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1
p. 130-131
SECONDE Piéce de Vers, présentée au Roi, le Jeudi 26 Novembre 1744, par le même.
Début :
Dieu des Rimeurs, crois-moi, point de querelle, [...]
Mots clefs :
Louis, Roi, Chanter, Mars, Minerve, Tragédie, Moi
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE Piéce de Vers, présentée au Roi, le Jeudi 26 Novembre 1744, par le même.
SECONDE Piéce de Vers , préſentée au
Roi , leJeudi 26 Novembre 1744 ,
D
par le même.
Ieu des Rimeurs , crois-moi , point de que
relle ,
Ou foûtiens mieux tes airs de Protecteur .
Qui , mieux que moi , ton ancien ſerviteur
Dût eſpérer une grace nouvelle ?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau ,
Le plus brillant , le plus doux de ma vie ?
Je l'avouerai ; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter ſon Roi , c'eſt chanter ſa Maîtreſſe ;
Il faut toujours la louer bien ou mal ;
C'eſt , d'un ſeul trait , ſignaler ſa tendreſſe ;
Et déſoler celle de ſon Rival .
,
Nommer LOUIS , eſt un préliminaire ,
Qui va d'abord gagner tous les François :
Ce nom ſi cher vaut lui ſeul l'art de plaire ;
Ainſi chantons , je réponds du ſuccès.
D'autres que nous dans la même carriere
Euſſent été filés ſans la matiere .
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs ,
Tant le ſujet intéreſſoit les coeurs.
Diſons que Mars d'accord avec Minerve ....
Le beau début ! O la fublime verve !
NOVEMBRE. 1744. 131
1
Laiſſe- moi dire , écoute juſqu'au bout :
Amour nous aide , & Louis ſur le tout.
A ſes conſeils la Justice préſide ,
Et la Sageſſe y recueille les voix :
Mars exécute & Minerve décide ;
Mais c'eſt LOUIS qui leur dicte ſes loix ;
Qui , tour à tour , tient le glaive & l'Egide ,
Pere , Soldat & Monarque à la fois.
Diſons qu'il fait honneur à notre eſpéce;
Grand ſans orgueil , redoutable & charmant....
Eſt-ce là tout ? pauvre Dieu du Permeſſe ,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va , laiſſe-moi , je te tiens quitte
De l'avenir & du préſent ;
Tu m'as donné pour tout mérite ,
Le cruel & morne talent
Dehurler dans la Tragédie;
Tu diras de plus que c'eſt toi
Quim'as mis à l'Académie ;
Moi, je t'ai fait parler auRoi.
Roi , leJeudi 26 Novembre 1744 ,
D
par le même.
Ieu des Rimeurs , crois-moi , point de que
relle ,
Ou foûtiens mieux tes airs de Protecteur .
Qui , mieux que moi , ton ancien ſerviteur
Dût eſpérer une grace nouvelle ?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau ,
Le plus brillant , le plus doux de ma vie ?
Je l'avouerai ; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter ſon Roi , c'eſt chanter ſa Maîtreſſe ;
Il faut toujours la louer bien ou mal ;
C'eſt , d'un ſeul trait , ſignaler ſa tendreſſe ;
Et déſoler celle de ſon Rival .
,
Nommer LOUIS , eſt un préliminaire ,
Qui va d'abord gagner tous les François :
Ce nom ſi cher vaut lui ſeul l'art de plaire ;
Ainſi chantons , je réponds du ſuccès.
D'autres que nous dans la même carriere
Euſſent été filés ſans la matiere .
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs ,
Tant le ſujet intéreſſoit les coeurs.
Diſons que Mars d'accord avec Minerve ....
Le beau début ! O la fublime verve !
NOVEMBRE. 1744. 131
1
Laiſſe- moi dire , écoute juſqu'au bout :
Amour nous aide , & Louis ſur le tout.
A ſes conſeils la Justice préſide ,
Et la Sageſſe y recueille les voix :
Mars exécute & Minerve décide ;
Mais c'eſt LOUIS qui leur dicte ſes loix ;
Qui , tour à tour , tient le glaive & l'Egide ,
Pere , Soldat & Monarque à la fois.
Diſons qu'il fait honneur à notre eſpéce;
Grand ſans orgueil , redoutable & charmant....
Eſt-ce là tout ? pauvre Dieu du Permeſſe ,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va , laiſſe-moi , je te tiens quitte
De l'avenir & du préſent ;
Tu m'as donné pour tout mérite ,
Le cruel & morne talent
Dehurler dans la Tragédie;
Tu diras de plus que c'eſt toi
Quim'as mis à l'Académie ;
Moi, je t'ai fait parler auRoi.
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2
p. 200-209
PYGMALION, par M. J. J. ROUSSEAU. SCÈNE LYRIQUE.
Début :
Le théâtre représente un attelier de Sculpteur. Sur les côtés, on voit des blocs de marbre, des [...]
Mots clefs :
Pygmalion, Galathée, Dieux, Moi, Toi, Coeur, Marbre, Ciseau, Âme, Mains, Objet, Amour, Main, Sens, Regarder, Vie, Génie, Charmes, Figure, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : PYGMALION, par M. J. J. ROUSSEAU. SCÈNE LYRIQUE.
PY G M A LION ,
par M. J. J. ROUSSEAU.
SCÈNE LYRIQUE .
-Le théâtre représente un attelier de Sculpteur. Sur
les côtés , on voit des blocs de marbre , des
grouppes , desstatues ébauchées. Dans lefond
eftune autre statue cachée sous un pavillon
d'une étoffe légère & brillante , ornée de crepines
&de guirlandes.
Pygmalion , affis&accoudé , rêvedans l'attitude
d'un homme inquiet & triſte ; puis se levant
tout- à- coup , il prend fur fa table les outils
defon art , va donner , par intervalles , quelques
coups de cizeau ſur quelqu'une de ses
ébauches,se recule& regarde d'un air mécon
tent & découragé.
PYGMALION.
IL n'y a point-là d'ame ni de vie... ce n'eſt que
de la pierre... je ne ferai jamais rien de tout cela...
JANVIER. 1771. 201
ômon génie où es-tu ?... Mon talent , qu'es-tu
devenu ? ... Tout mon feu s'eſt éteint... mon imagination
s'eſt glacée... le marbre fort froid de
mes mains... Pygmalion tu ne fais plus des Dieux...
tu n'es qu'un vulgaire artiſte... Vils inſtrumens ,
qui n'êtes plus ceux de ma gloire , allez ... ne
déshonorez plus mes mains...
:
Il jete avec dédain ſes outils , & se promène
quelque tems , en levant les bras croisés .
..
Que luis-je devenu? ... quelle étrange révolution
s'eſt faite en moi ! ... Tyr, ville opulente &
fuperbe .. les monumens des arts , dont tu brilles ,
ne m'attirent plus... J'ai perdu le goût que ję
prenois à les admirer Le commerce des Artiſtes
&des Philofophes me devient infipide... l'entretien
des Peintres & des Poëtes eſt ſans attraits
pour moi... la louange & la gloire n'élèvent plus
mon ame... les éloges de ceux qui en recevront de
la poſtérité ne metouchent plus... l'amitié même
a perdu pour moi ſes charmes .. Et vous , jeunes
objets , chefs-d'oeuvres de la nature , que mon
art oſoit imiter , & 'ſur les pas deſquels lesplaifirs
m'attiroient ſans cefle ... vous , mes charmans
modèles ... qui m'embraſiez , à- la fois , des feux
de l'amour & du génie .. depuis que je vous ai
furpaſſés , vous m'êtes tous indifférens .
