Résultats : 9776 texte(s)
Accéder à la liste des types de textes ou des types de paratextes.
Détail
Liste
5001
p. 223-227
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Le 3 Juillet, les Comédiens Italiens ont donné la premiere représentation du [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie-Italienne, Bouquet, Plaisir, Danser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
E 3 Juillet, les Comédiens Italiens ont
donné la premiere repréſentation du
Prix de la beauté , ou du Jugement de Paris,
Comédie- Ballet , en un acte , en vers. Le
public l'a reçue favorablement. M. Mailhol
en eft l'auteur. Elle eft accompagnée de la
Soirée villageoife , divertiffement de la compofition
de M. Deheffe. Tout le ballet eft
amufant & bien deffiné , mais il y a furtout
un pas de trois extrêmement piquant,
& parfaitement exécuté par Mlle Catinon
en berger , par Mile Camille en payſanne,
& par le fieur Billioni en payfan. Ce dernier
qui furprend la payfanne qu'il aime
danfant avec le berger , fait éclater fa jaloufie
, ce qui occafionne entr'eux une difpure
qui finit par un raccommodement dont le
payfan eft la dupe .
>
Je faifis cette occafion pour parler d'un
très-joli divertiffement intitulé le Bouquet ,
que Mlle Catinon , Mlle Louifon fa foeur ,
& le jeune Vifentini ont donné à M. Deheffe
chez lui à Fontarabie (a) , la veille de
la S. Jean. On peut dire que la reconnoiſſan-
(a) Fontarabie eft à l'extrêmité du Fauxbourg
Antoine.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
ce a imaginé cette fête , & que le zele l'a
exécutée . Elle eft compofée de trois fcenes
qui amenent le baller . Vifentini paroit ſeul
dans lapremiere avec une corbeille de fleurs,
faifant un bouquet. Catinon furvient ,
& veut lui ravir la corbeille , mais quand
elle apprend que les fleurs font deftinées à
former un bouquet pour M. Deheffe , elle
compofe avec Vifentini & lui propofe de
faire ce bouquet enfemble , il y confent ;
à peine l'ont- ils fim que Louifon qui les
épie , s'en faifit fur le tabouret où ils l'ont
laiffé ; nouveau fujet de difpute . Louifon
ne veut pas céder , & leur dit que puiſqu'ils
font obligés tous trois à la même reconnoiffance
, le bouquet doit être commun
entr'eux . Dans cet embarras , ils tirent au
doigt mouillé. Le fort favorife Catinon
qui récite la fable fuivante avant que de
préfenter le bouquet.
A peine éclofe , une jeune Fauvette
D'une aîle foible effay oit le reffort .....
Pour raifonner jeuneffe n'eft pas faite.
Quand elle réuffit c'eſt l'ouvrage du fort.
Notre Fauvette donc , pour éprouver les forces
S'éleve , prend fon vol , & s'admire dans l'air ,
Premiers fuccès font des amorces.
Bientôt elle s'élance , & part comme un éclair.
Un homme près de là logeoit... homme admirable,
A O UST. 1755. 225
Qui poffédoit tous les talens ,
Sçavoit les enfeigner d'une maniere aimable ,
Et répandre fur eux des regards bienfaifans .
Dans fa chambre par la fenêtre
La Fauvette entre & ſe poſe fur lui ;
Il la prend , il la flatte , enfin lui fait connoître
Qu'elle n'a rien à craindre , & qu'il eft fon appui.
Depuis ce moment là , fes foins , fa patience
Ont pris plaifir à la former.
A fa table avec complaifance
Il la place , il la fifle ... Ah ! qu'on fe fait aimer ,
Quand aux bienfaits on joint la douceur , la conftance
,
Auffi l'oifeau plein de reconnoiffance .....
Ah ! cher,coufin , eft- il befoin qu'ici
Je poufle plus avant cette fable imparfaite ?
Tout Paris connoît l'homme à qui j'écris ceci ,
Et l'on fçait bien que je fuis la Fauvette. (a )
Catinon préfente le bouquet . On danfe . Enfuite
on chante plufieurs couplets , dont je ne
mets que les deux fuivans par le peu de place
qui me reste.
( a ) Cette fable , toute ingénieufe qu'elle eft ,
perd la moitié de fa grace fur le papier. L'aimable
Catinon en la récitant devant fon coufin y mettoit
un fentiment fi naïf & fi vrai , elle étoit fi touchée,
qu'elle arrachoit des larmes de tous les fpectateurs,
& j'avouerai que j'étois du nombre.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Air. De la ronde de la fête d'amour ,
Sans le plaifir d'aimer , &c.
Catinon.
C'eſt lui qui m'a fait avancer
Dans l'art de bien danfer.
Auffi c'eft à me furpaffer
Qu'en ce jour je m'apprête
Sans le plaifir d'danfer
Eft- il de bonne fête.
Vifentini.
'Ah ! mon oncle , c'eſt bien penfer ,
Quel plaifir d'danfer.
De tous nos coeurs fans balancer ,
Vous faites la conquête.
Ah ! quel plaifir d'danfer ,
Quand c'eft pour votre fête.
On finit par la contredanfe .
Il eſt doux d'être ainfi célébré par de
jeunes talens , dont on eft le protecteur , &
qu'on a adoptés pour fa famille. Peut- on
être mieux payé de fes bienfaits ? La fête
dont le coeur fait les frais & les honneurs
eft toujours la plus intéreffante. Voilà pourquoi
je m'empreffe de la publier pour le
bon exemple,
1
A O UST. 1755. 227
LE NOUVEAU DOCTEUR , Continue fon début
dans différentes pieces italiennes. Les
connoiffeurs le voient toujours avec la
même fatisfaction. C'eft dommage qu'un
docteur italien foit un perfonnage peu intéreffant
pour un public françois.
Voici l'extrait du Maître de musique que
nous avions promis .
E 3 Juillet, les Comédiens Italiens ont
donné la premiere repréſentation du
Prix de la beauté , ou du Jugement de Paris,
Comédie- Ballet , en un acte , en vers. Le
public l'a reçue favorablement. M. Mailhol
en eft l'auteur. Elle eft accompagnée de la
Soirée villageoife , divertiffement de la compofition
de M. Deheffe. Tout le ballet eft
amufant & bien deffiné , mais il y a furtout
un pas de trois extrêmement piquant,
& parfaitement exécuté par Mlle Catinon
en berger , par Mile Camille en payſanne,
& par le fieur Billioni en payfan. Ce dernier
qui furprend la payfanne qu'il aime
danfant avec le berger , fait éclater fa jaloufie
, ce qui occafionne entr'eux une difpure
qui finit par un raccommodement dont le
payfan eft la dupe .
>
Je faifis cette occafion pour parler d'un
très-joli divertiffement intitulé le Bouquet ,
que Mlle Catinon , Mlle Louifon fa foeur ,
& le jeune Vifentini ont donné à M. Deheffe
chez lui à Fontarabie (a) , la veille de
la S. Jean. On peut dire que la reconnoiſſan-
(a) Fontarabie eft à l'extrêmité du Fauxbourg
Antoine.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
ce a imaginé cette fête , & que le zele l'a
exécutée . Elle eft compofée de trois fcenes
qui amenent le baller . Vifentini paroit ſeul
dans lapremiere avec une corbeille de fleurs,
faifant un bouquet. Catinon furvient ,
& veut lui ravir la corbeille , mais quand
elle apprend que les fleurs font deftinées à
former un bouquet pour M. Deheffe , elle
compofe avec Vifentini & lui propofe de
faire ce bouquet enfemble , il y confent ;
à peine l'ont- ils fim que Louifon qui les
épie , s'en faifit fur le tabouret où ils l'ont
laiffé ; nouveau fujet de difpute . Louifon
ne veut pas céder , & leur dit que puiſqu'ils
font obligés tous trois à la même reconnoiffance
, le bouquet doit être commun
entr'eux . Dans cet embarras , ils tirent au
doigt mouillé. Le fort favorife Catinon
qui récite la fable fuivante avant que de
préfenter le bouquet.
A peine éclofe , une jeune Fauvette
D'une aîle foible effay oit le reffort .....
Pour raifonner jeuneffe n'eft pas faite.
Quand elle réuffit c'eſt l'ouvrage du fort.
Notre Fauvette donc , pour éprouver les forces
S'éleve , prend fon vol , & s'admire dans l'air ,
Premiers fuccès font des amorces.
Bientôt elle s'élance , & part comme un éclair.
Un homme près de là logeoit... homme admirable,
A O UST. 1755. 225
Qui poffédoit tous les talens ,
Sçavoit les enfeigner d'une maniere aimable ,
Et répandre fur eux des regards bienfaifans .
Dans fa chambre par la fenêtre
La Fauvette entre & ſe poſe fur lui ;
Il la prend , il la flatte , enfin lui fait connoître
Qu'elle n'a rien à craindre , & qu'il eft fon appui.
Depuis ce moment là , fes foins , fa patience
Ont pris plaifir à la former.
A fa table avec complaifance
Il la place , il la fifle ... Ah ! qu'on fe fait aimer ,
Quand aux bienfaits on joint la douceur , la conftance
,
Auffi l'oifeau plein de reconnoiffance .....
Ah ! cher,coufin , eft- il befoin qu'ici
Je poufle plus avant cette fable imparfaite ?
Tout Paris connoît l'homme à qui j'écris ceci ,
Et l'on fçait bien que je fuis la Fauvette. (a )
Catinon préfente le bouquet . On danfe . Enfuite
on chante plufieurs couplets , dont je ne
mets que les deux fuivans par le peu de place
qui me reste.
( a ) Cette fable , toute ingénieufe qu'elle eft ,
perd la moitié de fa grace fur le papier. L'aimable
Catinon en la récitant devant fon coufin y mettoit
un fentiment fi naïf & fi vrai , elle étoit fi touchée,
qu'elle arrachoit des larmes de tous les fpectateurs,
& j'avouerai que j'étois du nombre.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Air. De la ronde de la fête d'amour ,
Sans le plaifir d'aimer , &c.
Catinon.
C'eſt lui qui m'a fait avancer
Dans l'art de bien danfer.
Auffi c'eft à me furpaffer
Qu'en ce jour je m'apprête
Sans le plaifir d'danfer
Eft- il de bonne fête.
Vifentini.
'Ah ! mon oncle , c'eſt bien penfer ,
Quel plaifir d'danfer.
De tous nos coeurs fans balancer ,
Vous faites la conquête.
Ah ! quel plaifir d'danfer ,
Quand c'eft pour votre fête.
On finit par la contredanfe .
Il eſt doux d'être ainfi célébré par de
jeunes talens , dont on eft le protecteur , &
qu'on a adoptés pour fa famille. Peut- on
être mieux payé de fes bienfaits ? La fête
dont le coeur fait les frais & les honneurs
eft toujours la plus intéreffante. Voilà pourquoi
je m'empreffe de la publier pour le
bon exemple,
1
A O UST. 1755. 227
LE NOUVEAU DOCTEUR , Continue fon début
dans différentes pieces italiennes. Les
connoiffeurs le voient toujours avec la
même fatisfaction. C'eft dommage qu'un
docteur italien foit un perfonnage peu intéreffant
pour un public françois.
Voici l'extrait du Maître de musique que
nous avions promis .
Fermer
Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
Le 3 juillet, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie-ballet 'Le Prix de la beauté, ou du Jugement de Paris', écrite par M. Mailhol. Cette pièce, en un acte et en vers, a été bien accueillie par le public. Elle était accompagnée du divertissement 'Soirée villageoise', composé par M. Deheffe. Le ballet était amusant et bien structuré, avec un pas de trois particulièrement remarquable exécuté par Mlle Catinon, Mlle Camille et le sieur Billioni. Dans cette scène, Billioni, jaloux, surprend la paysanne qu'il aime en train de danser avec le berger, ce qui provoque une dispute se terminant par un raccommodement où le paysan est dupé. L'auteur mentionne également un autre divertissement intitulé 'Le Bouquet', donné par Mlle Catinon, Mlle Louison et le jeune Vincentini à M. Deheffe chez lui à Fontarabie, la veille de la Saint-Jean. Ce divertissement, composé de trois scènes menant au ballet, a été imaginé et exécuté avec zèle. Vincentini apparaît seul avec une corbeille de fleurs, formant un bouquet. Catinon survient et veut lui ravir la corbeille, mais ils décident de faire le bouquet ensemble. Louison, qui les épie, s'en empare, ce qui provoque une nouvelle dispute. Ils tirent au sort pour décider du destin du bouquet. Catinon récite une fable avant de présenter le bouquet, suivie de danses et de chants. La fête se termine par une contredanse, soulignant la douceur d'être célébré par de jeunes talents protégés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5002
p. 227-235
EXTRAIT du Maître de musique.
Début :
Les trois principaux acteurs de cette piece, sont Lambert, maître de Musique, [...]
Mots clefs :
Maître de musique, Actrice, Pudeur, Acte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Maître de musique.
EXTRAIT du Maître de mufique.
Les trois principaux acteurs de cette
piece , font Lambert , maître de Mufique ,
joué par M. Rochard , Laurette fon écoliere
, repréſentée par Madame Favart , &.
Tracolin entrepreneur d'Opéra , joué par
M. Chanville.
Lambert ouvre le premier acte avec Laurette
& débute en grondant , par cet air.
Ah ! quel martire !
Sans ceffe inftruire !
Cent fois redire ,
Sans rien produire ,
C'est toujours pire.
Eh , laiffe- moi ,
Va , tais-toi .
Laurette fe fâche à ſon tour , & fon
maître lui dit :
- Mademoiſelle joue au mieux l'impertinente
Et pour faire dans peu l'actrice d'importance
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Il ne lui manque plus , ma foi , que du talent ,
Encor fouvent on s'en difpenfe ,
En mettant à la place un ton bien infolent.
Elle lui répond :
En ce cas là , Monfieur , je fuis en bonne école ,
Je puis très-bien l'apprendre ici de vous.
Lambert fe met ici au clavecin. Laurette
crie exprès méchamment au lieu de chanter
, il l'interrompt en difant :
Chanteur qui pour mieux nous féduire
Youlez être à la fois agréable & touchant
Que l'haleine du doux zéphire ,
Qui , de fa Flore , à l'oreille foupire ,
Soit l'image de votre chant.
Eh ! crois - moi , renvoyons aux halles
Tous ces chantres bruyans , qui fçavent feulement
De leurs grands cris remplir nos falles.
Excellente leçon pour tous nos théâtres !
Laurette chante de nouveau & chante bien,
Lambert témoigne qu'il eft content , & lui
promet , fi elle continue de la rendre dans
peu une actrice parfaite. On annonce Tracolin
comme un perfonnage ridicule. Il
entre , & après avoir embraffé Lambert , il
regarde Laurette , & s'informe quel eft ce
n
A OU ST . 1755- 229
charmant objet . Lambert lui répond que
c'eft un fujet qu'il éleve pour le théâtre .
Tracolin fe récrie : quelle mine ! quel jeu !
quelle voix ! Lambert lui demande s'il l'a
entendue . Non , réplique- t - il .
Nous autres gens de l'art ,
Nous n'avons pour cela befoin que d'un regard ,
Et nous jugeons d'une voix par la vûe.
D'ailleurs , ajoûte - t - il ,
Avec un tel minois ,
A-t-on jamais manqué de voix.
Il fe répand en fleurettes, qui donnent d'au
tant plus de jaloufie à Lambert , que Laurette
y répond par cet Air toujours applaudi .
Suis - je bien pour une actrice 2
Vrai , fuis- je bien ?
Dites moi fans artifice ,
Croyez - vous qu'on applaudiffe
Ce maintien ?
Suis- je bien
Je n'ofe me flatter de rien.
Croyez - vous qu'on applaudiffe ,
Qu'en public je réuffiffe ?
Mais hélas !
N'ai- je pas
L'air trop novice , eh ?
Pour une actrice , eh ?
Pour la couliffe ,
eh ?
Je n'ofe me flatter de rien.
236 MERCURE DE FRANCE .
Tracolin paroît fi tranfporté d'entendre
Laurette , qu'il l'embraffe , & la demande à
fon maître qui la lui refuſe. On vient chercher
Lambert de la part d'une Ducheffe. II
eft obligé de fortir malgré lui , & de laiffer
Tracolin feul avec fon écoliere . Tracolin
fait fa tendre déclaration , Laurette
joue l'Agnès en diſant ,
Air. La pudeur qui me guide,
Me rend timide.
Je n'ofe lever les yeux
Si quelque curieux
Auprès de moi fe place ,
Et me regarde en face ,
Je fuis toute honteufe de cela.
Ma langue s'embarraffe ,
En lui difant , de grace ,
Souffrez , Monfieur , que je paffe ,
Je ne puis refter là
Où me voilà.
La pudeur , & c.
Si quelque téméraire
Pourfuit trop loin l'affaire ,
Moi , qui fuis bonne , & ne me fâche guere ,
J'excite ma colere
Et lui dis d'un ton fevere ,
Mais finirez-vous donc , Monfieur ,
Sçachez qu'on eft fille d'honneur ,
Scachez qu'on a de la pudeur.
A O UST . 1755. 23-1
Tracolin lui offre fa fortune avec fa
main , & fe jette à fes genoux , Lambert
revient & le furprend avec Laurette . Il fait
éclater fa jaloufie , & commence le beau
trio qui finit le premier acte. Ce morceau
eft fi triomphant , & les paroles font fi
bien coupées , que nous croyons obliger
le lecteur de les inférer ici dans leur entier.
Il eft bon d'ailleurs de les donner pour
modele.
TRIO EN DIALOGUE.
Lambert.
Le feu me monte au viſage ,
Voilà donc tout l'avantage
D'avoir formé fon bas âge,
Pour le prix de tant de foins ,
Cette volage
Avec un autre s'engage .
Quel outrage !
Et mes yeux en font témoins.
Je bravois déja l'orage ,
Quand le vent qui devient fort ,
Et qui fait rage ,
Me repouffe du rivage.
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Je guettais dans un bocage
232 MERCURE DE FRANCE.
Un oifeau d'un beau plumage.
Un chaffeur fonnant du cor ,
Faifant tapage ,
L'effarouche & lui fait prendre l'effor.
Quel trifte fort !
Enfemble.
Soins perdus inutile effort !
Lambert.
J'avois formé fon bas âge.
Tracolin,
J'avois fait un bon voyage ,
Laurette.
Je le guettois au paffage.
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cor ;
Faifant tapage ,
Lui fait prendre fon effor.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
En voilà tout l'avantage.
Quel outrage !
Méritois-je un pareil fort.
A O UST.
233 ·1755.
Seul. Un autre
aujourd'hui l'engage ,
La volage.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage.
Quel dommage !
Laurette.
Moi, j'allois le mettre en cage.
Tracolin.
Quel dommage !
Lambert.
La volage !
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cot,
Faifant
tapage ,
Lui fait prendre
fon effor.
Tracolin .
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
Quel outrage !
Meritois-je un pareil fort ?
Tracolin.
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Moi , j'allois le mettre en cage i
bisfeul.
234 MERCURE DE FRANCE .
Il prend l'effor.
Quel trifte fort !
Ce premier acte eft très- brillant & rempli
d'airs agréables .
Lambert , qui revient avec Laurette ,
commence le ſecond acte par cet Air qui
exprime fi bien fon dépit jaloux.
Non , je fuis trop en colere ,
Me diras-tu le contraire ?
Quand moi -même j'ai vu le téméraire ,
Qui te faifoit les yeux doux !
Pourquoi faire
Etoit-il à tes genoux ?
Vaine rufe !
Mauvaiſe excufe !
Me crois-tu donc affez bufe
Pour m'en laiffer amufer ?
Mais voilà comme on s'abuſe ,
Quand on penfe m'abufer.
Laurette perfifte à fe juftifier & l'amene
par degrés au point de l'obliger à demander
grace lui- même. Cette fcene eft parfaitement
bien traitée & filée avec beaucoup
d'art. Lambert eft furpris à fon tour
par Tracolin aux genoux de Laurette , qui
dit à ce dernier qu'il furvient à propos , &
qu'elle avoit befoin de fa préfence pour
faire connoître fes fentimens. Tracolin fe
A O UST . 1755. 235
fatte alors de fe voir choifi . Lambert tremble
au contraire de ne l'être point. Laurette
les défabuſe tous deux , en donnant
la main à fon maître . Tracolin fe retire
confus , & Lambert ravi , chante avec Laurette
un Duo qui termine la piece. Elle eſt
imprimée , & fe vend chez la veuve Delormel
, rue du Foin , & chez Prault , fils ,
quai de Conti ; le prix eft de 24 fols.
Les trois principaux acteurs de cette
piece , font Lambert , maître de Mufique ,
joué par M. Rochard , Laurette fon écoliere
, repréſentée par Madame Favart , &.
Tracolin entrepreneur d'Opéra , joué par
M. Chanville.
Lambert ouvre le premier acte avec Laurette
& débute en grondant , par cet air.
Ah ! quel martire !
Sans ceffe inftruire !
Cent fois redire ,
Sans rien produire ,
C'est toujours pire.
Eh , laiffe- moi ,
Va , tais-toi .
Laurette fe fâche à ſon tour , & fon
maître lui dit :
- Mademoiſelle joue au mieux l'impertinente
Et pour faire dans peu l'actrice d'importance
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Il ne lui manque plus , ma foi , que du talent ,
Encor fouvent on s'en difpenfe ,
En mettant à la place un ton bien infolent.
Elle lui répond :
En ce cas là , Monfieur , je fuis en bonne école ,
Je puis très-bien l'apprendre ici de vous.
Lambert fe met ici au clavecin. Laurette
crie exprès méchamment au lieu de chanter
, il l'interrompt en difant :
Chanteur qui pour mieux nous féduire
Youlez être à la fois agréable & touchant
Que l'haleine du doux zéphire ,
Qui , de fa Flore , à l'oreille foupire ,
Soit l'image de votre chant.
Eh ! crois - moi , renvoyons aux halles
Tous ces chantres bruyans , qui fçavent feulement
De leurs grands cris remplir nos falles.
Excellente leçon pour tous nos théâtres !
Laurette chante de nouveau & chante bien,
Lambert témoigne qu'il eft content , & lui
promet , fi elle continue de la rendre dans
peu une actrice parfaite. On annonce Tracolin
comme un perfonnage ridicule. Il
entre , & après avoir embraffé Lambert , il
regarde Laurette , & s'informe quel eft ce
n
A OU ST . 1755- 229
charmant objet . Lambert lui répond que
c'eft un fujet qu'il éleve pour le théâtre .
Tracolin fe récrie : quelle mine ! quel jeu !
quelle voix ! Lambert lui demande s'il l'a
entendue . Non , réplique- t - il .
Nous autres gens de l'art ,
Nous n'avons pour cela befoin que d'un regard ,
Et nous jugeons d'une voix par la vûe.
D'ailleurs , ajoûte - t - il ,
Avec un tel minois ,
A-t-on jamais manqué de voix.
Il fe répand en fleurettes, qui donnent d'au
tant plus de jaloufie à Lambert , que Laurette
y répond par cet Air toujours applaudi .
Suis - je bien pour une actrice 2
Vrai , fuis- je bien ?
Dites moi fans artifice ,
Croyez - vous qu'on applaudiffe
Ce maintien ?
Suis- je bien
Je n'ofe me flatter de rien.
Croyez - vous qu'on applaudiffe ,
Qu'en public je réuffiffe ?
Mais hélas !
N'ai- je pas
L'air trop novice , eh ?
Pour une actrice , eh ?
Pour la couliffe ,
eh ?
Je n'ofe me flatter de rien.
236 MERCURE DE FRANCE .
Tracolin paroît fi tranfporté d'entendre
Laurette , qu'il l'embraffe , & la demande à
fon maître qui la lui refuſe. On vient chercher
Lambert de la part d'une Ducheffe. II
eft obligé de fortir malgré lui , & de laiffer
Tracolin feul avec fon écoliere . Tracolin
fait fa tendre déclaration , Laurette
joue l'Agnès en diſant ,
Air. La pudeur qui me guide,
Me rend timide.
Je n'ofe lever les yeux
Si quelque curieux
Auprès de moi fe place ,
Et me regarde en face ,
Je fuis toute honteufe de cela.
Ma langue s'embarraffe ,
En lui difant , de grace ,
Souffrez , Monfieur , que je paffe ,
Je ne puis refter là
Où me voilà.
La pudeur , & c.
Si quelque téméraire
Pourfuit trop loin l'affaire ,
Moi , qui fuis bonne , & ne me fâche guere ,
J'excite ma colere
Et lui dis d'un ton fevere ,
Mais finirez-vous donc , Monfieur ,
Sçachez qu'on eft fille d'honneur ,
Scachez qu'on a de la pudeur.
A O UST . 1755. 23-1
Tracolin lui offre fa fortune avec fa
main , & fe jette à fes genoux , Lambert
revient & le furprend avec Laurette . Il fait
éclater fa jaloufie , & commence le beau
trio qui finit le premier acte. Ce morceau
eft fi triomphant , & les paroles font fi
bien coupées , que nous croyons obliger
le lecteur de les inférer ici dans leur entier.
Il eft bon d'ailleurs de les donner pour
modele.
TRIO EN DIALOGUE.
Lambert.
Le feu me monte au viſage ,
Voilà donc tout l'avantage
D'avoir formé fon bas âge,
Pour le prix de tant de foins ,
Cette volage
Avec un autre s'engage .
Quel outrage !
Et mes yeux en font témoins.
Je bravois déja l'orage ,
Quand le vent qui devient fort ,
Et qui fait rage ,
Me repouffe du rivage.
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Je guettais dans un bocage
232 MERCURE DE FRANCE.
Un oifeau d'un beau plumage.
Un chaffeur fonnant du cor ,
Faifant tapage ,
L'effarouche & lui fait prendre l'effor.
Quel trifte fort !
Enfemble.
Soins perdus inutile effort !
Lambert.
J'avois formé fon bas âge.
Tracolin,
J'avois fait un bon voyage ,
Laurette.
Je le guettois au paffage.
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cor ;
Faifant tapage ,
Lui fait prendre fon effor.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
En voilà tout l'avantage.
Quel outrage !
Méritois-je un pareil fort.
A O UST.
233 ·1755.
Seul. Un autre
aujourd'hui l'engage ,
La volage.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage.
Quel dommage !
Laurette.
Moi, j'allois le mettre en cage.
Tracolin.
Quel dommage !
Lambert.
La volage !
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cot,
Faifant
tapage ,
Lui fait prendre
fon effor.
Tracolin .
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
Quel outrage !
Meritois-je un pareil fort ?
Tracolin.
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Moi , j'allois le mettre en cage i
bisfeul.
234 MERCURE DE FRANCE .
Il prend l'effor.
Quel trifte fort !
Ce premier acte eft très- brillant & rempli
d'airs agréables .
Lambert , qui revient avec Laurette ,
commence le ſecond acte par cet Air qui
exprime fi bien fon dépit jaloux.
Non , je fuis trop en colere ,
Me diras-tu le contraire ?
Quand moi -même j'ai vu le téméraire ,
Qui te faifoit les yeux doux !
Pourquoi faire
Etoit-il à tes genoux ?
Vaine rufe !
Mauvaiſe excufe !
Me crois-tu donc affez bufe
Pour m'en laiffer amufer ?
Mais voilà comme on s'abuſe ,
Quand on penfe m'abufer.
Laurette perfifte à fe juftifier & l'amene
par degrés au point de l'obliger à demander
grace lui- même. Cette fcene eft parfaitement
bien traitée & filée avec beaucoup
d'art. Lambert eft furpris à fon tour
par Tracolin aux genoux de Laurette , qui
dit à ce dernier qu'il furvient à propos , &
qu'elle avoit befoin de fa préfence pour
faire connoître fes fentimens. Tracolin fe
A O UST . 1755. 235
fatte alors de fe voir choifi . Lambert tremble
au contraire de ne l'être point. Laurette
les défabuſe tous deux , en donnant
la main à fon maître . Tracolin fe retire
confus , & Lambert ravi , chante avec Laurette
un Duo qui termine la piece. Elle eſt
imprimée , & fe vend chez la veuve Delormel
, rue du Foin , & chez Prault , fils ,
quai de Conti ; le prix eft de 24 fols.
Fermer
Résumé : EXTRAIT du Maître de musique.
Le texte présente la pièce de théâtre 'Le Maître de musique', qui met en scène trois personnages principaux : Lambert, maître de musique interprété par M. Rochard, Laurette, écolière jouée par Madame Favart, et Tracolin, entrepreneur d'opéra incarné par M. Chanville. La pièce commence par une altercation entre Lambert et Laurette, qui répond avec impertinence aux réprimandes de son maître. Lambert décide alors de lui donner une leçon de chant, et Laurette finit par bien chanter, ce qui satisfait Lambert. Tracolin fait ensuite son entrée et est immédiatement séduit par Laurette, ce qui suscite la jalousie de Lambert. Tracolin tente de séduire Laurette, mais Lambert les surprend et exprime sa jalousie dans un trio. Dans le second acte, Lambert, toujours jaloux, est apaisé par Laurette. Tracolin, qui surprend Lambert aux genoux de Laurette, est déçu, tandis que Lambert est ravi. Laurette clarifie la situation en donnant la main à Lambert, laissant Tracolin confus. La pièce se termine par un duo chanté entre Lambert et Laurette. La pièce est disponible à l'achat chez la veuve Delormel et Prault, fils, au prix de 24 sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5003
p. 5-7
STANCES A Mademoiselle ***.
Début :
Les trois Graces, jeune Thémire, [...]
Mots clefs :
Plaisir, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES A Mademoiselle ***.
STANCES
A Mademoiselle **
Les trois Graces , jeune Thémire ,
Même la fuperbe Cipris ,
Sur les attraits qu'en vous j'admire
N'auroient point remporté le prix.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vous feule , fans en rien rabattre ,
Vous feule avez , fans vous flater ,
Ce qu'elles avoient toutes quatre.
Qui vous connoît peut l'attefter.
Vous poffédez un art de plaire ,
Que peut-être elles n'avoient pas ;
Ce que je vous vois dire ou faire
A toujours de nouveaux appas.
On ne parle que de leurs charmes ,
Quant à l'efprit on n'en dit rien ,
Ce côté vous fournit des armes ,
Vous raviffez dans l'entretien.
