont eſté ſur le bord du Canal de Bruges, où la Chaſtellenie d'Y- pres les envoya prier d'attendre trois jours. M. le marefchal de Humieres paſſa le Canal , affura les Contributions , s'approcha
de, Gand , & revint joindre
Monfieur le Duc de Luxem- bourg. Le Prince d'Orange quita l'Armée , & en laiſſa le Commandement au Comte de
Valdec , qui craignant la fa- mine ,ou du moins voulant faire meilleure chere que les
autres , envoya auffitoftdeman- der des Paſſeports à Monfieur de Luxembourg pour fes Pour- voyeurs. Il ne me reſte plus à
vousparlerque de deux Actions particulieres trop remarqua- bles pour me difpenfer de leur
GALANT. 203 donner les loñanges qui leur font deües. Elles ſont de deux
Parens du meſine nom. La pre- miere eſt de Monfieurle Comte
de Longueval qui commande les Dragons Dauphins. Il fut détaché pour aller dans l'Iſle de Bierutick , à deux lieuës de
Fleſſingue , & ayant paffé à la faveur d'une marée baffe , &
fous la Mouſqueterie d'une Re- douted'un Fort&d'un longParapet qui estoit garny d'Infan- terie, ilymit le feu enplein mi- dy , & ſe retira avec plus de foixante Priſonniers . Quelque hardiequefoit cetteAction, on pouvoit tout attendre d'un
Homme qui a pris le Fort aux Vaches. Ce qui fuit ne vous
paroiſtra pas moins digne d'e- ftre admire , & vous yverrezde lapreſence d'efprit meſlée avec
(
I vj
204 LE MERCVRE
beaucoup de courage. M² de Longueval Capitaine de Ca- valerie , ayant eſté détaché avec cinquante Maiſtres pour quelque Expédition , prit un Guide qui connoiſſoit fi mal les lieux , que s'eſtant égarez ,
ils ſe trouverent au milieu du
Campdes Ennemis,à trente pas dela Tente du Prince de Naffau. M de Longuéval ayant adroitement découvert qu'il n'y eſtoit pas , entra dans la Tente , le demanda, &dit qu'il luy venoit rendre compte d'une Commiſſion dont ill'avoit chargé. Il ajoûta qu'il avoit eu beaucoup de fatigue , & pria qu'on luy fiſt donner quelques rafraichiſſemens. On luy ap- porta des Eauxglacéesde tou- res fortes ,& pendant le repos qu'il feignoit de prendre, il exa-
GALANT. 205 minatous ceux qui estoientdas
la Tente ,& les ayantjugez in- capables de luy refifter , il s'en faiſit , fit prendre tout ce qu'il rencontra de meilleur , & traverſa le Camp Ennemy avec fon butin , &fes Priſonniers.
Cette vigoureuſe Action y mit Falarme , & il s'en apperçeut lors qu'il en fortoit.
ma derniere Lettre. Les Ennemis n'ont fongé qu'à s'y éta- plir une communication libre entre Bruxelles & Mons , & à
faire des Redoutes. Il ne nous
faudra qu'un moment pour de-
GALANT. 201
truire leurs Ouvrages. Qui prend Valenciennes d'affaut ,
&force Cambray àſe rendre ,
forcera des Redoutes quand il voudra. Aufſi les avons - nous
laiſſe faire. Puis qu'ils fongent à ſe defendre, ils ne ſe croyent plus en état de nous attaquer.
Cependant toutes leurs pré- cautions ne les peuvent mettre à couvert de nos entrepriſes.
On a étably des Contribu- tions ; & comme la Guerre a
ſes Loix pour faire payer ceux quionttrop de lenteur à y fa- tisfaire , Monfieur le mareſchal
deHumieres a puny ce retar- dementpar quelques vifites un peu chagrinantes pour les né- gligens. Outre le Camp volant de Monfieur le Baron de Quin- cy il eſtoit accompagné de Meſſieurs de Joyeufe &d'Al
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202 LE MERCVRE
bret , qui commandoient de grands Détachemens. Ils ont eſté ſur le bord du Canal de Bruges, où la Chaſtellenie d'Y- pres les envoya prier d'attendre trois jours. M. le marefchal de Humieres paſſa le Canal , affura les Contributions , s'approcha
de, Gand , & revint joindre
Monfieur le Duc de Luxem- bourg. Le Prince d'Orange quita l'Armée , & en laiſſa le Commandement au Comte de
Valdec , qui craignant la fa- mine ,ou du moins voulant faire meilleure chere que les
autres , envoya auffitoftdeman- der des Paſſeports à Monfieur de Luxembourg pour fes Pour- voyeurs. Il ne me reſte plus à
vousparlerque de deux Actions particulieres trop remarqua- bles pour me difpenfer de leur
GALANT. 203 donner les loñanges qui leur font deües. Elles ſont de deux
Parens du meſine nom. La pre- miere eſt de Monfieurle Comte
de Longueval qui commande les Dragons Dauphins. Il fut détaché pour aller dans l'Iſle de Bierutick , à deux lieuës de
Fleſſingue , & ayant paffé à la faveur d'une marée baffe , &
fous la Mouſqueterie d'une Re- douted'un Fort&d'un longParapet qui estoit garny d'Infan- terie, ilymit le feu enplein mi- dy , & ſe retira avec plus de foixante Priſonniers . Quelque hardiequefoit cetteAction, on pouvoit tout attendre d'un
Homme qui a pris le Fort aux Vaches. Ce qui fuit ne vous
paroiſtra pas moins digne d'e- ftre admire , & vous yverrezde lapreſence d'efprit meſlée avec
(
I vj
204 LE MERCVRE
beaucoup de courage. M² de Longueval Capitaine de Ca- valerie , ayant eſté détaché avec cinquante Maiſtres pour quelque Expédition , prit un Guide qui connoiſſoit fi mal les lieux , que s'eſtant égarez ,
ils ſe trouverent au milieu du
Campdes Ennemis,à trente pas dela Tente du Prince de Naffau. M de Longuéval ayant adroitement découvert qu'il n'y eſtoit pas , entra dans la Tente , le demanda, &dit qu'il luy venoit rendre compte d'une Commiſſion dont ill'avoit chargé. Il ajoûta qu'il avoit eu beaucoup de fatigue , & pria qu'on luy fiſt donner quelques rafraichiſſemens. On luy ap- porta des Eauxglacéesde tou- res fortes ,& pendant le repos qu'il feignoit de prendre, il exa-
GALANT. 205 minatous ceux qui estoientdas
la Tente ,& les ayantjugez in- capables de luy refifter , il s'en faiſit , fit prendre tout ce qu'il rencontra de meilleur , & traverſa le Camp Ennemy avec fon butin , &fes Priſonniers.
Cette vigoureuſe Action y mit Falarme , & il s'en apperçeut lors qu'il en fortoit.
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Résumé : Tout ce qui s'est fait en Flandre depuis le Mois dernier. [titre d'après la table]
Le texte relate les récents événements en Flandre. Les ennemis ont tenté d'établir une communication entre Bruxelles et Mons et de construire des redoutes. Les forces françaises ont choisi de laisser les ennemis se fortifier, sachant qu'elles pourront détruire ces ouvrages facilement. Occupés à se défendre, les ennemis ne peuvent plus attaquer. Les opérations françaises continuent malgré tout. Des contributions ont été établies, et le maréchal de Humieres a puni les retards de paiement par des visites punitives. Accompagné de plusieurs officiers, il a traversé le canal de Bruges, assuré les contributions, approché Gand, et rejoint le duc de Luxembourg. Le prince d'Orange a quitté l'armée, laissant le commandement au comte de Valdec, qui a demandé des passeports pour ses pourvoyeurs. Deux actions remarquables sont mises en avant. Le comte de Longueval, commandant des dragons Dauphins, a capturé plus de soixante prisonniers lors d'une mission dans l'île de Bierutick. Ensuite, en tant que capitaine de cavalerie, il a infiltré le camp ennemi, volé des provisions et capturé des prisonniers après avoir feint de rendre compte d'une commission au prince de Nassau.
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128
p. 307-330
Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Début :
Il ne faut pas que le plaisir de la Danse [...]
Mots clefs :
Guerre, Ennemis, Troupes, Gardes, Escadrons, Armée, Mr de Monclar, Maréchal de Créquy, Camp, Rhin, Prince Charles, Distinguer, Action, Généraux
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Il ne faut pas que le plaifir de la Danſe nous faffle renoncer à la Guerre. Retournons
aux bords du Rhin. Nous y
avons laiſſe Mr le Mareſchalde
Créquy vainqueur du Prince d'Eyſenach , qui ne peut trou ver moyen de fortir de l'Iſle où it s'eft caché apres avoir efté batu , qu'en faiſant demander un Paffeport. Il luy eſtaccor- dé,mais il a hontedes'en fervir, &cependant il en tire fa
108 LE MERCVRE
ſeûreté malgré luy , puis qu'il eft cauſe qu'on s'éloigne fans l'attaquer, &qu'il a le temps d'attendre l'Armée du Prince
Charles pour le dégager. Ce Prince paſſe enfin à Philif- bourg, &vient ouvrir un paf- fage au reſte des Troupes trem- blantes du Prince de Saxe , qui croyent toûjours voir des François. Ils ſe joignent. Ce n'eſt pas tout ,&ce que je vay vous dire vous ſurprendra. On ne l'a point ſçeu , ou du moins on n'en a point parlé. L'Empire & l'Eſpagne au deſeſpoir de voir toute une Campagne per- duë, &que tant de Troupes ayent péry fans avoirofé tenter aucune entrepriſe,prennent de grandesmeſures pour en rendre La fin glorieuſe , & furprendre les François, comme fi leRoy,
GALANT. 209
ſes Miniftres, & ſes Generaux,
eſtoient capables de manquer de prévoyance , & ne pené- troient pas leurs deſſeins. Le Miniſtre d'Eſpagne qui eſt dans l'Armée du PrinceCharles pour luy ſervir de Conſeil , &répon- drede ſa conduite, uſe de toutes les précautions poffibles pour fournir ou faire fournir à
ſes beſoins. Il luy fait tirer de Vienne, de Ratisbonne , & de
toute l'Allemagne , des ſecours d'argent , de proviſions , & de monde. Il groffit ſon Armée des Garniſons &des Milices de
l'Alface , du Briſgau , du Palatinat,&de Philifbourg. Vorms,
Spire , & Treves , le ſecourent auffi de leur coſté.Ainfi fortifié
de Troupes , appuyé de Con- feil, rafraiſchy,& ne manquant point d'argent , il affure la Mai
210 LE MERCVRE
fon d'Auſtriche qu'il prendra Scheleftat cette Campagne ,
batra les François , & fera le Blocus de Brifac. Avectous ces
avantages diférens ', il a encor la liberté de paſſer ſur le Pont de Strasbourg. Il ypaſſe. Mon- ſieur de Créquy plus diligent que ce Prince, ſe trouve de l'autre coſté avant luy , for- tifié des ſeules Troupes que commandoit Mr de Monclar.
Il en envoye quelques - unes pour ſe ſaiſir du Chaſteau de
Kokberg , qui eſt une vieille
Mafure,maisuntres-bonPoſte.
Ces Troupes occuperent en meſme temps les autres Poſtes des environs. Ellesy arriverent quelques heures avant les Ennemis qui marchoient dans le mefme deffein. Ils avoient envoyé leurs meilleures Troupes
GALAN T. 211
de Cavalerie , qui eftoient des
vieux Regimens de l'Empire &
des Creates.Cinquante Gardes
du Roy qui s'eſtoient avancez pour tâcher à découvrir leur marche, furent rencontrez d'un fort gros Eſcadron , qu'il char- gerent avec autant de réſolu- tion que fi leurs forces avoient efté égales. L'Exempt qui les commandoit fut tué. LesGardes s'opiniâtrerent à le retirer,
& le remporterent apres avoir vange ſa mort fur un grand nombred'Ennemis qui leur laif- ferent quelques Cuiraffes &des Sacs de Grain. Les Ennemis
firentenfuite quelques mouve- mens pour ſurprendre M. de Créquy. Il penetraleur deſſein,
&ne les voulant point laiffer paſſer du coſté de Saverne , il eut la prévoyance d'aller choi
212 LE MERCVRE
il eut la prévoyance d'aller choiſir unterrain propre pour mettre ſon Armée en bataille;
&apres avoir laiſſé dans le Vil- lage qui estoit à la gauché de noftre Camp , trois Bataillons commandez par M. de Feuquieres, &trois cens Hommescommandez par Monfieur deRef- nel, il fit décamper, rangealuy- meſme fon Armée en bataille
àmeſure qu'elle avancoit , &
mit des Troupes dans les Villages des environs , qui ſe re- trancherent , &qui auroient ar- reſté longtemps les Ennemis s'ils euſſent voulu donner une
Bataille generale. M. deVaube- cour Capitaine des Chevaux
Legers; revint,& ramena vingt- fept Chevaux , & douze Cui- raffiers pris à l'Arrieregarde des Ennemis , qui parurent ſur une
5
GALAN T. 213
Hauteur preſque vis-à-vis de Kokberg, où ils mirentdesDra- gons. On detacha vingt Cara- biniers des Gardesdu Roy , qui firent teſte aux petites Troupes qui s'étoient avancées.lls furent ſoûtenus par un Eſcadronde la grand'Garde , &par les Gardes ordinaires , qui eſtant montez ſur la Hauteur , chargerent les Ennemis , qui s'approcherent ,
&les poufferent affez loing à la veuë du Prince Charles. Un
Rendu afſura qu'il avoit empef- ché que ſes Gens ne retournaf- ſent à la charge. M. de Soulffe qui avoit fait avancer pluſieurs Troupes par derriere , chargea les Noftres ,&leur fit deſcen- dre la Hauteur. Mrs de Choiſeüil&de Renty qui étoientde jour , ayant fait avancer deux Eſcadrons de la Brigade de la
214 LE MERCVRE Valete , pour ſoûtenir leurDé- tachement , firent remonter les
Carabiniers & les Gardes ordinaire , qui reprirent leur pre- mier Poſte , & quand tout fut biendiſpoſé , ils chargerent l'un & l'autre par l'ordre de Mon- ſieur le Marefchal de Créquy.
Cette charge fut vigoureuſe.
On repouſſa les Ennemis fort loin , &l'on ſe tint longtemps en preſence. Monfieur le Ma- reſchal qui vit arriver beaucoup d'Eſcadrons aux Ennemis , envoya ordre à la Brigade des Gardes du Corps du Roy de monter ſur la Hauteur avec
toute la Brigade de la Valete.
Ellesſe mirent ſurdeuxLignes,
ayant deux Efcadrons de Dra- gons à leur droite. La Brigade des Gardes du Roy foûtint avec une fermeté incroyable untres
GALANT. 215 grand nombre de Cavalerie.
Elle ſe meſla , & entra l'Epée à
la main dans tous les Eſcadrons
avancez.Ce fut en ce tempsque łaCompagniedes Chevaux-Le- gers s'eſtant ſeparée en deux ,
chargea&tailla enpieces deux gros Eſcadrons. Lagauche des Ennemis plia. La droite en fit de meſme, & leur trenteEfca- drons furent mis en deſordre ,
& pouffez juſque dans leur Camp. M. deCréquy fit fonner la Retraite , mais ce ne fut que pour remettre nos Eſcadrons en
Bataille. Ce ſoin fut inutile. Les
Ennemis n'oferent revenir à la
charge , & firent ſeulement avancerdu Canon fur les ſept heures du foir pour dépoſter nos Gardes ordinaires qui eſtoiet demeurez ſur la Hauteur.
Ontiraquelquescoupsfansnul
,
216 LE MERCVRE
effet ; &voyant que nos Trou- pes ne s'ébranloient point , ils fe retirerent avec leur Canon.
Comme la nuit approchoit , M. leMarefchal fit auſſi retirer les
Troupes qui estoient en batail- le, & les renvoya dans leurs Poſtes. Elles paſſerent la nuit auBiovac. Onvit dans ce momentles Ennemis étendredeux
Lignes de Cavalerie à la portée denoftregros Canon. Ils s'éloi- gnerent à la pointe dujour. Sur Ieshuit heures, Mr le Maréchal
fit avancer quatre Pieces de Canonàcinqcens pas de Kok- berg,pour faire retirer lesEſca- drons des Ennemis qui estoient
poſtez ſur une Hauteur ; &
M. le Marquis de la Freſeliere les pointa ſi juſte , qu'illes força à la retraite , & tua pluſieurs Cavaliers. Le Colonel Mortagne
GALANT. 217
tagneen fut tué à la teſtede ſon Batail- lon. Voilà tout ce qui s'eſt paſſe à la grande Affaire de Korberg le jour qui l'a précedé &le lendemain. J'ay fait une Liſte de trente ou quarante Noms
des principauxAllemans qui ont efte tuez oubleſſez , que je vous envoye- raylapremiere fois , fi vous m'aſſurez que la rudeſſe de leur prononciation nepeut rien avoir qui vous effarouche.
Je vous diray en attendant , qu'on ga- gne ſouvent des Batailles , ſans queles avantages en ſoient plus grands que ceux que cette occafion nous a fait avoir. Des Timbales , des Etendarts,
desPriſonniers de confideration , celuy qui commandoittué, pluſieurs bleffez,
&ce qui eſt ſurprenant , aucun des Noſtres au pouvoir des Ennemis. La
plûpart avoient des Cuiraffes , &il eſt àcroire que ſans cela il en ſeroit peu reſté. Iamais on n'a fait voir tantde valeur , &jamais tant deGens neſe ſont fignalez dans une meſme occafion. Ils meritent de grandes loüanges , & je puis leur endonner qui n'auront rien de ſuſpect. Elles ſont de leur General.
Tome VIII K
218 LE MERCVRE
CegrandCapitaine avoulurendreju- ſtice àleur valeur , & fa modeſtie a
eſté telle ,que quoyqu'il ait eſté l'ame de tout , il n'a parlé que de ce qu'ils ontfait. Voicy enquels termesil écrit &desBraves &desCorps qui fe font fignalez.
M. de S.Eſteſve s'y conduifit en bon brave Chevau Leger. M. Bastiment fit auffi parfaitement , & M. Marin fut affez beureux pourfaireunecharge fi à propos , qu'elle contribua beaucoир aufuccés de l'Action. M. dela Serre de Neufchelle firentbien temanége deGensquisçaventse conduire parfai.
tement &M. de la Fitte avec l'altivité qu'on luy connoiſt , ſe porta par tout avec beaucoup de vigueur &de conduite ; mais lors que lameſlée estoit plusforte,&quele General Major Haran marchoit pour prendre enflanc nos Troupes qui estoient attachées au Combat ,M. deBuzanvalqui comman- doit les Gens-d'armes , M. de Nonan
faisant les fonctions de Brigadier ce jour-là , & M. de Valbelle &de Va lancé,avec les Chevaux-Legers , fi-
GALAΝΤ. 219 rent une charge d'autantplus admira- ble ,qu'ellefut opiniatrée &menée avec toute lavigueurpoſſible. Les Chevaux Legers de laGardeſeſurpaſſerent , &
je croyquedepuis long-temps on n'a ven une Action faite avec tant de vigueur tant d'ordre. 3
Dansunautreendroit parlantdel'a- &ion de cette grande Journée , il ajoû- te, &à laquelle Monsieurde Vendof- me,& Monsieur le Comte de Schom- bergſeſont trouvez , donnant par leur exempleune grande chaleur au Combat.
M. le Chevalier d'Estrades àqui j'a- vois ordonné de prendre les Gardes or- dinaires,les mena avec une vigueurin- concevable. Le fuis obligé de faire re- marquerauRoy la valeur de la Brigade de la Falete , & de fon Regiment en particulier anffi-bien que de celuy de M. de Cayeux , &fingulierement ce qu'a fait M. de Villars dans le cours
decetteAction. Il fut avec ſon Regi- ment souvent meſté avecles Ennemis,
&toûjours avec l'avantage qui estdeû àsa valeur & àſa conduite. M. de Choifewil dans tout ecCombat amerité
Kij
220 LE MERCVRE
eaubcoup de loüanges , &que Sa Ма- jesté luy sçache bongré de son zele &
defon application en tout rencontre.
Il marque encor dans un autre en- droit , que M. de Choiſeüil & M. de Renty, menerent cette Affaire avec beaucoup de vigueur &de capacité.
Si leGeneral eſt content de tous ces
Braves , ils ont bien ſujetde l'eſtre de luy. On combat pour la gloire , &en leur rendant à chacun celle qui leur eſt deuë , il fait que la loüange de l'un eſt diférente de celle de l'autre , en ſorte
qu'elle ſe donne toute à la maniere donton s'eſt diſtingué ,ſans qu'il y ait rien de general. Mais s'il a renduju- ſticeaux autres, on apris ſoinde repa- rer l'injuſtice qu'il s'eſt faite , en ne diſant riendeluy. Voicy de quellema- niere enparle la Relation d'un Officier General , qui a autant de cœur &de conduite , que d'intelligence dans le Meſtier de laGuerre..
Ie n'ose rien dire de Monsieur le
Mareschal , parce que je peindrois mal Sa Valeur&Sa capacité; maisles ordres qu'il a donnez à son ordinaire , &la
GALANT. 22-1
diſpoſition qu'il apporta,fit le gain de ce grand chaud Combat , &je puis dire avec tous les Témoins de cette
Action, qu'il ne faloit pas moins qu'un Homme comme luy pour la mener à une,
fin glorieuse.
Vousvoyez , Madame , que toutes ces loüanges ne ſont point de moy;
mais quand par modeſtie Monfieur le Mareſchal de Créquy oublie M. le Marquis fon Fils, je dois vous dire qu'il eutunChevalbleſſé fous luy,&
qu'il fit par ſa valeur &par ſa conduite des choſes fort au dela de ce qu'on
pouvoit attendre d'un jeune Guerrier dequinze ans , car il rallia des Trou- pes,& les temena au Combat avec beaucoup de fermeté. M. le Marquis dela Ferté fit paroiſtre un courage di- gne de luy ; & à la maniere dont il ſe fignala , on auroit deviné ſans le con- noiſtre ,de quel ſang il eſt ſorty. M. leMarquis de Luzerne fit des merveil- les. Son Cheval fut bleſſé , & il eut
cinqcoups dans ſes Habits. M.leCom- te de Schomberg dont j'ay déja parlé.
en receutun dans ſes Armes. M.le
Kiij
222 LE MERCVRE
Marquis de Neſle ſe fit fort diftinguer,
auſſi-bien que M. le MarquisdeMon- teffon&M. de Boleſme. Ce furent M.s
de Valbelle &deBérange, qui firent cettebelle Action de ſéparer les Che- vaux Legers en deux Troupes pour s'oppoſer à deux Escadrons , ce qui contribua fort au gain de cette Jour- née. M. Marin que je vous ay déja nommé, avec ſon Eſcadron desGardes du Corps , en batit un de Cuiraf- fiers , &deux deMontecuculi. Il eut
deuxEtendarts ,&avoit pris unTimbalier, mais le Cheval du Timbalier
ayant eſté tué , il fut contraint d'abandonner les Timbales. Un Garde de ſa
Brigade prit leGeneralMajordelaCa- valerie de l'Empereur, &un autre le Lieutenant Colonel de Montecuculi,
fort conſidérable dans l'Armée , puis
qu'ilrecevoit les Ordres de ceGrand
Generalqu'il donnoit au Prince Char- les. Dans mapremiere Lettreje feray àmon ordinaire , & vous parleray en peu delignes de la Maiſon &du meri- te particulier de chacundes Braves qui ſe ſont faits remarquer. L'oubliois
GALANT. 123 vous dire que Monfieur de Saint Eſteſve fut undes premiers qui fit pa- roiſtre l'impatience qu'ilavoit de combatre, en courant reconnoiſtre les Ennemis , fuivy de M. de la Meſſiliere
Cadet dans les Gardes , qui eut ſon
Cheval bleffé. Il eſt de la Compagnie deNoailles , &l'on ne peut rien ajoû- terà ce qu'elle afait. Nous pouvons dire que nous n'avons rien perdu dans cette grande Action , ſi on compare noftre perte à celle des Ennemis. M. deHaubourg&de Dunefort Exempts,
onteſté tuez; & Mrs de S. Vians,Montaſeau & Guillon , auſſi Exempts ,
b'effez. M. de Valencél'a eſté pareillement.
Quoyque je vous ayedéja nommé Mrle Duc de Vendoſme parmy les Braves , ce ſeroit luy faire tort que de ne vous en rien dire de plus. Iln'eſt pas des Amis du Prince Charles qui s'eſt plaint hautement de luy , mais cesplaintes font les plus grādes loüan- gesque nous luy puiſſions donner ,
puis qu'il avoue que ce jeune Prince a beaucoup contribué à luy dérober la
King
224 LE MERCVRE Victoire qu'il s'eſtoit promiſe par toutes les raiſons que j'aymarquées.
Il eſt certain qu'on ne peutaffez ad mirer l'intrepiditéde M.de Vendoſme.
