L'OMBRE DE VER-VERT , pourfervir
defuite au Poëme de Greffet.
VER-VERT , bourré de fucre & de prâlinés ,
1.20
ころどり
N'eut pas plutôt , chez les Vifitandines , as
Rendu fon âme & fon dernier, foupir ,
Qu'il defcendit dans la nuit infernale.
Il voltigeoit ainfi que le Zéphyr.
Il gazouilloit , caquetoit à loifir ;
Car , cher Lecteur , fur la rive fatale ,
3 .
S
Que deviendroient Nones & Perroquers.
S'ils ne pouvoient défiler leurs caquets ?
Quoique Ver-Vert ne fut plus rien qu'une ombre ,
Dame Vénus , & fon fils Cupidon ,
Qui chériffoient le Perroquet mignon,
Firent fi bien que , dans l'empire fombre ,
No. 51 , 21 Decembre 1782.
2.2017
:5
E
Sb 11
498
MERCURE
Il conferva ce plumage joli
Dont fur la terre il étoit embelli ,
Et qui , dit-on , tourna ſouvent la têtevi nol
A Mère Agnès , ainfi qu'aux jeunes Soeurs
Qui , de l'oifeau méditant la conquête, 12 any
Lui prodiguoient bifcuits , bonbons , liqueurs,
Fin chocolat & mille autres douceurs.
Car , notez, bien que fur la terre entière
Il paroîtra plutôt feu fans lumière ,
Femme fans langue & Moine fans cordons ,
Qu'une Nonain fans fucre & fans bonbons.
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CARON connut Ver-Vert à fon plumage , a
Il le voyoit planer fur le rivage.
Il l'entendoit fiffler fi joliment ,
Roffignoler avec tant d'agrément ,
Que , tranſporté par un fi beau ramage li
Il fut long- temps dans ce raviffement.
Enfin , forti de cette douce extâle :
Parbleu , dit- il , que Jupiter m'écrâſe
Si je ne tiens ce petit fripon là !
Son gofier fin vaut feul un Opéra.
L'efprit charmant que dans lui je remarque,
Pourra fervir à notre noir Monarque.
Çà, pourfuivit le Batelier du Styx ,
Approchez- vous , bel oiſeau , grand phénix,
Vous qui faviez , par vos façons brillantes ,"
Votre air aimable & vos caquets divers ,
Flatter le coeur des Nones de Nevers ; C
DE FRANCE. 99
Et , tranfporté chez les Mères de Nantes , la
Avez d'horreur fait dreffer leur chignon
Pour avoir - là juré comme un démon.
Malgré le flux de ces ombres errantes
PN .
&
Venez franchir ces ondes écumantes. 93 199
Dans mon bateau venez , beau compagnon. 1
Depuis long-temps le Dieu de cet Empire
Pour foulager fa peine & fon martyre ,
Grille de voir votre minois fripon.
SIRE Ver-Vert , rempli de gentilleffe ,
Par ce difcours fe fentit allécher.
Sur Mons Caron il alla fe percher ,
Battit de l'aîle , & par mainte careffe ,
Lui déploya fa joie & fa tendreffe ,
Puis , caquetant mieux que None au parloir ,
Il lui conta les gaudés & vérilles que ))
Que chaque Seeur débitoit dans l'ouvroir ;
Comment alors , avec façons gentilles ,
Il becquetoit Pouvrage dans leur main ,
Bouquet , tableau , chapelet , reliquaire ;
Comment , femblable à l'abeille légère ,
Qu'on voit voler de la roſe au jaſmin ,
Il voltigeoit fur chacune Ouvrière,
Qu'il agaçoit avec un air malio.ung 20
Le Batelier , charmé de la manière
Dont raiſonnoit le Perroquet leurron ,
Dans fon bateau l'emporta chez Pluton.
sausą
V
E ij
100 MERCURE
DU PERROQUET Pluton lorgnant la mine ,
Le reconnut pour le Seigneur Ver-Vert .
Aimable oifeau , dit- il à coeur ouvert ,
Puifque la mort , qui jour & nuit chemine ,
D'un coup de faulx vient de vous moiffonner ,
Dans mon palais vous aurez votre gîte .
A vos yeux fins , votre air , votre mérite ,
Je vois que None a l'art de façonner
Et d'embellir le coeur d'un Néophite.
A tous vos foins je vais m'abandonner.
Écoutez - moi . J'ai cru prendre pour femme
Un doux mouton , un ange , une fainte âme ;
Et , grâce au fort qui , tout Dieu que je fuis ,
Me fait crever de douleurs & d'ennuis ,
Je n'ai chez moi qu'un monftre , une diableffe ,
Qui fans pitié me tourmente fans ceffe ;
Car , bei oifeau , les ménages divins
Vont à peu-près comme ceux des humains.