串
Du plus ridicule des âges
Vous n'approuvez pas les erreurs
De loin vous fuivez fes uſages ,
Mais vous n'adoptez point les moeurs
Chez vous une aigrette nouvelle
S'arrange fans trop réfléchir ,
Le plaifir de paroître belle
N'eft point votre unique plaifir.
SEPTEMBRE. 1755. 7
Vous méritez qu'on vous adore ,
Et l'ignorez en même tems ,
Cette ignorance donne encore
Plus de prix à vos agrémens .
Toutes nos ftériles brochures
Ne fécheront point votre efprit ,
Dans des fources fécondes , pures ,
De ſon vrai fuc il ſe nourrit.
Vous avez la rare habitude
Suivant les gens de vous plier ,
De borner votre vafte étude ,
Ou , s'il le faut , de l'oublier.
Belle , fage , douce , difcrette ,
Sans humeur , fans fard , fans détour ....
Thémire , pour être parfaite ,
Prenez un peu de mon amour.
J. F. G. **
De Chartrait , près Melun.
A Mademoiselle **
Les trois Graces , jeune Thémire ,
Même la fuperbe Cipris ,
Sur les attraits qu'en vous j'admire
N'auroient point remporté le prix.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vous feule , fans en rien rabattre ,
Vous feule avez , fans vous flater ,
Ce qu'elles avoient toutes quatre.
Qui vous connoît peut l'attefter.
Vous poffédez un art de plaire ,
Que peut-être elles n'avoient pas ;
Ce que je vous vois dire ou faire
A toujours de nouveaux appas.
On ne parle que de leurs charmes ,
Quant à l'efprit on n'en dit rien ,
Ce côté vous fournit des armes ,
Vous raviffez dans l'entretien.
串
Du plus ridicule des âges
Vous n'approuvez pas les erreurs
De loin vous fuivez fes uſages ,
Mais vous n'adoptez point les moeurs
Chez vous une aigrette nouvelle
S'arrange fans trop réfléchir ,
Le plaifir de paroître belle
N'eft point votre unique plaifir.
SEPTEMBRE. 1755. 7
Vous méritez qu'on vous adore ,
Et l'ignorez en même tems ,
Cette ignorance donne encore
Plus de prix à vos agrémens .
Toutes nos ftériles brochures
Ne fécheront point votre efprit ,
Dans des fources fécondes , pures ,
De ſon vrai fuc il ſe nourrit.
Vous avez la rare habitude
Suivant les gens de vous plier ,
De borner votre vafte étude ,
Ou , s'il le faut , de l'oublier.
Belle , fage , douce , difcrette ,
Sans humeur , fans fard , fans détour ....
Thémire , pour être parfaite ,
Prenez un peu de mon amour.
J. F. G. **
De Chartrait , près Melun.
Fermer
Résumé : STANCES A Mademoiselle ***.
Le texte est une série de stances dédiées à une jeune femme, Mademoiselle, surnommée Thémire. L'auteur exalte sa beauté et son esprit, affirmant qu'elle surpasserait même les Grâces et Vénus. Il souligne son art de plaire et son esprit vif, qui la distinguent des autres. Thémire ne suit pas les erreurs des modes ridicules et ne se contente pas de paraître belle. Elle mériterait d'être adorée sans en être consciente, ce qui ajoute à ses charmes. Son esprit se nourrit de sources pures et fécondes, loin des brochures stériles. Elle sait s'adapter aux personnes qu'elle rencontre et possède des qualités telles que la sagesse, la douceur, la discrétion et l'absence de fard. L'auteur conclut en exprimant son amour pour elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5004
p. 8
VERS Adressés à M. R. D. B ..... par une jeune Demoiselle, âgée de huit ans.
Début :
Faire des vers pour vous, Mirtil, je vous assure, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Adressés à M. R. D. B ..... par une jeune Demoiselle, âgée de huit ans.
VERS
Adreffés à M. R. D. B..... par une jeune
Demoiselle , âgée de huit ans.
Faire des vers pour vous , Mirtil , je vous affure,
Eft à mon gré le plaifir le plus doux ;
Et le travail fe paie avec ufure ,
Quand on a le bonheur de s'occuper de vous.
Mlle Roffignol.
Adreffés à M. R. D. B..... par une jeune
Demoiselle , âgée de huit ans.
Faire des vers pour vous , Mirtil , je vous affure,
Eft à mon gré le plaifir le plus doux ;
Et le travail fe paie avec ufure ,
Quand on a le bonheur de s'occuper de vous.
Mlle Roffignol.
Fermer
5005
p. 8
Réponse à Mlle Rossignol.
Début :
De vos talens qui ne seroit jaloux ! [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse à Mlle Rossignol.
Réponse à Mlle Roffignol.
Dvos talens qui ne feroit jaloux !
Ils devancent chez vous l'heureux âge de plaire.
Pour des vers , jeune Eglé , vous n'en devez point
faire ,
Mais, en laiffer faire pour vous.
Gridi
Dvos talens qui ne feroit jaloux !
Ils devancent chez vous l'heureux âge de plaire.
Pour des vers , jeune Eglé , vous n'en devez point
faire ,
Mais, en laiffer faire pour vous.
Gridi
Fermer
5006
p. 22
A SA MAJESTÉ LE ROI DE POLOGNE, Sur la statue du Roi de France ; qu'il a fait ériger à Nancy.
Début :
ROME de ses héros & de ses Empereurs, [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Roi de France, Statue du roi de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A SA MAJESTÉ LE ROI DE POLOGNE, Sur la statue du Roi de France ; qu'il a fait ériger à Nancy.
A SA MAJESTE
LE ROI DE POLOGNE ,
Sur la ftatue du Roi de France ; qu'il a
fait ériger à Nancy.
ROME de fes héros & de fes Empereurs ,
Par le marbre ou l'airain fe retraçoit l'image :
Et celle de LOUIS , outre cet avantage ,
Eft gravée au fond de nos coeurs.
Par vos foins on la voit dans l'heureuſe contrée ,
Où vous avez du ciel fait revenir Aftrée :
Mais , Grand Roi , quel feroit notre contentement
S'ils n'étoient pas bornés à ce feul monument !
Sans craindre qu'un Monarque auffi bon que le
nôtre ,
Puiffe jamais être jaloux
Des fentimens qu'on a pour vous ;
Auprès de fa ftatue on voudroit voir la vôtre .
Par la Muſe Limonadiere , ce 28 Fuillet
1755.
LE ROI DE POLOGNE ,
Sur la ftatue du Roi de France ; qu'il a
fait ériger à Nancy.
ROME de fes héros & de fes Empereurs ,
Par le marbre ou l'airain fe retraçoit l'image :
Et celle de LOUIS , outre cet avantage ,
Eft gravée au fond de nos coeurs.
Par vos foins on la voit dans l'heureuſe contrée ,
Où vous avez du ciel fait revenir Aftrée :
Mais , Grand Roi , quel feroit notre contentement
S'ils n'étoient pas bornés à ce feul monument !
Sans craindre qu'un Monarque auffi bon que le
nôtre ,
Puiffe jamais être jaloux
Des fentimens qu'on a pour vous ;
Auprès de fa ftatue on voudroit voir la vôtre .
Par la Muſe Limonadiere , ce 28 Fuillet
1755.
Fermer
Résumé : A SA MAJESTÉ LE ROI DE POLOGNE, Sur la statue du Roi de France ; qu'il a fait ériger à Nancy.
Le texte est une ode dédiée aux rois de Pologne et de France, Louis XV. Il compare les exploits des rois à ceux des héros romains immortalisés par le marbre ou l'airain. Louis XV est célébré pour avoir restauré l'abondance. L'auteur souhaite une statue du roi de Pologne à côté de celle de Louis XV. Le poème est signé par la Muse Limonadière et daté du 28 juillet 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5007
p. 23-24
LES SOUHAITS. / LA DOUCE VENGEANCE.
Début :
Un tourtereau, [...]
Mots clefs :
Amant, Souhaits, Vengeance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SOUHAITS. / LA DOUCE VENGEANCE.
LES SOUHAITS.
UNN tourtereau ,
Perché fur un rameau ,
Attendoit le retour de fa chere compagne
Qui butinoit encor dans la campagne.
Cet amoureux oiſeau
Par fes gémiffemens exprimoit les allarmes
Dont fon coeur étoit agité .
Philis en répandit des larmes :
Tout attendrit une jeune beauté
Abſente de l'objet qu'elle aime.
Grands Dieux ! quelle félicité ,
Dit-elle , fi Tircis penfoit à moi de même !
A peine elle eut fini ces mots ,
Que le plus tendre des moineaux
A fes yeux careffa fon aimable femelle
Cent & cent fois en un moment ;
Amour , s'écria cette belle ,
En voyant leurs tranſports & leur raviffement
Ah ! fais que mon amant ,
Si tu veux que je fois à ton culte fidele ,
Imite abfent le tourtereau ,
Et qu'après fon retour il devienne moineau.
LA DOUCE VENGEANCE.
Dormons, difoit Cipris, au Dieu Mars fon amant ,
Avec un ton de voix charmant ;
24 MERCURE DE FRANCE .
Dormons : la nuit acheve fa carriere ,
J'apperçois déja la lumiere.
Vous vous trompez , non , ce n'eft pas le jour ;
L'éclat que vous voyez , dit Mars avec tendreſſe ,
Vient de vos yeux , belle Déeffe ;
C'est l'ouvrage de mon amour .
Ah ! réprit auffi - tôt la Reine de Cithere :
S'il eft bien vrai , cher amant , vengeons - nous,
En rendant cette nuit fi brillante , fi claire ,
Que l'indifcret Phébus en devienne jaloux.
Ces deux pieces font de M. de Beuvri.
UNN tourtereau ,
Perché fur un rameau ,
Attendoit le retour de fa chere compagne
Qui butinoit encor dans la campagne.
Cet amoureux oiſeau
Par fes gémiffemens exprimoit les allarmes
Dont fon coeur étoit agité .
Philis en répandit des larmes :
Tout attendrit une jeune beauté
Abſente de l'objet qu'elle aime.
Grands Dieux ! quelle félicité ,
Dit-elle , fi Tircis penfoit à moi de même !
A peine elle eut fini ces mots ,
Que le plus tendre des moineaux
A fes yeux careffa fon aimable femelle
Cent & cent fois en un moment ;
Amour , s'écria cette belle ,
En voyant leurs tranſports & leur raviffement
Ah ! fais que mon amant ,
Si tu veux que je fois à ton culte fidele ,
Imite abfent le tourtereau ,
Et qu'après fon retour il devienne moineau.
LA DOUCE VENGEANCE.
Dormons, difoit Cipris, au Dieu Mars fon amant ,
Avec un ton de voix charmant ;
24 MERCURE DE FRANCE .
Dormons : la nuit acheve fa carriere ,
J'apperçois déja la lumiere.
Vous vous trompez , non , ce n'eft pas le jour ;
L'éclat que vous voyez , dit Mars avec tendreſſe ,
Vient de vos yeux , belle Déeffe ;
C'est l'ouvrage de mon amour .
Ah ! réprit auffi - tôt la Reine de Cithere :
S'il eft bien vrai , cher amant , vengeons - nous,
En rendant cette nuit fi brillante , fi claire ,
Que l'indifcret Phébus en devienne jaloux.
Ces deux pieces font de M. de Beuvri.
Fermer
Résumé : LES SOUHAITS. / LA DOUCE VENGEANCE.
Le texte présente deux poèmes attribués à M. de Beuvri. Dans 'Les Souhaits', un tourtereau attend le retour de sa compagne et exprime son inquiétude par ses gémissements. Philis, émue par cette scène, souhaite que son amant, Tircis, lui manifeste la même attention. Elle observe ensuite un moineau qui retrouve sa femelle avec tendresse et exprime le désir que son amant imite cet oiseau. Dans 'La Douce Vengeance', la déesse Cypris (Vénus) et Mars, son amant, discutent de la fin de la nuit. Mars affirme que l'éclat qu'il voit provient des yeux de Cypris, symbolisant son amour. Cypris propose alors de rendre cette nuit si lumineuse que le soleil en soit jaloux, illustrant ainsi leur désir de vengeance douce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5008
p. 24
VERS A Mlle C. Le jour de S. Louis sa fête, en lui envoyant un petit panier couvert, dans lequel il y avoit des pêches, & un bouquet à la queue duquel étoient enchaînés six serins, avec des faveurs.
Début :
Chargés de dons de Pomone & de Flore, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Mlle C. Le jour de S. Louis sa fête, en lui envoyant un petit panier couvert, dans lequel il y avoit des pêches, & un bouquet à la queue duquel étoient enchaînés six serins, avec des faveurs.
VERS
A Mile C. Le jour de S. Louis fa fête , en
lui envoyant un petit panier couvert, dans
lequel il y avoit des pêches , & un bouquet
à la queue duquel étoient enchaînés fix
ferins , avec des faveurs.
CHargés des dons de Pomone & de Flore ,
Nous venons , députés de l'ifle de Paphos ,
Vous offrir , timides oiſeaux ,
Des fleurs , que les zéphirs pour vous ont fait
éclorre :
Ouvrez ! ne craignez point notre légereté ,
Nul de nous ne fera volage.
Peut-on ne pas chérir ſon eſclavage ,
Quand c'est pour vous qu'on perd la liberté ?
* Lefoleil en éclairant les plaiſirs de Mars & de
Venus , les fit furprendre par Vulcain.
A Mile C. Le jour de S. Louis fa fête , en
lui envoyant un petit panier couvert, dans
lequel il y avoit des pêches , & un bouquet
à la queue duquel étoient enchaînés fix
ferins , avec des faveurs.
CHargés des dons de Pomone & de Flore ,
Nous venons , députés de l'ifle de Paphos ,
Vous offrir , timides oiſeaux ,
Des fleurs , que les zéphirs pour vous ont fait
éclorre :
Ouvrez ! ne craignez point notre légereté ,
Nul de nous ne fera volage.
Peut-on ne pas chérir ſon eſclavage ,
Quand c'est pour vous qu'on perd la liberté ?
* Lefoleil en éclairant les plaiſirs de Mars & de
Venus , les fit furprendre par Vulcain.
Fermer
Résumé : VERS A Mlle C. Le jour de S. Louis sa fête, en lui envoyant un petit panier couvert, dans lequel il y avoit des pêches, & un bouquet à la queue duquel étoient enchaînés six serins, avec des faveurs.
Un événement festif honore Saint Louis. Un panier de pêches et un bouquet sont envoyés à Mile C. Des messagers, se disant députés de l'île de Paphos, offrent des fleurs aux 'timides oiseaux' et assurent leurs intentions pures. Le texte évoque une légende où le soleil révèle les plaisirs de Mars et Vénus à Vulcain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5009
p. 36
VERS A Madame P ...
Début :
Qui voit P ... voit la beauté : [...]
Mots clefs :
Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Madame P ...
VERS
A Madame P ...
Ui voit P ... voit la beauté :
C'eft à cette Divinité
Qu'il appartient de fixer fur fes traces
Les jeux , les ris , les amours & les graces :
Mais on ne peut l'apprécier
Qu'en lui rendant le plus fidele hommage
Elle feule des Dieux eft la parfaite image ;
Elle les repréfente , & les fait oublier. *
>
* Il y a dans les Danaïdes , Tragédie de Gombauld
, un vers qui paroît le modele de ce dernier.
Représente les Dieux , & les fait oublier.
A Madame P ...
Ui voit P ... voit la beauté :
C'eft à cette Divinité
Qu'il appartient de fixer fur fes traces
Les jeux , les ris , les amours & les graces :
Mais on ne peut l'apprécier
Qu'en lui rendant le plus fidele hommage
Elle feule des Dieux eft la parfaite image ;
Elle les repréfente , & les fait oublier. *
>
* Il y a dans les Danaïdes , Tragédie de Gombauld
, un vers qui paroît le modele de ce dernier.
Représente les Dieux , & les fait oublier.
Fermer
5010
p. 37-41
EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
Début :
Toujours fondé sur votre complaisance, [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Choix des livres, Littérature, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
EPITRE
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
Fermer
Résumé : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
L'épître est adressée à un docteur en médecine et amateur de littérature, sollicitant son aide pour choisir des livres. L'auteur exprime sa gratitude pour la complaisance passée du docteur et justifie sa demande par la difficulté de trouver des œuvres de qualité. Il critique les bibliothèques de deux érudits, Damon et Eraste. Damon, bien que réputé, possède des ouvrages obscènes et de mauvaise qualité. Eraste, un juriste, a des livres anciens et ennuyeux. L'auteur rencontre également des philosophes comme Philinte, dont les recueils sont trop techniques. Il souligne l'importance de la sélection rigoureuse des livres, distinguant les œuvres de valeur des productions modernes et superficielles. L'auteur espère que le docteur l'aidera à trouver des œuvres littéraires de qualité, comparables aux fleurs délicates que l'abeille recherche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5011
p. 43
STANCES A PHILIS. Pour l'inviter à venir quelque tems à la campagne.
Début :
Allons, Philis, dans ces bocages, [...]
Mots clefs :
Amour, Dieux, Nature, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES A PHILIS. Pour l'inviter à venir quelque tems à la campagne.
STANCES A PHILIS.
Pour l'inviter à venir quelque tems à la
campagne.
ALlons , Philis , dans ces bocages ,
Contempler de nouveaux objets ,
Et fous ces ténébreux feuillages
Inventer de plus doux projets.
Allons , loin du fafte des villes ;
Loin du fiécle , loin des plaiſirs ,
A nos coeurs fimples & dociles
Permettre d'innocens defirs.
Allons ... la nature embellie ,
Par-deffus l'éclat des cités
D'une douce mélancolie ,
Remplira nos coeurs enchantés.
Du repos de ce lieu champêtre
Amour pourra s'autoriſer.
Tout y fert à le faire naître
Ainfi qu'à le favorifer.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quand la plaintive tourterelle
Pouffera de tendres accens ,
Ton coeur peut-être apprendra d'elle
Afouffrir des maux que je fens .
Quand le cryftal d'une onde pare
Offrira tes traits dans fon fein ,
Il t'apprendra que la nature
Ne forma pas ces traits en vain.
Ces fleurs même , ces fleurs nouvelles
Nous font fouvenir des inftans :
Elles ne font pas toujours belles ,
Philis ,il n'eft qu'un feul printems.
Le tems , plus léger que l'aurore
S'envole d'un rapide cours :
Rendons-le plus rapide encore ,
En le confacrant aux Amours.
Tous deux de l'ardeur la plus vive ,
Philis , laiffons-nous enflammer :
Tu m'aimeras pour que je vive ,
Et moi je vivrai pour t'aimer.
SEPTEMBRE. 1755 .
45
Ah ! fi ton amour eft durable ,
S'il ne fuit jamais d'autres loix ,
Mon fort eft cent fois préférable
Au fort brillant des plus grands Rois.
D'une félicité plus pure
Les Dieux goûtent- ils la douceur ?
Au- deffous d'eux par ma nature ,
Au- deffus d'eux par mon bonheur.
Quand avec toi mon coeur s'explique ,
Je crois monter au rang des Dieux :
Et fous le toit le plus ruftique
Je trouve près de toi les cieux.
Tout eft divin dans ta perfonne.
M'offres-tu la rouge liqueur ?
Je crois voir Hebé qui me donne
Un nectar rempli de douceur.
M'offres-tu la pomme nouvelle
Pâris fe vit moins honoré :
La fienne étoit à la plus belle ,
La tienne eft au plus adoré .
46 MERCURE DE FRANCE.
Ces fleurs que ta main a choiſie ,
Tu leur donnes mille vertus ;
Ce font celles dont l'ambroifie
Parfument l'autel de Vénus.
'Ah ! que l'amour répand dans l'ame
De fentimens délicieux.
Philis , en brûlant de fa flamme ,
Nous nous rendrons plus chers aux Dieux.
La cour des céleftes Monarques
Nous deftine les plus beaux jours.
Les graces deviennent les parques
Des coeurs confacrés aux Amours.
L'amour , c'est le fil de la vie.
Les plaifirs tiennent le fuſeau ,
L'ivreffe dont elle eft fuivie ,
Philis , c'eft le coup du cifeau,
Veux-tu voir la métamorphofe
D'un mortel au- deffus d'un Roi
Un mot fait mon apothéoſe :
Cher Tircis , mon coeur eft à toi.
Pour l'inviter à venir quelque tems à la
campagne.
ALlons , Philis , dans ces bocages ,
Contempler de nouveaux objets ,
Et fous ces ténébreux feuillages
Inventer de plus doux projets.
Allons , loin du fafte des villes ;
Loin du fiécle , loin des plaiſirs ,
A nos coeurs fimples & dociles
Permettre d'innocens defirs.
Allons ... la nature embellie ,
Par-deffus l'éclat des cités
D'une douce mélancolie ,
Remplira nos coeurs enchantés.
Du repos de ce lieu champêtre
Amour pourra s'autoriſer.
Tout y fert à le faire naître
Ainfi qu'à le favorifer.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quand la plaintive tourterelle
Pouffera de tendres accens ,
Ton coeur peut-être apprendra d'elle
Afouffrir des maux que je fens .
Quand le cryftal d'une onde pare
Offrira tes traits dans fon fein ,
Il t'apprendra que la nature
Ne forma pas ces traits en vain.
Ces fleurs même , ces fleurs nouvelles
Nous font fouvenir des inftans :
Elles ne font pas toujours belles ,
Philis ,il n'eft qu'un feul printems.
Le tems , plus léger que l'aurore
S'envole d'un rapide cours :
Rendons-le plus rapide encore ,
En le confacrant aux Amours.
Tous deux de l'ardeur la plus vive ,
Philis , laiffons-nous enflammer :
Tu m'aimeras pour que je vive ,
Et moi je vivrai pour t'aimer.
SEPTEMBRE. 1755 .
45
Ah ! fi ton amour eft durable ,
S'il ne fuit jamais d'autres loix ,
Mon fort eft cent fois préférable
Au fort brillant des plus grands Rois.
D'une félicité plus pure
Les Dieux goûtent- ils la douceur ?
Au- deffous d'eux par ma nature ,
Au- deffus d'eux par mon bonheur.
Quand avec toi mon coeur s'explique ,
Je crois monter au rang des Dieux :
Et fous le toit le plus ruftique
Je trouve près de toi les cieux.
Tout eft divin dans ta perfonne.
M'offres-tu la rouge liqueur ?
Je crois voir Hebé qui me donne
Un nectar rempli de douceur.
M'offres-tu la pomme nouvelle
Pâris fe vit moins honoré :
La fienne étoit à la plus belle ,
La tienne eft au plus adoré .
46 MERCURE DE FRANCE.
Ces fleurs que ta main a choiſie ,
Tu leur donnes mille vertus ;
Ce font celles dont l'ambroifie
Parfument l'autel de Vénus.
'Ah ! que l'amour répand dans l'ame
De fentimens délicieux.
Philis , en brûlant de fa flamme ,
Nous nous rendrons plus chers aux Dieux.
La cour des céleftes Monarques
Nous deftine les plus beaux jours.
Les graces deviennent les parques
Des coeurs confacrés aux Amours.
L'amour , c'est le fil de la vie.
Les plaifirs tiennent le fuſeau ,
L'ivreffe dont elle eft fuivie ,
Philis , c'eft le coup du cifeau,
Veux-tu voir la métamorphofe
D'un mortel au- deffus d'un Roi
Un mot fait mon apothéoſe :
Cher Tircis , mon coeur eft à toi.
Fermer
Résumé : STANCES A PHILIS. Pour l'inviter à venir quelque tems à la campagne.
Le texte 'Stances à Philis' est une invitation adressée à Philis pour qu'elle rejoigne le narrateur à la campagne. Le narrateur souhaite fuir l'agitation des villes et les plaisirs mondains afin de savourer la simplicité et l'innocence de la nature. Il décrit la nature comme une source de douce mélancolie et de repos, favorable à l'amour. Divers éléments naturels, tels que la tourterelle et les fleurs, illustrent la beauté éphémère et l'importance de profiter de l'instant présent. Le narrateur exprime un amour ardent pour Philis, affirmant que son amour surpasse celui des plus grands rois et aspire à une félicité pure avec elle. Le texte se conclut par une métaphore de l'amour comme fil de la vie, soulignant l'importance des plaisirs et des sentiments délicieux qu'il procure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5012
p. 47-48
ODE Tirée du Pseaume 100.
Début :
Seigneur, de ta gloire immortelle [...]
Mots clefs :
Âme, Coeur, Psaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 100.
O DE
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
Fermer
Résumé : ODE Tirée du Pseaume 100.
Le texte est une prière adressée à Dieu, exprimant le désir de célébrer la clémence divine. Le locuteur souhaite transformer son palais en un temple dédié à Dieu et éloigner les personnes impures et immorales. Il bannit ceux dont les discours corrompent l'innocence et la pudeur, ainsi que les traîtres et les enfants du démon utilisant des paroles enchanteresses pour nuire. Il rejette également les courtisans arrogants et hypocrites, ainsi que ceux qui vendent leur langue et leur cœur par intérêt. En revanche, il accueille favorablement les personnes au cœur fervent, à l'âme juste, et amies de l'ordre et de la paix, qui seront les ornements de sa cour. Le locuteur demande à Dieu de l'éclairer pour discerner les cœurs des humains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5013
p. 49-51
LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Début :
Lorsque le maître du tonnerre [...]
Mots clefs :
Yeux, Coeur, Éclairs, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
LA NAISSANCE DE BACCHUS.
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
FABL E.
Lorfque le maître du tonnerre
Quitta le céle fte féjour ,
Et vint le livrer fur la terre
Dans les bras de Sémele aux douceurs de l'amour
Il n'étoit point tel qu'à fa cour
Augufte , puiffant & terrible ;
Rien d'humain en lui ne paroiffoit aux yeux ,
que
Et tout ce qu'il porta des cieux ,
Ce fut un coeur tendre & fenfible.
Cependant , quel plus grand honneur !
Que pour une fimple mortelle
Un Dieu faffe de fa grandeur
Un beau facrifice à la belle ,
Qu'il préfere l'étrange faut
Des hommages qu'il vient lui rendre.
A ceux que l'on lui rend là -haut ?
Que pouvoit-elle encore attendre ?
Fatale curiofité !
Elle veut voir la Majeſté
Qui fait que tout l'Olympe adore
Celui qui venoit l'adorer ,
Et fa fierté demande encore
Qu'il vienne à fes yeux s'en parer.
C
Jo MERCURE DE FRANCE.
Que me demandez - vous , cruelle ,
Lui difoit le Dieu confterné ?
Obéiffez , répond Sémele ,
Mon coeur à ce prix feul vous étoit deſtiné.
L'ame de chagrin pénétrée ,
Il quitte ce funefte lieu ,
Et vole au célefte empirée
Transformer le mortel en Dieu.
Un fuperbe éclat l'environne.
Les tonnerres , les feux , les foudres , les éclairs
Qu'il lance du haut de fon trône ,
L'efcortent au loin dans les airs .
Cependant la troupe légere
Des amours , des plaifirs , des jeux ,
Suit en folâtrant , & tempére
Le feu qui brille dans fes yeux,
Que l'ambitieuſe Sémele
Dût s'applaudir de tant d'amour!
Jupiter revient à fa cour
Plus majestueux , plus fidele.
Qu'elle lui paîra de retour !
Mais , grands Dieux ! que vois-je ? qu'en◄
tens-je ? ...
Quel trouble enchaîne tous fes fens !
A ces éclairs éblouiffans
Son beau front eft couvert d'une pâleur étrange ,
Et d'un mortel effroi fon coeur fe fent faifir
Au fein du plaifir.
-
Plus prompt qu'Atalante
SEPTEMBRE 1755 .
Il court retenir
Et
Sa vie expirante.
Sur fa froide amante
Il cueille un foupir
Qu'éteint du defir
La foif dévorante.
Dieux ! par combien d'ardens tranſports ,
par quels baifers tout de flamme
Il cherche à rappeller fon ame ,
Qui déja touche aux fombres bords !
Mais hélas ! une nuit cruelle
Couvre les yeux de cette belle.
De ce funefte Hymen , Bacchus nâquit enfin ,
Charmant , mais dangereux , funefte Dieu du vin ,
De fon pere il reçut l'influence mortelle ,
Des foudres , des éclairs , l'éclat vif & divin ,
C'est ce feu pétillant dont le jus étincelle ,
Qui porte jufqu'au coeur fa douce impreffion ,
Mais le trouble affreux de Sémele ,
C'est celui de notre raison .
Fermer
Résumé : LA NAISSANCE DE BACCHUS. FABLE.
Le texte raconte la naissance de Bacchus, fils de Jupiter et de Sémele. Jupiter, sous une forme humaine, séduit Sémele. Curieuse, Sémele demande à voir Jupiter dans toute sa majesté divine. Malgré les avertissements, Jupiter accède à sa demande et se révèle dans sa splendeur, entouré de tonnerres, de feux et de foudres. Éblouie et terrifiée, Sémele ne survit pas à cette vision. Avant sa mort, Jupiter recueille un souffle de vie sur les lèvres de Sémele pour donner naissance à Bacchus. Ce dernier hérite des pouvoirs de son père, notamment les foudres et les éclairs, et devient le dieu du vin, à la fois charmant et dangereux. La mort de Sémele symbolise le trouble de la raison humaine face à la divinité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5014
p. 51-52
EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
Début :
Oon dit partout, sçavante brune, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
EPIGRAMME
CONTRE HERMOGUNE.
On dit par tout , fçavante brune ,
Que vous parlez françois , hébreu , grec & latin.
Quatre langues, grands Dieux ! fans mentir, Hermogune
,
Il faut que contre le prochain
Votre haine foit peu commune :
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit- ce donc pas affez d'une
Pour tuer tout le genre humain ?
Nous n'ofons décider le caractere de
l'Auteur fur ces différens morceaux. Les
Stances , l'Ode & la Fable peuvent concourir
à le former. A l'égard de l'épigrammé
, nous jugeons par fa lecture qu'heu
reufement pour lui , il n'eft pas appellé à
la médifance.
CONTRE HERMOGUNE.
On dit par tout , fçavante brune ,
Que vous parlez françois , hébreu , grec & latin.