Voyantdeux de nos Eſcadrons pouf- ſez par cinqdes Ennemis , il y courut à toute bride l'Epée àlamain, les ral lia , ſe mit à leur teſte avec les Officiers,&poufla & vivement les Trou- pesoppoſées, qu'elles furent contraintes d'abandonner le Comte de Naſſau
&d'autres Commandans,qui onttous eſté pris ou tuez. Cette Action ſe fit enpreſencedepluſieurs Officiers Ge- neraux &de M. le Mareſchal de Créquy meſme , qui furent ſurpris de le voir revenir fans eſtre bleſſe , quoy qu'iln'euſtiny Cuiraffe ny Pot en te- ſte. Ils luy firent un Compliment dea &à ſa Perſonne &àſon merite , &le prierent en meſme temps de ne vou- Loir plus s'expoſer de la forte, pour ne pasmépriſer tout--à-fait les faveurs du Ciel.
aux bords du Rhin. Nous y
avons laiſſe Mr le Mareſchalde
Créquy vainqueur du Prince d'Eyſenach , qui ne peut trou ver moyen de fortir de l'Iſle où it s'eft caché apres avoir efté batu , qu'en faiſant demander un Paffeport. Il luy eſtaccor- dé,mais il a hontedes'en fervir, &cependant il en tire fa
108 LE MERCVRE
ſeûreté malgré luy , puis qu'il eft cauſe qu'on s'éloigne fans l'attaquer, &qu'il a le temps d'attendre l'Armée du Prince
Charles pour le dégager. Ce Prince paſſe enfin à Philif- bourg, &vient ouvrir un paf- fage au reſte des Troupes trem- blantes du Prince de Saxe , qui croyent toûjours voir des François. Ils ſe joignent. Ce n'eſt pas tout ,&ce que je vay vous dire vous ſurprendra. On ne l'a point ſçeu , ou du moins on n'en a point parlé. L'Empire & l'Eſpagne au deſeſpoir de voir toute une Campagne per- duë, &que tant de Troupes ayent péry fans avoirofé tenter aucune entrepriſe,prennent de grandesmeſures pour en rendre La fin glorieuſe , & furprendre les François, comme fi leRoy,
GALANT. 209
ſes Miniftres, & ſes Generaux,
eſtoient capables de manquer de prévoyance , & ne pené- troient pas leurs deſſeins. Le Miniſtre d'Eſpagne qui eſt dans l'Armée du PrinceCharles pour luy ſervir de Conſeil , &répon- drede ſa conduite, uſe de toutes les précautions poffibles pour fournir ou faire fournir à
ſes beſoins. Il luy fait tirer de Vienne, de Ratisbonne , & de
toute l'Allemagne , des ſecours d'argent , de proviſions , & de monde. Il groffit ſon Armée des Garniſons &des Milices de
l'Alface , du Briſgau , du Palatinat,&de Philifbourg. Vorms,
Spire , & Treves , le ſecourent auffi de leur coſté.Ainfi fortifié
de Troupes , appuyé de Con- feil, rafraiſchy,& ne manquant point d'argent , il affure la Mai
210 LE MERCVRE
fon d'Auſtriche qu'il prendra Scheleftat cette Campagne ,
batra les François , & fera le Blocus de Brifac. Avectous ces
avantages diférens ', il a encor la liberté de paſſer ſur le Pont de Strasbourg. Il ypaſſe. Mon- ſieur de Créquy plus diligent que ce Prince, ſe trouve de l'autre coſté avant luy , for- tifié des ſeules Troupes que commandoit Mr de Monclar.
Il en envoye quelques - unes pour ſe ſaiſir du Chaſteau de
Kokberg , qui eſt une vieille
Mafure,maisuntres-bonPoſte.
Ces Troupes occuperent en meſme temps les autres Poſtes des environs. Ellesy arriverent quelques heures avant les Ennemis qui marchoient dans le mefme deffein. Ils avoient envoyé leurs meilleures Troupes
GALAN T. 211
de Cavalerie , qui eftoient des
vieux Regimens de l'Empire &
des Creates.Cinquante Gardes
du Roy qui s'eſtoient avancez pour tâcher à découvrir leur marche, furent rencontrez d'un fort gros Eſcadron , qu'il char- gerent avec autant de réſolu- tion que fi leurs forces avoient efté égales. L'Exempt qui les commandoit fut tué. LesGardes s'opiniâtrerent à le retirer,
& le remporterent apres avoir vange ſa mort fur un grand nombred'Ennemis qui leur laif- ferent quelques Cuiraffes &des Sacs de Grain. Les Ennemis
firentenfuite quelques mouve- mens pour ſurprendre M. de Créquy. Il penetraleur deſſein,
&ne les voulant point laiffer paſſer du coſté de Saverne , il eut la prévoyance d'aller choi
212 LE MERCVRE
il eut la prévoyance d'aller choiſir unterrain propre pour mettre ſon Armée en bataille;
&apres avoir laiſſé dans le Vil- lage qui estoit à la gauché de noftre Camp , trois Bataillons commandez par M. de Feuquieres, &trois cens Hommescommandez par Monfieur deRef- nel, il fit décamper, rangealuy- meſme fon Armée en bataille
àmeſure qu'elle avancoit , &
mit des Troupes dans les Villages des environs , qui ſe re- trancherent , &qui auroient ar- reſté longtemps les Ennemis s'ils euſſent voulu donner une
Bataille generale. M. deVaube- cour Capitaine des Chevaux
Legers; revint,& ramena vingt- fept Chevaux , & douze Cui- raffiers pris à l'Arrieregarde des Ennemis , qui parurent ſur une
5
GALAN T. 213
Hauteur preſque vis-à-vis de Kokberg, où ils mirentdesDra- gons. On detacha vingt Cara- biniers des Gardesdu Roy , qui firent teſte aux petites Troupes qui s'étoient avancées.lls furent ſoûtenus par un Eſcadronde la grand'Garde , &par les Gardes ordinaires , qui eſtant montez ſur la Hauteur , chargerent les Ennemis , qui s'approcherent ,
&les poufferent affez loing à la veuë du Prince Charles. Un
Rendu afſura qu'il avoit empef- ché que ſes Gens ne retournaf- ſent à la charge. M. de Soulffe qui avoit fait avancer pluſieurs Troupes par derriere , chargea les Noftres ,&leur fit deſcen- dre la Hauteur. Mrs de Choiſeüil&de Renty qui étoientde jour , ayant fait avancer deux Eſcadrons de la Brigade de la
214 LE MERCVRE Valete , pour ſoûtenir leurDé- tachement , firent remonter les
Carabiniers & les Gardes ordinaire , qui reprirent leur pre- mier Poſte , & quand tout fut biendiſpoſé , ils chargerent l'un & l'autre par l'ordre de Mon- ſieur le Marefchal de Créquy.
Cette charge fut vigoureuſe.
On repouſſa les Ennemis fort loin , &l'on ſe tint longtemps en preſence. Monfieur le Ma- reſchal qui vit arriver beaucoup d'Eſcadrons aux Ennemis , envoya ordre à la Brigade des Gardes du Corps du Roy de monter ſur la Hauteur avec
toute la Brigade de la Valete.
Ellesſe mirent ſurdeuxLignes,
ayant deux Efcadrons de Dra- gons à leur droite. La Brigade des Gardes du Roy foûtint avec une fermeté incroyable untres
GALANT. 215 grand nombre de Cavalerie.
Elle ſe meſla , & entra l'Epée à
la main dans tous les Eſcadrons
avancez.Ce fut en ce tempsque łaCompagniedes Chevaux-Le- gers s'eſtant ſeparée en deux ,
chargea&tailla enpieces deux gros Eſcadrons. Lagauche des Ennemis plia. La droite en fit de meſme, & leur trenteEfca- drons furent mis en deſordre ,
& pouffez juſque dans leur Camp. M. deCréquy fit fonner la Retraite , mais ce ne fut que pour remettre nos Eſcadrons en
Bataille. Ce ſoin fut inutile. Les
Ennemis n'oferent revenir à la
charge , & firent ſeulement avancerdu Canon fur les ſept heures du foir pour dépoſter nos Gardes ordinaires qui eſtoiet demeurez ſur la Hauteur.
Ontiraquelquescoupsfansnul
,
216 LE MERCVRE
effet ; &voyant que nos Trou- pes ne s'ébranloient point , ils fe retirerent avec leur Canon.
Comme la nuit approchoit , M. leMarefchal fit auſſi retirer les
Troupes qui estoient en batail- le, & les renvoya dans leurs Poſtes. Elles paſſerent la nuit auBiovac. Onvit dans ce momentles Ennemis étendredeux
Lignes de Cavalerie à la portée denoftregros Canon. Ils s'éloi- gnerent à la pointe dujour. Sur Ieshuit heures, Mr le Maréchal
fit avancer quatre Pieces de Canonàcinqcens pas de Kok- berg,pour faire retirer lesEſca- drons des Ennemis qui estoient
poſtez ſur une Hauteur ; &
M. le Marquis de la Freſeliere les pointa ſi juſte , qu'illes força à la retraite , & tua pluſieurs Cavaliers. Le Colonel Mortagne
GALANT. 217
tagneen fut tué à la teſtede ſon Batail- lon. Voilà tout ce qui s'eſt paſſe à la grande Affaire de Korberg le jour qui l'a précedé &le lendemain. J'ay fait une Liſte de trente ou quarante Noms
des principauxAllemans qui ont efte tuez oubleſſez , que je vous envoye- raylapremiere fois , fi vous m'aſſurez que la rudeſſe de leur prononciation nepeut rien avoir qui vous effarouche.
Je vous diray en attendant , qu'on ga- gne ſouvent des Batailles , ſans queles avantages en ſoient plus grands que ceux que cette occafion nous a fait avoir. Des Timbales , des Etendarts,
desPriſonniers de confideration , celuy qui commandoittué, pluſieurs bleffez,
&ce qui eſt ſurprenant , aucun des Noſtres au pouvoir des Ennemis. La
plûpart avoient des Cuiraffes , &il eſt àcroire que ſans cela il en ſeroit peu reſté. Iamais on n'a fait voir tantde valeur , &jamais tant deGens neſe ſont fignalez dans une meſme occafion. Ils meritent de grandes loüanges , & je puis leur endonner qui n'auront rien de ſuſpect. Elles ſont de leur General.
Tome VIII K
218 LE MERCVRE
CegrandCapitaine avoulurendreju- ſtice àleur valeur , & fa modeſtie a
eſté telle ,que quoyqu'il ait eſté l'ame de tout , il n'a parlé que de ce qu'ils ontfait. Voicy enquels termesil écrit &desBraves &desCorps qui fe font fignalez.
M. de S.Eſteſve s'y conduifit en bon brave Chevau Leger. M. Bastiment fit auffi parfaitement , & M. Marin fut affez beureux pourfaireunecharge fi à propos , qu'elle contribua beaucoир aufuccés de l'Action. M. dela Serre de Neufchelle firentbien temanége deGensquisçaventse conduire parfai.
tement &M. de la Fitte avec l'altivité qu'on luy connoiſt , ſe porta par tout avec beaucoup de vigueur &de conduite ; mais lors que lameſlée estoit plusforte,&quele General Major Haran marchoit pour prendre enflanc nos Troupes qui estoient attachées au Combat ,M. deBuzanvalqui comman- doit les Gens-d'armes , M. de Nonan
faisant les fonctions de Brigadier ce jour-là , & M. de Valbelle &de Va lancé,avec les Chevaux-Legers , fi-
GALAΝΤ. 219 rent une charge d'autantplus admira- ble ,qu'ellefut opiniatrée &menée avec toute lavigueurpoſſible. Les Chevaux Legers de laGardeſeſurpaſſerent , &
je croyquedepuis long-temps on n'a ven une Action faite avec tant de vigueur tant d'ordre. 3
Dansunautreendroit parlantdel'a- &ion de cette grande Journée , il ajoû- te, &à laquelle Monsieurde Vendof- me,& Monsieur le Comte de Schom- bergſeſont trouvez , donnant par leur exempleune grande chaleur au Combat.
M. le Chevalier d'Estrades àqui j'a- vois ordonné de prendre les Gardes or- dinaires,les mena avec une vigueurin- concevable. Le fuis obligé de faire re- marquerauRoy la valeur de la Brigade de la Falete , & de fon Regiment en particulier anffi-bien que de celuy de M. de Cayeux , &fingulierement ce qu'a fait M. de Villars dans le cours
decetteAction. Il fut avec ſon Regi- ment souvent meſté avecles Ennemis,
&toûjours avec l'avantage qui estdeû àsa valeur & àſa conduite. M. de Choifewil dans tout ecCombat amerité
Kij
220 LE MERCVRE
eaubcoup de loüanges , &que Sa Ма- jesté luy sçache bongré de son zele &
defon application en tout rencontre.
Il marque encor dans un autre en- droit , que M. de Choiſeüil & M. de Renty, menerent cette Affaire avec beaucoup de vigueur &de capacité.
Si leGeneral eſt content de tous ces
Braves , ils ont bien ſujetde l'eſtre de luy. On combat pour la gloire , &en leur rendant à chacun celle qui leur eſt deuë , il fait que la loüange de l'un eſt diférente de celle de l'autre , en ſorte
qu'elle ſe donne toute à la maniere donton s'eſt diſtingué ,ſans qu'il y ait rien de general. Mais s'il a renduju- ſticeaux autres, on apris ſoinde repa- rer l'injuſtice qu'il s'eſt faite , en ne diſant riendeluy. Voicy de quellema- niere enparle la Relation d'un Officier General , qui a autant de cœur &de conduite , que d'intelligence dans le Meſtier de laGuerre..
Ie n'ose rien dire de Monsieur le
Mareschal , parce que je peindrois mal Sa Valeur&Sa capacité; maisles ordres qu'il a donnez à son ordinaire , &la
GALANT. 22-1
diſpoſition qu'il apporta,fit le gain de ce grand chaud Combat , &je puis dire avec tous les Témoins de cette
Action, qu'il ne faloit pas moins qu'un Homme comme luy pour la mener à une,
fin glorieuse.
Vousvoyez , Madame , que toutes ces loüanges ne ſont point de moy;
mais quand par modeſtie Monfieur le Mareſchal de Créquy oublie M. le Marquis fon Fils, je dois vous dire qu'il eutunChevalbleſſé fous luy,&
qu'il fit par ſa valeur &par ſa conduite des choſes fort au dela de ce qu'on
pouvoit attendre d'un jeune Guerrier dequinze ans , car il rallia des Trou- pes,& les temena au Combat avec beaucoup de fermeté. M. le Marquis dela Ferté fit paroiſtre un courage di- gne de luy ; & à la maniere dont il ſe fignala , on auroit deviné ſans le con- noiſtre ,de quel ſang il eſt ſorty. M. leMarquis de Luzerne fit des merveil- les. Son Cheval fut bleſſé , & il eut
cinqcoups dans ſes Habits. M.leCom- te de Schomberg dont j'ay déja parlé.
en receutun dans ſes Armes. M.le
Kiij
222 LE MERCVRE
Marquis de Neſle ſe fit fort diftinguer,
auſſi-bien que M. le MarquisdeMon- teffon&M. de Boleſme. Ce furent M.s
de Valbelle &deBérange, qui firent cettebelle Action de ſéparer les Che- vaux Legers en deux Troupes pour s'oppoſer à deux Escadrons , ce qui contribua fort au gain de cette Jour- née. M. Marin que je vous ay déja nommé, avec ſon Eſcadron desGardes du Corps , en batit un de Cuiraf- fiers , &deux deMontecuculi. Il eut
deuxEtendarts ,&avoit pris unTimbalier, mais le Cheval du Timbalier
ayant eſté tué , il fut contraint d'abandonner les Timbales. Un Garde de ſa
Brigade prit leGeneralMajordelaCa- valerie de l'Empereur, &un autre le Lieutenant Colonel de Montecuculi,
fort conſidérable dans l'Armée , puis
qu'ilrecevoit les Ordres de ceGrand
Generalqu'il donnoit au Prince Char- les. Dans mapremiere Lettreje feray àmon ordinaire , & vous parleray en peu delignes de la Maiſon &du meri- te particulier de chacundes Braves qui ſe ſont faits remarquer. L'oubliois
GALANT. 123 vous dire que Monfieur de Saint Eſteſve fut undes premiers qui fit pa- roiſtre l'impatience qu'ilavoit de combatre, en courant reconnoiſtre les Ennemis , fuivy de M. de la Meſſiliere
Cadet dans les Gardes , qui eut ſon
Cheval bleffé. Il eſt de la Compagnie deNoailles , &l'on ne peut rien ajoû- terà ce qu'elle afait. Nous pouvons dire que nous n'avons rien perdu dans cette grande Action , ſi on compare noftre perte à celle des Ennemis. M. deHaubourg&de Dunefort Exempts,
onteſté tuez; & Mrs de S. Vians,Montaſeau & Guillon , auſſi Exempts ,
b'effez. M. de Valencél'a eſté pareillement.
Quoyque je vous ayedéja nommé Mrle Duc de Vendoſme parmy les Braves , ce ſeroit luy faire tort que de ne vous en rien dire de plus. Iln'eſt pas des Amis du Prince Charles qui s'eſt plaint hautement de luy , mais cesplaintes font les plus grādes loüan- gesque nous luy puiſſions donner ,
puis qu'il avoue que ce jeune Prince a beaucoup contribué à luy dérober la
King
224 LE MERCVRE Victoire qu'il s'eſtoit promiſe par toutes les raiſons que j'aymarquées.
Il eſt certain qu'on ne peutaffez ad mirer l'intrepiditéde M.de Vendoſme.
Voyantdeux de nos Eſcadrons pouf- ſez par cinqdes Ennemis , il y courut à toute bride l'Epée àlamain, les ral lia , ſe mit à leur teſte avec les Officiers,&poufla & vivement les Trou- pesoppoſées, qu'elles furent contraintes d'abandonner le Comte de Naſſau
&d'autres Commandans,qui onttous eſté pris ou tuez. Cette Action ſe fit enpreſencedepluſieurs Officiers Ge- neraux &de M. le Mareſchal de Créquy meſme , qui furent ſurpris de le voir revenir fans eſtre bleſſe , quoy qu'iln'euſtiny Cuiraffe ny Pot en te- ſte. Ils luy firent un Compliment dea &à ſa Perſonne &àſon merite , &le prierent en meſme temps de ne vou- Loir plus s'expoſer de la forte, pour ne pasmépriſer tout--à-fait les faveurs du Ciel.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Le texte décrit des événements militaires autour du Rhin, impliquant les forces françaises et leurs adversaires. Le maréchal de Créquy, après sa victoire sur le prince d'Eysenach, est laissé en poste près du Rhin. Le prince d'Eysenach, réfugié sur une île, obtient un passeport mais hésite à l'utiliser, ce qui lui assure une sécurité relative. Pendant ce temps, le prince Charles rejoint les troupes du prince de Saxe à Philippsbourg. L'Empire et l'Espagne, désespérés par la campagne perdue, prennent des mesures pour renforcer leurs troupes. Le ministre d'Espagne, conseillant le prince Charles, organise des secours en argent, provisions et renforts de diverses régions allemandes. Le maréchal de Créquy, diligent, se prépare à défendre la région. Il occupe des postes stratégiques, dont le château de Kokberg. Les Gardes du Roi affrontent un escadron ennemi, subissant des pertes mais réussissant à récupérer leur commandant tué. Créquy dispose ses troupes en bataille et repousse plusieurs attaques ennemies. Les Français, bien organisés et déterminés, repoussent les assauts ennemis et maintiennent leurs positions. La bataille de Kokberg se solde par une victoire française, avec des pertes ennemies significatives et aucun prisonnier français. Le maréchal de Créquy et plusieurs officiers sont loués pour leur bravoure et leur conduite stratégique. Le texte mentionne également la valeur des jeunes officiers, comme le fils du maréchal de Créquy, et d'autres nobles qui se sont distingués par leur courage. Parallèlement, le texte relate une action militaire impliquant la Compagnie de Noailles, qui a réussi à minimiser ses pertes par rapport à celles des ennemis. Parmi les pertes notables, on compte la mort de plusieurs exempts, dont M. de Haubourg, de Dunefort, de S. Vians, Montaseau, Guillon et M. de Valencé. Le Duc de Vendosme est particulièrement mis en avant pour son courage. Bien que le Prince Charles ait critiqué le Duc, ses plaintes sont interprétées comme des éloges, reconnaissant la contribution du Duc à la victoire. Le Duc de Vendosme a montré une grande intrépidité en chargeant des escadrons ennemis, ralliant les troupes et forçant les opposants à battre en retraite. Cette action a eu lieu sous les yeux de plusieurs officiers généraux et du Maréchal de Créquy, qui ont salué son courage et l'ont prié de ne plus s'exposer autant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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129
p. 336-341
Le Roy donne la mesme Charge à Monsieur le Tellier. [titre d'après la table]
Début :
Cependant je ne puis m'empescher de parler de Monsieur [...]
Mots clefs :
Monsieur Le Tellier, Ministre, Charge, Chancelier, Garde des sceaux, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne la mesme Charge à Monsieur le Tellier. [titre d'après la table]
Cependant je ne puism'empécher de parler de M. le Tellier, pour apprendre da bonneheu- re à la France les avantages qu'elle doit tirer du choix que Sa Majefté.
vient de faire de ce Miniſtre pour la Charge de Chancelier &Garde des Sceaux de France. Me le Tellier, apres avoir paſſe pluſieurs années dans les Charges de Procureur du Roy au Chaſtelet &de Conſeiller au Grand
Conſeil , où il eut pluſieurs Commif
130 LE MERCVRE fions importantes, fut fait Maiſtre des Requeſtes , &en ſuite Intendant du Roy dans ſon Armée en Piémont,
puis ſon Amabaſſadeur aupres de Leurs Alteſſes Royales de Savoye ;
d'où eſtant revenu ,la Cour eftant per- fuadéedeſon merite par les Services importans qu'il avoit rendus à la Cou- ronne dans ces diférens Emplois,il fut choiſypar la ReyneMeredu Roypen- dant ſa Régence , pour eftre l'un des Secretaires d'Etat. Le Département de laGuerre luy eſtant échû, il ſervitdans cette Charge d'une maniere ſi utile à
l'Etat , & fi agreable aux Gens de Guerre , qu'on luy remit bientoſt le foindetoutes les Affaires qui la regar- doient. Il entra quelque temps apres dans le Conſeil enqualitéde Miniſtre.
Sa prudence y atoûjours paru ,& fon zele y a toûjours éclaté pour le Servi ce duRoy. Il a ſervy ce Prince pens dant les temps les plus difficiles ,avec une fidelité à l'épreuve de toutes cho- fes;&lamaniere dont il a veſcu avec
ceux qui s'écartoientde ce qu'ils de voient à leur Souverain ,leur a tou
GALANT. 213.F
B
F
1
jours fait appréhender ſes remontran- ées,& lors qu'ils ont voulu rentrer dans leur devoir, ils ont tenté pluſieurs foisd'obtenir leur pardon pat fon mo- yen ,ne connoiffant perſonne en qui l'on pût mettre plus ſeûrement en dé- poſt ſon honneur&ſa vie. De fi gran- des qualitez luy ontacquisenpluſieurs temps de grands honneurs , & luy avoient donné la confidence entiere de
la Reyne Mere ,dont il a reçeu des marques éclatantes par ſonTeftament &par les dernieres actions de ſa vie.. Tantde choſes avantageuſes luy ont attiréune conſidération particuliere du Grand Prince qu'il ſert aujourd'huy.
Onatoûjours admiréen luy une mo- dération ſans exemple, quela Fortune &les Honneurs n'ont jamais pu cor rompre ; mais parmy ces avantages il doit compter celuy d'avoir un Fils qui fert ſi bien & le Roy & l'Etat. Ie ne m'étendray point davantage ſur les grandesqualitez de ces deuxMiniſtres,
ils font tous deux imcomparables, &je dirayſeulement encorune fois ce que toute laTerre doit publier avec moys
232 LE MERCVRE CeChancelierchoiſy par le plusgrand des Roys pour remplir la premiere Chargede ſon Royaume , adonné un Homme à SaMajesté qui ſçait parfai- tement executer toutes les volontez de
cepuiſſantMonarque,&qui faitreüif- firdes chofer quin'ont jamais eſté me- ditées que par un ſi grand Roy , ny executées que par un ſi grandMini- Are.