Des deux côtés ce n'eft que brouillerie ,
Qu'emportement & que tracafferic.
Je voudrois donc que par votre enjoûment ,
Votre air badin , votre minois charmant ,
Vous domptafiez le coeur de ma tygreffe ;
Depuis long-temps elle a votre portrait.
Elle vous aime ; & rarement maîtreffe
Nargue un galant qui l'amufe & lui plaît.
De mes beaux jours commencez donc l'aurore.
En étouffant l'orgueil qui la dévore ,
DE ΙΘΙ FRANCE.
Procurez -moi ce calme , cette paix ,
Ce charme, doux que mon coeur n'eut jamais.
Ici Ver-Vert lui fit la révérence ,
Et lui promit avec tant d'éloquence
De travailler à fa félicité ,
Qu'il confola le Monarque attristé.
DE chez Pluton le vieux Caron le mène
Dans un boudoir où repofoit la Reine.
Charmart Greffet , donne-moi ton pinceau.
Viens échauffer mon efprit & ma veine
Pour retracer dignement le tableau
Du vifplaifir que fentit Proferpine
En contemplant le minois de l'oifeau ,
Son beau plumage & fa taille divine.
Ojufte ciel ! quoi ? c'eſt l'ami Ver-Vert !
S'écria-t'elle avec des pleurs de joie.
Eh quoi ? c'est lui que la Parque m'envoie !
C'eft cet oifeau , ce Perroquet difert ,
Qui dans Nevers faifoit tant les délices
De la Soeur Thècle & des jeunes Novices !
Viens , cher ami , feconder mes tranſports.
Amour ! Vénus ! Dieux ! foyez-moi propices.
Comme en bouillant le lait gagnoit les bords ,
Le Batelier fe retira fur l'heure.
Il fit très-bien , prudence a toujours foin
De laiffer -là les Amours fans témoin.
Oui , pourfuit- elle , oui , cher Ver- Vert , demeure.
Viens , mon mignon , viens goûter dans mes bras
E iij
102 MERCURE
D'un vrai plaifir les chatouillans appas. 90 320
J'ai mille fois embraſſé ton image ; › * 1 *
Mais , quelque doux qu'ait été cet attrait ,
L'original éclipſe le portrait . 12 15hod xzobuti
Difant ces mots , Proferpine péu fage , vou sí ti
Sur Ton minois fit voler maint baifer ,
Dont le pauvret fe fentit embrâfer.
Il prend l'effor , voltige , caracolle
Sur les genoux , & de- là fur fon ſein ,
Siffle , gazouille avec un air badin ,
Si bien enfin que la Dame en fut folle.
DES que Ver-Vert fut sûr d'être adoré ,
Il maîtrifa Proferpine à fon gré.
Il la mena de fi bonnes manières ,
Qu'il lui tailla , comme on dit , des croupières.
Lorfqu'il voyoit que , d'un eſprit aigri ,
Elle vouloit quereller fon mariyil ann
Deffus fon nez il appliquoit fa griffe,
Et , lui donnant coups de dents & de bec ,
Mettoit bientôt fon infolence à fec.
Ce trait , Lecteur , n'eft du tout apocriffe :
Je l'ai tiré de deux Livres Normands ,
Que j'achetai dans la halle du Mans.
En vain la Dame, à crier toujours prête ,
Vouloit parfois lever encor la crête ,
Dès que Ver-Vert , les yeux tout rencognés ,
Lui répétoit : GARE , GARE LE NEZ ,
On la voyoit devenir auffi douce
&
DE FRANCE. 101
Que des brebis qui paiffent fur la mouffe,
Puis notre oiſeau , content de fa façon ,
L'alloit baifer; & c'étoit bien raiſon. 2
Un doux baifer eft fine récompenfe. Thi
Il le devoit Honni qui mal y penfe.00 ded
Bref, Proferpine , en changeant fon humeur,
De fon époux fit enfin le bonheur.
De Dom Ver-Vert , pour célébrer la gloise
Pluton voulut que cet exploit fameux ,
En lettres d'or fut gravé dans l'Hiſtoire , 12
Et fut tranfmis , du manoir ténébreux ,
Aux faints Couvens des Nones de la Loire.
On dit tout bas que ce fait merveilleux ,
Qu'a mis en vers un Champenois joyeux ,
Chatouilla plus le coeur de ces Veſtales
AM! que le Ciel , fans doute , auroit bien fait
De régalerd'un pareil Perroquet
Chaque mari dont l'infolente femme ⠀⠀⠀
Va, poings levés , lui chanter pouille & game
Qu'on auroit vû de toupets mal peignés ,
De nez meurtris , de fronts égratignés !
Mais en revanche , au fein de leurs ménages ,
On auroit vû toutes les femmes fages.
C'eſt un prodige attendu dès-long- temps.
Quand viendra- t'il ? quand merles feront blancs.