Quatre langues, grands Dieux ! fans mentir, Hermogune
,
Il faut que contre le prochain
Votre haine foit peu commune :
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit- ce donc pas affez d'une
Pour tuer tout le genre humain ?
Nous n'ofons décider le caractere de
l'Auteur fur ces différens morceaux. Les
Stances , l'Ode & la Fable peuvent concourir
à le former. A l'égard de l'épigrammé
, nous jugeons par fa lecture qu'heu
reufement pour lui , il n'eft pas appellé à
la médifance.
Fermer
Résumé : EPIGRAMME CONTRE HERMOGUNE.
L'épigramme 'Contre Hermogune' critique Hermogune, qui parle quatre langues, et suggère que cette polyglossie est liée à une haine intense. L'auteur implique que les compétences linguistiques d'Hermogune sont utilisées de manière malveillante. Le texte mentionne aussi que différentes formes poétiques définissent le caractère de l'auteur. L'épigramme n'incite pas à la médisance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5015
p. 55-57
ODE A la Vérité.
Début :
Du sein de la voûte azurée [...]
Mots clefs :
Âme, Faiblesse, Coeurs, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A la Vérité.
ODE
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
Fermer
Résumé : ODE A la Vérité.
Dans l''ODE À LA VÉRITÉ', l'auteur célèbre la vérité comme une lumière éblouissante et sacrée qui dissipe l'ignorance et la crédulité, offrant une vision claire et sereine. Il compare cette révélation à la fonte des glaces en Ingérie, symbolisant la libération des contraintes. Le poète dénonce ensuite ceux qui ont exploité sa faiblesse et conspiré contre lui, révélant leur nature cruelle et parricide cachée derrière des apparences trompeuses. Il décide de les dénoncer et de les punir, invoquant l'aide divine pour venger l'innocence opprimée. Le poète se transforme en un aigle vengeur, prêt à poursuivre ses ennemis même dans les abîmes pour les accabler de remords et les réduire à néant. Il conclut en demandant à Dieu de les anéantir complètement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5016
p. 58-60
LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.
Début :
De deux fourneaux, une muraille antique [...]
Mots clefs :
Fourneaux, Teinturier, Liqueurs, Feu, Goût, Charlotte Reynier Bourette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.
LES DEUX FOURNEAUX.
FABLE .
A Mme Bourette , ci- devant Mme Curé.
De deux fourneaux , une muraille antique
E
Faifoit la féparation.
Ces fourneaux n'étant point dans la même boutique
,
Ils n'avoient pas non plus la même fonction.
L'un , d'un diftillateur , ( à ce que dit l'hiftoire :)
Servoit à diftiller les charmantes liqueurs.
Sur l'autre , un teinturier dans fon laboratoire
Faifoit bouillir fes diverfes couleurs ,
Dès que les ouvriers avoient fait leur journée ,
Le feu n'exhalant plus ni flamme ni fumée ;
Les fourneaux , à travers le vieux mur mitoyen ,
De converfer enſemble , avoient trouvé moyen :
Celui du teinturier difoit à fon confrere :
Le goût & l'odorat par vos ſoins font flatés ,
Au lieu que de mon miniſtere
L'un & l'autre fouvent le fentent rebutés .
Lors le diftillateur lui répondit : Mon frere ,
Vous avez votre utilité.
Dans moi , le feu par fon activité ,
Des fleurs , des fruits , abforbe la nature ;
SEPTEMBRE. 1755. 59
Mais par vos foins , ainfi que la peinture
Qui fe fait admirer par fon beau coloris ;
Vous faites que les yeux font charmés , éblouis.
Vous femblez donner l'être aux plus aimables
chofes ;
Et même furpaffer par vos métamorphofes ,
L'azur qui brille au ciel , & la neige des lys ,
Et le feu du corail , & le vermeil des rofes.
Lyon , les Gobelins font valoir vos talens .
Vos travaux ont rendu ces endroits opulens.
C'eſt par le ponceau fin , par la riche écarlate
Que leur magnificence éclate.
Ne vous plaignez donc plus. Quant à flater le
goût
Par mes liqueurs délicieuſes ,
A la fanté du corps fouvent pernicieuſes ;
Voilà tout mon mérite Eh ! qui peut avoir tout
On ne joint pas toujours l'utile à l'agréable .
Confolez -vous , l'utile eft toujours préférable :
Cependant , quand on peut les réunir tous deux ,
C'eſt-là ce qui s'appelle avoir un fort heureux.
Oui , dit le Teinturier : c'eſt un double avantage.
Mais vous l'avez fur moi , tel eft votre appanage.
Par le beau coloris de vos douces liqueurs
Vous charmez à la fois & les yeux & les coeurs.
Eh qui joint mieux que vous l'agréable à l'utile ș
Le goût & l'odorat ne me font point la cour ;
Mais ils fuivront toujours celui qui leur diftille
L'eau d'or & le parfait amour.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Le fourneau d'un Poëte eft fon cerveau fans
doute.
Pour faire quelques vers je fçai ce qu'il m'en
coûte.
Bourette , mieux que moi , vous fentez cette ardeur
,
Dont le fils de Latone enflamme maint auteur.
Ne comparons donc pas nos fourneaux l'un à
l'autre ;
Le mien eft de beaucoup inférieur au vôtre.
J. L. Cappon.
Maître Teinturier , & Bedeau des Saints
Innocens à Paris.
Ces qualités doivent fervir de paffeport
aux vers que l'on vient de lire.
FABLE .
A Mme Bourette , ci- devant Mme Curé.
De deux fourneaux , une muraille antique
E
Faifoit la féparation.
Ces fourneaux n'étant point dans la même boutique
,
Ils n'avoient pas non plus la même fonction.
L'un , d'un diftillateur , ( à ce que dit l'hiftoire :)
Servoit à diftiller les charmantes liqueurs.
Sur l'autre , un teinturier dans fon laboratoire
Faifoit bouillir fes diverfes couleurs ,
Dès que les ouvriers avoient fait leur journée ,
Le feu n'exhalant plus ni flamme ni fumée ;
Les fourneaux , à travers le vieux mur mitoyen ,
De converfer enſemble , avoient trouvé moyen :
Celui du teinturier difoit à fon confrere :
Le goût & l'odorat par vos ſoins font flatés ,
Au lieu que de mon miniſtere
L'un & l'autre fouvent le fentent rebutés .
Lors le diftillateur lui répondit : Mon frere ,
Vous avez votre utilité.
Dans moi , le feu par fon activité ,
Des fleurs , des fruits , abforbe la nature ;
SEPTEMBRE. 1755. 59
Mais par vos foins , ainfi que la peinture
Qui fe fait admirer par fon beau coloris ;
Vous faites que les yeux font charmés , éblouis.
Vous femblez donner l'être aux plus aimables
chofes ;
Et même furpaffer par vos métamorphofes ,
L'azur qui brille au ciel , & la neige des lys ,
Et le feu du corail , & le vermeil des rofes.
Lyon , les Gobelins font valoir vos talens .
Vos travaux ont rendu ces endroits opulens.
C'eſt par le ponceau fin , par la riche écarlate
Que leur magnificence éclate.
Ne vous plaignez donc plus. Quant à flater le
goût
Par mes liqueurs délicieuſes ,
A la fanté du corps fouvent pernicieuſes ;
Voilà tout mon mérite Eh ! qui peut avoir tout
On ne joint pas toujours l'utile à l'agréable .
Confolez -vous , l'utile eft toujours préférable :
Cependant , quand on peut les réunir tous deux ,
C'eſt-là ce qui s'appelle avoir un fort heureux.
Oui , dit le Teinturier : c'eſt un double avantage.
Mais vous l'avez fur moi , tel eft votre appanage.
Par le beau coloris de vos douces liqueurs
Vous charmez à la fois & les yeux & les coeurs.
Eh qui joint mieux que vous l'agréable à l'utile ș
Le goût & l'odorat ne me font point la cour ;
Mais ils fuivront toujours celui qui leur diftille
L'eau d'or & le parfait amour.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Le fourneau d'un Poëte eft fon cerveau fans
doute.
Pour faire quelques vers je fçai ce qu'il m'en
coûte.
Bourette , mieux que moi , vous fentez cette ardeur
,
Dont le fils de Latone enflamme maint auteur.
Ne comparons donc pas nos fourneaux l'un à
l'autre ;
Le mien eft de beaucoup inférieur au vôtre.
J. L. Cappon.
Maître Teinturier , & Bedeau des Saints
Innocens à Paris.
Ces qualités doivent fervir de paffeport
aux vers que l'on vient de lire.
Fermer
Résumé : LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.
La fable 'Les Deux Fourneaux' relate l'histoire de deux fourneaux séparés par une muraille antique, chacun ayant une fonction distincte. Le premier appartient à un distillateur et sert à produire des liqueurs, tandis que le second, utilisé par un teinturier, sert à faire bouillir diverses couleurs. Chaque soir, ils conversent à travers le mur. Le fourneau du teinturier admire les liqueurs du distillateur, qui flattent le goût et l'odorat, contrairement à son propre travail qui rebute souvent ces sens. Le distillateur souligne l'utilité de chacun : son fourneau extrait la nature des fleurs et des fruits, tandis que celui du teinturier charme les yeux par ses couleurs, comparables à la beauté de la nature et des arts. Le teinturier reconnaît que les liqueurs du distillateur charment à la fois les yeux et les cœurs, combinant l'utile et l'agréable. Le distillateur conclut en affirmant que, bien que l'utile soit préférable, réunir les deux est idéal. La fable se termine par une comparaison des fourneaux à ceux des poètes, soulignant que chaque métier a ses propres mérites et utilités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5017
p. 66-68
A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
Début :
C'en est donc fait, tu pars, Médecin renommé, [...]
Mots clefs :
Marie-Anne de Saxe, Princesse, Chevalier, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
A M. Chevalier , premier Médecin de fon
Alteffe royale Marie Anne Princeffe de
Saxe , Electrice de Baviere.
EPIT RE
C'En eft donc fait , tu pars , Médecin renommé
,
Toi , que ton feul génie & l'étude ont formé.
Célébre Chevalier , une augufte Princeffe ,
A qui le ciel fit part de ſa haute ſageffe ;
Eprife des talens qu'on voit briller en toi ,
Te ravit aux François , t'appelle près de ſoi .
SEPTEMBRE. 1755. 67
Cours , vole , va fervir cette Princeffe aimable ;
Pour toi fut-il jamais un fort plus defirable ?
Toute jeune qu'elle eft , dans la fleur de ſes ans ,
C'eſt la mere & l'appui des arts & des talens.
Les graces , la beauté font un autre appanage ,
Qu'avec elle en fa cour nulle autre ne partage.
Que de preffans motifs , ô docte Chevalier ,
Pour déployer ici ton fçavoir tout entier !
Mais que dis- je le ciel jaloux de fon ouvrage ,
Sans doute empêchera que le tems ne l'outrage ;
Confervera fes traits , fa fanté , fa fraîcheur.
J'en fais des voeux aux ciel pour elle dans mon
coeur :
Alors tu ne feras que fpectateur ftérile .
Heureux d'être à ce prix ferviteur inutile !
Le pauvre , j'en conviens
, loin de toi fouffrira
,
Et peut-être en fes maux fans fecours périra :
Mais fi la charité , eette vertu féconde ,
Ne fe borne ici - bas qu'aux limites du monde ,
Qu'importe , que ce foit für le pauvre François
Que tombent tes fecours , ou fur le Bavarois.
Le ciel t'ayant donné d'abord l'un pour partage ,
Par de brillans liens avec l'autre t'engage .
Ces peuples fi divers de langage & de lieu ,
* M.Chevalier eft dans l'ufage depuis vingt ans,
de fecourir chaque jour un très - grand nombre de
pauvres dans leur mifere , & de partager fa fortune
avec eux , en leur donnant par charité les remedes
convenables à leurs maux.
68 MERCURE DE FRANCE
Appartiennent tous deux également à Dieu.
Il récompenfera d'une égale couronne
Quiconque de bon coeur à l'un ou l'autre dong
Le Prince & la Princeſſe à qui tu vas donner
Tes talens & tes jours , loin de te condamner
Louront , enflammeront par leur exemple même
Ce penchant que tu tiens de la bonté fuprême.
Vole donc , & que rien n'arrête ici tes pas ,
Mais fouviens- toi de nous en quittant nos climats
Par M. Jouin , Bourgeois de Paris.
L'Auteur m'ayant écrit que la Cour de
Baviere fouhaitoit que cette épitre parut
dans mon recueil , j'ai regardé ce defir
comme un ordre refpectable , & je l'ai
inférée fans l'examiner.
Alteffe royale Marie Anne Princeffe de
Saxe , Electrice de Baviere.
EPIT RE
C'En eft donc fait , tu pars , Médecin renommé
,
Toi , que ton feul génie & l'étude ont formé.
Célébre Chevalier , une augufte Princeffe ,
A qui le ciel fit part de ſa haute ſageffe ;
Eprife des talens qu'on voit briller en toi ,
Te ravit aux François , t'appelle près de ſoi .
SEPTEMBRE. 1755. 67
Cours , vole , va fervir cette Princeffe aimable ;
Pour toi fut-il jamais un fort plus defirable ?
Toute jeune qu'elle eft , dans la fleur de ſes ans ,
C'eſt la mere & l'appui des arts & des talens.
Les graces , la beauté font un autre appanage ,
Qu'avec elle en fa cour nulle autre ne partage.
Que de preffans motifs , ô docte Chevalier ,
Pour déployer ici ton fçavoir tout entier !
Mais que dis- je le ciel jaloux de fon ouvrage ,
Sans doute empêchera que le tems ne l'outrage ;
Confervera fes traits , fa fanté , fa fraîcheur.
J'en fais des voeux aux ciel pour elle dans mon
coeur :
Alors tu ne feras que fpectateur ftérile .
Heureux d'être à ce prix ferviteur inutile !
Le pauvre , j'en conviens
, loin de toi fouffrira
,
Et peut-être en fes maux fans fecours périra :
Mais fi la charité , eette vertu féconde ,
Ne fe borne ici - bas qu'aux limites du monde ,
Qu'importe , que ce foit für le pauvre François
Que tombent tes fecours , ou fur le Bavarois.
Le ciel t'ayant donné d'abord l'un pour partage ,
Par de brillans liens avec l'autre t'engage .
Ces peuples fi divers de langage & de lieu ,
* M.Chevalier eft dans l'ufage depuis vingt ans,
de fecourir chaque jour un très - grand nombre de
pauvres dans leur mifere , & de partager fa fortune
avec eux , en leur donnant par charité les remedes
convenables à leurs maux.
68 MERCURE DE FRANCE
Appartiennent tous deux également à Dieu.
Il récompenfera d'une égale couronne
Quiconque de bon coeur à l'un ou l'autre dong
Le Prince & la Princeſſe à qui tu vas donner
Tes talens & tes jours , loin de te condamner
Louront , enflammeront par leur exemple même
Ce penchant que tu tiens de la bonté fuprême.
Vole donc , & que rien n'arrête ici tes pas ,
Mais fouviens- toi de nous en quittant nos climats
Par M. Jouin , Bourgeois de Paris.
L'Auteur m'ayant écrit que la Cour de
Baviere fouhaitoit que cette épitre parut
dans mon recueil , j'ai regardé ce defir
comme un ordre refpectable , & je l'ai
inférée fans l'examiner.
Fermer
Résumé : A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
L'épître est adressée à M. Chevalier, premier médecin de la princesse Marie Anne de Saxe, Électrice de Bavière. Elle met en lumière les talents et le génie de M. Chevalier, convoqué par la princesse pour ses compétences médicales. La princesse est décrite comme jeune, gracieuse et belle, ainsi qu'une protectrice des arts et des talents. L'auteur souhaite que la santé de la princesse soit préservée et espère que M. Chevalier pourra pleinement utiliser ses connaissances. Il reconnaît également que M. Chevalier a aidé de nombreux pauvres pendant vingt ans en leur fournissant des remèdes. L'épître encourage M. Chevalier à partir pour la Bavière, tout en se souvenant de ceux qu'il laisse derrière lui. La cour de Bavière a demandé que cette épître soit publiée dans un recueil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5018
p. 68-72
BOUQUET Présenté par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert, à M. Paris de Monmartel, leur Colonel depuis long-tems, la veille de la S. Jean 1755.
Début :
Cette Compagnie se rendit à Brunoy, & après avoir mis pied à terre, elle / C'est en vain qu'aujourd'hui la gémissante Aurore [...]
Mots clefs :
Colonel, Armes, Lieutenant, Coeur, Chevaliers de l'Arquebuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET Présenté par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert, à M. Paris de Monmartel, leur Colonel depuis long-tems, la veille de la S. Jean 1755.
BOUQUET
Préfenté par les Chevaliers de l'Arquebufe
de Brie -Comte - Robert , à M. Paris de
Monmartel , leur Colonel depuis long- tems ,
la veille de la S. Jean 1755 .
Cett
Ette Compagnie fe rendit à Brunoy ,
& après avoir mis pied à terre , elle
alla au nombre de trente fous les armes &
en uniforme au Château. M. de Monmartel
vint au- devant d'elle tenant M. fon fils
par la main. On portoit à la tête fur un
SEPTEMBRE. 1755. 69
brancard , un bouquet en forme de furtout
de deffert , compofé de fleurs de fucre en
paftilles. Aux quatre extrêmités s'élevoient
quatre palmiers formant un cabinet , entrelaffés
de panneaux à la mofaïque. Sous
ce cabinet on voyoit les trois déeffes &
Pâris donnant la pomme à Venus entourée
d'amours voltigeans ; & au-deffus un Mercure
en attitude de la Renommée. Aux
pieds de chaque palmier étoit un génie en
habit uniforme de l'arquebufe avec des
trophées d'armes , chaque génie portoit
une emblême .
Le premier.
C'est en vain qu'aujourd'hui la gémiſſante Aurore
A fait voir les tréfors de la brillante Flore ,
L'attrait éblouiffant d'un éclat paffager
N'offriroit de nos coeurs qu'un tableau trop léger ,
Fleurs , dont l'induftrieux & folide affemblage ,
Du deftructeur de tout redoute moins l'outrage ,
Vous allez devenir aux yeux judicieux
Le fimbole parfait de nos finceres voeux .
Dites au pere , au fils , à l'époufe chérie ,
Que le dernier de nous leur donneroit fa vie
Pour prolonger leurs jours , & les rendre immor
tels ,
Et que tous les defirs de notre Compagnie
Sont d'avoir , en dépit du tems & de l'envie ,
Afa tête des MONMARTELS
70 MERCURE DE FRANCE
Le fecond. Les armes de M. de Monmart
Une pomme d'or. Ces armes font fur
drapeaux de la Compagnie .
La reine de Paphos l'obtint par fa beauté ,
Et toi par tes vertus & par ta probité.
Elle fait notre gloire & nos cheres délices ,
Et brille à tous nos exercices .
Le troisieme. Les armes de la Compagnie.
Par notre attachement , & par tous tes bienfaits ,
Nous goutons des plaifirs vifs & pleins d'inno
cence.
Et pour mieux confacrer la grandeur de fes faits ,
Nous uniffons l'amour à la reconnoiffance.
Le quatrieme. Colonel M. de Monmartel.
Que ce nom nous eft doux ! qu'il nous eft précieux!
Il embellit chez nous la plus petite fête ,
Il nous fait difputer l'honneur de la conquête
Bien plus que le prix de nos jeux.
M. Greban , Capitaine en chef , fit trèsélégamment
un fort beau compliment à
M. de Monmartel , dans lequel il lui demanda
de vouloir bien accorder aux voeux
de la Compagnie , M. fon fils pour Lieutenant-
Colonel . Il fut reçu & inſtallé ſur
le champ , & prêta ferment entre les mains
de M. le Colonel. Un enfant de onze ans ,
fils de M. Dauvergne le jeune , Capitaine. <
SEPTEMBRE. 1755 . 70
Guidon , admis depuis quelque tems dans
la Compagnie , & qui n'avoit pas encore
prêté ferment , le prêta entre les mains de
M. de Monmartel fils , Lieutenant - Colonel
, & lui débita le compliment en vers
libres , qui fuit.
Pour fe ranger , Monfieur , fous votre obéïflance ,
Les liens du ferment paroiffent fuperflus ,
Il ne faut qu'un coeur tout au plus ;
Voici quelle eft ma conféquence.
Quand à la fois on peut unir
Et fon devoir & fon plaifir ,
On goûte une douceur extrême ,
Or dês qu'on vous voit , on vous aime ,
Ainfi l'on doit donc fe tenir
Trop heureux de vous obéir.
Eh ! qui de vous aimer oferoit fe deffendre ?
L'amour en vous formant vous donna ſa beauté ,
un coeur bon , délicat & tendre ,
Ses graces & fa majeſté .
La vertu , qui toujours a guidé votre pere ,
Et qui vous eft héréditaire ,
Dans fon difficile chemin ,
Vous conduit déja par la main ,
Et vous tiendrez de votre mere
La valeur de tous fes ayeux ,
On le voit fur vos traits , on le lit dans vos yeur,
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour moi, Monfieur , quel avantage
D'être à l'ombre de vos drapeaux.
Non , la foibleffe de mon âge ,
N'arrêtera pas mon courage
Pour furpaffer tous mes rivaux.
Je vais done confacrer tous les jours de ma vie
Au folide bonheur de vous être attaché ,
Et mon coeur en eft fi touché
Qu'il ne fent que par- là , le ferment qui me lie:
M. le Colonel fit fervir des rafraichiffemens
de toutes efpeces à la Compagnie
elle fut invitée d'affifter à la proceſſion du
feu de la S. Jean , & eut l'honneur d'y
être commandée par M. le Lieutenant-
Colonel. M. de Monmartel a eu la bonté
de marquer beaucoup de fatisfaction , &
un grand nombre de perfonnes de confidération
qui étoient chez lui , & beaucoup
d'autres des campagnes voifines que cette
fère avoit attiré à Brunoy, en ont paru fort
contentes.
Préfenté par les Chevaliers de l'Arquebufe
de Brie -Comte - Robert , à M. Paris de
Monmartel , leur Colonel depuis long- tems ,
la veille de la S. Jean 1755 .
Cett
Ette Compagnie fe rendit à Brunoy ,
& après avoir mis pied à terre , elle
alla au nombre de trente fous les armes &
en uniforme au Château. M. de Monmartel
vint au- devant d'elle tenant M. fon fils
par la main. On portoit à la tête fur un
SEPTEMBRE. 1755. 69
brancard , un bouquet en forme de furtout
de deffert , compofé de fleurs de fucre en
paftilles. Aux quatre extrêmités s'élevoient
quatre palmiers formant un cabinet , entrelaffés
de panneaux à la mofaïque. Sous
ce cabinet on voyoit les trois déeffes &
Pâris donnant la pomme à Venus entourée
d'amours voltigeans ; & au-deffus un Mercure
en attitude de la Renommée. Aux
pieds de chaque palmier étoit un génie en
habit uniforme de l'arquebufe avec des
trophées d'armes , chaque génie portoit
une emblême .
Le premier.
C'est en vain qu'aujourd'hui la gémiſſante Aurore
A fait voir les tréfors de la brillante Flore ,
L'attrait éblouiffant d'un éclat paffager
N'offriroit de nos coeurs qu'un tableau trop léger ,
Fleurs , dont l'induftrieux & folide affemblage ,
Du deftructeur de tout redoute moins l'outrage ,
Vous allez devenir aux yeux judicieux
Le fimbole parfait de nos finceres voeux .
Dites au pere , au fils , à l'époufe chérie ,
Que le dernier de nous leur donneroit fa vie
Pour prolonger leurs jours , & les rendre immor
tels ,
Et que tous les defirs de notre Compagnie
Sont d'avoir , en dépit du tems & de l'envie ,
Afa tête des MONMARTELS
70 MERCURE DE FRANCE
Le fecond. Les armes de M. de Monmart
Une pomme d'or. Ces armes font fur
drapeaux de la Compagnie .
La reine de Paphos l'obtint par fa beauté ,
Et toi par tes vertus & par ta probité.
Elle fait notre gloire & nos cheres délices ,
Et brille à tous nos exercices .
Le troisieme. Les armes de la Compagnie.
Par notre attachement , & par tous tes bienfaits ,
Nous goutons des plaifirs vifs & pleins d'inno
cence.
Et pour mieux confacrer la grandeur de fes faits ,
Nous uniffons l'amour à la reconnoiffance.
Le quatrieme. Colonel M. de Monmartel.
Que ce nom nous eft doux ! qu'il nous eft précieux!
Il embellit chez nous la plus petite fête ,
Il nous fait difputer l'honneur de la conquête
Bien plus que le prix de nos jeux.
M. Greban , Capitaine en chef , fit trèsélégamment
un fort beau compliment à
M. de Monmartel , dans lequel il lui demanda
de vouloir bien accorder aux voeux
de la Compagnie , M. fon fils pour Lieutenant-
Colonel . Il fut reçu & inſtallé ſur
le champ , & prêta ferment entre les mains
de M. le Colonel. Un enfant de onze ans ,
fils de M. Dauvergne le jeune , Capitaine. <
SEPTEMBRE. 1755 . 70
Guidon , admis depuis quelque tems dans
la Compagnie , & qui n'avoit pas encore
prêté ferment , le prêta entre les mains de
M. de Monmartel fils , Lieutenant - Colonel
, & lui débita le compliment en vers
libres , qui fuit.
Pour fe ranger , Monfieur , fous votre obéïflance ,
Les liens du ferment paroiffent fuperflus ,
Il ne faut qu'un coeur tout au plus ;
Voici quelle eft ma conféquence.
Quand à la fois on peut unir
Et fon devoir & fon plaifir ,
On goûte une douceur extrême ,
Or dês qu'on vous voit , on vous aime ,
Ainfi l'on doit donc fe tenir
Trop heureux de vous obéir.
Eh ! qui de vous aimer oferoit fe deffendre ?
L'amour en vous formant vous donna ſa beauté ,
un coeur bon , délicat & tendre ,
Ses graces & fa majeſté .
La vertu , qui toujours a guidé votre pere ,
Et qui vous eft héréditaire ,
Dans fon difficile chemin ,
Vous conduit déja par la main ,
Et vous tiendrez de votre mere
La valeur de tous fes ayeux ,
On le voit fur vos traits , on le lit dans vos yeur,
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour moi, Monfieur , quel avantage
D'être à l'ombre de vos drapeaux.
Non , la foibleffe de mon âge ,
N'arrêtera pas mon courage
Pour furpaffer tous mes rivaux.
Je vais done confacrer tous les jours de ma vie
Au folide bonheur de vous être attaché ,
Et mon coeur en eft fi touché
Qu'il ne fent que par- là , le ferment qui me lie:
M. le Colonel fit fervir des rafraichiffemens
de toutes efpeces à la Compagnie
elle fut invitée d'affifter à la proceſſion du
feu de la S. Jean , & eut l'honneur d'y
être commandée par M. le Lieutenant-
Colonel. M. de Monmartel a eu la bonté
de marquer beaucoup de fatisfaction , &
un grand nombre de perfonnes de confidération
qui étoient chez lui , & beaucoup
d'autres des campagnes voifines que cette
fère avoit attiré à Brunoy, en ont paru fort
contentes.
Fermer
Résumé : BOUQUET Présenté par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert, à M. Paris de Monmartel, leur Colonel depuis long-tems, la veille de la S. Jean 1755.
Le texte relate une cérémonie organisée par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert en l'honneur de M. Paris de Monmartel, leur colonel, la veille de la Saint-Jean 1755. Trente membres de la compagnie, en armes et en uniforme, se rendirent au château de Brunoy où M. de Monmartel les accueillit avec son fils. Ils portaient un bouquet artistique représentant des fleurs de sucre, des palmiers, des déesses et des génies en uniforme. Chaque génie tenait un emblème symbolisant les vœux de la compagnie. Les emblèmes portaient des poèmes louant les vertus de M. de Monmartel et exprimant la dévotion de la compagnie. Le premier emblème soulignait le dévouement des membres, prêts à sacrifier leur vie pour prolonger celle de M. de Monmartel et de sa famille. Le deuxième emblème comparait les armes de M. de Monmartel à la pomme d'or de la beauté, obtenue par ses vertus. Le troisième emblème parlait de l'attachement et des plaisirs innocents tirés des bienfaits de M. de Monmartel. Le quatrième emblème exaltait le nom de M. de Monmartel, source de fierté et d'honneur. M. Greban, capitaine en chef, fit un compliment élégant à M. de Monmartel, demandant que son fils soit nommé lieutenant-colonel. Le fils de M. Dauvergne, un enfant de onze ans, prêta serment entre les mains de M. de Monmartel fils, en déclarant son dévouement en vers libres. La compagnie fut ensuite invitée à participer à la procession du feu de la Saint-Jean, commandée par le nouveau lieutenant-colonel. M. de Monmartel exprima sa satisfaction, et de nombreuses personnes présentes furent contentes de la cérémonie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5019
p. 73
ENIGME.
Début :
Je suis un triple cabinet [...]
Mots clefs :
Confessionnal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis un triple cabinet
·
murmure.
Avec une double ouverture
Par où paffe plus d'une ordure
Que chacun y porte en fecret.
Celui qui reçoit le paquet
Ne le reçoit pas fans
Deux patiens font la figure
De gens condamnés au gibet .
Pendant que l'un des deux raiſonne ,
Un tiers , fans confeils de perfonne
De tout point veut être éclairci .
Là , pour le repos de fon ame ,
Il ne faudroit pas qu'un mari
Se trouvât derriere fa femme.
Par M. le Baron de B*
E fuis un triple cabinet
·
murmure.
Avec une double ouverture
Par où paffe plus d'une ordure
Que chacun y porte en fecret.
Celui qui reçoit le paquet
Ne le reçoit pas fans
Deux patiens font la figure
De gens condamnés au gibet .
Pendant que l'un des deux raiſonne ,
Un tiers , fans confeils de perfonne
De tout point veut être éclairci .
Là , pour le repos de fon ame ,
Il ne faudroit pas qu'un mari
Se trouvât derriere fa femme.
Par M. le Baron de B*
Fermer
5020
p. 73-75
LOGOGRYPHE.
Début :
Ami Lecteur je vais t'apprendre [...]