ALyon ce 6. Novembre 1677.
vient de faire de ce Miniſtre pour la Charge de Chancelier &Garde des Sceaux de France. Me le Tellier, apres avoir paſſe pluſieurs années dans les Charges de Procureur du Roy au Chaſtelet &de Conſeiller au Grand
Conſeil , où il eut pluſieurs Commif
130 LE MERCVRE fions importantes, fut fait Maiſtre des Requeſtes , &en ſuite Intendant du Roy dans ſon Armée en Piémont,
puis ſon Amabaſſadeur aupres de Leurs Alteſſes Royales de Savoye ;
d'où eſtant revenu ,la Cour eftant per- fuadéedeſon merite par les Services importans qu'il avoit rendus à la Cou- ronne dans ces diférens Emplois,il fut choiſypar la ReyneMeredu Roypen- dant ſa Régence , pour eftre l'un des Secretaires d'Etat. Le Département de laGuerre luy eſtant échû, il ſervitdans cette Charge d'une maniere ſi utile à
l'Etat , & fi agreable aux Gens de Guerre , qu'on luy remit bientoſt le foindetoutes les Affaires qui la regar- doient. Il entra quelque temps apres dans le Conſeil enqualitéde Miniſtre.
Sa prudence y atoûjours paru ,& fon zele y a toûjours éclaté pour le Servi ce duRoy. Il a ſervy ce Prince pens dant les temps les plus difficiles ,avec une fidelité à l'épreuve de toutes cho- fes;&lamaniere dont il a veſcu avec
ceux qui s'écartoientde ce qu'ils de voient à leur Souverain ,leur a tou
GALANT. 213.F
B
F
1
jours fait appréhender ſes remontran- ées,& lors qu'ils ont voulu rentrer dans leur devoir, ils ont tenté pluſieurs foisd'obtenir leur pardon pat fon mo- yen ,ne connoiffant perſonne en qui l'on pût mettre plus ſeûrement en dé- poſt ſon honneur&ſa vie. De fi gran- des qualitez luy ontacquisenpluſieurs temps de grands honneurs , & luy avoient donné la confidence entiere de
la Reyne Mere ,dont il a reçeu des marques éclatantes par ſonTeftament &par les dernieres actions de ſa vie.. Tantde choſes avantageuſes luy ont attiréune conſidération particuliere du Grand Prince qu'il ſert aujourd'huy.
Onatoûjours admiréen luy une mo- dération ſans exemple, quela Fortune &les Honneurs n'ont jamais pu cor rompre ; mais parmy ces avantages il doit compter celuy d'avoir un Fils qui fert ſi bien & le Roy & l'Etat. Ie ne m'étendray point davantage ſur les grandesqualitez de ces deuxMiniſtres,
ils font tous deux imcomparables, &je dirayſeulement encorune fois ce que toute laTerre doit publier avec moys
232 LE MERCVRE CeChancelierchoiſy par le plusgrand des Roys pour remplir la premiere Chargede ſon Royaume , adonné un Homme à SaMajesté qui ſçait parfai- tement executer toutes les volontez de
cepuiſſantMonarque,&qui faitreüif- firdes chofer quin'ont jamais eſté me- ditées que par un ſi grand Roy , ny executées que par un ſi grandMini- Are.
ALyon ce 6. Novembre 1677.
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Résumé : Le Roy donne la mesme Charge à Monsieur le Tellier. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination de Michel Le Tellier au poste de Chancelier et Garde des Sceaux de France par le Roi. Le Tellier a occupé plusieurs fonctions prestigieuses, telles que Procureur du Roi au Châtelet, Conseiller au Grand Conseil, Maître des Requêtes, Intendant de l'Armée en Piémont et Ambassadeur auprès des Altesses Royales de Savoie. Il a ensuite été choisi par la Reine Mère pour devenir Secrétaire d'État, où il a dirigé le Département de la Guerre avec succès. Sa prudence et son dévouement au service du Roi ont été reconnus, même dans les périodes difficiles. Sa réputation d'intégrité et de loyauté lui a valu la confiance de la Reine Mère et du Roi. Le Tellier est décrit comme un homme capable d'exécuter parfaitement les volontés du monarque. Le document souligne également les qualités exceptionnelles de son fils, qui sert également le Roi et l'État. Le texte est daté du 6 novembre 1677.
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130
p. 40-44
Monsieur l'Abbé Poudens est nommé à l'Evesché de Tarbes, Monsieur l'bbé de Sufe à celuy de S. Omer, & Monsieur Tellier Curé de S. Severin, à celuy de Dignes. [titre d'après la table]
Début :
Comme il a tout le merite qu'il faut pour la [...]
Mots clefs :
Abbé Poudens, Abbé de Suse, Évêque de Tarbes, Évêché de S. Omer, Mr Tellier, Évêché de Dignes
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texteReconnaissance textuelle : Monsieur l'Abbé Poudens est nommé à l'Evesché de Tarbes, Monsieur l'bbé de Sufe à celuy de S. Omer, & Monsieur Tellier Curé de S. Severin, à celuy de Dignes. [titre d'après la table]
Comme il a tout le merite qu'il faut pour la porter dignement , on doit croireque son temps vien- dra , comme il eſt venu depuis quelques jours pour Me l'Abbé Poudens, que le RoyafaitEvef
que de Tarbes. Il'eſt Docteur
de Sorbonne , &Fils d'un Prefidentdu Parlement de Pau. On
ne peut mieux ſoûtenir l'employ de Secretaire du Clergé qu'il a
fait dans laderniere Aſſemblée:
Il s'y eſtoit montré fi digne d'e- Are du nombre des Prelats qui la compofoient , que fa Nomi Bij
28. LE MERCVRE
nation a eſte ſçeuë avec un ap- plaudiſſementgeneral. Elleafui- vy celle de Ml'Abbé de Suſe à
l'Éveſché de S.Omer. Vous ſca- vez , Madame , qu'il avoit eſté facré depuis peu Eveſque de Tarbes. Il eſt Fils de M'leComte de Suſe , Homme de grande naiſſance , & que ſes ſervices ont toûjours rendu confidera- ble. Monfieur l'Eveſquede Vi- viers fon Oncle eſt undes plus anciens Prelats du Royaume. Celuy dont je vous parle en a
quantité pourAmisqui fontde la premierequalité , &qu'il s'eſt acquis par la probité & par ſa franchiſe. Son merite n'a pas moins paru dans pluſieurs Af- ſemblées duClergé, que faDo- ctrinedans l'Univerſité de Paris.
Sa phiſionomie est heureuſe ;&
fi dans le rangoùnous le voyons
GALANT. 29 élevé , on pouvoit tirer quelque gloire des avantages exterieurs,
il auroit dequoy eftre fatisfait de ceux qu'il a reçeus dela Nature.
Onpeutdire à l'honneur de Meſſieurs les Curez de Paris ( &
cen'eſtqueleur rendre la juſti- cequileur eſt deuë ) qu'ils don- nent tous des preuves fi édifian- tes , &de Doctrine &de Pieté,
que leRoychoifit ſouvent parmyeux dedignes Sujets pour les Eveſchez. C'eſt ce que SaMa- jeſté vient encor de faire , en nommantM Tellier Curé de S.
Severinàceluy de Dignes. Il a
eſté Aumônier de la Reyne , &
atoûjoursmenéunevieſi exem- plaire dans la conduite de fon
Troupeau , qu'on a crû que c'e- ſtoit travailler au biende l'Egli- fe, que de luy enconfierun plus grand. Il eſt Beaufrere de M
Bij11
30 LE MERCVRE
Langlois Maiſtre-d'Hoſtel du Roy. Lemerite de ce dernier eſt connu,& l'avantage qu'il a de n'eftre pas mal aupres de fon Maiſtre, en eſt une marque tres- glorieufe pour luy.
que de Tarbes. Il'eſt Docteur
de Sorbonne , &Fils d'un Prefidentdu Parlement de Pau. On
ne peut mieux ſoûtenir l'employ de Secretaire du Clergé qu'il a
fait dans laderniere Aſſemblée:
Il s'y eſtoit montré fi digne d'e- Are du nombre des Prelats qui la compofoient , que fa Nomi Bij
28. LE MERCVRE
nation a eſte ſçeuë avec un ap- plaudiſſementgeneral. Elleafui- vy celle de Ml'Abbé de Suſe à
l'Éveſché de S.Omer. Vous ſca- vez , Madame , qu'il avoit eſté facré depuis peu Eveſque de Tarbes. Il eſt Fils de M'leComte de Suſe , Homme de grande naiſſance , & que ſes ſervices ont toûjours rendu confidera- ble. Monfieur l'Eveſquede Vi- viers fon Oncle eſt undes plus anciens Prelats du Royaume. Celuy dont je vous parle en a
quantité pourAmisqui fontde la premierequalité , &qu'il s'eſt acquis par la probité & par ſa franchiſe. Son merite n'a pas moins paru dans pluſieurs Af- ſemblées duClergé, que faDo- ctrinedans l'Univerſité de Paris.
Sa phiſionomie est heureuſe ;&
fi dans le rangoùnous le voyons
GALANT. 29 élevé , on pouvoit tirer quelque gloire des avantages exterieurs,
il auroit dequoy eftre fatisfait de ceux qu'il a reçeus dela Nature.
Onpeutdire à l'honneur de Meſſieurs les Curez de Paris ( &
cen'eſtqueleur rendre la juſti- cequileur eſt deuë ) qu'ils don- nent tous des preuves fi édifian- tes , &de Doctrine &de Pieté,
que leRoychoifit ſouvent parmyeux dedignes Sujets pour les Eveſchez. C'eſt ce que SaMa- jeſté vient encor de faire , en nommantM Tellier Curé de S.
Severinàceluy de Dignes. Il a
eſté Aumônier de la Reyne , &
atoûjoursmenéunevieſi exem- plaire dans la conduite de fon
Troupeau , qu'on a crû que c'e- ſtoit travailler au biende l'Egli- fe, que de luy enconfierun plus grand. Il eſt Beaufrere de M
Bij11
30 LE MERCVRE
Langlois Maiſtre-d'Hoſtel du Roy. Lemerite de ce dernier eſt connu,& l'avantage qu'il a de n'eftre pas mal aupres de fon Maiſtre, en eſt une marque tres- glorieufe pour luy.
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Résumé : Monsieur l'Abbé Poudens est nommé à l'Evesché de Tarbes, Monsieur l'bbé de Sufe à celuy de S. Omer, & Monsieur Tellier Curé de S. Severin, à celuy de Dignes. [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs nominations et distinctions au sein de l'Église et de la cour royale. L'abbé Poudens, docteur de Sorbonne et fils d'un président du Parlement de Pau, a été nommé évêque de Tarbes par le roi. Il a également été secrétaire du Clergé lors de la dernière assemblée, où il s'est distingué par ses compétences et a été acclamé par ses pairs. L'abbé de Suse, fils du comte de Suse, a été nommé évêque de Saint-Omer après avoir été récemment nommé évêque de Tarbes. Il est reconnu pour ses services et ses qualités personnelles, telles que la probité et la franchise. Son oncle, l'évêque de Viviers, est l'un des prélats les plus anciens du royaume. L'abbé de Suse a également des amis influents et a démontré son mérite dans diverses assemblées du Clergé et à l'Université de Paris. Le roi a récemment nommé le curé Tellier à l'évêché de Dignes, après avoir été aumônier de la reine et avoir mené une vie exemplaire. Tellier est le beau-frère de Langlois, maître d'hôtel du roi, dont le mérite et l'influence sont également reconnus. Les curés de Paris sont souvent choisis pour des postes d'évêques en raison de leur doctrine et de leur piété.
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131
p. 53-55
La Reyne vient visiter Madame la Duchesse de Crussol pendant ses Couches. [titre d'après la table]
Début :
A propos de Monsieur le Duc de Montausier, Madame la [...]
Mots clefs :
Duc de Montausier, Accoucher, Duchesse de Crussol
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texteReconnaissance textuelle : La Reyne vient visiter Madame la Duchesse de Crussol pendant ses Couches. [titre d'après la table]
Aproposde Monfieur leDuc deMontaufier , Madame la Du- cheffe de Cruffol fa Fille eſtant
accouchée àParis , la Reyne luy afait l'honneur de l'y venir viſi- rer. Onpeut dire qu'elle aherité de tout l'Eſprit de feu Madame deMontaufier , fi celebre des fa
jeuneſſe , &par le Nomde l'in- comparable Julie , & par les.
Galantes Lettres que luy écri- voit Voiture , lors qu'elle n'e- ſtoit encor que Mademoisellede Ramboüillet. Madame la Ducheffe de Cruffol joint à beau- -coup dedélicateſſe &de vivaci- té d'eſprit , une vertu d'autant plus louable, qu'elle eſt éloignée de toute forte d'eſtentation. Je
GALAN T. 37 nevous dis rien de Monfieur le
Duc de Crufſol. Il eſt brave autant qu'on peut l'eſtre , & auſſi bien fait qu'il y ait perfonneàla Cour. L'anciennere de ſa Maifon eft connuë , & il y en a fi peudans le Royaume qui ayent les avantages qu'elle a , que je ne croirois pas tropdire , quand jevous affurerois qu'il peut pre- tendre à celuy d'eſtre Premier Duc. Vous jugez bien , Mada- me , que j'excepte les Princes du Sang, à qui les Privileges de leur naiſſance donnent toûjours des Titres qui ne ſçauroient eſtre conteftez.
accouchée àParis , la Reyne luy afait l'honneur de l'y venir viſi- rer. Onpeut dire qu'elle aherité de tout l'Eſprit de feu Madame deMontaufier , fi celebre des fa
jeuneſſe , &par le Nomde l'in- comparable Julie , & par les.
Galantes Lettres que luy écri- voit Voiture , lors qu'elle n'e- ſtoit encor que Mademoisellede Ramboüillet. Madame la Ducheffe de Cruffol joint à beau- -coup dedélicateſſe &de vivaci- té d'eſprit , une vertu d'autant plus louable, qu'elle eſt éloignée de toute forte d'eſtentation. Je
GALAN T. 37 nevous dis rien de Monfieur le
Duc de Crufſol. Il eſt brave autant qu'on peut l'eſtre , & auſſi bien fait qu'il y ait perfonneàla Cour. L'anciennere de ſa Maifon eft connuë , & il y en a fi peudans le Royaume qui ayent les avantages qu'elle a , que je ne croirois pas tropdire , quand jevous affurerois qu'il peut pre- tendre à celuy d'eſtre Premier Duc. Vous jugez bien , Mada- me , que j'excepte les Princes du Sang, à qui les Privileges de leur naiſſance donnent toûjours des Titres qui ne ſçauroient eſtre conteftez.
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Résumé : La Reyne vient visiter Madame la Duchesse de Crussol pendant ses Couches. [titre d'après la table]
Le texte évoque la naissance de l'enfant de Madame la Duchesse de Cruffol à Paris, à laquelle la Reine a rendu visite. Madame la Duchesse de Cruffol est décrite comme ayant hérité de l'esprit de Madame de Montaufier, connue sous le nom de Julie, célèbre pour ses lettres échangées avec Voiture. Elle est louée pour sa délicatesse, sa vivacité d'esprit et sa vertu, sans ostentation. Le Duc de Cruffol est présenté comme brave et bien fait, issu d'une maison ancienne et prestigieuse, pouvant prétendre à la dignité de Premier Duc, à l'exception des Princes du Sang dont les privilèges de naissance sont incontestables.
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132
p. 55-57
Retour de Monsieur le Duc de Luxembourg de l'Armée de Flandres. [titre d'après la table]
Début :
Quand on contestera quelque chose, ce ne sera point assurément [...]
Mots clefs :
Duc de Luxembourg, Armée de Flandres, Bataille de Cassel
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texteReconnaissance textuelle : Retour de Monsieur le Duc de Luxembourg de l'Armée de Flandres. [titre d'après la table]
Quand on conteſtera quel- que choſe , ce ne ſera point affu- rément la gloire que Monfieur le Duc de Luxembourg a fi le- gitimement acquiſe dans le
-38 LE MERCVRE
Commandement qu'il a eu de l'Armée de Flandre. Il eneft de
retour, &a eu l'honneur de falüer le Royqui l'a reçeu avecdes témoignages d'affection dignes de la grandeur de ſes ſervices.
On ne peut montrer plus de cœur , plus de zele & plus de prudence qu'il en a fait paroiſtre pendant tout le temps de la Campagne. Il s'eſt trouvé à la BatailledeCaffel, &il a toûjours eſté de jour lors que les Places qui ont eſté priſes par le Roy ſe ſont renduës. Je ne doute
point , Madame , que vous ne foyez affez inſtruite de l'uſage -de la Guerre , pour ſçavoir que -ce fontdes jours où les Gene- Traux ne peuvents'empeſcherde -s'expoſer comme les moindrės Soldats ; & c'eſt danscesocca
GALANT. 39 ſions où l'on particulierement éclaterleur courage &leur conduite.
-38 LE MERCVRE
Commandement qu'il a eu de l'Armée de Flandre. Il eneft de
retour, &a eu l'honneur de falüer le Royqui l'a reçeu avecdes témoignages d'affection dignes de la grandeur de ſes ſervices.
On ne peut montrer plus de cœur , plus de zele & plus de prudence qu'il en a fait paroiſtre pendant tout le temps de la Campagne. Il s'eſt trouvé à la BatailledeCaffel, &il a toûjours eſté de jour lors que les Places qui ont eſté priſes par le Roy ſe ſont renduës. Je ne doute
point , Madame , que vous ne foyez affez inſtruite de l'uſage -de la Guerre , pour ſçavoir que -ce fontdes jours où les Gene- Traux ne peuvents'empeſcherde -s'expoſer comme les moindrės Soldats ; & c'eſt danscesocca
GALANT. 39 ſions où l'on particulierement éclaterleur courage &leur conduite.
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Résumé : Retour de Monsieur le Duc de Luxembourg de l'Armée de Flandres. [titre d'après la table]
Le Duc de Luxembourg, commandant de l'Armée de Flandre, a été accueilli par le roi avec honneur pour ses exploits militaires. Il a montré courage, zèle et prudence lors de la bataille de Caffel et la reddition de plusieurs places. Les généraux doivent s'exposer comme les soldats pour démontrer leur courage.
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133
p. 57-62
Quartiers d'Hyver donnez aux Troupes du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est peu que le Roy ait triomphé par tout de [...]
Mots clefs :
Quartiers d'Hiver, Troupes, Lieutenant général, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : Quartiers d'Hyver donnez aux Troupes du Roy. [titre d'après la table]
C'eſt peuquele Roy ait triom- phé par tout de ſes Ennemis,
qu'il ait aſſuré laPicardie contre
leurs infultes , &qu'en ſe ren- dantmaiſtredes trois importan- tes Places qu'il a conquiſes de nouveau fur eux , il les ait mis en eſtat de ne pouvoir eſperer la fin de leurs diſgraces , que par la Paix; Sa Majeſté qui veille continuellement au bien & au
foulagement de ſes Peuples , les -avouludéchargerdes Quartiers d'Hyver, &dans ce deſſein, Elle afait entrer la plus grande par- tie de ſes Troupes dans les Païs de ſes Conqueſtes. Celles qu'on -a envoyées en Quartier dans Dunkerque , Bergue , Calais, &
dans les autres Villes maritimes:
40 LE MERCVRE
L
font commandées par M le Marquis de la Trouffe , LieutenantGeneral , &Capitaine des Gensd'armes de Monſeigneur le Dauphin ; & cellesqui font en- tre Sambre &Meuſe , prennent leurs ordres de Mr le Comte de
Montal, auffi LieutenantGene- ral & Gouverneur de Charleroy. On a fait demeurer cinq Bataillons dans Caffel ſous le
commandement de M' le Marquis d'Uxelles , Brigadier d'In -
fanterie ;&toutes les Troupes
qui hyvernent dans la Flandre Françoiſe&dans les Païs adja- cens , obeïffent à Monfieur le Mareſchalde Humieres. M le
Marquis de Rannes, Lieutenant.
General , & Colonel General
des Dragons , & M. de Sainſandoux Mareſchal de Camp &
Gouverneur de Tournay , ont
GALAN Τ. 41
eſté choiſis pour ſervir ſous luy.
M. le Marquis de Chaſeron Lieutenant General commande
fur la Meuſe ; M. le Comte de
Biſſy en Lorraine ; M. le Baron deMonclaren Alface , &Monfieur le Mareſchal Duc de Navailles demeure en Roufſillon,
ayant ſous luy M. de Gaffion Lieutenant General, & M. de
laRabliere Mareſchalde Camp.
Voila de quelle maniere les Quartiers d'Hyver ont eſté dif- tribuez, fortglorieuſement pour tous ceux que je vous viens de nommer, puis que chacun d'eux commande en chef, & que ces fortes de Commandemens ne ſe
donnent qu'à des Perſonnes
tres-confiderables , & dont la
prudence , la valeur &la con- duite ayent eſté éprouvées dans les plus grandes Occaſions.
qu'il ait aſſuré laPicardie contre
leurs infultes , &qu'en ſe ren- dantmaiſtredes trois importan- tes Places qu'il a conquiſes de nouveau fur eux , il les ait mis en eſtat de ne pouvoir eſperer la fin de leurs diſgraces , que par la Paix; Sa Majeſté qui veille continuellement au bien & au
foulagement de ſes Peuples , les -avouludéchargerdes Quartiers d'Hyver, &dans ce deſſein, Elle afait entrer la plus grande par- tie de ſes Troupes dans les Païs de ſes Conqueſtes. Celles qu'on -a envoyées en Quartier dans Dunkerque , Bergue , Calais, &
dans les autres Villes maritimes:
40 LE MERCVRE
L
font commandées par M le Marquis de la Trouffe , LieutenantGeneral , &Capitaine des Gensd'armes de Monſeigneur le Dauphin ; & cellesqui font en- tre Sambre &Meuſe , prennent leurs ordres de Mr le Comte de
Montal, auffi LieutenantGene- ral & Gouverneur de Charleroy. On a fait demeurer cinq Bataillons dans Caffel ſous le
commandement de M' le Marquis d'Uxelles , Brigadier d'In -
fanterie ;&toutes les Troupes
qui hyvernent dans la Flandre Françoiſe&dans les Païs adja- cens , obeïffent à Monfieur le Mareſchalde Humieres. M le
Marquis de Rannes, Lieutenant.
General , & Colonel General
des Dragons , & M. de Sainſandoux Mareſchal de Camp &
Gouverneur de Tournay , ont
GALAN Τ. 41
eſté choiſis pour ſervir ſous luy.
M. le Marquis de Chaſeron Lieutenant General commande
fur la Meuſe ; M. le Comte de
Biſſy en Lorraine ; M. le Baron deMonclaren Alface , &Monfieur le Mareſchal Duc de Navailles demeure en Roufſillon,
ayant ſous luy M. de Gaffion Lieutenant General, & M. de
laRabliere Mareſchalde Camp.
Voila de quelle maniere les Quartiers d'Hyver ont eſté dif- tribuez, fortglorieuſement pour tous ceux que je vous viens de nommer, puis que chacun d'eux commande en chef, & que ces fortes de Commandemens ne ſe
donnent qu'à des Perſonnes
tres-confiderables , & dont la
prudence , la valeur &la con- duite ayent eſté éprouvées dans les plus grandes Occaſions.
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Résumé : Quartiers d'Hyver donnez aux Troupes du Roy. [titre d'après la table]
Le texte décrit les succès militaires du roi, qui a vaincu ses ennemis et sécurisé la Picardie. En reprenant trois places stratégiques, il a placé ses adversaires dans une situation où ils ne peuvent espérer la fin de leurs malheurs qu'à travers la paix. Le roi a décidé de décharger ses peuples des quartiers d'hiver en déplaçant une grande partie de ses troupes dans les pays conquis. Les troupes à Dunkerque, Bergue, Calais et autres villes maritimes sont sous le commandement du Marquis de la Trouffe. Celles entre la Sambre et la Meuse sont dirigées par le Comte de Montal. Cinq bataillons restent à Cassel sous les ordres du Marquis d'Uxelles. Toutes les troupes hivernant en Flandre française et dans les pays adjacents obéissent au Maréchal de Humieres, assisté par les Marquis de Rannes et de Sainsandoux. Le Marquis de Chaseron commande sur la Meuse, le Comte de Bissy en Lorraine, et le Baron de Monclar en Alsace. Le Maréchal Duc de Navailles reste en Roussillon, avec sous ses ordres le Lieutenant Général de Gassion et le Maréchal de Camp de la Rablière. Ces postes de commandement sont réservés à des personnes de grande considération, reconnues pour leur prudence, leur valeur et leur conduite éprouvée.
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134
p. 62-64
Sa Majesté donne la Charge de Lieutenant de Roy dans la Haute Guyenne à Monsieur le Comte de la Serre. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy qui trouve toûjours celles de récompenser les Services [...]