Il s'affied , & contemple tout-au tour de lui.
Retenu dans cet attelier , par un charme incon
cevable... je ne fais rien faire ... &je ne puis m'en
éloignér... J'erre de grouppe en grouppe... de
figure en figure... Mon cizeau foible... incertain...
ne reconnoît plus ſon guide .. Ces ouvra
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
ges groſſiers , reſtés à leur timide ébauche , ne
ſentent plus la main , qui jadis les eûtanimés...
(Ilse lève impétueusement. )
C'en eft fait... c'en eſt fait... j'ai perdu mon
génie... Si jeune encore , je ſurvis à mon ta-
Ient... Mais quelle eſt donc cette ardeur interne
qui me dévore ?.., Qu'ai-je en moi qui ſemble
m'embrafer ... Quoi !... dans la langueur d'un
génie éteint , ſent-on ces émotions? ... ſent-on
ces élans des paſſions impétueuſes... cette inquiétude
infurmontable... cette agitation ſecrete
qui me tourmente .. &dont je ne puis démêler
la caufe ... J'ai craint que l'admiration de mon
propre ouvrage ne causât la diſtraction que j'apportois
a mes travaux... Je l'ai caché fous le
voile... mes profanes mains ont ofé couvrir ce
monument de leur gloire... Depuis que je ne le
vois plus... je ſuis plus triſte... & ne fuis pas plus
attentif... Qu'il va m'être cher ; qu'il va m'être
précieux , cet immortel ouvrage... quand mon
génme éteint ne produira plus rien de grand , de
beau... de digne de moi.... je montrerai ma
Galathée... & je dirai... Voilà ce que fit autrefois
Pygmalion... O ma Galathée! ... quand j'aurai
tour perdu , tu me feſteras... & je ferai conſolé.
( Il s'approche du pavillon , puis se retire ,
va , vient , & s'arrête quelquefois à le regarder en
Soupirant. )
Mais , pourquoi la cacher... qu'est- ce quej'y
gagne Réduit à l'oiſiveté... pourquoi moter
le plaifir de contempler la plus belle de mes
oeuvres ?... peut- être y reſte-t il quelque défaut ,
que je n'ai pas remarqué... peut- être pourrai-je
JANVIER. 1771. 203
encore ajouter quelque ornement à ſa parure ?...
Aucune grace imaginable ne doit manquer à un
objet fi charmant... Peut - être cet objet ranimera-
t- il mon imagination languiſante ... Il la
faut revoir... l'examiner de nouveau ... Que disje
? ... ah! ... je ne l'ai point encore examinée ...
je n'ai fait juſqu'ici que l'admirer.
( Il va pour lever le voile , & le laiſſe retomber
comme effrayé. )
Je ne fais quelle émotion j'éprouve en touchant
ce voile ... une frayeur me ſaiſit ... je crois
toucher au ſanctuaire de quelque Divinité... Infenſé
... c'eſt une pierre... c'eſt ton ouvrage...
Qu'importe... on ſert des Dieux dans nos Temples
, qui ne font pas d'une autre matière , & qui
n'ont pas été faits d'une autre main .
(Il lève le voile en tremblant , & se proſterne ;
on voit laftatue de Galathée pofée sur un piedestal
fort petit, mais exhauffée par un gradin de
marbre , formé de marches demi circulaires.
.. ..
foi-
O Galathée ! recevez mon hommage... oui...
je me ſuis trompé... J'ai voulu vous faire Nymphe...
& je vous ai fait Déeſſe... Vénus même
eſt moins belle que vous. Vanité.
bleſſe humaine... je ne puis me lafler d'admirer
mon ouvrage... je m'enivre d'amour propre.....
je m'adore dans ce que j'ai fait... Non... rien de fi
beau neparut dans lanature... j'ai paffé l'ouvrage
des Dieux ... Quoi ! tant debeautés fortent de mes
mains ... mes mains les ont donc touchées... Ma
bouche a donc pu ... Pygmalion.. Je vois un
défaut... ce vêtement couvre trop le nud... il
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
faut l'échancrer davantage... Les charmes qu'il
recèle doivent être mieux annoncés .
(Il prend fon maillet & ſon cizeau , puis
s'avançant lentement , il monte , en hésitant , les
gradins de la statue qu'ilsemble n'ofer toucher :
enfin , le cizeau déjà levé , il s'arrête. )
Quel tremblement... quel trouble... je tiens
le cizeau d'une main mal afſurée... Je ne puis.. ,
je n'oſe... je gâterai tout...
( Il s'encourage , & enfin , préſentantfon cizeau
, il en donne un coouupp ,, &, ſaiſi d'effroi ,
il le laiſſe tomber , en pouffant un grand cri.)
Dieux... je ſens la chair palpitante... & repouffer
le cizeau...
( Il defcend , tremblant& confus.)
Vaine terreur... fol aveuglement... Non... je
n'y toucherai point... Les Dieux m'épouvantént
fansdoute... elle eſt déjà conſacrée à leur rang.
(Il la confidère de nouveau. )
Que veux-tu changer... regarde... quels nou
veaux charmes veux-tu lui donner ? ... Ah ! c'eſt
ſa perfection qui fait ſon défaut... Divine Galathée...
moins parfaite , il ne te manqueroit
rien.
(tendrement. )
Mais , il ne te manque qu'une ame... ta figure
se peut s'en pafler...
(Avec plus d'attendriſſement encore )
Que l'ame faite pour animer un tel corps
doit être belle !
JANVIER. 1771. 205
(Il s'arrête longtems , puis retournant s'af-
Jeoir , il dit d'une voix lente , entrecoupée &
changée.)
Quels defirs ... oſois-je former... quels voeux
inſenſés ... Qu'est - ce que je ſens ... Ô ciel ... le voile
de l'illuſion tombe... & je n'ole voir dans mon
coeur... j'aurois trop à m'en indigner.
(Longuepauſe dans un profond accablement.)
Voilà donc la noble paſſion qui m'égare...
C'eſt donc pour cet objet inanimé que je n'oſe
fortir d'ici ... un marbre... une pierre... une mafle
informe ... & dure... travaillée avec ce fer... Inſenſe...
rentre en toi-même... gémis ſur toi... ſur
ton erreur ... vois ta folie ... Mais ... non ...
(Impétueusement. )
Non... je n'ai point perdu le ſens... non... je
n'extravague point... non... je ne me reproche
rien... Ce n'eſt point de ce marbre que je ſuis
épris... c'eſt d'un être vivant qui lui reſſemble...
c'eſt de la figure qu'il offre à mes yeux... En
quelque lieu que ſoit cette figure adorable...
quelque corps qui la porte... & quelque main
qui l'ait faite... elle aura tous les voeux de mon
coeur... Oui ... ma ſeule folie eſt de diſcerner la
beauté... mon ſeul crime eſt d'y être ſenſible... II
n'y a rien- là dont je doive rougir...
(Moins vivement , mais toujours avec paffion. )
Quels traits de feu... ſemblent ſortir de cet
objet , pour embraſer mes ſens... & retourner
avec mon ame à leur ſource... Hélas ! il reſte
immobile & froid... tandis que mon coeur , em
206 MERCURE DE FRANCE .
bralé par les charmes , voudroit quitter mon
corps... pour aller échauffer le ſien... Je crois ,
dans mon délire , pouvoir m'élancer hors de
moi... je crois pouvoir lui donner ma vie ... &
l'animer de mon ame... Ah ! que Pygmalion
meure pour vivre dans Galathée... Que dis -je...