Mots clefs :
Monosyllabe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
A Mi Lecteur je vais t'apprendre
Un fait qui n'eft guerres commun.
Portéfur onze pieds je n'en ai fouvent qu'un ,
Mais pour mieux te faire comprendre
Ce Logogryphe ingénieux ,
D
74 MERCURE DE FRANCE:
Je vais décompoſer tout ce qui me compoſe ,
Et par mainte métamorphofe
Montrer à tous les curieux
Un mot bien grec , ' d'aucun uſage en France ,
Un autre un peu latin , connu dans tout pays ,
Et que je dis cinq fois en difant qui je fuis ,
Quoiqu'une feule fois il foit dans mon effence .
Un arbriffeau tendre , charmant
Une couleur très - féduifante
Lorfqu'elle eft jointe avec l'argent ,
Sur une voiture roulante
Que l'on chérit tant à préſent.
Le contraire d'un continent.
Ce que dicte Thémis ; le fils du premier homme
De dix fois cent , ce qui forme la fomme ;
Une riviere , un fleuve très-fameux ;
Ce qui n'eft point une femelle ;
Un coffre ; un fuc délicieux ;
Un fynonime de querelle ;
Ce qu'on oppofe à la fureur des eaux
Pour mettre à couvert les vaiſſeaux .
Ce qui fert à former les habits des Lévites ;
Un mauvais livre , un fouffle tout divin ,
Dans le tonneau ce qui refte du vin.
Ces hommes qui jadis vivoient en bons hermites ;
Seulement occupés des affaires du Ciel .
Une fontaine en Ifraël ,
Une ifle où Jupiter fit fabriquer la foudre
Qui réduifit tous les Titans en poudre.
SEPTEMBRE. 1755 75
Le nom d'un Duc dont je fuis ferviteur ,
(Quand je dis moi , je veux dire l'auteur )
Celui d'un Maréchal de France ,
Et même le nom de fon fils.
Trois noms qui n'ont entr'eux aucune reffem◄
blance ;
Ce dont nous fommes tous paîtris.
L'air agité qui frappe nos oreilles.
Deux grands Législateurs , l'un fit de fages loix ,
L'autre opéra bien des merveilles
Pour réduire un tyran indocile à ſa voix.
L'aftre que le Perfe révere.
Une meſure , une ville , un oifeau
Dont le ramage n'eſt pas beau.
La Nymphe que Junon punit dans fa colere ,
Et fit errer dans l'univers.
L'étoffe qui nous vient d'Anvers.
Deux animaux marchant fur terre.
Une fête célebre en des climats divers.
Enfin tu me tiens dans ce vers.
Par Saint- Remi , domeſtique , chez M. le
Duc d'Ollonne.
A Mi Lecteur je vais t'apprendre
Un fait qui n'eft guerres commun.
Portéfur onze pieds je n'en ai fouvent qu'un ,
Mais pour mieux te faire comprendre
Ce Logogryphe ingénieux ,
D
74 MERCURE DE FRANCE:
Je vais décompoſer tout ce qui me compoſe ,
Et par mainte métamorphofe
Montrer à tous les curieux
Un mot bien grec , ' d'aucun uſage en France ,
Un autre un peu latin , connu dans tout pays ,
Et que je dis cinq fois en difant qui je fuis ,
Quoiqu'une feule fois il foit dans mon effence .
Un arbriffeau tendre , charmant
Une couleur très - féduifante
Lorfqu'elle eft jointe avec l'argent ,
Sur une voiture roulante
Que l'on chérit tant à préſent.
Le contraire d'un continent.
Ce que dicte Thémis ; le fils du premier homme
De dix fois cent , ce qui forme la fomme ;
Une riviere , un fleuve très-fameux ;
Ce qui n'eft point une femelle ;
Un coffre ; un fuc délicieux ;
Un fynonime de querelle ;
Ce qu'on oppofe à la fureur des eaux
Pour mettre à couvert les vaiſſeaux .
Ce qui fert à former les habits des Lévites ;
Un mauvais livre , un fouffle tout divin ,
Dans le tonneau ce qui refte du vin.
Ces hommes qui jadis vivoient en bons hermites ;
Seulement occupés des affaires du Ciel .
Une fontaine en Ifraël ,
Une ifle où Jupiter fit fabriquer la foudre
Qui réduifit tous les Titans en poudre.
SEPTEMBRE. 1755 75
Le nom d'un Duc dont je fuis ferviteur ,
(Quand je dis moi , je veux dire l'auteur )
Celui d'un Maréchal de France ,
Et même le nom de fon fils.
Trois noms qui n'ont entr'eux aucune reffem◄
blance ;
Ce dont nous fommes tous paîtris.
L'air agité qui frappe nos oreilles.
Deux grands Législateurs , l'un fit de fages loix ,
L'autre opéra bien des merveilles
Pour réduire un tyran indocile à ſa voix.
L'aftre que le Perfe révere.
Une meſure , une ville , un oifeau
Dont le ramage n'eſt pas beau.
La Nymphe que Junon punit dans fa colere ,
Et fit errer dans l'univers.
L'étoffe qui nous vient d'Anvers.
Deux animaux marchant fur terre.
Une fête célebre en des climats divers.
Enfin tu me tiens dans ce vers.
Par Saint- Remi , domeſtique , chez M. le
Duc d'Ollonne.
Fermer
5021
p. 75-76
ENIGME.
Début :
Pur ouvrage de la nature, [...]
Mots clefs :
Cornes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
PUR ouvrage de la nature ,
Ou je fuis je fers d'ornement :
Mais quand quelque trifte aventure
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
M'a produit , je fuis différent :
Le vulgaire ne m'enviſage ,
Qu'avec une espece d'horreur.
Je ne fuis rien aux yeux du fage :
Le Courtifan me fait fervir à fa grandeur ,
Et quoiqu'à mes fujets , outre un dur esclavage ,
J'imprime un trait qui femble les fétrir ;
Chaque jour cependant j'aggrandis mon empire.
Tu demandes mon nom ? je n'ofe te le dire.
Je crains , lecteur , de te faire rougir.
ET
Par T. P. de Paris.
PUR ouvrage de la nature ,
Ou je fuis je fers d'ornement :
Mais quand quelque trifte aventure
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
M'a produit , je fuis différent :
Le vulgaire ne m'enviſage ,
Qu'avec une espece d'horreur.
Je ne fuis rien aux yeux du fage :
Le Courtifan me fait fervir à fa grandeur ,
Et quoiqu'à mes fujets , outre un dur esclavage ,
J'imprime un trait qui femble les fétrir ;
Chaque jour cependant j'aggrandis mon empire.
Tu demandes mon nom ? je n'ofe te le dire.
Je crains , lecteur , de te faire rougir.
ET
Par T. P. de Paris.
Fermer
5022
p. 76-78
LOGOGRYPHE.
Début :
Et des biens & des maux je suis souvent l'auteur, [...]
Mots clefs :
Prévention
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
T des biens & des maux je fuis fouvent l'auteur
,
Du vulgaire ignorant je captive le coeur ,
Je forme quelquefois le plus fombre nuage ,
Et décide à mon gré du fuccès d'un ouvrage .
Je compofe dix pieds ; combine bien les mots ,
J'offre à tes yeux , lecteur , ce qui plaît aux troupeaux
,
Le plus cruel tyran qu'ait produit la nature ,
Au Rhétoricien une heureufe figure :
Ce que tous les mortels ne quittent qu'à regret ,
Qu'on aime par nature ; un précieux objet.
Ce qu'un Roi généreux , à donner trop facile ,
Voit ſouvent fe changer en un bien inutile.
SEPTEMBRE. 1755. 77.
Ce qui de nos efprits diffipe le chagrin ;
Un mot toujours préfent à notre eſprit malin.
Ce que les matelots affrontant les orages ,
Regrettent , mais en vain , au milieu des naufra
ges.
Un animal rampant ; un art Ingénieux.
De nos jardins fleuris l'ennemi dangereux.
Un Prince infortuné très-fçavant dans l'augure ;
Que Circé par dépit fit changer de nature.
Le propre nom qu'on donne à tous les fronts
voilés.
Ce qui déplaît toujours aux efprits aveuglés.
A tous les bâtimens choſe très-néceffaire
Un gouffre où s'engloutit l'aliment ordinaire.
Un oiſeau plus jaſeur qu'une None au parloir ,
Celui qui tient fur nous un fouverain pouvoir.
Expofé tous les jours fur la plaine liquide.
Je fers l'ambitieux , & fends l'onde rapide.
Adorable vertu chafte fille des cieux ,
On aime a m'ériger des autels en tous lieux.
Je fçûs forcer un jour à périr obſtinée ,
Du Prince Acrifius la fille infortunée.
Je renferme un pronom ; une trifte couleurs
Et le nom d'un Poëte , & celui d'un Rhéteur.
Fort commode aux humains , de nature fragile
J'oppofe aux Aquilons une barriere utile ;
J'offre un nom que defire un tas de vains eſprits,;
Critiques ennuyeux dans leurs fades écrits ;
Les lieux ou le foleil commence ſa carriere ;
Diij
78 MERCURE DE FRANCE
Aux ragoûts employée , une vive pouffiere.
Adverbes oppoſés : fans chercher vainement ;
Peut-être tu me fuis , Lecteur , en ce moment.
T des biens & des maux je fuis fouvent l'auteur
,
Du vulgaire ignorant je captive le coeur ,
Je forme quelquefois le plus fombre nuage ,
Et décide à mon gré du fuccès d'un ouvrage .
Je compofe dix pieds ; combine bien les mots ,
J'offre à tes yeux , lecteur , ce qui plaît aux troupeaux
,
Le plus cruel tyran qu'ait produit la nature ,
Au Rhétoricien une heureufe figure :
Ce que tous les mortels ne quittent qu'à regret ,
Qu'on aime par nature ; un précieux objet.
Ce qu'un Roi généreux , à donner trop facile ,
Voit ſouvent fe changer en un bien inutile.
SEPTEMBRE. 1755. 77.
Ce qui de nos efprits diffipe le chagrin ;
Un mot toujours préfent à notre eſprit malin.
Ce que les matelots affrontant les orages ,
Regrettent , mais en vain , au milieu des naufra
ges.
Un animal rampant ; un art Ingénieux.
De nos jardins fleuris l'ennemi dangereux.
Un Prince infortuné très-fçavant dans l'augure ;
Que Circé par dépit fit changer de nature.
Le propre nom qu'on donne à tous les fronts
voilés.
Ce qui déplaît toujours aux efprits aveuglés.
A tous les bâtimens choſe très-néceffaire
Un gouffre où s'engloutit l'aliment ordinaire.
Un oiſeau plus jaſeur qu'une None au parloir ,
Celui qui tient fur nous un fouverain pouvoir.
Expofé tous les jours fur la plaine liquide.
Je fers l'ambitieux , & fends l'onde rapide.
Adorable vertu chafte fille des cieux ,
On aime a m'ériger des autels en tous lieux.
Je fçûs forcer un jour à périr obſtinée ,
Du Prince Acrifius la fille infortunée.
Je renferme un pronom ; une trifte couleurs
Et le nom d'un Poëte , & celui d'un Rhéteur.
Fort commode aux humains , de nature fragile
J'oppofe aux Aquilons une barriere utile ;
J'offre un nom que defire un tas de vains eſprits,;
Critiques ennuyeux dans leurs fades écrits ;
Les lieux ou le foleil commence ſa carriere ;
Diij
78 MERCURE DE FRANCE
Aux ragoûts employée , une vive pouffiere.
Adverbes oppoſés : fans chercher vainement ;
Peut-être tu me fuis , Lecteur , en ce moment.
Fermer
5023
p. 78
MUSETTE.
Début :
Nos hameaux sont l'heureux séjour [...]
Mots clefs :
Bergers, Bergères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSETTE.
MUSETTE.
Nos hameaux font l'heureux Léjour
De l'innocence & de l'amour.
La tendreffe ,
La fageffe
Par des accords charmans
S'y trouvent réunies ;
Tout les Berges y font amans
Les Bergeres n'y font qu'amies
Nos hameaux font l'heureux Léjour
De l'innocence & de l'amour.
La tendreffe ,
La fageffe
Par des accords charmans
S'y trouvent réunies ;
Tout les Berges y font amans
Les Bergeres n'y font qu'amies
Fermer
5024
p. 79-88
SUITE De la séance publique de l'Académie royale de Nismes.
Début :
M. le Marquis de Rochemore, Secrétaire perpétuel, lut ensuite une piéce en [...]
Mots clefs :
Poète, Académie royale de Nîmes, Plaisirs, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE De la séance publique de l'Académie royale de Nismes.
SUITE
De la feance publique de l'Académie royale
de Nifmes.
M. le Marquis de Rochemore , Secrétaire
perpétuel , lut enfuite une piéce en
vers libres , intitulée Epitre d'Hypermnestre
à Lyncée. Cet ouvrage eft imité d'une des
Héroïdes d'Ovide ; mais l'auteur ne s'eft
point attaché à copier fon modele ; il a
pris quelques penfées du Poëte latin , il y
a joint les fiennes : nous allons citer quelques
morceaux détachés qui pourront faire
juger de tout l'ouvrage .
C'eft ainfi qu'Hypermneftre raconte à
fon époux les crimes de fes foeurs , & fes
propres combats.
Un bruit foudain glaça ton époufe craintive ,
Un bruit fombre ... plaintif ... de lugubres accens
...
Je vis briller le fer ... les foupirs des mourans
Vinrent frapper mon oreille attentive :
Div
So MERCURE DE FRANCE.
Imitons , dis-je alors , l'exemple de mesfoeurs ,
De Danaus fuivons les loix feveres ,
Uniffons Lyncée à fes freres.
Un Dieu fans doute , un Dieu fufpendit mes fureurs.
Mon bras étoit levé , ta criminelle amante.
Mefuroit éperdue , interdite & tremblante ,
Le coup qui devoit t'immoler ,
Ton fang étoit prêt à couler ...
J'avois troisfois repris l'arme inhumaine
Qu'avoient ravi trois fois à ma main incertaine
L'horreur , l'amour & la pitié.
Dérobons à mon pere une ſeule victime.
Dois-je être l'inftrument de fon inimitié ,
Et la complice de fon crime ?
Moi ! je me fouillerois d'un fang fi précieux ,
J'obéirois à des ordres împies !
Et cet Hymen détesté par les Dieux
Auroit été formé par les Furies !
Ah plutôt dans mon fein le poignard odieux ......
C'eſt en vain qu'un pere parjure
Veut me faire trahir l'amour & la nature
Leurs droits font gravés dans nos coeurs
Et la voix d'un tyran guidé par les fureurs
Ne peut étouffer leur murmure.
-Les fanglots d'Hypermneftre , fes combats
, fes tranfports , arrachent enfin Lyncée
au fommeil : fuyez , lui-dit-elle ,
SEPTEMBRE. 1755. $1
La trahiſon , la mort regnent dans ce palais ,
Cette nuit féconde en forfaits
Dans le fombre féjour a réuni vos freres ,
Et les myrthes d'Hymen aux Cyprès funéraires.
» Mon amour feul vous a fauvé , &
» m'a fait trahir les ordres cruels de Da-
» naus. » Le jeune Prince s'échappe du pa
lais à la faveur de la nuit.
Du foleil cependant la jeune avantcouriere
Sur nos Lares fanglans répandoit ſa lumiero.
Danaus ( la fierté brilloit dans fes regards )
Comptoit de nos époux les cadavres épars ;
Un feul manquoit , Lyncée en cette nuit perfide
Evita feul les coups de la parque homicide.
Hypermneftre raconte à fon époux la
fureur de Danaus quand ce Monarque barbare
s'apperçut qu'une de fes victimes lui
étoit échappée ; il jure la mort de fa fille ,
& la fait indignement traîner dans un
cachot affreux .
» Viens , cher époux , lui dit- elle enfin,
Viens finir ma captivité :
Mais n'écoutes point ta vengeance ,
Contente-toi de fauver l'innocence
Sans punir l'inhumanité.
Songe qu'Hypermaneftre eft la fille
Du meurtrier qui perdit ta familles
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Tout barbare qu'il fût daigne épargner les jours:
D'un fang cher à mon coeur ne rougis point tes
armes :
Que ton retour enfin hâté par les amours
Ne foit point fouillé par mes larmes.
Cette fin eft abfolument différente de
celle d'Ovide ; l'Auteur n'a pas jugé à
propos non plus d'imiter dans fon épitre
le long épifode d'Io changée en vache.
Les connoiffeurs décideront s'il a bien ou
mal jugé.
M. Vincens lut enfuite une épitre à la
mort , dont voici l'extrait.
La mort peut infpirer l'effroi aux ames
vulgaires , mais elle préfente au Sage une
lumiere fûre qui écarte l'illufion des fens ,
& lui montre les objets précifément tels
qu'ils font ; c'eft une divinité favorable
qui enfeigne aux humains l'art de jouir
de tout fans abufer de rien , & qui diffipant
le preftige des paffions foutient leur
coeur dans l'heureux équilibre , qui feul
peut faire la vraie félicité. Tel eft le point
de vûe fous lequel M. V. envifage la mort.
Il peint en commençant l'épitre qu'il
adreffe à cette Divinité , la fituation où
fe trouve l'homme lorfqu'il entre fur la
fcene du monde.
SEPTEMBRE . 1755 . 83
Sur le bord d'une mer immenfe
L'homme au fortir de fon enfance ,
Par la nature eft expofé :
Là fon coeur ingénu fans guide , fans défenſe ;
Par la féduifante apparence
Eft à chaque inftant abufé :
Sur le mobile dos des ondes azurées ,
Les folâtres amours & les plaifirs légers
Déployant leurs aîles dorées ,
L'appellent par leurs jeux , & voilent les dan
gers ;
Les jours fereins de la jeuneffe ,
Le calme féducteur , les cris des Matelots ,
Tout le follicite & le preffe
De tenter la route des flots ;
Il part , fur les eaux il s'élance ,
L'impatient defir & la douce efpérance
Enflent la voile , & l'écartent du port ;
Mais à peine au loin de la plage
Voit-il difparoître le bord ,
Tout change , Pair frémit , tout annonce l'orage;
Tout découvre à fes yeux , trop tard deſabufés
Les périls où les jours demeurent exposés :
Des paffions tumultueuſes ,
Les rapides courans & les vents oppofés
Offrent à chaque inftant fur les mers orageufes ?
Les débris des vaiffeaux par les vagues brifés
A la fureur de la tempête ,
Lui-même tout-à-coup livré.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
L'orgueil , l'ambition , déchaînent fur fa tête ,
Leur fouffle impétueux contre lui conjuré ;
De la fougue des flots , malheureuſe victime ,
Quelquefois dans les cieux , quelquefois dans
l'abîme ,
Et loin de fa route égaré ;
Une mer inconnue & d'écueils hériffée ,
De toute part à fa nef fracaffée ,
Préfente un nauffrage affuré.
La mort eft la feule divinité qui puiffe
fauver l'homme de ce péril ; elle lui montre
la vanité des objets qui l'environnent ,
elle l'éclaire fur leur durée qui n'est que
d'un inftant. Inftruit par fes leçons le Poëte
n'envie point le fort des favoris de la
fortune : non , dit- il , leur état ne fçauroit
m'éblouir.
1
De troubles, de foupçons, leur ame environnée
Laiffe fuir le préfent , rédoute l'avenir ;
Et malgré leurs efforts leur vie eft moiffonnée
Avant qu'ils * ayent trouvé le moment de jouir.
L'ambition n'a pas plus de charmes pour
lui. En vain montre- t- elle fes favoris placés
fur le char de la gloire ou montés au
rang des Dieux ; l'ambitieux , dit M. V.
éblouit quelque tems l'univers :
* Ce mot , ayant , ne peut point s'élider , en con-
Sequence il ne doit jamais être employé qu'à la fim
d'un vers.
SEPTEMBRE. 1755. 8$
Aftre brillant il roule far nos têtes ,
Il excite , il appaife à fon gré les tempêtes ,
Il couvre l'Univers d'un feu qui l'éblouit :
Mais tandis qu'oubliant ſa foibleſſe premiere
Il répand à nos yeux fa plus vive lumiere ,
Par fa propre fplendeur féduit ,
Tu parles , & foudain du haut de fa carriere
L'aftre eft précipité dans l'éternelle nuit .
O mort ! continue le Poëte ,
O mort ! un ennemi cent fois plus rédoutable
Avoit fait chancéler mon coeur.
La volupté d'un charme inévitable
Verſoit déja fur lui le poiſon ſéducteur :
De fleurs fans ceffe couronnée ,
Autour de moi fa voix appelloit le plaifir ;
De délices environnée
Son regard dans mon ame allumoit le defir ;
C'en étoit fait , l'amour achevoit ma défaite ,
Ses liens pour jamais alloient me retenir;
Mais tu fouffles , & fur fa tête
J'ai vu les roſes fe flétrir.
Ces détails font terminés par cette réflexion.
Gloire , plaifir , pouvoir , richeffe ,
Atômes agités par l'aveugle Décffe ,
A la faveur d'un rayon lumineux ,
Vous voltigez quelque tems fous nos yeux :
Notre coeur ébloui s'empreffe
86 MERCURE DE FRANCE:
Pour arrêter votre cours incertain
Il vous pourfuit , il s'agite fans ceffe ,
Il croit vous pofféder enfin :
Mais le fouffle du tems vous emporte foudain,
Ce n'eft pas que M. V. ne trouve des
plaifirs dignes de fon coeur : l'amitié lui
offre des charmes aufquels il fe livre avec
tranfport , & qui le dédommagent de toutes
les traverſes de la vie humaine .
Telle une tendre fleur que le midi dévore ;
Sur fa tige panchée , & prête à fe flétrir ,
Renaît , s'épanouit , de nouveau ſe colore
Au fouffle amoureux du zéphir :
Telle au fein des foucis qu'à chaque inſtant fait
naître
Sur les
pas des humains
le deftin fans pitié
Mon ame prend un nouvel être
Aux doux accens de l'amitié.
Les Mufes viennent encore lui prodiguer
des plaifirs purs ; Erato , Uranie ,
Calliope , l'inftruifent & l'amufent tour à
tour : Cette derniere fur- tout égaie la folitude
du Poëte en formant devant lui
mille tableaux gracieux.
Tantôt elle lui peint le calme de la mer ,
Le ciel eft pur , l'air eft tranquille ,
Du foleil l'image mobile
SEPTEMBRE. 1755 .
$7
Luit & vacille au fond des eaux :
Zéphir & les Nymphes craintives
De mille rides fugitives
Sillonent mollement les flots.
Tantôt elle lui peint une agréable fête ;
Au pied d'un côteau fortuné
Venus de pampre orne fa tête ,
Bacchus de myrthe eft couronné ,
Guidés par l'aimable folie
Les amours barbouillés de lie
Folâtrent auprès des neuf foeurs :
Et les graces échevelées
Parmi les Bacchantes mêlées
Feignent d'éprouver leurs fureurs.
C'eft par de tels plaifirs , continue le
Poëte :
C'eſt par de tels plaifirs qu'égayant le voyage ,
Et variant l'emploi de mes paifibles jours ,
Du terreftre péle: inage
J'acheve doucement le cours ,
Prêt au moindre fignal de quitter fans allar
mes
Des biens dont ici -bas je jouis fans remords ....
Le fort qui nous attend après cette vie ,
ne cauſe aucun effroi à M. V. que les impies
, les injuftes & les autres criminels
foient faifis d'une jufte terreur au moment
$8 MERCURE DE FRANCE.
fatal qui les fait defcendre dans le tom
beau , pour lui il eft rempli d'une noble
confiance.
Mon coeur ( dit-il ) ne connoit point ces craintes
formidables.
Soumis envers les Dieux , jufte envers mes femblables
,
Vertueux , ou du moins zélé pour
la vertu
Sous le poids du courroux célefte
Je ne crains point d'être abattu ;
Et fi des paffions l'impreſſion funefte
Altere de mon coeur l'exacte pureté ,
Les Dieux qui l'ont formé , connoiffent qu'il
détefte
Sa fatale fragilité ;
Et fatisfaits de ma fincérité ,
Leur fouffle bienfaifant purifira le refte
De la débile humanité.
M. Perillier , Chancelier , a terminé la
féance par un Difcours fur la néceffité du
choix dans les lectures.
De la feance publique de l'Académie royale
de Nifmes.
M. le Marquis de Rochemore , Secrétaire
perpétuel , lut enfuite une piéce en
vers libres , intitulée Epitre d'Hypermnestre
à Lyncée. Cet ouvrage eft imité d'une des
Héroïdes d'Ovide ; mais l'auteur ne s'eft
point attaché à copier fon modele ; il a
pris quelques penfées du Poëte latin , il y
a joint les fiennes : nous allons citer quelques
morceaux détachés qui pourront faire
juger de tout l'ouvrage .
C'eft ainfi qu'Hypermneftre raconte à
fon époux les crimes de fes foeurs , & fes
propres combats.
Un bruit foudain glaça ton époufe craintive ,
Un bruit fombre ... plaintif ... de lugubres accens
...
Je vis briller le fer ... les foupirs des mourans
Vinrent frapper mon oreille attentive :
Div
So MERCURE DE FRANCE.
Imitons , dis-je alors , l'exemple de mesfoeurs ,
De Danaus fuivons les loix feveres ,
Uniffons Lyncée à fes freres.
Un Dieu fans doute , un Dieu fufpendit mes fureurs.
Mon bras étoit levé , ta criminelle amante.
Mefuroit éperdue , interdite & tremblante ,
Le coup qui devoit t'immoler ,
Ton fang étoit prêt à couler ...
J'avois troisfois repris l'arme inhumaine
Qu'avoient ravi trois fois à ma main incertaine
L'horreur , l'amour & la pitié.
Dérobons à mon pere une ſeule victime.
Dois-je être l'inftrument de fon inimitié ,
Et la complice de fon crime ?
Moi ! je me fouillerois d'un fang fi précieux ,
J'obéirois à des ordres împies !
Et cet Hymen détesté par les Dieux
Auroit été formé par les Furies !
Ah plutôt dans mon fein le poignard odieux ......
C'eſt en vain qu'un pere parjure
Veut me faire trahir l'amour & la nature
Leurs droits font gravés dans nos coeurs
Et la voix d'un tyran guidé par les fureurs
Ne peut étouffer leur murmure.
-Les fanglots d'Hypermneftre , fes combats
, fes tranfports , arrachent enfin Lyncée
au fommeil : fuyez , lui-dit-elle ,
SEPTEMBRE. 1755. $1
La trahiſon , la mort regnent dans ce palais ,
Cette nuit féconde en forfaits
Dans le fombre féjour a réuni vos freres ,
Et les myrthes d'Hymen aux Cyprès funéraires.
» Mon amour feul vous a fauvé , &
» m'a fait trahir les ordres cruels de Da-
» naus. » Le jeune Prince s'échappe du pa
lais à la faveur de la nuit.
Du foleil cependant la jeune avantcouriere
Sur nos Lares fanglans répandoit ſa lumiero.
Danaus ( la fierté brilloit dans fes regards )
Comptoit de nos époux les cadavres épars ;
Un feul manquoit , Lyncée en cette nuit perfide
Evita feul les coups de la parque homicide.
Hypermneftre raconte à fon époux la
fureur de Danaus quand ce Monarque barbare
s'apperçut qu'une de fes victimes lui
étoit échappée ; il jure la mort de fa fille ,
& la fait indignement traîner dans un
cachot affreux .
» Viens , cher époux , lui dit- elle enfin,
Viens finir ma captivité :
Mais n'écoutes point ta vengeance ,
Contente-toi de fauver l'innocence
Sans punir l'inhumanité.
Songe qu'Hypermaneftre eft la fille
Du meurtrier qui perdit ta familles
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Tout barbare qu'il fût daigne épargner les jours:
D'un fang cher à mon coeur ne rougis point tes
armes :
Que ton retour enfin hâté par les amours
Ne foit point fouillé par mes larmes.
Cette fin eft abfolument différente de
celle d'Ovide ; l'Auteur n'a pas jugé à
propos non plus d'imiter dans fon épitre
le long épifode d'Io changée en vache.
Les connoiffeurs décideront s'il a bien ou
mal jugé.
M. Vincens lut enfuite une épitre à la
mort , dont voici l'extrait.
La mort peut infpirer l'effroi aux ames
vulgaires , mais elle préfente au Sage une
lumiere fûre qui écarte l'illufion des fens ,
& lui montre les objets précifément tels
qu'ils font ; c'eft une divinité favorable
qui enfeigne aux humains l'art de jouir
de tout fans abufer de rien , & qui diffipant
le preftige des paffions foutient leur
coeur dans l'heureux équilibre , qui feul
peut faire la vraie félicité. Tel eft le point
de vûe fous lequel M. V. envifage la mort.
Il peint en commençant l'épitre qu'il
adreffe à cette Divinité , la fituation où
fe trouve l'homme lorfqu'il entre fur la
fcene du monde.
SEPTEMBRE . 1755 . 83
Sur le bord d'une mer immenfe
L'homme au fortir de fon enfance ,
Par la nature eft expofé :
Là fon coeur ingénu fans guide , fans défenſe ;
Par la féduifante apparence
Eft à chaque inftant abufé :
Sur le mobile dos des ondes azurées ,
Les folâtres amours & les plaifirs légers
Déployant leurs aîles dorées ,
L'appellent par leurs jeux , & voilent les dan
gers ;
Les jours fereins de la jeuneffe ,
Le calme féducteur , les cris des Matelots ,
Tout le follicite & le preffe
De tenter la route des flots ;
Il part , fur les eaux il s'élance ,
L'impatient defir & la douce efpérance
Enflent la voile , & l'écartent du port ;
Mais à peine au loin de la plage
Voit-il difparoître le bord ,
Tout change , Pair frémit , tout annonce l'orage;
Tout découvre à fes yeux , trop tard deſabufés
Les périls où les jours demeurent exposés :
Des paffions tumultueuſes ,
Les rapides courans & les vents oppofés
Offrent à chaque inftant fur les mers orageufes ?