Mots clefs :
Comte de la Serre, Lieutenant général des armées du roi, Haute Guyenne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sa Majesté donne la Charge de Lieutenant de Roy dans la Haute Guyenne à Monsieur le Comte de la Serre. [titre d'après la table]
Le Roy qui trouve toûjours celles de récompenſer les Ser- vices qu'on luy rend , a honoré depuis peu M. le Comte de la Serre, Fils de feu M. le Marefchal d'Aubetere Lieutenant
-General des Arméesdu Roy , &
Gouverneur des Provinces d'Agenois & de Condomois,de la Charge de fon Lieutenant dans la HauteGuyenne, dont M. le Duc de Bellegarde s'eſtoit dé- mis enſa faveur. Toute la Cour
qui connoiſt M. le Comte de la Serre pourun des meilleurs Of- ficiers du Royaume , luy en a
témoigné ſa joye lors qu'il a
preſtéle Serment entre lesmains de Sa Majesté. Il eſtd'une Mai- fon tres-confiderable.M.leChevalierd'Aubeterre eſt ſon Frere,
&M. le Comte de Jonſac dont
les belles qualitez vous ont fait
GALANT. 43 plaindre la mort , eſtoit ſon Neveu. Songrand merite , ſon ex- perience,& fes longs& impor- tans ſervices pendant plus de trente Campagnes , le rendoient digne de cet Employ qui luy donne de commandement dans
da HauteGuyenne ,en l'abfen.- cede M. le Duc de Roquelaure Gouverneurde toute la Provin- we, & de M.le Marquis d'Am- bre Lieutenant General de Sa
Majeſté dans cette meſme Hau
-General des Arméesdu Roy , &
Gouverneur des Provinces d'Agenois & de Condomois,de la Charge de fon Lieutenant dans la HauteGuyenne, dont M. le Duc de Bellegarde s'eſtoit dé- mis enſa faveur. Toute la Cour
qui connoiſt M. le Comte de la Serre pourun des meilleurs Of- ficiers du Royaume , luy en a
témoigné ſa joye lors qu'il a
preſtéle Serment entre lesmains de Sa Majesté. Il eſtd'une Mai- fon tres-confiderable.M.leChevalierd'Aubeterre eſt ſon Frere,
&M. le Comte de Jonſac dont
les belles qualitez vous ont fait
GALANT. 43 plaindre la mort , eſtoit ſon Neveu. Songrand merite , ſon ex- perience,& fes longs& impor- tans ſervices pendant plus de trente Campagnes , le rendoient digne de cet Employ qui luy donne de commandement dans
da HauteGuyenne ,en l'abfen.- cede M. le Duc de Roquelaure Gouverneurde toute la Provin- we, & de M.le Marquis d'Am- bre Lieutenant General de Sa
Majeſté dans cette meſme Hau
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Résumé : Sa Majesté donne la Charge de Lieutenant de Roy dans la Haute Guyenne à Monsieur le Comte de la Serre. [titre d'après la table]
Le roi a récemment nommé M. le Comte de la Serre, fils du défunt M. le Maréchal d'Aubeterre, au poste de lieutenant dans la Haute-Guyenne, succédant à M. le Duc de Bellegarde. La cour a salué cette décision, reconnaissant en M. le Comte de la Serre l'un des meilleurs officiers du royaume. Sa nomination a été officialisée par son serment devant le roi. Le comte appartient à une famille influente, son frère étant M. le Chevalier d'Aubeterre et son neveu M. le Comte de Jonsac, connu pour ses qualités remarquables. La nomination du comte de la Serre est justifiée par son mérite, son expérience et ses services rendus lors de plus de trente campagnes. Cette décision intervient en l'absence de M. le Duc de Roquelaure, gouverneur de la province, et de M. le Marquis d'Ambre, lieutenant général du roi dans la région.
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135
p. 118-120
Le Roy donne l'Abbaye de Farmontier à Madame l'Abbesse de Sainte Menehoult, celle de Sainte Menehoult à Madame du Boulay, & celle de S. Iacques prés Bourbon à Madame de Vaudetart-Bournonville Persan. [titre d'après la table]
Début :
On en a donné beaucoup au choix que le Roy [...]
Mots clefs :
Abbesse de Sainte Menehoult, Madame de Boulay, Abbaye, Madame de Vaudetart de Bournonville Persan
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne l'Abbaye de Farmontier à Madame l'Abbesse de Sainte Menehoult, celle de Sainte Menehoult à Madame du Boulay, & celle de S. Iacques prés Bourbon à Madame de Vaudetart-Bournonville Persan. [titre d'après la table]
On en a donné beaucoup au choixque le Roya fait deMa- dame l'Abbeſſe de Sainte Menehoud , pour la gratifier de l'Abbaye Royale de Farmonſtier
enBrie. C'eſt une Dame d'un fort grand merite & d'une
exacte vertu. Elle est de la Maifon d'Uxelles ,& Belle-Sœur de
M. le Comte de Beringhen.
,
L'Abbaye de Sainte Mene- houd a eſté donnée àMadame
du Boulay , Religieuſe de la Croix , & Belle-Sœur de M.
GALANT. 75 l'Avocat General Talon. On
pourroit prendre cette occafion pour parler d'un autre ; mais outre que lagloire qu'il s'eſt ac- quiſe dans cette importante Charge l'a fait connoiſtre à tou- te la France , ſon merite me
fournira d'aſſez amplesſujets de vous en entretenir ſouvent.
1
Sa Majesté a auſſi donné l'Ab- bayede Saint JacquespresBour- bon , à Madame de Vaudetart
de Bournonville Perfan. Elle eft
d'une grandeMaiſon, &le Nom de Perfan a fait bruit ailleurs
quedansdesConvents
enBrie. C'eſt une Dame d'un fort grand merite & d'une
exacte vertu. Elle est de la Maifon d'Uxelles ,& Belle-Sœur de
M. le Comte de Beringhen.
,
L'Abbaye de Sainte Mene- houd a eſté donnée àMadame
du Boulay , Religieuſe de la Croix , & Belle-Sœur de M.
GALANT. 75 l'Avocat General Talon. On
pourroit prendre cette occafion pour parler d'un autre ; mais outre que lagloire qu'il s'eſt ac- quiſe dans cette importante Charge l'a fait connoiſtre à tou- te la France , ſon merite me
fournira d'aſſez amplesſujets de vous en entretenir ſouvent.
1
Sa Majesté a auſſi donné l'Ab- bayede Saint JacquespresBour- bon , à Madame de Vaudetart
de Bournonville Perfan. Elle eft
d'une grandeMaiſon, &le Nom de Perfan a fait bruit ailleurs
quedansdesConvents
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Résumé : Le Roy donne l'Abbaye de Farmontier à Madame l'Abbesse de Sainte Menehoult, celle de Sainte Menehoult à Madame du Boulay, & celle de S. Iacques prés Bourbon à Madame de Vaudetart-Bournonville Persan. [titre d'après la table]
Le roi a nommé Madame l'Abbesse de Sainte Menéhoud à l'Abbaye Royale de Faremoutiers, une dame de grand mérite et de vertu exacte, de la maison d'Uxelles. Madame du Boulay a reçu l'Abbaye de Sainte Menéhoud. Madame de Vaudetart de Bournonville Perfan a été désignée pour l'Abbaye de Saint Jacques près de Bourbon.
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136
p. 129-131
Rolle des Vaisseaux du Roy à Toulon. [titre d'après la table]
Début :
C'est assurément un secours fort considérable pour ceux qui voudroient [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Toulon, Nombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rolle des Vaisseaux du Roy à Toulon. [titre d'après la table]
C'eſt aſſurément un ſecours fort confidérable
pour ceux qui voudroient ne rien ignorer ; & comme il en eft
beaucoup qui cherchent parti- culierement à s'inſtruire de tout
ce qui peut eſtre une preuve de la grandeurde la France, je croy
vous devoir faire remarquer que ſi ſes Armées de Terre la font
aujourd huy crainde de toute I Europe, ſes forces de Mer ne la rendent pas moins redouta- ble. Cela paroiſt par le grand nombre des Vaiſſeaux qui font à Brest , à Rochefort &àToulon. Je vous envoye le Rollede ceux de ce dernier Port , en at- rendant que je vous puiſſe faire part des deux autres. Celuy-cy aeſté imprimé à Marseille : ja- mais rien ne fut fi exact , &
vous y verrez en differentes Colomnes non ſeulement le
nombre des Canons dont ces
Vaiſſeaux font montez , de com
,
Dw
82 LE MERCVRE
bien de Tonneaux ils font , le
lieu de leur conſtruction , le
Nom des Ouvriers qui les ont faits , leur âge , leur durée , &
les pieds d'eau que leur charge leur fait prendre , mais encor ce qu'ils ont d'Officiers Mariniers,
de Matelots , de Soldats , & les
autres choſes qui regardent la Solde & les Vivres par chaque Mois.
pour ceux qui voudroient ne rien ignorer ; & comme il en eft
beaucoup qui cherchent parti- culierement à s'inſtruire de tout
ce qui peut eſtre une preuve de la grandeurde la France, je croy
vous devoir faire remarquer que ſi ſes Armées de Terre la font
aujourd huy crainde de toute I Europe, ſes forces de Mer ne la rendent pas moins redouta- ble. Cela paroiſt par le grand nombre des Vaiſſeaux qui font à Brest , à Rochefort &àToulon. Je vous envoye le Rollede ceux de ce dernier Port , en at- rendant que je vous puiſſe faire part des deux autres. Celuy-cy aeſté imprimé à Marseille : ja- mais rien ne fut fi exact , &
vous y verrez en differentes Colomnes non ſeulement le
nombre des Canons dont ces
Vaiſſeaux font montez , de com
,
Dw
82 LE MERCVRE
bien de Tonneaux ils font , le
lieu de leur conſtruction , le
Nom des Ouvriers qui les ont faits , leur âge , leur durée , &
les pieds d'eau que leur charge leur fait prendre , mais encor ce qu'ils ont d'Officiers Mariniers,
de Matelots , de Soldats , & les
autres choſes qui regardent la Solde & les Vivres par chaque Mois.
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Résumé : Rolle des Vaisseaux du Roy à Toulon. [titre d'après la table]
Le texte souligne l'importance des forces navales françaises comme preuve de la grandeur nationale, complémentaire à la puissance des armées de terre. La marine française est décrite comme redoutable, avec un grand nombre de vaisseaux présents dans les ports de Brest, Rochefort et Toulon. Un document détaillé des vaisseaux du port de Toulon, imprimé à Marseille, fournit des informations précises et variées. Ce document inclut le nombre de canons, la capacité en tonneaux, le lieu de construction, les noms des ouvriers, leur âge, la durée de vie des vaisseaux et la profondeur d'eau nécessaire. Il détaille également le nombre d'officiers, de marins et de soldats, ainsi que la solde et les vivres nécessaires pour chaque mois.
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137
p. 146-149
Sa Majesté donne à Monsieur d'Eurre Fils de la Lieutenance du Roy des Ville & Citadelle de Montelimar, & celle de la Ville & Citadelle de Valence à M. de Genas. [titre d'après la table]
Début :
Voila, Madame, comme on est quelquefois mal récompensé du temps [...]
Mots clefs :
Récompense, Mr d'Eurre, Lieutenance, Montélimar, M. de Genas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sa Majesté donne à Monsieur d'Eurre Fils de la Lieutenance du Roy des Ville & Citadelle de Montelimar, & celle de la Ville & Citadelle de Valence à M. de Genas. [titre d'après la table]
ila , Madame , comme on eſt quelquefois mal récompenfé du temps qu'on employe à fer- vir les Belles. Ce font des perils qu'on ne court point en ſervant noſtreGrand Monarque. Com- me il ne laiſſe jamais de vertu
5
92 LE MERCVRE fans récompenfe , il a donné à
Mª d'Eurre le Fils la Lieutenance de Roy des Ville & Citadelle de Montelimar , en confide--
ration des ſervices que Mr d'Eurre fon Pere a rendus au feu Roy,
& qu'ils ont continuez l'un &
l'autre avec un attachement qui ſemble particulier à ceux de cette Maiſon. Ce dernier avoit
donné ſa Démiſſion de la Lieutenance de Roydes Ville &Ci- tadelle de Valence dont il avoit
eſté gratifié par Sa Majefté pour pluſieurs années de ſervices dans la Charge d'Exempt de ſes Gardes , &dans ſes Armées
où il a reçeu pluſieurs Bleſſures,
& elle en a pourveu M² de Ge- nas Gentilhomme de Dauphi- né , qui s'eſt fait affez ſouvent diftinguer parmy les Gardesdu
Corps.
GALAN T. 93
1
i
Cependant je ſuis obligé de vous dire quej'eſtois mal inſtruit - quand je vous ay fait ſçavoir eque Monfieur le Cardinal d'Ef-- trées alloit à Rome en qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire.
On m'apprend qu'il n'y va que comme Miniſtre du Roy , &
que par une Bulle d'Urbain VIII.
les Cardinaux ne peuvent pren- dre le Titre d'Ambaſſadeur ,
quoy qu'ils en faſſent preſque toutes les Fonctions.
5
92 LE MERCVRE fans récompenfe , il a donné à
Mª d'Eurre le Fils la Lieutenance de Roy des Ville & Citadelle de Montelimar , en confide--
ration des ſervices que Mr d'Eurre fon Pere a rendus au feu Roy,
& qu'ils ont continuez l'un &
l'autre avec un attachement qui ſemble particulier à ceux de cette Maiſon. Ce dernier avoit
donné ſa Démiſſion de la Lieutenance de Roydes Ville &Ci- tadelle de Valence dont il avoit
eſté gratifié par Sa Majefté pour pluſieurs années de ſervices dans la Charge d'Exempt de ſes Gardes , &dans ſes Armées
où il a reçeu pluſieurs Bleſſures,
& elle en a pourveu M² de Ge- nas Gentilhomme de Dauphi- né , qui s'eſt fait affez ſouvent diftinguer parmy les Gardesdu
Corps.
GALAN T. 93
1
i
Cependant je ſuis obligé de vous dire quej'eſtois mal inſtruit - quand je vous ay fait ſçavoir eque Monfieur le Cardinal d'Ef-- trées alloit à Rome en qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire.
On m'apprend qu'il n'y va que comme Miniſtre du Roy , &
que par une Bulle d'Urbain VIII.
les Cardinaux ne peuvent pren- dre le Titre d'Ambaſſadeur ,
quoy qu'ils en faſſent preſque toutes les Fonctions.
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Résumé : Sa Majesté donne à Monsieur d'Eurre Fils de la Lieutenance du Roy des Ville & Citadelle de Montelimar, & celle de la Ville & Citadelle de Valence à M. de Genas. [titre d'après la table]
Le texte évoque la reconnaissance des services rendus par la famille d'Eurre au roi de France. Monsieur d'Eurre a été récompensé par la Lieutenance royale des ville et citadelle de Montélimar pour les services de son père, qui avait démissionné de la Lieutenance royale de Valence. Ce poste avait été obtenu en raison de ses années de service en tant qu'Exempt des Gardes du roi et dans les armées, où il avait reçu plusieurs blessures. La Lieutenance de Valence a été attribuée à Monsieur de Genas, un gentilhomme du Dauphiné distingué parmi les Gardes du Corps. Par ailleurs, le texte corrige une information précédente : le Cardinal d'Estrées se rend à Rome non en tant qu'Ambassadeur Extraordinaire, mais en tant que Ministre du Roi, en raison d'une bulle papale interdisant aux cardinaux de porter ce titre, bien qu'ils en assument presque toutes les fonctions.
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138
p. 149-150
Messieurs de Renel, de Flamarin, de Beaulieu & de Forteville sont reçeus Chevaliers de l'Ordre de S. Lazare. [titre d'après la table]
Début :
On m'apprend en mesme temps que Messieurs de Renel, [...]
Mots clefs :
Ordre de S. Lazare de Jerusalem, Chevaliers, Vicaire général
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texteReconnaissance textuelle : Messieurs de Renel, de Flamarin, de Beaulieu & de Forteville sont reçeus Chevaliers de l'Ordre de S. Lazare. [titre d'après la table]
f On m'apprend en meſme temps que Meſſieurs de Renel,
de Flamarin , de Beaulieu , & de Forteville , ont eſté reçeus de- puis peude jours Chevaliers de l'Ordre de S. Lazare de Jerufalem. On les doit croire d'autant
plusdignesde cet honneur & de tous les glorieux avantages qui leſuivent,queMonfieurle Mar
94 LE MERCVRE
quis de Louvois, qui a bien vou- lu étre le Chefde cet Ordre , &
s'en faire le Vicaire General ,
s'applique particulierement à
n'y admettre quedes Perſonnes de naiſſance , de merite , & de probité.
de Flamarin , de Beaulieu , & de Forteville , ont eſté reçeus de- puis peude jours Chevaliers de l'Ordre de S. Lazare de Jerufalem. On les doit croire d'autant
plusdignesde cet honneur & de tous les glorieux avantages qui leſuivent,queMonfieurle Mar
94 LE MERCVRE
quis de Louvois, qui a bien vou- lu étre le Chefde cet Ordre , &
s'en faire le Vicaire General ,
s'applique particulierement à
n'y admettre quedes Perſonnes de naiſſance , de merite , & de probité.
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Résumé : Messieurs de Renel, de Flamarin, de Beaulieu & de Forteville sont reçeus Chevaliers de l'Ordre de S. Lazare. [titre d'après la table]
Messieurs de Renel, de Flamarin, de Beaulieu et de Forteville ont été admis comme Chevaliers de l'Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem. Leur admission est justifiée par leur haute naissance, mérite et probité, sous la supervision du marquis de Louvois, chef et Vicaire Général de l'Ordre.
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139
p. 174-179
Monseigneur le Dauphin monte pour la premiere fois des Chevaux d'Ecole, & apprend à faire des Armes. [titre d'après la table]
Début :
La délicatesse qui paroist en celle de Monseigneur le Dauphin [...]
Mots clefs :
Dauphin, Cheval, Exercices, Armes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Monseigneur le Dauphin monte pour la premiere fois des Chevaux d'Ecole, & apprend à faire des Armes. [titre d'après la table]
La délicateſſe qui paroît en celle de Monſeigneur le Dau- phin , ſemble en quelque façon incompatible avec les Exercices
violens. Cependant il a com- mencé à faire voir depuis quelques jours , qu'il a toute la force neceſſaire pour les ſuporter , en montant des Chevaux d'Ecole.
Il ne ſecontenta pas du premier qu'il monta , nommé Favory,
qui eſt unCheval fort adroit, &
qui a beaucoup de ſcience & de
vigueur , il en monta encor un autre avec l'applaudiſſement de
For LE MERCVRE
toute la Courqui fut ſurpriſe de voir que dés la premiere fois il fuſt ſi bien à cheval. Monfieur
le Comte de Brionne reçeu en furvivance de la Charge de GrandEcuyer , luy preſenta la Gaule. Le Roy en fut tres-faris- fait. II demeura preſent àtoutle Manege , & ordonna qu'on fift une Loge pourla Reyne. Ainfi lesDames auront la fatisfaction
à l'avenir d'admirer l'adreſſe de
ce jeune Prince , & la bonne grace qu'il a dans tout ce qu'il fait. M de Bournonville &du
Pleffis , Ecuyers de la grande Ecurie, auront l'honneurde luy enſeigner tour àtour cetExerci- ce. Lepremier eft malade, &je ne ſeay s'il aura affez deſanté pour luy venir donner ſes Le- çonspendantſa quinzaine.C'eſt un Gentilhomme d'un merite
GALANT. III
=
1
e
1
eut
e particulier. Il montre , à la grande Ecurie , & le choix duRoy en fait l'Eloge. M.duPleſſis dont le nomeft fi connu,&qui avoit rendu fon Académie ſi celebre
en faiſant les meilleurs Ecoliers
de France , a eu l'avantage de mettre Monſeigneur le Dau- phin àcheval. M. de la Touche,
choiſy par le Roy pour luyen- ſeigner à faire des Armes ,
celuyde les luy mettre àla main lemeſime jour. Il eſt le premier qui ait réduit cet Arten Science ,& il ne faut point douter
que ce qu'il enſeignera à cejeu- ne Prince , ne le rende bientoft
auſſi parfait dans ce qui la regar- de , qu'il l'eſt dans tout ce qu'il a
déja appris par les foinsdeMon- fieur le Duc de Montaufier.Cela paroiſt par les marques qu'il donne tous les jours d'eſprit ,de
112 LE MERCVRE
jugement &de memoire. Deux Exercices de vigueur commen- cezdans le meſme temps , &qui vonteſtre continuez de la mefme forte , font voir non ſeulement la force & l'adreſſe naturelle de Monſeigneur le Dau- phin , mais l'ardeur qu'il a pour tout ce qui luy peutſervir àmar- cher fur les glorieuſes traces qu'il brûle d'impatience de ſui- vre. Monfieur le Prince deConty qui a eſté élevé avec luy , a
commencé auſſi à monter àcheval le meſmejour. Il a de grands exemples domeſtiques , & aur- cune Qualité ne luy manque pour répondre dignement à ce qu'il eſt né. Ainfi on en peut attendre un jour des prodiges pour la Guerre.
violens. Cependant il a com- mencé à faire voir depuis quelques jours , qu'il a toute la force neceſſaire pour les ſuporter , en montant des Chevaux d'Ecole.
Il ne ſecontenta pas du premier qu'il monta , nommé Favory,
qui eſt unCheval fort adroit, &
qui a beaucoup de ſcience & de
vigueur , il en monta encor un autre avec l'applaudiſſement de
For LE MERCVRE
toute la Courqui fut ſurpriſe de voir que dés la premiere fois il fuſt ſi bien à cheval. Monfieur
le Comte de Brionne reçeu en furvivance de la Charge de GrandEcuyer , luy preſenta la Gaule. Le Roy en fut tres-faris- fait. II demeura preſent àtoutle Manege , & ordonna qu'on fift une Loge pourla Reyne. Ainfi lesDames auront la fatisfaction
à l'avenir d'admirer l'adreſſe de
ce jeune Prince , & la bonne grace qu'il a dans tout ce qu'il fait. M de Bournonville &du
Pleffis , Ecuyers de la grande Ecurie, auront l'honneurde luy enſeigner tour àtour cetExerci- ce. Lepremier eft malade, &je ne ſeay s'il aura affez deſanté pour luy venir donner ſes Le- çonspendantſa quinzaine.C'eſt un Gentilhomme d'un merite
GALANT. III
=
1
e
1
eut
e particulier. Il montre , à la grande Ecurie , & le choix duRoy en fait l'Eloge. M.duPleſſis dont le nomeft fi connu,&qui avoit rendu fon Académie ſi celebre
en faiſant les meilleurs Ecoliers
de France , a eu l'avantage de mettre Monſeigneur le Dau- phin àcheval. M. de la Touche,
choiſy par le Roy pour luyen- ſeigner à faire des Armes ,
celuyde les luy mettre àla main lemeſime jour. Il eſt le premier qui ait réduit cet Arten Science ,& il ne faut point douter
que ce qu'il enſeignera à cejeu- ne Prince , ne le rende bientoft
auſſi parfait dans ce qui la regar- de , qu'il l'eſt dans tout ce qu'il a
déja appris par les foinsdeMon- fieur le Duc de Montaufier.Cela paroiſt par les marques qu'il donne tous les jours d'eſprit ,de
112 LE MERCVRE
jugement &de memoire. Deux Exercices de vigueur commen- cezdans le meſme temps , &qui vonteſtre continuez de la mefme forte , font voir non ſeulement la force & l'adreſſe naturelle de Monſeigneur le Dau- phin , mais l'ardeur qu'il a pour tout ce qui luy peutſervir àmar- cher fur les glorieuſes traces qu'il brûle d'impatience de ſui- vre. Monfieur le Prince deConty qui a eſté élevé avec luy , a
commencé auſſi à monter àcheval le meſmejour. Il a de grands exemples domeſtiques , & aur- cune Qualité ne luy manque pour répondre dignement à ce qu'il eſt né. Ainfi on en peut attendre un jour des prodiges pour la Guerre.
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Résumé : Monseigneur le Dauphin monte pour la premiere fois des Chevaux d'Ecole, & apprend à faire des Armes. [titre d'après la table]
Le texte décrit les premiers pas du Dauphin dans les exercices équestres. Malgré une apparence fragile, il a montré sa force et son adresse en montant des chevaux d'école. Il a débuté avec Favory, un cheval habile et vigoureux, puis a monté un autre cheval, impressionnant la cour par sa maîtrise rapide. Le Comte de Brionne, Grand Écuyer, lui a remis la gaule, et le roi a ordonné la construction d'une loge pour la reine afin qu'elle puisse observer les progrès du Dauphin. Les écuyers Bournonville et du Plessis sont chargés de son instruction. Bournonville, bien que malade, est reconnu pour son mérite, tandis que du Plessis, célèbre pour son académie, a initié le Dauphin à l'équitation. Le même jour, La Touche, expert en armes, a commencé à enseigner au Dauphin. Les progrès du Dauphin révèlent son esprit, son jugement et sa mémoire. Le Prince de Conti, élevé avec le Dauphin, a également commencé à monter à cheval le même jour, montrant des aptitudes prometteuses pour la guerre.