Ô ciel ! fi j'étois elle , je ne la verrois pas... je
ne ferois pas celui qui l'aime... Non... que ma
Galathée vive... & que je ne fois pas elle... Ah ! ...
que je fois toujours un autre... pour vouloir
toujours être elle... pour la voir... pour l'aimer...
pour en être aimé.
..
Tranſports...tourmens.. voeux... defirs... rage...
impuiflance ... amour terrible amour funeste...
tout l'enfer eſt dans mon coeur agité... Dieux
puiflans ... Dieux bienfaiſans... Dieux du peuple ,
qui connûtes les paſſions des hommes... ah !
vous avez tant fait de prodiges pour de moindres
caufes ... Voyez cet objet ... voyez mon
coeur... ſoyez juftes , & méritez vos autels.
(Avec un enthousiasme plus pathétique. )
Et toi , fublime eſſence .. qui te caches aux
fens , & te fais ſeutir aux coeurs... ame de l'u .
nivers ... principe de toute exiſtence... toi... qui
par l'amour donnes l'harmonie aux élémens , la
vie à la matière... le ſentiment aux corps , & la
forme à tous les êtres ... feu ſacré .. céleste Vénus
parqui tout ſe conſerve & ſe reproduit ſans cefle...
ah ! ... où eſt ton équilibr.... où eſt ta force expanfive...
Où est la lor de la n ture dans le ſentiment
que j'éprouve... où eſt la chaleur vivifiante dans
Pinanité de mes vains defirs ... tous les feux font
concentrés dans mon coeur ... & le froid de la mort
refte fur ce marbre... je péris par l'excès de vie qui
lui inanque... Hélas... je n'attends point deproJANVIER.
1771
s
dige... il exiſte... il doit ceſſer.... l'ordre eſt trowblé...
la nature eſt outragée... rends leur empire à
ſes lois... rétablis ſon cours bienfaiſant , & verfe
également ta divine influence... Oui... deux êtres
manquent à la plénitude des choſes ... Partage
leur cette ardeur dévorante qui confume l'un fans
animer l'autre... C'eſt toi qui formas par ma
main ces charmes & ces traits qui n'attendent que
le ſentiment & la vie... Donne lui la moitié de
la mienne.. Donne lui tout s'il le faut... il me
fuffira de vivre en elle... O toi qui daignes ſourire
aux hommages des mortels quine fent rien
ne t'honore pas.. Etends ta gloire avec tes oeuvres...
Déeffe de la beauté, épargne cet affront à la
nature... qu'un ſi parfait modèle ſoit l'image de ce
quin'eſt pas.
..
Ilrevient à luipar degrés avec un mouvement d'afsurance
& dejoie.
Je reprends mes ſens .. quel calme inattendu ,
quel courage ineſpéré me ranime ... Une fiévre
mortelle embraſoit mon fang... Un baume de
confiance & d'eſpoir coule dans mes veines... je
crois me fentir renaître ... Ainsi , le ſentiment de
notre dépendance ſert quelquefois à notre confolation...
Quelque malheureux que foient les mortels...
quand ils ont invoqué les Dieux , ils font
plus tranquilles ... mais cette injufte confiance
trompe ceux qui font des voeux inſenſés...Hélas...
en l'état où je ſuis on invoque tout , & rien ne
nous écoute... L'eſpoir qui nous abuſe eſt plus inſenſéque
le defir... Honteux de tant d'égarement ,
je n'oſe pas même en contempler la caule. '.Quan
je veux leverles yeux fur cet objet fatal , je fens
un nouveau trouble... une palpitation me fuffoque...
une fecrète frayeur m'arrête...
208 MERCURE DE FRANCE.
(Ironie amère. )
Eh... regarde malheureux. , . deviens intrépide...
oſe fixer une ſtatue.
'Il la voit s'animer , &se détourne ſaifi d'effroi &
le coeur faifi de douleur.
Qu'ai -je vu ! .. Dieux ! .. qu'ai je cru voir...
le coloris des chairs... un feu dans les yeux...
des mouvemens mêmes ... Ce n'étoit pas aſſez
d'eſpérer des prodiges ... pour comble de misères,
enfin je l'ai vu.
(Excès d'accablement. )
Inførtuné ... c'en est donc fait... ton délire eſt
à ſon dernier terme... ta raiſon t'abandonne ainfi
que ton génie... ne la regrette point , Pigmalion...
ſa perte couvrira ton opprobre .
( Vive indignation . )
Il eſt trop heureux pour l'amant d'une pierre de
venir un homme à vifion .
(Il se retourne & voit la Statue ſe mouvoir &defcendre
elle-même les gradins. Ilſe jette à genoux
, leve les mains& les yeux au Ciel. )
Dieux immortels ! .. Vénus ! .. Galathée ... ô
preſtige d'un amour forcené ! ..
Moi.
Moi!
(Galathée ſe touche. )
GALATHÉE.
PYGMALION transporte.
JANVIER. 1771. 209
GALATHÉE , ſe touchant encore
C'eſt moi.
PYGMALION.
Raviflante illufion qui paſſez juſqu'à mes oreilles...
ah ! n'abandonnez jamais mes ſens.
(Galathée fait quelques pas&touche
un marbre. )
Ce n'eſt plus moi.
'Pygmalion , dans des agitations , dans des tranfports
qu'il a peine à contenir , fuit tous fes
mouvemens , l'écoute , l'observe avec une vive
attention qui luipermet àpeine de refpirer.
Galathée s'avance vers lui& le regarde.
Ilſe leve précipitamment , lui tend les bras & la
regarde avec extafe. Ellepose une mainfur lui,
il treſſaillit , prend cette main , la porte àfon
coeur, puis la couvre d'ardens baifers .
GALATHÉE , avec un soupir.
Ah! .. encore moi ...
PYGMALION.
Oui , cher & charmant objet... Oui , digne
chef - d'oeuvre de mes mains , de mon coeur... &
des dieux ... c'eſt toi ... c'eſt toi ſeul ... je t'ai
donné tout mon être ... je ne vivrai plus que par
toi.
par M. J. J. ROUSSEAU.
SCÈNE LYRIQUE .
-Le théâtre représente un attelier de Sculpteur. Sur
les côtés , on voit des blocs de marbre , des
grouppes , desstatues ébauchées. Dans lefond
eftune autre statue cachée sous un pavillon
d'une étoffe légère & brillante , ornée de crepines
&de guirlandes.
Pygmalion , affis&accoudé , rêvedans l'attitude
d'un homme inquiet & triſte ; puis se levant
tout- à- coup , il prend fur fa table les outils
defon art , va donner , par intervalles , quelques
coups de cizeau ſur quelqu'une de ses
ébauches,se recule& regarde d'un air mécon
tent & découragé.
PYGMALION.
IL n'y a point-là d'ame ni de vie... ce n'eſt que
de la pierre... je ne ferai jamais rien de tout cela...
JANVIER. 1771. 201
ômon génie où es-tu ?... Mon talent , qu'es-tu
devenu ? ... Tout mon feu s'eſt éteint... mon imagination
s'eſt glacée... le marbre fort froid de
mes mains... Pygmalion tu ne fais plus des Dieux...
tu n'es qu'un vulgaire artiſte... Vils inſtrumens ,
qui n'êtes plus ceux de ma gloire , allez ... ne
déshonorez plus mes mains...