Les débris des vaiffeaux par les vagues brifés
A la fureur de la tempête ,
Lui-même tout-à-coup livré.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
L'orgueil , l'ambition , déchaînent fur fa tête ,
Leur fouffle impétueux contre lui conjuré ;
De la fougue des flots , malheureuſe victime ,
Quelquefois dans les cieux , quelquefois dans
l'abîme ,
Et loin de fa route égaré ;
Une mer inconnue & d'écueils hériffée ,
De toute part à fa nef fracaffée ,
Préfente un nauffrage affuré.
La mort eft la feule divinité qui puiffe
fauver l'homme de ce péril ; elle lui montre
la vanité des objets qui l'environnent ,
elle l'éclaire fur leur durée qui n'est que
d'un inftant. Inftruit par fes leçons le Poëte
n'envie point le fort des favoris de la
fortune : non , dit- il , leur état ne fçauroit
m'éblouir.
1
De troubles, de foupçons, leur ame environnée
Laiffe fuir le préfent , rédoute l'avenir ;
Et malgré leurs efforts leur vie eft moiffonnée
Avant qu'ils * ayent trouvé le moment de jouir.
L'ambition n'a pas plus de charmes pour
lui. En vain montre- t- elle fes favoris placés
fur le char de la gloire ou montés au
rang des Dieux ; l'ambitieux , dit M. V.
éblouit quelque tems l'univers :
* Ce mot , ayant , ne peut point s'élider , en con-
Sequence il ne doit jamais être employé qu'à la fim
d'un vers.
SEPTEMBRE. 1755. 8$
Aftre brillant il roule far nos têtes ,
Il excite , il appaife à fon gré les tempêtes ,
Il couvre l'Univers d'un feu qui l'éblouit :
Mais tandis qu'oubliant ſa foibleſſe premiere
Il répand à nos yeux fa plus vive lumiere ,
Par fa propre fplendeur féduit ,
Tu parles , & foudain du haut de fa carriere
L'aftre eft précipité dans l'éternelle nuit .
O mort ! continue le Poëte ,
O mort ! un ennemi cent fois plus rédoutable
Avoit fait chancéler mon coeur.
La volupté d'un charme inévitable
Verſoit déja fur lui le poiſon ſéducteur :
De fleurs fans ceffe couronnée ,
Autour de moi fa voix appelloit le plaifir ;
De délices environnée
Son regard dans mon ame allumoit le defir ;
C'en étoit fait , l'amour achevoit ma défaite ,
Ses liens pour jamais alloient me retenir;
Mais tu fouffles , & fur fa tête
J'ai vu les roſes fe flétrir.
Ces détails font terminés par cette réflexion.
Gloire , plaifir , pouvoir , richeffe ,
Atômes agités par l'aveugle Décffe ,
A la faveur d'un rayon lumineux ,
Vous voltigez quelque tems fous nos yeux :
Notre coeur ébloui s'empreffe
86 MERCURE DE FRANCE:
Pour arrêter votre cours incertain
Il vous pourfuit , il s'agite fans ceffe ,
Il croit vous pofféder enfin :
Mais le fouffle du tems vous emporte foudain,
Ce n'eft pas que M. V. ne trouve des
plaifirs dignes de fon coeur : l'amitié lui
offre des charmes aufquels il fe livre avec
tranfport , & qui le dédommagent de toutes
les traverſes de la vie humaine .
Telle une tendre fleur que le midi dévore ;
Sur fa tige panchée , & prête à fe flétrir ,
Renaît , s'épanouit , de nouveau ſe colore
Au fouffle amoureux du zéphir :
Telle au fein des foucis qu'à chaque inſtant fait
naître
Sur les
pas des humains
le deftin fans pitié
Mon ame prend un nouvel être
Aux doux accens de l'amitié.
Les Mufes viennent encore lui prodiguer
des plaifirs purs ; Erato , Uranie ,
Calliope , l'inftruifent & l'amufent tour à
tour : Cette derniere fur- tout égaie la folitude
du Poëte en formant devant lui
mille tableaux gracieux.
Tantôt elle lui peint le calme de la mer ,
Le ciel eft pur , l'air eft tranquille ,
Du foleil l'image mobile
SEPTEMBRE. 1755 .
$7
Luit & vacille au fond des eaux :
Zéphir & les Nymphes craintives
De mille rides fugitives
Sillonent mollement les flots.
Tantôt elle lui peint une agréable fête ;
Au pied d'un côteau fortuné
Venus de pampre orne fa tête ,
Bacchus de myrthe eft couronné ,
Guidés par l'aimable folie
Les amours barbouillés de lie
Folâtrent auprès des neuf foeurs :
Et les graces échevelées
Parmi les Bacchantes mêlées
Feignent d'éprouver leurs fureurs.
C'eft par de tels plaifirs , continue le
Poëte :
C'eſt par de tels plaifirs qu'égayant le voyage ,
Et variant l'emploi de mes paifibles jours ,
Du terreftre péle: inage
J'acheve doucement le cours ,
Prêt au moindre fignal de quitter fans allar
mes
Des biens dont ici -bas je jouis fans remords ....
Le fort qui nous attend après cette vie ,
ne cauſe aucun effroi à M. V. que les impies
, les injuftes & les autres criminels
foient faifis d'une jufte terreur au moment
$8 MERCURE DE FRANCE.
fatal qui les fait defcendre dans le tom
beau , pour lui il eft rempli d'une noble
confiance.
Mon coeur ( dit-il ) ne connoit point ces craintes
formidables.
Soumis envers les Dieux , jufte envers mes femblables
,
Vertueux , ou du moins zélé pour
la vertu
Sous le poids du courroux célefte
Je ne crains point d'être abattu ;
Et fi des paffions l'impreſſion funefte
Altere de mon coeur l'exacte pureté ,
Les Dieux qui l'ont formé , connoiffent qu'il
détefte
Sa fatale fragilité ;
Et fatisfaits de ma fincérité ,
Leur fouffle bienfaifant purifira le refte
De la débile humanité.
M. Perillier , Chancelier , a terminé la
féance par un Difcours fur la néceffité du
choix dans les lectures.
Fermer
Résumé : SUITE De la séance publique de l'Académie royale de Nismes.
Lors d'une séance de l'Académie royale de Nîmes, plusieurs œuvres littéraires ont été présentées. Le Marquis de Rochemore a lu une pièce en vers libres intitulée 'Épître d'Hypermnestre à Lyncée', inspirée des Héroïdes d'Ovide. Cette œuvre explore les tourments intérieurs d'Hypermnestre, qui doit décider si elle doit tuer son époux Lyncée, contrairement à ses sœurs qui ont assassiné leurs maris. Hypermnestre décrit les crimes de ses sœurs et ses propres dilemmes moraux, choisissant finalement d'épargner Lyncée. Cette version diverge de l'original d'Ovide par sa conclusion et l'absence de certains épisodes. M. Vincens a ensuite présenté une épître sur la mort, qu'il dépeint comme une divinité bienveillante enseignant aux humains à savourer la vie sans excès. Il compare la vie à une traversée maritime périlleuse, où la mort est la seule à pouvoir sauver l'homme des dangers des passions et des illusions. Vincens exprime son mépris pour les troubles et les soucis des favoris de la fortune et des ambitieux, préférant les plaisirs simples de l'amitié et des Muses. Il conclut en affirmant sa confiance en sa vertu et en la miséricorde des dieux face à la mort. La séance s'est conclue par un discours de M. Perillier sur la nécessité du choix dans les lectures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5025
p. 227
A M. Favart sur la Bohémienne. Air de son nouveau Vaudeville.
Début :
Toujours dans la vérité, [...]
Mots clefs :
Bohémienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. Favart sur la Bohémienne. Air de son nouveau Vaudeville.
AM. Favart fur la Bohémienne .
Air de fon nouveau Vaudeville.
Ce n'est pas en Automne qu'on moiſſonne le
plaifir.
Toujours dans la vérité ,
Tantôt tu peins la tendreffe ,
Tantôt l'allégreffe ;
Chacun s'écrie , enchanté ;
Ah ! quelle aimable Bohémienne !
Que n'eft-elle mienne !
Chantons l'oeuvre & l'oeuvrier ,
Que tant de fel affaiffonne.
C'est ainsi qu'on couronne
Qui moiffonne
Le Laurier. Guerin.
Le peu d'efpace qui nous refte , nous
oblige à remettre l'extrait de cette Comédie
au mois d'Octobre ; ainfi que celui du
prix de la Beauté , Drame de M. Mailhoi .
Air de fon nouveau Vaudeville.
Ce n'est pas en Automne qu'on moiſſonne le
plaifir.
Toujours dans la vérité ,
Tantôt tu peins la tendreffe ,
Tantôt l'allégreffe ;
Chacun s'écrie , enchanté ;
Ah ! quelle aimable Bohémienne !
Que n'eft-elle mienne !
Chantons l'oeuvre & l'oeuvrier ,
Que tant de fel affaiffonne.
C'est ainsi qu'on couronne
Qui moiffonne
Le Laurier. Guerin.
Le peu d'efpace qui nous refte , nous
oblige à remettre l'extrait de cette Comédie
au mois d'Octobre ; ainfi que celui du
prix de la Beauté , Drame de M. Mailhoi .
Fermer
Résumé : A M. Favart sur la Bohémienne. Air de son nouveau Vaudeville.
Le texte présente un extrait de 'La Bohémienne' d'AM. Favart, accompagné d'un nouvel air de vaudeville. Il souligne que le plaisir ne se moissonne pas en automne et met en avant la diversité des émotions, de la tendresse à l'allégresse. Le public admire 'La Bohémienne' et souhaite qu'elle soit sienne. Le succès couronne ceux qui s'affairent. La publication de l'extrait et du drame 'Le prix de la Beauté' de M. Mailhoi est reportée à octobre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5026
p. 5-7
EPITRE Présentée à M. le Prince de Soubise, par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthievre Infanterie.
Début :
PRINCE, dont la grandeur sur la vertu se fonde, [...]
Mots clefs :
Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE Présentée à M. le Prince de Soubise, par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthievre Infanterie.
EPITRE
Préfentée à M. le Prince de Soubife , par le
fieur Baratte , foldat au Régiment de Penthievre
Infanterie.
PRINCE, RINCE , dont la grandeur fur la vertu fe
fonde ,
Qui partage avec tant d'éclat
Pour être exact , il faudroit dire qui partages;
mais c'eft une licence permife à un poëtefoldat qui
verfifie militairement.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Les auguftes faveurs du plus grand Roi dumonde
:
Digne héros , pere du vrai foldat ,
Soubife , ta bonté m'anime & m'encourage.
J'ofe efperer que tes regards
Ne
dédaigneront pas l'hommage
D'un jeune nouriffon de Bellone & de Mars..
Je ne fuis pas une Mufe polie ,
Admife à la table des Dieux :
Et le Nectar & l'ambroifie
Sont des mets délicats inconnus à mes yeux ..
Je fuis une Mufe guerriere ,
Qui fe plait au milieu du tumulte & des cris ,
Et qui n'ofa jamais paroître à la lumiere ,
Crainte d'effuyer des mépris.
Ami fecret de Virgile & d'Horace ,
Avec eux je paffe mes jours ,
Sans prétendre arriver par de fâcheux détours
jufques au fommet du Parnaſſe.
Lorfque je fuis en faction
Sur la pointe triangulaire
D'un rédoutable baftion ,
Et mon fufil en bandoliere ,
Je me crois fur le double mont.
L'onde fale & marécageuſe ,
Qui remplit le foffé profond ,
Eft pour moi la fontaine heureuſe
Qui baigne le facré vallon.
Quand au Pégale qui me meine
OCTOBRE. 1755. 7.
Près de ce nouvel Hypocrene ,
Et fur ce Parnaſſe charmant :
C'eft un Caporal Allemand.
A tourner un fufil , briller à l'exercice ,
Marcher différens pas , tons au fon du tambour !
M'occuper la nuit & lejour
A bien m'acquitter da fervice ;
Préférer le bruit du canon
Aux fons harmonieux des enfans d'Apollon ,
L'odeur du foufré & du falpêtre
A celle des lauriers plantés fur l'Hélicon ;
Je l'avouerai , telle doit être
Ma plus chere occupation.
Ne crains donc pas qué d'un ftyle emphatique ;
Et le plus fouvent ennuyeux ,
J'aille d'un long panégyrique
Etourdir ton oreille ou fatiguer tes yeux.
Pour un Auteur le champ fans doute eft magnifique
;
Et je n'aurois qu'à répéter
Tout ce que dit la voix publique ;
Mais la raifon me force à m'arrêter.
L'honneur de parcourir cette noble carriere
Eft réservé pour de plus grands efprits ;
Je n'ofe paffer la barriere ,
Et crains de t'ennuyer par mes foibles écrits .
Cette entreprife eft digne de Voltaire .
Pour moi fans me charger d'un emploi fi hardi :
Te voir , t'admirer , & me taire ,
Voilà mon plus fage parti.
Préfentée à M. le Prince de Soubife , par le
fieur Baratte , foldat au Régiment de Penthievre
Infanterie.
PRINCE, RINCE , dont la grandeur fur la vertu fe
fonde ,
Qui partage avec tant d'éclat
Pour être exact , il faudroit dire qui partages;
mais c'eft une licence permife à un poëtefoldat qui
verfifie militairement.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Les auguftes faveurs du plus grand Roi dumonde
:
Digne héros , pere du vrai foldat ,
Soubife , ta bonté m'anime & m'encourage.
J'ofe efperer que tes regards
Ne
dédaigneront pas l'hommage
D'un jeune nouriffon de Bellone & de Mars..
Je ne fuis pas une Mufe polie ,
Admife à la table des Dieux :
Et le Nectar & l'ambroifie
Sont des mets délicats inconnus à mes yeux ..
Je fuis une Mufe guerriere ,
Qui fe plait au milieu du tumulte & des cris ,
Et qui n'ofa jamais paroître à la lumiere ,
Crainte d'effuyer des mépris.
Ami fecret de Virgile & d'Horace ,
Avec eux je paffe mes jours ,
Sans prétendre arriver par de fâcheux détours
jufques au fommet du Parnaſſe.
Lorfque je fuis en faction
Sur la pointe triangulaire
D'un rédoutable baftion ,
Et mon fufil en bandoliere ,
Je me crois fur le double mont.
L'onde fale & marécageuſe ,
Qui remplit le foffé profond ,
Eft pour moi la fontaine heureuſe
Qui baigne le facré vallon.
Quand au Pégale qui me meine
OCTOBRE. 1755. 7.
Près de ce nouvel Hypocrene ,
Et fur ce Parnaſſe charmant :
C'eft un Caporal Allemand.
A tourner un fufil , briller à l'exercice ,
Marcher différens pas , tons au fon du tambour !
M'occuper la nuit & lejour
A bien m'acquitter da fervice ;
Préférer le bruit du canon
Aux fons harmonieux des enfans d'Apollon ,
L'odeur du foufré & du falpêtre
A celle des lauriers plantés fur l'Hélicon ;
Je l'avouerai , telle doit être
Ma plus chere occupation.
Ne crains donc pas qué d'un ftyle emphatique ;
Et le plus fouvent ennuyeux ,
J'aille d'un long panégyrique
Etourdir ton oreille ou fatiguer tes yeux.
Pour un Auteur le champ fans doute eft magnifique
;
Et je n'aurois qu'à répéter
Tout ce que dit la voix publique ;
Mais la raifon me force à m'arrêter.
L'honneur de parcourir cette noble carriere
Eft réservé pour de plus grands efprits ;
Je n'ofe paffer la barriere ,
Et crains de t'ennuyer par mes foibles écrits .
Cette entreprife eft digne de Voltaire .
Pour moi fans me charger d'un emploi fi hardi :
Te voir , t'admirer , & me taire ,
Voilà mon plus fage parti.
Fermer
Résumé : EPITRE Présentée à M. le Prince de Soubise, par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthievre Infanterie.
L'épître est adressée au Prince de Soubise par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthièvre Infanterie. Baratte s'excuse pour les libertés poétiques prises et exprime son admiration pour le prince, qu'il considère comme un héros et un père des soldats. Il se décrit comme une muse guerrière, éloignée des muses classiques. Baratte avoue être un ami secret de Virgile et d'Horace, mais ne cherche pas à atteindre le sommet du Parnasse. Lors de ses factions, il trouve inspiration dans des éléments militaires plutôt que dans des sources poétiques classiques. Il préfère l'exercice militaire et le bruit du canon aux sons harmonieux des enfants d'Apollon. Baratte craint d'ennuyer le prince avec un style emphatique et ennuyeux et reconnaît que l'honneur de décrire la carrière du prince est réservé à des esprits plus grands, comme Voltaire. Il choisit donc de se taire et de simplement admirer le prince.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5027
p. 31-33
EPITRE A M. B. par M. M....
Début :
Ne nous étonnez point, ô ma chere Lesbie, [...]
Mots clefs :
Coeur, Image, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. B. par M. M....
EPITRE
A M. B. par M. M……..
E vous étonnez point , ê ma chere Leſbie ,
Si vous voir , vous aimer , vous confacrer ma vie ,
N'ont été pour moi qu'un moment.
J'adorois votre image avant de vous connoître ,
...Et l'étoile qui m'a vû naître
Me deſtinoit à vivre , à mourir votre amant.
Le coeur avant d'aimer , fe fait une chimere
Qu'il compofe des plus beaux traits.
Chacun , fuivant fon caractere ,
Lui donne des talens , des graces , des attraits.
Une Agnès , une Armide , héroïne , ou bergere ,
Voluptueuse & tendre , ou bien vive & légere ,
Elle est tout ce qu'on veut le coeur n'a qu'à
choifir ;
L'imagination peint d'après le defir.
Après avoir formé cette adorable image ,
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
Nouveau Pigmalion charmé de fon ouvrage ,
On demande à l'Amour qu'il la daigne animer.
Si quelque beauté lui reffemble ,
On s'arrête , on admire , on fe fent enflammer :
On fe flate qu'elle raſſemble
Tous les dons enchanteurs dont on s'eft peint
l'enſemble ;
De cette illufion frappé
On fe dit : la voilà , c'eſt elle.
Et puis à quelques traits on voit qu'on s'eft trompé
,
On change , on paroît infidele :
Mais non , du même objet toujours préoccupé
D'une image adorée on cherche le modele.
Dès qu'on le trouve on eft content ,
Le coeur le plus léger devient le plus conftant.
Je vous ai peint mon aventure ,
Leſbie , & c'eft ainſi que vous m'avez touché .
Mon coeur s'étoit fait la peinture
De tout ce que l'amour adoroit dans Pfiché.
Des graces la taille élégante
D'Hébé , l'éclat & la Fraîcheur ,
L'incarnat qui de Flore anime la blancheur ,
Du foûris de Venus , la volupté piquante ,
Le timide regard de la reine des bois.
Ajoutez à ces traits une touchante voix ,
Que rend plus douce encor cette bouche de roſe ,
Cette bouche où l'on voit mille amours voltiger ,
Comme le papillon léger
OCTOBRE. 1755 . 33
Sur une fleur à peine écloſe .
Animez ce tableau d'un efprit jufte & fûr ,
Brillant de l'éclat le plus pur ,
Auffi délicat que folide ,
Viffans étourderie , ingénieux fans fard ,
Que le beau feul émeut , que le vrai feul décide ,
Et dont le naturel eft au- deffus de l'art ,
Telle étoit ma chimere avant de vous connoître.
Amour la réalife , il s'eft fait un plaifir
D'aller en vous formant plus loin que mon defir ,
Et c'eft pour mon malheur peut- être.
A M. B. par M. M……..
E vous étonnez point , ê ma chere Leſbie ,
Si vous voir , vous aimer , vous confacrer ma vie ,
N'ont été pour moi qu'un moment.
J'adorois votre image avant de vous connoître ,
...Et l'étoile qui m'a vû naître
Me deſtinoit à vivre , à mourir votre amant.
Le coeur avant d'aimer , fe fait une chimere
Qu'il compofe des plus beaux traits.
Chacun , fuivant fon caractere ,
Lui donne des talens , des graces , des attraits.
Une Agnès , une Armide , héroïne , ou bergere ,
Voluptueuse & tendre , ou bien vive & légere ,
Elle est tout ce qu'on veut le coeur n'a qu'à
choifir ;
L'imagination peint d'après le defir.
Après avoir formé cette adorable image ,
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
Nouveau Pigmalion charmé de fon ouvrage ,
On demande à l'Amour qu'il la daigne animer.
Si quelque beauté lui reffemble ,
On s'arrête , on admire , on fe fent enflammer :
On fe flate qu'elle raſſemble
Tous les dons enchanteurs dont on s'eft peint
l'enſemble ;
De cette illufion frappé
On fe dit : la voilà , c'eſt elle.
Et puis à quelques traits on voit qu'on s'eft trompé
,
On change , on paroît infidele :
Mais non , du même objet toujours préoccupé
D'une image adorée on cherche le modele.
Dès qu'on le trouve on eft content ,
Le coeur le plus léger devient le plus conftant.
Je vous ai peint mon aventure ,
Leſbie , & c'eft ainſi que vous m'avez touché .
Mon coeur s'étoit fait la peinture
De tout ce que l'amour adoroit dans Pfiché.
Des graces la taille élégante
D'Hébé , l'éclat & la Fraîcheur ,
L'incarnat qui de Flore anime la blancheur ,
Du foûris de Venus , la volupté piquante ,
Le timide regard de la reine des bois.
Ajoutez à ces traits une touchante voix ,
Que rend plus douce encor cette bouche de roſe ,
Cette bouche où l'on voit mille amours voltiger ,
Comme le papillon léger
OCTOBRE. 1755 . 33
Sur une fleur à peine écloſe .
Animez ce tableau d'un efprit jufte & fûr ,
Brillant de l'éclat le plus pur ,
Auffi délicat que folide ,
Viffans étourderie , ingénieux fans fard ,
Que le beau feul émeut , que le vrai feul décide ,
Et dont le naturel eft au- deffus de l'art ,
Telle étoit ma chimere avant de vous connoître.
Amour la réalife , il s'eft fait un plaifir
D'aller en vous formant plus loin que mon defir ,
Et c'eft pour mon malheur peut- être.
Fermer
Résumé : EPITRE A M. B. par M. M....
L'épître est adressée à une femme nommée Lesbie par un homme identifié comme M. M. L'auteur explique que son amour pour Lesbie n'a pas été immédiat, mais qu'il l'adorait déjà avant de la connaître. Il décrit comment le cœur crée une image idéale de l'être aimé avant même de le rencontrer, personnalisée selon les désirs et les traits admirés. Cette image idéale est ensuite comparée aux personnes rencontrées, et l'amour se fixe sur celle qui s'en rapproche le plus. L'auteur raconte que son cœur avait formé une image parfaite inspirée par divers traits admirables : la grâce et l'élégance d'Hébé, la fraîcheur et l'éclat de Flore, la volupté de Vénus, le regard timide de la reine des bois, et une voix douce accompagnée d'une bouche rose. Cette chimère était complétée par un esprit juste, sûr, délicat et naturel. L'auteur révèle que Lesbie a incarné cette chimère, réalisant même au-delà de ses attentes, bien que cela puisse être source de malheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5028
p. 33
INPROMPTU FAIT A TABLE, Adressé à M. le Chevalier Molinier sur la générosité qu'il eut à Cayenne, de sauver au risque presque évident de sa vie, vingt personnes dont le canots furent summergés par la mer au passage du confluent, appellé des deux Rivieres. Le récit de cette action a été fait dans le Mercure de France, du mois de Décembre 1750, p. 175.
Début :
Il est peu de héros. Peuples, quels sont les vôtres ? [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INPROMPTU FAIT A TABLE, Adressé à M. le Chevalier Molinier sur la générosité qu'il eut à Cayenne, de sauver au risque presque évident de sa vie, vingt personnes dont le canots furent summergés par la mer au passage du confluent, appellé des deux Rivieres. Le récit de cette action a été fait dans le Mercure de France, du mois de Décembre 1750, p. 175.
INPROMPTU FAIT A TABLE ,
Adreffé à M. le Chevalier Molinier fur la
générofité qu'il eut à Cayenne , de fauver
au rifque prefque évident de fa vie , vingt
perfonnes doni les canots furent fummergés
par la mer au paffage du confluent , appellé
des deux Rivieres . Le récit de cette action
a été fait dans le Mercure de France , du
mois de Décembre 1750 , p. 175 .
IL eft peu de héros . Peuples , quels font les
vôtres ?
Des guerriers fortunés , fouvent monftres cruels ;
Les miens font ces heureux mortels ,
Vraiment dignes de nos autels ,
Qui s'offrent à la mort pour en fauver les autres
Adreffé à M. le Chevalier Molinier fur la
générofité qu'il eut à Cayenne , de fauver
au rifque prefque évident de fa vie , vingt
perfonnes doni les canots furent fummergés
par la mer au paffage du confluent , appellé
des deux Rivieres . Le récit de cette action
a été fait dans le Mercure de France , du
mois de Décembre 1750 , p. 175 .
IL eft peu de héros . Peuples , quels font les
vôtres ?
Des guerriers fortunés , fouvent monftres cruels ;
Les miens font ces heureux mortels ,
Vraiment dignes de nos autels ,
Qui s'offrent à la mort pour en fauver les autres
Fermer
Résumé : INPROMPTU FAIT A TABLE, Adressé à M. le Chevalier Molinier sur la générosité qu'il eut à Cayenne, de sauver au risque presque évident de sa vie, vingt personnes dont le canots furent summergés par la mer au passage du confluent, appellé des deux Rivieres. Le récit de cette action a été fait dans le Mercure de France, du mois de Décembre 1750, p. 175.
En décembre 1750, le Chevalier Molinier sauva vingt personnes au confluent des Deux Rivières, risquant sa vie. Le Mercure de France loua son héroïsme, contrastant avec la cruauté des guerriers. Molinier mérite vénération pour son dévouement à sauver autrui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5028
INPROMPTU FAIT A TABLE, Adressé à M. le Chevalier Molinier sur la générosité qu'il eut à Cayenne, de sauver au risque presque évident de sa vie, vingt personnes dont le canots furent summergés par la mer au passage du confluent, appellé des deux Rivieres. Le récit de cette action a été fait dans le Mercure de France, du mois de Décembre 1750, p. 175.
5029
p. 39
VERS Pour être mis au bas du portrait de Mlle R..... fait par M. Vigé.
Début :
Dans ce riant tableau dont tu charmes nos yeux, [...]
Mots clefs :
Portrait, Louis Vigée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Pour être mis au bas du portrait de Mlle R..... fait par M. Vigé.
VERS
Pour être mis au bas du portrait de Mile
R.....fait par M. Vigé.
DAns Ans ce riant tableau dont tu charmes nos
yeux ,
Et qui nous peint fi bien Climene ,
Vigé , je reconnois fans peine
L'heureux talent que tu reçus des cieux.
Quel feu ! que d'attraits ! quelle grace !
Dans l'univers rien ne furpaffe
Le coloris de ton pinceau :
Mais pour rendre à ton art un hommage nouveau,
Que n'as- tu peint fon coeur ainfi que fon vifage ?
De toutes les vertus nous aurions vu l'image.
Par M. D. M .....
Pour être mis au bas du portrait de Mile
R.....fait par M. Vigé.
DAns Ans ce riant tableau dont tu charmes nos
yeux ,
Et qui nous peint fi bien Climene ,
Vigé , je reconnois fans peine
L'heureux talent que tu reçus des cieux.
Quel feu ! que d'attraits ! quelle grace !
Dans l'univers rien ne furpaffe
Le coloris de ton pinceau :
Mais pour rendre à ton art un hommage nouveau,
Que n'as- tu peint fon coeur ainfi que fon vifage ?
De toutes les vertus nous aurions vu l'image.
Par M. D. M .....
Fermer
Résumé : VERS Pour être mis au bas du portrait de Mlle R..... fait par M. Vigé.
Le poème célèbre Vigée Le Brun pour son talent artistique et la grâce de son portrait de Mile R. Il loue la vivacité et les attraits de son œuvre, ainsi que la supériorité de son coloris. L'auteur, M. D. M., souhaite que l'artiste ait également représenté le cœur du modèle pour révéler ses vertus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5030
p. 40-41
PORTRAITS DE QUATRE FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Début :
Je vois les Souverains autour de cet artiste, [...]
Mots clefs :
Peintres d'Italie, Le Tintoret, Guido Reni, Michel-Ange, Titien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE QUATRE FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS
DE QUATRE FAMEUX PEINTRES
J
D'ITALIE.
TITIEN
VECELLI.
E vois les Souverains autour de cet artiſte ,
S'empreffer d'obtenir leurs portraits de ſa main .
Tant de gloire eft bien dûe à ce grand Colorifte.
Pour l'immortalité c'eft un guide certain ;
Il étonne , il ravit par ſon beau payſage ,
Soudain le fpectateur s'y trouve tranſporté :
La mere des amours y dort fous le feuillage ,
Et fait mieux qu'à Paphos fentir la volupté.
MICHEL ANGE BUONAROTA.
Vitruve , Phydias , Appelle ,
Vous qu'adoroient les Grecs & les Romains ,
Je vous vois étonnés que Michel Ange excelle ,
Dans les beaux arts illuftrés
par vos mains.
Ah ! vous ornez fon front d'une triple couronne !
C'eſt porter les mortels au culte qu'on lui doit .
Vous lui rendez chacun le tribut qu'il vous donne ,
Les grands hommes ainfi commercent de leur
droit.
GUIDO RENI.
De ce maître touchant la nature eft l'idole ;
OCTOBRE . 1755 . 4X
Dans un détail précis il nous rend fa beauté :
Que de graces ! Pefprit avec fon pinceau vole ,
Qu'il eft clair ! que fa touche a de légereté !
Ai-je pû le quitter ? mes yeux infatiables
Cherchent cette Madone à qui j'ai dit adieu .
Son doux regard , fes pieds & ſes mains admirables
Sont l'ouvrage du Guide , ou l'ouvrage d'un Dieu.
JACQUES TINTORET.
Je tiens le pinceau d'or du fameux Tintoret .
Mon efprit eft faifi de fon entouſiaſme .
Que fes vives couleurs enfantent fon portrait !
Le voici . Mon fuccès affronte le ſarcaſme.
Du plus vafte génie on le voit animé.
Hardi , prompt , réfolu , fes figures furprennent ;
Tout s'y meut , tout y vit . Sur lui - même formé
Ce qu'il crée , les Dieux de leur feu l'entretiennent.