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140
p. 179-182
Ce qui s'est passé en Sicile pendant cette Campagne. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous ay point encor parlé de celle de [...]
Mots clefs :
Sicile, Catania, Courage
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en Sicile pendant cette Campagne. [titre d'après la table]
Je ne vous ay point encor parlé de celle de Si- cile. Voicy enpeude mots tout
GALANT 113 ce qui s'y eſt paffé cette dernie- re Campagne. Apres avoir eu d'abord pluſieurs Avatages vers Taormina, on s'emparadequel- ques Poſtes importans aupres de Catania & de Melazzo. On ſe
rendit maiſtre un peu apres de ceux de Jacy , de Mafcary , &
de la Motta. Cependant Mon- fieur le Mareſchal Ducde Vivonne , dont la pieté n'eſt pas moins grande que le courage,
fit jetter à Meſſine les Fonde- mens d'une Egliſe qui doit por- terle Nom de S. Loüis. On auroit pris des Places plus confide- rables que celles que je vous viens de nommer , fi les Vents,
qu'on ne gouverne pas auſſi fa- cilement que les Hommes nous en euſſent permis l'approche.
M.de Caſauxdont la valeur eſt
fi connuë, fit attaquer un Corps
114 LE MERCVRE dedeux mille Hommes dans la
Plaine de Maſcary. M.deCha- ſtenayqui commandoitle Déta- chement fut tué d'abord. Mais
les François qui ne font plus rien d'ordinaire , ne perdent
point cœur pour avoir perdu un Commandant. Ceux qui furent de l'Occafion firent auſſi-toft
plier les Ennemis. M.de Caſaux
les ſuivit , & fit deux cens Pri- ſonniers , parmy leſquels il yeut plufieurs Officiers. Les Mef- finois montrerent beaucoup de vigueur , & il ne ſe peut rien adjoûter à leur courage. Quel- que temps apres les Noftres pri- rent Belveder aux environs de
Catania.
GALANT 113 ce qui s'y eſt paffé cette dernie- re Campagne. Apres avoir eu d'abord pluſieurs Avatages vers Taormina, on s'emparadequel- ques Poſtes importans aupres de Catania & de Melazzo. On ſe
rendit maiſtre un peu apres de ceux de Jacy , de Mafcary , &
de la Motta. Cependant Mon- fieur le Mareſchal Ducde Vivonne , dont la pieté n'eſt pas moins grande que le courage,
fit jetter à Meſſine les Fonde- mens d'une Egliſe qui doit por- terle Nom de S. Loüis. On auroit pris des Places plus confide- rables que celles que je vous viens de nommer , fi les Vents,
qu'on ne gouverne pas auſſi fa- cilement que les Hommes nous en euſſent permis l'approche.
M.de Caſauxdont la valeur eſt
fi connuë, fit attaquer un Corps
114 LE MERCVRE dedeux mille Hommes dans la
Plaine de Maſcary. M.deCha- ſtenayqui commandoitle Déta- chement fut tué d'abord. Mais
les François qui ne font plus rien d'ordinaire , ne perdent
point cœur pour avoir perdu un Commandant. Ceux qui furent de l'Occafion firent auſſi-toft
plier les Ennemis. M.de Caſaux
les ſuivit , & fit deux cens Pri- ſonniers , parmy leſquels il yeut plufieurs Officiers. Les Mef- finois montrerent beaucoup de vigueur , & il ne ſe peut rien adjoûter à leur courage. Quel- que temps apres les Noftres pri- rent Belveder aux environs de
Catania.
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Résumé : Ce qui s'est passé en Sicile pendant cette Campagne. [titre d'après la table]
Le texte décrit des événements militaires en Sicile lors de la dernière campagne. Les forces françaises ont d'abord remporté des succès près de Taormina, puis se sont emparées de positions clés près de Catane et de Melazzo. Elles ont également pris le contrôle de Jacy, Mascary et la Motta. Le maréchal Duc de Vivonne, reconnu pour sa piété et son courage, a initié la construction d'une église dédiée à Saint-Louis à Messine. La prise de places plus stratégiques a été empêchée par des vents défavorables. Le marquis de Casaux a mené une attaque contre un corps de deux mille hommes dans la plaine de Mascary. Le marquis de Chastenay, commandant le détachement, a été tué, mais les Français ont continué à combattre avec détermination et ont repoussé les ennemis, faisant deux cents prisonniers, dont plusieurs officiers. Les Messinois ont montré beaucoup de vigueur et de courage. Par la suite, les forces françaises ont pris Belvedere près de Catane.
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141
p. 182-184
Le Roy donne à M. de Bregy la Lieutenance Colonelle du Regiment de Crussol, vacante par la mort de M. de Chastenay. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur le Duc de Crussol voyant la place de Lieutenant-Colonel [...]
Mots clefs :
Lieutenant-colonel, M. de Brégy
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne à M. de Bregy la Lieutenance Colonelle du Regiment de Crussol, vacante par la mort de M. de Chastenay. [titre d'après la table]
Monfieur le Duc de
Crufſol voyant la place de Lieu- tenant-Colonel de fon Regi- ment , vacante par la mort de M. de Chaſtenay , propoſa m.de
GALAN Τ. II
1
11
1
1
Brégy au Roy pour la remplir. II eſtoit Capitaine dans ce Regi- ment ; & comme il avoit beaucoup contribué à la priſe de Taormina , il avoit eſté fait dés
ce meſme temps Gouverneur de la Scalete. Sa Majefté qui ef- toit informée de ſes ſervices , &
qui ne les vouloit pas laiffer ſans récompenſe , le jugea di- gne d'eſtre à la teſte d'un Corps auſſi confiderable qu'eſt le Regi- mentdeCrufſol , & luy endon- na la Lieutenance-Colonelle
Crufſol voyant la place de Lieu- tenant-Colonel de fon Regi- ment , vacante par la mort de M. de Chaſtenay , propoſa m.de
GALAN Τ. II
1
11
1
1
Brégy au Roy pour la remplir. II eſtoit Capitaine dans ce Regi- ment ; & comme il avoit beaucoup contribué à la priſe de Taormina , il avoit eſté fait dés
ce meſme temps Gouverneur de la Scalete. Sa Majefté qui ef- toit informée de ſes ſervices , &
qui ne les vouloit pas laiffer ſans récompenſe , le jugea di- gne d'eſtre à la teſte d'un Corps auſſi confiderable qu'eſt le Regi- mentdeCrufſol , & luy endon- na la Lieutenance-Colonelle
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Résumé : Le Roy donne à M. de Bregy la Lieutenance Colonelle du Regiment de Crussol, vacante par la mort de M. de Chastenay. [titre d'après la table]
Le Duc de Crufsol proposa M. de Brégy, capitaine et gouverneur de la Scalete, pour succéder à M. de Chastenay comme lieutenant-colonel de son régiment. Le roi, informé de ses mérites, notamment la prise de Taormina, approuva et lui conféra la lieutenance-colonelle.
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142
p. 184
M. d'Obeille est sacré Evesque d'Orange. [titre d'après la table]
Début :
Quelque Profession qu'on ait embrassée, le merite est une [...]
Mots clefs :
M. d'Obeille, Évêque d'Orange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. d'Obeille est sacré Evesque d'Orange. [titre d'après la table]
Quelque Profeſſion qu'on ait embraffée , le merite eft une for- te recommandation pour obte- nir les graces de ce grand Mo- narquequi va ſouvent le cher- cher hors de la Cour. Nous le
voyons en la perſonne de M. d'Obeille , qui vient d'eſtre Sa- cré Eveſque d'Orange. Il eſt
116 LE MERCVRE
Docteur de Sorbonne , & c'eſt
à cauſe de ſa grande érudition qu'il a efté élevé à la Dignité de Prelat
voyons en la perſonne de M. d'Obeille , qui vient d'eſtre Sa- cré Eveſque d'Orange. Il eſt
116 LE MERCVRE
Docteur de Sorbonne , & c'eſt
à cauſe de ſa grande érudition qu'il a efté élevé à la Dignité de Prelat
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143
p. 184-190
Magnifique Repas donné à Son Altesse Royale par M. le Duc d'Aumont. [titre d'après la table]
Début :
En vous faisant le Détail de ce qui s'estoit passé [...]
Mots clefs :
Hôtel d'Aumont, Duc d'Aumont, Concerts, Table
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texteReconnaissance textuelle : Magnifique Repas donné à Son Altesse Royale par M. le Duc d'Aumont. [titre d'après la table]
En vous faiſant le Détail de
ce qui s'eſtoit paſſé au Mariage de M le Marquisde Beringhen,
il me fouvient , Madame , que je vous parlay de la beauté de 'Hôtel d'Aumont , &de la magnificence des Meubles qui en font les ornemens. Monfieur &
Madamey furent il y a quelques
jours , accompagnez de quanti- té de Perſonnes Illuftres de la
Cour de l'un &de l'autre Sexe.
M le Duc d'Aumontles reçeut d'une maniere qui le rendoit digne de l'honneur qu'ils luy faifoient. Leurs A. Royales pri- rent grand plaifir à voir les rare- tez qui ſe trouvent dans cetHôtel, &apres avoir entendu deux
GALANT. 117
1
differents Concerts de Claveffins , de Tuorbes , de Luts & de Voix , qu'on avoit diſpoſez en divers Appartemens , Elles fu- rent regalées d'un magnifique Souper , ſervy d'une façon ex- traordinaire. La Table eſtoit
une maniere de Croiſſant en
demy Octogone. Il y avoit vingt Couverts. Monfieur &Madame
prirent place à la face de l'Oc- rogone oppoſée au Buffet qui eſtoit d'une richeſſe ſurprenan- te. Les Dames ſe placerent aux deux coſtez de la Table , à ſça- voir , Madame la Comteſſe de
Soiffons , Madame la Ducheffe
de Boüillon , Madame la Princeffe de Monaco , madame la
Mareſchale de la Mothe Gouvernante des Enfans de France,
Madame la Ducheſſe de Ventadour , madame la mareſchale
118 LEMERCVRE
de la Ferté , Madame la Comteſſe de Louvigny , madame la Marquiſe de la Ferté , madame la marquiſe de Beringhen ,Mademoiselle de Grançay , &plu- ſieurs autres Dames de la pre- miere Qualité. Il y avoit une ſeconde Table àdix-huit Couverts pour Monfieur le Grand,
Monfieur le Chevalier de Lorraine , Monfieur l'Archeveſque de Rheims , Monfieur le Duc
de Villeroy , Monfieur le Che- valier de Matignon , Monfieur le Marquis de Saucour , &d'autres Perſonnes du plus haut Rang.
Les Apartemens eſtoientéclai- rez d'un tres-grand nombre de Luftres , & les Tables furent
ſervies avec une propretez ad- mirable. On ne pouvoitmoins attendre du ſoin & de la vigi- lancedu SieurRenaut , Maiſtreد
GALANT. 119
א
→
2.
d'Hoſtel de Monfieur le Duc
d'Aumont. Pendant le ſoupé les Haut-bois , les Violons , les
Timbales , les Trompetes , &
toute forte d'autres Inſtrumens,
formerent un Concert qui donna un fort grand plaifir à Leurs Alteſſes Royales. Auſſi ſorti- -rent-elles tres-fatisfaites & de
la magnificence du Repas , &
des manieres de celuy qui le - donnoit.
ce qui s'eſtoit paſſé au Mariage de M le Marquisde Beringhen,
il me fouvient , Madame , que je vous parlay de la beauté de 'Hôtel d'Aumont , &de la magnificence des Meubles qui en font les ornemens. Monfieur &
Madamey furent il y a quelques
jours , accompagnez de quanti- té de Perſonnes Illuftres de la
Cour de l'un &de l'autre Sexe.
M le Duc d'Aumontles reçeut d'une maniere qui le rendoit digne de l'honneur qu'ils luy faifoient. Leurs A. Royales pri- rent grand plaifir à voir les rare- tez qui ſe trouvent dans cetHôtel, &apres avoir entendu deux
GALANT. 117
1
differents Concerts de Claveffins , de Tuorbes , de Luts & de Voix , qu'on avoit diſpoſez en divers Appartemens , Elles fu- rent regalées d'un magnifique Souper , ſervy d'une façon ex- traordinaire. La Table eſtoit
une maniere de Croiſſant en
demy Octogone. Il y avoit vingt Couverts. Monfieur &Madame
prirent place à la face de l'Oc- rogone oppoſée au Buffet qui eſtoit d'une richeſſe ſurprenan- te. Les Dames ſe placerent aux deux coſtez de la Table , à ſça- voir , Madame la Comteſſe de
Soiffons , Madame la Ducheffe
de Boüillon , Madame la Princeffe de Monaco , madame la
Mareſchale de la Mothe Gouvernante des Enfans de France,
Madame la Ducheſſe de Ventadour , madame la mareſchale
118 LEMERCVRE
de la Ferté , Madame la Comteſſe de Louvigny , madame la Marquiſe de la Ferté , madame la marquiſe de Beringhen ,Mademoiselle de Grançay , &plu- ſieurs autres Dames de la pre- miere Qualité. Il y avoit une ſeconde Table àdix-huit Couverts pour Monfieur le Grand,
Monfieur le Chevalier de Lorraine , Monfieur l'Archeveſque de Rheims , Monfieur le Duc
de Villeroy , Monfieur le Che- valier de Matignon , Monfieur le Marquis de Saucour , &d'autres Perſonnes du plus haut Rang.
Les Apartemens eſtoientéclai- rez d'un tres-grand nombre de Luftres , & les Tables furent
ſervies avec une propretez ad- mirable. On ne pouvoitmoins attendre du ſoin & de la vigi- lancedu SieurRenaut , Maiſtreد
GALANT. 119
א
→
2.
d'Hoſtel de Monfieur le Duc
d'Aumont. Pendant le ſoupé les Haut-bois , les Violons , les
Timbales , les Trompetes , &
toute forte d'autres Inſtrumens,
formerent un Concert qui donna un fort grand plaifir à Leurs Alteſſes Royales. Auſſi ſorti- -rent-elles tres-fatisfaites & de
la magnificence du Repas , &
des manieres de celuy qui le - donnoit.
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Résumé : Magnifique Repas donné à Son Altesse Royale par M. le Duc d'Aumont. [titre d'après la table]
Le Duc et la Duchesse d'Aumont reçurent des personnalités illustres de la cour à l'Hôtel d'Aumont. Les invités admirèrent les raretés de l'hôtel et assistèrent à des concerts de clavecins, théorbes, luths et voix dans divers appartements. Un somptueux souper fut ensuite servi. La table principale, en forme de croissant demi-octogonal, accueillait vingt convives, dont le Duc et la Duchesse d'Aumont, ainsi que plusieurs dames de haute qualité. Une seconde table, avec dix-huit couverts, était réservée à des personnalités de haut rang, telles que le Grand, le Chevalier de Lorraine et l'Archevêque de Reims. Les appartements étaient illuminés par de nombreux lustres, et les tables étaient servies avec une propreté admirable. Pendant le souper, divers instruments de musique jouèrent un concert qui plut beaucoup aux Altesses Royales. Elles quittèrent l'Hôtel d'Aumont très satisfaites de la magnificence du repas et de l'accueil.
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144
p. 190-192
« Je ne dois pas oublier à vous répondre sur les [...] »
Début :
Je ne dois pas oublier à vous répondre sur les [...]
Mots clefs :
Plaintes, Comte de Vienne, Armée
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texteReconnaissance textuelle : « Je ne dois pas oublier à vous répondre sur les [...] »
Je ne dois pas oublier à vous répondre ſur les plaintes que vous me faites de ce que dans
mes dernieres Relations , je ne vous ay point parlé de m² le Comte de Vienne , meſtre de
CampduRegimentde Cavale- rie du Roy. Jeneſçay comment ſon Nom a pû m'échaper , puis qu'il eſt certain que pendant .
cette Campagne il a donné des
120 LE MERCVRE
preuves tres-glorieuſes de ſa valeur dans toutes les Occafions
qui s'y forrt paſſées. Il ſert enAl- lemagne dans l'Armée de Mon- fieur de Créquy avec une fi ar- dente paffion de ſe ſignaler, qu'il s'eſt toûjours trouvé par toutdes premiers , & particulierement au Paſſage du Rhin lors quele Prince de Saxe-Eyfenach fut batu , & dans la Rencontre où les Noſtres défirent trente Eſcadrons des Imperiaux. Il eſt Fils de Monfieur le Duc de la Vieuville , Chevalier d'Honneur de la Reyne , & Gouverneur du Poitou , Frere de M. le marquis de la Vieuville , aiſné de la maіfon , meſtre de Camp du Regimentde Navarre.
mes dernieres Relations , je ne vous ay point parlé de m² le Comte de Vienne , meſtre de
CampduRegimentde Cavale- rie du Roy. Jeneſçay comment ſon Nom a pû m'échaper , puis qu'il eſt certain que pendant .
cette Campagne il a donné des
120 LE MERCVRE
preuves tres-glorieuſes de ſa valeur dans toutes les Occafions
qui s'y forrt paſſées. Il ſert enAl- lemagne dans l'Armée de Mon- fieur de Créquy avec une fi ar- dente paffion de ſe ſignaler, qu'il s'eſt toûjours trouvé par toutdes premiers , & particulierement au Paſſage du Rhin lors quele Prince de Saxe-Eyfenach fut batu , & dans la Rencontre où les Noſtres défirent trente Eſcadrons des Imperiaux. Il eſt Fils de Monfieur le Duc de la Vieuville , Chevalier d'Honneur de la Reyne , & Gouverneur du Poitou , Frere de M. le marquis de la Vieuville , aiſné de la maіfon , meſtre de Camp du Regimentde Navarre.
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Résumé : « Je ne dois pas oublier à vous répondre sur les [...] »
Le Comte de Vienne, mestre de camp du régiment de cavalerie du roi, a brillamment servi en Allemagne sous Monsieur de Créquy. Il s'est distingué lors du passage du Rhin et lors d'une victoire contre les Impériaux. Fils du Duc de la Vieuville et frère du marquis de la Vieuville, il est chevalier d'honneur de la Reine et gouverneur du Poitou.
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145
p. 193-196
Divers Emplois de feu M. d'Aligre, par lesquels il estoit parvenu à la Charge de Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Cette mort me fait souvenir que dans ma derniere Lettre [...]
Mots clefs :
Monsieur d'Aligre, Chancelier, Finances
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texteReconnaissance textuelle : Divers Emplois de feu M. d'Aligre, par lesquels il estoit parvenu à la Charge de Chancelier. [titre d'après la table]
Cette mort mefait ſouvenir
quedans ma derniere Lettre je ne vous dis qu'un mot de feu
Monfieur Daligre , Chancelier deFrance. Il est bonque je vous apprenne par quels degrez il eſtoit parvenu à la plus éminen- teCharge de l'Estat. Il com- mença par eſtre Conſeiller au Grand Confeil , &fut en ſuite
Secretaire du Cabinet , Intendant de Juſtice en Languedoc &enNormandie, Ambaſſadeur àVenife , & Conſeiller d'Estat..
Tome IX. F
122 LE MERCVRE
Feu Monfieur le Cardinal de
,
Riche-lieu le choiſit apres la mort de M le ChancelierDaligre ſon Pere pour eſtre du ConfeildeMarine. On l'a veu
environunan Sur-Intendant des
Finances par Commiffion, apres quoy Sa Majesté lemit duCon- feil Royal des Finances dont il demeura Directeur General ,
juſqu'à ce qu'elle luy envoya les Sceaux , & luy fit prendre le Titrede Chancelier. Sa moderation &ſa juſtice luy ont attiré l'admiration de tous ceux qui donnent le prix auxchoſes ſans paffion. Il eſtoit connu pour a- voir l'eſpritvif&penetrantdans les Affaires, &il falloitqu'on en fuſt perfuadé puis qu'on l'a toû- jours employé aux plus impor- tantes. Il avoit unegrande mo- deſtie , une douceur attirante,
GALANT. 123
de
lidu
el
es
es
コ
-
1
& beaucoup d'érudition en
forte que peu de Perſonnes pof- ſedoient mieux que luy les bel- les Lettres.
quedans ma derniere Lettre je ne vous dis qu'un mot de feu
Monfieur Daligre , Chancelier deFrance. Il est bonque je vous apprenne par quels degrez il eſtoit parvenu à la plus éminen- teCharge de l'Estat. Il com- mença par eſtre Conſeiller au Grand Confeil , &fut en ſuite
Secretaire du Cabinet , Intendant de Juſtice en Languedoc &enNormandie, Ambaſſadeur àVenife , & Conſeiller d'Estat..
Tome IX. F
122 LE MERCVRE
Feu Monfieur le Cardinal de
,
Riche-lieu le choiſit apres la mort de M le ChancelierDaligre ſon Pere pour eſtre du ConfeildeMarine. On l'a veu
environunan Sur-Intendant des
Finances par Commiffion, apres quoy Sa Majesté lemit duCon- feil Royal des Finances dont il demeura Directeur General ,
juſqu'à ce qu'elle luy envoya les Sceaux , & luy fit prendre le Titrede Chancelier. Sa moderation &ſa juſtice luy ont attiré l'admiration de tous ceux qui donnent le prix auxchoſes ſans paffion. Il eſtoit connu pour a- voir l'eſpritvif&penetrantdans les Affaires, &il falloitqu'on en fuſt perfuadé puis qu'on l'a toû- jours employé aux plus impor- tantes. Il avoit unegrande mo- deſtie , une douceur attirante,
GALANT. 123
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lidu
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コ
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& beaucoup d'érudition en
forte que peu de Perſonnes pof- ſedoient mieux que luy les bel- les Lettres.
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Résumé : Divers Emplois de feu M. d'Aligre, par lesquels il estoit parvenu à la Charge de Chancelier. [titre d'après la table]
Le texte relate la carrière de Monsieur Daligre, Chancelier de France, et de son fils, également Chancelier. Le père de Daligre débuta comme Conseiller au Grand Conseil, puis devint Secrétaire du Cabinet, Intendant de Justice en Languedoc et en Normandie, Ambassadeur à Venise, et enfin Conseiller d'État. Après sa mort, le Cardinal de Richelieu choisit son fils pour le Conseil de Marine. Ce dernier fut ensuite Sur-Intendant des Finances par commission, Directeur Général du Conseil Royal des Finances, et finalement Chancelier. Il était reconnu pour sa modération, sa justice, son esprit vif et pénétrant dans les affaires, sa modestie, sa douceur, et son érudition. Sa carrière et ses qualités lui ont valu l'admiration de tous.
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146
p. 196-200
Complimens faits à M. le Tellier par M. Iassaut Doyen des Maistres des Requestes, M. Varoquier President au Bureau des Finances, & M. Berrier Secretaire du Conseil. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja dit beaucoup de choses de Monsieur [...]