:
Il jete avec dédain ſes outils , & se promène
quelque tems , en levant les bras croisés .
..
Que luis-je devenu? ... quelle étrange révolution
s'eſt faite en moi ! ... Tyr, ville opulente &
fuperbe .. les monumens des arts , dont tu brilles ,
ne m'attirent plus... J'ai perdu le goût que ję
prenois à les admirer Le commerce des Artiſtes
&des Philofophes me devient infipide... l'entretien
des Peintres & des Poëtes eſt ſans attraits
pour moi... la louange & la gloire n'élèvent plus
mon ame... les éloges de ceux qui en recevront de
la poſtérité ne metouchent plus... l'amitié même
a perdu pour moi ſes charmes .. Et vous , jeunes
objets , chefs-d'oeuvres de la nature , que mon
art oſoit imiter , & 'ſur les pas deſquels lesplaifirs
m'attiroient ſans cefle ... vous , mes charmans
modèles ... qui m'embraſiez , à- la fois , des feux
de l'amour & du génie .. depuis que je vous ai
furpaſſés , vous m'êtes tous indifférens .
Il s'affied , & contemple tout-au tour de lui.
Retenu dans cet attelier , par un charme incon
cevable... je ne fais rien faire ... &je ne puis m'en
éloignér... J'erre de grouppe en grouppe... de
figure en figure... Mon cizeau foible... incertain...
ne reconnoît plus ſon guide .. Ces ouvra
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
ges groſſiers , reſtés à leur timide ébauche , ne
ſentent plus la main , qui jadis les eûtanimés...
(Ilse lève impétueusement. )
C'en eft fait... c'en eſt fait... j'ai perdu mon
génie... Si jeune encore , je ſurvis à mon ta-
Ient... Mais quelle eſt donc cette ardeur interne
qui me dévore ?.., Qu'ai-je en moi qui ſemble
m'embrafer ... Quoi !... dans la langueur d'un
génie éteint , ſent-on ces émotions? ... ſent-on
ces élans des paſſions impétueuſes... cette inquiétude
infurmontable... cette agitation ſecrete
qui me tourmente .. &dont je ne puis démêler
la caufe ... J'ai craint que l'admiration de mon
propre ouvrage ne causât la diſtraction que j'apportois
a mes travaux... Je l'ai caché fous le
voile... mes profanes mains ont ofé couvrir ce
monument de leur gloire... Depuis que je ne le
vois plus... je ſuis plus triſte... & ne fuis pas plus
attentif... Qu'il va m'être cher ; qu'il va m'être
précieux , cet immortel ouvrage... quand mon
génme éteint ne produira plus rien de grand , de
beau... de digne de moi.... je montrerai ma
Galathée... & je dirai... Voilà ce que fit autrefois
Pygmalion... O ma Galathée! ... quand j'aurai
tour perdu , tu me feſteras... & je ferai conſolé.
( Il s'approche du pavillon , puis se retire ,
va , vient , & s'arrête quelquefois à le regarder en
Soupirant. )
Mais , pourquoi la cacher... qu'est- ce quej'y
gagne Réduit à l'oiſiveté... pourquoi moter
le plaifir de contempler la plus belle de mes
oeuvres ?... peut- être y reſte-t il quelque défaut ,
que je n'ai pas remarqué... peut- être pourrai-je
JANVIER. 1771. 203
encore ajouter quelque ornement à ſa parure ?...
Aucune grace imaginable ne doit manquer à un
objet fi charmant... Peut - être cet objet ranimera-
t- il mon imagination languiſante ... Il la
faut revoir... l'examiner de nouveau ... Que disje
? ... ah! ... je ne l'ai point encore examinée ...
je n'ai fait juſqu'ici que l'admirer.
( Il va pour lever le voile , & le laiſſe retomber
comme effrayé. )
Je ne fais quelle émotion j'éprouve en touchant
ce voile ... une frayeur me ſaiſit ... je crois
toucher au ſanctuaire de quelque Divinité... Infenſé
... c'eſt une pierre... c'eſt ton ouvrage...
Qu'importe... on ſert des Dieux dans nos Temples
, qui ne font pas d'une autre matière , & qui
n'ont pas été faits d'une autre main .
(Il lève le voile en tremblant , & se proſterne ;
on voit laftatue de Galathée pofée sur un piedestal
fort petit, mais exhauffée par un gradin de
marbre , formé de marches demi circulaires.
.. ..
foi-
O Galathée ! recevez mon hommage... oui...
je me ſuis trompé... J'ai voulu vous faire Nymphe...
& je vous ai fait Déeſſe... Vénus même
eſt moins belle que vous. Vanité.
bleſſe humaine... je ne puis me lafler d'admirer
mon ouvrage... je m'enivre d'amour propre.....
je m'adore dans ce que j'ai fait... Non... rien de fi
beau neparut dans lanature... j'ai paffé l'ouvrage
des Dieux ... Quoi ! tant debeautés fortent de mes
mains ... mes mains les ont donc touchées... Ma
bouche a donc pu ... Pygmalion.. Je vois un
défaut... ce vêtement couvre trop le nud... il
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
faut l'échancrer davantage... Les charmes qu'il
recèle doivent être mieux annoncés .
(Il prend fon maillet & ſon cizeau , puis
s'avançant lentement , il monte , en hésitant , les
gradins de la statue qu'ilsemble n'ofer toucher :
enfin , le cizeau déjà levé , il s'arrête. )
Quel tremblement... quel trouble... je tiens
le cizeau d'une main mal afſurée... Je ne puis.. ,
je n'oſe... je gâterai tout...
( Il s'encourage , & enfin , préſentantfon cizeau
, il en donne un coouupp ,, &, ſaiſi d'effroi ,
il le laiſſe tomber , en pouffant un grand cri.)
Dieux... je ſens la chair palpitante... & repouffer
le cizeau...
( Il defcend , tremblant& confus.)
Vaine terreur... fol aveuglement... Non... je
n'y toucherai point... Les Dieux m'épouvantént
fansdoute... elle eſt déjà conſacrée à leur rang.
(Il la confidère de nouveau. )
Que veux-tu changer... regarde... quels nou
veaux charmes veux-tu lui donner ? ... Ah ! c'eſt
ſa perfection qui fait ſon défaut... Divine Galathée...
moins parfaite , il ne te manqueroit
rien.
(tendrement. )
Mais , il ne te manque qu'une ame... ta figure
se peut s'en pafler...
(Avec plus d'attendriſſement encore )
Que l'ame faite pour animer un tel corps
doit être belle !
JANVIER. 1771. 205
(Il s'arrête longtems , puis retournant s'af-
Jeoir , il dit d'une voix lente , entrecoupée &
changée.)
Quels defirs ... oſois-je former... quels voeux
inſenſés ... Qu'est - ce que je ſens ... Ô ciel ... le voile
de l'illuſion tombe... & je n'ole voir dans mon
coeur... j'aurois trop à m'en indigner.
(Longuepauſe dans un profond accablement.)
Voilà donc la noble paſſion qui m'égare...
C'eſt donc pour cet objet inanimé que je n'oſe
fortir d'ici ... un marbre... une pierre... une mafle
informe ... & dure... travaillée avec ce fer... Inſenſe...
rentre en toi-même... gémis ſur toi... ſur
ton erreur ... vois ta folie ... Mais ... non ...