* On diſoit à Veniſe qu'il avoit trois pinceaux.
Il penello d'oro, il penello d'argento , e l'altro d'y
ferro.
DE QUATRE FAMEUX PEINTRES
J
D'ITALIE.
TITIEN
VECELLI.
E vois les Souverains autour de cet artiſte ,
S'empreffer d'obtenir leurs portraits de ſa main .
Tant de gloire eft bien dûe à ce grand Colorifte.
Pour l'immortalité c'eft un guide certain ;
Il étonne , il ravit par ſon beau payſage ,
Soudain le fpectateur s'y trouve tranſporté :
La mere des amours y dort fous le feuillage ,
Et fait mieux qu'à Paphos fentir la volupté.
MICHEL ANGE BUONAROTA.
Vitruve , Phydias , Appelle ,
Vous qu'adoroient les Grecs & les Romains ,
Je vous vois étonnés que Michel Ange excelle ,
Dans les beaux arts illuftrés
par vos mains.
Ah ! vous ornez fon front d'une triple couronne !
C'eſt porter les mortels au culte qu'on lui doit .
Vous lui rendez chacun le tribut qu'il vous donne ,
Les grands hommes ainfi commercent de leur
droit.
GUIDO RENI.
De ce maître touchant la nature eft l'idole ;
OCTOBRE . 1755 . 4X
Dans un détail précis il nous rend fa beauté :
Que de graces ! Pefprit avec fon pinceau vole ,
Qu'il eft clair ! que fa touche a de légereté !
Ai-je pû le quitter ? mes yeux infatiables
Cherchent cette Madone à qui j'ai dit adieu .
Son doux regard , fes pieds & ſes mains admirables
Sont l'ouvrage du Guide , ou l'ouvrage d'un Dieu.
JACQUES TINTORET.
Je tiens le pinceau d'or du fameux Tintoret .
Mon efprit eft faifi de fon entouſiaſme .
Que fes vives couleurs enfantent fon portrait !
Le voici . Mon fuccès affronte le ſarcaſme.
Du plus vafte génie on le voit animé.
Hardi , prompt , réfolu , fes figures furprennent ;
Tout s'y meut , tout y vit . Sur lui - même formé
Ce qu'il crée , les Dieux de leur feu l'entretiennent.
* On diſoit à Veniſe qu'il avoit trois pinceaux.
Il penello d'oro, il penello d'argento , e l'altro d'y
ferro.
Fermer
Résumé : PORTRAITS DE QUATRE FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Le texte présente des portraits de quatre célèbres peintres italiens : Titien, Michel-Ange, Guido Reni et Tintoret. Titien est reconnu pour son talent de coloriste et sa capacité à immerger le spectateur dans ses paysages, où la beauté et la volupté sont mises en avant. Michel-Ange est comparé aux grands maîtres grecs et romains, tels que Vitruve, Phydias et Apelle, et est considéré comme un génie des arts. Guido Reni est admiré pour sa précision et sa capacité à capturer la beauté naturelle, notamment dans ses représentations de la Madone. Tintoret est décrit comme un artiste passionné et rapide, dont les œuvres sont animées et vivantes. À Venise, on disait qu'il possédait trois pinceaux différents pour ses différentes techniques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5031
p. 41-42
VERS De M. de Voltaire à M. Vanharen.
Début :
Demosthene au Conseil, & Pindare au Parnasse, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS De M. de Voltaire à M. Vanharen.
VERS
De M. deVoltaire à M. Vanharen.
DEmofthene au Confeil , & Pindare au Parnaffe
42 MERCURE DE FRANCE.
L'augufte vérité marche devant tes pas.
Tyrtée a dans ton fein répandu fon audace ,
Et tu tiens fa trompette organe des combats .
Je ne puis t'imiter , mais j'aime ton courage
Né pour la liberté tu penfes en héros.
Mais qui nâquit fù , et ne doit penfer qu'en fage ,
Et vivre obſcurément s'il veut yivre en repos.
Notre esprit eft conforme aux lieux qui l'ont vu
naître .
A Rome on eft efclave , à Londres citoyen .
La grandeur d'un Batave eft de vivre fans maître ,
Et mon premier devoir eft de fervir le mien.
De M. deVoltaire à M. Vanharen.
DEmofthene au Confeil , & Pindare au Parnaffe
42 MERCURE DE FRANCE.
L'augufte vérité marche devant tes pas.
Tyrtée a dans ton fein répandu fon audace ,
Et tu tiens fa trompette organe des combats .
Je ne puis t'imiter , mais j'aime ton courage
Né pour la liberté tu penfes en héros.
Mais qui nâquit fù , et ne doit penfer qu'en fage ,
Et vivre obſcurément s'il veut yivre en repos.
Notre esprit eft conforme aux lieux qui l'ont vu
naître .
A Rome on eft efclave , à Londres citoyen .
La grandeur d'un Batave eft de vivre fans maître ,
Et mon premier devoir eft de fervir le mien.
Fermer
Résumé : VERS De M. de Voltaire à M. Vanharen.
Dans une lettre, Voltaire loue le courage de M. Vanharen, né pour la liberté. Il note que l'esprit des individus varie selon leur lieu de naissance, comme à Rome ou Londres. Il conclut que la grandeur d'un Batave réside dans l'absence de maître et le devoir de se servir soi-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5032
p. 42-44
EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
Début :
La Fayette & Segrais, couple sublime & tendre, [...]
Mots clefs :
Comtesse, Dieu, Auteur, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
EPITRE DU MÊME
A Madame la Comteffe de Fontaines , auteur
d'un petit Roman intitulé : La Comteffe
de Savoye , imprimé en 1722 .
LA Fayette & Segrais , couple fublime & tendre
,
Le modele avant vous de nos galans écrits ,
Des champs éliziens fur les aîles des ris
Vinrent l'autre jour dans Paris.
D'où ne viendroit- on point , Sapho , pour vous
entendre ?
A vos genoux tous deux humiliés ,
Tous deux vaincus , & pourtant pleins de joie
OCTOBRE. 1755. 43
Ils mirent leur Zaide aux pieds
De la Comteffe de Savoye.
Ils avoient bien raiſon , quel Dieu , charmant
auteur ,
Quel Dieu vous a donné ce langage enchanteur ?
La force , la délicateffe ,
La fimplicité , la nobleſſe
Que Fenelon feul avoit joint ;
Ce naturel charmant dont l'art n'approche point ;
Sapho , qui ne croiroit que l'amour vous infpire a
Mais vous vous contentez de vanter fon empire.
Vous nous peignez Mendoce en feu ,
Et la vertueufe foibleſſe
De fa chancélante maîtreffe ,
Qui lui fait en fuyant un fi charmant aveu .
Ah! pouvez-vous donner ces leçons de tendreffe ,
Vous qui les pratiquez fi peu ?
C'eft ainfi que Marot fur fa lyre incrédule ,
Du Dieu qu'il méconnut , prouva la fainteté.
Vous avez pour l'amour auffi peu de fcrupule ,
Vous ne le ſervez point , & vous l'avez chanté.
Adieu , malgré mes épilogues ,
Puiffiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans ,
Et taxer quatre fynagogues.
La Dame à qui cette épitre eft adreffée ,
fe nommoit Marie - Louife - Charlotte de
Pelard de Givri , fille du Marquis de Gi44
MERCURE DE FRANCE
vri ,
Commandant de Metz , qui avoit
favorifé
l'établffement des Juifs dans cette
ville , ceux-ci lui firent par
reconnoiffance
une penfion confidérable , qui paſſa aux .
enfans , & dont jouiffent encore aujour- ,
d'hui fes petits enfans . L'un Chevalier de
Malte ; l'autre , veuve du Marquis de Fontanges
, Dame d'honneur de la Princeffe
de Conti . Cette Dame étoit alors veuve.
de Meflire Nicolas de Fontaines , Chevalier
, Seigneur d'Wniri , la Neuville - aux-
Bois , & Veron ,
Maréchal des camps &
armées du Roi , & ancien Mestre de camp
de Cavalerie , homme de la premiere dif
tinction . Elle eft morte le huit Septembre
1730 , âgée de foixante - dix ans . Elle a enrichi
la
République des Lettres de quelques
petits ouvrages ingénieux , en cachant
avec foin qu'elle en fût l'auteur.
A Madame la Comteffe de Fontaines , auteur
d'un petit Roman intitulé : La Comteffe
de Savoye , imprimé en 1722 .
LA Fayette & Segrais , couple fublime & tendre
,
Le modele avant vous de nos galans écrits ,
Des champs éliziens fur les aîles des ris
Vinrent l'autre jour dans Paris.
D'où ne viendroit- on point , Sapho , pour vous
entendre ?
A vos genoux tous deux humiliés ,
Tous deux vaincus , & pourtant pleins de joie
OCTOBRE. 1755. 43
Ils mirent leur Zaide aux pieds
De la Comteffe de Savoye.
Ils avoient bien raiſon , quel Dieu , charmant
auteur ,
Quel Dieu vous a donné ce langage enchanteur ?
La force , la délicateffe ,
La fimplicité , la nobleſſe
Que Fenelon feul avoit joint ;
Ce naturel charmant dont l'art n'approche point ;
Sapho , qui ne croiroit que l'amour vous infpire a
Mais vous vous contentez de vanter fon empire.
Vous nous peignez Mendoce en feu ,
Et la vertueufe foibleſſe
De fa chancélante maîtreffe ,
Qui lui fait en fuyant un fi charmant aveu .
Ah! pouvez-vous donner ces leçons de tendreffe ,
Vous qui les pratiquez fi peu ?
C'eft ainfi que Marot fur fa lyre incrédule ,
Du Dieu qu'il méconnut , prouva la fainteté.
Vous avez pour l'amour auffi peu de fcrupule ,
Vous ne le ſervez point , & vous l'avez chanté.
Adieu , malgré mes épilogues ,
Puiffiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans ,
Et taxer quatre fynagogues.
La Dame à qui cette épitre eft adreffée ,
fe nommoit Marie - Louife - Charlotte de
Pelard de Givri , fille du Marquis de Gi44
MERCURE DE FRANCE
vri ,
Commandant de Metz , qui avoit
favorifé
l'établffement des Juifs dans cette
ville , ceux-ci lui firent par
reconnoiffance
une penfion confidérable , qui paſſa aux .
enfans , & dont jouiffent encore aujour- ,
d'hui fes petits enfans . L'un Chevalier de
Malte ; l'autre , veuve du Marquis de Fontanges
, Dame d'honneur de la Princeffe
de Conti . Cette Dame étoit alors veuve.
de Meflire Nicolas de Fontaines , Chevalier
, Seigneur d'Wniri , la Neuville - aux-
Bois , & Veron ,
Maréchal des camps &
armées du Roi , & ancien Mestre de camp
de Cavalerie , homme de la premiere dif
tinction . Elle eft morte le huit Septembre
1730 , âgée de foixante - dix ans . Elle a enrichi
la
République des Lettres de quelques
petits ouvrages ingénieux , en cachant
avec foin qu'elle en fût l'auteur.
Fermer
Résumé : EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
L'épître est adressée à Madame la Comtesse de Fontaines, auteure du roman 'La Comtesse de Savoye' publié en 1722. L'auteur de l'épître loue le couple Lafayette et Segrais et compare les qualités littéraires de la Comtesse de Fontaines à celles de Fénelon, soulignant sa force, sa délicatesse, sa simplicité et sa noblesse. Il admire également son naturel et son talent pour décrire l'amour et la tendresse. La Comtesse de Fontaines, de son nom complet Marie-Louise-Charlotte de Pelard de Givri, était la fille du Marquis de Givri, commandant de Metz, qui avait favorisé l'établissement des Juifs dans cette ville. En reconnaissance, les Juifs lui avaient octroyé une pension considérable, transmise à ses enfants. L'un de ses fils était Chevalier de Malte, et l'autre était le veuf du Marquis de Fontanges, Dame d'honneur de la Princesse de Conti. La Comtesse était veuve de Monsieur Nicolas de Fontaines, Chevalier et Seigneur de plusieurs domaines, Maréchal des camps et armées du Roi, et ancien Mestre de camp de Cavalerie. Elle est décédée le 8 septembre 1730 à l'âge de soixante-dix ans. Elle a enrichi la République des Lettres de plusieurs petits ouvrages ingénieux, tout en restant anonyme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5033
p. 52-53
POUR LE ROI Le jour de S. Louis 1755.
Début :
GRAND Roi, de tes sujets la plus chere espérance, [...]
Mots clefs :
Roi, Saint-Louis, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR LE ROI Le jour de S. Louis 1755.
POUR LE
ROI
Le jour de S. Louis 1755 .
GRAND Roi , de tes fujets la plus chere eſpérance
,
Toi , que le ciel par préférence ;
Combla toujours de fes faveurs ,
Malgré l'éclat du thrône , & toute ta puiſſance ,
Tu ne veux pour la
récompenſe
De tes rares vertus que regner dans nos coeurs .
Si de tes grands deffeins , la fageffe profonde ,
De tes fiers ennemis fait autant de jaloux ,
Maître de la terre & de l'onde ,
OCTOBRE . 1755. 13
Ton bras te fuffit contre tous.
La difcorde en fureur dans les champs de Bellone
Prétendoit regner à jamais ;
Mais tu juras par ta couronne
De procurer à tous la paix.
Des nuages obſcurs , qui par leurs voiles fombres
Du foleil à nos yeux déroboient la clarté ,
Tu triomphas malgré l'obfcurité.
Bientôt mille rayons diffiperent les ombres ,
Et tu parus comme l'aftre du jour ,
Qui de la fphere a fait le tour.
Tu fus fenfible aux maux que caufa ton abfence
A ta bonne Cité : Touché de fon malheur
Tu lui fis éprouver que ta feule préſence
Peut fixer fon bonheur.
Puiffions - nous en ce jour , où chacun ſe rappelle
Les vertus de Louis , la gloire des Bourbons ,
Obtenir
par nos voeux que ta fanté foit telle
Que nous la defirons.
Jourdan de Pelerin.
ROI
Le jour de S. Louis 1755 .
GRAND Roi , de tes fujets la plus chere eſpérance
,
Toi , que le ciel par préférence ;
Combla toujours de fes faveurs ,
Malgré l'éclat du thrône , & toute ta puiſſance ,
Tu ne veux pour la
récompenſe
De tes rares vertus que regner dans nos coeurs .
Si de tes grands deffeins , la fageffe profonde ,
De tes fiers ennemis fait autant de jaloux ,
Maître de la terre & de l'onde ,
OCTOBRE . 1755. 13
Ton bras te fuffit contre tous.
La difcorde en fureur dans les champs de Bellone
Prétendoit regner à jamais ;
Mais tu juras par ta couronne
De procurer à tous la paix.
Des nuages obſcurs , qui par leurs voiles fombres
Du foleil à nos yeux déroboient la clarté ,
Tu triomphas malgré l'obfcurité.
Bientôt mille rayons diffiperent les ombres ,
Et tu parus comme l'aftre du jour ,
Qui de la fphere a fait le tour.
Tu fus fenfible aux maux que caufa ton abfence
A ta bonne Cité : Touché de fon malheur
Tu lui fis éprouver que ta feule préſence
Peut fixer fon bonheur.
Puiffions - nous en ce jour , où chacun ſe rappelle
Les vertus de Louis , la gloire des Bourbons ,
Obtenir
par nos voeux que ta fanté foit telle
Que nous la defirons.
Jourdan de Pelerin.
Fermer
Résumé : POUR LE ROI Le jour de S. Louis 1755.
Le texte est un poème adressé à un roi, probablement Louis XV, daté du 25 août 1755. Il célèbre les vertus et les accomplissements du souverain, décrit comme la plus grande espérance de ses sujets, béni par le ciel et préféré par la providence. Le roi souhaite régner dans les cœurs de ses sujets malgré son pouvoir et sa puissance. Sa sagesse et sa force ont transformé ses ennemis en jaloux et lui ont permis de dominer la terre et les mers. Le poème évoque les discordes et les nuages obscurs surmontés par le roi, apportant ainsi la paix et la lumière. Il souligne la sensibilité du roi aux malheurs de sa cité et son désir de procurer le bonheur à ses sujets. Enfin, le texte exprime le vœu que la santé du roi soit à la hauteur des désirs de ses sujets, en ce jour où l'on se souvient des vertus de Louis et de la gloire des Bourbons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5034
p. 54-57
EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
Début :
PAR votre ordre, illustre Prélat, [...]
Mots clefs :
Évêque, Boisson, Pension, Chêne, Lierre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
EPITRE
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
Fermer
Résumé : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
L'auteur décrit un séjour de six mois dans une pension pour se former à l'écriture, à la demande de l'évêque qui le protégeait. Cette période fut marquée par une solitude austère, plus rigoureuse que celle d'une chartreuse, avec des jeûnes et des pénitences sévères. La nourriture était frugale : une boisson d'eau et de vin frelaté, et un potage ni maigre ni gras. La journée était entièrement dédiée à l'écriture, sans temps libre. À quinze ans, l'auteur se retirait dans la forêt pour lire Molière et réfléchir sur les travers humains. Il y composa une fable sur le lierre et le chêne, illustrant la modestie et la prudence nécessaires pour acquérir honneur et biens. La fable contraste l'arrogance du chêne avec l'humilité du lierre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5035
p. 64-65
LE PRIX DE LA CONSTANCE. Cantatille. par M. Jouin de Sauseuil,
Début :
Triste & cruelle indifférence, [...]
Mots clefs :
Amour, Constance, Rigueur, Vengeance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PRIX DE LA CONSTANCE. Cantatille. par M. Jouin de Sauseuil,
LE PRIX DE LA CONSTANCE.
Cantatille. Par M. Jouin de Saufenil ,
TRifte & cruelle indifférence ,
Que vous allarmez mon repos !
Quel outrage pour ma conſtance !
Quel triomphe pour mes rivaux !
Ainfi donc ma perféverance ,
Mes feux & ma fidelle ardeur ,
N'auront pour toute récompenfe
Que la plus barbare rigueur !
Trifte & cruelle , &c.
Accablé fous le poids des rigueurs de Lifette ,
Le tendre & conftant Céladon ,
Sur ce trifte & lugubre ton
Faifoit ainfi raifonner fa mufette ,
Quand l'amour attendri par fes cris douloureux ,
Voulut récompenfer cet amant malheureux ;
Auffi-tôt il choifit pour bleffer la cruelle ,
De fes traits le plus vif & le plus dangereux ,
Et portant dans fon fein la bleffure mortelle ,
Lui fit fentir fes ravages affreux.
OCTOBRE. 1755. 65
De l'amour craignons la vengeance ,
Elle fuit de près la rigueur ;
Rien ne réfifte à fa puiffance ,
Quand il veut fe foumettre un coeur.
Jeunes beautés , que l'amour guette ,
éviter les coups , En vain
pour
Vous fuyez dans quelque retraite ,
Tôt ou tard il s'y rit de vous.
De l'amour craignons la vengeance , &c.
Cantatille. Par M. Jouin de Saufenil ,
TRifte & cruelle indifférence ,
Que vous allarmez mon repos !
Quel outrage pour ma conſtance !
Quel triomphe pour mes rivaux !
Ainfi donc ma perféverance ,
Mes feux & ma fidelle ardeur ,
N'auront pour toute récompenfe
Que la plus barbare rigueur !
Trifte & cruelle , &c.
Accablé fous le poids des rigueurs de Lifette ,
Le tendre & conftant Céladon ,
Sur ce trifte & lugubre ton
Faifoit ainfi raifonner fa mufette ,
Quand l'amour attendri par fes cris douloureux ,
Voulut récompenfer cet amant malheureux ;
Auffi-tôt il choifit pour bleffer la cruelle ,
De fes traits le plus vif & le plus dangereux ,
Et portant dans fon fein la bleffure mortelle ,
Lui fit fentir fes ravages affreux.
OCTOBRE. 1755. 65
De l'amour craignons la vengeance ,
Elle fuit de près la rigueur ;
Rien ne réfifte à fa puiffance ,
Quand il veut fe foumettre un coeur.
Jeunes beautés , que l'amour guette ,
éviter les coups , En vain
pour
Vous fuyez dans quelque retraite ,
Tôt ou tard il s'y rit de vous.
De l'amour craignons la vengeance , &c.
Fermer
Résumé : LE PRIX DE LA CONSTANCE. Cantatille. par M. Jouin de Sauseuil,
Le texte 'Le Prix de la Constance' est une cantatille composée par M. Jouin de Saufenil. Il relate la souffrance de Céladon, un amant tourmenté par l'indifférence et la cruauté de Lifette. Céladon exprime sa douleur face aux rigueurs de Lifette. Ému par les plaintes de Céladon, l'amour décide de punir Lifette en la blessant mortellement. Lifette ressent alors les effets dévastateurs de l'amour. Le texte met en garde contre la vengeance de l'amour, soulignant qu'elle suit de près la rigueur et qu'elle est implacable lorsqu'elle veut soumettre un cœur. Il avertit également les jeunes beautés qu'elles ne pourront échapper à l'amour, même dans leur retraite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5036
p. 65
A Madame ** qui n'avoit qu'un fils, & qui s'affligeoit de n'avoir point de filles.
Début :
Consolez-vous, charmante **, [...]
Mots clefs :
Fille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame ** qui n'avoit qu'un fils, & qui s'affligeoit de n'avoir point de filles.
Madame * * qui n'avoit qu'un fils , & qui
s'affligeoit de n'avoir point de filles.
Confolez - vous Onfolez-vous , charmante **
Vous mettrez des filles au jour ,
Ne fçavez -vous pas que l'amour
Ne marche jamais fans les graces.
Ce joli quatrain eft de M. de Beuvry.
s'affligeoit de n'avoir point de filles.
Confolez - vous Onfolez-vous , charmante **
Vous mettrez des filles au jour ,
Ne fçavez -vous pas que l'amour
Ne marche jamais fans les graces.
Ce joli quatrain eft de M. de Beuvry.
Fermer
5037
p. 65-66
LES OEUILLETS. Bouquet à Mme la Comtesse de B....
Début :
La jeune Flore hier visitant son empire, [...]
Mots clefs :
Oeillets, Bouquet, Flore, Fleurs, Reine, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES OEUILLETS. Bouquet à Mme la Comtesse de B....
LES CUILLETS.
Bouquet à Mme la Comteffe de B ....
LA jeune Flore hier vifitant ſon empire ,
Apperçut des oeuillets favoris de zéphire ,
Qui par le viféclat de leurs riches couleurs
66 MERCURE DE FRANCE.
Paroiffoient l'emporter fur le refte des fleurs .
Elle les cueille , & veut de leur tige fleurie
En faire à quelque nymphe une galanterie .
Pour mériter pareil bouquet
Par plus d'un trait il falloit être aimable ,
Avoir un efprit fin , un propos agréable ,
Vif enjouement , caractere parfait ,
yeux tels Beaux
que les a la Reine de Cythere ,
Et ce je ne fçai quoi charmant ,
Ce foûris gracieux , cet air plein d'agrément
Qui même à la beauté donne le droit de plaire .
Où rencontrer un fi rare ſujet ?
Flore n'a vu que vous , adorable Glycere ,
Qui fuffiez digne en tout de ce nouveau bouquet,
Oui , ces heureux talens qui font votre appanage ,
Vos graces , vos traits féducteurs
Engagent la Reine des fleurs
A vous rendre en ce jour le plus fincere hommage.
C'eft pour vous qu'elle a fait le brillant affemblage
De ces cuillets dont l'oeil eft enchanté ,
Vous avez droit d'en tirer avantage ,
C'eft un préfent qu'a mérité
Dans vous , B ... l'efprit & la beauté.
Guidi.
Bouquet à Mme la Comteffe de B ....
LA jeune Flore hier vifitant ſon empire ,
Apperçut des oeuillets favoris de zéphire ,
Qui par le viféclat de leurs riches couleurs
66 MERCURE DE FRANCE.
Paroiffoient l'emporter fur le refte des fleurs .
Elle les cueille , & veut de leur tige fleurie
En faire à quelque nymphe une galanterie .
Pour mériter pareil bouquet
Par plus d'un trait il falloit être aimable ,
Avoir un efprit fin , un propos agréable ,
Vif enjouement , caractere parfait ,
yeux tels Beaux
que les a la Reine de Cythere ,
Et ce je ne fçai quoi charmant ,
Ce foûris gracieux , cet air plein d'agrément
Qui même à la beauté donne le droit de plaire .
Où rencontrer un fi rare ſujet ?
Flore n'a vu que vous , adorable Glycere ,
Qui fuffiez digne en tout de ce nouveau bouquet,
Oui , ces heureux talens qui font votre appanage ,
Vos graces , vos traits féducteurs
Engagent la Reine des fleurs
A vous rendre en ce jour le plus fincere hommage.
C'eft pour vous qu'elle a fait le brillant affemblage
De ces cuillets dont l'oeil eft enchanté ,
Vous avez droit d'en tirer avantage ,
C'eft un préfent qu'a mérité
Dans vous , B ... l'efprit & la beauté.
Guidi.
Fermer
Résumé : LES OEUILLETS. Bouquet à Mme la Comtesse de B....
Le poème 'Les Cuillets' est dédié à Mme la Comtesse de B..., surnommée Glycere. La déesse Flore, en visitant son domaine, découvre des œillets exceptionnels et décide d'en faire un bouquet pour une nymphe. Pour mériter ce bouquet, il faut être aimable, avoir un esprit fin, un propos agréable, un caractère parfait et des yeux beaux comme ceux de la Reine de Cythère. Flore estime que seule Glycere possède toutes ces qualités. Elle loue les talents, les grâces et les traits séduisants de Glycere, justifiant ainsi l'hommage de la Reine des fleurs. Le bouquet d'œillets est offert à Glycere en reconnaissance de son esprit et de sa beauté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5038
p. 67-68
ENIGME.
Début :
Nous sommes deux jumeaux d'une même figure, [...]
Mots clefs :
Dés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Nous fommes deux jumeaux d'une même figure
,
Et nous avons toujours une même couleur ;
Mais quoique nous ayons une noire teinture ,
Nous égalons pourtant le beau lys en blancheur.
Rarement nous avons une même aventure .
68
MERCURE DE
FRANCE.
Un
même fort
pourtant eft notre
gouverneur ;
Selon que chaque fois nous
changeons de pof-
Nous
ture ,
portons le regret , ou le plaifir au coeur.
Sans avoir des attraits pour infpirer des flammes ,
Nous nous voyons pourtant fervis par plufieurs
Dames
,
Qui fans nos
mouvemens ne
fçauroient faire un
pas.
Les
hommes tous les jours font affis à nos tables ,
Où fans leur
préparer jamais aucun repas ,
Souvent leur écot monte à des
fommes
notables.
Nous fommes deux jumeaux d'une même figure
,
Et nous avons toujours une même couleur ;
Mais quoique nous ayons une noire teinture ,
Nous égalons pourtant le beau lys en blancheur.
Rarement nous avons une même aventure .
68
MERCURE DE
FRANCE.
Un
même fort
pourtant eft notre
gouverneur ;
Selon que chaque fois nous
changeons de pof-
Nous
ture ,
portons le regret , ou le plaifir au coeur.
Sans avoir des attraits pour infpirer des flammes ,
Nous nous voyons pourtant fervis par plufieurs
Dames
,
Qui fans nos
mouvemens ne
fçauroient faire un
pas.
Les
hommes tous les jours font affis à nos tables ,
Où fans leur
préparer jamais aucun repas ,
Souvent leur écot monte à des
fommes
notables.
Fermer
5039
p. 68-69
LOGOGRYPHE.
Début :
Je tire mon relief du courage & de l'art : [...]
Mots clefs :
Escarmouche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E tire mon relief du
courage & de l'art :
J'ai brillé par
Montluc ,
Gaflion & Bayard.
Tu peux , ami
Lecteur , trouver dans mon effence
Le
redoutable Dieu , dont je tiens la
naiffance ;
Un
profond
politique &
guerrier fans égal ;
Le plus jufte
attribut
d'Ulyffe &
d'Annibal ;
Une ville , jadis
puiffante
République ;
9
Un infecte ; une fleur ; ce
fameux
hérétique ,
Dont Zifca
foutenant la trop
fatale erreur
Remplît tout fon pays de
carnage &
d'horreur ;
Un Poëte Latin , que
chacun veut
entendre ;
Ce que fut
Charles douze , auffi - bien qu'A-
• lexandre ;
Un Belgique Ecrivain , eftimé juftement ;
Ce que nous prions Dieu , que puiffe heureufement
Faire au gré de nos voeux , notre augufte Dauphine
:
Je finis par ce trait : Cherche , Lecteur , devine .
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi; à Dax , le 16 Août 1755.
E tire mon relief du
courage & de l'art :
J'ai brillé par
Montluc ,
Gaflion & Bayard.
Tu peux , ami
Lecteur , trouver dans mon effence
Le
redoutable Dieu , dont je tiens la
naiffance ;
Un
profond
politique &
guerrier fans égal ;
Le plus jufte
attribut
d'Ulyffe &
d'Annibal ;
Une ville , jadis
puiffante
République ;
9
Un infecte ; une fleur ; ce
fameux
hérétique ,
Dont Zifca
foutenant la trop
fatale erreur
Remplît tout fon pays de
carnage &
d'horreur ;
Un Poëte Latin , que
chacun veut
entendre ;
Ce que fut
Charles douze , auffi - bien qu'A-
• lexandre ;
Un Belgique Ecrivain , eftimé juftement ;
Ce que nous prions Dieu , que puiffe heureufement
Faire au gré de nos voeux , notre augufte Dauphine
:
Je finis par ce trait : Cherche , Lecteur , devine .
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi; à Dax , le 16 Août 1755.
Fermer
5040
p. 69-70
VAUDEVILLE.
Début :
Une timide Bergere, [...]
Mots clefs :
Berger, Bergère, Fillettes, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE.
VAUDEVILLE.
UNE
timide
Bergere,
Mais fenfible au jeu d'amour ,
Au fond d'un bois folitaire ,
Chantoit ainfi l'autre jour :
Quel plaifir pour les fillettes ;
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes .
Le jeune Colin s'exprime
D'un air qui flate mon coeur ;
Pourquoi du feu qui l'anime ,
N'ofai-je écouter l'ardeur ,
Quel plaifir pour les fillettes , & c.