Mots clefs :
Monsieur Le Tellier, Maîtres des requêtes, Compliments, Compagnies, Charge, Bureau des finances, Secrétaire
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texteReconnaissance textuelle : Complimens faits à M. le Tellier par M. Iassaut Doyen des Maistres des Requestes, M. Varoquier President au Bureau des Finances, & M. Berrier Secretaire du Conseil. [titre d'après la table]
Je vous ay dejadit beaucoup de choſes de Monfieur le TellierqueleRoyluy adonnépour Succeſſeur. Si-toſt qu'il eutprê- té le Serment accouſtumé, Mefſieurs les Maiſtres des Requê- tes , les Treſoriersde France de
Paris , & les Secretaires du Roy,
luy allerent faire leurs Compli- mens , ces trois Ordres d'Officiers ayant d'autant plus d'obli- gationdeprévenir toutesles autres Compagnies , qu'ils preſtent eux-meſmes le Serment de fidelité au Roy entre les mains des Chanceliers de France , à cauſe
de l'ancienne Dignité de leurs Charges , & de ce qu'ils font Commenſaux de la Maiſon du
Fij
124 LE MERCVRE Roy. M. Taſſaut , Doyen des Maiſtres des Requeſtes porta la parole pour leur Corps , & s'en acquita fort dignement. M. de Vvaroquier , Chevalier de l'un des Ordres du Roy , Preſident
au Bureau des Finances , Gen- tilhomme de noble & ancienne
Maiſon des Pays-Bas , & d'un merite connu , parla pour les Treſoriersde France , &parla à
ſon ordinaire , c'eſt àdire en ter- mes aiſez & infinuans , qui ſen- tent plus ſon Homme de Quali- té , qu'un Orateurqui veut dé- ployer ſon éloquence. Il loüa particulierement comme il le dévoit, ledigne choix de noſtre Auguſte Monarque qui avoit rendu la juſtice qui eſtoit deuë aux longs & confiderables fer- vices de Monfieur le Chancelier , auquel il ſouhaita de voir
GALAN T. 125
fer
tt
exercer cette grande Charge autant d'années qu'avoit fait feu Monfieur le Chancelier Seguier , afin qu'il joüiſt plus
'
longtemps du plaifir que luy
t
donneroient les ſervices qu'il rendroit encor à l'Estat , & ceux
qu'on doit attendre du zele qui attache ſans relâche Monfieur
le Marquis de Louvois à tout ce qui peut contribuer à la gloire de fon Maiſtre. M. Berrier Secretaire du Confeil , & Procu- reur perpetuel de la Commu- nauté des Secretaires du Roy,. le complimenta pourleurCorps,
& tout ce qu'il dit fut tres-di- gne d'eſtre écouté. Monfieur le Chancelier répondit à chacun d'eux avec ſon honneſteté ordinaire , & avec cette juſteſſe de paroles qui ne luyeſtpas moins particuliere que naturell
Paris , & les Secretaires du Roy,
luy allerent faire leurs Compli- mens , ces trois Ordres d'Officiers ayant d'autant plus d'obli- gationdeprévenir toutesles autres Compagnies , qu'ils preſtent eux-meſmes le Serment de fidelité au Roy entre les mains des Chanceliers de France , à cauſe
de l'ancienne Dignité de leurs Charges , & de ce qu'ils font Commenſaux de la Maiſon du
Fij
124 LE MERCVRE Roy. M. Taſſaut , Doyen des Maiſtres des Requeſtes porta la parole pour leur Corps , & s'en acquita fort dignement. M. de Vvaroquier , Chevalier de l'un des Ordres du Roy , Preſident
au Bureau des Finances , Gen- tilhomme de noble & ancienne
Maiſon des Pays-Bas , & d'un merite connu , parla pour les Treſoriersde France , &parla à
ſon ordinaire , c'eſt àdire en ter- mes aiſez & infinuans , qui ſen- tent plus ſon Homme de Quali- té , qu'un Orateurqui veut dé- ployer ſon éloquence. Il loüa particulierement comme il le dévoit, ledigne choix de noſtre Auguſte Monarque qui avoit rendu la juſtice qui eſtoit deuë aux longs & confiderables fer- vices de Monfieur le Chancelier , auquel il ſouhaita de voir
GALAN T. 125
fer
tt
exercer cette grande Charge autant d'années qu'avoit fait feu Monfieur le Chancelier Seguier , afin qu'il joüiſt plus
'
longtemps du plaifir que luy
t
donneroient les ſervices qu'il rendroit encor à l'Estat , & ceux
qu'on doit attendre du zele qui attache ſans relâche Monfieur
le Marquis de Louvois à tout ce qui peut contribuer à la gloire de fon Maiſtre. M. Berrier Secretaire du Confeil , & Procu- reur perpetuel de la Commu- nauté des Secretaires du Roy,. le complimenta pourleurCorps,
& tout ce qu'il dit fut tres-di- gne d'eſtre écouté. Monfieur le Chancelier répondit à chacun d'eux avec ſon honneſteté ordinaire , & avec cette juſteſſe de paroles qui ne luyeſtpas moins particuliere que naturell
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Résumé : Complimens faits à M. le Tellier par M. Iassaut Doyen des Maistres des Requestes, M. Varoquier President au Bureau des Finances, & M. Berrier Secretaire du Conseil. [titre d'après la table]
Le texte décrit la succession d'un chancelier et les hommages reçus par divers corps d'officiers. Après avoir prêté serment, le nouveau chancelier reçoit les félicitations des Maîtres des Requêtes, des Trésoriers de France de Paris et des Secrétaires du Roi. Ces trois ordres doivent une fidélité particulière au roi en raison de l'antiquité de leurs charges et de leur rôle de commensaux de la Maison du Roi. M. Tassaut, Doyen des Maîtres des Requêtes, s'exprime au nom de son corps. M. de Varroquier, Chevalier et Président au Bureau des Finances, parle pour les Trésoriers de France, louant le choix du monarque et souhaitant au nouveau chancelier une longue carrière. M. Berrier, Secrétaire du Conseil et Procureur perpétuel des Secrétaires du Roi, complimente également le nouveau chancelier. Ce dernier répond à chacun avec honneur et justesse.
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147
p. 200-203
M. le Procureur General demande l'enregistrement de ses Lettres au Parlement: Elles y sont leuës, & il parle sur ce sujet. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur le Procureur General ayant presenté ses Lettres de Chancelier [...]
Mots clefs :
Procureur général, Lettres, Parlement, Services, Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. le Procureur General demande l'enregistrement de ses Lettres au Parlement: Elles y sont leuës, & il parle sur ce sujet. [titre d'après la table]
.Mon- Fij
126 LE MERCVRE
fieurleProcureurGeneralayant preſenté ſes Lettres de Chance- lier au Parlement afin qu'elles y fuſſent enregiſtrées , elles fu- rent leuës tout haut, & reçeuës avec un applaudiſſementqui ne ſe peutconcevoir. Ony voit les grands & importans ſervices que ce Miniſtre a rendus à l'Eftat en Italie pendant le Regne dufeu Roy , en France pendant la Regence , & en fuite ſous Loüis le Grand. Parmy tous les Eloges qui font dans ces Lettres,
je ne puis vous en taire un fort glorieux à Monfieur le Chance- lier; c'eſt qu'il y eſt expreffé- ment marqué que par ſes ſoins &par fa prudence il abeaucoup ſervy à pacifier les Troubles de l'Estat. M. le Procureur Gene--
ral fit un Eloge fort court de ce grand Miniſtre ; mais il ditbeau-
GALANT. 127
ees
1
e
:
coup en peu de paroles , & fit voir entre autres choſes que Monfieur le Tellier eſtoit heureux d'eſtre né avec toutes les
qualitez qui le rendent fi re- commandable; heureux d'avoir trouvé tant d'occaſions de s'employer pour l'Eſtat ; heureux de fe voir Chef d'une Famille qui fecondoit fi bien ſon zele dans les ſervices qu'il rendoit incef- famment àſon Prince ; heureux
d'avoir efté choiſy pour remplir la Charge de Chancelier de France , &de l'avoir eſté par un Roy dont le juſte difcernement eſt la marque la plus incontefta- ble du vray merite ; Et heureux enfin par deſſus toutes choſes,
de s'eſtre montré digne des a- vantages qu'il poſſedoit.
126 LE MERCVRE
fieurleProcureurGeneralayant preſenté ſes Lettres de Chance- lier au Parlement afin qu'elles y fuſſent enregiſtrées , elles fu- rent leuës tout haut, & reçeuës avec un applaudiſſementqui ne ſe peutconcevoir. Ony voit les grands & importans ſervices que ce Miniſtre a rendus à l'Eftat en Italie pendant le Regne dufeu Roy , en France pendant la Regence , & en fuite ſous Loüis le Grand. Parmy tous les Eloges qui font dans ces Lettres,
je ne puis vous en taire un fort glorieux à Monfieur le Chance- lier; c'eſt qu'il y eſt expreffé- ment marqué que par ſes ſoins &par fa prudence il abeaucoup ſervy à pacifier les Troubles de l'Estat. M. le Procureur Gene--
ral fit un Eloge fort court de ce grand Miniſtre ; mais il ditbeau-
GALANT. 127
ees
1
e
:
coup en peu de paroles , & fit voir entre autres choſes que Monfieur le Tellier eſtoit heureux d'eſtre né avec toutes les
qualitez qui le rendent fi re- commandable; heureux d'avoir trouvé tant d'occaſions de s'employer pour l'Eſtat ; heureux de fe voir Chef d'une Famille qui fecondoit fi bien ſon zele dans les ſervices qu'il rendoit incef- famment àſon Prince ; heureux
d'avoir efté choiſy pour remplir la Charge de Chancelier de France , &de l'avoir eſté par un Roy dont le juſte difcernement eſt la marque la plus incontefta- ble du vray merite ; Et heureux enfin par deſſus toutes choſes,
de s'eſtre montré digne des a- vantages qu'il poſſedoit.
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Résumé : M. le Procureur General demande l'enregistrement de ses Lettres au Parlement: Elles y sont leuës, & il parle sur ce sujet. [titre d'après la table]
Le texte décrit la présentation des Lettres de Chancellerie du Procureur Général au Parlement, qui furent lues et applaudies. Ces lettres mettent en avant les services rendus par le chancelier à l'État en Italie sous le règne du feu roi, en France durant la Régence, et sous Louis le Grand. Le chancelier est loué pour avoir pacifié les troubles de l'État grâce à sa prudence et à ses soins. Le Procureur Général a fait un éloge concis mais éloquent, soulignant les qualités remarquables du chancelier, ses nombreuses occasions de servir l'État, et le soutien de sa famille. Il a également exprimé la fierté du chancelier d'avoir été choisi comme Chancelier de France par un roi dont le discernement témoigne de son mérite. Enfin, il a noté que le chancelier s'était montré digne des avantages qu'il possédait.
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148
p. 209-251
Ce qui s'est passé en Allemagne depuis la Iournée de Kokberg, la Prise de Fribourg, la Défaite d'une Arriere garde des Ennemis, & la Prise de Valkrik. [titre d'après la table]
Début :
Apres la glorieuse Journée de Cokeberg, les Ennemis demeurerent si [...]
Mots clefs :
Ennemis, Fribourg, Journée de Cokeberg, Maréchal de Créquy, Quartiers d'Hiver, Troupes, Place, Montagne, Tranchée, Armée, Siège, Disposition, Français, Bataillons, Prise, Campagne, Ordres, Conduite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en Allemagne depuis la Iournée de Kokberg, la Prise de Fribourg, la Défaite d'une Arriere garde des Ennemis, & la Prise de Valkrik. [titre d'après la table]
Apres la glorieuſe Journée deCokeberg , les Ennemis de- meurerent fi conſternez , qu'ils ſe laifferent battre par diuers
Fvj
132 LE MERCVRE
Partis. Monfieur de Créquy fit donner ordre au Gouverneur
de la Petite - Pierre d'en envoyer par derriere l'Armée en- nemiequi en fut incommodée.
Il fit auſſi brûler les Fourages de tous les lieuxd'oùilsen pou- voient tirer,&les inquieta tel- lement , qu'apres les avoir ba- tus engros , on peutdire ( fi ce n'eſt point abuſer du terme)
qu'il les batit encore en détail.
Depuis ce temps - là , ils ne fçeurent plus ny ce quils fai- ſoient , ny ce qu'ils vouloient faire. Ils manquent de Foura- ges , en vont chercher à huit lieuës,& cesGensquidevoient tout prendre , craignent qu'on ne leur prenne Sarbrük. Ils s'é- loignent peu à peu de noſtre Armée. M' Jacquier tombe ma- lade , tout le monde fait des
GALANT. 133
r
vœuxpour luy ; mais les ordres font fi bien donnez , que les Noftres ne manquant de rien,
ne recoivent aucun préjudice de fa maladie. Monfieur de
Créquy prend le Fourage de quatre Villages des environs de Strasbourg. On luydéputepour luy enfaire des plaintes. Il ré- pond à ceux qui en font char- gez , qu'il faut qu'il ſe ferve de ce qui eſt à portée , qu'ils l'ont bien voulu, &qu'ilempefchera le,deſordre. Il envoye en effet.
ſes Gardes pour l'empefcher.. Les ennemis n'ontque du Bled
de Turquie &de la Paille;&
apres avoir efté chez eux ſe rafraichir &prendre du mon- de,des munitions &de l'argent,
ils viennent ſe ruiner de nouveau. Ils apprennent qu'on a
blâme à Vienne l'imprudence
:
3
134 LE MERCVRE qu'ils ont euë d'engager urr Combat à la Journée de Cокеberg contre la Maiſon du Roy,
celle de l'Empereur ( dont en cette Occafion les Cuiraffiers
faiſoient partie ) n'eſtant pasca- pable de luy refifter. Pendant qu'ils fongent à aller prendre leurs Quartiers d'Hyver , on réſout d'affieger Fribourg. On cache ce deſſein. Les meſures
font priſes àla Cour & à l'Ar- mée. Rien ne ſe découvre du
Secret , rien n'en échape. Les Ennemis croyent qu'on va a
Sarbruk,&on fait tout ce qu'il faut pour les entretenir dans cette penſée. Ils y envoyentdes Troupes. Onenfait avancerde Flandre pour les mieux trom- per. Admirez cette conduite.
Tout agit , tout marche , &
rien ne paroiſt. Avantqued'en-
GALANT. 135
Π
コ
trer dans les particularitez du Siege , il eſt aſſez à propos de vous faire connoiſtre l'impor- tance de la Place. Elle estoit autrefois la Capitale du Canton Catholique appellé le Canton deFribourg. Sa fituation eft en partie fur une Montagne , &
en partie fur le panchant de cette Montagne. La Riviere de Sana l'environne preſque en- tiere,&luy fertd'un large Foffé,
qui fait la ſeparation d'un grand Fauxbourg. Ce Fauxbourg a fes
Portes & ſes Murailles , & fe
joint à la Ville par trois grands Pontsquidonnent communica- tion de l'un à l'autre. C'eſt du
coſtéde la Riviere où Fribourg eſt au Midy ſur le panchant de la Montagne. La Montagne eſt de l'autre coſté avec des Rochers eſcarpez en façon de
136 LE MERCVRE
haute Muraille au bordde cette
meſme Riviere , en forte qu'il n'y a pointàcraindre qu'on les puiſſe eſcalader. La Ville eft
Ipatieuſe.C'eſtun Eveſché , &
la plus conſidérable des trois
Univerfitez des Terresde l'Empereur. On l'a fortifiée d'une
maniere qui f'auroit renduë im- prénable à d'autres qu'à des
François. Elle a deux foſſez où
ily a des retenuës d'eau , deux Murailles avec des Tours , &
une grande Redoute de pierre plus élevée que la Citadelle,
qui eſt de quatre Baſtions ſur la hauteur. Cette Place a eſté
jugée d'une telle conféquence,
que l'ordre eſtoit donné de le
ver le Siege de Philifbourg ,
plutoft que de la laiffer perdre ſi on l'euſt attaquéependant ce Siege. Je ne vous feray point
GALAN T. 137
e
|
un long Détail de ceux à qui
elle a appartenu,je vous diray ſeulement qu'elle est preſente- ment à l'Empereur,& qu'on ne peutl'entendre nommerſans ſe ſouvenir des grands & prodi- gieux Exploits qu'a faits autre- foisMonfieur le Prince en Allemagne , lors qu'il n'eſtoit en- cor que Duc d'Enguien. La priſe de cette place eſtoit d'au- tantplus importante pour nous,
qu'eſtant dans le Pays de l'Em- pereur , il ne sçauroit avancer ſur les Terres qui nous appar- tiennent , qu'on en faſſe auffi- toſt demeſme fur celles quiſont,
à luy. Joignez à cela que Fri- bourg eſtant fort grand , ony
peut mettre ſept ou huit mille hommes enGarniſon , dontune partie ſera toûjours preſte à la defendre , tandis que l'autre
138 LE MERCVRE s'étendra dans le Païs. Depe- tites Places pareilles à Phi- lifbourg ne font pas ſi avanta- geuſes. Ce ne ſont que des For- tereſſes qui ne pouvant conte- mir un fi grand nombre de Troupes , ne peuvent faire de ſi grandes executions. D'ailleurs Fribourg affure Briſac que les Ennemis menacent depuis &
long-temps, &àl'avenir ils par- leront peut-eftre moins del'af- freger , que de reprendre ce qu'ils ont perdu. Cette Place ne nous met pas ſeulement en pouvoir de faire contribuer la Suabe ; mais elle nous donne
moyen d'entrer dans les Païs Hereditaires , & ofte à l'Empe- reurune partie confiderable de fes Revenus , eſtant certain que la pluſpart des Penfions qu'il donnoit à ſes Officiers eſtoient
GALANT. 139
|-
|-
afſignées ſur ce qu'il retiroit de Fribourg. Le Pays eft fort rem- ply de Nobleffe , & n'a gue- res de Païſans qui ne foient ri- ches. La Place n'eſt commandée par aucune Ville , & elfe commande à toutes celles des
environs. Sa priſe rompt les meſures des Ennemis , leur fait
quiter leurs Quartiers d'Hyver,
&les oblige àen chercher d'au- tres. Adjoûtez à ces avanta- ges , celuy de nous eſtre ren- dus maiſtres d'une Place où
font tous les Magaſins donton
auroit eu beſoin pour le Siege de Briſac. Cependant fi les dif- ficultez augmentent la gloire,
onpeut dire qu'il n'y a rien qui égale celle des François. Ils ne s'attachent jamais à des Entre- priſes faciles, &les Places qu'ils ont attaqué cette année ont
140 LE MERCVRE toûjours paſſe pour impréna- bles. Fribourg l'euſt efté ſans doute pour d'autres Ennemis
que pour eux ; & quoy qu'elle ne ſoit pas auſſi forte que Va- lenciénes, Cambray,& S.Omer,
mille difficultez en devoient
rendre la Priſe impoffible. C'eſt une Ville environnée de Dé- filez qui devoient empefcherde l'affieger, ſi les Impériaux n'euf- ſent pas manquéde prévoyan- ce; & toute Place dont on peut empeſcher le Siege, peut paffer pour imprenable. Sa ſcituation furle panchantde la Montagne,
pouvoit donner lieu de la mieux défendre. Elle avoit des Munitions deguerre &de bouche,
& un Commandant qui a toû- jours paſſé pour avoir de la conduite & du cœur. L'Hyver avoit commencé de puis long2
GALANT. 141 temps en ce Païs-là ; il y avoit plus de trois ſemaines qu'il ef- toit couvert de nége , & cepen- dant on réſout d'inveſtir Fribourg. On ne peut dire qu'on aitprévenules Ennemis , pour ſe mettre en campagne avant la Saiſon ; qu'ils n'avoient point de Troupes fur pied , &qu'on eſtoit éloigné d'eux. Le con- traire eft connude tout le monde , les Armées eſtoient pro- ches l'une de l'autre , & la leur
eſtoit forte quand on a formé ce deſſein. Mais dequoy ne vient-on point à bout , quand ce qu'on entreprend eſt bien digeré, & qu'on execute avec beaucoup devaleur &de conduite des Ordres envoyez avec de prudentes reflections ? M
le Mareſchal de Créquy apres avoir donné aux Ennemis la
142 LE MERCVRE jalouſie dont je vous ay deja parlé,fait courir le bruit dans ſon Camp , qu'il attend pour le quiter , que le Prince Charles aitdécampé. Cependant il part une heure apres , & fe rend à
Briſac avec unediligence incro- yable.Il avoit donné ordre qu'on fiſt un Pont de Bâteaux fur le
Rhin. Il fut achevé en douze
heures par les ordresde M. de Viſſac. Cet illuſtre General ayant veu que toutes les choſes qu'il avoit euſoin de faire pré- parereſtoienten état , ordonna
unDéchementde quinze mai- ſtres par Compagnie , & м. de Lançon LieutenantGeneraleut ordre de demeurer avec le reſte
de la Cavalerie dansdesQuar- tiersdepuis Scheleſtat juſques à
Briſac. Admirez la conduite de
Monfieur de Créquy. Il s'éloi-
GALANT. 143 gne des Ennemis ſans en éloi- gner ſes Troupes. Elles couvrent encorBrifac & Scheleſtat , & il
oſte aux Ennemis le moyen de faire aucune Entrepriſe pen- dant qu'il aſſiegera Fribourg ,
en casqu'ils ne veulent pas ten- ter de le ſecourir. Apres tant d'ordres auſſi judicieuſement que ſecretement donnez , M. le Baron de monclar part à dix heures du ſoir avec uneBrigade de Cavalerie , les Dragons de du Fay ,& cinq Bataillons que commandoit M. d'Aubijoux,
afin d'inveſtir Fribourg. Le reſte de l'Armée défila à la
pointe du jourſur deux Ponts ;
&d'abord queles autres Trou- pesordonnées pour cette Expe- dition eurent paffé , M. deCré- quyſe mità lateſte de la maiſon duRoy. Jevousaydéja marqué
:
144 LE MERCVRE
qu'il y avoitdes Défilez pour ar- river à Fribourg.M. le marefchal de Créquy fit couper beaucoup deBois qui les embaraſſerentde telle forte , que les Ennemis n'auroient pû les paſſer fans beaucoup de peine , & fans grande perte. Le voila devant Fribourg. Si ceux de la Place furent étonnez de voir qu'on les affiegeoit , les Affiegeans ne le furentpasmoins , de connoiſtre ledeſſeinqu'on avoitpris , le ſe- cret ayant eſté ſi bien gardé,
qu'ils n'avoient ſçeu juſques-là enquel lieu onles menoit.Quad cette Nouvelle fut publiée àla Cour , leGeneral major Harang (qui comme vous ſçavez avoit eſtéprisdans la Journée de Cox- berg) dit qu'il eſtoit impoſſible que le Siege fut veritable , à
moins que l'Armée de l'Empereur
GALANT. 145 reur ſon Maiſtre n'euſt eſté entierement défaite. Et quand il apprit qu'on ne s'eſtoit point ba- tu,il admira la merveilleuſe conduite duRoy, laprudence de ſes Miniſtres & l'ardeur infatigable de ſes Generaux. Toutes les
Troupes n'eſtant pas encor arri- vées,m. le mareſchal de Créquy viſita la Place , les Poſtes & les Paſſagesdes environs,avant que defaire la diſpoſition des Quar- tiers. Les Ennemis brûlerent un
deleurs Fauxbourgs ,&tirerent pluſieurs volées de Canon ſur lesTroupes les plus avancées.M.
d'Aubijoux ſe logea avec les cinq Bataillons dans le Faux- bourgbrûlédu coſté de la gorge de la montagne , où l'on reſolut defaire l'Attaque. Il pouſſa mef- meunLogement avec cinquan- teHommes , à quelques pas du Tome IX. G
146 LE MERCVRE Foffé. Les Ennemis firent un
affez grand feu. Il n'y eut que vingt Soldats tuez &bleffez, un Capitaine'd'Orleans tué , &un de Feuquieres bleſſé. Le lende- main le reſtedes Troupes eſtant arrivé , M. le marefchal diſpoſa les Quartiers dans l'ordre fui- vant,afin que les Troupes ne fouffriffent point.
DISPOSITION DES .
Quartiers de'lArmée devant
Fribourg le 10. Novembre.
M. deChoifeuil,
Monfieur de la reüillée,
M. de Hautefeüille ,
Eſtoient à Vendeling , avec les Brigades Dela Maiſon du Roy ,
- DeBulonde
Et dela Ferté
GALANT. 147 M. le marquisdeGenlis,
M. deRenty.
M. le Comte deRoye,
Et M. de Boquemar ,
Eſtoient à Lehen,avec les Brigades DeBeaupré,
DeVivans,
De Boiſdavid ,
Et de Vendofme.
M. le Baron de Monclar,
EtMile Marquisde Lambert,
Eſtoient à Betzenhuls , avec les
Brigades DeMoreüil ,
DeDugas,
• Et deJoſſau
८
M. le Comtede Maulevrier
Colbert,
EtM. le Comtede Broglio,
Gij
148 LE MERCVRE Eſtoient à Zering , avec les
Brigades
De S. Loup ,
De Bertillac ,
Et les Dragonsde Liſtenay Et de Teffé.
M. le Comtede Schomberg
eſtoit à Herdem
Brigades DeNovion ,
Etde Nefle.
T
avec les
La Brigade de M. d'Aubijoux eſtoit à Viter , Fauxbourg brûlé.
Les Dragons du Roy & de duFay , eſtoient à Neter ; Et la Brigade de la Valete , à Gun- terſtal & à Delhuts..
Apres cette diſpoſition , il
GALANT. 149
د
changea l'ordre qui avoit eſté donné pour l'ouverture de la Tranchée & voulut qu'on
l'ouvriſt de l'autre coſté de la
Ville , laiffant la Montagne à
gauche. Il fit conſerver le pre- mier Logement pour ſervir de fauffe Attaque. Le meſme jour M. le Comte de Schomberg emporta l'Epée à la main , deux Redoutes avancées fur la hauteur du Chaſteau. Il eſtoit à la
teſtede trois cens Hommes,foutenusdes Brigadesde Norman- die&de Nefle..