(Impétueusement. )
Non... je n'ai point perdu le ſens... non... je
n'extravague point... non... je ne me reproche
rien... Ce n'eſt point de ce marbre que je ſuis
épris... c'eſt d'un être vivant qui lui reſſemble...
c'eſt de la figure qu'il offre à mes yeux... En
quelque lieu que ſoit cette figure adorable...
quelque corps qui la porte... & quelque main
qui l'ait faite... elle aura tous les voeux de mon
coeur... Oui ... ma ſeule folie eſt de diſcerner la
beauté... mon ſeul crime eſt d'y être ſenſible... II
n'y a rien- là dont je doive rougir...
(Moins vivement , mais toujours avec paffion. )
Quels traits de feu... ſemblent ſortir de cet
objet , pour embraſer mes ſens... & retourner
avec mon ame à leur ſource... Hélas ! il reſte
immobile & froid... tandis que mon coeur , em
206 MERCURE DE FRANCE .
bralé par les charmes , voudroit quitter mon
corps... pour aller échauffer le ſien... Je crois ,
dans mon délire , pouvoir m'élancer hors de
moi... je crois pouvoir lui donner ma vie ... &
l'animer de mon ame... Ah ! que Pygmalion
meure pour vivre dans Galathée... Que dis -je...
Ô ciel ! fi j'étois elle , je ne la verrois pas... je
ne ferois pas celui qui l'aime... Non... que ma
Galathée vive... & que je ne fois pas elle... Ah ! ...
que je fois toujours un autre... pour vouloir
toujours être elle... pour la voir... pour l'aimer...
pour en être aimé.
..
Tranſports...tourmens.. voeux... defirs... rage...
impuiflance ... amour terrible amour funeste...
tout l'enfer eſt dans mon coeur agité... Dieux
puiflans ... Dieux bienfaiſans... Dieux du peuple ,
qui connûtes les paſſions des hommes... ah !
vous avez tant fait de prodiges pour de moindres
caufes ... Voyez cet objet ... voyez mon
coeur... ſoyez juftes , & méritez vos autels.
(Avec un enthousiasme plus pathétique. )
Et toi , fublime eſſence .. qui te caches aux
fens , & te fais ſeutir aux coeurs... ame de l'u .
nivers ... principe de toute exiſtence... toi... qui
par l'amour donnes l'harmonie aux élémens , la
vie à la matière... le ſentiment aux corps , & la
forme à tous les êtres ... feu ſacré .. céleste Vénus
parqui tout ſe conſerve & ſe reproduit ſans cefle...
ah ! ... où eſt ton équilibr.... où eſt ta force expanfive...
Où est la lor de la n ture dans le ſentiment
que j'éprouve... où eſt la chaleur vivifiante dans
Pinanité de mes vains defirs ... tous les feux font
concentrés dans mon coeur ... & le froid de la mort
refte fur ce marbre... je péris par l'excès de vie qui
lui inanque... Hélas... je n'attends point deproJANVIER.
1771
s
dige... il exiſte... il doit ceſſer.... l'ordre eſt trowblé...
la nature eſt outragée... rends leur empire à
ſes lois... rétablis ſon cours bienfaiſant , & verfe
également ta divine influence... Oui... deux êtres
manquent à la plénitude des choſes ... Partage
leur cette ardeur dévorante qui confume l'un fans
animer l'autre... C'eſt toi qui formas par ma
main ces charmes & ces traits qui n'attendent que
le ſentiment & la vie... Donne lui la moitié de
la mienne.. Donne lui tout s'il le faut... il me
fuffira de vivre en elle... O toi qui daignes ſourire
aux hommages des mortels quine fent rien
ne t'honore pas.. Etends ta gloire avec tes oeuvres...
Déeffe de la beauté, épargne cet affront à la
nature... qu'un ſi parfait modèle ſoit l'image de ce
quin'eſt pas.
..
Ilrevient à luipar degrés avec un mouvement d'afsurance
& dejoie.
Je reprends mes ſens .. quel calme inattendu ,
quel courage ineſpéré me ranime ... Une fiévre
mortelle embraſoit mon fang... Un baume de
confiance & d'eſpoir coule dans mes veines... je
crois me fentir renaître ... Ainsi , le ſentiment de
notre dépendance ſert quelquefois à notre confolation...
Quelque malheureux que foient les mortels...
quand ils ont invoqué les Dieux , ils font
plus tranquilles ... mais cette injufte confiance
trompe ceux qui font des voeux inſenſés...Hélas...
en l'état où je ſuis on invoque tout , & rien ne
nous écoute... L'eſpoir qui nous abuſe eſt plus inſenſéque
le defir... Honteux de tant d'égarement ,
je n'oſe pas même en contempler la caule. '.Quan
je veux leverles yeux fur cet objet fatal , je fens
un nouveau trouble... une palpitation me fuffoque...
une fecrète frayeur m'arrête...
208 MERCURE DE FRANCE.
(Ironie amère. )
Eh... regarde malheureux. , . deviens intrépide...
oſe fixer une ſtatue.
'Il la voit s'animer , &se détourne ſaifi d'effroi &
le coeur faifi de douleur.
Qu'ai -je vu ! .. Dieux ! .. qu'ai je cru voir...
le coloris des chairs... un feu dans les yeux...
des mouvemens mêmes ... Ce n'étoit pas aſſez
d'eſpérer des prodiges ... pour comble de misères,
enfin je l'ai vu.
(Excès d'accablement. )
Inførtuné ... c'en est donc fait... ton délire eſt
à ſon dernier terme... ta raiſon t'abandonne ainfi
que ton génie... ne la regrette point , Pigmalion...
ſa perte couvrira ton opprobre .
( Vive indignation . )
Il eſt trop heureux pour l'amant d'une pierre de
venir un homme à vifion .
(Il se retourne & voit la Statue ſe mouvoir &defcendre
elle-même les gradins. Ilſe jette à genoux
, leve les mains& les yeux au Ciel. )
Dieux immortels ! .. Vénus ! .. Galathée ... ô
preſtige d'un amour forcené ! ..
Moi.
Moi!
(Galathée ſe touche. )
GALATHÉE.
PYGMALION transporte.
JANVIER. 1771. 209
GALATHÉE , ſe touchant encore
C'eſt moi.
PYGMALION.
Raviflante illufion qui paſſez juſqu'à mes oreilles...
ah ! n'abandonnez jamais mes ſens.
(Galathée fait quelques pas&touche
un marbre. )
Ce n'eſt plus moi.
'Pygmalion , dans des agitations , dans des tranfports
qu'il a peine à contenir , fuit tous fes
mouvemens , l'écoute , l'observe avec une vive
attention qui luipermet àpeine de refpirer.
Galathée s'avance vers lui& le regarde.
Ilſe leve précipitamment , lui tend les bras & la
regarde avec extafe. Ellepose une mainfur lui,
il treſſaillit , prend cette main , la porte àfon
coeur, puis la couvre d'ardens baifers .
GALATHÉE , avec un soupir.
Ah! .. encore moi ...
PYGMALION.
Oui , cher & charmant objet... Oui , digne
chef - d'oeuvre de mes mains , de mon coeur... &
des dieux ... c'eſt toi ... c'eſt toi ſeul ... je t'ai
donné tout mon être ... je ne vivrai plus que par
toi.
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Résumé : PYGMALION, par M. J. J. ROUSSEAU. SCÈNE LYRIQUE.