70 MERCURE DE FRANCE.
Colin , fous un verd feuillage ,
Ecoutoit cette chanson ,
En entrant dans le bocage
Il répondit fur ce con :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un prudent Berger
Elles peuvent fans danger ,
Se laiffer conter , & c .
Hélas ! lui dit Célimene ,
L'amour eſt ſouvent trompeuf.
Quand un aveugle nous méne ,
On doit toujours avoir peur.
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
Mais pourrai-je fans danger ,
Me laiffer , me laiffer conter fleurettes.
La Bergere plus fenfible
Du Berger crut le ferment ;
Colin paroît moins terrible
En paroiffant plus charmant :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
On croit bientôt fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes.
UNE
timide
Bergere,
Mais fenfible au jeu d'amour ,
Au fond d'un bois folitaire ,
Chantoit ainfi l'autre jour :
Quel plaifir pour les fillettes ;
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes .
Le jeune Colin s'exprime
D'un air qui flate mon coeur ;
Pourquoi du feu qui l'anime ,
N'ofai-je écouter l'ardeur ,
Quel plaifir pour les fillettes , & c.
70 MERCURE DE FRANCE.
Colin , fous un verd feuillage ,
Ecoutoit cette chanson ,
En entrant dans le bocage
Il répondit fur ce con :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un prudent Berger
Elles peuvent fans danger ,
Se laiffer conter , & c .
Hélas ! lui dit Célimene ,
L'amour eſt ſouvent trompeuf.
Quand un aveugle nous méne ,
On doit toujours avoir peur.
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
Mais pourrai-je fans danger ,
Me laiffer , me laiffer conter fleurettes.
La Bergere plus fenfible
Du Berger crut le ferment ;
Colin paroît moins terrible
En paroiffant plus charmant :
Quel plaifir pour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ;
On croit bientôt fans danger ,
Se laiffer , fe laiffer conter fleurettes.
Fermer
Résumé : VAUDEVILLE.
Le texte décrit un vaudeville où une bergère timide, mais sensible aux jeux de l'amour, chante dans un bois solitaire sur le plaisir des fillettes de se laisser conter fleurettes par un berger tendre sans danger. Colin, un jeune homme, écoute cette chanson et y répond en exprimant son désir. Célimène, un autre personnage, met en garde contre les tromperies de l'amour. La bergère, séduite par les paroles charmantes de Colin, finit par le trouver moins effrayant et plus attirant. Le vaudeville se conclut sur l'idée que les fillettes peuvent se laisser conter fleurettes par un berger tendre sans danger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5041
p. 112-119
« MÉLANGES de Poësie, de Littérature & d'Histoire, par l'Académie des [...] »
Début :
MÉLANGES de Poësie, de Littérature & d'Histoire, par l'Académie des [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres de Montauban, Poème, Roi, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MÉLANGES de Poësie, de Littérature & d'Histoire, par l'Académie des [...] »
MELANGES de Poëlie , de Littérature
& d'Hiftoire , par l'Académie des
Belles Lettres de Montauban , pour les
années 1747 , 1748 , 1749 & 1750. A
Moutauban , chez J. F. Teulieres , Imprimeur
du Roi & de l'Académie . On le trouve
à Paris , chez Chaubert , quai des Auguftins
, à la Renommée.
Voici une table ou notice des différens
écrits qui compofent ces mêlanges .
Hiftoire de l'Académie. :
J
OCTOBRE . 1755. 113
Eloge hiftorique de feu M. l'Abbé Le
Franc , premier Préfident de la Cour des
Aides par M. l'Abbé Bellet.
Examen de la tragédie de Didon , de M.
Le Franc , avec des réflexions fur la tragédie
en général , par M. Enlart de Grandval
, Confeiller au Confeil d'Artois .
Obfervations de M. Le Franc fur les ré
flexions précédentes.
Voyage de Claudius Rutilius Numatianus
, Gaulois de naiffance , homme confulaire
, Gouverneur de Rome , Tribun d'une
légion , Préfet du Prétoire ; traduit du Latin
en François , avec des remarques. Par
M. Le Franc .
Cette élégante traduction doit nous faire
regretter ce qui nous manque du poëme
de Rutilius . Si nousavions Horace & Virgile
auffi- bien rendus dans notre langue ,
nous n'aurions plus de plaintes à faire , ni
de voeux à former fur ce fujet. M. Le Franc,
à l'exemple de Defpreaux , ne fe borné
point à faire de bons vers , il traduit encore
fi heureufement les écrits des anciens,
que leur poëfie même ne perd rien dans fa
profe. Peut-être y gagne- t- elle. Chez lui
l'érudition tourne au profit du talent , &
fert à nourrir le génie. Tels étoient avant
lui l'auteur de Phédre , dont il a fi bien
imité l'élégance dans fa Didon , & le tra
114 MERCURE DE FRANCE.
ducteur de Longin , que nous venons de
nommer.
Voyage d'Horace de Rome à Brindes , traduit
en vers François ; par le même.
Difcoursfurles paffions . Par M. Dubreuil,
Tréforier de France .
Leçons aux meres pour l'inftruction des
enfans . Par M. de la Mothe , Doyen de la
Cour des Aides & de l'Académie. Ce difcours
utile eft mêlé de profe & de vers.
L'auteur conferve encore de la verve au
fein de la vieilleffe : on en peut juger par
ces vers qui terminent l'ouvrage, & que ne
defavoueroit pas une Mufe de vingt - cinq
ans , s'ils pouvoient convenir à cet âge.
Vous nous pardonnez , tendres meres
Si , pour vos enfans précieux ,
Nous ofons offrir à vos yeux
Quelques remontrances légeres ;
Le devoir m'en fait une loi.
Nous cherchons , il faut vous le dire ;
Moins à plaire qu'à vous inftruire :
De nos Mufes , voilà l'emploi.
Trop proche de notre naiffance ,
Nous avons befoin des fecours
Que vous prêterez tous les jours.
A la foibleffe de l'enfance.
Dans l'âge de maturité
Nos leçons auront plus de grace §
1
OCTOBRE.
1755 15
Plus fort alors , notre Parnaffe
Imitera l'antiquité.
Mais puis -je au bout de ma carriere ;
A ces jours heureux afpirer ?
Les neuffoeurs viennent m'éclairer
Quand je vais perdre la lumiere.
Le trifte déclin de mes ans
Devroit arrêter mon audace ,
L'hyver ne laiffe point de trace ,
Des beaux jours que fit le printems.
Compliment au nom de l'Académie à M.
Le Franc , lorfqu'il fut reçu premier Préfident
de la Cour des Aides ; par M. de Saint-
Bear.
Effai fur les Combats littéraires . Par M.
l'Abbé Beller .
Stances à Meffieurs de la Société Littéraire
, le jour que l'auteur fur admis à leurs
Séances , 9 Juillet 1730. Pár M. de Ber
noy.
Les defagrémens de la campagne . Difcours
en vers par le même.
Obfervations fur le reproche de foibleffe
& de ftérilité , que l'on a cru pouvoir
faire à la langue Françoife pour le poëme
épique ; par M. l'Abbé Bellet.
1
L'Art de la Guerre . Poëme , par M. L.
M. D. M. L'auteur s'annonce fi bien qu'il
L
116 MERCURE DE FRANCE.
ne doit pas s'en tenir
à fon premier
chant
.
Nous ofons l'inviter à continuer comme
il a commencé . L'art de la Guerre ne peut
être mieux célébré que par un favori de
Mars, qui l'eft auffi d'Apollon . Qu'on juge
par les vers fuivans du talent de l'auteur ,
& du ton de l'ouvrage .
Rois , qui pour les humains montrez un coeur de
pere ,
Rois , que le ciel fit naître au jour de fa colere ;
Mon devoir eft de vaincre & de vous obéir ,
Mon courage m'entraîne , & ne peut me trahir.
Mais , vous qui m'ordonnez de ravager la terre ,
Qui mettez dans mes mains les torches de la
guerre ,
Je fere aveuglément votre pouvoir jaloux ,
Et vous répondez feuls de l'effet de mes conps.
La honte fuit de près une gloire coupable ,
Aux mains d'un roi cruel , d'un maître inexorable ,
La palme perd bientôt fon éclat le plus beau ,
Et des filles d'Enfer n'eft plus que le flambeau.
Un tyran exécrable , entouré de victimes ,
Trace en lignes de fang la lifte de ſes crimes ,
Et la haine & la rage en parcourent les traits :
Chaque jour qu'il voit naître ajoute à fes forfaits ,
Il porte en cent climats la mort & l'esclavage .
La difette , la faim , le défefpoir , la rage ,
Se voilant fous fes pas de lambeaux déchirés ,
Foulent des corps ſanglans à demi dévorés.
OCTOBRE.
1755. 117
Tel eft d'un conquérant le cortége effroyable.
Mais, Princes, l'autre excès n'eft pas moins , condamnable
:
Un roi foible & fans foins fous la pourpre endormi
,
Un Roi gêné de l'être , eft fon propre ennemi.
Sans confeils , fans deffeins , & fans expérience ,
En de ferviles mains il remet fa puiffauce ,
Et bientôt de la fraude elle devient l'appui.
Le favori d'un lâche eft lâche comme lui ,
Le traître en le flattant par un honteux hommage,
De fon maître trompé prolonge l'esclavage .
Tout homme ami du vrai , loin du Prince eft
chané :
Bientôt un peuple efclave autour de lui placé ,
Pour le précipiter au fein de la molleffe ,
Des bras de la vertu l'arrache avec adreffe.
Sous les pas égarés , femant partout des fleurs ,
Du peuple gémiffant on lui cache les pleurs .
Un roi qui fait régner fuivant d'autres maximes
,
Connoît de fon pouvoir les bornes légitimes.
De fes derniers fujets , il écoute les voeux ,
Et ne fe croit puiffant que pour les rendre heureux.
Le fer eft dans les mains , mais c'eſt pour les défendre.
L'impofteur les redoute , & n'ofe les furprendre.
Tout mérite fes dons difpenfés avec choix ,
118 MERCURE DE FRANCE.
Et fes foldats vainqueurs ne craignent que les
loix.
Eloge hiftorique d'Antoine d'Hauteferre
par M. de Cathalacoture .
Eloge hiftorique d'Antoine d'Hauteferre
par le même.
Difcours en vers à la fortune par M. de
Claris , Préfident de la Chambre des Comp
tes , Cour des aydes & finances de Montpellier.
Réflexions fur le goût , par M. l'abbé
Bellet.
Les Graces , Ode imitée de la quator
zieme Olympique de Pindare , par M. le
Franc. Ode trente - quatrième du premier
livre des Odes d'Horace , & Retour à Dieu ,
par le même.
>
Conjectures fur le tems , où une partię
du pays appellée aujourd'hui le Rouergue ,
fut unie & incorporée à la Province Narbonnoife
, par le même.
Ce Recueil fait honneur à l'Académie
de Montauban , & prouve que de toutes
les Sociétés littéraires de Province nouvellement
établies , elle eft celle qui travaille
dans fa partie , avec le plus de goût
& de diftinction.On trouve aufli chez Chaubert
, le Recueil de 1744 1745 1746
publié en 1750.
›
OCTOBRE. 1759 119
MÉMOIRES de Michel de Marolles , abbé
de Villeloin , avec des notes hiftoriques &
critiques , trois volumes in- 12.
On les trouve chez Nyon & Guillyn ,
quay des Auguftins. C'eft le feul ouvrage.
qu'on puiffe lire de cet auteur abondant.
Les notes font de M. l'abbé Goujet, auteur
de la Bibliotheque françoiſe.
ESSAI fur les grandes opérations de la
guerre , ou Recueil des obfervations des
différens auteurs fur la maniere de les
perfectionner
, par M. le Baron d'Efpagnac ,
Brigadier des armées du Roi , 4 vol. A
Paris , chez Ganeau , rue S. Severin , aux
armes de Dombes , 1755.
C'eſt une fuite de l'Effai fur la guerre
que l'auteur a fait paroître il y a trois ans ,
chez le même Libraire , & dont le Mercure
a parlé avec tout l'éloge qu'il mérite . Cette
feconde partie n'eft pas moins inftructive
ni moins intéreffante . M. le Baron d'Efpagnac
fe propofe d'y joindre dans la fuite un
fupplément qui traitera de tout ce qui a
rapport aux fiéges , avec un extrait des réglemens
pour le fervice de campagne &
pour les évolutions ; ce qui rendra fon
ouvrage complet .
& d'Hiftoire , par l'Académie des
Belles Lettres de Montauban , pour les
années 1747 , 1748 , 1749 & 1750. A
Moutauban , chez J. F. Teulieres , Imprimeur
du Roi & de l'Académie . On le trouve
à Paris , chez Chaubert , quai des Auguftins
, à la Renommée.
Voici une table ou notice des différens
écrits qui compofent ces mêlanges .
Hiftoire de l'Académie. :
J
OCTOBRE . 1755. 113
Eloge hiftorique de feu M. l'Abbé Le
Franc , premier Préfident de la Cour des
Aides par M. l'Abbé Bellet.
Examen de la tragédie de Didon , de M.
Le Franc , avec des réflexions fur la tragédie
en général , par M. Enlart de Grandval
, Confeiller au Confeil d'Artois .
Obfervations de M. Le Franc fur les ré
flexions précédentes.
Voyage de Claudius Rutilius Numatianus
, Gaulois de naiffance , homme confulaire
, Gouverneur de Rome , Tribun d'une
légion , Préfet du Prétoire ; traduit du Latin
en François , avec des remarques. Par
M. Le Franc .
Cette élégante traduction doit nous faire
regretter ce qui nous manque du poëme
de Rutilius . Si nousavions Horace & Virgile
auffi- bien rendus dans notre langue ,
nous n'aurions plus de plaintes à faire , ni
de voeux à former fur ce fujet. M. Le Franc,
à l'exemple de Defpreaux , ne fe borné
point à faire de bons vers , il traduit encore
fi heureufement les écrits des anciens,
que leur poëfie même ne perd rien dans fa
profe. Peut-être y gagne- t- elle. Chez lui
l'érudition tourne au profit du talent , &
fert à nourrir le génie. Tels étoient avant
lui l'auteur de Phédre , dont il a fi bien
imité l'élégance dans fa Didon , & le tra
114 MERCURE DE FRANCE.
ducteur de Longin , que nous venons de
nommer.
Voyage d'Horace de Rome à Brindes , traduit
en vers François ; par le même.
Difcoursfurles paffions . Par M. Dubreuil,
Tréforier de France .
Leçons aux meres pour l'inftruction des
enfans . Par M. de la Mothe , Doyen de la
Cour des Aides & de l'Académie. Ce difcours
utile eft mêlé de profe & de vers.
L'auteur conferve encore de la verve au
fein de la vieilleffe : on en peut juger par
ces vers qui terminent l'ouvrage, & que ne
defavoueroit pas une Mufe de vingt - cinq
ans , s'ils pouvoient convenir à cet âge.
Vous nous pardonnez , tendres meres
Si , pour vos enfans précieux ,
Nous ofons offrir à vos yeux
Quelques remontrances légeres ;
Le devoir m'en fait une loi.
Nous cherchons , il faut vous le dire ;
Moins à plaire qu'à vous inftruire :
De nos Mufes , voilà l'emploi.
Trop proche de notre naiffance ,
Nous avons befoin des fecours
Que vous prêterez tous les jours.
A la foibleffe de l'enfance.
Dans l'âge de maturité
Nos leçons auront plus de grace §
1
OCTOBRE.
1755 15
Plus fort alors , notre Parnaffe
Imitera l'antiquité.
Mais puis -je au bout de ma carriere ;
A ces jours heureux afpirer ?
Les neuffoeurs viennent m'éclairer
Quand je vais perdre la lumiere.
Le trifte déclin de mes ans
Devroit arrêter mon audace ,
L'hyver ne laiffe point de trace ,
Des beaux jours que fit le printems.
Compliment au nom de l'Académie à M.
Le Franc , lorfqu'il fut reçu premier Préfident
de la Cour des Aides ; par M. de Saint-
Bear.
Effai fur les Combats littéraires . Par M.
l'Abbé Beller .
Stances à Meffieurs de la Société Littéraire
, le jour que l'auteur fur admis à leurs
Séances , 9 Juillet 1730. Pár M. de Ber
noy.
Les defagrémens de la campagne . Difcours
en vers par le même.
Obfervations fur le reproche de foibleffe
& de ftérilité , que l'on a cru pouvoir
faire à la langue Françoife pour le poëme
épique ; par M. l'Abbé Bellet.
1
L'Art de la Guerre . Poëme , par M. L.
M. D. M. L'auteur s'annonce fi bien qu'il
L
116 MERCURE DE FRANCE.
ne doit pas s'en tenir
à fon premier
chant
.
Nous ofons l'inviter à continuer comme
il a commencé . L'art de la Guerre ne peut
être mieux célébré que par un favori de
Mars, qui l'eft auffi d'Apollon . Qu'on juge
par les vers fuivans du talent de l'auteur ,
& du ton de l'ouvrage .
Rois , qui pour les humains montrez un coeur de
pere ,
Rois , que le ciel fit naître au jour de fa colere ;
Mon devoir eft de vaincre & de vous obéir ,
Mon courage m'entraîne , & ne peut me trahir.
Mais , vous qui m'ordonnez de ravager la terre ,
Qui mettez dans mes mains les torches de la
guerre ,
Je fere aveuglément votre pouvoir jaloux ,
Et vous répondez feuls de l'effet de mes conps.
La honte fuit de près une gloire coupable ,
Aux mains d'un roi cruel , d'un maître inexorable ,
La palme perd bientôt fon éclat le plus beau ,
Et des filles d'Enfer n'eft plus que le flambeau.
Un tyran exécrable , entouré de victimes ,
Trace en lignes de fang la lifte de ſes crimes ,
Et la haine & la rage en parcourent les traits :
Chaque jour qu'il voit naître ajoute à fes forfaits ,
Il porte en cent climats la mort & l'esclavage .
La difette , la faim , le défefpoir , la rage ,
Se voilant fous fes pas de lambeaux déchirés ,
Foulent des corps ſanglans à demi dévorés.
OCTOBRE.
1755. 117
Tel eft d'un conquérant le cortége effroyable.
Mais, Princes, l'autre excès n'eft pas moins , condamnable
:
Un roi foible & fans foins fous la pourpre endormi
,
Un Roi gêné de l'être , eft fon propre ennemi.
Sans confeils , fans deffeins , & fans expérience ,
En de ferviles mains il remet fa puiffauce ,
Et bientôt de la fraude elle devient l'appui.
Le favori d'un lâche eft lâche comme lui ,
Le traître en le flattant par un honteux hommage,
De fon maître trompé prolonge l'esclavage .
Tout homme ami du vrai , loin du Prince eft
chané :
Bientôt un peuple efclave autour de lui placé ,
Pour le précipiter au fein de la molleffe ,
Des bras de la vertu l'arrache avec adreffe.
Sous les pas égarés , femant partout des fleurs ,
Du peuple gémiffant on lui cache les pleurs .
Un roi qui fait régner fuivant d'autres maximes
,
Connoît de fon pouvoir les bornes légitimes.
De fes derniers fujets , il écoute les voeux ,
Et ne fe croit puiffant que pour les rendre heureux.
Le fer eft dans les mains , mais c'eſt pour les défendre.
L'impofteur les redoute , & n'ofe les furprendre.
Tout mérite fes dons difpenfés avec choix ,
118 MERCURE DE FRANCE.
Et fes foldats vainqueurs ne craignent que les
loix.
Eloge hiftorique d'Antoine d'Hauteferre
par M. de Cathalacoture .
Eloge hiftorique d'Antoine d'Hauteferre
par le même.
Difcours en vers à la fortune par M. de
Claris , Préfident de la Chambre des Comp
tes , Cour des aydes & finances de Montpellier.
Réflexions fur le goût , par M. l'abbé
Bellet.
Les Graces , Ode imitée de la quator
zieme Olympique de Pindare , par M. le
Franc. Ode trente - quatrième du premier
livre des Odes d'Horace , & Retour à Dieu ,
par le même.
>
Conjectures fur le tems , où une partię
du pays appellée aujourd'hui le Rouergue ,
fut unie & incorporée à la Province Narbonnoife
, par le même.
Ce Recueil fait honneur à l'Académie
de Montauban , & prouve que de toutes
les Sociétés littéraires de Province nouvellement
établies , elle eft celle qui travaille
dans fa partie , avec le plus de goût
& de diftinction.On trouve aufli chez Chaubert
, le Recueil de 1744 1745 1746
publié en 1750.
›
OCTOBRE. 1759 119
MÉMOIRES de Michel de Marolles , abbé
de Villeloin , avec des notes hiftoriques &
critiques , trois volumes in- 12.
On les trouve chez Nyon & Guillyn ,
quay des Auguftins. C'eft le feul ouvrage.
qu'on puiffe lire de cet auteur abondant.
Les notes font de M. l'abbé Goujet, auteur
de la Bibliotheque françoiſe.
ESSAI fur les grandes opérations de la
guerre , ou Recueil des obfervations des
différens auteurs fur la maniere de les
perfectionner
, par M. le Baron d'Efpagnac ,
Brigadier des armées du Roi , 4 vol. A
Paris , chez Ganeau , rue S. Severin , aux
armes de Dombes , 1755.
C'eſt une fuite de l'Effai fur la guerre
que l'auteur a fait paroître il y a trois ans ,
chez le même Libraire , & dont le Mercure
a parlé avec tout l'éloge qu'il mérite . Cette
feconde partie n'eft pas moins inftructive
ni moins intéreffante . M. le Baron d'Efpagnac
fe propofe d'y joindre dans la fuite un
fupplément qui traitera de tout ce qui a
rapport aux fiéges , avec un extrait des réglemens
pour le fervice de campagne &
pour les évolutions ; ce qui rendra fon
ouvrage complet .
Fermer
Résumé : « MÉLANGES de Poësie, de Littérature & d'Histoire, par l'Académie des [...] »
Le document présente les 'Mélanges de Poésie, de Littérature & d'Histoire' publiés par l'Académie des Belles Lettres de Montauban pour les années 1747 à 1750. Ces recueils sont disponibles à Montauban chez J. F. Teulieres et à Paris chez Chaubert. La table des matières inclut divers écrits historiques et littéraires, tels que des éloges historiques, des traductions de poèmes latins, des discours et des observations sur la tragédie. Parmi les auteurs notables figurent M. l'Abbé Le Franc, M. Enlart de Grandval et M. Dubreuil. Le texte souligne la qualité des traductions et des œuvres poétiques, comparant certains auteurs à des figures classiques comme Horace et Virgile. Les recueils incluent également des discours utiles, des compliments académiques et des poèmes sur divers sujets. Le document mentionne d'autres publications, comme les 'Mémoires de Michel de Marolles' et un 'Essai sur les grandes opérations de la guerre' par le Baron d'Espagnac. L'Académie de Montauban est louée pour son travail distingué et son goût littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5042
p. 5-6
L'EMBARRAS DES RICHESSES, CANTATILLE.
Début :
Nous possedons, Dieux de la terre ! [...]
Mots clefs :
Bonheur, Richesse, Embarras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'EMBARRAS DES RICHESSES, CANTATILLE.
L'EMBARRAS DES RICHESSES,
CANTA TILL E.
Nous poffedons , Dieux de la rerre !
Vous , les tréfors , moi , les plaifirs :
A l'abondance je préfere
L'attente qui naît des défirs.
Plus vous nagez dans la richeffe ,
Moins vous goûtez la volupté
Vous êtes plongés dans l'yvreffe ,
J'en ai la pointe & la gaieté,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
De loin votre bonheur nous féduit, nous étonne ;
Il difparoît de près ; fitôt qu'on peut vous voir
L'ennui vous fuit partout , l'effroi vous environne:
Semblables à la feuille à la fin de l'Automne ,
Du faîte des grandeurs un vent vous fait décheoir :
Mon partage eft plus doux ; quand Iris me cou-
Des fleurs
ronne
que dans nos prés fans choix fa main
moiffonne ,
Je fuis Roi le matin , fûr de l'être le foir.
Au bord d'un ruiffeau qui murmure ,
J'éprouve un tranquille fommeil.
Je ne crains point qu'à mon réveil
Contre moi s'arme la nature.
D'elle & d'Iris je fuis la loi ,
Sur leurs dons mon bonheur fe fonde :
Le foleil luit pour tout le monde ,
Mon Iris ne vit que pour moi .
CANTA TILL E.
Nous poffedons , Dieux de la rerre !
Vous , les tréfors , moi , les plaifirs :
A l'abondance je préfere
L'attente qui naît des défirs.
Plus vous nagez dans la richeffe ,
Moins vous goûtez la volupté
Vous êtes plongés dans l'yvreffe ,
J'en ai la pointe & la gaieté,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
De loin votre bonheur nous féduit, nous étonne ;
Il difparoît de près ; fitôt qu'on peut vous voir
L'ennui vous fuit partout , l'effroi vous environne:
Semblables à la feuille à la fin de l'Automne ,
Du faîte des grandeurs un vent vous fait décheoir :
Mon partage eft plus doux ; quand Iris me cou-
Des fleurs
ronne
que dans nos prés fans choix fa main
moiffonne ,
Je fuis Roi le matin , fûr de l'être le foir.
Au bord d'un ruiffeau qui murmure ,
J'éprouve un tranquille fommeil.
Je ne crains point qu'à mon réveil
Contre moi s'arme la nature.
D'elle & d'Iris je fuis la loi ,
Sur leurs dons mon bonheur fe fonde :
Le foleil luit pour tout le monde ,
Mon Iris ne vit que pour moi .
Fermer
Résumé : L'EMBARRAS DES RICHESSES, CANTATILLE.
Le poème 'L'EMBARRAS DES RICHESSES' de Cantat Till E. met en lumière la contradiction entre l'abondance matérielle et le bonheur véritable. Le poète exprime une préférence pour l'attente des désirs plutôt que pour l'abondance, estimant que la richesse excessive empêche de savourer la volupté. Les riches, malgré leur ivresse, ne connaissent pas la véritable gaieté. Leur bonheur, admiré de loin, se transforme en ennui et en peur de près. Ils sont comparés à une feuille d'automne, délogée par le vent des grandeurs. En contraste, le poète se réjouit de sa condition plus douce, se comparant à un roi le matin et à un simple mortel le soir. Il trouve un sommeil tranquille au bord d'un ruisseau murmurant. Il ne craint ni la nature ni Iris, car son bonheur repose sur leurs dons. Le soleil luit pour tous, mais son Iris ne vit que pour lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5043
p. 6-9
FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
Début :
Tu vas quitter Paris, cher D***, & le cloître [...]
Mots clefs :
Arbrisseau, Couvent, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
FABLE
A un Ami qui veut fe reléguer en Province ;
prendre le parti du Couvent .
L'AR BRISSE A U.
Tuvas quitter Paris , cher D*** , & le cloftre U
A pour toi des appas que je ne puis connoître à
NOVEMBRE. 1755 7
Oui , pour t'en détourner mes foins font fuperflus.
Mais tu te flattes donc qu'en ton couvent reclus ,
Tu goûteras en paix les douceurs de la vie ;
Qu'un bonheur fans mêlange , exemt de toute
envie ,
Contentera tes voeux , remplira tes deffeins ,
Et fera fur toi feul lever des jours fereins ?
Cependant on le dit : la raifon d'ordinaire
N'habite pas longtems chez la gent folitaire.
Tel qui trop tôt du monde veut fortir ,
Souvent trop tard pourra s'en repentir.
J'avance pour preuve une fable ,
Rends- là pour toi moins applicable.
Un arbriffeau planté par la nature ,
Déja fort , & riche en verdure ,
Voyoit dans un jardin d'autres arbres rangés ,
Elagués avec art , très-bien fymétriſés :
Pourquoi , dit-il , fous les yeux d'un bon maître,
D'être foigné comme eux , n'ai-je pas le bonheur ?
Profiterois-je moins ? que fçait -on è mieux peutêtre.
Hélas ! un tronc touffu , des branches fans honneur
,
De la feve qui m'a fait naître
Vont épuifer tout le meilleur.
En lieu bien clos , à l'abri des tempêtes ,
Sans crainte ils élevent leurs têtes.
Sont-ils trop altérés ; on leur rend la fraîcheur :
Bref, à chaque maladie
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
En tout tems on rémédie.
Pour moi , je languis de maigreur ;
Les faifons , les vents , les chaleurs ,
Cent & cent maux me font à craindre ;
Oui , toujours le pauvre arbre alloit encor fe .....
plaindre ,
Des pores de l'écorce il couloit quelques pleurs :"
Le fort trompa bien ſon attente.
Chemin faifant , le voifin jardinier
Le voit , l'admire , & le tranfplante ,
L'arrofe , comme il faut , l'engraiffe de fumier.
Quinze jours écoulés , notre arbre avoit pris terre,
S'eftimant fort heureux . Il fallut le tailler.
De fes rameaux fourchus il ſe voit dépouiller ;
Et pour le redreffer , on lui livre la guerre :
Bientôt ce n'est plus qu'un tronc nu .
Il avoit defiré de tous fes maux le pire ;
Plein de regret il gémit , il foupire ,
Et maudit un bonheur qu'il n'avoit point connu .
Ami , tu fçais à quoi mon recit fe termine.
Le Monaftere eft ce verger charmant ,
Ou , fous la fage difcipline ,
Un béat vit tranquillement.
Il eft content , dis- tu : certes , je le veux croire ;
Dans fa condition on a mille agrémens.
Mais s'il l'a pris fans choix , la robe blanche ou
noire
Ne change point les fentimens.
Le tendre arbriffeau , c'eft toi- même ;
NOVEMBRE . 1755 .
Tu hais le monde , & tu fuis fes plaifirs :
Le froc te femble un bien fuprême.
Ah ! je t'arrête trop ; cours , vole à tes défirs.
Mais quand fous un dur eſclavage
Tu fentiras enfin gémir ta liberté ;
Quand une obéiffance aveugle & fans partage ,
Condamnera ta moindre volonté ;
Alors ..... mais je veux taire un trifte & vain préfage
;
Suis ta vocation : c'eft l'avis le plus fage.
Si Dieu te parle , il veut être écouté ;
Mais il ne parle pas , s'il n'eft bien confulté.