La Tranchée fut ouverte à
l'entréede la nuit. Les Officiers
Generaux estoient M'le Comte
de Maulevrier- Colbert , & M"
de laFeüillée &deBoiſdavid.M.
le Marquis de Harcour-Bévron commandoit deuxBataillons de
Picardie.Deux autres de ChamGiij
150 LE MERCVRE pagne prenoient les ordres d'un des principaux Officiers de ce Corps. Comme les François ſont intrepides & accoûtumez à
vaincre ,& qu'on vouloitvenir promptement à bout de cette Entrepriſe ,on ne ſuivit point la pratique ordinaire,qui eſt d'ou- vrir la Tranchée fort loin de la
Place.Elle futcommencée affez
prés ,&ontira une grande Li- gne paralelle à la portée duPi- ſtolet. Les Bateries qu'on avoit dreffées la nuit , tirerent à la pointe du jour. Elles ruinerent des Flancs & des Embraſures
par où les Ennemis pouvoient tirer. La Garde de la Cavalerie
eſtoit commandée par M. de Neuchelles LieutenantdesGardes du Corps. On perdit quel- ques Officiers fubalternes. M. Je ComtedeBuffay undesLieu-
GALANT.
151I
.
tenansGeneraux de l'Artillerie,
&M. deCulan Colonel de Picardie, furenttuez.
LesBataillonsde Normandie ,
Feuquieres , la Marine, &Vau- becour, releverent la Tranchée
la nuit du onze au douze. M.le
Marquis de Choiſeüil , M's les Comte de Broglio & d'Aubi- joux, eſtoient de jour. On pré- para toutes choſes pour ladef- cente du Foffe , & on ſe contenta de ſe loger ſur le bord,
parce qu'on le trouva large &
difficile à combler. On mit encor quelques Pieces enbaterie par les ſoins de M. le marquis de la Freſeliere. Elles furent
tres--bien ſervies, &Monfieur le
Mareſchal de Créquy paſſa la nuit àſon ordinaire , c'eſt àdire
dans la Tranchée. Comme le
clair de Lune eſtoitgrand, nous Gj
152 LE MERCVRE perdîmes quelques Gens cette nuit-là . M. de la Tillaye Lieute- nant Colonel du Regiment de
Normandie , Officier d'un merite fingulier , fut tue. M. d'Af- fonville Aydede CampdeM.de Créquy ,& M. de Roquefeüille Enſeigne de ſes Gardes, furent bleſſez. On fit une Bréche de
quarantepas par le haut , apres laquelle on ſomma le Gouver- neur , qui fier d'avoir appris fon Meſtier parmy les Troupes de France , répondit qu'un Hom.
me comme luy ne ſe rendoit pas au premier Affaut.
La Tranchée fut relevée la
nuitdu douzeau treize , par M. le Comte de Roye , M. de Boquemar , & м. le Chevalier de Novion , avec les Bataillons
d'Auvergne , de Bretagne , &
de Dampierre. On travailla à
GALANT 153
une nouvelte Sape &àune au- tre Baterie qui voyoit la Bréche àrevers ,&on élargit les Travaux.
د
Le treize au foir , les Officiers Generaux qui releverent la Tranchée , furent M" les maгquis deGenlis , de Renty , &de la Ferté avec les Bataillons
d'Orleans , de la Couronne , &
de la Freſeliere. Onavança fort par les Sapes , & l'on travailla à
une mine. Monfieurle Mareſchal
deCréquy alla luy-meſme re- connoiſtre la Breche , & refolut de tenter unLogementdef- fus , ayant reconnuque les En- nemis netravailloientpointder- riere. Des Gens détachez avec
des Travailleurs , deſcendirent
dans le foffé avecdes Echelles,
&monterent àla Brêche àqua- tre heures. Elle ne futdefenduë
G V
154 LE MERCVRE que parun grand feuque firent
les Affiegez des Maiſons qu'ils avoient percées. On la paffa malgré cet obſtacle. Ceux qui fe rencontrerent dans les Ruës
furent tuez. Onapprocha de la
Porte de la ſeconde Envelope..
Les Bataillons d'Orleans &dela
Freſeliere eurent ordre de M. de
Créquy d'entrer par la Bréche:
pour ſoûtenir les Gens déta- chez. M. le marquis de la Ferté &M. de Tracy ſe ſaiſirent des Poſtes avancez avec beaucoup d'intrépidité , & y mirent des Soldats. м. lе mаrquis de la Fer- té fut bleſſé en cette occafion..
M. le marquis de la Freſeliere le
fut auſſi le meſme jour , en don- nant ſes ordres avec ſon activité
ordinaire,pour faire avacer une Piece deCanon contre laPorte
qui ſe trouva bouchéede fumier..
Y
GALAN T. 135 La Tranchée fut relevée par les Regimens de Vendoſme ,la Ferté, Condé , & la Fére. Les
Officiers Generaux estoient M.
le Comte de Maulevrier , M.le
Marquis de Bouflairs , & M. le
Duc de Vendofme. M. de Cré-
-quy voulut preffer l'Attaque de laVille;&pour cet effet , pen- dant que le Canon batoit en
Brêche , il ordonna au Regi- mentde la Ferté qui avoit late-- ſte de ladroite,de faire un Logement fur le borddu Foffe , &
mefme la defcente; &à celuy deVendoſme , de faire la mer
mechoſeſurlagauche. Comme le terrain eftoit tout pavé , on ne pût aisémentremuer la ter re,&il falut porter avec ſoy-de-- quoy ſe loger. Il ne ſuffit pasd'e- ftre François pour oſer tenter unepareille Entrepriſe , il faut
Gvj
296 LE MERCVRE eſtre neſous le Regnede Loüis XIV. dont l'exemple n'inſpire que des prodiges. M. de Laubanie Major du Regiment de la Ferté,y futbleſſé d'unautre cofté . M. le Comte de Schomberg:
s'empara d'un Ouvragede terre
qui couvrait la Redoute depier- re dont le Chaſteau eft commandé,&un peu apres il ſe ren dit maiſtre de cette Redoute par le moyendedeux Pieces de Ca- non que les Anglois avoient guindées , dont ils furent bien récompenfez par M. le maref- chal de Créquy. Le premier coup de Canonemporta la teſte deceluy qui commandoit dans cette Redoute , dont la priſe avança fort celle de la Ville. On tenta deux Logemens pourfot- tenir celuy qu'on avoit fait au- pres du reveſtiſſement du Foffé,
GALANT. 157 Noftre General nevoulut pas les faire achever, parce qu'il fa loit alleràdécouvert, &effuyer le feu du Canon chargé àcar touches. C'eſtoit en plein jour ,
&cependant l'ardeurdesTrou- pes eſtoit fi grande, qu'on eut toutes les peines du monde à les
faire retirer. Le Bataillon de
Vendoſme firmerveille en cette
occafion. M. Limbaut, qui erreſt Lieutenant Colonel, yfut blef- fé. Il eſt impoſſible de faire voir plusd'intrépidité &plus de con- duite qu'en fit paroiſtre M. le Ducde Vendoſme ; le péril ne l'étonnoit point,il eſtoitpartout,
il animoit les Soldats , & l'on
peut direque ſon exemplefervit beaucoup. m.de Créquy fit tout diſpoſer pourl'Affaut.resEnne- mis l'appréhendérent , & bati- rent la Chamade, Ils envoyerent
158 LE MERCVRE un Oftage , & reçeurent en fa place M. de Courvaillon Lieute- nantColonel deCondé. LaNégotiation dura quelque temps.
On permit auxOfficiers d'aller voir laBréche. Le Gouverneur
demanda deux Pieces de Canon, on luy en accorda une , &
la ſeconde fut donnée en confidération duMarquis de Baden.
LesArticles ordinaires ayateſté dreſſez , les Ennemis livrerent
une Portede la Ville , &une du
Chaſteau.. Il n'eſtoit pas neuf heures du matin: La Garnifon
qui estoit encorde quatre cens Chevaux , & de dix-fept cens Hommesde pied , fortit àmidy,
&fut conduite àReinsfeldt. M. d'Oſſonville partit auſſitoſt par l'ordre de M. le Mareſchalde
Créquy, pour aller rendrecom-- pteauRoydu prompt ſuccésde
6
GALANT. 159 cetteſurprenante Entrepriſe.
Cette nouvelle Conqueſte vafourniraux beaux Eſpritsune ample matiere d'écrire.. Voicy ce qui me vientd'eſtre envoyé.
Lifez , Madame. Ces Vers ſont
dignes de celuy qui les a faits.
Vous avez déja veu de belles choſesde luy, & vous en con- viendrez , quand ilmefera per- misdevous le nommer..
SUR LA PRISE
DE FRIBOVRG
Ndit que tous les Rois font les
vives Images
De l'Estre indépendant qui reçoit nos hommages,
Etqu'un écoulement de la Divinité Eaitfur lefront des Rois briller saMa jesté..
rbo LE MERCVRE
Maissi jamais un Roy dans sa toute puissance Apûtflater ſon cœur de cette reſſem- blance,
C'est le Roy des François , ce premier des Mortels
Qui de nos vieux.Héros renverſe les
Antels,
Qui tientfousfes Lauriers leursPat mes étouffée ,
Decesfaux Demy Dieux détruit tous les trophées,
Etprépare une Histoire à la Posteri té
Qui nepeut espérer que l'incrédulité.. Lorsque LOVISparoiſtdans une paix.
profonde,
Son ame eft occupée à gouverner le Monde, ৮
Etlesſoinsaffidus de ſon plus doux re--
pos Guident les mouvemens de cent mille
Héros.
Ceuxqui vont ſousſon Nomde Victorreen Victoire ,
>
Brillansdeses rayons , &convertsdefar gloire,
GALANT. 161
Sonttoujours agiſſansfur la Terre &les Mers ..
Etcraignent le reposplus que tous les dangers.
Créquy , c'estoit affezd'avoir dans ta
Campagne Arrêtéles efforsdecesRoisd'allemagne,
Et d'avoirfait connoistre , à tant de Souverains ,
Celuy quevent leCielpourMaistre des Humains.
Chaque instant , chaque pas valoitune Conqueste;
Maisdetant de Lauriers tu veuxchargertaTeste ,
Que le Sortde laGuerre avec tous fes bazars
N'aitplus pourtoy de foudre ,&te gale aux Césars.
LeSiegede Fribourg , cette haute Entrepriſe Apeineestoit connu , quand on a ſçen
Sapriſe;
:১
Et ceux qui chez le Prince avoient quelques accés,
S'informent du deſſein ,ont appris le Succés.
162 LE MERCVRE
Vy,gloire des François , vy Héros magnanime ,
Seurde tout nostre amour ,de toutenoStre estime ;
Mais en vivantpour nous, connois ce
que tu vaux ,
Etmenagetes jours parmy tant detravaux ;
Nenous force jamais à regretter un Homme
Que Fabrice enviroit , s'il renaiſſoir dansRome
Et laiſſe profiterles Peuplesfans effroy Dessoins d'un grand Sujet ſousles Loix d'unGrandRoy
CeMadrigald'une Perſonne dequalité ſur le meſme fujer ,
merite bienque vous le voyiez.
Ovelques datsd'Allemagne braves que foient ,
lesSolEtceux quifont nourrisſous les armes d'Espagne ,
On nevoitqu'enEsté leurs plus vail lansGuerriers..
:
GALANT. 163 Danslabelle Saiſon tout lemonde mois- Sonne;
Loüisſeul en Hyver , au Printemps,
dans l'Automne ,
Surl' Empire,en tous lieux ,fçait cüeillir desLauriers.
C'eſt aſſurément quelque choſe de ſurprenant , que d'a- voir ajoûté Fribourg dans le commencementde l'Hyver, aux Conqueſtes qui avoient eſté fai- tes avant le Printemps. Si-toſt qu'il fut pris , M le Mareſchal deCréquy y fit tracer de nou- velles Fortifications. M. leMarquis de Lambert Mareſchal de
Camp y doit commander , &
M. de S.Juſt ſous luy. Il eſtoit Lieutenant de Roydans Philif- bourg. Il ade la conduite , &
fçait faire valoir les avantages quedonnent les Placesde cette importance.. M. de Créquy ne
164 LE MERCVRE
F
demeura pas longtemps dans celle- cy.La Victoire l'appellant ailleurs , ily mena la Maiſon du
Roy. M.le Marquis de Genlis ,
& M le Comte de Broglio eſtantdejour , ſe mirent à la te- ſte de l'Armée. M. le Marquis deVillars qui commandoit trois censHommes avancez, rencontra plufieurs Regimés deCava- lerie, if en batit l'Arrieregarde,
qu'il poursuivit longtemps avec la meſme vigueur &la meſme conduite qu'il adéja fait paroi ſtre plufieurs fois pendant cette Campagne , quoy qu'il foit dans une grande jeuneffe. Il fit plus de ſoixante Priſonniers , entre
leſquels eſtoient deux Capitai- nes , &ily eurenviron quaran te Dragons tuez. Nous euffions pouffé nos avantages plus loin-,
fanousn'eufſſions pointeſtédans
GALANT. 165 unegorge de Montagne où les Troupes avoient beaucoup de peine àpaſſer. Les Ennemis en eurent plus de temps pour fuir.
On prit en ſuite la Ville &le Chaſteau de Vvalkvik , qui ſe rendirent apres avoir eſté ſom- mez. Ony trouva unegrande quantité de toute forte de Pro- viſions. Cette Place eſt à deux
lieuës de Fribourg dans uneVal- léequi conduit en Suabe.
Je ne puis quiter l'Armée d'Allemagne , ſans vous dire que les demeflez du Prince Charles &de Monfieur le Duc
de Vendoſme dont je vous ay parlé , ne regardent que les in- tereſts du Roy & de l'Empe- reur. Ils conſervent une par- faite eſtime &une fort grande honneſteté l'un pour l'autre.
Monfieur de Vendoſme, com
166 LE MERCVRE
me un des plus proches &des plus illuftres Parens de la Ducheſſe de Lorraine , luy a toû- jours rendu ſes devoirs , & l'a viſitée ſouvent à Strasbourg. Si ces Princes s'y rencontroient ,
ils feroient comme nos Braves,
de l'une&de l'autre Armée qui apres s'eſtre régalez malgré la diverſitédu Party , ſe batent au fortir des Lieux où l'on obſerve
la Neutralité comme s'ils ne
s'eſtoient point connus auparavant. ر
Fvj
132 LE MERCVRE
Partis. Monfieur de Créquy fit donner ordre au Gouverneur
de la Petite - Pierre d'en envoyer par derriere l'Armée en- nemiequi en fut incommodée.
Il fit auſſi brûler les Fourages de tous les lieuxd'oùilsen pou- voient tirer,&les inquieta tel- lement , qu'apres les avoir ba- tus engros , on peutdire ( fi ce n'eſt point abuſer du terme)
qu'il les batit encore en détail.
Depuis ce temps - là , ils ne fçeurent plus ny ce quils fai- ſoient , ny ce qu'ils vouloient faire. Ils manquent de Foura- ges , en vont chercher à huit lieuës,& cesGensquidevoient tout prendre , craignent qu'on ne leur prenne Sarbrük. Ils s'é- loignent peu à peu de noſtre Armée. M' Jacquier tombe ma- lade , tout le monde fait des
GALANT. 133
r
vœuxpour luy ; mais les ordres font fi bien donnez , que les Noftres ne manquant de rien,
ne recoivent aucun préjudice de fa maladie. Monfieur de
Créquy prend le Fourage de quatre Villages des environs de Strasbourg. On luydéputepour luy enfaire des plaintes. Il ré- pond à ceux qui en font char- gez , qu'il faut qu'il ſe ferve de ce qui eſt à portée , qu'ils l'ont bien voulu, &qu'ilempefchera le,deſordre. Il envoye en effet.
ſes Gardes pour l'empefcher.. Les ennemis n'ontque du Bled
de Turquie &de la Paille;&
apres avoir efté chez eux ſe rafraichir &prendre du mon- de,des munitions &de l'argent,
ils viennent ſe ruiner de nouveau. Ils apprennent qu'on a
blâme à Vienne l'imprudence
:
3
134 LE MERCVRE qu'ils ont euë d'engager urr Combat à la Journée de Cокеberg contre la Maiſon du Roy,
celle de l'Empereur ( dont en cette Occafion les Cuiraffiers
faiſoient partie ) n'eſtant pasca- pable de luy refifter. Pendant qu'ils fongent à aller prendre leurs Quartiers d'Hyver , on réſout d'affieger Fribourg. On cache ce deſſein. Les meſures
font priſes àla Cour & à l'Ar- mée. Rien ne ſe découvre du
Secret , rien n'en échape. Les Ennemis croyent qu'on va a
Sarbruk,&on fait tout ce qu'il faut pour les entretenir dans cette penſée. Ils y envoyentdes Troupes. Onenfait avancerde Flandre pour les mieux trom- per. Admirez cette conduite.
Tout agit , tout marche , &
rien ne paroiſt. Avantqued'en-
GALANT. 135
Π
コ
trer dans les particularitez du Siege , il eſt aſſez à propos de vous faire connoiſtre l'impor- tance de la Place. Elle estoit autrefois la Capitale du Canton Catholique appellé le Canton deFribourg. Sa fituation eft en partie fur une Montagne , &
en partie fur le panchant de cette Montagne. La Riviere de Sana l'environne preſque en- tiere,&luy fertd'un large Foffé,
qui fait la ſeparation d'un grand Fauxbourg. Ce Fauxbourg a fes
Portes & ſes Murailles , & fe
joint à la Ville par trois grands Pontsquidonnent communica- tion de l'un à l'autre. C'eſt du
coſtéde la Riviere où Fribourg eſt au Midy ſur le panchant de la Montagne. La Montagne eſt de l'autre coſté avec des Rochers eſcarpez en façon de
136 LE MERCVRE
haute Muraille au bordde cette
meſme Riviere , en forte qu'il n'y a pointàcraindre qu'on les puiſſe eſcalader. La Ville eft
Ipatieuſe.C'eſtun Eveſché , &
la plus conſidérable des trois
Univerfitez des Terresde l'Empereur. On l'a fortifiée d'une
maniere qui f'auroit renduë im- prénable à d'autres qu'à des
François. Elle a deux foſſez où
ily a des retenuës d'eau , deux Murailles avec des Tours , &
une grande Redoute de pierre plus élevée que la Citadelle,
qui eſt de quatre Baſtions ſur la hauteur. Cette Place a eſté
jugée d'une telle conféquence,
que l'ordre eſtoit donné de le
ver le Siege de Philifbourg ,
plutoft que de la laiffer perdre ſi on l'euſt attaquéependant ce Siege. Je ne vous feray point
GALAN T. 137
e
|
un long Détail de ceux à qui
elle a appartenu,je vous diray ſeulement qu'elle est preſente- ment à l'Empereur,& qu'on ne peutl'entendre nommerſans ſe ſouvenir des grands & prodi- gieux Exploits qu'a faits autre- foisMonfieur le Prince en Allemagne , lors qu'il n'eſtoit en- cor que Duc d'Enguien. La priſe de cette place eſtoit d'au- tantplus importante pour nous,
qu'eſtant dans le Pays de l'Em- pereur , il ne sçauroit avancer ſur les Terres qui nous appar- tiennent , qu'on en faſſe auffi- toſt demeſme fur celles quiſont,
à luy. Joignez à cela que Fri- bourg eſtant fort grand , ony
peut mettre ſept ou huit mille hommes enGarniſon , dontune partie ſera toûjours preſte à la defendre , tandis que l'autre
138 LE MERCVRE s'étendra dans le Païs. Depe- tites Places pareilles à Phi- lifbourg ne font pas ſi avanta- geuſes. Ce ne ſont que des For- tereſſes qui ne pouvant conte- mir un fi grand nombre de Troupes , ne peuvent faire de ſi grandes executions. D'ailleurs Fribourg affure Briſac que les Ennemis menacent depuis &
long-temps, &àl'avenir ils par- leront peut-eftre moins del'af- freger , que de reprendre ce qu'ils ont perdu. Cette Place ne nous met pas ſeulement en pouvoir de faire contribuer la Suabe ; mais elle nous donne
moyen d'entrer dans les Païs Hereditaires , & ofte à l'Empe- reurune partie confiderable de fes Revenus , eſtant certain que la pluſpart des Penfions qu'il donnoit à ſes Officiers eſtoient
GALANT. 139
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afſignées ſur ce qu'il retiroit de Fribourg. Le Pays eft fort rem- ply de Nobleffe , & n'a gue- res de Païſans qui ne foient ri- ches. La Place n'eſt commandée par aucune Ville , & elfe commande à toutes celles des
environs. Sa priſe rompt les meſures des Ennemis , leur fait
quiter leurs Quartiers d'Hyver,
&les oblige àen chercher d'au- tres. Adjoûtez à ces avanta- ges , celuy de nous eſtre ren- dus maiſtres d'une Place où
font tous les Magaſins donton
auroit eu beſoin pour le Siege de Briſac. Cependant fi les dif- ficultez augmentent la gloire,
onpeut dire qu'il n'y a rien qui égale celle des François. Ils ne s'attachent jamais à des Entre- priſes faciles, &les Places qu'ils ont attaqué cette année ont
140 LE MERCVRE toûjours paſſe pour impréna- bles. Fribourg l'euſt efté ſans doute pour d'autres Ennemis
que pour eux ; & quoy qu'elle ne ſoit pas auſſi forte que Va- lenciénes, Cambray,& S.Omer,
mille difficultez en devoient
rendre la Priſe impoffible. C'eſt une Ville environnée de Dé- filez qui devoient empefcherde l'affieger, ſi les Impériaux n'euf- ſent pas manquéde prévoyan- ce; & toute Place dont on peut empeſcher le Siege, peut paffer pour imprenable. Sa ſcituation furle panchantde la Montagne,
pouvoit donner lieu de la mieux défendre. Elle avoit des Munitions deguerre &de bouche,
& un Commandant qui a toû- jours paſſé pour avoir de la conduite & du cœur. L'Hyver avoit commencé de puis long2
GALANT. 141 temps en ce Païs-là ; il y avoit plus de trois ſemaines qu'il ef- toit couvert de nége , & cepen- dant on réſout d'inveſtir Fribourg. On ne peut dire qu'on aitprévenules Ennemis , pour ſe mettre en campagne avant la Saiſon ; qu'ils n'avoient point de Troupes fur pied , &qu'on eſtoit éloigné d'eux. Le con- traire eft connude tout le monde , les Armées eſtoient pro- ches l'une de l'autre , & la leur
eſtoit forte quand on a formé ce deſſein. Mais dequoy ne vient-on point à bout , quand ce qu'on entreprend eſt bien digeré, & qu'on execute avec beaucoup devaleur &de conduite des Ordres envoyez avec de prudentes reflections ? M
le Mareſchal de Créquy apres avoir donné aux Ennemis la
142 LE MERCVRE jalouſie dont je vous ay deja parlé,fait courir le bruit dans ſon Camp , qu'il attend pour le quiter , que le Prince Charles aitdécampé. Cependant il part une heure apres , & fe rend à
Briſac avec unediligence incro- yable.Il avoit donné ordre qu'on fiſt un Pont de Bâteaux fur le
Rhin. Il fut achevé en douze
heures par les ordresde M. de Viſſac. Cet illuſtre General ayant veu que toutes les choſes qu'il avoit euſoin de faire pré- parereſtoienten état , ordonna
unDéchementde quinze mai- ſtres par Compagnie , & м. de Lançon LieutenantGeneraleut ordre de demeurer avec le reſte
de la Cavalerie dansdesQuar- tiersdepuis Scheleſtat juſques à
Briſac. Admirez la conduite de
Monfieur de Créquy. Il s'éloi-
GALANT. 143 gne des Ennemis ſans en éloi- gner ſes Troupes. Elles couvrent encorBrifac & Scheleſtat , & il
oſte aux Ennemis le moyen de faire aucune Entrepriſe pen- dant qu'il aſſiegera Fribourg ,
en casqu'ils ne veulent pas ten- ter de le ſecourir. Apres tant d'ordres auſſi judicieuſement que ſecretement donnez , M. le Baron de monclar part à dix heures du ſoir avec uneBrigade de Cavalerie , les Dragons de du Fay ,& cinq Bataillons que commandoit M. d'Aubijoux,
afin d'inveſtir Fribourg. Le reſte de l'Armée défila à la
pointe du jourſur deux Ponts ;
&d'abord queles autres Trou- pesordonnées pour cette Expe- dition eurent paffé , M. deCré- quyſe mità lateſte de la maiſon duRoy. Jevousaydéja marqué
:
144 LE MERCVRE
qu'il y avoitdes Défilez pour ar- river à Fribourg.M. le marefchal de Créquy fit couper beaucoup deBois qui les embaraſſerentde telle forte , que les Ennemis n'auroient pû les paſſer fans beaucoup de peine , & fans grande perte. Le voila devant Fribourg. Si ceux de la Place furent étonnez de voir qu'on les affiegeoit , les Affiegeans ne le furentpasmoins , de connoiſtre ledeſſeinqu'on avoitpris , le ſe- cret ayant eſté ſi bien gardé,
qu'ils n'avoient ſçeu juſques-là enquel lieu onles menoit.Quad cette Nouvelle fut publiée àla Cour , leGeneral major Harang (qui comme vous ſçavez avoit eſtéprisdans la Journée de Cox- berg) dit qu'il eſtoit impoſſible que le Siege fut veritable , à
moins que l'Armée de l'Empereur
GALANT. 145 reur ſon Maiſtre n'euſt eſté entierement défaite. Et quand il apprit qu'on ne s'eſtoit point ba- tu,il admira la merveilleuſe conduite duRoy, laprudence de ſes Miniſtres & l'ardeur infatigable de ſes Generaux. Toutes les
Troupes n'eſtant pas encor arri- vées,m. le mareſchal de Créquy viſita la Place , les Poſtes & les Paſſagesdes environs,avant que defaire la diſpoſition des Quar- tiers. Les Ennemis brûlerent un
deleurs Fauxbourgs ,&tirerent pluſieurs volées de Canon ſur lesTroupes les plus avancées.M.
d'Aubijoux ſe logea avec les cinq Bataillons dans le Faux- bourgbrûlédu coſté de la gorge de la montagne , où l'on reſolut defaire l'Attaque. Il pouſſa mef- meunLogement avec cinquan- teHommes , à quelques pas du Tome IX. G
146 LE MERCVRE Foffé. Les Ennemis firent un
affez grand feu. Il n'y eut que vingt Soldats tuez &bleffez, un Capitaine'd'Orleans tué , &un de Feuquieres bleſſé. Le lende- main le reſtedes Troupes eſtant arrivé , M. le marefchal diſpoſa les Quartiers dans l'ordre fui- vant,afin que les Troupes ne fouffriffent point.
DISPOSITION DES .
Quartiers de'lArmée devant
Fribourg le 10. Novembre.
M. deChoifeuil,
Monfieur de la reüillée,
M. de Hautefeüille ,
Eſtoient à Vendeling , avec les Brigades Dela Maiſon du Roy ,
- DeBulonde
Et dela Ferté
GALANT. 147 M. le marquisdeGenlis,
M. deRenty.
M. le Comte deRoye,
Et M. de Boquemar ,
Eſtoient à Lehen,avec les Brigades DeBeaupré,
DeVivans,
De Boiſdavid ,
Et de Vendofme.
M. le Baron de Monclar,
EtMile Marquisde Lambert,
Eſtoient à Betzenhuls , avec les
Brigades DeMoreüil ,
DeDugas,
• Et deJoſſau
८
M. le Comtede Maulevrier
Colbert,
EtM. le Comtede Broglio,
Gij
148 LE MERCVRE Eſtoient à Zering , avec les
Brigades
De S. Loup ,
De Bertillac ,
Et les Dragonsde Liſtenay Et de Teffé.
M. le Comtede Schomberg
eſtoit à Herdem
Brigades DeNovion ,
Etde Nefle.
T
avec les
La Brigade de M. d'Aubijoux eſtoit à Viter , Fauxbourg brûlé.
Les Dragons du Roy & de duFay , eſtoient à Neter ; Et la Brigade de la Valete , à Gun- terſtal & à Delhuts..
Apres cette diſpoſition , il
GALANT. 149
د
changea l'ordre qui avoit eſté donné pour l'ouverture de la Tranchée & voulut qu'on
l'ouvriſt de l'autre coſté de la
Ville , laiffant la Montagne à
gauche. Il fit conſerver le pre- mier Logement pour ſervir de fauffe Attaque. Le meſme jour M. le Comte de Schomberg emporta l'Epée à la main , deux Redoutes avancées fur la hauteur du Chaſteau. Il eſtoit à la
teſtede trois cens Hommes,foutenusdes Brigadesde Norman- die&de Nefle..
La Tranchée fut ouverte à
l'entréede la nuit. Les Officiers
Generaux estoient M'le Comte
de Maulevrier- Colbert , & M"
de laFeüillée &deBoiſdavid.M.
le Marquis de Harcour-Bévron commandoit deuxBataillons de
Picardie.Deux autres de ChamGiij
150 LE MERCVRE pagne prenoient les ordres d'un des principaux Officiers de ce Corps. Comme les François ſont intrepides & accoûtumez à
vaincre ,& qu'on vouloitvenir promptement à bout de cette Entrepriſe ,on ne ſuivit point la pratique ordinaire,qui eſt d'ou- vrir la Tranchée fort loin de la
Place.Elle futcommencée affez
prés ,&ontira une grande Li- gne paralelle à la portée duPi- ſtolet. Les Bateries qu'on avoit dreffées la nuit , tirerent à la pointe du jour. Elles ruinerent des Flancs & des Embraſures
par où les Ennemis pouvoient tirer. La Garde de la Cavalerie
eſtoit commandée par M. de Neuchelles LieutenantdesGardes du Corps. On perdit quel- ques Officiers fubalternes. M. Je ComtedeBuffay undesLieu-
GALANT.
151I
.
tenansGeneraux de l'Artillerie,
&M. deCulan Colonel de Picardie, furenttuez.
LesBataillonsde Normandie ,
Feuquieres , la Marine, &Vau- becour, releverent la Tranchée
la nuit du onze au douze. M.le
Marquis de Choiſeüil , M's les Comte de Broglio & d'Aubi- joux, eſtoient de jour. On pré- para toutes choſes pour ladef- cente du Foffe , & on ſe contenta de ſe loger ſur le bord,
parce qu'on le trouva large &
difficile à combler. On mit encor quelques Pieces enbaterie par les ſoins de M. le marquis de la Freſeliere. Elles furent
tres--bien ſervies, &Monfieur le
Mareſchal de Créquy paſſa la nuit àſon ordinaire , c'eſt àdire
dans la Tranchée. Comme le
clair de Lune eſtoitgrand, nous Gj
152 LE MERCVRE perdîmes quelques Gens cette nuit-là . M. de la Tillaye Lieute- nant Colonel du Regiment de
Normandie , Officier d'un merite fingulier , fut tue. M. d'Af- fonville Aydede CampdeM.de Créquy ,& M. de Roquefeüille Enſeigne de ſes Gardes, furent bleſſez. On fit une Bréche de
quarantepas par le haut , apres laquelle on ſomma le Gouver- neur , qui fier d'avoir appris fon Meſtier parmy les Troupes de France , répondit qu'un Hom.
me comme luy ne ſe rendoit pas au premier Affaut.
La Tranchée fut relevée la
nuitdu douzeau treize , par M. le Comte de Roye , M. de Boquemar , & м. le Chevalier de Novion , avec les Bataillons
d'Auvergne , de Bretagne , &
de Dampierre. On travailla à
GALANT 153
une nouvelte Sape &àune au- tre Baterie qui voyoit la Bréche àrevers ,&on élargit les Travaux.
د
Le treize au foir , les Officiers Generaux qui releverent la Tranchée , furent M" les maгquis deGenlis , de Renty , &de la Ferté avec les Bataillons
d'Orleans , de la Couronne , &
de la Freſeliere. Onavança fort par les Sapes , & l'on travailla à
une mine. Monfieurle Mareſchal
deCréquy alla luy-meſme re- connoiſtre la Breche , & refolut de tenter unLogementdef- fus , ayant reconnuque les En- nemis netravailloientpointder- riere. Des Gens détachez avec
des Travailleurs , deſcendirent
dans le foffé avecdes Echelles,
&monterent àla Brêche àqua- tre heures. Elle ne futdefenduë
G V
154 LE MERCVRE que parun grand feuque firent
les Affiegez des Maiſons qu'ils avoient percées. On la paffa malgré cet obſtacle. Ceux qui fe rencontrerent dans les Ruës
furent tuez. Onapprocha de la
Porte de la ſeconde Envelope..
Les Bataillons d'Orleans &dela
Freſeliere eurent ordre de M. de
Créquy d'entrer par la Bréche:
pour ſoûtenir les Gens déta- chez. M. le marquis de la Ferté &M. de Tracy ſe ſaiſirent des Poſtes avancez avec beaucoup d'intrépidité , & y mirent des Soldats. м. lе mаrquis de la Fer- té fut bleſſé en cette occafion..
M. le marquis de la Freſeliere le
fut auſſi le meſme jour , en don- nant ſes ordres avec ſon activité
ordinaire,pour faire avacer une Piece deCanon contre laPorte
qui ſe trouva bouchéede fumier..
Y
GALAN T. 135 La Tranchée fut relevée par les Regimens de Vendoſme ,la Ferté, Condé , & la Fére. Les
Officiers Generaux estoient M.
le Comte de Maulevrier , M.le
Marquis de Bouflairs , & M. le
Duc de Vendofme. M. de Cré-
-quy voulut preffer l'Attaque de laVille;&pour cet effet , pen- dant que le Canon batoit en
Brêche , il ordonna au Regi- mentde la Ferté qui avoit late-- ſte de ladroite,de faire un Logement fur le borddu Foffe , &
mefme la defcente; &à celuy deVendoſme , de faire la mer
mechoſeſurlagauche. Comme le terrain eftoit tout pavé , on ne pût aisémentremuer la ter re,&il falut porter avec ſoy-de-- quoy ſe loger. Il ne ſuffit pasd'e- ftre François pour oſer tenter unepareille Entrepriſe , il faut
Gvj
296 LE MERCVRE eſtre neſous le Regnede Loüis XIV. dont l'exemple n'inſpire que des prodiges. M. de Laubanie Major du Regiment de la Ferté,y futbleſſé d'unautre cofté . M. le Comte de Schomberg:
s'empara d'un Ouvragede terre
qui couvrait la Redoute depier- re dont le Chaſteau eft commandé,&un peu apres il ſe ren dit maiſtre de cette Redoute par le moyendedeux Pieces de Ca- non que les Anglois avoient guindées , dont ils furent bien récompenfez par M. le maref- chal de Créquy. Le premier coup de Canonemporta la teſte deceluy qui commandoit dans cette Redoute , dont la priſe avança fort celle de la Ville. On tenta deux Logemens pourfot- tenir celuy qu'on avoit fait au- pres du reveſtiſſement du Foffé,
GALANT. 157 Noftre General nevoulut pas les faire achever, parce qu'il fa loit alleràdécouvert, &effuyer le feu du Canon chargé àcar touches. C'eſtoit en plein jour ,
&cependant l'ardeurdesTrou- pes eſtoit fi grande, qu'on eut toutes les peines du monde à les
faire retirer. Le Bataillon de
Vendoſme firmerveille en cette
occafion. M. Limbaut, qui erreſt Lieutenant Colonel, yfut blef- fé. Il eſt impoſſible de faire voir plusd'intrépidité &plus de con- duite qu'en fit paroiſtre M. le Ducde Vendoſme ; le péril ne l'étonnoit point,il eſtoitpartout,
il animoit les Soldats , & l'on
peut direque ſon exemplefervit beaucoup. m.de Créquy fit tout diſpoſer pourl'Affaut.resEnne- mis l'appréhendérent , & bati- rent la Chamade, Ils envoyerent
158 LE MERCVRE un Oftage , & reçeurent en fa place M. de Courvaillon Lieute- nantColonel deCondé. LaNégotiation dura quelque temps.
On permit auxOfficiers d'aller voir laBréche. Le Gouverneur
demanda deux Pieces de Canon, on luy en accorda une , &
la ſeconde fut donnée en confidération duMarquis de Baden.
LesArticles ordinaires ayateſté dreſſez , les Ennemis livrerent
une Portede la Ville , &une du
Chaſteau.. Il n'eſtoit pas neuf heures du matin: La Garnifon
qui estoit encorde quatre cens Chevaux , & de dix-fept cens Hommesde pied , fortit àmidy,
&fut conduite àReinsfeldt. M. d'Oſſonville partit auſſitoſt par l'ordre de M. le Mareſchalde
Créquy, pour aller rendrecom-- pteauRoydu prompt ſuccésde
6
GALANT. 159 cetteſurprenante Entrepriſe.
Cette nouvelle Conqueſte vafourniraux beaux Eſpritsune ample matiere d'écrire.. Voicy ce qui me vientd'eſtre envoyé.
Lifez , Madame. Ces Vers ſont
dignes de celuy qui les a faits.
Vous avez déja veu de belles choſesde luy, & vous en con- viendrez , quand ilmefera per- misdevous le nommer..
SUR LA PRISE
DE FRIBOVRG
Ndit que tous les Rois font les
vives Images
De l'Estre indépendant qui reçoit nos hommages,
Etqu'un écoulement de la Divinité Eaitfur lefront des Rois briller saMa jesté..
rbo LE MERCVRE
Maissi jamais un Roy dans sa toute puissance Apûtflater ſon cœur de cette reſſem- blance,
C'est le Roy des François , ce premier des Mortels
Qui de nos vieux.Héros renverſe les
Antels,
Qui tientfousfes Lauriers leursPat mes étouffée ,
Decesfaux Demy Dieux détruit tous les trophées,
Etprépare une Histoire à la Posteri té
Qui nepeut espérer que l'incrédulité.. Lorsque LOVISparoiſtdans une paix.
profonde,
Son ame eft occupée à gouverner le Monde, ৮
Etlesſoinsaffidus de ſon plus doux re--
pos Guident les mouvemens de cent mille
Héros.
Ceuxqui vont ſousſon Nomde Victorreen Victoire ,
>
Brillansdeses rayons , &convertsdefar gloire,
GALANT. 161
Sonttoujours agiſſansfur la Terre &les Mers ..
Etcraignent le reposplus que tous les dangers.
Créquy , c'estoit affezd'avoir dans ta
Campagne Arrêtéles efforsdecesRoisd'allemagne,
Et d'avoirfait connoistre , à tant de Souverains ,
Celuy quevent leCielpourMaistre des Humains.
Chaque instant , chaque pas valoitune Conqueste;
Maisdetant de Lauriers tu veuxchargertaTeste ,
Que le Sortde laGuerre avec tous fes bazars
N'aitplus pourtoy de foudre ,&te gale aux Césars.
LeSiegede Fribourg , cette haute Entrepriſe Apeineestoit connu , quand on a ſçen
Sapriſe;
:১
Et ceux qui chez le Prince avoient quelques accés,
S'informent du deſſein ,ont appris le Succés.
162 LE MERCVRE
Vy,gloire des François , vy Héros magnanime ,
Seurde tout nostre amour ,de toutenoStre estime ;
Mais en vivantpour nous, connois ce
que tu vaux ,
Etmenagetes jours parmy tant detravaux ;
Nenous force jamais à regretter un Homme
Que Fabrice enviroit , s'il renaiſſoir dansRome
Et laiſſe profiterles Peuplesfans effroy Dessoins d'un grand Sujet ſousles Loix d'unGrandRoy
CeMadrigald'une Perſonne dequalité ſur le meſme fujer ,
merite bienque vous le voyiez.
Ovelques datsd'Allemagne braves que foient ,
lesSolEtceux quifont nourrisſous les armes d'Espagne ,
On nevoitqu'enEsté leurs plus vail lansGuerriers..
:
GALANT. 163 Danslabelle Saiſon tout lemonde mois- Sonne;
Loüisſeul en Hyver , au Printemps,
dans l'Automne ,
Surl' Empire,en tous lieux ,fçait cüeillir desLauriers.
C'eſt aſſurément quelque choſe de ſurprenant , que d'a- voir ajoûté Fribourg dans le commencementde l'Hyver, aux Conqueſtes qui avoient eſté fai- tes avant le Printemps. Si-toſt qu'il fut pris , M le Mareſchal deCréquy y fit tracer de nou- velles Fortifications. M. leMarquis de Lambert Mareſchal de
Camp y doit commander , &
M. de S.Juſt ſous luy. Il eſtoit Lieutenant de Roydans Philif- bourg. Il ade la conduite , &
fçait faire valoir les avantages quedonnent les Placesde cette importance.. M. de Créquy ne
164 LE MERCVRE
F
demeura pas longtemps dans celle- cy.La Victoire l'appellant ailleurs , ily mena la Maiſon du
Roy. M.le Marquis de Genlis ,
& M le Comte de Broglio eſtantdejour , ſe mirent à la te- ſte de l'Armée. M. le Marquis deVillars qui commandoit trois censHommes avancez, rencontra plufieurs Regimés deCava- lerie, if en batit l'Arrieregarde,
qu'il poursuivit longtemps avec la meſme vigueur &la meſme conduite qu'il adéja fait paroi ſtre plufieurs fois pendant cette Campagne , quoy qu'il foit dans une grande jeuneffe. Il fit plus de ſoixante Priſonniers , entre
leſquels eſtoient deux Capitai- nes , &ily eurenviron quaran te Dragons tuez. Nous euffions pouffé nos avantages plus loin-,
fanousn'eufſſions pointeſtédans
GALANT. 165 unegorge de Montagne où les Troupes avoient beaucoup de peine àpaſſer. Les Ennemis en eurent plus de temps pour fuir.
On prit en ſuite la Ville &le Chaſteau de Vvalkvik , qui ſe rendirent apres avoir eſté ſom- mez. Ony trouva unegrande quantité de toute forte de Pro- viſions. Cette Place eſt à deux
lieuës de Fribourg dans uneVal- léequi conduit en Suabe.
Je ne puis quiter l'Armée d'Allemagne , ſans vous dire que les demeflez du Prince Charles &de Monfieur le Duc
de Vendoſme dont je vous ay parlé , ne regardent que les in- tereſts du Roy & de l'Empe- reur. Ils conſervent une par- faite eſtime &une fort grande honneſteté l'un pour l'autre.
Monfieur de Vendoſme, com
166 LE MERCVRE
me un des plus proches &des plus illuftres Parens de la Ducheſſe de Lorraine , luy a toû- jours rendu ſes devoirs , & l'a viſitée ſouvent à Strasbourg. Si ces Princes s'y rencontroient ,
ils feroient comme nos Braves,
de l'une&de l'autre Armée qui apres s'eſtre régalez malgré la diverſitédu Party , ſe batent au fortir des Lieux où l'on obſerve
la Neutralité comme s'ils ne
s'eſtoient point connus auparavant. ر
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Résumé : Ce qui s'est passé en Allemagne depuis la Iournée de Kokberg, la Prise de Fribourg, la Défaite d'une Arriere garde des Ennemis, & la Prise de Valkrik. [titre d'après la table]
Après la victoire de la Journée de Cokeburg, les ennemis furent désorganisés et harcelés par divers partis. Monsieur de Créquy ordonna au gouverneur de la Petite-Pierre d'envoyer des troupes derrière l'armée ennemie, perturbant ainsi leurs mouvements. Il fit également brûler les fourrages des lieux d'où les ennemis pouvaient se ravitailler, les forçant à chercher des ressources à huit lieues de distance. Les ennemis craignaient la prise de Sarbrük et s'éloignèrent progressivement de l'armée française. Malgré la maladie de Monsieur Jacquier, les ordres furent bien exécutés, assurant que les troupes françaises ne manquèrent de rien. Monsieur de Créquy prit le fourrage de quatre villages près de Strasbourg, justifiant cette action par la nécessité de se servir de ce qui était à portée. Les ennemis, après s'être ravitaillés, furent de nouveau en difficulté. Ils apprirent que leur imprudence à engager un combat à Cokeburg avait été blâmée à Vienne. Pendant qu'ils songeaient à prendre leurs quartiers d'hiver, il fut décidé d'assiéger Fribourg, une place importante située en partie sur une montagne et entourée par la rivière de Sana. Fribourg était la capitale du canton catholique de Fribourg, un évêché et l'une des universités les plus considérables des terres de l'Empereur. Sa prise était cruciale pour empêcher l'Empereur d'avancer sur les terres françaises et pour assurer la défense de Brisac. Les Français, connus pour leurs entreprises difficiles, résolurent d'investir Fribourg malgré les défenses et les munitions de la place. Monsieur de Créquy, après avoir perturbé les ennemis, partit pour Brisac avec diligence, ordonnant la préparation d'un pont de bateaux sur le Rhin. Il investit Fribourg avec une brigade de cavalerie et des dragons, malgré les défiles qui entravaient l'accès. Les ennemis, surpris, brûlèrent un de leurs faubourgs et tirèrent plusieurs volées de canon. Monsieur de Créquy disposa les quartiers des troupes pour éviter les souffrances et ouvrit la tranchée malgré les difficultés. Les Français, intrepides et accoutumés à vaincre, commencèrent la tranchée près de la place pour agir promptement.
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149
p. 251-252
Prise du Chasteau de Bossu par M. le Mareschal de Humiere. [titre d'après la table]
Début :
Pendant qu'on s'est rendu maistre de Fribourg, Monsieur le [...]
Mots clefs :
Maréchal d'Humières, Château de Bossu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prise du Chasteau de Bossu par M. le Mareschal de Humiere. [titre d'après la table]
Pendant qu'on s'eſt rendu
maiſtre de Fribourg ,Monfieur le Marefchal de Humieres n'eft
pas demeuré inutile en Flandre:
Ha pris le Chaſteau de Boffiu Il auroit falluautrefois faire un
Siege dans les formespour une pareille Conqueſte ; mais les François d'aujourd'huy vont
GALANT. 167 plus viſte , & rien n'eſt capable
de les arreſter.
maiſtre de Fribourg ,Monfieur le Marefchal de Humieres n'eft
pas demeuré inutile en Flandre:
Ha pris le Chaſteau de Boffiu Il auroit falluautrefois faire un
Siege dans les formespour une pareille Conqueſte ; mais les François d'aujourd'huy vont
GALANT. 167 plus viſte , & rien n'eſt capable
de les arreſter.
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150
p. 41-43
M. le Comte d'Ayen est reçeu Duc & Pair de France au Parlement. [titre d'après la table]
Début :
Comme une peine qu'on a meritée ne donne jamais sujet [...]
Mots clefs :
Comte d'Ayen, Duc, Pair au Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. le Comte d'Ayen est reçeu Duc & Pair de France au Parlement. [titre d'après la table]
Comme une peine qu'on a
meritée ne donne jamais ſujet de plaindre celuy qui la ſouf- fre , on peut dire tout au con- traire qu'on voit rarement re- compenfer la Vertu ſans qu'on en témoigne de la joye. C'eſt ce qui a paru depuis peu quand Monfieur le Comte d'Ayen a
eſté reçeu Duc &Pair au Parle- ment. Ses belles qualitez luy ont acquis une eſtime fi gene- rale , que toute la Cour s'eſt intereſſée aux avantages que luy donne ce nouveau Rang.
Il eſt Fils de Monfieur le Duc
de Noailles , & c'eſt aſſez dire
pour faire connoiſtre qu'il par- tage la Pieté ,qui eft commeun Bien hereditaire dans toute
cette Illuſtre Maiſon. Les foins
qu'il a pris de ſe rendre les belles Lettres familieres , ne
"GALANT. 29 l'ont pas empeſché d'aprendre tout ce qu'on peut ſçavoir dans la Guerre. Il commença de donner des marques de fon courage , lors qu'on envoya du Secours aux Hollandois contre
l'Eveſque de Munſter. Il a toû- jours ſervy depuis ce temps- là ;
& le Roy voulant montrer la ſatisfaction qu'il avoitde ſa con- duite , le fit l'Année derniere
Mareſchal de Camp.
meritée ne donne jamais ſujet de plaindre celuy qui la ſouf- fre , on peut dire tout au con- traire qu'on voit rarement re- compenfer la Vertu ſans qu'on en témoigne de la joye. C'eſt ce qui a paru depuis peu quand Monfieur le Comte d'Ayen a
eſté reçeu Duc &Pair au Parle- ment. Ses belles qualitez luy ont acquis une eſtime fi gene- rale , que toute la Cour s'eſt intereſſée aux avantages que luy donne ce nouveau Rang.
Il eſt Fils de Monfieur le Duc
de Noailles , & c'eſt aſſez dire
pour faire connoiſtre qu'il par- tage la Pieté ,qui eft commeun Bien hereditaire dans toute
cette Illuſtre Maiſon. Les foins
qu'il a pris de ſe rendre les belles Lettres familieres , ne
"GALANT. 29 l'ont pas empeſché d'aprendre tout ce qu'on peut ſçavoir dans la Guerre. Il commença de donner des marques de fon courage , lors qu'on envoya du Secours aux Hollandois contre
l'Eveſque de Munſter. Il a toû- jours ſervy depuis ce temps- là ;
& le Roy voulant montrer la ſatisfaction qu'il avoitde ſa con- duite , le fit l'Année derniere
Mareſchal de Camp.
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Résumé : M. le Comte d'Ayen est reçeu Duc & Pair de France au Parlement. [titre d'après la table]
Le texte décrit la réception du Comte d'Ayen en tant que Duc et Pair au Parlement. Ses qualités lui ont acquis une estime générale et l'intérêt de la Cour. Fils du Duc de Noailles, il partage la piété héréditaire de sa famille. Passionné par les belles lettres, il n'a pas négligé l'art de la guerre. Il a démontré son courage en envoyant des secours aux Hollandais contre l'Évêque de Munster et a continué à servir depuis. En reconnaissance de ses actions, le roi l'a nommé Maréchal de camp l'année précédente.
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