Dans le texte 'Pygmalion' de Jean-Jacques Rousseau, le personnage principal, Pygmalion, est un sculpteur désabusé et découragé, enfermé dans son atelier parmi des blocs de marbre et des statues inachevées. Il exprime son ennui face à divers aspects de sa vie, y compris les monuments artistiques, les interactions avec d'autres artistes et philosophes, ainsi que l'amitié et les jeunes modèles. Pygmalion se sent irrésistiblement attiré par une statue qu'il a créée et nommée Galathée, qu'il a cachée par crainte de se laisser distraire par son admiration pour elle. Un jour, Pygmalion découvre la statue et se prosterne devant elle, reconnaissant qu'il l'a sculptée plus belle que Vénus. Il hésite à la toucher, craignant de gâcher sa perfection, et exprime son désir ardent de la voir prendre vie. Il implore les dieux de donner vie à la statue, manifestant une passion intense et douloureuse. Après une période de tourment, Pygmalion voit la statue s'animer. La statue, désormais vivante et nommée Galathée, reconnaît Pygmalion. Galathée s'approche de lui, le touche, et Pygmalion réagit avec émotion, prenant sa main et la couvrant de baisers. Galathée confirme son identité, et Pygmalion exprime son amour et son dévouement envers elle, affirmant qu'il ne vivra plus que par elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 97-103
L'OMBRE DE VER-VERT, pour servir de suite au Poëme de Gresset.
Début :
Ver-Vert, bourré de sucre & de prâlines, [...]
Mots clefs :
Ver-Vert, Coeur, Perroquet, Oiseau, Air, Moi, Minois, Pluton, Doux, Proserpine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'OMBRE DE VER-VERT, pour servir de suite au Poëme de Gresset.
L'OMBRE DE VER-VERT , pourfervir
defuite au Poëme de Greffet.
VER-VERT , bourré de fucre & de prâlinés ,
1.20
ころどり
N'eut pas plutôt , chez les Vifitandines , as
Rendu fon âme & fon dernier, foupir ,
Qu'il defcendit dans la nuit infernale.
Il voltigeoit ainfi que le Zéphyr.
Il gazouilloit , caquetoit à loifir ;
Car , cher Lecteur , fur la rive fatale ,
3 .
S
Que deviendroient Nones & Perroquers.
S'ils ne pouvoient défiler leurs caquets ?
Quoique Ver-Vert ne fut plus rien qu'une ombre ,
Dame Vénus , & fon fils Cupidon ,
Qui chériffoient le Perroquet mignon,
Firent fi bien que , dans l'empire fombre ,
No. 51 , 21 Decembre 1782.
2.2017
:5
E
Sb 11
498
MERCURE
Il conferva ce plumage joli
Dont fur la terre il étoit embelli ,
Et qui , dit-on , tourna ſouvent la têtevi nol
A Mère Agnès , ainfi qu'aux jeunes Soeurs
Qui , de l'oifeau méditant la conquête, 12 any
Lui prodiguoient bifcuits , bonbons , liqueurs,
Fin chocolat & mille autres douceurs.
Car , notez, bien que fur la terre entière
Il paroîtra plutôt feu fans lumière ,
Femme fans langue & Moine fans cordons ,
Qu'une Nonain fans fucre & fans bonbons.
21
CARON connut Ver-Vert à fon plumage , a
Il le voyoit planer fur le rivage.
Il l'entendoit fiffler fi joliment ,
Roffignoler avec tant d'agrément ,
Que , tranſporté par un fi beau ramage li
Il fut long- temps dans ce raviffement.
Enfin , forti de cette douce extâle :
Parbleu , dit- il , que Jupiter m'écrâſe
Si je ne tiens ce petit fripon là !
Son gofier fin vaut feul un Opéra.
L'efprit charmant que dans lui je remarque,
Pourra fervir à notre noir Monarque.
Çà, pourfuivit le Batelier du Styx ,
Approchez- vous , bel oiſeau , grand phénix,
Vous qui faviez , par vos façons brillantes ,"
Votre air aimable & vos caquets divers ,
Flatter le coeur des Nones de Nevers ; C
DE FRANCE. 99
Et , tranfporté chez les Mères de Nantes , la
Avez d'horreur fait dreffer leur chignon
Pour avoir - là juré comme un démon.
Malgré le flux de ces ombres errantes
PN .
&
Venez franchir ces ondes écumantes. 93 199
Dans mon bateau venez , beau compagnon. 1
Depuis long-temps le Dieu de cet Empire
Pour foulager fa peine & fon martyre ,
Grille de voir votre minois fripon.
SIRE Ver-Vert , rempli de gentilleffe ,
Par ce difcours fe fentit allécher.
Sur Mons Caron il alla fe percher ,
Battit de l'aîle , & par mainte careffe ,
Lui déploya fa joie & fa tendreffe ,
Puis , caquetant mieux que None au parloir ,
Il lui conta les gaudés & vérilles que ))
Que chaque Seeur débitoit dans l'ouvroir ;
Comment alors , avec façons gentilles ,
Il becquetoit Pouvrage dans leur main ,
Bouquet , tableau , chapelet , reliquaire ;
Comment , femblable à l'abeille légère ,
Qu'on voit voler de la roſe au jaſmin ,
Il voltigeoit fur chacune Ouvrière,
Qu'il agaçoit avec un air malio.ung 20
Le Batelier , charmé de la manière
Dont raiſonnoit le Perroquet leurron ,
Dans fon bateau l'emporta chez Pluton.
sausą
V
E ij
100 MERCURE
DU PERROQUET Pluton lorgnant la mine ,
Le reconnut pour le Seigneur Ver-Vert .
Aimable oifeau , dit- il à coeur ouvert ,
Puifque la mort , qui jour & nuit chemine ,
D'un coup de faulx vient de vous moiffonner ,
Dans mon palais vous aurez votre gîte .
A vos yeux fins , votre air , votre mérite ,
Je vois que None a l'art de façonner
Et d'embellir le coeur d'un Néophite.
A tous vos foins je vais m'abandonner.
Écoutez - moi . J'ai cru prendre pour femme
Un doux mouton , un ange , une fainte âme ;
Et , grâce au fort qui , tout Dieu que je fuis ,
Me fait crever de douleurs & d'ennuis ,
Je n'ai chez moi qu'un monftre , une diableffe ,
Qui fans pitié me tourmente fans ceffe ;
Car , bei oifeau , les ménages divins
Vont à peu-près comme ceux des humains.
Des deux côtés ce n'eft que brouillerie ,
Qu'emportement & que tracafferic.
Je voudrois donc que par votre enjoûment ,
Votre air badin , votre minois charmant ,
Vous domptafiez le coeur de ma tygreffe ;
Depuis long-temps elle a votre portrait.
Elle vous aime ; & rarement maîtreffe
Nargue un galant qui l'amufe & lui plaît.
De mes beaux jours commencez donc l'aurore.
En étouffant l'orgueil qui la dévore ,
DE ΙΘΙ FRANCE.
Procurez -moi ce calme , cette paix ,
Ce charme, doux que mon coeur n'eut jamais.
Ici Ver-Vert lui fit la révérence ,
Et lui promit avec tant d'éloquence
De travailler à fa félicité ,
Qu'il confola le Monarque attristé.
DE chez Pluton le vieux Caron le mène
Dans un boudoir où repofoit la Reine.
Charmart Greffet , donne-moi ton pinceau.
Viens échauffer mon efprit & ma veine
Pour retracer dignement le tableau
Du vifplaifir que fentit Proferpine
En contemplant le minois de l'oifeau ,
Son beau plumage & fa taille divine.
Ojufte ciel ! quoi ? c'eſt l'ami Ver-Vert !
S'écria-t'elle avec des pleurs de joie.
Eh quoi ? c'est lui que la Parque m'envoie !
C'eft cet oifeau , ce Perroquet difert ,
Qui dans Nevers faifoit tant les délices
De la Soeur Thècle & des jeunes Novices !
Viens , cher ami , feconder mes tranſports.
Amour ! Vénus ! Dieux ! foyez-moi propices.
Comme en bouillant le lait gagnoit les bords ,
Le Batelier fe retira fur l'heure.
Il fit très-bien , prudence a toujours foin
De laiffer -là les Amours fans témoin.
Oui , pourfuit- elle , oui , cher Ver- Vert , demeure.
Viens , mon mignon , viens goûter dans mes bras
E iij
102 MERCURE
D'un vrai plaifir les chatouillans appas. 90 320
J'ai mille fois embraſſé ton image ; › * 1 *
Mais , quelque doux qu'ait été cet attrait ,
L'original éclipſe le portrait . 12 15hod xzobuti
Difant ces mots , Proferpine péu fage , vou sí ti
Sur Ton minois fit voler maint baifer ,
Dont le pauvret fe fentit embrâfer.
Il prend l'effor , voltige , caracolle
Sur les genoux , & de- là fur fon ſein ,
Siffle , gazouille avec un air badin ,
Si bien enfin que la Dame en fut folle.
DES que Ver-Vert fut sûr d'être adoré ,
Il maîtrifa Proferpine à fon gré.
Il la mena de fi bonnes manières ,
Qu'il lui tailla , comme on dit , des croupières.
Lorfqu'il voyoit que , d'un eſprit aigri ,
Elle vouloit quereller fon mariyil ann
Deffus fon nez il appliquoit fa griffe,
Et , lui donnant coups de dents & de bec ,
Mettoit bientôt fon infolence à fec.
Ce trait , Lecteur , n'eft du tout apocriffe :
Je l'ai tiré de deux Livres Normands ,
Que j'achetai dans la halle du Mans.
En vain la Dame, à crier toujours prête ,
Vouloit parfois lever encor la crête ,
Dès que Ver-Vert , les yeux tout rencognés ,
Lui répétoit : GARE , GARE LE NEZ ,
On la voyoit devenir auffi douce
&
DE FRANCE. 101
Que des brebis qui paiffent fur la mouffe,
Puis notre oiſeau , content de fa façon ,
L'alloit baifer; & c'étoit bien raiſon. 2
Un doux baifer eft fine récompenfe. Thi
Il le devoit Honni qui mal y penfe.00 ded
Bref, Proferpine , en changeant fon humeur,
De fon époux fit enfin le bonheur.
De Dom Ver-Vert , pour célébrer la gloise
Pluton voulut que cet exploit fameux ,
En lettres d'or fut gravé dans l'Hiſtoire , 12
Et fut tranfmis , du manoir ténébreux ,
Aux faints Couvens des Nones de la Loire.
On dit tout bas que ce fait merveilleux ,
Qu'a mis en vers un Champenois joyeux ,
Chatouilla plus le coeur de ces Veſtales
AM! que le Ciel , fans doute , auroit bien fait
De régalerd'un pareil Perroquet
Chaque mari dont l'infolente femme ⠀⠀⠀
Va, poings levés , lui chanter pouille & game
Qu'on auroit vû de toupets mal peignés ,
De nez meurtris , de fronts égratignés !
Mais en revanche , au fein de leurs ménages ,
On auroit vû toutes les femmes fages.
C'eſt un prodige attendu dès-long- temps.
Quand viendra- t'il ? quand merles feront blancs.
defuite au Poëme de Greffet.
VER-VERT , bourré de fucre & de prâlinés ,
1.20
ころどり
N'eut pas plutôt , chez les Vifitandines , as
Rendu fon âme & fon dernier, foupir ,
Qu'il defcendit dans la nuit infernale.
Il voltigeoit ainfi que le Zéphyr.
Il gazouilloit , caquetoit à loifir ;
Car , cher Lecteur , fur la rive fatale ,
3 .
S
Que deviendroient Nones & Perroquers.
S'ils ne pouvoient défiler leurs caquets ?
Quoique Ver-Vert ne fut plus rien qu'une ombre ,
Dame Vénus , & fon fils Cupidon ,
Qui chériffoient le Perroquet mignon,
Firent fi bien que , dans l'empire fombre ,
No. 51 , 21 Decembre 1782.
2.2017
:5
E
Sb 11
498
MERCURE
Il conferva ce plumage joli
Dont fur la terre il étoit embelli ,
Et qui , dit-on , tourna ſouvent la têtevi nol
A Mère Agnès , ainfi qu'aux jeunes Soeurs
Qui , de l'oifeau méditant la conquête, 12 any
Lui prodiguoient bifcuits , bonbons , liqueurs,
Fin chocolat & mille autres douceurs.
Car , notez, bien que fur la terre entière
Il paroîtra plutôt feu fans lumière ,
Femme fans langue & Moine fans cordons ,
Qu'une Nonain fans fucre & fans bonbons.
21
CARON connut Ver-Vert à fon plumage , a
Il le voyoit planer fur le rivage.
Il l'entendoit fiffler fi joliment ,
Roffignoler avec tant d'agrément ,
Que , tranſporté par un fi beau ramage li
Il fut long- temps dans ce raviffement.
Enfin , forti de cette douce extâle :
Parbleu , dit- il , que Jupiter m'écrâſe
Si je ne tiens ce petit fripon là !
Son gofier fin vaut feul un Opéra.
L'efprit charmant que dans lui je remarque,
Pourra fervir à notre noir Monarque.
Çà, pourfuivit le Batelier du Styx ,
Approchez- vous , bel oiſeau , grand phénix,
Vous qui faviez , par vos façons brillantes ,"
Votre air aimable & vos caquets divers ,
Flatter le coeur des Nones de Nevers ; C
DE FRANCE. 99
Et , tranfporté chez les Mères de Nantes , la
Avez d'horreur fait dreffer leur chignon
Pour avoir - là juré comme un démon.
Malgré le flux de ces ombres errantes
PN .
&
Venez franchir ces ondes écumantes. 93 199
Dans mon bateau venez , beau compagnon. 1
Depuis long-temps le Dieu de cet Empire
Pour foulager fa peine & fon martyre ,
Grille de voir votre minois fripon.
SIRE Ver-Vert , rempli de gentilleffe ,
Par ce difcours fe fentit allécher.
Sur Mons Caron il alla fe percher ,
Battit de l'aîle , & par mainte careffe ,
Lui déploya fa joie & fa tendreffe ,
Puis , caquetant mieux que None au parloir ,
Il lui conta les gaudés & vérilles que ))
Que chaque Seeur débitoit dans l'ouvroir ;
Comment alors , avec façons gentilles ,
Il becquetoit Pouvrage dans leur main ,
Bouquet , tableau , chapelet , reliquaire ;
Comment , femblable à l'abeille légère ,
Qu'on voit voler de la roſe au jaſmin ,
Il voltigeoit fur chacune Ouvrière,
Qu'il agaçoit avec un air malio.ung 20
Le Batelier , charmé de la manière
Dont raiſonnoit le Perroquet leurron ,
Dans fon bateau l'emporta chez Pluton.
sausą
V
E ij
100 MERCURE
DU PERROQUET Pluton lorgnant la mine ,
Le reconnut pour le Seigneur Ver-Vert .
Aimable oifeau , dit- il à coeur ouvert ,
Puifque la mort , qui jour & nuit chemine ,
D'un coup de faulx vient de vous moiffonner ,
Dans mon palais vous aurez votre gîte .
A vos yeux fins , votre air , votre mérite ,
Je vois que None a l'art de façonner
Et d'embellir le coeur d'un Néophite.
A tous vos foins je vais m'abandonner.
Écoutez - moi . J'ai cru prendre pour femme
Un doux mouton , un ange , une fainte âme ;
Et , grâce au fort qui , tout Dieu que je fuis ,
Me fait crever de douleurs & d'ennuis ,
Je n'ai chez moi qu'un monftre , une diableffe ,
Qui fans pitié me tourmente fans ceffe ;
Car , bei oifeau , les ménages divins
Vont à peu-près comme ceux des humains.
Des deux côtés ce n'eft que brouillerie ,
Qu'emportement & que tracafferic.
Je voudrois donc que par votre enjoûment ,
Votre air badin , votre minois charmant ,
Vous domptafiez le coeur de ma tygreffe ;
Depuis long-temps elle a votre portrait.
Elle vous aime ; & rarement maîtreffe
Nargue un galant qui l'amufe & lui plaît.
De mes beaux jours commencez donc l'aurore.
En étouffant l'orgueil qui la dévore ,
DE ΙΘΙ FRANCE.
Procurez -moi ce calme , cette paix ,
Ce charme, doux que mon coeur n'eut jamais.
Ici Ver-Vert lui fit la révérence ,
Et lui promit avec tant d'éloquence
De travailler à fa félicité ,
Qu'il confola le Monarque attristé.
DE chez Pluton le vieux Caron le mène
Dans un boudoir où repofoit la Reine.
Charmart Greffet , donne-moi ton pinceau.
Viens échauffer mon efprit & ma veine
Pour retracer dignement le tableau
Du vifplaifir que fentit Proferpine
En contemplant le minois de l'oifeau ,
Son beau plumage & fa taille divine.
Ojufte ciel ! quoi ? c'eſt l'ami Ver-Vert !
S'écria-t'elle avec des pleurs de joie.
Eh quoi ? c'est lui que la Parque m'envoie !
C'eft cet oifeau , ce Perroquet difert ,
Qui dans Nevers faifoit tant les délices
De la Soeur Thècle & des jeunes Novices !
Viens , cher ami , feconder mes tranſports.
Amour ! Vénus ! Dieux ! foyez-moi propices.
Comme en bouillant le lait gagnoit les bords ,
Le Batelier fe retira fur l'heure.
Il fit très-bien , prudence a toujours foin
De laiffer -là les Amours fans témoin.
Oui , pourfuit- elle , oui , cher Ver- Vert , demeure.
Viens , mon mignon , viens goûter dans mes bras
E iij
102 MERCURE
D'un vrai plaifir les chatouillans appas. 90 320
J'ai mille fois embraſſé ton image ; › * 1 *
Mais , quelque doux qu'ait été cet attrait ,
L'original éclipſe le portrait . 12 15hod xzobuti
Difant ces mots , Proferpine péu fage , vou sí ti
Sur Ton minois fit voler maint baifer ,
Dont le pauvret fe fentit embrâfer.
Il prend l'effor , voltige , caracolle
Sur les genoux , & de- là fur fon ſein ,
Siffle , gazouille avec un air badin ,
Si bien enfin que la Dame en fut folle.
DES que Ver-Vert fut sûr d'être adoré ,
Il maîtrifa Proferpine à fon gré.
Il la mena de fi bonnes manières ,
Qu'il lui tailla , comme on dit , des croupières.
Lorfqu'il voyoit que , d'un eſprit aigri ,
Elle vouloit quereller fon mariyil ann
Deffus fon nez il appliquoit fa griffe,
Et , lui donnant coups de dents & de bec ,
Mettoit bientôt fon infolence à fec.
Ce trait , Lecteur , n'eft du tout apocriffe :
Je l'ai tiré de deux Livres Normands ,
Que j'achetai dans la halle du Mans.
En vain la Dame, à crier toujours prête ,
Vouloit parfois lever encor la crête ,
Dès que Ver-Vert , les yeux tout rencognés ,
Lui répétoit : GARE , GARE LE NEZ ,
On la voyoit devenir auffi douce
&
DE FRANCE. 101
Que des brebis qui paiffent fur la mouffe,
Puis notre oiſeau , content de fa façon ,
L'alloit baifer; & c'étoit bien raiſon. 2
Un doux baifer eft fine récompenfe. Thi
Il le devoit Honni qui mal y penfe.00 ded
Bref, Proferpine , en changeant fon humeur,
De fon époux fit enfin le bonheur.
De Dom Ver-Vert , pour célébrer la gloise
Pluton voulut que cet exploit fameux ,
En lettres d'or fut gravé dans l'Hiſtoire , 12
Et fut tranfmis , du manoir ténébreux ,
Aux faints Couvens des Nones de la Loire.
On dit tout bas que ce fait merveilleux ,
Qu'a mis en vers un Champenois joyeux ,
Chatouilla plus le coeur de ces Veſtales
AM! que le Ciel , fans doute , auroit bien fait
De régalerd'un pareil Perroquet
Chaque mari dont l'infolente femme ⠀⠀⠀
Va, poings levés , lui chanter pouille & game
Qu'on auroit vû de toupets mal peignés ,
De nez meurtris , de fronts égratignés !
Mais en revanche , au fein de leurs ménages ,
On auroit vû toutes les femmes fages.
C'eſt un prodige attendu dès-long- temps.
Quand viendra- t'il ? quand merles feront blancs.
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Résumé : L'OMBRE DE VER-VERT, pour servir de suite au Poëme de Gresset.
Le poème 'L'Ombre de Ver-Vert' raconte l'histoire d'un perroquet nommé Ver-Vert qui, après sa mort, conserve son plumage et ses talents de chant en descendant aux enfers. Charmé par Ver-Vert, Caron, le batelier du Styx, le conduit auprès de Pluton, le roi des enfers. Pluton, accablé par la tyrannie de son épouse Proserpine, espère que Ver-Vert pourra adoucir son cœur. Proserpine reconnaît et accueille joyeusement Ver-Vert, qu'elle admire déjà. Grâce à ses manières charmantes et ses gazouillis, Ver-Vert séduit Proserpine, qui tombe éperdument amoureuse de lui. Ses talents permettent à Ver-Vert de gagner l'affection de Proserpine et de mettre fin à ses querelles avec Pluton. Le texte décrit ensuite comment Ver-Vert, sous forme humaine, parvient à dompter Proserpine en lui enseignant de bonnes manières et en la corrigeant fermement lors de ses disputes avec son mari. Proserpine devient alors douce et obéissante. Cette histoire, tirée de deux livres normands achetés au Mans, souligne que les femmes, une fois corrigées, deviennent sages et que les maris évitent les conflits. L'exploit de Ver-Vert est célébré et transmis aux nonnes de la Loire. Le texte, mis en vers par un Champenois, imagine un monde idéal où les maris ne subissent plus les colères de leurs épouses et où les femmes sont toujours sages, comparant cet idéal à un prodige aussi improbable que des merles blancs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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