L'Abbé BOUCHE .
A un Ami qui veut fe reléguer en Province ;
prendre le parti du Couvent .
L'AR BRISSE A U.
Tuvas quitter Paris , cher D*** , & le cloftre U
A pour toi des appas que je ne puis connoître à
NOVEMBRE. 1755 7
Oui , pour t'en détourner mes foins font fuperflus.
Mais tu te flattes donc qu'en ton couvent reclus ,
Tu goûteras en paix les douceurs de la vie ;
Qu'un bonheur fans mêlange , exemt de toute
envie ,
Contentera tes voeux , remplira tes deffeins ,
Et fera fur toi feul lever des jours fereins ?
Cependant on le dit : la raifon d'ordinaire
N'habite pas longtems chez la gent folitaire.
Tel qui trop tôt du monde veut fortir ,
Souvent trop tard pourra s'en repentir.
J'avance pour preuve une fable ,
Rends- là pour toi moins applicable.
Un arbriffeau planté par la nature ,
Déja fort , & riche en verdure ,
Voyoit dans un jardin d'autres arbres rangés ,
Elagués avec art , très-bien fymétriſés :
Pourquoi , dit-il , fous les yeux d'un bon maître,
D'être foigné comme eux , n'ai-je pas le bonheur ?
Profiterois-je moins ? que fçait -on è mieux peutêtre.
Hélas ! un tronc touffu , des branches fans honneur
,
De la feve qui m'a fait naître
Vont épuifer tout le meilleur.
En lieu bien clos , à l'abri des tempêtes ,
Sans crainte ils élevent leurs têtes.
Sont-ils trop altérés ; on leur rend la fraîcheur :
Bref, à chaque maladie
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
En tout tems on rémédie.
Pour moi , je languis de maigreur ;
Les faifons , les vents , les chaleurs ,
Cent & cent maux me font à craindre ;
Oui , toujours le pauvre arbre alloit encor fe .....
plaindre ,
Des pores de l'écorce il couloit quelques pleurs :"
Le fort trompa bien ſon attente.
Chemin faifant , le voifin jardinier
Le voit , l'admire , & le tranfplante ,
L'arrofe , comme il faut , l'engraiffe de fumier.
Quinze jours écoulés , notre arbre avoit pris terre,
S'eftimant fort heureux . Il fallut le tailler.
De fes rameaux fourchus il ſe voit dépouiller ;
Et pour le redreffer , on lui livre la guerre :
Bientôt ce n'est plus qu'un tronc nu .
Il avoit defiré de tous fes maux le pire ;
Plein de regret il gémit , il foupire ,
Et maudit un bonheur qu'il n'avoit point connu .
Ami , tu fçais à quoi mon recit fe termine.
Le Monaftere eft ce verger charmant ,
Ou , fous la fage difcipline ,
Un béat vit tranquillement.
Il eft content , dis- tu : certes , je le veux croire ;
Dans fa condition on a mille agrémens.
Mais s'il l'a pris fans choix , la robe blanche ou
noire
Ne change point les fentimens.
Le tendre arbriffeau , c'eft toi- même ;
NOVEMBRE . 1755 .
Tu hais le monde , & tu fuis fes plaifirs :
Le froc te femble un bien fuprême.
Ah ! je t'arrête trop ; cours , vole à tes défirs.
Mais quand fous un dur eſclavage
Tu fentiras enfin gémir ta liberté ;
Quand une obéiffance aveugle & fans partage ,
Condamnera ta moindre volonté ;
Alors ..... mais je veux taire un trifte & vain préfage
;
Suis ta vocation : c'eft l'avis le plus fage.
Si Dieu te parle , il veut être écouté ;
Mais il ne parle pas , s'il n'eft bien confulté.
L'Abbé BOUCHE .
Fermer
Résumé : FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
L'Abbé Bouche adresse une fable à un ami envisageant de quitter Paris pour entrer dans un couvent. Il utilise l'allégorie d'un arbrisseau envieux des arbres bien soignés dans un jardin voisin. Cet arbrisseau, après avoir été transplanté et taillé, regrette son sort. L'auteur compare cette situation à celle de son ami, qui pourrait regretter sa décision de rejoindre un couvent. Il souligne que la vie monastique, bien que paisible, ne modifie pas les sentiments et les aspirations d'une personne. L'auteur conseille à son ami de suivre sa véritable vocation, mais de bien réfléchir avant de prendre une telle décision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5044
p. 41-46
TRADUCTION De l'Eté de M. l'Abbé Métastaze.
Début :
Des pleurs précieux de l'Aurore [...]
Mots clefs :
Bergère, Chaleur, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION De l'Eté de M. l'Abbé Métastaze.
TRADUCTION
De l'Eté de M. l'Abbé Métaftaze.
DEs pleurs précieux de l'Aurore
Nos champs ne font plus pénétrés ;
brillantes couleurs de Flore ,
Njardins ne font plus parés.
L Eté , qu'un blond épic couronne ,
Amene déja la moiffon :
Et la chaleur qui l'environne ,
A terni l'éclat du
gazon.
#
L'air appéfanti nous accable ,
Sitôt que le foleil s'enfuit :
Son feu déposé dans le ſable ,
S'éleve & réchauffe la nuit.
Ces prez voifins d'une fontaine
N'ont plus de ruiffeau bienfaicteurs.
L'autan , fous fa brulante haleine ,
Voit plier la tige des fleurs.
42 MERCURE DE FRANCE:
Des nuages , la terre aride
Ne reçoit aucun aliment :
De leurs dons fa furface avide
Partout fe fillonne & fe fend.
L'arbre que le printems décore ,
N'a plus fa premiere verdeur :
Et le rayon qui le dévore .
Paroît y laiffer fa couleur.
Le faule ingrat fur le rivage ;
A ce ruiffeau qui le nourrit
Ceffant de porter fon ombrage ;
Le livre au chaud qui le tarit.
3
On voit ,fans en craindre l'outrage ,
Le moiffonneur , fous le foleil ,
Accablé du poids de l'ouvrage ,
Gouter la douceur du fommeil .
串
Près de lui la Bergere aimable ,
Courant d'un pas rapide & prompt ,
Ote d'une ma n fécourable
La fueur qui baigne fon front.
NOVEMBRE. 1755. 43
Nos guèrets couverts de pouffiere
Du timide gibier qui fuit
N'offrent plus la piste légere
A l'ennemi qui le pourfuit.
Vainement le chaffeur tourmente
Le chien bientôt las d'aboyer ;
Son haleine courte & fréquente
Paffe & repaffe à ſon gofier.
Ce taureau bondiffant fur l'herbe ,
Dont le Berger a vu l'ardeur,
Et qui furieux & fuperbe
Porta fa flamme dans fon coeur •
Cédant au chaud qui l'extenue ,
Mugit , fe couche lentement ,
Tandis que la géniffe émue
Répond à fon mugiffement.
8
Du roffignol , que rien n'égale ,
Quand les accens charment nos bois ,
Le fon aigu de la cigale
A remplacé la douce voix.
44 MERCURE DE FRANCE.
Le ferpent qui fe renouvelle ,
Siffle , épouvante les pafteurs ;
Fier , au rayon qui le décele ,
Il oppofe mille couleurs.
Au fond de l'élement humide
Qu'attiédit la chaleur du jour ,
Sous l'algue le poiffon timide ,
Cherche à tempérer fon féjour.
D'une faiſon auſſi terrible
Je fupporterois la rigueur ;
Si Life à mes foupirs fenfible ;
S'attendriffoit en ma faveur .
Qu'Amour aux déferts de Lybie ,
Ou dans les climats les plus froids ,
Me mene au gré de fon envie ,
J'y fuis heureux , fi je t'y vois.
Quoique la, cime en foit brulée ;
Ce mont , par fon dos recourbé
Par cette ombrageufe vallée )
A la chaleur eft dérobé,
NOVEMBRE. 1755. 45
De ce côteau coule une fource ,
Dont la chute épure fes eaux
Et qui partagée en la courſe ,
Se répand en mille ruiffeaux,
Jamais la Bergere n'y mene
L'importun troupeau qui la fuit ;
La lune y paroît incertaine ,
Foiblement le foleil y luit.
Qu'en ces beaux lieux la nuit nous trompe ;
Qu'elle nous preſſe de jouir ;
Et qu'aucun fouci n'interrompe
Le moment heureux du plaifir.
Pourquoi chercher dans le nuage
Du fombre & douteux avenir ;
Il n'eft qu'un tems pour le bel âge ,
Life , l'amour doit le remplir,
Si le Dieu du Pinde m'inſpire ,
Si l'amour m'affure ta foi ,
Que le fort contre mor confpire ,
Je l'attends fans aucun effroi.
46 MERCURE DE FRANCE.
Ni le luxe de la richeſſe ,
Ni le faux éclat de l'honneur ,
Ni les glaces de la vieilleffe
Ne changeront jamais mon coeur.
Tout courbé , la tête chenue ,
Mon luth fléchira fous mes doigts ;
A fa corde alors mal tendue
J'accorderai ma foible voix.
Je chercherai l'amour encore
Dans ces beaux yeux moins empreffés ;
Et fur cette main que j'adore ,
Mes froids baifers feront tracés,
Grands Dieux , qu'aucun trouble n'altere ,
De nos maux , paiſibles témoins ,
Souffrez que mon luth , ma Bergere ,
Soient toujours l'objet de mes foins.
#
i
Que pour nous la parque moitis dure ,
D'un long fil couvre ſon fuſeau ,
Life , d'une flamme auffi pure
Je brulerai jufqu'au tombeau.
Pallu , de Poitiers.
De l'Eté de M. l'Abbé Métaftaze.
DEs pleurs précieux de l'Aurore
Nos champs ne font plus pénétrés ;
brillantes couleurs de Flore ,
Njardins ne font plus parés.
L Eté , qu'un blond épic couronne ,
Amene déja la moiffon :
Et la chaleur qui l'environne ,
A terni l'éclat du
gazon.
#
L'air appéfanti nous accable ,
Sitôt que le foleil s'enfuit :
Son feu déposé dans le ſable ,
S'éleve & réchauffe la nuit.
Ces prez voifins d'une fontaine
N'ont plus de ruiffeau bienfaicteurs.
L'autan , fous fa brulante haleine ,
Voit plier la tige des fleurs.
42 MERCURE DE FRANCE:
Des nuages , la terre aride
Ne reçoit aucun aliment :
De leurs dons fa furface avide
Partout fe fillonne & fe fend.
L'arbre que le printems décore ,
N'a plus fa premiere verdeur :
Et le rayon qui le dévore .
Paroît y laiffer fa couleur.
Le faule ingrat fur le rivage ;
A ce ruiffeau qui le nourrit
Ceffant de porter fon ombrage ;
Le livre au chaud qui le tarit.
3
On voit ,fans en craindre l'outrage ,
Le moiffonneur , fous le foleil ,
Accablé du poids de l'ouvrage ,
Gouter la douceur du fommeil .
串
Près de lui la Bergere aimable ,
Courant d'un pas rapide & prompt ,
Ote d'une ma n fécourable
La fueur qui baigne fon front.
NOVEMBRE. 1755. 43
Nos guèrets couverts de pouffiere
Du timide gibier qui fuit
N'offrent plus la piste légere
A l'ennemi qui le pourfuit.
Vainement le chaffeur tourmente
Le chien bientôt las d'aboyer ;
Son haleine courte & fréquente
Paffe & repaffe à ſon gofier.
Ce taureau bondiffant fur l'herbe ,
Dont le Berger a vu l'ardeur,
Et qui furieux & fuperbe
Porta fa flamme dans fon coeur •
Cédant au chaud qui l'extenue ,
Mugit , fe couche lentement ,
Tandis que la géniffe émue
Répond à fon mugiffement.
8
Du roffignol , que rien n'égale ,
Quand les accens charment nos bois ,
Le fon aigu de la cigale
A remplacé la douce voix.
44 MERCURE DE FRANCE.
Le ferpent qui fe renouvelle ,
Siffle , épouvante les pafteurs ;
Fier , au rayon qui le décele ,
Il oppofe mille couleurs.
Au fond de l'élement humide
Qu'attiédit la chaleur du jour ,
Sous l'algue le poiffon timide ,
Cherche à tempérer fon féjour.
D'une faiſon auſſi terrible
Je fupporterois la rigueur ;
Si Life à mes foupirs fenfible ;
S'attendriffoit en ma faveur .
Qu'Amour aux déferts de Lybie ,
Ou dans les climats les plus froids ,
Me mene au gré de fon envie ,
J'y fuis heureux , fi je t'y vois.
Quoique la, cime en foit brulée ;
Ce mont , par fon dos recourbé
Par cette ombrageufe vallée )
A la chaleur eft dérobé,
NOVEMBRE. 1755. 45
De ce côteau coule une fource ,
Dont la chute épure fes eaux
Et qui partagée en la courſe ,
Se répand en mille ruiffeaux,
Jamais la Bergere n'y mene
L'importun troupeau qui la fuit ;
La lune y paroît incertaine ,
Foiblement le foleil y luit.
Qu'en ces beaux lieux la nuit nous trompe ;
Qu'elle nous preſſe de jouir ;
Et qu'aucun fouci n'interrompe
Le moment heureux du plaifir.
Pourquoi chercher dans le nuage
Du fombre & douteux avenir ;
Il n'eft qu'un tems pour le bel âge ,
Life , l'amour doit le remplir,
Si le Dieu du Pinde m'inſpire ,
Si l'amour m'affure ta foi ,
Que le fort contre mor confpire ,
Je l'attends fans aucun effroi.
46 MERCURE DE FRANCE.
Ni le luxe de la richeſſe ,
Ni le faux éclat de l'honneur ,
Ni les glaces de la vieilleffe
Ne changeront jamais mon coeur.
Tout courbé , la tête chenue ,
Mon luth fléchira fous mes doigts ;
A fa corde alors mal tendue
J'accorderai ma foible voix.
Je chercherai l'amour encore
Dans ces beaux yeux moins empreffés ;
Et fur cette main que j'adore ,
Mes froids baifers feront tracés,
Grands Dieux , qu'aucun trouble n'altere ,
De nos maux , paiſibles témoins ,
Souffrez que mon luth , ma Bergere ,
Soient toujours l'objet de mes foins.
#
i
Que pour nous la parque moitis dure ,
D'un long fil couvre ſon fuſeau ,
Life , d'une flamme auffi pure
Je brulerai jufqu'au tombeau.
Pallu , de Poitiers.
Fermer
Résumé : TRADUCTION De l'Eté de M. l'Abbé Métastaze.
Le poème 'Des pleurs précieux de l'Aurore' de l'Abbé Métafaze, publié dans le Mercure de France en novembre 1755, décrit les effets dévastateurs de la chaleur estivale sur la nature. Les champs et les jardins ont perdu leur éclat, et les arbres ont perdu leur verdure. La chaleur intense rend les nuits étouffantes et les sources d'eau sont taries. Les animaux, tels que les taureaux et les chiens, souffrent de la chaleur. Les bergers et les moissonneurs cherchent refuge dans le sommeil. Le poète exprime son amour inconditionnel pour une personne, affirmant qu'il serait heureux en sa compagnie même dans les conditions les plus difficiles. Il souhaite que son amour reste pur et constant jusqu'à la fin de sa vie, malgré les épreuves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5045
p. 47
PORTRAIT DE Mlle D... OU L'AMOUR GRAVEUR.
Début :
L'Amour est un enfant, mais l'amour sçait tout faire. [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE Mlle D... OU L'AMOUR GRAVEUR.
PORTRAIT DE Mlle D ...
O U
L'AMOUR GRAVEUR.
L'Amour eft un enfant , mais l'amour ſçait tout
faire.
Je fuis , dit-il un jour excellent Orateur ,
Bon Muficien , bon Peintre , bon rimeur ;
Un ſeul talent me manque , & c'eſt une miſere ;
Je n'ai jamais gravé : je veux être graveur.
L'Artiſte ingénieux prend une flèche , un coeur ,
Et d'une main délicate & légere ,
Il y deffine un front où regne la candeur ,
Un oeil vif & charmant où brille la douceur
Une bouche ſemblable à celle de fa mere.
L'amour dans ce qu'il fait ignore la lenteur.
L'ouvrage en peu de tems fut tel qu'il devoit
être ,
Et le petit deffinateur
Dit en s'applaudiffant : j'ai fait un coup de maî
tre !
Voilà le plus joli minois ,
L'air le plus fin , les plus beaux traits du monde ;
Mais feroit-ce une erreur ? & qu'est -ce que je vois?
C'eft le portrait de Life , & le coeur de L... ois !
Le pauvre coeur en tient ;la gravure eft profonde.
O U
L'AMOUR GRAVEUR.
L'Amour eft un enfant , mais l'amour ſçait tout
faire.
Je fuis , dit-il un jour excellent Orateur ,
Bon Muficien , bon Peintre , bon rimeur ;
Un ſeul talent me manque , & c'eſt une miſere ;
Je n'ai jamais gravé : je veux être graveur.
L'Artiſte ingénieux prend une flèche , un coeur ,
Et d'une main délicate & légere ,
Il y deffine un front où regne la candeur ,
Un oeil vif & charmant où brille la douceur
Une bouche ſemblable à celle de fa mere.
L'amour dans ce qu'il fait ignore la lenteur.
L'ouvrage en peu de tems fut tel qu'il devoit
être ,
Et le petit deffinateur
Dit en s'applaudiffant : j'ai fait un coup de maî
tre !
Voilà le plus joli minois ,
L'air le plus fin , les plus beaux traits du monde ;
Mais feroit-ce une erreur ? & qu'est -ce que je vois?
C'eft le portrait de Life , & le coeur de L... ois !
Le pauvre coeur en tient ;la gravure eft profonde.
Fermer
Résumé : PORTRAIT DE Mlle D... OU L'AMOUR GRAVEUR.
Le texte 'Portrait de Mlle D...' utilise la métaphore artistique pour décrire l'amour comme un enfant doué voulant maîtriser la gravure. Un artiste crée une gravure représentant Mlle de S..., mais l'amour découvre qu'elle touche le cœur de M. de L...ois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5046
p. 48
Le mauvais livre bien payé.
Début :
Le fait enfin n'est plus douteux ; [...]
Mots clefs :
Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le mauvais livre bien payé.
Le mauvais livre bien payé.
LE fait enfin n'eft plus douteux ;
Par fois une mauvaiſe plante
Porte du fruit délicieux.
J'en ai la preuve fous les yeux ,
Puifque l'ouvrage de Dorante
A produit cent écus de rente.
LE fait enfin n'eft plus douteux ;
Par fois une mauvaiſe plante
Porte du fruit délicieux.
J'en ai la preuve fous les yeux ,
Puifque l'ouvrage de Dorante
A produit cent écus de rente.
Fermer
5047
p. 48
VERS A Madame A*** Par M. Fromage, qui lui donnoit un Bal.
Début :
Des plus grands Rois j'estime peu la gloire, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS A Madame A*** Par M. Fromage, qui lui donnoit un Bal.
VERS
A Madame A *** Par M. Fromage ,
qui lui donnoit un Bal.
DEs plus grands Rois j'eftime peu la gloire,
Ma royauté m'offre un fort plus charmant :
Belle Iris , avec vous ne regner qu'un moment ,
Yaut mieux que ces grandeurs d'éternelle mé
moire.
A Madame A *** Par M. Fromage ,
qui lui donnoit un Bal.
DEs plus grands Rois j'eftime peu la gloire,
Ma royauté m'offre un fort plus charmant :
Belle Iris , avec vous ne regner qu'un moment ,
Yaut mieux que ces grandeurs d'éternelle mé
moire.
Fermer
5048
p. 54
L'ÉLOGE IMPARFAIT. Par M. de Beuvry.
Début :
Que vous êtes belle, parfaite ! [...]
Mots clefs :
Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ÉLOGE IMPARFAIT. Par M. de Beuvry.
L'ÉLOGE
IMPARFAIT.
Que
Par M. de Beuvry.
Ue vous êtes belle , parfaite !
Difoit l'enfant Amour à fa mere Cypris ,
Avec un gracieux fouris ,
Un jour qu'il vint à fa toilette :
Quels yeux ! quelle bouche ! quel tein !
Que d'appas touchans ! le beau fein ....
Arrêtez , dit Venus , mon fils , foyez modefte ;
C'eſt à Mars de louer le refte.
IMPARFAIT.
Que
Par M. de Beuvry.
Ue vous êtes belle , parfaite !
Difoit l'enfant Amour à fa mere Cypris ,
Avec un gracieux fouris ,
Un jour qu'il vint à fa toilette :
Quels yeux ! quelle bouche ! quel tein !
Que d'appas touchans ! le beau fein ....
Arrêtez , dit Venus , mon fils , foyez modefte ;
C'eſt à Mars de louer le refte.
Fermer
5049
p. 55-56
COUPLETS. Air : Loin de la Cour, loin de la guerre.
Début :
Ah ! que l'Amour est agréable, [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS. Air : Loin de la Cour, loin de la guerre.
COUPLETS.
Air: Loin de la Cour , loin de la
AH ! que l'Amour eft agréable ,
Quand Bacchus en dicte les loix !
Il n'eft point d'esclaves à table ,
Tous les buveurs y font des Rois-
L'amant , de fon cruel martyre ,
Y perd le fâcheux ſouvenir ;
Et fi fon coeur encor foupire ,
C'eft de tendreffe & de plaifir.
Lorfque, la coupe en main , Fatime
Porte à la ronde une fanté ,
Sur fon front que la joie anime ,
Se peint la douce volupté ;
Son gefte eſt tendre & moins timide ,
Son fourire eft plus gracieux ,
Et des defirs le feu rapide
S'allume au feu de fes beaux yeux.
33
Jadis , au fein de l'onde amere ,
Près des bords heureux de Paphos ,
L'aimable Reine de Cythere
Naquit de l'écume des flots ;
guerre.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Mais de cette mouffe légere ,
Que forme un fumeux champenois ,
Nous voyons , Iris , dans ton verre ,
Naître l'amour lorfque tu bois.
Lemarie.
Air: Loin de la Cour , loin de la
AH ! que l'Amour eft agréable ,
Quand Bacchus en dicte les loix !
Il n'eft point d'esclaves à table ,
Tous les buveurs y font des Rois-
L'amant , de fon cruel martyre ,
Y perd le fâcheux ſouvenir ;
Et fi fon coeur encor foupire ,
C'eft de tendreffe & de plaifir.
Lorfque, la coupe en main , Fatime
Porte à la ronde une fanté ,
Sur fon front que la joie anime ,
Se peint la douce volupté ;
Son gefte eſt tendre & moins timide ,
Son fourire eft plus gracieux ,
Et des defirs le feu rapide
S'allume au feu de fes beaux yeux.
33
Jadis , au fein de l'onde amere ,
Près des bords heureux de Paphos ,
L'aimable Reine de Cythere
Naquit de l'écume des flots ;
guerre.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Mais de cette mouffe légere ,
Que forme un fumeux champenois ,
Nous voyons , Iris , dans ton verre ,
Naître l'amour lorfque tu bois.
Lemarie.
Fermer
Résumé : COUPLETS. Air : Loin de la Cour, loin de la guerre.
Le poème 'Couplets' célèbre l'amour et le vin. Bacchus guide les buveurs, transformés en rois, oubliant leurs souffrances. Fatime, avec une coupe, anime la scène de joie et de volupté. Vénus naît près de Paphos. L'amour dans le champagne est comparé à l'arc-en-ciel d'Iris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5050
p. 69-71
VERS DE M. DE *** Sur la mort de M. de Montesquieu, à M. de Secondat.
Début :
Digne fils d'un illustre pere, [...]
Mots clefs :
Montesquieu, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS DE M. DE *** Sur la mort de M. de Montesquieu, à M. de Secondat.
VERS DE M. DE ***
Sur la mort de M. de Montefquieu ,
à M. de Secondat ..
Digne fils d'un illuftre pere
Je viens avec toi le pleurer :
Les Dieux ont voulu retirer
Cette ame accordée à la terre
Pour l'embellir & l'éclairer.
Couronné par la main d'Aftrée ,
Dont il releva les autels ,
Montefquieu vit dans l'empirée .
Il voit fous fes pas immortels
Gronder , éclater fur nos têtes
Les vents , la foudre & les tempêtes ,
Effroi revéré des mortels .
Ses yeux contemplent l'harmonie
De ces globes prodigieux ,
Flottans fans nombre fous les cieux ' ;
Tandis qu'au prix de notre vie ,
Barbares ridiculement ;
Sur cette trifte fourmilliere ,
Nous difputons fuperbement
Un peu de boue & de pouffiere .
Hélas ! nous perdons la lumiere ,
Par qui nos yeux pouvoient s'ouvrir :
Ce fiècle de fer & de fange
70 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit pas fait pour en jouir ;
Le ciel nous l'enleve & ſe venge !
Montefquieu vit l'opinion
Déchirer & bruler fon livre ;
Et la vaine & foible raiſon
Vanter fes leçons fans les fuivre.
Il porta jufques dans fes moeurs
Le fublime de fes idées ;
Forcé d'écraſer des Pygmées ,
Qui réuniffoient leur fureur ,
Par l'éclat de fon feu rapide.
Il confond leurs traits impofteurs :
Sur les bords célebres du Xante ,
Les Dieux que la fable nous vante ,
Combattirent moins noblement.
O peuple brillant & barbare ,
Quelle inconféquence bizarre
Signale ton aveuglement !
Ce Législateur , ce grand homme,
Que l'univers nous envia ,
Eût été Solon ou Numa
Jadis dans Athenes ou dans Rome ;
En France fimple citoyen
Digne de tout , il ne fut rien.
Des colonnes & des ſtatues
Autrefois l'auroient illuftré ;
Ses cendres reftent confondues
Dans celles d'un peuple ignoré.
Nos ayeux , leurs nobles exemples
NOVEMBRE . 1755 .
71
N'ont plus aujourd'hui de rivaux ;
La vertu chez eux eut des temples ,
Et n'a pas chez nous des tombeaux.
Mais les plus nobles fepultures
De marbre & d'airain périront ;
Des humains les races futures
Mille fois fe fuccéderont ;
Toujours nouveaux dans tous les âges
Montefquieu jamais ne mourra ;
Avec eux fon nom renaîtra ,
Et fes temples font fes ouvrages.
On a attribué ces vers à M. de Voltaire , mais
nous n'avons ofé les mettre fous fon nom , sans être
furs qu'ils fuffent de lui
Sur la mort de M. de Montefquieu ,
à M. de Secondat ..
Digne fils d'un illuftre pere
Je viens avec toi le pleurer :
Les Dieux ont voulu retirer
Cette ame accordée à la terre
Pour l'embellir & l'éclairer.
Couronné par la main d'Aftrée ,
Dont il releva les autels ,
Montefquieu vit dans l'empirée .
Il voit fous fes pas immortels
Gronder , éclater fur nos têtes
Les vents , la foudre & les tempêtes ,
Effroi revéré des mortels .
Ses yeux contemplent l'harmonie
De ces globes prodigieux ,
Flottans fans nombre fous les cieux ' ;
Tandis qu'au prix de notre vie ,
Barbares ridiculement ;
Sur cette trifte fourmilliere ,
Nous difputons fuperbement
Un peu de boue & de pouffiere .
Hélas ! nous perdons la lumiere ,
Par qui nos yeux pouvoient s'ouvrir :
Ce fiècle de fer & de fange
70 MERCURE DE FRANCE.
N'étoit pas fait pour en jouir ;
Le ciel nous l'enleve & ſe venge !
Montefquieu vit l'opinion
Déchirer & bruler fon livre ;
Et la vaine & foible raiſon
Vanter fes leçons fans les fuivre.
Il porta jufques dans fes moeurs
Le fublime de fes idées ;
Forcé d'écraſer des Pygmées ,
Qui réuniffoient leur fureur ,
Par l'éclat de fon feu rapide.
Il confond leurs traits impofteurs :
Sur les bords célebres du Xante ,
Les Dieux que la fable nous vante ,
Combattirent moins noblement.
O peuple brillant & barbare ,
Quelle inconféquence bizarre
Signale ton aveuglement !
Ce Législateur , ce grand homme,
Que l'univers nous envia ,
Eût été Solon ou Numa
Jadis dans Athenes ou dans Rome ;
En France fimple citoyen
Digne de tout , il ne fut rien.
Des colonnes & des ſtatues
Autrefois l'auroient illuftré ;
Ses cendres reftent confondues
Dans celles d'un peuple ignoré.
Nos ayeux , leurs nobles exemples
NOVEMBRE . 1755 .
71
N'ont plus aujourd'hui de rivaux ;
La vertu chez eux eut des temples ,
Et n'a pas chez nous des tombeaux.
Mais les plus nobles fepultures
De marbre & d'airain périront ;
Des humains les races futures
Mille fois fe fuccéderont ;
Toujours nouveaux dans tous les âges
Montefquieu jamais ne mourra ;
Avec eux fon nom renaîtra ,
Et fes temples font fes ouvrages.
On a attribué ces vers à M. de Voltaire , mais
nous n'avons ofé les mettre fous fon nom , sans être
furs qu'ils fuffent de lui
Fermer
Résumé : VERS DE M. DE *** Sur la mort de M. de Montesquieu, à M. de Secondat.
Le poème rend hommage à Monsieur de Montesquieu, exprimant une profonde tristesse face à sa perte. Montesquieu, doté d'une âme exceptionnelle et éclairée, est décrit comme couronné par les dieux et vivant désormais dans l'empyrée, observant les phénomènes naturels et l'harmonie des cieux. Le texte contraste cette vision avec l'aveuglement humain, préoccupé par des choses futiles. Montesquieu a subi des persécutions, son livre ayant été déchiré et brûlé par l'opinion publique. Malgré cela, il a maintenu la noblesse de ses idées et de ses actions. Le poème critique l'inconséquence du peuple, qui n'a pas su reconnaître la grandeur de Montesquieu, un législateur et un grand homme envié par l'univers. Il regrette que la France n'ait pas su rendre hommage à Montesquieu comme les anciens honoraient leurs grands hommes par des statues et des temples. Cependant, il conclut que les œuvres de Montesquieu survivront aux générations futures et que son nom renaîtra toujours avec elles. Les vers ont été attribués à Voltaire, bien que cette attribution ne soit pas confirmée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer